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8 avril 2013

Notice sur Porto Farina (Tunisie), (port corsaire et arsenal des beys) : son passé, l’esclavage / par Paul Cézilly

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La Tunisie au gré des conflits

Culture et patrimoine 

 

 

Titre : Notice sur Porto Farina (Tunisie), (port corsaire et arsenal des beys) : son passé, l’esclavage / par Paul Cézilly,… ; avec une étude sur l’état actuel, par A. Canavaggio,…

Auteur : Cézilly, Paul

Auteur : Canavaggio, A.

Éditeur : impr. de Person frères (Paris)

Date d’édition : 1912

 

 Notice sur Porto Farina (Tunisie), (port corsaire et arsenal des beys) : son passé, l'esclavage / par Paul Cézilly,... ; avec une étude sur l'état actuel, par A. Canavaggio,...

Pour une meilleure lecture vous pouvez télécharger le texte ci-dessous, transcrit du document original, appartenant à la BNF

 

 Notice sur Porto Farina (Tunisie), (port corsaire et arsenal des beys) : son passé, l'esclavage / par Paul Cézilly word1 Notice sur Port Farina Tunisie 1912_BNF

 

 

NOTICE SUR PORTO FARINA (Tunisie)

Lors d’un séjour de plusieurs années dans le Nord Tunisien il m’a été donné de demeurer à plusieurs reprises dans la petite ville de Porto- Farina. Située entre Tunis et Bizerte, auprès des ruines d’Utique, ce petit port fameux dans l’antiquité, fréquenté des navigateurs, refuge des corsaires, puis arsenal des Beys, encadré par la montagne, la mer et une riche campagne que beaucoup d’auteurs autorisés considèrent comme l’endroit où Saint Louis rendit le dernier soupir ; mais tombé dans l’oubli absolu, m’a paru digne d’attirer l’attention des touristes. C’est pourquoi j’ai entrepris de redire en quelques lignes son histoire, espérant ainsi faire partager à quelques amateurs d’inédit les impressions toujours vivaces que j’ai conservé de ce joli pays.

 

Porto-Farina, cette petite ville, ou plutôt ce grand village que les Arabes appellent Rar’h el Melah (la caverne, ou la fosse au sel) est située sur le lac du même nom, à 57 kilomètres N. de Tunis et à 44 kilomètres N.-E. de Bizerte,au pied de collines pittoresques de 300 à 350m d’altitude.

Le lac, de 30 kilomètres carrés, alimenté par les débordements de la Medjerdah et communiquant avec la mer par une passe de 500^ qui, malheureusement chaque jour s’ensable davantage, a toujours été très fréquenté.

 

Une belle route bien entretenue, de création récente, rend la visite facile. Quittant à mi-chemin la route de Tunis à Bizerte le voyageur, après avoir aperçu de loin le village si bien nommé de El Alia (l’Elevée), rancienne Cotuza, juchée sur une hauteur qui domine les plaines de Bizerte, son lac et les villages du littoral, arrive peu après

à Ousdja. Il parcourt une fertile région plantée de beaux oliviers et aperçoit ensuite l’emplacement d’Utique et l’embouchure de la Medjerdah.

Traversant longuement des jardins verdoyants et bien entretenus, il longe le lac au pied de la montagne et passe devant les ruines du palais d’Abd el Moumen et le fort Génois pour arriver enfin dans la ville sur une petite place entourée par les ruines du grand palais et le vieux souk si curieux malgré son aspect délabré et l’attitude indifférente des rares vendeurs qui en occupent encore les quelques boutiques demeurées utilisables.

Puis c’est le port, l’arsenal, les casernes, la mosquée et sa fontaine, le grand fort el Oustani, le fort Nadour transformé en bagne, et au loin, blanc sur le ciel bleu, surmonté du drapeau écarlate, heureux mélange de nos trois couleurs, le marabout vénéré de Sidi Ali el Mekki,

Rien n’est plus impressionnant que l’aspect de ces forts majestueux, de ces palais dévastés, des grandes cours abandonnées, des salles aux plafonds écroulés avec leurs fenêtres béantes, leurs portes arrachées, leurs pans de muraille encore revêtus de brillantes céramiques au milieu d’un amoncellement de colonnes brisées, de poutres enchevêtrées, de fers tordus, le tout revêtu d’un fouillis de végétation et malgré les intempéries et les pillages successifs laissant apercevoir çà et là d’anciennes inscriptions ou des débris remarquables de marbres artistement sculptés.

 

En toute saison des bandes d’oiseaux migrateurs s’ébattent sur le lac et les barques des pêcheurs, cinglant vers les poissonneux barrages, évoquent des chasses et des pêches fructueuses. Les grosses ancres abandonnées sur la grève rappellent l’ancienne activité de l’arsenal et du port, cependant que les canons rouilles des forts et leurs façades incrustées de boulets redisent les visites des flottes libératrices, tandis que le bruit des fers de la chiourme qui passe évoquent les labeurs des Pères de la Rédemption. (1)

 

«Porto-Farina fut la Ruscimona ou plutôt Rusucmona punique. Ce mot signifierait en phénicien Promontoire des vivres dont le nom actuel Porto ou Capo Farina serait la traduction littérale.

Ce fut dans sa rade que la flotte carthaginoise alla passer la nuit avant d’attaquer celle de Scipion.

Rusucmona se trouvait, en effet, dans le voisinage d’Utique. Son nom indiquerait aussi qu’elle devait être placée sur ou sous un cap (Rus Esmoun. Cap d’Esmoun, Apollon ou Esculape).

D’après Maltzer, Rusucmona viendrait de Ras tsanan, le Cap Pointu.

Or, Rarh El Melah est précisément située sous le Cap Zebib (Promontorium Àpollinis

des Romains).

 

(1) Bien que le spectacle des déchéances humaines soit toujours

angoissant, le passage fréquent des forçats indigènes enchaînés

courbés nous le joug de la discipline et de la fatalité, est certainement

un des épisodes émotionnants d’une excursion à Porto-Farina.

Une visite du bagne même, redonnerait une vision rétrospective

exacte des captifs dont nous nous efforcerons, plus loin, de retracer

en quelques lignes la vie si agitée.

 

«Cette station maritime, qui ne reparaît pas dans les textes de l’époque romaine, n’était probablement qu’un mouillage dont l’importance, du moins comme centre de la population, ne s’est accru qu’après l’établissement du port d’Utique.

Rarh el Melah était encore, il y a moins d’un siècle, un des principaux arsenaux de la Régence et un centre très actif, alimenté par les exportations de blé de Mateur et de Beja. Nous pensons que les Castra Loelia, placés par Pomponius Mêla dans le golfe d’Utique, ont remplacé Rusucmona après les guerres puniques. L’ordre même dans lequel les localités sont énumérées par Mêla nous paraît justifier cette hypothèse qui explique en outre la disparition du nom de la ville punique.

 

«Inaltero sinusunt Castra Lselia (Porto-Farina).

Castra Cornelia (Kalaat el Oued), Flumen Bagradas (Medjerdah), urbs Utica.

 Le géographe romain procède de l’Ouest à l’Est. Il est à remarquer que Caius Laslius, lieutenant de Scipion, commandait la flotte romaine et avait fait, en 205, une descente heureuse sur cette partie du littoral, puisque les Castra Laelia étaient certainement des Castra Navalia. Située en face du Cap Cornélien et abritée contre les vents qui compromettaient souvent la sécurité du mouillage de Kalaat el Oued, Rusucmona avait dû être occupée, au moins momentanément, par le commandant des flottes romaines. »

 

«La tradition locale semble confirmer la correspondance que nous proposons. La plaine qui s’étend à l’ouest de Rarh el Melah porte le nom de Bahirt el Kalaa (plaine de la forteresse, et ce nom se rattache très probablement au souvenir du campement de Loelius comme celui de Kalaat el Oued (la Forteresse du fleuve) rappelle l’emplacement du camp Cornélien. » (Tissot ; province Romaine d’Afrique.)

Il est certain que Porto-Farina fut un important faubourg d’Utique et remplaça même cette ville après sa ruine. De riches villas devaient s’élever sur les bords du lac et ont dû disparaître au milieu des alluvions du fleuve. Un superbe tombeau, découvert en 1898, et des vestiges nombreux très importants, rencontrés dans les jardins du rivage, témoignent de l’opulence des habitants et de leur amour du beau. Il n’est pas douteux que des fouilles bien dirigées donneraient des résultats fructueux.

 

D’après J.-J. Marcel, membre de l’Institut d’Egypte, Saint Louis mourut à Porto-Farina en 1270 et non à Carthage. «Bientôt, dit-il, une maladie terrible, la peste, se répandit dans le camp de Saint Louis et décima l’élite de son armée. Il en fut lui-même attaqué et transporté de Carthage où il avait son quartier général à Porto-Farina. Il y mourut le 25 août.» Cette opinion est partagée par le Dv Frank, qui fut médecin du Bey de Tunis en 1806 et qui a laissé de très intéressants travaux sur la Tunisie et ses habitants.

« Porto-Farina au fond du golfe formé par le cap que les Maures ont nommé Ras Zebyb, c’est-à-dire Cap des Raisins, est une très petite ville avec un port assez profond qui peut contenir environ vingt-cinq navires.

 

 Le Bey tient toute sa marine, ou pour mieux dire sa petite escadrille, dans ce port pendant tout le temps de l’hiver. On assure que c’est en cet endroit que Saint Louis mourut de la peste à sa seconde croisade. »

Il est très probable, en effet, que la flotte du roi vint se réfugier à Porto-Farina comme le faisaient toutes les flottes qui venaient attaquer Tunis.

Lors de l’expédition de Charles-Quint, en 1535, ses forces séjournèrent dans le lac (Chroniques Belges). L’escadre était, dit encore J.-J. Marcel, composée de 400bâtiments portant 25.000hommes de troupes. Le débarquement s’opéra sans peine, et le quartier général fut établi, sur le lieu même où avait campé Saint Louis.

 

Il ne semble pas qu’à cette époque la plage fut fortifiée où qu’elle l’était en 1573 lors de l’expédition de Don Juan d’Autriche qui reçut l’ordre de raser, comme trop coûteux, les forts précédemment construits par les Espagnols dans la région.

Cet ordre, du reste, ne fut pas exécuté.

Le fondateur de la ville actuelle fut Ousta Moutad, 1637-1640, successeur de Youseff. Ce pacha, célèbre corsaire, voulant empêcher les chrétiens de chercher un refuge dans le lac, ordonna d’y construire un fort, puis, en 1640, d’y aménager un port. Il prescrivit d’y créer une ville et d’y retenir les habitants en faisant des avances et en accordant des libertés à ceux qui viendraient s’y fixer.

Les Andalous s’y établirent en grand nombre, attirés par ces avantages, de même qu’à

Raf-Raf et à Ras Djebel. Le lac, à cette époque, avait une grande profondeur.

Sous le gouvernement de Mustapha Laz, successeur de Mohammed, l’amiral anglais Blake, envoyé par Cromwell, le 8 février 1654, parut devant

Porto-Farina. Hamouda Bey, qui commandait l’armée tunisienne, se hâta d’accourir avec toutes ses forces et l’amiral leva l’ancre sans attaquer, mais il reparut le 3 avril et, le lendemain 4, vint bravement s’embosser avec ses neuf vaisseaux de ligne à une demi-portée de fusil des batteries turques.

Aussitôt elles firent rage. Les bâtiments ripostèrent à leur feu par une canonade effroyable et criblèrent de projectiles les ouvrages de l’ennemi.

L’issue de cette lutte demeurait toutefois indécise, lorsque, profitant de la fumée, l’amiral

mit à la mer quelques chaloupes remplies d’hommes déterminés et leur prescrivit de brûler cinq gros vaisseaux tunisiens dans le port.

 Les flammes de l’incendie achevèrent d’épouvanter les Turcs dont le feu était déjà éteint par celui de l’escadre anglaise. Tunis s’empressa de traiter et le prix de la victoire fut la liberté de tous les Anglais et Hollandais détenus dans les bagnes. Le lac avait alors de neuf à quinze mètres de profondeur.

 

En 1682, Mohammed Tabak est arrêté et son fils Ali Bey le fait étrangler à Porto-Farina. Cette ville, à cette époque, devait posséder une forte garnison de soldats, notamment de zouaoua qui, dotés de chevaux par Ousta Mourad, avaient pris le nom de Sbahiâs(ou spahis). De nombreux esclaves étaient occupés à l’entretien des navires. Le P. Le Vacher fonda alors, à Bizerte, une chapelle pour les chrétiens qui venaient au Cap Zebib pêcher le corail, ainsi que pour ceux détenus à Porto- Farina traités très durement par une population féroce.

Déjà, à cette époque, le fort El Oustani qui servait de nos jours de lazaret, avait la même destination.

En 1671, nous dit le Dr Guyon, « trois navires que Mourad Bey avait envoyés en Turquie pour prendre des troupes, revinrent à Porto-Farina dans les premiers jours de juillet avec un millier de soldats dont quelques-uns atteints de la peste. Le Bey donna, à cette époque, une nouvelle preuve de l’extravagance de son caractère en se rendant à bord des vaisseaux pestiférés en compagnie de plusieurs officiers qu’il contraignit de se mettre en communication avec les malades.

Mourad poussa plus loin la folie, il prit la pipe d’un pestiféré afin sans doute de mettre ses courtisans dans l’alternative d’encourir sa disgrâce ou d’imiter sa coupable témérité. »

Il semble cependant que le premier arsenal digne de ce nom ne date que de 1707.On conserve dans la région, dit le P. Anselme des Arcs, le souvenir des familles André, Cubisol, Gaspary, originaires de la Ciotat, pour la plupart maîtres des travaux et protecteurs des chrétiens.

En 1720, le P. Comelin, de l’ordre des Mathurins, envoyé sur la côte Africaine par la Rédemption des Captifs, fit escale à Porto-Farina.

Voici ce qu’il nous dit de son séjour : « Le 14 février, au matin, on reconnut la Garitte

(Galitte) et le soleil prenant le dessus ne tarda pas à faire apercevoir la côte de Barbarie, ce qui engagea de passer le reste de la nuit sans voiles et de tenir le large. Le capitaine se flattant d’arriver le lendemain à la rade de Porto-Farina fit mettre, dès le mâtin, toutes les voiles, mais le calme qui le prit vers la Tache Blanche (?) le força d’y mouiller et d’y jeter l’ancre. Le 16, au matin, on tira un coup de canon pour faire venir à l’obéissance tous les capitaines et patrons des barques françaises qui se trouvaient dans la rade, ce qui fut exécuté/Mais malgré le secours de toutes les barques et chaloupes, ce ne fut que le lendemain, à la faveur d’un petit vent et d’une sorte de marée, que l’on put remorquer le vaisseau et s’avancer à la bouche du port. Après avoir mis pied à terre et s’être délassé pendant quelques heures des fatigues de la mer, M. Dussault (l’Envoyé), avec les personnes de sa suite, fut rendre visite au gouverneur de Porto-Farina qui le reçut avec toutes les marques de distinction. Mais comme il y fut question de cérémonies ou de salut au vaisseau du Roy à son arrivée dans le port, le gouverneur n’osant saluer le premier sans ordre du Bey qui, pour lors, était au camp, demanda du temps à M. l’Envoyé pour avoir à ce sujet des ordres précis. Le Chancelier de la Nation profita de cet intervalle pour informer pareillement de l’arrivée de M. Dussault. M. Basli, consul à Tunis, qui en partit aussitôt accompagné des principaux de la Nation, pour lors résidants dans cette ville.

Le Gouverneur ne reçut réponse du Bey que le 22 et donna aussitôt les ordres pour le salut qui fut fait de toute l’artillerie des trois châteaux, chacun même par distinction ayant tiré deux coups à boulets.

Le 24, M. Dussault, accompagné du Consul, du Chancelier, 4e deux députés et plusieurs autres de la Nation, prit la route de Tunis où il arriva le soir même quoique par terre, il y ait plus de quinze lieues de Porto-Farina. M.’le Consul avait eu soin de faire porter toutes les provisions nécessaires, sans laquelle précaution ils auraient couru le risque de ne trouver dans toute la route qu’une rivière pour se désaltérer.

Le P. Bernard s’étant cru obligé de rester quelque temps à Porto-Farina pour la consolation et le soulagement des esclaves qu’il y trouva occupés à l’entretien des vaisseaux ne put y rejoindre M. Dussault que le 20 février. »

 

Peysonnel, qui vint en 1724 à Porto-Farina, écrit ; « Nous couchâmes à Porto-Farina que les Turcs appellent Gramela. C’est un petit endroit fameux par sa rade et son port très bon et très sûr, le meilleur et presque le seul qu’il y ait sur toute la côte de Barbarie. Il est situé au-dessous d’une grosse montagne qui forme le Cap Zebibe (Promontorium

Apollonis). Cette montagne le met à l’abri des vents N.-N.-O. et N.-E., les plus dangereux dans ce pays, la rade est un grand bassin, elle a environ une lieue de long sur une demi-lieue de large, l’entrée en est étroite et le devient tous les jours davantage parce que la rivière de Bagradas qui se décharge directement à son entrée, charrie beaucoup de sables et le comble peu à peu. Il est à craindre que dans quelque temps elle ne se ferme complètement. Je me suis convaincu que depuis dix ans le fond avait diminué de plus de dix pieds, de sorte que les. vaisseaux de guerre touchent presque tous en entrant aux endroits où ils passaient autrefois à l’aise. Au fond de cette rade on a posé plusieurs môles qui forment un bassin carré capable de contenir une trentaine de bâtiments en toute sûreté. Cette rade est défendue par quatre châteaux garnis de canons tournés du côté de la terre mais en état de bien défendre l’entrée de la rade. Il n’y a pas plus de soixante ans que l’on a commencé à construire quelques maisons autour de ces châteaux. L’endroit est petit, mal bâti et très irrégulier. C’est là que le Bey de Tunis entretient quatre vaisseaux de guerre et où il créa un arsenal qui n’est pas trop bien fourni ni pour les manœuvres, ni pour le bois de construction, ni même pour l’artillerie.

Le voyageur ajoute : «J’ai trouvé dans les environs de Porto-Farina plusieurs jolies plantes entre autre une très belle espèce de scrofulaires.

