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1 avril 2013

Le Débarquement du 6 juin 1944

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale  

Le Débarquement du 6 juin 1944

L’opération Neptune

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L’opération Neptune est le nom de code donné au débarquement en Normandie des troupes alliées en juin 1944 lors de la Seconde Guerre mondiale. Il précède la bataille de Normandie.

C’est la phase d’assaut de l’opération Overlord qui vise à créer une tête de pont alliée de grande échelle dans le nord-ouest de l’Europe et l’ouverture d’un nouveau front à l’Ouest.

Cette opération incluait de nombreux mouvements :

  • la traversée de la Manche par plusieurs milliers de navires ;
  • les opérations aéroportées la nuit précédente ;
  • les bombardements préparatoires aériens et navals des défenses côtières allemandes ;
  • le parachutage de milliers d’Américains au matin du 6 juin ;
  • le débarquement des troupes sur les plages (d’ouest en est) de Utah Beach et Omaha Beach (plus la prise de lapointe du Hoc) pour les Américains et Gold Beach, Juno Beach pour les Canadiens et Sword Beach pour les Anglo-Canadiens et Français libres du Commando Kieffer

Une fois les plages prises, l’opération se poursuit par la jonction des forces de débarquement et l’établissement d’une tête de pont sur la côte normande puis l’acheminement d’hommes et de matériels supplémentaires. Les jours suivants voient la mise en place des structures logistiques (ports, oléoduc) pour le ravitaillement du front et le débarquement de troupes supplémentaires. L’opération cesse officiellement le 30 juin 1944. Bien qu’il soit quelquefois affirmé que l’opération Neptune ne fut que la partie navale de l’opération Overlord, elle-même souvent limitée au seul débarquement Allié et à l’établissement des têtes de pont sur la côte normande, les sources historiques établissent clairement que l’opération Neptune est la partie débarquement et établissement d’une tête de pont côtière au sein de la plus vaste opération Overlord qui visait quant à elle à l’établissement d’une tête de pont de plus grande échelle dans le Nord-Ouest de l’Europe.

Avant et durant l’opération Neptune eut lieu l’opération Fortitude, nom de code collectif des opérations de désinformation et de diversion des Alliés dont le but était double :

  • d’abord dissimuler à l’état-major allemand le lieu réel du débarquement en Europe du Nord-ouest ;
  • ensuite, une fois le débarquement de Normandie effectué, faire croire qu’il ne s’agissait que d’un débarquement secondaire de diversion. Le premier objectif tactique était d’éviter un renforcement des défenses, ainsi qu’une concentration de troupes en Normandie. Il s’agissait ensuite d’éviter une arrivée trop rapide des renforts allemands dans les premiers jours suivants le débarquement. En particulier, il fallait tenir à l’écart les unités blindées de la XVearmée stationnées dans le Pas-de-Calais avant que les Alliés n’aient pu établir une tête de pont suffisamment solide.

L’opération Fortitude comprit deux volets :

  • l‘opération Skye (britannique) British Fourth Army, armée fictive basée à Édimbourg et en Irlande du Nord pour faire croire à un débarquement en Norvège ;
  • l’opération Quicksilver (américaine) : First United States Army Group (FUSAG), groupe d’armées fictif commandé par le général Patton pour faire croire à un débarquement dans le nord de la France.

Buts de l’opération Neptune

L’opération Neptune doit répondre à deux objectifs successifs : établir une tête de pont sur la côte normande puis y acheminer renforts et ravitaillement. Pour cela Neptune va s’articuler en plusieurs opérations :

  • Dans la nuit du 5 au 6 juin : actions aéroportées et traversée de la Manche par la flotte
    • Opérations aéroportées pour sécuriser le flanc est sur l’Orne et le flanc ouest ainsi que la sortie de plage à l’ouest dans le Cotentin.
      • Opération Tonga : parachutage et arrivée par planeur de la 6e division aéroportée britannique sur le flanc est du canal de Caen à la mer et à Ranville, près de la rivière Orne. Le but est de tenir le flanc gauche du secteur de débarquement, particulièrement les ponts pour empêcher les blindés allemands de rejoindre les plages mais permettre par la suite aux blindés britanniques de les utiliser. En effet la zone du débarquement était bordée à l’Est par le canal de Caen à la mer et par l’Orne. Le contrôle des deux ponts les plus proches de la zone de débarquement, le Pegasus Bridge et le pont de Ranville s’avérait un objectif stratégique.
      • Opérations Albany et Boston: parachutages de régiment des 101e et 82e divisions aéroportées américaines dans le nord-est du Cotentin. Elles furent précédées par la mise en place des pathfinders et suivies par l’atterrissage de planeurs de ces mêmes divisions (opération Chicago, Keokuk, Detroit et Elmira). Elles seront suivies par d’autres opérations parachutées le 7 juin. Leur but est de protéger le flanc ouest de la zone de débarquement et surtout de contrôler les sorties de plages d’Utah Beach. En effet, celle-ci, contrairement aux autres plages se trouvent sur un cordon littoral isolé par des marais et n’est reliée que par quelques routes à la péninsule du Cotentin.
    • Opération Dingsonopération Samwest : parachutages en Bretagne de 36 parachutistes français en 4 groupes.
    • Traversée de la Manche de la flotte de débarquement et des bâtiments d’appui naval avec préalablement les :
      • Opération gambit : positionnement de 2 sous-marins de poche pour baliser les plages Est
      • Opération maple : déminage des chenaux à travers la Manche
  • Jour J : Assaut et débarquement
    • Bombardement aérien puis naval des défenses allemandes sur la côte devant les plages de débarquement et des batteries de canons plus à l’intérieur des terres
    • Assaut sur les 5 plages de la côte normande : Utah Beach, Omaha Beach pour les Américains et Sword Beach, Juno Beach et Gold Beach pour les Anglo-Canadiens. S’y rajoutent l’escalade et la prise de la pointe du Hoc par les Rangers américains.
    • Une fois les plages et ses abords pris, elles doivent être nettoyées et des chenaux dégagées afin de permettre un débarquement de plus grande ampleur de troupes et de matériels
  • Jours suivants : Mise en place des structures de ravitaillement
    • 2 ports artificiels, projet Mulberry : Les alliés ont renoncé à prendre directement un port en eaux profondes. Pour pouvoir acheminer le ravitaillement, armements et troupes, ils vont mettre en place deux ports artificiels devant deux des plages prises.
    • Un oléoduc à travers la Manche, l’opération PLUTO

 File:Hms arethusa map.png

Déclenchement de l’opération

Message d’Eisenhower aux troupes d’assaut, le 5 juin 1944

Grand Quartier Général des Forces Expéditionnaires Alliées,

Soldats, Marins et Aviateurs des Forces Expéditionnaires Alliées ! Vous êtes sur le point de vous embarquer pour la grande croisade vers laquelle ont tendu tous nos efforts pendant de longs mois. Les yeux du monde sont fixés sur vous. Les espoirs, les prières de tous les peuples épris de liberté vous accompagnent. Avec nos valeureux alliés et nos frères d’armes des autres fronts, vous détruirez la machine de guerre Allemande, vous anéantirez le joug de la tyrannie que les nazis exercent sur les peuples d’Europe et vous apporterez la sécurité dans un monde libre.

Votre tâche ne sera pas facile. Votre ennemi est bien entraîné, bien équipé et dur au combat. Il luttera sauvagement.

Mais nous sommes en 1944 ! Beaucoup de choses ont changé depuis le triomphe nazi des années 1940-41. Les Nations-Unies ont infligé de grandes défaites aux Allemands, dans des combats d’homme à homme. Notre offensive aérienne a sérieusement diminué leur capacité à faire la guerre sur terre et dans les airs. Notre effort de guerre nous a donné une supériorité écrasante en armes et munitions, et a mis à notre disposition d’importantes réserves d’hommes bien entraînés. La fortune de la bataille a tourné ! Les hommes libres du monde marchent ensemble vers la Victoire !

J’ai totalement confiance en votre courage, votre dévouement et votre compétence dans la bataille. Nous n’accepterons que la Victoire totale !

Bonne chance ! Implorons la bénédiction du Tout-Puissant sur cette grande et noble entreprise.

Dwight D. Eisenhower

___________

Flotte en présence

Le commandement général de la Force navale expéditionnaire alliée, incluant le transport des troupes et l’appui feu naval sur les côtes est assuré par l’amiral britannique SirBertram Ramsay qui a été le responsable de la planification du débarquement en Afrique du Nord en 1942 et dont l’une des deux flottes participa au débarquement en Sicile l’année suivante. Cette force navale était divisée en deux Naval Task Forces :

  • une occidentale commandée par le contre-amiral américain Alan Kirk
  • une orientale commandée par le contre-amiral britannique Sir Philip Vian, vétéran du débarquement en Italie.

La flotte d’invasion était composée de 6 939 navires (1 213 navires de guerre, 4 126 navires de transport et 1 600 navires de soutien dont de nombreux navires marchands) provenant de huit marines différentes (principalement l’US Navy et la Royal Navy mais également plusieurs navires des flottes de pays du Commonwealth, de l’Armée française de la Libération, de la marine royale norvégienne, des navires polonais, néerlandais ou danois).

Traversée de la Manche

Le Débarquement du 6 juin 1944 600px-Allied_Invasion_Force

plan de la traversée

 

La mise en place de cette énorme flotte s’effectua dans tous les ports de la côte sud de l’Angleterre, de Plymouth jusqu’à Newhaven, dont il a fallu compléter les installations par 130 embarcadères supplémentaires.

Déplacer cette armada exigea la définition de quatre passages maritimes depuis les ports britanniques jusqu’à un carrefour au centre de la Manche appelé Spout ou Piccadilly Circus. De cette zone d’un diamètre de 10 milles marins, dix chenaux (2 par plage d’assaut) nettoyés par des dragueurs de mines et balisés de bouées lumineuses permettent aux bateaux (navires de ligne, chalands) d’arriver jusqu’aux 5 plages de débarquement. Les navires se positionnent à environ 10 milles au large des plages entre 2h00 et 3h00 du matin le 6 juin.

Couverture navale

Une part importante de l’opération Neptune était la protection des voies utilisées par les navires alliés et des plages contre la Kriegsmarine. Cela fut confié à la Royal Navy Home Fleet. Les Alliés percevaient deux menaces maritimes allemandes importantes :

  • L’attaque par de gros navires de surface stationnés en Norvège et en mer Baltique. Cette menace était sans doute surévaluée par les Alliés qui ne réalisaient pas, avant juin 1944, la grande faiblesse de la marine de surface allemande dont certains navires n’étaient pas en état de combattre, manquaient de carburant et les équipages d’entraînement, ces gros navires ne s’aventurant plus guère en mer (le Tirpitz réfugié dans un fjord de Norvège, un croiseur de bataille, le Gneisenau, hors d’état de combattre en réalité, les cuirassés de poche Admiral Scheer et Lützow et à cinq croiseurs). Le gros de la Home Fleet était rassemblé en mer du Nord, avec des navires de ligne récents et les porte-avions que l’Amirauté n’avait pas voulu engager dans la Manche à cause de la menace des mines. Elle devait s’opposer le cas échéant à une éventuelle sortie des forces navales de surface allemandes. Le canal de Kiel en mer du Nord avait aussi été miné préventivement (opération Bravado).
  • La seconde menace était les U-boots en provenance de l’Atlantique. Une surveillance aérienne fut mise en place à partir de trois petits porte-avions d’escorte et par le Costal Command de la RAF maintenant un cordon de sécurité jusqu’à très à l’ouest de la pointe des Cornouailles (Land’s End). Quelques U-boots furent repérés mais sans représenter de réels dangers.
  • Une troisième menace existait toutefois avec les unités de S-Boot, mais avec 20 vedettes lance torpilles opérationnelles en Manche et 9 en mer du Nord, c’était bien peu devant l’armada alliée.

D’autres efforts furent faits pour sécuriser l’approche occidentale de la Manche contre des forces navales allemandes venant de Bretagne ou de la côte atlantique. Des champs de mines furent posés (opération Maple) pour forcer les navires ennemis à sortir hors de leur zone de protection aérienne et à se trouver dans des zones où les destroyers alliés pouvaient les attaquer. L’activité navale ennemie fut mineure mais le 4 juillet, quatre destroyers allemands furent coulés ou forcés de rejoindre Brest.

Le Pas-de-Calais fut fermé par des champs de mines, des patrouilles navales et aériennes, des contrôles radar et des bombardements efficaces des ports ennemis de la zone réduisant les risques de raids allemands. Les forces navales allemandes de la zone étaient d’ailleurs assez faibles mais pouvaient être renforcées depuis la mer Baltique. Mais cette flotte devait surtout servir à protéger le Pas-de-Calais où les Allemands attendaient le débarquement et aucune tentative de forcer le blocus allié ne se produisit dans ce secteur.

La couverture navale fut un succès, plus de 300 destroyers et escorteurs étaient chargés à l’entrée de la Manche de refouler les bâtiments légers et les U-boots Allemands. Il n’y eut pas d’attaque par ces derniers et seulement quelques tentatives par des navires allemands de surface, sans conséquences sur la flotte alliée. Les seules pertes de navires en mer furent le fait de mines ou de rares excursions aériennes allemandes après le 6 juin.

Appui naval

Il était assuré par les deux Task forces (Forces opérationnelles) :

  • La Western Task Force (occidentale) de l’US Navy. Elle réunissait 1 700 navires de débarquement, appuyés par 3 cuirassés, 9 croiseurs, dont ceux de l’Armée française de la Libération, le Georges Leygues et le Montcalm, 1 canonnière, 19 destroyers et plusieurs dizaines d’escorteurs et dragueurs.
  • L’Eastern Task Force (orientale) de la Royal Navy. Elle alignait 2426 navires de débarquement, 2 cuirassés, 11 croiseurs, 1 canonnière et 37 destroyers dont La Combattantedes ex-forces navales françaises libres et plusieurs dizaines de bâtiments légers.

Les forces alliées réservèrent à l’appui feu direct des plages de débarquement un ensemble impressionnant de 5 cuirassés, 20 croiseurs, 148 destroyers et près de 350 chalands de débarquement équipés pour la circonstance de roquettes, de canons ou de pièces antiaériennes pour le soutien direct et l’appui feu des troupes au plus près des plages de débarquements.

Cet appui-feu des bâtiments alliés se poursuivit les jours suivants, même une fois les plages prises, principalement pour réduire des batteries, de l’artillerie ou des unités allemandes situées plus à l’intérieur des terres, le feu étant alors déclenché sur demande des troupes alliées au sol.


WESTERN TASK FORCEForces U et ONavire amiral : croiseur AUGUSTA13 navires de ligne + 19 destroyers + 56 dragueurs de mines + 62 petits dragueurs + 12 frégates + 4 corvettes + 113 navires de mines

Liste des navires de ligne de la Force U – Utah Beach1
Nom Erebus Black prince Tuscaloosa Quincy Nevada Hawkins Enterprise Soemba
Nationalité anglais anglais américain américain américain anglais anglais hollandais
Type monitor croiseur croiseur croiseur cuirassé croiseur croiseur canonnière
Classe Erebus Bellona New orleans Baltimore Nevada Cavendish Emerald Flores
Fin fabrication 1916 1943 1934 1943 1918 1919 - 1926
Déplacement normal 8 000 5 600 10 136 14 472 27 500 9 750 7 300 1 475
Long. en m 123,4 147,8 179,2 205,2 175,3 184,4 173,7 45,5
Larg. en m 26,9 15,4 18,8 21,6 29,1 19,8 16,6 11,5
Tirant en m 3,6 5,1 6,9 7,3 8,7 5,9 5,6 3,5
Vitesse 14 32 32,7 33 20,5 30 33 15
Armement 2 x 381 mm 4 x 155 mm 9 x 203 mm 9 x 203 mm 10 x 356 mm 7 x 190 mm 4 x 105 mm 3 x 150 mm
- 2 x 152 mm 8 x 127 mm 12 x 127 mm 21 x 127 mm 6 x 76 mm 4 x 20 mm
Equipage 204 480 868 1039 864 712 850 132
Objectif Gatteville + La Pernelle Morsalines Quinéville Saint-Marcouf Azeville St-Martin Madeleine Utah beach
Liste des navires de ligne de la Force O – Omaha Beach1
Nom Texas Glasgow Leygues Montcalm Arkansas
Nationalité américain anglais français français américain
Type cuirassé croiseur croiseur croiseur cuirassé
Classe New York Town Galissonnière Galissonnière Wyoming
Fin fabrication 1914 1936 1937 1937 1912
Déplacement normal 27 000 9 100 8 214 8 214 26 000
Long. en m 172,3 170,1 179,5 179,5 169,9
Larg. en m 29,1 18,8 17,4 17,4 28,4
Tirant en m 8,7 6,5 5,3 5,3 8,7
Vitesse 21 32 31 31 20,5
Armement 10 x 356 mm 12 x 152 mm 9 x 152 mm 9 x 152 mm 12 x 305 mm
- 21 x 127 mm 8 x 102 mm 8 x 90 mm 8 x 90 mm 21 x 127 mm
Equipage 1042 748 764 764 1063
Objectif Pointe du Hoc Omaha beach Omaha beach Port en Bessin Omaha beach

EASTERN TASK FORCEForces G, J et SNavire amiral : Croiseur SCYLLA15 navires de ligne + 37 destroyers + 42 dragueurs de mines + 87 petits dragueurs + 19 frégates + 17 corvettes + 90 navires de mines + 2 sous-marins de poche

Liste des navires de ligne de la Force J – Gold Beach1
Nom Ajax Argonaut Emerald Orion Flores Belfast Diadem
Nationalité anglais anglais anglais anglais hollandais anglais anglais
Type croiseur croiseur croiseur croiseur canonnière croiseur croiseur
Classe Leander Dido Emerald Leander Flores Town Bellona
Fin fabrication NC NC 1926 NC 1926 1939 1944
Déplacement normal 7 270 5 600 7 300 7 270 1 475 10 055 5 600
Long. en m 159,1 147,8 173,7 159,1 45,5 176,5 147,8
Larg. en m 16,9 15,4 16,6 16,9 11,5 19,3 15,4
Tirant en m 6 5,1 5,6 6 3,5 6,5 5,1
Vitesse 32,5 32 33 32,5 15 32,5 32
Armement 8 x 152 mm 8 x 112 mm 7 x 152 mm 8 x 152 mm 3 x 150 mm 12 x 152 mm 8 x 112 mm
- 4 x 102 mm 5 x 102 mm 4 x 102 mm 4 x 20 mm 12 x 102 mm
Equipage 570 480 850 570 132 850 480
Objectif Longues Vaux Arromanches Mont Fleury Arromanches Ver Moulineaux

Force G – Soutien naval de JUNO BEACH assuré par les 11 destroyers de la zone. Pas de navire de ligne.

Liste des navires de ligne de la Force S – Sword Beach1
Nom Danae Dragon Frobisher Arethusa Mauritius Roberts Ramillies Warspite
Nationalité anglais anglais anglais anglais anglais anglais anglais anglais
Type croiseur croiseur croiseur croiseur croiseur monitor cuirassé cuirassé
Classe Danae Danae Cavendish Arethusa Fiji Erebus Royal Sovereign Queen Elizabeth
Fin fabrication 1918 1918 1920 1935 1941 1941 1916 1915
Déplacement normal 4 970 4 970 9 750 5 220 8 530 7 973 28 000 27 500
Long. en m 143,6 143,6 184,4 146,3 164 113,8 190,3 196,8
Larg. en m 13,9 13,9 19,8 15,6 18,9 27,4 27 27,6
Tirant en m 5 5 5,9 5 6 4,1 8,7 8,8
Vitesse 29 29 30,5 32,3 31,5 12,5 13 23
Armement 6 x 152 mm 6 x 152 mm 7 x 190 mm 6 x 152 mm 12 x 152 mm 2 x 381 mm 8 x 381 mm 8 x 381 mm
- 2 x 76 mm 2 x 76 mm 6 x 76 mm 4 x 100 mm 8 x 100 mm 8 x 100 mm 14 x 152 mm 14 x 152 mm
Equipage 450 450 712 500 920 442 908 925
Objectif Ouistreham Graye Riva bella Merville Houlgate Houlgate Bénerville Villerville

HOME COMMANDflotte de commandement1 navire de ligne + 20 destroyers + 50 corvettes + 292 navires de mines + 58 groupes anti-ss-marins


Appui aérien

L’aviation alliée apportait aussi son appui à l’opération Neptune. En assurant une couverture constante au-dessus de la flotte de débarquement et des plages, et surtout en complétant la préparation navale par un tapis de 4 000 tonnes de bombes sur les principaux sites de débarquement (avec plus ou moins de succès, très efficaces à Utah Beachmais un échec à Omaha Beach).

Pour le jour J, l’Air Chief Marshall Robert Mallory disposait de 7 500 avions de reconnaissance, chasseurs et bombardiers légers, qui, le cas échéant, pouvaient être renforcés par 3 500 avions de l’aviation de bombardement stratégique du Bomber Command.

Les Alliés ne disposeront de leur première piste d’aviation en Normandie que le 12 juin près d’Utah Beach, la prise de Caen et de l’aérodrome de Carpiquet dans les premiers jours de la bataille ayant échoué (Voir bataille de Caen).

Assaut sur les plages

Au début de l’opération Neptune, se déroula l’opération Gambit quand les sous-marins miniatures britanniques, les 2 X-Craft, vinrent se mettre en position près des plages pour guider la flotte d’invasion.

Les troupes d’assaut débarquèrent sur les 5 plages, désignées par les noms de code devenus célèbres : SWORD BEACH, JUNO BEACH, GOLD BEACH, OMAHA BEACH, etUTAH BEACH.

L’ordre de bataille était approximativement le suivant :

  • Le 1st Special Service Brigade comprenant les commandos britanniques No.3, No.4, No.6 et No.45 (RM) débarquent à Ouistreham dans le secteur Queen Red (à l’extrême gauche). Les hommes du No.Commando 4 sont renforcées par le 1st Troop et le 8e Troop (dont les 177 fusiliers marins français du commandant Kieffer) des 10e commandos interalliés.
  • La 3e division d’infanterie britannique et la 27e brigade cuirassée à Sword Beach, de Ouistreham à Lion-sur-Mer.
  • 41e (RM) commando (de la 4e Special Service Brigade avec les 46e (RM), 47e (RM) et 48 e(RM) commandos), débarque à la droite de Sword Beach.
  • La 3e division d’infanterie et la 2e brigade blindée de l’armée Canadienne, la 2de brigade cuirassée et le 48e (RM) commando à Juno Beach, entre Saint-Aubin-sur-Mer etCourseulles-sur-Mer.
  • Le 46e (RM) commando à Juno doit escalader la falaise à gauche de l’estuaire de l’Orne et y détruire une batterie (la puissance de feu de cette batterie étant apparue comme négligeable, le 46e commando est mis de côté comme une réserve flottante et débarque à Jour J+1).
  • La 50e division britannique et la 8e brigade cuirassée à Gold Beach, de La Rivière à Arromanches.
  • Le 47e (RM) commando sur le flanc Ouest de Gold beach.
  • Le 5e Corps US (1re division d’infanterie et 29e division d’infanterie) de l’US Army à Omaha Beach, de Sainte-Honorine-des-Pertes à Vierville-sur-Mer.
  • Le 2e bataillon de rangers US à la pointe du Hoc.
  • Le 7e corps US (4e division d’infanterie plus d’autres éléments) à Utah Beach, autour de Pouppeville et La Madeleine.

Logistique

L’opération Neptune ne se limita pas seulement au transport des troupes d’assaut. Elle assura le ravitaillement des têtes de pont. Ce qui était une source d’ennui pour l’état-major allié à cause de l’absence de port en eau profonde disponible dans les premiers jours de la bataille de Normandie. Les Alliés ne pouvaient disposer que des petits ports de pêche de Port-en-Bessin et Courseulles dont la capacité d’accueil était minime, ce qui limitait l’ampleur du débarquement.

Ports artificiels

Pour résoudre ce problème, les Alliés conçurent d’« apporter leur port avec eux ». Quinze jours après le débarquement, débuta la mise en place de deux ports artificiels, lesMulberries face aux plages de Saint-Laurent-sur-Mer (Mulberry A, port américain) et d’Arromanches (Mulberry B, port britannique). Ces deux ports devaient être capables de permettre le débarquement de 6 500 véhicules et 40 000 tonnes d’approvisionnement par semaine. Une tempête détruisit le Mulberry A américain et endommagea le Mulberry B britannique et dans les faits, la majeure partie du débarquement du matériel et des troupes continua à se faire par les plages et par l’utilisation intensive et plus qu’initialement prévu des petits ports côtiers et ce jusqu’à la prise et la remise en marche du port de Cherbourg pour pouvoir acheminer du carburant, des munitions et des soldats en renfort.

Approvisionnement en carburant

L’approvisionnement en carburant était un des éléments vitaux de la réussite de l’opération Overlord. Les Alliés avaient estimé leurs besoins à 15 000 tonnes à J+41 (soit le 15 juillet) pour approvisionner en essence les 200 000 véhicules qui auraient déjà été débarqués2 mais également le kérozène des avions ou le mazout des navires de la zone. Pendant les 10 premiers jours, les Alliés faisaient échouer sur les plages des LCT remplis de jerricans d’essence2. En parallèle, deux points d’ancrage pour pétroliers étaient installés au large de Sainte-Honorine-des-Pertes et reliés à la côte et au mont Cauvin par des tuyaux souples2. Un terminal pétrolier sommaire était installé le long des jetées dePort-en-Bessin et relié lui aussi au Mont-Cauvin par un oléoduc2.

À partir du 15 juillet, ces systèmes d’approvisionnement dit mineurs devaient être remplacés par des systèmes de plus grand échelle à partir du port de Cherbourg reconquis. Le terminal pétrolier d’avant-guerre de la marine nationale de la digue de Querqueville devait être remis en marche avec l’accostage de gros pétroliers mais surtout avec la mise en place d’un oléoduc sous la Manche. Mais les importantes destructions allemandes du port ne permirent au premier pétrolier allié de n’accoster à Querqueville que le 25 juillet et la mise en place de l’oléoduc fut elle aussi retardée2.

Article détaillé : Opération PLUTO.

Il s’agissait de dérouler entre l’île de Wight et Querqueville, soit une centaine de kilomètres, dix tuyaux souples sous la mer (Pipe-Lines Under The Ocean ou PLUTO), ce qui n’avait encore jamais été fait dans l’Histoire2. Initialement, le premier tuyau devait entrer en fonctionnement le 18 juin, soit 12 jours après le débarquement. Mais la prise de Cherbourg plus tardive, le long nettoyage des eaux du port et le mauvais temps retardèrent sa mise en service de 6 semaines et il ne put rentrer en fonction qu’au début du mois d’août. Néanmoins, le manque de carburant ne se fit pas trop sentir, le front ne progressant pas ou peu2.

Le fonctionnement de PLUTO se révéla également insuffisant, chaque tuyau ne fournissant pas les 300 tonnes/jour initialement prévues2, obligeant les Alliés à poursuivre des débarquement de carburant sur les plages, à décharger dans le port de Courseulles-sur-Mer et à continuer de faire fonctionner le terminal de Port-en-Bessin2. Par la suite, avec l’avancée des Américains, PLUTO fut prolongé par un oléoduc terrestre jusqu’à Avranches2. Au mois d’aout, il sera redirigé vers la Seine et Paris. 7500 sapeurs américains aidés de 1500 prisonniers de guerre allemands participeront aux travaux de cet oléoduc2.

Notes et références

  1. ↑ a, b, c et d Yves Buffetaut, Navires du débarquement, Marines Editions, p. 55-66
  2. ↑ a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Rémi Dequesnes, Normandie 1944 – le débarquement et la bataille de Normandie, Éditions Ouest-France, 2009, p. 178-181. Chap. Le Ravitaillement des armées en carburant

Bataille de Saipan et le suicide des civils japonais

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Chronologie de la Seconde Guerre mondiale 

Bataille de Saipan et le suicide des civils japonais

Bataille de Saipan et le suicide des civils japonais  saipan

La bataille de Saipan est une bataille de la Guerre du Pacifique pendant la Seconde Guerre mondiale qui a eu lieu sur l’île de Saipan (dans les îles Mariannes) du 15 juin au 9 juillet 1944.

