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28 décembre 2012

Historique du 4e Régiment de Spahis

Classé sous — milguerres @ 14 h 54 min

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Les Spahis et la Grande Guerre

La Tunisie et la Grande Guerre

La Tunisie au gré des conflits

Les Spahis

Le 4e Régiment de Spahis libère Quierzy

4e Régiment de Spahis en Tunisie

 Fatima, l’unique Spahi

 

 

 Fichier:Insigne régimentaire du 4e Régiment de Tirailleurs Tunisiens 1er modéle.jpg

source wikipedia

Insigne régimentaire du 4e régiment de tirailleurs tunisiens
(1er modèle)

Le 4e régiment de tirailleurs tunisiens (4e RTT) était un régiment d’infanterie appartenant à l’Armée d’Afrique qui dépendait de l’armée de terre française.

En activité entre 1884 et 19561, il est l’un des régiments les plus décorés de l’armée française2. Il se distingue particulièrement lors de la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle il est cité six fois à l’ordre de l’Armée et obtient la Légion d’honneur, puis lors de la Seconde Guerre mondiale, notamment lors de la campagne d’Italie au sein du corps expéditionnaire français du général Juin ; il est à nouveau cité quatre fois à l’ordre de l’Armée.

source wikipedia

Historique du 4e Régiment de Spahis

http://dvole.free.fr/quierzy/4h.htm

1914

Départ pour la France

Le régiment de campagne du 4e Régiment de Spahis est formé à Sfax (Tunisie) à 4 escadron et embarqué le 1er septembre 1914 à Sfax également.

A cette date, l’état-major du Régiment a la composition suivante :

  • Colonel Couverchel, Commandant le Régiment,
  • Lieutenant-Colonel Schneider,
  • Chefs d’Escadrons Renn et B.R Bonneterre,
  • Capitaine Adjoint Dauphinot,
  • Lieutenant Crotel, officier d’approvisionnement,
  • Lieutenant Dandine, Officier payeur,
  • Treuvelot, vétérinaire major de 2e classe,
  • Couboules, médecin major de 2e classe
  • Aoustin, vétérinaire aide-major de Ire classe
  • Bellon, médecin aide-major de 1ere classe.

L’effectif du Régiment est de 31 Officiers, 666 hommes de troupe et 671 chevaux.

L’Aisne

Les escadrons débarquent à Marseille le 4 septembre 1914 et sont immédiatement dirigés sur le camp retranché de Paris. Le 4e Spahis forme avec le 6e Régiment de Marche de Spahis (Escadrons des 1e, 3e et 5e Spahis) une Brigade de marche qui est mise à la disposition de la 6e Armée (Gal Maunoury) dans la région de l’Oise.

Le  13, la brigade reçoit l’ordre de passer l’Aisne, le plus rapidement possible, entre Jaulzy et Vic-sur-Aisne. Le pays vallonné et boisé est difficile pour la Cavalerie et propice aux embuscades. La Brigade est arrêtée par le feu de l’infanterie ennemie embusquée dans les bois de Moulin-sous-Touvent et Nampcel puis poursuivie jusqu’au Sud de Saint-Pierre-lès-Bitry par un tir progressif d’artillerie.

Le 15 septembre, la Brigade qui a repris sa marche en avant part d’Attichy et deux Escadrons reçoivent l’ordre de se porter par Carlepont sur la Pommeraye, en soutien de reconnaissance d’infanterie. Le Peloton d’avant-garde, arrivé à hauteur de Brétigny, aperçoit une forte colonne de cavalerie ennemie qui se retire.

Le lieutenant De Mesmay, commandant ce peloton n’hésite pas à attaquer franchement I’arrière-garde de cette colonne composée d’un Régiment de Uhlans, dont il tue plusieurs cavaliers et continue au galop sur Brétigny, suivi par le demi-Régiment du Commandant B.R Bonneterre. Mais à la lisière sud du village, des feux d’infanterie, de mitrailleuses et d’artillerie, obligent les Spahis à se jeter dans les bois qui bordent la route.

Au cours de ce combat, une vingtaine de Spahis a disparu, mais les deux escadrons du 4e Spahis sont l’objet de félicitations élogieuses du Commandant de la Brigade.

 

La Somme

Pendant tout le mois de septembre, le Régiment va continuer ses missions de reconnaissance et de résistance ; il part dès l’aurore, les chevaux sellés dans la nuit, il travaille tout le jour et rentre au bivouac dans les lignes de l’Infanterie à la nuit est tombée. Le ravitaillement arrive au milieu de la nuit, quand il peut rejoindre. Le temps est froid et pluvieux. Malgré ces longues étapes, une nourriture, composée presque uniquement de vivres de réserve, les intempéries pénibles pour les Spahis habitués au soleil d’Afrique, le moral est toujours excellent et tous conservent le mordant nécessaire aux missions périlleuses qui leurs sont confiées durant les attaques furieuses et les bombardements intenses qui ont lieu pendant la fin septembre dans le Sud de la Somme.

Le 24 septembre au soir, notamment à la Chavate, la Brigade à cheval depuis le matin, est obligée de tenir en respect, au combat à pied, des forces allemandes supérieures en nombre. Cette résistance permet de rallier les forces entamées et d’opposer un barrage solide au mouvement débordant des lignes allemandes. Plusieurs Officiers, Sous-Officiers et Cavaliers sont cités à l’ordre du Régiment.

Mais si le courage des hommes a toujours réussi à se montrer plus fort que la fatigue, les chevaux ont eu à fournir sans repos, durant 18 jours un effort presque au-dessus de leurs forces. Bivouaqués dans la boue, sellés dans de mauvaises conditions; parfois 59 heures sur 62 (du 24 septembre, 9 heures, au 26 septembre, 19 heures) parcourant tous les jours d’assez longues distances, beaucoup deviennent indisponibles et ne peuvent être soignés par les vétérinaires durant les quelques heures de la nuit dont ils disposent.

Le commandement, reconnaissant qu’il est absolument nécessaire de donner quelque repos au Régiment, décide qu’à partir du mois d’octobre, un demi-Régiment assurera, seul, le service sur le front, le reste des Escadrons de la Brigade restant en cantonnement à la disposition du Général commandant le corps d’armée.

Les mois d’octobre et de novembre avec leurs brouillards et leurs pluies fines et fréquentes, vont être pour le 4e Spahis une période d’incessants changements, durant, lesquels il aura à remplir un triple rôle; éclairer sur le front, assurer la liaison avec les divisions voisines et se tenir constamment prêt, soit à appuyer les attaques, soit à parer un fléchissement des lignes françaises. C’est ainsi que la Brigade passe du grand plateau de la Somme aux plaines du Pas-de-Calais, traversant Contoire, Faverolles, Pierrepont, Corbie, Pas, Thièvres, Saulty, Couturelle, Coin, Larbet, pour se fixer le 12 novembre à Izel-les-Hameaux dans le Pas-de-Calais.

 

Le Pas-de-Calais

Attaque du château de Vermelles.

Le 30 novembre, des gens résolus sont nécessaires pour tenter un quatrième coup de main sur le château de Vermelles (entre Béthune et Lens) qui, depuis un mois et demi, arrête notre progression. On fait appel au 4e Spahis, grand honneur que tous comprennent car le Colonel n’a que l’embarras du choix pour constituer le groupe franc de 80 Spahis, demandé par le Commandement. Ce groupe se rend le 30 au soir à Mazingarde, d’où doit  partir l’attaque. Il échange ses armes avec une Compagnie de Territoriaux, et le lendemain matin, des instructeurs d’Infanterie apprennent aux Spahis le maniement du fusil et leur donnent quelques principes d’escrime à la baïonnette. C’est après une heure d’exercice que ce groupe de Spahis devint la troupe d’Infanterie qui devait, deux heures plus tard, mettre en fuite ou écraser deux Compagnies badoises occupant une position jugée formidable.

A 11 heures, le signal de l’attaque est donné par l’explosion d’une mine qui doit faire brèche dans le mur du parc. Les quatre groupes de 20 Spahis, sous les ordres du Lieutenant Berger et du Sous-Lieutenant Allal Ghomry, s’élancent à pied et avec un élan irrésistible en tète des troupes d’Infanterie. Le Maréchal des Logis Decousser et 19 cavaliers ont bondi les premiers sur le mur d’enceinte et l’escaladent. Ils sont rejoints aussitôt par les autres groupes. Devant les Spahis, dans les boyaux du parc, les Allemands affolés, tourbillonnent. Les Spahis franchissent tous les obstacles tirant et pointant sans arrêt; rien ne leur résiste et d’un seul assaut ils enlèvent le parc, le château en ruines et les maisons qui bordent le parc nord, massacrant au passage tout ce qui n’a pu s’enfuir. 

Le groupe franc à son retour à Mazingardes fut acclamé par toutes les troupes et vivement félicité par le Général De Cadoudal pour son entrain, sa grande bravoure et le magnifique résultat obtenu.

Après Vermelles, le Régiment prend quelques jours de repos, puis va s’installer à Bully-Grenay pour assureur le service des tranchées de décembre 1914 à avril 1915, dans le secteur de BulIy à Àix-Noulette (Sud-Est du Pas-de-Calais).

Il aura à y souffrir énormément du froid et beaucoup d’hommes, dont les pieds sont gelés, devront être relevés. Là encore, le Régiment fera son devoir. Le 17 décembre, un groupe d’éclaireurs est détaché au 21e Bataillon de Chasseurs à Pied, avec mission de précéder l’infanterie dans une attaque contre les tranchées allemandes situées dans un petit bois aux environs de Noulette. Le groupe s’élance bravement à l’assaut, s’empare de la première ligne de laquelle il chasse les Allemands et, malgré un feu violent de mitrailleuses ennemies réussit à se maintenir dans son gain en faisant le coup de feu jusqu’ au soir.

1915

En mai 1915, une nouvelle attaque est projetée contre les « ouvrages blancs » d’Angres, dans la région de Lens. Les Spahis sont demandés pour donner, encore une fois, la preuve de leur audace en attaquant à pied des ouvrages allemands, très fortement organisés, qu’il s’agit d’enlever par un coup de main hardi et de conserver coûte que coûte.

Le 8 mai, cent Spahis encadrés sont fournis par le Régiment et le 25, cinquante autres doivent prendre part dans les mêmes conditions a une nouvelle opération de concert avec l’lnfanterie.

Comme à Vermelles, c’est tout le Régiment qui est volontaire et tous se disputent l’honneur d’être de l’attaque. Le 19 mai, à 17 heures sous les ordres du Capitaine Paoli, du Lieutenant Labarbe et du Sous-Lieutenant de Coincy, au signal de l’explosion des mines, les Spahis s’élancent hors des tranchées. Ils trouvent, en face d’eux une masse de bastions et de tranchées que nos troupes appellent les « ouvrages blancs » parce que, creusés dans un sol crayeux, ils couronnent la crête d’un labyrinthe blanchâtre. Les hommes, avec un mépris prodigieux de l’adversaire ne s’arrêtent pas à ces tranchées qu’ils débordent ; tout au plus enferment-ils parfois des groupes entiers d’Allemands qui n’ont pas eu le temps de sortir de leurs abris. Aussi, en quelques minutes avec des pertes minimes, le détachement atteint la deuxième ligne ou les Allemands surpris et terrorisés, sont massacrés au nombre de plus de 300. 80 sont faits prisonniers. Mais les obus et les grosses grenades pleuvent et insuffisamment appuyé et fortement mitraillé le groupe réduit de moitié, est obligé de rétrograder jusqu’à la première ligne allemande, dans laquelle il réussit à se maintenir malgré un feu d’enfer.

Dans cette affaire, il y a eu de lourdes pertes ; le Sous-lieutenant de Coincy, qui combat vaillamment jusqu’au soir à la tête de son groupe, trouve une mort glorieuse dans la lutte; 6 Sous-Officiers sur 8 et 12 Brigadiers sur 14 n’ont pas reparu; la majeure partie de l’ouvrage étant retombée aux mains de l’ennemi, il a été impossible de déterminer le nom des morts et blessés relevés par l’ennemi.

Tout le groupe d’éclaireurs obtint la citation suivante à l’Ordre de la 10e Armée:
Le groupe d’éclaireurs du 4e Spahis chargé de l’attaque d’un ouvrage allemand très fortement organisé, s’est formé pour I’assaut avec autant de calme qu’au terrain de manœuvre. Ils se sont élancés à l’assaut, officiers en tête avec une fougue et un courage admirable, ont occupé la plus grande partie de l’ouvrage, s’y sont maintenus avec un complet mépris du danger malgré les fortes pertes que leur a fait subir le feu d’Artillerie et de l’infanterie allemande.

Le 25 mai, sous les ordres du Capitaine Brabet et du Sous-lieutenant De La Croix, le second groupe formé fit, de concert avec l’Infanterie, une nouvelle tentative sur les ouvrages blancs occupés en partie par les Allemands. Comme le 8 mai, les deuxièmes lignes furent atteintes dans un élan splendide et occupées. Les Spahis, malgré leur petit nombre, repoussèrent à la baïonnette quatre contre-attaques allemandes et firent une hécatombe d’ennemis.

Après les opérations des Ouvrages Blancs, le Régiment avait besoin d’être réuni pour pouvoir s’organiser; la moitié des effectifs fournis les 8 et 25 mai, avait été mise hors de combat. Aussi le 27 mai  la réserve à pied de BuIly est supprimée et le 4e Spahis n’a plus d’hommes détachés au service des tranchées. Il va être en mesure de se reformer, de compléter son effectif en hommes et de se préparer à repartir dans de meilleures conditions.

Le 19 juin, après un séjour de un mois plus à l’est à Hestrus, le Régiment va cantonner à Pernes. Le 1er juillet, 500 Cavaliers à Pied, dont 200 du 4e Spahis, sont mis à la disposition de la 4e D.I. Ils vont occuper les abris situés sur la piste allant de Petit-Servins à Maison Forestière (lisière ouest du bois de Bouvigny) et font le service de première et deuxième lignes. Pendant ce séjour aux tranchées, les Spahis supportèrent des bombardements parfois violents; qui causèrent des pertes assez sérieuses.

Les Spahis se distinguèrent particulièrement dans des missions de reconnaissance souvent très périlleuses. Le 15 septembre, une de ces patrouilles, commandée par le Brigadier d’Arras, se heurte à une forte patrouille allemande. Malgré l’infériorité numérique (quatre contre quinze) malgré la différence d’armes (mousqueton contre fusil), le Brigadier d’Arras sans perdre une minute s’élance à la baïonnette sur l’ennemi avec ses trois hommes. La patrouille allemande, après un terrible corps à corps, se retire, laissant cinq des siens sur le terrain, dont un Officier, sur le corps duquel on retrouve des notes précieuses pour le Commandement. Le Brigadier rentre avec deux de ses hommes, tous trois blessés. Cette action glorieuse valut une citation à chacun de ces braves.

Le 22 septembre 1915, les Spahis sont relevés de leur service aux tranchées; ils changent de cantonnements et on les retrouve le 1er octobre a Bergueneuse au nord d’Anvin, d’où ils reprennent, le 9, le service des tranchées. Comme auparavant, le 4e Spahis fournit 200 hommes qui sont mis en soutien de la ligne de sous-secteur, ils occupent le chemin creux Souchez-Angres.

Le 13 octobre, il s’agit d’opérer un coup de main sur un poste allemand. Le Lieutenant de Kerverseau fait, sous un bombardement violent, une reconnaissance judicieuse. Le 13 au soir, les Allemands ont prononcé une attaque très violente et ont pris deux tranchées françaises, défendues par le 31e Bataillon de Chasseurs à Pied, dont une Compagnie a été éprouvée. Le Lieutenant Ghomri, avec une quarantaine de gradés et hommes, est désigné pour cet engagement, L’attaque se produit le 14 à 9 heures, mais ne réussit pas complètement, les éléments voisins n’ayant pu progresser. L’assaut est décidé à nouveau pour 16 heures. Il sera exécuté par un escadron du groupe de Spahis, soutenu par une Compagnie d’infanterie et précédé d’une fraction de Grenadiers. Le combat s’engage à la grenade, mais se transforme vite en un abordage à la baïonnette dans lequel les Spahis ont rapidement l’avantage.

Les Allemands cèdent. Le Capitaine Trillat s’est porté à la hauteur de la première ligne et sa présence électrise ses hommes. Blessé d’une balle au bras, il continue son mouvement en avant, exhortant toujours ses Spahis. Une nouvelle blessure à l’épaule gauche le renverse; il essaie de se relever mais, trahi par ses forces, il passe le commandement au Lieutenant Labarbe et ne quitte le terrain de la lutte que lorsqu’il voit la progression s’accentuer. A 16h25, la position est à nous.

L’hiver arrive avec la fin octobre, et, pendant les mois suivants, le 4e Spahis continue à tenir les tranchées.

1916

Le 15 janvier, le détachement de 200 hommes fourni aux tranchées, est remis à la disposition du régiment. Le 17 janvier 1916. la Brigade de marche des Spahis, change sa composition. Elle sera formée du 4e Spahis et du Régiment de Spahis marocains. Toutefois, le 4e Spahis reste provisoirement à la disposition du 9e Corps d’Armée et s’installe à Hétrus et à Tangry. Le 21, le 4e Spahis est affecté comme Cavalerie de Corps au 33e C.A.. Il cantonne à Hernicourt, Berthonval, Sautricourt, St Martin, toujours dans le Pas-de-Calais, et assure un service de surveillance générale.

 

 

Marne, Meurthe-et-Moselle, Meuse

Le 1er mars 1916, le Régiment embarque à Wavrans-sur-Ternoise et quitte le Pas-de-Calais ; dés lors, il ne fait que voyager. Il se rend d’abord dans la Marne, traverse ensuite la Meuse pour passer dans la Meurthe-et-Moselle, le 4 avril à Saulxures et Allamps.

Enfin le 18 mai, le Régiment revient sur la frontière de l’Est, traverse la Meuse à Vertusey et Corneiville. C’est de là qu’il prend le service des avant-lignes dans le secteur de Étangs (Est d’Apremont).

Il le garde jusqu’au 5 juillet, date à laquelle il quitte ce secteur pour occuper dans celui de St-Baussant, plus au nord, les ouvrages des Mortiers et de la Cortine-ouest, à l’ouest de Xivray.

Ce séjour dans la Marne et la Meuse n’a pas été pour le Régiment une période de repos. Pendant que les uns occupaient les avants-postes, les autres poussaient activement leur instruction de spécialistes  (grenadiers  fusiliers-mitrailleurs  agents de  liaison, etc.).

Le service dans le secteur des Étangs et dans celui de Xivray fut pénible aux Spahis qui durent organiser complètement ces défenses en s’employant de jour et de nuit à des travaux de construction d’abris. Par ailleurs, le Régiment a dû fournir, à maintes reprises, des détachements de liaison à l’Artillerie (de Verdun notamment) et des coureurs à l’infanterie, Les uns et les autres se sont fait particulièrement remarquer par leur courage, leur entrain et leur résistance.

Le 25 juillet, le Régiment est relevé de son service en première ligne et revient, dans la Meurthe-et-Moselle à Colombey-les-BeIles où il cantonne jusqu’au 14 août. A cette date, il embarque à Barisey-la-Cote, a destination de Conty, dans la Somme. Il s’installe à Thieullot-la-ViIle, puis se rend le 20 à Lamotte-en-Santerre.

 

 

Somme, Oise et Aisne.

A peine arrivé dans cette dernière localité, le 4e Spahis doit fournir un escadron pour la police des routes, des agents de liaison à l’Artillerie, et un détachement d’hommes à pied mis à la disposition du Général Viollaud, pour participer à la défense de secteur de tranchées entre Feuillêres et Blaches.

Cette zone du front est particulièrement dangereuse ; les obus tombent sans discontinuer et la surveillance qui incombe aux Spahis est difficile.
Ce n’est que le 3 novembre 1916, que le 4e Spahis est relevé de son service en secteur. Il stationne à Lamotte-en-Santerre, prêt à être embarqué avec la 77e DI.

Le 7 novembre, la moitié du Régiment s’embarque à Boves d’où elle se rend en chemin de fer à Villers-Cotterets et de là cantonne à Ivores, dans l’Oise. Elle y est rejointe le 25 par le reste du Régiment qui a fait le trajet par étapes à cheval depuis Lamotte. Le 29 novembre, deux escadrons vont cantonner à Vez et assurent la relève des tranchées occupées précédemment par un détachement du 7e Spahis. L’État-major quitte à son tour Ivores le 2 décembre, pour se porter à Haramont, dans l’Aisne.

Enfin, le 4 décembre, les 4 escadrons du  4e Spahis sont regroupés aux ordres du Colonel Du Jonchay, dans la zone de cantonnement Haramont, Longpré, Bonneuil. Là, le Régiment fournit un détachement de 140 hommes destinés à remplacer les hussards qui occupent les tranchées dans le secteur Berry-CheviIecourt. Le bombardement est très intense dans ce centre de résistance et le Régiment a une dizaine de blessés.

Le 31 décembre 1916, le 4e Spahis est divisé en deux groupes d’escadrons divisionnaires: deux escadrons cantonnés à Longpré et les Fossés, sont rattachés à la 70e D.I (33e C.A., Ire Armée) et les deux autres, cantonnés à Bonneuil-en-Valois, sont rattachés à la 77e D.I.. Néanmoins, les deux groupes continuent à avoir chacun 80 hommes aux tranchées de Chevicourt jusqu’au 6 mars 1917. A cette date, les Spahis sont relevés de leur service en secteur; ils rejoignent leur cantonnement pour permettre de donner, dans les escadrons, l’instruction du nouveau règlement sur l’emploi de la cavalerie dans le combat.

Ce repos ne devait pas être de longue durée.

Le 17 mars, en effet, les lignes solidement tenues par les Allemands depuis plus de 2 ans, et qu’ils avaient défendu avec opiniâtreté, ont soudain cédé depuis Arras jusqu’au nord-ouest de Soissons, la guerre de tranchées a fait place à la guerre de mouvement.
La cavalerie a trouvé son emploi. On se rendit compte dans la matinée du 17, que l’ennemi refusait la bataille et se retirait avec rapidité. Ce fût alors une course en rase campagne.

Le 17 mars, les groupes d’escadrons divisionnaires du 4e Spahis sont mis à la disposition des 70e et 77e D.I. Dès le 18, les deux groupes commencent chacun de leur côté, leurs missions de reconnaissance et de liaison. Le groupe Roussel de la 70e D.l. qui opère le long de l’Oise à la gauche de la 77e D.I., lance plusieurs reconnaissances d’Officiers et de Sous-Officiers sur l’Ailette, par Blérancourt et Saint-Paul-aux-Bois, par Besmé et Manicamp. Elles ont pour mission de reconnaître la ligne, d’arrêter l’ennemi, de tâcher de préciser exactement les points occupés et de voir si les passages sur le canal de l’Ailette sont détruits ou non.

Au groupe Courtot de la 77e D.I., la même mission incombe aux Spahis: des reconnaissances sont poussées vers l’Ailette, les unes par Fontenoy, Tartiers, Vezaponin, Pont-Saint-Mard, les autres par la Forêt des champs des-Lottes, les Bourguignons.
En même temps, un détachement se porte sur Vaurezy, Villers-la-Fosse pour prendre contact avec le 37e C.A et assurer la liaison, tandis que des pelotons sont mis à la disposition des 93e et 88e Brigade.

Le 18 au soir, entre I’Oise et Soissons, toute la ligne allemande tombait aux mains des français qui, prenaient pied sur le plateau au nord de Soissons et occupaient Crouy.

Du 19 au 22, le Régiment continue à avancer et le rôle des groupes est identique, c’est à dire qu’ils assurent la liaison et envoient des reconnaissances jusqu’a l’Ailette, reconnaissances très dangereuses.

Le 23, l’infanterie est en contact sur l’Ailette et les groupes attendent ; le 1er à Bieuxy, le second à Camelin. L’ennemi est parvenu sur la fameuse ligne Hindenbourg, il y a entrepris une sérieuse résistance. Esquissée depuis le 20 mars, elle a depuis cette date, été en s’accentuant.
Bien que les massifs boisés de Coucy et de Saint-Gobain constituent une solide défense naturelle, c’est cependant dans ce secteur que nos progrès ont été les plus sensibles. Depuis le 22 mars, des éléments de plus en plus nombreux de nos diverses armes ont franchi l’Ailette. Le 24, nous avons rejeté les arrières-gardes allemandes dans la basse forêt de Coucy où nous avons pénétré nous-mêmes le lendemain atteignant les abords de FoIembray et de Coucy-le-Château . Le 26, en dépit du mauvais temps et de la résistance ennemie, nos patrouilles se sont avancées dans la Basse Forêt dont toute la partie nord tombait en notre pouvoir ainsi que Folembray, La Feuillée et Coucy-le-Château.

Les 27 et 28, le groupe Courtot (77e DI) reçoit l’ordre de passer au Nord de l’Ailette et de reconnaître, dans la direction générale de la Ferme rouge, Landricourt, Quincy-Basse. Il s’agît de refouler les éléments ennemis qui occuperaient encore la région comprise entre Landricourt et l’Ailette, et de se rendre compte si le mouvement de repli se poursuit. Les reconnaissances accomplissent parfaitement leurs missions et donnent d’excellents renseignements.

Le 29 mars, les objectifs sont atteints et le 33e C.A. s’organise défensivement. La Cavalerie rejoint ses cantonnements à Cuts (70e D.I.) Bieuxy (77e D.I).  

Depuis le 19 mars, la poursuite a été ralentie par le mauvais temps et la destruction systématique de toutes les voies de communications.
Au cours de cette période particulièrement active, le Régiment avait fait preuve des plus brillantes qualités militaires. Aussi la valeur du Régiment fut elle officiellement reconnue par les deux ordres suivants :

Ordre n° 10721 du 33 C.A.
Au moment de se séparer du 4e Régiment de Spahis, le Général Commandant la 33e C.A. tient à exprimer à ce beau Régiment toute la satisfaction des excellents services qu’il a rendus au Corps d’Armée au cours de la campagne. A Verdun et en Woëvre, sur la Somme et sur l’Aisne, il dépensa, pour le service des liaisons ou la défense du secteur, une activité que les événements ne lui permettaient pas d’utiliser suivant la tactique de son arme. Remonté à cheval pour la poursuite vers l’Ailette et la forêt de Saint-Gobain, il montra qu’il avait su conserver ses qualités de perçant et d’audace.
Le Général Commandant la 33e C.A regrette de voir partir vers de nouveaux et lointains théâtres d’opérations le 4e Spahis qui, en toutes circonstances, a fait preuve du plus bel esprit de devoir et saura certainement, partout où il ira, maintenir ses brillantes traditions.

Ordre n 534 de la 77e D.I.
Par décision du Général en Chef, en date du 10 juillet 1917, le 4e Spahis cesse de constituer la Cavalerie de Corps d’Armée.
Le Général Commandant la 77e DI ne veut pas se séparer de ses escadrons divisionnaires sans exprimer au Chef de Corps, aux Officiers et Spahis de tous grades, les regrets qu’il éprouve en les voyant quitter la Division.
En toutes circonstances et notamment pendant les opérations de poursuite auxquelles ces escadrons ont brillamment participé, le 4e Spahis a donné la mesure de ce qu’on pouvait attendre de ce beau Régiment. Il saura, sur un autre théâtre d’opérations, fournir de nouvelles preuves de sa valeur. Salut à Son Étendard.

Après la poursuite sur l’Ailette, les Groupes passent les mois d’avril et mai à Cuts, Gisancourt et Lombray. Ils y font de l’instruction et alternent pour le service dans les 70e et 77e DI. (établissement des liaisons et poste de correspondance).

Le 26 juillet, l’État-major et le PHR du Régiment qui avaient été divisés en trois groupes à la date du 1er janvier 1917 sont regroupés à Septmonts, en exécution des prescriptions du Général en Chef qui ordonnent le retrait du front Nord-Est de toutes les unités de Spahis. Dès lors, le régiment ne devant plus participer aux opérations sur le front, ne fournit qu’un travail d’armée en attendant que les moyens de transport permettent son embarquement.

Retour en Tunisie

Après divers changements de cantonnements, le 4e Spahis est rassemblé en entier, le 17 octobre, à la Carrière d’Évêque (près de Soissons). Il embarque à Longpont à destination de Tarascon, d’où il rejoint Marseille, puis Bizerte en Tunisie.

Au retour du régiment en Tunisie, deux escadrons sont envoyés dans le Sud Tunisien tandis que les deux autres s’installent à Bizerte et dans le Cap Bon.

1918


Aisne et Oise (juillet-novembre 1918)

En juillet 1918, en prévision de l’offensive générale alliée, on fit appel de nouveau au 4e Spahis, pour coopérer aux opérations sur le front français. Les 6e et 7e Escadrons, stationnés dans le Nord de la Tunisie, s’embarquent le 13 juillet à Bizerte et sont immédiatement affectés comme Escadrons Divisionnaires, le premier à la 37e DI, le second à la 45e DI.

Jusqu’au 30 août, leur rôle sera celui de tout escadron divisionnaire, c’est à dire qu’ils fourniront continuellement des escortes pour l’évacuation des prisonniers, des détachements pour assurer les diverses liaisons, etc. Le 30 août, le 6e Escadron est près de Noyon. Il reçoit l’ordre d’interdire l’accès de la ville à toute troupe isolée. Le peloton de l’Aspirant De Matteis, chargé de ce service, se fractionne en petits postes Ceux-ci sont soumis, tous les jours, à des bombardements incessants d’obus explosifs et à gaz, car l’ennemi est tout près et à une vue directe sur les carrefours gardés.

Le 4 septembre, la cavalerie se porte sur la route de Noyon à Chauny. L’ennemi lâche sa position du Mont Saint-Siméon pour se retirer dans la direction de l’est vers Chauny; des patrouilles sont envoyées pour prendre le contact et on retrouve là, le rôle des escadrons en mars 1917.

Au 7 septembre, l’infanterie allemande a profité de la nuit pour se retirer derrière le canal de Saint Quentin. La cavalerie va reprendre, dès le jour, son emplacement de la veille entre Chauny et Vizy Noureuil, envoyant sur le canal en avant d’elle diverses reconnaissances.
Le 7 septembre, à 14 heures, la cavalerie reçoit l’ordre de se transporter à la gare de Condren car, en raison de la nature du terrain, elle ne peut intervenir dans la bataille.

Il faut arriver au 4 novembre pour voir les Spahis prendre de nouveau une part active aux opérations. A cette date, l’Armée se porte à l’attaque en liaison avec l’armée britannique.

Le 4e Spahis prend le contact avec l’ennemi sur le Sourd, assurant également la liaison avec les éléments d’infanterie. Le 8 novembre, la marche en avant est reprise par la division. Le Sous-Lieutenant Grand, en reconnaissance sur Hirson, se dirige sur Neuve-Maison où l’ennemi a été signalé la veille. Un feu intense de mitrailleuses l’empêche de progresser, mais il maintient le contact jusqu’à l’arrivée des Tirailleurs. Le lendemain, il reconnaît sur Mondrepuis, puis sur Anor, au nord d’Hirson, signalant les différents mouvements de l’ennemi pendant son repli.

L’armistice vient interrompre cette activité.

Sources : « L’Armée Tunisienne » Commandant R.DREVET, 1922, Weber Editions tiré de http://dvole.free.fr/quierzy/4h.htm

 

source

wikipedia

http://dvole.free.fr/quierzy/4h.htm

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Les Spahis et la Grande Guerre

La Tunisie et la Grande Guerre

La Tunisie au gré des conflits

Les Spahis

Le 4e Régiment de Spahis libère Quierzy

4e Régiment de Spahis en Tunisie

Fatima, l’unique Spahi

 

28 novembre 2012

LA 1ère BATAILLE DE LA MARNE

Classé sous — milguerres @ 10 h 44 min

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LA 1ère BATAILLE DE LA MARNE : 5 – 12 septembre 1914

source : http://www.mondement1914.asso.fr/bataille-de-la-marne

fleche-boule7voir également les Taxis de la Marne

fleche-boule7Quelques photos de la Marne

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Communiqué de JOFFRE au Ministère de la Guerre
13 septembre 1914

« Notre victoire s’affirme de plus en plus complète. Partout l’ennemi est en retraite. Partout les Allemands abandonnent des prisonniers, des blessés, du matériel. Après les efforts héroïques dépensés par nos troupes pendant cette lutte formidable qui a duré du 5 au 12 septembre, toutes nos armées surexcitées par le succès exécutent une poursuite sans exemple par son extension… Le gouvernement de la République peut être fier de l’armée qu’il a préparée. »

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source image  : http://militaires-d-hier.forumgratuit.org/t2789-la-marne

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source image  : http://militaires-d-hier.forumgratuit.org/t2789-la-marne

LA PREMIÈRE BATAILLE DE LA MARNE : Pour mener la guerre déclarée le 3 août 1914, Joffre est le commandant en chef de la première armée de masse, issue de la conscription. Pour la première fois de notre histoire militaire, nos soldats savent lire et écrire. Ils ont aussi reçu une formation civique et militaire.

Le peuple belge résiste, l’armée belge repliée à Anvers, harcèle l’arrière garde de la première armée allemande de von Klück.

Les Britanniques sont battus à Mons, les Français sont battus sur la Sambre et à Charleroi. A partir du 12 août 1914, les Russes ouvrent un front en Prusse orientale, ce qui entraîne l’envoi vers l’Est de l’Europe, de troupes allemandes qui se dirigeaient sur Paris.

altLe 23 août, parce qu’il a besoin de temps et d’espace, Joffre décide la retraite. Le 6 septembre, Joffre lance l’Ordre du jour aux armées françaises épaulées par les Britanniques.  » ….. On se fera tuer sur place plutôt que de reculer …. « .

Le texte est gravé intégralement sur le monument national de Mondement. Ce fut le plus formidable redressement de notre histoire militaire. Des soldats français, britanniques et allemands s’affrontèrent sur un front de 300 km, de Senlis à Verdun. Ce fut la semaine la plus meurtrière de la Grande Guerre. Joffre fut le stratège de la plus grande bataille de tous les temps qu’il nomma la Marne.

- La reprise du village et du château de Mondement par les fantassins du 77 RI et les zouaves du général Humbert, le 9 septembre au soir, marque l’arrêt des combats à l’ouest de la grande bataille.

- l’invasion allemande fut stoppée.

- la première tentative de domination allemande sur l’Europe fut repoussée. La Marne fut une de ces batailles d’arrêt qui ont jalonné notre histoire, ce fut aussi une victoire.


A PROPOS DE LA BATAILLE DE LA MARNE.

Par le colonel Marc NEUVILLE

 

Le colonel NEUVILLE fut professeur d’histoire à l’École de Saint Cyr, Conservateur du Musée des Invalides. Actuellement Président de l’association des Amis du Fort de la Pompelle à Reims, il nous livre quelques réflexions sur la bataille de la Marne.

Ce texte ne se veut ni le récit exhaustif de la bataille de la Marne, ni même le récit des combats des premiers jours de septembre 1914. Ce ne sont que quelques réflexions sur cette bataille où les képis rouges, dans un ultime sursaut, ont fini par bousculer les casques à pointe.

Comparaison d’abord avec cette autre grande bataille que fut Verdun.

La Marne et Verdun.

Pour la génération des fils des combattants de 14, nourrie de récits guerriers, le plus souvent âtroces et même parfois cocasses, tout l’esprit de la France en armes, paraissait s’être incarné dans le nom magnifié de Verdun. Le courage individuel y avait été porté à un point inimaginable. Une lecture moins passionnée de l’Histoire m’incline à bouleverser l’échelle des valeurs combattantes, en voyant plutôt dans la bataille de Verdun, une défaite allemande plutôt qu’une victoire française. Le sort de la guerre n’a pas basculé à Verdun.
Il n’y a en effet de victoire que dans l’offensive, j’en appelle pour soutenir ma thèse, aux ombres formidables de Turenne, Napoléon, Foch et Juin.
La défensive statique ou dynamique, lors d’une retraite, ne peut être acceptée que comme la préface incontournable à la reprise de l’offensive.
En attaquant dans un pays hostile et mal connu, l’ennemi prend tous les risques, allonge ses lignes de communication et doit assurer sa sécurité envers toutes les formes de résistance.

En reculant à travers un pays connu et partisan, l’armée amie se rapproche de ses bases et de ses renforts, elle a le choix des positions favorables, pour freiner l’avance de l’adversaire et elle peut concentrer ses moyens en épiant son essoufflement, de façon à le bousculer et reprendre ainsi l’initiative.
Or ce schéma correspond, à peu de chose près au déroulement de la Bataille de la Marne qui constitue, elle, une authentique victoire.

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La direction suprême allemande : le Comte von Moltke.

Nous savons aujourd’hui que la formidable machine de guerre allemande de 1914, qui paraissait sans faille, était, en fait, affligée de deux faiblesses capitales, qui aidèrent à la victoire françaises, mais qui ne pouvaient pas être prise en compte dans l’évaluation du rapport des forces établi par l’Etat-major français.
A sa tête un homme brillant, von Moltke, ami du souverain, cultivé et splendide soldat du temps de paix. Il se révéla aux jours de l’action, inerte et incapable d’imposer sa volonté à ses commandants d’armées. Ceux-ci en profitèrent pour afficher au grand jour, leurs ambitions et leurs rivalités et pour malmener à leur guise le plan général d’opérations. Son succès reposait sur leur discipline intellectuelle mâtinée d’une pointe d’initiative, à condition qu’elle ne remette pas en cause la volonté initiale du chef.
En l’absence morale et intellectuelle du chef ( et parfois aussi matérielle…), le carcan de sa pensée vola en éclats et les initiatives fusèrent de toutes parts, plus malencontreuses les unes que les autres et sans aucune coordination au sommet.

Or ces grands subordonnés, jaloux les uns des autres, étaient en charge d’un plan d’opération qui depuis sa première formulation par le général von Schlieffen, avait été édulcoré et affaibli sous prétexte d’amélioration par son successeur von Moltke.

 

 

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Le Plan allemand : le plan von Schlieffen.

Partant du principe que les Français étaient plus immédiatement dangereux que leurs alliés russes, le plan Schlieffen jetait à travers la Belgique, au mépris de tous les traités, la grande majorité de l’armée allemande. En un seul grand mouvement tournant, elle devait se rabattre à l’ouest de Paris, pour conquérir la capitale et prendre à revers l’armée françaises, dont on pensait qu’elle serait engagée dans l’offensive en Lorraine annexée.
Heureusement pour nous, à partir de 1906, von Moltke, influencé par le renouveau russe et par le souci d’améliorer le plan de son prédécesseur, dégraissa peu à peu l’aile marchante allemande. Cela se réalisa au profit de la défense de la Prusse Orientale et d’une contre offensive en Lorraine, devant précipiter la défaite française.
Toutes ces divisions soustraites à l’action principale allemande, sous prétexte de la compléter compromettaient sa réussite. Elles symbolisaient le dos tourné par von Moltke au principe de l’unité d’action qui, depuis le fond des temps, veut que l’on applique le maximum de ses moyens sur l’effort principal de son plan, quitte à pratiquer quelques impasses sur les directions secondaires.
Ainsi dénaturé, le plan allemand, de surcroît peu ou pas dirigé, portait en lui-même le germe de son échec. Cependant il fut bien près de réussir et l’on peut frémir rétrospectivement sur ce qui se serait produit, si le schéma initial avait été appliqué en toute rigueur.
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La stratégie de Joffre. Heureusement pour nous, le général Joffre était tout l’opposé de son vis à vis le général von Moltke. Il tint en main nos armées bousculées, pour sauver Paris et éviter l’encerclement de nos forces. Il lui fallut pour cela ne pas céder au pessimisme des mauvaises nouvelles, réagir au mieux devant les initiatives ennemies et même prévoir celles-ci assez tôt pour les contrarier. L’échec du choc initial en Lorraine et la poussée allemande en Belgique le contraignent à redresser vers le nord l’axe de nos troupes.
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Lorsque la poussée allemande contenue heureusement autour de Verdun par Sarrail, renonce à investir Paris, il lui apparaît qu’une contre manœuvre peut être envisagée, à condition de déplacer le centre de gravité de nos armées.

 

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L’armée Foch, la 9ème armée.

Joffre a prélevé sur les armées de Lorraine les divisions qui vont rejoindre la 6ème armée de Maunoury et ensuite la 9ème armée de Foch. L’armée allemande risquait alors en prenant la forme d’une poche, de disjoindre la 4ème armée de Langle de Cary et la 5ème armée de Franchet d’Esperey.
Cette armée Foch, créée sur l’Aisne va demeurer au centre de notre dispositif, d’abord dans la retraite, puis dans la contre-offensive ; c’est elle qui va se trouver au point crucial de la bataille entre Sézanne et Mailly-le-Camp.
Le retraite ordonnée s’accomplit dans un désordre inévitable, si on songe aux innombrables voitures hippomobiles séparées de leurs unités et faisant demi-tour parfois au contact de l’ennemi.
Abandonnant Reims et ses forts, intacts et désarmés, l’armée Foch jalonne l’avance des armées de von
Bülow et von Hausen qui passent la Marne et s’enfoncent en Brie Champenoise entre le 1er et le 4
septembre.
L’armée Maunoury, la 6ème armée. L’ensemble des armées françaises n’a été ni rompu, ni encerclé, pendant cette épouvantable retraite. Joffre décide de lancer la nouvelle armée Maunoury dans le flanc de l’aile marchante allemande, constituée par l’armée de von Klück.
Mais la surprise de cette action de flanc, ne peut jouer. Von Klück jusque là imprudemment engagé au sud de la Marne, décide de se couvrir à l’ouest, en faisant rétrograder une partie de ses forces face au camp retranché de Paris.

 

 

Ce sont ces deux forces qui se heurtent de front, aux environ de Meaux, le jour de la mort du Lieutenant Charles Péguy, tué à la tête de ses hommes, le 5 septembre 1914. La contre manœuvre de Joffre semble donc être un échec, mais en fait elle va déclencher toute une série d’actions qui conduiront à la victoire.
A l’inverse von Moltke, qui se tient loin de l’action, contrôle mal ses commandants d’armées qui se comportent en rivaux.

 

 

Von Klück et von Bülow font voler en éclat le plan allemand.

Puisqu’il faut enfoncer le flanc allemand, Joffre va tenter de stopper l’avance ennemie et lancer une contre-offensive frontale.
Il sera aidé par la désunion qui règne entre von Klück et von Bülow. Chacun court après le succès, créant entre eux une brèche où risque de se lancer le corps expéditionnaire britannique qui vient de cesser sa longue retraite.

 

 

La situation des deux armées.

Les forces en présence sont d’égale valeur et les malencontreuses décisions allemandes, ont mis les effectifs qui s’affrontent au même niveau.

On peut pousser plus loin la comparaison en disant que les deux cavaleries, aussi brillantes l’une que l’autre, ont fait également faillite, dans leur missions de reconnaissance et de poursuite et que cela va malheureusement continuer.
alt
1870 ou 1914 ? L’uniforme des fantassins français avait peu changé

Les deux artilleries disparates par la présence d’artillerie lourde dans les rangs allemands, ont été très efficaces. Leurs engagements, dépassant en ampleur et en intensité ce qui avait été prévu, ont épuisé leurs coffres et elle ne pourront plus jouer un rôle aussi important dans les derniers jours de la bataille.
Les services divers sont généralement dépassés par les évènements. Les blessés sont trop nombreux, le ravitaillement est impuissant à satisfaire les besoins des unités qui tenteront de vivre sur le pays.
La solde n’est pas payée. Le courrier inexistant. L’information est volontairement nulle pour éviter la propagation de quelques mouvement de panique et ces deux millions de combattants, face à face, réduits à leurs propres ressources, ne se doutent pas que les plans de leur Etat-major viennent de faire faillite et que d’eux seuls, va dépendre le sort de leur pays tout entier.

La fin de la bataille.

Tandis que l’aile droite allemande recule, en se dissociant au centre, les Saxons de von Hausen pèsent de tout leur poids sur le mince rideau de troupes de Foch et de Langle de Cary. Le 8 septembre, tout en tenant tête au Kronprinz à Verdun, Sarrail parvient à faire glisser vers de Langle de Cary un corps d’armée pour le soutenir. Cela va permettre à ce dernier de soulager Foch en étendant sa gauche jusqu’à Mailly.

 

Bataille de la Marne 6 au 12 septembre 1914 Maurupt (Marne)
Champ de bataille à l’est de Pargny-les-saulx


Cependant les 8 et 9 septembre, alors qu’à l’est les allemands sont contenus, alors qu’à l’ouest ils reculent, au centre, ils portent à l’armée Foch les coups les plus durs. Pour renforcer sa droite, Foch fait glisser la 42ème division de Grossetti vers l’est de son front d’armée. Au passage, au large de Mondement, Grossetti engage son artillerie pour soutenir la division marocaine du général Humbert. Vers 16 heures, la 42ème division est à Connantre. Les Allemands se retirent.
Von Hausen est, à son tour, entraîné par le repli général de l’armée allemande. Pour paraphraser la boutade bien connue de Joffre (1) :ça n’est peut être pas entre Mondement et Mailly-le-Camp, le 9 septembre 1914, que la bataille de la Marne a été gagnée, mais c’est sûrement là qu’elle aurait été perdue… Si l’œil du chef et l’exceptionnelle ténacité des soldats français n’avaient pas réussi à tenir, juste un peu plus de temps que l’ennemi n’était capable de l’assaillir. et ces fantassins, épuisés, affamés, brûlés par le soleil, dont certains ont accompli durant le mois d’août, trente kilomètres par jour, vont repartir en avant, pour une poursuite qui va les payer de leur fatigue.
Les vainqueurs de la Marne, ce sont bien ces soldats français, unis autour de leurs chefs et de leurs drapeaux, forts de ce que leurs parents et leurs maîtres leur avaient mis dans le cœur et qui, toutes classes confondues, formèrent l’inébranlable rempart de la Patrie.

(1)  » Je ne sais pas qui a gagné la bataille de la Marne, mais je sais qui l’aurait perdue « Joffre


 

LA BATAILLE DE MONDEMENT -
Texte de Mireille Domenichini d’après  » La bataille de Mondement » d’Elie Chamard, 77°RI

 » Si des millions de Français restent une nation libre et fière, c’est certes grâce à l’admirable concours, entre le 6 et le 12 septembre, des 6 armées qui combattaient de l’Ourcq à la Meuse; mais c’est le 9 septembre plus précisément encore, à l’héroïque effort d’une poignée de soldats, jetés par Foch sur Mondement. »

Louis Madelin

Le château de Mondement commandait la crête qui séparait les allemands de la plaine de champagne, voie royale pour atteindre Paris.
Ce  » pivot  » devint le 9 septembre 1914, le point chaud où les régiments de la division marocaine, renforcés par 2 groupes du 49° RAC et par le 77° RI , menèrent un combat légendaire.
C’est au crépuscule, lorsque le général Humbert, à son quartier général de Broyes, reçut le message du colonel Lestoquoi : « Je tiens le village et le château de Mondement. Je m’y installe pour la nuit », que l’on a pu considérer que la grande bataille commencée le 5 septembre était pratiquement gagnée.

La bataille de Mondement

1) – 8 septembre 1914.

2) – 9 septembre 1914

3) – La prise du village et du château par le capitaine Purgold et le 164° Hanovrien.

4) – La reprise du château et du village par le 77° RI, les deux groupes du 49° RAC et les éléments organiques de la division marocaine.
- La patrouille Ceccaldi 9 h.
- Le 77° RI.
- Le 49° RAC.
- Les éléments de la division marocaine 14 h 30
- L’escarmouche que les allemands appelleront la 3° attaque française 16 h 30
- L’artillerie française 18 h 00
- Evacuation du château par les allemands 18 h 30.
- Prise du château vide par le 77° RI quelques minutes plus tard.

LE 8 SEPTEMBRE 1914 : La journée des malentendus
Le général Humbert a reporté son PC (poste de commandement) du château de Mondement au château de Broyes.L’aile gauche de la 9° Armée de Foch tient farouchement les hauteurs de Mondement et de Soizy-aux-bois. Si l’ennemi ouvre une brèche, la 9° armée toute entière cédera. Le centre sera enfoncé.Le général von Emmich de son PC de Baye, commande le XI° Corps actif. Il ordonne qu’un assaut de grande envergure se développe contre l’aile gauche de la 9° Armée et en particulier contre Mondement défendu par la division Marocaine.Le soir du 8 septembre, le général Humbert transmet au Lieutenant-Colonel Fellert qui commande le 2° régiment mixte de Zouaves et de Tirailleurs : « La division du Maroc reconstituera sur le front : croupe du Poirier – Mondement – Corne Est du bois à 1 km au Sud de Reuves, le barrage qu’elle a mission impérieuse d’imposer à l’ennemi… Le Régiment Fellert (3 bataillons) se tiendra entre Mondement et les boqueteaux de Montgivroux. La compagnie divisionnaire du Génie sera mise à disposition du Lieutenant-colonel pour la défense de son secteur.
On se retranchera solidement, on se défendra à outrance… Mais on aura soin de ne laisser personne dans le village proprement dit. Disposez vos unités de façon à vous relier à droite avec le général Blondlat, à gauche avec la régiment Cros. » Cet ordre va générer la suite des événements. Le lieutenant colonel Fellert considère qu’il ne doit pas occuper le village et le château.
Ce « malentendu » dans l’interprétation d’un ordre sera sévèrement critiqué par le général Réquin en 1930. Il écrira dans la revue militaire française : « Le régiment Fellert aurait quand même pu et dû de lui-même occuper le bastion du château de Mondement. »
Le lieutenant colonel Fellert donne l’ordre aux zouaves du bataillon Modelon de creuser des tranchées en avant du village de Mondement et non dans le village.
Malheureusement, ce bataillon est à l’autre bout du champ de bataille à la crête du Poirier. Le lieutenant colonel Fellert l’avait prêté pour le 8 septembre au lieutenant colonel Cros qui, en accord avec la division a compris qu’il pouvait le garder aussi le 9 septembre.
Il y a un trou dans nos lignes à la hauteur du village et du château de Mondement. Seuls les tirailleurs et les zouaves se trouvent aux abords du village.
« Il va résulter de tout ceci un chassé croisé d’ordres et de contre-ordres dont certains n’atteindront pas les destinataires. »Sur ordre de von Bülow, le Général von Emmich, commandant le X° corps doit attaquer Soizy-aux-Bois, Mondement avec la XIX° et la XX° Division.
C’est le 164° Hanovrien qui est chargé de la prise du village de Mondement et du château.
Il fait Brigade avec le 79° sous les ordres du colonel von l’Estocq.
Le colonel von Lamsdorf remet au Capitaine Purgold, qui commande le 2° bataillon, l’ordre suivant : »Son excellence von Emmich attache la plus grande importance à la prise de Mondement, et ordonne que le 164° hanovrien s’empare du village et du château à tout prix, quelles que soient les pertes. » Les malentendus vont aussi exister dans le camp allemand.Le colonel von l’Estocq qui commande la 39° Brigade dont dépend le 164° Hanovrien, prépare une attaque de nuit pour le 8 au soir à 23 heures.
Devant l’état d’épuisement de ses hommes, il reporte l’attaque le 9 Septembre à 6 heures du matin. Mais il oublie de prévenir le 79°, dont 5 compagnies se mettent en marche à 23 heures. Le commandant Satchow qui commande le 79° apprend par un adjudant que le 164° est resté à Oyes. Il fait revenir ses hommes à leur point de départ.
Le 9 Septembre 1914 au matin : Prise du village et du château de Mondement par les Allemands.L’attaque allemande est reportée le 9 septembre à 5 heures du matin.
Cette fois-ci le capitaine Purgold qui commande le 2° bataillon du 164° Hanovrien est averti à temps. A son bataillon, sont attachés:
- la 11° Compagnie, la section de mitrailleuse insérée dans la 8° compagnie.
- les 5, 6, 7, 8 et 11° en première ligne,
- la 7° en échelon, en arrière et à droite.Le 1er bataillon du capitaine Grave est à gauche avec la section de mitrailleuses, affectée à la 3° compagnie, les 1°, 2°, 3° en arrière et à gauche. Il doit soutenir l’attaque du 2° bataillon.
Le reste du régiment, soit 3 compagnies du 3° bataillon (capitaine Meyer) et une section de mitrailleuses, forme la réserve à Oyes avec le lieutenant colonel von Herzbruch, chef de corps du 164° Hannovrien.
Enfin la 3° compagnie du 10° bataillon de pionniers se tient dans le village en réserve de brigade.
Vers 2 heures du matin, le capitaine Purgold fait dire au capitaine Grave que, quelles que soient les circonstances, il partirait au lever du jour et qu’il comptait sur lui pour appuyer son mouvement.A son PC de Baye, von Emmich s’impatiente. Il faut briser la charnière de Mondement.

5 h 00

Le capitaine Purgold part à l’attaque un peu avant 5 heures du matin le 9 Septembre avec un effectif de 900 hommes.
A 500 m du village, il voit des zouaves, sortis de leurs tranchées qui se dégourdissent. C’est le bataillon Jacquot. Purgold fait ouvrir le feu. Des zouaves tombent, dont le capitaine Clos.
Aussitôt notre artillerie : groupe Goyot du 49° (en position à l’étang de la Petite Morelle) et le groupe Geiger en batterie au Nord du bois de Mondement pilonnent Oyes, Villevenard et Saint-Prix.Le 79° et le 3° bataillon du 164° sont cloués sur place à Oyes, ils ne pourront jamais aller soutenir Purgold.
Les allemands installent des mitrailleuses au carrefour des routes de Mondement-Reuves-Oyes. De nombreux zouaves sont fauchés. Mais une fusillade partie des vergers ouest occasionne des pertes sévères : l’attaque allemande est bloquée à 500 m de Mondement.

7 h 30

Le capitaine Purgold réclame un renfort et de l’artillerie. Les batteries allemandes à coups de 150, bombardent le château. Le lieutenant colonel Fellert est tué près de la ferme ouest de Mondement.
Nos canons de 75 font mouche sur les fantassins allemands.
Purgold fait transmettre un croquis de la situation et une note réclamant des renforts au colonel resté à Oyes, il termine en écrivant :  » Je compte être en possession de Mondement dans une heure. » Il est 7 h 30.
 » En avant ! » Le lieutenant Naumann atteint vers 8 heures la ferme nord-est du village. Le sous-lieutenant de réserve Dettmer arrive avec ses hommes au mur nord du parc du château, il franchit par les brèches l’enceinte.

8 h 15

Mondement tombe aux mains du 164° Hanovrien.
Le sous-lieutenant Dettmer organise la défense du château et ferme les grilles. Le capitaine Purgold et une trentaine d’hommes se sont emparés de la grosse ferme au sud-ouest du village. Il fait mettre deux mitrailleuses en position dans le grenier.
La reprise du village et du château par les Français
. Le capitaine Clarion envoie une patrouille de 4 zouaves. L’ennemi les fusille à 50 m du château.

9 h 00

La patrouille Ceccaldi.Le capitaine Durand dispose ses zouaves à la lisière du bois d’Allemant. Il reçoit l’ordre de son chef de bataillon, le commandant Lagrue, d’attaquer le château. Celui-ci, d’après le lieutenant-colonel Lévêque n’est pas occupé par l’ennemi. Méfiant, le capitaine Durand déplace sa compagnie vers l’Ouest à 200 m du château et n’entend s’approcher qu’avec prudence.
Il envoie une patrouille: la 2° section du sergent-major Ceccaldi. Les zouaves sont accueillis par des coups de feu. La 2° section est décimée. Dans le repli, les survivants entraînent la 16° compagnie qui les appuyait. Les pertes sont sévères.
Le capitaine Durand va rendre compte personnellement au général Humbert de ce qu’il a fait et vu.L’artillerie allemande est déchaînée, elle bombarde les bois, hors de portée de nos propres batteries, nos pertes sont terribles.
C’est l’heure la plus tragique, l’ennemi, quand il voudra, pourra parvenir à Broyes et Allemant.
Le général Humbert appelle au secours. Le général Dubois va répondre avec sa 42° Division, le général Grossetti ensuite avec le 77° RI.
L’attaque du 77° RI, colonel LESTOQUOI et de la 16°compagnie de zouaves du capitaine DURAND.
Le général Humbert communique au colonel Lestoquoi du 77° RI : « Toutes affaires cessantes, dirigez un bataillon sur Allemant, deux bataillons sur Broyes, je vous attend à Broyes. »Le 2° bataillon du commandant de Beaufort, sous les ordres du colonel Eon 35° Brigade arrive à Allemant.

Le 1° bataillon du commandant de Merlis et le 3° Bataillon du capitaine de Courson de la Villeneuve arrivent à Broyes.
10 H 30
La 42° Division du général Grossetti a détaché les groupes Ménétrier et Aubertin des 2° et 3° batterie du 61° RAC (régiment d’artillerie coloniale). Ces groupes sont disposés à la sortie de Broyes vers Mondement. Le colonel Boichut qui a eu l’idée de prêter ses canons dirige le tir sur le château et le village. Mais sans ligne téléphonique, le tir est approximatif. Le colonel Boichut, le « virtuose du 75″ dirige en personne mais vers 11h 15 une salve atteint une section du 16° bataillon de chasseurs prêtés par la 42° division. Déprimé par la casse que lui a causé cette salve d’artillerie, le 16° bataillon de Chasseurs replie ses avant-postes. Dès lors, la bataille de Mondement va se jouer entre l’infanterie allemande du 164° hanovrien et l’infanterie française du 77° RI épaulé par les zouaves.
13 h 15
Une patrouille conduite par le colonel Lestoquoi et le capitaine de Courson de la Villeneuve est accueillie par des coups de fusil tirés du village.
13 h 30
Le général Humbert transmet : « Instruction pour le 77° : S’emparer de Mondement, reconnaître la lisière nord-ouest du bois d’Allemant. »Le colonel Lestoquoi demande énergiquement une préparation d’artillerie. La 2° batterie du groupe Schneider canonne Mondement, mais est vite à cours de munitions.
Les bataillons Lachèze et Lagrue du 1° Régiment de Marche des Zouaves sont sous le feu meurtrier qui part du château.
Le commandant de Beaufort du 77° RI tente d’avancer d’une cinquantaine de mètres. Les pertes sont sanglantes. Il décide d’utiliser la route Broyes-Mondement comme axe d’attaque par le sud.
Le général Humbert se dirige vers Mondement : – « Alors commandant de Beaufort, le château n’est pas pris? Qu’attendez-vous ? » – « Mon général c’est une forteresse, il faut un bombardement d’artillerie. » – « C’est bon, nous allons faire donner l’artillerie et vous attaquerez, c’est l’ordre ! Il faut absolument reprendre le château. »Dans le château, 250 hommes autour des sous-lieutenant Dettmer et Naumann et du lieutenant Lefevre et d’autres officiers ont reçu des cartouches et sont installés près des fenêtres garnies de matelas et de tables.A 14 h 20, l’artillerie française pilonne le château pendant 10 minutes. Les canons de 75 provoquent 2 ou 3 brèches dans le mur du potager.
A 14 h 30, le 2° bataillon partira : la 5° compagnie en tête, colonne par quatre, la 7° suivra à 400 m et la 8° se dirigera vers la droite pour essayer par le Nord-Est de prendre le château à revers.
La 6° compagnie restera à la lisière du bois. Les zouaves feront la liaison avec les autres bataillons du 77° RI qui attaqueront.
Le commandant de Beaufort charge le prêtre soldat Gallard de donner l’absolution à ceux qui le souhaitent.
14 h 30
La charge héroïque
. Le lieutenant Génois part le premier avec dans sa compagnie de nombreux réservistes qui arrivent de Cholet.

