Milguerres

14 avril 2013

Les contingents impériaux au cœur de la guerre

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La Tunisie au gré des conflits

Les contingents impériaux au cœur de la guerre :  « Etude faite sur la présence de tous les hommes d’origine des colonies françaises ou britanniques (et autres) ayant participé aux deux conflits mondiaux. 

Pour ceux qui ignorent la présence des Nords Africains, des « Noirs », des Chinois, des gens de l’Est, des Australiens, des Canadiens,… et pardon si j’oublie d’autres origines au sein de ces deux conflits.  Les chiffres parlent d’eux-mêmes,  leur présence ne fera qu’honorer leur mémoire !  A tous ceux qui ont combattu pour une même cause … «  

à noter, selon cette étude :

« La mobilisation des «indigènes » s’est opérée selon des principes divers. En Algérie, en Tunisie et en AOF, les contingents fournis par engagements volontaires sont complétés par des conscrits recrutés par tirage au sort.  »

« En 1940, l’armée française met en ligne 640000 coloniaux et Nord-africains, dont 
176000 Algériens,
 
80000 Tunisiens,
 
80000 Marocains (360000 hommes), et
 
180000 Sénégalais.

En France, en 1918, pour un total de 350000 travailleurs étrangers présents, 200000 sont originaires des colonies françaises (78000 Algériens, 35000 Marocains, 28000 Tunisiens, 50000 Indochinois, surtout Vietnamiens, 6000 Malgaches)

Selon cette étude : 108000 Tunisiens auraient servis sous le drapeau tricolore, lors des deux conflits mondiaux, sans noter les pertes humaines, civiles ou matérielles (sans oublier la période de colonisation et la campagne de Tunisie en 1881. Une Tunisie, vraiment au gré des conflits… Hayet (auteur du blog, origine tunisienne

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8

 

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Les contingents impériaux au cœur de la guerre 

Jacques Frémeaux   lien Histoire, économie et société  lien   Année   2004   lien Volume   23   lien Numéro   23-2 

Résumé
Cette communication insiste sur un sujet trop rarement évoqué, qui est la participation des empires coloniaux, surtout français et britannique, aux deux guerres mondiales. L’apport des Dominions et des colonies en soldats et travailleurs a été important. Ces soldats ont connu des conditions de guerre analogues à celles des soldats européens. Aux souffrances subies par l’ensemble des combattants s’est ajouté un plus grand éloignement de leur pays et, pour les soldats dits «indigènes», une expérience qui a précipité l’entrée dans le monde moderne, et a contribué à encourager les nationalismes.

Abstract
This paper deals with the very important part played by the imperial armies, especiallly British and French, during the two World Wars. A great number of soldiers and workers came from the Dominions and Colonies. They had to endure similar conditions as those of their European comrades, plus, a harsher and longer severance from their mother countries. The discovery of the modern war accelerated the entry of the « native » men in the Modem World, and gave a boost to nationalisms.

Le présent programme ne fait aux Empires coloniaux qu’une place limitée. L’ambition de cette communication est de montrer que, loin de se borner à un canton périphérique de l’étude des conflits mondiaux, la participation des contingents d’outremer pourrait en constituer un vaste domaine. On voudrait suggérer ici tout ce que gagnerait une histoire des peuples en guerre à n’être pas privée d’une partie de ses réalités, trop souvent passées inaperçues lorsqu’elles ne concernent pas directement les métropoles.

1. Senghor, «Aux tirailleurs sénégalais morts pour la France», Hosties noires, 1948.
«On fleurit les tombes, on réchauffe le Soldat Inconnu, Vous mes frères obscurs, personne ne vous nomme» l

Échelle du phénomène
Les chiffres démontreraient à eux seuls qu’il ne s’agit pas d’un phénomène marginal. 
En 1914, la Grande-Bretagne et la France disposent des deux plus grands empires coloniaux du monde, vastes respectivement de trente-quatre millions et de dix millions de kilomètres carrés, peuplés de 400 millions et de 50 millions d’habitants.

Les armées impériales britanniques et françaises
• Les Britanniques

Dans les premiers mois de la guerre, les citoyens des quatre Dominions sont invités à concourir à la défense de la métropole. 
On recourt au même dispositif de mobilisation qu’en Grande-Bretagne: volontariat d’abord, puis conscription. 
Mais celle-ci ne s’applique sans difficultés qu’en Nouvelle-Zélande, où elle est votée au mois de mai 1917. 

Au Canada, la décision d’y recourir, en juin 1917, provoque des émeutes chez les Québécois. 

Les Australiens rejettent la conscription par référendum, sous la pression des habitants d’origine irlandaise, émus par la répression des «Pâques sanglantes» de 1916. 

En Afrique du Sud, la question n’est même pas discutée, étant donné les sympathies pro-allemandes de beaucoup d’Afrikaners. 

Au total, la contribution des Dominions atteint environ 1300000 hommes. 
L’Angleterre mobilise des effectifs équivalents aux Indes.
La participation africaine est notable.
La conscription a été imposée en 1915 en Afrique orientale et 1916 en Afrique occidentale. 

Le bilan est impressionnant, comme en témoigne le tableau 1.
Ainsi, l’empire a permis d’accroître d’environ un tiers le potentiel militaire britannique.

Les contingents impériaux au cœur de la guerre  les_co10
tableau 1

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tableau 2

En 1939, la déclaration de guerre des Dominions à l’Allemagne, reconnus comme États souverains et indépendants au sein du Commonwealth, suit immédiatement celle du Royaume-Uni. 
L’effort de mobilisation est globalement accru par rapport à celui de 1914-1918. 
Il faut dire que la menace japonaise a stimulé la mobilisation en Australie et Nouvelle-Zélande, mais aussi aux Indes. 

La contribution indienne est double de celle de la Grande Guerre, celle des colonies africaines sept à huit fois plus forte. 

Le nombre de mobilisés atteint cinq millions d’hommes, dont deux millions pour les seuls Dominions, soit 84 % de la mobilisation de la métropole. L’Empire britannique et le Commonwealth ont ainsi vécu comme l’avait prophétisé Churchill dans son discours du 18 juin 1940, leur «finest hour» (tab. 2).

• Les Français

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tableau 3

À ces chiffres (tab. 3), qui concernent les «indigènes » il faudrait ajouter celui des Français d’outre-mer, la majorité étant constituée de 73000 Français d’Algérie, auxquels on peut adjoindre peut-être 4000 Français des colonies, soit un total d’environ 80000 hommes.
On atteindrait ainsi environ 650000 hommes, et un total de pertes d’environ 100000 hommes

Il va de soi que, par rapport aux 7800000 mobilisés français, la proportion est faible (environ 8 %). 
Malgré tout, l’acharnement de Clemenceau en 1917 et 1918 à mobiliser les contingents coloniaux les plus nombreux possibles montre que ce nombre doit, dans son esprit, peser lourd dans la balance. 
On peut être pratiquement sûr que, en cas de prolongation du conflit, leur proportion aurait eu tendance à s’accroître. 

La mobilisation des «indigènes » s’est opérée selon des principes divers. En Algérie, en Tunisie et en AOF, les contingents fournis par engagements volontaires sont complétés par des conscrits recrutés par tirage au sort. 

Les besoins de guerre amènent à augmenter le nombre des appels. Dans le reste de l’Empire, on en reste au système d’un volontariat, souvent forcé par des pressions administratives.
Dans Г entre-deux guerres, le recours au réservoir humain des colonies paraît le seul moyen de remédier à l’insuffisance de la démographie. Des lois de 1919 étendent le système de la conscription à l’ensemble des territoires de l’Empire. 

En 1940, l’armée française met en ligne 640000 coloniaux et Nord-africains, dont 
176000 Algériens, 
80000 Tunisiens, 
80000 Marocains (360000 hommes), et 
180000 Sénégalais.

C’est à peu près 10 % de l’effectif de l’armée française. 
Ces troupes combattent courageusement, avant d’être entraînées dans la défaite commune.
Elles comptent de nombreux morts et prisonniers.
 


L’appel aux troupes coloniales ne cesse pas avec la défaite. Elles forment la majorité des contingents de l’armée coloniale de Vichy, mais aussi de ceux de la France libre. 

Après le débarquement allié en Afrique du Nord de novembre 1942, la participation des contingents d’outre-mer est déterminante lorsqu’il s’agit d’organiser en Afrique du Nord une armée française équipée de matériel américain. 
À l’été 1944, sur 633000 hommes de l’armée de terre, on compte environ 60 % de soldats «indigènes», dont certains appartenaient aux Forces françaises libres depuis 1940.

• Note additionnelle
Certes, pour être complet, ce travail devrait faire mention des troupes «coloniales» employées par l’armée russe, et recrutées notamment parmi les Musulmans du Caucase et de l’Asie centrale. Il n’est pas possible de le faire ici, faute de temps. On peut au moins citer pour mémoire les deux «divisions sauvages» recrutées dans le Caucase, qui participent à la tentative du général Lavr Kornilov contre le gouvernement provisoire de Kerenski, au mois de septembre 1917. Des unités de ce type figureront également dans l’Armée rouge en 1939-1945. Il faut noter aussi qu’on a recruté des troupes noires dans les colonies belges et portugaises, qui participent en particulier aux campagnes contre les colonies allemandes d’Afrique orientale.

Les mobilisations de travailleurs

II s’agit d’abord de travailleurs recrutés pour les besoins des armées.
Sur le front français, ce sont en majorité des Chinois (100000 pour l’armée britannique, 40000 pour l’armée française, 10000 pour le corps expéditionnaire américain).
L’Afrique du Sud fait appel à des travailleurs africains auxiliaires (environ 70000 dont 20000 en France au Labour Native Corps , qui participe à la construction des tranchées).
Les campagnes africaines sont également dévoreuses d’effectifs: 55000 à 60000 porteurs auraient été réquisitionnés en AEF pour le Cameroun, ce qui représenterait un homme adulte sur quatre.
Pour les campagnes en Afrique orientale, les Britanniques n’auraient pas recruté moins de 750000 hommes, jusqu’au Nigeria et en Gold Coast.
Un million d’autres «indigènes» sont employés pour l’entretien des lignes de communication des armées britanniques au Proche-Orient.
Les Russes tentent d’imiter leurs alliés, pas toujours avec succès: l’ordre donné en juin 1916 de mobiliser 500000 autochtones d’Asie centrale au sein de bataillons de travailleurs, entraîne des rébellions violentes, notamment chez les Kazakhs et les Kirghizes. Des colons sont massacrés.

On retrouve des cas analogues lors de la Deuxième Guerre mondiale.
À partir de 1942, 50000 «indigènes» de Papouasie et Nouvelle-Guinée sont employés par l’armée australienne comme porteurs, brancardiers, terrassiers, mais aussi éclaireurs. Des Auxiliary Groups sont recrutés en Afrique de l’Ouest et affectés aux brigades d’infanterie, pour participer aux transports.
Par ailleurs, des «coloniaux» sont recrutés pour le travail aux champs ou à l’usine.
En France, en 1918, pour un total de 350000 travailleurs étrangers présents, 200000 sont originaires des colonies françaises (78000 Algériens, 35000 Marocains, 28000 Tunisiens, 50000 Indochinois, surtout Vietnamiens, 6000 Malgaches).

Ce mouvement se prolonge après la guerre: 100000 travailleurs nord-africains, surtout algériens, sont employés en 1930. Dans les colonies, les autorités exigent un accroissement de la production des matières premières, obtenu le plus souvent par la réquisition de travailleurs. Lors de la Deuxième Guerre mondiale, le gouvernement du Tanganyika introduit ainsi la conscription pour augmenter la production des plantations de sisal et de caoutchouc; en Nigeria, on mobilise 100000 personnes, forcées à travailler dans des conditions scandaleuses pour tenter (sans beaucoup de succès) d’augmenter la production des mines d’étain du nord.

Le rôle dans la décision
• La Première Guerre mondiale

Pendant la Première Guerre mondiale, les troupes à recrutement impérial se battent sur tous les fronts. 
Leur participation est toujours importante, parfois décisive. 
Les forces des Dominions sont engagées en priorité sur le front français, comme par exemple les Canadiens à Vimy, au nord d’Arras, en avril 1917. 
Elles sont lourdement éprouvées à Passchendaele de juillet à novembre. 
Il en va de même des contingents coloniaux français, dont beaucoup se distinguent, en particulier les régiments de marche de zouaves-tirailleurs, à forte proportion de soldats algériens musulmans.
La 4e brigade marocaine, qui fait partie de la 38e division d’infanterie, associe pour la reprise du fort de Douaumont, au mois d’octobre 1916, trois bataillons à recrutement français du régiment d’infanterie coloniale du Maroc, deux compagnies du 43e bataillon de tirailleurs sénégalais et deux compagnies du bataillon somali.

Ces forces ont été aussi très largement employées pour tenter de lancer des offensives périphériques.
Les Néo-Zélandais et Australiens du général Birdwood, qui représentent le tiers des 129000 hommes débarqués, subissent à Gallipoli, d’avril à décembre 1915, des pertes voisines de 40000 hommes (8500 tués et 20000 blessés australiens). Les troupes indiennes, qui ont souffert du climat en France, en sont retirées en 1915, et affectées au front de Mésopotamie. L’armée du général Allenby, qui occupe Jérusalem, puis Damas, en 1918, compte deux divisions australiennes. Les campagnes africaines mériteraient aussi d’être évoquées. Par soldats noirs interposés, les militaires britanniques et français combattent les Allemands, au Togo (août 1914), au Sud-Ouest africain (août 1914-mai 1915), au Cameroun (août 1914-février 1916). En Afrique orientale, le lieutenant-colonel von Lettow-Vorbeck, tient tête aux troupes britanniques et sud-africaines, renforcées de troupes noires est-africaines et ouest-africaines, mais aussi fournies par les Portugais et les Belges de la Force publique du Congo.


• La Seconde Guerre mondiale
Comme dans le conflit précédent, ces contingents combattent sur tous les fronts.
Les troupes des colonies africaines de la Grande-Bretagne participent à la conquête de la Somalie italienne, puis à la campagne d’Ethiopie en 1941.
Des Australiens, des Néo-Zélandais et des Sud-Africains se battent dans le désert contre les troupes de Rommel.
Une division australienne est faite prisonnière à Singapour.
Des Indiens sont envoyés en Italie au sein de la VIIIe armée du général Alexander.
700000 participent à la campagne de Birmanie.
Les Canadiens constituent une partie importante des forces qui débarquent en Normandie en juin 1944.
Les campagnes du Pacifique engagent des Australiens, des Néo-Zélandais, mais aussi des détachements recrutés en Papouasie et en Nouvelle-Guinée, qui forment le Pacific Islands Regiment .
On note qu’une grande partie de ces troupes doivent défendre les possessions d’outre-mer, en particulier contre le Japon en Asie et dans le Pacifique. L’appoint impérial est donc moins net que lors de la Première Guerre mondiale.

Pour être peu nombreuses, les troupes coloniales françaises n’en ont pas moins un rôle peut-être plus important que lors du conflit précédent. 
Certaines d’entre elles contribuent aux campagnes de Leclerc au Tchad, puis au Fezzan, contre les troupes de Mussolini.
L’Armée d’Afrique s’illustre en 1943 dans la campagne de Tunisie contre les Germano-Italiens, puis en Italie où elle apporte une contribution décisive à la percée du front allemand sur le Garigliano et à l’entrée des Alliés à Rome (juin 1944). 

Tandis que la 2e DB de Leclerc libère Paris, la Première Armée commandée par de Lattre débarque en Provence. Ces unités participent ensuite, au printemps 1945, à la campagne d’Allemagne. Le dévouement des troupes d’outre-mer, souvent trop oublié, a puissamment contribué à la restauration du rôle international de la France. Seule la possession de l’Empire a permis la renaissance d’une armée qui, par sa participation à la «croisade en Europe», a contribué à faire admettre la métropole dans le concert des vainqueurs.

Problématique
II paraît important de montrer que ce thème des troupes d’outre-mer n’est qu’en apparence «exotique»: les problématiques de l’historiographie récente de la guerre peuvent très bien s’appliquer à ce champ de recherche, même si les réponses ne sont pas toujours identiques. Il s’agit d’hommes, de femmes et d’enfants forcés de subir des conflits, en fonction de leur situation particulière.
Il est un élément si évident qu’on ne pense pas forcément à en tenir compte: la première caractéristique des empires coloniaux est d’être des empires d’outre-mer, dont les diverses possessions sont séparées des métropoles par des centaines ou des milliers de kilomètres d’espaces océaniques.

En 1914, par exemple, si la France n’est qu’à un ou deux jours de mer de l’Afrique du Nord, ou à une dizaine de jours de Dakar, l’ordre de grandeur est d’environ trois semaines pour l’Inde, et six semaines pour la Nouvelle-Calédonie.
L’avion n’est employé que très rarement jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. Même ensuite, il n’est guère utilisé pour les transports de troupes.

Les entrées en guerre

Les conditions des entrées en guerre de 1914 ne sont pas fondamentalement différentes de celles qu’on observe dans les métropoles. 
Le comportement des habitants d’origine européenne se situe, comme en Europe, entre enthousiasme et résignation. 
Les masses indigènes mesurent mal la portée de l’affaire, que les autorités s’efforcent de minimiser, pour éviter les tentations de révolte. 
Les notables sont incités à manifester leur loyalisme. 
Pour la plupart des élites autochtones de formation occidentale, comme pour Gandhi, qui incite ses compatriotes à s’engager, combattre pour les empires signifie aspirer à se transformer de sujets en partenaires.

Lors de la Deuxième Guerre mondiale, le scénario est à peu près le même. 
Dès le 3 septembre, le jour de la déclaration de guerre de la Grande-Bretagne à l’Allemagne, les premiers ministres d’Australie et de Nouvelle-Zélande ont proclamé l’engagement de leur pays aux côtés de celle-là («où elle va, nous allons; où elle se tient, nous nous tenons»).
Au Canada, le Parlement accepte sans vote l’engagement dans la guerre.
Au même moment en Afrique du Sud, la motion de neutralité présentée par le Premier ministre Hertzog est mise en minorité face à la motion de déclaration de guerre soutenue par le maréchal Smuts, symbole, depuis le conflit précédent, du dévouement à la cause impériale, devenue celle du Commonwealth .
Au Maroc, dans une lettre lue dans les mosquées, le sultan Mohammed Ben Youssef, futur roi Mohammed V, souligne que «nous devons à la France un concours sans réserve, ne lui marchander aucune de nos ressources et ne reculer devant aucun sacrifice. Nous étions liés à elle dans les temps de tranquillité et d’opulence, et il est juste que nous soyons à ses côtés dans l’épreuve qu’elle traverse et dont elle sortira, nous en sommes convaincus, glorieuse et grande».

Bien des grincements, il est vrai, se produisent, émanant des représentants des partis nationalistes.
En Inde, les représentants du Parti du Congrès se déclarent scandalisés par le fait que, alors que les Dominions ont décidé en toute souveraineté de leur entrée en guerre, par des votes de leurs parlements », le vice-roi a proclamé l’état de belligérance de l’Inde de façon automatique à la suite du gouvernement de Londres, sans consultation des élus.
Le Parti du Congrès se déclare pourtant prêt à soutenir la cause britannique par solidarité antifasciste, mais uniquement en échange de promesses précises quant à l’octroi d’une indépendance rapide, assorties de précisions quant aux buts de guerre alliés. Dans les territoires français, les arrestations de militants ou les dissolutions de partis nationalistes se multiplient. L’effort de mobilisation humaine et économique n’en est pourtant guère entravé.

La violence de guerre
• Le mythe de la «barbarie des troupes coloniales»

Les guerres coloniales antérieures à 1914 ont été souvent empreintes d’une très grande violence. 
La poignée d’officiers européens commandant des volontaires autochtones ont dû souvent s’assurer de leur fidélité en les récompensant par des parts de butin; ils ne se sont pas toujours souciés de protéger les non-combattants des pillages et des massacres. 
Certains, comme Mangin, auteur de La Force noire , ont jugé que l’assaut brutal et sans pitié était dans la nature même des combattants africains, et ont voulu en faire des troupes de choc. Ils sont déçus: les soldats indigènes ne sont pas plus adaptés a priori à la guerre moderne que leurs homologues européens. 
Les premiers combats se traduisent par de nombreuses défaillances dans leurs rangs. 
S’ils se battent généralement bien par la suite, c’est au sein d’unités organisées selon le modèle le plus conventionnel. 
L’image du Noir armé de son terrible coupe-coupe ne persiste pas moins. 
La propagande germanique pense tenir, avec la présence des troupes noires sur le front occidental, un excellent argument pour contrer les campagnes des Alliés contre la «barbarie» dont ferait preuve l’armée allemande. 
Elle les accuse de décapiter les blessés pour se fabriquer des trophées avec leurs crânes, ou de se parer de colliers d’oreilles coupées. Elle les accuse aussi de brutaliser les prisonniers.

Ces comportements annoncent et préparent les campagnes nationalistes qui se développent après la guerre sur le thème de la «schwarze Schande » (honte noire), entendons l’emploi de troupes noires lors de l’occupation française en Rhénanie, et les abus prétendument commis par elles. 
Ce sera un des thèmes notables de la propagande nazie contre une France accusée par Rosenberg d’être «la première responsable de la souillure de l’Europe par les Nègres ». 
À titre de «vengeance », plusieurs centaines de tirailleurs du 25e RTS seront massacrés au nord de Lyon au mois de juin 1940.
Les chefs des unités de la SS ou de la Wehrmacht responsables de ces crimes de guerre n’ont voulu voir, dans la résistance héroïque des combattants noirs, autre chose que «barbarie» et «bestialité ».

En fait, rien ne vient véritablement attester l’idée d’exactions particulièrement attri- buables à des unités coloniales. On peut tout au plus citer, pendant la Deuxième Guerre mondiale, le comportement des goums marocains qui forment les unités de choc de l’armée française en Italie, accusés, non sans raison, de viol et de pillage à l’égard de civils italiens. Ce lamentable épisode, concernant quelques milliers d’hommes, et limité à quelques mois, pâlit cependant devant les horreurs du front de l’Est.

• Troupes noires et blanches
II n’est guère question de brasser indifféremment les contingents de toutes origines au sein des unités.
Les langues et les coutumes (interdits alimentaires, par exemple), mais aussi les conditions juridiques (les indigènes des colonies n’étant pas des citoyens) s’y opposent. 
Le plus souvent, on constitue des régiments ou bataillons à peu près homogènes, issus du même pays, composés respectivement de troupes blanches et de troupes de couleur. 
Dans celles-ci, ne sont en général européens que les officiers et une partie des sous-officiers. 
En Afrique du Nord, par exemple, les Européens servent aux zouaves et les musulmans aux tirailleurs et aux spahis. 
Le mélange est plus grand dans l’artillerie ou les services.

Au combat, en revanche, la juxtaposition est de règle. Dès les premières opérations de l’été 1914, des régiments mixtes juxtaposent deux bataillons de tirailleurs sénégalais avec un bataillon d’infanterie coloniale blanche. 
Par la suite, les bataillons de tirailleurs reçoivent dans leurs rangs des compagnies européennes, dans la proportion du quart de leur effectif total. 
Aucune règle ne s’impose. 
Des compagnies de tirailleurs indochinois sont réparties dans des régiments d’infanterie métropolitains. Ainsi organisées, les troupes coloniales s’illustrent dans nombre de batailles entre 1916 et 1918. 
On a vu plus haut la composition de la 4e brigade marocaine lors de la reprise du fort de Douaumont en octobre 1916.
Ces principes sont encore en vigueur lors de la Deuxième Guerre mondiale. 
Sur neuf divisions dites «coloniales» entrées en ligne, six associent deux régiments de tirailleurs sénégalais à un régiment d’infanterie coloniale européen. Trois autres sont au départ entièrement blanches, mais deux d’entre elles accueillent par la suite dans leurs rangs des Africains et des Malgaches. Dans chacune, en effet, deux régiments d’infanterie coloniale sont transformés en régiments d’infanterie mixte sénégalais, tandis que les deux régiments d’artillerie coloniale deviennent des régiments d’artillerie coloniale mixte malgaches. Une seule est à trois régiments européens. L’idée, suggérée plusieurs fois, de donner plus d’homogénéité aux régiments en créant des bataillons mixtes n’est pas retenue. Le corps d’armée dit «colonial», affecté à la IIIe armée, n’est pas exclusivement, ni même majoritairement composé de troupes de cette origine. En fait, les divisions coloniales sont éparpillées entre les différentes armées, deux d’entre elles étant affectées à l’armée des Alpes.
Le «panachage» est toujours pratiqué après 1943. Dans la lre Armée qui débarque en Provence en août 1944, le pourcentage des «indigènes» dans les grandes unités varie entre 27 % (lre DB) et 56 % (2e DIM). Les Maghrébins servent non seulement dans les régiments d’infanterie (à raison d’environ 70 % de l’effectif total) et de cavalerie, mais dans toutes les armes. Ils sont ainsi environ 30 % dans l’artillerie et 40 % dans le Génie. Ils sont aussi présents dans les services et soutiens, ainsi que dans les formations sanitaires.

Le caractère exemplaire du coudoiement entre soldats d’origines différentes a souvent été célébré par les chefs des armées. Le maréchal Juin évoque «le souvenir de l’héroïsme le plus pur et de la fraternité qui régna [entre européens et musulmans] dans les rangs de l’Armée d’Afrique, tant il est vrai que c’est dans son sein et au creuset des batailles que les deux races se sont toujours le mieux fondues, le mieux comprises, et le mieux aimées». On pourrait rapprocher ce texte de celui du maréchal britannique Lord Wavell qui évoque l’armée des Indes, «dans laquelle toutes les croyances et toutes les races de l’Inde servaient ensemble aux côtés des Britanniques, dans la confiance mutuelle et la concorde». 
Ces déclarations, sans doute excessives, n’évoquent pas moins certaines vérités.

Les combattants
• La spécificité

On a souvent à tort développé l’idée selon laquelle les contingents d’outre-mer auraient constitué la «chair à canon» destinée à épargner le sang métropolitain.
En fait, si les pertes des combattants indigènes ont été lourdes, elles sont dues au fait qu’ils ont servi avant tout dans les unités d’infanterie, les plus éprouvées.
Mais elles ne dépassent pas celles des unités européennes comparables. 

Ils vivent pareillement, de ce point de vue, l’épreuve de la peur de la blessure et de la mort. Certains aussi connaissent la captivité. 
Les nombres sont particulièrement élevés lors de la Deuxième Guerre mondiale.
En juin 1940, les Allemands ont capturé 60000 Nord- Africains, et peut-être 15000 tirailleurs sénégalais.
On évalue à près de 70000 les Indiens faits prisonniers par les Japonais à Singapour et en Birmanie.

Une première spécificité réside dans le climat. 
Les combattants venus de pays tempérés, comme l’Afrique du Nord, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande, voire froids, comme le Canada, s’adaptent sans trop de difficultés aux hivers français. 
En revanche, les «coloniaux» issus des pays situés dans les zones tropicales et intertropicales et obligées de passer l’hiver en Europe, souffrent beaucoup. 
Le froid paralyse notamment les tirailleurs sénégalais, et oblige le commandement à leur faire passer la mauvaise saison dans des camps du midi de la France. 
Á l’automne de 1944, les responsables se fondent sur la même argumentation pour procéder au «blanchiment» des unités de la lre Armée où les Noirs sont nombreux.

Une autre réalité rarement développée est celle de la rareté ou de l’inexistence des permissions permettant au soldat de rejoindre momentanément les siens.
La priorité donnée aux transports de matériels et de renforts l’explique, aussi bien que le fait qu’au séjour doit s’ajouter un très long trajet.
On avait calculé, par exemple, qu’un séjour de 30 jours au Canada signifiait l’absence de l’homme pendant trois mois à son unité. Il est possible aussi que le commandement ait craint davantage les désertions, dans la mesure où les pays d’outre-mer, vastes et sous-administrés, offraient de ce point de vue beaucoup plus de facilités que les métropoles.

Certains contingents se voient demander des sacrifices qu’ils jugent excessifs. 
Dans la lre Armée, contrainte à affronter la résistance acharnée des troupes allemandes sur les Vosges, puis dans la plaine d’Alsace, les pertes en morts, blessés, malades et disparus varient, selon les unités, entre 30 % et 109 % à la fin de 1944. 
Il ne faut pas oublier en effet que certaines d’entre elles sont passées directement des champs de bataille d’Italie à ceux de Provence, du Rhône et de l’Est de la France. 
Pourtant, les mutineries ou agitations sont rares. 
Selon un schéma assez classique, les hommes cherchent plutôt à se dérober au service militaire ou à déserter avant leur départ qu’à se révolter une fois dans l’armée.