« Quelques jours avant mont départ (15 août 1724) le caïd ou chef me fit conduire dans un lieu où il avait découvert une mine abondante de mercure sous le règne d’Ali Bey, père de celui qui gouverne aujourd’hui. Ce prince l’ayant appris la fit boucher en disant : Si les princes chrétiens savaient qu’il y a des mines dans mon royaume je n’y vivrais plus en sûreté (Peyronnel et Desfontaines), lettres publiées en 1838, par Dure au de la Malle). Peyronnel signale des mines importantes à Métline et à Ras Djebel. »

 

L’an 1770, des difficultés éclatèrent entre la France et le Bey Ali, à propos des navires corses capturés par les corsaires tunisiens et des droits méconnus des français occupés à la pêche du corail. De plus, un corsaire fameux, El Djerbi, avait recontré en mer un navire de commerce dont il avait injurié et battu le capitaine.

M. de Broves, envoyé par le roi, vint s’établir à Porto- Farina avec son escadre qui comprenait deux vaisseaux de guerre, l’un de 74, l’autre de 50 canons, deux frégates chacune de 20 canons, deux chebeks chacun de 20 canons, deux galiottes à bombes, une flûte et autres navires fournis par Malte. Trois gros vaisseaux arrivés en mai bloquaient la Goulette. Le bombardement dura deux jours.

 

Le 1er août l’amiral alla attaquer Bizerte, qu’il bombarda un jour et une nuit. Plus de trois cents bombes furent lancées sur la ville, le port fut incendié et les habitants durent se réfugier dans l’intérieur. Un coup de vent obligea l’escadre à quitter Bizerte pour la Goulette. M. de Bjoves attaqua ensuite Sousse et Monastir. Enfin, la paix conclue le 2 juin assura pour la Corse les privilèges accordés à la France. Le droit des pêcheurs de corail français établis à la Calle fut maintenu et les esclaves corses obtinrent leur

liberté.

 

En 1784, l’amiral vénitien Emo parut devant la ville d’où il partit attaquer les autres ports de la Régence. A partir de ce moment le port ne paraît pas avoir reçu la visite de flottes ennemies. A cette époque André est maître constructeur à Porto-Farina. On le voit chargé par le Bey de sauver un navire vénitien naufragé à la Goulette, mais il en est empêché par le Chevalier Quérini, commandant une division vénitienne qui réclame ce droit. Lamarinebeylicale tombe alors en décadence et le Dr Frank, déjà nommé, vingt ans après, écrit dans ses mémoires : « J’appris cependant que la plupart des navires tunisiens étaient stationnés pendant l’hiver à Porto-Farina et je dus rester dans l’incertitude sur la nouvelle force maritime de Tunis jusqu’au jour où ces bâtiments

vinrent se réunir dans la rade devant la Goulette.

Cette escadre si vantée n’était composée que de seize voiles, savoir : une seule frégate, quelques bricks et corvettes et quelques petites pinques à peine armées qui avaient été prises sur les Napolitains.

« Si, à cette marine de l’Etat, on ajoute vingtquatre petits corsaires appartenant à des particuliers montés par quelques mauvais marins et encombrés par autant de soldats qu’il est possible d’y entasser, on aura une idée complète de la marine de la Régence. »

En 1818 par suite de l’ensablement considérable de la passe l’arsenal fut transporté à la Goulette.

Cependant, en 1819, après la destruction de la marine algérienne par Lord Exemouth (1816), le Bey se détermina à mettre sa marine de guerre à l’abri d’un coup de main* « Il résolut de rendre à Porto-Farina son ancienne destination de port militaire, les sables de la mer et ceux charriés par la Medjerdah avaient tellement encombré la passe qu’il fallut employer un nombre considérable d’ouvriers et plusieurs bateaux dragueurs. Au mois de décembre le Bey se rendit à Porto-Farina pour assister à l’entrée dans le lac de plusieurs de ses bâtiments de guerre. Une corvette, une gabarre et une goélette franchirent la barre sans difficulté et vinrent mouiller sous les forts de la place à l’abri de toute entreprise ennemie. Elles furent bientôt rejointes par le reste de la flotte tunisienne composée d’une frégate neuve construite à la Goulette, de deux gabarres, quelques bricks et goélettes et un assez grand nombre de chaloupes canonnières. » (Rousseau, Annales.)

En 1820, l’escadre tunisienne comprenait deux corvettes, deux bricks, deux goélettes et trois gabarres.

Une violente tempête, le 7 et 8 février 1821, détruisit la flotte à la Goulette. A cette époque Porto-Farina était abandonnée.

En 1834, les ateliers de Marseille fournirent au Bey une frégate et deux corvettes. La frégate fut vendue quelques années plus tard. Des deux corvettes l’une fut envoyée au Sultan, l’autre se perdit sur les côtes de France. (Lebault.)

Cet état de choses continua jusqu’en 1837. « C’est alors que le Bey Ahmed, très imbu dés idées européennes et préparant son voyage de France, résolut de créer à Porto-Farina un arsenal à l’européenne et d’établir à Tunis une école polytechnique, pépinière de futurs officiers. Malheureusement ces projets ne purent aboutir. C’est de cette époque que date le réyeil momentané de la Ville».

« Le palais du Bey et de sa suite fut construit à grands frais, les casernes, les magasins surgirent comme par enchantement, les vieux forts furent restaurés, le port nettoyé et aménagé. Une frégate, construite en 1840,ne fut lancée qu’en 1853,

car, malgré l’avis des constructeurs, elle n’avait pas été doublée en cuivre, le taret l’eut bientôt cussonnée au ras de flottaison et l’on dût la démolir en 1868 dans le port qu’elle encombrait. (Rousseau).

En 1846, le Bey Ahmed quitta Porto-Farina à bord du bateau français le Dante pour son voyage en France.

De cette époque date, l’abandon du port qui, mal entretenu, était devenu inaccessible.

Une forte garnison de 10.000 hommes avait été établie dans les casernes, mais elle fut retirée peu à peu.

En 1850, Salah Chiboub, ancien tambour favori du Bey, commandait la province. Des troupes, ainsi que l’indique Dilhau dans son Histoire de la Régence, séjournaient cependant encore en 1857 à Porto-Farina.

Il y avait alors deux régiments qui détachaient des troupes à Bizerte. Les jeunes qui composaient ces régiments n’étaient pas au service au même titre que les autres. Ils se faisaient remplacer et ne servaient que six mois de l’année. C’est vers 1853 qu’une station de missionnaires fut formée à Porto-Farina.

 

Au début de l’occupation française la Compagnie du port de Bizerte tenta de rétablir à la circulation la barre qui ferme le lac Une tempête survint qui rendit le travail inutile. Plusieurs

Compagnies se sont succédées pour exploiter la pêche si abondante et si variée. La difficulté du transport et la conservation du poisson avait rebuté les entrepreneurs. Grâce aux nouvelles routes, aux transports rapides et aux procédés pratiques de congélation il n’est pas douteux que l’on n’obtienne des résultats très satisfaisants.

Autour du Cap étaient autrefois des bancs d’huîtres estimés dont le Bey se réservait le monopole.

Daurades, mulets, loups, maquereaux, merlans, rougets, limandes, soles viennent frayer à différentes époques dans le lac ; ils varient la pêche qui se pratique aux barrages dans des bordigues fort bien installées.

 

Parlant des Etablissements Maritimes Beylicaux M. d’Estournelles de Constant s’exprime en ces termes :

« Porto-Farina n’est rien moins qu’un splendide  établissement militaire et maritime construit à l’européenne. Arsenal, casernes en pierres de taille, rien n’y manque, si ce n’est l’homme; depuis plus de trente ans l’homme et l’eau. Nous eûmes un jour l’occasion d’aller la visiter sur un de ces bateaux qui passent par tous les fonds.

Arrivés dans la baie nous nous préparions à débarquer lorsque à l’entrée même du chenal qui conduit au port nous touchâmes le sable. Il nous fallut rentrer à Tunis, n’ayant pu contempler que de loin, au-delà d’une lagune mélancolique, les grands édifices encore intacts et tous vides que devaient animer dans l’esprit d’Ahmed la présence d’une armée et d’une flotte. En construisant tous ces palais on n’avait pas songé à la Medjerdah qui se jette dans le golfe et qui, abandonnée depuis des siècles à elle-même sur presque tout son parcours dans le nord de la Tunisie, sans quais, sans barrages, sans jetées, emporte chaque année à la mer des plaines entières qu’elle devrait fertiliser.

D’immenses dépôts de limon comblent ainsi son embouchure et se déplacent incessamment, ils obstruent vite le port dont s’enorgueillissaient les Beys. 11 eut fallu, pour diriger la Medjerdah,un travail ingrat et productif, mais peu apparent, profitable surtout aux générations à venir. Ahmed aima mieux construire des édifices inutiles, mais qui lui feraient honneur de son vivant.

« Quand le Bey, dit-il plus loin, abandonne son palais et change de résidence, les fonctionnaires le suivent et déménagent. Sous prétexte d’économies, chacun enlève tout ce qui est transportable, non-seulement les meubles mais les fenêtres, les vitres de couleur, les charpentes, les toitures sont arrachées, seules les pierres ne valent pas le voyage, elles restent debout superposées en solides murailles, mais sans toit, trouées d’ouvertures béantes au travers desquelles on voit du dehors de grandes salles qui ont encore çà et là leurs corniches dorées, leurs peintures et qu’habitent les figuiers sauvages et les ronces ».

 

L’ESCLAVAGE

 

Il est difficile de retracer l’histoire de- Porto- Farina sans dire quelques mots de la piraterie et de l’esclavage puisque ce port fut le berceau de la marine corsaire tunisienne et que ses forts et ses bagnes abritèrent pendant des siècles des malheureux chrétiens dont les religieux et les voyageurs nous retracent à chaque visite la situation si misérable.

Il convient toutefois de bien établir que la piraterie fut surtout l’oeuvre des Algériens dont la marine était plus puissante que celle de Tunis.

Ces marines furent d’ailleurs pendant longtemps intimement unies, et le Maroc contribua pour une large part également aux exploits des corsaires barbaresques.

D’après quelques auteurs (La Condamine) et les récits de quelques captifs peu scrupuleux, débrouillards (d’Aranda) ou d’humeur joyeuse (Régnard) l’esclavage était très supportable, à tel point que l’on vit des captifs revenir de plein gré chez leurs anciens maîtres.

Pour d’autres, les plus nombreux, au contraire, la vie des prisonniers était intolérable.

Il ne faut pas oublier non plus que le nombre et le sort des chrétiens a été très variable. Quand les visites des flottes européennes et leurs énergiques réclamations furent fréquentes, par suite des délivrances forcées, des échanges ou des rachats, le nombre des esclaves diminua considérablement, et leur sort s’améliora ; les musulmans craignant des représailles ou espérant par leurs bons soins obtenir des rachats avantageux ou des échanges plus importants.

En 1634, à Alger, il y avait, dit-on, trente-six mille captifs, dont quinze mille femmes. A Constantinople, leur nombre était plus élevé encore, et le montant du prix représentait plus de vingt millions de livres. Avant cette époque, les corsaires célèbres, Aroudj et Kheired Din, établis à Tunis, firent de cette ville le centre de leurs expéditions.

 

C’est pour abattre leur orgueil que Charles Quint dut entreprendre sa célèbre expédition de 1535. Les vingt-cinq mille esclaves européens enfermés à Tunis lui ouvrirent les portes de cette ville, ceux-là même que Kheir ed Din avait employés à creuser le canal et le port de la Goulette.

Sous les commandements da Salah Raïs, fils de Kheir ed Din, et de Sinan, les esclaves chrétiens ne cessèrent d’encombrer les prisons.

 

En 1802, huit cents habitants de l’île Saint-Pierre, sur les côtes de Sardaigne, furent encore capturés par les Tunisiens, et, dans une lettre datée du 24 mai 1805 de Barletta, sur l’Adriatique, P.-L. Courier écrit: « On ne connaît pas ici de maisons de campagne ou de villages parce que les brigands rendent la campagne inhabitable, il n’y a de cultivé que les environs des villes, le sol est très fertile, et produit presque sans travail une grande quantité de blé qui, avec l’huile, forme tout le commerce du pays sujet à des avanies continuelles tant de la part des gouverneurs que des Barbaresques.

Quoi que ce soit un port, on ne peut y avoir de poissons parce que les pêcheurs sont enlevés jusque sur la côte ».

C’est aux religieux et notamment aux Trinitaires et aux Pères de la Merci que les esclaves doivent l’adoucissement de leur sort. Les récits de ces Rédempteurs bien placés pour connaître leur situation réelle surtout celle des vieillards, des pauvres et des infirmes, nous mettent en droit de penser que l’existence de ces détenus était abominable tant au point de vue moral qu’au point de vue matériel.

Deux ordres religieux se consacraient spécialement à secourir et racheter les esclaves.

D’abord les Trinitaires ou Mathurins, ordre fondé en 1198 par Saint Jean de Matha et Félix de Valois pour la délivrance des chrétiens. Le cheflieu de l’ordre était à Cerfroi (aux confins de la Brie et du Valois). Les frères ne pouvaient manger ni poisson ni viande, si ce n’est le dimanche, et encore fallait-il que cette nourriture eut été donnée en aumône. Ils ne devaient porter que des vêtements grossiers et dans leurs voyages ne pouvaient monter que des ânes, d’où leur nom de Pères aux Anes.

En 1267, la règle fut modifiée par Clément IV qui permit aux Trinitaires l’usage du cheval et modifia le costume. Vêtement blanc avec une croix rouge et bleue sur là poitrine. Ils étaient établis dans une ancienne aumônerie de l’ordre de Saint-Benoît, dédiée à Saint-Mathurin (sur l’emplacement des thermes de Julien, Musée de Cluny) d’où leur appellation commune. On les désignait encore en France sous le nom de Ministres.

Ensuite, les Pères de la Miséricorde ou de la Merci, ordre fondé à Barcelone à l’imitation de celui des Trinitaires (1218) et approuvé en 1235 Par Grégoire IX sous le nom de Congrégation de Notre-Dame de la Miséricorde.

Primitivement, l’ordre était composé de clercs et de chevaliers, puis ne comprit plus que des ecclésiastiques.

Ces Pères allaient pieds nus, pratiquaient la retraite, l’abstinence et la pauvreté. Il y avait quatre provinces, deux en Espagne, une en Sicile, la quatrième en France.

Les Capucins, ordre créé en 1526 par Mathieu Baschi, fondèrent en 1624 une Mission à Tunis, sous le nom de Procureurs des Esclaves et s’établirent en 1636 à Tabarka qui appartenait à la famille Lomellini, de Gênes.

Le Père Le Vacher, qui mourut en août 1682 martyrisé par le fameux corsaire Mezzo Morto qui le fit attacher à la gueule d’un canon, avait construit en 1672 une chapelle à Bizerte pour le service religieux des chrétiens pêcheurs de corail au Cap Zebib. On n’avait pu, en effet, installer des religieux à Porto- Farina tellement la population de ce port était «féroce et versatile capable de détruire en un jour le travail d’une année ». (Da Cesinale.)

Si le sort des détenus était précaire à Bizerte il n’était pas moins insupportable à Porto-

Farina. Parlant d’une visite qu’il rendit au Père Le Vacher, de\ Bizerte, un Père Capucin écrit :

« Parmi les captifs de cet endroit, autres que ceux des galères, nous avons trouvé quarante esclaves en une prison si petite et si étroite qu’ils pouvaient à peine se mouvoir. Il ne recevaient l’air que par un soupirail garni d’une grille placé au haut de la voûte. Ils étaient enchaînés deux par deux et toujours enfermés, toujours occupés à moudre le grain avec un petit moulin à bras et obligés de fournir chaque jour une quantité au-dessus de leurs forces. Il sont véritablement nourris du pain de la douleur et l’on peut littéralement dire qu’ils mangent à la sueur de leurs fronts dans ce lieu si étouffant accablés par un pareil labeur ».

Une grande partie des chrétiens étaient donc employés comme rameurs sur les navires corsaires.

D’après le récit d’un esclave les bâtiments étaient de trois sortes :

1° Les demi-galères construites en bois de sapin de soixante pieds de quille et d’une proportion mince et légère, et hors d’état, par conséquent, de supporter une longue navigation ;

2* Les galiottes, plus longues que les demi-galères et à peu près de même construction, les unes et les autres peuvent porter trois cents personnes;

3° Les chebeks, construits comme un navire à deux mâts et qui s’éloignaient pour faire des voyages en haute mer.

Les équipages étaient composés de rameurs chrétiens, enchaînés à leurs bancs nuit et jour, surveillés par un gardien qui parcourait ces bancs sur une passerelle, frappant à coups redoublés pendant les poursuites qui, souvent, duraient dix, douze et quatorze heures de suite. (Slade.) Les autres matelots pour la manoeuvre des voiles que l’on utilisait le plus possible, étaient des Algériens pour la plupart ou des Marocains de Salé.

 

Les soldats étaient surtout des montagnards de la côte.

On embarquait aussi, mais en petit nombre, des renégats dont on redoutait la trahison. Lors de la grande course un Agha commandait à tous, même au Raïs.

Le corsaire quittait le port, arborant de superbes bannières qu’ils dissimulait ensuite pour hisser le drapeau d’une puissance chrétienne de façon à s’approcher de l’ennemi. Dès qu’il était à portée de voix, un renégat de la nation en vue engageait la conversation pour bien connaître les forces et la valeur de l’adversaire que l’on n’attaquait qu’à bon escient. Quand on capturait un navire de peu de valeur il était pillé puis incendié. Dans

le cas contraire, la prise était envoyé au Dey sous la conduite des chrétiens prisonniers. A l’arrivée on hissait le pavillon du vaincu et l’on saluait le port par un nombre de coups de canon en rapport avec la capture.

Les esclaves débarqués traversaient le port pieds nus et la tête découverte pour être conduits au marché.

Pour le partage des parts, les usages assez variables pouvaient cependant se résumer de la manière suivante : Le Dey choisissait un esclave sur huit et avait droit au huitième de la cargaison (Alger). Le capitaine prenait tout ce qui se trouvait dans la chambre du navire. Le reste était partagé entre les matelots et les soldats.