Le commandant de Beaufort appelle à ses côtés le clairon Marquet, il met ses gants blancs, prend son bâton et s’écrie:  » En avant, mes enfants, pour la France, chargez! »
D’un seul bond la 5° compagnie, derrière son chef, arrive au mur du potager. Pas de coups de feu. Le lieutenant Génois s’élance vers la grille : « Rendez-vous! » crie-t-il ! Les tirs commencent, les autres compagnies arrivent sur la route.
Le commandant de Beaufort se dirige vers l’une des brèches, le clairon Marquet est blessé. Le commandant de Beaufort s’arrête près d’un arbre, il est tué net d’une balle en plein front.
Le fantassin Durand s’apprête à franchir la brèche, l’adjudant-chef Parpaillon  » vieux médaillé  » lui dit: « arrête, laisse moi passer.». Une balle le touche en plein coeur. Le capitaine Secondat de Montesquieu, ganté de blanc, le sabre au clair se dirige vers le mur avec le soldat Atle. Une même balle les tue tous les deux. Le sergent-clairon Marquet se dresse, porte son clairon à ses lèvres sanglantes et dans un suprême effort sonne les dernières notes de la charge et meurt. Il n’y a aucun corps à corps, l’ennemi fait feu derrière les fenêtres. A l’Ouest du château, les 1° et 3° section qui restent de la 16° compagnie du capitaine Durand essaient d’escalader la grille. Ils tombent en tas ou restent suspendus tout sanglants aux barreaux de fer. Les ordres de repli sont donnés, la charge héroïque a duré 30 minutes.
16 h 30

Ordre de canonner le château. Le général Humbert transmet au colonel Lestoquoi: « reprendre l’attaque par tout le régiment. » Le colonel Lestoquoi exige d’abord des canons pour tirer à  » la bricole  » sur le château. Il surveille, abrité derrière un arbre les brancardiers qui se font tirer dessus. Il fait alors mettre la baïonnette au canon à ses hommes. Pendant ce temps, notre artillerie tire sur le village. L’artillerie allemande répond. Les documents ennemis, étudiés après la guerre, indiquent que les allemands ont pris les brancardiers pour des officiers entraînant leurs troupes. Ils appelleront cette escarmouche la 3° attaque française de 16 h 30. 

17 h 45
Le capitaine Naud a fait amener 2 pièces de 75 et 2 caissons à 300 m du château, au Sud. Les troupes doivent s’élancer, une nouvelle fois à l’attaque du château à 18 h 30. Les 4 compagnies du premier bataillon marcheront sur le village. Le 2° bataillon s’élancera dans le potager. Les zouaves du capitaine Durand assureront la liaison entre les bataillons du 77° RI.
18 h 00
Un cinquième obus tombe sur l’aile sud. A la bricole, le colonel Lestoquoi fait tirer une trentaine d’explosifs. Tous ces obus à la mélinite portent. Les toitures flambent. Les allemands évacuent les étages supérieurs. Le capitaine Purgold de la ferme ouest apprend que son régiment a quitté Oyes et qu’il se replie vers Etoges. Il est abandonné avec ses hommes. Il donne l’ordre d’évacuer le village et le château. Le lieutenant Lefevre quitte le château le dernier, n’y laissant qu’un seul blessé grave. Quelques instants plus tard, le colonel Lestoquoi, le lieutenant Courson de la Villeneuve, le capitaine Beziers franchissent la grille avec le 3° bataillon. « Je tiens le village et le château de Mondement. Je m’y installe pour la nuit.» annonce le colonel Lestoquoi au général Humbert.
18 h 30: la fin des combats.
Les blessés du 164° hanovrien seront faits prisonniers à l’ambulance de Congy. Les autres soldats commenceront la retraite de la Marne. Les Français quitteront Mondement le 10 septembre après avoir enterré et rendu les honneurs aux morts et évacué les blessés sur l’hôpital de Sézanne. Elie Chamard est un ancien du 77° RI où il a servi pendant les 50 mois de la guerre. Ennemi des légendes, il a recoupé toutes les informations pour publier son livre:  » La bataille de Mondement » en 1939. Il est entré en relation avec le capitaine Purgold, le lieutenant Naumann, le lieutenant Lefèvre qui commandaient les troupes allemandes du 164° Hanovrien à Mondement. Ceux-ci ont approuvé le travail d’Elie Chamard. C’est son travail que nous avons retenu, après recoupage avec d’autres sources.

Document Mondement 1914.

 

source : http://www.mondement1914.asso.fr/bataille-de-la-marne

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27 novembre 2012

La Bataille de Verdun décembre

Classé sous — milguerres @ 9 h 19 min

 

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Période Décembre 1916

source : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

Rive droite :

La grande offensive française débutée le 20 octobre a permis de reprendre une partie importante du champ de bataille et de s’y installer solidement : le village de Douaumont, le fort de Douaumont (24 octobre), le bois de la Caillette, la région nord de l’étang de Vaux, le bois Fumin, le plateau du ford de Vaux et le fort lui même (3 novembre).
Cependant, tout les ravins permettant d’accéder à ces positions sont encore aux mains de l’ennemi : le ravin du Helly entre le bois du Chauffour et le bois Albain, le ravin de Hassoulé entre le bois Hassoulé et le bois de La Vauche, le  » Fond-du-Loup  » entre le bois de Hardaumont et le bois Hassoulé, le ravin des Houyers au sud du bois d’Hardaumont.
De plus, l’ennemi possède encore tous les points d’observations du secteur tel que la cote 378, la cote 347 et la cote 380.

La Bataille de Verdun décembre  front-verdun-novembre3
Front début novembre 1916

Il est maintenant impératif pour les Français, afin de renforcer encore plus solidement le secteur reconquis, de s’emparer de ces voies d’accès et de ces observatoires.

Une nouvelle offensive est donc prévue par le général Pétain et le général Nivelle, et confiée au général Mangin.
Témoignage du général Pétain :  » Le général Mangin, ce jour-là, se conformant à mes instructions et à celles du général Nivelle prescrivant de reconquérir les positions de couverture de la ligne des forts, lançait au nord de Douaumont quatre divisions appuyées par quatre autres divisions en deuxième ligne et par 740 canons. Nous avions cette fois la supériorité numérique devant les quatre à cinq divisions que pouvait seulement nous opposer la Ve armée allemande dans le secteur d’attaque, et notre artillerie, plus encore qu’au 24 octobre, dominait la situation. « 

Mangin prévoit un assaut sur un très large front, comme l’a été l’offensive d’octobre, soit un front de 10 km. Il doit s’étendre à gauche, du village de Vacherauville (qu’il faudra reconquérir), jusqu’à la région du fort de Vaux, à l’extrême droite.
Les objectifs sont ambitieux : les villages de Vacherauville, de Louvemont, de Bezonvaux, la cote du Poivre, les cote 342, 378, 347, les bois des Caurettes, Chanfour, de la Vauche, Hassoule d’Hardaumont, la lisière du bois le Chaume, les ouvrages d’Hardaumont et de Bezonvaux.

Pour mener à bien son plan, Mangin dispose de 5 divisions constituées de troupes d’élite, dont 2 ayant déjà participées à l’offensive d’octobre :
A gauche, la 126e D.I.(général Muteau) (55e, 112e, 173e et 255e R.I.) aura pour mission de reprendre la village de Vacherauville et la cote du Poivre ;

Au centre, la 38e D.I. (général Guyot de Salins) (8e Tirailleur, 4e Zouave, 4e Mixte Z.T. et R.I.C.M.) aura pour but d’atteindre la cote 342 et la cote 378, au nord-est de la cote du Poivre, et de reconqérir le village de Louvemont ;

La droite qui représente le front le plus étalé sera constitué de 3 divisions.
La 37e D.I.(général Garnier du Plessis) (2e et 3e zouaves et 2e et 3e tirailleurs) devra progresser et aller reprendre le bois de la Vauche ;

La 133e D.I. (général Passaga) (32e, 102e, 116e et 107e B.C.P., 401e R.T., 321e R.I.) et la 22 e D.I. (général Mordrelle) (19e, 62e, 116e et 118e R.I.), en étroite liason, devront passer la cote 347, le bois d’Hardaumont, le bois Hassoulé, le bois des Caurrières et reprendre l’ouvrage et le village de Bezonvaux

En plus des divisions d’attaque, le dispositif est renforcé par 4 divisions de soutient :
La 6e D.I. (général Pont) (5e, 24e, 28e, 119e R.I.)
La 128e D.I. (général Riberpray) (100e, 167e, 168e et 169e R.I.)
La 113e D.I. et la ? D.I.

Comme pour l’offensive d’octobre, les difficultés sont grandes. Le terrain à reprendre est très large, très diversifié et très vallonné :
- De grands plateaux ou les Allemands ont eu le loisir d’approfondir les tranchées, de les renforcer par une seconde et une troisième ligne, de creuser de profonds et solide abris, de déployer d’épais réseaux de fils de fer, de disséminer des nids de mitrailleuses à des positions stratégiques ;
- De profonds ravins qu’ils ont garnis, sur les revers de pentes, afin qu’ils ne puissent pas être atteint par les obus, de grands campements, de dépôts de minutions, d’aérodromes.

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Pour que l’opération ait une chance de réussir, d’importants préparatifs doivent être menés avec la même précision et la même minutie que les travaux entrepris en septembre.
Cependant, ci l’état du terrain était déjà pitoyable en septembre, il est loin de s’être amélioré en raison des pluies abondantes de novembre
C’est dans des conditions insupportables déjà développées le mois précédent, dans la boue gorgée de cadavre, sous la pluie, la neige et le bombardement allemand, que se déroulent les travaux de ré-empierrage des routes et chemins (plus de 30 km) ; reconstruction des voies ferrées étroites, plus de 10 km ; aménagement des positions de batterie près des lignes puis acheminement des batteries elles même ; approfondissement et fortification des tranchées, des parallèles de départ, des abris, des postes de commandement ; rétablissement des liaisons téléphoniques ; réapprovisionnement des abris, des fort de Douaumont et de Vaux, en vivres, eau, matériels, armements, munitions, obus ; etc.

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Les préparatifs s’achèvent sous un temps exécrable, qui ne permet pas le déclanchement de l’offensive. Mais tous les régiments qui doivent y participer sont prêts et cantonnent déjà dans les villages autour de Verdun. Le froid est rude et fait souffrir les hommes, et chacun attend l’ordre qui déclenchera le départ vers les premières lignes.

Le 10 décembre, le temps semble s’éclaircir…


 

11 décembre
Le général Mangin prend la décision de lancer la préparation d’artillerie.

Les aviateurs et les aérostiers décollent pour mener à bien leur mission cruciale de repérage et de réglage. Les données sont aussitôt transmises à l’artillerie qui met au point ses plans de tirs. La préparation d’artillerie peut débuter…

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Des 100e de sections d’artillerie, en attente depuis plusieurs jours, rejoignent leurs emplacements, mettent leurs pièces en batterie et commence le pilonnage des secteurs qui leurs ont été attitrées.

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Avec la même puissance et la même précision que pour l’attaque du 24 octobre, 740 canons de tous calibres pilonnent sans relâche les lignes ennemies. Les obus à gaz sont employés massivement. Vacherauville, Louvemont, Bezonvaux, les ouvrages d’Hardaumont et de Bezonvaux, les batteries, les tranchées, les réseaux de fil de fer, les redoutes, les abris, les voies d’accès, sont écrasés sous le bombardement d’une violence inouï.

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Destruction de voie ferrée

Toutes les Divisions d’Infanterie sont mises en alerte. Les paquetages sont faits et les hommes se rapprochent du front en camoin.
Ordre du jour de la 6e D.I., commandée par le général PONT :  » Officiers, sous-officiers et soldats de la 6e DI, Vous êtes appelés à combattre à nouveau sur le terrain de vos anciennes luttes.
En vous portant en ligne vous franchirez les ravins, vous traverserez les bois que vous avez vaillamment défendus à deux reprises, puis vous les dépasserez.
C’est que l’ennemi, dont votre résistance avait brisé les furieuses attaques a dû subir les terribles effets de nos gros canons et soutenir le choc de glorieux camarades. Moins tenace que vous, il a reculé devant leur élan superbe perdant en quelques heures le fruit de pénibles efforts.
Vous trouverez, vous aussi, l’occasion de le culbuter et vous vous montrerez aussi hardis dans l’attaque que vous avez été fermes dans la défense.
Vous ajouterez, vous aussi une gloire nouvelle aux drapeaux de vos régiments et vous couronnerez l’œuvre commencée par vous au début d’Avril dans la bataille pour la garde de Verdun, l’immortelle cité. « 

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Du 12 au 14 décembre
La
préparation d’artillerie française dure pendant 4 jours, causant d’importants dégâts dans les lignes allemandes. Beaucoup de soldats abandonnent leur positions et viennent se porter prisonniers dans les lignes françaises. Pendant ce temps, les régiments français gagnent les premières lignes et s’installent dans les parallèles de départ.

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15 décembre
Après une nuit glacée de pluie et de neige fondue, le ciel s’éclaircie soudain et la visibilité devient excellente, l’heure H est fixée à 10 h du matin…

A 9 h 50, le barrage roulant s’allonge brusquement. A 10 h précise, les fantassins français sortent de leurs tranchées et s’élancent au pas de charge. La progression s’avère difficile et très épuisante en raison du barda que doivent porter les hommes, et de la boue épaisse et collante qui occupe tous les secteurs. Beaucoup s’enlisent profondément et ne peuvent poursuivre la progression.

Quelles sont les forces allemandes que les Français vont trouver face à eux ? Un nombre équivalent de divisions en première ligne, soit 5 D.I., la 10e, la 14e et la 39e division d’infanterie, la 14° et la 39e division de réserve. En seconde et 3e ligne, 4 autres divisions prêtes à intervenir, la 3e et la 5e division d’infanterie, la 21e division de réserve et la division d’ersatz de la Garde. Cependant, l’effectif de ces 9 divisions est réduit, et elles arrivent du front de la Somme ou elle ont combattues durement. Les hommes sont épuisés et veulent  » du calme « 

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Voici en détail, les unes après les autres, toutes les actions menées :

L’extrême gauche du dispositif est tenue par la 126e D.I. (55e, 112e, 173e et 255e R.I.).
Les 600 m qui s’éparent les régiments des lignes ennemies sont franchis au pas de charge, malgré l’état détrempé du terrain.
La surprise et telle que les Allemands n’émettent aucune résistance et se rendent aussitôt. Ils ne sont pas très nombreux en raison des fortes désertions survenues les jours précédents.
A gauche, le village Vacherauville est occupé et nettoyé en moins de 15 minutes. Les troupes se fortifient en avant du village.
A droite, la cote du Poivre est gravie sans rencontrer plus de résistance. Sur le plateau, la progression se poursuit. En 30 minutes, l’ensemble du Poivre et repris, à l’exception d’une poche ou se manifeste une résistance plus accrue. Les assaillants se concentrent sur ce point qui ne tarde pas à se rendre.
Les objectifs sont éteints.

 

Le centre est tenu par la 38e D.I. (8e Tirailleur, 4e Zouave, 4e Mixte Z.T. et R.I.C.M.)
A l’heure H, les sifflets retentissent et tous les régiments sortent d’un même élan de leurs tranchées, baïonnettes en avant.
Une forte résistance est de suite manifestée dans le ravin Heurias, entre la cote du Poivre et le bois d’Haudromont. A cet endroit, un camp ennemi est installé avec d’importantes fortifications et cavernes bétonnées. Contrairement à la 126e D.I., la pénible ascension du ravin a totalement anéanti l’effet de surprise et les mitrailleuses allemandes arrosent d’un feu nourri les vagues qui montent vers elles.

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L’attaque qui s’engage est très violente et meurtrière. Mais finalement, les Français parviennent à assiéger la position en faisant de nombreux prisonniers et en capturant un important matériel.
La progression peut enfin se poursuivre. Les cotes 342 et 378, à l’est/nord-est est de la cote du Poivre sont reprises et fortifiées sur place. Plus au nord, le village de Louvemont est repris et même dépassé.
C’est une totale réussite, mais les combats pour reprendre ces secteurs ont été très violents et meurtries pour la 38e D.I.

 

La droite qui représente le secteur le plus étalé, est tenue par 3 divisions : la 37e D.I. (2e et 3e zouaves et 2e et 3e tirailleurs), la 133e D.I. (32e, 102e, 116e et 107e B.C.P., 401e R.T., 321e R.I.) et la 22 e D.I. (19e, 62e, 116e et 118e R.I.).

A 9 h 50, les régiments de la 37e DI s’élancent mais sont rapidement stoppés sur leur gauche par une forte résistance allemande. Durant une heure, le combat est très violent. Finalement, la poche de résistance fini par tomber, la progression reprend.
La lisière du bois de la Vauche est atteinte, et une légère progression parvient a être réalisé dans le bois. Les objectifs sont pratiquement atteints.
Témoignage du lieutenant-colonel de SAINT-MAURICE, du 2e tirailleurs :  » A 9h50, le 1e bataillon du 2e régiment de tirailleurs sortait de la tranchée de départ, à gauche de l’église de Douaumont. A peine la première vague avait-elle escaladé les gradins de franchissement que l’on entendait le  » tac-tac  » de la  » machine à secouer les capotes  » : cinq mitrailleuses, nichées dans l’église du village, claquaient à toute volée.
Les grenadiers, qui marchaient en tête avec les sapeurs, se précipitent, broient les servants sur leurs pièces à coups de grenades; puis, continuant à descendre les pentes criblées de trous de marmites, encombrées de morceaux de fils de fer où s’empêtrent les jambes, d’éclats de bois, de rondins brisés, arrivent jusqu’au ravin du Helly.
Les boches y avaient organisé de vastes abris, à dix mètres sous terre, où aurait pu tenir un régiment; mais notre préparation d’artillerie avait endommagé les organisations superficielles.
Les tranchées sont bouleversées : plus de banquettes ; plus de parapets ; c’est un amoncellement de terres déchiquetées, de piquets arrachés; on ne saurait distinguer les pare-éclats des éléments de tir; il faut sauter d’éboulement en éboulement.
Grâce, toutefois, à la solidité des abris, les garnisaires valides étaient encore nombreux.
Devant les assaillants, la fusillade crépite, les grenades explosent; et, à mesure que l’on progresse, la résistance devient plus âpre, les destructions étant plus incomplètes.
Il faut, par endroits, avoir recours aux lance-flammes pour réduire tel ou tel abri.

A 11 heures, la majeure partie du ravin était entre nos mains. Seul, un élément de tranchée continuait à résister.
Y tenait encore le colonel von Kaisenberg commandant le 6e grenadiers ennemi, entouré de son état-major : un major, deux capitaines, un lieutenant et trois médecins.
Ils avaient dressé un barrage de sacs à terre et de rondins, et mis en batterie une mitrailleuse que le colonel servait lui-même. Ce n’est qu’après une résistance acharnée, et lorsque le colonel fut tombé sous nos balles, que la vaillante petite troupe consentit à se rendre et que les tirailleurs eurent la totalité de la position en leur pouvoir.
Il leur fallait encore conquérir deux kilomètres de terrain pour atteindre la ligne des Chambrettes qui leur était assignée comme objectif; deux kilomètres d’un terrain effroyable, raviné, chaotique, où l’ennemi avait accumulé les travaux; où il fallait demeurer trois jours et trois nuits, sous la pluie, les rafales de neige, dans la boue, et où l’on couchait avec, pour seule protection, une toile de tente.  »

 

Sur la gauche de la 37e D.I., la 133e s’élance à l’heure prescrite en direction du village de Bezonvaux.

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Le village de Bezonvaux

Les régiments gravissent les pentes de la cote 347 et la reprenne. Ils abordent ensuite le bois d’Hardaumont ou ils parviennent à reconquérir les ouvrages de Lorient. Ils sont ensuite stoppés à la lisière du bois Hassoulé et des Caurrières, et devant le village de Bezonvaux d’ou part un feu nourri. Les hommes s’enterrent sur place.
A la nuit tombé, l’ordre est de poursuivre coûte que coûte la progression.
Témoignage du colonel PICARD, du 321e R.I. :  » A minuit, l’ordre arrivait de prendre par surprise, dans la nuit même, la tranchée des deux-Ponts et le village de Bezonvaux. Les difficultés étaient énormes : nuit opaque et neige abondante, troupes dispersées par le combat, connaissance à peu près nulle de la résistance ennemie. On me parlait d’envoyer deux compagnies ; on ne les eût jamais revues. Je téléphonai qu’il fallait au moins deux bataillons et j’organisai un groupement avec mon 6e bataillon et la 102e Chasseurs, sous le commandement du commandant Gatinet, du 6e bataillon.
A la réception de l’ordre, Gatinet me faisait dire que c’était absolument impossible et je crois bien qu’il avait raison. Mais il n’était plus temps de discuter : si nous laissions l’ennemi se reprendre, c’était l’opération manquée et peut-être un repli d’une profondeur incalculable.
Aussi, j’écrivais à Gatinet :  » L’honneur militaire est engagé : vous êtes responsable de l’exécution ; à quelque prix que ce soit, il faut attaquer cette nuit ; il est 2 heures, je vous donne jusqu’à 5 heures, mais c’est l’extrême limite ; vous m’en répondrez personnellement.  »
Suivai le détail du coup de main, dont je vous fait grâce. Quelle nuit d’angoisse !
Gatinet, qui était un brave, dit à ses officiers :
 » C’est une absurdité, mais à la guerre, l’absurdité réussit quelquefois ; allons-y !  »
Pourquoi le Fritz, cette nuit même, évacua-t-il le camp de Hambourg et le village de Bezonvaux ? Nous ne le sauront jamais. Quoi qu’il en soit, cette opération de nuit qui était la témérité même, l’audace la plus folle, s’exécuta avec des difficultés inouïs, mais réussit.
La transmission des ordres avait pu se faire à travers la nuit, la neige et le bombardement. Qu’un seul coureur eût été atteint et tout s’écroulait.
Au petit jour, le 4e bataillon (de Contenson), s’emparait, en la débordant, de la tranchée des Deux-Ponts qui avait tenu toute la nuit ; la liaison s’établissait avec le commandant Florentin, du 102e Chasseurs, qui était entré dans le village de Bezonvaux et, ce qui achevait la victoire, la 3e Zouaves, sorti du bois des Caurrières, rabattait toute la troupe ennemie dans le Fond des Rousses où elle était prise en masse.
Encore une fois, nous étions vainqueurs ! « 

 

Plus à gauche, en liaison directe avec la 133e D.I., la 22e progresse et parvient à reprendre l’ouvrage d’Hardaumont.

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L’ouvrage d’Hardaumont tenu par les Allemands (photo allemande)

 

Bien que les pertes aient été importantes, le bilan de la journée est très satisfaisant. Sur les ailes, tous les objectifs ont été atteints. Au centre, seuls quelques objectifs assignés à la 37e et à la 133e D.I. n’ont put être repris. La 37e D.I. n’a put que partiellement prendre pied dans le bois de la Vauche. Concernant la 133e D.I., si le bois des Caurrières a put être repris dans la nuit par le 3e Zouaves, le bois Hassoulé est encore aux mains de l’ennemi.

Durant la nuit, la fourmilière s’active…
Pendant que les combatants, gelés, épuisés, boueux, s’endorment sous la neige, les états majors s’activent sur les nouvelles cartes, les coureurs s’éforcent de rétablir les liaisons avec les nouvelles lignes, font circuler les rapports et les nouveaux ordres, les artilleurs ravitaillent leurs pièces et les rapprochent de la nouvelle ligne de front, les brancardiers sillonnent les secteurs repris à la recherche des blessés, chanceux sont ceux qui parviennent à être évacuer.

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Brancardiers recherchant des blessés


 

16 décembre
Les divisions de soutient se rapprochent et commencent leur montée en secondes lignes.

Dés l’aube, les Allemands entament un violent bombardement présageant une attaque. Elle se déclenche dans la journée entre les Chambrettes et le bois des Caurrières. Cependant, malgré leur ténacité, les assaillants ne parviennent pas à passer les lignes françaises. Les Poilus entendent bien conserver les positions qu’ils sont parvenue à reconquérir la veille.

La nuit arrive avec une brusque chute de la température. Les conditions deviennent extrêmes dures et beaucoup d’hommes doivent être évacués pour pieds gelés.
Témoignage de Bastien FEICE, soldat au 4e Zouaves :
 » C’est à la fin de l’attaque que commença notre véritable calvaire. La neige qui tombait sans arrêt depuis deux jours, s’arrêta pour faire place à un froid des plus rigoureux. Le thermomètre était descendu à – 20°.
Ceux d’entre nous que les obus et les balles avaient épargnés n’étaient plus, à l’aube, des hommes, mais des formes, des silhouettes glacées, boueuses et presque dans vie. Tous, ou presque tous, nous avions les membres gelés, les uns les mains, les autres les pieds, sans compter ceux, nombreux, ayant les deux jambes gelées. Personnellement, j’eus les pieds gelés au premier de gré. Pour atteindre le porte de secours, distant de 1 500 mètres environs, il me fallut près de quatre heures. « 

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Blessés tentant de regagner l’arrière


 

Du 17 au 18 décembre
Malgrés le froid, les assauts se poursuivent et les bois de la Vauche et Hassoulé parviennent à être repris par les Français.

Le dernier événement de l’offensive de décembre est la reprise de la ferme des Chambrettes par le 4e Zouaves.
Historique du 4e Zouaves :  » Dans la nuit du 16 au 17, commencent les relèves des éléments épuisés par la lutte. Les positions conquises sont aménagées.
La ferme des Chambrettes reste cependant à conquérir. Le 4e Zouaves reçoit la mission de la prendre.
Nos hommes, dés le 16, se trouvent dans un état lamentable. Dans l’eau jusqu’aux genoux, enduits jusqu’au sommet de leur casque d’une boue gluante, ils commencent à éprouver la morsure du froid. La paralysie les gagne, leurs pieds gèlent. Grelottants de fièvre, mais stoïque quand même, ils restent là sans quitter leur poste, paquets de hardes et de boue, immobiles, silencieux, statues de glace vivantes et douloureuses.
Aussi, le 17, tous attendent la relève. Il leur semble impossible de souffrir davantage. Ils n’ont pas peur, mais quelques-uns pleureront quand on leur dira :  » Ce n’est pas pour aujourd’hui !  » Et il faut ajouter le motif de ce retard. C’est que, de toute nécessité, la ferme des Chambrettes doit être reprise et reprise par eux. Notre communiqué en a annoncé la conquête. Des Français ne mentent pas. Avant que le 4e Zouaves ne quitte ses lignes, elle sera de nouveau à nous.
Les hommes encore valides (ils sont à peu près 30 par compagnie) font appel à toute leur énergie. Les officiers donnent l’exemple. Le lieutenant Triballet, ne pouvant marcher, se fait soutenir par deux mitrailleurs.
L’attaque se déclenche vers 15 heures. Elle est arrêtée par un feu de mitrailleuses qui nous cause des pertes sensibles. Il faudra donc une opération d’artillerie.
Le 18 à midi, à l’aide du 3e bataillon, l’attaque sera reprise. A 16h30, le capitaine Goujat établira son P.C. dans la ferme ; et le commandant Pouzergues pourra, dans son compta rendu, parler de l’entrain admirable des hommes qui, s’appuyant pour marcher sur leurs fusils boueux et devenus inutilisables pour le tir, criaient les uns aux autres :  » En avant les béquillards ! « . « 

Témoignage du capitaine Félix POURAILLY, du 283e R.A.I. :  » Les Zouaves ont tout culbuté, mais ces vainqueurs ont été eux-mêmes vaincus par le froid. Ils s’en reviennent, sur une file interminable, par petit paquets, deux par deux. Ils ont enlevé le dessus de leurs souliers, ne gardant que les semelles maintenues avec des étoffes ; la plupart vont pieds nus, les pieds enroulés dans leur cache-nez, leur chéchia, leur mouchoir…
Ils avancent, hésitant, titubant, s’appuyant sur leur fusil comme sur une béquille, se soutenant l’un, l’autre, se traînant à quatre pattes, comme de pauvres bêtes, et de cette longue file de silhouettes clopinantes, aux capote de boues raidies par le gel, aux physionomies noires et sales tendues pat la douleur, pas une plainte ne s’élève, pas un murmure ne monte. « 

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L’objectif de l’offensive de décembre est pleinement réussi, le dégagement des forts, la reprise des observatoires et de leurs points d’accès. 11 387 Allemands ont été capturés, dont 284 officiers. 115 canons, 44 lance-bombes et 170 mitrailleuses ont été pris à l’ennemi ou détruits.

L’hiver et l’état du champ de bataille ne permettent pas sérieusement à l’Allemagne de tenter une contre-offensive avant plusieurs mois. De plus, dans cette bataille, elle a déjà englouti plus de 143 000 tués et 190 000 blessé.

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Front au 18 décembre 1916

source : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

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La Bataille de Verdun sept-oct-nov

Classé sous — milguerres @ 9 h 15 min

 

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Périodes Septembre – Octobre – Novembre 1916

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Rive droite :

1er septembre
En ce début du mois de septembre, 3 D.I françaises sont en ligne sur le front de Verdun :
- la 33e D.I. (59e, 83e, 88e et 209e R.I.) tient le secteur de la côte du Poivre
- plus à l’est, la 73e D.I. (346e, 356e, 367e et 369e R.I.) tient les positions du Retegnebois, du Chênois et de la Laufée
- dans sa continuité, la 28e D.I. (22e, 30e, 99e et 416e R.I.) occupe le font de Discourt et les pieds des côtes de Meuse et de la Laufée.

R.A.S durant la journée.


 

2 septembre
Bien que le Kronprinz n’envigeable plus d’offensive sur Verdun, une attaque est tout de même tentée en direction du fort de Souville.
Dès 5 h, violent bombardement allemand sur de nombreux secteurs. Les plus éprouvés sont le plateau de Souville, la station de Fleury et le ravin des Fontaines qui est tenu par le 212e R.I.

Cet intense pilonnage des lignes françaises se prolonge toute la journée. Un grand nombre d’hommes sont commotionnés, ils sont sourds, hébétés, suffoqués. Leur visage et leur main ruissellent de sang qui coule par 1000 blessures (projection de terre, de pierre et de sable) qui se mêle à la poussière et forme des caillots affreux.
Témoignage de Ed. BOUGARD :
 » Nous attendons la mort qui plane au-dessus de nos têtes ; il est huit heures du soir ; une marmite tombe en plein dans la tranchée ; je roule par terre ; je n’ai rien. Par contre, une cervelle est sur ma capote ; je suis plein de sang des copains. Mon ami Béthouart a la bouche fendue jusqu’aux oreilles et mon pauvre camarade Jules Fontain, qui ne m’avait pas quitté depuis le début de la campagne, a les deux jambes coupées. Les blessés pouvant marcher se sauvent au poste de secours ; les mourants agonisent dans la tranchée. Quand ils sont morts, on les place au-dessus du parapet. « 

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3 septembre – Attaque allemande sur les pentes de Vaux-Chapitres, Thiaumont
A 6 h 30, les Allemands lancent une attaque sur les tranchées des pentes de Vaux-Chapitres.
Le 6e bat
aillon du 212e R.I. résiste farouchement, officiers et hommes faisant ensemble le coup de feu. Néanmoins, les pertes sont très lourdes et en 1 h, le bataillon est pratiquement décimé. Les rares survivants se replient dans le ravin des Fontaines. L’ennemi s’empare de la tranchée de Montbrison et du Zouave Penit.

A 8 h, l’ennemi progresse par le ravin des Fontaines et s’approche du P.C. du 212e R.I. dans la Carrière. Aussitôt, le chef de bataillon, les officiers de l’état major et l’ordonnance prennent grenades, mitrailleuses et fusils. Cependant, ils ne peuvent tenir et sont submergées. Leur P.C. est perdu.
Aussitôt, le 4e bataillon part à la contre-attaque. Avec un magnifique courage, les hommes s’avancent et reprennent les positions qu’occupait initialement le 6e bataillon. Ils parviennent ensuite à progresser à 100 m au-delà. Ces nouvelles positions sont aussitôt organisées sous un bombardement d’une violence inouïe.

A la Haie-Renard, plus à droite, le 344e R.I. est également soumis à une violente attaque. Pratiquement tous les officiers sont tués et l’état major est fait prisonnier.
Le 6e bataillon du 206e R.I. qui est en renfort apporte son aide mais ne parvient pas à retourner la situation.

Entre 12 h et 17 h, le 234e R.I. lance une attaque en avant de la Chapelle Sainte-Fine. Par cette manœuvre, il réussit à s’emparer de l’ouvrage de Munich et de la tranchée de Bavière. 400 ennemis sont fait prisonniers avec 4 mitrailleuses.

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A 14 h, dans le secteur de Thiaumont, le 102e R.I. lance une attaque et prend un post avancé en faisant 53 prisonniers dont un officier. Cependant, il ne peut poursuivre plus avant, bloqué par le tir ennemi. Par vengeance, un furieux bombardement allemand s’abat plus tard sur cette nouvelle position.

A la nuit, dans le secteur de Retegnebois, le 214e R.I. repousse une attaque à la grenade.
Le 36e bataillon de tirailleurs Sénégalais quitte les arrières du fort de Souville et se dirige vers la Carrière.


 

4 septembre – Attaque allemande sur les pentes de Vaux-Chapitres, Thiaumont. Embrasement du Tunnel de Tavannes
A 5 h 30, le 356e R.I. qui est en ligne dans le secteur de la Laufée et de la tranchée du Chênois-La Montagne, subit une 1ère attaque qu’il parvient à repousser. Notamment par les grenadiers de la compagnie Rueff.

A 6 h 35, les Allemands lancent une seconde attaque est arrivent à s’introduire dans les lignes françaises à l’endroit défendu par le bataillon Vesque. Aussitôt, des contre-attaques sont improvisées et le terrain est repris.
Dans cette affaire, on dénombre 180 morts ou blessés dans le bataillon Vesque, dont 5 officiers.

A 7 h, une contre-attaque française doit avoir lieu devant le front de la 136e brigade (212e et 344e R.I.). Cependant, peut avant l’heure H, un ordre arrive par coureur, ordonnant le retardement de l’assaut. Les hommes qui étaient prêt à s’élancer se relâchent.

Cependant, 2 compagnies Sénégalaises n’ont pas pu être prévenues à temps, et à l’heure prescrite, elles s’élancent seules face aux tranchées adverses. Leurs progression est dynamique et rapide, un grand nombre d’Allemands quittent leur position et s’enfuient, les poches de résistances sont maîtrisées les unes après les autres.
Néanmoins, 2 nids de mitrailleuses bien positionnées restent en actions. Leurs tirent bien cadrés causent bientôt des ravages dans la ligne française.
Les soldats Sénégalais ne réalisent pas le danger ; au lieu de s’abriter en se couchant dans les trous d’obus, ils se dressent; au lieu de se disperser, ils se regroupent. Tous les officiers qui s’exposent pour tenter de faire réagir leurs hommes sont tués.
Finalement, alors que pratiquement tous les adversaires avaient fuit, seul quelques mitrailleuses ont mis en pièce les 2 compagnies. Dans le plus grand désordre, les survivants, dont un grand nombre est gravement blessé, regagnent le poste de la Carrière.

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Blessés Sénégalais à un poste de secours

L’anéantissement des 2 compagnies Sénégalaises laisse un grand espace inoccupé de plus de 600 m dans la ligne de front française. Ce vide est comblé dans l’urgence par l’étalement des unités adjacentes.

A 8 h, dans le secteur de Retegnebois, le 214e R.I. qui est soumis à un violent bombardement depuis 5 h du matin, voit les Allemands sortir des tranchées face à lui. Rapidement, la 18e compagnie est submergée et doit reculer. Cependant, les positions ne sont pas dépassées grâce à quelques mitrailleuses restées en place et toujours servies.
Une contre-attaque est ensuite menée avec le renfort du 1er bataillon du 346e R.I. Elle permet de reprendre les anciennes positions qu’occupaient la 18e compagnie et à faire environ 200 prisonniers, de très jeunes soldats.
Témoignage de X… :
 » Deux Allemands soutiennent un camarade qui agonise. Une grande amitié devait unir ces trois hommes. Les deux qui sont valides ont les yeux plein de larmes et comme le blessé agonise, l’un d’eux se penche vers lui et l’embrasse longuement.
Impressionnés par tant de malheur et en dépit de l’exaspération quelques soldats français s’arrêtent, émus. « 

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Jeune soldat allemand qui agonise dans une tranchée

A 13 h 20, la 13e compagnie du 4e bataillon du 346e R.I. attaque en direction de l’ouvrage Rond. 3 lignes de tranchées sont reprises à l’ennemi. En arrière, la 14e compagnie consolide la progression.

Toute l’après-midi et jusqu’à 19 h, les Allemands tentent de reprendre le terrain perdu la veille dans le secteur de Thiaumont, tenu par le 102e R.I. Ils sont à chaque fois repoussés et laissent de nombreux morts devant les lignes françaises.

Dans la nuit, la 67e D.I. (214e, 220e, 221e et 259e R.I.) relève la 68e (206e, 212e, 234e et 344e R.I.)

 

Le tunnel de Tavannes et la tragédie du 4 septembre :

Le tunnel de Tavannes est un tunnel ferroviaire d’une seule voie où passe le chemin de fer allant de Verdun à Metz. Situé au nord ouest du fort de Tavannes, il est long de 1400 m et large de 5.

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Entrée ouest en été 1916

Dès le début de la bataille de Verdun, le train ne circule plus. Des troupes françaises viennent tout naturellement s’y abritent pour se protéger du furieux bombardement allemand.
Petit à petit, les combats se poursuivant dans le secteur, un état-major de brigade, des services de secours, brancardiers, téléphonistes, artificiers, génie, un bataillon de réserve, etc… finissent par s’installer durablement aux extrémités du tunnel. Cet abri enterré constitue un lieu sûr et permet d’intervenir rapidement sur la zone des combats.

Plus tard, la totalité du tunnel est aménagée : un dépôt de munition est constitué, des cabanes en tôle et en bois sont construites; des couchettes ainsi que des latrines sont mises en place.
Témoignage du soldat Louis HOURTICQ :  » C’est une étrange chose que ce tunnel qui passe sous les lignes jusqu’en plein champ de bataille. Entre deux paquets de fer et de feu, des formes bondissent dans le tunnel, surgies de l’éruption, pauvres êtres hagards, haletants, titubants, qu’il faut recueillir et conduire, dans cette nuit subite.
Tout le jour, toute la nuit surtout, c’est une circulation intense : des corvées d’eau, de munitions, de vivres ; des troupes qui montent, d’autres qui descendent, des brancards de blessés qui reviennent de la bataille, puis sont évacués.
…Cette existence souterraine supprime toute distinction entre le jour et la nuit, ce jeu alterné du sommeil et de la veille qui rythme notre vie. L’activité, le mouvement, le bruit sont les mêmes, continus, sans arrêt, sans pause, de midi à minuit, de minuit à midi.
Sous cette voûte indestructible, trop d’hommes et trop de choses sont venus chercher un abri : dépôts d’eau, de grenades, de fusées, de cartouches, d’explosifs ; sous les lampes noires de mouches, des chirurgiens recousent de la chair déchirée.
Tous les bruits sont dominés par le halètement rapide du moteur de la machine électrique. Il est comme le battement de fièvre de cette artère surchauffée. « 

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Entrée est le 27 février 1916

Très rapidement, la surpopulation, l’exigüité et l’insalubrité du lieu rendent la vie très difficile dans le tunnel.
Témoignage du général ROUQUEROL du 16e D.I. :
 » … L’éclairage électrique avait été organisé avec un moteur à essence. Toutefois, on avait eu tort, dans ce travail hâtif, d ‘établir des câbles à haute tension nus à proximité immédiate des installations pour les hommes. Plusieurs cas mortels d’électrocution firent apporter les modifications nécessaires à la distribution du courant. L’éclairage n’existait d’ailleurs que sur la partie du tunnel utilisée comme logements ou dépôts ; le reste était obscur. Un puits d’aérage avait été fermé par des toiles pour parer à la pénétration éventuelle des gaz de combat.
L’organisation du tunnel comportait des rigoles d’écoulement pour les eaux de condensation et d’infiltration qui n’étaient pas négligeables ; mais, sans souci de la nécessité de prévoir l’assèchement du tunnel, le personnel chargé de cette organisation avait comblé toutes les rigoles. Le résultat ne s’était pas fait attendre et de longues portions du tunnel étaient bientôt transformées en un marécage d’une boue fétide. La plupart des immondices des occupants y étaient jetées. On y aurait trouvé même des cadavres.
Tant de causes d’infection, jointes à la suppression de l’aérage par le puits construit à cet effet, ne pouvaient manquer d’entretenir dans le tunnel des émanations malsaines qui ont donné lieu à plusieurs cas d’une jaunisse spéciale au nom suggestif de jaunisse des vidangeurs.
Le commandant d’une division occupant le secteur de Tavannes au mois de juillet voulut faire nettoyer ces écuries d’Augias. Il dut y renoncer sur l’observation du service de santé d’après laquelle l’agitation de la boue et des eaux polluées causait immanquablement de nombreuses maladies. Il fallut se contenter de répandre dans les endroits les plus malpropres de la chaux vive. « 

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Entrée ouest en été 1916

Témoignage de René le GENTIL :  » … La dynamo qu’on avait installée était trop faible et ne pouvait fournir qu’un pauvre éclairage, si bien qu’on y voyait à peine et qu’on manquait à chaque pas de glisser sur le bout des traverses de la voie ; mais chose pire, l’eau manquait absolument, car un seul robinet existait au milieu du tunnel ; et ceux qui venaient la étaient condamnés à rester des 10, voire 12 et 15 jours sans se nettoyer, malgré les pires besognes à accomplir.
C’est ainsi que j’ai vu de nos hommes, qui venaient de s’infecter les mains en transportant des cadavres délabrés, être obligés de manger sans pouvoir se laver. Et quand je demandai pour eux un désinfectant quelconque, l’aimable pharmacien, charger de ce service, me fit des reproches amers. je compliquais les choses en réclamant ainsi ! …

… Après les différents services, les hommes s’installaient comme ils pouvaient sur la voie du chemin de fer, dans le noir complet, la vermine et la saleté. Il y avait bien eu un timide essai de cadres treillagés qui avaient servi de couchettes, mais ils étaient défoncés, abîmés, et les divisions se succédant rapidement, hélas ! nul ne s’inquiétait de les remplacer ; toutefois, voulant dégager le bas, le génie du secteur avait commencé l’installation, à mi-hauteur du tunnel, d’un premier étage en plancher, là gîtaient les territoriaux ; mais comme il n’y avait pas de place pour tout le monde, cela ne faisait qu’augmenter encore, pour ceux qui étaient dessous, le grabuge infernal et la saleté qu’on n’avait plus seulement aux pieds, mais encore sur le tête; car, par les planches mal jointes, la terre tombait sur ceux qui se trouvaient là. »

Témoignage du docteur Léon BAROS, aide-major au 217e R.I. :  » Nous arrivons à l’issue est du tunnel de Tavannes.
La boue s’étale gluante, des milliards de mouches volent en tous sens et tapissent les parois du tunnel ; dans tous les coins et sur les multitudes d’immondices, accumulées partout, grouillent les asticots et les contorsions de leurs petits corps blancs amènent des nausées de dégoût ; l’air, chargé de chaleur humide et imprégnée d’odeur de cadavres, de putréfaction, de sécrétions acides, de corps en sueur et de fientes humaines, est irrespirable ; les gorges se contractent en un réflexe nauséeux.
C’est par cette issue est que le tunnel communique avec le champ de bataille, sous les avalanches nombreuses et imprévues, continues ou espacées, des tonnes de fer et de feu qui se déversent dans un endroit repéré exactement, où les projectiles de tous calibres prenant en enfilade la tranchée du chemin de fer qui précède le tunnel, sont posés presque comme avec la main, tellement le tir est précis et le lieu exactement repéré.
Et c’est un lieu de passage qu’on ne peut éviter, où défilent ravitaillent, réserves, agent de liaison, relèves, blessés. Les Boches le savent bien. Les obus, petits, moyens et gros, éclatent sans interruption, sur un parcours de 12 à 15 mètres, devant l’entrée du tunnel, soit à la cadence d’un tir de mitrailleuses lorsqu’il y a barrage, soit à l’intervalle d’une minute ou d’une demi-minute ; c’est infernal ! Que de malheureux ont été anéantis à cet endroit ! « 

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Entrée est en été 1916


Témoignage du lieutenant BENECH du 321e R.I. :  » Nous arrivons au tunnel. Serons-nous donc condamnés à vivre là ? Je préfère la lutte à l’air libre, l’étreinte de la mort en terrain découvert. Dehors, on risque une balle ; ici, on risque la folie.
Une pile de sacs à terre monte jusqu’à la voûte et ferme notre refuge. Dehors, c’est l’orage dans la nuit et le martèlement continu d’obus de tous calibres. Au-dessus de nous, sous la voûte qui sonne, quelques lampes électriques sales, jettent une clarté douteuse, et des essaims de mouches dansent une sarabande tout autour. Engourdies et irritantes, elles assaillent notre épiderme et ne partent même pas sous la menace d’un revers de main. Les visages sont moites, l’air tiède est écœurant.
Couchés sur le sable boueux, sur le rail, les yeux à la voûte ou face contre terre, roulés en boule, des hommes hébétés qui attendent, qui dorment, qui ronflent, qui rêvent, qui ne bougent même pas lorsqu’un camarade leur écrase un pied.
Par place, un ruissellement s’étend ! de l’eau ou de l’urine ? Une odeur forte, animale, où percent des relents de salpêtre et d’éther, de soufre et de chlore, une odeur de déjections et de cadavres, de sueur et d’humanité sale, prend à la gorge et soulève le cœur. Tout aliment devient impossible ; seule l’eau de café du bidon, tiède, mousseuse, calme un peu la fièvre qui nous anime. « 

Ainsi, durant toute la bataille de Verdun, des milliers d’homme vont faire une halte plus ou moins longue dans le tunnel de Tavannes. Chaque jour 1500 à 2000 hommes s’y entasseront.

 

Le 4 septembre, vers 21 h , le dépôt de grenades placé à l’entrée ouest du tunnel de Tavannes prend feu.

A 21 h 15, une formidable explosion se produit, comprimant en une instant les poitrines de tous les êtres vivants présents dans le tunnel. Les flammes qui se propagent rapidement atteignent le stock de bidons d’essence qui sert à alimenter le groupe électrogène.
En quelques minutes, les baraquements en bois où sont entassé de nombreux soldats s’embrasent. Une fumée très dense avance dans le tunnel semant la panique et la mort. Les hommes qui ne sont pas asphyxiés instantanément, s’enfuient en désordre en se marchant les un sur les autres, vers la sortie opposée. Cependant la nappe de fumée les gagne de vitesse et des 100e d’hommes tombent avant d’arriver à l’air libre. Même équipé de masque à gaz, la densité de la fumée est telle qu’aucun sauveteur ne parvient à pénétrer à l’intérieur du tunnel.

Les hommes qui sont parvenus à atteindre la sortie est se trouvent face au bombardement allemand et ne peuvent s’échapper. Cependant, il y a urgence à évacuer cet endroit irrespirable. Un colonel, révolver au poing, menace de tirer sur les malheureux. Dans l’affolement le plus complet, les premiers étant poussés par ceux qui arrivent derrière eux, s’enfuit en tentant de trouver refuge dans les trous environnants.

De plus, les Allemands qui ont aperçu la nappe de fumée qui est montée très haut dans le ciel, redoublent leur pilonnage sur les entrées du tunnel.

Jusqu’à 21 h 45, des groupes d’hommes, noirs, à demi asphyxiés, sentant la chair grillée, surgissent par la sortie est et s’enfuient sous les obus.
Durant toute la nuit, aucune manœuvre de secours ne peut être entreprise.

Le brasier continue à brûler durant 2 jours, carbonisant les 100e de cadavres jonchant le sol. Lorsque plus tard, on pénètre dans le tunnel, on ne retrouve rien que des cadavres qui partent en cendre dès qu’on les touche. Seulement 30% en moyenne peuvent être identifiés.

500 à 600 homme ont péri dans cette catastrophe : officiers et soldats du 1er et du 8e génie, des 22e, 24e et 98e régiments territoriaux ; des médecins majors et des infirmiers régimentaires des 346e, 367e, 368e et 369e R.I. ; des blessés qui, couchés sur des brancards et se sentant en sécurité, attendaient leur évacuation. Aucun journal ne parla de cette tragédie…

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Quelques victimes de la catastrophe du 4 septembre
étendues dans un fossé à l’entrée du tunnel
en attendant l’inhumation


 

5 septembrePréparation d’artillerie en vue d’une contre-attaque française sur la Carrière
Toute la journée et la nuit, il pleut.
Du côté français, on s’affaire aux préparatifs de la contre-attaque de la Carrière. Elle est prévue pour le lendemain et exécutée par 2 bataillons du 288e, le 367e et le 346e R.I.
Du côté allemand, pas de mouvement important à signaler, les hommes survivent dans les tranchées pleines de boue.

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6 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Au matin, le 288e R.I. s’élance à l’assaut de la tranchée Montbrison. La bataille est très violente et tumultueuse. Les 4e et 5e bataillons parviennent à atteindre leurs objectifs et à les dépasser.
De son côté, le 6e bataillon trouve face à lui des éléments qui n’ont pas été détruit par la préparation d’artillerie. Ne pouvant pratiquement pas progresser, les hommes tombes les uns après les autres. Il ne reste plus qu’un seul officier vivant lorsque les renforts arrivent enfin. Ce sont 3 compagnies du 6e bataillon du 220e R.I. ainsi qu’une compagnie de mitrailleuses qui sont arrivées. Cette nouvelle formation parvient cette fois ci à avancer à atteindre les abords de la tranchée de Montbrison.

Le 6e bataillon du 367e parvient à progresser de 1500 m et à reprendre dans sa course, les tranchées Hohenlohe et Blücher, à gauche de Retegnebois. 200 ennemis sont capturés avec 8 mitrailleuses. Les hommes du 367e R.I. repoussent ensuite plusieurs contre-attaques.

A droite de Retegnebois, le 346e part à l’attaque à 17 h 40 et parvient à atteindre sans grande difficulté tous ses objectifs. Le 5e bataillon les dépasse même et vient renforcer la tranchée Hohenlohe que vient de conquérir le 367e R.I., au nord de l’ouvrage Rond.


 

7 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
En avant des tranchées  » le Triangle « , le 6e bataillon du 220e repousse plusieurs contre-attaques. Il progresse ensuite d’une 100e de mètres. Durant cette attaque, il est signalé que de nombreux soldats allemands se rendent à l’approche des Français.

Témoignage du soldat LECLAIRE :  » Les prisonniers nous disent : « Nous ne serons pas vainqueurs, mais vous ne le serez pas non plus »"

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Colonne de prisonniers allemands

Le 6e bataillon du 367e repousse lui aussi plusieurs contre-attaques sur les positions qu’il a conquit la veille.
Le 228e R.I. se bat à la grenade toute la journée et toute la nuit.


 

8 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Dés le levé du jour, l’ennemi lance une attaque en avant de l’ouvrage Rond. Le 346e qui tient la tranchée Hohenlohe depuis le 6 et contraint de reculer sur ses anciennes positions. Une fois les hommes ressaisis et les munitions rassemblées, ils partent à la contre-attaque et reprennent la tranchée. Plus tard dans la journée, la même scène se reproduit, le 346e évacue sa ligne et la reprend peu de temps après sans attendre l’arrivé des renforts qu’on lui a annoncé.

L’ennemi se rend toujours en grand nombre aux éléments du 220e qui se trouvent en avant des tranchées  » le Triangle « . Ces mêmes éléments sont soumis à un violent bombardement durant toute la journée. Les morts sont très nombreux.

En avant de Fleury, le 214e R.I. repousse une attaque. Le régiment qui se trouvait à côté de lui a du reculer, de leur propre initiative, les hommes du 214e s’élancent sur les positions que tenait ce régiment et les reprend à l’ennemi.

Durant la nuit, la 74e D.I. ( 50e et 71e B.C.P., 222e, 229e, 230e et 333e R.I.) monte en première ligne du  » nez de Souville  » ou bois de la Laufée.

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Colonne de soldats qui se dirigent vers le front


 

9 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Le 5e bataillon du 220e R.I., qui est en ligne à gauche de Vaux-Chapitre, reçoit l’ordre d’attaquer à 16 h les tranchées Montbrison et Lecourt.
Toute la journée, l’artillerie française bombarde ces positions avec ténacité.

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Quelques minutes avant l’assaut, une 30e d’Allemands et un officier viennent se rendrent aux Français.

Le bombardement préparatoire semble avoir été efficace car de nombreuses défenses ennemies sont détruites, à l’exception d’une mitrailleuse qui cause des pertes sensibles. Elle fini néanmoins par être maîtrisée et la progression peu se poursuivre.
Sur la droite du dispositif, l’ennemi offre cependant plus de résistance et c’est avec l’aide du 283e R.I. progressant à la lisière ouest du bois de Vaux-Chapitre que ce secteur fini tout de même par se rendre.

A la nuit, après plusieurs heures de combat, la progression a été sensible. Cependant, l’objectif final, à savoir les 2 tranchées Montbrison et Lecourt, n’ont pas été atteinte et restent aux mains de l’ennemi.

Les brancardiers, à la faveur de l’obscurité, commencent leur longue nuit à la recherche des blessés.


10 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
La lutte continue dans les secteurs de la Carrière, de la Haie-Renard et du Chênois. L’artillerie allemande pilonne sans interruption les lignes françaises.


 

11 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Une forte attaque allemande est repoussée par la 19e compagnie du 5e bataillon du 220e R.I.


 

12 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Dans le secteur de Thiaumont-Ravin des Vignes, le 315e R.I. lance une attaque. Toute la journée, il progresse lentement en faisant reculer l’ennemi à la grenade. Ce n’est que vers 19 h 45 que les Allemands se replient en cessant le combat.


 

13 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Dès 5 h du matin, le 5e bataillon du 220e R.I. toujours aidé par quelques éléments du 283e, reçoit l’ordre d’attaquer les tranchées de Montbrison et Lecourt, tant disputées ses derniers jours. Sans préparation d’artillerie, profitant ainsi de l’effet de surprise, les hommes du 220e s’élancent et parviennent à s’emparer de la tranchée Montbrison et à poursuivre vers la tranchée Lecourt.

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Cette dernière position n’est cependant pas atteinte, mais un groupe de grenadier composé de 6 hommes parvient à s’établir dans le boyau qui relit les 2 tranchées entre elles.
Vers 18 h, une première contre-attaque allemande est repoussée puis une seconde à 22 h 30 sur la tranchée Montbrison.

La progression du 315e commencé la veille reprend par petits groupes. Une 20e de mètres sont conquis.

Durant cette journée, la ville de Verdun a reçu la croix de la Légion d’honneur et diverses décorations décernées par les pays alliés.
La cérémonie s’est déroulée dans la citadelle en présence du président de la République, M. Poincaré, du ministre de la guerre, de plusieurs représentants des nations alliées : Grande-Bretagne, Russie, Italie, Serbie, et des grands généraux français : Pétain, Joffre, Nivelle et Mangin.


 

14 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Les éléments du 220e et du 283e, entre la tranchée Montbrison et Lecourt ne faiblissent pas et tiennent bon devant plusieurs contre-attaques allemandes.

De son côté, le 315e R.I. progresse à nouveau de 40 m toujours en forçant la passage à la grenade.


 

15 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
La lutte du 220e et du 315e se poursuit.

Durant toute la journée, la caserne Marceau est soumise à un tir de très gros calibres.

Durant la nuit, la 133e D.I. (32e, 102e, 107e et 116e B.C.P., 321e R.I. et 401e R.T.) vient renforcer la 67e dans le secteur de Souville.


16 septembre au 15 octobre – Préparatifs de la grande offensive française rive droite
Les généraux affectés au secteur de Verdun pensent à présent qu’il est temps de passer à l’offensive. Cependant, ils n’ont pas oublié les erreurs qu’ils avaient commis en mai, lors de la tentative de reprise du fort de Douaumont.
Durant cette action, la préparation d’artillerie française n’avait pas du tout été suffisante, laissant intactes des organisations ennemies qu’il aurait été indispensable de détruire ; Au moment de l’attaque, l’artillerie allemande continuait inexorablement à être 2 fois plus puissante que la notre ; Les effectifs mobilisés pour mener l’attaque étaient trop insuffisants ; La préparation du terrain, parallèles de départ, boyaux de communication vers l’arrière, liaisons téléphoniques… avait été négligés.

Afin de corriger ces erreurs, le générale Pétain, organisateur incomparable, emploie toute son énergie pour obtenir des batteries et des munitions. Il obtient 2 obusiers de 400 mm qu’il compte utiliser, l’un sur le fort de Douaumont, l’autre sur le fort de Vaux.

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Mortier de 400 mm monté sur rails

Témoignage du général Pétain :  » A Verdun, notre heure sonnait. Au début d’octobre, nous avions convenu, le général Nivelle et moi, de procéder à la reprise des forts, pour rétablir la place dans son intégrité.
Le général Mangin, nommé au commandement des secteurs de la rive droite, dirigeait l’opération et sous l’impulsion d’un tel chef, dont la vigueur était proverbiale dans l’armée, nous escomptions un succès complet.
Le Grand Quartier Général avait envoyé les deux mortiers de 400 millimètres demandés qui, joints aux quelques pièces de 370 millimètres que nous possédions déjà, permettaient d’exécuter sur les ouvrages une puissante action de démolition… « 

Avec le concours du général Mangin, qui a aménager les gares de Baleycourt et de Landremont où s’effectue le déchargement des trains, il parvient à stocker au rythme de 4 à 5 trains par jour, plus de 500 000 tonnes de matériels et de projectiles aux alentours proches de Verdun.

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Il stimule et renforce l’aviation qui, petit à petit, commence à prendre le dessus sur l’aviation allemande.

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Aidées par plusieurs unités d’aérostiers, les aviateurs quadrillent méthodiquement, durant plusieurs semaines, chaque mètre carré du camp allemand, sur un front de 7 km de large et 3 km de profondeur. Chaque batterie, abris, tranchée, réseau de fil de fer, nid de mitrailleuses, point d’observation, voie d’accès, est minutieusement cartographié. Les informations sont centralisées et étudiées afin que le jour de l’attaque l’artillerie soit parfaitement réparti suivant les secteurs et les endroits stratégiques, et que les coordonnées des objectifs soient parfaitement connues. C’est une entreprise titanesque menée avec brio, qui démontre pour une fois le savoir faire français.

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Ballon « saucisse » en cours de repérage

 

De son côté, le général Mangin a la mission d’aménager le terrain.
Il fait approfondir les lignes et les fait transformer en parallèles de départ ; restaurer d’anciens blockhaus et creuser de nouveaux abris pour les postes de commandement ; établir des liaisons téléphoniques par câbles enterrés entre ces abris et les premières lignes.
Afin de faciliter l’acheminement des troupes d’assaut, il fait reconstruire la piste reliant le ravin du Pied-du-Gravier à la région de Thiaumont ; fait remettre en état la route du Faubourg Pavé à la chapelle Sainte-Fine, ainsi que les chemins du fort de Souville et du bois des Essarts.

Partout, la pioche s’enfonce dans les cadavres, les travailleurs se mettent des gousses d’ail dans les narines pour échapper à l’odeur épouvantable. De plus la pluie tombe en permanence, ce qui rend les travaux très pénibles.
Témoignage du sous-lieutenant Albert TEXIER :  » Quelquefois, un travailleurs, bouleversé, écoeuré, se relève à demi ; sa pelle ou sa pioche lui tombre des mains ; le sol est formé de cadavres.
- Mon lieutenant, on creuse dans la viande !….
- Ne t’occupe pas, creuse ! « 

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Témoignage de Fernand DUCON, sergent à la 19/2 compagnie du Génie :  » Les sapeurs du génie peuvent être comptés parmi les combattants les plus méritants et parmi les plus méconnus. On a trop tendance à ne voir dans ce corps d’élite, ou que les spécialistes souvent héroïques de l’effroyable guerre de mines, ou que les sapeurs plus favorisés de compagnies de chemin de fer, de télégraphistes ou de pontonniers.
En réalité, les compagnies divisionnaires groupèrent la majorité des hommes du génie, à la fois sapeurs et fantassins. Dans les divisions d’attaque notamment, ils vécurent en contact intime avec leurs camarades de l’infanterie, dirigeant leurs travaux de préparation, les accompagnant à l’assaut, le fusil ou le mousqueton à la main, la pioche passée dans le ceinturon lorsque l’heure H avait sonné, s’efforçant ensuite d’organiser le mieux possible l’effroyable chaos du terrain conquis. « 

 

Pour finir, le général Nivelle a la charge des troupes qui vont participer à l’offensive, soit 8 divisions.
3 d’entres elles vont attaquer en première ligne, sur un front de 7 km.