Au cours de cette bataille, qui s’inscrit dans le cadre de l’opération Forager, les 2e et 4e Divisions de Marines et la 27e Division d’Infanterie de l’Armée américaine commandés par le général Holland Smith défirent la 43e Division de l’Armée impériale japonaise commandée par le général Yoshitsugu Saito. Cette bataille fut également marquée par le suicide massif de civils de l’île prêt à mourir pour éviter de se rendre aux américains.
La conquête de Saipan et des îles Mariannes permit l’établissement de bases-clés pour la poursuite de l’offensive dans le Pacifique et mettait le Japon à portée de l’aviation américaine. Suite à cette défaite, le premier ministre, le général Tojo, remit la démission de son cabinet, ce qui marquait également le début du déclin de la mainmise des militaires sur le gouvernement japonais.

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Théâtre des opérations dans le Pacifique

Contexte :

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Les péniches de débarquement se dirigent vers Saipan

Au cours des campagnes de 1943 et de la première moitié de 1944, les Alliés avaient capturé les îles Salomon, les îles Gilbert, les îles Marshall et la péninsule papoue de Nouvelle-Guinée. Ces succès amenèrent les forces Alliées au contact de la ligne de défense japonaise principale dans le Pacifique : les îles Carolines, les îles Palaos et les îles Mariannes, toutes occupées par le Japon depuis la fin de la Première Guerre mondiale et lourdement fortifiées.
Les Alliés s’attaquèrent à celle ligne selon deux angles d’attaque au cours de deux campagnes distinctes: au sud-ouest, le général Douglas MacArthur fit mouvement, à travers la Nouvelle-Guinée et Morotai en direction des Philippines. De son côté, l’amiral Chester Nimitz (commandement du Pacifique Centre) attaqua les îles Mariannes. Le choix des Mariannes comme cible était fortement influencé par l’introduction récente de la superforteresse B-29 dont l’autonomie de 9 000 kilomètres désignait les Mariannes comme une base idéale pour bombarder Tokyo à quelques 2 400 km.

L’opération américaine avait pour nom opération Forager. Son but était la prise de contrôle des îles Mariannes et plus particulièrementSaipan et Tinian, deux îles qui appartenaient au Japon depuis 1917, et Guam, une île américaine depuis 1899, la plus grande des Mariannes située au sud de l’archipel, que le Japon avait envahie trois jours après l’attaque sur Pearl Harbor. Chargée d’exécuter Forager, la 5e Flotte, sous les ordres de l’amiral Raymond Spruance, composée d’une flotte d’invasion et de la Task Force 58, fit route vers les îles Mariannes.
Les forces japonaises s’attendaient à une attaque quelque part sur cette ligne de défense, quoiqu’une attaque des îles Carolines leur semblait le plus probable. Afin de renforcer la capacité de leurs garnisons sur place, ils devaient s’assurer une supériorité navale et aérienne et l’opération A-Go, une importante offensive aéroportée censée écraser la flotte américaine, fût planifiée pour juin 1944. Cette opération serait exécutée par la Force Mobile commandée par l’amiral Jisaburo Ozawa.
La rencontre des deux flottes aboutira à la bataille de la mer des Philippines pendant que l’invasion de Saipan commençait.

La Bataille 

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Les péniches de débarquement se dirigent vers Saipan

Le bombardement de Saipan commença le 13 juin. 15 cuirassés participèrent à ce pilonnage et 165 000 obus furent tirés..

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Le débarquement commença le 15 juin à 7h00. Plus de trois cent blindés de transport amphibie déposèrent 8 000 Marines, des blindés et de l’artillerie légère sur la côte ouest de l’île tandis que l’artillerie japonaise réussissait à détruire environ 20 tanks amphibies. Les tanks amphibies étaient censés ouvrir l’attaque, avancer de 1 kilomètre environ dans les terres et créer ainsi un périmètre plus ou moins sûr pour les troupes. Cependant, ces tanks étaient sous motorisés et la manœuvre ne réussit pas vraiment. À la tombée de la nuit, les Marines avaient établi une tête de pont de 1 Km de large et 1 Km de profondeur.
Pendant la journée, sept bataillons d’artillerie et deux bataillons de tanks lourds avaient aussi débarqué.
Le nombre de victimes de ce premier jour de combat est inconnu mais on estime que 2 000 Marines périrent ce jour là. La zone de débarquement était fortement défendue par quatre bataillons et les Japonais avaient 16 canons de 105 mm, 30 de 75mm et 8 de 150 mm postés sur les hauteurs et capables de frapper les plages de manière très précise.
Cette première journée, les Japonais comptèrent quasiment exclusivement sur l’artillerie et quelques tanks pour arrêter l’invasion.

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La première vague de débarquement sur Saipan

La nuit du 15 aurait pu être l’occasion pour les Japonais de tenter de repousser les Américains à la mer. Toutefois, Saito pensait que le débarquement était peut-être une mesure de diversion. Il n’ordonna que des attaques mineures car il voulait sauvegarder ses forces en cas d’attaque américaine à Magicienne Bay.
A 20h00, une importante force d’infanterie appuyée par des tanks attaqua le flanc gauche des la 2e Division de Marines. Les Marines purent bénéficier de l’illumination offerte par les fusées éclairantes lancées par la flotte et repoussèrent l’attaque. Une autre attaque lancée à 3h00 fut également repoussée. Peu avant le jour, une nouvelle attaque japonaise eut lieu et fut cette fois repoussée avec l’aide des tanks.
L’attaque de Saipan était donc, à l’aube de ce second jour, un échec partiel, les Marines n’ayant pas atteint les 2/3 de leurs objectifs premiers, et la tête de pont sur la plage était encore bien fragile et toujours sous le feu de l’artillerie.
Le général Holland Smith savait qu’une bataille allait avoir bientôt lieu entre la 5e Flotte et la Force Mobile japonaise et qu’il perdrait alors la protection de la Flotte et de ses avions. Il voulait donc débarquer le plus vite possible le maximum d’hommes et de matériel. Le soir du 16 juin, la 27e Division d’Infanterie commandée par le général Ralph C. Smith (à ne pas confondre avec Holland Smith qui chapeautait toute l’opération) avait débarqué à Saipan. Sa mission était de prendre l’aéroport de Aslito et d’isoler les japonais dans la partie sud-est de l’île. Pendant ce temps, les Marines devaient poursuivre leur avance.
Le 16 juin vers midi, la localité de Charan Kanoa fut nettoyée. Cette victoire locale permit aux Américains de progresser plus profondément vers l’intérieur.

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Les servants d’un canon de 37 mm pendant la bataille. A noter les impacts de balle sur la plaque avant du canon

Une puissante contre-attaque japonaise fut lancée à partir de Garapan dans la nuit du 16 au 17 juin. Elle comprenait 40 chars du 9erégiment blindé et le 136e régiment d’infanterie. Au lever du soleil les japonais survivants se replièrent sur Garapan.
Le 17 juin, les combats reprirent dans les marécages situés autour du lac Susupe. En soirée, une attaque aérienne réussit à endommager deux navires américains, dont le porte-avions d’escorte Fanshaw Bay qui durent se retirer.
Entre-temps, comme Smith l’avait pressenti, la 5e Flotte s’était éloignée pour combattre la Force Mobile au cours de la bataille de la mer des Philippines du 19 au 21 juin. Après cette bataille perdue par les japonais, Saipan ne pourrait plus compter sur aucun soutien.
Le 18 juin, les japonais avaient abandonné la défense des plages et avaient déplacé leurs défenses vers les hauteurs de l’île. Sans possibilité de renfort, la situation des défenseurs de l’île était désespérée, mais les japonais étaient déterminés à se battre jusqu’au bout. Saito organisa ses troupes selon une ligne de défense sur le mont Tapotchau.
Le 18 juin également, la 27e avait pris l’aérodrome d’Aslito, Holland Smith voulut alors prendre le mont Tapotchau. Alors que la 4e Division de Marine avançait le long du flanc est du mont, et la 4e Division de Marine le long du flanc ouest, la 27e Division d’infanterie s’attaquait au mont lui-même.
Cependant, après deux jours de combat, la 27e Division d’infanterie avait fait peu de progrès, et l’offensive prenait, au fur et à mesure de l’avancée des Marines, la forme d’un « U », les Marines étant de plus en plus exposés à une attaque de flanc.

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Des Marines font sauter une caverne sur Saipan

Pendant ces deux jours, la 2e Division de Marines avait perdu 333 hommes, la 27e Division d’infanterie 277 hommes, et la 4e Division de Marines 812 hommes. L’artillerie et les tanks américains étaient généralement inutiles dans ces combats de jungle, et le support aérien quasiment inexistant, du fait de la bataille de la mer des Philippines. Les japonais utilisèrent notamment les multiples cavernes pour se cacher la nuit et opérer des sorties le jour. Les américains développèrent peu à peu une tactique pour nettoyer les cavernes, à base d’artillerie et de lance-flamme. Les surnoms que les Marines donnèrent aux différents points de l’île donnent une idée de la dureté des combats: « Hell’s Pocket« , « Purple Heart Ridge » et « Death Valley« .
Le 25 juin, Holland Smith décida que les mauvaises performances de la 27e Division d’infanterie étaient dues à son commandement, et réussit à faire relever Ralph Smith. La relève de Ralph Smith ne changea pas grand chose au sort de la bataille, mais cet incident fut la cause de frictions entre l’Armée et le Corps des Marines.
Le 5 juillet, le mont Tapotchau était pris et les américains continuèrent à avancer vers le nord de l’île. Le 7 juillet, Saito donna l’ordre à ses hommes restants de lancer une contre-attaque massive et se suicida après ce dernier ordre. 3 000 soldats japonais lancèrent alors une charge suicide.

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Les « parleurs de code » Navajo

Ils n’étaient armés que de grenades et de baïonnettes, mais ils réussirent à percer les lignes de la 27e Division d’Infanterie dont ils détruisirent deux bataillons et ne furent arrêtés que par les Marines. Holland Smith fut alors persuadé que la 27e Division était incompétente et la mit en réserve.
Le 8 juillet, la résistance japonaise se mit à faiblir. Acculés au nord de l’île, de nombreux japonais (soldats et civils) se suicidèrent en se jetant sur les rochers de Marpi Point.
Le 9 juillet, la 4e Division de Marines atteignit la pointe nord de l’île et Smith pût déclarer que toute résistance organisée avait cessé sur l’île. 24 000 soldats japonais étaient morts, et 1 780 avaient été capturés. Les américains avaient perdu 3 426 hommes et 13 099 étaient blessés, un taux de perte de 25% des hommes engagés.
L’île était sécurisée, mais le capitaine Sakeo Oba continua à résister dans les montagnes avec 16 hommes et ne se rendit qu’en décembre 1945.
Incidemment, les « parleurs de code » (Code Talkers) Navajo jouèrent un certain rôle à Saipan, notamment en dirigeant le feu des bâtiments de support vers les positions japonaises. Un film réalisé en 2002, Windtalkers, décrit la bataille de Saipan (les scènes de Saipan ayant été tournées essentiellement à Hawaii.

Les civils 

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Un Marine sort un bébé vivant d’une caverne remplie de cadavres

Le 22 juin, le gouverneur de Saipan avait reçu un message du Palais Impérial l’informant que tout civil qui mourrait en se battant contre les Américains se verrait accorder les mêmes privilèges après leur mort que les soldats morts pour l’empereur.
Saipan était la première île envahie par les Américains qui comptait un nombre important d’habitants civils.
La propagande japonaise avait présenté à ces populations les Américains comme des monstres, et les bombardements et les durs combats n’étaient pas de nature à les faire changer d’opinion.
Des 22 000 civils à Saipan, des milliers combattirent les Américains, et participèrent à la charge suicide du 7 juillet.
Au fur et à mesure que les américains avançaient, les civils qui ne combattaient pas fuyaient. Lorsque les Américains atteignirent le nord de l’île, des milliers de civils, hommes femmes et enfants se trouvèrent bloqués par les falaises qui dominaient la mer.
Plutôt que de se rendre aux Américains, des milliers se suicidèrent alors en sautant du haut des falaises. Des interprètes réussirent à en dissuader, mais on estime que 8 000 civils se suicidèrent en sautant de lieux qui portent maintenant les noms de Suicide Cliff et Banzai Cliff.

Les suites de la batailles 
Le 20 juillet, après des travaux intensifs, l’aérodrome de Aslito devenait Isley Field et recevait son premier avion américain. À partir de septembre 1944, des B-24 commençaient à mener des missions sur les îles Bonin. Un second aérodrome fut construit pour les B-29 et le premier raid de B-29 sur Truk eut lieu en octobre 1944. Saipan ne servit pas seulement de base aérienne (ce rôle était en fait celui de Tinian, mais devint une importante base navale, particulièrement pour les sous-marins qui iraient opérer dans les eaux japonaises.
Destinée à être une base importante pour les opérations futures dans les Mariannes et pour la bataille du golfe de Leyte et l’invasion des Philippines qui auraient lieu en octobre 1944, l’invasion de Saipan était une étape nécessaire vers la défaite du Japon.
Après la chute de Saipan, le premier ministre japonais, Hideko Tojo, déclara que le pays faisait face à une crise importante. Tojo et son cabinet de guerre démissionna dans les semaines qui suivirent. Cette démission fut une étape importante, puisque jusque là, les militaires tenaient totalement le gouvernement. À partir de ce moment, le parti de l’opposition qui voulait la fin de la guerre augmenta peu à peu sa présence dans le gouvernement et parvint peu à peu à convaincre l’empereur que la reddition était la seule voie possible.

Chester Nimitz

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24 février 1885
Fredericksburg, Texas,20 février 1966(à 80 ans)
Yerba Buena Island

Raymond Ames Spruance (3 juillet, 1886 – 13 décembre, 1969) 

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Holland McTyeire Smith,
né le 20 avril 1882, mort le 12 janvier 1967, était général du US Marine Corps pendant la Seconde Guerre mondiale

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Richmond K. Turner
né le 27 mai 1885 à Portland Oregon, mort le 12 février 1961

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General Yoshitsugu Saito

Dispositif allié 
Désignation Commandant Effectifs

Flotte du Pacifique amiral Chester Nimitz
5e Flotte amiral Raymond Spruance
à bord du CA Indianapolis
Task Force 51 ou TF 51 (Forces expéditionnaires Jointes)
Task Force 58 ou TF 58 (Forces Aéronavales Rapides)
TF 51 vice-amiral Richmond Kelly Turner TF 52 (Force d’Attaque du Nord chargée de Saipan et Tinian
TF 53 (Force d’Attaque du Sud chargée de Guam)
TF 52 vice-amiral Richmond Kelly Turner Force d’Attaque du Nord
TF 56 général Holland M. Smith (qui assurerait le commandement des opérations à terre)
2e Division de Marines Général Thomas E. Watson
4e Division de Marines Général Harry Schmidt
27e Division d’Infanterie Général Ralph C. Smith
24e Corps d’Artillerie Général Arthur M. Harper
Total : 22 000 hommes

Dispositif Japonais 
DésignationCommandantEffectifs

31e Armée Général Hideyoshi Obata Staff de 1 100 hommes
43e Division, composée des 118e, 135e et 13e régiments d’infanterie général Yoshitsugu Saito, commandant des troupes 13 000 hommes
47e Brigade Indépendant Mixte Colonel Yoshiro Oka 2 600 hommes et 22 pièces d’artillerie
3e Régiment d’artillerie de Montagne 24 canons
9e Régiment Blindé 36 tanks moyens et 12 petits tanks
5e Force de base 6 000 marins
total: 31 000 hommes

Saïpan, suicide des civils japonais …

civils japonais à Saipan

suicide de civils japonais à Saipan en 1944

L’amiral déclara l’île conquise définitivement le 9 juillet 1944 à 16 h 15… Il est vrai qu’il ne tenait pas compte de quelques Japonais irréductibles qui restèrent cachés pendant des mois encore dans les grottes ou dans les forêts. Sur ces entrefaites, des centaines de civils japonais, qui s’étaient réfugiés dans les cavernes de la côte nord, commencèrent à se donner la mort sauvagement. Persuadés par la propagande nippone que les Américains allaient les torturer avant de les tuer.
Ils se jetèrent, avec leurs enfants dans les bras, du haut des falaises sur les rochers aux arêtes vives qui bordent la côte. Des interprètes indigènes essayèrent bien de les en dissuader, mais sans grand succès. Pour les vétérans américains, cette série de suicides à la pointe de Marpi devait rester parmi les plus horribles spectacles de toute l’opération de Saipan.

sources 

wikipédia 

http://www.histoire-en-questions.fr/deuxieme%20guerre%20mondiale/guerrepacifique%20saipancivils.html

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26 mars 2013

Le régiment de la Chaudière

Classé sous — milguerres @ 13 h 49 min

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Devoir de mémoire pour les Canadiens qui ont participé aux conflits de la France

Le régiment de la Chaudière

 

Insigne du Régiment de la Chaudière

Le document qui suit peut être visualisé ou téléchargé :

LE RÉGIMENT DE LA CHAUDIÈRE, octobre 2010 (version PDF, 740,38 Ko)


Colonel en chef : Sa Majesté La Reine

INSIGNE

Description

Deux mitrailleuses d’argent passées en sautoir, les bouches en haut, sommées d’une fleur de lis d’or soutenue d’un castor couchant au naturel, le tout environné d’un listel de gueules inscrit AERE PERENNIUS en lettres d’argent et chargé de deux feuilles d’érable du même.

Symbolisme

Les feuilles d’érable et le castor représentent le service au Canada. La fleur de lis, emblème de la province du Québec, était la figure centrale de l’insigne du Régiment de Beauce. Les mitrailleuses Vickers sont du type de celles qu’utilisait le régiment lorsque celui-ci est devenu un régiment de mitrailleuses en 1936. « AERE PERENNIUS » est la devise du régiment.

DEVISE

AERE PERENNIUS (Plus durable que le bronze)

MARCHES

« Sambre et Meuse » et « The Longest Day »

HONNEURS DE BATAILLE

Guerre de 1812

DÉFENSE DU CANADA – 1812-1815 – DEFENCE OF CANADA; CHÂTEAUGUAY

Distinction honorifique

Distinction honorifique non blasonnable DÉFENSE DU CANADA – 1812-1815 – DEFENCE OF CANADA

______________________________________________________

Seconde Guerre mondiale

Débarquement en Normandie

Caen

Carpiquet

Crête de Bourguébus

Faubourg de Vaucelles

Falaise

La Laison

Chambois

Boulogne, 1944

Calais, 1944

L’Escaut

Poche de Breskens

La Rhénanie 

Plaines du Waal 

La Hochwald

Le Rhin 

Emmerich-Hoch Elten

Zutphen;

Nord Ouest de l’Europe , 1944-1945.

LIGNÉE

Ce régiment de la Force de réserve vit le jour le 9 avril 1869 et regroupe les régiments suivants.

Le Régiment de la Chaudière vit le jour à Saint- Anselme, au Québec, le 9 avril 1869, lorsque le « The Provisional Battalion of « Dorchester » » fut autorisé.1 Il fut rebaptisé « 92nd « Dorchester » Battalion of Infantry » le 12 juin 1885.2 Le 1er août 1899, il se fusionna avec le « 23rd « Beauce » Battalion of Infantry » (voir ci-dessous), conservant la même désignation.3 Il fut rebaptisé : « 92nd Dorchester Regiment » le 8 mai 1900;4 « Le Régiment de Dorchester » le 29 mars 1920;5« The Beauce Regiment » le 15 mars 1921;6 « Le Régiment de Beauce » le 1er mai 1921;7 et « Le Régiment de Dorchester et Beauce » le 1er février 1932.8 Le 15 décembre 1936, il se fusionna avec le « 5th Machine Gun Battalion, CMGC » (voir ci-dessous) et fut rebaptisé « Le Régiment de la Chaudière (Mitrailleuses) ».9 Il fut rebaptisé : « 2nd (Reserve Battalion, Le Régiment de la Chaudière (Mitrailleuses) » le 7 novembre 1940;10 « 2nd (Reserve Battalion, Le Régiment de la Chaudière » le 1er avril 1941;11 et « Le Régiment de la Chaudière » le 24 avril 1946.12 Le 1er septembre 1954, il se fusionna avec « Le Régiment de Lévis » (voir ci-dessous), conservant la même désignation.13

Notes:

Lorsqu’il fut rebaptisé Le Régiment de Dorchester, le 29 mars 1920 (voir ci-dessus), il fut organisé en tant que régiment à deux bataillons. Le 1er Bataillon faisait partie de l’ordre de bataille de la Milice active non permanente tandis que le 2e Bataillon faisait partie de l’ordre de bataille de la Réserve. L’unité de réserve fut dissoute le 14 décembre 1936 (GO 3/37).

Le « The Beauce Regiment » fut dissous en vue de la réorganisation du 3 janvier 1921 et réorganisé la même journée (GO 80/21). Il s’agit de changements administratifs qui n’influent pas sur la lignée du régiment.

Le Régiment de Dorchester et Beauce fut dissous en vue de l’incorporation du 14 décembre 1936 et réorganisé le lendemain (GO 204/36). Il s’agit de changements administratifs qui n’influent pas sur la lignée du régiment.

Le « 23rd « Beauce » Battalion of Infantry » vit le jour à Sainte-Marie, au Québec, le 9 avril 1869, lorsque le « The Provisional Battalion of « Beauce » » fut autorisé.14 Il fut rebaptisé « 23rd « Beauce » Battalion of Infantry » le 19 mai 1871.15 Le 1er août 1899, il se fusionna avec le « 92nd Dorchester Battalion of Infantry », tel que décrit au paragraphe précédent.

Le Régiment de Lévis vit le jour à Lévis, au Québec, le 1er décembre 1902, lorsque le « 17th Regiment of Infantry » fut autorisé.16 Il fut rebaptisé : « Le Régiment de Lévis » le 29 mars 1920;17 « 2nd (Reserve) Battalion, Le Régiment de Lévis » le 12 mai 1942;18 et « Le Régiment de Lévis » le 7 novembre 1945.19 Le 1er septembre 1954, il se fusionna avec « Le Régiment de la Chaudière », tel que décrit au paragraphe précédent.

Notes:

Il n’y a aucun lien historique avec le « 17th Levis Regiment » de 1863 à 1901.

Lorsqu’il fut rebaptisé Le Régiment de Lévis, le 29 mars 1920 (voir ci- dessus), il fut organisé en tant que régiment à deux bataillons. Le 1er Bataillon faisait partie de l’ordre de bataille de la Milice active non permanente tandis que le 2e Bataillon faisait partie de l’ordre de bataille de la Réserve. L’unité de réserve fut dissoute le 14 décembre 1936 (GO 3/37).

Le Régiment de Lévis fut dissous en vue de la réorganisation du 1er octobre 1920 et réorganisé la même journée (GO 232/20). Il s’agit de changements administratifs qui n’influent pas sur la lignée du régiment.

Le « 5th Machine Gun Battalion, CMGC » vit le jour à Québec, au Québec, le 1er juin 1919, lorsque le « 5th Machine Gun Brigade, CMGC » fut autorisé.20 Il fut rebaptisé « 5th Machine Gun Battalion, CMGC » le 15 septembre 1924.21 Le 15 décembre 1936, il se fusionna avec « Le Régiment de Dorchester et Beauce », tel que décrit au paragraphe précédent.

Notes:

La « 5th Motor Machine Gun Brigade, CMGC » fit partie de l’ordre de bataille de la Réserve à compter du 1er juin 1920 (GO 104/20). L’unité de réserve fut dissoute le 14 décembre 1936 (GO 3/37).

Le « 5th Machine Gun Battalion, CMGC » fut dissous en vue de l’incorporation du 14 décembre 1936 et réorganisé le lendemain (GO 204/36). Il s’agit de changements administratifs qui n’influent pas sur la lignée du bataillon.

Perpétuations

« 1er Bataillon de la Milice d’élite incorporée », « Cavalerie légère de Dorchester », et « 1reDivision de Lotbinière (1812-1815) »

Site du Quartier général

Lévis, Québec

 

HISTORIQUE OPERATIONNEL

Seconde Guerre mondiale

Le Régiment de la Chaudière (Mitrailleuses) mobilisa le « Le Régiment de la Chaudière (Mitrailleuses), CASF » pour le service actif le 1er septembre 1939.22 Il fut rebaptisé : « Le Régiment de la Chaudière, CASF » le 24 mai 1940;23 et « 1st Battalion, Le Régiment de la Chaudière, CASF » le 7 novembre 1940.24 Il s’embarqua pour la Grande-Bretagne le 21 juillet 1941.25 Lors du Jour « J », le 6 juin 1944, il débarqua en Normandie, en France, en tant qu’élément de la 8e brigade d’infanterie de la 3e division d’infanterie canadienne, et combattit dans le Nord-Ouest de l’Europe jusqu’à la fin de la guerre.26 Le bataillon outre-mer fut dissous le 15 janvier 1946.27

Subséquemment, le régiment mobilisa le « 3rd Battalion, Le Régiment de la Chaudière, CIC, CAOF » le 1er juin 1945, pour servir avec les troupes d’occupation canadiennes en Allemagne.28Le bataillon fut dissous le 24 avril 1946.29

Des détachements de Le Régiment de Lévis furent mobilisés pour le service le 26 août 1939 et furent mis en service actif le 1er septembre 1939, sous l’appellation de « Le Régiment de Lévis, CASF (Details) », fournissant des services locaux de protection.30 Les détachements mobilisés pour le service actif furent dissous le 31 décembre 1940.31 Des détachements du régiment furent mobilisés une nouvelle fois pour le service le 1er janvier 1941, sous l’appellation de «Details of 1st (Reserve) Battalion, Le Régiment de Lévis ».32 Ils furent rebaptisés « Details of 2nd Battalion, Le Régiment de Lévis » le 12 mai 1942.33 Les détachements mobilisés pour le service actif furent dissous le 31 mai 1943.34

Subséquemment, le régiment mobilisa « 1st Battalion, Le Régiment de Lévis, CASF » pour le service actif le 12 mai 1942.35 Il servit au Canada dans un rôle de défense territoriale, en tant que composante du District militaire no. 5.36 Le bataillon fut dissous le 15 octobre 1943.37

 

DRAPEAU CONSACRÉ

Le Régiment de la Chaudière

DRAPEAU DE CAMP

Le Régiment de la Chaudière

Musée Le Régiment de la Chaudière – Le Musée en images

1. MGO 9 Apr 69. Formé de quatre compagnies indépendantes d’infanterie autorisées selon les dates suivantes : « No. 1 Company » (An Infantry Company at Sainte-Claire, 18 décembre 1868); « No. 2 Company » (An Infantry Company at Saint-Anselme, 18 décembre 1868); « No. 3 Company » (An Infantry Company at St. Isidore, 18 décembre 1868); et « No. 4 Company » (An Infantry Company at Sainte-Justine de la Trappe, 8 janvier 1869) /Formed from four independent infantry companies authorized on the following dates: ‘No. 1 Company’ (An Infantry Company at Sainte-Claire, 18 December 1868); ‘No. 2 Company’ (An Infantry Company at Saint-Anselme, 18 December 1868); ‘No. 3 Company’ (An Infantry Company at St. Isidore, 18 December 1868); and ‘No. 4 Company’ (An Infantry Company at Sainte-Justine de la Trappe, 8 January 1869).

2. MGO 15/85.

3. Les Ordres Généraux, ou les textes de séances du rapport Annuel de la Milice, ne comportent aucune date d’autorité pour le fusionnement en 1892. La date du 1er août 1899 correspond toutefois aux sources de 1899 mentionnées précédemment ainsi qu’aux Regimental Establishments of the Active Militia including the Permanent Force for the Financial Year 1899-1900) / No authority date for amalgamation in 1899 is contained within the applicable General Orders or Annual Militia Report sessional papers. However, the date of 1 August 1899 is consistent with the aforementioned sources of 1899 and the Regimental Establishments of the Active Militia including the Permanent Force for the Financial Year 1899-1900).

4. MO 105/1900.

5. MO 96/20.

6. GO 77/21.

7. GO 137/21.

8. GO 15/32.

9. GO 204/36.

10. GO 42/41.

11. GO 122/41.

12. GO 400/45; et/and GO 85/46.

13. CAO 76-3, Pt ‘B’, Supp Issue No. 420/55.

14. MGO 9 Apr 69. Formé de cinq compagnies indépendantes d’infanterie autorisées selon les dates suivantes : « No. 1 Company » (An Infantry Company at Saint-Vital-de-Lambton, No. 1, 18 décembre 1868); « No. 2 Company » (An Infantry Company at Alymer, 18 décembre 1868); « No. 3 Company » (An Infantry Company at Saint-François, 18 décembre 1868); « No. 4 Company » (An Infantry Company atSaint-Vital-de- Lambton, No. 2, 8 janvier 1869) et « No. 5 Company » (An Infantry Company at Sainte-Marie, 6 février 1869) / Formed from five independent infantry companies authorized on the following dates: ‘No. 1 Company’ (An Infantry Company at Saint-Vital-de-Lambton, No. 1, 18 December 1868); ‘No. 2 Company’ (An Infantry Company at Aylmer, 18 December 1868); ‘No. 3 Company’ (An Infantry Company at Saint- François, 18 December 1868); ‘No. 4 Company’ (An Infantry Company at Saint-Vital-de-Lambton, No. 2, 18 December 1868); and ‘No. 5 Company’ (An Infantry Company at Sainte-Marie, 6 February 1869).