• Pourquoi ont-ils tenu?
Dans son Étude sur le combat (1868) justement admirée par Jean-Norton Cru, le colonel Ardant du Picq énumère les techniques éprouvées depuis l’Antiquité, pour maintenir la cohésion d’un contingent au combat: un commandement solide et compétent; de bonnes armes; des passions, on dirait aujourd’hui des motivations; des formations adaptées, qui facilitent la cohésion et évitent la dislocation; une discipline rigoureuse. 
Il donne une très grande place à la «cohésion», à la «solidarité», et souligne le caractère primordial de la confiance que chaque soldat doit ressentir envers ses camarades, «sa crainte qu’ils lui puissent reprocher, faire expier de les avoir abandonnés dans le danger, son émulation d’aller où vont les autres, sans plus trembler qu’un autre, son esprit de corps en un mot» .

Tous ces éléments sont certainement intervenus pour expliquer la solidité des troupes impériales, et en particulier des troupes indigènes.
Les cadres, en général de métier, ont pour la plupart une bonne expérience du commandement de ces troupes spéciales, et en parlent la langue.
Leurs soldats sont fiers de servir dans une armée moderne, aux côtés de soldats européens, de s’initier au maniement des armes automatiques, ou à la conduite automobile. 
Ils sont mus, sinon par le patriotisme, du moins par une loyauté de type féodal envers le roi d’Angleterre ou la France (vue comme une personne).
La discipline est rigide, et n’exclut pas toujours les punitions corporelles. 
La désertion, loin du pays, est difficile. 
Les régiments cultivent un fort esprit de corps. 
Des efforts sont faits pour respecter les traditions, notamment les interdits alimentaires des soldats musulmans, et maintenir les liens avec les pays d’origine, par courriers et mandats. Des journaux spéciaux sont édités. 
Tout cela compense largement l’attachement moindre à la Patrie, dont il conviendrait d’ailleurs de relativiser l’effet sur les hommes du front.

Les contingents impériaux au cœur de la guerre 
Jacques Frémeaux Histoire, économie et société Année 2004 Volume 23 Numéro 23-2
source http://www.persee.fr

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La Tunisie au gré des conflits

2 avril 2013

Prise de Strasbourg et sa région par la 2e DB (Division Blindée).

Classé sous — milguerres @ 21 h 41 min

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

Prise de Strasbourg et sa région par la 2e DB (Division Blindée).

Début novembre 1944, la 7e armée américaine, commandée par le général Patch, a pour mission de libérer la plaine d’Alsace, de Strasbourg à Wissembourg et de rejeter les troupes allemandes de l’autre côté du Rhin. La 2e DB (Division Blindée) du général Leclerc, qui fait partie du dispositif d’attaque, doit couvrir la droite de la 79e division d’infanterie américaine et du 15e Corps d’armée américain.
Ses trois groupements tactiques, le GTL (commandé par le colonel de Langlade), le GTR (sous les ordres du colonel Rémy) et le GTV (du colonel de Guillebon), auxquels s’ajoute le GTD du colonel Dio, après un raid rapide entre Baccarat et Blâmont du 13 au 18 novembre et la prise de Saverne le 22 novembre, se trouvent aux portes de Strasbourg. L’assaut débute le 23 novembre, mais les troupes rencontrent une forte ligne de résistance allemande. Finalement, le sous-groupement Rouvillois du GTD parvient à rentrer dans la ville, suivi du GTL qui occupe la ville, et rejoint par le GTV. Le pont du petit Rhin (pont d’Anvers) est atteint, celui de Kehl pratiquement, les garnisons des casernes se rendent et le commandement allemand (général Vaterrodt) capitule le 23 novembre.

Les images prises attestent de l’entrée dans Strasbourg du sous-groupement Rouvillois avec le char “Evreux” du détachement Briot, premier à pénétrer dans la ville, de la prise du pont d’Anvers et des combats de rue (destructions, incendie). Dans les quartiers de Neudorf et du Port du Rhin, les habitants fuient pour se replier vers le centre ville, des soldats construisent un barrage antichars, des Français et des Russes sont libérés, tandis que des soldats allemands sont faits prisonniers. D’autres capturés sont rassemblés à la caserne Stirn. Sur la place Kléber, des enfants jouent avec des mitrailleuses allemandes abandonnées pendant que des prisonniers allemands déblaient les gravats. Sur des colonnes Morris, les Strasbourgeois libérés lisent la proclamation du général Leclerc, qui, avec ses hommes, a tenu le serment de Koufra.

Les images montrent également le nettoyage de la ville par le 501e RCC (Régiment de Chars de Combat) du GTV et par des éléments du RBFM (Régiment Blindé de Fusiliers Marins) dans le quartier de Neuhof, aux ponts de La Bruche et de la Montagne Verte et dans les alentours. Dans le centre ville, civils et militaires assistent aux obsèques du commandant Rasson de la sécurité militaire. Le 26 novembre, une prise d’armes présidée par le général Leclerc, sur la place Kléber, en présence du 12e RC (Régiment de Cuirassiers) et du 12e RCA (Régiment de Chasseurs d’Afrique) célèbre la libération de la ville.

Les clichés présentent en outre la progression de la 2e DB dans la région avant et après la prise de Strasbourg. Les convois, acclamés à leur passage par les habitants libérés, traversent successivement Fénétrange (Moselle), Blaesheim (Bas-Rhin), Entzheim (Bas-Rhin), Hindisheim (Bas-Rhin), occupé le 28 novembre par le sous-groupement Rouvillois. Non loin, des éléments du 13e Bataillon du Génie pose un pont brockway sur l’Andlau. Sur la route de Sarrebourg (Moselle), du matériel, détruit ou intact, a été abandonné. SOURCE ECPAD.

 

 

Prise de Strasbourg et sa région par la 2e DB (Division Blindée). TERRE-339-8034

Prise de Strasbourg et sa région par la 2e DB (Division Blindée).

Description : A Strasbourg, le maréchal des logis Gélis commandant le blindé Sherman M4 « Evreux » et le lieutenant Briot de La Crochais du 12e RC (Régiment de Cuirassiers) de la 2e DB (Division Blindée) arborent sur leur char des trophées de guerre.
Date : Novembre 1944
Lieu : France / Lorraine / Moselle / Fénétrange / Alsace / Bas-Rhin / Strasbourg / Blaesheim / Entzheim / Hindisheim
Photographe : Jacques Belin / Roland Lennad
Origine : SCA – ECPAD
Référence : TERRE-339-8034

  

TERRE-339-8058

Prise de Strasbourg et sa région par la 2e DB (Division Blindée).
Description : Proclamation du général Leclerc à la population strasbourgeoise libérée. Le commandant de la 2e DB (Division Blindée), qui a repris Strasbourg le 23 novembre 1944 avec ses hommes, rend hommage aux combattants qui ont tenu le serment de Koufra.
Date : Novembre 1944
Lieu : France / Lorraine / Moselle / Fénétrange / Alsace / Bas-Rhin / Strasbourg / Blaesheim / Entzheim / Hindisheim
Photographe : Jacques Belin / Roland Lennad
Origine : SCA – ECPAD
Référence : TERRE-339-8058
TERRE-339-8072
Prise de Strasbourg et sa région par la 2e DB (Division Blindée).
Description : L’obusier M 8 Howitzer « Anglemont » du 3e RMSM (Régiment de Marche de Spahis Marocains) lors de la libération de Strasbourg.
Date : Novembre 1944
Lieu : France / Lorraine / Moselle / Fénétrange / Alsace / Bas-Rhin / Strasbourg / Blaesheim / Entzheim / Hindisheim
Photographe : Jacques Belin / Roland Lennad
Origine : SCA – ECPAD
Référence : TERRE-339-8072
TERRE-339-8192
Prise de Strasbourg et sa région par la 2e DB (Division Blindée).
Description : Le 26 novembre 1944, une prise d’armes a lieu place Kléber à Strasbourg pour célébrer sa libération. Le général Leclerc, à la tête de la 2e DB (Division Blindée) et le colonel Rouvillois, commandant le 12e RC (Régiment de Cuirassiers) et le sous-groupement entré en premier dans la ville, passent en revue le 12e RC.
Date : Novembre 1944
Lieu : France / Lorraine / Moselle / Fénétrange / Alsace / Bas-Rhin / Strasbourg / Blaesheim / Entzheim / Hindisheim
Photographe : Jacques Belin / Roland Lennad
Origine : SCA – ECPAD
Référence : TERRE-339-8192
terre-339-l8179
Prise de Strasbourg et sa région par la 2e DB (Division Blindée).
Description : Sur la place Kléber, à Strasbourg, des prisonniers allemands dégagent les pavés qui formaient semble-t-il des barricades. Les chars Sherman du second plan appartiennent au 3e escadron du 12e RCA (Régiment de Chasseurs d’Afrique) qui prit part à la libération de la ville.
Date : Novembre 1944
Lieu : France / Lorraine / Moselle / Fénétrange / Alsace / Bas-Rhin / Strasbourg / Blaesheim / Entzheim / Hindisheim
Photographe : Jacques Belin / Roland Lennad
Origine : SCA – ECPAD
Référence : TERRE-339-L8179
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La libération de Strasbourg (septembre-novembre 1944)

Au début de septembre, avec l’accord d’Eisenhower, de Gaulle décide d’envoyer la 2e DB vers Strasbourg. Leclerc entame alors une chevauchée vers les Vosges et l’Alsace, qui sera ponctuée de plusieurs victoires spectaculaires : prise de Vittel (12 septembre), destruction de la 112e division blindée allemande à Dompaire (13 septembre), franchissement de la Moselle (21 septembre). Après quoi, durant un mois, sur les rives de la Meurthe, Leclerc – qui refuse le poste de chef d’état-major de l’armée pour se consacrer à sa division – prépare méthodiquement la marche sur Strasbourg. Le 31 octobre, il enlève Baccarat : « une de mes plus belles réussites », dira-t-il.
Au centre du dispositif américain, la 2e DB s’élance vers Strasbourg à la mi-novembre ; la capitale alsacienne tombe le 23 novembre. Le serment de Koufra est tenu. Le lendemain, Leclerc adresse une proclamation à la population : « Pendant la lutte gigantesque de quatre années menée derrière le général de Gaulle, déclare-t-il, la flèche de votre cathédrale est demeurée notre obsession. Nous avions juré d’y arborer de nouveau les couleurs nationales. C’est chose faite. « Cependant, faute de renforts et de matériels, Leclerc ne peut ni franchir le Rhin ni faire sa jonction, vers le Sud, avec la 1re armée française du général de Lattre (remontée de Provence). Ce n’est qu’à la fin de janvier 1945 que la 2e DB est mise à la disposition de la 1re armée pour participer à la réduction de la poche allemande de Colmar (3 février 1945)

Derniers combats : la poche de Royan et la prise du « Nid d’aigle » de Hitler

A la fin de février, contre son gré, Leclerc – qui souhaiterait entrer en Allemagne le plus tôt possible – fait mouvement sur Châteauroux pour aller prendre part à la réduction des poches allemandes de l’Atlantique. La 2e DB est affectée au détachement d’armée de l’Atlantique du général de Larminat et elle joue un rôle actif dans la libération de Royan (14-18 avril 1945). Puis, rattachée à la 7e armée américaine du général Patch, elle est enfin envoyée en Allemagne. Regroupée en Bavière au début de mai, elle entreprend sa dernière charge vers le « Nid d’Aigle » de Hitler à Berchtesgaden, qu’elle occupe à la veille de la capitulation allemande.

La « division Leclerc » quittera l’Allemagne le 23 mai pour Fontainebleau, où, après avoir descendu les Champs-Elysées à bord de son char le 18 juin 1945, Leclerc passera son commandement à son fidèle adjoint, le colonel Dio : « Quand vous sentirez votre énergie fléchir, dira-t-il alors à ses hommes, rappelez-vous Koufra, Alençon, Paris, Strasbourg. Retrouvez vos camarades, recherchez vos chefs et continuez, en répandant dans le pays le patriotisme qui a fait notre force. »

29526710

 

Sources :
ECPAD
http://www.france-libre.net/2e-db/historique/liberation-strasbourg.php
http://koufra1941.skyrock.com/2952676507-66e-anniversaire-de-la-Liberation-de-Strasbourg-par-la-2e-DB-le-23nov.html

 

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale  

 

 

 

26 mars 2013

Les soldats oubliés de la Seconde Guerre Mondiale

Classé sous — milguerres @ 21 h 30 min

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Les soldats oubliés de la Seconde Guerre Mondiale

1944-1945. Les libérations de l’Italie, de la Provence, des Alpes , de la vallée du Rhône , des Vosges , de l’Alsace on été essentielles à la victoire des Alliés …. Et à la place que la France a pu prendre en leur sein après l’armistice.

Les Articles qui suivent sont consacrés à ses Indigènes , un hommage merité à des hommes trop souvent oubliés…

Armée d’Afrique : Unités recrutées en Afrique du Nord

Goum : Un Goum est une unité de soldats marocains de l’armée française forte de près de 200 militaires ou goumiers .

Spahi : Cavalier des corps auxiliaires indigènes de l’armée française recrutée en Afrique du Nord.

Tirailleurs : Contingents de soldats indigènes recrutés dans les nouvelles colonies de la IIIème République , notamment en Afrique occidentale française ( A-OF) et en 
Afrique équatoriale française ( A-Ef )

Troupes coloniales : Au sens large troupe servant dans les Territoires d’Outre-Mer et sur d’autres théâtres lors des deux guerres mondiales .

Les coloniaux hormis les métropolitains de l’infanterie marine sont recrutés principalement en afrique mais aussi en Indochine et même des volontaires venant des antilles sont engagés dans les forces françaises libres ! 

BTS : Bataillon de tirailleurs sénégalais 

BMA : Bataillon de marche antillais

BFM : Bataillon de fusiliers marins

RTA : Régiment de tirailleurs algériens

RTT 
: Régiment de tirailleurs tunisiens 

RTM : Régiment de tirailleurs marocains 

DFL : Division française libre

DI : Division d’infanterie

DIA : Division d’infanterie algérienne 

DIC : Division d’infanterie coloniale

DIM : Division d’infanterie marocaine

DINA : Division d’infanterie nord africaine

DMI : Division de marche d’infanterie

DMI : Division motorisée d’infanterie

DMM : Division marocaine de montagne 

EM : Etat-Major

CA : Corps d’armée

CEF : Corps expeditionnaire français

CEFI : Corps expeditionnaire français en Italie

Cie : compagnie

BCM : bureau central militaire

BCP : Bataillon de chasseurs à pied

DCA
 :Défense contre avions

Des victoires africaines

Les premières victoires de la France Libre sont en partie dues aux forces indigènes .
Le 1er Mars 1941 , le colonel Philippe Leclerc s’empare de l’oasis de Koufra, en Libye située à 1000 Killomères de ses bases. La garnison Italienne est défaite . En tout 400 soldats, 150 Européens et 250 africains . Des tirailleurs sénégalais recrutés principalement dans le pays Sara , forment le gros des fantassins . Cette victoire est saluée avec enthousiasme dans tous les territoires de l’Empire ralliés à la France Libre . Comme annoncé par la BBC , le premier acte offensif mené contre l’ennemi par des forces français partant de territoires français , aux ordres d’un commandement uniquement français, est une : » victoire africaine » .

Avec cette armée disposant d’un pauvre matériel , Leclercl continue à harceler les postes italiens du Fezzan et effecture la jonction avec la 8ème armée britannique de Montgomery le 23 Janvier 1943 . Ainsi renforcée la colonne de Leclerc prend le nom de : » Force L » , se bat contre les Allemands dans le sud tunisien et victorieuse , défile à Tunis le 20 Mai 1943.

Equipée finalement de Materiel americain , la Force L devient le 24 Août 1943, la 2ème division blindées ( 2ème DB ) . Ses effectifs atteignent alors 14 000 homme .

Aux côtés de Corses, d’Alsaciens , d’évadés de France, d’anciens républicains espagnoles, se tiennnent quelques 3600 soldats indigènes provenant d’Afrique Noire , d’Afrique du Nord et du Moyent-Orient témoignant ainsi de la contribution à l’effort de Guerre de l’Empire .

Les soldats oubliés de la Seconde Guerre Mondiale spahis

source : http://militaires-d-hier.forumgratuit.org/t174-les-soldats-oublies-de-la-seconde-guerre-mondiale

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24 mars 2013

Messerschmitt 329

Classé sous — milguerres @ 14 h 35 min

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Les avions de guerre


 Messerschmitt 329
 Messerschmitt 329  Messerschmitt-329

Après l’échec de l’avion de chasse Me 210 (qui a été mis à niveau vers les 410 Me en allongeant le fuselage et l’ajout de moteurs plus puissants), une recherche a été commencée sur un nouveau design pour un chasseur bimoteur lourd. 
Le professeur Alexander Lippisch a commencé à travailler sur son Li P.10 , et en même temps le Dr Hermann Wurster a développé indépendamment du 329. Après que les deux ont présenté leurs idées, Willy Messerschmitt a demandé d’avoir une comparaison des performances établies entre le Li P.10 , Me 329 et Me 410.
Le 329 est un modèle sans queue, et devait être construit principalement en bois. Cela permettrait d’économiser sur les matériaux stratégiques et de garder le poids inférieur. Comme de nombreux composants du Me 410 devaient être utilisés que possible pour gagner du temps sur le réoutillage de l’usine. 
L’aile, vaste zone a été repliée vers l’arrière à environ 26 degrés, et deux Daimler-Benz DB 603 ou moteurs à pistons Jumo 213 ont été insérés dans les ailes, entraînant chacun une hélice propulsive de 3,4 mètres. Un aileron et un seul grand gouvernail a été monté à l’arrière. Le train d’atterrissage principal rétracté vers l’avant, et le train avant à deux roues à l’arrière escamotée. 
Une équipe de deux hommes assis sous un cockpit largement vitrée, avec le pilote et le navigateur / mitrailleur arrière assis dans un quinconce côté-à-côte. L’armement se composait de quatre canons de 20 mm MG 151/20 monté dans le nez, et deux canons de 30 mm MK 103 dans les racines d’aile. 
Un seul canon 20mm MG 151/20 a été situé dans une barbette télécommandé dans la queue, qui visait l’intermédiaire d’un système de périscope à partir du cockpit. Jusqu’à 2400 kg de bombes pouvaient être transportées en interne ou sous les ailes. 
Il y avait de grands espoirs pour le Me 329, et une maquette en bois a été construite afin de vérifier la mise en place des différentes composantes, la production n’a pas été poursuivie en raison du temps de développement pour une telle conception nouvelle. 
De plus, le Messerschmitt Me 410 se révèle être un succès dans de nombreux rôles différents avec des ajouts de mise à niveau du 210. Une source affirme que le premier prototype, le 329V1, a été complété en tant que planeur et un essai en vol au Centre d’Essais Rechlin a eu lieu au début de 1945.

 

source : http://militaires-d-hier.forumgratuit.org/t3328-messerschmitt-me329

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Les avions de guerre

21 mars 2013

La seconde bataille d’El-Alamein

Classé sous — milguerres @ 22 h 33 min

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

La seconde bataille d'El-Alamein alamei11

La seconde bataille d’El-Alamein est un épisode de la guerre du désert durant la Seconde Guerre mondiale. Elle se déroula fin octobre, début novembre 1942.
Elle fut décisive dans le sens où elle permit aux Britanniques de repousser les Allemands qui menaçaient depuis plus de six mois la ville d’Alexandrie et le canal de Suez. Si les Allemands avaient réussi, ils auraient envahi une grande partie de l’Empire britannique. Mais la supériorité en chars de l’armée britannique et la domination de la mer Méditerranée par laRoyal Navy empêcha l’Afrikakorps (DAK) d’être ravitaillé de manière efficace. Perdant de fait l’initiative, Rommel dut se résoudre à la défensive, chose dans laquelle il excellait moins que dans l’offensive. De fait, Montgomery, après avoir repoussé en septembre la dernière offensive du « Renard du désert » à Alam el Halfa, put préparer la grande offensive pour chasser les Germano-Italiens d’Afrique.

Prélude
Le 22 septembre, Rommel, trop malade pour continuer à assurer le commandement du DAK, confie celui-ci au généralGeorg Stumme. Le lendemain, Rommel décolle de Derna à destination de Rome où il doit rencontrer Mussolini. Après cette escale romaine, Rommel s’envole pour Berlin où il s’entretient cette fois avec le Führer, puis, part pour le centre d’hospitalisation du Semmering à proximité de Wiener Neustadt. À ce moment-là, Hitler ne pense aucunement renvoyer Rommel en Libye mais plutôt sur le front russe.
Début octobre, Rommel se rend à Berlin pour répondre à plusieurs interviews pour la presse allemande à laquelle il annonce que l’Afrika Korps atteindra bientôt Alexandrie sans toutefois cacher les difficultés de ravitaillements et l’avance de plus en plus difficile. Son moral est d’ailleurs remonté à la suite de la promesse d’Hitler de lui envoyer très rapidement des chars Tigre I dont Rommel vient de voir le prototype. Rommel sera ensuite acclamé lors d’un meeting en son honneur dans le palais des sports de Berlin, où tous les dignitaires nazis sont là pour le féliciter. À la tribune, Rommel fera un discours très optimiste sur la suite des opérations, puis, raconte des anecdotes sur les victoires au quotidien qu’il remporte à la tête de ses troupes.

En Afrique pendant ce temps-la, l’armée alliée renforce ses positions et en particulier celle d’El-Alamein. De plus, les combats continuent et ce sont en grande partie les Italiens qui en supportent le poids. Ainsi, le 2 octobre, le 10ebataillon, du commandant Grossi, de la Folgore repousse à lui seul une attaque de la 6e brigade néo-zélandaise en détruisant 20 chars Grant mais perd son commandant. Le 12, c’est le groupement Ruspoli, qui relève des troupes de la Division Trieste dans l’Himeimat et en particulier les côtes 103 et 125. Là, le groupement fait face à deux ennemis, la chaleur intenable et la maladie provoquée par celle-ci, dysenterie, insolations, scorbut… et qui font des ravages dans les rangs italiens et les armées alliées, qui ne cessent d’attaquer la position. Malgré tout, à la suite des pertes provoquées par les hommes du colonel Ruspoli, mais aussi aux conditions de vie dans l’armée britannique, plusieurs mutineries ont lieu, dont celle des troupes australiennes qui refusent tout simplement de retourner à l’assaut.

L’opération Lightfoot
À la suite de l’échec allemand, Montgomery peut enfin se préparer à lancer une offensive qui aura pour objectif de repousser les Allemands d’Égypte. Le nom de l’opération est Lightfoot.

Forces en présence
Du côté italo-allemand

Sur le front, les forces de l’Axe, contrairement à leurs habitudes (surtout pour les Allemands) doivent se préparer à défendre leurs positions face aux Britanniques. Rommel, peu avant son départ s’est efforcé de mêler les forces allemandes et italiennes entre elles. Les positions défensives de la Panzerarmee sont les suivantes, la 94e Infanterie Division et la division Trento tiennent le front nord, ensuite, la division Bologna soutenue par deux Kampfgruppen de la 22eFallschirmjäger Brigade tient la crête de Ruweisat. Les deux autres Kampfgruppen sont en soutien des divisions Brescia et Pavia. La Division Folgore était mêlée avec le 33e bataillon de reconnaissance allemand. Plus au sud encore, la 15ePanzerdivision et la division blindée(DB) Littorio sont ensemble. L’extrême sud du front au niveau de la Dépression de Qattara étant tenu par la 21e Panzerdivision et la division blindée Ariete. La 90e division légère et la division d’infanterie Trieste sont gardées en réserve.
Cette disposition montre très clairement que les Allemands craignent une attaque au sud. Ils comptent sur la lenteur des Britanniques pour pouvoir ramener leurs blindés au nord en cas d’attaque. Rommel dispose sa défense en profondeur pour rendre les tirs de barrage anglais inefficaces. Nehring blessé est remplacé par von Thoma. À la tête de la 21ePanzerdivision, le général von Randow remplace von Bismarck mort. Dans l’état-major, Gause a été blessé et von Mellenthin est transféré en Europe.
L’Afrikakorps et le corps italien ne sont pas au mieux de leur forme. L’insuffisance du ravitaillement italien fit que les rations étaient diminuées de moitié, et les hommes n’avaient reçu aucun aliment gras ou légume les jours précédant l’offensive. De plus, le climat entraînait un nombre important de malades parmi les rangs des combattants. Les Allemands disposent donc en octobre de 54 000 soldats, les Italiens de 62 000. La Luftwaffe et la Kriegsmarine disposent eux de 15 000 hommes. Il y a en tout 90 000 hommes dont 69 000 combattants. Les Italiens, eux, sur l’ensemble du territoire africain disposent de 146 000 hommes dont la moitié seulement sont des combattants. 

L’effectif en hommes et matériels des divisions allemandes est le suivant :
• 15e Panzerdivision : 223 officiers, 3 294 hommes (sur un effectif théorique de 9178), 47 canons anti-char, 36 canons de campagne, 65 Panzer (de tous types, y compris Panzer II), 16 voitures blindées et 1 604 camions ;
• 21e Panzerdivision : 290 officiers, 8 706 hommes, 53 canons anti-char, 47 canons de campagne, 68 Panzer de tous types, 16 voitures blindées et 1 805 camions ;
• 90e Leichte Division : 133 officiers, 4 679 hommes, 18 canons anti-char, 19 canons de campagne, 5 voitures blindées, 1 441 camions ;
• 164e Leichte Division : 236 officiers, 6 708 hommes, 45 canons anti-char, 10 canons de campagne. L’appellation « légère » est provisoire, l’unité étant en cours de transfert depuis la Crète ;
• Troupes organiques : 236 officiers, 6 912 hommes, 85 canons légers de Flak, 29 canons lourds de Flak, 51 canons lourds de campagne, 1 108 camions3.
Ces effectifs datent du 1er août ; en octobre, avec l’arrivée des renforts, ils ont grossi et la 22° Fallschrimjager Brigade « Ramcke » est arrivée. En tout, il y a 242 chars (173 Panzer III, 38 Panzer IV dont 30 F2, 31 Panzer II). Les Italiens possèdent de leur côté 323 chars, ce qui fait un total pour l’Axe de 565 chars. 22 chars sont en réparation.

Du côté britannique
Montgomery, quant à lui, dispose de 1 029 chars, 200 sont en réserve et près de 1 000 en réparation. La différence avec les Allemands est considérable, mais cela a toujours été ainsi. Ses chars sont répartis en 3 divisions complètes et deux brigades. Contrairement aux précédentes batailles, les Britanniques n’ont plus de Matilda II (à part 12 démineurs) et peu de Crusader à canons de 2 Pdr. 422 chars sont des Grant. Les Sherman M4 qui rivalisent avec le Panzer IV aussi bien pour le canon, le blindage ou la vitesse. 
Le reste est composé de Stuart et de Churchill mk II. L’ensemble des chars est disposé comme suit :
• Troupes organiques d’armée :
• Escadron de protection du QG : 7 Grant plus des voitures blindées ;
• 1st Army Tank Brigade : 12 Matilda Scorpions ;
• 74th Armoured Brigade : 39th, 118th, 124th régiments royaux de tanks composés de chars factices.
• 10th Corps :
• QG du Corps : 2 Crusader 2 Pdr ;
• 1st Armoured Division :
• QG divisionnaire : 8 Crusader 2 Pdr ;
• 12th Lancers : voitures blindées ;
• Kingforce : 6 Churchill Mk II.
• 2nd Armoured Brigade :
• The Queen’s Bay, 9th Lancers et 10th Hussars : 1 Grant, 92 Sherman, 38 Crusader 2 Pdr, 29 Crusader 6 Pdr ;
• 10th Armoured Division :
• QG divisionnaire : 7 Crusader 2 Pdr ;
• The Royal Dragoons : voitures blindées.
• 8th Armoured Brigade :
• 3e Régiment Royal de Tank, Sherwood Foresters Yeomanry, Staffordshire Yeomanry : 57 Grant, 31 Sherman, 33 Crusader 2 Pdr, 12 Crusader 6 Pdr.
• 24th Armoured Brigade :
• 41e Régiment Royal de Tanks, 4e régiment royal de tanks, 47e régiment royal de tanks : 2 Grant, 93 Sherman, 28 Crusader 2 Pdr, 17 Crusader 6 Pdr.
• 13th Corps :
• 7th Armoured Division :

• The Household Cavalry Regiment, 11th Hussars, 2nd Derbyshire Yeomanry : voitures blindées.
• 4th Light Armoured Brigade :
• 4th et 8th Hussars, The Royal Scots Greys : 14 Grant, 67 Stuart.
• 2nd Armoured Brigade :
• 1st et 5th Régiment Royal de Tanks, 4th Country of London Yeomanry : 57 Grant, 19 Stuart, 42 Crusader 2 Pdr, 8 Crusader 6 Pdr.
• 30th Corps :
• 9th Armoured Brigade :
• 3rd king’s Own Hussars, Royal Wiltshire Yeomanry, Warwickshire Yeomanry : 37 Grant, 36 Sherman, 37 Crusader 2 Pdr, 12 Crusader 6 Pdr.
• 23rd Armoured Brigade :
• 8th, 40th, 46th et 50th Régiment Royal de tanks : 194 Calentine 2 Pdr.
• 2e régiment de cavalerie divisionnaire néo-zélandais : 29 Stuart.
• 9e régiment de cavalerie divisionnaire de la 9e division australienne : 15 Crusader 2 Pdr et 4 Stuart.
À ce nombre, il faut rajouter les canons automoteurs M7 Priest et Bishop. Concernant les effectifs, la 8th Army aligne 220 000 hommes contre 110 000 à la Panzerarmee Afrika. L’artillerie comporte 2 000 canons contre 550 canons de campagne et 850 canons anti-char pour les Allemands.