A gauche, la 38e D.I. (général Guyot de Salins) (8e Tirailleur, 4e Zouave, 4e Mixte Z.T. et R.I.C.M.), renforcée par le 11e R.I., partira depuis la carrière d’Haudromont et aura pour objectif d’atteindre la contre-pente nord du ravin de la Couleuvre, de s’organiser dans le village de Douaumont et de reconquérir le fort de Douaumont. Ce dernier objectif, le plus glorieux, est confié au R.I.C.M. (Régiment d’Infanterie Colonial du Maroc), commandé par le lieutenant-colonel Regnier ;

Au centre, la 133e D.I. (général Passaga) (32e, 102e, 116e et 107e B.C.P., 401e R.T., 321e R.I.) aura pour mission de s’emparer à la hauteur de Fleury, du ravin de Brazil, des pentes de la Caillettes et du ravin de la Fausse-Cote ;

A droite enfin, la 74e D.I. (général de Lardemelle) (50e et 71e B.C.P., 222e, 229e, 230e, 299e et 333e R.I.), renforcée par le 30e R.I., partira de la Haie-Renard au fond de Beauprè et aura pour objectifs de reprendre le Chênois, la Vaux-Régnier, le bois Fumin, le Fond de la Horgne puis le fort de Vaux.

De part et d’autre, les régiments d’aile des divisions voisines auront la tâche d’appuyer l’attaque et d’éviter un contournement des troupes.

3 autres divisions vont intervenir en deuxième ligne, la 7e D.I. (102e, 103e, 104e et 315e R.I.), la 9e D.I. (66e B.C.P, 4e, 82e, 113e et 313e R.I.) et la 36e D.I. (18e, 34e, 49e R.I. et 218e R.I.).

Les 2 dernières resterons en soutient, la 22e D.I.(19e, 62e, 118e et 116e R.I.) et la 37e D.I. (2e et 3e zouaves, 2e et 3e tirailleurs).

Depuis 1 mois, toutes les compagnies formant ces bataillons qui vont attaquer, sont venues cantonner entre Bar-le-Duc et Saint-Dizier.

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Chaque jour, les troupes s’entrainent sur des terrains aménagés pour ressembler aux différents champs de bataille de Verdun. Les soldats qui vont assaillir le fort de Douaumont par exemple, étudient par coeur à l’aide de plans, la topologie du fort. De tel sorte que le jour J, ils puissent s’y déplacer sans aucune hésitation.

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Cantonnement à l’arrière du front

 

Sur tous les fronts de Verdun, mise à part quelques engagements locaux dans le secteur de Thiaumont, la bataille qui dure depuis 7 mois s’atténue. Cette accalmie relative permet aux Français de réaliser plus facilement leurs grands préparatifs. Cependant, les pluies abondantes sapent le moral des combattants et la lassitude est très grande de part est d’autre.
Témoignage du colonel DESPIERRES, du 239e R.I. :  » Je vais faire la tournée du secteur en suivant la première ligne. Je ressens une impression inimaginable ; des deux côtés, boche et français, les tranchées sont envahies par l’eau. Il y a une profondeur de près d’un mètre. C’est dire que ces tranchées ne peuvent plus être occupées par les éléments de première ligne. Tout le monde est sur le parapet. Les Boches à dix mètres nous regardent avec indifférence. C’est une véritable trêve qui paraît être conclue entre les deux partis. On ne cherche qu’une seule chose, c’est vivre comme on peut et surtout échapper à cette humidité croissante qui, par les froids qui commencent, devient impossible à supporter. « 

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Témoignage du Capitaine André GUILLAUMIN du 102e R.I. :  » Mon P.C. se composait d’un vague trou dans la boue où nous nous tenions, mon ordonnance et moi, mi-assis, mi-recroquevillés. Le sol était si mou que les obus faisaient fougasse projetant un geyser de boue…
L’un d’eux me frôla, s’enfonça presque à mes pieds, et dans l’éclatement, au milieu d’une auréole de boue, se dressa un officier allemand à demi décomposé, la figure verte dans un uniforme vert. Je vois toujours ce cadavre, face à face avec moi pendant une seconde, puis la masse de boue retomba et il disparut.

Cette situation de stagnation pesante dure jusqu’au 15 octobre. A cette date, le général Nivelle rend compte au général Pétain que tous les préparatifs sont prêts. Il ne reste plus, à présent, qu’à définir le jour et l’heure de l’offensive…

Le 9 octobre, le général Nivelle a reçu le maréchal Joffre à la mairie de Souilly. Ce dernier est venu s’enquérir de l’avancement des préparatifs.

Le 12, c’est au tour de Georges Clemenceau, alors président de la commission de l’Armée au Sénat, de faire le voyage depuis Paris.p55
Lorsqu’il descend de sa voiture devant les marches de la mairie, tous les soldats présents l’applaudissent et l’acclament.
Témoignage du commandant P… :  » Le Président, M. Clemenceau, ne jouissait dans l’armée d’aucune popularité, mais on savait quel profond amour il portait à son pays, on connaissait sa loyauté, son intéressement, sa générosité, sa haute conscience, et peut-être était-il, de tous « les maîtres de l’heure », l’homme le plus estimé et le plus respecté des poilus. « 

Après un court exposé par Nivelle, conférencier hors pair, sur les grands points de l’offensive, Clemenceau demande à être conduit sur la ligne de front. Tous les officiers présents lui déconseillent ce déplacement mettant en avant la dangerosité des lieux, mais le Président l’exige et le cortège de voitures part pour Verdun.
Témoignage de Joseph MORELLET, agent de liaison au 407e R.I. :  » Le deuxième échelon du 407 était à la tourelle de Souville quand Clemenceau est arrivé, accompagné par quelques officiers. A un moment donné, près de la tourelle, un des officiers lui dit : « Monsieur le Président, là, il faut être très prudent et faire vite ; c’est très dangereux ». Il répondit : « Quelle est la plus belle mort pour moi que de la faire ici ? ».
Il est peu de divisions qui n’aient à raconter sur Clemenceau une anecdote semblable. En ce qui concerne celle-ci, nous avons vu Clemenceau en première ligne à trois reprises, au Bois-Brûlé en 1915, à Verdun en octobre 1916 et à la Main de Massives en 1918, et dans les secteurs qui n’étaient pas choisis d’ordinaire par les Parlementaires et les journalistes pour leurs visites au front.
C’était un homme ! « 

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20 et 21 octobre – Début de la préparation d’artillerie française sur la rive droite
A l’aube, la préparation d’artillerie française commence, elle va s’intensifier jusqu’au 24 octobre.

Elle est constituée de 654 pièces : 20 pièces de calibre 270 à 400 ; 300 pièces du 120 au 220 ; 334 pièces du 65 au 105.
Le front allemand est constitué alors de 7 divisions, soit 22 bataillons mais très échelonnées en profondeur. Les hommes de premières lignes sont totalement abrutis par la puissance du tir français. Chaque position et élément stratégique, préalablement repéré,
n’est épargné. C’est un déluge de fer et d’acier.
Les plus gros calibres sont réservés pour les forts de Douaumont et de Vaux qui sont les 2 points stratégiques à reconquérir.

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L’artillerie allemande ne reste pas pour autant inactive, et toutes les batteries françaises connues sont contrebattues avec violence.


 

22 octobrePréparation d’artillerie française sur la rive droite
Une attaque française est simulée par l’allongement subit du tir d’artillerie et par des mouvements dans les tranchées françaises. Cette ruse permet le repérage de 158 batteries ennemies nouvellement mises en place et qui étaient restées muettes jusqu’à présent.

Toutes ses batteries ainsi repérées sont systématiquement pilonnées et seulement 90 seront signalées en action le jour de l’attaque. Ces tirs ont été ajustés avec l’aide de l’aviation française qui domine largement le ciel de Verdun.


23 octobrePréparation d’artillerie française sur la rive droite
Vers 8 h, la préparation d’artillerie française s’intensifie.

A 12 h 30, la superstructure du fort de Douaumont est transpercée par un obus de 400 mm.
Pour tous les hommes présents dans le fort, le bruit incessant et assourdissant du bombardement extérieur a été soudain dominé par un déflagration gigantesque et un tremblement plus important du sol. Tous les cœurs ont fait un bon dans leur poitrine : « On a été touché ?!« .
L’obus a exploser au milieu de l’infirmerie, tuant sur le coup la 50e de blessés et personnel sanitaire qui occupaient le lieu. Rapidement, un important incendie se déclare avec beaucoup de fumée, qui interdit tout accès.
10 minutes plus tard, un second obus de 400 perce la voute de la casemate 8, ensevelissant tous les occupants.
Chaque quart d’heure en moyenne, un nouvel obus s’abat sur le fort dans une explosion énorme qui secoue tout l’édifice. Les dégâts causés sur la voute sont importants et le bombardement extérieur semble beaucoup plus prêt et dangereux avec les trous béants ainsi formés. La panique commence à gagner les hommes.
Le 5e obus, perce la voute du couloir principal, au niveau de la casemate 10, en ensevelissant une escouade.

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Casemate effondrée par un obus de 400 mm
(photo prise le 25 octobre, lorsque le fort a été repris par les Français)

Dés lors, ce couloir devient impraticable. Le commandant du fort, le chef de bataillon Rosendahl, du 90e R.I. donne l’ordre à toute la garnison de gagner l’étage inférieur du fort.
Lorsque le 6e obus explose, il est suivit d’une série de « coups de pétards » et de grosses explosions. Passant par le trou de la voute du couloir principal, l’obus est venu explosé tout en bas, dans le dépôt de grenades et de munissions, tuant une 50e de sapeurs du génie.
Un incendie très important propage des fumées opaques qui avancent rapidement dans les couloirs. Chaque hommes se précipite et met son masque à gaz, ceux qui n’y parviennent pas assez tôt meurent dans des convulsions atroces. Certains soldats deviennent fous et veulent sortir de cette souricière, mais les 2 issues sont violemment bombardées par des obus toxiques.
A 14 h, la lumière s’éteint plongeant la fort dans les ténèbres. A cette instant, continuer à tenir l’enceinte devint difficile.
A 17 h, l’évacuation du fort par tous les hommes « non indispensables » est ordonné. Seul un petit groupe du génie, d’une 100e d’hommes commandée par le capitaine Soltan du 84e R.I. reste avec la mission d’éteindre l’incendie du dépôt à munissions.
Chaque homme devant évacuer, la peur au ventre mais avec une discipline impressionnante, s’élance à l’extérieur à travers les obus. Les 400 ont ralenti mais tous les autres calibres jusqu’au 220 se déchainent encore sur le fort. A 18 h, l’ordre d’évacuation est exécuté.
Débute alors pour les hommes de Soltan une lutte à mort contre la fournaise. Il n’y a plus d’eau pour éteindre les flammes et beaucoup d’hommes, à bout de force, sont déjà intoxiqués par les fumés et vomissent sans cesse. Le capitaine Soltan envoie des coureurs pour demander un retrait en urgence, mais aucun ne revient.
A 23 h, dans un dernier élan, Soltan ordonne de mettre une mitrailleuse en position à la sortir nord-ouest. Mais plusieurs équipes de mitrailleurs succombent successivement à cette place en raison du bombardement par obus toxique qu’infligent des Français.
Entre 4 et 5 h, les hommes de Soltan évacuent enfin le fort, titubants, vomissant, portant les malades sur des ciliaires, pas un ne fût abandonné.

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Durant la journée, les généraux Pétain, Nivelle et Mangin se réunissent. Aux vues des résultats positifs qu’a donné la simulation d’attaque de la veille, des prévisions météo des jours à venir et des derniers rapports concernant les préparatifs des régiments d’infanterie qui attendent derrière le front, la décision est enfin prise. Le jour J sera le lendemain, le 24 octobre, l’heure H, 11 h 40.

Dans la nuit, les hommes des régiments des 38e, 74e et 133e D.I stationnés entre Bar-le-Duc et Saint-Dizier, font leur paquetage et gagnent Verdun pour prendre position dans les parallèles de départ.
Chacun a reçu un équipement spécial. En plus du chargement habituel (outils individuels, toile de tente, couverture, habits de rechange, ustensiles de cuisine et d’entretient, etc.) (voir la partie « Uniforme » « L’équipement ») et des 3 cartouchières bourrées à craquer, chaque homme doit emporter en plus 2 musettes contenant plusieurs rations fortes et rations de réserves (voir la partie « Uniforme » « L’équipement »), une musette à grenades, un second masque à gaz, un second bidon contenant du vin ou de l’eau et 2 sacs à terre. Un fardeau démesuré d’au mois 40 kg, pour des hommes qui doivent rester frais au moment de l’assaut.

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24 octobre – Grande offensive française rive droite. Reconquête du fort de Douaumont

(Voir « Le fort de Douaumont » dans la partie « Fortifications »)

Ordre du jour du général Passaga, commandant la 133e D.I. :  » Officiers, sous-officiers, soldats, il y a près de huit mois que l’ennemi exécré, le Boche, voulut étonner le monde par un coup de tonnerre en s’emparant de Verdun. L’héroïsme des  » poilus  » de France lui a barré la route et a anéanti ses meilleures troupes.
Grâce aux défenseurs de Verdun, la Russie a pu infliger à l’ennemi une sanglante défaite et lui capturer près de quarante mille prisonniers.
Grâce aux défenseurs de Verdun, l’Angleterre et le France le battent chaque jour sur la somme, où elles lui ont déjà fait près de soixante mille prisonniers.
Grâce aux défenseurs de Verdun, l’armée de Salonique celle des Balkans battent les Bulgares et les Turcs.
Le Boche tremble maintenant devant nos canons et nos baïonnettes, il sent que l’heure du châtiment est proche pour lui.
A nos divisions revient l’honneur insigne de lui porter un coup retentissant qui montrera au monde la déchéance de l’armée allemande. Nous allons lui arracher un lambeau de cette terre où tant de nos héros dorment dans leur linceul de gloire.
A notre gauche combattra une division, déjà illustre, composée de zouaves, de marsouins, de Marocains et d’Algériens ; on s’y dispute l’honneur de reprendre le fort de Douaumont. Que ces fiers camarades sachent bien qu’ils peuvent compter sur nous pour les soutenir, leur ouvrir la porte et partager leur gloire !
Officiers, sous-officiers, soldats, vous saurez accrocher la croix de guerre à vos drapeaux et à vos fanions ; du premier coup vous hausserez votre renommée au rang de celle de nos régiments et de nos bataillons les plus fameux. La Patrie vous bénira. « 

A 7 h, une petite section allemande formée d’une 20e d’hommes, sous les ordres du capitaine Prollius, retourne à l’intérieur du fort de Douaumont pour y faire une inspection. Bien que le dépôt du génie flambe toujours et que l’infirmerie soit toujours inaccessible par l’odeur qui y règne, l’air est plus ou moins respirable dans les autres parties du fort. Bien que 6 casemates soient totalement détruites et que le couloir supérieur soit percé en 3 endroits, il existe toujours une liaison entre la partie ouest et la partie est par le couloir inférieur. Les issues des coffres simples ouest et est sont encore partiellement utilisables.
Le capitaine Prollius tire la conclusion que le fort peu encore être défendu si des forces suffisantes équipés de mitrailleuses regagnent la forteresse.
Il envoie aussitôt un message par coureur stipulant l’envoie de renfort.

 

Dans la matinée, un certain nombre de soldat allemands sortent de leur tranchée et viennent se porter prisonnier dans les lignes françaises. Ils sont à bout de force en raison du bombardement qu’ils subissent depuis 4 jours.
Témoignage du général DOREAU, de la 213e Brigade :  » Ceci ce passait le 24 octobre 1916. Mon P.C. était installé au bas du glacis de Souville, à 300 ou 400 mètres, pas plus, de la ligne de trous d’obus qui servait au 401e R.I. de tranchée de première ligne.
Il ne comportait, étant donné la nature du terrain, que quelques mauvaises sapes, à sol horizontal, creusées les unes à côté des autres, larges chacune de moins de deux mètres. Outre mes deux officiers d’état-major, j’avais avec moi, ce jour-là, un officier d’artillerie et un officier (de liaison) de chacun de mes trois corps: 401e R.I., 32e et 107e B.C.P
.
Donc, pressés les uns contre les autres, casqués, vêtus de capotes de troupe maculées de boue, et éclairés par deux bougies fichées dans des pommes de terre coupées, sept êtres humains, pas du tout décoratifs, dans un cadre qui ne l’était pas non plus.

Le premier prisonnier qu’on m’amena fut un oberleutnant. Priè de me remettre ses papiers, il s’exécute. Interrogé sur sa qualité, il déclare être officier de réserve, instituteur dans la vie civile. Puis, un peu rassurè et se ressaisissant au bout de quelques minutes, il essaie de regimber, et ce dialogue s’angage :
- Mais enfin, qui êtes-vous pour me questionner ?

- Je suis un commandant de brigade, et ces messieurs sont les officiers de mon état-major.

- Un commandant de brigade ?… Ici ?…

- Oui, ici ; et dés demain matin, il ira plus loin vers le nord.

Un ahurissement inexprimable se paignit sur sa physionomie. Evidemment, dans l’armée allemande, les officiers généraux ou ceux qui en tenaient le rôle, n’avaient pas coutume de se loger dans des sapes inconfortables, situées à 300 mètres des tranchées de première ligne … »

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11 h 30, 10 minutes avant l’heure H.
Depuis l’aube, un brouillard assez dense s’est rependu sur tout le front. Bien que chacun espérait qu’il se dissipe avant l’assaut, il est toujours aussi épais et empêche de voir à plus de 10 mètres. Si d’un côté il empêche les mitrailleurs allemands à bien ajuster leurs tirs, de l’autre, il sera dangereux aux soldats français de s’y engager et surtout de s’y perdre.
Témoignage de Edouard BOURGINE du 3e bis Zouaves :  » Ce matin, un épais brouillard estompait uniformément chaque chose, impossible de voir à deux pas devant soi.
Brusquement, des patrouilleurs boches trouèrent le brouillard devant nous. Ils allaient paisiblement, les mains dans les poches, l’arme à la bretelle. Stupéfaits, nous eûmes un instant d’indécision. C’est alors que le gradé boche proféra d’un ton lamentable  » triste guerre messieurs, triste guerre…  » puis le brouillard l’enveloppa. « 


11 h 40, l’heure H.
Une clameur se soulève soudain dans le camps français, d’un même élan,
des milliers d’hommes sortent des tranchées est s’élancent vers l’avant sur un terrain lourd et glissant.

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Chaque unité se dirige à la boussole en direction du nord-est à la vitesse de 100 mètres toutes les 4 minutes. Elles sont précédées d’un formidables barrage roulant qui interdit aux Allemands de sortir de leurs abris.

 

Voici en détail, les unes après les autres, toutes les actions menées :

La gauche du plan d’attaque est tenue par la 38e D.I. (8e Tirailleur, 4e Zouave, 4e Mixte Z.T., R.I.C.M.) et renforcée par le 11e R.I. Mission : atteindre la contre-pente nord du ravin de la Couleuvre et la carrière d’Haudraumont, s’organiser dans le village de Douaumont et reconquérir le fort de Douaumont :

Le 11e R.I. (lieutenant-colonel de Partouneaux), à l’extrême gauche du dispositif, se porte à 11 h 38 (en raison d’une montre mal rêglée), à l’assaut de la tranchée Balfourier et de la carrière d’Haudraumont.
S’il trouve la tranchée Balfouquier inoccupée, la carrière est quant à elle fortement défendue. Après un dur combat à la grenade, il parvient à capturer tous les occupants de la carrière. Il repousse ensuite d’incessantes contre-attaques jusqu’à la fin de la journée.

Le 8e Tirailleur (lieutenant-colonel Dufoulon) et le 4e Zouaves (lieutenant-colonel Richaud) s’élancent à l’heure H en poussant des hurlements.

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Ils atteignent rapidement les tranchées allemandes qu’ils ont en face d’eux. L’ennemi qui attendait pourtant l’assaut français est totalement surpris par la rapidité du mouvement et se rend sans combattre.
Témoignage de X :  » Un officier supérieur sorti en hâte de son abri à l’appel de l’Adjudant Caillard, apparaît en culotte, sans ses molletières qu’il tient à la main et qu’il offre à l’Adjudant Caillard en criant  » Chef de Corps ! , Chef de Corps ! « . Un vaguemestre était en train de procéder au triage des lettres, il sort de son trou les yeux hagards, les deux bras levés, brandissant d’une main sa boite aux lettres, de l’autre une liasse d’enveloppes et s’écrie d’une voix suppliante :  » Pardon, pardon, Monsieur ! « . Il est à remarquer que la plupart criaient :  » Pardon « , plus encore que  » Kamarade « . Nous les encouragions de notre mieux, leur disant dans leur langue qu’on ne leur ferait pas de mal s’ils se rendaient. « 
Les prisonniers sont conduits en direction du ravin des Trois-Cornes où se trouve le P.C. du régiment.
A 12 h, le bois de Nawé et la contre-pente nord du ravin de la Dame sont reconquis.
A 14 h, la contre-pente nord du ravin de la Couleuvre est atteinte. Les hommes s’y déploient et poursuivent en direction du village de Douaumont.
Les ruines du village sont reprises à
14 h 45 par le 4e Zouave qui s’y fortifie. Deux patrouilles poursuivent ensuite en direction du fort de Douaumont pour tenter de le contourner.
A 15 h, une patrouille de la 17e compagnie du 8e Tirailleur part faire une reconnaissance en avant des lignes. Elle descend dans le ravin de la Goulotte, puis dans le ravin de Helley ou elle attaque plusieurs abris ennemis et fait plusieurs prisonniers.

Le 4e Mixte Z.T. (lieutenant-colonel Vernois) subit peu de temps avant l’heure H, un tir bien ajusté de l’artilleries allemandes. Les blessées et les morts sont nombreux, 200 hommes environs.
A 11 h 39, il s’élance tout de même et parvient à atteindre la ferme de Thiaumont et à la reprendre.
A 12 h 25, ayant poursuivit sa progression, il se trouve face au bois Morchée.
A 14 h 45, il aborde le village de Douaumont et le réoccupe avec le 4e Zouave. Il s’établie finalement à 60 m en avant du village.

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Le R.I.C.M. (Régiment d’Infanterie Colonial de Maroc) (lieutenant-colonel Regnier) part du ravin des Vignes:
- le 4e bataillon (commandant Modat) doit s’emparer de la 1ère ligne ennemie et s’y organiser défensivement.
- le 1er bataillon (commandant Croll) doit dépasser le 4e, encercler le fort de Douaumont et s’organiser en avant.
- le 8e bataillon
(commandant Nicolay) doit pour finir prendre et nettoyer le fort.

A 11 h 40, le 4e bataillon s’élance vigoureusement mais se heurte rapidement à un tir de mitrailleuse imprévu. Cette mitrailleuse allemande s’est infiltrée à la faveur du brouillard dans les premières lignes françaises. Ces dernières avaient été évacuées pour ne pas risquer que leurs occupants subissent le tir de l’artillerie française. Tous les hommes sautent aussitôt dans les trous pour se mettre à l’abri. Dans cet élan, le commandant Modat est blessé.
Un certain « flottement » se produit alors dans la troupe, composée de Sénégalais. Il devient urgent que cette mitrailleuse soit maitrisée si l’on ne veut pas réduire à néant l’entrain qui avait été manifesté au départ.
Le capitaine Alexandre, qui a pris le commandement, prend aussitôt l’initiative et s’élance en hurlant en direction de la mitrailleuse. Electrisés, ses hommes le suivent et en quelques minutes, les servants de la mitrailleuse sont tués à coup de grenade.

La troupe peut enfin poursuivre sa progression. Elle occupe bientôt les tranchées allemandes de premières lignes et s’y fortifie.

Comme cela est convenu, le 1er bataillon dépasse alors le 4e bataillon à travers le brouillard. Il s’avance vers le fort afin de le contourner par la gauche et la droite et s’établir au-delà. Cependant, à quelques 300 m des fossés, le brouillard se déchire brusquement et le bataillon s’aperçoit qu’il est seul dans la plaine. Il doit théoriquement, avant de continuer plus avant, attendre le 8e bataillon qui à la mission d’investir le fort et qui est le seul outillé pour !

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Quelques temps plus tard, ne voyant toujours pas le 8e bataillon et trépiniant d’impatience, le capitaine Dorey, sous les ordres du commandant Croll, décide, puisque personne ne vient l’aider, de poursuivre son élan et de prendre le fort seul.
Témoignage du sergent Gaston GRAS du R.I.C.M :  » Il commande l’attaque immédiate, sans perdre une secondes !
Les ordres s’envolent, frémissants, martiaux !
- Compagnie Brunet ! Courez à la face sud-ouest, et attaquez !
- Compagnie Mazeau ! Attaquer la gorge du fort ! et dare-dare !
- Compagnie Fredaigne ! Rester en arrière pour recueillir la bataillon, s’il tombe sur un bec !…
- Goubeaux ! suivez-moi avec les mitrailleuses de réserve ! Nous allons, entre Brunet et Mazeau, prendre notre part de l’attaque !
Alors, transfigurées, au pas de course, les compagnies obéissent.
En tête de la compagnie Brunet, une patrouille de combat, commandée par un humble mais héroïque caporal, Béranger, saute hardiment dans le fossé du fort, se précipite sur le coffre de contrescarpe : déjà des mitrailleurs ennemis s’assoient précipitamment à leurs pièces, engagent des bandes souples, vont tirer ; à coup de crosses, la patrouille Béranger les assomme à leurs postes…
Désormais, le fossé ne sera plus balayé par la Maxims, mise à la raison…
De son côté, la compagnie Mazeau se rue dans la gorge, s’en empare.
La compagnie Fredaigne les suit, commandée par un simple adjudant, tous les officiers ayant été tués au cours de l’attaque…
Alors un torrent d’hommes se jette dans les fossés, grimpe sur le fort, envahit les superstructures : c’est un calvaire, mais un calvaire triomphal. « 

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Qu’est devenu de le 8e bataillon ? Il s’est élancé dans la brume à la suite des 2 autres bataillons. Boussole à la main, le commandant Nicolay progresse droit devant mais s’étonne de ne pas rencontrer les obstacles qu’il a sur son plan. Au bout d’un moment, alors qu’il aurait déjà dû rencontrer le fort, il stoppe son bataillon dans l’incertitude la plus complète.

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Soudain, un soldat allemand qui hère entre les lignes s’approche. Il est mené au commandant et questionné hâtivement. Puis il donne la bonne direction pour atteindre le fort… Il s’avère que Nicolay avait dirigé son bataillon trop à l’est car l’aiguille de la boussole était déviée par l’acier de son revolver. Le bataillon reprend sa marche rapidement. Il arrive enfin devant les fossés du fort et retrouve le 1er bataillon qui vient juste d’occuper les superstructures.

La relève se déroule, le 8e bataillon fortifie les superstructures et commence à pénètre à l’intérieur du fort pour le nettoyer petit à petit de ses occupants.
Le 1er bataillon, quant à lui, reprend sa marche vers le nord et va s’établir devant le fort, sur les emplacements qui constituent son objectif final.
Témoignage de Fernand DUCOM de la compagnie divisionnaire 19/2 du Génie, mise à disposition du 8e bataillon du R.I.C.M. :  » Nous passons près de l’abri Adalbert, ruiné, au sud-ouest du fort ; puis dans un ultime élan, nous atteignons le fossé de Douaumont. Contemplant notre proie, hésitant sur le bit à atteindre, nous marquons un temps d’arrêt. Mais le sous-lieutenant Huguet, qui a aperçu la tourelle de 155, notre objectif, de s’écrier :  » Allons ! en avant, génie ou coloniaux !  » Nous partons trois en tête, la baïonnette haute, le doigt sur la détente ; il me semble que je suis invulnérable. Nous défilons devant de nombreux créneaux aménagés sur la face du fort ; pas un coup de feu n’en sort. Quelques grenades sont lancées dans les cheminées d’aération. Dans un suprême effort, nous grimpons sur la tourelle de 155…
Mais les Allemands, repliés dans une carrière, à 300 mètres de là, nous ont aperçus. Des obus de petit calibre, ceux d’un canon-revolver, qui doit faire mouche à chaque coup, commencent à tomber…

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Les projectiles éclatent sans interruption, de tous côtés ; des blessés, des morts jonchent le sol. La mitrailleuse des coloniaux, en position à quelques mètres devant nous, a un grand nombre de ses servants hors de combat. Quelques-uns ont des blessures affreuses ; et il est singulièrement émouvant de voir avec quel empressement les indemnes prennent leur place.
Maurice Daney, le plus cher de mes amis de guerre, tombe dans les bras, le crâne ouvert, frappé à mort. Je ressens moi-même un choc violent au bras, un autre au cou, ma capote est criblée d’éclat et cependant je n’ai aucune blessure…
Venant du chaos du champ de bataille et pénétrant dans le fort par l’entrée principale… Errant dans les couloirs, je tombe enfin sur mon capitaine, tout heureux de me savoir vivant. Son premier lieutenant est blessé, quatre des sous-lieutenants seulement sont indemnes, les autres sont tués, blessés ou disparu.
Chargés de trouver un logement pour les survivants de la compagnie, je découvre plusieurs locaux près de la chambre du commandant allemand, le hauptmann Prollius. Ce dernier est là et l’honneur de sa capture revient à l’un de nos hommes, le maître-ouvrier Dumont, un petit gars débrouillard de la banlieue parisienne. Pénétrant le premier dans le fort, avec un seul colonial, il sut en imposer aux quatre officiers et aux vingt-quatre hommes, des pionniers, qui en constituaient, au moment de l’attaque, toute la garnison. Quelle ne fut pas la surptise du gros des attaquants lorsque, descendant un grand moment après dans l’ouvrage, ils trouvèrent nos deux gaillards en compagnie d’une bande d’Allemands, avec qui ils faisaient déjà bon ménage…
L’état-major allemand est présenté au commandant Nicolaï. Les quatre officiers, d’une correction extrême, paraissent ahuris de notre succès. S’adressant en bon français au chef du 8e bataillon :  » Monsieur, dit le commandant allemand, je suppose que vous serez heureux de vous installer dans ma propre chambre ; elle est à votre disposition « .  » Monsieur, lui répond Nicolaï, en le toisant de haut, le commandant français couchera cette nuit à la porte du fort, avec ses hommes… « . J’ai entendu cela… « 

 

 

Voyons maintenant les autres actions du plan d’attaque français.
Le centre est tenu par la 133e D.I. (32e, 102e, 116e et 107e B.C.P., 401e R.T., 321e R.I.). Mission : s’emparer à la hauteur de Fleury, du ravin de Brazil, des pentes de la Caillettes et du ravin de la Fausse-Cote.

A 11 h 40, le 116e B.C.P. (commandant Raoult) s’élance de Fleury et des abords de la station. En 58 minutes, il atteint le bas de la croupe nord du ravin de Bazil, entre le ravin de la Caillette et celui de la Fausse-Côte. Son objectif est atteint.

A 11 h 40, le 102e B.C.P. (commandant Florentin) suit le 116e B.C.P. jusqu’au ravin de Bazil. Il passe ensuite devant lui et atteint le ravin de la Fausse-Côte, après avoir dispersé à la baïonnette un bataillon ennemi.

A 11 h 40, le 107e B.C.P. (commandant Pintiaux) sort des tranchées au nord de la chapelle Sainte Fine, franchit sans grande résistance le bois de Vaux-Chapitre et le ravin du Bazil. Il arrive enfin dans la région nord de l’étang de Vaux. Son objectif est atteint.

A 11 h 40, le 401e R.I. (lieutenant-colonel Bouchez) s’avance dans le ravin des Fontaines.
Ses éléments de gauche atteignent assez vite le débouché du couloir de la Fausse-Cote et peuvent s’y organiser. Par contre, ceux de droite se heurtent à une forte résistance dans le ravin des Fontaines et au « Nez de Souville ».
Après un dur combat, le régiment parvient tout de même jusqu’à l’étang de Vaux. Son objectif est atteint.

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A 11 h 40, le 321e R.I. (lieutenant-colonel Picard) débouche de la tranchée de Pauly et Vidal, au nord-ouest de Fleury. Il part vers le nord-est pour atteindre à 12 h 35 la croupe du bois de la Caillette.
A 13 h 30, la 19e et 23e compagnie et la 5e compagnie de mitrailleuses, toutes trois commandées par le commandant Megemont, reprennent leur marche et arrivent en vue du fossé sud-est du fort de Douaumont. Leur mission est de s’emparer de la batterie à l’est du fort, ce qu’elles parviennent à faire rapidement car la batterie est sans défenseur.
Le commandant Megemont se trouve ensuite dans le même embarras que va l’être le capitaine Dorey, du 1er bataillon du R.I.C.M. dans 30 minutes : Il se trouve seul face au fort de Douaumont qui semble à porté de main… Il va alors réagir avec la même audace que le fera Dorey, laissant le gros de la troupe aux abords immédiats du fort, il traverse le fossé sud-est avec 3 hommes.
Il atteint rapidement l’observatoire et la petite tourelle est, puis, alors que quelques hommes sont venus grossir la troupe, capture un sous-officier allemand et 7 hommes.
Une demi heure plus tard, le commandant Megemont et ses hommes retrouvent sur la superstructure du fort les éléments du 1er bataillon du R.IC.M. puis du 8e bataillon.
Le 321e R.I. est donc, en cette journée historique, sous la forme d’une poignée d’homme, le premier à avoir escaladé les remparts du fort de Douaumont.
Témoignage du colonel PICARD, du 31e R.I. :  » Le régiment colonial du Maroc devait, le 24 octobre, prendre le fort : il l’a pris: ça, c’est de l’histoire. Mais il pourra impartialement ajouter que ce sont les vieux du 321e régiment d’infanterie qui, les premiers, ont grimpé sur le fort : ça aussi, c’est de l’histoire. « 

 

La droite est tenue par la 74e D.I. (50e et 71e B.C.P., 222e, 229e, 230e, 299e et 333e R.I.) renforcée par le 30e R.I. Ses positions vont de la Haie-Renard au font de Beaupré. Mission : s’emparer du Chênois, de la Vaux-Régnier, du bois Fumin, du Fond de la Horgne puis du fort de Vaux.

A 11 h 40, le 230e R.I. (lieutenant-colonel Viotte) s’élance des tranchées Claudel et Garrand et conquiert en 10 minutes les 1ere positions ennemies.
A peine reparti vers son 2e objectif, le régiment est pris sous le feu des mitrailleuses allemandes qui, devant le bois Fumin, sortent des trous d’obus et de l’ouvrage de la Sablière. Les pertes sont lourdes. Il doit stopper sa marche dans la tranchée Gotha-Siegen. Il est bloqué à cet endroit tout le reste de la journée.

A 11 h 40, le 333e R.I. (lieutenant-colonel Franchet d’Esperey) s’élance vers les tranchées de Moltke et Fulda et parvient à les enlever malgré la violence du feu allemand.
Il s’élance ensuite vers la Vaux-Régnier et aborde l’ouvrage des Grandes-Carrières et s’en empare à 12 h 15.
Cette avancée lui a coûté de nombreuses pertes et c’est avec des forces réduites qu’il tente d’atteindre les Petites-Carrières nord. Son but et de contourner le fort de Vaux par l’ouest.
Malgré l’aide du 50e B.C.P., il ne peut exécuter ce mouvement. Les compagnies se fortifient sur place.
S’abat alors sur ses positions un violent bombardement de l’artillerie française qui n’est pas au courant des nouvelles positions de son infanterie. Il est contraint de reculer et de laisser le terrain qu’il vient de conquérir.

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A 11 h 40, le 299e R.I. (lieutenant-colonel Vidal) au centre de la division, s’élance des parallèles de départ et tombent sur les tranchées Clausewitz et Seydlitz protégées par des barbelés intact et fortement occupés.
9 h durant, il se bat à la grenade sans pourvoir prendre le dessus sur l’ennemi.
A 18 h, il reçoit le renfort d’éléments des 50e et 71e B.C.P. et envisage un nouvel assaut.
Il s’élance à 20 h et parvient enfin à enfoncer les îlots de résistances ennemis. Il reprend la tranchée de la Horgne, dépasse ensuite le petit Dépôt et achèvent son encerclement vers minuit.
Les pertes sanglantes qu’il a subit ne lui permettent pas de continuer la lutte. Certaines compagnies ont perdu les ¾ de leurs effectifs.
Le général de Lardemelle, qui commande la 74e D.I., déçu de ne pas avoir ou reconquérir le fort de Vaux, est contraint à demander au bataillon de se fortifier sur place.

A 11 h 40, le 50e B.C.P. sort des tranchées au nord de la chapelle Sainte Fine, franchit sans grande résistance le bois de Vaux-Chapitre et le ravin du Bazil. Il arrive enfin dans la région nord de l’étang de Vaux.
Des éléments se joignent au 333e R.I. pour tenter d’atteindre les Petites-Carrières nord, afin de pouvoir contourner le fort de Vaux par l’ouest. Cependant, ce mouvement ne peut être exécuté. Les éléments se fortifient sur place.
A 18 h, d’autres éléments se joignent au 229e R.I. qui tente d’enlever les tranchées Clausewitz et Seydlitz.
A 20 h, ses éléments lancent avec le 229e un assaut qui permet d’enfoncer les îlots de résistances. Les 2 tranchées, puis leurs arrières sont reconquises vers minuit.

A l’heure H, le bataillon Baillods du 30e R.I. s’élance et enlèvent les tranchées Werber et Von Kluck au sud de Damloup. De nombreux soldats allemandes sont capturés.
Témoignage du sous-lieutenant MARTIN, du 30e R.I. :  » Soudain, des coups de feu dans le dos. Derrière nous, à gauche, à cant cinquante mètres, la batterie de Damloup émerge du sol ; la compagnie du régiment voisin (222e R.I.) qui devait l’occuper se sera égarée dans le brouillard. Quelques Boches, le déluge d’obus passé, ont commencé à sortir de leurs profonds abris. Effarés sans doute de voir les Français derrière eux, ils tiraillent déjà. Un frisson d’angoisse. Que faire ? Quelle décision prendre ? Mon capitaine n’est pas là est les secondes sont précieuses. A la grâce de Dieu ! Je crie de toutes mes forces : demi-tour ; à la batterie… au pas de course !…
Nous courrons comme des fous. Il s’agit d’arriver avant que tous les Allemands, sortis de leur abris bétonnés, ne soient installés. J’ai demandé à un camarade, officier mitrailleur, qui nous accompagne, de tirer quelques bandes par-dessus nos têtes, pour effrayer l’ennemi. Il s’arrête vite, craignant de nous atteindre. Mais déjà nous voilà en haut de l’ouvrage, criant comme des démons.  » Feu !  » les grenades voltigent. Il était temps. Déjà une mitrailleuse boche s’installait, dont les servants sont immédiatement descendus et je hurle :  » Hände hoch ! (haut les mains !) Désemparés par cette attaque qui leur arrive dans le dos, affolés. Quelques Boches ont levé les bras, un officier en tête ; les autres les imitent, et en voilà qui sortent de leur abris. Il en vient, il en vient encore ; trente, cinquante, quatre-vingts, tous levant frénétiquement les bras. Et nous ne sommes qu’une cinquantaines de Français, le fusil prêt, des grenades à la main ; ne laissant libre que le côté français, je leur indique la direction avec mon bras tendu, tandis que dans ma poitrine, mon cœur bondit de joie et de fierté… Les Boches courent vers l’arrière, où les territoriaux qui les attendent agitent leur casque à bout de bras pour nous acclamer. Dans les abris de la batterie, nous avons ramassé quatre Minnenwerfer et six mitrailleuses…
Nous sommes retournés à nos emplacements. Stupéfait et ravi, mon capitaine téléphone le succès au colonel tandis qu’arrivent nos voisins de gauche (222e R.I.), assez étonnés d’occuper la batterie sans coup férir… »

A 11 h 40, le bataillon Desbrochers des Loges du 222e R.I. saute hors des tranchées Mudra et Steinmetz au bois de la Lauffée. Il s’empare de l’abri dit « du combat » après un fort combat à la grenade. Il poursuit sa marche et occupe la batterie de Damloup prise par le 30e R.I. Il ne peut progresser plus avant.

 

Le bilan de la journée est très satisfaisant.
En ce qui concerne la 133e D.I., tous les objectifs sont atteints à 16 h 30 : le ravin du Bazil (116e B.C.P.), le ravin de la Fausse-Côte (102e B.C.P.),
la moitié ouest du bois de Vaux-Chapitre et la région nord de l’étang de Vaux (107e B.C.P.), le ravin des Fontaines et le « Nez de Souville » (401e R.I.), le bois de la Caillette et la batterie à l’est du fort de Douaumont (321e R.I.).

En ce qui conerne la 38e D.I., tous les objectifs sont atteints à 20 h : la carrière d’Haudraumont (11e R.I.), le bois de Nawé, le ravin de la Couleuvre et le village de Douaumont (8e Tirailleur et 4e Zouaves), la ferme de Thiaumont (4e Miste Z.T.), le fort de Douaumont et ses abords (R.I.C.M.).

En ce qui concerne la 74e D.I., malgré une lutte acharnée toute l’après-midi et une bonne partie de la nuit, les objectifs n’ont pas put tous être atteints. Ont été repris : la moitié est du bois de Vaux-Chapitre (50e B.C.P.), une partie du bois Fumin (230e R.I.), la Vaux-Régnier (333e R.I.), le Fond de la Horgne (299e R.I.). Les troupes n’ont pas pu aborder le plateau du ford de Vaux et le fort lui même.

Malgré ces quelques échecs, le 24 octobre est une journée glorieuse pour les combattants de Verdun. Le fort de Douaumont est définitivement repris et le fort de Vaux est de nouveau très proche des 1ere lignes françaises.
Les gains ont été de 6000 prisonniers, 164 mitrailleuses et 15 canons.

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Témoignage de Fernand DUCOM de la compagnie divisionnaire 19/2 du Génie, mise à disposition du 8e bataillon du R.I.C.M. :  » On a écrit que le fort, en cette soirée du 24, était dans un état de saleté repoussante, qu’une odeur nauséabonde y régnait. J’avoue n’avoir pas du tout vu Douaumond sous cet aspect peu engageant. En réalité, les Allemands avaient admirablement organisé leur conquête. Des lampes électriques à réflecteurs répandent partout une brillante lumière ; des lits confortables ont été placés dans tous les locaux ; toutes sortes d’appareils (téléphones, T.S.F., appareils à oxigène contre les gaz, tous de marque allemande), ont été installés ; les couloirs sont propres, l’atmosphère nullement empuantie, contrairement à ce qu’on écrit. Le fort possède une centrale électriqu, un « lazarett » (hôpital) bien organisé et même un « kasino ». Visiblement, l’ennemi s’était installé de façon définitive; notre arrivée foudroyante l’a surpris, ne lui laissant pas le temps d’organiser une défence sérieuse. Quelques Allemands ont essayé de résister ; leurs cadavres gisent de-ci-de-là, complétement carbonisés par les lance-flammes de notre compagnie Schilt…

Un incendie a été allumé par nos obus dans une casemate effondrée ; le commandant allemand, qui ne doit être évacué vers l’arrière en tant que prisonnier qu’à l’aube, offre de l’éteindre avec ses hommes ; on le lui accorde et je suis chargé de le surveiller. Muni, ainsi que ses pionniers, d’appareils Draeger à oxygène, il s’emploie très activement à l’extinction du feu, fort menaçant. Il faut voir avec quelle promptitude ses hommes obéissent aux ordres qu’il leur donne.
Ainsi, pendant cette nuit du 24 au 25 octobre, le fort de Douaumont posséda deux commandants : un Allemand, un Français.
Revolver au poing, isolé pendant plusieurs heures avec mes Boches, j’ai pu causer longuement avec leur commandant, le Hauptmann Prolius, nullement arrogant, quoi qu’on en ait dit, et qui parle assez correctement le français. C’est un capitaine d’artillerie d’active, âgé de 32 ans, au front depuis le début de la guerre et décoré de la Croix de fer. Le véritable commandant du fort ayant été blessé, il exerçait ses fonctions depuis trois semaines.
Il admire en connaisseur le travail de notre artillerie ; il reste pensif quand on lui parle de Verdun ; beau joueur, il reconnaît notre succès, mais il croit malgré tout à un coup prochain et décisif de l’Allemagne.
En attendant, il m’annonce la prise de Bucarest, et il me donne son opinion sur les principaux alliés : le soldat français est le meilleur de tous (c’est aussi mon avis, mais dans sa position, il ne pouvait guère me dire le contraire) ; l’Anglais ne vaut rien comme guerrier, il est, de plus, cordialement détesté ; le Russe, ordinairement brave, attaque en masses compactes et subit des terribles pertes. La guerre sur le front oriental est beaucoup moins dure que chez nous… « 

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Les Allemands quittent le fort, repris par les Français
(photo prise le 25 octobre)

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Front au 24 octobre 1916


 

25 octobre – Organisation des positions conquises la veille et poursuite de la lutte
Les succès de la veille ont donné un grand espoir aux soldats et aux officiers. Le général Mangin ordonne la poursuite de l’offensive avec la reprise du fort de Vaux le jour même.

Dans la nuit, le 113e R.I. monte en ligne dans le secteur qui s’étend du fort de Douaumont au ravin de la Fausse-Cote. Il occupe le ravin de la Caillette, du Bazil et de Chambouillat et notamment, la tranchée du chemin de fer.
Le 102e R.I. releve le 1er bataillon du R.I.C.M. Dans l’attaque de Douaumont, le R.I.C.M. a perdu 829 hommes et 23 officiers.

Au matin, les unités qui occupent le fort de Douaumont organisent la défense.
Témoignage de Fernand DUCOM de la compagnie divisionnaire 19/2 du Génie, mise à disposition du 8e bataillon du R.I.C.M. :  » Au petit matin, mon capitaine me charge d’organiser la défence du fort ; obstruction des entrées, aménagement de créneaux de tir et d’emplacements de mitrailleuses, avec tous les sapeurs disponibles. La compagnie a également pour mission la surveillance des issues et la police intérieure. Cela vaut au simple sergent que je suis une altercation violente avec un commandant du 102e R.I., venu relever le 1er bataillon du R.I.C.M. et qui s’obtine à encombrer les couloirs de Douaumont, au lieu d’aller occuper ses positions, en avant du fort. Devant mon attitude énergique, il se décide enfin à évacuer la place. »

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Une entrée obstruer et une mitrailleuse allemandes retrouvée dans le fort de Douaumont

A 10 h, 2 bataillons du 216e R.I., en ligne dans le secteur de la Vaux-Regnier, s’avancent des carrières vers le fort de Vaux. Ils sont fauchés par les mitrailleuses allemandes et ne peuvent progresser.

Le 230e R.I. continue sa lutte en s’efforcant d’avancer par petites fractions dans le bois Fumin. Il est bloqué sur ses positions par le bombardement allemand.

Les 233e et 333e R.I. tentent de reprendre le terrain qu’ils ont dut quitter la veille, mais sans succès.

Finalement, à la fin de la journée, aucun régiment n’est parviennu à améliorer ses positions. Le bombardement allemand a été très violent, surtout dans le secteur de Vaux.


 

26 au 31 octobre – Nouvelle préparation d’artillerie française sur le fort de Vaux
Aucune nouvelle progression n’est réalisée. De part et d’autre, chaque camp reste sur ses positions, à bout de force, sous une pluie qui ne cesse.
Témoignage de L. CHEVRIER, du 113e R.I. :  » Dans la nuit noire, sans lune, sous la pluie, nous descendons les pentes du ravin de la Fausse-Côte. Tout à coup, un hurlement terrible et sinistre ; instinctivement, nous nous couchons ; aussitôt après, nous sommes environnés de feu, un fracas épouvantables, des sifflements aigus, tout vole autour de nous.
Une odeur terrible se fait sentir ; il faut continuer notre chemin vers l’avant ; c’est à peine si nous avons la force de nous relever ; cette odeur nouséabonde nous donne envie de vomir
.
Ce n’est qu’au matin brumeux, que cherchant de nos observatoires, à mi-pente du ravin, le chemin par où nous sommes venus sur cette mer de boue sans nom, nous nous rendons compte que, surpris par une rafale, nous nous sommes couchés au milieu d’un grand cimetière allemand. Les obus sont venu sortir les cadavres de leurs tombes pour les déchiqueter, les projeter en l’air, puis les rejeter à nouveau, avec la glaise immonde, sur nos capotes détrempées par la pluie. »

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Le 28, le général Mangin relance l’offensive sur le fort de Vaux et commence par relever les divisions qui ont attaqué le 24, épuisées par 4 jours de combats. Une nouvelle préparation d’artillerie est engagée sur Vaux et ses alentours.

Au 31 octobre, le front français est composé de la façon suivante :
- la 7e D.I. (102e, 103e, 104e et 315e R.I.) est en ligne du bois d’Haudraumont au village de Douaumont ;
- la 37e D.I. (2e et 3e Zouaves, 2e et 3e Tirailleurs) est en ligne du village de Douaumont à la Tourelle est, en avant du fort ;
- la 9e D.I. (66e B.C.P., 4e, 82e, 113e et 313e R.I.) est de la Tourelle est du fort de Douaumont à l’étang de Vaux ;
- la 63e D.I. (216e, 238e, 292e, 298e, 305e et 321e R.I.) se trouve dans le secteur de Vaux ;
- la 22e D.I. (19e, 62e, 116e, 188e R.I.) monte en ligne pour renforcer la 63e dans le secteur de Vaux.

 


1er novembre – Evacuation du fort de Vaux par l’armée allemande
La préparation d’artillerie française débutée la veille, s’intensifie toute la journée.

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Mise en place d’un canon de 105 mm


 

2 novembrePréparation d’artillerie française sur le fort de Vaux
Dans la nuit, les Allemands évacuent le fort de Vaux. Ils sont tout a fait conscient que les Français entament la reprise de l’offensive débutée le 24 octobre. Se rendant compte que le fort est intenable, en raison du pilonnage par gros calibres qui a repris, ils se résignent à leur défaite.

Vers 17 h, une conversation allemande par radio est interceptée par les Français. Elle révéle l’évacuation du fort de Vaux.
Une compagnie du 118e R.I. et une du 298e R.I. sont chargées d’aller vérifier l’exactitude de l’information. Le 118e doit aborder le fort par les faces ouest et est alors que le 298e doit approcher par la face sud. La mission doit s’exécuter dans la nuit. Elle débute le 3 novembre vers 1 h.


 

3 novembre – Reconquête du fort de Vaux.
Témoignage du sergent abbé CHEYLAN, du 118e R.I. :  » Vers 1 heure du matin, notre commandant de compagnie, le capitaine Fouache (3e compagnie du 118e R.I.) vient nous trouver et nous désigne, l’adjudant Lelé et moi (sergent Cheylan), pour aller reconnaître le fort :
- Prenez 10 hommes, nous dit-il, et parter en patrouille, l’adjudent Lelé face à la corne ouest, le sergent Cheylan, face à la corne est. Comme consigne : faire beaucoup de bruit pour qu’on vous tire dessus, si le fort est encore occupé
.
Les hommes acceptent la mission sans enthousiasme. Cepandant, ils suivent. Je marche en tête avec deux volontaires. Nous approchons de la masse énorme. Des trous d’obus formidables nous engloutissent tous les dix.

Voici le fossé ; on hésite à y descendre. Partout le silence. Enfin, nous nous laissons glisser le long de la pente et nous nous rencontrons avec la patrouille du 298e qui devait reconnaître la face sud du fort.

Je découvre à droite de la porte d’entrée à la gorge du fort, un éboulement qui permet au capitaine Fouache, au lieutenant Mathelier et à une dizaine d’hommes du 118e d’escalader le fort. Ils parcourent la superstructure, notamment vers la tourelle de 75, sans trouver d’issue. Le lieutenant Mathelier trouve près de la porte de la gorge un trou bouché par des sacs de terre ; ce trou est ouvert à coup de pioche.

J’y pénètre en rampant à la suite du lieutanant Dio (298e). Une fumée âcre et une odeur pestilentielle nous prennent à la gorge. Nous inspectons l’intérieur et nous ne découvrons que les traces de la fuite précipitée de l’ennemi : armes, munitions, eau minérale, etc…

Il est environ 2 h 30. Après le fort de Douaumont, le fort de Vaux est à son tour définitivement délivré. « 

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Le fort de Vaux reconquis (la superstructure)

Dans la journée, des éléments du 82e R.I. en ligne vers l’étang de Vaux, se portent en avant. Ils parviennent à atteindre à gauche, la tranchée de Ralisbonne, et à droite, le village de Vaux. La partie est du villaget repris ainsi que le village de Damloup.

A 21 h 30, le 62e R.I. se place sur les positions du 299e R.I. qu’il relève (à l’est du fort de Vaux reconquis).

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Front au 3 novembre 1916


 

4 novembre
Le nouveau front français domine à présent les positions allemandes.
En 10 jours seulement, les Allemands ont perdu le terrain qu’ils ont mis plus de six mois à conquérir, et qui leur à coûté tant de vie.

Dans les autres secteurs du champs de bataille de Verdun, les lignes n’ont pas bougé, il n’y a pas eu de victoires. Les hommes qui n’ont pas pris part aux événements des 24 octobre et 3 novembre, n’ont perçu que de manière très estompé l’élan d’espoir qui vient d’animer la France entière. Leur quotidien n’a pas changée, leurs souffrances et leurs misères sont les mêmes.
Témoignage de Robert TERREAU, caporal au 203e R.I., en ligne au Mort-Homme fin octobre :  » Je me suis attardé cette nuit au P.C. du capitaine à qui j’ai porté des renseignements.
Je jour est venu et il me faut rejoindre ma section en première ligne. Le boyau a été comblé par le bombardement et je n’ai d’autre ressource que de me glisser de trous d’obus en trous d’obus.
J’ai une centaine de mètres à parcourir. La tranchée allemande de Feuillères domine légèrement la nôtre sur la gauche.
D’abord, tout va bien et j’ai déjà franchi la moitié du parcours. Au moment où je vais sortir d’un entonnoir, une balle claque et soulève un peu de terre près de moi. Un guetteur ennemi m’a vu. Je reste au fond de mon trou pendant quelques secondes, puis je me précipite d’un bond vers un autre entonnoir. Deux coups de feu sont partis du poste sans m’atteindre.
Je me suis jeté à plat ventre. Ma main s’est accrochée dans un barbelé et saigne. Je n’ose plus faire un mouvement. Je suis devenu le gibier que guette le chasseur.
Je reste un long moment immobile, pesant ainsi lasser mon adversaire. Puis je m’écarte dans une autre direction pour tromper le tireur. Il tire tout de même mais me manque encore.
Je suis essoufflé et je me colle au sol. Une odeur épouvantable m’assaille aussitôt. Je suis blotti contre une forme humaine à moitié enfouie dans la boue. Le drap de la vareuse a pris la couleur de la terre et seuls quelques détails de l’équipement m’indiquent que c’est un cadavre allemand. Je rampe pour éviter l’affreux contact, mais partout la terre est jonchée de débris horribles. Je passe près d’un cadavre français dont les mains crispées, noires, décharnées, se dressent vers le ciel comme si le mort implorait encore la pitié divine.

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Aussi loin que mon regard peut porter, le sol est couvert de cadavres, amis ou ennemis, restés figés dans les poses les plus invraisemblables. Le sommet du Mort-Homme ressemble par endroits à un dépôt d’ordures où s’amoncellent des lambeaux de vêtements, des armes mutilées, des casques déchiquetés, des vivres qui pourrissent, des os blanchissants, des chairs putréfiées.
Enfin, je saute dans notre tranchées. Mes mains, ma capote, tout sent le cadavre, mais mon optimiste reprend le dessus.
L’odeur de mort nous est devenue si familières dans ce secteur de Verdun, qu’elle ne m’empêche pas de manger avec mes mains souillées un croûton de pain que réclame mon estomac affamé.
Habillement endiguée par l’ennemi et dirigée vers nos lignes, l’eau à envahi bientôt notre tranchée. Grossi par les pluies, le fleuve s’insinue entre nos remparts de terre et mine nos parapets qui s’effondrent.. la tranchée n’est plus maintenant qu’une mare de boue d’où monte une odeur intolérable.
On se réfugie sur les rares banquettes qui tiennent encore. Les caisses de grenades constituent des perchoirs sur lesquels on s’agrippe et où l’on cherche à grouper les couvertures, les musette, les grenades et les armes.
Toute tête qui dépasse le parapet est une cible pour le guetteur d’en face. Il faut reste accroupi sur son socle pour ne pas s’enfoncer dans la boue jusqu’au ventre ou rester enlisé.
Au bout de quelques heures, cette position cause une souffrance atroce.
Il est impossible de communiquer entre nous pendant le jour. Tout objet qui échappe des mains est irrémédiablement perdu dans la boue liquide. Le moral est plus bas que je ne l’ai jamais vu devant de telles misères physiques. La pluie tombe sans arrêt et traverse nos vêtements. Le froid nous pénètre, les poux nous sucent ; tout le corps est brisé.
La pluie et la boue décomposent les cadavres d’où s’exalte une odeur écœurante. Nous ne mangeons plus. Je vois des hommes de 40 ans pleurer comme des enfants. Certains voudraient mourir.
Les grenades, les cartouches, les fusées sont noyées. La boue pénètres dans les canons et le mécanisme des fusils, les rendant hors d’usage. Nous serions incapable de résister à une attaque allemande.
Seule la nuit nous permet de quitter une position que nous avons dû garder pendant douze heures. « 

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source : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

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La Bataille de Verdun août

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Période Août

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Rive droite :

1er août – Attaque allemande sur Vaux-Chapitre et Dicourt
Si nous devions résumer en quelques mots les 6 mois qui viennent de se dérouler, nous dirions  » L’assaillant n’a pas pu passer…  »
Depuis le 13 juillet, les Français sont entrés dans leur phase offensive et ont débutés leur lente reconquête. Un nouveau souffle s’est propagé dans toute la France, chaque citoyen comprenant qu’une étape importante vient d’être franchie.
Ce souffle d’espoir ne s’est pas arrêté aux frontières du pays, comme l’écrit le général Pétain :  » Le rayonnement de notre prodigieuse résistance dépassait le cadre du pays et l’espoir renaissait partout dans les camps de la coalition. Que ne pourraient faire, pensait-on, les Alliés réunis, quand la France, seule, obtenait de tels résultats ?
Des adresses laudatives ne cessaient d’arriver à Chantilly des capitales et des quartiers généraux des pays amis. L’Angleterre, la première, s’associait à notre satisfaction… Le général Cadorna, en visite sur le front français, admirait  » la sereine ténacité de nos troupes « . Les députés d’Italie acclamaient l’armée française, affirmant que celle-ci venait de sauver l’Europe. Le prince Alexandre de Serbie, après avoir vu le champ de bataille de Verdun, faisait part de son enthousiasme au Conseil des ministres. Notre ambassadeur à Pétersbourg recevait, de nos grands alliés de l’est, les témoignages d’admiration les plus touchants et la promesse d’une prochaine et très active collaboration. « 

Cependant, la bataille est loin d’être terminée. La main est passée du côté Français mais la mort et les souffrances vont encore être le lot commun des combattants de Verdun durant les 5 mois à venir, jusqu’à la mi-décembre. La conclusion ne sera trouver que l’année suivante, de juillet à septembre 1917.

 

Depuis le 29 juillet, les tirs d’artillerie de préparation allemands s’abattent sur les 1ères lignes françaises.

A 9 h, les Allemands s’élancent entre l’arête de Vaux-Chapitre et la ferme de Dicourt. Ils ont face à eux des éléments de la 15e D.I. (10e, 27e, 56e et 134e R.I.) et de la 154e D.I. (41e B.I.C., 43e R.I.C., 413e et 414e R.I).

A 9 h 30, ils atteignent le bois de Vaux-Chapitre et se heurtent aux 2e et 3e bataillons du 27e R.I. Après ½ h de combat à la grenade, ils sont contraints à reculer.
Ils tentent alors une percée en direction du ravin des Fontaines et du Chénois où sont en ligne 2 bataillons du 413e. La lutte est acharnée. Les hommes du 413e finissent néanmoins par être enfoncés mais refusent de se rendre. Pratiquement la totalité des 1500 hommes qui composent les 2 bataillons sont anéantis, mitraillés ou brûlés vifs par les lance-flammes de l’ennemi.

