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25 août 2013

La Campagne de Tunisie vue par le Général Ambrosio

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

La Campagne de Tunisie dans la presse 

Campagne de Tunisie 

Journal des débats politiques et littéraires 1943/05/17 (Numéro 1028).

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Vittorio Ambrosio

Vittorio Ambrosio (Turin, 1879 – 1959) est un général italien qui servit durant la guerre italo-turque, la Première et la Seconde Guerre mondiale. Durant ce dernier conflit, il joua un rôle dans la chute de Mussolini et le renoncement de l’Alliance avec l’Allemagne.

Avant la Seconde Guerre mondiale

Vittorio Ambrosio commença sa carrière militaire en 1896 en intégrant l’école militaire de Modène ; au début du xxe siècle, il fut nommé officier de cavalerie. Durant la guerre Tripolitaine, qui dura jusqu’en 1912, il servit avec le rang de Tenente (Premier lieutenant) dans le régiment Cavaleggeri di Lucca. Pendant la Première Guerre mondiale, il servit comme officier de division et fut promu après la guerre comme Commandant de la Seconde armée, qui été placée à la frontière yougoslave en 1939.

Pendant la Seconde Guerre mondiale

Ambrosio mena l’action des forces italiennes en Yougoslavie en 1941. En janvier 1942, il fut promu chef d’état-major puis plus tard, chef d’état-major des forces armées en février 1943.

Comme chef d’état-major, il planifia le retour des troupes italiennes d’Ukraine et des Balkans. En mai 1943, après les pertes désastreuses à Tunis et l’invasion de la Sicile par les Alliés, Ambrosio essaya de convaincre Mussolini de sortir l’Italie de la guerre et de se séparer de l’Allemagne. Quand Mussolini devint incapable de s’opposer à Hitler, Ambrosio contribua à ce qu’il soit démis. Après que Mussolini fut écarté du pouvoir en juillet, Ambrosio remplaça Ugo Cavallero et servit sous le gouvernement militaire de Pietro Badoglio comme chef du commandement suprême (Comando Supremo). En septembre, Ambrosio aida la négociation d’un armistice avec les Alliés. Les négociations durèrent plus longtemps qu’attendues et permirent aux Allemands d’occuper la plupart de l’Italie.

Ambrosio fut finalement rétrogradé comme inspecteur général de l’armée par Badoglio en novembre 1943 sur l’insistance des Alliés qui ne lui faisait pas confiance.

 

sources : BNF et wikipedia

 

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Campagne de Tunisie 

26 avril 2013

L’amiral Émile Lacroix

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Ceux que l’on maudirait !

 Une histoire : Bizerte et la France

L’amiral Émile Lacroix
(1883-1949)

Auteur
Christophe Lacroix 
Institut Pierre-Renouvin, Université de Paris 1.

Pour une meilleure lecture je vous invite à télécharger ce document qui vous permettra de lire l’article tout en vous référant aux :

 notes L’Amiral Emile Lacroix-www cairn info

RÉSUMÉ
Né en 1883, dans les Côtes-du-Nord, l’amiral Émile Lacroix est le fils d’un gendarme. Entré à l’École navale en 1900, il fait une carrière maritime. En 1939, contre-amiral, il commande les contre-torpilleurs de l’escadre de l’Atlantique. Son navire est gravement touché à Mers el-Kébir. Promu vice-amiral et commandant de la 3e escadre à Toulon, avec autorité tactique sur la 4e escadre, il est envoyé le 21 septembre 1940 à Dakar pour prendre la tête de la Force Y, où il combat à nouveau les Britanniques. Vice-amiral d’escadre en mars 1941, il commande la 1re escadre des croiseurs à Toulon, second de l’amiral de Laborde. C’est à ce poste qu’il donne l’ordre de sabotage de ses navires. Retiré à Paris, il n’est pas touché par l’épuration et meurt le 1er août 1949.

• Aux origines de l’amiral
• L’aéronavale
• La 2e Escadre légère, la guerre et Mers el-Kébir
• Le commandement de l’Escadre de l’Armistice
• Dakar
• Toulon et le sabordage
• Le marin devient éléphant37, ou l’exil au milieu de la société

Quel parcours plus emblématique du destin tragique de la marine française durant la Seconde Guerre mondiale que celui de l’amiral Lacroix ? Emblématique au point d’avoir vécu comme siens les principaux drames endurés par la plus belle Marine depuis la fin du XVIIIe siècle : avec son navire-amiral, le Mogador, blessé à mort à Mers el-Kébir ; la réponse au défi britannique et à la nécessité de protection de l’Empire français face aux prétentions gaullistes avec le commandement en chef à Dakar ; et enfin le sabordage de ses navires à Toulon, le 27 novembre 1942. Emblématique aussi par son parcours à la fois classique, par son adhésion au gouvernement légal de Vichy et à sa politique, par sa conception intransigeante de la discipline, son amitié avec le chef de la Marine et dauphin du maréchal Pétain, l’amiral Darlan, et atypique, du moins dans les idées reçues, par son origine modeste, son caractère très marin, sa passion pour l’aéronavale, son refus de toute compromission avec les clientèles ou les politiques, son anglophilie, son désir (contenu) de faire appareiller les Forces de Haute Mer à Toulon.
2On l’aura compris, une biographie de l’amiral Lacroix est une invitation à dresser une nouvelle évaluation de l’histoire du corps des officiers de Marine, donc de la Marine en général, du conflit qui vit la disparition provisoire de cette dernière. Point de vue d’autant plus fort qu’il se constitue à partir du parangon d’un marin arrivé au sommet de la hiérarchie, au cœur des événements, à la popularité certaine, mais resté méconnu[1] 

. Mais dans cette même logique, pour bien le comprendre, il ne faut pas l’enfermer dans l’amiral de la Seconde Guerre mondiale, « l’amiral Mers el-Kébir – Dakar – Toulon », et se souvenir qu’il n’aurait pas dû devenir marin.

Aux origines de l’amiral
3Bien que né en Bretagne en 1883, ses origines ne prédisposaient pas Lacroix à embrasser la carrière d’officier de la Royale. Son grand-père, mort avant la naissance de son fils, était cultivateur à Valempoulières, situé dans les moyennes montagnes jurassiennes. Hauteurs qu’a quittées Jean-Pierre Lacroix, le père de l’amiral, pour ne plus y revenir, en s’installant dans les Côtes-du-Nord, après sept années de conscription dans la cavalerie impériale, lorsqu’on lui a proposé un emploi dans la gendarmerie à cheval, à Bégard. C’est dans ce petit village de l’intérieur des terres qu’il rencontre sa femme et installe les Lacroix dans un environnement bretonnant, simple et paysan.
4Émile Lacroix, après avoir perdu son père à l’âge de 10 ans, est pris en charge par le mari de sa sœur, Louis Le Razavet, qui lui fait découvrir, à l’occasion de vacances chez un cousin, la mer qui devient sa passion. Au point que le jeune homme profitera désormais de chaque congé pour la rejoindre, effectuant seul à pied les 25 km séparant Bégard de la ferme familiale des Le Razavet. L’adolescent sait tôt sa vocation : être marin.
5Ses brillants résultats lui permettent d’envisager la carrière d’officier de Marine. Après avoir fait sa scolarité au lycée public de Saint-Brieuc, il intègre la Flotte[2] 
de Brest, bien que son directeur ait tenté de lui faire préparer Polytechnique, ce qui lui a valu cette réponse ferme, pour 15 ans : « J’ai décidé d’être marin. Si je ne suis pas capable de devenir officier, j’en saurai toujours assez pour être matelot. »
6Après deux années de scolarité, Lacroix intègre, à la 30e place sur 101, l’École navale, sur le Borda (résumé à lui tout seul de la « vieille Marine » qui imprègne encore l’institution de la Royale à cette époque)[3] 
Cette École navale dont l’environnement est encore peu démocratisé et qui se situe entre Fachoda et l’Entente cordiale. Aspects peu anodins au sujet d’un outil de socialisation primaire au pouvoir structurant. Son entrée, permise par la politique méritocratique de la IIIe République, consacre une élévation sociale pour le jeune élève officier, « fils de simple gendarme, boursier et républicain »[4] 
. Ses camarades sont les futurs amiraux Derrien, Moreau, d’Harcourt et Marquis ; ses anciens sont Sablé, Darlan, Muselier, Le Bigot ; ses « fistots » Decoux et Godfroy. On retrouve parmi ceux-ci les principaux acteurs de la Marine du second conflit mondial. Plus particulièrement, Émile Lacroix va se lier d’amitié avec un certain nombre d’entre eux, dont François Darlan, qu’il invite chez lui à Bégard. Ces amis vont constituer le premier groupe dont s’entourera le futur amiral de la Flotte, ce que l’on appellera plus tard les Amis de Darlan, à la différence qu’ils ne lui devront pas leur carrière et qu’ils ne seront véritablement que sur le tard un relais du système Darlan.
7Du point de vue scolaire, l’École navale confirme les efforts d’Émile Lacroix. Il arrive rapidement à la 4e place et échoue au pied du podium, 5e, à cause d’un séjour d’un mois à l’hôpital. Il est durant les deux années premier en anglais. L’École d’application se passe beaucoup moins bien. Il y est sévèrement noté par son commandant, le c. v. Berryer, qui juge son intelligence « plus théorique que pratique » (ce que sa carrière démentira). Ce qui le fait chuter dans le classement et l’empêche d’être affecté, avec les meilleurs ou les mieux aidés, en Extrême-Orient. L’aspirant Lacroix embarque, en 1903, dans l’océan Indien, jusqu’en 1907, puis en Méditerranée. Il retrouve la Bretagne en 1909, comme second d’un torpilleur. En 1911, il passe une année de croisière le long des côtes américaines avec le vieux croiseur d’Estrées, affectation très maritime. Durant toute cette période où un officier prépare son premier commandement, l’enseigne de vaisseau ne fait, curieusement, pas de spécialité. Ce qui lui permettra d’avoir une carrière plus ouverte que l’ordinaire des officiers.

8En 1912, la campagne du Maroc lui offre la première occasion de se distinguer. Sur le croiseur Friant, puis sur le Du Chayla, il est ensuite détaché au port de Méhédiya, qui joue un rôle important dans le ravitaillement de Fez par la rivière du Sébou. Enfin, il est envoyé sur le croiseur Cassard, navire du commandant de la Division navale du Maroc, le c. v. Simon. En juillet 1913, il prend Forti, au nord d’Agadir. Cette action lui vaut la Légion d’honneur et la promotion au grade de lieutenant de vaisseau. Remarqué par Simon, il devient son adjoint de division, l’équivalent, pour une division, de chef d’état-major. En janvier 1914, il reçoit des félicitations du ministre pour son travail sur la prévision de la houle au Maroc et pour son étude sur les ports du même pays.
9En 1915, il obtient son premier commandement, une escadrille de chalutiers de l’Océan, qu’il est aussi chargé de mettre en état afin de les rendre aptes à la lutte anti-sous-marine dans la Manche. En 1916, il prend le commandement de la Somme, un chalutier, dans les Patrouilles de la Méditerranée orientale. Lacroix se distingue au point de recevoir cette note flatteuse du commandant des Patrouilles Fatou : « Malgré la concurrence de nombreux et excellents collègues, il s’est mis tout à fait en vedette dans la division des patrouilles, par son entrain et son mordant. Cet officier n’est heureux que quand il agit[5] et ses chefs partagent ce sentiment de satisfaction, car ils savent qu’il n’est pas une mission, pas une action de guerre qui puisse être mise entre de meilleures mains que les siennes. » En 1917, il est nommé adjoint à la base de Patrouilles de Patras et de Corinthe, avant de gagner au même poste la base de Corfou (base très importante, car point de ravitaillement des navires assurant le blocus de l’Autriche en Adriatique et point de passage de toutes les troupes rejoignant le front oriental). Ces fonctions lui valent cinq témoignages de satisfaction.

10En novembre 1918, à Bougie, en Algérie, un ami du Borda lui fait rencontrer sa future femme, Blanche Chichillianne, divorcée. Ils se marient en août de l’année suivante et Pierre (prénommé ainsi comme tous les aînés Lacroix) naît en mars 1920 à Toulon.
11En mai 1919, il est nommé capitaine de corvette et commandant de l’aviso Toul. Peu de temps après les mutineries, il est envoyé en Crimée, où il doit notamment participer à l’évacuation des troupes blanches, ce qui lui vaut des félicitations du ministre. En février 1921, il engage près d’Anapa, « faisant preuve de belles qualités militaires et de décision et de vigueur » dit la citation, le combat avec un bâtiment bolchevique qui l’avait attaqué inopinément. Il méritera durant cette campagne quatre citations.
12Après le combat d’Anapa, le Toul est en gardiennage et Lacroix est désigné pour prendre le commandement de l’aviso Du Couëdic. Mais il ne reste pas longtemps sur ce navire, lui aussi en carénage, et part à Cherbourg prendre le commandement du torpilleur Chastang. À ce poste, il s’occupe de la remise en état des torpilleurs livrés par l’Allemagne.
13Mais la Marine subit une grave crise après la guerre. De nombreux officiers doivent rester à terre, faute de pouvoir servir en mer. De bonnes appréciations lui permettent d’embarquer, mais il doit demander, pour continuer, à être maintenu comme commandant en second seulement sur le même Chastang. Cette attitude lui vaut d’être bien vu du commandant de la 2e flottille de torpilleurs, qui en fait son adjoint, sur leMécanicien Principal Lestin. Après un commandement en mer ininterrompu depuis la fin de la guerre, le capitaine de frégate Lacroix, depuis juin 1923, est obligé de travailler à la recherche d’une affectation intéressante à terre. La vacance du poste de sous-directeur du port de Brest l’amène à intervenir auprès du directeur Bréart de Boisanger, Breton franc à la brillante carrière de marin, à la Noël[6]

Cet exemple traduit la crise traversée par le métier d’officier de Marine au début des années 1920, lorsque la Marine doit accepter de se sacrifier au profit de l’Armée et de l’arme nouvelle de l’Air, prioritaires.

L’aéronavale
14Mais pour Lacroix cette période est davantage marquée par la perte de son second fils, Jacques, né le jour de Noël 1921 et mort le jour de Noël suivant. L’homme, sensible, n’arrive pas à s’en remettre (jusqu’à appeler sa fille Jacqueline et ne pas oublier Jacques dans son testament)[7] . Si les notes ne font pas apparaître une baisse de la qualité de son service (il reçoit en décembre 1923 un nouveau témoignage de satisfaction pour le concours d’honneur des torpilleurs), la famille Lacroix a suffisamment ressenti cette épreuve pour prêter à Darlan une tentative de remotivation, grâce à un nouveau centre d’intérêt : l’aéronavale[8] 

15Si l’on ne peut exactement expliquer l’origine de ce qui va constituer une de ses grandes passions et occuper le quart de sa carrière, en 1924, il s’intéresse aux essais effectués au sein du port de Brest. Le 1er décembre de la même année, il prend le commandement de l’Aéronautique maritime du 2e arrondissement (celui de Brest) et devient membre de la Commission d’études pratiques de l’aéronautique. En 1925, il crée, en prenant le premier commandement, l’École supérieure de la navigation aérienne. Le c. f. Lacroix reçoit pour cela deux lettres de félicitations du ministre. Enfin, en 1926, il est nommé commandant de l’aviation maritime de la 4e région, à la base aéronavale de Karouba (Bizerte).

16En 1928, souhaitant reprendre la mer, après avoir perdu l’habitude du commandement durant toutes ces années où il s’est occupé de l’aéronavale, il demande à être mis sur la liste des officiers désireux de servir en mer. Il est nommé commandant en second du nouveau croiseur lourd Duquesne. Promu en janvier 1930 capitaine de vaisseau, il devient auditeur au Centre des hautes études navales (CHEN), réservé aux officiers destinés à occuper les hautes fonctions de commandement. Le vice-amiral Bréart de Boisanger, commandant du CHEN depuis peu, qui avait demandé en 1925 que le c. f. Lacroix y entre, n’y est probablement pas étranger. Appréciant Lacroix, il le classe premier de sa promotion pour un commandement. Ainsi, en juillet 1930, celui-ci prend le commandement du récent et beau croiseur de 10 000 t Suffren, dans la 1re Division de croiseurs du contre-amiral Descotte-Genon. Il récupère, avec les deux autres croiseurs de la division, les élèves de l’école d’application, perdue en mer. Si pour le « pacha » le pouvoir de former l’avenir de la Marine constitue une joie réelle, l’expérience est un échec, à cause de la mauvaise volonté des officiers du bord de s’en occuper, en plus du service habituel[9] 

En juin 1931, le c.-a. Darlan succède à Descotte-Génon. En octobre, le Suffren fait partie de la représentation de la France lors des cérémonies du cent cinquantenaire de la bataille de Yorktown, aux États-Unis. Il reçoit à son bord le maréchal Pétain, représentant la France, pour la traversée de l’Atlantique. Cet embarquement laissera d’ailleurs un goût amer à la Marine, Pétain ayant tenu, en bon terrien, des propos désagréables sur un bâtiment incapable d’être constamment prêt à se battre, suite à une avarie qui l’avait immobilisé. Cependant, le c. v. Lacroix n’en gardera pas un mauvais souvenir, au point, plus tard, de faire trôner dans son salon la photographie, autographiée à l’occasion, du vainqueur de Verdun. Cet intermède maritime lui permet d’être absent de l’aéronavale pendant la période la plus vive de l’affrontement avec le ministère de l’Air. Il ne sera donc jamais vraiment inquiété par la menace d’un transfert des personnels entre les ministères.

17En juin 1932, il prend le commandement du porte-avions Béarn. Il retrouve l’aéronavale, mais en tant que commandant d’un navire cette fois-ci. Son service, prévu pour durer une année, est prolongé suite à une demande du v.-a. Dubois, commandant la 1re Escadre, au chef d’état-major général Durand-Viel, car le Béarn a bien progressé sous sa direction et Lacroix a « son bateau et ses marins bien en main »[10]. En 1934, il quitte le porte-aéronefs pour la base aéronavale de Berre, le temps d’un été. En septembre, il est à la tête de l’aviation de la 3e Région maritime, la plus importante, celle de Toulon. Promu, le 20 mai, contre-amiral, il est nommé quelques jours plus tard par Durand-Viel à ce qui sera le sommet de sa carrière dans l’aéronavale, la direction du service aéronautique à l’état-major.

18L’aéronavale, contrairement à une idée reçue, commence à être prise en considération. Lacroix succède et précède des éléments brillants de la Marine, Godfroy et Michelier, très proches des chefs d’état-major général Durand-Viel et Darlan, témoignant de leur part d’une prise de conscience plus précoce qu’on a voulu le dire. Le problème est d’ordres budgétaire, politique, industriel et stratégique. La Marine doit, dans la perspective du conflit à venir, s’orienter vers une guerre de liaison (méditerranéenne pour la France), nécessitant la construction prioritaire de navires de ligne. La crainte de voir certains projets confisqués par l’armée de l’Air l’incite à ne pas trop s’engager en avant, d’autant qu’elle n’arrive pas toujours à des résultats concluants dans sa production (à cause notamment des grèves du Front populaire, de l’échantillonnage)[11] 
Les deux années de Lacroix (favorisées par une conjoncture permettant des moyens supplémentaires et une menace de l’Air qui commence à se dissiper) entament la recherche d’une nouvelle cohérence stratégique de l’arme aéronautique, avec des armes de projection offensives (les hydravions torpilleurs lourds et les projets de porte-avions), avec l’abandon progressif du dogme de l’hydravion (avec les Dewoitine) et la prise en compte de la Défense contre avions à tir rapide (les 20 mm auront cependant besoin d’être complétés par du 37 mm). La rédaction d’un règlement de bord spécifique marque également un souci de rationalisation. Il restera toutefois de nombreuses imperfections au début de la guerre.
19Lacroix est donc, pendant ces quinze ans, présent à tous les postes de l’aéronautique maritime. Si on ne peut exactement le qualifier de pionnier, au sens où il s’est engagé dans l’aéronavale lorsque celle-ci existait déjà en tant qu’organisation, il est un des artisans les plus importants de l’élaboration de l’outil aéronaval français. Appartenance appuyée par des ailes d’observateur d’aviation, portées sur l’uniforme, fièrement affichées.

La 2e Escadre légère, la guerre et Mers el-Kébir

20Après son refus d’une promotion à l’état-major, Darlan, chef d’état-major général depuis janvier 1937, lui donne le commandement de la 2e Escadre légère (EL), constituée de contre-torpilleurs qui sont parmi les meilleurs du monde. Son navire amiral est le beau Mogador[12] 
Il est basé à Brest, avec l’escadre de l’Atlantique, sous les ordres de l’amiral Gensoul.
21À ce poste, il doit d’abord assurer à la tête de cette escadre, fierté de la Marine, un travail de représentation sur les côtes bretonnes, mais aussi sur les côtes ibériques. Il en profite pour observer le mouvement des navires allemands dans les ports espagnols. Lors de la déclaration de guerre, la 2e EL escorte les convois dans l’Atlantique et est endivisionnée avec les Anglais. Le c.-a. Lacroix participe notamment à la poursuite duGraf Spee, prenant un temps la tête d’un groupe franco-britannique. Avec la mise en application de la nouvelle répartition des forces navales alliées, la Force de Raid, constituée après la recomposition de l’escadre de l’Atlantique, gagne la Méditerranée et mouille dans le port de Mers el-Kébir, à partir du 28 avril.

22La guerre ne s’arrête pas avec la demande d’armistice du 17 juin. La 2e Escadre légère effectue des sorties, cherchant vainement une flotte italienne. À partir du 25 juin, les navires sont immobilisés, attendant la démobilisation des réservistes. L’Amirauté a donné des consignes pour le sabordage des navires, en cas de tentative d’une puissance étrangère de s’en emparer. Les relations franco-britanniques se sont dégradées et la visite à l’amiral Gensoul de l’amiral anglais North, dans le but d’obtenir un ralliement à laRoyal Navy, accentue l’inquiétude. Nombreux sont ceux qui, comme Lacroix, croient en la possibilité d’une attaque[13] 
23Les sentiments du contre-amiral Lacroix, à ce moment, nous sont connus grâce à un déjeuner pris à bord du Mogador, le 1er juillet, par son neveu Émile Le Razavet. La conversation porte sur l’état moral des marins de Mers el-Kebir et Lacroix regrette de ne pas avoir, à cause des conditions d’armistice, de grand-garde au large ou de surveillance aérienne. Il ajoute que sa seule source d’information est le centre naval de Nemours[14
Il est obsédé par l’exemple d’Aboukir, évoqué à nombreuses reprises, et craint d’être « coincé » dans le port, sans pouvoir réagir[15] 

Et ce n’est pas l’attitude de « cet amiral [Gensoul] coincé dans son Dunkerque », avec lequel il n’a eu aucun contact depuis plus de trois jours, qui le rassure[16
24Mais il est surpris quand il reçoit, le 3 juillet à 7 h 30 GMT, l’ordre de prendre les dispositions de combat. Il semble qu’il ait alors donné la consigne de préparer l’appareillage des contre-torpilleurs (qui est l’étape suivante et qui implique de pousser les feux), une heure en avance[17] 
À 9 h 30, il participe à la réunion des amiraux autour de Gensoul et déclare : « Ces gens-là [les Anglais] considèrent tout ce qui flotte comme un ennemi en puissance… ; ils vont nous couler ! »[18] 

Vers 15 h 30, il croit que la pose de mines à l’entrée du port d’Oran, par des hydravions, est une attaque à la torpille. Si celle-ci est infirmée, le mouvement ne peut que le renforcer dans son idée[19] 
À 16 h 18, le Mogador intercepte le dernier ultimatum britannique : « Si une des propositions n’est pas acceptée pour 16 h 30, il faut que je coule vos bâtiments. » À 16 h 28, les contre-torpilleurs reçoivent la consigne « appareillez tous immédiatement », qu’ils commencent à exécuter. Le Volta retransmet aussitôt le message du commandant en chef : « Prenez poste de mouillage prévu. » Lacroix répercute l’ordre, avant de l’annuler, « jugeant préférable de ne pas les faire mouiller [jeter l’ancre] ». Il veut pouvoir sortir le plus rapidement possible. À 16 h 56, les premiers obus tombent sur la rade. Le Mogador, à toute allure, montre la voie, mais il est obligé de s’arrêter pour éviter un remorqueur, qui dégage les filets de la porte. Un obus anglais de 380 tombe sur les grenades anti-sous-marines et volatilise le quart arrière du navire. L’amiral Lacroix, qui avait été renversé, légèrement ensanglanté par la déflagration, se lève et fait signe aux autres contre-torpilleurs, des mains, de continuer sans lui. Désormais, il va s’occuper de sauvegarder le navire et d’apporter les premiers secours.
25Huit jours plus tard, il revoit son neveu à Alger, avant de gagner Toulon. Il évoque les Anglais seulement pour dire qu’il avait des amis en face et regrette d’avoir perdu, avec sa cabine, sa collection de Shakespeare !

Le commandement de l’Escadre de l’Armistice
26Mais la carrière de l’amiral Lacroix va prendre un tournant historique après Mers el-Kébir, plus précisément le 10 juillet 1940, lorsqu’il est nommé chef de la 3e Escadre, avec autorité tactique sur la 4e escadre et la 2e Escadre légère, sous les ordres théoriques de l’amiral Gensoul[20] 

Promu vice-amiral, le 29 juillet, il est confirmé à son poste le 10 août, au moment du départ de son ancien chef. Derrière cette fonction apparaît en fait un commandement unique (au statut provisoire, à cause des négociations avec la Commission d’armistice et de l’incertitude sur l’avenir de la flotte), sous les ordres directs et indirects de Lacroix, de toutes les forces navales opérationnelles de métropole et d’Afrique (une partie importante est indisponible, soit à cause du blocus britannique, soit à cause de dommages), qui auraient dû constituer l’escadre de la Flotte de l’armistice. Ce commandement ne prendra forme qu’avec la constitution, le 24 septembre, des Forces de Haute Mer[21] 

27Cette fonction récompense des qualités de commandement opérationnel. L’amiral Lacroix est un chef de guerre, à l’image et à la popularité fortes (consacrées par les surnoms « Mimile » et « Lagadec »[22] et nécessaires dans une période qui a besoin de personnalités capables de susciter l’adhésion. Elle est aussi opportuniste, à cause des relations amicales entre Darlan et Lacroix et de l’absence, pour causes diverses, de nombreux cadres qui auraient pu prétendre à cette affectation.
Dakar
28Le hasard des événements va encore rattraper le v.-a. Lacroix et l’obliger à s’affronter à nouveau avec les Alliés d’hier. Le 21 septembre, il est nommé dans l’urgence à la tête de la Force Y, qui était commandée par le c.-a. Bourragué. Celui-ci, sous la contrainte d’un affrontement en situation d’infériorité avec les Britanniques, a dû renoncer au projet de reconquérir les colonies passées à la dissidence et revenir à Dakar. L’amiral de la Flotte a pris, sur l’instant, ce geste pour un acte de faiblesse et l’a démis de ses fonctions, au profit de son supérieur hiérarchique, dont l’assurance d’un esprit ferme et dévoué au service du gouvernement français, l’autorité charismatique, maritime et guerrière sont autant de garanties pour la réussite d’une mission de guerre et de maintien du territoire au sein de l’Empire.

