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26 novembre 2012

La Bataille de Verdun Février

milguerres @ 20 h 50 min

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Période février 1916

1916 – La bataille de Verdun

L’avancée allemande sur la Rive Droite

fleche-boule8 dans source : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm


Fin 1915 et jusqu’au 20 février – Etat du front Français, préparatifs Allemands, forces en présence

Pourquoi les Allemands ont-ils choisi d’attaquer à Verdun ?La Bataille de Verdun Février  falkenhayn
Début 1916, l’Allemagne a besoin d’une victoire militaire marquante.
Le général von Falkenhayn, commandant en chef du front de l’ouest songe à frapper un grand coup.

Erich von Falkenhayn est né le 11 septembre 1861 à Burg Belchau en Pologne.
En 1913, il est nommé ministre de la guerre.
En septembre 1914, il devient général d’infanterie et succède à von Moltke à la tête de l’état-major général allemand du front de l’Ouest. D’un caractère hautain et arogant, tenant des propos acerbes, il gagne rapidement l’hostilité de la plupart des autres généraux de l’armée allemande. Cependant, il a la confiance du Kaiser qui voit en lui l’homme de la victoire.
En 1915, il prépare l’offensive russe. A la fin de l’année, il prépare l’offensive de Serbie.
En 1916, il est chargé de conçevoir la grande offensive sur Verdun qui doit « saigner à blanc » l’armée française.

Les raisons qui imposent cette victoire de l’Allemagne sont les suivantes :
- ses ressources en hommes et en matériels ne sont pas inépuisables, contrairement aux alliés ;
- les Allemands commencent à douter de l’issue du conflit et subissent les effets de la guerre lisibles à travers la presse, il y a donc nécessité à remonter le moral national ;
- l’Allemagne a besoin d’un élément de négociation pour imposer sa paix.

Or toutes les hypothèses d’attaque sur le front oriental semblent présenter peu d’intérêt ou trop d’inconvénients ; de plus, l’Angleterre est très dangereuse par sa puissance navale et parce qu’elle instaurera tôt ou tard le service national et pourra jeter dans la bataille des forces neuves, d’où la volonté de décourager cette dernière en saignant à blanc « sa meilleure épée », la France.

Ce choix aurait également l’avantage de mettre la Russie (en la privant du soutien occidental) dans l’incapacité de maintenir son effort de guerre. En conséquence, le front français apparaît comme la seule solution.

Pour cela, le général Falkenhayn prévoit une offensive écrasante sur un secteur limité, afin de ne pas trop dégarnir les autres points. L’objectif territorial importe peu, il ne s’agit pas d’occuper, mais de tuer.
Sa tactique est d’attaquer en tenaille un saillant du front français et d’employer intensément l’artillerie avec une technique de hachoir ou « Trommelfeuer ». L’artillerie lamine en profondeur les lignes ennemies et permet à l’infanterie d’occuper le terrain, ainsi détruit, quasiment sans combattre. En outre, cette tactique favorise la suppression des traditionnels combats d’infanterie.

Deux villes offrent cette caractéristique, Belfort et Verdun. Falkenhayn retient finalement Verdun car les forces françaises, acculées à la Meuse qui coupe en 2 le saillant, seront contraintes de se battre le dos au fleuve. Mal reliées à leurs arrières, elles seront comme prises dans une nasse.

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Verdun

Les collines entourant la place de Verdun offrent des positions idéales pour contrôler le secteur et bombarder la ville. La présence de forêts profondes et de bois permet d’acheminer, dans une relative discrétion, hommes et matériels, notamment en Woëvre. Du reste, d’excellents observatoires naturels sont déjà aux mains des Allemands : Crête de Romagne, Jumelles d’Ornes…
Falkenhayn n’ignore pas non plus, grâce à ses réseaux de renseignement, que la place forte de Verdun est très affaiblie par le désarmement des forts et le retrait de garnisons décidés en août 1915 par l’Etat-major français…

L’offensive doit permettre de réduire le saillant. C’est de là qu’une attaque française pourrait être déclenchée afin de « rendre intenable le front allemand ». De plus, le saillant de Verdun menace les voies de communications allemandes proches d’à peine 20 km et semble présenter « un danger d’une grande importance militaire ».

L’état-major allemand ne pense pas devoir redouter une contre-attaque française en raison de la faiblesse des communications de Verdun avec l’arrière. Les liaisons ferrées avec Chalons et Nancy sont coupées, de même que la voie reliant Verdun à Sainte-Menehould, coupée à hauteur d’Aubréville. Il existe encore l’étroite voie ferrée, mal entretenue, tracée entre Bar-le-Duc et Verdun : le Meusien. En revanche, les Allemands disposent de 14 voies ferrées (dont 11 construites par leur soin), ce qui facilite l’acheminement rapide des soldats et des matériels. En outre, ils peuvent s’appuyer sur l’arrière-pays industriel de Moselle, du Luxembourg ainsi que sur les bassins miniers du haut-pays lorrain.

Enfin Verdun a une signification affective particulière pour les Allemands. C’est là qu’en 843 a été partagé l’empire de Charlemagne, commune référence de l’histoire française et allemande. Depuis les 2 pays se sont bien souvent disputé la place (en 1792 et en 1870). Verdun est l’avant-poste de la France face à la forteresse allemande de Metz.
Aussi, estime Falkenhayn, les Français défendront ce lieu symbolique jusqu’au dernier homme et que l’état-major français y engagera ses réserves. Une fois prise dans la nasse, leur armée y sera saignée à blanc, exterminée à un point où elle ne pourra pas se relever.
En cas de succès retentissant, le prestige de la famille impériale s’en trouvera renforcé.

 

La place forte de Verdun :
Le polytechnicien Séré de Rivières fut chargé de la fortification du Nord-Est de la France après la guerre de 1870. Il construisit des régions fortifiées linéaires intégrant les obstacles naturels et ponctuées de camps retranchés. Verdun, pôle nord privilégié dans le nouveau réseau défensif, retrouva alors son rôle historique de forteresse.

En effet, c’est une base offensive : tête de pont de la France sur la Meuse pouvant contrebalancer Metz, alors annexée, et un nœud de communication Nord/Sud et Est/Ouest. De 1875 à 1914, une double ceinture fortifiée fut créée autour de Verdun qui apparaissait, à la veille de la guerre, comme la place la plus moderne et la plus puissante de l’Est de la France.

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L’état du front français à Verdun :
Au début de l’année 1916, l’état du front français dans la région de Verdun est pitoyable :

- Les 1ère lignes ne sont qu’une suite de tranchées en grande partie éboulées et ne formant pas une ligne continue. Leurs parapets sont étroits et leurs créneaux trop espacés.
Le réseau de fil de fer barbelé est peu dense et en très mauvais état. En certains endroits, il est remplacé par de simples haies en bois, à d’autres, il n’y a rien du tout. Par exemple, l’espace entre le bois d’Haumont et le bois des Caures est pratiquement libre, en cas d’attaque subite, l’ennemi n’aura même pas à réaliser une brèche.
Les postes d’observation sont trop peu nombreux, mal placés, ils n’offrent pas une vision suffisante et efficace.
Les abris et les sapes sont peux profonds et ne protégent que des éclats d’obus. Ils ne peuvent en aucun cas supporter un violent et puissant bombardement. Quelques cavernes ont été creusées mais elles ne sont pas volumineuses et ne disposent que d’une seule issus ;

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- Les secondes lignes sont un peu mieux réfléchies et dessinées, mais elles sont trop espacées et totalement laissées à l’abandon. Un gros travail est nécessaire pour les remettre en état ;

- En arrière, les villages sont quant à eux organisés assez logiquement mais insuffisamment. Les liaisons entre chacun d’eux et vers les lignes de front sont dérisoires.
Un seul boyau étroit relit le village de Forge à la côte de l’Oie. Quelques boyaux seulement, ne bénéficiant d’aucune protection, partent de Forge vers l’avant. C’est un espace totalement libre entre le village de Brabant et le village de Consenvoye.
Les jumelages (2 tranchées parallèles pour la montée des renforts et l’évacuation des troupes et blessés) sont inexistants.
Les postes de commandement solidement organisés et placés à des endroits stratégiques font cruellement défaut.

driant2Ces manquements aux règles élémentaires de la guerre de tranchée, qui dure déjà depuis un an, ne passent pas inaperçu pour tout le monde.
Le général Chrétien (commandant du 30e Corps), dès que la région fortifiée de Verdun lui est confiée, visite ses lignes et envoi une lettre à Paris fin 1915, faisant état de ces graves malveillances. De son coté, le général Becher, adjoint du général Chrétien, constate et signale les même imperfections.
Enfin, le colonel Driant, défenseur du bois des Caures, ne cesse en janvier et février 1916 de demander des troupes et du matériel pour remettre en état et renforcer son secteur.
Toutes ces réclamations resteront sans suite, la raison invoquée est qu’il n’est pas nécessaire de renforcer ce secteur puisqu’il est calme et que les Allemands n’attaqueront pas ici.

 

Le désarmement des forts de Verdun – le décret du 5 août 1915 :
Le 5 août 1915 est signé un décret stipulant le démantèlement en garnison et en armement des forts de la région fortifiée de Verdun. En effet, au ministère, on considère que :

- Comme les forts de Verdun bénéficient d’un puissant armement non utilisé, ils sont les mieux placés pour fournir rapidement une artillerie lourde qui fait défaut pour la grande offensive de Champagne en cours de préparation ;

- En raison de la puissance de l’artillerie mobile moderne, les défenses d’une place fixe sont vouées à une destruction certaine. Pourquoi alors laisser des canons se faire détruire ? On prend en exemple les forts de Maubeuge, Liège, Namur, Anvers ;

- Le renfort en munition est trop important et trop difficile à réaliser. Surtout si les abords de l’ouvrage fortifié sont tenus par l’ennemi ;

- En cas d’invasion, la défense ne peut venir que des fantassins sur le terrain et non du fort lui-même. Une garnison complète n’est donc pas nécessaire. De plus, elle risque tôt ou tard d’être faite prisonnière, d’où la nécessité d’en réduire au maximum l’effectif.

Si ces remarques se tiennent sur le papier, il n’en va pas de même sur te terrain. Tout généraux imaginant une forte offensive allemande sur Verdun, refuserait catégoriquement d’appliquer un tel décret. Cependant, en août 1915, le théâtre des opérations est ailleurs et personne n’imagine un instant une attaque en ce point du front.
Si bien que sur un désarmement ordonné le 12 août 1915 par le général Dubail (commandant le groupe d’armée de l’Est), conformément au décret, il aura été retiré de Verdun au 15 octobre 1915, 43 batteries lourdes avec 128 000 coups et 11 batteries à pied.

