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1 mars 2013

Annexion de la Moselle (1940)

Classé sous — milguerres @ 21 h 37 min

L’attitude du gouvernement de Vichy face à l’annexion de fait de l’Alsace-Lorraine 

 27 novembre Annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Allemagne nazie

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

 Annexion de la Moselle (1940)

La seconde annexion de la Moselle par l’Allemagne eut lieu le 25 juillet 1940, avec le rétablissement des frontières de 1871.

Contexte historique

La première annexion de la Moselle est entérinée par le traité de Francfort, le 10 mai 1871. La première annexion s’inscrit dans le processus de formation du second empire allemand. La plus grande partie de l’ancien département de la Moselle de 1792 est annexée pour former avec l’Alsace le Reichsland Elsaß-Lothringen, ou « Elsaß-Lothringen ». La Moselle restera allemande pendant quarante-huit années, avant d’être reconquise par la France. En 1940, elle sera de nouveau annexée, cette fois de facto, et séparée du reste de la Lorraine. La Moselle, ou CdZ-Gebiet Lothringen, est alors intégrée au Gau Westmark.
La seconde annexion de la Moselle se traduisit par quatre années de souffrances pour les Mosellans, expulsés, transplantés ou opprimés, et par la disparition de milliers de jeunes « malgré-nous » sur le front de l’Est, et de civils sous les bombes des belligérants.

Chronologie
Année 1939

Dès la déclaration de guerre le 3 septembre 1939, près de 30 % du territoire de la Moselle se trouve entre la Ligne Maginot et la frontière allemande2. 302 732 personnes, soit 45 % de la population du département, sont évacuées pendant le mois de septembre 1939 vers des départements du Centre et de l’Ouest de la France, essentiellement la Charente, laCharente inférieure, la Vienne, la Haute-Vienne et enfin la Haute-Loire qui accueillent les mineurs3. L’ordre d’évacuation pour les villages frontaliers comme Oberdorff est donné dès le 1er septembre4. Parmi les quelque 300 000 évacués, 200 000 reviendront après la défaite5.
Année 1940
De la déclaration de guerre de la France à l’Allemagne le 3 septembre 1939, à juin 1940, la « drôle de guerre » donne l’illusion à la France qu’elle tiendra ses positions grâce à la ligne Maginot et à la vaillance de ses troupes, et qu’elle obtiendra la victoire, comme en 1918.
Le 14 juin 1940, Metz est déclarée « ville ouverte ». Le 17 juin 1940, l’entrée des troupes allemandes dans cette ville marque le début d’une répression brutale, dont les Messins et les Mosellans ne se relèveront qu’en 1945. Le lendemain, le représentant de l’État à Metz, le préfet de la Moselle, est arrêté, signe de la défaite de la France. Quatre jours plus tard, la signature à Rethondes d’un traité d’armistice, entre la France et l’Allemagne, ôte les derniers espoirs aux Mosellans.
Pourtant un mouvement de résistance, l’« Espoir français », se forme en juillet 1940, pour conjurer le mauvais sort et préparer le retour des troupes françaises. Il sera actif plusieurs mois. Dans le même temps les premières expulsions ont lieu dans la plupart des villes de Moselle. L’ancienne frontière de 1871 est rétablie le 25 juillet, marquant de facto l’annexion du département de la Moselle au Reich allemand. Le jour même, la Gestapo s’installe à Metz6.
Le Gauleiter Josef Bürckel prend ses fonctions le 7 août 1940 à Sarrebruck, en tant que nouveau chef de l’administration civile allemande en Moselle. Le « CdZ-Gebiet Lothringen » remplace officiellement le département de la Moselle. Le 8 août 1940, le préfet Bourrat est expulsé de ce nouveau « territoire allemand ». Les Messins résistent en silence et organisent une manifestation patriotique, place Saint-Jacques à Metz : la statue de Notre-Dame est fleurie aux couleurs tricolores. Les autorités allemandes réagissent immédiatement et expulsent le lendemain l’évêque de Metz, Mgr Heintz. Des milliers de Messins, fonctionnaires, patriotes, ou anciens militaires, sont à leur tour expulsés.
Pour conjurer la résistance passive des Messins, le Gauleiter Bürkel organise en grandes pompes son entrée officielle à Metz, le 21 septembre 1940. Il se fait remettre les clés de la cité par Roger Foret, le dernier maire allemand de la ville en 19187. Résidant principalement à Neustadt dans le Palatinat, il ne reviendra que rarement à Metz. Informé des contrariétés de Bürkel au sujet des Lorrains mosellans, Hitler donne des ordres pour que la Moselle soit « germanisée en 10 ans ». Une ordonnance porte donc le 28 septembre 1940 sur la germanisation obligatoire du nom des habitants mosellans.
Les Mosellans étant toujours réticents face à l’occupant, 60 000 Mosellans francophiles ou francophones, jugés « indésirables », sont expulsés vers la France, du 11 au 21 novembre 1940. Le 30 novembre, la Moselle est réunie à la Sarre et au Palatinat pour former une nouvelle province allemande, le Gau Westmark. Conscient du ressentiment des Mosellans, le Führer Adolf Hitler ne fera pas de long discours à la population civile, lors de sa venue à Metz, le jour de Noël, 25 décembre 19408. Hitler se contentera de rendre visite à la 1ère division SS, stationnée dans le secteur de Metz depuis août 1940, passant la nuit du 25 au 26 décembre à l’Hôtel des minesnote 1de l’avenue Foch, en compagnie de Sepp Dietrich et des cadres de cette unité8. Le lendemain 26 décembre 1940, après avoir passé en revue ses troupes d’élite, Hitler leur fit un discours9, et se rendit dans l’après-midi à Sarrebourg, puis à Lutzelbourg, où il fut reçu vers 17 h à l’hôtel des Vosges, pour fêter Noël avec les hommes du 125e régiment d’infanterie8. Hitler repassera à Metz, cette fois secrètement, dans la nuit du 16 au 17 juin 1944, pour se rendre auWolfsschlucht II de Margival.
Année 1941
Le 25 janvier 1941, un appel veut inciter les Mosellans à entrer dans l’organisation des Hitlerjugend. La germanisation des esprits se poursuit lentement, mais sûrementnote 2. LesBund Deutscher Mädel ( BDM ) recrutent activement dans les écoles mosellanes. Le ministre de l’Éducation et de la Propagande du Reich, Joseph Goebbels, se déplace en personne à Metz en 1941, pour visiter les locaux du Metzer Zeitungnote 3, un journal de propagande incitant les Mosellans à adhérer aux organisations nazies10. Pour échapper à cette pression quotidienne, 6 700 optants émigrent vers la France, entre le 6 avril et le 3 mai 1941.
La répression policière se fait plus brutale, et les premières condamnations prononcées par le tribunal spécial de Metz tombent le 20 avril de la même année. Le 23 avril 1941, le décret d’incorporation des Mosellans, garçons et filles de 17 à 25 ans, dans le Reichsarbeitsdienst ( RAD ) est publié en Moselle.
Le 18 juin 1941, un an après l’appel du général de Gaulle, des membres du mouvement « l’Espoir français » sont arrêtés. Un mois plus tard, le groupe « Mario » se forme autour du résistant communiste Jean Burger. Le 28 juillet, 101 prêtres sont expulsés vers la France.
Année 1942
Le Grand Séminaire de Metz, devenu inutile, devient une prison pour la Gestapo. Le groupe gaulliste Dehran se crée le 30 janvier 1941, peu de temps avant le démembrement de la filière d’exfiltration de sœur Hélène Studler. Pour faire face aux pertes allemandes de plus en plus nombreuses, le « Kriegshilfsdienst » ( KHD ) enrôle de force des auxiliaires féminines en Moselle, à partir du 16 juillet 1942 : les « Malgré-elles ». La police allemande arrête les membres d’un réseau d’évasion à Rombas, le 30 juillet 1942.
Alors que la Hitlerjugend devient obligatoire pour les jeunes mosellans le 4 août 1942, une ordonnance instituant le service obligatoire dans la Wehrmacht pour les Mosellans est promulguée le 19 août 1942. Dix jours plus tard, une seconde ordonnance, portant sur l’octroi de la nationalité allemande à l’ensemble des Mosellans, rend applicable l’incorporation des jeunes gens dans l’armée allemande, les futurs « Malgré-nous »note 4. Les classes 1920-1924 sont immédiatement appelées sous les drapeauxnote 5. Tous les habitants de l’Alsace-Moselle annexée au IIIe Reich savaient comment Hitler, et les nazis, avaient anéanti en Allemagne toute opposition au régime. Refuser la germanisation et la nazification était donc suicidaire. Pourtant, certains choisissent de s’engager dans la résistance.
Le procès des membres de « l’Espoir français » se tient le 30 septembre 1942. Les premières condamnations de Mosellans tombent dès le 2 octobre, pour faire sentir aux civils le pouvoir coercitif de l’Allemagne nazie. Le 18 octobre de la même année, l’incorporation dans l’armée allemande des premiers Mosellans, des classes 1922, 1923 et 1924, marque pour certains le début d’un cauchemar sans nom, qui se terminera au mieux, dans les camps d’internement soviétiques, comme celui de Tambov.
En novembre 1942, l’arrestation des membres des réseaux d’évasion de Forbach et de Lorquin rappelle aux Mosellans l’emprise impitoyable de la Gestapo sur la population civile.
Année 1943
Poursuivant la politique de germanisation, plus de 10 000 patriotes ou résistants à l’annexion sont expulsés de leurs foyers et transportés, par la Gestapo, en Silésie, en Pologne, ou dans les Sudètes, entre le 12 et le 28 janvier 1943. Ces familles d’agriculteurs, de travailleurs ruraux ou de mineurs, sont ainsi contraintes d’enrichir le Reich, sans espoir de retour.
Pourtant, les Mosellans continuent de se rebeller et le train qui conduit les recrues du RAD, de Sarrebourg à Sarreguemines, est mis à sac, le 18 février 1943. Le 12 mai 1943, l’arrestation des passeurs du réseau de Rehtal11 allonge la liste des condamnations. Preuve de la révolte contre l’occupant nazi, 1 250 incorporables mosellans, ayant déjà servi dans l’armée française, se rebellent à Sarreguemines le 25 juin 1943.
Le 20 septembre 1943, le chef du réseau Mario, Jean Burger, est arrêté. Pour faire face à l’insoumission, ou aux désertions des Mosellans, une ordonnance consacre la responsabilité collective du « clan », en cas de défaillance d’un appelé, le 1er octobre 1943. L’insoumis expose donc maintenant sa famille à des représailles implacables. La répression se faisant plus brutale encore, le fort de Queuleu devient un camp d’internement en octobre 1943 et le camp de Woippy ouvre le mois suivant, en novembre 1943. Le 15 décembre de la même année, les membres du groupe Derhannote 6 sont à leur tour arrêtés.
Année 1944
Le 3 juin 1944, l’armée allemande mène une expédition punitive contre le maquis de réfractaires de Longeville-lès-Saint-Avold. L’étau se resserre inexorablement sur la population mosellane. Au cours du mois de juin, des représailles sont décidées aussi à Porcelette, à Honskirchet à Vittersbourg, à l’encontre des insoumis mosellans. À l’été 1944, la roue du destin tourne en faveur des Alliés et des Mosellans. Les résistants Alfred Krieger et son adjoint Scharff en profitent pour structurer les FFI dans la région. Le 17 août 1944, le fort de Queuleu est évacué dans la hâte. En septembre 44, la brigade Alsace-Lorraine est créée. Elle permet aux Mosellans de se battre pour leur pays. Alors que labataille de Metz commence, le camp de Woippy est abandonné, le 1er septembre 44. Le 20 septembre, le Gauleiter Bürckel déclare la partie sud-ouest du CdZ-Gebiet Lothringen « zone des armées ». Il est par conséquent interdit de franchir une ligne allant d’Apach au Donon, et passant par Sierck, Courcelles, Faulquemont, et Sarrebourg12. Le Gauleiter Bürckel se suicidera peu après, le 28 septembre 1944. Après trois mois de combats, la bataille de Metz prend fin. La ville est enfin libérée le 22 novembre 1944, après quatre ans d’annexion. Les combats se poursuivent maintenant à l’Est du département, sur la Sarre.
Le bilan matériel de l’année 1944 est très lourd. À partir du printemps 1944, les bombardiers américains se sont succédé par vagues au-dessus de la Moselle, faisant d’énormes dégâts collatéraux. Si les populations civiles furent durement touchées, les dégâts matériels furent plus grands encorenote 7. Les dévastations sont généralisées dans la vallée de la Seille, entre Dieuze et Metz, et au nord d’une ligne Forbach-Bitche. 23 % des communes de la Moselle furent détruites à plus de 50 %, et 8 % des communes le furent à plus de 75 %13. Dans la seule journée du 9 novembre 1944, pas moins de 1 299 bombardiers lourds B-17 et B-24 déversèrent 3 753 tonnes de bombes, de 1 000 à 2 000 livres, sur les ouvrages fortifiés de la Moselstellung et les points stratégiques situés dans la zone de combat de la IIIe armée14. Ce funeste ballet aérien ne prendra fin, au-dessus de la Moselle, qu’en mars 1945, lorsque le département sera entièrement libéré. L’épuration politique s’organise en Moselle. Fin décembre 1944, 150 Allemands sont arrêtés dans le département et conduits au fort de Queuleu15.
Année 1945
Dans la première quinzaine de janvier 1945, 700 autres allemands sont arrêtés en Moselle et envoyés au fort de Queuleu, qui sera utilisé jusqu’en mars 1946, pour l’internement des Allemands et des suspects jugés « dangereux », soit plus de 8 000 personnes en Moselle15. Alors que l’Opération Nordwind de l’armée allemande déstabilise les troupes américaines, et inquiète les populations civiles en Moselle, la France annule les mesures prises par le Reich en Moselle, le 12 janvier 1945. Le département ne sera entièrement libéré que le 21 mars 1945, après de durs combats, qui éprouveront autant les soldats que les populations civiles. L’armée allemande capitule à Reims le 7 mai 1945. Les dirigeants nazis sont arrêtés un peu partout en Europe. Le tribunal international de Nuremberg ouvre un procès qui durera de novembre 1945 à octobre 1946 : il reconnaît l’incorporation de force des Malgré-nous comme un crime de guerre, refermant la page de cet épisode tragique de l’histoire de la Moselle.

Épilogue
Lors de l’épuration en Moselle, la France prit en compte le statut particulier du département pendant la guerre. 4 178 jugements furent prononcés par la Cour de Justice de la Mosellenote 8. Sur ce nombre, il y eut 859 acquittements et 3 243 condamnations, dont 28 à la peine capitale, 288 aux travaux forcés, 952 à des peines de prison16. Sept exécutions sommairesnote 9seulement, ont été à déplorer sur l’ensemble du département. Au sortir de la guerre, le bilan humain est très lourd en Moselle. Aux soldats mosellans morts pour la France entre 1939 et 1945, ou pour l’Allemagne entre 1942 et 1945, il faut ajouter des milliers de civils qui périrent dans les camps d’exterminationnote 10, ou sous les bombes des Alliés. La population mosellane passa de 696 246 habitants en 1936, à 622 145 habitants au recensement de 194613, soit une perte de plus de 11 % de la populationnote 11. Pour réparer les dégâts provoqués par l’annexion et combler le déficit de main-d’œuvre en Moselle, pas moins de 26 000 prisonniers de guerre allemands participent dès 1945 à l’effort de reconstruction en Moselle17. Appréciant la force de travail de cette main d’œuvre disciplinée, notamment dans les mines17, les élus locaux obtiennent, en juillet 1947, la possibilité d’accorder un statut de « travailleurs libres » aux prisonniers de guerre allemands18, malgré les fortes réticences de Paris, qui craignait un nouvel apport de population germanique dans les anciens territoires annexés18. Un an plus tard, le gouvernement Schuman étendit cette mesure libérale aux anciens nazis, cadres du NSDAP ou Waffen-SS18. Une page douloureuse de l’histoire mosellane se tournait définitivement, pour laisser place à des relations franco-allemandes apaisées, placées sous les auspices de l’Europenote 12.