29Quand l’amiral Lacroix arrive à l’aéroport de Ouakam, il s’informe de la situation auprès du contre-amiral Landriau, commandant de Marine Dakar. Il rend compte à l’Amirauté de ses impressions :
30« De l’ultimatum anglais [adressé à Bourragué lorsqu’il essayait de regagner la base] se dégage notion que toute force réunie à Dakar gêne Britanniques. Stop. Logiquement cela doit conduire soit à blocus soit à attaque Dakar. Pour le moment attaque paraît aléatoire. Stop. Par contre blocus possible et conduit à étouffement complet AOF. Stop. Ce blocus ne peut être qu’accéléré par acte hostile ou attitude déloyale de notre part.Quarto. J’estime, étant donné nos moyens, que seule solution est, sur le plan gouvernemental, établir avec les Britanniques un accord au moins tacite permettant passage transports prévus en personnel et ravitaillement question vitale pour nous, et tout faire pour éviter hostilités ouvertes entre France et Angleterre. »[23]
31On voit bien que, si le diagnostic est visiblement erroné, on est loin du bouffeur deyoums[24] que des historiens britanniques ont voulu décrire en parlant de lui[25] 

On peut aussi noter l’accord parfait avec la politique de modus vivendi recherchée par le gouvernement avec la « Perfide Albion ».
32Au niveau opérationnel, le premier souci du commandant en chef des forces navales et, compte tenu du rôle de la Marine, du responsable de la défense de la base, est de rendre ses navires manœuvrables, pour éviter le piège de Mers el-Kébir, en les faisant mouiller dans la baie de Rufisque, qui deviendra le « ratodrome », lorsque les croiseurs seront encadrés des heures durant dans cet espace réduit. Incapables d’atteindre les bâtiments de la Force Y, qui empêchent tout débarquement, et touchés par le tir des batteries côtières, les navires britanniques sont obligés de se retirer. Dakar est la dernière grande bataille navale française et une victoire à l’importance stratégique, car elle permet au gouvernement français d’assurer son influence sur l’AOF. face aux visées gaullistes et d’être en meilleure posture dans les négociations avec l’Allemagne.
33Mais chaque médaille a son revers. L’Amirauté, envisageant au moment de la bataille d’employer les forces navales disponibles à Toulon contre les Anglais, a rappelé en activité l’amiral de Laborde (qui intégrait la réserve) et donné à celui-ci l’autorité qui était celle de Lacroix, constituée organiquement en Forces de Haute Mer. Il est impossible de renvoyer Laborde dans ses foyers immédiatement. Le v.-a. Lacroix doit rester à Dakar.

Toulon et le sabordage
34Le 25 mars 1941, il est promu vice-amiral d’escadre, commandant la 1re Escadre de croiseurs à Toulon, sur l’Algérie, sous les ordres de l’amiral de Laborde. On peut s’étonner du maintien de celui-ci, aux dépens d’un chef populaire, aux qualités maritimes certaines et ami, lui, du chef de gouvernement Darlan. Mais ce dernier doit composer avec les Allemands, leur donner le maximum de garanties pour obtenir des avantages, et de ce point de vue-là Laborde est bien mieux placé que Lacroix, qui ne dispose pas de relais dans les milieux de décision[26] 

De plus, le commandant des Forces de Haute Mer l’a assuré de sa fidélité[27] 
Rien n’impose donc son départ. Au contraire, Darlan veut mettre à profit ce délai pour installer aux commandes de la flotte une nouvelle génération, toute dévouée à sa personne, avec les amiraux Gouton et Bléhaut, pour l’automne 1942, juste avant un changement de situation qu’il entrevoit pour le printemps 1943. L’amiral Lacroix, qui arrive près de la limite d’âge, est sacrifié. Le destin a décidé qu’il devrait vivre sa plus grande souffrance, couler ses navires.
35Le débarquement allié en Afrique du Nord a pour première conséquence à Toulon de repousser la cérémonie de passation de commandement, qui devait avoir lieu le 13 novembre. Le commandant de la 1re Escadre de croiseurs, qui aurait dû céder sa place au c.-a. Bléhaut, vit difficilement ces jours de novembre si particuliers, où il est difficile de savoir où est son devoir. Beaucoup veulent aller au devant des Anglo-Américains pour venger leurs camarades morts à Casablanca. D’autres, probablement la majorité (mais les sentiments étaient mélangés), souhaitent un renversement d’alliances, sans autant définir une attitude politique précise, faisant confiance pour cela au Maréchal. Le désarroi prime. L’atmosphère devient difficile au sein des Forces de Haute Mer. Pour la première fois depuis les mutineries de la mer Noire, des manifestations ont lieu sur les bâtiments pour demander un appareillage, même sur l’Algérie de Lacroix, dont la personnalité imposait pourtant. Depuis la réponse négative de l’amiral de Laborde à l’appel de l’amiral Darlan de le rejoindre à Alger, les marins savent qu’ils sont dans l’impasse, coincés entre les Allemands et l’impossibilité de rejoindre les Alliés, tant qu’une solution politique n’aura pas assuré le renversement d’alliance et évité ainsi un deuxième Mers el-Kébir[28] 

Mais c’est le « Comte Jean » (de Laborde) qui tient les cartes en main.
36Laborde, avec lequel Lacroix a de mauvaises relations[29]
. Outre leurs éducations différentes, qui se retrouvent dans leurs façons de traiter les subordonnés, les « humbles », leur lecture politique des événements n’est pas la même. Le v.-a. e. Lacroix veut, sinon rejoindre Darlan (ce qui est cependant probable, mais non prouvé), du moins appareiller. L’amiral Darrieus (qui servait alors dans les Forces de Haute Mer) raconte ce souvenir d’enseigne : « Les jeunes officiers et les jeunes marins voudraient partir, certains le confient. Mais à mesure que l’on grimpe dans la hiérarchie l’ardeur combative diminue. Il y a des exceptions et je vois encore la tête de l’amiral Lacroix, furieux de rester. »[30] 
Ce témoignage est confirmé par ceux d’autres officiers de la flotte de Toulon, sans même compter l’impression qu’il a laissée dans sa famille[31] 

Le commandant de la 1re Escadre n’est pas cependant allé au-delà, jusqu’au conflit public avec l’amiral de Laborde. Son sens de la discipline, son respect du supérieur, qui l’a toujours obligé à ne pas mettre en doute ses décisions (ce qui l’amènera à ne pas participer à l’opprobre jeté sur Gensoul), sa volonté de ne pas laisser les divisions s’installer au sein de la Marine empêchaient un tel acte d’insubordination, assimilable à une mutinerie. La réalité des moyens était aussi un obstacle, même s’il était le seul à pouvoir le faire, par son élévation hiérarchique, son autorité, sa popularité[32] 

Si l’on dépasse les difficultés d’appareillage à proximité des Allemands (mais la menace n’était encore pas trop sérieuse au 13 novembre), la « vigilance » britannique qui aurait pu amener une bataille en pleine mer, à cause de la présence du vainqueur de Dakar à la tête des navires ayant appareillé, il n’est pas sûr qu’une tentative ait pu réussir, car le second de la Flotte aurait pu ne pas être suivi par tous ses marins (et la marche d’un navire ne tolère aucune défaillance) et le commandant des Forces de Haute Mer, ayant pris des dispositions pour se protéger d’une tentative de s’emparer de lui, n’aurait pas hésité à prendre des mesures préventives s’il n’avait pas eu confiance en son subordonné. Quelles que soient les tentatives de réécrire l’histoire, la tragédie était écrite pour Lacroix et la Flotte.

37Le 27 novembre 1942, à 5 heures, le v.-a. e. Lacroix est réveillé par le commandant adjoint de l’Algérie, le c. f. Bergot[33]
Il interprète d’abord l’ordre de prendre les dispositions finales lors du sabordage, accompagnées de l’allumage des feux, comme une consigne d’appareillage, qui contredit le premier élément. Il demande une confirmation écrite et donne ensuite la consigne d’évacuer les croiseurs. Un officier allemand se présente à l’échelle de coupée. Le commandant Malgouzou doit le retarder afin d’achever le sabordage du navire, pendant que l’amiral Lacroix détruit lui-même le système radar installé clandestinement[34] 
Il les rejoint, après avoir ostensiblement salué une dernière fois les couleurs, et tente lui aussi de gagner du temps. Lacroix est fait prisonnier et emmené. Daniel Jeanlebœuf, du Strasbourg, raconte :
38« J’ai vu passer la voiture bien encadrée de l’amiral Émile Lacroix. Il faisait froid, un officier allemand a voulu lui mettre une couverture sur les épaules. Il l’a rejetée d’un geste brusque. Lorsque le véhicule roula le long des quais, on entendit : “Garde-à-vous ! L’amiral !” Et plusieurs marins criaient : “Vive Mimile !” en agitant leur bonnet. Mais d’autres pleuraient. »[35] 

39Il est retenu deux jours avec certains amiraux et commandants de vaisseaux. Passé dans la 2e section, il se retire avec sa famille à Paris et quitte la Marine sur le sabordage de ses navires. Il doit tenter de démarrer une nouvelle vie, loin de ce qui a été toute sa vie[36] 

Le marin devient éléphant[37] ou l’exil au milieu de la société
40Émile Lacroix tente d’abord de diriger une entreprise de renflouement de bateaux. Mais la découverte de malversations lui fait demander un audit et démissionner. Cette affaire ne fait rien pour relever à ses yeux l’image qu’il se fait du monde civil. Cela dans une ambiance de fin de régime, de la découverte de la politique répressive visible (les milieux maritimes de Dakar et de Toulon étaient préservés) et de la dérive milicienne du gouvernement. Malheureusement, de cette confrontation avec une réalité politique, il n’est resté aucune trace, Lacroix ayant toujours gardé une grande réserve vis-à-vis des affaires politiques, correspondant trop peu aux principes simples qui ont dicté sa vie. S’il a adhéré sans réserve à la Révolution nationale, qui répondait à sa conception traditionnelle de la société, son jugement est aussi celui du fils de la IIIe République, radical devenu conservateur, soucieux d’égalité. C’est dans ce sens qu’il condamne la franc-maçonnerie, symbole pour lui du copinage méprisant la valeur, et ressent un déséquilibre de la représentation juive aux postes de responsabilité par rapport au poids démographique de la population israélite. Cet abord républicain nous oblige à ne pas avoir cette vision caricaturale de l’officier de la Royale, à l’image de la pratique religieuse de ce croyant sans foi (mais dont les enfants seront profondément religieux).

41La période est aussi difficile pour le marin dans l’âme, qui doit vivre avec le sabordage de ses navires, la brutale fin d’activité, loin de la mer. Dans une ambiance de persécution pour la Marine qu’il a connue et aimée. À la Libération, il n’est pas jugé par la Haute Cour de justice, grâce à une intervention du gouvernement britannique pour que Dakar ne soit pas évoqué et grâce à la faible insistance de son ami le président de la Commission d’épuration de la Marine, l’amiral Sablé[38] 
Mais il constitue une exception. Ses camarades sont déchus de leurs droits, jugés, voire emprisonnés dans des conditions inhumaines (Esteva et Derrien en mourront). Ce martyre des amiraux de Vichy les pousse, en plus de leur habituelle proximité sociale, à se réunir, plus particulièrement dans une action de révision du procès du maréchal Pétain, notamment par une écriture de l’histoire de Vichy (c’est ce que nous avons appelé le « complot des amiraux », qui est une partie d’une organisation très structurée plus vaste, à l’origine de la thématique du « double jeu », de l’historiographie vichyste de Vichy)[39] 

42Le crépuscule moral est également physique. Lacroix souffre d’un long et douloureux cancer. Toussant, régulièrement mal, très amaigri, il n’est plus le marin énergique, solide, capable d’affronter les pires tempêtes, qu’il était (une photographie prise lors du mariage de son fils aîné, en 1948, le montre méconnaissable). La nuit, à l’hôpital du Val-de-Grâce, il revit, rapportèrent les infirmières, ses commandements. Il attend désormais de retrouver Jacques. Ce qu’il fait le 1er août 1949. Sa femme, de chagrin, le rejoindra trois mois plus tard.

NOTES
[ 1]Méconnu, comme nous le verrons plus tard, notamment à cause de son refus (exprimé à son entourage maritime et familial) que l’on parle de lui, imputable à une réelle modestie et à une conception désintéressée du devoir. C’est ce qui explique en grande partie l’originalité de ce travail, qui ne s’appuie pas sur des archives privées (qui n’existent plus), mais sur des archives administratives du Service historique de la Marine ou sur la mémoire individuelle (écrite et orale). 
[ 2]Nom de la classe préparatoire à l’École navale. 
[ 3]Dossier personnel de l’amiral Lacroix, Service historique de la Marine (SHM), CC7 4o Moderne 1071 (2). 
[ 4]C’est ainsi que l’amiral Lacroix décrivait le jeune homme qu’il était, confronté à la morgue aristocratique d’une minorité. Une anecdote de l’amiral Decoux met dans la bouche du commandant, souhaitant mettre en avant auprès du ministre radical Pelletan un élève d’origine modeste auquel il s’intéresse « tout spécialement », l’expression de fils de « simple gendarme » ; v.-a. E. Decoux, Adieu, Marine, Paris, Plon, 1957, p. 21.
Abréviations des grades : v.-a., vice-amiral ; v.-a. e., vice-amiral d’escadre ; c.-a., contre-amiral ; c. v., capitaine de vaisseau ; c. f., capitaine de frégate. 
[ 5]Souligné par le c.-a. Fatou. 
[ 6]Dossier personnel Lacroix, op. cit. 
[ 7]Testament amiral Lacroix, archives privées. 
[ 8]Cf. partie consacrée au choix de l’aéronavale : Christophe Lacroix, L’amiral Lacroix, exemple de l’officier de Marine, mémoire de maîtrise à l’université de Paris I, sous la direction du Pr Robert Frank, 2002, p. 74-78. 
[ 9]V. A. Philippon, Le métier de la mer, Paris, France-Empire, 1971, p. 30-31 ; C. A. Auphan, L’honneur de servir, Paris, France-Empire, 1978, p. 142-144. 
[ 10]Fonds privé amiral Durand-Viel, SHM, 120 GG2, lettre de l’amiral Dubois du 5 juin 1933, p. 226. 
[ 11]Huan et Coutau-Bégarie, op. cit., p. 142-143. 
[ 12]Beau, du moins dans sa conception. En pratique, par faute d’avoir voulu insérer trop d’innovations en même temps, le Mogador n’a jamais pu atteindre son rendement théorique et a souvent dû être caréné pour réparations ; cf. Jean Lassaque, Les contre-torpilleurs de 2 880 tonnes type Mogador (1936-1945), Marines éditions, 1996. 
[ 13]Contrairement à ce qu’écrit Gensoul dans son rapport, en plus de la visite de North, les survols de la base par des avions britanniques les 28 juin et 1er juillet (pour contrôler la disposition des navires), pour les éléments dont on est sûr, suffisaient à l’installation d’une certaine méfiance. Rapport de l’amiral Gensoul, SHM, série TTO 1.
[ 14]Nemours était un centre d’espionnage secret situé à la frontière marocaine, donc près du détroit de Gibraltar et de la base éponyme. 
[ 15]Lettre d’É. Le Razavet à l’auteur, le 11 juillet 2001. 
[ 16]Entretien de l’auteur avec Michel Béguin, le 13 mars 2002. Émile Le Razavet avait dit, il y a de nombreuses années, cet élément, oublié au moment de la correspondance avec l’auteur, à Michel Béguin. 
[ 17]Pour les questions posées par l’attitude de Lacroix à Mers el-Kébir, se référer à C. Lacroix,op. cit., p. 105-109. 
[ 18]Commandant Vulliez, Mers el-Kébir, Paris, France-Empire, 1975, p. 137-138. 
[ 19]Rapport de l’amiral Lacroix à l’amiral Gensoul, le 31 juillet 1940, SHM, série TTO 1. L’action de Lacroix pendant cette journée est, sauf mention contraire, issue de ce rapport. 
[ 20]Pour le commandement intérimaire de juillet, lire les télégrammes 3577, 3590 et 3591 du 10 juillet 1940 de l’Amirauté, SHM, série TTE 87-88 Grands Commandements, Flotte de l’Atlantique. À compléter par la série TTF 82 Divisions navales, 3e escadre ; pour le commandement confirmé du 10 août, voir l’organisation définie par les Instructions générales 1496 FMF 3 (sur le commandement des forces maritimes) et 1497 FMF 3 (sur l’organisation des forces navales) dans ce même carton ; pour l’autorité tactique sur la 4e escadre en juillet, consulter la série TTF 82 4e escadre SHM. 
[ 21]Ibid., série TTE 112, télégramme FMF 3 2024. 
[ 22]L’amiral Lacroix était appelé, affectueusement, « Mimile » par les matelots, car il leur prêtait une véritable attention, due sans doute à son origine semblable. « Lagadec », qui veut dire en breton « grand œil », employé surtout par les officiers, venait d’un de ses tics de langage : « mon œil ! », le geste joignant la parole. 
[ 23]Mordal, La bataille de Dakar, Ozanne, 1956, p. 161. 
[ 24]Anglais en argot baille. 
[ 25]Le général Watson, qui était de l’expédition franco-britannique dit que « l’amiral Lacroix arriva à Dakar par avion pour prendre le commandement et qu’il était particulièrement “monté” contre les Anglais, ayant perdu un neveu à Mers el-Kébir [le c. v. Pierre Lacroix était encore bien vivant à Dakar en septembre 1940 !] » (J. A. Watson, Échec à Dakar, Paris, Robert Laffont, 1968, p. 220). L’historien Arthur Marder, lui, a sa façon de traduire : « Une source française décrit Lacroix comme un personnage ordurier “vieux loup de mer hirsute, qui paraissait taillé au couteau. Il avait la réputation d’être un Amoureux de la guerre [War lover]” » (A. Marder, Operation Menace, The Dakar Expedition and the Dudley North Affair, Londres, Oxford University Press, 1976, p. 108). Le terme de warrior aurait été tout à fait juste. 
[ 26]L’amiral de Laborde ira même, le 7 novembre 1942, jusqu’à des discussions pour tenter de monter une expédition au Tchad, avec des armes et des uniformes allemands, qu’il aurait dirigée pour reprendre les territoires perdus. Il avait donc noué des relations très proches avec les autorités occupantes. Cf. Huan et Coutau-Bégarie, op. cit., p. 569. 
[ 27]Cdt. Vulliez, Les 20 derniers jours de la Flotte, Presses de la Cité, 1963, p. 37-38. 
[ 28]Les Forces de Haute Mer étaient en effet attendues par une flotte anglaise et des sous-marins allemands. 
[ 29]Cf. partie consacrée aux rapports entre les amiraux de Laborde et Lacroix, (C. Lacroix, op. cit.,p. 109-116). 
[ 30]A. Henri Darrieus et c. v. Jean Quéguiner, Historique de la Marine française (1922-1942), L’Ancre de Marine, 1996, p. 368. 
[ 31]Lettres du c. v. Vaury à l’auteur, les 21 octobre et 10 novembre 2001, archives privées. Entretiens avec Alex Wassilieff, le 19 octobre 2001, et le cdt. Gaydon, le 28 octobre 2001. 
[ 32]Le v.-a. Marquis, préfet maritime, n’avait d’autorité que sur les bâtiments de protection du port, de faible valeur, et sur les navires en gardiennage d’armistice jusqu’à 20 milles des côtes. Au-delà elle appartenait aux FHM. 
[ 33]Rapport de l’amiral Lacroix sur le Sabordage, SHM, TTD 273. On peut noter l’abandon dans ce document administratif de son habituel silence. Signe d’émotion. 
[ 34]Lettre d’É. Le Razavet à l’auteur, le 27 juin 2001, archives privées. 
[ 35]Antier, op. cit., p. 233. 
[ 36]Il refusera désormais de remonter sur un bateau, même lors de vacances en Bretagne, se contentant de pêcher à pied. On en imagine sans peine la signification pour cet amoureux de la mer. 
[ 37]Civil en langage baille. 
[ 38]Émile Le Razavet s’est rendu au domicile de l’amiral juste après que Sablé lui a montré la lettre britannique. Lettre d’É. Le Razavet à l’auteur, le 6 mai 2000, archives privées. 
[ 39]Voir le petit développement que nous avons fait dans notre mémoire de maîtrise, op. cit., p. 171-175. 

POUR CITER CET ARTICLE
Christophe Lacroix « L’amiral Émile Lacroix », Guerres mondiales et conflits contemporains1/2004 (n° 213), p. 25-38.
URL : www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2004-1-page-25.htm.
DOI : 10.3917/gmcc.213.0025.

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Ceux que l’on maudirait !

 Une histoire : Bizerte et la France

 

 

14 avril 2013

Le pasteur, transporteur de troupes

Classé sous — milguerres @ 19 h 58 min

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale    

Les navires de guerre  

Le pasteur.

Un rouage essentiel du transport des troupes dans la guerre d’Indochine, 1945-1956

Michel Bodin

Docteur ès Lettres.

Quand on consulte les souvenirs des combattants du Corps expéditionnaire français d’Indochine, un nom revient fréquemment, celui du transport de troupes : le Pasteur. Un sous-officier des troupes coloniales, embarqué en 1947, le décrit comme « une véritable tour de Babel ou plutôt comme une espèce de cour des Miracles ». Un autre parle du « mastodonte qui engloutissait 4 500 hommes vers des lieux inconnus et incertains ». Sa notoriété parmi les Anciens d’Indochine lui confère une place à part dans la mémoire collective des combattants des TFEO tout autant que ses caractéristiques. De 1945 à 1956 sur la ligne d’Indochine, il fut un des rouages essentiels des départs vers l’Extrême-Orient et des rapatriements vers la France ou l’AFN. Pourtant rien lors de son lancement ne prédisposait ce navire à devenir ce transport de troupes, symbole d’une époque, comme en témoignent les protestations qui, en juillet 1957, s’élevèrent lorsqu’il fut question de le vendre à une compagnie allemande.

2Lorsque, le 15 février 1938, les chantiers de Penhoët (Saint-Nazaire) lancent lePasteur pour la Compagnie de navigation sud-atlantique, il s’agissait dans l’esprit de ses propriétaires de la mise à la mer d’un paquebot de luxe capable de rivaliser avec ceux des compagnies anglaises ou américaines. Véritable vitrine du savoir-faire et d’une qualité à la française, le navire fit l’objet d’une finition attentive pour apporter le plus de confort possible aux passagers : vastes garde-robes pour les cabines de 1re classe, lambris, vaisselle fine, mobilier de style, installations de loisirs peuvent en témoigner. Tout cet apparat n’eut pas l’occasion de servir car, au lieu de prendre la mer pour l’Amérique latine avec à son bord une clientèle heureuse et riche, le Pasteur fut dirigé le 25 août 1939 vers Brest. Réquisitionné du fait de ses capacités (30 477 tonneaux, 26 nœuds), il reçut un armement de guerre : 2 canons de 90 mm et 4 mitrailleuses anti-aériennes. Le 1er juin 1940, il partit pour le Canada avec dans ses soutes 213 329 kg d’or destinés à acheter des armes. Il gagna ainsi Halifax puis rejoignit New York où il chargea 95 canons de 75 mm, du matériel d’artillerie, ensuite il se dirigea de nouveau vers Halifax. Là, du fait de la signature de l’armistice par le gouvernement français, il fut confisqué par les Canadiens au nom du Royaume-Uni. Sa carrière de paquebot de luxe était terminée, commençait alors celle de transport de troupes.

pour en savoir plus ? 

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Le pasteur, transporteur de troupes  800px-23

source texte : http://www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2004-4-page-59.htm 

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Les navires de guerre  

 

Défaite militaire et enjeux d’influence entre pouvoir et opinion publique : l’exemple de la Tunisie entre mai et juillet 1940 Auteur Serge La Barbera

Classé sous — milguerres @ 19 h 10 min

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La Tunisie au gré des conflits  

Défaite militaire et enjeux d’influence entre pouvoir et opinion publique :
l’exemple de la Tunisie entre mai et juillet 1940

Auteur Serge La Barbera 
Docteur en histoire, Université de Limoges.

