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25 janvier 2013

La Bataile de la Horgne et la 3e Brigade de Spahis (3e BS)

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

La 3e BS (Brigade de Spahis) dans les Ardennes pendant la drôle de guerre.

La Bataile de la Horgne et la 3e Brigade de Spahis (3e BS)

Colonel (er) Thierry Moné

copyright mai 2009

http://secretdefense.blogs.liberation.fr/files/toug-3.pdf

Au cours de la bataille de Sedan de mai 1940, la 3e Brigade de Spahis (3e BS) s’illustra au village de La Horgne où les Spahis du 2e Algériens de Tlemcen et du 2e Marocains de Marrakech affrontèrent des unités blindées allemandes chargées de la percée. Bien que relativement proches de nous, ces événe- ments ont souvent fait l’objet d’un traitement particulier de la part de certains « historiens » qui ont refusé toute analyse et se sont contentés de véhiculer une Chanson de geste à la manière des griots. En l’absence de démenti formel, l’inconscient collec- tif se limite à un hologramme virtuel : les héroïques Spahis de La Horgne chargent les blindés allemands, à cheval, sabre au clair, burnous au vent, et subissent d’effroyables pertes…

 

Or, la réalité fut beaucoup plus sobre mais non moins glo- rieuse : après une mise en place effectuée à cheval, la 3e Brigade de Spahis fut engagée dans un combat de défense ferme, afin de gagner les délais nécessaires à la préparation d’une contre- attaque qui n’aura jamais lieu. Dix ans après les faits, le colonel Olivier Marc, ancien chef de la 3e BS, expliquait in situ ce que fut la réalité du combat de ses Spahis : « Reportons-nous aux jours graves du mois de mai 1940 : le 13 mai, c’est la percée du front de Sedan. En premier échelon des forces allemandes qui ont passé la Meuse, le Corps blindé Guderian fonce maintenant en direction de l’ouest […]. Le 14, à la suite de scombats livrés dans cette région, nos troupes étaient rejetées à l’ouest sur la Vence, et au sud sur la route du Chesne. Dans l’inter­valle s’ouvrait ainsi, entre la 9e et la 2e Armées, une brèche large de 8 km où se rétablissait la 3e BS, coupée en plusieurs tronçons par les combats de la journée. Des renforcements étaient attendus : on espérait que leurs premiers éléments pourraient s’engager ici le 15 mai au soir… Mais il fallait tenir jusque-là. C’est ainsi que dans la nuit, la 3e BS recevait l’ordre de constituer La Horgne en Centre de résistance, au milieu de la trouée entre Poix-Terron et Baâlons.

Les deux régiments de la brigade […] sont regroupés ici le 15 juin matin. Après cinq jours de combats en Belgique et sur la Meuse et compte tenu des éléments détachés à Mézières, les effec­tifs sont déjà fortement entamés1 […]. La position, telle qu’elle se présente dans ce pays vallonné et couvert, se réduit à un village qui commande plusieurs routes, sur l’un des axes de marche de l’ennemi. Ici, le carrefour des routes de Singly et de Vendresse ; en retrait et à une altitude un peu supérieure, quelques maisons et le cimetière marquent le carrefour de Terron. Cette partie-ci du village sera tenue par le 2e RSA du colonel Burnol, la partie haute de La Horgne par des unités du 2e RSM du colonel Geoffroy. Enfin, sur une croupe boisée à 800 m en arrière, une Ligne d’arrêt est constituée avec le restant du 2e RSM. […]

Dès le matin, nous sommes survolés à basse altitude par des avions ennemis. Vers 8 h, des éléments légers venant de Singly prennent un contact rapide de la position. L’attaque commence à 9 h, venant de la même direction. Elle sera menée par des unités

portées de la 1. Panzer Division, appuyées par leurs chars et bien­tôt soutenues par des effectifs importants. [Nos 3 canons agiront] efficacement : 12 chars [ou véhicules blindés] seront mis hors de combat au cours de la journée, mais la faiblesse des moyens et les pertes rendront vite la lutte inégale : partout, ce sont les chars qui auront le dernier mot.

« Le cercle se referme sur la 3e Brigade qui n’a plus de liaisons vers l’extérieur »

Entre 9 h et midi, le 2e RSA arrête à ce carrefour deux for­tes attaques appuyées par l’artillerie [et] des chars. Après diverses alternatives, l’ennemi reste accroché à 200 m des lisières du village, sans pouvoir mordre sur la position qui, à midi, est partout main­tenue. […] Au commencement de l’après-midi, la bataille – dont La Horgne n’est qu’un épisode – a pris toute son extension : au nord, Poix-Terron est déjà dépassé. Sur notre droite, Baâlons est attaqué depuis le matin. On se bat sur nos arrières, dans les bois de La Bascule. Le cercle se referme sur la 3e Brigade qui n’a plus de liaisons vers l’extérieur. Sur la position, investie et battue à courte distance, commence un bombardement qui met le feu au village

Une contre-attaque, menée par un escadron de la Ligne d’arrêt [3/2e RSM], en vue de dégager la ferme, se heurte à de forts éléments ennemis qui progressent sur le cimetière, de part et d’autre de la route de Terron. […] A 15 h, tout le village est en feu. A l’avant, les Algériens se maintiennent sous le bombardement, au contact d’un ennemi toujours offensif et qui se renforce. Dans la partie haute de La Horgne, le cimetière est serré de près. A droite, une nouvelle attaque est en cours. Tous nos éléments sont maintenant engagés. Après six heures de combat rapproché, les pertes sont élevées et les munitions s’épuisent. Nos trois canons sont démolis. […]

 

« le colonel Burnol, com­mandant le 2e RSA, tente de s’ouvrir un passage, les armes à la main… Ainsi que beau­coup d’autres, il est tombé en combattant, mais non sans avoir réussi à dégager une partie de ses éléments »

 

Après chaque nouvelle tentative qui est encore repoussée, les chars ennemis pénètrent vers 1 h 30 dans ce quartier où la défense est bientôt réduite à quelques groupes encerclés dans des îlots en feu. C’est alors qu’à la tête de quelques officiers et d’une cinquan­taine d’hommes, le colonel Burnol, commandant le 2e RSA, tente de s’ouvrir un passage, les armes à la main… Ainsi que beaucoup d’autres, il est tombé en combattant, mais non sans avoir réussi à dégager une partie de ses éléments. Cependant, la pénétration ennemie se fait toujours plus forte et ce qui restait du régiment algérien est peu à peu réduit sur ses positions, après une valeu­reuse résistance à laquelle un colonel de la 1. Panzer Division ren­dra un hommage hautement mérité. Tandis que tombe le quar­tier de l’église, le cercle se referme sur l’autre partie du village : à gauche, l’attaque ennemie déborde maintenant le cimetière – qui tient toujours, et vient, avec des chars, entre La Horgne et la Ligne d’arrêt, sur les arrières de la position. Là est le colonel Geoffroy, commandant le 2e RSM, qui se dépense au premier rang pour parer cette nouvelle menace, quand il est lui aussi mortellement frappé, en organisant un dernier barrage. […]

Ainsi, à 17 h, tandis que la bataille se développe toujours plus loin sur nos arrières, l’ennemi était maître de La Horgne. Il payait chèrement sa conquête et Radio-Stuttgart pouvait clamer le lendemain : « nous avons été arrêtés pendant 10 heures par une Brigade de Spahis et nous n’avons pu passer qu’après l’avoir anéantie ». […] Mais pour faire mentir Stuttgart, la 3e Brigade allait bientôt montrer qu’elle vivait encore : quinze jours plus tard,réduite à quelques escadrons hâtivement réformés, elle rentrait dans la lutte avec la même ardeur et le même esprit de sacrifice, pour frapper les derniers coups à Voncq et à Terron-sur-Aisne, avant que l’armistice ne la force à déposer ses armes. »

1 Le 15 mai, la 3e BS met le village de La Horgne en « état de défense » avec seulement 2 canons antichars de 25 mm, 1 canon de 37 mm, 4 ou 5 mor- tiers de 60 mm, 11 mitrailleuses Hotchkiss de 8 mm et 37 fusils-mitrailleurs, le tout servi par environ 700 Spahis. 2 La récupération politicienne n’épargne pas les Spahis de La Horgne : chaque année, certains discours d’autorités mêlent allègrement pacifi sme bon teint et anti-colonialisme primaire. 3 Le carré militaire de La Horgne comprend 41 tombes, dont 31 appartiennent à des Spahis identifi és (colonel Geoff roy du 2e RSM, colonel Burnol et chef d’escadrons Vuillemot du 2e RSA, 3 maréchaux des logis, 2 brigadiers et 22 spahis). Dix sépultures appartiennent à des inconnus (dont 1 caporal de Tirailleurs et 1 maréchal des logis non identifi é). Parmi les 5 offi ciers tués le 15 mai, seuls le lieutenant Grisot et le sous-lieutenant Storo ne sont pas (plus ?) au carré militaire de La Horgne. 4 Le taux des pertes en tués (environ 6%) et en blessés (environ 14%) est élevé pour ces combats du 15 mai.

 

1er semestre 2009 | À l’ombre du Toug | 27 |

Colonel (er) Thierry Moné

copyright mai 2009

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15 janvier 2013

Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

Classé sous — milguerres @ 23 h 16 min

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Chronologie de la Seconde Guerre mondiale 

1933 /1945

 

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  • Début des lois anti-juifs en Allemagne avec le boycott des magasins juifs.
  • 30 janvier Hitler est nommé chancelier du 3 ème Reich par le président Hindenburg.
  • 28 février Incendie du Reichstag. Hitler accuse les communistes et fait interdire le parti communiste allemand (KPD).
  • 23 mars Hitler se fait accorder les pleins pouvoirs par le parlement.

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  • 30 juin Nuit des longs coûteaux où les S.A. (Section d’Assaut La Sturmabteilung) sont asssassinés par les S.S. (Sections Spéciales).
  • 2 août Suite au décès du président Hindenburg, Hitler se proclame Reichsführer, chef suprême de l’Allemagne.

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  • Les lois de Nuremberg ôtent la citoyenneté allemande aux juifs et leur interdisant tout contact sexuel avec les allemands de race pure, dite Aryenne.

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  • 7 mars  Remilitarisation de la Rhénanie.
  • Novembre L’axe Rome-Berlin unissant l’Allemagne et l’Italie est proclamé.

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  • Avril Bombardement de Guernica (Espagne) par l’armée Franco aidée de la flotte aérienne allemande (Luftwaffe). Ce bombardement est un vol d’essai pour l’armée aérienne neuve de l’Allemagne nazie.

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27 novembre 2012

La Bataille de Verdun sept-oct-nov

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Début de la Bataille – Février 1916fleche-boule8 dans Mars 1916fleche-boule8 dans Avril 1916fleche-boule8 dans Mai 1916fleche-boule8 dans Juin 1916fleche-boule8 dans Juillet 1916 fleche-boule8 dans Août 1916fleche-boule8 dans Décembre 1916

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Périodes Septembre – Octobre – Novembre 1916

source : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

Rive droite :

1er septembre
En ce début du mois de septembre, 3 D.I françaises sont en ligne sur le front de Verdun :
- la 33e D.I. (59e, 83e, 88e et 209e R.I.) tient le secteur de la côte du Poivre
- plus à l’est, la 73e D.I. (346e, 356e, 367e et 369e R.I.) tient les positions du Retegnebois, du Chênois et de la Laufée
- dans sa continuité, la 28e D.I. (22e, 30e, 99e et 416e R.I.) occupe le font de Discourt et les pieds des côtes de Meuse et de la Laufée.

R.A.S durant la journée.


 

2 septembre
Bien que le Kronprinz n’envigeable plus d’offensive sur Verdun, une attaque est tout de même tentée en direction du fort de Souville.
Dès 5 h, violent bombardement allemand sur de nombreux secteurs. Les plus éprouvés sont le plateau de Souville, la station de Fleury et le ravin des Fontaines qui est tenu par le 212e R.I.

Cet intense pilonnage des lignes françaises se prolonge toute la journée. Un grand nombre d’hommes sont commotionnés, ils sont sourds, hébétés, suffoqués. Leur visage et leur main ruissellent de sang qui coule par 1000 blessures (projection de terre, de pierre et de sable) qui se mêle à la poussière et forme des caillots affreux.
Témoignage de Ed. BOUGARD :
 » Nous attendons la mort qui plane au-dessus de nos têtes ; il est huit heures du soir ; une marmite tombe en plein dans la tranchée ; je roule par terre ; je n’ai rien. Par contre, une cervelle est sur ma capote ; je suis plein de sang des copains. Mon ami Béthouart a la bouche fendue jusqu’aux oreilles et mon pauvre camarade Jules Fontain, qui ne m’avait pas quitté depuis le début de la campagne, a les deux jambes coupées. Les blessés pouvant marcher se sauvent au poste de secours ; les mourants agonisent dans la tranchée. Quand ils sont morts, on les place au-dessus du parapet. « 

La Bataille de Verdun sept-oct-nov p204


 

3 septembre – Attaque allemande sur les pentes de Vaux-Chapitres, Thiaumont
A 6 h 30, les Allemands lancent une attaque sur les tranchées des pentes de Vaux-Chapitres.
Le 6e bat
aillon du 212e R.I. résiste farouchement, officiers et hommes faisant ensemble le coup de feu. Néanmoins, les pertes sont très lourdes et en 1 h, le bataillon est pratiquement décimé. Les rares survivants se replient dans le ravin des Fontaines. L’ennemi s’empare de la tranchée de Montbrison et du Zouave Penit.

A 8 h, l’ennemi progresse par le ravin des Fontaines et s’approche du P.C. du 212e R.I. dans la Carrière. Aussitôt, le chef de bataillon, les officiers de l’état major et l’ordonnance prennent grenades, mitrailleuses et fusils. Cependant, ils ne peuvent tenir et sont submergées. Leur P.C. est perdu.
Aussitôt, le 4e bataillon part à la contre-attaque. Avec un magnifique courage, les hommes s’avancent et reprennent les positions qu’occupait initialement le 6e bataillon. Ils parviennent ensuite à progresser à 100 m au-delà. Ces nouvelles positions sont aussitôt organisées sous un bombardement d’une violence inouïe.

A la Haie-Renard, plus à droite, le 344e R.I. est également soumis à une violente attaque. Pratiquement tous les officiers sont tués et l’état major est fait prisonnier.
Le 6e bataillon du 206e R.I. qui est en renfort apporte son aide mais ne parvient pas à retourner la situation.

Entre 12 h et 17 h, le 234e R.I. lance une attaque en avant de la Chapelle Sainte-Fine. Par cette manœuvre, il réussit à s’emparer de l’ouvrage de Munich et de la tranchée de Bavière. 400 ennemis sont fait prisonniers avec 4 mitrailleuses.

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A 14 h, dans le secteur de Thiaumont, le 102e R.I. lance une attaque et prend un post avancé en faisant 53 prisonniers dont un officier. Cependant, il ne peut poursuivre plus avant, bloqué par le tir ennemi. Par vengeance, un furieux bombardement allemand s’abat plus tard sur cette nouvelle position.

A la nuit, dans le secteur de Retegnebois, le 214e R.I. repousse une attaque à la grenade.
Le 36e bataillon de tirailleurs Sénégalais quitte les arrières du fort de Souville et se dirige vers la Carrière.


 

4 septembre – Attaque allemande sur les pentes de Vaux-Chapitres, Thiaumont. Embrasement du Tunnel de Tavannes
A 5 h 30, le 356e R.I. qui est en ligne dans le secteur de la Laufée et de la tranchée du Chênois-La Montagne, subit une 1ère attaque qu’il parvient à repousser. Notamment par les grenadiers de la compagnie Rueff.

A 6 h 35, les Allemands lancent une seconde attaque est arrivent à s’introduire dans les lignes françaises à l’endroit défendu par le bataillon Vesque. Aussitôt, des contre-attaques sont improvisées et le terrain est repris.
Dans cette affaire, on dénombre 180 morts ou blessés dans le bataillon Vesque, dont 5 officiers.

A 7 h, une contre-attaque française doit avoir lieu devant le front de la 136e brigade (212e et 344e R.I.). Cependant, peut avant l’heure H, un ordre arrive par coureur, ordonnant le retardement de l’assaut. Les hommes qui étaient prêt à s’élancer se relâchent.

Cependant, 2 compagnies Sénégalaises n’ont pas pu être prévenues à temps, et à l’heure prescrite, elles s’élancent seules face aux tranchées adverses. Leurs progression est dynamique et rapide, un grand nombre d’Allemands quittent leur position et s’enfuient, les poches de résistances sont maîtrisées les unes après les autres.
Néanmoins, 2 nids de mitrailleuses bien positionnées restent en actions. Leurs tirent bien cadrés causent bientôt des ravages dans la ligne française.
Les soldats Sénégalais ne réalisent pas le danger ; au lieu de s’abriter en se couchant dans les trous d’obus, ils se dressent; au lieu de se disperser, ils se regroupent. Tous les officiers qui s’exposent pour tenter de faire réagir leurs hommes sont tués.
Finalement, alors que pratiquement tous les adversaires avaient fuit, seul quelques mitrailleuses ont mis en pièce les 2 compagnies. Dans le plus grand désordre, les survivants, dont un grand nombre est gravement blessé, regagnent le poste de la Carrière.

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Blessés Sénégalais à un poste de secours

L’anéantissement des 2 compagnies Sénégalaises laisse un grand espace inoccupé de plus de 600 m dans la ligne de front française. Ce vide est comblé dans l’urgence par l’étalement des unités adjacentes.

A 8 h, dans le secteur de Retegnebois, le 214e R.I. qui est soumis à un violent bombardement depuis 5 h du matin, voit les Allemands sortir des tranchées face à lui. Rapidement, la 18e compagnie est submergée et doit reculer. Cependant, les positions ne sont pas dépassées grâce à quelques mitrailleuses restées en place et toujours servies.
Une contre-attaque est ensuite menée avec le renfort du 1er bataillon du 346e R.I. Elle permet de reprendre les anciennes positions qu’occupaient la 18e compagnie et à faire environ 200 prisonniers, de très jeunes soldats.
Témoignage de X… :
 » Deux Allemands soutiennent un camarade qui agonise. Une grande amitié devait unir ces trois hommes. Les deux qui sont valides ont les yeux plein de larmes et comme le blessé agonise, l’un d’eux se penche vers lui et l’embrasse longuement.
Impressionnés par tant de malheur et en dépit de l’exaspération quelques soldats français s’arrêtent, émus. « 

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Jeune soldat allemand qui agonise dans une tranchée

A 13 h 20, la 13e compagnie du 4e bataillon du 346e R.I. attaque en direction de l’ouvrage Rond. 3 lignes de tranchées sont reprises à l’ennemi. En arrière, la 14e compagnie consolide la progression.

Toute l’après-midi et jusqu’à 19 h, les Allemands tentent de reprendre le terrain perdu la veille dans le secteur de Thiaumont, tenu par le 102e R.I. Ils sont à chaque fois repoussés et laissent de nombreux morts devant les lignes françaises.

Dans la nuit, la 67e D.I. (214e, 220e, 221e et 259e R.I.) relève la 68e (206e, 212e, 234e et 344e R.I.)

 

Le tunnel de Tavannes et la tragédie du 4 septembre :

Le tunnel de Tavannes est un tunnel ferroviaire d’une seule voie où passe le chemin de fer allant de Verdun à Metz. Situé au nord ouest du fort de Tavannes, il est long de 1400 m et large de 5.

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Entrée ouest en été 1916

Dès le début de la bataille de Verdun, le train ne circule plus. Des troupes françaises viennent tout naturellement s’y abritent pour se protéger du furieux bombardement allemand.
Petit à petit, les combats se poursuivant dans le secteur, un état-major de brigade, des services de secours, brancardiers, téléphonistes, artificiers, génie, un bataillon de réserve, etc… finissent par s’installer durablement aux extrémités du tunnel. Cet abri enterré constitue un lieu sûr et permet d’intervenir rapidement sur la zone des combats.

Plus tard, la totalité du tunnel est aménagée : un dépôt de munition est constitué, des cabanes en tôle et en bois sont construites; des couchettes ainsi que des latrines sont mises en place.
Témoignage du soldat Louis HOURTICQ :  » C’est une étrange chose que ce tunnel qui passe sous les lignes jusqu’en plein champ de bataille. Entre deux paquets de fer et de feu, des formes bondissent dans le tunnel, surgies de l’éruption, pauvres êtres hagards, haletants, titubants, qu’il faut recueillir et conduire, dans cette nuit subite.
Tout le jour, toute la nuit surtout, c’est une circulation intense : des corvées d’eau, de munitions, de vivres ; des troupes qui montent, d’autres qui descendent, des brancards de blessés qui reviennent de la bataille, puis sont évacués.
…Cette existence souterraine supprime toute distinction entre le jour et la nuit, ce jeu alterné du sommeil et de la veille qui rythme notre vie. L’activité, le mouvement, le bruit sont les mêmes, continus, sans arrêt, sans pause, de midi à minuit, de minuit à midi.
Sous cette voûte indestructible, trop d’hommes et trop de choses sont venus chercher un abri : dépôts d’eau, de grenades, de fusées, de cartouches, d’explosifs ; sous les lampes noires de mouches, des chirurgiens recousent de la chair déchirée.
Tous les bruits sont dominés par le halètement rapide du moteur de la machine électrique. Il est comme le battement de fièvre de cette artère surchauffée. « 

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Entrée est le 27 février 1916

Très rapidement, la surpopulation, l’exigüité et l’insalubrité du lieu rendent la vie très difficile dans le tunnel.
Témoignage du général ROUQUEROL du 16e D.I. :
 » … L’éclairage électrique avait été organisé avec un moteur à essence. Toutefois, on avait eu tort, dans ce travail hâtif, d ‘établir des câbles à haute tension nus à proximité immédiate des installations pour les hommes. Plusieurs cas mortels d’électrocution firent apporter les modifications nécessaires à la distribution du courant. L’éclairage n’existait d’ailleurs que sur la partie du tunnel utilisée comme logements ou dépôts ; le reste était obscur. Un puits d’aérage avait été fermé par des toiles pour parer à la pénétration éventuelle des gaz de combat.
L’organisation du tunnel comportait des rigoles d’écoulement pour les eaux de condensation et d’infiltration qui n’étaient pas négligeables ; mais, sans souci de la nécessité de prévoir l’assèchement du tunnel, le personnel chargé de cette organisation avait comblé toutes les rigoles. Le résultat ne s’était pas fait attendre et de longues portions du tunnel étaient bientôt transformées en un marécage d’une boue fétide. La plupart des immondices des occupants y étaient jetées. On y aurait trouvé même des cadavres.
Tant de causes d’infection, jointes à la suppression de l’aérage par le puits construit à cet effet, ne pouvaient manquer d’entretenir dans le tunnel des émanations malsaines qui ont donné lieu à plusieurs cas d’une jaunisse spéciale au nom suggestif de jaunisse des vidangeurs.
Le commandant d’une division occupant le secteur de Tavannes au mois de juillet voulut faire nettoyer ces écuries d’Augias. Il dut y renoncer sur l’observation du service de santé d’après laquelle l’agitation de la boue et des eaux polluées causait immanquablement de nombreuses maladies. Il fallut se contenter de répandre dans les endroits les plus malpropres de la chaux vive. « 

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Entrée ouest en été 1916

Témoignage de René le GENTIL :  » … La dynamo qu’on avait installée était trop faible et ne pouvait fournir qu’un pauvre éclairage, si bien qu’on y voyait à peine et qu’on manquait à chaque pas de glisser sur le bout des traverses de la voie ; mais chose pire, l’eau manquait absolument, car un seul robinet existait au milieu du tunnel ; et ceux qui venaient la étaient condamnés à rester des 10, voire 12 et 15 jours sans se nettoyer, malgré les pires besognes à accomplir.
C’est ainsi que j’ai vu de nos hommes, qui venaient de s’infecter les mains en transportant des cadavres délabrés, être obligés de manger sans pouvoir se laver. Et quand je demandai pour eux un désinfectant quelconque, l’aimable pharmacien, charger de ce service, me fit des reproches amers. je compliquais les choses en réclamant ainsi ! …

… Après les différents services, les hommes s’installaient comme ils pouvaient sur la voie du chemin de fer, dans le noir complet, la vermine et la saleté. Il y avait bien eu un timide essai de cadres treillagés qui avaient servi de couchettes, mais ils étaient défoncés, abîmés, et les divisions se succédant rapidement, hélas ! nul ne s’inquiétait de les remplacer ; toutefois, voulant dégager le bas, le génie du secteur avait commencé l’installation, à mi-hauteur du tunnel, d’un premier étage en plancher, là gîtaient les territoriaux ; mais comme il n’y avait pas de place pour tout le monde, cela ne faisait qu’augmenter encore, pour ceux qui étaient dessous, le grabuge infernal et la saleté qu’on n’avait plus seulement aux pieds, mais encore sur le tête; car, par les planches mal jointes, la terre tombait sur ceux qui se trouvaient là. »

Témoignage du docteur Léon BAROS, aide-major au 217e R.I. :  » Nous arrivons à l’issue est du tunnel de Tavannes.
La boue s’étale gluante, des milliards de mouches volent en tous sens et tapissent les parois du tunnel ; dans tous les coins et sur les multitudes d’immondices, accumulées partout, grouillent les asticots et les contorsions de leurs petits corps blancs amènent des nausées de dégoût ; l’air, chargé de chaleur humide et imprégnée d’odeur de cadavres, de putréfaction, de sécrétions acides, de corps en sueur et de fientes humaines, est irrespirable ; les gorges se contractent en un réflexe nauséeux.
C’est par cette issue est que le tunnel communique avec le champ de bataille, sous les avalanches nombreuses et imprévues, continues ou espacées, des tonnes de fer et de feu qui se déversent dans un endroit repéré exactement, où les projectiles de tous calibres prenant en enfilade la tranchée du chemin de fer qui précède le tunnel, sont posés presque comme avec la main, tellement le tir est précis et le lieu exactement repéré.
Et c’est un lieu de passage qu’on ne peut éviter, où défilent ravitaillent, réserves, agent de liaison, relèves, blessés. Les Boches le savent bien. Les obus, petits, moyens et gros, éclatent sans interruption, sur un parcours de 12 à 15 mètres, devant l’entrée du tunnel, soit à la cadence d’un tir de mitrailleuses lorsqu’il y a barrage, soit à l’intervalle d’une minute ou d’une demi-minute ; c’est infernal ! Que de malheureux ont été anéantis à cet endroit ! « 

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Entrée est en été 1916


Témoignage du lieutenant BENECH du 321e R.I. :  » Nous arrivons au tunnel. Serons-nous donc condamnés à vivre là ? Je préfère la lutte à l’air libre, l’étreinte de la mort en terrain découvert. Dehors, on risque une balle ; ici, on risque la folie.
Une pile de sacs à terre monte jusqu’à la voûte et ferme notre refuge. Dehors, c’est l’orage dans la nuit et le martèlement continu d’obus de tous calibres. Au-dessus de nous, sous la voûte qui sonne, quelques lampes électriques sales, jettent une clarté douteuse, et des essaims de mouches dansent une sarabande tout autour. Engourdies et irritantes, elles assaillent notre épiderme et ne partent même pas sous la menace d’un revers de main. Les visages sont moites, l’air tiède est écœurant.
Couchés sur le sable boueux, sur le rail, les yeux à la voûte ou face contre terre, roulés en boule, des hommes hébétés qui attendent, qui dorment, qui ronflent, qui rêvent, qui ne bougent même pas lorsqu’un camarade leur écrase un pied.
Par place, un ruissellement s’étend ! de l’eau ou de l’urine ? Une odeur forte, animale, où percent des relents de salpêtre et d’éther, de soufre et de chlore, une odeur de déjections et de cadavres, de sueur et d’humanité sale, prend à la gorge et soulève le cœur. Tout aliment devient impossible ; seule l’eau de café du bidon, tiède, mousseuse, calme un peu la fièvre qui nous anime. « 

Ainsi, durant toute la bataille de Verdun, des milliers d’homme vont faire une halte plus ou moins longue dans le tunnel de Tavannes. Chaque jour 1500 à 2000 hommes s’y entasseront.

 

Le 4 septembre, vers 21 h , le dépôt de grenades placé à l’entrée ouest du tunnel de Tavannes prend feu.

A 21 h 15, une formidable explosion se produit, comprimant en une instant les poitrines de tous les êtres vivants présents dans le tunnel. Les flammes qui se propagent rapidement atteignent le stock de bidons d’essence qui sert à alimenter le groupe électrogène.
En quelques minutes, les baraquements en bois où sont entassé de nombreux soldats s’embrasent. Une fumée très dense avance dans le tunnel semant la panique et la mort. Les hommes qui ne sont pas asphyxiés instantanément, s’enfuient en désordre en se marchant les un sur les autres, vers la sortie opposée. Cependant la nappe de fumée les gagne de vitesse et des 100e d’hommes tombent avant d’arriver à l’air libre. Même équipé de masque à gaz, la densité de la fumée est telle qu’aucun sauveteur ne parvient à pénétrer à l’intérieur du tunnel.

Les hommes qui sont parvenus à atteindre la sortie est se trouvent face au bombardement allemand et ne peuvent s’échapper. Cependant, il y a urgence à évacuer cet endroit irrespirable. Un colonel, révolver au poing, menace de tirer sur les malheureux. Dans l’affolement le plus complet, les premiers étant poussés par ceux qui arrivent derrière eux, s’enfuit en tentant de trouver refuge dans les trous environnants.

De plus, les Allemands qui ont aperçu la nappe de fumée qui est montée très haut dans le ciel, redoublent leur pilonnage sur les entrées du tunnel.

Jusqu’à 21 h 45, des groupes d’hommes, noirs, à demi asphyxiés, sentant la chair grillée, surgissent par la sortie est et s’enfuient sous les obus.
Durant toute la nuit, aucune manœuvre de secours ne peut être entreprise.

Le brasier continue à brûler durant 2 jours, carbonisant les 100e de cadavres jonchant le sol. Lorsque plus tard, on pénètre dans le tunnel, on ne retrouve rien que des cadavres qui partent en cendre dès qu’on les touche. Seulement 30% en moyenne peuvent être identifiés.

500 à 600 homme ont péri dans cette catastrophe : officiers et soldats du 1er et du 8e génie, des 22e, 24e et 98e régiments territoriaux ; des médecins majors et des infirmiers régimentaires des 346e, 367e, 368e et 369e R.I. ; des blessés qui, couchés sur des brancards et se sentant en sécurité, attendaient leur évacuation. Aucun journal ne parla de cette tragédie…

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Quelques victimes de la catastrophe du 4 septembre
étendues dans un fossé à l’entrée du tunnel
en attendant l’inhumation


 

5 septembrePréparation d’artillerie en vue d’une contre-attaque française sur la Carrière
Toute la journée et la nuit, il pleut.
Du côté français, on s’affaire aux préparatifs de la contre-attaque de la Carrière. Elle est prévue pour le lendemain et exécutée par 2 bataillons du 288e, le 367e et le 346e R.I.
Du côté allemand, pas de mouvement important à signaler, les hommes survivent dans les tranchées pleines de boue.

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6 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Au matin, le 288e R.I. s’élance à l’assaut de la tranchée Montbrison. La bataille est très violente et tumultueuse. Les 4e et 5e bataillons parviennent à atteindre leurs objectifs et à les dépasser.
De son côté, le 6e bataillon trouve face à lui des éléments qui n’ont pas été détruit par la préparation d’artillerie. Ne pouvant pratiquement pas progresser, les hommes tombes les uns après les autres. Il ne reste plus qu’un seul officier vivant lorsque les renforts arrivent enfin. Ce sont 3 compagnies du 6e bataillon du 220e R.I. ainsi qu’une compagnie de mitrailleuses qui sont arrivées. Cette nouvelle formation parvient cette fois ci à avancer à atteindre les abords de la tranchée de Montbrison.

Le 6e bataillon du 367e parvient à progresser de 1500 m et à reprendre dans sa course, les tranchées Hohenlohe et Blücher, à gauche de Retegnebois. 200 ennemis sont capturés avec 8 mitrailleuses. Les hommes du 367e R.I. repoussent ensuite plusieurs contre-attaques.

A droite de Retegnebois, le 346e part à l’attaque à 17 h 40 et parvient à atteindre sans grande difficulté tous ses objectifs. Le 5e bataillon les dépasse même et vient renforcer la tranchée Hohenlohe que vient de conquérir le 367e R.I., au nord de l’ouvrage Rond.


 

7 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
En avant des tranchées  » le Triangle « , le 6e bataillon du 220e repousse plusieurs contre-attaques. Il progresse ensuite d’une 100e de mètres. Durant cette attaque, il est signalé que de nombreux soldats allemands se rendent à l’approche des Français.

Témoignage du soldat LECLAIRE :  » Les prisonniers nous disent : « Nous ne serons pas vainqueurs, mais vous ne le serez pas non plus »"

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Colonne de prisonniers allemands

Le 6e bataillon du 367e repousse lui aussi plusieurs contre-attaques sur les positions qu’il a conquit la veille.
Le 228e R.I. se bat à la grenade toute la journée et toute la nuit.


 

8 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Dés le levé du jour, l’ennemi lance une attaque en avant de l’ouvrage Rond. Le 346e qui tient la tranchée Hohenlohe depuis le 6 et contraint de reculer sur ses anciennes positions. Une fois les hommes ressaisis et les munitions rassemblées, ils partent à la contre-attaque et reprennent la tranchée. Plus tard dans la journée, la même scène se reproduit, le 346e évacue sa ligne et la reprend peu de temps après sans attendre l’arrivé des renforts qu’on lui a annoncé.

L’ennemi se rend toujours en grand nombre aux éléments du 220e qui se trouvent en avant des tranchées  » le Triangle « . Ces mêmes éléments sont soumis à un violent bombardement durant toute la journée. Les morts sont très nombreux.

En avant de Fleury, le 214e R.I. repousse une attaque. Le régiment qui se trouvait à côté de lui a du reculer, de leur propre initiative, les hommes du 214e s’élancent sur les positions que tenait ce régiment et les reprend à l’ennemi.

Durant la nuit, la 74e D.I. ( 50e et 71e B.C.P., 222e, 229e, 230e et 333e R.I.) monte en première ligne du  » nez de Souville  » ou bois de la Laufée.

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Colonne de soldats qui se dirigent vers le front


 

9 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Le 5e bataillon du 220e R.I., qui est en ligne à gauche de Vaux-Chapitre, reçoit l’ordre d’attaquer à 16 h les tranchées Montbrison et Lecourt.
Toute la journée, l’artillerie française bombarde ces positions avec ténacité.

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Quelques minutes avant l’assaut, une 30e d’Allemands et un officier viennent se rendrent aux Français.

Le bombardement préparatoire semble avoir été efficace car de nombreuses défenses ennemies sont détruites, à l’exception d’une mitrailleuse qui cause des pertes sensibles. Elle fini néanmoins par être maîtrisée et la progression peu se poursuivre.
Sur la droite du dispositif, l’ennemi offre cependant plus de résistance et c’est avec l’aide du 283e R.I. progressant à la lisière ouest du bois de Vaux-Chapitre que ce secteur fini tout de même par se rendre.

A la nuit, après plusieurs heures de combat, la progression a été sensible. Cependant, l’objectif final, à savoir les 2 tranchées Montbrison et Lecourt, n’ont pas été atteinte et restent aux mains de l’ennemi.

Les brancardiers, à la faveur de l’obscurité, commencent leur longue nuit à la recherche des blessés.