Le plan d’attaque
Pour percer le front de l’Axe, Montgomery prévoit une attaque au nord du 30th Corps avec pour objectif notamment l’ouverture d’un passage dans les champs de mines pour permettre au 10th Corps d’y pénétrer. Le 13th Corps situé au sud développera une attaque vers le plateau de Taqa et une autre au niveau du Djebel Kalakh pour faire diversion et fixer des forces adverses4. Les Britanniques veulent faire subir aux Germano-Italiens des pertes bien supérieures aux leurs, ce qui depuis le début de la guerre du désert ne s’est quasiment jamais produit. Enfin, la victoire de l’infanterie sera un préalable à l’engagement des chars. On le voit, alors que les Allemands craignent pour leur front sud, l’effort anglais va se diriger au nord du front. Cependant, les champs de mines du nord sont extrêmement profonds et vont donc constituer un obstacle de taille pour les Britanniques et leurs alliés.

La bataille
L’infanterie à l’attaque

L’offensive commence le 23 octobre. Des centaines d’avions attaquent les positions de l’Axe. À 21h40, c’est au tour de l’artillerie de bombarder les positions germano-italiennes durant 15 minutes avant de laisser la place à 22 heures à un tir de barrage qui permet aux fantassins de quatre divisions de sortir de leurs positions. Très vite, le génie s’attelle à ouvrir des passages dans les champs de mines. Cela permettra à la 23rd Armoured Brigade de progresser et de soutenir l’infanterie.
Tout au nord, les Australiens malgré des pertes parfois élevées, réussissent à progresser de manière correcte. Sur leur flanc gauche, la 51st Highland Division a bien du mal à avancer. L’ancienne unité d’élite est totalement changée et les charges se font à l’écossaise, bagpiper en tête. La division a comme objectif la Red Line qui doit impérativement être atteinte à 2h45. Ensuite, d’autres unités doivent prendre la relève pour continuer l’assaut. Mais les fantassins éprouvent les pires difficultés à avancer et ceux qui atteignent la ligne ont déjà un fort retard. Seule une compagnie atteint ses objectifs au matin du 24 octobre. Pour les Néo-Zélandais situés plus au sud, le barrage d’artillerie est très efficace et les fantassins atteignent sans trop de mal la Red Line. Le 23rd Battalion décide même de continuer avant de se replier. On attend que les artilleurs britanniques règlent leur tir pour pouvoir de nouveau progresser et atteindre la crête de Miteiriya. À 4 heures du matin, les Néo-Zélandais qui ont réussi à atteindre leurs objectifs s’enterrent. Plus au sud, la quatrième nation de l’offensive, les Sud-Africains ont plus de mal. Certaines unités réussissent à atteindre la Red Line, mais la deuxième vague ne peut atteindre ses objectifs. Les Allemands ont mis en place un feu très efficace. Avec l’aide de l’artillerie, ils réussissent à atteindre leur objectif mais l’aube est déjà là. Sur les autres parties du front tenues par les Sud-Africains, la 164e division d’infanterie allemande est bien retranchée et empêche toute avance. Les fantassins sont de plus bloqués par un champ de mines non indiqué. À l’aube, après avoir forcé les positions adverses, les Sud-Africains sont encore à deux kilomètres de leurs objectifs. Le Frontier Force Battalion qui a mené l’assaut a perdu 189 hommes. Tout au sud, la 3rd Brigade réussit à prendre ses objectifs. À l’aube, les Australiens ont atteint 80 % de leurs objectifs, les Néo-Zélandais 90 %, les Sud-Africains+/-30 % et les Écossais seulement 25 %.

Les chars arrivent
Dès 3 heures du matin, la 9th Armoured Brigade commence à avancer mais est très vite bloquée par un champ de mines et par les Matilda Scorpions qui, ironie du sort, sautent sur les mines qu’ils doivent détruire. D’autres blindés sont détruits et la confusion règne au sein de la brigade. Certains chars arrivent néanmoins à conquérir la crête de Miteiriya avant de perdre 6 Sherman à cause des mines. Le Wiltshire Yeomanry, qui était bloqué par les mines, réussit enfin à avancer en perdant neuf chars de plus et finit par croiser le chemin de la 15e Panzerdivision. Les blindés se replient alors aux abords de la crête toujours tenue par le Warwickshire Yeomanry.
De son côté, la 1st Armoured Division doit avancer jusqu’aux objectifs de l’infanterie (Oxalic Line), puis, progresser de 2 kilomètres vers l’ouest pour empêcher une réaction de l’adversaire face aux Australiens et Écossais. Les Sud-Africains et Néo-Zélandais sont eux soutenus par la 10th Armoured Division. Bien sûr, sur le front écossais, les chars ne peuvent atteindre leurs objectifs et tentent de traverser le champ de mines à travers des couloirs de 8 mètres de large battus par l’artillerie allemande. Se déployant hors des couloirs, des chars sont la cible de canons anti-chars. On le voit, les Alliés sont déjà en difficulté.
Pour la 10th Armoured Division, sur le front néo-zélandais, la progression est au début assez aisée au travers des champs de mines dégagés. Mais, un autre champ qui n’apparaît pas sur les cartes britanniques est repéré et le génie à bien des difficultés à y ouvrir des passages face aux mitrailleuses allemandes. Il est de toute façon trop tard pour espérer que les chars britanniques se faufilent sur les arrières des forces de l’Axe, ils devront affronter à la lumière du jour, les positions défensives très bien placées des Germanos-Italiens. Ainsi, les Sherwood Rangers subissent le feu nourri des batteries anti-char italiennes et dans la confusion du repli, des blindés sautent sur les mines. 16 chars seront ainsi perdus. Le 47th RTR (Royal Tank Regiment) subit, lui aussi, tant de pertes (du fait notamment des88 mm allemands) qu’il est dissous.

Au soir du 24 octobre, les généraux britanniques sont conscients du fait que les objectifs de l’opération Lightfoot sont loin d’être atteints et que l’opération en elle-même n’a aucune chance de déboucher sur un succès. En fait, il n’y a qu’au sud où le 13th Corps réussit sa mission, immobiliser des troupes ennemies. En fin de compte, le front allemand n’a été nullement percé et les pertes des Britanniques et de leurs alliés commencent à être lourdes.

Du côté allemand, la situation n’est pas non plus des meilleures. En effet, alors que le général Stumme cherchait à prendre contact avec les unités en première ligne, il serait mort d’une crise cardiaque à la suite d’un bombardement qui l’aurait propulsé en dehors du véhicule qui l’emmenait au front sans pour autant que son chauffeur s’en aperçoive. Von Thoma prend alors l’intérim en attendant le retour imminent de Rommel. Il est alors ordonné à la 15e Panzerdivision de reprendre le terrain cédé à l’ennemi. De plus, il va s’avérer possible de rappeler la 21e Panzerdivision et la division blindée Ariete qui était retenues au sud, l’effort britannique n’étant plus très important.

La contre-attaque allemande
Dès la fin du 24 octobre, la 15e division blindée allemande contre-attaque dans le secteur australien où les blindés du 40th RTR subissent de lourdes pertes. Il faut ajouter à la contre-attaque, le fait qu’un raid aérien anglais a par erreur lâché ses bombes sur les troupes australiennes. Chez les Écossais, les Panzer ont fort à faire avec les chars de la 2nd Armoured Brigade et perdent 26 de leurs blindés. À 22 heures, la 10e division blindée britannique attaque avec la 24ebrigade à droite et la 8e brigade à gauche. Le but est la crête de Whiska située en face de la crête de Miteiriya. Une nouvelle fois, les sapeurs sont surpris par la profondeur des champs de mines et subissant le feu allemand, ils n’arrivent pas à ouvrir avec suffisamment de rapidité un chemin. Pendant ce temps, bombardiers allemands et canons anti-char tirent sur les blindés britanniques qui ne peuvent avancer. Après des hésitations, le général Gatehouse, commandant la division, demande à Montgomery l’autorisation de replier ses blindés. Le chef de la 8th Army convoque alors Lumdsen, le chef du Xe Corps à 3 heures du matin et lui demande de faire continuer l’attaque ou alors d’accepter que les chefs de l’arme blindée soient changés5. Les blindés tiennent leurs positions, mais c’est un massacre, des dizaines de Grant et Sherman sont détruits. À la suite de cet échec, les Britanniques doutent, comment a-t-on pu échouer avec une telle supériorité numérique ?

L’opération Supercharge
Les derniers combats de Lightfoot
Le 25 octobre marque le retour de Rommel en Afrique. Le 26 octobre, voici un état des pertes :
• 148 Allemands et 195 Italiens ont été tués ;
• 495 Allemands et 424 Italiens ont été blessés ;
• 1 057 Allemands et 1 372 Italiens sont portés disparus (soit prisonniers, soit tués et blessés situés chez les Britanniques).
La 15e Panzerdivision compte 31 chars en état (119 au départ), la 21e Panzerdivision qui a combattu au sud, compte 98 Panzer sur 106 le 23 octobre. La division Ariete n’a perdu que 2 chars et la Littorio en a perdu 56.
Pour les Britanniques, les pertes en blindés s’élèvent à 215 unités et 38 véhicules blindés sont aussi perdus, ce qui est largement supérieur aux pertes de l’Axe. Cependant, ils peuvent compter sur de substantiels renforts. Une nouvelle fois, le 26, les Britanniques échouent face à la 164e division d’infanterie à percer le front allemand. Dans les airs, la RAF a définitivement pris le contrôle. À cette date, c’en est fini de la légendaire domination aérienne de la Luftwaffe. L’arrivée de l’USAAF va changer la donne à l’ouest avec les bombardements stratégiques, et, en URSS, la formidable machine industrielle soviétique va permettre aux avions russes de dominer les airs.
Rommel, malgré les échecs des Britanniques décide néanmoins de rappeler la 21e Panzerdivision au nord et de lancer la90e division légère dans une contre-attaque qui va s’avérer un échec. Dans ses carnets, Rommel semble pessimiste et évoque même à demi-mots sa propre mort : « Durant ces brèves semaines passées à la maison, j’ai vraiment senti ce que vous et Manfred représentez pour moi. Ma dernière pensée est pour vous deux »6.

Création du plan

Pendant ce temps, Montgomery met en place un nouveau plan ressemblant à Lightfoot mais baptisé Supercharge (Ce changement a pour but de renforcer le moral des troupes). Une nouvelle fois, l’offensive aura lieu au nord. Sur le front, à l’exception des Australiens, plus personne ne se bat et la 2e division d’infanterie néo-zélandaise, la 1st Armoured Division et 9th Armoured Brigade sont retirées du front. Pour combler ces départs, on étend les positions des Sud-africains et de la 4e division d’infanterie indienne. De plus, le front sud est de plus en plus déserté, la 7th Armoured Division ainsi que les 151e, 152e et 131e brigades d’infanterie appartenant aux 50e et 44e division d’infanterie sont envoyées au nord pour renforcer notamment les Néo-zélandais qui ont perdu beaucoup d’hommes. C’est aux hommes du général Pierre Kœnigde tenir l’extrême sud du front, face aux parachutistes de la brigade Ramcke.

Au départ, le plan consistait à frapper au nord, là où sont postés les Australiens qui mènent une guerre d’usure, mais l’arrivée massive de renforts allemands dans cette zone incite Montgomery à abandonner ce plan initial. Il préfère attaquer un peu plus au sud, au niveau des positions tenues par les divisions d’infanterie italiennes, dont la faible valeur combative est encore diminuée par le départ des Allemands pour le nord. En outre, une fois la ligne percée, le 10th Corps pourra envelopper les unités allemandes présentes plus au nord grâce notamment à la piste de Sidi Abd el Rahman. Au tout début, les Australiens devront attaquer le saillant existant dans le front britannique à la suite de l’opération Lighfoot, là où se situait l’ancien objectif des forces écossaises. Cela confortera Rommel dans son idée que c’est bien l’extrême nord qui est menacé.

Ensuite, après cette attaque préliminaire, pour lancer l’assaut sur les positions italiennes, trois brigades de la 51e division plus trois autres de la 50e d’infanterie sont chargées de percer sur 4 kilomètres les défenses adverses afin d’atteindre la piste de Rahman et la crête d’Aqaqir. Au sud, la 133rd Brigade et au nord le 22e bataillon maori attaqueront sur les flancs. 38 chars sont gardés en réserve pour soutenir l’infanterie en cas de problème. De nombreuses pièces d’artillerie sont concentrées sur le front d’attaque et commenceront leurs tirs à 1h05. De plus, des bombardiers auront pilonné les Italiens durant 7 heures. À 4h00 précises, l’objectif doit être atteint, la première vague sera alors relevée par la 9ebrigade blindée qui aura pour but la prise de la crête d’Aqaqir. La 1st Armoured Division et 8th Armoured Brigade seront alors lancées à l’assaut du terrain libre, une fois le front percé, pour empêcher les Germano-Italiens de se rétablir. Contrairement à Lightfoot, les blindés seront engagés plus tôt car l’infanterie a déjà subi des pertes substantielles. Ainsi, la 9th Brigade devra attaquer les positions d’artillerie adverses, ce qui risque d’engendrer des pertes énormes, mais Montgomery se dit prêt à accepter des pertes de 100 %7.

L’attaque australienne
L’offensive australienne constitue en quelque sorte la passerelle entre Lightfoot et Supercharge, elle doit gommer les imperfections de la première et assurer le bon développement de la seconde. Elle commence par l’assaut d’un poste défensif allemand appelé Thompson Post. Il est composé de tranchées abritant des nids de mitrailleuses et couvertes par un champ de mines. La défense du poste est assurée par le 125e régiment d’infanterie allemand et le 11e bataillon de Bersaglieri. Le plan d’attaque australien prévoit la prise par la 20th Brigade de deux collines à proximité du poste lui-même, la 26th Brigade devant pour sa part capturer la redoute pour accéder à la route côtière et isoler des unités allemandes. Des chars Valentine provenant de la 23rd Brigade devront les soutenir. L’assaut a lieu à 22h le 28 octobre. Les Australiens ne rencontrent aucun ennemi, mais les blindés ont fort à faire avec un champ de mines. Une des collines est capturée peu avant le lever du jour, ce qui interrompt l’offensive.

Il faut attendre la nuit du 30 au 31 pour revoir les Australiens attaquer. Ils arrivent avec l’aide de l’artillerie au pied de Thompson Post, mais subissent le feu de l’artillerie allemande. À 1 heure du matin, les Britanniques déclenchent un tir de barrage sur les canons allemands. Les fantassins tentent d’avancer, mais ils sont tués par les obus de mortiers, les mitrailleuses et les mines. Devant la confusion qui s’ensuit, le repli est ordonné. Des dizaines d’hommes ont été perdus. Les Australiens ne sont pas parvenus à atteindre la mer, Rommel continue pour tenir le saillant à y envoyer des armes anti-char. À 12h30, le 31 octobre, les Allemands lancent une contre-attaque à l’aide de la 21e division blindée qui ravage les chars de la 23rd Brigade avant de se retirer. Durant la nuit, les Allemands réussiront finalement à repousser les Australiens plus au sud. Mais le gros de l’attaque va bientôt arriver et cette offensive a déporté une grande partie des forces allemandes au nord8.

La bataille
Le début de l’attaque se passe sans difficultés, les défenses adverses ayant été terriblement affaiblies par le pilonnage de l’aviation et de l’artillerie. Sur les côtés, les troupes progressent sans trop de difficultés, les pertes les plus lourdes ont lieu au centre, les unités allemandes et italiennes ne se repliant pas. Mais les objectifs sont atteints à l’heure et la 9th Armoured Brigade est prête à attaquer. Cependant, il règne une certaine confusion dans l’unité, ce qui fait que seuls 94 chars sur 132 arrivent à attaquer9. Le retard pris sur l’horaire fait que la nuit se termine et bientôt, les chars vont être repérables. Progressant légèrement en arrière du barrage d’artillerie, les Britanniques approchent de la Piste du Télégraphe. Les Allemands réussissent néanmoins à faire subir des pertes sensibles aux Britanniques en détruisant leurs camions, ce qui empêche l’infanterie de soutenir les blindés. Peu après 6 h, les Britanniques ont entamé les positions allemandes malgré (comme toujours) la présence de mines. Dès que le jour fait son apparition, les Allemands peuvent régler leurs tirs et causent une hécatombe de différents chars anglais. Les Crusader au canon de 40 mm sont les premiers à succomber, leur armement étant bien trop léger. Devant le feu des canons antichars allemands et italiens (il y a des 88 mm), la brigade blindée subit très vite des pertes importantes et doit, de plus, encaisser la contre-offensive des blindés des 15e et 21e divisions de Panzer. Pris de flanc, les rares survivants britanniques se replient ; sur les 94 chars de l’attaque, 75 sont détruits10.
Pour ce qui est de la 2nd Armoured Brigade qui doit conquérir la crête d’Aqaqir, l’affaire se présente plutôt mal, elle est en retard. Le chemin qui mène à la crête est de plus encombré de véhicules en tout genre. Les quelques survivants de la 9th brigade les informent du massacre qu’ils ont subi, massacre inutile car l’état-major britannique, devant la réaction de Rommel qui envoie ses blindés, ne peut se résoudre à lancer une bataille trop tôt. De son côté, Rommel n’est pas optimiste, la percée de l’infanterie lui a causé du souci, il estime que sa contre-attaque n’est pas suffisante et il craint une bataille à l’est de la crête d’Aqaqir, seul endroit où la brèche anglaise possède encore une certaine profondeur. Montgomery voulait cette bataille à l’ouest de la crête.

Le 2 novembre 1942
Après une longue hésitation due au tir de barrage allemand, au massacre qu’a subi la 9e brigade et à l’amas des troupes blindées allemandes, les Britanniques décident de ne pas lancer à l’assaut la 2nd Armoured Brigade contrairement aux ordres de Montgomery et de son état-major. Lumsden, chef du 10e Corps ne peut se résoudre à accepter un nouveau massacre. Fisher, le chef de la brigade, reste sur ses positions dans la brèche, ce qui empêche la 8th Brigade d’avancer. Devant cet amoncèlement de véhicules, Rommel va tenter de contre-attaquer pour causer un massacre en réunissant ses derniers blindés et en demandant l’aide de l’aviation, notamment des bombardiers en piqué Stuka. Mais la supériorité de la RAF est depuis longtemps acquise et la Luftwaffe ne peut attaquer les troupes au sol qui subissent néanmoins le tir des canons de 88 mm toujours aussi efficaces jusqu’à ce que les aviateurs britanniques les contraignent à cesser le feu. Les blindés italiens attaquent aussi, mais ils subissent de lourdes pertes, que ce soit face à l’artillerie, aux chars ou aux avions. Pour défendre le front en danger, Rommel rappelle la division Ariete et le 125erégiment de PanzerGrenadier. Les Germano-Italiens tiennent, les Britanniques n’avancent pas et subissent de lourdes pertes mais, dans cette guerre d’usure, le gagnant n’est pas celui qui perce ou qui résiste mais bien celui qui a le plus de réserves. Or, les Allemands se retrouvent bientôt à court de munitions et d’essence, le ravitaillement par voie maritime est très faible, la Royal Navy est maîtresse des mers. De plus, à force d’être engagés, les Panzer ont des pertes, il n’en reste plus à la fin du 2 novembre que 35 disponibles11, plus ceux en réparation.

Chez les Britanniques, malgré la perte de plus de 150 chars, les réserves sont importantes et les 8th et 22nd Brigade (appartenant à la 7e division blindée) ont des effectifs quasi-complets qui excèdent de loin les effectifs allemands. En cumulant tous les chars, la 8th Army en a plus de 300 contre guère plus de 50 aux Germano-Italiens (100 avec les chars médiocres de la division Ariete). De plus, des automitrailleuses britanniques ont réussi à se faufiler sur les arrières des forces de l’Axe au sud-ouest du saillant11. Les Italiens les prennent pour des Allemands et ces derniers pour des Italiens, voici comment un chef de char décrit la situation :
« Ils nous regardent de très près, aperçoivent nos bérets, puis se retirent vivement de quelques mètres, marquent une pause comme s’ils ne croyaient pas leurs yeux et s’approchent à nouveau pour vérifier12 »
Les Britanniques profitent de la situation pour désorganiser le système de communications de l’adversaire. Pour les soutenir, Montgomery envoie de l’infanterie qui capture de nombreux prisonniers parmi la division italienne Trieste. Le général Lumsden prévoit une attaque de chars en direction de la crête d’Aqadir mais un ordre de « Monty » l’oblige à lancer à l’aube du 3 novembre l’infanterie (2e et 7e brigades de fusiliers ainsi que le 2e Corps Royal des fusiliers). Les 2e et 7e brigades de fusiliers se font repousser par des mitrailleuses ; le 2e Corps Royal tient malgré sa position inconfortable.

La percée
Mais, Rommel n’a plus de réserves, il ne peut contre-attaquer et doit maintenant penser à se replier en comptant sur la lenteur de réaction des Britanniques. Il ordonne donc à ses troupes de commencer à se replier notamment au nord. Il voulait battre en retraite jusqu’à Fouka. L’infanterie était transférée vers l’ouest en camion sous le couvert des Italiens. Ces derniers faute de moyens de transport devaient se replier à pied. Pour le chef de l’Afrikakorps, il faut non seulement abandonner la position d’El Alamein, mais s’il veut sauver l’Afrikakorps, il commence à penser qu’il doit se replier enEurope. Pour Hitler, une telle proposition est inacceptable. Il ordonne à Rommel de tenir ses positions. Hésitant, il obéit finalement.
Face à ce début de repli, l’aviation allemande fait tout son possible pour empêcher les bombardiers de la RAF de bombarder les colonnes en repli. À terre, il est ordonné aux 1er et 7e divisions blindées de s’engouffrer dans le saillant ouvert par les automitrailleuses et de foncer vers la mer pour encercler une partie des forces de Rommel. Auparavant, l’infanterie et des Valentine tentent d’élargir le passage mais subissent des lourdes pertes. Finalement, l’arrivée de la 11ebrigade indienne permet de capturer 200 soldats allemands retranchés sur la crête d’Aqaqir. Mais il est trop tard, les Allemands ont commencé à se replier.

La poursuite
Pour l’Afrikakorps c’est la fin, le repli est inévitable et l’ordre de Hitler de résister ne peut empêcher la fin de l’Afrikakorps. Certains veulent résister, mais, Rommel sait que rien ne peut arrêter les Britanniques8. Il envoie son aide de camp, le lieutenant Berndt à Berlin pour faire changer Hitler d’avis. Pendant, ce temps (nuit du 3 au 4 novembre), l’Afrikakorps est placé en arc de cercle autour du saillant britannique, la division blindée Ariete italienne avec ses 100 chars M13/40 sont les derniers blindés de Rommel, mais ils sont déjà trop vieux. Les Britanniques, malgré des pertes avoisinant les 500 chars, conservent encore 600 chars. À l’aube du 4 novembre, la 2e brigade blindée et les survivants de la 7e brigade motorisée s’avancent vers les défenses allemandes à l’ouest de la crête d’Aqaqir. Les troupes allemandes sont commandées par le général von Thoma qui use de ses derniers 88 pour détruire quelques chars adverses. Les Britanniques décident d’utiliser l’artillerie pour détruire les positions adverses. Les troupes de la 1st Armoured Division s’avancent sur le champ de bataille. Les blindés rencontrent alors la résistance d’un Panzer III qui finit par se rendre. Les Anglais découvrent avec surprise qu’il abrite le général von Thoma. Il est amené au général Montgomery13. Les Écossais et les Indiens peuvent percer avec l’aide de blindés, bientôt suivis par les Néo-zélandais14. Le front est percé, les chars alliés vont pouvoir surgir sur les arrières de l’Axe.

Pendant ce temps, les Italiens de la division Ariete voient arriver les unités de la 7e division blindée, les Deserts Rats qui avancent avec l’aide de l’artillerie. La 22nd Armoured Brigade détruit un par un les chars survivants. Les Britanniques percent au sud de la position italienne, ces derniers sont tournés et anéantis. Le XXe Corps Italien est détruit, c’est un nouveau coup dur pour Rommel. Malgré la résistance le long de la côte de la 90e division légère, les Germano-Italiens sont vaincus et leur centre est percé. Cette brèche de 20 kilomètres menace de destruction les troupes situées au sud. Rommel ne peut se résoudre à tenir, il ordonne à 15 h 30 le 4 novembre à l’ensemble des forces de l’Axe de se replier. Au nord, on s’enfuit par camions, mais, au sud, les éléments motorisés sont rares. Coupées du reste de l’Afrikakorps, les troupes de la brigade Ramcke et de la division Folgore (seules unités restantes du XXe Corps) et les divisions Pavia et Brescia (Xe Corps) doivent s’enfuir par leurs propres moyens. Rommel va tenter de les incorporer à Fouka à 100 kilomètres à l’ouest d’El Alamein. Une nouvelle fois, il compte sur la lenteur des Britanniques. Ainsi, au soir du 4 novembre, les troupes alliées bivouaquent au lieu de poursuivre leur adversaire. Lorsque des renseignements arrivent au QG de la 8e Armée, l’état-major décide de poursuivre l’Afrikakorps à partir du 5 novembre en direction de la côte pour capturer les troupes allemandes.

