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28 mars 2013

Le raid britannique sur le port de St-Nazaire reste le plus grand de tous les temps

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Le raid britannique sur le port de St-Nazaire reste le plus grand de tous les temps

Le 28 mars 1942, les commandos de Sa Majesté ont détruit la cale sèche du port de St-Nazaire et ainsi empêché que le cuirassé Tirpitz, jumeau du Bismarck, ne puisse y être réparé après une possible guerre de course dans l’Atlantique. Ce raid exceptionnel, accompli au prix de pertes terribles, a prouvé dès cette époque le caractère irremplaçable des forces spéciales en cas de conflit.

Dans les sombres jours du début 1942, la ligne vitale de l’Atlantique était étirée jusqu’au point de rupture. Les U-Boote coulaient les navires de commerce alliés plus vite qu’ils ne pouvaient être remplacés, et à cette menace s’ajoutait celle des navires de surface allemands. Le printemps précédent, la Royal Navy avait pourchassé et coulé le cuirassé moderne Bismarck, mais d’autres raiders potentiels restaient en liberté. Le plus dangereux d’entre eux était le Tirpitz, le navire jumeau du Bismarck.

«… Le dock ne fut pas remis en service avant les années 50. Le monstrueux cuirassé Tirpitz restait privé de base, et il ne sortit jamais de son refuge norvégien. »

Le Tirpitz était un monstre, avec plus de 50’000 tonnes, un blindage épais et des canons de 380 mm. Il était si puissant qu’aucun cuirassé britannique ou américain ne pouvait l’affronter seul. Si ce géant parvenait à accéder aux les lignes empruntées par les convois dans l’Atlantique Nord, les résultats auraient pu être catastrophiques pour les Alliés. Avec son talent littéraire habituel, Winston Churchill a décrit de cette manière l’importance de la destruction du Tirpitz : « toute la stratégie de la guerre tourne à cette époque autour de ce bateau. »

Le Tirpitz était alors embusqué dans les eaux norvégiennes, de même que les cuirassés de poche Lützow et Admiral Scheer. La Royal Navy s’efforçait de neutraliser cette flotte dangereuse ou de la contraindre à sortir et à combattre, mais jusqu’ici les Britanniques manquaient de chance. Le danger était bien entendu que les navires allemands fassent une sortie pendant que les unités majeures de la flotte britannique opéraient ailleurs, et qu’ils ne s’attaquent à un convoi protégé uniquement par des corvettes, des chalutiers armés et des destroyers. Or, si la Royal Navy pouvait amener le Tirpitz à se battre et l’endommageait, il n’y avait qu’un seul port dans toute l’Europe occupée par l’Axe où il pourrait être réparé : la ville française de St-Nazaire.

Un objectif hautement fortifié

Cette petite ville portuaire abritait la forme-écluse Louis Joubert, mieux connu sous le nom de dock Normandie, une énorme cale sèche construite spécialement pour accueillir le Normandie, l’orgueil de la flotte passagère française d’avant-guerre. Le Bismarck, endommagé dans son combat avec le Hood et le Prince of Wales en mai 1941, avait mis le cap sur St-Nazaire lorsqu’un avion Fairey Swordfish de la Royal Navy le frappa d’une torpille, avant que la force navale britannique qui le poursuivait l’intercepte et le coule. C’était également à St-Nazaire que le Tirpitz irait pour réparer des dégâts causés par des torpilles, des bombes ou des obus. Les Britanniques étaient décidés à supprimer le seul refuge du navire géant – et c’est ainsi qu’est née l’opération Chariot.

St-Nazaire et le dock Normandie se trouvent sur l’estuaire de la Loire, à environ 10 km de son embouchure. Au printemps de 1942, le fleuve était large de 1,5 km et relativement peu profond, sauf là où un canal pour grands bateaux avait été dragué, près de la rive nord de l’estuaire. Le dock lui-même était énorme, un bassin de 349 mètres sur 50. L’accès reposait sur des portes monstrueuses épaisses de 11 mètres, tellement massives que les Britanniques les appelaient des «caissons». Elles mesuraient 52 mètres de long et 16 de haut, et avaient été conçues pour être déplacées sur d’énormes roulettes.

Les maisons de treuil et les stations de pompage étaient construites à la même échelle que le grand dock. Sur un côté de la cale sèche se trouvaient St-Nazaire et les bassins de Penhouet, de larges mouillages artificiels qui étaient généralement utilisés par les petits navires de guerre allemands. Le bassin de St-Nazaire, le plus grand des deux, étaient attribués aux U-Boote, qui atteignaient l’estuaire de la Loire à travers une suite d’écluses. Certains des abris bétonnés pour U-Boote de St-Nazaire étaient en service, alors que d’autres étaient encore en construction.

D’autres installations du port étaient à proximité, de même que des écluses, des ponts, des quais, des réservoirs souterrains de carburant pour les sous-marins, et une centrale électrique. L’ensemble du complexe était défendu par quelque 100 canons de tailles diverses, infesté de projecteurs de recherche et fréquenté par des dragueurs de mines et des vaisseaux de défense côtière. La ville elle-même abritait jusqu’à 5000 soldats et marins allemands, dont une brigade d’infanterie complète.

Pour surmonter ces défenses formidables, les Britanniques savaient qu’ils devaient engager leurs meilleurs soldats – les commandos. Les soldats de la Couronne avaient à dire vrai une longue histoire des raids audacieux. Ils ont organisé des dizaines d’expéditions avec de petits bateaux contre les Espagnols et les Français à l’époque de la voile. Et ils ont également mené durant la Première guerre mondiale les frappes risquées contre Zeebrugge, en Belgique, pendant lesquelles des troupes débarquées ont neutralisé les défenses côtières allemandes alors que la marine coulait trois vieux croiseurs dans le canal qu’empruntaient les U-Boote allemands pour gagner la Mer du Nord.

Les commandos britanniques s’étaient déjà distingués dans des raids similaires, de l’Afrique aux îles Lofoten en Norvège. L’attaque des Lofoten en avril 1941 avait été un énorme succès. Elle avait totalisé 11 navires coulés, 800’000 gallons de pétrole brûlés, 216 Allemands et 60 « Quislings » norvégiens [autrement dit des collaborateurs, note du traducteur] faits prisonniers, et plus de 300 Norvégiens engagés volontaires pour les forces de la Norvège libre. Les Britanniques n’ont enregistré qu’un seul blessé.

Alors que la plupart des premiers raids menés par les commandos ont entraîné des pertes, de l’embarras et de l’inquiétude pour l’Axe, St-Nazaire posait un défi bien plus difficile que tout ce qui avait été tenté précédemment. Si l’offensive réussissait, et rien n’était moins sûr, ce serait le raid le plus audacieux de la guerre. Les commandos devaient être engagés durant la dernière semaine de mars, car c’est seulement à cette période qu’ils auraient une pleine lune et une marée montante entre 2400 et 0200.

Des moyens limités

Les ressources britanniques étaient maigres. Certains des commandos devaient se déplacer sur une flotte de 15 vedettes, des bateaux en bois non blindés et longs de 34 mètres, qui transportaient leurs réservoirs auxiliaires sur le pont et n’avaient pour armement qu’un canon bitube Oerlikon de 20 mm et une paire de mitrailleuses Lewis datant de la Première guerre mondiale. Quatre de ces fragiles embarcations transportaient également des torpilles. Les vedettes avaient deux avantages : elles atteignaient 18 nœuds de vitesse et n’avaient qu’un très faible tirant d’eau. En entrant dans l’estuaire de la Loire sur une marée de printemps, elles pouvaient opérer sur les hauts fonds et autour de plages de vase, en-dehors du canal principal fortement défendu.

Une puissance de feu légèrement supérieure était fournie par une unique canonnière motorisée en bois. Elle portait un canon antiaérien Vickers de 40 mm, deux mitrailleuses bitubes de 12,7 mm et un canon de 40 mm semi-automatique. Elle était destinée à faire office de bateau de commandement et à guider les raiders jusqu’à la Loire, car elle était équipée à la fois d’un radar et d’une sonde sonore.

Il y avait enfin le torpilleur 74, dont les tubes conçus pour être arrimés à mi-coque avaient été avancés presque jusqu’à la proue, dans l’idée qu’il puisse lancer ses torpilles par-dessus un filet anti-torpilles. Celles-ci avaient été modifiées et avaient reçu une minuterie, de manière à ce qu’elles explosent après avoir reposé un instant au sol. La fonction du navire était de torpiller le caisson sud si l’arme principale ne fonctionnait pas. Le torpilleur 74 était un bateau étrange qui avait du mal à maintenir une vitesse donnée entre l’extrême lenteur et les 40 nœuds atteints à fond. Il devait être remorqué pour entrer en action, au grand dégoût de son capitaine, le sous-lieutenant Micky Wynn, l’un des nombreux audacieux excentriques (« d’une excentricité folle », selon un officier supérieur) qui avaient trouvé leur place dans la Royal Navy en guerre.

Mais aucun de ces vaisseaux ne pouvait fournir l’impact principal, le coup d’assommoir qui mettrait la cale sèche hors service presque indéfiniment. Il n’y aurait pas de deuxième chance. Les commandos mettraient pied à terre pour détruire les grands caissons coulissants, les maisons de treuil et la station de pompage, mais même cela ne pourrait pas rendre le dock inutilisable pour le restant de la guerre. Il fallait quelque chose de plus, et ce quelque chose s’est révélé être le HMS Campbeltown. Ce vieux destroyer à 4 cheminées long de 95 mètres, alias USS Buchanan, était l’un des 50 destroyers obsolètes transférés à la Royal Navy par les Etats-Unis en échange de l’usage privilégié de bases au sein des Caraïbes britanniques.

En vue du raid, le Campbeltown a été envoyé dans une installation de la Royal Navy à Devonport pour y subir un lifting. Une reconstruction de 9 jours lui a permis de ressembler un peu à l’un des navires de guerre allemands largement utilisés de la classe Möwe, une sorte de croisement entre un petit destroyer et un grand torpilleur. Les ouvriers de Devonport ont allégé au maximum le vieux destroyer, car il devait franchir les hauts fonds de la Loire, où même à marée haute il n’y avait qu’à peine 3 mètres d’eau. Tous les tubes lance-torpilles et l’équipement anti-sous-marin du Campbeltown furent enlevés, de même que deux de ses cheminées, la plupart de ses mâts et tous ses canons sauf un. Les deux cheminées restantes furent raccourcies, et les ouvriers ajoutèrent un mince blindage autour de la passerelle. Ils installèrent également 4 plaques de blindage hautes de 5,4 mètres de la passerelle à la poupe, afin de donner une certaine protection aux éléments débarqués du commando. De plus, le bateau reçut 8 canons Oerlikons de 20 mm, et son unique pièce de 76 mm fut déplacée de la poupe à la plage avant.

Le mordant du Campbeltown était constitué de 24 charges de profondeur, placées dans un réservoir en acier bétonné dans la coque, juste derrière le piédestal qui avait porté le canon du pont avant. Cette charge énorme, qui représentait plus de 4 tonnes d’explosifs, était amorcée par d’autres explosifs fixés à des détonateurs ayant un délai de 8 heures. Ces détonateurs devaient être activés en remontant la Loire. Si tout se déroulait conformément au plan, le Campbeltown emboutirait les énormes portes de la cale sèche, se frayerait un chemin à travers et s’enfoncerait profondément dans le bassin. Il serait ensuite sabordé à cet endroit, puis avec un peu de chance exploserait et détruirait le dock Normandie jusqu’à la fin de la guerre. La charge explosive était bien suffisamment derrière la coque du Campbeltown pour ne pas à ne pas être endommagée par la déformation inévitable de la proue, et bien assez à l’avant pour être dans la zone de la cible.

Attaquer à 1 contre 10

La mission des commandos était de débarquer rapidement, de tirer sur tout ce qui était important et de détruire au maximum l’équipement vital du dock et d’autres installations du port. Les portes des écluses reliant le bassin des sous-marins était un objectif prioritaire – les mettre hors service bloquerait l’accès à l’océan et limiterait sérieusement l’utilité du bassin. Au total, les commandos avaient pour but de démolir 4 ponts, 6 centrales électriques, 8 portes d’écluses et 13 canons.

La force terrestre devait compter 256 hommes et officiers, provenant de 6 différentes compagnies de commandos. Certains des raiders ne transportaient qu’un pistolet et un énorme sac à dos contenant jusqu’à 40 kg d’explosif. La tâche d’autres groupes de 5 hommes, chacun équipé de mitraillettes Thompson et d’une mitrailleuse Bren, consistait à couvrir les porteurs d’explosifs pendant qu’ils posaient leurs charges. D’autres éléments de combat, formés chacun de 2 officiers et de 12 hommes, devaient prendre d’assaut les positions d’artillerie, établir un périmètre autour du dock et repousser les renforts venant de la ville. Pour des crises imprévues, il y avait une maigre réserve de 12 hommes, ainsi qu’un médecin et un petit détachement médical.

Le raid devait être conduit par le lieutenant-colonel A. C. Newman, un officier territorial du régiment de l’Essex, chef du 2e Commando et vétéran des raids réussis en Norvège. Le contingent naval était commandé par le commandant R. E. D. Ryder – inévitablement appelé « Red. » Ryder était le loup de mer britannique par excellence, un vétéran de l’exploration polaire, des sous-marins, des Q-ships [des navires anti-sous-marins déguisés en bateaux marchands, NDT] et de deux naufrages sur navires de guerre. Ces deux chefs étaient des professionnels calmes et réfléchis.

Les hommes qui les ont suivis comptaient des soldats et des marins de carrière, mais la plupart étaient des guerriers temporaires ; le détachement de Newman comprenait un membre de la Bourse de Londres, un mineur, un conservateur de musée et un économiste. Tous avaient acquis un niveau excellent en suivant l’entraînement meurtrier des commandos. Nul ne portait le badge commando sur son épaule sans survivre à des marches forcées épuisantes – 100 kilomètres en 24 heures était le standard, et quelquefois les hommes devaient accomplir 11 kilomètres en une heure. Une unité avait fait une marche mémorable de 104 km en 23 heures. Tout le monde se partageait les charges, sans différence entre officiers, sous-officiers et soldats. Tout le monde s’entraînait dans la neige et le froid des hivers dans les Highlands ; tout le monde frissonnait durant les débarquements dans les eaux glaciales des Hébrides ; tout le monde apprenait à tuer des hommes à mains nues et au couteau.

Ces volontaires en temps de guerre savaient qu’ils se jetaient dans les bras de la mort. Avec une honnêteté déprimante, le vice-amiral Louis Mountbatten, chef des opérations combinées, a en fait dit à Newman que lui et ses hommes étaient passés par pertes et profits: « je suis sûr que vous pouvez y aller et faire le boulot, mais nous n’avons pas beaucoup d’espoir de pouvoir vous extraire. Même si on vous perd tous, les résultats de l’opération en auront valu la peine. Pour cette raison, je veux que vous disiez à tous les hommes ayant des responsabilités familiales, ou qui pensent devoir se retirer pour n’importe quelle raison, qu’ils sont libres de le faire et que personne ne leur en voudra pour cela. » Newman a transmis l’offre de Mountbatten à ses commandos, mais pas un seul homme ne s’est défilé.

L’entraînement en vue du raid a duré des semaines, en particulier à la cale sèche King George V de Southampton, qui était assez grande pour accueillir le Queen Mary de 75’000 tonnes. Les groupes d’attaque ont répété leurs tâches encore et encore, et passé plus de temps encore autour d’une maquette précise à l’aide de photos prises par les avions de reconnaissance de la RAF. Les équipes de démolition se sont entraînées de jour, puis en portant des bandeaux et enfin de nuit. La règle était de placer les explosifs sur la cible en 10 minutes ou moins, et à chaque répétition des hommes étaient déclarés touchés de manière impromptue, afin que les autres membres de l’équipe soient contraints d’apprendre chaque fonction en plus de la leur.

Les raiders ont même inventé un mot de passe à l’épreuve des Allemands : « war weapons week », avec « weymouth » pour réponse, car il n’y a pas de son « w » en allemand. Ils ont également consenti à quelques jeux d’acteurs pour les espions allemands qui pouvaient se trouver autour de Falmouth, leur point d’embarquement. Ils se sont eux-mêmes appelés la « 10e force de frappe anti-sous-marine » et ont lancé la rumeur qu’ils étaient organisés pour rechercher des U-Boote loin au-delà des approches occidentales des Iles britanniques. Ils ont également concocté une histoire selon laquelle la force allait quelque part à l’est du canal de Suez, et ils se sont assurés que quiconque les observait pouvait voir que des lunettes de soleil et d’autres équipements de haute température étaient transportés à bord des bateaux qui les emmèneraient en France.

Au milieu du mois de mars, tout était aussi prêt qu’ils pouvaient le faire. Des images aériennes de dernière minute ont montré 4 nouveaux canons de défense côtière près de l’objectif. Ces nouvelles pièces n’étaient qu’une partie des armements incroyablement puissants du 280e groupe d’artillerie navale, qui couvrait l’estuaire avec 28 canons d’un calibre allant de 70 mm jusqu’aux tubes massifs de 170 mm. Il y avait même une batterie de canons sur rail de 240 mm, le long de la côte à la Baule, à près de 15 km de là. Trois groupes de DCA navale étaient également situés à l’intérieur de St-Nazaire ou à proximité. Ces unités engageaient 43 canons de 20 à 40 mm et quelques autres de 37 mm, dont un grand nombre étaient positionnés dans des tours DCA, au sommet de bunkers ou de toits. Et ceci sans compter les avions de la Luftwaffe, les canons des bateaux mouillant près du dock ou les destroyers errants de la Kriegsmarine.

Dans le bassin de Penhouet ou celui des sous-marins se trouvaient 10 dragueurs de mines, 4 navires de défense côtière et 9 U-Boote – bien que ceux-ci n’avaient que des équipages squelettiques. Un Sperrbrecher lourdement armé – conçu pour combattre les mines magnétiques – était ancré dans le courant. Deux pétroliers étaient en réparation à l’intérieur du grand dock et dans un autre à proximité. Il y avait également 4 torpilleurs de classe Möwe amarrés dans le bassin à sous-marins, et ils occupaient l’endroit exact où Ryder et Newman avaient prévu de placer leur poste de commandement sur la canonnière. L’opération Chariot continuerait quand même. Les risques étaient formidables : 611 raiders, en 2 groupes à peu près égaux de marins et de commandos, s’élanceraient contre des adversaires 10 fois plus nombreux. L’audace et la surprise devaient compenser la disparité des forces.

Dans les eaux de la Loire

Les raiders ont quitté Falmouth tard dans la journée du 26 mars, guidés par les destroyers Atherstone et Tynedale, suivis par le Campbeltown et flanqués des deux côtés par les petites vedettes. Le torpilleur 74 et la canonnière étaient remorqués par les destroyers. Les commandos visibles sur les ponts portaient des tricots et des duffel coats pour tromper tout avion ou sous-marin inquisiteur. Durant la nuit, les Britanniques ont changé de cap et hissé les couleurs allemandes. Le matin suivant, ils ont aperçu un U-Boote, que le Tynedale ont contraint à plonger avec ses canons et ses charges explosives. On n’entendit plus parler du sous-marin, le U-593, mais nul ne pouvait dire s’il avait transmis la position et le cap de la flottille.

Il est apparu qu’il l’avait fait, mais les Britanniques ont eu de la chance. Le U-593 n’avait probablement pas vu les petites vedettes – elles étaient trop bas sur l’eau – et avait également transmis à son commandement qu’il avait vu une force britannique voguant à l’ouest au lieu de l’est. Les Allemands en ont logiquement déduit que le sous-marin avait vu une opération de minage, et ont envoyé des navires pour en savoir davantage. Ils n’ont trouvé qu’une mer vide.

Vers 2200 cette nuit-là, la force aperçut une lumière venant du sous-marin Sturgeon de la Royal Navy, posté en guise de balise de navigation pour marquer le point de départ de l’étape finale pour l’estuaire de la Loire. La petite flottille changea de cap et s’élança dans la gueule du loup, la canonnière en tête et le Campbeltown juste derrière. L’Atherstone et le Tynedale virèrent de bord, naviguant en appui rapproché au large de l’estuaire. Chaque homme avait vérifié et revérifié ses armes, et les équipes de démolition avaient soigneusement empaqueté leurs charges au plastic dans l’ordre dans lequel elles seront utilisées. Chaque charge, variant entre une demi-livre et deux livres, étaient méticuleusement emballée dans du papier étanche.

Au-dessus de St-Nazaire, tranchant sur les ténèbres, les obus allemands faisaient des arcs dans un ciel nuageux, un repère dans la nuit. La RAF effectuait un raid de diversion, bien que la plupart des bombardiers n’ont pas largué leurs charges de crainte de tuer des civils français. En fait, les scrupules des Britanniques ont inspiré les doutes d’un commandant de garnison allemand, qui nota que les bombardiers ne larguaient aucune bombe par instant. « Une diablerie se prépare », a-t-il dit, et il a averti sa garnison de sa « suspicion de parachutages. » Les pilotes de la RAF, qui ne savaient rien du raid imminent en-dessous d’eux, ont dit plus tard qu’ils auraient piqué avec joie pour bombarder au ras du sol si on leur avait dit ce qui était en jeu.

A 2300, sur le Campbeltown, le lieutenant Nigel Tibbets – expert en explosifs – amorça les détonateurs de l’énorme bombe du bateau. Les charges devaient exploser entre 0500 et 0900 le matin suivant. Les colonnes britanniques croisaient posément dans l’estuaire de la Loire, maintenant leur vitesse à moins de 10 nœuds. Les petits bateaux étaient peu maniables à basse vitesse, mais le Campbeltown avait moins de tirant d’eau à 10 nœuds qu’à haute vitesse, et il était essentiel de le maintenir au minimum pour franchir les plages de vase.

A présent, tout le raid dépendait d’un seul homme, le lieutenant A. R. Green de la Royal Navy, navigateur sur la canonnière. C’était à lui d’ouvrir la marche, en maintenant le destroyer hors des hauts fonds et de la vase qui se cachaient autour de lui dans les eaux sombres du fleuve. A deux reprises, le Campbeltown rafla le fonde la vase, réduisant sa vitesse de moitié, mais il poursuivit sa route. La navigation de Green était superbe, et les pilotes professionnels de la Loire ont dit après la guerre que sa conduite du Campbeltown à travers les hauts fonds était « sans précédent dans l’histoire du port. »

Toujours en belles colonnes, la flottille britannique naviguait hardiment dans la nuit, mais elle fut aperçue à 0115 et le quartier-général allemand transmit une alerte de débarquement. Cependant, c’est seulement à 0122 que les défenses côtières ont réagi. Des projecteurs de recherche illuminèrent le fleuve depuis les deux rives, et les Allemands interrogèrent les vaisseaux. Un transmetteur britannique en uniforme allemand répondit, donnant un signal d’appel extrait d’un livre de transmissions dérobé. Cela retint les batteries allemandes pour quelques minutes de plus, et les Britanniques envoyèrent d’autres signaux, en demandant l’amarrage immédiat de bateaux endommagés par l’ennemi. Finalement, lorsque les Allemands commencèrent enfin à ouvrir le feu, les Britanniques émirent le signal international de bateaux pris sous le feu ami.

Dès que les canons allemands se sont mis à tirer pour de bon, les Britanniques amenèrent leurs couleurs allemandes, levèrent l’insigne blanc et répliquèrent avec chaque arme, y compris les mitrailleuses Bren des commandos. Leur feu eut un effet immédiat. Le Sperrbrecher se tut rapidement, son canon de 88 mm étant mis hors combat. Les tirs allemands des berges commencèrent à diminuer, et plusieurs projecteurs furent détruits. L’efficacité du feu britannique fut un triomphe, a dit Ryder par la suite, « pour les nombreux canonniers du navire côtier et du Campbeltown. » Dans la confusion, les petits bateaux de bois émirent de la fumée et mirent abruptement le cap sur la masse noire du chantier de construction navale, alors que le capitaine du Campbeltown, le lieutenant de vaisseau R. H. Beattie, demanda toute la vitesse que son navire pouvait donner.

Au terme de sa longue vie, le Campbeltown se précipitait pour mourir en beauté. Sur le pont, Beattie ordonnait les corrections de cap en visant les grands portes caissons toujours éloignées de quelque 700 mètres. Ses canons Oerlikons étaient en action et pilonnaient les défenses côtières allemandes. Lorsque les servants de deux Oerlikons furent touchés, d’autres membres d’équipage se ruèrent dans le déluge de feu pour les remplacer. Les traçantes allemandes se déversaient sur vers le Campbeltown, et des obus plus lourds s’écrasaient sur ses flancs. Newman, qui l’observait depuis la canonnière, a dit par la suite : « Le poids du feu coupait le souffle. Ses côtés semblaient vivants sous l’éclatement des obus. » Les hommes morts et blessés jonchaient ses ponts ensanglantés.

Le barreur et le bosco du Campbeltown avaient tous deux été tués sur le pont, mais Tibbets a calmement devancé un autre officier et pris la barre. « Je vais le prendre, mon vieux », a-t-il dit, et il a maintenu le vieux bateau droit sur son erre glorieuse. Presque aveuglés par les projecteurs allemands, Beattie et Tibbets sont restés de vrais marins professionnels, laconiques et neutres au milieu du feu et du carnage. Le calme glacé de Beattie amena un observateur à s’exclamer : « Par Dieu ! Le parfait élizabéthain ! »

« A tribord toute », dit tranquillement Beattie à son nouveau barreur.

« A tribord toute », répondit tout aussi calmement Tibbets.

« Cap au 055. » Puis « bâbord 25. »

« La barre à bâbord 25, Monsieur. »

« Cap au 345. »

Beattie ordonna finalement, « cap au 350 », et le vieux Campbeltown fonça directement sur le caisson sud de la cale sèche. Puis, « préparez-vous à l’éperonnage. » Juste avant l’impact, Beattie ordonna « bâbord 25 », et Tibbets balança la poupe à tribord, dégageant habilement une place de débarquement pour les vedettes qui le suivaient.

A la vitesse de 19 nœuds, le vieux destroyer déchira les câbles d’un filet anti-torpilles, s’écrasa dans le grand caisson méridional et se coinça profondément à l’intérieur du grand dock. Sa proue en acier se voilà sur 11 mètres sous l’impact gigantesque. Il était solidement bloqué, pointant vers le haut à un angle d’environ 20 degrés, sa poupe presque submergée. Beattie s’est permis de sourire, puis déclara, « eh bien, nous y voilà, avec 4 minutes de retard. » Il était 0134, juste 4 minutes hors de l’horaire soigneusement planifié par Ryder.

Les groupes terrestres en action

Les survivants des raiders passaient par-dessus le bord du Campbeltown. La plupart d’entre eux avaient été touchés, mais quiconque pouvait se déplacer descendit du dock sur des échelles télescopiques et se lançait dans sa mission. L’équipage du canon avant et les hommes servant les mortiers des commandos étaient tous hors combat, morts ou blessés, mais les Oerlikons restants continuaient de déverser un feu précis sur les défenses côtières. Avec tant de morts et de blessés, pas plus de 113 commandos n’abordèrent la rive, et environ un quart d’entre eux – les hommes chargés des démolitions – ne portaient que des pistolets.

Le colonel Newman mit pied à terre avec son groupe de commandement et fut immédiatement confronté à une furieuse fusillade avec des canons allemands montés sur les abris des sous-marins, les canons des garde-côtes et une batterie côtière. Le sergent-major Haines arriva avec un mortier de 2 pouces au milieu de cet enfer, installa calmement son tube et parvint à réduire l’essentiel du feu allemand, même s’il tirait sans organe de visée. Lorsque l’un des bateaux allemand dans le bassin de St-Nazaire tira sur le groupe de Newman, Haines le fit taire avec une mitrailleuse Bren.

Le lieutenant John Roderick conduisit son groupe au bas des échelles télescopiques par la proue du Campbeltown, prenant d’assaut deux positions de mitrailleuses ennemies dans la foulée en les détruisant à la grenade. Le prochain obstacle était une tour de DCA, que les hommes de Roderick ont détruit en lançant des grenades sur le toit, dans les supports des canons. Ils réduisirent ensuite au silence une position de 40 mm toute proche. Au-dessus d’eux, un autre canon et un projecteur allemand avaient été détruits par le feu britannique, bien que qu’à ce jour encore nul ne sache qui l’ait tiré.

Pendant ce temps, le capitaine Donald Roy menait ses Ecossais en kilt au-delà de la station de pompage, à travers un pont et dans le bassin à sous-marin, où ils parvinrent à retenir des renforts allemands durant une demi-heure. En passant, il détruisit les canons placés sur le toit de la grande station de pompage en béton. Les survivants allemands avaient pris la fuite dans la nuit. Les hommes de Roy subirent de lourdes pertes sous le feu de canons multitubes de DCA situés à l’extrémité du bassin et des navires ancrés à l’intérieur. Mais les Allemands les considéraient comme une menace suffisante pour que l’équipage d’une navire de défense portuaire, redoutant la capture, le sabordent.

Derrière le groupe écossais de Roy, le lieutenant Stuart Chant – déjà touché au bras droit et à la jambe gauche – conduisait son équipe de démolition vers son objectif, la station de pompage du grand dock. Les hommes de Roy avaient déjà éliminé les canonniers allemands sur le toit du bâtiment. Le groupe de Chant plaça un « palourde » – une petite charge aimantée – sur les portes bloquées, défoncèrent ces portes et plongèrent dans les entrailles du bâtiment, se dirigeant vers la machinerie 12 mètres plus bas. L’un des hommes de Chant, qui avait déjà été blessé et ne pouvait plus marcher, fut laissé en couverture à l’entrée de la station de pompage.

Le sergent A. H. Dockerill, jadis enfant de chœur à la cathédrale d’Ely, portait à la fois le sac d’explosifs pesant 27 kg du blessé et le sien en descendant le long des escaliers d’acier. Chant, les mains coupées et en sang, posa les charges avec ses hommes – environ 18 kg de plastic pour chacune des énormes pompes, puis les envoya au sommet du bâtiment en ne gardant que Dockerill avec lui, « au cas où mes blessures devaient m’empêcher de mettre à feu les charges. » Pendant qu’il travaillait, la station de pompage était secouée par les lourdes explosions venant du toit, où Roy détruisait les canons allemands. Dès que Chant et Dockerill allumaient les détonateurs, ils n’avaient que 90 secondes pour remonter l’escalier de 12 mètres et se mettre en sécurité. Chant réussit à monter en boitant les marches dans ce délai, en s’accrochant à la ceinture du solide Dockerill.

Mais il avait bien placé ses charges. L’explosion ne laissa de la station qu’un amas de béton et projeta les moteurs des pompes dans le cratère en contrebas. Son groupe termina le travail et démolit ce qui restait debout avec des marteaux de forgeron et des charges incendiaires. Puis Chant ramena ses hommes vers la rivière, en direction du « Vieux Môle », une jetée qui s’avançait directement dans la Loire, juste au sud de l’ouverture de la cale sèche. Comme leur itinéraire était barré par un pont que le feu allemand balayait, les hommes de Chant s’accrochèrent aux poutrelles sous la structure et ainsi passèrent de l’autre côté.

Le lieutenant Bob Burtenshaw descendait avec son groupe le long du dock près du Campbeltown. Portant la casquette du commandant Beattie – on ignore comment il l’a eu – et son monocle fermement vissé à l’œil, il fredonnait l’air « There’ll Always Be An England » pour lui-même au milieu du feu allemand. Dans les ténèbres, il tomba sur les survivants du groupe du lieutenant Gerard Brett, qui avaient laissé à couvert leur commandant blessé et avaient atteint le caisson nord du dock, non sans tuer deux Allemands croisés en chemin. Ils avaient essayé sans succès de forcer l’ouverture de l’écoutille menant à l’intérieur de l’énorme caisson.

Déjà blessé, Burtenshaw prit le commandement et les équipes mélangées placèrent une dizaine de charges de 8 kg dans l’eau, contre la face du caisson. Les Allemands répondirent par le feu nourri des bateaux mouillant dans le bassin, et Burtenshaw prit la tête d’un petit groupe et descendit le long du mur pour essayer de neutraliser ces tirs. Comme ils avaient transporté leurs lourdes charges explosives, Burtenshaw et ses hommes ne portaient que des pistolets, mais avec ces maigres armes – et l’aide de deux mitrailleurs anglais – ils prirent d’assaut les armes automatiques qui balayaient les sapeurs sur le caisson. Les Allemands prirent la fuite, mais Burtenshaw, toujours fredonnant, fut tué au bord du dock.

La maison de treuil au sud du dock avait également été détruite par un groupe commandé par le lieutenant Christopher Smalley, ses moteurs et ses énormes gerbes réduit à un enchevêtrement de métal, bien que Smalley ait été tué lorsqu’il ramenait ses hommes vers les vedettes restantes. Les hommes du lieutenant Corran Purdon brisèrent la porte d’acier de la maison de treuil du caisson nord, posèrent leurs charges et observaient lorsque leurs explosions démolirent la cible.

L’hécatombe de la flottille

Sur le fleuve, les vedettes en bois avaient terriblement souffert sous le déluge de feu allemand. Plusieurs avaient coulé, étaient en train de le faire ou brûlaient lorsque le Campbeltown s’écrasa. Du carburant enflammé se répandait sur le fleuve pendant que les commandos et les marins luttaient pour nager dans l’eau glaciale, en tirant leurs camarades blessés. Aucun survivant ne pourra jamais oublier les cris des hommes piégés dans le carburant en feu. Le bateau du sergent-major Moss coula sans parvenir à la rive, et ses survivants l’avaient abandonné. Avec cran, Moss nagea vers la terre en remorquant lui-même le radeau – et il mourut avec chaque homme sur le flotteur dans un torrent de rafales de mitrailleuses.

L’une des vedettes prit feu et explosa, en tuant 15 des 17 commandos à bord ainsi que l’essentiel de son équipage. Une autre vedette stoppa pour repêcher les survivants et les extraire du carburant en feu, mais il fut déchiqueté par le feu allemand. Une autre encore perdit un moteur ainsi que sa barre et dut se retirer, et trois autres étaient en flammes. La vedette qui récupéra les survivants du Campbeltown tenta de prendre la fuite vers le large, en zigzaguant et en émettant de la fumée, mais les batteries côtières allemandes étaient simplement trop nombreuses. Touché de nombreuses fois, la vedette se mit à dériver le long de la Loire, tel un phare brûlant dans les ténèbres, privé de capitaine. A part Beattie et un autre homme, chaque officier du Campbeltown mourut à bord, y compris le courageux Tibbets.

La canonnière cabossée de Ryder était jonchée de morts et de blessés, et sur le fleuve 5 vedettes brûlaient furieusement dans la nuit. Au canon pom-pom du pont avant, le marin William Savage déversait un feu continu et précis sur les batteries côtières allemandes. Complètement exposé, sans même une plaque en guise de protection, Savage pilonna calmement les canons allemandes pendant 25 terribles minutes.

Alors que le feu allemand continuait à balayer la canonnière, la plupart des blessés à bord ont été touchés pour la deuxième ou la troisième fois. Pour sauver ses hommes blessés, Ryder donna à contre-cœur l’ordre de se retirer et la canonnière, tirant toujours de ses armes restantes, mit le cap sur l’embouchure de la Loire. Certains des vedettes survivantes rentrèrent à la maison en même temps, en émettant de la fumée pour couvrir leur retrait. Lorsque la canonnière prit enfin le cap de retour, un éclat d’une nouvelle salve allemande tua Savage.

Micky Wynn orienta le torpilleur 74 vers son objectif secondaire, les portes des écluses menant à l’intérieur du bassin de St-Nazaire. Wynn entendit ses projectiles frapper les portes et fit demi-tour, sa mission accomplie. Lui et son torpilleur 74 avaient une voie dégagée vers la sécurité, en redescendant la Loire à 40 nœuds – jusqu’à ce que Wynn tombe sur deux survivants britanniques s’accrochant à un canon de sauvetage dans l’eau. Refusant de les abandonner, il rangea son petit bateau le long du canot, mais avant que les hommes ne puissent être hissés à bord, un torrent de feu déchiqueta le torpilleur 74. Le brave Wynn, ayant perdu un œil, fut secouru avec deux autres hommes par des navires allemands. Tous les autres hommes à bord étaient morts.

Sur la rive, les commandos survivants commencèrent à se réunir autour de Newman, qui rassembla quelque 70 hommes dont la moitié étaient blessés. Newman leur annonça que toutes les vedettes avaient été soit coulées, soit retirées de l’enfer le long de la rive. Il leur ordonna de se diviser en petits groupes et de se diriger vers l’intérieur du pays, de ne pas se rendre tant qu’ils avaient des munitions, et d’essayer d’atteindre la frontière espagnole. Il nomma rapidement des chefs pour chacun des détachements. « Leurs saluts », a-t-il écrit plus tard, « et leur allure auraient pu être ceux de l’Ecosse, et les ordres de combattre à terre furent reçus avec des sourires. »

« C’est une belle nuit au clair de lune pour cela », leur déclara Newman, et ses hommes commencèrent à se séparer, sautant par-dessus les haies des jardins et s’enfonçant dans les allées. Les commandos tiraient sur tout ce qui bougeait en progressant vers le côté est de la zone des bassins, abattant un motocycliste et un pilote de side-car allemands en route, et nettoyant des poches de résistance allemandes. Certains combats s’effectuaient à mains nues. Mais la zone grouillait d’ennemis, et petit à petit les raiders étaient abattus ou capturés.

Pendant ce temps, en haute mer, le Tynedale et l’Atherstone avaient affronté quatre destroyers allemands, et l’Atherstone collectait les survivants de trois vedettes britanniques, leurs ponts recouverts de sang et jonchés de commandos grièvement blessés. Le Tynedale avait recueilli les blessés de trois autres vedettes et de la canonnière, puis transféré certains des hommes à l’Atherstone. Chargés de blessés, les deux destroyers rentraient à vitesse maximale vers Falmouth, couverts par les avions du Coastal Command. Lorsqu’un Junkers Ju-88 se mit à menacer les navires, un Bristol Beaufighter de la RAF attaqua et s’écrasa dans l’appareil allemand. Les équipages des deux avions perdirent la vie.

Peu après, les destroyers Brocklesby et Cleveland firent leur apparition, ce qui ajoutait une puissance de feu considérable à la petite flotte. Le Brocklesby abattit un autre bombardier allemand, et un Beaufighter détruisit un avion de reconnaissance allemand qui suivait, aveuglant ainsi une grande force d’attaque de la Luftwaffe qui se formait pour frapper les Britanniques en retraite. Pour gagner davantage de vitesse, les raiders sabordèrent la canonnière et deux des canots, qui étaient tous salement endommagés.

Trois autres vedettes revinrent à la base de leurs propres moyens, endommageant en chemin un avion allemand et en abattant un autre. La vedette 14 fut bien près de trouver son chemin vers la haute mer, mais à quelque 72 kilomètres de l’estuaire, il se heurta au Jaguar, un torpilleur allemand plus grand et plus lourdement armé. La vedette 14 combattit ce navire pendant une heure, et l’ennemi tentait de l’éperonner ou de le prendre d’abordage. Ce n’est que lorsque ses ponts ruisselaient de sang et qu’il coulait sous son équipage toujours combatif que le skipper de la vedette 14 finalement se rendit. A son crédit, le capitaine allemand Paul prit un grand soin des blessés britanniques. En fait, un officier allemand – probablement Paul – rendit plus tard visite à Newman, alors prisonnier, pour transmettre un compte-rendu favorable de la courageuse défense britannique. Le rapport allemand mena à l’attribution après la guerre d’une Victoria Cross au sergent Thomas Durrant, qui s’accrocha aux mitrailleuses bitubes de la petite vedette et mourut à bord du Jaguar avec un total de 25 blessures.

Une explosion finale

A St-Nazaire, la fumée s’était dissipée et le carnage avait cessé. Les prisonniers britanniques avaient été emmenés, et les cadavres des deux camps collectés. Dans la cale sèche, environ 40 officiers allemands – certains accompagnés de leurs maîtresses françaises – s’étaient aventurés à bord du Campbeltown et inspectaient le navire cabossé. Quelques 400 autres Allemands curieux étaient rassemblés sur les bords du dock. Ils y étaient toujours en fin de matinée, discutant et prenant des photos, lorsque l’énorme charge du vieux destroyer explosa, dispersant des fragments humains sur tout le flanc de la cale.

L’explosion projeta complètement le caisson hors de son rail, détruisit la proue du Campbeltown et mit hors service le dock pour le reste de la guerre. Beattie était alors interrogé par un officier allemand, qui venait de lui dire que les Britanniques n’avaient de toute évidence pas réalisé la résistance du dock. A l’instant où la charge du Campbeltown fut mise à feu, la fenêtre éclata et la bâtiment fut secoué. Beattie ne résista pas à l’envie de dire doucement qu’ils n’avaient peut-être pas sous-estimé leurs cibles.

