Milguerres

10 février 2013

Guerre froide partie3_

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Guerre froide – Cold War – Halodnaïa vaïna

Sommets États-Unis – Union soviétique (1943-1991) suite 
source wikipedia

 

Les relations entre les États-Unis et l’Union soviétique ont constitué le fil conducteur du déroulement de la Guerre froide, dont les phases successives de refroidissement ou de réchauffement ont été fortement influencées par la personnalité de leurs dirigeants.

Les sommets entre ces dirigeants en ont été la manifestation la plus spectaculaire. Pendant la Seconde Guerre mondiale, trois conférences au sommet avaient eu lieu entre les dirigeants américains, soviétiques et anglais. Cette pratique cessa après la guerre pour laisser la place à des conférences au niveau ministériel entre 1945 et 1955. En 1955, un nouveau sommet se tint à Genève sur l’initiative de Churchill, relançant cette pratique qui deviendra assez régulière jusqu’à la fin de la Guerre froide. De 1959 à 1991, vingt-deux sommets eurent lieu, la plupart entre Américains et Soviétiques seuls. Ces sommets traduisirent essentiellement la volonté de diminuer les risques de guerre nucléaire et de réduire les coûts énormes de la course aux armements par la limitation des arsenaux nucléaires de part et d’autre.

Formation et consolidation des blocs occidentaux et communistes (1945-1955)
Volonté de reconstruction et de paix au lendemain de la Seconde Guerre mondiale

Guerre froide partie3_ iron_c10 guerre11En 1945, face aux États européens ruinés par la Seconde Guerre mondiale, deux superpuissances émergent dans le contexte géopolitique mondial. Les États-Unis détiennent le monopole nucléaire depuis les bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki en août 1945 et disposent d’une puissance économique et financière inégalée. L’Union soviétique possède une force militaire décisive en Europe centrale et orientale et un prestige politique considérable9.
Une volonté initiale de paix

En août 1941, Churchill et Roosevelt avaient signé la charte de l’Atlantique, une déclaration commune s’inspirant des principes wilsoniens, dans laquelle les deux leaders prévoyaient la mise en place d’un « système étendu et permanent de sécurité générale ». En février 1945, les accords de Yalta reprirent ce propos et annoncèrent la convocation d’« une conférence des Nations unies sur l’organisation mondiale (…) le 25 avril 1945, aux États-Unis. »10 Le 26 juin 1945, portés par le mouvement d’une opinion publique choquée par les exactions nazies et la cruauté des combats, les délégués de 51 pays approuvèrent à San Francisco la Charte des Nations unies, texte fondateur de l’Organisation des Nations unies (ONU), dont l’objectif le plus important serait de « préserver les générations futures du fléau de la guerre qui, deux fois en l’espace d’une vie humaine, a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances. »
Une reconstruction économique impérative

Un nouvel ordre monétaire et financier mondial est créé autour du dollar américain pour éviter l’instabilité économique qui existait pendant l’entre-deux-guerres et relancer les échanges internationaux. Instituée le 22 juillet 1944 par les accords de Bretton Woods, à l’issue d’une conférence qui réunit 44 pays, cette nouvelle organisation de l’économie mondiale fut négociée en fait entre la France, le Royaume-Uni et les États-Unis.

Les accords établissent un Fonds monétaire international (FMI), dont les patrons successifs seront traditionnellement européens, ainsi qu’une Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), appelée communément « Banque mondiale », dirigée traditionnellement par un Américain. Le FMI et la BIRD ont notamment pour mission d’assurer la stabilité des devises nationales et d’accorder des prêts à la reconstruction et au développement.

Par ailleurs, les accords instituaient un système de parités fixes par rapport au dollar US, seule monnaie entièrement convertible en or. Comme les États-Unis avaient une réserve d’or avoisinant les trois quarts des réserves mondiales, le dollar US s’imposa forcément comme monnaie de réserve internationale, au même titre que l’or. En effet, pour financer la guerre, les puissances européennes avaient dû vendre leurs stocks d’or aux États-Unis. Ainsi, le nouveau système monétaire ne reposait plus uniquement sur le métal fin détenu par les banques centrales, mais sur le dollar US, « as good as gold », dont la valeur était garantie par la Réserve fédérale des États-Unis, de même que par la formidable puissance économique des États-Unis.
Rivalité stratégique inéluctable des empires américains et soviétiques

