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3 avril 2015

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fleche11

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Quelques livres choisis

1914 Broché – 8 novembre 2012

de Jean-Yves LE NAOUR

En 1914, l’obsession de la guerre hante l’Europe. Avant même que l’attentat de Sarajevo n’allume la mèche de la poudrière balkanique, elle occupe les esprits, s’affiche à la une des journaux, s’invite dans les conversations et les discours politiques. Sans que l’on n’y croie vraiment. Pourtant, en quelques jours à peine, le monde bascule dans un engrenage qui va le broyer. La guerre s’impose comme la plus rapide des solutions pour conduire à l’émancipation des nationalités et à l’avènement d’un nouveau monde. Mais la boîte de Pandore est ouverte et la machine infernale lancée : pendant quatre longues années, la guerre deviendra mondiale, totale et terroriste. A la lumière de la recherche la plus récente, conjuguant les approches diplomatiques, militaires, sociales et culturelles, Jean-Yves Le Naour nous fait revivre l’année 1914 au plus près de la façon dont les contemporains l’ont vécue. Ce premier volume d’une série ambitieuse renouvelle en profondeur l’histoire de la Grande Guerre. Historien du XXe siècle, professeur en classes préparatoires, Jean- Yves Le Naour est l’auteur de nombreux ouvrages, dont récemment chez PerrinLes Soldats de la honte qui a reçu le Grand Prix du livre d’histoire Ouest-France-Société Générale et le prix de l’Académie de médecine Jean-Charles Sournia.

 

1914, le destin du monde Poche – 6 mars 2014

de Max GALLO

À Paris, gare de l’Est, en ce diman­che 2 août 1914, c’est la mobi­li­sa­tion géné­rale. Il y a bien­tôt cent ans, le samedi 1er août, l’Allemagne a déclaré la guerre à la Russie, l’alliée de la France. L’Empire austro-hon­grois est, dès le 28 juillet, entré en guerre contre la Serbie. L’engre­nage des allian­ces, des ulti­ma­tums, des mobi­li­sa­tions, entraîne les nations dans sa méca­ni­que san­glante. Berlin est soli­daire de Vienne. Paris, lié à Londres, sou­tient Saint-Pétersbourg. En quel­ques heures, toutes les gran­des gares euro­péen­nes res­sem­blent à la gare de l’Est. Tous ces hommes qui par­tent, inno­cents, incons­cients, n’ima­gi­nent pas que des cen­tai­nes de mil­liers d’entre eux vont mourir ou être bles­sés avant que l’année 1914 se ter­mine, et que cette guerre, qui devait être brève et locale, devien­dra la Première Guerre mon­diale.

 

Le Jour le plus meurtrier de l’histoire de France: 22 août 1914 (Anglais) Relié– 9 octobre 2013

de Jean-Michel Steg

27 000 Français sont tués le 22 août 1914, le jour le plus sanglant de l’histoire de France. C’est quatre fois plus qu’à Waterloo, autant que durant les huit années de la guerre d’Algérie. Avant même la bataille de la Marne, Verdun ou le Chemin des Dames. Où donc ces hommes ont-ils disparu ? Dans quelles circonstances ? Un nombre de tués en une seule journée, sans précédent dans l’histoire de France et sans exemple depuis, ne peut être une simple bizarrerie statistique. C’est l’ambition de ce travail d’apporter quelques explications. Ce cataclysme meurtrier au tout début du conflit traduit-il les conséquences de choix individuels et collectifs, tactiques, stratégiques ou organisationnels erronés, ou tout simplement malheureux ? Comment les militaires en viendront-ils à accepter que, face à la létalité du feu au XXe siècle, le soldat ne peut plus mener la guerre dressé sur le champ de bataille, comme il le faisait depuis l’Antiquité, mais doit désormais combattre enterré et dissimulé ? Pour le savoir, il faut suivre Jean-Michel Steg dans les Ardennes belges le matin 22 août 1914.

Étudiant à l’EHESS, Jean-Michel Steg travaille depuis trente-cinq ans dans le monde de la finance.

 

1914 Les atrocités allemandes : La vérité sur les crimes de guerre en France et en Belgique Poche – 6 octobre 2011

de John Horne  (Auteur), Alan Kramer  (Auteur), Hervé-Marie Benoît (Traduction)

D’août à octobre 1914, près de 6 500 civils belges et français ont été intentionnellement
assassinés, des centaines de villages ravagés par l’armée allemande. Comment la peur des francs-tireurs et de la résistance civile, mythe né pendant la guerre franco-prussienne de 1870, a-t-elle
conduit les soldats allemands à des crimes systématiques et de grande ampleur ? Quelle fut
l’influence des « atrocités » sur la propagande des deux camps, contribuant à donner au conflit le
sens d’une « croisade contre la barbarie » ? Comment ce thème, d’abord élément central du discours allié sur la « culpabilité allemande » et le jugement des criminels de guerre, a-t-il fini par rencontrer un scepticisme général, dès les années vingt ? Ce livre magistral sur un crime de guerre, son instrumentalisation et sa place dans la mémoire des belligérants trouve toute son actualité alors que le sort des civils en temps de guerre et la portée de la justice internationale demeurent des sujets brûlants.

Introduction à l’histoire de notre temps : Tome 3, le XXe siècle, de 1914 à nos jours Poche – 20 février 2014

de René Rémond  (Auteur)
Comprendre son temps est impossible à qui ignore tout du passé ; être un contemporain, c’est aussi avoir conscience des héritages, consentis ou contestés. Etudier hier en fonction d’aujourd’hui – et même de demain -, tel est précisément le propos de ce livre, tiré d’un cours professé à l’Institut d’études politiques. Quelle est l’importance de la guerre de 1914 ? Qu’est-ce que le fascisme ? Quelles sont les origines de la guerre froide ? Qu’est devenu le monde au XXe siècle ? A ces questions et à cent autres, ce troisième volume apporte des réponses claires et rigoureuses. Sans préoccupation érudite, cet ouvrage permettra à chacun de réviser des notions demeurées imprécises et d’acquérir les bases historiques indispensables à l’intelligence de notre époque

Putain de guerre !, Intégrale : 1914-1918 Relié – 29 janvier 2014
de Jacques Tardi (Auteur)

Le temps de respirer et de raconter notre guerre aux petits-enfants n’était pas encore venu. D’ailleurs, aurions-nous envie d’en causer de cette immonde tuerie, de ce suicide collectif, totalement à vomir ?

Paroles de poilus : Lettres et carnets du front (1914-1918) Broché – 16 octobre 2013
de Jean-Pierre Guéno
Ils avaient dix-sept ou vingt-cinq ans et étaient palefreniers, boulangers, colporteurs, ouvriers ou bourgeois. Ils devinrent soudainement artilleurs, fantassins, brancardiers… Voyageurs sans bagages, ils durent quitter leur femme et leurs enfants, revêtir l’uniforme mal coupé et chausser les godillots cloutés… Sur huit millions de mobilisés entre 1914 et 1918, plus de deux millions de jeunes hommes ne revirent jamais le clocher de leur village natal. Plus de quatre millions subirent de graves blessures. Huit mille personnes ont répondu à l’appel de Radio France visant à collecter les lettres, jusqu’ici éparpillées, de ces poilus. Cet ouvrage en présente une centaine. Des mots écrits dans la boue et qui n’ont pas vieilli d’un jour. Des mots déchirants, qui devraient inciter les générations futures au devoir de mémoire, au devoir de vigilance comme au devoir d’humanité…

26 avril 2013

L’amiral Émile Lacroix

Classé sous — milguerres @ 0 h 32 min

 

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 retour à la Seconde Guerre Mondiale

Ceux que l’on maudirait !

 Une histoire : Bizerte et la France

L’amiral Émile Lacroix
(1883-1949)

Auteur
Christophe Lacroix 
Institut Pierre-Renouvin, Université de Paris 1.

Pour une meilleure lecture je vous invite à télécharger ce document qui vous permettra de lire l’article tout en vous référant aux :

 notes L’Amiral Emile Lacroix-www cairn info

RÉSUMÉ
Né en 1883, dans les Côtes-du-Nord, l’amiral Émile Lacroix est le fils d’un gendarme. Entré à l’École navale en 1900, il fait une carrière maritime. En 1939, contre-amiral, il commande les contre-torpilleurs de l’escadre de l’Atlantique. Son navire est gravement touché à Mers el-Kébir. Promu vice-amiral et commandant de la 3e escadre à Toulon, avec autorité tactique sur la 4e escadre, il est envoyé le 21 septembre 1940 à Dakar pour prendre la tête de la Force Y, où il combat à nouveau les Britanniques. Vice-amiral d’escadre en mars 1941, il commande la 1re escadre des croiseurs à Toulon, second de l’amiral de Laborde. C’est à ce poste qu’il donne l’ordre de sabotage de ses navires. Retiré à Paris, il n’est pas touché par l’épuration et meurt le 1er août 1949.

• Aux origines de l’amiral
• L’aéronavale
• La 2e Escadre légère, la guerre et Mers el-Kébir
• Le commandement de l’Escadre de l’Armistice
• Dakar
• Toulon et le sabordage
• Le marin devient éléphant37, ou l’exil au milieu de la société

Quel parcours plus emblématique du destin tragique de la marine française durant la Seconde Guerre mondiale que celui de l’amiral Lacroix ? Emblématique au point d’avoir vécu comme siens les principaux drames endurés par la plus belle Marine depuis la fin du XVIIIe siècle : avec son navire-amiral, le Mogador, blessé à mort à Mers el-Kébir ; la réponse au défi britannique et à la nécessité de protection de l’Empire français face aux prétentions gaullistes avec le commandement en chef à Dakar ; et enfin le sabordage de ses navires à Toulon, le 27 novembre 1942. Emblématique aussi par son parcours à la fois classique, par son adhésion au gouvernement légal de Vichy et à sa politique, par sa conception intransigeante de la discipline, son amitié avec le chef de la Marine et dauphin du maréchal Pétain, l’amiral Darlan, et atypique, du moins dans les idées reçues, par son origine modeste, son caractère très marin, sa passion pour l’aéronavale, son refus de toute compromission avec les clientèles ou les politiques, son anglophilie, son désir (contenu) de faire appareiller les Forces de Haute Mer à Toulon.
2On l’aura compris, une biographie de l’amiral Lacroix est une invitation à dresser une nouvelle évaluation de l’histoire du corps des officiers de Marine, donc de la Marine en général, du conflit qui vit la disparition provisoire de cette dernière. Point de vue d’autant plus fort qu’il se constitue à partir du parangon d’un marin arrivé au sommet de la hiérarchie, au cœur des événements, à la popularité certaine, mais resté méconnu[1] 

. Mais dans cette même logique, pour bien le comprendre, il ne faut pas l’enfermer dans l’amiral de la Seconde Guerre mondiale, « l’amiral Mers el-Kébir – Dakar – Toulon », et se souvenir qu’il n’aurait pas dû devenir marin.

Aux origines de l’amiral
3Bien que né en Bretagne en 1883, ses origines ne prédisposaient pas Lacroix à embrasser la carrière d’officier de la Royale. Son grand-père, mort avant la naissance de son fils, était cultivateur à Valempoulières, situé dans les moyennes montagnes jurassiennes. Hauteurs qu’a quittées Jean-Pierre Lacroix, le père de l’amiral, pour ne plus y revenir, en s’installant dans les Côtes-du-Nord, après sept années de conscription dans la cavalerie impériale, lorsqu’on lui a proposé un emploi dans la gendarmerie à cheval, à Bégard. C’est dans ce petit village de l’intérieur des terres qu’il rencontre sa femme et installe les Lacroix dans un environnement bretonnant, simple et paysan.
4Émile Lacroix, après avoir perdu son père à l’âge de 10 ans, est pris en charge par le mari de sa sœur, Louis Le Razavet, qui lui fait découvrir, à l’occasion de vacances chez un cousin, la mer qui devient sa passion. Au point que le jeune homme profitera désormais de chaque congé pour la rejoindre, effectuant seul à pied les 25 km séparant Bégard de la ferme familiale des Le Razavet. L’adolescent sait tôt sa vocation : être marin.
5Ses brillants résultats lui permettent d’envisager la carrière d’officier de Marine. Après avoir fait sa scolarité au lycée public de Saint-Brieuc, il intègre la Flotte[2] 
de Brest, bien que son directeur ait tenté de lui faire préparer Polytechnique, ce qui lui a valu cette réponse ferme, pour 15 ans : « J’ai décidé d’être marin. Si je ne suis pas capable de devenir officier, j’en saurai toujours assez pour être matelot. »
6Après deux années de scolarité, Lacroix intègre, à la 30e place sur 101, l’École navale, sur le Borda (résumé à lui tout seul de la « vieille Marine » qui imprègne encore l’institution de la Royale à cette époque)[3] 
Cette École navale dont l’environnement est encore peu démocratisé et qui se situe entre Fachoda et l’Entente cordiale. Aspects peu anodins au sujet d’un outil de socialisation primaire au pouvoir structurant. Son entrée, permise par la politique méritocratique de la IIIe République, consacre une élévation sociale pour le jeune élève officier, « fils de simple gendarme, boursier et républicain »[4] 
. Ses camarades sont les futurs amiraux Derrien, Moreau, d’Harcourt et Marquis ; ses anciens sont Sablé, Darlan, Muselier, Le Bigot ; ses « fistots » Decoux et Godfroy. On retrouve parmi ceux-ci les principaux acteurs de la Marine du second conflit mondial. Plus particulièrement, Émile Lacroix va se lier d’amitié avec un certain nombre d’entre eux, dont François Darlan, qu’il invite chez lui à Bégard. Ces amis vont constituer le premier groupe dont s’entourera le futur amiral de la Flotte, ce que l’on appellera plus tard les Amis de Darlan, à la différence qu’ils ne lui devront pas leur carrière et qu’ils ne seront véritablement que sur le tard un relais du système Darlan.
7Du point de vue scolaire, l’École navale confirme les efforts d’Émile Lacroix. Il arrive rapidement à la 4e place et échoue au pied du podium, 5e, à cause d’un séjour d’un mois à l’hôpital. Il est durant les deux années premier en anglais. L’École d’application se passe beaucoup moins bien. Il y est sévèrement noté par son commandant, le c. v. Berryer, qui juge son intelligence « plus théorique que pratique » (ce que sa carrière démentira). Ce qui le fait chuter dans le classement et l’empêche d’être affecté, avec les meilleurs ou les mieux aidés, en Extrême-Orient. L’aspirant Lacroix embarque, en 1903, dans l’océan Indien, jusqu’en 1907, puis en Méditerranée. Il retrouve la Bretagne en 1909, comme second d’un torpilleur. En 1911, il passe une année de croisière le long des côtes américaines avec le vieux croiseur d’Estrées, affectation très maritime. Durant toute cette période où un officier prépare son premier commandement, l’enseigne de vaisseau ne fait, curieusement, pas de spécialité. Ce qui lui permettra d’avoir une carrière plus ouverte que l’ordinaire des officiers.

8En 1912, la campagne du Maroc lui offre la première occasion de se distinguer. Sur le croiseur Friant, puis sur le Du Chayla, il est ensuite détaché au port de Méhédiya, qui joue un rôle important dans le ravitaillement de Fez par la rivière du Sébou. Enfin, il est envoyé sur le croiseur Cassard, navire du commandant de la Division navale du Maroc, le c. v. Simon. En juillet 1913, il prend Forti, au nord d’Agadir. Cette action lui vaut la Légion d’honneur et la promotion au grade de lieutenant de vaisseau. Remarqué par Simon, il devient son adjoint de division, l’équivalent, pour une division, de chef d’état-major. En janvier 1914, il reçoit des félicitations du ministre pour son travail sur la prévision de la houle au Maroc et pour son étude sur les ports du même pays.
9En 1915, il obtient son premier commandement, une escadrille de chalutiers de l’Océan, qu’il est aussi chargé de mettre en état afin de les rendre aptes à la lutte anti-sous-marine dans la Manche. En 1916, il prend le commandement de la Somme, un chalutier, dans les Patrouilles de la Méditerranée orientale. Lacroix se distingue au point de recevoir cette note flatteuse du commandant des Patrouilles Fatou : « Malgré la concurrence de nombreux et excellents collègues, il s’est mis tout à fait en vedette dans la division des patrouilles, par son entrain et son mordant. Cet officier n’est heureux que quand il agit[5] et ses chefs partagent ce sentiment de satisfaction, car ils savent qu’il n’est pas une mission, pas une action de guerre qui puisse être mise entre de meilleures mains que les siennes. » En 1917, il est nommé adjoint à la base de Patrouilles de Patras et de Corinthe, avant de gagner au même poste la base de Corfou (base très importante, car point de ravitaillement des navires assurant le blocus de l’Autriche en Adriatique et point de passage de toutes les troupes rejoignant le front oriental). Ces fonctions lui valent cinq témoignages de satisfaction.

10En novembre 1918, à Bougie, en Algérie, un ami du Borda lui fait rencontrer sa future femme, Blanche Chichillianne, divorcée. Ils se marient en août de l’année suivante et Pierre (prénommé ainsi comme tous les aînés Lacroix) naît en mars 1920 à Toulon.
11En mai 1919, il est nommé capitaine de corvette et commandant de l’aviso Toul. Peu de temps après les mutineries, il est envoyé en Crimée, où il doit notamment participer à l’évacuation des troupes blanches, ce qui lui vaut des félicitations du ministre. En février 1921, il engage près d’Anapa, « faisant preuve de belles qualités militaires et de décision et de vigueur » dit la citation, le combat avec un bâtiment bolchevique qui l’avait attaqué inopinément. Il méritera durant cette campagne quatre citations.
12Après le combat d’Anapa, le Toul est en gardiennage et Lacroix est désigné pour prendre le commandement de l’aviso Du Couëdic. Mais il ne reste pas longtemps sur ce navire, lui aussi en carénage, et part à Cherbourg prendre le commandement du torpilleur Chastang. À ce poste, il s’occupe de la remise en état des torpilleurs livrés par l’Allemagne.
13Mais la Marine subit une grave crise après la guerre. De nombreux officiers doivent rester à terre, faute de pouvoir servir en mer. De bonnes appréciations lui permettent d’embarquer, mais il doit demander, pour continuer, à être maintenu comme commandant en second seulement sur le même Chastang. Cette attitude lui vaut d’être bien vu du commandant de la 2e flottille de torpilleurs, qui en fait son adjoint, sur leMécanicien Principal Lestin. Après un commandement en mer ininterrompu depuis la fin de la guerre, le capitaine de frégate Lacroix, depuis juin 1923, est obligé de travailler à la recherche d’une affectation intéressante à terre. La vacance du poste de sous-directeur du port de Brest l’amène à intervenir auprès du directeur Bréart de Boisanger, Breton franc à la brillante carrière de marin, à la Noël[6]

Cet exemple traduit la crise traversée par le métier d’officier de Marine au début des années 1920, lorsque la Marine doit accepter de se sacrifier au profit de l’Armée et de l’arme nouvelle de l’Air, prioritaires.

L’aéronavale
14Mais pour Lacroix cette période est davantage marquée par la perte de son second fils, Jacques, né le jour de Noël 1921 et mort le jour de Noël suivant. L’homme, sensible, n’arrive pas à s’en remettre (jusqu’à appeler sa fille Jacqueline et ne pas oublier Jacques dans son testament)[7] . Si les notes ne font pas apparaître une baisse de la qualité de son service (il reçoit en décembre 1923 un nouveau témoignage de satisfaction pour le concours d’honneur des torpilleurs), la famille Lacroix a suffisamment ressenti cette épreuve pour prêter à Darlan une tentative de remotivation, grâce à un nouveau centre d’intérêt : l’aéronavale[8] 

15Si l’on ne peut exactement expliquer l’origine de ce qui va constituer une de ses grandes passions et occuper le quart de sa carrière, en 1924, il s’intéresse aux essais effectués au sein du port de Brest. Le 1er décembre de la même année, il prend le commandement de l’Aéronautique maritime du 2e arrondissement (celui de Brest) et devient membre de la Commission d’études pratiques de l’aéronautique. En 1925, il crée, en prenant le premier commandement, l’École supérieure de la navigation aérienne. Le c. f. Lacroix reçoit pour cela deux lettres de félicitations du ministre. Enfin, en 1926, il est nommé commandant de l’aviation maritime de la 4e région, à la base aéronavale de Karouba (Bizerte).

16En 1928, souhaitant reprendre la mer, après avoir perdu l’habitude du commandement durant toutes ces années où il s’est occupé de l’aéronavale, il demande à être mis sur la liste des officiers désireux de servir en mer. Il est nommé commandant en second du nouveau croiseur lourd Duquesne. Promu en janvier 1930 capitaine de vaisseau, il devient auditeur au Centre des hautes études navales (CHEN), réservé aux officiers destinés à occuper les hautes fonctions de commandement. Le vice-amiral Bréart de Boisanger, commandant du CHEN depuis peu, qui avait demandé en 1925 que le c. f. Lacroix y entre, n’y est probablement pas étranger. Appréciant Lacroix, il le classe premier de sa promotion pour un commandement. Ainsi, en juillet 1930, celui-ci prend le commandement du récent et beau croiseur de 10 000 t Suffren, dans la 1re Division de croiseurs du contre-amiral Descotte-Genon. Il récupère, avec les deux autres croiseurs de la division, les élèves de l’école d’application, perdue en mer. Si pour le « pacha » le pouvoir de former l’avenir de la Marine constitue une joie réelle, l’expérience est un échec, à cause de la mauvaise volonté des officiers du bord de s’en occuper, en plus du service habituel[9] 

En juin 1931, le c.-a. Darlan succède à Descotte-Génon. En octobre, le Suffren fait partie de la représentation de la France lors des cérémonies du cent cinquantenaire de la bataille de Yorktown, aux États-Unis. Il reçoit à son bord le maréchal Pétain, représentant la France, pour la traversée de l’Atlantique. Cet embarquement laissera d’ailleurs un goût amer à la Marine, Pétain ayant tenu, en bon terrien, des propos désagréables sur un bâtiment incapable d’être constamment prêt à se battre, suite à une avarie qui l’avait immobilisé. Cependant, le c. v. Lacroix n’en gardera pas un mauvais souvenir, au point, plus tard, de faire trôner dans son salon la photographie, autographiée à l’occasion, du vainqueur de Verdun. Cet intermède maritime lui permet d’être absent de l’aéronavale pendant la période la plus vive de l’affrontement avec le ministère de l’Air. Il ne sera donc jamais vraiment inquiété par la menace d’un transfert des personnels entre les ministères.