A Tunis on prélevait : 10 % pour le Pacha1%  pour l’entretien du port, 1%  pour les marabouts, % dont 10, 12, 15 % pour le capitaine et 40, 38 ou 35 % pour les armateurs, soit 62 %Sur les 38 %0 restant dus, il revenait 3 % au chef des soldats,

3 %au lieutenant, 3 %aux soldats, 3 % aux maîtres canonniers (renégats), 3 % aux canonniers, 3 % au pilote, 3 %au contre-maître de manoeuvre de voiles, 3 %au chirurgien (renégat ou chrétien), 2 %au maître de hache, 2 % au calfat, « 2 % aux marins esclaves loués par des maîtres qui touchaient la part de ces esclaves et

8 % au second du navire. (Dilhau.)

Les agrès du grand mât des navires sacrifiés appartenaient aux gardiens du port (droit de caraporta) et les agrès de misaine au capteur. La carcasse du navire était vendue aux enchères. Le Dey en avait le huitième.

Les prisonniers conduits au marché (Batistan) étaient exposés. On les interrogeait sur leur âge, leurs qualités, leurs aptitudes et leurs relations qu’ils devaient s’efforcer de dissimuler, leurs maîtres futurs devant nécessairement profiter de leur fortune ou de leur naissance au cas de rachat ou d’échange. On les faisait courir, sauter, marcher, puis on annonçait à haute voix les enchères au milieu des discussions les plus violentes etles plus ridicules. Il y avait, en effet, deux enchères, la première toute de ruses, car il fallait terminer au palais cette vente, l’enchère la plus élevée du marché devenant la première au palais, car le prix de la vente au marché appartenait aux propriétaires du navire et à l’équipage tandis que l’excédent d’adjudication profitait au Trésor.

Les chrétiens esclaves étaient ensuite logés soit chez leurs maîtres soit dans les bagnes ou bains publics.

Dans quelques villes, au Maroc notamment, ils habitaient les meilleures maisons du quartier Juif. Généralement, dans les bagnes, il se faisait des groupements par nation, et chaque nation avait un chef. Nous savons qu’au lever du jour chaque nation partait au travail jusqu’à midi avec un quart d’heure de repos le matin pour  déjeuner. De midi à une heure l’esclave se reposait, puis il reprenait jusqu’à quatre heures un durlabeur bien souvent prolongé. Ces travaux étaient fort pénibles : construction de murailles et forts, arrosage des champs et des jardins, creusement de canaux et ports, travaux de menuiserie et de décoration.

En certaines régions, les esclaves étaient obligés d’aller, la nuit, garder les bestiaux dans les champs, et n’employaient pour subsister que le vol ou la corruption.

Il semble que les différentes nations n’étaient guère en accord complet. Les Français, les Anglais et les Hollandais aimaient, paraît-il, à se réunir, tandis que les Italiens et les Espagnols faisaient bande à part.

Mais ici, comme pour le reste, on ne peut généraliser. Ces malheureux ne pouvaient correspondre que par l’intermédiaire des marchands ou des religieux de leur nation et bien heureux étaient ceux qui, par leur industrie, pouvaient améliorer leur sort et adoucir leurs gardiens.

Ceux-là parvenaient, par des travaux supplémentaires, confection de chapeaux, corbeilles, coffrets, cordons, à obtenir quelque nourriture supplémentaire qu’ils partageaient avec leurs compagnons infirmes ou malades qui étaient alors complètement abandonnés.

Dans ces bagnes qui, souvent, n’étaient que d’anciennes citernes où l’on descendait de la voûte par une échelle retirée le soir, éclataient des disputes et des rixes continuelles favorisées par le droit de vendre du vin accordé contre patentes considérables aux chefs de ces prisons qui en usaient, ou plutôt en abusaient largement.

Sous l’influence et la direction des religieux la vie de ces bagnes devint parfois plus supportable.

Les Pères y résidaient pour soigner les malades.

Ils y célébraient la messe et prodiguaient les secours matériels et spirituels. Ces bagnes portaient même des noms de saints : Bagnes Sainte-Croix. Saint-Roch, Sainte-Lucie, Saint-Antoine,Saint-Léonard, etc. Chaque chapelle était même administrée par deux esclaves marguilliers. Les Pères pouvaient circuler librement, ainsi que certains esclaves qui appartenaient à des maîtres plus humains auxquels ils rendaient des services comme médecins, scribes ou architectes.

C’est ainsi que Saint-Vincent-de-Paul qui fut esclave à Tunis, de

1605 à 1607 paraît ne pas avoir trop souffert de sa captivité dont il parle fort peu. Il y eut trois maîtres dont le dernier, Savoyard renégat, fut par lui ramené à la foi, et avec lequel il revint en France en 1607.

Tous, cependant, n’obtenaient pas les mêmes traitements et nombreux étaient les. renégats que l’appât d’une vie plus douce conduisit à l’apostasie.

Pour arriver à ce résultat on employait contre les chrétiens différents procédés dont les plus communs étaient l’ivresse, les faux témoins et les femmes. Ce dernier moyen, le plus ordinaire, exposait à une mort horrible l’esclave trouvé en conversation criminelle avec une musulmane.

C’était pour se soustraire aux plus cruels tourments qu’il abandonnait sa religion. Pour abjurer, le chrétien devait prononcer publiquement la formule: « Dieu seul est Dieu et Mahomet est un prophète ». La cérémonie variait ensuite avec les régions. Ici, le renégat prononçait la formule l’index levé vers le ciel, se faisait raser la tête, subissait la circoncision et recevait le turban.

Ailleurs il était promené sur un cheval, tenant entre le pouce et l’index une flèche la pointe dirigée vers le ciel. On lui procurait vingt-cinq écus, une femme, un chien, un chat, un coq et deux poules (Maroc).

Le prix des journées qu’il touchait comme chrétien lui restait toujours alloué et s’il travaillait pour le Dey il recevait une gratification supplémentaire.

Le Juif qui apostasiait devait se faire chrétien et manger du porc.

Néanmoins les renégats était méprisés. Quelques-uns obtinrent, il est vrai, grâce à cette abjuration, une grande indépendance et même des situations élevées puisque plusieurs furent des corsaires réputés, des chefs de l’armée, et des Beys célèbres. Mais pour le plus grand nombre la situation était plutôt équivoque. Ils habitaient un quartier séparé, ne pouvaient s’éloigner sans autorisation de plus de quatre lieues de leur résidence, et les renégats d’origine juive n’étaient enterrés que dans un cimetière particulier.

Seuls les esclaves prêtres ou médecins pouvaient circuler librement. Les autres, pour leurs durs travaux, ne recevaient que deux petits pains à peine cuits, faits de grossière farine, appelés lunes et environ deux sous de notre monnaie, et encore souvent devaient-ils partager avec leurs gardiens.

Ils étaient vêtus de sacs, la tête presque toujours découverte et succombant en foule à de longues et cruelles maladies. B

eaucoup furent battus jusqu’à la mort et noyés, empalés et même livrés aux bêtes (Maroc).

A ce triste sort ils ne pouvaient échapper que par la mort, l’échange ou le rachat. L’échange était rarement employé, néanmoins il était admis à l’échange qu’il fallait deux Maures pour un chrétien, de même qu’il fallait payer 800 piastres pour un Maure tué par un chrétien, et seulement recevoir 500 piastres pour un chrétien tué par un

Maure. On voit que les intérêts matériels n’étaient pas oubliés et que les avantages n’étaient pas du côté chrétien lors des transactions.

Quand les Pères delà Merci ou les Trinitaires avaient recueilli des aumônes suffisantes ils en donnaient avis aux administrateurs des bagnes qui demandaient le passeport des religieux avec déclaration des valeurs ou marchandises qu’ils apportaient. Le Dey prélevait 3  ½  0/0 sur les espèces et 12  1/2  0/0 sur les marchandises et exigeait en outre le rachat de quelques-uns de ses esclaves trop vieux ou incapables.

Les religieux commençaient par racheter les captifs de leur nation, ne rachetant d’autres chrétiens qu’avec l’excédant de leurs ressources.

Une messe d’actions de grâces était alors chantée et les rachetés y assistaient vêtus de vêtements blancs puis partaient en procession pour s’embarquer.

Le rachat avait lieu également par les gouvernements.

C’est ainsi qu’en 1805 Napoléon envoya à Alger son frère Jérôme racheter les esclaves français, italiens et liguriens pour 400.000 frs, de même que furent rachetés en 1798, à Tunis, au prix de 500 piastres d’Espagne par tête les huit cents habitants de Santa-Piétro, soit environ 500.000 francs. Une fois débarqués en France, les captifs partaient en procession, ils avaient laissé croître leurs barbes et marchaient deux à deux vêtus de manteaux blancs portant de lourdes chaînes afin de frapper l’imagination populaire et recueillir d’abondantes aumônes en vue de nouveaux rachats.

Un rachat de chrétiens se payait en moyenne 3.000 francs, Le prix d’une chrétienne était souvent de six cents sequins, soit 7.000 francs.

On payait d’après la valeur physique de l’individu, ses aptitudes et ses relations.

 

En 1627, il y avait à Alger soixante-dix vaisseaux de course et trente-trois corsaires quittèrent le port en 1634. Il y avait alors à Tunis quatorze vaisseaux ronds et vingt-cinq galères.

On peut évaluer à cent cinquante le nombre des vaisseaux qui faisaient la course sur les côtes de la Barbarie lors de la grande période de prospérité des marines corsaires.

La flotte des pirates Tripolitains fut détruite par les Chevaliers de Malte.

Quant à la piraterie Tunisienne sa décadence commença en 1806 et elle disparut quelques années après. A cette époque, dit le Docteur Frank, les navires étaient mal armés et ne quittaient plus la rade qu’en mai pour y rentrer au mois de septembre. Quand cette escadre était en rade aucun navire étranger ne pouvait mettre à la voile avant le départ de cette flotille. Les Tunisiens n’exerçaient plus la piraterie qu’en cas de guerre et envers leurs ennemis, respectant les neutres et les traités; tout au contraire des Algériens qui, à toute époque, pillaient amis et ennemis. Les Algériens, dit le même auteur, traitaient tous les ports en pays conquis et maltraitaient les équipages des nations européennes, les obligeant à leur fournir de l’eau.

Ils vexaient les marines Sardes, Napolitaines, Toscanes, Génoises et Espagnoles et les réclamations des consuls étaient peu ou point écoutées.

En’ 1816, lord Exmouth bombarda Alger et détruisit sa marine corsaire qui avait totalement disparue lors de la conquête française.

En 1817, Moulay Soliman, sultan du Maroc, abolit la course et fit racheter par le gouverneur du Sous les chrétiens captifs retenus par les Maures.

 

En 1818, la piraterie n’était plus qu’un souvenir.

Notre visite à Porto-Farina remontant à quelques années, nous avons pensé utile d’y joindre une étude détaillée sur sa situation actuelle. Nous ne pouvions mieux faire que de reproduire ici un travail inédit de M. Canavaggîo, le sympathique instituteur de cette localité qui, mêlé à la vie intime de la population, était mieux en mesure que quiconque d’en décrire la physionomie toute spéciale.

 

PORTO-FARINA D’AUJOURD’HUI

 

« La montagne qui domine Porto-Farina est le Djebel Nadour. Du sommet du Nadour, et par temps clair, la vue embrase un vaste panorama.

Vers l’ouest, on aperçoit, au loin, le Cap Blanc, Ferryville, Metline, pittoresque village arabe accroché au flanc d’une montagne, l’île des Chiens et son phare, et, plus près, Ras el Djebel et Raf- Raf. Vers l’est et le sud, la vue s’étend sur Zirabra, le Cap Bon, Sidi Bou Saïd, Carthage, La Goulette, une partie de Tunis, Rades, Hammam-Lif,

le Bou Kournin, le Djebel Reçass et, dans le lointain, le Zaghouan.

 

L’altitude et la position du Nadour avaient été utilisées par les Arabes qui, sur son sommet, avaient établi un poste d’observation (un nadour), pour signaler le passage des vaisseaux que les pirates, cachés dans la darse de Porto-Farina, allaient attaquer. Ce Nadour, dont il reste encore des vestiges, a donné son nom à la montagne.

 

Il y a une vingtaine d’années, le génie militaire y construisit un poste optique. Ce poste, occupé chaque année pendant 45 jours, correspond avec ceux du Cap Blanc et de Sidi Bou Saïd. Plnfin, en 1901, la Marine y a fait construire un sémaphore relié télégraphiquement à Bizerte.

Il serait en outre question d’y installer un poste de télégraphie sans fil.

Une piste de près de trois kilomètres de longueur, conduit au sémaphore en côtoyant des ravins très profonds. L’ascension, pas trop pénible, peut se faire en une heure ; vingt minutes suffisent pour redescendre.

Sur les flancs du Djebel Nadour poussent, en abondance, le thym, le romarin, la bruyère, etc.

Ces plantes, continuellement battues par le vent, ne s’élèvent guère au-dessus du sol et forment un immense tapis de verdure qu’émaillent de nombreuses fleurs pendant une grande partie de l’année.

Une seule source jaillit de la montagne, sur le versant de Porto-Farina. Malheureusement son niveau est trop bas et son eau, quoique abondante et de bonne qualité, ne peut être utilisée et se perd dans le lac. Située à plus de deux kilomètres du village elle ne sert qu’à abreuver les nombreuses bêtes de somme des indigènes et des Maltais qui se rendent, les premiers au pèlerinage de Sidi el Mekki, les seconds, dans les jardins qui bordent le lac. Cette source dénommée  » El Aïoun  » pourrait rendre de grands services si elle était captée quelques mètres plus haut.

Quant à l’eau qui alimente Porto-Farina, elle provient d’une source située à 7 kilomètres et jaillissant sur les hauteurs qui dominent le village de Aousdja. De récents travaux, exécutés pour la réfection de la conduite, ont fait découvrir les traces de 7 à 8 anciennes canalisations en maçonnerie, ce qui porte à croire que cette source avait été captée par les Romains.

Pour expliquer la rareté de l’eau dans la montagne, une légende locale veut qu’un cours d’eau souterrain traverse, dans toute sa longueur la chaîne de montagnes dont fait partie le Nadour?

Ce cours d’eau, qui n’existe que dans l’imagination de la population, irait se jeter à la mer à la Pointe Farina en face l’île Plane, où il produirait un fort courant ; la vérité est que la montagne est formée de couches rocheuses, presque verticales, qui ne laissent aucun passage à l’eau. Celle-ci s’en va jaillir sur l’autre versant, qui n’est pas rocheux, et forme plusieurs sources au-dessus de Raf-Raf. Une de ces sources, captée, alimente ce village ; les autres, dont quelques unes à débit très important, servent à irriguer les nombreux vergers qui, avec la vigne, constituent là principale culture de Raf-Raf.

Si la région de Porto-Farina n’a pas beaucoup de sources, elle est, du moins, une des plus favorisées de la Tunisie, sous le rapport de la pluie, qui y tombe régulièrement, et à intervalles assez rapprochés, de fin Septembre à fin Avril. Dans le dernier trimestre 1905, la station météorologique de l’école a enregistré 488 millimètres d’eau.

Enfin, dans les environs du village, la nappe souterraine n’est pas trop difficile à atteindre, et dans quelques propriétés, il a été creusé des puits peu profonds, qui fournissent en grande abondance, de l’eau d’excellente qualité.

Le climat de Porto-Farina est tempéré, la montagne abritant le village contre les vents du nord.

Sa plus basse température enregistrée dans le dernier trimestre 1905 a été de 5 degrés. Pendant l’été de la même année le thermomètre est monté jusqu’à 40 degrés.

Le vent dominant sur la contrée est le vent du nord-ouest qui y souffle, quelque fois, avec une violence extrême.

Pendant l’hiver 1902, une grande statue en marbre qui se trouvait sur l’église, fut renversée par un ouragan du nord-ouest et les caroubiers, brisés par cette tempête, se comptèrent par centaines.

Une barque, ancrée au bord du lac, fut soulevée comme un fétu de paille, lancée à une

vingtaine de mètres, dans un champ d’orge, et réduite en miettes.

Les Romains avaient fondé une colonie à Porto-Farina. A trois kilomètres avant d’arriver au village actuel, on trouve des vestiges d’importantes constructions; si des foirilles bien dirigées, y étaient pratiquées, on ferait certainement des découvertes intéressantes. En 1895, un propriétaire maltais, M. Carmelo Camilleri, faisait creuser un puits dans son jardin. Ses ouvriers découvrirent presque à fleur de terre, un tombeau en marbre entouré des statues des neuf muses. Ce tombeau est au musée du Bardo depuis le mois de Mai 1898.

Non loin du jardin de M. Camilleri, le nommé M’hamed Ksiba a trouvé une base de colonne qui n’a pas moins de 85 centimètres de hauteur et dont la plinthe a 75 centimètres de côté ; cette base supportait une colonne ayant 60 centimètres de diamètre et le monument dont elle faisait partie ne pouvait être que grandiose.

Au pied de la montagne, et au-dessus de Porto-Farina, on remarque des ruines qui semblent provenir d’anciens barrages. Plus bas* dans le village, on trouve, assez fréquemment des traces de canalisations, ce qui fait supposer que les Romains avaient suppléé au manque de sources en créant des réservoirs d’eau de pluie au pied

du Nadour.

Avec les Arabes, Porto-Farina devint un des centres les plus actifs des opérations des corsaires qui y trouvaient, dans la darse et sous la protection de ses trois forts, un refuge contre les vaisseaux qui pouvaient leur donner la chasse. Ces trois forts et la darse, construits, dit-on par des ingénieurs génois, existent encore. L’un d’eux a été transformé en bagne. Des deux autres, l’un servit de lazaret au moment où les pèlerins, au retour de la Mecque, débarquaient à Porto-Farina et y subissaient une quarantaine. Plus tard et jusqu’en Octobre 1904, on y installa une colonie de jeunes détenus indigènes. Enfin, le troisième fort fût transformé en infirmerie pour les forçats : l’humidité qui y règne le fit évacuer et, ainsi que l’ancien lazaret, il ne tardera pas à tomber en ruines. Ce fort, appelé « Borg ËlOustani »0) (le fort du milieu), est encore armé de ses vieux canons et on y voyait, il n’y a pas bien longtemps, une catapulte et son approvisionnement de gros boulets et pierre. La catapulte fut détruite par un agent du service pénitentiaire qui en fit du bois à brûler, quant aux boulets, ils furent enlevés en

1903, par le garde-côte Phlégéton » et transportés à l’arsenal de Sidi Abdallah. Quelques-uns furent envoyés au musée du Bardo, ainsi qu’une grande plaque en marbre qui était placée au-dessus de la porte principale de l’arsenal.