Dès le XIXe siècle, Alexis de Tocqueville prédit que les États-Unis et la Russie impériale ont tous deux vocation à devenir un empire à l’échelle mondiale, et s’opposeront pour la domination globale dès qu’ils entreront en contact. Il écrit que « chacun d’entre eux [États-Unis et Russie] semble être appelé par un dessein secret de la Providence à tenir un jour dans ses mains les destinées de la moitié du monde »11. La « destinée manifeste » des États-Unis d’un côté, la volonté d’expansion de la Russie communiste de l’autre, entraîne la rivalité stratégique des deux principaux États impérialistes, que tout oppose qu’il s’agisse du modèle politique, sociétal, économique ou idéologique :

guerre12 Le fait que l’Union soviétique fût une société « fermée » –surtout sous Staline, où il était extrêmement difficile de savoir qui avait de l’influence sur quoi, quelles étaient ses vraies ressources et ses intentions – fut l’un des traits marquants de la guerre froide, alimentant les doutes et les craintes (réelles ou imaginaires) de l’Ouest qui, de son côté, avec ses changements de gouvernement et de politique selon les élections successives, rendait souvent perplexes les analystes soviétiques.

L’apparition de l’arme atomique en 1945, utilisée par les américains à à Hiroshima et Nagasaki et que les Soviétiques vont mettre au point à marche forcée faisant exploser dès 1949 un premier engin, va contribuer à établir les deux pays comme les deux seules grandes puissances dans le monde, au détriment notamment de la Grande-Bretagne et de la France, de surcroît aux prises avec la décolonisation.

La capacité de destruction inégalée de ces armes qui pour la première fois rendent les États-Unis réellement vulnérables à une attaque et mettent en jeu la survie même des deux Grands, et la course aux armements stratégiques 12qui va résulter de la crainte qu’a chacun de se voir dépassé et donc mis en situation d’infériorité par son rival, vont symboliser la guerre froide entre les deux Grands, davantage encore que ses dimensions idéologique, politique ou économique.

Jusqu’au milieu des années, la doctrine d’emploi de ces armes nouvelles demeurera sujet à de nombreuses hésitations et à de nombreuses limitations opérationnelles qui en atténueront considérablement l’impact dans le déroulement concret des négociations et crises qui émailleront ces dix premières années de la Guerre froide. Toutefois, la supériorité nucléaire marquée des États-Unis jusqu’en 1955 aura certainement été un facteur de l’agrégation des pays de l’Europe de l’Ouest en un bloc lié par de solides accords de défense du fait de la menace que faisait peser sur eux l’énorme supériorité de l’Union soviétique en matière de forces conventionnelles.

L’arme nucléaire aura-t-elle été déterminante dans le fait que cette guerre sera restée froide ? Certains auteurs le pensent, d’autres estiment que la démonstration faîte par la première puis à une échelle encore plus grande par la Seconde Guerre mondiale que les destructions infligées à tous les belligérants dans une guerre de grande ampleur menée avec les moyens propres au XXème siècle était suffisante pour décourager les deux camps à se lancer dans une escalade militaire qu’ils ne maîtriseraient plus13.

Constitution des deux blocs en Europe

Dès septembre 1945, en application des accords de Potsdam, les grandes puissances se réunirent dans le but d’apporter des réponses aux questions de paix, de développement économique et de sécurité en Europe. Le sujet majeur en fut le règlement du problème allemand qui ne trouvera son dénouement provisoire qu’en 1955, avec la reconnaissance de l’existence de deux états allemands, la RFA et la RDA, ancrés respectivement dans le camp occidental et le camp communiste. Témoignant d’une activité diplomatique intense, ces conférences internationales aboutirent en une décennie (1945-1955) à des accords de paix avec tous les pays belligérants de la Seconde Guerre mondiale (à l’exception majeure de l’Allemagne) et à la mise en place des alliances et des institutions intergouvernementales qui régiront chacun des deux blocs en Europe jusqu’à la fin de la guerre froide.
Situation de l’après-guerre en Europe, source de tensions entre les anciens Alliés

La Seconde Guerre mondiale s’achève à peine que les relations entre les Américains et les Soviétiques se dégradent. L’URSS affirme vouloir garantir sa sécurité en s’entourant de pays alliés le long de ses frontières. L’Armée rouge ne se retire pas des pays qu’elle a libérés du nazisme et, contrairement aux engagements pris à la conférence de Yalta, n’y organise pas d’élections libres.

Staline cherche à mettre l’URSS à l’abri d’une nouvelle attaque par la création d’un « glacis » territorial et idéologique, c’est-à-dire d’un espace protecteur qui éloigne la menace des frontières soviétiques :

en repoussant plus à l’Ouest les frontières de l’URSS par l’annexion des pays baltes et d’une partie de la Pologne, alors que les territoires allemands situés à l’est de l’Oder et de la Neisse de Görlitz sont placés sous administration polonaise (partage effectué lors de la conférence de Potsdam) ;
en imposant des gouvernements pro-soviétiques dans les pays d’Europe centrale et orientale occupés par l’Armée rouge (à l’exception de l’Autriche), pays qui deviendront plus tard des « démocraties populaires ». Le coup de Prague de février 1948 en Tchécoslovaquie – l’une des rares réelles démocraties d’avant-guerre en Europe de l’Est – fut l’expression la plus visible, pour l’Ouest, de cette politique, et fut perçu comme la manifestation de la volonté hégémonique de l’URSS.