Notes
1. ↑ L’ »Hôtel Royal » servira de PC à l’armée américaine le 22 novembre 1944. in Anthony Kemp: Lorraine – Album mémorial – Journal pictorial : 31 août 1944 – 15 mars 1945, Heimdal, 1994, (pp.340-341).
2. ↑ L’apprentissage de l’Allemand à l’école se fait notamment par des comptines allemandes, comme « Hänschen klein » pour les plus jeunes, ou l’apprentissage de l’histoire mouvementée des Germains pour les plus âgés.
3. ↑ Le « Metzer Zeitung » reprend insidieusement le titre d’un journal de Metz fondé en octobre 1871 par les frères Lang, et qui avait cessé ses éditions le 15 novembre 1918. ( François Roth: Le Temps des journaux 1860-1940, Presses universitaires de Nancy, Bar-le-Duc, 1983, p.80 ).
4. ↑ L’incorporation dans les troupes allemandes de plus de 380 000 Alsaciens-Lorrains en 1914, et leur conduite exemplaire pendant la Première guerre mondiale, servit de prétexte à la propagande nazie, qui voulait exploiter la fibre patriotique des anciens combattants. Le résultat fut pour le moins mitigé, et la plupart des officiers mosellans de la Grande Guerre refusèrent de prendre la carte du NSDAP et les privilèges qu’elle conférait.
5. ↑ À partir du 16 février 1943, l’appel sous les drapeaux est étendu aux classes 1914-1924 et progressivement aux classes 1925, 1926 et 1927.
6. ↑ Joseph Derhan, ouvrier à Hagondange avait formé dès 1942 un « groupe gaulliste ».
7. ↑ En 1951, on recensa 44 600 bâtiments totalement détruits et 141 009 partiellement atteints.
8. ↑ Une section fut ouverte à Metz du 18 juin 1945 au 19 décembre 1947, et une autre à Sarreguemines, du 18 juillet 1945 au 17 janvier 1947.
9. ↑ Cinq exécutions ont eu lieu entre le 11 septembre et le 5 octobre 1944 et deux en 1945, après la libération du département.
10. ↑ La seule communauté juive de Metz a perdu plus de 1 600 âmes dans les camps de concentration.
11. ↑ Les cantons de Bitche et de Volmunster ont le plus souffert avec une diminution de plus de 40 % de la population. (Le Républicain Lorrain)
12. ↑ Le plan Schuman entraîna la création de la CECA qui est à l’origine de l’actuelle Union européenne. (Dossiers d’Hérodote : 9 mai 1950 [archive]

source wikipedia

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27 janvier 2013

Opération Weserübung

Classé sous — milguerres @ 0 h 55 min

 

L’Allemagne touche Le Danemark et la Norvège

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

 

 

Opération Weserübung

L’opération Weserübung était le nom de code allemand désignant l’attaque par l’Allemagne nazie du Danemark et de la Norvège, marquant le début de la campagne de Norvège. Weserübung signifie « exercice sur la Weser » au sens propre ou, dans le domaine militaire, « opération Weser ». La Weser est une rivière allemande.
Aux petites heures du 9 avril 1940 – Wesertag (« Jour Weser ») – l’Allemagne envahissait le Danemark et la Norvège, opération menée ouvertement comme une manœuvre préventive allant à l’encontre de l’occupation planifiée et ouvertement discutée de ces deux pays par une force franco-britannique. Juste avant l’arrivée de leurs troupes, des envoyés allemands informèrent les gouvernements des deux pays que la Wehrmacht devait venir « protéger la neutralité de leurs pays » contre l’agression franco-britannique. Dans les faits, les nombreuses différences de climat, de localisation et de géographie entre les deux pays rendirent leurs invasions très différentes.
L’heure prévue de débarquement fixée à la flotte d’invasion – le Weserzeit (l’« Heure Weser ») – était de 5 h 15 du matin heure allemande, 4 h 15 à l’heure norvégienne.

 

 

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Au début du printemps 1939, l’amirauté britannique commença à considérer la Scandinavie comme un théâtre potentiel d’opérations dans l’optique d’un conflit armé avec l’Allemagne. Le gouvernement britannique était réticent à s’engager dans un conflit terrestre à nouveau sur le continent, pensant qu’il s’agirait alors d’une réédition de la Première Guerre mondiale. Il commença donc à échafauder un projet de stratégie de blocus afin d’affaiblir indirectement l’Allemagne. L’industrie allemande était fortement dépendante des importations de minerai de fer provenant des régions minières au nord de la Suède, et une grande partie de ce minerai était expédié en Allemagne par le port norvégien de Narvik. Le contrôle de la côte norvégienne permettrait ainsi de resserrer le blocus autour de l’Allemagne.

En octobre 1939, le chef de la Kriegsmarine allemande, le grand-amiral Erich Raeder, discuta avec Hitler des dangers causés par la présence éventuelle de bases anglaises en Norvège et la possibilité pour l’Allemagne de se saisir de ces bases avant que le Royaume-Uni ne soit en mesure de le faire. La Marine appuyait sur le fait que l’occupation de la Norvège permettrait le contrôle des espaces maritimes attenants et qu’elle pourrait servir de base de départ pour de futures opérations contre l’Angleterre. Néanmoins, à ce moment-là les autres entités de la Wehrmacht n’étaient pas intéressées par le projet, et Hitler publia seulement une directive dans laquelle il faisait état que l’effort principal serait produit lors d’une offensive terrestre sur les Pays-Bas.

Vers fin novembre, Winston Churchill, en tant que nouveau membre du British War Cabinet, proposa de miner les eaux norvégiennes. Cela forcerait les convois de minerai à venir naviguer dans les eaux internationales de la mer du Nord, où la Royal Navy était en mesure de leur barrer la route. Toutefois, sa proposition fut repoussée par Neville Chamberlain et Lord Halifax, du fait de leur crainte d’une réaction adverse à l’encontre des pays neutres comme les États-Unis. Après le déclenchement de la guerre d’Hiver entre l’Union soviétique et la Finlande en novembre 1939, la situation diplomatique fut changée, Churchill proposa à nouveau son plan de minage, mais il fut encore rejeté.

En décembre, le Royaume-Uni et la France commencèrent sérieusement à envisager de l’aide en Finlande. Leur plan consistait en l’envoi d’une force, devant débarquer à Narvik au nord de la Norvège, et à traverser la Suède et la Finlande. Évidemment, ce plan leur aurait permis par là même d’occuper les gisements de fer en Suède. Le plan reçut le soutien tant de Chamberlain que d’Halifax. Ils comptaient dans ce cas sur le soutien et la coopération de la Norvège, qui faciliterait sans doute les clauses de droit international. Néanmoins, les sévères avertissements qu’avait auparavant envoyés le Royaume-Uni tant à la Norvège qu’à la Suède résulta en de fortes réactions négatives de la part des deux pays. Les plans d’expédition se poursuivirent, mais sa justification tomba à l’eau en mars, lorsque cessèrent les hostilités entre la Finlande et l’Union soviétique.

Planning de l’opération

Conscient de la menace que les Alliés faisaient planer sur son approvisionnement en minerai de fer, Hitler ordonna à l’OKW de se lancer dans un plan préliminaire concernant l’invasion de la Norvège dès le 14 décembre 1939. Le plan préliminaire avait pour nom de code Studie Nord et ne faisait appel qu’à une seule division.

Entre le 14 et le 19 janvier 1940, la Kriegsmarine étudia une version étendue de ce plan. Elle mit en avant deux facteurs essentiels de l’assaut à venir. D’abord, que l’effet de surprise serait un facteur très important pour le succès de l’opération, afin de limiter la menace d’une résistance organisée de la part d’une résistance norvégienne (et d’interventions britanniques). Le second élément consistait en l’utilisation des navires de guerre allemands les plus rapides plutôt que de simples bateaux de la marine marchande, relativement lents, pour le transport des troupes. Cela permettrait d’occuper tous les objectifs rapidement et simultanément, alors que les navires de transport n’avaient qu’un rayon d’action limité.

Ce nouveau plan faisait appel quant à lui à un corps d’armée entier, comprenant une division de montagne, une division aéroportée, une brigade d’infanterie mécanisée et deux divisions d’infanterie. Les objectifs des débarquements de ces forces seraient :
• la capitale norvégienne, Oslo, ainsi que les centres de population attenants, Bergen, Narvik, Tromsø, Trondheim et Stavanger.
Ce plan comprenait également la capture rapide des rois du Danemark et de Norvège, dans l’espoir que cela contribuerait à une reddition rapide des deux pays.
Le 21 février 1940, le commandement des opérations fut confié au général von Falkenhorst. Il avait combattu en Finlande durant la Première Guerre mondiale et, de ce fait, était conscient des particularités de la guerre dans le froid polaire. Néanmoins, il n’aurait sous ses ordres que les troupes terrestres, malgré le désir émis par Hitler d’un commandement unifié de toutes les armes.

Le plan d’attaque final fut baptisé du nom de code opération Weserübung (« Exercice sur la Weser ») le 27 janvier 1940. [/L’opération serait menée sous le commandement de la 21e armée et la force d’attaque comprendrait la 3e division d’infanterie de montagne et 5 divisions d’infanterie, dont aucune de ces dernières n’avaient connu leur baptême du feu. La première vague consisterait en trois divisions, les autres devant suivre dans une deuxième vague. Trois compagnies de parachutistes auraient pour mission d’occuper les terrains d’aviation. La décision d’envoyer également la 2e division d’infanterie de montagne ne sera prise que par la suite.

À l’origine, le plan prévoyait d’envahir la Norvège et de prendre le contrôle des terrains d’aviation danois par la voie diplomatique.
Toutefois, Hitler fit paraître une nouvelle directive le 1er mars 1940 ordonnant l’invasion pure et simple des deux pays. Cette décision fut inspirée suite aux demandes répétées de la part de la Luftwaffe relatives à ses besoins de capturer les bases de chasseurs danois et les sites de surveillance aérienne. Le XXIe corps fut constitué pour l’invasion du Danemark, composé de deux divisions d’infanterie et la 11e brigade motorisée. L’opération complète serait sous la garde du Xe corps aérien, composé de quelque 1 000 avions de types variés.

Invasion du Danemark

 

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Stratégiquement parlant, le Danemark ne revêtait pas une grande importance aux yeux des Allemands, hormis comme base de départ pour leurs opérations ultérieures en Norvège, ainsi qu’évidemment comme pays frontalier de l’Allemagne qui devait être contrôlé d’une manière ou d’une autre.
Petit et relativement plat, le pays constituait un terrain idéal pour les opérations militaires allemandes, et la petite armée danoise n’avait que peu d’espoir en cas de résistance armée. Néanmoins, aux petites heures du 9 avril, quelques troupes danoises engagèrent le combat avec les Allemands, ce qui leur occasionna quelques dizaines de victimes.

Après qu’un millier d’hommes eurent débarqué dans le port de Copenhague, un détachement de la garde royale engagea le combat avec les assaillants.
Juste après les premiers coups de feu, plusieurs formations de bombardiers Heinkel He 111 et Dornier Do 17 survolèrent la ville. Face à la menace explicite de la Luftwaffe bombardant la population civile, le gouvernement danois capitula en échange de l’assurance qu’il garderait une indépendance politique pour ce qui était des questions de politique intérieure. Cela déboucha sur l’unique occupation relativement clémente de la part des Allemands, tout particulièrement jusqu’à l’été 1943, ainsi que par un début des arrestations et déportations de Juifs danois relativement tardif (seulement une fois que la majorité d’entre eux avaient été avertis des menaces qui pesaient sur eux, et se trouvaient en chemin pour trouver asile en Suède). Finalement, moins de 500 Juifs danois furent déportés, et moins de 50 d’entre eux perdirent la vie en camp de concentration, sur une population d’avant-guerre évaluée à 8 000.

Bien que le Danemark et le reste de la Scandinavie n’aient que peu d’importance militaire, ces pays avaient une grande importance selon les plans économique, stratégique et idéologique. Ainsi, le docteur Werner Best, second plénipotentiaire allemand, déclara : « Le Danemark apporta un soutien économique substantiel à l’Allemagne grâce à son agriculture. Il constituait également un intermédiaire important avec la Suède ».

 

 

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Les sites de débarquement des troupes allemandes pendant la phase initiale de l’opération Weserübung

Invasion de la Norvège
Motivations – Ordre de bataille

La Norvège était importante pour l’Allemagne, et ce pour deux raisons principales : elle pouvait constituer une importante base pour ses unités navales, y compris ses U-boots, lui permettant ainsi de harceler les convois alliés dans l’Atlantique Nord d’une part et, d’autre part, de protéger ses cargaisons de minerai de fer en provenance de Suède via le port de Narvik. La longue et sinueuse ligne côtière du nord constituait en outre un terrain parfait pour le lancement d’attaques de U-boots à l’encontre de la marine marchande britannique. L’Allemagne était en effet fortement dépendante des livraisons de minerai suédois et s’inquiétait à juste titre de la menace que les Alliés faisaient peser sur cette voie d’approvisionnement.

L’invasion de la Norvège fut confiée au XXIe corps d’armée du général Nikolaus von Falkenhorst, disposant des unités principales suivantes :
• la 136e DI, la 69e DI, la 169e DI, la 181e DI et la 214e DI.
• deux régiments de la 3ème division de montagne.
La force d’invasion initiale fut transportée par différents groupes de navires (Kampfgruppen) de la Kriegsmarine :
1. Les croiseurs de bataille Scharnhorst et Gneisenau en couverture éloignée, accompagnés de dix destroyers transportants 2 000 hommes des troupes de montagne sous le commandement du général Eduard Dietl à destination de Narvik ;
2. Le croiseur lourd Admiral Hipper et quatre destroyers avec à leurs bords 1 700 hommes à destination de Trondheim ;
3. Les croiseurs légers Köln et Königsberg, le navire d’exercice pour l’artillerie Bremse, le transport de troupes Karl Peters, deux torpilleurs et cinq vedettes lance-torpilles, transportant 1 900 hommes de troupe pour Bergen ;
4. Le croiseur léger Karlsruhe, trois torpilleurs, sept vedettes lance-torpilles avec 1 100 hommes à destination de Kristiansand ;
5. Le croiseur lourd Blücher, le croiseur lourd (précédemment cuirassé de poche) Lützow, le croiseur léger Emden, trois torpilleurs et 8 dragueurs de mines transportant 2 000 hommes pour Oslo ;
6. Quatre dragueurs de mines avec 150 hommes pour Egersund.

 

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Navires de la Kriegsmarine à Narvik en 1940.

Brève chronologie

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Carte du fjord d’Oslo indiquant la position d’Oscarsborg

• En fin d’après-midi du 8 avril 1940, le Kampfgruppe 5 est repéré par le navire de gardes-côtes norvégien Pol III. Pol III est mis hors de combat. Son capitaine, tué dans l’opération, constitue la première victime norvégienne de la guerre.
• Ironiquement ou presque, le croiseur lourd allemand Blücher est coulé dans le fjord d’Oslo le 9 avril par des canons allemands de la marque Krupp de 280 mm, vieux de 48 ans (dénommés Moses et Aron), installés dans la forteresse d’Oscarsborg en mai 1893, et par des torpilles tout aussi anciennes :
• Les vaisseaux allemands remontaient le fjord menant à Oslo, atteignant le resserrement de Drøbak (Drøbaksundet). Tôt le matin du 9 avril, les canonniers de la forteresse d’Oscarsborg tirèrent sur le bateau de tête, le Blücher, qui avait été pris dans le feu des projecteurs vers 5 h 15. En deux heures, le vaisseau, incapable de manœuvrer du fait de l’étroitesse du fjord, fut coulé avec 600 à 1 000 hommes. La menace désormais avérée que constituait la forteresse retarde suffisamment longtemps la flotte d’invasion pour permettre de prendre des mesures d’urgence, qui se traduiront par la fuite relatée plus bas.
• Les parachutistes allemands atterrissent près des aéroports d’Oslo Fornebu, de Kristiansand Kjevik et de Stavanger Sola, cette dernière constituant la première attaque de parachutistes de l’histoire. À noter que l’un des pilotes de la Luftwaffe à Kjevik était Reinhard Heydrich.
• Du fait du naufrage du Blücher dans les resserrements du fjord d’Oslo, la famille royale ainsi que le Parlement (y compris le gouvernement) échappent aux forces d’invasion allemandes. Le roi Haakon refuse de déposer les armes ; il s’ensuit la bataille de Midtskogen, protégeant la fuite du roi ; bombardements de Elverum et de Nybergsund. La famille royale, les membres du Parlement et le trésor national fuient vers le Nord afin d’échapper aux Allemands.
• Les villes de Bergen, Stavanger, Egersund, Kristiansand S, Arendal, Horten, Trondheim et Narvik sont attaquées et occupées dans un délai de 24 heures.
• Baroud d’honneur héroïque, mais absolument inefficace, des frégates de gardes-côtes norvégiens Norge et Eidsvold à Narvik. Les deux bateaux sont torpillés et envoyés par le fond avec de nombreux hommes d’équipage.
• Première et seconde batailles navales de Narvik opposant la Royal Navy à la Kriegsmarine.
• Quisling annonce son coup d’État à la radio. Son gouvernement restera non reconnu par le Parlement et par le roi. Cela justifie pleinement le rattachement au côté allié de la Norvège durant la Seconde Guerre mondiale. L’hostilité de la population norvégienne conduira Hitler à renvoyer Quisling une semaine plus tard.
• Les Allemands capturent Narvik et y font débarquer les 2 000 hommes des troupes d’infanterie de montagne, mais une contre-attaque navale britannique menée pendant plusieurs jours par le vieux cuirassé HMS Warspite accompagné d’une flottille de destroyers permit de couler dix destroyers allemands après qu’ils eurent été à court de munitions et de carburant.
• Bombardements dévastateurs des villes d’Åndalsnes, Molde, Kristiansund N, Steinkjer, Namsos, Bodø, Narvik ; ces bombardements avaient soit un but stratégique, soit un but psychologique (semer la terreur parmi les populations civiles).
• Campagne principale des Allemands au nord d’Oslo, menée avec du matériel dernier cri ; face à eux, les soldats norvégiens, équipés d’un armement datant du tournant du siècle, aux côtés de troupes britanniques et françaises, arrêtent momentanément leur avance à Namsos en avril 1940 avant de se rendre. Ces faits constituent les « premiers combats terrestres opposant l’armée de terre britannique et la Wehrmacht durant la seconde Guerre mondiale ».
• Combats terrestres à Narvik : les Norvégiens et les troupes alliées (Français, Polonais) sous le commandement du général Carl Gustav Fleischer accomplissent la « première opération tactique victorieuse contre la Wehrmacht durant la Seconde Guerre mondiale » mais les Alliés opèrent une retraite malencontreuse (cf. infra) ; combats à Gratangen.
• Le « dernier bastion » : la forteresse d’Hegra (Hegra festning, ou fort Ingstadkleiven) soutient le siège imposé par les Allemands jusqu’au 5 mai. Ce fait est d’une grande importance pour les besoins de la propagande alliée, tout comme les opérations de Narvik.
• Le roi Haakon, le prince héritier Olav et le Parlement appareillent de Tromsø le 7 juin (à bord du croiseur britannique HMS Devonshire) à destination du Royaume-Uni afin de représenter la Norvège en exil (le roi rentrera à Oslo cinq ans après, à la même date) ; la princesse royale Märtha et ses enfants, s’étant vus refuser l’asile par leur Suède natale, quitteront plus tard Petsamo en Finlande afin de vivre leur exil aux États-Unis.
• La Norvège capitule (bien que les forces armées norvégiennes continuèrent à combattre les Allemands jusqu’à leur capitulation en Norvège le 8 avril 1945) le 10 juin 1940, deux mois après le Wesertag.