 

(1)  Le Bordj El Oustanï «et occupa actuellement par le poste de police.

 

Cette plaque était couverte d’inscriptions arabes que les plus fins lettrés de Porto-Farina n’ont jamais su déchiffrer.

Quand Ahmed bey résolut de créer un port de guerre à Porto-Farina, d’immenses casernes furent construites autour de la darse. De nombreux ouvriers, tailleurs de pierre, maçons, menuisiers, forgerons, furent employés aux travaux de l’arsenal.

Pour les empêcher de se sauver on prenait, le soir, la précaution de les enchaîner et de les enfermer dans un souterrain qui existe encore.

Dans la journée ils étaient surveillés par des féroces spahis dont le bâton avait vite fait de faire rentrer sur le chantier, celui des ouvriers ou mieux des esclaves, qui auraient voulu le quitter.

Mohamed Badria, maçon, encore vivant, a travaillé dans ces conditions pendant plusieurs années, et les souvenirs qu’il a gardés de cette période de sa vie sont loin d’être gais.

Les travaux terminés, le bey envoya une garnison de vingt mille hommes à Porto-Farina. Un jeune docteur français, le docteur Sorba, originaire de la Corse, remplissait les fonctions de médecin major. Il se maria avec une italienne dont le père, maître de port, était établi dans le pays depuis une vingtaine d’années. Le docteur Sorba est décédé à Porto-Farina à l’âge de 33 ans, ne laissant aucune fortune à sa veuve qui est morte dans la misère.

Le commandement de la garnison de Porto- Farina fut confiée au général Salah Cheboud qui fit édifier de nombreuses constructions pour son usage personnel et pour celui de sa suite.

Quand Ahmed Bey eut résolu d’abandonner Porto-Farina, toutes les constructions qui avaient été édifiées furent abandonnées et, faute d’entretien, ne tardèrent pas à tomber en ruines. Les matériaux utilisables furent, en grande partie, utilisés par les habitants; le gouvernement de son côté, en fit prendre pour construire le Contrôle civil de Bizerte ; le reste fut vendu et, à l’heure qu’il est, tout est détruit.

Seules, des arcades qui longent un côté de la darse, sont encore debout. Ces arcades, derrière lesquelles se trouvent d’immenses magasins, sont dénommées ( » La Kechla  » la caserne).

Comme il a été dit au commencement de cette notice, Porto-Farina se trouve à 57 kilomètres de Tunis et à 44 kilomètres de Bizerte. Des routes carrossables, construites par les forçats, le relient à ces deux villes et à Ras el Djebel. Une diligence et un service d’automobiles assurent quotidiennement les communications avec Tunis et Bizerte et transportent le courrier.

La population de Porto-Farina se compose d’environ 1500 indigènes, de près de 400 maltais, de quelques familles italiennes et d’une quarantaine de français (exactement 49).

Les indigènes descendent, en grande partie, d’anciens forçats chrétiens qui, convertis à l’islamisme, se marièrent dans le pays et y firent

souche. Les descendants de ces Européens ont conservé les noms et les traits de leurs ancêtres.

Il n’est pas rare en effet, de rencontrer un individu blond, souvent roux, au nez aquilin, aux yeux bleus, aux longues moustaches blondes, a qui l’on adresserait volontiers la parole en français ou en italien, en italien plutôt, s’il n’était habillé en arabe. Si on lui demande son nom, on peut être certain qu’il s’appelle ou .*’ Kristôu  » ou « Zénouïze » (le génois), ou  » Forçadou (le forçat), ou  » Blancou  » (le blanc), ou  » El Malti  » (le maltais), ou  » Zarrouk  » dont l’ancêtre était napolitain.

 Le type européen se voit mieux chez les femmes qui ont presque toutes, paraît-il, le

teint blanc, les cheveux blonds et les yeux bleus.

A propos de ces musulmans d’origine chrétienne, il n’est peut-être pas sans intérêt de remarquer qu’ils sont beaucoup plus croyants, ou tout au moins plus pratiquants que les arabes n’ayant aucun lien de parenté avec les Européens. Peut-être,

par cet excès de ferveur religieuse, veulent-ils faire oublier ce qu’ils considèrent comme leur péché originel.

Les indigènes de Porto-Farina sont presque tous jardiniers. Quelques-uns pourtant, sont épiciers, boulangers, maçons, menuisiers, marins, barbiers.

Un de ces derniers est en même temps « tebib » (médecin) et les remèdes qu’il prescrit à ses malades, en plus de la saignée obligatoire, ne sont ni bien difficiles à préparer, ni bien difficiles à prendre : des tisanes simples, de la « dendouna » (teinture d’iode), etc. Mais le remède qui a fait sa réputation est l’eau de « Janos » qu’il appelle tout simplement « El ma mtaâ el kerkedan » (l’eau de rhinocéros), un interprète facétieux lui ayant traduit « eau de Janos » par « eau de rhinocéros ».

Et le brave « tebib » a tellement confiance en son « eau de rhinocéros » qu’il n’hésite jamais à l’employer dans les cas qu’il considère comme désespérés!

De tous les indigènes qui exercent un métier, aucun ne se désintéresse complètement de son lopin de terre, et au moment des semailles des pommes de terre, semailles qui se font deux fois par an, en Octobre et en Janvier, magasins et ateliers sont désertés, et ouvriers e.t marchands redeviennent jardiniers.

Les jardiniers de Porto-Farina cultivent surtout la pomme de terre, qui est justement réputée dans toute la Tunisie et dont la production annuelle atteint une moyenne de 25 à 30.000 quintaux.

Les principales variétés cultivées sont: la rouge, la rose, la rouge et la blanche de Naples et une variété indigène nommée  » Kechelef » du nom de celui qui l’a cultivée le premier. Depuis deux ans on a essayé la culture de la pomme de terre de Hollande ; on verra dans le passage sur les primeurs les résultats de cet essai.

Un dicton populaire dit que Porto-Farina n’a que  » El Djebel ou El Bahar » (la montagne et la mer) Les habitants ne disposent en effet, comme terrain cultivable que de la bande de terre qui se trouve entre le pied de la montagne et le lac. Dans certains endroits, cette bande est tellement étroite qu’il a fallu prendre, sur la montagne, l’espace nécessaire au passage de la route de Sidi Ali El Mekki. Il n’est pas étonnant que, dans ces conditions, le terrain soit cultivé avec un soin minutieux et qu’aucune parcelle n’en soit laissée inculte. Quelques propriétaires se sont attaqués à la montagne et, à l’aide de nombreux murs de soutènement, ont réussi à agrandir leurs jardins.

D’autres ont transporté du sable à dos d’âne et, grâce à d’abondantes fumures, ont pu constituer des jardins là où ne poussaient auparavant que quelques maigres buissons de romarin ou de câpriers.

Enfin, la langue de sable qui sépare le lac de la langue de Sidi El Mekki a été transformée en jardins. C’est dans ce sable, toujours humide et abondamment fumé, que l’on récolte, outre des pommes de terre et des tomates, des melons, recherchés sur le marché de Tunis, et dont la vente laisse, entre les mains des producteurs, un bénéfice appréciable.

Pour garantir, pommes de terre, tomates et melons contre le vent, on entoure chaque planche d’une épaisse rangée de  » Zenzesfoura », variété de saule épineux dont les petites fleurettes jaunes répandent une odeur très pénétrante.

Quelques jardiniers commencent à cultiver les choux-fleurs et les choux dont ils achètent la graine à Tunis; lé choux coeur de beuf a toutes leurs préférences. Enfin tous cultivent le pavot dont ils tirent l’opium. Mais ces cultures, qui demandent beaucoup de soins et surtout beaucoup de temps, ne sont plus rémunératrices, le prix de l’opium étant tombé de 80 frs à 30 frs le kilogramme.

La culture des arbres fruitiers est très prospère à Porto-Farina. Outre l’amandier et le caroubier, que l’on plante dans les terrains rocailleux et de mauvaises qualité, les arabes cultivent, non sans succès, le figuier, le poirier, le pommier, le prunier, l’abricotier, le pêcher, le mandarinier, l’oranger.

Les caroubes et les amandes de Porto-Farina sont très renommées. Les amandes cassées sont vendues à Tunis de 180 à 190 frs le quintal. Les caroubes sont surtout vendues à Souk el Arba et même à Souk Ahras. Leur prix, sur place, varie entre 11 et 15 frs. le quintal. Ce prix est d’autant plus rémunérateur que le caroubier ne demande aucun soin de culture. Enfin, les figues constituent un bon revenu, qu’elles soient vendues fraîches ou sèches. Pour hâter leur maturité, on emploie le procédé suivant: avec un morceau de bois effilé, on perce la figue dans le sens de la longueur; puis, à l’aide de ce même morceau de bois, on y introduit une goutte d’huile. Deux jours après avoir été soumise à cette opération, la figue est mûre. Elle ne vaut pas, il est vrai, la figue qui a mûri naturellement, mais venant plus tôt elle se vend mieux.

Quelques indigènes sont réputés comme bons greffeurs ; la seule greffe pratiquée par eux est la greffe en écusson.

La culture des primeurs est pratiquée depuis longtemps à Porto-Farina et laisse des bénéfices appréciables à ceux qui s’y livrent. Elle serait plus rémunératrice si les jardiniers employaient des procédés de culture plus modernes, et s’ils semaient des variétés améliorées.

Dans chaque jardin on trouve une petite planche de terre, préparée d’une façon spéciale. Sous l’anfractuosité d’un rocher, derrière une haie ou le long d’un mur, le jardinier a disposé une couche de bon terreau; c’est là qu’au mois d’août, il fera son semis de tomates dont les plants, repiqués de bonne heure,donneront des primeurs.

Pour garantir les jeunes plants contre la chaleur de la fin de l’été, le jardinier établit au-dessus du semis, une toiture de branchages, d’herbes, de joncs ou de feuilles de palmier. Cette toiture servira aussi, plus tard, à protéger le semis contre le froid et l’humidité de la nuit. Enfin, des branches d’olivier ou des roseaux, plantés verticalement sur les côtés de la planche, mettent, relativement, les plants de tomates à l’abri des vents.

Grâce à des arrosages judicieusement dosés, ces plants ne tardent pas à atteindre dix à quinze centimètres de hauteur ; ils sont, à ce moment, gros comme des plumes d’oie et n’ont pas de branches latérales. Pour faire pousser ces branches, le jardinier éclaircit son semis, Rince les plants qu’il laisse en terre et, pour les rendre plus robustes, supprime les arrosages pour quelques jours. Lorsqu’il juge que les plants sont assez forts, il les repique en pépinière et toujours dans un endroit bien abrité et bien exposé. Enfin, au mois de Novembre, ces plants sont définitivement mis en place. Le terrain qui doit les recevoir est copieusement fumé et bien préparé d’avance. Il est ordinairement divisé en 7 planches assez étroites et entouré d’une haie de palmiers, de roseaux ou de branches d’olivier entrelacées.

Chaque planche est en outre séparée de sa voisine par une haie brise-vent, formée par une épaisse rangée de zenszesfouras. Les jeunes tomates sont plantées au fond de trous, peu profonds, que le jardinier a creusé à environ un mètre 50 l’un de l’autre. Sur les bords de ces trous, et du côté d’où vient ordinairement le vent, on dispose quatre ou cinq branches de palmier, de façon à former un éventail. Ce sera le seul abri qui garantira la plante, pourtant très délicate, contre les froids de l’hiver. Ceux-ci ne sont pas, heureusement, bien rigoureux et c’est ce qui explique que, malgré cette installation rudimentaire, peu de tomates périssent.

Les tomates mises en place, il ne reste plus grand chose à faire au jardinier qui se contente de les biner légèrement une fois ou deux, d’arracher les mauvaises herbes et de les arroser quelque fois, si l’hiver n’est pas trop pluvieux.

Les premières tomates sont récoltées fin Avril et se vendent, à Tunis et à Bizerte, entre 5 et 6 francs le panier de cinq kilogrammes. Ce prix baisse sensiblement à partir du 15 ou 20 mai, époque à laquelle la récolte est plus abondante.

En prenant quelques précautions on pourrait arriver à récolter des tomates bien avant le mois de Mai. Sur un pied que j’ai soigné spécialement dans mon petit jardin, j’ai pu avoir trois tomates bien mûres, le 10 Mars.

A la culture des tomates les jardiniers devraient joindre celle des petits pois qui viennent très bien à Porto-Farina. L’automne dernier, le gardien chef du bagne en a semé un petit carré sous les fenêtres de l’école : il a pu récolter des petits pois la veille de la Noël. Cette culture, ainsi que celle des haricots verts, procureraient certainement de beaux bénéfices à celui qui voudrait les pratiquer sur une assez grande échelle.

Enfin la nature du terrain de Porto-Farina se prêterait très bien à la culture des asperges.

Mais de toutes les cultures qui pourraient être avantageusement pratiquées à Porto-Farina, celle de la pomme de terre donnerait certainement les meilleurs résultats.

En 1904, la Société des Primeuristes tunisiens engagea les jardiniers à semer la pomme de terre de Hollande et, à cet effet, elle leur livra une certaine quantité de semence. L’essai fut tenté dans de mauvaises conditions: la semence qui n’était pas, paraît-il, de première qualité, ne put être mise en terre que très tardivement ; d’un autre côté, l’hiver fut assez rigoureux et les froids des premiers jours de Janvier firent beaucoup souffrir les pommes de terre. Bref, le résultat fut négatif et la Société des Primeuristes renonça à poursuivre l’expérience.

Sur les conseils d’un Français, qui lui procura la semence, le nommé Mohamed Belhadj Othman reprit l’idée pour son propre compte et il sema, cette année, des pommes de terre de Hollande.

Il y a tout lieu de croire qu’il n’a pas eu à le regretter puisque, vers le 15 Décembre dernier, il a pu récolter deux quintaux environ de belles pommes de terre. La Société des Primeuristes tunisiens s’est chargée de les expédier et de les vendre. Le prix rémunérateur qu’il ne peut manquer d’en avoir tiré, l’engagera à recommencer et son exemple sera suivi par d’autres.

La culture des primeurs deviendrait ainsi une source de bénéfices pour la laborieuse population de Porto-Farina. A ce point de vue elle mérite d’être encouragée.

Enfin, les arabes cultivent les oeillets dont ils sont grands amateurs et dont ils tirent un grand profit. La variété la plus recherchée est le  » marchouch « , oeillet blanc panaché de rose, dont le plant, en pot, se vend couramment 2 fr. à 2 fr. 50. Les plus beaux pieds atteignent quelquefois 5 francs. Mais l’oeilletle plus rare est l’œillet blanc panaché de vert créé par « El Hedi Roustan » qui assure avoir obtenu cette variété en greffant un oeillet blanc sur du persil ! J’ai hâte d’ajouter que ce fameux oeillet n’a jamais existé que dans la très fertile imagination de ElJHedi. Pour s’en convaincre, il suffit de lui en demander une bouture; il ne manque jamais de bonnes raisons pour la refuser.

El Hedi est mon ami depuis que j’ai eu l’air de croire à son oeillet vert. Comme il me racontait de quelle façon il s’y prenait pour greffer son pied de persil, je lui fis la remarque, qu’en effet, les racines de l’oeillet avaient beaucoup de ressemblance dans celles du persil. Le brave El Hedi, croyant avoir trouvé quelqu’un qui prenait son histoire au sérieux, était transporté de joie et ne cessait de me répéter:  » Rihit? Rihit? » (Tu as vu? Tu as vu?). Depuis ce jour il est plus persuadé qu’il a créé l’oeillet vert. Cela ne l’empêche pas, du reste, et pour cause, de m’en refuser la moindre bouture ou la plus petite fleur. La région de Porto-Farina étant très florifère, les habitants élèvent beaucoup d’abeilles. Les ruches sont formées d’un simple panier en paille et les moyens d’extraction de miel sont des plus rudimentaires.

Aussi le rendement est-il peu appréciable.

Comme il a été dit plus haut, la population maltaise se compose d’environ 400 âmes. La première famille maltaise établie à Porto-Farina est la famille Baldacchino qui est dans le pays depuis près d’un siècle. Plus tard vinrent les Muscat, les Crima, les Camilleri, les Bugeia, les Spiteri, les Meylak. Les premiers maltais vivaient de la pêche et surtout de la contrebande de tabac et de, poudre. Quand la contrebande fut sévèrement réprimée, ils se tournèrent vers l’agriculture et prenant exemple sur les indigènes, ils devinrent d’excellents jardiniers. En général, le maltais de Porto-Farina est travailleur et sobre. Ses procédés de culture sont les mêmes que ceux des indigènes dont il a pris, du reste, les coutumes, les moeurs et un peu le costume. La femme maltaise ne sort que très rarement, si ce n’est que pour aller à l’église ; dans ce cas, elle est couverte d’un grand châle qui lui cache presque complètement la figure. Si elle est obligée d’aller chez une parente, elle fera un long détour pour ne pas passer sous le souk ou dans une rue exclusivement habitée par des indigènes. Cette peur des arabes n’a pourtant pas empêché quelques maltaises de se marier avec des musulmans. Une de celles-ci passe pour être sorcière et vit aux dépens des naïfs, qui vont consulter la  » déguezr » (devineresse) pour toutes les affaires de quelque importance.

Et ce qu’il y a de plus curieux c’est que ses anciens correligionnaires, les maltais, ou plutôt les maltaises constituent le plus clair de sa

clientèle.

La population française de Porto-Farina comprend quelques pécheurs et quelques fonctionnaires et leurs familles.

A environ 6 kilomètres du village, et non loin de la pointe Farina, se trouve le marabout (tombeau) de sidi Ali el Mekki, Bâti sur le flanc de la montagne qui, à cet endroit, est presque taillée à pic, on y Accède par mi sentier très raide qui surplombe

la mer.

Sidi el Mekki est un lieu de pèlerinage très fréquenté, surtout par les femmes, qui y viennent de Mateur, de Bizerte, de Tunis et même de plus loin. Chaque pèlerin, ou tout au moins chaque chef de famille qui y amène femme (ou femmes) et enfants, apporte

une bête, mouton, chèvre ou même poule, qui est égorgée en l’honneur du saint marabout et surtout pour le grand profit de l’Oukil, qui prélève le quart sur toutes les offrandes.