Il est intéressant de se demander si les 1er jours de l’offensive auraient été identiques avec les forts en pleine possession de leurs moyens. Et même plus, si le haut commandement allemands, qui était parfaitement au courant de ce décret, aurait choisi Verdun pour sa grande offensive. Le maréchal Pétain, dans ses mémoires, pense que les Allemands, auraient porté leur attaque vers un autre secteur. Nous somme ici dans les hypothèses, mais il est certain qu’occupé, armé et approvisionné normalement, le fort de Douaumont aurait joué son rôle dans les 1ère journées de l’offensive. Il aurait pu répondre efficacement et puissamment aux obus allemands et perturber l’avancer des troupes d’assaut. Et peu être, les décourager…

 

Le commandement français prend conscience de l’imminence de l’attaque allemande sur Verdun :
Plusieurs événements successifs ont permit au commandement français d’acquérir un grand pressentiment qu’une offensive allemande de très grande ampleur se préparait dans le secteur de Verdun. Cependant, il était trop tard pour réagir efficacement :

- Fin 1915, les avions d’observation françaises remarquent que les réseaux de chemin de fer au nord de Verdun se font plus dense. En novembre, 3 nouvelles voies apparaissent qui relient la vois ferrée de la vallée de la Meuse. Permettant ainsi de rejoindre l’Allemagne par Metz, Thionville ou Luxembourg.
Peu à peu, ces voies s’étendent vers Verdun en ramifications de voies étroites (0.60 m) pour finalement s’approcher à 300 m derrière les 1ère lignes allemandes.
En même temps, l’activité des gares des principales villes du nord traversées par ces voies (Romanche, Vilosnes, Chamblay, etc.) s’accroît de manière importante.
En janvier 1916, l’activité ferroviaire est 3 fois plus importante qu’en été 1915. Des trains entiers de fil barbelés, de poutres, de pieux, de planches, de gravier, de sable, de ciment, de sac de sable, de rails, de traverse pour voies étroites (de quoi réaliser des 100e de km), de munition, de canons de tous calibres, d’hommes, convergent vers Verdun… des milliers de convois…

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- Le 16 janvier 1916, un déserteur allemand du 28e régiment de réserve, recueilli à Béthincourt, signale qu’une importante concentration d’artillerie lourde est en position dans le ravin entre Vilosnes et Haraucourt. Les ordres sont d’économiser les munitions afin de pouvoir assurer un bombardement continu de 100 heures pour les 1er jours de février.

- Le 8 février, 2 déserteurs du 98e régiment de réserve rapportent un témoignage similaire. Le village de Romagne est devenu une puissante position d’artillerie de tous calibres (210, 305,380 longue portée, 420). Il arrive de nouvelles pièces toutes les nuits.
Dans les campagnes en arrière, d’immenses camps de baraques en bois permettent le stockage d’un nombre invraisemblable de munition. Chacun de ces camps abrite plus de 5000 hommes et 3000 chevaux. Une rivière a été captée et redirigée vers un immense réservoir en haut d’une colline pour fournir de l’eau courante à tous ces camps. Une entreprise démesurée est en place.

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Plus près des lignes, d’immenses abris souterrains (stollens), à plusieurs étages, de 15 m de profondeur, à l’épreuve des bombes, pouvant abriter chacun 1000 hommes ont été creusés dans le plus grand secret.
Ils possèdent des souterrains permettant aux troupes de rejoindre directement les tranchées de 1ère lignes. Le stollens du bois de Consenvoye, à 1200 m des positions françaises peut contenir 1200 hommes. D’autres stollens sont creusés à Ormont, au bois de Moirey, à la croupe du coup, également très important.

Regroupant toutes ces informations, il ne fait plus de doute au commandement français sur ce que prépare l’ennemi.
Malheureusement, alors qu’il aurait fallu augmenter de manière importante le nombre de batterie, afin de rééquilibrer les forces, prévoir un approvisionnement en munition important, des abris plus solides, des liaisons téléphoniques systématiques avec les P.C. et l’aviation, rien n’est mis en place. Les pièces d’artillerie enlevées d’autres secteurs et acheminées vers Verdun sont très insuffisantes, aucune réparations ni consolidations d’abris d’artillerie ne sont ordonnées. Au niveau des liaisons, alors que 160 km de fil téléphonique sont nécessaires pour rétablir des liaisons convenables, seulement 100 km sont envoyés à Verdun. Lorsqu’est demandé des lanternes et des projecteurs pour établir des signaux optiques, aucune suite. Ils devront continuer à se faire avec les fanions de couleurs.
Au final, un grand nombre de pièces d’artilleries demeurent totalement isolées.

En ce qui concerne l’infanterie, des divisions sont tout de même mises en alerte à partir du 11 février. Les 51e et 67e D.I. sont envoyées en renfort en arrière du front (51e rive droite et 67e rive gauche). Les 14e et 37e D.I. sont rattachées à la région fortifiée de Verdun et rapprochées du secteur. La 48e D.I. se dirige sur Chaumont-Sur-Aise et la 16e sur Pierrefitte.


Situation à J – 1 (20 février 1916) :
Du coté allemand, toutes les batteries d’artillerie et les bataillons d’assaut sont en position :

- Le 18e C.A. (112 pièces légères et 110 pièces lourdes) a quitté St Laurent-Sur-Othain ou il cantonnait, et a pris position en face du bois des Caures ;

- Le 3e C.A. (96 pièces légères et 213 pièces lourdes) est venu du Rouvois-Sur-Othain et a pris place en face du bois de Ville et de l’Herbebois ;

- Le 7e C.A. (100 pièces légères et 100 pièces lourdes) a quitté Damviller pour s’installer en face du village d’Haumont ;

- Le 15e C.R. venu de la région de Spincourt a pris position dans la forêt de Gremilly et ses abords ;

- Le 4e C.R. est installé sur la rive ouest de la Meuse et le 5e C.R. en Woëvre.

A cela, s’ajoute 152 lance-mines.
Les abords de ce dispositif sont appuyés sur la rive ouest par 80 pièces de campagne et 136 pièces lourdes (placées derrière le 4e C.R.) et en Woëvre, par 136 pièces de campagne et 60 pièces lourdes (placées derrière le 5e C.R.). Leur mission est de pilonner les hauts de Meuse.

Chacune de ces pièces dispose de 3 jours de munition, soit 3000 coups par batterie de campagne, 2100 par obusier léger et 1200 par obusier lourd (3 autres jours de munitions sont stockés et rapidement disponible en arrière des 1ère lignes). Chacune a déjà ajusté son tir durant les jours précédent, mais avec prudence afin de ne pas éveiller les soupons.

Le Kronprinz dirige les opérations depuis son Q.G. à Spincourt. Depuis le 12 février, il est contraint à repousser l’assaut en raison du temps exécrable.

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Le Kronprinz visitant ses troupes


Du coté français, en 1ère ligne :

- La 14e D.I. (12 bataillons, 89 pièces légères et 20 pièces lourdes) tient le secteur d’Ornes à la route d’Etain ;

- La 51e D.I. (10 bataillons, 70 pièces légères et 20 pièces lourdes) occupe le secteur du bois de Villes-Ornes ;

- La 72e D.I. (12 bataillons, 70 pièces légères et 12 pièces lourdes) tient le secteur entre la rivière et la lisière est du bois des Caures ;

- Les 29e et 67e D.I. tiennent le secteur de la rive gauche de la Meuse, jusqu’à Avocourt.

En seconde ligne, plus au sud, les 3e, 4e et 132e D.I. sont stationnées en Woëvre.
En arrière, à 20 km au sud de Verdun, les 37e, 48e et la moitié de la 16e D.I. sont en cantonnement et peuvent rapidement intervenir.
Encore plus loin, les 153e et 39e D.I. sont stationnés autour de Bar-Le-Duc, et le 1er C.A., à Epernay, est prêt à se mettre en marche vers Verdun.

En résumé, au 20 février, 34 bataillons français et 270 canons mal appropriés (à tir tendu et étant du matériel assez vieux), vont devoir faire face à 72 batteries allemandes soutenus par 870 canons dont 540 lourds. De plus, le secteur français est mal fortifié, sans boyaux de raccordement, sans abris solides ni liaisons.

Le commandement allemand est persuadé d’une percé fulgurante et écrasante.

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C’est sans compter sur l’âme, la valeur, la courage et la ténacité du soldat Français…

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Front au 20 février 1916


 

21 février – Bombardement allemand sans précédent puis violent combats au bois des Caures, au bois d’Haumont, au bois de Ville et à l’Herbebois
Il a neigé la veille et à l’aube, le gel est venu. Tous les hommes s’éveillant dans les tranchées tentent de se réchauffer du mieux qu’ils le peuvent, le corps, les mains et les pieds gelés.

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Soudain, à 7 h 15, un obus déchire le calme du petit jour, puis un second, puis 10, puis 1000…

En quelques secondes, les positions françaises, soit un grand arc de cercle de 12 km au nord de Verdun, deviennent un véritable enfer. Chaque instant, un obus tombe dans un bruit assourdissant, faisant trembler le sol et soulevant des vagues énormes de terre. Tous ce qui est autour est projeté dans les airs, des troncs d’arbres déchiquetés, des branches, des pierres, des poutres, des éléments de tranchées, des morceaux de canons et de fusils, des corps humains en lambeaux. Une épaisse fumé mélanger à une poussière irrespirable a remplacée l’air.
Chaque homme s’est violement et instinctivement jeté au sol, les genoux ramenés sur le ventre, la tête rentré dans les épaules et les bras sur le visage, sans défense, dans une position de terreur animal, anéanti par la violence du choc. La mort est partout autour d’eux et peut les prendre à chaque instant.
Très rapidement, des blessés hurlent, mais tout est devenu inaudible. Seul le fracassement des obus, le claquement des dents et la respiration saccadée demeure perceptible. L’esprit est saoul, embrouillé, passif, impossible de penser.

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Témoignage du général NAYRAL De BOURGON :  » L’émotion inévitable sous le feu produit chez beaucoup une stupeur où disparaît l’intelligence, où la vue même s’obscurcit par la dilatation des pupilles ; les traits du visage se contractent, les yeux deviennent hagards, l’homme agit par réflexes au milieu d’une sorte de brouillard psychique et même physique où il perd conscience de lui-même « 

Durant 1 h, le bombardement ne touche que la ligne de front (bois des Caures, bois de Herbebois, bois d’Haumont, bois de Ville, cap de Bonne Espérance), et les positions directement en arrières (bois de la Wavrille, bois de Fosses, bois de Louvemont, massif de d’Hardaumont, villages de Bezonvaux et de Vaux). Mais à 8 h du matin, il s’étend subitement plus en profondeur jusqu’à Avocourt sur la rive gauche et jusqu’aux Paroches sur la rive droite. Les canons de gros calibres battent méthodiquement chaque abris, carrefours, ponts, voies d’accès, le but étant d’empêcher les renforts de pouvoir approcher.

Les aviateurs français qui rentrent de mission d’observation rapportent n’avoir vu d’un bout à l’autre du front qu’une large bande de fumé et une ligne de feu ininterrompu au raz du sol, tellement la cadence du tir allemand est intense et que les pièces sont reprochées.