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8

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Défaite militaire et enjeux d’influence entre pouvoir et opinion publique Tunisie 1940_www.cairn.info

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8


PLAN DE L’ARTICLE
• LE REFUS AUTOCENTRÉ DE LA DÉFAITE
• L’APPEL ENTENDU DU 18 JUIN
• FLUX ALTERNANTS DE L’OPINION
• DOUTES ET GLISSEMENTS
• L’ACCEPTATION SANS ADHÉSION DE L’ARMISTICE

Si « la nation tout entière participe en fait à la débâcle »[1] de 1940,
les Français de Tunisie qui font partie de la nation française, observent avec un recul que leur permet la distance géographique, la transformation d’affrontements attendus en catastrophe nationale. Dès lors, de juin à juillet 1940, se joue un drame en trois actes entre l’opinion et le pouvoir colonial autour du thème de la poursuite des combats. Si la problématique est claire, les enjeux présentent d’autres subtilités qui notamment différencient la colonie et la métropole. En Tunisie, les nouvelles vont vite et les radios ennemies se chargent de les propager[2] 
Abasourdis, immédiatement solidaires de leurs compatriotes métropolitains, les Français de Tunisie s’interrogent sur la couleur de leur avenir. Après l’abandon du « réduit breton », « le projet de continuer la guerre en Afrique du Nord est beaucoup plus prometteur » comme l’écrit Robert O. Paxton[3]. Le résident général au Maroc et commandant en chef des opérations en Afrique du Nord, le général Noguès, se prononce d’ailleurs en faveur de la poursuite des combats depuis cette partie de l’Afrique, le 18 juin 1940[4). 
Le télescopage des signaux, plus qu’une cacophonie, traduit cette volonté réelle de continuer la lutte, abondamment reprise dès le 21 juin de Tunis jusqu’à Sousse, Bizerte, Mateur, Téboursouk et Sfax.
Le retour de Marcel Peyrouton en Tunisie, le 15 juin 1940[5] , où il a été renommé au poste de résident général par Paul Reynaud en remplacement d’Eirik Labonne – poste qu’il a occupé de 1933 à 1936 avant d’être envoyé au Maroc pour y assurer les mêmes fonctions – déclenche une somme de réactions significatives de l’attitude de la population française de la colonie. Il reçoit notamment 42 lettres, écrites par des Français entre le 19 juin et le 6 juillet 1940. Si elles ne peuvent être considérées comme un sondage grandeur nature, exception faite de certaines lettres[6] , il est possible de les analyser comme des révélateurs d’opinion, comme « la partie visible de l’iceberg »[7] . 
Pour neuf d’entre eux, ces messages sont des télégrammes, le reste se compose de lettres manuscrites de longueur variable, parfois quelques lignes, le plus souvent une ou deux pages et anonymes à 80 %. Les personnes qui écrivent au résident, en mai et en juin 1940, manifestent une opinion dont l’expression pourrait obturer partiellement l’horizon et empêcher de voir les indécis, les indifférents à la catastrophe ou encore ceux qui, au fond de leur cœur, ont pu s’en réjouir, si des rapports de police, l’échange télégraphique entre les autorités civiles et militaires de Tunisie et le gouvernement de Bordeaux, des témoignages ne venaient confirmer la tendance exprimée.
3On ne trouve pas dans ces messages pris dans leur ensemble – même en les considérant les uns après les autres – un sentiment de panique. Ils laissent, au contraire, une impression de fermeté, de détermination. La défaite, qu’elle se profile ou qu’elle soit consommée, est considérée comme inadmissible et personne n’en évoque les circonstances. Pas un mot sur l’importance de la déroute de l’armée, sur la panique qui s’est emparée de la France. L’échec des armes, la guerre perdue, le fait même, est plus grave que la manière. Alors qu’en France, « quiconque a vécu la débâcle de mai-juin 1940 ne s’est jamais tout à fait remis du choc », et les exemples ne manquent pas, depuis les colonies, le regard est plus froid et la pensée plus sereine[8] 
La distance n’allège pas l’abattement dû à l’échec de l’armée française mais elle préserve de l’affolement, de la peur panique, du désespoir.
4Les Français de Tunisie veulent très vite dépasser les faits et essayer de sortir du tourbillon mortifère dans lequel la métropole risque d’entraîner ses colonies. Marcel Peyrouton, personnalité controversée, anticommuniste, haï par la gauche, « Whisky I », comme le surnomment ses ennemis politiques, recueille alors toutes les adhésions[9] . 
Le responsable socialiste Duran-Angliviel, ennemi juré de Peyrouton, dont il a sans cesse réclamé le départ lors de son premier mandat, se déclare soudain favorable à son retour en Tunisie[10] 
« L’homme à poigne et de caractère [...] est de ceux qu’il nous faut en Tunisie dans les circonstances actuelles », déclare-t-il devant les membres du Parti socialiste à Tunis. « Nous devons nous abstenir de toute hostilité contre le représentant de la France, nous devons lui faire confiance », ajoute-t-il, approuvé par l’assistance[11] . 
Moins surprenant, les colons, par leur organe de presse Le Colon français, font connaître leur satisfaction de voir arriver sur le territoire tunisien l’ancien résident général avec lequel ils ont entretenu d’excellents rapports[12] . 
Les Français de Tunisie qui ne veulent pas croire à une défaite, continuent de se mobiliser.

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8LE REFUS AUTOCENTRÉ DE LA DÉFAITE
5De ce côté-ci de la Méditerranée, perdre la guerre signifie surtout – notamment après le 10 juin 1940 – une victoire italienne, une humiliation devant « les voisins italiens » et la remise en cause, non seulement, de la position prééminente des Français en Tunisie, mais aussi, du protectorat lui-même. C’est bien ainsi que l’entend ce « Français qui pleure avec les autres » dans une lettre à l’orthographe approximative. Il « craint d’être l’esclave de l’Italie [lui] qui depuis bien longtemps a su choisir son camp »[13] 

Pour cet homme, vraisemblablement italien naturalisé français, la défaite est génératrice d’angoisse. Alors qu’il a opté pour la nation dominante, sa position s’en trouve non seulement fragilisée mais peut évoluer, dans le cas de la cession de la Tunisie à l’Italie – qui dans de telles circonstances pouvait être perçue comme probable – de manière dramatique. De fait, les lettres reçues par le résident Peyrouton ont une tonalité très largement anti-italienne. La forte mobilisation des 48 personnalités de Mateur n’est certainement pas étrangère au fait que les Français soient minoritaires parmi les Européens de ce contrôle civil[14] 
6Bien sûr la plupart des lettres témoignent d’une réelle douleur de voir la France vaincue et souhaitent un sursaut patriotique, un élan guerrier héroïque, évoqués à travers des images puisées dans l’iconographie de l’histoire de France. « Vivre libres ou mourir sera notre devise à tous. Elle a été celle de nos pères en 1789. »[15] 
Peut-on lire dans une lettre. D’autres choisissent de se référer « aux sans-culotte de 1792 [et exigent] “la levée en masse”, à “la France de Bayard, de Jeanne d’Arc, de Barras, des Sans-culotte de 1792 et des grognards de Napoléon” »[16] 
7Une partie des épistoliers libèrent leur colère, leur acrimonie, trouvent des coupables. Certains réclament « des Blanchard, pas des Gamelin », accusent « l’abus des boissons alcoolisées ». Un « vieux français de France[déplore]la gabegie [...] » et accuse«ces militaires qui paradent au lieu de se battre »[17] 

Dans le flot des réflexions d’humeur, l’antisémitisme n’est pas le moins virulent, quoique très minoritaire[18] 
« Une mère antisémite », telle qu’elle se désigne, s’en prend à « ces hommes aux sentiments haineux[qui]prospèrent alors que tant de sang jeune, encore tout frais vient de couler »[19] 
Cet antisémitisme peut aller jusqu’à désigner des personnalités appartenant à la communauté juive telles que « Paul Guez, avocat à Sousse, et Élie Cohen, directeur de L’Avenir du Centre, le journal de Sousse », rendus responsables de tous les maux de la société[20] 
Ces journées d’incertitude militaire et politique sont d’ailleurs marquées par un mouvement antisémite signalé par le directeur des services de sécurité qui déclare : « Le courant d’antisémitisme déjà signalé à plusieurs reprises semble se généraliser et, dans les conversations, tous les revers et les difficultés sur le plan international ou local, sont imputées aux israélites. »[21] [
Cet antisémitisme n’est pas seulement verbal puisque, dans le même rapport, le rédacteur indique que : « La plupart des tunisiens surtout parmi la jeunesse, qui avaient abandonné la coiffure musulmane, portent depuis quelques jours une chéchia sur la tête ou à la main, pour éviter, disent-ils, d’être pris pour des juifs. »[22

8Les jeunes de la communauté juive ont été parmi les plus vifs opposants au fascisme italien. Par cette lutte au grand jour, par le militantisme au sein des partis de gauche et du syndicat de l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), ils se sont exposés au regard des autres communautés comme favorables à une guerre antifasciste. Par syllogisme, ils deviennent les responsables de la défaite. Selon l’expression d’Élie Cohen-Hadria, pendant ces journées de juin 1940 : « On a mangé du juif. »[23]

9L’amertume de la défaite est partagée par l’ensemble des Français du territoire. À partir du 17 juin, il ne s’agit plus de poursuivre la guerre au nom de la France mais d’empêcher que la défaite n’altère l’intégrité des colonies, d’où l’idée d’un « Maghreb solidaire » et d’un « axe Noguès-Peyrouton ». Cette vision transmaghrébine est surtout évoquée par des notables comme Henriette Lafon, fille d’un avocat au barreau de Tunis, qui, depuis Bizerte, demande à Peyrouton de refuser avec Noguès de « céder une partie de l’Empire à qui que ce fut »[24] 
Un délégué au Grand Conseil, Marc Auboine, estime, quant à lui, que « Français et Tunisiens sont prêts à se battre
Suggérer une solution maghrébine pour dépasser l’incertitude politique est une manière détournée de se désolidariser de la France, de se « laver les mains » d’un désastre qui n’est pas celui des coloniaux et dont surtout ils ne veulent pas pâtir. Avant même de savoir et de s’inquiéter du sort de la France, des Français de Tunisie, dont certains ont des responsabilités au sein du protectorat, sont prêts à accepter, parfois à devancer une solution coloniale. Il ne s’agit pas d’une sécession, en aucune façon cela n’est formulé, ni probablement représenté dans les esprits, mais d’une réflexion qui entraîne un positionnement objectif sur la ligne de l’éloignement vis-à-vis de la France si l’intégrité du Maghreb venait à être menacée. Pas un Français en Tunisie, en juin 1940, n’a voulu être entraîné dans la spirale dangereuse de la défaite ainsi que l’écrit Camille Séguin : « La Tunisie, l’Algérie, le Maroc ne sauraient être une marchandise aliénable, susceptible de passer en d’autres mains hors de la volonté de ses habitants, tout comme le Canada et l’Australie vis-à-vis de la Grande-Bretagne. »[26] 
Il s’agit avant tout « de défendre la terre qui nous a vu naître et qui est devenue notre véritable patrie», dit un homme qui appose au bas de sa lettre comme un cri : « Vive la Nouvelle France. »[27] 
Le territoire étant ici perçu comme une « contrée conscientisée »[28] , « la Nouvelle France » devenant, dans un mouvement de translation, le lieu de la renaissance et du renouveau français. Ces écrits, spontanés pour la plupart, révèlent un attachement indéfectible à la France, à la nation française dans son acception spirituelle mais pas nécessairement à l’Hexagone, au territoire métropolitain, lorsque celui-ci n’est plus digne de fierté. 
Pour une fois, l’honneur et l’avenir de la patrie paraissent se trouver de ce côté de la Méditerranée. Cela est une impression majoritaire en Tunisie, partagée par « les hommes du Massilia », par Noguès un temps, par Peyrouton peut-être, et par de Gaulle.

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8L’APPEL ENTENDU DU 18 JUIN
10« Transportés d’enthousiasme et de ferveur par l’initiative du général de Gaule [sic],des Français mettent en vous leur espoir de voir la Tunisie se ranger à ses côtés. Nous ne voulons pas cesser le combat, tel le général de Gaule qui organise la lutte en Angleterre. »[29]
11Les messages, radiodiffusés depuis Londres, du général de Gaulle ont, de toute évidence, été entendus en Tunisie. Éloignés qu’ils sont de la métropole – éloignement renforcé par l’impossibilité momentanée de communiquer avec celle-ci –, les Français vivant en Tunisie sont suspendus aux ondes radiophoniques et, en particulier, celles qui leur permettent d’écouter la BBC, contrepoids des émissions triomphalistes – forcément insupportables – des radios allemandes et italiennes. 
L’habitude de capter des stations étrangères est une raison parmi d’autres qui explique l’audience en apparence large des messages des 18 et 19 juin 1940. D’autre part, le rôle de la rue dans la sociabilité tunisienne permet une diffusion rapide des informations vers le plus grand nombre. 
De plus, la compétition, à laquelle se livrent Français, Italiens et Musulmans, se traduit aussi par le niveau sonore des radios installées dans les cafés ou aux fenêtres.
12Le message du général de Gaulle a de quoi interpeller tous les Français d’Afrique du Nord, puisqu’il s’adresse en partie explicitement à eux[30] 
D’ailleurs, les rapports de police, comme celui du 24 juin 1940, confirment que non seulement la population a écouté les messages du général mais les a entendus[31] 
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« Bien des Français suivent avec beaucoup d’intérêt les allocutions prononcées par le général de Gaulle au poste d’émission (BBC) de Londres. Sauf les critiques adressées au gouvernement Pétain, la population française partage le point de vue du général et verrait avec satisfaction s’organiser un plan de résistance dans l’Empire français. Mais, selon son opinion, cette résistance ne peut être entreprise qu’avec un appui très important de l’Angleterre à l’égard de laquelle une méfiance sembleapparaître dans certains milieux. »[32)
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3Tous les Français de Tunisie interrogés confirment également l’écoute des messages du général de Gaulle, même si, soixante années plus tard, on peut légitimement mettre en questionnement la fiabilité de leur mémoire, en particulier pour un événement aussi chargé de symbolique et si souvent commémoré[33] [33] 
Cependant, on peut mettre en avant le décalage entre « le peuple du désastre » pour reprendre l’expression d’Henri Amouroux et les spectateurs engagés que sont, dans ces instants.là, les Français de Tunisie. 
En l’occurrence, la distance les a placés au cœur d’un nouveau dispositif, au centre des enjeux, l’interface de l’Afrique du Nord en quelque sorte activée par la réception des ondes hertziennes.

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8FLUX ALTERNANTS DE L’OPINION
14L’ambivalence de l’opinion française en Tunisie est pourtant perceptible dès le 20 juin 1940. Dans un nouveau rapport adressé à la Résidence générale, le directeur des services de Sécurité écrit : « J’ai l’honneur de porter à votre connaissance que l’opinion de la population française reste la même. Partout se manifeste la même impatience de connaître les conditions de l’ennemi, mais, en même temps, l’espoir que la lutte continue. »[34] 
Même si la propre ambivalence du préfet et des autorités résidentielles se manifeste ici au moins autant que celle de la population, il n’est pas moins vrai que, au-delà du désir réel de poursuivre la guerre, de ne pas s’avouer vaincu, de refuser l’humiliation, le devenir de l’Empire a été un élément déterminant[35] 

15Certains refusent tout uniment l’armistice, comme cet homme de Metlaoui, qui, dans une lettre du 22 juin, affirme que « les discours du maréchal Pétain ont été sifflés[et qu’]il y a vraiment un état d’esprit unanime qui ne comprendra jamais une abdication quelle qu’elle soit ». Un certain Berry de Sfax dit sensiblement la même chose. Pour eux, « le général de Gaule [sic] mène un combat sacré»et ils souhaitent « que Dieu l’aide dans son entreprise »[36] 
Cette volonté de poursuivre la lutte se manifeste dans tout le pays, en milieu urbain comme en milieu rural, parmi les fonctionnaires, les « étudiants au collège de Sousse », les colons – y compris les Zeller –, des officiers, des artisans, des commerçants, des militants socialistes[37] 
Beaucoup emploient le terme de résistance qui n’est pas neutre. S’il n’est pas employé par Noguès, Le Beau ou Peyrouton, il l’est en revanche par de Gaulle. Rien n’autorise cependant à considérer qu’il s’agit là d’une forme d’engagement[38] et d’une résistance préfigurant une opposition au régime de Vichy. Il arrive pourtant que les modes d’actions envisagés par les opposants à l’armistice soient déjà ceux de la clandestinité comme ces tracts distribués anonymement dans les cafés de l’avenue de Carthage à Tunis le 24 juin :
_____________________________
« Le territoire déjà occupé reste sous l’occupation allemande. Les prisonniers allemands seront rendus et les prisonniers français resteront internés en Allemagne jusqu’à la signature de la paix.
« La Flotte sera désarmée et internée dans des ports que l’on désignera ultérieurement.
« Une partie de la marine marchande continuera d’assurer le trafic entre la France et les Colonies sous contrôle des Allemands et des Italiens.
« Le matériel d’aviation sera livré aux Allemands.
« Les postes de la Radio Française seront confisqués jusqu’à la paix.
« Désarmement des troupes et remise des armes aux Allemands.
« Le libre passage en France du trafic italien et allemand.
« Les gouvernements des colonies françaises continueront sous le contrôle des Allemands et des Italiens. [...]
« Le général de Gaule a constitué un Comité français pour sauvegarder les intérêts de la Patrie. Ce comité a été reconnu par le roi d’Angleterre [...]. »[39 

16Ce tract prouve que de Gaulle pouvait compter sur des relais en Tunisie, dès les premiers jours qui ont suivi l’armistice, sur des gens capables de réfléchir à leur action, de s’engager et de s’organiser. S’il n’est pas possible de connaître l’impact réel de cette action sur la population ni le nombre exact de participants, il s’agit tout de même d’une attitude résistante, consciente. 
Les auteurs du tract – la police estime qu’il est le fait d’un groupe de personnes – précisent que « le général de Gaule a été destitué par le gouvernement français de ses fonctions », ce qui signifie que les risques de la dissidence et de l’action illégale sont assumés.
17L’ensemble de la population française avait le sentiment, en campant sur le refus de la défaite, de suivre ses propres intérêts tout en faisant preuve de loyalisme puisqu’elle se trouvait en accord avec les représentants légaux de la France dans toute l’Afrique du Nord. D’où, sans doute, l’amicale pression exercée sur Peyrouton par le courrier qu’il reçoit et où il lui est simplement demandé de prendre une position officielle et de « proclamer lui-même la résistance »[40] .
Cette décision pouvait d’autant moins être prise que Marcel Peyrouton a eu une position ambiguë, partagé entre la volonté de préserver l’intégrité de l’Afrique du Nord sous la responsabilité du commandant de l’AFN et ses sympathies qui allaient de toute évidence vers les futurs hommes de Vichy ; la projection qu’il se faisait des événements était en ce sens significative[41] 

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8DOUTES ET GLISSEMENTS
18La proclamation du général Noguès du 24 juin 1940 est révélatrice des doutes qui assaillent les responsables d’Afrique du Nord et au-delà, l’opinion française d’Afrique.

« L’armistice est signé mais le gouvernement en réponse à des démarches pressantes traduisant les vœux de l’Afrique du Nord tout entière, me fait connaître que :
« 1 / Il ne saurait être question d’abandonner sans combattre, à l’étranger, tout ou partie des territoires où nous exerçons soit la souveraineté, soit le protectorat ;
« 2 / L’hypothèse de l’occupation militaire, par une puissance étrangère d’une partie quelconque de l’Afrique du Nord exclue ;
« 3 / Le gouvernement n’est pas disposé à consentir une diminution des effectifs stationnés dans ces territoires.
« Pour le moment, l’intégrité de l’Afrique du Nord et de ses moyens de défense paraît assurée.
« Je renouvelle donc mes appels au calme, à l’union, à la discipline et à la confiance dans l’avenir de notre pays. »[42

19Cette déclaration, replacée dans son contexte historique, laisse percer une inquiétude qui est d’ailleurs perçue par le directeur des services de Sécurité, qui dans une note adressée à l’Administration générale à Tunis, affirme que : « Les familles françaises [...] commentent abondamment les réserves contenues [dans la déclaration de Noguès] qui laisse à nos compatriotes l’impression que leur sécurité en Afrique du Nord est encore bien aléatoire. »[43]

20Ces deux hommes, Noguès et Peyrouton, très influents en Afrique du Nord, n’ont pas voulu ou n’ont pas pu, par principe pour l’un, par conviction pour l’autre, désobéir et entrer en dissidence. Ils ont cependant laissé planer le doute, favorisant l’élaboration de théories résistantes et parfois même de fantasmes. Ils ont entraîné ou accompagné une opinion qu’ils ont tentée par la suite de rattraper et de contrôler. Dans leurs rapports quotidiens sur l’état de la population de Tunis, les rédacteurs des services de Sécurité affirment le 24 juin 1940 que : « La nouvelle de la signature de l’armistice avec l’Allemagne n’a provoqué aucune surprise dans la population française qui est de plus en plus persuadée de l’inefficacité de la résistance contre les armées du Reich [...] et que nous sommes dans l’obligation de nous incliner devant la puissance militaire allemande. » Il n’en demeure pas moins vrai, toujours selon la même source, que « la population française partage le point de vue du général de Gaulle », ce qui reflète bien l’ambivalence de l’opinion[44] 
Face à cette attitude désormais inacceptable pour un Peyrouton qui a défini son option, comme pour balayer les doutes résiduels dans l’opinion laissés par le message de Noguès, dans une allocution, comme une réponse à de Gaulle, comme un prolongement de celles du maréchal Pétain, il déclare le soir du 24 juin :
__________________
« Cet armistice réserve l’honneur de la France, assure la défense et l’intégrité de l’Afrique du Nord. » [Il reprend ensuite les trois points développés par le général Noguès et conclut] : « Et désormais votre devoir est net : c’est le mien. Tous par notre travail, notre attitude, la confiance inébranlable dans les destins de la France immortelle, tous soulevés par une volonté unanime de reconstruction nationale, dans la purification de l’effort quotidien, nous devons maintenir la cohésion, l’union, subir les disciplines dont le rejet ou l’oubli nous amenèrent à la limite de l’abîme. »[45]

1Le discours du résident général est, en fait, un propos militant en faveur de l’armistice et du maréchal Pétain et le situe dans l’orbite du nouveau régime. L’impact sur la population que confère la fonction résidentielle, la popularité qui a été la sienne parmi les Français de Tunisie lors de son premier mandat et le besoin conjoncturel de se référer à une personne investie d’un pouvoir institutionnel, ont permis à Marcel Peyrouton de colmater les brèches dans une opinion chancelante et de la dompter : « Écoutée par toutes les familles françaises qui attendaient des déclarations importantes [et qui ont manifesté] partout un grand soulagement en apprenant que le gouvernement Pétain s’était opposé à toute occupation militaire étrangère de nos possessions coloniales et n’avait consenti à aucune diminution des effectifs stationnés dans ces territoires »[46] , cette déclaration favorise le passage de l’opinion française de Tunisie d’un refus global de la défaite et de l’armistice, à son acceptation.

L’ACCEPTATION SANS ADHÉSION DE L’ARMISTICE
22Même si des membres de la communauté française manifestent un enthousiasme ostentatoire, d’autres demeurent toujours inquiets. À la peur du futur immédiat, détournée par l’intervention de Peyrouton, succède l’angoisse du long terme. « De nombreux Français en viennent à se demander si les conditions de paix ne démentiront pas les espérances que paraissent laisser encore dans l’Afrique du Nord les conditions d’armistice et considèrent qu’il y a lieu de se méfier d’une supercherie de la part de l’Allemagne, toujours possible. »[47] 

Contrairement aux vœux de la Résidence générale, les alliés d’hier ne se sont pas transformés subitement en ennemis. Même si, peut-être pour complaire à sa hiérarchie, le directeur des services de Sécurité affirme que « les sentiments anglophiles paraissent perdre du terrain », il estime néanmoins que « malgré tout, beaucoup de nos compatriotes pensent encore que la France ne restera pas sur une si sévère défaite et que l’Angleterre peut encore vaincre»[48] 

À travers la formulation d’une victoire anglaise, c’est sans doute le désir de continuer le combat qui se manifeste. Une sorte de guerre par procuration dans laquelle le général de Gaulle pourrait jouer un rôle.
24Alors que la population hexagonale qui a subi directement le poids des événements est abasourdie, en Tunisie, l’attentisme cache une certaine vigueur. L’étude de l’évolution des sentiments anglophiles, considérée comme un marqueur, peut en rendre compte. Une fois signé l’armistice, les nouveaux dirigeants du pays n’ont qu’une hâte, démontrer qu’il n’y avait qu’une voie possible, que toute résistance face à l’Allemagne eût été vaine et suicidaire. En Tunisie, comme en France, l’Église affirme son soutien au nouveau régime et travaille l’opinion notamment par la voix de l’archevêque de Carthage, primat d’Afrique, Mgr Gounot, qui prononce des homélies sans ambiguïté[49]

Pourtant, malgré Mers-El Kébir, jamais la cote d’amour de l’Angleterre n’a faibli au sein de l’opinion française de Tunisie et, si la popularité du général de Gaulle a été concurrencée par celle du maréchal Pétain, elle ne s’est jamais éteinte, pour perdurer d’ailleurs en un attachement qui est allé au-delà de l’après-guerre. L’armistice a certes soulagé les Français de Tunisie mais il n’a pas fait disparaître les inquiétudes, ni le ressentiment, qu’ils continuaient d’éprouver vis-à-vis de l’Italie, la nation qu’ils considéraient comme leur véritable ennemi.
25Dans le cas d’une défaite militaire, une opinion publique exerce une pression plus forte que d’ordinaire sur le pouvoir politique. Elle réagit à chaud et son attitude est déterminée par ses craintes majeures : peur de l’ennemi, angoisse du lendemain, inquiétude de perdre une position. Si l’opinion française en juin 1940 était prête à accepter l’arrêt des combats, en Tunisie elle optait pour une attitude inverse mais, dans un cas comme dans l’autre, les populations s’en sont remises aux autorités légales, quitte à manifester plus tard, dans des formes multiples, leurs doutes ou leur réprobation. Les moments de tension internationale majeure font surgir chez les gouvernés un désir fort d’être rassérénés et guidés par le pouvoir autant que par les leaders d’opinion. La sortie de guerre est une réponse à l’entrée en guerre, et il est intéressant de constater qu’en Tunisie, une opinion publique favorable à la poursuite des combats en 1940 répond à une opinion nettement belliciste en 1939.