Dans le grand Nord, les troupes norvégiennes, françaises et polonaises, soutenues par la Royal Navy et la RAF, poursuivirent le combat contre les Allemands pour le contrôle de Narvik (seul port norvégien d’importance permettant les envois de minerai de fer suédois durant toute l’année, le port suédois de Luleå étant bloqué par les glaces pendant les mois d’hiver).

Les Allemands furent repoussés hors de la ville le 28 mai, mais du fait de la dégradation de la situation dans le reste du continent européen, les troupes alliées furent rembarquées durant l’opération Alphabet et les Allemands reprirent le contrôle de la ville le 9 juin, alors également vide d’habitants suite aux bombardements massifs effectués par la Luftwaffe.

L’opération Weserübung n’impliquait pas d’assaut militarisé à l’encontre de la Suède (pratiquement neutre) – il n’y en avait pas besoin. En contrôlant la Norvège, le détroit du Danemark et la plus grande partie du littoral de la mer Baltique, le Troisième Reich encerclait la Suède par le nord, le sud et l’ouest.

À l’est, l’Union soviétique, héritière de l’ennemi héréditaire russe de la Suède comme de la Finlande, était encore à cette époque en bons termes avec Hitler depuis le Pacte germano-soviétique. Concernant la Finlande, seul un petit nombre de Finlandais prirent part à la lutte contre les Allemands au sein d’unités d’ambulance. Enfin, le commerce maritime de la Suède et de la Finlande était totalement sous le contrôle de la Kriegsmarine.

De ce fait, l’Allemagne fit pression sur la Suède afin qu’elle lui permit de faire transiter par son territoire du matériel militaire et des permissionnaires. Le 18 juin 1940, les deux parties parvinrent à un accord. Les soldats devaient circuler non armés, et leurs déplacements ne devaient pas contribuer à un mouvement d’unité. Au total, 2,14 millions de soldats allemands et plus de 100 000 convois militaires allemands traversèrent la Suède jusqu’à l’arrêt officiel de ces voyages le 20 août 1943.
En août 1940, la Finlande accepta de garantir l’accès de la Wehrmacht à son territoire. Initialement destinés au transit de troupes et de matériel militaire vers l’extrême nord de la Norvège, ces convois eurent bientôt pour but des bases allemandes mineures installées le long de la voie de transit, qui pourraient bientôt grossir en vue de la préparation de l’opération Barbarossa.

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Le minerai de fer était extrait à Kiruna et à Malmberget et acheminé par le rail aux ports de Luleå et de Narvik.
(Frontières de 1920-1940.)

source wikipedia

 

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

24 janvier 2013

La bataille des frontières (1er au 5 septembre 1939)

Classé sous — milguerres @ 0 h 56 min

Pologne

La bataille des frontières (1er au 5 septembre 1939)

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La bataille des frontières (1er au 5 septembre 1939) batail25

 

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Le Temps 1939/09/06 (Numéro 28481)
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L’invasion de la Pologne était programmée pour le 26 août à 4h30 mais Hitler la repousse pour des raisons inconnues.
C’est le 1er septembre 1939 à 4h30 qu’est finalement programmée l’attaque. Le prétexte allemand pour l’invasion est l’attaque d’un poste de radio à Gleiwitz.

Le plan pour cette opération était le suivant : des membres du Sicherheitsdienst (SD) menés par Alfred Naujocks devaient prendre possession du poste émetteur radio, émettre un message hostile a l’Allemagne, puis abattre des prisonniers de droit commun drogués et déguisés en soldats polonais, comme preuve de la présence polonaise.

Hitler pouvait ensuite s’insurger de cet « affront » de la Pologne et déclencher l’invasion.
Cependant la machination est mal exécutée et l’information destinée à être envoyée au monde entier ne sera connue que par peu de personnes.
C’est à 4h45 que l’Allemagne, aidée par son alliée, la Slovaquie, qui, alléchée par la promesse d’annexion territoriale, constitue une base opérationnelle essentielle, commence l’invasion de la Pologne, et donc la Seconde Guerre mondiale.

L’attaque se fait sur toute l’étendue du front mais surtout à Dantzig. C’est au large de cette ville que le cuirassé Schleswig-Holstein va déclencher les hostilités en bombardant la position polonaise de la Westerplatte qui est défendue par 182 hommes. Malgré la faiblesse de ses effectifs et le bombardement du navire allemand, la position tiendra jusqu’au 7 septembre, succombant au bout d’un treizième assaut.

Notons la présence des forces navales françaises exécutant leur mission de reconnaissance.Les mouvements se déroulent normalement pour l’ensemble des forces terrestres, maritimes et aériennes. La flotte britannique est active sur toutes les mers sans aucune opération à signaler. Le 4 septembre, La Royal Air Force effectue un vol au dessus des territoirs de l’Allemagne du Nord et de l’Ouest, sans avoir été interceptés, lançant plus de six millions d’exemplaires d’une proclamation adressée au peuple allemand. Elle effectuera le lendemain, le 5 septembre une attaque sur des navires de la flotte allemande à Wilhelmshafen et Brunsbuttel, à l’entrèe du Canal de Kiel , un navire de guerre dans la rade de Schilling, au large de Wilhelmshafen par plusieurs bombes, contre un navire de guerre ancré prés de la jetée, causant de gros dégâts. Cette opération, dans de mauvaises conditions atmosphériques, entraîne quelques pertes au niveau de la RAF

L’assaut allemand a pour but principal la prise du corridor de Dantzig. L’attaque est menée par la 3e division blindée venant de Poméranie qui passe la frontière. Le soir du 1er septembre, la division se trouve à 20 km de Swiekatowo sur la Vistule. Mais la 2e division d’infanterie motorisée censée protéger le flanc gauche des blindées reste bloquée dans le réseau de barbelés polonais et subit une offensive menée par le 18e régiment de lanciers polonais. La division allemande, contrainte au repli, doit demander l’aide des blindés.

Le lendemain malgré une offensive polonaise, les Allemands ont atteint la Vistule. De plus, le 19e corps d’armée de Guderian vient de recevoir l’aide de la 23e division d’infanterie ce qui lui permet de repousser les Polonais au nord. Ces derniers tenteront vainement de percer.

Le bilan de ces premiers jours est catastrophique pour les Polonais. L’armée de Pomorze a subi de lourdes pertes, notamment la 9e division d’infanterie. Les autres unités ont réussi tant bien que mal à se replier sur la rive gauche de la Vistule et notamment à Bydgoszcz. Cette ville conserve encore une forte minorité allemande. Lors du repli de l’armée polonaise, les civils d’origine allemande se mettent à tirer sur les Polonais qui réagissent et tuent 233 civils en ayant perdu 238 soldats. Durant toute la campagne polonaise, entre 3 000 et 10 000 civils allemands sont tués ; les SS, en représailles, font subir de dures exactions aux civils polonais.
Le 3 septembre, la 3e armée allemande basée en Prusse-Orientale lance ses divisions à l’assaut des forces polonaises. Le lendemain, l’armée fera sa jonction avec les troupes venant de Poméranie. Néanmoins, les Polonais durant leur retraite réussiront à faire sauter les ponts sur la Vistule.

Pendant ce temps, le 1er corps d’armée venant de Prusse-Orientale attaque en direction du sud et forme une des deux tenailles qui doit se refermer sur Varsovie. En face des Allemands se trouve l’armée de Modlin. La frontière est protégée par des bunkers et le premier assaut allemand échoue, malgré l’aide de la Luftwaffe, avec de lourdes pertes, tant en chars (72 Panzer mis hors de combat) qu’en infanterie. Cependant, les Allemands contournent les positions polonaises à l’est et, après trois jours d’une dure résistance, les 8e et 20e divisions d’infanterie polonaises sont obligées de battre en retraite sous une forte pression allemande, notamment de la 12e division d’infanterie. Le 6 septembre, les Polonais font sauter les ponts de Plock sur la Vistule.
Les Polonais doivent aussi faire face à une forte pression allemande au sud. La 14e armée du général List, fortement dotée en troupes de montagne, doit attaquer à travers les Carpates. Après trois jours d’âpres combats, les Allemands percent les défenses polonaises et se dirigent ainsi droit vers Cracovie.

Pendant ce temps, une bataille navale s’engage au large des côtes polonaises. Bien que les trois meilleurs destroyers ont pu gagner le Royaume-Uni, la Pologne dispose encore de sous-marins, qui tentent vainement, le 2 septembre, d’endommager le Schleswig-Holstein, ainsi que des destroyers allemands. Mais, le 1er septembre, la Luftwaffe coule le torpilleur polonais Mazur, le premier navire coulé de la Seconde Guerre mondiale. Le 3 septembre, les dragueurs de mines Gryf et Wicher (en) sont eux aussi coulés. Peu après, les principaux navires allemands sont transférés en mer du Nord pour parer à la menace britannique. Les combats se déroulent donc sur terre avec la tentative allemande de s’emparer de Gdynia. La garnison n’a plus aucune chance de s’échapper, mais elle n’est pas prête à capituler sans combattre. Les Allemands progressent lentement et ils doivent attendre le 10 septembre pour couper la ligne de communication entre Gdynia et la presqu’île de Hel, remplie de défenseurs polonais. La ville portuaire polonaise continue néanmoins sa résistance menée par l’amiral Unrug, aidée par l’artillerie de la presqu’île de Hel. Le 19 septembre avec l’aide du bombardement du Schleswig-Holtstein, les forces allemandes s’emparent du port, mais Unrug s’est replié par bateau sur la presqu’île de Hel, dont il a dynamité l’accès (une langue de terre) et où il s’est retranché avec 2 000 hommes. Les Polonais sont ainsi prêts à résister autant qu’il le faudra et les Allemands doivent faire appel au Schleswig-Holstein et au Schlesien pour pilonner les défenseurs. Malgré cela, la garnison tient toujours et, le 27 septembre, le Schleswig-Holstein doit se replier, touché. Finalement, Unrug n’accepte de capituler que le 1er octobre.

Dans le même temps, l’armée allemande continue sa progression vers Varsovie, en concentrant ses efforts sur Częstochowa, avec le 15e et le 16e corps d’armée. Très vite, l’assaut allemand s’approche de la ville sainte polonaise et la 7e division d’infanterie qui la défend doit se replier en raison du risque d’encerclement. Enfin pour compliquer encore les affaires polonaises, les Allemands ont aussi frappé aux alentours de Breslau et menacent donc l’armée de Lodz, qui ne peut stopper l’ennemi malgré sa forte résistance. Au soir du 3 septembre, seule l’armée de Poznan n’a pas été attaquée. Son chef demande l’autorisation d’attaquer le flanc de la 8e armée, mais le haut-commandement refuse et lui ordonne de se replier entre Konin et Koło. Ainsi, le 5 septembre, la bataille des frontières est finie. Les forces allemandes ont presque partout enfoncé le front des Polonais, mais ces derniers ne se sont fait encercler qu’au nord. Le généralissime polonais espère encore une offensive française, qui lui permettrait de stopper la progression allemande.

 

 

Bilan perte du 3 au 4 Septembre : 27 avions allemands abattus – 8 avions polonais.

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Le Temps 1939/09/06 (Numéro 28481)

source wikipédia
gallica
informations tirées de l’éditorial « Le Temps » du 06.09.1939

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Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

22 janvier 2013

L’Angleterre va déclarer la Guerre

Classé sous — milguerres @ 0 h 01 min

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Chronologie et batailles de la Seconde Guerre mondiale

L’Angleterre va déclarer la Guerre … et en toute légitimité …

Le 3 septembre 1939 :
Le Royaume-Uni et la France adressent un ultimatum commun à l’Allemagne, exigeant des troupes allemandes l’évacuation du territoire polonais dans un délai de 12 heures.
http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gifHitler reste dans le silence … 1500 Victimes en Pologne ! et sa parole ?

L'Angleterre va déclarer la Guerre 1500_v10

Les Alliés se « mobilisent » Hitler ne renoncera pas … conscients que l’heure est grave, ils réagissent notamment :
http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gif L’Ambassadeur des Etats-Unis, M. William Bullitt, l’Ambassadeur de la Grande Bretagne, Sir Eric Phipps se rendent au Palais Bourbon.

http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gif Mr Chamberlain a dit aux Communes : Il est possible que le retard apporté à la réponse allemande soit causé par l’examen des propositions faites par le gouvernement italien, à savoir que les hostilités doivent cesser et que soit convoquée immédiatement une conférences des cinq puissances intéressées : Grande Bretagne, France Pologne, Allemagne et Italie ».
Si le Gouvernement allemand accepte de retirer ses troupes, le gouvernement de Sa Majesté serait disposé à considérer que la situation est la même que celle qui existait avant l’agression ».

http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gifMr Lebrun intervient également aux Chambres : « j’adresse à nos armées le salut affectueux et l’expression de la confiance unanime du pays. Soyons unis !

http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gifAu nom du gouvernement

M. Daladier a exposé les évènements et affirme qu’aucune possibilité d’éviter le conflit ne serait négligée. La Grande Bretagne et la France ne sont pas de nations qui renient leur signature ».

http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gifMais rien ne changera la décision de mobiliser les hommes qui rejoignent leur régiment et arrivent aux frontières.
Les chambres françaises ont déjà voté 69 Milliards de crédits de guerre.

http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gifMr Jeanneney, au Luxembourg, et M. Herriot au Palais-Boubon ont prononcé d’émouvantes allocutions empreintes d’ardent patriotisme.

http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gifDes communiqués de soutien arrivent de tous pays : Turquie (liens anglo-turcs affirmés par le Président Inonu), Syrie (Mr Khoury, président de la Chambre Syrienne souligne sa fidélité à la France, préparant 20 000 guerriers), la Hollande appelle ses hommes à la guerre, la Nouvelle Zélande tiendra ses engagements,…

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http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gifLe Colonel Garibaldi, qui habite Caudéran, quartier situé à l’Ouest de Bordeaux, vient de faire connaître qu’il recueille les adhésions de ses compatriotes italiens en vue de la constitution d’une légion garibaldienne qui serait mise à la disposition des autorités militaires françaises.

http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gif

LA GUERRE EST DECLAREE OFFICIELLEMENT LE 04 SEPTEMBRE 1939
HITLER REFUSE TOUT ULTIMATUM !!!!

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Général Gamelin
Vicomte Gort
Amiral Darlan
Amiral Sir Horace Dudley Pound
Général Vuillemin
Vice Maréchal Sir Christophe Courtney

sources :
http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=110
Wikipédia

GALLICA :
Le petit parisien : 1939/09/03 (Numéro 22831).
Le Petit Parisien : 1939/09/04 (Numéro 22832).

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Chronologie et batailles de la Seconde Guerre mondiale

15 janvier 2013

Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

Classé sous — milguerres @ 23 h 16 min

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Chronologie de la Seconde Guerre mondiale 

1933 /1945

 

http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gif1933

  • Début des lois anti-juifs en Allemagne avec le boycott des magasins juifs.
  • 30 janvier Hitler est nommé chancelier du 3 ème Reich par le président Hindenburg.
  • 28 février Incendie du Reichstag. Hitler accuse les communistes et fait interdire le parti communiste allemand (KPD).
  • 23 mars Hitler se fait accorder les pleins pouvoirs par le parlement.

http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gif1934

  • 30 juin Nuit des longs coûteaux où les S.A. (Section d’Assaut La Sturmabteilung) sont asssassinés par les S.S. (Sections Spéciales).
  • 2 août Suite au décès du président Hindenburg, Hitler se proclame Reichsführer, chef suprême de l’Allemagne.

http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gif1935

  • Les lois de Nuremberg ôtent la citoyenneté allemande aux juifs et leur interdisant tout contact sexuel avec les allemands de race pure, dite Aryenne.

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  • 7 mars  Remilitarisation de la Rhénanie.
  • Novembre L’axe Rome-Berlin unissant l’Allemagne et l’Italie est proclamé.

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  • Avril Bombardement de Guernica (Espagne) par l’armée Franco aidée de la flotte aérienne allemande (Luftwaffe). Ce bombardement est un vol d’essai pour l’armée aérienne neuve de l’Allemagne nazie.