17En juin 1932, il prend le commandement du porte-avions Béarn. Il retrouve l’aéronavale, mais en tant que commandant d’un navire cette fois-ci. Son service, prévu pour durer une année, est prolongé suite à une demande du v.-a. Dubois, commandant la 1re Escadre, au chef d’état-major général Durand-Viel, car le Béarn a bien progressé sous sa direction et Lacroix a « son bateau et ses marins bien en main »[10]. En 1934, il quitte le porte-aéronefs pour la base aéronavale de Berre, le temps d’un été. En septembre, il est à la tête de l’aviation de la 3e Région maritime, la plus importante, celle de Toulon. Promu, le 20 mai, contre-amiral, il est nommé quelques jours plus tard par Durand-Viel à ce qui sera le sommet de sa carrière dans l’aéronavale, la direction du service aéronautique à l’état-major.

18L’aéronavale, contrairement à une idée reçue, commence à être prise en considération. Lacroix succède et précède des éléments brillants de la Marine, Godfroy et Michelier, très proches des chefs d’état-major général Durand-Viel et Darlan, témoignant de leur part d’une prise de conscience plus précoce qu’on a voulu le dire. Le problème est d’ordres budgétaire, politique, industriel et stratégique. La Marine doit, dans la perspective du conflit à venir, s’orienter vers une guerre de liaison (méditerranéenne pour la France), nécessitant la construction prioritaire de navires de ligne. La crainte de voir certains projets confisqués par l’armée de l’Air l’incite à ne pas trop s’engager en avant, d’autant qu’elle n’arrive pas toujours à des résultats concluants dans sa production (à cause notamment des grèves du Front populaire, de l’échantillonnage)[11] 
Les deux années de Lacroix (favorisées par une conjoncture permettant des moyens supplémentaires et une menace de l’Air qui commence à se dissiper) entament la recherche d’une nouvelle cohérence stratégique de l’arme aéronautique, avec des armes de projection offensives (les hydravions torpilleurs lourds et les projets de porte-avions), avec l’abandon progressif du dogme de l’hydravion (avec les Dewoitine) et la prise en compte de la Défense contre avions à tir rapide (les 20 mm auront cependant besoin d’être complétés par du 37 mm). La rédaction d’un règlement de bord spécifique marque également un souci de rationalisation. Il restera toutefois de nombreuses imperfections au début de la guerre.
19Lacroix est donc, pendant ces quinze ans, présent à tous les postes de l’aéronautique maritime. Si on ne peut exactement le qualifier de pionnier, au sens où il s’est engagé dans l’aéronavale lorsque celle-ci existait déjà en tant qu’organisation, il est un des artisans les plus importants de l’élaboration de l’outil aéronaval français. Appartenance appuyée par des ailes d’observateur d’aviation, portées sur l’uniforme, fièrement affichées.

La 2e Escadre légère, la guerre et Mers el-Kébir

20Après son refus d’une promotion à l’état-major, Darlan, chef d’état-major général depuis janvier 1937, lui donne le commandement de la 2e Escadre légère (EL), constituée de contre-torpilleurs qui sont parmi les meilleurs du monde. Son navire amiral est le beau Mogador[12] 
Il est basé à Brest, avec l’escadre de l’Atlantique, sous les ordres de l’amiral Gensoul.
21À ce poste, il doit d’abord assurer à la tête de cette escadre, fierté de la Marine, un travail de représentation sur les côtes bretonnes, mais aussi sur les côtes ibériques. Il en profite pour observer le mouvement des navires allemands dans les ports espagnols. Lors de la déclaration de guerre, la 2e EL escorte les convois dans l’Atlantique et est endivisionnée avec les Anglais. Le c.-a. Lacroix participe notamment à la poursuite duGraf Spee, prenant un temps la tête d’un groupe franco-britannique. Avec la mise en application de la nouvelle répartition des forces navales alliées, la Force de Raid, constituée après la recomposition de l’escadre de l’Atlantique, gagne la Méditerranée et mouille dans le port de Mers el-Kébir, à partir du 28 avril.

22La guerre ne s’arrête pas avec la demande d’armistice du 17 juin. La 2e Escadre légère effectue des sorties, cherchant vainement une flotte italienne. À partir du 25 juin, les navires sont immobilisés, attendant la démobilisation des réservistes. L’Amirauté a donné des consignes pour le sabordage des navires, en cas de tentative d’une puissance étrangère de s’en emparer. Les relations franco-britanniques se sont dégradées et la visite à l’amiral Gensoul de l’amiral anglais North, dans le but d’obtenir un ralliement à laRoyal Navy, accentue l’inquiétude. Nombreux sont ceux qui, comme Lacroix, croient en la possibilité d’une attaque[13] 
23Les sentiments du contre-amiral Lacroix, à ce moment, nous sont connus grâce à un déjeuner pris à bord du Mogador, le 1er juillet, par son neveu Émile Le Razavet. La conversation porte sur l’état moral des marins de Mers el-Kebir et Lacroix regrette de ne pas avoir, à cause des conditions d’armistice, de grand-garde au large ou de surveillance aérienne. Il ajoute que sa seule source d’information est le centre naval de Nemours[14
Il est obsédé par l’exemple d’Aboukir, évoqué à nombreuses reprises, et craint d’être « coincé » dans le port, sans pouvoir réagir[15] 

Et ce n’est pas l’attitude de « cet amiral [Gensoul] coincé dans son Dunkerque », avec lequel il n’a eu aucun contact depuis plus de trois jours, qui le rassure[16
24Mais il est surpris quand il reçoit, le 3 juillet à 7 h 30 GMT, l’ordre de prendre les dispositions de combat. Il semble qu’il ait alors donné la consigne de préparer l’appareillage des contre-torpilleurs (qui est l’étape suivante et qui implique de pousser les feux), une heure en avance[17] 
À 9 h 30, il participe à la réunion des amiraux autour de Gensoul et déclare : « Ces gens-là [les Anglais] considèrent tout ce qui flotte comme un ennemi en puissance… ; ils vont nous couler ! »[18] 

Vers 15 h 30, il croit que la pose de mines à l’entrée du port d’Oran, par des hydravions, est une attaque à la torpille. Si celle-ci est infirmée, le mouvement ne peut que le renforcer dans son idée[19] 
À 16 h 18, le Mogador intercepte le dernier ultimatum britannique : « Si une des propositions n’est pas acceptée pour 16 h 30, il faut que je coule vos bâtiments. » À 16 h 28, les contre-torpilleurs reçoivent la consigne « appareillez tous immédiatement », qu’ils commencent à exécuter. Le Volta retransmet aussitôt le message du commandant en chef : « Prenez poste de mouillage prévu. » Lacroix répercute l’ordre, avant de l’annuler, « jugeant préférable de ne pas les faire mouiller [jeter l’ancre] ». Il veut pouvoir sortir le plus rapidement possible. À 16 h 56, les premiers obus tombent sur la rade. Le Mogador, à toute allure, montre la voie, mais il est obligé de s’arrêter pour éviter un remorqueur, qui dégage les filets de la porte. Un obus anglais de 380 tombe sur les grenades anti-sous-marines et volatilise le quart arrière du navire. L’amiral Lacroix, qui avait été renversé, légèrement ensanglanté par la déflagration, se lève et fait signe aux autres contre-torpilleurs, des mains, de continuer sans lui. Désormais, il va s’occuper de sauvegarder le navire et d’apporter les premiers secours.
25Huit jours plus tard, il revoit son neveu à Alger, avant de gagner Toulon. Il évoque les Anglais seulement pour dire qu’il avait des amis en face et regrette d’avoir perdu, avec sa cabine, sa collection de Shakespeare !

Le commandement de l’Escadre de l’Armistice
26Mais la carrière de l’amiral Lacroix va prendre un tournant historique après Mers el-Kébir, plus précisément le 10 juillet 1940, lorsqu’il est nommé chef de la 3e Escadre, avec autorité tactique sur la 4e escadre et la 2e Escadre légère, sous les ordres théoriques de l’amiral Gensoul[20] 

Promu vice-amiral, le 29 juillet, il est confirmé à son poste le 10 août, au moment du départ de son ancien chef. Derrière cette fonction apparaît en fait un commandement unique (au statut provisoire, à cause des négociations avec la Commission d’armistice et de l’incertitude sur l’avenir de la flotte), sous les ordres directs et indirects de Lacroix, de toutes les forces navales opérationnelles de métropole et d’Afrique (une partie importante est indisponible, soit à cause du blocus britannique, soit à cause de dommages), qui auraient dû constituer l’escadre de la Flotte de l’armistice. Ce commandement ne prendra forme qu’avec la constitution, le 24 septembre, des Forces de Haute Mer[21] 

27Cette fonction récompense des qualités de commandement opérationnel. L’amiral Lacroix est un chef de guerre, à l’image et à la popularité fortes (consacrées par les surnoms « Mimile » et « Lagadec »[22] et nécessaires dans une période qui a besoin de personnalités capables de susciter l’adhésion. Elle est aussi opportuniste, à cause des relations amicales entre Darlan et Lacroix et de l’absence, pour causes diverses, de nombreux cadres qui auraient pu prétendre à cette affectation.
Dakar
28Le hasard des événements va encore rattraper le v.-a. Lacroix et l’obliger à s’affronter à nouveau avec les Alliés d’hier. Le 21 septembre, il est nommé dans l’urgence à la tête de la Force Y, qui était commandée par le c.-a. Bourragué. Celui-ci, sous la contrainte d’un affrontement en situation d’infériorité avec les Britanniques, a dû renoncer au projet de reconquérir les colonies passées à la dissidence et revenir à Dakar. L’amiral de la Flotte a pris, sur l’instant, ce geste pour un acte de faiblesse et l’a démis de ses fonctions, au profit de son supérieur hiérarchique, dont l’assurance d’un esprit ferme et dévoué au service du gouvernement français, l’autorité charismatique, maritime et guerrière sont autant de garanties pour la réussite d’une mission de guerre et de maintien du territoire au sein de l’Empire.

29Quand l’amiral Lacroix arrive à l’aéroport de Ouakam, il s’informe de la situation auprès du contre-amiral Landriau, commandant de Marine Dakar. Il rend compte à l’Amirauté de ses impressions :
30« De l’ultimatum anglais [adressé à Bourragué lorsqu’il essayait de regagner la base] se dégage notion que toute force réunie à Dakar gêne Britanniques. Stop. Logiquement cela doit conduire soit à blocus soit à attaque Dakar. Pour le moment attaque paraît aléatoire. Stop. Par contre blocus possible et conduit à étouffement complet AOF. Stop. Ce blocus ne peut être qu’accéléré par acte hostile ou attitude déloyale de notre part.Quarto. J’estime, étant donné nos moyens, que seule solution est, sur le plan gouvernemental, établir avec les Britanniques un accord au moins tacite permettant passage transports prévus en personnel et ravitaillement question vitale pour nous, et tout faire pour éviter hostilités ouvertes entre France et Angleterre. »[23]
31On voit bien que, si le diagnostic est visiblement erroné, on est loin du bouffeur deyoums[24] que des historiens britanniques ont voulu décrire en parlant de lui[25] 

On peut aussi noter l’accord parfait avec la politique de modus vivendi recherchée par le gouvernement avec la « Perfide Albion ».
32Au niveau opérationnel, le premier souci du commandant en chef des forces navales et, compte tenu du rôle de la Marine, du responsable de la défense de la base, est de rendre ses navires manœuvrables, pour éviter le piège de Mers el-Kébir, en les faisant mouiller dans la baie de Rufisque, qui deviendra le « ratodrome », lorsque les croiseurs seront encadrés des heures durant dans cet espace réduit. Incapables d’atteindre les bâtiments de la Force Y, qui empêchent tout débarquement, et touchés par le tir des batteries côtières, les navires britanniques sont obligés de se retirer. Dakar est la dernière grande bataille navale française et une victoire à l’importance stratégique, car elle permet au gouvernement français d’assurer son influence sur l’AOF. face aux visées gaullistes et d’être en meilleure posture dans les négociations avec l’Allemagne.
33Mais chaque médaille a son revers. L’Amirauté, envisageant au moment de la bataille d’employer les forces navales disponibles à Toulon contre les Anglais, a rappelé en activité l’amiral de Laborde (qui intégrait la réserve) et donné à celui-ci l’autorité qui était celle de Lacroix, constituée organiquement en Forces de Haute Mer. Il est impossible de renvoyer Laborde dans ses foyers immédiatement. Le v.-a. Lacroix doit rester à Dakar.

Toulon et le sabordage
34Le 25 mars 1941, il est promu vice-amiral d’escadre, commandant la 1re Escadre de croiseurs à Toulon, sur l’Algérie, sous les ordres de l’amiral de Laborde. On peut s’étonner du maintien de celui-ci, aux dépens d’un chef populaire, aux qualités maritimes certaines et ami, lui, du chef de gouvernement Darlan. Mais ce dernier doit composer avec les Allemands, leur donner le maximum de garanties pour obtenir des avantages, et de ce point de vue-là Laborde est bien mieux placé que Lacroix, qui ne dispose pas de relais dans les milieux de décision[26] 

De plus, le commandant des Forces de Haute Mer l’a assuré de sa fidélité[27] 
Rien n’impose donc son départ. Au contraire, Darlan veut mettre à profit ce délai pour installer aux commandes de la flotte une nouvelle génération, toute dévouée à sa personne, avec les amiraux Gouton et Bléhaut, pour l’automne 1942, juste avant un changement de situation qu’il entrevoit pour le printemps 1943. L’amiral Lacroix, qui arrive près de la limite d’âge, est sacrifié. Le destin a décidé qu’il devrait vivre sa plus grande souffrance, couler ses navires.
35Le débarquement allié en Afrique du Nord a pour première conséquence à Toulon de repousser la cérémonie de passation de commandement, qui devait avoir lieu le 13 novembre. Le commandant de la 1re Escadre de croiseurs, qui aurait dû céder sa place au c.-a. Bléhaut, vit difficilement ces jours de novembre si particuliers, où il est difficile de savoir où est son devoir. Beaucoup veulent aller au devant des Anglo-Américains pour venger leurs camarades morts à Casablanca. D’autres, probablement la majorité (mais les sentiments étaient mélangés), souhaitent un renversement d’alliances, sans autant définir une attitude politique précise, faisant confiance pour cela au Maréchal. Le désarroi prime. L’atmosphère devient difficile au sein des Forces de Haute Mer. Pour la première fois depuis les mutineries de la mer Noire, des manifestations ont lieu sur les bâtiments pour demander un appareillage, même sur l’Algérie de Lacroix, dont la personnalité imposait pourtant. Depuis la réponse négative de l’amiral de Laborde à l’appel de l’amiral Darlan de le rejoindre à Alger, les marins savent qu’ils sont dans l’impasse, coincés entre les Allemands et l’impossibilité de rejoindre les Alliés, tant qu’une solution politique n’aura pas assuré le renversement d’alliance et évité ainsi un deuxième Mers el-Kébir[28] 

Mais c’est le « Comte Jean » (de Laborde) qui tient les cartes en main.
36Laborde, avec lequel Lacroix a de mauvaises relations[29]
. Outre leurs éducations différentes, qui se retrouvent dans leurs façons de traiter les subordonnés, les « humbles », leur lecture politique des événements n’est pas la même. Le v.-a. e. Lacroix veut, sinon rejoindre Darlan (ce qui est cependant probable, mais non prouvé), du moins appareiller. L’amiral Darrieus (qui servait alors dans les Forces de Haute Mer) raconte ce souvenir d’enseigne : « Les jeunes officiers et les jeunes marins voudraient partir, certains le confient. Mais à mesure que l’on grimpe dans la hiérarchie l’ardeur combative diminue. Il y a des exceptions et je vois encore la tête de l’amiral Lacroix, furieux de rester. »[30] 
Ce témoignage est confirmé par ceux d’autres officiers de la flotte de Toulon, sans même compter l’impression qu’il a laissée dans sa famille[31] 

Le commandant de la 1re Escadre n’est pas cependant allé au-delà, jusqu’au conflit public avec l’amiral de Laborde. Son sens de la discipline, son respect du supérieur, qui l’a toujours obligé à ne pas mettre en doute ses décisions (ce qui l’amènera à ne pas participer à l’opprobre jeté sur Gensoul), sa volonté de ne pas laisser les divisions s’installer au sein de la Marine empêchaient un tel acte d’insubordination, assimilable à une mutinerie. La réalité des moyens était aussi un obstacle, même s’il était le seul à pouvoir le faire, par son élévation hiérarchique, son autorité, sa popularité[32] 

Si l’on dépasse les difficultés d’appareillage à proximité des Allemands (mais la menace n’était encore pas trop sérieuse au 13 novembre), la « vigilance » britannique qui aurait pu amener une bataille en pleine mer, à cause de la présence du vainqueur de Dakar à la tête des navires ayant appareillé, il n’est pas sûr qu’une tentative ait pu réussir, car le second de la Flotte aurait pu ne pas être suivi par tous ses marins (et la marche d’un navire ne tolère aucune défaillance) et le commandant des Forces de Haute Mer, ayant pris des dispositions pour se protéger d’une tentative de s’emparer de lui, n’aurait pas hésité à prendre des mesures préventives s’il n’avait pas eu confiance en son subordonné. Quelles que soient les tentatives de réécrire l’histoire, la tragédie était écrite pour Lacroix et la Flotte.

37Le 27 novembre 1942, à 5 heures, le v.-a. e. Lacroix est réveillé par le commandant adjoint de l’Algérie, le c. f. Bergot[33]
Il interprète d’abord l’ordre de prendre les dispositions finales lors du sabordage, accompagnées de l’allumage des feux, comme une consigne d’appareillage, qui contredit le premier élément. Il demande une confirmation écrite et donne ensuite la consigne d’évacuer les croiseurs. Un officier allemand se présente à l’échelle de coupée. Le commandant Malgouzou doit le retarder afin d’achever le sabordage du navire, pendant que l’amiral Lacroix détruit lui-même le système radar installé clandestinement[34] 
Il les rejoint, après avoir ostensiblement salué une dernière fois les couleurs, et tente lui aussi de gagner du temps. Lacroix est fait prisonnier et emmené. Daniel Jeanlebœuf, du Strasbourg, raconte :
38« J’ai vu passer la voiture bien encadrée de l’amiral Émile Lacroix. Il faisait froid, un officier allemand a voulu lui mettre une couverture sur les épaules. Il l’a rejetée d’un geste brusque. Lorsque le véhicule roula le long des quais, on entendit : “Garde-à-vous ! L’amiral !” Et plusieurs marins criaient : “Vive Mimile !” en agitant leur bonnet. Mais d’autres pleuraient. »[35] 

39Il est retenu deux jours avec certains amiraux et commandants de vaisseaux. Passé dans la 2e section, il se retire avec sa famille à Paris et quitte la Marine sur le sabordage de ses navires. Il doit tenter de démarrer une nouvelle vie, loin de ce qui a été toute sa vie[36] 

Le marin devient éléphant[37] ou l’exil au milieu de la société
40Émile Lacroix tente d’abord de diriger une entreprise de renflouement de bateaux. Mais la découverte de malversations lui fait demander un audit et démissionner. Cette affaire ne fait rien pour relever à ses yeux l’image qu’il se fait du monde civil. Cela dans une ambiance de fin de régime, de la découverte de la politique répressive visible (les milieux maritimes de Dakar et de Toulon étaient préservés) et de la dérive milicienne du gouvernement. Malheureusement, de cette confrontation avec une réalité politique, il n’est resté aucune trace, Lacroix ayant toujours gardé une grande réserve vis-à-vis des affaires politiques, correspondant trop peu aux principes simples qui ont dicté sa vie. S’il a adhéré sans réserve à la Révolution nationale, qui répondait à sa conception traditionnelle de la société, son jugement est aussi celui du fils de la IIIe République, radical devenu conservateur, soucieux d’égalité. C’est dans ce sens qu’il condamne la franc-maçonnerie, symbole pour lui du copinage méprisant la valeur, et ressent un déséquilibre de la représentation juive aux postes de responsabilité par rapport au poids démographique de la population israélite. Cet abord républicain nous oblige à ne pas avoir cette vision caricaturale de l’officier de la Royale, à l’image de la pratique religieuse de ce croyant sans foi (mais dont les enfants seront profondément religieux).

41La période est aussi difficile pour le marin dans l’âme, qui doit vivre avec le sabordage de ses navires, la brutale fin d’activité, loin de la mer. Dans une ambiance de persécution pour la Marine qu’il a connue et aimée. À la Libération, il n’est pas jugé par la Haute Cour de justice, grâce à une intervention du gouvernement britannique pour que Dakar ne soit pas évoqué et grâce à la faible insistance de son ami le président de la Commission d’épuration de la Marine, l’amiral Sablé[38] 
Mais il constitue une exception. Ses camarades sont déchus de leurs droits, jugés, voire emprisonnés dans des conditions inhumaines (Esteva et Derrien en mourront). Ce martyre des amiraux de Vichy les pousse, en plus de leur habituelle proximité sociale, à se réunir, plus particulièrement dans une action de révision du procès du maréchal Pétain, notamment par une écriture de l’histoire de Vichy (c’est ce que nous avons appelé le « complot des amiraux », qui est une partie d’une organisation très structurée plus vaste, à l’origine de la thématique du « double jeu », de l’historiographie vichyste de Vichy)[39] 

42Le crépuscule moral est également physique. Lacroix souffre d’un long et douloureux cancer. Toussant, régulièrement mal, très amaigri, il n’est plus le marin énergique, solide, capable d’affronter les pires tempêtes, qu’il était (une photographie prise lors du mariage de son fils aîné, en 1948, le montre méconnaissable). La nuit, à l’hôpital du Val-de-Grâce, il revit, rapportèrent les infirmières, ses commandements. Il attend désormais de retrouver Jacques. Ce qu’il fait le 1er août 1949. Sa femme, de chagrin, le rejoindra trois mois plus tard.