15. MGO 13/71.

16. GO 124/02.

17. MO 96/20.

18. GO 309/42; et/and GO 42/41.

19. GO 400/45.

20. GO 47/19; et/and GO 1/20.

21. GO 117/24.

22. GO 135/39.

23. GO 184/40; et/and GO 50/41.

24. GO 42/41.

25. Jacques Castonguay, Armand Ross et Michel Litalien, Le Régiment de la Chaudière 1869-2004, (Lévis, 2005), p. 156.

26. Ibid, passim.

27. GO 85/46.

28. GO 319/45.

29. GO 201/46.

30. GO 124/39; et/and GO 135/39.

31. GO 44/41.

32. GO 44/41; GO 42/41; et/and GO 125/39.

33. GO 42/41; et/and GO 309/42.

34. GO 301/43.

35. GO 309/42; et/and GO 42/41.

36. Colonel C.P. Stacey, Histoire officiel de la participation de l’Armée canadienne à la Seconde Guerre mondiale, Volume 1, Six Années de guerre (Ottawa, 1955), p. 557; et/and G.E. Marquis, Le Régiment de Lévis, Historique et Album, (Lévis, 1952), pp. 192-201.

37. GO 15/44.

Avis sur les notes en bas de page : Le texte contenu dans cette page est fourni tel qu’il figure dans le document d’origine et il ne peut être modifié. Comme certaines notes font référence à des annotations qui n’existent que dans une seule des deux langues officielles, il se peut que les numéros ne correspondent pas dans le contenu que vous visionnez. Aux fins de clarification, nous vous invitons à vérifier la note en bas de page correspondante dans la page en anglais.

source : http://www.cmp-cpm.forces.gc.ca/dhh-dhp/his/ol-lo/vol-tom-3/par2/rc-fra.asp

 

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 retour à la Seconde Guerre Mondiale

20 mars 2013

70 ans après, le raid de Dieppe revisité

Classé sous — milguerres @ 23 h 19 min

 

 

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 retour à la Seconde Guerre Mondiale

 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

 

70 ans après, le raid de Dieppe revisité

70 years later, the Dieppe Raid Revisited

Béatrice Richard

p. 40-51

 l’article sous document word :  70 ans après le raid de Dieppe revisité_Béatrice Richard

Résumé

Les historiens ont longtemps présenté le raid de Dieppe (19 août 1942) comme un « sacrifice nécessaire » à la victoire alliée. Fiasco sur toute la ligne, l’opération « Jubilee »aurait néanmoins apporté des leçons essentielles au succès du Jour J. Or, les recherches de ces 30 dernières années remettent sérieusement en question cette interprétation. De fait, ce sont surtout les enseignements des opérations amphibies qui ont suivi, en Afrique du Nord et en Italie, qui ont pavé la voie au succès d’« Overlord ». Quant au coup de main lui-même, il aurait été déclenché pour servir des ambitions personnelles avant tout autre considération. Si la thèse des « leçons de Dieppe » a pu réconforter un temps les soldats sacrifiés, elle a surtout servi à masquer l’inexpérience et la négligence quasi-criminelle des concepteurs d’une opération bâclée et suicidaire à tous égards.

Le 19 août 1942, deux brigades de la 2e division canadienne se lançent à l’assaut des falaises de Dieppe, petit port situé sur la Manche, avec le soutien de trois commandos britanniques dont celui des Royal Marines. Plus de 6 000 hommes se trouvent ainsi engagés dans l’opération « Jubilee », l’un des plus grands raids amphibies de la Deuxième Guerre mondiale. L’aventure tourne rapidement au désastre. Après plusieurs heures de combats acharnés, les troupes se retirent sans avoir atteint leurs objectifs, abandonnant derrière elles plus de la moitié de leurs effectifs. L’épisode fait couler beaucoup d’encre, à commencer par celle du Quartier général des opérations combinées (QGOC), commanditaire du coup de main.

Au lendemain du raid, en effet, ses responsables soutiennent que les leçons tirées de« Jubilee »pavent la voie à l’invasion du continent européen. Par la suite, les mêmes récupèreront le succès d’ « Overlord » pour renforcer leur thèse. Même si des dissidences s’exprimeront, il faudra attendre les années 1990 pour que de nouvelles études enterrent définitivement cette interprétation.À cet égard, le présent article ne prétend pas apporter de nouveaux éléments au dossier, mais propose plus modestement de revisiter « Jubilee » à la lumière des données historiographiques récentes. Ces dernières permettent de resituer le raid de Dieppe dans un contexte plus vaste, celui de la stratégie des « coups d’épingles », contre les côtes françaises, qu’adoptent les britanniques dès juin 1940. Vue sous cet angle, l’opération prend un sens tout autre que celui encore véhiculé dans les livres d’histoire : loin d’avoir constitué un sacrifice nécessaire à la victoire alliée, le fiasco de Dieppe s’apparente davantage à une vulgaire bavure.

L’incroyable armada

19 août 1942, 3 heures du matin. Quelque part au milieu de la Manche un convoi imposant fend la mer toutes lumières éteintes. Répartis en treize groupes, ses 250 bâtiments comprennent neuf navires de transport d’infanterie, huit contre-torpilleurs et un sloop, le tout traînant dans son sillage un ensemble hétéroclite de péniches d’assaut et de débarquement, ainsi que de petites embarcations dépourvues de blindage pour la plupart. L’incroyable armada porte dans ses flancs 4 963 hommes de la 2e division canadienne, incluant les officiers, 1 005 commandos britanniques, 50Rangers américains et 15 fusiliers des Forces françaises libres. Pendant ce temps, en Angleterre, 74 escadrilles aériennes alliées, dont huit de l’armée royale canadienne, se tiennent en état d’alerte, prêtes à intervenir au point du jour. Le major général J. H. Roberts, commandant de la 2e division canadienne, dirige les opérations terrestres, tandis que le commandant J. Hughes Hallett de la Royal Navy supervise les forces navales et T. L. Leigh Mallory, vice-maréchal de la Royal Air Force, l’aviation. L’opération « Jubilee » est en marche 1. Destination : le port français de Dieppe.

 

Un objectif solidement défendu

4Les chefs militaires ont assuré à leurs troupes que l’opération serait « du gâteau » (« a piece ofcake »). La réalité qui les attend est cependant tout autre. Depuis plusieurs mois, l’ancienne station balnéaire a été transformée en un véritable oppidum. Le casino du bord de mer est devenu un poste de tir et les falaises qui surplombent la plage abritent une artillerie redoutable. Partout des casemates défendent un rivage hérissé de barbelés… Des mortiers, des canons de moyen et de gros calibres, des batteries côtières à longue portée défendent toute intrusion provenant du large tandis que des blocs de béton verrouillent la plage, interdisant l’accès à la ville 2. De toute évidence, l’organisation allemande « Todt », chargée de fortifier les côtes françaises, est passée par là. Par ailleurs, 2 500 soldats de la 302e division de la Wehrmacht défendent le secteur. À première vue, c’est peu, mais les Allemands peuvent compter sur l’intervention rapide de nombreux renforts et de l’aviation stationnée tout près. Comment expliquer le choix d’un objectif aussi solidement défendu ? Certes, la proximité des côtes anglaises fait de Dieppe une cible logique pour un raid : les allers-retours de la Royal Air Force sont facilités d’autant, de même que la sécurité des convois. Les responsables de «Jubilee » affirmeront par la suite avoir voulu tester ainsi les défenses ennemies, mais un examen attentif du plan d’attaque montre qu’il s’agit avant tout d’une opération de sabotage et de renseignement, dans le droit fil de la série de raids qui l’a précédée.

De fait, « Jubilee » s’inscrit dans la stratégie qu’a adoptée Winston Churchill depuis l’évacuation rocambolesque des troupes britanniques à Dunkerque, en juin 1940 : le harcèlement systématique des défenses allemandes situées sur les côtes françaises par des commandos spécialement entraînés à cet effet. Il s’agit non seulement de maintenir l’ennemi en état d’alerte et de lui infliger des dommages stratégiques, mais aussi de maintenir le moral des Britanniques à flot dans un contexte désespérant pour les alliés. Le Japon tient les États-Unis en respect dans le Pacifique, tandis que l’Allemagne étend ses conquêtes de la France à la Volga et de la Norvège septentrionale aux déserts de l’Afrique du Nord. Sur le front oriental, laWehrmacht tient les Soviétiques en haleine et Staline réclame à cor et à cri l’ouverture d’un second front à l’Ouest. À cet égard, on a souvent relié le déclenchement du raid sur Dieppe à la crainte de voir l’allié russe faire défection. Les Britanniques se sont certes engagés à maintenir la pression sur les côtes françaises tout au long de l’été 1942, à défaut d’envahir le continent. Un aide-mémoire confidentiel remis à Molotov, en juin, précise à cet effet que les opérations iront crescendo tant par leur taille que par leur portée, clouant ainsi une trentaine de divisions allemandes à l’Ouest 3. Il n’empêche que le déclenchement de « Jubilee » relève avant tout d’une logique complètement autonome, celle de la Direction des opérations combinées (DOC), Combined Operation Directorate, créature de Churchill et instrument de ses grandes orientations stratégiques.

L’organisme a pour mission de développer des opérations amphibies et de former des commandos d’élite pour mener des opérations de sabotage, de renseignement et d’exfiltration. Le Premier ministre britannique s’est également assuré de placer aux commandes un homme prêt à servir ses ambitions : lord Louis Mountbatten, directeur des opérations combinées depuis le 19 octobre 1941 4 et chef d’orchestre de « Jubilee». En août 1942, l’impétueux vice-amiral de 37 ans compte au moins deux coups d’éclat à son actif, l’opération « Biting»et l’opération « Chariot». Dans le premier cas, un raid d’une centaine d’hommes lancé sur la station radar de Bruneval, dans la nuit du 27 au 28 février 1942, a permis aux alliés de s’emparer des pièces clés d’un radar allemand de haute précision. Autre nuit, autre raid, plus ambitieux encore, du 27 au 28 mars, plus de 600 hommes de la Royal Navyassistés de commandos dynamitent le port de Saint-Nazaire. Même si l’opération se solde par la perte de la moitié des effectifs 5, les dommages infligés aux installations sont tels que le port restera paralysé 18 mois durant.

Ces méthodes peu orthodoxes ont beau faire sourciller une partie de l’état-major britannique, le coup de force n’en symbolise pas moins l’esprit d’audace qui anime alors la DOC et semble donner des ailes à son chef. « Jubilee » marque, en effet, un changement d’échelle et de nature dans les raids, puisque l’on passe d’interventions mobilisant quelques centaines de commandos à une opération qui engage des milliers de soldats réguliers. À cet égard, Mountbatten bénéficie d’un soutien inespéré, celui du commandant en chef de l’armée canadienne, Andrew G. L. McNaugton et du lieutenant-général Harry D. G. Crerar, commandant du 1er corps d’armée, lesquels disposent de troupes terrestres prêtes à en découdre : celles de la 2e division canadienne.

 

Depuis l’envoi de leurs soldats en Angleterre, fin 1939, les autorités canadiennes répugnent à les engager sur les différents théâtres d’opération, et ce essentiellement pour des motifs politiques. C’est que la participation militaire du Canada au conflit ne fait pas l’unanimité outre-Atlantique : les Canadiens-Français notamment sont partisans d’un engagement limité reposant sur le volontariat. Pour ceux-ci, il n’est pas question de recourir à la conscription pour combler les vides et le Premier ministre Lyon Mackenzie King veut éviter le recours à une telle mesure 6. En retenant le plus longtemps possible les soldats canadiens, on a cherché jusqu’ici à minimiser les pertes éventuelles et à retarder d’autant l’envoi de conscrits outre-mer.

 

Mais l’opinion publique canadienne-anglaise, partisane de l’effort de guerre total, s’impatiente : ses soldats devront-ils se contenter de garder les côtes britanniques tandis que les fils des autres dominions se battent sur tous les fronts ? Or, en dehors des raids et du bombardement stratégique, les alliés ne prévoient aucun engagement majeur avant un an minimum ; ce qui, dans le temps politique, représente une éternité. De son côté, le général McNaughton tient à ce que les Canadiens combattent ensemble, tant pour assurer une certaine autonomie de commandement que pour assurer une visibilité maximale aux activités de ses troupes. Considération plus terre à terre, désœuvrés, les Canadiens commencent à éprouver de sérieux problèmes disciplinaires et à voir leur réputation pâlir auprès de la population civile. Dans ce contexte, tenir un premier rôle dans une mission d’envergure permettrait de redorer leur blason tout en flattant la fierté nationale. McNaughton endosse le projet avec d’autant plus d’enthousiasme, qu’il s’est assuré d’avoir les mains libres. Jusqu’en mai 1942, il lui fallait obtenir le feu vert d’Ottawa pour déclencher toute intervention majeure. À force d’un lobbying intense auprès du cabinet canadien de la Guerre, il a néanmoins réussi à obtenir la latitude nécessaire pour décider des raids dans lesquels engager ses troupes ; ce qui en fait l’un des responsables clés de l’opération du 19 août 7. Ses troupes sont-elles prêtes pour autant à se lancer dans ce type d’opération ? Rien n’est moins sûr.

Un entraînement irréaliste

10L’une des réussites de la Direction des opérations combinées a été sans conteste la formation de commandos aguerris aux coups de mains audacieux. Toutefois, coordonner un raid de quelques centaines d’hommes surentraînés est une chose. Tenter la même expérience avec des milliers de combattants réguliers appartenant à trois services différents représente un tout autre défi. Or, au printemps 1942, les Canadiens basés en Grande-Bretagne n’ont aucune expérience du feu, a fortiori des tactiques de commando. Les Canadiens ont certes participé avec succès à l’expédition du Spitzberg visant à détruire les houillères aux mains allemandes et à évacuer des Norvégiens vers le Royaume-Uni, mais l’opération engageait moins de 650 hommes et les assaillants ne s’étaient heurtés à aucune résistance 8. Pour le reste, leur formation s’avère pour le moins irréaliste. Par exemple, le régiment des fusiliers Mont-Royal a suivi un entraînement incluant la marche forcée et le maniement de la baïonnette, très tard, en juin 1942 9. Il a fallu attendre le mois d’avril avant que l’on ne commence à initier les soldats aux méthodes des commandos : combat à mains nues, natation en tenue de combat, escalade de falaises, sabotage, tir au canon, pratiques d’embarquement débarquement des péniches, combats de rue, etc. Le 20 mai, les hommes suivent un entraînement intensif sur l’île de Wight, en vue du grand jour. Il est cependant trop tard pour transformer de simples soldats en troupes d’élite, comme en témoigne un rapport soumis à leurs supérieurs : “Although the condition of the men is reasonably good, the assault courses and the speed marches have shown that there is a great improvement to be made in this diretion. In the speeds marches units are able to do five miles in 45 minutes, but took from 11/2 hrs tp 2 hrs to do the remaining 6 miles. In the assault course tps [troops] were able to complete the course but were, in many cases, unable to fight or fire effectively when finished.” 10

 

Lancés en juin, les exercices « Yukon I » et « Yukon II » censés préparer le raid ne sont guère plus encourageants. Dans le premier cas, la confusion règne à un point tel que l’opération est reportée. La reprise de l’exercice, le 23juin, ne vaut guère mieux11, ce qui inspire au lieutenant général Bernard Montgomery, alors responsable des opérations comme commandant du 5ecorps britannique, un jugement moins que rassurant : « Je suis convaincu que l’opération est réalisable selon le plan prévu et qu’elle offre de bonnes chances de succès pourvu : a) que le temps soit favorable ; b) que la chance normale soit présente; c) que la marine nous [sic] débarque à peu près aux bons endroits et aux moments voulus… »12 Cela ne l’empêchera pas d’autoriser, deux semaines plus tard, le lancement d’un premier raid impliquant les troupes canadiennes.

 

De « Rutter » à « Jubilee »

12Le 7 juillet, le QGOC déclenche l’opération sous le nom de code « Rutter », presque aussitôt annulée en raison des mauvaises conditions météorologiques. Le plan prévoyait des bombardements préliminaires intensifs et l’envoi de troupes aéroportées pour nettoyer le terrain. La mauvaise visibilité compromet irrémédiablement cette partie du plan et par conséquent, la fiabilité du reste de l’opération. Par la suite, le général sirBernard Paget, commandant de l’armée britannique, et Montgomery décident d’un commun accord d’abandonner définitivement le projet pour des raisons de sécurité évidentes : à la mi-juillet, la presse canadienne et la presse britannique étalent à pleines pages des rapports sur l’entraînement des unités canadiennes en vue d’opérations combinées. Un des comptes rendus mentionne même le nom de plusieurs des unités d’infanterie qui participeront d’ailleurs par la suite au raid sur Dieppe 13. Quant aux participants de l’expédition avortée, croyant le projet enterré, ils ne manquent pas de colporter leur aventure. On retrouve néanmoins les mêmes en route vers Dieppe, six semaines plus tard. Comment l’expliquer ?

 

Les circonstances qui entourent le lancement de « Jubilee » restent nébuleuses et leur interprétation continue de diviser les historiens 14. On sait toutefois que Mountbatten et Paget décident, dans le plus grand des secrets, de relancer l’opération le 17 juillet avec l’accord de Crerar et de McNaugton. Le nouveau plan comporte certes des modifications que d’aucuns critiqueront sévèrement par la suite : les appuis navals et aériens sont allégés et les troupes aéroportées chargées d’infiltrer les arrières ennemis, jugées trop tributaires de la météo, remplacées par des commandos 15. Sur papier, la mécanique semble irréprochable : les troupes amphibies doivent accoster sur 15 kilomètres de front, et ce en cinq secteurs différents. Sur les flancs, quatre débarquements simultanés sont prévus pour l’aube, à 4 heures 50, soit à peine quinze minutes après le lever du jour. Aux deux extrémités de la zone d’attaque, les commandos britanniques ont pour mission de détruire les batteries côtières de Berneval (commando no 3) et de Varengeville (commando no 4 ), situées respectivement aux extrémités est et ouest de Dieppe. La manœuvre doit permettre aux navires d’approcher suffisamment des côtes pour couvrir efficacement la zone de débarquement

 

Parallèlement, des unités canadiennes doivent s’engager dans les brèches de la falaise de part et d’autre de Dieppe. Ce sera la tâche du Royal Regiment of Canada à Puys et du South Saskatchewan Regiment à Pourville dont l’objectif consiste à neutraliser les batteries d’artillerie allemandes qui défendent la plage. Il est prévu qu’une demi-heure plus tard l’Essex Scottishet le Hamilton Light Infantry, deux bataillons de la 4e brigade d’infanterie canadienne, accosteront à cet endroit précis avec la couverture des chars d’assaut du 14e régiment blindé (Calgary Regiment). Ces derniers devant bénéficier du soutien du Royal Canadien Engineerresponsable du déminage de la plage et chargés de pulvériser les blocs de béton qui bloquent l’accès à la ville. De là, les membres de l’Essex Scottishsont appelés à prendre le contrôle du port à et s’emparer de pièces d’armement avec le soutien des tanks et d’un détachement du Commando Royal Marine « A » . Cette escouade de choc, fer de lance de l’opération, doit aussi détruire les installations portuaires, faire sauter les ponts et les voies de chemin de fer de façon à rendre le port inutilisable pour de longs mois, à l’instar de Saint-Nazaire 16.

 

Juste avant l’assaut terrestre, les escadrilles de la Royal Air Force ont pour mission de bombarder des bâtiments du bord de mer et les nids de mitrailleuses pointés vers la plage. Quatre destroyers et la canonnièreLocustsont censés les relayer peu aprèsdepuis le large. L’aviation et la marine doivent également couvrir le débarquement des troupes, phase particulièrement délicate dans toute opération amphibie, en larguant les bombes fumigènes. Le rôle de l’aviation reste donc essentiellement tactique, l’idée d’un bombardement aérien massif ayant été abandonnée pour une série de motifs, dont son inefficacité présumée dans le contexte d’un raid 17. Au même moment, du côté de Pourville, le South Saskatchewan Regiment doit établir une tête de pont pour permettre au Cameron Highlanders of Canadade s’emparer de l’aérodrome de Saint-Aubin et du quartier général de la 110e division d’infanterie allemande, censé se situer à Arques-la-Bataille. Le troisième bataillon d’infanterie des fusiliers Mont-Royal constitue les forces de réserve, incluant une poignée de fusiliers marins. L’opération terminée, il a pour mission de couvrir l’évacuation des troupes à l’ouest du port tandis que l’Essex Scottish partage la même tâche à l’est, le but étant de ménager un périmètre de sécurité en eau profonde pour assurer le retrait des troupes.

 

Déroulement de l’opération

Outre l’effet de surprise, le succès de l’opération repose par conséquent sur une coopération étroite entre les trois services et une synchronisation parfaite entre les débarquements, ce qui limite d’autant la marge d’erreur. Or, un premier incident survient à quinze kilomètres des côtes françaises. À 3 heures 47, un accrochage au large entre les péniches de débarquement du commandono 3 – en direction de Berneval – et un petit convoi allemand compromet d’entrée de jeu la subtile mécanique du plan ; l’alerte est donnée à Berneval et à Puys où les attaquants sont rapidement dispersés ; une poignée d’hommes parvient toutefois à approcher suffisamment la batterie pour la neutraliser plus de deux heures durant. À Puys, les conséquences de l’alerte s’avèrent particulièrement désastreuses ; pris en souricière sur une plage très encaissée, les soldats du Royal Regiment et duBlack Watch (Royal Highland Regiment) sont littéralement décimés, essuyant le feu nourri de soldats allemands embusqués au creux des falaises. Les attaquants deviennent des cibles faciles dans l’aube naissante, d’autant que les concepteurs de « Jubilee », misant sur l’obscurité pour assurer l’effet de surprise, n’ont pas requis le soutien l’artillerie navale pour couvrir le secteur. Dépêchée en catastrophe, la marine arrive trop tard pour leur porter secours. À lui seul, cet assaut fait plus de 200 morts, sans compter les blessés et les prisonniers.

Pendant ce temps, les assaillants du secteur ouest ont davantage de chance, l’alerte ne s’étant pas encore propagée jusque-là. Le commando no4 débarque comme prévu, détruit la batterie de Varengeville et se retire sans encombre. À Pourville, les hommes du South Saskatchewan Regiment et du Queen’s Own Cameron Highlanders of Canadaréussissent une percée jusqu’à la rivière Scie où ils sont cependant arrêtés, essuyant eux aussi de lourdes pertes. En voulant leur porter secours, leurs renforts, pris au piège eux aussi, finissent par se rendre. Au centre, l’attaque principale devant Dieppe tourne rapidement au désastre. Prévue une demi-heure après les débarquements sur les flancs, son succès reposait sur la destruction des batteries allemandes qui surplombent la plage, ce qui n’est évidemment pas le cas. Restés maîtres du promontoire de Puys, les Allemands déversent un déluge de feu sur les hommes à peine débarqués. Du côté de Pourville, le même phénomène se produit un peu plus tard.

À l’est de la plage de Dieppe, les hommes de l’Essex Scottish Regiment sont bloqués au niveau de la digue. Seul un petit groupe parvient à s’infiltrer dans la ville. Mais ce succès isolé aura des conséquences catastrophiques : le navire de commandement reçoit un message radio tronqué suggérant que le régiment au complet a investi la ville alors qu’en réalité la majorité de l’unité est restée coincée sur la plage. Ordre est donc donné aux fusiliers Mont-Royal d’entrer en action. Ceux-ci sont décimés à leur tour. À l’extrémité ouest de la promenade, les hommes du Royal Hamilton Light Infantryprennent d’assaut le casino ainsi que les abris de mitrailleuses qui l’entourent ; quelques assaillants atteignent la ville et s’engagent dans des combats de rue, mais la virulence du feu ennemi les oblige à se replier. Les chars du Calgary Regiment sont rapidement paralysés. Certains voient leurs chenilles s’enrayer dans les galets, d’autres se retrouvent acculés à la digue et aux barrages de béton. Les tankistes qui le peuvent continuent de tirer pour couvrir la retraite d’un grand nombre de soldats, mais la plupart sont tués ou faits prisonniers. Pendant ce temps, le ciel est le théâtre d’un combat féroce au cours duquel l’Aviation royale du Canada perd une douzaine d’appareils et la Royal Air Force, noblesse oblige, une centaine. L’opération « Jubilee » s’achève dans une confusion indescriptible.

 

Les derniers combattants qui n’ont pu être évacués se rendent. À 13 heures 58, les canons se taisent. Du côté allemand, on dénombre près de 600 pertes. Un bilan relativement léger si on le compare à celui, écrasant, des Canadiens. Sur 4 963 hommes engagés dans les opérations terrestres, seuls 2 210, dont bon nombre de blessés, parviennent à rejoindre l’Angleterre. Les pertes canadiennes s’élèvent à 3 367 hommes, dont 907 soldats morts au combat ou des suites de leurs blessures. De ce nombre, on décompte également 1 946 prisonniers. Au terme de dix heures de carnage, les fusiliers ont perdu 88,4 % de leur effectif, le Royal Hamilton Light Infantry82,7 %, le Royal Regiment of Canada 87,3 % et l’Essex Scottish Regiment 96,3 % 18. Une hécatombe.

 

Leçons nécessaires ou sacrifice inutile ?

20Sans surprise, l’étendue du désastre a fait couler beaucoup d’encre et suscité une controverse inextinguible. Source de leçons salutaires en vue du débarquement de 1944 pour les uns, sacrifice inutile pour les autres 19, rarement une opération militaire aura polarisé les opinions à ce point. Le débat ne s’est cependant véritablement cristallisé qu’à partir des années 1960, période à laquelle des études approfondies commencent à être publiées. Jusqu’alors prédomine la thèse des « leçons de Dieppe ». Cela s’explique par le fait que la plupart des auteurs ont été les acteurs du raid à différents degrés, d’où un certain besoin de justification.

 

C’est le cas des correspondants de guerre britanniques, Alexander Austin et Quentin Reynolds qui ont participé à l’opération funeste. Ceux-ci s’empressent de publier leurs comptes rendus à peine la poussière retombée sur « Jubilee »20. La rhétorique des « leçons » semble d’ailleurs avoir préexisté au raid, puisque plusieurs des leçons alléguées existaient déjà dans le manuel des opérations combinées publié avant le débarquement de 1942 21. Pour sa part, Timothy Balzer a montré récemment que le communiqué de l’échec de Dieppe avait été rédigé d’avance, offrant ainsi un canevas explicatif préétabli aux premiers narrateurs. En cas d’échec, la DOC avait prévu de présenter l’opération au public comme un « essai essentiel dans l’emploi de forces substantielles et d’équipement lourd », préparant ainsi le terrain à la rhétorique des « leçons »22.

De fait, Austin et Reynolds épousent étroitement la ligne du QGOC voulant que d’importantes leçons aient été tirées de cette expérience et que, par conséquent, les pertes, quoique massives, ne furent pas vaines. Dès 1943, le ministère de l’Information publie un fascicule, à mi-chemin entre rapport et propagande, qui détaille les exploits du QGOC entre 1940 et 1942, la part du lion étant attribuée à Jubilee 23. Plusieurs des arguments que l’on y retrouve sont tirés du Combined Report sur Dieppe et des « leçons retenues » colligées par Hughes Hallet au lendemain du raid 24. Parmi ces leçons, figure en bonne place la nécessité de fournir un appui-feu aérien et naval massif lorsque l’effet de surprise ne peut être garanti – une condition forcément difficile à remplir dans le cadre d’une opération amphibie d’envergure. À cela s’ajoute l’importance de couvrir la première vague d’assaut avec une artillerie légère et mobile opérant à partir des péniches de débarquement et susceptible de progresser sur le terrain – un atout absent de « Jubilee ».