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26 novembre 2012

La Bataille de Verdun mai

Classé sous — milguerres @ 23 h 00 min

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Période Mai

source : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

 

1er mai
Rive droite
Au début de mai, le front français sur la rive droite se dispose de la façon suivante :
- la 24e D.I. est en ligne à Marre-Charny ;
-
la 23e D.I. à la cote du Poivre ;
-
la 28e D.I. (22e, 30e, 99e et 416e R.I.) dans le ravin de la Mort ;
-
la 48e D.I. (170e, 174e R.I., 1er mixte Z.T.) dans le secteur de Souville ;
-
la 6e D.I. dans celui de Tavannes et enfin ;
-
la 27e D.I. (52e,75e, 140e et 415e R.I.) de Damloup à Eix.

A 18 h, dans le secteur de la Caillette-Souville, le 170e R.I. qui est en position à la tranchée Driant, part à l’assaut.
Le 1er bataillon est repoussé 3 fois de suite. A la 4e tentative, ses hommes parviennent à repousser les Allemands et à prendre pied dans leur 1ère ligne.
Les 2 autres bataillons sont soumis aux feux nourris des mitrailleuses allemandes. Leur progression est beaucoup moins significative. Ils parviennent néanmoins à prendre quelques positions à l’ennemi.

Durant cet assaut du 1er bataillon., 2 officiers allemands et 130 hommes ont été fait prisonniers.

Rive gauche
Depuis le 8 avril, les Allemands ont réalisé un gros effort pour tenter de percer en direction de la côte 304 et du Mort-Homme. Le gain de terrain a été important mais la résistance française a été acharné.

A
la date du 1er mai, au prix de pertes humaines colosales, les Français peuvent enfin dire que le front du 8 avril est rétabli. Cependant, une nouvelle pression allemande sur la côte 304 est imminente…

Témoignage du soldat Romain DARCHY :  » L’orage passé, nous n’avons retrouvé dans une mare rouge qu’une tête, quelques restes de membres au fond du trou d’obus et des lambeaux sans noms plaqués contre la boue. C’est tout ce qu’il restait de nos pauvres camarades. La violence de l’explosion les avait enfoncés en pleine terre, trois étaient entrés presque complètement dans les parois de la fosse, tassés comme des chiffons.
Je vois ce qui tout à l’heure étaient deux êtres vivants et qui ne sont plus maintenant qu’un amas de boue et de sang. On a rassemblé leurs restes à la hâte au clair de lune et le soir, nous leur avons dit adieu.
On en a tant vu que le sang s’émousse, que le cœur se blase. L’inhumaine cuirasse nous protége de sentiments trop humains, et l’on n’y pense plus une minute après. Et pourtant, nous avions tout partagé, marché ensemble, souffert aux mêmes endroits, été enterrés par la même mine, enlisés dans la même boue. Nous avions courbé la tête sous les mêmes rafales. On a la gorge serrée et comme une envie de pleurer. C’est fini.
Ce soir la loterie recommence, heureux ceux qui ramèneront les bons numéros. « 

La Bataille de Verdun mai  p86


 

2 mai
Rive droite
Les 3 bataillons du 170e R.I. répondent à plusieurs ripostes allemandes sur les positions prises la veille… les lignes tiennent.

Témoignage du soldat Lecuellé du 170e R.I. :  » Nous étions brûlés par la soif. Nous cherchions partout de l’eau, personne n’en avait. Un trou rempli d’une eau verte qui sentait le cadavre était l’objet de nos convoitises, mais les mitrailleuses ennemies le tenaient sous leurs feux. Ceux qui s’en approchaient en rampant lui formèrent bientôt une couronne de cadavres…
Chose étrange, sans souci de l’averse de fer et d’acier, des explosions et des éclatements, des alouettes planaient au-dessus de cette horreur, s’élevaient et s’abaissaient en chantant au soleil. « 

Rive gauche
R.A.S.


 

3 mai – Intense bombardement allemand sur la cote 304 (rive gauche)
Rive droite
Sur front du 170e R.I. (tranchée Driant), les attaques allemandes continuent avec beaucoup plus de violence que la veille.

Rive gauche
Le 157e R.I. part à l’attaque des ouvrages de la Guitoune et du Trapèze. Bien que puissamment défendus, il l’enlève en faisant 150 prisonniers allemands.

Dans une action concertée, les 150e, 287e et 332e R.I. partent à l’assaut cote à cote sur leur front respectif et avancent leur ligne sur la crête du Mort-Homme.

Le 251e R.I. prend position dans le village de Cumières.

Dans l’après-midi, un bombardement d’une violence peu connue dans le secteur s’abat sur la cote 304. Plus de 600 pièces d’artilleries allemandes de gros calibre transforment la colline en un véritable enfer de feu, de fer et d’acier. De grosses colonnes de fumée, hautes de 800 m, forment un brouillard opaque qui empêche de voir devant soi. Ce terrible pilonnage se prolonge toute la nuit avec la même intensité.
Témoignage du lieutenant ARMEILLA du 17e D.I. :  » Les Boches viennent de déclencher une attaque sur la cote 304 et le Mort-Homme. Je n’ai jamais vu pareille avalanche de projectiles ; la fumée s’élève à des hauteurs incalculables et forme un rideau tellement épais que le soleil ne le traverse pas. « 

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4 mai – Attaque allemande sur la cote 304 (rive gauche)
Rive droite
La lutte que mène le 170e R.I. aux abords de la tranchée Driant, dans le secteur de la Caillette, se poursuit inexorablement.

Rive gauche
A cette date, dans ce secteur, le front français se compose de la façon suivante :
-
le 32e R.I. tient le saillant de la cote 287 ;
-
le 66e R.I. occupe le secteur du bois d’Avocourt au bois Camard ;
-
le 68e R.I. tient les pentes nord de la cote 304 et enfin ;
-
le 90e R.I. les pentes nord-est.

Dès l’aube, le bombardement allemand commencé la veille sur la cote 304 redouble d’intensité. Notamment entre le ravin de la Hayette et la route d’Esnes à Haucourt. Les pertes françaises sont très lourdes.
Dans la matinée, il est interrompu quelques minutes pour permettre à des reconnaissances allemandes de vérifier si les tranchées françaises ont encore âme qui vive. Comme elles sont accueillies par des tirs de mitrailleuses, elles retournent dans leurs lignes et le bombardement reprend aussitôt.

Vers 16 h 15, l’artillerie allemande allonge subitement le tir et l’infanterie part à l’attaque entre les boyaux de la Joliette et des Serbes, au nord de la cote 304. .
Les vagues d’assaut allemandes gravissent les pentes nord et submergent la défense française.
De nombreux coureurs partent avec la mission d’avertir le lieutenant-colonel Odent qui commande le secteur mais beaucoup tombent en route. Aucun renfort n’arrive et après une résistance désespérée, 2 bataillons du 68e R.I. et 1 du 90e sont contraints à se replier en laissant sur place de nombreux blessés et morts.

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Coureurs partant vers l’arrière

Les forces allemandes prennent alors pied sur le sommet de la cote 304.

Témoignage de l’adjudant Jacques SALVAT, du 3e R.M. Z.T. :  » Les Allemands ne « regrettaient » pas les gros calibres qui enlevaient des montagnes pour un seul homme, si c’est homme était manifestement un coureur.
Il nous fut donné un jour de voir un homme seul, sans doute allant vers le P.C. arrière ; il ne faisait pas trois pas sans qu’il fût obligé de se terrer à l’approche d’un obus de gros calibre. Nous assistions de la tranchée à l’horrible drame d’un héros.
Il courait vite, couché :
 » Ah ! il est mort ! Non, pas encore… « 
Trois pas de plus et il se recouchait ; l’obus éclatait, soulevait une immense gerbe :
 » Il y est à présent ! Non !… « 
Vite, trois pas de plus, un autre obus ; finalement, nous ne vîmes plus rien que de la fumée. Etait-il mort, faisait-il semblant de l’être ? Avait-il trouvé un boyau ? Qui pourra le dire ? « 

Ce n’est que vers 21 h 15 que le lieutenant-colonel Odent apprend la situation. Il ordonne aussitôt à 1 bataillon du 77e R.I. et à 1 du 290e de se porter sur place et de se fortifier face à l’ennemi.

A 22 h 15, le commandant de la 17e DI, ordonne une contre-attaque générale, qui, si elle ne peut avoir lieu dans la nuit, sera reprise aux premières lueurs du jour. Elle doit être exécutée simultanément par les lieutenants-colonels Carlier (commandant le 90e RI), Eggenspieler (commandant le 290e RI), et Odent (commandant le 68e RI).
A l’est, 1 bataillon du 90e R.I. partant du bois de Béthelainville doit renforcer la défense déjà en place par ce même régiment et contre-attaquer sur son flanc gauche avec 2 compagnies.
Au centre, 1 bataillon du 290e R.I. doit se porter au nord et attaquer en partant du boyau du Prado.
A l’ouest, les éléments déjà rassemblés sur le cote 304 (68e R.I.) doivent attaquer face au nord-est, dans le flanc droit de l’ennemi.
Les mouvements préparatoires s’exécutent de nuit sous le bombardement. Cependant, peu parviennent à franchir le barrage que l’ennemi maintient, et seule les éléments déjà sur place (68e R.I. du lieutenant-colonel Odent) sont prêt pour attaquer.

Après avoir rassemblé non sans peine 250 hommes environ, le lieutenant-colonel Odent part à l’assaut à 3 h du matin, au cri de : « Allons, c’est le moment d’avoir du courage »
Accueillie rapidement par des tirs de mitrailleuses venant de la droite, la vague d’assaut se couche ; un deuxième bond lui permet d’atteindre le bord du plateau face au nord-est ; un troisième la porte sur la pente descendante. Là, elle est arrêtée par les barrages de l’artillerie et le feu des fantassins. Le lieutenant-colonel Odent, resté debout, est frappé par une balle en plein front au moment où il entraîne ses hommes. Sur l’ordre de son capitaine adjoint, la troupe regagne alors ses tranchées de départ, où elles est recueille par les éléments qui n’ont pas participé à l’attaque.
Témoignage du commandant P. :
 » Le cas du lieutenant-colonel Odent est un exemple frappant des dangers que présentent pour la troupe les officiers d’état-major qui ont été obligés de prendre un commandement de trois mois, sous l’impulsion d’un sentiment équitable des parlementaires, mais avec une application défectueuse. Comment peut-on confier à un débutant au feu la conduite d’une unité comme un régiment et à Verdun !
Odent était un officier remarquable, fort intelligent et vraiment de premier ordre. Voyant sa position enlevée, il décide une contre-attaque – très bien – mais comment mener cette contre-attaque ? Il l’a menée comme aux manœuvres qu’il avait vues avant 1914, les compagnies en colonne serrée. Résultat inévitable : leur anéantissement sous le feu.
Conclusion à tirer : il est parfait de vouloir que les officiers d’état-major connaissent la troupe et sachent la manier à toutes les étapes du commandement, je dirai même que c’est une nécessité absolue. Mais, vraiment, n’est-il pas complètement stupide de leur faire faire leurs premiers pas, leurs premières éducations à la tête d’une unité ? Est-ce que trois mois suffisent pour cet apprentissage ? Pour conduire une troupe au feu, la bravoure ne suffit pas, il faut connaître son métier.  »

front-verdun-mai4
Front au 4 mai 1916


 

5 mai – Attaque allemande sur la cote 304 – Violents combats au bois Camard (rive gauche)
Rive droite
Au soir, le 170e R.I. est relevé.
Depuis le 22 avril, il a perdu 812 hommes tous secteurs confondus. Il est récompensé d’une citation officielle, mais il se trouve récompensé plus encore par le nom « d’Hirondelles de la Mort » que l’ennemi a décerné à ses hommes.

Pendant la nuit, dans le secteur de la Caillette, une ½ compagnie du 174e lance une contre-attaque sur la tranchée Condé et le boyau Vigoureux. La tranchée Condé est reprise entièrement, le boyau Vigoureux est réoccupé sur une longueur de 50 m. Une contre-attaque allemande est ensuite repoussée sur ces 2 positions.

Rive gauche
Le bombardement allemand reprend avec force, particulièrement sur le bois Camard, tenu par le 66e R.I.
Témoignage de Emile TAVEAU, infirmier au 125e R.I. :  » Le 5 mai, nous montons à la cote 304. Des téléphonistes, des agent de liaison essaient en vain, de s’orienter dans ce secteur qu’ils connaissaient parfaitement il y a quelques jours seulement. Aujourd’hui, ces hommes sont perdus. En quarante-huit heures, les obus ennemis ont rendu  » la cote terrible  » méconnaissable. « 

Plus tard, le 66e repousse plusieurs attaques. Les hommes qui participèrent à ces combats au bois Camard firent preuve d’un courage et d’un héroïsme remarquables. La 6e compagnie qui comptait 143 hommes au matin fût réduite à 11 hommes en fin d’après-midi.
Témoignage de l’infirmier brancardier Pierre RUAL, du 66e R.I. :  » Qu’on essaie de se figurer des pièces de 105, de 150, de 210 faisant à l’allure du 75 des tirs de barrage. L’abri dans lequel je me trouvais était solidement construit dans un bac de roc et cependant il dansait comme une barque sur un lac agité.
A 15 h 30, les vagues ennemis débouchent. A cette vue, tous les soldats valides, ayant préparé comme ils pouvaient leurs fusils pleins de terre, se dressent dans les trous d’obus et ouvrent le feu. Les mitrailleuses entrent en action. Les premiers rangs allemands sont fauchés. Un flottement se produit dans les autres. L’occasion est belle d’en finir avec l’agresseur. Malgré la fatigue et les souffrances endurées, un vent d’héroïsme passe sur le régiment. Les débris des compagnies bondissent hors des trous et chargent à la baïonnette. L’ennemi s’enfuit, laissant des prisonniers entre nos mains. « 

p127
Mai 1916 cote 304, tranchée française de 1ere ligne

Vers 17 h, les Allemands cessent enfin leurs actions offensives sur le bois, se rendant compte qu’ils ne passeront pas aujourd’hui.

Devant la cote 287, d’autres attaques allemandes sont également repoussées.


 

6 mai – Violents combats sur la cote 304 (rive gauche)
Rive droite
R.A.S. duel d’artillerie.

Rive gauche
La 152e D.I. (114e, 125e et 296e R.I. , 249e R.A.C.) et la 18e (32e, 66e, 77e et 135e R.I.) reçoivent l’ordre de monter immédiatement sur la ligne de front. Leur mission est simple, reprendre les tranchées perdues les jours précédents. Chaque homme rassemble son paquetage avec la pensée oppressante: Ca y est cette fois, c’est à notre tour de partir à Verdun !
Extrait d’un discours de François DUHOURCAU, grand mutilé de guerre, dit lors d’une conférence faite en 1939 :  » Camarades, vous souvient-il du Tourniquet, sur la Voie sacrée, la route de Bar-le-Duc à Verdun, cordon ombilical de tous les organes de la résistance ? Ainsi les poilus dénommaient-ils le point terminus où les déposaient les camions, au soleil du royaume de la mort.
C’était quelque chose comme la rive du pays souterrain où Charon avec sa barque attend les trépassés. Là aurait pu être gravée, en lettres sanglantes, l’inscription que Dante met au seuil de son Enfer :  » Vous qui entrez ici, laissez toute espérance « . Oui toute espérance de vivre, car ceux qui repasseront ce seuil-là seront vraiment des miraculés, des revenants, qui demeureront marqués de l’épouvante subie chez les morts.
Là, tout poilu, dans son cœur, même s’il ne retournait la tête vers le cher pays qu’il pensait ne plus revoir, lui disait secrètement le dernier salut des gladiateurs, ou mieux des Martyrs, pénétrant dans le cirque du Colisée :  » Adieu ! ceux qui vont mourir te saluent !  » A ce Tourniquet chacun payait pour passer dans l’enceinte réservée : il payait du sacrifice accepté de sa vie ; il remettait, en vérité, son ticket de vivant. Il le reprendrait à la sortie su Dieu lui prêtait vie jusqu’à une autre fois…
… Alors commençait les boyaux d’accès, ces canaux de l’enfer, où maints blessés, épaves de la bataille, s’étaient réfugiés, n’en pouvant plus, blessés que trop souvent, hélas ! achevait l’aveugles piétinement des relèves nocturnes.
Puis, c’était l’innommable… Sous la cataracte de flamme et d’acier, le champs de bataille de Verdun, celui que nul autre n’a jamais égalé, au dire de tous les combattants qui connurent les autres terrains de morts, ce paysage de planète foudroyée et submergée tout ensemble, où les chicots des arbres et les vestiges du matériel détruit imposait l’idée d’un fantastique naufrage, d’un engloutissement à la fois par le déluge et par l’incendie, d’une fin atroce dans un cataclysme indicible…
… Là, à la pointe de ce môle de Verdun qu’assaillait l’océan concentré des forces de l’ennemi, la France jetait tous ses fils, régiment par régiment, comme des blocs de granit destinés à briser les flots germaniques déchaînés.
Là, le barrage fut consolidé à force de cadavres. Il a tenu, il devait tenir.  » Dût la France entière s’engloutir là, ils ne passeront pas.  » Telle fut la résolution que signifia au monde glacé d’effroi le dramatique holocauste de Verdun… « 

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Le 135e R.I. relève le 66e au bois Camard ; le 32e se place vers le bois d’Avocourt ; le 114e sur la crête de la cote 304 et 2 bataillons du 125e R.I. s’étendent jusqu’au Crochet.
L’attaque est prévue pour le lendemain…


7 mai – Perte du bois Camard (rive gauche) – Forte pression allemande (rive droite)
Rive droite
Dès 4 h 30, le bombardement allemand sévit avec violence entre Haudromont et Thiaumont. Il s’étend ensuite jusqu’à Damloup en redoublant d’intensité.
Les forts de Souville et de Tavannes sont pilonnés avec rage. Un obus de 380 explose dans un dépôt de munitions à la Poudrière de Tavannes qui est occupé par le 57e R.I. Les pertes sont très lourdes en vies et en matériel.