NOTES
[ 1]Méconnu, comme nous le verrons plus tard, notamment à cause de son refus (exprimé à son entourage maritime et familial) que l’on parle de lui, imputable à une réelle modestie et à une conception désintéressée du devoir. C’est ce qui explique en grande partie l’originalité de ce travail, qui ne s’appuie pas sur des archives privées (qui n’existent plus), mais sur des archives administratives du Service historique de la Marine ou sur la mémoire individuelle (écrite et orale). 
[ 2]Nom de la classe préparatoire à l’École navale. 
[ 3]Dossier personnel de l’amiral Lacroix, Service historique de la Marine (SHM), CC7 4o Moderne 1071 (2). 
[ 4]C’est ainsi que l’amiral Lacroix décrivait le jeune homme qu’il était, confronté à la morgue aristocratique d’une minorité. Une anecdote de l’amiral Decoux met dans la bouche du commandant, souhaitant mettre en avant auprès du ministre radical Pelletan un élève d’origine modeste auquel il s’intéresse « tout spécialement », l’expression de fils de « simple gendarme » ; v.-a. E. Decoux, Adieu, Marine, Paris, Plon, 1957, p. 21.
Abréviations des grades : v.-a., vice-amiral ; v.-a. e., vice-amiral d’escadre ; c.-a., contre-amiral ; c. v., capitaine de vaisseau ; c. f., capitaine de frégate. 
[ 5]Souligné par le c.-a. Fatou. 
[ 6]Dossier personnel Lacroix, op. cit. 
[ 7]Testament amiral Lacroix, archives privées. 
[ 8]Cf. partie consacrée au choix de l’aéronavale : Christophe Lacroix, L’amiral Lacroix, exemple de l’officier de Marine, mémoire de maîtrise à l’université de Paris I, sous la direction du Pr Robert Frank, 2002, p. 74-78. 
[ 9]V. A. Philippon, Le métier de la mer, Paris, France-Empire, 1971, p. 30-31 ; C. A. Auphan, L’honneur de servir, Paris, France-Empire, 1978, p. 142-144. 
[ 10]Fonds privé amiral Durand-Viel, SHM, 120 GG2, lettre de l’amiral Dubois du 5 juin 1933, p. 226. 
[ 11]Huan et Coutau-Bégarie, op. cit., p. 142-143. 
[ 12]Beau, du moins dans sa conception. En pratique, par faute d’avoir voulu insérer trop d’innovations en même temps, le Mogador n’a jamais pu atteindre son rendement théorique et a souvent dû être caréné pour réparations ; cf. Jean Lassaque, Les contre-torpilleurs de 2 880 tonnes type Mogador (1936-1945), Marines éditions, 1996. 
[ 13]Contrairement à ce qu’écrit Gensoul dans son rapport, en plus de la visite de North, les survols de la base par des avions britanniques les 28 juin et 1er juillet (pour contrôler la disposition des navires), pour les éléments dont on est sûr, suffisaient à l’installation d’une certaine méfiance. Rapport de l’amiral Gensoul, SHM, série TTO 1.
[ 14]Nemours était un centre d’espionnage secret situé à la frontière marocaine, donc près du détroit de Gibraltar et de la base éponyme. 
[ 15]Lettre d’É. Le Razavet à l’auteur, le 11 juillet 2001. 
[ 16]Entretien de l’auteur avec Michel Béguin, le 13 mars 2002. Émile Le Razavet avait dit, il y a de nombreuses années, cet élément, oublié au moment de la correspondance avec l’auteur, à Michel Béguin. 
[ 17]Pour les questions posées par l’attitude de Lacroix à Mers el-Kébir, se référer à C. Lacroix,op. cit., p. 105-109. 
[ 18]Commandant Vulliez, Mers el-Kébir, Paris, France-Empire, 1975, p. 137-138. 
[ 19]Rapport de l’amiral Lacroix à l’amiral Gensoul, le 31 juillet 1940, SHM, série TTO 1. L’action de Lacroix pendant cette journée est, sauf mention contraire, issue de ce rapport. 
[ 20]Pour le commandement intérimaire de juillet, lire les télégrammes 3577, 3590 et 3591 du 10 juillet 1940 de l’Amirauté, SHM, série TTE 87-88 Grands Commandements, Flotte de l’Atlantique. À compléter par la série TTF 82 Divisions navales, 3e escadre ; pour le commandement confirmé du 10 août, voir l’organisation définie par les Instructions générales 1496 FMF 3 (sur le commandement des forces maritimes) et 1497 FMF 3 (sur l’organisation des forces navales) dans ce même carton ; pour l’autorité tactique sur la 4e escadre en juillet, consulter la série TTF 82 4e escadre SHM. 
[ 21]Ibid., série TTE 112, télégramme FMF 3 2024. 
[ 22]L’amiral Lacroix était appelé, affectueusement, « Mimile » par les matelots, car il leur prêtait une véritable attention, due sans doute à son origine semblable. « Lagadec », qui veut dire en breton « grand œil », employé surtout par les officiers, venait d’un de ses tics de langage : « mon œil ! », le geste joignant la parole. 
[ 23]Mordal, La bataille de Dakar, Ozanne, 1956, p. 161. 
[ 24]Anglais en argot baille. 
[ 25]Le général Watson, qui était de l’expédition franco-britannique dit que « l’amiral Lacroix arriva à Dakar par avion pour prendre le commandement et qu’il était particulièrement “monté” contre les Anglais, ayant perdu un neveu à Mers el-Kébir [le c. v. Pierre Lacroix était encore bien vivant à Dakar en septembre 1940 !] » (J. A. Watson, Échec à Dakar, Paris, Robert Laffont, 1968, p. 220). L’historien Arthur Marder, lui, a sa façon de traduire : « Une source française décrit Lacroix comme un personnage ordurier “vieux loup de mer hirsute, qui paraissait taillé au couteau. Il avait la réputation d’être un Amoureux de la guerre [War lover]” » (A. Marder, Operation Menace, The Dakar Expedition and the Dudley North Affair, Londres, Oxford University Press, 1976, p. 108). Le terme de warrior aurait été tout à fait juste. 
[ 26]L’amiral de Laborde ira même, le 7 novembre 1942, jusqu’à des discussions pour tenter de monter une expédition au Tchad, avec des armes et des uniformes allemands, qu’il aurait dirigée pour reprendre les territoires perdus. Il avait donc noué des relations très proches avec les autorités occupantes. Cf. Huan et Coutau-Bégarie, op. cit., p. 569. 
[ 27]Cdt. Vulliez, Les 20 derniers jours de la Flotte, Presses de la Cité, 1963, p. 37-38. 
[ 28]Les Forces de Haute Mer étaient en effet attendues par une flotte anglaise et des sous-marins allemands. 
[ 29]Cf. partie consacrée aux rapports entre les amiraux de Laborde et Lacroix, (C. Lacroix, op. cit.,p. 109-116). 
[ 30]A. Henri Darrieus et c. v. Jean Quéguiner, Historique de la Marine française (1922-1942), L’Ancre de Marine, 1996, p. 368. 
[ 31]Lettres du c. v. Vaury à l’auteur, les 21 octobre et 10 novembre 2001, archives privées. Entretiens avec Alex Wassilieff, le 19 octobre 2001, et le cdt. Gaydon, le 28 octobre 2001. 
[ 32]Le v.-a. Marquis, préfet maritime, n’avait d’autorité que sur les bâtiments de protection du port, de faible valeur, et sur les navires en gardiennage d’armistice jusqu’à 20 milles des côtes. Au-delà elle appartenait aux FHM. 
[ 33]Rapport de l’amiral Lacroix sur le Sabordage, SHM, TTD 273. On peut noter l’abandon dans ce document administratif de son habituel silence. Signe d’émotion. 
[ 34]Lettre d’É. Le Razavet à l’auteur, le 27 juin 2001, archives privées. 
[ 35]Antier, op. cit., p. 233. 
[ 36]Il refusera désormais de remonter sur un bateau, même lors de vacances en Bretagne, se contentant de pêcher à pied. On en imagine sans peine la signification pour cet amoureux de la mer. 
[ 37]Civil en langage baille. 
[ 38]Émile Le Razavet s’est rendu au domicile de l’amiral juste après que Sablé lui a montré la lettre britannique. Lettre d’É. Le Razavet à l’auteur, le 6 mai 2000, archives privées. 
[ 39]Voir le petit développement que nous avons fait dans notre mémoire de maîtrise, op. cit., p. 171-175. 

POUR CITER CET ARTICLE
Christophe Lacroix « L’amiral Émile Lacroix », Guerres mondiales et conflits contemporains1/2004 (n° 213), p. 25-38.
URL : www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2004-1-page-25.htm.
DOI : 10.3917/gmcc.213.0025.

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27 mars 2013

Décoration militaire pour les pigeons voyageurs

Classé sous — milguerres @ 19 h 12 min

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Pigeon voyageur mystérieux

Décoration militaire pour les pigeons voyageurs


Croix de Guerre en 1916 pour Vaillant

Sebastien Sabattini
http://www.atout-pigeon.com/Decoration-militaire-pour-les-pigeons-voyageurs_a1419.html

Le nombre de titulaires de la Croix de guerre 1914-1918 n’est connu de personne. Les renseignements du ministère de la guerre estiment à 2 055 000 citations attribuées aux combattants des armées françaises et alliés, à plus de 600 unités de l’armée de terre, à une trentaine de bâtiments de la marine, à plus de soixante dix escadrilles d’aviation, à 2 951 villes et communes ainsi qu’à des civils au 1er mars 1920. Ce chiffre ne tient pas compte des citations à titre posthume et des Croix de Guerre accompagnant d’office la Légion d’honneur et la Médaille militaire. En effet ces deux dernières médailles sont toujours attribuées avec une citation à l’ordre de l’armée, qui donne droit à la Croix de guerre avec palme. 
La croix de guerre 1914-1918 la plus « chargée » est celle de l’As des As français René Fonck avec 28 palmes et 1 étoile. 

Les décorés ne sont pas seulement des militaires. Des aumôniers, des ambulanciers(ères) ont également reçu cette décoration. En 1916, un pigeon voyageur nommé Vaillant est même décoré d’une citation. 

Le Vaillant décoré de la croix de guerre avec citation

Décoration militaire pour les pigeons voyageurs 14092311

Pendant la Guerre de 1914-1918, plus de 30000 pigeons sont utilisés par les armées françaises. Ils sont d’une fiabilité totale sur les courtes distances qu’ils doivent parcourir. Ils accomplissent leurs missions malgré les bombardements, la fumée, les projectiles, la brume et la poussière, alors que les liaisons téléphoniques sont constamment interrompues, que les estafettes sont retardées par les obstacles et les signaux optiques sont inopérants. Des actes d’héroïsme sont enregistrés et récompensés comme tels et justifient leur devise: Franchir ou mourir. 

Une autre activité a été confiée aux pigeons, celle de prendre des photos des dispositifs ennemis grâce à des appareils légers à déclenchement automatique fixés sur leur poitrine. Certains ont rapporté des clichés magnifiques et du plus grand intérêt opérationnel. 

En 1916, on fabrique 16 pigeonniers sur remorque, afin d’améliorer la mobilité. Certains pigeons furent de véritables héros. Le plus connu d’entre eux est « Le Vaillant », matricule 787.15, qui fut lâché du fort de Vaux le 4 juin 1916 à 11 heures 30 pour apporter à Verdun le dernier message du Commandant Raynal. 

Celui-ci écrivait : 
« Nous tenons toujours, mais nous subissons une attaque par les gaz et les fumées très dangereuses. Il y a urgence à nous dégager. faites-nous donner de suite toute communication optique par Souville, qui ne répond pas à nos appels. C’est mon dernier pigeon. 
Signé : Raynal. » 

Ce pigeon a obtenu la citation suivante à l’ordre de la Nation : 
« Malgré les difficultés énormes résultant d’une intense fumée et d’une émission abondante de gaz, a accompli la mission dont l’avait chargé le commandant Raynal, unique moyen de communication de l’héroïque défenseur du fort de Vaux, a transmis les derniers renseignements qui aient été reçus de ce officier fortement intoxiqué, est arrivé mourant au colombier. » 

L’utilisation du pigeon soldat a permis de sauver de nombreuses vies humaines. C’est ainsi que le Capitaine René écrit dans son ouvrage Lorette, une bataille de 12 mois, octobre 1914 – septembre 1915 : 
« Une unité de chasseurs à pied, engagée à fond, s’est trouvée en pointe et coupée des autres unités. Tous les moyens pour aviser le commandement de cette situation étaient fauchés par les bombardements ou le tir des mitrailleuses. Le téléphone était coupé et la liaison optique impossible en raison de la fumée des éclatements. C’est alors que les chasseurs qui avaient emportés quelques pigeons voyageurs obtinrent de les lâcher avec le message suivant : « Sommes sous le Souchez. Subissons lourdes pertes, mais le moral est très élevé. Vive la France ! » Du colombier, le message fut transmis à l’artillerie qui allongea le tir, protégeant ainsi nos chasseurs d’une contre-attaque allemande. Ainsi Souchez fut libéré. » 

D’autres ont suivis….décoration de la Distinguished Service Cross, croix de guerre américaine

14092310
La Distinguished Service Cross est décernée à toute personne qui a servi dans les forces des États-Unis et qui s’est distinguée par un acte héroïque ne pouvant cependant justifier l’attribution de la Medal of Honor.


Le pigeon voyageur, entre les mains du capitaine américain J.-L. Carney de Pittsburg (Pensylvanie), restera célèbre dans les annales de guerre de nos alliés. 

En pleine foret de l’Argonne, en juillet 1918, un bataillon américain, commandé par le colonel Whittlesey, après avoir exécuté un bond en avant, se trouva séparé du reste du régiment. Les Allemands entourèrent la vaillante troupe qui, groupée autour de son chef, résista héroïquement. Comment rétablir la liaison ? Des volontaires se présentent, ils sont tués au fur et à mesure qu’ils tentent de franchir la ligne des tirailleurs ennemis. 

Heureusement, un pigeon baptisé « Cher Ami », un pigeon voyageur au plumage bleu ardoise et blanc, est retrouvé sur un cadavre américain. Vite, un message à la patte et « Cher Ami » après quelques hésitations sur la direction à prendre, s’envola à tire d’ailes, sous le feu des mitrailleuses ennemies. 

Il arriva sain et sauf au quartier général, et le bataillon fut immédiatement dégagé par des troupes envoyées à son secours. 

Toujours sur le front occidental, « Cher Ami » porta plus de douze messages très importants. Un jour, au cours d’un vol sous le feu ennemi, le vaillant oiseau se trouva dans le champ d’éclatement d’un obus fusant. Il fut atteint par un éclat qui lui enleva une partie de la patte droite. Il volait alors des premières lignes à Rembrandt. En arrivant à destination, « Cher Ami » tomba, affaibli par la perte de son sang, mais portant toujours le précieux billet attaché à sa patte blessée. 

Le général Pershing demanda à voir l’oiseau fidèle, et, après une caresse sur la tête, il lui décerna la Croix de Guerre Américaine, la Distinguished Service Cross. Puis le généralissime ordonna l’envoi du messager ailé à Washington, où il finira ses jours tranquillement. 

« Cher Ami » est parti tout dernièrement avec la première compagnie du service des pigeons sur le paquebot Ohio à destination des Etats-Unis. 

Pendant la deuxieme guerre mondiale

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, les pigeons voyageurs sont à nouveau utilisés, mais la vitesse de l’avance allemande, puis l’occupation désorganisent les colombiers.

Lorsque la Résistance s’organise, elle a également recours à ces volatiles. Plus de 16500 pigeons anglais sont parachutés en France. Ils permettent aux patriotes français de renseigner Londres de manière très efficace, grâce à leur entraînement dans des concours internationaux avant la guerre.

Utilisation du pigeon voyageur pendant la première guerre mondiale
Durant la guerre de 1914-1918, des pigeons voyageurs ont été utilisés par les Français pour communiquer sur le front. 
Avant cela, lors du siège de Paris par les Prussiens, les pigeons de la guerre de 1870 ont permis au nouveau gouvernement évacué de continuer à communiquer efficacement avec la capitale. Suite à cette expérience, l’armée française, à Coëtquidan et Montoire a crée de nouveaux centres d’instruction colombophile militaire. Ceux-ci seront utiles et utilisés de 1914 à 1919. 
Dix ans avant leur utilisation sur le champ de bataille, l’hebdomadaire Les nouvelles illustrées dans son n°38 du jeudi 12 février 1903, consacrait ainsi un article aux pigeons de guerre dans l’armée allemande, illustré de deux photographies. 
La Première Guerre mondiale a d’abord été caractérisée par la mobilité des troupes, qui se sont enlisées dès 1915 et pour 3 ans dans une guerre de position et de tranchées. L’information et la désinformation sont alors devenues vitales et stratégiques, ainsi donc que les moyens de communication. 
Bien que ce soit l’époque du développement de la téléphonie, il était fréquent que des unités soient isolées ou que des messages doivent être envoyés rapidement sur de grandes distances. Pour cela, les deux camps utilisèrent largement les pigeons voyageurs qu’ils élèveront et transporteront dans des unités mobiles de campagne, camions spéciaux se déplaçant au gré des besoins sur différents fronts.. 
L’occupant allemand veille à interdire aux civils des zones occupées le lâcher de pigeons. Ainsi, dès décembre 1915, dans le nord de la France, pays des coulonneux et occupé, le Bulletin de Lille de la semaine suivante rappelle aux Lillois qu’il est interdit, sous peine de mort, de lâcher des pigeons voyageurs, et précise que les personnes « qui trouveraient des pigeons voyageurs (…) sont tenues de les remettre à l’autorité militaire la plus proche, faute de quoi elles seront suspectées d’espionnage et s’exposeront à des poursuites ; les infractions commises par négligence seront punies d’un emprisonnement pouvant atteindre 3 ans ou d’une amende pouvant s’élever jusqu’à 10 000 marks »1. 
Un bus à impériale de Berliet (dit Araba) fut transformé en pigeonnier roulant. Le bas de caisse contenait une réserve de grain et d’eau, ainsi qu’un logement pour le soigneur, et le haut du véhicule constituait le pigeonnier. En 1916, les alliés fabriquent aussi en France seize pigeonniers sur remorque. 
Les pigeons ont principalement été utilisés par les unités au sol, mais parfois aussi lançés à partir d’avions ou de navires.

Pigeon voyageur mystérieux

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21 mars 2013

La bataille du golfe du Saint-Laurent

Classé sous — milguerres @ 17 h 49 min

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

 

 

La bataille du golfe du Saint-Laurent

La bataille du Saint-Laurent s’est déroulée entre 1942 et 1944. Elle opposait les sous-marins allemands et la marine royale canadienne. Cet affrontement a été l’un des conflits marquants de la bataille de l’Atlantique. Les Allemands ont déclenché la bataille du Saint-Laurent en bloquant le port du même nom, point stratégique de ravitaillement pour les armées alliées. La bataille du Saint-Laurent s’est soldée par une victoire alliée.

 

Pendant ce temps, au Canada, la guerre des submersibles allemands prend une tournure plus menaçante encore. La Marine royale canadienne et le Corps d’aviation royal canadien sont parvenus à limiter les pertes au large de la Nouvelle-Écosse et de Terre-Neuve, pendant la première moitié de 1942, mais il reste un immense territoire exposé, le golfe du Saint-Laurent. Les énormes engagements pris sur les routes maritimes océaniques laissent très peu d’avions et pratiquement pas de navires de guerre pour la défense du golfe.

La nuit du 11 mai, un cargo jaugeant 5 000 tonnes est torpillé à peine à 13 kilomètres de la côte gaspésienne. Quelques heures plus tard, un second cargo est frappé. Soudain, les Canadiens constatent que la guerre est à leur porte, en vue de la rive. Les flammes et les éclats de l’explosion sont observés de la côte et les survivants épuisés du premier navire, le Nicoya, un bananier britannique transformé en transport de fournitures de guerre, sont ramenés à terre. Six hommes périssent dans cette attaque. L’équipage du deuxième navire, le Leto, un cargo néerlandais affrété par le ministère des Transports de guerre britannique, est recueilli par des navires proches. Certains survivants s’agrippaient à de minuscules radeaux et à des débris, un seul canot ayant pu être mis à l’eau. Douze marins perdent la vie.

Une fois encore, la marine organise des convois et l’aviation affecte le maximum d’avions à leur survol, ce qui ne semble toutefois pas suffisant. Bien des facteurs semblent enlever toute efficacité aux moyens de défense : l’achalandage des routes maritimes du golfe et du fleuve, les nombreuses fosses profondes pouvant abriter des sous-marins et les problèmes liés au matériel de détection sous-marine dans les eaux complexes. Début octobre, sept sous-marins ont coulé 19 navires marchands et deux escortes navales dans le fleuve Saint-Laurent. L’une des victimes est un marmiton de 16 ans de Verdun (Québec), à bord de son premier navire, le SS Carolus, coulé le 9 octobre 1942.

Et puis le 14 octobre, le vieux traversier Caribou, qui des années durant a transporté des passagers entre Sydney et Port-aux-Basques, est aussi envoyé par le fond au beau milieu du détroit de Cabot, à peine à soixante-quatre kilomètres de son port d’arrivée à Terre-Neuve. Des 237 passagers, 136 périssent.

Le traversier avait coulé si rapidement qu’un seul canot de sauvetage avait pu être lancé. … Au total, 237 personnes se trouvaient à bord du Caribou : 73 civils, 46 membres d’équipage et 118 militaires canadiens et américains. Seulement 101 personnes survécurent. La moitié des militaires et les deux tiers des civils, y compris au moins cinq mères et 10 enfants, périrent. Tout l’équipage mourut, à l’exception de 15 membres, ce qui prouve leurs efforts héroïques pour mettre les passagers désorientés à l’abri de la coque qui coulait. Parmi les membres d’équipage disparus figuraient le capitaine Ben Taverner, deux de ses fils, ainsi que cinq autres paires de frères, ce qui brisa le coeur de nombreuses familles de Port-aux-Basques et de Channel, les deux localités du sud-ouest de Terre-Neuve pour lesquelles les traversiers avaient été depuis longtemps une entreprise communautaire et un mode de vie.18

Devant le risque de multiples attaques par des U-boot en vue de terre, le gouvernement ferme le golfe et le fleuve à la navigation internationale en 1942 et ne les rouvre qu’en 1944. Seulement de petits convois côtiers et des navires de guerre sont autorisés à y passer.

L’impossibilité d’avoir accès au port de Montréal entrave singulièrement l’envoi du matériel du Canada. Le port de Montréal offre alors plus que l’accès à d’importantes usines de fabrication comme celle de la Montréal Locomotive Works (fabrication de chars); il est aussi bien relié par voie ferrée au couloir industriel de l’Ontario et du Québec. De plus, au Canada, il possède les meilleures installations, et sa main-d’oeuvre est qualifiée et abondante. Enfin, un navire partant de Montréal et naviguant à dix noeuds met à l’époque une demi-journée de moins pour se rendre à Liverpool que s’il part de New York.

La quantité de fret expédié du Canada tombe alors de plus du quart, voilà en somme une victoire remportée par les sous-marins allemands presque sans difficulté.