Les autres leçons à retenir révèlent en creux la somme de lacunes tactiques et opérationnelles que représente«Jubilee ». Sont notamment recommandés : la formation de forces d’assaut navales mieux coordonnées ; davantage de flexibilité dans l’exécution du plan en attaquant sur un front aussi large que possible – c’est-à-dire sans compromettre l’efficacité de l’appui-feu naval et aérien – ; un ratio minimal de forces d’assaut pour un maximum de réserves : rétention des tanks aussi longtemps que les dispositifs antichars n’ont pas été détruits ; protection maximale des renseignements ; contournement des zones fortifiées et attaques sur les points faibles des côtes ; amélioration de la reconnaissance aérienne ; usage massif d’écrans de fumée aux points fortement défendus. À première vue, le post-mortem reconduit des principes admis dans les plans préliminaires, mais graduellement éliminés par la suite, dont le plus important selon Charles P. Stacey, le pilonnage aérien 25.

 

Premier historien à produire une étude objective sur le sujet, Stacey a par ailleurs sévèrement critiqué le plan pour son incohérence structurelle : « On a compté, dans cette opération, sur l’élément surprise plutôt que sur la puissance de choc, écrit-il ; et pourtant on ne pouvait espérer surprendre l’ennemi par l’attaque de front qui devait être lancée une demi-heure après les attaques de flanc. » 26 Cette interprétation a toutefois eu peu d’impact à sa sortie, au début des années 1960. Il faut attendre les années 1980, après la mort de Mountbatten et l’ouverture des archives avant que des historiens ne s’engouffrent dans la brèche ouverte par Stacey. Le plus notable d’entre eux reste, sans conteste, Brian Loring Villa avec la publication de son étude phare : Unauthorized Action: Mountbatten and the Dieppe Raid, laquelle remet complètement en cause la thèse des leçons. Son analyse, qui se concentre sur le processus décisionnel ayant conduit au raid, peut se résumer ainsi : Mountbatten l’aurait lancé de son propre chef sans obtenir l’aval de la chaîne de commandement habituelle. Il aurait ainsi servi des ambitions personnelles sans égard aux hommes impliqués dans ce qui se révélait d’emblée une mission suicidaire. Par la suite, la thèse des « leçons » aurait servi à masquer ses déficiences et à protéger la réputation de ses concepteurs, à commencer par le chef des opérations combinées. Ce faisant, Villa s’attaquait à un mythe fortement enraciné.

 

Lord Mountbatten en tête, les responsables du raid ont toujours soutenu que « la bataille du Jour J [avait] été remportée sur les plages de Dieppe » et que le sang versé avait épargné des vies à ce moment-là 27. Or, aucun élément de « Rutter », a fortiori de « Jubilee », ne permet d’affirmer qu’il s’agissait d’une « reconnaissance en force » ou encore d’un « test » en vue d’un débarquement futur. Dieppe représente davantage une nouvelle forme de raid, plus imposant en termes d’effectifs et de blindés certes, mais avec toujours les mêmes objectifs – destruction d’installations, de navires, capture de prisonniers, exfiltration, etc. Bref, un travail de commando à plus grande échelle. Pour autant, on ne s’appliqua pas à présenter les coups de main ayant précédé « Jubilee » comme autant de « répétitions » de l’invasion du continent européen 28. Si l’on en tira des enseignements – des opérations telles « Archery » et « Chariot »avaient déjà mis en évidence l’importance de bombardements préliminaires et d’un appui-feu mobile dans la phase initiale de débarquement 29 – apparemment, on n’en tint pas compte à Dieppe.

 

La vague d’assaut anglo-canadienne du Jour J a bénéficié certes du soutien des chars amphibie qui, débarqués en même temps que l’infanterie, se sont attaqués aux défenses côtières pendant que les hommes ont traversé la plage, la phase sans doute la plus délicate d’une opération amphibie. Peut-on pour autant affirmer qu’il s’agissait là des leçons retenues de Dieppe ? Aucunement, si l’on tient compte des études les plus récentes. Nul doute que « Jubilee » a attiré l’attention sur ce problème, mais les débarquements subséquents en Afrique du Nord, en Sicile et en Italie ont montré que les alliés avaient encore beaucoup à apprendre en terme d’opérations amphibies. Par exemple, le débarquement d’Anzio (opération« Shingle ») s’est enlisé dans une guerre d’attrition de plusieurs mois – Churchill lui-même affirma plus tard que l’opération avait été « son pire moment » 30. Autre grande « leçon » fréquemment invoquée : le raid de Dieppe aurait convaincu les alliés d’abandonner l’idée d’attaquer des ports et de débarquer plutôt sur des plages en utilisant des ports flottants Mulberry. Or, dès le 30 mai 1942, soit deux mois et demi avant le raid fatal, Churchill avait enjoint le chef des opérations combinées d’entamer la construction des ports flottants, signe que l’on n’a pas attendu les résultats de« Jubilee »pour envisager d’attaquer les maillons faibles du mur de l’Atlantique 31.

 

Conclusion

Rétrospectivement, on peine à trouver la moindre justification au déclenchement de « Jubilee ». Sur les plans tactique et opérationnel, les défaillances s’avèrent innombrables et la plupart des études récentes sur le sujet convergent vers un même diagnostic, implacable : un plan trop rigide et incohérent dans ses prémices mêmes – effet de surprise au centre compromis de facto par les attaques sur les flancs, exposant ainsi directement le gros des troupes débarquées aux tirs ennemis – ; appui-feu massif insuffisant dans le cadre d’un débarquement en force ; coordination déficiente – voire absente – des trois services, aspect pourtant prévisible compte tenu des résultats de « Yukon I » et « Yukon II ». Sur le plan stratégique, l’opération ne se révèle guère plus défendable. On peut raisonnablement douter qu’un raid de diversion impliquant 6 000 hommes, un coup d’épingle, ait pu changer quoi que ce soit à l’équilibre des forces en Europe. La pénible conquête de l’Italie le démontrera amplement par la suite.

 

La principale raison de déclencher« Jubilee » serait davantage à rechercher dans une dynamique propre à la DOC, ou plutôt dans sa logique organisationnelle. Conçu pour développer une expertise dans les opérations amphibies, l’organisme est en quelque sorte « condamné » à passer de raids à petite échelle à des plans d’invasion majeurs. Or, en 1942, ce calendrier reste soumis à de multiples contraintes, notamment sur le plan opérationnel. Cela expliquerait en partie pourquoi la marine et l’aviation ont refusé de risquer des ressources encore limitées dans un projet aussi hasardeux. Dans ce contexte, l’attaque sur Dieppe ressort comme le « chaînon manquant » entre deux échelles d’intervention : trop importante pour être un raid, trop limitée pour un débarquement et surtout dépourvue d’objectif clair. Une chimère, au sens propre comme au sens figuré, mais qui confirme le caractère expérimental de l’entreprise. En ce sens, la thèse des « leçons » ne s’avère pas totalement fausse : les alliés, à commencer par Mountbatten et Hughes-Hallett, deux capitaines de destroyer, sans véritable expérience de la guerre amphibie, avaient encore beaucoup à apprendre en la matière. En même temps, la guerre amorçait un tournant décisif avec l’invasion du continent européen comme horizon d’attente. La DOC se trouvait ainsi confrontée à une obligation de résultats sans disposer pour autant des moyens nécessaires. Réponse à ce dilemme, « Jubilee » devenait un tragique échappatoire, irréductible aux seuls motifs rationnels. Un cas d’école où, de toute évidence, le brouillard de la guerre se situait en amont du champ de bataille.

 

 

 

Notes

1  Pour le déroulement de l’opération, nous nous appuyons principalement sur le récit de l’historien militaire C. P. Stacey, lequel s’appuie sur les rapports et témoignages de soldats et d’officiers rescapés de Dieppe que nous avons également consultés. Stacey (C. P.), L’Armée canadienne, 1939-1945, résumé officiel, Ottawa, Ministère de la Défense nationale, 1949, p. 51-87 ; Six années de Guerre. L’armée au Canada, en Grande-Bretagne et dans le Pacifique, Ottawa, Ministère de la Défense nationale, 1957, p. 322-429. Nous avons également utilisé l’étude de Brereton Greenhous, Dieppe, Dieppe, Montréal, Art global et Ministère de la Défense nationale, 1992 : une monographie plus récente et nettement plus critique.

2  L’historien en chef du Service historique, Charles P. Stacey a visité le site de Dieppe après sa libération par les troupes canadiennes, entre les 2 et 5 septembre 1944. Il a pu examiner le site et en déduire l’état des défenses au moment du raid.Canadian Military Headquarter (CMHQ). Report 128, 20 novembre 1944. The Operation at Dieppe, 19 August 1942,Some New Information, p. 6-9.

3  Villa (Brian Loring), Unauthorized Action: Mountbatten and the Dieppe Raid, Toronto, Oxford University Press, 1994 ; 1989, p. 72.

4  Foot (Michael R.-D.), Des Anglais dans la Résistance. Le Service Secret Britannique d’Action (SOE) en France, 1940-1944, Paris, Tallandier, Texto, 2011. Traduction française de SOE in France: An Account of the Work of the British Special Operations Executive in France, 1940-1944, London,Whitehall History Pub., in association with Frank Cass, 2004 (première éd., 1966).

5  On compte 200 prisonniers et 169 morts sur un total de 611 commandos : Cherry(Niall), Striking back. Britain Airborne and Commando Raids, 1940-1942, Helion &Company, 2009, p. 234.

6  Le 27 avril 1942, par voie de plébiscite, le gouvernement libéral de Mackenzie King a demandé à la population canadienne de délier le gouvernement de sa promesse de ne pas imposer la conscription en vue du service outre-mer. La campagne du plébiscite donne lieu à des débats féroces et le résultat du vote confirme la division du Canada au sujet de sa politique de défense : le Québec refuse massivement d’accorder au gouvernement le pouvoir de recourir à la conscription (71,2 % de « non ») alors que les autres provinces approuvent tout aussi clairement le projet (80 % de « oui »).

7  Henshaw (Peter J.),  “The Dieppe Raid: A Product of Misplaced Canadian Nationalism ?”, The Canadian  Historical Review, 77, no 2, 1996, p. 250-266.

8  Stacey (Charles P.), Six années de guerre…, op.cit., p. 313-319 ; Coutu (Éric), « Le quartier général des opérations combinées et l’expédition canado-britannique au Spitzberg (août 1941) », Guerres mondiales et conflits contemporains, 4, 220, 2005, p. 45-69.

9  D’Amours (Caroline), Les fusiliers Mont-Royal au débarquement de Dieppe. Doctrine et entraînement au Canada et en Angleterre, mémoire de maîtrise, Université Laval, 2009, p. 109-117. Dans Brereton Greenhous, Dieppe, Dieppe,op.cit., p. 43, une photo de l’entraînement montre les fusiliers Mont-Royal sur une plage, visant un ennemi fictif au sommet d’une falaise, genou à terre comme pour le tir au pigeon. Ils sont munis de fusils à verrou Lee-Enfield, à peine différents de ceux qui armaient leurs pères pendant la Première Guerre mondiale.

10 « Si la condition physique des hommes est raisonnablement bonne, les courses d’assaut et les marches rapides ont montré qu’il fallait que de grands progrès soient encore faits. En marche rapide, les unités sont capables de parcourir 5 miles en 45 min. mais il leur faut de 1h30 à 2h pour parcourir 6 miles. En course d’assaut, les troupes sont capables de réaliser une course complète mais, bien souvent, elles sont ensuite incapables de combattre ou de tirer avec précision. » Cité par Charles P. Stacey, CMHQ, Report 100. Operation “Jubilee”: The Raid on Dieppe, 19 Aug 42. Part I: The Preliminaries of theOperation, p. 16.

11  À ce sujet, consulter Brereton Greenhous, op.cit., p. 33-57.

12  Greenhous (Brereton), Ibid., p. 57.

13  Le service de la censure mentionne à cet égard que Dieppe a servi de leçon à la censure et aux services de renseignement de l’armée. Dans leur rapport final, les censeurs admettent avoir été imprudents en laissant diffuser dans les journaux des informations relatives aux manœuvres de la 2e division canadienne avant le raid.Voir la traduction française expurgée de ce rapport : Comeau (Paul-André), Beauregard (Claude) et Munn (Edwidge), La Démocratie en veilleuse. Rapport des censeurs, 1939-1935, Montréal, Québec/Amérique, 1995, p. 44. Document original : Ministère de la Défense nationale (MDN), Service historique (SHist), 72/295, A Narrative on the Organization, Activities and Demobilization of Censorship During the War 1939-1945, 31 janvier 1946.

14  Lire à ce sujet : Henshaw (Peter), “The Dieppe raid…”, op.cit. ; Villa (Brian Loring) et Henshaw (Peter), “The Dieppe Raid Debate ; Brian Villa Continues the Debate”, The Canadian Historical Rewiew, 79, no 2, juillet 1998, p. 304-315.

15  Brian Loring Villa s’est montré particulièrement critique à ce sujet accusant les responsables de la marine et de l’aviation d’avoir fait preuve d’inhumanité dans leur refus d’accorder le soutien qui s’imposait aux troupes terrestres. Voir Unauthorized Action…, op.cit., p. 95-162.

16 Canadian Military Headquarters(CMHQ), Report 100.Operation “Jubilee”: The Raid on Dieppe, 19 Aug 42. Part I: The Preliminaries of theOperation.

17  Le Bomber Command avait déjà engagé ses appareils à Saint-Nazaire (opération « Chariot ») et à Vaagso (opération « Archery »), sans résultat significatif, semble-t-il. Lucas-Phillips (C. E.), The Greatest raid of All,London, Pan Books, 2000, p. 129 ; Fergusson (B.), The Watery Maze: The Story of Combined Operations, London, Collins, 1961, p. 133-138. Par la suite, Brian Loring Villa reprochera au Bomber Command d’avoir refusé d’impliquer ses appareils dans l’opération, un manque de soutien qu’il estime avoir été fatal aux troupes déployées au sol. Brian Loring Villa, Unauthorized Action…, op.cit., p. 150-153 ; p. 160-162.

18  Pour un bilan des pertes complet, consulter le tableau de Charles P. Stacey, Six années de guerre… op.cit., p. 80.

19  C’est en particulier la thèse que développe l’historien Brian Loring Villa dans son ouvrage, Unauthorized Action…, op.cit.

20  Austin (Alexander), We Landed at Dawn, London, Holder and Stoughton, 1942 ; Reynolds (Quentin), Dress Rehearsal: the Story of Dieppe, London, Angus & Robertson, 1943.

21  Hught (Henry), A Reappraisal of the Dieppe Raid, 19 August 1942 : Planning, Intelligence and Execution, Ph.D. Cambridge University, 1966, p.187-188.

22  Tim Balzer.

23  Anonyme, Combined Operations ; 1940-1942, London, HMSO, 1943.

24  Mahoney (Ross W.), The Royal Air Force,Combined Operations Doctrine and the Raid on Dieppe, 19 August 1942,Master of Arts, University of Birmingham, August 2009, p. 25.

25  Stacey (Charles P.), Six années de guerre…, op.cit., p. 348-349.

26  Stacey (Charles P.), Six années de guerre…, op.cit., 414. Voir aussi :CMHQ,Report 109. Operation “Jubilee”: The Raid on Dieppe, 19 Aug 42. Part III : Some Special Aspects, 17 December 1943.

27  Mountbatten, cité par Robin Neillands,The Dieppe Raid: The Story of the disastrous 1942 Expedition, Bloomington, Indiana University Press, 2005, p.267. Voir également la déclaration du général Crerar citée dans dans CMHQ. Report128,op.cit.,Appendix B.

28  Neillands (Robin), op.cit., p. 265.

29  Neillands (Robin), op.cit., p. 44-54.

30  “Anzio was my worst moment.” Cité par Jablonsky (David), Churchill, the Great Game and Total War, London, Routledge, 1991, p. 86. Voir aussi : Zaloga (Steven J.), Dennis (Peter), Anzio 1944: The Beleagued Beachhead, OxfordOsprey Publishing, 2005, p. 24. ; Tomblin (Barbara), With Utmost Spirit: Allied Naval Operations in the Medditerranean, 1942-1945, Lexington, University Press of Kentucky, 2004, p. 315-358.

31  Reproduit dans Winston Churchill, The Second World War: Closing the Ring, New York, The riverside Press, 1951, p. 73.

 

 

Auteur

Béatrice Richard

Professeur agrégé et docteur en histoire, elle enseigne l’histoire militaire et stratégique au Collège militaire royal du Canada (Division des études permanentes) et au Collège militaire royal de Saint Jean, où elle occupe le poste de coordonnatrice des cours d’histoire du programme d’études militaires professionnelles pour les officiers et des programmes d’étude de premier cycle offerts à distance. Elle a notamment publié : La mémoire de Dieppe. Radioscopie d’un mythe (Montréal, VLB éditeur, 2002, 205 pages).

Droits d’auteur

© Revue historique des armées

70 ans après, le raid de Dieppe revisité Dieppe_pebble_beach

La plage et les falaises de Dieppe juste après le raid du 19 août 1942. Au premier plan, un véhicule de reconnaissance Daimler Dingo abandonné

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Photographie aérienne durant le débarquement

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Char Churchill à Dieppe, août 1942.

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Char Churchill canadien abandonné après l’opération.

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Prisonniers alliés, encadrés par des soldats allemands, en marche vers la captivité

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prisonniers Canadien dans Dieppe.

sources

http://rha.revues.org/index7427.html

http://militaires-d-hier.forumgratuit.org/t683-dieppe-1942?highlight=dieppe

 

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

23 février 2013

Bataille de la Poche de Falaise

Classé sous — milguerres @ 22 h 59 min

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Bataille de la Poche de Falaise

La Poche de Falaise ou Poche de Chambois – Mont-Ormel ou encore Poche de Falaise-Argentan pour les Anglo-Saxons, fut le théâtre de la dernière opération de la bataille de Normandie pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette opération se déroula du 12 au 21 août 1944 dans une zone située entre les quatre villes normandes de Trun, Argentan, Vimoutiers et Chambois pour s’achever près de Falaise.
La bataille de la poche de Falaise est une victoire stratégique pour les Alliés. Confinés en Normandie pendant deux mois, ils projettent enfin leurs forces dans tout le nord de la France, et manquent de peu l’encerclement de deux armées allemandes avec leurs dizaines de divisions.
En cela, la victoire est peu concluante et a occasionné une controverse entre Américains et Britanniques qui dure encore aujourd’hui.

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Carte de la bataille de Normandie

Après le débarquement de Normandie du 6 juin 1944, la guerre s’enlise côté américain devant Saint-Lô dans la bataille des haies, et côté Anglo-Canadien dans la bataille de Caen ; la progression est difficile vers Falaise.
Le maréchal Bernard Montgomery se bat avec une armée anglo-canadienne à coup d’opérations limitées et violentes. Faisant face à la majorité des moyens blindés de la Wehrmacht1, sur un terrain (de bocages normands) défavorable à l’offensive motorisée, la progression britannique est lente et coûteuse.

L’opération Cobra du 25 juillet 1944, coup de tonnerre planifié par le général Omar Bradley, libère soudainement toute la 3e armée du général Patton après cinquante jours de petites avancées2. Le 1er août 1944, la percée d’Avranches permet le jaillissement des divisions américaines vers la Bretagne, seconde étape du plan Overlord. Il devient vite évident que, devant la faiblesse de la 7e armée allemande, une occasion unique se présente d’asséner un coup massif à la Wehrmacht. Une réunion entre Bradley et Montgomery, le 2 août 1944, parvient à la conclusion qu’un seul corps d’armée américain, avec le concours de la Résistance française, serait suffisant pour nettoyer la Bretagne3. D’autre part, on décide que le général Patton devrait s’assurer les passages de la Loire au sud, « et se tenir prêt à se lancer vers l’est (Paris) avec de puissantes forces blindées et motorisées »3.
Contre toute logique militaire, plutôt que de se replier en ordre sur les coupures fluviales après la percée américaine, Adolf Hitler imagine une offensive sur Mortain. En décidant cela, il pousse en effet l’armée allemande vers la destruction4. Le Führer a pris personnellement en charge les opérations militaires à l’Ouest depuis l’attentat du 20 juillet 1944, car il a perdu toute confiance dans les militaires de ses états-majors. Il n’écoute plus aucun avis, ni aucune mise en garde5. C’est donc un plan complet de la main d’Hitler qui est adressé au maréchal von Kluge. La contre-attaque de Mortain, lancée le 7 août 1944, est un échec cuisant pour les Allemands, qui laissent une partie de leurs forces très dangereusement en pointe.

Relations et réorganisations alliées

Cette fin de bataille de Normandie se déroule sous fortes tensions entre Alliés britanniques et américains, voire entre Anglais et Canadiens. Les opérations se prolongent depuis beaucoup trop longtemps sans vraie victoire stratégique. Au plus haut niveau politique, les interrogations sont multiples. Des conflits larvés se font jour et gangrènent la confiance mutuelle qui avait prévalu jusqu’ici. Par ailleurs, le nombre de divisions placées sous l’autorité de la 1re armée américaine allant croissant, la situation commence à être difficilement gérable pour le général Bradley6. Aussi, le général Dwight Eisenhower, commandant en chef du théâtre d’opérations Europe (ETO) profite-t-il de la victoire américaine d’Avranches pour réorganiser le commandement allié.
Jusqu’alors, l’ensemble des opérations terrestres avait été pris en main par le général Bernard Montgomery, chef du 21e groupe d’armées. Eisenhower crée le 12e groupe d’armées et met à sa tête le général Omar Bradley, jusqu’ici chef de la 1re armée américaine. Courtney Hodges est nommé commandant de la 1re armée américaine. Montgomery reste commandant en chef des forces terrestres, mais le général Dwight Eisenhower s’apprête à prendre sa place, afin d’être en position d’arbitre des deux commandants de groupe d’armées7. Enfin, le débarquement de la 4e division blindée canadienne permet aux Canadiens de gagner leur autonomie par la création d’une armée forte de deux corps d’armée, dont un canadien à deux divisions blindées et deux divisions d’infanterie8.

Situation du haut commandement allemand

Le contexte est marqué par la confusion issue des complexités d’organisation de la Wehrmacht. Le maréchal von Kluge est un fidèle d’Hitler. À ce moment de la bataille, il combine les rôles de commandant du groupe d’armées B et de commandant en chef des forces armées à l’Ouest9. Soupçonné d’être impliqué dans le complot du 20 juillet contre Hitler, il agit avec un zèle extrême et fait tout pour s’affranchir des soupçons du Führer. Aussi, tous les ordres qu’il reçoit sont-ils traités à la lettre, sans aucune forme d’interprétation, aboutissant au final aux pires catastrophes. Pendant la journée du 15 août 1944, à l’occasion d’une inspection dans la poche, suite à une attaque aérienne sur son petit convoi d’accompagnement et la destruction du véhicule de communication10, il disparaît sans donner de nouvelles, réapparaissant au QG du général Eberbach à la nuit tombée ; il a fallu 16 heures au convoi pour parcourir 80 km10. Les soupçons de trahison sans aucun fondement11,10 pèsent de plus en plus sur le Feldmarschal, finalement révoqué le soir du 17 août par Hitler10. Walter Model, le pompier de service12, en provenance du Front de l’Est, le remplace au pied levé dès le 18 août 1944, au pire moment de la bataille. Von Kluge est convoqué à Berlin pour s’expliquer, destination qu’il n’atteindra jamais, car, au cours du trajet, il se suicide au cyanure, le 19 août, au bord de la route, laissant une lettre assez prophétique adressée à Hitler13.

Autre personnage, le général Heinrich Eberbach est en charge de la 5e armée blindée. Il fait face aux Anglo-Canadiens, qui pressent pour capturer Falaise.
En opposition aux ordres reçus, il refuse de libérer trois divisions de panzers pour la contre-attaque de Mortain, considérant comme imminente l’attaque contre ses propres positions14. Dès avant la fin de la contre-attaque allemande sur Avranches, l’opération Totalize démarre face à ses troupes, lui donnant raison après-coup. Mais ce refus d’obtempérer l’amène à la disgrâce aux yeux d’Hitler, qui le relègue au commandement d’un corps d’armée blindé (Panzergruppe Eberbach). Le général SS Sepp Dietrich le remplace à la tête de la 5e armée blindée15. Le général SS Paul Hausser commande de son côté la 7e armée allemande au grade d’Oberstgruppenführer (général de corps d’armée). Premier général de la Waffen-SS à commander une armée, il est haï par le haut commandement du fait de sa promotion trop rapide. Son armée est littéralement vaporisée par l’opération Cobra, qui le laisse avec des restes de divisions à gérer16. En résumé, le commandement en chef est donc confié à un fidèle d’Hitler en plein milieu de la bataille, le général Model, et les deux armées sous son autorité, à deux généraux de la Waffen-SS, signe clair de la défiance d’Hitler envers la Wehrmacht.
Forces en présence[modifier]

Les Alliés sont organisés en deux grandes forces, l’une anglo-canadienne et l’autre américaine. Les Allemands, après leur échec de Mortain, ont des forces très affaiblies, mais encore combattives.

Ordre de bataille lors de la bataille de la poche de Falaise

Ce qui suit est l’ordre de bataille des forces militaires en présence lors de la bataille de la Poche de Falaise, qui eut lieu du 12 au 21 août 1944 lors de la Seconde Guerre mondiale.

Forces Allemandes

L’ensemble des forces allemandes participant à la bataille de la Poche de Falaise font partie de l’OB West sous les ordres du Generalfeldmarschall Walter Model.
Les unités allemandes ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes. Elles sont totalement usées par les deux mois de combats en Normandie. Sur le papier, la Wehrmacht aligne 28 divisions dont 10 blindées, mais on sait qu’il ne s’agit plus, dans la plupart des cas, que de débris. On estime qu’elle n’est forte qu’au maximum de 250 000 hommes et 250 chars pour faire face aux Alliés dans cette ultime bataille en Normandie1.

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Organisation et composition de l’armée allemande

5e Panzer Armee
La 5e Panzer Armee est sous les ordres du General der Panzertruppen Heinrich Eberbach
1er SS-Panzerkorps sous les ordres du General der Infanterie Joseph Dietrich
1re Panzerdivision SS Leibstandarte Adolf Hitler
12e Panzerdivision SS Hitlerjugend
Heinrich Eberbach
2e SS Panzer Korps sous les ordres du General der Infanterie Willi Bittrich
9e Panzerdivision SS Hohenstaufen
10e Panzerdivision SS Frundsberg
277e division d’infanterie
47e Panzer Korps sous les ordres du General der Infanterie Hans von Funck
2e Panzerdivision
116e Panzerdivision
276e division d’infanterie
326e division d’infanterie
86e Korps sous les ordres du General der Infanterie Dietrich von Obstfelder
21e Panzerdivision
16e Luftwaffen-Feld-Division
346e division d’infanterie
711e division d’infanterie

7e Armee
La 7e Armee est sous les ordres du General der Panzertruppen Paul Hausser
84e Corps d’armée sous les ordres du General der Infanterie Dietrich von Choltitz

Panzer Lehr Division
2e Panzerdivision SS Das Reich
17e Panzergrenadier Division SS Götz Von Berlichingen
5e Luftwaffen-Feld-Division
91e Luftland Division
243e division d’infanterie
275e Luftland Division
343e division d’infanterie

25e Corps d’armée sous les ordres du General der Artillerie Wilhelm Fahrmbacher
77e Luftland Division
265e division d’infanterie
266e division d’infanterie
319e division d’infanterie
343e division d’infanterie
2e Falschirm division
Ce corps d’armée se trouve en Bretagne, et ne participe donc pas à la bataille de la Poche de Falaise

Forces Alliées

12e Groupe d’Armée
Le 12e Groupe d’Armée est sous les ordres du Général Omar Bradley

691917800px12eGA
Organisation et composition de l’armée américaine

1e US Army sous les ordres du général Courtney Hodges
7e corps du général Lawton Collins
3e Armored Division
1re Infanterie Division
4e Infanterie Division
9e Infanterie Division
30e Infanterie Division
19e corps du général Charles Corlett
2e Armored Division
28e Infanterie Division
3e US Army sous les ordres du général Georges Patton
8e corps du général Troy Middleton
6e Armored Division
2e Infanterie Division
8e Infanterie Division
29e Infanterie Division
83e Infanterie Division
12e corps du général Gilbert Cook
4e Armored Division
35e Infanterie Division
15e corps du général Wade Haislip
2e Division Blindée Française
5e Armored Division
79e Infanterie Division
90e Infanterie Division
20e corps du général Walton Walker
7e Armored Division
5e Infanterie Division
80e Infanterie Division

21e Groupe d’Armée
Le 21e Groupe d’Armée est sous les ordres du Général Bernard Montgomery

454034770px21eGA
Organisation et composition de l’armée britannique

1re Armée canadienne sous les ordres du général Henry Crerar
1er corps du général John Crocker
3e Infanterie Division
51e Highland Division
6e Airborne Division
2e Corps canadien du général Guy Simonds
1re division blindée polonaise
5e Division blindée canadienne
2e Division d’infanterie canadienne
3e Division d’infanterie canadienne
2e Armée Britannique sous les ordres du général Miles Dempsey
8e corps du général Richard O’Connor
Guards Armoured Division
11e Armoured Division
15e Scottish Division
12e corps du général Neil Ritchie
49e West Riding Division
53e Welsh Division
59e Scottish Division
30e corps du général GC Bucknal
7e Armoured Division
43e Wessex Division
50e Northumbrian Division
Notes
↑ Martin Blumenson, La Libération

Alliés

Depuis la réorganisation d’août, le 21e groupe d’armées du général Montgomery est organisé en deux armées distinctes : la 2e armée britannique du général Sir Miles Dempsey et la 1re armée canadienne du général Harry Crerar. L’armée britannique est forte de trois corps d’armée à trois divisions chaque. L’armée canadienne est constituée de deux corps d’armée. Ces forces totalisent 16 divisions, dont cinq blindées, soit 240 000 hommes et 1 500 blindés17. Ce début du mois d’août voit l’engagement de la 1re division blindée polonaise du général Maczek, juste débarquée le 31 juillet.