NOTES
[ 1]Yves Durand, La France dans la Seconde Guerre mondiale, Paris, Armand Colin, 1993 (2e éd.), « Cursus », p. 17. 
[ 2]Notamment Radio Bari et Radio Berlin avec des émissions en arabe destinées aux Tunisiens musulmans. 
[ 3]Robert O. Paxton, La France de Vichy, Paris, Le Seuil, 1973, p. 18. 
[ 4]Il adresse le 18 juin au général Weygand, après avoir entendu le premier message de Pétain le 17 juin, un télégramme en ce sens. Il y fait en substance, état du désir des hommes de se battre, l’inventaire du matériel dont il dispose et dresse un bilan géostratégique de la situation depuis l’Afrique du Nord. 
[ 5]Son retour depuis Buenos Aires où il occupait la fonction d’ambassadeur de France lui a pris un certain temps. Pendant ce temps, Eirik Labonne se retrouvait en poste à Moscou. 
[ 6]Ministère des Affaires étrangères (MAE), Archives diplomatiques de Nantes, protectorat Tunisie (ci-après ADN-Tunisie), premier versement, carton 332, papiers personnels des Résidents généraux. 48 personnalités de Mateur sur les quelque 398 personnes que compte la communauté française de cette ville, soit environ 12 % de celle-ci, manifestent leur volonté de poursuivre la guerre. Si ce n’est un sondage dans toute sa rigueur, c’est en tout cas une manifestation importante d’une opinion favorable à la poursuite des combats. Mateur, ville de la Medjerda est un centre important de colonisation où les colons tiennent une position enviable. Parmi les signataires de cette lettre, nous retrouvons des personnes connues comme la famille Zeller et en tout 11 membres du PSF en 1939 (après recoupement avec les listes établies par la Sûreté, 2mi 254, partis politiques). Si cette lettre a un poids supérieur aux autres par le nombre des signataires, celle qui émane du conseil municipal de Saint-Germain, qui exprime l’opinion de personnalités françaises également positionnées socialement, cette fois-ci en milieu urbain, est également à distinguer des autres. 
[ 7]Jean Estèbe utilise cette expression à propos des lettres adressées au Commissariat général des questions juives à Toulouse (Jean Estèbe, Les Juifs à Toulouse et en Midi toulousain au temps de Vichy, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 1996, p. 45). 
[ 8]Robert O. Paxton, La France de Vichy,op. cit., p. 15. 
[ 9]Juliette Bessis, Maghreb, la traversée du siècle, Paris, L’Harmattan, 1997, p. 92. 
[ 10]Élie Cohen-Hadria estime en revanche comme une erreur le retour de Peyrouton en Tunisie, Du protectorat français à l’indépendance tunisienne : souvenir d’un témoin socialiste de son temps,Nice, Centre de la Méditerranée moderne et contemporaine, 1976, p. 100-102. 
[ 11]MAE (ADN-Tunisie), premier versement, 2mi 673, bulletin quotidien d’information de la résidence, dossier 1, bulletin du 7 juin 1940. Élie Cohen-Hadria donne une autre version. Dans Tunis socialiste, Duran-Angliviel a écrit : « La patrie est en danger. Nous n’avons pas à savoir qui le gouvernement de la République nous envoie pour diriger les destinées de la Tunisie en ces heures sombres. Nous nous rangeons derrière lui parce qu’il représente la France. » Voir É. Cohen-Hadria, Du protectorat français…,op. cit., p. 149 ou encore, BN de Tunis, section des périodiques,Tunis socialiste du 6 juin 1940. 
[ 12]Ibid., bulletin du 7 juin 1940. 
[ 13]MAE (ADN-Tunisie) premier versement, carton 332, papiers personnels des résidents généraux, lettres reçues par Marcel Peyrouton entre le 19 juin et le 6 juillet 1940. Elles ne sont pas classées. 
[ 14]Les Européens de Mateur sont avant-guerre 1624 (sur une population totale de 7 416 personnes) dont 1 169 Italiens et 398 Français. Le reste de la population européenne se composant de 44 Maltais, 6 Espagnols et de 4 autres Européens n’appartenant pas aux principales nationalités répertoriées sur le territoire tunisien. 
[ 15]MAE (ADN-Tunisie), premier versement, carton 332. 
[ 16]Ibid. 
[ 17]Ibid. 
[ 18]Deux lettres sur les 42 sont franchement antisémites et une autre l’est de manière moins directe. 
[ 19]La première des deux lettres antisémites, écrite par une femme d’âge mûr (elle déclare avoir de grands enfants) et appartenant à un milieu social modeste ou du moins n’ayant pas fait beaucoup d’études, sa lettre étant truffée de fautes d’orthographe. 
[ 20]Deuxième lettre antisémite d’un homme âgé de Sousse qui est plus proche d’un règlement de comptes entre lui et deux notables juifs. 
[ 21]MAE (ADN-Tunisie), 2mi 778, rapports de police, note adressée le 20 juin 1940 au directeur de l’Administration générale et communale.
[ 22]Ibid. 
[ 23]Élie Cohen-Hadria, Du Protectorat français…,op. cit., p. 154. À travers cette locution, il désigne les Français de Tunisie et non les Tunisiens. 
[ 24]MAE (ADN-Tunisie), carton 332, la lettre d’Henriette Lafon fait partie des lettres signées à titre individuel comme celle de Marc Auboine, délégué au Grand Conseil, d’Eugène Lemain, chef d’entreprise, de Camille Séguin ou dans une certaine mesure celle de Mateur. D’autres sont signées au nom d’un groupe. 
[ 25]Les Anciens Combattants de Metlaoui, de Moulares ou encore un chef d’entreprise originaire d’Arras, Eugène Lemain, font valoir auprès du résident général la force numérique que représente la population musulmane. Noguès emploie également cette supériorité numérique comme un argument permettant de défendre sa position en faveur de la poursuite de la guerre pendant les pourparlers d’armistice. Cela rejoint la vision du gouvernement français en janvier 1939, exprimée plus ou moins nettement par É. Daladier lors de son voyage tunisien. 
[ 26]MAE (ADN-Tunisie), carton 332. Camille Séguin s’exprime au nom du conseil municipal de Saint-Germain dans la banlieue de Tunis, avec le poids aussi que lui confère sa qualité de responsable du Parti radical de Tunisie. 
[ 27]Ibid., carton 332. 
[ 28]Roger Brunet, Les mots de la géographie,dictionnaire critique, Montpellier, GIP RECLUS – La Documentation française, 1993, « territoire ». Il évoque également un « espace approprié avec conscience d’appropriation ». 
[ 29]L’orthographe a été respectée parce qu’elle signifie une connaissance exclusivement orale de De Gaulle. Les personnes qui évoquent de Gaulle ne le connaissent pas ou presque pas ; une d’entre elles allant même jusqu’à le comparer à D’Annunzio à Fiume. 
[ 30]Notamment lorsqu’il évoque : « l’Afrique du Nord française, l’Afrique du nord intacte [...] l’Afrique de Clauzel, de Bugeaud, de Lyautey, de Noguès ». 
[ 31]« On ignore quel est l’impact en AFN de cet appel », estime Christine Lévisse-Touzé dansL’Afrique du Nord dans la guerre, 1939-1945, Paris, Albin Michel, 1998, p. 72. Pourtant il semble bien, plusieurs sources le confirmant, que cet appel a reçu un écho favorable en Tunisie malgré sa censure dans la presse imposée par le général Noguès. 
[ 32]MAE (ADN-Tunisie), 2mi 778, état et mouvements de l’opinion entre juin et juillet 1940, rapport du préfet directeur des services de Sécurité daté du 24 juin 1940, fol. 374. Certaines affirmations du directeur de la Sécurité n’engagent que lui et sa conception des rapports hiérarchiques avec le résident Peyrouton. D’autres sources démontrent que les Français n’étaient pas animés globalement de sentiments anglophobes. D’ailleurs, l’emploi abusif des modalisateurs traduit le manque de certitude et la prudence du rédacteur. 
[ 33]33 anciens de Tunisie ont répondu soit directement (15), soit par retour de questionnaire à des questions précises mais faisant appel à leur souvenir. Pour cela, voir Serge La Barbera, Les populations françaises de Tunisie de la fin des années 1930 au début des années 1950 : attitudes, comportements, représentations, thèse de doctorat d’histoire, Toulouse-Le Mirail, 2002, 2 vol. 
[ 34]MAE (ADN-Tunisie), 2mi 778, état de l’opinion entre juin et juillet 1940. 
[ 35]Cette question a d’ailleurs été au cœur des discussions entre vainqueurs et vaincus. 
[ 36]MAE (ADN-Tunisie), carton 332, papiers personnels des Résidents, courrier adressé à M. Peyrouton. 
[ 37]É. Cohen-Hadria, op. cit., p. 151. « Pour nos camarades, aucun doute : il fallait continuer le combat», écrit-il. Les Zeller sont des colons très aisés de Mateur, membres du PSF avant la guerre. 
[ 38]Le désir de résister exposé par ces personnes qui se sont manifestées autour du 22 juin 1940 ne s’est pas inscrit dans la durée et est resté au niveau « de la bouteille à la mer ». Il n’a pas été, pour la majorité, oralisé ni surtout rendu public, selon les critères de l’engagement définis par Antoine Prost, Vingtième Siècle,Revue d’histoire, « Changer le siècle », octobre-décembre 1998, numéro spécial, p. 14-26. 
[ 39]MAE (ADN-Tunisie), carton 1899, fol. 117 et 118, rapports de police, un double de ce tract est transmis au résident général par le commissaire Benoiton. 
[ 40]Élie Cohen-Hadria, op. cit., p. 151. Persuadés que le résident général ne manquerait pas d’agir ainsi, les responsables de Tunis socialiste envoient aux services de la Résidence chargés de la censure, le numéro du journal appelant à la poursuite des combats et à la résistance. 
[ 41]Il répond à Gaston Palewski, ancien chef de cabinet de Paul Reynaud, de passage à Tunis le 20 juin : « Voyons [...], vous êtes naïf, les Anglais sont déjà en train de négocier avec Hitler. » Cité par Jean Lacouture, De Gaulle,le Rebelle, Paris, Le Seuil, 1984, p. 376. Devant le consul de Grande-Bretagne, il déclare : « Convainquez Noguès, c’est de lui que tout dépend » (ibid.). Dès le 18 juin 1940, il déclarait à Radio Tunis, dans une allocution : « Le maréchal Pétain, la plus pure figure des temps présents, s’est vu, sous la pression de circonstances inéluctables, obligé d’examiner dans quelles conditions il pourrait honorablement être mis fin à un carnage [...].Peut-être un jour, la France mutilée et plus glorieuse que jamais, devra-t-elle déposer les armes [...] l’honneur reste. » La version intégrale de cette allocution a été reproduite dans La Dépêchetunisienne du 19 juin 1940, BN de Tunis, section des périodiques. On peut supposer, et malgré le flou entretenu, compte tenu du rôle qu’il a joué quelques semaines plus tard dans le premier gouvernement Laval à Vichy, que sa position était définie. 
[ 42]BN de Tunis, section des périodiques, Le Petit Matin du 25 juin 1940. 
[ 43]MAE (ADN-Tunisie), 2mi 778, fol. 376. Il met en exergue la phrase en question qui a, semble-t-il, beaucoup inquiété la population française. 
[ 44]Ibid. ou encore carton 1899, fol. 114. 
[ 45]BN de Tunis, section des périodiques, Le Petit Matin du 25 juin 1940. 
[ 46]MAE (ADN-Tunisie), 2mi 778, fol. 376. 
[ 47]Ibid., 26 juin 1940, fol. 377, rapport du préfet de la Sécurité. 
[ 48]Ibid. 
[ 49]Serge La Barbera, « L’Église d’Afrique face au nouveau régime. L’attitude de Mgr Gounot, primat d’Afrique : une ambivalence coloniale », J. Cantier, E. Jennings (dir.), L’Empire colonial sous Vichy, Paris, Odile Jacob, 2004, p. 287-299. 

RÉSUMÉ
En juin 1940, tandis que s’annonce la défaite de l’armée française, que la panique s’empare de la France, dans les colonies du Maghreb, et particulièrement en Tunisie, l’opinion paraît favorable à la poursuite des combats. La voix du général de Gaulle est entendue et son discours est apprécié. La peur de voir le Protectorat passer sous contrôle italien détermine les attitudes et il faut toute la conviction des autorités en place pour faire accepter l’armistice. L’opinion française de Tunisie est avant tout légaliste et ce réflexe est renforcé par les circonstances mais le développement de la guerre fait surgir, à la fois, une affection pour de Gaulle, et pour les Alliés.

Défaite militaire et enjeux d’influence entre pouvoir et opinion publique : l’exemple de la Tunisie entre mai et juillet 1940
In June 1940, while the French Army is in rout and panic is taking hold of France, public opinion in French North Africa, especially in Tunisia, seems in favour of continuing the fight. General de Gaulle’s voice can be heard and his appeal is applauded. The fear of seeing the Protectorate falling under Italian control is uppermost in the mind, and the authorities are hard put to persuade the people to accept the armistice. Opinion in French Tunisia is above all legalist, and this reflex is reinforced by circumstances, but as the war proceeds it fosters a more popular image of de Gaulle and of the Allies.

 

POUR CITER CET ARTICLE
Serge La Barbera « Défaite militaire et enjeux d’influence entre pouvoir et opinion publique : l’exemple de la Tunisie entre mai et juillet 1940 », Guerres mondiales et conflits contemporains 2/2007 (n° 226), p. 109-120. 
URL : www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2007-2-page-109.htm. 
DOI : 10.3917/gmcc.226.0109.   

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La Tunisie au gré des conflits  

 

 

9 avril 2013

Le service de santé de l’armée de l’Air pendant la Deuxième Guerre mondiale – Jean Timbal

Classé sous — milguerres @ 22 h 45 min

Le service de santé de l’armée de l’Air pendant la Deuxième Guerre mondiale

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Jean Timbal

p. 108-119
http://rha.revues.org/index198.html

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Résumé
Les premiers mois de la guerre entraînent la disparition quasi-complète de l’organisation et des infrastructures dédiées à l’expertise du personnel navigant, à la recherche et à l’enseignement de la médecine aéronautique. Le secrétariat d’État à l’Aviation, créé après l’Armistice prévoit un service de santé (SSAir) commun à l’armée de l’Air et à l’Aviation civile. Constitué exclusivement de militaires sa direction est confiée au médecin général Goett. En même temps qu’il règle la question du recrutement, de la formation et de l’uniforme des médecins, infirmiers et infirmières, le médecin général Goett met en place une organisation qui résiste aux turbulences de l’époque et reste la base du développement du SSAir une fois la paix revenue. Après les évènements de novembre 1942, le SSAir privé d’une partie de ses effectifs et dépouillé de l’essentiel de ses moyens matériels continue à assurer dans des conditions difficiles, le soutien médical du personnel et des familles du secrétariat général à la défense aérienne. En Afrique du Nord, le SSAir est renforcé en effectifs et rééquipé par les américains. Après la campagne de Tunisie, où plus de 818 évacuations sanitaires aériennes sont effectuées, il débarque en Provence et accompagne les troupes françaises dans leur progression vers l’Allemagne. Après la libération de Paris, les SSAir de métropole et d’Afrique du Nord sont unifiés. L’ambulance médicochirurgicale de l’Air n° 401 intervient à Strasbourg, en décembre 1944, pour traiter 240 blessés et à Mengen, en mai 1945, pour en évacuer 1 935. Dans les derniers mois de la guerre, deux hôpitaux de campagne de l’armée de l’Air sont mis en service, ainsi qu’un centre de sélection psychophysiologique de l’Air et un Centre d’études de biologie aéronautique du service de santé de l’Air.

Plan

  • État des lieux en septembre 1939


  • Désorganisation et destructions des premiers mois de la guerre


  • Naissance du service de santé de l’armée de l’Air


  • Recrutement et formation du personnel


  • Reprise de l’activité médicale


  • Survie en métropole après novembre 1942


  • Le service de santé de l’armée de l’Air d’AFN après novembre 1942


  • Les derniers mois de la guerre


  • Conséquences


L’intégralité de l’article sur : 

http://fr.calameo.com/read/0021527564509ce46288b

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6 avril 2013

La campagne de Russie de 1812

Classé sous — milguerres @ 15 h 04 min

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Celles de l’Histoire, retour vers les grandes épopées

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La campagne de Russie de 1812

Napoléon dans son cabinet de travail, Jacques-Louis David, 1812

La campagne de Russie de 1812 est une campagne militaire menée par l’empereur Napoléon Ier. Après avoir conquis presque toute l’Europe, Napoléon entreprend de conquérir la Russie de l’empereur Alexandre Ier.
Jusqu’à la prise de Moscou, face à une armée impériale russe inférieure en nombre au début de l’invasion, l’avantage est aux forces napoléoniennes. Mais le prince russe Mikhaïl Koutouzov général en chef, relève le moral de son armée et l’encourage à mener une contre offensive, en organisant le harcèlement de la Grande Armée lors de la retraite française. C’est ainsi que les maladies, l’hiver, mais aussi les soldats et la population russes, sont responsables de la défaite de Napoléon en Russie.
Les guerres napoléoniennes ont profondément marqué la culture russe. La campagne de Russie a été relatée par Léon Tolstoï dans son célèbre roman historique Guerre et Paix, ainsi qu’évoquée par Piotr Ilitch Tchaïkovski dans son Ouverture 1812. Durant la Seconde Guerre mondiale, l’invasion allemande de l’Union soviétique a été mise en parallèle avec la campagne de Russie.

 

Date 22 juin - 14 décembre 1812
Lieu Entre Austerlitz et Moscou
Issue Victoire russe décisive
Retraite de Russie
Belligérants
Drapeau de l'Empire français Empire français

Flag of Denmark.svg Royaume du Danemark et de Norvège
drapeau du Royaume de Prusse en 1803 Royaume de Prusse
Flag of the Habsburg Monarchy.svg Monarchie de HabsbourgFlag of Russia.svg Empire russeCommandantsNapoléon IerAlexandre Ier de Russie
Mikhaïl Koutouzov
Pierre de BagrationForces en présenceGrande Armée
691 500 hommesArmée impériale russe
350 000 hommes initialement, puis
900 000 hommesPertes200 000 morts
150 000 à 190 000 prisonniers
130 000 déserteurs210 000 morts

La campagne de Russie de 1812 napole10

Au moment de la campagne, Napoléon était au sommet de son règne avec toutes les nations d’Europe continentale sous son contrôle (à l’exception notable de la péninsule ibérique), ou sous le contrôle de nations vaincues par son empire et évoluant sous des traités favorables à la France. Aucun pouvoir européen du continent n’osait alors s’élever contre lui. En 1807, le traité de Tilsit règle la paix entre l’Empire et la Russie. Alexandre espérait à travers le général Caulaincourt un traité interdisant le rétablissement de la Pologne. Napoléon désavoua Caulaincourt, et marqua alors la rupture de confiance avec Alexandre. Ainsi, le traité de paix avec l’Autriche de 1809 contint une clause annexant la Galicie au profit du Grand Duché de Varsovie. La Russie considérait cette clause comme allant à l’encontre de ses intérêts et la Pologne comme le point de départ éventuel d’une invasion de son territoire.
La Russie, alors dotée d’une industrie manufacturière faible, mais riche en matières premières, souffrait du blocus continental qui la privait d’une partie de son commerce, de ses ressources et de revenus pour acheter des biens manufacturés. La levée du blocus par la Russie mit Napoléon en rage et l’encouragea dans la voie de la guerre. Son mariage avec Marie-Louise d’Autriche, auquel Alexandre refusa de participer, renforça aussi la défiance à l’égard de la Russie, alors qu’un peu plus tôt, un mariage, qui aurait concrétisé l’alliance franco-russe, avec la sœur d’Alexandre, la princesse Catherine, avait été envisagé1.

Dénomination
La campagne de Russie de 1812 était connue en Russie sous le nom de « guerre patriotique » (en russe Отечественная война, Otetchestvennaïa Voïna)2.
En russe, on la nomme aussi « guerre de 1812 ».

L’invasion
Les armées opposées

En juin 1812, la Grande Armée forte de 691 500 hommes, la plus grande armée européenne jamais rassemblée, franchit le Niémen pour se diriger vers Moscou.
À la fin juin, la Grande Armée se répartit comme suit, du nord au sud :
• Le maréchal d’Empire MacDonald avec son Xe corps d’Armée (~29 100 hommes), incluant le contingent prussien, àTilsit. La mission de cette force était de prendre Rīga et de se diriger vers Saint-Pétersbourg.
• L’empereur Napoléon Ier, avec la Garde impériale (~30 500 h.), sous Mortier, Lefevbre et Bessières, le Ier corps d’Armée (~66 000 h.) de Davout3, le IIe Corps d’Armée (~40 000 h.) d’Oudinot, le IIIe corps d’Armée (~37 800 h.) deNey et la Réserve de Cavalerie (~20 800 h.) sous Murat avec les Ier et IIe corps de Réserve de Cavalerie de Nansoutyet Montbrun ; le tout concentré devant Kovno. Cette force centrale avait pour but d’engager et détruire la principale armée russe (la 1re Armée de l’Ouest) sous Barclay de Tolly.
• Eugène avec son IVe corps d’Armée (~45 000 h.), environ un tiers d’Italiens), le VIe corps d’Armée (bavarois) (~23 600 h.) de Gouvion-Saint-Cyr et le IIIe corps de réserve de Cavalerie (~6 800 h.) de Grouchy ; le tout concentré à l’arrière et à droite de la force de Napoléon. Les ordres d’Eugène étaient de maintenir le contact avec les unités plus au sud et de protéger la force principale contre une attaque de la 2e Armée de l’Ouest russe de Bagration.
• Jérôme avec le Ve corps d’Armée (polonais) (~34 600 h.) de Poniatowski, le VIIIe corps d’Armée (westphalien) (~16 700 h.) de Vandamme et le IVe corps de réserve de cavalerie (à moitié polonais, un quart saxon et un quartwestphalien) (~7 300 h.) de Latour-Maubourg ; le long du Niémen au sud-ouest de Grodno. Cette force était supposée engager la 2e Armée de l’Ouest russe de Bagration.
• Reynier avec son VIIe corps d’Armée (saxon) (~18 500 h.) près de Bialystok. Ce corps devait maintenir la jonction entre Jérôme et Schwarzenberg.
• Schwarzenberg avec son XIIe corps d’Armée (autrichien) (~32 900 h.) près de Lublin. Ce corps était supposé couvrir le sud de la Pologne contre une invasion russe à partir de l’Ukraine (la 3e Armée de l’Ouest (ou d’Observation) russe deTormassov s’y trouvait).
• En Prusse le IXe corps d’Armée (un tiers polonais et un tiers allemand) (~25 000 h. au 31 août) de Victor et le XIecorps d’Armée (largement composé d’unités de dépôt et de réserve) (~28 000 h. au 15 août). Ces deux corps s’occuperaient de la garnison de la Prusse et de la Pologne et augmenteraient la Grande Armée en Russie si nécessaire.
• 1 200 pièces d’artillerie4.
• plus de 180 000 chevaux (de cavalerie, d’artillerie, de trait).
À cela s’ajoutent 80 000 Gardes nationaux, engagés par conscription pour défendre la frontière impériale du duché de Varsovie. En comptant ceux-ci, l’effectif total des forces impériales françaises sur la frontière russe et en Russie atteint environ 771 500 hommes. Cet énorme déploiement de troupes pénalise grandement l’Empire, en particulier si l’on considère les 300 000 Français supplémentaires se battant dans la péninsule ibérique et les plus de 200 000 hommes en Allemagne et en Italie.
Le gros de l’armée se compose de 450 000 Français, les alliés de la France formant le reste. En plus du corps d’armée autrichien détaché sous les ordres de Schwarzenberg, on compte environ 95 000 Polonais, 90 000 Allemands (24 000 Bavarois, 20 000 Saxons, 20 000 Prussiens, 17 000 Westphaliens et quelques milliers d’hommes venus de plus petits États rhénans), 25 000 Italiens, 12 000 Suisses, 4 800 Espagnols, 3 500 Croates et 2 000 Portugais. À cela s’ajoutent des contingents néerlandais et belges. Chaque nationalité du vaste empire napoléonien est représentée.
Si l’on en croit les estimations les plus récentes, l’armée impériale russe qui lui fait face est moins nombreuse, du moins au début de la campagne. Environ 280 000 Russes sont déployés sur la frontière polonaise (en préparation de l’invasion prévue du satellite français qu’était le Grand-Duché de Varsovie). Au total, l’armée russe compte environ 500 000 hommes (certaines estimations descendent jusqu’à 350 000, tandis que d’autres vont jusqu’à 710 000, un nombre aux alentours de 400 000 semble plus crédible), au début de la guerre. Ceux-ci se répartissent en trois armées :
• la Première armée de l’ouest (commandée par le général Mikhail Barclay de Tolly : six corps d’armée d’infanterie, trois de cavalerie de réserve, dix-huit régiments de cosaques : quelque 159 800 hommes et 558 pièces d’artillerie4,
• la Deuxième armée de l’ouest (commandée par le général Bagration) : deux corps d’armée d’infanterie, un de cavalerie de réserve, neuf régiments de cosaques du Don : 62 000 hommes et 216 pièces d’artillerie4,
• la Troisième armée de l’ouest (ou d’observation), (commandée par le général Tormassov) : trois corps d’armée d’infanterie, un de cavalerie de réserve, neuf régiments de cosaques : 58 200 hommes et 168 pièces d’artillerie4.
Deux corps de réserve, un de 65 000 hommes et un autre de 47 000 hommes, soutiennent ces trois armées. D’après ces chiffres, l’armée russe qui fait immédiatement face à Napoléon compte quelque 392 000 hommes. De plus, la paix est assurée avec la Suède et l’Empire ottoman pour Saint-Pétersbourg, ce qui libère plus de 100 000 hommes, (du Corps de Finlande de Steinheil et de l’Armée du Danube de Tchitchagov). Des efforts sont faits pour grossir les armées russes et, en septembre, l’effectif est porté à environ 900 000, sans compter les unités cosaques irrégulières, qui apportent probablement 70 000 ou 80 000 hommes au total.