Le général Passaga, dans son P.C. au Lac Noir, dans les Vosges, à 160 km, écrit dans son journal :  » …je perçois nettement par le sol de mon abri un roulement de tambour incessant, ponctué de rapides coups de grosse caisse. « 

Que sait le commandement français ? Pas grand-chose… que des obus tombent sur Verdun. Quant aux lieux précis, aux dégâts, aux pertes, aux positions exactes à communiquer à l’artillerie pour tenter un tir de contre barrage ??? Rien en somme… Toutes les communication téléphoniques sont coupées et la fumé opaque empêche tout tir à vu. Aucune riposte n’est possible pour le moment.

Subitement, à 16 h, le tir s’allonge, 2 millions d’obus sont tombés depuis 7 h 15, soit 3800 par minute.

Aussitôt, 8 divisions allemandes, avec de nombreux lance-flamme, sortent de leurs tranchées et s’avancent sur une bande de 6 km. Contrairement aux assauts « habituels », ces hommes en lignes ne courent pas, ils progressent lentement, l’arme à la bretelle pour certain, subjugués par le spectacle qu’ils ont devant les yeux ; les bois n’existent plus, seuls des troncs d’arbres calcinés demeurent verticaux ; la terre labourée fume encore ; d’innombrables cratères immenses parsèment le sol, on dirait qu’une mer de boue agitée c’est subitement figé. La neige tombe lentement sur ce paysage désolé.

Les 300 à 1500 m qui séparent les lignes allemandes des lignes françaises, selon les endroits, sont parcourus de ce pas calme.

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Les troupes allemandes partant à l’assaut

Ensuite, certaines unités traversent les premières positions françaises sans s’en apercevoir, le terrain est tellement bouleversé qu’aucun détail visuel ne permet de savoir qu’il y avait une tranchée à cet endroit (ni rondins de bois, ni sacs de sable, ni êtres humains).

A d’autres endroits, les fantassins allemands. trouvent des hommes qu’ils croient morts. En faite, ces soldats sont endormis, leur fatigue nerveuse était telle que lorsque le bombardement s’est allongé et qu’un calme relatif et survenu, leurs nerfs ont lâché et ils sont tombés dans un profond sommeil. Ils sont là, immobiles au milieu des cadavres de leurs camarades.

Mais en d’autres endroits, les unités allemandes voient quant à elles, avec stupeur, des hommes se dresser devant elles. Ce sont de véritables loques humaines, titubantes, sourdes, noires de poussière et de boue, les yeux hagards et injectés de sang, à demi-fou. Et ces hommes, lorsqu’ils ne sont pas blessés, dans un réflexe de désespoir, trouvent la force de chercher et de réarmer un fusil, de mettre une mitrailleuse en batterie, de tirer et de lancer des grenades.

Sur les 12 km de front, ce même scénario se reproduit. A la lisière nord du bois de Caures, au bois d’Haumont, au bois de Ville, à l’Herbebois, des soldats français trouvent la volonté de se défende, retrouve leur devoir de soldat et ouvrent le feu sur les lignes allemandes qui s’avancent vers eux.
Des poches de résistance s’organisent alors avec les moyens du bord, ne comptant souvent que quelques hommes qui se sont regroupés pour tenir.

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Au bois des Caures, tenu par les 56e et 59e B.C.P. commandés par le colonel Driant, 300 à 400 hommes sont encore en vie sur un effectif de 1300. Le jeune lieutenant Robin, commandant la 9e compagnie, parvient à tenir durant plusieurs heures, avec une poignet d’homme, un minuscule ouvrage à demi effondré. Lorsque les Allemands sont parvenu à encercler l’ouvrage et arrivent de 3 directions en même temps, l’affrontement se poursuit au corps à corps.
Témoignage du colonel GRASSER :  » Le colonel Driant est dans le bois. Il visite ses postes. A minuit, il est à la grand’garde n°2. Il félicite le lieutenant Robin pour sa belle conduite, puis lui explique la situation. Elle n’est pas brillante, cette situation. Les chasseurs sont en flèche, sérieusement menacés de front et sur leurs deux flancs. Les Allemands ont des effectifs énormes.
- Mais alors, demande Robin, qu’est-ce que je fais là, avec mes 80 hommes ?
Le colonel le regarde longuement, comme s’il voulait peser son âme et savoir s’il pouvait tout dire à un si jeune officier. Puis : – Mon pauvre Robin, la consigne est de rester là… Robin a compris. Il s’incline… « 

A la lisière du même bois, les survivants de la 7e compagnie, aux ordres du capitaine Seguin, repoussent successivement 4 assauts.
Au bois de Ville et à l’Herbebois, la résistance est la même. Les directives sont de tenir coûte que coûte.
La partie sud du bois Carré et le bois d’Haumont (tenu par le 5e bataillon du 326e et le 1er du 165e R.I.) sont qu’en à eux déjà aux mains de l’ennemi. Les éléments qui s’y trouvaient et qui se sont défendu ont été décimés.

La nuit tombe sous la neige et les combats désespérés se poursuivent. Le bombardement qui déchaîne à présent les secondes lignes empêche tout renfort de porter secours.

Les pertes françaises ont été cruelles, les hommes du 30e corps se sont battus non à 1 contre 3, mais à 1 contre 10 et parfois à 1 contre 20.

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Front au 21 février 1916


 

22 février – Perte du village d’Haumont, du bois des Caures, du bois de Brabant, du bois de Ville et du bois en E
Durant la nuit, tout le terrain perdu la veille est méthodiquement occupé par les fantassins allemands..
De leur coté, les Français acheminent en urgence des renforts, le 208e R.I. au bois de Fosses, le 324e sur Samogneux, le 365e sur la ferme de Mormont et la cote 344.

A 4 h 40, le bombardement allemands. reprend de l’intensité.

A 7 h 30, armé de lance-flammes, l’ennemi attaque la partie sud du bois de Brabant, tenue par le 351e. En peu de temps, le bois est perdu.

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Attaque aux lance-flammes

Les lance-flammes (Accessible également dans la partie Thèmes)

Le pilonnage allemands qui sévit se fait particulièrement intense sur le village d’Haumont. De quart d’heure en quart d’heure, les ruines changent d’aspect, s’enfonçant dans la terre.
A 8 h 30, le bombardement cesse sur le village et une reconnaissance allemandes s’en approche. Lorsque des coups de fusils se font entendre (8 compagnies du 362e R.I.), elle rebrousse chemin et le bombardement reprend.

A 9 h, c’est le bois en E qui tombe. Sur ce point du front, l’ennemi est stoppé devant le bois de Samogneux (324e R.I.)

A 11 h, le bois de Ville tenu par le 233e R.I. est perdu. Le régiment se replie sur le bois de Wavrille. L’ennemi est stoppé sur le centre de la Wavrille (233e et 310e R.I.).

Au bois des Caures, le bombardement est également assez violent toute la matinée. Les chasseurs de Driant, en entendant les points de départ des obus, savent qu’ils sont lancés de 3 directions à la fois, signifiant que le bois est pratiquement encerclé. La seule issus désormais et de se replier par le bois de Fays et le village de Beaumont. Mais cette retraite n’est pas encore envisagée.
A 12 h, lorsque le bombardement cesse enfin, tous les Chasseur de Driant se relèvent, prêt à en découdre avec l’ennemi, préférant mourir plutôt que de se rendre.
A 12 h 10, c’est l’assaut allemand. Rapidement, le combat devient très violent, les balles sifflent et les grenades explosent. Cependant, les forces sont inégales, et alors que le nombre d’ennemi ne cesse d’augmenter, les rangs français s’éclaircissent inexorablement.

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En début d’après-midi, le lieutenant Robin et ses hommes sont fait prisonniers. Ils se sont battu jusqu’aux limites de leurs forces.
Peu à peu, toutes les positions françaises aux bois des Caures sont tournées et perdues.
A 16 h, Driant est contraint à contre cœur d’ordonner la retraite, afin de poursuivre la lutte plus efficacement en arrière. Une balle l’atteint mortellement durant cette manœuvre.
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Emile Driant est né le 11 septembre 1855 à Neufchâtel-sur-Aisne (Picardie) dans une famille bourgeoise. Son père est notaire et juge de paix.
Il fait ses études au lycée de Reins ou il est très bon élève. Il obtient le premier prix d’histoire au concours général.
Il se dirige ensuite vers des études militaires et entre à Saint-Cyr en 1875, au grand désarroi de son père qui aurait voulu le voir prendre sa succession.
En 1877, il sort quatrième de sa promotion et débute une carrière militaire au grade de sous-lieutenant d’infanterie. Cette dernière s’annonce prometteuse, un de ses supérieurs écrira de lui :
 » Petit, mais solide, santé à toute épreuve, très actif et toujours prêt ; monte fort bien à cheval et a un goût très prononcé pour l’équitation, très intelligent a devant lui le plus bel avenir « .
En mai 1884, il part en Tunisie et devient officier d’ordonnance du général Georges Bou
langer. Le 29 octobre 1887, très proche du général Boulanger, il épouse sa fille.
En 1896, il est nommé chef de bataillon et en juillet 1899, chef de corps du 1er bataillon de chasseur à pied en garnison à Troyes. En quelques années, il fera de ce bataillon un bataillon d’élite reconnu dans tout le pays.
Lorsqu’éclate la première guerre mondiale, il a 59 ans, il est devenu député de Nancy et écrivain sous le pseudonyme de Danrit. Son âge et ses fonctions ne l’obligent en aucun cas à des obligations militaires, mais sur sa demande, il prend le commandement de 56e et 59e bataillons de chasseurs à pieds le 14 août 1914.
En automne 1915, il prend en charge la défense d’un secteur calme, le bois des Caures à Verdun.

A 17 h, le bois des Caures est perdu mais la résistance française a été sévère. 110 chasseurs rentreront sur 1200.
Témoignage du colonel GRASSER :
 » Personne n’est revenu non plus de la compagnie Vigneron, assaillie de front par tout un bataillon, tournée à gauche par une compagnie et à droite par un bataillon. Mais ces braves avaient des munitions et des grenades ; leurs abris ayant été moins éprouvés par le bombardement, leurs fusils étaient encore en bon état. Assez tard dans la soirée, alors que tout le bois était occupé par l’ennemi, on se battait encore de ce côté. »

 » Descendirent seuls, ce 22 février au soir, du bois des Caures en petites fractions qui se rassemblèrent peu à peu à Vaucheville :
Du 56e bataillon : le capitaine Vincent, atteint de deux blessures et réservé pour une mort glorieuse sur un autre champ de bataille ; le capitaine Hamel, le capitaine Berveiller, le lieutenant Raux et le sous-lieutenant Grasset, avec une soixantaine de chasseurs. Du 59e bataillon : le lieutenant Simon, les sous-lieutenants Leroy et Malavault, avec cinquante chasseurs. C’est tout ce qui restait de douze cents combattants. « 

A 15 h, le bombardement a cessé de nouveau sur le village d’Haumont et à 16 h, les troupes allemandes sont parties à l’assaut de 3 côtés à la fois.
Témoignage du colonel GRASSET :  » Les ruines d’Haumont changeaient d’aspect à chaque instant ; le village s’effondrait et s’enfonçait dans la terre. Le réduit bétonné s’est écroulé, lui aussi, ensevelissant quatre-vingts hommes, le dépôt de munitions et deux mitrailleuses.
A 15 heures, les éléments des huit compagnies du 362e, terrés dans Haumont, ne présentaient pas un effectif de plus de cinq cents hommes. La plupart des officiers étaient tués, blessés ou avaient disparu, ensevelis sans doute. De tous côtés, parmi le fracas des explosions, des cris déchirants, des plaintes sourdes et des râles sortaient des gravats. Terrassés par la fatigue, privés de sommeil et de nourriture depuis plus de quarante-huit heures, sachant qu’aucun secours ne pourrait leur parvenir, ne disposant, comme munitions, que des cartouches restées dans leurs cartouchières ou dans celles des morts, leurs fusils d’ailleurs tordus ou remplis de terre pour la plupart, les survivants étaient bien, dans ce cataclysme, hors d’état de résister à une attaque sérieuse. Cette attaque se déclencha à 16 heures… « 

Cette fois ci, les survivants des 8 compagnies du 362e R.I. , soit 300 hommes environs, ne peuvent tenir. Ils sont fait prisonniers mais une 50e d’entre eux parvient tout de même à s’échapper et à rejoindre le village de Samogneux par le ravin du bois des Caures.