A 9 h 30, les Allemands partent à l’assaut entre la carrière d’Haudromont et la tranchée Morchée, au nord de Thiaumont. Ils sont repoussés mais sur leur droite, ils parviennent à prendre les tranchées Chomel, Multier et les abords de la tranchée Tardy.

Sur tout le front du 22e R.I., dans le secteur de Froideterre, des corps à corps s’engagent mais l’ennemi ne parvient pas à prendre pied dans le camp français.
En représailles, tous les ouvrages français de la cote de Froideterre sont méthodiquement bombardés. L’observatoire de Thiaumont s’effondre, ensevelissant la moitié de la 1ère compagnie du 2e bataillon du 22e R.I. 60 hommes sont tués.
Ce jour au 22e, 5 officiers et 100 hommes sont morts, 4 officiers et 80 hommes sont blessés.

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Sur le front du 174e R.I., dans le secteur de Fleury, 3 assauts allemands sont stoppés en début d’après-midi. Ils sont chacun suivis d’un violent pilonnage de la ligne française.
Idem pour le 123e R.I. en ligne du bois de la Caillette au ravin de la Fausse-Cote qui repousse une tentative allemande.
Le 99e R.I. qui tient la ferme de Thiaumont est violemment attaqué par toute une division mais ne cède pas un pouce de terrain.

A 18 h, une attaque sur le 57e est avortée par l’artillerie française avant d’avoir pu s’élancer.

Dans la nuit, le 174e R.I. repousse à nouveau 2 attaques.

Ce jour-là, le commandement allemand envisageait d’enlever le village de Thiaumont et le fort de Vaux. Leur entreprise a complètement échoué et leurs pertes ont été importantes.

Rive gauche
Devançant les projets d’attaque français mis en place la veille, les Allemands reprennent l’offensive.
Dès 3 h 30 du matin, toutes les positions tenues par la 152e et 18e D.I. sont violemment attaquées.
Le 135e R.I. au bois Camard est rapidement débordé, les autres régiments parviennent non sans mal à tenir leurs positions.
Débute ensuite un furieux tir de barrage allemand pour empêcher tout renfort français.

Vers 10 h 30, les Français tentent une contre-attaque qui ne donne pas de résultat tant le pilonnage allemand est violent.

A 15 h 30, le bombardement cesse et l’ennemi reprend ses attaques allant du bois Camard au Crochet (135e, 32e, 77e, 114e, 290e et 125e R.I.).
Les positions sur la cote 304, tenue par le 114e, sont complètement isolées et résistent avec un courage exemplaire. Certaines compagnies partent à la charge en chantant la Marseillaise; Les cartouches des morts sont ramassées; Les canons des fusils sont brûlants; Les hommes tirent comme des démons enivrés par le bruit, la poudre. L’ennemi ne passe pas.

Le 290e R.I. également en ligne sur la cote 304 est contraint à reculer, ce qui permet aux Allemands d’avancer et d’encercler 2 compagnies du 3e bataillon du 125e R.I. 2 compagnies du 1er bataillon et tout le 2e bataillon sont immédiatement envoyés en renfort. Quand ils arrivent, il ne reste rien du 3e bataillon, les hommes se sont défendus jusqu’à la mort.
La contre-attaque est immédiate et l’ennemi est repoussé à 50 m derrière la crête de la cote 304.

En fin de journée, la situation sur le front de la 152e D.I. a été rétablie de justesse. A sa gauche, sur les positions de la 18e D.I., le bois Camard a été perdu (135e R.I.).
Mis au courant dans la nuit, le général Nivelle, qui commande alors le 3e corps d’armée, ordonne de réoccuper immédiatement l
a lisière nord du bois. La 45e D.I. (3e bis de zouave, 3e mixte Z.T., 1er tirailleur, 1er et 3e bataillons d’Afrique) prend la route de Verdun.


 

8 mai
Rive droite
R.A.S.

Rive gauche
La 45e D.I. vient s’enterrer devant le bois Camard, aux abords des cotes 287 et 304. Le bombardement allemand empêche toute sortie.


 

9 mai
Rive droite
Le bois de la Caillette est soumis toute la journée à d’incessantes attaques allemandes qui sont toutes repoussées.

Rive gauche
Dans tous les secteurs, bombardement allemand très violent dès 10 h et toute la journée. Les Français redoutent une attaque allemande de grande envergure, la nervosité est palpable dans les tranchées.

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10 mai
Rive droite
La 56e D.I. (294e, 350e, 354e, 355e et 361e R.I., 65e et 69 e B.C.P.) relève la 28e dans le bois de la Caillette.
Le bombardement allemand est toujours très actif sur tous les secteurs.
Témoignage :  » Aujourd’hui, depuis 18 heures, les pentes de Vaux disparaissent sous nos obus. On les voit d’ici tomber juste sur les lignes blanches que font dans la terre les tranchées et les boyaux ennemies. La nuit, sous les étoiles, de nos premières lignes au fond du ravin, montent des fusées vertes :  » Allongez le tir !  » crient nos pauvres camarades. Et d’autres appels s’élèvent de tous côtés. Fusées rouges sur le plateau d’Hardaumont !… Fusées rouges du fort de Vaux ! Fusées rouges, là-bas au loin, derrière Fumin ! Que d’appels désespérés sur cette terre sombre ! « 

Rive gauche
Au Mort-Homme, des attaques locales à la grenade permettent aux Français d’améliorer plusieurs de leurs positions.
De 12 h à 21 h, le bombardement allemand est ininterrompu. La fatigue est extrême des 2 côtés.


 

11 mai – Reconquête de la lisière du bois Camard (rive gauche)
Rive droite
L’ennemi tente de gravir les pentes sud du ravin de la Mort, le 30e R.I. organise la défense et le repousse.
Du bois de la Caillette au ravin de la Fausse-Cote, le 123e R.I. repousse une attaque et parvient à progresser légèrement dans un ensemble de boyaux.

Rive gauche
Le bombardement allemand reprend dés l’aube et dure toute la journée causant comme chaque jour de très nombreuses victimes
Entre les cadavres et les blessés qui agonisent sans soins, les hommes souffrent de la soif et de la fain. Ils sont recroquevillés dans leur trou sans pouvoir se déplacer ni même se lever. Certains jeunes, à bout de force physique et morale, s’enfuient en direction de l’arrière pour quitter cet enfer.p17

Témoignage du caporal MALECOT du 152e R.I. :  » Depuis cinq jours, nous ne mangeons que du singe ; notre estomac proteste. Nous avons faim, nous sommes las, nous avons la fièvre.
Dans une compagnie où se trouve une grande majorité de jeunes soldats, le découragement s’installe à la suite de pertes causées par les obus. A bout de forces physiques et morales, un certain nombre de ces jeunes sortent de leurs tranchées pour s’enfuir de ces lieux maudits. Le colonel Oudry, aussitôt avisé, se précipite hors de son P.C., se porte au devant d’eux et, debout sous les éclatements, sans une arme à la main, sans une menace à la bouche, leur parle, les réconforte, et les reconduit, dociles comme des moutons derrière leur berger, à leur tranchée de première ligne. « 

 

Cloué au sol devant le bois Camard depuis le 8 mai, le 3e bataillon d’Afrique prend l’initiative et organise une avancée vers l’ennemi à l’arme blanche. Trous d’obus après trous d’obus, les fantassins progressent et avant la nuit, la lisière du bois est reconquise.


 

12 mai
Rive droite
Dès 8 h, l’habituel bombardement allemand reprend mais avec une violence rarement vue dans ce secteur. Les 1eres lignes sont écrasées sous les obus de très gros calibre et les 2emes lignes sous les obus asphyxiants.

A 11 h, le bombardement s’intensifie du bois de Nawé au bois de la Caillette. Un grand nombre d’hommes sont commotionnés, ils sont sourds, hébétés, suffoqués. Leur visage et leurs mains ruissellent de sang qui coule par 1000 blessures (projection de terre, de pierre et de sable) qui se mêle à la poussière et forme des caillots affreux.

A 15 h 30, l’ennemi se lance à l’assaut au sud du fort de Douaumont devant le 249e R.I. Les mitrailleuses françaises qui entrent aussitôt en action obligent les vagues allemandes à faire demi-tour en laissant de nombreux morts sur le terrain.

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Dans le sous-secteur des carrières, le 123e R.I. repousse durement plusieurs assauts allemands entrecoupés de pilonnage de gros calibres. Tous les officiers tombent durant ces attaques.

Le combat que mène le 30e R.I. aux abords du ravin de la Mort se poursuit toute la journée.

Rive gauche
La 45e D.I. améliore ses positions sur la cote 287 mais doit reculer au nord-est de la cote 304. Ce repli permet à l’ennemi d’avoir des vues sur l’arrière du Mort-Homme.

 

13 mai
Rive droite
Le 30e R.I. lutte toujours au ravin de la Mort sans se laisser déborder.
Dans le secteur du fort de Douaumont, l’ennemi cesse ses opérations offensives et renforce la sécurité du fort (voir 20 mai).

Rive gauche
R.A.S.


 

14 mai
Rive droite et rive gauche
Violent bombardement toute la journée.


15 mai
Rive droite
Violent bombardement toute la journée.

Rive gauche
Violent bombardement toute la journée.

A la 8e compagnie du 3e mixte Z.-T., il ne reste, le soir, que 19 hommes sur les 180 présents le matin.

Sur front du 296e R.I., un canon de 75 mal renseigné tire trop court et fait des victimes dans ses lignes.
Témoignage du commandant, puis colonel ROMAN du 358e R.I. :  » L’artillerie allemande a une puissance formidable ; son artillerie lourde est incomparable ; sa précision surtout est aussi parfaite que possible. Il en est tout autrement de son artillerie de campagne qui semble-t-il, n’a pas encore fait de progrès.
Chez nous, c’est l’inverse, et c’est plus triste. Pendant plus d’un an de séjour en Lorraine, j’avais entendu la même rengaine : « C’est vrai, il n’y a pas d’artillerie lourde ici, parce que c’est un front peu important, mais si vous voyiez ailleurs ! »Ailleurs ? Sans doute à Verdun, par conséquent, car si le front présente un point capital, c’est bien Verdun. Eh bien ! non, c’était encore un bluff. L’artillerie de campagne à Verdun est formidable, fantastique, « roue à roue », elle fait une besogne admirable, mais la lourde ?… Il n’y en a pour ainsi dire pas et quand il y en a, c’est pis. Elle ne règle rien, ne vérifie rien, tire sur nous et s’entête !…
Voici un fait précis. Mes tranchées me signalent : Artillerie de 155 tire trop court. Si court, en effet, qu’à intervalles réguliers, un obus de 155 tombe en plein sur mon abri qui est à environ 250 mètres derrière ma première ligne. Je rends compte par coureur, car je n’ai pas d’autre liaison possible. Pas de changement. Je rends compte une deuxième, une troisième, une quatrième fois, en numérotant mes comptes rendus : rien n’y fait ; on me sert régulièrement mes obus de 155.
Mais le lendemain, la réponse de la division m’arrive sous forme de note à communiquer à tout le monde. Cette note dit en substance : « C’est à tort que l’infanterie se plaint de recevoir des obus trop courts de notre artillerie ; c’est inexact. On devrait réfléchir avant de propager de pareilles accusations. On oublie que l’ennemi lui-même a des canons et des obus de 155 qu’il nous a pris ; ce sont ces obus qu’on prend par erreur pour les nôtres. »
A ceux qui se récrieront et ne pourront croire ce que j’écris ici, j’affirme sur l’honneur que je n’exagère pas. Voilà la réponse qu’on fait aux comptes rendus successifs et pressants d’un chef de bataillon !
Je réponds : « je considère la note que je viens de recevoir comme une insulte personnelle ; que c’est en effet m’insulter que de me supposer capable, après deux ans de guerre, de me tromper aussi grossièrement sur la direction des obus que je reçois. »"

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A la nuit tombée, le 1er Tirailleur, en ligne vers la cote 287, reçoit des renforts du 268e R.I.


16 – 17 – 18 mai – Préparations d’artillerie simultanées de part et d’autre en vue de grandes offensives (rive droite)
Rive droite
Un violent duel d’artillerie s’engage entre les canons français et allemands, allant croissant de jours en jours. En effet, les Français préparent l’attaque du fort de Douaumont pour tenter de le reprendre et les Allemands préparent l’attaque du fort de Vaux.

Rive gauche
Chaque jour, le canon français tire trop court et massacre ses fantassins, la 4e compagnie du 296e R.I. le 16 mai, les 21e et 24e compagnies du 296e le 17, les Zouaves qui montent en ligne le 18.

Le 18 au matin, le 3e mixte Z.T. part à l’attaque au nord-est de la cote 304. Il parvient à reprendre la crête à 11 h.
A 11 h 30, l’artillerie allemande déclenche en représaille un violent pilonnage des positions qu’elle vient de perdre.
A 17 h, une importante contre-attaque allemande est lancée mais elle est repoussée. Le 3e mixte est parvenu à tenir ses positions mais ses pertes ont été très lourdes. Les compagnies ont été hachées, l’une d’entre elles qui comptait 180 hommes le matin, n’a plus que 19 combattants le soir.


 

19 mai
Rive droite
Le bombardement de tous les secteurs est encore très violent des 2 côtés. Plus de 8000 obus allemands tombent chaque jour sur le fort de Vaux. La vie à l’intérieur est insoutenable.
Témoignage de L. LAURENT, caporal à la 7/51 compagnie de génie :  » Nous avons vécu au fort de Vaux pendant 15 jours, du 2 au 17 mai. Huit mille obus tombaient chaque jour sur le fort et ses environs, et ceci par journée calme. On vivait dans la crasse, barbe de 15 jours, couverts de poux, au milieu d’une âcre odeur de sang venant de l’infirmerie, simple casemate où l’on entassait les blessés et où les morts attendaient qu’on les jette comme l’on pouvait, la nuit, dans une fosse. On pataugeait dans l’urine aux W.C. où l’ammoniaque rendait l’air irrespirable. Partout, dans les couloirs, les hommes étaient entassés, couchant pêle-mêle dans les positions les plus diverses. Le degré de fatigue de tous était tel, qu’il suffisait de s’asseoir ou de se coucher quelques secondes pour dormir, dormir comme jamais nous ne dormirons plus. « 

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Le couloir central du fort de Vaux

Rive gauche
Au matin, l’attaque allemande reprend sur la ligne bois Camard, nord-est de la cote 304.
Le 1er Tirailleur est contraint à reculer ce qui permet à l’ennemi d’accéder à la route Esnes-Haucourt entre le bois Camard et la tranchée de Champigneulles, tenue par le bataillon d’Afrique.

A 13 h, 2 bataillons du 3e bis de Zouaves ont ordre de se joidre au côté du bataillon d’Afrique à la tranchée de Champigneulles. Leur déplacement est très lent car ils doivent progresser en terrain découvert.
Une fois la position renforcée, l’ennemi parvient à être contenu.

Le 1er tirailleurs est relevé dans la nuit après avoir perdu en 9 jours d’occupation 1 945 hommes et 33 officiers. La 45e D.I. épuisée est également relevée.

Témoignage de l’adjudant SALVAT du 3e Mixte Z.-T. :  » Le 19 mai, le général Nivelle signale l’état sanitaire, très défectueux de certaines des divisions retirées de la bataille et écrit : « Toute division, pour laquelle la fatigue dépasse un certain niveau, subit une dépression physique et même morale qui la rend inutilisable pour un mois au minimum. »
Une division a été relevée à la suite d’un fait qui semble à première vue insignifiant. Un officier d’E.-M. étant entré dans un abri de seconde ligne où se trouvaient une vingtaine d’hommes, s’aperçut avec stupeur qu’un homme était pendu au milieu de l’abri et que ses camarades ne s’étaient pas préoccupés de le dépendre. Nivelle, prévenu, estima fort justement qu’une pareille dépression morale rendait la division inapte au combat. « 


20 mai – Préparation d’artillerie française pour reprendre le fort de Douaumont (rive droite) – Percée allemandes sur le Mort-Homme (rive gauche)
Rive droite
Depuis la perte du fort de Douaumont, le 25 février, le G.Q.G. n’a jamais cessé d’imaginer un plan pour le reprendre. Le général Joffre a inlassablement réclamé cette offensive au général Pétain, mais ce dernier, conscient de l’infériorité de l’artillerie française sur l’artillerie allemande, a toujours tenté d’en reculer l’échéance.
Le 12 avril, le général Nivelle, qui commande alors le 3e corps d’armée, a tout de même été missionné par Pétain pour mettre sur pied un plan d’attaque. Mission qu’il a lui même confié à son subordonné direct, le général Mangin.
Joffre, agacé par les réserves émisses en permanence par Pétain, parvient très subtilement à s’en débarrasser. Il ne peut pas limoger un tel chef, qui a tant œuvré pour Verdun depuis 2 mois et dont toutes les entreprises ont été un succès. Il éloigne donc Pétain du champs de bataille de Verdun par une manœuvre très habille, en l’élevant en grade. De commandant de la 2e armée, il devient commandant des Armées du centre, ou Verdun n’est plus qu’un élément.