Avant même la fin des hostilités avec l’Allemagne, l’Union soviétique a établi sa domination dans les territoires libérés par l’Armée rouge :

arrestation de seize dirigeants de l’Armée secrète polonaise, formellement conviés à Moscou pour des « entretiens politiques », les deux principaux leaders de la résistance polonaise mourant en prison quelques mois plus tard. Le gouvernement polonais en exil à Londres, abandonné par les Occidentaux, se voit dénier peu à peu toutes prérogatives, et le comité de Lublin formé par les Soviétiques prend le contrôle du pays ;
attribution de la province tchécoslovaque de Ruthénie subcarpatique à l’Ukraine, ce qui procure à l’Union soviétique une frontière commune avec la Hongrie ;
installation au pouvoir des partis communistes tant à Bucarest qu’à Sofia, et élimination de toute autre formation politique ;
mise en place à Vienne, sans consultation des Occidentaux, d’un gouvernement provisoire pro-soviétique dont le chef a approuvé l’Anschluss en 1938 ;
enfin, le maréchal Tito, maintenant établi à Belgrade, refuse, contrairement à ce que le Kremlin avait promis aux Alliés, de laisser le roi Pierre II rentrer de son exil.

De plus en plus inquiet de ces violations répétées de la charte de l’Atlantique et de la Déclaration sur l’Europe libérée de Yalta, Churchill s’alarme dans un télégramme du 12 mai 1945 à Truman des risques de voir les forces soviétiques s’avancer jusqu’aux rives de l’Atlantique, et utilise déjà l’expression « Rideau de fer », qui deviendra célèbre. En mars 1946, dans un discours retentissant, il dénonce ouvertement cette mainmise soviétique sur l’Europe centrale et orientale. « De Stettin dans la Baltique à Trieste dans l’Adriatique, un rideau de fer est tombé sur le continent. (…) Les partis communistes, qui étaient très faibles dans tous ces États de l’Est de l’Europe, ont obtenu un pouvoir qui dépasse de beaucoup leur importance, et cherchent partout à exercer un contrôle totalitaire. Des gouvernements policiers s’installent un peu partout, au point qu’à l’exception de la Tchécoslovaquie, il n’y a pas de vraie démocratie. »

En Allemagne, dans leur zone d’occupation, les Soviétiques mènent avec vigueur la dénazification décidée à la conférence de Potsdam. Plus de 120 000 personnes sont internées dans des « camps spéciaux » qui existeront jusqu’en 1950. 42 000 détenus y seraient morts de privations et de sévices14. Cette politique d’épuration va de pair avec la nomination de cadres communistes aux postes-clés de l’administration, de la police et de la justice, et plusieurs milliers d’agents ayant travaillé sous le IIIe Reich sont « recyclés » par les nouveaux services de sécurité d’Allemagne de l’Est ou maintenus dans l’administration15 et de nombreux fonctionnaires de l’ancien régime serviront le nouveau pouvoir jusqu’aux années 1960.

Les alliés occidentaux, en revanche, misent davantage sur une « rééducation » (Umerziehung) du peuple allemand16, associée à une politique d’indulgence à l’égard des « suiveurs » (Mitläufer) et sympathisants du régime. Des scientifiques allemands sont ainsi récupérés par la Joint Intelligence Objectives Agency (JIOA) afin de travailler pour les États-Unis (opération Paperclip), tandis qu’il est permis à d’anciens fonctionnaires ou militaires du Troisième Reich, s’ils n’ont pas été condamnés par la justice, d’exercer à nouveau leurs fonctions. Dès la fin de la guerre, l’Office of Strategic Services (OSS), embryon de la Central Intelligence Agency (CIA), confie à l’ex-major-général de la Wehrmacht Reinhard Gehlen, chef de l’Abwehr pour le front est (Abteilung Fremde Heere Ost), le soin de créer un service de renseignements couvrant l’ensemble des territoires naguère occupés par l’Allemagne17. Pour justifier son budget – en partie utilisé pour exfiltrer d’anciens collaborateurs ou des criminels de guerre nazis –, ce réseau d’espionnage nouvellement créé, précurseur du Bundesnachrichtendienst (BND) et baptisé Gehlen Org par la Défense américaine, transmet parfois des informations entièrement fabriquées et de plus en plus inquiétantes sur la puissance de l’Armée soviétique et sur la stratégie expansionniste de l’URSS. Dès 1947, les États-Unis en font un élément de leur propagande, alors qu’en réalité l’Union soviétique n’a pas encore commencé à se remettre du conflit mondial18.