Les pertes allemandes dues à l’explosion sont inconnues, mais plus tard des enquêtes françaises fixèrent ces pertes à 60 officiers et quelque 300 soldats en plus de ceux tués et blessés par les commandos. On affirme encore que l’un ou l’autre des officiers britanniques capturés étaient également à bord du Campbeltown, et qu’ils se sont peut-être sacrifiés en racontant au large groupe d’officiers allemands une histoire préparée, afin de les faire rester à bord jusqu’à l’explosion. Les habitants de St-Nazaire croyaient que quelque chose de ce genre s’était produit, ou qu’un officier était retourné pour mettre à feu les charges. Si c’était le cas, c’était un sommet de sang-froid et de courage.

Le jour suivant, les deux torpilles à détonation retardée du torpilleur 74 explosèrent dans le bassin de St-Nazaire, générant une panique au sein des défenseurs allemands. Certains soldats allemands se mirent à tirer de manière indiscriminée sur des ouvriers français, et même sur le personnel de leur propre Organisation Todt.

Le Campbeltown avait bien fait son travail. En fait, le dock ne fut pas remis en service avant les années 50. Le monstrueux cuirassé Tirpitz restait privé de base. Il ne sortit jamais de son refuge norvégien, et c’est là, dans un autre raid, les sous-marins de poche de la Royal Navy le trouvèrent et le paralysèrent en 1944. A l’automne de cette année, des Avro Lancasters de la RAF l’attaquèrent. Leurs bombes de 5450 kg ravagèrent le cuirassé, qui chavira dans le fjord de Tromso et devint un cercueil d’acier pour une grande part de son équipage.

L’opération Chariot avait coûté à la Grande-Bretagne 169 tués et environ 200 prisonniers, la plupart d’entre eux blessés. Cinq commandos parvinrent à se frayer un chemin jusqu’à l’Espagne. Quatre autres furent faits prisonniers, mais réussirent à s’échapper. Ceux qui moururent dans l’attaque furent honorés par les Allemands, qui formèrent une garde d’honneur pour les cercueils de certains d’entre eux et échangèrent des saluts avec des officiers britanniques capturés lors de l’enterrement.

Le courage extraordinaire des raiders aboutit à un total de 74 décorations britanniques, et la France a décerné 4 Croix de Guerres. Un nombre sans précédent de 51 hommes a été mentionné dans des citations, et l’opération a été surnommée par ceux qui y ont survécu « le plus grand raid de tous les temps. » Cinq Victoria Cross furent également décernées aux raiders. L’une est allée à Ryder et une autre à Newman, en reconnaissance non seulement de leur valeur personnelle mais également de la valeur collective des hommes sous leurs ordres. Une troisième médaille est allée à l’imperturbable Beattie, le capitaine du Campbeltown, reconnaissant son courage de même que, selon la coutume britannique, la valeur « aussi des officiers et des hommes du navire, dont beaucoup n’ont pas survécu. »

Le sergent Durrant mérita sa Victoria Cross pour son combat courageux et à sens unique contre les canons du Jaguar. La cinquième médaille est revenue à Bill Savage. Sa citation résume toute la nuit tragique et vaillante de St-Nazaire. La Victoria Cross a été décernée non seulement pour le courage individuel, mais également pour la grande valeur de nombreux anonymes, dans les vedettes, les canonnières et les torpilleurs, qui ont accompli leur devoir à des positions complètements exposées et à courte distance du feu ennemi.

Texte original: Robert Barr Smith, « The Greatest Raid of All », World War II, Mars 2003 
Traduction et réécriture: Maj EMG Ludovic Monnerat 

source : http://militaires-d-hier.forumgratuit.org/t4398-le-raid-britannique-sur-le-port-de-st-nazaire-reste-le-plus-grand-de-tous-les-temps#30582

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21 mars 2013

La bataille de Bougainville

Classé sous — milguerres @ 22 h 54 min

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

La bataille de Bougainville bougai10

 

La bataille de Bougainville est une bataille de la Seconde Guerre mondiale dans le théâtre d’opérations de l’océan Pacifique, au cours de laquelle les forces alliées comprenant des forces américaines, australiennes, néo-zélandaises etfidjiennes conquirent l’île de Bougainville dans les îles Salomon.

Bougainville faisait partie, à cette époque, du territoire de la Nouvelle-Guinée.
Bougainville avait été occupée par les Japonais dès 1942, et ceux-ci avaient installé des bases aériennes sur Buka au nord et Buin au sud, ainsi qu’une base navale dans les îles Shortland toutes proches. L’ensemble de ce dispositif japonais assurait la sécurité de la base de Rabaul et un support aux opérations dans les Salomon.

Dans le cadre de la finalisation de l’opération Cartwheel, les forces alliées avaient l’intention d’établir des bases sur Bougainville afin de pouvoir neutraliser le centre stratégique japonais établi à Rabaul.
Le 1er novembre, à 7 heures 30, la Task Force 31 du contre-amiral Theodore S. Wilkinson commence à débarquer la 3e division de marines du général Allen H. Turnage dans la baie de l’impératrice Augusta, dans le secteur du cap Torokina, sur la côte centre-sud de Bougainville. Les opérations se passent sous la protection de la Task Force 39 de l’amiral Aaron S. Merrill (4 croiseurs et 8 destroyers) et de la Task Force 38 de l’amiral Forrest Sherman (porte-avions Saratoga et Princeton).
Bougainville est défendue par la XVIIe armée japonaise du général Hyakutake, qui comprend 40 000 hommes de troupes et 20 000 marins, mais la garnison locale ne comprend que 200 hommes, et est rapidement vaincue tandis que les marines établissent une tête de pont. À la fin du jour, 14 000 soldats américains ont débarqué, malgré les bombardements opérés par des Japonais provenant des bases disséminées sur Bougainville et les îlots environnants.

Les forces aériennes des Task Force 38 et 39 bombardent quant à elles les aéroports japonais des Shortland et de l’île de Buka, au nord-ouest de Bougainville, et en fin de journée, la Task Force 39 empêche un contre-débarquement lors de la bataille de la baie de l’Impératrice Augusta.

Au cours de jours qui suivent, les Américains étendent leur tête de pont jusqu’au cap Torokina. Le 5 novembre, ils repoussent une contre-attaque du 23e régiment japonais sur la piste de la Mission, et le 7 novembre les Japonais tentent d’attaquer le flanc de la tête de pont en débarquant 500 soldats japonais au nord de la position américaine, près du marais de Koromokina. Les Japonais subissent de lourdes pertes et sont repoussés, tandis que les Américains progressent sur la piste de la Mission vers la jonction avec celle de Numa-Numa.
Le 9 novembre, tandis que la plus grande partie de la 73e division américaine débarque dans la baie de l’impératrice Augusta, les Marines atteignent le barrage installé par le 23e régiment d’infanterie nippon, qui ne sera pris qu’après trois jours d’intenses combats où les Américains subissent de lourdes pertes et où les Japonais sont exterminés.
Le 13 novembre, la Task Force 39 de Merrill débarque les troupes restantes de la 37e division d’infanterie et la 21edivision de marines et le 14 novembre, les Marines s’emparent du carrefour routier entre la piste de la Mission et celle de Numa-Numa, avec le soutien de quelques chars.

Au cours de la seconde moitié de novembre, le périmètre américain s’élargit, notamment en progressant le long de la piste Numa-Numa parallèle à la rivière Piva, ce malgré une forte résistance japonaise.
À partir du 9 décembre, tandis que la piste d’aviation américaine du cap Torokina est mise en service, les Marines déclenchent une série d’attaques contre les troupes japonaises disséminées dans les collines qui dominent la tête de pont américaine. Dès le 10 décembre, des chasseurs américains arrivent sur la nouvelle base de laquelle pourront être organisés des raids aériens sur Rabaul, qui n’est qu’à 220 miles. Un mois plus tard, un nouvel aéroport est mis en service dans le secteur de Piva, destiné à servir de nouvelle base d’appui pour les offensives aériennes contre la Nouvelle-Bretagne et le 12 janvier, les marines quittent Bougainville pour être remplacés par la division Americal.

Au mois de mars 1944, une série de contre-attaques japonaises eurent lieu (Hill 700, Cannon Hill et Hill 260) qui furent défaites après d’âpres combats. Les Japonais se retirèrent alors dans l’intérieur de l’île ainsi que dans des poches situées au pointes nord et sud, abandonnant toute contre-attaque et se concentrant sur leur survie, étant coupé de tout ravitaillement de l’extérieur. Les Alliées de leur côté ne tentèrent pas de nouvelle conquête territoriale, se concentrant sur l’établissement et le maintien des trois bases aériennes qui leur permettait de mener des opérations aériennes sur Rabaul et d’autres bases japonaises.
À partir d’octobre 1944, les forces américaines transférèrent peu à peu les opérations à des troupes australiennes. Les opérations sur Bougainville ne prirent fin que lors de la capitulation japonaise, le 21 août 1945.

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La bataille de la baie de l’Impératrice Augusta, aussi connue sous les noms de bataille de la baie de Gazelles, de opération Cherry Blossom et, dans les sources japonaises, bataille navale de Bougainville, est une bataille navale de la Guerre dans le Pacifique pendant la Seconde Guerre mondiale, qui a eu lieu nuit du 1er au 2 novembre 1943 entre la Marine impériale japonaise et la marine américaine. La bataille, qui s’insère dans le cadre de la bataille de Bougainville, a eu lieu au large de l’île de Bougainville dans les îles Salomon.

Alors que les Marines avaient pris pied sur Bougainville, dans la baie de l’Impératrice Augusta, dans le cadre de ce qui allait devenir la bataille de Bougainville, les Japonais répondirent immédiatement par des attaques aériennes de Rabaul et envoyèrent de Rabaul la 8e flotte commandée par l’amiral Sentaro Omori et constituée des croiseurs lourds Myoko et Haguro, des croiseurs légers Agano et Sendai et des destroyers Shigure, Samidare, Shiratsuyu, Naganami, Hatsukaze et Wakatsuki.

Vers 2 heures 30, la Task Force 39 du contre-amiral Merrill intercepta la flotte japonaise à proximité des côtes de Bougainville. Les destroyers américains lancèrent leurs torpilles. Ils ne touchèrent rien, mais les manœuvres d’évitement des Japonais désorganisèrent la flotte. Les croiseurs américains ouvrirent alors le feu et endommagèrent le Sendai. Les Japonais tentèrent de répondre au feu américain, mais le destroyer Samidare percute le Shiratsuyu en voulant tirer une torpille, tandis que le croiseur Myoko percute et endommage gravement le destroyer Hatsukaze. Lorsque les Japonais finirent par trouver les Américains et par ouvrir le feu, Merrill rompit le combat en faisant tirer des fumigènes. Ceux-ci firent croire à Omori qu’il avait coulé un croiseur lourd et il décida qu’il avait rempli sa mission et fit faire demi-tour à la flotte.

Tandis que Omori s’éloigne, Merrill décide de lui donner la chasse et trouve sur son chemin le Sendai et le Hatsukaze endommagés, qu’il fait canonner et couler. Vers 8 heures, la Task Force est attaquée, sans grand dommage, par l’aviation nippone.

Le bilan de la bataille est très défavorable au Japon : la quasi totalité des navires ont été touchés, le Sendai et le Hatsukaze ont coulé. Côté américain, un croiseur et deux destroyers sont légèrement endommagés, un destroyer a été plus gravement touché.

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Un avion japonais s’écrase près du USS Columbia 

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Des Raiders des Marines posent devant une position japonaise prise, cap Torokina, janvier 1944

source

wikipedia

Post de « Sylvain » 35ème RAP sur :  http://militaires-d-hier.forumgratuit.org/t4311-bataille-de-bougainville#30128

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

28 janvier 2013

Combat de Pont-de-l’Arche

Classé sous — milguerres @ 12 h 22 min
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http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gifCombat de Pont-de-l’Arche

 

http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gifLe 4e Groupe franc de cavalerie

Date 9 juin 1940
Lieu Pont-de-l’Arche, France
Issue Victoire allemande marginale
Belligérants
République française
Allemagne Reich allemand
Commandants
Capitaine Huet
Général Rommel

Le 9 juin 1940, Pont-de-l’Arche, près de Rouen, fut le cadre d’un héroïque combat de retardement livré par le 4e Groupe Franc motorisé de cavalerie aux unités d’avant-garde de la division Rommel.

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Le 4e Groupe franc de cavalerie

Le haut commandement français étant à court d’unités blindés, cinq « Groupes francs motorisés de cavalerie » furent constitués au 1er juin 1940, à Montlhéry où était basé le COMAM (Centre d’organisation de motocyclistes et automitrailleuses).
Ces escadrons autonomes, initialement destinés à renforcer la défense de la Somme, furent finalement déployés aux environs de Rouen le 8 juin pour protéger les ponts de la basse Seine.

Le 4e Groupe franc était commandé par l’énergique capitaine François Huet, héros des combats de Belgique du mois de mai 1940, futur commandant militaire du maquis du Vercors en juin 1944, puis général.

Entièrement motorisé, le Groupe Franc, était composé de deux pelotons de canons anti-chars (tractés), d’un de mortiers, d’un de mitrailleuses, d’un autre d’automitrailleuses, d’un peloton de motos et d’un de chars (aspirant Guy Dubern, trois chars prototypes Renault AMC 35 de 15 tonnes, canon de 47 mm).

Le 7 juin, les Groupes francs prirent la route en direction de la Somme, via les ponts stratégiques de la Basse Seine situés à l’est de Rouen. Ils étaient parvenus là, dans cette région normande encore épargnée par la guerre et pratiquement non défendue, lorsque, le 8 juin, les nouvelles de l’effondrement du front arrivèrent jusqu’à eux. L’avant-garde allemande, la 7e division blindée du général Rommel, n’était plus qu’à quelques heures de route et fonçait vers Rouen. Chaque commandant de Groupe Franc reçut l’ordre de prendre position en avant de l’un de ces ponts, incontournables points de franchissement de la Seine, seulement gardés par quelques réservistes d’un régiment territorial. La mission assignée par le haut commandement était claire : tenir sur la rive droite aussi longtemps que possible, pour permettre le repli d’un maximum de troupes françaises puis couvrir les unités du génie chargées de la destruction des ponts.

Le capitaine Huet et son unité se trouvant « dans la forêt de Louviers, une estafette apporta les ordres du général Duffour (Gaston Duffour), commandant la 3e région militaire et chargé du secteur défensif de la Basse Seine : « Renforcé d’un peloton anti-chars, le 4e groupe franc se portera le plus vite possible sur la rive nord de la Seine, au nord du Pont-de-l’Arche, près des Andelys. Il y organisera cinq points d’appui ayant pour mission de retarder l’avance des éléments allemands déferlant vers la Seine après la bataille de la Somme. La défense sera organisée face à l’est. » Le dispositif prescrit, long d’environ 25 kilomètres, fut pris sans délai. Il comprenait une liaison précaire à gauche vers Boos, tenu par le 2e groupe franc ; il n’y avait pas de liaison à droite : une compagnie britannique signalée tenant [la rivière] l’Andelle à Pitres se replia au sud de la Seine vers 17 heures (sic). » (Broche, op. cit.)

Le 4e Groupe Franc de Huet prit position dans le bourg situé en avant des ponts routier et de chemin de fer de Pont-de-l’Arche, Igoville. L’un des trois chars était en panne, sur son porte-engins, les moyens étant comptés. Une unité britannique, déployé à quelques kilomètres au nord, devait tenir les hauteurs, en zone rurale, puis se replier vers le bourg et le pont pour renforcer le Groupe Franc. Huet lui envoya en début de soirée un officier de liaison, à bord d’un side-car, qui revint bientôt avec des renseignements sur l’avance allemande. Quelques heures plus tard pourtant, à la liaison suivante, l’unité alliée avait disparu sans prévenir, vraisemblablement vers un autre pont. Sans avoir rencontré la moindre résistance, l’ennemi commençait silencieusement à prendre le contrôle de la crête. Au cœur de la nuit du 8 au 9 juin, allait s’engager, en zone urbaine et industrielle, l’action de retardement de Pont-de-l’Arche.

Déroulement

Ce combat peu connu, livré à l’avant garde de la division blindée Rommel par le capitaine Huet et une centaine de jeunes gens, préfigure assez bien la défense de Saumur par les cadets quelques jours plus tard (voir Défense de la Loire). Avec quelques canons anti-chars et mitrailleuses il tenait le bourg, soutenu par l’élément blindé mobile que constituaient sa poignée d’automitrailleuses et ses deux chars valides.

« A 3 heures 20 exactement, dans le petit jour qui perçait à peine, le premier coup de canon de 25 partit du point d’appui d’Igoville, stoppant net les chars allemands qui descendaient par la route de Rouen. Les routes embouteillées, le terrain difficile rendaient toute manœuvre aléatoire. Ce fut donc un combat d’infanterie, solidement appuyé par les minenwerfer (lance-mines) et par l’artillerie allemande, dont un avion réglait le tir à moyenne altitude, tout en jetant des projectiles incendiaires. Les Allemands ne tardèrent pas à se ressaisir : ils garnirent de mitrailleuses la crête située à 500 mètres au nord d’Igovile-Alizay, que les effectifs réduits de la défense n’avaient pas permis de tenir solidement. Tirant à obus explosifs, les chars allemands firent taire les armes automatiques, trahies par leurs balles traceuses. Mais, à l’abri des couverts, les Français infiltrèrent les positions ennemies et chasèrent les fantassins allemands, qui se replièrent précipitamment. A l’aube, les points d’appui d’Igoville et d’Alizay tenaient toujours. Peu après, une infiltration allemande menaça de mettre en péril le dispositif français de destruction [du pont]. » (Broche, op. cit.)

Au final, lorsque le jour fut levé, les munitions ayant été pratiquement dépensées, Huet se résigna à organiser le repli de ses pelotons et à faire traverser in extremis autant de ses hommes que possible. « A 7 heures, le capitaine Huet donna l’ordre, par fusée, de faire sauter le pont (ce qui fut accompli quelques instants plus tard), en continuant à se battre le dos au fleuve.(…) Une pression allemande de plus en plus forte fut contenue à grand-peine. (…) Pour éviter d’être acculé à la Seine, François [Huet] tenta de replier la défense vers la droite, en direction de Pont du Manoir, sous la protection de deux automitrailleuses, de deux chars et d’un petit groupe de volontaires. Le passage du personnel s’effectua à la nage et par des barques, où l’on entassa les armes automatiques et les munitions. François ordonna de détruire ou de jeter à la Seine le matériel et les canons qui n’avaient pas été endommagés. » (Broche, op. cit.) Mais le combat n’était pas terminé.

Après-bataille

Le 4e Groupe franc poursuivit ses actions de retardement jusqu’à l’armistice du 22 juin 1940, de façon parfaitement ordonnée, mais handicapé par une mission annexe de protection de l’État-major du général de La Laurencie. Le commandement français s’effondrait, mais Huet demeurait d’une énergie imperturbable et défendait avec ses moyens toutes les positions qui pouvaient l’être. Plusieurs fois il reçut avec colère l’ordre de décrocher et de revenir escorter l’État-major du général qui battait en retraite.
Les 16 et 17 juin, le 4e Groupe franc prit une part active à la défense de Château-Gontier, puis s’illustra particulièrement en tenant les ponts du Lion-d’Angers (Le Lion-d’Angers), bloquant les infiltrations blindées ennemies, sous de forts bombardements d’artillerie et de Stukas. « Le 18, il intervint à nouveau dans la défense de Vernet et de Bécon-les-Granits, près d’Angers, avant de passer la Loire dans la soirée à Montjean. » (Broche, op. cit.) Lorsque l’armistice entra en vigueur, le 24 juin à 19h, le Groupe franc venait d’atteindre la Garonne et, deux jours plus tard, s’installait à Flaujagues (Gironde).

Ordre de bataille du 4e Groupe Franc de Cavalerie le 8 juin 1940
Commandant : capitaine François Huet.
Effectif : 177 hommes, dont 8 officiers, 19 sous-officiers et 150 cavaliers ;
- 1 peloton de commandement,
- 1 peloton de chars, à 2 AMC-35 (un troisième étant en panne),
- 1 peloton d’auto-mitrailleuses,
- 1 peloton anti-chars à 2 canons anti-chars de 47mm,
- 1 peloton anti-chars à 2 canons de 25mm,
- 1 peloton de mitrailleuses lourdes,
- 1 peloton de motos,
- 1 peloton de mortiers.
Il était prévu que ce 4e Groupe Franc dispose « d’une dizaine de chars Somua de 37 tonnes » (Broche, op. cit.) mais tel n’était pas le cas.

source wikipedia

 

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

3 janvier 2013

La Tunisie et la Grande Guerre

Classé sous — milguerres @ 1 h 03 min

 

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La Tunisie et la Grande Guerre

La Tunisie au gré des conflits

Première Guerre Mondiale en Tunisie (1914 – 1918)

http://www.toutelatunisie.com/doc.php?docid=198

80 339 Tunisiens ont pris part à la Première Guerre mondiale, souvent enrôlés de force. 35 900 ne sont jamais revenus. Le service militaire a été rendu obligatoire depuis 1857 pour les jeunes musulmans non titulaires d’un certificat d’étudiant délivré par la Mosquée Zitouna. Mais, à l’avènement du protectorat, l’armée est simplement réduite à une garde beylicale de 500 hommes, répartis entre les sections infanterie, cavalerie et artillerie, sous le commandement d’officiers français (1883). Cependant, un an auparavant, douze compagnies mixtes franco-tunisiennes avaient été créées au sein du corps français d’occupation.

La Première Guerre mondiale a opposé la France et ses alliés, la Grande Bretagne, la Russie et l’Italie, à l’Allemagne qui, exclue de l’Afrique du Nord où se nouaient des coalitions pour maintenir la dominance de l’Europe de l’Ouest sur le bassin méditerranéen, s’est rapprochée du Califat ottoman, en prenant à son propre compte la politique islamique. En Tunisie, les notables religieux, les intellectuels et la bourgeoisie moyenne tunisienne, par affinités religieuse, linguistique et culturelle sont restés fidèles de cœur à l’Empire ottoman et la Cour beylicale était pro-française  par nécessité. Une dichotomie qu’entendait utiliser l’Allemagne qui cherchait à s’implanter en Afrique du Nord : elle était présente dans l’industrie hôtelière tunisienne où ses ressortissants avaient constitué des cellules d’espionnage, dans le commerce et lorgnait depuis le début du siècle sur les exploitations minières.   

Le déclenchement de la guerre suscite des mesures dans la Régence qui vit, en 1914, une situation économique difficile, en particulier la population rurale. L’état de siège est rapidement déclaré, l’autorité militaire se substitue à l’autorité civile, les réservistes indigènes sont rappelés sous les drapeaux, les relations diplomatiques avec la Turquie sont rompues… Dans toute la région, de l’Atlantique aux confins de la Russie, les protagonistes se livrent une guerre armée et une guerre d’influence. Allemands et Turcs font campagne dans le monde musulman pour l’inviter à mener une guerre sainte et la France et la Grande Bretagne y jouent de leur influence, accordant des aides aux nations, appelant au rétablissement du Califat de la Mecque…  Qu’en est-il en Tunisie ? En réponse à cette exhortation à la guerre sainte, le Bey adresse une proclamation à tous ses sujets, il y vante les bienfaits du Protectorat, il oppose le respect des autorités occupantes pour la religion musulmane aux basses intrigues de l’Allemagne pour entraîner la Turquie dans le conflit. La France, poursuit-il, n’a aucune haine contre le Sultan puisque récemment, elle lui a accordé un prêt de 100 millions pour réparer les destructions causées par la guerre balkanique, il ne faut pas confondre le peuple turc avec la poignée de militaires égarés auprès de l’Allemagne. Il terminait en assurant les Tunisiens qu’ils n’iraient point combattre dans le Hedjaz où se trouvent les lieux saints vénérés et qu’il avait parfaite confiance dans la victoire de la France. Les confréries religieuses, les cheikhs des trois grandes communautés musulmanes en Tunisie, les Kadria, les Rahmanias et les Aïssaouis, les membres du Charaa épousent sa position et affirment haut et fort leur dévouement à la France. Une fatwa, le 22 septembre 1915, considère même que ni le Coran, ni l’Islam n’empêchent de porter un casque de fer pour se protéger.

histoire_premiere_guerre_mondiale_tunisie.jpgLes Tunisiens sont de plus en plus nombreux à partir sur le front, se battent à armes inégales avec l’ennemi dans les tranchés et sont hébergés à leur arrivée  en France, à Aix, Arles, ou près d’Alès, à Tarascon et à Beaucaire, dans des conditions à la limite de la décence. Même si la Métropole se dit à leur écoute, leur prodigue soin, cours d’agriculture et de langue française, elle reste longtemps sourde à leurs principales revendications : les soldes insuffisantes, la situation des familles restées au pays. Même la proposition d’un civil, Charles Gide, président de l’Alliance franco-indigène, de leur offrir la naturalisation, ce qui pourrait augmenter leur loyalisme est restée sans suite. Nombreux combattants indigènes reprochent au Bey et sa Cour d’avoir cédé à la France et de les avoir laissés partir se battre pour une cause qui n’est pas la leur.

Malgré les campagnes d’incitation à la désertion que les Allemands ont menées auprès des soldats musulmans, les tirailleurs tunisiens sont restés loyaux à la France. Leurs faits d’armes leur ont valu la Croix de guerre, la Légion d’honneur et la participation au défilé du 14 juillet 1919. Ceux restés en Tunisie, le bataillon du 1er régiment de tirailleurs et les goumiers, ont réussi à faire échouer une rébellion senoussie, qui a éclaté en Tripolitaine, sous le commandement d’officiers turcs et qui entendaient semer le désordre dans la Régence, avec  le soutien de tribus comme les Merazigues ou les Oudernas.

Comment s’est comportée la population tunisienne face à cette guerre ? Il n’y a pas eu de révolte ouverte ni de poussée nationaliste. Dans  les villes, ce sont surtout de jeunes intellectuels formés à la française ou à la Mosquée Zitouna qui se sont opposés à l’enrôlement des Tunisiens, par déception ou par attachement à un passé lointain ou au pays d’origine. Dans la campagne, le malaise est plutôt dû à la situation précaire de la population suite à la crise économique et au départ des hommes dans l’armée. En 1917, les Tunisiens s’inquiétaient plus des Israélites, qui exemptés, accaparaient le commerce intérieur et extérieur et monopolisaient le secteur financier, que de l’issue de la guerre.

Qu’est-il ressorti de la participation des Tunisiens à une guerre qui somme toute ne les concernait ? Certes des pensions militaires ont été versées aux familles, des avantages en nature ont été concédés, mais le peuple tunisien s’est senti lésé. Cette déception profita plus tard aux mouvements nationalistes. Dès 1920, naît le parti du Destour qui réclame l’établissement d’une constitution.

 

Le 126e Régiment d’Infanterie Territoriale – 126e R.I.T.

http://www.histoiredemosset.fr/126e_rit.html

19 août 1914, le 126e R.I.T. embarque à Port-Vendres pour la Tunisie. Mais dès le 3 octobre 1914, un tiers du 126e (environ 1200 hommes) est renvoyé en France en renfort. À partir de là, ses effectifs ne vont pas cesser de s’amenuiser au fil du temps. Ils seront 800 au retour en France en 1919.
Le drame sud-tunisien
Le 126e R.I.T. assure le maintien de l’ordre en Tunisie jusqu’à la fin de la guerre, d’abord à Bizerte, puis au centre tunisien et enfin à Tunis. C’est surtout au Sud tunisien, pendant trois ou quatre mois (septembre 1915 au début 1916) que le 126e va être à l’épreuve du feu où il combattra avec honneur. Les Allemands avec l’aide de leurs alliés turcs veulent soulever la population musulmane d’Afrique du Nord. Ils espèrent ainsi obliger la France à se renforcer sur le sol africain et donc à dégarnir son front occidental. La Turquie profite d’un mouvement de rébellion mené par des religieux musulmans, les Senousis, pour déstabiliser les Italiens « occupants » en Lybie. Les troupes italiennes, mal préparées aux combats dans le désert, poursuivies par les tribus frontalières incitées au jihad par les Senousis, se replient défaites à l’intérieur des frontières sud-tunisiennes. Pour éviter la contagion dans le Sud algérien, il n’y a que nos « Pépères catalans » du 126e R.I.T. ainsi que des reliquats peu brillants de bataillons d’Afrique « disciplinaires, » les Joyeux, et quelques escadrons de Spahis pour s’opposer à la rébellion naissante. Bien que ces troupes soient inadaptées au terrain aride et à la chaleur écrasante et peu entraînée, elles maîtriseront suffisamment longtemps les attaques tribales, jusqu’à l’arrivée de troupes aguerries pour les relever, au moins en ce qui concerne nos « Pépères. » D’après Henri Frigoul

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La Tunisie et la Grande Guerre

La Tunisie au gré des conflits

1 janvier 2013

Les infirmières et la Grande Guerre

Classé sous — milguerres @ 17 h 49 min

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 Les femmes et la Guerre

Les infirmières dans les premiers temps

de la guerre de 1914-1918 *

par Bernard MARC 

Téléchargement document pdf, lien ci-dessous :

http://www.biusante.parisdescartes.fr/sfhm/hsm/HSMx2002x036x004/HSMx2002x036x004x0409.pdf

Des problèmes nouveaux et illimités

Dès le 2 août 1914, la nature du conflit mondial posait à la 7ème direction chargée du service de santé des armées et dirigée par le médecin inspecteur Troussaint des problèmes de traitement des blessés et des malades qu’elle n’arrivera pas à juguler avant la fin de l’année 1915.

L’organisation, quoique revue en 1912 et théorisée entre autres par

le médecin-major Simonin du Val-de-Grâce (1), fut dépassée par l’ampleur des problèmes: une guerre moderne tout d’abord, avec des blessures dues à l’artillerie ou aux balles des shrappnels, des combats permanents sans trêve pour le ramassage des blessés (2), une guerre de mouvement dans les premiers temps du conflit. D’où des conséquences immédiates pour les soins aux blessés : pas de bases fixes pour le service de santé, de nombreux établissements sanitaires dans la zone occupée par l’ennemi, des évacuations sanitaires irréalisables (3) entre autres fautes de trains ou de voies ferrées utilisables ou bien irréalistes, avec des voyages vers le premier hôpital de l’arrière pouvant prendre trois ou quatre jours, sans le moindre soin digne de ce nom (4-8).

C’est avec 10 490 médecins dont seulement 1 495 militaires de carrière et de 2 318 pharmaciens dont 126 seulement du cadre militaire actif que le corps de santé devait faire face, au début de la guerre de 1914-1918. Ces effectifs étaient inférieurs à ceux  théoriquement prévus d’au moins 7 000 médecins au service des armées et de 5 000 médecins au service de l’intérieur.

A cette carence en personnel, s’ajoutent les difficultés dues à la violence et l’aspect de guerre moderne qui caractérisent déjà les tout premiers mois du conflit mondial. Les postes de secours régimentaires sont débordés et les récits des témoins concordent.

En effet, lorsque les blessés arrivent un peu à l’arrière au poste de secours, amenés par les brancardiers arrivés seuls ou aidés par des camarades de bonne volonté, ils

trouvent des postes de secours débordés comme le décrit le médecin inspecteur Mignon (9) : « 3 ou 400 blessés furent couchés sur des matelas, des canapés, de la paille. Le château une fois comblé, les blessés débordèrent sur l’école, l’église, les maisons particulières (…) ». Comme personnel médical un aide-major, un médecin auxiliaire, un infirmier étudiant en médecine, des infirmiers régimentaires et des habitants

bénévoles. « En fait de matériel, un panier de pansements de cavalerie, le contenu de sacoches régimentaires, des sacs d’infirmiers et des pansements individuels » (10).

L’organisation des évacuations sanitaires, sensée permettre des meilleurs soins une fois au calme est tout autant désorganisée et débordée, lorsqu’elle est possible puisque n’existent pour toute l’armée que vingt-cinq sections sanitaires d’évacuation, hippomobiles bien sûr, parfois tombées aux mains de l’ennemi ou dispersées par les mouvements de la bataille de la Marne et de la « course à la mer » avant que le front ne se stabilise à la fin de l’année 1914 (Fig.3).

L’espoir pour les blessés consistait en partie dans les trains sanitaires. S’il existait cinq trains permanents, assez bien équipés, qui circulaient sur les différentes voies de chemins de fer, il fallut leur adjoindre pas moins de 115 trains sanitaires improvisés, trains de marchandises dans les wagons desquels on mettait douze brancards par wagon, qui servirent à l’acheminement des blessés vers les hôpitaux de l’arrière (Fig.4).

Les victimes de cette désorganisation furent d’abord les blessés. Si Georges

Clemenceau vit son journal « l’Homme libre » interdit en septembre 1914 suite à un article particulièrement critique sur le problème des blessés, il ne fut pas le seul, loin de là, à s’élever contre cet état de fait.

 

Un afflux massif de blessés et de malades

Ce qui frappe dans l’étude des premiers temps de la Grande Guerre, au plan de l’organisation sanitaire, c’est bien sur le désordre et l’improvisation pour tenter de les pallier, mais aussi c’est l’importance des besoins.

En effet, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le compte-rendu récapitulatif du 2 août 1914 au 31 décembre 1914 des blessés et malades pris en charge par la 7ème direction ne compte pas moins de 798 833 blessés français et des troupes d’Afrique et 322 672 malades pour ces mêmes effectifs, en quatre mois.  

 

Cet afflux est d’autant plus évident, à une période de grande désorganisation, lorsqu’on le compare avec les chiffres de la période des quatre premiers mois de l’année 1915, période qui succède aux premiers mois du conflit et qui fait l’objet du tableau 2.

Globalement, les nombres diminuent significativement, en ce qui concerne les blessés (- 69 % pour les troupes de métropole, – 56 % pour les troupes d’Afrique). A contrario, les cas de maladie progressent (+ 44 % et + 23 % respectivement pour les troupes de métropole et les troupes d’Afrique), ainsi que leur gravité – le début de 1915 est une période où de nombreux cas de typhoïde apparaissent – (+ 281 % de décès dans les troupes de France ).

 

Une organisation sanitaire parallèle, bénévole et efficace

Devant de tels problèmes, qui n’étaient pas la seule vision des polémistes, des mesures furent prises : un arrêté ministériel du 9 octobre 1914 créa une direction générale du Service de Santé aux Armées, direction individualisée qui n’existait pas jusqu’alors et le recours au bénévolat, parfois seul à avoir fait face à l’afflux de blessés, fut vivement encouragé.

En effet, d’août 1914 à la moitié de 1915, la très large majorité des soins aux soldats blessés et malades aura été le fait de l’oeuvre des bénévoles, notamment ceux des trois sociétés de la Croix-Rouge :

- Société française de secours aux blessés militaires (S.S.B.M.),

- Union des Femmes de France (U.F.F.)

- Association des Dames françaises (A.D.F.).

Si l’organisation et la montée en puissance du service de santé aux armées n’avait pas été une des préoccupations majeures de l’Etat-major français, malgré une réforme tardive en 1912, la Croix-Rouge avait au contraire prévu la mise à disposition d’hôpitaux et de formations sanitaires nombreuses et efficaces, avec le personnel adéquat.

Le pardon étant une vertu chrétienne, l’armée de la troisième République verrait ses blessés largement accueillis dans toutes les institutions sanitaires catholiques et soignés par leur personnel soignant, notamment les religieuses infirmières qui avaient été chassées des hôpitaux publics en 1905, à la suite de la loi Combes de séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Mais puisque les ecclésiastiques étaient si nombreux parmi les brancardiers, quoi de plus normal (12, 13). Outre l’Eglise et ses oeuvres charitables et soignantes, l’apport du bénévolat soignant fut nécessaire. Ce furent les sociétés affiliées à la Croix-Rouge qui l’apportèrent. Ces sociétés s’étaient mises en place dès la fin du XIXème siècle, date de leur création, et renforcées singulièrement à l’approche du conflit et encore plus dès le début de celui-ci, pour recruter, encadrer et former les bonnes volontés.

Une structure de soins indispensable dans une période de désorganisation

Les trois sociétés rattachées à la Croix-Rouge avaient su s’adjoindre médecins et chirurgiens, dispensés du fait de leur âge ou de leur état de santé d’un service actif aux armées et su prévoir les effectifs infirmiers et soignants nécessaires, elles avaient aussi prévu les structures hospitalières indispensables, réparties sur l’ensemble du territoire national pouvant monter en puissance selon les nécessités du conflit.

Cette structure de recours fut particulièrement utile car si l’armée disposait sur le territoire entier de 244 214 lits, répartis dans 1 987 hôpitaux, l’avancée des armées allemandes, notamment dans la 6ème région (Soissons, Château-Thierry, Châlons-sur- Marne, Epernay, Reims, Vitry-le-François, Bar-le-Duc, Verdun) allait la priver de 64 298 lits, soit 26,3 % de sa capacité. A un moment crucial, alors que 1 134 000 entrées allaient être notées dans les 4 premiers mois de la guerre, la réserve en lits n’était plus que de 179 916 lits !

On comprend mieux les alternatives à l’hospitalisation qui perdurèrent jusqu’en 1915 au moins.

Grâce aux efforts des diverses sociétés de Croix-Rouge, dont les sociétés britanniques, canadiennes et américaines qui s’y étaient associées, le nombre de lits et d’hôpitaux allait être porté pour le service de santé des armées respectivement à 362 510 lits et 3 968 hôpitaux le 1er novembre 1914, 414 052 lits et 5 202 hôpitaux le 1er janvier 1915 et 507 562 lits et 5 305 hôpitaux le 15 mai 1915 (Fig. 5), alors qu’à cette période, comme nous l’avons vu, le nombre d’hospitalisations était en diminution notable. Les infirmières étaient devenues les chevilles ouvrières du système, figurant sur les clichés du personnel et des blessés des hôpitaux, thèmes de nombreuses cartes postales

Cette reconnaissance était logique puisque doubler le nombre de lits et d’hôpitaux en neuf mois et les doter de personnel était un réel tour de force.

Cet énorme effort ne fut pas isolé puisque les infirmières et soignantes auxiliaires contribuèrent au fonctionnement des infirmeries de gare (Fig.9) qui fut la première forme de médicalisation ou de paramédicalisation d’un transport sanitaire où nul médecin, au début tout du moins et à l’exception des cinq trains permanents (sur 120) n’était présent, les trains étant le plus souvent faits de compartiments séparés, le passage de l’un à l’autre n’étant possible qu’à l’arrêt (14, 15). Pour la seule 6ème Région (16), on comptait, en ce qui concerne la seule société de secours aux blessés militaires des infirmeries des gares régulatrices de Soissons et de Vitry-le-François ainsi que des cantines aux gares de Bar-le-Duc, Château-Thierry, Reims et Epernay. En ce qui concerne l’infirmerie de gare de Soissons, avant l’occupation par l’armée allemande, on sait que :

« cette infirmerie eut un fonctionnement très actif, pendant lequel les infirmières, sous la direction de la Présidente du Comité des Dames, la Comtesse Guy de la Rochefoucauld, assurèrent avec le plus grand dévouement le service des pansements et le ravitaillement de tous les trains de jour et de nuit ».

Des conditions du travail telles qu’elles méritent aux bénévoles une citation au Journal Officiel du 4 décembre 1914 :

« M. Fosse d’Arcosse (André), Président du Comité de la Société française de Secours aux blessés militaires à Soissons, a volontairement assumé avec Mgr Péchenard et Mme Mâcherez la charge et les risques de représenter la ville devant l’ennemi et défendu avec énergie les intérêts de la population en l’absence du maire et de la plupart des membres du conseil municipal. Malgré un bombardement intense, qui a ruiné en partie la ville, a pris avec Mgr Péchenard et Mme Mâcherez les mesures les plus efficaces pour maintenir le calme et l’ordre dans la ville et protéger la vie des habitants ».

Mais le rôle de ces bénévoles, soignants et infirmières, ne s’arrêtait pas là : en effet, pour ne prendre que l’exemple de la 6ème Région (les Ardennes, la Marne, l’Aisne, la Meuse, la Meurthe-et-Moselle et l’Oise) un document de synthèse (16) indique que, dès le début du conflit, la 6ème Région comptait « grâce au concours de dévouements ardents et à la précieuse collaboration des équipes mobiles d’infirmières, envoyées de

Paris » un total de « 71 hôpitaux auxiliaires classés, 7 postes de secours frontières, 10 postes abris » .

Pour Châlons-sur-Marne, l’hôpital auxiliaire n° 6, comprenant 150 lits pour grands blessés, avait été établi avec l’aide de l’évêque, Mgr Tissier, qui mit à disposition « le grand séminaire Sainte-Croix, ainsi que les lits et le matériel » pour un hôpital qui fut « prêt à fonctionner dès le 10 août 1914″. Pour le fonctionnement : « vingt infirmières (…) y donnent leurs soins aux blessés (…) les services médicaux et chirurgicaux

furent assurés par des médecins et des chirurgiens civils de la ville sous la direction de M. Evrain, médecin-chef. Le Service de Santé y a placé par la suite un chirurgien militaire. En mars et en septembre 1915, et plus tard en diverses circonstances, les grands blessés affluèrent à l’hôpital n° 6, qui (…) fut transformé en hôpital d’évacuation ».

