Milguerres

31 décembre 2012

Aerschot

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La Belgique et la Grande Guerre

 

http://www.greatwardifferent.com/Great_War/Belgique_Recits/Recits_10.htm
de la revue ‘Revue de la Presse’, du No. No. 145, 18 juillet 1918
‘La Belgique Héroïque et Vaillante’
‘Aerschot
19 Aout 1914′
Recueillis par le Baron C. Buffin
d’après le rapport du capitaine commandant Gilson
commandant la 4e compagnie du 1er bataillon du 9e de ligne

L’armée belge, forte de 2 corps, avait conservé sa position d’observation du 5 au 18 août; elle avait résisté aux attaques de la cavalerie et des troupes légères de l’ennemi. Mais attaquée par 11 corps ennemis et 3 divisions de cavalerie, soit environ 500 000 hommes appuyés par 600 mitrailleuses et 1 800 canons, elle se retira sur Anvers. Une vive action d’arrière-garde s’engagea entre le IIe corps allemand et les 9e et 14e de ligne portés vers Aerschot.

Le 18 août 1914, le 9e de ligne fut chargé de protéger le flanc droit de l’armée de campagne qui se retirait vers Anvers. Le régiment quitta Kessel-Loo à 14 heures et demie, atteignit Aerschot à 19 heures et s’établit au nord, sur la rive droite du Démer: le 1er bataillon faisant face à la route Aerschot-Hersselt; le 2e un peu à l’est, défendant le Doorenberg; château habité en temps de paix, dit-on, par un officier allemand; le 3e fut tenu d’abord en réserve, mais après la reconnaissance du terrain, deux de ses compagnies prirent des positions de repli, à l’effet de rallier les 1er et 2e bataillons et de couvrir la retraite.

Les renseignements qui parviennent successivement apprennent que les Allemands s’avancent par la route Aerschot-Hersselt, occupée par la 4e compagnie du 1er bataillon.

Aussitôt, son commandant, le capitaine Gilson, officier de grande bravoure, qui a fait ses preuves au Congo, s’efforce de consolider sa position par des ouvrages de défense: des barricades, des madriers, des amas de terre rapportés obstruent le passage à niveau du chemin de fer Anvers-Hasselt; des fils de fer barbelés sont tendus en travers de la route menacée, dont les plaines sont battues par deux mitrailleuses, placées à gauche et à droite et protégées par des épaulements en gazon.

Quant à la compagnie, elle est disposée de la façon suivante: le 1er peloton (lieutenant Fauconier) s’échelonne le long du chemin de fer Aerschot-Herenthals; le 2e peloton (lieutenant Jaquet) et le 3e peloton (adjudant Theys) se déploient sur le remblai courbe de la route de Hersselt et gardent, l’un le secteur ouest, l’autre le secteur est. Un poste de surveillance, composé de douze hommes, commandé par le premier sergent Scheenaerts, est placé à 600 mètres de la borne 2, près du moulin d’Aurodenberg, sur le faîte duquel grimpe une vigie. Enfin, des sentinelles et des patrouilles sont poussées en avant et postées sur les flancs, de façon à empêcher toute surprise.

Le 19 août, vers 5 heures, la vigie signale l’approche par la route de Hersselt d’une co- lonne d’infanterie et de cavalerie allemande. Ses éclaireurs atteignent bientôt le poste de surveillance qui se replie. Au loin, s’entend le bruit caractéristique de pièces d’artillerie roulant sur le pavé.

La compagnie d’avant-garde ennemie s’arrête à la lisière des couverts, à environ 400 mètres au nord du chemin de fer, tandis que, à l’extrême droite, six éclaireurs continuent à s’avancer vers le passage à niveau. Le commandant Gilson recommande à ses tirailleurs de se dissimuler et de laisser approcher les ennemis; puis, lorsqu’il les voit à une centaine de mètres, il saisit un fusil, vise tranquillement, posément, et abat trois Boches coup sur coup; épouvantés, les trois autres se précipitent dans un fossé. De nouveaux éclaireurs, plus nombreux, les remplacent immédiatement et la compagnie allemande d’avant-garde se déploie à l’est et à l’ouest de la route et engage la fusillade. Les Belges ne ripostent pas, mais la compagnie ennemie ayant fait, de toute sa ligne, et quasi sans se cacher, un bond en avant, Gilson ordonne l’ouverture du feu, fusils et mitrailleuses. Ce dernier tir est remarquable et si précis que le commandant ne peut s’empêcher de crier « bravo » au pointeur le plus proche: sous cette avalanche, la compagnie ennemie est presque anéantie.