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En 1812, par Illarion Pryanichnikov

La marche sur Moscou
Le 22 juin 1812, Napoléon déclare la guerre à la Russie, du quartier général de Wilkowiski : il apprend cette résolution à ses soldats5.
L’armée impériale la plus formidable que Napoléon eût mise sur pied comptait 600 000 combattants6 et 2 200 bouches à feu. Cette machine de guerre est composée en fait de 370 000 Français, 50 000 Polonais, 20 000 Italiens, 10 000 Suisses, 150 000 Prussiens, Autrichiens, Bavarois, Saxons, Badois, Wurtembergeois, Westphalliens, Hollandais, Belges, Croates, Espagnols et Portugais. Ce chiffre ne tient pas compte des 150 000 hommes restés dans les dépôts en France, des 50 000 hommes cantonnés en Italie, des 300 000 hommes en Espagne et des 100 000 gardes nationaux6. À cette époque, l’Empereur des Français commandait, directement ou par ses alliés, à quatre-vingt cinq millions cinq cent mille Européens ; ses ordres s’exécutaient dans un espace qui comprenait 19 degrés de latitude et 30 de longitude. Aucun des empereurs romains n’eut à sa disposition des forces aussi extraordinaires.
Napoléon avait envoyé une dernière offre de paix à Saint-Pétersbourg peu avant d’entamer les opérations. Ne recevant pas de réponse, il ordonne d’avancer en Pologne russe.
Le quartier général de l’armée française passe le Niémen vis-à-vis Kowno. L’armée se compose de dix corps commandés, le premier par le maréchal Davout, le deuxième par le maréchal Oudinot, le troisième par Ney, le quatrième, sous le nom d’armée d’Italie, par le prince Eugène de Beauharnais, le cinquième par Poniatowski, le sixième par Gouvion-Saint-Cyr, le septième par le général Reynier, le huitième par le général Vandamme, le neuvième, dont les cadres seuls sont formés, par le maréchal Victor, le dixième par le maréchal Macdonald. La vieille garde est commandée par le maréchal Lefebvre, la jeune par le maréchal Mortier, la réserve de cavalerie par Murat. La cavalerie de la gardeBessières agit à part.
Un corps auxiliaire de 30 000 Autrichiens marche séparément. Dans cette nombreuse armée, les Français figurent pour 270 000 combattants. L’armée russe est forte, tantinfanterie que cavalerie, de 360 000 hommes, sans compter deux corps qui se forment, l’un en Lituanie et l’autre à Rīga.

Les Français à Moscou
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Les troupes françaises font leur entrée à Wilna (Vilnius), ancienne capitale de la Lituanie. Les Russes, en se retirant, détruisent tout ; ils livrent aux flammes d’immenses magasins, 150 000 quintaux de farine, des fourrages, des habillements ; ils jettent dans la Vilnia une grande quantité d’armes.
Au départ, la Grande Armée ne rencontre aucune ou peu de résistance et avance rapidement en territoire ennemi. Les Russes offrent seulement une résistance sporadique et Barclay, le commandant en chef, refuse le combat malgré les instances de Bagration, sachant qu’il ne peut battre les Français lors d’une bataille rangée. À plusieurs reprises, il tente d’établir une position défensive forte, mais à chaque fois l’avance française, trop rapide pour lui permettre de finir les préparatifs, le force à battre en retraite. Ceci est souvent considéré comme un exemple de politique de la terre brûlée : en réalité, la retraite russe ne faisait pas partie d’un plan établi pour attirer les Français dans les terres russes où l’hiver et le manque de provisions suffisantes contribueraient à les anéantir, mais plutôt de l’impossibilité pour les commandants russes de trouver une occasion de combat dans des conditions favorables, en raison de la vitesse et de la puissance de l’avance française.
Le 14 juillet, l’empereur Alexandre Ier se montre à Moscou pour exciter le zèle et le courage de ses habitants7.
Le 28 juillet, les Français entrent à Vitebsk. Les Russes continuent à se replier. La Grande armée les suit sans trouver l’occasion de combattre. Enfin, ils arrivent sous les murs deSmolensk, ville russe, entourée de murailles de trois mètres d’épaisseur, flanquée de tours. À ces fortifications fort massives, on venait d’ajouter d’autres ouvrages exécutés avec soin et bien entretenus. Barclay de Tolly avait jeté dans la place 30 000 hommes, et il se tenait en bataille sur les deux rives du Dniepr, communiquant avec la ville par des ponts.

Les pressions politiques sur Barclay pour entamer le combat et la constante réticence du général (vue par la population comme un signe d’intransigeance) lui valent de perdre sa position de commandant en chef pour être remplacé par le populaire et haut en couleurs Koutouzov. Malgré sa rhétorique opposée, il suit la voie de Barclay, voyant tout de suite qu’affronter les Français en bataille rangée reviendrait à sacrifier son armée inutilement. Ce vieux général, vainqueur des Turcs, avait solennellement promis de couvrir Moscou, la ville sainte, et d’anéantir l’armée française8. Il finit par réussir à établir une position défensive à Borodino (suite à un affrontement indécis à Smolensk du 16 au 18 août).

Échec stratégique vers Saint-Pétersbourg
Pendant que l’armée principale s’enfonce, au centre, dans l’immense plaine russe en direction de Moscou, au nord MacDonald échoue avec le Xe corps d’armée franco-prussien à s’emparer de Riga, assiégée en vain. Puis le IIe corps d’armée d’Oudinot est repoussé par Wittgenstein à deux reprises en direction de la capitale russe sur la Néva où s’est réfugiéAlexandre 1er : le 1er août à Kliastitsy sur la route entre Minsk et Pskov, puis le 18 août à Polotsk, tout ceci à moins de 300 km au sud de Saint-Pétersbourg. Désormais le IIecorps perd tout caractère offensif et reçoit l’ordre de se retrancher le long de la Dvina.
Ces échecs, s’ils passent assez inaperçus et semblent peu décisifs, ont eu de très graves conséquences pour Napoléon :
• ils isolent la progression de l’armée principale en route vers Moscou, désormais seule à avancer, ceci d’autant plus imprudemment que Schwarzenberg, censé protéger son flanc sud avec le XIIIe corps autrichien, lui, s’est bien gardé de s’enfoncer profondément vers l’Est ;
• ils obligent Napoléon à surveiller particulièrement son flanc nord pour maintenir ses lignes arrières, mission qu’il confie à Gouvion-Saint-Cyr et consistant désormais à tenir défensivement la ligne sur le fleuve Dvina ;
• ils redressent le moral et renforcent la ténacité des russes, incapables encore de s’opposer directement à l’Empereur, mais qui savent ses généraux plus vulnérables, et qui peuvent légitimement penser qu’ils auront leur heure, tôt ou tard ;
• ils donnent un caractère non décisif, voire simplement tactique, aux batailles de Smolensk et de La Moskova/Borodino, l’ennemi russe, repoussé à chaque fois, n’étant pas globalement déstabilisé, ni à présent déstabilisable ;
• ils contribuent sans doute enfin à rendre infructueuses les offres de paix de Napoléon, une fois Moscou conquise, Alexandre 1er ne se sentant nullement menacé en son palais de Saint-Pétersbourg.
Que serait-il advenu si Oudinot, au lieu de laisser figer son corps d’armée à Polotsk, avait bousculé Wittgenstein, et était parvenu fin août en vue de la Neva ?
D’ailleurs au moment où Napoléon quittera Moscou, Wittgenstein qui s’est renforcé, enfoncera Saint-Cyr encore à Polotsk, et franchissant le Dvina menacera la route principale de Moscou à Vilnius, rendant plus incertaine encore la retraite de la Grande Armée.

Bataille de Smolensk

Le 17 août 1812, à une heure de l’après-midi, Napoléon donne le signal de l’attaque. Les faubourgs, retranchés et défendus par la grosse artillerie, sont enlevés ; les remparts, ainsi que les masses postées sur la rivière, sont foudroyés. Les Russes, après des efforts désespérés de résistance, mettent le feu à la ville et l’abandonnent, laissant d’immenses magasins, 12 000 hommes tués, blessés ou prisonniers, et 200 pièces de canon.
À la suite de cette victoire, l’Empereur se met à la poursuite des Russes, qu’il pousse vivement jusqu’à Valutino, plateau sur lequel leur arrière-garde prit position le 19 août. Murat et Ney l’attaquent et la mettent en fuite après lui avoir fait éprouver de grandes pertes. Valutino donna son nom à une nouvelle victoire française.
En même temps, et sur divers points, il y a plusieurs combats où les armées de l’Empire connurent diverses fortunes : le 6e corps, commandé par Gouvion-Saint-Cyr, battitWittgenstein lors de la première bataille de Polotsk, lui tua 2 000 hommes, en blessa 4 000, lui fait un grand nombre de prisonniers, parmi lesquels 3 généraux, et s’empara de 20 pièces de canon, mais Wittgenstein organise une contre attaque et Gouvion-Saint-Cyr fut obligé de se retirer.
Après l’affaire de Valutino, poursuivant l’ennemi, la grande armée arrive à Ghjat, où il lui est permis de prendre quelques jours de repos et se préparer à la grande bataille que l’Empereur juge imminente.

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L’empereur Napoléon Ier et ses maréchaux à la bataille de la Moskowa (ou bataille de Borodino)

Bataille de la Moskova
C’est le 7 septembre 1812 qu’est livrée la bataille appelée, par les Français, de la Moskova, et par les Russes de Borodino, parce que l’action eut lieu sur le plateau qui domine ce village.
Napoléon haranguait ainsi ses troupes :
« Soldats ! voilà la bataille que vous avez tant désirée. Désormais la victoire dépend de vous ; elle nous est nécessaire, elle vous donnera l’abondance, de bons quartiers d’hiver et un prompt retour dans la patrie. Conduisez-vous comme à Austerlitz, à Friedland, et que la postérité la plus reculée cite avec orgueil votre conduite dans cette journée ; que l’on dise de vous : Il était à cette grande bataille livrée sous les murs de Moscou. »
veille et pendant la nuit il avait plu. À cinq heures, le soleil se leva sans nuage : Soldats !s’écria Napoléon, voilà le soleil d’Austerlitz ! Cette exclamation passe de rang en rang et remplit les troupes d’ardeur et d’espérance.
Les deux armées comptent chacune de 120 à 130 000 hommes. Un coup de canon tiré par les Français donne le signal, et l’action s’engage sur toute la ligne. Après quatre heures de combats opiniâtres, pendant lesquels 1 200 bouches à feu tirent, trois redoutes sont enlevées par le prince Eugène, les maréchaux Davout et Ney. Toutes les batteries russes sont successivement assaillies et enlevées. La plus formidable de leurs redoutes est emportée par les cuirassiers français.

Après avoir détruit par la mitraille la plus grande partie des masses qui résistaient à son entrée, Napoléon fait manœuvrer le 8e corps et toute la droite pour tourner la dernière position des Russes. Il ordonne à la garde et à toute la cavalerie de soutenir ce mouvement. Eugène se porte en avant de la Kalogha, et dès ce moment l’issue de la bataille est certaine. À la tombée de la nuit, l’armée russe opère sa retraite en bon ordre vers Mojaïsk, laissant sur le champ de bataille 45 000 hommes hors de combat, dont 25 généraux et 15 pièces de canon. Les pertes des Français sont évaluées à 28 000 hommes tués ou blessés, dont 49 généraux.
On estime que 120 000 coups de canon ont été tirés durant l’action. Napoléon resta sur le champ de bataille, donnant des ordres pour faire transporter les blessés, tant russes que français, dans les hôpitaux établis sur ses lignes de retraite.
C’est aussi une des journées les plus sanglantes des guerres napoléoniennes. L’armée russe fait retraite le 8 septembre avec la moitié de ses forces, laissant ouverte la route de Moscou, que Koutouzov ordonne d’évacuer.
L’armée française victorieuse se met à la poursuite des Russes. Napoléon transporte son quartier général à Mojaïsk, ville située à vingt-six lieues à l’ouest de Moscou, que les Russes ont incendiée puis abandonnée.
À partir de là, les Russes rassemblent leur armée, qui atteint son effectif maximal, soit 904 000 hommes avec peut-être 100 000 hommes au voisinage immédiat de Moscou (les survivants de l’armée détruite à Borodino, en partie renforcée). La capacité des Russes à renouveler rapidement leurs effectifs est un avantage décisif à la fin de la campagne.

La prise de Moscou
Le 14 septembre (2 heures après midi), l’Empereur fit son entrée dans l’ancienne capitale de la Moscovie, avec sa garde et le premier corps. Napoléon entra dans une ville déserte, vidée de toute provision par le gouverneur, Fédor Rostoptchine (père de la célèbre comtesse de Ségur).
Le lendemain il s’établit au Kremlin, palais des tsars, situé au milieu de la ville. Le maréchal Mortier fut nommé gouverneur de cette capitale, avec ordre d’employer tous les moyens pour empêcher le pillage. Des secours furent donnés aux blessés russes qui encombraient les hôpitaux, ainsi qu’aux Moscovites qui n’avaient pas voulu suivre l’armée de Koutouzov.
En se basant sur les règles classiques de la guerre lors de la prise d’une capitale (même si Saint-Pétersbourg était la capitale à cette époque), il pensait que le tsar Alexandre Ier lui offrirait sa capitulation sur le mont Poklonnaïa, mais le commandement russe ne se rendit pas. Un armistice avait été accordé aux Russes, et Napoléon, au milieu de ses triomphes, fit proposer la paix à Alexandre : il en reçut des réponses évasives, qui, néanmoins, faisaient espérer qu’on pourrait tomber d’accord. Mais Napoléon et Alexandre ne voulaient que gagner du temps, Napoléon pour recompléter son armée, Alexandre parce qu’il était persuadé que les grands froids qui approchaient obligeraient les Français à évacuer l’empire. Les événements justifièrent leurs prévisions.
Des feux démarrent à Moscou, et ravagent la ville du 14 au 18 septembre du calendrier grégorien (2 au 6 septembre du calendrier julien). Moscou, construite essentiellement en bois, brûle presque complètement, privant les Français d’abris dans la ville. Les incendies viennent de sabotages russes. À un signal donné, le feu éclate dans mille endroits à la fois. C’est en vain que les Français font tous leurs efforts pour éteindre l’incendie : le ravage des flammes ne s’arrête que dans la soirée du 20 septembre, lorsque les neuf dixièmes de la ville sont en cendres : près de 4 000 maisons en pierre et 7 000 en bois, 20 000 malades ou blessés sont victimes de ce désastre.

Napoléon a dit ensuite que s’il avait quitté Moscou deux semaines plus tôt, il aurait pu détruire l’armée de Koutouzov qui campait à proximité, à Taroutino. Même si cela n’avait pas suffi à laisser la Russie sans défense, cela l’aurait privée de sa seule armée concentrée capable d’affronter les Français.

Retraite
Bataille de Winkowo.
Le 18 octobre, la retraite commença. Siégeant dans une ville en ruines sans avoir reçu la capitulation russe, et face à une manœuvre russe le poussant à quitter Moscou, Napoléon entame sa longue retraite.
Napoléon sortit de Moscou le 19, et donna l’ordre à Mortier d’abandonner le Kremlin le 23, après l’avoir fait sauter, lui recommandant surtout de ne laisser en arrière ni blessés, ni malades. Dans sa marche rétrograde, l’armée est vivement harcelée par l’ennemi ; on en vient souvent aux mains.

À la bataille de Maloyaroslavets, Koutouzov peut enfoncer l’armée française sur la même route dévastée qu’ils avaient emprunté à l’aller. En continuant à bloquer le flanc sud pour empêcher les Français de prendre une autre route, Koutouzov déploie à nouveau la même tactique de partisans pour constamment attaquer le trajet français là où il était le plus vulnérable. La cavalerie légère russe, dont les Cosaques montés, attaque et détruit les unités françaises isolées.
Approvisionner l’armée devient impossible : le manque total d’herbe comestible affaiblit les chevaux restants de l’armée, presque tous meurent ou sont tués pour nourrir les soldats affamés. Sans chevaux, la cavalerie française cesse d’exister, et les cavaliers doivent marcher. De plus, le manque de chevaux fait que les canons et les chariots doivent être abandonnés, privant l’armée d’artillerie et de soutien logistique. Même si l’armée a pu rapidement remplacer son artillerie en 1813, le manque de chariots créa un immense problème logistique jusqu’à la fin de la guerre, alors que des milliers des meilleurs chariots militaires furent laissés en Russie. Comme la famine, les maladies et le froid extrême s’imposent, les désertions prennent alors de l’ampleur. La plupart des déserteurs sont fait prisonniers par les paysans russes.

Le « général Hiver »
À partir de novembre 1812, l’hiver russe cause de nouveaux tourments à l’armée française : les soldats et les chevaux commencent à mourir de faim, de froid et de fatigue durant la marche.
Le 7 novembre, alors qu’ils atteignent Smolensk, commencent les grands froids de l’hiver russe ; le thermomètre descend jusqu’à -22 degrés Celsius et le sol se couvre de neige. Les chevaux non munis de fers à glace périssent par milliers au bivouac et bientôt, les hommes subissent le même sort. Des scènes d’anthropophagie sont décrites par des soldats et des officiers comme le général Sołtyk9. Cependant, grâce aux dispositions prises par Napoléon, l’armée avance toujours. Le courage des soldats semble augmenter avec l’étendue des privations et des dangers10.

En dessous de 13 °C, l’étain blanc se transforme lentement en étain gris, de structure diamant, c’est la forme allotropique alpha. Cette transformation et le changement de densité qui l’accompagne affectent la tenue mécanique du matériau. En dessous de -50 °C, la transformation est rapide et l’étain devient pulvérulent (tombe en poussière). C’est la « peste de l’étain ». Il a été avancé par certains historiens que le changement de forme allotropique de l’étain ait pu jouer un rôle dans les défaites de Napoléon Ier en Russie. Exposés à la très basse température ambiante de la campagne de Russie les boutons d’étain des uniformes des soldats devenaient cassants par transformation en étain gris entraînant chez eux un inconfort certain11. De plus, ces boutons étant dessinés en forme de mouton, les Polonais considéraient cela comme un signe portant malheur.
Arrivé à Orcha, Napoléon, sans prendre un moment de repos, s’occupa de rétablir l’ordre que les combats et l’intempérie de la saison avaient dérangé. Il fit faire des distributions de vivres, d’armes et de munitions, et lire, dans les corps d’armée, un ordre du jour qui les rappelait à leurs devoirs, engageant les soldats à marcher en corps, et menaçant de punir ceux qui s’obstineraient à rester isolés. Les désirs de Napoléon furent accomplis, officiers et soldats rentrèrent dans leurs rangs, et avec eux, l’ordre et la discipline. Finalement, l’armée, avançant à marches forcées, arriva le 25 novembre sur la Bérézina, sur laquelle Napoléon fit jeter des ponts dont il présidait les travaux.

La traversée de la rivière Bérézina amène une victoire tactique pour Napoléon quand Koutouzov, décidant que le temps était venu pour une bataille rangée, attaque la partie de l’armée française restée du mauvais côté de la rivière. Les Russes ayant été repoussés, tous les Français en arme peuvent franchir les ponts. Seuls restent de l’autre côté les malades, les blessés et les déserteurs ; ceux-là même qui, par abattement et désespoir, ont refusé de passer les ponts durant la nuit précédant la bataille et qui ensuite se sont bousculés dans une cohue indescriptible au dernier moment (d’où l’expression proverbiale : « c’est la Bérézina »). Certains se sont noyés dans la rivière, en tentant de la traverser à pied, car l’épaisseur de la glace n’était pas suffisante pour supporter leur poids.
Début décembre 1812, Napoléon apprend que le général Malet a tenté un coup d’État.
Avant d’atteindre Vilnius, à Smorghoni, le 5 décembre, Napoléon tint un grand conseil de guerre, donna ses instructions et le commandement des troupes à Murat, et partit pourParis. Napoléon abandonne son armée et rentre en traîneau. Murat déserte plus tard pour sauver son royaume de Naples, laissant le vice-roi d’Italie et premier beau-fils de Napoléon, Eugène de Beauharnais, aux commandes.
Au cours des semaines suivantes, les restes de la Grande Armée sont encore réduits, et le 14 décembre 1812 ils sont expulsés du territoire russe.

Les pertes humaines
Les dernières recherches sérieuses sur les pertes de la campagne de Russie sont données par Thierry Lentz12. Du côté français, le bilan est d’environ 200 000 morts (la moitié au combat et le reste de froid, de faim ou de maladie) et de 150 000 à 190 000 prisonniers tombés entre les mains de Koutouzov. Pour le reste, 130 000 soldats quittèrent la Grande Armée au cours de la marche sur Moscou et près de 60 00013 se réfugièrent chez des paysans, nobles et bourgeois russes. Enfin, moins de 30 000 soldats repassèrent le Niémen avec Murat. Côté russe, les récentes publications d’Oleg Sokolov tendent à établir les pertes à 300 000 morts dont 175 000 au combat, ce qui est très important, mais, selon Thierry Lentz, invérifiable en l’état des études disponibles. Enfin, malgré des actes de générosité des deux côtés, les prisonniers qui tombèrent entre les mains des Français ou des Russes furent globalement maltraités.
Après la chute de Napoléon, le rapatriement demandé par Louis XVIII des Français restés en Russie fut globalement un échec, car les candidats au retour furent peu nombreux. Plusieurs milliers de Français firent souche dans le pays des Tsars. En 1837, 3 200 vivaient à Moscou par exemple. Parmi ceux qui restèrent en Russie, le soldat de la Grande Armée Jean-Baptiste Savin (en), devenu par la suite Mikhail Andréïevitch Savine, serait mort à Saratov en 1894 à l’âge de 123 ans14,15.

minard10
Un graphe par Charles Minard montrant les effectifs de la Grande Armée à l’aller et au retour de Moscou, par l’épaisseur de la ligne. En dessous, une fonction de la température en degré Réaumur (1 °R = 1,25 °C) se lisant de droite à gauche.

Évaluation historique
Cette campagne révèle que Napoléon a grandement sous-estimé l’ampleur des difficultés qui l’attendaient, lui et son armée :
– sous-estimation de la logistique ;
– sous-estimation des aléas climatiques ;
– tactique de la terre brûlée des Russes, etc.

La victoire russe sur l’armée française en 1812 marque un coup d’arrêt sévère aux ambitions de domination européenne de Napoléon. Comme la défaite de la puissance navale française à la bataille de Trafalgar en 1805, la campagne russe est un tournant décisif des guerres napoléoniennes qui mène, en fin de compte, à la défaite de Napoléon et son exil sur l’île d’Elbe.
Pour la Russie, le terme guerre patriotique est un symbole renforçant l’identité nationale, qui a un grand impact sur le patriotisme russe du XIXe siècle. Le résultat indirect du mouvement patriotique des Russes est un fort désir de modernisation du pays qui se traduit par une série de révolutions, commençant avec la révolte des Décembristes et finit avec la révolution de février 1917.
Napoléon n’est pas complètement défait en Russie. L’année suivante, il lève une armée d’environ 400 000 soldats français soutenue par 250 000 soldats des pays alliés aux Français, pour disputer le contrôle de l’Allemagne lors d’une campagne encore plus grande. Ce n’est que lors de la bataille de Leipzig (la bataille des Nations, 16 au 19 octobre1813) qu’il est vraiment défait, mais même la campagne de France en 1814 est indécise.
Malgré tout, la campagne de Russie révèle que Napoléon n’était pas invincible. Sentant la bête blessée et poussés par les nationalistes prussiens et les commandants russes, des nationalistes allemands se soulèvent à travers la Confédération du Rhin et la Prusse. La décisive campagne d’Allemagne n’aurait pas pu avoir lieu sans le message de la défaite de Russie propagé dans le monde.

Liste des commandants de l’armée russe
• Mikhail I. Koutouzov – commandant en chef
• Michel Barclay de Tolly – ministre de la Guerre
• Peter Wittgenstein – commandant de l’aile droite
• Piotr Bagration – commandant de l’aile gauche
• Nikolaï N. Raïevski – commandant russe majeur
• Dmitri S. Dokhtourov – commandant russe majeur
• Mikhaïl A. Miloradovitch – commandant russe majeur
• Alexandre I. Ostermann-Tolstoï – commandant russe majeur
• Alexeï P. Iermolov – général russe
• Alexandre Michaud de Beauretour – général sarde rallié aux Russes
• Mikhaïl S. Vorontsov – général russe
• Matveï I. Platov – ataman des Cosaques du Don
• Pavel V. Tchitchagov – ministre de la marine en 1802 – commandant de l’armée de Moldavie

Notes
1. ↑ Tradition magazine, hors série n°3, La campagne de Russie (1812), (p.16).
2. ↑ Le terme russe « guerre patriotique de 1812 » la distingue de la « grande guerre patriotique », qui désigne la campagne que les Soviétiques menèrent sur leur front occidental durant la Seconde Guerre mondiale.
3. ↑ Jean-Claude Damamme, Les Soldats de la Grande Armée, Perrin, 1998, (ISBN 2-262-01862-6)p301
4. ↑ a, b, c et d Jean-Claude Damamme, Les Soldats de la Grande Armée, Perrin, 1998,(ISBN 2-262-01862-6) p401
5. ↑ « Soldats, la seconde guerre de la Pologne est commencée ; la première s’est terminée à Tilsitt. À Tilsitt, la Russie a juré éternelle alliance à la France et guerre à l’Angleterre. Elle viole aujourd’hui ses serments. La Russie est entraînée par sa fatalité ; ses destins doivent s’accomplir. Nous croit-elle donc dégénérés ? Marchons donc en avant ; passons le Niémen, portons la guerre sur son territoire. La seconde guerre de la Pologne sera glorieuse aux armées françaises comme la première. »
6. ↑ a et b Tradition magazine, La campagne de Russie (1812), 2004 (p.20).
7. ↑ À cette occasion, le métropolite Platon, âgé de cent dix ans[réf. nécessaire], lui fait don de l’image desaint Serge et lui dit : « La ville de Moscou, la première, capitale de l’empire, la nouvelle Jérusalem, reçoit son Christ comme une mère dans les bras de ses fils zélés, et à travers le brouillard qui s’élève, prévoyant la gloire brillante de sa puissance, elle chante dans son transport : Hosanna ! Béni soit celui qui aime ! que l’arrogant, l’effronté Goliath apporte des limites de la France l’effroi mortel aux confins de la Russie ! la pacifique religion, cette fronde du David russe, abattra soudain la tête de son sanguinaire orgueil ! Cette image de saint Serge, antique défenseur du bonheur de notre patrie, est offerte à votre majesté impériale… »
8. ↑ Dans sa proclamation aux soldats, il prophétise la victoire : « Dieu va combattre son ennemi avec l’épée de Michel, et avant que le soleil de demain ait disparu, vous aurez écrit votre foi et votre fidélité dans les champs de votre patrie avec le sang de l’agresseur et de ses légions. » L’armée russe, protégée par des retranchements que son général annonçait comme inexpugnables, était encore animée par les prédications des prêtres et par l’image miraculeuse de la Vierge, qu’on promenait dans ses rangs.
9. ↑ Jacques-Olivier Boudon, Napoléon et la campagne de Russie : 1812, Armand Colin, 2012, 334 p.[lire en ligne [archive]]
10. ↑ Koutouzov écrivait à Alexandre : « Les Français, loin de se laisser abattre par la cruelle extrémité où ils se voyaient réduits, n’en étaient que plus enragés à courir sur les pièces qui les écrasaient. On dit encore vulgairement en Russie : « Ce n’est point le général Koutouzov qui a tué ou dispersé les Français, c’est le général Morossov (la gelée). »
11. ↑ Page 175 dans Dictionnaire des corps purs simples de la chimie – Éléments, atomes et molécules de Robert Luft, édité par Association Cultures et Techniques, en 1997, on peut lire ceci : « il (ce phénomène) est décrit lors de la campagne de Russie par les soldats de Napoléon, bien placés pour faire cette observation, leurs boutons de pantalons étaient en étain »
12. ↑ Thierry Lentz, Nouvelle histoire du Premier Empire, Tome 2, 2004.
13. ↑ d’après l’historien russe Sirotkine
14. ↑ Vladène Sirotkine Revue de l’Institut Napoléon, p. 64
15. ↑ Mais lire l’article Supercentenaire pour une analyse générale de ces longévités alléguées avant leXIXe siècle.