A 23 h, l’ennemi est bloqué au bois des Caures et ne peut continuer sa progression.
Le front suit alors la ligne du sud du bois de Samogneux, du ravin d’Haumont, du sud-est du bois des Caures, du bois de Fays, de la Wavrille, du bois de la Montagne et de Herbebois.

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Front au 22 février 1916

Durant cette journée, les Allemands ont souvent cru trouver face à eux des troupes fraîches, tellement la riposte était énergique. Cependant, très peu de renforts, ordonné la nuit précédente par le général Chrétien depuis sont Q.G. de Souilly, sont parvenus à leur position, le bombardement allemand étant trop violent.
Ce sont bien les soldats français en ligne depuis la veille au matin qui ont menée une lutte surhumaine et désespérée. Beaucoup feront l’objet d’un grand respect de la part des fantassins et officiers allemands, lorsque en colonne, ils partiront prisonnier dans les secondes lignes.

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Colonne de prisonniers français

 

23 février – Perte de la Wavrille
Dans la nuit, le massif de Wavrille ainsi que les villages de Brabant et Samogneux, sont soumis à un tir incessant.

Brabant, tenu par les restes d’un bataillon du 351e R.I., est en flamme. A 1 h moins le quart, craignant l’encerclement, le général Bapst signe un ordre stipulant le repli de ce bataillon sur le village de Samogeux, 3 km au sud. Cette manœuvre s’exécute entre 3 h et 6 h par une nuit glacées.
Dés son arrivé dans Samogneux, en ruine et en feu, le 351e R.I. s’abrite dans des abris précaires, ne sachant pas combien de temps il va pouvoir tenir. Cependant, les ordres sont clairs, tenir à tout prix.
Par ailleurs, l’abandon de Brabant par le 351e n’a pas du tout été apprécié par le commandant du 30e Corps. Il ordonne aussitôt au 1er bataillon du 60e R.I. de se mettent en route pour rejoindre Samogneux, puis de partir à la contre-attaque sur Brabant. Mais la manoeuvre ne peut aboutir, le bombardement allemand étant si violent, que le 60e R.I. pert une grande partie des ses effectifs rien qu’en tentant de rejoindre Samogneux. Il est clair qu’il n’est plus en état de contre-attaquer, il se fortifie au sud de Samogneux.

Au sud-ouest du bois des Caures, 4 assauts allemands sur le bois le Fays sont successivement repoussés par les 60e, 165e et 365e R.I. et le 56e B.C.P. A la fin de la journée, le bois le Fays est toujours aux mains des Français.

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Une section creuse une tranchée en plein bois

A la Wavrille, l’ennemi attaque en force et parvient à contourner la 1ère ligne française. Toutes les unités en ligne du 327e R.I. sont capturées. Les éléments du 243e (3 bataillons) qui s’y trouvent doivent se replier en direction du bois des Fosses. La Wavrille est perdue.

A l’est de la Wavrille, de 11 h 30 à la nuit, la lutte est acharnée sur l’Herbebois. A 16 h, le lieutenant-colonel Hepp ordonne le repli sur le bois des Chaumes des éléments qui s’y trouvent (164e, 243e et 327e R.I.)

Enfin, le village de Ornes, à gauche de l’Herbebois, est soumis toute la journée à la pression allemande. Le soir, la lisière nord du village est tenue par l’ennemi, mais le centre résiste toujours.

Toute la journée, le bombardement allemand a été très fort sur tous les secteurs et les combats très violents. De nombreux blessés, sans soins depuis 2 jours pour certains, agonisent dans le froid.
Le front suit maintenant la ligne nord de Samogneux, lisière sud du bois des Caures, bois le Fays, village de Beaumont, nord du bois des Fosses, le bois des Chaumes et village de Ornes.

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Front au 23 février 1916

Depuis le 21 février, la ville de Verdun est sans cesse bombardée. Les habitants se sont réfugiés dans les caves ou dans la citadelle. Les mères serrent entre leurs bras leurs enfants apeurés.
Le 23 au soir, la décision est prise d’évacuer la population et chacun doit prendre dans le plus bref délai la route de Bar le Duc.

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Immeuble bombardé

D‘un coté de la route, ces gens partent vers l’inconnu sous la neige en abandonnant leur foyer, le visage triste et le coeur en peine. Ils poussent des charrettes de toutes sortes chargées de tout ce qu’ils ont pu emmener, des tas hétéroclites embarqués dans la précipitation, la cohue et l’angoisse du lendemain.
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e l’autre coté de la route, dans l’autre sens, un flot incessant de véhicules militaires se dirige vers la bataille. Des camions à roues pleines bondés de soldats, de canons, de munition et de matériel. Ces hommes, inquiets qui ne savent pas se qu’ils vont trouver et vers quoi on les envoie, passent le cœur serré devant ce spectacle de désolation, de population en déroute.
Témoignage du soldat René NAEGELEN :  » Les compagnies paraissaient squelettiques. Les hommes dans leur capote avaient perdu leur couleur et avaient ce regard de ceux qui en reviennent.
En me voyant passer, l’un de ces fantômes que ramenaient les camions, se dressant sur son siège, la bouche contractée, les yeux étincelant dans leur orbite, agite un bras décharné qui montre l’horizon. Et l’on sent que ce geste muet exprime une indicible horreur…
Parfois, d’un camion, un poilu se dresse, boueux, défait, terrible, et d’une voix rauque, lance aux camarades qui vont vers la bataille ces mots sinistres « n’allez pas là-bas. « . Nous étions sur le chemin de Verdun et l’imagination travaillait… « 

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En entrant dans Verdun déserté, bombardé, en feu, beaucoup ne se doute pas que dans quelques jours, lorsqu’ils redescendront des 1ère lignes sain et sauf, cette ville sera pour eux comme un paradis.

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Verdun


 

24 février – Samogneux est encerclé puis perdu – Perte des villages de Beaumont et de Ornes, du bois des Fosses – Violent combat sur la cote 344
Comme le 21 février, les Allemands entendent réaliser une nouvelle percé. Le bombardement, qui n’a pas cessé depuis 3 jours, doit très tôt monter en intensité pour égaler celui des 1ère heures du 21, et s’étendre jusqu’à la pleine de la Woëvre. Il doit ensuite s’allonger brusquement pour permettre aux troupes de reprendre leur mouvement général vers l’avant, d’un bout à l’autre du front.

Dès 1 h du matin, le bombardement s’intensifie sur Samogneux, déjà pratiquement intenable. S’ajoute le pilonnage en gros calibre (155 mm) des canons du fort de Vacherauville qui est mal renseigné et croit le village aux mains de l’ennemi.
Subitement, dans l’obscurité, l’ennemi par à l’assaut et écrase le 351e R.I. Samogneux et encerclé.
Vers 4 h 15, le 1er bataillon du 60e R.I., tout proche, tente une contre-attaque sur le village mais sans succès. Il se replis sur la cote 344.

A 9 h 45, malgré le bombardement allemand très intense, 2 bataillons de la 51e D.I. se portent à l’assaut du massif de la Wavrille mais ne peuvent l’atteindre.

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Vers midi, d’un bout à l’autre du front qui ne fait maintenant plus 8 km de large, le tir allemand s’allonge et les troupes équipées de lances flamme, s’élancent vers l’avant.

Celles qui sont maître de Samogneux poursuivre leur marche en direction de la cote 344 précédée par un gigantesque barrage roulant.
Là, se trouve les restes du 365e et du 1er bataillon 60e R.I. Les hommes sont à bout, fatigué et exténués, mais déterminés à ne pas laisser passer l’adversaire. 3 attaques sont successivement repoussées. Une charge à la baïonnette est même entreprise par la compagnie Montandon.
Cependant, le courage ne suffit plus, la fatigue, le manque de munition et l’écrasante infériorité ont raison des forces françaises. Au 4e assauts allemand, les survivants sont trop peu nombreux pour tenir la ligne. La retraite est ordonnée et le repli se fait dans la confusion. L’ennemi est alors stoppé face le bois le Fays.
Témoignage de D. SCHLATTER, soldat au 60e R.I. : « Le 24 février, les blessés commencent à affluer au poste de secours, en arrière de la cote 344. Quel moral chez ces combattants ! Un sergent, pendant qu’on lui coupait la cuisse, broyée par un éclat, chantait la Marseillaise !… « 

Rapidement, les débris de 2 bataillons du 35e R.I. sont rassemblés et reçoivent l’ordre de contre-attaquer la cote 344. En gravissant les pentes de la colline, les pertes sont très lourdes, mais 180 hommes environs parviennent à atteindre le sommet. Toute l’après-midi, des combats sporadiques ont lieux et le soir, les Allemands sont repoussés. Les positions reprises sont très précaires, il n’y a plus de vivre et de munition, mais les ordres sont de rester sur place à tout prix.

Plus à l’est, Beaumont est tenu par les 208e et 327e et le bois des Chaumes est tenu par le 243e R.I. Attaqués de toutes parts, les Français doivent se replier sur Louvemont.

Le bois des Fosses qui depuis la matin est soumis à un bombardement par obus lacrymogènes, est intenable. Les Français doivent se replier et abandonner le bois à l’ennemi.

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Bombardement par obus toxiques

Au bois le Fays, les unités françaises (débris des 60e, 365e et 35e R.I.) sont maintenant isolées mais luttent toujours.