De Fouka à Solloum en passant par Marsa Matruh
La 2nd Armoured Brigade avance le lendemain en direction d’El Daba pour foncer ensuite vers Fouka, mais, elle est bloquée par un canon de 88 mm qui tue notamment le capitaine Singer qui avait capturé von Thoma. La brigade attaque par le sud tandis que la 7e brigade motorisée attaquera par l’est. 150 hommes et le canon sont capturés. Il est déjà plus de midi. La seule unité à intercepter des ennemis est la 8e brigade blindée qui atteint Galal. Des troupes disparates sont capturées. Peu après, une colonne importante arrive et, au terme d’un combat intense, les Britanniques détruisent 14 Panzer et 29 chars italiens. 1 000 hommes sont capturés15. Arrivé à Fouka, Rommel n’y trouve aucune position défensive et les Germano-Italiens sont désorganisés ; il décide de battre en retraite jusqu’à Marsa Matrouh.
Au matin du 6 novembre, la situation de la Panzerarmee est tragique. Depuis les combats de la veille, il n’y a plus que 12 Panzer en état de se battre. Les Italiens mènent des combats d’arrière-garde, mais certains se font capturer par les Britanniques et beaucoup d’unités sont dispersées. Les Allemands, par contre, gardent un semblant d’ordre. L’essence vient à manquer et la 21e Panzerdivision tombe en panne de carburant durant sa fuite vers Marsa Matruh. Poursuivis par les chars de la 22nd Armoured Brigade, les derniers Panzer sont immobilisés. Ils sont sauvés par le Kampfgruppe Voss chargé de protéger l’arrière-garde et qui tombe sur les arrières britanniques ; surpris, ceux-ci doivent battre en retraite. Mais le problème de l’essence restant, les Panzer sont sabordés et seuls les véhicules légers peuvent continuer de se replier. À Marsa Matruh c’est une lutte entre Allemands pour savoir qui aura de l’essence mais à Benghazi, 4 000 tonnes de carburants viennent d’arriver par mer (un exploit). Malgré des pertes dues à l’aviation, la moitié arrive à Solloum. Seuls quatre Panzer sont encore là avec une dizaine de M13/40. Le 7 novembre, Ramcke et 600 de ses parachutistes, venus des confins du sud, arrivent à la rencontre des troupes de Rommel. 450 hommes ont été perdus en route. Ils avaient dû capturer des camions de ravitaillement aux Britanniques. Belle action de cette troupe d’élite, mais sans grande utilité pour Rommel, eux aussi voudraient leur part d’essence.
Le 8 novembre 1942, la Panzerarmee Afrika se replie vers Solloum en passant par les cols de Halfaya, ce qui signifie un ralentissement dans le retrait. Les Britanniques ont décidé de ne pas contourner la position par le sud, mais, ils peuvent réaliser un massacre si les Allemands sont surpris pendant leur traversée des cols. Ainsi, le XXe corps italien soutenu par les quatre Panzer survivants doivent garder la passe de Halfaya et la 90e division légère continue à mener des combats de retardement à l’arrière des troupes germano-italiennes. À son arrivée à Solloum, Rommel ne compte plus que sur 2 000 soldats allemands, à peine plus d’Italiens, 15 canons antichars, même pas 50 canons de campagne. La réserve se compose de 3 500 soldats dont 500 Italiens. Les forces blindées se composent de 11 Panzer et 10 chars italiens. Enfin, la réserve en artillerie se compose de 75 canons de tous types. Voilà ce qui reste de la glorieuse armée d’Afrique. Elle ne doit son salut qu’à la lenteur des Britanniques qui ne pourront surprendre les troupes de Rommel dans le passage de Halfaya. À l’aube du 9 novembre, l’ensemble des troupes est passé, la 90e division légère s’y engouffre et en débouche à midi. Les sapeurs du général Büllowius sont les derniers à passer et font sauter la route16. À la fin de la journée, les avants-gardes britanniques arrivent, elles appartiennent à la 4e brigade blindée, mais, tombent sur une route impraticable et quelques mines détruisent des chars. Plusieurs jours seront nécessaires pour remettre en état la route. Mais Rommel doit déjà penser à battre en retraite en Tunisie, l’opération Torch a été mise en place, les Anglo-saxons arriveront bientôt de l’ouest pour bloquer la route aux dernières troupes.

Bilan
Au terme d’une longue bataille et malgré des pertes excédant les 500 chars, Montgomery a pu, grâce à ses réserves, percer le front de Rommel qui ne disposait pas de plus de 100 Panzer. Le ravitaillement étant coupé par le « porte-avions » maltais, la logistique ne pourra suivre Rommel dans son ultime tentative de résistance.
Le temps était fini où l’OKW rêvait de voir le drapeau à croix gammée flotter sur Alexandrie, les blindés du Renard du Désert pénétrer dans le Moyen-Orient riche en pétrole, les troupes allemandes venant du Caucase les rejoindre pour se diriger à travers l’Iran et l’Afghanistan vers l’Inde et faire la jonction avec l’Empire du Soleil Levant.
En quelques mois, les Allemands vont être écrasés à Stalingrad et repoussés d’Égypte. Comble du désastre, le 8 novembre 1942, Américains et Anglais débarquent en Algérie et au Maroc.
Certaines colonies françaises rejoindront de Gaulle dans sa lutte contre l’Allemagne nazie et l’Italie mussolinienne agonisante qui verra sa dernière possession africaine, la Libye, être envahie. Bientôt, le régime fasciste sera renversé, les Allemands perdront leur principal allié qui les avait entraînés en Afrique.
Mais, Hitler avait une vision trop continentale, il n’a pas vu en cette guerre du Désert les profits que pourraient en tirer les Allemands et le génie de Rommel ne put faire la différence. Le temps des défaites et de la retraite avait commencé pour les Allemands ; ils verront deux ans plus tard les troupes britanniques aux frontières du Troisième Reich.

Notes et références
1. ↑ Les Grandes batailles, Richard Holmes,p.210
2. ↑ LEs Grandes Batailles, Richard Holmes, p.210
3. ↑ Hanns Gert von Esebeck, Afrikanische Schicksalsjahre, p.278
4. ↑ La Seconde Guerre mondiale, campagnes et batailles, Philippe Masson,p. 195
5. ↑ Opération Supercharge, HS Militaria Magazine, Yves Buffetaut
6. ↑ La guerre sans haine, Erwin Rommel, p.62
7. ↑ Opération Supercharge, HS Militaria Magazine, p.124, Yves Buffetaut
8. ↑ a et b Traduction automatique de la page ‘The battle of El Alamein’ [archive] (V.O. (en)accessible).
9. ↑ Barr, Niall. pg. 387
10. ↑ Militaria n°16, Yves Buffetaut, p.128
11. ↑ a et b Les Grandes Batailles, Richard Holmes, p.209
12. ↑ El Alamein, Lord Carver, Bastford, p. 168
13. ↑ James Lucas, War in The Désert, p. 255
14. ↑ La Seconde Guerre mondiale, Pierre Miquel, p. 364
15. ↑ Militaria, Hors Série n°16, Yves Buffetaut, p.156
16. ↑ Militaria, Hors Série n° 16, Yves Buffetaut, p. 161

 

Bataille d’El-Alamein en images 
source ECPAD

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, un événement a marqué l’année 1942 et est devenu une bataille décisive de la campagne d’Afrique : c’est la bataille d’El-Alamein en Egypte. Il existe plus exactement deux batailles d’El-Alamein.

La première, désignée également bataille d’Al Mata, se déroule du 1er au 27 juillet 1942 et oppose les forces de l’Axe (l’Afrika Korps commandé par le maréchal Erwin Rommel et l’armée italienne) aux forces alliées (principalement la 8e armée britannique commandée par le général Claude Auchinleck) dans le désert libyque en Egypte. Elle permet de stopper l’avancée allemande en Egypte.

La seconde bataille d’El Alamein oppose les mêmes belligérants (le général Montgomery est à partir du mois d’août à la tête de la 8e armée britannique et le maréchal Rommel, malade, est remplacé par le général Georg Stumme), du 23 octobre au 4 novembre 1942. Elle se solde par un recul de l’armée allemande, qui menaçait de prendre le canal de Suez, en raison de la supériorité en chars de l’armée britannique et de la domination de la mer Méditerranée par la Royal Navy qui empêche l’Afrika Korps d’être ravitaillé de manière efficace.

La participation des Français libres consiste en une attaque de diversion au sud dans le secteur de l’Himeimat par la 1re division légère française libre. Mais celle-ci est un échec qui coûte la vie notamment au chef de la 1re brigade française libre, le lieutenant-colonel Amilakvari.

Ces combats trouvent une illustration dans les fonds d’archives conservés à l’ECPAD, exclusivement dans le fonds dit allemand. Les images prises par les reporters des compagnies de propagande allemandes montrent les troupes armées allemandes et italiennes, notamment dans leurs positions défensives au niveau de la dépression de Qattara. Elles s’attachent à montrer les prisonniers britanniques et les nombreuses prises de guerre, en particulier les chars anglais. Enfin, les abondants portraits du maréchal Rommel (jusqu’en septembre 1942) permettront d’entretenir la légende du « renard du désert ».

Les images françaises relatives à ces épisodes sont inexistantes et seul le portrait du lieutenant-colonel Amilakvari, pris probablement le 10 août 1942 lors d’une cérémonie durant laquelle le général de Gaulle lui remet la croix de la Libération au camp de El Tahag en Egypte, rappelle la part prise par les Français dans ce tournant de la guerre.

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Bataille d’El Alamein
Description : Durant la seconde bataille d’El-Alamein, une pièce Pak 36 (r) de 76,2 mm d’origine soviétique en action.
Date : Entre le 30/10 et le 04/11/1942
Lieu : El-Alamein
Photographe : inconnu
Origine : ECPAD-ECPAD
dak-1011
Référence : DAK-101-L14
Bataille d’El Alamein
Description : Mise en batterie d’un canon Pak 38 de 5cm lors de la bataille d’El-Alamein
Date : Entre le 30/10 et le 04/11/1942
Lieu : El-Alamein
Photographe : inconnu
Origine : ECPAD-ECPAD
Référence : DAK-101-L37

dak-1012
Bataille d’El Alamein
Description : Lors de la seconde bataille d’El-Alamein, le maréchal (Generalfeldmarschall) Erwin Rommel à bord d’une voiture Horch Kfz-15 ou Kfz.21, avec des officiers.
Date : Entre le 25/10 et le 04/11/1942
Lieu : El-Alamein
Photographe : inconnu
Origine : ECPAD-ECPAD
Référence : DAK-104-L1

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Bataille d’El Alamein
Description : Durant la première bataille d’El-Alamein, des soldats allemands et des prisonniers alliés près d’un chasseur de chars Panzerjäger (Pz-jäger-I). Les prisonniers alliés sont peut-être issus du 28e bataillon néo-zélandais.
Date : Entre le 27/05 et le 10/06/1942
Lieu : El-Alamein
Photographe : inconnu
Origine : ECPAD-ECPAD
Référence : DAK-71-L15

dak-1110
Bataille d’El Alamein
Description : Durant la seconde bataille d’El-Alamein, une colonne de véhicules se porte vers le col d’Halfaya pendant le repli des troupes italo-allemandes.
Date : Entre le 31/10 et le 10/11/1942
Lieu : El-Alamein
Photographe : inconnu
Origine : ECPAD-ECPAD
Référence : DAK-110-L32

dak-1013
Bataille d’El Alamein
Description : Le maréchal (Generalfeldmarschall) Erwin Rommel et le colonel (Oberst) Fritz Bayerlein. L’officier à droite semble être le commandant (Major) Ziegler.
Date : Entre le 31/10 et 01/11/1942
Lieu : El-Alamein
Photographe : inconnu
Origine : ECPAD-ECPAD
Référence : DAK-109-L3

 

ournal des débats politiques et littéraires
1942/10/27 (Numéro 856).
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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

23 février 2013

Bataille de la Poche de Falaise

Classé sous — milguerres @ 22 h 59 min

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

Bataille de la Poche de Falaise

La Poche de Falaise ou Poche de Chambois – Mont-Ormel ou encore Poche de Falaise-Argentan pour les Anglo-Saxons, fut le théâtre de la dernière opération de la bataille de Normandie pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette opération se déroula du 12 au 21 août 1944 dans une zone située entre les quatre villes normandes de Trun, Argentan, Vimoutiers et Chambois pour s’achever près de Falaise.
La bataille de la poche de Falaise est une victoire stratégique pour les Alliés. Confinés en Normandie pendant deux mois, ils projettent enfin leurs forces dans tout le nord de la France, et manquent de peu l’encerclement de deux armées allemandes avec leurs dizaines de divisions.
En cela, la victoire est peu concluante et a occasionné une controverse entre Américains et Britanniques qui dure encore aujourd’hui.

Bataille de la Poche de Falaise 657593FALAISE
888554344pxPochedeFalaise2
Carte de la bataille de Normandie

Après le débarquement de Normandie du 6 juin 1944, la guerre s’enlise côté américain devant Saint-Lô dans la bataille des haies, et côté Anglo-Canadien dans la bataille de Caen ; la progression est difficile vers Falaise.
Le maréchal Bernard Montgomery se bat avec une armée anglo-canadienne à coup d’opérations limitées et violentes. Faisant face à la majorité des moyens blindés de la Wehrmacht1, sur un terrain (de bocages normands) défavorable à l’offensive motorisée, la progression britannique est lente et coûteuse.

L’opération Cobra du 25 juillet 1944, coup de tonnerre planifié par le général Omar Bradley, libère soudainement toute la 3e armée du général Patton après cinquante jours de petites avancées2. Le 1er août 1944, la percée d’Avranches permet le jaillissement des divisions américaines vers la Bretagne, seconde étape du plan Overlord. Il devient vite évident que, devant la faiblesse de la 7e armée allemande, une occasion unique se présente d’asséner un coup massif à la Wehrmacht. Une réunion entre Bradley et Montgomery, le 2 août 1944, parvient à la conclusion qu’un seul corps d’armée américain, avec le concours de la Résistance française, serait suffisant pour nettoyer la Bretagne3. D’autre part, on décide que le général Patton devrait s’assurer les passages de la Loire au sud, « et se tenir prêt à se lancer vers l’est (Paris) avec de puissantes forces blindées et motorisées »3.
Contre toute logique militaire, plutôt que de se replier en ordre sur les coupures fluviales après la percée américaine, Adolf Hitler imagine une offensive sur Mortain. En décidant cela, il pousse en effet l’armée allemande vers la destruction4. Le Führer a pris personnellement en charge les opérations militaires à l’Ouest depuis l’attentat du 20 juillet 1944, car il a perdu toute confiance dans les militaires de ses états-majors. Il n’écoute plus aucun avis, ni aucune mise en garde5. C’est donc un plan complet de la main d’Hitler qui est adressé au maréchal von Kluge. La contre-attaque de Mortain, lancée le 7 août 1944, est un échec cuisant pour les Allemands, qui laissent une partie de leurs forces très dangereusement en pointe.

Relations et réorganisations alliées

Cette fin de bataille de Normandie se déroule sous fortes tensions entre Alliés britanniques et américains, voire entre Anglais et Canadiens. Les opérations se prolongent depuis beaucoup trop longtemps sans vraie victoire stratégique. Au plus haut niveau politique, les interrogations sont multiples. Des conflits larvés se font jour et gangrènent la confiance mutuelle qui avait prévalu jusqu’ici. Par ailleurs, le nombre de divisions placées sous l’autorité de la 1re armée américaine allant croissant, la situation commence à être difficilement gérable pour le général Bradley6. Aussi, le général Dwight Eisenhower, commandant en chef du théâtre d’opérations Europe (ETO) profite-t-il de la victoire américaine d’Avranches pour réorganiser le commandement allié.
Jusqu’alors, l’ensemble des opérations terrestres avait été pris en main par le général Bernard Montgomery, chef du 21e groupe d’armées. Eisenhower crée le 12e groupe d’armées et met à sa tête le général Omar Bradley, jusqu’ici chef de la 1re armée américaine. Courtney Hodges est nommé commandant de la 1re armée américaine. Montgomery reste commandant en chef des forces terrestres, mais le général Dwight Eisenhower s’apprête à prendre sa place, afin d’être en position d’arbitre des deux commandants de groupe d’armées7. Enfin, le débarquement de la 4e division blindée canadienne permet aux Canadiens de gagner leur autonomie par la création d’une armée forte de deux corps d’armée, dont un canadien à deux divisions blindées et deux divisions d’infanterie8.

Situation du haut commandement allemand

Le contexte est marqué par la confusion issue des complexités d’organisation de la Wehrmacht. Le maréchal von Kluge est un fidèle d’Hitler. À ce moment de la bataille, il combine les rôles de commandant du groupe d’armées B et de commandant en chef des forces armées à l’Ouest9. Soupçonné d’être impliqué dans le complot du 20 juillet contre Hitler, il agit avec un zèle extrême et fait tout pour s’affranchir des soupçons du Führer. Aussi, tous les ordres qu’il reçoit sont-ils traités à la lettre, sans aucune forme d’interprétation, aboutissant au final aux pires catastrophes. Pendant la journée du 15 août 1944, à l’occasion d’une inspection dans la poche, suite à une attaque aérienne sur son petit convoi d’accompagnement et la destruction du véhicule de communication10, il disparaît sans donner de nouvelles, réapparaissant au QG du général Eberbach à la nuit tombée ; il a fallu 16 heures au convoi pour parcourir 80 km10. Les soupçons de trahison sans aucun fondement11,10 pèsent de plus en plus sur le Feldmarschal, finalement révoqué le soir du 17 août par Hitler10. Walter Model, le pompier de service12, en provenance du Front de l’Est, le remplace au pied levé dès le 18 août 1944, au pire moment de la bataille. Von Kluge est convoqué à Berlin pour s’expliquer, destination qu’il n’atteindra jamais, car, au cours du trajet, il se suicide au cyanure, le 19 août, au bord de la route, laissant une lettre assez prophétique adressée à Hitler13.

Autre personnage, le général Heinrich Eberbach est en charge de la 5e armée blindée. Il fait face aux Anglo-Canadiens, qui pressent pour capturer Falaise.
En opposition aux ordres reçus, il refuse de libérer trois divisions de panzers pour la contre-attaque de Mortain, considérant comme imminente l’attaque contre ses propres positions14. Dès avant la fin de la contre-attaque allemande sur Avranches, l’opération Totalize démarre face à ses troupes, lui donnant raison après-coup. Mais ce refus d’obtempérer l’amène à la disgrâce aux yeux d’Hitler, qui le relègue au commandement d’un corps d’armée blindé (Panzergruppe Eberbach). Le général SS Sepp Dietrich le remplace à la tête de la 5e armée blindée15. Le général SS Paul Hausser commande de son côté la 7e armée allemande au grade d’Oberstgruppenführer (général de corps d’armée). Premier général de la Waffen-SS à commander une armée, il est haï par le haut commandement du fait de sa promotion trop rapide. Son armée est littéralement vaporisée par l’opération Cobra, qui le laisse avec des restes de divisions à gérer16. En résumé, le commandement en chef est donc confié à un fidèle d’Hitler en plein milieu de la bataille, le général Model, et les deux armées sous son autorité, à deux généraux de la Waffen-SS, signe clair de la défiance d’Hitler envers la Wehrmacht.
Forces en présence[modifier]

Les Alliés sont organisés en deux grandes forces, l’une anglo-canadienne et l’autre américaine. Les Allemands, après leur échec de Mortain, ont des forces très affaiblies, mais encore combattives.

Ordre de bataille lors de la bataille de la poche de Falaise

Ce qui suit est l’ordre de bataille des forces militaires en présence lors de la bataille de la Poche de Falaise, qui eut lieu du 12 au 21 août 1944 lors de la Seconde Guerre mondiale.

Forces Allemandes

L’ensemble des forces allemandes participant à la bataille de la Poche de Falaise font partie de l’OB West sous les ordres du Generalfeldmarschall Walter Model.
Les unités allemandes ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes. Elles sont totalement usées par les deux mois de combats en Normandie. Sur le papier, la Wehrmacht aligne 28 divisions dont 10 blindées, mais on sait qu’il ne s’agit plus, dans la plupart des cas, que de débris. On estime qu’elle n’est forte qu’au maximum de 250 000 hommes et 250 chars pour faire face aux Alliés dans cette ultime bataille en Normandie1.

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Organisation et composition de l’armée allemande

5e Panzer Armee
La 5e Panzer Armee est sous les ordres du General der Panzertruppen Heinrich Eberbach
1er SS-Panzerkorps sous les ordres du General der Infanterie Joseph Dietrich
1re Panzerdivision SS Leibstandarte Adolf Hitler
12e Panzerdivision SS Hitlerjugend
Heinrich Eberbach
2e SS Panzer Korps sous les ordres du General der Infanterie Willi Bittrich
9e Panzerdivision SS Hohenstaufen
10e Panzerdivision SS Frundsberg
277e division d’infanterie
47e Panzer Korps sous les ordres du General der Infanterie Hans von Funck
2e Panzerdivision
116e Panzerdivision
276e division d’infanterie
326e division d’infanterie
86e Korps sous les ordres du General der Infanterie Dietrich von Obstfelder
21e Panzerdivision
16e Luftwaffen-Feld-Division
346e division d’infanterie
711e division d’infanterie

7e Armee
La 7e Armee est sous les ordres du General der Panzertruppen Paul Hausser
84e Corps d’armée sous les ordres du General der Infanterie Dietrich von Choltitz

Panzer Lehr Division
2e Panzerdivision SS Das Reich
17e Panzergrenadier Division SS Götz Von Berlichingen
5e Luftwaffen-Feld-Division
91e Luftland Division
243e division d’infanterie
275e Luftland Division
343e division d’infanterie

25e Corps d’armée sous les ordres du General der Artillerie Wilhelm Fahrmbacher
77e Luftland Division
265e division d’infanterie
266e division d’infanterie
319e division d’infanterie
343e division d’infanterie
2e Falschirm division
Ce corps d’armée se trouve en Bretagne, et ne participe donc pas à la bataille de la Poche de Falaise

Forces Alliées

12e Groupe d’Armée
Le 12e Groupe d’Armée est sous les ordres du Général Omar Bradley

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Organisation et composition de l’armée américaine

1e US Army sous les ordres du général Courtney Hodges
7e corps du général Lawton Collins
3e Armored Division
1re Infanterie Division
4e Infanterie Division
9e Infanterie Division
30e Infanterie Division
19e corps du général Charles Corlett
2e Armored Division
28e Infanterie Division
3e US Army sous les ordres du général Georges Patton
8e corps du général Troy Middleton
6e Armored Division
2e Infanterie Division
8e Infanterie Division
29e Infanterie Division
83e Infanterie Division
12e corps du général Gilbert Cook
4e Armored Division
35e Infanterie Division
15e corps du général Wade Haislip
2e Division Blindée Française
5e Armored Division
79e Infanterie Division
90e Infanterie Division
20e corps du général Walton Walker
7e Armored Division
5e Infanterie Division
80e Infanterie Division

21e Groupe d’Armée
Le 21e Groupe d’Armée est sous les ordres du Général Bernard Montgomery

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Organisation et composition de l’armée britannique

1re Armée canadienne sous les ordres du général Henry Crerar
1er corps du général John Crocker
3e Infanterie Division
51e Highland Division
6e Airborne Division
2e Corps canadien du général Guy Simonds
1re division blindée polonaise
5e Division blindée canadienne
2e Division d’infanterie canadienne
3e Division d’infanterie canadienne
2e Armée Britannique sous les ordres du général Miles Dempsey
8e corps du général Richard O’Connor
Guards Armoured Division
11e Armoured Division
15e Scottish Division
12e corps du général Neil Ritchie
49e West Riding Division
53e Welsh Division
59e Scottish Division
30e corps du général GC Bucknal
7e Armoured Division
43e Wessex Division
50e Northumbrian Division
Notes
↑ Martin Blumenson, La Libération

Alliés

Depuis la réorganisation d’août, le 21e groupe d’armées du général Montgomery est organisé en deux armées distinctes : la 2e armée britannique du général Sir Miles Dempsey et la 1re armée canadienne du général Harry Crerar. L’armée britannique est forte de trois corps d’armée à trois divisions chaque. L’armée canadienne est constituée de deux corps d’armée. Ces forces totalisent 16 divisions, dont cinq blindées, soit 240 000 hommes et 1 500 blindés17. Ce début du mois d’août voit l’engagement de la 1re division blindée polonaise du général Maczek, juste débarquée le 31 juillet.

Le 12e groupe d’armées du général Omar Bradley est organisé en deux armées de la même manière : la 1re armée américaine du général Courtney Hodges à deux corps d’armée et la 3e armée américaine du général George Patton à quatre corps d’armée. Les Américains disposent ainsi de 21 divisions, dont 6 blindées, y compris la 2e division blindée française du général Leclerc, soit 320 000 hommes et plus de 2 000 blindés.
Bien que très fortement affectées par la guerre d’usure qu’elles viennent de subir, les troupes alliées restent quasiment à 100 % de leur capacité grâce à la puissance du système de ravitaillement allié18. Le moral est très haut depuis la victoire de Patton et son échappée en Bretagne. Le soldat allié sent que la victoire décisive est à portée. Les forces alliées totalisent ainsi 37 divisions dont 11 blindées, ou près de 600 000 hommes et 3 500 chars, y compris les unités rattachées (brigades et bataillons divers)19. La supériorité numérique alliée est donc totale, sur terre comme dans les airs.
Allemands[modifier]
Après la réforme organisationnelle du 6 août, précédant l’offensive allemande sur Avranches, deux armées allemandes sont en ligne face aux Alliés. Les unités qui les composent ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes, totalement usées par les deux mois de combats en Normandie. Elles ne consistent plus, pour la moitié d’entre elles, qu’en groupements tactiques (Kampfgruppe) totalisant moins de la moitié (parfois moins du quart) de leur force initiale ; l’appellation de division doit donc être relativisée dès lors qu’elle s’applique au camp allemand. Le général allemand Hausser estime que la bataille de Normandie a détruit pratiquement huit divisions allemandes en juillet20.
Cela dit, la force allemande de Normandie encore en place début août 1944 reste une puissance respectable, encore correctement équipée en blindés et moyens antichars, dont environ 100 canons de 88 mm et 75 mm devant Falaise21.

L’armée allemande pèche encore et toujours sur le plan logistique, avec une capacité faible d’approvisionnement en munitions et une incapacité quasi complète à remplacer les pertes en hommes et matériels. Le moral des soldats allemands de cette période de la guerre était en général faible, encore amoindri par l’échec de la contre-attaque de Mortain. Certaines unités connaissent même des redditions massives pendant la progression rapide des Américains après la percée d’Avranches.
Seules quelques unités fanatiques de la Waffen SS ont une capacité de rétablissement moral leur permettant de contre-attaquer efficacement22. L’articulation de l’armée allemande est la suivante23 :
La 5e armée blindée du général Eberbach comporte quatre corps d’armée pour un total de 12 divisions dont 4 divisions blindées ;
La 7e armée du général Hausser composée de quatre corps d’armée aligne 16 divisions dont 6 blindées.
Ainsi, sur le papier, la Wehrmacht aligne 28 divisions dont 10 blindées, mais on sait qu’il ne s’agit plus, dans la plupart des cas, que de débris. On estime qu’elle n’est forte qu’au maximum de 250 000 hommes et 250 chars pour faire face aux Alliés dans cette ultime bataille en Normandie19.

Physionomie du champ de bataille

Le champ de bataille de la poche de Falaise est un quadrilatère dont les quatre angles sont initialement les villes de Condé-sur-Noireau, Flers, Argentan et Falaise. Les dimensions de ce rectangle sont de 40 km sur 20 km. Ce rectangle est divisé par deux coupures fluviales d’importance, orientées sud-nord : l’Orne à l’ouest et la Dives au centre. Ces deux cours d’eau ont creusé des vallées encaissées bordées de fortes dénivellations, canalisant les mouvements vers les routes. Les ponts et passages divers deviennent rapidement des objectifs stratégiques. Trois routes permettent des déplacements est-ouest : Falaise-Vire, Argentan-Flers et la petite départementale Argentan-Vire, qui est la voie d’évacuation principale de la Wehrmacht. Cette dernière route traverse une hauteur escarpée au nord-est de Trun, le Mont-Ormel, secteur stratégique dont la valeur n’échappe pas aux belligérants. Falaise constitue la limite nord du bocage normand. Le terrain des combats est ainsi semé de champs ouverts, et donc moins propices aux actions défensives, hormis dans les agglomérations adjacentes.

Les plans : le dilemme après la percée

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Carte physique du secteur des combats de la poche de Falaise

Les Alliés sont au courant de l’état catastrophique des forces allemandes, ainsi que de l’incapacité du commandement allemand à les renforcer. En effet, le groupe Ultra, spécialisé dans le décodage d’Enigma, alimente le haut commandement allié en informations secrètes, de nature à déjouer tous les plans allemands18. C’est sur cette base que la contre-attaque allemande vers Avranches a pu être déjouée ; c’est aussi à l’aide de ces informations décisives que les Alliés décident d’encercler les Allemands.
Le haut commandement allié est pris dans le dilemme classique d’une armée qui perce subitement un front fixe : exploiter ou encercler ? Le commandement allemand avait connu cette expérience difficile sur le Front de l’Est, notamment en 1941, en choisissant l’encerclement au détriment de l’exploitation lointaine24. C’est un casse-tête car un général ne dispose en effet jamais de suffisamment d’effectifs pour atteindre les deux objectifs simultanément (encerclement et poursuite). Le premier réflexe du commandement allié est d’exploiter, puisque la 3e armée américaine du général Patton lance déjà des pointes en Bretagne puis aussi vers le Mans19. Aussi, les informations reçues à la fois d’Ultra et de la reconnaissance aérienne occasionnent un changement de plans. Un consensus émerge rapidement au sein du haut commandement allié afin d’envisager l’encerclement des forces allemandes situées à l’ouest de la Dives25.