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Celles de l’Histoire, retour vers les grandes épopées

4 avril 2013

A propos de la capitulation allemande en 1945

Classé sous — milguerres @ 18 h 04 min

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale  

A propos de la capitulation allemande en 1945… Le 7, le 8 ou le 9 mai ?

Jacques Pauwels

Durant les derniers mois de la guerre en Europe, les alliés occidentaux furent obnubilés par la possibilité d’un armistice séparé avec l’Allemagne. Un tel « renversement des alliances », c’est-à-dire une collaboration militaire entre les Américano-Britanniques et les Allemands, ouvrait la perspective de chasser l’Armée Rouge de l’Allemagne et de l’Europe de l’Est, et laissait même entrevoir la possibilité de détruire l’État soviétique, véritable épine dans le pied du monde capitaliste depuis 1917.

-

Extrait du livre de Jacques R. Pauwels (1). Le mythe de la bonne guerre :

Les Etats-Unis et la Deuxième Guerre mondiale, nouvelle édition, ADEN, Bruxelles, 2012

A propos de la capitulation allemande en 1945 c1-mbg-2
Que ce soit avec les nazis que Washington et Londres puissent conclure un marché était impensable. D’autre part, le service secret américain, l’OSS (Office for Strategic Services, le prédécesseur de la CIA), avait depuis quelques temps déjà songé à la possibilité d’une prise de pouvoir à Berlin par des non-nazis, c’est-à-dire des personnalités considérées comme des partenaires acceptables par les alliés occidentaux. Cela pouvait survenir par le biais d’un coup d’état, peut-être organisé par des généraux de la Wehrmacht. Avec de tels interlocuteurs prétendument « respectables », les Américains pouvaient espérer parler de sujets fort intéressants, tels une capitulation allemande – du moins sur le front Ouest – , l’occupation rapide de territoires allemands par les alliés occidentaux après cette capitulation, la possibilité que la Wehrmacht continue à se battre sur le front Est, et, finalement, peut-être, une entreprise commune contre les Soviétiques.
La politique de l’OSS était fortement influencée par un groupe d’hommes d’affaires, d’avocats (dont John Foster Dulles, le futur secrétaire d’État) et de politiciens américains, déjà connus pour leur attitude anti-bolchevique et pro-fasciste bien avant le déclenchement de la guerre. Au cours de celle-ci, ils continuèrent à entretenir des contacts étroits, via des pays neutres, avec des Allemands « respectables ». L’OSS avait établi le contact avec des militaires et des personnalités politiques allemands qui constituaient ce qui entra dans l’histoire sous l’appellation d’« opposition » anti-nazie, même si la majorité de ces hommes avait soutenu Hitler avec beaucoup d’enthousiasme au moment de ses triomphes. Les membres de ce groupe hétérogène avaient été nommés les « casseurs » (breakers) par Allen Dulles, l’agent de l’OSS en Suisse. Allen Dulles était le frère de John Foster Dulles et avait été son partenaire au sein du cabinet d’avocats new-yorkais Sullivan & Cromwell dans les années trente. Pendant la guerre, il abandonna soudainement cet emploi fort lucratif pour s’installer en Suisse comme agent de l’OSS. Dans ce pays neutre, il développa soigneusement ses contacts allemands, y compris parmi des hommes d’affaires qui avaient été des clients importants de Sullivan & Cromwell. (Après la guerre, Allen Dulles poursuivra sa carrière d’espion et deviendra même chef de la CIA.)
…/… La suite de cet article sous document pdf – > 
fichier pdf article_a3737 A PROPOS DE LA CAPITULATION ALLEMANDE
________________________
(1) Jacques Pauwels
LE MYTHE DE LA BONNE GUERRE
Les USA et la Seconde Guerre mondiale

Édition revue et augmentée

L’irruption des États-Unis dans la Deuxième Guerre mondiale doit-elle être considérée comme une croisade contre la barbarie nazie, la lutte du Bien contre le Mal ? Jacques Pauwels, historien canadien, brise le mythe.
À ses yeux, les Américains étaient, en effet, loin d’être inintéressés par les ressources économiques et la dimension géostratégique des régions qu’ils allaient libérer.
Ils débarquèrent donc avec une idéologie, des vues politiques, une conception des rapports sociaux à préserver et, bien entendu, avec l’idée qu’il fallait assurer les intérêt de leurs entreprises et du capitalisme américain. La crainte de l’expansion communiste et le désir d’en limiter les effets ne furent évidemment pas étrangers
à cette philosophie interventionniste.
Ce livre brise l’image d’Épinal du libérateur américain venant mourir sur les plages de Normandie dans un but uniquement philanthropique.
Une contre-histoire de la Deuxième Guerre mondiale qui modifie radicalement notre vision du XXe siècle et offre un nouveau regard sur l’époque actuelle.

Jacques R. Pauwels (né à Gand, Belgique, en 1946) vit depuis 35 ans au Canada. Docteur en sciences politiques et en histoire, il a enseigné ces matières à l’Université de Toronto.

sources : 
http://www.michelcollon.info/A-propos-de-la-capitulation.html   
http://www.mondialisation.ca/a-propos-de-la-capitulation-allemande-en-1945-le-7-8-ou-9-mai/?print=1 
 http://www.aden.be/index.php?aden=le-mythe-de-la-bonne-guerre#mce_temp_url#   

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale  

2 avril 2013

La guerre de Laponie

Classé sous — milguerres @ 19 h 03 min

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale   

La guerre de Laponie

La guerre de Laponie laponie-info

La guerre de Laponie est un conflit qui s’est déroulé entre septembre 1944 et avril 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, entre la Finlande et l’Allemagne pour le contrôle des mines de nickel de la région de Petsamo.

 

File:Voitto-lapissa-2.jpg

Soldats finlandais dressant un drapeau à la frontière norvégienne lors de la victoire

Après la guerre d’Hiver, la Finlande avait conclu, le 1er octobre 1940, un accord de coopération économique et militaire avec l’Allemagne, qui permettait aux troupes du Reich de stationner sur le territoire finlandais. Constatant le retournement de la situation militaire, pendant l’été 1943 le haut-commandement allemand se prépare à une paix séparée entre la Finlande et l’URSS. Il déplace ses troupes au nord afin de protéger les mines de nickel près de Petsamo. Pendant l’hiver de 1943-1944, les Allemands ont amélioré les routes entre le nord de la Norvège et la Finlande et ont accumulé des stocks de matériel. Aussi quand en septembre 1944 la Finlande signe un armistice avec l’Union soviétique, ils sont prêts à défendre leurs positions.

Déroulement

Malgré des tentatives bilatérales pour parvenir à un retrait pacifique de la Wehrmacht, des combats ont lieu entre les forces allemandes et finlandaises avant même la signature du traité de paix soviéto-finlandais. Les combats s’intensifient après l’exigence soviétique de voir toutes les troupes allemandes expulsées de Finlande. Les Finlandais sont ainsi placés dans une situation semblable à celle des Italiens et des Roumains qui, après s’être rendus aux Alliés, ont dû combattre pour libérer leur territoire des forces allemandes. La tâche des forces finlandaises est compliquée par l’exigence soviétique que la plus grande partie de l’armée finlandaise soit démobilisée et ce, avant même la fin de campagne contre les Allemands.

La direction des opérations est confiée au général finlandais Hjalmar Siilasvuo, le vainqueur de la bataille de Suomussalmi. Dès novembre 1944, la majeure partie de la Laponie est libérée. Cependant les forces allemandes du général Lothar Rendulic, principalement la 20. Gebirgsarmee, ont appliqué la politique de la terre brûlée lors de leur retraite.

Bilan et suites

Plus d’un tiers des habitations de la région ont été détruites, et la capitale de la province, Rovaniemi, a été totalement détruite. Environ 100 000 personnes sont devenues des réfugiés. Après la guerre, le général Rendulic est condamné à 20 ans de réclusion criminelle pour crimes de guerre, peine qu’il effectuera du 19 février 1948 au 1er février 1951.

Les dernières troupes allemandes sont expulsées en avril 1945. Bien que les officiers fissent un gros effort pour limiter les pertes de chaque côté, un millier de Finlandais et autant d’Allemands périrent durant cette guerre.

La région de Petsamo fut annexée par l’Union soviétique, lors du traité de Paris de 1947.

 

File:Lappi.jpg

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale   

1 avril 2013

Massacre de Tulle

Classé sous — milguerres @ 22 h 39 min

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

Massacre de Tulle

Le massacre de Tulle désigne les crimes commis dans la ville de Tulle par la 2e division SS Das Reich le 9 juin 1944, 72 heures après le débarquement en Normandie.
Après une offensive des FTP, les 7 et 8 juin 1944, au cours de laquelle les troupes allemandes assassinent dix-huit gardes-voies, l’arrivée d’éléments de la Das Reich contraint les maquisards à évacuer la ville. Le 9 juin 1944, après avoir raflé les hommes de seize à soixante ans, les SS et des membres du Sipo-SD vouent 120 habitants de Tulle à la pendaison, dont 99 sont suppliciés.
Dans les jours qui suivent, 149 hommes sont déportés à Dachau, où 101 perdent la vie.
Au total, les crimes de la Wehrmacht, de la Waffen-SS et du Sipo-SD font 213 victimes civiles à Tulle.

Contexte historique

Au début de 1944, après avoir subi de lourdes pertes sur le front de l’Est, la 2e division blindée SS Das Reich, sous le commandement du GruppenführerHeinz Lammerding, est regroupée dans la région de Montauban, pour être reformée en prévision d’un débarquement allié quelque part sur le front Ouest. Elle est composée de 18 000 hommes appuyés de blindés légers et de chars.

Cette division présente les quatre critères déterminants pour devenir les auteurs de massacres en France, tels que définis par Peter Lieb : ses membres sont imprégnés par l’idéologie nationale-socialiste, ils ont combattu sur le front de l’Est, se perçoivent comme une unité militaire d’élite et ont déjà participé à des opérations de lutte contre les partisans1.

Au lendemain du débarquement de Normandie, elle reçoit l’ordre de se positionner dans la région entre Tulle et Limoges pour y réduire les maquis qui, depuis l’annonce du débarquement allié, ont intensifié les actions de sabotage et de harcèlement des garnisons allemandes. C’est le régiment Der Führerqui est chargé de préparer l’arrivée de la division.

La lutte contre les partisans est régie par des ordres émis début 1944, connus sous le nom d’ordonnance Sperrle, du nom du Maréchal, adjoint au haut commandement de l’Ouest. Selon ces ordres, la troupe est tenue de riposter immédiatement aux attaques terroristes en ouvrant le feu et si des civils innocents sont touchés, c’est regrettable, mais la responsabilité en incombe exclusivement aux terroristes ; les zones doivent être bouclées et tous les habitants, quels qu’ils soient, arrêtés ; les maisons qui ont abrité des partisans doivent être incendiées. L’ordonnance poursuit en précisant qu’« il ne faut punir que le chef manquant de fermeté et de résolution car il menace la sécurité des troupes qui lui sont subordonnées et l’autorité de l’armée allemande. Face à la situation actuelle, des mesures trop sévères ne peuvent entraîner de punitions pour leurs auteurs2 ». Les ordres particuliers du commandant de la division apportent des précisions tactiques : « Les forces de la Résistance doivent être anéanties par des manœuvres d’encerclement3 ». Le 5 juin 1944, le général Lammerding fait approuver par sa hiérarchie un programme répressif qui reprend les mesures mises en œuvre en Europe de l’Est et à l’arrière du front dans la lutte contre les partisans à partir de 19414. Ce programme prévoit notamment des actions de contre-propagande et de discrimination, « actions ayant pour but de monter la population contre les terroristes » ; il prévoit aussi des arrestations massives et préventives, l’occupation de localités et le ratissage de zones, la réquisition de véhicules. Il précise enfin « l’annonce et l’exécution de la disposition que, pour chaque Allemand blessé et pour chaque Allemand tombé, 10 terroristes seront pendus (et non fusillés). L’exécution par pendaison n’est pas usuelle dans la justice française. Par son application aux terroristes, ceux-ci seront discriminés et exclus de la communauté du peuple français4 ».

Entre le début mai et le 9 juin, la division, et particulièrement le régiment Der Führer effectue, sous les directives du service de renseignements, de nombreuses missions de recherche de bases et dépôts de partisans ainsi que des opérations suite aux actes de la résistance. Au cours de ces opérations, une soixantaine de maquisards est tuée et une vingtaine envoyée en déportation ; une centaine de civils est également tuée en diverses circonstances et un millier déporté en Allemagne. Plusieurs centaines de maisons sont incendiées5.

La répression allemande en Corrèze

Compte tenu de l’activité de la Résistance dans la région, la Corrèze et plus particulièrement la ville de Tulle et ses alentours font l’objet de nombreuses interventions des services de sécurité allemands.
Le 14 mars 1944, un kommando de douze membres du Sipo-SD dépendant du Kommandeur der Sicherheitspolizei und Siecherheitsdienst de Limoges, August MeierNote 1, arrive à Tulle.
Dirigés par le Hauptsturmführer Friedrich Korten, ces hommes participent à la répression des maquis avec des éléments de la Légion nord-africaine sous le commandement de Henri Lafont6. Pour le préfet Trouillé, « Tulle est en révolution : les loups de la Sicherheitspolizei et les charognards de laGestapo française arrivent de concert7. »

Ils collaborent au ratissage systématique effectué au cours du mois d’avril par la division Brehmer.
Celle-ci est une réunion temporaire d’unités composites, qui comporte notamment le 1er régiment de la 325e division de sécurité et les Géorgiens du 799e bataillon d’infanterie, recrutés parmi les prisonniers de guerre de l’Armée rouge.
Du 1er au 7 avril 1944, la division du général Brehmer arrête 3 000 personnes ; dans le village du Lonzac, 17 habitants sont abattus et 24 maisons incendiées ; à Brive, 300 personnes sont arrêtées et envoyées dans des camps de travail en Allemagne8.
Le bilan des opérations de répression de la division Brehmer se solde par 1 500 arrestations maintenues, 55 fusillades, 128 crimes ou délits dans 92 localités et 200 Juifs assassinés, sans confrontation directe avec le maquis.
La division Brehmer quitte la Corrèze en mai, après avoir également dévasté la Dordogne et la Haute-Vienne9.
Cette vague de répression explique en partie l’attaque de la ville de Tulle par la Résistance qui espère mettre fin aux souffrances de la population8.

La bataille de Tulle

La libération

L’attaque de Tulle est planifiée par le commandant des maquis FTP de Corrèze, Jacques Chapou, dit Kléber, mi-avrilNote 2 ou début mai 1944 : « à l’origine, il semble bien que cette attaque ait été envisagée sans aucun lien avec le débarquement dont la date était encore imprévisible10. » Elle poursuit plusieurs objectifs : « désarmer, et si possible, anéantir la garnison allemande ; désarmer les Gardes Mobiles et s’approprier leurs armes et véhicules ; rendre inoffensifs la Milice et les collaborateurs connus11 », mais aussi, « creuser des vides dans la garnison, inspirer une crainte salutaire à ses chefs et les amener à se retrancher dans Tulle sans en plus sortir, faisant ainsi cesser, au moins pour un temps, les expéditions contre les maquis12. » Contactés, les responsables de l’Armée secrète se montrent tout à fait opposés à une opération contre un centre urbain13.

Selon J. Delarue, Tulle est défendue par une garnison de sept cents hommes du 3e bataillon du 95e régiment de sécurité de la Wehrmacht, auxquels il faut ajouter six ou sept cents hommes des Gardes Mobiles et de la Milice française ; B. Kartheuser estime quant à lui les effectifs du 95e régiment de sécurité à 289 hommes, issus des 8e, 13ecompagnies et le (?) l’état-major, sur la base d’un relevé détaillé établi le 17 mai14. Face à eux, les résistants disposent de 1 350 combattants, dont 450 ne participent pas au déclenchement de l’opération et de 1 350 hommes en soutien15. Pour Jean-Jacques Fouché & Gilbert Beaubatie, les forces en présence s’élèvent à un peu plus de trois cents hommes du côté allemand, l’attaque étant lancée par quatre cents FTP, qui sont rejoints ensuite par cent-vingt combattants supplémentaires en milieu d’après-midi le 7 et le 8 au matin16.

L’offensive se déclenche le 7 juin 1944 à cinq heures du matin17 et un coup de bazooka tiré sur la caserne du Champ de Mars où sont cantonnées les forces de maintien de l’ordre donne le signal de l’attaque18. Dès six heures, les édifices dans lesquels se trouve la garnison allemande sont cernés ; la poste et la mairie, où les FTP établissent leur poste de commandement sont occupés vers sept heures19. À huit heures, la gare elle aussi est prise par les résistants, qui y trouvent dix-huit gardes-voies et un employé des chemins de fer, Abel Leblanc20 : invités à rejoindre le maquis, ceux-ci préfèrent attendre la fin des combats dans la salle d’attente. À 11 h 30, les forces de la Milice et des GMR hissent le drapeau blanc sur la caserne du Champ de Mars : après des négociations, ils quittent la ville vers seize heures, en emportant tout leur matériel18. Pour Elie Dupuy, dont le groupe de combat FTP n’avait pas été touché par l’ordre de repli de Chapu, ce départ est un échec, l’un des buts de l’opération étant de récupérer le matériel de guerre et de transport des forces de l’ordre ; mais avec son seul bataillon de quatre-vingt dix hommes, il n’a pas les moyens « de poursuivre l’attaque contre la garnison allemande et, en même temps, d’imposer une reddition inconditionnelle aux policiers21 ».

Pendant ce temps, vers 13 h 30, les Allemands profitent du retrait partiel des maquisards sur les hauteurs ordonné par Chapou22 et reprennent brièvement le contrôle de la gare, dans laquelle ils découvrent à leur tour les gardes-voies, porteurs d’un brassard blanc, signe distinctif de leur fonction, mais semblable à celui des FTP. Dès que les gardes-voies sortent du bâtiment, sans le moindre interrogatoire, sans même être fouillés, ils sont pris sous le feu des troupes allemandes dans la cour de la gare ou le long des voies menant au garage du chemin de fer départemental, fauchés « par des tirs croisés dont ceux d’une mitrailleuse leur tirant dans le dos », alors qu’ils s’adressent aux Allemands en leur criant « Camarades! Camarades! »23. Seul Abel Leblanc survit à la fusillade. Pour B. Kartheuser, il s’agit d’un assassinat délibéré, les Allemands étant au courant de la présence des gardes-voies et connaissant leur tenue24.

Dans la nuit du 7 au 8, alors que les maquisards, toujours privés des 450 hommes du groupe A, se sont retirés sur les hauteurs, la garnison allemande se regroupe en trois lieux : l’école normale de jeunes filles au nord, la manufacture d’armes et l’école de Souilhac au sud18. Les combats reprennent à six heures trente du matin25, la principale offensive étant dirigée contre l’école normale, bastion principal des troupes allemandes. Face à la résistance des Allemands, les FTP boutent le feu à l’édifice vers quinze heures.
Vers dix-sept heures, dans des circonstances qui restent peu claires et discutées, les Allemands tentent une sortie ou essaient de se rendre : si l’un d’entre eux agite un chiffon blancNote 3, d’autres portent des grenades amorcées18. Dans la confusion la plus totale, les maquisards ouvrent le feu à l’arme automatique : certains soldats sont fauchés à bout portant, des grenades explosent, ce qui explique les blessures, terriblement mutilantes observées sur les cadavres. Après la reddition des troupes allemandes, neuf membres duSicherheitsdienst sont identifiés, notamment avec l’aide d’une trentaine de maquisards libérés, emmenés au cimetière et fusillés sans jugement26.
Les combats cessent dès ce moment, les résistants se contentant de maintenir l’encerclement de la manufacture d’armes et de l’école de Souilhac, qu’ils comptent attaquer le lendemain. Alors que les blessés allemands et français sont emmenés à l’hôpital, Kléber se rend à la préfecture et demande au préfet Trouillé de continuer à assurer la direction de l’administration. Pour la résistance, à l’exception des deux petits bastions à prendre le lendemain, Tulle est libérée18.

Les pertes allemandes sont estimées à 37 morts, 25 blessés et 35 disparus par Sarah Farmer27. Pour G. Penaud, elles s’élèvent à une cinquantaine de morts, une soixantaine de disparus, sans doute faits prisonniers et de 23 à 37 blessés. La majorité des prisonniers est vraisemblablement abattue par la suite, seuls quelques soldats d’origine polonaise ayant accepté de se joindre au maquis28.

La réoccupation

À 21 heures29, les premiers chars de la 2e division blindée SS Das Reich arrivent à Tulle par trois axes de pénétration, prenant les maquisards par surprise. Les postes de l’Armée secrète et des FTP établis à distance ayant été balayés par les blindés, aucune alerte n’ayant pu parvenir à temps à Tulle. Les maquisards quittent immédiatement la ville vers les hauteurs, sans livrer de combats, face à « une colonne de secours [...] [qui] ne comprenait que des éléments lourds et disposait d’une puissance de feu considérable » : si des tirs de bazookas depuis le plateau qui domine la ville auraient pu infliger des pertes aux éléments de la Das Reich, les résistants y renoncent par crainte de causer de lourdes pertes parmi la population civile. Les SS installent leur premier poste de commandement dans le quartier de Souilhac, près de la manufacture d’armes, avant de s’installer, le lendemain en fin de matinée, à l’hôtel Moderne. À ce moment, l’officier les plus élevé en grade est le SS-Sturmbannführer Kowatsch, officier de renseignement de l’état-major de la division. Durant toute la nuit du 8 au 9 juin, les S.S. patrouillent dans la ville et assurent l’encerclement de celle-ci.

Le 9 juin, à six heures du matin, les Allemands fouillent la préfecture et menacent d’exécuter le préfet Trouillé, après avoir découvert des armes et munitions abandonnées par lesGardes Mobiles. Alors qu’il va être fusillé par des S.S. commandés par un sous-officier, le préfet échappe à l’exécution en indiquant qu’il a un rang équivalent à celui d’un général, et en exigeant de parler à un officier supérieur avant d’être fusillé. Il parvient à convaincre l’officier qui se présente de rendre visite aux blessés allemands soignés à l’hôpital. Durant la visite, un des blessés allemands confirme à l’officier que le préfet a empêché un maquisard de les fusiller : « Cet homme nous a sauvé la vie »30.

Le massacre

La rafle

« Habitants de Tulle, vous avez suivi mes instructions et conservé pendant les dures journées que vient de traverser votre cité un calme exemplaire. Je vous en remercie. Cette attitude et la sauvegarde des militaires allemands blessés ont été les deux éléments qui m’ont permis d’obtenir du commandement allemand l’assurance que la vie normale allait reprendre dans la journée. »

— Proclamation du préfet Trouillé diffusée par haut-parleur, le 9 juin 1944, vers dix heures du matin31.

Le 9 juin, entre neuf et dix heures, le SS-Sturmbannführer Aurel Kowatsch déclare au préfet Trouillé, et au secrétaire général de la préfecture, M. Roche : « votre geste [les soins apportés aux blessés allemands] ne sera pas négligé par le commandant allemand qui en tiendra compte à la population dans la répression inévitable du crime commis contre nos camarades de la garnison de Tulle » ; il leur annonce, alors que la rafle a déjà commencé, la mise en arrestation de tous les hommes de seize à soixante ans et autorise « la libération de tous les indispensables après vérification de leur attitude32 ». Selon Trouillé et Roche, Kowatsch prend ses ordres directement auprès du général Heinz Lammerding, vraisemblablement par radio. La rafle touche une population désemparée par les événements : « par petits groupes, les SS ratissent les quartiers et les rues ; ils entrent dans les logements, examinent les hommes qu’ils font sortir ; aux femmes, ils affirment qu’il s’agit d’un contrôle d’identité, que l’absence de leur époux, fils ou frère ne sera pas longue et qu’il est inutile d’emporter des provisions33. » « Encadrés par les S.S. nous descendons le quai de Rigny. [...] Un groupe plus important s’amalgame au nôtre. [...] Nous gagnons lentement Souilhac : des auto-chenilles, des tanks sont en bon ordre, rangés le long des trottoirs. [...] Notre groupe se joint à d’autres ; d’autres groupes se joignent au nôtre ; et comme l’inquiétude rapproche, les mains se serrent. [...] Nous marchons la tête haute, dissimulant au mieux notre angoisse34. » Les membres des chantiers de Jeunesse, rassemblés dans la caserne des Enfants de troupe, sont également emmenés vers la manufacture d’armes35. Au total, près de 5 000 hommes et jeunes gens sont regroupés devant la manufacture35.