De nombreuses batteries françaises, en ligne depuis 3 jours, cessent le combat et se replient vers l’arrière, arrivées à bout de force et de munition.
Témoignage du lieutenant Jacques Péricard du 95e R.I. :  » Sur la route, un canon apparaît, fuyant la bataille, puis un autre, puis un autre encore, et bientôt les caissons, les voitures, les ridelles, les cuisines roulantes se succèdent en une interminable file.
Les conducteurs sont nerveux ; les bêtes sont épuisées ; les véhicules eux-mêmes paraissent exténués. C’est un fracas de jurons, de coup de fouets, d’essieux grinçants. Beaucoup de fuyards vont tête nue. Dans les yeux se lit une épouvante animale et certains regards furtifs, jetés en arrière, disent la peur de la poursuite possible.
Anxieusement, je quête des nouvelles :
- Des nouvelles ? me répond un conducteur de roulante à l’uniforme indécis. Ah ! elles sont jolies, les nouvelles ! les Allemands ont rompu nos lignes. On se bat en rase campagne.
Des caissons d’artillerie passent. Je demande à un maréchal des logis où sont les pièces de ces caissons :
- Là-bas, me répond-il sans se retourner, en pointant un doigt derrière son épaule. « 

Le village de Ornes, qui subit des attaques incessantes depuis plusieurs heures, tient toujours. Cependant, à 17 h 30, l’ennemi parvient à réaliser une percée et se déploie sur la route d’Ornes aux Chambrettes. A 19 h, les unités françaises se voyant serrées de 3 côtés, évacuent le village et rallient Bezonvaux. Dès lors, le village de Ornes est perdu.

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Au bois le Fays, les 60e et 365e R.I. atteignent le bout de leurs forces. A 19 h, ils décident de se replier sur la cote du Poivre.

Au soir, le village de Louvement tient toujours (156e et 273e R.I.). Il tiendra toute la nuit.

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Front au 24 février 1916

Depuis 16 h et toute la nuit qui suit, des renforts arrivent enfin et forment du mieux qu’ils le peuvent une ligne d’arrêt entre Louvemont et la cote 347.
La tâche de ces nombreux régiments arrivant dans la région de Verdun et montant en ligne la nuit venu, n’est pas aisée. Les officiers ne connaissent pas le secteur, ne trouvent pas leurs guides dans la confusion qui rêgne, n’ont aucun ordre précis sur leur affectation et ignorent tout sur les positions tenues par l’ennemi.

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Témoignage du général Pétain :  » D’abord en camion-auto par la route Souilly-Verdun, pied à pied par petites colonnes utilisant tous les itinéraires qui, du nord de la place, s’élèvent vers Saint-Michel et Souville, les éléments prélevés sur les deux divisions de réserves générale se rapprochaient des lignes.
Mais dés leur débouché au-delà de la Meuse, ils étaient saisis, ralentis et désarticulés par le bombardement, entravés par les évacuations des blessés et par les convois de ravitaillement, engourdis par le froid au cours de longs arrêts que leur imposait de brusque engorgement des arrières. Aux rendez-vous indiqués, à l’entrée de leurs secteurs d’engagement, les unités montantes cherchaient les chefs de fractions déjà au feu et les guides désignés pour les conduire ; or ceux-ci, pourchassés de place en place par les explosions et les gaz, errant eux-mêmes dans la bagarre, faisaient souvent défaut… Alors les sections et les compagnies de renforts marchaient à l’aventure, droit au nord, progressaient sous la fumée et parmi les bruits assourdissants de la bataille et soudain, se heurtaient à l’adversaire, l’accrochaient, lui opposaient en attendant mieux, le rempart de leurs corps.
Sans contacts à droite et à gauche, sans liaison avec l’artillerie, sans mission précise, sans tranchées pour s’abriter, sans boyaux pour assurer leurs communications, elles formaient barrage là où le sort les amenait. « 

Témoignage du caporal MARQUOT du 156e R.I.:  » Partis de Charmes, nous avons marché toute une journée et toute une nuit et nous sommes arrivés à la côte du Poivre le 25 février au début du jour. On nous avait dit : « Nous ne savons pas où est l’ennemi, allez de l’avant jusqu’à ce que vous le rencontriez et là, fortifiez-vous sur place. »"

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Dans la nuit du 24 au 25 février, la situation française est donc tragique. Du coté allemand, l’infanterie se fortifie sur les positions conquises, alors que derrière elle, l’artillerie qui ralentie ses tirs durant la nuit, vient occuper de nouvelles positions conquises plus au sud, lui permettant au matin de reprendre sont tir infernal plus en profondeur dans les lignes françaises.

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Cette journée est sans doute la plus désastreuse de toute la bataille de Verdun. L’ennemi a gagné sur les Hauts-de-Meuse, presque autant de terrain qu’au cours des 3 jours précédents.
Durant ces 4 jours, les pertes ont été très lourdes. Les 51e et 72e D.I. comptaient 533 officiers et 26 000 hommes. Le 24 au soir, la 51e a perdu 140 officiers et 6256 hommes ; la 72e, 192 officiers et 9639 hommes ; soit un total de 332 officiers et 15 892 hommes. C’est-à-dire que les pertes se sont élevées à 62% pour les officiers et 61% pour la troupe.

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Le général de Langle de Cary, commandant le groupe des armées du centre dont reléve le 30e corps d’armée, est informé continuellement de la gravité de la situation. Après hésitation, il ordonne l’abandon des positions de la Woëvre mais en revanche, de tenir coûte que coûte sur la rive droite face au nord entre Meuse et Woëvre. Pour cela, il engage immédiatement le 20ème corps dans la bataille. Il faut, quoi qu’il en coûte, sauver Verdun dont la chute représenterait une grave atteinte morale, mais aussi une perte de prestige face aux Alliés.
En prenant cette décision, imagine-t-il l’ampleur du sacrifice qu’il demande aux soldats, qui vont très vite eux-mêmes parler de  » l’enfer de Verdun  » ?

Pour clore ces 4 journées d’intenses combats, voici le témoignage de Marcel LELONG, jeune médecin auxiliaire de 24 ans au 164 R.I.
En ligne dans le secteur de l’Herbebois depuis le 15 janvier, il nous livre un récit poignant et détaillé des premiers jours de la bataille et des conditions de combats du côté français. (Merci à Vincent LELONG, petit-fils de Marcel LELONG, de m’avoir permis ce lien).
Carnets de captivité de Marcel LELONG 1916


 

25 févrierPerte du fort de DouaumontLe général Pétain prend le commandement de la région de Verdun
La méthode allemande, qui a fait ses preuves depuis 4 jours reprend inexorablement ; dés 8 h, le bombardement s’intensifie sur les positions françaises. Il doit anéantir, écraser l’ennemi avant de violents et brusques assauts sur toute la largeur du front. L’objectif étant de pouvoir avancer uniformément et suffisamment afin de pouvoir, dans la journée, lancer une attaque à la fois par l’ouest et l’est sur le fort de Douaumont.

Le fort de Douaumont est en effet devenu un objectif essentiel pour le commandement allemand, et il compte mettre tout en œuvre pour le conquérir. Il représente un refuge sûr au milieu du champs de bataille ; un abri parfait pour stocker des munitions, reposer les troupes, soigner les blessés les plus urgents et mettre les autres à l’abris avant leur évacuation ; un point d’appui important et stratégique pour la poursuite du mouvement en direction de Verdun.
Cependant, l’ouvrage est important et fait peur aux hommes de troupes comme aux officiers :
 » La vue de Douaumont était imposante pour les voyageurs venant du nord. Elle a vivement impressionné les troupes allemandes arrivant dans la région au commencement de février 1916 pour donner l’assaut à la forteresse de Verdun. Cette masse dominante, disaient les nouveaux venus, devait contenir une nombreuse garnison, être pourvue d’un armement puissant. Son attaque serait une grosse affaire pleine d’incertitude ; les pertes seraient lourdes. Les officiers allemands entendaient ces propos dans la troupe et s’efforçaient de réagir contre leurs effets déprimants. « 

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Le fort de Douaumont

Dés 8 h, le bombardement allemand reprend donc très violemment. Sur plusieurs points du front, l’artillerie française, mal renseignée, tire sur ses positions.
Témoignage de l’aspirant BOURDILLAT, sous-lieutenant au 2e B.C.P :
 » D’une minute à l’autre, dans notre tranchée, le déluge de fer s’accentue. Les arbres sont fauchés, la terre vole de toutes parts. Une âcre fumée prend à la gorge. A chaque rafale qui passe, le corps se resserre, les nerfs se contractent, et la respiration se fait plus courte, plus saccadée… A côté de moi, le lieutenant Fleury se lève : « Bourdillat me dit-il, je vais voir ce qui se passe ; j’ai tellement les nerfs à bout que je préfère remuer. « C’est d’une imprudence inouïe !… « Ne quittez pas votre trou, mon lieutenant, lui dis-je, les obus nous rasent de si près que c’est folie.  » « Tant pis, me répond-il, je préfère marcher un peu… » Il est à peine sur le rebord de la tranchée qu’un éclat d’obus lui arrache la tête… Je regarde stupidement le morceau de mâchoire inférieure qui reste seul attaché au corps, tandis que son cou béant déverse dans la tranchée un mélange de sang, de moelle… C’est quelque chose d’affreux… « 

Au village de Louvemont, le pilonnage est démesuré. Etre maître de Louvement ouvre l’accès à la côte du Poivre. Et qui tient la côte du Poivre, peut aborder le fort de Douaumont par l’ouest, qui se trouve à 800 m à droite. L’état major allemand l’a bien compris.

Selon le processus habituel, le bombardement s’allonge plusieurs fois dans la matinée pour permettre aux troupes d’assaut de s’élancer.

A Louvemont, elles sont accueillies par des coups de fusils. Elles se replis et le bombardement reprend aussitôt.
Au bois des Fosses, les lignes françaises cèdent et d’importants mouvements d’infiltrations s’opèrent.
Sur la cote de Talou, les tentatives allemandes parviennent à être repoussées.

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A midi, nouvelle attaque entre Louvemont et la cote 347. L’ennemi parvient à prendre pied dans quelques maisons du village, défendu par le 85e R.I. Mais il doit rapidement les évacuer devant la force du tir français. Le bombardement reprend jusqu’à la côte du Poivre.

Vers 13 h, le 85e R.I. a atteint ses limites. Le colonel Theuriet qui commande les restes du régiment décide dans un suprême élan, de réaliser une charge à la baïonnette. La situation est si tragique qu’il n’y a plus rien à perdre. Lorsque les Allemands voient s’avancer les Français face à eux, ils croient tout abord qu’ils se rendent. Mais bientôt, alors que les dernières cartouches françaises sont tirées, ils répliquent à la mitrailleuse. En peu de temps, les 2 bataillons du 85e n’existe plus.
Le 1er bataillon resté en réserve au ravin de Bras, à 3 km en arrière, est soumis lui aussi au bombardement très violent. Dans ce secteur, il ne dispose d’aucune protection, aucune tranchée ni boyau. Il est livré aux obus et subit d’effroyables pertes.

A 14 h, une nouvelle attaque allemande devant la cote de Talou ne donne pas de résultats.