Les intentions anglo-canadiennes : objectif Falaise puis fermeture de la poche

Le 21e groupe d’armées sort juste de l’opération Totalize. Cette action opérationnelle avait été lancée le 7 août 1944, après la capture du mont Pinçon par la 43e division d’infanterie britannique. Le IIe corps canadien du général Guy Simonds26, appuyé sur sa gauche par la 1re DB polonaise s’élance plein sud. Au prix de très violents combats incluant des bombardements massifs par l’artillerie et l’aviation, les Canadiens parviennent à s’approcher à 10 km de Falaise, mais sont stoppés par la résistance acharnée des soldats de la 12e division blindée SS le 10 août 194427. Ceux-ci savent parfaitement utiliser le terrain coupé de haies du bocage normand28.

Afin de poursuivre l’offensive, le général Montgomery a pour ambition de rouler vers la Seine, via un très large encerclement29. Le 10 août, il expose son plan30 à Bradley et Eisenhower, mais la décision est prise de réaliser un mouvement en pinces vers Argentan et Falaise. Le vainqueur d’El Alamein met immédiatement au point une nouvelle opération, baptisée Tractable, dont le départ est prévu le 14 août. L’objectif est de s’emparer de Falaise le plus vite possible afin de couper les routes de retraite allemandes. L’objectif secondaire doit permettre de gagner les passages sur la Dives afin d’empêcher tout reflux allemand vers la Seine. Le commandement anglo-canadien a désormais de bonnes chances de réussite, puisque le front allemand devant lui est dégarni au profit des secteurs qui font face aux Américains31.

Les intentions américaines : objectif Argentan, mais pas plus loin

Depuis le 1er août 1944, la 3e armée américaine s’extrait de Normandie et se répand en Bretagne et en Mayenne. Après la libération du Mans, l’ordre est donné au XVe corps américain d’effectuer un crochet vers le nord, objectif Argentan.
Le général Bradley, que le contexte politique[Lequel ?] des offensives inquiète , respecte une certaine délimitation du terrain d’attaque. Il craint une collision meurtrière entre les Canadiens qui avancent via un axe nord-sud, et les troupes du général « Ham » Wade Haislip, à la tête du XVe Corps. Les forces américaines ne doivent pas dépasser une position située un peu au nord d’Argentan19.
Plans allemands[modifier]
Le maréchal von Kluge se rend parfaitement compte des intentions des Alliés, que ceux-ci cherchent à l’encercler. Il le rapporte à Hitler dans des messages nombreux et constants32. Alors que le Führer exige la reprise de la contre-offensive sur Avranches, les troupes de Patton capturent Alençon le 12 août. C’est une importante contrariété pour les Allemands, car la cité normande est la principale base logistique de la 7e armée. Dès lors, le haut commandement allemand n’a plus d’autre choix que la retraite. Mais c’est sans compter sur la rigidité d’Hitler qui refuse obstinément toute retraite. Il n’accepte que quelques ajustements du front, toujours enfermé dans son univers personnel, coupé de toutes les réalités33. Ce sont donc deux armées allemandes ligotées qui doivent se battre contre une tentative d’encerclement par quatre armées alliées décidées à obtenir une victoire décisive.
Le déroulement de l’offensive et la situation dans la poche du 12 au 16 août 1944[modifier]

La poche de Falaise est déjà totalement délimitée le 12 août 1944. De la forme d’un U allongé de 30 km, l’ouverture de 9 km de large se trouve orientée à l’est. À cette date Falaise, Argentan, Flers et Condé-sur-Noireau délimitent son espace.

Situation alliée au sud

Le 12 août, le XVe corps d’armée américain lance son offensive vers le nord afin de contribuer à la fermeture de la poche. Ceci selon les ordres de Patton qui avait exigé que ses troupes atteignent la ligne Sées-Carrouges dès que possible34. Les 5e DB et 79e DI américaines occupent Sées alors que la 2e DB française du général Leclerc, appuyée de la 90e DI américaine, s’empare d’Alençon.
C’est un coup très dur pour les Allemands, car Alençon forme un centre de ravitaillement important de la 7e armée allemande.
La situation logistique de ces troupes, déjà déplorable, ne peut que devenir désespérée.
Afin de contrer cette grave menace, le nouveau groupement blindé (Panzergruppe) Eberbach est concentré afin de contre-attaquer vers Alençon, reprendre la ville, et détruire les forces blindées alliées du secteur35. Sur le papier, les forces en présence sont impressionnantes avec cinq divisions blindées et une division d’infanterie36. La réalité est évidemment loin de ces chiffres et donne une fausse impression de puissance.
Le 13 août, la 2e division blindée allemande37 se met en marche sur deux colonnes vers le sud. Mais en raison de la couverture aérienne alliée, elle n’atteint pas ses objectifs. Elle se retrouve en pointe à Rânes le 14 août et perd le contact avec le groupement blindé Eberbach, sans avoir menacé en quoi que ce soit la progression alliée38. Le groupement blindé Eberbach se replie dès lors sur Argentan afin de défendre la ville.
Patton décide d’engager le XXe corps d’armée américain à droite du XVe corps, afin de couvrir le flanc droit de l’attaque.
À cette fin, la 80e DI américaine est poussée vers Bourg-Saint-Léonard.
Au même moment, les Ve, VIIe et XIXe corps américains solidifient leurs fronts afin de repousser uniformément les Allemands vers le fond de la poche39.
Sans en référer au général Montgomery, le général Bradley arrête ses troupes juste au sud d’Argentan le 13 août, au moment où elles allaient se jeter sur la ville pratiquement sans défenses40.
Considérant que l’ennemi est très faible entre la Dives et la Seine, et qu’une bonne partie des Allemands a réussi à s’enfuir41, il souhaite consacrer une part du XVe corps américain à une progression plein Est avec Dreux pour objectif primaire. Cette division des forces va avoir des conséquences funestes sur le plan initial et la fermeture de la poche42.

La situation alliée au nord

L’opération Tractable est lancée le 14 août à la mi-journée. Cette fois, la détermination est totale chez les Canadiens et les Polonais : on ne s’arrêtera pas à Falaise capturée mais on poursuivra dans la foulée sur Argentan, Monty ayant été très clair sur les objectifs : capturer Trun43. Une fois de plus, une masse blindée est mise en place, avec de l’infanterie montée dans des chars sans tourelles44. L’ensemble se met en marche derrière un écran de fumigènes destiné à aveugler les défenseurs. L’infanterie allemande est totalement submergée.
La rivière Laizon est rapidement franchie, et le premier rideau antichar ennemi forcé en fin d’après-midi. À la tombée de la nuit, les pointes de la 3e division canadienne ne sont plus qu’à 5 kilomètres de Falaise45. Une diversion canadienne opérée par la 2e division d’infanterie devait attirer les réserves allemandes. Mais un groupement tactique de la 12e division blindée SS46, renforcé d’une dizaine de pièces de 88 mm, barre le passage sur la dernière crête avant Falaise. Des notes de briefing sont capturées sur un officier canadien tué, lesquelles indiquent clairement l’axe d’offensive allié. La feinte n’a pas pris. De nuit, des patrouilles atteignent la route de Falaise à Saint-Pierre-sur-Dives. Toutefois, les Allemands résistent toute la journée du lendemain 15 août avec l’acharnement du désespoir47. Pendant ces événements, la 1re division blindée polonaise parvient à franchir la Dives à Jort, ce qui constitue un exploit. En somme, une assez bonne journée pour la 1re armée canadienne.

Le 16 août, la 2e division d’infanterie canadienne attaque brusquement Falaise par l’ouest et surprend la petite garnison allemande. Au soir, toute la ville est aux mains des Canadiens, à l’exception de l’École normale qui ne cède que le lendemain du fait de la résistance acharnée de cinquante Hitlerjugend fanatisés, seuls trois survivants sont capturés. Comme la situation est favorable, le général Simmonds décide que la 4e division blindée a désormais Trun pour objectif, en conjonction avec les Polonais. Le général Crerar ordonne son Ier corps vers Lisieux tout en le renforçant de la 7e division blindée britannique.
Les deux pinces de la tenaille alliée ne sont plus désormais séparées que par 19 kilomètres.

Les Allemands

« Cette journée a été la plus atroce de ma vie » — Adolf Hitler48.
S’exprimant le soir du 15 août 1944 en conférence avec ses officiers, le Führer a vu tous ses ordres de la journée contrariés par les événements, les uns après les autres47. La grande affaire du jour avait été le début de l’opération Anvil-Dragoon, le débarquement de Provence dans le sud de la France. L’ouverture d’un troisième front49 à l’Ouest marque un tournant dans la bataille de France. Ce même jour, les mauvaises nouvelles du front normand n’ont cessé de s’accumuler. Les jours précédents, l’ensemble de la 7e armée se trouvait encore à l’ouest de l’Orne avec les restes d’une quinzaine de divisions. Hitler espérait encore contre-attaquer une nouvelle fois en direction d’Avranches. Il refusait jour après jour toutes les demandes de repli. Mais comment admettre qu’une contre-attaque de vingt divisions soit lancée à nouveau, alors que loin derrière, « l’ennemi s’affaire à nouer le nœud coulant avec lequel il va l’étrangler » 50? Finalement en fin de journée, Hitler renonce à cette opération sans espoir de succès, et accepte, sous la pression des événements, de replier ses troupes derrière l’Orne. Mais n’est-il pas trop tard ?
Le 16 août, le maréchal von Kluge, juste avant son départ, donne l’ordre de retraite générale à la 7e armée11. Dès son arrivée, le maréchal Model confirme immédiatement l’ordre de son prédécesseur, et le complète en incluant le groupement blindé Eberbach. La situation dans la poche devient difficile du fait de la raréfaction des voies de retraite. Seuls quatre ponts restent accessibles pour le franchissement de l’Orne51. Cette concentration de colonnes est une aubaine pour l’aviation alliée qui se jette sur ces cibles faciles. Rappelons que la grande majorité des moyens de transport allemands de cette époque est encore largement hippomobile. Les chevaux sont victimes de ces combats et leurs cadavres remplissent littéralement certaines zones des combats. Les rares forces encore actives à la disposition du général Hausser effectuent quelques combats de retardement qui permettent de contenir les Américains au sud. La situation est bien plus grave face aux Canadiens.

Vers un Stalingrad en Normandie ? 17 au 21 août 1944

Pour rappel, la bataille de Stalingrad d’octobre 1942 à janvier 1943 avait provoqué l’annihilation complète de la 6e armée allemande du maréchal Paulus. Les Allemands y perdirent définitivement environ 230 000 hommes, plus le matériel d’une douzaine de divisions et la capture d’un maréchal et de 25 généraux. Peut-on établir un parallèle entre cette véritable victoire stratégique soviétique et la bataille de Falaise ?

Hésitations alliées

Vissé sur les directives de l’opération Overlord, le commandement allié suit le plan Cossac de 1943 qui prévoit une progression relativement lente mais systématique vers l’Allemagne52. Une frontière imaginaire existe entre les Américains et les Anglais, laquelle ne doit pas varier, même devant les événements favorables de début août 1944. Le général Bradley décide, de ce fait, de ne pas effectuer d’effort important au delà d’Argentan, afin de pousser rapidement vers la Seine53. Dans l’esprit du stratège américain, il revient à la 1re armée canadienne de fermer la poche. D’autant que « la majorité des forces de la 7e armée allemande avait dû s’échapper », pense-t-il. Aussi, une partie du XVe corps américain54 est-il dirigé vers Dreux dès le 15 août. La 2e division blindée française et la 90e division d’infanterie sont laissées face à Argentan en flammes, toujours occupée par la 116e division blindée du groupement Eberbach.

Le 16 août, le maréchal Montgomery appelle le général Bradley pour lui proposer que les Canadiens et les Américains se rencontrent sur une zone entre Trun et Chambois55. Immédiatement, Patton donne l’ordre aux 80e et 90e divisions d’attaquer entre Argentan et le Bourg-Saint-Léonard en direction de Chambois afin de couper la route de Falaise à Gacé. Mais la résistance acharnée des débris de la 116e division blindée allemande met en échec l’action de la 90e division américaine. Ce qui permet aux Allemands d’évacuer plusieurs unités tout au long de la nuit du 16 au 17 août 1944.
Au nord, la 1re armée canadienne repasse à l’attaque le 17 août. La 4e DB canadienne et la 1re DB polonaise sectionnent la 21e division blindée allemande56, et foncent droit devant en direction de Trun par un large mouvement tournant qui prend les Allemands par surprise57. Malgré la violence de l’attaque et la détermination des troupes alliées, Trun résiste encore une journée.

Les Allemands résistent efficacement

Au soir du 17 août 1944, la nasse renferme encore la 7e armée allemande, une part de la 5e armée blindée ainsi que le groupement blindé Eberbach, qui semblent tous sur le point d’être capturés. Seuls deux corps d’armée de la 5e armée blindée restent hors du piège. Ainsi, ce sont 100 000 Allemands qui sont encore entassés dans la poche58. L’analyse américaine, concluant à une évacuation quasi-totale de la poche par les Allemands autour du 15 août, était donc fausse59. Quoi qu’il en soit, en fin de journée, le franchissement de l’Orne par la 7e armée allemande est achevé avec les plus grandes difficultés.
Le 18 août, le maréchal Model, nouveau commandant en chef à l’Ouest, prévoit une contre-attaque du IIe corps blindé SS depuis Vimoutiers vers Trun. Ceci pour laisser encore une porte de sortie au maximum d’unités allemandes encerclées60.
Pendant ce temps, les Canadiens investissent Trun. Un détachement du régiment des Argyll & Sutherland Highlanders of Canada de la 4e division blindée canadienne, parvient à prendre pied à Saint-Lambert-sur-Dive plus au sud, à mi chemin entre Trun et Chambois61. Les Canadiens peuvent dès lors, observer les mouvements de retraite allemands sur l’une des dernières routes encore ouverte. Cette route passe sous les feux de l’artillerie canadienne et de l’aviation, qui réalisent un carnage62. Il reste encore à ce moment les débris de 20 divisions allemandes dans la poche63.

Le 19 août, une partie de la 1ère DB polonaise du général Maczek occupe Mont-Ormel, la très importante cote 262, qui commande l’ensemble du secteur. L’objectif de l’autre partie de sa division est Chambois, afin de fermer la poche une bonne fois pour toutes. Les combats sont très meurtriers, le village étant attaqué sur trois côtés. Mais les Allemands réussissent à résister une partie de la journée. Le village est attaqué une nouvelle fois par le sud, par des éléments de la 90e division d’infanterie américaine épaulés par le groupement tactique Langlade de la 2e DB française. La résistance allemande cède en fin d’après-midi, et les deux armées alliées font enfin leur jonction. Les Polonais et les Américains ont réussi à éviter toute méprise et tombent dans les bras les uns des autres64. Mais la poche n’est pas encore hermétiquement close.

Et les Polonais ferment la poche

Mais les Allemands refusent toujours de céder. Le 20 août, le maréchal Model lance sa contre-attaque décidée deux jours plus tôt. Depuis cette décision, les dernières possibilités pour les Allemands de s’échapper avaient disparu (Trun, Saint-Lambert-sur-Dives et Chambois). Or, comme les Alliés semblent occuper leurs objectifs de manière assez légère, l’opération pourrait avoir de bonnes chances de succès. En fait, ce plan n’a plus aucune réalité puisque, dans le temps écoulé, à la fois Trun et Chambois ont été renforcés par les Alliés. Impossible d’espérer dégager ces villages. L’assaut se reporte donc plus à l’est, sur Mont-Ormel. 

Les unités polonaises du 10e régiment blindé et du 8e régiment d’infanterie légère65 qui l’occupaient, sont rapidement isolées. Mais les Polonais, eux-mêmes encerclés, résistent farouchement pendant deux jours entiers. Des parachutages de vivres et de munitions assurent la continuité de cette résistance. La contre-attaque du IIe corps blindé SS permet à plusieurs milliers d’hommes de passer la Dives à gué, et de s’extraire de la poche. Mais, c’est la dernière tentative allemande de dégagement de ses troupes encerclées. Désormais, la porte est close.
Le 21 août, le sort en est bien jeté. Les unités allemandes encore en état à l’extérieur de la poche de Falaise font mouvement de retraite vers la Seine, dont certains passages en amont et en aval de Paris sont déjà occupés par les pointes motorisées alliées66. Celles qui restent à l’intérieur n’ont plus d’autre solution que de se rendre en masse aux Alliés.

Le bilan

Une victoire stratégique alliée incontestable

Stratégiquement, c’est une victoire importante. Deux armées allemandes sont très affaiblies, l’espace géographique est brutalement occupé et rien ne semble pouvoir arrêter la furia des divisions du général Patton. Déjà, les patrouilles motorisées britanniques et américaines gagnent des têtes de pont sur la Seine, et Paris se soulève en attendant l’arrivée des chars libérateurs. En trois semaines de combats depuis la percée d’Avranches, les données de la bataille de France ont totalement changé. Les Alliés reprennent l’initiative, et les Allemands, bousculés, ne sont plus en mesure d’opposer une quelconque résistance organisée. Une victoire rapide des Alliés en Europe semble possible.

Une victoire opérationnelle contrastée

Qu’ont fait les Alliés de la brillante percée de Patton à Avranches le 31 juillet ? Sur un plan opérationnel, ils ont été incapables de refermer la poche que les Allemands ont eux-mêmes constituée en contre-attaquant à Mortain.
La poche pouvait-elle être fermée plus tôt ? Oui, disent les historiens pratiquement à l’unanimité67. Et les mêmes sont dubitatifs quant aux causes de cette incapacité. Il y a eu ici une défaillance, un moment de doute, que les Allemands ont utilisé à leur avantage.
D’une manière générale, les Alliés semblent avoir surestimé la puissance de leur aviation d’appui au sol. Certes, elle est responsable d’une forte proportion des pertes allemandes de la poche, mais n’a pu empêcher l’évacuation des armées allemandes.
Globalement, deux tiers de la VIIe armée sont parvenus à sortir de la nasse66, même si une bonne partie de l’armement lourd et des véhicules a dû être abandonnée.

Bilan humain et matériel

Il ne sera sans doute jamais possible de dresser un bilan exact des pertes allemandes de cette bataille. Les hypothèses les plus courantes font apparaître environ 5 000 à 6 000 morts, 30 000 à 40 000 prisonniers et une perte matérielle estimée à 5 000 véhicules68. Nous voilà loin d’un Stalingrad en Normandie. Les atermoiements alliés auraient permis la fuite d’environ 100 000 Allemands.
Certains auteurs ont pu contester ces chiffres, jugés bas69. Mais la résistance ultérieure des Allemands, et la contre-attaque des Ardennes ont montré que les Allemands avaient pu extraire une bonne partie de leurs unités, et surtout de leur encadrement. Seul un cinquième des commandants de corps et généraux de division ont en effet été capturés70.
Les Canadiens enregistrèrent le plus lourd tribut allié avec près de 18 000 morts. Les Polonais ont été très éprouvés dans cette bataille avec 1 500 morts pour la seule 1re division blindée. D’une manière générale, les forces américaines ont eu des pertes mineures, n’ayant pas porté l’effort principal de la bataille.
Controverses liées à la bataille de la poche de Falaise[modifier]

Le demi-échec relatif des Alliés68 dans cette bataille a donné lieu à certaines joutes, parfois vindicatives pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Divers points ont été évoqués par mémoires interposés des acteurs concernés.
Lenteurs britanniques ?[modifier]
Le reproche constant fait à Montgomery71,72 dans la campagne de France de 1944 est sa lenteur d’action73 et son manque de mordant74. L’examen des faits montre une propension effective du général Montgomery à ne pas pousser à l’extrême ses forces. Il a toujours affirmé que cela avait été pour ménager ses hommes. Le souvenir des boucheries de la Première Guerre mondiale était encore vivace dans les années 1940. Par ailleurs, il est clair à l’examen du déroulement de la bataille de Normandie, que la 2e armée britannique a fait face aux meilleures unités de la Wehrmacht, et à pratiquement toutes les divisions blindées allemandes. Ce qui a eu pour effet de contrarier toute velléité offensive britannique. Ce reproche est donc toujours discuté aujourd’hui.

Manque de vision stratégique américaine ?

Le reproche a aussi été fait au général Bradley de ne pas avoir poursuivi son offensive au delà d’Argentan autour du 15 août 1944. Il aurait eu en effet potentiellement l’occasion de percer radicalement dans le dos des armées allemandes, en concentrant l’intégralité du XVe corps américain de part et d’autre d’Argentan. Au lieu de cela, il a laissé Patton diviser les forces du général Haislip72. Il aurait voulu courir deux lièvres à la fois : encercler les Allemands et gagner des têtes de pont sur la Seine. Il aurait aussi respecté à la lettre les frontières inter-armées définies à l’avance, et aurait refusé de les transgresser, de peur que les armées alliées ne s’entretuent en se rencontrant. Enfin, il se serait basé sur des informations non fiables indiquant que dès le 15 août, la grande majorité des unités allemandes avaient déjà quitté la nasse. Ce qui ne faisait plus de l’encerclement une priorité.
Nombreux sont les historiens qui stigmatisent cette attitude du général américain, considérant que les Alliés ont manqué une occasion importante de capturer l’intégralité des armées allemandes coincées dans la poche. D’autant qu’une vision plus large des choses, avec l’adoption du plan Montgomery d’encerclement sur la Seine, avait des chances de succès. La responsabilité américaine semble ici engagée75.

Faible enthousiasme de la division Leclerc ?
Un autre reproche fait aux Alliés, et, ici, particulièrement aux Français, consiste dans le peu d’allant dont aurait fait preuve le général Leclerc devant les demandes d’engagement de la 2e DB à Argentan76. Patton et Bradley se firent l’écho d’un acte de désobéissance du général Leclerc au général Haislip, afin de préserver sa division. En effet, dès le 15 août, les Français envisageaient de foncer sur Paris pour libérer la capitale qui se préparait à l’insurrection77. L’exemple de celle de Varsovie et de sa répression meurtrière par les troupes nazies sous l’œil passif des Russes est dans tous les esprits à ce moment-là.
De leur côté, les défenseurs de Leclerc affirment que c’est la division des forces du XVe corps qui a empêché la capture d’Argentan et la fermeture rapide de la poche, et non pas la prétendue mollesse d’une seule division.

Notes et références
1. ↑ Major L. F. Ellis, Victory in the West, p. 267.
2. ↑ La moyenne de progression quotidienne est de 500 m.
3. ↑ a et b Martin Blumenson, La Libération, p. 651.
4. ↑ Chester Wilmot, La lutte pour l’Europe, p. 257.
5. ↑ Général Paul Hausser, Activité de la VIIe armée allemande du 1 au 5 août 1944
6. ↑ Martin Blumenson, La Libération p. 486.
7. ↑ Olivier Wieviorka, Histoire du débarquement, p. 340.
8. ↑ John Keegan, Six armées en Normandie, p. 281.
9. ↑ Postes occupés avant lui respectivement par Rommel et von Rundstedt
10. ↑ a, b, c et d Antony Beevor, D.Day et la bataille de Normandie, p. 499-502.
11. ↑ a et b Max Hastings, Overlord, p. 302.
12. ↑ John Keegan, Six armées en Normandie, p. 290.
13. ↑ Chester Wilmot, Lutte pour l’Europe, p. 228.
14. ↑ John Keegan, op. cit.
15. ↑ Hans Eberbach, Panzergruppe Eberbach
16. ↑ Chester Wilmot, La lutte pour l’Europe
17. ↑ Ken Ford, Falaise 44, p. 24.
18. ↑ a et b John Keegan, Six armées en Normandie
19. ↑ a, b, c et d Martin Blumenson, La Libération
20. ↑ Panzer Lehr, 5e division de parachutistes, 17e Grenadiers blindés SS, 77e, 91e, 243e, 275e et 352eDI. Source : Paul Hausser, MS-B#179
21. ↑ Chester Wilmot, La lutte pour l’Europe, p. 262.
22. ↑ Max Hastings, Overlord, p. 277.
23. ↑ Martin Blumenson, La Libération, carte IX
24. ↑ En mai 1940, l’objectif dans la bataille de France avait été l’encerclement et avait été totalement réussi, comme on le sait. Par contre, en juin-juillet 1941, les Allemands avaient été placés devant le même dilemme après les percées blindées de Guderian et Kleist : pousser directement sur Moscou ou encercler, notamment à Kiev et Smolensk. En tentant de faire les deux, le commandement allemand avait échoué finalement.
25. ↑ Major Ellis, Victory in the West, p. 429.
26. ↑ Simonds était le général canadien le plus expérimenté, car il avait commandé deux divisions, une en Sicile et l’autre en Italie, avant de prendre le commandement du 21e corps canadien en janvier 1944.
27. ↑ Max Hastings, Overlord, p. 301.
28. ↑ Chester Wilmot, La lutte pour l’Europe, p. 258.
29. ↑ Olivier Wieviorka, Histoire du débarquement, p. 329.
30. ↑ La paternité du plan d’encerclement est controversée, Bedell Smith affirmant que Bradley et Eisenhower en parlèrent déjà ensemble le 8 août.
31. ↑ Olivier Wieviorka, Histoire du Débarquement, p. 288.
32. ↑ Chester Wilmot, La lutte pour l’Europe p. 274.
33. ↑ Max Hastings, Overlord, p. 176.
34. ↑ Martin Blumenson, La Libération, p. 717.
35. ↑ Général L. Freiherr von Luettwitz, l’attaque d’Alençon par la 2. Panzerdivision
36. ↑ 2e Panzer, Leibstandarte, 116e Panzer, 9e Panzer, Panzer Lehr, 708e DI
37. ↑ Forte d’environ 3 000 à 4 000 hommes, 25 à 30 chars
38. ↑ Général L. Freiherr von Luettwitz,l’attaque d’Alençon…, op. cit.
39. ↑ Martin Blumenson, La Libération, p. 720.
40. ↑ Martin Blumenson, La Libération, p. 731.
41. ↑ Ce que la reconnaissance aérienne alliée n’avait pas confirmé
42. ↑ Max Hastings, Overlord, p. 290.
43. ↑ Major L. F. Ellis et al., Victory in the West
44. ↑ un blindé surnommé Kangaroo
45. ↑ Chester Wilmot, La lutte pour l’Europe, t. 2, p. 275.
46. ↑ 500 grenadiers et 15 chars.
47. ↑ a et b Major L. F. Ellis et al., Victory in the West, p. 431.
48. ↑ À relativiser car Hitler était coutumier de ce type de généralité définitive. Dans Martin Blumenson,La Libération, p. 753.
49. ↑ Il existait un front Italien depuis 1943.
50. ↑ John Keegan, Six armées en Normandie, p. 286.
51. ↑ Au Mesnil-Hermei, Sainte-Croix-sur-Orne, Putanges et un passage à l’ouest de Montgaroult.
52. ↑ John Keegan, Six armées en Normandie, p. 292.
53. ↑ Martin Blumenson, La Libération, p. 732.
54. ↑ 5e DB et 79e DI américaines
55. ↑ Martin Blumenson, La Libération, p. 735.
56. ↑ Hans von Luck, Panzer Commander, p. 204.
57. ↑ Chester Wilmot, La lutte pour l’Europe, t. 2, p. 278.
58. ↑ Chester Wilmot, La lutte pour l’Europe, t. 2, p. 280.
59. ↑ Martin Blumenson, La Libération, p. 740.
60. ↑ Major L. F. Ellis et al., Victory in the West, p. 444.
61. ↑ Ken Ford, Falaise 44, p. 73.
62. ↑ Le major Curie, son commandant, reçoit la première Victoria Cross de l’armée canadienne en Europe de l’Ouest pour son action à Saint-Lambert-sur-Dive.
63. ↑ John Keegan, Six armées en Normandie, p. 306.
64. ↑ John Keegan, Six armées en Normandie, p. 308.
65. ↑ Soit 1 500 hommes et 80 chars.
66. ↑ a et b Chester Wilmot, La lutte pour l’Europe, t. 2, p. 282.
67. ↑ Nota : Wilmot, Keegan, Hastings, Blumenson, Ford, Wievioka
68. ↑ a et b Olivier Wieviorka, Histoire du débarquement en Normandie, p. 337.
69. ↑ Eddy Florentin, Stalingrad en Normandie
70. ↑ Martin Blumenson, La Libération, p. 807.
71. ↑ Lire les mémoires de Patton et Bradley.
72. ↑ a et b Antony Beevor, D.Day et la bataille de Normandie, p. 520-521.
73. ↑ Antony Beevor, D.Day et la bataille de Normandie, p. 513.
74. ↑ C’est en partie en réponse à cette critique qu’il lance l’opération Market-Garden en septembre 1944.
75. ↑ Martin Blumenson, La Libération, p. 862.
76. ↑ Antony Beevor, D.Day et la bataille de Normandie, p. 497-498.
77. ↑ Antony Beevor, D.Day et la bataille de Normandie, p. 531-532.