Pétain installe donc son Q.G. à Bar-le-Duc et nomme le général Nivelle au commande de la bataille de Verdun.
Témoignage du général Pétain :  » Ma tristesse était profonde lorsque je passai au général Nivelle le commandement de la 2e Armée. J’installais mon nouveau quartier général à Bar-le-Duc et me mettais en mesure d’interpréter au mieux l’ordre donné par le commandant en chef :  » La mission du général Pétain est d’assurer sur tout le front du groupe des armées du centre, l’inviolabilité des positions et, en ce qui concerne le front de Verdun, de prendre possession du fort de Douaumont.  »
On me prescrivait en outre d’alimenter l’armée de Verdun à 24 divisions avec les seules ressources du groupe des armées du centre. Je devais même m’efforcer de réduire ce nombre. « 

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Le général Nivelle

Témoignage du commandant P. :  » Il est sans doute superflu de redire que la nomination de Pétain le 25 février au soir au commandement de l’armée de Verdun avait été bien accueillie de la troupe. Tout nouveau chef reçoit toujours de la troupe un sympathique accueil : les journaux se chargent de la publicité nécessaire.
Cependant, en ce qui concerne Pétain, le bon accueil s’appuyait sur deux raisons qui ne devaient rien au Bureau de Presse officiel. En premier lieu, on l’estimait pour son avancement foudroyant, mais tardif : le soldat, dont chaque seconde de vie est une injustice, réelle on imaginée, a pour la justice un amour qui touche à la passion. En second lieu, on l’aimait pour son humanité, encore qu’il manquât à cette humanité un peu de la spontanéité qui peut seule la rendre irrésistible.

La popularité de Pétain, bien supérieure à celle de Joffre, bien inférieure à celle de Foch, ne fut jamais aussi forte qu’on a essayé de le faire croire, aussi forte qu’elle l’eut été quelques mois plus tard si on l’avait laissé à son P.C. de Souilly. Pétain a été contraint, par des événements inouïs, d’imposer à ses hommes des sacrifices inouïs, et quand il les a quittés, l’Allemand n’avait pas cessé un seul jour de grignoter notre terre de Verdun. Comment exiger d’eux des larmes ?
Les soldats n’aiment vraiment, au sens absolu du mot, que deux sortes de chefs : ceux qui les mènent à la victoire et ceux qui risquent leur vie à leurs côtés.

On comprend très bien les jugements très divers portés sur le général Pétain suivant que l’on a approché plus ou moins près cet homme d’un froid et d’un calme déconcertants, que l’on a vécu ou non près de lui, et pu surprendre les indices d’une sensibilité profonde.
Le général est un grand timide, il le sait et il en souffre. Pour éviter l’emprise des autres et protéger sa personnalité, il s’est créé une façade, une cuirasse de glace, et il attaque. Sa parole mordante, quelquefois brutale ou cruelle, arrête son interlocuteur, le rend timide, lui aussi, et le général se trouve à égalité. Cependant, si l’on a la bonne fortune de vivre dans son sillage, de le voir dans les multiples incidents de la vie journalière, la façade se lézarde, et laisse apercevoir un cœur profondément humain, une sensibilité touchante. Mais combien peu nombreux ceux qui ont pu apercevoir ces éclairs ? Il en imposait au soldat par sa majesté et aussi parce que celui-ci savait que les états-majors « en prenaient pour leur grade » chaque fois que le bien-être de l’homme était en jeu.
Connaissant admirablement notre soldat, il s’est préoccupé de lui assurer un ravitaillement ample et varié. Il a ordonné ses plaisirs en arrière du front, réglé ses permissions à l’intérieur. Il a sauvé la France parce qu’il connaissait et aimait l’homme, notre admirable soldat français. Personne en dehors de lui ne pouvait reconstruire une armée comme il l’a fait en 1917. Foch n’aurait pas pu vaincre, si Pétain ne lui avait auparavant reforgé son outil. C’est pour cela qu’on ne peut les séparer.
Si, à Verdun, le soldat et surtout l’officier de troupe ne lui ont pas rendu toute la justice qu’il méritait, c’est qu’il s’est trouvé dans des conditions exceptionnelles. Qu’a-t-il constamment demandé aux hommes, exigé d’eux : « Mourir s’il le faut, mais arrêter le Boche ». Et cela pendant des semaines et des semaines. Il est difficile de devenir populaire dans ces conditions. Le général se bat contre le Boche, mais surtout avec l’arrière, et jamais il n’a pu entrevoir d’autre possibilité que « d’arrêter le Boche », c’est tout ce qu’il peut faire avec les moyens dont il dispose. Par la suite, le général doit résister aux conseils d’attaque qui lui parviennent de tous côtés. Au G.Q.G., un bureau refuse de donner satisfaction à ses demandes ou les sert à retardement ; un autre bureau du même G.Q.G. s’étonne que l’on n’ai pas déjà repris tout le terrain. – Mais qu’est-ce que fait Pétain, pourquoi est-ce qu’il n’attaque pas ?
Un antagonisme profond n’a cessé d’exister entre l’armée de Verdun et le G.Q.G. ; le général Pétain ne tarissait pas en réclamations de tout genre : personnel, matériel, ravitaillement, transport ; c’est toujours en rechignant que satisfaction lui fut donnée et dans quelle mesure ! avec quelle lenteur !

Avec son beau calme, Pétain laisse dire, mais il agit : il arrête le Boche. Quand des parlementaires viennent lui demander si le Boche passera, il répond : – J’espère que non. Son prédécesseur à la IIe Armée, le général Nivelle, aux même questions, répond : – Jamais il ne passera. Cette belle confiance nous a valu les tristes aventures d’avril 1917. « 

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Le général Pétain visite les soldat

Robert Georges Nivelle prend donc le commandement des opérations à Verdun, tout en restant sous la dépendance de Pétain au niveau supérieur.nivelle3
Il est né le 15 octobre 1856 à Tulle (Corrèze) d’un père français et d’un mère anglaise. Il étudie à l’Ecole Polytechnique pour être officier d’artillerie et il en sort diplômé en 1878.
Il sert tout d’abord en Indochine puis est envoyé en Chine en 1900 pour réprimer la révolte des Boxers. Il commande ensuite le IVe régiment d’artillerie en 1911 puis sert en Algérie.
Lorsqu’éclate la première guerre mondiale, il a 58 ans, il est devenu colonel et commande le 65e régiment d’artillerie. Il s’illustre en septembre 1914 lors de la bataille de l’Ourcq où ses canon mette en déroute le 4e corps de la 1e armée du général Von Kluck.
Cette victoire lui vaut d’être promu général de brigade octobre 1914.
En avril 1916, il commande de 3e corps d’armée à Verdun.

 

Tout les mois de mars et avril, le général Mangin reconsidère et repense ce plan d’attaque.mangin2
Charles Marie Emmanuel Mangin est né le 6 juillet à Sarrebourg (Moselle) en 1866. Le 17 août 1885, il s’engage au 77e Régiment de ligne. Le 30 octobre 1886, il est admis à l’Ecole militaire de Saint-Cyr ou il suis des études de fantassin.
De 1891 à 1899, il sert au Sénégal, au Soudan puis au Congo à la tête d’un bataillon de tirailleurs sénégalais. C’est un fervent défenseur de l’armée d’Afrique, plus importante et plus puissante. Courageux, infatigable, robuste, meneur d’homme et homme d’action, il incarne le type même de l’officier colonial. Blessé à 4 reprises, il est fait officier de la légion d’honneur
En 1899, le devient capitaine puis chef de bataillon d’état-major en Indochine. Il rejoint ensuite le 8e Régiment de Tirailleur Tonkinois puis le 6e Régiment d’Infanterie Coloniale.
En 1905, il devint lieutenant-colonel et commande l’état-major du commandement supérieur du Soudan Français.
De 1907 à 1913, il participe à la Campagne du Maroc avec le grade de colonel. Il se distingue entre autre lors de la prise de Marrakech..
Lorsqu’éclate la première guerre mondiale, il a 48 ans, il est devenu général de brigade et est affecté à l’état major de l’armée.
Dés août 1914, il prend de commandement de la 8e Brigade d’Infanterie. Un mois plus tard, il devient commandant de la 5e D.I. de Rouen. Il y obtient sa première citation à l’ordre de l’armée.
En 1915, durant la bataille des frontières, il remporte la victoire de Charleroi, puis combat sur la Marne et en Artois.
En mai 1916, il passe sous les ordres du général Nivelle à Verdun.

C’est le 13 mai qu’il fixe définitivement le projet d’attaque et en arrête les objectifs.
Ils sont : la reconquête de la tranchée Morchée ; l’enveloppement du fort de Douaumont par le nord ; la reprise de la batterie et de la tourelle 3.212 à l’est du fort, puis le fort lui même.

Le fort de Douaumont
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(Voir la description du fort dans la partie « Fortifications », « Le fort de Douaumont »)

 

L’offensive est prévue pour le 22 mai. La 5e D.I. (36e, 74e, 129e et 274e R.I.) appuyée par la 36e (18e, 34e, 49e et 218e R.I.) et une puissante artillerie doivent attaquer simultanément dans un même élan. L’artillerie doit embraser les lignes allemandes durant les 7 jours qui précèdent l’attaque afin de désorganiser l’artillerie et miner le moral de l’ennemi.
Cependant, dès le 13 mai, jour où le général Nivelle rend public le projet d’attaque, la 5e D.I. allemande alors en position dans le secteur du fort de Douaumont reçoit « bizarrement » l’ordre de stopper toute opération offensive et de renforcer la défense du fort. Manifestement, l’ennemi a été renseigné du projet français. Par ailleurs, il déclenche le 20 mai une contre-préparation d’artillerie qui très vite surpasse la notre.
Témoignage du général Pétain :  » les troupes d’assaut subissaient, à partir du 20 mai, des pertes sensibles du fait que nous ne possédions par la supériorité du feu… « 

Rive gauche
Les Allemands reprennent leurs attaques commencées la veille. Elles se portent sur le 296e R.I. en ligne dans le fond de la Hayette ; les éléments de la 69e D.I. (251e, 254e, 267e, 287e, 306e et 332e R.I.) disposés de part et d’autre du Mort-Homme et en avant des bois des Caurettes et de Cumières ; sur le 94e R.I. et le 16e B.C.P. à droite du Mort-Homme et les 151e, 162e et 287e R.I. à gauche du Mort-Homme.

Partout, les attaques sont contenues, sauf sur le front du 287e R.I. qui vers 14 h, est contraint à reculer sur la Hayette. Ce retrait permet à l’ennemi d’ouvrir une brèche vers le Mort-Homme et d’occuper le sommet des 2 collines du Mort-Homme. Un formidable tir de barrage vient ensuite interdire toutes ripostes françaises.

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Vers 17 h 30, le mouvement allemand s’étend sur les tranchées Lecointe et Marescot mais vient butter sur la tranchée des abris Netter. Dans cette progression vers l’avant, les Allemands ont eu de lourdes pertes qui les ont petit à petit affaiblis.

Sur la cote 304, les Français reprennent l’ouvrage 15. Le 3e bis des Zouaves lutte toujours au bois Camard.

 

21 mai – Préparation d’artillerie française pour reprendre le fort de Douaumont (rive droite)
Rive droite
La préparation d’artillerie précèdent l’attaque du fort de Douaumont se poursuit.

Le général Mangin, depuis son Q.G. à Neuville-Saint-Vaast recueille les rapports des généraux d’artillerie qui lui affirment que le fort de Douaumont n’est plus qu’une ruine et que l’attaque ne va être qu’une formalité. mangin5Enthousiasme, il néglige d’envoyer des patrouille pour vérifier l’exactitude des propos.
Témoignage de Lefebvre-Dibon, chef de bataillon du 74e R.I. :  » A la réunion qui précéda l’attaque du fort à à laquelle prirent part les officiers supérieurs de la division, le général Mangin nous avait affirmé que la préparation d’artillerie nous permettrait d’arriver au fort l’arme à la bretelle, car le fort serait complètement anéanti. « 

Mangin rédige son ordre du jour :  » Vous aller reformer vos rangs éclaircis. Beaucoup d’entre vous iront porter au sein de leur famille l’ardeur guerrière et la soif de vengeance qui vous animent. Mais il n’est point de repos pour les Français tant que le sauvage ennemi foule le sol sacrè de la Partrie ; point de paix pour le monde tant que le monstre du militarisme prussien n’est pas abattu.
Donc, vous vous préparerez à de nouveaux combats, où vous apporterez la certitude absolue de votre supériorité sur l’ennemi, que vous avez vu si souvent fuir ou lever les bras devant vos baïonnettes et vos grenades. Vous en êtes sûrs maintenant : tout Allemand qui pénètre dans une tranchée de la 5e Division est mort ou prisonnier, toute position méthodiquement attaquée par la 5e Division est une position prise !
Vous marchez sous l’aile de la victoire ! « 

 

Par ailleur, le 69e B.C.P. en ligne dans le bois de Nawé reprend la tranchée Balfouquier. Le 124e R.I. en ligne en avant des ouvrages R1 et R2 dans le secteur de Vaux lance une attaque à 2 h du matin et s’empare de la tranchée Sarajevo.

Rive gauche
Pour dégager les hauteurs du Mort-Homme perdues la veille, 3 contre-attaques sont mises sur pied par les 112e, 287e, 306e R.I. et le 16e B.C.P. Cependant, elles ne rencontrent pas le succès escompté car les Allemands ont eu le temps de renforcer leurs nouvelles positions.

A défaut de reconquérir le Mort-Homme, la nouvelle ligne française est renforcée. Elle passe maintenant par la tranchée Sennois, la ligne 1 bis, contourne le sommet sud du Mort-Homme, passe par la tranchée des Zouaves et rejoint la tranchée dite  » du Chapeau-Chinois « 


 

22 mai – Grande offensive française pour tenter de reprendre le fort de Douaumont (rive droite)
Rive droite
Le jour se lève sur un ciel sans nuage, présageant une magnifique journée de printemps.
Vers 11 h, le général Mangin se rend à l’observatoire de Souville d’ou il domine la pleine. A l’horizon, le fort de Douaumont disparaît dans la fumé des éclatements. Les secteurs de chaque côté du fort sont également en ébullition, quoi que le feu soit un peu moins nourri à l’est.

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Mangin est serein, tout semble se dérouler comme prévue.

Subitement, à 11 h 40, dans un tonnerre assourdissant, le barrage de 75 se déclenche et vient s’abattre juste devant les positions françaises, au point voulu, sur l’étendu voulu, comme un rideau magique. Le bombardement allemand n’a pas cessé pour autant.

A 11 h 50, l’attaque est lancée, toute la première ligne française sort de ses tranchés et s’élance à travers les obus allemands. Les premiers combattants tombent, mais le barrage roulant de 75 et parfaitement ajusté et progresse exactement à la vitesse voulu (particulièrement sur la droite du dispositif).

Voyons les différentes actions les unes après les autres :

Sur le front à l’extrême gauche :
Le 3e bataillon du 36e R.I. s’élance à l’heure H en direction de son objectif, la tranchée Morchée. Il recule une fois mais renforcé de sa 8e compagnie restée en renfort, il repart à l’assaut à 13 h et s’empare des tranchées Morchée et du Bonnet d’Evêque. 150 prisonniers allemands sont envoyés vers l’arrière et de nombreux autres tentant de rejoindre le fort de Douaumont sont abattus.
Cette réussite n’a pas été sans dommage pour le 3e bataillon et les pertes ont été cruelles. A peu près tous les officiers et sous-officiers ont été tués ou grièvement blessés.

Sur le front gauche :
A l’heure H, 2 bataillons du 129e R.I. et quelques éléments du Génie, s’élancent au pas de charge. Leurs objectifs sont les abords immédiats du fort. Sur ce point, la préparation d’artillerie a eu des conséquences bénéfiques car les premières lignes allemandes, les secondes et les troisièmes sont totalement dévastées. Les soldats allemands sont complètement abrutis, ils sont tués ou fait prisonniers sans résistance.
A 12 h 01, soit 11 minutes après le commencement de l’assaut, l’objectif est atteint et même dépassé. L’angle nord du fort est occupé ainsi que la face nord-ouest jusqu’à l’angle nord, le boyau Fontaine est repris, ainsi que les tranchées qui défendent la face sud.
Témoignage du capitaine COUMES du 129e R.I. :  » Les sapeurs étaient si ardents à la lutte qu’ils se trouvaient dans la flot de tête du 129e au moment de descendre dans les fossés du fort.
Pendant ce temps, la première sections du génie qui comprenait au départ deux sergents et vingt-sept hommes, atteignait le fossé ouest. L’un des sergents, Lateur, était blessé au bras, mais n’avait pas voulu abandonner ses hommes. C’est l’autre sergent Piau, qui commandait la troupe.
Une fois dans le fossé, la section courut au coffre de contrescarpe nord-ouest et y entra. Le coffre était intact et vide. Il restait alors treize sapeurs autour de Piau. « 

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Les fossés du fort

A leur droite, d’autres éléments Du 129e qui ont pour objectif la face nord, nord-est et le flanc est du fort ne rencontrent pas la même facilité. Le bombardement allemand qui a précédé l’attaque leur a causé de lourdes pertes. Ils s’élancent néanmoins et atteignent le fossé sud-est. Une fois à cet endroit, ils sont soumis aux tirs des mitrailleuses ennemies venant du fort. Ils sont pris au piège, acculés contre la paroi.

