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19 janvier 2013

L’Ecole Centrale de T.S.F., l’appel du 18 Juin et l’entrée en résistance

milguerres @ 2 h 14 min

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L’Ecole Centrale de T.S.F.,

l’appel du 18 Juin et l’entrée en résistance
http://www.ece.fr/90ans/lecole-centrale-de-t-s-f-lappel-du-18-juin-et-lentree-en-resistance
http://www.ece.fr/90ans/sur-quelle-longueur-donde-fut-diffuse-lappel-du-general-de-gaulle
JJ Wanègue
voir également : L’Ecole Centrale de T.S.F. et ses soldats de l’armée des ombres

Reconstitution au Musée de Radio France du studio de la BBC à Bush House d’où le 18 Juin 1940 le Général de Gaulle lança son appel aux Français pour ne pas capituler et se joindre à lui pour résister à l’ennemi. A gauche la cabine speaker avec le texte de son discours et le micro Marconi-BBC, et à droit la cabine de contrôle. (collection du Musée de Radio France, photos JJ Wanègue)

 

 

L’Ecole Centrale de T.S.F., l’appel du 18 Juin et l’entrée en résistance jc-mon10

 

 

Paris, 18 Juin 1940, 20 heures. Cela fait quatre jours que les Allemands sont entrés dans Paris. La capitale s’est vidée de la presque totalité de ses habitants depuis une semaine. Ils s’en sont allés sur les routes de l’exode grossir ce flot de millions de personnes errant sans but précis avec pour seul motif le souvenir des atrocités vécues lors de l’offensive allemande de l’été 1914. L’irrésistible avancée de la Wehrmacht se fait chaque jour plus menaçante. Les bombardements de Varsovie, et plus récemment ceux de Rotterdam font redouter le pire. Dans cette chaude soirée de printemps il est un homme qui écoute la radio et qui, probablement lassé des propos lénifiants de la radio nationale, préfère écouter les bulletins d’information de la BBC appréciés par de nombreux Français pour leur qualité et leur précision.

Cet homme, c’est Eugène Poirot, le directeur de l’Ecole Centrale de TSF de la rue de la Lune. Après avoir été mobilisé pour cette drôle de guerre, on lui a demandé de reprendre les commandes de son école afin de former les techniciens et les opérateurs radio dont l’armée a un impérieux besoin.
Chaque jour la BBC diffuse plusieurs bulletins en français.
Lors du bulletin de 20 h 15 le speaker annonce que le général de Gaulle s’adressera le soir même aux auditeurs français à 22 heures. Peut-être que retenu par ses occupation à l’école, Eugène Poirot n’a pas entendu cette annonce car la France est à GMT -2. Il est donc 18 h15 à Paris. Mais lorsque l’on connait son souci d’être toujours informé et son patriotisme, lui qui est né avec la TSF, on sait qu’il y a dans son bureau un poste de radio balayant les ondes à la recherche des toutes dernières nouvelles.

 

 

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C’est donc par hasard que ce soir là il est présent pour ce rendez-vous avec l’histoire.
La veille, à midi, le Maréchal Pétain s’adresse aux Français depuis les studios de la radio d’Etat Bordeaux-Lafayette.
Son message est relayé par toutes les stations de radio encore en état de fonctionner.
D’une voix brisée il annonce aux Français : « … C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat.
Je me suis adressé cette nuit à l’adversaire pour lui demander s’il est prêt à rechercher avec nous, entre soldats, après la lutte et dans l’honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilités … »
Refusant de voir la France capituler face à l’ennemi, le général de Gaulle obtient du Premier Ministre britannique, Winston Churchill, la possibilité de s’adresser aux Français.

Bien que les avis divergent sur l’heure exacte à laquelle il lança son appel du 18 Juin, de nombreux éléments concordent pour considérer que le discours qui allait redonner espoir aux Français leur fut adressé à 22 heures, heure de Londres, soit 20 heures pour la France.