10 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
La lutte continue dans les secteurs de la Carrière, de la Haie-Renard et du Chênois. L’artillerie allemande pilonne sans interruption les lignes françaises.


 

11 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Une forte attaque allemande est repoussée par la 19e compagnie du 5e bataillon du 220e R.I.


 

12 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Dans le secteur de Thiaumont-Ravin des Vignes, le 315e R.I. lance une attaque. Toute la journée, il progresse lentement en faisant reculer l’ennemi à la grenade. Ce n’est que vers 19 h 45 que les Allemands se replient en cessant le combat.


 

13 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Dès 5 h du matin, le 5e bataillon du 220e R.I. toujours aidé par quelques éléments du 283e, reçoit l’ordre d’attaquer les tranchées de Montbrison et Lecourt, tant disputées ses derniers jours. Sans préparation d’artillerie, profitant ainsi de l’effet de surprise, les hommes du 220e s’élancent et parviennent à s’emparer de la tranchée Montbrison et à poursuivre vers la tranchée Lecourt.

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Cette dernière position n’est cependant pas atteinte, mais un groupe de grenadier composé de 6 hommes parvient à s’établir dans le boyau qui relit les 2 tranchées entre elles.
Vers 18 h, une première contre-attaque allemande est repoussée puis une seconde à 22 h 30 sur la tranchée Montbrison.

La progression du 315e commencé la veille reprend par petits groupes. Une 20e de mètres sont conquis.

Durant cette journée, la ville de Verdun a reçu la croix de la Légion d’honneur et diverses décorations décernées par les pays alliés.
La cérémonie s’est déroulée dans la citadelle en présence du président de la République, M. Poincaré, du ministre de la guerre, de plusieurs représentants des nations alliées : Grande-Bretagne, Russie, Italie, Serbie, et des grands généraux français : Pétain, Joffre, Nivelle et Mangin.


 

14 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Les éléments du 220e et du 283e, entre la tranchée Montbrison et Lecourt ne faiblissent pas et tiennent bon devant plusieurs contre-attaques allemandes.

De son côté, le 315e R.I. progresse à nouveau de 40 m toujours en forçant la passage à la grenade.


 

15 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
La lutte du 220e et du 315e se poursuit.

Durant toute la journée, la caserne Marceau est soumise à un tir de très gros calibres.

Durant la nuit, la 133e D.I. (32e, 102e, 107e et 116e B.C.P., 321e R.I. et 401e R.T.) vient renforcer la 67e dans le secteur de Souville.


16 septembre au 15 octobre – Préparatifs de la grande offensive française rive droite
Les généraux affectés au secteur de Verdun pensent à présent qu’il est temps de passer à l’offensive. Cependant, ils n’ont pas oublié les erreurs qu’ils avaient commis en mai, lors de la tentative de reprise du fort de Douaumont.
Durant cette action, la préparation d’artillerie française n’avait pas du tout été suffisante, laissant intactes des organisations ennemies qu’il aurait été indispensable de détruire ; Au moment de l’attaque, l’artillerie allemande continuait inexorablement à être 2 fois plus puissante que la notre ; Les effectifs mobilisés pour mener l’attaque étaient trop insuffisants ; La préparation du terrain, parallèles de départ, boyaux de communication vers l’arrière, liaisons téléphoniques… avait été négligés.

Afin de corriger ces erreurs, le générale Pétain, organisateur incomparable, emploie toute son énergie pour obtenir des batteries et des munitions. Il obtient 2 obusiers de 400 mm qu’il compte utiliser, l’un sur le fort de Douaumont, l’autre sur le fort de Vaux.

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Mortier de 400 mm monté sur rails

Témoignage du général Pétain :  » A Verdun, notre heure sonnait. Au début d’octobre, nous avions convenu, le général Nivelle et moi, de procéder à la reprise des forts, pour rétablir la place dans son intégrité.
Le général Mangin, nommé au commandement des secteurs de la rive droite, dirigeait l’opération et sous l’impulsion d’un tel chef, dont la vigueur était proverbiale dans l’armée, nous escomptions un succès complet.
Le Grand Quartier Général avait envoyé les deux mortiers de 400 millimètres demandés qui, joints aux quelques pièces de 370 millimètres que nous possédions déjà, permettaient d’exécuter sur les ouvrages une puissante action de démolition… « 

Avec le concours du général Mangin, qui a aménager les gares de Baleycourt et de Landremont où s’effectue le déchargement des trains, il parvient à stocker au rythme de 4 à 5 trains par jour, plus de 500 000 tonnes de matériels et de projectiles aux alentours proches de Verdun.

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Il stimule et renforce l’aviation qui, petit à petit, commence à prendre le dessus sur l’aviation allemande.

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Aidées par plusieurs unités d’aérostiers, les aviateurs quadrillent méthodiquement, durant plusieurs semaines, chaque mètre carré du camp allemand, sur un front de 7 km de large et 3 km de profondeur. Chaque batterie, abris, tranchée, réseau de fil de fer, nid de mitrailleuses, point d’observation, voie d’accès, est minutieusement cartographié. Les informations sont centralisées et étudiées afin que le jour de l’attaque l’artillerie soit parfaitement réparti suivant les secteurs et les endroits stratégiques, et que les coordonnées des objectifs soient parfaitement connues. C’est une entreprise titanesque menée avec brio, qui démontre pour une fois le savoir faire français.

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Ballon « saucisse » en cours de repérage

 

De son côté, le général Mangin a la mission d’aménager le terrain.
Il fait approfondir les lignes et les fait transformer en parallèles de départ ; restaurer d’anciens blockhaus et creuser de nouveaux abris pour les postes de commandement ; établir des liaisons téléphoniques par câbles enterrés entre ces abris et les premières lignes.
Afin de faciliter l’acheminement des troupes d’assaut, il fait reconstruire la piste reliant le ravin du Pied-du-Gravier à la région de Thiaumont ; fait remettre en état la route du Faubourg Pavé à la chapelle Sainte-Fine, ainsi que les chemins du fort de Souville et du bois des Essarts.

Partout, la pioche s’enfonce dans les cadavres, les travailleurs se mettent des gousses d’ail dans les narines pour échapper à l’odeur épouvantable. De plus la pluie tombe en permanence, ce qui rend les travaux très pénibles.
Témoignage du sous-lieutenant Albert TEXIER :  » Quelquefois, un travailleurs, bouleversé, écoeuré, se relève à demi ; sa pelle ou sa pioche lui tombre des mains ; le sol est formé de cadavres.
- Mon lieutenant, on creuse dans la viande !….
- Ne t’occupe pas, creuse ! « 

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Témoignage de Fernand DUCON, sergent à la 19/2 compagnie du Génie :  » Les sapeurs du génie peuvent être comptés parmi les combattants les plus méritants et parmi les plus méconnus. On a trop tendance à ne voir dans ce corps d’élite, ou que les spécialistes souvent héroïques de l’effroyable guerre de mines, ou que les sapeurs plus favorisés de compagnies de chemin de fer, de télégraphistes ou de pontonniers.
En réalité, les compagnies divisionnaires groupèrent la majorité des hommes du génie, à la fois sapeurs et fantassins. Dans les divisions d’attaque notamment, ils vécurent en contact intime avec leurs camarades de l’infanterie, dirigeant leurs travaux de préparation, les accompagnant à l’assaut, le fusil ou le mousqueton à la main, la pioche passée dans le ceinturon lorsque l’heure H avait sonné, s’efforçant ensuite d’organiser le mieux possible l’effroyable chaos du terrain conquis. « 

 

Pour finir, le général Nivelle a la charge des troupes qui vont participer à l’offensive, soit 8 divisions.
3 d’entres elles vont attaquer en première ligne, sur un front de 7 km.

A gauche, la 38e D.I. (général Guyot de Salins) (8e Tirailleur, 4e Zouave, 4e Mixte Z.T. et R.I.C.M.), renforcée par le 11e R.I., partira depuis la carrière d’Haudromont et aura pour objectif d’atteindre la contre-pente nord du ravin de la Couleuvre, de s’organiser dans le village de Douaumont et de reconquérir le fort de Douaumont. Ce dernier objectif, le plus glorieux, est confié au R.I.C.M. (Régiment d’Infanterie Colonial du Maroc), commandé par le lieutenant-colonel Regnier ;

Au centre, la 133e D.I. (général Passaga) (32e, 102e, 116e et 107e B.C.P., 401e R.T., 321e R.I.) aura pour mission de s’emparer à la hauteur de Fleury, du ravin de Brazil, des pentes de la Caillettes et du ravin de la Fausse-Cote ;

A droite enfin, la 74e D.I. (général de Lardemelle) (50e et 71e B.C.P., 222e, 229e, 230e, 299e et 333e R.I.), renforcée par le 30e R.I., partira de la Haie-Renard au fond de Beauprè et aura pour objectifs de reprendre le Chênois, la Vaux-Régnier, le bois Fumin, le Fond de la Horgne puis le fort de Vaux.

De part et d’autre, les régiments d’aile des divisions voisines auront la tâche d’appuyer l’attaque et d’éviter un contournement des troupes.

3 autres divisions vont intervenir en deuxième ligne, la 7e D.I. (102e, 103e, 104e et 315e R.I.), la 9e D.I. (66e B.C.P, 4e, 82e, 113e et 313e R.I.) et la 36e D.I. (18e, 34e, 49e R.I. et 218e R.I.).

Les 2 dernières resterons en soutient, la 22e D.I.(19e, 62e, 118e et 116e R.I.) et la 37e D.I. (2e et 3e zouaves, 2e et 3e tirailleurs).

Depuis 1 mois, toutes les compagnies formant ces bataillons qui vont attaquer, sont venues cantonner entre Bar-le-Duc et Saint-Dizier.

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Chaque jour, les troupes s’entrainent sur des terrains aménagés pour ressembler aux différents champs de bataille de Verdun. Les soldats qui vont assaillir le fort de Douaumont par exemple, étudient par coeur à l’aide de plans, la topologie du fort. De tel sorte que le jour J, ils puissent s’y déplacer sans aucune hésitation.

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Cantonnement à l’arrière du front

 

Sur tous les fronts de Verdun, mise à part quelques engagements locaux dans le secteur de Thiaumont, la bataille qui dure depuis 7 mois s’atténue. Cette accalmie relative permet aux Français de réaliser plus facilement leurs grands préparatifs. Cependant, les pluies abondantes sapent le moral des combattants et la lassitude est très grande de part est d’autre.
Témoignage du colonel DESPIERRES, du 239e R.I. :  » Je vais faire la tournée du secteur en suivant la première ligne. Je ressens une impression inimaginable ; des deux côtés, boche et français, les tranchées sont envahies par l’eau. Il y a une profondeur de près d’un mètre. C’est dire que ces tranchées ne peuvent plus être occupées par les éléments de première ligne. Tout le monde est sur le parapet. Les Boches à dix mètres nous regardent avec indifférence. C’est une véritable trêve qui paraît être conclue entre les deux partis. On ne cherche qu’une seule chose, c’est vivre comme on peut et surtout échapper à cette humidité croissante qui, par les froids qui commencent, devient impossible à supporter. « 

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Témoignage du Capitaine André GUILLAUMIN du 102e R.I. :  » Mon P.C. se composait d’un vague trou dans la boue où nous nous tenions, mon ordonnance et moi, mi-assis, mi-recroquevillés. Le sol était si mou que les obus faisaient fougasse projetant un geyser de boue…
L’un d’eux me frôla, s’enfonça presque à mes pieds, et dans l’éclatement, au milieu d’une auréole de boue, se dressa un officier allemand à demi décomposé, la figure verte dans un uniforme vert. Je vois toujours ce cadavre, face à face avec moi pendant une seconde, puis la masse de boue retomba et il disparut.

Cette situation de stagnation pesante dure jusqu’au 15 octobre. A cette date, le général Nivelle rend compte au général Pétain que tous les préparatifs sont prêts. Il ne reste plus, à présent, qu’à définir le jour et l’heure de l’offensive…

Le 9 octobre, le général Nivelle a reçu le maréchal Joffre à la mairie de Souilly. Ce dernier est venu s’enquérir de l’avancement des préparatifs.

Le 12, c’est au tour de Georges Clemenceau, alors président de la commission de l’Armée au Sénat, de faire le voyage depuis Paris.p55
Lorsqu’il descend de sa voiture devant les marches de la mairie, tous les soldats présents l’applaudissent et l’acclament.
Témoignage du commandant P… :  » Le Président, M. Clemenceau, ne jouissait dans l’armée d’aucune popularité, mais on savait quel profond amour il portait à son pays, on connaissait sa loyauté, son intéressement, sa générosité, sa haute conscience, et peut-être était-il, de tous « les maîtres de l’heure », l’homme le plus estimé et le plus respecté des poilus. « 

Après un court exposé par Nivelle, conférencier hors pair, sur les grands points de l’offensive, Clemenceau demande à être conduit sur la ligne de front. Tous les officiers présents lui déconseillent ce déplacement mettant en avant la dangerosité des lieux, mais le Président l’exige et le cortège de voitures part pour Verdun.
Témoignage de Joseph MORELLET, agent de liaison au 407e R.I. :  » Le deuxième échelon du 407 était à la tourelle de Souville quand Clemenceau est arrivé, accompagné par quelques officiers. A un moment donné, près de la tourelle, un des officiers lui dit : « Monsieur le Président, là, il faut être très prudent et faire vite ; c’est très dangereux ». Il répondit : « Quelle est la plus belle mort pour moi que de la faire ici ? ».
Il est peu de divisions qui n’aient à raconter sur Clemenceau une anecdote semblable. En ce qui concerne celle-ci, nous avons vu Clemenceau en première ligne à trois reprises, au Bois-Brûlé en 1915, à Verdun en octobre 1916 et à la Main de Massives en 1918, et dans les secteurs qui n’étaient pas choisis d’ordinaire par les Parlementaires et les journalistes pour leurs visites au front.
C’était un homme ! « 

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20 et 21 octobre – Début de la préparation d’artillerie française sur la rive droite
A l’aube, la préparation d’artillerie française commence, elle va s’intensifier jusqu’au 24 octobre.

Elle est constituée de 654 pièces : 20 pièces de calibre 270 à 400 ; 300 pièces du 120 au 220 ; 334 pièces du 65 au 105.
Le front allemand est constitué alors de 7 divisions, soit 22 bataillons mais très échelonnées en profondeur. Les hommes de premières lignes sont totalement abrutis par la puissance du tir français. Chaque position et élément stratégique, préalablement repéré,
n’est épargné. C’est un déluge de fer et d’acier.
Les plus gros calibres sont réservés pour les forts de Douaumont et de Vaux qui sont les 2 points stratégiques à reconquérir.

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L’artillerie allemande ne reste pas pour autant inactive, et toutes les batteries françaises connues sont contrebattues avec violence.


 

22 octobrePréparation d’artillerie française sur la rive droite
Une attaque française est simulée par l’allongement subit du tir d’artillerie et par des mouvements dans les tranchées françaises. Cette ruse permet le repérage de 158 batteries ennemies nouvellement mises en place et qui étaient restées muettes jusqu’à présent.

Toutes ses batteries ainsi repérées sont systématiquement pilonnées et seulement 90 seront signalées en action le jour de l’attaque. Ces tirs ont été ajustés avec l’aide de l’aviation française qui domine largement le ciel de Verdun.


23 octobrePréparation d’artillerie française sur la rive droite
Vers 8 h, la préparation d’artillerie française s’intensifie.

A 12 h 30, la superstructure du fort de Douaumont est transpercée par un obus de 400 mm.
Pour tous les hommes présents dans le fort, le bruit incessant et assourdissant du bombardement extérieur a été soudain dominé par un déflagration gigantesque et un tremblement plus important du sol. Tous les cœurs ont fait un bon dans leur poitrine : « On a été touché ?!« .
L’obus a exploser au milieu de l’infirmerie, tuant sur le coup la 50e de blessés et personnel sanitaire qui occupaient le lieu. Rapidement, un important incendie se déclare avec beaucoup de fumée, qui interdit tout accès.
10 minutes plus tard, un second obus de 400 perce la voute de la casemate 8, ensevelissant tous les occupants.
Chaque quart d’heure en moyenne, un nouvel obus s’abat sur le fort dans une explosion énorme qui secoue tout l’édifice. Les dégâts causés sur la voute sont importants et le bombardement extérieur semble beaucoup plus prêt et dangereux avec les trous béants ainsi formés. La panique commence à gagner les hommes.
Le 5e obus, perce la voute du couloir principal, au niveau de la casemate 10, en ensevelissant une escouade.

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Casemate effondrée par un obus de 400 mm
(photo prise le 25 octobre, lorsque le fort a été repris par les Français)

Dés lors, ce couloir devient impraticable. Le commandant du fort, le chef de bataillon Rosendahl, du 90e R.I. donne l’ordre à toute la garnison de gagner l’étage inférieur du fort.
Lorsque le 6e obus explose, il est suivit d’une série de « coups de pétards » et de grosses explosions. Passant par le trou de la voute du couloir principal, l’obus est venu explosé tout en bas, dans le dépôt de grenades et de munissions, tuant une 50e de sapeurs du génie.
Un incendie très important propage des fumées opaques qui avancent rapidement dans les couloirs. Chaque hommes se précipite et met son masque à gaz, ceux qui n’y parviennent pas assez tôt meurent dans des convulsions atroces. Certains soldats deviennent fous et veulent sortir de cette souricière, mais les 2 issues sont violemment bombardées par des obus toxiques.
A 14 h, la lumière s’éteint plongeant la fort dans les ténèbres. A cette instant, continuer à tenir l’enceinte devint difficile.
A 17 h, l’évacuation du fort par tous les hommes « non indispensables » est ordonné. Seul un petit groupe du génie, d’une 100e d’hommes commandée par le capitaine Soltan du 84e R.I. reste avec la mission d’éteindre l’incendie du dépôt à munissions.
Chaque homme devant évacuer, la peur au ventre mais avec une discipline impressionnante, s’élance à l’extérieur à travers les obus. Les 400 ont ralenti mais tous les autres calibres jusqu’au 220 se déchainent encore sur le fort. A 18 h, l’ordre d’évacuation est exécuté.
Débute alors pour les hommes de Soltan une lutte à mort contre la fournaise. Il n’y a plus d’eau pour éteindre les flammes et beaucoup d’hommes, à bout de force, sont déjà intoxiqués par les fumés et vomissent sans cesse. Le capitaine Soltan envoie des coureurs pour demander un retrait en urgence, mais aucun ne revient.
A 23 h, dans un dernier élan, Soltan ordonne de mettre une mitrailleuse en position à la sortir nord-ouest. Mais plusieurs équipes de mitrailleurs succombent successivement à cette place en raison du bombardement par obus toxique qu’infligent des Français.
Entre 4 et 5 h, les hommes de Soltan évacuent enfin le fort, titubants, vomissant, portant les malades sur des ciliaires, pas un ne fût abandonné.

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Durant la journée, les généraux Pétain, Nivelle et Mangin se réunissent. Aux vues des résultats positifs qu’a donné la simulation d’attaque de la veille, des prévisions météo des jours à venir et des derniers rapports concernant les préparatifs des régiments d’infanterie qui attendent derrière le front, la décision est enfin prise. Le jour J sera le lendemain, le 24 octobre, l’heure H, 11 h 40.

Dans la nuit, les hommes des régiments des 38e, 74e et 133e D.I stationnés entre Bar-le-Duc et Saint-Dizier, font leur paquetage et gagnent Verdun pour prendre position dans les parallèles de départ.
Chacun a reçu un équipement spécial. En plus du chargement habituel (outils individuels, toile de tente, couverture, habits de rechange, ustensiles de cuisine et d’entretient, etc.) (voir la partie « Uniforme » « L’équipement ») et des 3 cartouchières bourrées à craquer, chaque homme doit emporter en plus 2 musettes contenant plusieurs rations fortes et rations de réserves (voir la partie « Uniforme » « L’équipement »), une musette à grenades, un second masque à gaz, un second bidon contenant du vin ou de l’eau et 2 sacs à terre. Un fardeau démesuré d’au mois 40 kg, pour des hommes qui doivent rester frais au moment de l’assaut.

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24 octobre – Grande offensive française rive droite. Reconquête du fort de Douaumont

(Voir « Le fort de Douaumont » dans la partie « Fortifications »)

Ordre du jour du général Passaga, commandant la 133e D.I. :  » Officiers, sous-officiers, soldats, il y a près de huit mois que l’ennemi exécré, le Boche, voulut étonner le monde par un coup de tonnerre en s’emparant de Verdun. L’héroïsme des  » poilus  » de France lui a barré la route et a anéanti ses meilleures troupes.
Grâce aux défenseurs de Verdun, la Russie a pu infliger à l’ennemi une sanglante défaite et lui capturer près de quarante mille prisonniers.
Grâce aux défenseurs de Verdun, l’Angleterre et le France le battent chaque jour sur la somme, où elles lui ont déjà fait près de soixante mille prisonniers.
Grâce aux défenseurs de Verdun, l’armée de Salonique celle des Balkans battent les Bulgares et les Turcs.
Le Boche tremble maintenant devant nos canons et nos baïonnettes, il sent que l’heure du châtiment est proche pour lui.
A nos divisions revient l’honneur insigne de lui porter un coup retentissant qui montrera au monde la déchéance de l’armée allemande. Nous allons lui arracher un lambeau de cette terre où tant de nos héros dorment dans leur linceul de gloire.
A notre gauche combattra une division, déjà illustre, composée de zouaves, de marsouins, de Marocains et d’Algériens ; on s’y dispute l’honneur de reprendre le fort de Douaumont. Que ces fiers camarades sachent bien qu’ils peuvent compter sur nous pour les soutenir, leur ouvrir la porte et partager leur gloire !
Officiers, sous-officiers, soldats, vous saurez accrocher la croix de guerre à vos drapeaux et à vos fanions ; du premier coup vous hausserez votre renommée au rang de celle de nos régiments et de nos bataillons les plus fameux. La Patrie vous bénira. « 

A 7 h, une petite section allemande formée d’une 20e d’hommes, sous les ordres du capitaine Prollius, retourne à l’intérieur du fort de Douaumont pour y faire une inspection. Bien que le dépôt du génie flambe toujours et que l’infirmerie soit toujours inaccessible par l’odeur qui y règne, l’air est plus ou moins respirable dans les autres parties du fort. Bien que 6 casemates soient totalement détruites et que le couloir supérieur soit percé en 3 endroits, il existe toujours une liaison entre la partie ouest et la partie est par le couloir inférieur. Les issues des coffres simples ouest et est sont encore partiellement utilisables.
Le capitaine Prollius tire la conclusion que le fort peu encore être défendu si des forces suffisantes équipés de mitrailleuses regagnent la forteresse.
Il envoie aussitôt un message par coureur stipulant l’envoie de renfort.

 

Dans la matinée, un certain nombre de soldat allemands sortent de leur tranchée et viennent se porter prisonnier dans les lignes françaises. Ils sont à bout de force en raison du bombardement qu’ils subissent depuis 4 jours.
Témoignage du général DOREAU, de la 213e Brigade :  » Ceci ce passait le 24 octobre 1916. Mon P.C. était installé au bas du glacis de Souville, à 300 ou 400 mètres, pas plus, de la ligne de trous d’obus qui servait au 401e R.I. de tranchée de première ligne.
Il ne comportait, étant donné la nature du terrain, que quelques mauvaises sapes, à sol horizontal, creusées les unes à côté des autres, larges chacune de moins de deux mètres. Outre mes deux officiers d’état-major, j’avais avec moi, ce jour-là, un officier d’artillerie et un officier (de liaison) de chacun de mes trois corps: 401e R.I., 32e et 107e B.C.P
.
Donc, pressés les uns contre les autres, casqués, vêtus de capotes de troupe maculées de boue, et éclairés par deux bougies fichées dans des pommes de terre coupées, sept êtres humains, pas du tout décoratifs, dans un cadre qui ne l’était pas non plus.

Le premier prisonnier qu’on m’amena fut un oberleutnant. Priè de me remettre ses papiers, il s’exécute. Interrogé sur sa qualité, il déclare être officier de réserve, instituteur dans la vie civile. Puis, un peu rassurè et se ressaisissant au bout de quelques minutes, il essaie de regimber, et ce dialogue s’angage :
- Mais enfin, qui êtes-vous pour me questionner ?

- Je suis un commandant de brigade, et ces messieurs sont les officiers de mon état-major.

- Un commandant de brigade ?… Ici ?…

- Oui, ici ; et dés demain matin, il ira plus loin vers le nord.

Un ahurissement inexprimable se paignit sur sa physionomie. Evidemment, dans l’armée allemande, les officiers généraux ou ceux qui en tenaient le rôle, n’avaient pas coutume de se loger dans des sapes inconfortables, situées à 300 mètres des tranchées de première ligne … »

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11 h 30, 10 minutes avant l’heure H.
Depuis l’aube, un brouillard assez dense s’est rependu sur tout le front. Bien que chacun espérait qu’il se dissipe avant l’assaut, il est toujours aussi épais et empêche de voir à plus de 10 mètres. Si d’un côté il empêche les mitrailleurs allemands à bien ajuster leurs tirs, de l’autre, il sera dangereux aux soldats français de s’y engager et surtout de s’y perdre.
Témoignage de Edouard BOURGINE du 3e bis Zouaves :  » Ce matin, un épais brouillard estompait uniformément chaque chose, impossible de voir à deux pas devant soi.
Brusquement, des patrouilleurs boches trouèrent le brouillard devant nous. Ils allaient paisiblement, les mains dans les poches, l’arme à la bretelle. Stupéfaits, nous eûmes un instant d’indécision. C’est alors que le gradé boche proféra d’un ton lamentable  » triste guerre messieurs, triste guerre…  » puis le brouillard l’enveloppa. « 


11 h 40, l’heure H.
Une clameur se soulève soudain dans le camps français, d’un même élan,
des milliers d’hommes sortent des tranchées est s’élancent vers l’avant sur un terrain lourd et glissant.

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Chaque unité se dirige à la boussole en direction du nord-est à la vitesse de 100 mètres toutes les 4 minutes. Elles sont précédées d’un formidables barrage roulant qui interdit aux Allemands de sortir de leurs abris.

 

Voici en détail, les unes après les autres, toutes les actions menées :

La gauche du plan d’attaque est tenue par la 38e D.I. (8e Tirailleur, 4e Zouave, 4e Mixte Z.T., R.I.C.M.) et renforcée par le 11e R.I. Mission : atteindre la contre-pente nord du ravin de la Couleuvre et la carrière d’Haudraumont, s’organiser dans le village de Douaumont et reconquérir le fort de Douaumont :

Le 11e R.I. (lieutenant-colonel de Partouneaux), à l’extrême gauche du dispositif, se porte à 11 h 38 (en raison d’une montre mal rêglée), à l’assaut de la tranchée Balfourier et de la carrière d’Haudraumont.
S’il trouve la tranchée Balfouquier inoccupée, la carrière est quant à elle fortement défendue. Après un dur combat à la grenade, il parvient à capturer tous les occupants de la carrière. Il repousse ensuite d’incessantes contre-attaques jusqu’à la fin de la journée.

Le 8e Tirailleur (lieutenant-colonel Dufoulon) et le 4e Zouaves (lieutenant-colonel Richaud) s’élancent à l’heure H en poussant des hurlements.

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Ils atteignent rapidement les tranchées allemandes qu’ils ont en face d’eux. L’ennemi qui attendait pourtant l’assaut français est totalement surpris par la rapidité du mouvement et se rend sans combattre.
Témoignage de X :  » Un officier supérieur sorti en hâte de son abri à l’appel de l’Adjudant Caillard, apparaît en culotte, sans ses molletières qu’il tient à la main et qu’il offre à l’Adjudant Caillard en criant  » Chef de Corps ! , Chef de Corps ! « . Un vaguemestre était en train de procéder au triage des lettres, il sort de son trou les yeux hagards, les deux bras levés, brandissant d’une main sa boite aux lettres, de l’autre une liasse d’enveloppes et s’écrie d’une voix suppliante :  » Pardon, pardon, Monsieur ! « . Il est à remarquer que la plupart criaient :  » Pardon « , plus encore que  » Kamarade « . Nous les encouragions de notre mieux, leur disant dans leur langue qu’on ne leur ferait pas de mal s’ils se rendaient. « 
Les prisonniers sont conduits en direction du ravin des Trois-Cornes où se trouve le P.C. du régiment.
A 12 h, le bois de Nawé et la contre-pente nord du ravin de la Dame sont reconquis.
A 14 h, la contre-pente nord du ravin de la Couleuvre est atteinte. Les hommes s’y déploient et poursuivent en direction du village de Douaumont.
Les ruines du village sont reprises à
14 h 45 par le 4e Zouave qui s’y fortifie. Deux patrouilles poursuivent ensuite en direction du fort de Douaumont pour tenter de le contourner.
A 15 h, une patrouille de la 17e compagnie du 8e Tirailleur part faire une reconnaissance en avant des lignes. Elle descend dans le ravin de la Goulotte, puis dans le ravin de Helley ou elle attaque plusieurs abris ennemis et fait plusieurs prisonniers.

Le 4e Mixte Z.T. (lieutenant-colonel Vernois) subit peu de temps avant l’heure H, un tir bien ajusté de l’artilleries allemandes. Les blessées et les morts sont nombreux, 200 hommes environs.
A 11 h 39, il s’élance tout de même et parvient à atteindre la ferme de Thiaumont et à la reprendre.
A 12 h 25, ayant poursuivit sa progression, il se trouve face au bois Morchée.
A 14 h 45, il aborde le village de Douaumont et le réoccupe avec le 4e Zouave. Il s’établie finalement à 60 m en avant du village.

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Le R.I.C.M. (Régiment d’Infanterie Colonial de Maroc) (lieutenant-colonel Regnier) part du ravin des Vignes:
- le 4e bataillon (commandant Modat) doit s’emparer de la 1ère ligne ennemie et s’y organiser défensivement.
- le 1er bataillon (commandant Croll) doit dépasser le 4e, encercler le fort de Douaumont et s’organiser en avant.
- le 8e bataillon
(commandant Nicolay) doit pour finir prendre et nettoyer le fort.

A 11 h 40, le 4e bataillon s’élance vigoureusement mais se heurte rapidement à un tir de mitrailleuse imprévu. Cette mitrailleuse allemande s’est infiltrée à la faveur du brouillard dans les premières lignes françaises. Ces dernières avaient été évacuées pour ne pas risquer que leurs occupants subissent le tir de l’artillerie française. Tous les hommes sautent aussitôt dans les trous pour se mettre à l’abri. Dans cet élan, le commandant Modat est blessé.
Un certain « flottement » se produit alors dans la troupe, composée de Sénégalais. Il devient urgent que cette mitrailleuse soit maitrisée si l’on ne veut pas réduire à néant l’entrain qui avait été manifesté au départ.
Le capitaine Alexandre, qui a pris le commandement, prend aussitôt l’initiative et s’élance en hurlant en direction de la mitrailleuse. Electrisés, ses hommes le suivent et en quelques minutes, les servants de la mitrailleuse sont tués à coup de grenade.

La troupe peut enfin poursuivre sa progression. Elle occupe bientôt les tranchées allemandes de premières lignes et s’y fortifie.

Comme cela est convenu, le 1er bataillon dépasse alors le 4e bataillon à travers le brouillard. Il s’avance vers le fort afin de le contourner par la gauche et la droite et s’établir au-delà. Cependant, à quelques 300 m des fossés, le brouillard se déchire brusquement et le bataillon s’aperçoit qu’il est seul dans la plaine. Il doit théoriquement, avant de continuer plus avant, attendre le 8e bataillon qui à la mission d’investir le fort et qui est le seul outillé pour !

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Quelques temps plus tard, ne voyant toujours pas le 8e bataillon et trépiniant d’impatience, le capitaine Dorey, sous les ordres du commandant Croll, décide, puisque personne ne vient l’aider, de poursuivre son élan et de prendre le fort seul.
Témoignage du sergent Gaston GRAS du R.I.C.M :  » Il commande l’attaque immédiate, sans perdre une secondes !
Les ordres s’envolent, frémissants, martiaux !
- Compagnie Brunet ! Courez à la face sud-ouest, et attaquez !
- Compagnie Mazeau ! Attaquer la gorge du fort ! et dare-dare !
- Compagnie Fredaigne ! Rester en arrière pour recueillir la bataillon, s’il tombe sur un bec !…
- Goubeaux ! suivez-moi avec les mitrailleuses de réserve ! Nous allons, entre Brunet et Mazeau, prendre notre part de l’attaque !
Alors, transfigurées, au pas de course, les compagnies obéissent.
En tête de la compagnie Brunet, une patrouille de combat, commandée par un humble mais héroïque caporal, Béranger, saute hardiment dans le fossé du fort, se précipite sur le coffre de contrescarpe : déjà des mitrailleurs ennemis s’assoient précipitamment à leurs pièces, engagent des bandes souples, vont tirer ; à coup de crosses, la patrouille Béranger les assomme à leurs postes…
Désormais, le fossé ne sera plus balayé par la Maxims, mise à la raison…
De son côté, la compagnie Mazeau se rue dans la gorge, s’en empare.
La compagnie Fredaigne les suit, commandée par un simple adjudant, tous les officiers ayant été tués au cours de l’attaque…
Alors un torrent d’hommes se jette dans les fossés, grimpe sur le fort, envahit les superstructures : c’est un calvaire, mais un calvaire triomphal. « 

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Qu’est devenu de le 8e bataillon ? Il s’est élancé dans la brume à la suite des 2 autres bataillons. Boussole à la main, le commandant Nicolay progresse droit devant mais s’étonne de ne pas rencontrer les obstacles qu’il a sur son plan. Au bout d’un moment, alors qu’il aurait déjà dû rencontrer le fort, il stoppe son bataillon dans l’incertitude la plus complète.

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Soudain, un soldat allemand qui hère entre les lignes s’approche. Il est mené au commandant et questionné hâtivement. Puis il donne la bonne direction pour atteindre le fort… Il s’avère que Nicolay avait dirigé son bataillon trop à l’est car l’aiguille de la boussole était déviée par l’acier de son revolver. Le bataillon reprend sa marche rapidement. Il arrive enfin devant les fossés du fort et retrouve le 1er bataillon qui vient juste d’occuper les superstructures.