A partir de ce moment, les Allemands ne cessent d’envoyer des renforts à la droite et à la gauche de leur déploiement initial. Ils débouchent des bois à 300 ou 400 mètres au nord de la ligne belge, mais, dès qu’ils se trouvent à découvert, leur marche est para- lysée par le feu de leurs adversaires. Quatre compagnies tentent en vain le passage et se retirent dans les bois, abandonnant un grand nombre des leurs dans la plaine. Vers 16 heures, l’artillerie allemande, placée au delà de la crête, sans doute vers la borne 3, ouvre le feu d’abord sur la lisière nord d’Aerschot, ensuite plus au sud, sur l’intérieur de la ville; quelques obus éclatent même dans la ligne belge. Une demi-heure après, deux mitrailleuses allemandes sont mises en action et l’on perçoit nettement leur « taratara » au milieu des détonations de la mousqueterie. Cependant par suite de l’absence de toute fumée, les Belges ne parviennent pas à discerner leurs emplacements. Enfin, grâce à ses jumelles, le commandant Gilson découvre sur un tas de bois une des mitrailleuses ennemies: un observateur accroupi donne des indications au pointeur. Il renseigne aussitôt l’objectif à la mitrailleuse voisine ainsi qu’à quelques tirailleurs et, en peu de minutes, la pièce allemande est réduite au silence. Les Boches en amènent une autre, dont Gilson, malgré sa proximité, a beaucoup de peine à déterminer l’emplacement exact. Dès qu’il le distingue, toujours grâce à ses jumelles, il dirige lui-même le feu et atteint deux servants.

Ne parvenant pas à enfoncer le front belge, les Allemands exécutent un mouvement tournant vers notre gauche. Trois ou quatre compagnies glissent le long du remblai ouest du chemin de fer de Herenthals, tandis que d’autres troupes débouchent du bois « De Heide », situé plus à l’ouest encore. En outre l’artillerie se rapproche et se poste à environ 700 mètres, à côté du moulin, dont la galerie cache un observateur. Quatre pièces exécutent un tir rapide de shrapnells exactement au-dessus de la ligne belge; les autres continuent à bombarder la ville d’Aerschot et ses lisières. Sur la crête, à l’est, se profilent dans le lointain des masses grises qui dévalent. Afin de s’opposer à ce mouvement tournant et d’empêcher l’ennemi de le couper, le colonel Flébus, commandant le 9e de ligne, envoie une compagnie occuper la voie ferrée derrière Aerschot, à hauteur du kilomètre 23. Par là, il aura une retraite sûre, si la position devient intenable.

Cependant tout l’effort ennemi porte sur la 4e compagnie du 1er bataillon, dont les hommes soutiennent depuis plusieurs heures un combat fort inégal. Par un cycliste, le commandant Gilson expédie un billet au major, notifiant: « 4/1 fortement engagée, Allemands nous débordent à gauche, puis-je compter sur renfort? » Cette demande ayant été transmise au colonel, celui-ci charge une compagnie de soutenir la 4/1, mais pour arriver à l’emplacement qu’occupe le commandant Gilson, cette compagnie doit traverser une zone découverte, balayée par l’artillerie ennemie à Geymelberg, dont le tir de barrage rend toute avance impossible. En vain les hommes essaient-ils de se creuser rapidement dés abris, la mitraille prend les tranchées d’enfilade et cause de nombreuses victimes. Dans ces conditions, le colonel juge la retraite nécessaire et il ordonne aux diverses compagnies de se retirer par la voie du chemin de fer, sous la protection des troupes placées en réserve. Mais les porteurs de l’ordre destiné à la 4e compagnie sont tués en cours de route et le commandant Gilson, resté sans instructions et sans renfort, voit successivement les compagnies qui occupaient sa droite se retirer vers Aerschot. Quel sera le sort de cette troupe qui va soutenir seule le choc del’ennemi? Le rapport du commandant Gilson nous l’apprend:

« En voyant, dit-il, les compagnies prendre définitivement la direction d’Aerschot, je compris que la position du régiment était devenue intenable. Deux éventualités se présentèrent aussitôt à mon esprit: a) ou bien l’ordre de retraite m’a été envoyé et ne m’est pas parvenu; b) ou bien on me laisse d’office le soin de protéger la retraite. Étant donné la situation précaire du régiment en marche sous le feu de l’artillerie allemande, situation dont le danger s’aggraverait considérablement si je cessais d’arrêter les forces importantes de l’ennemi et si Je lui laissais la faculté de se jeter sur les nôtres, je résolus de couvrir le régiment, et de lutter au besoin jusqu’à l’épuisement de mon effectif. Néanmoins, afin d’encourager mes hommes, je leur criai: « Courage, tenons encore quelques instants, « voici les camarades qui viennent nous secourir. » Mais le renfort n’arrivant pas, mes soldats se rendirent bientôt compte de l’ultime sacrifice qu’on attendait d’eux. Au milieu du fracas du combat, je leur rappelai la promesse qu’ils m’avaient faite à Liège de lutter jusqu’à la mort. « C’est maintenant, ajoutai-je, qu’on connaîtra les braves. » Tous ceux qui m’entendirent répondirent pas un geste d’approbation, par un geste de défi aux Allemands. En même temps, j’adressai à mon major deux nouveaux billets, exposant ma situation et ma résolution; ils ne parvinrent pas à destination, les porteurs furent tués dans la rue d’Aerschot dont l’entrée était littéralement soumise à une pluie de projectiles.