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

3 février 2013

LA CAMPAGNE DE TUNISIE

Classé sous — milguerres @ 22 h 25 min

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La Tunisie au gré des conflits      Une histoire : Bizerte et la France

LA CAMPAGNE DE TUNISIE

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17 novembre 1942-13 mai 1943    
 

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La Campagne de Tunisie et le 15°RTS 

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LA CAMPAGNE DE TUNISIE camp_t10

 

À la suite du débarquement allié en Afrique du Nord le 8 novembre 1942, Allemagne et Italie envoient des renforts en Tunisie pour s’assurer de la possession de Tunis et de Bizerte. Leur présence en Afrique est indispensable pour conserver la maîtrise de cette partie du bassin méditerranéen et retarder toute attaque alliée vers l’Europe.

Les premiers éléments germano-italiens arrivent en Tunisie dès le 9.
En trois semaines, quelque 70 000 hommes débarquent en renfort.
Dans le même temps, les troupes du maréchal Rommel, battues le 2 novembre à El Alamein, se replient vers la Tunisie, à travers la Libye, talonnées par les Britanniques.

En face, les forces françaises, sous les ordres du général Barré, commandant supérieur des troupes de Tunisie, ne comptent guère plus de 10 000 hommes, l’essentiel des troupes de l’armée d’Afrique étant stationné en Algérie et au Maroc. En attendant l’arrivée des Alliés qui progressent depuis Bône et Alger, les troupes françaises se chargent de couvrir la frontière algérienne en retardant l’avancée de l’ennemi.
Elles prennent position dans la région de Medjez-el-Bab, à soixante dix kilomètres à l’ouest de Tunis, et tiennent les régions montagneuses.
Après un premier accrochage, le 19 novembre, elles sont contraintes d’abandonner Medjez-el-Bab et de se replier sur Oued Zarga.
Repoussant les Français vers l’ouest, les troupes germano-italiennes constituent une tête de pont autour de Tunis et Bizerte tandis que les premiers éléments britanniques puis américains franchissent la frontière. Chacun des adversaires tente alors d’occuper le maximum de terrain. À la fin du mois, les Britanniques se lancent à l’assaut de Tunis mais une contre-offensive allemande déclenchée le 1er décembre les repousse. Les troupes allemandes, commandées par le général von Arnim, progressent en direction de la frontière algéro-tunisienne sans toutefois parvenir à enfoncer les positions tenues par les Français sur la dorsale montagneuse qui coupe le pays.

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Troupes allemandes à Tunis – photo ECPAD

Le relief tunisien se caractérise en effet par deux lignes de montagnes, la dorsale occidentale et la dorsale orientale, ou petite dorsale s’étendant du nord au sud, qui se rejoignent autour de Zaghouan, formant un V renversé. C’est dans ce relief compartimenté, ne présentant que peu de possibilités d’accès, que se déroulent des combats des plus acharnés.
Attaques et contre-attaques se succèdent dans des conditions climatiques particulièrement difficiles en cet hiver 1942-1943. La pluie ne cesse de tomber et les véhicules s’enlisent. Français et Alliés essuient les bombardements intensifs de l’aviation allemande qui conserve la maîtrise de l’air jusqu’à la mi-mars 1943. Maintenant la pression, les Allemands entendent profiter de leur avantage avant que les Alliés ne reçoivent de nouveaux renforts.

Reprenant l’initiative, ils lancent le 18 janvier 1943 une offensive qui leur ouvre le passage vers le sud et leur permet de s’enfoncer entre les deux chaînes de montagnes, contraignant les défenseurs de la dorsale orientale à se replier. Le 4 février 1943, arrivées au terme de leur retraite, les troupes du maréchal Rommel viennent renforcer au sud la ligne fortifiée Mareth, tenue par les Italiens. Le 14, les Allemands déclenchent une offensive en direction de Kasserine avec l’intention de prendre le front allié à revers. Les troupes germano-italiennes parviennent à enfoncer les lignes américaines, menaçant la frontière algérienne, mais n’exploitent pas leur succès. De part et d’autre, les
pertes sont importantes. Les troupes de Rommel se replient sur la ligne Mareth, menacée par la VIIIe armée britannique.
Début mars, les forces en présence comptent quelque 300 000 hommes dans les deux camps.

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Britanniques sur le front de Tunisie, avril 1943.

Le 16 mars, la VIIIe armée de Montgomery lance une attaque en direction de Gabès tandis que les Français se lancent à l’assaut de ladorsale orientale.
Von Arnim, successeur de Rommel rappelé en Allemagne, ne peut tenir un front qui s’étend sur près de 650 km et abandonne la ligne Mareth pour se replier vers le nord, sur Bizerte, Tunis et le cap Bon. Les Alliés et les Français gagnent du terrain mais l’ennemi, bien que sans renforts désormais et disposant d’un matériel insuffisant, ne se retire pas sans combattre, opérant de violentes contre-attaques. Une première offensive alliée sur Bizerte et Tunis est repoussée le 22 avril. La deuxième, lancée le 6 mai, après des bombardements aériens massifs, est victorieuse. Le 7 mai 1943, les Alliés entrent dans Bizerte et Tunis. Encore quelques combats et les ultimes noyaux de résistance sont pris. Le 13, les combats cessent avec la reddition de l’Afrikakorps et des Italiens du général Messe.
Le 20 mai, les vainqueurs défilent à Tunis, en présence du général Eisenhower et du général Giraud.

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Les derniers défenseurs de Bizerte sont faits prisonniers par une patrouille du Corps franc d’Afrique, mai 1943.

Quelque 250 000 soldats de l’Axe sont faits prisonniers. Les Alliés comptent plus de 60 000 tués, blessés ou disparus, dont 10 000 Français sur les quelque 75 000 engagés. Allemands et Italiens sont définitivement rejetés hors d’Afrique et perdent le contrôle de la Méditerranée où les convois alliés peuvent à nouveau circuler. L’Italie se retrouve désormais à la merci d’un débarquement. L’Afrique du Nord peut devenir la base d’opérations vers l’Europe. Pour les Français, la campagne de Tunisie marque le retour de l’armée d’Afrique dans la guerre, aux côtés des Alliés et des Français libres.

Les forces françaises qui participent à la campagne de Tunisie aux côtés des Alliés comprennent des troupes de l’armée d’Afrique, placées sous les ordres du général Juin, commandant des forces terrestres en Afrique du Nord, et des Forces françaises libres.
Elles se composent initialement de régiments du Commandement supérieur des troupes de Tunisie (CSTT), renforcés par des troupes venant d’Algérie et du Maroc qui forment le XIXe corps d’armée.

Fin novembre, elles comptent donc également la division de marche de Constantine, la brigade légère mécanique, la division de marche d’Alger, la 1re division de marche du Maroc, la division de marche
d’Oran ainsi que le Corps franc d’Afrique créé le 25. En février 1943, le CSTT est intégré au XIXe CA. Ces troupes sont constituées en différents groupements évoluant en fonction du déroulement des opérations. Après avoir assuré la couverture de l’arrivée des Alliés, l’armée d’Afrique s’illustre tout au long de la campagne. Défendant opiniâtrement ses positions ou reprenant pied à pied celles tenues par l’ennemi en dépit de l’insuffisance des moyens matériels, elle livre de durs combats pour s’assurer la maîtrise des dorsales.

Les Forces françaises libres se composent de deux divisions : la 1re DFL du général de Larminat et la force L commandée par le général Leclerc.
Venant de Libye, elles interviennent en vagues successives à partir de février 1943. La force L, chargée d’assurer la couverture du flanc gauche de la VIIIe armée britannique, se distingue notamment dans les combats du sud tunisien et la 1re DFL en prenant part aux violents combats contre les forces germano-italiennes repliées sur le cap Bon, dans le nord tunisien.

 

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Après la conquête du Fezzan (Libye), les troupes de Leclerc, intégrées à la VIIIe armée
britannique sous le nom de force L, prennent part aux combats de Tunisie.

 

Kasserine et la ligne Mareth (14-22 février, et 20-25 mars 1943)
http://www.secondeguerre.net/articles/evenements/af/43/ev_kasserinemareth.html

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Soldats américains dans la passe de Kasserine

Tunisie
Les Allemands craignaient une offensive alliée en direction de Sfax, ce qui aurait coupé leurs forces en deux. Pour neutraliser cette menace, ils projetèrent d’attaquer la base de ravitaillement alliée de Tébessa. Mais, pour ce faire, il leur fallait forcer le col de Kasserine. Les forces allemandes étaient composées des 10e et 21e Panzerdivisionen du général von Arnim et d’unités de l’Afrikakorps d’Erwin Rommel. Les Alliés, quant à eux, disposaient du 2e corps américain du général Lloyd R. Fredendall et d’éléments de la 1ère armée britannique, commandée par le général Anderson.

Kasserine
Le plan des Allemands était le suivant : von Arnim devrait attaquer Kasserine avec toutes ses forces blindées, tandis que les troupes de Rommel attaqueraient par le sud, les deux devant se rejoindre au col de Kasserine. Le 14 février 1943, les Panzerdivisionen de von Arnim prirent Sidi Bou Zid et repoussèrent la contre-attaque lancée par la 1ère DB américaine. Le 15 février, l’Afrikakorps prit Gafsa (au sud) et se dirigea vers Kasserine. Le 19, Rommel envoya la 21e Panzerdivision attaquer Tébessa et Thala.

En réplique à cela, le général Alexander prit le commandement et envoya la Ière armée britannique renforcer les positions américaines. Ces troupes empêchèrent Rommel d’effectuer sa percée. Le 22 février, Rommel replia ses troupes sur la ligne Mareth. Trois jours plus tard, Kasserine et Sidi Bou Zid furent repris par les Alliés.

Le 6 mars, les 10e, 15e et 21e Panzerdivisionen furent envoyées en direction de Médenine (où se trouvaient les dépôts de ravitaillement britanniques). Mais les Alliés stoppèrent les blindés allemands qui durent se replier après avoir perdu 1/3 de leurs effectifs. Kasserine coûta 2 000 hommes aux Allemands, 2816 tués et blessés aux Américains, auxquels il faut ajouter 2 459 prisonniers. Les autres forces alliées, toutes nationalités confondues, perdirent plus de 5 000 hommes.

 

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Le fossé antichar de Mareth

La ligne Mareth

Rommel dut quitter l’Afrique du Nord le 12 mars 1943, sous ordre personnel de Hitler. Von Arnim se retrouva seul chef des forces allemandes en Tunisie. La VIIIe armée britannique (commandée par le général Montgomery), qui se trouvait sur place, reçut des renforts qui se matérialisèrent sous la forme des Forces Françaises libres du général Leclerc. Le 20 mars, un gigantesque assaut fut lancé contre les positions allemandes – le front était large de 30 km ! Le 30e corps attaqua parallèllement à la côte, au sud, le 10e corps néo-zélandais, composé de la 2e division et de la 8e bridage de blindés et dirigé par la général Freyberg, encercla les Allemands.

Le 26, la 2e division parvint à El Hamma, se retrouvant ainsi sur les arrières allemands, et complétant l’encerclement. La 1ère DB coupa les lignes allemandes en deux. La 1ère armée germano-italienne (commandée par le général Messe) fut forcée de battre en retraite en direction de Gabès, et venait de perdre 70 000 hommes. Montgomery prit Gabès le 6 avril, capturant 2 000 soldats de l’Axe et forçant le restes des troupes à se replier encore plus au nord.

La jonction entre les forces américaines et britanniques eut lieu le 7 avril ; toute résistance allemande cessa le 11.
Kasserine fut la dernière grande offensive allemande en Afrique du Nord

 

 

Les soldats du FSEA en action lors des attaques menées contre les djebels Bou Jerra et El Asker en Tunisie.

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Description : Les soldats du FSEA (Front du Sud Est Algérien) en action lors des attaques menées contre les djebels Bou Jerra et El Asker en Tunisie. Portrait en pied d’un soldat du FSEA sur une plage de Gabès.
Date : Avril 1943
Lieu : Tunisie / Djebel Bou Jerra / Djebel El Asker / Gabès
Photographe : Inconnu
Origine : SCA – ECPAD
Référence : TERRE-39-770

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Description : Véhicules transportant des troupes du FSEA (Front du Sud Est Algérien) sur une piste située au nord du Chott Djerid.
Date : Avril 1943
Lieu : Tunisie / Djebel Bou Jerra / Djebel El Asker / Gabès
Photographe : Inconnu
Origine : SCA – ECPAD
Référence : TERRE-39-768

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Description : Portrait de groupe de soldats britanniques gardant des prisonniers italiens.
Date : Avril 1943
Lieu : Tunisie / Djebel Bou Jerra / Djebel El Asker / Gabès
Photographe : Inconnu
Origine : SCA – ECPAD
Référence : TERRE-39-679

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Description : Portrait de groupe de prisonniers italiens sur les positions du Djebel Bou Jerra (position du FSEA, Front Sud Est Algérien).
Date : Avril 1943
Lieu : Tunisie / Djebel Bou Jerra / Djebel El Asker / Gabès
Photographe : Inconnu
Origine : SCA – ECPAD
Référence : TERRE-39-681

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Description : Un camion Laffly S 15 R (tracteur de dépannage de chars) du 12e ou du 9e RCA (régiment de chasseurs d’Afrique) dans le secteur des Djebels Bou Jerra et El Asker du FSEA, Front du Sud Est Algérien.
Date : Avril 1943
Lieu : Tunisie / Djebel Bou Jerra / Djebel El Asker / Gabès
Photographe : Inconnu
Origine : SCA – ECPAD
Référence : TERRE-39-694

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Description : Progression d’un char Somua S 35 du 12e RCA (régiment de chasseurs d’Afrique) dans les djebels Bou Jerra et Asker du nord du Chott Djerid, Front du Sud Est Algérien.
Date : Avril 1943
Lieu : Tunisie / Djebel Bou Jerra / Djebel El Asker / Gabès
Photographe : Inconnu
Origine : SCA – ECPAD
Référence : TERRE-39-715

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Collection « Mémoire et Citoyenneté » n° 34 LA CAMPAGNE DE TUNISIE

SOURCES
-Collection « Mémoire et Citoyenneté » n° 34
DIRECTION DE LA MÉMOIRE, DU PATRIMOINE ET DES ARCHIVES
Ministère de la Défense
– http://www.secondeguerre.net/articles/evenements/af/43/ev_kasserinemareth.html
– Images wikipedia – ECPAD

 

Journal des débats politiques et littéraires   1943/05/17 (Numéro 1028).

 

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

29 janvier 2013

Des Américains dans la guerre du Rif

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Des Américains dans la guerre du Rif americains-dans-le-rif-rouge

Des Américains dans la guerre du Rif
William Dean
Traduction par Valérie Caniart
http://rha.revues.org/index2393.html.
p. 46-55

Cet article met en lumière le rôle des Américains dans la guerre du Rif, tant comme observateurs que comme acteurs. Le capitaine Charles Willoughby, officier de renseignement de l’armée américaine, a étudié la rébellion et a tenté, à travers l’analyse réalisée de tirer un certain nombre de leçons de ce conflit. Parallèlement et contrairement aux souhaits du département d’État américain, des aviateurs américains ont servi au Maroc comme mercenaires. Au cours de l’été 1925, le gouvernement français a utilisé les pilotes américains afin de pallier les manques de l’armée de l’Air française. Mais pendant que les pilotes américains montraient leur efficacité au Maroc, les autorités de la population américaine s’opposaient à leur engagement. En dépit des progrès stratégiques réalisés au Maroc, la réaction négative de l’opinion publique américaine continuait de militer en faveur d’un retrait de l’escadrille chérifienne. Les militaires français ont tiré différentes leçons de l’engagement américain, ce qui a contribué à l’amélioration des relations franco-américaines. En dépit des raisons coloniales qui ont motivé cette guerre.

Plan
Contexte
Le capitaine Charles Willoughby et la guerre du Rif
La France face à un dilemme stratégique
La création de l’escadrille chérifienne
Le personnel de l’escadrille chérifienne
Les relations franco-américaines en 1925
Les missions de l’escadrille américaine
La fin de l’escadrille chérifienne
Conclusion

Notes de l’auteur
Avertissement : les opinions développées dans cet article ne reflètent aucunement celles du gouvernement des États-Unis, du ministère de la Défense, de l’armée de l’Air (et de son école) américains et engagent la seule responsabilité de l’auteur.

En 1900, la France s’engageant militairement au Maroc, y conduisit des campagnes jusqu’au milieu des années 1930. Deux générations d’officiers français y forgèrent leur expérience. Presque simultanément, de la veille de la Première Guerre mondiale jusqu’aux années 1920, l’Espagne, quant à elle, mena des campagnes dans le nord du pays. La composition des troupes françaises fut variée, allant de la Légion étrangère aux soldats tunisiens, algériens et de l’Afrique de l’Ouest, sans oublier les troupes métropolitaines. Au cours de l’entre-deux-guerres, les forces françaises furent donc très sollicitées, en raison des embarrassants mandats sur le Liban et la Syrie et de l’occupation de la Rhénanie. Il n’aurait pas été étonnant que le gouvernement français se fût éventuellement tourné vers des troupes mercenaires pour intervenir dans la guerre du Rif (1921-1926). Devenant un théâtre d’opérations important, l’armée des États-Unis commença à s’intéresser à cette campagne.

Contexte

À la fin de la Grande Guerre, la France, exsangue, démobilisa rapidement une grande partie de son armée. Elle obtint néanmoins des mandats au Moyen-Orient et reprit ses opérations au Maroc.
De 1919 à 1924, année de la victoire du Cartel des gauches, le gouvernement français, conservateur et nationaliste, mena une politique revancharde envers l’Allemagne en contenant la République de Weimar. Au Maroc, le maréchal Hubert Lyautey, fondateur de cette colonie en 1912, obtint suffisamment de troupes pour entreprendre de petites avancées à travers des offensives limitées, sans toutefois aider les Espagnols, écrasés à la désastreuse bataille d’Anoual (en juillet 1921), et qu’il considérait comme des ennemis potentiels. De plus, il ne croyait pas que le nouveau leader rifain, Abd el-Krim, puisse représenter une menace. Cependant, en avril 1925, les Rifains lancèrent une offensive contre le Maroc français, inquiétant ainsi le nouveau gouvernement de Paul Painlevé qui ne trouva qu’un seul moyen de réagir à ce revirement stratégique.

Au début des années 1920, deux présidents dirigèrent les États-Unis, Warren Harding, qui mourut avant la fin de son mandat, et Calvin Coolidge. Dans les premières années qui suivirent la fin de la Grande Guerre, les relations franco-américaines furent plutôt cordiales. Les États-Unis menaient une politique isolationniste illustrée par le refus du Sénat américain d’entrer à la Société des Nations. En 1923, après la crise de la Ruhr, ils furent obligés de s’impliquer lourdement dans le financement des réparations de guerre de l’Allemagne avec les plans Dawes et Young. Le sentiment général était que la Grande Guerre aurait dû être la « der des der ». Les effectifs de leur armée furent drastiquement réduits et la seule opération menée à cette période fut la guerre des Bananes en Amérique latine. Les officiers américains suivirent donc les guerres en dehors de leur propre hémisphère.

Le capitaine Charles Willoughby et la guerre du Rif

Charles Willoughby (1892-1972), fils d’un baron allemand et d’une mère américaine, s’engagea dans l’armée des États-Unis où il devait atteindre le grade de major général et servir au cours de la Deuxième Guerre mondiale, sous les ordres du général Douglas MacArthur, comme chef du bureau de renseignement pour la zone Pacifique du Sud-Ouest. Dans les années 1920, Willoughby était capitaine dans les services de renseignement et avait déjà beaucoup voyagé : notamment en Espagne et au Maroc. Au moment de la guerre du Rif, il eut l’opportunité de rencontrer Francisco Franco. Grand admirateur de ce dernier et de Benito Mussolini, Willoughby pouvait être considéré comme un pro fasciste. Dans l’armée américaine, il était sûrement celui qui était le plus à même de commenter la guerre du Rif.

En août 1925, Willoughby publia un article sur ce sujet, pour le journal de l’infanterie, dans lequel il comparait les méthodes françaises et espagnoles au cours de la guerre et analysait cette guerre sous l’angle de la lutte raciale : « Une foule d’hommes noirs et de couleurs avait été précipitée contre des hommes blancs, d’Ypres jusqu’à Bagdad, théâtres d’opérations sur lesquels ils avaient appris à les tuer. Les races assujetties avaient découvert une étrange vérité : les suzerains blancs, ces insondables maîtres de leurs destinées, s’étaient opposés les uns aux autres. Les demi-dieux avaient chu de leurs piédestaux séculaires et avaient été réduits à des fragments d’argile. » S’ensuivaient alors les arguments suivants : « Il y a peu de temps encore, les Empires coloniaux étaient fondés sur une légende, la légende de l’invincible homme blanc.
Il n’est pas bon de détruire ce mythe, de toucher au piédestal sur lequel reposait le demi-dieu depuis tant de siècles. »

Willoughby voyait la guerre du Rif plutôt comme un éventuel moyen de préserver la suprématie de l’homme blanc et les Empires coloniaux occidentaux en luttant brutalement contre la population rifaine. Il écrivait : « Seule une guerre agressive, conduite jusqu’au cœur de leur pays par des expéditions punitives incendiant les villages, détruisant les réserves de blé et dispersant les troupeaux, pourrait accomplir la subordination des tribus rebelles. » Pour se faire, Willoughby suggéra l’utilisation de chars, de voitures blindées, de lance-flammes et de gaz.
Les Espagnols, aidés par l’armée allemande et l’industrie, construisirent des usines pour la fabrication de gaz en Espagne et au Maroc. Des milliers de tonnes de gaz moutarde furent ainsi répandus sur des villages marocains.

Dans cet article, où il comparait les procédés français et espagnols, Willoughby estimait que l’administration et les opérations françaises étaient plus efficaces. Dans sa réflexion sur le désastre d’Anoual, il critiquait l’utilisation exagérée des blockhaus par les Espagnols et leur manque d’esprit d’offensive. Willoughby indiquait qu’entre 1923 et 1924, les Espagnols avaient amélioré leur efficacité offensive sur terre et commençaient à mieux intégrer la force aérienne. Cependant, d’après lui, les Français restaient les meilleurs dans la guerre coloniale, ceci s’expliquant par leur longue expérience en Algérie et en Tunisie. Ils avaient su préserver l’autorité du Sultan et s’appuyer sur l’administration indigène. Mais il estimait qu’ils avaient commis les mêmes erreurs militaires que les Espagnols en utilisant un système fortifié dans l’oued Ouergha, bien que cela ait été compensé par l’emploi de groupes mobiles 1.
Au moment où Willoughby écrivait, les Français, sur la défensive, protégeaient un large front avec très peu de troupes. Willoughby, qui soutenait alors qu’une coalition avec les Espagnols permettrait la défaite d’Abd el-Krim, ne savait sans doute pas encore que le maréchal Philippe Pétain, le nouveau chef d’état-major des armées, venait de signer une alliance avec l’Espagne et de planifier une coalition et des opérations combinées pour venir à bout de la République rifaine. Willoughby avait alors la certitude qu’avec Pétain et l’augmentation de leurs effectifs, les Français parviendraient à défaire les forces d’Abd el-Krim. Son analyse, davantage guidée par des théories raciales assez rebutantes que par la seule analyse militaire, possédait cependant une finesse pénétrante.

La France face à un dilemme stratégique

En 1925, la France, manquant d’effectifs militaires dans l’arme aérienne, envisagea, comme solution partielle, de faire appel à un petit groupe de pilotes aventureux. C’est ainsi que fut constituée l’escadrille chérifienne composée de mercenaires américains. Mais il est nécessaire, avant de développer ce point, de rappeler brièvement le dilemme stratégique qui se posait à la France ainsi que la situation au Maroc.

Au moment où Abd el-Krim lançait son offensive contre les positions françaises dans l’oued Ouergha, les Français avaient pour principal objectif stratégique le continent européen. Au printemps 1925, les militaires français considéraient encore l’Allemagne comme la plus grande menace. Les forces françaises furent donc surprises par l’avancée des Rifains jusqu’à 20 kilomètres de Fez et l’investissement des deux tiers de leurs fortins. Dans un premier temps, le résident-général Hubert Lyautey proclama que la capitale avait été sauvée par l’aviation française au Maroc, commandée par le colonel Paul Armengaud, mais très vite il réclama des renforts. Trois mois après l’offensive d’Abd el-Krim, les Druzes se soulevaient en Syrie et au Liban. La France devait donc faire face sur deux théâtres d’opérations majeurs dans un contexte de crise politique.

Les premiers soldats arrivant au Maroc provenaient des garnisons voisines, situées en Algérie et en Tunisie, bientôt suivis par les tirailleurs sénégalais 2, d’Afrique de l’Ouest. Mais ces forces ne suffisaient pas. Deux divisions furent ainsi prélevées sur l’armée du Rhin : la périphérie (l’Empire colonial) était de fait en train d’affaiblir les efforts de la métropole pour contenir la République de Weimar. Des dizaines de milliers d’hommes durent également être déployées pour soutenir une situation détériorée au Moyen-Orient. Le gouvernement français privilégia l’aviation pour le Maroc et la Syrie, la force aérienne étant envisagée comme la clé d’une multiplication des forces. Les campagnes aériennes au Maroc et au Levant représentèrent l’emploi le plus considérable des forces aériennes pendant l’entre-deux-guerres. Ceci fut possible car la France possédait jusqu’ici l’une des plus importantes industries d’aviation au monde, et techniquement, l’une des forces aériennes les plus sophistiquées. Cependant, au milieu des années 1920, l’aviation française était devenue désuète et le recrutement des pilotes se tarissait.

En juillet 1925, le gouvernement français sentant, que la vieille école coloniale incarnée par Lyautey avait échoué, décida de l’envoi du maréchal Philippe Pétain – le héros de Verdun –, pour remplacer le fondateur du Maroc. Pétain, bien déterminé à conduire une campagne conventionnelle et agressive, devait commander une armée plus de deux fois supérieure à celle de Lyautey. Et comme l’aviation faisait partie intégrante des méthodes de guerre quasi industrielle de Pétain, il y eut bientôt plus de 150 avions au Maroc. Il n’est pas surprenant que l’arme aérienne ait occupé une place cruciale dans la campagne puisque son emploi militaire fit ses débuts en 1912 au Maroc (un an après la première utilisation de l’aviation dans la guerre par les Italiens en Italie). À partir de cette période, les avions avaient été employés dans des missions variées allant du renseignement à la surveillance et à la reconnaissance (ISR) ainsi qu’au CAS (« Close air support » c’est-à-dire l’appui aérien rapproché) ou encore aux interdictions aériennes, à la logistique et aux secours médicaux. L’aviation française au Maroc et au Levant devint une solution partielle à la crise stratégique de l’été 1925. La seule entrave au développement de l’emploi de l’aviation était le manque crucial de pilotes.