La relève se déroule, le 8e bataillon fortifie les superstructures et commence à pénètre à l’intérieur du fort pour le nettoyer petit à petit de ses occupants.
Le 1er bataillon, quant à lui, reprend sa marche vers le nord et va s’établir devant le fort, sur les emplacements qui constituent son objectif final.
Témoignage de Fernand DUCOM de la compagnie divisionnaire 19/2 du Génie, mise à disposition du 8e bataillon du R.I.C.M. :  » Nous passons près de l’abri Adalbert, ruiné, au sud-ouest du fort ; puis dans un ultime élan, nous atteignons le fossé de Douaumont. Contemplant notre proie, hésitant sur le bit à atteindre, nous marquons un temps d’arrêt. Mais le sous-lieutenant Huguet, qui a aperçu la tourelle de 155, notre objectif, de s’écrier :  » Allons ! en avant, génie ou coloniaux !  » Nous partons trois en tête, la baïonnette haute, le doigt sur la détente ; il me semble que je suis invulnérable. Nous défilons devant de nombreux créneaux aménagés sur la face du fort ; pas un coup de feu n’en sort. Quelques grenades sont lancées dans les cheminées d’aération. Dans un suprême effort, nous grimpons sur la tourelle de 155…
Mais les Allemands, repliés dans une carrière, à 300 mètres de là, nous ont aperçus. Des obus de petit calibre, ceux d’un canon-revolver, qui doit faire mouche à chaque coup, commencent à tomber…

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Les projectiles éclatent sans interruption, de tous côtés ; des blessés, des morts jonchent le sol. La mitrailleuse des coloniaux, en position à quelques mètres devant nous, a un grand nombre de ses servants hors de combat. Quelques-uns ont des blessures affreuses ; et il est singulièrement émouvant de voir avec quel empressement les indemnes prennent leur place.
Maurice Daney, le plus cher de mes amis de guerre, tombe dans les bras, le crâne ouvert, frappé à mort. Je ressens moi-même un choc violent au bras, un autre au cou, ma capote est criblée d’éclat et cependant je n’ai aucune blessure…
Venant du chaos du champ de bataille et pénétrant dans le fort par l’entrée principale… Errant dans les couloirs, je tombe enfin sur mon capitaine, tout heureux de me savoir vivant. Son premier lieutenant est blessé, quatre des sous-lieutenants seulement sont indemnes, les autres sont tués, blessés ou disparu.
Chargés de trouver un logement pour les survivants de la compagnie, je découvre plusieurs locaux près de la chambre du commandant allemand, le hauptmann Prollius. Ce dernier est là et l’honneur de sa capture revient à l’un de nos hommes, le maître-ouvrier Dumont, un petit gars débrouillard de la banlieue parisienne. Pénétrant le premier dans le fort, avec un seul colonial, il sut en imposer aux quatre officiers et aux vingt-quatre hommes, des pionniers, qui en constituaient, au moment de l’attaque, toute la garnison. Quelle ne fut pas la surptise du gros des attaquants lorsque, descendant un grand moment après dans l’ouvrage, ils trouvèrent nos deux gaillards en compagnie d’une bande d’Allemands, avec qui ils faisaient déjà bon ménage…
L’état-major allemand est présenté au commandant Nicolaï. Les quatre officiers, d’une correction extrême, paraissent ahuris de notre succès. S’adressant en bon français au chef du 8e bataillon :  » Monsieur, dit le commandant allemand, je suppose que vous serez heureux de vous installer dans ma propre chambre ; elle est à votre disposition « .  » Monsieur, lui répond Nicolaï, en le toisant de haut, le commandant français couchera cette nuit à la porte du fort, avec ses hommes… « . J’ai entendu cela… « 

 

 

Voyons maintenant les autres actions du plan d’attaque français.
Le centre est tenu par la 133e D.I. (32e, 102e, 116e et 107e B.C.P., 401e R.T., 321e R.I.). Mission : s’emparer à la hauteur de Fleury, du ravin de Brazil, des pentes de la Caillettes et du ravin de la Fausse-Cote.

A 11 h 40, le 116e B.C.P. (commandant Raoult) s’élance de Fleury et des abords de la station. En 58 minutes, il atteint le bas de la croupe nord du ravin de Bazil, entre le ravin de la Caillette et celui de la Fausse-Côte. Son objectif est atteint.

A 11 h 40, le 102e B.C.P. (commandant Florentin) suit le 116e B.C.P. jusqu’au ravin de Bazil. Il passe ensuite devant lui et atteint le ravin de la Fausse-Côte, après avoir dispersé à la baïonnette un bataillon ennemi.

A 11 h 40, le 107e B.C.P. (commandant Pintiaux) sort des tranchées au nord de la chapelle Sainte Fine, franchit sans grande résistance le bois de Vaux-Chapitre et le ravin du Bazil. Il arrive enfin dans la région nord de l’étang de Vaux. Son objectif est atteint.

A 11 h 40, le 401e R.I. (lieutenant-colonel Bouchez) s’avance dans le ravin des Fontaines.
Ses éléments de gauche atteignent assez vite le débouché du couloir de la Fausse-Cote et peuvent s’y organiser. Par contre, ceux de droite se heurtent à une forte résistance dans le ravin des Fontaines et au « Nez de Souville ».
Après un dur combat, le régiment parvient tout de même jusqu’à l’étang de Vaux. Son objectif est atteint.

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A 11 h 40, le 321e R.I. (lieutenant-colonel Picard) débouche de la tranchée de Pauly et Vidal, au nord-ouest de Fleury. Il part vers le nord-est pour atteindre à 12 h 35 la croupe du bois de la Caillette.
A 13 h 30, la 19e et 23e compagnie et la 5e compagnie de mitrailleuses, toutes trois commandées par le commandant Megemont, reprennent leur marche et arrivent en vue du fossé sud-est du fort de Douaumont. Leur mission est de s’emparer de la batterie à l’est du fort, ce qu’elles parviennent à faire rapidement car la batterie est sans défenseur.
Le commandant Megemont se trouve ensuite dans le même embarras que va l’être le capitaine Dorey, du 1er bataillon du R.I.C.M. dans 30 minutes : Il se trouve seul face au fort de Douaumont qui semble à porté de main… Il va alors réagir avec la même audace que le fera Dorey, laissant le gros de la troupe aux abords immédiats du fort, il traverse le fossé sud-est avec 3 hommes.
Il atteint rapidement l’observatoire et la petite tourelle est, puis, alors que quelques hommes sont venus grossir la troupe, capture un sous-officier allemand et 7 hommes.
Une demi heure plus tard, le commandant Megemont et ses hommes retrouvent sur la superstructure du fort les éléments du 1er bataillon du R.IC.M. puis du 8e bataillon.
Le 321e R.I. est donc, en cette journée historique, sous la forme d’une poignée d’homme, le premier à avoir escaladé les remparts du fort de Douaumont.
Témoignage du colonel PICARD, du 31e R.I. :  » Le régiment colonial du Maroc devait, le 24 octobre, prendre le fort : il l’a pris: ça, c’est de l’histoire. Mais il pourra impartialement ajouter que ce sont les vieux du 321e régiment d’infanterie qui, les premiers, ont grimpé sur le fort : ça aussi, c’est de l’histoire. « 

 

La droite est tenue par la 74e D.I. (50e et 71e B.C.P., 222e, 229e, 230e, 299e et 333e R.I.) renforcée par le 30e R.I. Ses positions vont de la Haie-Renard au font de Beaupré. Mission : s’emparer du Chênois, de la Vaux-Régnier, du bois Fumin, du Fond de la Horgne puis du fort de Vaux.

A 11 h 40, le 230e R.I. (lieutenant-colonel Viotte) s’élance des tranchées Claudel et Garrand et conquiert en 10 minutes les 1ere positions ennemies.
A peine reparti vers son 2e objectif, le régiment est pris sous le feu des mitrailleuses allemandes qui, devant le bois Fumin, sortent des trous d’obus et de l’ouvrage de la Sablière. Les pertes sont lourdes. Il doit stopper sa marche dans la tranchée Gotha-Siegen. Il est bloqué à cet endroit tout le reste de la journée.

A 11 h 40, le 333e R.I. (lieutenant-colonel Franchet d’Esperey) s’élance vers les tranchées de Moltke et Fulda et parvient à les enlever malgré la violence du feu allemand.
Il s’élance ensuite vers la Vaux-Régnier et aborde l’ouvrage des Grandes-Carrières et s’en empare à 12 h 15.
Cette avancée lui a coûté de nombreuses pertes et c’est avec des forces réduites qu’il tente d’atteindre les Petites-Carrières nord. Son but et de contourner le fort de Vaux par l’ouest.
Malgré l’aide du 50e B.C.P., il ne peut exécuter ce mouvement. Les compagnies se fortifient sur place.
S’abat alors sur ses positions un violent bombardement de l’artillerie française qui n’est pas au courant des nouvelles positions de son infanterie. Il est contraint de reculer et de laisser le terrain qu’il vient de conquérir.

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A 11 h 40, le 299e R.I. (lieutenant-colonel Vidal) au centre de la division, s’élance des parallèles de départ et tombent sur les tranchées Clausewitz et Seydlitz protégées par des barbelés intact et fortement occupés.
9 h durant, il se bat à la grenade sans pourvoir prendre le dessus sur l’ennemi.
A 18 h, il reçoit le renfort d’éléments des 50e et 71e B.C.P. et envisage un nouvel assaut.
Il s’élance à 20 h et parvient enfin à enfoncer les îlots de résistances ennemis. Il reprend la tranchée de la Horgne, dépasse ensuite le petit Dépôt et achèvent son encerclement vers minuit.
Les pertes sanglantes qu’il a subit ne lui permettent pas de continuer la lutte. Certaines compagnies ont perdu les ¾ de leurs effectifs.
Le général de Lardemelle, qui commande la 74e D.I., déçu de ne pas avoir ou reconquérir le fort de Vaux, est contraint à demander au bataillon de se fortifier sur place.

A 11 h 40, le 50e B.C.P. sort des tranchées au nord de la chapelle Sainte Fine, franchit sans grande résistance le bois de Vaux-Chapitre et le ravin du Bazil. Il arrive enfin dans la région nord de l’étang de Vaux.
Des éléments se joignent au 333e R.I. pour tenter d’atteindre les Petites-Carrières nord, afin de pouvoir contourner le fort de Vaux par l’ouest. Cependant, ce mouvement ne peut être exécuté. Les éléments se fortifient sur place.
A 18 h, d’autres éléments se joignent au 229e R.I. qui tente d’enlever les tranchées Clausewitz et Seydlitz.
A 20 h, ses éléments lancent avec le 229e un assaut qui permet d’enfoncer les îlots de résistances. Les 2 tranchées, puis leurs arrières sont reconquises vers minuit.

A l’heure H, le bataillon Baillods du 30e R.I. s’élance et enlèvent les tranchées Werber et Von Kluck au sud de Damloup. De nombreux soldats allemandes sont capturés.
Témoignage du sous-lieutenant MARTIN, du 30e R.I. :  » Soudain, des coups de feu dans le dos. Derrière nous, à gauche, à cant cinquante mètres, la batterie de Damloup émerge du sol ; la compagnie du régiment voisin (222e R.I.) qui devait l’occuper se sera égarée dans le brouillard. Quelques Boches, le déluge d’obus passé, ont commencé à sortir de leurs profonds abris. Effarés sans doute de voir les Français derrière eux, ils tiraillent déjà. Un frisson d’angoisse. Que faire ? Quelle décision prendre ? Mon capitaine n’est pas là est les secondes sont précieuses. A la grâce de Dieu ! Je crie de toutes mes forces : demi-tour ; à la batterie… au pas de course !…
Nous courrons comme des fous. Il s’agit d’arriver avant que tous les Allemands, sortis de leur abris bétonnés, ne soient installés. J’ai demandé à un camarade, officier mitrailleur, qui nous accompagne, de tirer quelques bandes par-dessus nos têtes, pour effrayer l’ennemi. Il s’arrête vite, craignant de nous atteindre. Mais déjà nous voilà en haut de l’ouvrage, criant comme des démons.  » Feu !  » les grenades voltigent. Il était temps. Déjà une mitrailleuse boche s’installait, dont les servants sont immédiatement descendus et je hurle :  » Hände hoch ! (haut les mains !) Désemparés par cette attaque qui leur arrive dans le dos, affolés. Quelques Boches ont levé les bras, un officier en tête ; les autres les imitent, et en voilà qui sortent de leur abris. Il en vient, il en vient encore ; trente, cinquante, quatre-vingts, tous levant frénétiquement les bras. Et nous ne sommes qu’une cinquantaines de Français, le fusil prêt, des grenades à la main ; ne laissant libre que le côté français, je leur indique la direction avec mon bras tendu, tandis que dans ma poitrine, mon cœur bondit de joie et de fierté… Les Boches courent vers l’arrière, où les territoriaux qui les attendent agitent leur casque à bout de bras pour nous acclamer. Dans les abris de la batterie, nous avons ramassé quatre Minnenwerfer et six mitrailleuses…
Nous sommes retournés à nos emplacements. Stupéfait et ravi, mon capitaine téléphone le succès au colonel tandis qu’arrivent nos voisins de gauche (222e R.I.), assez étonnés d’occuper la batterie sans coup férir… »

A 11 h 40, le bataillon Desbrochers des Loges du 222e R.I. saute hors des tranchées Mudra et Steinmetz au bois de la Lauffée. Il s’empare de l’abri dit « du combat » après un fort combat à la grenade. Il poursuit sa marche et occupe la batterie de Damloup prise par le 30e R.I. Il ne peut progresser plus avant.

 

Le bilan de la journée est très satisfaisant.
En ce qui concerne la 133e D.I., tous les objectifs sont atteints à 16 h 30 : le ravin du Bazil (116e B.C.P.), le ravin de la Fausse-Côte (102e B.C.P.),
la moitié ouest du bois de Vaux-Chapitre et la région nord de l’étang de Vaux (107e B.C.P.), le ravin des Fontaines et le « Nez de Souville » (401e R.I.), le bois de la Caillette et la batterie à l’est du fort de Douaumont (321e R.I.).

En ce qui conerne la 38e D.I., tous les objectifs sont atteints à 20 h : la carrière d’Haudraumont (11e R.I.), le bois de Nawé, le ravin de la Couleuvre et le village de Douaumont (8e Tirailleur et 4e Zouaves), la ferme de Thiaumont (4e Miste Z.T.), le fort de Douaumont et ses abords (R.I.C.M.).

En ce qui concerne la 74e D.I., malgré une lutte acharnée toute l’après-midi et une bonne partie de la nuit, les objectifs n’ont pas put tous être atteints. Ont été repris : la moitié est du bois de Vaux-Chapitre (50e B.C.P.), une partie du bois Fumin (230e R.I.), la Vaux-Régnier (333e R.I.), le Fond de la Horgne (299e R.I.). Les troupes n’ont pas pu aborder le plateau du ford de Vaux et le fort lui même.

Malgré ces quelques échecs, le 24 octobre est une journée glorieuse pour les combattants de Verdun. Le fort de Douaumont est définitivement repris et le fort de Vaux est de nouveau très proche des 1ere lignes françaises.
Les gains ont été de 6000 prisonniers, 164 mitrailleuses et 15 canons.

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Témoignage de Fernand DUCOM de la compagnie divisionnaire 19/2 du Génie, mise à disposition du 8e bataillon du R.I.C.M. :  » On a écrit que le fort, en cette soirée du 24, était dans un état de saleté repoussante, qu’une odeur nauséabonde y régnait. J’avoue n’avoir pas du tout vu Douaumond sous cet aspect peu engageant. En réalité, les Allemands avaient admirablement organisé leur conquête. Des lampes électriques à réflecteurs répandent partout une brillante lumière ; des lits confortables ont été placés dans tous les locaux ; toutes sortes d’appareils (téléphones, T.S.F., appareils à oxigène contre les gaz, tous de marque allemande), ont été installés ; les couloirs sont propres, l’atmosphère nullement empuantie, contrairement à ce qu’on écrit. Le fort possède une centrale électriqu, un « lazarett » (hôpital) bien organisé et même un « kasino ». Visiblement, l’ennemi s’était installé de façon définitive; notre arrivée foudroyante l’a surpris, ne lui laissant pas le temps d’organiser une défence sérieuse. Quelques Allemands ont essayé de résister ; leurs cadavres gisent de-ci-de-là, complétement carbonisés par les lance-flammes de notre compagnie Schilt…

Un incendie a été allumé par nos obus dans une casemate effondrée ; le commandant allemand, qui ne doit être évacué vers l’arrière en tant que prisonnier qu’à l’aube, offre de l’éteindre avec ses hommes ; on le lui accorde et je suis chargé de le surveiller. Muni, ainsi que ses pionniers, d’appareils Draeger à oxygène, il s’emploie très activement à l’extinction du feu, fort menaçant. Il faut voir avec quelle promptitude ses hommes obéissent aux ordres qu’il leur donne.
Ainsi, pendant cette nuit du 24 au 25 octobre, le fort de Douaumont posséda deux commandants : un Allemand, un Français.
Revolver au poing, isolé pendant plusieurs heures avec mes Boches, j’ai pu causer longuement avec leur commandant, le Hauptmann Prolius, nullement arrogant, quoi qu’on en ait dit, et qui parle assez correctement le français. C’est un capitaine d’artillerie d’active, âgé de 32 ans, au front depuis le début de la guerre et décoré de la Croix de fer. Le véritable commandant du fort ayant été blessé, il exerçait ses fonctions depuis trois semaines.
Il admire en connaisseur le travail de notre artillerie ; il reste pensif quand on lui parle de Verdun ; beau joueur, il reconnaît notre succès, mais il croit malgré tout à un coup prochain et décisif de l’Allemagne.
En attendant, il m’annonce la prise de Bucarest, et il me donne son opinion sur les principaux alliés : le soldat français est le meilleur de tous (c’est aussi mon avis, mais dans sa position, il ne pouvait guère me dire le contraire) ; l’Anglais ne vaut rien comme guerrier, il est, de plus, cordialement détesté ; le Russe, ordinairement brave, attaque en masses compactes et subit des terribles pertes. La guerre sur le front oriental est beaucoup moins dure que chez nous… « 

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Les Allemands quittent le fort, repris par les Français
(photo prise le 25 octobre)

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Front au 24 octobre 1916


 

25 octobre – Organisation des positions conquises la veille et poursuite de la lutte
Les succès de la veille ont donné un grand espoir aux soldats et aux officiers. Le général Mangin ordonne la poursuite de l’offensive avec la reprise du fort de Vaux le jour même.

Dans la nuit, le 113e R.I. monte en ligne dans le secteur qui s’étend du fort de Douaumont au ravin de la Fausse-Cote. Il occupe le ravin de la Caillette, du Bazil et de Chambouillat et notamment, la tranchée du chemin de fer.
Le 102e R.I. releve le 1er bataillon du R.I.C.M. Dans l’attaque de Douaumont, le R.I.C.M. a perdu 829 hommes et 23 officiers.

Au matin, les unités qui occupent le fort de Douaumont organisent la défense.
Témoignage de Fernand DUCOM de la compagnie divisionnaire 19/2 du Génie, mise à disposition du 8e bataillon du R.I.C.M. :  » Au petit matin, mon capitaine me charge d’organiser la défence du fort ; obstruction des entrées, aménagement de créneaux de tir et d’emplacements de mitrailleuses, avec tous les sapeurs disponibles. La compagnie a également pour mission la surveillance des issues et la police intérieure. Cela vaut au simple sergent que je suis une altercation violente avec un commandant du 102e R.I., venu relever le 1er bataillon du R.I.C.M. et qui s’obtine à encombrer les couloirs de Douaumont, au lieu d’aller occuper ses positions, en avant du fort. Devant mon attitude énergique, il se décide enfin à évacuer la place. »

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Une entrée obstruer et une mitrailleuse allemandes retrouvée dans le fort de Douaumont

A 10 h, 2 bataillons du 216e R.I., en ligne dans le secteur de la Vaux-Regnier, s’avancent des carrières vers le fort de Vaux. Ils sont fauchés par les mitrailleuses allemandes et ne peuvent progresser.

Le 230e R.I. continue sa lutte en s’efforcant d’avancer par petites fractions dans le bois Fumin. Il est bloqué sur ses positions par le bombardement allemand.

Les 233e et 333e R.I. tentent de reprendre le terrain qu’ils ont dut quitter la veille, mais sans succès.

Finalement, à la fin de la journée, aucun régiment n’est parviennu à améliorer ses positions. Le bombardement allemand a été très violent, surtout dans le secteur de Vaux.


 

26 au 31 octobre – Nouvelle préparation d’artillerie française sur le fort de Vaux
Aucune nouvelle progression n’est réalisée. De part et d’autre, chaque camp reste sur ses positions, à bout de force, sous une pluie qui ne cesse.
Témoignage de L. CHEVRIER, du 113e R.I. :  » Dans la nuit noire, sans lune, sous la pluie, nous descendons les pentes du ravin de la Fausse-Côte. Tout à coup, un hurlement terrible et sinistre ; instinctivement, nous nous couchons ; aussitôt après, nous sommes environnés de feu, un fracas épouvantables, des sifflements aigus, tout vole autour de nous.
Une odeur terrible se fait sentir ; il faut continuer notre chemin vers l’avant ; c’est à peine si nous avons la force de nous relever ; cette odeur nouséabonde nous donne envie de vomir
.
Ce n’est qu’au matin brumeux, que cherchant de nos observatoires, à mi-pente du ravin, le chemin par où nous sommes venus sur cette mer de boue sans nom, nous nous rendons compte que, surpris par une rafale, nous nous sommes couchés au milieu d’un grand cimetière allemand. Les obus sont venu sortir les cadavres de leurs tombes pour les déchiqueter, les projeter en l’air, puis les rejeter à nouveau, avec la glaise immonde, sur nos capotes détrempées par la pluie. »

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Le 28, le général Mangin relance l’offensive sur le fort de Vaux et commence par relever les divisions qui ont attaqué le 24, épuisées par 4 jours de combats. Une nouvelle préparation d’artillerie est engagée sur Vaux et ses alentours.

Au 31 octobre, le front français est composé de la façon suivante :
- la 7e D.I. (102e, 103e, 104e et 315e R.I.) est en ligne du bois d’Haudraumont au village de Douaumont ;
- la 37e D.I. (2e et 3e Zouaves, 2e et 3e Tirailleurs) est en ligne du village de Douaumont à la Tourelle est, en avant du fort ;
- la 9e D.I. (66e B.C.P., 4e, 82e, 113e et 313e R.I.) est de la Tourelle est du fort de Douaumont à l’étang de Vaux ;
- la 63e D.I. (216e, 238e, 292e, 298e, 305e et 321e R.I.) se trouve dans le secteur de Vaux ;
- la 22e D.I. (19e, 62e, 116e, 188e R.I.) monte en ligne pour renforcer la 63e dans le secteur de Vaux.

 


1er novembre – Evacuation du fort de Vaux par l’armée allemande
La préparation d’artillerie française débutée la veille, s’intensifie toute la journée.

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Mise en place d’un canon de 105 mm


 

2 novembrePréparation d’artillerie française sur le fort de Vaux
Dans la nuit, les Allemands évacuent le fort de Vaux. Ils sont tout a fait conscient que les Français entament la reprise de l’offensive débutée le 24 octobre. Se rendant compte que le fort est intenable, en raison du pilonnage par gros calibres qui a repris, ils se résignent à leur défaite.

Vers 17 h, une conversation allemande par radio est interceptée par les Français. Elle révéle l’évacuation du fort de Vaux.
Une compagnie du 118e R.I. et une du 298e R.I. sont chargées d’aller vérifier l’exactitude de l’information. Le 118e doit aborder le fort par les faces ouest et est alors que le 298e doit approcher par la face sud. La mission doit s’exécuter dans la nuit. Elle débute le 3 novembre vers 1 h.


 

3 novembre – Reconquête du fort de Vaux.
Témoignage du sergent abbé CHEYLAN, du 118e R.I. :  » Vers 1 heure du matin, notre commandant de compagnie, le capitaine Fouache (3e compagnie du 118e R.I.) vient nous trouver et nous désigne, l’adjudant Lelé et moi (sergent Cheylan), pour aller reconnaître le fort :
- Prenez 10 hommes, nous dit-il, et parter en patrouille, l’adjudent Lelé face à la corne ouest, le sergent Cheylan, face à la corne est. Comme consigne : faire beaucoup de bruit pour qu’on vous tire dessus, si le fort est encore occupé
.
Les hommes acceptent la mission sans enthousiasme. Cepandant, ils suivent. Je marche en tête avec deux volontaires. Nous approchons de la masse énorme. Des trous d’obus formidables nous engloutissent tous les dix.

Voici le fossé ; on hésite à y descendre. Partout le silence. Enfin, nous nous laissons glisser le long de la pente et nous nous rencontrons avec la patrouille du 298e qui devait reconnaître la face sud du fort.

Je découvre à droite de la porte d’entrée à la gorge du fort, un éboulement qui permet au capitaine Fouache, au lieutenant Mathelier et à une dizaine d’hommes du 118e d’escalader le fort. Ils parcourent la superstructure, notamment vers la tourelle de 75, sans trouver d’issue. Le lieutenant Mathelier trouve près de la porte de la gorge un trou bouché par des sacs de terre ; ce trou est ouvert à coup de pioche.

J’y pénètre en rampant à la suite du lieutanant Dio (298e). Une fumée âcre et une odeur pestilentielle nous prennent à la gorge. Nous inspectons l’intérieur et nous ne découvrons que les traces de la fuite précipitée de l’ennemi : armes, munitions, eau minérale, etc…

Il est environ 2 h 30. Après le fort de Douaumont, le fort de Vaux est à son tour définitivement délivré. « 

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Le fort de Vaux reconquis (la superstructure)

Dans la journée, des éléments du 82e R.I. en ligne vers l’étang de Vaux, se portent en avant. Ils parviennent à atteindre à gauche, la tranchée de Ralisbonne, et à droite, le village de Vaux. La partie est du villaget repris ainsi que le village de Damloup.

A 21 h 30, le 62e R.I. se place sur les positions du 299e R.I. qu’il relève (à l’est du fort de Vaux reconquis).

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Front au 3 novembre 1916


 

4 novembre
Le nouveau front français domine à présent les positions allemandes.
En 10 jours seulement, les Allemands ont perdu le terrain qu’ils ont mis plus de six mois à conquérir, et qui leur à coûté tant de vie.

Dans les autres secteurs du champs de bataille de Verdun, les lignes n’ont pas bougé, il n’y a pas eu de victoires. Les hommes qui n’ont pas pris part aux événements des 24 octobre et 3 novembre, n’ont perçu que de manière très estompé l’élan d’espoir qui vient d’animer la France entière. Leur quotidien n’a pas changée, leurs souffrances et leurs misères sont les mêmes.
Témoignage de Robert TERREAU, caporal au 203e R.I., en ligne au Mort-Homme fin octobre :  » Je me suis attardé cette nuit au P.C. du capitaine à qui j’ai porté des renseignements.
Je jour est venu et il me faut rejoindre ma section en première ligne. Le boyau a été comblé par le bombardement et je n’ai d’autre ressource que de me glisser de trous d’obus en trous d’obus.
J’ai une centaine de mètres à parcourir. La tranchée allemande de Feuillères domine légèrement la nôtre sur la gauche.
D’abord, tout va bien et j’ai déjà franchi la moitié du parcours. Au moment où je vais sortir d’un entonnoir, une balle claque et soulève un peu de terre près de moi. Un guetteur ennemi m’a vu. Je reste au fond de mon trou pendant quelques secondes, puis je me précipite d’un bond vers un autre entonnoir. Deux coups de feu sont partis du poste sans m’atteindre.
Je me suis jeté à plat ventre. Ma main s’est accrochée dans un barbelé et saigne. Je n’ose plus faire un mouvement. Je suis devenu le gibier que guette le chasseur.
Je reste un long moment immobile, pesant ainsi lasser mon adversaire. Puis je m’écarte dans une autre direction pour tromper le tireur. Il tire tout de même mais me manque encore.
Je suis essoufflé et je me colle au sol. Une odeur épouvantable m’assaille aussitôt. Je suis blotti contre une forme humaine à moitié enfouie dans la boue. Le drap de la vareuse a pris la couleur de la terre et seuls quelques détails de l’équipement m’indiquent que c’est un cadavre allemand. Je rampe pour éviter l’affreux contact, mais partout la terre est jonchée de débris horribles. Je passe près d’un cadavre français dont les mains crispées, noires, décharnées, se dressent vers le ciel comme si le mort implorait encore la pitié divine.

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Aussi loin que mon regard peut porter, le sol est couvert de cadavres, amis ou ennemis, restés figés dans les poses les plus invraisemblables. Le sommet du Mort-Homme ressemble par endroits à un dépôt d’ordures où s’amoncellent des lambeaux de vêtements, des armes mutilées, des casques déchiquetés, des vivres qui pourrissent, des os blanchissants, des chairs putréfiées.
Enfin, je saute dans notre tranchées. Mes mains, ma capote, tout sent le cadavre, mais mon optimiste reprend le dessus.
L’odeur de mort nous est devenue si familières dans ce secteur de Verdun, qu’elle ne m’empêche pas de manger avec mes mains souillées un croûton de pain que réclame mon estomac affamé.
Habillement endiguée par l’ennemi et dirigée vers nos lignes, l’eau à envahi bientôt notre tranchée. Grossi par les pluies, le fleuve s’insinue entre nos remparts de terre et mine nos parapets qui s’effondrent.. la tranchée n’est plus maintenant qu’une mare de boue d’où monte une odeur intolérable.
On se réfugie sur les rares banquettes qui tiennent encore. Les caisses de grenades constituent des perchoirs sur lesquels on s’agrippe et où l’on cherche à grouper les couvertures, les musette, les grenades et les armes.
Toute tête qui dépasse le parapet est une cible pour le guetteur d’en face. Il faut reste accroupi sur son socle pour ne pas s’enfoncer dans la boue jusqu’au ventre ou rester enlisé.
Au bout de quelques heures, cette position cause une souffrance atroce.
Il est impossible de communiquer entre nous pendant le jour. Tout objet qui échappe des mains est irrémédiablement perdu dans la boue liquide. Le moral est plus bas que je ne l’ai jamais vu devant de telles misères physiques. La pluie tombe sans arrêt et traverse nos vêtements. Le froid nous pénètre, les poux nous sucent ; tout le corps est brisé.
La pluie et la boue décomposent les cadavres d’où s’exalte une odeur écœurante. Nous ne mangeons plus. Je vois des hommes de 40 ans pleurer comme des enfants. Certains voudraient mourir.
Les grenades, les cartouches, les fusées sont noyées. La boue pénètres dans les canons et le mécanisme des fusils, les rendant hors d’usage. Nous serions incapable de résister à une attaque allemande.
Seule la nuit nous permet de quitter une position que nous avons dû garder pendant douze heures. « 

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source : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

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26 novembre 2012

La bataille de Verdun Juin

Classé sous — milguerres @ 23 h 48 min

 

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Période de Juin 1916

1er juin – Pression allemande sur le fort de Vaux (rive droite)

source : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm


Rive droite
Début juin, le général Falkenhayn veut frapper un grand coup pour enfin en finir avec Verdun !
Il devient en effet urgent et primordial pour l’Allemagne de dégager ce point du front ouest qui englouti tant d’hommes. Les raisons sont simples, les services de renseignement allemand prévoient l’imminence de 3 grandes offensives
:
-
dans la Somme, conjointement menée par la France et l’Angleterre ;
-
sur le front russe, sans doute en Volhynie et en Bukovine ;
-
sur le front italien.

Il faut donc rapidement désenclaver Verdun afin de disposer de forces suffisantes pout répondre au mieux aux événements qui se préparent…
Témoignage de Pétain :  » Le haut commandement allemand commençait à se rendre compte de la gravité de la situation. La logique eût alors voulu qu’il desserrât progressivement son étreinte autour de Verdun pour rechercher, comme le faisait le haut commandement des Alliés, une autre zone d’action. Cependant il s’obstinait dans son plan : on tenait l’armée française et on ne la lâcherait pas « 

Aux vues des terribles pertes que vient de subir l’armée allemande dans ses attaques sur le Mort-Homme et la cote 304, en avril et en mai, il est en effet difficile de comprendre pourquoi Falkenhayn s’obstine. Cependant, la mise en échec récente de l’offensive française sur le fort de Douaumont, du 22 au 25 mai, a semble t-il redonné espoir et réveillé des rêves de victoire…

La bataille de Verdun Juin  falkenhayn2

Falkenhayn veut lancer son attaque sur un front restreint, 5 à 6 km tout au plus, entre la cote du Poivre et Vaux-Damloup. Son plan, toujours très méthodique, se décompose en 2 phases :
- Premièrement, conquérir tous les points stratégiques du secteur d’attaque choisi, en l’occurrence : le fort de Vaux ; l’ouvrage de Thiaumont ; l’ouvrage de Froideterre ; le fort de Souville et la crête de Fleury. Y consacrer pour cela le temps nécessaire, malgré l’urgence, et y employer des forces importantes, jusqu’à 5 divisions s’il le faut ;
- Deuxièmement, solidement encré sur cette nouvelle ligne et maître des fortifications en faisant partie, s’élancer sur Verdun par l’étroit ravin des Vignes dans un suprême et violent assaut, et conquérir la ville.

La première phase va occuper l’armée allemande jusqu’au 22 juin, le point culminant étant la bataille puis le chute du fort de Vaux du 1er et 7 juin. A cette date, 2 crêtes seulement sépareront l’ennemi de la ville, la ligne Thiaumont-Souville-Tavannes et la ligne Belleville-Saint-Michel-Belrupt.
La deuxième phase lancée le 23 juin, va venir se briser le 12 juillet devant le fort de Souville, dernier rempart avant Verdun. Les Allemands ne seront plus qu’à 3 km de la ville, mais ne parviendront pas à percer.
Des 2 côtés, les pertes pour juin et juillet seront colossales.
Aujourd’hui, un monument, un grand lion couché, comme mortellement atteint, symbolise cette extrême limite atteinte par l’armée Allemande. Dans la soirée du 12, le Kronprinz recevra l’ordre, puisque les objectifs fixés n’ont pas pu être atteints,  » de se tenir désormais sur une stricte défensive « L’Allemagne aura dés lors perdue la bataille de Verdun. Cette bataille qui devait « saigner à blanc » l’armée française aura également « saignée à mort » l’armée allemande…
Débutera alors, pour les Français, la partie offensive de la bataille qui se prolongera jusqu’à la mi-décembre.

 

Le fort de Vaux se dresse à 2600 mètres au sud-est du fort de Douaumont.
Il culmine à 350 m et domine le village de Vaux et toute la plaine est de la Woëvre (voir également la partie « Fortifications », « Le fort de Vaux »).
Depuis le 24 mai, le fort est commandé par le commandant Raynal du 96e R.I.

Sylvain Eugème Raynal est né à Bordeaux (Gironde) le 7 mars 1867.raynal2
Au début de la guerre, il commande le 7e régiment de tirailleurs algériens.
En septembre, il est blessé légèrement à l’épaule par une balle de mitrailleuse. En décembre, il est blessé grièvement par un éclat d’obus et hospitalisé durant 10 mois.
Il retourne au front le 1er octobre 1915, mais quelques jours plus tard, il est blessé de nouveau par un éclat d’obus à la jambe. Cette troisième blessure lui vaut d’être promu officier de la légion d’honneur. Dés lors, la guerre semble terminée pour lui.
Au début de l’année 1916, la France est en manque d’officiers. Le ministère de la guerre annonce que les officiers ne pouvant plus servir en première ligne, de part leur blessure, peuvent se porter volontaires pour commander une forteresse.
Raynal, juste remis de sa blessure et boitant encore fortement, saute sur l’occasion et demande à servir dans le secteur de Verdun, ou l’offensive allemande vient de commencer.
Il est affecté au 96e R.I. et prend le commandement du fort de Vaux le 24 mai.