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La disparition des éléments du 413e oblige le 41e R.I.C. en ligne au Chénois à se replier car sa position devient intenable. Il se retranche à 100 m à peine de l’entrée est du tunnel de Tavannes.

Sans tarder, le 1er bataillon du 27e R.I., en réserve au fort de Souville, est envoyé à la contre-attaque dans le secteur de la Haie-Renard et du bois de la Laufée. A midi, la 1ère compagnie et un peloton de la 2e s’élancent sous les rafales de mitrailleuses. Elles ne peuvent progresser bien loin et se replient sur leur point de départ.
Témoignage de Ch. CAUTAIN :  » Brochard court dans la tranchée, soutenant de sa main valide son bras à moitié déchiqueté. Le sang coule comme l’eau d’un robinet. Il va, sans un mot, sans une plainte. Aura-t-il la force d’aller au poste de secours ? où est-il d’ailleurs, ce poste de secours ? Personne ne le sait. « 

Au même moment, la Haie-Renard est réoccupée par le 1er bataillon du 10e R.I. Il s’est tout abord, voyant le replie dangereux du 413e R.I., dirigé vers la batterie Est de Souville. Constatant ensuite que l’ennemi progressait toujours en direction du ravin des Fontaines, il s’est porté à travers les gaz asphyxiants sur la croupe de la Haie-Renard pour contre-attaquer et rétablir une situation dangereuse. Par ce mouvement périlleux, les 2e, 3e, 6e compagnie et la 1ere compagnie de mitrailleuse obtiendront une citation.

Plus à l’est, l’ancienne batterie est réoccupée par le 41e Colonial.

Les combats pour conserver ses positions respectives se poursuivent tout l’après-midi.

Durant la nuit, 2 compagnies du 414e sont envoyées sur les positions qu’occupaient le matin même les 2 bataillons du 413e. Une fois face à l’ennemi, les 2 compagnies lancent une contre-attaque et reprennent les lignes. Elles poussent même leur progression 100 m au delà.


 

2 août – Contre-attaque française sur Fleury et ses alentours
La situation se stabilise dans la matinée.

A 13 h, le 3e bataillon ainsi que les 5e et 6e compagnies du 2e bataillon du 56e R.I. s’élancent à l’attaque de Fleury.
Au bout de ¼ d’heure de combat, les 2 compagnies du 2e bataillon ont atteint l’ouvrage sud-est de Fleury. Elles le dépassent et font plus de 100 prisonniers.
Le 3e bataillon reste bloqué dans le ravin de la Poudrière, confronté à un sévère barrage à la grenade.
Vers 18 h 30, après un vif combat, le 3e bataillon parvient à enfoncer la ligne allemande et à revenir à la hauteur des 2 compagnies du 2e bataillon.

De leur côté, le 3e et le 2e bataillon du 10e R.I. s’élancent vers la station de Fleury. Ils ont devant eux 1000 m de terrains découverts et balayés par un tir de barrage allemand extrêmement violent. Après une traversée périlleuse, les hommes se ruent sur l’ennemi, baïonnettes en avant. Vers 18 h 30, la première ligne allemande est prise puis la seconde à 80 m derrière la première. De très nombreux ennemis sont capturés.

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Départ de cette attaque par le 10e R.I. le 2 août

Par cette action, le 10e R.I. a réalisé une avancée exceptionnelle, son extrême gauche se trouvant approximativement à 120 m à l’ouest, en avant de la station de Fleury.
Lorsque dans la nuit, il tire des fusées éclairant pour signaler ses nouvelles positions, l’arrière refuse d’y croire. Il faudra que descendent des 1ères lignes les 100es de prisonniers Allemands pour que l’évidence soit enfin reconnue.

C’est durant cette journée que c’est déroulé l’épisode du coureur Marche.
Témoignage du colonel Lebaud, du 130e R.I. :  » Fernand Marche appartenait au 130e régiment d’infanterie (régiment de Mayenne) que j’avais l’honneur de commander à la bataille de Verdun. Le régiment était en ligne, en face et à 200 mètres environ de l’ouvrage de Thiaumont occupé par les Allemands. Mon poste de commandement se trouvait à environ 30 à 40 mètres en arrière du saillant que formait ma ligne en face de l’ouvrage ; il était placé trop en avant pour pouvoir assurer mon commandement dans de bonnes conditions, mais l’emplacement m’avait été imposé de l’arrière, sur la carte.
La compagnie de Marche (1re) fournissait les coureurs chargés de porter les plis et les messages téléphoniques des carrières de Bras, où se trouvait le terminus du téléphone (on ne pouvait pousser plus avant la ligne à cause du marmitage qui coupait constamment les fils) jusqu’à mon poste, à environ 1800 mètres de là, à travers un terrain chaotique à parcourir aux allures vives. Piste jalonnée de cadavres de coureurs frappés dans l’accomplissement de leur mission. Quelques relais sur cette piste, enfouis dans des trous d’obus.
Le 1er août 1916, un ordre sous enveloppe fermée arrive de la division aux carrières de Bras, pour moi. Le lieutenant Belair chargé, aux carrières de Bras, d’assurer et d’orienter les communications, demande parmi les coureurs disponibles un volontaire pour aller jusqu’à moi sans s’arrêter aux relais. Pourquoi ? Sans doute parce que Belair jugeait que le pli qu’il sentait important arriverait plus vite ainsi. Impossible d’avoir le témoignage de ce brave officier, mort de la grippe en 1918. Bref, Marche se présente comme volontaire. Il part et est tué en route.
Plus tard, un autre coureur me tombe dans les bras, essoufflé, en nage (comme ils arrivaient tous) m’apportant une autre communication, puis, ensuite, me remet l’enveloppe contenant l’ordre qu’aurait dû m’apporter Marche, froissée, maculée de sang, en me disant :  » Mon colonel, voici, de plus, un pli que j’ai trouvé en route. Mon camarade Marche, tué sur la piste, le tenait dans sa main crispée, le bras en l’air.  »
Sur le moment, le fait me frappa assez pour que je l’aie noté sur mon carnet d’impressions. Mais cependant, je n’en fus pas ému au point de conserver par devers moi, comme souvenir, l’enveloppe maculée de sang (ce que je regrette aujourd’hui) ni de demander son nom à ce coureur suivant. Il est d’ailleurs probable que le pauvre garçon a fini comme tant d’autres fantassins de la ligne de feu. Il faut dire que j’avais à panser à trop de choses à la fois et que les actes d’héroïsme que l’on me signalait entre-temps étaient nombreux. « 

En 1925, un monument est érigé à la mémoire du coureur Fernand Marche. Il se trouve à Bully-les-Mines, devant la porte d’entrée n°1 de la compagnie des Mines ou travaillait Marche avant la guerre. Il est l’initiative de M. Louis Mercier, directeur général de la compagnie.

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3 août – Contre-attaque française sur Fleury et ses alentours – Reprise de l’ouvrage de Thiaumont
A 9 h, le 414e R.I. attaque en direction de la cote 359 et parvient à reprendre quelques positions à l’ennemi.
Le 96e R.I. dans le secteur de la Marguerite, s’empare de la ligne Dépôt-Batterie C.
A 15 h 10, conjointement, les 21e et 23e compagnies du 6e bataillon du 207e attaquent l’ouvrage 1390 en haut du ravin des Vignes. A 15 h 30, l’ouvrage est repris et 143 Allemands (dont un capitaine) avec 4 mitrailleuses sont faits prisonniers.

A 17 h, les 21e et 23e compagnies reçoivent l’ordre de pousser l’assaut sur Fleury. Le village qui est déjà soumis à plusieurs affrontements en ses alentours (56e et 10e R.I.) depuis 2 jours, est repris presque sans résistance.

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Le village de Fleury en août 1916

S’abat alors sur le village, dans l’heure qui suit, un violent bombardement allemand de tous calibres. Les 2 compagnies du 207e R.I. qui occupent le village ne peuvent plus tenir leur position. Mais au lieu de se replier, elles chargent à nouveau vers l’ennemi. Elle parcourent ainsi 700 à 800 m en poursuivant les Allemands qui s’enfuient. Le terrain réoccupé est aussitôt organisé.
Le 9e R.I. a également participé à la reprise de Fleury en intervenant à la droite du 207e.

A 18 h, la 7e compagnie du 96e R.I., profitant du mouvement de flottement dans les lignes allemandes, part à l’attaque de l’ouvrage de Thiaumont et parvient à le reprendre en faisant 40 prisonniers. Elle l’organise immédiatement. Ensuite, une section commandée par le sergent Hervé parvient à s’avancer jusqu’à la tranchée Wagner et y fait 80 prisonniers.

A 20 h, le 414e part de nouveau à l’assaut et atteint la corne sud de la Haie-Renard, la pointe de Retegnebois et les abords de la cote 359, dans la Vaux-Régnier.

Durant la nuit, le 134e R.I. s’empare du talus du chemin de fer, à la lisière sud-est de Fleury.

Toute la journée, le 10e R.I. a organisé les positions qu’il a repris la veille. Il y repousse assez facilement une attaque dès 4h du matin. Cela fait 8 jours qu’il est en ligne, et pratiquement tous les jours, il a livré des combats !


4 août – Contre-attaque française sur Fleury et ses alentours – Attaque allemande sur l’ouvrage de Thiaumontnivelle4
Le général Nivelle fait savoir son désir de poursuivre à tout prix la reprise des attaques.

Ainsi, 2 bataillons du 65e R.I., alors en réserve à Belrupt, sont réquisitionnés et se portent en soutien à la Haie-Renard occupée par la 15e D.I. (10e, 27e ,56e et 134e R.I.)
La 27e D.I. (52e,75e, 140e et 415e R.I.) relève la 154e D.I. (41e B.I.C., 43e R.I.C., 413e et 414e R.I).
Le 30e R.I. relève le 99e dans le sous-secteur de Dicourt.

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Dès l’aube, l’ennemi part à l’attaque en direction de l’ouvrage de Thiaumont qu’il a cédé la veille au soir au 96e R.I.. L’attaque est très violente et les pertes sont importantes pour les 5e, 6e, 7e et 11e compagnies du 96e. Cependant, dans un effort ultime, l’ouvrage et son saillant parviennent à être conservés.

Cependant, les éléments du 96e qui tiennent la position plus à droite sont submergés et se replient sur la ligne Dépôt-Batterie C. En quelques jours, le 96e R.I. qui était étalé sur un front de 800 m de large et 1000 m de profondeur, a fait 500 prisonniers, a perdu 1285 hommes de troupe et 36 officiers.

Une seconde attaque sur le village de Fleury rend le village aux Allemands, mais leur situation est précaire.

En milieu de matinée, le 2e bataillon du 81e R.I. reçoit l’ordre de se rendre à la batterie 1295, située dans la branche gauche du ravin des Vignes. Le 1er bataillon doit quant à lui gagner la branche droite du ravin. Selon l’ordre, ce mouvement réalisé en plein vers Fleury doit être accompli  » à n’importe quel prix « .
Malgré un violent tir de barrage puis des tirs de mitrailleuses venant du village de Fleury, les 2 bataillons parviennent à atteindre avant la nuit leur position respective. Cependant, les pertes ont été lourdes.

Témoignage de Etienne-Justin RAYNAL, sergent mitrailleur au 81e R.I. :  » De nombreux blessés se massent près de la redoute de l’ouvrage de Thiaumont croyant y être plus en sûreté et se font tuer là par les obus. Près d’un blessé qui vient dans notre direction tombe un gros obus. Un cadavre en décomposition est soulevé par l’explosion à plusieurs mètres de hauteur et, en retombant, s’écrase sur le blessé. Le malheureux vient vers nous en courant. Il est tout couvert de débris humains et dégage une odeur insupportable. Nous lui crions d’aller au poste de secours, car nous n’avons rien pour le soigner. Il passe devant nous, en hurlant et s’en va au hasard ; il a sans doute perdu la raison.
Quelques instants après, un jeune approvisionneur de notre compagnie saisit une hache et s’en va dans la direction des Allemands en criant : « Je veux tuer des Boches, il faut que je tue des Boches. » Le malheureux avait lui aussi perdu la raison. « 

Durant la journée, le 10e R.I. a subit 5 bombardements successifs par obus toxiques et a repoussé 2 nouvelles contre-attaques.


5 août – Contre-attaque française sur Fleury et ses alentours – Attaque allemande sur l’ouvrage de Thiaumont
Par les mouvements exercés depuis le début du mois, la moitié du terrain perdu depuis le 13 juillet a été reconquis. Une ligne continue bien que peu dense, s’accroche aux pentes jusqu’à l’ouvrage de Thiaumont.

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L’ouvrage de Thiaumont

A 7 h, l’ennemi tente une nouvelle attaque à la Haie-Renard, tenue par le 10e et le 56e R.I. 3 bataillons allemands s’élancent mais sont repoussés.
Le 1er bataillon du 20e R.I., en liaison avec des éléments du 81e R.I., lance une attaque face à lui. Il parvient à atteindre la route Thiaumont-Fleury, 700 m en avant. En ligne depuis le 22 juillet, le 20e R.I. a perdu 24 officiers dont 17 blessés, 1100 hommes dont 750 blessés.

Le 4e Zouaves qui a relevé le 27e R.I. durant la nuit, se trouve est en ligne au ravin des Fontaines et subit un violent bombardement. A 7 h 40, l’ennemi s’élance sur lui en 4 vagues successives. Bien que sur les autres positions les compagnies résistent, la gauche, que tient le 4e bataillon, est enfoncée. L’ennemi s’engouffre dans la 1ère ligne française, la traverse et dépasse même le P.C. du chef de bataillon.
Une contre-attaque est alors organisée par tous les éléments en état de combattre (sections de soutien, signaleurs, pionniers). En 45 minutes de lutte, l’ennemi est refoulé sur ses positions de départ.
Témoignage du soldat BOURRICAUD du 323e R.I. :  » Tout le monde fait son devoir ici et c’est peut-être ce qui soutient le mieux les poilus de Verdun : à Verdun, il n’y a pas d’embusqués. « 

Non loin, la 19e compagnie de mitrailleuses du 4e Zouaves subit à son tour l’assaut allemand. Cette compagnie étant arrivée durant la nuit sous le bombardement, ses pertes sont déjà très lourdes. Lorsque l’ennemi approche, les mitrailleurs sortent de leurs trous et un sanglant corps à corps s’engage sur le terrain. Les obus de l’artillerie allemande et française viennent s’abattre au milieu de cette mêlée creusant de grands vides. Finalement, les Allemands prennent le dessus et passent la ligne française.

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Dès que l’information est parvenue à l’arrière, la 17e compagnie, alors en réserve sur les pentes de Souville, reçoit l’ordre de se porter au secours de la 19e et de stopper l’ennemi qui progresse déjà vers le fond du ravin des Fontaines.
Les zouaves de la 17e partent alors à travers un violent barrage d’artillerie et une formidable fusillade. Soumis à la fois aux tirs de mitrailleuses venant du bois Fumin et des arrières de la Chapelle Sainte-Fine.
A chaque instant, un homme tombe. Au bout de 200 m seulement, la 17e compagnie n’existe plus.

La situation devient de plus en plus critique. Il est crucial de stopper l’ennemi par tous les moyens possibles mais plus aucune troupe n’est disponible.
Constatant que désormais, plus aucun renfort ne pourra l’atteindre, le lieutenant Charles du 4e Zouaves rassemble les quelques hommes qui lui restent, et tous les ceux qu’il peut trouver au alentour. 17 hommes en tous (pionniers, sapeurs du génie, cyclistes, téléphonistes).
La petite troupe se porte en avant en rampant et parvient à s’approcher à 30 m de l’ennemi qui s’est rassemblé dans plusieurs grands trous d’obus. Subitement, avec un courage remarquable, les hommes se dressent en hurlant et se lancent sur l’ennemi. Surpris, les Allemands qui pensaient ne plus trouver de Français devant eux, se rendent aussitôt en levant les bras (15 hommes) ou s’enfuient précipitamment vers l’arrière. La petite troupe talonne l’ennemi qui s’enfuit et délivre quelques survivants restés sur place.
Témoignage du commandant P. :  » Si l’assaut terminé, la victoire gagnée, la gloire des citations oubliait trop souvent les sapeurs du génie, c’est que ceux-ci étaient au combat en de petites fractions réparties entre les grandes unités, qu’ils avaient joué le rôle de ces invités à qui l’on ne doit rien, puisqu’ils ne dépendent pas de vous.
L’ingratitude d’un colonel, d’un chef de bataillon, d’un commandant de compagnie pouvait même se transformer, dans l’esprit du chef, pour une vertu, puisque en grossissant le capital de son unité avec les belles actions accomplies par les étrangers de passage, il contribuait à diminuer l’écart entre les légitimes récompenses demandées par lui pour ses hommes et les récompenses, parcimonieuses, il le savait d’avance, qu’on lui accorderait en haut lieu. « 

Jusqu’à la nuit, le lieutenant Charles et sa troupes font barrage à l’ennemi. En début de nuit, les Allemands repartent finalement dans leurs positions initiales.

La situation dans le secteur de Fleury est si confuse et tendue, les lignes si rapprochés, que l’ordre suivant est donné aux régiments qui l’occupent : « Profiter de la nuit pour faire une répartition de munitions et se réapprovisionner en cartouches de fusils et de mitrailleuses et en grenades. Etre sobre de fusées, surtout de fusées rouges, ne demander le tir de barrage qu’en cas de nécessité absolue, sans quoi, l’artillerie, sollicitée de tous côtés, fait des tirs désordonnés. Pas de tiraillerie inutile, pas de fusée sans motif, très peu de fusées éclairantes, le calme sur une ligne indique la bonne tenue d’une troupe. A nos tirs de barrage, les Allemands ripostent et, de la sorte, les ravitaillements sont longs et difficiles et coûtent chaque fois des vies humaines ; il faut y penser. Dans les sections qui ont subi de grosses pertes, il faut organiser des groupes commandés par quelqu’un d’énergique, fut-il simple soldat. Il faut activer la relève des morts et des blessés, il ne faut pas laisser nos braves soldats sans sépulture ou sans soins. Patrouilles très énergiques et très actives. Travailler activement à l’organisation de la ligne ; il faut vaincre la fatigue même. »

A 20 h, les 1e et 2e bataillons du 81e R.I. partent à l’attaque et atteignent en 2 endroits la crête Fleury-Bras.
A 22 h, le 2e bataillon du 10e R.I. est enfin relevé par le 65e R.I., après 10 jours de combats.


6 août
R.A.S. dans la journée.

A la nuit tombée, le reste des bataillons du 10e R.I. sont relevés à leur tour. Le régiment a perdu 29 officiers et 898 hommes (133 tués, 545 blessés et 220 disparus), soit 35% de pertes. Il a avancé de 700 m, pris la station de Fleury en faisant 532 prisonniers et 12 mitrailleuses. Il a repoussé de nombreuses attaques et pas un mètre de terrain conquis par lui n’a été perdu.

Témoignage du lieutenant GUENEAU du 20/2 Génie :  » La relève, la relève ! Oh ! comme il fait bon vivre ! Les fantassins que nous croisons et qui quittent eux aussi les tranchées sont affreux à voir avec leur carapace de boue. Comme la gloire est fangeuse !
L’un d’eux, d’un faux bond, s’étale, chargé, dans un fossé plein de boue gluante où il disparaît presque ; il se relève, riant, gesticulant, pas plus sale qu’avant d’ailleurs. Il s’en fout, c’est la relève ! « 

Témoignage de G. BRANCHEN, soldat au 405 R.I. :  » La relève. Il était temps. Dans ce régiment d’élites où, il y a quinze jours, on trouvait dix volontaires pour un, le cran commençait à manquer.
En sortant des casernes Bevaux, nous croisons un régiment qui monte en ligne. Ses hommes nous regardent avec des yeux effrayés, ils nous demandent :
- Quelle compagnie êtes-vous, du 405 ?
- Nous sommes le régiment ! « 

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Témoignage du soldat René PIGEAD :  » Se retrouver ainsi à la vie, c’est presque de la folie : être des heures sans entendre un sifflement d’obus au-dessus de sa tête… pouvoir s’étendre de tout son long, sur de la paille même… Avoir de l’eau propre à boire, après s’être vus, comme des fauves, une dizaine autour d’un trou d’obus à nous disputer un quart d’eau croupie, vaseuse et sale ; pouvoir manger quelque chose de chaud à sa suffisance, quelque chose où il n’y ait pas de terre dedans, quand encore nous avions quelque chose à manger… Pouvoir se débarbouiller, pouvoir se déchausser, pouvoir dire bonjour à ceux qui restent… Tout ce bonheur d’un coup, c’est trop. J’ai été une journée complètement abruti. Naturellement toute relève se fait de nuit, quelle impression d’avoir quitté un ancien petit bois où il ne reste pas un arbre vivant, pas un arbre qui ai encore trois branches, et le matin suivant après deux ou trois heures de repos tout enfiévré voir soudain une rangée de marronniers tout verts, pleins de vie, pleins de sève, voir enfin quelque chose qui crée au lieu de voir quelque chose qui détruit ! « 

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7 août – Préparation d’artillerie en vue d’une nouvelle contre-attaque française.
Le Général Nivelle ordonne une offensive importante pour la journée du 8 août. Il estime qu’elle permettra de rétablir définitivement la situation. Toute la journée, une importante préparation d’artillerie est opérée par les canons français.

Témoignage de J… :  » Relevés cette nuit, nous faisons un arrêt dans la forêt de Hesse puis dans le bois de Bethelain-ville. Chemin faisant, nous longeons dans l’obscurité un tas de douilles de 75, sur 500 mètres de long environ ; un rien !… « 

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Au bois des Trois-Cornes, le 122e R.I. repousse 2 attaques. Les 322e, voisin du 122e, en repousse également 2.
Une attaque est tentée sur le village de Fleury par le 2e bataillon du 8e Tirailleur. Elle ne donne aucun résultat.


8 août – Contre-attaque française du bois de Nawé au Chênois – Attaque allemande sur l’ouvrage de Thiaumont (perte à nouveau de l’ouvrage de Thiaumont le matin, reprise dans l’après-midi puis de nouveau cédé aux Allemands le soir)
L’offensive française qu’a demandé la veille le général Nivelle, s’étend du bois de Nawé à la carrière du Chênois.

La gauche (bois de Nawé – ouvrage de Thiaumont) est tenue par la 32e D.I. (15e, 80e, 143e et 342e R.I.) et quelques éléments de la 19e (48e, 70e, 71e e 270e).
A 5 h, peu de temps avant l’heure H, l’ennemi rassemblé en masse lance une attaque sur les positions françaises. Supérieur en nombre, il parvient à reprendre l’ouvrage de Thiaumont puis à s’infiltrer entre le retranchement Z et la batterie C. Il aborde ensuite le Dépôt.
Jusqu’au milieu de l’après-midi, les 122e et 71e R.I. répliquent par de vives contre-attaques.
La confusion la plus totale régne entre les lignes. A 15 h, les hommes du 71e parviennent à dépasser la batterie C. A 15 h 30, ils réoccupent l’ouvrage de Thiaumont qu’ils sont contraints d’évacuer à nouveau à 18 h.

Le centre du dispositif est tenu par des éléments de la 15e D.I. et des éléments de la 38e (8e Tirailleur, 4e Zouaves, 4e Mixte Z.T., R.I.C.M.). A l’heure H, les troupes sortent de leurs tranchées et s’élancent sur les villages de Fleury et de Vaux-Chapitre. L’assaut sur Fleury échoue, mais vers Vaux-Chapitre, le 4e Zouaves enlève la tranchée de Montbrison en faisant 43 prisonniers.

A droite (secteur de Tavannes), 2 bataillons du 75e R.I. attaquent de part et d’autre de la cote 359. Ils n’obtiennent aucun résultat.
Entre la carrière du Chênois et la Laufée, le 43e Colonial fait reculer l’ennemi et parvient ainsi à dégager la sortie est du tunnel de Tavannes.


9 août – Riposte allemande sur Thiaumont-Fleury
Au petit matin, le 96e R.I. vient renforcer le 81e R.I. sur la croupe de Thiaumont. Toute la journée, le bombardement allemand est très violent sur cette position. Les hommes et leurs officiers tombent les uns après les autres. C’est grâce au courage de quelques hommes et à plusieurs mitrailleuses non enterrées et encore en état de marche que plusieurs assauts allemands parviennent à être repoussés.

A 10 h, dans le secteur de Retegnebois, le 75e R.I. part en direction de la route de Souville, du village de Vaux et de la route stratégique du fort de Vaux. Les pertes sont cruelles, tant à cause des mitrailleuses ennemies que des tirs trop courts de l’artillerie française. Plusieurs tranchées allemandes sont tout de même prises mais aussitôt évacuées en raison de la violence du pilonnage.

Thiaumont étant de nouveau aux mains de l’ennemi, le 2e bataillon du 122e R.I., au bois des Trois-Cornes, est pris à revers par la droite. Toutes les liaisons avec le P.C. en arrière sont coupées.
Le 71e R.I. est mis en urgence à la disposition de la 31e D.I. La 2e compagnie de son 1e bataillon doit contre-attaquer face au P.C. 119. Elle part à la charge et reprend le poste de commandement ainsi que le partie sud de la batterie C. Un bombardement très violent s’abat ensuite sur les positions qu’elle parvient à tenir.
Les 9e et 11e compagnies du 2e bataillon partent alors pour venir en aide à la 2e compagnie. Elles le rejoignent sous une pluie d’obus puis la dépassent et s’emparent des ouvrages X et Y. De nombreux Allemands sont faits prisonniers.

Dans l’après-midi, les 2 compagnies poursuivent leur progression en talonnant l’ennemi qui recule. Elles atteignent les abris C puis à 15 h 30, les abords de Thiaumont. Pour atteindre cette position, elles ont dû charger à la baïonnette à plusieurs reprises.
Témoignage de l’adjudant-chef ALLAIRE, du 71e R.I. :  » Adjudant-chef au 71e R.I., j’ai la fierté de dire que les sous-officiers de ce régiment ont toujours donné l’exemple du plus pur esprit d’abnégation et de sacrifice. Témoin la conduite d’un de mes braves compatriotes, l’adjudant Rault, de la 7e compagnie, dont rend compte en ces terme l’Historique du 71e R.I. :
 » On se bat de trou d’obus à trou d’obus. Les officiers comme les hommes font le coup de feu. L’adjudant Rault, près de son capitaine, défend avec une dizaine d’hommes un bout de tranchée à demi-comblée, contre un groupe d’ennemis qui, à 30 mètres de là, cherchent à s’en emparer. L’adjudant Rault se dépense sans compter. Il reste debout, insouciant du danger, les yeux fixés sur l’ennemi. Tout Allemand qui se montre est mis en joue et tué, mais à son tour Rault est frappé d’une balle qui lui trace un large et profond sillon sur le face droite du crâne.
Rault se tourne vers son capitaine et avec un rire :  » Eh bien ! cette fois, çà y est, mon capitaine, j’ai mon compte ! Est-ce bien la peine que j’aille au poste de secours ?… Il vaut mieux rester mourir près de vous…  »
Le capitaine refuse de garder près de lui le blessé. Alors Rault, après avec crié  » Bonne chance  » à ses camarades, court au poste de secours, mais l’effort qu’il a fourni l’a épuisé et il meurt en arrivant. « 

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De leur côté, les 3 bataillons du 4e mixte Z.T. s’avancent vers la croupe de Thiaumont-Fleury et réoccupent les abords du ravin de Vignes.

Dans la nuit, le 134e R.I. est relevé. Il a perdu 15 officiers et 700 hommes. Il laisse au R.I.C.M. une grande partie des ruines de Fleury, dont l’observatoire.


10 août
Duel d’artillerie des 2 côtés. Les tirs sont peu précis en raison du chaos qui règne entre les 1ères lignes. De nombreux obus français sont tirés sur des positions françaises.
Témoignage de A. BARON, caporal au 70e R.I. :  » Du 10 au 15 août, tous les jours, bombardements violents, et tous les jours, nos canons tirent trop court.
Nous protestons. Un sous-lieutenant d’artillerie vient nous dire qu’il ne comprend pas que nous nous plaignions du tir de l’artillerie française. Nous lui montrons simplement un obus de chez nous tombé à proximité et qui n’a pas éclaté. Il est parti sans en demander davantage. « 

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Le haut commandement français, enfin sensibilisé sur ce problème, ordonne à l’artillerie que dès le 11, les tirs soient contrôlés et fixés à l’avance. Cette

Durant la nuit, le 52e R.I. relève les Sénégalais sur les pentes de la Laufée, au sud de la Montagne.
Le 48e R.I. monte en ligne dans le secteur de Thiaumont.


11 août – Nouvelle attaque française sur Thiaumont
Dès l’aube, le 48e R.I. reçoit l’ordre d’attaquer l’abri 118 et la crête de l’ouvrage de Thiaumont. Les mitrailleuses allemandes sont très nombreuses dans le secteur et la tâche est ardue.
A l’heure H, les 2e et 3e compagnies s’élancent sur la gauche, malgré de sévère pertes, elles parviennent à progresser d’une 100e de mètres.
Sur la droite, devant l’abri 118, les 11e et 10e compagnies, ainsi que 2 sections de mitrailleuses, n’ont pas plus de succès. Elles parcourent également, avec de lourdes pertes, une 100e de mètres à peine.

Dans la nuit, le 122e R.I. est relevé. Il a perdu 35 officiers et 998 hommes.


12 août
Le 70e R.I. monte en ligne dans le secteur de Froideterre et du bois des Trois Cornes.

Violent bombardement durant toute la journée.

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Dans la nuit, le 75e R.I. est relevé. Depuis le 4 août, il a perdu 685 hommes. Le 140e R.I. prend sa place dans le secteur de Retegnebois.
Le 143e monte en ligne dans le sous-secteur de la Haie-Renard.
Témoignage de Georges BOISTARD, signaleur optique au 143e R.I. :  » La ligne de feu est à 25 mètres en avant; on n’aperçoit rien. Nous nous installons dans les trous d’obus. Interdiction de faire communiquer, par de petits boyaux, les trous d’obus les uns aux autres afin que notre ligne exacte ne soit pas repérée par les avions ennemis. »

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Avion Fokker Dr. 1


13 – 14 – 15 – 16 août
R.A.S. dans les communiqués officiels. En réalité, violent bombardement sur toutes les 1es lignes, importantes pertes.
Témoignage de Marcel PIC, soldat au 143e R.I. :  » Pendant 5 jours et 5 nuits, et surtout le 14 et 15, ce fut un enfer terrible de bombardement ; nous étions écrasés par les obus. Personne ne bougeait ; on attendait la mort, avec la soif, la faim, et 10 centimètres d’épaisseur de mouches que nous avions dessus.
Nous avions assez de travail, avec le bout de la baïonnette, pour rejeter les morceaux de cadavres qui nous recouvraient chaque fois qu’un obus tombait tout près. « 

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Témoignage du caporal BASTELICA du 4e R.M.Z.T. :  » Le 15 août, le 6e bataillon de tirailleurs du 4e miste Z.T. est en deuxième ligne en arrière de Froideterre. Du ravin des Vignes nous arrive une épouvantable odeur de charogne que nous avions déjà respirée à Avocourt et à 304. Nous la portons bientôt sur nous. Tout ce que nous touchons, le pain que nous mangeons, l’eau boueuse que nous buvons, sentent la pourriture. C’est que la terre aux alentours est littéralement truffée de cadavres… De temsp à autre, un gros noir tombe sur un cadavre et en éparpille les morceaux dans toutes les directions. »

Le 14, la 32e D.I. (15e, 80e, 143e et 342e R.I.) relève la 38e (8e Tirailleur, 4e Zouaves, 4e Mixte Z.T., R.I.C.M.) sauf le R.I.C.M.
Le 16, la 73e D.I. (346e, 356e, 367e et 369e R.I.) est mise à la disposition du groupement Baret et vient renforcer la 27e (52e, 75e, 140e et 415e R.I.).


17 août – Nouvelle attaque française sur Fleury
Le R.I.C.M. qui tient une partie des ruines de Fleury depuis le 9 au soir, reçoit l’ordre de prendre d’assaut le village tout entier. L’attaque est prévue à 18 h.

Dès le matin, l’artillerie française tire avec acharnement des obus de gros calibres sur le village. De nombreux avions français survolent le secteur.
A l’heure H, les unités s’élancent en chantant la Marseillaise. Un combat au corps à corps s’engage qui se poursuit jusqu’à tard dans la nuit. Les hommes du R.I.C.M. parviennent à pénétrer profondément dans le village puis à tenir leur position malgrés une forte contre-attaque allemande. Seule la partie est du village reste désormais aux mains de l’ennemi.

Toute la journée, la lutte a également été très dure pour le 143e R.I. dans le secteur de la Haie-Renard.
Témoignage de Roger COLLOT, caporal-mitrailleur au 143e R.I. :  » La nuit venue, je quitte ma pièce pour aller aux ordres à l’autre pièce avec laquelle se trouve le lieutenant. Spectacle horrible: un obus est tombé sur la pièce et je n’entends que des cris et gémissements ; tous mes camarades sont tués ou blessés ; l’ordonnance du lieutenant a les bras arrachés ; le tireur, les jambes hachées ; ils ne cessent de demander du secours ; hélas ! je ne peux rien faire pour eux ; leurs blessures sont trop graves. »


18 août – Reprise du village de Fleury – Importante attaque française du bois des Trois Cornes à la Laufée
Dès l’aube, le combat du R.I.C.M. sur Fleury reprend. Après plusieurs charges et plusieurs ripostes allemandes, les hommes parviennent à enlever les dernières tranchées encore tenues par l’ennemi. Le village de Fleury est repris.
Les hommes du R.I.C.M. s’activent ensuite à organiser la défense des positions reconquises.

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Le village de Fleury

L’état-major français a prévu pour 15 h, une importante attaque s’étendant du bois des Trois Cornes à la Laufée. Les éléments qui doivent y participer sont le 143e R.I. (qui a déjà beaucoup souffert), 3 bataillons du 140e et 2 du 415e.
Le 143e R.I. doit s’élancer du sous-secteur de la Haie-Renard (secteur s’étendant du ravin des Fontaines à la route Souville-Vaux). Ses objectifs sont de reprendre les tranchées de la Haie-Renard, Sundgau et Viala, puis, avec l’appui de la 5e compagnie du 8e Tirailleur, de reconquérir l’ouvrage Triangulaire.
Les 2 bataillons du 140e R.I. et les 2 bataillons du 415e doivent ensemble s’emparer du lieu-dit Retegnebois.

A 15 h, les compagnies du 143e s’élancent en progressant de trous d’obus en trous d’obus. A gauche, le 3e bataillon parvient jusqu’à la tranchée de la Haie-Renard où s’engage un violent corps à corps.
Témoignage du grenadier GODIN, du 143e R.I. :  » Je marchais avec la 11e compagnie. Nous sommes partis à travers une fumée telle qu’on ne voyait rien à quelques pas. Il fallait sauter de trou en trou à travers les obus…
Brusquement le rideau se déchire et nous nous apercevons que, tout près de nous, protégés par des trons d’arbres, les tireurs ennemis braquent leurs fusils vers nous. Des camarades tombent. Chez nos adversaires, il y a également beaucoup de touchés et leurs rangs s’éclaircissent avec rapidité. Bien qu’ils soient plus nombreux que nous, nous continuons à avancer en rampant, profitant de chaque occasion pour tirer une balle ou lancer une grenade.
A force d’avancer, nous atteignons la Haie-Renard. Les Fritz se sont retranchés en masse là-dedans et nous canardent. Nous ripostons et nous demeurons vainqueurs de ce duel.
Au cours de l’attaque, j’ai le bras traversé par une balle à hauteur du coude. Un camarade me fait une ligature et je continue à tirer sur les Allemands qui avancent en grand nombre. Il fallut une seconde blessure pour m’arrêter, tant j’étais excité par le combat. je n’avais que 18 ans alors. »

A droite, la 7e compagnie aidée de la 5e compagnie du 8e Tirailleur s’emparent non sans mal de l’ouvrage Triangulaire et tentent de nettoyer le boyau de l’Etang.

Vers 16 h 30, des renforts allemands arrivent et partent aussitôt à la contre-attaque en progressant par le bois Fumin et le ravin des Fontaines. Les éléments du 143e qui sont alors soumis au feu nourri des mitrailleuses ennemies, sont contraints à abandonner leurs positions et de reculer. Ils étaient parvenus à progresser de 800 m dans les lignes allemandes et c’est pied à pied qu’ils rendent le terrain à l’adversaire.
Finalement, les Allemands ne parviennent pas à réoccuper leurs positions de départ. Ils tentent une nouvelle contre-attaque vers 18 h 30 depuis la tranchée Viala mais n’améliorent pas la situation. Les 2 armées restent accrochées à des positions précaires qu’elles tentent tant bien que mal d’aménager et de consolider.

Du côté du 140e et du 415e R.I., les obus allemands (ainsi que beaucoup de 155 français) sont très meurtriers avant 15 h. A l’heure H, c’est un effectif réduit qui s’élance vers Retegnebois.
A gauche, le 2e bataillon est fauché par les mitrailleuses de l’ennemi. Ses pertes sont énormes, seul 8 hommes reviendront indemnes.
Au centre, le 3e bataillon ne peut sortir de la parallèle de départ. Cloué sur place par les rafales allemandes.
A droite, le 1er bataillon s’élance et atteint assez rapidement ses objectifs, sur ce point, l’artillerie française a été efficace. La 1ère compagnie progresse notamment dans la tranchée de Fulda et atteint le Petit-Dépôt, la 3e arrive jusqu’à l’ouvrage Rond. Cette avancée n’a cependant pas été réalisée sans des pertes sensibles.

A la tombée de la nuit, le R.I.C.M., qui est maître du village de Fleury depuis la matin, est relevé par le 80e R.I.

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Dans le secteur de Belleville, la 33e D.I. (9e, 11e, 20e et 207e R.I.) relève la 30e (40e, 58e, 61e et 240e R.I.) arrivé à ses limites.

Bien que de nombreuses positions aient été reprises ces derniers jours, le général Nivelle estime que ce n’est pas suffisant pour garantir une sécurité appréciable du front de Verdun. Il prévoit pour les jours qui viennent la poursuite d’offensives partielles combinées à la défense active des positions reconquises. Et cela, afin de rétablir le front tel qu’il se présentait au 23 juin, de Thiaumont à la Laufée.

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Front au 18 août 1916


19 août
R.A.S. dans la journée.

Durant la nuit, la 73e D.I. (346e, 356e, 367e et 369e R.I.) relève la 27e (52e, 75e, 140e et 415e R.I.) dans le secteur de Tavannes.
La 17e compagnie du 346e prend position au nord du fortin du Chênois.


20 août
Dans la journée, les hommes de la 17e compagnie du 346e parviennent à ébaucher une tranchée peu profonde mais qui leur permet de résister à 4 attaques allemandes.
Le 3e bataillon du 52e R.I. exécute une attaque face à ses positions pour tenter d’améliorer sa ligne mais cette action n’apporte aucun gain.
Témoignage du caporal GUILLAUME, du 52e R.I. :  » A la fin, nous étions presque mélangés avec les Boches. Une fois de plus, il a fallu se servir des pauvres morts comme parapets. »


21 août
R.A.S.


22 août
Le 344e R.I. monte en ligne dans le secteur de la Haie-Renard. Ses ordres sont de tenir jusqu’au dernier homme.

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23 août – Reprise de la crête de Fleury
Le village de Fleury enfin repris, le général Nivelle poursuit son projet d’offensive et de sécurisatrion du front en s’occupant à présent de la crête de Fleury. Cette position permet en effet aux Allemands d’avoir une vue plongeante sur le ravin des Vignes, ce qui rend le secteur très dangereux. Une reconquête de cette position permettre de sécuriser tout le secteur.
Un régiment du 342e R.I. reçoit l’ordre d’attaquer le crête à 17 h 30.

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La crête de Fleury

Toute la journée, les canons français pilonnent la crête avec acharnement.

A l’heurer H, les hommes s’élancent avec ardeur sur les positions de l’adversaire qui a été très éprouvé par le tir de préparation français. La progression est rapide, à 18 h, la crête est reconquise.
Les pertes françaises ont été de 265 hommes tués ou blessés. Elles sont sensiblement égales au nombre de prisonniers capturés.

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Front au 23 août 1916


24 août – Riposte allemande sur la crête de Fleury et le village
Toute la journée, l’artillerie allemande bombarde la crête de Fleury. Les hommes du 342e R.I. qui tiennent la position depuis la veille, se terrent dans les trous mais les pertes sont lourdes.

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En avant des ruines de Fleury, le 80e R.I. poursuit sa lutte. L’espace qui le sépare des lignes allemandes est très étroit et le bombardement qu’il subit depuis la veille au soir touche également les positions Allemandes. Cela laisse à penser qu’elles ont dû être évacuées durant la nuit. Les hommes du 80e R.I. se portent en avant et trouvent en effet les trachées allemandes vides. Ils les occupent sans difficulté, ce qui leur procure un gain de 200 m.


25 août – Riposte allemande sur la crête de Fleury
Au petit jour, le 342e R.I. qui tient la crête de Fleury reconquise depuis le 23, repousse une forte contre-attaque allemande.
L’ennemi débouche plus particulièrement sur la position tenue par la compagnie de mitrailleuses.
Malgré leur fatigue, 8 mitrailleurs à eux seuls parviennent à briser la 1ère vague d’assaut et empêchent la seconde de sortir.

R.A.S. le reste de la journée.


26 août
Le 80e R.I repousse 3 attaques allemandes à la grenade.
Témoignage du caporal Henry GILARES, du 80e R.I. :
 » Durant cette attaque, nos aviateurs furent d’une crânerie touchant à la témérité. Certains d’entre eux volaient très bas, à cinquante mètres et même moins, sans souci des obus qui pleivaient autour et au-dessous d’eux et allaient s’acharner contre le ravin de la Mort. On pouvait entendre leur voix. Quelle émotion nous avons ressentie à cette vue !
Nous les plaigions et nous les bénissions à la fois ! Et quelle force d’assurance et de tranquilité leur présence ne nous donnait-elle pas ! »

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Témoignage du commandant P. :  » L’aviation apporte aux fantassins un aide matérielle, mais, plus encore, un réconfort moral. Le fantassin, à qui est réservé le rôle le plus ingrat, à qui est confiée la mission la plus dure, a besoin de savoir qu’il n’est pas un paria, que ce qu’il fait est nécessaire, puisque d’autres hommes viennent volontairement partager ses misères et ses périls. « 

Témoignage de E. LOUIS, soldat au 25e B.C.P :  » Lorsqu’il ne trouvait pas de gibier, le lieutenant Navarre ne voulait pas que son vol fût inutile. Au retour, il allait distraire les poilus qui croupissaient dans les tranchées. Il avait pour eux un véritable culte. Si on lui demandait pourquoi il ne tenait pas le compte de ses victoires, il se contentait de répondre : « Est-ce que les gars d’en bas le font ? Non ! alors serais-je plus qu’eux ? »
En rentrant de croisière, il aimait à leur donner des meetings. Il y mettait tout son âme, recourant à la gamme complète de sa virtuosité pour montrer à ces malheureux qu’il pensait à eux et qu’il cherchait à les distraire comme il le pouvait. « 

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Témoignage de E. LOUIS, soldat au 25e B.C.P :  » Un jour, d’un trou d’obus, je vois un de nos avions aux prises avec 5 avions ennemis. Se rendant compte qu’il ne peut s’échapper, l’avions français fonce soudain sur un de ses agresseurs et les deux avions s’abattent en tournoyant entre les deux lignes. Se voyant perdu, notre aviateur n’avait pas voulu mourir seul. « 

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Le 15 R.I., qui tient la position allant de la station de Fleury au ravin des Fontaines, repousse également une attaque grâce à ses mitrailleuses.

Dans la nuit, la 68e D.I. (206e, 212e, 234e et 344e R.I.) monte en ligne et prend position entre le ravin des Vignes et le ravin des Fontaines.


27 août
R.A.S.


28 août
Le 346e R.I. toujours en position au nord du fortin du Chênois repousse une attaque allemande.

p258


29 août
Le 102e R.I. monte en ligne dans le secteur de la Maison-Blanche.
Témoignage de Jules PIE, Sergent au 102e R.I. :
 » Tant que nous sommes restés à Fleury, nous avons avancé à la grenade, puis reculé sous les grenades, 10 mètres un jour, 20 mètres un autre, et toujours de même. A plusieurs reprises, les obus m’ont fait faire du vol plané dans les airs. Un jour, j’ai vu un camarade qui a eu tout le dessus du crâne enlevé par une explosion d’obus ; il avait le cerveau à l’air et il n’était pas tué. « 


30 août
R.A.S. dans la journée.

Durant la nuit, la 7e D.I. (102e, 103e, 104e et 315e R.I.) remplace la 19e (48e, 70e, 71e et 270e R.I.) dans le secteur de la Marguerite.


31 août
R.A.S.


Rive gauche :
Durant le mois d’août, la situation se stabilise. Les combats sont beaucoup moins violents et la majeur partie des manifestations ennemies se bornent à des tirs de harcellement sur les lignes françaises. Chaque armée en profite pour fortifier ses positions.

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26 novembre 2012

La Bataille de Verdun avril

Classé sous — milguerres @ 22 h 44 min

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Période Avril 1916

source récit : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

1er avril
Rive droite
Sur cette rive, débute la véritable guerre d’usure qui va prédominer jusqu’en novembre.
Français à Allemand vont poursuivre leurs combats acharnés et féroces sur des espaces très restreints, avançant et reculant sans cesse, saignant les régiments pour des gains de terrains de quelques mètres à peine. Certaines grandes attaques vont se démarquer comme la grande offensive française pour tenter de reprendre le fort de Douaumont en mai, le siège puis la prise du fort de Vaux par les Allemands en juin ou l’ultime effort allemand vers la ville de Verdun en juillet. Mais dans les autres secteurs du fronts, ça ne va être qu’une succession d’assauts et de contre-assauts.
Cette stagnation inévitable à laquelle les Allemands doivent se résigner, eux qui souhaitaient une percé éclair, et visible par l’apparition de leur côté de gros lanceurs de mines, symbole de la guerre d’usure…

A 4 h 30, le 31e B.C.P. lance une attaque sur les pentes de Vaux. La manœuvre réussit à droite mais à gauche, les compagnies sont clouées au sol par les grenades allemandes. Devant la force du tir ennemi, elles doivent même abandonner leur positions.
Elles sont réoccupées dans la matinée avec l’aide du 158e R.I.

A 16 h, les Allemands lancent une violente attaque près de Vaux mais ils sont repoussés. La ligne française est sauve mais 340 hommes et 18 officiers du 31e B.C.P. ont été soit blessés soit tués.
Témoignage du commandant P. :  » Pour qui se plonge dans l’étude de la bataille de Verdun, c’est un émerveillement perpétuel que ce constant et rapide équilibre de nos moyens et de nos besoins. Nous perdons beaucoup d’hommes parce que le matériel nous fait défaut, mais c’est en vain que l’adversaire s’efforce de nous réduire et par l’avalanche de ses obus et par ses attaques à la perfection mathématique : plus la poussée est puissante, et plus la résistance devient flexible et tenace. «

Rive gauche
Comme nous l’avons vu plus avant, les Allemands s’activent depuis la 16 mars sur la rive gauche, à conquérir non seulement le Mort-Homme mais également la côte 304 qui offre une vue stratégique sur ce dernier.
En effet, tant que la côte 304 est aux mains des Français, les attaques sur le Mort-Homme sont trop dangereuses.
Ils ont tout abord attaqués le bois de Malancourt-Avocourt le 20 mars gagnant un important terrain. Puis, à partir du 21, ont lancé successivement de méthodiques assauts par le nord, le nord-ouest et l’ouest, visant à grignoter petit à petit les positions qui les séparent de la côte 304.
Ces assauts vont les occuper jusqu’au 8 avril…

Le 1er avril, le bombardement allemand est ininterrompu sur toutes les positions françaises.

la Bataille de Verdun Avril  p242

 

2 avril – Pression allemande sur les 2 rives
Rive droite
A 4 h 30, le 1er bataillon du 149e R.I. part à l’attaque du village de Vaux. Après avoir reconquis quelques ruines de maisons, les hommes sont contraints à s’arrêter, soumis à un formidable bombardement et aux tirs d’une 10e de mitrailleuses.
Bientôt, une forte contre-attaque allemande se rue sur les Français et un furieux corps à corps s’engage. Les survivants français doivent se retrancher vers leur position initiale.
A la gauche du 149e R.I., le 31e B.C.P. parvient à s’emparer d’une tranchée allemande. Mais il est ensuite soumis à un bombardement infernal qui le contraint à se replier

Vers 15 h, de la fontaine de Morchée au ravin de l’étang de Vaux, violente attaque allemande.
Sur le front du 360e R.I., face au bois de Morchée et devant la ferme de Thiaumont, l’attaque échoue mais les pertes françaises sont importantes.
Devant le 269e R.I., au sud du fort de Douaumont, un 1er assaut échoue mais une seconde tentative parvient à pénétrer dans la tranchée de Morchée et dans une partie du bois de la Caillette. Par cette manœuvre, l’ennemi est parvenu à ouvrir une profonde brèche dans les lignes françaises.
Pétain donne l’ordre à la 5e D.I. (36e, 74e, 129e et 274e R.I.) arrivée de la Somme de 1er, de se mettre en marche en urgence vers Verdun. Cette division est commandé par le général Mangin qui jouera plus tard un rôle important dans l’histoire de la bataille de Verdun.
Pétain réitère de plus sa demande de nouvelle troupe. Joffre lui répond en ses termes qui ne laissent aucune équivoque :  » Vous connaissez la situation générale de l’ennemi et celle des forces françaises. Vous devez en conséquence tout faire pour que je ne sois pas obligé, dés maintenant, de faire appel au dernier corps frais que j’ai disponible «

Rive gauche
Ce n’est que le 2 avril, en fin d’après-midi, que les Allemands se rendent compte que les Français ont abandonné le bois Carré (le 30 mars). Ils occupent aussitôt les anciennes tranchées françaises et les fortifient.

p116 dans

 

3 avril – Pression allemande sur les 2 rives
Rive droite
C’est le 74e R.I. qui reçoit la dure mission de résorber la brèche ouverte la veille.
Après une marche de 18 h, effectuée à l’arrivée sous le bombardement, il part à l’assaut à 4 h 30. Sa progression est lente mais après un violent et long combat rapproché, il rejette en partie les Allemands vers l’arrière et referme la brèche (seule la tranchée Morchée et le boyau Vigoureux restent aux mains de l’ennemi).

Les pertes ont été nombreuses et les hommes encore valide sont à bout de force. Ils se barricadent sur place, face à l’ennemi.
Toute la journée, sur le reste du front droit, le bombardement allemand est très violent.

Rive gauche
Dans la nuit, une nouvelle tentative ennemie sur le bois d’Avocourt est repoussée.

 

4 avril
Rive droite
Dès l’aube, sur les pentes du fort de Douaumont et le bois de Morchée, tenues par le 129e R.I., un violent bombardement allemand par obus de 150 et 210 nivelle chaque m² de terrain. Les hommes se blotissent au font de leurs tranchées. L’attaque qui suit ce bombardement parvient à être repoussée à la grenade.

A 11 h 30, au nord-ouest de l’ouvrage de Thiaumont, l’ennemi s’infiltre sur la droite mais il est repoussé par des éléments du 1er bataillon du 118e R.I.

Au cours de l’après-midi, de nombreux obus français tombent sur leurs propres lignes.
Témoignage de Frédéric BAYON, soldat au 126e R.I. :  » Ce jour néfaste d’avril, ce fut notre artillerie qui se chargea de nous « sonner » et avec du 155 encore, cela pendant plus d’une heure : tantôt quelques mètres en arrière de notre tranchée, tantôt en avant la terre nous retombant dessus en pluie, les éclats froufroutant et se fichant tout brûlants dans nos parapets, frappant même les couvertures roulées sur mon sac que j’avais posé sur ma tête pour laisser passer l’averse ; et, plus ça tombait près, plus j’entendais rire aux éclats les Boches dont les tranchées n’étaient pas à 20 mètres des nôtres.
Sans discontinuer, les fusées rouges montaient, demandant l’allongement du tir, cependant que notre colonel s’arrachait les cheveux dans son P.C. en criant : « Les salauds ! Ils tirent sur mon régiment… » »

A 19 h, les Allemands tentent de reprendre au 74e R.I. (1er bataillon) le terrain qu’ils ont perdu la veille. Ils chargent la tranchée des Chasseur mais ne parviennent pas à passer le barrage français.
A 19 h 30, le 1er bataillon du 74e passe à l’attaque à son tour mais il est également renvoyé sur ses positions.

Rive gauche
Les obus allemands s’acharnent sur les positions françaises et plus particulièrement sur le village de Haucourt. A 14 h, l’ennemi attaque le village mais ne peut y entrer.

Pendant la nuit, l’artillerie française tente de répondre de son mieux aux obus allemands.

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Batteries de 75 en plaine action

 

5 avril – Perte du village de Palavas (rive gauche)
Rive droite
A matin, le 1er bataillon du 74e R.I. repousse une nouvelle attaque mais subit de lourdes pertes.

Vers 16 h, il part à l’assaut et parvient cette fois-ci à prendre une partie du boyau Hans. Il réalise ainsi une importante progression.

Rive gauche
Le bombardement allemand est très violent sur les villages de Haucourt, Vassincourt et Palavas. Les forces françaises qui tiennent ses positions sont littéralement broyées sous les obus et succombent petit à petit.

Témoignage de Lucien JOURDAN, sergent au 48e R.I. :  » Je mets la tête hors du boyau pour essayer de reconnaître les morts qui sont étendus là. Seul, car tout le monde est terré, je suis épouvanté devant ce gigantesque charnier et suffoqué par l’odeur qui s’en dégage.
A perte de vue, la terre est recouverte de cadavres : tout est changé : les vivants sont sous terre et les morts sur la terre  »

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A 16 h, malgré un pilonnage français assez soutenu, l’ennemi se lance à l’attaque sur Palavas. A 18 h, le village de Palavas est perdu. Un seul survivant français parviendra à rejoindre les 2e lignes.

A la nuit, 2 bataillons du 26e et un du 153e R.I. reçoivent l’ordre de contre-attaquer le village perdu. Mais il est trop tard pour espérer une reconquête du village. Ils se mettent néanmoins en route.

Sur Béthincourt, un bataillon du 37e R.I. repousse une attaque allemande.

 

6 avril
Rive droite
De 7 h à 14 h, sur les pentes du fort de Douaumont et le bois Morchée, tenues par le 129e R.I., même bombardement que le 4 avril.
Après 14 h, une attaque allemande est repoussée par les canons et les fusils français.
Le 3e bataillon du 129e R.I. reçoit l’ordre de poursuivre l’effort entrepris le 4 avril, et de reprendre la tranchée Morchée et le boyau Vigoureux qui ont été perdus le 2 avril. D’un seul élan, les 9e et 10e compagnies s’élancent et reprennent le terrain.

Plus tard, 2 contre-attaques allemandes sont repoussées mais les pertes françaises sont importantes.

Rive gauche
Vers 4 h 40, les 3 bataillons (26e R.I et 153e R.I.) partis la veille au soir, s’avancent sous le barrage allemand et viennent s’enterrer devant le village de Palavas. Le bombardement est si important et la situation si précaire qu’une tentative d’attaque est insensée.
Cette action, réalisée trop tard, ne permet donc pas la reconquête du village, mais stop néanmoins l’ennemi et l’empêche de continuer sa progression au delà du village.

Les 2e et 3e bataillons du 59e R.I. s’emparent de la lisière sud du bois d’Avocourt.
La 4e compagnie du 83e R.I. s’empare de la corne ouest du bois d’Avocourt avant que les Allemands aient pu tirer un coup de fusil. Elle s’organise sur la position qu’elle vient de conquérir. Plus tard, elle repousse plusieurs retours offensifs.

Du côté français, en dépit des combats qui continuent, la journée est passée à tenter de rétablir la liaison entre les différents éléments isolés sur le champ de bataille, et les nombreux tronçons et boyaux.

 

7 avril
Rive droite
Le 129e R.I. est toujours en ligne sur les pentes du fort de Douaumont et le bois de Morchée. Il tient le secteur depuis 4 jours et ses forces commencent à s’amenuiser.
Des éléments du 3e bataillon ont repris des positions ennemis, la tranchée Morchée et le boyau Vigoureux. Et les hommes vivent à présent au milieu des cadavres allemands et français durcis par le froid. L’eau manque cruellement et le ravitaillement ne passe plus. La fatigue, les privations, la peur, la tension nerveuse commencent à rendre les corps douloureux. Les cartouchières et les caisses de grenades se vident peu à peu.

p41

Dans la matinée, ces hommes repoussent 4 nouvelles attaques.. A la 5e, ils sont débordés et contraint malgré eux à évacuer la tranchée Morchée.

L’après-midi, l’habituel bombardement allemand reprend.

Rive gauche
Au matin, 2 compagnies du 37e R.I. dans le secteur de Palavas, tentent de reprendre un élément de tranchée devant eux. C’est un échec.

Jusqu’à 17 h, violent bombardement allemand par obus lacrymogènes et de gros calibres au sud d’Haucourt, positions tenues par le 153e R.I.

A 17 h 30, l’ennemi s’élance et s’empare des villages de Peyrou et de Vassincourt. Le 153e R.I. doit se replier sur le bois Camard.
Aussitôt, plusieurs bataillons du 146e R.I. sont alertés et montent en ligne à Montzéville. Ils s’avancent entre le bois Camard et le bois Equerre.
Le 160e R.I. se positionne au village de Vigneville.
Le 156e R.I. qui est en réserve, se prépare.
De son côté, le 26e R.I. devant Palavas depuis la veille, résiste énergiquement.

 

8 avril – Perte du village de Béthincourt (rive gauche)
Rive droite
A 3 h, le 129e R.I. subit une nouvelle attaque à la grenade. Il doit céder un poste ainsi qu’une barricade. Il contre-attaque à la baïonnette et rétablit la situation.

Toute la journée, le bombardement de très gros calibres s’abat sur le fort de Vaux et ses alentours.

Au soir, les 36e et 129e R.I. lancent une attaque sur les tranchées Couderc et Morchée. Les hommes parviennent à enlever la 1ère ligne et à progresser dans la seconde.

Rive gauche
Deux bataillons du 160e R.I. et 1 du 146e reçoivent l’ordre de reprendre les ouvrages perdus la veille (ouvrages de Vassincourt, Peyrou et Palavas). Ils doivent s’élancer à 4 h de la pointe nord du bois Camard et de la lisière sud du bois Equerre. Cependant, suite aux pertes subies durant le bombardement allemand, l’attaque ne peut avoir lieu.

Au soir, suite à l’avance qu’ont réalisée les Allemands les jours précédents, les positions françaises au sud du ruisseau des Forges sont devenue très précaires. Ainsi, le village de Béthincourt est encerclé aux ¾. Le général Pétain donne l’ordre d’évacuer le village pendant la nuit.
Les nouvelles positions en retrait sont renforcées par la 11e D.I. (26e, 37e, 69e et 79e R.I.) et la 39e (146e, 153e, 156e et 160e R.I.).

