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29 décembre 2012

Lettres et carnets : témoignages des « poilus »

milguerres @ 18 h 05 min

 

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 Lettres, carnets, journaux, récits de guerre

 

Lettres et carnets : témoignages des « poilus »

Restés plusieurs mois dans les tranchées, les soldats ont, dans des carnets personnels ou dans des lettres,

largement décrit la réalité de la guerre.

http://tnhistoirexx.tableau-noir.net/pages12/premiereguerretemoignage.html

L’héroïsme

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8À deux heures et demie, un aéroplane allemand survole nos positions. Nous étions repérés et vingt minutes après, le premier obus éclatait à six pas de moi. J’ai été soulevé, projeté à cinq mètres, tout le corps anéanti, couvert de sang. Je me suis levé, abruti, incapable d’articuler un son et j’ai marché. Des hommes étaient couchés sur la route, morts. J’ai couru. Quelle grêle d’obus ! J’en entends un au-dessus de moi, je me lance dans la tranchée, il éclate à un mètre, je me relève, je pars de nouveau. Je me disais : jamais je n’arriverai à l’ambulance. Ah ! Mon ami, que c’est laid la guerre moderne.

Lettre de Jean de Pierrefeu à un ami, 1914, Anovi, www.grande-guerre.org

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8Tu ne saurais croire l’héroïsme de nos soldats. Hier devait avoir lieu l’attaque d’une tranchée allemande. Au signal, les lieutenants s’élancent en criant : « En avant ! », « A l’assaut ! », « Pour la France » ; et l’un d’eux entonne La Marseillaise. Derrière eux, toute la section. Quel élan, quel enthousiasme pour ces hommes qui savent pourtant qu’ils n’ont aucune chance. Les lieutenants meurent, frappés à la tête. Les soldats tombent à leur tour impossible d’avancer. Les vivants se couchent et tentent d’amonceler de la terre devant leur tête pour se protéger des balles. Le commandant leur fait dire de se replier. Hélas, on ne peut ni avancer, ni reculer. Il faut attendre la nuit. Au soir, un blessé me dit : « Ce qu’il faut souffrir pour la France.»

Lettre du Dr Martin-Laval à sa sœur,  Paroles de poilus.

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8Mon général, je me permets de demander à passer dans l’infanterie. Je considère que ma place est là où les risques sont les plus nombreux. Je fais partie d’une famille israélite naturalisée française. Je veux après la guerre, si je reste en vie, avoir la satisfaction d’avoir fait le maximum de mon devoir. Je veux que personne ne puisse me contester le titre de Français, de vrai et de bon Français. Je veux, si je meurs, que ma famille puise être fière de moi, et que personne ne puisse lui reprocher ses origines étrangères. De toute mon âme et de tout mon cœur, je suis décidé à servir la France le plus vaillamment possible.

Lettre du soldat Henry Lange, 1917, Paroles de poilus.

 

La dure réalité des tranchées

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8Notre tranchée a une longueur de 100 mètres. Elle est profonde d’un mètre et la terre a été jetée devant, si bien que l’on peut passer debout sans être vu. Elle est très étroite et par endroits, on a creusé plus largement pour pouvoir se croiser quand on se rencontre. Dans le fond, on creuse de petites caves où un homme peut se coucher pour se protéger des obus.

Lettre d’Adolphe Wegel, 1915, Paroles de poilus.

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8Je viens de déjeuner, mais qu’est-ce qu’une demi-boule de pain pour une journée ! J’en ai mangé la moitié et j’ai encore plus faim. Rien que le matin, il me faudrait la boule entière ! Le froid aiguise terriblement l’appétit et, ne pouvant le satisfaire, on est obligé de se recoucher.

Lettre d’Etienne Tanty, 1914, Anovi, www.grande-guerre.org

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8Voilà près d’un mois que je ne me suis ni déshabillé, ni déchaussé ; je me suis lavé deux fois : dans une fontaine et dans. Un ruisseau près d’un cheval mort ; je n’ai jamais approché un matelas ; j’ai passé toutes mes nuits sur la terre. On dort un quart d’heure de temps en temps. On dort debout, à genoux, assis, accroupis et même couché. On dort le jour ou la nuit, à midi ou le soir. On dort sur les chemins, dans les taillis, dans les tranchées, dans les arbres, dans la boue. On dort même sous la fusillade. Le silence seul réveille.

Lettre d’André Fribourg au journal l’Opinion, 1915, Anovi, www.grande-guerre.org

 

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8La pluie approche. Une goutte tombe sur mon képi. Après une heure, la pluie redouble : c’est l’averse. Accroupis dans la tranchée, nous attendons. L’uniforme s’imprègne brin à brin. Après trois heures, je sens comme un doigt froid sur ma chair. C’est l’eau qui pénètre. Manteau, veste, chandails, chemise ont été traversés. Après quinze heures, il pleut. La nuit froide glace l’eau dont nous sommes revêtus. Après vingt-quatre heures, il pleut. La canonnade redouble. Je me baisse, je me couche au fond de la tranchée, dans l’eau. Après deux jours, il pleut.