Un autre exemple est donné pour la ville de Fismes où, dès la mobilisation générale d’août 1914, il était organisé « une nouvelle ambulance de 100 blessés dans les locaux du groupe scolaire. Tous les aménagements furent faits par les soins du Comité : adduction d’eau, salle d’opérations, cuisine, lingerie, dépôt mortuaire, etc. La lumière électrique fut généreusement installée et offerte par M. Faustin, propriétaire de l’usine

de la Chapellerie (…).

(L’ambulance reçut) bientôt de très nombreux blessés et malades : au moment de la bataille de la Marne, ils affluèrent en si grand nombre qu’on dut les placer entre les lits, sur des matelas, par terre. On opérait jour et nuit (…). Après la bataille de la Marne, le Service de Santé a pris possession de ces formations, profitant de toutes nos installations et conservant nos brancardiers et infirmières (…) ».

Un hôpital type de l’Union des Femmes de France : l’hôpital temporaire n°103 à Paris

Sous l’égide de l’Union des Femmes de France, autre composante de la Croix- Rouge, l’hôpital temporaire n° 103 vit le jour rue d’Ulm, dans les locaux de l’Ecole normale supérieure. Outre les frais d’aménagement, l’Union des Femmes de France finançait l’hospitalisation des blessés en très large partie puisque les frais d’hospitalisation réglés par le Service de Santé militaire étaient de deux francs par jour pour des frais réels estimés en moyenne à six francs par jour. Pour ce financement, tous les moyens étaient bons, des collectes aux dons en passant par les souscripteurs assurant une part des frais d’un lit pendant un mois (75 francs) ou par les spectacles de charité .

D’autre part, les locaux avaient été aménagés pour transformer en salles d’hôpital les locaux de l’Ecole normale à l’exemple des salles de cours devenues dortoirs (avec cloisonnements individuels et sonnettes en tête de chaque lit). Le rez-de-chaussée comprenait les bureaux de la directrice et du médecin-chef, le secrétariat, la pharmacie, la salle de désinfection et la salle de bains, la salle à manger et la cuisine, la salle de mécano-thérapie. A l’étage, les bâtiments avaient une affectation par aile :

  • salle de contagieux,
  • salle d’opération,
  • salle de radiographie,
  • salles de pansements – comprenant des annexes avec
  • autoclaves,
  • étuve
  • Poupinel,
  • four Pasteur,
  • pour la stérilisation des compresses, des pansements, des champs opératoires
  • et des instruments

ainsi que les préparations en tambours des compresses après 40 minutes d’autoclave.

A l’étage aussi, une tisanerie et la salle de l’infirmière-major qui servait aussi de bureau pour les infirmières et les médecins pour les prescriptions et les dossiers médicaux.

Ces derniers étaient des médecins civils trop

âgés ou inaptes au service armé sous la direction d’un chirurgien, médecin-chef de l’hôpital, le Dr Floesheim et assisté d’un médecin pour tous les cas médicaux, le célèbre Dr Galtier-Boissière.

A la pharmacie dirigée par un pharmacien de la rue d’Ulm, les préparatrices en pharmacie étaient des élèves scientifiques de l’Ecole normale et le coursier un scout affecté à l’hôpital…

L’administration et la direction de l’hôpital incombaient à la directrice de cet hôpital temporaire par l’Union des Femmes de France qui avait en particulier la responsabilité du choix des infirmières et infirmières-majors qui, après leur formation initiale, devaient accomplir un stage d’évaluation d’un mois, pour juger de leurs capacités à un travail d’équipe en milieu hospitalier (Fig. 10), ces infirmières étant bénévoles et issues de tous les milieux. Ce stage consistait d’abord à réaliser les soins matériels des blessés, puis à assister une infirmière panseuse, et enfin à réaliser les pansements des blessés.

Munies de leurs certificats de stage, les nouvelles infirmières pouvaient s’incorporer à l’équipe de l’hôpital.

 

Un effort de formation particulièrement notable

L’Union des Femmes de France (U.F.F.), fondée en 1881, avait créé par ailleurs un enseignement spécial dès la déclaration du conflit pour former des aides auxiliaires qui pouvaient devenir ensuite infirmières auxiliaires puis infirmières au titre de guerre.

Avec un programme de formation élémentaire (notions de base, notions pratiques sur le déplacement des malades, l’emploi des objets de salle, des pansements, l’application des bandages, l’utilisation des appareils courants) associé à la multiplication des monitrices et des lieux de formation de l’U.F.F., cinq mille bénévoles furent formées dès les

premiers temps du conflit et quatre mille furent reçues au certificat d’aide auxiliaire de guerre.

L’effort fut maintenu par l’Union des Femmes de France qui attribua, en 1914 et en 1915, 3 159 diplômes d’infirmières après une formation de six mois et 2 607 diplômes d’infirmières auxiliaires. Parallèlement, l’Association des Dames françaises (A.D.F.) inaugurait le 17 août 1914 des séries de cours à l’hôpital-école Michel-Ange du 16ème

arrondissement de Paris, d’où sortirent 2 434 infirmières diplômées et 306 infirmières majors, dont respectivement 1 321 et 59 pour la province.

Enfin, la Société française de secours aux blessés militaires (S.S.B.M.), directement liée au service de santé militaire dont elle était auxiliaire (décret de 1864), dispensait depuis 1881 des cours annuels centrés sur la médecine et la chirurgie de guerre, buts officiels de la Société.

L’enseignement, basé sur l’étude du Manuel de l’infirmière, permettait d’acquérir un diplôme initial, obtenu après des sessions d’étude de deux mois ou des sessions d’examen pour les auxiliaires ayant servi six mois dans les hôpitaux, et donnait accès au diplôme de guerre.

Le programme enseigné, théorique et pratique, figure dans les tableaux 3 et 4 suivants.

Les infirmières emportent l’estime

La conclusion de cette première période de conflit fut donnée par le sous-secrétaire d’Etat au service de santé, Justin Godart, qui prit la tête de celui-ci à la moitié de 1915 :

« Dix corps d’Armée seulement étaient dotés du cadre et du matériel prévus par le nouveau règlement de 1910. Là comme ailleurs, il fallut donc, pour parer au plus pressé, recourir à l’improvisation » (17).

L’improvisation militaire des premiers temps fut largement compensé par l’organisation et le dévouement des bénévoles et des religieuses dans les associations caritatives et organismes de Croix-Rouge, et par les efforts de « professionnalisation » infirmière.

Le bilan, un an après le début des hostilités, semblait réellement positif à Justin Godart qui avait pris la tête du service de santé, pour presque toute la durée du conflit :

« Mais à ces hâtives méthodes de la première heure, je puis bien dire maintenant qu ‘a succédé une organisation rationnelle et solide, bien faite pour rassurer les plus légitimes inquiétudes. En voulez-vous un exemple ? eh bien ! au lieu des 250 000 lits que prévoyaient les journaux de mobilisation, nous en comptons aujourd’hui plus de 500 000, c ‘est-à-dire plus du double ! Et un égal effort peut-être constaté dans tous les services chargés d’assurer les soins nécessaires à nos blessés et malades » (17).

Lorsqu’à partir du 1er mai 1917 seront épinglées les premières médailles de la Croix-Rouge pour les infirmières volontaires, ces médailles auront été bien méritées.

 

NOTES

(1) SIMONIN J. – (médecin-major). Le Service de santé de l’arrière avant et après la bataille. Paris, 1910.

(2) 2 septembre. « Nous ne pouvons prendre que les blessés du village, car en dehors, on se fait canarder. Travail toute la nuit. Que de blessés ! Que d’horreurs ! ». In Laby L. Les carnets de l’aspirant Laby. Médecin dans les tranchées. Paris, Bayard, 2001, p. 51.

(3) 8 septembre. « J’avais seul établi une ambulance dans la mairie à défaut du personnel de l’ambulance n° 2 qui n’est arrivé que le soir. J’ai soigné 200 blessés ; (…) sommes désignés pour y aller avec six voitures. (…). Arrivés à cent mètres de Marcilly, un commandant nous donne l’ordre de tourner bride : la route est bombardée … impossible de passer (…) désolés de ne pas pouvoir accomplir notre mission, nous faisons demi-tour ». In LAPY L. Les carnets de l’aspirant Lapy. Médecin dans les tranchées. Paris, Bayard, 2001, p. 54.

(4) BESSIÈRES A. (S.J., Abbé). – Le train rouge, deux ans en train sanitaire. 2ème édition. Paris, G. Beauchesne, 1916, 287 p.

(5) JAVAL A. (Dr). La grande pagaie 1914-1918. Paris, Denoël, 1937, 172 p.

(6) KLEIN F. (Abbé). – La guerre vue d’une ambulance. 3ème édition, Paris, Armand Colin,

1915 : 276 p.

(7) OLIER F. – Les hôpitaux temporaires de Bretagne, 1914-1918. Rennes : Olier François, 1986,46 p.

(8) PRADEL E. de (Dr). – La guerre en sabots chez les majors. Extraits d’un journal d’un médecin de l’armée territorial mobilisé pendant la Grande Guerre 1914-1918. Paris, Victorien frères,1926, 196 p.

(9) MIGNON (médecin-inspecteur général). Le Service de santé pendant la guerre 1914-1918.

Volume 1, Paris, Masson, 1926-1927.

(10) MIGNON (médecin-inspecteur général) : ouvrage cité.

(11) MINISTÈRE DE LA GUERRE. DIRECTION DU SERVICE DE SANTÉ. – Etude de statistique chirurgicale.

Guerre de 1914-1918. Les blessés hospitalisés à l’intérieur du territoire. L’évolution de leurs blessures. 2 tomes, Paris, Imprimerie Nationale, 1924, 451 p. et 413 p.

(12) KLEIN F. (Abbé). – La guerre vue d’une ambulance, 3ème édition, Paris, Armand Colin,1915,276 p.

(13) COLSON A. (Abbé). – La Grande Guerre 1914-1918 raconté à mes petits-neveux. Carnets d’un caporal-brancardier. Archives personnelles de l’auteur.

(14) HELYS M. – Cantinière de la Croix-Rouge, 1914-1916. Paris, Perrin, 1917.

(15) ROUSSEL-LEPINE J. – Une ambulance de gare. Croquis des premiers jours de guerre (août

1914). Paris, Plon-Nourrit et Cie, 1916.

(16) « Action de la Société dans la 6ème Région d’Août 1914 à Juillet 1916″ publié dans le Bulletin de la Société française de Secours aux blessés militaires. Nouvelle série n° 6, juillet

1917, p. 112-130.

(17) Déclaration de Justin Godait, sous-secrétaire d’Etat à la Guerre, chargé du service de santé militaire, pour « Lectures pour tous » numéro spécial du 15 octobre 1915 : l’effort national.

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 Les femmes et la Guerre

27 décembre 2012

Les théâtres d’opération britanniques

Classé sous — milguerres @ 14 h 41 min

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L’Empire britannique et la Grande Guerre

 

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Les théâtres d’opération britanniques

http://expositionvirtuelle.memoire1418.org/explorer/lempire-britannique-sur-le-continent/combats-et-combattants-sur-le-front-ouest/les-theatres-doperation-britanniques.html

En août 1914, le corps expéditionnaire britannique intervient en Belgique (Mons) et dans le Nord de la France (Le Cateau). Après un bref engagement dans la Marne et l’Aisne, ses troupes combattent à partir d’octobre à Messines, Armentières et lors de la première bataille d’Ypres.

En avril 1915, les Britanniques participent à la deuxième bataille d’Ypres au cours de laquelle les Allemands utilisent pour la première fois les gaz. En soutien à l’offensive française de mai 1915, ils sont aussi engagés au nord du canal de La Bassée (Festubert et Aubers). Le 25 septembre 1915, ils mènent une attaque, avec l’appui des gaz, dans le secteur de Loos.

Dès février 1916, les Britanniques relèvent les positions françaises en Artois. Ils tiennent désormais la ligne de front serpentant de la Somme à Ypres. 1916 est essentiellement marquée par l’offensive de la Somme lancée le 1er juillet. Les 19 et 20 juillet, les Australiens sont, quant à eux, impliqués dans la bataille de Fromelles.

Durant la bataille d’Arras, engagée le 9 avril 1917, les Canadiens s’illustrent en capturant la crête de Vimy. 1917 marque aussi l’engagement britannique en Belgique (troisième bataille d’Ypres) et en direction de Cambrai où les tanks sont utilisés.

Au printemps 1918, suite à l’offensive allemande, les Britanniques combattent dans les régions de la vallée de la Lys et des collines flamandes. Les contre-offensives alliées engagées à partir de l’été 1918 marquent toutefois le début du repli allemand, jusqu’à la victoire.

 

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La bataille d’Audregnies 24 août 1914

http://depont.skynetblogs.be/tag/bataille+d%27audregnies

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La bataille d’Audregnies a lieu le 24 août 1914 pendant la retraite de l’armée anglaise que l’on nommera par la suite ‘la grande retraite’ ou ‘la retraite de la Marne’. Cet engagement fait suite à la bataille de Mons du 23 août 1914 où les alliés sont défaits par les troupes allemandes qui les poursuivent en application du plan Schlieffen (plan allemand d’invasion de la France via la Belgique).

La Ière armée allemande se lance donc à la poursuite de l’armée anglaise en retraite. C’est au cours de ce combat d’Audregnies qu’a lieu une charge du 9e lanciers et la destruction presque totale du régiment des Cheshire, qui, n’ayant pas reçu l’ordre de retraite, s’est accroché à ses positions jusqu’à être encerclé.

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Voir La légende des « Anges de Mons »

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Bataille de Mons du 22 au 24 août 1914

http://www.menfroid-dubus.org/article-17698728.html

La  bataille de la Sambre (dont nous vous avons remémoré un des actes dans notre billet sur la bataille de Collarmont) durait depuis trois jours. Les forces britanniques, qui n’étaient composées que de deux corps, le 3ème corps n’ayant pas terminé son débarquement, n’engagèrent l’action que le 23 août; le jour même où la cinquième armée française censée appuyer leur droite fléchissait.

Le 21, les généraux anglais croyaient encore l’ennemi allemand très loin d’eux. Le 22, en entendant le canon, ils s’imaginèrent même qu’il s’agissait de ceux de Namur assiégée. Mais le même jour, ils rencontrèrent de la cavalerie allemande devant les forêts de Soignies. La première armée allemande exécutait un mouvement enveloppant dont le haut commandement espérait beaucoup. Elle était de ce fait soutenue par une partie de la deuxième armée allemande. Ceux-ci, sachant qu’une fissure se produisait à la droite de l’armée britannique, y porta ses premiers efforts (pour mieux traduire, ils leur en envoyèrent plein la tronche). Les généraux anglais donnèrent l’ordre de creuser en hâte des tranchées, mais celles-ci creusées à la va vite étaient beaucoup trop courtes et presque toutes tournées dans le mauvais sens (c’est pas une blague, et j’aurais pas aimé être fantassin à un moment pareil ^^). D’ailleurs, le hommes manquaient des outils nécessaires et la plupart d’entre eux durent utiliser leurs gamelles ou même leurs mains (et dans des moments pareils, je ne pense pas qu’on se plaigne).
Les premiers coups de feu furent échangés le 23 août 1914 à 8h30, entre le 4ème Royal Fusiliers Anglais et les troupes allemandes. Ce matin là, il y avait du brouillard et de la pluie. Le temps clair revint vers 10h00. Les 1e et 2e divisions de cavalerie opèrent des reconnaissances à l’est de Mons vers les  Binche, Bray, Havré, Obourg. L’infanterie allemande est sur le point d’attaquer les britanniques entre Obourg et Nimy. Les Anglais, bien retranchés, abattent à bout portant les fantassins allemands qui attaquent en rangs serrés. Les britanniques défendent leurs positions avec acharnement et les maintiennent jusqu’à 11h.

Malgré un mauvais début britannique dans la bataille, les allemands se heurtèrent à une résistance qui l’étonna, dans son mépris invétéré et systématique de l’armée anglaise. En effet, il faut savoir que les allemands, par les critiques de Bismarck ne considéraient pas les anglais comme puissance militaire. Le jour où on demandait à Bismarck ce qu’il ferait si 100 000 soldats britanniques débarquaient dans le Jutland, il répondit: « Je les ferais arrêter par la gendarmerie ».

L’artillerie allemande pillona les positions britaniques depuis  Binche et de Bray vers les hauteurs d’Haulchin. En même temps, les Allemands s’engagent à l’ouest de Jemappes. A Mariette, une colonne allemande s’avance par le chemin immédiatement à l’est du pont. Elle est arrêtée avec des pertes sévères. Les Allemands amènent alors deux canons de campagne à 900 m du canal et ouvrent le feu sur les défenseurs du pont. En utilisant un bouclier d’otages, les Allemands s’établissent vers l’ouest de la route à 200 m du canal et dirigent un feu d’écharpe sur les défenseurs du pont. Le poste avancé au nord du pont se retire.

Sous le déluge d’obus tirés par l’artillerie allemande, les Britanniques s’abritaient au mieux pour retarder les assauts de l’infanterie. Lors de ces combats, 5000 soldats allemands étaient mis hors combat, et l’armée britannique perdit 1500 hommes (dont 763 tués).

Les britanniques, avec courage et sang froid retardèrent pourtant au mieux l’armée allemande dans son enveloppement, permettant à la défense française de s’organiser et de re ressaisir après sa déconvenue de Charleroi.

Le Maréchal French (fallait vraiment choir celui-là pour aller se battre en France lol) reçut du grand quartier général français cette dépêche: « Trois corps d’armée allemands se dirigent vers vous. L’ennemi tente contre vous un mouvement d’enveloppement partant de Tournai (dingue, ils sont vraiment partout). Sur votre droite, nos deux divisions qui gardaient la Sambre à l’est de Maubeuge se replient et, sur la droite de notre 5ème armée, l’ennemi  occupe depuis hier les passages de la Sambre (bataille de Charleroi) entre Charleroi et Namur ».

Une fois de plus, l’unité d’action entre britanniques et français avait manqué. Les britanniques avaient trop tardé à soutenir les français, et les français à les renseigner. Là si je peux me permettre de critiquer un petit peu, les britanniques auraient peut être bougé leur c… un peu plus vite s’ils avaient eu les infos nécessaire à temps voulu. Les pauvres, ils imaginent les allemands à plus de 60 bornes alors qu’ils sont quasi face à eux!!!

Bref, le Maréchal French  donna ordre à ses troupes de se replier sur une ligne allant de Maubeuge vers Jenlain, au sud-est de Valenciennes. Position intenable à cause des maisons qui gêneraient l’artillerie.

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Bataille du Cateau

wikipedia

Fichier:Morts britanniques à la bataille de Le Cateau.jpg

Carte postale montrant des victimes britanniques au Cateau

La bataille du Cateau a lieu le 26 août 1914, au cours de la retraite menée par les troupes britanniques et françaises, suite aux batailles de Mons et Charleroi. Elle oppose les troupes du 2e corps d’armée britannique aux troupes de la Ire armée allemande. En grande infériorité numérique et matériel, les troupes britanniques bloquent pendant douze heures l’avancée de la Ire armée allemande au prix de lourdes pertes.

Disposition des troupes

En opposition aux ordres de retraite donnés par French, Smith-Dorrien, le commandant du 2e corps d’armée britannique décide de combattre les Allemands. La bataille se déroule dans une plaine ondulée parsemée de villages, traversée par une route rectiligne de Cambrai au Cateau. Elle coupe le champ de bataille du Nord Ouest, au Sud Est à Cateau. Une seconde route relie le Cateau à Saint Quentin dans un axe Nord Sud.

L’aile droite britannique est formée par la 5e division d’infanterie. La 14e brigade se place au Sud du Cateau tandis que la 13e brigade se trouve le long de la route de Saint Quentin. Le centre du dispositif est tenu par la 3e division d’infanterie, les 7e, 8e et 9e brigades situées respectivement à Caudry, Audencourt et Inchy au sud de la route Cambrai – Le Cateau. La 4e division d’infanterie tient l’aile gauche, les 10e, 11e et 12e brigades sont placées à Haucourt, Longsart et Fontaine-au-pire. À l’extrême gauche du dispositif britannique est présent la 84e division d’infanterie territoriale française et le corps de cavalerie Sordet qui couvrent la ville d’Arras. L’extrême droite du dispositif britannique est formée par le 1er corps d’armée britannique en retraite.
Le IIIe corps d’armée allemand, formé des Ve et VIe divisions d’infanterie, se trouve face au Cateau. Le IVe corps d’armée composé des VIIe et VIIIe divisions est placé au centre du champs de bataille, le IIe corps de cavalerie formé de trois divisions et une division du IVe corps d’armée de réserve sont face à l’aile gauche britannique.

Intention

En choisissant de combattre, Smith-Dorrien souhaite ralentir la progression et la pression de la Ire armée allemande sur le Corps expéditionnaire britannique. De son côté, Von Kluck, voit dans cette bataille la possibilité d’envelopper et d’anéantir la moitié des troupes britanniques.

La bataille

À l’aube du 26 août, une attaque allemande sur la gauche du dispositif britannique échoue. Durant la matinée, le centre du champs de bataille reste calme, malgré un bombardement d’artillerie réalisé par la VIIIe division d’infanterie et la IVe division de cavalerie.
les troupes allemandes concentrent alors leurs attaques sur la droite du dispositif britannique. Deux compagnies des Suffolks chargées de la liaison avec le 1er corps d’armée britannique rencontrent les troupes du IIIe corps d’armée allemand et doivent se replier sur Le Cateau rejoignant la 14e brigade. Les troupes allemandes s’infiltrent le long de la route Le Cateau – Saint Quentin et commencent un pilonnage meurtrier des King’s Own Yorkshire Light Infantry et les Suffolks de la 5e division d’infanterie britannique. Des renforts d’artillerie de la 15e brigade et d’infanterie de Manchesters et des Argylls sont envoyés sur l’aile droite britannique. Malgré de lourdes pertes les Britanniques tiennent toujours leur position, mais en milieu de journée la Ve division du IIIe corps d’armée allemande commence à produire son action et tente d’envelopper l’aile droite britannique.
En début d’après midi, le 2e corps d’armée britannique entame un mouvement de retraite par échelon, en commençant par l’aile droite. Malheureusement les King’s Own Yorkshire Light Infantry et les Suffolks ne sont pas prévenus à temps et sont détruits. Les batteries d’artillerie sont retirées canons par canons, ceux ne pouvant être transportés sont alors sabotés.
Sur l’aile gauche, la VIIe division du IVe corps d’armée allemand de réserve tente de déborder les troupes britanniques. Les troupes des 3e et 5e division de cavalerie du corps de cavalerie Sordet interviennent en utilisant l’artillerie et des escadrons à pieds pour ralentir l’enveloppement allemand et permettre aux Britanniques de se replier dans de bonnes conditions. Vers 18 heures, les troupes britanniques ne sont plus en contact avec l’armée allemande. Elle se retirent vers Saint-Quentin.

Bilan

Cette bataille est très couteuse en hommes pour l’armée britannique. Des 40 000 Alliés ayant combattu au Cateau, 7 812 sont blessés, tués ou fait prisonniers. Plusieurs régiments britanniques sont complètement anéantis. De plus, 38 pièces d’artillerie sont perdues. La bataille du Cateau permet néanmoins de ralentir la progression de la Ire armée allemande et aux troupes britanniques de reprendre leur retraite. Cette dernière est ponctuée par une autre bataille d’arrêt, la bataille de Guise avant de s’achever le 6 septembre par le début de la bataille de la Marne.

 

La « course à la mer » (19 septembre au 15 octobre 1914)

Après la défaite de l’armée allemande sur la Marne et son repli sur l’Aisne, Elle se déroule en septembre et octobre 1914 dans les plaines du nord de la France, entre les Allemands et les Franco-Britanniques, manœuvre d’encerclement tentée qui se termine vers la frontière belge et les rivages de la Mer du Nord.

Début de la guerre de position en Artois, autour d’Arras qui durera deux mois, dans le seul but de protéger les ports de la Manche, et la liaison avec la Grande-Bretagne qui annoncera la guerre de tranchées . Des combats entre l’armée allemande et les unités françaises épuisées mal préparées, ne cédant pas : Arras ne tombera jamais aux mains de l’ennemi.

Le 14ème régiment d’infanterie territoriale résiste à la progression allemande en provenance de Picardie, qui, dans les environs de Bapaume, menace directement Arras. Il sera soutenu par le corps de cavalerie du général Conneau pour intervenir à l’ouest de Bapaume à partir du 27 septembre pour combler la brèche ouverte par la dislocation de plusieurs unités territoriales bousculées par l’infanterie allemande.

Des combats indécis se déroulent à Irles et à Courcelles-le-Comte, renforcés par les Dragons . Après avoir contribué à la fixation des Allemands sur une ligne Bapaume-Arras, les unités de cavalerie remontent vers le nord pour participer aux opérations de blocage des attaques allemandes sur Arras et Lens et tenter une manœuvre de débordement de l’aile droite allemande. Des renforts français affluent, entre le 29 septembre et le 2 octobre

Le 2 octobre, les Français subissent une puissante attaque à Monchy-le-Preux, aux portes d’Arras, et s’efforcent de contenir la progression allemande au nord de la ville en direction de Lens. Au même moment, des combats font rage à l’ouest de Bapaume entre la Garde prussienne et des unités françaises constituées de territoriaux, d’éléments de cavalerie et du 37ème régiment d’infanterie.

Des mêlées sauvages se déroulent dans plusieurs villages que les deux adversaires s’efforcent de fortifier de manière improvisée ; les Allemands s’emparent de Gommecourt le 5, mais le lendemain, ils échouent dans leur tentative de prendre Hébuterne, laissant 350 tués et 297 prisonniers sur le terrain.

En revanche, le 69ème régiment d’infanterie ne peut, les 7 et 8 octobre, investir Gommecourt que la Garde prussienne a transformé en réduit avec des tranchées profondes, des lignes de barbelés, des nids de mitrailleuses et de l’artillerie de campagne.

Le 10, les Allemands prennent Monchy-au-Bois, Hannescamps et une partie de Foncquevillers.

A partir du 11, une mêlée sanglante oppose les Français qui tentent de reprendre Foncquevillers, à des unités de la Garde prussienne et à un régiment bavarois ; le village doit être « nettoyé » maison par maison, en utilisant parfois des canons de 75 en tir tendu.

A partir du 14 octobre, les combats s’arrêtent entre Arras et Bapaume. Les Allemands ont entrepris de se retrancher derrière une ligne orientée nord-sud et d’édifier un réseau de positions défensives, sur les hauteurs et dans les ruines des villages. La guerre de tranchées a commencé.

 

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La Bataille de Messines

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Les batailles de La Bassée, Messines et Armentières (12 au 18 octobre 1914)

Yves LE MANER
Directeur de La Coupole,
Centre d’Histoire et de Mémoire du Nord–Pas-de-Calais

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Après les combats sur l’Aisne, le corps expéditionnaire britannique se déplace vers le nord-ouest pour épauler l’aile gauche de l’armée française. Il se heurte alors à l’armée allemande, dans la phase finale et septentrionale de la « course à la mer ».

Transportées par autobus depuis Abbeville, les troupes britanniques sont venues se mettre en position entre Béthune et Ypres. Des renforts, regroupés à Saint-Omer ou se repliant d’Anvers, viennent les rejoindre. Le corps d’armée britannique s’efforce de former une ligne de front depuis Bixschoote, au  nord d’Ypres, jusqu’à La Bassée ; la cavalerie française s’est intercalée entre les deux corps d’armées situés les plus au sud, entre La Bassée et Armentières. Le paysage est plat, segmenté par de multiples fossés de drainage.

Le 12 octobre, les Français perdent le contrôle de Vermelles, à la lisière du bassin minier, ce qui oblige les Britanniques à faire mouvement au sud, pour tenter de combler la brèche. Des combats violents éclatent entre Britanniques et Allemands, à Givenchy-les-La Bassée et Cuinchy, sur les deux rives du canal, entre le 13 et le 17 octobre. Les Britanniques progressent d’une dizaine de kilomètres vers l’est et viennent buter sur la crête d’Aubers. Des contre-attaques allemandes les contraignent à reculer.

Plus au nord, les Britanniques sont parvenus à reprendre le Mont-des-Cats, le 13 octobre, puis Méteren et le Mont-Noir. Sous un temps pluvieux, interdisant la reconnaissance aérienne, ils poursuivent leur avance, prennent Bailleul, le Kemmel et Messines. Le 14, le front anglais est devenu continu, d’Ypres au canal de La Bassée. Le 17, ils contrôlent Armentières, alors que plus au nord, les Allemands font porter leur assaut sur les Français et les Belges, qui tiennent le saillant de Dixmude.

Les opérations de la mi-octobre 1914 sont les dernières menées sur le sol français selon les tactiques de la guerre de mouvement traditionnelle.

(Parmi les blessés de l’armée britannique, se trouve un certain Bernard Montgomery,  à Meteren).

Le 18 octobre 1914, l’ensemble du front ouest est devenu continu. Désormais, toute opération de contournement de l’ennemi est devenue impossible et la seule option qui subsiste désormais est la tentative de percée des défenses ennemies, très puissantes, par des attaques frontales… Si les batailles menées par les Britanniques dans le secteur de la Lys, en octobre 1914, sont les dernières batailles de la guerre de mouvement, celle qui se déroule à Ypres, du 19 octobre au 22 novembre, est la première de la guerre de positions.

Commence alors, sur le « front oublié » de la Lys, une période très éprouvante : le premier hiver dans des tranchées mal aménagées, avec un approvisionnement médiocre et des morts provoquées par de nouvelles méthodes, celles de la guerre de tranchées : tireurs d’élite, mines, artillerie, attaques meurtrières limitées sur des secteurs du front adverse. Parmi les premiers affrontements de cette guerre de tranchées, la défense de Festubert par les troupes indiennes, les 23 et 24 novembre 1914, et celle de Givenchy, les 20 et 21 décembre, constituent les répétitions, à petite échelle, de grandes épreuves à venir.

La bataille de Givenchy-les-La Bassée (18 au 22 décembre 1914)

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 Yves LE MANER
Directeur de La Coupole,
Centre d’Histoire et de Mémoire du Nord–Pas-de-Calais

L e Corps indien, Les Britanniques lanceront une offensive plus au nord à Arras.
L’attaque commence le 19 décembre, à 3h10, entre le carrefour de La Bombe, près de Neuve-Chapelle, et le canal de La Bassée. Deux premières lignes allemandes, sont maîtrisées. Plus au nord, la brigade de Gharwal et les Ghurkas prennent 300 mètres de la ligne allemande devant Festubert. Mais l’ennemi s’est rapidement repris et lance des contre-attaques dans la matinée, artilleries, grenades à main À l’aube du 20 décembre, l’artillerie allemande pilonne les troupes indiennes sous les mines provoquant des pertes sur les lignes britanniques.

L’infanterie allemande progresse devant Festubert :800 soldats britanniques sont capturés. Le Corps indien, disloqué est remplacé par des renfort.

Menées sans objectif clair, avec des moyens insuffisants, les attaques britanniques de décembre 1914 en Flandre française ont abouti à de lourdes pertes (4 000 contre 2 000 pour les Allemands)
La nécessité d’enterrer les nombreux cadavres de camarades, tombés dans le no man’s land ou morts dans les cratères d’obus inondés, est l’une des raisons essentielles de la trêve qui se produit peu après, à Noël, dans ce secteur du front.

 

 

Les trêves de Noël 1914

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Yves LE MANER
Directeur de La Coupole,
Centre d’Histoire et de Mémoire du Nord–Pas-de-Calais

Épisodes à caractère humaniste dans un épouvantable carnage, les trêves observées en plusieurs points du front, entre les troupes allemandes et alliées, sont une exception qui confirme la règle.

L’armée britannique, qui tient le front du sud d’Ypres au canal de La Bassée est, à la fin décembre 1914, composée des restes des unités qui ont été laminées lors de la Première bataille d’Ypres, en novembre. Les conditions de vie dans des tranchées encore très primitives sont devenues très éprouvantes, avec le froid de l’hiver et la pluie qui inonde le moindre point bas.

Les états-majors sont bien conscients de cette situation, qui pourrait provoquer une « léthargie » des combattants et compromettre ainsi le déclenchement de futures offensives.

Les attaques limitées, mais meurtrières, lancées autour d’Ypres et en Flandre française au cours du mois de décembre 1914, débouchent en certains secteurs du front sur des trêves spontanées, en particulier pour récupérer les blessés et les morts gisant sur le no man’s land. Le 24 décembre, en de nombreux points, les Allemands placent des sapins de Noël, avec des bougies et des lanternes en papier, sur le parapet des tranchées de première ligne. Progressivement, des chants de Noël résonnent des deux côtés et des échanges verbaux se produisent. En quelques endroits, les hommes sortent des tranchées et entreprennent de récupérer leurs morts sur le no man’s land. Des événements identiques se reproduisent, à une plus grande échelle, le jour de Noël.

Dans certains cas, les deux camps inhument simultanément leurs morts ; des échanges de petits présents et d’adresses se produisent parfois. Cependant, en d’autres secteurs du front, les combats continuent, notamment en raison de l’activité des tireurs d’élite.

Dans le secteur britannique, la trêve est observée par de nombreuses unités à Houplines, Bois-Grenier, Fromelles, Neuve-Chapelle, Richebourg-l’Avoué. Des cas similaires furent observés en secteur français, autour d’Arras.

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La bataille de la Crête d’Aubers (9 mai 1915)

http://www.cheminsdememoire-nordpasdecalais.fr/comprendre-et-approfondir/batailles/la-bataille-de-la-crete-daubers-9-mai-1915.html

Yves LE MANER
Directeur de La Coupole,
Centre d’Histoire et de Mémoire du Nord–Pas-de-Calais

C’est le 24 mars 1915, quelques jours seulement après l’échec de Neuve-Chapelle, que Joffre sollicite officiellement French pour obtenir une participation britannique à la grande offensive qu’il prépare en Artois pour le début de mai. Il reçoit un accord complet.

L’objectif de l’offensive est de percer le front allemand au nord, la crête de Vimy, s’emparer des hauteurs de l’éperon de Notre-Dame-de-Lorette, pour finir de déboucher sur le bassin minier.

L’attaque britannique doit être déclenchée le lendemain de l’assaut français. Les plans alliés ne sont pas modifiés pour intégrer la nouveauté considérable que constitue la première attaque aux gaz lancée par les Allemands, à Ypres, le 22 avril.

Le secteur attribué aux Britanniques et unités indiennes est situé dans la plaine flamande, dans la zone de Neuve-Chapelle, déjà attaquée en mars.

Les Britanniques attaque au choix d’une brève (40 minutes), mais intense préparation d’artillerie, destinée à broyer les ceintures de barbelés, à disloquer la première ligne allemande et à frapper les points fortifiés de seconde ligne. L’aviation doit guider le tir et bombarder la zone arrière, en particulier les nœuds ferroviaires. Deux tunnels, d’une centaine de mètres, ont été creusés sous le no man’s land, afin de placer des mines d’environ une tonne sous la première ligne allemande.

En face, les Allemands, tirant les leçons de l’attaque de mars, ont entrepris de renforcer considérablement leurs défenses : mitrailleuses, placées pratiquement à l’horizontale et tirant par la fente de plaques d’acier, sont disposées pour couvrir l’ensemble du no man’s land.

Le 9 mai, le bombardement préparatoire britannique est déclenché à 5 heures. L’infanterie britannique sort de sa ligne à 5h30. L’espace à franchir est étroit, les hommes se trouvent devant des tirs de mitrailleuses, s’empalant dans les fils de fer barbelés. Dans le secteur d’attaque situé au sud, quelques groupes d’assaillants atteignent la première ligne, mais y sont immédiatement anéantis ou capturés. À 6 heures, ordre est donné d’arrêter l’assaut ; des centaines d’hommes se trouvent piégés dans le no man’s land, incapables d’avancer ou de rebrousser chemin. L’artillerie allemande riposte désormais et frappe aussi bien le no man’s land que les premières lignes britanniques.

Au nord, l’attaque se déroule selon un scénario similaire. Cependant, une partie des assaillants s’empare de la première ligne allemande sur trois portions séparées, de faible largeur ; l’explosion des mines, à 5h40, permet aux Britanniques de s’appuyer sur les cratères pour s’emparer de la ferme Delangre, transformée en réduit fortifié. Mais les coups de l’artillerie ennemie sur le no man’s land et la grande confusion qui règne sur le champ de bataille, empêchent toute progression sensible. Malgré les ordres de Haig pour relancer l’attaque, les officiers présents sur le terrain lui font savoir que c’est impossible.

Haig, informé des succès initiaux des Français à Vimy, et se fondant sur des rapports qui sous-estiment les pertes britanniques, ordonne de reprendre l’attaque au sud de Neuve-Chapelle. Après plusieurs reports, liés à la confusion et à l’arrivée difficile des renforts sous le feu ennemi, le bombardement reprend à 3h20. Les soldats d’élite Black Watch, de la 1re Brigade de la Garde, partent à l’assaut à 3h57. Certains d’entre eux atteignent la première ligne allemande où ils sont tués ou capturés ; une poignée, qui parvient à la seconde ligne, subit le même sort.

Au soir du 9 mai, la situation est totalement bloquée : les groupes de soldats qui ont pu s’établir sur certains points de la première ligne allemande sont totalement isolés et exposés à l’artillerie ennemie. Le chaos est tel, sur les routes d’accès au front et dans les tranchées de communication, que l’hypothèse d’une relance de l’attaque au crépuscule est abandonnée par Haig.

Pendant la nuit du 9 au 10, les groupes établis dans les lignes allemandes (200 à 300 hommes au total) entreprennent un repli périlleux à travers le  no man’s land.

Au matin du 10, toute hypothèse de reprise de l’offensive est abandonnée, en raison de l’insuffisance des stocks d’obus et, surtout, de l’ampleur des pertes subies ; il faudra trois journées pour assurer le transfert des blessés du 9 mai vers les ambulances de la 2e ligne. En une seule journée de combat, les Britanniques ont perdu 11 000 hommes (tués, blessés ou disparus), l’un des taux de pertes les plus élevés de toute la guerre, en particulier pour les officiers.

La bataille de Neuve-Chapelle fut donc un complet désastre pour l’armée britannique. Haig en tire une leçon principale : la nécessité de bombardements longs et méthodiques avant toute nouvelle attaque, avec des canons de gros calibres. Toute idée d’offensive surprise est donc abandonnée. La totalité des offensives lancées jusqu’à la fin 1917 le sera donc selon le même modèle, sans la moindre efficacité.

 

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La bataille de Festubert (15 au 27 mai 1915)

http://www.cheminsdememoire-nordpasdecalais.fr/comprendre-et-approfondir/batailles/la-bataille-de-festubert-15-au-27-mai-1915.html

Yves LE MANER
Directeur de La Coupole,
Centre d’Histoire et de Mémoire du Nord–Pas-de-Calais

La « bataille de Festubert » désigne une série d’actions confuses, engagées par des troupes britanniques, indiennes et canadiennes, sur le secteur de front situé en Flandre française, à l’ouest de Lille, entre le 15 et le 27 mai ; ces attaques constituaient, six jours après le désastre enregistré à Neuve-Chapelle quelques kilomètres plus au sud, la contribution britannique à la grande offensive française sur la zone de Vimy-Lorette, au moment où celle-ci s’enlisait après des succès initiaux spectaculaires.

Les Britanniques acceptent également de relever une division française au sud du canal de La Bassée, afin de permettre à leur allié de concentrer ses forces.

La préparation d’artillerie dure trois jours ; 433 canons, de divers calibres, tirent 100 000 obus sur un front de 5 km en partie inefficace : obus défectueux. Le désordre aboutit à la mort de nombreux soldats dans les deux camps.
Le 15 mai deux divisions d’infanterie, en majorité de soldats indiens contraignent l’ennemi à se replier sur la seconde ligne.

18 mai Un nouvel assaut, confié à des unités canadiennes, est déclenché , échouant à l’arrivée de renforts allemands et des pertes infligées par l’artillerie.

Une troisième série d’attaques, entre le 20 et le 24, aboutit à la prise des ruines du village de Festubert.

Au total, en douze jours d’efforts, l’armée britannique n’a progressé que d’un kilomètre, sur une faible largeur de front. Lorsque l’offensive est définitivement arrêtée, le 27 mai, les Britanniques ont enregistré 16 000 pertes, sans avoir pu aider, de façon significative, l’offensive française sur Vimy.

Si beaucoup de soldats ont été victimes de l’artillerie et des mitrailleuses, d’autres ont péri dans des corps à corps ; certains sont morts noyés dans les tranchées et les fossés de drainage inondés.