La réputation de sainteté de Si el Mekki est tellement bien établie qu’il n’y a pas de forçat libéré qui ne lui consacre sa première journée de liberté.

Les Djerbiens établis dans le nord de la Régence, font de Sidi el Mekki leur lieu de pèlerinage préféré.

Chaque année» au mois d’août* ils se réunissent en grand nombre et, en voiture, en charrette, à çhévâl, à dos d’âne et même à pied, se rendent à Sidi el Mekkii étendards déployés et musique en tête. Arrivés le lundi matin, ils repartent le

•jeudi soir. Pendant quatre jours ce ne sont que chants, danses, fantasias coups de fusils, couscous monstres. Il n’est pas rare que ces fêtes soient troublées par des accidents : c’est ainsi qu’un Djerbien a été tué net par un tromblon qui, chargé jusqu’à la gueule, lui a éclaté dans la main.

 

Un vieil italien qui a embrassé la religion musulmane et qui habite Porto-Farina depuis

une soixantaine d’années, m’a raconté la légende suivante :

« Il y a bon nombre d’années, un ermite chrétien, nommé Michel, venu on ne sait d’où, s’établit dans une grotte de la montagne. Il partageait son temps entre l’étude et la contemplation. Les coquillages qu’il allait ramasser au bord de la mer étaient sa seule nourriture. La vie austère qu’il menait ne tarda pas à attirer l’attention des arabes, et à lui gagner leur sympathie. Pendant toute sa vie il fut entouré de respect et, à sa mort, il fut enterré dans sa grotte par les soins des arabes qui, depuis, le vénèrent comme un saint sous le nom de Sidi el Mekki (Saint Michel). »

D’après la légende, les livres du saint marabout existeraient encore, de même que son cadavre qui serait conservé d’une façon surprenante. Nul n’ayant été appelé à vérifier cette assertion, il y a lieu de la reléguer dans le domaine de la fantaisie.

Toujours est-il que les arabes attribuent à Sidi el Mekki le pouvoir de faire des miracles: une semaine passée au tombeau du célèbre marabout guérit un malade aussi bien, sinon mieux que pourrait le faire le plus grand médecin, et quelques glissades sur une pierre ad hoc suffisent pour rendre féconde une femme stérile. Il faut croire que bien nombreuses sont les femmes arabes qui se trouvent dans ce cas, car la pierre magique a tellement servi que sa surface en est devenue unie comme une glace. Enfin Sidi el Mekki aurait une influence considérable sur le sexe des enfants à naître. L’enfant sera du sexe masculin ou du sexe féminin suivant l’importance du cadeau offert.

Les habitants de Porto-Farina sont très jaloux de leur saint marabout. D’après mon vieux conteur italien, au moment de l’occupation française, ils n’auraient pas été loin de prendre les armes pour le défendre ; un mauvais plaisant ayant fait courir le bruit que la campagne de Tunisie n’avait pas d’autre but que celui d’enlever le tombeau de Saint Michel aux infidèles ! Les autorités durent déployer beaucoup d’éloquence pour prouver à leurs naïfs administrés que nous nous étions dérangés pour autre chose.

A Sidi el Mekki se trouve un plage superbe qui s’étend jusqu’à la Marsa. Sans fond dangereux, cette plage est, l’été, le rendez-vous de tous les pêcheurs à l’épervier de Porto-Farina et de Raf-Raf. C’est, en effet, à cette époque qu’a lieu le passage des mulets dont la femelle porte une boutague (oeufs) très estimée. Cette pêche fournit l’occasion de nombreuses parties de plaisirs qui, malheureusement se terminent, la plupart du temps, par une orgie dont l’anisette et l’absinthe font tous les frais.

Les mulets péchés dans la journée sont vendus à Porto-Farina. Le pêcheur en garde quelques-uns parmi les plus gros pour son repas du soir et celui de ses invités. Ces mulets, grillés sur des charbons ardents, constituent un mets assez agréable.

Le plus renommé de ces pêcheurs est El Hedi Roustan, le même qui prétend avoir créé l’œillet vert. Pendant un séjour que je fis sur la plage avec ma famille aux dernières grandes vacances, j’avais pour voisin mon ami El Hedi. Le soir il venait volontiers causer avec moi, et il m’arrivait souvent, si la lune le permettait, de l’accompagner à la pêche. Que nous fussions à la maison, à déguster notre café ou sur la plage à guetter le poisson, El Hedi avait toujours une nouvelle du soir à me raconter. Il est vrai que souvent l’histoire m’avait été déjà racontée deux ou trois fois par lui-même ; mais comme il avait soin d’y introduire de nombreuses variations et que, d’un autre côté, je ne voulais pas lui faire de la peine, je l’acceptais comme si je l’entendais pour la première fois. Un jour, il avait capturé quatre canards sauvages d’un coup d’épervier, une autre fois il avait un énorme loup (poisson de mer à chair très délicate) qu’il avait eu toutes les peines du monde à tirer sur la plage et qu’il avait été obligé de tuer d’un coup de fusil ! Enfin, un soir, alors qu’il était employé à la pêcherie, il était tellement rentré de daurades dans les bordigues qu’il surveillait qu’il ne voyait plus l’eau. « Les daurades, me disait-il, étaient entassées dans les bordigues comme les sardines dans un baquet. »

Mais là où El Hedi n’a pas son pareil, c’est dans la confection d’une Mechoua (grillade de mulet).

A Tunis même on le connaît et il y a quelques années il fut prié d’en préparer une pour un Ministre dont il a oublié le nom. « En un tour de main, me disait El Hedi, les mulets étaient péchés et nettoyés. Ramasser le bois et préparer la braise fut l’affaire d’un instant et au bout d’un temps relativement court, la Mechoua cuite à point était soigneusement emballée et chargée sur une mule qui partit à francs étriers. Deux heures plus tard la Mechoua était sur la table du Ministre : le poisson était arrivé chaud.»

Par retour du courrier El Hedi reçut les félicitations du Ministre et une somme de 100 piastres ? ? »

Les pêches de El Hedi Rôustan feraient mauvaise figure à côté de celles que l’on fait dans la pêcherie installée dans le lac de Porto-Farina.

Jusqu’en 1898, la pêche était libre dans le lac. A cette époque, elle fut concédée à M. Lisbonis, ancien Secrétaire général de la Municipalité de Tunis, moyennant une redevance annuelle de 500 francs. Cette concession était valable pour une durée de douze années, M. Lisbonis exploita lui-même sa pêcherie pendant six mois, puis il la céda à M. Démange. Ce dernier s’en dessaisit à son tour, en 1903, en faveur de MM, Bonello et Pisani, de Tunis, qui l’exploitent encore.

La pêche est pratiquée au moyen de bordigues, de verveux et de filets flottants.

Un barrage fait de panneaux en grillage de fer; ferme » la seule passe qui permettrait au poisson de gagner la mer. Ce barrage forme une ligne brisée de près de un kilomètre de longueur.

C’est au sommet des angles sortants de cette ligne brisée, que sont installées les bordigues.

Une flottille d’une dizaine d’embarcations et de nombreux filets complètent le matériel d’exploitation.

Un nombreux personnel est employé à la pêcherie. Outre un comptable français, il comprend un « raïs » (maître pêcheur), une vingtaine de pêcheurs italiens, quatre inscrits maritimes, qui sont spécialement affectés à la pêche aux filets, et quelques gardiens. Ces derniers ne sont pas moins nécessaires que les pêcheurs, car les braconniers sont légion et réussissent souvent à tromper leur vigilance.

La pêche aux filets est pratiquée par des barques françaises commandées par des inscrits maritimes.

Une partie du poisson péché par ces inscrits est exporté et ne paie pas de droits à sa sortie de Tunisie.

Les bordigues sont des espèces de grandes nasses en grillage de fer. La pêche par les bordigues se fait automatiquement et ne demande qu’un personnel très restreint, souvent même un seul homme suffit. Sa tâche consiste à surveiller la bordigue et à en fermer la porte lorsqu’il juge suffisante la quantité de poisson qui s’est laissée prendre. Cette surveillance ne s’exerce, du reste, qu’à certaines heures de la journée. Le lac de Porto-Farina est, en effet, soumis à l’influence du flux et du reflux. Pendant six heures consécutives l’eau de la mer rentre dans le lac avec assez de violence pour rendre pénible la sortie d’une barque ; pendant les six heures qui suivent c’est, au contraire, l’eau du lac qui sort Or, le poisson marche toujours contre le courant: c’est donc au moment où celui-ci rentre dans le lac que le poisson cherche à en sortir. En bancs serrés, il se dirige vers la passe, pour gagner la mer ; mais il est vite arrêté par le barrage qu’il se met alors à longer, avec l’espoir de trouver une issue. La moindre déchirure dans le grillage peut laisser passer un quantité considérable de poisson.

Aussi, le barrage est-il soigneusement et fréquemment visité par le personnel de la pêcherie.

Si le barrage çst intact, le poisson continue sa marche et, arrivé devant la porte d’une bordigue, il s’y introduit et n’en peut plus sortir. Armé d’une épuisette à mailles très solides, le pêcheur a vite fait de le faire passer de la bordigue dans la barque qui le transportera à terre.

Pendant l’été, au moment de la pêche du mulet, l’épuisette est abandonnée et les pêcheurs prennent le poisson à la main. Cette pêche n’est pas sans danger. Le mulet peut, en effet, sautera plus d’un mètre de hauteur au-dessus de l’eau. Lorsqu’il se voit acculé contre le grillage de la bordigue, il s’élance comme une flèche et essaie de sauter par dessus les parois de sa prison. Il n’est pas rare, dans ce cas, que le pêcheur le reçoive en pleine figure et avec assez de force pour que le sang coule. Afin d’éviter les accidents il ne descend dans la bordigue que le visage protégé par un masque d’escrime.

Le poisson péché par les bordigues, ou par les filets, est transporté à Porto-Farina, dans l’après-midi et mis en caisses. A l’aide de casiers mobiles et disposés horizontalement, ces caisses sont divisées en compartiment. Dans chacun de ces compartiments on dispose une rangée de poissons que l’on recouvre d’une couche de glace pilée.

Afin que le poisson ne soit pas en contact direct avec la glace, on l’isole avec une feuille de papier glacé. Dans la soirée, ces caisses, hermétiquement fermées, sont chargées sur des charrettes qui les transportent à Tunis et où, pour éviter la chaleur, elles doivent arriver le lendemain à la première heure.

Les principales espèces de poissons péchés dans le lac de Porto-Farina sont : le loup, la sole, la daurade, le marbré, l’anguille, le spars et les différentes variétés de mulet. On y pêche aussi quelques rougets et quelques goujons, Ces deux dernières espèces ont presque disparu depuis qu’un bras de la Medjerdah se déverse dans le lac.

Chaque espèce de poisson est pêchée a une époque différente.

Ainsi la pêche de la sole se fait en Mai et Juin ; la daurade, qui ne sort que par les fortes chaleurs, est pêchée surtout en Juin et Juillet; on-la pêche aussi beaucoup en Octobre qui est le mois de sa passe régulière.

Comme la daurade, le mulet sort au moment des fortes chaleurs ; les pêches de mulet les plus abondantes se font en Août et Septembre. Cette pêche est alors d’autant plus rémunératrice que les femelles portent des boutargues (oeufs) qui, une fois séchées, se vendent 5 à 6 francs le kilogramme.

L’anguille se pêche en Février, Mai et Juin et le spars en Octobre et Novembre. Enfin le loup, se pêche surtout de Décembre à fin Février.

Pour permettre l’empoissonnement du lac, le barrage qui ferme la passe est enlevé à la fin de Février et n’est rétabli qu’à la fin d’Avril.

En 1907, M. Dulucq, comptable de la pêcherie, découvrit un banc d’huîtres dans la partie sud-est du lac. Ce banc fournit une quantité considérable d’excellentes huîtres qui n’ont que le défaut d’être de forme irrégulière. Ce défaut disparaîtra lorsqu’elles seront élevées dans le parc à huîtres qu’un spécialiste, venu de France, est en train d’installer dans la passe.

Pendant les mois de Décembre, Janvier et Février, le lac est continuellement sillonné par des vols considérables de canards sauvages et de nacreuses. On peut aussi y chasser le flamant, le héron, l’aigrette, la mouette, l’hirondelle de mer, etc..

La chasse étant libre sur le lac, les nemrods, qui ne craignent pas trop le froid, peuvent s’en donner à coeur joie.

Qu’il nous soit permis d’ajouter que Porto-Farina, digne d’un meilleur sort, grâce à ses pêcheries, à ses chasses abondantes et à sa population laborieuse, n’a pas perdu tout espoir de résurrection.

Il est question, comme il a été dit, d’y établir un poste de télégraphie sans fil et le projet d’y entretenir une station de torpilleurs ne paraît pas abandonné. Le pays mérite mieux qu’une visite.

Un véritable séjour s’impose. Promeneurs, chasseurs, pêcheurs, archéologues pourront y satisfaire leurs goûts.

C’est cet ensemble de ruines imposantes, cet aspect dé ville endormie sur les rives d’un beau lac entouré de montagnes verdoyantes au milieu de fertiles jardins qui donne à Porto-Farina un caractère si particulier à la fois mélancolique et attachant.

Cette petite ville, qu’elle soit aperçue dorée par le grand soleil ou baignée par les rayons argentés de la lune, m’a laissé une impression que plusieurs années d’éloignement n’ont pu atténuer. Mon but sera atteint si ces quelques lignes donnent à des voyageurs amateurs d’inédit l’heureuse inspiration de faire, loin des sentiers tracés, une visite à la cité morte de Porto-Farina. M Coye (Oise).

P. CÉZILLY.

 

(1) Un service quotidien d’autobus fonctionne entre Tunis et Porto-Farina. Le voyageur peut trouver logement et nourriture dans deux hôtels à peu près confortables. La localité est pourvue d’un bureau dos postée et des télégraphes, église, marché, école, etc.

 

 

 

 

source

Titre : Notice sur Porto Farina (Tunisie), (port corsaire et arsenal des beys) : son passé, l’esclavage / par Paul Cézilly,… ; avec une étude sur l’état actuel, par A. Canavaggio,…

Auteur : Cézilly, Paul

Auteur : Canavaggio, A.

Éditeur : impr. de Person frères (Paris)

Date d’édition : 1912

Type : monographie imprimée

Langue : Français

Format : 1 vol. (62 p.) : carte ; in-8

Droits : domaine public

Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l’homme, 8-O3I-869

Provenance : bnf.fr

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La Tunisie au gré des conflits

Culture et patrimoine 



7 avril 2013

La Situation Économique de Bizerte

Classé sous — milguerres @ 0 h 32 min

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La Tunisie au gré des conflits

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Une histoire : Bizerte et la France 

La Situation Économique de Bizerte

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ET LA DEFENSE NATIONALE DEVANT LE PARLEMENT

Auteur : Cambourg, Loïc de

Éditeur : impr. de C. Puyfagès (Tonnerre) Date d’édition : 1908

Sujet : France (1870-1940, 3e République) Droits : domaine public

Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l’homme, 4-LB57-14514

Provenance : bnf


L’incident soulevé récemment à la Chambre par quelques députés clairvoyants relativement à la question de l’Ouenza, cette mine de fer si puissamment riche située sur la frontière d’Algérie-Tunisie, attire l’attention sur Bizerte, notre grand port africain dans la zône duquel elle se trouve.

De Tunisie m’arrive des nouvelles me signalant la lamentable situation économique de Bizerte, la ville la plus française de la Tunisie.

« J’ai pris la Tunisie pour avoir Bizerte », déclara Jules Ferry, et si cet éminent homme d’Etat revenait parmi nous, il pourrait demander des comptes à la France de sa mauvaise gestion ; Bizerte, en effet, le point de mire de toutes les convoitises étrangères languit de la crise où on semble vouloir sciemment la laisser.

Pourquoi me faut-il encore signaler aux pouvoirs la situation économique si gravement compromise de notre grand port africain ? Quelle extraordinaire insouciance, quelle coupable apathie président aux destinées de Bizerte! Ne semble-t-il pas que le mot d’ordre est le « boycottage » par l’indifférence, de cet admirable port; cet état de choses ne peut se prolonger sans risquer d’annihiler sans retour, le merveilleux effort de la France à Bizerte par ses nationaux et son argent, les conséquences en seraient redoutables.

La Tunisie est un pays très riche, nul ne le conteste, l’état de ses finances en fait foi (1), alors d’où vient cette anomalie que Bizerte le plus beau port de Tunisie n’a pris aucun développement, est resté, « atrophié » si je puis m’exprimer ainsi dans ce pays si prospère.

Il y a évidemment des causes et je vais les rechercher.

(I) L’exercice 1907 du budget-tunisien se solde par un excédent de recettes de huit millions

774.805 fr.

Lors du commencement des travaux du port de guerre de Bizerte par la Marine, parallèlement sur une des deux rives, à l’entrée de l’immense lac intérieur, une ville française surgissait comme par enchantement, c’était une nuée de Français, pleins d’enthousiasme qui s’abattit sur toute la région suivant la France dans sa fortune, MM. Hersent et Couvreux créèrent un port de commerce, ils n’eurent pour cela qu’à améliorer la situation naturelle privilégiée de Bizerte qui, avec sa grande profondeur d’eau, en un point des mieux abrités sur la route de tous les navires allant de Suez à Gibraltar, leur permirent de concevoir à juste titre, les plus légitimes espérances.

A vol d’oiseau, Bizerte avait, l’aspect d’une vaste fourmillière où s’utilisait l’ardeur du génie français.

Quelles causes ont donc pu venir briser l’élan de nos compatriotes et réduire à rien un des plus beaux ports du monde qui, s’il eût été Anglais, Allemand, Belge ou même… Chinois, serait à l’heure actuelle dans une prospérité certaine.

Ces causes, je vais les énumérer les unes après les autres. En 1894, une concession spéciale des ports de Tunis, Sousse et et Sfax, qu’accorda le gouvernement Tunisien, à une puissante compagnie, fût le point de départ de la crise économique de Bizerte. Le gouvernement Tunisien accorda une garantie à la compagnie concessionnaire moyennant le partage des bénéfices jusqu’à la concurrence d’un certain bénéfice net et l’abandon du surplus à l’état Tunisien.