 

La bataille du golfe du Saint-Laurent saint-laurentsaint-laurent1Sources :

http://www.linternaute.com/histoire/jour/evenement/14/10/1/a/60553/bataille_de_saint_laurent.shtml

http://www.veterans.gc.ca/fra/histoire/varia/mer/bataille-golfe

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

3 mars 2013

Les sections d’éclaireurs de montagne en Tunisie

Classé sous — milguerres @ 13 h 58 min

 

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La Tunisie au gré des conflits

Une histoire : Bizerte et la France

 

Les sections d’éclaireurs de montagne en Tunisie

par André SOUYRIS-ROLLAND ; extrait du Carnet n° 95

 

 

 

Parler de sections d’éclaireurs de montagne en Tunisie dans un dossier consacré aux troupes de montagne peut paraître incongru si l’on tient compte des caractéristiques des troupes alpines et pyrénéennes, et pourtant… quoi de plus normal si l’on se réfère à l’histoire militaire de notre pays.

Après la guerre de 1870… bien que nos yeux restent fixés sur la ligne bleue des Vosges… la France, en 1881, place la Tunisie sous son protectorat par le traité du Bardo (12 mai 1881). Les Italiens, qui ont près de dix mille colons dans ce pays et ont espéré en faire une colonie, en sont très irrités.

Aussi, un an après, dès le 20 mai 1882, Rome fait alliance avec l’Allemagne(notre ennemi héréditaire) et l’Autriche (son ennemi héréditaire) qui devient l’alliance connue sous le nom de la Triplice.
Cette alliance est d’autant plus inquiétante pour nous que depuis quinze années (1872) les Italiens se sont dotés d’une troupe d’élite spécialisée dans le combat en montagne : les Alpini.
D’où la création, en 1888, de nos premiers bataillons de chasseurs alpins bientôt suivie de celle de régiments d’artillerie de montagne et de régiments d’infanterie alpine.
Ainsi donc, l’organisation française des troupes de montagne peut être considérée comme une conséquence de l’établissement du protectorat tunisien.

Les circonstances
La création de ces unités de montagne, en 1947, revient au général Duval, commandant supérieur des troupes de Tunisie (C.S.T.T.) 
Le général a commandé récemment la division de Constantine et a eu à faire face au soulèvement insurrectionnel de Sétif, en 1945, dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale.
Il a constaté que ce mouvement subversif a éclaté principalement dans les zones montagneuses et démunies de troupes.
Ce sont, d’ailleurs, les postes forestiers et les fermes isolées de colons qui en ont été les cibles et leurs habitants les principales victimes.
Avec son énergie coutumière, le général s’est rendu sur place, a rameuté ses quelques troupes et s’est livré à des manœuvres de déplacement permanent pour remplir le vide et, quelquefois même, à des opérations de représailles rapides et violentes.

Le calme est revenu.
Dès sa prise de fonction en Tunisie il constate qu’il se trouve dans des conditions identiques à celles du Constantinois :
o des troupes peu nombreuses,
o des zones montagneuses dont les plus élevées sont situées sur la frontière algéro-tunisienne, au nord et au centre,
o dans lesquelles se trouvent de nombreuses maisons forestières (une trentaine en Kroumirie et dans les monts de la Medjerdah) des postes douaniers et des fermes de colons très isolés,
o un parti nationaliste agressif : le Néo-Destour dont le chef : Bourguiba, bien que sous contrôle, réside en Tunisie.

Sa première idée directive devient, dès lors :
o faire sortir et circuler au maximum ses troupes de façon à les montrer le plus loin et le plus souvent possible (d’où des manœuvres dans toutes les subdivisions).
Mais la guerre est finie et les crédits militaires sont réduits ou réservés en priorité à l’Indochine, à Madagascar, etc..
D’où une deuxième idée :
o implanter dans les zones montagneuses isolées de petits détachements dont les frais de déplacements seront peu coûteux.

L’occasion (octobre 1946)
Le général, commandant supérieur des troupes de Tunisie dispose outre son poste de commandement et son logement de fonction au Dar Hussein, dans la vieille ville de Tunis, de deux résidences plus modestes.
L’une, est  » celle de la mer « , construite par le général de Lattre de Tassigny en 1941 à Salambo, en bordure des anciens ports de Carthage.
L’autre,  » celle de la forêt « , est construite sur un piton au-dessus du camp d’Aïn Draham qui sert de centre d’instruction aux recrues du bataillon de Tabarka.
En octobre 1946, lors du séjour à Aïn Draham, le général Duval questionne sur ses activités le lieutenant A. Souyris-Rolland, commandant provisoirement l’unité.
Celui-ci lui fait part des sorties effectuées dans le massif de Kroumirie tout en regrettant le style purement militaire de ces marches qui correspondent au programme d’instruction des contingents d’appelés.
ouhaite pouvoir disposer d’une unité d’anciens et d’engagés pour effectuer des reconnaissances dans ce massif montagneux peu perméable. En effet, les seules routes carrossables sont limitées aux pistes forestières liées à l’exploitation des zones de chêne-liège.
Or, le Caidat d’Aïn Draham regroupe une quinzaine de tribus relativement isolées qui vivent de petit élevage, d’une agriculture sommaire et d’une sorte de contrebande avec l’Algérie.
De retour à Tunis, le général prescrit au colonel du régiment de former à Aïn Draham une  » section de reconnaissance  » chargée de sillonner la région frontalière.
L’appellation de  » section kroumirienne d’éclaireur de montagne  » est rapidement adoptée, ce qui donne l’abréviation S.K.E.M. Et la S.K.E.M. devient rapidement une unité connue du fait de l’intérêt que lui porte le général Duval.

La S.K.E.M., unité expérimentale
Deux mois après, le 1er janvier 1947, la S.K.E.M. est dotée d’un tableau d’effectif et d’équipement de type unité de montagne.
Un échelon composé d’une douzaine de mulets et de deux chevaux de selle lui permet une autonomie d’action dans sa zone d’implantation.
En dehors de son groupe de commandement (doté en sus, d’un mortier de 60 et d’une mitrailleuse de 7,6) les trois groupes de combat sont structurés en deux patrouilles de six éclaireurs.
Chaque patrouille de six hommes, commandée par un caporal-chef, comprend donc cinq éclaireurs et dispose d’un mulet d’allégement.
Chaque éclaireur reçoit un entraînement aux appareils de liaison et transmission et des notions d’hippologie, d’alimentation de survie et, pour les plus doués, une formation d’orienteur et de topographe.
Ainsi la patrouille devient l’unité de base dotée de son poste radio et de son mulet. Le caporal-chef, qui est chef de patrouille, dispose d’une équipe de deux éclaireurs, signaleur, orienteur et topographe qui marche en reconnaissance et d’une deuxième équipe composée d’un conducteur muletier, d’un éclaireur chargé du matériel et cuisinier et d’un transmetteur, qui constitue son appui.
Bien entendu, les fonctions sont interchangeables dans chaque équipe.
Cette organisation, rodée au cours de plusieurs opérations d’une durée variant de cinq à quinze jours, est déclarée satisfaisante.

La S.K.E.M., unité d’instruction
Le général Duval décide, alors, de créer une  » section d’éclaireurs de montagne  » dans les trois unités d’infanterie de Tunisie :
o au 1er bataillon d’infanterie légère d’Afrique (1er B.I.L.A. de Médenine),
o au 1er bataillon du 1er régiment étranger d’infanterie (1/1er R.E.I. au Kef.),
o au 4e régiment de tirailleurs tunisiens (4e R.T.T. à Sousse).
Il prescrit, aussi, que ces sections seront mises sur pied après un stage d’entraînement et de formation auprès de la S.K.E.M. à Aïn Draham.
C’est ainsi qu’au cours de l’année 1947 quatre sections d’éclaireurs de montagne (type Tunisie) sont formées.
Cette année 1947 peut être considérée comme une période d’expérimentation tant au niveau des dotations en personnel, armement, équipements divers, que sur le plan instruction de base de l’éclaireur, de la patrouille, du groupe et de la section.
Les enseignements font apparaître qu’une S.E.M. peut :
o être autonome dans sa zone d’action grâce à son échelon muletier,
o se déplacer rapidement dans une autre zone, pour combiner son action avec d’autres S.E.M., si elle dispose d’un échelon autocomposé : d’une jeep, de 5 Dodge 6×6 avec remorques pour son personnel et son matériel, de 2 GMC de 2,5 t avec remorques pour son échelon muletier (une rampe d’accès démontable est prévue à cet effet).

La S.K.E.M. dans l’Aurès
En outre, le général veut vérifier les possibilités de déplacement et d’adaptation dans une zone nouvelle. Après entente avec son voisin de la division de Constantine, il met en état d’alerte la S.K.E.M. et lui prescrit d’aller se mettre à la disposition du commandant de la subdivision de Batna pour recevoir une mission dans la massif de l’Aurès.
En juin 1947, la S.K.E.M. motorisée quitte sa montagne de Kroumirie (1 000 m) pour se rendre dans le grand massif montagneux de l’Algérie méridionale au pied du Djebel Chélia culminant à 2328 mètres.
Durant six semaines, les six patrouilles de la S.K.E.M. arpentent les deux vallées de l’Oued Abid et l’Oued Abiob, tout en reconnaissant les pistes forestières et de montagne et en mettant à jour la carte d’état-major. Elles prennent contact avec les montagnards berbères qui n’ont pas vu de troupe depuis une dizaine d’années environ.
Cette opération se termine par le défilé du 14 Juillet à Batna avec le 3e régiment de chasseurs d’Afrique, son unité support du moment.

L’implantation des S.E.M. (fin 1947)
A la fin de 1947, les quatre S.E.M. de Tunisie sont réparties dans la zone occidentale la plus escarpée des massifs montagneux deTunisie.
Du nord au sud, on trouve :
o la S.K.E.M. des zouaves à Aïn Draham, dans le massif de Kroumirie ;
o la S.E.M. des légionnaires au Kef, dans le massif de la Medjerdah ;
o la S.E.M. des joyeux à proximité de Maktar (Ras et Mâ) dans la Grande Dorsale ;
o la S.E.M. des tirailleurs à Hadjeb El Aïoun à proximité du Djebel Chambi (1 500 m).

Un stage d’entraînement (juin 1948)
L’équipement et l’instruction étant mis au point dans chaque S.E.M., le commandement supérieur des troupes de Tunisie décide d’organiser une période d’instruction commune.
Ce stage d’entraînement est placé sous la direction du lieutenant-colonel Le Gouvello de la 21e brigade d’intervention. Il se déroule dans la Dorsale tunisienne dans la zone du Djebel Bargou durant un mois, du 18 mai au 19 juin 1948.
Le thème choisi, qui se développe tout au long des quatre semaines, passe en revue toutes les situations du combat en montagne.
Les S.E.M. agissent tantôt isolément, tantôt regroupées, soit par deux, soit les quatre ensemble, sous le commandement du chef de section le plus ancien. Et pour aider à la vraisemblance, des unités de la légion et des tirailleurs servent de plastron.
Certaines phases reproduisent même les combats qui ont eu lieu en 1943 aux mêmes endroits durant la campagne de Tunisie, cinq ans plus tôt. Car la prise, la perte et la reprise de certains cols ou observatoires sont inévitablement imposées par la disposition des compartiments du terrain.
Et le général Duval, qui tient à faire approuver l’existence de ses unités de montagne, obtient du 3e bureau de l’état-major de l’armée qu’un observateur, le colonel Craplet, spécialiste des troupes de montagne, suive le déroulement de ce stage d’entraînement.

L’emploi des S.E.M. de 1948 à 1950
Comme prévu les S.E.M. de Tunisie, durant les trois années de 1948 à 1950, s’emploient à :
o sillonner leurs zones d’affectation tout en combinant leur entraînement militaire et une politique de présence dans les tribus montagnardes du nord et du centre de la Tunisie.
Elles reçoivent aussi, chaque année, une mission originale qui est le contrôle de la transhumance des tribus du sud qui vont passer l’été dans les territoires du nord.
Ce mouvement annuel, appelé la Chaaba, provoque le déplacement de plusieurs centaines de milliers de personnes et d’animaux à l’intérieur de la Tunisie. Ces déplacements s’effectuent suivant des axes traditionnels que suivent les tribus et fractions de tribus. Leurs terrains de pâturage sont aussi les mêmes car il y a des accords ancestraux entre les tribus du sud et celles du nord (y compris avec les colons européens).
Le paiement s’effectue en têtes de moutons…
Les gens du sud peuvent ainsi sauvegarder leurs troupeaux durant la période de sécheresse intense et récolter du grain pour l’hiver car leurs femmes ont le droit de glanage sur les terres à blé moissonnées.
La traversée de la Grande Dorsale s’effectue par des itinéraires jalonnés par des points d’eau et quelques dépôts de fourrage que l’administration a aménagés pour porter assistance aux troupeaux et aux nomades en détresse.
La présence des patrouilles des S.E.M. sert à régulariser les caravanes des tribus, a leur apporter des secours médicaux (un médecin avec pharmacie est adjoint à chaque section) et à rassurer les sédentaires qui voient souvent avec appréhension l’arrivée de ces colonnes affamées.
Inutile d’ajouter qu’aux reconnaissances des pistes les patrouilles d’éclaireurs ajoutent la connaissance des tribus et fractions de tribus, qu’ils retrouvent, chaque année, lors de leur traversée de la Dorsale, à des points de passage obligés.

La dissolution des S.E.M. (1er mars 1951)
Cette connaissance des tribus et des hommes à laquelle s’ajoute celle des massifs montagneux frontaliers constitue un atout important pour les troupes de Tunisie.
Et l’on peut considérer que le général, commandant supérieur des troupes de Tunisie, dispose dans les S.E.M. d’un outil de reconnaissance et de combat dans les zones les plus difficiles du pays.
Mais, le général Duval est appelé, en 1950, au comman-dement supérieur des troupes du Maroc par le maréchal Juin alors résident général à Rabat.
Son successeur, le général Molle, se trouve en butte aux prélèvements que lui imposent les renforts pour le corps expéditionnaire d’Extrême-Orient. Un bataillon de marche est constitué au 4e régiment de tirailleurs tunisiens, tandis que les officiers et sous-officiers des autres corps suivent le plan de relève qui pertube la vie des unités.
Et le 30 octobre 1950 le général pose au nouveau colonel commandant l’infanterie la question : Y a-t-il lieu de maintenir les quatre S.E.M. ?
Le 25 novembre, le colonel de Widerspach-Thor répond que  » pour des raisons d’effectifs et surtout d’encadrement, les chefs de corps ont été amenés progressivement à réduire leurs S.E.M… certains l’ont même supprimée (4e R.T.T.) « .
En conséquence, le colonel émet un avis défavorable à la poursuite de l’expérience des S.E.M. :
o d’une part, parce que de telles unités ne peuvent se concevoir que si  » elles sont richement encadrées « … ce qu’il n’est pas possible de faire actuellement…
o d’autre part, l’utilité de telles unités ne paraît pas évidente car toute unité d’infanterie… doit être à même d’opérer dans les Djebels tunisiens sans pour cela avoir été spécialisée à cet effet…
Devant une telle prise de position, reposant d’ailleurs sur l’opinion des chefs de corps, le général Molle prend le 8 février 1951 la décision de dissoudre les sections d’éclaireurs de montagne, dès le mois suivant.
Créées en novembre 1947, organisées définitivement en mai 1948, ces quatre unités de montagne sont supprimées le 1er mars 1951, après trois années d’existence.

Si l’on se réfère aux arguments qui ont amené cette dissolution on peut constater que :
Le premier paraît étonnant car il ne s’agit que de deux cent vingt hommes encadrés par quatre lieutenants, et vingt sous-officiers.
Quand au second, il montre surtout que le commandement n’a plus la compréhension du rôle spécifique de telles unités : qui joignent à la mobilité, la connaissance profonde de deux secteurs d’action et apportent une présence quasi permanente dans des zones peu peuplées mais pouvant servir de lieux de refuge et de base à des groupes subversifs.
C’est d’ailleurs ce qui arrive quelques mois plus tard.
En effet, les fellagas tunisiens font leur apparition principalement dans le centre montagneux de la Tunisie.
Et leurs zones de recueil se situent dans les secteurs des anciennes sections d’éclaireurs de montagne (à l’exception de la frontière du nord que tient la légion) : principalement le Djebel Chambi, la région du Maktar et du Djebel Serdj.
Et, chaque, année, les transhumants servent au transport clandestin des armes et des explosifs du sud (Libye) vers le nord de la Tunisie.
Et c’est par les zones frontalières tunisiennes que l’insurrection algérienne est préparée et approvisionnée.
Mais, il n’y a plus d’outil de lutte adapté à des activités de reconnaissance et de contre-guérilla.

BIBLIOGRAPHIE
- Archives du S.H.A.T. – Sous série Tunisie : 2H168;
-  » Le Mouvement Fellaga en Tunisie  » par l’auteur (Revue Défense Nationale, oct. 1957);
-  » La Transhumance en Tunisie  » par l’auteur (Bulletin Réalités Tunisiennes, mai 1956);
- L’Histoire Traditionnelle des tribus de Kroumirie par l’auteur (Institut des Belles Lettres Arabes, Tunis, 1950) ;
- Archives personnelles.

INSIGNES

Dès la création des S.E.M., les éclaireurs de montagne se distinguèrent par un insigne en tissu cousu sur le haut du bras gauche et composé d’une étoile verte sur fond noir. La S.K.E.M. portait en surcharge un K brodé en fil jaune.

Par la suite, à la fin de 1948, un insigne métallique fut fabriqué par Drago. Cet insigne, qui n’est pas homologué, est constitué par une étoile émaillée de vert avec une bordure dorée. Celle-ci porte, au centre, l’arc de triomphe de Sbeitla, symbole des troupes de Tunisie avec, dans les cinq pointes de l’étoile, les lettres : S.E.M. CSTT. Cet insigne n’a eu qu’une durée limitée aux années 1949-1950 (l’effectif total des quatre S.E.M. était de deux cent quarante officiers et troupe).

 Les sections d'éclaireurs de montagne en Tunisie duval10
Général DUVAL
Naissance 19 septembre 1894
Montpellier, France
Décès 22 août 1955 (à 60 ans)
Kasba Tadla, Maroc
Origine France
Allégeance Armée française – FFL
Grade Général d’armée (1954)
Années de service 1914 – 1955
Conflits
Première Guerre mondiale
Guerre civile russe
Seconde Guerre mondiale
Commandement
159éme RIA (Octobre 1942),
infanterie divisionnaire de la 3éme DIA (Mai 1944),
division de Constantine (Mars 1945),
commandant supérieur des troupes de Tunisie (1945-1949),
commandant supérieur des troupes du Maroc (1949-1955)
Faits d’armes Bataille des frontières (Septembre 1914)
Bataille de la Marne (Septembre 1914)
Bataille de Champagne
Bataille de Verdun
Bataille de la Somme (Novembre 1916)
campagne du haut-Atlas
Bataille de France (1940)
Débarquement en Italie
Libération de Sienne (Juillet 1944)
Débarquement en Provence (Août 1944)
Bataille des Vosges (Décembre 1944)
Distinctions Général d’Armée
Grand Croix de la Légion d’honneur

sources :

http://lasabretache.pagesperso-orange.fr/skem.htm

wikipedia

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La Tunisie au gré des conflits

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12 février 2013

16 juin 1940 : la démission de Paul Reynaud amène Pétain au pouvoir

Classé sous — milguerres @ 22 h 35 min

 

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16 juin 1940 : la démission de Paul Reynaud amène Pétain au pouvoir
Catherine Desplanque

Ce sombre passage de l’Histoire de France et de la Seconde Guerre mondiale n’a guère été compris a postériori… Mais pourquoi donc Paul Reynaud a-t-il démissionné en laissant les coudées franches à Pétain qui formera le gouvernement de Vichy qui va collaborer avec les nazis ?

Dès le 21 mars 1940, Paul Reynaud, un homme du centre, devient Président du Conseil en remplaçant Edouard Daladier déconsidéré depuis qu’il avait signé les accords de Munich avec Hitler. Dès le début de l’invasion allemande, Reynaud appelle le 18 mai leMaréchal Philippe Pétain, le vainqueur de la bataille de Verdun, pour être son vice-président. Le lendemain, il rappelle Maxime Weygand à la tête des armées : ce dernier était l’ancien adjoint du Maréchal Foch.
Une semaine plus tard, Paul Reynaud rencontre Winston Churchill, le nouveau Premier ministre britannique. Les deux hommes tombent d’accord pour lutter ensemble contre Hitler selon l’engagement mutuel de la France et de l’Angleterre de ne pas accepter d’armistice ou de traité de paix séparé. Pourtant, dans son gouvernement, Reynaud compte quelques ministres favorables à un armistice dont Maxime Weygand et Philippe Pétain convaincus de la future défaite française.
Paul Reynaud propose alors que les militaires demandent un cessez-le-feu afin que legouvernement puisse se replier en Afrique du Nord en continuant la lutte. En effet, la France dispose d’une aviation, d’une flotte, de régiments et de beaucoup d’âmes dans les colonies et les Français de métropole n’auraient qu’à patienter.
Cette idée n’est pas du goût du général Maxime Weygand qui objecte que tout le territoire serait occupé, les armées défaites et les armes saisies. Il prône donc un armistice, soit un arrêt des combats en attendant un traité de paix normal. Pétain le soutient dans cette idée d’autant plus que l’exode a commencé, que la Belgique et les Pays-Bas ont été pris, que Sedan a été vaincue. Il ne veut pas abandonner le pays, affirme que l’armée a fait son devoir et qu’il faut savoir reconnaître une défaite.

Une opinion est émise : demander à Hitler les conditions de l’armistice. Si celles-ci étaient trop dures, le gouvernement pourrait les rejeter et poursuivre la résistance, soit en métropole, soit en Afrique. À cette époque, ils pensent que la défaite de l’Angleterre est fort probable avec la victoire de l’Allemagne. Après tout ! Les dirigeants nazis semblent civilisés et courtois et on n’entend pas encore parler d’extermination… Se disent-ils…
Deux personnes ne sont pas d’accord avec cette vision des choses : Georges Mandel, le Ministre de l’Intérieur et le général de brigade Charles de Gaulle, alors sous-secrétaire d’état à la Défense. Pour eux, cette guerre n’a rien à voir avec les précédentes : il s’agit de se battre contre des régimes totalitaires (Allemagne nazie, Italie fasciste et URSS communiste).
De Gaulle est envoyé à Londres par Paul Reynaud pour prier Churchill de dégager la France de sa promesse. Le 16 juin, Paul Reynaud reçoit un télégramme de Churchill qui l’autorise à demander les conditions d’un armistice à Hitler tout en mettant la flotte française à l’abri dans les ports britanniques. Puis Churchill propose une union totale entre l’Angleterre et la France ne faisant des deux pays qu’un seul. Un rendez-vous est pris pour le lendemain entre les deux hommes mais ce traité d’union est rejeté par les partisans de l’armistice, majoritaires dans le gouvernement.
Isolé, Paul Reynaud démissionne le soir du 16 juin 1940. C’est au Président de la République, Albert Lebrun, de nommer son remplaçant pour négocier l’armistice et la paix. L’homme est tout trouvé : il s’agit du Maréchal Philippe Pétain qui forme un nouveau gouvernement. Il prononce un très beau discours à la radio le 17 juin à midi rassurant tous les Français désemparés.
Ce discours fervent mais quelque peu incohérent n’est pas compris de la même manière. Certains soldats croient que les combats doivent cesser à l’instant et se rendent, d’autres continuent le combat. Alors que le général de Gaulle organise la résistance à Londres, Pétain penche de plus en plus vers la collaboration qui se concrétisera le 24 octobre dans la gare de Montoire-sur-le-Loir avec une franche poignée de main entre Hitler et Pétain…

Allocution prononcée à la radio française le 17 juin 1940.