» Tous les combats du 4 au 8 avril ont coûté de grosses pertes à la 21e brigade ; 20 officiers et 800 hommes environ au 26e R.I., plus de 30 officiers et de 1 300 hommes au 69e. L’artillerie de campagne a tiré 120 000 coups pendant la nuit du 5 au 6 et la journée du 6. «

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Le champ de bataille de Verdun tel qu’il sera à la fin de l’année

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Front au 8 avril 1916

 

9 avril – Perte de la cote 295 du Mort-Homme (rive gauche)

Pétain et Poincaré:

En plus des réticences que Joffre témoigne à lui envoyer les troupes fraîches qu’il demande, Pétain doit faire face à l’incompréhension des politiques de l’arrière.
Le président de la République Mr Poincaré, loin de la réalité de Verdun, ne comprend pas pourquoi les surfaces de terrain reprises à l’ennemi sont si minuscules. Ou souvent, un seul nom de tranchée reconquise en mentionné dans les communiqués.
Lorsqu’il regarde la carte du front, le président voit le fort de Douaumont à 400 m des positions françaises les plus avancées. Et il lui semble qu’une forte offensive vite mise sur pied et rapidement menée peut facilement reconquérir ces 400 m et reprendre le fort de Douaumont (succès qui aurait un retentissement immense). Cependant, lorsqu’il s’entretient avec Pétain, ce dernier émet de grosses réserves pensant à l’inverse que ce n’est pas le bon moment et qu’une contre-offensive doit être préparée très méticuleusement.
Témoignage du général Pétain :  » Le Grand Quartier Général ne voyait pas l’ensemble de nos difficultés. Il lui semblait que la lutte prenait une allure traînante et que nos réactions tardaient. Comme j’avais rendu compte, le 8 avril, d’un redressement de nos lignes au sud de Béthincourt, point d’appui formant désormais un saillant inutile en avant de notre  » position de résistance « , je recevais aussitôt l’ordre de rétablir le statu quo ante par  » une vigoureuse et puissante offensive à exécuter dans les plus bref délai « …
Je répliquai par un télégramme :  » La situation sur la rive gauche n’est pas mauvaise. J’espère arriver à arrêter complètement l’ennemi. Mais le choix de la position a une très grande importance. Je demande donc qu’on me fasse confiance et qu’on ne se laisse pas impressionner par quelques reculs partiels prémédités. »

Cette prudence dont fait preuve Pétain, qui connaît les dures conditions de combat, la ténacité de l’adversaire et la situation actuelle, n’est pas comprise par les politiciens de Paris, et interprétée comme une certaine passivité. Cette situation commence peu à peu à agacer au ministère, et cela conduire finalement à son remplacement futur…

Cependant, pour le moment, Pétain fait tout ce qu’il peut avec les moyens dont il dispose, et il n’est pas du tout  » passif « . Il s’inquiète notamment sur la nécessité d’augmenter le nombre d’avion qui est très inférieur à celui des Allemands.
Depuis peu, l’aviation commence à prendre de l’importance dans la guerre, avion d’observation, de réglage d’artillerie, de photographie, de destruction. Cependant, cette arme moderne n’en ai qu’à son balbutiement et a de gros progrès à faire. Les avions monoplace ouverts aux vents, sont légers et fragile, mais les modèles allemands sont les plus puissants et les plus modernes (biplan bimoteur Fokker). Le tir de mitrailleuse à travers l’hélice vient juste d’être inventé.

p119

Témoignage du lieutenant Jacques MORTANE de l’escadrille M.F. 19 :  » Il est une réforme que réclament tous nos chasseurs de l’air. Alors qu’ils ne disposent que de bandes de 47 cartouches pour leurs mitrailleuses, les Allemands ont le loisir de tirer 1000 balles sans armer à nouveau. Oui, 1000 contre 47, soit 953 chances de plus de triompher dans les combats aériens. C’est un handicap que la maestria des nôtres ne peut pas toujours combler.
Pour bien s’en rendre compte, il faut voir en quoi consistent les manœuvres de la mitrailleuse à bord d’un monoplace ; une fois les 47 cartouches tirées, le pilote s’aide péniblement des genoux pour tenir son manche à balai en tâchant de maintenir l’appareil en ligne de vol. Il saisit son arme d’une main, l’anneau qui la décroche de l’autre, la rabat, retire le disque avec les deux mains, le jette dans le fond du fuselage, prend une autre bande, la place sur la mitrailleuse, arme et raccroche.
Lorsque tout va à souhait, c’est là un travail qui nécessite au moins trente secondes pendant lesquelles l’avion est à la merci de l’ennemi qui peut gaspiller ses munitions sans crainte : dame, 1000 balles ! Ces trente secondes sont un minimum rarement obtenu et pourtant elles constituent déjà un temps qui semble immémorial. Que de choses, que de drames peuvent se dérouler en une demi minute, lorsque vous êtes en face d’un adversaire attaché à votre perte !
Et combien d’inconvénients proviennent de cette inégalité dans l’armement ! Alors que l’Allemand ouvre le feu à 200 ou 300 mètres, nos pilotes sont obligés d’attendre d’être à moins de 30 mètres. Ils approchent le plus qu’ils peuvent pour perdre le moins de balles possible. Or, à 3000 mètres dans l’espace, ce sont deux volontés qui se trouvent en présence ; c’est le duel où il faut une victime. L’avantage n’est-il pas à celui qui a mille cartouches à brûler ? «

Les pilotes sont en général assez jeunes et intrépides, et bien qu’ils ne connaissent pas la vie des tranchées, ils partagent à leur manière la vie des Poilus.
Témoignage de E. LOUIS, soldat au 25e B.C.P :  » Lorsqu’il ne trouvait pas de gibier, le lieutenant Navarre ne voulait pas que son vol fût inutile. Au retour, il allait distraire les poilus qui croupissaient dans les tranchées. Il avait pour eux un véritable culte. Si on lui demandait pourquoi il ne tenait pas le compte de ses victoires, il se contentait de répondre : « Est-ce que les gars d’en bas le font ? Non ! alors serais-je plus qu’eux ? »
En rentrant de croisière, il aimait à leur donner des meetings. Il y mettait tout son âme, recourant à la gamme complète de sa virtuosité pour montrer à ces malheureux qu’il pensait à eux et qu’il cherchait à les distraire comme il le pouvait. «

Depuis le début de la bataille, l’ennemi a rassemblé ses meilleurs appareils et ses meilleurs pilotes. Et depuis le 21 février, ce sont eux les maîtres du ciel de Verdun.
Témoignage de E. LOUIS, soldat au 25e B.C.P :  » Un jour, d’un trou d’obus, je vois un de nos avions aux prises avec 5 avions ennemis. Se rendant compte qu’il ne peut s’échapper, l’avions français fonce soudain sur un de ses agresseurs et les deux avions s’abattent en tournoyant entre les deux lignes. Se voyant perdu, notre aviateur n’avait pas voulu mourir seul. «

p47

Pétain entend inverser la donne et convoque le commandant de la 1ere escadrille de chasse de la 5e armée, le commandant de Tricornot de Rose. Il lui confie le commandement des 8 escadrilles réunies à Bar-le-Duc, avec la mission impérative d’égaler et de dépasser le niveau des Allemands.
En d’autres termes, Tricornot de Rose a les pleins pouvoir et une consigne simple :  » Nettoyer le ciel de Verdun. «

L’aviation (Accessible également dans la partie Thèmes)

 

A partir du 9 avril, les Allemands croient que le moment est venu de produire à nouveau un gros effort, sur un front important.
Depuis le 1er avril, sur la rive droite, ils ont réalisé des assauts répétés sur les secteurs de Thiaumont, Vaux, Douaumont, bois de Morchée, mais ne sont pas parvenu à percé.
Sur la rive gauche, ils se sont heurté aux Français au bois d’Avocourt, au village de Haucourt et de Palavas en parvenue tout de même à conquérir ce dernier. Lais les gains sont maigres.

Ils redouble donc de force dans leurs actions et dans leurs pilonnages par une grande offensive du 9 au 12 avril. Le bombardement sera inouïs et les lance-flammes seront énormément employés.

 

Rive droite
Toute la journée, les secteurs du bois franco-boche, du bois Bride ainsi que du ravin du Monument, tenus par le 78e R.I., sont sauvagement bombardés.
Les tranchées disparaissent et les abris s’effondrent. Un grand nombre d’hommes sont commotionnés, ils sont sourds, hébétés, suffoqués. Leur visage et leur main ruissellent de sang qui coule par 1000 blessures (projection de terre, de pierre et de sable) qui se mêle à la poussière et forme des caillots affreux.

Le soir, l’ennemi se lance à l’attaque et pénètre dans la 1ère ligne françaises. Les pertes du 78e R.I. sont très lourdes (850 hommes sont mis hors de combat). Les survivants reculent mais leur résistance est acharnée et l’ennemi doit stopper.

De leur côté, la 11e compagnie du 129e sur les pentes du fort de Douaumont et le bois de Morchée, lance une attaque et parvient à progresser de 150 m. Le soir, une nouvelle attaque permet une nouvelle progression de 70 m. A sa gauche, la 4e compagnie attaque en même temps et gagne 80 m de terrain.

Rive gauche
Toute la matinée, le bombardement allemand est très violent sur la ligne allant du village d’Avocourt à la Meuse. La cote 304 et le Mort-Homme semblent être les secteurs les plus touchés.

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A 12 h 30, 5 bataillons allemands sortent de leurs tranchées et prennent d’assaut les positions adverses. L’attaque couvre un espace allant du bois Camard au delà du Mort-Homme, et le village de Cumières.
L’ennemi s’empare de l’ouvrage de Lorraine, de la tranchée à l’est du ravin de la Hayette (162e R.I.), de la cote 295 (151e R.I.), des hauteurs du ravin des Caurettes (8e B.C.P.) et parvient à ouvrir une brèche de 500 m dans le dispositif français. Cependant, il ne peut pénétrer dans le village de Cumières défendu par le 94e R.I.

A l’ouest d’Avocourt, l’ennemi pénétre temporairement dans l’ouvrage de Rieux (163e R.I.) mais après plusieurs heures de combats, il doit l’abandonner. Durant ce combat, le 163e a perdu 18 officiers et 390 hommes.

Bien que l’ennemi ait progressé sur l’ensemble du front gauche, ses gains n’ont été que partiels. Le seul point important conquis est la cote 295 du Mort-Homme qui constitue un observatoire stratégique.
Si l’on regarde le nombre des forces qui sont parties à l’assaut, il semble que l’état major allemand escomptait une progression beaucoup plus importante.

Durant la nuit, de nombreux bataillons français viennent renforcer les nouvelles lignes.

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Front au 9 avril 1916

 

10 avril – Pression allemande sur les 2 rives
Rive droite
A 4 h, le 78e R.I. lance une contre-attaque devant le village de Bras. Les positions au bois Bride et au ravin du Monument, perdues la veille, sont reconquises. Seules les tranchées du bois Franco-Boche restent aux mains de l’ennemi.

A 15 h, après le bombardement allemand très violent qui dure depuis l’aube, l’ennemi attaque au saillant de Douaumont, toujours tenu par le 129e R.I. Les nombreux lance-flammes obligent les Français à se replier et à abandonner 40 m de tranchée.
A 21 h 30, une contre-attaque du 129e rétablit la situation.

Rive gauche
Les attaques allemandes de la veille se poursuivent. Entre Haucourt et le ravin de la Hayette, les ouvrages Romemont et Alsace (79e R.I.) sont perdus.

A 21 h, à l’est du Mort-Homme, le 8e B.C.P. est attaqué au lance-flamme et doit se replier jusqu’au nord du bois des Caurettes. A sa droite, le 16e B.C.P. recule également et occupe la corne nord-ouest du bois. La situation est tragique pour ces 2 bataillons

Dans la nuit, des contre-attaques sont envisagées pour porter secours au 8e et 16e B.C.P. Cependant, le 251e R.I. qui a la mission de se porter au nord du bois des Caurettes ne peut arriver à temps.

 

11 avril - Pression allemande sur les 2 rives
Rive droite

Le jour se lève sous un violent bombardement de l’artillerie allemande de la Meuse au fort de Vaux.

Vers 8 h, le 78e R.I. contre-attaque à nouveau sur le bois Franco-Boche et parvient à réoccuper les tranchées à la lisière du bois.

Le terrible bombardement allemand se poursuit une bonne partie de l’après-midi.

A 16 h, l’ennemi part à l’assaut du ravin de la Caillette tenu par le 36e R.I. Les hommes du 36e doivent tout d’abord abandonner leur position mais reviennent à la charge avec l’aide des mitrailleuses du 74e R.I. Les positions évacuées sont regagnées.
A l’autre bout du ravin de la Caillette, le 274e R.I. qui occupe la tranchée Hans doit également abandonner une partie de la tranchée. Une contre-attaque permet de reprendre la totalité de la tranchée et de faire de nombreux prisonniers.

Le front du 24e R.I est attaqué à maintes reprises durant la journée mais il reste inébranlable. Idem sur celui du 36e et du 129e R.I. où la tranchée Morchée est de nouveau perdue.

p381

En fin d’après-midi, l’infanterie allemande stoppe ses manœuvres offensives et l’artillerie recommence son pilonnage quotidien sur les lignes françaises.

Rive gauche
La veille au soir, les 5e et 6e bataillons du 227e R.I. ont reçu l’ordre de reprendre le bois Carré, à proximité du village d’Avocourt. A 8 h 30, les 2 bataillons sous les ordres du commandant Picard s’élancent. Les hommes ont une distance de 800 m à parcourir avant d’atteindre le bois, et un terrible tir de barrage barre le passage. Les 100 derniers mètres du trajet sont coupés d’un réseau de fils de fer et balayé au ras du sol par plusieurs mitrailleuses allemandes.

p121

Quand l’assaut est donné, les 150 hommes s’élancent entre les éclatements. Ceux qui parviennent à passer sont littéralement fauchés, mais ils poursuivent leur course.
Electrisés par la charge héroïque des hommes qu’ils ont face à eux et qui se rapprochent rapidement, les Allemands quittent peu à peu leur poste de combat et s’enfuient vers l’arrière. Finalement, une poignée de Poilus prennent d’assaut la tranchée allemande et s’y maintiennent.
Une lutte à la grenade s’engage alors toute l’après-midi entre la tranchée reconquise et quelques poches de résistance allemandes. Mais la situation ne change pas.
Le soir, le bombardement allemand reprend, ajoutant de nouvelles victimes dans le camp français déjà très lourdement éprouvé.
Témoignage du commandant Picard :  » Expliquer comment la moitié du bataillon arrive tête baissée sur la tranchée allemande qui borde au sud le bois Carré, saute dedans, en ressort en hurlant pour s’arrêter enfin à quelques mètres de la deuxième tranchée sous le feu crépitant des mitrailleuses, cela est au-dessus de les forces. Mais si tout l’objectif n’était pas atteint, du moins nous étions chez l’ennemi, dont les cadavres et les blessés remplissaient tranchées et boyaux…
Tout l’après-midi, luttes à la grenade.
Avec la nuit, tombe une pluie mêlée de neige. Le bombardement s’accroît. Notre dépôt de grenades prend feu, puis c’est notre dépôt de fusées qui s’enflamme. Sous ce feu d’artifice, les appels et les gémissements de nos blessés nous semblent plus tragiques encore.
Oh ! la guerre, la guerre au hideux visage !…on ne la voit que là, sur la ligne de feu, quand on piétine dans le sang. Le P.C. d’un colonel, c’est déjà l’arrière. «

Témoignage d’un inconnu :  »  » Les compagnie du 5e bataillon du 227e, parties à l’effectif de 150, ne comptaient plus, en moyenne, que 45 hommes à la relève ; les deux tiers des officiers étaient tués.
Relevés deux jours après, les débris du bataillon allaient au repos à Récicourt.
Ce qu’avaient fait le commandant Picard et ses hommes était connu de tout le secteur. Sur leur passage, tous les poilus faisaient la haie. Jamais je n’ai entendu acclamations pareilles  »

A l’est du Mort-Homme, la lutte désespérée du 8e B.C.P. se poursuit toute la journée. Le soir, le bataillon « n’existe plus  » …

12 avril – Lutte des pentes sud de Douaumont (rive droite)
Rive droite
Violents combats entrecoupés de vifs bombardements dans la région Vaux-Douaumont.

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A 18 h, 2 attaques allemandes sont repoussées sur l’antenne de la tranchée de Douaumont.
A 22 h 30, une contre-attaque du 36e et du 129e R.I. sur le tranchée Morchée se solde par un échec.

Rive gauche
A 4 h, le 16e B.C.P. très éprouvé par ses combats des 2 jours précédents sur le bois des Caurettes, parvient à repousser une nouvelle attaque.

 

La grande offensive allemande débutée le 9 n’a donc pas donnée de résultat. Le haut commandement allemand renonce donc momentanément aux grandes attaques générales sur de grands fronts. Il entend maintenir un bombardement aussi intense que celui déjà en place, et se livrer à des attaques locales, fréquentes, violentes, étroites et profondes. De nombreux renfort à l’arrière étant prêt à exploiter le moindre succès. Le but est d’user petit à petit l’ennemi.

A l’inverse, du coté français, bien que le général Pétain pense que le bon moment pour l’offensive ne soit pas encore venu, il commence à songer à passer à l’action. Il demande au général Nivelle, qui commande alors le 3e corps d’armée, et qui jouera plus tard un rôle important dans l’histoire de la bataille de Verdun, d’étudier une attaque de grande envergure visant à reprendre le fort de Douaumont.
Témoignage du général Pétain :  » Au début du printemps, les Allemands conservaient sur nous une grande supériorité de moyens. Aussi ma conviction restait-elle entière que nous n’étions pas mûrs pour les grandes ripostes.
Conformément à mes instructions, le général Nivelle étudiait et préparait méthodiquement la reprise du fort de Douaumont sans rien brusquer et en se tenant prêt à exploiter les circonstances propices…
… Les Français ne peuvent s’en tenir à une défensive passive et se résigner à reculer un peu chaque jour, car chaque mètre en profondeur a sa valeur ; on n’a pas derrière soi une zone profonde où l’on puisse reculer indéfiniment ; il faut absolument empêcher les Allemands d’atteindre la crête Souville-Saint-Michel (à 2 km au nord-est de Verdun), d’où ils pourront pointer directement leurs pièces sur Verdun. D’autre part, un recul continu affecterait péniblement le moral des défenseurs. Il est d’ailleurs prouvé qu’on perd plus de monde dans la défense que dans l’attaque bien préparée et bien appuyée. «

Pour cela, Pétain réinsère une fois de plus à Joffre sa demande de nouvelles troupes :  » L’envoi de nouvelles unités est nécessaire. Je demande avec insistance que ces nouvelles unités soient choisies parmi celles qui n’ont pas encore paru sur le front de Verdun. La violence et la continuité du bombardement, la difficulté des liaisons et des ravitaillements, l’importance des pertes subit suffiraient à expliquer l’usure très accélérée des troupes qui sont appelées à un second séjour sur un front aussi périlleux.
Il est à remarquer que les troupes qui reviennent au front pour la seconde fois ont été reconstituées à l’aide de la classe 1916 ; ces recrues n’ont jamais vu le feu et l’on constate qu’elles se laissent impressionner par le bombardement auxquelles elles sont soumises, plus que les contingents anciens. «

» Mon coeur se serrait, quand je voyait aller au feu de Verdun nos jeunes gens de vingt ans, songeant qu’avec la légèreté de leur âge ils passeraient trop vite de l’enthousiasme du premier engagement à la lassitude provoquée par les souffrances, peut-être même au découragement devant l’énormité de la tâche à accomplir.
Du perron de la mairie de Souilly, mon poste de commandement si bien placé au carrefour des chemins conduisant vers le front, je leur réservais ma plus affectueuse attention quand ils montaient en ligne avec leurs unités : cahotés dans les inconfortables camions ou fléchissant sous le poids de leur appareil de combat quand ils martchaient à pieds, ils s’existaient à paraître indifférents par des chants ou des galéjades et j’aimais le regard confiant qu’ils m’adressaient en guise de salut.
Mais quel découragement quand ils revenaient, soit individuellement comme éclopés ou blessés, soit dans les rangs de leurs compagnies appauvries par les pertes ! Leur regard insaisissable semblait figé dans une vision d’épouvante : leur démarche et leurs attitudes trahissaient l’accablement le plus complet ; ils fléchissaient sous le poids de souvenirs horrifiants ; ils répondaient à peine quand je les interrogeais et, dans leur sens troublés, la voix goguenarde des vieux poilus n’éveillait aucun écho. »

Ce dernière témoignage du général Pétain permet de mieux cerner l’homme. Un général de guerre se doit par devoir, de ne pas songer ni imaginer les souffrances subit par les combattants. Il doit conserver une imagination abstraite afin de mener à bien et dans les meilleurs conditions son rôle de commandement. Sans pour autant être un bourreaux sanguinaire, un général ayant une telle bataille en charge, à la mission inexorable d’envoyer des hommes au combat, et de leur demander l’impossible. Ses considérations « sentimentales » sont généralement réservées aux poètes ou aux écrivains.petain3

La guerre de 14-18 a souvent le cliché de généraux envoyant à la morts des milliers d’hommes pour la reconquête de positions minimes et désuètes, et cela, pour servir leur gloire personnelle. Ca a été en effet une réalité.
Cependant, le général Pétain n’était pas de ceux là. Il avait réellement une grande considération pour ses hommes, et du début à la fin de son commandement, tout en sachant les événements incroyables et les difficultés énormes qu’il a dû surmonter, il a toujours essayé dans la mesure du possible, de ménager les combattants de Verdun.

Témoignage de Franck ROY, soldat au 266e R.I. :  » Il y a dans les rangs beaucoup de jeunes des classes 16 et 17, trop jeunes pour supporter de pareilles épreuves. Quand les chefs font leur ronde, il arrive souvent qu’ils trouvent les guetteurs endormis, même quand la neige tombe. Ils sont là, à demi couverts de neige, à demi congestionnés, et dormant cependant à poings fermés. «

 

13 avril
Rive droite
A 9 h 30 et à 16 h, 2 nouvelles attaques allemandes sur l’antenne de la tranchée Douaumont sont mises en échec.

Rive gauche
» Journée calme «

p219.

 

14 avril
Rive droite
A l’intersection de la tranchée de Morchée et le boyau Vigoureux, des combats à la grenade sont constants. En 9 jours, la tranchée Morchée est passée 3 fois d’un camp à l’autre. Elle reste finalement aux mains de l’ennemi.
Le fort de Vaux et ses abords sont pilonnés sans relâche.

Rive gauche
A 16 h 45, 2 compagnies du 287e R.I. partent à l’attaque de la cote 295 au Mort-Homme, perdue le 9 avril. Cependant, elles ne parviennent qu’à reprendre un petit poste avancé.
Exposées ensuite aux tirs des mitrailleuses allemandes trop dangereusement, les 2 compagnies attendent la nuit et regagnent leurs positions.

Pendant la nuit, la 37e D.I. (2e et 3e zouaves, 2e et 3e tirailleurs) commence à relever la 76e (157e, 163e, 210e et 227e R.I.)

15 avril – Tentative française pour se rapprocher du fort de Douaumont (rive droite)
Rive droite
A 18 h 10, la 1ère attaque visant à se rapprocher du fort de Douaumont est lancée. Les objectifs sont les tranchées allemandes de 1ère ligne entre le ravin de la Caillette et celui de la Fausse-Cote, au sud-est du fort.

A gauche, le 140e et 210e R.I. atteignent le boyau Hans et font 28 prisonniers.
Au centre, le 36e R.I. qui part des tranchées Hauteville et Driant, rencontre assez rapidement une forte résistance. Par 3 fois, il tente une percée mais sans succès. Le 2e bataillon parvient néanmoins a reprendre un élément de tranchée.

Témoignage du général Pétain :  » Une terrible lutte se poursuivait dans le ravin de la Caillette entre Souville et Douaumont. Les bataillons de la division Mangin y progressaient pied à pied, avec une obstination que rien ne décourageait, et s’accrochaient méthodiquement aux éperons s’élevant vers le fort de Douaumont : ils avaient reçu la mission d’enserrer l’ouvrage et de s’en rapprocher par un travail de sape, afin de réduire au minimum la distance d’assaut.
Leur courage et leur endurance, pour mener à bien cette besogne entre toutes difficiles, dépassaient nos espoir et rien n’était réconfortant comme de les voir, de l’observatoire de Souville, gagner quelques pouces de terrain et organiser aussitôt la défense de leur amorces de tranchées… sous le feu impitoyable des engins modernes, dans l’atmosphère méphitique des gaz, sous la menace des  » lance-flammes « …
Car l’ennemi ne restait point passif : sur chacun des tentacules qui s’avançaient vers lui, il entretenait un tir de destruction systématique, avec ses minenwerfer et ses mortiers, puis il lançait les uns après les autres des détachements d’assauts. Des prises d’armes furieuses se déroulaient alors entre ces groupes de soldats, d’une bravoure égale, qui se disputaient le sol lambeau par lambeau, comme si les destinées de leurs patries respectives se jouaient vraiment sur ces infimes espaces. «

p118

Rive gauche
Il pleut sans interruption. Le terrain n’est plus qu’un immense bourbier.

Témoignage du soldat Jules GROSJEAN :  » Je crois n’avoir jamais été aussi sale. Ce n’est pas ici une boue liquide, comme dans l’Argonne. C’est une boue de glaise épaisse et collante dont il est presque impossible de se débarrasser, les hommes se brossent avec des étrilles. Par ces temps de pluie, les terres des tranchées, bouleversées par les obus, s’écroulent un peu partout, et mettent au jour des cadavres, dont rien, hélas, si ce n’est l’odeur, n’indiquait la présence. Partout des ossements et des crânes. Pardonnez-moi de vous donner ces détails macabres ; ils sont encore loin de la réalité. «

Témoignage du soldat Louis CORTI du 30e R.I. :« Il a plu et la boue a envahi tout le secteur. Cherchant un abri, un homme s’est jeté dans le boyau, et la boue est aussitôt montée jusqu’à sa ceinture.
Il demande de l’aide ; 2 hommes lui ont tendu leurs fusils, mais ils ont glissé et vite, ils ont repris place dans la colonne qui passe tout près, sourde aux supplications de l’enlisé qui s’enfonce, sans secours.
Car on meurt de la boue comme des balles. Des blessés sont engloutis dans ce marais perfide. Ici, c’est la boue qui obsède, la boue glissante et liquide, l’affreuse boue Meusienne soulevée, piétinée, tassée par des centaines de milliers d’hommes, de chevaux, de voitures.
Une mer de boue jaune qui pénètre jusqu’à la peau, elle réussit à se glisser sous les planches et les couvertures. Nous vivons sous la boue, nous voyons de la boue partout, et des cadavres, des cadavres, et encore de la boue, et encore des cadavres. On a appris à vivre dans la terre avant de mourir. »

p246

A 20 h, l’artillerie française fait échouer une attaque allemande partie en direction du Mort-Homme.

 

16 avril
Rive droite

A 4 h 40, profitant d’un épais brouillard, l’ennemi prend d’assaut les tranchées qu’il a perdues la veille au sud-est du fort de Douaumont. Les Français sont délogés et repartent sur les positions qu’ils occupaient la veille.
Un tir de barrage d’une extrême violence interdit ensuite toutes ripostes françaises.

Rive gauche
R.A.S.

 

17 avril
Rive droite

Dès l’aube, violent bombardement des positions tenues par les 62e et 116e R.I. Vers 7 h, la situation devient tragique.
A 10 h, les Allemands partent à l’attaque en grand nombre et parviennent en milieu d’après-midi, à s’emparer des 1ères lignes tenues par le 62e et le 116e R.I. Par cette manœuvre, ils deviennent maîtres de la carrière d’Haudraumont, des tranchées Derrien, Morchée et Rivalain.

De son côté, le 9e B.C.P. en ligne entre la ferme de Thiaumont et le fort de Douaumont, repousse plusieurs attaques.

Durant la journée, le bombardement allemand est très meurtrier pour de nombreux régiments. Particulièrement pour le 19e R.I. devant Thiaumont (dont un bataillon sera pratiquement décimé en fin de journée), et pour le 118e au bois de Nawé.

p247

Dans la nuit, 1 bataillon du 62e R.I. et un du 328e R.I. contre-attaquent pour tenter de dégager le plateau nord du ravin de la Dame. L’attaque ne parvient pas à percer.

Rive gauche
R.A.S.

 

18 avril
Rive droite
Dans l’après-midi, le 116e R.I. parvient à reconquérir la tranchée Derrien qu’il a perdue la veille.

A 15 h 15, la 9e B.C.P. attaque la tranchée Morchée, perdue la veille et parvient à en chasser l’ennemi. Il repousse ensuite plusieurs retours offensifs.

A 18 h 30, les Allemands débouchent de la carrière d’Haudraumont et du ravin Bras et contre-attaquent la tranchée Derrien reprise le matin par le 116e R.I. Les Français doivent réévacuer les lieux.

Rive gauche
Le 154e R.I. part à l’assaut de la tranchée de Westphalie et s’avance de 200 m en faisant 50e de prisonniers.

Témoignage :  » Le sergent Leclaire, du 54e R.I., après avoir progressé avec une dizaine d’hommes dans les goyaux, se trouve en face d’un barrage défendu par un fort groupe d’Allemands armés de grenades.
Ménager de la vie de ses hommes, Leclaire préfère s’exposer seul au danger. Il s’avance à découvert et, faisant usage des quelques mots d’allemand qu’il connaît, somme l’ennemi de mettre bas les armes.
Les Allemands hésitent ; Leclaire sent qu’ils redoutent un traquenard ; il franchit les mains vides, le barrage, et leur enjoint à nouveau de se rendre ou de se retirer. Faisant preuve d’un sang-froid remarquable, il enlève à l’un de ses adversaires sa patte d’épaule pour pouvoir rendre compte plus tard du numéro du régiment qui nous était opposé.
L’ennemi refuse d’obéir à ses ordres. Leclaire repasse en deçà du barrage, prévient les Allemands de son intention, retrouve ses hommes toujours à l’abri, se lance à leur tête à l’assaut, tue tous les défenseurs du barrage et continue à progresser. «

p122

Des reconnaissances allemandes sont repérées vers les Eparges. Les tirs venant des tranchées françaises les renvoient assez facilement dans leurs lignes.

Toute la journée, le duel d’artillerie est intense des 2 côtés du Mort-Homme.

 

19 avril – Tentative française pour se rapprocher du fort de Douaumont (rive droite)
Rive droite
A 2 h, le 116e R.I. tente à nouveau une percée en avant. Il parvient à atteindre la tranchée Balfourier qu’il doit réévacuer aussitôt. Il fait une nouvelle tentative à 5 h mais ne parvient pas à avancer.

Dans l’après-midi, le 19e R.I. essaie à son tour un assaut pour reconquérir les tranchées Rivalain et Derrien. Quand le départ est donné, il ne peut sortir de ses positions car le feu allemand est trop intense.

A 17 h, le 120e R.I. reprend l’attaque commencée le 15 avril au sud du fort de Douaumont pour tenter de s’en approcher.
A 20 h, il est parvenu à reprendre un fortin devant Vaux. Le bilan est de 250 ennemis tués, 200 prisonniers, 6 mitrailleuses et 1 lance-flamme.

Rive gauche
Les Allemands qui ont reconnu le terrain la veille, lancent une attaque assez importante sur les Eparges.
Ils parviennent à forcer la 1ère ligne française mais une contre-attaque menée un peu plus tard, les rejette en partie.

Témoignage de Pierre JOULAIN, soldat au 66e R.I. :  » Nous sommes partis d’Esnes à la nuit tombante, le 19 avril, pour monter en ligne. Combien de morts sur notre trajet ? Des centaines sûrement. En sortant d’Esnes, une section entière était là, comme endormie pour toujours, tous les hommes plus ou moins déchiquetés. Notre file indienne, avec tous ses arrêts forcés par les éclatements, ne put arriver qu’à deux heures du matin au secteur pour remplacer les deux ou trois poilus survivants.
A la question : « Où sont les Boches ! » ils vous répondent « A quarante mètres ; vous ne serez pas longtemps avant de les voir ». «

p3

 

20 avril – Lutte pour le cote 295 du Mort-Homme (rive gauche)
Rive droite
Dès l’aube, le bombardement allemand recommence sur tout le secteur et augmente en intensité jusqu’à 18 h.
A 18 h 30, l’ennemi attaque la tranchée Morchée tenue par le 9e B.C.P. Il est repoussé à la grenade. Les hommes du 9e B.C.P. attaquent à leur tour et d’un magnifique élan, parviennent à reconquérir les éléments perdus le 17 avril.

En même temps, l’ennemi se porte à la droite du 9e B.C.P. sur le front du 18e B.C.P. (au sud de Douaumont). Il parvient à pénétrer dans le dispositif français.

Une contre-attaque rapide et violente concertée entre le 9e et 18e B.C.P. chasse les Allemands. Bien que certains points soient restés aux mains de l’ennemi, la situation est rétablie et de nombreux Allemands sont capturés.

Toute la journée, l’artillerie française a pilonnée le fort de Douaumont avec force, en guise de préparation pour la nouvelle attaque du fort prévue le 22 avril.

Au soir, la 28e D.I. (22e, 30e, 99e et 416e R.I.) relève la 22e (19e, 62e, 116e et 118e R.I.) très éprouvée.

Rive gauche
Un bataillon du 306e, un du 150e et un du 154e R.I. reprennent l’attaque ratée qui avait été entreprise le 14 avril sur la cote 295 (au Mort-Homme). L’assaut qui est fixé pour 17 h 30 est précédé d’un tir de préparation de l’artillerie française assez efficace.

p123

A l’heure H, les 3 bataillons s’élancent. Le 154e parvient à reprendre la tranchée Guiborat et la tranchée Corse en faisant 44 prisonniers.
Le 150e et le 306e R.I. enlèvent l’ouvrage des Poutres et la tranchée Garçon. Ils poursuivent ensuite leur progression et s’établissent sur les pentes nord de la cote 295.

L’ennemi qui juge sa situation devenue dangereuse, évacue le sommet de la côte.
Témoignage du commandant P… :  » Très souvent, les Allemands ont abandonné, d’eux-mêmes, des positions conquises par eux ; ils avaient les prisonniers et les renseignements qu’ils désiraient, ils s’en allaient sans regret d’une position mal placée, dont la défense leur eût imposé des pertes inutiles.
Il semble que de notre côté, trop souvent, nous n’ayons pas montré la même largeur de vues, la même intelligence. Tout terrain conquis devenait sacré, toute position ancienne, même indéfendable par suite d’une avance de l’ennemi, devait être conservée coûte que coûte. C’est, croyons-nous, le maréchal Pétain qui, le premier chez nous, a rompu avec ces funestes errements. Mais il n’a pas toujours été compris, du moins aussi vite qu’il eût été désirable, par ses subordonnés. »

 

21 avril – Lutte pour le cote 295 du Mort-Homme (rive gauche)
Rive droite

A 4 h, le 3e bataillon du 107e R.I. attaque par surprise et reprend la tranchée Moisson, le boyau Nourrisson et une partie du boyau Bablon. Il fait 40 prisonniers et délivre 2 médecins, 2 officiers et 50 hommes.

A l’aube, le 18e B.C.P. attaque rapidement et reprend en quelques minutes la totalité des éléments perdus la veille (secteur de la tranchée Morchée).

Le 3e bataillon du 138e R.I. attaque vers le bois franco-boche mais sans succès.

Dans la nuit, la 14e D.I. (35e, 42e, 44e et 60e R.I.) relève la 6e.
La 48e (170e, 174e R.I.) relève la 4e (9e et 18e B.C.P., 120e, 147e et 328e R.I.).

» Le 120e R.I., qui est relevé dans la nuit du 21 au 22 avril, a perdu 35 officiers et 998 hommes en 5 jours. «

Rive gauche
Sur les pentes nord de la cote 295, les 150e, 154e et 306e R.I. fortifient leurs positions et progressent à la grenade entre la tranchée Corse et l’ouvrage du Trapèze (au sud-ouest de la cote 295).
Plus tard, le 154e R.I. repousse une contre-attaque avec lance-flammes.

Entre la cote 257 et le Mort-Homme, le 161e R.I. repousse une attaque allemande.

 

22 avril – Lutte sur les pentes de Vaux-Douaumont (rive droite) – Pression allemande rive gauche
Rive droite
La lutte continue dans les secteurs de Douaumont et de Vaux.
Le bombardement allemand ne perd pas de son intensité.
Les morts et les blessés sont continuels.

Rive gauche
Durant la nuit et toute la matinée, le bombardement allemand s’intensifie sur tous les secteurs.

A 13 h, il devient intense sur le bois Eponge et le Mort-Homme.

p124

A 16 h 15, l’ennemi se lance à l’attaque de ces 2 positions.
Pendant 2 h, 6 tentatives viennent se briser devant les lignes françaises. Les assaillants tombent les uns sur les autres sans qu’aucun ne parvienne à atteindre le parapet des tranchées françaises. Le canon des fusils des défenseurs est porté au rouge tellement la cadence de leur tir est rapide.
Il semble que les dernières vagues allemandes à s’élancer l’ont été de force.

Bien que la ligne soit sauve, de nombreuses victimes sont à déplorer du côté français. Beaucoup d’hommes, dans l’ardeur du combat, se sont découverts pour mieux mettre en joue leurs ennemis.

Dans le secteur de la cote 295, les Français poursuivent les attaques à la grenade sur la tranchée Corse et la tranchée Garçon.

 

23 avril – Lutte sur les pentes de Vaux-Douaumont (rive droite) – Pression allemande rive gauche
Rive droite
Journée identique à la veille, passée sous le bombardement

p248.

Rive gauche
Dans la nuit, une attaque allemande vers la cote 304 échoue.

Dans la journée, de petites reconnaissances ennemies devant le bois Eponge ainsi qu’au bois d’Avocourt sont repoussées par les Français.

 

 La Bataille de Verdun avril  verdun-douamont1

source carte : http://vestiges.1914.1918.free.fr/Carte_509.htm

24 avril – Lutte sur les pentes de Vaux-Douaumont (rive droite) – Pression allemande rive gauche
Rive droite
La lutte continue dans les secteurs de Douaumont et de Vaux.
Le bombardement allemande ne perd pas de son intensité.
Les morts et les blessés sont continuels.

Rive gauche
Durant cette journée, plusieurs attaques allemandes sont lancées sur le front français mais elles sont toutes repoussées :
- à minuit ;
- à 2 h, sur le front du 154e R.I. qui part ensuite à la contre-attaque (1er bataillon) et progresse de 200 m dans la tranchée Corse et de 300 m (3e bataillon) dans la tranchée de Westphalie où il s’organise solidement.
- à 4 h ;
- dans l’après-midi, l’une face à la cote 304, l’autre face au Mort-Homme.
- le soir, sur la tranchée Corse et de Westphalie que l’ennemi a perdu en partie le matin.
- à minuit et à 2 h (le 25 avril)

p125

25 avril
Rive droite
R.A.S. pendant la journée.

Témoignage de Jean MEIGNEN, soldat au 174e R.I. :  » Nous prenons position en avant de la ferme de Thiaumont. Quand le jour se lève, au matin du 25 avril, je ne puis me défendre d’une sensation d’horreur et d’épouvante quand je vois qu’à l’endroit que j’occupais, le parapet est en partie formé de cadavres et que toute la nuit, je me suis appuyé sur des godillots qui émergeaient, en laissant couler une boue infecte, mélange de sang, de pourriture et de terre. «

Le soir, le général Pétain est nommé au commandement de l’armée de Verdun.

Rive gauche
La progression du 154e R.I. entamée la veille dans la tranchée Corse se poursuit.

 

26, 27 et 28 avril
Rives droite et gauche
La lutte continue dans tous les secteurs, le bombardement allemand est toujours très violent.

Témoignage du capitaine R. LISBONNE du 154e R.I. :  » A mes pieds un sergent que je ne reconnais pas, la colonne vertébrale brisée, crie qu’il ne sent plus ses jambes et ne cesse sa plainte lamentable : « Mon capitaine, achevez-moi ! prêtez-moi votre revolver ! » J’étais monté le 13 avril avec 3 lieutenants, 2 adjudants et 200 hommes ; je redescends le 26, blessé, avec un adjudant et 53 soldats. «

Témoignage de Jean MEIGNEU, soldat au 174e R.I. :  » Nous montons en ligne quelque part entre Douaumont et Vaux, le 26 avril. Ma première impression en arrivant fut que les occupants nous cédaient la place avec empressement et enthousiasme. Voici le dialogue qui s’est engagé avec le poilu que je relevai :
- Est-il mauvais, le coin ?
- Et bien, mon vieux, oui, ça chie.
- Où sont les Boches ?
- Mon vieux, ils sont devant, et puis démerde-toi. «

 

29 avril
Rive droite
Idem que les jours précédents.

Rive gauche
La journée débute sous le bombardement allemand par obus de 150 et 210.

Le 154e R.I. poursuit son effort sur la tranchée Corse et enlève cette fois-ci vers 18 h 20, 1500 m de la tranchée en faisant 53 prisonniers. Il est aidé ce jour-là par des éléments du 161e R.I.

Pratiquement tout le terrain que l’ennemi avait conquis le 19 avril a été repris par les Français.

 

30 avril
Rive droite
Idem que les jours précédents.

Rive gauche
Au nord de Cumières, la 23e compagnie du 251e R.I. repousse 3 attaques allemandes à 4 h 30, à 11 h et à 18 h 30.

A 19 h 30, une de ses compagnies contre-attaque et parvient à reprendre la tranchée Servagnant et le saillant du Verger.

La 22e compagnie du 251e R.I. a pour ordre de reprendre le sommet du Mort-Homme.
Après de sévères combats à la grenade, elle parvient à se fortifier au sommet.

p251

Du 26 février au le 30 avril, les pertes humaines du côté français s’élèvent à 58 000 blessés (920 par jour) et à 49 000 morts (777 par jour).

 

 

verdun-mort-dhomme

source carte : http://vestiges.1914.1918.free.fr/Carte_043.htm

source récit : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

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la Bataille de Verdun Mars

Classé sous — milguerres @ 21 h 13 min

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 Periode MARS

 source : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

1er mars

Journée calme selon les communiqués officiels. Cela veut dire qu’il n’y a pas eu de grandes attaques, mais simplement des altercations locales. Pas de bombardement général mais des pilonnages locaux et alternés.
Tout au long de la  » Bataille de Verdun « , aucune journée ne put être qualifiée de  » journée calme « . Les meilleures d’entres elles peuvent être comparées aux plus mauvaises des autres secteurs.

La voie Sacrée :la Bataille de Verdun Mars  voie-sacree

Il existe 4 voies permettant de rallier Verdun par l’arrière :
- La voie ferrée de Commercy qui longe la Meuse, mais qui à Saint-Mihiel passe en terrain ennemi. Elle est donc inutilisable.
- La voie de chemin de fer de Saint-Menehould et Clermont-en-Argonne, mais qui à la hauteur d’Audreville est constamment détruite par le canon allemand. Elle ne peut donc servir que pour transporter un nombre restreint de matériel.
- Le petit chemin de fer  » Meusien  » à voie étroite, peu adapté. Lui aussi, ne peut permettre l’acheminement que de petits matériels.
- Enfin, la route départementale Bar-le-Duc-Verdun.

Cette voie traverse Bar-le-Duc, Naives, Erize-la-Brûlée, Rosnes, Erize-la-Grande, Erize-la-Petite, Chaumont-sur-Aires, Issoncourt, Hieppes, Souilly, Lemmes, le Moulin-Brûlé, Regret et entre à Verdun par le faubourg de Glorieux.
Elle épouse sur 75 km, le relief ondulé de cette région vallonnée, montant et descendant sans cesse. Depuis août 1915, elle a été élargie à 7 m, de sorte que 2 camions peuvent se croiser et un véhicule plus rapide peut passer au milieu. De plus
le général Herr a fait raffermir la chaussée

Dés le début de la bataille, il apparaît clairement au commandement français que cette voie d’accès, hors d’atteinte de l’ennemi, est la plus sûr et la plus adapté pour acheminer un grand nombre de troupes, de minutions et de matériel vers Verdun. Pire encore, si son trafic est interrompu pour une raison ou pour une autre, la bataille est perdu.

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Dés le 22 février une commission régulatrice est créé afin de d’orchestrer et réguler au mieux le flux de véhicule. Il est décider de faire partir les convois de Badonvilliers afin d’éviter un engorgement total à Bar-le-Duc. Une file ininterrompue de camions de toutes sortes s’engagent alors sur la route gelée et alimente la bataille en troupes fraîches.

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Dans l’autre sens, une autre file ramène les combattants vers l’arrière. A cela, vient s’ajouter les camions de munitions, de vivres, de matériels divers, les voitures sanitaires, toutes sortes de véhicules des services des armées, camionnettes de courriers, génies, artillerie, aviation, camouflage, auto-camion, auto-projecteurs, télégraphie, radiotélégraphie, etc… qu’il faut bien laisser passer au milieu des autres.
Les troupes montantes sont chargées aux environs de Bar-le-Duc et débarquées à Nixéville ou Blercourt, suivant l’intensité du bombardement. Là, sont reprises les relèves descendantes pour les conduire au repos, soit à l’ouest de Bar-le-Duc : Brabant-le-Roi, Revigny, Neuville-sur-Orne, soit au sud dans la région entre Saint-Dizier et Ligny-en-Barrois.

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Les munitions arrives par trains dans les gares de Bar-le-Duc, Baudonvilliers, etc… et chargées dans les camions. 300 tonnes peuvent être chargées en 3 heures. Lorsque 30 camions sont prêts, ils partent sans tarder vers les dépôts de munition. Il en va de même pour le matériel et les vivres. Les nombreux dépôts sont disséminés dans les villages derrière Verdun, à Heippes, Souilly, Lemmes, fort de Dugny, carrière d’Haudainville, fort de Landremont, fort de Balleray, ect. Ils constituent les bases arrière de la bataille.

Ce que l’on va appeler la  » noria  » semble s’être bien mise en place et semble bien huilée durant les premiers jours de combats. Lorsque soudain, le 1er mars, en milieu de journée, le général Pétain reçoit un coup de téléphone à son Q.G. de Souilly.
C’est le dégel !!! Le froid persistant depuis le 21 février a maintenu un sol gelé évitant aux lourds camions de s’embourber. Avec le redoux constaté depuis la veille, la première autoroute de l’histoire se transforme en une succession de fondrières et les roues pleines des véhicules commencent à s’enliser et à tourner sans prise dans la boue épaisse. En plusieurs endroits, des camions immobilisés bloquent le passage et interrompent la progression.

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Pétain est parfaitement conscient que si la situation n’est pas rétablie dans 72 heures, c’est un désastre. L’accalmie relative dont fait preuve actuellement l’armée allemande ne saurait durer et présage inévitablement un nouvel effort imminent, sur la rive droite et peu être également sur la rive gauche. L’arrivé d’hommes, de munitions et de matériel doit absolument continuer à tourner à sa vitesse maximale
Pétain, lucide, ordonne alors les mesures les plus logiques et les plus simples à mettre en place dans une telle situation. Il instaure en même temps un règlement très strict et une discipline de fer à tenir tout au long de la bataille.

Pour rendre la route un peu prêt praticable, il faut boucher les trous avec des cailloux et passer un rouleau compresseur. Cependant, aucun tas de pierres n’a été prévu au bord de la route. De plus, il est impossible de rechercher ces matériaux au loin, cela prendrait trop de temps et comment les acheminer puisque la route est bloquée.
Pétain donne donc l’ordre d’ouvrir le plus prêt possible de la route des carrières de pierres tendres du pays. Des équipes de civils et de territoriaux les exploitent aussitôt. Mois de 48 heures après le dégel, plus de mille travailleurs sont répartis tout au long des 75 km et lancent nuit et jour dans les trous boueux, des pelleté de pierres.
Il est impossible d’employer les rouleaux compresseurs qui ralentiraient le trafic. Pétain donne l’ordre que se soit les camions eux même qui remplissent ce rôle avec leurs roues à bandage plein. Cette manœuvre se trouve facilité par le fait que les pierre de la Meuse sont tendres.

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La noria a donc reprise rapidement mais une route réparée de façon si précaire est vouée à s’abîmer très vite, surtout soumise à un trafic si intense. Pétain donne donc pour finir un ordre simple, cette réfection ne doit jamais s’arrêter. Elle doit durer, comme le trafic, 24h sur 24 et aussi longtemps que cela sera nécessaire.
Ainsi, cette route fût la première de l’histoire à être simultanément détruite et reconstruite. Les trous se forment, un vieux territorial y jette une pelleté de cailloux que le camion suivant tasse de ses roues, quelques camions plus loin, le trou se reforme et l’on recommence.

Pétain instaure également un règlement très strict, tout véhicule tombé en panne ou ayant crevé est immédiatement poussé de côté. En parallèle, une section de dépannage est mise sur pied, on improvise au bord de la route des ateliers de fabrication de pièces de rechange, les parcs automobiles de Bar-le-Duc et de Troyes travaillent nuit et jour à la conception de bandages caoutchoutés qui sont livrés dans ces atelier de campagnes.

Témoignage du soldat Louis FEBVRE :  » Ce nom a été donné par Maurice Barrès à la route de Verdun à Bar-le-Duc qui a joué un si vaste rôle pendant la bataille en permettant le ravitaillement en hommes, en vivres et en munitions
La grande ligne de chemin de fer coupée, Verdun se trouvait isolée du reste de la France. Le petit tacot meusien, malgré toute sa bonne volonté, n’avait qu’un débit tout à fait réduit. On mit en état cette route et, nuit et jour, tant que dura la bataille, un double fleuve se mit à rouler, le fleuve des camions qui montaient à Verdun emportant les combattants et les munitions, le fleuve des camions qui descendaient de Verdun avec les blessés et les combattants en relève.
De place en place, des postes de territoriaux. Quand un obus ou une bombe d’avion tombait sur la route et la crevait d’un entonnoir, l’équipe de territoriaux la plus proche se précipitait et réparait la route. Les à-coups étaient nombreux, mais ne duraient jamais longtemps, tant chacun avait conscience de sa responsabilité, tant il se hâtait à sa tâche, quel que fût le danger couru.
La Voix Sacrée est un symbole. On a reproché aux Français de ne pas être des organisateurs, il eût été plus juste de leur reprocher d’être des imprévoyants.
Sur la Voix sacrée, la discipline était de fer. Aucune voiture à cheval, sous quelque prétexte que ce fût, ne s’intercalait entre les convois. Des fourgons attelés, qui n’avaient pourtant besoin de suivre la route interdite que pendant 100 ou 200 mètres, ont été contraints, pour ne pas déranger cette belle horlogerie, à faire un détour de plusieurs lieues. Ici, avec une autorité magnifique et une parfaite intelligence, on sacrifiait tout à l’essentiel : le service des tranchées de Verdun. Cette calme leçon d’énergie donnait une grande confiance aux hommes. « 

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Ainsi, tout au long de la bataille, 16 bataillons (8200 hommes) seront affectés à l’entretient de la route et à l’extraction des carrières. Ils jetteront entre 700 000 et 900 000 tonnes de pierres sur la route.
Durant 10 mois, chaque semaine, 3500 camions effectueront l’allée retour Bar-le-Duc Verdun, soit en moyenne, un camion toutes les 14 secondes. Certains jours, il sera constaté une fréquence d’un camion toutes les 5 secondes.

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Toujours à la semaine, tous véhicules confondus, il sera effectué 1 millions de km sur la voie (soit 25 fois la circonférence de la terre), 90 000 hommes et 50 000 tonnes de matériels seront transportés.
Si l’on tente de chiffrer le tonnage total qui a été transporté, englobant le matériel, les munitions, les combattants et les blessés, se chiffre parait atteindre les 2 millions de tonnes.

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2 mars – Perte du village de Douaumont
A l’aube, une compagnie du 418e R.I. passe à l’attaque et s’empare des chalets au sud de Douaumont.

De 7 h 30 à 9 h, le bombardement allemand est très violent sur le front de Douaumont – Vaux. Parmi les projectiles, de nombreux obus au gaz.

La guerre chimique (Accessible également dans la partie Thèmes)

L’ennemi passe à l’attaque dans l’après-midi mais il est stoppé au sud-ouest du bois Chaufour (146e R.I.) et de chaque côté du fort de Douaumont. Durant cette attaque, les vagues allemandes ont été littéralement fauchées par les mitrailleuses françaises causant de très importantes pertes.

A 18 h, les Allemands parviennent tout de même à s’emparer d’un élément de tranchée au sud-est du fort de Douaumont.

A 19 h 30, ils se portent à l’attaque du village de Douaumont mais sont repoussés par 2 bataillons du 170e R.I.
A 20 h, revenant en force de tous les côtés, ils parviennent à prendre pied par l’est, le nord et le sud dans le village, en anéantissant 6 compagnies du 33e R.I.
Le village de Douaumont est dès lors perdu.


 

3 mars – Tentative française pour reprendre le village de Douaumont
A minuit, le général Balfourier apprend la nouvelle de la perte du village de Douaumont. Il met aussitôt sur pied une contre-attaque visant à le reconquérir. 2 bataillons du 174e et 1 bataillon du 170e R.I. sont chargés de cette mission qui doit avoir lieu à 17 h 45.

A l’heure H, les 3 bataillons s’élancent et parviennent à reconquérir quelques positions dans le village. Les hommes creusent le sol pour consolider leur ligne.

A 20 h et à minuit, le 33e R.I. est attaqué entre le ravin du Calvaire et le village de Douaumont mais il parvient à repousser l’ennemi.

La nuit se passe sous un bombardement allemand très violent dans tout le secteur de Douaumont.

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4 mars – Tentative française pour reprendre le village de Douaumont
A 10 h, le bombardement s’arrête brusquement et l’ennemi attaque les positions reprises la veille dans village de Douaumont. Les 3 bataillons (170e et 174e R.I.) sont vite submergés d’autant plus qu’aucun renfort ne peut approcher du village en raison des tirs de barrage infranchissables qu’impose l’artillerie allemande.

A 11 h, la totalité des ruines du village sont perdues. Quelques survivants français parviennent à rejoindre les 2e lignes.

A 11 h 30, le G.Q.G. français envisage une fois de plus une riposte. 2 nouveaux bataillons du 170e R.I. se portent dans le ravin sud-ouest de Fleury.

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A 15 h 30, ils se dirigent vers la ferme de Thiaumont. Cependant, pris sous un formidable tir de barrage, ils sont ralentis et n’arrivent qu’à la nuit à la ferme de Thiaumont. Ils viennent renforcer les débris des éléments déjà en place.

A 20 h, ils s’élancent à nouveau sur le village de Douaumont mais dés le début, l’attaque est enrayée en raison de la violence du feu des mitrailleuses allemandes.
Sur ordre du général Pétain, aucune autre attaque n’est mise sur pied et le village de Douaumont reste définitivement aux mains de l’ennemi.


 

5 mars
 » Journée calme « , comme le 1er mars.

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Front au 5 mars 1916

Pétain prend les choses en mains !
Comme nous l’avons vu plus haut, le général Pétain à dés le 1er mars prit un certain nombre de mesures précises afin de rétablir techniquement la situation sur la Voie Sacrée, par laquelle se fait le ravitaillement de la bataille.

Il poursuit son travail en reconstituant les divisions et les brigades et en formant des  » groupements de commandement « . Il entreprend les démarches permettant le réarmement des forts des 2 rives, crée des places d’armes, des dépôts, des cantonnements et trace de nouvelles voies d’accès.
De plus, il s’attaque avec ardeur et ténacité à la question  » artillerie « . Il veut que le nombre des batteries sur le front de Verdun décuple et ne cesse de demander plus de canons au Q.G. de Chantilly. Il éduque également ses généraux sur sa vision de l’artillerie, afin qu’ils emplois leurs canons beaucoup plus, dans de meilleurs condition et avec beaucoup plus d’efficacité.

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Pétain dans son bureau à Souilly

Témoignage du général Pétain :  » Je ne cessais de stimuler l’activité de l’artillerie. Lorsque les agents de liaison des corps d’armée, venue au rapport quotidien de Souilly, m’exposaient par le menu les combats engagés sur leurs fronts respectifs, je ne manquais pas de leur couper la parole par cette interrogation :
- Qu’ont fait votre batterie ? Nous parlerons ensuite des autres détails.
Au début, les réponses étaient confuses… Mais comme je m’en irritais, ma préoccupation dominante se répercutait dans les états-majors intéressés, dont les comptes rendus marquèrent bientôt un sensible progrès. Notre artillerie, suivant mes directives, prenait l’offensive par des concentrations de feux qui étaient de véritables opérations, soigneusement préparées et qui, sans lui causer de pertes, en produisaient chez l’ennemi.
Je répétais constamment :
- Il faut que l’artillerie donne à l’infanterie l’impression qu’elle la soutient et qu’elle n’est pas dominée ! « 

Cependant, malgré toute l’énergie déployée par Pétain, il doit faire face au Grand Q.G. qui rechigne à mobiliser de lourds moyens sur Verdun. La bataille de la Marne est en préparation et semble plus importante. Ce n’est qu’au compte goute que de nouvelles batteries sont envoyées.

Témoignage du commandant P… :  » Comment peut-on dire qu’au six mars, l’équilibre des forces adverses en infanterie et en artillerie de campagne, sinon en artillerie lourde, est réalisé ? On savait à la 2e Armée que les effectifs allemands accumulés sur le front étaient formidables, mais, fidèle à la tactique qu’il dû instaurer pour cacher ses lourdes responsabilités, le G.Q.G. a toujours « nié Verdun ». Si l’on avouait toute l’importance de l’attaque allemande sur Verdun, on devait, en toute justice, accepter aussi que ce n’était pas le général Herr qui devait être poursuivi. Il était beaucoup plus facile de déclarer que Verdun était une attaque comme les autres ; toutes les fois où un officier de l’état-major de la 2e Armée allait en liaison au G.Q.G., il trouvait au 3e bureau des petits rires goguenards « Ah ! tu vas encore essayer de nous faire croire à Verdun. »
Un grand nombre de divisions allemandes en ligne à Verdun n’ont pu être identifiées au début de mars par « les moyens habituels » de renseignement, en bon français l’espionnage. Restaient les interrogatoires de prisonniers. Or, combien de prisonniers allemands avions-nous fait au 5 mars ? Et que savait un homme en première ligne, sur les troupes qui étaient derrière lui ?… « 

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Interrogatoire de prisonniers allemands


 

Attaque allemande sur les deux rives

6 mars – Violents combats sur le Mort-Homme (rive gauche)
Rive droite de la Meuse
Violent bombardement sur tout le secteur. Les Allemands veulent empêcher les Français de contre-attaquer sur le village de Douaumont.
Dans l’après-midi, le bombardement prend une cadence extraordinaire. Il tombe au moins vingt projectiles par minute. Les hommes ne parvienent plus à distinguer les coups, leur tête et tout leur système nerveux est ébranlé. Ils perdent connaissance peu à peu, les nerfs cassés, arrivés à la limite de leur force. Cela fait six heures consécutives qu’ils sont soumis aux chocs, aux gaz de combat et aux vibrations continues.

Rive gauche
Bien que l’attaque allemande sur la rive gauche ne fut déclenchée qu’à partir du 6 mars, le secteur n’en ai pas resté calme pour autant.
Dès le 22 février, alors que débute le second jour de combat sur la rive droite, un terrible bombardement s’abat sur le Mort-Homme, le bois de Corbeaux et le bois de Cumières.

Témoignage de Léon GESTAS, sergent au 70e R.I.T. :  » Au bois des Corbeaux, au début de mars, ça tombait de tous les côtés, on était tué sans même savoir d’où le coup était parti. Le bruit avait couru parmi nos hommes que le bombardement allemand durerait 100 heures et tous attendaient, avec une impatience mêlée d’anxiété, la fin de ces 100 heures. Mais les 100 heures passèrent et le bombardement, loin de diminuer, continuait toujours. Il devait continuer toute l’année.  »

Le 24 février, un important groupe ennemi sort du bois des Forges et s’avance vers les positions françaises. Cependant, il n’hésite pas à regagner ses tranchées lorsque les 1ers tirs des Français débutent. Il s’agit à la fois de tester la défense française dans ce secteur et réaliser une manœuvre de diversion visant à perturber les Français qui sont engagés désespérément sur la rive droite.
Le 26 février, plusieurs abris français s’effondrent sur les pentes du Mort-Homme en raison du bombardement allemand. De jour en jour, les dégâts causés par les obus allemands s’aggravent. Cette augmentation de l’activité des Allemands dans le secteur présage une imminente offensive.
Au soir du 5 mars, le 7e Corps en position sur la rive gauche rendait compte à Pétain en ses termes :  » Toute la position de résistance et la zone des batteries en arrière offre l’aspect d’une écumoire ; les trous empiètent les uns sur les autres ; les réseaux sur la contre-pente du Mort-Homme et de la Côte de l’Oie sont déchiquetés. « 

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Le 6 mars à 7 h, alors que le front présente déjà un aspect lunaire, un très violent bombardement allemand d’une puissance encore non égalée dans ce secteur s’abat sur les ouvrages de Béthincourt, de Forges, de Regnéville, sur les massifs du Mort-Homme et de la Côte de l’Oie.
A 10 h, alors que la neige tombe et qu’un épais brouillard enveloppe toute la ligne de front, l’ennemi s’élance à l’attaque. Il espère progresser rapidement comme cela l’a été le 21 février sur la rive droite, et en effet, il atteint rapidement le ruisseau des Forges et encercle le village du même nom. Les combats qui s’engagent sont très violents puis les Français cèdent peu à peu devant le flot ennemi.