La garnison du fort est composée de 600 hommes alors qu’elle ne peu théoriquement n’en contenir que 250 : le 2e bataillon du 142e R.I., qui forme la garnison intérieur du fort et tient les abords extérieurs est ; mais également des blessés, des restes d’unités décimées, des égarés accidentellement qui naturellement sont venus s’abriter là et que l’on ne peut rejeter à la mort. Certains ont été évacués durant la nuit, mais depuis plusieurs jours, plus personne ne rentre ni ne sort ; 8000 obus tombent 22 heures sur 24 sur la fortification, à chaque ouverture, un obus toxique tombe toutes les 5 secondes. Des murs de sacs de sable ont été érigés à chaque accés afin que les gaz pénètrent le moins possible.
Dans le fort, la vie est insupportable. Témoignage du lieutenant Albert CHEREL :  » Il y en avait de tous les calibres : du 77, du 105, à l’éclatement déchirant ; du 210, du 380, que les soldats avaient surnommé le « Nord-Sud »à cause du grondement strident de son sillage dans l’air ; peut-être du 420, car on en trouva un culot près du corps de garde le lendemain. Ces obus, à certains moments, tombaient à la cadence de 6 par minute. Il nous semblait vivre au milieu d’une effroyable tempête. « 
Témoignage du lieutenant Albert CHEREL :  » Le fort de Vaux qui avait été bâti pour contenir une compagnie, en logeait maintenant 6. La circulation était devenue difficile. L’air était peu respirable, d’autant plus que, sans cesse, les obus éclatant près des fenêtres ou des entrées lançaient dans les couloirs leur fumée ou la poussière de terre et de pierre qu’ils faisaient jaillir.
La poussière avait un autre inconvénient ; elle augmentait la soif et la rendait insupportable. « 

Dans la nuit du 31 mai au 1er juin, le 3e bataillon du 28e R.I. est en ligne non loin du fort. Il est soumis au bombardement intense que les Allemands produisent sur le secteur du fort. Dans l’obscurité, blottis au font de leur tranchée, les hommes succombent les uns après les autres. Chacun attend l’éclat qui le tuera. A l’aube, le bataillon est entièrement anéanti.
Sa disparition permet à l’ennemi d’avance et de progresser ainsi jusqu’au ravin du Bazil.

Un coureur est parvenu à rallier le 1er bataillon du 28e qui est en arrière, en soutien. Le bataillon se porte aussitôt en avant pour contre-attaquer, malgré le tir de barrage allemand qui n’a pas faibli. Il est à son tour anéanti et réduit à 8 hommes en un instant. Il faut noter que de nombreux obus français tombent également, par erreur, au même endroit.

Les Allemands poursuivent leur progression et contournent les 1er et 3e bataillons du 5e R.I., déjà réduit de moitié par le bombardement des dernières heures.
Le 3e bataillon du 119e R.I. est alerté et reçoit l’ordre de monter en ligne en urgence. Il part de Verdun en plein jour et parvient à rejoindre le 5e R.I. Ensemble, ils réussissent à stopper l’ennemi, mais le ravin du Bazil est déjà fortement investi et ne peut être repris. La position des 2 régiments français reste donc très précaire.

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Dans la matinée, le 24e R.I. qui est en ligne au saillant d’Hardaumont, subit une 1ère attaque qu’il parvient à repousser à la grenade. Un peu plus tard, une seconde attaque plus compacte est lancée, les hommes se battent jusqu’à épuisement total. Les derniers survivants sont fait prisonniers.
Les Allemands avancent et occupent le saillant d’Hardaumont, puis bientôt, le ravin de la Fausse-Côte. Ils franchissent la digue puis, après plusieurs heures de combat, atteignent le bois Fumin et les retranchements R2 et R3.

Le 101e R.I. qui se trouve à présent face à l’ennemi alors qu’il occupait quelques heures auparavant une position retranchée, prend ses dispositions et forme un barrage compact dans le bois Fumin et devant l’ouvrage R1.
Lorsque la nuit tombe, R1 est à son tour pris d’assaut mais l’ennemi ne parvient pas à forcer le barrage de mitrailleuses qui a été mis en place. Les cadavres allemands sont très nombreux devant la ligne française.
Témoignage du capitaine Delvert, commandant du retranchement R1 :  » Jeudi 1er juin – Ce matin à 8 heures, nous avons vu, en avant de nous sur les pentes du plateau de Hardaumont, les fantassins sortir comme des fourmis quand on a frappé du pied une fourmilière.
Ils ont dévalé vers notre tranchée du Saillant (sans recevoir un coup de canon). Des nôtres se sont repliés précipitamment vers le ravin de la Fausse-Côte. Nous avons tirés sur les assaillants, sans grand résultat apparent.
Les Allemands, en colonne par un, se sont ensuite glissés le long de la voie ferrée. On a vu alors une file de capotes bleues, sans armes, remonter les pentes de Hardaumont : des prisonniers, soixante à quatre-vingts…
A tout moment passent dans la tranchée des blessés ruisselants de sang. Ils vont au poste de secours qui est à la redoute.
Et les Allemands défilent sans cesse le long de la voie ferrée et passent la Digue.
12 heures – Ils abordent R2. Vive fusillade. On résiste ! Enfin ! C’est notre 3e compagnie qui les reçoit. Je suis descendu à la redoute d’où l’on domine le ravin qui sépare le bois Fumin de R1. De la redoute et de R2, mitrailleuses et fantassins fusillent toute larve feldgrau qui rampe sur les pentes de Fumin.
14 h 30 – Ils ont pris R2. Notre gauche est menacée d’être tournée… A peine installés à R2, ils se sont mis à creuser en avant une tranchée, à la grande admiration de nos troupiers.
Maintenant, seul, le ravin nous sépare d’eux. Allons-nous être cueillis ici comme dans un souricière ? Deux mitrailleuses battent le ravin.
L’aspect de la tranchée est atroce. Partout des pierres sont ponctuées de gouttelettes rouges. Par place, des mares de sang. Sur le parados, dans le boyau, des cadavres raidis couverts d’une toile de tente. A droite, à gauche, le sol est jonché de débris sans noms : boites de conserves vides, sacs éventrés, casques troués, fusils brisés éclaboussés de sang. Une odeur insupportable empeste l’air. « 

A la droite du 101e, le 2e bataillon du 142e R.I., à l’est du fort, vie les mêmes épreuves.

Durant cette journée, tous les éléments français qui se sont trouvés face à l’ennemi ont été soit chassés, soit anéantis, soit fait prisonniers. L’ennemi a réalisé une avancé importante. De la position qu’il occupe désormais, il est bien placé pour attaquer le fort de Vaux par l’est.

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Durant la nuit, le 2e bataillon du 75e R.I. monte en ligne et prend position face au côté ouest du bois de la Caillette.
 » Nous étions 150 au départ des casernes Bévaux, le 1er juin ; quand nous sommes arrivés en ligne, sans avoir encore été mis en contact avec l’ennemi, il ne restait qu’une trentaine d’hommes à la compagnie. « 

Le 124e R.I. rejoint la tranchée Fumin. Son 2e bataillon lance aussitôt une attaque à la grenade qui ne donne pas de résultat sinon d’anéantir presque en totalité l’une de ses compagnies et d’affaiblir grandement les autres.

La 52e D.I. (49e et 58e B.C.P., 245e, 291e, 320e, 347e et 348e R.I.) est mise à la disposition de la 6e D.I.

Rive gauche.
Contrairement au front droit, le mois de juin est assez calme sur les champs de bataille à gauche de la Meuse.

A l’est du Mort-Homme, au nord de Chattancourt, 4 compagnies du 71e R.I. tentent d’améliorer leurs positions. Les sections de tête progressent d’abord sans difficulté, elles atteignent l’ennemi lorsqu’un violent tir de barrage et des feux croisés de mitrailleuses les arrêtent et les déciment. La 8e compagnie conserve avec peine le terrain qu’elle vient de gagner. Ses pertes sont de 20 tués (dont 3 officiers) et 60 blessés.


2 juin – Perte du village de Damloup – Siège du fort de Vaux (rive droite)
Rive droite

Depuis plusieurs heures, un intense bombardement par obus asphyxiants s’abat sur le secteur du fort de du village de Damloup.
Lorsqu’à l’aube, le bombardement s’arrête, le tir de barrage français ne prend par la relève. Les Allemands, 4 compagnies d’assaut, s’élancent sur le village de Damloup. Il est alors tenu par des éléments du 1er bataillon du 142e R.I. Le village tombe rapidement et les Allemands poursuivent leur progression en montant vers le fort de Vaux par le ravin de la Horgne.

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Ils arrivent bientôt à proximité du coffre simple nord-est (les coffres de contrescarpe sont des ouvrages autonomes défendant le fossé intérieur du fort). Il est protégé par la 7e compagnie du 142e R.I., commandée par le capitaine Tabourot, et qui occupe le coffre lui-même et les abords proches.

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Le combat s’engage aussitôt, mais bientôt, les positions avancées sont contournées par l’ennemi. Le capitaine Tabourot, les 2 jambes déchiquetées par une grenade, ordonne aux survivants de se replier dans le coffre simple. Le capitaine Tabourot parvient à se traîner sur ses moignons jusqu’à l’entrée ou il est emporté à l’infirmerie.

Le fort de Vaux
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Les Allemands tentent alors de pénétrer dans le coffre. Les Français reculent dans la galerie d’accès, 1 m 50 de haut, moins de 1 m de large, et établissent un barrage avec des havresacs. Les Allemands le font sauter, il est rétabli un peu en arrière. Ce dernier barrage parvient à être défendu durant plusieurs heures mais après 3 tentatives, les assaillants parviennent également à le faire sauter. Un 3e barrage de sacs de sable est mis en place plus en retrait, derrière le premier portail en fer.
Jusqu’au soir, l’ennemi emploiera tous les stratagèmes pour tenter de faire sauter la porte mais n’y parviendra pas.

Pendant ce temps, un petit groupe de pionniers allemands est descendu dans le fossé, large de 10 m et profond de 5, comblé en partie de blocs de béton, a escaladé le mur de contrescarpe et a atteint la superstructure du fort. Il est soumis à des tirs venant de 2 mitrailleuses installées dans des brèches ainsi que venant du coffre double nord-ouest.

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Les 2 mitrailleuses sont nettoyées à la grenade à main et quelques pionniers se dirigent en rampant vers le coffre double et parviennent à se hisser sur le toit.
Tout est prévu, ils ont emporté le matériel nécessaire. Grâce à des tuyaux coudés positionnés devant les embrasures, ils enfument le coffre avec des lance-flammes. Les mitrailleuses se taisent. Cependant, elles ne tardent pas à tirer à nouveau lorsque la fumée s’est dissipée. Il faut tenter autre chose… Ils descendent des grenades dans des sacs de terre, qu’ils font exploser au niveau des ouvertures, tuant les occupants et mettant les pièces hors de service.

A 17 h, la situation du coffre nord-ouest est devenue critique. Le commandant Raynal ordonne l’abandon du coffre et le replie dans le couloir d’accès, ou un barrage de sac de sable est mis en place.
Témoignage du commandant Raynal :  » Le sous-lieutenant Denizet de l’artillerie, qui défend le coffre double, vient me rendre compte que les Allemands, qui sont au-dessus de sa tête, ont, à l’aide de cordes, descendu des paniers de grenades juste à hauteur de nos embrasures, les ont fait exploser et ont mis des pièces hors de service.
D’autres Allemands, rencontrant sous leurs pieds le travail que j’avais fait faire pour boucher un trou de cinq mètres percé dans la voûte par l’explosion d’un 380, ont défait de travail et l’on aperçoit leurs têtes grimaçantes se dessiner sur le fond du ciel. En lançant des grenades par ce trou, l’ennemi peut couper les défenseurs du coffre double. Je décide que ce coffre, dont les pièces sont maintenant inutilisables, sera évacué et je me clôture de ce côté, par un barrage, construit avec créneaux pour grenadiers, en arrière de l’ouverture percée par le 380. « 

Dés lors, l’ennemi est maître des 2 coffres nord-ouest et nord-est ainsi qu’une partie de la superstructure. Il ne peut reculer, il va, coûte que coûte, engager une lutte à mort pour conquérir le fort. Les Français, impuissants, prisonniers dans la fortification, vont défendre chaque couloir, chaque ouverture, avec acharnement.

En début d’après-midi, la 4e et la 11e compagnies du 142e R.I. contre-attaquent le village de Damloup, elles sont anéanties par les obus avant d’atteindre le village.

Jusqu’au soir, les combats dans le secteur du fort, sur sa superstructure et dans les galeries d’accès aux coffres ont été incessants, très violents et très meurtriers.
Il va en va de même à l’ouvrage R1, ou les éléments du 101e poursuivent leur lutte Suite du témoignage du capitaine Delvert, commandant du retranchement R1 :  » Vendredi 2 juin – Nuit d’angoisse, perpétuellement alertés…
Nous n’avons pas été ravitaillés hier. La soif est pénible.
Un obus vient de faire glisser ma plume. Il n’est pas tombé loin. A en juger par la direction et l’éclatement, c’est du 75. Pièce décalibrée qui tire trop court. J’envoie une fusée éclairante et une fusée verte pour qu’on allonge le tir. Peine perdue.
13 h 30 – La lutte à coups de fusils a repris, plus ardente que jamais.
20 heures – Les Allemands d’en face sortent de leurs tranchées. Ici, tout le monde est au créneau. J’ai fait distribuer à tous des grenades, car à la distance où nous sommes le fusil est impuissant. Sortais coupe les ficelles des cuillers et nous les expédions. Ils nous répondent par des grenades à fusils, mais qui portent trop loin. Ceux qui sont sortie, surpris par notre accueil, rejoignent la tranchée Sarajevo en vitesse… on voit des ombres s’enfuir précipitamment et se diriger vers l’arrière ; sans doute la seconde vague qui se dérobe… Si nous avions un tir de 75 maintenant ce serait parfait.
22 heures – Un homme arrive du poste du colonel avec cinq bidons d’eau – d’on un vide – pour toute la compagnie. Ce sont des bidons de deux litres. Cela fait neuf litres, à peu près, pour soixante homes, huit sergents et trois officiers. L’adjudant Dubuc fait devant moi, avec une parfaite équité, la distribution de cette eau qui sent le cadavre. « 

A la nuit, un bataillon du 53e R.I. et la 63e D.I. (216e, 238e, 292e, 298e, 305e et 321e R.I.) viennent renforcer les positions françaises très précaires entre le fort et Damloup (le 298e se dirige sur Tavannes).

Durant ces 2 journées d’intenses combats, l’infanterie française totalement désorientée a soit été totalement inexistante à des moments cruciaux, comme l’assaut allemands sur le fort, soit a tiré à de nombreuses reprises sur ces propres positions.
Ces erreurs, si elles avaient pu être évitées, auraient rendues la tâche beaucoup plus dure aux assaillants.
Témoignage du major RIBELAY du 58e R.A.C. :
 » Le capitaine Tabourot, ce héros magnifique dont on ne peut écrire le nom qu’avec un frémissement de respect, a eu avant de mourir une parole atroce. Sitôt l’attaque allemande déclenchée, il avait demandé à plusieurs reprises notre tir de barrage. Pris de colère devant le silence de notre artillerie, qui avait permis l’encerclement du fort de Vaux et allait rendre inutiles tout ce courage dépensé par ses hommes et toutes ces morts, il s’écria en tombant frappé à mort lui-même :  » Ecoutez bien mon dernier ordre, vous là ! Ceux d’entre vous qui pourront s’échapper, qu’ils aillent casser la gueule aux artilleurs !  » Venant d’un tel homme, de tels propos ne peuvent être passés sous silence. Ils appellent des commentaires.
Nous avons eu l’occasion de relever des erreurs et des fautes de notre artillerie.
Le 1er juin, nos 75 ont à plusieurs reprises tiré sur nos propres tranchées. C’était là un accident presque fatal en cette bataille de Verdun où l’on demandait au matériel le même surmenage qu’aux hommes, mais cet accident n’est excusable que s’il demeure un accident et ne tend pas à devenir une règle.
Le 2 juin, à de nombreuses reprises, « l’accident » se reproduit. Il se reproduira encore le 3 juin, puis le 4, puis chaque jour, peut-on dire en ce début de juin. Mais la journée du 2 juin mérite un examen spécial car c’est au cours de cette journée que se sont accumulés accidents et erreurs d’une façon quasi systématique.

Quelques traits du tableau d’ensemble :
 » Un officier du 53e arrive à la redoute avec une horrible blessure. Un éclat très large lui a labouré latéralement toute la face avant du corps. Le front est ensanglanté, la bouche dégoutte de sang. Les bras, les mains, la poitrine, les jambes, tout ne paraît qu’une plaie. Il est hagard, fou de colère contre l ‘artillerie. Une compagnie de 90 hommes en a perdu 40 en quelques minutes. Six mitrailleuses ont été démolies et leurs servants tués. Et le tir continue toujours. Il a lancé plus de 100 fusées vertes sans résultat. Il n’y a rien à faire qu’à se terrer contre notre propre tir.  »
(D’après un récit du sous-lieutenant G. HUGUENIN du 142e R.I.)

Enfin, les 75 se décident à allonger leur tir, mais ils l’allongent tellement que nos obus vont frapper les objectifs anciens, bien en arrière des nouvelles lignes allemandes. Ce sont des munitions gaspillées.
Il y a plus grave encore.
Le tableau de tir, sur ce point du front, le 2 juin, se lit de la façon suivante :
A – Barrages à 0 h 45, à 1 h 45 et à 2 h 15.
B – Barrages en avant du fort à 2 h 45, à 3 h 15, à 3 h 45 et à 4 h.
C – Entre 4 h et 10 h 45, 2 tirs de barrage, l’un à 7 h 30 et l’autre à 9 h.
D – De 11 h à 17 h 40, silence. A 17 h 40, reprise de la cadence de tir.

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Reprenons les divers points de ce tableau :
A – Les barrages ont permis, avec leurs longs intervalles, tous les préparatifs de l’attaque allemande ; pourtant cette attaque n’était nullement imprévue puisqu’elle avait été précédée d’un tir de préparation de 20 heures.
B – Les barrages après l’attaque sont demeurés sans effet pour la défense du fort puisqu’ils sont tombés au-delà des tranchées que venaient d’occuper les Allemands.
C – Deux tirs de barrage seulement entre 4 heures et 10 h 45, c’est une plaisanterie hors de propos, après une attaque comme celle que vient de subir le fort. L’ennemi a eu ainsi tout loisir pour approfondir et creuser la tranchée qu’il nous avait enlevée.
 » Du fort, impuissant, la rage au cœur, nous regardions les travailleurs ennemis qui, profitant de cette tranquillité, se promenaient à découvert, fumaient tranquillement la pipe sur les parapets et faisaient même des gestes pour nous narguer.  »
(D’après un récit du sergent Henri MATHIEU du 142e R.I.)

D – Quant au silence entre 11 heures et 17 h 40, il défie tout commentaire. « 

Rive gauche
R.A.S.

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Front au 2 juin 1916


3 juin – Siège du fort de Vaux (rive droite)
Rive droite
A 2 h, le 2e bataillon du 75e R.I. tente une attaque vers la Caillette mais ne parvient pas à progresser. A 9h, une nouvelle tentative donne le même résultat.

Les 1er et 2e bataillons du 119e R.I. attaquent en haut du ravin du Bazil mais ne parviennent pas à forcer la ligne allemande. Plus tard, ils repoussent 2 violentes contre-attaques.

Le commandant Raynal envoie un pigeon à la citadelle de Verdun pour demander un tir d’artillerie sur les dessus du fort. Cependant, lorsque que l’oiseau arrive à destination, il est blessé et a perdu la bague contenant le message. Il était le suivant :  » Les pertes de l’ennemi sont effroyables, mais il reçoit sans cesse des renforts, des troupes fraîches qui escaladent le fort, travaillent sur le dessus et autour de l’ouvrage. Il occupe nos anciennes tranchées qu’il a armées de mitrailleuses ; il est même parvenu à en installer sur le dessus du fort. « 

Cependant, à 5 h, un avion français parvient à survoler l’ouvrage et à rendre compte de la situation. Peu de temps après, le tir que souhaitait le commandant Raynal s’abat sur le fort. Les pionniers allemands se réfugient dans les coffres de contrescarpes conquis la veille.

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Dans la matinée, 2 bataillons du 53e R.I. qui sont en position dans le secteur du fort, reçoivent l’ordre de se porter au nord de l’ouvrage et de tenter une attaque. Leurs actions ne donnent aucun résultat mais il fallait s’y attendre, ses hommes sont trop épuisés par plusieurs jours de bombardement. Il est prévu de réaliser une attaque de plus grande envergure le lendemain à l’aube.
Toute la journée, les combats de taupes se poursuivent dans les 2 galeries enfumées qui relient les 2 coffres nord au cœur du fort. Mais la situation reste inchangée.


Quelques détails de ces combats, témoignage du Kurt Von Raden, correspondant de guerre allemand :  » Un escalier descendait profondément, puis venait un court palier, puis un roide escalier montant jusqu’à une solide porte en chêne qui empêchait d’aller plus loin. Le lieutenant des pionniers Ruberg décida de faire sauter cette porte en y plaçant tout ce qu’il fallait de grenades à main et de mettre à profit la confusion qui s’ensuivrait pour donner l’assaut avec ses soldats. Pour n’être pas elle-même anéantie par l’explosion, il fallait que le troupe gagnât assez de temps pour pouvoir, la mèche une fois allumée, descendre l’escalier et remonter de l’autre côté, ce qui exigeait au moins un cordon brûlant vingt secondes.

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Le lieutenant Ruberg, à défaut de pétards explosifs, lia donc ensemble une douzaine de grenades ; il les assujettissait contre la lourde porte, lorsqu’il entendit, derrière celle-ci, le chuchotement des Français et le petit crépitement significatif d’un cordon Bickford. Il n’avait donc plus le temps de la réflexion car, en une demi-minute au plus, la porte allait sauter de dedans, et les Français auraient, dans ce cas, la supériorité morale de l’assaut. Il fallait donc les devancer. Le lieutenant fit signe à ses hommes de se garer, tira le détonateur normal d’une des grenades à main qui fonctionne en cinq secondes, et se jeta au bas de l’escalier pour n’être pas lis en pièces. Il était à mi-chemin quand se produisit une formidable explosion : la charge posée par les Français sautait en même temps que l’autre, sous son action. La pression de l’air lança le lieutenant à quelques mètres plus loin, et il reçut dans le dos plusieurs éclats. Ses pionniers se jetèrent en avant dans le couloir, arrivèrent jusqu’à un croisement, mais furent alors reçus par deux mitrailleuses placées à angle droit environ à dix pas en arrière, si bien qu’il devint impossible de pousser plus loin. Il fallu patienter toute la nuit. « 

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A l’ouvrage R1, le combat continu. Capitaine Delvert, commandant du retranchement R1 :  » Samedi 3 juin – Il y a près de soixante-douze heures que je ‘ai pas dormi. L’ennemi attaque à nouveau au petit jour (2 h 30).
- Du calme, les enfants ! Laissez-les bien sortir ! On a besoin d’économiser la marchandise.
Un craquement d’explosions bien ensemble ! Bravo ! On voit les groupes allemands tournoyer, s’abattre.
A 3 h 30, ils en ont assez et rentrent dans leur trou…
A 6 heures, les brancardiers allemands sortent pour ramasser leurs blessés. J’empêche de tirer dessus.
Comme les Allemands passent sans discontinuer la Digue, qu’ils occupent R2, nous sommes menacés d’encerclement. La situation est vraiment terrible. Un angoisse indicible serre le cœur. Et nous sommes toujours accablés d’obus.
A 14 heures, une rafale me démolit deux mitrailleuses, m’enterre toutes les munitions, hache un servant, en blesse deux autres. A 17 h 15, nouvelle rafale…
Ce soir, préparation d’artillerie formidable de la part des Allemands. Nous serons sûrement attaqués de nouveau. Je fais rétablir la plate-forme de mitrailleuse démolie dans la journée et mettre en batterie une des deux pièces qu’on à pu réparer…
Pour boire, comme il pleut, les hommes ont mis leurs quarts dehors et établi des toiles de tente.
A 20 h 30, ces messieurs d’en face sortent de Serajevo.
Les Allemands sont accueillis à quinze mètres d’un tel barrage à la grenade, appuyé par un tel feu de mitrailleuses, qu’ils n’insistent pas. L’attaque est arrêtée net…
Les obus se remettent à tomber. « 

Toute l’après-midi, le bombardement allemand est très violent sur les bois de Vaux-Chapitre, de la Vaux-Régnier et de la Montagne, les ouvrages de Souville et de Tavannes, la batterie de Damloup et ses abords.

Rive gauche
R.A.S.


4 juin – Siège du fort de Vaux (rive droite)
Rive droite
Dès 2 h, la contre-attaque prévue la veille par les Français est lancée. Cependant, un seul bataillon du 298e R.I. y participe. Il ne peut prétendre seul à débarrasser les éléments du fort des forces ennemis qui en sont maîtres. Il s’élance cependant avec courage et énergie, et parvient à reprendre un élément de tranchée au nord-ouest. Il ne pourra pas progresser d’avantage, soumis aux tirs des mitrailleuses allemandes venant des coffres de contrescarpe.

Le commandant Raynal qui a suivi cet assaut censé lui venir en aide, est de plus en plus inquiet. Il connaît le courage de ses hommes, il sait qu’ils se battront jusqu’au bout, mais si aucune aide lui vient de l’extérieur, comment pourra t-il remédier au manque d’air et au manque d’eau.
Le courage ne remplace pas la soif…  » Tout le monde chercher un peu de fraîcheur contre les dalles ou contre les murs. Hélas ! la pierre est chaude. Les yeux brillent de fièvre, et l’on n’à touché qu’un quart d’eau depuis vingt-quatre heures. L’air est affreusement lourd : j’ai l’impression de me remuer sous une pile d’édredons. Une poignée de braves continue de soutenir le moral aux barrages, mais la masse commence à faiblir « 

 » Enfiévrés, les hommes ne demandaient qu’à boire et ne pouvaient goûter aux aliments. L’air était empoisonné par la fumée des gaz, de la poudre et de la poussière ; la couche était telle que les lampes s’éteignaient et que les lampes électriques n’arrivaient pas à percer sa profondeur à plus de 50 centimètres. Les hommes étaient si faibles qu’à chaque instant plusieurs tombaient en syncope. Les blessés, assez nombreux, ne pouvaient être soignés, faute de médicaments. « 

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A 11 h 30, le dernier pigeon du fort, matricule 787-15, vient d’être intoxiqué par les gaz, il va mourir. Alors que l’on tient la cage le plus haut possible, le commandant Raynal rédige son dernier message :  » Nous tenons toujours, mais nous subissons une attaque par les gaz et les fumées, très dangereuse. Il y a urgence à nous dégager. Faites nous donner de suite communication optique par Souville, qui ne répond pas à nos appels. C’est notre dernier pigeon. « 
Lorsque qu’il prend son envole, il pauvre oiseaux est désorienté et vient se reposer sur l’embrasure d’une meurtrière. Il est récupéré et envoyé à nouveau, mais cette fois, saluer par les mitrailleuses allemandes, il s’envole en direction de Verdun. Quelques dizaines de minutes plus tard, il rejoint le pigeonnier militaire de la citadelle de Verdun et expire. Il a accompli sa mission. Il recevra une bague d’honneur avec cette citation :  » Malgré des difficultés énormes résultant d’une intense fumée et d’émission de gaz, a accompli la mission dont l’avait chargé le commandant Raynal. Unique moyen de communication de l’héroïque défenseur du fort de Vaux, a transmis les derniers renseignements qui aient été reçu de cet officier. Fortement intoxiqué est arrivé mourant au colombier.  »

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Plaque commémorative du pigeon mat. 787.15
(visible au fort de Vaux
)

Comme la veille, les Allemands tentent toute la journée, par tous les moyens de forcer les barrages mis en place par les Français.
Témoignage du caporal brancardier Vanier, du 101e R.I. :  » Les Allemands nous envoient du liquide enflammé ; une fumée noire entre dans les casemates, le bruit sourd des grenades nous arrive de plus en plus précis ; nous ne pouvons pas respirer ; nous sommes noirs comme des moricauds. Pour avoir de l’air, il faut ouvrir les fenêtres. Avec beaucoup de précautions, nous enlevons peu à peu les sacs de terre qui les protègent. Nous avons de la chance de ne pas voir d’Allemands dans le fossé. Quelques-uns sautent dehors pour pouvoir respirer. Mais il faut rentrer : ordre du commandant de refermer toutes issues.
Nous ne sommes pas au bout de nos épreuves : le barrage de droite vient de fléchier. Les Allemands trouvant que nous résistons trop ont pris les grands moyens : avec du pétrole enflammé, ils arrosent les défenseurs et parviennent ainsi à forcer le barrage… Quelques grenadiers nous arrivent avec diverses blessures, les cheveux, les sourcils roussis, plus rien d’humains, des êtres noirs, les yeux hagards, tout ce qui peut être brûlé et brûlé. Grosse émotion… quelques hommes commencent à perdre la tête… « 

A 22 h, Raynal convoque tous les officiers encore valides afin de faire un point sur la situation. Elle n’est pas brillante… la soif est le plus gros problème et il ne va pas s’arranger. Les hommes sont voués à s’affaiblir indéniablement, heure après heure.
Raynal décide donc de tenter une évacuation cette nuit même, à la faveur de l’obscurité, de tous les hommes non indispensables à la défense et l’intendance du fort. Tous les soldats ne faisant pas partie de la garnison, mourant déjà de soif inutilement, doivent donc s’échapper vers les lignes françaises.

A 1 h 30 (le 5 juin), la troupe constituée se regroupe sous les ordres de l’aspirant Buffet.
Témoignage du caporal Guillantou :  » Le moment du départ arrive. Il est 1 h 30. L’aspirant Buffet sort en tête. Je suis, et dès lors, me porte en avant. La mitrailleuse crépite, les fusées nous éclairent ; un violent tir de barrage nous accompagne, depuis les 305 jusqu’aux 77 ; c’est un déluge d’obus.
Qu’importe ! Notre groupe de neuf ne se rebute pas et continue son avance.
L’espace, quoique difficile et long à franchir, est bientôt parcouru.
Nous arrivons ainsi à une carrière appartenant aux lignes françaises ; le cri de  » Halte-là !  » retentit. Immédiatement, plusieurs voix répondent  » France !  »
Notre tâche était presque terminée ; l’évasion avait réussi. « 

Une 100e d’hommes parviennent ainsi à rejoindre les lignes françaises.
L’aspirant Buffet est immédiatement conduit au fort de Tavannes, afin de rendre compte au commandant du secteur sur la situation du fort de Vaux. L’état major ainsi informé, met immédiatement sur pied une contre-attaque pour le 6 au matin.
Il faut maintenant que quelqu’un connaissant le secteur, regagne le fort afin de réaliser la liaison avec le commandant Raynal :  » Tenez encore, nous allons contre-attaquer « . On propose la mission à l’aspirant
Buffet qui accepte aussitôt. Il repartira donc à la nuit vers le fort, accompagné du sergent Fretté, ayant également participé à l’évasion.

Nouvelle journée de lutte à l’ouvrage R1, résumant toutes celles des autres secteurs. Capitaine Delvert, commandant du retranchement R1 :  » Dimanche 4 juin – J’étais à la redoute à organiser la liaison avec ma gauche. Au même instant, pétarade significative. Je grimpe en vitesse l’étroite rampe qui me mène dans la tranchée et gagne mon poste de combat.
Les grenades claquent de toutes parts. A 4 heures, tout est fini.
Il fait un soleil radieux, qui rend plus que poignante encore la désolation de ce ravin.
14 h 30 – Depuis midi, bombardement par gros calibre. La terre tremble. La cagna est pleine de gravats. Ils veulent décidément démolir cette tranchée.
16 h 30 – Les Allemands grimpent toujours sur les pentes du bois Fumins, et toujours sans recevoir un coup de canon. Je fais en hâte établir une mitrailleuse à la tranchée de flanquement qui domine le ravin, au-dessus de la redoute, et y envoie le sergent Choplain avec huit hommes. Ils fauchent ce qu’ils peuvent ; mais c’est un crève-cœur de voir ces messieurs se renforcer ainsi à discrétion, en plein jour.
18 heures – Le bombardement recommence. Cette fois, ce sont les nôtres qui tirent… mais sur nos propres tranchées. Un vrai tir de démolition. Deux dans la journée, c’est beaucoup. Celui-ci est plus terrible que le premier.
L’élément de tranchée, à droite du carrefour R1-Courtine, est littéralement écrasé ; tous les défenseurs tués ou blessés. Partout ce ne sont que gémissements, courses de brancardiers qui, malgré leur dévouement, sont débordés.
Levêque, haletant, vient s’appuyer quelques instants sur le mur de mon P.C. Sa bonne figure d’honnête brave homme est creusée ; les yeux cerclés de bleu semblent sortir de la tête.
On parle toujours de héros. En voici un, et des plus authentiques. Il n’a pas la croix de guerre. C’est un brave homme, tout modeste, qui fait son devoir sans se soucier des balles et des marmites, qui fait son devoir à en crever. C’est un vrai héros.
L’effroyable canonnade dure toujours !
20 heures – Nous sommes relevés ! C’est une si grande joie que je n’y croie pas.
A 21 h 30, nous commençons la relève avec le lieutenant Claude. La nuit est calme. A peine quelques marmites.
23 heures – Arrive un courrier du colonel.  » En raison des circonstances, le 101e ne peut être relevé.  » Quelle déconvenue pour mes pauvres troupiers ! Ils font l’admiration du lieutenant Claude. Il y a de quoi. Il n’en reste plus que trente-neuf ; mais quels braves gens !
A cette note en est jointe une autre :  » Occupez-vous toujours R1 ?  » « 

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Rive gauche
R.A.S.

5 juin – Siège du fort de Vaux (rive droite)
Rive droite

C’est une nouvelle journée de lutte qui se déroule dans les coursives, les couloirs et les casemates. Mais tous les points stratégiques sont conservés au pris de souffrances inouïes.
Le bombardement allemand est très violent sur le fort et ses alentours. De nombreux obus français tirés trop court, viennent s’y ajouter.

A 4 reprises, le commandant Raynal tente l’envoi d’un message optique au fort de Souville.
A 1 h :  » L’ennemi travaille, partie ouest du fort, à constituer un fourneau pour faire sauter voûte. Taper vite avec artillerie. « 
A 8 h :  » N’entendons pas notre artillerie. Sommes attaqués par gaz et liquides enflammés. Sommes à toute extrémité. « 
A 21 h 45 puis à 23 h :  » Il faut que je sois dégagé ce soir et que du ravitaillement en eau me parvienne immédiatement. Je vais toucher au bout de mes forces. Les troupes, hommes et gradés, en toutes circonstances, ont fait leur devoir jusqu’au bout. « 

A minuit, l’aspirant Buffet et le sergent Fretté partent de Tavannes et parviennent à regagner le fort de Vaux. Ils sont accueillis très chaleureusement par le commandant Raynal auquel ils transmettent leur message d’espoir.
Ce message, bien que positif, n’est pas du tout satisfaisant. Seulement 4 compagnies (238e et 321e R.I.) sont prévues pour l’attaque, accompagnées de quelques pelotons du génie munis d’échelles spéciales, pour gravir la superstructure, comme au Moyen Age. Sans mettre en doute la valeur des combattants ni leur héroïsme, il est illusoire de croire que l’ennemi laissera avancer ces hommes équipés d’échelles. En ce qui concerne la préparation d’artillerie, aucun détail, alors qu’elle aurait du durer plusieurs jours pour être efficace, comme l’on fait les Allemands !
Le commandant Raynal est ses officiers doivent se résigner à l’action prévue par le G.Q.G., ils ferons de leur mieux…

Suite et fin du témoignage du capitaine Delvert, commandant du retranchement R1 :  » Lundi 5 juin – Je reposerais volontiers, mais les  » totos  » s’y opposent. Le contre ordre de relève fait que le compagnie n’aura pas encore d’eau aujourd’hui. Sitôt le contre ordre reçu, j’ai envoyé une corvée d’eau. Elle n’est pas revenue. Heureusement il pleut. Les hommes vont étaler des toiles de tentes. Une soif terrible me dessèche la gorge. J’ai faim ; manger du singe avec des biscuits va encore augmenter ma soif.
Dans la tranchée Serajevo, qui nous est parallèle, c’est un mouvement continu dans les deux sens. Cette tranchée doit être approfondie, tout au moins dans le boyau de circulation, à près de deux mètres…
Maintenant ils s’organisent dans les positions conquises. On les voit pelleter la terre, envoyer leurs renforts…
17 heures – L’ordre de relève est arrivé. Pourvu qu’il soit définitif !
Nous laisserons nos morts comme souvenir dans la tranchée. Leurs camarades les ont pieusement placés hors du passage. Hélas ! Que de lugubres sentinelles nous abandonnons ! Ils sont là, alignés sur le parados, raidis dans leur toile de tente dégoûtante de sang, gardes solennels et farouches de ce coin de sol français qu’ils semblent, dans la mort, vouloir encore interdire à l’ennemi.
21 heures – Relève. Ce n’est pas tout d’être aux retranchements du fort de Vaux, il faut encore en sortir.
Effroyable la marche dans la nuit vers le P.C. Fumin. Clerc guide le mouvement. Il retrouve à tâtons le chemin, de trou d’obus en trou d’obus. La plaine est bouleversée, criblée d’entonnoirs où l’on trébuche sur des cadavres… nous descendons à travers le bois dont les pentes aboutissent au tunnel. Dans le tunnel ! Enfin ! Nous respirons.
Quand je dis :  » Capitaine de la 8e compagnie ; R1 !  » je me rend compte de l’horreur de la situation dans laquelle nous nous trouvions. On nous regarde comme des rescapés. On nous offre à boire… On nous félicite… On nous embrasse…
Nous repartons, dans la nuit, le long de la voie ferrée… Ici les bois ne sont pas abattus et les branches nous accrochent au visage. Mais nous avons plus l’angoisse des marmites et l’on entend à nouveau bavarder. Notre guide nous perd à travers les pentes boisées qui nous séparent de Belrupt… Enfin, voici les casernes Chevert… La route… Nous sommes arrivés. La fin du martyre. Il est petit jour. « 

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Rive gauche
R.A.S.