Français!

A l’appel de M. le président de la République, j’assume à partir d’aujourd’hui la direction du gouvernement de la France. Sûr de l’affection de notre admirable armée, qui lutte avec un héroïsme digne de ses longues traditions militaires contre un ennemi supérieur en nombre et en armes, sûr que par sa magnifique résistance elle a rempli son devoir vis-à-vis de nos alliés, sûr de l’appui des anciens combattants que j’ai eu la fierté de commander, sûr de la confiance du peuple tout entier, je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur.
En ces heures douloureuses, je pense aux malheureux réfugiés, qui, dans un dénuement extrême, sillonnent nos routes. Je leur exprime ma compassion et ma sollicitude. C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat (*).
Je me suis adressé cette nuit à l’adversaire pour lui demander s’il est prêt à rechercher avec nous, entre soldats, après la lutte et dans l’honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilités.
Que tous les Français se groupent autour du gouvernement que je préside pendant ces dures épreuves et fassent taire leur angoisse pour n’écouter que leur foi dans le destin de la patrie.

(*) Tel est le texte qui fut prononcé. Sur la suggestion de Paul Baudouin, ministre des Affaires étrangères, la phrase fut rectifie – inutilement et maladroitement – de la manière suivante :  » C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut tenter de cesser le combat.  »

sources
http://cdpresse.fr/2011/06/16/16-juin-1940-la-demission-de-paul-reynaud-amene-petain-au-pouvoir/
http://www.charles-de-gaulle.org/pages/l-homme/dossiers-thematiques/1940-1944-la-seconde-guerre-mondiale/l-appel-du-18-juin/documents/discours-du-17-juin-1940-du-marechal-petain.php
http://youtube.com

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 retour à la Seconde Guerre Mondiale

29 janvier 2013

Des Américains dans la guerre du Rif

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Des Américains dans la guerre du Rif americains-dans-le-rif-rouge

Des Américains dans la guerre du Rif
William Dean
Traduction par Valérie Caniart
http://rha.revues.org/index2393.html.
p. 46-55

Cet article met en lumière le rôle des Américains dans la guerre du Rif, tant comme observateurs que comme acteurs. Le capitaine Charles Willoughby, officier de renseignement de l’armée américaine, a étudié la rébellion et a tenté, à travers l’analyse réalisée de tirer un certain nombre de leçons de ce conflit. Parallèlement et contrairement aux souhaits du département d’État américain, des aviateurs américains ont servi au Maroc comme mercenaires. Au cours de l’été 1925, le gouvernement français a utilisé les pilotes américains afin de pallier les manques de l’armée de l’Air française. Mais pendant que les pilotes américains montraient leur efficacité au Maroc, les autorités de la population américaine s’opposaient à leur engagement. En dépit des progrès stratégiques réalisés au Maroc, la réaction négative de l’opinion publique américaine continuait de militer en faveur d’un retrait de l’escadrille chérifienne. Les militaires français ont tiré différentes leçons de l’engagement américain, ce qui a contribué à l’amélioration des relations franco-américaines. En dépit des raisons coloniales qui ont motivé cette guerre.

Plan
Contexte
Le capitaine Charles Willoughby et la guerre du Rif
La France face à un dilemme stratégique
La création de l’escadrille chérifienne
Le personnel de l’escadrille chérifienne
Les relations franco-américaines en 1925
Les missions de l’escadrille américaine
La fin de l’escadrille chérifienne
Conclusion

Notes de l’auteur
Avertissement : les opinions développées dans cet article ne reflètent aucunement celles du gouvernement des États-Unis, du ministère de la Défense, de l’armée de l’Air (et de son école) américains et engagent la seule responsabilité de l’auteur.

En 1900, la France s’engageant militairement au Maroc, y conduisit des campagnes jusqu’au milieu des années 1930. Deux générations d’officiers français y forgèrent leur expérience. Presque simultanément, de la veille de la Première Guerre mondiale jusqu’aux années 1920, l’Espagne, quant à elle, mena des campagnes dans le nord du pays. La composition des troupes françaises fut variée, allant de la Légion étrangère aux soldats tunisiens, algériens et de l’Afrique de l’Ouest, sans oublier les troupes métropolitaines. Au cours de l’entre-deux-guerres, les forces françaises furent donc très sollicitées, en raison des embarrassants mandats sur le Liban et la Syrie et de l’occupation de la Rhénanie. Il n’aurait pas été étonnant que le gouvernement français se fût éventuellement tourné vers des troupes mercenaires pour intervenir dans la guerre du Rif (1921-1926). Devenant un théâtre d’opérations important, l’armée des États-Unis commença à s’intéresser à cette campagne.

Contexte

À la fin de la Grande Guerre, la France, exsangue, démobilisa rapidement une grande partie de son armée. Elle obtint néanmoins des mandats au Moyen-Orient et reprit ses opérations au Maroc.
De 1919 à 1924, année de la victoire du Cartel des gauches, le gouvernement français, conservateur et nationaliste, mena une politique revancharde envers l’Allemagne en contenant la République de Weimar. Au Maroc, le maréchal Hubert Lyautey, fondateur de cette colonie en 1912, obtint suffisamment de troupes pour entreprendre de petites avancées à travers des offensives limitées, sans toutefois aider les Espagnols, écrasés à la désastreuse bataille d’Anoual (en juillet 1921), et qu’il considérait comme des ennemis potentiels. De plus, il ne croyait pas que le nouveau leader rifain, Abd el-Krim, puisse représenter une menace. Cependant, en avril 1925, les Rifains lancèrent une offensive contre le Maroc français, inquiétant ainsi le nouveau gouvernement de Paul Painlevé qui ne trouva qu’un seul moyen de réagir à ce revirement stratégique.

Au début des années 1920, deux présidents dirigèrent les États-Unis, Warren Harding, qui mourut avant la fin de son mandat, et Calvin Coolidge. Dans les premières années qui suivirent la fin de la Grande Guerre, les relations franco-américaines furent plutôt cordiales. Les États-Unis menaient une politique isolationniste illustrée par le refus du Sénat américain d’entrer à la Société des Nations. En 1923, après la crise de la Ruhr, ils furent obligés de s’impliquer lourdement dans le financement des réparations de guerre de l’Allemagne avec les plans Dawes et Young. Le sentiment général était que la Grande Guerre aurait dû être la « der des der ». Les effectifs de leur armée furent drastiquement réduits et la seule opération menée à cette période fut la guerre des Bananes en Amérique latine. Les officiers américains suivirent donc les guerres en dehors de leur propre hémisphère.

Le capitaine Charles Willoughby et la guerre du Rif

Charles Willoughby (1892-1972), fils d’un baron allemand et d’une mère américaine, s’engagea dans l’armée des États-Unis où il devait atteindre le grade de major général et servir au cours de la Deuxième Guerre mondiale, sous les ordres du général Douglas MacArthur, comme chef du bureau de renseignement pour la zone Pacifique du Sud-Ouest. Dans les années 1920, Willoughby était capitaine dans les services de renseignement et avait déjà beaucoup voyagé : notamment en Espagne et au Maroc. Au moment de la guerre du Rif, il eut l’opportunité de rencontrer Francisco Franco. Grand admirateur de ce dernier et de Benito Mussolini, Willoughby pouvait être considéré comme un pro fasciste. Dans l’armée américaine, il était sûrement celui qui était le plus à même de commenter la guerre du Rif.

En août 1925, Willoughby publia un article sur ce sujet, pour le journal de l’infanterie, dans lequel il comparait les méthodes françaises et espagnoles au cours de la guerre et analysait cette guerre sous l’angle de la lutte raciale : « Une foule d’hommes noirs et de couleurs avait été précipitée contre des hommes blancs, d’Ypres jusqu’à Bagdad, théâtres d’opérations sur lesquels ils avaient appris à les tuer. Les races assujetties avaient découvert une étrange vérité : les suzerains blancs, ces insondables maîtres de leurs destinées, s’étaient opposés les uns aux autres. Les demi-dieux avaient chu de leurs piédestaux séculaires et avaient été réduits à des fragments d’argile. » S’ensuivaient alors les arguments suivants : « Il y a peu de temps encore, les Empires coloniaux étaient fondés sur une légende, la légende de l’invincible homme blanc.
Il n’est pas bon de détruire ce mythe, de toucher au piédestal sur lequel reposait le demi-dieu depuis tant de siècles. »

Willoughby voyait la guerre du Rif plutôt comme un éventuel moyen de préserver la suprématie de l’homme blanc et les Empires coloniaux occidentaux en luttant brutalement contre la population rifaine. Il écrivait : « Seule une guerre agressive, conduite jusqu’au cœur de leur pays par des expéditions punitives incendiant les villages, détruisant les réserves de blé et dispersant les troupeaux, pourrait accomplir la subordination des tribus rebelles. » Pour se faire, Willoughby suggéra l’utilisation de chars, de voitures blindées, de lance-flammes et de gaz.
Les Espagnols, aidés par l’armée allemande et l’industrie, construisirent des usines pour la fabrication de gaz en Espagne et au Maroc. Des milliers de tonnes de gaz moutarde furent ainsi répandus sur des villages marocains.

Dans cet article, où il comparait les procédés français et espagnols, Willoughby estimait que l’administration et les opérations françaises étaient plus efficaces. Dans sa réflexion sur le désastre d’Anoual, il critiquait l’utilisation exagérée des blockhaus par les Espagnols et leur manque d’esprit d’offensive. Willoughby indiquait qu’entre 1923 et 1924, les Espagnols avaient amélioré leur efficacité offensive sur terre et commençaient à mieux intégrer la force aérienne. Cependant, d’après lui, les Français restaient les meilleurs dans la guerre coloniale, ceci s’expliquant par leur longue expérience en Algérie et en Tunisie. Ils avaient su préserver l’autorité du Sultan et s’appuyer sur l’administration indigène. Mais il estimait qu’ils avaient commis les mêmes erreurs militaires que les Espagnols en utilisant un système fortifié dans l’oued Ouergha, bien que cela ait été compensé par l’emploi de groupes mobiles 1.
Au moment où Willoughby écrivait, les Français, sur la défensive, protégeaient un large front avec très peu de troupes. Willoughby, qui soutenait alors qu’une coalition avec les Espagnols permettrait la défaite d’Abd el-Krim, ne savait sans doute pas encore que le maréchal Philippe Pétain, le nouveau chef d’état-major des armées, venait de signer une alliance avec l’Espagne et de planifier une coalition et des opérations combinées pour venir à bout de la République rifaine. Willoughby avait alors la certitude qu’avec Pétain et l’augmentation de leurs effectifs, les Français parviendraient à défaire les forces d’Abd el-Krim. Son analyse, davantage guidée par des théories raciales assez rebutantes que par la seule analyse militaire, possédait cependant une finesse pénétrante.

La France face à un dilemme stratégique

En 1925, la France, manquant d’effectifs militaires dans l’arme aérienne, envisagea, comme solution partielle, de faire appel à un petit groupe de pilotes aventureux. C’est ainsi que fut constituée l’escadrille chérifienne composée de mercenaires américains. Mais il est nécessaire, avant de développer ce point, de rappeler brièvement le dilemme stratégique qui se posait à la France ainsi que la situation au Maroc.

Au moment où Abd el-Krim lançait son offensive contre les positions françaises dans l’oued Ouergha, les Français avaient pour principal objectif stratégique le continent européen. Au printemps 1925, les militaires français considéraient encore l’Allemagne comme la plus grande menace. Les forces françaises furent donc surprises par l’avancée des Rifains jusqu’à 20 kilomètres de Fez et l’investissement des deux tiers de leurs fortins. Dans un premier temps, le résident-général Hubert Lyautey proclama que la capitale avait été sauvée par l’aviation française au Maroc, commandée par le colonel Paul Armengaud, mais très vite il réclama des renforts. Trois mois après l’offensive d’Abd el-Krim, les Druzes se soulevaient en Syrie et au Liban. La France devait donc faire face sur deux théâtres d’opérations majeurs dans un contexte de crise politique.

Les premiers soldats arrivant au Maroc provenaient des garnisons voisines, situées en Algérie et en Tunisie, bientôt suivis par les tirailleurs sénégalais 2, d’Afrique de l’Ouest. Mais ces forces ne suffisaient pas. Deux divisions furent ainsi prélevées sur l’armée du Rhin : la périphérie (l’Empire colonial) était de fait en train d’affaiblir les efforts de la métropole pour contenir la République de Weimar. Des dizaines de milliers d’hommes durent également être déployées pour soutenir une situation détériorée au Moyen-Orient. Le gouvernement français privilégia l’aviation pour le Maroc et la Syrie, la force aérienne étant envisagée comme la clé d’une multiplication des forces. Les campagnes aériennes au Maroc et au Levant représentèrent l’emploi le plus considérable des forces aériennes pendant l’entre-deux-guerres. Ceci fut possible car la France possédait jusqu’ici l’une des plus importantes industries d’aviation au monde, et techniquement, l’une des forces aériennes les plus sophistiquées. Cependant, au milieu des années 1920, l’aviation française était devenue désuète et le recrutement des pilotes se tarissait.

En juillet 1925, le gouvernement français sentant, que la vieille école coloniale incarnée par Lyautey avait échoué, décida de l’envoi du maréchal Philippe Pétain – le héros de Verdun –, pour remplacer le fondateur du Maroc. Pétain, bien déterminé à conduire une campagne conventionnelle et agressive, devait commander une armée plus de deux fois supérieure à celle de Lyautey. Et comme l’aviation faisait partie intégrante des méthodes de guerre quasi industrielle de Pétain, il y eut bientôt plus de 150 avions au Maroc. Il n’est pas surprenant que l’arme aérienne ait occupé une place cruciale dans la campagne puisque son emploi militaire fit ses débuts en 1912 au Maroc (un an après la première utilisation de l’aviation dans la guerre par les Italiens en Italie). À partir de cette période, les avions avaient été employés dans des missions variées allant du renseignement à la surveillance et à la reconnaissance (ISR) ainsi qu’au CAS (« Close air support » c’est-à-dire l’appui aérien rapproché) ou encore aux interdictions aériennes, à la logistique et aux secours médicaux. L’aviation française au Maroc et au Levant devint une solution partielle à la crise stratégique de l’été 1925. La seule entrave au développement de l’emploi de l’aviation était le manque crucial de pilotes.

La création de l’escadrille chérifienne

En avril 1925, le mathématicien républicain Paul Painlevé accédait au pouvoir, à la fois comme président du Conseil et ministre de la Guerre, fonctions qu’il avait déjà occupées pendant les sombres jours de la Grande Guerre. En outre, Painlevé était un ardent défenseur de l’aviation. En 1907, alors que l’aviation n’en était qu’à ses balbutiements et était considérée comme dangereuse, il avait été l’un des premiers hommes politiques français à monter dans l’une de « ces machines volantes ». Pendant la Première Guerre mondiale, il s’était fait l’avocat de la force aérienne et allait devenir, en 1930, le premier ministre de l’Air. Au début du mois de juillet 1925, Painlevé décida d’un changement radical.
C’est, en effet, à ce moment qu’un colonel américain, Charles Sweeney, qui avait servi dans la Légion étrangère pendant la Première Guerre mondiale puis dans l’armée américaine, proposa au président du Conseil de créer une escadrille de pilotes américains avec des anciens de l’escadrille Lafayette. Painlevé, puis plus tard le ministre des Affaires étrangères, Aristide Briand, donnèrent leur accord à la création de cette escadrille (d’après un télégramme envoyé à Lyautey le 10 juillet 1925). Toutefois, le gouvernement Painlevé avait prévu que le projet rencontrerait des difficultés d’ordre politique ; aussi, afin d’éviter d’inquiéter le gouvernement isolationniste du président Coolidge, ces aviateurs américains mercenaires devaient être techniquement au service du sultan (ou chérif) Youssouf du Maroc, qui était de jure le gouverneur du pays. Ce fut la raison pour laquelle l’unité fut baptisée : escadrille chérifienne. Elle est aussi mentionnée dans certains documents comme escadrille américaine. Initialement les aviateurs américains devaient servir pour un mandat de trois ans, or les archives ne font pas clairement apparaître si les Français, par le truchement du sultan, avaient envisagé cela comme une solution temporaire ou s’ils avaient espéré étendre le contrat.

« Cette manifestation de la solidarité américaine, semble particulièrement intéressante en ce moment, et pourrait entraîner en Amérique une propagande favorable à notre camp et réparer en notre faveur le sentiment américain qui soutient Abd el-Krim » put-on lire dans le télégramme envoyé par le Quai d’Orsay à Lyautey le 10 juillet. Aux États-Unis, (particulièrement à gauche), Abd el-Krim était considéré comme un brave républicain nationaliste, opposant une résistance héroïque à une domination européenne rétrograde. Il était également le héros des gauches françaises et espagnoles et la Confédération générale du travail (CGT) lui avait manifesté sa solidarité en organisant une marche de protestation à Paris en novembre 1925. L’Union soviétique, Staline et le Kominterm lui exprimèrent aussi leur sympathie. Même s’ils devaient travailler pour le sultan, ce fut Paul Painlevé qui décida des grades de ces aviateurs américains (la plupart d’entre eux souhaitaient conserver leur grade porté pendant la Première Guerre mondiale). Le ministère de la Guerre assura le transport des hommes et des avions de la France au Maroc via l’Espagne et celui des Affaires étrangères adressa à Lyautey le dossier de chacun des membres de l’escadrille afin de limiter leur isolement administratif. Deux journalistes furent envoyés avec eux pour rédiger la propagande « profrançaise » et « proaméricaine » (ce sont exactement les mots employés dans le télégramme) à partir de leurs éventuels exploits héroïques.

Le personnel de l’escadrille chérifienne

D’après les archives, c’est la quête d’aventure qui amena les aviateurs américains au Maroc. Sans doute essayèrent-ils de recréer le milieu passionnant et l’atmosphère de camaraderie qu’ils avaient connus pendant la Grande Guerre. L’esprit de croisade pour le triomphe de l’homme blanc sur les hommes du Rif ne les habitait pas, contrairement à ce qu’a pu écrire le capitaine Willoughby. Voici un récapitulatif des dossiers personnels de certains d’entre eux :

Le colonel Charles Sweeny, sorti diplômé de West Point en 1903, quitta l’armée des États-Unis en 1905. Il organisait un corps de volontaires américains pour la Légion étrangère française lorsque la Grande Guerre éclata. Passé du grade de 2e classe à celui de capitaine, il conduisit des assauts de chars dans l’offensive Nivelle. En 1917, Sweeny rejoignit l’armée américaine et quitta l’institution deux ans plus tard avec le grade de lieutenant-colonel.

Le colonel Charles Kerwood servit dans l’aviation française de 1916 à 1918 et compta 12 victoires à son actif. En février 1918, son avion abattu, il fut fait prisonnier jusqu’à la fin de la guerre. Lieutenant-colonel, il servit au Honduras et en Grèce après la Première Guerre mondiale.

Le capitaine William Rodgers servit dans l’escadrille Lafayette et remporta huit victoires. À la fin de la Grande Guerre, il s’engagea brièvement dans l’aéronavale américaine.

Le major Charles Craig fit également partie de l’escadrille Lafayette et remporta quatorze victoires.

Le capitaine Paul Rockwell, légionnaire pendant la Première Guerre mondiale et blessé dans les tranchées, servit au sein de la mission de presse alliée au quartier général français puis devint correspondant pour le Chicago Daily News. En 1925, il était observateur bombardier dans la guerre du Rif. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il servit dans l’armée de l’air américaine en Afrique du Nord, en Sicile et en Europe et obtint le grade de colonel. Il est le seul Américain à avoir été décoré de trois Croix de guerre françaises, au titre de la Première Guerre mondiale, de la guerre du Rif et de la Seconde Guerre mondiale. Il fut aussi promu commandeur de la Légion d’honneur.

Le major Austin Gillette Parker, diplômé de Cornwell, originaire d’une grande famille de la côte Est, fit aussi partie de l’escadrille Lafayette.

Les majors Paul Baer et Granville Pollock remportèrent de multiples victoires en tant que pilotes de l’escadrille Lafayette.

Nombre de ces hommes, comme Paul Rockwell ou Austin Gillette Parker (qui avait des liens avec la compagnie des rasoirs Gillette) étaient issus de grandes familles et ne se battaient pas pour des raisons financières. Ces hommes avaient tous en commun l’amour du vol et de l’aventure.

Les relations franco-américaines en 1925

À la fin de la Première Guerre mondiale, les relations franco-américaines étaient fortes, même si l’approche de la politique internationale du président Woodrow Wilson contrastait fortement avec le réalisme rigoureux de Georges Clemenceau. Les électeurs américains et le Sénat répudièrent la politique de Woodrow Wilson après le traité de Versailles. Bientôt, la France ne put plus compter sur les États-Unis pour venir à son aide en cas d’attaque de l’Allemagne.