Le 12e groupe d’armées du général Omar Bradley est organisé en deux armées de la même manière : la 1re armée américaine du général Courtney Hodges à deux corps d’armée et la 3e armée américaine du général George Patton à quatre corps d’armée. Les Américains disposent ainsi de 21 divisions, dont 6 blindées, y compris la 2e division blindée française du général Leclerc, soit 320 000 hommes et plus de 2 000 blindés.
Bien que très fortement affectées par la guerre d’usure qu’elles viennent de subir, les troupes alliées restent quasiment à 100 % de leur capacité grâce à la puissance du système de ravitaillement allié18. Le moral est très haut depuis la victoire de Patton et son échappée en Bretagne. Le soldat allié sent que la victoire décisive est à portée. Les forces alliées totalisent ainsi 37 divisions dont 11 blindées, ou près de 600 000 hommes et 3 500 chars, y compris les unités rattachées (brigades et bataillons divers)19. La supériorité numérique alliée est donc totale, sur terre comme dans les airs.
Allemands[modifier]
Après la réforme organisationnelle du 6 août, précédant l’offensive allemande sur Avranches, deux armées allemandes sont en ligne face aux Alliés. Les unités qui les composent ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes, totalement usées par les deux mois de combats en Normandie. Elles ne consistent plus, pour la moitié d’entre elles, qu’en groupements tactiques (Kampfgruppe) totalisant moins de la moitié (parfois moins du quart) de leur force initiale ; l’appellation de division doit donc être relativisée dès lors qu’elle s’applique au camp allemand. Le général allemand Hausser estime que la bataille de Normandie a détruit pratiquement huit divisions allemandes en juillet20.
Cela dit, la force allemande de Normandie encore en place début août 1944 reste une puissance respectable, encore correctement équipée en blindés et moyens antichars, dont environ 100 canons de 88 mm et 75 mm devant Falaise21.

L’armée allemande pèche encore et toujours sur le plan logistique, avec une capacité faible d’approvisionnement en munitions et une incapacité quasi complète à remplacer les pertes en hommes et matériels. Le moral des soldats allemands de cette période de la guerre était en général faible, encore amoindri par l’échec de la contre-attaque de Mortain. Certaines unités connaissent même des redditions massives pendant la progression rapide des Américains après la percée d’Avranches.
Seules quelques unités fanatiques de la Waffen SS ont une capacité de rétablissement moral leur permettant de contre-attaquer efficacement22. L’articulation de l’armée allemande est la suivante23 :
La 5e armée blindée du général Eberbach comporte quatre corps d’armée pour un total de 12 divisions dont 4 divisions blindées ;
La 7e armée du général Hausser composée de quatre corps d’armée aligne 16 divisions dont 6 blindées.
Ainsi, sur le papier, la Wehrmacht aligne 28 divisions dont 10 blindées, mais on sait qu’il ne s’agit plus, dans la plupart des cas, que de débris. On estime qu’elle n’est forte qu’au maximum de 250 000 hommes et 250 chars pour faire face aux Alliés dans cette ultime bataille en Normandie19.

Physionomie du champ de bataille

Le champ de bataille de la poche de Falaise est un quadrilatère dont les quatre angles sont initialement les villes de Condé-sur-Noireau, Flers, Argentan et Falaise. Les dimensions de ce rectangle sont de 40 km sur 20 km. Ce rectangle est divisé par deux coupures fluviales d’importance, orientées sud-nord : l’Orne à l’ouest et la Dives au centre. Ces deux cours d’eau ont creusé des vallées encaissées bordées de fortes dénivellations, canalisant les mouvements vers les routes. Les ponts et passages divers deviennent rapidement des objectifs stratégiques. Trois routes permettent des déplacements est-ouest : Falaise-Vire, Argentan-Flers et la petite départementale Argentan-Vire, qui est la voie d’évacuation principale de la Wehrmacht. Cette dernière route traverse une hauteur escarpée au nord-est de Trun, le Mont-Ormel, secteur stratégique dont la valeur n’échappe pas aux belligérants. Falaise constitue la limite nord du bocage normand. Le terrain des combats est ainsi semé de champs ouverts, et donc moins propices aux actions défensives, hormis dans les agglomérations adjacentes.

Les plans : le dilemme après la percée

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Carte physique du secteur des combats de la poche de Falaise

Les Alliés sont au courant de l’état catastrophique des forces allemandes, ainsi que de l’incapacité du commandement allemand à les renforcer. En effet, le groupe Ultra, spécialisé dans le décodage d’Enigma, alimente le haut commandement allié en informations secrètes, de nature à déjouer tous les plans allemands18. C’est sur cette base que la contre-attaque allemande vers Avranches a pu être déjouée ; c’est aussi à l’aide de ces informations décisives que les Alliés décident d’encercler les Allemands.
Le haut commandement allié est pris dans le dilemme classique d’une armée qui perce subitement un front fixe : exploiter ou encercler ? Le commandement allemand avait connu cette expérience difficile sur le Front de l’Est, notamment en 1941, en choisissant l’encerclement au détriment de l’exploitation lointaine24. C’est un casse-tête car un général ne dispose en effet jamais de suffisamment d’effectifs pour atteindre les deux objectifs simultanément (encerclement et poursuite). Le premier réflexe du commandement allié est d’exploiter, puisque la 3e armée américaine du général Patton lance déjà des pointes en Bretagne puis aussi vers le Mans19. Aussi, les informations reçues à la fois d’Ultra et de la reconnaissance aérienne occasionnent un changement de plans. Un consensus émerge rapidement au sein du haut commandement allié afin d’envisager l’encerclement des forces allemandes situées à l’ouest de la Dives25.

Les intentions anglo-canadiennes : objectif Falaise puis fermeture de la poche

Le 21e groupe d’armées sort juste de l’opération Totalize. Cette action opérationnelle avait été lancée le 7 août 1944, après la capture du mont Pinçon par la 43e division d’infanterie britannique. Le IIe corps canadien du général Guy Simonds26, appuyé sur sa gauche par la 1re DB polonaise s’élance plein sud. Au prix de très violents combats incluant des bombardements massifs par l’artillerie et l’aviation, les Canadiens parviennent à s’approcher à 10 km de Falaise, mais sont stoppés par la résistance acharnée des soldats de la 12e division blindée SS le 10 août 194427. Ceux-ci savent parfaitement utiliser le terrain coupé de haies du bocage normand28.

Afin de poursuivre l’offensive, le général Montgomery a pour ambition de rouler vers la Seine, via un très large encerclement29. Le 10 août, il expose son plan30 à Bradley et Eisenhower, mais la décision est prise de réaliser un mouvement en pinces vers Argentan et Falaise. Le vainqueur d’El Alamein met immédiatement au point une nouvelle opération, baptisée Tractable, dont le départ est prévu le 14 août. L’objectif est de s’emparer de Falaise le plus vite possible afin de couper les routes de retraite allemandes. L’objectif secondaire doit permettre de gagner les passages sur la Dives afin d’empêcher tout reflux allemand vers la Seine. Le commandement anglo-canadien a désormais de bonnes chances de réussite, puisque le front allemand devant lui est dégarni au profit des secteurs qui font face aux Américains31.

Les intentions américaines : objectif Argentan, mais pas plus loin

Depuis le 1er août 1944, la 3e armée américaine s’extrait de Normandie et se répand en Bretagne et en Mayenne. Après la libération du Mans, l’ordre est donné au XVe corps américain d’effectuer un crochet vers le nord, objectif Argentan.
Le général Bradley, que le contexte politique[Lequel ?] des offensives inquiète , respecte une certaine délimitation du terrain d’attaque. Il craint une collision meurtrière entre les Canadiens qui avancent via un axe nord-sud, et les troupes du général « Ham » Wade Haislip, à la tête du XVe Corps. Les forces américaines ne doivent pas dépasser une position située un peu au nord d’Argentan19.
Plans allemands[modifier]
Le maréchal von Kluge se rend parfaitement compte des intentions des Alliés, que ceux-ci cherchent à l’encercler. Il le rapporte à Hitler dans des messages nombreux et constants32. Alors que le Führer exige la reprise de la contre-offensive sur Avranches, les troupes de Patton capturent Alençon le 12 août. C’est une importante contrariété pour les Allemands, car la cité normande est la principale base logistique de la 7e armée. Dès lors, le haut commandement allemand n’a plus d’autre choix que la retraite. Mais c’est sans compter sur la rigidité d’Hitler qui refuse obstinément toute retraite. Il n’accepte que quelques ajustements du front, toujours enfermé dans son univers personnel, coupé de toutes les réalités33. Ce sont donc deux armées allemandes ligotées qui doivent se battre contre une tentative d’encerclement par quatre armées alliées décidées à obtenir une victoire décisive.
Le déroulement de l’offensive et la situation dans la poche du 12 au 16 août 1944[modifier]

La poche de Falaise est déjà totalement délimitée le 12 août 1944. De la forme d’un U allongé de 30 km, l’ouverture de 9 km de large se trouve orientée à l’est. À cette date Falaise, Argentan, Flers et Condé-sur-Noireau délimitent son espace.

Situation alliée au sud

Le 12 août, le XVe corps d’armée américain lance son offensive vers le nord afin de contribuer à la fermeture de la poche. Ceci selon les ordres de Patton qui avait exigé que ses troupes atteignent la ligne Sées-Carrouges dès que possible34. Les 5e DB et 79e DI américaines occupent Sées alors que la 2e DB française du général Leclerc, appuyée de la 90e DI américaine, s’empare d’Alençon.
C’est un coup très dur pour les Allemands, car Alençon forme un centre de ravitaillement important de la 7e armée allemande.
La situation logistique de ces troupes, déjà déplorable, ne peut que devenir désespérée.
Afin de contrer cette grave menace, le nouveau groupement blindé (Panzergruppe) Eberbach est concentré afin de contre-attaquer vers Alençon, reprendre la ville, et détruire les forces blindées alliées du secteur35. Sur le papier, les forces en présence sont impressionnantes avec cinq divisions blindées et une division d’infanterie36. La réalité est évidemment loin de ces chiffres et donne une fausse impression de puissance.
Le 13 août, la 2e division blindée allemande37 se met en marche sur deux colonnes vers le sud. Mais en raison de la couverture aérienne alliée, elle n’atteint pas ses objectifs. Elle se retrouve en pointe à Rânes le 14 août et perd le contact avec le groupement blindé Eberbach, sans avoir menacé en quoi que ce soit la progression alliée38. Le groupement blindé Eberbach se replie dès lors sur Argentan afin de défendre la ville.
Patton décide d’engager le XXe corps d’armée américain à droite du XVe corps, afin de couvrir le flanc droit de l’attaque.
À cette fin, la 80e DI américaine est poussée vers Bourg-Saint-Léonard.
Au même moment, les Ve, VIIe et XIXe corps américains solidifient leurs fronts afin de repousser uniformément les Allemands vers le fond de la poche39.
Sans en référer au général Montgomery, le général Bradley arrête ses troupes juste au sud d’Argentan le 13 août, au moment où elles allaient se jeter sur la ville pratiquement sans défenses40.
Considérant que l’ennemi est très faible entre la Dives et la Seine, et qu’une bonne partie des Allemands a réussi à s’enfuir41, il souhaite consacrer une part du XVe corps américain à une progression plein Est avec Dreux pour objectif primaire. Cette division des forces va avoir des conséquences funestes sur le plan initial et la fermeture de la poche42.

La situation alliée au nord

L’opération Tractable est lancée le 14 août à la mi-journée. Cette fois, la détermination est totale chez les Canadiens et les Polonais : on ne s’arrêtera pas à Falaise capturée mais on poursuivra dans la foulée sur Argentan, Monty ayant été très clair sur les objectifs : capturer Trun43. Une fois de plus, une masse blindée est mise en place, avec de l’infanterie montée dans des chars sans tourelles44. L’ensemble se met en marche derrière un écran de fumigènes destiné à aveugler les défenseurs. L’infanterie allemande est totalement submergée.
La rivière Laizon est rapidement franchie, et le premier rideau antichar ennemi forcé en fin d’après-midi. À la tombée de la nuit, les pointes de la 3e division canadienne ne sont plus qu’à 5 kilomètres de Falaise45. Une diversion canadienne opérée par la 2e division d’infanterie devait attirer les réserves allemandes. Mais un groupement tactique de la 12e division blindée SS46, renforcé d’une dizaine de pièces de 88 mm, barre le passage sur la dernière crête avant Falaise. Des notes de briefing sont capturées sur un officier canadien tué, lesquelles indiquent clairement l’axe d’offensive allié. La feinte n’a pas pris. De nuit, des patrouilles atteignent la route de Falaise à Saint-Pierre-sur-Dives. Toutefois, les Allemands résistent toute la journée du lendemain 15 août avec l’acharnement du désespoir47. Pendant ces événements, la 1re division blindée polonaise parvient à franchir la Dives à Jort, ce qui constitue un exploit. En somme, une assez bonne journée pour la 1re armée canadienne.

Le 16 août, la 2e division d’infanterie canadienne attaque brusquement Falaise par l’ouest et surprend la petite garnison allemande. Au soir, toute la ville est aux mains des Canadiens, à l’exception de l’École normale qui ne cède que le lendemain du fait de la résistance acharnée de cinquante Hitlerjugend fanatisés, seuls trois survivants sont capturés. Comme la situation est favorable, le général Simmonds décide que la 4e division blindée a désormais Trun pour objectif, en conjonction avec les Polonais. Le général Crerar ordonne son Ier corps vers Lisieux tout en le renforçant de la 7e division blindée britannique.
Les deux pinces de la tenaille alliée ne sont plus désormais séparées que par 19 kilomètres.

Les Allemands

« Cette journée a été la plus atroce de ma vie » — Adolf Hitler48.
S’exprimant le soir du 15 août 1944 en conférence avec ses officiers, le Führer a vu tous ses ordres de la journée contrariés par les événements, les uns après les autres47. La grande affaire du jour avait été le début de l’opération Anvil-Dragoon, le débarquement de Provence dans le sud de la France. L’ouverture d’un troisième front49 à l’Ouest marque un tournant dans la bataille de France. Ce même jour, les mauvaises nouvelles du front normand n’ont cessé de s’accumuler. Les jours précédents, l’ensemble de la 7e armée se trouvait encore à l’ouest de l’Orne avec les restes d’une quinzaine de divisions. Hitler espérait encore contre-attaquer une nouvelle fois en direction d’Avranches. Il refusait jour après jour toutes les demandes de repli. Mais comment admettre qu’une contre-attaque de vingt divisions soit lancée à nouveau, alors que loin derrière, « l’ennemi s’affaire à nouer le nœud coulant avec lequel il va l’étrangler » 50? Finalement en fin de journée, Hitler renonce à cette opération sans espoir de succès, et accepte, sous la pression des événements, de replier ses troupes derrière l’Orne. Mais n’est-il pas trop tard ?
Le 16 août, le maréchal von Kluge, juste avant son départ, donne l’ordre de retraite générale à la 7e armée11. Dès son arrivée, le maréchal Model confirme immédiatement l’ordre de son prédécesseur, et le complète en incluant le groupement blindé Eberbach. La situation dans la poche devient difficile du fait de la raréfaction des voies de retraite. Seuls quatre ponts restent accessibles pour le franchissement de l’Orne51. Cette concentration de colonnes est une aubaine pour l’aviation alliée qui se jette sur ces cibles faciles. Rappelons que la grande majorité des moyens de transport allemands de cette époque est encore largement hippomobile. Les chevaux sont victimes de ces combats et leurs cadavres remplissent littéralement certaines zones des combats. Les rares forces encore actives à la disposition du général Hausser effectuent quelques combats de retardement qui permettent de contenir les Américains au sud. La situation est bien plus grave face aux Canadiens.

Vers un Stalingrad en Normandie ? 17 au 21 août 1944

Pour rappel, la bataille de Stalingrad d’octobre 1942 à janvier 1943 avait provoqué l’annihilation complète de la 6e armée allemande du maréchal Paulus. Les Allemands y perdirent définitivement environ 230 000 hommes, plus le matériel d’une douzaine de divisions et la capture d’un maréchal et de 25 généraux. Peut-on établir un parallèle entre cette véritable victoire stratégique soviétique et la bataille de Falaise ?

Hésitations alliées

Vissé sur les directives de l’opération Overlord, le commandement allié suit le plan Cossac de 1943 qui prévoit une progression relativement lente mais systématique vers l’Allemagne52. Une frontière imaginaire existe entre les Américains et les Anglais, laquelle ne doit pas varier, même devant les événements favorables de début août 1944. Le général Bradley décide, de ce fait, de ne pas effectuer d’effort important au delà d’Argentan, afin de pousser rapidement vers la Seine53. Dans l’esprit du stratège américain, il revient à la 1re armée canadienne de fermer la poche. D’autant que « la majorité des forces de la 7e armée allemande avait dû s’échapper », pense-t-il. Aussi, une partie du XVe corps américain54 est-il dirigé vers Dreux dès le 15 août. La 2e division blindée française et la 90e division d’infanterie sont laissées face à Argentan en flammes, toujours occupée par la 116e division blindée du groupement Eberbach.

Le 16 août, le maréchal Montgomery appelle le général Bradley pour lui proposer que les Canadiens et les Américains se rencontrent sur une zone entre Trun et Chambois55. Immédiatement, Patton donne l’ordre aux 80e et 90e divisions d’attaquer entre Argentan et le Bourg-Saint-Léonard en direction de Chambois afin de couper la route de Falaise à Gacé. Mais la résistance acharnée des débris de la 116e division blindée allemande met en échec l’action de la 90e division américaine. Ce qui permet aux Allemands d’évacuer plusieurs unités tout au long de la nuit du 16 au 17 août 1944.
Au nord, la 1re armée canadienne repasse à l’attaque le 17 août. La 4e DB canadienne et la 1re DB polonaise sectionnent la 21e division blindée allemande56, et foncent droit devant en direction de Trun par un large mouvement tournant qui prend les Allemands par surprise57. Malgré la violence de l’attaque et la détermination des troupes alliées, Trun résiste encore une journée.

Les Allemands résistent efficacement

Au soir du 17 août 1944, la nasse renferme encore la 7e armée allemande, une part de la 5e armée blindée ainsi que le groupement blindé Eberbach, qui semblent tous sur le point d’être capturés. Seuls deux corps d’armée de la 5e armée blindée restent hors du piège. Ainsi, ce sont 100 000 Allemands qui sont encore entassés dans la poche58. L’analyse américaine, concluant à une évacuation quasi-totale de la poche par les Allemands autour du 15 août, était donc fausse59. Quoi qu’il en soit, en fin de journée, le franchissement de l’Orne par la 7e armée allemande est achevé avec les plus grandes difficultés.
Le 18 août, le maréchal Model, nouveau commandant en chef à l’Ouest, prévoit une contre-attaque du IIe corps blindé SS depuis Vimoutiers vers Trun. Ceci pour laisser encore une porte de sortie au maximum d’unités allemandes encerclées60.
Pendant ce temps, les Canadiens investissent Trun. Un détachement du régiment des Argyll & Sutherland Highlanders of Canada de la 4e division blindée canadienne, parvient à prendre pied à Saint-Lambert-sur-Dive plus au sud, à mi chemin entre Trun et Chambois61. Les Canadiens peuvent dès lors, observer les mouvements de retraite allemands sur l’une des dernières routes encore ouverte. Cette route passe sous les feux de l’artillerie canadienne et de l’aviation, qui réalisent un carnage62. Il reste encore à ce moment les débris de 20 divisions allemandes dans la poche63.

Le 19 août, une partie de la 1ère DB polonaise du général Maczek occupe Mont-Ormel, la très importante cote 262, qui commande l’ensemble du secteur. L’objectif de l’autre partie de sa division est Chambois, afin de fermer la poche une bonne fois pour toutes. Les combats sont très meurtriers, le village étant attaqué sur trois côtés. Mais les Allemands réussissent à résister une partie de la journée. Le village est attaqué une nouvelle fois par le sud, par des éléments de la 90e division d’infanterie américaine épaulés par le groupement tactique Langlade de la 2e DB française. La résistance allemande cède en fin d’après-midi, et les deux armées alliées font enfin leur jonction. Les Polonais et les Américains ont réussi à éviter toute méprise et tombent dans les bras les uns des autres64. Mais la poche n’est pas encore hermétiquement close.

Et les Polonais ferment la poche

Mais les Allemands refusent toujours de céder. Le 20 août, le maréchal Model lance sa contre-attaque décidée deux jours plus tôt. Depuis cette décision, les dernières possibilités pour les Allemands de s’échapper avaient disparu (Trun, Saint-Lambert-sur-Dives et Chambois). Or, comme les Alliés semblent occuper leurs objectifs de manière assez légère, l’opération pourrait avoir de bonnes chances de succès. En fait, ce plan n’a plus aucune réalité puisque, dans le temps écoulé, à la fois Trun et Chambois ont été renforcés par les Alliés. Impossible d’espérer dégager ces villages. L’assaut se reporte donc plus à l’est, sur Mont-Ormel. 

Les unités polonaises du 10e régiment blindé et du 8e régiment d’infanterie légère65 qui l’occupaient, sont rapidement isolées. Mais les Polonais, eux-mêmes encerclés, résistent farouchement pendant deux jours entiers. Des parachutages de vivres et de munitions assurent la continuité de cette résistance. La contre-attaque du IIe corps blindé SS permet à plusieurs milliers d’hommes de passer la Dives à gué, et de s’extraire de la poche. Mais, c’est la dernière tentative allemande de dégagement de ses troupes encerclées. Désormais, la porte est close.
Le 21 août, le sort en est bien jeté. Les unités allemandes encore en état à l’extérieur de la poche de Falaise font mouvement de retraite vers la Seine, dont certains passages en amont et en aval de Paris sont déjà occupés par les pointes motorisées alliées66. Celles qui restent à l’intérieur n’ont plus d’autre solution que de se rendre en masse aux Alliés.

Le bilan

Une victoire stratégique alliée incontestable

Stratégiquement, c’est une victoire importante. Deux armées allemandes sont très affaiblies, l’espace géographique est brutalement occupé et rien ne semble pouvoir arrêter la furia des divisions du général Patton. Déjà, les patrouilles motorisées britanniques et américaines gagnent des têtes de pont sur la Seine, et Paris se soulève en attendant l’arrivée des chars libérateurs. En trois semaines de combats depuis la percée d’Avranches, les données de la bataille de France ont totalement changé. Les Alliés reprennent l’initiative, et les Allemands, bousculés, ne sont plus en mesure d’opposer une quelconque résistance organisée. Une victoire rapide des Alliés en Europe semble possible.

Une victoire opérationnelle contrastée

Qu’ont fait les Alliés de la brillante percée de Patton à Avranches le 31 juillet ? Sur un plan opérationnel, ils ont été incapables de refermer la poche que les Allemands ont eux-mêmes constituée en contre-attaquant à Mortain.
La poche pouvait-elle être fermée plus tôt ? Oui, disent les historiens pratiquement à l’unanimité67. Et les mêmes sont dubitatifs quant aux causes de cette incapacité. Il y a eu ici une défaillance, un moment de doute, que les Allemands ont utilisé à leur avantage.
D’une manière générale, les Alliés semblent avoir surestimé la puissance de leur aviation d’appui au sol. Certes, elle est responsable d’une forte proportion des pertes allemandes de la poche, mais n’a pu empêcher l’évacuation des armées allemandes.
Globalement, deux tiers de la VIIe armée sont parvenus à sortir de la nasse66, même si une bonne partie de l’armement lourd et des véhicules a dû être abandonnée.

Bilan humain et matériel

Il ne sera sans doute jamais possible de dresser un bilan exact des pertes allemandes de cette bataille. Les hypothèses les plus courantes font apparaître environ 5 000 à 6 000 morts, 30 000 à 40 000 prisonniers et une perte matérielle estimée à 5 000 véhicules68. Nous voilà loin d’un Stalingrad en Normandie. Les atermoiements alliés auraient permis la fuite d’environ 100 000 Allemands.
Certains auteurs ont pu contester ces chiffres, jugés bas69. Mais la résistance ultérieure des Allemands, et la contre-attaque des Ardennes ont montré que les Allemands avaient pu extraire une bonne partie de leurs unités, et surtout de leur encadrement. Seul un cinquième des commandants de corps et généraux de division ont en effet été capturés70.
Les Canadiens enregistrèrent le plus lourd tribut allié avec près de 18 000 morts. Les Polonais ont été très éprouvés dans cette bataille avec 1 500 morts pour la seule 1re division blindée. D’une manière générale, les forces américaines ont eu des pertes mineures, n’ayant pas porté l’effort principal de la bataille.
Controverses liées à la bataille de la poche de Falaise[modifier]

Le demi-échec relatif des Alliés68 dans cette bataille a donné lieu à certaines joutes, parfois vindicatives pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Divers points ont été évoqués par mémoires interposés des acteurs concernés.
Lenteurs britanniques ?[modifier]
Le reproche constant fait à Montgomery71,72 dans la campagne de France de 1944 est sa lenteur d’action73 et son manque de mordant74. L’examen des faits montre une propension effective du général Montgomery à ne pas pousser à l’extrême ses forces. Il a toujours affirmé que cela avait été pour ménager ses hommes. Le souvenir des boucheries de la Première Guerre mondiale était encore vivace dans les années 1940. Par ailleurs, il est clair à l’examen du déroulement de la bataille de Normandie, que la 2e armée britannique a fait face aux meilleures unités de la Wehrmacht, et à pratiquement toutes les divisions blindées allemandes. Ce qui a eu pour effet de contrarier toute velléité offensive britannique. Ce reproche est donc toujours discuté aujourd’hui.

Manque de vision stratégique américaine ?

Le reproche a aussi été fait au général Bradley de ne pas avoir poursuivi son offensive au delà d’Argentan autour du 15 août 1944. Il aurait eu en effet potentiellement l’occasion de percer radicalement dans le dos des armées allemandes, en concentrant l’intégralité du XVe corps américain de part et d’autre d’Argentan. Au lieu de cela, il a laissé Patton diviser les forces du général Haislip72. Il aurait voulu courir deux lièvres à la fois : encercler les Allemands et gagner des têtes de pont sur la Seine. Il aurait aussi respecté à la lettre les frontières inter-armées définies à l’avance, et aurait refusé de les transgresser, de peur que les armées alliées ne s’entretuent en se rencontrant. Enfin, il se serait basé sur des informations non fiables indiquant que dès le 15 août, la grande majorité des unités allemandes avaient déjà quitté la nasse. Ce qui ne faisait plus de l’encerclement une priorité.
Nombreux sont les historiens qui stigmatisent cette attitude du général américain, considérant que les Alliés ont manqué une occasion importante de capturer l’intégralité des armées allemandes coincées dans la poche. D’autant qu’une vision plus large des choses, avec l’adoption du plan Montgomery d’encerclement sur la Seine, avait des chances de succès. La responsabilité américaine semble ici engagée75.