A 15 h, l’ennemi a investi le village de Louvemont. Aussitôt, il poursuit vers la côte du Poivre en lançant plusieurs attaque simultanés sur la ligne Louvemont – bois de la Vauche. A 16 h, il s’est emparé des tranchées autour de la route de Louvemont, du village de Ornes et de la cote 378. Il n’est arrêté qu’au ravin de la carrière d’Haudraumont.

Plus à l’est, entre la cote 378 et Bezonvaux (au bois Hassoule), l’ennemi surprend le 208e R.I. et en capture une grande partie, ainsi que les restes du 2e B.C.P. Les hommes qui sont parvenus à reculer, se replient en désordre vers l’arrière.

 

Perte du fort de Douaumont (Voir également la partie « Fortifications », « Le fort de Douaumont ») :
A 17 h, alors que le soleil se couche, la 8e compagnie du 21e régiment d’infanterie allemande, commandée par le lieutenant Brandis, se trouve à 700 m du fort de Douaumont. De ses positions, elle aperçoit à l’horizon, la silhouette imposante du fort. Aucune activité ne semble l’animer, aucun obus n’est lancé de ses canons, il semble complètement inerte au milieu de la bataille. Par contre, autour, dans la plaine, de nombreux soldats français se replis, complètement dépassés par l’avancé allemande de la journée.

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Alors, électrisée par cette déroute française, Brandis décide avec quelques hommes de s’avancer vers le fort. La petite troupe arrive sans encombre au réseau de barbelés, ouvre une brèche à la cisaille, descende dans le fossé à l’aide d’un tronc d’arbre.

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Les troupes allemandes descendant dans le fossé du fort

Puis, voyant les tourelles du fort vide de défenseurs, qu’aucun coup de feu ne part de la tranchée de tir du rempart, les soldats gravissent la superstructure de l’édifice. Le seul danger vient des percutants allemands, la fumée est si dense que l’artillerie ne voit pas les fusées demandant l’allongement du tir.

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Les fossés du fort

Peu de temps après, les hommes y pénètrent par plusieurs entrées et courent bientôt dans les couloirs sombres. En débouchant dans la cour centrale, ils tombent nez à nez avec une 50e de Territoriaux, sans armes et complètement ébahis. Les territoriaux sont aussitôt fait prisonnier.
Un peu plus tard, un régiment allemand commandé par le capitaine Haupt, qui est entré par l’accés principal du fort, porte ouverte, pont-levis baissé, pénètre à son tour dans la cour. Le fort de Douaumont est dès lors aux mains des Allemands. Dans la soirée, plus de 300 autres viennent s’y installer et renforcer ainsi l’ouvrage.

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L’entrèe du fort et la court intérieure

Pour comprendre comment un tel événement a pu se produire, il est important d’apporter quelques précisions :

1 – Le front de Verdun se trouvait à plusieurs kilomètres au nord du fort de Douaumont, et il n’avait pas bougé depuis plus de 18 mois. De plus, comme nous l’avons vu au chapitre  » Le désarmement des forts de Verdun « , en haut de cette page, la garnison du fort avait été supprimée et ses approvisionnements réduits. Ceci explique qu’il n’y ait eu qu’un si petit nombre d’homme dans le fort le 25 février à 17 h.
Nous pouvons trouver étonnant que les troupes françaises arrivées très récemment dans le voisinage du fort, dans la nuit du 24 au 25 par exemple, et étant soumis à un très violent bombardement, n’ont pas d’elles-mêmes prisent la décision d’aller se réfugier dans l’ouvrage. Ce qui aurait fait plus de défenseurs à l’arrivé des Allemands à 17h
Cependant, chaque troupe qui se battait en campagne à proximité du fort était soumise comme les autres, depuis l’aurore, à de durs combats inégaux. Les officiers étaient trop occupés à défendre le secteur qui leurs avait été affecté, et ne songeaient pas à aller renforcer le fort.
De plus, ces officiers avaient appris dans les écoles militaires que les troupes de campagne et les ouvrages permanents devaient rester indépendants. Ils n’étaient pas psychologiquement formés pour aller s’enfermer dans un ouvrage.

2 – L’avance allemande ayant été si importante et si subite depuis le 21, les occupants du fort n’étaient pas du tout au courant de la proximité de l’ennemi. Dans la tumulte de ces 4 derniers jours, personne au commandement français n’a pensé, pris le temps ou même jugé bon de les en avertir. Aucun préparatif défensif n’a donc été fait en prévision de l’arrivée des Allemands.
On peut également trouver étonnant que violemment bombardé depuis 4 jours et disposant d’un si bel observatoire, les occupants du fort ne se soit pas rendu compte ni ai pris la peine de s’informer sur l’avancé allemande. De violents combats se déroulaient devant et autours d’eux, il était tout de même clair qu’il se passait quelque chose dehors…

Témoignage du général ROUQUEROL :  » La nuit n’était pas encore tombée sur les plateaux glacées de la rive droite de la Meuse, le 25 février 1916, que la nouvelle de la prise du fort de Douaumont se propageait en traînée de poudre parmi les troupes allemandes massées dans le voisinage pour une attaque devenu inutile.
Les trois mots magiques : Douaumont ist gefangen, passaient de bouche à oreille et portaient rapidement la grande nouvelle dans les cantonnements les plus éloignés. Elle y provoquait l’explosion d’un enthousiasme indescriptible.
Le bulletin allemand du 26 février annonçait pompeusement la prise d’assaut par le 24e régiment de Brandebourg du fort de Douaumont, la pierre angulaire de la forteresse de Verdun. L’Allemagne entière pavoisait et voyait luire l’espoir d’une fin prochaine de la guerre…
Dès le 25 février au soir, le fort de Douaumont reprenait, sous ses nouveaux maîtres, une activité et une conscience pour ceux qui n’ont cessé avant et pendant la guerre de dénigrer la fortification permanente jusqu’à la négation de son utilité par le décret du 5 août 1915 et ses fâcheuses applications.
L’abandon du fort de Douaumont équivaut dans l’ensemble de la guerre à la perte d’une centaine de mille hommes « .

Le fort de Douaumont
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(Voir la description du fort dans la partie « Fortifications », « Le fort de Douaumont »)

 

A 18 h, le fort de Douaumont est tombé mais le village de Douaumont tient toujours. Les combats y sont très violents. Les troupes françaises ont été chassées de la côte du Poivre et des hauteurs d’Haudromont.

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Les ruines du village de Douaumont

A 18 h 30, sur ordre du général Balfourier qui craint l’encerclement, toute la 37e D.I. (2e et 3e zouaves, 2e et 3e tirailleurs) se replie sur Froideterre et Belleville, sur les dernières hauteurs au nord de Verdun, à 3 km de la Ville.

A 22 h, la 39e D.I. commence à relever la 37e avec l’ordre de tenir coûte que coûte. Elle prend position devant le village de Bras. La 51e D.I. tient quant à elle les positions entre le village de Douaumont et le fort de Vaux.

La nuit met un terme aux attaques allemandes, mais le bombardement reprend.
Il est très violent sur le village de Douaumont et ses alentours qui sont maintenant au centre de la ligne de front droit. Les positions sont tenues par les hommes du 95e R.I.
Témoignage du lieutenant Jacques Péricard du 95e R.I. :  » « Vous devez tenir coûte que coûte, ne reculer à aucun prix et vous faire tuer jusqu’au dernier plutôt que de céder un pouce de terrain. « 
« Comme ça, disent les hommes, on est fixé. » C’est la deuxième nuit que nous allons passer sans sommeil. En même temps que l’obscurité, le froid tombe. Nos pieds sont des blocs de glace. Encore avons-nous la chance, à la compagnie, que notre tranchée soit à peu près sèche. Des hommes du 1er bataillon occupent, à notre droite, une tranchée étroite où ils ont de l’eau jusqu’à mi-jambes : « L’eau gelait autour de nos jambes, devait me dire plus tard l’un de ces hommes, Giraud, et chaque fois que nous voulions lever le pied, il nous fallait briser une enveloppe de glace. « 
Les hommes qui n’ont pas à monter la garde s’assoient dans la tranchée tapissée de boue et y dorment d’un sommeil lourd, la toile de tente rabattue par-dessus la tête.
Je n’ai jamais, je le crois bien, éprouvé l’amertume de la guerre autant que cette nuit-là. La faim, la soif, le froid, l’insomnies, l’incertitude… »

A ce moment, avec la journée du 24 ou les pertes de terrain ont été énorme, ou la retraite a été importante et que le fort de Douaumont est tombé, le moral de l’armée française est ont plus bas. Le désastre de la perte de Verdun est pressenti par tous…

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Front au 25 février 1916

Prise de pouvoir du général Pétain :
Le général de Castelnau, qui a reçu les pleins pouvoirs du général Joffre, confie au général Pétain le commandement de la région fortifiée de Verdun et des forces arrivant sur les deux rives. Il a une liberté complète de mouvement, et autant que possible, tous les moyens qu’il demandera.petain2

Philippe Henri Benoni Omer Joseph Pétain est né le 24 avril 1856 à Cauchy-la-Tour (Pas-de-Calais) dans une famille modeste.
Il a fait ses premières études chez les Dominicains, puis est entré à Saint-Cyr en 1876. Il en est sorti avec un niveau modeste, et s’est dirigé naturellement vers une carrière militaire qui s’annonçait très simple. Lieutenant de chasseur à pied, il fut affecté à des garnisons secondaires et ne participa à aucune des grandes campagnes coloniales.
En 1904, il devient capitaine et est nommé professeur adjoint d’infanterie à l’École de guerre par le général Bonnal. Là, Pétain prend toute sa dimension en se faisant le défenseur de la guerre de position, théories peu conformes aux conceptions tactiques de l’état-major qui prônent la guerre à outrance.
Le général Bonnal écrit de lui :
 » Capitaine remarquable, aussi bien comme officier d’état-major que comme officier de troupe. Réunit les qualités de vigueur, de coup d’œil, de décision et d’intelligence dans la juste proportion désirable chez un futur grand chef. « 

Lorsqu’éclate la guerre, il a 58 ans, il est devenu colonel et s’apprêteà prendre sa retraite. Cependant, il prend la tête d’une brigade d’infanterie et après s’y être distingué, notamment en Belgique, il est promu général de brigade. Plus tard, il est nommé général de corps d’armée et remporte de brillants succès dans les batailles de l’Artois. Il se distingue, en particulier, par sa prudence et le souci qu’il témoigneà épargner la vie de ses hommes.

 

Dés 8 h du matin ce 25 février, Pétain se présente à Chantilly devant le général en chef. Lui et son état major doivent très rapidement se mettre en route vers Bar-le-Duc et s’installer dans le quartier général qui se trouve dans la mairie de Souilly, petit village sur la route entre Bar-le-Duc et Verdun.
Ce n’est qu’à la nuit qu’il arrive enfin à Souilly. Il a appris dans la soirée la chute du fort de Douaumont. Aussitôt, il prend ses fonctions et organise un entretient avec le colonel Barescut, chef d’état-major de la IIe armée. Cette réunion dure une bonne partie de la nuit.