C’est ainsi qu’il se rend en début de soirée à Bush House au siège de la BBC.
Il s’installe dans le studio 4C. Le speaker lui demande de faire un essai pour la voix.
De sa voix forte il dit « La France ».
Le speaker répond « parfait » comme le rapporte Jean Marin, correspondant de l’agence Havas à Londres et l’une des futures voix de la France libre.
Après la lecture du bulletin d’information par le speaker de service, il peut enfin s’adresser aux Français : « Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement.

Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s’est mis en rapport avec l’ennemi pour cesser le combat … Foudroyés aujourd’hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là. Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j’invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j’invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d’armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, à se mettre en rapport avec moi … »

Combien sont-ils ces Français à entendre cet appel d’un général qui, pour la plupart, leur est totalement inconnu ? On ne le sait pas.

Malgré l’existence de plus de 6 millions de récepteurs dans les foyers, soit presque un foyer sur deux, seule une partie de la population est en mesure d’écouter la radio à ce moment là, l’autre partie étant plongée dans le dénuement et le chaos inextricable de l’exode. Mais le bouche à oreilles fait son œuvre et plusieurs journaux publient le lendemain des extraits de l’appel. Les 19 et 22 Juin, le général s’adresse de nouveau aux Français.

Aucun doute que pour Eugène Poirot, à la seconde où il entend ce message, sa décision est prise. Ni le combattant de la guerre de 1914-1918, ni l’homme de radio, ne peuvent rester insensibles à cet appel. L’école entrera en résistance. Dès les premiers mois d’occupation c’est là désobéissance à l’occupant qui veut contrôler l’enseignement.

C’est aussi l’organisation d’un réseau de résistance au sein même de l’école par Lucien Chrétien, directeur des études, et Mme. Suzanne Degoix, responsable du personnel administratif. Cette dernière devient agent de liaison. L’école est le siège de quelques réunions clandestines et fait office de boîte aux lettres à la disposition d’agents extrêmement actifs. On aide les réfractaires et les résistants.
Pour cela l’Amicale des Anciens Elèves met sur pied un service anti-STO. En établissant de faux états-civils et grâce à des filières permettant le passage de la ligne de démarcation, cette association permet à plusieurs centaines de nos compatriotes d’éviter un départ forcé vers l’Allemagne.

 

 

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Ce poste de marque INOVAT à 5 lampes date de 1934. Il était la propriété de l’arrière grand-père de l’auteur de cette photo et c’est en Normandie que son aïlleul pu entendre sur cet appareil le soir du 18 Juin l’appel du Général de Gaulle. (photo/collection privée L. Le Davay)

En Février 1941, une ordonnance des autorités occupantes condamne l’école à supprimer ses cours d’opérateur et impose de larges amputations dans les programmes de cours industriels. Mais au nez et à la barbe de l’occupant, moyennant quelques manipulations pédagogiques, on arrive à enseigner les sujets interdits.

Certains élèves soucieux de ne pas ralentir leur apprentissage des techniques radioélectriques iront jusqu’à demander des cours très « privés » à des professeurs comme Jean Quinet. Un jour la gestapo vient rue de la Lune pour arrêter Lucien Chrétien. Eugène Poirot lui propose de fuir par une issue de secours. Le temps lui manque-t-il ou préfère-t-il se laisser arrêter pour éviter à l’école de plus graves ennuis ? On n’en sait rien.

Mais toujours est-il qu’il est arrêté et emprisonné. Durant tout son séjour à l’ombre le directeur le suivra sans discontinuer jusqu’à sa libération quelques mois plus tard. Son absence ne passe pas inaperçue, en particulier à l’école des Orphelins Apprentis d’Auteuil. Là, comme le raconte dans son récit Yves Salomon alors apprenti à l’atelier de radio, on y construit des postes de radio pour la marque CARAC. Lucien Chrétien y intervient comme ingénieur conseil.

Un jour il vient avec des plans pour leur faire fabriquer des cadres de réception permettant d’éviter le brouillage et de capter clairement la BBC. Puis Lucien Chrétien ne réapparait pas.

On en conclut qu’il devait avoir des activités dans la résistance et que celles-ci venaient de lui imposer de se mettre au vert.