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Durant l’après-midi, les Allemands continuent leur marche et arrivent au nord-est de la Côte 265.

Au soir, les villages des Forges et Regnéville sont tombés ainsi que la Côte 265. De nombreux détachements français ont été faits prisonniers ou ont été anéantis, le 211e R.I. entre autre.

Le soir, le front français forme une nouvelle ligne reliant le bois des Corbeaux, le bois de Cumière et le village de Cumière. De nouveaux bataillons montent en urgence renforcer ces nouvelles positions.

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Front au 6 mars 1916


 

7 mars – Perte du village de Cumières et le bois des Corbeaux (rive gauche)
Rive droite

A 3 h, le 409e R.I. est attaqué et doit abandonner l’ouvrage d’Hardaumont. A 5 h, une contre-attaque permet de le reconquérir.

Durant la matinée, le 17e R.I. au sud-ouest et au sud du fort de Douaumont repousse 3 assauts.

Jusqu’à 15 h, le bombardement allemand est très violent sur l’ensemble du front, les pertes sont très lourdes du côté français.

A 15 h, le 409e R.I. subit une nouvelle attaque sur la croupe au nord de Vaux mais parvient à repousser l’ennemi. A 21 h, 23 h et 0 h 30, 3 retours offensifs allemands sont également mis en échec. Ils sont entrecoupés de violents bombardements qui causent de lourdes pertes dans les rangs du 409e.

De l’étang de Vaux aux pentes d’Hardaumont, le 21e R.I. subit un terrible bombardement.
Témoignage du lieutenant Albert CHEREL :
 » C’est le 7 mars, que le fort de Vaux commença d’être systématiquement bombardé. Durant 8 heures, sans arrêt, une averse de projectiles s’abattit sur le fort. Il y en avait de tous les calibres : du 77, du 105, à l’éclatement déchirant ; du 210, du 380, que les soldats avaient surnommé le « Nord-Sud »à cause du grondement strident de son sillage dans l’air ; peut-être du 420, car on en trouva un culot près du corps de garde le lendemain. Ces obus, à certains moments, tombaient à la cadence de 6 par minute. Il nous semblait vivre au milieu d’une effroyable tempête. « 

A sud de Vaux, l’ennemi part à l’assaut du bois de Grand-Feuilla tenu par le 86e R.I.. Un violent corps à corps s’engage et se prolonge toute la nuit. Finalement, l’ennemi est repoussé mais les pertes qu’il a causé affaiblissent grandement le front du 86e.

Rive gauche
Vers 11 h, les Allemands débouchent entre Béthincours et Forges et escaladent les pentes de la Côte de l’Oie pour se porter sur le village de Cumières et le bois des Corbeaux. Ils espérent ensuite longer la vallée de la Meuse par Cumière et pouvoir ainsi aborder le Mort-Homme par l’est.

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Cumières et le bois des Corbeaux sont défendus par les 211e et 259e R.I. Rappidement, les 2 régiments sont submergés mais ils se battent avec courage. En fin d’après-midi, les 2 régiments sont littéralement anéantis.
Le village et le bois sont perdus mais cependant, les débris du 214e R.I. empêchent l’ennemi de sortir du village.

Le bombardement allemand s’abat maintenant sur le secteur de Regnèville et Chattancourt.
Béthincourt est violemment pilonné toute la journée et toute la nuit.

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Front au 7 mars 1916


 

8 mars – Reprise des 2/3 du bois des Corbeaux (rive gauche) – Perte de la moitié du village de Vaux (rive droite)
Rive droite

Au matin, le front allant des bois Albain et Chaufour, jusqu’à l’étang de Vaux est tenu par toute la 13e D.I. (20e et 21e B.C.P., 17e, 21e et 109e R.I.)

Sur la position du 17e R.I., les obus laissent la place aux torpilles et aux Minenwefers qui font des ravages dans les tranchées.

L’artillerie de tranchée (Accessible également dans la partie Thèmes)

A l’issue du bombardement, l’ennemi lance une puissante attaque avec jets de liquide enflammé.
A 11 h, les survivants du 17e parviennent à enrayer puis à repousser l’assaut allemand.

Aussitôt après, l’ennemi porte son attaque au sud-est du fort de Douaumont sur les positions tenues par le 100e R.I. A midi, le front français est enfoncé et l’ennemi pénètre dans le ravin de la Caillette.

Sur la gauche, une brèche est également ouverte à travers le 109e R.I. L’ennemi risque ainsi de prendre à revers le 1er bataillon du 17e R.I. et il est urgent de la refermer. Les 11e et 12e compagnies du 17e alors en soutien se portent en urgence au devant de l’ennemi.
A 13 h, après un combat acharné, la brèche ouverte une heure auparavant est refermée et mieux encore, l’ennemi a été chassé du ravin de la Caillette.
Par cette furieuse contre-attaque et le courage dont elle a fait preuve, la 11e compagnie du 17e R.I. a gagné le surnom de  » Compagnie des Lions « .

Sur le front du 21e R.I., au nord de l’étang de Vaux (sur les pentes d’Hardaumont), le bombardement allemand a duré toute la matinée. A 11 h, l’ennemi attaque enfin.
Jusqu’à 12 h 45, les vagues sont repoussées à 3 reprises et ne parviennent pas à percer la défense française.

Dans le secteur du village de Vaux, tenue par les 408e et 409e R.I. le pilonage dure depuis 10 h du matin.
Témoignage de A. ROUSSEAU :  » A Vaux, sous les obus. Pour nous donner du courage, nous regardons dans le bois, à côté, une batterie d’artillerie à découvert, qui tire à toute volée et dont les hommes qui ne peuvent avoir notre mobilité, attendent en accomplissant leur devoir, la mort sur place. « 

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Dans l’après-midi, les éléments des 408e et 409e R.I. repoussent pas moins de 12 assauts allemands.
Une 13e attaque allemande est lancée sur le village, mais cette fois, trop affaibli, le 409e doit abandonner une partie du village. La 1ère compagnie du 409e est anéantie, à la 2ème, il ne reste que 8 hommes. Le soir, le 2e bataillon ne compte plus que 2 officiers et 137 hommes.
Témoignage de R. :  » L’extrême fatigue, le manque prolongé de sommeil, la continuelle tension nerveuse, engendrent quelques cas de folie et de nombreux cas d’exaltation et de demi folie.
Je rends compte à mon lieutenant que nous avons fait un Allemand prisonnier et le lieutenant me répond, en colère : « C’est honteux, vous serez puni. » Puis il se met à pleurer et il me demande pardon, disant qu’il n’en pouvait plus de fatigue, qu’il n’avait pas dormi depuis quatre jours.
Quand je dis au sergent que trois hommes de l’escouade sont ensevelis dans l’abri, il répond en riant : « Très bien, très bien, ça vous fera du rab de pinard.  » Quand je lui ai répété le lendemain ce qu’il avait dit, il ne voulait pas me croire. « 

Au ruisseau de Tavannes (dans le secteur de Damloup), la lutte débutée la veille sur le front du 86e R.I. et qui s’est poursuivie toute la nuit, reprend avec acharnement.
Devant la supériorité numérique de l’ennemi et les pertes qu’il a subie, le 86e doit abandonner le Grand Feuilla et se retirer à l’ouest de la route Eix-Damloup.

Pendant cette journée, les pertes françaises mais aussi allemandes ont été énormes.
Quand la nuit tombe, le massif d’Hardaumont, la moitié du village de Vaux, le Grand Feuilla et l’entrée du ravin de la Horgne ont été perdus. Pétain est contraint malgrés lui à puisser dans ses précieuses réserves et à mettre 2 nouvelles divisions à la disposition du général Maistre.

La nuit, la neige tombe. Elle est la bienvenue car elle permet aux combattants d’apaiser enfin leur soif intense.

Rive gauche
A 7 h, alors qu’il fait encore nuit noire, 2 bataillons du 92e R.I., commandés par le lieutenand-colonel Macker, se lancent à la contre-attaque du bois des Corbeaux. Chaque homme a reçu la bénédiction suprême par l’abbé du régiment peu avant l’heure H.
Dans ce secteur, il n’existe plus de tranchée ni de boyau, tout a été détruit et labouré par le bombardement. C’est donc totalement à découvert que les hommes doivent parcourir les 400 m qui les séparent des positions allemandes, sur un versant face à l’ennemi et martelé par un violent tir de barrage.
Les obus et les balles allemands font de grandes brèches dans les rangs français mais ils poursuivent courageusement leur progression. Les 100 derniers mètres se font au pas de charge.
A midi, après une matinée de violents combats, la lisière du bois des Corbeaux est dépassée puis reprise. Au soir, les 2/3 du bois sont de nouveau français. Une contre-attaque allemande est ensuite repoussée durant la nuit.

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Le 92e R.I. aura perdu dans la journée une 100e d’hommes et 10 officiers.

Ce même jour, 2 autres assauts allemands sont repoussés, sur les pentes du Mort-Homme et sur les avancées du village de Béthincourt.

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Front au 8 mars 1916


 

9 mars – Pression allemande sur les 2 rives
Rive droite

Dès 7 h, le bombardement allemand reprend avec la même force que la veille.

A midi, l’ennemi attaque sur un large front.

Dans les secteurs d’Haudraumont et du bois Albain, les 153e et 201e R.I. tiennent bon malgré de sérieuses pertes.

A leur gauche, le 21e B.C.P. est écrasé puis submergé. Les survivants trop éprouvés par le bombardement qu’ils viennent de subir ne sont plus en état de combattre.

Sur le front du 17e R.I. (sud et sud-ouest du fort de Vaux), l’ennemi part à 3 reprises à l’assaut mais le tir de barrage français qui est d’une densité et d’une précision terribles le contraint à retourner dans ses lignes. Durant ces 2 jours, le 17e a eu 125 tués et 360 blessés mais des 100e de cadavres allemands gisent devant ses tranchées.

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Sur le front des 86e, 109e, 408e et 409e plusieurs assauts allemands sont repoussés.

Devant le fort de Vaux, plusieurs bataillons allemands sont parvenus à s’infiltrer en avant des réseaux de barbelés. Les attaquants sont renvoyés dans leurs positions sans ménagement. Le fort est alors occupé par la 8e et 10e compagnie du 71e régiment de Territoriale, commandées par le lieutenant Albert Chérel.
Témoignage du lieutenant Albert CHEREL :
 » Le 9 au matin; un grand cri: « Les Allemands ! » L’ennemi, en colonnes, aborde les fils de fer du fort. Chaque fraction de la compagnie, conduite par son chef, gagne le poste de combat qui lui à été désigné d’avance.
Les Allemands, apparemment, avaient cru le fort vide de défenseurs. Notre feu calme et bien ajusté et le tir fauchant des mitrailleuses eurent tôt fait d’en abattre un centaine. les reste de ceux que nous avions vue en nombre à peu près égal se terra. Deux ou trois petites boules blanches très lumineuses jaillirent du rebord de la crête où ils s’étaient enfouis. Et leur artillerie se remit à arroser le fort et ses alentours. »

L’officier allemand qui commandait cette attaque avait déjà envoyé un communiqué disant que le fort était pris. Il se trompait de plusieurs mois.

Dans l’après midi, le 149e R.I. et les 20e et 21e B.C.P. parviennent à reconquérir une partie du village de Vaux.

Témoignage de Julien SANDRIN, sergent au 11e Génie :  » Dans les attaques de Vaux, en mars, j’ai vu un lieutenant de chasseurs qui, le bras gauche broyé par un éclat d’obus, continuait à se battre avec sa main valide.
Un mitrailleur a le ventre ouvert; il accourt ici avec ses pauvres mains crispées sur ses intestins qui s’échappent.
L’autre m’arrive, la tête bandée de son pansement individuel, soutenu par un camarade. Je le fais asseoir devant moi, sur la petite caisse, mais il a l’air quasi endormi et ne s’aide pas du tout, laissant sa tête brimbaler de droite et de gauche. Je suis pressé et, sentant les autres qui attendent, je lui demande de se mieux prêter au pansement. Mais lui ne cesse de répéter inlassablement : « Oh ! laissez-moi dormir, laissez-moi dormir ».
J’enlève la bande qui lui entoure la tête et alors, la chose horrible m’apparaît: toute la moitié de son cerveau, son hémisphère droit tout entier glisse en dehors de son crâne béant et j’éprouve cette sensation terrible de recevoir dans ma main gauche toute la matière cérébrale de ce malheureux qui, la boite crânienne défoncée et vidée en partie de son contenu, continue de me répéter son leitmotiv : « Laissez-moi dormir ». .

Alors je lui dis: « Oui, mon vieux, va, on va te laisser dormir ». Et je vide ma main de son contenu que je remets à sa place, maintenant le tout avec des compresses et une bande… avec quelles précautions et quelle angoisse !… « Va dormir, va, mon vieux ».
Soutenu sous chaque bras, ce mort vivant fait quelques pas, s’étend dans un coin. Une piqûre de morphine, une couverture et le sommeil, pour toujours. « 

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Au soir, le 27e D.I. (52e, 75e, 140e et 415e R.I.) monte en ligne sur Bevaux. Le 409e R.I. quitte enfin le front, il a perdu 34 officiers et 1 479 hommes.

Rive gauche
L’ennemi poursuit sa marche en avant. Il progresse entre le village de Béthincourt et le bois des Corbeaux. Il occupe les tranchées entre le ruisseau des Forges et le Mort-Homme et atteint le boyau Béthincourt-Mort-Homme.

Cependant, il ne peut pas pénétrer dans le village de Béthincourt tenu par le 49e R.I.T. et dans le bois des Corbeaux.


 

10 mars – Pression allemande sur les 2 rives – Perte définitive des bois des Corbeaux et de Cumières (rive gauche)
Rive droite
Vers 7 h et 8 h 30, au nord de l’étang de Vaux (21e R.I.), 2 assauts allemands sont repoussés par les combattants français. Lors de ces combats, plusieurs hommes sont devenus fous.
Devant le fort de Vaux, de nombreux bataillons allemands sont arrêtés par le 38e R.I.

A 15 h, au sud-ouest et sud du fort, l’attaque reprend sur le front du 17e R.I. Les vagues successives de l’ennemi viennent se briser devant les mitrailleuses françaises.

Le 408e R.I. parvient lui aussi à enrayer une attaque allemande mais il a atteint le bout de ses forces. Il est relevé dans la soirée, il a perdu en tués, blessés ou disparus, 26 officiers et 1009 hommes.

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Dans la nuit, la 42e D.I. (8e et 16e B.C.P., 94e, 151e et 162e R.I.) relève les restes de la 39e dans le secteur de Froideterre-Thiaumont.
Au retour d’une relève de tranchée, les compagnies étaient en général en repos pendant une semaine. Les deux premiers jours, les gradés laissaient un peu les hommes en paix. Ils étaient libres de dormir à volonté, se décrotter, se nettoyer, jouer aux cartes, écrire et prendre une bonne cuite, ce qui était excessivement fréquent, et dans bien des cas, salutaire et efficace comme lavage de cerveau. Ces pauvres gars oubliaient ce qui s’était passé, et ils oubliaient aussi que peut être, dans une semaine, il faudrait qu’ils remontent.
Ensuite, dés le troisième jour, les exercices et les corvées reprenaient.

 

Joffre rend visite à Pétain !
Dans la matinée, le général Joffre vient rendre visite au commandant de la IIe Armée dans sa mairie à Souilly.

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Pétain et Joffre à Souilly

Bien qu’il ne jure que part « sa grande offensive sur la Somme », les événements qui se déroulent à Verdun l’inquiète. Le général Pétain lui réclame sans cesse de nouvelles pièces d’artillerie qu’il souhaiterait voir conservées pour son attaque sur la Somme, en pleine étude.
Témoignage du commandant P… :  » Pour le G.Q.G., l’attaque de Verdun par les Allemands avait le tort considérable de constituer un obstacle à la préparation de notre propre attaque sur la Somme :
- Comment pouvons-nous songer à faire la Somme, si nous usons toutes nos divisions à Verdun. C’est la Somme qui dégagera Verdun, disait le G.Q.G.
A quoi ripostait le IIe Armée :
- Il est surtout pressant d’empêcher Verdun de tomber. A quoi bon faire la Somme si vous avez perdu Verdun ? « 

Après une journée d’entretient avec Pétain, Joffre promettait de faire son possible pour alimanter Verdun en canons, et rédigeait le premier ordre du jour historique de la bataille.
Ordre du jour pour la journée du 11 mars :  » Soldats de l’armée de Verdun ! Depuis trois semaines, vous subissez le plus formidable assaut que m’ennemi ait encore tenté contre nous. L’Allemagne escomptait le succès de cet effort qu’elle croyait irrésistible et auquel elle avait consacré ses meilleures troupes et sa plus puissante artillerie. Elle espérait que la prise de Verdun raffermirait le courage de ses alliés et convaincrait les pays neutres de la supériorité allemande. Elle avait compté sans vous.
Nuit et jour, malgré un bombardement sans précèdent, vous avez résisté à toutes les attaques et maintenu vos positions. La lutte n’est pas encore terminée car les Allemands ont besoin d’une victoire. Vous saurez leur arracher. Nous avons des munitions en abondance et de nombreuses réserves. Mais vous avez surtout votre indomptable courage et votre foi dans la République. Le pays a les yeux sur vous.
Vous serez de ceux dont on dira :  » Ils ont barré aux Allemands la route de Verdun !  » « 

Rive gauche
La bataille reprend au bois des Corbeaux, à Cumières et au Mort-Homme.

A 6 h, une attaque française menée par des éléments des 92e et 139e R.I. parvient à s’emparer en une demi heure du bois des Corbeaux tout entier.
En même temps, un régiment allemand s’empare de la totalité du bois de Cumières malgré la résistance désespérée des éléments restants des 92e et 139e R.I.

Dès 8 h, l’ennemi contre-attaque en force le bois qu’il vient de perdre. Jusqu’à midi, tous les assauts sont successivement repoussés. Mais petit à petit, les officiers et les hommes tombent. Privés de munitions, l’étau se resserrant indéniablement, le bois des Corbeaux à peine conquis doit être évacué en début d’après-midi.

A la fin de la journée, les bois des Corbeaux et de Cumières sont définitivement perdus. L’ennemi s’installe sur les pentes du Mort-Homme. Le 92e et le 139e R.I. ont subi de très lourdes pertes.

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Front au 10 mars 1916 (le même que le 7 mars)


 

11 mars
Rive droite

La journée est passée à organiser la défense de Froideterre en creusant de nouvelles tranchées et en réparant les liaisons.
Témoignage de Emile CARTIER, téléphoniste au 127e R.I. :  » Un téléphoniste doit avoir de nombreux et très visibles points de repère où il peut se reconnaître la nuit. Son salut dépend souvent de la rapidité des réparations.
Les lignes téléphoniques sont coupées par les obus 5 ou 6 fois par jour et autant la nuit. Nous bondissons de trou d’obus en trou d’obus avec notre rouleau de fils et l’appareil qui nous sert à délimiter les cassures. Notre baïonnette nous sert de piquet de terre. Nous sommes encore en hiver et la neige tombe en abondance, mais nous rentrons souvent baignés de sueur dans notre poste de Bras. « 

Vers 19 h, l’ennemi s’empare d’une ligne de tranchées sur la route de Verdun à Etain. Une contre-attaque française échoue ensuite en tentant de la reconquérir.

La nuit,  » il neige, le vent souffle. Comme les blessés abandonnés doivent avoir froid ! «  (Jean Desmond).

Rive gauche
Toutes les contre-attaques françaises échouent : au petit matin sur le bois de Cumières ; à 11 h sur les bois des Corbeaux et de Cumières ; à 17 h entre le Mort-Homme et le ruisseau des Forges ; à 1 h 30 sur les bois des Corbeaux et de Cumières.
Seul le boyau Béthincourt-Mort-Homme est repris à l’ennemi.

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Départ d’une contre-attaque française


 

12 mars
Rive droite

Vers 4 h, une attaque allemande à la grenade est lancée sur la cote du Poivre mais les troupes françaises parviennent à la repousser. Un violent bombardement s’en suit qui dure toute la journée.

Rive gauche
Aucune offensive Allemande mais de violents bombardements sur le Mort-Homme, les villages de Chattancourt et de Cumières, le bois Bourus et la cote 271.


 

13 mars
Rive droite et gauche

Violents bombardements allemands et français sur tous les secteurs…


 

14 mars – Pression allemande sur le Mort-Homme (rive gauche)
Rive droite
Au bois Chaufour, 2 compagnies allemandes se lancent à l’assaut des positions françaises. Tous les assaillants sont abattus avant de l’atteindre.

Sur les autres secteurs, le bombardement allemand continuel fait de nombreuses victimes.
Témoignage du soldat E. BARRIAU :
 » Nous montons au bois de la Caillette. Détail poignant, je ne serais pas capable de dire quelle unité nous avons relevée, car je n’ai vu d’hommes vivants que ceux de ma compagnie. C’est à Verdun qu’on relève les morts. « 

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Rive gauche
Dans la nuit puis dans la matinée, de nombreux obus asphyxiants et incendiaires sont lancés sur les lignes françaises.

Vers 15 h 15, l’ennemi attaque sur le Mort-Homme. Après un 1er échec, il revient à l’assaut et s’empare de la cote 265 et de boyau du Mort-Homme (16e et 98e R.I.). Les pertes sont très élevées des 2 côtés.

Par cette avance, l’ennemi avance très près du sommet du Mort-Homme.

 

15 mars
Rive droite
Les 2 adversaires s’observent mutuellement sur les pentes du fort de Vaux. Plusieurs escarmouches à la grenade sont signalées mais dans l’ensemble, le front reste assez calme.

Rive gauche
A 1 h du matin, le 3e bataillon du 16e R.I. part à la contre-attaque entre la cote 265 et le village de Béthincourt. Sur la gauche, l’attaque est un succès, les Allemands se replient et le terrain est repris.
Témoignage de Robert GILLET, soldat au 16e R.I. :
 » Une anecdote que je tiens de l’aumônier divisionnaire Lestrade et qui peint l’âme du poilu français. Lestrade avait, selon son habitude, accompagné de près nos vagues d’assaut avec sa vaillance accoutumée. En parcourant les tranchées conquises, il trouve dans un abri plusieurs soldats français en compagnie de plusieurs soldats allemands. Les Français ont ouvert leurs musettes et en ont partagé fraternellement le contenu avec leurs prisonniers. Tous mangent d’un bon appétit, on dirait une pension de famille. « 

A droite, le bataillon ne parvient pas à progresser et doit reculer en laissant de nombreux morts.

Le reste de la journée est passé sous un violent bombardement allemand.

 

Le 15 mars au soir, le commandement allemand doit se rendre à l’évidence, sa tentative de percer éclair sur la rive gauche se solde elle aussi par un échec.
En 10 jours, bien qu’elles aient fait subir à l’armée française de terribles pertes, les troupes allemandes n’ont progressé que d’environ 2 km sur un front large de 6. La côte de l’Oie, le bois des Corbeaux et le village de Cumières ont été pris mais les fantassins se heurtent à présent à une forte résistance au Mort-homme.
Témoignage du Colonel Marchal :
 » Vers le 16 mars, les Allemands s’aperçoivent qu’ils ne leur suffit pas de prendre le Mort-Homme, car la possession de celui-ci sera précaire, tant que les Français tiendront la cote 304, qui flanque très bien le Mort-Homme et ses arrières.
Ils décident donc d’enlever l’ensemble Mort-Homme-Cote 304 et, pour le faire facilement, pour conquérir une base de départ favorable à portée de ces deux sommets, de la cote 304 en particulier, ils prépareront une grande attaque enveloppante par la droite (ouest de la côte 304), consistant à s’emparer de toute la crête qui s’étend jusqu’à la corne sud du bois d’Avocourt.
Ce sera le but de leurs efforts entre le 20 mars et les premiers jours d’avril. « 

En ce qui concerne la rive droite, la progression allemande est également stoppée devant le fort et le village de Vaux. Une tentative d’attaque du fort le 9 mars c’est soldée par un échec, et seulement quelques maisons à la lisière du village ont pu être difficilement conquises.
Témoignage du Colonel Marchal :  » Il faudra aux Allemands tout le mois de mars pour enlever le village, maison par maison. Les Français feront plusieurs contre-attaques pour tenter de la reprendre.
A la suite de la plus meurtrière, le 30 mars, ils seront rejetés sur l’étang de Vaux et ils s’installeront solidement sur la digue de l’étang qui forme barrière à l’est de celui-ci.
Les Allemands tenterons vainement de tourner cet obstacle par la droite, c’est-à-dire par le ravin de la Fausse-Côte. Pendant de longues semaines, tous leurs efforts dans cette région demeureront vains. « 

 


 

16 mars – Pression allemande en direction de la côte 304 (rive gauche)
Rive droite
Au village de Vaux, dont la moitié est tenue par les Allemands et l’autre moitié par les 158e R.I. et 17e B.C.P. Français, s’abattent durant la journée pas moins de 10 000 obus de tous calibres.

Le 17e B.C.P reçoit l’ordre de contre-attaquer et de reconquérir entièrement le village. Cependant, le bombardement allemand est si violent que 1/3 des effectifs sont tués avant de s’élancer.

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A 20 h 55 et à minuit, 2 attaques allemandes sont repoussées par les 1er et 3e bataillons du 158e.
Depuis le 10 mars, les pertes de ce régiment s’élèvent à 20 officiers et 618 hommes.

Rive gauche
Au ravin des Forges et au sud du village de Forges, des concentrations ennemies sont observées. Cela semble présager une attaque imminente. Le général Debeney ordonne un bombardement intense de ces positions. L’attaque allemande n’a pas lieu.

Dans la nuit, la 40e D.I. (150e, 154e, 155e et 161e R.I.) commence à relever la 25e.


 

17 mars – Pression allemande en direction de la côte 304 (rive gauche)
Rive droite
R.A.S

Rive gauche
Dans l’après-midi, l’ennemi attaque au sud de la cote 295 mais ne parvient pas à percer.

 

18 mars
Rive droite
Durant la matinée, le 109e R.I. repousse à 2 reprises les assauts de l’ennemi.

A 12 h 30, le 140e R.I., en ligne de l’étang de Vaux à la redoute de Douaumont repousse également une forte attaque.

Rive gauche
A 13 h, le 1er Zouave part à l’attaque au sud-ouest du bois de Cumières et parvient à s’emparer de la lisière du bois.
T
émoignage du capitaine Paul FLAMANT :  » Avant l’attaque, je vois un petit gars, indifférent en apparence, aligner tranquillement des cartouches à portée de sa main et approvisionner son magasin en sifflant la Marseillaise, avec une sorte de ferveur sacrée !… comme d’autres prieraient tout bas pour se donner du courage. « 


 

19 mars
Rive droite
Le 17e B.C.P. et 2 compagnies du 159e R.I. reçoivent l’ordre d’attaquer à nouveau le village de Vaux. Après un violent affrontement, ils ne parviennent qu’à s’emparer de 2 lignes ennemies mais font de nombreux prisonniers.

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Colonne de prisonniers allemands

Rive gauche
R.A.S.


 

20 mars – Pression allemande en direction de la côte 304 – Perte du bois de Malancourt (rive gauche)
Rive droite
Violent bombardement sur les Eparges, le reste du front est assez calme.

Rive gauche
A 7 h, un violent bombardement allemand s’abat pour la 1ère fois sur le bois de Malancourt où les 111e, 258e et 272e R.I. sont en ligne. Ces unités sont en position dans ce bois depuis longtemps et s’y croient en sécurité, massées derrière de profonds réseaux de fil de fer.
Ce violent bombardement sème néanmoins la confusion dans les éléments des 111e et 258e R.I.

A 14 h 30, les vagues allemandes débouchent devant le bois et percent les lignes françaises sans grandes difficultés ! Il semblerait que certaines troupes françaises se soient délibérément rendues à l’ennemi.
Témoignage du Colonel Marchal : « Les éléments de première ligne manquèrent de vigilance et il semble prouvé aussi qu’ils renfermaient certains éléments douteux, peu désireux de se battre, et qui entretenaient des intelligences avec l’ennemi. On ne sait pas trop ce qui se passa exactement. Tout se fit sans beaucoup de bruit. « 

Les Allemands s’emparent donc de la partie centrale du bois puis se rabattent à droite et à gauche afin de s’étendre et poursuivre leur progression. Rapidement, le P.C. de commandement au sud du bois est encerclé et presque toute la brigade et faite prisonnière.
Seul un petit ouvrage nommé la Redoute d’Avocourt à l’extrémité sud-est du bois, semble montrer plus de résistance. D’abord prit par les Allemands, il est rapidement repris par une courageuse contre-attaque. Dés lors, toutes les tentatives allemandes vont successivement se briser et cet ouvrage formera durant quelques jours l’extrémité ouest de la bataille sur la rive gauche.

Au soir, la situation françaises est tragique, le bois est pratiquement perdu et environ 2500 soldats Français ont été fait prisonnièrs. Les Allemands se sont rendu maître de positions qui enveloppent le saillant français, village de Malancourt-village de Haucourt-côte 304.


 

21 mars – Pression allemande en direction de la côte 304 (rive gauche)
Rive droite
Journée  » assez calme « 

Rive gauche
Toute la nuit, le canon français pilonne avec force le bois de Malancourt qui a été perdu la veille.

A 4 h 30, les troupes françaises (3e, 105e, 111e, 121e, 139e, 141e et 258e R.I) s’élancent sur le bois mais la progression est très difficile et les positions restent inchangées.

Dans le secteur des villages de Haucourt et de Malancourt, le bombardement allemand est intense.
Vers 12 h 45, il s’amplifie.
A 15 h 30, il se concentre sur Haucourt.
A 18 h, l’ennemi part à l’attaque et s’empare sans grandes difficultés de l’observatoire. Cependant, il ne peut progresser plus avant, stoppé par le tir de barrage français.


 

22 mars – Pression allemande en direction de la côte 304 (rive gauche)
Rive droite
Le 226e R.I. en ligne au ravin de la Caillette repousse une attaque qui a été précédée d’un violent bombardement.

Rive gauche
Le bombardement allemand reprend avec force. Vers midi, l’ennemi attaque les ouvrages de Vaucluse et du mamelon d’Haucourt. La résistance françasie est acharnée mais vers 16 h, les survivants sont submergés et anéantis. Lors de ces combats, quand les munitions ont été épuisées, des combattants français se sont défendus au corps à corps avec leurs pelles, leurs pioches et leurs couteaux de poche…

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En fin de journée, l’ouvrage R2 à l’ouest du bois Camard tombe également aux mains de l’ennemi.


 

23 mars – Pression allemande en direction de la côte 304 (rive gauche)
Rive droite
R.A.S.

Rive gauche
Le 3e R.I. contre-attaque sur le village d’Haucourt et parvient à reprendre pied sur le mamelon à l’est d’Haucourt.

Tard dans la nuit, l’ouvrage R2 est reconquis par une compagnie du 163e R.I.


 

Du 24 au 28 mars – Pression allemande en direction de la côte 304 (rive gauche)
Rive droite et rive gauche

Bombardement infernal sur tous les secteurs.

Dans l’après-midi du 28, un important groupe ennemi parvient à s’infiltrer dans plusieurs maisons du village de Malancourt (Rive gauche). A la tombée de la nuit, le groupe part à l’assaut et parvient à s’emparer de l’ouvrage Braconnot ainsi que du réduit de Malancourt. Par cette manœuvre, il coupe toutes les communications du 163e vers l’arrière. Les éléments du 163e R.I. encerclés se défendent toute la nuit mais succombent sous le nombre.

Le soir, 4 bataillons (2 du 157e et 2 du 210e) et quelques éléments du génie reçoivent la mission de reprendre le réduit d’Avocourt. Ils partent de la forêt de Hesse vers leur base de départ et marchent toute la nuit.

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Troupes qui cantonnent dans les bois autour de Verdun, avant de partir pour le front


 

29 mars
Rive droite
Deux vagues allemandes se lancent à l’attaque face au bois de Morchée tenu par le 360e R.I. Accueillis par un feu nourri, les assaillants se terrent dans les trous d’obus.

Rive gauche
A 4 h 25, les 4 régiments partis la veille au soir (157e et 210e) s’élancent dans le réduit d’Avocourt et parviennent à le reprendre en ¼ d’heure. La surprise des Allemands a été totale.
Le 157e tente ensuite de poursuivre son élan et dépasser l’objectif mais il est contraint à reculer après un violent combat à la grenade.

Jusqu’au soir, l’ennemi tente à 5 reprises de reconquérir le terrain qu’il vient de perdre mais n’y parvient pas.

Le butin français a été important : des prisonniers, de nombreuses mitrailleuses, des canons de tranchées et, chose qui frappe les soldats français et en dit long sur l’organisation allemande, une vache et 2 cochons.

Durant la journée et la nuit, la 11e D.I. (26e, 34e, 69e et 79e R.I.) relève les restes de la 76e (157e, 163e, 210e et 227e R.I.) à l’est du boyau de la Garoupe.
La 22e D.I. (19e, 62e, 116e et 118e R.I.) relève la 42e (8e et 16e B.C.P., 94e, 151e et 162e R.I.) du bois d’Haudraucourt à la ferme de Thiaumont.

Afin de mieux se représenter l’état du front et les conditions de combat en cette fin de mars sur la rive gauche de la Meuse, voici le récit du caporal-mitrailleur BLAISE du 26e R.I. qui monta en ligne du 29 mars et fut évacué de 8 avril :
 » Arrivée vers le ravin du bois Camard, notre section se porte le 29 mars, avec la 3e compagnie, entre le chemin de Malancourt et le bois de Montfaucon, côte 287. Là, la relève est facile à faire, il n’y a presque rien à relever, et je suis désigné pour couvrir en avant le redan qui va être organisé. A tout hasard, un sergent m’emmène avec juste l’équipe normale et cinq caisses de cartouches vers la sortie du ravin du ruisseau de Forges.
On nous a dit qu’une brigade défaillante avait tenu ce secteur, mais les nombreux cadavres entassés là me laissent croire que cette brigade n’a pas manqué d’excuses.

Cette nuit passe vite et sans incident. Tout le jour suivant, le casque barbouillé de boue, sans gestes rapides, j’observe le terrain. Nous dominons trois lignes allemandes sur les pentes du bois. Les Boches, assis sur leurs parapets, semblent admirer derrière nous le tir de leur artillerie.

La deuxième nuit, vers 9h1/2, ils semblent se mouvoir vers nous. J’alerte mes trois camarades et la pièce braquée, le mousqueton armé, j’attends l’attaque, mais rien. Sans aucun ravitaillement depuis deux jours, rien de chaud au corps, je suis privé d’eau pour ma bouche, non guérie d’une ancienne blessure et qui s’infecte. La dysenterie me prend et il faut avoir vécu des jours entiers, assis ou debout dans un trou humide au milieu d’odeurs épouvantables, pour savoir ce qu’est la vie d’un soldat perdu entre les lignes de Verdun.

A la tombée de la nuit, j’envoie mon chargeur Jacquier au ravitaillement avec ce mot : « 1° Malade ; si pas ravitaillé, me relève d’office ; 2° J’observe que les Allemands travaillent tous les soirs de 22 heures à 4 heures, parallèlement au ravin à contre-pente et sur environ 400 mètres de longueur. Signé : Blaise, pièce 3 836.  »

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A 11 heures, Jacquier revient avec des macaronis froids, de la viande sauce au vin, et, comme boisson, du vin et de l’eau. A 1 heure du matin, je me rends compte que mon mot a déjà porté ; voilà que tout à coup un déluge de 75 et de 105 prend d’enfilade le ravin et même notre secteur. Nous nous jetons dans nos trous et jusqu’au matin nous entendons les blessés allemands qu’on transporte et qui hurlent.

Depuis quatre jours, nous sommes enfouis dans nos trous. Nous utilisons une boîte de sardines pour verser lentement nos excréments en dehors des trous. Je sens ma résistance diminuer, mais je ne songe pas à quitter mes camarades ; du reste, ce n’est pas le moment. A la nuit Jacquier, ce brave qui devait être tué le 7 retourne au redan, et rapporte la soupe ainsi que l’ordre de rentrer avant le jour avec notre matériel. Nous ramassons-le tout sans incident et quittons ce sinistre lieu, chargés comme des mulets, les jambes raides d’inaction. Il fait noir encore ; les trous de toutes grosseurs se touchent, il faut attendre la chute des fusées pour s’aventurer dans ce chaos ; nous mettons une heure pour faire 350 mètres environ et en arrivant devant le réseau, il nous faut crier et jurer pour nous faire reconnaître car nous sommes salués par les rafales de nos mitrailleuses ; la consigne est sans pitié. Arrivé près de la deuxième pièce en position, j’ai à peine posé caisse et paquetage que je suis pris de défaillance. Mon collègue et frère d’armes Boittiaux, chef de la 2e pièce, me ranime avec un peu de mirabelles qu’il sort d’un colis parvenu la veille à mon adresse, puis, allongé dans mon petit abri, j’éprouve un grand soulagement pour mes pauvres jambes quatre jours repliées.

Nous sommes le 5 avril. A 9 heures du matin, commence le terrible pilonnage ; sans arrêt, jusqu’au 7, à 5 heures du soir, ce sera un volcan de terre et de feu qui s’abattra sur les occupants, réduits à environ 40 hommes sur 200. Durant ce déluge, rampant à gauche, à droite, et parfois bien en avant des fils de fer détruits, j’ai pu déterrer, trop tard souvent, des camarades meurtris et même étouffés sous le parapet. A mon tour, je suis enterré et déterré par les camarades.

Le 7, toujours même vie affreuse. Je vais en avant à plus de 200 mètres à travers la boue, pétrie par endroits de chair verdâtre. J’écume de la bouche comme un chien. Vers 17 heures, tout à coup, le pilonnage se porte sur nos derrières et dans l’immense soulagement que procure cette surprise et aux cris de « les Boches ! » tous ces hommes, vrais démons, se jettent sur le reste des parapets, prêts au dernier sacrifice. Il n’y a plus de pensées pour personne. A 200 mètres, les Boches, en colonnes pressées, avancent en suivant les replis du terrain. Ma pièce est détruite, celle de gauche crache ; les grenades sont avancées par le lieutenant Sauvageot ; le capitaine Bernage, blessé, un fusil en main, hurle et outrage l’ennemi. Les hommes en font autant. Saisis par une semblable résistance, leur première vague et leurs lance-flammes abattus, les Boches hésitent et garnissent les trous. Cependant, ils ont des chefs de valeur car, à trois reprises différentes, peu suivis des hommes, plusieurs de ces chefs se font abattre à bout portant.

Vers 17h30, sur la droite, les Boches progressent et nous organisons un barrage de sacs et de matériaux. C’est là qu’une énorme explosion me laisse sans connaissance, à moitié enterré, près de mon brave Jacquier, tué. A gauche, Boittiaux, chef de la 2e pièce, ayant eu deux tireurs hors de combat, avait sauté sur la pièce pour la servir, mais avait été tué d’une balle en pleine tête. Je revois encore ce brave petit gars du Nord tombé à la renverse, le casque plein de cervelle. Je voudrais que les siens à Lille sachent comment il est mort et quelle affection nous avions l’un pour l’autre, nous les deux chefs de pièces, tous les deux gueules cassées car, comme moi, il avait une forte balafre par balle à la joue droite.

Amené au P.C. du bois Camard, je pars au petit jour, en me traînant, en direction d’Esnes. Je fus évacué sur Château-Chinon, à l’air pur et calme du Morvan, du sang plein les yeux, les reins malades, la face blême, les cheveux blancs. Je me remis au bout d’un mois de soins et revins à mon dépôt, à Mâcon, mais je garde toujours des traces d’irritabilité, et, à quarante ans, je suis un vieillard. « 

p10


 

30 mars – Abandon par les Français du village de Malancourt ainsi que du bois Carré (rive gauche)
Rive droite

A 5 h, l’ennemi sort du fort de Douaumont et attaque le 6e bataillon du 279e R.I. mais il doit se replier devant la force du tir français. Il laisse de nombreux morts sur le terrain.

Rive gauche
Les positions sur Malancourt et Béthincourt sont violemment bombardées durant 7 h d’affilée ce qui présage une attaque.
Elle se déclenche vers 17 h sur le village de Malancourt. Le 69e R.I. qui vient d’arriver résiste toute la nuit mais doit abandonner le village (beaucoup de ses hommes sont fait prisonniers).
Non loin du village, le bois Carré est également abandonné (par ordre supérieur) car il devient dès lors une position trop dangereuse à tenir.


 

31 mars – Perte du village de Vaux (rive droite)
Rive droite

Dans la région de Vaux et Douaumont, le bombardement allemand est assez violent toute la nuit et la matinée.

De 15 h 30 à 17 h, l’ennemi attaque à 5 reprises au nord-ouest de l’étang de Vaux tenu par le 10e B.C.P. La 3e compagnie résiste énergiquement mais doit céder sa 1ère ligne. Elle est ensuite reprise par une contre-attaque de la 2e compagnie jusque-là en réserve.

En même temps, 3 bataillons allemands s’élancent sur le village de Vaux sur une largueur de 800 m, 3 compagnies françaises sont encerclées. Elles luttent jusqu’au bout de leurs forces mais sont anéanties. La partie encore française du village de Vaux tombe ainsi aux mains de l’ennemi ainsi que les tranchées qui le bordent.
Le village de Vaux est dès lors définitivement perdu.

Rive gauche
L’effort commencé la veille par les Allemands s’accentue.
A la fin de l’après-midi, après une violente préparation d’artillerie, l’ennemi s’empare de la tranchée du Chapeau-Chinois, au Mort-Hommme. Le 154e R.I. contre-attaque aussitôt et reprend la tranchée.

 

 

En de nombreux endroits, la situation des hommes est tragique. Chassés et isolés par l’avance ennemie, ils s’accrochent au terrain au hasard, bloqués entre la ligne ennemie et le tir de barrage allemand.
Ils se protégent en creusant des tranchées de fortune en reliant entre eux les trous d’obus. Ne pouvant abandonner leur poste, ils restent cachés toute la journée sous leur toile de tente, sans pouvoir se lever car ils seraient repérés.
Ce n’est que la nuit qu’ils peuvent se dégourdir les jambes et manger si toutefois la corvée de soupe est parvenue à traverser le barrage.

Extrait du livre  » Verdun  » de Georges BLOND : » Les journalistes, les auteurs de manuels d’infanterie, les officiers descripteurs de la guerre appelaient cela ; un trou d’obus aménagé. Le mot aménagé ne convenait guère à ce qui avait été un creusement hâtif et même haletant dans la nuit à la lueur des fusées et des fusants ; les occupants n’étaient même pas sûrs qu’il se fût agi, à l’origine, d’un trou d’obus ; peu importait aussi de savoir comment s’étaient retrouvés là ensemble six hommes et un capitaine. A certains moments, la violence du déchaînement avait été telle qu’on ne pouvait même pas crier ; l’air empesté par les gaz des explosions suffoquait, déchirait la poitrine ; la terre tremblait sous les pieds. Maintenant, c’était une espèce d’accalmie étrange. On sentait toujours la terre secouée, mais pour ainsi dire régulièrement. Le tir de barrage allemand tombait sur l’arrière du trou, à peut-être deux cent mètres ; le tir de barrage français tombait sur l’avant, à trois cent mètres environ au-delà de ses lignes et les hommes, Français et Allemand, terrés, dans les trous devant les lignes, se trouvaient encagés, face à face…

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… le capitaine s’appuyait sur la paroi oblique du trou, guettant par l’un des créneaux rudimentaires… des sillons de larmes marquaient son visage noirci. Le capitaine avait pleuré peu auparavant, non de désespoir, mais en vomissant. Il avait vomi, une fois de plus, à cause de l’odeur. Depuis quatre jours ces hommes n’avaient mangé que du singe et ils n’avaient eu ni vin ni eau potable depuis quarante-huit heures. Tous souffraient de dysenterie.
Même au fort de la bataille les hommes-soupes partaient des roulantes et marchaient jusqu(aux premières lignes, chargés comme des ânes. Ils marchaient, rampaient ou se traînaient souvent jusqu’aux trous avancées. Leurs cadavres d’hommes secourables parsemaient le champs de bataille, parmi tant d’autres, mais cadavres intéressants, à cause des bouteillons et bidons qui gisaient à côtés d’eux. Des tireurs ennemis expérimentés visaient spécialement les hommes-soupes. Leur silhouettes alourdie les faisait reconnaître de loin.

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Ravitaillement des hommes-soupes

Les fantassins dans le trou, encagés entre les barrages des deux artilleries, souffraient de la dysenterie et aussi de la soif. Le froid moins cruel qu’une semaine plus tôt était tout de même assez vif. Il n’empêchait pas la soif. Sur toute l’étendue du champ de bataille de Verdun, depuis que la neige avait fondu, la soif était l’ennemie numéro un ; impartiale, brûlant la gorge des Français et des Allemands indistinctement…
On peut, en souffrant, rester plusieurs jours sans boire. Ces hommes auraient mieux résisté à la soif s’ils n’avaient pas été déshydratés par la dysenterie. Leur langue leur faisait l’effet d’un épais morceau de buvard dans leur bouche. Eh quand le capitaine vomit de nouveau, vers le milieu de la journée, ses yeux restèrent secs. Il n’avait rien mangé et vomissait seulement de la bile…
- Mon capitaine, les Boches tirent ! Ils grenadent ! Là, à droite, il y en a qui sont sortis de leur trous !
- Mon capitaine, le tir de leur artillerie s’est allongé. Ils vont attaquer !
- Eh bien, quoi, ce n’est pas la première fois !
… Sur l’espace entre les trous, les balles tissaient ce filet d’abeilles cent fois accélérées. Dans le trou français, un homme jeta son fusil :
- Merde, je n’ai plus rien !
Il jetait son fusil, il savait que les autres n’avaient même pas le temps de lui passer des munitions. La seule question était de savoir de quel côté les minutions seraient le plus vite épuisées… Les Allemands d’en face tiraient encore ; puis ils cessèrent, Plus de munitions ?
- Mon capitaine, ça y est, ils sortent ! ils ont leurs flingues et leurs grenades. Rien à faire, on est faits ! Il y a plus qu’à lever les bras. Ils s’amènent ! Mon capitaine, qu’est-ce que vous faites ? Laisser votre revolver, nom de Dieu, ça servira à quoi ? A nous faire bousiller pour rien ! Non, mon capitaine, non !… Ah, salaud ! « 

 

source : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

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24 novembre 2012

Les opérations en Alsace

Classé sous — milguerres @ 9 h 33 min

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Les opérations en Alsace

Août 1914

 récit : http://www.chtimiste.com/

LA PREMIERE OFFENSIVE  7 au 13/08/1914

 

Il n’entrait ni dans le plan stratégique, ni dans les intérêts tactiques de l’armée allemande, de porter la guerre sur la frontière alsacienne.

Il apparut utile au Commandement français d’accrocher sur ce front la gauche ennemie, et de prendre dans la plaine d’Alsace, dés le début des opérations, une position qui nous assurât le débouché des Vosges sur un large front.

Notre plan de campagne prévoyait donc une offensive qui flanquerait, à droite, le mouvement général de nos armées, avec des forces dont la mission serait de pénétrer brusquement en Alsace par le sud, de se porter en hâte sur Colmar et Schlestadt, de détruire les ponts du Rhin, et de masquer Neuf-Brisach

Ultérieurement et successivement, les unités appartenant au 1e groupe de divisions d’infanterie de réserve et les divisions de réserve des Alpes devaient garder la Haute-Alsace et investir Strasbourg.

Depuis le 2 août, l’état-major allemand avait concentré, de la Suisse à la Fecht, son XIVe Corps d’Armée, et de la Fecht au Donon son XVe

Le commandant de ces troupes, le général von Deimling, fameux « mangeur d’Alsaciens »,opérait sur un terrain qui lui était familier.

 Nos premières patrouilles, notamment celle du 11e Dragons, avaient convaincu notre État-Major que les effectifs allemands étaient de peu d’importance entre la frontière et Mulhouse.

Le gros des forces ennemies campait sur la rive droite du Rhin. Il fut décidé que nous prendrions immédiatement l’offensive pour rejeter en arrière ces effectifs et nous rendre maître des ponts sur le Rhin.

Un détachement d’armée fut organisé et placé sous les ordres du général Bonneau. Ce détachement comprenait le 7e CA., la 8e division de cavalerie, une brigade d’infanterie et une batterie attelée de 155 court, empruntées à la garnison de Belfort.

Cette brigade fut formée en hâte par les 371e et 372e régiments d’infanterie, qui furent respectivement complétés par un bataillon actif du 171e et du 172e régiments d’infanterie. La batterie fut prélevée sur le 9e régiment d’artillerie à pied.

Le colonel Quais, commandant de cette brigade, rejoignit le 6 août la 14e division du général Curé, qui faisait partie du détachement d’armée du général Bonneau, détachement dont l’effectif total était de 19000 hommes.

L’ordre d’offensive parvint le 6 août.

Il fut exécuté le 7, au matin. Le général Bonneau devait d’abord s’emparer du front Thann-Mulhouse, ensuite atteindre le Rhin par sa droite, en couper les ponts, puis se porter sur Colmar.

 

 

 

Les opérations en Alsace operation-detachement-bonneau

 

Opération du détachement d’armée Bonneau 7-13 août 1914 (http://vestiges.1914.1918.free.fr/Carte_003.htm)

 

L’armée d’attaque fut divisée en trois colonnes

**A droite, la 27e brigade d’infanterie (44e et 60e régiments d’infanterie) appuyée par les 2e et 3e groupes du 47e régiment d’artillerie et la 8e brigade de dragons, devait se porter par la trouée de Belfort sur Dannemarie et Altkirch.

** Au centre, la 14e division (brigade Quais, et 28e brigade (42e et 35e régiments d’infanterie) qu’appuyait le 1e groupe du 47e régiment d’artillerie, devait marcher sur Cernay.

**A gauche, la 41e division du général Superbie, éclairée par le 15e  bataillon de chasseurs, composée de beaux régiments d’infanterie comme les 23e,152e, 373e, appuyée par les batteries du régiment d’artillerie de montagne, devait se porter sur Thann par le col d’Oderen et la vallée de la Thur

Le front d’attaque d’Altkirch à Thann couvrait une étendue de 24 kilomètres.

Le général Bonneau, dans le mouvement de conversion qu’il devait décrire autour de Thann pour se redresser le long du Rhin, allait se heurter à des forces égales en nombre, mais retranchées, dont les contre-attaques risquaient de menacer son flanc droit.

Les colonnes de gauche et du centre progressèrent assez facilement. A gauche, la 41e division descendit sans désemparer la vallée de la Thur dans les journées des 6 et 7 août.

Le 15e bataillon de chasseurs, sous les ordres du commandant Duchet, bousculait les patrouilles ennemies et traversait ,rapidement Urbès, Wesserling, Saint Amarin, véritables étapes de la « Terre Promise », pour s’installer dans le village de Moosch.

Le 7 août, Willer et Bitschwiller étaient dépassés par les fantassins du 133e et du 23e  et dès quatre heures de l’après-midi nous pénétrions dans Thann, d’où le général von Deimling se retirait précipitamment.

La population enthousiaste fit fête aux chasseurs du 15e bataillon et aux fantassins de la 41e division.

Les pointes d’avant‑garde des chasseurs furent alors lancées vers Cernay, et dès le lendemain le 15e bataillon s’établissait à Reiningen, à 4 kilomètres de Mulhouse.

Au centre, la 14e division franchissait le 6 août la frontière; les fantassins du 35e et du 42e , appuyés par le feu des batteries du 47e régiment d’artillerie, progressaient malgré les mitrailleuses, bousculaient l’ennemi au pont d’Aspach dans la journée du 7,et le 35e régiment d’infanterie enlevait brillamment Burnhaupt‑le‑Bas. La division occupaitalors le front Aspach-Pont-d’Aspach-Burnhaupt-Ammertzwiller.

A droite, la 8e division de cavalerie, qui devait couvrir le flanc vulnérable de notre attaque, avait lié son mouvement à celui de la 14e division. La frontière étant franchie le 7 août à six heures, le 11e Dragons, à l’avant‑garde, se portait vers Altkirch. Une brigade allemande, pourvue d’artillerie, défendait la place. Les nôtres pénétrèrent dans Altkirch malgré la vive fusillade .qui partait des maisons. Mais ils ne purent dépasser la gare; nos escadrons durent se replier sous le couvert des bois. L’artillerie allemande leur causa quelques pertes. Le colonel du 11e Dragons fut grièvement blessé, le capitaine Dérémetz fut tué. A la faveur de l’obscurité, l’ennemi évacua la place.

 La prise d’Alkirch nous coûtait une centaine de tués et blessés. Mais notre 14e division y entrait le soir même, triomphalement.

Au matin du 8 août, la 14e division reçut l’ordre de poursuivre sa marche sur Mulhouse, la 41e division devant s’avancer à gauche, jusqu’à Lutterbach. Les 41e  et 60e régiments d’infanterie restaient à Altkirch

Vers midi, la 14e division se forma en deux colonnes, convergeant sur Mulhouse. Les patrouilles ennemies fuyaient devant nous; des équipements abandonnés jonchaient les routes. Les derniers soldats allemands quittaient Mulhouse quand nous arrivions aux portes de la ville.

Le 18e  Dragons ne trouvait pas un uniforme ennemi dans la place. Le général Curé envoya une forte avant-garde prendre position au-delà de la ville, entre Modenheim et Rixheim; puis il fit son entrée dans Mulhouse, musique en tête, drapeaux dé ployés.

La population couvrit de fleurs nos soldats. Pendant ce temps, le général Bonneau s’installait à Niedermorschwillcr.

La prise de Mulhouse, vaste centre industriel d’Alsace qui compte 100000 habitants, eut une répercussion énorme dans toute la France. Notre victoire ne paraissait plus douteuse. Le généralissime adressait la proclamation ci-dessus à nos frères retrouvés.

Ce document passait de main en main avec ferveur. L’enthousiasme atteignait son paroxysme.

M. Messimy, Ministre de la Guerre, télégraphiait au général en chef :

Mon général, l’entrée des troupes françaises à Mulhouse, aux acclamations des Alsaciens, a fait tressaillir d’enthousiasme toute la France. La suite de la campagne nous apportera, j’en ai la ferme conviction, des succès dont la portée militaire dépassera celle de la journée d’aujourd’hui. Mais, au début de la guerre, l’énergique et brillante offensive que vous avez prise en Alsace nous apporte un précieux réconfort. le suis profondément heureux, au note du Gouvernement, de vous exprimer toute ma gratitude.

Hélas !! cette confiance était prématurée.

Les Allemands en fuite avaient bien incendié les magasins militaires de vivres, de matériel et de fourrages ; mais ils laissaient derrière eux une horde d’espions. Leurs officiers, avant de partir,avaent promis de se venger dès le lendemain des Français.

Le général Curé apprenait, en effet, dans la soirée du 8 août, que de gros détachements ennemis apparaissaient en direction de Mülheim et de Neufbrisach. La forêt de la Hardt, impénétrable et méthodiquement organisée, fourmillait de casques à pointe.

Il était impossible à une brigade d’infanterie de défendre victorieusement Mulhouse contre des forces importantes venant du nord et de l’Est.

Le général Curé se rendit compte de cette situation, et  pour éviter une catastrophe évacuer Mulhouse à 5 heures du matin, puis s’installa sur les hauteurs, au sud de la ville. Les Allemands, assurés de trouver nos soldats en pleine orgie, comptaient les bousculer sans coup férir, et pénétrer à leur suite par la trouée de Belfort. La rapidité de notre offensive les avait surpris. La faiblesse de nos effectifs les rassura.

Au matin du 9, notre 28e brigade (35e et 42e régiments d’infanterie) était rassemblée, avec le 1e groupe du 47e régiment d’artillerie, face au nord, sur le plateau de Riedisheim, et la 114e brigade (moins les deux bataillons actifs des 117e et 172e régiments d’infanterie, en réserve à Galfingen) se retranchait au nord de Dornach.

La 8e division de cavalerie était chargée de patrouiller dans la Hardt.

Durant toute la matinée, du côté ennemi, un train blindé de huit wagons fit la navette entre Müllheim et l’île Napoléon, où il amenait, à chaque voyage, des unités d’infanterie. Nos artilleurs ne parvinrent pas à l’atteindre. Le XIVe Corps allemand achevait, pendant ce temps, sa concentration à Neuenberg, sur la rive droite du Rhin.

Au cours de l’après midi, une importante colonne fut signalée au nord de Mulhouse.

Vers 5 heures du soir, l’action générale s’engagea. A la nuit tombante, la bataille faisait rage. Le XIVe Corps et une division du XVe Corps allemands prononcèrent une double attaque, leurs troupes surgissant de la forêt de la Hardt, et descendant par Neufbrisach, Colmar et Soultz sur Cernay.

Notre retraite était bientôt menacée en direction de Cernaypar des forces supérieures. Notre centre à son tour allait courir les plus gros dangers. Vainement les 3e et 42e régiments d’infanterie firent des prodiges, refoulant à plusieurs reprises les Allemands sur Rixheim et l’île Napoléon. Mais la 41e division subissait un bombardement par obusiers à Lutterbach et devait battre en retraite.

Le 15e bataillon de chasseurs évacuait bientôt Cernay. Toutes ces unités refluaient par la route de Bussang, vers 8 heures du soir.

Notre 14e division restait en flèche, sans aucune réserve pour la soutenir. Le général Curé prescrivit alors la retraite, qui s’effectua dans un ordre parfait, en direction de NiedermorschWviller.

Au matin du 10 août, notre gauche était à Thann, notre centre et notre droite sur la ligne Reiningen

Nos forces, d’ailleurs épuisées, qui se trouvaient à Reiningen, pouvaient, d’un moment à l’autre, se trouver compromises. Le moral des troupes ayant subi une rude atteinte, le Commandement décida l’accentuation de notre repli sur les  hautes Vosges.

Vieux-Thain, puis Thann furent évacués. La retraite était reprise en direction de l’Ouest. Les Allemands, eux, marchaient en direction du Sud. Ils se heurtèrent, le 10 août, à la 57e division de réserve, qui appartenait à la garnison de Belfort.

 

Que s’était-il donc passé en arrière de notre front d’attaque?

La 113e brigade (235e 242e 260e régiments d’infanterie) avait été dirigée dès le 9 août sur la frontière, pour surveiller la direction de Dannemarie ; elle se porta le 10 sur les contreforts de la rive gauche de l’Ill et sur les hauteurs du Spechbach, où elle fut rejointe par la brigade Quais, qui retraitait avec la 14e division.

Grâce aux hésitations de la poursuite ennemie, les éléments de la 57edivision se trouvaient rassemblés le 11août sous les ordres du général Frédéric Bernard, et purent couvrir la droite du 7e Corps d’Armée, puis engager le combat et bri

ser l’effort ennemi. Ainsi, le 11août, le détachement d’armée Bonneau réussissait à se fixer derrière le ruisseau de Saint-Nicolas.

Les 44e et 60e régiments d’infanterie rejoignaient les autres éléments de la 14e division et bivouaquaient là jusqu’au 17 août

Le 47e d’artillerie s’établissait le 12 et le 13 en cantonnement bivouac à La Collonge, laissant ses 5e et 6e batteries soutenir nos avant postes vers Vauthiermont et Reppe.

Le 7e Corps d’Armée se trouvait dégagé par l’intervention de la 57e division en avant du col de Valdieu; cette division s’établissait le 12 août

entre Montreux-Jeune et Chavannes-sur-l’Étang, afin de couvrir les routes qui permettaient de tourner Belfort par le Sud.