Témoignage du général Pétain :  » A 11 heures du soir, dès mon retour à Souilly, le général de Castelnau transcrivait mon ordre de mission sur une feuille de son calepin de poche, la détachait et me la passait  » pour exécution immédiate « .
A 11 heures, je prenais donc la direction de la défense de Verdun, déjà responsable de tout et n’ayant encore aucun moyen d’action…
Dans la salle vide de la mairie, je me mettais en communication téléphonique avec le général Balfourier, commandant les forces engagées dans le secteur d’attaque.
Allo ! C’est moi, général Pétain. Je prends le commandement. Faites-le dire à vos troupes. Tenez ferme. J’ai confiance en vous – C’est bien, mon général. On tiendra ! Vous pouvez compter sur nous comme nous comptons sur vous.
Aussitôt après, j’appelais le général de Bazelaire, commandant les secteurs de la rive gauche, et je lui donnai les mêmes avertissements, en lui indiquant le prix exceptionnel que j’attachais à la conservation de nos positions à l’ouest de la Meuse. Il me répondait, comme venait de la faire le général Balfourier, sur le ton d’une confiance affectueuse et absolue.
La liaison morale, du chef aux exécutants, était assurée.
Un peu plus tard, vers minuit, arrivait le colonel de Barescut, mon chef d’état-major. Sur une carte à grande échelle plaquée au mur, je marquais au fusain les secteurs des corps d’armée en position, ainsi que le front à occuper, et je dictais l’ordre que l’on devrait faire parvenir à toutes les unités le lendemain matin.
Tels furent, à Verdun, mes premiers actes de commandement. « 

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La mairie de Souilly

 


 

26 février – Lutte pour le village de Douaumont – Perte de la côte de Talou et du Poivre – La situation parvient néanmoins à se stabiliser
Avec les événements de la veille, le mot d’ordre est plus que jamais de tenir coûte que coûte et à tout prix, de stopper impérativement l’avancée allemande et de ne pas lâcher un mètre carré de terrain.

Avant l’aube, les Allemands lancent une nouvelle attaque sur côte de Talou et cette fois-ci, parvienne chasser les unités françaises qui reflue vers l’arrière. La côte est prise.

Dans la matinée, le général de Castelnau, mal informé, croit que les Allemands n’ont pas encore eu le temps de s’installer dans le fort de Douaumont. Il donne l’ordre d’attaquer et de reprendre l’ouvrage. Cependant, le fort a été puissamment occupé durant la nuit et son armement a été remis en état de tirer. Nos vagues d’assaut viennent se briser les unes derrière les autres.

En fin de matinée, l’attaque allemande reprend d’un bout à l’autre des 10 km de front, de la côte du Poivre à gauche jusqu’au bois d’Hardaumont à droite.
Des 2 côtés, les hommes sont épuisés par 5 jours de combats incessants. Et si les Allemands n’ont pas baissé la pression jusque là, cette fatigue commence à se faire sentir dans leurs rangs.

A l’extrême gauche, les unités françaises qui occupent encore une partie de la côte du Poivre sont soumises à de violent assauts répétés. Très affaiblies par le bombardement du matin, elles sont incapables de refouler les troupes allemandes.

Témoignage de Frédéric GERMAIN, caporal au 146e R.I. : » Combien de temps dura ce bombardement en bas de la côte du Poivre ? Pour moi, il dura des années. Nous étions isolés ; plus de liaison ni de ravitaillement puisque tout autour de nous était bouleversé, la terre retournée, les arbres pulvérisés.
Il y avait plus qu’à attendre la mort que l’on jugeait inévitable dans cette atmosphère de feu. Quand un instant d’accalmie nous permettait de pouvoir nous entendre, nous nous appelions de trou en trou, mais, hélas, combien ne répondaient pas ! « 

Le soir, la crête de la côte du Poivre est perdue mais les troupes françaises s’accrochent à la contre pente. La violence du bombardement français venant des forts de la rive gauche empêche ensuite les Allemands de poursuivre leurs attaques.
C’est sur ordre du général Pétain qui a pris le commandement la veille, que les forts de la rive gauche tirent à présent par dessus la rivière et jouent enfin leur rôle dans la bataille.

A droite, sur la ligne Haudraumont-village de Douaumont, le 1er bataillon du 85e R.I. s’étale sur 2 km. Il est réduit de moitié depuis la veille et sans soutient d’artillerie. Le combat qu’il livre est terrible. L’ennemi, beaucoup plus nombreux tente désespérément de le contourner. L’ouvrage de Louvemont est perdu mais la ligne tient.

Plus à droite, sur les pentes au sud de la ferme d’Haudraumont, les Allemands se heurtent aux 8e et 110e R.I. Après plusieurs tentatives sanglantes, ils sont stoppés.

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Encore plus à droite, les ruines du village de Douaumont sont toujours tenues par le 3e bataillon du 95e R.I. Plus une maison n’a de toit, se sont plus de 1000 pièces d’artillerie qui se sont acharnées sur le village toute la nuit.
L’attaque débute à 16 h 30 et 3 assauts consécutifs parviennent à être repoussés.
Témoignage de Henri BOZONNET, agent de liaison au 95e R.I. : » L’abbé Bedu, aumônier du régiment, prodigue ses encouragements, mais ses paroles de réconforts ne peuvent guère percer le vacarme épouvantable.
Les Allemands débouchent ; nous les voyons avancer crânement par petits groupes de dix à quinze hommes, derrière lesquels se trouve une colonne et par derrière encore, une autre colonne plus dense. Et partout ça fourmille, Nous tirons, tirons sans perdre une seconde.
L’artillerie ennemie allonge son tir ; déjà, les premiers groupes arrivent tout près de nous, ô bonheur ! une mitrailleuse sur notre gauche, qui n’avait pas encore tirés, se met de la partie. Là, c’est toute l’horreur de la guerre ; il tombe des groupes entiers, les uns en avant, les autres en arrière, levant les bras ; d’autres s’écroulent à genoux. Presque au même instant, deux pièces de 75, arrivées par je ne sais quel miracle, mettent en batterie en première ligne et ouvrent le feu sur les vagues de l’arrière ; seuls quelques rescapés de ces vagues arrivent jusqu’à nous ; nous constatons qu’ils sont ivres. « 

Plus tard, vers 14 h, l’aile gauche du 95e R.I. flanche et l’ennemi parvient à occuper quelques maisons du village. Il ne peut cependant pas poursuivre.
Témoignage de Ch. CAUTAIN, soldat au 95e R.I. :  » Brochard court dans la tranchée, soutenant de sa main valide son bras à moitié déchiqueté. Le sang coule comme l’eau d’un robinet. Il va, sans un mot, sans une plainte. Aura-t-il la force d’aller au poste de secours ? où est-il d’ailleurs, ce poste de secours ? Personne ne le sait. « 

Le 95e R.I. sera relevé à la nuit par les 8e et 110e R.I. qui prendront sa place dans la village. Il aura perdu 800 hommes.

Plus à droite du fort de Douaumont, à l’est du village, l’ennemi a face à lui le 418e R.I. Il est également maintenu sur ces positions initiales.

Enfin, à l’extrême droite, une avancé est réalisées au bois d’Hardaumont. L’ouvrage du même nom tombe aux mains de l’ennemi. Ce dernier est néanmoins stoppé à la lisière du bois par le bombardement français.

Finalement, le centre du dispositif, s’étalant de la côte du Poivre exclus jusqu’au bois d’Hardaumont exclu est en partie maintenu. Seules les 2 ailes ont été forcés mais l’avancée à été contenue.
Contrairement à la veille au soir où le moral était au plus bas, un léger signe d’espoir semble se profiler au haut commandement français :
Télégramme de Castelneau aux côtés de Pétain, à Joffre le 26 au soir : » La situation n’est pas encore suffisamment éclaircie pour que le général Pétain et moi puissions formuler une appréciation précise. Je crois toutefois que, si nous pouvons gagner les deux ou trois jours qui permettront au général commandant la 2e Armée de remettre les choses en ordre et de faire sentir son action, tout danger de perdre Verdun sera définitivement écarté. « 

En ce qui concerne les pertes françaises du 21 au 26, l’ensemble de la région de Verdun a perdu 25.000 hommes environ.

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Front au 26 février 1916

Il est très important à ce stade du récit, afin de ne pas tomber dans la monotonie par la suite, de bien garder à l’esprit les conditions de combat et l’état dans lequel se trouvent maintenant les soldats de premières lignes.
Nous avons vu que depuis 6 jours, si nous ramenons le champs de bataille à un espace réduit, ce n’est qu’attaques et contre-attaques consécutives, et cette réalité ne va faire qu’empirer pendant les mois suivants. Cependant, il est simple et rapide d’employer ces thermes d’attaque et de contre-attaque pour résumer les nombreux affrontements qui ont lieux chaque jour. Puisque en somme, c’est ce qui ce passe, les Allemands attaques, les Français reculent puis contre-attaque et reprennent leur position initiale. Toutefois, il ne faut pas oublier les conditions extrêmes dans lesquels ces événements se déroulent.

Du côté allemand, bien que la supériorité numérique et l’action offensive soient incontestables depuis le début de la bataille, les pertes ont été importantes. La résistance française bien que longue à se mettre en place a été acharnée.p323
Sur les 18 divisions dont disposait le Kronprinz, toutes ont été lancées dans la bataille sans aucunes relèves depuis le 21. Certains bataillons étaient en position depuis le début du mois.
S’ils sont partis le 21 au soir de tranchées profondes et confortables, ils vives depuis dans les tranchées bombardés par eux le jour d’avant, pleine de cadavres français gelés, de boue et de neiges.
Le froid, les nuits sans sommeil, les ravitaillements difficiles, la tension nerveuse commencent peu à peu à épuiser les hommes.
Pour cette raison, le commandement allemand va suspendre ses attaques frontales massives jusqu’au 5 mars inclus, afin de calmer un peu le rythme qu’il a imposer à ses troupes jusqu’à lors. Débutera alors l’attaque allemande sur les 2 rives.
De plus, bien que l’avancée aie été fulgurante, le commandement allemand commence à se rendre compte que son attaque éclair sur Verdun a échoué. Il faut maintenant se donner quelques jours de réflexion et de réorganisation pour frapper de nouveau un grand coup.

 

Du coté français, les difficultés sont les mêmes mais multipliées.p324
En plus des conditions de vie épouvantables, s’ajoute l’écrasante infériorité numérique, l’angoisse des échecs des derniers jours et le bombardement allemand incessant.
Les hommes vivent abandonnés, encerclés, ne sachant plus ou est l’avant et l’arrière. Le ravitaillement est pratiquement inexistant et les combattants n’ont rien de chaud dans le ventre depuis plusieurs jours. L’eau fait également cruellement défaut. Recroquevillés dans leur trou d’obus, ils sont à demi fous par l’insomnie, l’épuisement moral et physique. Ils sont trempés, boueux de la tête aux pieds, crasseux et plein de poux.
Lorsque les bombardements s’allongent, et qu’un calme relatif survient, ils sont incapables de parler, la gorge brûlée d’avoir trop crié, sourds par le bruit trop intense qu’ils viennent de subir.
Tout autour d’eux, les cadavres sont omniprésents, ils les piétines, s’aplatissent à coté d’eux, vive avec eux.
Lorsque que l’assaut allemand est donné et que les vagues s’avancent, ils tirent désespérément dans un sursaut de rage, les doigts gelés crispés sur leur fusil. Sachant que pertinemment, dans 1 minute, 10 ou 1 heure, ils seront mort ou blessé.