Au bout d’une heure de combat, le 1er bilan n’est pas reluisant. Toutes les unités du 129e qui ont marché sur le fort sont stoppées, bloquées sur place. Comme les troupes allemandes sont toujours à l’abri dans le fort, l’artillerie allemande déclenche un furieux bombardement par obus fusant sur l’édifice. Cela cause des ravages dans les troupes françaises. Des renforts sont demandés en urgence.

A 13 h, la 8e compagnie du 36e R.I. est envoyée au secours du 129e R.I. D’un mouvement rapide elle parvient à franchir les 600 m qui la séparent des 1eres lignes et ne subit que peu de pertes par le tir de barrage allemand.
Aussitôt sur ses positions de départ, elle est envoyée vers le 129e dans les fossés du fort.
Témoignage du capitaine de PERCIN, du 36e R.I. :  » Nous arrivâmes, un peu après 14 h 30, dans le fossé sud-ouest du fort, sous un bombardement terrible, que notre mouvement, visible de l’ennemi, avait eu sans doute pour effet d’intensifier, et qui nous fit subir de lourdes pertes.
A l’entrée de la brèche sud-ouest, à côté de l’entrée du fort que des combattants du 129e et du 3e génie tentaient de forcer à coup de grenades, je trouvai le lieutenant de Mussy qui s’était porté au-devant de ma compagnie. Nous nous donnâmes une chaleureuse accolade. « 

Mais plusieurs mitrailleuses ennemies bien placées rende la tâche très périlleuse.
Tous les hommes encore valides se mettent à creuser des éléments de tranchée allant du saillant nord-est, longeant la paroi et s’arrêtant vers l’entrée du fort (soit 200 m).

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Photo prise le 22 mai à 15 h montrant les éléments du 129e R.I.
dans la tranchée qu’ils ont ébauchée (photo prise au X rouge)

Dans la soirée, plusieurs attaques allemandes sortant du fort sur cette tranchée improvisée sont repoussées.
A 23 h, une section de la 5e compagnie du 34e R.I. parvient à atteindre la tranchée et vient la renforcer.


Sur le front droit (à la Caillette) :
A l’heure H, les hommes du 74e R.I. s’élancent et franchissent toutes les tranchées ennemies. Les Allemands qui s’y trouvent se rendent instantanément. La crête du fort est atteinte sans trop de difficulté et les hommes s’afférent maintenant à reconquérir un petit élément bétonné appelé  » le dépôt  » qui semble fortement gardée. Après un sanglant corps à corps, l’ennemi recule et l’ouvrage est repris. Cependant, la situation est précaire et le dépôt est soumis aux feux croisés venant des cornes sud-est et nord-est du fort. Le commandant Lefebvre-Dibon décide néanmoins d’y installer son P.C.
Témoignage du commandant Lefebvre-Dibon, chef de bataillon du 74e R.I. :  » En y arrivant un spectacle effroyable s’offrit à mes yeux. Des blessés s’y étaient traînés et se trouvaient couchés au milieu de caisses en morceaux, de paillasses déchirées, de bouteilles cassées, de fusils. Les cadavres allemands y étaient nombreux et mêlés aux débris. Tout un côté du dépôt se trouvait complètement ouvert dans la direction d’une hauteur toute proche, d’où tirait les mitrailleuses ennemies de droite, c’est-à-dire de la position que le 2e bataillon devait enlever. Aussi, les pointeurs de ces mitrailleuses, apercevant des Français se précipiter dans le dépôt dont ils voyaient le fond, commencèrent-ils à tirer dedans. Les balles ricochent sur les murs et nous frôlent quand elles ne nous atteignent pas. Avec quelques hommes qui ont pu me suivre nous nous aplatissons et, ramassant tous les matériaux que nous trouvons à portée de la main, nous élevons une barricades provisoire pour masquer l’ouverture.
Aussitôt après je commence à mettre un peu d’ordre dans l’intérieur, je fais jeter dehors tout ce qui est inutile, à commencer par les cadavres ; j’arrange des planches en lits de camp, je les garnis avec des morceaux de paillasse et j’y étends les blessés.
Toutes les grenades et munitions sont empilées à l’entrée pour former une réserve. Des sacs à terre, des enveloppes de traversins rapidement ouvertes, sont remplis de gravois pour la barricade qui s’élève et sur laquelle les Allemands continuent à tirer.
Toute liaison est rompue avec les unités à gauche et à droite. De tous les côtés, les blessés affluent au  » dépôt  » et nombreux sont ceux à qui les mitrailleuses allemandes infligent une nouvelle blessure, définitive celle-là. « 

Jusqu’au soir la situation reste précaire.


Sur le front à l’extrême droite :
Le 274e a pour mission d’appuyer l’attaque du 74e R.I. et d’enlever la tranchée 333-334. A l’heure H, il est bloqué sur ses points de départ en raison du bombardement allemand qui est d’une puissance telle que toute sortie est impossible.


A la nuit, le bilan est triste :
Toute la partie est du fort a échappé aux Français. Par ce côté, de nouveaux effectifs très importants et de nombreux autres qui avaient quitté le fort pour ne pas être faits prisonniers regagnent la forteresse. D’importants ravitaillements en matériel sont également acheminés.

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Le secteur de la Caillette et plus particulièrement le ravin de la Mort est un véritable charnier.
Partout, les hommes qui ont attaqués aujourd’hui luttent désespérément et de façon précaire pour conserver les maigres positions qu’ils sont parvenus à conquérir.
La fatigue, la soif, la faim, la douleur physique, la désolation, l’impuissance, voilà l’enfer des combattants de Verdun.

Durant toute la nuit, le bombardement se poursuit de part et d’autre. Du côté allemand, il est beaucoup plus violent et étendu.
Sur ordre du général Lebrun, le reste de la 36e D.I. monte en ligne.

Rive gauche
Toute la journée, le 3e bis des Zouaves poursuit sa lutte au Bois Camard.
Le soir, l’ouvrage 15 en ruine ne semble être plus tenu par personne.
Durant la nuit, les Allemands lancent une attaque dans le fond de la Hayette et parviennent à occuper la tranchée d’Aix.


23 mai – Grande offensive française (rive droite)
Rive droite
A 7 h, le commandant de Vulpillières du 34e R.I., sous les ordres du général Mangin, prend le commandement du secteur de Douaumont. Il a sous ses ordres les survivants de tous les régiments qui ont attaqué la veille.

Dès 9 h, les Allemands bombardent avec force les nouvelles positions tenues par les Français et le fort lui-même. Les pertes continuent à s’accroître de manière inquiétante. Dès lors, la reprise du fort de Douaumont paraît impossible.

Plusieurs attaques allemandes sont tentées sur le dépôt et la tranchée construite le long de la superstructure du fort. Elles ne donnent aucun résultat mais les unités françaises qui défendent sont à bout de force.

Témoignage du sergent Piau, du 129e R.I. :  » A 4 h 30 du matin, une dizain d’Allemands s’avancent par le couloir de la tourelle et nous attaquent à la grenade, mais nous en avons aussi et ils sont facilement repoussés.
A 5 h 30, nous les voyons, en grand nombre cette fois, avancer sur toute la ligne, par infiltration, à travers les trous d’obus… presque tous nos coups portent et je suis certain que beaucoup d’Allemands ont été tués ; ils sont tellement nombreux que, jusqu’à 8 h 30, ils arrivent par trois fois jusqu’à 25 mètres de notre ligne, mais là, des volées de grenade leur font rebrousser chemin.
Vers 7 heures, nous avons reçu quelques obus asphyxiants que j’ai cru envoyés par notre artillerie, mais je ne pourrais l’affirmer. Il à fallut mettre les masque à gaz à trois reprises.

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A 8 h 45, les Allemands reviennent, ils sont au moins 600 hommes ; j’envoie un coureur au commandant Mangin lui demandant et du renfort et un tir de barrage sur le nord du fort, sans quoi je ne pourrai plus tenir.
Quelques minutes plus tard, le tir de barrage commence avec une précision merveilleuse ; alors que les Allemands étaient à 40 ou 50 mètres de nous, les obus leur tombent en plein dessus et le résultat ne se fait pas attendre, les Allemands reculent.
Vers 9 h 30, une compagnie s’avance pour me renforcer, mais elle a été signalée à l’artillerie allemande, car, au moment où elle aborde le fort, les Allemands déclenchent un effroyable tir de 105 percutants sur les abords et la partie du fort que nous tenons et cette compagnies, la 6e du 34e, est presque anéantie. Ce tir dure une heure, j’ai aussi plusieurs tués et blessés, et je suis blessé de nouveau moi-même à la figure et à la main gauche, peu grièvement, mais je perds beaucoup de sang. Je suis à bout de forces. « 

Toute l’après-midi, les éléments des 129e, 36e et 34e tentent de se maintenir dans le chaos, écrasé sous le feu des fantassins et de l’artillerie allemande, l’épuisement et la soif venant accroître leur calvaire.

Au soir, du côté français, les pertes de la journée ont été terribles. Partout, devant et derrière, les sifflets des blessés retentissent mais malheureusement, personne ne peut leur venir en aide.
Témoignage de Alfred SALABELLE, soldat au 74e R.I. :  » Le 22 mai, engagé volontaire à 17 ans, je pars avec le 74e à l’attaque du fort de Douaumont. Bientôt, je suis blessé par un éclat d’obus qui me fracasse la hanche gauche ; je suis mis à l’abri dans un trou d’obus et reste là jusqu’au soir. La soif commence.
Au matin du 23 mai, je suis relevé et porté au ravin de la Caillette. Là, on me remet dans un trou en me disant qu’il y a un poste de secours tout près et que d’autres brancardiers viendront me chercher. Effectivement, dans la matinée du 23, un major vient constater ma blessure et repart en disant qu’il reviendra dans quelques instants faire le pansement. Jamais je ne le reverrai.
Je demeure ainsi pendant trois jours sans manger ni boire. Le troisième jour, on met à mes côtés un deuxième soldat blessé aux jambes de plusieurs balles de mitrailleuses, et un troisième qui meurt aussitôt. Mais aucun secours ne vient. Le quatrième jour, le 26 mai, le bombardement est terrible. L’aumônier Etcheber qui passe par-là, se jette dans le trou pour se garer des éclats. Il se trouve qu’il est du même pays que le blessé aux jambes et ils parlent en patois des Pyrénées. Le pauvre diable se confesse et reçoit l’absolution. Se tournant ensuite vers moi, l’aumônier me demande si je veux son secours. Je ne peux accepter, n’étant pas baptisé. L’aumônier me baptise puis s’en va en me laissant sa gourde.
Ce n’est que le sixième jour, au matin, que deux brancardiers passant par-là, me relèvent et m’évacuent sur Landrecourt. Donc pendant ces six jours, je suis resté sans pansement sans nourriture, avec à peine de quoi boire. Pour calmer ma fièvre, je mettais des sacs vides sur la terre et ensuite m’en couvrais la figure afin de me rafraîchir. « 

Rive gauche
La 40e D.I. (150e, 154e, 155e et 161e R.I.) est à son tour lancé dans le brasier.
Dans la soirée, les 150e et 161e R.I. sont envoyés au sud-ouest du Mort-Homme ; les 154e et 155e R.I. s’installent dans le sous-secteur de Cumières.


 

24 mai – Grande offensive française (rive droite) – Perte du village de Cumière (rive gauche)
Rive droite

Dès 7 h, l’artillerie ennemie s’acharne avec force sur tout le plateau de Douaumont.
Les éléments restant des 2e et 3e bataillons du 34e R.I., qui ont subi des pertes considérables ces 2 derniers jours, sont arrivés à la limite de leur force. Ils tentent de se replier vers les lignes françaises pour rejoindre les éléments des 18 et 49e R.I. qui sont arrivé dans la nuit.
Témoignage du capitaine Monneret, du 34e R.I. :  » Au petit jour, en ce matin du 24 mai, la situation nous apparaît avec une netteté effrayante ; nous sommes entourés.
Nous faisons feu partout ; et alors, commence un de ces duels tragiques, trop souvent ignorés dans cette guerre, duel où l’un des partis, condamné d’avance, n’a plus que la suprême ressource de bien mourir !…
Exposés à tous les coups, mes hommes tombent les uns après les autres. Ils meurent silencieusement. Je reçois une balle dans le bras droit.
Les Allemands, trouvant encore que cela ne va pas assez vite, ont installé des minenwerfer à 400 mètres de là, et à chaque instant, d’énormes torpilles ouvrent des cratères sur toutes les faces.
Seuls me restent quelques hommes perdus dans les trous d’obus et qui n’ont plus de munitions. Il doit être midi. Les Allemands, pressentant que nous sommes à bout, s’élancent de tous côtés.
Une mêlée atroce se produit. Rassemblant mes dernières forces, suivi d’un petit groupe, je tente de percer vers les lignes françaises. Nous roulons dans le fossé. Mon bras me refuse tout secours… j’ai perdu mes armes. Des mitrailleurs brandebourgeois se précipitent et nous font prisonniers.
Nous pleurons de rage ! nous avions résisté plus de trente heures. « 

Le dépôt est toujours soumis aux assauts allemands. A 12 h, l’ennemis sort du fort et se lancent à l’attaque. A 13 h 30, le 3e bataillon du 74e R.I. est complètement encerclé, mais tient toujours. A la fin de la journée, sans minutions, sans vivre ni eau, harassés par 2 jours de combats incessants, sans espoir de secours, les hommes du 3e bataillon se rendent.

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Leur honneur est sauf, ils ont tenu jusqu’à la limite des forces humaines. En 2 jours, ils ont perdu 72.2% de leur effectif.
Témoignage :  » Parvenu au dépôt déjà cerné de toutes parts, j’y trouvai le spectacle suivant : le commandant se rendant parfaitement compte de la situation, assisté de son adjudant, était en train de brûler ses ordres et ses situations pour que ses papiers ne tombassent pas entre les mains des Allemands. Dans le font du P.C. ainsi qu’au poste de secours, à côté, les blessés entassés les uns sur les autres hurlaient de douleur et dans leurs souffrances et leur délire, criaient à tue-tête :  » Mon commandant, ayez pitié de nos femmes et nos enfant. Mon commandant, rendez-vous !  »
Le commandant Lefebvre-Dibon qui s’était porté du côté des Allemands, son revolver levé, eut un geste de profond accablement. Il jeta son revolver et fit signe aux Allemands qu’il se rendait. « 

Sur le front du 1er bataillon du 49e R.I., à la Caillette, le bombardement allemand. est très violent depuis 3 h 45. A 7 h, les Français tentent une attaque qui leur permet de progresser de 200 m. Mais les pertes sont telles que bientôt, l’élan se brise et les hommes se terrent sur place dans les trous d’obus.
La contre-attaque allemande ne se fait pas attendre mais les mitrailleuses françaises rapidement mises en place la font échouer.
A 13 h, les Allemands s’élancent une nouvelle fois mais cette tentative connaît le même sort que la précédente.

Le 2e bataillon du 49e R.I. qui occupe les tranchées de Douaumont et Boneff et les carrières est sévèrement attaqué. Il résiste jusqu’au bout de ses capacités et succombe.

A 14 h, l’ennemi débouche en grand nombre du fort de Douaumont mais il est arrêté net par les mitrailleuses françaises.

Sur le front des 107e et 138e R.I., du bois franco-boche au bois d’Haudraumont, le pilonnage allemand est également très dense.
Plus tard, par une série d’actions offensives, les Allemands. parviennent à s’infiltrer dans le bois de Nawé. Le 350e qui tient la ligne allant de la tranchée des Caurettes au ravin de la Mort doit reculer. Il parvient néanmoins à contenir la progression de l’ennemi par une contre-attaque des 21e et 22e compagnies de son 5e bataillon.
A sa droite, le 355e R.I. en ligne au ravin de la Mort et sur le versant sud-nord du bois de Nawé (cote 321) tient fermement ses positions.

Vers 15 h 30, le général Mangin passe le commandement du secteur de Douaumont au général Lestoquoi du 36e R.I.
Témoignage du commandant P… :  » A 11 h 30, le général Mangin rend compte au général Nivelle qu’il a absolument besoin de 2 bataillons supplémentaires pour tenter une nouvelle attaque.
A 15 heures, vive altercation au téléphone entre le général Lebrun et le général Mangin. Le premier ordonne d’attaquer à nouveau, et le second répond : « Avec quoi ? » Le général Lebrun insiste, devint nerveux : « Il n’est pas admissible de laisser replier nos troupes, il faut garder le fort. Attaquez ! » Le général Mangin : « Moi je ne fais pas d’attaque numéro 2, je n’attaque pas sans attaquer, tout en attaquant. « C’en était trop ! Le général Lebrun exaspéré lui crie : « Ah ! vous ne voulez pas attaquer, passez le commandement au général Lestoquoi. » Celui-ci était déjà arrivé au P.C., la relève normale du général Mangin étant prévue pour la nuit suivante. Voilà ce qui explique ce passage inhabituel de commandement à 15 h 30. « 

Dans la nuit, la 6e D.I. monte en ligne et se place à droite de la 36e au bois de la Caillette. Le commandant Raynal du 96e R.I. prend commandement du fort de Vaux.

Bilan de l’offensive française :
L’attaque du fort de Douaumont a donc totalement échoué. Les raisons sont multiples :
- Les Allemands étaient parfaitement au courant du projet français. Dès le 13 mai, jour où le général Nivelle a rendu public le projet d’attaque, les opérations offensive dans le secteur de Douaumont ont stoppées et la défense du fort a été renforcée.