Faible enthousiasme de la division Leclerc ?
Un autre reproche fait aux Alliés, et, ici, particulièrement aux Français, consiste dans le peu d’allant dont aurait fait preuve le général Leclerc devant les demandes d’engagement de la 2e DB à Argentan76. Patton et Bradley se firent l’écho d’un acte de désobéissance du général Leclerc au général Haislip, afin de préserver sa division. En effet, dès le 15 août, les Français envisageaient de foncer sur Paris pour libérer la capitale qui se préparait à l’insurrection77. L’exemple de celle de Varsovie et de sa répression meurtrière par les troupes nazies sous l’œil passif des Russes est dans tous les esprits à ce moment-là.
De leur côté, les défenseurs de Leclerc affirment que c’est la division des forces du XVe corps qui a empêché la capture d’Argentan et la fermeture rapide de la poche, et non pas la prétendue mollesse d’une seule division.

Notes et références
1. ↑ Major L. F. Ellis, Victory in the West, p. 267.
2. ↑ La moyenne de progression quotidienne est de 500 m.
3. ↑ a et b Martin Blumenson, La Libération, p. 651.
4. ↑ Chester Wilmot, La lutte pour l’Europe, p. 257.
5. ↑ Général Paul Hausser, Activité de la VIIe armée allemande du 1 au 5 août 1944
6. ↑ Martin Blumenson, La Libération p. 486.
7. ↑ Olivier Wieviorka, Histoire du débarquement, p. 340.
8. ↑ John Keegan, Six armées en Normandie, p. 281.
9. ↑ Postes occupés avant lui respectivement par Rommel et von Rundstedt
10. ↑ a, b, c et d Antony Beevor, D.Day et la bataille de Normandie, p. 499-502.
11. ↑ a et b Max Hastings, Overlord, p. 302.
12. ↑ John Keegan, Six armées en Normandie, p. 290.
13. ↑ Chester Wilmot, Lutte pour l’Europe, p. 228.
14. ↑ John Keegan, op. cit.
15. ↑ Hans Eberbach, Panzergruppe Eberbach
16. ↑ Chester Wilmot, La lutte pour l’Europe
17. ↑ Ken Ford, Falaise 44, p. 24.
18. ↑ a et b John Keegan, Six armées en Normandie
19. ↑ a, b, c et d Martin Blumenson, La Libération
20. ↑ Panzer Lehr, 5e division de parachutistes, 17e Grenadiers blindés SS, 77e, 91e, 243e, 275e et 352eDI. Source : Paul Hausser, MS-B#179
21. ↑ Chester Wilmot, La lutte pour l’Europe, p. 262.
22. ↑ Max Hastings, Overlord, p. 277.
23. ↑ Martin Blumenson, La Libération, carte IX
24. ↑ En mai 1940, l’objectif dans la bataille de France avait été l’encerclement et avait été totalement réussi, comme on le sait. Par contre, en juin-juillet 1941, les Allemands avaient été placés devant le même dilemme après les percées blindées de Guderian et Kleist : pousser directement sur Moscou ou encercler, notamment à Kiev et Smolensk. En tentant de faire les deux, le commandement allemand avait échoué finalement.
25. ↑ Major Ellis, Victory in the West, p. 429.
26. ↑ Simonds était le général canadien le plus expérimenté, car il avait commandé deux divisions, une en Sicile et l’autre en Italie, avant de prendre le commandement du 21e corps canadien en janvier 1944.
27. ↑ Max Hastings, Overlord, p. 301.
28. ↑ Chester Wilmot, La lutte pour l’Europe, p. 258.
29. ↑ Olivier Wieviorka, Histoire du débarquement, p. 329.
30. ↑ La paternité du plan d’encerclement est controversée, Bedell Smith affirmant que Bradley et Eisenhower en parlèrent déjà ensemble le 8 août.
31. ↑ Olivier Wieviorka, Histoire du Débarquement, p. 288.
32. ↑ Chester Wilmot, La lutte pour l’Europe p. 274.
33. ↑ Max Hastings, Overlord, p. 176.
34. ↑ Martin Blumenson, La Libération, p. 717.
35. ↑ Général L. Freiherr von Luettwitz, l’attaque d’Alençon par la 2. Panzerdivision
36. ↑ 2e Panzer, Leibstandarte, 116e Panzer, 9e Panzer, Panzer Lehr, 708e DI
37. ↑ Forte d’environ 3 000 à 4 000 hommes, 25 à 30 chars
38. ↑ Général L. Freiherr von Luettwitz,l’attaque d’Alençon…, op. cit.
39. ↑ Martin Blumenson, La Libération, p. 720.
40. ↑ Martin Blumenson, La Libération, p. 731.
41. ↑ Ce que la reconnaissance aérienne alliée n’avait pas confirmé
42. ↑ Max Hastings, Overlord, p. 290.
43. ↑ Major L. F. Ellis et al., Victory in the West
44. ↑ un blindé surnommé Kangaroo
45. ↑ Chester Wilmot, La lutte pour l’Europe, t. 2, p. 275.
46. ↑ 500 grenadiers et 15 chars.
47. ↑ a et b Major L. F. Ellis et al., Victory in the West, p. 431.
48. ↑ À relativiser car Hitler était coutumier de ce type de généralité définitive. Dans Martin Blumenson,La Libération, p. 753.
49. ↑ Il existait un front Italien depuis 1943.
50. ↑ John Keegan, Six armées en Normandie, p. 286.
51. ↑ Au Mesnil-Hermei, Sainte-Croix-sur-Orne, Putanges et un passage à l’ouest de Montgaroult.
52. ↑ John Keegan, Six armées en Normandie, p. 292.
53. ↑ Martin Blumenson, La Libération, p. 732.
54. ↑ 5e DB et 79e DI américaines
55. ↑ Martin Blumenson, La Libération, p. 735.
56. ↑ Hans von Luck, Panzer Commander, p. 204.
57. ↑ Chester Wilmot, La lutte pour l’Europe, t. 2, p. 278.
58. ↑ Chester Wilmot, La lutte pour l’Europe, t. 2, p. 280.
59. ↑ Martin Blumenson, La Libération, p. 740.
60. ↑ Major L. F. Ellis et al., Victory in the West, p. 444.
61. ↑ Ken Ford, Falaise 44, p. 73.
62. ↑ Le major Curie, son commandant, reçoit la première Victoria Cross de l’armée canadienne en Europe de l’Ouest pour son action à Saint-Lambert-sur-Dive.
63. ↑ John Keegan, Six armées en Normandie, p. 306.
64. ↑ John Keegan, Six armées en Normandie, p. 308.
65. ↑ Soit 1 500 hommes et 80 chars.
66. ↑ a et b Chester Wilmot, La lutte pour l’Europe, t. 2, p. 282.
67. ↑ Nota : Wilmot, Keegan, Hastings, Blumenson, Ford, Wievioka
68. ↑ a et b Olivier Wieviorka, Histoire du débarquement en Normandie, p. 337.
69. ↑ Eddy Florentin, Stalingrad en Normandie
70. ↑ Martin Blumenson, La Libération, p. 807.
71. ↑ Lire les mémoires de Patton et Bradley.
72. ↑ a et b Antony Beevor, D.Day et la bataille de Normandie, p. 520-521.
73. ↑ Antony Beevor, D.Day et la bataille de Normandie, p. 513.
74. ↑ C’est en partie en réponse à cette critique qu’il lance l’opération Market-Garden en septembre 1944.
75. ↑ Martin Blumenson, La Libération, p. 862.
76. ↑ Antony Beevor, D.Day et la bataille de Normandie, p. 497-498.
77. ↑ Antony Beevor, D.Day et la bataille de Normandie, p. 531-532.

source wikipedia

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

15 janvier 2013

Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

Classé sous — milguerres @ 23 h 16 min

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Chronologie de la Seconde Guerre mondiale 

1933 /1945

 

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  • Début des lois anti-juifs en Allemagne avec le boycott des magasins juifs.
  • 30 janvier Hitler est nommé chancelier du 3 ème Reich par le président Hindenburg.
  • 28 février Incendie du Reichstag. Hitler accuse les communistes et fait interdire le parti communiste allemand (KPD).
  • 23 mars Hitler se fait accorder les pleins pouvoirs par le parlement.

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  • 30 juin Nuit des longs coûteaux où les S.A. (Section d’Assaut La Sturmabteilung) sont asssassinés par les S.S. (Sections Spéciales).
  • 2 août Suite au décès du président Hindenburg, Hitler se proclame Reichsführer, chef suprême de l’Allemagne.

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  • Les lois de Nuremberg ôtent la citoyenneté allemande aux juifs et leur interdisant tout contact sexuel avec les allemands de race pure, dite Aryenne.

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  • 7 mars  Remilitarisation de la Rhénanie.
  • Novembre L’axe Rome-Berlin unissant l’Allemagne et l’Italie est proclamé.

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  • Avril Bombardement de Guernica (Espagne) par l’armée Franco aidée de la flotte aérienne allemande (Luftwaffe). Ce bombardement est un vol d’essai pour l’armée aérienne neuve de l’Allemagne nazie.

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5 janvier 2013

Bizerte et son nouveau port

Classé sous — milguerres @ 1 h 01 min

 

retour page d’Accueil Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8retour à la Grande Guerre

Une histoire : Bizerte et la France

La Tunisie et la Grande Guerre

La Tunisie au gré des conflits

Ch. Maumemé

Attaché au Service géographique de l’armée

Bizerte et son nouveau port

In: Annales de Géographie. 1895, t. 4, n°17. pp. 464-479.

doi : 10.3406/geo.1895.5729

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1895_num_4_17_5729

 Ch. Maumemé à travers ce récit fait une éloge sur la région de Bizerte, avant la période du protectorat. Bizerte et son lac n’évoqueront que des projets de guerre… Bizerte, aux sites pittoresques… devient aux yeux du monde, un site stratégique… de guerre… Je vous laisse le plaisir d’imaginer Bizerte vers les années 1890… si vous la connaissez aujourd’hui … vous penserez certainement comme moi… elle aurait du rester un site naturel. Ce récit est le début de l’implication de Bizerte, de la Tunisie, au sein de conflits qui ne la ou les concernaient pas … que nous aurons l’occasion d’évoquer à travers d’autres documents, articles, récits. Hayet 

___

Au moment où les grands travaux commencés à Bizerte il y a neuf ans sont terminés ou le port vient être ouvert aux navires et la ville jointe Tunis par une voie ferrée peut-être est-il pas sans intérêt étudier Bizerte à son double point de vue de port de guerre et de débouché commercial du Nord de la Tunisie de fixer la physionomie avait celte ville tunisienne lorsque nous sommes arrivés physionomie qui efface de jour en jour examiner aussi dans leurs détails les travaux qu’ils feront effectués, la Compagnie du Port et qui en feront à bref délai la place la plus considérable de la côte Afrique

Un coup d’œil sur la carte de la Méditerrannée et la valeur de cette position nous frappera immédiatement : Bizerte est située à l’issue d’une des très rares échancrures qui entaillant la falaise barbaresque permettent de pénétrer facilement dans l’intérieur de la Tunisie

Au contraire sur tout autre point de cette inhospitalière côte du Nord escarpée et battue de la mer on se trouve dés abord en face de massifs montagneux hérissés de rochers et coupés de ravins et où les populations indigènes sont encore à l’heure actuelle presque étrangères les unes aux autres par suite des difficultés de communications

Une large dépression dont le lac de Bizerte et le lac Achkel, (Garaat Achkel) occupent l’embouchure, s’étend jusqu’au Sud de Mateur prolongée encore par la fertile vallée de Oued Tine.

De Mateur vers le Sud-Ouest des pentes douces s’élèvent jusqu’au plateau de Beja ; on arrive ainsi sans avoir eu à franchir d’obstacles naturels la vallée moyenne de la Medjerdah et les deux territoires que l’on traversés sont les plus riches du Nord de la Tunisie, riches en fourrages en céréales et en troupeaux

D’autre part la petite vallée de Oued Chaïr affluent de l’Oued Joumine ouvre un passage facile au milieu des collines et met ainsi en communication à Mateur avec la basse vallée de  la Medjerdah

C’est du reste cette trouée que suit la voie ferrée Tunis-Bizerte tout récemment inaugurée

Le lac de Bizerte et le cirque d’embouchure de la Medjerdah forment deux vastes dépressions séparées l’une de l’autre par un petit seuil montagneux très peu épais et dont altitude atteint à peine 57 mètres au col d’AÏN Rhelal

Elles déterminent entre elles la longue île d’el Alia qui se bifurque sur Ras Zebid et Porto Farina tandis qu’une langue de dunes et d’atterrissements se prolongent en face de Bizerte limitant le lac au Nord et ne laissant qu’un mince chenal d’écoulement de ses eaux

Toute cette île est couverte de cultures travaillée par les Maures andalous dont elle fut jadis le centre de cantonnement, elle est jalonnée de gais villages dont les maisons blanches s’étagent au-dessus de forêts d’oliviers dévalant vers la mer :  Metline longue agglomération serpentine de maisons communiquant ensemble sans autre rue qu’un ravin qui la contourne. Ras el Djebel dont les minarets effilés s’aperçoivent de loin alternant dans air avec les têtes épanouies des palmiers.  Rafraf dont les coteaux couverts de vignes produisent les raisins les plus estimés de toute la Tunisie

Les descendants des Andalous habiles cultivateurs ?  entretiennent de ravissants jardins abrités du vent où le soleil mûrit en abondance des fruits délicieux et superbes oranges, mandarines, citrons grenades, abricots, pommes, figues et raisins

Il faut considérer que Bizerte met les côtes de France à 6 heures de moins que Tunis et que les arrivages de primeurs en seront d’autant facilités.

Tout ce ravissant coin de terre de la presqu’ île de Porto-Farina qui malgré sa fécondité a  été jusqu’à présent un des plus délaissés de la Tunisie, trouvera à Bizerte son débouché naturel lorsque les

services de paquebots devenus plus fréquents par sulte de l’ouverture du port et les chargements à quai permettront l’ exportation régulière et rapide de toute cette production en partie inutilisée

Je n’ai pas parlé de la région même de Bizerte où la colonisation est déjà portée et où un seul domaine atteint environ 10000 hectares1

Des cultures de toutes sortes y sont faites par les indigènes des bois d’oliviers couvrent les collines et bordant le lac,  mirent leurs frondaisons dans ses eaux bleues oasis lumineuses au milieu desquelles brillent sous le soleil les maisons blanches de Zarzouna de Menzel Abderrahman ou de Menzel Djemil

Bizerte possède en outre aux portes de la ville une source d’immenses richesses :c’ est la pêche de son lac colossal vivier où les poissons peuvent se reproduire en toute sécurité étant jamais inquiétés tant qu’ ils restent dans ce réservoir naturel.

D’ innombrables familles de daurades et de mulets de soles et anguilles de turbots et de rougets vivent dans ses eaux et pourraient y atteindre la vieillesse enviée des carpes de Fontainebleau si leur humeur inquiète ne les poussait à la mort

Ces poissons que des profanes pourraient juger placides et sédentaires sont tout au contraire de tempérament fort nomade et certaines époques de l’année leur goût pour les voyages se traduit par des migrations en masses. Chaque espèce a sa date de départ , à peu près invariable et ce terme arrivé se dirige en escadrons serrés vers la sortie du lac pour gagner la mer.  Les pêcheurs connaissant cette loi naturelle à laquelle obéissent les poissons, se sont et cela parait-il depuis la plus haute antiquité servis de cette observation pour les capturer . Le procédé qu’ ils emploient à Bizerte est assez curieux et mériterait être décrit tout au long mais le récit d’une de ces pêches vraiment miraculeuses ne rentre pas dans le cadre de cette élude ; contentons-nous d’en indiquer à grands traits le principe et à en constater les résultats utiles à connaître au point de vue commercial

A la sortie du premier goulet par lequel le lac épanche dans la mer immenses barrages sont dressés d’un bord à l’autre. Ces barrages construits d’une façon particulière portent le nom de hordigues

Un vieux pêcheur posté non loin de ces barrages est chargé de surveiller en permanence les manoeuvres des habitants da lac.

Ce raïs ou capitaine des pêcheurs est un homme d’expérience et de vue perçante qui sait en outre à peu d’écart près à quel moment de la lune passe la daurade, par quels courants se montre le mulet, quel temps choisira la brème

Lorsqu’il voit les familles se grouper pour quitter leurs demeures, il fait un signal et aussitôt accourent tous les pêcheurs de la ville. Les filets sont tendus et une immense battue s’exécute au cours de laquelle on prend en moyenne, 10 à 12 000 poisons.

Dans L’année on compte treize pêches correspondant treize passages différents .

D’après la statistique officielle de la Compagnie du Port , la pêche par les barques et dans les réservoirs du 1er janvier au 31 décembre 1892 se chiffre par la quantité de 305200 poissons pesant ensemble 365395 kilos

Les chiffres donnés par le Service de la navigation et des ports sont plus élevés encore et accusent une moyenne de 500 000kilos

Cela représente approximativement 750000 piastres soit 430000 francs

Encore faut-il compter une perte énorme par suite des difficultés de transport du poisson

En effet la ville de Bizerte consomme à peine un vingtième de la pêche le reste est expédié à Tunis (70 kilomètres) et ce transport se faisait jusqu’à présent à dos de mulets

On peut se figurer quel doit être le déchet pendant les mois d’été avec une température moyenne de 30° de chaleur

Jusqu’en 1890 la pêche du lac fut affermée par l’état tunisien des adjudicataires qui moyennant une redevance environ 270000 piastres en devenaient fermiers pendant trois années consécutives ; cette adjudication comprenait en même temps la pêche en mer dans les eaux de Bizerte et dans celles de Porto-Farina

En 1890 par le traité passé entre la Direction des travaux publics tunisiens et MM Hersent-Gouvreux la pêcherie du lac fut attribuée à la Compagnie concessionnaire du port de Bizerte

Les pêcheries se trouvèrent ainsi pendant un moment menacées de destruction car la lagune sur laquelle était leur emplacement devait d’une part être coupée pour le passage du chenal et d’autre part recevoir les déblais provenant des dragages pour former l’assiette de la ville future

On ne pouvait faire abandon en pure perte des revenus considérables de ces pêcheries ; aussi seront-elles reportées en arrière au delà de la pointe de Cebra

Un grand barrage en filets de fer sera tendu d’une rive à l’autre ne laissant en son milieu qu’une portière mobile de 35 mètres de long pour assurer le passage des vaisseaux

Quant au mode de  pêche des essais d’un nouveau genre ont été faits et tout porte à croire que cette industrie entre les mains d’une compagnie riche et intelligente se perfectionnera et donnera un rendement supérieur encore à celui que les Arabes peu soucieux du progrès en tiraient jusqu’à présent

Ne quittons point les parages du lac sans parler un phénomène physique observé déjà par les anciens décrit par Pline le Jeune et par Ptolémée et ont dû pour leurs travaux étudier de très près les ingénieurs de la Compagnie du Port ; ce sont les courants alternatifs et en sens inverses qui animent le lac.Tantôt les eaux de la mer entrent dans le lac et tantôt ce sont les eaux du lac qui se déversent à la mer avec un courant très rapide.  Ce phénomène est extrêmement complexe indépendamment des marées qui agissent sur lui d’une façon régulière ; il est régi bien plus puissamment par deux influences essentiellement variables : les vents et la quantité de pluie tombée dans le bassin de réception du lac Ces deux forces en outre se combinent ou se combattent suivant les cas

 Les vents dominants pendant l’hiver sont ceux de l’Ouest or on a observé d’une façon générale que par ces vents ce sont les eaux de la mer qui entrent dans le lac pourtant il arrive souvent que par ces mêmes vents les eaux du lac sortent avec une grande rapidité. C’ est alors le réservoir principal d’alimentation du lac qui est la Garaat Achkel  est en trop-plein par suite des apports considérables que lui font après les hivers pluvieux ; les innombrables torrents qu’il reçoit et dont l’Oued Sedjenan l’Oued Tine et l’Oued Joumin sont les plus importants

Je pense donc qu’on arrivera point à  préciser dans quelles limites peuvent varier et ces courants et leurs différentes vitesses arrivées dans le canal à certaines époques de l’année

On parviendra certainement à amoindrir leur rapidité et empêcher de gêner en quoi que ce soit la circulation dans le canal mais ces courants de vitesses variables et les ensablements dont ils sont certainement une des causes seront les obstacles avec lesquels le port de Bizerte aura le plus à compter dans l’avenir

A l’époque où la France s’y installa, Bizerte avait de valeur au point de vue purement pittoresque Adossée des collines boiséesd’oliviers, entourée de murs à créneaux allongée vers la mer dont a séparait seulement un liséré de sables d’or était l’une des plus jolies cités orientales qu’on pût voir Deux larges canaux coulant au ras des maisons blanches traversaient la ville reflétant dans leurs eaux bleues les minarets ajourés et balançant doucement les mahonnes amarrées aux quais demi écroulés ; par-dessus ces canaux, de petits ponts d’un seul arceau, réunissaient le quartier insulaire au quartier continental : celui-ci renfermait les souks , les cafés arabes et au sommet la Kasbah dominant la mer et la ville de ses hautes murailles étagées formidables jadis, aujourd’hui simplement décoratives

Bizerte méritait encore à ce moment le surnom de Venise d’ Afrique car c’est au Rialto et au Pont des Soupirs que faisaient penser ces canaux enjambés par des ponts en dos d’âne et les ruelles tortueuses se ramifiant à l’infini.

C’était  à la vérité une Venise plus petite sans grands monuments mais possédant de la lumière bleue dans son ciel et dans ses eaux claires de l’air sur ses terrasses, de la gaieté dans ses groupes d’Arabes et dans son petit port rempli de barques, et une certaine grandeur sévère dans ses longues rues voûtées pleines d’ombre fraîche et de silence

Mais telle qu’elle était alors Bizerte avait aucune valeur ni commerciale ni militaire

L’ importance considérable que cette ville est appelée à prendre ne pouvait lui venir qu’autant elle serait aux mains d’une puissance civilisée capable d’aménager son lac intérieur pour la création d’un vaste port

Ce lac d’une superficie de 30000 hectares possède sur une étendue de plus de 6000 des fonds d’une dizaine de mètres il est en- outre entouré d’une enceinte de collines qui le dérobent aux vues du large et en même temps abritent des vents

C’ est une rade fermée assez spacieuse pour que les escadres réunies du monde entier puis y évoluer à l’aise

Mais il en fallait de beaucoup que ce lac fût immédiatement utilisable et que Bizerte pût même être un petit port de commerce

Des obstacles considérables s’y opposaient : le lac en effet ne se déversait dans la mer que par un canal étroit :  le chenal large de plus de huit cents mètres sur un parcours de sept kilomètres et ayant en cette première partie des allures de fleuve tropical se rétrécissait tout à coup barré par la ligne de dunes côtières et dans cet étranglement, les fonds sur plus d’1 kilomètre de longueur atteignaient même pas 2 mètres

La partie de ce canal qui à l »Est de la ville servait de port Bizerte était ensablée et les quais tombaient en ruines : quant  à la vieille jetée qui partait de la pointe de la Kasbah, la mer avait fait brèche en maintes endroits

Seules les mahonnes tunisiennes osaient se risquer jusqu’à Bizerte, encore n’était-ce que dans la belle saison car une barre était formée à l’ entrée de la passe produisant pendant tout hiver des brisants dangereux ; quant aux bateaux mar chands il leur fallait mouiller au large dans une rade peu tenable par les vents qui soufflent une partie de année

Bizerte avait pourtant été autrefois un port d’une certaine importance comme en témoignaient ces diverses constructions,  quais et jetées mais tout cela fut ruiné par les bombardements successifs que

cette ville barbaresque eut à subir de la part des puissances chrétiennes et suivant la coutume orientale rien ne fut jamais réparé probablement depuis 1770, année où le comte de Broves amiral français avait bombardé puis incendié Bizerte

Le bey Ahmed lui-même ce grand constructeur, le Louis XIV tunisien n’avait rien fait pour relever Bizerte , ayant porté tous ses soins sur Porto-Farina dont il voulait faire le port militaire de la Régence

Cet état de délabrement dura longtemps encore après notre occupation ;  pendant les premières années rien ne fut tenté en faveur de Bizerte bien qu’on eût vanté souvent les avantages de sa situation et que l’amiral Aube, durant son passage au ministère de la marine eût réclamé l’établissement d’un port de guerre en ce point .

Nous pouvons avouer aujourd’ hui que le mauvais vouloir latent des autres puissances de l’Angleterre et de Italie et la crainte exagérée de complications diplomatiques, furent pour beaucoup dans cette lenteur à entreprendre des travaux d’une utilité aussi incontestable ;

Après avoir fait un coup d’audace en s’emparant de la Tunisie, la France eut peur un moment et n’osa point agir en propriétaire dans sa conquête

En 1885 seulement on décida qu’une station de torpilleurs serait établie à Bizerte

Le service maritime commença l’année suivante, une restauration partielle des quais, des dragages furent faits pour ouvrir la barre, désensabler le port et le rendre praticable des navires de 3 mètres de tirant eau ; mais ces travaux furent conduits comme une simple réparation d’ouvrages dont on voulut tirer parti sans aucun plan pour constituer une oeuvre nouvelle

Malgré les dragages , les courants ramenaient sans cesse les sables : on perdit ainsi trois années et il fallut se résoudre à prolonger la jetée de la Kasbah de façon à  protéger l’entrée de la passe

C’est alors que la Société Gouvreux-Hersent-Lesueur vint proposer au gouvernement tunisien d’exécuter ces travaux à forfait.

L’ entreprise leur fut adjugée en décembre 1888 moyennant le prix forfaitaire de 120000 francs la jetée Nord devait être poussée à 250 mètres en mer

Déjà dès le mois avril 1883 M. Abel Gouvreux avait remis à M. Gambon ministre résident à Tunis un avant-projet pour ouverture d’un port à Bizerte, mais cette première tentative n’avait pas eu de résultat effectif.

Ce ne fut  qu’au cours de cette entreprise en 1889 que MM Gouvreux-Hersent purent effectuer des études et reconnaissances pour évaluation des travaux nécessaires à la mise exécution de leur projet de port conçu dès les premiers temps de notre occupation en Tunisie.

Des sondages sur un réseau très serré furent pratiqués dans la bande littorale choisie pour le passage du futur canal ainsi que dans la partie de la baie de Cebra où des dragages sont à prévoir dans l’ avenir

Ces sondages faits à 10 mètres de profondeur permirent de reconnaître que le terrain était presque partout favorable aux dragages à exception d’une petite masse de calcaires qui malheureusement se trouve sur le tracé du canal

Il fallut rechercher des carrières de pierre capables de fournir les matériaux nécessaires aux constructions à faire en mer. On reconnut deux gisements importants un à AÎN Roumi nommée depuis AÏN Meriem au nord de Bizerte, l’autre au Djebel Makiouf sur la rive sud de l’avant-lac

Ces études complétées par des observations sur le régime de la mer, de la plage maritime, et des courants alternatifs des deux lacs furent poussées avec assez d’activité pour que le traité de

concession pût être signé dès le 11 novembre 1889 entre la Société concessionnaire et la Direction des travaux publics tunisiens

D’après ce contrat , les travaux devaient être terminés en 1895 et le nouveau port devait comprendre

(1)Nous devons tous ces intéressants renseignements sur les travaux du Port de Bizerte amabilité de Couvreus autres détails techniques ont ëté empruntés

la Note sur le port de Bizerte de Ingénieur Resal note insérée au Bulletin de la Compagnie du poride Bizerte juillet 1893)

 

 deux jetées de 1000 mètres de longueur s’avançant jusque dans les fonds de 13 mètres

Un chenal accès de la mer au lac creusé à 8 mètres de profondeur avec 100 mètres de largeur à la ligne d’eau et 64 mètres au plafond

Des quais auxquels pourront accoster les navires pour opérer directement leur chargement ou déchargement dans les wagons

Un mouillage pour de nombreux navires dans la baie de Cebra à  l’entrée du lac

Par contre le traité garantissant aux concessionnaires l’exploita tion du port futur leur assurait la propriété des pêcheries du lac, ainsi que celle des terrains gagnés par eux sur les eaux ; sur ces terrains doit être bâtie la ville européenne

Les travaux du port furent commencés immédiatement et se greffèrent sur les travaux en cours dont ils furent la continuation.  

La jetée du Nord actuellement terminée après un travail de huit ans est enracinée sur l’ancien môle de la Kasbah Elle  à 4000 mètres de long et est dirigée vers Est vers la pointe du cap Zebid qui enserre du côté de l’Orient, le golfe de Bizerte

Pour amener à pied d’oeuvre les énormes blocs qui constituent cet ouvrage, une voie ferrée été créée

reliant la jetée la carrière AÏN Meriem, aux environs de laquelle est formé un véritable village d’ouvriers

La deuxième jetée celle du Sud comporte également 1000 mètres de long . Son musoir doit être aussi dans les fonds de 13 mètres à  420 mètres du musoir de la jetée Nord, les deux jetées couvrant

ainsi une nappe de plus de 100 hectares ; c’ est dans cette zone où l’on espère obtenir un calme suffisant que débouche par les courbes de 9 mètres le canal reliant le lac à  la mer ; l’axe de ce canal dirigé au Nord-Est, bissecte ouverture entre les deux jetées et passe au Sud-Est de la ville à environ 550 mètres de la porte dite Bab Tunis

Le long de sa rive Nord se trouvent les quais ; une fois achevé, ils auront une longueur de 200 mètres.