Le 13 août, après maints tâtonnements, l’ennemi se décidait à l’offensive.

L’attaque, menée par des troupes badoises et wurtembergeoises, se déclencha sur le front Montreux Jeune Chavannes l’Étang. La 115e brigade, qui formait l’aile droite de la 57e division, défendit vaillamment le moulin de la Caille et  le village de Montreux-jeune.

Par crainte d’enveloppement, elle se replia dans Montreux-Vieux, derrière le canal du Rhône au Rhin. L’ennemi bombarda Montreux-Vieux, mais ses attaques se brisèrent sur le canal. Il dut renoncer à sa marche sur Montbéliard. Cette affaire nous coûta 800 tués ou blessés. L’ennemi perdit presque 2000 hommes. Il se vengea de son échec en incendiant Romagny

La 57e division organisa immédiatement ses positions pour couvrir la route du Sud-Est et nous assurer les voies de communication débouchant du col de Valdieu.

Le combat de Montreux marque la fin de notre première pointe offensive sur Mulhouse ; opération téméraire sans doute, mais qui n’aboutit pas à une catastrophe, et qui laissa intacte notre frontière.

L’Allemagne cria au triomphe, insolemment.

La France fut péniblement affectée, et le Journal Officiel enregistra la mise à la retraite, pour raison de santé, du général Bonneau.

 

 

LA SECONDE OFFENSIVE  14 au 22/08/1914

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Opérations en Haute-Alsace (général Pau) 14-22 août 1914 (http://vestiges.1914.1918.free.fr/Carte_004.htm)

L’armée française ne pouvait rester sur cet échec. Trop d’espoirs étaient nés soudain au delà des Vosges. Nous leurs devions une réparation morale. Et d’autre part une nouvelle poussée, bien conduite, ne pouvait manquer d’assurer des positions meilleures à l’aile droite de nos armées.

Afin de pouvoir agir avec plus de sécurité, nos troupes opérant en Lorraine avaient besoin d’être sérieusement couvertes en direction du Sud par l’occupation des points de passage du Rhin, de Huningue à Neufbrisach. Cette mission de flanc garde, non réalisée par le détachement d’armée Bonneau, ne pouvait être abandonnée sans danger. L’occupation du Sundgau nous était nécessaire, car des colonnes ennemies débouchant par là mettraient en péril notre 10e Armée.

Dés le 10 août, le général Joffre ordonnait la constitution d’une armée plus importante, qui rétablirait la situation en Haute-Alsace, et qui serait confiée au général Pau, le plus populaire de nos généraux.

Le rassemblement des forces commença le 11 août.

Le général Pau prit pour chef d’état-major le lieutenant-colonel Buat, officier supérieur unanimement apprécié. L’effectif devait être porté à 115000 combattants.

Le 7e Corps d’Armée fut reconstitué et repris en main par un nouveau commandant, le général Vauthier.

Il lui fut adjoint la 8e division de cavalerie et la 57e division d’infanterie de réserve, cette dernière étant toutefois allégée des 235e et 260e régiments d’infanterie, qui avaient combattu à Montreur et devaient, pour se refaire, cantonner à Belfort.

 

 

 

 

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source : http://www.delcampe.fr/page/item/id,0067672882,language,F.html

 

Des éléments des 171e et 172e régiments d’infanterie furent accolés au 242e dans la 113e brigade, et complétèrent les effectifs de la 57e division, qui comptait à la 114e brigade : Les 371e, 372e et 244e régiments d’infanterie, trois groupes d’artillerie montée de 75, une compagnie du génie et deux escadrons de réserve de dragons.

Le 1e groupe de division d’infanterie de réserve, commandé par le général Archinard, des troupes coloniales, entrait dans l’armée d’Alsace, à laquelle il apportait un renfort de trois divisions, constituées chacune par deux brigades de trois régiments à deux bataillons. C’est ainsi que la 66e division du général Woirhange était composée de la 131e brigade du général Sauzéde (280e, 281e et 296e régiments d’infanterie) et de la 132e brigade du général Sarrade (215e 253e et 343e régiments d’infanterie).

La 63e division de réserve était constituée de façon identique, ainsi que la 58e; cette dernière, commandée parle général Lombard, laissait toutefois une de ses brigades à la disposition de la 1e Armée.

La 44e division d’infanterie alpine, commandée parle général Soyer, apportait son appoint à l’armée nouvelle :Les 97e, 157e,159e et 163e régiments d’infanterie, tous à trois bataillons.

Quant à la brigade active de Belfort, elle était formée des six bataillons des 171e 172e régiments d’infanterie. Deux de ces bataillons avaient déjà vu le feu avec la brigade Quais.

Deux batteries lourdes furent improvisées et mises à la disposition du général Pau, qui reçut en outre les cinq groupes alpins de la XIVe région, rattachés pour ordre au 7e C. A.

Le général Pau avait ainsi sous ses ordres 11500 hommes pour mener à bien la tâche que le général Bonneau n’avait pu accomplir avec ses 19000 combattants. Il ne s’agissait plus d’une reconnaissance, mais d’un effort décisif en direction du Rhin : offensive méthodique de l’Ouest à l’Est, notre gauche avançant vers le Nord-Est pour couper la retraite aux Allemands dans cette direction, afin que l’adversaire n’eût d’autre issue que la frontière suisse ou le passage du fleuve.

La gauche de l’armée du général Pau (véritable aile droite de notre 1e Armée) fut, en conséquence, composée d’éléments particulièrement solides et entraînés: les cinq groupes alpins de la XIV région commandés par le général Bataille. Le général Pau les engagea même avant d’avoir achevé la formation de son armée. Ces groupes, qui débarquaient le 12 août dans la région Remiremont Gérardmer-Saint-Maurice, furent immédiatement affectés à la garde de la crête des Vosges, du ballon de Servance jusqu’au col de la Schlucht.

Ils devaient descendre par les routes du versant oriental pour tenir solidement les débouchés de ces routes sur la plaine d’Alsace. Le Louchbach marquait leur jonction avec les 70e,11e,14e,bataillons de chasseurs, qui constituaient l’extrême gauche de la 1e Armée.

Dés le 14 août, le 28e bataillon reçut l’ordre de descendre sur Massevaux et Lawv, pour éclairer la 41e division. Commandé par le lieutenant colonel Brissaud-Desmaillet, ce bataillon arriva sans encombres à Massevaux vers midi, et repartit sur Rodern. Sa marche était surveillée par quatre cavaliers ennemis du 14e dragons. Le lieutenant Ayme, reconnaissant soudain des ennemis, tua d’un coup de feu le sous-officier, chef de patrouille. Les trois autres cavaliers prirent la fuite.

Pendant ce temps, les 12e et 22e bataillons descendaient de Bussang sur Thann. Ils entrèrent dans Thann à sept heures du soir, les Bavarois ayant précipitamment évacué la ville.

Le 30e bataillon du lieutenant-colonel Goybet descendait du Hohneck et menait l’attaque en en direction de Munster. Le 13e bataillon restait en réserve de la 81e brigade, à laquelle il était provisoirement rattaché.

Le 15 août, les groupes alpins qui avaient mené ces trois offensives divergentes se reconstituèrent en deux groupements.

Au Nord, les 30e et 13e bataillons demeurèrent avec la 81e brigade, momentanément arrêtée devant Munster. Au sud, les groupes des 12e, 22e et 28e bataillons se réunirent autour de Cernay, sous les ordres du lieutenant colonel Gratier, liant leur mouvement à la gauche du 7e Corps d’Armée.

Cette couverture de gauche était assez solide pour que l’offensive en Haute Alsace fût déclenchée.

Notre droite, appuyée sur le canal du Rhône au Rhin, était forte de deux divisions ; la 66e (280e, 281e et 296e, 215e, 253e et 343e régiments d’infanterie de réserve) et la 44e (157e, 159e, 163e et 97e régiments d’infanterie alpine).

Le 7e Corps d’Armée se trouvait à cheval sur la route de Belfort à Mulhouse, assignée comme axe de mouvement

A l’extrême gauche, deux autres divisions, la 58e et la 4e, devaient marcher en liaison avec les groupements alpins, dont l’axe de mouvement serait SentheimAspach Wittelsheim.

La progression sur Mulhouse devait se faire, cette fois, en quatre bonds successifs, jalonnés au centre par Soppe, Burnhaupt et Heimsbrunn.

Le 16 août l’Armée d’Alsace passait à l’attaque. Elle atteignait facilement le front Buettwiller Guewenheim Burbach. Surpris, les Allemands se retirèrent en désordre vers le Nord et vers l’Est, abandonnant munitions, vivres et matériel. Seule, la possession de Danemarie fut chèrement disputée.

Le 17 août, l’ennemi hâta sa retraite vers la Haute Alsace. Nous enlevions Munster par une manœuvre habile au sud de la ville : l’ennemi fuyait vers Turckheim.

Le 18 août, tout le terrain était balayé au sud des Vosges, et jusqu’au Donon. L’Armée d’Alsace tenait le front Tagsdorf Oberinorschwiller Zillisheim Hochstatt Niedermorschwiller Reiningén Wittelsheim.

Au soir de ce jour, le général Pau donnait à ses troupes l’ordre d’attaquer, pour enlever Mulhouse, la ligne de l’Ill, autour de laquelle s’étaient regroupées les forces ennemies. L’aile gauche avait mission de se redresser vers le Nord, en direction de Colmar et de Neufbrisach, l’aile droite devait se porter sur Altkirch.

La bataille générale fut ainsi livrée du 19 au 22 août.

Le 19 août, après un combat acharné, le 7e Corps d’Armée enleva Mulhouse. II fallut d’abord courir à l’assaut de masses ennemies concentrées entre Lutterbach, Pfastadt et Richwiller. Notre artillerie fit merveille dans la préparation.

A Dornach se cristallisa la résistance allemande.

Dornach est la banlieue de Mulhouse: partout des villas, des jardins, des murs, des haies. L’ennemi avait tendu des fils électrifiés, chaque maisonnette était un fortin. La 14e division dut livrer un assaut en règle, dans lequel se distinguèrent les 35e, 42e, 44e et 60e régiments d’infanterie, ainsi que les sapeurs du 4e génie.

Six pièces de 77 furent prises à la baïonnette par le 42e régiment d’infanterie. Les Badois subirent des pertes cruelles. Un millier de prisonniers tomba entre nos mains. La 8e division de cavalerie pourchassa l’ennemi jusqu’à la région, d’Ensisheim, à 20 kilomètres au nord de Mulhouse. Durant la bataille se distingua le colonel Nivelle, commandant du 5e régiment d’artillerie de campagne.

Pour la seconde fois, en quinze jours, les Français entrèrent à Mulhouse à quatre heures de l’après midi.

Mais ils ne firent que traverser la ville pour aller se retrancher à Lütterbach et dans la région de Modenheim. Seuls, les 35e et 42e régiments d’infanterie, qui s’étaient distingués à Dornach, restèrent en réserve à Mulhouse, et le 3e groupe du 47e régiment d’artillerie se mit en batterie sur la cote 266 et sur les croupes sud est de la ville.

A droite du 7e Corps, l’attaque de Mulhouse fut bordée par la 66e division, dont l’objectif était Brunstatt, sur l’Ill, et à l’extrême droite par la 44e division qui se rabattait sur Altkirch. Ces deux divisions maîtrisèrent toutes les réactions ennemies et atteignirent leurs objectifs.

La 66e division dépassa, le 19 août, les avant postes que ses régiments de la 131e brigade (280e,281e, 296e régiments d’infanterie) et de la 132e brigade (215e,253e et 343′ régiments d’infanterie) avaient installés sur le front Ammertzwiller Hagenbach. L’ennemi tenta de résister sur la ligne Brunstatt Flachslanden. Il dut battre en retraite devant l’attaque du 215e régiment d’infanterie (colonel Gadel, des troupes coloniales) et du 343e régiment d’infanterie (lieutenant colonel Prudhomme). Le 215e progressa pourtant avec beaucoup de peine : deux fossés rendaient sa marche quasi impossible : le canal du Rhône au Rhin et l’Ill.

Les sections de tête refluèrent en désordre sous le tir des mitrailleuses allemandes. Le terrain sur lequel elles s’étaient engagées était plat et dénudé. Notre artillerie balaya aussitôt de son feu les bords du canal et les emplacements des mitrailleuses. A la nuit tombante, l’ennemi s’empressa d’évacuer Brunstatt, et le 215e régiment d’infanterie put prendre possession du village.

La brigade de droite attaquait Zillisheim et Flaxhenden; les 296e et 280e régiments d’infanterie brisaient définitivement la résistance allemande.

Le 21 août, le 215e régiment d’infanterie s’installait à Heinsbrunn, et le 343e régiment d’infanterie à Galfingen ; ces villages étaient mis aussitôt en état de défense.

La mission de la 66e division était remplie

 

 

 

 

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A l’extrême droite, la 44e division, qui couvrait notre flanc, était violemment prise à partie par une division allemande, venue de la rive droite du Rhin. Après un àpre combat, l’ennemi était rejeté, et sur le carnet d’un officier allemand on lisait quelques jours plus tard les lignes suivantes :

 « Notre infanterie est écrasée ; batteries et fantassins fuient en désordre, suivis du général von Bodungen qui marche à pied derrière ses troupes battues et désemparées… »

 La 41e division refoulait l’adversaire sur Emlingen et sur Tagolsheim, puis se rabattait sur AAltkirch. Devant cette place, le général Plessier était mortellement frappé, à la tête de la 88e brigade. Ses troupes s’emparèrent de la ville au prix de gros sacrifices.

La 44e division fut alors relevée par la 57e, dont les régiments purent occuper en toute sécurité les hauteurs de la rive droite de l’Ill, depuis Altkirch jusqu’à Mulhouse. Nos reconnaissances atteignaient la Hardt.

Au nord de Mulhouse, l’ennemi ne fut pas plus heureux

Notre aile gauche avait pour objectif général Colmar, et pour mission (le progresser en liaison étroite avec la Ire Armée, dont elle couvrait le flanc droit.

Le groupement de chasseurs alpins remplit cette tâche difficile avec intrépidité. Grâce au dévouement des chasseurs, la, 1e armée et l’Armée d’Alsace purent accélérer leur avance ou limiter leur recul.

L’offensive fut prise le 19 août. Le groupe du nord (13e et 30e bataillons) marchait sur Colmar en descendant la Fecht. Le groupe du Sud (28e, 22e et 12e bataillons du lieutenant colonel Gratier) agissait en direction du Nord par la rive gauche de l’ Ill. Ce dernier groupe trouva la route de la plaine solidement tenue par les Allemands. Il prit, plus à l’ouest, la route du col d’Osenbach. Le 28e bataillon se dirigeait ainsi d’Uffholtz sur Guebwiller.

Ce dernier village fit fête aux chasseurs. Ils continuèrent leur route, et atteignirent la région de Westhalten Orschwihr, fourmillante d’ennemis Le lieutenant colonel Brissaud-Desmaillet, commandant du 28e bataillon, envoya dans l’après-midi une reconnaissance offensive, dirigée par le lieutenant d’Armau de Pouydraguin, sur le village de Pfaffenheim.

 L’officier ne découvrit rien de suspect dans le village; mais un habitant s’enfuyant vers une ferme isolée, il lui donna la chasse, et se trouva soudain devant une sentinelle allemande, avec laquelle il engagea un furieux combat corps à corps. Les chasseurs arrivèrent à temps pour dégager leur lieutenant, malgré une vive fusillade partie de la ferme.

La patrouille, fortement éprouvée, put regagner nos lignes. Nous nous trouvions au contact immédiat de l’ennemi.

Pendant ce temps, le 30e bataillon, qui se portait sur Walbach, se heurta à une brigade wurtembergeoise. Le capitaine Banelle chargea intrépidement une batterie qui dut s’enfuir, abandonnant ses projectiles. Un régiment ennemi, lancé à l’attaque, reflua en désordre sous le feu de nos mitrailleuses et de nos batteries de montagne. Le 30e bataillon subit des pertes sensibles, mais la route Turckheim nous était ouverte, et les trois bataillons du lieutenant colonel Gratier pouvaient progresser.

Le 13e bataillon était aussitôt détaché dans la région Orbey Zell, où il couvrait face au nord le flanc gauche des chasseurs.

Le 21 août, le 30e alpins enlevait Turckheim. Les bataillons glissaient vers la région de Kaisersberg et d’Ammerschwihr.

Le 22 août, ils livraient le sanglant combat d’Ingersheim.

Ce dernier village, situé à 3 kilomètres de Colmar, est protégé au sud par le cours de la Fecht. La route de Colmar à Ingersheim franchit la rivière sur un pont de pierre. Puis elle longe la rive sud de la Fecht, bordée par une sapinière. Ensuite, des vignes touffues s’étendent jusqu’à Logelbach, faubourg de Colmar.

Dès 7h heures du matin, une batterie allemande de 210 bombarda le front d’Ingersheim et les rives de la Fecht.

A 11 heures, les colonnes allemandes débouchèrent de Colmar par la route clé Kaiserberg. Elles se heurtèrent devant Turckheim aux 2e et 3e compagnies du 30e bataillon, et ne purent forcer le barrage. Mais l’attaque gagna par le nord. L’ennemi, sous le couvert des sapins, s’infiltra jusqu’à Ingersheim.

La lutte fut meurtrière. Les 12e, 5e et 28e bataillons contre-attaquèrent furieusement les troupes bavaroises.

Ingersheim fut pris et repris à trois reprises. Les 5e et 28e bataillons culbutaient enfin l’aile droite ennemie et la rejetaient sur Colmar. Ingersheim flambait. A l’aube, le 28e bataillon atteignait la barrière de l’octroi de Colmar. Nous organisions défensivement la vallée de la Fecht.

Ainsi, à l’extrême gauche, nous nous trouvions aux abords mêmes de Colmar; à l’extrême droite, au sud d’Altkirch, les cavaliers de la 14e brigade de dragons et les fantassins du 242e régiment d’infanterie étaient installés à Hirsingen et à Ilirtzbach. De lIll au Rhin, la voie semblait ouverte à l’Armée d’Alsace.

Malheureusement, le 22 août, la 2e Armée brisait ses efforts sur les défenses de Morhange; sa retraite entraînait le repli de la 1e Armée, qui abandonnait le 23 août le Donon et le col de Saales. L’Armée d’Alsace ne pouvait plus rester en flèche. La bataille des frontières était finie ; nous l’avions perdue.

 Une autre bataille se préparait, pour laquelle le général en chef avait besoin de toutes ses forces. L’Armée du général Pau fut disloquée au profit de nouveaux théâtres d’opérations.

Le 22 août, la 8e division de cavalerie (qui laissait cependant sa 14e brigade de dragons à l’Alsace) et la 44e division étaient rattachées à la 1e Armée.

Le 24 août, la 63e division de réserve et le gros du 7e Corps d’Armée étaient transportés sur la Somme, puis sur Paris, à la disposition de la 6e Armée.

Une telle dislocation entraînait l’abandon du terrain conquis.

Les troupes françaises abandonnaient non seulement Mulhouse, que le général Pau évacuait le 24 août, mais Altkirch, Cernay, Logelbach, le Sundgau.

A l’Armée d’Alsace furent substitués deux groupements : celui de Belfort au sud, celui des Vosges au nord. Le premier devait garder l’accès de la trouée, le second tenait notre frontière d’Alsace, et couvrait le flanc de la 1e Armée.

Certes, on a pu reprocher au général en chef d’avoir dispersé ses efforts au début de la plus sanglante des guerres. Mais eût-il été juste de négliger les impondérables ? Le point de vue moral eut la plus large place, au cours du tragique conflit.

 

sources :

cartes : http://vestiges.1914.1918.free.fr

récit et photo : http://www.chtimiste.com/

photo : http://www.delcampe.fr/page/item/id,0067672882,language,F.html

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23 novembre 2012

L’affaire de LAGARDE et du 15e Corps d’Armée

Classé sous — milguerres @ 23 h 16 min

 

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L’affaire de LAGARDE et du 15e Corps d’Armée

 La Bataille d'Ypres fleche-boule7source récit : http://www.chtimiste.com/

 La Bataille d'Ypres fleche-boule7source photos et récit   : http://www.provence14-18.org/lagarde/

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Voilà ce que Jannine GER…m’écrit en décembre 2003 :

source récit : http://www.chtimiste.com/

« J’ai un oncle qui est décédé le 11 août 1914 au cours de la bataille de Lagarde en Moselle. Il était du 40ème Régiment d’Infanterie. Sa famille n’a été prévenue de son décès qu’en 1920 et son nom ne figure même pas sur le monument aux morts du lieu où il habitait.
Lors d’un passage en Lorraine, je suis allée à Lagarde où j’ai bien retrouvé sa tombe dans le cimetière français.
Pour essayer d’en savoir un peu plus sur ce qui s’est passé ce jour-là, je me suis rendue à la mairie qui possède un classeur où l’ancien secrétaire et instituteur du village, qui venait de décéder, s’était penché sur cette bataille passée sous silence qui ne figure ni dans les livres d’histoire ni aux archives départementales de la Moselle.

Il a regroupé ses recherches dans un classeur qui se trouve donc à la mairie. »

Tout ce travail de recherches a été fait par l’ancien secrétaire de la mairie de Lagarde (actuellement décédé) afin que cette horrible bataille ne soit pas oubliée.

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Dans la tourmente de la guerre

Lorsqu’ éclate la guerre le 3 août 1914, le grand principe de l’état-major français est  « offensive à outrance ». Il a du reste été entendu avec nos alliés russes qui entreront dans le conflit le 6 août, que nous attaquerions aussitôt que possible sur nos frontières de l’Est.       

Selon le « plan XVII » adopté par Joffre en 1913, cinq armées s’échelonneront de Montbéliard aux Ardennes belges. Les généraux Dubail, Castelnau, Ruffey, Langle de Cary et Lanrezac en assureront le commandement.

Dès le 5 août, les forces de cavalerie du Général Sordet franchissent la frontière en direction d’Arlon et Bastogne.

Le 6 août l’Allemagne publie ce rapport officiel laconique : Briey est occupé par les troupes allemandes. Pour la premières fois la garde des frontières allemande étendait ses opérations en territoire français.

Le 8 août, un autre corps de troupes français sous les ordres du général Bonneau fonce sur la trouée de Belfort et arrive triomphalement à Mulhouse.

Ce ne sont là de part et d’autre de la frontière franco-allemande que des succès éphémères, consécutifs à des opérations de reconnaissance. Quelques jours plus tard les généraux Pau, Dubail et Castelnau lancent des attaques sur Sarrebourg et Morhange. Ces offensives se brisent sur l’artillerie ennemie. Le général Pau se replie sur les Vosges. Dubail et Castelnau sont obligés de décrocher et leur repli s’effectue au prix d’énormes pertes infligées par les troupes du  Kronprinz de Bavière.

C’est dans le contexte de cette « BATAILLE DES FRONTIERES », que se dérouleront, en prélude à la Bataille de MORHANGE et de  SARREBOURG qui du 18 au 20 août fera plus de 10.000 victimes de chaque côté, les sanglants combats de LAGARDE, le 11 AOUT 1914.

 

LA  BATAILLE  DE  LAGARDE

11   AOUT 1914


Au cours des quelques jours qui ont suivi le déclenchement de l’impitoyable bataille de LAGARDE, le décrochage dela IIème armée française commandée par le général Edouard de Curières de Castelnau, entraîne le repli de la Ière armée sur l’ensemble du front.

Sous les coups des Bavarois qui ont réuni les moyens d’une solide offensive, certaines unités se débandent. Au cœur des combats, des sanctions sont prises, des colonels sont relevés de leur commandement.

On tente d’arrêter les fuyards afin d’organiser de nouvelles positions de défense.

Une contre-attaque lancée par le général BLAZER fait avorter l’offensive allemande.

 

L’affaire de LAGARDE et du 15e Corps d’Armée lagarde-carte-francais

source photo :http://www.provence14-18.org/lagarde/

La première attaque française

La IIème Armée, en position autour de Nancy, reçoit l’ordre de lancer une contre-offensive afin de reconquérir le terrain perdu au cours des jours précédents. Pour se lancer à l’assaut des troupes ennemies, le général de Curières de Castelnau dispose du XXème Corps commandé par Foch et de la Division de cavalerie de Lunéville comme troupes de couverture.

Afin de conduire cette attaque dans de bonnes conditions, le haut commandement reçoit le renfort de plusieurs corps d’armée du Midi : le XVème de Marseille, le XVIème de Montpellier, le XVIIIème de Bordeaux et le VIIIème de Dijon. Dans le dispositif français, le XVème corps occupe la droite de la IIème armée, s’intercalant entre le XXème corps de Foch et le XXIème Corps de Legrand appartenant lui à la Ière armée commandée par le Général Dubail. Parti du front Einville-Fraimbois, au nord-est de Lunéville, et longeant le sud de la forêt de Parroy, le XVème Corps rencontre une vive résistance ennemie : la prise de contact des méridionaux avec la Lorraine est difficile. Plusieurs fois, ils devront charger à la baïonnette.

Les Allemands s’étonnèrent beaucoup de la présence des troupes du XVème Corps d’armée français sur le front lorrain alors que son quartier général est établi à Marseille. Une explication leur fut donnée par les premiers prisonniers français : le quartier général avait été déplacé à Lunéville quelques semaines avant la déclaration de guerre. En outre, début mai, la plupart des garnisons françaises de l’ouest avaient systématiquement été déplacées sur les ouvrages fortifiés de l’est afin de renforcer les défenses de la frontière.

D’ailleurs, les Allemands y verront là la preuve irrécusable que la France était prête depuis longtemps à agresser l’Allemagne par tous les moyens.

 

Les Français occupent LAGARDE, situé alors en territoire allemand :

Dès le 10 août, le général Lescot qui commande la cavalerie de Lunéville, juge « opportun » de faire attaquer le village de Lagarde, au nord-est de Lunéville, par une brigade mixte. Cette attaque est confiée entre autre à deux bataillons, venus d’Avignon et de Nîmes, et notamment au 3ème bataillon du 58ème Régiment d’infanterie.

Le village, situé dans la vallée de Sânon, en bordure du Canal de la Marne au Rhin, est occupé par une section garde-frontière allemande. Inférieurs en nombre et malgré une solide position établie derrière le bois Chanal, entre Lagarde et Bourdonnay, les Allemands sont obligés de quitter le village. Ils en sont chassés dès le 10 août au soir. Il n’y eut point de combat car les postes frontières et avant gardes allemands jugèrent plus prudent de se retirer.

Pendant que les divers éléments des troupes françaises engagées dans cette action de reconnaissance occupent notamment le bois du Haut de la Croix, un détachement spécial formé d’un bataillon du 40ème Régiment d’infanterie de Nîmes et du 3ème Bataillon précité sous les ordres du Lieutenant-Colonel HOUDON s’établit dans le village  abandonné quelques instants auparavant  par les 3 compagnies d’infanterie allemande.

La nuit est mise à profit par les Français, pour établir des nids de résistance et des barrages sur les routes conduisant au village.

 

Veillée d’armes à Lagarde et Bourdonnay :

Le repli allemand n’est cependant qu’éphémère et cette même nuit, à Dieuze, le Général allemand VON STETTEN qui commandait une division de cavalerie bavaroise et le général de la 42ème Division d’Infanterie décident de lancer une attaque contre Lagarde.

Le 2ème bataillon de chasseurs bavarois en garnison à Aschaffenburg est dépêché en renfort. En raison de la supériorité des Français et des difficultés offertes par la configuration du terrain boisé de la région, une attaque de nuit sur Lagarde est exclue par le commandement allemand.

En attendant le matin, les chasseurs allemands creusent des tranchées de tir. Une action commune est convenue entre la Compagnie d’Infanterie et celle de cavalerie appartenant aux troupes garde-frontière. Une batterie d’obusiers du 8ème Régiment d’artillerie viendra en appui et a pour mission de progresser dans la forêt du Bois Chanal et de prendre position sur les hauteurs du « Haut des Vignes » d’où l’on domine le village de Lagarde.

L’intention allemande est d’attaquer de front, puis couvert par l’artillerie, d’assaillir Lagarde et ses occupants par le flanc.

Côté français, on ne reste pas inactif. Le 3ème bataillon du 58ème Régiment d’Infanterie se trouve à l’ouest du village, épaulé par des éléments du 40ème Régiment d’infanterie.

Alors que la 9ème Compagnie couvre le bataillon à l’Est, les 10ème, 11ème et 12ème Compagnies se trouvent à proximité immédiate du cimetière. Le chef de bataillon CORNILLAT est en position avec ses troupes au Sud-est du cimetière.

Le 11 août à 5 heures du matin, on complète l’approvisionnement en cartouches et on organise la défense. La 9ème Compagnie du Capitaine ROURISSOL a passé la nuit à creuser des tranchées.

Elle prendra la place de la 12ème Compagnie du Capitaine CARNOY au carrefour Xures-Ommeray et s’y reposera.

L’attente d’une attaque imminente est insupportable.

Des incidents éclatent dans le Bois du Haut de la Croix occupé par les troupes françaises : une patrouille avancée tombe sur les sentinelles françaises non averties de cette reconnaissance. Croyant avoir affaire aux Allemands, les sentinelles ouvrent le feu afin de donner l’alarme et atteignent un fantassin français à la cuisse.

« Soudain des coups de feu déchirèrent l’air et nous firent tous tressaillir en même temps qu’un cri de douleur se fit entendre, écrit Monsieur l’Abbé GEORGE, aumônier du 40ème Régiment d’Infanterie. Un tremblement nerveux secoue notre être, chacun a l’oreille tendue et retient sa respiration… Mais voici qu’à travers les arbres des silhouettes se meuvent, s’approchent et bientôt nous mettaient en présence du premier blessé. Un lieutenant ayant fait reculer ses hommes avancés en patrouille, ils étaient tous tombés sur les sentinelles non averties qui crurent avoir affaire aux Boches et tirèrent pour donner l’alarme. Heureusement encore que cette méprise n’avait causé qu’une victime : Une balle lui avait traversé la cuisse de part en part. Je me souviens de l’émotion que nous produisit la vue de cette plaie, du premier membre fracassé. La douleur du pauvre soldat nous fendait l’âme. C’était de mauvaise augure, et l’on avait déjà de sinistres pressentiments. Après l’avoir pansé de notre mieux, on évacua le blessé et le calme se rétablit ». 

L’Abbé GEORGE ajoute :

« Cependant, le sommeil semblait devoir me gagner et je sommeillais lorsqu’un bruit de moteur nous fit de nouveau sursauter, vers minuit. Le jet lumineux d’un réflecteur se promenait sur le bois et le fouillait comme l’œil d’un oiseau de proie qui cherche sa victime. L’ennemi savait que nous étions là. Toutefois aucun incident ne se produisit ».

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un bataillon de Chasseurs Bavarois : le Deuxième,
deux bataillons d’infanterie Prussiens : II/138 et I/131,
deux régiments de Uhlans Bavarois : les Premier et Deuxième,
des mitrailleuses : probablement 6 au Nord-est, 6 au Nord-ouest, 6 au sud,
une artillerie importante mise en place au sud de Bourdonnay,

une batterie d’obusiers de 105 du 8ème RA postée au sud de Bourdonnay

source photo :http://www.provence14-18.org/lagarde/

Première attaque allemande et repli français :

Au lever du jour, les troupes ennemies lancent leur attaque. Le bataillon de chasseurs bavarois, une compagnie du 131ème régiment d’infanterie et une batterie du 8èmeRégiment d’Artillerie prennent à Bourdonnay, la route de Lagarde.

Bientôt, ils se trouvent en face de leurs adversaires des 58ème et 40ème Régiments d’Infanterie et du 19ème Régiment d’Artillerie. Selon des témoignages de soldats allemands blessés au cours de l’affrontement, le combat se déroulera pendant sept heures, sous une chaleur accablante et contre un adversaire bien supérieur et solidement retranché.

Les Français ont installé des retranchements dans les champs sur une longue distance.  Pour faire obstacle à la cavalerie allemande, les fantassins français avaient parsemé le sol de sauts-de-loup, c’est-à-dire de puits recouverts de foin et d’herbe. La lutte est acharnée, meurtrière.

Les soldats français aux voyantes couleurs, les officiers aux brillants galons s’élancent courageusement à l’orée du bois. Les couleurs éclatantes de leurs uniformes, pantalon rouge et capote bleue, contrastent avec la sobriété des tenues gris verdâtre des fantassins allemands, et nos braves tombent aussitôt sous les balles des Allemands qui demeurent invisibles.

Nota : C’est pour sauver la culture de la garance, une plante cultivée dans les départements méridionaux et dont la racine fournit l’alizarine, une substance colorante rouge, que les soldats français seront ainsi vêtus jusqu’en 1915 de l’éclatant pantalon rouge.

Une batterie de 75 française défend ardemment la position. Les mitrailleuses causent d’énormes pertes aux Allemands ; L’avantage semble se dessiner en faveur de l’ennemi.

Deux batteries françaises particulièrement dangereuses sont prises sous le feu ennemi. Avant de subir l’assaut des Allemands, les officiers d’artillerie font sauter leurs pièces. Il faut alors songer au repli et abandonner les positions dans la forêt du Haut de la Croix.

Serrés de près par les Uhlands, la retraite vers Xures s’effectue dans des conditions épouvantables.

 

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source photo : http://www.provence14-18.org/lagarde/

Les Français résistent aux abords du village :

La bataille pour la conquête de Lagarde commence vers huit heures, heure à laquelle le 40ème R. I. essuie les premiers coups de feu.

Le Chef de bataillon CORNILLAT s’attend à une attaque.

Il en avise le Capitaine de la 12ème Compagnie et rappelle la 9ème sur ses emplacements de combat. Quelques cavaliers ennemis, sans doute des Uhlands, sont aperçus.

Les éclaireurs du 40ème et du 58ème partent en reconnaissance entre 7 heures et 8 heures tandis qu’un avion ennemi fait son apparition au-dessus des positions françaises. De retour, les éclaireurs font état d’un fort contingent ennemi  prêt à passer à l’attaque.

Tout-à-coup, une forte ligne de tirailleurs ennemis surgit des crêtes avoisinant le  village et l’artillerie allemande, très supérieure en nombre et en calibre, ajuste ses tirs meurtriers. 

L’attaque décisive pour la conquête de Lagarde est déclenchée. Il est alors 8 heures 30. L’ennemi a engagé une division complète qui a pour mission de fixer le 3ème bataillon et de le déborder sur son aile gauche.

Les Allemands craignent nos canons de 75 mm dont les tirs sont d’une extrême efficacité. Aussi, dès le début des combats, les batteries de 75 du 8ème Régiment d’Artillerie et du 19ème Régiment d’Artillerie de Campagne sont l’objet d’un pilonnage des obusiers allemands et sont rapidement réduites au silence.

Quittant leurs retranchements, les fantassins du 2ème Bataillon de Chasseurs bavarois entrent dans la bataille. Ils traversent le bois Chanal, en atteignent l’orée sans rencontrer la moindre résistance. Utilisant les gerbes du blé fraîchement moissonné en guise de camouflage, ils tentent de se rapprocher du village distant de 1 kilomètre environ. Ayant éventé la ruse, les Français pointent ce qui reste de leurs pièces d’artillerie vers la cime touffue des arbres qu’ils aperçoivent de leurs positions. Malheureusement, les coups qu’ils portent sont trop hauts. De plus, notre artillerie éprouve les pires difficultés pour changer de position sur un sol devenu marécageux alors qu’un soleil de plomb brille dans un ciel sans nuage. Cependant, cette riposte acharnée semble contenir l’avance ennemie et vers 9 heures 30, l’attaque ennemie paraît enrayée mais les Allemands sont parvenus sur les  hauteurs du « Haut des Vignes » à environ un kilomètre du village, à droite de la route de Bourdonnay.

Le repli français dans le village :

Vers 10 heures, une forte ligne ennemie émerge des hauteurs. Cette nouvelle attaque est appuyée par une puissante artillerie. Malgré une riposte soutenue de la nôtre, la progression allemande est foudroyante.

Nos artilleurs sont bientôt accrochés par l’infanterie ennemie.

Malgré les efforts de nos fantassins pour la dégager, notre artillerie est désormais incapable de jouer le moindre petit rôle dans la bataille. Dès lors, nos soldats supportent les tirs des canons et des obusiers ennemis sans pouvoir riposter et la manœuvre d’encerclement de l’infanterie prussienne se poursuit.  A présent les pièces allemandes crachent le feu et la mort sur le village. Des flammes s’élèvent des toitures des maisons.

Deux régiments de Uhlands jusqu’à ce moment tenus en réserve sur le domaine de Marimont, sont appelés en renfort. Plusieurs escadrons chargent et se font massacrer par la 11ème Compagnie. « Ils furent complètement fauchés par les mitrailleuses » écrira sur son carnet de route un médecin-major allemand fait prisonnier le 27 août 1914.

A 10 heures 50, l’ordre est donné aux combattants français de quitter les vergers au nord et de se replier sur le village. La 9ème Compagnie débordée par l’ennemi ne parvient pas à exécuter l’ordre de repli. Elle est anéantie avant d’avoir atteint le cimetière. Les survivants seront fait  prisonniers.

Vers midi, l’ennemi se trouve à 300 mètres à peine du village qu’il domine.

Les mitrailleuses font des ravages dans les rangs français, dont la tenue rouge et bleue ne passe pas inaperçue. Malgré le feu des mitrailleuses du 3ème bataillon, les chasseurs bavarois parviennent à déborder la gauche du détachement. La fusillade partant des maisons maintenant toutes proches, ne réussit pas à enrayer la manœuvre d’encerclement. La résistance faiblit de minute en minute. Les troupes françaises subissent des pertes cruelles sous le feu de l’infanterie et de l’artillerie. Les tirs s’amenuisent. Attaqués de trois côtés, les soldats français n’offrent plus qu’une faible résistance.

Vers 11 heures 30, le combat est à peu près terminé.

L’assaut final allemand :

Le commandement allemand donne alors l’ordre de l’assaut final..  Soutenu par le feu grondant de sa 2ème Compagnie et de la 8ème Compagnie du régiment d’infanterie, le 2ème Bataillon de chasseurs bavarois du lieutenant Colonel LETTENMAYER s’élance. Toute la 1ère ligne du 3ème Bataillon français est anéantie et là où les Français résistent encore, l’ennemi lance à nouveau ses Uhlands.

Lances baissées, ils pénètrent dans le village. Accueillis par un tir nourri partant des maisons, des granges et même du clocher de l’église, ils succombent en grand nombre. En un clin d’œil, 70 selles se vident : hommes et chevaux roulent, touchés à mort, sur le sol. Cette chevauchée macabre ouvre cependant la voie aux chasseurs. Dans les rues s’engage alors un combat cruel. Baïonnette au canon, on attaque, on résiste.

Entre 13 heures et 15 heures,  le combat de rue est terminé. Lagarde est aux mains des Allemands. nos troupes ont subi des pertes considérables. Le Capitaine ROURISSAL ainsi que 80 hommes de sa 9ème Compagnie rejoindront dans la soirée ce qui reste du 3ème bataillon du 58ème R.I.  d’Avignon. Le repli vers Xures se fait aux prix des pires difficultés.

Le triste bilan d’une bataille oubliée :

Cette sanglante journée a coûté  aux diverses unités engagées dans la bataille, unités françaises et allemandes confondues, une quinzaine d’officiers et 969 hommes tués, blessés ou prisonniers. Monsieur POIRE de Moussey a vu passer des chariots chargés de paille sur laquelle reposaient de nombreux blessés que l’on évacuait vers les arrières. Une autre source fait état de 300 tués, 700 blessés et 1000 disparus.

Les corps de tous ces braves ont été rassemblés dans deux cimetières

Les pertes françaises :

 Dans le cimetière situé à l’ouest du village ont été rassemblés 552 soldats français tombés au cours de cette sanglante bataille. Seuls 232 corps ont pu être identifiés : 204 reposent dans des tombes individuelles, 28 dans deux ossuaires situés de part et d’autre d’une stèle centrale rappelant le nom des diverses unités ayant participé aux combats : les 3ème , 22ème, , 30ème , 40ème, 58ème , 63ème , 96ème , 97ème , 111ème , 112ème , 114ème et 141ème Régiments d’Infanterie, appuyés par les 8ème et 19ème Régiments d’artillerie de Campagne et auxquels s’étaient joints quelques éléments du 11èmeRégiment de Hussards.

Toutes ces troupes appartenaient aux  IXème ,, XIVèmee , XVème et XVIème Corps d’Armées.

Ce sont le 40ème R.I.  et surtout le 58ème R.I.  qui ont payé le plus lourd tribut.

On ne réussira à mettre un nom que sur 100 fantassins du 58ème : 89 soldats, un  1ère classe, 1 clairon, 7 caporaux, 3 sergents, 1 sergent fourrier, 1 adjudant, 1 sous-lieutenant, 1 lieutenant et un capitaine.  

Du 40ème R.I.,  on identifiera 59 corps : 55 soldats, 1 sergent, 2 lieutenants et 1 capitaine.

Le 19ème R.A.C. subira lui aussi de lourdes pertes : 1 trompette, 10 soldats, 2 brigadiers, 6 maréchaux des logis, 1 chef-pointeur, 1 adjudant chef, 1 capitaine et un chef d’escadron.

Dans l’ossuaire gauche , ont été rassemblés les restes de 171 officiers, sous-officiers et soldats et parmi eux figurent 159 inconnus. Dans celui de droite reposent 181 officiers, sous-officiers et soldats dont 163 inconnus.

Les Allemands dans un communiqué officiel du 11 août déclareront : « Une brigade avancée, de toutes armes du XVème Corps d’armée français a été attaquée par nos troupes de sécurité, à Lagarde, en Lorraine.

L’ennemi, essuyant de lourdes pertes, a été refoulé dans la forêt de Parroy et a laissé entre nos mains un drapeau, deux batteries, quatre mitrailleuses et 700 prisonniers. Un général français a été tué ».

Le 12 août, ce communiqué est complété par un autre, plus bref mais aussi dur :

« A Lagarde, plus de 1.000 prisonniers de guerre non blessés sont tombés aux mains des troupes allemandes : cela correspond à un sixième des deux régiments français qui combattaient ».

De source allemande, on estime que l’effectif des troupes françaises engagées à Lagarde, s’élevait à environ 7.000 hommes, 12 canons et 12 mitrailleuses.

Les pertes allemandes :

Les victimes allemandes reposent dans un autre cimetière situé à l’est du village.

Parmi les 380 combattants qui y sont inhumés, 220 ont succombé au cours des combats du 11 août 1914.

Les charges successives des régiments de Uhlands se solderont par de lourdes pertes : Ce sont 54 cavaliers du 1er Régiment et 49 du 2ème Régiment qui rouleront dans la poussière.

Les Allemands perdront en outre 304 chevaux. L’infanterie enregistrera, elle aussi, de nombreuses victimes : le 131ème Régiment d’infanterie perdra 63 fantassins alors que 21 hommes du 138ème Régiment et 30 hommes, sous-officiers ou officiers du 2ème Bataillon de Chasseurs bavarois d’Aschaffenburg trouveront la mort au cours des combats impitoyables que se livreront soldats français et soldats allemands.

Selon des témoignages d’habitants ayant vécu la bataille, de l’Eglise à la sortie ouest du village, et particulièrement autour de l’église et au carrefour des routes Xures-Ommeray, la rue était jonchée de cadavres de chevaux, de corps de soldats français et allemands. Les caniveaux ruisselaient de sang.  L’imagerie populaire allemande, tout en exagérant certainement, nous donne une idée de la sauvagerie de l’assaut final  (voir dessin ci-contre).

Une bataille oubliée :

Un certain mystère plane encore de nos jours  sur cette bataille de Lagarde comme en témoigne cette lettre du 21 mai 1992 de Madame A. GUILLAUME, dont la dépouille mortelle de son oncle, BRINGUIER Moras, soldat du 58ème R.I., repose dans la tombe 164 du cimetière militaire de la route de Xures : « Je vous remercie, avec beaucoup de retard pour les renseignements que vous avez bien voulu me fournir au sujet du combat de Lagarde au cours duquel mon oncle BRINGUIER Gaston, appartenant au 58ème Régiment d’Infanterie a disparu. Rien ne figure dans les livres d’histoire concernant cette bataille et les archives départementales de la Moselle à  qui je me suis adressée, n’en font nulle part mention. Etant donné la violence de l’affrontement et les résultats cela me surprend beaucoup. (Nous aussi Madame).

Ce que vous ne savez peut-être pas et qui a dû arriver à toutes les familles des soldats disparus les 10 et 11 août 1914, c’est que le ministère des armées n’a officiellement annoncé leur disparition aux familles qu’en mai 1920, date à laquelle ils ont pu figurer comme décédés sur les registres d’Etat-civil de leur domicile.  Entre 1914 et 1920 ma grand’mère dont c’était le fils, n’a obtenu aucune nouvelle, l’armée faisant le black out sur ce combat ».  Ce témoignage récent ne corrobore-t-il pas ce qui a été dit au sujet de cette « faute de Lagarde » qu’aurait commise un haut commandant de l’armée française et dont il ne fallait pas parler ?

Les journaux de l’époque ne parlent que très peu de la bataille. La revue « L’ILLUSTRATION » mise à ma disposition, dans son numéro 3729 du 15 août 1914 publie un résumé très succinct sur le déroulement de la guerre. Les faits marquants  de la journée du 11 août ne concernent que de « petits engagements ».

 

 

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Cependant, la même revue dans son numéro 3730 du 22 août 1914, édite une carte du théâtre des opérations sur le front du Nord-Est. Elle nous indique qu’une bataille s’est déroulée à LAGARDE et à XURES.  Quelques petites lignes font état de la bataille de LAGARDE-XURES.

Dans le N° 3967 de la même revue parue le 15 mars 1919, soit plus de quatre mois après la fin de la guerre, le Commandant A.GRASSET retrace la brillante carrière du Maréchal Foch qui assurait le commandement du  XXème Corps d’Armées lors du déclenchement  des hostilités. Lorsqu’il aborde les évènements du début de ce mois d’août, il passe sous silence la période du 8 au 13 août et ne relate les faits qu’à partir du 14 août date à laquelle les armées françaises prennent l’offensive avec pour objectif les hauteurs qui  bordent la frontière. Il ignore complètement les durs combats qui se sont découlés le 11 août dans le secteur  LAGARDE-XURES,  précisément à la frontière franco-allemande.

Une carte incluse dans l’article du Commandant A.Grasset mentionne un repli des troupes françaises sur les frontières de l’Est dans la région des Etangs mais à partir du 24 août dit la légende. Ce repli n’a-t-il pas déjà eu lieu une première fois le 11 août 1914, à la suite de la sanglante bataille de Lagarde ?  Si notre village figure sur la carte, c’est que quelque chose s’y est passé !  pourquoi alors ne pas en parler ?  Certes, l’article est consacré au général Foch et au XXème Corps, mais le XVème Corps et, en particulier, les 48ème et 50ème Régiments d’Infanterie n’avaient-ils pas été dépêchés en renfort et placés sous son commandement ?

11 août 1914, bataille de LAGARDE, bataille oubliée, peut-être pas, bataille ignorée, passée sous silence, certainement.

 

 

 

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Lagarde – 11 AOÛT 1914

Un jour noir pour les Provençaux


 Un jour de deuil pour la cavalerie allemande

source : http://www.provence14-18.org/lagarde/

Les conséquences

L’épisode qui vient d’être évoqué est connu sous le nom de  » l’affaire de Lagarde « .

Moins connues sont certaines de ses conséquences. Dès que les faits avaient été portés à la connaissance du GQG, on avait retiré son commandement au général Lescot, mais on notera que contrairement à ce qui est dit, aucun renfort n’est venu secourir les troupes.

[ANNEXE N° 188] Les Armées Françaises dans la Grande guerre : SHAT

Compte-rendu au GQG de l’engagement du 11 août à Parroy, Xures, (2ème Armée 59ème Brigade)

Les deux bataillons envoyés hier soir 10 août par le Commandant de la 2ème D.C à Lagarde ont été attaqués très violemment ce matin par une force évaluée à environ une brigade d’infanterie et trois groupes d’artillerie. Ces bataillons ont été soutenus par deux autres bataillons de la 59ème brigade et un groupe du 19ème d’artillerie. Les troupes d’infanterie ont du céder. Dans cette retraite deux batteries sont tombées aux mains de l’ennemi.

Le Général Commandant le 15ème CA a pris, d’après mes ordres, le commandement des troupes du secteur, y compris la 2ème D.C. – Il porte deux brigades et quatre groupes dans la région Serres, Bauzemont pour recueillir s’il y a lieu la 59ème brigade, qui ne paraît pressée.

On ne peut pas ne pas s’étonner ici que des troupes disponibles à moins d’une heure de marche ne soient pas intervenues et que de la cavalerie appartenant à la 2ème DC, en position sur la crête de Parroy à 7 Km de Lagarde soit restée inactive. Tout au contraire la 2ème DC et la 59ème Brig ont reculé pour faire face à une attaque allemande qu’on craignait voir se développer. Il est pourtant probable que chargés par la cavalerie française les Uhlans en piteux état eussent passé un mauvais moment sans que l’artillerie allemande puisse intervenir.

Une explication se trouve dans le JMO de la 2ème Armée, page 11.

« L’ennemi montre devant nous des forces très supérieures et nous devons abandonner La Garde après un violent combat. Mais le Général Commandant l’Armée ne veut en aucune façon engager une action générale, aussi se borne-t-il à prescrire au général commandant le 15ème Ca, auquel il a donné le commandement supérieur… »

La lecture du JMO du 12ème Dragon nous apprend que l’unité fut envoyée à 9 heures à la Fourrasse  » pour servir de repli aux troupes qui retraitent (58ème)  », que le matin le lieutenant de Lattre (le futur de Tassigny) était venu en reconnaissance vers Lagarde et que retournant l’après midi sur le même point il fut légèrement blessé d’un éclat au genou tandis que son voisin le Brigadier Joly était tué. Nous noterons, quand même, qu’à 9 heures il n’y avait pas encore de troupes en retraite.

La lecture du JMO du 17ème Chasseurs à cheval nous dit aussi que le 11 août, donc probablement pendant et à la suite de l’attaque sur Lagarde les Allemands ont bombardé  » vigoureusement Montcourt et Coincourt  » et qu’à plusieurs reprises  » le Général de Brigade envoie l’ordre au colonel Prax de se replier. Celui-ci ne voulant pas abandonner les fantassins de Moncourt qui tiennent malgré un feu intense, réclame un ordre écrit qui ne vient pas. A 15h15 la brigade s’étant repliée, le Colonel Prax se porte avec les mitrailleuses et les escadrons Lamarque et Petiton sur les hauteurs à 1 km de Coincourt pour couvrir le repli de l’infanterie  » 

Ce bombardement visait à interdire une contre-attaque venant par là.

Le 13 août, avant l’offensive dans l’Est, Lescot fut remplacé par le général Varin. Cette mise à pied provoqua de graves mouvements d’humeur dans son entourage, si l’on en juge par ce courrier vigoureux adressé, le 15 août 1914, par le colonel Jaguin au colonel Marillier en réponse à des propos outrageants.

J’ai l’honneur de vous rendre compte que dans la journée du 11 août un Lieutenant de l’Etat-major de la 2ème Division de Cavalerie qu’on m’a dit être le Lieutenant Antoinat était venu me donner des ordres pour l’occupation de la position de la Fourrasse et de l’organisation du commandement en ce point.

“ Je parle ici au nom du Général Commandant la Division de Cavalerie et déclare que le régiment n’a pas fait ce qu’il devait faire, qu’il a manqué au devoir militaire en ne tenant pas sur ses positions. Que le temps des discours d’Avignon (sic) était terminé et que la seule façon de laver la faute était de se sacrifier ici, que les Provençaux avaient prouvé ce qu’ils étaient ”.

Sur votre conseil je ne vous ai pas transmis de réclamation.

 Hier, 14 août, le Capitaine Callies du 19ème d’Artillerie m’a déclaré, en me disant de faire état de ce qu’il me rapportait, que ce même lieutenant lui avait dit, personnellement, que le régiment était déshonoré après l’affaire du 11 août. Le Capitaine lui défendit de continuer son injure et lui déclara qu’il avait vu le 58ème à l’action et avait admiré son héroïsme. Devant la double accusation du Lieutenant Antoinat qui a répandu son jugement autour de lui (je le sais de bonne source) je demande pour l’honneur du Régiment qui a laissé sur le carreau 800 à 900 hommes, que l’affront soit réparé.

Nous formulons, ici, l’hypothèse qu’une partie des problèmes que va, par la suite, rencontrer le 15ème CA, vient des  » rancœurs  » entre officiers engendrées ce jour là. Qu’on en juge.

Le 13 décembre 1914 le lieutenant-colonel Tantot répondit par écrit à une  » demande d’enquête sur l’affaire de Lagarde dans laquelle des militaires du 40ème RI sont tombés aux mains de l’ennemi  » le courrier suivant :

 » Combat de Lagarde 11 août 1914

Un seul bataillon du 40ème RI a été engagé dans ce combat.

2 officiers blessés (Lieutenant-colonel Tantot et Lieutenant Bosquier) et 25 hommes seulement sont revenus.

Il est certain, d’après tous les renseignements recueillis auprès des deux officiers revenus, d’après les comptes rendus de cette journée, que la lutte a été extrêmement ardente. Aucune faiblesse ne s’est produite et tous les militaires du 40ème tombés aux mains de l’ennemi, ce jour là avaient été tués ou blessés.

Il résulte de ces faits qu’il n’y a pas lieu de prévoir d’enquête ultérieure au sujet de cette affaire. « 

Ce n’est pas tout à fait vrai, le lieutenant-colonel le sait parfaitement mais il est exaspéré par cette enquête.

En 1915, le 16 février, (Lettre 92) Noël Olive un Soldat du 40ème s’en fera l’écho. Parlant des soldats du 165ème de Verdun, il écrit :

 » Quand ils sont de garde, en sentinelle, […] ont déjà reçu des marrons sur le nez, au début ils faisaient les malins, mais maintenant ils sont souples car nous ne les ménageons pas, et entre officiers c’est pareil : ils se vomissent entre eux. Çà c’est un détail. Je n’ai eu aucune discussion avec aucun mais à la première c’est la bonne, c’est que nous ne sommes pas à la caserne ici « 

On peut donc avancer que les prémisses de l’Affaire du 15ème Ca qu’il n’est pas de notre propos de traiter ici, ont germé à Lagarde, et que les paroles du lieutenant Antoinat ont été lourdes de conséquences. Si, quelques jours plus tard, le sénateur Gervais s’emploie à sauver Joffre, le Généralissime, en échec sur tout le front, en désignant les Méridionaux à la vindicte populaire, c’est probablement parce que son entourage le lui a soufflé.

 

 

 Critique des sources

http://www.provence14-18.org/lagarde/

Sources françaises :

Le Texte Simonet :

Il est très détaillé en ce qui concerne le 40ème RI. La minutie des recoupements opérés à partir des témoignages recueillis auprès des survivants et de ceux qui sont rentrés de captivité laisse une sorte de malaise. Manifestement il faut démontrer que tout a été fait dans les règles, que nul n’a failli à son devoir.

 Les morts ne pouvant contredire ce qui est affirmé il est facile de leur faire dire ou faire faire ce que l’on veut.

Il est assez facile de constater que ce texte essaie de dire, sans le formuler ouvertement que  » c’est de la faute au 58ème « 

On laisse entendre que le commandant Cornillat a donné l’ordre de retraite mais sans dire que son PC était à côté de celui du lieutenant-colonel Oddon, ni remarquer que celui-ci n’était plus à son poste lorsqu’on est venu l’y chercher. La critique des opérations dit cependant que ni le lieutenant-colonel Oddon, ni le colonel Marillier n’ont vraiment dirigé l’opération mais elle passe sous silence le fait que ce dernier a demandé à plusieurs reprises aux troupes prévus pour le soutien de se replier (JMO du 12ème Dragon), en particulier à l’artillerie qui aurait probablement pu, par un choix plus judicieux de l’emplacement de la 2ème Batterie du 19èmeRAC contrebattre l’artillerie allemande. Remarquons que celle-ci, dés qu’elle a pu le faire, s’est déplacée à l’abri des vues devant le Bois de la Croix, très précisément là où se trouvaient les 2 ème et 3 ème Batteries.

Les télégrammes :

Nous nous poserons ici la question de savoir si les soldats de Lagarde n’ont pas été quelque peu victimes de la circulation de l’information et de la réorganisation de la pyramide hiérarchique ayant suivi l’attaque du 10.

Regardons de plus prés les télégrammes dont nous disposons.

Tous les deux sont arrivés à Dombasles le 11/8/14 .

Le premier est parti de Parroy à 9h25, arrivé  à 9h40.  Il émane du Colonel Marillier.

Colonel commandant par intérim 59ème Brigade à général commandant 30ème DI à Dombasles.

59ème Brigade toujours en soutien de 2DC dans région Bezange-la-Grande, Arracourt Réchicourt, Coincourt, Parroy, Xures, La Garde, ce dernier point a été enlevé hier au soir après combat.

Le Second est signé Général Lescot, il part aussi de Parroy mais à 11h30. Il est à destination du colonel Marillier, il annonce que l’opération sur Lagarde tourne mal, il a été transmis au 15 ème Ca à 12 h. Rappelons que le général Lespinasse est mis en charge du 15 ème CA à partir de 12h. Informé plus tôt peut-être eut-il décidé autrement pour sauver  » ses Méridionaux « 

 » Général commandant 2ème DC à général commandant 30ème DI.

La 59 ème brigade s’est emparée hier au soir de La Garde mais ce matin devant l’attaque de l’ennemi en force elle doit manœuvrer en retraite dans la direction général Parroy-Valhey Il serait évidemment utile de d’être assuré d’un concours de vos forces ultérieurement si toutefois pareille décision n’allait pas à l’encontre des ordres reçus par vous de l’armée « 

Entre les deux, bien des choses ont changé dans les états-majors. Lescot a été relevé de son commandement à partir du 11août à 12 heures, donc le colonel Marillier ne dépend plus de lui. Comme il avait été chargé de l’opération sur Lagarde, il est probable, devant ce  » flou « , qu’il n’éprouve pas une grande envie d’en porter la responsabilité. La décision, conformément aux consignes de l’armée d’arrêter les «  frais  » de ne pas envoyer de renforts, de faire rentrer en vitesse la Batterie de Callies qui ne demande d’ailleurs pas mieux, s’explique en partie ainsi.

L’affirmation, selon celui-ci, qu’il a demandé deux fois un ordre écrit pour engager sa batterie en soutien des deux autres lui donne, certes, le beau rôle dans le sauvetage des pièces mais…son empressement à retraiter est affirmé par un témoin.

On se demande d’ailleurs aussi à quoi sa batterie pouvait bien être utile là où elle était en attente.

Autre chose a attiré notre attention dans la relation Simonet : il y est fait allusion à la consommation d’alcool, ce qui n’est formulé nulle part ailleurs…c’est un peu inquiétant. Callies a déjà dit, dans ses Mémoires, que  » le Commandant Adeler buvait beaucoup et que ce jour là il n’avait plus tous ses moyens… ». Etait-ce si répandu chez les officiers ? Le colonel Vidal qui commande le 40ème RI en 1921 écrit ceci au Préfet Belleudy :

 » […] Comme vous, je suis d’avis de ne pas mettre votre œuvre entre les mains des soldats. Ils n’ont, en général, ni formation intellectuelle, ni la maturité d’esprit suffisante pour apprécier les faits et surtout les décisions du commandement.

Vous avez bien voulu attirer mon attention sur cette phrase de la page 30, de la relation [ du combat de Lagarde ] :  » l’attente passive favorable aux libations » et sur l’interprétation qu’on pourrait lui donner.

Il est certain, d’après des témoignages dignes de foi, que malgré les ordres du Commandant BERTRAND, certains commandants de compagnie ont laissé leurs hommes pénétrer dans les maisons de Lagarde, dans la nuit du 10 au 11 août, d’où quelques cas d’ivresse dans le bataillon, au cours de cette nuit. Cas rares, évidemment, et qui n’ont eu aucune influence sur le combat du 11 août. Mais ne fallait-il pas, pour les enseignements à tirer de cette affaire, signaler, en toute vérité, les moindres fautes du Commandement ? « 

Les textes d’origine civile :

Comme celui du Curé de Lagarde, sont de peu d’intérêt en ce qui concerne les opérations militaires.