Quand bien même, elle était capable d’agir de façon indépendante depuis la crise de la Ruhr en 1923. C’est après cette crise que les relations franco-américaines se tendirent, les États-Unis pressant la France au sujet des remboursements de la dette contractée auprès d’eux pendant la guerre puis, en 1924, le plan Dawes ajusta les réparations allemandes dues à la France, ce qui eut pour effet qu’elle reçut un dédommagement réduit d’autant.
En France, tant les élites que le peuple, commençaient à parler des États-Unis comme de « l’oncle Shylock ». Le mécontentement français envers les Américains était alimenté par l’afflux de touristes à Paris, favorisé par un franc dévalué et un dollar fort.
À tel point qu’en 1926, des Parisiens s’en prirent à des touristes américains (il s’ensuivit une petite émeute mais la police restaura l’ordre rapidement). L’implication d’aviateurs américains dans la guerre du Rif en 1925 contribua à amplifier les tensions entre les gouvernements français et américain.
Le 28 septembre 1925, le secrétaire d’État Frank Kellogg avertit le gouvernement marocain que les mercenaires violaient les statuts américains en combattant une puissance qui n’était pas en guerre contre leur pays. Ces statuts déclaraient que les personnes enrôlées dans des forces étrangères étaient coupables d’une grave infraction punissable d’une amende de 1 000 dollars et d’une peine d’emprisonnement d’au moins trois ans. Aussi, le consul général des États-Unis à Tanger notifia, par le biais du ministère des Affaires étrangères, que ces aviateurs enfreignaient ainsi les lois américaines. Les médias américains, notamment les journaux, étaient tout aussi opposés à l’implication de pilotes mercenaires américains, que le gouvernement des États-Unis.

Le Literary Digest titrait en une : « Les bombes américaines et les bébés rifains ». Le Pittsburg Post s’interrogeait « Pourquoi vont-ils se battre en première ligne contre les Rifains ? Les États-Unis n’ont aucune querelle avec ces tribus berbères, dont la seule offense envers la France et l’Espagne est qu’ils tentent d’expulser des usurpateurs étrangers de leurs terres. » Plus loin, l’éditorial poursuivait : « Il y aurait eu quelque chose de chevaleresque à voler au secours de ces montagnards arabes qui luttent pour leur liberté envers et contre tout ; mais il n’y a rien de galant ni de chevaleresque dans des pluies de bombes déversées sur des villages sans défense. C’est à proprement parler un sale boulot. » Un éditorial du New York Sun disait : « L’Américain moyen ressent que le peuple rifain est valeureux et attaché plus que tout à sa liberté. » La grande majorité des Américains qui suivait le conflit était du côté des Rifains. Dans leur esprit, les troupes françaises se comportaient en bandits.

Les critiques les plus acerbes contre les aviateurs mercenaires vinrent sans doute du Christian Century. Ce journal releva avec horreur un certain enthousiasme contenu dans les dépêches en provenance du Maroc. Un éditorial publia : « Ces soldats américains de fortune n’ont pas d’autres prétextes que l’exaltation de la chasse à l’homme. C’est un sport royal et le fait que ces femmes et ces enfants qui ont eu la malchance de naître dans ces villages rifains en soient les victimes n’a pas plus de signification pour eux que la mort de lapins au cours d’une chasse. » Les aviateurs américains au Maroc assuraient de leur côté que leur conduite était parfaitement correcte tant du point de vue légal que moral.
D’après le New York Herald Tribune, reprenant une interview du lieutenant-colonel Charles Kerwood, le journal soutenait que l’escadrille américaine n’avait jamais reçu le moindre avertissement officiel disant que ses activités étaient contraires à la politique du gouvernement américain. Contrairement au lieutenant-colonel Kerwood qui, lui, certifiait que l’escadrille avait reçu des assurances constantes sur sa participation à la campagne marocaine. Il affirmait aussi que l’ambassadeur des États-Unis Herrick avait envoyé aux aviateurs américains un message disant que s’il avait été plus jeune, il aurait été heureux de se joindre à leur action.
Ce dernier était donc en total désaccord avec la politique pacifique et isolationniste du secrétaire d’État Kellogg et du président Coolidge. C’est plus à cause de l’opinion publique négative aux États-Unis à propos de ces mercenaires que la présence et les actions de l’escadrille chérifienne devinrent de plus en plus controversées. On peut imaginer l’embarras du gouvernement français face à une telle prise de position du peuple et des élites américaines en ce qui concernait l’escadrille chérifienne. Les relations tendues entre les États-Unis et la France s’améliorèrent après la fin de la guerre du Rif.
Cela fut visible au niveau officiel à travers le pacte conclu entre le secrétaire d’État américain Kellogg et le ministre des Affaires étrangères français Aristide Briand. Connu sous le nom de pacte Briand-Kellogg, il consacrait la tentative de rendre la guerre illicite. Au niveau populaire, l’amitié franco-américaine se trouva renforcée par la réception donnée par le peuple parisien à la suite de l’arrivée de Charles Lindbergh après sa traversée de l’Atlantique en aéroplane en 1927.

Les missions de l’escadrille américaine

Les pilotes américains accomplirent une centaine de missions entre le mois d’août et la fin du mois d’octobre, début de la mauvaise saison. Les Américains volaient à bord du chasseur bombardier biplan de Breguet. Le colonel Sweeny commandait l’unité mais le lieutenant-colonel Kerwood en était le porte-parole. Le journaliste américain qui accompagnait le groupe, Carl von Weigand, fut probablement celui qui écrivit les fameuses dépêches dénoncées par Christian Century. Sa tentative de créer un courant favorable au groupe, échoua clairement. D’après une note rédigée par l’état-major français, 20 000 francs furent accordés à l’escadrille pour financer la propagande (les termes de « fonds de propagande » sont employés dans le document). Comme on l’a vu, cette opération d’information ne fut pas un succès. Quand l’escadrille arriva au Maroc, il y avait neuf officiers et sept sous-officiers. Un colonel français (non nommé) fut affecté à l’escadrille en tant que co-commandant. Les Français fournirent le personnel technique et logistique, soit neuf sous-officiers et cinquante engagés. Le sultan du Maroc procura les uniformes aux Américains et solda également les personnels de l’escadrille. L’escadron disposait de sept appareils, ce qui était moins que les dix appareils habituels d’une escadrille française type du 37e régiment d’aviation du Maroc. Ce régiment d’aviation fournit les camions, les motos, les bicyclettes, etc.

Les missions d’interdiction, ISR et CAS de l’escadrille américaine étaient souvent effectuées à basse altitude à des vitesses de 80 à 100 miles à l’heure. Les Rifains ayant une défense anti-aérienne très efficace, ils avaient déjà abattu plus de vingt appareils français avant l’arrivée des Américains. Mais d’autres dangers existaient : le terrain montagneux était traître, les cartes disponibles peu précises, aussi un nouveau pilote sur le théâtre pouvait-il facilement se perdre. Ajoutons à cela le temps hasardeux, en raison de quoi les Français interrompaient leurs opérations de vols en novembre, date à laquelle l’escadrille retrouvait ses bases d’hiver. L’épuisement était le problème principal des pilotes américains qui effectuaient parfois cinq missions par jour. Le lieutenant-colonel Kerwood reconnut que la majorité des opérations eurent lieu contre des soldats rifains concentrés dans la campagne. Il admit que l’escadrille chérifienneavait bombardé des villages et nombre d’indices permettent d’affirmer que les escadrilles françaises et américaines ont causé des pertes considérables parmi les civils. Il est même prouvé que l’escadrille américaine a bombardé un village qui s’était préalablement rendu. D’après le maréchal Philippe Pétain, elle effectua 350 missions de combat en six semaines et lâcha plus de 40 tonnes de munitions.

La fin de l’escadrille chérifienne

Quand l’escadrille américaine fut envoyée au Maroc, l’armée française connaissait des problèmes d’effectifs. Des dizaines de milliers de renforts des armées métropolitaine et coloniale arrivèrent alors en même temps que les Américains. En août 1925, Pétain arrangea une alliance militaire avec le dictateur militaire espagnol Primo de Rivera et en septembre, plus de 300 000 soldats français et espagnols déclenchèrent deux attaques en mouvement de tenaille à partir du nord et du sud contre les forces d’Abd el-Krim. Ces attaques compre­naient un assaut amphibie à grande échelle dans la baie de al Hoceimas, à proximité de la capitale d’Abd el-Krim. L’armée de Krim fut bientôt décimée et ce qui en restait se retira dans les parties les plus inaccessibles des montagnes de l’Atlas. Des actes de guérilla se poursuivirent cependant jusqu’en mai 1926.

En novembre 1925, alors que toute l’aviation s’était retirée dans ses bases d’hiver, plus aucune raison opérationnelle ne justifiait le maintien de l’escadrille américaine. À cela s’ajoutait le fait que ni le maréchal Pétain ni le colonel Armengaud, commandant le 37e régiment d’aviation et de la quasi-totalité de l’aviation du Maroc, n’approuvaient cet escadron mercenaire. Les éditoriaux négatifs de la presse américaine démontraient que l’un des objectifs, en l’occurrence la campagne de propagande profrançaise, n’avait pas été atteint. De plus, le secrétaire d’État aux Affaires étrangères Frank Kellogg était opposé à l’existence de cette unité. Le principal soutien de l’escadrille, le président du Conseil Paul Painlevé, vit son gouvernement tomber en novembre. Il n’y avait donc plus aucune raison sensée de renouveler le contrat des mercenaires américains.
En décembre 1925, les aviateurs américains rentrèrent à Paris. Ils furent invités au club américain par son président, Percy Peilotti, qui souhaitait les mettre à l’honneur. Le lieutenant-colonel Kerwood raconta : « On nous demanda de venir à ce déjeuner en uniforme, mais nous refusâmes parce que nous n’avions plus le droit de le porter. Nous n’étions rien. Nous étions juste des Américains, et seulement des hommes ordinaires désormais. » Peilotti condamna les propos qu’avait tenus Kellogg disant que l’escadrille violait les statuts américains et porta un toast aux aviateurs controversés en s’écriant : « En tant qu’amis de la France, nous vous sommes reconnaissants, en tant qu’Américains, nous sommes fiers de vous. » Ces propos ne reflétaient qu’une très petite minorité de l’opinion.

Conclusion
Le zeitgeist des années 1920 peut-être considéré comme l’implication américaine au Maroc. L’opinion du capitaine Willoughby qui voyait dans cette guerre un effort de maintenir la suprématie de l’homme blanc en Afrique, l’isolationnisme et la révulsion pour la guerre de l’Administration Coolidge ainsi que l’attitude américaine populaire soutenant le vaincu (Abd el-Krim) représentaient des points de vue fondamentalement contradictoires. Ni les Français ni les Américains ne retirèrent de leçons de cette campagne. Cependant, les aviateurs français acquirent une expérience importante dans les missions CAS ou d’interdiction, mais en oublièrent les enseignements et allaient se montrer déficients dans ces domaines en 1940.

Alors que la guerre du Rif atteignait son point culminant, les leaders européens tels que Aristide Briand, Gustave Stresemann, Benito Mussolini et Austen Chamberlain se rencontraient à Locarno en Italie. Là, les Allemands quittaient leur position de proscrits de l’Europe et les tensions en Europe continentale en étaient atténuées. Les Américains furent notoirement absents de cette rencontre cruciale. Dans le sillage de Locarno, les États-Unis et la France allaient signer le traité Briand-Kellogg visant à rendre la guerre illégale. Tout cela allait cependant changer sept ans plus tard avec l’avènement d’Adolphe Hitler, mais les Français, sous le commandement du général Charles Noguès, combattaient toujours les rebelles marocains. Cependant à la différence de ce qui se fit pendant la guerre du Rif, ce dernier ne fit pas appel aux Américains pour soumettre ce peuple tenace.
_____________

Bibliographie
La plus grande partie de cet article a été rédigée à partir des archives du Service historique de la Défense, département de l’armée de Terre, carton 3 H 105 et département de l’armée de l’Air, carton 2 C 35. La presse écrite a également été consultée ainsi que la bibliographie suivante :
Adamthwaite Anthony, Grandeur and Misery: France’s Bid for Power in Europe, 1914-1940, New York, Hodder Arnold, 1995.
Doise Jean et Vaisse Maurice, Politique étrangère de la France. Diplomatie et Outil Militaire, 1871-1991, Paris, Éditions du Seuil, 1992.
Hoisington William, Lyautey and the French Conquest of Morocco, New York, St Martin’s Press, 1995.
McDougall Walter, France’s Rhineland Diplomacy, 1914-1924. The last Bid for a Balance of Power in Europe, Princeton, Princeton University Press, 1978.
Pedroncini Guy, Pétain, Le Soldat, 1914-1940, Paris, Perrin, 1998
Woolman David, Rebels in the Rif Abd el-Krim and the Rif Rebellion, Stanford, Stanford University Press, 1968.
Notes
1 En français dans le texte.
2 En français dans le texte.
Pour citer cet article
Référence électronique
William Dean , « Des Américains dans la guerre du Rif », Revue historique des armées, 246 | 2007, [En ligne], mis en ligne le 29 août 2008. URL : http://rha.revues.org/index2393.html. Consulté le 28 janvier 2013.
Auteur
William Dean
Il est titulaire d’un BA en histoire, d’un MA et d’un Phd en histoire militaire et diplomatique européenne (University of Chicago). Il a enseigné dans les universités Roosevelt et DePaul et a été le directeur du programme « Peace, war and Diplomacy » à l’université de Norwich. William Dean est aussi professeur associé d’histoire militaire comparée à l’US Air force air Command and Staff college (Alabama).
Droits d’auteur
© Revue historique des armées

 

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12 janvier 2013

Le 7e régiment de chasseurs à cheval

Classé sous — milguerres @ 21 h 17 min

 

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La Tunisie au gré des conflits

 Le 7ème chasseurs dans la campagne de Tunisie

Le 7e régiment de chasseurs à cheval tunisia_fb_mw

Le 7e régiment de chasseurs à cheval

Source wikipedia

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Fourragère aux couleurs du ruban de la croix de guerre 1914 1918
avec olive aux couleurs du ruban de la croix de guerre 1939 1945.

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Insigne régimentaire du 7e RCC

Le 7e régiment de chasseurs à cheval est un régiment de cavalerie de l’armée française.

Historique


Création initiale :

• 1727 : Compagnies Franches
Filiation :
• 1745 : Volontaires Royaux
• 1747 : Légion Royale
• 1779 : 1er Régiment de Chasseurs à Cheval
• 1784 : Chasseurs des Alpes
• 1788 : 7e Régiment de Chasseurs à Cheval (Douai). Appelé également Chasseurs de Picardie
• 1814 : Chasseurs d’Orléans
• Les Cent-Jours : Le régiment reprend le no 7.
• 16 juillet 1815 : Dissous à Strasbourg par Ordonnance royale.
• 1816 : Chasseurs de Corrèze
• 1825 : 7e Régiment de Chasseurs à Cheval
• 1831 : Dissous (2e Chasseurs)
• 19 février 1831 : 7e Régiment de Chasseurs à Cheval
• 1939 : Dissous (donne naissance aux 2e G.R.C.A.1, 6e G.R.C.A.2, 1er G.R.D.I.3, 15e G.R.D.I.4, 66e G.R.D.I.5, 73e G.R.D.I.6.
• 1940 : 7e Régiment de Chasseurs à Cheval (Nimes)
• 1942 : Le régiment est dissous suite à l’invasion de la zone libre par les Allemands.
• 1er juin 1963 : Le 7e Régiment de Chasseurs d’Afrique prend l’appellation 7e Régiment de Chasseurs.
• 1er juin 1964 : Le 7e Régiment de Chasseurs prend l’appellation de 5e Régiment de Dragons.
• 1er juillet 1964 : Le 29e Régiment de Dragons, rentré d’Algérie début mai 1964, prend la dénomination 7e Régiment de Chasseurs (Arras).
• 30 juin 1993 : Dissous.
Garnisons
• Mars 1788-1792 : Douai
• 1802-1803 : Brest
• 1817-1818 : Libourne
• 1825-1830 : Nîmes
• 1830-1838 : successivement Sarreguemines, Maubeuge, Chartres, Poitiers, Belfort.
• 1838-1848 : Carcassonne
• 1848-1862 : Arras
• 1862-1865 : Libourne
• 1873-1874 : Libourne
• 1874-1913 : Rouen (caserne Richepanse)
• 1913 – septembre 1939 : Évreux
• Septembre 1940-27 novembre 1942 : Nîmes
• Juin 1963 – mai 1964 : Friedrichshafen
• Juin 1964 – juin 1993 : Arras
Chefs de corps
• Chefs de corps de l’Ancien Régime.
• Légion Royale
1747: de CHABOT la SERRE
1759: de CHABOT
1760: de MELFORT
1761: de VALLIERE
1763: de NICOLAI
1765: de COIGNY
1774: de LAUZUN
• 1er Régiment de Chasseurs
1779: de CELLIER
1780: de GLINGLIN
• Chasseurs des Alpes
1784: de la PERRONAYS
• 7e Régiment de Chasseurs de Picardie
1788: le DUCHAT de RURANGE de REDERQUIN
• Chefs de corps de la Révolution et Empire
1789: de CONTADES
1791: d’AIGUILLON
1792: SCHEGLINSKI
1793: MEMEZ
1794: de MONTBRUN
1799: de LAMUNEE
1801: de LAGRANGE
1807: Hippolyte Marie Guillaume de PIRÉ
1809: BOHN
1812: DELAITRE
1813: de VERDIERE
• De la Restauration, Monarchie de Juillet, Second Empire, IIIe République jusqu’à la Première Guerre mondiale.
• Chasseurs d’Orléans
1815: de ROCHAMBEAU
• Chasseurs de Corrèze
1816 : MERMET
1820 : d’ARGOUT
1822 : de WIMPFEN
7e Régiment de Chasseurs à cheval.
1831: JOURDAN
1838: GUIBOUT
1843: BIZIAUX
1847: Gustave Olivier Lannes de Montebello
1851: BERGEG de CASTELLANE
1854: de MIRANDOL
1856: DUMAS
1858: SAVARESSE
1859: d’ESTIENNE de CHAUSSEGROS
1864: DELEBEC
12 août 1866 – 3 octobre 1870: THORNTONT
1870: MIEULET de RICHUBONT
1885: du HAMEL de CHANCHY
1891: DOREAU
1896: SIBONE de la MORUIERE
1899: du BOIS de MEYRIGNAC
1900: FABRE
1901: MENEUST
1902: BESSET
1907: MATUSZYNSKI
Chefs de corps de la Première Guerre mondiale
1914: REY
1916: VERDELHAN des MOLLES
1917: PASCAL
1918: ALQUIER-BOUFFARD
• Chefs de corps entre-deux-guerres
1919: MEAUDRE
1920: DELAAGE de CHAILLON
1925: SAGOT
1931: PETIET
1934: JACOTTET
1936: de MONTMORIN de SAINT-HEREM
1938 – août 1939 BRENET
• Chefs de corps depuis la Seconde Guerre mondiale
Septembre 1940 – 1942 : SCHOTT
15 février 1964 – 1er juin 1964 : LCL Philippe DUPLAY
1er juillet 1964 -1966 : COL Jérôme LÉVESQUE
1966-1968 : COL Paul GUILLAUT
1968-1970 : COL René MASSIAS
1970-1972 : COL LEJEUNE
1972-1974 : LCL DUMESNIL-ADELÉE
1974-1976 : COL Bernard de BRESSY de GUAST
1976-1978 : COL de BELLOY de SAINT-LIÉNARD
1978-1980 : COL Robert BATON
1980-1982 : COL Bernard BONAVENTURE
1982-1984 : COL Bernard DURIEUX
1984-1986 : COL Christian LORIFERNE
1986-1988 : COL PACORET de SAINT-BON
1988-1991 : COL François HUDAULT
1991-1993 : COL Louis d’ASTORG
Campagnes
Ancien Régime
• 1745-1748: Guerre de Succession d’Autriche
• 1756-1763: Guerre de Sept Ans
• 1769: Corse7
Guerres de la Révolution et de l’Empire
• 1792-1794: Armée du Rhin
• 1793-1797: Guerre de Vendée
• 1798-1799: Italie
• 1804-1807: Grande Armée
• 1806 : Campagne de Prusse et de Pologne
o 14 octobre : Bataille d’Iéna
• 1807 :
o 8 février : Bataille d’Eylau
• 1809: Allemagne
• 1810-1811: Espagne et Portugal
• 1812: Campagne de Russie
o Bataille de Polotsk
• 1813 : Campagne d’Allemagne
o 16-19 octobre : Bataille de Leipzig
• 1814: Campagne de France
Restauration
• De la Monarchie de Juillet, du Second Empire puis de la IIIe République jusqu’à la Première Guerre mondiale.
• 1823-1824: Expédition d’Espagne
• 1832: Siège de la citadelle d’Anvers
• 1858: Conquête de l’Algérie par la France
• 1859: Campagne d’Italie
• 1870-1871: Guerre franco-prussienne de 1870
• 1881: Protectorat français de Tunisie

Première Guerre mondiale
Le 7e Régiment de Chasseurs à cheval garnison Sézanne Sampigny (Rouen 1910) rattachement au 6e Corps Évreux 1914. Pendant la Première Guerre mondiale, le 7e régiment de chasseurs à cheval appartient à la 5e division d’infanterie (France).
• Offensive en Belgique – Retraite (du 5 août 1914 au 5 septembre 1914).
• La bataille de la Marne du 5 septembre 1914 au 24 octobre 1914.
• Opérations sur l’Yser (du 24 octobre 1914 au 4 décembre 1914). Rendant hommage à l’opiniâtre résistance du Régiment, le Général commandant la Brigade citait, le 5 novembre, à l’ordre le Colonel REY et le 7e Chasseurs « pour la façon brillante dont ils ont tenu leurs tranchées malgré une vive attaque allemande qui avait fait plier deux tranchées à leur gauche ».
• Campagne d’hiver en Champagne (du 6 décembre 1914 au 10 mai 1915).
• Opérations en Artois (du 12 mai 1915 au 25 octobre 1915).
• Campagne d’hiver 1915-1916 dans la Somme (du 25 octobre 1915 au 25 mars 1916). Le 25 octobre, le 3e Corps passe de la Xe Armée à la VIe s’embarque pour se rendre dans la région de Moreuil. Le 27 octobre, un groupement de cavalerie est constitué sous les ordres du Colonel Rey. Il comprend les six escadrons du 7e Chasseurs, le 8e Escadron du 11e régiment de hussards, le 5e et 6e Escadrons du 20e régiment de dragons, remplacés le 19 novembre par les 7e et 8e Escadrons du 14e régiment de hussards. Le groupement cantonne dans la zone sud d’Amiens à l’est de Breteuil. À partir du 11 novembre, le groupement constitue un détachement de 350 cavaliers à pied et une section de mitrailleuses, sous le commandement d’un Capitaine et de quatre Lieutenants.
• Opérations devant Verdun et sur les côtes de Meuse (du 1er avril 1916 à mars 1917).
• Opérations au Chemin-des-Dames (de mars 1917 au 1er août 1917).
• Somme, Mailly, Touraine, Champagne (d’août 1917 à avril 1918).
• Deuxième bataille de la Marne (du 20 juin 1918 au 25 août 1918).
• Opérations du 1er Escadron de la Vesle au camp de Sissonne (du 4 septembre 1918 à novembre 1918).
• Opérations du 3e Escadron dans l’Oise avec la 6e D.I. (de juin 1918 au 8 septembre 1918) .
• Opérations du 4e Escadron avec la 5e D.I. (du mois de juillet jusqu’à l’Armistice) .