De l’autre côté vers le lac, le canal trouve à son issue un élargissement de 700 mètres environ qui est l’entrée de la baie de Cebra

C’est dans cette baie en eaux calmes que pourront relâcher les navires qui ne pénétreront pas jusqu’au lac ; les fonds supérieurs à 6 mètres occupent dans cette rade intérieure abritée des vents, une surface de plus de 70 hectares et les quais pourront être, lorsque l’importance prise par le port le nécessitera, prolongés autour de cette baie dont les bords seront rectifiés en conséquence

Au Nord des quais entre le canal et les murailles s’ élèvera ou plutôt s’élève chaque jour pierre à pierre, la Bizerte européenne celle qui sera la Bizerte de l’avenir tandis que l’ ancienne celle des Andalous abandonnée à ses habitants arabes ou maltais se délabrera de plus en plus mutilée vive malheureusement par le vandalisme savant des ingénieurs auxquels elle a été livrée et qui ont dû (malgré eux je voudrais le croire) démolir les jolis ponts en dos âne et combler

les canaux de la Venise africaine

Il y a pourtant malgré ces quelques mutilations que je déplore, une idée très féconde dans cette création d’une deuxième ville à côté de l’ ancienne. Ce procédé est infiniment supérieur à celui qu’ on eût autrefois suivi en tâchant d’approprier la ville de Bizerte à La situation actuelle par démolition ou expropriation d’une partie de ses quartiers. Un ouvrage fait en vue d’un but déterminé, répond toujours mieux si médiocre soit-il, que l’adaptation d’une oeuvre déjà existante et qui fut faite jadis dans un but tout différent.  

Aux besoins nouveaux d’une civilisation, il faut des installations nouvelles. Cette manière de créer une ville de toutes pièces à côté de celle qu’on ne peut plus utiliser est de beaucoup préférable. Elle permet aux deux civilisations de se développer côte à côte sans que l’une étouffe l’autre, chacune

pouvant tirer de sa voisine les avantages que celle-ci comporte

Le temps n’ est-il pas là en fin de compte pour faire justice entre elles en ne laissant subsister que la meilleure ?  Mais je voudrais su’on respectât tout en les améliorant au point de vue de l’hygiène les villes anciennes ne fût-ce que pour marquer aux yeux des générations suivantes, les étapes de histoire.

Ne serions-nous pas heureux de retrouver actuellement et embrasser d’un même coup d’oeil les civilisations qui se sont succédées sur ce sol africain, les ruines de l’Hippone Diaryte des Romains à  côté de la ville punique qu’elle a remplacée et à  leur suite la Benzert arabe et la Bizerte française

Cette idée me semble implicitement comprise dans le principe du Protectorat sinon dans le mot lui-même.

Tunis a progressé de cette façon depuis le premier pas de notre occupation : la ville arabe n’a en rien été endommagée et à son côté est créée et se développe chaque jour la ville européenne.

Cette digression m’a écarté quelque peu de la question des travaux

La ville nouvelle ai-je dit ,s’élève sur cette partie qui autrefois était le goulet maintenant comblé, par lequel le lac se déversait dans la mer. Un vaste terre-plein existe en effet  aujourd’hui sur toute

cette étendue. En comparant les états de lieux ancien et actuel,  on reconnaît que plus de 50 hectares de terres auront été sorties des eaux et que des fonds de mètres auront été comblés Le volume des dé blais effectués pour le passage du canal a été en effet de 2 millions 20 mille mètres cubes enlevés par deux dragues capables de produire deux mille mètres cubes de dragages par jour. Tous ces déblais rejetés dans l’ancien goulet de la pointe Nord de la baie de Sebra au long des murailles de Bizerte, ont ainsi formé peu à peu l’assiette de la nouvelle ville. Sur ces terrains créés hier , on a déjà bâti en commençant par les maisons les plus utiles à une cité naissante : ce sont naturellement les hôteliers restaurateurs et marchands de vin qui ont ouvert la marche, suivis de près par les fonctionnaires pour ceux-ci et pour les différents services publics, gendarmerie, justice, église,contrôle civil ,etc. etc. le gouvernement tunisien s’est fait réserver des emplacements

Toutes les constructions qui seront faites sur ces terrains seront exonérées de tous impôts pendant les dix premières années de leur mise en usage : excellent moyen pour constituer rapidement

un centre de population commerçante

Le tableau suivant faisant ressortir le nombre de tonnes de marchandises entrées à Bizerte

au cours des dernières années montrera la progression ascendante

du trafic de cette ville avant même l’ouverture du port

1890 ……. 498 tonnes

1891 ……. 761

1892 ……. 13346

1893 ……. 16 864

Le procédé employé pour créer les terrains sur lesquels reposera la future ville mérite d’être décrit

Un système appelé débarquement flottant est installé sur deux bateaux plats sufffsamment écartésl’ un de l’autre pour qu’un chaland chargé puisse passer entre eux et  y effectuer le déchargement de son contenu. Ces deux bateaux plats logent l’un la machine motrice avec ses transmissions, l’autre une pompe et sa locomobile ; ils supportent en outre à une certaine hauteur le beffroi d’une drague avec sa chaîne à godets

Une large gouttière, à laquelle on donne une longueur allant parfois jusqu’à 40 mètres a son origine au sommet de ce beffroi, un peu au-dessous du déversement des godets, son autre extrémité aboutissant au-dessus du fond à combler et le dominant de plusieurs mètres

Ce système flottant est amarré près du bord à  remblayer

Les godets puisent dans le chaland les déblais de dragages, les élèvent au récepteur de la gouttière et les y déversent . L’eau envoyée par la pompe chasse alors ces matières le long de ce couloir disposé suivant une certaine inclinaison

Elles glissent rapidement jusqu’à l’extrémité où elles se projettent avec une force égale à  leur masse multipliée par le carré de leur vitesse de chute ; elles amoncellent se superposent et se tassent elles mêmes étant à peu près liquides. La majeure partie des eaux qu’elles contiennent s’écoule, l’évaporation fait le reste

Un vrai terrain alluvions est ainsi créé d’alluvions artificielles est vrai et bien plus rapidement déposées que des alluvions naturelles mais une manière analogue et offrant une solidité égale, celle des couches géologiques que des eaux libres auraient stratifiées

Ce genre de procédé qui avait été inauguré à Suez fut modifié par MM Hersent et Couvreux pour leurs travaux de régularisation du Danube et ceux du canal de Gand où il donna excellents résultats

Employé à Bizerte, il a permis d’ obtenir des remblais suffisamment consistants pour que des bâtiments importants : ateliers, gare de chemin de fer, hangars des quais, gendarmerie etc. etc. fussent immédiatement construits

En vue du développement que peut prendre cette future ville de Bizerte, il a fallu prévoir son alimentation en eau : des recherches faites dans la partie montagneuse de l’île el Alia ont amené la découverte de sources capables de fournir une quantité eau amplement suffisante à la consommation moyenne probable. Les conduits d’amenée auront jusqu’à Bizerte une longueur d’ une quinzaine de kilomètres et passeront en siphon à 25 mètres au-dessous du pla fond du canal

La route de Tunis à Bizerte par le Fondouk , route suivie par les diligences contourne le lac au Nord et passant par Menzel Djernil est obligée de traverser le canal près de son embouchure. Un large bac mû par la vapeur réunit les deux rives depuis qu’on a commencé les travaux du port

Mais cette route de terre sera de plus en plus délaissée grâce au chemin de fer qui relie depuis peu de temps Tunis à Bizerte ; Cette voie se détachant de la ligne Bone-Tunis a la hauteur de Djedeïda, longe à l’Ouest la plaine basse de la Medjerdah franchit AÏN Rhelal, le seuil de collines qui sépare les deux dépressions dont j’ai parlé au début et par la vallée de Oued Ghaïr, descend sur Mateur, borde à l’Est le lac Achkel passe l’Oued Tindja sur un pont métallique et aboutit à Bizerte non loin des quais de la gare étant à peu près au centre de la future ville

Les trains doivent mettre deux fois par jour Tunis en communication avec Bizerte et parcourir en deux heures et demie les 73 kilomètres qui séparent ces deux villes

Construite par la Société des Batignolles, la ligne a été livrée dans le courant octobre 1894, à la Compagnie Bône-Guelma

Certes on aura dans les premiers temps au moins quelques mécomptes avec cette voie faite en hâte dans des terrains marécageux et qui auraient au contraire exigé des précautions particulières

Mais enfin la voie existe et pourra s’améliorer

La route de terre de Mateur à Bizerte qu’elle emprunte en partie perdra ainsi de son utilité :une nouvelle route amorcée aujourd’hui la doublera en quelque sorte mais en se rendant de Mateur à Bizerte par l’Ouest du lac Achkel de façon à longer la base du pays des Mogods

Ce territoire des Mogods un des plus sauvages de la Tunisie, compte 9000 habitants Le pays est couvert de hautes broussailles au milieu desquelles par places, les Mogods cultivent du maïs

De récentes recherches ont fait reconnaître quelques gisements miniers : fer et calamine et il est probable vu la nature du sol qu’ on en découvrira encore bien d’ autres

Cette particularité jointe à l’excellence du terrain pour la culture du maïs et du tabac donnera-t-elle dans l’avenir quelque valeur à cette région .Je le croirais volontiers après les nombreuses ruines romaines qu’on y rencontre et qui prouvent qu’elle a eu son époque de prospérité : mais elle est jusqu’à présent restée fermée par suite des difficultés naturelles de ses mon tagnes coupées en tous sens par de profonds ravins. La vallée de Oued Sedjenan est la seule trouée qui permette d’y pénétrer. Encore cette unique voie d’accès est-elle barrée pendant la majeure partie de l’année par des boues liquides et profondes qui au mois avril couvrent toute cette rive du lac, empêchent totalement le passage des vallées et isolent par suite, les Mogods dans leur labyrinthe

La route traversera cet oued prés de son embouchure dans le lac Achkel au-dessous du marabout de Sidi bou Guebrin (Homme aux deux tombeaux) dans un des endroits les plus pittoresques et les plus poétiques qu’il soit possible de rencontrer, mais aussi des plus foncièrement bourbeux.  Il me reste de mes courses d’ hiver en ce pays, l’impression d’un engloutissement presque permanent : le sol s’effon drait chaque instant sous les pas des animaux qui entraient par fois au poitrail ou même y chaviraient de telle sorte qu’il fallait en atteler deux autres après le naufragé pour extraire des fondrières

Si on veut que cette route nouvelle réalise son but et rattache effectivement les Mogods à Bizerte, il sera nécessaire de faire de longues chaussées surélevées pour éviter l’enlisement

Je ne veux pas quitter cette partie du pays sans parler plus longue ment que je ne l’ai fait au début, du territoire de Mateur. C’ est dans un cercle de montagne, une plaine immense dont le centre est

occupé par le lac Achkel tandis que du milieu du lac émerge une colossale pyramide, le Djebel Achkel, île étonnante hérissée de rochers et de broussailles habitée par des troupeaux de buffles gou vernés pour le compte du domaine beylical par un fonctionnaire tuni sien, le « caïd des buffles ».

Le piton escarpé complètement isolé dans son lac, domine majestueusement les eaux élevant sa pointe aiguë à 500 mètres au-dessus de leur surface De toute la ceinture de montagnes qui borde l’horizon à  une distance considérable, on aperçoit cette masse étrange qui prend suivant la lumière et l’éloignement, les nuances les plus variées des colorations éclatantes ou sombres tour à tour.

Cette plaine très basse n’ est à proprement parler que le rebord de la cuvette dont le lac de Bizerte occupe le fond. C’est pendant une partie de l’année su(une véritable mer intérieure remplie par les eaux des pluies et celles qu’amènent les ravins de ce gigantesque cirque.

Elle conserve lorsque les eaux baissent, un limon fertile qui en fait pour les céréales et les fourrages une des plus riches zones du Nord de la Tunisie en même temps qu’un splendide pays élevage.

Dès le commencement de mai, de longs convois de mahonnes traversant le lac Achkel gagnent par Oued Tindja le lac de Bizerle où elles viennent apporter les fourrages de Mateur

Vers le milieu de la plaine la petite ville arabe de Mateur toute blanche au bord de ses jardins verts, adossée d’une minuscule colline qui rompt à peine la monotonie plate du pays, est un des centres de

transactions les plus importants du Nord de la Tunisie. Trois grands marchés ont lieu chaque semaine où les bœufs, les moutons, les chevaux et les grains se vendent en quantités indépendamment de tous les autres produits servant à l’alimentation et aux usages arabes.

Toutes les tribus des environs viennent à ce marché.

Un grand nombre de fermes européennes parmi lesquelles il faut citer celle d’un Anglais Smith,  établi dans le pays longtemps avant notre arrivée, se sont déjà installées dans la plaine de Mateur que je crois appelée au plus brillant avenir comme centre de colonisation.

Par étude de la région dont elle est le débouché naturel et par examen des grands travaux qui y ont été faits, nous avons pu nous convaincre que Bizerte deviendra sous peu un port de commerce considérable doté de tous les perfectionnements que peuvent exiger des transbordements et chargements rapides

Mais là n’est pas le seul but à atteindre, il en est un plus important encore.

Postée comme une vedette en bordure de la grande route qui met l’Europe en relations avec l’Orient en particulier , l’Angleterre avec les Indes, Bizerte doit être un des points les plus formidables de la Méditerranée car si Gibraltar tient l’entrée de la route ‘Orient , Bizerte commande le deuxième défilé resserré entre les côtes de Sardaigne, de Tunisie et de Sicile où s’engage cette route.  Il est extraordinaire que rien jusqu’à présent n’ait encore été fait dans ce but

Peut-être et je l’espère a-t-on prévu et se propose-t-on d’effectuer les travaux nécessaires mais je le répète rien n’a  été fait en dehors de la création d’une station de torpilleurs

Le canal en effet, ne comporte d’après les conventions entre les Travaux publics tunisiens et la Compagnie du Port qu’une profondeur de 8 mètres atteinte actuellement .

Il est à penser que ce n’est là qu’un acheminement et à souhaiter que, une fois le port ouvert au commerce,le canal soit creusé à la profondeur nécessaire pour que les cuirassés puissent pénétrer au lac : celui-ci doit être la rade militaire : il est en somme la vraie raison de la valeur de Bizerte car il offre à notre marine la meilleure base d’opération pour courir sus à  tout adversaire qui tenterait de franchir le canal de Sicile. Qu’une escadre française puisse être concentrée dans cette rade intérieure ses croiseurs éclairant au large peu d’heures après avoir été renseignée sur l’approche de l’ ennemi, elle aura coupé les communications entre Malte et Gibraltar. La menace seule de cette éventualité si grave pour elle, suffirait probablement pour écarter Angleterre d’une coalition contre nous.

Et Bizerte tient cette menace enfermée dans son lac

Nous pouvons d’autre part nous rendre compte par le simple examen de la carte que les ports de France, de Corse, et même d’Algérie sont trop éloignés de la route des vaisseaux pour la menacer efficacement : en outre aucun port d’Algérie n’ est fermé

Sans ajouter d’autres considérations d’ordre politique et qui ne rentrent point dans ce cadre, ces seules raisons géographiques réclament impérieusement que Bizerte devenue port de commerce, soit en outre organisée et cela dans le plus bref délai en port de guerre.

Des travaux essentiellement militaires s’imposent tels que la création d’arsenaux et de cales pour les réparations de navires.  Les bords du lac devront en certains points, être rectifiés. Une portion notamment de son pourtour semble indiquée non seulement par la nature elle-même mais encore par les travaux qu’y firent les Romains. Sur la rive Sud-Ouest entre la Koubba el Arbaïn (sépulture des 40 marabouts) au lieu nommé hennchir Sbedah sur prèsde 1200 mètres, les bords du lac furent autrefois taillés ; des restes de quais et de môles construits en énormes blocs sont encore visibles

Les fonds de 9 mètres viennent jusqu’à 300 mètres des berges ; il aurait donc que des dragages relativement insignifiants à aire en cette partie pour permettre aux navires d’arriver aux établissements militaires construits dans la zone que je viens d’indiquer

Cette merveilleuse rade est à déjà demi fermée par la ceinture de collines qui la couvrent des vues du large des batteries défendant la passe, termineront cette fortification naturelle du côté de la mer mais

il importera en outre et cela en vue d’un mouvement tournant qui pourrait être tenté par Tunis, de la compléter du côté de l’intérieur par l’établissement de petits ouvrages dont les positions sont indiquées par le terrain lui-même et par les passages qui traversent cette circonférence de collines.

Bizerte ville de commerce pourra s’enrichir à l’aise et sans crainte sous la protection de son lac, port deguerre, camp maritime retranché, qui offrira aux flottes de France un point d’appui inattaquable

 

Capitaine MAUMEME

Attaché au Service géographique de l’armée

 

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Une histoire : Bizerte et la France

La Tunisie et la Grande Guerre

La Tunisie au gré des conflits

3 décembre 2012

Témoignage 8 mars 1916 Verdun

Classé sous — milguerres @ 14 h 53 min

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VERDUN

Témoignage 8 mars 1916
source : http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/verdun-8-mars-1916-temoignage

Fin janvier 1916, la 42e Division dont fait partie le 151e R.I., régiment du Lieutenant Basteau, est retirée du front de Champagne et part au repos à une trentaine de kilomètres au sud-est de Châlons-sur-Marne …

 » Nous logeons en plein bois, dans des petites maisons construites en rondins par des territoriaux, qui s’étaient certainement inspirés de celles que doivent encore construire les trappeurs canadiens du grand nord et dont, enfant, j’avais lu la description dans le « Journal des voyages ». Ces maisonnettes me paraissent bien préférables aux chambres, de propreté souvent douteuse, des tristes villages que nous avons traversés jusqu’ici au cours de nos déplacements. La troupe occupe de grands baraquements construits par le génie et qui, chauffés, offrent une hospitalité convenable en plein hiver. Nous entretenons l’état physique et l’entraînement de nos hommes par des manoeuvres qui, en principe, doivent les préparer à une forme de combat nouvelle. Noble et vaine prétention, car les moyens dont dispose encore l’infanterie n’ont guère varié. C’est toujours la guerre du fantassin, inséparable de son sac, de sa musette et de son bidon, armé de son fusil et de sa baïonnette, appuyé tout au plus par les mitrailleuses plus nombreuses. Le canon de 37 millimètres a fait son apparition. C’est l’hiver. Le ciel est gris. Il pleut. Il neige souvent. .L’intimité de nos chalets de bois n’en est que plus appréciée. Nous allons de l’un chez l’autre. Les cartes à jouer meublent les temps morts dans la fumée des cigarettes blondes, le grand chic!… et il n’est pas difficile de laisser galoper l’imagination et d’oublier les servitudes de la vie de tranchées que nous venons de partager avec les rats des bords de la Suippe, face à Auberive. Comme ce repos et ce calme sont trompeurs! Soudainement et sans que rien ne nous ait préparés – du moins à notre échelon – nous apprenons, le 22 février au matin, que les Allemands ont déclenché, la veille, une redoutable offensive sur Verdun.

Verdun ? Jusqu’à ce jour, nous ne connaissons de Verdun que ce que nous en ont dit les anciens du régiment qui avaient fait leur service à la caserne Chevert, au Faubourg Pavé, raconté leur sortie du dimanche du côté des quais de la Meuse ou de la Porte Chaussée, et les compétitions féroces que se livraient, dans l’accomplissement même du service, le 151e R.I. et les Chasseurs. Mais ces anciens, décimés par les combats de la retraite de 14, de la bataille de la Marne, des Marais de St-Gond, de l’Argonne et de la Champagne sont de plus en plus rares, et ceux qui restent ne content plus rien. Verdun, depuis la déclaration de guerre, n’a pas tenu, me semble-t-il, une bien grande place dans les communiqués, si ce n’est pour servir de pivot au repli de nos armées en retraite en 14. Depuis, je crois qu’on a retiré de ses forts une grande partie de l’artillerie et allégé les effectifs qui les défendent. Mais aujourd’hui la réalité est là! Nous réfléchirons plus tard. Colportés par les cuisiniers et les cyclistes de tout bord qui assurent la liaison avec le colonel ou la brigade, les premiers renseignements qui nous parviennent ne nous émeuvent pas beaucoup. Nous en avons vu d’autres ! Avec une certaine suffisance qu’entretiennent en nous la réputation de la Division et la fourragère aux couleurs de la croix de guerre que le régiment vient de recevoir après l’offensive de Champagne du 25 septembre dernier, nous pensons naïvement qu’il suffira de nous engager avec une ou deux autres divisions de même valeur que la 42e pour remettre les choses en place ! Nos hommes, à notre instar, ont la même superbe! Le 2 mars, le colonel reçoit l’ordre de tenir le régiment prêt à faire mouvement pour se rapprocher de la zone de bataille, et le 3, nous entamons notre déplacement par petites étapes, via Possesses, Laheycourt, Nubecourt, Ippecourt, Lemmes… Dans les cantonnements que nous occupons en cours de route, les bruits de la bataille nourrissent presque exclusivement les conversations que les habitants ont entre eux ; bombardements furieux par l’artillerie lourde, pilonnages incessants, engagements massifs de divisions, avance irrésistible de l’ennemi, norias ininterrompues des ambulances. Le fort de Douaumont est tombé. Il ne reste plus aux Allemands pour atteindre Verdun, que d’enlever les dernières hauteurs de Froideterre.

La carte au 80.000e, que nous consultons plusieurs fois par jour, permet toutes les hypothèses sur le lieu de notre futur engagement. Le chef de bataillon, qui nous réunit le 7 mars, confirme la gravité de la situation, mais ne semble pas en savoir plus que nous. L’étape du 8 est la plus longue et à la nuit tombée, nous atteignons la route de Dombasle à Verdun. A hauteur du fort de Regret, nous apercevons vers le Nord, donc à notre gauche, le champ de bataille qu’éclairent sporadiquement les éclatements des obus, les fusées éclairantes et, plus sinistrement encore, les incendies des villages et des fermes. De gros obus tombent, assez espacés, sur Verdun. Nous croisons de longues files de paysans fuyant vers le sud et emportant sur des charrettes leur famille et une partie de leur mobilier hâtivement entassé. Cortège lamentable et poignant! Les nouvelles que nous recueillons auprès de ces «refoulés», c’est ainsi qu’on les appelle, sont plutôt inquiétantes. Il est vrai qu’ils ont quitté leur ferme ou leur village avant l’arrivée des Allemands, sans quoi ils ne seraient pas là. Ils ne les ont pas vus. Les renseignements qu’ils donnent – un peu à la sauvette d’ailleurs – sur leur avance et leur comportement doivent être pris avec circonspection. Ces braves gens ont subi un tel choc moral qu’ils sont bien excusables des exagérations de leurs récits que nous cueillons au passage. Nous commençons à sentir et à comprendre que l’affaire est plus grave que nous ne l’imaginions au début. Une atmosphère nouvelle nous étreint et fait de nous d’autres hommes. Nous ne connaissons encore rien de la bataille qui se déroule si près de nous. Il nous semble qu’elle n’est pas comme celles que nous avons vécues. Nous nous sentons tous infiniment petits sans pouvoir dire pourquoi.

La colonne silencieuse poursuit sa route et descend maintenant une rue pavée qui renfonce dans la ville entre des maisons noires et aveugles. Un arrêt. Nous sommes au coeur de Verdun. Mon bataillon passe la nuit dans les locaux d’un grand séminaire vide de toute présence humaine. A la lueur de lanternes et de bougies, nous prenons possession des salles qui nous sont affectées, par compagnie. Les hommes, sitôt le sac à terre, tombent sur la paille, à même le plancher et dorment indifférents au roulement du canon qui ne cesse de toute la nuit et aux obus qui tombent sur la ville. Au réveil, le café, bu très chaud, ne déchaîne pas comme d’habitude, la verve des 3 pu 4 titis parisiens sur le confort du gîte et le fumet du repas qui leur sera servi. Bien que la troupe ait été consignée dans son cantonnement, trois ou quatre hommes, trompant la vigilance des sentinelles, réussissent une sortie dans le quartier et rapportent, outre quelques bouteilles de « vin cacheté », des « tuyaux » qui ne font que confirmer ce que nous savons déjà. Mais ceux qui n’ont pu sortir sont avides d’apprendre. Des stratèges improvisés captent l’attention de leurs camarades. La bataille de Verdun se joue dans notre cantonnement ! La soupe que le clairon vient de sonner, comme en temps de paix, et dont la résonance est amplifiée par le dédale des couloirs, rompt les bavardages et disperse les stratèges du café du Commerce. Mais les pensées de chacun n’abandonnent pas pour autant le sujet qui les préoccupe. Sans avoir été encore engagés, Verdun déjà nous possède. Ils ne nous lâchera plus. A 3 heures, le Général Deville, commandant la 42e division, ancien colonel du 151e R.I., rentre d’une reconnaissance du secteur et réunit les officiers du régiment à l’Hôtel de Ville. Le porche franchi et la cour traversée, nous entrons dans la salle du Conseil, débarrassée de tout mobilier. A côté d’un gros obus qui n’a pas éclaté et qui a été posé verticalement sur le plancher, le général nous attend, très droit, tiraillant sa barbiche d’un geste nerveux. La gravité de son visage exprime l’impression pénible qu’il rapporte de sa visite en secteur, et, rapidement, avec des mots qui font image et qu’amplifié tragiquement le silence de la salle, il décrit ce qu’il a vu : « Pas de tranchées, rien que des trous… Les cadavres qu’il vous faudra ensevelir… Pas de fil de fer, pas de réseau, pas d’abri… rien, rien, rien. « Messieurs, ne me demandez rien, je ne pourrai rien vous donner. Vous aurez vos fusils pour vous défendre, vos baïonnettes pour repousser l’ennemi et vos coeurs pour tenir sous le feu. « Vous aurez à subir des assauts. Vous résisterez sur place. « J’ai songé au 151e pour tenir le coin le plus dangereux du secteur. II y tiendra. Ce sera l’honneur du régiment. « Messieurs, je vous remercie. » D’un geste rapide, le Général serre les mains du Colonel Moisson en le regardant droit dans les yeux, et nous quittons la salle en silence, fortement impressionnés.

Les paroles du Général nous ont placés tout de suite dans l’ambiance : nous sommes déjà en ligne et dans son regard, qu’il a successivement posé sur chacun de nous, nous avons tous compris ce qu’il attendait de nous. Le soir même – nuit du 9 au 10 mars – le régiment .monte en ligne. Mon bataillon, le 11/151, par Belleville, Froideterre, gagne les carrières d’Haudromont, à 1 500 mètres au S.E. de la Cote du Poivre. Après une marche harassante, ponctuée de nombreux « plat-ventre », ma compagnie, la 7e, relève une cinquantaine de Tirailleurs algériens qui paraissent avoir beaucoup souffert. Nous occupons une ligne de trous plus ou moins profonds, situés à 100 mètres en avant de l’à-pic d’une falaise qui, dans notre dos, surplombe d’une vingtaine de mètres le fond de la carrière. Devant nous, à 150 mètres, une lisière de bois dissimule un ennemi que nous ne voyons pas, mais qui, lui, nous voit, car il a dissimulé dans certains arbres, bien que dépouillés de feuilles, des tireurs d’élite qui nous font du mal. Derrière nous, l’artillerie allemande du fort de Douaumont, qui n’est plus à nous, tient sous son feu la carrière et les voies d’accès. En sommes, pour nous, enfants perdus, la mort en face, la mort sur nos têtes, la mort dans le dos. Nous ne pouvons que tenir ou périr ! Et nous avons tenu. L’été dernier, j’ai fait avec des amis, plus jeunes d’une génération, un pèlerinage à Verdun. Du haut du phare qui s’élance vers le ciel, au dessus de l’Ossuaire et qui, la nuit, balaie de ses feux silencieux la campagne assoupie, j’ai embrassé d’un regard plein de souvenirs l’ensemble du champ de bataille, innocent creuset, dans lequel ont été précipités des milliers et des milliers de soldats français et de soldats allemands, tous animés d’un même courage et d’un même esprit de sacrifice, héros anonymes qui avaient fait, chacun pour leur part, le don de leur vie pour que triomphe leur pays, leur patrie. Sacrifice sublime qui, pour nous Français, a sauvé Verdun ! Inoubliable Ossuaire de Douaumont où reposent les ossements de tant des nôtres sous les plaques de marbre, cimetières dépouillés où dorment en voisin et pour l’éternité, soldats français et soldats allemands, simples tombes isolées que signale encore au touriste qui passe, une croix de bois, blanche ou noire, et qui tous et toutes portent témoignage de ces sacrifices et forcent le passant, de quelque pays qu’il soit, à s’arrêter, à baisser le front, à se recueillir… et pour, quelques uns, de plus en plus rares, à se souvenir. Se souvenir! « 

 

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2 décembre 2012

La bataille de Coronel (1er novembre 1914)

Classé sous — milguerres @ 16 h 51 min

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La bataille de Coronel (1er novembre 1914)

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 La bataille de Coronel (1er novembre 1914) bataille-coronel-image

 

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L’escadre Allemande d’extrême-Orient s’apprête à quitter Valparaiso le 3 novembre 1914, après la bataille. (Image TDP – Wikipedia).