Par cette concession, le gouvernement Tunisien était amené à favoriser le développement des trois ports Tunis, Sousse, Sfax même au détriment de Bizerte qui avait une concession sans garantie, c’était conséquemment contrecarrer l’oeuvre de la France à Bizerte.

Cette première erreur d’avoir créé un port à Tunis, que sa situation géographique, à l’extrémité d’un étroit chenal de 12 kilomètres, continuellement obstrué par les vases, ne permettait de réaliser qu’imparfaitement devait en amener d’autres toujours au détriment de Bizerte.

Après les ports, suivit la construction des chemins de fer, ce fut Tunis, Sousse, Sfax, qui drainèrent à elles les produits du sol Tunisien, en particulier les riches gisements de phosphates du Sud; Bizerte n’ayant qu’une ligne la reliant à Tunis et cette -dernière absorbant tout le trafic, notre grand port africain était encore une fois sacrifié. M. Boudenoot, sénateur, alors rapporteur du budget de la Tunisie pour donner une compensation à Bizerte qui venait d’être frustrée des phosphates, écrivait dans son rapport :

Rapport Boudenoot

« Les minerais des Nefzas et les gisements de calamine de la région fourniront — l’engagement en est pris — au port de Bizerte, un trafic annuel de 62.000 tonnes ; il viendra s’y ajouter, dans un avenir prochain, un tonnage quatre à cinq fois plus considérable encore, lorsqu’on mettra en valeur les richesses minérales aujourd’hui reconnues près de la frontière d’Algérie, et qui se trouvent dans la zone d’attraction de Bizerte. Cette ville aura donc bientôt ce qu’elle désire justement, je le répète, c’est-à-dire un grand port commercial à côté de son grand port militaire ; et je ne suis pas de ceux qui disent qu’ils ne peuvent exister à côté l’un de Fautre. C’est possible, sinon partout; du moins à Bizerte mieux qu’ailleurs, et j’en tombe d’accord avec l’amiral Merleaux Ponty, qui dirige les importants travaux entrepris là-bas, grâce à l’étendue et aux ressources multiples que présente sa merveilleuse rade intérieure ».

Il y avait là, comme on le voit, une promesse officielle du gouvernement de la métropole envers Bizerte, de donner à ce port les minerais de fer d’Ouehza de la frontière d’Algérie-Tunisie.

Bizerte. forcée de se contenter de cette promesse en réclama son exécution dans les délais les plus rapides. Mais cette compensation à Bizerte fit surgir une nouvelle compétition qu’on ne soupçonnait pas. Bône qui ne songeait nullement à l’Ouenza, trouvant qu’il lui serait bien plus avantageux que ces-minerais fussent dirigés sur son port plutôt qu’à Bizerte, s’y opposa et fit valoir une question de frontière, déclarant que la mine d’Ouenza étant sur la frontière Algérienne, ses minerais devaient avoir comme port de débouché un port Algérien ! (1). Argument de bien peu de valeur au moment où il est question de suppri mer la frontière douanière d’Algérie-Tunisie et que détruisent d’autre part des précédents contraires.

(I) Nous savons que le Syndicat d’exploitation du Djebel-Ouenza a insisté auprès du Gouvernement algérien sur l’avantageconsidérable qu’il y aurait à diriger les minerais sur Bizerte, et il Offrait pour cela au gouvernement algérien une redevance de o fr. 50 à I fr. par tonne extraite.

Différentes commissions, des ingénieurs, étudièrent le tracé de la voie ferrée qui devait relier l’Ouenza à Bône, et Bizerte allait encore être frustrée de ce fret de retour promis, indispensable aux navires qui apportent le charbon pour le ravitaillement de nos escadres, à son port de commerce, aux fonderies qu’il faut créer, etc., etc., en un mot à la défense nationale.

Fort heureusement, tout récemment à la Chambre, un incident a surgi d’une façon très opportune pour démolir ce plan absurde antinational, uniquement inspiré que par des intérêts particuliers. C’est à l’intervention de MM. Jaurès et Zévaès, qui signalèrent le danger que nous devons d’avoir évité un malheur irréparable ! En effet, par l’association Schneider-Krupp, l’Allemagne mettait la main sur l’Ouenza, une des mines de fer les plus riches du monde, et l’on deviné quel usage elle aurait fait de ses minerais ! Cela lui eût servi à fabriquer des armes contre la France. C’était aussi construire absolument inutilement un chemin de fer de 231 kilomètres de l’Ouenza à Tébessa-Souk-Ahras-Bôné en pays très accidenté et qui reviendrait à un prix considérable à la compagnie concessionnaire, augmentant dans de grosses proportions les prix de la tonne de minerai à l’industrie française, or, pourquoi ce chemin de fer quand il y en a un autre qui est sur le point d’être achevé et qui, partant de Nebeur, point distant de quelques lieues de la mine d’Ouenza-aboutira à Bizerte, où ces minerais sont si nécessaires à cette place forte réduit de la défense de l’Afrique du Nord.

Que va-t-on faire maintenant ?le dernier mot est au Parlement et je ne doute pas qu’il ne se range du côté de la défense nationale.

La question de Bizerte port de commerce étant étroitement lié à la défense de cette place, je vais exposer les avis des sociétés ou des personnes compétentes qui se sont nettement prononcées pour Bizerte et la Défense Nationale.

Citons :

1° Le voeu émis par la « Société des Etudes coloniales et Maritimes » La Société des Etudes Coloniales et Maritimes, ayant mis à l’étude, sur la proposition de M. Paul Bonnard, la question de Bizerte port de sortie des minerais de fer de Djebel-Onenza, après une délibération qui a occupé plusieurs séances, et à laquelle ont pris part, entre autres membres du Conseil, MM. le Myre de Vilers, le duc de Bassano, Rueff, Auguste Moreau, Basse, Dreyfus-Bing, Prince, Paul Bonnard, le baron de Cambourg, Dumesnil, Bouquet de la Grye, etc.; sur un rapport imprimé du baron de Cambourg, a émis, dans sa séance du jeudi mars 1903, présidée par M. Bouquet de la Grye, le voeu suivant rédigé par M. Dumesnil, secrétaire général de la Société.

La Société des Etudes Coloniales et Maritimes, considérant,

a) Que l’exploitation des minerais du Djebel-Ouenza n’atteindra tout le développement désirable que si l’on peut les transporter économiquement à un port d’accès facile où ils pourront être facilement embarqués ;

b) Que la ligne Tébessa-Souk-Ahfas-Bône, qui pourrait les conduire au port de Bône, est déjà encombrée et devrait être doublée ;

c) Que le tracé de la voie ferrée qui pourrait les mener à Bizerte serait à l’abri des tentatives de l’ennemi et aurait, par là même, une valeur stratégique supérieure à celle de la Medjerdah ;

d) Que les rampes qui existent entre Djebel-Ouenza et Bône ou Philippeville atteignent dix-huit ou vingt-trois millimètres, alors que, vers Bizerte, elles ne dépasseraient pas dix millimètres ;

e) Que le fret des minerais du Djebel-Ouenza attirerait à Bizerte les bateaux charbonniers qui vont maintenant à Malte; qu’en retour de ces minerais, Bizerte recevrait le charbon nécessaire à la défensenationale, au commerce et aux établissements métallurgiques projetés; que ce charbon serait sans *cesse renouvelé ;

f) Qu’un important dépôt de charbon pourrait aider à créer à Bizerte un vrai port de commerce avec une zone franche ; que ce port de commerce serait au service du port de guerre pour le ravitallement, la main-d’oeuvre, les réquisitions, etc. ;

g) Que l’accroissement du commerce et la possibilité de créer des établissements métallurgiques à proximité de l’arsenal augmenterait considérablement nos ressources et nos moyens d’action ;

. Emet le voeu :

Que les pouvoirs publics examinent s’il ne serait pas nécessaire, au point de vue de la défense nationale, de diriger sur Bizerte les minerais du Djebel-Ouenza.

Ce voeu a été adressé aux Ministres de la Guerre, de la Marine, des Affaires étrangères et des Travaux publics.

2° Lettre du général Pendezec, chef d’état-major général

Monsieur l’Ingénieur en chef, par lettre du 1er juin dernier, vous avez bien voulu me transmettre, avec avis favorable, le texte d’un voeu émis émis par la Société des Etudes Coloniales et Maritimes, dans sa séance du 9 mai dernier, relatif à une ligne de chemin de fer qui amènerait à Bizerte les phosphates de Thala. En vous remerciant de cette communication, j’ai l’honneur de vous faire connaître que j’ai déjà appelé l’attention de M. le Ministre des Affaires étrangères sur la création des voies ferrées tunisiennes qui favoriseraient l’organisation militaire de la place et du port de Bizerte-

Je suis tout disposé, d’ailleurs, à donner mon approbation à toutes les études qui seront entreprises dans ce but.

Recevez, Monsieur l’Ingénieur en chef, les assurances de ma considération très distingué.

3° Extrait d’une conférence de M. L. Saignes à la Société de Géographie .

sous la présidence de M. Henrique, député

On vient de découvrir sur la frontière d’Algéi ie et de Tunisie, au Djebel-Onenza, un territoire minier. Il s’agit de minerais de fer que les reconnaissances faites représentent comme d’une richesse presque illimitée. En tous cas, il semble bien que les minerais dé l’Ouenza peuvent donner au moins trois cent mille tonnes par an au port do sortie. Or, ce port de sortie ne saurait, pratiquement, être autre que Bizerte. Il y a un chemin de fer d’exploitation à construire : les rampes ne seront que de dix millimètres vers Bizerte ; elles seraient de dix-huit et de vingt-trois vers Bône et Philippeville.

Les hommes les plus compétents, du reste, se sont prononcés sur ce point. M. le sénateur Boudenoot^jnembre de la Commission parlementaire des Chemins de fer tunisiens, récapitulant les éléments de frêt qu’il s’agit de fournir à Bizerte, qui lui sont dûs et qui ne pourraient plus lui être enlevés que par la plus absurde des conspirations d’intérêts, comprend, au nombre de ces éléments, avec les minerais des Nefzas, ceux de l’Ouenza, pour lesquels il reconnaît qu’un engagement a été solennellement pris ( Voir la Revue Politique et Parlementaire du 1er octobre 1902).

Ces minerais de l’Ouenza, arrivant à Bizerte, serviraient de fret de retour aux bateaux charbonniers qui auraient apporté de Cette, par exemple, des charbons de Bessèges ou de la Grand’Combe et aussi à ceux venant de Cardiff, avec du charbon anglais, vrai charbon de vitesse, du steam coal.

M. Paul Bonnard, traitant, dans le Bulletin des Etudes Coloniales et Maritimes, la question qui nous occupe, regarde même comme possible, avec l’excédent non employé en fret de retour de ces abondants minerais, d’entreprendre la métallurgie du fer à Bizerte. Il fait valoir que des établissements métallurgiques y trouveraient une clientèle toute prête : à savoir notre camp retranché de l’Afrique du Nord et le port de commerce qui se créerait naturellement, forcément, même, à côté de lui. Cette vue me semble parfaitement réalisable.

Résumons :

I. — Pour avoir Bizerte efficace, il y faut beaucoup de charbon sans cesse renouvelé.

II. — Pour y avoir beaucoup de charbon, il faut que les bateaux transporteurs y trouvent du frêt de retour.

III.—Pour pouvoir y offrir du frêt de retour à des charbonniers, il faut y disposer constamment d’une grande quantité de marchandises lourdes, dans l’espèce de minerais.

IV. — Enfin, pour disposer de grandes et régulières quantités de minerais sur les quais de Bizerte, il faut que les régions minières du voisinage, notamment celles de la frontière d’Algérie, et plus particulièrement encore celles de l’Ouenza, soient reliées à Bizerte directement par une voie ferrée. Si j’en crois les journaux de Bizerte, un syndicat métallurgique se serait déjà constitué, qui serait prêt à entreprendre l’exploitation des mènerais dont il s’agit, à la seule condition qu’on lui permît de construire ce chemin de fer à ses frais, risques et périls.

Maintenant, le point sur lequel il importe que l’opinion publique se prononce avec la dernière énergie, le principe sur lequel il ne faut plus admettre de transaction et pour la défense duquel j’ai cru devoir aujourd’hui payer de ma personne et faire ma première conférenceest celui-ci: aucun tracé de ligne ferrée ne doit, être voté, susceptible d’enlever au port de Bizerte tout ou partie des minerais de la région. Par contre, les tracés ou raccordements, destinés à amener les minerais en question sur les quais de notre grand port de guerre, doivent être votés d’urgence. C’est la condition.sine quâ non de son efficacité militaire, je crois l’avoir démontré. A la suite de cette conférence, un voeu a été émis, tendant à ce que les pouvoirs publics n’approuvent aucun tracé de ligne ferrée, susceptible d’enlever au port de Bizerte tout ou partie des minerais de la région, lesquels doivent servir de fret de retour en échange des quantités très importantes de charbon nécessaires à l’approvisionnement de ce port.

En outre, la question de la création d’un port de commerce et d’une zone franche à Bizerte doit être mise à l’étude immédiatement par les pouvoirs publics, afin de se trouver résolue dès que les circonstances rendront cette création possible.

Le bureau s’est chargé de transmettre ce voeu à qui de droit.

4° Extrait d’une Conférence de M. Duportal, ingénieur du Bône et Guelma, inspecteur général des Ponts et Chaussées — Etudes algériennes « Ne nous inquiétons donc pas de Ces querelles entre Capulets de Bône et Montaigus de Tunisie, et ne nous plaçons dans l’examen de cette question comme de toutes les autres, qu’au point de vue français.

« Je crois que l’on n’exploitera l’Ouenza que si l’on peut amener dans un port, dans des conditions économiques, les produits de la mine; je crois aussi qu’on ne peut pas les amener économiquement à Bône, qu’il faut les porter à Bizerte et que si la province de Constantine s’obstine, elle tuera la poule aux oeufs d’or, »

Nous sommes persuadés que lorsque l’affaire de l’Ouenza sera portée devant le Parlement, c’est encore cette thèse qui sera applaudie et ratifiée par les suffrages des représentants de.la France !

Enfin, citons encore les noms de quelques personnes des plus compétentes qui se sont prononcées pour Bizerte port de guerre et de commerce : Amiral de Cuverville, sénateur; amiral Merleau Ponty; amiral Gervais ; amiral Servan ; amiral Aubert, chef d’Etat-Major de la Marine ; amiral Bienaimé ; général Marmier ; amiral Fournier ;

M. le sénateur Boudenoot ; M. le sénateur Millaud ; M: Lockroy ; M. de Lanessan ; M. Charles Bos, rapporteur du budget de la marine.

Je crois désormais, après ceci, que la question de la juxtaposition d’un port de guerre et d’un portde commerce ne pourra plus être une arme entre les mains des adversaires de Bizerte.

Après les phosphates de Thala qui allèrent à Tunis, les minerais de fer de l’Ouenza menaçaient d’aller à Bône; Bizerte se voyant complètement déshérité, nos coriipatriotes perdirent tout espoir. L’arrivée au ministère de M. Pelletan, qui suspendit les travaux de l’arsenal de Bizerte (pour faire des économies !!!), donna le coup de grâce aux Bizertins et les faillites se produisirent journellement, c’était la-ruine!

Il faut avouer que, si nos colonies manquent de colons nationaux,, de tels exemples ne sont pas précisément pour encourager l’émigration.

J’emprunte les passages d’unelettre exprimant les sentiments d’un Français de Bizerte sur la situation de cette ville :

« On dirait qu’une vaste conspiration est tramée contre Bizerte et que la mort de cette ville est décidée en principe; Bizerte gêne tout le monde et est une robe de Nessus pour la France, c’est triste pour elle et nous qui y vivons. »

Et je pourrais en êiter encore d’autres plus graves où les responsables sont directement visés… Je préfère momentanément m’abstenir, nous verrons plus tard. Enfin, veut-on encore une preuve de l’état d’abandon dans lequel on laisse croupir Bizerte? L’éclairage de la ville est « assuré »par des lampes à pétrole qui fument et s’éteignent « au moindre souffle qui d’aventure », . Alors les rues et les quais sont plongés en pleine obscurité! Que ferait Bizerte, cité essentiellement militaire en cas de mobilisation ou de siège? Que d’inconvénients créerait à nos troupes l’absence d’un éclairage satisfaisant? Qu’attend- on pour doter Bizerte de l’éclairage électrique?

Lors du vote de l’emprunt tunisien de 75 millions, le Parlement exigea, en raison de considérations stratégiques, que la première ligne ferrée à construire en Tunisie fût celle de Nebeur-Beja-Bizerte; cette voie ferrée est en construction et, avec une autre vers Tabarka, Bizerte peut évidemment compter sur un certain trafic si, comme nous l’espérons, les deux chemins de fer aboutissant à Mateur, les mimerais et marchandises ne prennent la direction de Tunis; Mateur perd en effet 200.000 francs par an du fait de la dérivation de ses produits sur Tunis. Pourquoi ? Quant au trafic du chemin de fer Bizerte- Tabarka, il sera également scindé par la zone, d’attraction de ce dernier port! C’est ce qui nous fait désirer pour Bizerte, au doute existant en ce qui concerne le trafic de ces deux lignes, la certitude du million de tonnes que l’Ouenza extraira annuellement.