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La (troisième) bataille d’Artois (septembre 1915)

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Yves LE MANER
Directeur de La Coupole,
Centre d’Histoire et de Mémoire du Nord–Pas-de-Calais

L’offensive combinée franco-britannique en Artois de septembre 1915, dirigée par le général Foch, concerne 32 km de front, tenus par la VIe Armée allemande, entre La Bassée et Arras. Elle doit se produire de façon simultanée avec l’attaque majeure menée par l’armée française, en Champagne. Si la préparation d’artillerie doit conserver l’ensemble de ce secteur, l’attaque d’infanterie comprendra deux axes distincts, séparés par un espace de 4 km devant Lens et Liévin, où aucune action d’envergure n’est programmée : au sud, la 10e Armée française engage 17 divisions d’infanterie (et 2 de cavalerie, pour exploiter la percée espérée) ; au nord, la 1re Armée britannique doit attaquer, avec 6 divisions d’infanterie, dans le bassin minier, entre le canal de La Bassée et le village de Loos. Les objectifs stratégiques de Joffre sont vagues mais extrêmement optimistes : la percée doit permettre à la cavalerie de se ruer, en quelques jours, jusqu’à Mons, en Belgique, distante de 80 km…

Le plan d’attaque de Joffre est extrêmement simple : il consiste d’abord à écraser les positions ennemies par quatre jours de bombardements ininterrompus, avec un final apocalyptique de quatre heures juste avant que l’infanterie sorte des tranchées. L’assaut doit être massif et continu, les réserves ayant été acheminées au plus près du front.

Le bombardement français est déclenché le 25 septembre 1915, entre Angres et Arras, quelques heures après le début de l’attaque britannique sur Loos. L’infanterie française sort des lignes à 12h45. La poussée est lente, mais au matin du 28 septembre, les Français atteignent la cote 140, au sommet de la crête de Vimy, obligeant les Allemands à une contre-attaque massive.

Le 30 septembre, Joffre décide d’arrêter l’offensive en Champagne, dont l’échec est désormais patent. Le 11 octobre, un dernier effort des Français pour contrôler l’ensemble de la crête de Vimy est brisé.

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La bataille de Loos (25 septembre – 19 octobre 1915)

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Yves LE MANER
Directeur de La Coupole,
Centre d’Histoire et de Mémoire du Nord–Pas-de-Calais

Après les combats du printemps 1915 (Vimy, Lorette, Neuve-Chapelle, Festubert, Ypres), en août 1915, la 3e Armée, nouvellement constituée, s’installe de la Somme à Hébuterne, au sud du Pas-de-Calais. Entre mai et septembre 1915, une quinzaine de divisions de la « Nouvelle Armée » arrivent en France et en Belgique.

La bataille de Loos, de septembre – octobre 1915, constitue le volet britannique de la grande attaque alliée en Artois lancée par Joffre simultanément avec l’offensive française principale, en Champagne. Le commandant en chef français estime alors que la supériorité numérique dont dispose alors temporairement son armée doit permettre la percée décisive.

les Britanniques ont pour objectif le bassin minier dans le secteur de Loos-Hulluch, situé en contrebas, sur la plaine de Gohelle. Le général Haig , malgré les pertes, a, concentré six divisions, (malgré que troupes épuisées, insuffisance d’obus) se fiant au nombre de 7 pour 1. Par l’ampleur des effectifs engagés, la bataille de Loos constitue l’un des plus gros efforts offensifs britanniques depuis le début du conflit : elle est d’ailleurs qualifiée de « Big Push » par ses initiateurs.

250 000 obus sont lancés sur les défenses allemandes sans réel effet. Avant le lancement de l’assaut d’infanterie, au matin du 25 septembre 1915, les Britanniques libèrent 140 tonnes de gaz au chlore contenues dans 5 000 cylindres placés en première ligne, en complément d’un barrage d’artillerie jugé insuffisant. Première utilisation du gaz de combat par les Alliés après la terrible frappe inaugurale allemande à Ypres, en avril, l’attaque britannique à Loos vise à annihiler la première ligne allemande, où les combattants ne disposent alors que de masques très primitifs. Or, les caprices du vent retournent les gaz, en plusieurs points, vers les tranchées anglaises : il n’y a que sept morts, mais plus de 2 600 hommes ont été touchés et mis hors de combat ; initialement, les Allemands sont frappés de panique et ont près de 600 hommes gazés. 75 000 fantassins britanniques s’élancent des tranchées.

La zone sud de l’attaque enregistre, le premier jour, un succès spectaculaire : les assaillants, partiellement masqués par des écrans de fumée, s’emparent du village de Loos de la « Colline 70 » et avancent vers Lens. Mais la progression doit être stoppée, faute de munitions et en raison de l’arrivée tardive des renforts ; les Allemands reprennent la « Colline 70 »…

 Le lendemain, le 26 septembre, les renforts allemands arrivent en masse pour combler les brèches.

Les Britanniques lancent alors une attaque, sans bombardement préalable : c’est un carnage, la plupart des hommes étant fauchés par les mitrailleuses. Les Britanniques commencent à abandonner certaines des positions prises la veille. Les combats se poursuivent plusieurs jours, de façon sporadique, notamment autour de la « Redoute Hohenzollern », avant que l’état-major anglais n’ordonne la retraite, établissant ainsi le constat d’un très grave échec.

Une nouvelle tentative d’attaque, le 13 octobre, avec à nouveau l’emploi des gaz, aboutit aux mêmes résultats désastreux : en dix minutes, la 46e Division perd 180 officiers et 3 583 hommes devant la « Redoute Hohenzollern » !

Cette fois, l’échelle des pertes britanniques est exceptionnellement élevée : 50 000 blessés, tués, ou disparus (20 000 morts au minimum). Parmi eux, le fils unique de Rudyard Kipling, le grand écrivain, chantre de l’engagement britannique dans la Grande Guerre. Inconsolable, Kipling parcourra les routes de la Gohelle pendant des années après le conflit, pour tenter de retrouver le corps, sans succès. Identifiés en 1991, les restes de John Kipling reposent aujourd’hui au Saint-Mary’s Advanced Dressing Station Cemetery, à Haisnes.

Plusieurs nouvelles unités, engagées pour la première fois, furent totalement disloquées. Les pertes furent particulièrement fortes parmi les troupes écossaises et les officiers. Les pertes allemandes furent inférieures de moitié à celles de l’adversaire. Parallèlement, à l’échec britannique à Loos, les offensives françaises en Artois et en Champagne s’achèvent par de cruelles désillusions après des espoirs initiaux.

La conséquence principale de l’échec de Loos fut le remplacement du général French au poste de commandant en chef de l’armée britannique par Haig, le 19 décembre 1915. Malgré les épreuves subies, la « Nouvelle armée » est en plein essor lorsque commence l’année 1916. L’attaque allemande à Verdun entraîne une nouvelle extension du front tenu par les Britanniques à l’ouest : à partir de mars 1916, il court désormais d’Ypres à la Somme, les troupes françaises ayant abandonné l’Artois pour plonger dans le chaudron infernal de Verdun.

Il est effarant de constater que les graves erreurs commises par le haut commandement britannique lors de la bataille de Loos ne furent pas prises en compte et furent donc répétées lors du premier jour de la bataille de la Somme, qui aboutit, ce 1er juillet 1916, au plus grand désastre de toute l’histoire militaire britannique.

La violence de la bataille de Loos peut se mesurer au très faible nombre de soldats britanniques tués lors du premier jour de l’attaque, le 25 septembre 1915, qui ont une tombe connue : 2 000 sur 8 500.

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L’offensive allemande sur la crête de Vimy (21 mai 1916)

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Yves LE MANER
Directeur de La Coupole,
Centre d’Histoire et de Mémoire du Nord–Pas-de-Calais

L’attaque allemande de grande envergure contre l’armée française, à Verdun, à partir du 21 février 1916, intervient alors que l’armée britannique s’est fortement renforcée pendant l’hiver, avec l’arrivée d’une dizaine de nouvelles divisions sur le front ouest. Afin de soulager les Français, il est décidé de remplacer la 10e Armée française en Artois par des unités britanniques et de préparer une offensive de très grande ampleur, dans la Somme.

 

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La bataille de la Somme (1916)
Wikipedia

La bataille de la Somme désigne une confrontation opposant les Britanniques et les Français aux Allemands en 1916 lors de la Première Guerre mondiale, dont ce fut l’une des batailles les plus sanglantes.

Les forces britanniques et françaises tentèrent de percer à travers les lignes allemandes fortifiées sur une ligne nord-sud de 45 km proche de la Somme, au nord de la France, dans un triangle entre les villes d’Albert du côté britannique, Péronne et Bapaume.

Il s’agit de l’une des batailles les plus meurtrières de l’histoire humaine (hors victimes civiles), avec parmi les belligérants environ 1 060 000 victimes, dont environ 442 000 morts ou disparus.

La première journée de cette bataille, le 1er juillet 1916, détient le triste record de la journée la plus sanglante pour l’armée britannique, avec 58 000 victimes dont 19 240 morts. La bataille prit fin le 18 novembre 1916.

La « bataille d’Arras » du printemps 1917 est l’une des principales offensives engagées par l’armée britannique sur le front ouest, à l’échelle de la bataille de la Somme ou de la « 3e bataille d’Ypres ».
Restée aux mains des Alliés mais située à quelques kilomètres du front pendant toute la durée de la guerre, et formant un saillant dans les lignes ennemies, la ville d’Arras a été, à partir d’octobre 1914, la cible de l’artillerie allemande. L’hôtel de ville et son beffroi, emblèmes de la cité médiévale ont été détruits et une grande partie des quartiers centraux fortement endommagés.
À partir de février 1916, Arras, qui ne conserve plus qu’une faible partie de sa population civile, devient une ville anglaise, dans laquelle l’administration est bilingue.

 

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La bataille d’Arras (avril 1917)

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Yves LE MANER
Directeur de La Coupole,
Centre d’Histoire et de Mémoire du Nord–Pas-de-Calais

Les plans alliés pour 1917

À la suite de la conférence tenue à Chantilly le 16 novembre 1916, où les états-majors alliés ont décidé des grandes orientations militaires de l’année 1917, le général Nivelle, qui vient d’être nommé commandant en chef de l’armée française, et son homologue britannique, Haig, jettent les bases d’une action commune pour rompre le front allemand.

La ville d’Arras, située en zone britannique, est pressentie pour constituer la base de départ d’une offensive de diversion. Cette action, combinée avec une attaque d’envergure dans le secteur français, devait attirer les troupes de réserve allemandes quelques jours avant le déclenchement de l’assaut français et faciliter ainsi la rupture des lignes ennemies en Champagne dans le secteur du Chemin des Dames.

Dès lors, les Britanniques préparent les plans d’attaque pour une opération qui doit être déclenchée au début d’avril 1917, le principal souci du haut commandement étant de concentrer des troupes en grand nombre sans attirer l’attention de l’adversaire. Afin d’éviter les grandes hécatombes survenues au cours des batailles de Verdun et de la Somme, l’année précédente, l’état-major britannique élabore une méthode innovante : un vaste réseau souterrain (environ 20 km), dont l’aménagement est confié aux tunneliers néo-zélandais, doit permettre aux troupes de surgir devant les premières lignes ennemies sans avoir subi de lourdes pertes en traversant le no man’s land.

Les préparatifs de l’offensive de printemps

La fin du mois de mars voit l’achèvement de ces travaux souterrains, les plus importants jamais réalisés par l’armée britannique dans ce domaine. À la veille de la bataille d’Arras, les caves et carrières sous la ville peuvent héberger plus de 24 000 hommes, soit l’équivalent de la population civile avant le début du conflit. Le réseau est constitué de deux artères principales : la première, située sous la route de Cambrai, est dévolue aux Écossais de la 9e division d’infanterie – qui utilisent, pour baptiser les galeries, des noms évoquant le pays natal : Carlisle, Glasgow… – et aux Anglais de la 35e division – qui honorent Manchester, Liverpool, ou Chester, villes d’où sont originaires une bonne partie des soldats constituant l’unité. La branche des souterrains sous le quartier de Ronville devient, à compter du 12 février 1917, la sphère exclusive des Néo-Zélandais se trouve par conséquent dotée de noms de grandes villes des antipodes, comme Wellington. Au total le réseau souterrain compte 19 km de galeries.

Pour répondre aux besoins élémentaires des hommes, des cuisines sont aménagées. L’approvisionnement en eau est assuré par des canalisations ou des puits. L’ensemble des galeries est doté d’un éclairage électrique. Des latrines pour officiers et hommes du rang sont installées dans chaque salle. Sans satisfaire pleinement aux règles sanitaires très strictes en usage dans l’armée anglaise pour l’installation de ses campements provisoires, les carrières souterraines d’Arras offraient en revanche, par rapport à la vie habituelle des tranchées, une grande sécurité, malgré la proximité du front, et un relatif confort aux hommes avant leur montée aux lignes.

Cependant, le principe de réalité a conduit les Britanniques à aménager, dans une carrière située sous le carrefour de la rue du Temple et de la rue de Saint-Quentin, un véritable hôpital, appelé « Thompson’s Cave » du nom de son concepteur, capable d’accueillir 700 blessés. Il est muni de tous les services nécessaires au personnel médical, à savoir de salles d’attente – d’où l’on peut répartir au mieux les blessés – d’une salle d’opérations, de lieux de repos pour les brancardiers et de réserves, ainsi qu’une morgue. Des panneaux indicateurs permettent un accès aisé à ces divers services. L’ensemble de la structure est doté d’un éclairage électrique.

Si l’utilisation de ce vaste réseau souterrain demeure le point le plus original du plan de bataille, les attaquants tablent également sur une préparation d’artillerie d’une intensité exceptionnelle. Les objectifs ont été méthodiquement reconnus au cours des nombreux survols aériens, mais aussi au cours des raids menés en terrain ennemi, et ce depuis la fin de l’année 1916. Les plus importants de ces coups de main impliquèrent plusieurs centaines d’hommes ; leur but était de tester la capacité de résistance de l’adversaire, mais aussi de collecter le maximum d’informations sur la structure en profondeur des défenses allemandes. À l’issue de ces opérations de reconnaissance, des maquettes de grandes dimensions avaient été confectionnées, afin de permettre aux futurs assaillants, jusqu’à l’échelon des compagnies, de se familiariser avec le terrain dans lequel ils allaient évoluer.

L’emploi d’armes nouvelles avait également été prévu : le char d’assaut, pour la seconde fois après un essai balbutiant dans la Somme et, surtout, une toute récente invention due au capitaine Livens. Il s’agissait d’un tube propulseur, capable de projeter des bonbonnes de gaz à grande distance, qui permettait ainsi à l’utilisateur de s’affranchir des caprices du vent pour utiliser des gaz de combat.

Le 6 avril, le moral des assaillants est au beau fixe, avec l’annonce de l’entrée en guerre des États-Unis.

Z day

Le lundi 9 avril 1917, à 5h30 du matin, après un bombardement intensif de quatre jours, destiné à annihiler toute action des forces adverses, la 1re armée britannique, constituée des quatre divisions canadiennes sous les ordres du général Horne, s’élance à l’assaut du plateau de Vimy. La maîtrise de cette crête doit permettre à la IIIe armée du général Allenby de progresser en direction de Douai, important nœud de communications, et de libérer la région minière. Cette armée a également comme objectif prioritaire le village de Monchy-le-Preux, situé à quelques kilomètres à l’est d’Arras, qui commande l’accès à la vallée de la Scarpe et peut constituer une entrave pour une seconde branche de l’offensive, en direction de Cambrai cette fois, autre centre vital pour le système militaire allemand. Quant à la Ve armée du général Gough, placée au sud du dispositif offensif, elle a pour tâche principale la prise du village de Bullecourt, puissant point d’appui stratégique allemand intégré dans la ligne Hindenburg.

Les deux premiers jours de la bataille d’Arras se traduisent par de nets succès tactiques des Britanniques qui, avançant sur les deux rives de la Scarpe,  progressent de plus de 5 km et s’emparent des villages de Thélus, Farbus, Saint-Laurent-Blangy, Feuchy, Athies, Fampoux, Tilloy-les-Mofflaines et Neuville-Vitasse. La conquête  de la crête de Vimy permet à l’artillerie anglaise de dominer les villages de Givenchy-en-Gohelle, Vimy, Willerval et Bailleul-Sire-Bertoult, jusqu’alors de véritables nids de canons allemands, contraignant l’ennemi à les abandonner. Le village et la colline de Monchy-le-Preux, transformés en forteresse par les Allemands,  sont investis, après d’âpres combats, dans la journée du 11 avril. Le lendemain, Wancourt et Héninel tombent à leur tour entre les mains des troupes alliées.

Cette avance rapide oblige les Allemands à un repli stratégique sur leur 2e ligne de défense. L’arrivée d’importants renforts leur permet ensuite de lancer de vigoureuses contre-attaques, dès le 14 avril, et d’enrayer l’offensive britannique. Ainsi, comme cela s’est déjà produit lors des offensives alliées précédentes, la brèche du premier jour effectuée avec de faibles pertes n’a pu être exploitée. Dès lors, la bataille d’Arras s’enlise dans des combats locaux mais néanmoins meurtriers, devant Arleux (28-29 avril), Fresnoy (3-4 mai), Rœux (13-14 mai).

Dans le même temps que se déroulent les attaques britannique et canadienne devant Arras, l’offensive principale lancée par les Français au Chemin des Dames aboutit à un cuisant échec, qui fait vaciller l’armée tout entière. Malgré les revers subis, le Field Marshall Haig persévère pendant plusieurs semaines à lancer des attaques devant Arras, sur une ligne Gavrelle–Rœux–Guémappe–Fontaine-les-Croisilles. Ces opérations, destinées à retenir un maximum de soldats ennemis afin de soulager les troupes françaises, visent également à constituer un nouveau front, au tracé cohérent et donc défendable.

Un bilan coûteux

Le bilan de la bataille d’Arras semble à première vue favorable pour les Britanniques : ils ont fait 20 000 prisonniers, saisi un important stock d’armes, et enregistré des gains de terrain sensibles, permettant le recul de la zone de combat sur une profondeur d’une dizaine de kilomètres et le désenclavement de la ville d’Arras, soumise depuis octobre 1914 aux bombardements allemands.
Mais ces résultats à caractère tactique ont été obtenus au prix de pertes très élevées. Un peu plus de 100 000 Britanniques ont été mis hors de combat durant les mois d’avril et mai 1917 devant Arras. Le total des pertes, du côté allemand, est plus difficile à évaluer faute de sources fiables, mais peut être estimé à un nombre équivalent.

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324 Chars à la Bataille de Cambrai

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Offensive ou opération Michael

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 L’offensive allemande (1918)

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L’offensive victorieuse des Alliés (août-novembre 1918)

http://www.cheminsdememoire-nordpasdecalais.fr/comprendre-et-approfondir/batailles/loffensive-victorieuse-des-allies-aout-novembre-1918.html

Yves LE MANER
Directeur de La Coupole,
Centre d’Histoire et de Mémoire du Nord–Pas-de-Calais

…/…Alors que d’autres offensives se déroulent plus au sud, dans la Somme et l’Aisne, les Britanniques et les Canadiens attaquent et libèrent Cambrai, en deux jours (8-9 octobre 1918). La ligne Hindenburg est désormais largement transpercée et c’est maintenant une « bataille de poursuite » qui s’engage contre une armée allemande en cours d’effondrement interne. Dès lors, l’avance britannique se déroule sur un large front, en Flandre, en Artois et en Picardie. Lille et Douai sont libérés le 17 octobre. Si bon nombre d’unités allemandes sont en pleine débandade, d’autres, notamment des Stosstruppen, mènent de très violents combats d’arrière-garde, ainsi  lors de l’entrée des Britanniques et des Canadiens dans Valenciennes (1er et 2 octobre) ; ces combats semblent préfigurer la véritable guérilla urbaine que Ludendorff envisage un temps d’organiser en cas d’entrée des troupes alliées sur le territoire du Reich.

C’est au cours de l’un de ces affrontements, pour franchir le canal de la Sambre, que Wilfred Owen, le plus grand poète qu’ait produit la Grande Guerre, est tué, près d’Ors (Nord), le 4 novembre 1918, une semaine avant l’Armistice et la victoire finale des Alliés.

Ce même 4 novembre, la ville du Quesnoy (Nord) est le théâtre d’un épisode très particulier de cette période chaotique : les soldats néo-zélandais s’emparent de la ville – dont la garnison allemande refusait de se rendre – en prenant d’assaut les remparts de Vauban à l’aide d’échelles…

sources

Wikipedia

http://expositionvirtuelle.memoire1418.org/explorer/lempire-britannique-sur-le-continent/combats-et-combattants-sur-le-front-ouest/les-theatres-doperation-britanniques.html

http://depont.skynetblogs.be/tag/bataille+d%27audregnies

http://www.menfroid-dubus.org/article-17698728.html

 

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L’Empire britannique et la Grande Guerre

26 novembre 2012

la Bataille de Verdun Mars

Classé sous — milguerres @ 21 h 13 min

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 Periode MARS

 source : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

1er mars

Journée calme selon les communiqués officiels. Cela veut dire qu’il n’y a pas eu de grandes attaques, mais simplement des altercations locales. Pas de bombardement général mais des pilonnages locaux et alternés.
Tout au long de la  » Bataille de Verdun « , aucune journée ne put être qualifiée de  » journée calme « . Les meilleures d’entres elles peuvent être comparées aux plus mauvaises des autres secteurs.

La voie Sacrée :la Bataille de Verdun Mars  voie-sacree

Il existe 4 voies permettant de rallier Verdun par l’arrière :
- La voie ferrée de Commercy qui longe la Meuse, mais qui à Saint-Mihiel passe en terrain ennemi. Elle est donc inutilisable.
- La voie de chemin de fer de Saint-Menehould et Clermont-en-Argonne, mais qui à la hauteur d’Audreville est constamment détruite par le canon allemand. Elle ne peut donc servir que pour transporter un nombre restreint de matériel.
- Le petit chemin de fer  » Meusien  » à voie étroite, peu adapté. Lui aussi, ne peut permettre l’acheminement que de petits matériels.
- Enfin, la route départementale Bar-le-Duc-Verdun.

Cette voie traverse Bar-le-Duc, Naives, Erize-la-Brûlée, Rosnes, Erize-la-Grande, Erize-la-Petite, Chaumont-sur-Aires, Issoncourt, Hieppes, Souilly, Lemmes, le Moulin-Brûlé, Regret et entre à Verdun par le faubourg de Glorieux.
Elle épouse sur 75 km, le relief ondulé de cette région vallonnée, montant et descendant sans cesse. Depuis août 1915, elle a été élargie à 7 m, de sorte que 2 camions peuvent se croiser et un véhicule plus rapide peut passer au milieu. De plus
le général Herr a fait raffermir la chaussée

Dés le début de la bataille, il apparaît clairement au commandement français que cette voie d’accès, hors d’atteinte de l’ennemi, est la plus sûr et la plus adapté pour acheminer un grand nombre de troupes, de minutions et de matériel vers Verdun. Pire encore, si son trafic est interrompu pour une raison ou pour une autre, la bataille est perdu.

p98

Dés le 22 février une commission régulatrice est créé afin de d’orchestrer et réguler au mieux le flux de véhicule. Il est décider de faire partir les convois de Badonvilliers afin d’éviter un engorgement total à Bar-le-Duc. Une file ininterrompue de camions de toutes sortes s’engagent alors sur la route gelée et alimente la bataille en troupes fraîches.

p235

Dans l’autre sens, une autre file ramène les combattants vers l’arrière. A cela, vient s’ajouter les camions de munitions, de vivres, de matériels divers, les voitures sanitaires, toutes sortes de véhicules des services des armées, camionnettes de courriers, génies, artillerie, aviation, camouflage, auto-camion, auto-projecteurs, télégraphie, radiotélégraphie, etc… qu’il faut bien laisser passer au milieu des autres.
Les troupes montantes sont chargées aux environs de Bar-le-Duc et débarquées à Nixéville ou Blercourt, suivant l’intensité du bombardement. Là, sont reprises les relèves descendantes pour les conduire au repos, soit à l’ouest de Bar-le-Duc : Brabant-le-Roi, Revigny, Neuville-sur-Orne, soit au sud dans la région entre Saint-Dizier et Ligny-en-Barrois.

p62

Les munitions arrives par trains dans les gares de Bar-le-Duc, Baudonvilliers, etc… et chargées dans les camions. 300 tonnes peuvent être chargées en 3 heures. Lorsque 30 camions sont prêts, ils partent sans tarder vers les dépôts de munition. Il en va de même pour le matériel et les vivres. Les nombreux dépôts sont disséminés dans les villages derrière Verdun, à Heippes, Souilly, Lemmes, fort de Dugny, carrière d’Haudainville, fort de Landremont, fort de Balleray, ect. Ils constituent les bases arrière de la bataille.

Ce que l’on va appeler la  » noria  » semble s’être bien mise en place et semble bien huilée durant les premiers jours de combats. Lorsque soudain, le 1er mars, en milieu de journée, le général Pétain reçoit un coup de téléphone à son Q.G. de Souilly.
C’est le dégel !!! Le froid persistant depuis le 21 février a maintenu un sol gelé évitant aux lourds camions de s’embourber. Avec le redoux constaté depuis la veille, la première autoroute de l’histoire se transforme en une succession de fondrières et les roues pleines des véhicules commencent à s’enliser et à tourner sans prise dans la boue épaisse. En plusieurs endroits, des camions immobilisés bloquent le passage et interrompent la progression.

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Pétain est parfaitement conscient que si la situation n’est pas rétablie dans 72 heures, c’est un désastre. L’accalmie relative dont fait preuve actuellement l’armée allemande ne saurait durer et présage inévitablement un nouvel effort imminent, sur la rive droite et peu être également sur la rive gauche. L’arrivé d’hommes, de munitions et de matériel doit absolument continuer à tourner à sa vitesse maximale
Pétain, lucide, ordonne alors les mesures les plus logiques et les plus simples à mettre en place dans une telle situation. Il instaure en même temps un règlement très strict et une discipline de fer à tenir tout au long de la bataille.

Pour rendre la route un peu prêt praticable, il faut boucher les trous avec des cailloux et passer un rouleau compresseur. Cependant, aucun tas de pierres n’a été prévu au bord de la route. De plus, il est impossible de rechercher ces matériaux au loin, cela prendrait trop de temps et comment les acheminer puisque la route est bloquée.
Pétain donne donc l’ordre d’ouvrir le plus prêt possible de la route des carrières de pierres tendres du pays. Des équipes de civils et de territoriaux les exploitent aussitôt. Mois de 48 heures après le dégel, plus de mille travailleurs sont répartis tout au long des 75 km et lancent nuit et jour dans les trous boueux, des pelleté de pierres.
Il est impossible d’employer les rouleaux compresseurs qui ralentiraient le trafic. Pétain donne l’ordre que se soit les camions eux même qui remplissent ce rôle avec leurs roues à bandage plein. Cette manœuvre se trouve facilité par le fait que les pierre de la Meuse sont tendres.

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La noria a donc reprise rapidement mais une route réparée de façon si précaire est vouée à s’abîmer très vite, surtout soumise à un trafic si intense. Pétain donne donc pour finir un ordre simple, cette réfection ne doit jamais s’arrêter. Elle doit durer, comme le trafic, 24h sur 24 et aussi longtemps que cela sera nécessaire.
Ainsi, cette route fût la première de l’histoire à être simultanément détruite et reconstruite. Les trous se forment, un vieux territorial y jette une pelleté de cailloux que le camion suivant tasse de ses roues, quelques camions plus loin, le trou se reforme et l’on recommence.

Pétain instaure également un règlement très strict, tout véhicule tombé en panne ou ayant crevé est immédiatement poussé de côté. En parallèle, une section de dépannage est mise sur pied, on improvise au bord de la route des ateliers de fabrication de pièces de rechange, les parcs automobiles de Bar-le-Duc et de Troyes travaillent nuit et jour à la conception de bandages caoutchoutés qui sont livrés dans ces atelier de campagnes.

Témoignage du soldat Louis FEBVRE :  » Ce nom a été donné par Maurice Barrès à la route de Verdun à Bar-le-Duc qui a joué un si vaste rôle pendant la bataille en permettant le ravitaillement en hommes, en vivres et en munitions
La grande ligne de chemin de fer coupée, Verdun se trouvait isolée du reste de la France. Le petit tacot meusien, malgré toute sa bonne volonté, n’avait qu’un débit tout à fait réduit. On mit en état cette route et, nuit et jour, tant que dura la bataille, un double fleuve se mit à rouler, le fleuve des camions qui montaient à Verdun emportant les combattants et les munitions, le fleuve des camions qui descendaient de Verdun avec les blessés et les combattants en relève.
De place en place, des postes de territoriaux. Quand un obus ou une bombe d’avion tombait sur la route et la crevait d’un entonnoir, l’équipe de territoriaux la plus proche se précipitait et réparait la route. Les à-coups étaient nombreux, mais ne duraient jamais longtemps, tant chacun avait conscience de sa responsabilité, tant il se hâtait à sa tâche, quel que fût le danger couru.
La Voix Sacrée est un symbole. On a reproché aux Français de ne pas être des organisateurs, il eût été plus juste de leur reprocher d’être des imprévoyants.
Sur la Voix sacrée, la discipline était de fer. Aucune voiture à cheval, sous quelque prétexte que ce fût, ne s’intercalait entre les convois. Des fourgons attelés, qui n’avaient pourtant besoin de suivre la route interdite que pendant 100 ou 200 mètres, ont été contraints, pour ne pas déranger cette belle horlogerie, à faire un détour de plusieurs lieues. Ici, avec une autorité magnifique et une parfaite intelligence, on sacrifiait tout à l’essentiel : le service des tranchées de Verdun. Cette calme leçon d’énergie donnait une grande confiance aux hommes. « 

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Ainsi, tout au long de la bataille, 16 bataillons (8200 hommes) seront affectés à l’entretient de la route et à l’extraction des carrières. Ils jetteront entre 700 000 et 900 000 tonnes de pierres sur la route.
Durant 10 mois, chaque semaine, 3500 camions effectueront l’allée retour Bar-le-Duc Verdun, soit en moyenne, un camion toutes les 14 secondes. Certains jours, il sera constaté une fréquence d’un camion toutes les 5 secondes.

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Toujours à la semaine, tous véhicules confondus, il sera effectué 1 millions de km sur la voie (soit 25 fois la circonférence de la terre), 90 000 hommes et 50 000 tonnes de matériels seront transportés.
Si l’on tente de chiffrer le tonnage total qui a été transporté, englobant le matériel, les munitions, les combattants et les blessés, se chiffre parait atteindre les 2 millions de tonnes.

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2 mars – Perte du village de Douaumont
A l’aube, une compagnie du 418e R.I. passe à l’attaque et s’empare des chalets au sud de Douaumont.

De 7 h 30 à 9 h, le bombardement allemand est très violent sur le front de Douaumont – Vaux. Parmi les projectiles, de nombreux obus au gaz.

La guerre chimique (Accessible également dans la partie Thèmes)

L’ennemi passe à l’attaque dans l’après-midi mais il est stoppé au sud-ouest du bois Chaufour (146e R.I.) et de chaque côté du fort de Douaumont. Durant cette attaque, les vagues allemandes ont été littéralement fauchées par les mitrailleuses françaises causant de très importantes pertes.

A 18 h, les Allemands parviennent tout de même à s’emparer d’un élément de tranchée au sud-est du fort de Douaumont.

A 19 h 30, ils se portent à l’attaque du village de Douaumont mais sont repoussés par 2 bataillons du 170e R.I.
A 20 h, revenant en force de tous les côtés, ils parviennent à prendre pied par l’est, le nord et le sud dans le village, en anéantissant 6 compagnies du 33e R.I.
Le village de Douaumont est dès lors perdu.


 

3 mars – Tentative française pour reprendre le village de Douaumont
A minuit, le général Balfourier apprend la nouvelle de la perte du village de Douaumont. Il met aussitôt sur pied une contre-attaque visant à le reconquérir. 2 bataillons du 174e et 1 bataillon du 170e R.I. sont chargés de cette mission qui doit avoir lieu à 17 h 45.

A l’heure H, les 3 bataillons s’élancent et parviennent à reconquérir quelques positions dans le village. Les hommes creusent le sol pour consolider leur ligne.

A 20 h et à minuit, le 33e R.I. est attaqué entre le ravin du Calvaire et le village de Douaumont mais il parvient à repousser l’ennemi.

La nuit se passe sous un bombardement allemand très violent dans tout le secteur de Douaumont.

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4 mars – Tentative française pour reprendre le village de Douaumont
A 10 h, le bombardement s’arrête brusquement et l’ennemi attaque les positions reprises la veille dans village de Douaumont. Les 3 bataillons (170e et 174e R.I.) sont vite submergés d’autant plus qu’aucun renfort ne peut approcher du village en raison des tirs de barrage infranchissables qu’impose l’artillerie allemande.

A 11 h, la totalité des ruines du village sont perdues. Quelques survivants français parviennent à rejoindre les 2e lignes.

A 11 h 30, le G.Q.G. français envisage une fois de plus une riposte. 2 nouveaux bataillons du 170e R.I. se portent dans le ravin sud-ouest de Fleury.

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A 15 h 30, ils se dirigent vers la ferme de Thiaumont. Cependant, pris sous un formidable tir de barrage, ils sont ralentis et n’arrivent qu’à la nuit à la ferme de Thiaumont. Ils viennent renforcer les débris des éléments déjà en place.

A 20 h, ils s’élancent à nouveau sur le village de Douaumont mais dés le début, l’attaque est enrayée en raison de la violence du feu des mitrailleuses allemandes.
Sur ordre du général Pétain, aucune autre attaque n’est mise sur pied et le village de Douaumont reste définitivement aux mains de l’ennemi.


 

5 mars
 » Journée calme « , comme le 1er mars.

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Front au 5 mars 1916

Pétain prend les choses en mains !
Comme nous l’avons vu plus haut, le général Pétain à dés le 1er mars prit un certain nombre de mesures précises afin de rétablir techniquement la situation sur la Voie Sacrée, par laquelle se fait le ravitaillement de la bataille.

Il poursuit son travail en reconstituant les divisions et les brigades et en formant des  » groupements de commandement « . Il entreprend les démarches permettant le réarmement des forts des 2 rives, crée des places d’armes, des dépôts, des cantonnements et trace de nouvelles voies d’accès.
De plus, il s’attaque avec ardeur et ténacité à la question  » artillerie « . Il veut que le nombre des batteries sur le front de Verdun décuple et ne cesse de demander plus de canons au Q.G. de Chantilly. Il éduque également ses généraux sur sa vision de l’artillerie, afin qu’ils emplois leurs canons beaucoup plus, dans de meilleurs condition et avec beaucoup plus d’efficacité.

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Pétain dans son bureau à Souilly

Témoignage du général Pétain :  » Je ne cessais de stimuler l’activité de l’artillerie. Lorsque les agents de liaison des corps d’armée, venue au rapport quotidien de Souilly, m’exposaient par le menu les combats engagés sur leurs fronts respectifs, je ne manquais pas de leur couper la parole par cette interrogation :
- Qu’ont fait votre batterie ? Nous parlerons ensuite des autres détails.
Au début, les réponses étaient confuses… Mais comme je m’en irritais, ma préoccupation dominante se répercutait dans les états-majors intéressés, dont les comptes rendus marquèrent bientôt un sensible progrès. Notre artillerie, suivant mes directives, prenait l’offensive par des concentrations de feux qui étaient de véritables opérations, soigneusement préparées et qui, sans lui causer de pertes, en produisaient chez l’ennemi.
Je répétais constamment :
- Il faut que l’artillerie donne à l’infanterie l’impression qu’elle la soutient et qu’elle n’est pas dominée ! « 

Cependant, malgré toute l’énergie déployée par Pétain, il doit faire face au Grand Q.G. qui rechigne à mobiliser de lourds moyens sur Verdun. La bataille de la Marne est en préparation et semble plus importante. Ce n’est qu’au compte goute que de nouvelles batteries sont envoyées.

Témoignage du commandant P… :  » Comment peut-on dire qu’au six mars, l’équilibre des forces adverses en infanterie et en artillerie de campagne, sinon en artillerie lourde, est réalisé ? On savait à la 2e Armée que les effectifs allemands accumulés sur le front étaient formidables, mais, fidèle à la tactique qu’il dû instaurer pour cacher ses lourdes responsabilités, le G.Q.G. a toujours « nié Verdun ». Si l’on avouait toute l’importance de l’attaque allemande sur Verdun, on devait, en toute justice, accepter aussi que ce n’était pas le général Herr qui devait être poursuivi. Il était beaucoup plus facile de déclarer que Verdun était une attaque comme les autres ; toutes les fois où un officier de l’état-major de la 2e Armée allait en liaison au G.Q.G., il trouvait au 3e bureau des petits rires goguenards « Ah ! tu vas encore essayer de nous faire croire à Verdun. »
Un grand nombre de divisions allemandes en ligne à Verdun n’ont pu être identifiées au début de mars par « les moyens habituels » de renseignement, en bon français l’espionnage. Restaient les interrogatoires de prisonniers. Or, combien de prisonniers allemands avions-nous fait au 5 mars ? Et que savait un homme en première ligne, sur les troupes qui étaient derrière lui ?… « 

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Interrogatoire de prisonniers allemands


 

Attaque allemande sur les deux rives

6 mars – Violents combats sur le Mort-Homme (rive gauche)
Rive droite de la Meuse
Violent bombardement sur tout le secteur. Les Allemands veulent empêcher les Français de contre-attaquer sur le village de Douaumont.
Dans l’après-midi, le bombardement prend une cadence extraordinaire. Il tombe au moins vingt projectiles par minute. Les hommes ne parvienent plus à distinguer les coups, leur tête et tout leur système nerveux est ébranlé. Ils perdent connaissance peu à peu, les nerfs cassés, arrivés à la limite de leur force. Cela fait six heures consécutives qu’ils sont soumis aux chocs, aux gaz de combat et aux vibrations continues.

Rive gauche
Bien que l’attaque allemande sur la rive gauche ne fut déclenchée qu’à partir du 6 mars, le secteur n’en ai pas resté calme pour autant.
Dès le 22 février, alors que débute le second jour de combat sur la rive droite, un terrible bombardement s’abat sur le Mort-Homme, le bois de Corbeaux et le bois de Cumières.

Témoignage de Léon GESTAS, sergent au 70e R.I.T. :  » Au bois des Corbeaux, au début de mars, ça tombait de tous les côtés, on était tué sans même savoir d’où le coup était parti. Le bruit avait couru parmi nos hommes que le bombardement allemand durerait 100 heures et tous attendaient, avec une impatience mêlée d’anxiété, la fin de ces 100 heures. Mais les 100 heures passèrent et le bombardement, loin de diminuer, continuait toujours. Il devait continuer toute l’année.  »

Le 24 février, un important groupe ennemi sort du bois des Forges et s’avance vers les positions françaises. Cependant, il n’hésite pas à regagner ses tranchées lorsque les 1ers tirs des Français débutent. Il s’agit à la fois de tester la défense française dans ce secteur et réaliser une manœuvre de diversion visant à perturber les Français qui sont engagés désespérément sur la rive droite.
Le 26 février, plusieurs abris français s’effondrent sur les pentes du Mort-Homme en raison du bombardement allemand. De jour en jour, les dégâts causés par les obus allemands s’aggravent. Cette augmentation de l’activité des Allemands dans le secteur présage une imminente offensive.
Au soir du 5 mars, le 7e Corps en position sur la rive gauche rendait compte à Pétain en ses termes :  » Toute la position de résistance et la zone des batteries en arrière offre l’aspect d’une écumoire ; les trous empiètent les uns sur les autres ; les réseaux sur la contre-pente du Mort-Homme et de la Côte de l’Oie sont déchiquetés. « 

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Le 6 mars à 7 h, alors que le front présente déjà un aspect lunaire, un très violent bombardement allemand d’une puissance encore non égalée dans ce secteur s’abat sur les ouvrages de Béthincourt, de Forges, de Regnéville, sur les massifs du Mort-Homme et de la Côte de l’Oie.
A 10 h, alors que la neige tombe et qu’un épais brouillard enveloppe toute la ligne de front, l’ennemi s’élance à l’attaque. Il espère progresser rapidement comme cela l’a été le 21 février sur la rive droite, et en effet, il atteint rapidement le ruisseau des Forges et encercle le village du même nom. Les combats qui s’engagent sont très violents puis les Français cèdent peu à peu devant le flot ennemi.

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Durant l’après-midi, les Allemands continuent leur marche et arrivent au nord-est de la Côte 265.

Au soir, les villages des Forges et Regnéville sont tombés ainsi que la Côte 265. De nombreux détachements français ont été faits prisonniers ou ont été anéantis, le 211e R.I. entre autre.

Le soir, le front français forme une nouvelle ligne reliant le bois des Corbeaux, le bois de Cumière et le village de Cumière. De nouveaux bataillons montent en urgence renforcer ces nouvelles positions.