- La préparation d’artillerie française a été trop insuffisante.
Bien que le pilonnage des lignes allemandes ait débuté le 16 mai, ce n’est que le 20 mai, que le bombardement français a atteint une cadence soutenue. Soit seulement 2 jours avant la date prévue pour l’assaut au lieu des 6 prévus initialement.
De plus, il fut loin d’atteindre la force qu’il devait avoir en pareille circonstance ; il ne couvrit qu’une petite partie du secteur qu’il aurait fallu toucher avant une telle attaque ; il laissa intactes des organisations ennemies qu’il aurait été indispensable de détruire. Bien que le fort et ses abords soit pilonnés avec force, l’ensemble de la structure resta en partie intacte.mangin4
Témoignage du commandant P… :  » Mangin savait qu’on ne pourrait s’emparer du fort de Douaumont tant que le fort demeurerait intact et il voulait que le fort fût anéanti. Il n’en a rien été. Il semble bien d’ailleurs qu’il avait été trompé sur les effets de notre artillerie.
Le 21 mai, le colonel Estienne qui se trouvait à Bévaux avait dit à l’un des officiers du général Mangin, le lieutenant Brunet : « Allez dire à votre général que le fort de Douaumont n’est plus qu’une écumoire !  »
Pétain remarque dans sa « Bataille de Verdun » que nos tirs de destruction de cinq jours n’avaient pas réussi à dominer nettement l’adversaire, que le temps manquait pour aménager suffisamment les 12 kilomètres de tranchées et de boyaux et qu’il fallait recommencer chaque nuit ce travail de Pénélope car les bombardements allemands le démolissaient régulièrement pendant le jour. De plus, les troupes d’assaut subissaient, à partir du 20, des pertes sensibles du fait que nous ne possédions pas la supériorité du feu.
Mais voici qui est aussi grave :
Dans ses « Souvenirs de guerre sur Verdun », Le Kronprinz (le prince héritier) insiste sur la préoccupation du commandement allemand de créer, avant toute attaque, une position de départ solide et des communications vers l’arrière afin que les troupes puissent être lancées à l’attaque en pleine possession de leurs moyens et sans avoir été dissociées avant l’assaut.
Cette préoccupation a-t-elle été la même de notre côté ?
Hélas !…
Un chef de bataillon, qui, peu de temps avant l’attaque, reprenait dans un des secteurs de Douaumont des emplacements déjà tenus par lui un mois auparavant, s’étonnait que rien n’eût été fait pour améliorer les communications entre le fort de Souville et le bois de la Caillette, que le secteur lui-même de la Caillette fût demeuré dans le même état au cours de ces trente jours : « Le chef de bataillon que je remplaçais me montra son « topo » et les nouvelles limites du secteur. Il n’avait pu y travailler, ayant sans cesse, suivant les ordres reçus, fait faire des reconnaissances et lancer des grenades pour tâcher d’avancer de quelques mètres. Il regrettait, comme moi, qu’on ne lui eût pas laissé plus de temps pour améliorer la position.
Et pourquoi ? Pour gratter un peu de terrain à l’ennemi et avoir un secteur qualifié d’ « actif »…  »
L’aberration a été pareille, non seulement sur toute l’étendue du front de Verdun, mais sur tous les fronts pendant toute la durée de la guerre.
Trois ans après la fin de la guerre, au cours d’un pèlerinage en forêt d’Apremont, je fus stupéfait de ne pouvoir retrouver des emplacements où je m’étais battu pendant plus d’un an, alors qu’à vingt mètres plus loin, dans les lignes allemandes, tranchées, sape, boyaux, postes de secours, tout était demeuré intact. Chez nous, la terre nue où l’on se cachait comme l’on pouvait ; chez les Allemands, du ciment à profusion. « 

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A gauche, tranchée allemande – A droite, tranchée française

De plus, l’artillerie allemandes continuait à être supérieure à la nôtre. Même avec toute la bonne volonté, notre puissance de feu restait 2 fois mois forte que celle de l’ennemi. L’armée de Verdun disposait de 1777 canons, dont 1184 pièces de campagne (1073 pièces de 78 mm, 8 de 65 mm, 26 de 80 mm et 77 de 90 mm), 593 pièces lourdes (174 de courte porté, 400 de longue porté et 19 de grande puissance) ;
Les Allemands possédaient 2200 canons dont 1730 lourdes et 470 de petit calibre. Cette infériorité signifiait dans une opération comme celle de Douaumont, d’être dans l’impossibilité d’empêcher une contre-préparation d’artillerie lourde allemande plus puissante que notre propre préparation.

- Les effectifs mobilisés pour menée l’attaque ont été trop insuffisante.
Dans son projet initiale, le général Mangin avait prévue 4 Divisions. Le G.Q.G lui avait répondu qu’il devrait faire avec 2 car il n’était pas envisageable de mobilisé 4 D.I. pour un  » objectif local  » :  » Et l’offensive de la Somme alors ! « . Tout le monde à Paris s’accordait à dire que reprendre Douaumont était très important pour le moral de la nation, mais aussitôt que les effectifs nécessaires était réclamé, ce que fit Mangin à plusieurs reprises, le fort de Douaumont redevenait un  » objectif local « .
Mangin avait donc revue sa copie à la baisse en demandant 3 Divisions…
Témoignage du commandant P… :  » Lorsque, pour la première fois, des études ont commencé pour mettre sur pied la reprise du fort de Douaumont, les projets ont envisagé la nécessité de disposer en ligne 4 divisions, mais le G.Q.G. y mit bon ordre : « Et pour la Somme, qu’est-ce qu’il resterait si l’on employait encore tant de monde pour cet objectif local ? » Les études furent reprises avec 2 divisions accolées, une 3e pour les relever après le succès.
« Impossible », dit encore le G.Q.G. Il fallut se rabattre sur une division en 1er ligne, et une 2e en arrière. « La peau de chagrin ! », se lamentait le général Mangin désigné pour mener l’attaque avec sa division. Il aurait fallu déjà une division de travailleurs pour creuser les boyaux nécessaires et les parallèles de départ ! « 

Finalement, impuissant, le général Pétain et le général Nivelle avait approuvé le plan d’attaque préparé par le général Mangin.
Témoigne du général Pétain :  » …les conditions dans lesquelles allait se dérouler l’action étaient en somme peu favorables, car nous restions bridés au point de vue de l’emploi des forces et nous ne pouvions pas, faute de disponibilités, étendre le front de nos assauts. « 

- Enfin, pas assez de préparation du terrain.
Témoigne du général Pétain
in : (à propos des boyaux et des parallèles de départ) » … Le temps manquait pour que l’on pût les approfondir suffisamment et il fallait recommencer chaque nuit ce travail de Pénelope, car les bombardements allemands le démolissait régulièrement pendant le jour…
Je me voyais obligé d’approuver le plan du général Mangin sans lui donner l’extension souhaitée… « 

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Du 18 au 24 mai, la 5e D.I du général Mangin a perdu 130 officiers et 5 507 hommes, soit la moitié de ses effectifs…

Rive gauche
A 2 h 30, les Allemands lancent une attaque sur le village de Cumières tenu par le 5e bataillon du 254e R.I. et parviennent à y pénétrer par le nord et par l’est. Le 5e bataillon est fait prisonnier à l’exception de quelques hommes qui parviennent à s’échapper et à rejoindre le 267e R.I. non loin.

Vers 6 h 15, le 267e R.I. se lance à la contre-attaque du village mais il est stoppé à la lisière sud par les tirs des mitrailleuses allemandes. Cumières est dès lors perdu.


 

25 mai
Rive droite
Le 355e R.I. continue sa lutte acharnée devant les attaques répétées de l’ennemi. Pas moins de 11 assauts allemands viennent se briser sur sa ligne.

Au début de la nuit, un ultime assaut parvient tout de même à faire fléchir les hommes du 355e et permet à l’ennemi d’atteindre le sommet de la cote 321, devant le 5e bataillon. Peu de temps après, les Français repartent à la contre-attaque et parviennent à chasser l’ennemi mais les pertes sont sérieuses.

Même combat au 294e R.I. à la ferme de Thiaumont qui repousse l’ennemi à 4 reprises au cours de la journée. Ainsi que le 34e R.I. replié avec les 18e et 49e R.I. qui met en échec plusieurs assauts.

p136

Pour finir, les Allemands attaquent durant plusieurs heures et à plusieurs reprises devant le fort de Vaux mais comme ailleurs, ils ne parviennent pas à percer les lignes françaises.

Rive gauche
Le 155e R.I. qui occupe la station de Chattancourt reçoit l’ordre de contre-attaque sur le village de Cumières perdu la veille. Cette opération est fixée pour le lendemain.


 

26 mai – Reprise du village de Cumières (rive gauche)
Rive droite

Tôt le matin, une contre-attaque est menée par le 3e bataillon du 63e R.I. à la lisière ouest du bois de Nawé (secteur très actif ces derniers jours). Sur la gauche, la 10e compagnie parvient à reconquérir 2 tranchées. Sur la droite, aucune progression n’est possible, les tirs de mitrailleuses allemandes sont trop soutenus et le réseau de barbelé est trop dense.

Au sud-ouest du fort de Douaumont, le 218e R.I. repousse 2 attaques.
Dans le secteur de la Caillette, le 1er bataillon du 49e R.I. toujours en place, repousse 1 attaque.
Témoignage de Jean GALLON, sergent au 139e R.I. :  » La confusion était si grande, au cours de ces combats du mois de mai, les deux lignes étaient tellement emmêlées que j’ai vu des Allemands se mettre en position à côté de nous et tirer sur les Allemands qui étaient devant nous en croyant tirer sur les Français. « 

Vers 18 h, le 6e bataillon du 326e R.I. s’élance devant le bois de Nawé et atteint la tranchée Rémy. Il parvient à s’y tenir.

Dans la nuit, les débris du 34e R.I. sont relevés. Il a perdu à lui seul 390 officiers dont 2 chefs de bataillon et 1381 hommes de troupe.

Rive gauche
Toute la journée, R.A.S.

A 21 h, la contre-attaque du 155e R.I. sur le village de Cumières prévue la veille est engagée. Elle permet de reconquérir le village.


 

27 mai
Rive droite

La 151e D.I. (293e, 337e, 403e et 410e R.I.) est mise à la disposition du général Nollet.

Rive gauche
R.A.S toute la journée.

Dans la soirée, les Allemands lancent une contre-attaque sur le village de Cumières repris la veille par le 155e R.I. Elle ne donne pas de résultat.


 

28 mai
Rive droite

La 151e D.I. commence à relever la 56e. Les régiments qui la composent ont la lourde mission de reprendre le terrain perdu.
Témoignage du soldat Armand ROQUEPLAVE :  » Les gars qu’on relève sont fous, ils se sauvent à notre arrivée sans nous donner aucun renseignement sur les Boches. « 

Rive gauche
Le 155e R.I. repousse 2 contre-attaques aux abords de Cumières.
Le 154e R.I. en avant du bois des Caurettes, subit un violent bombardement qui lui cause de lourdes pertes.


 

29 mai
Rive droite

R.A.S.

Rive gauche
De 2 h à 6 h, le bombardement que subit le 154e R.I. prend encore plus d’intensité.

A 7 h, les Allemands partent à l’assaut et parviennent à s’infiltrer entre 2 bataillons du 154e. La situation est rapidement rétablie par une contre-attaque.

A 9 h, le bombardement allemand reprend sur les 1e et 2e lignes.

Dans la journée, le 2e bataillon du 173e R.I. en ligne sur la cote 304, repousse à la grenade 2 violentes attaques précédées et suivies chacune de forts pilonnages du secteur.

Les positions des 154e et 155e R.I. sont également violemment bombardées toute la journée.

Dans une lettre au général Joffre, le général Pétain signale que : « La lutte d’artillerie devant Verdun devient chaque jour plus difficile. »
Il ajoute : « A supposer même qu’il y ait égalité entre le nombre des pièces françaises et le nombre des pièces ennemies, il n’en subsiste pas moins une sensible disproportion des moyens, due à la plus grande rapidité du tir et à la supériorité de calibre et de portée de ces dernières. »
Après plus de 3 mois de combats, la disproportion entre les deux artilleries est encore très forte. Le moment n’est pas venu encore où les poitrines françaises cesseront de lutter contre les obus.

p137

A 18 h 30, les 154e et 155e R.I. subissent plusieurs attaques du haut du ravin des Caurettes jusqu’à Cumières. Les 1eres lignes du 154e sont enfoncées mais les hommes résistent comme ils le peuvent pendant plusieurs heures.
A minuit, à bout de force, ils sont encerclés et faits prisonniers. Cette résistance acharnée dont ils ont fait preuve jusqu’à la fin a permis de limiter la progression de l’ennemi qui n’a été que de 300 m seulement.

Pendant ce temps, le 1er bataillon du 154e R.I. s’est positionné en retrait sur le plateau du bois des Caurettes et en travers du ravin qui descend à Chattancourt. Une 2e ligne est ainsi créée qui repousse une ultime attaque allemande lancée un peu plus tard.


 

30 mai
Rive droite

A 3 h, les 403e et 410e R.I. attaquent par surprise le ravin de la Mort et parviennent à contrôler à nouveau quelques points des berges ouest.

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Le ravin de la mort (ou ravin des Vignes)
Par ce pli du terrain, passait les relèves montantes et descendantes, les coureurs, les corvées d’eau ou de munitions.
Et ce point était clairement repéré sur les cartes des artilleurs Allemands. De tel sorte qu’ils y consacraient en permanence une
attention toute particulière. Lors des bombardements les plus violents, il était impossible de traverser tellement les éclatements
étaient proches et nombreux et les nombreux malheureux qui ont eut pourtant l’ordre de passer y dorment d’un sommeil éternel. Il faut noter que sur cette photo, où le ravin de la Mort ressemble déjà à un sol lunaire, il n’a pas encore subit la dévastation suprême, qui finira de hacher tous les troncs calcinés que l’on distingue encore de si de là. A la fin de l’année, pas un ne restera debout.

Toute la journée, l’ennemi tente de reprendre ces positions sans y parvenir.

Les Français en 1ere ligne sont globalement à bout de forces physiques et morales. Le général Lebrun ordonne la relève de la 36e D.I. (18e, 34e, 49e et 218e R.I.) par la 6e qui part occuper le secteur de Souville. La 124e D.I. (53e, 101e, 124e et 142e R.I.) occupant toujours le secteur de Tavannes.
Témoignage du soldat René PIGEAD :  » Se retrouver ainsi à la vie, c’est presque de la folie : être des heures sans entendre un sifflement d’obus au-dessus de sa tête… pouvoir s’étendre de tout son long, sur de la paille même… Avoir de l’eau propre à boire, après s’être vus, comme des fauves, une dizaine autour d’un trou d’obus à nous disputer un quart d’eau croupie, vaseuse et sale ; pouvoir manger quelque chose de chaud à sa suffisance, quelque chose où il n’y ait pas de terre dedans, quand encore nous avions quelque chose à manger… Pouvoir se débarbouiller, pouvoir se déchausser, pouvoir dire bonjour à ceux qui restent… Tout ce bonheur d’un coup, c’est trop. J’ai été une journée complètement abruti. Naturellement toute relève se fait de nuit, quelle impression d’avoir quitté un ancien petit bois où il ne reste pas un arbre vivant, pas un arbre qui ai encore trois branches, et le matin suivant après deux ou trois heures de repos tout enfiévré voir soudain une rangée de marronniers tout verts, pleins de vie, pleins de sève, voir enfin quelque chose qui crée au lieu de voir quelque chose qui détruit ! « 

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Permissionnaires qui attendent les camions qui les ramèneront vers l’arrière

Rive gauche
Dès l’aube, l’ennemi tente dans le brouillard de poursuive l’élan commencé la veille au soir.
Une attaque entre le bois des Caurettes et la Meuse lui permet tout au long de la journée de faire reculer les Français jusqu’à la station de Chattancourt et l’ouvrage des Zouaves (800 m au nord de Chattancourt)

Ce jour, fait inhabituel, l’artillerie allemande a été très peu active.


31 mai
Rive droite
Les mouvements de relèves ordonnés la veille par le général Lebrun s’exécutent.

Rive gauche
Dans la nuit, la 19e D.I. (48e, 70e, 71e et 270e R.I.) vient renforcer la 40e (150e, 154e, 155e et 161e R.I.)

A 11 h 30, les 150e et 161e R.I. partent à l’assaut sur les pentes sud-ouest du Mort-Homme et s’emparent des abris Netter en faisant 250 prisonniers.

Les 71e et 306e partent à leur tour en direction du bois des Caurettes mais leurs efforts sont brisés.
En fin de journée, la ligne française passe à 500 m au nord de Chattancourt et part vers l’ouest en passant à 100 m de l’ouvrage des Zouaves.

Sur ordre de Nivelle, la 38e D.I. (4e mixte Z.T., régiment colonial du Maroc, 4e zouaves et 8e tirailleurs) vient renforcer le secteur.

En cette fin du mois de mai, sur la rive gauche, l’ennemi a pris le Mort-Homme mais ne parvient pas à poursuivre. Il a débordé la cote 304 par l’ouest et s’est accroché à ses pentes nord.
Les positions qu’il tient dorénavant, mis à part des gains et des pertes de terrain locaux et minimes, sont les positions les plus avancées qu’il parviendra à conquérir sur la rive gauche. Il n’ira jamais plus loin et cette ligne restera inchangée durant les mois à venir.

 

http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

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