Après avoir exposé les causes générales de la crise économique très grave que subit Bizerte, je veux indiquer les moyens propres à l’enrayer, je suis-en cela complètement d’accord avec nos compatriotes de Bizerte :

1° Adduction à Bizerte des minerais de l’Ouenza, fretde retour nécessaire au ravitaillement du port en charbon, le combustible devant être sans cesse renouvelé, et plus d’activité dans la construction +des chemins de fer Nebeur et Nefzas ;

2° Création d’une usine métallurgique, fonderie pour utiliser le charbon et fabriquer les obus ;

3° Création d’un port de commerce à la baie Sébra avec tout l’outillage moderne, y compris un bassin de radoub indispensable aux navires de commerce, Bizerte étant port de refuge; commencement des travaux immédiat;

4° Fonctionnement normal de l’arsenal de Sidi-Abdalah ;

5° Création d’une zone franche pour les charbons et les marchandises permettant de concurrencer Malte qui est port franc ;

6° Une division d’escadre pour se faire caréner tous les ans et un séjour de cette escadre de quelques mois;

7° Augmentation de la garnison en troupe française, garnison qu’on a jugée notoirement insuffisante aux dernières manoeuvres. Les troupes de débarquement figurant l’ennemi s’emparèrent sans effort de Bizerte, malgé la défense acharnée de la garnison. Cette situation est alarmante. Or, les effectifs de cette place sont encore considérablement diminués momentanément par les nécessités de la campagne marocaine;

8° L’éclairage électrique de Bizerte, de son port et de la ville nécessaire à la défense nationale ;

9° Construction du palais du gouverneur, promise depuis cinq ans. Le général gouverneur de Bizerte habite une maison de bas étage incompatible avec la dignité de ses hautes fonctions ; Construction d’écoles trop étroites, du théâtre si nécessaire pour distraire nos troupes, nos colons et recevoir nos marins des escadres étrangères qui fréquentent souvent dans ce port ;

10° Entente plus étroite entre la Marine, les Affaires étrangères, la

Guerre et les Travaux publics en ce qui concerne les questions bizertines ;

11° Escale à Bizerte des paquebots des grandes compagnies subventionnées allant à Port-Saïd, Indes et Indo-Chine qui, s’ils touchaient à Bizerte, prendraient la marchandise et les passagers de Tunisie. La conférence consultative a émis un voeu dans ce sens en désignant Bizerte comme escale.

Je crois avoir exposé les principales revendications bizertines et, puisque M. le Ministre des Affaires étrangères, à une question posée

par MM. l’amiral de Cuverville et le sénateur Millaud, a pris l’engagement formel, à la tribune du Sénat, d’user de toute son autorité pour développer le port de Bizerte, nous espérons qu’il voudra bien commencer par accorder le plus tôt possible satisfaction à la vaillante population bizertine sur ces principaux points ; il le peut facilement et le Parlement l’y aidera. C’est alors et seulement que Bizerte sera vraiment en état de rendre d’une façon complète les services que peut lui demander le pays.

Bizerte forte, intangible, c’est le succès de nos armes, dans « la

guerre fatale »; ne pas préparer ce succès, c’est s’exposer à la défaite,

cela devient presque une trahison.

J’en appelle au Parlement et au Pays !

Bon Loïc DE CAMBOURG.

Secrétaire de la Société des Etudes Coloniales et Maritimes.

TONNERRE. — IMP. CH. PUYFABES   

Titre : La situation économique de Bizerte et la défense nationale devant le Parlement / Bon Loïc de Cambourg

Auteur : Cambourg, Loïc de

Éditeur : impr. de C. Puyfagès (Tonnerre)

Date d’édition : 1908

Sujet : France (1870-1940, 3e République)

Type : monographie imprimée

Langue : Français

Format : 12 p. ; gr. in-8

Format : application/pdf

Droits : domaine public

Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l’homme, 4-LB57-14514

Provenance : bnf.fr

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La Tunisie au gré des conflits

Une histoire : Bizerte et la France 


3 février 2013

LA CAMPAGNE DE TUNISIE

Classé sous — milguerres @ 22 h 25 min

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

La Tunisie au gré des conflits      Une histoire : Bizerte et la France

LA CAMPAGNE DE TUNISIE

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17 novembre 1942-13 mai 1943    
 

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La Campagne de Tunisie et le 15°RTS 

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LA CAMPAGNE DE TUNISIE camp_t10

 

À la suite du débarquement allié en Afrique du Nord le 8 novembre 1942, Allemagne et Italie envoient des renforts en Tunisie pour s’assurer de la possession de Tunis et de Bizerte. Leur présence en Afrique est indispensable pour conserver la maîtrise de cette partie du bassin méditerranéen et retarder toute attaque alliée vers l’Europe.

Les premiers éléments germano-italiens arrivent en Tunisie dès le 9.
En trois semaines, quelque 70 000 hommes débarquent en renfort.
Dans le même temps, les troupes du maréchal Rommel, battues le 2 novembre à El Alamein, se replient vers la Tunisie, à travers la Libye, talonnées par les Britanniques.

En face, les forces françaises, sous les ordres du général Barré, commandant supérieur des troupes de Tunisie, ne comptent guère plus de 10 000 hommes, l’essentiel des troupes de l’armée d’Afrique étant stationné en Algérie et au Maroc. En attendant l’arrivée des Alliés qui progressent depuis Bône et Alger, les troupes françaises se chargent de couvrir la frontière algérienne en retardant l’avancée de l’ennemi.
Elles prennent position dans la région de Medjez-el-Bab, à soixante dix kilomètres à l’ouest de Tunis, et tiennent les régions montagneuses.
Après un premier accrochage, le 19 novembre, elles sont contraintes d’abandonner Medjez-el-Bab et de se replier sur Oued Zarga.
Repoussant les Français vers l’ouest, les troupes germano-italiennes constituent une tête de pont autour de Tunis et Bizerte tandis que les premiers éléments britanniques puis américains franchissent la frontière. Chacun des adversaires tente alors d’occuper le maximum de terrain. À la fin du mois, les Britanniques se lancent à l’assaut de Tunis mais une contre-offensive allemande déclenchée le 1er décembre les repousse. Les troupes allemandes, commandées par le général von Arnim, progressent en direction de la frontière algéro-tunisienne sans toutefois parvenir à enfoncer les positions tenues par les Français sur la dorsale montagneuse qui coupe le pays.

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Troupes allemandes à Tunis – photo ECPAD

Le relief tunisien se caractérise en effet par deux lignes de montagnes, la dorsale occidentale et la dorsale orientale, ou petite dorsale s’étendant du nord au sud, qui se rejoignent autour de Zaghouan, formant un V renversé. C’est dans ce relief compartimenté, ne présentant que peu de possibilités d’accès, que se déroulent des combats des plus acharnés.
Attaques et contre-attaques se succèdent dans des conditions climatiques particulièrement difficiles en cet hiver 1942-1943. La pluie ne cesse de tomber et les véhicules s’enlisent. Français et Alliés essuient les bombardements intensifs de l’aviation allemande qui conserve la maîtrise de l’air jusqu’à la mi-mars 1943. Maintenant la pression, les Allemands entendent profiter de leur avantage avant que les Alliés ne reçoivent de nouveaux renforts.

Reprenant l’initiative, ils lancent le 18 janvier 1943 une offensive qui leur ouvre le passage vers le sud et leur permet de s’enfoncer entre les deux chaînes de montagnes, contraignant les défenseurs de la dorsale orientale à se replier. Le 4 février 1943, arrivées au terme de leur retraite, les troupes du maréchal Rommel viennent renforcer au sud la ligne fortifiée Mareth, tenue par les Italiens. Le 14, les Allemands déclenchent une offensive en direction de Kasserine avec l’intention de prendre le front allié à revers. Les troupes germano-italiennes parviennent à enfoncer les lignes américaines, menaçant la frontière algérienne, mais n’exploitent pas leur succès. De part et d’autre, les
pertes sont importantes. Les troupes de Rommel se replient sur la ligne Mareth, menacée par la VIIIe armée britannique.
Début mars, les forces en présence comptent quelque 300 000 hommes dans les deux camps.

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Britanniques sur le front de Tunisie, avril 1943.

Le 16 mars, la VIIIe armée de Montgomery lance une attaque en direction de Gabès tandis que les Français se lancent à l’assaut de ladorsale orientale.
Von Arnim, successeur de Rommel rappelé en Allemagne, ne peut tenir un front qui s’étend sur près de 650 km et abandonne la ligne Mareth pour se replier vers le nord, sur Bizerte, Tunis et le cap Bon. Les Alliés et les Français gagnent du terrain mais l’ennemi, bien que sans renforts désormais et disposant d’un matériel insuffisant, ne se retire pas sans combattre, opérant de violentes contre-attaques. Une première offensive alliée sur Bizerte et Tunis est repoussée le 22 avril. La deuxième, lancée le 6 mai, après des bombardements aériens massifs, est victorieuse. Le 7 mai 1943, les Alliés entrent dans Bizerte et Tunis. Encore quelques combats et les ultimes noyaux de résistance sont pris. Le 13, les combats cessent avec la reddition de l’Afrikakorps et des Italiens du général Messe.
Le 20 mai, les vainqueurs défilent à Tunis, en présence du général Eisenhower et du général Giraud.

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Les derniers défenseurs de Bizerte sont faits prisonniers par une patrouille du Corps franc d’Afrique, mai 1943.

Quelque 250 000 soldats de l’Axe sont faits prisonniers. Les Alliés comptent plus de 60 000 tués, blessés ou disparus, dont 10 000 Français sur les quelque 75 000 engagés. Allemands et Italiens sont définitivement rejetés hors d’Afrique et perdent le contrôle de la Méditerranée où les convois alliés peuvent à nouveau circuler. L’Italie se retrouve désormais à la merci d’un débarquement. L’Afrique du Nord peut devenir la base d’opérations vers l’Europe. Pour les Français, la campagne de Tunisie marque le retour de l’armée d’Afrique dans la guerre, aux côtés des Alliés et des Français libres.

Les forces françaises qui participent à la campagne de Tunisie aux côtés des Alliés comprennent des troupes de l’armée d’Afrique, placées sous les ordres du général Juin, commandant des forces terrestres en Afrique du Nord, et des Forces françaises libres.
Elles se composent initialement de régiments du Commandement supérieur des troupes de Tunisie (CSTT), renforcés par des troupes venant d’Algérie et du Maroc qui forment le XIXe corps d’armée.

Fin novembre, elles comptent donc également la division de marche de Constantine, la brigade légère mécanique, la division de marche d’Alger, la 1re division de marche du Maroc, la division de marche
d’Oran ainsi que le Corps franc d’Afrique créé le 25. En février 1943, le CSTT est intégré au XIXe CA. Ces troupes sont constituées en différents groupements évoluant en fonction du déroulement des opérations. Après avoir assuré la couverture de l’arrivée des Alliés, l’armée d’Afrique s’illustre tout au long de la campagne. Défendant opiniâtrement ses positions ou reprenant pied à pied celles tenues par l’ennemi en dépit de l’insuffisance des moyens matériels, elle livre de durs combats pour s’assurer la maîtrise des dorsales.

Les Forces françaises libres se composent de deux divisions : la 1re DFL du général de Larminat et la force L commandée par le général Leclerc.
Venant de Libye, elles interviennent en vagues successives à partir de février 1943. La force L, chargée d’assurer la couverture du flanc gauche de la VIIIe armée britannique, se distingue notamment dans les combats du sud tunisien et la 1re DFL en prenant part aux violents combats contre les forces germano-italiennes repliées sur le cap Bon, dans le nord tunisien.

 

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Après la conquête du Fezzan (Libye), les troupes de Leclerc, intégrées à la VIIIe armée
britannique sous le nom de force L, prennent part aux combats de Tunisie.

 

Kasserine et la ligne Mareth (14-22 février, et 20-25 mars 1943)
http://www.secondeguerre.net/articles/evenements/af/43/ev_kasserinemareth.html

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Soldats américains dans la passe de Kasserine

Tunisie
Les Allemands craignaient une offensive alliée en direction de Sfax, ce qui aurait coupé leurs forces en deux. Pour neutraliser cette menace, ils projetèrent d’attaquer la base de ravitaillement alliée de Tébessa. Mais, pour ce faire, il leur fallait forcer le col de Kasserine. Les forces allemandes étaient composées des 10e et 21e Panzerdivisionen du général von Arnim et d’unités de l’Afrikakorps d’Erwin Rommel. Les Alliés, quant à eux, disposaient du 2e corps américain du général Lloyd R. Fredendall et d’éléments de la 1ère armée britannique, commandée par le général Anderson.

Kasserine
Le plan des Allemands était le suivant : von Arnim devrait attaquer Kasserine avec toutes ses forces blindées, tandis que les troupes de Rommel attaqueraient par le sud, les deux devant se rejoindre au col de Kasserine. Le 14 février 1943, les Panzerdivisionen de von Arnim prirent Sidi Bou Zid et repoussèrent la contre-attaque lancée par la 1ère DB américaine. Le 15 février, l’Afrikakorps prit Gafsa (au sud) et se dirigea vers Kasserine. Le 19, Rommel envoya la 21e Panzerdivision attaquer Tébessa et Thala.

En réplique à cela, le général Alexander prit le commandement et envoya la Ière armée britannique renforcer les positions américaines. Ces troupes empêchèrent Rommel d’effectuer sa percée. Le 22 février, Rommel replia ses troupes sur la ligne Mareth. Trois jours plus tard, Kasserine et Sidi Bou Zid furent repris par les Alliés.

Le 6 mars, les 10e, 15e et 21e Panzerdivisionen furent envoyées en direction de Médenine (où se trouvaient les dépôts de ravitaillement britanniques). Mais les Alliés stoppèrent les blindés allemands qui durent se replier après avoir perdu 1/3 de leurs effectifs. Kasserine coûta 2 000 hommes aux Allemands, 2816 tués et blessés aux Américains, auxquels il faut ajouter 2 459 prisonniers. Les autres forces alliées, toutes nationalités confondues, perdirent plus de 5 000 hommes.

 

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Le fossé antichar de Mareth

La ligne Mareth

Rommel dut quitter l’Afrique du Nord le 12 mars 1943, sous ordre personnel de Hitler. Von Arnim se retrouva seul chef des forces allemandes en Tunisie. La VIIIe armée britannique (commandée par le général Montgomery), qui se trouvait sur place, reçut des renforts qui se matérialisèrent sous la forme des Forces Françaises libres du général Leclerc. Le 20 mars, un gigantesque assaut fut lancé contre les positions allemandes – le front était large de 30 km ! Le 30e corps attaqua parallèllement à la côte, au sud, le 10e corps néo-zélandais, composé de la 2e division et de la 8e bridage de blindés et dirigé par la général Freyberg, encercla les Allemands.

Le 26, la 2e division parvint à El Hamma, se retrouvant ainsi sur les arrières allemands, et complétant l’encerclement. La 1ère DB coupa les lignes allemandes en deux. La 1ère armée germano-italienne (commandée par le général Messe) fut forcée de battre en retraite en direction de Gabès, et venait de perdre 70 000 hommes. Montgomery prit Gabès le 6 avril, capturant 2 000 soldats de l’Axe et forçant le restes des troupes à se replier encore plus au nord.

La jonction entre les forces américaines et britanniques eut lieu le 7 avril ; toute résistance allemande cessa le 11.
Kasserine fut la dernière grande offensive allemande en Afrique du Nord

 

 

Les soldats du FSEA en action lors des attaques menées contre les djebels Bou Jerra et El Asker en Tunisie.

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Description : Les soldats du FSEA (Front du Sud Est Algérien) en action lors des attaques menées contre les djebels Bou Jerra et El Asker en Tunisie. Portrait en pied d’un soldat du FSEA sur une plage de Gabès.
Date : Avril 1943
Lieu : Tunisie / Djebel Bou Jerra / Djebel El Asker / Gabès
Photographe : Inconnu
Origine : SCA – ECPAD
Référence : TERRE-39-770

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Description : Véhicules transportant des troupes du FSEA (Front du Sud Est Algérien) sur une piste située au nord du Chott Djerid.
Date : Avril 1943
Lieu : Tunisie / Djebel Bou Jerra / Djebel El Asker / Gabès
Photographe : Inconnu
Origine : SCA – ECPAD
Référence : TERRE-39-768

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Description : Portrait de groupe de soldats britanniques gardant des prisonniers italiens.
Date : Avril 1943
Lieu : Tunisie / Djebel Bou Jerra / Djebel El Asker / Gabès
Photographe : Inconnu
Origine : SCA – ECPAD
Référence : TERRE-39-679

terre-19

Description : Portrait de groupe de prisonniers italiens sur les positions du Djebel Bou Jerra (position du FSEA, Front Sud Est Algérien).
Date : Avril 1943
Lieu : Tunisie / Djebel Bou Jerra / Djebel El Asker / Gabès
Photographe : Inconnu
Origine : SCA – ECPAD
Référence : TERRE-39-681

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Description : Un camion Laffly S 15 R (tracteur de dépannage de chars) du 12e ou du 9e RCA (régiment de chasseurs d’Afrique) dans le secteur des Djebels Bou Jerra et El Asker du FSEA, Front du Sud Est Algérien.
Date : Avril 1943
Lieu : Tunisie / Djebel Bou Jerra / Djebel El Asker / Gabès
Photographe : Inconnu
Origine : SCA – ECPAD
Référence : TERRE-39-694

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Description : Progression d’un char Somua S 35 du 12e RCA (régiment de chasseurs d’Afrique) dans les djebels Bou Jerra et Asker du nord du Chott Djerid, Front du Sud Est Algérien.
Date : Avril 1943
Lieu : Tunisie / Djebel Bou Jerra / Djebel El Asker / Gabès
Photographe : Inconnu
Origine : SCA – ECPAD
Référence : TERRE-39-715

Document pdf à télécharger : Collection « Mémoire et Citoyenneté » n° 34 LA CAMPAGNE DE TUNISIE

 

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Collection « Mémoire et Citoyenneté » n° 34 LA CAMPAGNE DE TUNISIE

SOURCES
-Collection « Mémoire et Citoyenneté » n° 34
DIRECTION DE LA MÉMOIRE, DU PATRIMOINE ET DES ARCHIVES
Ministère de la Défense
– http://www.secondeguerre.net/articles/evenements/af/43/ev_kasserinemareth.html
– Images wikipedia – ECPAD

 

Journal des débats politiques et littéraires   1943/05/17 (Numéro 1028).