La création de l’escadrille chérifienne

En avril 1925, le mathématicien républicain Paul Painlevé accédait au pouvoir, à la fois comme président du Conseil et ministre de la Guerre, fonctions qu’il avait déjà occupées pendant les sombres jours de la Grande Guerre. En outre, Painlevé était un ardent défenseur de l’aviation. En 1907, alors que l’aviation n’en était qu’à ses balbutiements et était considérée comme dangereuse, il avait été l’un des premiers hommes politiques français à monter dans l’une de « ces machines volantes ». Pendant la Première Guerre mondiale, il s’était fait l’avocat de la force aérienne et allait devenir, en 1930, le premier ministre de l’Air. Au début du mois de juillet 1925, Painlevé décida d’un changement radical.
C’est, en effet, à ce moment qu’un colonel américain, Charles Sweeney, qui avait servi dans la Légion étrangère pendant la Première Guerre mondiale puis dans l’armée américaine, proposa au président du Conseil de créer une escadrille de pilotes américains avec des anciens de l’escadrille Lafayette. Painlevé, puis plus tard le ministre des Affaires étrangères, Aristide Briand, donnèrent leur accord à la création de cette escadrille (d’après un télégramme envoyé à Lyautey le 10 juillet 1925). Toutefois, le gouvernement Painlevé avait prévu que le projet rencontrerait des difficultés d’ordre politique ; aussi, afin d’éviter d’inquiéter le gouvernement isolationniste du président Coolidge, ces aviateurs américains mercenaires devaient être techniquement au service du sultan (ou chérif) Youssouf du Maroc, qui était de jure le gouverneur du pays. Ce fut la raison pour laquelle l’unité fut baptisée : escadrille chérifienne. Elle est aussi mentionnée dans certains documents comme escadrille américaine. Initialement les aviateurs américains devaient servir pour un mandat de trois ans, or les archives ne font pas clairement apparaître si les Français, par le truchement du sultan, avaient envisagé cela comme une solution temporaire ou s’ils avaient espéré étendre le contrat.

« Cette manifestation de la solidarité américaine, semble particulièrement intéressante en ce moment, et pourrait entraîner en Amérique une propagande favorable à notre camp et réparer en notre faveur le sentiment américain qui soutient Abd el-Krim » put-on lire dans le télégramme envoyé par le Quai d’Orsay à Lyautey le 10 juillet. Aux États-Unis, (particulièrement à gauche), Abd el-Krim était considéré comme un brave républicain nationaliste, opposant une résistance héroïque à une domination européenne rétrograde. Il était également le héros des gauches françaises et espagnoles et la Confédération générale du travail (CGT) lui avait manifesté sa solidarité en organisant une marche de protestation à Paris en novembre 1925. L’Union soviétique, Staline et le Kominterm lui exprimèrent aussi leur sympathie. Même s’ils devaient travailler pour le sultan, ce fut Paul Painlevé qui décida des grades de ces aviateurs américains (la plupart d’entre eux souhaitaient conserver leur grade porté pendant la Première Guerre mondiale). Le ministère de la Guerre assura le transport des hommes et des avions de la France au Maroc via l’Espagne et celui des Affaires étrangères adressa à Lyautey le dossier de chacun des membres de l’escadrille afin de limiter leur isolement administratif. Deux journalistes furent envoyés avec eux pour rédiger la propagande « profrançaise » et « proaméricaine » (ce sont exactement les mots employés dans le télégramme) à partir de leurs éventuels exploits héroïques.

Le personnel de l’escadrille chérifienne

D’après les archives, c’est la quête d’aventure qui amena les aviateurs américains au Maroc. Sans doute essayèrent-ils de recréer le milieu passionnant et l’atmosphère de camaraderie qu’ils avaient connus pendant la Grande Guerre. L’esprit de croisade pour le triomphe de l’homme blanc sur les hommes du Rif ne les habitait pas, contrairement à ce qu’a pu écrire le capitaine Willoughby. Voici un récapitulatif des dossiers personnels de certains d’entre eux :

Le colonel Charles Sweeny, sorti diplômé de West Point en 1903, quitta l’armée des États-Unis en 1905. Il organisait un corps de volontaires américains pour la Légion étrangère française lorsque la Grande Guerre éclata. Passé du grade de 2e classe à celui de capitaine, il conduisit des assauts de chars dans l’offensive Nivelle. En 1917, Sweeny rejoignit l’armée américaine et quitta l’institution deux ans plus tard avec le grade de lieutenant-colonel.

Le colonel Charles Kerwood servit dans l’aviation française de 1916 à 1918 et compta 12 victoires à son actif. En février 1918, son avion abattu, il fut fait prisonnier jusqu’à la fin de la guerre. Lieutenant-colonel, il servit au Honduras et en Grèce après la Première Guerre mondiale.

Le capitaine William Rodgers servit dans l’escadrille Lafayette et remporta huit victoires. À la fin de la Grande Guerre, il s’engagea brièvement dans l’aéronavale américaine.

Le major Charles Craig fit également partie de l’escadrille Lafayette et remporta quatorze victoires.

Le capitaine Paul Rockwell, légionnaire pendant la Première Guerre mondiale et blessé dans les tranchées, servit au sein de la mission de presse alliée au quartier général français puis devint correspondant pour le Chicago Daily News. En 1925, il était observateur bombardier dans la guerre du Rif. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il servit dans l’armée de l’air américaine en Afrique du Nord, en Sicile et en Europe et obtint le grade de colonel. Il est le seul Américain à avoir été décoré de trois Croix de guerre françaises, au titre de la Première Guerre mondiale, de la guerre du Rif et de la Seconde Guerre mondiale. Il fut aussi promu commandeur de la Légion d’honneur.

Le major Austin Gillette Parker, diplômé de Cornwell, originaire d’une grande famille de la côte Est, fit aussi partie de l’escadrille Lafayette.

Les majors Paul Baer et Granville Pollock remportèrent de multiples victoires en tant que pilotes de l’escadrille Lafayette.

Nombre de ces hommes, comme Paul Rockwell ou Austin Gillette Parker (qui avait des liens avec la compagnie des rasoirs Gillette) étaient issus de grandes familles et ne se battaient pas pour des raisons financières. Ces hommes avaient tous en commun l’amour du vol et de l’aventure.

Les relations franco-américaines en 1925

À la fin de la Première Guerre mondiale, les relations franco-américaines étaient fortes, même si l’approche de la politique internationale du président Woodrow Wilson contrastait fortement avec le réalisme rigoureux de Georges Clemenceau. Les électeurs américains et le Sénat répudièrent la politique de Woodrow Wilson après le traité de Versailles. Bientôt, la France ne put plus compter sur les États-Unis pour venir à son aide en cas d’attaque de l’Allemagne.

Quand bien même, elle était capable d’agir de façon indépendante depuis la crise de la Ruhr en 1923. C’est après cette crise que les relations franco-américaines se tendirent, les États-Unis pressant la France au sujet des remboursements de la dette contractée auprès d’eux pendant la guerre puis, en 1924, le plan Dawes ajusta les réparations allemandes dues à la France, ce qui eut pour effet qu’elle reçut un dédommagement réduit d’autant.
En France, tant les élites que le peuple, commençaient à parler des États-Unis comme de « l’oncle Shylock ». Le mécontentement français envers les Américains était alimenté par l’afflux de touristes à Paris, favorisé par un franc dévalué et un dollar fort.
À tel point qu’en 1926, des Parisiens s’en prirent à des touristes américains (il s’ensuivit une petite émeute mais la police restaura l’ordre rapidement). L’implication d’aviateurs américains dans la guerre du Rif en 1925 contribua à amplifier les tensions entre les gouvernements français et américain.
Le 28 septembre 1925, le secrétaire d’État Frank Kellogg avertit le gouvernement marocain que les mercenaires violaient les statuts américains en combattant une puissance qui n’était pas en guerre contre leur pays. Ces statuts déclaraient que les personnes enrôlées dans des forces étrangères étaient coupables d’une grave infraction punissable d’une amende de 1 000 dollars et d’une peine d’emprisonnement d’au moins trois ans. Aussi, le consul général des États-Unis à Tanger notifia, par le biais du ministère des Affaires étrangères, que ces aviateurs enfreignaient ainsi les lois américaines. Les médias américains, notamment les journaux, étaient tout aussi opposés à l’implication de pilotes mercenaires américains, que le gouvernement des États-Unis.

Le Literary Digest titrait en une : « Les bombes américaines et les bébés rifains ». Le Pittsburg Post s’interrogeait « Pourquoi vont-ils se battre en première ligne contre les Rifains ? Les États-Unis n’ont aucune querelle avec ces tribus berbères, dont la seule offense envers la France et l’Espagne est qu’ils tentent d’expulser des usurpateurs étrangers de leurs terres. » Plus loin, l’éditorial poursuivait : « Il y aurait eu quelque chose de chevaleresque à voler au secours de ces montagnards arabes qui luttent pour leur liberté envers et contre tout ; mais il n’y a rien de galant ni de chevaleresque dans des pluies de bombes déversées sur des villages sans défense. C’est à proprement parler un sale boulot. » Un éditorial du New York Sun disait : « L’Américain moyen ressent que le peuple rifain est valeureux et attaché plus que tout à sa liberté. » La grande majorité des Américains qui suivait le conflit était du côté des Rifains. Dans leur esprit, les troupes françaises se comportaient en bandits.

Les critiques les plus acerbes contre les aviateurs mercenaires vinrent sans doute du Christian Century. Ce journal releva avec horreur un certain enthousiasme contenu dans les dépêches en provenance du Maroc. Un éditorial publia : « Ces soldats américains de fortune n’ont pas d’autres prétextes que l’exaltation de la chasse à l’homme. C’est un sport royal et le fait que ces femmes et ces enfants qui ont eu la malchance de naître dans ces villages rifains en soient les victimes n’a pas plus de signification pour eux que la mort de lapins au cours d’une chasse. » Les aviateurs américains au Maroc assuraient de leur côté que leur conduite était parfaitement correcte tant du point de vue légal que moral.
D’après le New York Herald Tribune, reprenant une interview du lieutenant-colonel Charles Kerwood, le journal soutenait que l’escadrille américaine n’avait jamais reçu le moindre avertissement officiel disant que ses activités étaient contraires à la politique du gouvernement américain. Contrairement au lieutenant-colonel Kerwood qui, lui, certifiait que l’escadrille avait reçu des assurances constantes sur sa participation à la campagne marocaine. Il affirmait aussi que l’ambassadeur des États-Unis Herrick avait envoyé aux aviateurs américains un message disant que s’il avait été plus jeune, il aurait été heureux de se joindre à leur action.
Ce dernier était donc en total désaccord avec la politique pacifique et isolationniste du secrétaire d’État Kellogg et du président Coolidge. C’est plus à cause de l’opinion publique négative aux États-Unis à propos de ces mercenaires que la présence et les actions de l’escadrille chérifienne devinrent de plus en plus controversées. On peut imaginer l’embarras du gouvernement français face à une telle prise de position du peuple et des élites américaines en ce qui concernait l’escadrille chérifienne. Les relations tendues entre les États-Unis et la France s’améliorèrent après la fin de la guerre du Rif.
Cela fut visible au niveau officiel à travers le pacte conclu entre le secrétaire d’État américain Kellogg et le ministre des Affaires étrangères français Aristide Briand. Connu sous le nom de pacte Briand-Kellogg, il consacrait la tentative de rendre la guerre illicite. Au niveau populaire, l’amitié franco-américaine se trouva renforcée par la réception donnée par le peuple parisien à la suite de l’arrivée de Charles Lindbergh après sa traversée de l’Atlantique en aéroplane en 1927.

Les missions de l’escadrille américaine

Les pilotes américains accomplirent une centaine de missions entre le mois d’août et la fin du mois d’octobre, début de la mauvaise saison. Les Américains volaient à bord du chasseur bombardier biplan de Breguet. Le colonel Sweeny commandait l’unité mais le lieutenant-colonel Kerwood en était le porte-parole. Le journaliste américain qui accompagnait le groupe, Carl von Weigand, fut probablement celui qui écrivit les fameuses dépêches dénoncées par Christian Century. Sa tentative de créer un courant favorable au groupe, échoua clairement. D’après une note rédigée par l’état-major français, 20 000 francs furent accordés à l’escadrille pour financer la propagande (les termes de « fonds de propagande » sont employés dans le document). Comme on l’a vu, cette opération d’information ne fut pas un succès. Quand l’escadrille arriva au Maroc, il y avait neuf officiers et sept sous-officiers. Un colonel français (non nommé) fut affecté à l’escadrille en tant que co-commandant. Les Français fournirent le personnel technique et logistique, soit neuf sous-officiers et cinquante engagés. Le sultan du Maroc procura les uniformes aux Américains et solda également les personnels de l’escadrille. L’escadron disposait de sept appareils, ce qui était moins que les dix appareils habituels d’une escadrille française type du 37e régiment d’aviation du Maroc. Ce régiment d’aviation fournit les camions, les motos, les bicyclettes, etc.

Les missions d’interdiction, ISR et CAS de l’escadrille américaine étaient souvent effectuées à basse altitude à des vitesses de 80 à 100 miles à l’heure. Les Rifains ayant une défense anti-aérienne très efficace, ils avaient déjà abattu plus de vingt appareils français avant l’arrivée des Américains. Mais d’autres dangers existaient : le terrain montagneux était traître, les cartes disponibles peu précises, aussi un nouveau pilote sur le théâtre pouvait-il facilement se perdre. Ajoutons à cela le temps hasardeux, en raison de quoi les Français interrompaient leurs opérations de vols en novembre, date à laquelle l’escadrille retrouvait ses bases d’hiver. L’épuisement était le problème principal des pilotes américains qui effectuaient parfois cinq missions par jour. Le lieutenant-colonel Kerwood reconnut que la majorité des opérations eurent lieu contre des soldats rifains concentrés dans la campagne. Il admit que l’escadrille chérifienneavait bombardé des villages et nombre d’indices permettent d’affirmer que les escadrilles françaises et américaines ont causé des pertes considérables parmi les civils. Il est même prouvé que l’escadrille américaine a bombardé un village qui s’était préalablement rendu. D’après le maréchal Philippe Pétain, elle effectua 350 missions de combat en six semaines et lâcha plus de 40 tonnes de munitions.

La fin de l’escadrille chérifienne

Quand l’escadrille américaine fut envoyée au Maroc, l’armée française connaissait des problèmes d’effectifs. Des dizaines de milliers de renforts des armées métropolitaine et coloniale arrivèrent alors en même temps que les Américains. En août 1925, Pétain arrangea une alliance militaire avec le dictateur militaire espagnol Primo de Rivera et en septembre, plus de 300 000 soldats français et espagnols déclenchèrent deux attaques en mouvement de tenaille à partir du nord et du sud contre les forces d’Abd el-Krim. Ces attaques compre­naient un assaut amphibie à grande échelle dans la baie de al Hoceimas, à proximité de la capitale d’Abd el-Krim. L’armée de Krim fut bientôt décimée et ce qui en restait se retira dans les parties les plus inaccessibles des montagnes de l’Atlas. Des actes de guérilla se poursuivirent cependant jusqu’en mai 1926.

En novembre 1925, alors que toute l’aviation s’était retirée dans ses bases d’hiver, plus aucune raison opérationnelle ne justifiait le maintien de l’escadrille américaine. À cela s’ajoutait le fait que ni le maréchal Pétain ni le colonel Armengaud, commandant le 37e régiment d’aviation et de la quasi-totalité de l’aviation du Maroc, n’approuvaient cet escadron mercenaire. Les éditoriaux négatifs de la presse américaine démontraient que l’un des objectifs, en l’occurrence la campagne de propagande profrançaise, n’avait pas été atteint. De plus, le secrétaire d’État aux Affaires étrangères Frank Kellogg était opposé à l’existence de cette unité. Le principal soutien de l’escadrille, le président du Conseil Paul Painlevé, vit son gouvernement tomber en novembre. Il n’y avait donc plus aucune raison sensée de renouveler le contrat des mercenaires américains.
En décembre 1925, les aviateurs américains rentrèrent à Paris. Ils furent invités au club américain par son président, Percy Peilotti, qui souhaitait les mettre à l’honneur. Le lieutenant-colonel Kerwood raconta : « On nous demanda de venir à ce déjeuner en uniforme, mais nous refusâmes parce que nous n’avions plus le droit de le porter. Nous n’étions rien. Nous étions juste des Américains, et seulement des hommes ordinaires désormais. » Peilotti condamna les propos qu’avait tenus Kellogg disant que l’escadrille violait les statuts américains et porta un toast aux aviateurs controversés en s’écriant : « En tant qu’amis de la France, nous vous sommes reconnaissants, en tant qu’Américains, nous sommes fiers de vous. » Ces propos ne reflétaient qu’une très petite minorité de l’opinion.

Conclusion
Le zeitgeist des années 1920 peut-être considéré comme l’implication américaine au Maroc. L’opinion du capitaine Willoughby qui voyait dans cette guerre un effort de maintenir la suprématie de l’homme blanc en Afrique, l’isolationnisme et la révulsion pour la guerre de l’Administration Coolidge ainsi que l’attitude américaine populaire soutenant le vaincu (Abd el-Krim) représentaient des points de vue fondamentalement contradictoires. Ni les Français ni les Américains ne retirèrent de leçons de cette campagne. Cependant, les aviateurs français acquirent une expérience importante dans les missions CAS ou d’interdiction, mais en oublièrent les enseignements et allaient se montrer déficients dans ces domaines en 1940.

Alors que la guerre du Rif atteignait son point culminant, les leaders européens tels que Aristide Briand, Gustave Stresemann, Benito Mussolini et Austen Chamberlain se rencontraient à Locarno en Italie. Là, les Allemands quittaient leur position de proscrits de l’Europe et les tensions en Europe continentale en étaient atténuées. Les Américains furent notoirement absents de cette rencontre cruciale. Dans le sillage de Locarno, les États-Unis et la France allaient signer le traité Briand-Kellogg visant à rendre la guerre illégale. Tout cela allait cependant changer sept ans plus tard avec l’avènement d’Adolphe Hitler, mais les Français, sous le commandement du général Charles Noguès, combattaient toujours les rebelles marocains. Cependant à la différence de ce qui se fit pendant la guerre du Rif, ce dernier ne fit pas appel aux Américains pour soumettre ce peuple tenace.
_____________

Bibliographie
La plus grande partie de cet article a été rédigée à partir des archives du Service historique de la Défense, département de l’armée de Terre, carton 3 H 105 et département de l’armée de l’Air, carton 2 C 35. La presse écrite a également été consultée ainsi que la bibliographie suivante :
Adamthwaite Anthony, Grandeur and Misery: France’s Bid for Power in Europe, 1914-1940, New York, Hodder Arnold, 1995.
Doise Jean et Vaisse Maurice, Politique étrangère de la France. Diplomatie et Outil Militaire, 1871-1991, Paris, Éditions du Seuil, 1992.
Hoisington William, Lyautey and the French Conquest of Morocco, New York, St Martin’s Press, 1995.
McDougall Walter, France’s Rhineland Diplomacy, 1914-1924. The last Bid for a Balance of Power in Europe, Princeton, Princeton University Press, 1978.
Pedroncini Guy, Pétain, Le Soldat, 1914-1940, Paris, Perrin, 1998
Woolman David, Rebels in the Rif Abd el-Krim and the Rif Rebellion, Stanford, Stanford University Press, 1968.
Notes
1 En français dans le texte.
2 En français dans le texte.
Pour citer cet article
Référence électronique
William Dean , « Des Américains dans la guerre du Rif », Revue historique des armées, 246 | 2007, [En ligne], mis en ligne le 29 août 2008. URL : http://rha.revues.org/index2393.html. Consulté le 28 janvier 2013.
Auteur
William Dean
Il est titulaire d’un BA en histoire, d’un MA et d’un Phd en histoire militaire et diplomatique européenne (University of Chicago). Il a enseigné dans les universités Roosevelt et DePaul et a été le directeur du programme « Peace, war and Diplomacy » à l’université de Norwich. William Dean est aussi professeur associé d’histoire militaire comparée à l’US Air force air Command and Staff college (Alabama).
Droits d’auteur
© Revue historique des armées

 

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28 janvier 2013

L’engagement des Espagnols dans les Forces françaises libres, 1940-1945

Classé sous — milguerres @ 21 h 33 min

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 L’engagement des Espagnols dans les Forces françaises libres, 1940-1945 espagnol

Portrait d’oubliés. L’engagement des Espagnols dans les Forces françaises libres, 1940-1945
Portrait of the forgotten. The participation of Spaniards in the Free French Forces, 1940-1945
Diego Gaspar Celaya
p. 46-55

http://rha.revues.org/index7345.html.
Résumé

En septembre 1939, des milliers de réfugiés espagnols présents sur le territoire français s’engagent au sein de la Légion étrangère ou des régiments de marche de volontaires étrangers (RMVE) pour combattre le fascisme. Convaincus que la Seconde Guerre mondiale, qui vient de débuter, représente la poursuite de la lutte qu’ils ont commencée en Espagne, ils font face à l’assaut de la Wehrmacht durant la campagne de France, mais aussi en Norvège. Certains de ceux qui survivent à ces combats constituent en Angleterre, en juin 1940, les nouvelles Forces françaises libres (FFL). Ceux qui restent engagés dans la Légion étrangère après l’armistice sont envoyés en Afrique, où ils servent dans différentes unités de l’armée de Vichy. Dans ces unités, certains attendent une simple occasion pour déserter et gagner les FFL. Au bilan, les Espagnols ont fourni le plus grand contingent étranger qui ait servi sous le drapeau de la France libre.

Plan

  • Antécédents : la Légion étrangère
  • Les pionniers de la 13e DBMLE : premiers pas des Espagnols dans les FFL
  • Espagnols Français libres : définition et engagement
  • Londres, 1940
  • Levant français, 1941
  • Afrique du Nord, 1943
  • Conclusion
  • Notes de l’auteur

In memoriam : Jorge Semprun(Madrid, 10 décembre 1923-Paris, 7 juin 2011), ex-membre des Forces françaises combattantes et ex-déporté interné résistant.

Texte intégral

« Pour moi, cette guerre représente la continuation de celle d’Espagne, alors sans sentir plus d’attraction pour la guerre que toi, je préfère les risques du soldat en campagne, au statut humiliant de réfugié enfermé derrière les fils qui nous entourent. Je préfère le vaste horizon du champ de bataille, à l’espace limité du camp de concentration, la fraternité du combattant à l’hostilité d’un compagnon d’infortune. Et quand la guerre sera finie, si je suis vivant, je préfère pouvoir crier à la face du monde que j’ai gagné ma liberté avec un fusil à la main, plutôt que de baisser la tête si quelqu’un me demande qu’est-ce que vous avez fait pour rester inactif pendant la guerre ? » 1

En septembre 1939, des milliers de réfugiés espagnols sont enfermés dans les camps de rétention du Sud-ouest de la France, où le gouvernement français a décidé de les interner au début de l’année. Convaincus que la Seconde Guerre mondiale qui vient d’éclater représente la poursuite de la lutte contre le fascisme débutée en Espagne, certains d’entre eux décident de prendre les armes et de continuer à se battre. Intégrés dans la Légion étrangère française et les régiments de marche de volontaires étrangers (RMVE), ils font face à l’assaut de la Wehrmacht durant la campagne de 1939-1940. Certains de ceux qui ont survécu aux combats sur le sol norvégien constituent, en Angleterre, en juin 1940, les nouvelles Forces françaises libres (FFL). En revanche, ceux qui sont restés dans les rangs de la Légion étrangère après l’armistice sont envoyés en Afrique, où ils servent dans différentes unités sous le commandement de Vichy. Dans ces unités, certains attendent une simple occasion pour déserter et gagner les FFL.

Les Espagnols, démobilisés après l’armistice, sont en général internés dans des camps, soit en France métropolitaine, soit dans les territoires de l’empire. À partir de ces camps sont constitués des groupes de travailleurs étrangers (GTE) 2. Beaucoup de ces groupes jettent les bases de la future participation des Espagnols dans la résistance intérieure en métropole. En Afrique du Nord, après le débarquement allié de novembre 1942, les camps et les GTE servent tous deux de terrain de recrutement pour les corps francs d’Afrique (CFA), à partir desquels de nombreux Espagnols décident de leurs « mutations spontanées » et s’engagent dans les FFL 3. Entre 1940 et 1945, des milliers d’Espagnols servent dans les FFL, de la Norvège à Berchtesgaden, en passant par l’Égypte, la Libye, la Tunisie, l’Italie et la France. Ils fournissent le plus grand contingent étranger servant sous le drapeau français libre. Leur histoire est celle d’hommes et de femmes qui, après avoir quitté leur pays d’origine, deviennent des combattants « transnationaux », prêts à se battre pour la liberté chaque fois que cette dernière est en danger 4.

Les rares analyses abordant la participation espagnole à la Résistance française sont intégrées à une production historiographique plus généralement dédiée à l’exil républicain en France provoqué par la guerre civile espagnole. Production qui s’est, au reste, surtout développée au début des années 1990. À cela s’ajoute le fait que l’historiographie sur la Résistance a accusé, jusqu’à récemment, une « absence de toute référence sérieuse à la présence espagnole dans la plupart des ouvrages consacrés à la Résistance en France (…) » 5.

Même si, durant les quinze dernières années, l’historiographie de la Résistance a connu une évolution remarquable, enrichie par de nouveaux cadres d’analyse et de nouvelles problématiques, ces avancées ne se sont pas traduites en un ou plusieurs ouvrages traitant en profondeur de la participation espagnole. Pour cette raison, les recherches qui abordent le cas espagnol sont minoritaires et n’analysent que rarement la spécificité de cet engagement. La plupart des recherches se concentrent en effet sur un cadre plus vaste consacré à la participation étrangère dans la Résistance 6.Des œuvres telles que Le sang des étrangers, Les immigrés de la MOI dans la Résistance, Les étrangers dans la Résistance en France, Des étrangers dans la Résistance illustrent parfaitement ce type de recherches et mettent l’accent sur l’analyse de la participation étrangère dans la Résistance intérieure 7. La participation espagnole reste donc très peu connue, négligée par la recherche et nourrie par des témoignages et « mémoires périlleuses » 8.

Antécédents : la Légion étrangère

Le 1er septembre 1939, Hitler envahit la Pologne. Deux jours plus tard, la France et la Grande-Bretagne déclarent la guerre à l’Allemagne. À peine cinq mois après la fin de la guerre d’Espagne, les réfugiés espagnols présents sur le territoire français sont immergés dans un nouveau conflit avec, comme ennemi principal, un adversaire déjà bien connu 9.
Les réfugiés espagnols, considérés à la fois comme un poids économique et une menace pour la sécurité intérieure, sont, à leur arrivée en France, séparés de leurs familles et enfermés dans des camps de rétention dans le Sud-ouest. Ils doivent choisir entre plusieurs options pour sortir de l’isolement des camps et retrouver ainsi leurs familles :
1. émigrer vers un autre pays (normalement en Amérique latine) ;
2. se faire rapatrier en Espagne ;
3. obtenir un contrat de travail à l’extérieur des camps ;
4. à partir d’avril 1939, rejoindre les compagnies de travailleurs étrangers (CTE) ou signer un engagement militaire.

Ainsi, sur les 500 000 personnes qui franchissent les Pyrénées en février 1939, seules 120 000 demeurent encore en France métropolitaine en mai 1940 10. Bien qu’elle ait été largement promue par les autorités françaises, l’incorporation des Espagnols dans les unités militaires françaises ne se fait pas de manière massive. Malgré tout, ceux qui ont décidé de s’engager rejoignent principalement la Légion étrangère et les RMVE, car les tentatives pour créer des unités autonomes espagnoles au sein de l’armée française ont échoué, le haut commandement français rejetant cette possibilité (contrairement à ce qui s’est passé avec les Polonais et les Tchèques), invoquant l’impact que cette initiative pourrait avoir sur les relations entre Madrid et Paris.

Au total, quelque 6 000 Espagnols servent dans l’armée française pendant la campagne de 1939-1940 11.
Ceux qui décident de rejoindre les RMVE le font à Barcarès entre octobre 1939 et mai 1940. Ils signent un engagement pour toute la durée de la guerre dans les 21e, 22e et 23e RMVE.
Toutefois, le gouvernement français, pour encourager l’engagement espagnol, ne précise pas que ces trois unités sont intégrées à la Légion étrangère, au sein de laquelle de nombreux réfugiés ne veulent pas servir 12.
L’hostilité manifestée par quelques-uns des réfugiés espagnols à l’égard de la Légion étrangère joue un rôle clé dans le refus de ces derniers à s’engager dans l’armée française. Même si certains perçoivent la Légion comme une unité à la réputation douteuse qui « ne correspond pas à leurs idéaux » 13, d’autres décident toutefois de la rejoindre. Ils signent alors un contrat de cinq ans et ne sont donc pas libérés de leur engagement après la guerre si leur service est inférieur à cette durée : pour cette raison, nombre de ces Espagnols sont restés sous les armes après la signature de l’armistice 14.