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Front au 6 mars 1916


 

7 mars – Perte du village de Cumières et le bois des Corbeaux (rive gauche)
Rive droite

A 3 h, le 409e R.I. est attaqué et doit abandonner l’ouvrage d’Hardaumont. A 5 h, une contre-attaque permet de le reconquérir.

Durant la matinée, le 17e R.I. au sud-ouest et au sud du fort de Douaumont repousse 3 assauts.

Jusqu’à 15 h, le bombardement allemand est très violent sur l’ensemble du front, les pertes sont très lourdes du côté français.

A 15 h, le 409e R.I. subit une nouvelle attaque sur la croupe au nord de Vaux mais parvient à repousser l’ennemi. A 21 h, 23 h et 0 h 30, 3 retours offensifs allemands sont également mis en échec. Ils sont entrecoupés de violents bombardements qui causent de lourdes pertes dans les rangs du 409e.

De l’étang de Vaux aux pentes d’Hardaumont, le 21e R.I. subit un terrible bombardement.
Témoignage du lieutenant Albert CHEREL :
 » C’est le 7 mars, que le fort de Vaux commença d’être systématiquement bombardé. Durant 8 heures, sans arrêt, une averse de projectiles s’abattit sur le fort. Il y en avait de tous les calibres : du 77, du 105, à l’éclatement déchirant ; du 210, du 380, que les soldats avaient surnommé le « Nord-Sud »à cause du grondement strident de son sillage dans l’air ; peut-être du 420, car on en trouva un culot près du corps de garde le lendemain. Ces obus, à certains moments, tombaient à la cadence de 6 par minute. Il nous semblait vivre au milieu d’une effroyable tempête. « 

A sud de Vaux, l’ennemi part à l’assaut du bois de Grand-Feuilla tenu par le 86e R.I.. Un violent corps à corps s’engage et se prolonge toute la nuit. Finalement, l’ennemi est repoussé mais les pertes qu’il a causé affaiblissent grandement le front du 86e.

Rive gauche
Vers 11 h, les Allemands débouchent entre Béthincours et Forges et escaladent les pentes de la Côte de l’Oie pour se porter sur le village de Cumières et le bois des Corbeaux. Ils espérent ensuite longer la vallée de la Meuse par Cumière et pouvoir ainsi aborder le Mort-Homme par l’est.

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Cumières et le bois des Corbeaux sont défendus par les 211e et 259e R.I. Rappidement, les 2 régiments sont submergés mais ils se battent avec courage. En fin d’après-midi, les 2 régiments sont littéralement anéantis.
Le village et le bois sont perdus mais cependant, les débris du 214e R.I. empêchent l’ennemi de sortir du village.

Le bombardement allemand s’abat maintenant sur le secteur de Regnèville et Chattancourt.
Béthincourt est violemment pilonné toute la journée et toute la nuit.

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Front au 7 mars 1916


 

8 mars – Reprise des 2/3 du bois des Corbeaux (rive gauche) – Perte de la moitié du village de Vaux (rive droite)
Rive droite

Au matin, le front allant des bois Albain et Chaufour, jusqu’à l’étang de Vaux est tenu par toute la 13e D.I. (20e et 21e B.C.P., 17e, 21e et 109e R.I.)

Sur la position du 17e R.I., les obus laissent la place aux torpilles et aux Minenwefers qui font des ravages dans les tranchées.

L’artillerie de tranchée (Accessible également dans la partie Thèmes)

A l’issue du bombardement, l’ennemi lance une puissante attaque avec jets de liquide enflammé.
A 11 h, les survivants du 17e parviennent à enrayer puis à repousser l’assaut allemand.

Aussitôt après, l’ennemi porte son attaque au sud-est du fort de Douaumont sur les positions tenues par le 100e R.I. A midi, le front français est enfoncé et l’ennemi pénètre dans le ravin de la Caillette.

Sur la gauche, une brèche est également ouverte à travers le 109e R.I. L’ennemi risque ainsi de prendre à revers le 1er bataillon du 17e R.I. et il est urgent de la refermer. Les 11e et 12e compagnies du 17e alors en soutien se portent en urgence au devant de l’ennemi.
A 13 h, après un combat acharné, la brèche ouverte une heure auparavant est refermée et mieux encore, l’ennemi a été chassé du ravin de la Caillette.
Par cette furieuse contre-attaque et le courage dont elle a fait preuve, la 11e compagnie du 17e R.I. a gagné le surnom de  » Compagnie des Lions « .

Sur le front du 21e R.I., au nord de l’étang de Vaux (sur les pentes d’Hardaumont), le bombardement allemand a duré toute la matinée. A 11 h, l’ennemi attaque enfin.
Jusqu’à 12 h 45, les vagues sont repoussées à 3 reprises et ne parviennent pas à percer la défense française.

Dans le secteur du village de Vaux, tenue par les 408e et 409e R.I. le pilonage dure depuis 10 h du matin.
Témoignage de A. ROUSSEAU :  » A Vaux, sous les obus. Pour nous donner du courage, nous regardons dans le bois, à côté, une batterie d’artillerie à découvert, qui tire à toute volée et dont les hommes qui ne peuvent avoir notre mobilité, attendent en accomplissant leur devoir, la mort sur place. « 

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Dans l’après-midi, les éléments des 408e et 409e R.I. repoussent pas moins de 12 assauts allemands.
Une 13e attaque allemande est lancée sur le village, mais cette fois, trop affaibli, le 409e doit abandonner une partie du village. La 1ère compagnie du 409e est anéantie, à la 2ème, il ne reste que 8 hommes. Le soir, le 2e bataillon ne compte plus que 2 officiers et 137 hommes.
Témoignage de R. :  » L’extrême fatigue, le manque prolongé de sommeil, la continuelle tension nerveuse, engendrent quelques cas de folie et de nombreux cas d’exaltation et de demi folie.
Je rends compte à mon lieutenant que nous avons fait un Allemand prisonnier et le lieutenant me répond, en colère : « C’est honteux, vous serez puni. » Puis il se met à pleurer et il me demande pardon, disant qu’il n’en pouvait plus de fatigue, qu’il n’avait pas dormi depuis quatre jours.
Quand je dis au sergent que trois hommes de l’escouade sont ensevelis dans l’abri, il répond en riant : « Très bien, très bien, ça vous fera du rab de pinard.  » Quand je lui ai répété le lendemain ce qu’il avait dit, il ne voulait pas me croire. « 

Au ruisseau de Tavannes (dans le secteur de Damloup), la lutte débutée la veille sur le front du 86e R.I. et qui s’est poursuivie toute la nuit, reprend avec acharnement.
Devant la supériorité numérique de l’ennemi et les pertes qu’il a subie, le 86e doit abandonner le Grand Feuilla et se retirer à l’ouest de la route Eix-Damloup.

Pendant cette journée, les pertes françaises mais aussi allemandes ont été énormes.
Quand la nuit tombe, le massif d’Hardaumont, la moitié du village de Vaux, le Grand Feuilla et l’entrée du ravin de la Horgne ont été perdus. Pétain est contraint malgrés lui à puisser dans ses précieuses réserves et à mettre 2 nouvelles divisions à la disposition du général Maistre.

La nuit, la neige tombe. Elle est la bienvenue car elle permet aux combattants d’apaiser enfin leur soif intense.

Rive gauche
A 7 h, alors qu’il fait encore nuit noire, 2 bataillons du 92e R.I., commandés par le lieutenand-colonel Macker, se lancent à la contre-attaque du bois des Corbeaux. Chaque homme a reçu la bénédiction suprême par l’abbé du régiment peu avant l’heure H.
Dans ce secteur, il n’existe plus de tranchée ni de boyau, tout a été détruit et labouré par le bombardement. C’est donc totalement à découvert que les hommes doivent parcourir les 400 m qui les séparent des positions allemandes, sur un versant face à l’ennemi et martelé par un violent tir de barrage.
Les obus et les balles allemands font de grandes brèches dans les rangs français mais ils poursuivent courageusement leur progression. Les 100 derniers mètres se font au pas de charge.
A midi, après une matinée de violents combats, la lisière du bois des Corbeaux est dépassée puis reprise. Au soir, les 2/3 du bois sont de nouveau français. Une contre-attaque allemande est ensuite repoussée durant la nuit.

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Le 92e R.I. aura perdu dans la journée une 100e d’hommes et 10 officiers.

Ce même jour, 2 autres assauts allemands sont repoussés, sur les pentes du Mort-Homme et sur les avancées du village de Béthincourt.

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Front au 8 mars 1916


 

9 mars – Pression allemande sur les 2 rives
Rive droite

Dès 7 h, le bombardement allemand reprend avec la même force que la veille.

A midi, l’ennemi attaque sur un large front.

Dans les secteurs d’Haudraumont et du bois Albain, les 153e et 201e R.I. tiennent bon malgré de sérieuses pertes.

A leur gauche, le 21e B.C.P. est écrasé puis submergé. Les survivants trop éprouvés par le bombardement qu’ils viennent de subir ne sont plus en état de combattre.

Sur le front du 17e R.I. (sud et sud-ouest du fort de Vaux), l’ennemi part à 3 reprises à l’assaut mais le tir de barrage français qui est d’une densité et d’une précision terribles le contraint à retourner dans ses lignes. Durant ces 2 jours, le 17e a eu 125 tués et 360 blessés mais des 100e de cadavres allemands gisent devant ses tranchées.

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Sur le front des 86e, 109e, 408e et 409e plusieurs assauts allemands sont repoussés.

Devant le fort de Vaux, plusieurs bataillons allemands sont parvenus à s’infiltrer en avant des réseaux de barbelés. Les attaquants sont renvoyés dans leurs positions sans ménagement. Le fort est alors occupé par la 8e et 10e compagnie du 71e régiment de Territoriale, commandées par le lieutenant Albert Chérel.
Témoignage du lieutenant Albert CHEREL :
 » Le 9 au matin; un grand cri: « Les Allemands ! » L’ennemi, en colonnes, aborde les fils de fer du fort. Chaque fraction de la compagnie, conduite par son chef, gagne le poste de combat qui lui à été désigné d’avance.
Les Allemands, apparemment, avaient cru le fort vide de défenseurs. Notre feu calme et bien ajusté et le tir fauchant des mitrailleuses eurent tôt fait d’en abattre un centaine. les reste de ceux que nous avions vue en nombre à peu près égal se terra. Deux ou trois petites boules blanches très lumineuses jaillirent du rebord de la crête où ils s’étaient enfouis. Et leur artillerie se remit à arroser le fort et ses alentours. »

L’officier allemand qui commandait cette attaque avait déjà envoyé un communiqué disant que le fort était pris. Il se trompait de plusieurs mois.

Dans l’après midi, le 149e R.I. et les 20e et 21e B.C.P. parviennent à reconquérir une partie du village de Vaux.

Témoignage de Julien SANDRIN, sergent au 11e Génie :  » Dans les attaques de Vaux, en mars, j’ai vu un lieutenant de chasseurs qui, le bras gauche broyé par un éclat d’obus, continuait à se battre avec sa main valide.
Un mitrailleur a le ventre ouvert; il accourt ici avec ses pauvres mains crispées sur ses intestins qui s’échappent.
L’autre m’arrive, la tête bandée de son pansement individuel, soutenu par un camarade. Je le fais asseoir devant moi, sur la petite caisse, mais il a l’air quasi endormi et ne s’aide pas du tout, laissant sa tête brimbaler de droite et de gauche. Je suis pressé et, sentant les autres qui attendent, je lui demande de se mieux prêter au pansement. Mais lui ne cesse de répéter inlassablement : « Oh ! laissez-moi dormir, laissez-moi dormir ».
J’enlève la bande qui lui entoure la tête et alors, la chose horrible m’apparaît: toute la moitié de son cerveau, son hémisphère droit tout entier glisse en dehors de son crâne béant et j’éprouve cette sensation terrible de recevoir dans ma main gauche toute la matière cérébrale de ce malheureux qui, la boite crânienne défoncée et vidée en partie de son contenu, continue de me répéter son leitmotiv : « Laissez-moi dormir ». .

Alors je lui dis: « Oui, mon vieux, va, on va te laisser dormir ». Et je vide ma main de son contenu que je remets à sa place, maintenant le tout avec des compresses et une bande… avec quelles précautions et quelle angoisse !… « Va dormir, va, mon vieux ».
Soutenu sous chaque bras, ce mort vivant fait quelques pas, s’étend dans un coin. Une piqûre de morphine, une couverture et le sommeil, pour toujours. « 

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Au soir, le 27e D.I. (52e, 75e, 140e et 415e R.I.) monte en ligne sur Bevaux. Le 409e R.I. quitte enfin le front, il a perdu 34 officiers et 1 479 hommes.

Rive gauche
L’ennemi poursuit sa marche en avant. Il progresse entre le village de Béthincourt et le bois des Corbeaux. Il occupe les tranchées entre le ruisseau des Forges et le Mort-Homme et atteint le boyau Béthincourt-Mort-Homme.

Cependant, il ne peut pas pénétrer dans le village de Béthincourt tenu par le 49e R.I.T. et dans le bois des Corbeaux.


 

10 mars – Pression allemande sur les 2 rives – Perte définitive des bois des Corbeaux et de Cumières (rive gauche)
Rive droite
Vers 7 h et 8 h 30, au nord de l’étang de Vaux (21e R.I.), 2 assauts allemands sont repoussés par les combattants français. Lors de ces combats, plusieurs hommes sont devenus fous.
Devant le fort de Vaux, de nombreux bataillons allemands sont arrêtés par le 38e R.I.

A 15 h, au sud-ouest et sud du fort, l’attaque reprend sur le front du 17e R.I. Les vagues successives de l’ennemi viennent se briser devant les mitrailleuses françaises.

Le 408e R.I. parvient lui aussi à enrayer une attaque allemande mais il a atteint le bout de ses forces. Il est relevé dans la soirée, il a perdu en tués, blessés ou disparus, 26 officiers et 1009 hommes.

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Dans la nuit, la 42e D.I. (8e et 16e B.C.P., 94e, 151e et 162e R.I.) relève les restes de la 39e dans le secteur de Froideterre-Thiaumont.
Au retour d’une relève de tranchée, les compagnies étaient en général en repos pendant une semaine. Les deux premiers jours, les gradés laissaient un peu les hommes en paix. Ils étaient libres de dormir à volonté, se décrotter, se nettoyer, jouer aux cartes, écrire et prendre une bonne cuite, ce qui était excessivement fréquent, et dans bien des cas, salutaire et efficace comme lavage de cerveau. Ces pauvres gars oubliaient ce qui s’était passé, et ils oubliaient aussi que peut être, dans une semaine, il faudrait qu’ils remontent.
Ensuite, dés le troisième jour, les exercices et les corvées reprenaient.

 

Joffre rend visite à Pétain !
Dans la matinée, le général Joffre vient rendre visite au commandant de la IIe Armée dans sa mairie à Souilly.

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Pétain et Joffre à Souilly

Bien qu’il ne jure que part « sa grande offensive sur la Somme », les événements qui se déroulent à Verdun l’inquiète. Le général Pétain lui réclame sans cesse de nouvelles pièces d’artillerie qu’il souhaiterait voir conservées pour son attaque sur la Somme, en pleine étude.
Témoignage du commandant P… :  » Pour le G.Q.G., l’attaque de Verdun par les Allemands avait le tort considérable de constituer un obstacle à la préparation de notre propre attaque sur la Somme :
- Comment pouvons-nous songer à faire la Somme, si nous usons toutes nos divisions à Verdun. C’est la Somme qui dégagera Verdun, disait le G.Q.G.
A quoi ripostait le IIe Armée :
- Il est surtout pressant d’empêcher Verdun de tomber. A quoi bon faire la Somme si vous avez perdu Verdun ? « 

Après une journée d’entretient avec Pétain, Joffre promettait de faire son possible pour alimanter Verdun en canons, et rédigeait le premier ordre du jour historique de la bataille.
Ordre du jour pour la journée du 11 mars :  » Soldats de l’armée de Verdun ! Depuis trois semaines, vous subissez le plus formidable assaut que m’ennemi ait encore tenté contre nous. L’Allemagne escomptait le succès de cet effort qu’elle croyait irrésistible et auquel elle avait consacré ses meilleures troupes et sa plus puissante artillerie. Elle espérait que la prise de Verdun raffermirait le courage de ses alliés et convaincrait les pays neutres de la supériorité allemande. Elle avait compté sans vous.
Nuit et jour, malgré un bombardement sans précèdent, vous avez résisté à toutes les attaques et maintenu vos positions. La lutte n’est pas encore terminée car les Allemands ont besoin d’une victoire. Vous saurez leur arracher. Nous avons des munitions en abondance et de nombreuses réserves. Mais vous avez surtout votre indomptable courage et votre foi dans la République. Le pays a les yeux sur vous.
Vous serez de ceux dont on dira :  » Ils ont barré aux Allemands la route de Verdun !  » « 

Rive gauche
La bataille reprend au bois des Corbeaux, à Cumières et au Mort-Homme.

A 6 h, une attaque française menée par des éléments des 92e et 139e R.I. parvient à s’emparer en une demi heure du bois des Corbeaux tout entier.
En même temps, un régiment allemand s’empare de la totalité du bois de Cumières malgré la résistance désespérée des éléments restants des 92e et 139e R.I.

Dès 8 h, l’ennemi contre-attaque en force le bois qu’il vient de perdre. Jusqu’à midi, tous les assauts sont successivement repoussés. Mais petit à petit, les officiers et les hommes tombent. Privés de munitions, l’étau se resserrant indéniablement, le bois des Corbeaux à peine conquis doit être évacué en début d’après-midi.

A la fin de la journée, les bois des Corbeaux et de Cumières sont définitivement perdus. L’ennemi s’installe sur les pentes du Mort-Homme. Le 92e et le 139e R.I. ont subi de très lourdes pertes.

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Front au 10 mars 1916 (le même que le 7 mars)


 

11 mars
Rive droite

La journée est passée à organiser la défense de Froideterre en creusant de nouvelles tranchées et en réparant les liaisons.
Témoignage de Emile CARTIER, téléphoniste au 127e R.I. :  » Un téléphoniste doit avoir de nombreux et très visibles points de repère où il peut se reconnaître la nuit. Son salut dépend souvent de la rapidité des réparations.
Les lignes téléphoniques sont coupées par les obus 5 ou 6 fois par jour et autant la nuit. Nous bondissons de trou d’obus en trou d’obus avec notre rouleau de fils et l’appareil qui nous sert à délimiter les cassures. Notre baïonnette nous sert de piquet de terre. Nous sommes encore en hiver et la neige tombe en abondance, mais nous rentrons souvent baignés de sueur dans notre poste de Bras. « 

Vers 19 h, l’ennemi s’empare d’une ligne de tranchées sur la route de Verdun à Etain. Une contre-attaque française échoue ensuite en tentant de la reconquérir.

La nuit,  » il neige, le vent souffle. Comme les blessés abandonnés doivent avoir froid ! «  (Jean Desmond).

Rive gauche
Toutes les contre-attaques françaises échouent : au petit matin sur le bois de Cumières ; à 11 h sur les bois des Corbeaux et de Cumières ; à 17 h entre le Mort-Homme et le ruisseau des Forges ; à 1 h 30 sur les bois des Corbeaux et de Cumières.
Seul le boyau Béthincourt-Mort-Homme est repris à l’ennemi.

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Départ d’une contre-attaque française


 

12 mars
Rive droite

Vers 4 h, une attaque allemande à la grenade est lancée sur la cote du Poivre mais les troupes françaises parviennent à la repousser. Un violent bombardement s’en suit qui dure toute la journée.

Rive gauche
Aucune offensive Allemande mais de violents bombardements sur le Mort-Homme, les villages de Chattancourt et de Cumières, le bois Bourus et la cote 271.


 

13 mars
Rive droite et gauche

Violents bombardements allemands et français sur tous les secteurs…


 

14 mars – Pression allemande sur le Mort-Homme (rive gauche)
Rive droite
Au bois Chaufour, 2 compagnies allemandes se lancent à l’assaut des positions françaises. Tous les assaillants sont abattus avant de l’atteindre.

Sur les autres secteurs, le bombardement allemand continuel fait de nombreuses victimes.
Témoignage du soldat E. BARRIAU :
 » Nous montons au bois de la Caillette. Détail poignant, je ne serais pas capable de dire quelle unité nous avons relevée, car je n’ai vu d’hommes vivants que ceux de ma compagnie. C’est à Verdun qu’on relève les morts. « 

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Rive gauche
Dans la nuit puis dans la matinée, de nombreux obus asphyxiants et incendiaires sont lancés sur les lignes françaises.

Vers 15 h 15, l’ennemi attaque sur le Mort-Homme. Après un 1er échec, il revient à l’assaut et s’empare de la cote 265 et de boyau du Mort-Homme (16e et 98e R.I.). Les pertes sont très élevées des 2 côtés.

Par cette avance, l’ennemi avance très près du sommet du Mort-Homme.

 

15 mars
Rive droite
Les 2 adversaires s’observent mutuellement sur les pentes du fort de Vaux. Plusieurs escarmouches à la grenade sont signalées mais dans l’ensemble, le front reste assez calme.

Rive gauche
A 1 h du matin, le 3e bataillon du 16e R.I. part à la contre-attaque entre la cote 265 et le village de Béthincourt. Sur la gauche, l’attaque est un succès, les Allemands se replient et le terrain est repris.
Témoignage de Robert GILLET, soldat au 16e R.I. :
 » Une anecdote que je tiens de l’aumônier divisionnaire Lestrade et qui peint l’âme du poilu français. Lestrade avait, selon son habitude, accompagné de près nos vagues d’assaut avec sa vaillance accoutumée. En parcourant les tranchées conquises, il trouve dans un abri plusieurs soldats français en compagnie de plusieurs soldats allemands. Les Français ont ouvert leurs musettes et en ont partagé fraternellement le contenu avec leurs prisonniers. Tous mangent d’un bon appétit, on dirait une pension de famille. « 

A droite, le bataillon ne parvient pas à progresser et doit reculer en laissant de nombreux morts.

Le reste de la journée est passé sous un violent bombardement allemand.

 

Le 15 mars au soir, le commandement allemand doit se rendre à l’évidence, sa tentative de percer éclair sur la rive gauche se solde elle aussi par un échec.
En 10 jours, bien qu’elles aient fait subir à l’armée française de terribles pertes, les troupes allemandes n’ont progressé que d’environ 2 km sur un front large de 6. La côte de l’Oie, le bois des Corbeaux et le village de Cumières ont été pris mais les fantassins se heurtent à présent à une forte résistance au Mort-homme.
Témoignage du Colonel Marchal :
 » Vers le 16 mars, les Allemands s’aperçoivent qu’ils ne leur suffit pas de prendre le Mort-Homme, car la possession de celui-ci sera précaire, tant que les Français tiendront la cote 304, qui flanque très bien le Mort-Homme et ses arrières.
Ils décident donc d’enlever l’ensemble Mort-Homme-Cote 304 et, pour le faire facilement, pour conquérir une base de départ favorable à portée de ces deux sommets, de la cote 304 en particulier, ils prépareront une grande attaque enveloppante par la droite (ouest de la côte 304), consistant à s’emparer de toute la crête qui s’étend jusqu’à la corne sud du bois d’Avocourt.
Ce sera le but de leurs efforts entre le 20 mars et les premiers jours d’avril. « 

En ce qui concerne la rive droite, la progression allemande est également stoppée devant le fort et le village de Vaux. Une tentative d’attaque du fort le 9 mars c’est soldée par un échec, et seulement quelques maisons à la lisière du village ont pu être difficilement conquises.
Témoignage du Colonel Marchal :  » Il faudra aux Allemands tout le mois de mars pour enlever le village, maison par maison. Les Français feront plusieurs contre-attaques pour tenter de la reprendre.
A la suite de la plus meurtrière, le 30 mars, ils seront rejetés sur l’étang de Vaux et ils s’installeront solidement sur la digue de l’étang qui forme barrière à l’est de celui-ci.
Les Allemands tenterons vainement de tourner cet obstacle par la droite, c’est-à-dire par le ravin de la Fausse-Côte. Pendant de longues semaines, tous leurs efforts dans cette région demeureront vains. « 

 


 

16 mars – Pression allemande en direction de la côte 304 (rive gauche)
Rive droite
Au village de Vaux, dont la moitié est tenue par les Allemands et l’autre moitié par les 158e R.I. et 17e B.C.P. Français, s’abattent durant la journée pas moins de 10 000 obus de tous calibres.

Le 17e B.C.P reçoit l’ordre de contre-attaquer et de reconquérir entièrement le village. Cependant, le bombardement allemand est si violent que 1/3 des effectifs sont tués avant de s’élancer.

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A 20 h 55 et à minuit, 2 attaques allemandes sont repoussées par les 1er et 3e bataillons du 158e.
Depuis le 10 mars, les pertes de ce régiment s’élèvent à 20 officiers et 618 hommes.

Rive gauche
Au ravin des Forges et au sud du village de Forges, des concentrations ennemies sont observées. Cela semble présager une attaque imminente. Le général Debeney ordonne un bombardement intense de ces positions. L’attaque allemande n’a pas lieu.

Dans la nuit, la 40e D.I. (150e, 154e, 155e et 161e R.I.) commence à relever la 25e.


 

17 mars – Pression allemande en direction de la côte 304 (rive gauche)
Rive droite
R.A.S

Rive gauche
Dans l’après-midi, l’ennemi attaque au sud de la cote 295 mais ne parvient pas à percer.

 

18 mars
Rive droite
Durant la matinée, le 109e R.I. repousse à 2 reprises les assauts de l’ennemi.

A 12 h 30, le 140e R.I., en ligne de l’étang de Vaux à la redoute de Douaumont repousse également une forte attaque.

Rive gauche
A 13 h, le 1er Zouave part à l’attaque au sud-ouest du bois de Cumières et parvient à s’emparer de la lisière du bois.
T
émoignage du capitaine Paul FLAMANT :  » Avant l’attaque, je vois un petit gars, indifférent en apparence, aligner tranquillement des cartouches à portée de sa main et approvisionner son magasin en sifflant la Marseillaise, avec une sorte de ferveur sacrée !… comme d’autres prieraient tout bas pour se donner du courage. « 


 

19 mars
Rive droite
Le 17e B.C.P. et 2 compagnies du 159e R.I. reçoivent l’ordre d’attaquer à nouveau le village de Vaux. Après un violent affrontement, ils ne parviennent qu’à s’emparer de 2 lignes ennemies mais font de nombreux prisonniers.

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Colonne de prisonniers allemands

Rive gauche
R.A.S.


 

20 mars – Pression allemande en direction de la côte 304 – Perte du bois de Malancourt (rive gauche)
Rive droite
Violent bombardement sur les Eparges, le reste du front est assez calme.

Rive gauche
A 7 h, un violent bombardement allemand s’abat pour la 1ère fois sur le bois de Malancourt où les 111e, 258e et 272e R.I. sont en ligne. Ces unités sont en position dans ce bois depuis longtemps et s’y croient en sécurité, massées derrière de profonds réseaux de fil de fer.
Ce violent bombardement sème néanmoins la confusion dans les éléments des 111e et 258e R.I.

A 14 h 30, les vagues allemandes débouchent devant le bois et percent les lignes françaises sans grandes difficultés ! Il semblerait que certaines troupes françaises se soient délibérément rendues à l’ennemi.
Témoignage du Colonel Marchal : « Les éléments de première ligne manquèrent de vigilance et il semble prouvé aussi qu’ils renfermaient certains éléments douteux, peu désireux de se battre, et qui entretenaient des intelligences avec l’ennemi. On ne sait pas trop ce qui se passa exactement. Tout se fit sans beaucoup de bruit. « 

Les Allemands s’emparent donc de la partie centrale du bois puis se rabattent à droite et à gauche afin de s’étendre et poursuivre leur progression. Rapidement, le P.C. de commandement au sud du bois est encerclé et presque toute la brigade et faite prisonnière.
Seul un petit ouvrage nommé la Redoute d’Avocourt à l’extrémité sud-est du bois, semble montrer plus de résistance. D’abord prit par les Allemands, il est rapidement repris par une courageuse contre-attaque. Dés lors, toutes les tentatives allemandes vont successivement se briser et cet ouvrage formera durant quelques jours l’extrémité ouest de la bataille sur la rive gauche.

Au soir, la situation françaises est tragique, le bois est pratiquement perdu et environ 2500 soldats Français ont été fait prisonnièrs. Les Allemands se sont rendu maître de positions qui enveloppent le saillant français, village de Malancourt-village de Haucourt-côte 304.


 

21 mars – Pression allemande en direction de la côte 304 (rive gauche)
Rive droite
Journée  » assez calme « 

Rive gauche
Toute la nuit, le canon français pilonne avec force le bois de Malancourt qui a été perdu la veille.

A 4 h 30, les troupes françaises (3e, 105e, 111e, 121e, 139e, 141e et 258e R.I) s’élancent sur le bois mais la progression est très difficile et les positions restent inchangées.

Dans le secteur des villages de Haucourt et de Malancourt, le bombardement allemand est intense.
Vers 12 h 45, il s’amplifie.
A 15 h 30, il se concentre sur Haucourt.
A 18 h, l’ennemi part à l’attaque et s’empare sans grandes difficultés de l’observatoire. Cependant, il ne peut progresser plus avant, stoppé par le tir de barrage français.


 

22 mars – Pression allemande en direction de la côte 304 (rive gauche)
Rive droite
Le 226e R.I. en ligne au ravin de la Caillette repousse une attaque qui a été précédée d’un violent bombardement.

Rive gauche
Le bombardement allemand reprend avec force. Vers midi, l’ennemi attaque les ouvrages de Vaucluse et du mamelon d’Haucourt. La résistance françasie est acharnée mais vers 16 h, les survivants sont submergés et anéantis. Lors de ces combats, quand les munitions ont été épuisées, des combattants français se sont défendus au corps à corps avec leurs pelles, leurs pioches et leurs couteaux de poche…

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En fin de journée, l’ouvrage R2 à l’ouest du bois Camard tombe également aux mains de l’ennemi.


 

23 mars – Pression allemande en direction de la côte 304 (rive gauche)
Rive droite
R.A.S.

Rive gauche
Le 3e R.I. contre-attaque sur le village d’Haucourt et parvient à reprendre pied sur le mamelon à l’est d’Haucourt.

Tard dans la nuit, l’ouvrage R2 est reconquis par une compagnie du 163e R.I.


 

Du 24 au 28 mars – Pression allemande en direction de la côte 304 (rive gauche)
Rive droite et rive gauche

Bombardement infernal sur tous les secteurs.

Dans l’après-midi du 28, un important groupe ennemi parvient à s’infiltrer dans plusieurs maisons du village de Malancourt (Rive gauche). A la tombée de la nuit, le groupe part à l’assaut et parvient à s’emparer de l’ouvrage Braconnot ainsi que du réduit de Malancourt. Par cette manœuvre, il coupe toutes les communications du 163e vers l’arrière. Les éléments du 163e R.I. encerclés se défendent toute la nuit mais succombent sous le nombre.

Le soir, 4 bataillons (2 du 157e et 2 du 210e) et quelques éléments du génie reçoivent la mission de reprendre le réduit d’Avocourt. Ils partent de la forêt de Hesse vers leur base de départ et marchent toute la nuit.

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Troupes qui cantonnent dans les bois autour de Verdun, avant de partir pour le front


 

29 mars
Rive droite
Deux vagues allemandes se lancent à l’attaque face au bois de Morchée tenu par le 360e R.I. Accueillis par un feu nourri, les assaillants se terrent dans les trous d’obus.

Rive gauche
A 4 h 25, les 4 régiments partis la veille au soir (157e et 210e) s’élancent dans le réduit d’Avocourt et parviennent à le reprendre en ¼ d’heure. La surprise des Allemands a été totale.
Le 157e tente ensuite de poursuivre son élan et dépasser l’objectif mais il est contraint à reculer après un violent combat à la grenade.

Jusqu’au soir, l’ennemi tente à 5 reprises de reconquérir le terrain qu’il vient de perdre mais n’y parvient pas.

Le butin français a été important : des prisonniers, de nombreuses mitrailleuses, des canons de tranchées et, chose qui frappe les soldats français et en dit long sur l’organisation allemande, une vache et 2 cochons.

Durant la journée et la nuit, la 11e D.I. (26e, 34e, 69e et 79e R.I.) relève les restes de la 76e (157e, 163e, 210e et 227e R.I.) à l’est du boyau de la Garoupe.
La 22e D.I. (19e, 62e, 116e et 118e R.I.) relève la 42e (8e et 16e B.C.P., 94e, 151e et 162e R.I.) du bois d’Haudraucourt à la ferme de Thiaumont.

Afin de mieux se représenter l’état du front et les conditions de combat en cette fin de mars sur la rive gauche de la Meuse, voici le récit du caporal-mitrailleur BLAISE du 26e R.I. qui monta en ligne du 29 mars et fut évacué de 8 avril :
 » Arrivée vers le ravin du bois Camard, notre section se porte le 29 mars, avec la 3e compagnie, entre le chemin de Malancourt et le bois de Montfaucon, côte 287. Là, la relève est facile à faire, il n’y a presque rien à relever, et je suis désigné pour couvrir en avant le redan qui va être organisé. A tout hasard, un sergent m’emmène avec juste l’équipe normale et cinq caisses de cartouches vers la sortie du ravin du ruisseau de Forges.
On nous a dit qu’une brigade défaillante avait tenu ce secteur, mais les nombreux cadavres entassés là me laissent croire que cette brigade n’a pas manqué d’excuses.

Cette nuit passe vite et sans incident. Tout le jour suivant, le casque barbouillé de boue, sans gestes rapides, j’observe le terrain. Nous dominons trois lignes allemandes sur les pentes du bois. Les Boches, assis sur leurs parapets, semblent admirer derrière nous le tir de leur artillerie.

La deuxième nuit, vers 9h1/2, ils semblent se mouvoir vers nous. J’alerte mes trois camarades et la pièce braquée, le mousqueton armé, j’attends l’attaque, mais rien. Sans aucun ravitaillement depuis deux jours, rien de chaud au corps, je suis privé d’eau pour ma bouche, non guérie d’une ancienne blessure et qui s’infecte. La dysenterie me prend et il faut avoir vécu des jours entiers, assis ou debout dans un trou humide au milieu d’odeurs épouvantables, pour savoir ce qu’est la vie d’un soldat perdu entre les lignes de Verdun.

A la tombée de la nuit, j’envoie mon chargeur Jacquier au ravitaillement avec ce mot : « 1° Malade ; si pas ravitaillé, me relève d’office ; 2° J’observe que les Allemands travaillent tous les soirs de 22 heures à 4 heures, parallèlement au ravin à contre-pente et sur environ 400 mètres de longueur. Signé : Blaise, pièce 3 836.  »

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A 11 heures, Jacquier revient avec des macaronis froids, de la viande sauce au vin, et, comme boisson, du vin et de l’eau. A 1 heure du matin, je me rends compte que mon mot a déjà porté ; voilà que tout à coup un déluge de 75 et de 105 prend d’enfilade le ravin et même notre secteur. Nous nous jetons dans nos trous et jusqu’au matin nous entendons les blessés allemands qu’on transporte et qui hurlent.

Depuis quatre jours, nous sommes enfouis dans nos trous. Nous utilisons une boîte de sardines pour verser lentement nos excréments en dehors des trous. Je sens ma résistance diminuer, mais je ne songe pas à quitter mes camarades ; du reste, ce n’est pas le moment. A la nuit Jacquier, ce brave qui devait être tué le 7 retourne au redan, et rapporte la soupe ainsi que l’ordre de rentrer avant le jour avec notre matériel. Nous ramassons-le tout sans incident et quittons ce sinistre lieu, chargés comme des mulets, les jambes raides d’inaction. Il fait noir encore ; les trous de toutes grosseurs se touchent, il faut attendre la chute des fusées pour s’aventurer dans ce chaos ; nous mettons une heure pour faire 350 mètres environ et en arrivant devant le réseau, il nous faut crier et jurer pour nous faire reconnaître car nous sommes salués par les rafales de nos mitrailleuses ; la consigne est sans pitié. Arrivé près de la deuxième pièce en position, j’ai à peine posé caisse et paquetage que je suis pris de défaillance. Mon collègue et frère d’armes Boittiaux, chef de la 2e pièce, me ranime avec un peu de mirabelles qu’il sort d’un colis parvenu la veille à mon adresse, puis, allongé dans mon petit abri, j’éprouve un grand soulagement pour mes pauvres jambes quatre jours repliées.

Nous sommes le 5 avril. A 9 heures du matin, commence le terrible pilonnage ; sans arrêt, jusqu’au 7, à 5 heures du soir, ce sera un volcan de terre et de feu qui s’abattra sur les occupants, réduits à environ 40 hommes sur 200. Durant ce déluge, rampant à gauche, à droite, et parfois bien en avant des fils de fer détruits, j’ai pu déterrer, trop tard souvent, des camarades meurtris et même étouffés sous le parapet. A mon tour, je suis enterré et déterré par les camarades.

Le 7, toujours même vie affreuse. Je vais en avant à plus de 200 mètres à travers la boue, pétrie par endroits de chair verdâtre. J’écume de la bouche comme un chien. Vers 17 heures, tout à coup, le pilonnage se porte sur nos derrières et dans l’immense soulagement que procure cette surprise et aux cris de « les Boches ! » tous ces hommes, vrais démons, se jettent sur le reste des parapets, prêts au dernier sacrifice. Il n’y a plus de pensées pour personne. A 200 mètres, les Boches, en colonnes pressées, avancent en suivant les replis du terrain. Ma pièce est détruite, celle de gauche crache ; les grenades sont avancées par le lieutenant Sauvageot ; le capitaine Bernage, blessé, un fusil en main, hurle et outrage l’ennemi. Les hommes en font autant. Saisis par une semblable résistance, leur première vague et leurs lance-flammes abattus, les Boches hésitent et garnissent les trous. Cependant, ils ont des chefs de valeur car, à trois reprises différentes, peu suivis des hommes, plusieurs de ces chefs se font abattre à bout portant.

Vers 17h30, sur la droite, les Boches progressent et nous organisons un barrage de sacs et de matériaux. C’est là qu’une énorme explosion me laisse sans connaissance, à moitié enterré, près de mon brave Jacquier, tué. A gauche, Boittiaux, chef de la 2e pièce, ayant eu deux tireurs hors de combat, avait sauté sur la pièce pour la servir, mais avait été tué d’une balle en pleine tête. Je revois encore ce brave petit gars du Nord tombé à la renverse, le casque plein de cervelle. Je voudrais que les siens à Lille sachent comment il est mort et quelle affection nous avions l’un pour l’autre, nous les deux chefs de pièces, tous les deux gueules cassées car, comme moi, il avait une forte balafre par balle à la joue droite.

Amené au P.C. du bois Camard, je pars au petit jour, en me traînant, en direction d’Esnes. Je fus évacué sur Château-Chinon, à l’air pur et calme du Morvan, du sang plein les yeux, les reins malades, la face blême, les cheveux blancs. Je me remis au bout d’un mois de soins et revins à mon dépôt, à Mâcon, mais je garde toujours des traces d’irritabilité, et, à quarante ans, je suis un vieillard. « 

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30 mars – Abandon par les Français du village de Malancourt ainsi que du bois Carré (rive gauche)
Rive droite

A 5 h, l’ennemi sort du fort de Douaumont et attaque le 6e bataillon du 279e R.I. mais il doit se replier devant la force du tir français. Il laisse de nombreux morts sur le terrain.

Rive gauche
Les positions sur Malancourt et Béthincourt sont violemment bombardées durant 7 h d’affilée ce qui présage une attaque.
Elle se déclenche vers 17 h sur le village de Malancourt. Le 69e R.I. qui vient d’arriver résiste toute la nuit mais doit abandonner le village (beaucoup de ses hommes sont fait prisonniers).
Non loin du village, le bois Carré est également abandonné (par ordre supérieur) car il devient dès lors une position trop dangereuse à tenir.


 

31 mars – Perte du village de Vaux (rive droite)
Rive droite

Dans la région de Vaux et Douaumont, le bombardement allemand est assez violent toute la nuit et la matinée.

De 15 h 30 à 17 h, l’ennemi attaque à 5 reprises au nord-ouest de l’étang de Vaux tenu par le 10e B.C.P. La 3e compagnie résiste énergiquement mais doit céder sa 1ère ligne. Elle est ensuite reprise par une contre-attaque de la 2e compagnie jusque-là en réserve.

En même temps, 3 bataillons allemands s’élancent sur le village de Vaux sur une largueur de 800 m, 3 compagnies françaises sont encerclées. Elles luttent jusqu’au bout de leurs forces mais sont anéanties. La partie encore française du village de Vaux tombe ainsi aux mains de l’ennemi ainsi que les tranchées qui le bordent.
Le village de Vaux est dès lors définitivement perdu.