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Témoignage de C. CORNEVIN, soldat au 160e R.I. : » … La nuit, cependant, un blessé se révèle parmi tous ces morts. Il appelle, il réclame à boire. Nous lui donnons le peu d’eau boueuse que nous trouvons. Nous voulons le transporter au poste de secours, mais le moindre mouvement lui arrache des cris de douleur ; les brancardiers appelés le laisseront là. Rien à faire ! Nous couvrons de couvertures ses jambes brisées, tout son misérable corps, nous relevons sa tête et, la mort dans l’âme, le laissons en proie au délire. Nous revenons apaiser sa soif de temps en temps.
Le lendemain, il nous appelle par nos noms qu’il a entendus. Parfois sa voix déchirante articule ceux des siens, il pleure ; c’est poignant.
Le bombardement commence et l’épargne.
La nuit suivante, il n’est pas encore mort, mais ses appels sont moins fréquents, sa voix bien faible. Au petit jour, il n’est plus. « 


27 février – Lutte pour le village de Douaumont
Comme cela a été indiqué plus haut, les Allemands suspendent leurs attaques massives jusqu’au 5 mars inclus afin de reposer un peu leurs troupes. Cependant, le pilonnage d’artillerie et les attaques locales en cours se
poursuivent.

Pendant la nuit, le bombardement allemand est continu. Au matin, il devient plus violent sur le front de Bras – Douaumont, et s’étend jusqu’aux forts de Souville et de Tavannes, au village de Belleville et Verdun.

A 8 h, le général Guillaumat prend le commandement du secteur allant de la Meuse au village de Douaumont exclu.

A 16 h, les Allemands attaquent de chaque côté du fort de Douaumont. A gauche, ils se heurtent aux 8e et 110e R.I. dans le village de Douaumont et devant le bois d’Haudraumont et ne parviennent pas à percer.
T
émoignage de Louis BRAYELLE, soldat au 110e R.I. :  » Par une fin d’après-midi, sous la neige qui tombait, le bombardement cessa enfin. Nous fûmes tirés de notre léthargie par la voix mâle et fière de notre brave chef de peloton qui nous apparut comme un spectre au sortir d’une tombe et nous cria : « Allons, les enfants, debout, les Boches attaquent ! »
Electrisés par cet appel, les demi-morts rescapés du bombardement se dressèrent et, utilisant les quelques rares revolvers et mousquetons en état de tirer, firent, en poussant des cris de rage, leur devoir de soldats. Et l’Histoire dit que le Boche ne passa pas.
Quelque temps auparavant, notre colonel était passé rapidement près de nous, couvert de débris, de plâtras, et, nous fixant l’espace d’une seconde, d’un regard émouvant que je n’oublierai jamais, nous avait dit ces simples mots : « Courage, mes enfants ! »"

A droite, à l’est du village de Douaumont, ils se retrouvent de nouveau face au 418e R.I. et sont également stoppés.

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28 février – Lutte pour le village de Douaumont
Durant la nuit, sur ordre du général Pétain, le 174e R.I. monte en ligne au bois Feuilla. Il part ensuite à l’attaque et parvient à s’emparer de la ferme de Souppleville et de la station d’Eix-Abaucourt. Il parvient finalement aux tranchées du mamelon 254 où il s’installe.

Sur le reste du front, le bombardement allemand est assez violent toute la nuit et toute la matinée.
Les blessés sont nombreux. Ils affluent vers les petits postes de secours des bataillons, creusés à même la terre, qui ont été aménagés un peu en arrières des premières lignes. Les blessés les plus légers arrivent à pieds, pour les autres, ils sont transportés sur un brancard ou roulés dans une toile de tente enfilée sur un bâton.

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Rapidement, chaque poste de secours est tellement bondé, qu’il est difficile aux médecins de mettre un genou au sol pour déshabiller ou soigner un blessé.
Les diagnostiques sont des plus diverses : plaies pénétrantes de poitrine avec perforation du poumon, plaies du ventre, plaies pénétrantes par balle au crane, carotide sectionné, jambes arrachées avec de nombreux fragment d’os, hémorragie importante, plaies de la face.
Une odeur de sang, de vomi et d’excrément, parce que de nombreux blessés graves ont le corps que se vident, emplie la pièce minuscule.
Les moyens sont très sommaires. Alors que plusieurs blessés sont très choqués, certains hurlent de douleur, d’autres sont pris de convulsions, il n’y a rien comme antichocs. Les transfusions sanguines sont impensables dans un lieu si exigu et mal propre. De toute façon, les groupes sanguins des hommes sont inconnus.
La seule chose à faire est de nettoyer les plaies le mieux possible, souvent à la teinture d’iode, pour fixer le sang, car il n’y a pas d’eau, les médecins n’en n’ont même pas assez pour nettoyer leurs mains pleines de sang et de boue. Puis, faire un solide pansement et activer le rapatriement vers l’arrière, quand les brancardiers sont disponibles et encore en vie.
Au milieu de toutes cette souffrance, des centaines de mouches dansent et se posent sur les plaies, les visages, les mains. Les hommes qui agonisent n’ont pas la force de les faire fuir.
Dehors, le bombardement continue, les parois du poste de secours ne cessent de trembler, produisant une épaisse poussière.

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Témoignage de X :  » Notre poste de secours regorge de blessés. Nous faisons des pansements sans discontinuer et nous disons par signes ce que nous avons à dire : impossible de placer un mot ; on ne peut même pas s’entendre. Je soigne ceux qui sont étendus sur leur brancard, devant le poste de secours devenu beaucoup trop petit pour les recevoir tous. Un malheureux à qui j’essaie de garrotter la fémorale est blessé d’un éclat profond dans la poitrine pendant que je le panse. Un tout jeune caporal m’arrive, tout seul, avec les deux mains arrachées au ras des poignets. Il regarde ses deux moignons rouges et horribles avec des yeux exorbités. Je tâche de trouver un mot qui le console et lui crie : « Que fais-tu dans le civil ? « j’ai alors la réponse navrante qui me serre le cœur et m’empêche de rien ajouter : « Sculpteur », dit-il ! « 

Témoignage de Gaston GRAS : » A la tombée de la nuit, des voix lugubres se font entendre :  » Brancardier !… Brancardier !…  » appellent longuement des hommes disséminés dans les entonnoirs.
 » Maman ! « gémit un autre que l’on devine, ensanglanté, dans l’ombre.
Alors, méprisant les coups de fusils, des brancardiers accourent à l’appel des mourant : leurs longs brancards pliés sur les épaules, ils vont de trou en trou, se penchent, et parfois se relèvent en emportant avec précaution un camarade qui agonise.

… (Au début de la guerre, dans chaque régiment, les gradés avaient l’habitude de désigner les futurs brancardiers parmi des hommes qui n’estimaient pas capable de se battre. Cependant, ils se rendirent vite compte que s’était l’inverse qu’il fallait faire. En effet, les brancardiers, à la recherche de blessés entres les lignes, agissaient de manière autonome et en dehors de tout contrôle. Leur rendement était entièrement dépendant de leur sens du devoir, leur dévouement, leur résistance physique et morale, leur courage…
Ils furent alors sélectionnés parmi les meilleurs éléments. ) …
.

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Leur besogne se continuera toute la nuit : toute la nuit, à la faveur de l’obscurité, ils recueilleront les blessés transportables, ceux que l’on à quelques chances de sauver en les soignant à temps.
Ceux-là sont amenés dans les postes de secours des bataillons : les petits majors à un galon, les Ichon, les Duval, les Bonnet, vaillants médecins auxiliaires, étudiants improvisés chirurgiens, leur feront le premier et rudimentaire pansement. Travail immense que celui d’établir un premier appareil dans des conditions dénuées de confort et d’hygiène.

Dans les longs couloirs étroits qui précédent les abris, les blessés s’entassent; claquent des dents, pâlis par les hémorragies, grelottant de fièvre. Pas un gémissement, mais un lourd silence où chacun évalue ses misères et ses chances d’en revenir. Parfois, l’un d’entre eux plus valide, pouvant encore marcher, s’en va vers l’arrière, nanti d’une fiche de carton rouge passée dans la boutonnière de sa capote.

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Pour celui-ci, le problème reste tout entier : il ne faut pas se faire prendre dans la barrage en descendant vers l’arrière, vers les petite autos sanitaires qui l’emporteront loin de la ligne de feu.

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… ( Ensuite, dans les hôpitaux de campagne, les blessés sont pris en charge mais, il n’y a quasiment rien pour déchoquer les malades. On ne peut que les réchauffer avec des rampes de lampes électriques.
Un progrès tout de même qui n’en est qu’à ses débuts, les transfusions sanguines commencent à se faire avec l’appareil de Jeanbrau. Mais cet appareil reste d’un maniement assez difficile. Malheureusement, le sang manque. La connaissance des groupes sanguins en est à ses débuts, et l’on ne connait pas les groupes Rhèsus. Cinquante grammes de sang sont prélevés à des volontaires de l’ambulance. Uniquement ! pour ne pas trop les affaiblir, mais ce n’est pas suffisant. Par ailleurs, on ne connait ni les sulfamides ni les antibiotiques. Le plasma injectable non plus n’est pas inventé. ) …

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Malheureusement, les brancardiers des bataillons, du régiments, de la division même, ne sauraient suffire au dégagement du champ de bataille : un blessé exige au moins deux hommes pour le transporter sur un brancard, et les brancardiers ont eux aussi été décimés pendant l’attaque qu’ils ont suivie comme les autres. « 

A 15 h, l’ennemi attaque le calvaire de Douaumont et les abords du fort (73e et 110e R.I.). Il est repoussé et laisse sur le terrain de nombreux cadavres.

A 16 h, nouvelle tentative d’attaque. Des corps à corps locaux s’engagent mais globalement, l’ennemi est de nouveau renvoyé dans ses lignes. Il ne parvient qu’à enlever un élément de tranchée qui était tenu par des unités du 110e.

Sur les pentes sud de la ferme d’Haudraumont (8e R.I.) et à droite (418e R.I.), le combat se poursuit et se prolonge tard dans la nuit.

 

source récit : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

verdun-carte

soure : http://www.encyclopedie.bseditions.fr/article.php?pArticleId=113&pChapitreId=34344&pArticleLib=1916+%5BNazisme%A0%3A+au+fil+des+jours+%282i%E8me+guerre+mondiale%29%5D

Carte de la bataille de Verdun (21 février – 21 juillet 1916)


 

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