Le tri

Conformément à l’accord passé avec Kowatsch qui avait autorisé la libération des personnes indispensables à la reprise d’une activité normale dans la ville, des responsables français se rendent à la manufacture d’armes pour négocier l’élargissement d’une partie des personnes raflées. « On remarqua bientôt le maire (le colonel Bouty) accompagné de plusieurs personnages, des chefs de service, le directeur de l’énergie industrielle, le chef de gare et d’autres employés avec leurs larges casquettes dorées, l’inspecteur d’Académie – parmi nous – mais ces messieurs restèrent là-haut, sur la chaussées, en compagnie des officiers allemands… Cela sentait la collaboration36. » Les représentants des autorités françaises obtiennent la libération de 3 500 des 5 000 hommes et jeunes gens37. Parmi eux, les employés de l’État et de la préfecture, de la mairie, des PTT, du gaz, des services des eaux, financiers et des colonies de vacances, des électriciens, des chefs d’atelier et agents de maîtrise de l’usine de La Marque et de la manufacture d’armes, des électriciens, des boulangers, des épiciers, des maraîchers, les médecins… mais ni les dentistes, ni les enseignants37… « Cette première partie de la sélection des otages avait été conçue par les SS pour compromettre les autorités locales ; Lammerding s’en souviendra lorsqu’il sera interrogé en 1962, il affirmera que le maire désigna les maquisards37. »

Après l’intervention des autorités françaises une seconde sélection est effectuée parmi les otages, sélection menée par les Allemands et eux seuls. Le principal responsable de ce deuxième tri est l’interprète du kommando du Sipo-SDWalter Schmald, qui a survécu aux combats des deux jours précédents. Si Schmald n’a sans doute pas agi seul et s’il a vraisemblablement été assisté par d’autres membres du SD venus de Limoges38, sa présence et son action ont frappé tous les témoins, pour lesquels Schmald incarne le processus de désignation des victimes. Aux côtés de Schmald, « le bossu » ou « le chacal38 », Paula Geissler, interprète de la Wehrmacht attachée au directeur allemand de la manufacture d’armes, surnommée « la chienne », participe également au tri et fait libérer seize à dix-sept otages, des ingénieurs de la manufacture ou des hommes qu’elle connaissait, dont le fils d’un pharmacienNote 4,39.

L’abbé Jean Espinasse, arrêté chez lui vers neuf heures trente, décrit Schmald comme « un allemand revêtu d’une vieille capote défraîchie, sans galon ni insigne d’aucune sorte, la tête découverte, l’air fatigué » et qui s’adresse à lui « dans un excellent français » en lui déclarant : « Je suis un des quatre survivants du combat d’hier. [...] Nous étions presque tous des Rhénans catholiques. Nous aurions bien voulu avoir un prêtre pour nous assister40. » Pour Antoine Soulier, il a de longs cheveux blonds avec des reflets fauves et ramenés en arrière, le visage rasé, le teint mat, 30 ans environ, [les] yeux toujours demi-fermés pour mieux voir, et surtout la demi-lèvre supérieure droite toujours relevée, comme gonflée de venin41.

Les otages sont répartis en trois groupes, de taille et de composition variable au fur et à mesure de la sélection qui débouche sur la constitution de deux groupes de soixante hommes, suspects, selon Schmald, de participation à la Résistance en se fondant sur des éléments comme le fait qu’ils soient mal rasés ou que leurs chaussures ne soient pas cirées42. Pour J. Espinasse, si Schmald demande à vérifier certaines cartes d’identité, [il] juge les gens sur la mine et, on ne sait pourquoi, les désigne pour faire part du petit groupe de gauche [les futures victimes]43. Selon Trouillé, « les trois groupes sont constamment modifiés, soit par le jeu des libérations, soit par le choix de quelques S.S. dont Walter, le ténébreux Walter44 ». Schmald veille à maintenir le chiffre de 120 hommes destinés à l’exécution, qui n’est pas encore annoncée : lorsque diverses interventions aboutissent à faire libérer l’un de ceux-ci, Schmald en sélectionne un autre dans le groupe principal : « sauver un ami, c’était du même coup condamner un autre homme, inconnu [...] avec pour résultat de ne laisser aux mains des bourreaux que les plus vulnérables, les plus solitaires, les plus faibles ou les plus malchanceux, ceux qui avaient le plus besoin d’être défendus45. » Ce processus débouche sur la réflexion suivante de l’un des survivants, Jean-Louis Bourdelle : « Je m’étonne douloureusement d’apprendre que des Français ou des Allemands tirent vanité d’avoir fait libérer des otages, ils semblent les malheureux, ne pas se rendre compte qu’ils avouent ainsi avoir pris part aux exécutions. Je me rappelle en effet avec quelle terreur mes camarades et moi voyions, après chaque libération, le lieutenant Walter s’approcher de notre groupe et faire un nouveau choix pour compléter le peloton des futures victimes46. »
Conformément à la note de Lammerding du 5 juin et à l’ordre donné par celui-ci arrivé à Tulle en fin de matinée du 9, ces cent-vingt hommes sont voués à la mort par pendaison.

Les pendaisons

« Quarante soldats allemands ont été assassinés de la façon la plus abominable par les bandes communistes. [...] Pour les maquis et ceux qui les aident, il n’y a qu’une peine, le supplice de la pendaison. [...] Quarante soldats allemands ont été assassinés par le maquis, cent vingt maquis ou leurs complices seront pendus. Leurs corps seront jetés dans le fleuve. »

— Affiche signée par le général commandant des troupes allemandes, placardée à Tulle47.

Vers quinze heures trente48, Kowatsch en réponse à une dernière intervention du préfet qui demande que les exécutions n’aient pas lieu par pendaison, lui répond que « nous avons pris en Russie l’habitude de pendre, nous avons pendu plus de cent mille hommes à Kharkov et à Kiev, ce n’est rien pour nous. » Il demande au colonel Bouty, président de la délégation spéciale, d’annoncer au groupe principal de prisonniers qu’ils doivent assister aux exécutions. Avant que ceux-ci soient conduits sur la place de Souilhac, Bouty leur déclare : « J’ai une nouvelle bien pénible à vous annoncer : vous allez assister à une exécution. Je vous demande le plus grand calme. Ne faites pas un geste, ne dites pas une parole49. » À leur arrivée, les prisonniers découvrent, sur plusieurs centaines de mètres, des cordes terminées par un nœud coulant accrochées aux arbres, aux réverbères et aux balcons. Les préparatifs ont été assurés, dès la fin de la matinée, par le SS-Hauptsturmführer Wulf, chef du bataillon de reconnaissance et par son adjoint, l’Oberscharführer Hoff, chef de la section de pionniers, qui fait appel à des volontaires pour effectuer les pendaisons50.

Les victimes désignées pour la pendaison sont conduites sur les lieux de leur exécution par groupe de dix. « Chacun d’eux se trouva bientôt au pied d’une échelle, entre les mains de deux des bourreaux. Deux SS se tenaient près de chaque corde ; l’un d’eux gravissait les degrés d’une seconde échelle ou d’un escabeau en même temps que le condamné. Dès que celui-ci atteignait la hauteur voulue, il lui passait le nœud coulant, le serrait, et le second SS enlevait brutalement l’échelle du supplicié51. » Dans certains cas, les bourreaux, tous volontaires, se suspendent aux jambes de leur victime, le frappent ou l’achèvent à la mitraillette ou au pistolet. « Parfois, pour accélérer l’exécution, les barbares poussent leur victime à coups de crosse et avec des cris terribles donnent des coups de pied à l’échelle qui tombe52. » Suite à l’intervention du colonel Bouty auprès d’un officier allemand, l’abbé Espinasse a été autorisé à offrir son ministère à ceux qui vont mourir. Il assiste aux premières exécutions. Lors de celle du premier groupe, « dans un cas [...], la victime, mal pendue sans doute, s’agite par spasmes ; alors, je vois le soldat qui venait d’ôter l’échelle s’en servir pour frapper le supplicié jusqu’à son immobilisation complète » ; par la suite, il constate que « le peloton d’exécution presse la marche des condamnés, et non sans violence ; je vois encore le soldat brisant, d’un geste rageur, la crosse de sa mitraillette sur le dos d’une victime qui a un mouvement d’horreur et d’arrêt à la vue des pendus53. » « Pouvons-nous imaginer la scène? Des hommes immobiles sous la contrainte, des soldats en dessous des potences, des groupes d’otages conduits au supplice, et le silence50. » Pendant toute l’opération, Paula Geissler et un groupe de SS, assistent aux pendaisons en vidant de bonnes bouteilles à la terrasse du café Tivoli, au son d’un phonographe50.

99 victimes

« Pourquoi les exécutions ont-elles été arrêtées à 99 victimes? [...] 99 est un chiffre incompréhensible qu’on ne peut raccorder à rien. Par son absence de signification, le nombre des victimes restera un mystère »

— Jean-Jacques Fouché et Gilbert Beaubatie54.

Dans les versions successives de son témoignage, l’abbé Espinasse s’attribue, et à lui seul, le mérite d’avoir fait arrêter les pendaisons. Selon lui, alors que neuf groupes, soit quatre-vingt dix hommes, ont déjà été pendus, et après avoir été ramené dans la cour de la manufacture d’armes après le meurtre de vingt ou trente Tullistes, il constate que le dixième groupe comporte treize hommes. Il intervient auprès de Walter Schmald et obtient non seulement que quatre hommes soient extraits du groupe, mais aussi que celui-ci soit le dernier à marcher vers la pendaison. Le nombre des victimes s’arrête donc à quatre-vingt-dix-neuf55 ,Note 5.

Cette version, reprise par de nombreux auteurs, est radicalement remise en cause par Bruno Kartheuser, qui juge ce récit incohérent et peu plausible. Kartheuser souligne tout d’abord que l’intervention décisive que s’attribue l’abbé Jean Espinasse n’est confirmée par aucun témoin, alors que plusieurs centaines de personnes sont rassemblées dans la cour de la manufacture ; cette intervention n’est pas mentionnée dans la déclaration faite en 1948 par le président de la délégation spéciale de Tulle, le colonel Bouty, qui attribue interventions et sauvetages au directeur des Établissements Brandt – Usine de la Marque, Henri Vogel, au directeur adjoint de la Manufacture d’armes de Tulle, Laborie et à l’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, LajugieNote 6. Trouillé n’attribue à l’abbé que la grâce de trois hommes, « Vogel s’est magnifiquement débattu avec les officiers SS en vue de libérer quelques-uns de ses ouvriers condamnés au supplice [...]. De la sorte, il a obtenu quatre grâces et a permis au sous-directeur de la manufacture d’armes, Laborie, d’en réclamer et d’en enlever autant ; Lajugie, ingénieur en chef du service vicinal [...] est encore épuisé des efforts déployés en vain pour sauver du supplice un ingénieur de son service56. » L’« intervention décisive » d’Espinasse n’est également pas reprise dans la citation lors de la remise à l’abbé de la Médaille d’argent de la Croix-Rouge française, en 1945, qui n’évoque que ses mérites sacerdotaux et l’assistance matérielle qu’il a apportée aux suppliciés. Enfin, pour Kartheuser, compte tenu du strict respect de la hiérarchie en vigueur dans la SS, il n’est pas possible que Schmald ait pris la décision d’arrêter les exécutions, alors que celles-ci avaient été ordonnées par le général Lammerding (qui déclare après guerre que c’est sur son ordre que les pendaisons ont été arrêtées avant les 120 victimes prévues), que les pendaisons avaient été supervisées par Kowatsch et que l’un des supérieurs de Schmald au SD (Korten ou Butsch) était présent sur les lieux57.

Pour J.J. Fouché et G. Beaubatie, « le nombre de 99 victimes a été la conséquence d’une accumulation de données matérielles indépendantes les unes des autres [...] Mais plus encore que le nombre, la mise en scène des pendaisons devait renforcer la terreur de longue durée. L’efficacité n’était pas liée à un chiffre précis, mais bien plus encore, à la mise en spectacle de la violence destinée à humilier les hommes58. »
Les corps des suppliciés sont dépendus en début de soirée par des membres des chantiers de jeunesse, sous les ordres d’hommes de la 4e compagnie du bataillon d’éclaireurs ; malgré l’intervention des autorités locales, ils sont enterrés sur le site d’une décharge publique, à Cueille, sans aucune procédure d’identification, avec une brève cérémonie improvisée et écourtée par les Allemands, au cours de laquelle l’abbé Espinasse, en présence du préfet en uniforme et de son directeur de cabinet, bénit les corps59.

Les déportations

Le 10 juin, les otages restés à la Manufacture des armes de Tulle sont traités de la même manière que lors de la sélection, la veille, des victimes des pendaisons : négociations entre membres de la Das Reich et du SD, dont Walter Schmald, et les autorités françaises, formation de groupes promis à la déportation, libération d’otages suite à des interventionsNote 7. 311 hommes et 660 jeunes membres des Chantiers de Jeunesse sont transférés de Tulle à Limoges. Après un nouveau tri, dans lequel des membres de la Milice jouent un rôle essentiel, 162 hommes et tous les membres des Chantiers de Jeunesse sont libérés ; 149 prisonniers sont transférés à Poitiers, puis à Compiègne, d’où ils partent vers Dachau le 2 juillet : 101 ne survivent pas au voyage ou à la déportation60.

Le 11 ou le 12 juin, la division entame sa remontée vers le front de Normandie. Avec le massacre de Tulle et celui d’Oradour-sur-Glane, et de nombreuses autres tueries, elle a fait 4 000 victimes, dont de nombreux civils61.

La répression se poursuit à Tulle pendant les semaines qui suivent les pendaisons. Du 11 juin au 31 juillet, le laboratoire de la manufacture d’armes est utilisé comme centre de torture, où opèrent des miliciens en coopération avec Walter Schmald. Le 21 juin, le préfet Trouillé y voit trois miliciens âgés au plus de vingt ans, verser de l’acide sur les plaies du visage d’un homme qu’ils venaient de frapper à coups de nerf de bœuf62. Tulle connaît également une nouvelle rafle, le 21 juin, à la suite de laquelle 80 hommes sont envoyés en travail forcé en Autriche63. Les troupes allemandes en Corrèze se rendent le 16 août 194464.

Au total, les crimes de la Wehrmacht, de la Waffen-SS et du Sipo-SD ont fait 218 victimes civiles à Tulle. « D’une certaine façon, le général SS a atteint son objectif : la discrimination des résistants et la terreur de la population65. »

Analyse

L’analyse des historiens

Les proclamations publiques et les explications allemandes auprès des autorités françaises font systématiquement référence aux éventuels sévices et à l’assassinat de soldats allemands désarmés. Selon la thèse allemande, les représailles sont conformes au droit militaire international, au traité d’armistice et aux conventions de La Haye. Suite aux procès menés en Belgique concernant l’exécution d’otages par les troupes allemandes et à celui mené en Italie pour le massacre des Fosses ardéatines, on peut conclure que le massacre de Tulle a bien été effectué en violation du droit des conflits armés66, notamment des articles 40, 41, 46 et 50 du règlement annexe à la 4e convention de La Haye de 1907 concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre67 ainsi que la « clause Martens » du préambule de cette conventionNote 8,68. Bruno Kertheuser conteste quant à lui l’usage même du terme représailles : « le meurtre et la déportation de quelques centaines d’habitants de Tulle les 9 et 10 juin relèvent très clairement du crime de guerre. Toute autre appellation, comme celle de représailles, d’épuration ou de mesure expiatoire, appartient au jargon des auteurs de ces crimes et participe de leur logique à eux »69.

Le massacre de Tulle avait pour but de punir une des capitales du maquis, pour terroriser d’autres régions, conformément aux pratiques mises en œuvre par la Wehrmacht et laWaffen-SS sur le front de l’est ; il résulte « de l’action et de l’inaction de beaucoup de personnes », qu’il s’agisse de membres de la Wehrmacht, de la Waffen-SS ou duSicherheitsdienst70.

La thèse révisionniste

Selon le récit auto-publié du SS-Sturmbannführer Otto Weidinger, plusieurs dizaines de soldats allemands auraient été abattus après leur reddition et de nombreux cadavres auraient porté des traces de mutilations71. Cette thèse est reprise et amplifiée par deux autres révisionnistes, Sadi Schneid72, pseudonyme d’un ancien Waffen-SS Elimar Schneider73, et Herbert Taege, ancien fonctionnaire des Jeunesses hitlériennes73,74.

Pour les historiens, le récit de Weidinger n’a aucun crédit. Eberhard Jaeckel « doute de la véracité de ces affirmations et se demande si les atrocités alléguées n’ont pas servi de justification au comportement des SS75 ». Pour G. Penaud, « divers témoignages de militaires ou de civils allemands retrouvés par Bruno Kartheuser sont assez contradictoires sur la question des mutilations dont auraient été victimes, d’après la rumeur, les victimes allemandes ; à vrai dire, à la lecture des déclarations ultérieures de SS, il n’a pas trouvé une seule qui rapporte un témoignage direct de ces atrocités : tous ceux qui exprimèrent ce reproche [...] colportèrent indirectement les dires de témoins dont il semble difficile de soutenir la crédibilité76 ».

B. Kartheuser a réfuté point par point ces thèses révisionnistes. Le seul fait contraire à l’article 23c et 23d de l’annexe à la Convention de La Haye de 1907 concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre77 qui stipule qu’«  il est notamment interdit [...] de tuer ou de blesser un ennemi qui, ayant mis bas les armes ou n’ayant plus les moyens de se défendre, s’est rendu à discrétion [ainsi que] de déclarer qu’il ne sera pas fait de quartier », consiste en l’exécution sans jugement de neuf membres du SD et Gestapistes en fin de l’après-midi du 8 juin78. Quant aux prétendues mutilations, il ne s’agit que des traces d’impact de mitrailleuse. Selon un témoin, Robert Lajugie, « dès la reddition des assiégés, j’ai vu les corps des victimes. Certains, assurément, étaient abîmés et il est exact que des crânes laissaient échapper leur cervelle, mais c’était là le résultat d’une concentration des tirs d’armes automatiques. [...] C’est dans cet état que les éléments de la 2e panzerdivision SS Das Reich trouvèrent leurs compatriotes avec, en plus, cette aggravation que les camions venus enlever les cadavres furent pris par les arrivants, fous furieux, pour les instruments dont on se fût servi pour écraser les corps ou les têtes79. » Ce récit est confirmé par le Dr. Heinz Schmidt, médecin du 3e bataillon du 95e régiment de sécurité : « Parce qu’on voulait avoir une justification présentable d’une certaine manière au niveau international pour les mesures de représailles, je fus cité en qualité de médecin de la place auprès du médecin principal de la division Das Reich. Il me demanda si j’avais constaté des mutilations sur les cadavres de nos soldats tombés la veille. Contrairement aux affirmations disant que cela avait été le cas, j’ai déclaré énergiquement que je n’avais pas constaté de mutilations sur les soixante morts que j’avais vus80. »

À propos du livre de Schneid, Kartheuser écrit qu’il « formule, de la manière la plus grossière entre toutes les versions qui ont circulé, les reproches de mutilations voulues opérées sur certains cadavres allemands. Schneider n’évoque pas ce qu’il a vu. [...] Il ne fait que colporter une version qui fut répandue dès les premiers jours, entre autres par les milieux SS et nazis d’époque mais également par la propagande officielle81. » Il remarque également que Weidinger et Taege ne se basent, eux aussi, sur aucun témoin direct81.

Les suites du massacre

Walter Schmald, du SIPO-SD est capturé par des maquisards à Brive le 15 août 1944, et exécuté par ceux-ci le 22 août, sans avoir fait l’objet d’un procès82.

Otto Weidinger, dernier commandant du régiment Der Führer est interrogé au sujet du massacre pendant sa détention de 1947 à 1951. Il ne fait l’objet de poursuites que pour son adhésion volontaire à la Waffen-SS, jugée comme organisation criminelle lors du procès de Nuremberg, et est acquitté83. Après sa libération, il écrit de nombreux ouvrages sur la2e panzerdivision SS Das Reich, considérés en France comme révisionnistes.

La première enquête, qui porte sur l’assassinat de dix-huit gardes-voies est clôturée 25 mars 1948, et fonde le procès qui s’ouvre à Bordeaux le 29 mars 1949, où comparaissent dix membres du 95e régiment de sécurité, responsable du meurtre de dix-huit gardes-voies, sous les ordres du capitaine Franz Reichmann, commandant du 3e bataillon. Les trois officiers inculpés sont condamnés à quinze (Franz Reichmann, Willi Schlewski) ou dix (Jean Retzer) ans de travaux forcés ; 4 inculpés sont reconnus coupables mais libérés sous l’excuse absolutrice d’avoir agi sur ordre et trois sont acquittés. Schlewski et Retzer sont libérés le 18 septembre 1952 et Reichmann le 25 janvier 195384

L’information judiciaire ouverte le 18 juin 1947 sur les pendaisons de Tulle débouche notamment sur un rapport provisoire rédigé par le commissaire de police criminelle Félix Hugonnaud, qui conclut que les pendaisons furent apparemment commandées par le SS-Gruppenführer Heinz Lammerding, à l’encontre duquel trois mandats d’arrêts successifs sont décernés. Le procès (affaire contre Kahn et autres. Pendaisons de Tulle) s’ouvre à Bordeaux le 4 juillet 1951 et le verdict est prononcé le lendemain. Seules cinq personnes y sont accusées : quatre officiers de la division Das Reich - Lammerding, Aurel Kowatsch, chef d’état-major de la division, Heinrich Wulf, commandant de la section de reconnaissance, Otto Hoff, commandant de la section de pionniers qui a procédé aux pendaisons, et une employée allemande de la Manufacture d’armes de Tulle, Paula Geissler. Cette dernière n’est accusée que de n’avoir pas sauvé un ingénieur de la MAT, ce qu’elle aurait pu faire sans courir de risque personnel. Curieusement, le tribunal omet de mettre en accusation la centaine d’acteurs, les membres du commando d’exécution qui auraient pu être décelés facilement.

Lammerding et Kowatsch, ce dernier tué en mars 1945 à la frontière hongroise, sont condamnés à mort par contumace ; Hoff et Wulf écopent de dix ans de travaux forcés et Paula Geissler de trois ans de prison. Après un appel devant le tribunal de Marseille, la peine de Hoff est réduite, le 27 mai 1952 à cinq ans absorbés par la détention déjà effectuée. Hoff est donc libéré au prononcé du jugement d’appel, comme l’avait été, la semaine précédente, Wulf, gracié par le président de la république Vincent Auriol. Après sa condamnation à mort, Lammerding fait l’objet d’une demande d’extradition du gouvernement français auprès des troupes d’occupation britanniques fin janvier 1953 et le Haut-Commissariat britannique décerne à son tour un mandat d’arrêt à son encontre le 27 février 1953, conformément à la loi n° 10 du Conseil de contrôle allié. Il n’y a aucune suite à ces demandes et Lammerding n’a jamais été inquiété par la justice85.

Jusqu’à sa mort, Lammerding a nié toute responsabilité dans le massacre de Tulle, en déclarant que l’initiative avait été prise par le SS-Sturmbannführer Kowatsch : « connaissant la hiérarchie rigoureuse et la discipline terriblement rigide qui régnaient dans le corps des SS, une telle affirmation ne mérite aucun crédit86. » Après avoir également nié, dans un premier temps, sa présence à Tulle, il a affirmé qu’il n’y était arrivé que tard dans l’après-midi, après les pendaisons : or l’ordre du jour de la division pour le 10 juin 1944 est rédigé par Lammerding à Tulle et daté du 9 juin à douze heures quinze ; cette mention « a été plus tard surchargée à la main en vingt-trois heures quinze86. » La présence de Lammerding à Tulle aux environs de midi le 9 juin est également attestée par le médecin militaire de la garnison allemande, le Dr Schmidt87.

Une procédure est ouverte à l’encontre de Lammerding par le Zentralstelle in Nordrhein-Westfalen en décembre 1961, procédure au cours de laquelle Lammerding est interrogé en février 1962 ; le 9 octobre 1962 le directeur du Zentralstelle des Landes NRW für die Bearbeitung nazionalsozialistischer Massenverbrechen signifie l’arrêt des poursuites en se basant sur la seule version des événements de Lammerding88.

Ce n’est qu’au détour d’une procédure au civil, intentée à Düsseldorf par Lammerding contre l’hebdomadaire communiste Die Tat, qui l’avait accusé dans son édition du17 juillet 1965 d’avoir été condamné à mort en France pour le meurtre de nombreux otages, que la justice allemande établit, sans conséquences concrètes toutefois, la responsabilité de Lammerding dans le massacre de Tulle.
Les attendus du jugement qui déboute Lammerding sont particulièrement clairs : « Un groupe de 120 hommes, la plupart jeunes, furent sélectionnés, leur groupe fut réduit sur l’intervention de plusieurs citoyens français de cette ville au chiffre de 99. Ces 99 furent tués d’une manière cruelle, sans jugement et sans qu’on leur ait prouvé leur participation à l’attaque des partisans la veille. Son affirmation [celle de Lammerding] selon laquelle il se serait agi dans le chef des 99 tués de partisans et non pas d’otages, est inexacte. Par ailleurs, il ne la maintient plus. [...] Ici, les suppliciés ont été tués en vengeance pour des attaques de partisans déjà commises et comme dissuasion pour des attaques de partisans futures. On peut à juste titre appeler la mise à mort de telles personnes civiles de meurtres d’otages, puisque ces mises à mort sont encore plus abjectes que la mise à mort de véritables otages88. »

Une dernière tentative pour traduire Lammerding devant la justice fait suite à la publication de l’ouvrage de Jacques Delarue, Trafics et crimes sous l’occupation, en 1968. À la suite de cette parution, le député-maire socialiste de Tulle, Montalat, demande le 11 octobre 1968 que le gouvernement français exige de la République fédérale allemande d’introduire une procédure en Allemagne contre Lammerding et estime cette procédure d’autant plus impérieuse que le premier volume d’une apologie de la division Das Reich vient de paraître (sous la plume d’Otto Weidinger) en Allemagne. Comme les précédentes, cette tentative reste sans suite88

En 2008, le Sénat a adopté un projet de loi portant adaptation du droit pénal français à celui de la Cour pénale internationale89. Cette adaptation, partielle, stipule entre autres laprescription des crimes de guerre par trente ans (article 462-10). Ce texte a suscité l’indignation du collectif « Maquis de Corrèze », dirigé par le député honoraire Pierre Pranchère, car son adoption aurait pour conséquence directe l’amnistie pour les responsables des massacres de Tulle, Oradour-sur-Glane et Maillé90.