Rive gauche
L’effort commencé la veille par les Allemands s’accentue.
A la fin de l’après-midi, après une violente préparation d’artillerie, l’ennemi s’empare de la tranchée du Chapeau-Chinois, au Mort-Hommme. Le 154e R.I. contre-attaque aussitôt et reprend la tranchée.

 

 

En de nombreux endroits, la situation des hommes est tragique. Chassés et isolés par l’avance ennemie, ils s’accrochent au terrain au hasard, bloqués entre la ligne ennemie et le tir de barrage allemand.
Ils se protégent en creusant des tranchées de fortune en reliant entre eux les trous d’obus. Ne pouvant abandonner leur poste, ils restent cachés toute la journée sous leur toile de tente, sans pouvoir se lever car ils seraient repérés.
Ce n’est que la nuit qu’ils peuvent se dégourdir les jambes et manger si toutefois la corvée de soupe est parvenue à traverser le barrage.

Extrait du livre  » Verdun  » de Georges BLOND : » Les journalistes, les auteurs de manuels d’infanterie, les officiers descripteurs de la guerre appelaient cela ; un trou d’obus aménagé. Le mot aménagé ne convenait guère à ce qui avait été un creusement hâtif et même haletant dans la nuit à la lueur des fusées et des fusants ; les occupants n’étaient même pas sûrs qu’il se fût agi, à l’origine, d’un trou d’obus ; peu importait aussi de savoir comment s’étaient retrouvés là ensemble six hommes et un capitaine. A certains moments, la violence du déchaînement avait été telle qu’on ne pouvait même pas crier ; l’air empesté par les gaz des explosions suffoquait, déchirait la poitrine ; la terre tremblait sous les pieds. Maintenant, c’était une espèce d’accalmie étrange. On sentait toujours la terre secouée, mais pour ainsi dire régulièrement. Le tir de barrage allemand tombait sur l’arrière du trou, à peut-être deux cent mètres ; le tir de barrage français tombait sur l’avant, à trois cent mètres environ au-delà de ses lignes et les hommes, Français et Allemand, terrés, dans les trous devant les lignes, se trouvaient encagés, face à face…

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… le capitaine s’appuyait sur la paroi oblique du trou, guettant par l’un des créneaux rudimentaires… des sillons de larmes marquaient son visage noirci. Le capitaine avait pleuré peu auparavant, non de désespoir, mais en vomissant. Il avait vomi, une fois de plus, à cause de l’odeur. Depuis quatre jours ces hommes n’avaient mangé que du singe et ils n’avaient eu ni vin ni eau potable depuis quarante-huit heures. Tous souffraient de dysenterie.
Même au fort de la bataille les hommes-soupes partaient des roulantes et marchaient jusqu(aux premières lignes, chargés comme des ânes. Ils marchaient, rampaient ou se traînaient souvent jusqu’aux trous avancées. Leurs cadavres d’hommes secourables parsemaient le champs de bataille, parmi tant d’autres, mais cadavres intéressants, à cause des bouteillons et bidons qui gisaient à côtés d’eux. Des tireurs ennemis expérimentés visaient spécialement les hommes-soupes. Leur silhouettes alourdie les faisait reconnaître de loin.

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Ravitaillement des hommes-soupes

Les fantassins dans le trou, encagés entre les barrages des deux artilleries, souffraient de la dysenterie et aussi de la soif. Le froid moins cruel qu’une semaine plus tôt était tout de même assez vif. Il n’empêchait pas la soif. Sur toute l’étendue du champ de bataille de Verdun, depuis que la neige avait fondu, la soif était l’ennemie numéro un ; impartiale, brûlant la gorge des Français et des Allemands indistinctement…
On peut, en souffrant, rester plusieurs jours sans boire. Ces hommes auraient mieux résisté à la soif s’ils n’avaient pas été déshydratés par la dysenterie. Leur langue leur faisait l’effet d’un épais morceau de buvard dans leur bouche. Eh quand le capitaine vomit de nouveau, vers le milieu de la journée, ses yeux restèrent secs. Il n’avait rien mangé et vomissait seulement de la bile…
- Mon capitaine, les Boches tirent ! Ils grenadent ! Là, à droite, il y en a qui sont sortis de leur trous !
- Mon capitaine, le tir de leur artillerie s’est allongé. Ils vont attaquer !
- Eh bien, quoi, ce n’est pas la première fois !
… Sur l’espace entre les trous, les balles tissaient ce filet d’abeilles cent fois accélérées. Dans le trou français, un homme jeta son fusil :
- Merde, je n’ai plus rien !
Il jetait son fusil, il savait que les autres n’avaient même pas le temps de lui passer des munitions. La seule question était de savoir de quel côté les minutions seraient le plus vite épuisées… Les Allemands d’en face tiraient encore ; puis ils cessèrent, Plus de munitions ?
- Mon capitaine, ça y est, ils sortent ! ils ont leurs flingues et leurs grenades. Rien à faire, on est faits ! Il y a plus qu’à lever les bras. Ils s’amènent ! Mon capitaine, qu’est-ce que vous faites ? Laisser votre revolver, nom de Dieu, ça servira à quoi ? A nous faire bousiller pour rien ! Non, mon capitaine, non !… Ah, salaud ! « 

 

source : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

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La Bataille de Verdun Février

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Période février 1916

1916 – La bataille de Verdun

L’avancée allemande sur la Rive Droite

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Fin 1915 et jusqu’au 20 février – Etat du front Français, préparatifs Allemands, forces en présence

Pourquoi les Allemands ont-ils choisi d’attaquer à Verdun ?La Bataille de Verdun Février  falkenhayn
Début 1916, l’Allemagne a besoin d’une victoire militaire marquante.
Le général von Falkenhayn, commandant en chef du front de l’ouest songe à frapper un grand coup.

Erich von Falkenhayn est né le 11 septembre 1861 à Burg Belchau en Pologne.
En 1913, il est nommé ministre de la guerre.
En septembre 1914, il devient général d’infanterie et succède à von Moltke à la tête de l’état-major général allemand du front de l’Ouest. D’un caractère hautain et arogant, tenant des propos acerbes, il gagne rapidement l’hostilité de la plupart des autres généraux de l’armée allemande. Cependant, il a la confiance du Kaiser qui voit en lui l’homme de la victoire.
En 1915, il prépare l’offensive russe. A la fin de l’année, il prépare l’offensive de Serbie.
En 1916, il est chargé de conçevoir la grande offensive sur Verdun qui doit « saigner à blanc » l’armée française.

Les raisons qui imposent cette victoire de l’Allemagne sont les suivantes :
- ses ressources en hommes et en matériels ne sont pas inépuisables, contrairement aux alliés ;
- les Allemands commencent à douter de l’issue du conflit et subissent les effets de la guerre lisibles à travers la presse, il y a donc nécessité à remonter le moral national ;
- l’Allemagne a besoin d’un élément de négociation pour imposer sa paix.

Or toutes les hypothèses d’attaque sur le front oriental semblent présenter peu d’intérêt ou trop d’inconvénients ; de plus, l’Angleterre est très dangereuse par sa puissance navale et parce qu’elle instaurera tôt ou tard le service national et pourra jeter dans la bataille des forces neuves, d’où la volonté de décourager cette dernière en saignant à blanc « sa meilleure épée », la France.

Ce choix aurait également l’avantage de mettre la Russie (en la privant du soutien occidental) dans l’incapacité de maintenir son effort de guerre. En conséquence, le front français apparaît comme la seule solution.

Pour cela, le général Falkenhayn prévoit une offensive écrasante sur un secteur limité, afin de ne pas trop dégarnir les autres points. L’objectif territorial importe peu, il ne s’agit pas d’occuper, mais de tuer.
Sa tactique est d’attaquer en tenaille un saillant du front français et d’employer intensément l’artillerie avec une technique de hachoir ou « Trommelfeuer ». L’artillerie lamine en profondeur les lignes ennemies et permet à l’infanterie d’occuper le terrain, ainsi détruit, quasiment sans combattre. En outre, cette tactique favorise la suppression des traditionnels combats d’infanterie.

Deux villes offrent cette caractéristique, Belfort et Verdun. Falkenhayn retient finalement Verdun car les forces françaises, acculées à la Meuse qui coupe en 2 le saillant, seront contraintes de se battre le dos au fleuve. Mal reliées à leurs arrières, elles seront comme prises dans une nasse.

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Verdun

Les collines entourant la place de Verdun offrent des positions idéales pour contrôler le secteur et bombarder la ville. La présence de forêts profondes et de bois permet d’acheminer, dans une relative discrétion, hommes et matériels, notamment en Woëvre. Du reste, d’excellents observatoires naturels sont déjà aux mains des Allemands : Crête de Romagne, Jumelles d’Ornes…
Falkenhayn n’ignore pas non plus, grâce à ses réseaux de renseignement, que la place forte de Verdun est très affaiblie par le désarmement des forts et le retrait de garnisons décidés en août 1915 par l’Etat-major français…

L’offensive doit permettre de réduire le saillant. C’est de là qu’une attaque française pourrait être déclenchée afin de « rendre intenable le front allemand ». De plus, le saillant de Verdun menace les voies de communications allemandes proches d’à peine 20 km et semble présenter « un danger d’une grande importance militaire ».

L’état-major allemand ne pense pas devoir redouter une contre-attaque française en raison de la faiblesse des communications de Verdun avec l’arrière. Les liaisons ferrées avec Chalons et Nancy sont coupées, de même que la voie reliant Verdun à Sainte-Menehould, coupée à hauteur d’Aubréville. Il existe encore l’étroite voie ferrée, mal entretenue, tracée entre Bar-le-Duc et Verdun : le Meusien. En revanche, les Allemands disposent de 14 voies ferrées (dont 11 construites par leur soin), ce qui facilite l’acheminement rapide des soldats et des matériels. En outre, ils peuvent s’appuyer sur l’arrière-pays industriel de Moselle, du Luxembourg ainsi que sur les bassins miniers du haut-pays lorrain.

Enfin Verdun a une signification affective particulière pour les Allemands. C’est là qu’en 843 a été partagé l’empire de Charlemagne, commune référence de l’histoire française et allemande. Depuis les 2 pays se sont bien souvent disputé la place (en 1792 et en 1870). Verdun est l’avant-poste de la France face à la forteresse allemande de Metz.
Aussi, estime Falkenhayn, les Français défendront ce lieu symbolique jusqu’au dernier homme et que l’état-major français y engagera ses réserves. Une fois prise dans la nasse, leur armée y sera saignée à blanc, exterminée à un point où elle ne pourra pas se relever.
En cas de succès retentissant, le prestige de la famille impériale s’en trouvera renforcé.

 

La place forte de Verdun :
Le polytechnicien Séré de Rivières fut chargé de la fortification du Nord-Est de la France après la guerre de 1870. Il construisit des régions fortifiées linéaires intégrant les obstacles naturels et ponctuées de camps retranchés. Verdun, pôle nord privilégié dans le nouveau réseau défensif, retrouva alors son rôle historique de forteresse.

En effet, c’est une base offensive : tête de pont de la France sur la Meuse pouvant contrebalancer Metz, alors annexée, et un nœud de communication Nord/Sud et Est/Ouest. De 1875 à 1914, une double ceinture fortifiée fut créée autour de Verdun qui apparaissait, à la veille de la guerre, comme la place la plus moderne et la plus puissante de l’Est de la France.

cartefort

L’état du front français à Verdun :
Au début de l’année 1916, l’état du front français dans la région de Verdun est pitoyable :

- Les 1ère lignes ne sont qu’une suite de tranchées en grande partie éboulées et ne formant pas une ligne continue. Leurs parapets sont étroits et leurs créneaux trop espacés.
Le réseau de fil de fer barbelé est peu dense et en très mauvais état. En certains endroits, il est remplacé par de simples haies en bois, à d’autres, il n’y a rien du tout. Par exemple, l’espace entre le bois d’Haumont et le bois des Caures est pratiquement libre, en cas d’attaque subite, l’ennemi n’aura même pas à réaliser une brèche.
Les postes d’observation sont trop peu nombreux, mal placés, ils n’offrent pas une vision suffisante et efficace.
Les abris et les sapes sont peux profonds et ne protégent que des éclats d’obus. Ils ne peuvent en aucun cas supporter un violent et puissant bombardement. Quelques cavernes ont été creusées mais elles ne sont pas volumineuses et ne disposent que d’une seule issus ;

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- Les secondes lignes sont un peu mieux réfléchies et dessinées, mais elles sont trop espacées et totalement laissées à l’abandon. Un gros travail est nécessaire pour les remettre en état ;

- En arrière, les villages sont quant à eux organisés assez logiquement mais insuffisamment. Les liaisons entre chacun d’eux et vers les lignes de front sont dérisoires.
Un seul boyau étroit relit le village de Forge à la côte de l’Oie. Quelques boyaux seulement, ne bénéficiant d’aucune protection, partent de Forge vers l’avant. C’est un espace totalement libre entre le village de Brabant et le village de Consenvoye.
Les jumelages (2 tranchées parallèles pour la montée des renforts et l’évacuation des troupes et blessés) sont inexistants.
Les postes de commandement solidement organisés et placés à des endroits stratégiques font cruellement défaut.

driant2Ces manquements aux règles élémentaires de la guerre de tranchée, qui dure déjà depuis un an, ne passent pas inaperçu pour tout le monde.
Le général Chrétien (commandant du 30e Corps), dès que la région fortifiée de Verdun lui est confiée, visite ses lignes et envoi une lettre à Paris fin 1915, faisant état de ces graves malveillances. De son coté, le général Becher, adjoint du général Chrétien, constate et signale les même imperfections.
Enfin, le colonel Driant, défenseur du bois des Caures, ne cesse en janvier et février 1916 de demander des troupes et du matériel pour remettre en état et renforcer son secteur.
Toutes ces réclamations resteront sans suite, la raison invoquée est qu’il n’est pas nécessaire de renforcer ce secteur puisqu’il est calme et que les Allemands n’attaqueront pas ici.

 

Le désarmement des forts de Verdun – le décret du 5 août 1915 :
Le 5 août 1915 est signé un décret stipulant le démantèlement en garnison et en armement des forts de la région fortifiée de Verdun. En effet, au ministère, on considère que :

- Comme les forts de Verdun bénéficient d’un puissant armement non utilisé, ils sont les mieux placés pour fournir rapidement une artillerie lourde qui fait défaut pour la grande offensive de Champagne en cours de préparation ;

- En raison de la puissance de l’artillerie mobile moderne, les défenses d’une place fixe sont vouées à une destruction certaine. Pourquoi alors laisser des canons se faire détruire ? On prend en exemple les forts de Maubeuge, Liège, Namur, Anvers ;

- Le renfort en munition est trop important et trop difficile à réaliser. Surtout si les abords de l’ouvrage fortifié sont tenus par l’ennemi ;

- En cas d’invasion, la défense ne peut venir que des fantassins sur le terrain et non du fort lui-même. Une garnison complète n’est donc pas nécessaire. De plus, elle risque tôt ou tard d’être faite prisonnière, d’où la nécessité d’en réduire au maximum l’effectif.

Si ces remarques se tiennent sur le papier, il n’en va pas de même sur te terrain. Tout généraux imaginant une forte offensive allemande sur Verdun, refuserait catégoriquement d’appliquer un tel décret. Cependant, en août 1915, le théâtre des opérations est ailleurs et personne n’imagine un instant une attaque en ce point du front.
Si bien que sur un désarmement ordonné le 12 août 1915 par le général Dubail (commandant le groupe d’armée de l’Est), conformément au décret, il aura été retiré de Verdun au 15 octobre 1915, 43 batteries lourdes avec 128 000 coups et 11 batteries à pied.

Il est intéressant de se demander si les 1er jours de l’offensive auraient été identiques avec les forts en pleine possession de leurs moyens. Et même plus, si le haut commandement allemands, qui était parfaitement au courant de ce décret, aurait choisi Verdun pour sa grande offensive. Le maréchal Pétain, dans ses mémoires, pense que les Allemands, auraient porté leur attaque vers un autre secteur. Nous somme ici dans les hypothèses, mais il est certain qu’occupé, armé et approvisionné normalement, le fort de Douaumont aurait joué son rôle dans les 1ère journées de l’offensive. Il aurait pu répondre efficacement et puissamment aux obus allemands et perturber l’avancer des troupes d’assaut. Et peu être, les décourager…

 

Le commandement français prend conscience de l’imminence de l’attaque allemande sur Verdun :
Plusieurs événements successifs ont permit au commandement français d’acquérir un grand pressentiment qu’une offensive allemande de très grande ampleur se préparait dans le secteur de Verdun. Cependant, il était trop tard pour réagir efficacement :

- Fin 1915, les avions d’observation françaises remarquent que les réseaux de chemin de fer au nord de Verdun se font plus dense. En novembre, 3 nouvelles voies apparaissent qui relient la vois ferrée de la vallée de la Meuse. Permettant ainsi de rejoindre l’Allemagne par Metz, Thionville ou Luxembourg.
Peu à peu, ces voies s’étendent vers Verdun en ramifications de voies étroites (0.60 m) pour finalement s’approcher à 300 m derrière les 1ère lignes allemandes.
En même temps, l’activité des gares des principales villes du nord traversées par ces voies (Romanche, Vilosnes, Chamblay, etc.) s’accroît de manière importante.
En janvier 1916, l’activité ferroviaire est 3 fois plus importante qu’en été 1915. Des trains entiers de fil barbelés, de poutres, de pieux, de planches, de gravier, de sable, de ciment, de sac de sable, de rails, de traverse pour voies étroites (de quoi réaliser des 100e de km), de munition, de canons de tous calibres, d’hommes, convergent vers Verdun… des milliers de convois…

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- Le 16 janvier 1916, un déserteur allemand du 28e régiment de réserve, recueilli à Béthincourt, signale qu’une importante concentration d’artillerie lourde est en position dans le ravin entre Vilosnes et Haraucourt. Les ordres sont d’économiser les munitions afin de pouvoir assurer un bombardement continu de 100 heures pour les 1er jours de février.

- Le 8 février, 2 déserteurs du 98e régiment de réserve rapportent un témoignage similaire. Le village de Romagne est devenu une puissante position d’artillerie de tous calibres (210, 305,380 longue portée, 420). Il arrive de nouvelles pièces toutes les nuits.
Dans les campagnes en arrière, d’immenses camps de baraques en bois permettent le stockage d’un nombre invraisemblable de munition. Chacun de ces camps abrite plus de 5000 hommes et 3000 chevaux. Une rivière a été captée et redirigée vers un immense réservoir en haut d’une colline pour fournir de l’eau courante à tous ces camps. Une entreprise démesurée est en place.

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Plus près des lignes, d’immenses abris souterrains (stollens), à plusieurs étages, de 15 m de profondeur, à l’épreuve des bombes, pouvant abriter chacun 1000 hommes ont été creusés dans le plus grand secret.
Ils possèdent des souterrains permettant aux troupes de rejoindre directement les tranchées de 1ère lignes. Le stollens du bois de Consenvoye, à 1200 m des positions françaises peut contenir 1200 hommes. D’autres stollens sont creusés à Ormont, au bois de Moirey, à la croupe du coup, également très important.

Regroupant toutes ces informations, il ne fait plus de doute au commandement français sur ce que prépare l’ennemi.
Malheureusement, alors qu’il aurait fallu augmenter de manière importante le nombre de batterie, afin de rééquilibrer les forces, prévoir un approvisionnement en munition important, des abris plus solides, des liaisons téléphoniques systématiques avec les P.C. et l’aviation, rien n’est mis en place. Les pièces d’artillerie enlevées d’autres secteurs et acheminées vers Verdun sont très insuffisantes, aucune réparations ni consolidations d’abris d’artillerie ne sont ordonnées. Au niveau des liaisons, alors que 160 km de fil téléphonique sont nécessaires pour rétablir des liaisons convenables, seulement 100 km sont envoyés à Verdun. Lorsqu’est demandé des lanternes et des projecteurs pour établir des signaux optiques, aucune suite. Ils devront continuer à se faire avec les fanions de couleurs.
Au final, un grand nombre de pièces d’artilleries demeurent totalement isolées.

En ce qui concerne l’infanterie, des divisions sont tout de même mises en alerte à partir du 11 février. Les 51e et 67e D.I. sont envoyées en renfort en arrière du front (51e rive droite et 67e rive gauche). Les 14e et 37e D.I. sont rattachées à la région fortifiée de Verdun et rapprochées du secteur. La 48e D.I. se dirige sur Chaumont-Sur-Aise et la 16e sur Pierrefitte.


Situation à J – 1 (20 février 1916) :
Du coté allemand, toutes les batteries d’artillerie et les bataillons d’assaut sont en position :

- Le 18e C.A. (112 pièces légères et 110 pièces lourdes) a quitté St Laurent-Sur-Othain ou il cantonnait, et a pris position en face du bois des Caures ;

- Le 3e C.A. (96 pièces légères et 213 pièces lourdes) est venu du Rouvois-Sur-Othain et a pris place en face du bois de Ville et de l’Herbebois ;

- Le 7e C.A. (100 pièces légères et 100 pièces lourdes) a quitté Damviller pour s’installer en face du village d’Haumont ;

- Le 15e C.R. venu de la région de Spincourt a pris position dans la forêt de Gremilly et ses abords ;

- Le 4e C.R. est installé sur la rive ouest de la Meuse et le 5e C.R. en Woëvre.

A cela, s’ajoute 152 lance-mines.
Les abords de ce dispositif sont appuyés sur la rive ouest par 80 pièces de campagne et 136 pièces lourdes (placées derrière le 4e C.R.) et en Woëvre, par 136 pièces de campagne et 60 pièces lourdes (placées derrière le 5e C.R.). Leur mission est de pilonner les hauts de Meuse.

Chacune de ces pièces dispose de 3 jours de munition, soit 3000 coups par batterie de campagne, 2100 par obusier léger et 1200 par obusier lourd (3 autres jours de munitions sont stockés et rapidement disponible en arrière des 1ère lignes). Chacune a déjà ajusté son tir durant les jours précédent, mais avec prudence afin de ne pas éveiller les soupons.

Le Kronprinz dirige les opérations depuis son Q.G. à Spincourt. Depuis le 12 février, il est contraint à repousser l’assaut en raison du temps exécrable.

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Le Kronprinz visitant ses troupes


Du coté français, en 1ère ligne :

- La 14e D.I. (12 bataillons, 89 pièces légères et 20 pièces lourdes) tient le secteur d’Ornes à la route d’Etain ;

- La 51e D.I. (10 bataillons, 70 pièces légères et 20 pièces lourdes) occupe le secteur du bois de Villes-Ornes ;

- La 72e D.I. (12 bataillons, 70 pièces légères et 12 pièces lourdes) tient le secteur entre la rivière et la lisière est du bois des Caures ;

- Les 29e et 67e D.I. tiennent le secteur de la rive gauche de la Meuse, jusqu’à Avocourt.

En seconde ligne, plus au sud, les 3e, 4e et 132e D.I. sont stationnées en Woëvre.
En arrière, à 20 km au sud de Verdun, les 37e, 48e et la moitié de la 16e D.I. sont en cantonnement et peuvent rapidement intervenir.
Encore plus loin, les 153e et 39e D.I. sont stationnés autour de Bar-Le-Duc, et le 1er C.A., à Epernay, est prêt à se mettre en marche vers Verdun.

En résumé, au 20 février, 34 bataillons français et 270 canons mal appropriés (à tir tendu et étant du matériel assez vieux), vont devoir faire face à 72 batteries allemandes soutenus par 870 canons dont 540 lourds. De plus, le secteur français est mal fortifié, sans boyaux de raccordement, sans abris solides ni liaisons.

Le commandement allemand est persuadé d’une percé fulgurante et écrasante.

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C’est sans compter sur l’âme, la valeur, la courage et la ténacité du soldat Français…

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Front au 20 février 1916


 

21 février – Bombardement allemand sans précédent puis violent combats au bois des Caures, au bois d’Haumont, au bois de Ville et à l’Herbebois
Il a neigé la veille et à l’aube, le gel est venu. Tous les hommes s’éveillant dans les tranchées tentent de se réchauffer du mieux qu’ils le peuvent, le corps, les mains et les pieds gelés.

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Soudain, à 7 h 15, un obus déchire le calme du petit jour, puis un second, puis 10, puis 1000…

En quelques secondes, les positions françaises, soit un grand arc de cercle de 12 km au nord de Verdun, deviennent un véritable enfer. Chaque instant, un obus tombe dans un bruit assourdissant, faisant trembler le sol et soulevant des vagues énormes de terre. Tous ce qui est autour est projeté dans les airs, des troncs d’arbres déchiquetés, des branches, des pierres, des poutres, des éléments de tranchées, des morceaux de canons et de fusils, des corps humains en lambeaux. Une épaisse fumé mélanger à une poussière irrespirable a remplacée l’air.
Chaque homme s’est violement et instinctivement jeté au sol, les genoux ramenés sur le ventre, la tête rentré dans les épaules et les bras sur le visage, sans défense, dans une position de terreur animal, anéanti par la violence du choc. La mort est partout autour d’eux et peut les prendre à chaque instant.
Très rapidement, des blessés hurlent, mais tout est devenu inaudible. Seul le fracassement des obus, le claquement des dents et la respiration saccadée demeure perceptible. L’esprit est saoul, embrouillé, passif, impossible de penser.

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Témoignage du général NAYRAL De BOURGON :  » L’émotion inévitable sous le feu produit chez beaucoup une stupeur où disparaît l’intelligence, où la vue même s’obscurcit par la dilatation des pupilles ; les traits du visage se contractent, les yeux deviennent hagards, l’homme agit par réflexes au milieu d’une sorte de brouillard psychique et même physique où il perd conscience de lui-même « 

Durant 1 h, le bombardement ne touche que la ligne de front (bois des Caures, bois de Herbebois, bois d’Haumont, bois de Ville, cap de Bonne Espérance), et les positions directement en arrières (bois de la Wavrille, bois de Fosses, bois de Louvemont, massif de d’Hardaumont, villages de Bezonvaux et de Vaux). Mais à 8 h du matin, il s’étend subitement plus en profondeur jusqu’à Avocourt sur la rive gauche et jusqu’aux Paroches sur la rive droite. Les canons de gros calibres battent méthodiquement chaque abris, carrefours, ponts, voies d’accès, le but étant d’empêcher les renforts de pouvoir approcher.

Les aviateurs français qui rentrent de mission d’observation rapportent n’avoir vu d’un bout à l’autre du front qu’une large bande de fumé et une ligne de feu ininterrompu au raz du sol, tellement la cadence du tir allemand est intense et que les pièces sont reprochées.

Le général Passaga, dans son P.C. au Lac Noir, dans les Vosges, à 160 km, écrit dans son journal :  » …je perçois nettement par le sol de mon abri un roulement de tambour incessant, ponctué de rapides coups de grosse caisse. « 

Que sait le commandement français ? Pas grand-chose… que des obus tombent sur Verdun. Quant aux lieux précis, aux dégâts, aux pertes, aux positions exactes à communiquer à l’artillerie pour tenter un tir de contre barrage ??? Rien en somme… Toutes les communication téléphoniques sont coupées et la fumé opaque empêche tout tir à vu. Aucune riposte n’est possible pour le moment.

Subitement, à 16 h, le tir s’allonge, 2 millions d’obus sont tombés depuis 7 h 15, soit 3800 par minute.

Aussitôt, 8 divisions allemandes, avec de nombreux lance-flamme, sortent de leurs tranchées et s’avancent sur une bande de 6 km. Contrairement aux assauts « habituels », ces hommes en lignes ne courent pas, ils progressent lentement, l’arme à la bretelle pour certain, subjugués par le spectacle qu’ils ont devant les yeux ; les bois n’existent plus, seuls des troncs d’arbres calcinés demeurent verticaux ; la terre labourée fume encore ; d’innombrables cratères immenses parsèment le sol, on dirait qu’une mer de boue agitée c’est subitement figé. La neige tombe lentement sur ce paysage désolé.

Les 300 à 1500 m qui séparent les lignes allemandes des lignes françaises, selon les endroits, sont parcourus de ce pas calme.

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Les troupes allemandes partant à l’assaut

Ensuite, certaines unités traversent les premières positions françaises sans s’en apercevoir, le terrain est tellement bouleversé qu’aucun détail visuel ne permet de savoir qu’il y avait une tranchée à cet endroit (ni rondins de bois, ni sacs de sable, ni êtres humains).

A d’autres endroits, les fantassins allemands. trouvent des hommes qu’ils croient morts. En faite, ces soldats sont endormis, leur fatigue nerveuse était telle que lorsque le bombardement s’est allongé et qu’un calme relatif et survenu, leurs nerfs ont lâché et ils sont tombés dans un profond sommeil. Ils sont là, immobiles au milieu des cadavres de leurs camarades.

Mais en d’autres endroits, les unités allemandes voient quant à elles, avec stupeur, des hommes se dresser devant elles. Ce sont de véritables loques humaines, titubantes, sourdes, noires de poussière et de boue, les yeux hagards et injectés de sang, à demi-fou. Et ces hommes, lorsqu’ils ne sont pas blessés, dans un réflexe de désespoir, trouvent la force de chercher et de réarmer un fusil, de mettre une mitrailleuse en batterie, de tirer et de lancer des grenades.

Sur les 12 km de front, ce même scénario se reproduit. A la lisière nord du bois de Caures, au bois d’Haumont, au bois de Ville, à l’Herbebois, des soldats français trouvent la volonté de se défende, retrouve leur devoir de soldat et ouvrent le feu sur les lignes allemandes qui s’avancent vers eux.
Des poches de résistance s’organisent alors avec les moyens du bord, ne comptant souvent que quelques hommes qui se sont regroupés pour tenir.

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Au bois des Caures, tenu par les 56e et 59e B.C.P. commandés par le colonel Driant, 300 à 400 hommes sont encore en vie sur un effectif de 1300. Le jeune lieutenant Robin, commandant la 9e compagnie, parvient à tenir durant plusieurs heures, avec une poignet d’homme, un minuscule ouvrage à demi effondré. Lorsque les Allemands sont parvenu à encercler l’ouvrage et arrivent de 3 directions en même temps, l’affrontement se poursuit au corps à corps.
Témoignage du colonel GRASSER :  » Le colonel Driant est dans le bois. Il visite ses postes. A minuit, il est à la grand’garde n°2. Il félicite le lieutenant Robin pour sa belle conduite, puis lui explique la situation. Elle n’est pas brillante, cette situation. Les chasseurs sont en flèche, sérieusement menacés de front et sur leurs deux flancs. Les Allemands ont des effectifs énormes.
- Mais alors, demande Robin, qu’est-ce que je fais là, avec mes 80 hommes ?
Le colonel le regarde longuement, comme s’il voulait peser son âme et savoir s’il pouvait tout dire à un si jeune officier. Puis : – Mon pauvre Robin, la consigne est de rester là… Robin a compris. Il s’incline… « 

A la lisière du même bois, les survivants de la 7e compagnie, aux ordres du capitaine Seguin, repoussent successivement 4 assauts.
Au bois de Ville et à l’Herbebois, la résistance est la même. Les directives sont de tenir coûte que coûte.
La partie sud du bois Carré et le bois d’Haumont (tenu par le 5e bataillon du 326e et le 1er du 165e R.I.) sont qu’en à eux déjà aux mains de l’ennemi. Les éléments qui s’y trouvaient et qui se sont défendu ont été décimés.

La nuit tombe sous la neige et les combats désespérés se poursuivent. Le bombardement qui déchaîne à présent les secondes lignes empêche tout renfort de porter secours.

Les pertes françaises ont été cruelles, les hommes du 30e corps se sont battus non à 1 contre 3, mais à 1 contre 10 et parfois à 1 contre 20.

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Front au 21 février 1916


 

22 février – Perte du village d’Haumont, du bois des Caures, du bois de Brabant, du bois de Ville et du bois en E
Durant la nuit, tout le terrain perdu la veille est méthodiquement occupé par les fantassins allemands..
De leur coté, les Français acheminent en urgence des renforts, le 208e R.I. au bois de Fosses, le 324e sur Samogneux, le 365e sur la ferme de Mormont et la cote 344.

A 4 h 40, le bombardement allemands. reprend de l’intensité.

A 7 h 30, armé de lance-flammes, l’ennemi attaque la partie sud du bois de Brabant, tenue par le 351e. En peu de temps, le bois est perdu.

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Attaque aux lance-flammes

Les lance-flammes (Accessible également dans la partie Thèmes)

Le pilonnage allemands qui sévit se fait particulièrement intense sur le village d’Haumont. De quart d’heure en quart d’heure, les ruines changent d’aspect, s’enfonçant dans la terre.
A 8 h 30, le bombardement cesse sur le village et une reconnaissance allemandes s’en approche. Lorsque des coups de fusils se font entendre (8 compagnies du 362e R.I.), elle rebrousse chemin et le bombardement reprend.

A 9 h, c’est le bois en E qui tombe. Sur ce point du front, l’ennemi est stoppé devant le bois de Samogneux (324e R.I.)

A 11 h, le bois de Ville tenu par le 233e R.I. est perdu. Le régiment se replie sur le bois de Wavrille. L’ennemi est stoppé sur le centre de la Wavrille (233e et 310e R.I.).

Au bois des Caures, le bombardement est également assez violent toute la matinée. Les chasseurs de Driant, en entendant les points de départ des obus, savent qu’ils sont lancés de 3 directions à la fois, signifiant que le bois est pratiquement encerclé. La seule issus désormais et de se replier par le bois de Fays et le village de Beaumont. Mais cette retraite n’est pas encore envisagée.
A 12 h, lorsque le bombardement cesse enfin, tous les Chasseur de Driant se relèvent, prêt à en découdre avec l’ennemi, préférant mourir plutôt que de se rendre.
A 12 h 10, c’est l’assaut allemand. Rapidement, le combat devient très violent, les balles sifflent et les grenades explosent. Cependant, les forces sont inégales, et alors que le nombre d’ennemi ne cesse d’augmenter, les rangs français s’éclaircissent inexorablement.

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En début d’après-midi, le lieutenant Robin et ses hommes sont fait prisonniers. Ils se sont battu jusqu’aux limites de leurs forces.
Peu à peu, toutes les positions françaises aux bois des Caures sont tournées et perdues.
A 16 h, Driant est contraint à contre cœur d’ordonner la retraite, afin de poursuivre la lutte plus efficacement en arrière. Une balle l’atteint mortellement durant cette manœuvre.
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Emile Driant est né le 11 septembre 1855 à Neufchâtel-sur-Aisne (Picardie) dans une famille bourgeoise. Son père est notaire et juge de paix.
Il fait ses études au lycée de Reins ou il est très bon élève. Il obtient le premier prix d’histoire au concours général.
Il se dirige ensuite vers des études militaires et entre à Saint-Cyr en 1875, au grand désarroi de son père qui aurait voulu le voir prendre sa succession.
En 1877, il sort quatrième de sa promotion et débute une carrière militaire au grade de sous-lieutenant d’infanterie. Cette dernière s’annonce prometteuse, un de ses supérieurs écrira de lui :
 » Petit, mais solide, santé à toute épreuve, très actif et toujours prêt ; monte fort bien à cheval et a un goût très prononcé pour l’équitation, très intelligent a devant lui le plus bel avenir « .
En mai 1884, il part en Tunisie et devient officier d’ordonnance du général Georges Bou
langer. Le 29 octobre 1887, très proche du général Boulanger, il épouse sa fille.
En 1896, il est nommé chef de bataillon et en juillet 1899, chef de corps du 1er bataillon de chasseur à pied en garnison à Troyes. En quelques années, il fera de ce bataillon un bataillon d’élite reconnu dans tout le pays.
Lorsqu’éclate la première guerre mondiale, il a 59 ans, il est devenu député de Nancy et écrivain sous le pseudonyme de Danrit. Son âge et ses fonctions ne l’obligent en aucun cas à des obligations militaires, mais sur sa demande, il prend le commandement de 56e et 59e bataillons de chasseurs à pieds le 14 août 1914.
En automne 1915, il prend en charge la défense d’un secteur calme, le bois des Caures à Verdun.

A 17 h, le bois des Caures est perdu mais la résistance française a été sévère. 110 chasseurs rentreront sur 1200.
Témoignage du colonel GRASSER :
 » Personne n’est revenu non plus de la compagnie Vigneron, assaillie de front par tout un bataillon, tournée à gauche par une compagnie et à droite par un bataillon. Mais ces braves avaient des munitions et des grenades ; leurs abris ayant été moins éprouvés par le bombardement, leurs fusils étaient encore en bon état. Assez tard dans la soirée, alors que tout le bois était occupé par l’ennemi, on se battait encore de ce côté. »

 » Descendirent seuls, ce 22 février au soir, du bois des Caures en petites fractions qui se rassemblèrent peu à peu à Vaucheville :
Du 56e bataillon : le capitaine Vincent, atteint de deux blessures et réservé pour une mort glorieuse sur un autre champ de bataille ; le capitaine Hamel, le capitaine Berveiller, le lieutenant Raux et le sous-lieutenant Grasset, avec une soixantaine de chasseurs. Du 59e bataillon : le lieutenant Simon, les sous-lieutenants Leroy et Malavault, avec cinquante chasseurs. C’est tout ce qui restait de douze cents combattants. « 

A 15 h, le bombardement a cessé de nouveau sur le village d’Haumont et à 16 h, les troupes allemandes sont parties à l’assaut de 3 côtés à la fois.
Témoignage du colonel GRASSET :  » Les ruines d’Haumont changeaient d’aspect à chaque instant ; le village s’effondrait et s’enfonçait dans la terre. Le réduit bétonné s’est écroulé, lui aussi, ensevelissant quatre-vingts hommes, le dépôt de munitions et deux mitrailleuses.
A 15 heures, les éléments des huit compagnies du 362e, terrés dans Haumont, ne présentaient pas un effectif de plus de cinq cents hommes. La plupart des officiers étaient tués, blessés ou avaient disparu, ensevelis sans doute. De tous côtés, parmi le fracas des explosions, des cris déchirants, des plaintes sourdes et des râles sortaient des gravats. Terrassés par la fatigue, privés de sommeil et de nourriture depuis plus de quarante-huit heures, sachant qu’aucun secours ne pourrait leur parvenir, ne disposant, comme munitions, que des cartouches restées dans leurs cartouchières ou dans celles des morts, leurs fusils d’ailleurs tordus ou remplis de terre pour la plupart, les survivants étaient bien, dans ce cataclysme, hors d’état de résister à une attaque sérieuse. Cette attaque se déclencha à 16 heures… « 

Cette fois ci, les survivants des 8 compagnies du 362e R.I. , soit 300 hommes environs, ne peuvent tenir. Ils sont fait prisonniers mais une 50e d’entre eux parvient tout de même à s’échapper et à rejoindre le village de Samogneux par le ravin du bois des Caures.

A 23 h, l’ennemi est bloqué au bois des Caures et ne peut continuer sa progression.
Le front suit alors la ligne du sud du bois de Samogneux, du ravin d’Haumont, du sud-est du bois des Caures, du bois de Fays, de la Wavrille, du bois de la Montagne et de Herbebois.

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Front au 22 février 1916

Durant cette journée, les Allemands ont souvent cru trouver face à eux des troupes fraîches, tellement la riposte était énergique. Cependant, très peu de renforts, ordonné la nuit précédente par le général Chrétien depuis sont Q.G. de Souilly, sont parvenus à leur position, le bombardement allemand étant trop violent.
Ce sont bien les soldats français en ligne depuis la veille au matin qui ont menée une lutte surhumaine et désespérée. Beaucoup feront l’objet d’un grand respect de la part des fantassins et officiers allemands, lorsque en colonne, ils partiront prisonnier dans les secondes lignes.

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Colonne de prisonniers français

 

23 février – Perte de la Wavrille
Dans la nuit, le massif de Wavrille ainsi que les villages de Brabant et Samogneux, sont soumis à un tir incessant.

Brabant, tenu par les restes d’un bataillon du 351e R.I., est en flamme. A 1 h moins le quart, craignant l’encerclement, le général Bapst signe un ordre stipulant le repli de ce bataillon sur le village de Samogeux, 3 km au sud. Cette manœuvre s’exécute entre 3 h et 6 h par une nuit glacées.
Dés son arrivé dans Samogneux, en ruine et en feu, le 351e R.I. s’abrite dans des abris précaires, ne sachant pas combien de temps il va pouvoir tenir. Cependant, les ordres sont clairs, tenir à tout prix.
Par ailleurs, l’abandon de Brabant par le 351e n’a pas du tout été apprécié par le commandant du 30e Corps. Il ordonne aussitôt au 1er bataillon du 60e R.I. de se mettent en route pour rejoindre Samogneux, puis de partir à la contre-attaque sur Brabant. Mais la manoeuvre ne peut aboutir, le bombardement allemand étant si violent, que le 60e R.I. pert une grande partie des ses effectifs rien qu’en tentant de rejoindre Samogneux. Il est clair qu’il n’est plus en état de contre-attaquer, il se fortifie au sud de Samogneux.

Au sud-ouest du bois des Caures, 4 assauts allemands sur le bois le Fays sont successivement repoussés par les 60e, 165e et 365e R.I. et le 56e B.C.P. A la fin de la journée, le bois le Fays est toujours aux mains des Français.