Pour Mme. Suzanne Degoix les choses se passèrent différemment.
Elle est dénoncée, emprisonnée et torturée par la gestapo.
Mais elle fit montre d’un courage exemplaire et malgré les souffrances imposées elle trouva la force pour ne rien livrer de ce qu’elle savait et préserver ainsi bien d’autres résistants.

En conséquence de quoi elle fut déportée au camp de Ravensbrück comme prisonnier politique.
Elle n’en reviendra qu’en 1945.
Connaissant le nom de la personne qui l’avait dénoncée, elle instaura à son retour un petit rituel.

Chaque année elle prenait la peine d’appeler cette personne pour lui dire combien elle pensait à elle et qu’elle se portait toujours fort bien.
Tous ces faits sont fixés dans les trois Croix de Guerre décernées à Mme. Suzanne Degoix, à MM. Lucien Chrétien et Eugène Poirot.

Il est évident qu’au travers de ces citations l’Ecole Centrale de TSF de la rue de la Lune se trouve honorée. Mais aux travers de ses élèves et anciens élèves elle sera encore maintes fois honorée comme l’attestent les quelques récits publiés dans le paragraphe suivant.

Sur quelle longueur d’onde fut diffusé l’appel du Général de Gaulle ?

Ceux qui s’interrogent sur quelle longueur d’onde les Français avaient pu capter l’appel du Général de Gaulle lancé le 18 Juin 1940 à 20 heures, heure de Paris, se posent là une intéressante question à laquelle nous avons essayé de répondre. La BBC, qui à l’époque n’est pas repérée sur les cadrans par ses trois lettres, dispose à travers le pays de plusieurs émetteurs à vocation nationale ou régionale. A la déclaration de guerre elle procède à une réaffectation de ses fréquences. En particulier le programme national qui était diffusé en petites ondes sur 261 mètres (1 149 kHz) passe sur 449 mètres (668 kHz), l’ancienne longueur d’onde de North Regional, et sur 391 mètres (767 kHz), l’ancienne longueur d’onde de Scottish Regional. Ces deux stations sont facilement repérables sur ce cadran : North Reg. et Scottish Reg.

La longueur d’onde libérée par Londres National est ainsi utilisée pour la diffusion des programmes à destinations de l’Europe, position sur laquelle l’aiguille du cadran a été placée (Londres Nat.). En Mars 1940 la BBC procède à un changement de longueur d’onde pour ses émissions vers l’Europe. Elle se calle sur 373 mètres (804 kHz), toujours sur les petites ondes et occupe ainsi la longueur d’onde initialement utilisée par le programme Welsh Regional et qui ne figure pas sur ce cadran. A la place on y trouve la sation régionale West Reg. Ce qui veut dire que c’est a priori sur cette longueur d’onde que fut reçu l’appel du 18 Juin. Il fallait donc se mettre en PO et amener l’aiguille du cadran sur WEST REG.
A partir d’Octobre 1940 les programmes à destination de l’Europe changent encore de longueur d’onde. On émet d’une part sur 286 mètres (1 050 kHz) avec l’émetteur de Start Point. D’autre part on revient sur la longueur d’onde de 261 mètres en utilisant l’émetteur de Droitwich initialement callé sur 1 500 mètres grandes ondes. En Novembre 1941 cet émetteur reprendra ses émissions en grandes ondes sur 1 500 mètres pour diffuser les programmes à destination de l’Europe. D’autres changements dans le choix des longueurs d’onde pour ces programmes interviendront en 1943 et 1944.
On imagine aisément que tous ces changements de fréquences n’ont pas du simplifier la vie de tous ceux qui durant les heures difficiles et douloureuses de ce conflit souhaitaient entendre la voix d’une France qui avait décidé de ne pas se soumettre face à l’occupant. En conclusion, il semble établi que cet appel du Général de Gaulle lancé ce soir du 18 Juin 1940, n’a pu être reçu en France qu’en petites ondes sur 373 mètres. Mais nous ne tenons pas pour définitive cette affirmation et poursuivons notre enquête. Nous ne manquerons pas de vous tenir informés, et comme on dit « stay tuned ».

JJ Wanègue
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fleche26

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