Seconde Guerre mondiale
En 1939, le 7e Régiment de Chasseurs tient garnison à Évreux. Partiellement motorisé, il appartient à la Cavalerie non endivisionnée.
Il relève du 3e Groupement de Cavalerie, Compiègne, avec les 6e et 7e Groupe d’Automitrailleuses de Compiègne et de Saint-Omer.
Le Groupement de Cavalerie est destiné à former à la mobilisation des Groupes de Reconnaissance. Aussi, dès la déclaration de guerre, le 7e Régiment de Chasseurs disparaît-il en tant que tel pour se répartir et donner naissance à six Groupes de Reconnaissance :
• 2e Groupe de Reconnaissance de Corps d’Armée (2e GRCA),
• 6e Groupe de Reconnaissance de Corps d’Armée (6e GRCA),
• 1er Groupe de Reconnaissance de Division d’Infanterie (1er GRDI),
• 15e Groupe de Reconnaissance de Division d’Infanterie (15e GRDI),
• 66e Groupe de Reconnaissance de Division d’Infanterie (66e GRDI),
• 73e Groupe de Reconnaissance de Division d’Infanterie (73e GRDI).
1940: 7e régiment de chasseurs à cheval (Nîmes).
1942: Le régiment est dissous suite à l’invasion de la zone libre par les Allemands.

Décorations
sa cravate est décorée :
• Croix de Guerre 1914-1918 avec une étoile de bronze.
• Croix de Guerre 1939-1945 avec trois palmes.
• Médaille d’or de la Ville de Milan.
• Fourragère aux couleurs du ruban de la Croix de Guerre 1914-1918 avec olive aux couleurs du ruban de la croix de guerre 1939-1945.

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La Tunisie au gré des conflits

 Le 7ème chasseurs dans la campagne de Tunisie

11 janvier 2013

Le Général GOURAUD

Classé sous — milguerres @ 8 h 32 min
 Le Général GOURAUD 446874251pxHenriGouraudMaroc
Le Général GOURAUD1867-1946

Henri Gouraud est né à Paris, rue de Grenelle, le 17 novembre 1867. Il est le fils du Docteur Xavier Gouraud, médecin des Hôpitaux et de Marie Portal.

Les Gouraud sont originaires de Vendée. Ils quittent le Pays à la Révolution pour Angers, puis Paris. Ils sont médecins de père en fils. Quant aux Portal ils sont de Rouen.

Le docteur et madame Gouraud ont six enfants. Après Henri viennent Françoise qui sera religieuse, Joseph prêtre, Pierre officier, Marie-Thérèse catéchiste et Xavier médecin.

Henri reçoit dans sa famille et au collège Stanislas, où il fait ses études, une solide éducation marquée par une foi profonde, le sens du devoir et de la discipline.

On parlait peu de l’Armée alors chez les Gouraud. La vocation militaire d’Henri est toute personnelle. Elle s’éveille avec l’occupation qui suit la défaite de 1870. Henri a quatre ans; Il écrira bien plus tard : « Je me vois encore, assis par terre dans la rue, avec au dessus de moi un immense cheval blanc monté par un Uhlan . Sa vocation coloniale remonte à la découverte qu’il fait un jour, à l’abandon dans le bûcher familial, des armes ramenées d’Afrique par son grand oncle, officier, mort des fièvres à Constantine en 1848. Plus tard le général Gouraud mettra ces armes à l’honneur parmi ses propres trophées.

Mais c’est surtout par la lecture de l’histoire que sa vocation se développe. A l’âge de douze ans, Henri fait devant sa famille étonnée, le plan de la bataille de Marengo. Plus tard il obtient le premier prix d’Histoire et de Géographie au Concours Général qui réunissait à cette époque, établissements publics et privés. Il prépare Saint Cyr à la « Corniche » de Stanislas, qui, par la suite, portera son nom. Il est reçu au Concours de 1888 avec la promotion du « Grand Triomphe ». Nom prédestiné puisqu’elle comprendra par la suite soixante officiers généraux.

A sa sortie de l’école, Gouraud espérait partir outremer; mais son père s’y oppose, craignant la mauvaise influence de l’infanterie de marine sur son fils. Gouraud respecte la volonté paternelle. Il est affecté au 21e Bataillon de Chasseur à pied à Montbéliard. C’est un heureux choix; à la tête du bataillon se trouve le Commandant Billet, admirable officier qui sait compléter sur le terrain la formation reçue à l’école.

I – L’AFRIQUE

Au bout de trois ans, le lieutenant Gouraud étouffe dans une garnison de métropole; sa vocation est toujours aussi forte; il l’a entretenue en lisant les récits des campagnes qui ont lieu en Asie et en Afrique.

En 1894, la conquête des territoires qui formeront plus tard l’Afrique Occidentale Française, est entrée dans une phase active. Gouraud demande à y partir. Il est affecté au Soudan, l’actuel Mali.

Très vite l’accord se fait entre le jeune officier et le pays. Sa santé robuste s’accommode d’un climat qui en éprouve bien d’autres. Il sympathise avec les habitants dont il apprécie la gaieté, le courage et la loyauté. Dans ses « Souvenirs d’un Africain », écrits beaucoup plus tard, il fera souvent leur éloge.

De 1894 à 1911, à l’exception de courts séjours en métropole, Gouraud est en permanence en Afrique. Il y acquiert l’expérience du combat; il s’y révèle comme un chef de guerre efficace et heureux; il s’y forme comme un administrateur et organisateur; il y connaît la gloire. Un avancement rapide et des décorations sanctionnent ses états de service. Parti comme jeune lieutenant en 1894, dix-sept ans plus tard lorsqu’il est affecté au Maroc, il a déjà quatre ans de grade de colonel et il est commandeur de la légion d’honneur.

Le premier séjour de Gouraud au Soudan (1894-1896) se déroule dans les différents postes de la ligne de communications qui unit le Sénégal au Niger.

De 1894 à 1899 Gouraud est affecté au sud du Niger, dans la région qui constitue maintenant la Guinée, la Haute-Volta, la côte d’Ivoire, le Ghana et le Bénin.

De 1900 à 1902 il est au Niger, appelé alors le territoire de Zinder.

De 1904 à 1906 il commande le territoire du Tchad et de 1907 à 1910 la Mauritanie.

Retracer les étapes de la carrière de Gouraud tout au long de ces années d’Afrique dépasserait le cadre de cette biographie. Le général Gouraud l’a fait lui-même dans ses « Souvenirs d’un Africain ». Mais il faut mentionner ici la prise de Samory qui l’a rendu célèbre et la campagne de la Mauritanie, dont il disait lui-même qu’elle avait été la plus dure de toutes ses campagnes.
Samory

Samory était le fils d’un marchand. Par bravoure, sa vigueur physique et morale, par ses qualités d’intelligence et de ruse, il était parvenu à conquérir, au sud Niger, un empire comme la moitié de la France..

En 1898 malgré plusieurs engagements victorieux avec ses lieutenants, l’Almamy Samory reste insaisissable. Il dispose de forces nombreuses, estimées à 4000 « sofas » armés de fusils à tir rapide. Pour échapper aux forces françaises qui le traquent, il se réfugie dans la forêt vierge où il est poursuivi. Le 21 septembre 1898 un premier accrochage l’affaiblit. Le commandant de Lartigue qui dirige les opérations, concentre ses forces disponibles à Nzo, petit village situé à l’extrémité sud-est de la Guinée; mais un gros détachement ne peut subsister longtemps dans la forêt : Le commandant de Lartigue envoie, sous les ordres du capitaine Gouraud, une reconnaissance forte de 200 combattants, avec une mission de poursuivre Samory et de le rejeter de préférence vers le sud ou l’ouest où l’attend le reste des forces.

Sous une pluie continuelle, Gouraud s’enfonce dans la forêt vierge. Il retrouve la trace de Samory; Gouraud décide de remonter cette piste qui le mènera à son adversaire. Le 28 septembre il parvient en vue du campement de Samory; il semble bien que celui-ci ignore la présence des français; il n’imagine pas qu’on puisse le poursuivre par ce chemin.

« Peu à peu s’est formée dans mon esprit l’idée que l’occasion s’offre de porter à Samory un coup suprême et ma résolution est prise … L’étoile de l’Almamy semble pâlir, mais son prestige ne peut finir que par sa mort ou sa capture. S’il est tué au fond de la forêt vierge, personne ne le croira et un beau jour un autre Samory surgira… Il faut donc le ramener vivant… Il ne faut donc pas de combat, ce qu’il faut c’est la surprise totale. »

Gouraud donne ses ordres. Le 29 septembre 1898, à 7 heures du matin, sans un coup de feu, ses tirailleurs capturent Samory et neutralisent son armée, forte de 600 fusils à tir rapide et de 1000 fusils à pierre, sans compter les 50 000 personnes qui l’accompagnent.

Ce fait d’arme, qui met fin à seize années des luttes cruelles, a un grand retentissement en France où le capitaine Gouraud reçoit un accueil enthousiaste lorsqu’il rentre en 1899.

Campagne de l’Adrar

En novembre 1907, promu Colonel, Gouraud est nommé Commissaire du Gouvernement Général en Mauritanie, avec résidence à Saint-Louis du Sénégal.

Entre le Sénégal et le Maroc, la Mauritanie constitue une vaste zone aride peuplée d’éleveurs, de commerçants et de guerriers qui lancent des « razzia ». Dans la seule année 1908, trois officiers, cinq sous-officiers et cent trente-quatre tirailleurs sont tués par les guerriers dans la partie sud de la Mauritanie. La clé de la situation est au nord dans l’Adrar, où ces guerriers se réfugient entre deux raids; longtemps le Gouvernement français se refuse de les y poursuivre: il s’y décide enfin en septembre 1908.

Depuis un an qu’il est là, Gouraud a longuement réfléchit à cette campagne; il a parcouru le sud de la Mauritanie; il s’est familiarisé avec les conditions très dures du combat dans ces régions. Sa mission est difficile et périlleuse; le pays est immense et inconnu; les points d’eau y sont rares et le climat hostile. Les guerriers mauritaniens sont nombreux et très mobiles; ils disposent de fusils à tir rapide.

La colonne est lourde et lente: 800 fantassins et seulement 200 hommes montés; elle est tributaire, pour ses ravitaillements, de bases situées à plus de quatre cent kilomètres avec lesquelles les communications ne se font que par coureurs.

La colonne quitte la basse Mauritanie en décembre 1908; elle doit livrer trois combats sérieux avant de pénétrer dans Atar, la capitale de l’Adrar, qui fait sa soumission le 9 janvier 1909. Le printemps et l’été sont occupés à pacifier la région par une combinaison d’actions politiques et d’actions militaires souvent meurtrières. Mais, vers le nord, les guerriers continuent à menacer. En septembre 1909, Gouraud les poursuit jusqu’à la Koudiat d’Idjil, l’actuel site de la Miferma et les dispersent dans le désert.

Au Maroc

Après avoir suivi les cours du centre des Hautes Etudes Militaires, le colonel Gouraud part en 1911 au Maroc où il débarque le 2 mai. Fez est alors bloquée par des tribus révoltées contre le Sultan. Chargé de conduire à la colonne Moinier ses convois de ravitaillement, le colonel Gouraud doit livrer trois combats avant de le rejoindre.

En 1912, il accompagne à Fez le général Lyautey, nommé Résident Général au Maroc; il reçoit le commandement de la ville après l’attaque de nuit du 25 mai au cours de laquelle les rebelles ont pénétré jusqu’au coeur de la cité. Le 1er juin, il sauve à nouveau Fez investie par les tribus au combat d’Hadjera et Kohila qui lui vaut quelques jours après les étoiles de général de brigade. Il est alors chargé du commandement de la région de Fez.

Nommé en mai 1914 au commandement des troupes du Maroc occidental, le général Gouraud doit livrer plusieurs combats pour assurer la liberté des communications avec l’Algérie par la trouée de Taza.

II – LA GUERRE
L’Argonne

Mais la guerre éclate en Europe. Gouraud ne peut rester au Maroc; s’il est militaire c’est pour effacer la défaite de 1870. Il rentre en France à la tête de la 4e brigade marocaine envoyée en renfort sur le front français. Il est nommé général de division et reçoit le 15 septembre le commandement de la 10e D.I.

C’est une tâche difficile. Au contact de l’ennemi dans la région de Vauquois, cette division a subi de violentes attaques. Ses pertes sont importantes; son moral est ébranlé; son chef a été tué le 6 septembre. Par son activité incessante, Gouraud redonne une âme à cette troupe désemparée. Par la suite le 10e D.I. est engagé 10 Km plus à l’ouest au « Four de Paris » ; elle est violemment attaquée le 7 janvier 1915. Gouraud a l’épaule traversée par une balle en allant visiter des unités en ligne; il refuse de se faire évacuer.

Le 23 janvier 1915, le général Gouraud est nommé au commandement du Corps d’Armée Colonial, en secteur dans la région de Beauséjour-Massiges. Il participe avec cette grande unité aux nombreux combats de cette première bataille de Champagne.
Aux Dardanelles

Au début de 1915, les gouvernements de l’Entente ouvrent un nouveau front en orient. Les troupes françaises et britanniques débarquent à l’extrémité de la presqu’île de Gallipoli mais se trouvent bloquées dans un triangle de 5 km de côté.

Au printemps, à la demande des Anglais, la France envoie de nouveaux renforts. Le 15 mai 1915, le général Gouraud est nommé au commandement du Corps Expéditionnaire Français aux Dardanelles. Les troupes alliées livrent à l’armée turque des combats les 4, 21 et 30 juin sur un terrain très difficile. Au soir du combat du 30 juin, en allant visiter à l’ambulance les blessés de la journée, Gouraud est à son tour grièvement blessé par un obus de gros calibre qui tombe à ses pieds. Le souffle le projette en l’air; par chance il retombe sur un figuier; on le ramasse inanimé; un bras broyé, les jambes et le bassin brisés.

Sur le navire hôpital qui le ramène en France, la gangrène se déclare; il faut l’amputer du bras droit. Il ne le dira à sa mère , venue l’accueillir à la gare de Lyon, qu’au moment où, allongé sur son brancard, il l’embrassera en la serrant très fort avec le seul bras qui lui reste. Monsieur Poincaré, président de la République, le décore de la Médaille Militaire sur son lit d’hôpital.

Grâce à sa robuste constitution Gouraud se rétablit rapidement. A peine sur pied, il se rend en Italie remettre la Grand Croix de la légion d’honneur au Général Cadorna, commandant en chef de l’armée italienne. Le 11 décembre 1915, il est nommé au commandement de la IVe Armée en Champagne.
En Champagne

1916, c’est l’année où se concentrent à Verdun les efforts des deux adversaires. Ailleurs c’est le calme; mais il faut maintenir en condition les unités pour des opérations qui peuvent reprendre d’un jour à l’autre.

Le général Gouraud se consacre entièrement à cette tâche. Il impose à son état-major de satisfaire en priorité les demandes de toute nature des unités combattantes, notamment celles des unités de réserve générale qui changent fréquemment d’Armée et dont on s’occupe peu ailleurs. Il crée sur les arrières de son armée des écoles où sont étudiées les armes nouvelles, corrigées les mauvaises habitudes et perfectionnées les méthodes de combats. Par une série de coups de main soigneusement préparés, il maintient l’intégrité du front et entretient l’agressivité des combattants. Par des visites incessantes dans les tranchées et dans les camps d’instructions, il est en prise directe avec le soldat et l’officier et leur communique sa foi.

Ainsi pendant cette année 1916 « Gouraud va créer un outil de premier ordre et acquérir la confiance du soldat » .

Hélas! l’épreuve n’épargne pas sa famille. Le 14 octobre 1916, pendant la bataille de la Somme, son jeune frère, le commandant Pierre Gouraud , cavalier passé dans l’infanterie pour prendre une part plus active au combat, tombe glorieusement au Champ d’Honneur dans les rangs du 67e régiment d’infanterie.

Intérim au Maroc

Ce n’est pas sans regret que Gouraud quitte la Champagne pour partir au Maroc. Pressenti pour le Ministère de la Guerre, Lyautey subordonne son acceptation au fait qu’il sera remplacé à Rabat par son « cher Gouraud ». Celui-ci ne peut que s’incliner. Mais Lyautey ne peut s’habituer aux « parlotes » de la vie politique. Il revient au Maroc. Gouraud reprend avec joie en juin 1917 le commandement de la IVe Armée et continue à préparer celle-ci aux futurs combats.
Bataille du 15 juillet 1918

La Révolution russe d’Octobre 1917 donne aux Allemands une chance de terminer la guerre en 1918 avant l’arrivée massive en Europe des troupes américaines. Ils ont mis au point une tactique nouvelle : écraser la première ligne adverse sous des feux massifs d’artillerie, puis accompagner les troupes d’assaut par un barrage roulant se déplaçant selon un horaire fixe.

Cette tactique se révèle efficace au cours des offensives de printemps. La parade, conçue par le général Pétain, comporterait l’abandon temporaire de la première ligne en cas de sérieuse menace d’attaque. Ainsi le bombardement initial tomberait dans le vide. Mais cette manoeuvre se heurte à la mentalité de l’époque d’après laquelle la défense de chaque pouce de terrain est un dogme sacré.

Seul de tous les commandants d’Armée, Gouraud, convaincu par le colonel Prételat, son chef d’état-major, met en oeuvre l’idée du Général Pétain. Cette manoeuvre qui paraît simple aujourd’hui, est en réalité délicate et complexe. Si les indices d’attaque sont sérieux, la grande masse des combattants doit, à la tombée de la nuit, se replier de 3 à 5 km sans alerter l’ennemi pour remonter en ligne avant le jour si rien ne s’est produit.

Alors que son état-major en met au point l’exécution, Gouraud parcourt inlassablement les unités, explique la manoeuvre et communique à tous la confiance qu’il a dans son succès. Au début de juillet, la IVe Armée accueille dans ses rangs la 42e Rainbow Division, l’une des premières grandes unités Américaines arrivées en France, dont le chef d’état major est le Général Mac Arthur.

Les indices d’attaque se multiplient; par deux fois les premières lignes se replient sans que l’attaque ait lieu. Certains commencent à douter de son imminence tant le front est calme. Gouraud doit dissiper les doutes et ranimer les courages. Il le fait si bien que lorsque l’attaque Allemande se déclenche enfin, les soldats l’attendent avec une mentalité de vainqueurs.

Le 15 juillet 1918 à 4 heures 15 du matin, l’infanterie allemande sort de ses tranchées. Alertées par des prisonniers pris la veille, les troupes ont pris leurs dispositions de combat sur la position arrière prévue. Les vagues d’assaut rencontrent d’abord l’énergique résistance de groupe de combat isolés, laissés sur place en enfants perdus. Le barrage roulant allemand n’en continue pas moins son avance et décolle peu à peu son infanterie. Celle-ci est obligée de descendre dans le dédale des boyaux sous la violence des feux. Lorsqu’elle parvient au contact du gros des forces, l’attaque allemande est déjà désunie est n’est plus précédée par le masque protecteur de son barrage. Elle vient de briser contre le mur de nos troupes; les réserves allemandes n’en continuent pas moins à progresser et viennent buter contre les premières vagues. Le désordre s’installe chez l’ennemi.

Sur son observatoire du Blanc Mont (là où se trouve à l’heure actuelle le monument Américain) Guillaume II, l’empereur d’Allemagne, venu spécialement assister au déferlement victorieux du « friedensturm » (l’assaut de la paix), se morfond et s’impatiente. Dès 4 heures du soir, l’offensive allemande est définitivement brisée avec de lourdes pertes. Le soir même Gouraud écrit à sa soeur : « Dans les regards des soldats j’ai senti vibrer l’âme de l’Armée ».

Cette bataille est le tournant de la guerre. Trois jours plus tard, le 18 juillet, les armées alliées prennent l’offensive et la conservent jusqu’à la victoire.

L’offensive du 26 septembre 1918

Le 26 septembre 1918, la IVe Armée prend à son tour à l’offensive générale. Le Général Gouraud dira par la suite avec quelle inquiétude il lançait ses soldats, installés depuis quatre ans dans la boue de Champagne, à l’assaut des positions allemandes fortifiées sur une profondeur de 17 km.

La bataille est très dure jusqu’au 10 octobre. Les 2e et 36e divisions américaines s’illustrent dans la conquête du blanc Mont : Les Allemands décrochent pour se rétablir sur l’Aisne, dont la vallée est inondée. Nous en forçons les passages. L’armistice du 11 novembre 1918 arrête la IVe Armée à Sedan.

Celle-ci est alors désignée pour s’installer dans la partie nord de l’Alsace libérée; le général Gouraud a l’honneur d’entrer à Strasbourg le 22 novembre 1918 : la population fait un accueil délirant au premier général français qu’elle voit depuis près de cinquante ans.

Au milieu de la joie générale. Gouraud garde pour lui sa tristesse. Le jour même de son entrée à Strasbourg sa mère s’éteint à Meudon. Il avait avec elle une grande intimité; c’est à elle que, d’Afrique, il envoyait fidèlement de longues lettres. Il dispose sur son cercueil les fleurs de son triomphe.

En décembre 1918 le général Pétain remet au général Gouraud la Grand Croix de la légion d’Honneur sur la place Kléber, à Strasbourg.

Gouraud reste en Alsace jusqu’en octobre 1919.

III – AU MOYEN ORIENT

Le général Gouraud est alors envoyé par Monsieur Clemenceau, Président du Conseil, comme Haut Commissaire de la République en Syrie et en Cilicie et Commandant en Chef de l’Armée du Levant.

En acceptant de la société des Nations le Mandat pour la Syrie, la France assumait une mission éloignée de sa politique traditionnelle de protection des Chrétiens des Echelles du Levant. C’était en outre une mission difficile; conduire à l’indépendance une population très divisée du point de vue ethnique et religieux, impatiente de secouer le joug de plusieurs siècles de servitude. En outre cette région était l’enjeu de convoitises multiples que soulevait le démantèlement de l’Empire Ottoman.

Action militaire et politique

Le général Gouraud débarque à Beyrouth le 21 novembre 1919; il y reçoit un accueil chaleureux. Mais la situation politique est confuse. En Turquie, Mustapha Kemal s’empare peu à peu d’un pouvoir que le Sultan laisse échapper; un sursaut de patriotisme réveille l’armée turque, que l’armistice de Moudros n’a pas désarmée.