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Une section creuse une tranchée en plein bois

A la Wavrille, l’ennemi attaque en force et parvient à contourner la 1ère ligne française. Toutes les unités en ligne du 327e R.I. sont capturées. Les éléments du 243e (3 bataillons) qui s’y trouvent doivent se replier en direction du bois des Fosses. La Wavrille est perdue.

A l’est de la Wavrille, de 11 h 30 à la nuit, la lutte est acharnée sur l’Herbebois. A 16 h, le lieutenant-colonel Hepp ordonne le repli sur le bois des Chaumes des éléments qui s’y trouvent (164e, 243e et 327e R.I.)

Enfin, le village de Ornes, à gauche de l’Herbebois, est soumis toute la journée à la pression allemande. Le soir, la lisière nord du village est tenue par l’ennemi, mais le centre résiste toujours.

Toute la journée, le bombardement allemand a été très fort sur tous les secteurs et les combats très violents. De nombreux blessés, sans soins depuis 2 jours pour certains, agonisent dans le froid.
Le front suit maintenant la ligne nord de Samogneux, lisière sud du bois des Caures, bois le Fays, village de Beaumont, nord du bois des Fosses, le bois des Chaumes et village de Ornes.

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Front au 23 février 1916

Depuis le 21 février, la ville de Verdun est sans cesse bombardée. Les habitants se sont réfugiés dans les caves ou dans la citadelle. Les mères serrent entre leurs bras leurs enfants apeurés.
Le 23 au soir, la décision est prise d’évacuer la population et chacun doit prendre dans le plus bref délai la route de Bar le Duc.

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Immeuble bombardé

D‘un coté de la route, ces gens partent vers l’inconnu sous la neige en abandonnant leur foyer, le visage triste et le coeur en peine. Ils poussent des charrettes de toutes sortes chargées de tout ce qu’ils ont pu emmener, des tas hétéroclites embarqués dans la précipitation, la cohue et l’angoisse du lendemain.
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e l’autre coté de la route, dans l’autre sens, un flot incessant de véhicules militaires se dirige vers la bataille. Des camions à roues pleines bondés de soldats, de canons, de munition et de matériel. Ces hommes, inquiets qui ne savent pas se qu’ils vont trouver et vers quoi on les envoie, passent le cœur serré devant ce spectacle de désolation, de population en déroute.
Témoignage du soldat René NAEGELEN :  » Les compagnies paraissaient squelettiques. Les hommes dans leur capote avaient perdu leur couleur et avaient ce regard de ceux qui en reviennent.
En me voyant passer, l’un de ces fantômes que ramenaient les camions, se dressant sur son siège, la bouche contractée, les yeux étincelant dans leur orbite, agite un bras décharné qui montre l’horizon. Et l’on sent que ce geste muet exprime une indicible horreur…
Parfois, d’un camion, un poilu se dresse, boueux, défait, terrible, et d’une voix rauque, lance aux camarades qui vont vers la bataille ces mots sinistres « n’allez pas là-bas. « . Nous étions sur le chemin de Verdun et l’imagination travaillait… « 

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En entrant dans Verdun déserté, bombardé, en feu, beaucoup ne se doute pas que dans quelques jours, lorsqu’ils redescendront des 1ère lignes sain et sauf, cette ville sera pour eux comme un paradis.

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Verdun


 

24 février – Samogneux est encerclé puis perdu – Perte des villages de Beaumont et de Ornes, du bois des Fosses – Violent combat sur la cote 344
Comme le 21 février, les Allemands entendent réaliser une nouvelle percé. Le bombardement, qui n’a pas cessé depuis 3 jours, doit très tôt monter en intensité pour égaler celui des 1ère heures du 21, et s’étendre jusqu’à la pleine de la Woëvre. Il doit ensuite s’allonger brusquement pour permettre aux troupes de reprendre leur mouvement général vers l’avant, d’un bout à l’autre du front.

Dès 1 h du matin, le bombardement s’intensifie sur Samogneux, déjà pratiquement intenable. S’ajoute le pilonnage en gros calibre (155 mm) des canons du fort de Vacherauville qui est mal renseigné et croit le village aux mains de l’ennemi.
Subitement, dans l’obscurité, l’ennemi par à l’assaut et écrase le 351e R.I. Samogneux et encerclé.
Vers 4 h 15, le 1er bataillon du 60e R.I., tout proche, tente une contre-attaque sur le village mais sans succès. Il se replis sur la cote 344.

A 9 h 45, malgré le bombardement allemand très intense, 2 bataillons de la 51e D.I. se portent à l’assaut du massif de la Wavrille mais ne peuvent l’atteindre.

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Vers midi, d’un bout à l’autre du front qui ne fait maintenant plus 8 km de large, le tir allemand s’allonge et les troupes équipées de lances flamme, s’élancent vers l’avant.

Celles qui sont maître de Samogneux poursuivre leur marche en direction de la cote 344 précédée par un gigantesque barrage roulant.
Là, se trouve les restes du 365e et du 1er bataillon 60e R.I. Les hommes sont à bout, fatigué et exténués, mais déterminés à ne pas laisser passer l’adversaire. 3 attaques sont successivement repoussées. Une charge à la baïonnette est même entreprise par la compagnie Montandon.
Cependant, le courage ne suffit plus, la fatigue, le manque de munition et l’écrasante infériorité ont raison des forces françaises. Au 4e assauts allemand, les survivants sont trop peu nombreux pour tenir la ligne. La retraite est ordonnée et le repli se fait dans la confusion. L’ennemi est alors stoppé face le bois le Fays.
Témoignage de D. SCHLATTER, soldat au 60e R.I. : « Le 24 février, les blessés commencent à affluer au poste de secours, en arrière de la cote 344. Quel moral chez ces combattants ! Un sergent, pendant qu’on lui coupait la cuisse, broyée par un éclat, chantait la Marseillaise !… « 

Rapidement, les débris de 2 bataillons du 35e R.I. sont rassemblés et reçoivent l’ordre de contre-attaquer la cote 344. En gravissant les pentes de la colline, les pertes sont très lourdes, mais 180 hommes environs parviennent à atteindre le sommet. Toute l’après-midi, des combats sporadiques ont lieux et le soir, les Allemands sont repoussés. Les positions reprises sont très précaires, il n’y a plus de vivre et de munition, mais les ordres sont de rester sur place à tout prix.

Plus à l’est, Beaumont est tenu par les 208e et 327e et le bois des Chaumes est tenu par le 243e R.I. Attaqués de toutes parts, les Français doivent se replier sur Louvemont.

Le bois des Fosses qui depuis la matin est soumis à un bombardement par obus lacrymogènes, est intenable. Les Français doivent se replier et abandonner le bois à l’ennemi.

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Bombardement par obus toxiques

Au bois le Fays, les unités françaises (débris des 60e, 365e et 35e R.I.) sont maintenant isolées mais luttent toujours.

De nombreuses batteries françaises, en ligne depuis 3 jours, cessent le combat et se replient vers l’arrière, arrivées à bout de force et de munition.
Témoignage du lieutenant Jacques Péricard du 95e R.I. :  » Sur la route, un canon apparaît, fuyant la bataille, puis un autre, puis un autre encore, et bientôt les caissons, les voitures, les ridelles, les cuisines roulantes se succèdent en une interminable file.
Les conducteurs sont nerveux ; les bêtes sont épuisées ; les véhicules eux-mêmes paraissent exténués. C’est un fracas de jurons, de coup de fouets, d’essieux grinçants. Beaucoup de fuyards vont tête nue. Dans les yeux se lit une épouvante animale et certains regards furtifs, jetés en arrière, disent la peur de la poursuite possible.
Anxieusement, je quête des nouvelles :
- Des nouvelles ? me répond un conducteur de roulante à l’uniforme indécis. Ah ! elles sont jolies, les nouvelles ! les Allemands ont rompu nos lignes. On se bat en rase campagne.
Des caissons d’artillerie passent. Je demande à un maréchal des logis où sont les pièces de ces caissons :
- Là-bas, me répond-il sans se retourner, en pointant un doigt derrière son épaule. « 

Le village de Ornes, qui subit des attaques incessantes depuis plusieurs heures, tient toujours. Cependant, à 17 h 30, l’ennemi parvient à réaliser une percée et se déploie sur la route d’Ornes aux Chambrettes. A 19 h, les unités françaises se voyant serrées de 3 côtés, évacuent le village et rallient Bezonvaux. Dès lors, le village de Ornes est perdu.

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Au bois le Fays, les 60e et 365e R.I. atteignent le bout de leurs forces. A 19 h, ils décident de se replier sur la cote du Poivre.

Au soir, le village de Louvement tient toujours (156e et 273e R.I.). Il tiendra toute la nuit.

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Front au 24 février 1916

Depuis 16 h et toute la nuit qui suit, des renforts arrivent enfin et forment du mieux qu’ils le peuvent une ligne d’arrêt entre Louvemont et la cote 347.
La tâche de ces nombreux régiments arrivant dans la région de Verdun et montant en ligne la nuit venu, n’est pas aisée. Les officiers ne connaissent pas le secteur, ne trouvent pas leurs guides dans la confusion qui rêgne, n’ont aucun ordre précis sur leur affectation et ignorent tout sur les positions tenues par l’ennemi.

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Témoignage du général Pétain :  » D’abord en camion-auto par la route Souilly-Verdun, pied à pied par petites colonnes utilisant tous les itinéraires qui, du nord de la place, s’élèvent vers Saint-Michel et Souville, les éléments prélevés sur les deux divisions de réserves générale se rapprochaient des lignes.
Mais dés leur débouché au-delà de la Meuse, ils étaient saisis, ralentis et désarticulés par le bombardement, entravés par les évacuations des blessés et par les convois de ravitaillement, engourdis par le froid au cours de longs arrêts que leur imposait de brusque engorgement des arrières. Aux rendez-vous indiqués, à l’entrée de leurs secteurs d’engagement, les unités montantes cherchaient les chefs de fractions déjà au feu et les guides désignés pour les conduire ; or ceux-ci, pourchassés de place en place par les explosions et les gaz, errant eux-mêmes dans la bagarre, faisaient souvent défaut… Alors les sections et les compagnies de renforts marchaient à l’aventure, droit au nord, progressaient sous la fumée et parmi les bruits assourdissants de la bataille et soudain, se heurtaient à l’adversaire, l’accrochaient, lui opposaient en attendant mieux, le rempart de leurs corps.
Sans contacts à droite et à gauche, sans liaison avec l’artillerie, sans mission précise, sans tranchées pour s’abriter, sans boyaux pour assurer leurs communications, elles formaient barrage là où le sort les amenait. « 

Témoignage du caporal MARQUOT du 156e R.I.:  » Partis de Charmes, nous avons marché toute une journée et toute une nuit et nous sommes arrivés à la côte du Poivre le 25 février au début du jour. On nous avait dit : « Nous ne savons pas où est l’ennemi, allez de l’avant jusqu’à ce que vous le rencontriez et là, fortifiez-vous sur place. »"

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Dans la nuit du 24 au 25 février, la situation française est donc tragique. Du coté allemand, l’infanterie se fortifie sur les positions conquises, alors que derrière elle, l’artillerie qui ralentie ses tirs durant la nuit, vient occuper de nouvelles positions conquises plus au sud, lui permettant au matin de reprendre sont tir infernal plus en profondeur dans les lignes françaises.

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Cette journée est sans doute la plus désastreuse de toute la bataille de Verdun. L’ennemi a gagné sur les Hauts-de-Meuse, presque autant de terrain qu’au cours des 3 jours précédents.
Durant ces 4 jours, les pertes ont été très lourdes. Les 51e et 72e D.I. comptaient 533 officiers et 26 000 hommes. Le 24 au soir, la 51e a perdu 140 officiers et 6256 hommes ; la 72e, 192 officiers et 9639 hommes ; soit un total de 332 officiers et 15 892 hommes. C’est-à-dire que les pertes se sont élevées à 62% pour les officiers et 61% pour la troupe.

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Le général de Langle de Cary, commandant le groupe des armées du centre dont reléve le 30e corps d’armée, est informé continuellement de la gravité de la situation. Après hésitation, il ordonne l’abandon des positions de la Woëvre mais en revanche, de tenir coûte que coûte sur la rive droite face au nord entre Meuse et Woëvre. Pour cela, il engage immédiatement le 20ème corps dans la bataille. Il faut, quoi qu’il en coûte, sauver Verdun dont la chute représenterait une grave atteinte morale, mais aussi une perte de prestige face aux Alliés.
En prenant cette décision, imagine-t-il l’ampleur du sacrifice qu’il demande aux soldats, qui vont très vite eux-mêmes parler de  » l’enfer de Verdun  » ?

Pour clore ces 4 journées d’intenses combats, voici le témoignage de Marcel LELONG, jeune médecin auxiliaire de 24 ans au 164 R.I.
En ligne dans le secteur de l’Herbebois depuis le 15 janvier, il nous livre un récit poignant et détaillé des premiers jours de la bataille et des conditions de combats du côté français. (Merci à Vincent LELONG, petit-fils de Marcel LELONG, de m’avoir permis ce lien).
Carnets de captivité de Marcel LELONG 1916


 

25 févrierPerte du fort de DouaumontLe général Pétain prend le commandement de la région de Verdun
La méthode allemande, qui a fait ses preuves depuis 4 jours reprend inexorablement ; dés 8 h, le bombardement s’intensifie sur les positions françaises. Il doit anéantir, écraser l’ennemi avant de violents et brusques assauts sur toute la largeur du front. L’objectif étant de pouvoir avancer uniformément et suffisamment afin de pouvoir, dans la journée, lancer une attaque à la fois par l’ouest et l’est sur le fort de Douaumont.

Le fort de Douaumont est en effet devenu un objectif essentiel pour le commandement allemand, et il compte mettre tout en œuvre pour le conquérir. Il représente un refuge sûr au milieu du champs de bataille ; un abri parfait pour stocker des munitions, reposer les troupes, soigner les blessés les plus urgents et mettre les autres à l’abris avant leur évacuation ; un point d’appui important et stratégique pour la poursuite du mouvement en direction de Verdun.
Cependant, l’ouvrage est important et fait peur aux hommes de troupes comme aux officiers :
 » La vue de Douaumont était imposante pour les voyageurs venant du nord. Elle a vivement impressionné les troupes allemandes arrivant dans la région au commencement de février 1916 pour donner l’assaut à la forteresse de Verdun. Cette masse dominante, disaient les nouveaux venus, devait contenir une nombreuse garnison, être pourvue d’un armement puissant. Son attaque serait une grosse affaire pleine d’incertitude ; les pertes seraient lourdes. Les officiers allemands entendaient ces propos dans la troupe et s’efforçaient de réagir contre leurs effets déprimants. « 

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Le fort de Douaumont

Dés 8 h, le bombardement allemand reprend donc très violemment. Sur plusieurs points du front, l’artillerie française, mal renseignée, tire sur ses positions.
Témoignage de l’aspirant BOURDILLAT, sous-lieutenant au 2e B.C.P :
 » D’une minute à l’autre, dans notre tranchée, le déluge de fer s’accentue. Les arbres sont fauchés, la terre vole de toutes parts. Une âcre fumée prend à la gorge. A chaque rafale qui passe, le corps se resserre, les nerfs se contractent, et la respiration se fait plus courte, plus saccadée… A côté de moi, le lieutenant Fleury se lève : « Bourdillat me dit-il, je vais voir ce qui se passe ; j’ai tellement les nerfs à bout que je préfère remuer. « C’est d’une imprudence inouïe !… « Ne quittez pas votre trou, mon lieutenant, lui dis-je, les obus nous rasent de si près que c’est folie.  » « Tant pis, me répond-il, je préfère marcher un peu… » Il est à peine sur le rebord de la tranchée qu’un éclat d’obus lui arrache la tête… Je regarde stupidement le morceau de mâchoire inférieure qui reste seul attaché au corps, tandis que son cou béant déverse dans la tranchée un mélange de sang, de moelle… C’est quelque chose d’affreux… « 

Au village de Louvemont, le pilonnage est démesuré. Etre maître de Louvement ouvre l’accès à la côte du Poivre. Et qui tient la côte du Poivre, peut aborder le fort de Douaumont par l’ouest, qui se trouve à 800 m à droite. L’état major allemand l’a bien compris.

Selon le processus habituel, le bombardement s’allonge plusieurs fois dans la matinée pour permettre aux troupes d’assaut de s’élancer.

A Louvemont, elles sont accueillies par des coups de fusils. Elles se replis et le bombardement reprend aussitôt.
Au bois des Fosses, les lignes françaises cèdent et d’importants mouvements d’infiltrations s’opèrent.
Sur la cote de Talou, les tentatives allemandes parviennent à être repoussées.

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A midi, nouvelle attaque entre Louvemont et la cote 347. L’ennemi parvient à prendre pied dans quelques maisons du village, défendu par le 85e R.I. Mais il doit rapidement les évacuer devant la force du tir français. Le bombardement reprend jusqu’à la côte du Poivre.

Vers 13 h, le 85e R.I. a atteint ses limites. Le colonel Theuriet qui commande les restes du régiment décide dans un suprême élan, de réaliser une charge à la baïonnette. La situation est si tragique qu’il n’y a plus rien à perdre. Lorsque les Allemands voient s’avancer les Français face à eux, ils croient tout abord qu’ils se rendent. Mais bientôt, alors que les dernières cartouches françaises sont tirées, ils répliquent à la mitrailleuse. En peu de temps, les 2 bataillons du 85e n’existe plus.
Le 1er bataillon resté en réserve au ravin de Bras, à 3 km en arrière, est soumis lui aussi au bombardement très violent. Dans ce secteur, il ne dispose d’aucune protection, aucune tranchée ni boyau. Il est livré aux obus et subit d’effroyables pertes.

A 14 h, une nouvelle attaque allemande devant la cote de Talou ne donne pas de résultats.

A 15 h, l’ennemi a investi le village de Louvemont. Aussitôt, il poursuit vers la côte du Poivre en lançant plusieurs attaque simultanés sur la ligne Louvemont – bois de la Vauche. A 16 h, il s’est emparé des tranchées autour de la route de Louvemont, du village de Ornes et de la cote 378. Il n’est arrêté qu’au ravin de la carrière d’Haudraumont.

Plus à l’est, entre la cote 378 et Bezonvaux (au bois Hassoule), l’ennemi surprend le 208e R.I. et en capture une grande partie, ainsi que les restes du 2e B.C.P. Les hommes qui sont parvenus à reculer, se replient en désordre vers l’arrière.

 

Perte du fort de Douaumont (Voir également la partie « Fortifications », « Le fort de Douaumont ») :
A 17 h, alors que le soleil se couche, la 8e compagnie du 21e régiment d’infanterie allemande, commandée par le lieutenant Brandis, se trouve à 700 m du fort de Douaumont. De ses positions, elle aperçoit à l’horizon, la silhouette imposante du fort. Aucune activité ne semble l’animer, aucun obus n’est lancé de ses canons, il semble complètement inerte au milieu de la bataille. Par contre, autour, dans la plaine, de nombreux soldats français se replis, complètement dépassés par l’avancé allemande de la journée.

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Alors, électrisée par cette déroute française, Brandis décide avec quelques hommes de s’avancer vers le fort. La petite troupe arrive sans encombre au réseau de barbelés, ouvre une brèche à la cisaille, descende dans le fossé à l’aide d’un tronc d’arbre.

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Les troupes allemandes descendant dans le fossé du fort

Puis, voyant les tourelles du fort vide de défenseurs, qu’aucun coup de feu ne part de la tranchée de tir du rempart, les soldats gravissent la superstructure de l’édifice. Le seul danger vient des percutants allemands, la fumée est si dense que l’artillerie ne voit pas les fusées demandant l’allongement du tir.

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Les fossés du fort

Peu de temps après, les hommes y pénètrent par plusieurs entrées et courent bientôt dans les couloirs sombres. En débouchant dans la cour centrale, ils tombent nez à nez avec une 50e de Territoriaux, sans armes et complètement ébahis. Les territoriaux sont aussitôt fait prisonnier.
Un peu plus tard, un régiment allemand commandé par le capitaine Haupt, qui est entré par l’accés principal du fort, porte ouverte, pont-levis baissé, pénètre à son tour dans la cour. Le fort de Douaumont est dès lors aux mains des Allemands. Dans la soirée, plus de 300 autres viennent s’y installer et renforcer ainsi l’ouvrage.

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L’entrèe du fort et la court intérieure

Pour comprendre comment un tel événement a pu se produire, il est important d’apporter quelques précisions :

1 – Le front de Verdun se trouvait à plusieurs kilomètres au nord du fort de Douaumont, et il n’avait pas bougé depuis plus de 18 mois. De plus, comme nous l’avons vu au chapitre  » Le désarmement des forts de Verdun « , en haut de cette page, la garnison du fort avait été supprimée et ses approvisionnements réduits. Ceci explique qu’il n’y ait eu qu’un si petit nombre d’homme dans le fort le 25 février à 17 h.
Nous pouvons trouver étonnant que les troupes françaises arrivées très récemment dans le voisinage du fort, dans la nuit du 24 au 25 par exemple, et étant soumis à un très violent bombardement, n’ont pas d’elles-mêmes prisent la décision d’aller se réfugier dans l’ouvrage. Ce qui aurait fait plus de défenseurs à l’arrivé des Allemands à 17h
Cependant, chaque troupe qui se battait en campagne à proximité du fort était soumise comme les autres, depuis l’aurore, à de durs combats inégaux. Les officiers étaient trop occupés à défendre le secteur qui leurs avait été affecté, et ne songeaient pas à aller renforcer le fort.
De plus, ces officiers avaient appris dans les écoles militaires que les troupes de campagne et les ouvrages permanents devaient rester indépendants. Ils n’étaient pas psychologiquement formés pour aller s’enfermer dans un ouvrage.

2 – L’avance allemande ayant été si importante et si subite depuis le 21, les occupants du fort n’étaient pas du tout au courant de la proximité de l’ennemi. Dans la tumulte de ces 4 derniers jours, personne au commandement français n’a pensé, pris le temps ou même jugé bon de les en avertir. Aucun préparatif défensif n’a donc été fait en prévision de l’arrivée des Allemands.
On peut également trouver étonnant que violemment bombardé depuis 4 jours et disposant d’un si bel observatoire, les occupants du fort ne se soit pas rendu compte ni ai pris la peine de s’informer sur l’avancé allemande. De violents combats se déroulaient devant et autours d’eux, il était tout de même clair qu’il se passait quelque chose dehors…

Témoignage du général ROUQUEROL :  » La nuit n’était pas encore tombée sur les plateaux glacées de la rive droite de la Meuse, le 25 février 1916, que la nouvelle de la prise du fort de Douaumont se propageait en traînée de poudre parmi les troupes allemandes massées dans le voisinage pour une attaque devenu inutile.
Les trois mots magiques : Douaumont ist gefangen, passaient de bouche à oreille et portaient rapidement la grande nouvelle dans les cantonnements les plus éloignés. Elle y provoquait l’explosion d’un enthousiasme indescriptible.
Le bulletin allemand du 26 février annonçait pompeusement la prise d’assaut par le 24e régiment de Brandebourg du fort de Douaumont, la pierre angulaire de la forteresse de Verdun. L’Allemagne entière pavoisait et voyait luire l’espoir d’une fin prochaine de la guerre…
Dès le 25 février au soir, le fort de Douaumont reprenait, sous ses nouveaux maîtres, une activité et une conscience pour ceux qui n’ont cessé avant et pendant la guerre de dénigrer la fortification permanente jusqu’à la négation de son utilité par le décret du 5 août 1915 et ses fâcheuses applications.
L’abandon du fort de Douaumont équivaut dans l’ensemble de la guerre à la perte d’une centaine de mille hommes « .

Le fort de Douaumont
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(Voir la description du fort dans la partie « Fortifications », « Le fort de Douaumont »)

 

A 18 h, le fort de Douaumont est tombé mais le village de Douaumont tient toujours. Les combats y sont très violents. Les troupes françaises ont été chassées de la côte du Poivre et des hauteurs d’Haudromont.

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Les ruines du village de Douaumont

A 18 h 30, sur ordre du général Balfourier qui craint l’encerclement, toute la 37e D.I. (2e et 3e zouaves, 2e et 3e tirailleurs) se replie sur Froideterre et Belleville, sur les dernières hauteurs au nord de Verdun, à 3 km de la Ville.

A 22 h, la 39e D.I. commence à relever la 37e avec l’ordre de tenir coûte que coûte. Elle prend position devant le village de Bras. La 51e D.I. tient quant à elle les positions entre le village de Douaumont et le fort de Vaux.

La nuit met un terme aux attaques allemandes, mais le bombardement reprend.
Il est très violent sur le village de Douaumont et ses alentours qui sont maintenant au centre de la ligne de front droit. Les positions sont tenues par les hommes du 95e R.I.
Témoignage du lieutenant Jacques Péricard du 95e R.I. :  » « Vous devez tenir coûte que coûte, ne reculer à aucun prix et vous faire tuer jusqu’au dernier plutôt que de céder un pouce de terrain.  »
« Comme ça, disent les hommes, on est fixé. » C’est la deuxième nuit que nous allons passer sans sommeil. En même temps que l’obscurité, le froid tombe. Nos pieds sont des blocs de glace. Encore avons-nous la chance, à la compagnie, que notre tranchée soit à peu près sèche. Des hommes du 1er bataillon occupent, à notre droite, une tranchée étroite où ils ont de l’eau jusqu’à mi-jambes : « L’eau gelait autour de nos jambes, devait me dire plus tard l’un de ces hommes, Giraud, et chaque fois que nous voulions lever le pied, il nous fallait briser une enveloppe de glace.  »
Les hommes qui n’ont pas à monter la garde s’assoient dans la tranchée tapissée de boue et y dorment d’un sommeil lourd, la toile de tente rabattue par-dessus la tête.
Je n’ai jamais, je le crois bien, éprouvé l’amertume de la guerre autant que cette nuit-là. La faim, la soif, le froid, l’insomnies, l’incertitude… »

A ce moment, avec la journée du 24 ou les pertes de terrain ont été énorme, ou la retraite a été importante et que le fort de Douaumont est tombé, le moral de l’armée française est ont plus bas. Le désastre de la perte de Verdun est pressenti par tous…

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Front au 25 février 1916

Prise de pouvoir du général Pétain :
Le général de Castelnau, qui a reçu les pleins pouvoirs du général Joffre, confie au général Pétain le commandement de la région fortifiée de Verdun et des forces arrivant sur les deux rives. Il a une liberté complète de mouvement, et autant que possible, tous les moyens qu’il demandera.petain2

Philippe Henri Benoni Omer Joseph Pétain est né le 24 avril 1856 à Cauchy-la-Tour (Pas-de-Calais) dans une famille modeste.
Il a fait ses premières études chez les Dominicains, puis est entré à Saint-Cyr en 1876. Il en est sorti avec un niveau modeste, et s’est dirigé naturellement vers une carrière militaire qui s’annonçait très simple. Lieutenant de chasseur à pied, il fut affecté à des garnisons secondaires et ne participa à aucune des grandes campagnes coloniales.
En 1904, il devient capitaine et est nommé professeur adjoint d’infanterie à l’École de guerre par le général Bonnal. Là, Pétain prend toute sa dimension en se faisant le défenseur de la guerre de position, théories peu conformes aux conceptions tactiques de l’état-major qui prônent la guerre à outrance.
Le général Bonnal écrit de lui :
 » Capitaine remarquable, aussi bien comme officier d’état-major que comme officier de troupe. Réunit les qualités de vigueur, de coup d’œil, de décision et d’intelligence dans la juste proportion désirable chez un futur grand chef. « 

Lorsqu’éclate la guerre, il a 58 ans, il est devenu colonel et s’apprêteà prendre sa retraite. Cependant, il prend la tête d’une brigade d’infanterie et après s’y être distingué, notamment en Belgique, il est promu général de brigade. Plus tard, il est nommé général de corps d’armée et remporte de brillants succès dans les batailles de l’Artois. Il se distingue, en particulier, par sa prudence et le souci qu’il témoigneà épargner la vie de ses hommes.

 

Dés 8 h du matin ce 25 février, Pétain se présente à Chantilly devant le général en chef. Lui et son état major doivent très rapidement se mettre en route vers Bar-le-Duc et s’installer dans le quartier général qui se trouve dans la mairie de Souilly, petit village sur la route entre Bar-le-Duc et Verdun.
Ce n’est qu’à la nuit qu’il arrive enfin à Souilly. Il a appris dans la soirée la chute du fort de Douaumont. Aussitôt, il prend ses fonctions et organise un entretient avec le colonel Barescut, chef d’état-major de la IIe armée. Cette réunion dure une bonne partie de la nuit.

Témoignage du général Pétain :  » A 11 heures du soir, dès mon retour à Souilly, le général de Castelnau transcrivait mon ordre de mission sur une feuille de son calepin de poche, la détachait et me la passait  » pour exécution immédiate « .
A 11 heures, je prenais donc la direction de la défense de Verdun, déjà responsable de tout et n’ayant encore aucun moyen d’action…
Dans la salle vide de la mairie, je me mettais en communication téléphonique avec le général Balfourier, commandant les forces engagées dans le secteur d’attaque.
Allo ! C’est moi, général Pétain. Je prends le commandement. Faites-le dire à vos troupes. Tenez ferme. J’ai confiance en vous – C’est bien, mon général. On tiendra ! Vous pouvez compter sur nous comme nous comptons sur vous.
Aussitôt après, j’appelais le général de Bazelaire, commandant les secteurs de la rive gauche, et je lui donnai les mêmes avertissements, en lui indiquant le prix exceptionnel que j’attachais à la conservation de nos positions à l’ouest de la Meuse. Il me répondait, comme venait de la faire le général Balfourier, sur le ton d’une confiance affectueuse et absolue.
La liaison morale, du chef aux exécutants, était assurée.
Un peu plus tard, vers minuit, arrivait le colonel de Barescut, mon chef d’état-major. Sur une carte à grande échelle plaquée au mur, je marquais au fusain les secteurs des corps d’armée en position, ainsi que le front à occuper, et je dictais l’ordre que l’on devrait faire parvenir à toutes les unités le lendemain matin.
Tels furent, à Verdun, mes premiers actes de commandement. « 

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La mairie de Souilly

 


 

26 février – Lutte pour le village de Douaumont – Perte de la côte de Talou et du Poivre – La situation parvient néanmoins à se stabiliser
Avec les événements de la veille, le mot d’ordre est plus que jamais de tenir coûte que coûte et à tout prix, de stopper impérativement l’avancée allemande et de ne pas lâcher un mètre carré de terrain.

Avant l’aube, les Allemands lancent une nouvelle attaque sur côte de Talou et cette fois-ci, parvienne chasser les unités françaises qui reflue vers l’arrière. La côte est prise.

Dans la matinée, le général de Castelnau, mal informé, croit que les Allemands n’ont pas encore eu le temps de s’installer dans le fort de Douaumont. Il donne l’ordre d’attaquer et de reprendre l’ouvrage. Cependant, le fort a été puissamment occupé durant la nuit et son armement a été remis en état de tirer. Nos vagues d’assaut viennent se briser les unes derrière les autres.

En fin de matinée, l’attaque allemande reprend d’un bout à l’autre des 10 km de front, de la côte du Poivre à gauche jusqu’au bois d’Hardaumont à droite.
Des 2 côtés, les hommes sont épuisés par 5 jours de combats incessants. Et si les Allemands n’ont pas baissé la pression jusque là, cette fatigue commence à se faire sentir dans leurs rangs.

A l’extrême gauche, les unités françaises qui occupent encore une partie de la côte du Poivre sont soumises à de violent assauts répétés. Très affaiblies par le bombardement du matin, elles sont incapables de refouler les troupes allemandes.

Témoignage de Frédéric GERMAIN, caporal au 146e R.I. : » Combien de temps dura ce bombardement en bas de la côte du Poivre ? Pour moi, il dura des années. Nous étions isolés ; plus de liaison ni de ravitaillement puisque tout autour de nous était bouleversé, la terre retournée, les arbres pulvérisés.
Il y avait plus qu’à attendre la mort que l’on jugeait inévitable dans cette atmosphère de feu. Quand un instant d’accalmie nous permettait de pouvoir nous entendre, nous nous appelions de trou en trou, mais, hélas, combien ne répondaient pas ! « 

Le soir, la crête de la côte du Poivre est perdue mais les troupes françaises s’accrochent à la contre pente. La violence du bombardement français venant des forts de la rive gauche empêche ensuite les Allemands de poursuivre leurs attaques.
C’est sur ordre du général Pétain qui a pris le commandement la veille, que les forts de la rive gauche tirent à présent par dessus la rivière et jouent enfin leur rôle dans la bataille.

A droite, sur la ligne Haudraumont-village de Douaumont, le 1er bataillon du 85e R.I. s’étale sur 2 km. Il est réduit de moitié depuis la veille et sans soutient d’artillerie. Le combat qu’il livre est terrible. L’ennemi, beaucoup plus nombreux tente désespérément de le contourner. L’ouvrage de Louvemont est perdu mais la ligne tient.

Plus à droite, sur les pentes au sud de la ferme d’Haudraumont, les Allemands se heurtent aux 8e et 110e R.I. Après plusieurs tentatives sanglantes, ils sont stoppés.

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Encore plus à droite, les ruines du village de Douaumont sont toujours tenues par le 3e bataillon du 95e R.I. Plus une maison n’a de toit, se sont plus de 1000 pièces d’artillerie qui se sont acharnées sur le village toute la nuit.
L’attaque débute à 16 h 30 et 3 assauts consécutifs parviennent à être repoussés.
Témoignage de Henri BOZONNET, agent de liaison au 95e R.I. : » L’abbé Bedu, aumônier du régiment, prodigue ses encouragements, mais ses paroles de réconforts ne peuvent guère percer le vacarme épouvantable.
Les Allemands débouchent ; nous les voyons avancer crânement par petits groupes de dix à quinze hommes, derrière lesquels se trouve une colonne et par derrière encore, une autre colonne plus dense. Et partout ça fourmille, Nous tirons, tirons sans perdre une seconde.
L’artillerie ennemie allonge son tir ; déjà, les premiers groupes arrivent tout près de nous, ô bonheur ! une mitrailleuse sur notre gauche, qui n’avait pas encore tirés, se met de la partie. Là, c’est toute l’horreur de la guerre ; il tombe des groupes entiers, les uns en avant, les autres en arrière, levant les bras ; d’autres s’écroulent à genoux. Presque au même instant, deux pièces de 75, arrivées par je ne sais quel miracle, mettent en batterie en première ligne et ouvrent le feu sur les vagues de l’arrière ; seuls quelques rescapés de ces vagues arrivent jusqu’à nous ; nous constatons qu’ils sont ivres. « 

Plus tard, vers 14 h, l’aile gauche du 95e R.I. flanche et l’ennemi parvient à occuper quelques maisons du village. Il ne peut cependant pas poursuivre.
Témoignage de Ch. CAUTAIN, soldat au 95e R.I. :  » Brochard court dans la tranchée, soutenant de sa main valide son bras à moitié déchiqueté. Le sang coule comme l’eau d’un robinet. Il va, sans un mot, sans une plainte. Aura-t-il la force d’aller au poste de secours ? où est-il d’ailleurs, ce poste de secours ? Personne ne le sait. « 

Le 95e R.I. sera relevé à la nuit par les 8e et 110e R.I. qui prendront sa place dans la village. Il aura perdu 800 hommes.

Plus à droite du fort de Douaumont, à l’est du village, l’ennemi a face à lui le 418e R.I. Il est également maintenu sur ces positions initiales.

Enfin, à l’extrême droite, une avancé est réalisées au bois d’Hardaumont. L’ouvrage du même nom tombe aux mains de l’ennemi. Ce dernier est néanmoins stoppé à la lisière du bois par le bombardement français.

Finalement, le centre du dispositif, s’étalant de la côte du Poivre exclus jusqu’au bois d’Hardaumont exclu est en partie maintenu. Seules les 2 ailes ont été forcés mais l’avancée à été contenue.
Contrairement à la veille au soir où le moral était au plus bas, un léger signe d’espoir semble se profiler au haut commandement français :
Télégramme de Castelneau aux côtés de Pétain, à Joffre le 26 au soir : » La situation n’est pas encore suffisamment éclaircie pour que le général Pétain et moi puissions formuler une appréciation précise. Je crois toutefois que, si nous pouvons gagner les deux ou trois jours qui permettront au général commandant la 2e Armée de remettre les choses en ordre et de faire sentir son action, tout danger de perdre Verdun sera définitivement écarté. « 

En ce qui concerne les pertes françaises du 21 au 26, l’ensemble de la région de Verdun a perdu 25.000 hommes environ.

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Front au 26 février 1916

Il est très important à ce stade du récit, afin de ne pas tomber dans la monotonie par la suite, de bien garder à l’esprit les conditions de combat et l’état dans lequel se trouvent maintenant les soldats de premières lignes.
Nous avons vu que depuis 6 jours, si nous ramenons le champs de bataille à un espace réduit, ce n’est qu’attaques et contre-attaques consécutives, et cette réalité ne va faire qu’empirer pendant les mois suivants. Cependant, il est simple et rapide d’employer ces thermes d’attaque et de contre-attaque pour résumer les nombreux affrontements qui ont lieux chaque jour. Puisque en somme, c’est ce qui ce passe, les Allemands attaques, les Français reculent puis contre-attaque et reprennent leur position initiale. Toutefois, il ne faut pas oublier les conditions extrêmes dans lesquels ces événements se déroulent.

Du côté allemand, bien que la supériorité numérique et l’action offensive soient incontestables depuis le début de la bataille, les pertes ont été importantes. La résistance française bien que longue à se mettre en place a été acharnée.p323
Sur les 18 divisions dont disposait le Kronprinz, toutes ont été lancées dans la bataille sans aucunes relèves depuis le 21. Certains bataillons étaient en position depuis le début du mois.
S’ils sont partis le 21 au soir de tranchées profondes et confortables, ils vives depuis dans les tranchées bombardés par eux le jour d’avant, pleine de cadavres français gelés, de boue et de neiges.
Le froid, les nuits sans sommeil, les ravitaillements difficiles, la tension nerveuse commencent peu à peu à épuiser les hommes.
Pour cette raison, le commandement allemand va suspendre ses attaques frontales massives jusqu’au 5 mars inclus, afin de calmer un peu le rythme qu’il a imposer à ses troupes jusqu’à lors. Débutera alors l’attaque allemande sur les 2 rives.
De plus, bien que l’avancée aie été fulgurante, le commandement allemand commence à se rendre compte que son attaque éclair sur Verdun a échoué. Il faut maintenant se donner quelques jours de réflexion et de réorganisation pour frapper de nouveau un grand coup.

 

Du coté français, les difficultés sont les mêmes mais multipliées.p324
En plus des conditions de vie épouvantables, s’ajoute l’écrasante infériorité numérique, l’angoisse des échecs des derniers jours et le bombardement allemand incessant.
Les hommes vivent abandonnés, encerclés, ne sachant plus ou est l’avant et l’arrière. Le ravitaillement est pratiquement inexistant et les combattants n’ont rien de chaud dans le ventre depuis plusieurs jours. L’eau fait également cruellement défaut. Recroquevillés dans leur trou d’obus, ils sont à demi fous par l’insomnie, l’épuisement moral et physique. Ils sont trempés, boueux de la tête aux pieds, crasseux et plein de poux.
Lorsque les bombardements s’allongent, et qu’un calme relatif survient, ils sont incapables de parler, la gorge brûlée d’avoir trop crié, sourds par le bruit trop intense qu’ils viennent de subir.
Tout autour d’eux, les cadavres sont omniprésents, ils les piétines, s’aplatissent à coté d’eux, vive avec eux.
Lorsque que l’assaut allemand est donné et que les vagues s’avancent, ils tirent désespérément dans un sursaut de rage, les doigts gelés crispés sur leur fusil. Sachant que pertinemment, dans 1 minute, 10 ou 1 heure, ils seront mort ou blessé.

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Témoignage de C. CORNEVIN, soldat au 160e R.I. : » … La nuit, cependant, un blessé se révèle parmi tous ces morts. Il appelle, il réclame à boire. Nous lui donnons le peu d’eau boueuse que nous trouvons. Nous voulons le transporter au poste de secours, mais le moindre mouvement lui arrache des cris de douleur ; les brancardiers appelés le laisseront là. Rien à faire ! Nous couvrons de couvertures ses jambes brisées, tout son misérable corps, nous relevons sa tête et, la mort dans l’âme, le laissons en proie au délire. Nous revenons apaiser sa soif de temps en temps.
Le lendemain, il nous appelle par nos noms qu’il a entendus. Parfois sa voix déchirante articule ceux des siens, il pleure ; c’est poignant.
Le bombardement commence et l’épargne.
La nuit suivante, il n’est pas encore mort, mais ses appels sont moins fréquents, sa voix bien faible. Au petit jour, il n’est plus. « 


27 février – Lutte pour le village de Douaumont
Comme cela a été indiqué plus haut, les Allemands suspendent leurs attaques massives jusqu’au 5 mars inclus afin de reposer un peu leurs troupes. Cependant, le pilonnage d’artillerie et les attaques locales en cours se
poursuivent.