Les textes Ficonetti :

Ils nous apprennent «  tout  » ou presque sur le sort de l’artillerie. Ils sont précieux par les détails accumulés, par les petites divergences d’avec les autres, mais aussi par leur ton. Ils révèlent surtout que personne n’était conscient du danger et que de très graves fautes dues à l’incompétences des cadres ont été commises. Ils confirment que les Allemands vers midi ont tiré sur Lagarde avec leur artillerie amenée sur les lieux où étaient placés les canons Français, et que la première charge de Uhlans a bien reflué.

Les Mémoires du capitaine Callies :

Ils ne nous apprennent pas plus de choses que Ficonetti, sauf qu’à ce moment de la guerre l’ambiance entre officiers d’artillerie n’était pas très chaleureuse. Callies minimise son rôle, ou l’enjolive un peu. La suite des Mémoires montre qu’il est  » assez satisfait de lui  » et se sent intellectuellement supérieur à ses pairs.

Nous avons reçu un témoignage par Internet qui ne peut être recoupé mais vient d’un ancien de la deuxième batterie du 19ème RAC :

« Pour information, un extrait des « mémoires de guerre » de mon grand père, maréchal des logis au 19° Rac, qui a échappé à cette aventure, et est mort dans son lit à plus de 80ans.

Le bal débute mal

[…]. Le 7 Août 1914, nous partons pour la forêt de Parroy (de triste mémoire pour notre régiment le 19 R.A.C.). […] 

Nous attendions dans cette forêt qu’un ordre nous parvienne. […] A 11 heures, le dit agent de liaison, qui était chez le commandant de l’autre côté du canal de la Marne au Rhin, arriva et dit à notre capitaine que le commandant lui donnait l’ordre d’aller mettre en position de l’autre côté du canal. Le capitaine refusa et chargea l’agent de liaison de dire au commandant qu’il ne pouvait exécuter un tel ordre sans un soutien d’infanterie suffisant.

A nouveau, l’agent de liaison, qui était allé porter la réponse du capitaine, revient en disant que le commandant exigeait que l’ordre soit exécuté. Une fois encore, notre capitaine refusa. Un quart d’heure après, nous entendîmes une fusillade accompagnée de cris et nous aperçûmes sur une crête, des uhlans allemands qui arrivaient. En trois minutes nous pliâmes bagages, à toute allure et nous fîmes une marche arrière mémorable.

Grâce à notre capitaine, nous étions sains et saufs, mais la première et la deuxième batterie avaient été anéanties, après une lutte de quelques minutes. Tous les officiers, y compris le commandant, avaient été tués ou blessés. […] « 

Ce témoignage prouve que Callies a eu tôt fait de plier bagages et qu’il n’était pas en position de tir comme il l’affirme. Le passage de la position de tir à la position de départ demande beaucoup plus de temps,presque une heure selon Ficonetti.

Les rapports des officiers français :

Il faut bien reconnaître qu’ils ont été soigneusement  » filtrés « .

En ce qui concerne le 19ème RAC, globalement, ils rejettent la faute sur le commandant Adeler et ne s’expriment pas sur le manque de couverture.

La lecture attentive de l’ensemble permet toutefois de reconstruire   » une vérité  » ce qui était le but recherché par les rédacteurs.

Les JMO :

Ils sont à prendre, comme toujours avec prudence. Un peu moins ceux des grandes unités.

Il faut aussi reconnaître que ceux du 40ème et du 58ème ne sont pas tenus avec beaucoup de rigueur par rapport à ceux des Chasseurs ou des Dragons.

Le livre de J. Didier :

Selon nous, il n’analyse pas suffisamment, ne met pas en perspective les témoignages, se contentant assez souvent d’additionner les sources connues ou accessibles sur Internet, mais il a l’immense mérite d’en donner beaucoup. A notre avis les traductions sont parfois un peu rapides et sources de quelques contresens. Comme l’essai est construit en grande partie autour des sources allemandes auxquelles il accorde une très large place, il laisse percevoir une sorte de fascination, certainement involontaire, pour la cavalerie allemande.

 J. Didier cite longuement, presque uniquement hélas, des témoignages que l’on prend facilement en contradiction. Ces contradictions sont intéressantes car elles nous livrent quelques informations sur les rapports entre unités allemandes. Le général von Estorff, par exemple, n’hésite pas à parler  » des soi-disant tirs venus des fenêtres du village et des armes automatiques cachées dans le clocher  » expliquant le massacre de la cavalerie allemande. Nous avons déjà dit qu’un officier d’artillerie rapporte le reflux de la première charge des Uhlans sur leur base de départ dans le Bois du Haut de la Croix.

Sources allemandes :

Elles ont le mérite d’exister mais sont très délicates à utiliser. Elles sont très souvent en contradiction les unes avec les autres et peu crédibles dans les détails. Il y est par exemple fait sans arrêt allusion aux tirs de l’artillerie française (alors qu’elle n’a pas eu un grand rôle et n’a pas beaucoup tiré) et on y évoque à plusieurs reprise des tirs d’artillerie français après la perte complète des deux batterie du 19ème RAC. On en arrive à se demander si l’artillerie allemande n’a pas tiré sur ses propres troupes et qu’on tenterait de le cacher.

 Les témoignages sur l’infanterie sont peu crédibles, mal situés, ceux sur l’artillerie le sont un peu plus parce que plus précis et recoupables entre eux.

Une attention particulière doit être portée aux témoignages sur la cavalerie. Ils sont, pour la plus grande part de l’ordre de l’hagiographie, parfois délibérément faux.

Par exemple il est dit qu’un escadron de Uhlans a pris une troisième batterie, or nous savons qu’il n’en est rien et que cette charge a portée à droite uniquement parce que le chemin vers le village lui était barré par la charge précédente bloquée et en  » panique  » sur le remblai du canal. Elle a fait demi-tour, probablement après avoir massacré quelques survivants vers la route de Xures…. L’impression qui prévaut en fait est celle d’une immense pagaille qui s’est soldée par des pertes énormes…en cavaliers, en officiers, en chevaux.

Si les relations ne cachent pas ces pertes c’est uniquement parce qu’elles sont bien trop connues. On pourrait dire d’ailleurs à titre d’exemple de désinformation, que c’est un général Allemand qui est tombé pendant l’attaque et pas du tout un général français comme il est dit dans les documents allemands.

Il est surprenant de noter qu’un des témoins avoue sans fard la folie meurtrière qui s’est emparée des Uhlans survivants massacrant tous les fuyards sur leur passage :

[…] un feu nourri arrive en provenance de groupes de tirailleurs qui apparaissent brusquement sur la rive sud et se replient vers le Sud-ouest. De nombreux coups sont également tirés depuis la bande étroite entre la route et le canal et ils sont terriblement efficaces compte tenu de la faible distance. Dix, vingt cavaliers sont couchés dans leur sang. Un des premiers à tomber mais qui aussitôt se relève est le sous-lieutenant Prieger. Il tire son pistolet de l’étui, saisit aussi celui d’un sous-officier mort et tire, sans chercher un couvert, jusqu’à ce qu’il s’effondre mort.

L’escadron cherche à se soustraire de ce piège en passant par la droite ou la gauche. Un petit nombre fonce vers l’ouest avec le Maréchal des Logis-chef Hummel. Il aperçoit, à la lisière sud du Haut de la Croix, un groupe de 50 à 60 Français. Les pantalons rouges sont en grande partie massacrés, quelques-uns seulement sont faits prisonniers. Un petit nombre, en traversant le canal à la nage arrive à s’échapper.

La plus grande partie de l’escadron, mélangée avec des isolés de l’escadron Lilgenau et du 2.b.UI.Regt, suivit le capitaine Wieser et l’Etat-major de la brigade vers l’Est. Dans le fossé de la route le caporal-chef Neugebauer galope sans relâche sa lance est projetée vers le sol sur des ennemis qui se sont cachés là. Arrive alors un groupe nombreux de chevaux devenus furieux, sans cavaliers, emballés, blessés.

Ils arrivent dans un rétrécissement entre le canal, un mur et un talus. Cachés en partie par des murets, des fantassins ennemis tirent sur la multitude de chevaux fonçant aveuglément vers l’avant sans pouvoir être déviés. Tout à fait à l’entrée de Lagarde le capitaine Wieser, déjà atteint par une balle à l’avant-bras gauche tombe de cheval, frappé par un éclat d’obus, avec la mâchoire inférieure fracassée, sa monture s’écroule en même temps blessée mortellement et lui écrase encore le pied gauche. Le sous-lieutenant comte Ingelheim arrive à coucher sous lui son cheval lancé en avant vers la mort. Deux côtes cassées ! Quoi! Le cœur bat encore. A nouveau des arbres, des haies, des clôtures, des maisons, Lagarde! Des mitrailleuses crépitent depuis l’église. […] La chasse sauvage continue à l’intérieur du village semblable à un volcan. Pas un seul d’entre nous ne devrait s’en sortir… Heureusement les défenseurs du village sont pris de panique, ils pensent plus à leur propre salut qu’à abattre l’ennemi….( Das Bayernbuch vom Veltkrieg 1914-1918 page 25 cité par J. Didier)

 

Analyse des documents concernant les exhumations des corps des soldats français

http://www.provence14-18.org/lagarde/

La liste «  actualisée  » des soldats français dont les tombes ont été retrouvées sur le territoire de la commune de Lagarde (liste datée du 11 avril 1919) se trouvera en fin de volume. Elle comprend quelques soldats allemands dont les dates de morts sont «  curieuses  »

 

 

 

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source : http://www.provence14-18.org/lagarde/

 

 

 

 

Ces documents écrits révèlent un certain nombre de choses.

Sur leur forme d’abord.

Ils ne sont guère précis, le premier entaché de nombreuses non concordances avec le plan qui l’accompagne.

Ils semblent bâclés alors que l’écriture montre une main habile, ils ne permettent pas non plus de comprendre la logique de numérotation des tombes, s’il y en a une.

 

 

 

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source : http://www.provence14-18.org/lagarde/

 

Sur leur contenu.

Ils montrent, et c’est une surprise, que peu d’efforts d’identification des corps ont été faits avant enfouissement, alors que le travail a certainement commencé peu de temps après la bataille. Il est tout à fait probable que la population civile a été très largement employée, et sous la direction de militaires allemands, mais il semble néanmoins curieux que la fouille des dépouilles ait été négligée. On aurait pu imaginer, de la part de habitants de Lagarde, un respect plus grand des corps des soldats français. Faut-il y voir la marque des autorités allemandes ? Un  » pillage  » généralisé des dépouilles par les soldats vainqueurs. Ce n’est pas impossible. Un témoignage allemand dit que certains soldats français avaient été dépouillés de leur pantalon rouge.

 Le site officiel de Lagarde dit qu’au cours des exhumations on ne réussira à mettre un nom que sur 188 corps, 110 du 58ème : 89 soldats, un  1ère classe, 1 clairon, 7 caporaux et 3 sergents, 1 sergent fourrier, 1 adjudant, 1 sous-lieutenant, 1 lieutenant et un capitaine ; du 40ème RI on identifiera 59 corps : 55 soldats, 1 sergent, 2 lieutenants et 1 capitaine ; 23 du 19ème RAC 1 trompette, 10 soldats, 2 brigadiers, 6 maréchaux des logis, 1 chef-pointeur, 1 adjudant chef, 1 capitaine et un chef d’escadron. 

Dans l’ossuaire gauche du cimetière, ont été rassemblés les restes de 171 officiers, sous-officiers et soldats et parmi eux figurent 159 inconnus, dans celui de droite reposent 181 officiers, sous-officiers et soldats dont 163 inconnus. Au total 540 dépouilles mortelles

En fait, le décompte fait à partir d’un relevé de la nécropole de Lagarde donne seulement 162 noms  de soldats impliqués dans le combat

 

 

 

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source : http://www.provence14-18.org/lagarde/

 

 

 

 

 

L’observation des lieux d’enfouissement confirme assez bien ce que nous savons du combat :

tout à l’Est 51 corps probablement du 40 ème (tombes 63, 65, 67), parmi eux les lieutenant Gallis et de Girard, ils ont tenu face à l’attaque des Chasseurs ; au Nord-ouest des tombes isolées dans les lisières des vergers, probablement un mélange de soldats du 58ème et du 40ème venus les remplacer ; en D4 la section de mitrailleuses du 58ème qui a tant causé de pertes aux Uhlans et autour des corps non identifiés ; aux lisières du Bois du Haut de la Croix, les artilleurs, leurs officiers : Adeler, Setze, les soldats du 58ème de la couverture d’artillerie morts devant le 131ème allemand, dans l’Ouest entre canal et chemin rural, tous les corps, 250 au moins, du 40ème et 58ème unis dans la mort, soldats fuyant devant les obus, massacrés ensuite par les Charges de Uhlans déchaînés ; quelques tombes isolées, probablement celles des blessés ramassés par les Allemands, morts dans les ambulances, et puis de l’autre côté du canal quelques uns de ceux qui ont tenté la fuite en franchissant l’eau, probablement de la section Duley.

 

Nous disposons de deux témoignages sur le spectacle du champ de bataille le 16 août alors que les Allemands ont quitté Lagarde. Celui de Laurent Gassin du 3ème RI qui évoque les croix sur les tombes, signe que des ensevelissements ont été faits, (Le JMO du 3ème RI confirme que ce bataillon a cantonné à Lagarde avant de se porter sur Marimont)

 

 

 

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source :  http://www.provence14-18.org/lagarde/

 » Le matin, vers 4 heures, nous nous arrêtons et nous faisons du feu au bord de la route où nous faisons sécher la capote. Au jour nous repartons du côté de la frontière. A 7 heures nous la traversons et nous arrachons le poteau. A 8 heures nous arrivons à Lagarde (nous sommes en Lorraine).

Là, au bord de la route, il y avait des fusils, des équipements, des sacs, des effets par paquets. La veille, le 40 ème et le 58 ème avaient été surpris par les Allemands entrain de faire la soupe. Il y avait eu un massacre. Où il y en avait le plus, c’était devant la Mairie. D’un côté de la porte d’entrée on voyait les effets des Boches et de l’autre des Français.

On nous loge dans une grange, c’était la maison du Docteur, elle était complètement pillée, les meubles, les matelas, tout avait été éventré, le linge éparpillé sur le parquet, avec d’autres objets, les glaces brisées, dans le bureau la bibliothèque était renversée, tous les livres déchirés, dans le salon il ne restait que le piano encore il lui manquait toutes les cordes.

En face se trouvait la maison du curé qui n’avait pas été épargné non plus, de plus un obus l’avait ébréchée. Bien entendu les caves étaient vides.

Nous repartons vers les 12 heures, nous traversons un petit village, il pleuvait à torrent, nous nous arrêtons dans une grange et repartons une heure après. Nous arrivons au Château de Marimont vers les 4 heures. C’était une grande ferme d’un colonel Allemand… »

Dans son carnet de route, le soldat Gassin avait d’abord écrit:

  » nous quittons cet emplacement et filons vers la frontière, nous sommes en Lorraine, des sacs, des équipements, des fusils français, allemands, jonchent le sol, partout des petites croix en bois, ce sont des tombes. La pluie tombe toujours, arrivons à Lagarde, village pillé. Allons cantonner au Château de Marimont qui appartient à un colonel allemand « 

La critique de ce document nous oblige à dire que cette différence indique le travail de réécriture durant le passage du carnet de route au journal. D’une part il pense préciser en indiquant que les régiments ont été surpris la veille alors que la bataille a eu lieu le 11 août et non le 16 comme il le laisse entendre, d’autre part, il dit :  » nous arrachons le poteau  » alors que d’autres sources affirment que sur cette route il l’a été le 10. (Il peut avoir été replanté !)

Celui du capitaine Callies (Mémoires page 57) qui a trouvé la tombe du sous-lieutenant Falque clairement identifiée, affirme que de nombreux corps sont dans le canal, que l’odeur est affreuse, que de nombreux cadavres de chevaux brûlent dans une carrière et que des subordonnés ont vu, exactement à l’endroit où étaient les Batteries du 19ème RAC le 11, une tombe portant l’inscription  » trois officiers français  » et le képi du capitaine Setze. Il confirme ainsi la localisation des batteries et le lieu d’enfouissement provisoire des corps.

 

 

 

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source :  http://www.provence14-18.org/lagarde/

Ces documents montrent de façon spectaculaire les zones qui ont été particulièrement battues par l’artillerie allemande, celle où se trouvaient les canons de 75 français et le Pont vers Xures. Il y a tout lieu de penser que, compte tenu de la chaleur, les corps des soldats français tués ont été ensuite ensevelis très rapidement dans les trous d’obus les moins loin.

On est aussi en droit de penser que les nombreux enfouissements dans la zone B5, C5, D5, révèlent, pour les mêmes raisons, la photo aérienne le confirme aussi, une accumulation de sépultures en cet endroit. Cela montre bien l’acharnement des Allemands à interdire la retraite par le passage donnant vers Xures et il est confirmé par les sources allemandes, que les Uhlans n’ont pas fait de quartier aux soldats se repliant.

Reprenons les chiffres de pertes et essayons de les commenter.

 

 

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tiré de : http://www.provence14-18.org/lagarde/

 

Il est toujours difficile de commenter les chiffres de pertes car on ne sait pas vraiment comment les informations sont ventilées par le commandement. S’il est assez facile par simple appel de connaître le nombre de ceux qui manquent, il est difficile de se prononcer sur le partage morts, blessés, disparus.

Dans le cas de Lagarde les blessés incapables de se déplacer ont du rester sur le terrain, être relevés par les Allemands. On se demande alors comment faire la différence avec les prisonniers et on peut affirmer que les chiffres sont totalement fabriqués en cas de retraite. Les officiers commandants les régiments ne transmettent, évidemment, que des chiffres bruts.

Par exemple 956 soldats manquent à l’appel pour le JMO du 40ème, 874 pour les états de pertes. Aujourd’hui le chiffre est 874, ce qui est juste et signifie que des hommes perdus dans la nature ou blessés sans gravité sont rentrés peu à peu. Pour le 58ème le chiffre donné au JMO est 969, les états de pertes 1097, nous savons qu’il est de 1097, ce qui signifie tout au contraire un souci de minoration. Si l’on en croit les chiffres, et nous avons dit qu’il fallait s’en méfier, le 58ème a eu plus de pertes que le 40ème, mais il a eu un peu plus de prisonniers et de blessés, il a eu aussi plus de gens rescapés, 80 hommes ramenés par le capitaine Rourissol contre 37 ramenés par le lieutenant-colonel et l’Adjudant-chef Thibon.

On peut en conclure, mais avec une certaine prudence, que les officiers qui se sont repliés les premiers avec leurs hommes ont eu plus de chance de survie que les autres. Ce qui ne constitue pas une grande découverte.

On peut affirmer, tout aussi prudemment, qu’une meilleure appréciation des risques par le lieutenant-colonel et un ordre de retraite, donné tôt tout en laissant une arrière-garde couvrir le repli, aurait certainement sauvé la vie à beaucoup de soldats. C’est une certitude. Mais la doctrine d’alors était que pas un pouce de terrain conquis ne devait être abandonné. On voit ici une des premières illustrations de la nocivité d’un tel précepte.

Nous ne nous attarderons pas sur l’exploitation de cette victoire par les Allemands. Elle est si manifestement organisée à des fins de propagande qu’elle ne mérite pas d’analyse particulière. Les mensonges sont tellement éhontés que point n’est besoin de s’y appesantir, pas plus que nous nous appesantirons sur la floraison d’images allemandes glorifiant la prise du drapeau.

Nous ne saurions terminer sans évoquer la manière typique dont certains milieux ont procédé pour s’en prendre aux soldats du Midi : le pseudo-témoignage de l’Abbé Georges, aumônier au 58ème R.I qui a fait beaucoup de tort aux soldats du 15ème Ca, qui,  relatant un incident vécu le 11 août 1914, après la bataille de LAGARDE, aurait écrit dans son livre relatant les faits d’armes de son régiment :

«  J’étais couché au repos dans le fossé de la route allant de Coincourt à Xures, lorsque j’avais aperçu cet officier que je ne connaissais pas encore. Il était descendu de cheval et parlait à un lieutenant laissant respirer quelques-uns de ses hommes échappés au massacre. Visiblement en proie à une violente agitation, un rictus nerveux contractait  étrangement son visage. Il disait textuellement, en parlant de ses soldats : «  Ils se sont enfuis comme des péteux…  ». Et Dieu seul savait qu’il pensait en lui-même : «  Si j’en rencontre un, je le brûle !…  ». Il avait ensuite enfourché son carcan et s’en était allé comme un fou ………. Le Capitaine BLANC mourut ensuite au champ d’honneur, tué à l’ennemi… « 

A notre connaissance, à ce moment de la guerre il n’y avait pas encore d’aumônier au 58ème RI –et s’il y en avait eu un, sa place était avec les soldats qui allaient se battre et  » non au repos dans un fossé « – pas plus qu’il n’y avait de Capitaine Blanc à Lagarde. Il y avait bien, au 2ème Bataillon du 58ème, un capitaine Blanc, mais il n’était pas à Lagarde. Il était à Coincourt. Par ailleurs l’officier du 58ème portant ce nom là est mort au champ d’honneur à Dieuze. Il est surprenant que dix jours après Lagarde l’aumônier ne s’en soit pas souvenu avec précision. Nous n’insisterons donc pas sur la perversité de la méthode employée pour semer le doute.

 

Conclusion :

http://www.provence14-18.org/lagarde/

Avant de conclure nous formulerons quelques remarques sur le déroulement des opérations, mais n’étant pas militaire de profession, encore moins spécialiste en stratégie, nous nous garderons d’émettre un jugement péremptoire sur la façon dont les troupes françaises ont été employées. Cependant nous ne pouvons pas ne pas remarquer que les mitrailleuses placées là où l’on nous dit qu’elles étaient, n’ont pas joué à plein leur rôle, même si elles ont fait des ravages dans les rangs allemands. Elles eussent pu être encore plus meurtrières, placées à couvert, dans une maison par exemple, donc invisibles aux observateurs, au lieu d’être entourées d’une infanterie qui a beaucoup souffert de l’artillerie qui les cherchait.

Nous ne pouvons pas non plus ne pas remarquer que l’artillerie française ne s’est pas comportée de façon très professionnelle…emplacements mal choisis, sur un sol humide instable, mise en position très lente, défilement trop grand, incapacité à contrer l’artillerie adverse, (ce que Callies eût pu faire avec un peu plus de courage et de talent), au lieu que l’artillerie allemande, et particulièrement les 105, rompue aux exercices de contrebatteries, n’a pas hésité, comme elle savait le faire, à prendre le risque de venir à découvert pour tirer à vue…avec le succès que l’on sait.

Cette affaire de Lagarde que les Allemands considèrent comme un jour noir pour leur cavalerie mérite, à plus d’un titre, qu’on s’y arrête.

La leçon n’a pas été comprise par le Commandement français qui n’a pas voulu voir que les mitrailleuses françaises comme les allemandes avaient fait de terribles dégâts. Il n’a pas non plus voulu voir que la cavalerie allemande avait été défaite, massacrée et qu’il en serait de même de la cavalerie française si elle s’aventurait à opérer de la même manière. Il n’a surtout pas voulu comprendre qu’il tombait dans un piège, que l’ennemi l’attirait sur un terrain choisi, préparé et quadrillé pour que l’artillerie lourde cogne sans réglage à chaque passage de crête.

Plus grave encore, pour échapper à la responsabilité d’avoir mis des soldats dans un traquenard, il a laissé dire que le 58ème avait lâché prise…ce qui n’est pas vrai !

Un démenti vigoureux, formulé immédiatement, et au plus haut niveau, à commencer par le lieutenant-colonel Marillier, aurait probablement évité l’affaire du 15ème CA et ses conséquences terribles pour les soldats méridionaux. Certes le général de Castelnau a sanctionné le général Lescot mais, lui-même, quelques jours plus tard, signait cet ordre du jour :

 » L’ennemi est en pleine retraite sur tout le front de l’Armée. Ce n’est plus le moment de pratiquer la guerre méthodique et circonspecte. Toutes les audaces sont permises. En avant partout « 

Bel exemple d’aveuglement.

Dix jours plus tard, après les défaites dans l’Est, la presse parisienne, Action Française en tête, s’acharnait honteusement sur  » les Méridionaux « .

 

 

source récit : http://www.chtimiste.com/

source photos et récit   : http://www.provence14-18.org/lagarde/

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21 novembre 2012

Les premiers combats autour de la Tête des Faux

Classé sous — milguerres @ 22 h 59 min

 

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 tete-de-faux

Tranchée à la Tête des Faux en 1915. Dessin de Herbert Ward

 

 

Les premiers combats autour de la Tête des Faux

source : document pdf : http://cse-hindisheim.info/downloads/Faux.pdf

Durant les premiers mois du conflit, surtout en août et en septembre, le mouvement prédomine et les troupes se déplacent sur les massifs, dans es vallées. La Tête des Faux est au départ une cime parmi d’autres mais sa situation dominant le col du Bonhomme sur lequel se focalisent les adversaires, révèle rapidement son importance.

Le 8 août le général Dubail, ordonne au 21e C.A. de s’emparer des cols de Ste-Marie-aux-Mines et du Bonhomme. L’opération doit être réalisée par des éléments de la 43e D.I. Le général Pillot, commandant de la 85e brigade est chargé de l’attaque du col de Bonhomme. Il dispose du 158e R.I., d’un groupe du 12e R.A. et d’un escadron du 4e régiment de chasseurs à cheval. Ces troupes débouchent de Fraize le 9 à 11 heures,prennent le col et s’y retranchent, faisant face à la 39e I.D. Le village du Bonhomme ne peut être occupé par les Français qui subissent des tirs violents de l’artillerie lourde allemande. Le 13 août, le 14e C.A. (27e et 28e D.I.) tente de déboucher des cols de Sainte-Marie et du Bonhomme pour préparer ses bases de départ en vue d’une offensive générale prévue à partir du 14 par le général Dubail. Celle-ci programme une poussée du 21e C.A. dans la vallée de la Bruche et une progression du 14e C.A. en direction d’un côté de Villé-Barr et de l’autre de Lapoutroie puis de Kaysersberg. L’instruction particulière n°5 de la 1er armée au 14e C.A. prescrit : « Il faut que vous réussissiez à rendre inviolable le massif des Vosges entre le Champ du Feu et la région de Louschbach ». Au col du Bonhomme, le groupement du général Sorbets est constitué de deux bataillons du 75e R.I., du 7e B.C.A. et un groupe d’artillerie.

Ces unités progressent en direction de la Tête des Faux et de la cote 933, au nord du village du Bonhomme. Elles rencontrent des ouvrages semi-permanents allemands devant lesquels ont été préparées des fougasses.

Le 28, les 1re et 2e b. gem. L.Br., la 51e gem. L.Br. du generalmajor von Frech et l’Abteilung du generalleutnant von Ferling avancent en direction des vallées de la Fecht et de la Weiss. Le b. L.I.R. 3 combat entre Bennwihr et Ingersheim alors que le b. L.I.R. 12 est en arrière le long de la Weiss. Le général Bataille est obligé de replier ses troupes sur une ligne Lapoutroie-Giragoutte-Wihr au Val-Soultzbach. Le 28 au soir, le 12e groupe alpin occupe Lapoutroie et le 28e Orbey.

Le 1 septembre les troupes allemandes reprennent leur assaut sur une ligne Lapoutroie-Wihr au Val par les vallées de la Fecht et de la Weiss, et par la crête Trois Epis-Hohnack qui sépare ces vallées. Les troupes du general major von Frech progressent dans la vallée de Munster en direction de la Schlucht tandis que les 1re et 2e b. gem. L.Br. placées sous le commandement du generalmajor Eichhorn, chef de la 1re brigade, avancent vers Orbey et Lapoutroie en direction du col du Bonhomme et du lac Blanc. Deux Cies du 28e B.C.A. occupaient Hachimette et Lapoutroie. Elles se replient en combattant à Orbey et au Remomont face à des avantpostes du b. L.I.R. 3, alors que l’essentiel du bataillon recule sur le col du Wettstein. Le III./L.I.R. 12 entre à Hachimette (Eschelmer). Deux Cies du 30e B.C.A. sont envoyées du Bonhomme sur Lapoutroie en soutient du 28e et stoppent la progression allemande vers l’ouest. Le 3, des éléments avancés de la 2e b. gem. L.Br. sont chargés de progresser en direction du Lac Blanc. La 6e L.D. a donné l’ordre de suivre le repli ennemi avec pour intention de passer la frontière vers l’hôtel du Lac Blanc. Les Français occupent encore le fond de vallée jusqu’à l’ouest d’Orbey et de Tannach.

Les troupes bavaroises se déploient sur les hauteurs sud-est de ces villages. L’Abteilung von Ferling est en place entre Lapoutroie et Fréland. Le 5, le b. L.I.R. 3 et le II./L.I.R. 12 s’établissent vers le Grand Faudé. Le I./L.I.R. 12 prend pied sur les pentes sud est de la Tête des Faux et repousse dans la soirée une contre-attaque des chasseurs alpins du 28e, déclenchée depuis la forêt des Immerlins. Le même jour le b. L.I.R.1, appuyé par plusieurs unités de l’Abteilung von Ferling, entre sans combats dans le village du Bonhomme. Des tirs d’artillerie sont dirigés sur le sommet de la Tête des Faux. Le 6 septembre, les b. L.I.R. 1 et 12 renforcés par des unités d’artillerie (b. Ldst.Batt. 1 et 1/2. L.Fssa.B. 20), de cavalerie (b. L.Esk. 1) et de pionniers (b. Ldst.Pi.K. 1) reçoivent pour mission de s’emparer avec les troupes de l’Abteilung von Ferling, du col du Bonhomme. Le 1/2 Lfssa.B. 20 prend position, entre Lapoutroie et le Bonhomme, vers l’auberge du Coq Hardi. La b. Ldst.Batt.1 accompagnée du b. Ldst.Pi.K. 1 grimpent sur le petit promontoire rocheux surplombant au nord le village du Bonhomme.

Ils sont rapidement rejoints par un détachement du 1. E./Fda.R. 13. Des tirs précis de l’artillerie française désorganisent la progression allemande.

Pour enlever le col du Bonhomme, l’état-major allemand souhaite d’abord s’emparer de deux sommets qui contrôlent le col : le Rossberg et la Tête des Faux.

Le 7, un groupement spécial, formé des 28e et 30e B.C.A et dirigé par le lieutenant-colonel Brissaud, est affecté à la défense du col du Bonhomme.

Il prend le nom de « groupe du Bonhomme ». Le même jour l’artillerie allemande tire sur le Rossberg. Vers midi des éléments du R.J.R. 60, du L.I.R. 1 et 12 partent à l’assaut du sommet mais se voient rapidement stoppés. De leur côté les unités chargées de prendre la Tête des Faux (I et II./L.I.R. 12 ; II./L.I.R. 1 ; et un détachement du b. Ldst.Pi.K. 1) se sont regroupées dès le matin vers les Mérelles. Le II./L.I.R. 3 qui occupait le Grand-Faudé, monte à l’Étang du Devin et avance jusqu’à la Roche du Corbeau. Des batteries lourdes (1/2. L.Fssa.B. 20 et 4./R.Fssa.R. 14) installées au Calblin et au Coq Hardi pilonnent le sommet de la Tête des Faux. Le b. Ldst.Batt. 2 et le b. Ldst.PI.K. 2 sont en attente à l’est de Tannach.

A cette date le secteur de la Tête des Faux est tenu par un petit détachement qui stationne au lac Blanc. Placé sous les ordres du capitaine Regnault (28e B.C.A.) il est composé d’une Cie du 28e B.C.A., de la section de mitrailleuses du même bataillon, et de trois Cies du 256e R.I. Dans l’après-midi, le I./L.I.R. 12 s’installe à la Roche du Corbeau. Une compagnie du b. L.I.R. 1, vraisemblablement la 1re, monte jusqu’au sommet de la Tête des Faux d’où les Alpins se sont retirés. Dès lors, le front se situe sur une ligne : col de Sainte-Marie-Le Bonhomme-Tête des Faux-Orbey-Grand Honack Les troupes bavaroises installent un observatoire au sommet de la Tête des Faux, leur permettant de guider avec précision les tirs d’artillerie. Le 8, les batteries allemandes bombardent ainsi violemment le Rossberg et le col du Bonhomme.

Le général Bataille voulant se rendre compte sur place de la situation est tué par une salve d’artillerie à la ferme-auberge du col du Bonhomme avec six de ses officiers. Une stèle commémorative, actuellement encore en place, est inaugurée en 1915. Le lieutenant-colonel Gratier, blessé, est remplacé à la tête du groupe alpin par le lieutenant-colonel Brissaud.

Le 10, le general major Eichhorn donne l’ordre aux 1re et 2e b. gem. L.Br. de tenir le secteur allant des hauteurs nord du Bonhomme au Grand-Honack. Sur ce front de plus de 15 km la mission des deux Brigades, après une série d’attaques difficiles, devient défensive. Un important travail de fortification débute malgré des conditions climatiques éprouvantes (froid, vent, pluie). On signale quelques tirs sur la Roche du Corbeau. Le 11 septembre le 9e Hussard, avant-garde du 14e C.A. entre dans la Croix-aux-Mines, St-Dié et avance jusqu’à Provenchère. Le 14eme corps de réserve allemand s’est en effet replié sur Robache, Ban de Sapt et Saales. Le même jour, le lieutenant-colonel Brissaud-Desmaillet apprenant cette retraite allemande, envoie des patrouilles de reconnaissance vers les Bagenelles, le Pré-de-Raves et Le Bonhomme. Le capitaine Regnault avec une Cie du 28e B.C.A., une Cie du 12e chasseurs, une section de mitrailleuses et une section d’artillerie de montagne est chargé de progresser vers la Tête des Faux et la côte de Grimaude. Ce détachement progresse jusqu’aux fermes du Surcenord, sur les pentes sud de la côte de Grimaude et fait face au II./L.I.R. 1 en faction à la Roche du Corbeau. Les Allemands occupent tous les objectifs désignés.

Le 12, ces reconnaissances se muent en attaques mais seul le Pré-de-Raves parvient à être pris avec le soutient de la 41e D.I. qui occupe le Grand-Rein.

Le détachement Regnault subissant des tirs violents de l’artillerie lourde allemande (notamment depuis le Calblin) est obligé de se replier sur ses positions du lac Blanc. Une nouvelle tentative sur la Tête des Faux, infructueuse, est effectuée le 14. Il s’agit de la dernière offensive importante avant celle du 2 décembre. L’état-major français décide de prendre progressivement du terrain dans ce secteur pour contraindre les Allemands à reculer sur leur ligne principale d’où ils seraient ensuite délogés par une puissante offensive. Le 14, la b.Ldst.Batt. 1 en position au nord est de l’Étang du Devin, tire vers le Rossberg alors que la 2./L.Fssa.B. 20 vise le col du Bonhomme depuis le Coq Hardi.

Le 16 septembre, la Tête des Faux et la côte de Grimaude sont prises sous un feu nourri de l’artillerie française installée à la Tête des Immerlins. Un tir détruit la totalité du poste de commandement d’un bataillon bavarois.

Du côté français, le 215e R.I. et les 12e, 30e et 52e B.C.A. renforcent leurs positions. Les Allemands déplorent de nombreux cas de typhus qui dégénèrent en épidémie, ce qui ne les empêche pas d’intensifier leurs actions de patrouilles ni d’aménager le sommet. Le 31 octobre le général en chef Joffre envoie au général Dubail une note concernant une offensive devant avoir lieu mi-novembre. L’objectif de l’opération est la conquête de terrain face à Colmar et Sélestat afin de permettre le débouché de forces devant attaquer à partir de Belfort.

Le plan d’attaque sera finalement limité à la prise des hauteurs qui commandent les débouchés des cols du Bonhomme et de Louschbach : c’est à dire la Tête des Faux et la côte de Grimaude.

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La tête des Faux après les combats

 L’opération des 2 et 3 décembre 1914

Le 2 décembre l’instruction N°55 du général de division Guerrier prescrit à la 132e Brigade du général Sarrade (66e D.I. / 34e corps) d’occuper la Tête des Faux et la côte de Grimaude. La 132e Brigade, dont le recrutement provient essentiellement des régions d’Albi, de Perpignan et de Castelnaudary, est alors divisée en deux groupements : celui de Laveline et celui de Plainfaing. Le premier, dirigé par le lieutenant-colonel Salavagnac, comprend le 253e R.I., le 13e B.C.A. et une batterie de montagne. Le second mené par le lieutenant-colonel Brissaud-Desmaillet compte les 28e et 30e B.C.A., le 215e R.I. et quatre batteries alpines. Le 343e R.I. constitue la réserve générale. C’est le groupement de Plainfaing qui est chargé de prendre la Tête des Faux.

La Tête des Faux est occupée par le b. L.I.R. 3 de l’oberst a. D. Hans Jordan . Ce régiment bavarois, constitué à Augsburg et Lindau, appartient avec le b. L.I.R. 12, mobilisé à Ulm, (oberstleutnant. Frhr. v. Boutteville) à la 2e gemischte Landwehr-Brigade du generalleutnant v. Lachemair. Cette brigade dépend de la 6e bay. Landwehr Division du generalmajor Sontag.

Le 2 Décembre, au 215 R.I., quatre groupes de combat sont constitués ; Cdt Duchesne, Cpt Boquel, Cdt Bareilles et Cpt Argence. A 2 heures du matin, dans un brouillard glacial, le groupe Regnault quitte Plainfaing et monte, par des sentiers rocailleux, en direction des Hautes Chaumes. Au lever du jour il fait une pose près de la ferme du Reichberg. La Tête des Faux est alors plongée dans un épais brouillard.

A 8h le groupe Bareilles se porte dans la direction d’Orbey. Le contact avec les avants-postes ennemis est rapidement pris et ne donne lieu qu’à de simples engagements de patrouilles, très facilement celles du 215e atteignent leurs objectifs.

A 10h30, le groupe Duchesne qui est parti de la cote 1118 du bois des Immerlins, part à l’assaut de la Petite Tête des Faux. Rapidement il prend pied sur ce sommet, puis progresse sur les pentes sud de la côte de Grimaude en direction du nord-est, mais il est arrêté et obligé de se déployer. Le commandant Duchesne blessé conserve son commandement. Dès 10h30 le groupe Regnault a entamé, à couvert sous les bois, une marche d’approche vers le nord en longeant les pentes ouest du massif. A 11h30 il dépasse les pentes nord et fait face à l’est pour se porter sur son objectif. Renforcée par la section de mitrailleuses du 28e, la compagnie Touchon (la 6e) poursuit sa marche vers le nord. L’artillerie française au Rossberg et au Pré des Raves est en alerte. Vers 11 heures, quelques coups de 65 de montagne écorchant à peine les rochers du sommet, alertent la garnison allemande.

Les autres compagnies du groupe Regnault, précédées de sapeurs du génie, montent en direction de la Tête des Faux. Les branches des sapins et d’épais réseaux de fils de fer installés entre les arbres, entravent la progression qui se fait à la serpe et à la cisaille. L’ennemi abrité derrière de gros rochers abat à coup sûr les cisailleurs, mais les Alpins finissent par passer. Sous un feu violent d’infanterie et de mitrailleuses, partant à la fois du sommet et de la Verse, les Chasseurs avancent en se faufilant derrière les rochers et en rampant dans les futaies. Les lieutenants Escodeca et de Pouydraguin sont blessés. Un engagement à la baïonnette contraint l’ennemi à se retirer du sommet. Les Chasseurs poursuivent les Bavarois vers l’est sur 150 m mais se heurtent à une forte organisation défensive à contre-pente, solidement occupée et protégée par une réseau de barbelés très profond. Les Alpins arrêtent leur assaut, déroulent des barbelés, et tentent de creuser des tranchées pour se protéger. Ils repoussent à la baïonnette plusieurs contre-attaques bavaroises. Pour faire diversion le 52e B.C.A. occupe la hauteur 660 et le versant est du Noirmont.

La prise de la Tête des Faux, un mois après celle du Violu, assure aux Français la maîtrise finale des promontoires qui pouvaient menacer directement la région de St-Dié.

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Quelque part dans les Vosges, combats à la grenade dans les tranchées

L’attaque de Noël

L’état-major allemand ne peut resté sur un échec. La Tête des Faux se voie classée à la brigade comme « secteur spécial » et un « Kommandeur » est nommé, le generalmajor v. Dinkelacker, commandant les réserves principales de l’armée.

Le 19 décembre, le 14e bataillon de chasseurs du Mecklembourg (M.J.B. 14) arrive à Colmar. C’est cette unité, venant de l’extérieur (ne faisant pas partie de la 2e Brigade de Landwehr) et spécialisée dans les opérations de montagne qui est chargée de reprendre le sommet de la Tête des Faux.

Le bataillon est en position le 22 décembre. La veille de Noël, à 22 h 30, la compagnie cycliste du M.J.B. 14 (Radfahrer Kompagnie), sous les ordres du capitaine Von Chappuis, lance l’offensive. Une neige profonde dissimule des boyaux de barbelés qui freinent la progression de l’unité. Les pionniers tentent de percer le réseau français mais le brouillard se lève.

Les Français sont alertés et un feu nourri s’abat sur les soldats allemands.

Les hommes restés debout se frayent un passage à travers les congères de neige et se jettent sur une coupole fortifiée française. Le capitaine Von Chappuis s’effondre, grièvement blessé, tandis que tous les officiers et sous-officiers tombent les uns après les autres… Les survivants, essentiellement des jeunes volontaires, dépassent la première ligne française et s’égarent dans un terrain inconnu inextricable. Accueillis par des grenades et des bombes à ailettes, ils tombent les uns après les autres. La 2e compagnie et la section de la lre qui suivaient, tentent de se maintenir face à des fortins âprement défendus par les Français. Une cinquantaine d’Alpins sont littéralement ensevelis sous les corps des Jäger abattus à bout portant. La 4e compagnie, sur l’aile droite, reste bloquée en lisière de forêt et connaît des pertes sérieuses. Les hommes de cette compagnie couchés sur un terrain découvert dans un vent glacial et une température de -18 C° commencent à geler. Durant ce temps, les éléments avancés vers le sommet subissent un feu issu de l’avant, de flanc et de l’arrière. Des tirs, provenant sur la droite d’une coupole repérée trop tardivement et sur la gauche d’un éperon rocheux situé à mipente, occasionnent des pertes considérables parmi les Jäger. L’arrivée des renforts est arrêtée par un tir de barrage venu du Felseneck. Le boyau qui devait relier les positions conquises au bastion n’a pas pu être terminé à cause du gel. Les Jäger pris dans les lignes ennemies commencent à manquer de munitions et de ravitaillement. Ils se voient acculés à l’anéantissement. A 5 h 30, le général Dinkelacker donne l’ordre au bataillon de se replier sur ses anciennes positions et d’évacuer les blessés.

Le 14e Jäger, totalement épuisé, regagne ses abris.

Il est relevé en premières lignes par un bataillon du L.I.R. 121.

 

Évolution du secteur

Des deux côtés, les premiers mois de l’année 1915 sont marqués par des transformations organisationnelles. Le 30e B.C.A. intègre, au sein de la 3e Brigade du colonel Brissaud-Desmaillet (14e, 52e, 62e B.C.A., et 229e R.I.), la 47e D.I. qui est créée le 16 janvier 1915 et placée sous le commandement du général Blazer. Cette nouvelle division regroupe de nombreux B.C.A. récemment arrivés sur le front des Vosges. Les compagnies du 30e sont disséminées entre les cols du Bonhomme et du Wettstein. En mars, le Q.G. de la 6e b. L.D. est installé à Kientzheim et le generalmajor Sontag est remplacé, à la tête de la division, par le general d. Kav. Ritter von Schmidt. Le III./L.I.R. 3 défile à Kaysersberg devant le roi de Bavière, Ludwig III. Auprès de l’état-major allemand, la Tête des Faux est désignée secteur (Abschnitt) 22, 22a pour les pentes nord et 22b pour les pentes sud. Chez les Français la Tête des Faux constitue l’extrémité nord du secteur des Lacs qui s’étend sur près de 5 kilomètres jusqu’aux Basses-Huttes.

Les actions militaires se poursuivent. Début février 1915, le général Putz, en accord avec le général Blazer, décide, lors d’une rencontre à Plainfaing au Q.G. de la 3e Brigade de chasseurs, d’une nouvelle attaque sur la côte de Grimaude. Mais d’importantes chutes de neige ajournent l’opération qui n’aura finalement pas lieu. A l’inverse, ce sont les Bavarois qui tentent, sans y parvenir, de reprendre le sommet lors d’un ultime assaut le 21 février 1915. Dans les mois suivants, les efforts allemands se portent avec insuccès sur d’autres points de la Tête des Faux, plus bas et plus au sud.

En avril, des éléments du L.I.R. 12 attaquent la ligne Beu-Creux d’Argent-Jeunes Champs. En mai, des hommes du L.I.R. 3 appuyés par un Scharfschutzenkommando du 14e Jäger, essayent à plusieurs reprises de déboucher vers la Haute Roche.

Alors que les Allemands « piétinent » dans les pentes sud de la Tête des Faux, on peut considérer que, dès le mois de mars 1915, les combats les plus importants se sont détournés vers le Hartmannswillerkopf, la Haute-Fecht et le Linge. Certaines unités de la 2e b. gem. L.Br. sont d’ailleurs envoyées, ponctuellement, en soutien dans les secteurs sensibles. Ainsi en mars, le III./L.I.R. 3 participe, au sein de la 8e b. Res. Div., à la bataille du Reichsackerkopf. Fin juillet-début août, il est en engagé au Linge. En juin, le IIe Bat. du même régiment retrouve le 14e Jäger au Hilsenfirst.

Les attaques massives d’infanterie laissent place aux coups de mains, aux escarmouches entre patrouilles, aux duels d’artillerie et de grenades.

Même si la Tête des Faux est peu meurtrière et que les état-majors y ont opté pour une « défense active »,elle demeure durant tout le conflit un point de friction.

Manifestement, sur cette montagne vosgienne le front va durer. Ainsi des deux côtés, mais de façon beaucoup plus active chez les Allemands, on s’attache à poursuivre les travaux d’aménagement et à renforcer ses défenses. Le phénomène de « bunckérisation » s’amplifie et une guerre de siège se met en place. Il devient de plus en plus difficile, voir impossible, d’entreprendre une grande offensive frontale dans un terrain rocheux et escarpé qui, dès le départ, ne s’y prête pas. Ainsi on se contente de la prise de quelques tranchées ou d’un poste d’écoute, généralement perdus par la suite. Les troupes s’enterrent, se fixent et s’observent. On guette une faiblesse ou une défaillance adverse. L’arrivée à la Tête des Faux, en septembre 1915, de télégraphistes allemands spécialisés dans les appareils d’écoute, est révélatrice. On espionne, en surface ou de façon souterraine, les conversations, les bruits, les travaux d’en face.

L’artillerie joue, elle aussi, un rôle croissant et la canonnade devient une habitude, presque un rituel. Les activités de patrouilles dans le no man’s land, essentiellement nocturnes, restent intenses. Elles se poursuivront jusqu’à la fin du conflit.

Il faut souligner que, jusqu’à l’armistice, les actions qui animent le secteur sont davantage à l’initiative des troupes allemandes. Les exemples, relatés dans les historiques des unités, sont assez nombreux. On peut supposer que les Bavarois ont une bonne connaissance du terrain et de ses pièges, qui provient de leur installation durable sur le massif. En effet, ce sont essentiellement les b. L.I.R. 3 et 12 qui vont tenir le front de la Tête des Faux jusqu’à la fin de la guerre. Leurs bataillons se relayeront toutes les six semaines alors que les autres unités, à l’instar durant huit jours début 1915, de deux bataillons du b. Res. Rgts. Nr 22 (8e b. Res.Div., Frh von Stein), ne feront que passer.

De janvier à juillet 1915, le 14e B.C.A. est en position à la Tête des Faux.

Durant l’été, au sein de la 3e brigade, il renforce l’offensive de la 129e D.I. sur le Linge-Barrenkopf. A ses côtés, le 30e B.C.A s’illustre dans l’attaque des carrières du Schratz, retrouvant face à lui le IIIe bataillon du b.L.I.R.3 et le M.J.B.14. En novembre, le 30e retourne à la Tête des Faux où l’on assiste, jusqu’en 1918, à un roulement important des unités : Territoriaux (37e, 43e, 48e, 59e, 79e, 80e R.I.T.) ; Régiments d’infanterie (229e, 297e, 355e R.I.) ; Bataillons alpins (11e, 22e, 23e, 52e, 53e, 54e, 62e, 63e), séjournent et se succèdent dans le secteur. Souvent ces troupes arrivent après des engagements difficiles sur d’autres fronts vosgiens.

 

 Les positions allemandes

De nombreux endroits du massif sont aménagés mais le versant est du sommet de la Tête des Faux concentre, sur une dénivellation d’environ 300 mètres, un nombre impressionnant d’ouvrages. Le secteur allemand est de loin le plus intéressant, notamment en ce qui concerne les techniques de construction employées et l’importance des vestiges encore visibles.

Les positions allemandes forment une forteresse défensive accrochée à la contre-pente et réalisée sur 4 ans. Dès la mi-septembre 1914 dans le froid, le vent et la pluie des abris sont construits. A partir du 2 décembre un chantier de construction presque permanent se met en place. Il s’intensifie avec la fin des combats de l’automne-hiver 1914-1915, et la mise en service du téléphérique à partir d’avril 1915. Les troupes bavaroises n’occupent plus qu’une infime partie du plateau sommitale de la Tête des Faux. Des travaux titanesques sont entrepris pour permettre aux Jägers de tenir leurs positions face aux Français. Le rôle de ces fortifications est d’assurer la sauvegarde des soldats pour diminuer les pertes et suppléer ainsi la faiblesse des effectifs, et de réduire la fatigue des troupes en leur donnant un maximum d’aise compatible avec la vie dans les tranchées. Cet effort de construction et de renforcement des défenses concerne, plus largement, l’ensemble du front des Vosges. Il a pour objectif d’économiser le « Menschenmaterial », car le besoin d’hommes, surtout d’hommes jeunes, est urgent sur d’autres fronts. La « forteresse » de la Tête des Faux s’impose rapidement comme l’un des verrous majeurs du dispositif de défense du Centre-Alsace. Perdre le massif, c’est être menacé dans l’ensemble de la vallée de Kaysersberg.

C’est risquer une manoeuvre française de débordement sur le Linge ou sur Ste-Marie-aux-Mines. La construction d’ouvrages nombreux et variés, parfois très complexes comme le Bastion ou les grands abris souterrains, est entreprise dans des conditions difficiles pour « bloquer » ce secteur du front et éventuellement reprendre le sommet. Des unités du génie, comme le 26e bataillon de pionniers bavarois, participent à ces travaux.

Le perfectionnement du complexe de la Tête des Faux, véritable muraille de roche et de béton, était et demeure tout à fait remarquable. La visite, à l’automne 1915, du generalinspekteur der Pionier Erz. von Claer du A.D.K. n’est donc pas surprenante. Vu l’importance tactique de la Tête des Faux, le commandement allemand décide de construire une liaison téléphérique Lapoutroie-Bastion servant au transport des soldats, du ravitaillement et du matériel. Le 8 avril 1915 le tracé est décidé.

Le chantier est réalisé en trois étapes correspondant aux trois tronçons de la ligne.

Le premier tronçon est réalisé en un temps record du 18 au 28 avril 1915 par deux unités spécialisées : la Festungseisenbahnbaukompagnie Nr. 7 de l’oberleutnant Poltz et l’Armierungskompagnie Stockach. Il part de la place du marché de Lapoutroie pour arriver à la cote 1000. Une gare de départ, bétonnée est construite devant l’église du village. Elle sera détruite après la guerre. Il s’agissait d’un téléphérique à traction électrique en courant continu. Les rares photos d’époque nous montrent des pylônes en bois, numérotés, avec une armature métallique. Le transport s’effectuait dans des nacelles individuelles et des bennes pour le matériel. Cette réalisation est assez comparable à celle de l’Eberhardtbahn, téléphérique construit lui aussi en 1915, qui partaient du Petit-Rombach pour aboutir à la Chaume de Lusse.

Le second tronçon, un mini-téléphérique partant depuis la cote 1000 d’une gare de transfert, rejoignait la gare du Corbeau. Cette station intermédiaire, où s’effectuait un triage, se situe au dessus des Mérelles sur le chemin allant de l’Étang du Devin au Surcenord. Les rampes de chargement et la salle des machines sont encore visibles. C’est par ce second tronçon, doublé d’une voie serpentine, que transitait la majeure partie du ravitaillement et des matériaux, comme le ciment, destinés aux premières lignes du Rabenbühl et du triangle défensif. Le matériel restant, avant d’être stocké, était transporté sur une voie étroite à wagonnets qui longeait les arrières. Cette petite ligne transversale de type 3 (Bauart 3), c’est à dire montée avec des rails légers et sans traverse, était semblable à l’Eugenbahn qui suivait les positions allemandes du Violu.

Le troisième et dernier tronçon reliait la gare du Corbeau à une petite gare d’arrivée « Endstation Buchenkopf », qui se trouve à une centaine de mètres en contrebas du sommet et dont la grande roue métallique, tirant les wagonnets, est toujours en place. Pour ce dernier tronçon l’installation d’un funiculaire souterrain (Rollbahn), toujours à traction électrique, apparaissait indispensable. En effet, le collet séparant la gare du Corbeau des positions du triangle les plus proches était visible par les Français depuis le sommet et même, après la disparition de tous les arbres, depuis le Rossberg. Un tunnel ferroviaire souterrain (Rollbahntunnel) de près de 500 mètres de long a donc été construit. Il s’agissait plus précisément d’une profonde tranchée bétonnée, couverte de rails, de tôles, de bois et de terre. La voie, de type 1 (Bauart 1), était constituée d’éléments en rails de 5 mètres avec des traverses métalliques soudées. En parallèle, il existait une galerie piétonnière (Fussgängertunnel), une « coursive » qui devait permettre des déplacements rapides et discrets entre le Rabenbühl et la forteresse. Cette dernière ligne est entrée en fonction le 28 décembre 1915. Elle a permis de « perfusionner » les positions du triangle défensif et d’assurer ainsi le maintien définitif des troupes allemandes en contre-bas du sommet.

La présence de multiples voies de communications vers les arrières est une des caractéristiques essentielles du système défensif allemand. L’Étang du Devin servait, comme souvent dans les endroits proches des premières lignes mais relativement protégés, de base logistique rapprochée comprenant notamment : une forge et une unité de production de courant électrique ; un hôpital et un poste de commandement souterrains ; une station de pompage qui captait plusieurs sources situées au fond de l’étang et permettait d’approvisionner en eau l’ensemble des positions du triangle défensif ; tous les ateliers nécessaires à l’entretien des troupes et du matériel ; un abri réservé au matériel d’écoute ; une cuisine ; des dépôts de tous genres ; deux cimetières ; un terrain d’exercice.

 

Les positions françaises

Des travaux sont effectués dès l’automne 1914, mais les ouvrages sont difficiles à creuser en raison de la dureté du sol rocheux. En hiver, le gel rend la tâche encore plus ardue. Une bonne partie du couvert est donc réalisé en relief, avec des boucliers Azibert et des sacs de terre. Le plateau sommital (courbes de niveau au dessus de 1200 m) est, depuis le 2 décembre 1914, presque entièrement aux mains des 28e et 30e B.C.A.

Les troupes françaises dominent les positions allemandes. Suivant un doctrine offensive adoptée par l’état-major, l’occupation de la Tête des Faux ne peut être que provisoire. Il s’agit donc, assez paradoxalement, d’établir un complexe défensif à la fois solide mais temporaire pour ne pas fixer définitivement le front. Il faut utiliser le moins de matériel possible tout en protégeant les hommes de manière efficace.

Durant les premiers mois de 1915, dans le froid et la neige, les Alpins du 14e creusent des tranchées, construisent des abris et établissent des défenses accessoires. A partir du printemps, incontestablement la priorité est donnée à d’autres secteurs et le front de la Tête des Faux devient par la force des choses défensif. Les Français s’emploient donc à poursuivre les travaux de consolidation et de fortification. L’historique du 23e B.C.A. nous apprend qu’en novembre, après plus d’un mois d’efforts, les positions jusque là inachevées sont organisées. L’objectif est d’économiser des forces sur cette ligne pour les engager, ailleurs (au Hartmannswillerkopf par exemple), dans des actions offensives.

Les positions françaises de la Tête des Faux sont, par rapport à d’autres secteurs, d’assez bonne qualité et relativement confortables (le chauffage était disponible dans la plupart des abris). Mais leur « légèreté » en comparaison du dispositif allemand explique leur érosion rapide.

L’essentiel des vestiges se limite à des amas de pierres et des entonnoirs dont dépassent parfois quelques barbelés, une tôle ondulée ou un rail.

Des recommandations techniques et théoriques sur la construction et l’organisation des fortifications de campagne existent. Mais l’inventivité et l’adaptabilité aux contraintes et aux ressources du lieu demeurent essentielles. Globalement sur l’ensemble du plateau sommital le système défensif forme un centre de résistance qui regroupe différents points d’appui, eux même composés de plusieurs segments actifs. Ce type d’organisation est courant et appliqué sur de nombreux champs de bataille.

Il est difficile, concernant la Tête des Faux, de parler d’un plan d’ensemble étudié et minutieux. Les maîtres mots demeurent l’adaptation et l’improvisation. Au final, le tout fonctionne relativement bien avec une économie de moyen importante en comparaison du dispositif allemand.

L’objectif premier étant de se maintenir au sommet, la priorité est donnée aux positions avancées et notamment à la ligne de soutien. Les arrières ne se définissent que par l’appui qu’ils apportent aux troupes faisant directement face à l’ennemi. On privilégie le mouvement et la discrétion.

Le tracé des défenses, complexe, labyrinthique, doit « brouiller » le regard des observateurs allemands et créer une véritable souricière difficilement prenable. Pour les Français, la liaison avec les arrières est, dès le départ, une nécessité pour éviter l’isolement que le terrain leur impose. La premier véritable village, Plainfaing, est en effet à plus de 10 km par des chemins forestiers du sommet.

Dans un secteur montagneux comme la Tête des Faux, les Alpins utilisent en priorité leurs équipages muletiers, particulièrement adapté au terrain.

Ils disposent d’un nombre de bêtes bien plus important que les Allemands, provenant des réquisitions dans les fermes de Maurienne ou de Chartreuse.

Les bases arrières françaises, nombreuses et de tailles variées, se situaient aux alentours des Hautes-Chaumes. Des baraques étaient construites au Louschbach et à côté de la ferme du Reichsberg. La base la plus importante, au Lac Noire, accueillait trois camps pour 2400 hommes et le P.C. de la 47e D.I. Une route d’assez bonne qualité reliait le Lac Noir au calvaire du Lac Blanc où se trouvait le principal centre logistique de la Tête des Faux.

Celui-ci comportait, entre autres, une importante réserve de matériel, de munitions et de vivres, des écuries pour mulets, et un cantonnement prévu pour 600 hommes. Le rôle logistique

du Calvaire s’est imposé dès la stabilisation du front.

Fin novembre, en préparation de l’opération du 2 décembre, l’approvisionnement des troupes en vivres et en matériel (cisailles, boucliers, pétards, sacs de terre, boucliers Azibert, rondins, fil de fer…) y est acheminé et stocké. L’hôtel Freppel, à proximité du lac, était occupé par les militaires. A partir du Calvaire des chemins aménagés, empruntés par les colonnes de ravitaillement, passaient par le camp de Tinfronce qui abritait 800 hommes, et aboutissaient à la base arrière rapprochée de la Tête des Faux : le Carrefour Duchesne Celui-ci regroupait notamment : un cimetière ; un P.C. ; des dépôts ; un lavoir ; un poste téléphonique.

source : document pdf : http://cse-hindisheim.info/downloads/Faux.pdf

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