Notes

  1. ↑ ancien commandant des Einsatzkommandos 5, puis 4b de l’Einsatzgruppe C
  2. ↑ Une première réunion a lieu le 17 avril 1944, selon Jean-Jacques Fouché et Gilbert Beaubatie, Tulle. Nouveaux regards sur les pendaisons et les événements de juin 1944, Éditions Lucien Souny, 2008, p. 41
  3. ↑ Ce fait n’est pas mentionné par Trouillé selon lequel les Allemands tentent une sortie en force à coups de mitraillettes et de grenades, P. Trouillé, op. cit., p. 152
  4. ↑ Elle lui rend visite en 1978 lors d’un séjour à Tulle « dans un but touristique », qui déclenche de vives protestations, J.J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 278-279
  5. ↑ Selon Élie Constans, Philomène Joutet, capurée par des éléments de la division SS Das Reich lors du massacre de Gabaudet à Issendolus et dont le fils et la fille avait été massacrés la veille,eut la corde passée au cou mais ne fut pas pendue; elle fit partie des otages libérés, Élie Constans, La tragédie de Gabaudet-Donnadieu, 1994, p. 52-53
  6. ↑ Un otage d’origine alsacienne a été libéré suite à l’intervention d’un membre de la Das Reich, Elimar (Sadi) Schneid, B. Kartheuser, op. cit., t. 3, p. 449
  7. ↑ D’après B. Kartheuser, qui est le seul à mentionner cette hypothèse, certains otages sont sauvés suite à l’action du docteur Pouget et de l’infirmière Arnal, qui leur font une piqûre provoquant une fièvre immédiate, puis les font évacuer sur un brancard en tant que malades
  8. ↑ Les représailles ne sont explicitement interdites que par les 4 Conventions de Genève de 1949 sur la protection des victimes de la guerre

Références

  1.  Peter Lieb, Répression et massacres. L’occupant allemand face à la résistance française, 1943-1944, in Gaël Eismann et Stefan Maertens (dir.), Occupation et répression militaires allemandes, 1939-1945, Autrement, coll. Mémoires/Histoire, Paris, 2006, p. 181
  2.  P. Lieb, op. cit, p.176-177
  3.  Guy Penaud, La « Das Reich » 2e SS Panzer Division, La Lauze, 2005 (ISBN 2912032768), p.65-8, 109-57, 175-231
  4. ↑ a et b Jean-Jacques Fouché, Oradour, Paris, Liana Lévi, 2001, p. 55-56
  5.  G. Penaud, op. cit., p.72-107 et 159-179
  6.  Bruno Kartheuser, Walter, SD à Tulle : la tragédie du 9 juin, t. 3, Les pendaisons de Tulle, Neundorf, Krautgarten, 2004, p. 148-152
  7.  B. Kartheuser, op. cit., t. 3, p. 33
  8. ↑ a et b J.J. Fouché, op. cit., p. 64
  9.  Sur la division Brehmer, voir notamment B. Kartheuser, op. cit., t. 3, p. 75-90
  10.  Jacques Delarue, Crimes et Trafics sous l’occupation, Paris, Fayard, Le livre de poche, 1971, p. 346
  11.  Bruno Kartheuser, op. cit., t. 3, p. 304.
  12.  J. Delarue, op. cit., p. 345.
  13.  J. Delarue, op. cit., p. 347.
  14.  B. Kartheuser, op. cit., t. 3, p. 93.
  15.  J. Delarue, op. cit., pp. 348-50.
  16.  Jean-Jacques Fouché, Gilbert Beaubatie, Tulle. Nouveaux regards sur les pendaisons et les événements de juin 1944, Éditions Lucien Souny, 2008, p. 59.
  17.  Une fusillade nourrie me fait sauter du lit. Le jour point, il est cinq heures, Pierre Trouillé, Journal d’un préfet pendant l’Occupation, Paris, Gallimard, coll. J’ai Lu, 1964, p. 137.
  18. ↑ abcd et e J. Delarue, op. cit., T. 4, pp. 350-59.
  19.  P. Trouillé, op. cit., p. 139
  20.  J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 73.
  21.  J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., pp. 79-80.
  22.  J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p.78
  23.  J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 77
  24.  B. Kartheuser, T. 3, op. cit., p. 320
  25.  P. Trouillé, op. cit., p. 146
  26.  B. Kartheuser, op. cit., t. 3, p. 342
  27.  Sarah Farmer, Oradour : arrêt sur mémoire, Paris, Calmann-Lévy, coll. Essai/histoire, 1994, p. 59
  28.  G. Penaud, op. cit., p.198
  29.  Sauf mention contraire, cette section est écrite sur la base de J. Delarue, op. cit., p.358-365
  30.   »Journal d’un préfet pendant l’occupation ; Corrèze 1944″, Pierre Trouillé, Gallimard, 1964.
  31.  .J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 137
  32.  P. Trouillé, op. cit., p. 168
  33.  J.J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 131
  34.  Jacques-Louis Bourdelle, Départs – Récits, Rougerie, s. l., s. d., p. 28
  35. ↑ a et b J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 1333-136
  36.  A. Soulier, op. cit., p.9-10
  37. ↑ ab et c J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 151-153
  38. ↑ a et b J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 154
  39.  J.J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 158-159
  40.  Jean Espinasse, Tulle le 9 juin 1944, La Table Ronde, 1994, p. 26
  41.  A. Soulier, op. cit., p.12
  42.  J.J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 155
  43.  J. Espinasse, op. cit., p.27
  44.  P. Trouillé, op. cit., p. 172
  45.  J. Delarue, op. cit. , p. 381
  46.  J.L. Bourdelle, cité par J.J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 159
  47.  J. Delarue, op. cit., p. 373-374
  48.  Sauf mention contraire, la présente section est rédigée sur la base de J. Delarue, op. cit., p.382-394
  49.  J. Espinasse, op. cit., p. 29
  50. ↑ ab et c J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 163-170
  51.  J. Delarue, op. cit., p. 385
  52.  Témoignage du colonel Bouty, cité par P. Trouillé, op. cit., p. 176
  53.  J. Espinasse, op. cit..’, p. 33-34
  54.  J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 171
  55.  J. Espinasse, op. cit.’, p. 37 et seq.
  56.  P. Trouillé, op. cit., p.176-183
  57.  Bruno Kartheuser, Walter, SD à Tulle : la tragédie du 9 juin, t. 4, Crime sans châtiment, Neundorf, Krautgarten, 2008, p.197-215
  58.  J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 174
  59.  J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 174-176
  60.  B. Kartheuser, op. cit., t. 3, p.454-457
  61.  P. Lieb, op.cit., p. 181
  62.  P. Trouillé, op. cit., p. 207-208
  63.  B. Kartheuser, op. cit., t. 3., p. 498-506
  64.  P. Trouillé, op. cit., p. 278-279
  65.  J.J. Fouché, op. cit., p. 65″.
  66.  Marjorie Courtoy, La question des otages en Belgique pendant la seconde guerre mondiale, in Gaël Eismann et Stefan Maertens (dir.), Occupation et répression militaires allemandes, 1939-1945, Autrement, coll. Mémoires/Histoire, Paris, 2006, p. 125-126
  67.  Texte de la convention [archive]
  68.  Éric David, Principes de droit des conflits armés, Bruxelles, Bruylant, 2008, p. 143
  69.  B. Kartheuser, T. 3, op. cit, p. 15
  70.  B. Kartheuser, T. 1, op. cit., p. 11
  71.  Otto Weidinger, Tulle et Oradour, une tragédie franco-allemande, s. l., auto-édité, s. d., 62 p.
  72.  Sadi Schneid, SS-Beutedeutscher. Weg und Wandlung eines Elsässers, Lindhorst, Askania, 1979
  73. ↑ a et b B. Kartheuser, T. 3, op. cit., p. 357
  74.  Herbert Taege, Wo ist Kain? Enthüllungen und Dokument zum Komplex Tulle+Oradour, Lindhorst, Askania
  75.  Eberhard, Jaeckel, La France dans l’Europe de Hitler, Paris, Fayard, 1968, cité par S. Farmer, op. cit., p. 59
  76.  G. Penaud, op. cit, p. 195
  77.  Voir le texte de la convention [archive]
  78.  B. Kartheuser, T. 3, op. cit., p. 341-342
  79.  B. Kartheuser, T. 3, op. cit., p.359
  80.  B. Kartheuser, T. 3, op. cit., p. 363
  81. ↑ a et b B. Kartheuser, T. 3, op. cit., p. 357-364
  82.  sauf mention contraire, la présente section est basée sur G. Penaud, op. cit, p 491-499
  83.  G. Penaud, op. cit., p.492
  84.  B. Kartheuser, op.cit., T. 4, p.262
  85.  B. kartheuser, op.cit., T. 4, p. 309-313
  86. ↑ a et b J. Delarue, op. cit., p. 368-370
  87.  J. Delarue, op. cit., p. 377
  88. ↑ ab et c B. Kartheuser, op. cit., T. 4, p. 339-343
  89.  Voir le dossier du Sénat Projet de loi portant adaptation du droit pénal français à la CPI [archive]
  90.  Voir la lettre du collectif « Maquis de la Corrèze » sur le site du PRCFPRCF / Maquis de Corrèze [archive]
  91. ↑ abcdef et g B. Kartheuser, T. 1, op. cit., p.8-10
  92.  B. Kartheuser, T. 4, op. cit., p.197-215
  93.  J. Espinasse, op. cit., p. 47
  94.  J. Espinasse, op. cit., p. 58 et73
  95.  . J. Espinasse, op. cit., p. 69 et 74
  96.  B. Kartheuser, op. cit., t. 4, p.16
  97.  B. Kartheuser, op. cit., t. 3, p. 349
  98.  J.J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 235-243
  99.  Sur cet épisode, voir B. Kartheuser, op. cit., t. 4, p. 343 et sq
  100.  Jean-Macques Marie, Nouveaux regards et vieilles questions…, in La quinzaine littéraire, Paris, septembre 2008
  101.  Google Maps [archive] Rue du 9-Juin-1944, TulleCorrèzeLimousinFrance.

28 mars 2013

9 septembre La Corse se soulève contre l’occupant

Classé sous — milguerres @ 22 h 21 min

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

9 septembre 1943 La Corse se soulève contre l’occupant

La capitulation italienne provoque le soulèvement général des résistantscorses. Les insurgés, épaulés progressivement par des troupes venues d’Afrique du Nord, mèneront des combats contre les troupes allemandes jusqu’au 4 octobre. La Corse sera alors le premier département français libéré.

9 septembre La Corse se soulève contre l'occupant corse

VERS UNE LIBERATION

source : http://romainferrandi.jimdo.com/chapitre-3-premier-departement-francais-libere-la-corse/

Du 9 septembre au 4 octobre 1943 ; la lutte armée pour la libération résulte de l’insurrection de toute l’île, même si le fait marquant est avant tout la prise de la préfecture d’Ajaccio. Le rôle des 12 000  patriotes est décisif, l’aide extérieure de l’armée française, et notamment du 1er bataillon de choc et des troupes marocaines, salvatrice et efficace, n’est pas celle –beaucoup plus importante– qu’il aurait fallu si un débarquement allié s’était produit. Enfin l’armée italienne, désormais engagée contre l’Allemagne, n’est pas négligeable (la moitié des pertes liées aux combats de la libération furent des soldats italiens). La libération de la Corse fut un « modèle » pour le Conseil National de la Résistance dans sa stratégie de la libération de la France continentale.  

1/LES ITALIENS SE RALIENT A LA CAUSE DES RESISTANTS

Le 25 juillet, après le débarquement allié en Sicile, Mussolini a perdu le pouvoir. En août, des manifestations pour la paix ont lieu dans de grandes villes italiennes. Les Allemands pénètrent en Italie et renforcent leurs positions en Corse, en raison de la situation stratégique de l’île sur le flanc ouest de la péninsule. La brigade SS est déplacée dans le sud pour faire la jonction avec la 90e Panzergrenadier division qui reçoit l’ordre de passer de Sardaigne en Corse à l’annonce de la capitulation italienne.

Depuis la fin de juillet, il y a débat au sein de la direction du Front national : l’insurrection est-elle possible sans un débarquement simultané ? Est-il envisageable de rechercher parmi les occupants des éléments non fascistes, de nouer alliance avec eux, et de pouvoir ainsi compter sur un apport en artillerie lourde et en moyens de transport ? À la fin du mois d’août, la décision est prise : il y aura ordre d’attaquer les Allemands dès l’annonce de l’armistice italien. Des contacts clandestins ont été pris au début d’août par la direction du Front national avec le colonel commandant les Chemises noires (2) à Bastia, Gianni Cagnoni, et le général Stivala qui dirige la garnison italienne à Bastia. Cagnoni s’engage à fournir des renseignements sur les activités policières, à aider à la rédaction de tracts destinés aux soldats italiens et, en cas de débarquement des Alliés, à créer pour eux à Bastia une tête de pont. C’est en fait à Salerne, au sud de Naples, que les Alliés arrivent le 9 septembre.
Le soir du 8 septembre, la décision d’insurrection a été maintenue. Colonna d’Istria avertit Alger et somme le général italien Magli, qui commande le VIIe corps d’armée, de choisir entre neutralité, hostilité ou coopération avec les résistants. Premier paradoxe : ce général, qui soumet la population à un régime militaire sans cesse aggravé depuis avril, répond :  » … je suis avec vous « . Le désarroi règne dans ses troupes. Il y a des désertions. Dans la nuit du 8 au 9 septembre, marins italiens et allemands s’affrontent. La ville reste provisoirement aux mains des Italiens. Mais la paradoxale alliance n’est pas assurée : Magli reçoit le 9 septembre le général allemand Von Senger nommé à la tête des forces allemandes dans l’île, l’assure de sa neutralité bienveillante et ordonne de libérer les prisonniers allemands. Il ne reçoit que le 11 septembre l’ordre du Comando supremo de  » considérer les Allemands comme des ennemis « . Le général Magli ordonne la libération des résistants prisonniers en Corse. Reste le sort des déportés corses détenus dans des prisons italiennes ou à l’île d’Elbe. Les Corses incarcérés en Calabre sont délivrés les premiers par les Alliés qui y débarquent le 3 septembre. Parmi ceux de l’île d’Elbe, une quinzaine ont pu s’évader par mer dès l’arrivée des Allemands le 16 septembre. Les autres, transférés en Carinthie, province autrichienne annexée à l’Allemagne, ne pourront rentrer qu’après la fin de la guerre.

Apres l’armistice corse – italienne la tension avec les Allemands augmente : dès le lendemain de cet accord ,aux premières heures, des incidents graves se produisent dans le port de Bastia.

La défense anti-aérienne italienne tire sur des appareils allemands, un navire italien qui appareille est attaqué et incendié par les Allemands. À l’aube du 9 septembre, plusieurs navires allemands sont endommagés par les batteries italiennes et les prisonniers placés sous contrôle des autorités militaires italiennes. Ce même jour, dans la ville, patriotes et soldats italiens s’emparent de la citadelle, de la gare et des principales voies de communication ; le local de la Légion des combattants devient une permanence des résistants du Front national.
D’autres cas de coopération immédiate entre Italiens et résistants corses sont signalés (à Sartène notamment).
Ajaccio se soulève le 9 septembre. Des Allemands stationnés à la Parata sont stoppés à l’entrée de la ville, le 10 septembre, par un groupe de résistants. Ils se replient par mer, leur infériorité numérique rendant très aléatoire toute tentative d’utilisation du réseau routier. Ainsi, le port d’Ajaccio demeure libre et disponible pour le débarquement de forces amies.
Le 12 septembre, modifiant les plans de l’état-major, Hitler ordonne l’évacuation des deux grandes îles, Sardaigne et Corse, mais non sans prévoir une période transitoire qui doit permettre le regroupement des forces allemandes et l’évacuation des stocks. Ce plan exige la reprise du contrôle des axes routiers de la Corse.

C’est mal connaître la géographie de l’île et le rapport des forces. Le général von Senger tente effectivement des percées vers l’ouest de l’île, mais il prend rapidement la mesure de la détermination des partisans et refuse de s’engager dans une guérilla meurtrière et incertaine.
À partir du 17 septembre, pour assurer l’évacuation des unités dont le sort lui est confié, il concentre son action sur la voie routière de la côte orientale et sur le port de Bastia : outre la brigade Reichsführer, il faut faire passer la 90e division panzer, arrivée de Sardaigne, soit 32 000 hommes avec du matériel lourd (chars, pièces d’artillerie, matériel et véhicules divers) ; un bataillon de parachutistes italiens suit les Allemands dans leur retraite. Tous doivent aller combattre en Italie après avoir quitté la Corse

La corse tarde trop et risque la mainmise allemande sur l’île. Les patriotes ont tous la conviction qu’ils vont se trouver devant des adversaires disciplinés et bien entraînés.
Le général Giraud, conscient du danger encouru par les résistants, prend la décision, « audacieuse et risquée » selon le général de Gaulle, d’envoyer le 1er corps d’armée du général Henri Martin pour aider la Résistance.
Les Français décident d’utiliser deux sous-marins : le Casabianca et l’Arétharse, ainsi que deux contre-torpilleurs et deux torpilleurs. Le port d’Ajaccio est libre, ainsi que le terrain de Campo dell’Oro, qui subit cependant, le 12 septembre, une attaque aérienne allemande, mais où peut atterrir une escadrille d’aviation de chasse alliée.
Les premiers à débarquer sont les hommes du 1er bataillon de choc créé par le général Giraud en avril 1943. Ils font la traversée, entassés, dans le Casabianca. Placés sous les ordres du commandant Gambiez, ils sont particulièrement bien entraînés au type de combat qui les attend dans l’île. Du 14 au 17 septembre, ils attendent leur ordre de marche et sont rejoints à Ajaccio par le 1er régiment de tirailleurs marocains, par des spahis, des goumiers et des éléments de l’artillerie et du génie. Au total 6 000 hommes, 400 tonnes d’armes, des jeeps, des pièces antiaériennes, du carburant et des vivres, sont débarqués en dix jours. Ajaccio joue donc le rôle d’une tête de pont. Les troupes venues d’Algérie viennent appuyer les patriotes qui ont commencé seuls à défendre les passages entre les deux versants de l’île.

Il s’avère déjà impossible pour les Allemands de songer (du moins sans renfort) à une occupation totale de la Corse. Le général Henri Martin a pris contact avec le général Magli dès son arrivée, le 17 septembre ; chargé de la coordination des troupes débarquées, il souhaite définir les conditions d’une coopération franco-italienne. L’accord finalement conclu le 21 septembre prévoit une action commune dans le sud de l’île et une attaque convergente sur Bastia : la division « Cremona » doit, en effet, participer aux combats de Porto-Vecchio, Sotta et Bonifacio des 23 et 24 septembre et la division « Friulï » à ceux du col de Teghime à la fin du même mois.
Le 21 septembre le général Giraud vient à son tour veiller aux opérations sur le terrain et rencontrer le général Magli ; les Italiens combattent officiellement aux côtés des forces françaises et leur assurent un important soutien.

4/LA CORSE EST LIBRE
Les allemands se replient
La période des combats n’est pas vécue partout de la même façon. À Ajaccio, préfecture de 1a Corse, la libération est acquise dès le 9 septembre. La population assiste aux débarquements de troupes et exprime librement sa joie. On chante la Marseillaise dans les rues.
À Sartène, le soulèvement populaire se heurte à l’intervention allemande visant la population.

À Bastia, on se bat en ville et surtout au port, entre Italiens et Allemands. Le 14 septembre, les Allemands qui ont repris le contrôle de la situation, menacent la ville de destruction et interdisent à la population de sortir, si ce n’est entre 11 et 12 heures. Les patriotes qui, croyant leur ville libérée, ont occupé la mairie et la sous-préfecture, retournent à la clandestinité après l’intervention d’une colonne allemande venue de Casamozza et une attaque de stukas.

Très inégalement armés, souvent peu expérimentés car s’ils sont plus de 10 000 en septembre, la plupart n’a pas subi de préparation militaire sérieuse, les patriotes combattent sans aide pendant les huit ou dix premiers jours. Durant cette période, les Allemands cherchent encore à s’ouvrir les passages vers l’ouest dans les régions de l’Ospedale, de Ghisoni, Barchetta et Folelli. Dans le sud, il faut compter avec la brigade SS Reichsführer cantonnée à Sartène.
Les Allemands veulent sauver leurs dépôts de matériel et de carburant, comme celui de Quenza attaqué le 15 septembre par le Front national et les hommes du commandant Pietri : en s’assurant le contrôle des voies de communication les résistants empêchent la jonction des troupes allemandes de Porto-Vecchio avec celles de Quenza et de Sartène. La zone de Levie est devenue un verrou. Le 17, une compagnie du bataillon de choc est déterminante dans l’appui de la Résistance : malgré une intervention de leur aviation, les Allemands y sont vaincus. Le général von Senger, convaincu du coût excessif de toute action vers l’ouest, se consacre par la suite à l’évacuation de ses forces vers Bastia.

La liberation

C’est donc la seconde phase des combats qui commence : dès le 1er, sur la route de Bonifacio à Porto-Vecchio, puis le 22 dans la zone de Conca, les fauteurs qui dominent la route servent de bases pour les attaques ; mais la 90e division allemande est une division blindée, elle peut subir des pertes, être freinée, mais non stoppée.
Les groupe de maquisards sont appelés au combat au fur et à mesure de la lente progression allemande vers le nord. Ceux de Vezzani et de Prunelli di Fiumorbo agissent les 23 et 24 septembre. Les Allemands perdent le contrôle des aérodromes de Ghisonaccia et de Borgo qu’ils utilisaient pour leur évacuation et les opérations aériennes de soutien. À la fin de septembre, des combats se déroulent en Casinca. Le bataillon de choc trouve, parmi les patriotes, les guides qui lui sont d’autant plus indispensables qu’il ne possède pas les cartes d’état-major de la région. Qui plus est, une compagnie formée de volontaires recrutés sur place a pu être constituée. La population nourrit et renseigne les combattants, mais les blessés pâtissent du manque de soins : aucun service médical ne suit la progression des troupes dans cette zone.
À la fin de septembre et pendant les trois premiers jours d’octobre, les Allemands ne cherchent plus qu’à protéger leur retraite, se repliant sur le port de Bastia. Leur artillerie en retarde l’accès. Les patriotes et les « troupes de chocs » y arrivent par le sud tandis que tabors, spahis et troupes italiennes progressent par l’ouest, avec les résistants du Contenais et de la Balagne. Dans ces combats, les Marocains jouent un rôle déterminant : le col de San Stefano est enlevé le 30 septembre, le col de Teghime le 3 octobre. Le bataillon de choc prend le contrôle du Cap Corse, non sans un accrochage avec les Allemands à Pietracorbara.
Le 4 octobre, Bastia est libre, mais dévasté par les combats et les bombardements américains.

Libérée mais tres affaiblie

La 90e Panzergrenadier division quitte l’île, affaiblie par la destruction d’une centaine de chars, de 600 pièces d’artillerie et de 5 000 véhicules divers. Des patriotes sont tués au combat aux côtés des militaires français et italiens tandis que d’autres, surpris armés par les Allemands, sont immédiatement fusillés : on compte au moins 25 exécutions sommaires. Au total, l’estimation des victimes de ces combats s’établit ainsi : les troupes allemandes perdent environ 1 600 hommes dont 1 000 tués et 400 prisonniers ; les Italiens dénombrent 637 tués et 557 blessés ; du côté français, la Résistance enregistre dans ses rangs 170 tués et environ 3130 blessés ; les troupes régulières enregistrent 75 tués (dont l’aspirant Michelin, premier officier français tombé sur le sol national) et 239 blessés.

Quant aux dégâts matériels, ils sont considérables sur les lieux des combats : de nombreux ponts ont sauté, des maisons sont détruites, Bastia subit cinq bombardements alliés entre le 13 septembre et le 4 octobre, ainsi que des tirs d’artillerie. Les quartiers du port, de la gare et le cimetière lui-même sont ravagés, la ligne de chemin de fer de la côte orientale est inutilisable.
Une page qui se tourne : hommage

Au cours de sa visite en Corse, du 8 au 10 octobre, le général de Gaulle salue les efforts et les sacrifices consentis. Ses discours témoignent d’une émotion sincère. . L’île, coupée de la France continentale, dépend désormais d’Alger. Pour ses habitants, la Libération ne signifie pas la paix, mais bien au contraire la reprise de la guerre au côté des Alliés. À cet égard aussi, la situation de ce département français est unique : pendant l’année 1944, 12 000 Corses de 20 à 28 ans sont mobilisés. De plus, la région est utilisée comme base aéronavale pour le contrôle des liaisons maritimes, comme base d’attaque contre l’Italie du Centre et du Nord, encore tenue par les Allemands, et comme base de départ en août 1944 pour le débarquement en Provence.
Le 6 juin 1944, les Alliés débarquent en Normandie. Après la Corse, le Calvados sera le deuxième département français libéré. Les FFI de Caen prendront le nom de Fred Scamaroni, héros et martyr de la Résistance corse;

La Corse tient une place importante dans l’histoire de 1a Résistance et de la Libération.
C’est le premier territoire libéré, par ses habitants et par des soldats français, sans intervention de forces anglo-américaines.
Au cours de sa visite en Corse, du 8 au 10 octobre, le général de Gaulle salue les efforts et les sacrifices consentis. Ses discours témoignent d’une émotion sincère. . L’île, coupée de la France continentale, dépend désormais d’Alger. Pour ses habitants, la Libération ne signifie pas la paix, mais bien au contraire la reprise de la guerre au côté des Alliés. À cet égard aussi, la situation de ce département français est unique : pendant l’année 1944, 12 000 Corses de 20 à 28 ans sont mobilisés. De plus, la région est utilisée comme base aéronavale pour le contrôle des liaisons maritimes, comme base d’attaque contre l’Italie du Centre et du Nord, encore tenue par les Allemands, et comme base de départ en août 1944 pour le débarquement en Provence.
Le 6 juin 1944, les Alliés débarquent en Normandie. Après la Corse, le Calvados sera le deuxième département français libéré. Les FFI de Caen prendront le nom de Fred Scamaroni, héros et martyr de la Résistance corse;

La Corse tient une place importante dans l’histoire de 1a Résistance et de la Libération.
C’est le premier territoire libéré, par ses habitants et par des soldats français, sans intervention de forces anglo-américaines.

source :

http://romainferrandi.jimdo.com/chapitre-3-premier-departement-francais-libere-la-corse/

http://www.linternaute.com/histoire/categorie/evenement/57/1/a/48403/la_corse_se_souleve_contre_l_occupant.shtml

wikipedia

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