6 juin – Siège du fort de Vaux (rive droite)
Rive droite

A 2 h, l’attaque française qui doit dégager le fort s’élance. Elle est composée de 2 compagnies du 321e R.I. et de 2 du 238e R.I., ainsi que de quelques pelotons du 4e Génie équipés de matériels de franchissement.

Les 2 compagnies du 321e s’élancent sur la face est du fort et parviennent à traverser une première tranchée. Ils atteignent ensuite le fossé où elles sont accueillies par un puissant barrage à la grenade. Elles tentent désespérément de forcer le passage mais en quelques instants, tous les officiers et la moitié des effectifs sont tombés. Les débris des 2 compagnies se rassemblent et rejoignent leur point de départ sous un déluge de fer.
Témoignage de Jacques FERRANDON, soldat au 321e R.I. :  » Le 6 juin, à 2 heures du matin, nous montions à l’attaque du fort de Vaux. Nous avançâmes jusqu’au moment où, ayant épuisé toutes nos munitions en grenades et, postés dans un entonnoir, nous tirions presque à bout portant sur l’ennemi, bien visible sous les fusées éclairantes.
Trop occupé à me battre, je n’entendis pas l’ordre de repli ; quand je m’aperçus que j’étais seul, je m’aplatis dans un trou. Ayant attaché mes armes et équipements à mes jambes, je pris en rampant le chemin du retour. Combien de temps m’a-t-il fallu, je ne puis le dire, mais ce que je vis fut affreux : partout des cadavres français et allemands, pêle-mêle. Je ne me détournais de l’un que pour passer sur un autre ; pas un trou qui ne contînt plusieurs morts ou mourants ; c’était épouvantable ; il faut avoir parcouru les abords du fort de Vaux pour se rendre compte d’un tel massacre. « 

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Les 2 compagnies du 238e R.I. (22e et 23e), s’élancent de la tranchée Besançon, sur la face ouest du fort.
En voyant approcher la 22e compagnie, l’ennemi évacue les tranchées en avant du fort, ce qui permet aux Français d’atteindre assez facilement le fossé et de s’étendre vers la face nord. Cependant, les mitrailleuses allemandes installées sur la superstructure ouvrent le feu et causent des ravages dans la troupe, qui est bloquée contre la paroi et qui tente désespérément de l’escalader.
A 4 h, il ne reste plus que 30 hommes, dont 17 blessés. Les Allemands s’élancent sur eux et les font prisonniers.

La 23e compagnie qui a été quelque peu retardée par l’encombrant matériel qu’elle doit charrier (échelles, mitrailleuses, munitions) atteint à son tour le fossé du fort. Elle doit cependant renoncer à y descendre, se serait une mort certaine que de tenter de traverser ce couloir pris d’enfilade par un grand nombre de mitrailleuses allemandes. La troupe se résigne à rester dans les énormes trous d’obus qui précédent le fossé.
A la nuit, la 23e compagnie du 238e R.I. regagne la tranchée Besançon qu’elle a quittée le matin.

Témoignage de Georges QUETIN, soldat au 238e R.I. :  » Le 238e d’infanterie est remonté en face du fort de Vaux au moment de l’attaque. Quelques jours plus tard, j’ai assisté à l’appel d’une compagnie : un seul caporal à répondu présent pour toute sa compagnie. J’ai vu cet homme pleurer en entrant dans le cantonnement et appeler ses camarades disparus. « 

Du fort, les assiégés torturés par la soif ont assisté impuissants à l’infortune des 4 compagnies venues les délivrer. Les réserves d’eau sont pratiquement épuisé, le commandant Raynal lance à 6 h 30 un ultime message optique au fort de Souville, déchiffré comme cela :  » … interviendrez avant complet épuisement… Vive la France ! « 
Descriptif de la distribution d’eau durant les 6 jours de siège donnée par le médecin auxiliaire Gaillard… :
 » La seule boisson en usage au fort de Vaux était l’eau de la citerne, javellisée à trois gouttes par litre, filtrée et aérée par le médecin du fort et moi.
Distribution : 1er juin, néant ; 2 juin, 1 litre par homme ; 3 juin, ¾ de litre par homme ; 4 juin, néant ; 5 juin, ½ litre par homme ; 6 juin, néant. « 

Dans les casemates ou à l’infirmerie, ou une 100e de blessés agonisent sans soin, plusieurs hommes boivent leur urine.

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La nouvelle attaque sur Vaux venant d’échouer à son tour, le général Nivelle réitère en formant sur le champ une brigade composée du 2e Zouave et du R.I.C.M. (Régiment d’Infanterie Colonial du Maroc).
Sa mission est de nouveau de reconquérir entièrement le fort. Elle est fixée pour le 8 à 4 h 30.
Témoignage du commandant P… :
 » L’histoire de la formation de cette brigade mérite d’être relatée en détail, non à cause de son importance propre, mais à cause de la connaissance qu’elle donne de la mentalité d’un chef qui s’est cru et à qui l’on a voulu faire croire qu’il était un grand chef.
Le général avait exposé son idée de secourir à tout prix le fort de Vaux à son chef d’état-major sous prétexte que « l’honneur était engagé ». Celui-ci avait fortement cherché à dissuader le général, mais sans succès et le général décida de se rendre à R., sur la rive gauche, en y convoquant tous les chefs de groupement et de division. Le chef d’état-major, désireux de tout tenter pour arrêter le général me désigna, pour l’accompagner (j’avais déjà commandé au front un bataillon d’infanterie et un bataillon de chasseurs, et je possédais la pleine confiance du général comme fantassin) en me priant de faire tout ce qu’il serait possible pour amener le général à renoncer à cette fantaisie. « Du reste, ajoutait-il, le général vous mettra lui-même au courant pendant le trajet… »
En voiture, voyant que le général ne disait rien, je lui demandais : -Mon général, le chef d’état-major m’a prié de vous rappeler que vous deviez au cours de la route me mettre au courant de vos intentions.
- Ah ! oui, répondit le général, mais je n’ai pas encore pris de décision. Le chef d’état-major avait pensé qu’on pourrait former une brigade de marche en prélevant des troupes sur la rive gauche, et la transporter sur la rive droite pour reprendre le fort de Vaux la nuit prochaine.
- Mais, mon général, m’écriais-je, c’est insensé ! Comment une pareille idée a-t-elle pu venir à un homme comme votre chef d’état-major ? Ce n’est pas possible. C’est là, au point de vue fantassin, une de ces erreurs qui coûtent cher, et sans jamais avoir de résultats. Comment peut-on espérer obtenir d’une brigade de marche, composée de régiments ou de bataillons venus de partout, sous la conduite d’un chef inconnu d’eux, sans la moindre cohésion, dans un secteur qui ne représente qu’un chaos lunaire et tout à fait nouveau pour eux, avec les marmitages que vous connaissez, ce qu’une division fraîche, bien encadrée, avec toute son artillerie, n’a pu réussir il y a quelques jours ?
- L’honneur militaire exige que l’on fasse quelque chose.
- Oui, mon général, si quelque chose est possible, mais pas si ce quelque chose n’a comme effet que la destruction de nouvelles unités, sans résultat. Le fort me paraît à bout de forces. J’ai vu hier l’aspirant Buffet au moment où il arrivait du fort, et je sais par lui que la situation dans le fort semble assez trouble. Je connais Raynal, il est énergique, il fera tout ce qu’il pourra, et vraiment qui oserait dire que l’honneur n’est pas satisfait ?
Le général se tut ; et le silence dure jusqu’à R.
A R. une vingtaine de généraux attendaient.
Ce fut une stupeur quand le général Nivelle eût exposé son projet, qui était bien le sien, bien qu’il eût semblé vouloir en donner la paternité à son chef d’état-major.
Le général N… protesta hautement. Le général de M… ancien commandant d’une Armée, qui avait accepté ensuite le commandement d’un Corps d’Armée venu du Midi, exposa au général Nivelle, que bien entendu, l’ordre serait exécuté s’il était donné, mais qu’il estimait ce projet voué d’avance à l’insuccès, que vraiment une formation de marche, aussi hétérogène que celle que l’on pourrait former dans un secteur où n’existaient plus de réserves, n’avait pas la moindre chance de réussite, que les pertes seraient élevées et qu’on pouvait se demander si la reconquête du fort valait un tel sacrifice.
Le général Nivelle maintint son point du vue, et demanda à chacun des chefs présents de mettre à sa disposition ses unités disponibles. Il fut convenu enfin que le général Savy, désigné pour prendre le commandement de la brigade de marche, aurait sous ses ordres le régiment colonial du Maroc et un régiment mixte venu d’une autre division. Les troupes étaient en 2e ligne et devaient entrer en 1er ligne dans la nuit suivante (du 6 au 7). On les ferait redescendre, transporter par camions, et elles monteraient (dans la nuit du 7 au 8) dans le secteur de Souville-Tavannes pour attaquer le 8 au matin soit 2 jours successifs passés en camion et 3 nuits à monter en secteur où à redescendre. C’est ce qu’on appelait des troupes « fraîches ».
Le général Nivelle me dit : « Maintenant que tout est d’accord, écrivez l’ordre, je signerai votre original. »
Je m’inclinais et fit l’ordre que le général signa aussitôt et qui fut remis immédiatement au général commandant le groupement.
Le général de M…, qui m’avait eu comme élève à l’Ecole de guerre, se rapprocha de moi et me dit : « Mon pauvre P…, quel métier on vous fait faire ! Mais vous ne pouviez pas ne pas obéir.  »
Si j’ai relaté ces faits, c’est que pour moi ils sont infiniment précieux pour déceler le caractère d’un homme. Le général Nivelle, venu de l’Afrique, n’était en rien préparé au rôle qu’il eut à jouer. Très brillant soldat, celui de Quennevières, il ignorait tout de la conduite des Armées. L’immense confiance en soi, l’entêtement orgueilleux, le goût de la flatterie, une vanité enfantine qui se gonflait du moindre éloge, venant de n’importe qui, tout cela s’est développé, amplifié à Souilly dans d’immenses proportions et appelait une catastrophe.
On comprend mieux les événements d’avril 1917 (remplacement de Nivelle par Pétain) à la lumière de petits incidents comme celui que je viens de raconter.  »

Rive gauche
Une nouvelle attaque menée par le 71e R.I. sur le boyau de Valence ne donne pas plus de résultat que le 1er juin.


7 juin – Capitulation du fort de Vaux (rive droite)
Rive droite

A 3 h du matin, le commandant Raynal décide d’envoyer un émissaire pour parlementer avec l’ennemi, le sous-lieutenant Farges, de la 6e compagnie du 142e R.I. Mais comment approcher de l’ennemi sans être accueilli à coup de fusils ou de grenades ?

Témoignage du commandant P… :  » De quelle façon le fort de Vaux a capitulé : Dans la nuit du 6 au 7 juin, le sous-lieutenant Fargues de la 6e compagnie du 142e R.I., a fait effort pour parlementer avec l’ennemi vers la casemate sud-ouest de l’ouvrage. Le jour arrive sans aucune réponse et pourtant les Allemands veillent de toutes parts. Vers 6 heures du matin, l’adjudant Benazet obtient une réponse au barrage qui ferme le coffre double. Immédiatement, le lieutenant allemand Muller-Verner est introduit à l’intérieur auprès du commandant Raynal (commandant en chef du fort). Toutes les conditions étant acceptées et signées, il faut évacuer la place.
Les hommes déposent les armes, bien des larmes coulent, pas un mot, un silence de mort plane sur ce morceau de France.

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L’ennemi présente les armes et puis, bien lentement, les héros du fort de Vaux descendent vers l’exil.
Les Allemands entraient au milieu d’un grand silence, écrit le caporal-brancardier Edmond Patry : on entendait le bruit de leurs bottes, ils montaient l’escalier de pierre à la file indienne, l’officier en tête, coiffé d’une casquette, suivi des téléphonistes, pionniers, tous s’éclairant de leurs lampes électriques.
Les Français étaient rangés de chaque côté de l’allée centrale du fort ; les Allemands passaient au milieu et les saluaient. Ils appartenaient au 39e régiment d’infanterie prussien.
L’évacuation se fit par la brèche nord-ouest. Au pied des pentes du fort de Vaux, la plaine marécageuse et les trous d’obus contenaient de l’eau. Tous se jetèrent sur cette eau pourtant pleine de vase…

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Le commandant Raynal fut conduit au Kronprinz (le prince héritier allemand), puis emmené à Mayence.

Récit du commandant RAYNAL : « Le Kronprinz est debout, il m’accueille avec une courtoisie très franche. Il n’est pas laid ; ce n’est pas le singe qu’on fait de lui les crayons qui l’ont caricaturé ; c’est un cavalier mince et souple, élégant et non sans grâce, qui n’a rien de la raideur boche.
Le Kronprinz parle, il s’exprime avec facilité, dans un français assez pur.
Il reconnaît et vante comme il sied la ténacité de nos hommes, leur admirable vaillance. « Admirable » : il répète plusieurs fois ce mot. Le Kronprinz me remet la copie du message par lequel notre général en chef envoyait ses félicitations au fort de Vaux.
Maintenant l’héritier du kaiser arrive au geste noble :
- Désireux d’honorer votre vaillance, mon commandant, j’ai fait rechercher votre épée que je me dois de vous rendre ; malheureusement, on n’a pu le retrouver… Et pour cause, suis-je tenté de glisser : je n’ai eu pour toute arme personnelle que ma canne de blessé et mon revolver.
Il poursuit, en me présentant le coupe-choux d’un sapeur du génie :
- Je n’ai pu me procurer que cette arme modeste d’un simple soldat, et je vous prie de l’accepter.
Mon premier mouvement est de me hérisser ; mais le Kronprinz ne se moque pas de moi, c’est très sérieusement qu’il accomplit son geste, et comme l’effet ne lui en échappe pas, il insiste sur l’intention qui donne à ce geste sa véritable portée :
- L’arme est modeste, mais glorieuse, mon commandant, et j’y vois, comme dans l’épée la plus fière, le symbole de la valeur française…
Je ne peux plus refuser :
- Ainsi présenté, j’accepte cette arme et remercie Votre Altesse de l’hommage qu’elle rend à la grandeur de mes humbles camarades.
C’est tout, je salue militairement et m’en vais en emportant mon coupe-choux. Nous n’avons pas fait cent mètres que :
- Herr major, Son Altesse Impérial vous prie de revenir.
Je regagne le quartier général du Kronprinz. Comme je pénètre dans le bureau par une porte, il sort d’une autre pièce et vient à moi, tout épanoui : il tient une épée à deux mains, un sabre-épée d’officier français :
- J’ai trouvé, mon commandant. Je vous prie d’accepter cette arme plus digne de vous, en échange de celle que je vous ai offerte, à défaut d’une autre. « 

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Commandant Raynal prisonnier

Ce n’est que par le communiqué allemand fait le soir, que la France apprend la chute du fort.
Aussi, le général Nivelle maintient son ordre d’attaque prévu pour le lendemain.

Bilan du siège du fort de Vaux :
Lorsque que l’on étudie de plus près la capitulation du fort de Vaux, dû principalement à la soif et non à la conquête des organes principaux du fort par l’ennemi, on ne peut s’empêcher de penser qu’elle aurait été l’issue si au 1er juin, les citernes avaient été pleines et la défense du fort correctement menée.
En effet, durant les mois précédents, rien n’avait été fait pour redonner au fort sa puissance de feu, et l’on mourrait de soif déjà bien avant le mois de juin.
Le lieutenant Borgoltz, qui avait fait une reconnaissance au fort le 6 mars, avait relevé de nombreuses malveillances qu’il avait remontées à sa hiérarchie. Cependant, aucune mesure n’a été prise.
Voici les grandes lignes du compte rendu établi par le lieurenant Borgoltz :  » … nous gagnons la tourelle qui est désarmée de ses pièces de 75… Telle qu’elle est, on pourrait y mettre des mitrailleuses en batterie destinées à balayer les glacis en cas d’attaque. « 

 » … les deux casernes de Bourges et les coffres flanquants, sont intacts. Nous sommes très surpris de trouver ces organes sans défenseurs, les casemates de Bourges étant d’ailleurs désarmées de leur 75 et remplie d’explosifs. Etrange conception de l’utilisation d’un ouvrage fortifié qui consiste à préparer tout pour le détruire et rien pour le défendre. Quelle lourde responsabilité pour le chef qui a donné l’ordre de prendre de pareilles mesures ! « 


 » … Par les embrasures des coffres de flanquement, nous voyons des partions entières de contrescarpe renversées dans les fossés. Le flanquement par les coffres est rendu plus difficile en raison de ces éboulements. Il faudrait une section du génie pour diriger et faire exécuter les travaux de déblaiement ainsi que pour mettre en place des réseaux Brun barbelés afin de rétablir l’obstacle et obstruer les brèches. « 


 » Les communications à découvert avec le plateau en arrière du fort sont précaires et très périlleuses en raison de l’arrosage constant de tous calibres, entretenu par les Allemands, qui gênent les ravitaillements. Pourquoi, depuis que l’on est fixé sur cette façon de procéder des Allemands, l’ordre n’a-t-il pas été donné de creuser une galerie suffisamment profonde du 350 à 400 mètres de longueur, pourvue à ses deux extrémités de deux ou trois sorties, vers la lisière nord des bois de la Vaux-Régnier. Ainsi seraient assurés, en tout temps, en toute sécurité, malgré le bombardement, la relève du personnel ainsi que le ravitaillement en vivres, eau, matériel et munitions de la garnison de défense. D’où possibilité de prolonger la résistance en limitant les fatigues et réduisant les pertes. « 


 » Les chambrées étaient bondées, les couloirs, les escaliers, les latrines, tout était encombré de soldats qui dormaient, somnolaient, causaient, fumaient, en attendant leur tour d’aller risquer leur vie au parapet.  »  » Les citernes baissaient rapidement, car les tuyaux qui leur amenaient l’eau des sources de Tavannes avaient été crevés par les gros obus. A partir du 11, la ration fut fixée à un quart par homme et par jour. Le 13, déjà, les citernes étaient presque vides ; ce jour-là, pour puiser et distribuer l’eau, ou plutôt la boue, un soldat descendait dans la citerne, grattait le fond avec son quart et versait ce qu’il pouvait recueillir dans le bidon qu’on lui tendait. Dés lors, il fallut que les hommes de corvée allassent, au prix des pires dangers, chercher à Tavannes l’eau indispensable. « 

L’ouvrage R1 est maintenant tenu par des éléments du 128e R.I. A 4 h, ils subissent une violente attaque qu’ils parviennent à repousser grâce à leurs mitrailleuses.

Rive gauche
R.A.S.

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Front au 7 juin 1916


8 juin – Pression allemande sur Thiaumont, Froideterre et le bois de Nawé – Perte de l’ouvrage R1 (rive droite)
Rive droite

Durant la nuit, le 2e Zouave part pour prendre ses positions de départ. Ne connaissant pas du tout le secteur, il doit être guidé depuis le fort de Tavannes par des hommes du 298e R.I. revenus spécialement du secteur du fort de Vaux. Cependant, aucun de ces hommes ne parvient à traverser le barrage d’artillerie allemand. C’est donc seul et avec du retard, que le 2e Zouave prend la direction du fort.
Quand il arrive sur ses bases de départ sous une pluie battante, il ne reste que très peu de temps avant l’heure H. Les hommes sont trempés et complètement épuisés.
Au moment de l’assaut, les obus de 210 allemands font des ravages dans les rangs qui avancent. Bientôt, tous les officiers les plus gradés sont tués. C’est sur l’ordre d’un sous-lieutenant, que les survivants, à bout de force, retournent vers l’arrière.

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De son côté, le R.I.C.M. est arrivé comme prévu sur ses positions de départ. A 4 h, il part à l’assaut et atteint le fossé du fort où il engage une sévère lutte à la grenade. Cependant, les Allemands ont installé de nombreuses mitrailleuses sur la superstructure et leurs tirs causent des ravages dans le groupe français.

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Ce n’est que lorsqu’il ne reste plus qu’un officier et 25 hommes par compagnies que le R.I.C.M. cesse sa progression désespérée et se terre sur place.

L’attaque sur laquelle le général Nivelle fondait tous ses espoirs a donc échoué comme toutes les précédentes. Les pertes qu’ont subi le 2e Zouave et le R.I.C.M. ont été cruelles, les Marocains ont perdu 95% de leur effectif.

Désormais maîtres du fort de Vaux, les Allemands portent maintenant toutes leurs forces sur les secteurs de Thiaumont, de la côte de Froideterre et du bois de Nawé.
A partir de 9 h, une offensive générale s’abat sur tous les fronts tenus par la 52e D.I. (49e et 58e B.C.P., 245e, 291e, 320e, 347e et 348e R.I.), la 63e D.I. (216e, 238e, 292e, 298e, 305e et 321e R.I.) et la 151e D.I. (293e, 337e, 403e et 410e R.I.).

Devant la 151e D.I. positionnée du bois de Nawé à la ferme de Thiaumont inclus, l’ennemi est repoussé par les 293e et 337e R.I., mais les pertes françaises sont très sévères. Durant plusieurs heures, plusieurs tranchées sont successivement perdues puis reprises. Un bataillon du 293e particulièrement éprouvé doit abandonner ses positions et se replier sur le bois des Vignes.

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Devant la 52e D.I., des abords de la ferme de Thiaumont au ravin des Fontaines, les combats sont très confus. A gauche, les 291e, 347e (5e bataillon) et 348e R.I. sont presque en totalité submergés par l’ennemi. Ils doivent reculer jusqu’au bois Triangulaire (291e) et aux abris 320 (347e). Le 291e a eu dans la journée 68 tués, 105 blessés et 483 disparus.
Témoignage :  » Ce que je vois est affreux. Les cadavres sont légion ; ils ne se comptent plus ; on marche sur les morts. Des mains, des jambes, des têtes et des cuisses coupées émergent de la boue et on est contraint de patauger là-dedans, car c’est encore dans ce méchant fossé à moitié comblé par endroits qu’on peut espérer se dissimuler un peu. Ici, un soldat est tombé à genoux ; il bouche le passage ; on lui grimpe sur le dos pour avancer ; à force de passer sur lui, on a usé ses vêtements, on marche sur sa peau. « 

Vers 16 h, plus à l’ouest, les Allemands se rendent maîtres de l’ouvrage de Thiaumont mais l’évacuent peu de temps après pour concentrer leurs efforts au nettoyage des abords du fort de Vaux, alors tenus par la 63e D.I. (17e, 18e et 20e compagnies du 298e R.I., 22e et 23e compagnies du 238e R.I.).
A la tombée de la nuit, après de violents combats, l’ouvrage R1 est perdu ainsi que la tranchée de Besançon. Le 1er bataillon du 2e Zouave doit relever le 298e à la tranchée Besançon. Quand il y arrive, vers 21 h, il y trouve l’ennemi mais parvient à s’organiser face à cette tranchée.

Durant la nuit, le général Nollet renforce la 151e D.I. par le 137e R.I. qui se positionne dans le secteur de Thiaumont.
L’ouvrage de Thiaumont est réoccupé par un peloton du 403e et à l’inverse, la ferme de Thiaumont évacuée par les Français est investie par les Allemands.

En plus des nombreux combats qui ont eu lieu durant cette journée, tous les secteur énoncés plus haut ont été soumis à un bombardement intense par l’artillerie allemande.
Témoignage du soldat Jules SERGENT :  » En ces terribles jours de juin, l’artillerie ennemie répondait coup pour coup à la nôtre et envoyait des 210, comme nous nous envoyons des 75. Ce fut le plus formidable duel d’artillerie que j’ai pu voir.
Partout, il y avait des blessés, des morts, des morceaux de chair humaine épars. Nous n’avions jamais rien vu de pareil. Un capitaine de chasseurs qui était devenu fou dans cet enfer cherchait la moindre petite touffe d’herbe qu’il pouvait découvrir pour la peigner avec un peigne de poche qu’il avait sur lui. « 

Les morts ont encore été très nombreux. De toutes parts, retentissent les cris des centaines de blessés qui agonisent sans soin, abandonnés à leur sort sur le champ de bataille.

Rive gauche
R.A.S.

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Front au 8 juin 1916


9 juin
Rive droite

 » Journée calme  » selon les communiqués.

Rive gauche
Dans le secteur de la cote 304, une nouvelle attaque allemande précédée d’un violent tir de préparation est repoussée.

Le 1er bataillon du 412e R.I. en ligne à la droite de la cote 304 subit le bombardement interrompu à 4 reprises pour permettre aux vagues d’assaut ennemies d’attaquer. Plusieurs Allemands sont équipés de lance-flammes.
Les 4 attaques sont repoussées mais en fin de journée, le bataillon est pratiquement anéanti. Il ne reste qu’une 50e d’hommes sans officier.

Le 8e tirailleur et le 4e zouaves subissent eux aussi le même bombardement et les mêmes attaques. Dans une lutte exemplaire, ils empêchent l’ennemi de passer. Leurs pertes sont également très lourdes.

Ce jour, les 2 brigades en ligne dans le secteur de 304 ont eu ensemble un total de 1100 tués et blessés.

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Cadavres français entassés dans une tranchées


10 juin
Rive droite

 » Journée calme  » selon les communiqués.

Rive gauche
R.A.S.


11 juin
Rive droite

 » Journée calme  » selon les communiqués.
Dans la nuit, le 21e D.I. (64e, 65e, 93e et 137e R.I.) relève la 151e D.I. sur ses positions.

Rive gauche
R.A.S.


12 juin – Pression allemande sur le secteur du bois de Nawé
Rive droite

Depuis la veille au soir, le bombardement allemand est très violent sur le ravin de la Mort et Thiaumont, positions que l’ennemi projette d’enlever dans la martinée.

A 6 h, l’ennemi lance une attaque entre le bois de Nawé et les abris 320. Ce front est tenu par les 93e, 137e et 410e R.I.

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Les 93e et 410e R.I. en position à l’ouest du boyau Le Nan, parviennent à repousser tous les assauts.

Le 137e qui occupe le boyau Le Nan et ses alentours a été très éprouvé par le bombardement de la nuit.
Quand les troupes allemandes s’élancent devant les 2 bataillons du 137e, elles sont tout d’abord contenues par une âpre résistance à la grenade. Mais très vite, les Français sont encerclés et tués jusqu’au dernier. En 48 h, le 137e R.I. a perdu 37 officiers et 1500 hommes. C’est durant cette matinée que c’est déroulé l’épisode de « la Tranchée des Baïonnettes » décrit plus bas.

L’ennemi s’empresse de combler l’espace laissé vide suite à la disparition du 137e. Il renforce le boyau Le Nan puis poursuit sa progression vers la tranchée Sapeur, ou il parvient à déborder le 93e R.I. par la droite. A lui seul, avec un courage et une opiniâtreté magnifique, le 93e parvient non seulement à rester maître de ses positions mais à reprendre toutes les positions que tenait le 137e. Dans cette action, il a tout de même perdu la moitié de son effectif.

Dans la nuit, les positions au sud du boyau Le Nan sont renforcées par 2 compagnies du 348e R.I.
Un bataillon du 239e R.I. s’est placé à l’ouest du village de Fleury.
La 257e D.I. (106e et 120e B.C., 359e R.I.) est mise à la disposition du général Nollet.
Témoignage de J. LEFEUVRE, adjudant au 65e R.I. :  » Le 11 juin 1916, nous arrivons à la citadelle de Verdun. Le régiment est littéralement entassé dans des bâtiments dépendant de la citadelle. Les abords sont d’une saleté repoussante : des monticules énormes d’immondices dégagent une odeur épouvantable ; les vers grouillent sur ces débris de viande ; on se demande comment aucune épidémie n’éclate. Triste impression d’arrivée. « 

La Tranchée des Baïonnettes :
Plusieurs hypothèses ont été écrites sur la  » Tranchée des Baïonnettes « , des plus exaltés aux plus réalistes.

Il y a la version officielle, que l’on a concervé dans nos mémoires, que l’on raconte dans nos écoles et aux  » touristes « . Des soldats attendant debout au créneaux, prêt à partir à l’assaut sous un bombardement incroyable. Soudain, un gros obus tombe tout proche, une immense vague de terre se soulève et recouvre instantanément les pauvres soldats.
Cette hypothèse est la plus séduisante, car elle cadre parfaitement avec les horreurs et la violence que l’on imagine des combats de Verdun. On sait de plus qu’il y a eu de nombreux enterrés vivant, et certains témoignages dignes de fois nous le prouvent.
Témoignage d’Emile HUET :
 » En montant à l’attaque, j’ai vu des choses horribles ; des hommes d’un régiment qui était sur notre gauche, au nombre d’une compagnie environ, se trouvaient dans un bout de tranchée qui avait été épargné. Au moment où nous passions, le bombardement était épouvantable. Le tir de barrage est tombé juste sur cette tranchée et a recouvert tous les hommes qui étaient dedans. On pouvait voir la terre se soulever par l’effort de tous ces malheureux. J’ai toujours cette vision devant les yeux. « 

Témoignage de G. MARYBRASSE :  » Nous sommes dans une longue tranchée, pleine de morts ; une odeur affreuse monte de l’immense charnier. Soudain, le barrage boche se déclenche. Je vois des camarades, les yeux agrandis par l’épouvante, regarder vers le ciel, frappés de stupeur : Je regarde à mon tour, et je vois, retombant d’au moins 20 mètres, une pauvre chose inerte, bras et jambes ballantes, comme un pantin sans articulations qu’on aurait jeté d’un avion, d’un ballon. C’est un camarade qui a été soulevé comme une plume par le déplacement d’air d’un obus.
Quelques minutes plus tard, un obus éclate si près de moi (1,50 m à peine) que je vois très nettement une boule de feu. Par miracle, je ne suis que légèrement blessé, et je vais dans un petit gourbi, à flanc de ravin pour y attendre la relève. Je partage l’étroit abri avec un autre blessé. Avec quelle joie je savoure la possibilité de pouvoir m’étendre enfin, chose inespérée depuis onze jours ! Mon camarade sur le dos, moi sur le côté, nous nous endormons. Tout à coup, un tir de barrage éclate tout près et un obus tombe juste au-dessus de nous, nous ensevelissant. Alors pour nous, le bombardement devient lointain, lointain… je me rends compte du tragique de la situation ; si personne ne vient à notre secours, nous sommes perdus. Le malheureux qui partage ma tombe est étouffé par la terre ; trois fois de suite, je l’entends faire rronn, rronn, rronn, puis c’est tout ; je devine qu’il est mort ; il n’a pas souffert longtemps.
De tous mes efforts, j’essaie de me soulever, mais trois mètres de terre nous retiennent prisonniers ; par une habitude heureuse que j’avais toujours au front, j’ai toujours sur la tête mon casque avec jugulaire au menton ; la visière avant retient la terre et l’empêche de m’obstruer la bouche. La tête rabattue sur la poitrine, respirant à peine, je garde néanmoins toute ma lucidité. Je me rends parfaitement compte que tout sera bientôt fini ; alors, comme un film de cinéma, toutes sortes de souvenirs se présentent à ma mémoire, mais surtout, je pense à ma mère, à la peine qui sera la sienne lorsqu’elle saura tout ; puis j’entrevois mon père et mon frère décédés que je vais revoir, mes frères et ma sœur qui pleureront aussi à cause de moi ; alors, avec calme, avec toute ma connaissance, du plus profond de mon cœur, je fais mon acte de contrition, demandant à Dieu d’abréger au plus tôt mon martyre ; puis, des minutes s’écoulent, qui n’étaient peut-être que des secondes, mais qui m’ont paru des heures interminables. Je sens que ma tête bourdonne ; des bruits de cloches semblent sonner très fort, puis plus rien. De nouveau, je reprends connaissance, et à ce moment, je me souviens m’être fait cette réflexion : « Ce n’est pas si dur de mourir… »
Combien de temps suis-je resté ici ? c’est flou, mais assez longtemps, au moins 25 minutes, je l’ai su après. Au déclenchement du barrage, tous les camarades se sont sauvés ; quand cela s’est calmé, ils reviennent. C’est alors que le sergent Sèle s’inquiète de moi. Sèle est un camarade qui a fait notre admiration pendant les journées de Verdun par son courage et son sang-froid. « Où est Marybrasse ? » demande-t-il. C’est alors qu’il s’aperçoit de l’éboulement ; il m’appelle : « Marybrasse, Marybrasse, es-tu là ?  » Comme dans un rêve, je l’entends vaguement et ne puis répondre. Persuadé que je suis dessous, il ordonne à quelques hommes de piocher rapidement. J’entends des coups lointains qui se rapprochent ; je me dis : « Ils n’arriveront pas jusqu’à moi… » Enfin, j’entends plus distinctement les coups, j’entends même que l’on parle. Sèle dit à ses hommes : « Attention maintenant. « Je sens une main sur mon casque : « J’en tiens un ! « s’écrie Sèle, et alors, de ses mains, il me dégage vivement la tête.
Comment dire ce que j’ai ressenti à ce moment ? Retrouver la vie au moment où je croyais bien la perdre, sentir l’air pur de la nuit… Tout cela m’a ranimé, je me sens sauvé, je pleure de joie. Je remercie mon sauveur, nous nous embrassons. « 

 

Mais il y a aussi d’autres versions qui ont été émises par des personnes connaissant parfaitement les conditions de combats de cette époque, pour les avoir vécu et s’y être intéressé après la guerre. Leurs versions s’écartent quelque peu de la version officielle, elles sont moins sensationnelles et tragiques mais méritent toutes fois que l’on s’y arrête.
L
a tranchée aurait été comblée volontairement plus tard, par des Français ou des Allemands, afin de recouvrir des cadavres en décomposition. Partant de cette idée, la suite n’est que formalité… le numéro du régiment… les circonstances exactes…

Jacques Péricard, après une étude sérieuse, pense pouvoir affirmé que se sont des hommes du 137e R.I. qui sont enterrés dans la tranchée. Son témoignage est l’un des plus reconnu :  » Contrairement à certaines hypothèses, de bonne foi celle-là, la Tranchée des Baïonnettes est bien celle qu’occupaient les soldats du 137e en juin 1916 et les cadavres qu’elle renferme sont bien les cadavres de soldats de ce régiment, non des cadavres quelconques ramassés aux alentours. En janvier 1919, le 137e se trouvant dans le secteur de Verdun, le colonel Collet, qui commandait alors ce régiment, fit faire des recherches aux lieux où s’était battu le régiment. On découvrit une ligne de fusils qui jalonnait l’ancienne tranchée et émergeaient de l’herbe drue ; les fouilles permirent de reconnaître que les fusils appartenaient bien à des hommes du 137e.
Le colonel ordonna une prise d’armes pour rendre honneurs aux anciens du régiment, et par ses soins, on éleva à leur mémoire un petit monument en bois. C’est ce monument en bois qui devait bientôt céder la place au monument actuel. « 

Ensuite, que la tranchée est été marquée volontairement à l’aide de vielles baïonnettes trouvées sur la champs de bataille, afin de permettre une inhumation futur des corps. Où tout simplement, que les baïonnettes n’aient jamais existées ? La encore, plusieurs versions existent.
Reprenons la suite du témoignage de Jacques Péricard :  » Les fusils découverts par le colonel Collet ne portaient pas de baïonnettes. Y avait-il, sur un autre point de la tranchée, des fusils avec des baïonnettes, ou les baïonnettes actuelles ont-elles été ajoutées après coup ? Nous l’ignorons. Mais que la tranchée en question doive être appelée Tranchée des Fusils, premier nom que lui donnèrent les journaux et l’Illustration notamment, plutôt que Tranchée des Baïonnettes, voilà qui laisse intact le fond de la question. « 

Voici la version du colonel Marchal :  » Que s’est-il passé après le départ des survivants ? Le fait est que, de longs mois après, on a retrouvé la tranchée comblée et une trentaine de baïonnettes qui émergeaient du sol. Il est probable que les Allemands se sont contentés de rejeter de la terre sur les nombreux cadavres français qui remplissaient la tranchée et qu’ils n’ont pas touché aux fusils restés appuyés contre la paroi de la tranchée. « 

Voici enfin le ressenti du commandant P., plusieurs fois cité dans ce site, et qui donne toujours un point de vue des plus intéressants :  » Deux ans après la guerre, des étrangers visitent le champ de bataille de Verdun et remarquent une ligne de fusils dressés, quelques-uns avec leur baïonnette. Ils auraient pu observer de semblables lignes de fusils sur de nombreux points du front, car c’était l’habitude des Français et des Allemands de jalonner ainsi les vieilles tranchées qu’ils avaient comblées après avoir entassé dans le fond des cadavres sans sépulture. Comme ces étrangers ne connaissent rien à la guerre, ils croient à des hommes enterrés debout à leur poste ; ils ne savent pas que les obus ne peuvent fermer des tranchées, qu’au contraire, ils disloquent, éparpillent les parois des tranchées et les corps des occupants.
Leur imagination s’enflamme. Ils voient des hommes sous un bombardement en pluie, submergés peu à peu par les éboulis et attendant, stoïques, que la terre montante recouvre leur poitrine, leurs épaules, leur bouche, leurs yeux… Ils érigent un monument.
Si ces étrangers ne méritent aucun blâme, il n’en est pas de même des Français qui, connaissant la fausseté de la légende, ont essayé de lui donner une consécration historique. La Tranchée des Baïonnettes, qui n’était au début qu’une innocente naïveté, est devenue, par suite de certaines complicités, une imposture.
Néanmoins, si l’on me demandait quels titres spéciaux possède la Tranchée des Baïonnettes, je répondrais : pas plus de titres que n’importe quelle autre tranchée de Verdun, mais pas moins non plus. Si ce monument, qui symbolise la ténacité française, n’existait pas, s’il était question, aujourd’hui seulement, de choisir l’emplacement où il dût s’élever un jour, on pourrait discuter des titres de telle ou telle partie du champ de bataille à cette gloire insigne. Car c’est tout le champ de bataille de Verdun qui a été le théâtre d’héroïsme inouï, de Vauquois à Calonne qu’il conviendrait de recouvrir d’un vaste monument, car tout ce champ de bataille n’est qu’une vaste Tranchée des Baïonnettes. Mais le monument existe, il a déjà reçu les hommages, il a déjà vu les prières et les larmes des foules pèlerines ; nous pouvons l’honorer en toute tranquillité. « 

Voila les données que nous possédons aujourd’hui, je vous laisse vous faire votre propre opinion.