Lettre d’André Fribourg au journal l’Opinion, 1915, Anovi, www.grande-guerre.org

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8Voici comment se passent nos nuits. À 8 heures 1/2, la canonnade s’arrête peu à peu. Le silence règne enfin. On entend les pas des soldats, les roulements des caissons de ravitaillement. Défense d’allumer des feux. On mange froid et l’on se couche, à même le sol. On dort tout équipé. Pas de couverture. Des loques humaines couchées en désordre. Une heure du matin. Bing ! Un coup de feu. Bing ! Un autre coup. Une fusillade éclate. L’ennemi attaque comme toutes les nuits, pour nous fatiguer. Quel réveil de cauchemar.

Lettre de Jean de Pierre feu à un ami, 1914, Anovi, www.grande-guerre.org

Le désespoir

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8J’ai le cafard. Voilà six mois que ça dure, six mois, une demi-année qu’on traîne entre la vie et la mort, cette misérable existence qui n’a plus rien d’humain ; six mois sans espoir. Pourquoi tout ce massacre ? Est-ce la peine de faire attendre la mort si longtemps à tant de milliers de malheureux, après les avoir privés de vie pendant des mois. Nous devenons des brutes. Je le sens chez les autres, je le sens chez moi. Je deviens indifférent, sans goût, j’erre, je ne sais quoi faire.

Lettre d’Etienne Tanty, 1915, Anovi, www.grande-guerre.org

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8On nous ordonne : « Allez là ! » Et nous y allons. On nous ordonne : « Attaquez ! » Et nous attaquons. Puis les mouvements recommencent, des marches errantes, avance, recul, des haltes, des manœuvres qu’on ne comprend pas. Une seule fois, le capitaine nous a exposé ce que nous allions faire. Il ne nous a pas révélé quelle bataille décisive allait s’engager. Pourtant, ce fut assez : une lumière était en nous. On nous disait : « Nous comptons sur vous. »

Carnet de M. Genevoix, 1914, Anovi, www.grande-guerre.org

 

 

Etudes de lettres de poilus

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8Les Frères Bouchet

http://crdp.ac-amiens.fr/cddpoise/oise14_18/lettres_de_poilus.html

http://crdp.ac-amiens.fr/cddpoise/oise14_18/AD60_52J_5_309_001.jpghttp://crdp.ac-amiens.fr/cddpoise/oise14_18/AD60_52J_5_310_001.jpg

http://crdp.ac-amiens.fr/cddpoise/oise14_18/AD60_52J_5_310_002.jpghttp://crdp.ac-amiens.fr/cddpoise/oise14_18/AD60_52J_6_169_001.jpg

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Les frères Bouchet

Originaires de Creil, les six frères Bouchet, Paul, Jean, André, Pierre, Marc et Henri, ont durant la guerre adressé à leurs parents et à leur sour 1100 lettres. L’ensemble de cette collection a été acquise par les Archives départementales de l’Oise (sous-série 52J) en 2003 à Bruxelles.

Son intérêt réside dans son exceptionnel volume, dans la qualité d’expression de ces jeunes hommes et la diversité des sujets qu’ils traitent.

A la veille de la commémoration de l’armistice, voici  cinq lettres de Marc, Henri et Jean  Bouchet datant de novembre 1918. A cette date, Marc est incorporé au 41éme bataillon de chasseurs, il est envoyé à partir du 7 novembre en Belgique. Il décrit donc Bruxelles dans sa lettre du 22 novembre. Henri, âgé de 20 ans en 1918, cadet de la famille, est depuis août à l’école d’artillerie de Fontainebleau. La seule lettre de Jean parlant de la victoire, et donc de sa libération, date du 25 décembre. Jean avait été fait prisonnier en avril 1915 dans la Meuse.

Seuls Marc, Henri et Jean ont pu témoigner à travers leur correspondance de l’armistice.
Paul a été porté disparu des le 29 août 1914, son corps n’a jamais été retrouvé. André, blessé dès son deuxieme jour de combat, a été fait prisonnier en septembre 1914 puis rapatrié en France pour invalidité. Pierre engagé en décembre 1914 et a été tué lors d’un combat aérien le 14 août 1918.

sources :

textes :

http://tnhistoirexx.tableau-noir.net/pages12/premiereguerretemoignage.html

http://crdp.ac-amiens.fr/cddpoise/oise14_18/lettres_de_poilus.html

images :

http://crdp.ac-amiens.fr/cddpoise/oise14_18/lettres_de_poilus.html

 

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