L’engagement espagnol dans la Légion étrangère se fait en continu à partir de janvier 1939, et ce jusqu’en juin 1940. L’intégration à la 13e demi-brigade de marche de Légion étrangère (13e DBMLE) constitue le cas plus connu. Cependant, les Espagnols sont présents dans la grande majorité des unités de la Légion étrangère qui participent à la campagne de 1939-1940. Grâce à un examen de leurs dossiers personnels, il a été possible de confirmer la présence espagnole dans les 1er et 2e régiments étrangers d’infanterie (1er RE et 2e REI), qui, à partir d’octobre 1939, sont intégrés au 6e régiment étranger d’infanterie (6e REI) et au 3e régiment étranger d’infanterie (3e REI), héritier du légendaire régiment de marche de la Légion étrangère (RMLE) qui s’était distingué pendant la Première Guerre mondiale. Ce dernier devient le 3e régiment étranger d’infanterie de marche (3e REIM) en décembre 1942. Il est le précurseur du nouveau régiment de marche de la Légion étrangère (RMLE) fondé le 1er juillet 1943.

Les Espagnols servent également au sein du 4e régiment étranger (4e RE), créé au Maroc en 1920 et dissous en 1940, rebaptisé en 1941 4e demi-brigade de Légion étrangère (4e DBLE), ainsi que dans les rangs des 11e régiment étranger d’infanterie (11e REI) et 12e régiment étranger d’infanterie (12e REI), tous deux créés en 1939 et dissous en 1940 après l’armistice et dont les troupes servent en métropole pendant la campagne de 1939-1940. À titre d’exemple, voici quelques noms d’Espagnols ayant servi dans ces unités : Juan Benito, alias « Vicente Alsina », né à Vinarós dans la province de Castellón (1er RE), Manuel Arroyo, Jaén, province de Jaén (2e REI) ; Jesús Bastiegueta, Mundaka, province de Vizcaya (6e REI) ; Joaquín Bertrand, Figueras, province de Gérone (3e REI) ; Antonio Arreza, Almogia, province de Málaga (4e RE), José Calatayud, Valencia, province de Valencia (11e REI) et Antonio Bera, Almería, province d’Almería (12e REI) 15.
Les pionniers de la 13e DBMLE : premiers pas des Espagnols dans les FFL

Entre 1940 et 1943, entre 1 300 et 1 400 Espagnols servent dans les FFL.
Nous ignorons encore le pourcentage d’entre eux servant sous le drapeau français pendant la campagne de 1939-1940. Toutefois, des centaines d’Espagnols qui, dès la première heure, décidèrent de rejoindre les FFL, ont été affectés à la 13e DBMLE.

En novembre 1939, la France et la Grande-Bretagne s’engagent au côté de la Finlande, envahie par l’Union soviétique. Le haut commandement allié approuve un plan urgent d’intervention de troupes franco-britanniques sur le territoire finlandais, mais cette intervention est annulée en mars 1940, la Finlande et l’URSS ayant mis fin au conflit. Parmi les troupes nommées pour l’expédition se trouve la 13e DBMLE, qui reste en alerte avec le reste du corps expéditionnaire français (CEF) jusqu’à l’invasion de la Norvège par l’Allemagne.

La 13e DBMLE, créée en février 1940, est composée de troupes venant des régiments étrangers d’infanterie stationnés en Afrique du Nord.
Commandée par le lieutenant-colonel Raoul Magrin-Vernerey, l’unité comprend deux bataillons, le premier formé à Sidi Bel-Abbès (Algérie) sous le commandement du commandant Boyer-Resses, le deuxième mis en place à Fès (Maroc) et dirigé par le commandant Gueninchaut 16.
Sous les ordres du premier sert Basilio Beltran né à Aliaga, Teruel. Basilio Beltran signe son engagement dans la Légion étrangère le 5 mai 1939 à Perpignan, d’où il est directement transféré au quartier général de la Légion étrangère à Sidi Bel-Abbès.
Après une période de formation, il est muté au 1er RE où il reste affecté jusqu’au 26 février 1940, date à laquelle il rejoint le premier bataillon de la 13e DBMLE, avec lequel il est déployé sur le territoire norvégien au début de mai 1940.
La 13e DBMLE débarque à Bjervik (Norvège) le 13 mai 1940 avec environ 900 Espagnols dans ses rangs – un peu moins de la moitié de ses effectifs calculés à environ 2 000 hommes – et participe à la bataille de Narvik du 28 mai jusqu’au 2 juin 1940.

Après l’invasion de la Hollande, de la Belgique et de la France par l’Allemagne, la 13e DBMLE et le reste du CEF sont retirés de la Norvège, la première semaine de juin, pour regagner la France en premier lieu puis l’Angleterre après l’échec breton 17.

Entre le 19 et le 21 juin 1940, le gros des troupes françaises en provenance de Bretagne est concentré dans les camps de Trentham-Park, dans le comté de Staffordshire, et à Haydok et Arrow Park, près de Liverpool. À Trentham-Park, les légionnaires reçoivent la visite du général de Gaulle. Le 30 juin, de Gaulle s’adresse aux légionnaires avec pour objectif leur intégration dans les FFL qu’il vient de créer. Après le discours du général, 983 des 1 619 légionnaires du camp choisissent de rester en Angleterre et de rejoindre les FFL, le reste décide de regagner l’Afrique du Nord avec le général Béthouart. Néanmoins, le 1er juillet 1940, alors que les troupes qui ont décidé de retourner en Afrique du Nord sont à l’embarquement, un groupe d’environ 300 Espagnols refuse d’embarquer.
Certains expliquent ce refus par la crainte d’être transférés au Maroc et remis à Franco. D’autres sont tout simplement fatigués de la guerre, quatre années ayant passé depuis qu’ils ont pris les armes contre les nationalistes en Espagne. Au final, nous pouvons distinguer plusieurs groupes : ceux qui décident de rejoindre les FFL avec leurs concitoyens qui ne se sont pas mutinés, ceux qui ont gagné l’Afrique du Nord et, parmi les 170 Espagnols arrêtés par la police britannique, ceux qui ont fini par s’engager dans les FFL ou sous le drapeau britannique dans le corps des pionniers de l’armée de Sa Majesté 18.

Parmi ceux qui ont opté pour les FFL, il y a notamment Martin Amado (Madrid), José Luis Artola (Pays Basque) et Pablo Aventin (Aragon). Le premier et le dernier rejoignent la Légion étrangère en avril 1939, alors qu’Artola avait signé son engagement pour cinq ans dans la Légion le 2 mars 1938.

Toutefois, ces trois Espagnols se sont déjà rencontrés, d’abord au sein du 1er RE, sous le commandement du colonel Robert et, quelques mois plus tard, dans les rangs de la 13e DBMLE, au sein de laquelle ils ont participé à la campagne de Norvège jusqu’à ce qu’ils soient renvoyés en Angleterre. En fait, c’est à Londres, le 1er juillet 1940, que tous trois signent leur engagement dans les FFL. De ce fait, ils font tous trois partie du noyau initial des armées de la France libre.
Une fois leur engagement formalisé, Amado, Artola et Aventín sont incorporés dans une nouvelle unité : la 14e demi-brigade de Légion étrangère (14e DBLE), laquelle est placée sous le commandement du colonel Magrin-Verneret, au camp d’Aldershot (Hampshire) du 1er juillet au 31 août 1940. Au camp, de nouvelles recrues la rejoignent et elle est réarmée et formée pour combattre sur le nouveau théâtre sur lequel elle va être envoyée : l’Afrique. Ainsi, lorsque le 31 août 1940, la 14e DBLE est embarquée pour Dakar, il y a parmi son personnel de nombreux Espagnols, dont nos trois protagonistes Martin Amado, José Luis Artola et Pablo Aventin.

Espagnols Français libres : définition et engagement

Le statut de Français libre a fait l’objet d’une définition précise après la guerre, qui reste en vigueur aujourd’hui pour homologuer les services fournis par les volontaires en faveur de la France libre.
Cette définition est liée à l’instruction que le ministère des Armées a approuvée le 29 juillet 1953 et qui « dispose que peuvent être considérés comme des Français libres, les militaires ayant fait parti des FFL entre le 18 juin 1940 et le 31 juillet 1943 », les agents P1 et P2 ayant appartenu avant le 31 juillet 1943 à des réseaux affiliés au Comité national français (CNF), ainsi que les évadés de France qui ont rejoint une unité ex-FFL « même après le 31 juillet 1943, pour des cas de force majeure tels que l’incarcération consécutive à leur évasion » 19. « L’instruction ministérielle précise que sont également considérés comme Français Libres les personnes qui ont été blessés ou qui ont trouvé la mort avant le 31 juillet 1943, en tentant de rejoindre les FFL, mais sans avoir régularisé cet engagement. » 20 Par conséquent, en s’appuyant sur ce texte, on considère Espagnols français libres tous les Espagnols qui se sont engagés volontairement dans les rangs de la France libre entre le 18 juin 1940 et le 31 juillet 1943.
S’il est vrai que l’incorporation des Espagnols dans les FFL est constante entre ces deux dates, il y a trois périodes pendant lesquelles l’engagement espagnol prend des caractéristiques particulières.

Londres, 1940

La première vague, et la plus courte des trois, englobe les engagements faits à Londres en 1940. D’une grande importance pour son caractère pionnier, cette période a été ici présentée au travers du cas de la 13e DBMLE.
Les deux autres grandes vagues formant l’épine dorsale de l’engagement espagnol dans les FFL ont lieu durant l’été 1941 après la campagne « fratricide » 21 de Syrie, et au printemps 1943 suite à la campagne de Tunisie et à la dissolution des CFA.
Ainsi, selon les principaux flux d’incorporation aux FFL, nous pouvons affirmer que la quasi-totalité des Espagnols Français libres ont signé leur engagement avec les FFL à l’extérieur de la métropole, principalement au Levant et en Afrique du Nord.

Levant français, 1941

Les incorporations des Espagnols au sein des FFL se succèdent tout au long de 1941 dans les différentes parties du territoire français libre, depuis Londres jusqu’au Cameroun en passant par l’Érythrée ou l’Égypte.
Cependant, en juillet et en août 1941, les engagements se concentrent au Levant en trois points principaux : à Quastina (Palestine), à Beyrouth (Liban) et à Damas (Syrie). La plupart d’entre eux se produisent après la fin de la campagne de Syrie à la mi-juillet 1941 et ont comme destination les différentes unités qui composent la 1re division légère française libre (1re DLFL) 22. La 1re DLFL a été formée à la mi-mai 1940 au camp de Quastina (Palestine), à partir d’effectifs venant de l’Érythrée (brigade française libre d’Orient, BFO), de la Libye (1er bataillon d’infanterie marine, 1er BIM) et de l’Afrique équatoriale. Les effectifs de cette unité, commandée par le général Legentilhomme, augmentent entre juin et août 1940, principalement en raison de la contribution des légionnaires venants du 6e REI.

La plupart des Espagnols intégrés à cette nouvelle division sont affectés à la nouvelle 13e demi-brigade de Légion étrangère (13e DBLE), héritière de la 14e DBLE qui a quitté l’Angleterre, et qui a retrouvé son nom d’origine après la dissolution de l’ancienne 13e DBMLE.

Cette dernière a été transférée au Maroc en juillet 1940, mise à la disposition de Vichy, et dissoute le 4 novembre 1940.

Cependant, des Espagnols servent également dans d’autres unités appartenant à la 1re DLFL, parmi lesquels le 1er BIM, comme, par exemple, le catalan Roberto Alsina. Né à Barcelone en 1913, Roberto Alsina franchit la frontière française au début de l’année 1939 et est interné au camp de Barcarès, où il signe le 27 novembre 1939 son engagement volontaire pour la durée de la guerre et est alors affecté au 23e RMVE jusqu’en avril 1940, date à laquelle il est transféré de Marseille à Beyrouth. Au Liban, il sert dans un GTE jusqu’au 22 juillet 1941. Il décide alors de signer son engagement dans les FFL et est affecté au 1er BIM 23.

Afrique du Nord, 1943

La deuxième vague massive d’engagements espagnols dans les FFL a lieu en Afrique du Nord française (AFN) en 1943, principalement entre mai et juillet. Généralement, les Espagnols incorporés aux FFL à cette date, ont servi dans les CFA et sont majoritairement intégrés dans la nouvelle 2e division blindée (2e DB) organisée par le général Leclerc en août 1943 au Maroc.
Les CFA avaient été créés après le débarquement allié en Afrique du Nord, fin 1942, avec pour mission d’intégrer dans leurs rangs tous ceux qui avaient été rejetés par Vichy et par l’armée d’Afrique.
Les personnes ciblées étaient donc les Juifs, les communistes, les gaullistes de l’AFN, les réfugiés antifascistes et, bien sûr, les républicains espagnols.
Au départ, les CFA sont limités à 2 000 hommes, mais leurs effectifs dépassent finalement les 4 000 combattants.
Ceux qui se sont engagés l’ont fait volontairement jusqu’à la disparition du corps en juillet 1943.
Les engagements dans les FFL en provenance des CFA revêtent parfois un caractère collectif : par exemple, trois bataillons des CFA rejoignent la 2e DB et fusionnent avec les bataillons du nouveau régiment de marche du Tchad (RMT) où les Espagnols étaient déjà nombreux 24.

Le contingent espagnol, qui a joué un rôle important dans ces fusions, trouve ses racines dans la colonie espagnole établie en Afrique du Nord avant la guerre civile espagnole et après le flux que l’exil républicain de 1939 a apporté dans ces territoires.

Cependant, un grand nombre d’Espagnols provenant de la métropole rejoint également l’AFN entre 1939 et 1940, grâce aux différents contrats signés avec la Légion étrangère française.
Une partie de ces hommes est démobilisée après l’armistice et est internée dans les camps de concentration de l’AFN, où ils retrouvent des compatriotes qui y sont enfermés depuis 1939.

Enfermés ou incorporés aux GTE vichystes, tous sont soumis à un contrôle strict jusqu’à ce que les portes des camps commencent à s’ouvrir suite à l’avance alliée et la libération de l’AFN.

En revanche, les Espagnols incorporés aux GTE ne disposent pas du statut d’hommes libres avant le 1er juin 1943, date à laquelle Giraud approuve finalement la dissolution des groupements.
Une fois libérés, des centaines d’entre eux décident de rejoindre les CFA ou directement les FFL, comme José Barragán, né à Huelva, engagé dans les FFL le 23 mai 1943 et mis à la disposition du 1er bataillon de Légion étrangère de la 1re division française libre. Parmi ceux qui rejoignent les CFA puis les FFL, nous trouvons Miguel Águila, né à Cordoba, qui, après avoir rejoint en avril 1939 la Légion étrangère au camp d’Agde (Hérault), sert successivement au 2e REI, au 3e REI et à la 4e DBLE, jusqu’à ce qu’il soit intégré, avec la demi-brigade, au 1er régiment étranger d’infanterie de marche (1er REIM), qu’il quitte pour rejoindre la 9e compagnie du 3e bataillon des CFA, avec laquelle il rallie les FFL le 26 juillet 1943..

L’itinéraire d’un troisième Espagnol, Miguel Aguila, est un cas présentant trois intérêts : d’abord, il illustre le parcours d’un Espagnol de la métropole arrivé en Afrique du Nord où il s’engage dans les FFL. Ensuite, ce dernier a fait partie du 3e bataillon des CFA, dirigé par l’ancien brigadiste international, Joseph Putz, qui rallie la France libre avec la quasi-totalité de ses effectifs à la fin juillet 1943. Finalement ce bataillon CFA a fourni la base sur laquelle est formée la Nueve (9e compagnie du 3e bataillon du RMT de la 2e DB), largement mythifiée après la guerre
Commandée par le capitaine français Raymond Dronne, la Nueve est au départ composée à 95 % par des volontaires espagnols. Elle est, pendant longtemps et sans aucun doute, l’unité qui a le plus souvent illustré la participation espagnole dans les FFL.
Mais son histoire et l’histoire de ceux qui la composèrent ont été largement mythifiées au travers d’études et de témoignages partiaux. Ses actions durant la guerre ont été élevées au rang d’épopée à plusieurs reprises. Distinguée à Paris comme composante principale de la colonne « Dronne » qui a gagné la place de l’Hôtel-de-Ville dans la nuit du 24 août 1944, la Nueve n’a toujours pas fait l’objet d’une recherche approfondie qui permette de connaître les hommes qui la composèrent, leur origine ou encore les raisons qui les ont poussés à combattre dans ses rangs.

Conclusion

L’histoire de la participation espagnole aux FFL reste confinée dans les cartons de quelques archives récemment ouvertes. Cette fermeture a, sans aucun doute, contribué à valider les diverses légendes et mythes qui se sont imposées, aussi bien du côté français que du côté espagnol, après la guerre. Évacuée de l’histoire officielle et minimisée par les mémoires dominantes d’après-guerre, la participation des Espagnols à la Résistance extérieure a été longtemps oubliée par les historiens français et espagnols, mais a survécu à l’épreuve du temps enfouie dans les mémoires et les témoignages de ses protagonistes. Cette histoire attend d’être écrite par des historiens, aujourd’hui confrontés au défi de démonter les mythes sur lesquels elle s’est construite. À eux de présenter une histoire de l’exil, du travail et du combat de ces Espagnols, qui nous aidera ainsi à comprendre l’identité collective de l’exil républicain espagnol.

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Notes
1 Témoignage de Enrique Balleste Romerodans Antonio Vilanova, Los olvidados. Los exilados españoles en la segunda guerra mundial, Paris, Ruedo Ibérico, 1969, p. 319.
2 Le 12 avril 1939, le gouvernement Daladier promulgue un décret instituant la création des Compagnies de travailleurs étrangers (CTE) dans le cadre des mesures régissant les lois de recrutement et la loi sur l’organisation de la nation en temps de guerre. Le décret propose aux étrangers séjournant en France et bénéficiaires du droit d’asile d’apporter à l’armée des prestations sous forme de travail en remplacement du service militaire. Après l’armistice et la démobilisation, par une loi du gouvernement de Vichy datant du 27 septembre 1940, les CTE deviennent des Groupements de travailleurs étrangers (GTE). Mais cette nouvelle loi a modifié le statut de travailleur étranger sur plusieurs aspects. Pour une analyse plus complète se reporter à : PESCHANSKI (Denis), La France des camps : l’internement,Paris, Gallimard, 2002. Une courte synthèse se trouve sur le site : http://www.retirada.org/index.php ? id=35 (consulté le 3 juin 2011).
3 « Mutations spontanées » est la dénomination donnée par le sergent-chef catalan José Cortés aux différentes désertions des Espagnols qui décidèrent de quitter la Légion étrangère ou les CFA pour s’engager dans les FFL au printemps et à l’été 1943 en Afrique du Nord. PONS PRADES (Eduardo), Republicanos españoles en la Segunda Guerra mundial, Madrid, La esfera de los libros, 2003, p. 375. SHD/GR, 16 P, José Cortés, lui même, a fait partie de ces « mutations spontanées ». Le 24 juillet 1943, il a quitté la 9e compagnie du 3e bataillon des CFA pour les FFL, où il a été affecté à la 9e compagnie du 3e bataillon du régiment du marche du Tchad.
4 Il est difficile de quantifier la participation espagnole au sein des FFL. Mais après avoir exploité en partie la sous-série 16 P du Service historique de la Défense, il est possible d’avancer un chiffre approximatif : les Espagnols auraient été entre 1 300 et 1 400 dans les FFL. Cependant, ce chiffre n’est pas définitif. L’analyse étant toujours en cours, nous serons en mesure de présenter des données finalisées au cours des prochains mois.
5 TEMIME (Émile), « Les Espagnols dans la Résistance. Revenir aux réalités ? » dans Pierre Laborie et Jean-Marie Guillon (dir), Mémoire et histoire : la Résistance, Toulouse, Privat, 1995.
6 Sur le renouveau historiographique de la Résistance, voir : MURACCIOLE (Jean-François), Les Français libres. L’autre Résistance, Tallandier, Paris, 2009, p. 22 et suivantes. Une étude encore plus complète a été présentée au colloque international de Lyon, les 18 et 19 mars 2008 et publiée dans Laurent Douzou (dir), Faire l’histoire de la Résistance, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2010.
7 COURTOIS (Stéphane), PESCHANSKI (Denis) et RAYASKI (Adam), Le sang des étrangers, les immigrés de la MOI dans la Résistance, Paris, Fayard, 1989 ; JOUTARD (Philippe) et MARCOT (François) (dir), Les étrangers dans la Résistance en France, Besançon, Musée de la Résistance et de la Déportation, 1992, actes du colloque qui a eu lieu à Besançon le 6 novembre 1992 ; PESCHANSKI (Denis), Des étrangers dans la Résistance, Paris, Les éditions de l’atelier, 2002.
8 DOUZOU (Laurent), La Résistance française. Une histoire périlleuse, Paris, Seuil, 2005. « Qu’il s’agisse des républicains espagnols (…), des Juifs français et étrangers (…) l’historiographie est quasiment muette. », extrait de Jean-FrançoisMuracciole, Les Français libres. L’autre Résistance, op.cit., p. 22. Il existe quelques recherches qui font figure d’exception et mentionnent les Espagnols engagés dans les FFL notamment : CREMIEUX-BRILHAC (Jean-Louis), La France libre, Paris,Gallimard, 1996 et COMOR (André Paul), L’Épopée de la 13e demi-brigade de Légion étrangère, Paris, Nouvelles éditions latines, 1988.
9 Pour une bonne synthèse concernant la participation étrangère dans la guerre d’Espagne voir : CASANOVA (Julián), República y Guerra Civil, Barcelona, Crítica-Marcial Pons, 2007 ; MORADIELLOS (Enrique), El reñidero de Europa : las dimensiones internacionales de la Guerra Civil española, Barcelona, Peninsula, 2001 : PRESTON (Paul), Franco : Caudillo de España, Barcelona, Grijalbo – Mondadori, 1998.
10 GASPAR CELAYA (Diego), Republicanos aragoneses en la Segunda Guerra mundial. Una historia de exilio, trabajo y lucha. 1939-1945, Zaragoza, Rolde de Estudios Aragoneses, 2009, p. 37.
11 DREYFUS-ARMAND (Geneviève), El exilio de los republicanos españoles en Francia. De la guerra civil a la muerte de Franco, Barcelona, Crítica, p. 117 ; CREMIEUX-BRILHAC (Jean-Louis), « L’engagement militaire des Italiens et des Espagnols dans les armées françaises de 1939 à 1945 » dans Pierre Milza et Denis Peschanski (dir.), Exils et migrations. Italiens et Espagnols en France, 1938-1946, Paris,L’Harmattan, 1994, p. 584 ; SERRANO (Secundino), La última gesta, Madrid, Aguilar, 2005, p. 302.
12 LEROY (Stéphane), « Les exilés républicains espagnols des Régiments de marche des volontaires étrangers. Engagement, présence et formation militaire (janvier 1939-mai 1940) », Cahiers de civilisation espagnole contemporaine, 6/2010, mis en ligne le 13 juillet 2010. URL : http://ccec.revues.org/index3285.html. Consulté le 1er juin 2011. Exemple par unité de volontaires espagnols engagés dans les RMVE : 21e RMVE, Jesús Cachafeiro, né à Campo Lameiro, province de Pontevedra ; 22e RMVE, Juan Aragón, Villanueva del Arzobispo, Jaén ; 23e RMVE, Miguel Aparicio, Casas Ibáñez, Albacete. SHD/GR, 16 P 99598, 16 P 15858, 16 P 15548.
13 Témoignage de José Pàmies Beltrán dans Secundino Serrano, op.cit.,p. 130.
14 « Parfois, ils ne se sont même pas posés la question, il y avait une affiche à deux colonnes : Franco et la Légion. Nous avons dit non. Toutefois, nous avons eu des compatriotes qui ont signé leur engagement à la Légion. La plupart d’entre eux l’ont fait par crainte d’être arrêtés et renvoyés en Espagne. Ils ont pensé que la Légion était la meilleure option pour quitter les camps. » Témoignage de Cristobal Robles Martínez dans Florence Guilhem, L’obsession du retour. Les républicains espagnols 1939-1975, Toulouse,PU Mirail, 2005, p.140. Comparaisons des réfugiés entre la Légion et le Tercio franquiste dans Geneviève Dreyfus-Armand, op.cit., p.117.
15 Pour l’instant, l’analyse des fichiers des Espagnols n’est pas complète. Il n’est donc pas possible de confirmer la présence espagnole au sein du 5e régiment étranger d’infanterie (5e REI) établi en 1930 en Extrême-Orient pour renforcer les troupes présentes au Tonkin (Viêt-nam). L’étude complète sera présentée dans ma thèse de doctorat en 2013. Les données présentées ici sont le produit de la consultation des fichiers des Espagnols conservés au Service historique de la Défense (SHD/GR, 16 P).
16 Les Grandes unités françaises de la guerre 1939-1945, historiques succincts, Vincennes, SHAT, 1967 ; CAROFF (capitaine de frégate), La Campagne de Norvège, 1940, Vincennes, SHM, 1955.
17 « La demi-brigade a comporté, en particulier, environ 900 espagnols bruns, agités, difficiles à conduire, mais d’un courage extraordinaire. » Témoignage du général Béthouart dans Eduardo Pons Prades, op.cit., p. 444.
18 PONS PRADES (Eduardo), op.cit., p. 489-492 ; CREMIEUX-BRILHAC (Jean-Louis), op.cit.,p. 87
19 « Instruction no 210022 relative à l’attribution des différents titres reconnaissant les services rendus à la France libre et dans les Forces françaises libres », Bulletin officiel des armées, 29 juillet 1953, p. 133-134 (citée par Jean-FrançoisMuracciole, op.cit., p. 26).
20 « La date butoir du 31 juillet 1943 correspond à la fusion des forces giraudistes et gaullistes, les Forces françaises combattantes, c’est-à-dire l’armée du CFLN », Idem.
21 CREMIEUX-BRILHAC (Jean-Louis), op.cit.,p. 151.
22 SHD/GR, 16 P 9842.
23 SHD/GR, 16 P 9842.
24 MURACCIOLE (Jean-François), op.cit., p. 153-155.
25 SHD/GR, 16 P 34 239, dossier de José Barragán et 16 P 4 234, dossier de Miguel Águila.

Pour citer cet article
Référence électronique
http://rha.revues.org/index7345.html.
Diego Gaspar Celaya , « Portrait d’oubliés. L’engagement des Espagnols dans les Forces françaises libres, 1940-1945 », Revue historique des armées, 265 | 2011, [En ligne], mis en ligne le 16 novembre 2011. URL : http://rha.revues.org/index7345.html. Consulté le 27 janvier 2013.

Auteur
Diego Gaspar Celaya
Boursier du gouvernement d’Aragon, attaché au département d’histoire moderne et contemporaine de l’université de Saragosse, il prépare, sous la direction de Julian Casanova, une thèse consacrée aux Espagnols dans les FFL (1940-1945). Il a notamment publié : Republicanos aragoneses en la Segunda Guerra mundial. Una historia de exilio, trabajo y lucha. 1939-1945, Zaragoza, Rolde de Estudios Aragoneses y Prensas Universitarias de Zaragoza, 2010.

source :http://rha.revues.org/index7345.html.

 

 

 

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15 janvier 2013

Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

Classé sous — milguerres @ 23 h 16 min

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Chronologie de la Seconde Guerre mondiale 

1933 /1945

 

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  • Début des lois anti-juifs en Allemagne avec le boycott des magasins juifs.
  • 30 janvier Hitler est nommé chancelier du 3 ème Reich par le président Hindenburg.
  • 28 février Incendie du Reichstag. Hitler accuse les communistes et fait interdire le parti communiste allemand (KPD).
  • 23 mars Hitler se fait accorder les pleins pouvoirs par le parlement.

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  • 30 juin Nuit des longs coûteaux où les S.A. (Section d’Assaut La Sturmabteilung) sont asssassinés par les S.S. (Sections Spéciales).
  • 2 août Suite au décès du président Hindenburg, Hitler se proclame Reichsführer, chef suprême de l’Allemagne.

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  • Les lois de Nuremberg ôtent la citoyenneté allemande aux juifs et leur interdisant tout contact sexuel avec les allemands de race pure, dite Aryenne.

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  • 7 mars  Remilitarisation de la Rhénanie.
  • Novembre L’axe Rome-Berlin unissant l’Allemagne et l’Italie est proclamé.

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  • Avril Bombardement de Guernica (Espagne) par l’armée Franco aidée de la flotte aérienne allemande (Luftwaffe). Ce bombardement est un vol d’essai pour l’armée aérienne neuve de l’Allemagne nazie.

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