Face aux agressions venant de part et d’autres, une puissante action militaire s’imposerait; mais au début nos forces sont très insuffisantes. Gouraud aborde ces problèmes avec méthode et détermination.

Après avoir longtemps cherché à s’entendre avec Fayçal, Gouraud le met hors de cause le 21 juillet 1920, au combat de Khan Meisseloun.

Il est possible d’amorcer l’organisation politique de la plus grande partie des territoires sous mandat français. L’Etat du bilan est créé le 1er septembre 1920. Quelques semaines plus tard, les Etats de Damas et d’Alep et le territoire des Alaouites sont crées à leur tour.

Mais l’opposition à la présence française au levant reste violente; le 23 juin 1921 la voiture du Haut Commissaire tombe dans une embuscade sur la route de Damas à Kenitra; le commandant Branet est tué à côté du chauffeur; le Gouverneur de Damas est blessé à côté du Général dont la manche vide est traversée par une balle; les agresseurs s’enfuient en Transjordanie.

Au nord, face à la Turquie, une guerre meurtrière se déroule depuis le début de 1920 en Cilicie et sur les « confins militaires ». Celle-ci est jalonnée par les noms douloureux et glorieux de Marache, Ourfa, Ain Tab… A Beyrouth le Haut Commissaire met en oeuvre la politique décidée à Paris. En octobre 1921, par l’accord d’Angora, la Turquie s’engage à respecter la frontière de la Syrie et récupère la Cilicie dont le statut politique n’avait pas encore été fixé.
Action administrative et culturelle

Le général Gouraud n’avait pas attendu la solution des problèmes militaires et politiques pour entreprendre la réorganisation du pays. Celle-ci progresse de façon continue pendant les trois années de sa présence au levant.

L’administration locale, guidée initialement par des conseillers français, se met en place. Les services judiciaires sont réformés; une cour de cassation est créée; l’ordre des avocats est constitué; le casier judiciaire est établi; la douane est réorganisée; le cadastre est créé…

Les oeuvres d’instruction et d’assistance sont développées; depuis le début de 1920 jusqu’à la fin 1921, le nombre des écoles passe de 300 à plus de 950; de nombreux dispensaires, orphelinats et ateliers sociaux sont créés. L’Hôtel Dieu de Beyrouth est construit.

Un service archéologique est créé; l’armée lui prête souvent son concours; les premières fouilles donnent des résultats intéressants. Un institut d’Archéologie et d’Art Musulman est installé à Damas, dans le palais Azem. Plus tard à Paris , l’Académie des inscriptions et belles lettres recevra le général Gouraud parmi ses membres.

L’infrastructure du pays est remise en état; de nombreuses routes sont refaites; d’autres sont ouvertes; 70 ponts et 200 aqueducs sont reconstruits; le port de Beyrouth est dégagé de ses épaves; celui de Tripoli reçoit un appontement; les travaux du port d’Alexandrette sont commencés. La vie économique prend un nouvel essor ce qui permet l’organisation à Beyrouth d’une foire exposition au printemps de 1921.

Mais la Syrie est loin de Paris où le Gouvernement est confronté à des problèmes vitaux : La reconstruction du pays au lendemain de la guerre; les réparations et les garanties à obtenir de l’Allemagne. Outre-mer, le Maroc, plus proche et mieux connu, intéresse plus l’opinion française que la Syrie. Chaque année le général Gouraud doit se rendre à Paris pour plaider la cause du Mandat; il le fait avec prestige; pendant la discussion du budget de 1922, assis au banc des Commissaires du Gouvernement, il est applaudi par les députés. Mais l’année suivante la politique d’austérité s’accentue; le général Gouraud estime alors que les moyens qui lui sont accordés, les moyens militaires notamment, ne lui permettent pas de remplir sa mission en face d’une armée Turque qui se concentre sur la frontière de la Syrie. Il demande à être remis à la disposition du ministre de la guerre.

Lorsqu’il rentre à Paris en octobre 1922, Il peut être fier de l’oeuvre accomplie pendant trois ans. Monsieur Poincaré, Président du conseil, salue en lui  » le pacificateur et l’organisateur de la Syrie ».


IV – PARIS

Le général Gouraud est alors nommé membre du conseil Supérieur de la guerre. Au cours de l’été 1923, les anciens combattants de la Rainbow Division l’invitent à présider conjointement avec le général Pershing, leur congrès qui a lieu le 15 juillet, jour anniversaire de la bataille victorieuse à laquelle la Rainbow Division a pris part cinq ans plus tôt. Le général Gouraud visite à cette occasion une grande partie des Etats-Unis. Il apprend au cours de son voyage sa nomination au poste de gouvernement Militaire de Paris. Le président des Etats-Unis étant mort, il représente à ses obsèques le Gouvernement de la République en tant qu’Ambassadeur Extraordinaire.
Gouvernement militaire de Paris

Le 3 septembre 1923, le général Gouraud prend possession du gouvernement militaire de Paris, poste qu’il conservera pendant quatorze ans.

Dans ces hautes fonctions, il reste pénétré de la reconnaissance due aux simple soldats qui sont, avait-il écrit un jour, « les principaux ouvriers de la victoire ». Il n’est pas de la semaine où il n’assiste en plus des cérémonies officielles, à un grand nombre de manifestations d’Anciens Combattants. Lorsqu’il rencontre dans la rue, parfois dans le métro un médaillé militaire il va vers lui, lui serre la main et lui demande où il a gagné sa médaille. Il propose au Ministre une sonnerie aux Morts analogue à celles qui existent dans les armées américaines et britanniques; celle-ci sera adoptée. En 1922 étant encore en Syrie, il s’était préoccupé de matérialiser la reconnaissance de la nation envers ses Combattants de Champagne. Il recueille les fonds nécessaires pour faire élever le Monument de Navarin, dont il pose la première pierre le 4 novembre 1923, avec Monsieur Myron T.Herrick, Ambassadeur des Etats-Unis et qu’il inaugure le 28 septembre de l’année suivante. Par la suite il vient chaque année en pèlerinage en Champagne. Les anciens parmi nous se souviennent encore de la belle cérémonie nocturne du 15 juillet 1928, dixième anniversaire de la bataille. Pour assurer la pérennité de ces manifestations, il crée en 1928 l’Association du Souvenir aux Morts des Armées de Champagne et en 1933 la Fondation de Monument aux Morts des Armées de Champagne et Ossuaire de Navarin.

Le peuple de Paris lui témoigne une véritable vénération; il aime sa nature chevaleresque, la franchise et la simplicité de son attitude, l’intransigeance de son patriotisme. Au cours des défilés du 14 juillet et du 11 novembre, dès que le Général Gouraud apparaît, monté sur son cheval gris, malgré les anciennes blessures qui le font cruellement souffrir, il est acclamé avec enthousiasme. Dans les moments difficiles où s’affrontent les idéologies différentes, dans un Paris passionné où retentissent des manifestations contraires, son bon sens, son patriotisme, son loyalisme pèsent d’un grand poids pour le maintient de l’ordre.
Voyages

La notoriété du général Gouraud est telle que de nombreux pays souhaitent sa visite. Il n’est pas d’année où il ne fasse un ou plusieurs voyages à l’étranger.

En 1925, il représente l’Armée française aux premières grandes manoeuvres de l’Armée polonaise. En 1929, il visite les Indes et retourne aux Etats-Unis. En 1930, il se rend en Turquie où Mustapha Kemal, son ancien adversaire de 1920, lui réserve le meilleur accueil. Puis il va encore une fois aux Etats-Unis représenter le Gouvernement français à la convention de l’Américan Legion. Pendant l’hiver 1933-34, il parcourt l’Afrique Occidentale Française à l’occasion de la célébration du cinquantenaire de la conquête; il rentre en voiture à travers le Sahara. L’année suivante il assiste à Dakar à la consécration de la cathédrale que la France a dédiée à ses Morts. Au retour, il ouvre la route automobile du Sénégal au Maroc par la Mauritanie et l’Adrar, revivant sur place sa campagne de 1909. Il passe une nuit au poste qu’il avait créé non loin de la Koudiat d’Idjil qui porta longtemps le nom de fort Gouraud.
Dernières années

Le 17 novembre 1937, âgé de soixante-dix ans, le général Gouraud quitte le Gouvernement militaire de Paris après avoir reçu de la garnison de Paris et des Anciens Combattants les marques d’affection les plus touchantes. Il s’installe rue de Varenne, à deux pas des invalides, dans un appartement qu’il transforme en musée par le grand nombre de trophées et de souvenirs qu’il y rassemble. Il se consacre à la rédaction de ses « Mémoires d’un Africain ».

L’invasion de la France en 1940 l’affecte profondément. Il quitte Paris pour Royat où il vit jusqu’à la libération dans la dignité et la tristesse. Il doit lutter contre les atteintes de l’âge et les séquelles de ses blessures.

Il rentre à Paris le 1er mai 1945. Il y meurt le 16 septembre 1946. Le Gouvernement lui rend un dernier hommage par des obsèques solennelles. Le peuple de Paris défile longuement devant son cercueil avec ce recueillement et cette émotion qu’il sait manifester à ceux qui ont conquis son estime par leur manière de servir la Patrie.

Conformément à ses dernières volontés, le général Gouraud est inhumé dans la crypte du Monument de Navarin « au milieu des soldats qu’il a tant aimés ».

http://www.lyceefr.org/aaegd/gouraud1.htm

 

 

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Quelques scènes en images de La Bataille des Dardanelles
Les Dardanelles

9 janvier 2013

LES NOUVEAUX RÉGIMENTS DE TIRAILLEURS

Classé sous — milguerres @ 23 h 29 min

 

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Quelques photos de Tirailleurs

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8

LA GRANDE GUERRE ET LES NOUVEAUX RÉGIMENTS DE TIRAILLEURS 1914-1920
Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8 par le Colonel (E.R.) Pierre CARLES
Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8
http://lasabretache.pagesperso-orange.fr/Les%20Tirailleurs%20dans%20la%20Grande%20Guerre.htm

Au moment de la mobilisation, les neuf régiments de tirailleurs comptent 40 bataillons, dont 19 au Maroc. Certains de ces régiments ont jusqu’à neuf bataillons et, déjà, pour fournir au théâtre d’opérations marocain, il a fallu briser les liens tactiques et administratifs traditionnels et créer des régiments dits de marche, selon la zone géographique d’emploi, et ils ne regroupent pas forcément des bataillons venant du même régiment organique, ni même de la même province.

L’effort de mobilisation imposé par la guerre, et qui s’étend, en fait, de 1914 à 1920, provoquera la mise sur pied de tant de bataillons nouveaux, les pertes ou les nécessités tactiques, matérielles ou morales imposeront de tels remaniements que la plupart des historiens des tirailleurs ont hésité à aborder l’organisation des divers corps appelés à combattre dans la première guerre mondiale. Le regretté Louis Garros s’était livré à un essai de synthèse, dont le manuscrit est aux Archives de la Guerre, et dont il a donné un résumé dans Historama Hors série n° 10. Le survol de cette question terriblement complexe qui va suivre lui en est largement redevable.

On trouvera peut-être fastidieuse l’énumération de ces réorganisations. Il nous a paru toutefois nécessaire de les exposer parce qu’elles donnent une idée de l’effort de guerre consenti par les régiments de tirailleurs et parce qu’elles expliquent la profondeur du bouleversement que ces six années ont apporté à la physionomie des régiments telle qu’elle s’était dessinée dans les quatre-vingts premières années de leur existence.

Il faudrait aussi pouvoir rendre compte de la somme des sacrifices qui vont de pair avec ces transformations et, parfois, les expliquent. A la retracer, ne fut-ce que dans ses grandes lignes, un numéro spécial tout entier ne suffirait pas. Aussi ne le tenterons-nous pas: Par ailleurs, les hauts faits des tirailleurs entre 1914 et 1920 sont bien connus : Guise, l’Yser, la Champagne en 1914 et 1915, Verdun, la Somme, l’Aisne, La Malmaison en 1916 et 1917, La Champagne, Le Soissonnais, La Matz, La Serre en 1918 voisinent sur leurs drapeaux, sans parler des campagnes d’Orient. Sur 155 000 Algériens et Tunisiens mobilisés, 35 900 ont été tués, dont 4 sur 7 étaient des tirailleurs et la proportion des Français tués dans leurs rangs est supérieure à celle normale des Européens dans les régiments indigènes.

Entre août et septembre 1914, 32 bataillons d’active de tirailleurs sont envoyés en France, 6 restant au Maroc et 2 en Algérie et en Tunisie. Ils constituent 9 régiments de marche :
• le 1er R.M.T. (Régiment de marche de tirailleurs), colonel Vuillemin, I/1, II/9, III/9 avec le drapeau du ler R.T.A.
• le 2e R.M.T., lieutenant-colonel Sibra, II/2, V/2, II/5, avec le drapeau du 2e R.T.A.
• le 3e R.M.T., colonel Simon, II/3, IV/3, V/3 avec le drapeau du 3e R.T.A.
• le 4e R.M.T., colonel Muller, I/4, VI/4 (et en février le V/4), avec le drapeau du 4e R.T.A.
• le 6e R.M.T., colonel Dégot, I/6, II/6, avec le drapeau du 6e R.T.A.;
• le 8e R.M.T., lieutenant-colonel Vallet, IV/8, V/8, avec le drapeau du 8e R.T.A. ;
tous comptant à la 37e et à la 38e D.I. d’Algérie.

Avec la 45e D.I. indépendante vient :
• le R.M.T. du colonel de Bonneval, II/1, II/8, VI/2

Avec la division du Maroc arrivent :
• le R.M.T. du Maroc occidental, lieutenant-colonel Cros, I/5, IV/7, V/4
• le R.M.T. du Maroc oriental, lieutenant-colonel Fellert, I/2, IV/2, III/6 (et III/2 zouaves) ;

En décembre 1914, s’y ajoutent, avec les brigades du Maroc
• le ler R.M.Z.T. (Régiment mixte de zouaves et de tirailleurs) lieutenant-colonel Vrenière, comptant le I/3 et le I/7 avec le drapeau du 7e R.T.A.;
• le R.M.T. de Tunisie, lieutenant-colonel Delaveau, II/4, I/8, VI/8 ;
• le 2e R.M.Z.T., lieutenant-colonel Cornu, comptant le III/3 et le I/9.

Ces douze régiments paient un terrible tribut lors des premières rencontres, en particulier à Guise et à Charleroi, car ils se jettent dans la bataille, comme en 1870, sans restriction. Aussi, à la fin de décembre 1914, faut-il les réorganiser, à travers de multiples combinaisons, dont le détail alourdirait cette étude.

Les opérations de l’hiver 1914-1915, les pertes dues au feu, mais aussi à la maladie, l’extrême fatigue des unités et, souvent, le désarroi des tirailleurs devant une forme de guerre inaccoutumée, motivent une seconde réorganisation. Le service obligatoire pour les indigènes, qui ne sera rigoureusement appliqué que par le décret du 7 septembre 1916, produira, en décembre 1917, outre les renforts d’entretien, cinq bataillons de tirailleurs supplémentaires, auxquels s’en ajouteront douze autres en octobre et en novembre 1918.

La situation des régiments engagés sur le front se stabilise relativement dans l’été de 1915 et, dès lors, l’évolution de ces régiments, entre 1915 et 1920, peut se schématiser comme suit :
• le ler R.M.T. devient 3e R.M.T. en décembre 1914 et est rebaptisé 9e R.M.T., lieutenant-colonel Dericoin, en mars 1915
• le R.M.T. de Bonneval devient, en mars 1915, le 1er R.M.T. nouveau, colonel Bourgeois ;
• le 2e R.M.T., colonel Bourgue, est reconstitué en avril 1915 avec les débris des 2e et 6e R.M.T. ;
• le 3e R.M.T., lieutenant-colonel de Gouvello, conserve son titre, ainsi que le 4e R.M.T., colonel Daugan ;
• les R.M.T. du Maroc occidental et oriental avaient formé, en décembre 1914, un 7e R.M.T., lieutenant-colonel Demetz, qui conserve son titre en 1915
• le 8e R.M.T., conserve son nom;
• le 1er R.M.Z.T. garde son titre mais est anéanti en juin 1918 dans les combats sur la Matz ; avec ses débris, on forme le 13e R.M.T.
• un 4e R.M.Z.T.; lieutenant-colonel Lévêque, est formé en juin 1915 avec les I/8, VI/8 (et VI/4 zouaves).

En 1917, on constitue un régiment de marche où figurent le III/1 et le IX/2. Envoyé en Palestine, il y combattra jusqu’en 1919 et y sera appelé 3e R.M.Z.T. du Levant.

Dans le courant de 1918, on forme :
• le 5e R.M.T., lieutenant-colonel Fournié, I/5, VI/5, XI/5, en janvier ;
• le 6e R.M.T. nouveau, avec le 3e R.M.Z.T. de la 45e D.I. (rebaptisé ainsi en juin 1916) dissous, V/6, VII/6, XI/6, lieutenant-colonel Wild.

A ce moment-là, 63 bataillons divers de tirailleurs sont passés dans dix régiments. On a essayé de mettre ensemble des bataillons du même régiment organique : une seule exception, le 7e R.M.T. qui n’a aucun bataillon du 7e R.T.A.

A l’arrivée des gros renforts de 1918, et par application de la circulaire du 13 décembre 1917, on forme de nouveaux régiments de marche en prélevant sur les anciens un bataillon aguerri (remplacé par un bataillon de recrues) que l’on juxtapose à deux bataillons de jeunes tirailleurs. On voit ainsi apparaître :
• le 10e R.M.T. (III/3, XI/2, XI/3)
• le 1le R.M.T. (IV/7, IX/7, XI/7)
• le 12e R.M.T. ;
• le 13e R.M.T., pour mémoire, ex-2e R.M.T., les « Hirondelles de la Mort » ;
• le 14e R.M.T. (XVI/2, XV/5, XVI/6)
• le 15e R.M.T. (XV/7, et trois bataillons du 228e R.I. jusqu’en 1920) ;
• le 17e R.M.T. (XV/1, XVI/5, XV/9)
• le 21e R.M.T. (XII/5, XVII/5, XVI/9).

A l’armistice, il y a ainsi, sur le front de France, dix-sept régiments de marche de tirailleurs et le ler R.M.Z.T., en Palestine, le 3e R.M.Z.T. du Levant, au Maroc, six bataillons (I/1, V/2, IV/4, I1/5, IV/6, III/8), en Algérie et en Tunisie, neuf dépôts et centres d’instruction.

Pour les besoins de l’Armée d’Orient, dès mars 1919, on prélève sur les armées de France et de Rhénanie vingt-quatre bataillons pour former huit régiments de marche, qui seront numérotés en 1920 :
• 16e R.M.T., avec les bataillons du 12e R.M.T.
• I8e R.M.T., avec ceux du 6e R.M.T. ;
• 19e R.M.T., avec ceux du ler R.M.Z.T.
• 22e R.M.T., avec ceux du 14e R.M.T.
• 23e R.M.T., avec ceux du ler R.M.T.
• 27e R.M.T., avec ceux du IIe R.M.T.
• 17e et 21e R.M.T. ne changent pas d’appellation.

Simultanément, les états-majors des régiments ayant fourni des bataillons reconstituent, en France et sur le Rhin, le ler R.M.Z.T., les 6e, 10e, 11e, 12e et 14e R.M.T. Dans le courant de 1919, on envoie en renfort au Maroc les 4e, 9e, 13e, 14e et 15e R.M.T.

Une décision du 10 décembre 1919 prescrit alors de former à nouveau, en Algérie et en Tunisie, les régiments organiques, à deux ou trois bataillons, avec les dépôts et les centres d’instruction. Sont ainsi recréés ou créés les 1er, 5e R.T.A. dans la province d’Alger, les 2e, 6e et ler dans celle d’Oran, les 3e, 7e et 11e dans celle de Constantine, les 4e, 8e et 12e en Tunisie, dans le courant de 1920. Les 16e et 23e R.M.T. de l’Armée d’Orient sont dissous, les 17e et 27e R.M.T. sont envoyés au Levant. Au printemps de 1920, on forme, pour l’Armée d’Orient et le Levant, les 25e, 26e, 31e et 32e R.M.T.

Enfin, le décret du 20 juin 1920 prescrit la dissolution des unités de marche et leur remplacement par des régiments autonomes. Après mise à exécution de ces prescriptions, la situation des quelque 135 bataillons de tirailleurs existants se stabilise en 37 régiments ou 120 bataillons, savoir :

• au Maroc, 13e R.T.A. ex-13e R.M.T., 14e R.T.A. ex-14e R.M.T., 15e R.T.A. ex-15e R.M.T., 24e R.T.T. ex-4e R.M.T., 29e R.T.A. ex-9e R.M.T.

• en France ou en Rhénanie, 16e R.T.A. ex-4e R.M.Z.T., 20e R.T.A. ex-12e R.M.T., 23e R.T.A. ex-3e R.M.T., 25e R.T.A. ex-5e R.M.T., 26e R.T.A. ex-10e R.M.T., 28e R.T.A. ex-8e R.M.T., 31e R.T.A. ex-11e R.M.T.,

33e R.T.A. ex-ler R.M.T., 39e R.T.A. ex-6e R.M.T., 43e R.T.A. ex ler R.M.Z.T. ;

• à l’Armée d’Orient, 32e R.T.A. ex-32e R.M.T.

• au Levant, avec 32 bataillons appartenant à 11 unités de marche, on forme 8 régiments autonomes ou 26 bataillons, les 17e, 18e, 19e, 21e, 22e, 27e, 36e et 47e R.T.A. Sont dissous les 2e, 25e et 26e R.M.T. et le 3e R.M.Z.T. du Levant.

Après cette remise en ordre, les 35 régiments de tirailleurs sont stationnés comme suit :

ler Blida
2e Mostaganem
3e Bône
4e Sousse
5e Maison Carrée
6e Tlemcen
7e Constantine
8e Bizerte
9e Miliana
10e Oran
11e Sétif
12e La Goulette
13e Maroc
14e Maroc
15e Maroc
16e Rhénanie
17e Levant
18e Levant

19e Levant
20e Rhénanie
21e Levant
22e Levant
23e Rhénanie
24e Maroc
25e Rhénanie
26e Rhénanie
27e Levant
28e Rhénanie
29e Maroc
31e Rhénanie
35e Rhénanie
36e Levant
39e Rhénanie
43e Rhénanie
47e Levant

Mais il est évident que la filiation de ceux de ces régiments qui portent un numéro existant avant la déclaration de guerre est tout à fait problématique après un tel chassé-croisé de bataillons pendant cinq ans.

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