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La Tranchée des Baïonnettes en 1920 – La Tranchée des Baïonnettes aujourd’hui

Rive gauche
R.A.S.


13 juin
Rive droite

A 1 h 30, une attaque française est lancée sur le ravin de la Mort mais sans succès.
R.A.S. pour le reste de la journée.

Rive gauche
R.A.S.


14 juin
Rive droite

Le 65e R.I. relève le 95e au nord-ouest de la ferme de Thiaumont.
Témoignage du soldat LOUVART du 65e R.I. :  » Le 14 juin, au nord-ouest de la ferme de Thiaumont, nous relevons le 93e R.I. Deux jours après, nous retrouvons en ligne des gars du 93e qui ne savaient pas que leur régiment avait été relevé. « 

R.A.S. pour le reste de la journée.

Rive gauche
R.A.S.


15 juin
Rive droite

Sur le front du 65e R.I., le bombardement allemand qui est perpétuel a été très meurtrier.
Dans la matinée, une attaque allemande avec liquides enflammés s’empare d’une tranchée que tenait le 65e.
A la nuit tombeé, avec l’aide d’une compagnie du 106e B.C.P., le 65e R.I. part à la contre-attaque et reprend la tranchée qu’il a perdue le matin.

Rive gauche
Dès l’aube, l’artillerie française bombarde le sommet du Mort-Homme.

A 15 h, le 311e R.I. appuyé des 22e et 23e compagnies du 312e R.I. s’élance à l’assaut de la cote.
Aussitôt, les Allemands sortent de leurs tranchées de 1ère ligne et se rendent. Le sommet du Mort-Homme est assez vite reconquis.

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Soldats allemands qui se rendent

Les 22e et 23e compagnies du 312e tentent de poursuivre leur progression sur la 2e ligne allemande, mais elles se heurtent à un feu assez nourri et doivent se replier sur la crête au côté du 311e.


16 juin
Rive droite

R.A.S.

Rive gauchee
A 1 h, le
311e R.I. tente un nouvel assaut sur les tranchées allemandes de 2e ligne. Cependant, l’ennemi a eu le temps d’acheminer des renforts et la résistance est plus vigoureuse. Les Français retournent dans leurs tranchées.

Le reste de la journée, en plus du bombardement allemand, l’artillerie française qui n’est pas au courant de l’avance réalisée la veille, bombarde sans répit les positions françaises au sommet du Mort-Homme.


17 juin
Rive droite

Une attaque française sur les tranchées d’Ypres et des Chasseurs échoue.

Rive gauche
A 2 h, l’ennemi déclenche une violente contre-attaque sur le crête du Mort-Homme. Le combat dure 1 h mais pas un pouce de terrain n’est perdu.
Le bombardement allemand reprend avec encore plus de violence, pendant 12 h d’affilée. Les pertes sont sévères. Un grand nombre d’hommes sont commotionnés, ils sont physiquement et moralement à bout de force.

A 23 h, un nouvel assaut allemand avec liquide enflammé oblige les survivants des 2 compagnies du 312e R.I. à se replier dans les positions qu’elles tenaient le 15 juin.
A minuit, malgré l’extrème fatigue des hommes, une contre-attaque rétablit la situation. Les 1eres lignes allemandes sont reconquises..
A 1 h, les éléments du 311e et 312e R.I. sont relevés de la crête du Mort-Homme.
Témoignage d’un officier du 312e R.I. :  » Du 15 juin au petit jour jusqu’au 17 juin au soir, le total des pertes est, pour la compagnie, de 67 hommes et de 800 à peu près pour le régiment. Le 311e est littéralement fauché.
Les deux régiments ont enlevé aux Boches plus de mille mètres de tranchée, on fait 200 prisonniers et se sont emparés de plusieurs mitrailleuses. Ils étaient composés de Provençaux et de Parisiens. « 

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18 juin
Rive droite

R.A.S.
Dans la nuit, la 12e D.I. (54e, 67e, 106e et 132e R.I.) relève la 63e D.I. et monte en ligne du ravin des Fontaines à la Laufée.

Rive gauche
R.A.S.


19 juin
Rive droite et rive gauche

R.A.S.


20 juin
Rive droite
Certains points du front connaissent un calme relatif. Tous les autres subissent le bombardement habituel de l’artillerie allemande.

Les effectifs du 1er juin sur le front de Verdun était de 14 948 officiers et de 568 523 hommes de troupe. A la date du 20 juin, la 2e Armée compte 9 E.-M. de Corps d’Armée et 29 divisions représentant 15 842 officiers et 586 443 hommes de troupe.

Rive gauche
Les Allemands tentent de rejeter les Français des pentes du Mort-Homme. Des combats locaux ne donnent pas de résultat.


 

21 juin – Préparation d’artillerie allemande sur tous les fronts de la rive droite
Rive droite
A partir de 8 h, le bombardement allemand s’étend à tous les fronts de la rive droite. Toute la matinée, des obus de gros calibres tombent sans relache du bois de Nawé à la ferme de Dicourt. L’artillerie française tente de répondre mais avec beaucoup moins de force et d’ampleur.

Dans l’après-midi, l’ennemi lance une attaque entre le ravin des Fontaines et les abords sud-est du fort de Vaux, que tient la 12e D.I. Le 67e R.I. en ligne dans le bois Fumin repousse 3 vagues d’assaut successives.
Le 1er bataillon du 54e R.I., également en position dans le bois, est quant à lui submergé. Ses 3e et 4e compagnies sont anéanties. L’ennemi s’engouffre immédiatement dans l’espace et contourne les 1er et 2e compagnies. La lutte est âpre mais rapidement, les Français sont maîtrisés et faits prisonniers.
Ce 1er bataillon qui comptait 18 officiers et 950 hommes, rentrera avec seulement 9 officiers dont 4 blessés et 203 hommes dont 33 blessés.

Le 67e R.I. voyant que l’ennemi a ouvert une brèche, tente alors de reprendre le terrain qu’occupait le 54e R.I. Deux de ses compagnies lancent une contre-attaque et parviennent à reprendre un élément de tranchée. Quelques survivants du 54e qui s’étaient réfugiés dans les trous d’obus avoisinants se rallient aux hommes du 67e.

Cependant, la brèche n’est pas totalement refermée et l’ennemi continue son enfoncement dans les lignes françaises. A la nuit, il tente de contourner le 3e bataillon du 132e R.I. qui a beaucoup souffert du bombardement durant la journée et n’est pas du tout en état de subir cette attaque. Les hommes du 3e bataillon, n’ayant plus rien à perdre, décident de devancer l’ennemi et de s’élancer vers lui de manière imposante, faisant ainsi croire qu’ils sont très nombreux, bien armés et determinés à se battre. La ruse fonctionne car l’ennemi stoppe sa manoeuvre et s’enterre sur place. Le 3e bataillon fait de même face à lui.

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A 22 h, des éléments du 106e et du 132e R.I. viennent renforcer le 3e bataillon.
La brèche n’est pas refermée mais l’ennemi est contenu et les positions face à lui sont renforcées.

Rive gauche
Les Allemands tentent de rejeter les Français des pentes du Mort-Homme. Des combats locaux ne donnent pas de résultat.


 

22 juin – Pression allemande sur tous les fronts de la rive droite
Rive droite

A l’aube, à l’est des Carrières, une reconnaissance allemande est repoussée par le 67e R.I.

A midi, nouvelle attaque est également repoussée. En représailles, un furieux bombardement s’abat sur les positions françaises, et plus particulièrement celle tenue par le 67e.

A 13 h, une contre-attaque par les 2e et 3e bataillons du 54e R.I. est décidée vers la cote 349, à l’ouest du fort de Vaux. Le 2e bataillon, renforcé par 3 compagnies du 106e et 2 compagnies du 132e doit partir à droite, alors que le 3e bataillon doit se diriger sur la gauche. Le 245e R.I. reste en soutien.
A l’heure prévue, plusieurs compagnies sont déjà anéanties par le bombardement qui est très violent. D’autres sont bloquées devant les lignes allemandes, prises sous le feu des mitrailleuses. D’autres encore se déportent en avançant et n’atteignent pas leur objectif.
Finalement, cette attaque n’apporte aucun résultat, sinon de faire tuer des hommes.

Ce jour, il est décidé par le commandement Français d’évacuer le Tunnel de Tavannes en raison de la proximité croissante de la ligne de front.
Ce tunnel situé au nord ouest du fort de Tavannes, long de 1400 m et large de 5, est un ancien t
unnel ferroviaire d’une seule voie, sur la ligne Verdun-Metz. Dès le début de la bataille, il sert d’abri aux troupes françaises, aux services de secours, aux brancardiers, téléphonistes, artificiers, génie… (Voir la partie « Fortifications », « Le tunnel de Tavannes »). Il est prévue d’effectuer l’évacuation par la sortie est. De plus, les dispositions sont prises pour faire sauter le tunnel si les Allemands parvenaient à s’y introduire.

Le Tunnel de Tavanne
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Entrée est du tunnel de Tavannes

 

Le soir, le bombardement allemand est toujours très violent. De Haudaumont à Discourt, de nombreux obus toxiques sont signalés. Des nuages de gaz compacts s’étalent jusqu’à Verdun.
Les relèves qui doivent s’effectuer durant la nuit sont lentes et difficiles. Le port du masque à gaz rendu obligatoire ralentit considérablement la progression. De nombreux soldats et officiers surpris par les gaz durant la nuit, ou trop longtemps exposés sous leur masque mal étanche, meurent après une terrible agonie. La panique s’empare de beaucoup d’autres…
Témoignage de Léon Rogez, du 39e R.I. :  » Pour arriver sur son emplacement, entre l’abri 320 et Fleury, où il devait remplacer le 1er bataillon, passé en première ligne, le 3e bataillon, pris par les gaz dès la sortie de Verdun, fit preuve d’une énorme volonté. Les masques, ou trop serrés congestionnaient les hommes, ou mal ajustés ne les préservaient pas de l’empoisonnement. La chute dans un trou était fatale, le choc déplaçait le masque, l’air vicié arrivait aux bronches et, malgré les tentatives de ses camarades, le soldat supliait de le laisser mourir. « 
Témoignage du capitaine Gagneur :  » Les malheureux qui, soit insouciance, soit affolement, ajustèrent mal leurs masques, succombèrent dans d’indicibles tortures. Rien n’est poignant comme ces agonies ! J’ai vu des visages marbrés, aux bouches baveuses d’une écume rosée, tordus de convulsions exaspérées, des doigts crispés labourant des poitrines, j’ai entendu des quintes affreuses, et des ahanements, et des cris de coq enroué qui amenaient des flots de sang aux lèvres décolorées. »

Cette nuit du 22 au 23 juin fut une nuit de cauchemar pour les Poilus.

Rive gauche
Deux attaques allemandes massives sont lancées sur la cote 304 mais elles sont repoussées.

Durant la nuit, un violent bombardement alllemand par obus toxiques s’abat sur la région Bois-Bourrus. Les batteries françaises subissent d’importantes pertes.

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23 juin – Pression allemande vers Verdun (de Froideterre-Thiaumont à Vaux-Chapitre) (rive droite)
Rive droite

A 7 h 35, après une nuit sans accalmie, le bombardement baisse soudain d’intensité. Aussitôt, 50 000 Allemands s’élancent avec lance-flammes et fumigènes. Ils s’étalent de la côte de Froideterre à celle de Vaux-Chapitre, soit un front de 6 km de large. Ils ont face à eux des régiments français à bout de force.

S’engage alors sur ces 6 km de front une multitude d’actions locales qu’il serait fastidieux de vouloir décrire, tant elles sont subites, imprévues, sans ordres préalables et menées, du côté français tout du moins, dans un élan de désespoir.
Ce chaos qui règne entre les lignes, le désordre et le manque de communications fait que dés le début, le gouvernement français pert tout contrôle et ne peut ébaucher aucune tactique.
Chaque régiment, perdu et isolé sur son secteur, tente désespérément de repousser les assaillants qui se présentent face à lui. Cette lutte acharné qu’il mène pour sa survie, l’empêche de s’intéresser ni prendre part aux évènements qui se déroulent directement à sa gauche ou à sa droite.

Voici les grandes actions de la journée :
Très tôt, l’ouvrage de Thiaumont tombe aux mains de l’ennemi, faisant 50 prisonniers français.

L’ennemi poursuit sa marche et atteint les abords du boyau des Caurettes en progressant entre la cote de Froidetette et le bois des Trois Cornes.

Entre le village de Fleury et l’abris 320, et la poudrière de Fleury, les 1er et 2e bataillons du 39e R.I. sont anéantis. L’abri 320 est contourné puis pris. L’ennemi poursuit ensuite sa progression en direction de Verdun.
Témoignage de Léon Rogez, du 39e R.I. :  » Dans l’abri 320, les hommes, depuis cinq jours en ligne, harassés, mourant de faim, de soif, tombaient de sommeil. Pas de secours possible, la liaison avec l’arrière n’existait plus depuis la veille ; à droite, à gauche, que peut-il rester ?
A 7 heures, quelques coups de fusil. Puis le barrage se met en marche et derrière lui, si près qu’ils en subissent les atteintes, des groupes ennemis surgissent et se butent à nos survivants.
Nos survivants ! Noirs de poussière, de poudre et de sang, saoulés par le carnage, brandissant leurs armes comme des possédés, ils jaillissent du sol au milieu des cadavres et des blessés implorants. Eperdus de colère, ils ne connaissent plus que leur vengeance. Où ils se dressent, l’Allemands n’avance pas. Mais bientôt, il apparaît derrière eux, s’étant infiltré entre nos fractions, à la faveur des nuages de poussière et de fumée… Les rares survivants sont capturés et dirigés aussitôt vers l’arrière des lignes ennemies. « 

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Le 121e B.C.P., en position sur la côte de Froideterre, résiste énergiquement sur sa partie gauche et parvient à repousser l’ennemi. Cependant, son centre et sa droite sont submergés et de nombreux chasseurs sont faits prisonniers. Sur un effectif initial de 1150 hommes, 561 sont morts, 260 sont blessés et 250 sont faits prisonniers.

L’ennemi s’avance ensuite sur les positions que tenait le 121e B.C.P., et se présente sur la ligne Fleury-Abri des Quatre Cheminées.
Le secteur du village de Fleury est tenu par 2 compagnies du 239e. Elles resistent tant bien que mal, mais que peuvent telles prétendrent dans leur état d’épuisement. Elles sont totalement anéanties.

L’abri des 4 Cheminées est l’un des 3 abris de troupe qui existent dans le secteur de Verdun. Il se trouve dans la pente sud du ravin des Vignes, dans le secteur de Froideterre, à environ 1 km au sud-est de l’ouvrage de Froideterre. Il se présente sous la forme d’une longue galerie voûtée creusée à 12 m de profondeur et faisant 60 m de long. Deux entrées prolongées par un long escalier permettent l’accès. L’aération est assurée par 4 cheminées, ce qui à donné son nom à l’abri. A l’origine , l’ouvrage est prévu pour loger des troupes de réserve et constituer une étape pour les relèves montantes. Cependant, avec la bataille de Verdun, il est rapidement réquisitionné pour servir de poste de secours et d’état-major. Il sert notamment de poste de transition dans le rapatriement des blessés durant la nuit, vers le village de Bras (voir également la partie « Fortifications », « L’abri des Quatre Cheminées »).

L’abri des Quatre Cheminés
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Depuis l’abri des Quatre Cheminés, on a suivit la progression des Allemands et l’on se prépare au combat. Mais la supériorité numérique de l’ennemi et sa puissance de feu sont trop importantes.
Témoignage du capitaine Paul Ginisy :  » Déjà de petits groupes grimpaient, au sud, les pentes de Fleury et abordaient le village ; nous suivions leur mouvement, tirant de toutes nos armes disponibles… mais des mitrailleuses, braquées sur nos deux entrées, nous interdirent bien vite la plate-forme ; on reflua dans l’abri et les hommes que nous tentâmes de placer sur les premières marches furent régulièrement abattus…
Ce fût, dans l’abri, un indescriptible émoi, des allées et venue épouvantées parmi les plaintes des blessés et les hoquets des asphyxiés, et des sacs à terre qui s’étaient enflammés répandaient une fumée âcre qui obscurcissait l’abri et empuantissait l’atmosphère irrespirable déjà.
Soudain deux explosions fulgurantes (de grenades) dans les descentes firent trembler l’abri, des éclats ricochèrent. Il y eu un remous d’hommes éperdus, se ruant dans l’ombre avec une grande clameur insensée… un silence mortel succéda… Figés, nous attendions, impuissants, n’espérant plus qu’une mort rapide et pas trop douloureuse… « 

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L’abri des Quatre Cheminées

 

En poursuivant plus au sud-ouest sur 1 km, par la crête Fleury-Thiaumont, l’ennemi atteint à 9 h 30, l’ouvrage de Froideterre.
Cet ouvrage a été construit entre 1887-1888. Bien qu’au départ, il devait être un simple poste d’infanterie, il fut complètement réorganisé de 1902 à 1904. De nouveaux abris et une caserne pour 142 hommes couchés ont été construits ; deux postes d’observation cuirassés ainsi qu’une casemate de Bourge à gauche ont été ajoutée ; une tourelle rotative de 75 équipée de 2 canons courts et que 2 tourelles de 2 mitrailleuses sont venues compléter l’armement ; un fossé de 10 m de largeur sur 5 m de profondeur a été creusé tout autour de l’ouvrage ainsi qu’un réservoir à eau. En temps normal, l’ouvrage peut accueillir 140 hommes, mais à présent, c’est plus de 200 hommes qui occupent les lieux (voir également la partie « Fortifications », « L’ouvrage de Froideterre »).

L’ouvrage de Froideterre
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Déjà, toutes les liaisons de l’ouvrage ont été coupées par le bombardement, les coureurs ne peuvent plus passer, les signaux optiques n’obtiennent aucune réponse.
L’ennemi encerclent l’ouvrage et gravit la superstructure. La tourelle de mitrailleuse est aussitôt levée mais des débris l’empêchent de tourner. Au même instant, une grenade à main lancée dans une crevasse enflamme le stock de fusées de signalisation. A l’intérieur, l’air devient irrespirable et la panique gagne les hommes. Cependant, équipés de leur masque, ils parviennent à éteindre les flammes et à poursuivre le combat.
Jusqu’à 11 h, la résistance est âpre autour de l’ouvrage. A ce moment, la tourelle panoramique de mitrailleuse parvient à être décoincée, elle arrose tout autour d’elle est contraint les Allemands et se terrer sur place.

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L’ouvrage de Froideterre

 

Dans les autres secteurs, la bataille ne faiblie pas. Les Allemands tentent une percée à la côte 321 et à la lisière sud-ouest du bois de Nawè. Ces positions sont tenue par les 359e R.I., 106e et 120e B.C.P. Sur ces 2 points, la progression des Allemands est brisée mais au prix de quel effort ?
Témoignage du canonnier servant FOURMOND, 115e batterie, 44e R.A.C. :
 » Je me dois de signaler l’héroïsme d’un soldat du 359e R.I. qui, blessé lui-même, transporta sur son dos, des hauteur de Thiaumont à la route de Verdun à Bras, c’est-à-dire sur un parcours de plusieurs kilomètres, un camarade affreusement mutilé, en traversant des tirs de barrage de pièces lourdes sans jamais s’arrêter. Ils perdaient tellement de sang, l’un et l’autre, qu’on les eut dits vêtus de capotes écarlates ; ils passèrent près de nous et le porteur avait une expression empreinte d’une énergie tellement farouche que son visage en était effrayant. « 

A lisière ouest du bois de Nawé, les éléments des 405e et 407e R.I. sont débordés et doivent se replier vers la carrière du ravin des Fontaines

 

Il est à présent urgent et impératif aux forces françaises de réagir et de contre-attaquer. Le 106e B.C.P. qui est positionné vers le flanc nord-ouest de la cote de Froideterre est le premier à passer à l’action. Il contre-attaque face à lui et parvient à réoccuper le retranchement X et la batterie C.

Quatre compagnies du 114e B.C.P., en réserve au bois des Vignes, se portent en toute urgence à l’ouvrage des Quatre Cheminés pour le renforcer. En chemin, de nombreux soldats tombent foudroyés par les obus toxiques. Mais les hommes tiennent bon.
Dès leur arrivée, l’ouvrage et toujours encerclé par les Allemands qui tentent vainement d’y pénétrer. Aussitôt, les chasseurs contre-attaquent à la baïonnette et réussissent à faire reculer l’ennemi et à dégager l’ouvrage.
Témoignage du lieutenant Remlinger :  » L’ennemi se trouvait aux abords de notre abri des Quatre Cheminées. Ses mitrailleuses battaient les entrées de notre poste-ambulance.
Soudain surgit le commandant Desoffy avec le 114e bataillon de chasseurs alplins qui avait réussi à traverser la nappe empoisonnée.  » Mon colonel, voici le 114e. – Dieu soit loué ! Desoffy, reconduisez sans tarder les Allemands à la baïonnettes !  »
La conversation ne dépassa pas ces deux phrases. Quelques minutes plus tard, des cris de charge, des hurlements d’hommes retentirent. C’était l’exécution de l’ordre. « 

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Les chasseurs du 114e B.C.P. poursuivent ensuite leur progression vers l’ouvrage de Froideterre qu’ils trouvent dans la même situation. Ils chargent aussitôt et refoulent les Allemands vers le village Fleury. Ils sont rejoint ensuite par 2 compagnies du 297e R.I.
Le 114e B.C.P a repris un front de plus de 1500 m (700 m en avant de l’ouvrage de Froideterre).

Ce repli subit de l’armée allemande permet à 2 compagnies du 239e et 2 autres du 39e de se porter en renfort au sud de Fleury et à l’ouest de la Poudrière.

Comme la veille, il s’en est fallu de peu que l’ordre de faire sauter le tunnel de Tavannes ne soit donné, comme nous le raconte le colonel Bagès, commandant la 24e brigade :  » Il y eu dans la soirée du 23 juin, un moment où je crus que tout allait craquer. Le lieutenant-colonel Maurel me faisait savoir qu’au Chênoir, c’était une boucherie. Des blessés saisis d’épouvante arrivaient en criant que les Allemands étaient tout proches. Il y avait même des blessés ennemis.
L’air était empesté ; plus de liaisons possibles. Seuls, les pigeons voyageurs pouvaient passer. C’était un vacarme infernal et l’on eût dit que tout allait s’effondrer.
Nous étions ahuris ou presque fou.
Un moment je crus que l’heure de faire sauter le tunnel était venue… J’étais résolu à me faire sauter moi-même au besoin. « 

Durant cette terrible journée, le front français à failli céder. L’ennemi s’est emparé de toute la crête allant du village de Fleury à l’ouvrage de Thiaumont. Puis, à poursuivit sa progression vers les bois au sud de Fleury et sur la crête de Froideterre, au sud ouest de Thiaumont.
Cependant, l’ordre était de  » tenir jusqu’au bout. « , et les soldats français l’ont fait, la vague allemande a été une fois de plus stoppée ! Mais ils ne sont plus, désormais, qu’à 3 km de la ville.
Témoignage du colonel Bagès, commandant la 24e brigade :  » Nous fûmes sur le point d’être balayés, submergés, sachant que, derrière nous, il n’y avait pas de fantassin disponible. Des barrages intenses, surtout dans le fond de Vaux et dans le ravin de la Horgne où venaient se rassembler des unités d’attaque, des contre-attaques menées sans relâche, avec des unités épuisées conduites par des cadres admirables, nous sauvèrent du péril d’être jetés à la Meuse…
Le jour où la 24e brigade quitta Verdun pour aller au repos, je passai dans les rangs des survivants. En voyant la faiblesse des effectifs, les larmes vinrent à mes yeux et j’étais cependant bien endurci. Les hommes étaient encore tout tremblants de cette fièvre nerveuse que nous avons tous connue.
Chers camarades des 54e, 106e, 132e, 245e broyés dans cette lutte sans merci ou rescapés, je vous ai aimés, admirés, soutenus dans ces heures si graves. C’est avec un orgueil plein de tendresse et d’affection que j’écris ces lignes pour que ne périsse pas dans l’oubli le souvenir de votre gloire. « 

Dans la soirée, le général Pétain a téléphoné au général de Castelnau, relayant la demande insistante du général Nivelle de pourvoir Verdun en renforts immédiats. Il obtient 4 divisions fraîches disponibles dés le lendemain.
De plus, dès le matin, le général Nivelle avait fait venir sur Verdun la 60e D.I . (202, 225e, 247e et 248e R.I.) et la 131e D.I. (7e, 14e, 41e et 241e R.I.). Mais ces renforts n’arrivèrent aux tranchées qu’en fin d’après midi, et ne participèrent donc pas aux combats du 23.

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Rive gauche
De 4 h 30 à 8 h, le bombardement allemand s’intensifie sur la région Bois-Bourrus.

Deux attaques allemandes sont repoussées aux abords est et ouest de la cote 304. Une 3e plus importante entre le ravin de la Hayette et le Mort-Homme est également mise en échec.

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Front au 23 juin 1916


 

24 juin – Tentative française pour reprendre Thiaumont-Fleury (rive droite)
Rive droite

A 3 h 30, le 19e B.C.P. en ligne au bois Fumin lance une attaque en direction du ravin des Fontaines et de la croupe de Vaux-Chapitre mais cette action ne donne aucun résultat.

A 5 h, 2 bataillons du 63e et 1 bataillon du 297e R.I. se portent en avant vers Froideterre-Thiaumont. Ils ne peuvent dépasser le retranchement Y et la batterie B.

A 10 h 30, le 171e R.I. lance une attaque à la Vaux-Régnier mais ne parvient pas à progresser.

Dans l’après-midi, les 2 bataillons du 63e et celui du 297e tentent un nouvel assaut vers Froideterre-Thiaumont mais qui là aussi, ne donne pas de résultat.

Témoignage de J.-B.-André CHAROY, soldat au 9e Génie, compagnie 6/1 :  » En haut du tunnel de Tavannes, un spectacle horrible nous attend avec les premières lueurs de l’aube ; une section de mitrailleuses, peut-être plus, est là, anéantie, broyée sur une longueur de 50 mètres de boyau. Je reconnais l’uniforme bleu foncé des chasseurs à pied, l’écusson 26, je distingue les corps tourmentés, crispés dans d’affreuses convulsions, par endroits projetés les uns sur les autres ou massés par une commune terreur ; des flaques rouges et fraîches, des mitrailleuses tordues, fracassées… Quelle atroce agonie ont-ils dû subir cette nuit sous le barrage allemand ? Je retiens à peine mes larmes et dans une prière fervente, je salue mes pauvres camarades !… « 

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Rive gauche
R.A.S.


 

25 juin – Tentative française pour reprendre Thiaumont-Fleury (rive droite)
Rive droite

Dans la nuit, le général Mangin demande une amélioration des lignes dans les secteurs de Thiaumont et Fleury.

Dès 2 h, le 340e R.I. en ligne derrière Thiaumont, part à l’attaque face à lui et progresse par les pentes sud du ravin des Trois Cornes. A 3 h, il a atteint le retranchement Z près de l’ouvrage de Thiaumont.

Au même moment, le 63e R.I. s’élance des pentes de Froideterre en direction du l’abri 119. Arrivé devant l’abri, un tir de mitrailleuse meurtrier oblige les hommes à se terrer dans les trous d’obus. Ils y resteront jusqu’au soir.

De même, le 348e R.I. qui a pour mission de dépasser le village de Fleury et tenter d’atteindre les abris 320, ne parvient qu’à progresser que très faiblement.

A 8 h, le général Mangin réitère sa demande de progression impérative sur Thiaumont et Fleury.

Toute la journée, de nouvelles attaques sont menées tandis que celles en cours se poursuivent. Mais aucunes ne parvient à forcer les lignes ennemies.

Rive gauche
Nouvelle attaque allemande sur les pentes sud-ouest du Mort-Homme. Les Français perdent un peu de terrain.


 

26 juin – Tentative française pour reprendre Thiaumont-Fleury (rive droite)
Rive droite

Les attaques commencées la veille vers les secteurs de Thiaumont et Fleury se poursuivent mais sans plus de succès.
Une attaque concentrée de plus grande envergure, visant à reprendre l’ouvrage de Thiaumont, la cote 321 et la crête Thiaumont-Fleury est envisagée pour le lendemain.
Toute la journée, l’artillerie française martèle ces positions avec force et les fantassins se préparent.
Témoignage de Frédéric BAYON, soldat au 126e R.I. :  » Il y avait derrière nous, à gauche du fortin des Quatre-Cheminées, trois ou quatre batteries de 155 qui nous cassaient les oreilles tous les matins pendant quatre heures d ‘affilée et remettaient ça bien souvent dans l’après-midi. Mais un jour, elles furent repérées et les 210 commencèrent à pleuvoir.
A la relève, nous passâmes à cet endroit et l’on nous dit qu’il y était tombé plus de 1200 obus de 210 pour réduire ces pièces au silence. Nous le crûmes facilement en voyant le terrain ravagé, les pièces enterrées, les « cagnas » démolies et les caissons éventrés. Comme elles avaient l’ordre de tenir, elles avaient tenu jusqu’au dernier servant. « 

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Rive gauche
Des éléments du 312e R.I. lancent une contre-attaque sur les pentes sud-ouest du Mort-Homme et reprennent le terrain perdu la veille.


 

27 juin – Tentative française pour reprendre Thiaumont-Fleury (rive droite)
Rive droite

A 4 h 30, le 261e et 340e R.I. s’élancent de la croupe nord-ouest du bois des Trois Cornes. Les 2 régiments avancent sous un feu nourri et doivent stopper face à la batterie C et au PC 119. Certains éléments sur la gauche parviennent jusqu’à la cote 321.

Les 41e et 241e R.I. s’élancent quant à eux en direction de Fleury mais ne peuvent aborder le village dont les caves sont fortement gardé par l’ennemi. Les pertes sont très lourdes, le 241e perd les 2/3 de son effectif..
Le 6e bataillon du 241e R.I. forme une ligne de défense à la lisière sud du village.

Au soir, aucune avancée marquante n’a été réalisée et les positions allemandes sont pratiquement les mêmes qu’au 23 juin au soir.
Depuis 5 jours, les pertes du côté français mais aussi du côté allemand ont été très lourdes.
- Le 39e R.I. : 48 officiers et 1.633 homme ;
- Le 261e R.I. : 28 officiers et 1.200 hommes ;
- Le 202e R.I. n’a plus que 200 hommes ;
- Le 239e R.I. n’a plus que 6 officers et 150 hommes ;.
- Des 3 divisions en ligne, 12e, 129e et 130e D.I., ont perdu respectivement 4.832, 4.167 et 3.974 officiers et hommes de troupes. L’épuisement des hommes en ligne est intense.