Il faut préciser toutefois que, même en admettant que Staline n’ait pas eu l’intention d’étendre par les armes la sphère de domination soviétique, l’URSS n’en vassalisa pas moins les pays qu’occupait son armée, grâce à la mise en place progressive de « démocraties populaires » ; et qu’elle entreprit plusieurs tentatives d’accroître par intimidation sa sphère d’influence en Iran (voir crise irano-soviétique), en Grèce et en Turquie. Comme le disait Staline lui-même, il savait ne pas aller trop loin s’il sentait se crisper la résistance à ses ambitions.

Europe de l’Ouest et zone d’influence des États-Unis

La formation des démocraties populaires est ressentie par les pays occidentaux comme une menace. Ils réagissent :

Politiquement : le 11 mars 1947, un an après le discours de Fulton, le président Harry S. Truman annonce sa politique de containment (endiguement) du communisme, aussi appelée la doctrine Truman, qui considère l’opposition ouest/est comme un conflit entre deux systèmes antinomiques : « démocratie » contre « totalitarisme ». La doctrine Truman prévoit d’assister tout pays qui pour conserver son indépendance combat l’expansionnisme soviétique. L’application de cette doctrine amènera les États-Unis à intervenir loin de leur territoire et en faveur de régimes dictatoriaux. En 1954, les États-Unis participent au coup d’État au Guatemala qui remplace un gouvernement démocratiquement élu par une dictature (Opération PBSUCCESS). Lors de la guerre froide, beaucoup de dictatures d’Amérique latine et d’Europe soutiennent les politiques américaines, qui sont vues comme un rempart face à la montée du communisme : l’Espagne de Franco, le Portugal de Salazar, la Grèce du régime des colonels à partir de 1967, la Turquie du général Kenan Evren après le coup d’État de 1980, le Chili de Pinochet, l’Argentine de la junte de Videla après 1976, le régime militaire brésilien à partir de 1964, etc. Il y a aussi une opposition économie de marché contre économie planifiée quoique là encore, la Yougoslavie de Tito adopte un système « autogestionnaire », tandis qu’en Europe des régimes d’économie mixte sont adoptés : le dirigisme en France, de larges nationalisations au Royaume-Uni.

Économiquement : à partir de 1947, les États-Unis mettent en œuvre le plan Marshall, aide économique pour la reconstruction de l’Europe, en tant que complément à la doctrine Truman19. En juin 1947, dans un discours prononcé à l’université Harvard, le secrétaire d’État George Marshall offrit à l’Europe « une aide fraternelle » afin de vaincre « la faim, le désespoir et le chaos » qui régnaient. Le plan Marshall ou « plan de Reconstruction européenne » ((en) European Recovery Program) était proposé à toute l’Europe, y compris aux pays de l’Est, et même à l’Union soviétique.
…/…
notes
↑ Un des aspects les plus terrifiants de la guerre froide fut la course aux armements entre les États-Unis et l’URSS ; Armement nucléaire [archive]
↑ (en) Sean M. Lynn-Jones, Nuclear Diplomacy and Crisis Management, The MIT Press, 1990, 347 p. (ISBN 0-262-62078-2), p. Pages 3-27 The essential irrelevance of Nuclear Weapons
↑ Heinrich A. Winkler, Histoire de l’Allemagne, XIXe ‑ XXe siècle, Fayard, 2000, p. 565
↑ Christine Ockrent, Alexandre de Marenches, Dans le secret des princes, Stock, 1986, p. 86
↑ Avec un succès très limité : en novembre 1946, d’après un sondage en zone américaine, 37 % d’Allemands estimaient que « l’extermination des Juifs, des Polonais et d’autres « non-Aryens » était indispensable à la survie du peuple allemand » et, en 1952, 25 % des Allemands de l’Ouest admettaient avoir « une opinion favorable » sur Hitler. (Voir Tony Judt, Postwar – A History of Europe since 1945, Pimlico, 2005, p. 58)
↑ J. Loftus, L’Affreux Secret : quand les Américains recrutaient des espions nazis. De Gehlen à Barbie, Plon, Paris, 1985
↑ Voir notamment E. J. Hobsbawm, L’Âge des extrêmes, Éditions Complexe, 1994.
↑ L’organisation du bloc occidental sur le plan économique [archive]

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