« Vers 7 heures, j’envoyai au carrefour un soldat chargé de s’assurer si tout le régiment s’était écoulé vers le sud. Lors de ma retraite, je trouvai son cadavre à l’entrée de la ville, la tête à moitié enlevée par un schrapnell. Je le reconnus aisément à sa besace en toile blanche.

» A partir de 7 heures et quart, nous fûmes quasi entourés par des forces que j’estime au minimum à dix compagnies. Le feu était devenu tellement violent qu’il m’était impossible de communiquer avec le peloton du lieutenant Fauconier, en crochet défensif à ma gauche.

« Vers 7 h. 30, le lieutenant Jacquet, placé à gauche de la route, me cria que la position était intenable, que les Allemands nous avaient tournés et nous tiraient dans le dos. Je le voyais bien, cependant j’estimai qu’il était trop tôt pour lâcher prise, l’ennemi pouvant encore accrocher le régiment. J’indiquai au lieutenant Jacquet, tant par cris que par gestes, qu’il fallait encore tenir malgré tout. Cet officier me répondit « compris » simplement en faisant le salut militaire. Le combat se poursuivit de la façon suivante: les Allemands avaient amené six mitrailleuses, deux sur notre front, deux sur notre droite, deux en seconde ligne. Les pièces d’artillerie tiraient continuellement les unes sur la ville, les autres sur notre ligne. Nous atteignîmes ainsi 7 h. 55. Une de mes mitrailleuses était hors de service (manchon crevé de balles), j’essayai de sauver la seconde: les servants tentèrent de la traîner en arrière; pendant les quelques minutes que demanda ce recul, la pièce fut frappée de balles et détériorée. Nous la jetâmes dans le fossé. A ce moment, le régiment devait être hors d’atteinte, il ne me restait plus qu’à sauver ce qui me restait d’hommes indemnes. Une centaine, tués ou blessés, étaient couchés sur le remblai, à leur poste de combat; d’autres étaient allés tomber à quelques mètres en arrière. Je sifflai pour la retraite, en commandant: « Par échelon, par la gauche, nous allons battre en retraite et lentement; adjudant Theys, avec votre section de droite vous protégerez le reste de la compagnie. »

A cet instant, une balle me frappa au visage. Je fis signe au lieutenant Fauconier de commencer le mouvement; il partit, suivi du peloton Jacquet, puis du peloton Theys avec la dernière section, que j’accompagnais. La retraite s’effectua sans précipitation, de la seule manière possible: en rampant; malgré cela, beaucoup d’hommes tombèrent encore sur l’espace qu’il fallait parcourir avant d’atteindre l’entrée de la ville, entrée littéralement balayée par les balles et par les shrapnells; étant resté tout à fait à l’arrière, je me collai avec sept hommes, dont deux blessés, contre une habitation; je tirai encore cinq cartouches sur les ennemis qui nous serraient de plus près, ensuite j’enlevai à un soldat tué le rouleau de cartes au 1/40 000e dont je l’avais chargé et le jetai dans un puits. Pendant une accalmie, nous nous remîmes en marche et enfin nous atteignîmes la gare déserte. Nous nous enquîmes du régiment. Quelques habitants, affolés d’ailleurs, nous assurèrent que les troupes avaient pris la route de Louvain, nous suivîmes à pied la voie du chemin de fer pendant un certain temps, traversâmes des jardins, puis nous engageâmes dans la même direction.

» J’ai l’honneur de signaler en tout premier lieu l’admirable intrépidité de mes trois chefs de peloton: lieutenant Fauconier, lieutenant Jacquet, adjudant Theys. Je ne trouve pas de mots assez forts pour dire combien leur conduite a été héroïque, combien elle a été sublime. Sous un feu décimant, ils sont restés absolument calmes et, avec un mépris complet de la mort, ils ont exécuté leurs ordres et accompli parfaitement la mission de protection que nous avions le grand honneur de remplir. Leur sang-froid, leur esprit d’abnégation, leur sentiment de compréhension d’un devoir sacré s’est transmis à leurs hommes. Je me permets d’insister pour l’obtention d’une distinction honorifique pour les trois chefs de peloton, qu’ils soient morts ou vifs. « Je ne sais pas encore quels sont les survivants de la compagnie, je sais seulement que les pertes sont grandes. Je salue avec une émotion intense la mémoire des braves qui sont tombés; je salue avec respect le courage de ceux qui vivent encore. Tous, je dis tous, se sont conduits en héros. Cependant, je signale particulièrement ceux qui sont restés auprès de moi en dernier lieu: sergent-fourrier van Wynendael; caporal Deltombe (blessé); caporal Bauwens (Fernand); soldat Berlens. Ces quatre militaires m’ont soutenu, presque porté par moment, pendant la retraite, quand par suite de la grande perte de sang je commençais à m’affaiblir et que ma vue se voilait… »

« Le commandant Georges Gilson »
Anvers, ambulance du gouvernement provincial

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La Belgique et la Grande Guerre

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