Pendant la nuit, le bombardement allemand est continu. Au matin, il devient plus violent sur le front de Bras – Douaumont, et s’étend jusqu’aux forts de Souville et de Tavannes, au village de Belleville et Verdun.

A 8 h, le général Guillaumat prend le commandement du secteur allant de la Meuse au village de Douaumont exclu.

A 16 h, les Allemands attaquent de chaque côté du fort de Douaumont. A gauche, ils se heurtent aux 8e et 110e R.I. dans le village de Douaumont et devant le bois d’Haudraumont et ne parviennent pas à percer.
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émoignage de Louis BRAYELLE, soldat au 110e R.I. :  » Par une fin d’après-midi, sous la neige qui tombait, le bombardement cessa enfin. Nous fûmes tirés de notre léthargie par la voix mâle et fière de notre brave chef de peloton qui nous apparut comme un spectre au sortir d’une tombe et nous cria : « Allons, les enfants, debout, les Boches attaquent ! »
Electrisés par cet appel, les demi-morts rescapés du bombardement se dressèrent et, utilisant les quelques rares revolvers et mousquetons en état de tirer, firent, en poussant des cris de rage, leur devoir de soldats. Et l’Histoire dit que le Boche ne passa pas.
Quelque temps auparavant, notre colonel était passé rapidement près de nous, couvert de débris, de plâtras, et, nous fixant l’espace d’une seconde, d’un regard émouvant que je n’oublierai jamais, nous avait dit ces simples mots : « Courage, mes enfants ! »"

A droite, à l’est du village de Douaumont, ils se retrouvent de nouveau face au 418e R.I. et sont également stoppés.

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28 février – Lutte pour le village de Douaumont
Durant la nuit, sur ordre du général Pétain, le 174e R.I. monte en ligne au bois Feuilla. Il part ensuite à l’attaque et parvient à s’emparer de la ferme de Souppleville et de la station d’Eix-Abaucourt. Il parvient finalement aux tranchées du mamelon 254 où il s’installe.

Sur le reste du front, le bombardement allemand est assez violent toute la nuit et toute la matinée.
Les blessés sont nombreux. Ils affluent vers les petits postes de secours des bataillons, creusés à même la terre, qui ont été aménagés un peu en arrières des premières lignes. Les blessés les plus légers arrivent à pieds, pour les autres, ils sont transportés sur un brancard ou roulés dans une toile de tente enfilée sur un bâton.

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Rapidement, chaque poste de secours est tellement bondé, qu’il est difficile aux médecins de mettre un genou au sol pour déshabiller ou soigner un blessé.
Les diagnostiques sont des plus diverses : plaies pénétrantes de poitrine avec perforation du poumon, plaies du ventre, plaies pénétrantes par balle au crane, carotide sectionné, jambes arrachées avec de nombreux fragment d’os, hémorragie importante, plaies de la face.
Une odeur de sang, de vomi et d’excrément, parce que de nombreux blessés graves ont le corps que se vident, emplie la pièce minuscule.
Les moyens sont très sommaires. Alors que plusieurs blessés sont très choqués, certains hurlent de douleur, d’autres sont pris de convulsions, il n’y a rien comme antichocs. Les transfusions sanguines sont impensables dans un lieu si exigu et mal propre. De toute façon, les groupes sanguins des hommes sont inconnus.
La seule chose à faire est de nettoyer les plaies le mieux possible, souvent à la teinture d’iode, pour fixer le sang, car il n’y a pas d’eau, les médecins n’en n’ont même pas assez pour nettoyer leurs mains pleines de sang et de boue. Puis, faire un solide pansement et activer le rapatriement vers l’arrière, quand les brancardiers sont disponibles et encore en vie.
Au milieu de toutes cette souffrance, des centaines de mouches dansent et se posent sur les plaies, les visages, les mains. Les hommes qui agonisent n’ont pas la force de les faire fuir.
Dehors, le bombardement continue, les parois du poste de secours ne cessent de trembler, produisant une épaisse poussière.

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Témoignage de X :  » Notre poste de secours regorge de blessés. Nous faisons des pansements sans discontinuer et nous disons par signes ce que nous avons à dire : impossible de placer un mot ; on ne peut même pas s’entendre. Je soigne ceux qui sont étendus sur leur brancard, devant le poste de secours devenu beaucoup trop petit pour les recevoir tous. Un malheureux à qui j’essaie de garrotter la fémorale est blessé d’un éclat profond dans la poitrine pendant que je le panse. Un tout jeune caporal m’arrive, tout seul, avec les deux mains arrachées au ras des poignets. Il regarde ses deux moignons rouges et horribles avec des yeux exorbités. Je tâche de trouver un mot qui le console et lui crie : « Que fais-tu dans le civil ? « j’ai alors la réponse navrante qui me serre le cœur et m’empêche de rien ajouter : « Sculpteur », dit-il ! « 

Témoignage de Gaston GRAS : » A la tombée de la nuit, des voix lugubres se font entendre :  » Brancardier !… Brancardier !…  » appellent longuement des hommes disséminés dans les entonnoirs.
 » Maman ! « gémit un autre que l’on devine, ensanglanté, dans l’ombre.
Alors, méprisant les coups de fusils, des brancardiers accourent à l’appel des mourant : leurs longs brancards pliés sur les épaules, ils vont de trou en trou, se penchent, et parfois se relèvent en emportant avec précaution un camarade qui agonise.

… (Au début de la guerre, dans chaque régiment, les gradés avaient l’habitude de désigner les futurs brancardiers parmi des hommes qui n’estimaient pas capable de se battre. Cependant, ils se rendirent vite compte que s’était l’inverse qu’il fallait faire. En effet, les brancardiers, à la recherche de blessés entres les lignes, agissaient de manière autonome et en dehors de tout contrôle. Leur rendement était entièrement dépendant de leur sens du devoir, leur dévouement, leur résistance physique et morale, leur courage…
Ils furent alors sélectionnés parmi les meilleurs éléments. ) …
.

p326

Leur besogne se continuera toute la nuit : toute la nuit, à la faveur de l’obscurité, ils recueilleront les blessés transportables, ceux que l’on à quelques chances de sauver en les soignant à temps.
Ceux-là sont amenés dans les postes de secours des bataillons : les petits majors à un galon, les Ichon, les Duval, les Bonnet, vaillants médecins auxiliaires, étudiants improvisés chirurgiens, leur feront le premier et rudimentaire pansement. Travail immense que celui d’établir un premier appareil dans des conditions dénuées de confort et d’hygiène.

Dans les longs couloirs étroits qui précédent les abris, les blessés s’entassent; claquent des dents, pâlis par les hémorragies, grelottant de fièvre. Pas un gémissement, mais un lourd silence où chacun évalue ses misères et ses chances d’en revenir. Parfois, l’un d’entre eux plus valide, pouvant encore marcher, s’en va vers l’arrière, nanti d’une fiche de carton rouge passée dans la boutonnière de sa capote.

p216

Pour celui-ci, le problème reste tout entier : il ne faut pas se faire prendre dans la barrage en descendant vers l’arrière, vers les petite autos sanitaires qui l’emporteront loin de la ligne de feu.

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… ( Ensuite, dans les hôpitaux de campagne, les blessés sont pris en charge mais, il n’y a quasiment rien pour déchoquer les malades. On ne peut que les réchauffer avec des rampes de lampes électriques.
Un progrès tout de même qui n’en est qu’à ses débuts, les transfusions sanguines commencent à se faire avec l’appareil de Jeanbrau. Mais cet appareil reste d’un maniement assez difficile. Malheureusement, le sang manque. La connaissance des groupes sanguins en est à ses débuts, et l’on ne connait pas les groupes Rhèsus. Cinquante grammes de sang sont prélevés à des volontaires de l’ambulance. Uniquement ! pour ne pas trop les affaiblir, mais ce n’est pas suffisant. Par ailleurs, on ne connait ni les sulfamides ni les antibiotiques. Le plasma injectable non plus n’est pas inventé. ) …

p328

Malheureusement, les brancardiers des bataillons, du régiments, de la division même, ne sauraient suffire au dégagement du champ de bataille : un blessé exige au moins deux hommes pour le transporter sur un brancard, et les brancardiers ont eux aussi été décimés pendant l’attaque qu’ils ont suivie comme les autres. « 

A 15 h, l’ennemi attaque le calvaire de Douaumont et les abords du fort (73e et 110e R.I.). Il est repoussé et laisse sur le terrain de nombreux cadavres.

A 16 h, nouvelle tentative d’attaque. Des corps à corps locaux s’engagent mais globalement, l’ennemi est de nouveau renvoyé dans ses lignes. Il ne parvient qu’à enlever un élément de tranchée qui était tenu par des unités du 110e.

Sur les pentes sud de la ferme d’Haudraumont (8e R.I.) et à droite (418e R.I.), le combat se poursuit et se prolonge tard dans la nuit.

 

source récit : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

verdun-carte

soure : http://www.encyclopedie.bseditions.fr/article.php?pArticleId=113&pChapitreId=34344&pArticleLib=1916+%5BNazisme%A0%3A+au+fil+des+jours+%282i%E8me+guerre+mondiale%29%5D

Carte de la bataille de Verdun (21 février – 21 juillet 1916)


 

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20 novembre 2012

Chronologie

Classé sous — milguerres @ 22 h 45 min

 

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  1. Chapitre I : Chronologie de la Première Guerre Mondiale
  2. Chapitre II : Prélude

 

Chapitre I

Chronologie de la Première Guerre Mondiale

source : http://www.chtimiste.com/

Chronologie chronologie-1914

Schéma source : http://objectifbrevet.free.fr/histoire/hist_1.htm


 Voir également
Retour Guerre : chronologie des évènement et des opérations militaires

1914


28 juin.Assassinat de François Ferdinand, héritier de l’Empire austro-hongrois à Sarajevo.
23 juillet.Ultimatum de l’Autriche-Hongrie à La Serbie.
28 juillet.L’Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie.
30 juillet.Mobilisation générale russe.
1er août. L’Allemagne déclare la guerre à la Russie et mobilise ses troupes. Les Autrichiens envahissent la Serbie.
2 août. Les Allemands envahissent le Luxembourg.
3 août. L’Allemagne déclare la guerre à la France et la Belgique. Les Allemands envahissent la Belgique. Bataille et siège de Liège (3-17).
4 août. Le Royaume-Unis déclare la guerre à l’Allemagne.
7-16 août. Le corps expéditionnaire GB débarque en France.
10 août.. Entrée des Austro-Hongrois en Russie.
14 août. Offensive Française du général Dubail vers Sarrebourg et du général de Castelnau vers Delme et Morhange.
19 août. Bataille de Lorraine. Echec Français.
20 août. Victoire Russe à Gumbinnen.
21 août. Batailles de Sambre et des Ardennes.
21-24 août. Bataille en Belgique: Mons et Charleroi.
22 août. Défaite Franco-GB à Mons et Charleroi.
25 août. Retraite générale des armées Françaises.
26-30 août. Bataille de Tannenberg. Ecrasement des Russes.
27 août. Défaite allemande du Togo.
5 septembre. Bataille de l’Ourcq entre Français et Allemands.
5-10 septembre. 1er Bataille de la Marne. Invasion allemande arrêtée.
5-15 septembre. Bataille des Lacs Mazures.
8-12 septembre. Bataille de Lemberg.
10-14 septembre. Repli des armées allemandes sur l’Aisne.
13 septembre. Bataille de l’Aisne.
17-18 septembre. Course à la mer et stabilisation du front. Les tranchées.
21 septembre. Prise de la crête des Eparges par les Allemands.
25 septembre. Débarquement Japonais à Kiao Tchéou
12 octobre-11 novembre. 1ère Bataille d’Ypres.
1 octobre. Bataille d’Artois.
4 octobre. Prise de Lens et Vimy. Arras est sauvé.
10 octobre. Prise d’Anvers par les Allemands.
12 octobre. Bataille de la Lys.
27 octobre. Offensive générale Allemande sur Ypres.
28 octobre. Inondations des rives de l’Yser. Bombardement des ports russes en mer Noire par les Turcs.
9 novembre. 1ère Bataille de Varsovie.
10 novembre. Prise de Dixmude par les Allemands.
11 novembre. Les Allemands repoussent les Russes à l’Est.
14 novembre. Début de la Guerre des Tranchées.
17 novembre. Offensive française en Artois.
22 novembre. Prise de Bassorah par les Anglais.
2 décembre. Prise de Belgrade par les Austro-Hongrois.
-15 décembre. les Autrichiens occupent Belgrade.
6 décembre. 2ème Bataille de Varsovie.
8 décembre. Destruction d’une flotte Allemande aux Iles Falkland.
11 décembre.Reprise de Belgrade par les Serbes. Victoire Russe à Gumbinnen.
20 décembre. Offensive Française en Champagne.

1915


3 janvier. Premier utilisation des Gaz par les Allemands.
février. Début du génocide Arménien par les Trucs.
1 février. Bataille des Eparges et Champagne.
8-22 février. Bataille d’Hiver en Mazurie. Recul des Russes hors de la Prusse Orientale.
19 février. Début de l’opération des Dardanelles.
10-13 mars. Bataille de Neuve-Chapelle.
15 mars. Offensive française en Champagne.
18 mars. Guerre sous-marine allemande. 1ères attaques. Les Alliés tentent une attaque des Dardanelles par mer.
22 mars. Prise de Przemysl par les Russes.
7 mai. Torpillage du Lusitania.
22 avril. Utilisation des Gaz par les Allemands.
22 avril-27 mai. 2ème Bataille d’Ypres.
25 avril. Répression turques sur les Arméniens.
25 avril 1915-9 janvier 1916. Opérations terrestes alliées aux Dadanelles. Débarquement au Cap Hellès.
15 mai. 2ème Offensive en Artois.
2-4 mai. Bataille de Gorlice-Tarnow.
4 mai-18 juin. 2ème bataille d’Artois. Bataille de la crête d’Aubers et de Festubert.
8 mai. Déroute de la 3ème armée russe.
23 mai. L’Italie déclare la guerre à l’Autriche-Hongrie.
24 mai. Offensive Italienne dans le Tyrol et batailles de l’Isonzo.
22 juin. Prise de Lemberg par les Austro-Hongrois.
23 juin-7 juillet. Bataille d’Isonzo.
juillet. Campagnes Alliés au Cameroun.
3 août. 2ème Bataille d’Isonzo.
4-5 août. Prise de Varsovie par les Allemands.
25 août. l’Italie déclare la guerre à la Turquie.
26 août. Prise de Brest-Litovsk par les Allemands.
27 août. Offensive Française en Champagne.
25 septembre. Bataille de Loos.
25 septembre-14 novembre. 3ème Bataille d’Artois.
25 septembre-6 novembre. 2ème offensive française en Champagne.
3 octobre. Débarquement alliés à Salonique.
6 octobre. Début de l’offensive germano-austro-bulgare contre la Serbie.
7 octobre-20 novembre. Les Bulgares et les Austro-Hongrois envahissent la Serbie.
14 octobre. La Bulgarie se joint aux Puissances Centrales.
Jusqu’en novembre 1918, retraite allemande en Afrique Orientale.

1916


4 janvier. Offensive Allemande en Champagne.
8 janvier. Evacuation de la péninsule de Gallipoli par les Alliés.
1er février. Reprise de la guerre sous-marine allemande.
Février. Fin de la conquête du Cameroun par les Alliés.
21 février-18 décembre. Bataille de Verdun.
24 février-11 mars. Les Angalis s’emparent de Bagdad et prennent Kut-el-Amara.
25 février. Chute du fort de Douaumont.
Mars. 2ème période de guerre sous-marine allemande.
2 mars. le général Nivelle remplace Pétain à Verdun.
9 mars. L’Allemagne déclare la guerre au Portugal.
15 mai. Offensive autrichienne en Trentin Asiago.
31 mai. Bataille du Jutland.
4 juin-10 octobre. Offensive du général Broussilov en Volhynie et Bukovine.
6 juin. Début de la révolte Arabes contre les Turcs (Hedjaz).
7 juin. Prise du fort de Vaux par les Allemands.
1er juillet. Bataille de la Somme.
10 juillet. Prise de la Mecque par les Anglais.
14 juillet. Bataille de la crête de Bazentin.
6-17 août. 6° Bataille d’Isonzo.
27 août. Entrée en guerre de la Roumanie au côté des Alliés.
28 août. L’Italie déclare la guerre à l’Allemagne.
29 août. Le général Hindenburg, Commandant en Chef des armées allemandes, le général Ludendorff, Chef d’Etat-Major.
Septembre. Les Puissances Centrales envahissent la Roumanie.
4 septembre. Les Alliés s’emparent de Dar-el-Salaam en Afrique Orientale Allemande.
8 septembre. Prise de Gorizia par les Italiens.
12 septembre. Offensive franco-serbe dans les Balkans. Dernière bataille d’Isonzo. Recul Austro-Hongrois
15-22 septembre. Bataille de Flers-Courcelette. 1ère utilisation de Chars anglais.
24 septembre-10 novembre. Défaite de Caporetto.
27 septembre. Bataille de Thiepval.
2 novembre. Reprise du fort de Vaux.
7 novembre. Prise de Gaza par les Anglais.
16 novembre. Prise de Jaffa par les Anglais.
21 novembre. Mort de François-Joseph, Empereur d’Autriche-Hongrie, remplacé par Charles 1er.
Décembre. Retraite Allemande en Afrique Orientale.
9 décembre. Prise de Jérusalem par les Anglais.
12 décembre. Le général Nivelle, Commandant en Chef des armées françaises pour le Nord et le Nord-Est.

1917


24 février. Opération Alberich. retrait des troupes Allemandes sur la ligne Siegfried.
27 février. Insurrection en Russie. Création du soviet de Pétrograd.
2-15 mars. Abdication de Nicolas II, formation d’un gouvernement provisoire. Début de la révolution Russe.
6 avril. Les USA entrent en guerre aux côtés des Alliés.
9 avril. Attaque d’Arras par les Anglais. 3ème bataille d’Artois.
10 avril. Prise de la crête de Vimy par les Canadiens.
16 avril. Offensive Nivelle 2ème bataille de l’Aisne.
16-29 avril. Offensive Nivelle au chemin des Dames. 1er utilisation des chars français.
17 avril. Premiers refus collectifs d’obéissance dans l’armée française.
29 avril. Pétain, Cdt en Chef de l’armée française.
10 mai. Le général Pershing, Commandant en chef du Corps expéditionnaire américain.
15 mai. Le général Foch, Chef Etat-Major de l’armée française.
Le général Nivelle est remplacé par le général Pétain à la tête des armée françaises.
7-8 juin. Bataille de Messines.
18 juin-13 juillet. Offensive Kerenski.
22 juin. Offensive de Kornilov contre les Austro-Hongrois.
28 juin. Débarquement à St Nazaire des premiers soldats US.
29 juin. La Grèce déclare la guerre à l’Allemagne.
4 juillet. Offensive Broussilov.
6 juillet. Contre-attaque allemande en Russie.
9 juillet. Offensive roumaine dans les Carpates.
16 juillet. Bataille de Passendaele.
31 juillet-10 novembre. 3ème bataille d’Ypres.
21 août. Prise de Riga par les Allemands.
Août-décembre. Dégagement de Verdun.
3 septembre. Les Allemands s’emparent de Riga.
23-26 octobre. Bataille de Malmaison.
6 novembre. Révolution en Russie. Lénine au Pouvoir, début des négociations de Brest-Litovsk.
Prise de Passchendaele et fin de la 3ème Bataille d’Ypres.
3 décembre. Bataille de Cambrai.

1918


3 mars. La Russie et les Puissances Centrales signent le Traité de Brest-Litovsk.
21 mars. Offensive allemande sur Montdidier et sur la Picardie.
23 mars. Les Allemands bombardent Paris.
2 avril. 1ère intervention US sur le front occidental.
4 avril. Offensive Allemande sur la Somme.
5 avril. Débarquement d’intervention japonais à Vladivostok.9-29 avril. Offensive allemande sur la Lys et en Flandres.
7 mai. La Roumanie signe la Paix de Bucarest avec les Puissances Centrales.
27 mai. Offensive allemande sur Château-Thierry et le Chemin des Dames.
15 juillet. Offensive autrichienne en Italie.
15-17 juillet. Offensive de paix allemande en Champagne et dans la Marne.
28 juillet. Affrontement entre Russes et GB à Mourmansk.
6 août. 2ème Bataille de la Marne.
8 août. Bataille de Montdidier. Jour de deuil de l’Armée Allemande.
17 août-11 novembre. Offensive alliées franco-américaine 2ème victoire de la Marne.
12-16 septembre. Offensive de St Mihiel.
14-29 septembre. Offensive alliées sur la Bulgarie.
19 septembre-25 octobre. Les Anglais s’emparent de Damas, Beyrouth et Alep.
26 septembre. Offensive générale des Alliées de la Meuse à la mer.
28 septembre. Mutinerie des marins allemands à Kiel.
29 septembre. Les Bulgares déposent les armes devant les Alliées.
Octobre. La Serbie et la Roumanie sont libérées par l’Offensive alliée.
1er octobre. Prise de la crête d’Ypres par les Belges.
5 octobre. Effondrement de la ligne Hindenburg.
17-20 octobre. Recul des armées allemandes sur l’ensemble du front Occidental.
24 octobre. Victoire Italienne de Vittorio Vénéto.
27 octobre. L’Autriche-Hongrie demande une armistice avec l’Italie. Ludendorf démissionne.
30 octobre. Armistice entre la Bulgarie et Alliés.
3 novembre. Signature de l’armistice de Villa-Giusti par les Austro-Hongrois.
7 novembre. Les Bolcheviks renversent le gouvernement provisoire en Russie.
9 novembre. Abdication de Guillaume II.
11 novembre. Entrée en vigueur de l’Armistice.
12 novembre. Proclamation de la République en Autriche.
14 novembre. Proclamation de la République en Tchécoslovaquie.
16 novembre. Clémenceau devient le 1er Ministre français.
17 novembre. Proclamation de la République en Hongrie.

1919


5-11janvier. Soulèvement Spartakiste en Allemagne.
18 janvier. Début de la conférence de Paix à Versailles.
21 juin. La flotte Allemande se saborde à Scapa Flow.
28 juin. Signature du Traité de Versailles (Allemagne).
10 septembre.Traité de St Germain (Autriche).
27 novembre. Traité de Neuilly (Bulgarie).

1920


4 juin. Signature du Traité du Trianon avec la Hongrie.
10 août. Signature du Traité de Sèvres avec la Turquie substitué à celui de Lausanne.

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Chapitre II

Prélude 

AOUT 1914

source : http://www.chtimiste.com/

 

Le plan de concentration du général Joffre groupait nos forces en cinq Armées, d’effectifs différents, et qui s’échelonnaient de Belfort à Mézières.

Le plan en vertu duquel les armées françaises furent concentrées en 1914 était le plan 17, que l’état-major du général Joffre avait arrêté à la fin de 1913.

Ce plan groupait les cinq armées françaises face à l’Est, entre le Luxembourg et la Suisse, en vue d’une offensive rapide et pour prendre, si possible, l’initiative des opérations avant que l’adversaire eut le temps de nous imposer sa volonté.

Quatre armées s’installaient entre Belfort et Montmédy : les 1e, 2e, 3e et 5e. La 4e Armée se trouvait en réserve dans la région de Commercy.

1e Armée

La droite était tenue par la 1e Armée, que commandait le général Dubail, réputé comme un géographe éminent et comme un technicien pour qui la topographie des Vosges n’avait aucun secret.

Son armée, massée entre Belfort et la ligne générale Mirecourt-Lunéville, la droite à Belfort, le gros à Épinal, où se trouvait son Quartier Général, comprenait cinq Corps d’Armée : les 7e, 8e, 13e, 14e et 21e, deux divisions de cavalerie et une division de réserve d’infanterie.

Le 8e C. A., venu de la région de Bourges, était composé de Berrichons, de Bourguignons, de Nivernais ; il comptait dans ses effectifs le 1e régiment d’artillerie : c’était l’ancien régiment des fusiliers du Roi, qui s’illustra à la défense de Huningue, et dont il est écrit : « Les canonniers du 1e régiment ont fait des prodiges de valeur qui ont excité l’admiration même de l’ennemi. »

Le 13e C. A. représentait la région de Clermont-Ferrand; il était composé d’Auvergnats : le 105e, de Riom, était un de ses plus solides régiments d’infanterie.

Le 14e C.A., qui représentait la région de Lyon et de Grenoble, était composé de Dauphinois et de Savoyards, ces « redoutables Allobroges » dont le roi Charles – Emmanuel disait « Qu’ils furent la gloire des Celtes et la terreur de Rome. »

Le 21e C. A. venait d’être constitué, en application de la plus récente loi militaire, à Épinal. Il se recrutait en Haute-Marne, en Haute-Saône, parmi des Lorrains et des Vosgiens qui, toujours, avaient été entraînés aux plus durs combats d’avant-garde. C’est au 21e C. A. qu’étaient rattachés des régiments d’infanterie d’élite, comme le 152e de Gérardmer, le premier régiment d’infanterie auquel devait échoir la fourragère aux couleurs de la Légion d’Honneur.

A l’extrême droite, à Belfort, pour menacer la Haute-Alsace, un détachement de la 1e Armée avait été constitué sous les ordres du général Bonneau, avec le 7e C.A. de Besançon un groupe de divisions de réserve et la 8e division de cavalerie.

Ce détachement était couvert par la 14e division d’infanterie, constituée des 28e et 27e brigades

la 28e se composait des 35e et 42e régiments d’infanterie, qu’appuyait le premier groupe du 47e d’artillerie, venu d’Héricourt; la 27e était formée des 44e et 60e régiments d’infanterie qu’appuyaient les deux autres groupes du47e d’artillerie.

La 14e division d’infanterie était elle-même couverte à droite par la 8e division de cavalerie, à l’avant-garde de laquelle galopait le 11e dragons de Belfort.

2e Armée

A gauche de la 1e Armée, la 2e Etait commandée par le général de Curières de Castelnau, qui avait été le principal collaborateur du général Joffre dans la préparation à la guerre.

Son armée, dont le plan de campagne considérait le rôle comme primordial, comprenait cinq Corps d’Armée actifs, les 9e, 15e, 16e, 18e et 20e, un Corps de cavalerie, trois divisions de réserve, une brigade d’infanterie coloniale de réserve, deux divisions de cavalerie.

Cette armée était massée dans la région de Nancy, la gauche vers Nomeny, près de Toul, le gros vers Nancy, le Quartier Général à Neufchâteau.

Le 9e C.A. constitué dans la région de Tours, formait la droite de cette armée.

Le 15e C.A. formé dans le Sud-est, et qui venait de Marseille, de Corse, des Alpes, comprenait des éléments excellents, comme le 6e bataillon de chasseurs alpins, qui acquit plus tard la fourragère aux couleurs de la Légion d’Honneur.

Le 16e C.A., constitué à Montpellier avec les vignerons de l’Hérault et les montagnards des Cévennes, était commandé par le général Taverna. Il comprenait, avec la 66e division qui n’était pas encore une division bleue de chasseurs alpins, la 31e que commandait le général Vidal.

A cette dernière était affectée la 62e brigade du général Xardel, qui comprenait le 122e régiment d’infanterie, du colonel Henry, régiment qui quittait Rodez les 5 et 6 août pour arriver le 7 et le 8 sur sa base de concentration, à Mirecourt, où il recevait l’ordre de constituer l’arrière-garde.

Le 18e C.A., venu de Bordeaux, possédait de rudes gars avec les Bayonnais du 49e d’infanterie, les Basques du 12e, les Girondins du 144e et les Landais du 18e régiment d’infanterie, l’ancien Royal-Auvergne à qui Bonaparte jetait à Rivoli les paroles célèbres : « Brave 18e, je vous connais l’ennemi ne tiendra pas devant vous I

Le 20 C.A., qui constituait la couverture, comprenait la division déjà fameuse de Nancy.

Recruté en Lorraine et à Paris, composé de Lorrains tenaces et de Parisiens débrouillards autant qu’audacieux, le 20e C. A., rompu à une discipline de fer, était bien qualifié pour défendre cette marche lorraine dont il connaissait les moindres replis.

Son chef, le général Foch, pouvait compter sur les fameux régiments de Toul le 146e d’infanterie, le 160e, le 167e, le 169e et le 153e, dont le drapeau portait : Bautzen; sur les merveilleux régiments de Nancy : le 26e, le 37e, le 79e, le 69e, sur les chasseurs de Saint-Nicolas-du-Port et de Baccarat (4e et 20e bataillons), sur les héroïques marsouins des 43e et 41e régiments d’infanterie coloniale.

3e Armée

Au centre, entre la Moselle et la ligne d’Audun-le-Roman à Verdun, qui était son point d’appui et où fut établi son Quartier Général, la 3e Armée était concentrée dans la Woëvre septentrionale.

Elle était commandée par le général Ruffey, et comprenait trois Corps d’Armée actifs ; les 4e, 5e et 6e, une division de cavalerie et trois divisions de réserve.

Le 4e C.A., constitué au Mans, était formé des 7e  et 8e divisions d’infanterie.

La 7e division comprenait la 13e brigade, avec le 101e et le 102e, et la 14e brigade avec le 103e et le 104e régiments d’infanterie. La 8e division rassemblait- les 115e, 117e, 124e et 130e régiments d’infanterie.

Le 5e C. A., constitué à Orléans avec des Parisiens et des cultivateurs du Loiret et de Seine-et-Marne, pouvait compter sur les 31e et 131e régiments d’infanterie, sur le 46e, le fameux régiment de La Tour d’Auvergne que commandait le colonel Malleterre.

Le 6e C. A. était bien qualifié pour tenir la couverture entre la Moselle et Audun-le-Roman. Il était composé principalement de Parisiens et de Champenois.

A côté de régiments comme le 94e de Bar-le-Duc, où dominaient les « sangliers des Ardennes » et les Meusiens du Barrois, le 106e régiment d’infanterie, « le régiment d’acier » de Châlons-sur-Marne, mêlait des Bretons de l’active aux Parisiens et aux Champenois. Ce régiment que commandait, après le colonel Maistre, le colonel Collignon, était un des plus rudement entraînés de l’armée française. Son drapeau portait dans ses plis glorieux les noms de Biberach, Gênes, Wagram et Malojaroslawetz.

 

5e Armée

A droite, la 5e Armée, sous le commandement du général Lanrezac, s’étendait de la ligne Verdun Audun-le-Roman, sur la Moselle, jusqu’à la frontière belge. Le gros de l’armée se trouvait en arrière de la ligne Verdun-Mézières, et le Quartier Général était installé à Rethel.

Cette armée comprenait les 2e, 11e, 10e, 3e et 1e Corps d’Armée, quatre divisions de cavalerie et trois divisions de réserve.

Le corps de couverture de gauche observait la trouée de Marville.

C’était le 2e C. A., commandé par le général Gérard, et composé principalement de Picards avec le 72e régiment d’infanterie d’Amiens, le 132e de Reims, le 91e de Mézières, le 67e de Soissons, le 51e de Beauvais.

La 7e division de cavalerie, qui renforçait la couverture du 2e C. A., était couverte elle-même par le 13e dragons, régiment dont l’étendard portait les noms à jamais glorieux de Hohenlinden, Austerlitz, Iéna, la Moskowa, régiment rendu célèbre par la poursuite des Prussiens à Iéna, lorsque sa charge fameuse contraignait le prince de Hohenlohe à capituler avec 16.000 soldats.

Les 10e et 11e C. A. étaient nos deux Corps d’Armée bretons, dont l’endurance était bien connue : le 25e régiment de Cherbourg et le 7e régiment d’infanterie de Vitré étaient parmi les mieux entraînés du 10e C. A., et le 11e C. A. pouvait s’enorgueillir du 65e régiment d’infanterie de Nantes, qui, par sa ténacité avait, jadis, décidé du sort de la bataille de Magenta.

La 3e C. A., sous les ordres du général Sauret, avait été formé avec les gars de Normandie, dont les pères, à l’époque de Tancrède de Visan, avaient conquis la Sicile, et au temps de Guillaume le Conquérant, l’Angleterre.

Les Parisiens, mêlés aux Normands, n’étaient pas les moins brillants éléments de régiments d’infanterie tels que le 129e du Havre, le 119e de Lisieux, le 5e de Falaise, le 24e de Bernay, le 28e d’Évreux, le 36e de Caen.

Le 1e C. A. avait été formé à Lille avec les Atrébates d’Arras, et les graves Flamands, dont la métropole, Lille, s’enorgueillissait d’avoir été si souvent, dans l’histoire, le boulevard de la France. Il comprenait les 43e, 127e, 1e, 84e (dont le drapeau portait la glorieuse devise : « Un contre dix »), 33e, 8e et 110e régiments d’infanterie.

 

4e Armée

La 4e Armée, commandée par le général de Langle de Cary, devait se tenir en réserve, en seconde ligne, dans la région de Commercy Saint- Menehould. Elle était formée des 12e et 17e C. A., du Corps d’Armée colonial, d’une division de cavalerie.

Le 12e C.A., avec ses Limousins, robustes montagnards, et le 17e C.A. avec ses Toulousains alertes, ses Tourangeaux, ses Languedociens et ses Gascons, n’étaient pas indignes de prendre place à côté des fameux marsouins et des héroïques bigors, les vieux « durs à cuire » du Corps d’Armée colonial.

La réserve était complétée, à l’extrême gauche, par les groupes des 51e, 53e et 6e divisions de réserve du général Valabrègue, qui arrivèrent à pied, par étapes, dans la région Hirson-Vervins, et qui y furent placés, en position retranchée, pour surveiller la trouée de l’Oise.

Enfin, le Général en Chef constituait, à l’arrière, douze divisions de renfort :

–Les trois divisions actives de l’Afrique du Nord et des Alpes, divisions de choc dont le transport avait été prévu soit à l’aile droite vers Épinal, soit à l’aile gauche, vers Méziéres ;

–Neuf divisions de réserve, dont trois à Vesoul, trois au camp de Sissonne, une au camp de Mailly, deux au camp retranché de Paris.

Le Plan français

Cette concentration des armées françaises était organisée d’après un plan qui avait prévu la possibilité de deux actions offensives principales.

Les deux premières armées, qui constituaient l’aile droite, devaient, en tous cas, prendre l’offensive entre le Rhin et la Moselle, la 1e sur Sarrebourg, son aile droite vers Colmar, la 2e sur Morhange, son aile gauche masquant Metz.

L’action offensive de notre aile droite suivit sans délai la concentration des deux premières armées, et put, en conséquence, être entreprise dès le 7 août.

A gauche, l’action de l’armée française était subordonnée à la ligne de conduite de l’armée germanique.

Si l’ennemi avait respecté la neutralité de la Belgique et celle du Luxembourg, la 5e Armée devait serrer à droite et s’avancer vers l’Est avec la 3e Armée, ce groupe de forces opérant au nord de la ligne Verdun-Metz. La 4e Armée suivrait, en deuxième ligne.

Mais, comme on l’a vu plus haut, notre État Major avait envisagé la probabilité d’une violation du Luxembourg, qui serait élargie par une violation partielle de la Belgique méridionale.

Une variante à notre plan de concentration était prévue dans ce cas :

La 5e Armée devait serrer, à gauche, entre Mézières et Mouzon, face à la trouée de la Meuse ; la 4e Armée venait s’installer entre elle et la 3e, et toutes trois prononçaient alors une énergique contre-offensive dans le Luxembourg belge, tandis que le groupe des trois divisions de réserve du général Valabrègue restait en expectative sur ses positions retranchées, afin de surveiller la trouée de l’Oise et de la protéger contre les incursions de cavalerie.

Lorsque l’armée allemande, attaquant Liège de vive force, s’en prenait ainsi au nord de la Belgique, notre État-Major ignorait encore que l’ennemi fit entrer immédiatement en première ligne ses divisions de réserve, constituées en Corps d’Armée indépendants.

Dans l’incertitude où il se trouvait de l’immense supériorité numérique de l’armée d’invasion, notre Commandement pouvait alors considérer comme une diversion fallacieuse, ou comme une aventureuse dispersion, la direction prise par les troupes allemandes opérant au nord du couloir Sambre-Aleuse.

Aussi, le général Joffre, avec cet extraordinaire sang-froid et cette remarquable placidité que ses ennemis qualifiaient de « bovine », ne voulut-il pas immédiatement changer son plan. Il donna l’ordre d’exécuter la variante prévue, qui orientait seulement vers le sud de la Belgique nos Armées du Nord: il n’envoya au secours des Belges qu’un minimum de forces, empruntées au Corps de cavalerie Sordet et à la droite de la 5e Armée.

C’est seulement le 14 août que le général Joffre pressentant, sans renseignements précis, la formidable puissance de l’attaque allemande contre le nord de la Belgique, et développant la marche en crabe de nos armées vers le Nord-Est, accentua le mouvement de rocade qui avait été déclenché par l’exécution de la première variante au plan de concentration.

Le général Lanrezac, qui s’était étendu de Mézières à Hirson, obtenait, enfin, l’autorisation, instamment sollicitée par lui, de remonter sur la Sambre pour se porter en Belgique, vers Dinant et Charleroi.

Il devait céder à la 4e Armée, devenue armée de première ligne, les 2e et 11e C. A., mais recevait en échange le 18e C. A., les 37e et 38e divisions de l’Afrique du Nord, et le groupe des divisions de réserve du général Valabrégue.

La 5e Armée, ainsi déplacée et remaniée, devait se tenir prête soit à contre-attaquer les forces ennemies qui s’avanceraient entre Mouzon et Mezières, soit à franchir la Meuse entre ces deux points..

La 4e Armée, qui déboucha, le 21 août, sur le front Sedan-Montmédy et franchit la Semoy, devait s’apprêter soit à attaquer, entre la Meuse et l’Ardenne, les troupes ennemies qui passeraient la Meuse au nord de Vilosnes, soit à franchir ellemême la Meuse au nord de Verdun.

En arrière, le général d’Amade constituait une petite armée, composée, à partirdu 16, de trois divisions territoriales, puis complétée bientôt par trois divisions de réserve.

Le général Fournier disposait de 45000 hommes pour défendre Maubeuge ; le général Percin, avec le concours du général Herment, un éminent technicien, s’apprêtait à défendre énergiquement la place de Lille, quand le Gouvernement, cédant malheureusement aux instances des autorités civiles, déclarait Lille ville ouverte et rappelait le général qui en voulait organiser la défense.

Les Belges et les Britanniques

Plus loin, l’armée belge rassemblait ses six divisions entre Namur et Anvers.

Enfin, notre Armée de gauche, la 5e, devait être prolongée à son extrême-gauche par quatre divisions britanniques, au lieu des six qui nous avaient été promises, sous le commandement du maréchal French.

L’embarquement de ces troupes, commencé à Londres le 7 août, fut terminé le 15, en quatre points de la côte française.

Leur concentration s’effectua du 14 au 24 août, en arrière de Maubeuge. Cette concentration de « la méprisable petite armée » dont parlait Guillaume II ‘ fut pratiquement complète le soir du 21 août, et le maréchal French prévint l’état-major français que ses troupes, dès le samedi 22, pourraient occuper les emplacements jugés propices aux opérations, d’après le plan élaboré par le général Joffre. Toutefois, se ravisant le 22, le maréchal French déclarait qu’il ne serait pas prêt avant le 24 août.

Or, le Commandant en Chef des Armées françaises était fermement décidé à n’entreprendre son offensive principale, au nord de Verdun, que « toutes forces réunies ». Il dut donc attendre.

En face de lui, l’adversaire n’entreprenait également que toutes forces ressemblées l’attaque des frontières, et ses forces étaient vraiment écrasantes.

Mais l’héroïque résistance de l’armée belge avait servi de couverture à l’armée française, et retardé le choc.

Quelles qu’aient pu être les faiblesses et les lacunes du plan de campagne français, ce plan s’appuyait sur une mobilisation qui avait été clairement conçue et parfaitement exécutée, sur une concentration dont l’exécution ne fut pas moins impeccable.

Depuis le 5 août, date d’achèvement de la première phase de la mobilisation, nos transports de concentration s’étaient régulièrement poursuivis jusqu’au 18 août, dans un double mouvement : la marche vers le front des troupes mobilisées à l’intérieur avait été combinée avec un déplacement parallèle, du Sud au Nord, des grandes unités, dont la situation était progressivement modifiée par les variantes nouvelles du plan d’opération.

L’armée de la République donna là les preuves d’une endurance, d’une précision et d’une souplesse dont le Haut Commandement pourra faire état lorsque, impassible sous le premier revers, il continuera de modifier son plan et d’en assouplir l’exécution, jusqu’à remporter la victoire.

source : http://www.chtimiste.com/

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