Témoignage de Georges FERET, soldat au 172e R.I.:  » Le 27 au soir, le 172e relève le 106e. Le terrain est bouleversé par les trous d’obus ; nous cherchons notre route à l’éclair des éclatements. C’est alors que je me trouve face à face avec un gars du 106e. Je lui demande en criant de toutes mes forces, à cause du bruit des éclatements, des renseignements sur les emplacements.
Il répond à ma question péniblement, la voix rauque, la gorge en feu. C’est à peine s’il peut articuler ses mots, tellement il a soif. Alors, je lui offre un peu d’eau de mon bidon, il me répond : « Ah ! non, garde-la, tu en auras besoin. »
Ce souvenir ne m’a jamais quitté. Ce brave type savait ce qui m’attendait et ne voulait pas distraire une goutte de cette eau qui m’allait être si utile. Puisse ce frère d’armes lire ces quelques lignes ; ce serait une joie pour moi de pouvoir lui serrer la main. »

En 2 jours de combat, le 106e R.I. a eu 224 tués dont 7 officiers, 644 blessés dont 11 officiers, 82 disparus.

Rive gauche
R.A.S.


 

28 et 29 juin – Tentative française pour reprendre Thiaumont-Fleury (rive droite)
Rive droite

Les attaques françaises sur Fleury et Thiaumont se poursuivent toute la journée mais sans grand résultat.
La 129e D.I. (106e, 114e, 120e et 121e B.C.P., 297e et 359e R.I) est relevée par la 60e (202e, 225e, 247e et 248e R.I.) dans le secteur de la Marguerite (de la tranchée d’Ypres au P.C. 119 et au ravin des Vignes).

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Rive gauche
R.A.S.


 

30 juin – Tentative française pour reprendre Thiaumont-Fleury (rive droite)
Rive droite

Les 4e et 5e bataillons du 248e R.I. ont reçu l’ordre de se porter sur Thiaumont et d’attaquer face à eux, sous les ordres de leur chef de corps, le lieutenant-colonel Marchand. Cependant, ce n’est qu’au levé du jour qu’ils parviennent au retranchement Z et ses abords, qui constituent leur base de départ.
Leur placement n’est pas achevé que l’artillerie française, non renseignée sur les mouvements des lignes, déclenche un formidable tir de barrage et leur inflige de lourdes pertes au point de les désorganiser en partie. En conséquence, le lieutenant-colonel Marchand propose de remettre l’attaque au lendemain. Cependant, sa demande est rejetée.
Témoignage du commandant P… :  » Sur quoi s’est basé le chef en 2e lignes pour ne pas écouter le commandant du régiment qui demande que l’attaque soit remise au lendemain ? Celui-ci seul connaît la vraie situation ; et il est seul à même de juger si son attaque peut ou non réussir.
Sauf dans le cas très particulier où la situation générale le commanderait d’une façon absolue, et où l’on est obligé de consentir le sacrifice d’une troupe pour sauver le reste, sauf ce cas très spécial, on doit toujours écouter le chef de la 1ere ligne. Certains petits états-majors se sont montrés ardents pour des attaques sans but, sans préparation, « pour la gloire ». Ils auraient dû avoir le courage de dire à leur grand chef : « Non, l’attaque, dans les conditions du moment actuel, n’est pas possible ». Et le grand chef se serait rangé à leur avis. « 

A 10 h, les restes des 2 bataillons s’élancent donc en direction de l’ouvrage de Thiaumont. Assez rapidement, les hommes en sous-effectifs sont fauchés par les tirs des mitrailleuses ennemies qui battent la pente.

Les hommes se rassemblent dans les trous d’obus et attendent la nuit. Une nouvelle tentative est ordonnée pour le lendemain.

Témoignage de l’adjudant VIDAL, aujourd’hui capitaine, du 4e Zouaves :  » Dans cette lutte incroyable de résistance, j’ai vécu auprès de mes hommes, que j’aimais par dessus tout, des heures d’héroïsme d’une magnifique beauté, exaltées par un pur sentiment de patriotisme.
A ce moment-là, j’étais encore adjudant, de sorte que je me trouvais en contact immédiat avec mes hommes. Tous se montrèrent les dignes successeurs de leurs devanciers, les fameux zouaves de la Garde de 1870. Dans les moments les plus critiques où j’étais plus que jamais leur ultime conseiller de tous les instants, ils comprenaient très bien que le salut de la patrie était entre leurs mains ; c’est pourquoi ils me disaient toujours, après chaque marmitage particulièrement violent : « Mon adjudant, on va rire, ils vont sortir, attention… » et je vous assure que les Allemands étaient reçus de telle façon qu’ils rebroussaient chemin immédiatement.
J’ai crispé dans mon souvenir ces fameuses et simples paroles d’un mourant : « Mon adjudant, nous les avons eus quand même ; que je suis content… » Le malheureux expirait ensuite avec un léger sourire qui me fit frissonner jusqu’au fond de mon être, et je n’ai pu m’empêcher de l’embrasser. « 

p166

Rive gauche
R.A.S.

 

source : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

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la Bataille de Verdun Mars

Classé sous — milguerres @ 21 h 13 min

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 Periode MARS

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1er mars

Journée calme selon les communiqués officiels. Cela veut dire qu’il n’y a pas eu de grandes attaques, mais simplement des altercations locales. Pas de bombardement général mais des pilonnages locaux et alternés.
Tout au long de la  » Bataille de Verdun « , aucune journée ne put être qualifiée de  » journée calme « . Les meilleures d’entres elles peuvent être comparées aux plus mauvaises des autres secteurs.

La voie Sacrée :la Bataille de Verdun Mars  voie-sacree

Il existe 4 voies permettant de rallier Verdun par l’arrière :
- La voie ferrée de Commercy qui longe la Meuse, mais qui à Saint-Mihiel passe en terrain ennemi. Elle est donc inutilisable.
- La voie de chemin de fer de Saint-Menehould et Clermont-en-Argonne, mais qui à la hauteur d’Audreville est constamment détruite par le canon allemand. Elle ne peut donc servir que pour transporter un nombre restreint de matériel.
- Le petit chemin de fer  » Meusien  » à voie étroite, peu adapté. Lui aussi, ne peut permettre l’acheminement que de petits matériels.
- Enfin, la route départementale Bar-le-Duc-Verdun.

Cette voie traverse Bar-le-Duc, Naives, Erize-la-Brûlée, Rosnes, Erize-la-Grande, Erize-la-Petite, Chaumont-sur-Aires, Issoncourt, Hieppes, Souilly, Lemmes, le Moulin-Brûlé, Regret et entre à Verdun par le faubourg de Glorieux.
Elle épouse sur 75 km, le relief ondulé de cette région vallonnée, montant et descendant sans cesse. Depuis août 1915, elle a été élargie à 7 m, de sorte que 2 camions peuvent se croiser et un véhicule plus rapide peut passer au milieu. De plus
le général Herr a fait raffermir la chaussée

Dés le début de la bataille, il apparaît clairement au commandement français que cette voie d’accès, hors d’atteinte de l’ennemi, est la plus sûr et la plus adapté pour acheminer un grand nombre de troupes, de minutions et de matériel vers Verdun. Pire encore, si son trafic est interrompu pour une raison ou pour une autre, la bataille est perdu.

p98

Dés le 22 février une commission régulatrice est créé afin de d’orchestrer et réguler au mieux le flux de véhicule. Il est décider de faire partir les convois de Badonvilliers afin d’éviter un engorgement total à Bar-le-Duc. Une file ininterrompue de camions de toutes sortes s’engagent alors sur la route gelée et alimente la bataille en troupes fraîches.

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Dans l’autre sens, une autre file ramène les combattants vers l’arrière. A cela, vient s’ajouter les camions de munitions, de vivres, de matériels divers, les voitures sanitaires, toutes sortes de véhicules des services des armées, camionnettes de courriers, génies, artillerie, aviation, camouflage, auto-camion, auto-projecteurs, télégraphie, radiotélégraphie, etc… qu’il faut bien laisser passer au milieu des autres.
Les troupes montantes sont chargées aux environs de Bar-le-Duc et débarquées à Nixéville ou Blercourt, suivant l’intensité du bombardement. Là, sont reprises les relèves descendantes pour les conduire au repos, soit à l’ouest de Bar-le-Duc : Brabant-le-Roi, Revigny, Neuville-sur-Orne, soit au sud dans la région entre Saint-Dizier et Ligny-en-Barrois.

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Les munitions arrives par trains dans les gares de Bar-le-Duc, Baudonvilliers, etc… et chargées dans les camions. 300 tonnes peuvent être chargées en 3 heures. Lorsque 30 camions sont prêts, ils partent sans tarder vers les dépôts de munition. Il en va de même pour le matériel et les vivres. Les nombreux dépôts sont disséminés dans les villages derrière Verdun, à Heippes, Souilly, Lemmes, fort de Dugny, carrière d’Haudainville, fort de Landremont, fort de Balleray, ect. Ils constituent les bases arrière de la bataille.

Ce que l’on va appeler la  » noria  » semble s’être bien mise en place et semble bien huilée durant les premiers jours de combats. Lorsque soudain, le 1er mars, en milieu de journée, le général Pétain reçoit un coup de téléphone à son Q.G. de Souilly.
C’est le dégel !!! Le froid persistant depuis le 21 février a maintenu un sol gelé évitant aux lourds camions de s’embourber. Avec le redoux constaté depuis la veille, la première autoroute de l’histoire se transforme en une succession de fondrières et les roues pleines des véhicules commencent à s’enliser et à tourner sans prise dans la boue épaisse. En plusieurs endroits, des camions immobilisés bloquent le passage et interrompent la progression.

p236

Pétain est parfaitement conscient que si la situation n’est pas rétablie dans 72 heures, c’est un désastre. L’accalmie relative dont fait preuve actuellement l’armée allemande ne saurait durer et présage inévitablement un nouvel effort imminent, sur la rive droite et peu être également sur la rive gauche. L’arrivé d’hommes, de munitions et de matériel doit absolument continuer à tourner à sa vitesse maximale
Pétain, lucide, ordonne alors les mesures les plus logiques et les plus simples à mettre en place dans une telle situation. Il instaure en même temps un règlement très strict et une discipline de fer à tenir tout au long de la bataille.

Pour rendre la route un peu prêt praticable, il faut boucher les trous avec des cailloux et passer un rouleau compresseur. Cependant, aucun tas de pierres n’a été prévu au bord de la route. De plus, il est impossible de rechercher ces matériaux au loin, cela prendrait trop de temps et comment les acheminer puisque la route est bloquée.
Pétain donne donc l’ordre d’ouvrir le plus prêt possible de la route des carrières de pierres tendres du pays. Des équipes de civils et de territoriaux les exploitent aussitôt. Mois de 48 heures après le dégel, plus de mille travailleurs sont répartis tout au long des 75 km et lancent nuit et jour dans les trous boueux, des pelleté de pierres.
Il est impossible d’employer les rouleaux compresseurs qui ralentiraient le trafic. Pétain donne l’ordre que se soit les camions eux même qui remplissent ce rôle avec leurs roues à bandage plein. Cette manœuvre se trouve facilité par le fait que les pierre de la Meuse sont tendres.

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La noria a donc reprise rapidement mais une route réparée de façon si précaire est vouée à s’abîmer très vite, surtout soumise à un trafic si intense. Pétain donne donc pour finir un ordre simple, cette réfection ne doit jamais s’arrêter. Elle doit durer, comme le trafic, 24h sur 24 et aussi longtemps que cela sera nécessaire.
Ainsi, cette route fût la première de l’histoire à être simultanément détruite et reconstruite. Les trous se forment, un vieux territorial y jette une pelleté de cailloux que le camion suivant tasse de ses roues, quelques camions plus loin, le trou se reforme et l’on recommence.

Pétain instaure également un règlement très strict, tout véhicule tombé en panne ou ayant crevé est immédiatement poussé de côté. En parallèle, une section de dépannage est mise sur pied, on improvise au bord de la route des ateliers de fabrication de pièces de rechange, les parcs automobiles de Bar-le-Duc et de Troyes travaillent nuit et jour à la conception de bandages caoutchoutés qui sont livrés dans ces atelier de campagnes.

Témoignage du soldat Louis FEBVRE :  » Ce nom a été donné par Maurice Barrès à la route de Verdun à Bar-le-Duc qui a joué un si vaste rôle pendant la bataille en permettant le ravitaillement en hommes, en vivres et en munitions
La grande ligne de chemin de fer coupée, Verdun se trouvait isolée du reste de la France. Le petit tacot meusien, malgré toute sa bonne volonté, n’avait qu’un débit tout à fait réduit. On mit en état cette route et, nuit et jour, tant que dura la bataille, un double fleuve se mit à rouler, le fleuve des camions qui montaient à Verdun emportant les combattants et les munitions, le fleuve des camions qui descendaient de Verdun avec les blessés et les combattants en relève.
De place en place, des postes de territoriaux. Quand un obus ou une bombe d’avion tombait sur la route et la crevait d’un entonnoir, l’équipe de territoriaux la plus proche se précipitait et réparait la route. Les à-coups étaient nombreux, mais ne duraient jamais longtemps, tant chacun avait conscience de sa responsabilité, tant il se hâtait à sa tâche, quel que fût le danger couru.
La Voix Sacrée est un symbole. On a reproché aux Français de ne pas être des organisateurs, il eût été plus juste de leur reprocher d’être des imprévoyants.
Sur la Voix sacrée, la discipline était de fer. Aucune voiture à cheval, sous quelque prétexte que ce fût, ne s’intercalait entre les convois. Des fourgons attelés, qui n’avaient pourtant besoin de suivre la route interdite que pendant 100 ou 200 mètres, ont été contraints, pour ne pas déranger cette belle horlogerie, à faire un détour de plusieurs lieues. Ici, avec une autorité magnifique et une parfaite intelligence, on sacrifiait tout à l’essentiel : le service des tranchées de Verdun. Cette calme leçon d’énergie donnait une grande confiance aux hommes. « 

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Ainsi, tout au long de la bataille, 16 bataillons (8200 hommes) seront affectés à l’entretient de la route et à l’extraction des carrières. Ils jetteront entre 700 000 et 900 000 tonnes de pierres sur la route.
Durant 10 mois, chaque semaine, 3500 camions effectueront l’allée retour Bar-le-Duc Verdun, soit en moyenne, un camion toutes les 14 secondes. Certains jours, il sera constaté une fréquence d’un camion toutes les 5 secondes.

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Toujours à la semaine, tous véhicules confondus, il sera effectué 1 millions de km sur la voie (soit 25 fois la circonférence de la terre), 90 000 hommes et 50 000 tonnes de matériels seront transportés.
Si l’on tente de chiffrer le tonnage total qui a été transporté, englobant le matériel, les munitions, les combattants et les blessés, se chiffre parait atteindre les 2 millions de tonnes.

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2 mars – Perte du village de Douaumont
A l’aube, une compagnie du 418e R.I. passe à l’attaque et s’empare des chalets au sud de Douaumont.

De 7 h 30 à 9 h, le bombardement allemand est très violent sur le front de Douaumont – Vaux. Parmi les projectiles, de nombreux obus au gaz.

La guerre chimique (Accessible également dans la partie Thèmes)

L’ennemi passe à l’attaque dans l’après-midi mais il est stoppé au sud-ouest du bois Chaufour (146e R.I.) et de chaque côté du fort de Douaumont. Durant cette attaque, les vagues allemandes ont été littéralement fauchées par les mitrailleuses françaises causant de très importantes pertes.

A 18 h, les Allemands parviennent tout de même à s’emparer d’un élément de tranchée au sud-est du fort de Douaumont.

A 19 h 30, ils se portent à l’attaque du village de Douaumont mais sont repoussés par 2 bataillons du 170e R.I.
A 20 h, revenant en force de tous les côtés, ils parviennent à prendre pied par l’est, le nord et le sud dans le village, en anéantissant 6 compagnies du 33e R.I.
Le village de Douaumont est dès lors perdu.


 

3 mars – Tentative française pour reprendre le village de Douaumont
A minuit, le général Balfourier apprend la nouvelle de la perte du village de Douaumont. Il met aussitôt sur pied une contre-attaque visant à le reconquérir. 2 bataillons du 174e et 1 bataillon du 170e R.I. sont chargés de cette mission qui doit avoir lieu à 17 h 45.

A l’heure H, les 3 bataillons s’élancent et parviennent à reconquérir quelques positions dans le village. Les hommes creusent le sol pour consolider leur ligne.

A 20 h et à minuit, le 33e R.I. est attaqué entre le ravin du Calvaire et le village de Douaumont mais il parvient à repousser l’ennemi.

La nuit se passe sous un bombardement allemand très violent dans tout le secteur de Douaumont.

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4 mars – Tentative française pour reprendre le village de Douaumont
A 10 h, le bombardement s’arrête brusquement et l’ennemi attaque les positions reprises la veille dans village de Douaumont. Les 3 bataillons (170e et 174e R.I.) sont vite submergés d’autant plus qu’aucun renfort ne peut approcher du village en raison des tirs de barrage infranchissables qu’impose l’artillerie allemande.

A 11 h, la totalité des ruines du village sont perdues. Quelques survivants français parviennent à rejoindre les 2e lignes.

A 11 h 30, le G.Q.G. français envisage une fois de plus une riposte. 2 nouveaux bataillons du 170e R.I. se portent dans le ravin sud-ouest de Fleury.

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A 15 h 30, ils se dirigent vers la ferme de Thiaumont. Cependant, pris sous un formidable tir de barrage, ils sont ralentis et n’arrivent qu’à la nuit à la ferme de Thiaumont. Ils viennent renforcer les débris des éléments déjà en place.

A 20 h, ils s’élancent à nouveau sur le village de Douaumont mais dés le début, l’attaque est enrayée en raison de la violence du feu des mitrailleuses allemandes.
Sur ordre du général Pétain, aucune autre attaque n’est mise sur pied et le village de Douaumont reste définitivement aux mains de l’ennemi.


 

5 mars
 » Journée calme « , comme le 1er mars.

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Front au 5 mars 1916

Pétain prend les choses en mains !
Comme nous l’avons vu plus haut, le général Pétain à dés le 1er mars prit un certain nombre de mesures précises afin de rétablir techniquement la situation sur la Voie Sacrée, par laquelle se fait le ravitaillement de la bataille.

Il poursuit son travail en reconstituant les divisions et les brigades et en formant des  » groupements de commandement « . Il entreprend les démarches permettant le réarmement des forts des 2 rives, crée des places d’armes, des dépôts, des cantonnements et trace de nouvelles voies d’accès.
De plus, il s’attaque avec ardeur et ténacité à la question  » artillerie « . Il veut que le nombre des batteries sur le front de Verdun décuple et ne cesse de demander plus de canons au Q.G. de Chantilly. Il éduque également ses généraux sur sa vision de l’artillerie, afin qu’ils emplois leurs canons beaucoup plus, dans de meilleurs condition et avec beaucoup plus d’efficacité.

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Pétain dans son bureau à Souilly

Témoignage du général Pétain :  » Je ne cessais de stimuler l’activité de l’artillerie. Lorsque les agents de liaison des corps d’armée, venue au rapport quotidien de Souilly, m’exposaient par le menu les combats engagés sur leurs fronts respectifs, je ne manquais pas de leur couper la parole par cette interrogation :
- Qu’ont fait votre batterie ? Nous parlerons ensuite des autres détails.
Au début, les réponses étaient confuses… Mais comme je m’en irritais, ma préoccupation dominante se répercutait dans les états-majors intéressés, dont les comptes rendus marquèrent bientôt un sensible progrès. Notre artillerie, suivant mes directives, prenait l’offensive par des concentrations de feux qui étaient de véritables opérations, soigneusement préparées et qui, sans lui causer de pertes, en produisaient chez l’ennemi.
Je répétais constamment :
- Il faut que l’artillerie donne à l’infanterie l’impression qu’elle la soutient et qu’elle n’est pas dominée ! « 

Cependant, malgré toute l’énergie déployée par Pétain, il doit faire face au Grand Q.G. qui rechigne à mobiliser de lourds moyens sur Verdun. La bataille de la Marne est en préparation et semble plus importante. Ce n’est qu’au compte goute que de nouvelles batteries sont envoyées.

Témoignage du commandant P… :  » Comment peut-on dire qu’au six mars, l’équilibre des forces adverses en infanterie et en artillerie de campagne, sinon en artillerie lourde, est réalisé ? On savait à la 2e Armée que les effectifs allemands accumulés sur le front étaient formidables, mais, fidèle à la tactique qu’il dû instaurer pour cacher ses lourdes responsabilités, le G.Q.G. a toujours « nié Verdun ». Si l’on avouait toute l’importance de l’attaque allemande sur Verdun, on devait, en toute justice, accepter aussi que ce n’était pas le général Herr qui devait être poursuivi. Il était beaucoup plus facile de déclarer que Verdun était une attaque comme les autres ; toutes les fois où un officier de l’état-major de la 2e Armée allait en liaison au G.Q.G., il trouvait au 3e bureau des petits rires goguenards « Ah ! tu vas encore essayer de nous faire croire à Verdun. »
Un grand nombre de divisions allemandes en ligne à Verdun n’ont pu être identifiées au début de mars par « les moyens habituels » de renseignement, en bon français l’espionnage. Restaient les interrogatoires de prisonniers. Or, combien de prisonniers allemands avions-nous fait au 5 mars ? Et que savait un homme en première ligne, sur les troupes qui étaient derrière lui ?… « 

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Interrogatoire de prisonniers allemands


 

Attaque allemande sur les deux rives

6 mars – Violents combats sur le Mort-Homme (rive gauche)
Rive droite de la Meuse
Violent bombardement sur tout le secteur. Les Allemands veulent empêcher les Français de contre-attaquer sur le village de Douaumont.
Dans l’après-midi, le bombardement prend une cadence extraordinaire. Il tombe au moins vingt projectiles par minute. Les hommes ne parvienent plus à distinguer les coups, leur tête et tout leur système nerveux est ébranlé. Ils perdent connaissance peu à peu, les nerfs cassés, arrivés à la limite de leur force. Cela fait six heures consécutives qu’ils sont soumis aux chocs, aux gaz de combat et aux vibrations continues.

Rive gauche
Bien que l’attaque allemande sur la rive gauche ne fut déclenchée qu’à partir du 6 mars, le secteur n’en ai pas resté calme pour autant.
Dès le 22 février, alors que débute le second jour de combat sur la rive droite, un terrible bombardement s’abat sur le Mort-Homme, le bois de Corbeaux et le bois de Cumières.

Témoignage de Léon GESTAS, sergent au 70e R.I.T. :  » Au bois des Corbeaux, au début de mars, ça tombait de tous les côtés, on était tué sans même savoir d’où le coup était parti. Le bruit avait couru parmi nos hommes que le bombardement allemand durerait 100 heures et tous attendaient, avec une impatience mêlée d’anxiété, la fin de ces 100 heures. Mais les 100 heures passèrent et le bombardement, loin de diminuer, continuait toujours. Il devait continuer toute l’année.  »

Le 24 février, un important groupe ennemi sort du bois des Forges et s’avance vers les positions françaises. Cependant, il n’hésite pas à regagner ses tranchées lorsque les 1ers tirs des Français débutent. Il s’agit à la fois de tester la défense française dans ce secteur et réaliser une manœuvre de diversion visant à perturber les Français qui sont engagés désespérément sur la rive droite.
Le 26 février, plusieurs abris français s’effondrent sur les pentes du Mort-Homme en raison du bombardement allemand. De jour en jour, les dégâts causés par les obus allemands s’aggravent. Cette augmentation de l’activité des Allemands dans le secteur présage une imminente offensive.
Au soir du 5 mars, le 7e Corps en position sur la rive gauche rendait compte à Pétain en ses termes :  » Toute la position de résistance et la zone des batteries en arrière offre l’aspect d’une écumoire ; les trous empiètent les uns sur les autres ; les réseaux sur la contre-pente du Mort-Homme et de la Côte de l’Oie sont déchiquetés. « 

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Le 6 mars à 7 h, alors que le front présente déjà un aspect lunaire, un très violent bombardement allemand d’une puissance encore non égalée dans ce secteur s’abat sur les ouvrages de Béthincourt, de Forges, de Regnéville, sur les massifs du Mort-Homme et de la Côte de l’Oie.
A 10 h, alors que la neige tombe et qu’un épais brouillard enveloppe toute la ligne de front, l’ennemi s’élance à l’attaque. Il espère progresser rapidement comme cela l’a été le 21 février sur la rive droite, et en effet, il atteint rapidement le ruisseau des Forges et encercle le village du même nom. Les combats qui s’engagent sont très violents puis les Français cèdent peu à peu devant le flot ennemi.

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Durant l’après-midi, les Allemands continuent leur marche et arrivent au nord-est de la Côte 265.

Au soir, les villages des Forges et Regnéville sont tombés ainsi que la Côte 265. De nombreux détachements français ont été faits prisonniers ou ont été anéantis, le 211e R.I. entre autre.

Le soir, le front français forme une nouvelle ligne reliant le bois des Corbeaux, le bois de Cumière et le village de Cumière. De nouveaux bataillons montent en urgence renforcer ces nouvelles positions.

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Front au 6 mars 1916


 

7 mars – Perte du village de Cumières et le bois des Corbeaux (rive gauche)
Rive droite

A 3 h, le 409e R.I. est attaqué et doit abandonner l’ouvrage d’Hardaumont. A 5 h, une contre-attaque permet de le reconquérir.

Durant la matinée, le 17e R.I. au sud-ouest et au sud du fort de Douaumont repousse 3 assauts.

Jusqu’à 15 h, le bombardement allemand est très violent sur l’ensemble du front, les pertes sont très lourdes du côté français.

A 15 h, le 409e R.I. subit une nouvelle attaque sur la croupe au nord de Vaux mais parvient à repousser l’ennemi. A 21 h, 23 h et 0 h 30, 3 retours offensifs allemands sont également mis en échec. Ils sont entrecoupés de violents bombardements qui causent de lourdes pertes dans les rangs du 409e.

De l’étang de Vaux aux pentes d’Hardaumont, le 21e R.I. subit un terrible bombardement.
Témoignage du lieutenant Albert CHEREL :
 » C’est le 7 mars, que le fort de Vaux commença d’être systématiquement bombardé. Durant 8 heures, sans arrêt, une averse de projectiles s’abattit sur le fort. Il y en avait de tous les calibres : du 77, du 105, à l’éclatement déchirant ; du 210, du 380, que les soldats avaient surnommé le « Nord-Sud »à cause du grondement strident de son sillage dans l’air ; peut-être du 420, car on en trouva un culot près du corps de garde le lendemain. Ces obus, à certains moments, tombaient à la cadence de 6 par minute. Il nous semblait vivre au milieu d’une effroyable tempête. « 

A sud de Vaux, l’ennemi part à l’assaut du bois de Grand-Feuilla tenu par le 86e R.I.. Un violent corps à corps s’engage et se prolonge toute la nuit. Finalement, l’ennemi est repoussé mais les pertes qu’il a causé affaiblissent grandement le front du 86e.

Rive gauche
Vers 11 h, les Allemands débouchent entre Béthincours et Forges et escaladent les pentes de la Côte de l’Oie pour se porter sur le village de Cumières et le bois des Corbeaux. Ils espérent ensuite longer la vallée de la Meuse par Cumière et pouvoir ainsi aborder le Mort-Homme par l’est.

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Cumières et le bois des Corbeaux sont défendus par les 211e et 259e R.I. Rappidement, les 2 régiments sont submergés mais ils se battent avec courage. En fin d’après-midi, les 2 régiments sont littéralement anéantis.
Le village et le bois sont perdus mais cependant, les débris du 214e R.I. empêchent l’ennemi de sortir du village.

Le bombardement allemand s’abat maintenant sur le secteur de Regnèville et Chattancourt.
Béthincourt est violemment pilonné toute la journée et toute la nuit.

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Front au 7 mars 1916


 

8 mars – Reprise des 2/3 du bois des Corbeaux (rive gauche) – Perte de la moitié du village de Vaux (rive droite)
Rive droite

Au matin, le front allant des bois Albain et Chaufour, jusqu’à l’étang de Vaux est tenu par toute la 13e D.I. (20e et 21e B.C.P., 17e, 21e et 109e R.I.)

Sur la position du 17e R.I., les obus laissent la place aux torpilles et aux Minenwefers qui font des ravages dans les tranchées.

L’artillerie de tranchée (Accessible également dans la partie Thèmes)

A l’issue du bombardement, l’ennemi lance une puissante attaque avec jets de liquide enflammé.
A 11 h, les survivants du 17e parviennent à enrayer puis à repousser l’assaut allemand.

Aussitôt après, l’ennemi porte son attaque au sud-est du fort de Douaumont sur les positions tenues par le 100e R.I. A midi, le front français est enfoncé et l’ennemi pénètre dans le ravin de la Caillette.

Sur la gauche, une brèche est également ouverte à travers le 109e R.I. L’ennemi risque ainsi de prendre à revers le 1er bataillon du 17e R.I. et il est urgent de la refermer. Les 11e et 12e compagnies du 17e alors en soutien se portent en urgence au devant de l’ennemi.
A 13 h, après un combat acharné, la brèche ouverte une heure auparavant est refermée et mieux encore, l’ennemi a été chassé du ravin de la Caillette.
Par cette furieuse contre-attaque et le courage dont elle a fait preuve, la 11e compagnie du 17e R.I. a gagné le surnom de  » Compagnie des Lions « .

Sur le front du 21e R.I., au nord de l’étang de Vaux (sur les pentes d’Hardaumont), le bombardement allemand a duré toute la matinée. A 11 h, l’ennemi attaque enfin.
Jusqu’à 12 h 45, les vagues sont repoussées à 3 reprises et ne parviennent pas à percer la défense française.

Dans le secteur du village de Vaux, tenue par les 408e et 409e R.I. le pilonage dure depuis 10 h du matin.
Témoignage de A. ROUSSEAU :  » A Vaux, sous les obus. Pour nous donner du courage, nous regardons dans le bois, à côté, une batterie d’artillerie à découvert, qui tire à toute volée et dont les hommes qui ne peuvent avoir notre mobilité, attendent en accomplissant leur devoir, la mort sur place. « 

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Dans l’après-midi, les éléments des 408e et 409e R.I. repoussent pas moins de 12 assauts allemands.
Une 13e attaque allemande est lancée sur le village, mais cette fois, trop affaibli, le 409e doit abandonner une partie du village. La 1ère compagnie du 409e est anéantie, à la 2ème, il ne reste que 8 hommes. Le soir, le 2e bataillon ne compte plus que 2 officiers et 137 hommes.
Témoignage de R. :  » L’extrême fatigue, le manque prolongé de sommeil, la continuelle tension nerveuse, engendrent quelques cas de folie et de nombreux cas d’exaltation et de demi folie.
Je rends compte à mon lieutenant que nous avons fait un Allemand prisonnier et le lieutenant me répond, en colère : « C’est honteux, vous serez puni. » Puis il se met à pleurer et il me demande pardon, disant qu’il n’en pouvait plus de fatigue, qu’il n’avait pas dormi depuis quatre jours.
Quand je dis au sergent que trois hommes de l’escouade sont ensevelis dans l’abri, il répond en riant : « Très bien, très bien, ça vous fera du rab de pinard.  » Quand je lui ai répété le lendemain ce qu’il avait dit, il ne voulait pas me croire. « 

Au ruisseau de Tavannes (dans le secteur de Damloup), la lutte débutée la veille sur le front du 86e R.I. et qui s’est poursuivie toute la nuit, reprend avec acharnement.
Devant la supériorité numérique de l’ennemi et les pertes qu’il a subie, le 86e doit abandonner le Grand Feuilla et se retirer à l’ouest de la route Eix-Damloup.

Pendant cette journée, les pertes françaises mais aussi allemandes ont été énormes.
Quand la nuit tombe, le massif d’Hardaumont, la moitié du village de Vaux, le Grand Feuilla et l’entrée du ravin de la Horgne ont été perdus. Pétain est contraint malgrés lui à puisser dans ses précieuses réserves et à mettre 2 nouvelles divisions à la disposition du général Maistre.

La nuit, la neige tombe. Elle est la bienvenue car elle permet aux combattants d’apaiser enfin leur soif intense.

Rive gauche
A 7 h, alors qu’il fait encore nuit noire, 2 bataillons du 92e R.I., commandés par le lieutenand-colonel Macker, se lancent à la contre-attaque du bois des Corbeaux. Chaque homme a reçu la bénédiction suprême par l’abbé du régiment peu avant l’heure H.
Dans ce secteur, il n’existe plus de tranchée ni de boyau, tout a été détruit et labouré par le bombardement. C’est donc totalement à découvert que les hommes doivent parcourir les 400 m qui les séparent des positions allemandes, sur un versant face à l’ennemi et martelé par un violent tir de barrage.
Les obus et les balles allemands font de grandes brèches dans les rangs français mais ils poursuivent courageusement leur progression. Les 100 derniers mètres se font au pas de charge.
A midi, après une matinée de violents combats, la lisière du bois des Corbeaux est dépassée puis reprise. Au soir, les 2/3 du bois sont de nouveau français. Une contre-attaque allemande est ensuite repoussée durant la nuit.

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Le 92e R.I. aura perdu dans la journée une 100e d’hommes et 10 officiers.

Ce même jour, 2 autres assauts allemands sont repoussés, sur les pentes du Mort-Homme et sur les avancées du village de Béthincourt.

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Front au 8 mars 1916


 

9 mars – Pression allemande sur les 2 rives
Rive droite

Dès 7 h, le bombardement allemand reprend avec la même force que la veille.

A midi, l’ennemi attaque sur un large front.

Dans les secteurs d’Haudraumont et du bois Albain, les 153e et 201e R.I. tiennent bon malgré de sérieuses pertes.

A leur gauche, le 21e B.C.P. est écrasé puis submergé. Les survivants trop éprouvés par le bombardement qu’ils viennent de subir ne sont plus en état de combattre.

Sur le front du 17e R.I. (sud et sud-ouest du fort de Vaux), l’ennemi part à 3 reprises à l’assaut mais le tir de barrage français qui est d’une densité et d’une précision terribles le contraint à retourner dans ses lignes. Durant ces 2 jours, le 17e a eu 125 tués et 360 blessés mais des 100e de cadavres allemands gisent devant ses tranchées.

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Sur le front des 86e, 109e, 408e et 409e plusieurs assauts allemands sont repoussés.

Devant le fort de Vaux, plusieurs bataillons allemands sont parvenus à s’infiltrer en avant des réseaux de barbelés. Les attaquants sont renvoyés dans leurs positions sans ménagement. Le fort est alors occupé par la 8e et 10e compagnie du 71e régiment de Territoriale, commandées par le lieutenant Albert Chérel.
Témoignage du lieutenant Albert CHEREL :
 » Le 9 au matin; un grand cri: « Les Allemands ! » L’ennemi, en colonnes, aborde les fils de fer du fort. Chaque fraction de la compagnie, conduite par son chef, gagne le poste de combat qui lui à été désigné d’avance.
Les Allemands, apparemment, avaient cru le fort vide de défenseurs. Notre feu calme et bien ajusté et le tir fauchant des mitrailleuses eurent tôt fait d’en abattre un centaine. les reste de ceux que nous avions vue en nombre à peu près égal se terra. Deux ou trois petites boules blanches très lumineuses jaillirent du rebord de la crête où ils s’étaient enfouis. Et leur artillerie se remit à arroser le fort et ses alentours. »

L’officier allemand qui commandait cette attaque avait déjà envoyé un communiqué disant que le fort était pris. Il se trompait de plusieurs mois.