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En dehors de l’affrontement à Héligoland, somme toute limité dans ses résutats, la première bataille de Coronel resta la plus grande survenue avant la fin de l’année 1914. Elle avait pour acteur un aristocrate Prussien de la vieille école, devenu un héros national dans son pays après son épopée à l’autre bout du monde: Le comte (Graf) Maximilian Von Spee. Cet homme, né au Danemark en 1861 et qui passa presque toute sa carrière en Afrique était devenu contre-amiral à 49 ans. Il en avait 53 lorsqu’il allait livrer en quelques mois les deux batailles de sa vie. Promu Vice-amiral en 1912 il se vit confier l’escadre d’extrême-Orient, composée de navires pour partie désuets, des croiseurs-cuirassés et croiseurs légers, basés à Tsing Tao, le vieux comptoir commercial Allemand en Chine. En juin 1914, loin des bruits de guerre, l’équipage des deux croiseurs-cuirassés était tout à l’enthousiasme d’une belle croisière dans les eaux turquoise du pacifique sud. Puis par TSF, il se voit demander de revenir à la colonie. Au moment de la déclaration de guerre, tout ce qui n’était pas nécéssaire au combat fut débarqué, et les croiseurs qui en avaient le temps devaient être repeints en deux tons de gris, troquant leur belle livrée coloniale blanche et chamois. Mais le rique était sérieux: l’escadre ne pouvait rester sur place de peur de se voir détruire au mouillage ou retenu et interné en rade par les flottes alliées coalisées, Anglais, Australiens, Russes et Japonais.

Le comte Von Spee, commandant l’escadre Allemande d’extrême-Orient et l’amiral Sir Charles Cradock.

Il prépara l’appareillage d’une partie de son escadre, qui comprenait alors les deux croiseurs-cuirassés de la classe Scharnhorst ( Scharnhorst et Gneisenau ), les croiseurs légers Nürnberg, deux Dresden ( Dresden et Emden ), et le vieux Leipzig. Le reste de l’escadre comprenait des navires de moindre tonnage, quatre canonnières de la classe IItis, et trois canonnières fluviales, les Tsingtau, Otter et Vaterland, le torpilleur S90 et le ravitailleur Titania. Après avoir réuni tous les officiers dans le carré du Scharnhorst qui portait sa marque, il discuta des meilleurs options possible. Il pouvait tenter de rentrer en Allemagne et ajouter ses forces à la Hochseeflotte, mais le rique était bien trop grand eu égard à la proximité de la Grand Fleet et à plusieurs routes étroitement surveillées aux abord de la mer du Nord. Il pouvait aussi tenter d’entreprendre une guerre de corsaire pour affaiblir le trafic allié sur toutes les mer du globe, en particulier dans l’hémisphère sud mal défendu. Cette option semblant la moins risquée et la plus prometteuse, et éventuellement passer le cap Horn et porter la guerre en Atlantique. C’est un véritable convoi de plus de vingt navires qui avait pris forme, en comptant les 5 croiseurs (l’Emden s’était détaché du groupe le 14 août pour livrer sa propre guerre de course dans l’océan indien et faire diversion). Von Spee mesurait les risques pris: Il traversait le pacifique sud, immense, mais à 10 noeuds pour économiser le charbon et il devait rester au rythme des plus vieux vapeurs civils.

Mais à bord des navires Allemands, les marins rêvent d’en découdre. Von Spee confère encore avec les officiers et décide de tenter un raid sur les îles Samoa avec ses deux croiseurs-cuirassés, fraîchement occupée par les Britanniques, où l’on espère trouver quelques bâtiments Anglais au mouillage. Il survient à l’aube du 14 septembre, mais pour constater que la rade d’ Apia est vide et que le drapeau Anglais flotte sur la ville. En dehors d’un bombardement qui nuirait plus à ses concitoyens occupés qu’aux troupes Britanniques, il ne peut envisager sérieusement de reprendre la ville avec ses seules troupes de marines. A contrecoeur, il se résoud à changer de cap et décide de rejoindre Tahiti afin de bombarder Papeete où réside quelques navires Français. Il y parvient le 22 septembre, à l’aube. Les navires Allemands ne sont pas attendus, mais les deux croiseurs-cuirassés doivent manoeuvrer entre les hauts fonds pour se présenter en ligne de bataille, et les Français évacuent la ville et préparent les maigres « batteries côtières » disponibles: Ce sont celles de la canonnière Zélée, un élégant navire mixte, qui ont étées débarquées et placées à terre et camouflées. Elles tirent quelques coups de semonce, mais se taisent pour éviter d’être repérées lorsque les deux bâtiment Allemands répliquent avec leur artillerie lourde. Von Spee pense cette fois faire débarquer une compagnie de marine, étant donné qu’il pense avoir affaire à une faible garnison – ce qui est vrai. Les Français tentent alors de saborder la Zélée en travers de la passe, et celle-ci est coulée, tout en l’obstruant. Les tirs longs tombent dans la ville, en proie à l’incendie. Von Spee se rend compte qu’il ne pourra plus débarquer ses troupes, ravitailler en charbon et en vivres, et se retire.

Son objectif final reste de rejoindre le Chili, de s’y ravitailler, puis de passer le cap Horn avant de s’engager dans une guerre au commerce bien plus fructueuse dans l’Atlantique. Les Britanniques, qui reçurent le signalement de l’escadre après des escales, se préparent donc à lui barrer la route. Laissant le reste du convoi et s’être ravitaillé largement, les trois croiseurs légers Allemands ( Nürnberg, Leipzig, Dresden ), rejoignent les deux croiseurs-cuirassés. Très loin de là, à Port Stanley, aux îles Malouines, une escadre attend les ordres du contre-amiral Sir Christopher Cradock ( qui inspira Hergé pour son fameux capitaine Haddock ). Surnommé le « vieux Gentleman », c’est lui aussi un vieil aristocrate raffiné, que Von Spee avait bien connu personnellement lors de ses escales en temps de paix. Les deux hommes se connaissent et se respectent. Mais chacun à ce moment s’apprête à faire son devoir. L’escadre de Cradock est la seule qui peut s’opposer aux navires Allemands. Elle se compose du croiseur-cuirassés Good Hope, du Monmouth, du croiseur léger Glasgow et du croiseur auxiliaire Otranto. Ce dernier est un paquebot converti en transport, moins rapide que les autres navires de la flotte. Malheureusement, cette escadre comprenait également le vieux cuirassé Canopus, mais ce dernier dont la chauffe est longue, n’appareillera que plus tard. Qui plus est, il ne pouvait faire que 12 noeuds et se fera largement distancer.

Le Scharnhorst – Cliquez p. agrandir.

Cradock est informé depuis le début du mois d’octobre de l’imminence de l’arrivée des Allemands. Il demande alors à l’amirauté des renforts, qu’on lui refuse: Les autres navires doivent êtres gardés en réserve de l’autre côté du Cap Horn, au cas où celle-ci passait en force. Mais l’amiral ne se fait guère d’illusion sur son sort: Il fait creuser un « tombe » dans le jardin du gouverneur des malouines et y dépose ses médailles, sachant que sa sépulture probable serait au fond de la mer. Il rédige son testament, fait ses adieux à sa famille et le landemain, s’embarque sur le Good Hope. Son escadre appareille le 22 octobre, met le cap au sud-ouest, passe le cap Horn, puis met le cap au nord. Il sait alors que les Allemands disposent de deux croiseurs-cuirassés, mais entre-temps l’escadre fut renforcée des trois autres croiseurs. Cela leur donne un net avantage: Le Good Hope dispose sur le papier de pièces plus puissantes ( 240 mm ) mais ils sont anciens et ne peut offrir qu’une salve pour deux Allemandes. Quand au Monmouth, il est l’un des croiseurs-cuirassés les moins protégés de la Royal Navy, une expérimentation malheureuse imposée par des coupes budgétaires. Le Glasgow est assez bien armé et rapide, mais moins efficace dans le gros temps, et enfin l’Otranto n’a presque aucune valeur militaire. Pire, ses navires sont composés d’équipage de réservistes hâtivement mobilisés et insuffisamment formés…

Le 31 Octobre, Von Spee fut avisé par TSF qu’un croiseur Anglais avait été aperçu entrant dans le port de Coronel au Chili. Il rallie alors directement la zone, venant depuis le nord-est du pacifique, et laissant le Nürnberg en arrière, longeant la côte Chilienne en espérant l’intercepter à sa sortie. Le landemain, en fin d’après-midi ( 16h20 ), les guetteurs du Scharnhorst aperçoivent trois bâtiments qu’ils finissent par identifier comme des croiseurs Britanniques. Ce sont le Monmouth et le Glasgow suivi de l’Otranto, qui filent ouest-nord-ouest, rejoints par le Good Hope à 17h20, qui prend la tête de la ligne de bataille, avant de changer de cap et de se présenter sur une route parralèle aux Allemands. Les pavillons de guerre sont dressés aux mâts, et Von Spee prépare ses navires pour la bataille. La mer est alors très agitée, gênant les veilleurs des deux flottes, et la configuration n’est pas nettement à l’avantage des Allemands: Les navires Britanniques viennent en effet du sud, se trouvent au large par rapport aux allemands, venant du Nord et rangés en ligne le long des côtes. Il est alors 18h20. Avec l’obscurité tombante, les Allemands ont encore la lumière du soleil qui aveugle leurs objectifs de télémétrie, tandis que les Britanniques voient encore bien la silhouette métallique des navires se découper sur les falaises sombres du Chili. Von Spee le sait, et n’a de cesse de prendre du champ pour rester hors de portée. les Britanniques se rapprochent, mais avec le soleil couchant, la situation s’inverse: Cette fois les navires Allemands, bas sur l’eau sont plongés dans l’obscurité et se confondent aux falaises, tandis qu’à contrario les navires de Cradock se découpent mainenant en ombre chinoises sur l’horizon, une cible de choix pour les canonniers des deux croiseurs-cuirassés qui passent pour les meilleurs de la flotte.

A 18h34, le Scharnhorst, en tête, ouvre le feu sur le Good hope, tandis que le Gneisenau qui suit immédiatement s’en prend au Monmouth, et le Dresden au Glasgow. Le Nürnberg est encore loin derrière. Cradock aurait espéré pouvoir encore semer les navires Allemands et rejoindre le Canopus, ce qui lui aurait donné un avantage décisif, mais les Allemands se tiennent précisément entre lui et la côte. Le combat tourne rapidement à l’avantage des Allemands qui à la troisième salve mettent HS la tourelle avant du Good Hope. Le Monmouth est également touché, et perdra également sa tourelles avant un peu plus tard. L’Otranto, pour ne pas être une victime inutile, s’éloigne de la bataille. Quand aux deux croiseurs légers qui s’affrontent en queue de ligne, leurs coups ne portent pas du fait de la mer démontée. Le combat devient acharné mais sur les deux croiseurs-cuirassés Britanniques en feu, tous les organes de communication sont détruits. Les chefs de pièces tient au jugé. La distance est maintenant tombée à 6000 mètres et l’obscurié s’est accrue, le tir des Allemands se fait plus dévastateur. L’artillerie secondaire des navires Anglais ne peut entrer en action, car trop basse sur l’eau, elle est condamnée par la houle.

A 19h00, la distance est tombée à 5000 mètres. Von Spee décide de prendre un peu de champ, craignant une attaque à la torpille. Le Gneisenau est d’ailleurs touché sans gravité par le Monmouth (les trois blessés Allemands de la bataille). A 19h20, le Scharnhorst donne le coup de grâce: Un de ses obus s’abat entre les cheminées 2 et 3 du Good Hope qui explose et sombre en quelques instants. Il n’y aura aucun survivant. Comme il le pressentait, le « vieux Gentleman » à suivi son équipage jusqu’au bout… Du côté du Monmouth, les choses ne sont pas bonnes non plus. Il s’éloigne, profitant de la nuit tombante, à faible vitesse.

La bataille inégale est alors proche de sa conclusion. Le Monmouth profite de l’attention reportée un moment sur le Good Hope pour tenter de s’échapper et d’éteinde ses incendies, de même que le Glasgow, à la faveur de l’obscurité. Le commandant de ce dernier proposa alors au Monmouth de le prendre en remorque, mais ce dernier refusa, préférant voir le Glasgow s’échapper plustôt que de risquer d’être pris tous les deux en mauvaise posture…. A 20h50, le Monmouth tente de gagner la côte à petite vitesse, la coque fumante et criblée de trous béants donnant de la bande. C’est alors que le Nürnberg qui vient de rejoindre la bataille, le découvre mais est incapable de le reconnaître. L’équipage, plutôt que d’abattre le pavillon pour se voir recueillir, décident de lutter jusqu’au dernier homme. Ils n’ont presque plus de canon qui ne soit hors d’usage mais braquent un de leurs projecteur sur leur pavillon de guerre. Le Nürnberg ouvre alors le feu à bout portant et achève le navire Britannique qui sombre rapidement. Lui non plus n’aura aucun survivant: Les Allemands se défendront plus tard de leur non-assistance en plaidant l’impossibilité de les secourir de nuit, dans le gros temps, et craignant la venue possible de renforts… Après ce désastre, il ne restait plus qu’un seul navire de l’escadre de Cradock, hormis l’Otranto, jugé insignifiant. Il s’agissait du Glasgow, touché cinq fois mais sans gravité, et qui entama une longue boucle afin de se rabattre sur la route du Canopus qui arrivait.

Les deux navires ne trouveront pas Von Spee dans l’obscurité, et l’escadre Allemande se repliera sur Valparaiso. Le comte sabra le champagne au carré des officiers du Scharnhorst tandis que le Schnaps coulait à flot pour les matelots fous de joie: Pour la première fois depuis plus d’un siècle, la Royal Navy essuyait une défaite sur mer. Celle-ci était d’autant plus cinglante que l’escadre entière n’avait que trois blessés à déplorer. Quant aux avaries, elles pouvaient êtres réparées en quelques heures… Pour ce faire, il fit escale à Valparaiso du 2 au 3, respectant les 24 heures réglementaires pour tout belligérant dans un port neutre, aprés avoir fait le plein de charbon et de vivres. Toutefois Von Spee regrettait de n’avoir pu retrouver le Glasgow et parachevé son travail et craignait toujours les 305 mm du Canopus qui le cherchait. Il entamera alors une prudente course au commerce dans le pacifique sud, renonçant provisoirement à passer par le cap Horn.

Du côté Britannique, c’est la stupeur: Le 2 novembre, toutes les manchettes de journeaux font leur une sur la disparition de l’escadre du cap Horn et de son célèbre amiral. La chambre des communes est agitée, exige des explications de l’amirauté. Mais celle-ci à changé d’état d’esprit depuis que Lord Fisher a été nommé – la veille de la bataille – premier lord de la mer à la place du vieux prince de Battenberg. Avec sir Winston Churchill, il décide de « reprendre les choses en main ». En effet, Von Spee menace les routes du nitrate du Chili (vital pour les obus anglais) et de la viande d’Argentine, qui fournit la moitié des besoins de la population. La suite, c’est la « bataille des malouines ».

 

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La bataille d’Héligoland (28 août 1914)

Classé sous — milguerres @ 16 h 41 min

 

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La bataille d’Héligoland (28 août 1914)

source : http://www.naval-encyclopedia.com/pages/vingtieme-siecle/marines/premiere-guerre-mondiale/premiere-bataille-d-heligoland.php

marine flagsHeligoland map L’ïle d’héligoland en mer du nord est une étrangeté géologique, un bloc de falaises rouges très dures posées en mer du Nord. Successivement Danoise, Anglaise, et Allemande, elle verrouillait la baie du même nom, située sur le versant ouest du Danemark, devant l’embouchure de l’Elbe, à 70 km de la côte, et comprenait deux îes, dont la plus petite était une simple dune. Les bâtiments ancrés à Wilhelmhaven et Bremerhaven croisaient sa route lors de toute sortie en mer du nord. De plus, si l’île n’avait jusqu’ici été surtout un repaire de plaisanciers et une station balnéaire prisée grâce à son micro-climat, Tirpitz envisagea très vite son aménagement en base navale avancée, avec de grandes jetées et des installations militaires.  Dès le début de la guerre, les submersibles Britanniques observaient les mouvements et les patrouilles régulières nocturnes et diurnes de destroyers et de croiseurs légers dans cette zone. Le commodore Roger Keyes, qui commandait la force de submersibles Britanniques, formula un plan de raid qui impliquait la force de Harwich commandée par l’amiral Tyrwhitt. Ce plan consistait à attirer le gros des forces légères ennemies au large d’héligoland par un rideau de submersibles en deux groupes dont l’un devait jouer le rôle de leurre et attirer les torpilleurs sur la Flotte de Harwich, et l’autre empêcher tout renfort. il était prévu une qu’une autre force composée de navires plus lourds ( croiseurs de bataille ou croiseurs-cuirassés ) se trouvent à portée en cas de renforts massifs venant de Bremerhaven, voire même la Grand Fleet.  
Mais l’état-major à l’époque avait d’autres soucis en tête et écarta provisoirement le plan de Keyes. Ce dernier s’en vint trouver Sir W.Churchill, premier lord de l’amirauté et lui exposa ses vues. Enthousiaste, le bouillant Churchill demanda alors une réunion et y confia Tyrwhitt, le Prince de Battenberg (1er lord de la mer), Sturdee (le chef d’état-major de l’amirauté), et Hamilton (2e lord de la mer). Sturdee s’opposa à toute mobilisation de la Grand Fleet en soutien, mais accepta de constituer une couverture de l’opération avec les 5 croiseurs-cuirassés de la force C et les deux croiseurs de bataille de la Force K.A droite : L’île d’Héligoland avant la guerre (image wikimedia) >> Heligoland island

Les deux groupes de submersibles de Keyes furent composés des E4, E5, E9 placés au nord et au sud d’héligoland pour empêcher toute retraite Allemande vers la côte, tandis qu’une autre ligne composée des E6, E7 et E8 était envoyée à 74 km pour attirer les forces Allemandes plus à l’ouest, et finalement, le D2 et le D8 furent placés devant l’embouchure de l’Ems pour intercepter tout renfort. Le jour J devait être fixé au 28 août. Cependant John Jellicoe, le commandant en chef de la Grand Fleet ne fut informé de cette opération, en termes très vagues, que le 26, au moment même où Keyes faisait appareiller ses sous-marins. Ce dernier proposa finalement le concours de la Grand Fleet, s’inquiétant d’une sortie si près des côtes Allemandes. Sturdee s’y opposa une nouvelle fois, mais permit néammoins de détacher quelques croiseurs de bataille, qui pouvaient être rapidement sur zone. Une force composée de la première escadre de croiseurs de bataille de David Beatty et de l’escadron de croiseurs légers du commodore Goodenough fut mise en place. Mais Keyes et Tyrwhitt avaient à ce moment gagné pratiquement leurs positions et étaient injoignables. Ils ignoraient donc cette force de soutien. C’est ainsi que la rencontre inopinée juste avant l’aube de la force de Harwich et de l’escadre de Goodenough faillit tourner à l’affrontement, avant que les veilleurs ne confirment qu’il s’agissait de navires amis.

De leurs côté, les Allemands avaient envoyé une force de 9 destroyers modernes composant la 1ere flotille de torpilleurs à 46 km à l’ouest de l’île. A 22 km de l’île se trouvait également la IIIe division de dragueurs de mines. En support se trouvaient les croiseurs légers SMS Hela, Ariadne, Frauenlob et Stettin, le Mainz étant de son côté encore dans l’embouchure de l’Ems, et 7 autres croiseurs légers ancrés à Wilhelmshaven et Brunsbuttel. Aucun bâtiment lourd n’était disponible. La force de Harwich commandée par Tyrwhitt comprenait pas moins de 31 destroyers menés par les croiseurs Arethusa et Fearless. En soutien, la force C et 5 croiseurs-cuirassés, et la Force K composée de 6 croiseurs légers et les croiseurs de bataille New Zealand et Invincible.

Aux premières lueurs de l’aube, l’E9 aperçut le destroyer Allemand G194, et à 5h26, le torpilla, mais le manqua alors que se dernier faisait route à pleine vapeur pour l’éperonner. Aussitôt le navire Allemand signala sa position, et d’autres destroyers de la flotille firent route dans ce secteur. C’est alors que surgirent les forces de Tyrwhitt et en avant-garde, les destroyers Laurel et 3 autres « L ». Ces derniers s’en prirent au G194 à 6h50, et le contre-amiral Leberecht Maas, qui hissa sa marque sur le Cöln, en fut le premier informé. Il répercuta la nouvelle au commandant en chef de la défense de la baie d’Héligoland, le contre-amiral Franz Hipper. Ce dernier, pensant qu’il ne s’agissait que d’une sortie isolée de 4 destroyers, n’autorisa le départ que des Stettin et Frauenlob en renfort immédiat. De son côté Tyrwhitt craignait pour ses destroyers trop avancés, et faute de pouvoir les joindre afin de les rappeler, fut obligé de faire route à toute vapeur afin de les assister. C’est alors qu’arrivèrent les destroyers de la 1ere flotille. Ces derniers apercevant les croiseurs et destroyers n’engagèrent pas le combat, préférant se replier pour se mettre à l’abri des batteries d’Héligoland. Détachée, la 1ere flotille menée par le Fearless obliquait sa route vers le nord. La poursuite engagée par la IIIe flotille menée par l’Arethusa, après avoir malmené le S13 et le V1, arriva sur la seconde ligne Allemande, composée de frêles dragueurs de mines. Mais à 7h57, les veilleurs Britanniques signalèrent la présence de deux croiseurs ennemis: Il s’agissait du Frauenlob et du Stettin. La 3e flotille obliqua vers ces navires, tandis que la 1ere engageait le combat. Très vite, le Fearless toucha le Stettin, venu au soutien des destroyers, obliqua vers l’île. Cependant, le Fearless avait reçu l’ordre de continuer vers le Nord de l’île. L’Arethusa, de son côté, soutenait le feu du Frauenlob…

Heligoland au début du siècle. ( Image Wikipedia, TDP ).

…Devant la concentration des tirs Allemands, l’Arethusa encaissa de nombreux impacts, ayant des dégâts au niveau des machines, inondées, de la transmission, mais surtout la mise hors de combat de deux canons, les autres étant tous touchés. Le Frauenlob avait de son côté encaissé 10 impacts. Mais la situation du croiseur Anglais allait empirer, avec le risque d’arrivée du Stettin, qui avait été « lâché » par le Fearless, tirant vers le nord-est. A 8h30, l’Arethusa, trop gravement touché, rompait le combat et faisait route plein ouest, tandis que le frauenlob se muait en poursuivant. Pendant ce temps, une course poursuite s’engagea entre Keyes à bord du HMS Lurcher et les croiseurs légers de Goodenough, chacun croyant avoir affire à l’ennemi, faute de communication. Cette confusion prit fin à 9h50. Goodenough décida alors de détacher le Lowestoft et le Nottingham de la 1ere escadre de croiseurs. Ces derniers croisièrent la route du V187, touché et poursuivi par plusieurs destroyers menés par le HMS Goshawk. Le destroyer Allemand fut coulé à 9h10 et ses survivants repêchés.

Au moment même où ces opérations étaient en cours, deux baleinières étant à l’eau, les destroyers apareillèrent précipitamment lorsque des veilleurs signalèrent le Stettin. Les quelques marins Anglais des canots et les matelots Allemands furent surpris en voyant le submersible E4 faire surface. Ce dernier n’avait pas assez de place pour les recueillir tous, aussi les matelots Anglais seuls et trois prisonniers embarquèrent, tandis que l’on donna aux Allemand restés à bord des chaloupes un compas et des vivres, en leur indiquant la direction d’Héligoland. Vers 8h55, le Fearless et l’Arethusa faisaient route au sud-ouest de concert. Le Hela et l’Ariadne, avertis, étaient trop loin de l’action et retournèrent à leurs patrouilles, mais par contre, le Strassburg, le Mainz, et le Cöln avaient appareillé en direction de l’île et fonçaient vers le combat. Enfin, à 9h30, le HMS Southampton de l’escadre de goodenough fut torpillé sans succés par l’E6 qui le prit pour un croiseur Allemand. Ce dernier en retour le prit pour un submersible Allemand et tenta de l’éperonner.

Pendant ce temps, Tyrwhitt essayait de reformer son escadrille dans le brouilard, qui commençait seulement à se lever. C’est alors que surgirent les croiseurs Allemands. Le SMS Strassburg commença à prendre l’Arethusa pour cible mais la défense active des destroyers menés par le Fearless. Le Strassburg décrocha, mais à ce moment le Cöln fit irruption et commença à son tour à pilonner l’infortuné Arethusa. Une nouvelle fois, il dût décrocher devant l’audacieuse défense des destroyers. A son tour le Strassburg revint à l’attaque. Sous pression, Tyrwhitt demanda d’urgence l’intervention de l’escadre de David Beatty. Ce dernier s’éxécuta et vint en soutien malgré la présence de mines dans le secteur à 11h35. Du côté de la force de Harwich, la bataille faisait rage entre les destroyers Anglais et un troisème croiseur, le Mainz, arrivé à son tour. A 11h50 l’escadre de Goodenough fut signalée par les veilleurs Allemands et les trois croiseurs changèrent de cap.

Le Mainz eut son gouvernail faussé par un tir du Fearless. Il continua à faire route en modulant la puissance de ses machines, mais fut violemment pris à partie par les destroyers Laurel, Liberty et Laertes, bien que ces derniers soient endommagés par les répliques du croiseur. Les croiseurs Britanniques le pilonnèrent jusqu’à ce qu’il soit évacué par son équipage. Il sombrera en 40 minutes, vers 12h50. Pendant ce temps, le Cöln et le Strassburg avaient profité de cette diversion pour ré-attaquer l’Arethusa presque sans défense, ses destroyers étant dispersés. C’est alors que David Beatty arriva à point nommé avec ses croiseurs de bataille. Ceux-ci ouvrirent le feu de loin, surprenant les croiseurs Allemands qui durent rompre le combat et changer de cap. La distance décrut très rapidement pendant cete manoeuvre, de sorte que le Cöln fut rapidement touché. L’Ariadne surgit alors, faisant diversion. Il fut immédiatement pris à partie presque à bout portant par le Lion et le Princess Royal, et mis en flammes. Le Strassburg profita de la confusion régnant encore chez les Anglais sur la présence de navires « amis » et « ennemis », et parvint à s’échapper, mais le Cöln fut retrouvé par les guetteurs du Lion, et à 13h25, le croiseur Allemand, répondant pour la forme ( il n’avait pas la portée des canons Britanniques ), fut coulé.

A 14h00, tout était terminé. Le Strassburg avait échappé à ses poursuivants, le gros des forces Anglaises s’étant repliées. Ces derniers ne déploraient que 36 victimes et l’Arethusa ainsi que 3 destroyers devaient subir de longues réparations. Mais de leur côté les Allemands déploraient 1200 morts, disparus et prisonniers, et avaient perdu 3 croiseurs et un torpilleur. Cette bataille montra d’une part les graves insuffisances de la défense de la baie d’Héligoland, puisque le dispositif Allemand s’était montré trop léger et que les attaques manquaient de coordination, les renforts arrivant trop lentement, mais d’un autre côté les Britanniques pêchaient par un manque de communication de l’opération entre les différentes forces impliquées qui faillit tourner au désastre. Cela n’enlèvera rien au succés de Beatty qui retirera les plus grands crédits de cette victoire…

 

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