Dans l’après midi, le 149e R.I. et les 20e et 21e B.C.P. parviennent à reconquérir une partie du village de Vaux.

Témoignage de Julien SANDRIN, sergent au 11e Génie :  » Dans les attaques de Vaux, en mars, j’ai vu un lieutenant de chasseurs qui, le bras gauche broyé par un éclat d’obus, continuait à se battre avec sa main valide.
Un mitrailleur a le ventre ouvert; il accourt ici avec ses pauvres mains crispées sur ses intestins qui s’échappent.
L’autre m’arrive, la tête bandée de son pansement individuel, soutenu par un camarade. Je le fais asseoir devant moi, sur la petite caisse, mais il a l’air quasi endormi et ne s’aide pas du tout, laissant sa tête brimbaler de droite et de gauche. Je suis pressé et, sentant les autres qui attendent, je lui demande de se mieux prêter au pansement. Mais lui ne cesse de répéter inlassablement : « Oh ! laissez-moi dormir, laissez-moi dormir ».
J’enlève la bande qui lui entoure la tête et alors, la chose horrible m’apparaît: toute la moitié de son cerveau, son hémisphère droit tout entier glisse en dehors de son crâne béant et j’éprouve cette sensation terrible de recevoir dans ma main gauche toute la matière cérébrale de ce malheureux qui, la boite crânienne défoncée et vidée en partie de son contenu, continue de me répéter son leitmotiv : « Laissez-moi dormir ». .

Alors je lui dis: « Oui, mon vieux, va, on va te laisser dormir ». Et je vide ma main de son contenu que je remets à sa place, maintenant le tout avec des compresses et une bande… avec quelles précautions et quelle angoisse !… « Va dormir, va, mon vieux ».
Soutenu sous chaque bras, ce mort vivant fait quelques pas, s’étend dans un coin. Une piqûre de morphine, une couverture et le sommeil, pour toujours. « 

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Au soir, le 27e D.I. (52e, 75e, 140e et 415e R.I.) monte en ligne sur Bevaux. Le 409e R.I. quitte enfin le front, il a perdu 34 officiers et 1 479 hommes.

Rive gauche
L’ennemi poursuit sa marche en avant. Il progresse entre le village de Béthincourt et le bois des Corbeaux. Il occupe les tranchées entre le ruisseau des Forges et le Mort-Homme et atteint le boyau Béthincourt-Mort-Homme.

Cependant, il ne peut pas pénétrer dans le village de Béthincourt tenu par le 49e R.I.T. et dans le bois des Corbeaux.


 

10 mars – Pression allemande sur les 2 rives – Perte définitive des bois des Corbeaux et de Cumières (rive gauche)
Rive droite
Vers 7 h et 8 h 30, au nord de l’étang de Vaux (21e R.I.), 2 assauts allemands sont repoussés par les combattants français. Lors de ces combats, plusieurs hommes sont devenus fous.
Devant le fort de Vaux, de nombreux bataillons allemands sont arrêtés par le 38e R.I.

A 15 h, au sud-ouest et sud du fort, l’attaque reprend sur le front du 17e R.I. Les vagues successives de l’ennemi viennent se briser devant les mitrailleuses françaises.

Le 408e R.I. parvient lui aussi à enrayer une attaque allemande mais il a atteint le bout de ses forces. Il est relevé dans la soirée, il a perdu en tués, blessés ou disparus, 26 officiers et 1009 hommes.

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Dans la nuit, la 42e D.I. (8e et 16e B.C.P., 94e, 151e et 162e R.I.) relève les restes de la 39e dans le secteur de Froideterre-Thiaumont.
Au retour d’une relève de tranchée, les compagnies étaient en général en repos pendant une semaine. Les deux premiers jours, les gradés laissaient un peu les hommes en paix. Ils étaient libres de dormir à volonté, se décrotter, se nettoyer, jouer aux cartes, écrire et prendre une bonne cuite, ce qui était excessivement fréquent, et dans bien des cas, salutaire et efficace comme lavage de cerveau. Ces pauvres gars oubliaient ce qui s’était passé, et ils oubliaient aussi que peut être, dans une semaine, il faudrait qu’ils remontent.
Ensuite, dés le troisième jour, les exercices et les corvées reprenaient.

 

Joffre rend visite à Pétain !
Dans la matinée, le général Joffre vient rendre visite au commandant de la IIe Armée dans sa mairie à Souilly.

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Pétain et Joffre à Souilly

Bien qu’il ne jure que part « sa grande offensive sur la Somme », les événements qui se déroulent à Verdun l’inquiète. Le général Pétain lui réclame sans cesse de nouvelles pièces d’artillerie qu’il souhaiterait voir conservées pour son attaque sur la Somme, en pleine étude.
Témoignage du commandant P… :  » Pour le G.Q.G., l’attaque de Verdun par les Allemands avait le tort considérable de constituer un obstacle à la préparation de notre propre attaque sur la Somme :
- Comment pouvons-nous songer à faire la Somme, si nous usons toutes nos divisions à Verdun. C’est la Somme qui dégagera Verdun, disait le G.Q.G.
A quoi ripostait le IIe Armée :
- Il est surtout pressant d’empêcher Verdun de tomber. A quoi bon faire la Somme si vous avez perdu Verdun ? « 

Après une journée d’entretient avec Pétain, Joffre promettait de faire son possible pour alimanter Verdun en canons, et rédigeait le premier ordre du jour historique de la bataille.
Ordre du jour pour la journée du 11 mars :  » Soldats de l’armée de Verdun ! Depuis trois semaines, vous subissez le plus formidable assaut que m’ennemi ait encore tenté contre nous. L’Allemagne escomptait le succès de cet effort qu’elle croyait irrésistible et auquel elle avait consacré ses meilleures troupes et sa plus puissante artillerie. Elle espérait que la prise de Verdun raffermirait le courage de ses alliés et convaincrait les pays neutres de la supériorité allemande. Elle avait compté sans vous.
Nuit et jour, malgré un bombardement sans précèdent, vous avez résisté à toutes les attaques et maintenu vos positions. La lutte n’est pas encore terminée car les Allemands ont besoin d’une victoire. Vous saurez leur arracher. Nous avons des munitions en abondance et de nombreuses réserves. Mais vous avez surtout votre indomptable courage et votre foi dans la République. Le pays a les yeux sur vous.
Vous serez de ceux dont on dira :  » Ils ont barré aux Allemands la route de Verdun !  » « 

Rive gauche
La bataille reprend au bois des Corbeaux, à Cumières et au Mort-Homme.

A 6 h, une attaque française menée par des éléments des 92e et 139e R.I. parvient à s’emparer en une demi heure du bois des Corbeaux tout entier.
En même temps, un régiment allemand s’empare de la totalité du bois de Cumières malgré la résistance désespérée des éléments restants des 92e et 139e R.I.

Dès 8 h, l’ennemi contre-attaque en force le bois qu’il vient de perdre. Jusqu’à midi, tous les assauts sont successivement repoussés. Mais petit à petit, les officiers et les hommes tombent. Privés de munitions, l’étau se resserrant indéniablement, le bois des Corbeaux à peine conquis doit être évacué en début d’après-midi.

A la fin de la journée, les bois des Corbeaux et de Cumières sont définitivement perdus. L’ennemi s’installe sur les pentes du Mort-Homme. Le 92e et le 139e R.I. ont subi de très lourdes pertes.

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Front au 10 mars 1916 (le même que le 7 mars)


 

11 mars
Rive droite

La journée est passée à organiser la défense de Froideterre en creusant de nouvelles tranchées et en réparant les liaisons.
Témoignage de Emile CARTIER, téléphoniste au 127e R.I. :  » Un téléphoniste doit avoir de nombreux et très visibles points de repère où il peut se reconnaître la nuit. Son salut dépend souvent de la rapidité des réparations.
Les lignes téléphoniques sont coupées par les obus 5 ou 6 fois par jour et autant la nuit. Nous bondissons de trou d’obus en trou d’obus avec notre rouleau de fils et l’appareil qui nous sert à délimiter les cassures. Notre baïonnette nous sert de piquet de terre. Nous sommes encore en hiver et la neige tombe en abondance, mais nous rentrons souvent baignés de sueur dans notre poste de Bras. « 

Vers 19 h, l’ennemi s’empare d’une ligne de tranchées sur la route de Verdun à Etain. Une contre-attaque française échoue ensuite en tentant de la reconquérir.

La nuit,  » il neige, le vent souffle. Comme les blessés abandonnés doivent avoir froid ! «  (Jean Desmond).

Rive gauche
Toutes les contre-attaques françaises échouent : au petit matin sur le bois de Cumières ; à 11 h sur les bois des Corbeaux et de Cumières ; à 17 h entre le Mort-Homme et le ruisseau des Forges ; à 1 h 30 sur les bois des Corbeaux et de Cumières.
Seul le boyau Béthincourt-Mort-Homme est repris à l’ennemi.

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Départ d’une contre-attaque française


 

12 mars
Rive droite

Vers 4 h, une attaque allemande à la grenade est lancée sur la cote du Poivre mais les troupes françaises parviennent à la repousser. Un violent bombardement s’en suit qui dure toute la journée.

Rive gauche
Aucune offensive Allemande mais de violents bombardements sur le Mort-Homme, les villages de Chattancourt et de Cumières, le bois Bourus et la cote 271.


 

13 mars
Rive droite et gauche

Violents bombardements allemands et français sur tous les secteurs…


 

14 mars – Pression allemande sur le Mort-Homme (rive gauche)
Rive droite
Au bois Chaufour, 2 compagnies allemandes se lancent à l’assaut des positions françaises. Tous les assaillants sont abattus avant de l’atteindre.

Sur les autres secteurs, le bombardement allemand continuel fait de nombreuses victimes.
Témoignage du soldat E. BARRIAU :
 » Nous montons au bois de la Caillette. Détail poignant, je ne serais pas capable de dire quelle unité nous avons relevée, car je n’ai vu d’hommes vivants que ceux de ma compagnie. C’est à Verdun qu’on relève les morts. « 

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Rive gauche
Dans la nuit puis dans la matinée, de nombreux obus asphyxiants et incendiaires sont lancés sur les lignes françaises.

Vers 15 h 15, l’ennemi attaque sur le Mort-Homme. Après un 1er échec, il revient à l’assaut et s’empare de la cote 265 et de boyau du Mort-Homme (16e et 98e R.I.). Les pertes sont très élevées des 2 côtés.

Par cette avance, l’ennemi avance très près du sommet du Mort-Homme.

 

15 mars
Rive droite
Les 2 adversaires s’observent mutuellement sur les pentes du fort de Vaux. Plusieurs escarmouches à la grenade sont signalées mais dans l’ensemble, le front reste assez calme.

Rive gauche
A 1 h du matin, le 3e bataillon du 16e R.I. part à la contre-attaque entre la cote 265 et le village de Béthincourt. Sur la gauche, l’attaque est un succès, les Allemands se replient et le terrain est repris.
Témoignage de Robert GILLET, soldat au 16e R.I. :
 » Une anecdote que je tiens de l’aumônier divisionnaire Lestrade et qui peint l’âme du poilu français. Lestrade avait, selon son habitude, accompagné de près nos vagues d’assaut avec sa vaillance accoutumée. En parcourant les tranchées conquises, il trouve dans un abri plusieurs soldats français en compagnie de plusieurs soldats allemands. Les Français ont ouvert leurs musettes et en ont partagé fraternellement le contenu avec leurs prisonniers. Tous mangent d’un bon appétit, on dirait une pension de famille. « 

A droite, le bataillon ne parvient pas à progresser et doit reculer en laissant de nombreux morts.

Le reste de la journée est passé sous un violent bombardement allemand.

 

Le 15 mars au soir, le commandement allemand doit se rendre à l’évidence, sa tentative de percer éclair sur la rive gauche se solde elle aussi par un échec.
En 10 jours, bien qu’elles aient fait subir à l’armée française de terribles pertes, les troupes allemandes n’ont progressé que d’environ 2 km sur un front large de 6. La côte de l’Oie, le bois des Corbeaux et le village de Cumières ont été pris mais les fantassins se heurtent à présent à une forte résistance au Mort-homme.
Témoignage du Colonel Marchal :
 » Vers le 16 mars, les Allemands s’aperçoivent qu’ils ne leur suffit pas de prendre le Mort-Homme, car la possession de celui-ci sera précaire, tant que les Français tiendront la cote 304, qui flanque très bien le Mort-Homme et ses arrières.
Ils décident donc d’enlever l’ensemble Mort-Homme-Cote 304 et, pour le faire facilement, pour conquérir une base de départ favorable à portée de ces deux sommets, de la cote 304 en particulier, ils prépareront une grande attaque enveloppante par la droite (ouest de la côte 304), consistant à s’emparer de toute la crête qui s’étend jusqu’à la corne sud du bois d’Avocourt.
Ce sera le but de leurs efforts entre le 20 mars et les premiers jours d’avril. « 

En ce qui concerne la rive droite, la progression allemande est également stoppée devant le fort et le village de Vaux. Une tentative d’attaque du fort le 9 mars c’est soldée par un échec, et seulement quelques maisons à la lisière du village ont pu être difficilement conquises.
Témoignage du Colonel Marchal :  » Il faudra aux Allemands tout le mois de mars pour enlever le village, maison par maison. Les Français feront plusieurs contre-attaques pour tenter de la reprendre.
A la suite de la plus meurtrière, le 30 mars, ils seront rejetés sur l’étang de Vaux et ils s’installeront solidement sur la digue de l’étang qui forme barrière à l’est de celui-ci.
Les Allemands tenterons vainement de tourner cet obstacle par la droite, c’est-à-dire par le ravin de la Fausse-Côte. Pendant de longues semaines, tous leurs efforts dans cette région demeureront vains. « 

 


 

16 mars – Pression allemande en direction de la côte 304 (rive gauche)
Rive droite
Au village de Vaux, dont la moitié est tenue par les Allemands et l’autre moitié par les 158e R.I. et 17e B.C.P. Français, s’abattent durant la journée pas moins de 10 000 obus de tous calibres.

Le 17e B.C.P reçoit l’ordre de contre-attaquer et de reconquérir entièrement le village. Cependant, le bombardement allemand est si violent que 1/3 des effectifs sont tués avant de s’élancer.

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A 20 h 55 et à minuit, 2 attaques allemandes sont repoussées par les 1er et 3e bataillons du 158e.
Depuis le 10 mars, les pertes de ce régiment s’élèvent à 20 officiers et 618 hommes.

Rive gauche
Au ravin des Forges et au sud du village de Forges, des concentrations ennemies sont observées. Cela semble présager une attaque imminente. Le général Debeney ordonne un bombardement intense de ces positions. L’attaque allemande n’a pas lieu.

Dans la nuit, la 40e D.I. (150e, 154e, 155e et 161e R.I.) commence à relever la 25e.


 

17 mars – Pression allemande en direction de la côte 304 (rive gauche)
Rive droite
R.A.S

Rive gauche
Dans l’après-midi, l’ennemi attaque au sud de la cote 295 mais ne parvient pas à percer.

 

18 mars
Rive droite
Durant la matinée, le 109e R.I. repousse à 2 reprises les assauts de l’ennemi.

A 12 h 30, le 140e R.I., en ligne de l’étang de Vaux à la redoute de Douaumont repousse également une forte attaque.

Rive gauche
A 13 h, le 1er Zouave part à l’attaque au sud-ouest du bois de Cumières et parvient à s’emparer de la lisière du bois.
T
émoignage du capitaine Paul FLAMANT :  » Avant l’attaque, je vois un petit gars, indifférent en apparence, aligner tranquillement des cartouches à portée de sa main et approvisionner son magasin en sifflant la Marseillaise, avec une sorte de ferveur sacrée !… comme d’autres prieraient tout bas pour se donner du courage. « 


 

19 mars
Rive droite
Le 17e B.C.P. et 2 compagnies du 159e R.I. reçoivent l’ordre d’attaquer à nouveau le village de Vaux. Après un violent affrontement, ils ne parviennent qu’à s’emparer de 2 lignes ennemies mais font de nombreux prisonniers.

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Colonne de prisonniers allemands

Rive gauche
R.A.S.


 

20 mars – Pression allemande en direction de la côte 304 – Perte du bois de Malancourt (rive gauche)
Rive droite
Violent bombardement sur les Eparges, le reste du front est assez calme.

Rive gauche
A 7 h, un violent bombardement allemand s’abat pour la 1ère fois sur le bois de Malancourt où les 111e, 258e et 272e R.I. sont en ligne. Ces unités sont en position dans ce bois depuis longtemps et s’y croient en sécurité, massées derrière de profonds réseaux de fil de fer.
Ce violent bombardement sème néanmoins la confusion dans les éléments des 111e et 258e R.I.

A 14 h 30, les vagues allemandes débouchent devant le bois et percent les lignes françaises sans grandes difficultés ! Il semblerait que certaines troupes françaises se soient délibérément rendues à l’ennemi.
Témoignage du Colonel Marchal : « Les éléments de première ligne manquèrent de vigilance et il semble prouvé aussi qu’ils renfermaient certains éléments douteux, peu désireux de se battre, et qui entretenaient des intelligences avec l’ennemi. On ne sait pas trop ce qui se passa exactement. Tout se fit sans beaucoup de bruit. « 

Les Allemands s’emparent donc de la partie centrale du bois puis se rabattent à droite et à gauche afin de s’étendre et poursuivre leur progression. Rapidement, le P.C. de commandement au sud du bois est encerclé et presque toute la brigade et faite prisonnière.
Seul un petit ouvrage nommé la Redoute d’Avocourt à l’extrémité sud-est du bois, semble montrer plus de résistance. D’abord prit par les Allemands, il est rapidement repris par une courageuse contre-attaque. Dés lors, toutes les tentatives allemandes vont successivement se briser et cet ouvrage formera durant quelques jours l’extrémité ouest de la bataille sur la rive gauche.

Au soir, la situation françaises est tragique, le bois est pratiquement perdu et environ 2500 soldats Français ont été fait prisonnièrs. Les Allemands se sont rendu maître de positions qui enveloppent le saillant français, village de Malancourt-village de Haucourt-côte 304.


 

21 mars – Pression allemande en direction de la côte 304 (rive gauche)
Rive droite
Journée  » assez calme « 

Rive gauche
Toute la nuit, le canon français pilonne avec force le bois de Malancourt qui a été perdu la veille.

A 4 h 30, les troupes françaises (3e, 105e, 111e, 121e, 139e, 141e et 258e R.I) s’élancent sur le bois mais la progression est très difficile et les positions restent inchangées.

Dans le secteur des villages de Haucourt et de Malancourt, le bombardement allemand est intense.
Vers 12 h 45, il s’amplifie.
A 15 h 30, il se concentre sur Haucourt.
A 18 h, l’ennemi part à l’attaque et s’empare sans grandes difficultés de l’observatoire. Cependant, il ne peut progresser plus avant, stoppé par le tir de barrage français.


 

22 mars – Pression allemande en direction de la côte 304 (rive gauche)
Rive droite
Le 226e R.I. en ligne au ravin de la Caillette repousse une attaque qui a été précédée d’un violent bombardement.

Rive gauche
Le bombardement allemand reprend avec force. Vers midi, l’ennemi attaque les ouvrages de Vaucluse et du mamelon d’Haucourt. La résistance françasie est acharnée mais vers 16 h, les survivants sont submergés et anéantis. Lors de ces combats, quand les munitions ont été épuisées, des combattants français se sont défendus au corps à corps avec leurs pelles, leurs pioches et leurs couteaux de poche…

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En fin de journée, l’ouvrage R2 à l’ouest du bois Camard tombe également aux mains de l’ennemi.


 

23 mars – Pression allemande en direction de la côte 304 (rive gauche)
Rive droite
R.A.S.

Rive gauche
Le 3e R.I. contre-attaque sur le village d’Haucourt et parvient à reprendre pied sur le mamelon à l’est d’Haucourt.

Tard dans la nuit, l’ouvrage R2 est reconquis par une compagnie du 163e R.I.


 

Du 24 au 28 mars – Pression allemande en direction de la côte 304 (rive gauche)
Rive droite et rive gauche

Bombardement infernal sur tous les secteurs.

Dans l’après-midi du 28, un important groupe ennemi parvient à s’infiltrer dans plusieurs maisons du village de Malancourt (Rive gauche). A la tombée de la nuit, le groupe part à l’assaut et parvient à s’emparer de l’ouvrage Braconnot ainsi que du réduit de Malancourt. Par cette manœuvre, il coupe toutes les communications du 163e vers l’arrière. Les éléments du 163e R.I. encerclés se défendent toute la nuit mais succombent sous le nombre.

Le soir, 4 bataillons (2 du 157e et 2 du 210e) et quelques éléments du génie reçoivent la mission de reprendre le réduit d’Avocourt. Ils partent de la forêt de Hesse vers leur base de départ et marchent toute la nuit.

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Troupes qui cantonnent dans les bois autour de Verdun, avant de partir pour le front


 

29 mars
Rive droite
Deux vagues allemandes se lancent à l’attaque face au bois de Morchée tenu par le 360e R.I. Accueillis par un feu nourri, les assaillants se terrent dans les trous d’obus.

Rive gauche
A 4 h 25, les 4 régiments partis la veille au soir (157e et 210e) s’élancent dans le réduit d’Avocourt et parviennent à le reprendre en ¼ d’heure. La surprise des Allemands a été totale.
Le 157e tente ensuite de poursuivre son élan et dépasser l’objectif mais il est contraint à reculer après un violent combat à la grenade.

Jusqu’au soir, l’ennemi tente à 5 reprises de reconquérir le terrain qu’il vient de perdre mais n’y parvient pas.

Le butin français a été important : des prisonniers, de nombreuses mitrailleuses, des canons de tranchées et, chose qui frappe les soldats français et en dit long sur l’organisation allemande, une vache et 2 cochons.

Durant la journée et la nuit, la 11e D.I. (26e, 34e, 69e et 79e R.I.) relève les restes de la 76e (157e, 163e, 210e et 227e R.I.) à l’est du boyau de la Garoupe.
La 22e D.I. (19e, 62e, 116e et 118e R.I.) relève la 42e (8e et 16e B.C.P., 94e, 151e et 162e R.I.) du bois d’Haudraucourt à la ferme de Thiaumont.

Afin de mieux se représenter l’état du front et les conditions de combat en cette fin de mars sur la rive gauche de la Meuse, voici le récit du caporal-mitrailleur BLAISE du 26e R.I. qui monta en ligne du 29 mars et fut évacué de 8 avril :
 » Arrivée vers le ravin du bois Camard, notre section se porte le 29 mars, avec la 3e compagnie, entre le chemin de Malancourt et le bois de Montfaucon, côte 287. Là, la relève est facile à faire, il n’y a presque rien à relever, et je suis désigné pour couvrir en avant le redan qui va être organisé. A tout hasard, un sergent m’emmène avec juste l’équipe normale et cinq caisses de cartouches vers la sortie du ravin du ruisseau de Forges.
On nous a dit qu’une brigade défaillante avait tenu ce secteur, mais les nombreux cadavres entassés là me laissent croire que cette brigade n’a pas manqué d’excuses.

Cette nuit passe vite et sans incident. Tout le jour suivant, le casque barbouillé de boue, sans gestes rapides, j’observe le terrain. Nous dominons trois lignes allemandes sur les pentes du bois. Les Boches, assis sur leurs parapets, semblent admirer derrière nous le tir de leur artillerie.

La deuxième nuit, vers 9h1/2, ils semblent se mouvoir vers nous. J’alerte mes trois camarades et la pièce braquée, le mousqueton armé, j’attends l’attaque, mais rien. Sans aucun ravitaillement depuis deux jours, rien de chaud au corps, je suis privé d’eau pour ma bouche, non guérie d’une ancienne blessure et qui s’infecte. La dysenterie me prend et il faut avoir vécu des jours entiers, assis ou debout dans un trou humide au milieu d’odeurs épouvantables, pour savoir ce qu’est la vie d’un soldat perdu entre les lignes de Verdun.

A la tombée de la nuit, j’envoie mon chargeur Jacquier au ravitaillement avec ce mot : « 1° Malade ; si pas ravitaillé, me relève d’office ; 2° J’observe que les Allemands travaillent tous les soirs de 22 heures à 4 heures, parallèlement au ravin à contre-pente et sur environ 400 mètres de longueur. Signé : Blaise, pièce 3 836.  »

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A 11 heures, Jacquier revient avec des macaronis froids, de la viande sauce au vin, et, comme boisson, du vin et de l’eau. A 1 heure du matin, je me rends compte que mon mot a déjà porté ; voilà que tout à coup un déluge de 75 et de 105 prend d’enfilade le ravin et même notre secteur. Nous nous jetons dans nos trous et jusqu’au matin nous entendons les blessés allemands qu’on transporte et qui hurlent.

Depuis quatre jours, nous sommes enfouis dans nos trous. Nous utilisons une boîte de sardines pour verser lentement nos excréments en dehors des trous. Je sens ma résistance diminuer, mais je ne songe pas à quitter mes camarades ; du reste, ce n’est pas le moment. A la nuit Jacquier, ce brave qui devait être tué le 7 retourne au redan, et rapporte la soupe ainsi que l’ordre de rentrer avant le jour avec notre matériel. Nous ramassons-le tout sans incident et quittons ce sinistre lieu, chargés comme des mulets, les jambes raides d’inaction. Il fait noir encore ; les trous de toutes grosseurs se touchent, il faut attendre la chute des fusées pour s’aventurer dans ce chaos ; nous mettons une heure pour faire 350 mètres environ et en arrivant devant le réseau, il nous faut crier et jurer pour nous faire reconnaître car nous sommes salués par les rafales de nos mitrailleuses ; la consigne est sans pitié. Arrivé près de la deuxième pièce en position, j’ai à peine posé caisse et paquetage que je suis pris de défaillance. Mon collègue et frère d’armes Boittiaux, chef de la 2e pièce, me ranime avec un peu de mirabelles qu’il sort d’un colis parvenu la veille à mon adresse, puis, allongé dans mon petit abri, j’éprouve un grand soulagement pour mes pauvres jambes quatre jours repliées.

Nous sommes le 5 avril. A 9 heures du matin, commence le terrible pilonnage ; sans arrêt, jusqu’au 7, à 5 heures du soir, ce sera un volcan de terre et de feu qui s’abattra sur les occupants, réduits à environ 40 hommes sur 200. Durant ce déluge, rampant à gauche, à droite, et parfois bien en avant des fils de fer détruits, j’ai pu déterrer, trop tard souvent, des camarades meurtris et même étouffés sous le parapet. A mon tour, je suis enterré et déterré par les camarades.

Le 7, toujours même vie affreuse. Je vais en avant à plus de 200 mètres à travers la boue, pétrie par endroits de chair verdâtre. J’écume de la bouche comme un chien. Vers 17 heures, tout à coup, le pilonnage se porte sur nos derrières et dans l’immense soulagement que procure cette surprise et aux cris de « les Boches ! » tous ces hommes, vrais démons, se jettent sur le reste des parapets, prêts au dernier sacrifice. Il n’y a plus de pensées pour personne. A 200 mètres, les Boches, en colonnes pressées, avancent en suivant les replis du terrain. Ma pièce est détruite, celle de gauche crache ; les grenades sont avancées par le lieutenant Sauvageot ; le capitaine Bernage, blessé, un fusil en main, hurle et outrage l’ennemi. Les hommes en font autant. Saisis par une semblable résistance, leur première vague et leurs lance-flammes abattus, les Boches hésitent et garnissent les trous. Cependant, ils ont des chefs de valeur car, à trois reprises différentes, peu suivis des hommes, plusieurs de ces chefs se font abattre à bout portant.

Vers 17h30, sur la droite, les Boches progressent et nous organisons un barrage de sacs et de matériaux. C’est là qu’une énorme explosion me laisse sans connaissance, à moitié enterré, près de mon brave Jacquier, tué. A gauche, Boittiaux, chef de la 2e pièce, ayant eu deux tireurs hors de combat, avait sauté sur la pièce pour la servir, mais avait été tué d’une balle en pleine tête. Je revois encore ce brave petit gars du Nord tombé à la renverse, le casque plein de cervelle. Je voudrais que les siens à Lille sachent comment il est mort et quelle affection nous avions l’un pour l’autre, nous les deux chefs de pièces, tous les deux gueules cassées car, comme moi, il avait une forte balafre par balle à la joue droite.

Amené au P.C. du bois Camard, je pars au petit jour, en me traînant, en direction d’Esnes. Je fus évacué sur Château-Chinon, à l’air pur et calme du Morvan, du sang plein les yeux, les reins malades, la face blême, les cheveux blancs. Je me remis au bout d’un mois de soins et revins à mon dépôt, à Mâcon, mais je garde toujours des traces d’irritabilité, et, à quarante ans, je suis un vieillard. « 

p10


 

30 mars – Abandon par les Français du village de Malancourt ainsi que du bois Carré (rive gauche)
Rive droite

A 5 h, l’ennemi sort du fort de Douaumont et attaque le 6e bataillon du 279e R.I. mais il doit se replier devant la force du tir français. Il laisse de nombreux morts sur le terrain.

Rive gauche
Les positions sur Malancourt et Béthincourt sont violemment bombardées durant 7 h d’affilée ce qui présage une attaque.
Elle se déclenche vers 17 h sur le village de Malancourt. Le 69e R.I. qui vient d’arriver résiste toute la nuit mais doit abandonner le village (beaucoup de ses hommes sont fait prisonniers).
Non loin du village, le bois Carré est également abandonné (par ordre supérieur) car il devient dès lors une position trop dangereuse à tenir.


 

31 mars – Perte du village de Vaux (rive droite)
Rive droite

Dans la région de Vaux et Douaumont, le bombardement allemand est assez violent toute la nuit et la matinée.

De 15 h 30 à 17 h, l’ennemi attaque à 5 reprises au nord-ouest de l’étang de Vaux tenu par le 10e B.C.P. La 3e compagnie résiste énergiquement mais doit céder sa 1ère ligne. Elle est ensuite reprise par une contre-attaque de la 2e compagnie jusque-là en réserve.

En même temps, 3 bataillons allemands s’élancent sur le village de Vaux sur une largueur de 800 m, 3 compagnies françaises sont encerclées. Elles luttent jusqu’au bout de leurs forces mais sont anéanties. La partie encore française du village de Vaux tombe ainsi aux mains de l’ennemi ainsi que les tranchées qui le bordent.
Le village de Vaux est dès lors définitivement perdu.

Rive gauche
L’effort commencé la veille par les Allemands s’accentue.
A la fin de l’après-midi, après une violente préparation d’artillerie, l’ennemi s’empare de la tranchée du Chapeau-Chinois, au Mort-Hommme. Le 154e R.I. contre-attaque aussitôt et reprend la tranchée.

 

 

En de nombreux endroits, la situation des hommes est tragique. Chassés et isolés par l’avance ennemie, ils s’accrochent au terrain au hasard, bloqués entre la ligne ennemie et le tir de barrage allemand.
Ils se protégent en creusant des tranchées de fortune en reliant entre eux les trous d’obus. Ne pouvant abandonner leur poste, ils restent cachés toute la journée sous leur toile de tente, sans pouvoir se lever car ils seraient repérés.
Ce n’est que la nuit qu’ils peuvent se dégourdir les jambes et manger si toutefois la corvée de soupe est parvenue à traverser le barrage.

Extrait du livre  » Verdun  » de Georges BLOND : » Les journalistes, les auteurs de manuels d’infanterie, les officiers descripteurs de la guerre appelaient cela ; un trou d’obus aménagé. Le mot aménagé ne convenait guère à ce qui avait été un creusement hâtif et même haletant dans la nuit à la lueur des fusées et des fusants ; les occupants n’étaient même pas sûrs qu’il se fût agi, à l’origine, d’un trou d’obus ; peu importait aussi de savoir comment s’étaient retrouvés là ensemble six hommes et un capitaine. A certains moments, la violence du déchaînement avait été telle qu’on ne pouvait même pas crier ; l’air empesté par les gaz des explosions suffoquait, déchirait la poitrine ; la terre tremblait sous les pieds. Maintenant, c’était une espèce d’accalmie étrange. On sentait toujours la terre secouée, mais pour ainsi dire régulièrement. Le tir de barrage allemand tombait sur l’arrière du trou, à peut-être deux cent mètres ; le tir de barrage français tombait sur l’avant, à trois cent mètres environ au-delà de ses lignes et les hommes, Français et Allemand, terrés, dans les trous devant les lignes, se trouvaient encagés, face à face…

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… le capitaine s’appuyait sur la paroi oblique du trou, guettant par l’un des créneaux rudimentaires… des sillons de larmes marquaient son visage noirci. Le capitaine avait pleuré peu auparavant, non de désespoir, mais en vomissant. Il avait vomi, une fois de plus, à cause de l’odeur. Depuis quatre jours ces hommes n’avaient mangé que du singe et ils n’avaient eu ni vin ni eau potable depuis quarante-huit heures. Tous souffraient de dysenterie.
Même au fort de la bataille les hommes-soupes partaient des roulantes et marchaient jusqu(aux premières lignes, chargés comme des ânes. Ils marchaient, rampaient ou se traînaient souvent jusqu’aux trous avancées. Leurs cadavres d’hommes secourables parsemaient le champs de bataille, parmi tant d’autres, mais cadavres intéressants, à cause des bouteillons et bidons qui gisaient à côtés d’eux. Des tireurs ennemis expérimentés visaient spécialement les hommes-soupes. Leur silhouettes alourdie les faisait reconnaître de loin.

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Ravitaillement des hommes-soupes

Les fantassins dans le trou, encagés entre les barrages des deux artilleries, souffraient de la dysenterie et aussi de la soif. Le froid moins cruel qu’une semaine plus tôt était tout de même assez vif. Il n’empêchait pas la soif. Sur toute l’étendue du champ de bataille de Verdun, depuis que la neige avait fondu, la soif était l’ennemie numéro un ; impartiale, brûlant la gorge des Français et des Allemands indistinctement…
On peut, en souffrant, rester plusieurs jours sans boire. Ces hommes auraient mieux résisté à la soif s’ils n’avaient pas été déshydratés par la dysenterie. Leur langue leur faisait l’effet d’un épais morceau de buvard dans leur bouche. Eh quand le capitaine vomit de nouveau, vers le milieu de la journée, ses yeux restèrent secs. Il n’avait rien mangé et vomissait seulement de la bile…
- Mon capitaine, les Boches tirent ! Ils grenadent ! Là, à droite, il y en a qui sont sortis de leur trous !
- Mon capitaine, le tir de leur artillerie s’est allongé. Ils vont attaquer !
- Eh bien, quoi, ce n’est pas la première fois !
… Sur l’espace entre les trous, les balles tissaient ce filet d’abeilles cent fois accélérées. Dans le trou français, un homme jeta son fusil :
- Merde, je n’ai plus rien !
Il jetait son fusil, il savait que les autres n’avaient même pas le temps de lui passer des munitions. La seule question était de savoir de quel côté les minutions seraient le plus vite épuisées… Les Allemands d’en face tiraient encore ; puis ils cessèrent, Plus de munitions ?
- Mon capitaine, ça y est, ils sortent ! ils ont leurs flingues et leurs grenades. Rien à faire, on est faits ! Il y a plus qu’à lever les bras. Ils s’amènent ! Mon capitaine, qu’est-ce que vous faites ? Laisser votre revolver, nom de Dieu, ça servira à quoi ? A nous faire bousiller pour rien ! Non, mon capitaine, non !… Ah, salaud ! « 

 

source : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

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