 

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 retour à la Seconde Guerre Mondiale

 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

16 janvier 2013

PRESENTATION DE L’ARMEE FRANCAISE 2ème partie 1934

Classé sous — milguerres @ 9 h 37 min

 

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 retour à la Seconde Guerre Mondiale

PRESENTATION DE L’ARMEE FRANCAISE 2ème partie

 

VOIR : Première Partie : La composition des Armées à partir de 1914

source :http://www.atf40.fr/ATF40/documents/chapitre%201.pdf

 

…/…

B – Organisation hiérarchique du commandement militaire de l’armée de terre .
En août 1939, l’armée de terre sur le territoire métropolitain se trouve sous les ordres du chef d’état-major de la
défense nationale, le Général Maurice Gamelin. Il est lui-même aux ordres du président du Conseil et ministre de la
défense nationale, Monsieur Edouard Daladier.
Le chef des armées selon les lois constituantes de 1875 est le Président de la République. C’est Monsieur
Albert Lebrun qui est alors en poste depuis 1932.
Mais c’est en fait le Parlement qui décide de déclarer la guerre ou des options à prendre puisque le
gouvernement est responsable devant les députés et sénateurs.
35
C – L’organisation de l’armée de terre en août 1939 en métropole.
Comme nous avons pu le voir dans le premier chapitre de cette partie, l’articulation de la France métropolitaine
en dix-huit régions militaires est instituée par la loi du 24 juillet 1873.
Le 22 décembre 1913 sont créées deux régions militaires supplémentaires par réorganisation des régions
existantes. Ces régions s’articulent en subdivisions placées sous l’autorité d’un officier général.
Le corps d’armée n’existe pas en tant qu’unité constituée, c’est la région militaire qui gère les troupes placées
sur son domaine, elle est apte à mettre sur pied à la mobilisation des états-majors de corps d’armées et leurs éléments de
soutien ainsi que des troupes de réserve destinées à renforcer les grandes unités d’active.
Le 20 octobre 1919, une partie des régions se réorganise suite au retour de l’Alsace-Lorraine dans le giron
français. La région militaire de Paris est créée en 1923.
En 1935, la France métropolitaine s’ordonne en dix huit régions militaires suite à la dissolution des 10ème, 12ème
et 21ème régions militaires1. Fin août 1939, il existe vingt régions métropolitaines comprenant en globalité deux sortes
de forces :
® des forces de territoire destinées à la défense du territoire métropolitain :
– vingt divisions d’infanterie :
. dix divisions d’infanterie de type nord-est,
. sept divisions d’infanterie de type nord-est motorisé,
. trois divisions d’infanterie de type montagne,
– deux brigades de défense contre avions,
– trois divisions de cavalerie mixte,
– deux divisions légères mécaniques,
– trois groupements de cavalerie,
– six brigades blindées,
– un groupement tactique d’expérience.
® des forces mobiles aptes à défendre à la fois le territoire métropolitain et les possessions
d’outre-mer :
– quatre divisions d’infanterie nord-africaine,
– quatre divisions d’infanterie coloniale,
– deux brigades de Spahis.
Chaque région militaire gère plusieurs états-majors et diverses troupes métropolitaines sur son territoire, on
peut dénombrer ainsi :
® un état-major réduit de corps d’armée et ses services,
® un état-major de division d’infanterie d’active (de type nord-est – nord-est motorisé ou de montagne),
® trois régiments d’infanterie de divers types ou demi-brigades de chasseurs à pied,
® un régiment d’artillerie de campagne (à cinq groupes),
® une compagnie mixte du train des équipages,
® un régiment de cavalerie montée, mécanisée ou une unité de cavalerie motorisée.
1 Les 10ème, 12ème et 21ème régions militaires sont dissoutes en 1935. La première est absorbée par les 4ème et 11ème régions militaires, la deuxième par
la 9ème région militaire et la troisième par les 6ème, 7ème et 20ème régions militaires. Les 10ème et 12ème régions militaires sont récréées en mai 1939 par
réorganisation des 6ème et 20ème régions militaires.
36
Il faut cependant ajouter à ces premières troupes les états-majors et les unités d’infanterie et d’artillerie des
huit divisions coloniales et nord-africaines et des cinq divisions de la cavalerie, des six brigades de chars d’infanterie,
de l’artillerie de réserve générale et de toutes les troupes de soutien, sans oublier toutes les unités de la Ligne Maginot :
® les quatre divisions coloniales
® les quatre divisions nord-africaines,
® les trois divisions de cavalerie
® les deux divisions légères mécaniques,
® les six brigades de chars de combat comprenant douze régiments de chars de combat,
® les deux brigades de Spahis,
® les douze régiments et trois demi-brigades d’infanterie des troupes de forteresse,
® les deux bataillons de chasseurs portés du « groupement tactique d’expérience »,
® toutes les unités d’artillerie servant dans la Ligne Maginot et à la réserve générale,
® les treize régiments de génie,
® les différents types de compagnies de soutien et les diverses troupes de service.
A niveau des effectifs sur le territoire métropolitain, l’état-major de l’armée de terre se renforce depuis 1935 et
voit ses effectifs augmenter d’années et années. Les troupes de l’empire colonial sont en renfort conséquent car elles
représentent près du dixième des troupes basées en métropole.
1935 1936 1937 1938 1939
– Sous-officiers et
hommes de troupe
français appelés
208 222 268 197 281 431 276 408 289 528
– Sous-officiers et
hommes de troupe
français A.D.L
71 960 69 418 83 345 86 479 89 979
– Sous-officiers et
hommes de troupe
indigènes
49 278 44 424 48 761 52 776 58 948
– Officiers 20 502 21 130 22 314 22 426 23 569
Total 349 962 403 169 435 851 438 089 462 024
37
1 – Répartition des régions militaires métropolitaines.
® 1ère Région militaire : Lille
( E.M : 1ère D.I.M)
– Nord
– Pas de Calais
® 3ème Région militaire : Rouen
(E.M : 5ème D.I.M)
– Calvados
– Eure
– Seine inférieure
® 5ème Région militaire : Orléans
(E.M : 9ème D.I.M + 1ère D.C)
– Cher
– Loiret
– Loir et Cher
– Nièvre
® 7ème Région militaire : Besançon
(E.M : 13ème et 14ème D.I)
– Doubs
– Haute – Marne (Partie)
– Haute – Saône
– Haut – Rhin
– Jura
– Territoire de Belfort
® 9ème Région militaire : Tours
(E.M : 23ème D.I + 3ème D.I.N.A + 5ème B.B)
– Deux Sèvres
– Indre
– Indre et Loire
– Maine et Loire
– Vienne
® 11ème Région militaire : Nantes
(E.M : 21ème D.I)
– Finistère
– Loire inférieure
– Morbihan
– Vendée
® 13ème Région militaire : Clermont-Ferrand
(E.M : 25ème D.I.M)
– Allier
– Cantal
– Corrèze (Partie)
– Creuse
® 2ème Région militaire : Amiens
(E.M : 3ème D.I.M + 1ère B.S + 3ème G.C)
– Aisne
– Ardennes (Partie)
– Oise
– Somme
® 4ème Région militaire : Le Mans
(E.M : 19ème D.I)
– Eure et Loir
– Mayenne
– Orne
– Sarthe
® 6ème Région militaire : Metz
(E.M : 42ème D.I + 2ème D.I.N.A + 3ème B.B + 1er G.C)
– Meurthe et Moselle (Partie)
– Moselle (Partie)
® 8ème Région militaire : Dijon
(E.M : 15ème D.I.M + 32ème B.D.C.A)
– Aube
– Côte d’Or
– Yonne
– Saône et Loire
® 10ème Région militaire : Strasbourg
(E.M : 43ème D.I)
– Bas – Rhin
– Vosges
® 12ème Région militaire : Reims
(E.M : 12ème D.I.M + 1ère D.L.M + 6ème B.B)
– Marne
– Meuse
® 14ème Région militaire : Lyon
(E.M : 27ème D.I.A + 1ère D.I.N.A + 2ème B.S
+ 1ère B.B)
– Ain
– Drôme
– Hautes – Alpes
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– Haute – Loire
– Loire
– Puy de Dôme
® 15ème Région militaire : Marseille
(E.M : 29ème D.I.A + 2ème D.I.C + 2ème G.C)
– Alpes Maritimes
– Ardèche
– Basses – Alpes
– Bouches du Rhône
– Corse
– Gard
– Var
– Vaucluse
® 17ème Région militaire : Toulouse
(E.M : 4ème D.I.C)
– Ariège
– Haute Garonne
– Gers
– Lot
– Lot et Garonne
– Tarn et Garonne
® 20ème Région militaire : Nancy
(E.M : 11ème D.I + 4ème D.I.N.A + 2ème D.C + 2ème B.B
+ G.T.E)
– Haute – Marne (Partie)
– Meurthe et Moselle (Partie)
– Moselle (Partie)
– Haute – Savoie
– Isère
– Rhône
– Savoie
® 16ème Région militaire : Montpellier
(E.M : 31ème D.I.A)
– Aude
– Aveyron
– Hérault
– Lozère
– Pyrénées Orientales
– Tarn
® 18ème Région militaire : Bordeaux
(E.M : 36ème D.I + 1ère D.I.C)
– Charente Inférieure
– Gironde
– Landes
– Basses Pyrénées
– Hautes Pyrénées
® Région militaire de Paris : Paris
(E.M : 10ème D.I + 3ème D.I.C +2ème D.L.M + B.T + 3ème
D.C + 4ème B.B + 31ème B.D.C.A + B.C.F)
– Seine
– Seine et Marne
– Seine et Oise
Sans rentrer dans les détails de son fonctionnement, on peut rattacher à l’organisation de l’armée de terre, le
corps de la gendarmerie nationale qui regroupe en France métropolitaine :
® Gendarmerie départementale :
– vingt et une légions métropolitaines,
– une compagnie autonome de la Corse.
® Garde républicaine mobile :
– quatorze légions métropolitaines,
– un groupe spécial blindé (Versailles-Satory)1.
® Garde républicaine :
– une légion de la garde républicaine à Paris.
1 Le groupe spécial blindé est une unité composée d’un escadron d’automitrailleuses (onze automitrailleuses de combat P16), d’un escadron de chars
légers (dix neuf chars légers FT) et d’une escorte motocycliste de la Présidence de la république).
39
2 – Les commandants de régions militaires.
® 1ère Région militaire : Général de corps d’armée Sicard
® 2ème Région militaire : Général de corps d’armée Corap
® 3ème Région militaire : Général de corps d’armée Fornel de la Laurencie
® 4ème Région militaire : Général de corps d’armée Boris
® 5ème Région militaire : Général de corps d’armée Bloch
® 6ème Région militaire : Général de corps d’armée Loizeau
® 7ème Région militaire : Général de corps d’armée Champon
® 8ème Région militaire : Général de corps d’armée Gransard
® 9ème Région militaire : Général de corps d’armée Laure
® 10ème Région militaire : Général de corps d’armée Frère
® 11ème Région militaire : Général de corps d’armée Martin
® 12ème Région militaire : Général de corps d’armée Flavigny
® 13ème Région militaire : Général de corps d’armée Misserey
® 14ème Région militaire : Général de corps d’armée Touchon
® 15ème Région militaire : Général de corps d’armée Olry
® 16ème Région militaire : Général de corps d’armée Falgade
® 17ème Région militaire : Général de corps d’armée Noël
® 18ème Région militaire : Général de corps d’armée Rochard
® 20ème Région militaire : Général de corps d’armée Hubert
® Région militaire de Paris : Général de corps d’armée Montagne
40
3 – Les forces de défense du territoire métropolitain.
Ces forces militaires métropolitaines d’infanterie destinées à la sauvegarde du territoire national ne peuvent
quitter la métropole.
Elles comprennent dans une large proportion des troupes métropolitaines, mais on trouve soit des régiments
coloniaux, soit des régiments nord-africains dans les corps divisionnaires. Ceci est la conséquence de la réduction du
service militaire et de la dénatalité.
a – Les unités d’infanterie, d’artillerie et de génie.
La loi du 13 juillet 1927, sur l’organisation générale de l’armée et la loi des cadres et effectifs du 28 mars
1928, fixent le nombre des divisions d’infanterie métropolitaines à vingt
Ces dernières sont considérées comme des forces de territoire affectées à la défense du sol métropolitain.
Ces grandes unités d’infanterie sont de trois types, voyons tout d’abord les dix divisions d’infanterie de type
« nord-est » :
® 10ème division d’infanterie : Paris Général Sisteron
– 5ème régiment d’infanterie : Courbevoie
– 24ème régiment d’infanterie : Paris
– 46ème régiment d’infanterie : Paris
– 32ème régiment d’artillerie divisionnaire : Paris
® 11ème division d’infanterie : Nancy Général Arlabosse
– 26ème régiment d’infanterie : Jarville la Malgrange
– 170ème régiment d’infanterie : Epinal
– 1ère demi-brigade de Chasseurs à pied1 : Sarrebourg
– 8ème régiment d’artillerie divisionnaire : Nancy
® 13ème division d’infanterie : Besançon Général Desmazes
– 21ème régiment d’infanterie : Chaumont
– 60ème régiment d’infanterie : Lons le Saunier
– 8ème régiment de tirailleurs marocains : Belfort
– 28ème régiment d’artillerie divisionnaire : Chaumont
® 14ème division d’infanterie : Colmar Général Bouffet
– 35ème régiment d’infanterie : Belfort
– 152ème régiment d’infanterie : Chaumont
– 3ème demi-brigade de Chasseurs à pied 2 : Belfort
– 4ème régiment d’artillerie divisionnaire : Colmar
® 19ème division d’infanterie : Rennes Général d’Arbonneau
– 41ème régiment d’infanterie : Rennes
– 71ème régiment d’infanterie : Mamers
– 117ème régiment d’infanterie : Le Mans
– 10ème régiment d’artillerie divisionnaire : Rennes
1 La 1er demi-brigade de chasseurs à pied est composée des 8ème, 16ème et 30ème bataillons de chasseurs à pied.
2 La 3ème demi-brigade de chasseurs à pied est composée des 2ème, 4ème et 31ème bataillons de chasseurs à pied.
41
® 21ème division d’infanterie : Nantes Général Pigeaud
– 48ème régiment d’infanterie : Fontenay le Comte
– 65ème régiment d’infanterie : Nantes
– 137ème régiment d’infanterie : Lorient
– 35ème régiment d’artillerie divisionnaire : Issoire
® 23ème division d’infanterie : Tours Général Jeannel
– 32ème régiment d’infanterie : Angers
– 107ème régiment d’infanterie : Angoulême
– 126ème régiment d’infanterie : Brive
– 41ème régiment d’artillerie divisionnaire : Angoulême
® 36ème division d’infanterie : Bayonne Général Aublet
– 14ème régiment d’infanterie : Toulouse
– 18ème régiment d’infanterie : Bayonne
– 57ème régiment d’infanterie : Bordeaux
– 24ème régiment d’artillerie divisionnaire : Tarbes
® 42ème division d’infanterie : Metz Général de la Porte du Theil
– 80ème régiment d’infanterie alpine : Metz
– 94ème régiment d’infanterie : Bar le Duc
– 151ème régiment d’infanterie : Commercy
– 61ème régiment d’artillerie divisionnaire : Metz
® 43ème division d’infanterie : Strasbourg Général Vernillat
– 158ème régiment d’infanterie : Obernai
– 4ème demi-brigade de Chasseurs à pied1 : Obernai
– 3ème régiment de tirailleurs marocains : Saint-Dié
– 12ème régiment d’artillerie divisionnaire : Haguenau
Ces dix divisions d’infanterie d’active comprennent chacune trois régiments d’infanterie ou demi-brigades de
Chasseurs à pied (trois bataillons) de 1 580 hommes et un régiment d’artillerie (cinq groupes) de 950 hommes.
Elles regroupent vingt-cinq régiments métropolitains d’infanterie, trois demi-brigades de chasseurs à pied,
deux régiments de tirailleurs marocains et dix régiments d’artillerie.
Les trente régiments ou demi-brigades d’infanterie sont composées de trois bataillons à trois compagnies et une
compagnie d’accompagnement, ils ne sont pas à effectif complet puisque chaque bataillon doit comprendre un millier
d’hommes, soit environ trois mille hommes pour le régiment.
Le régiment d’artillerie de campagne est à cinq groupes à traction hippomobile, trois sont des groupes légers à
canons de 75 mm modèle 1897 et deux sont des groupes lourds à canons de 155 mm modèle 1917.
A la mobilisation ces cinq groupes se séparent en un régiment léger à trois groupes de canons de 75 mm et un
régiment lourd à deux groupes de canons de 155 mm.
Passons maintenant aux sept divisions d’infanterie motorisées :
® 1ère division d’infanterie motorisée : Lille Général Malivoire Filhol de Camas
– 1er régiment d’infanterie : Cambrai
– 43ème régiment d’infanterie : Lille
– 110ème régiment d’infanterie : Dunkerque
– 15ème régiment d’artillerie divisionnaire : Douai
1 La 4ème demi-brigade de chasseurs à pied est composée des 1er, 10ème et 29ème bataillons de chasseurs à pied.
42
® 3ème division d’infanterie motorisée : Amiens Général Bertin – Boussus
– 51ème régiment d’infanterie : Amiens
– 67ème régiment d’infanterie : Soissons
– 91ème régiment d’infanterie : Mézières
– 42ème régiment d’artillerie divisionnaire : La Fère
® 5ème division d’infanterie motorisée : Caen Général Boucher
– 8ème régiment d’infanterie : Cherbourg
– 39ème régiment d’infanterie : Rouen
– 129ème régiment d’infanterie : Le Havre
– 11ème régiment d’artillerie divisionnaire : Vernon
® 9ème division d’infanterie motorisée : Bourges Général Didelet
– 13ème régiment d’infanterie : Nevers
– 95ème régiment d’infanterie : Bourges
– 131ème régiment d’infanterie : Orléans
– 30ème régiment d’artillerie divisionnaire : Orléans
® 12ème division d’infanterie motorisée : Châlons sur Marne Général Janssen
– 106ème régiment d’infanterie : Châlons-sur-Marne
– 150ème régiment d’infanterie : Verdun
– 8ème régiment de Zouaves : Mourmelon
– 25ème régiment d’artillerie divisionnaire : Châlons-sur-Marne
® 15ème division d’infanterie motorisée : Dijon Général Juin
– 4ème régiment d’infanterie : Auxerre
– 27ème régiment d’infanterie : Dijon
– 134ème régiment d’infanterie : Châlons-sur-Saône
– 1er régiment d’artillerie divisionnaire : Auxonne
® 25ème division d’infanterie motorisée : Clermont-Ferrand Général Molinié
– 38ème régiment d’infanterie : Saint-Etienne
– 92ème régiment d’infanterie : Clermont-Ferrand
– 121ème régiment d’infanterie : Montluçon
– 16ème régiment d’artillerie divisionnaire : Clermont-Ferrand
Ces sept divisions d’infanterie motorisées d’active comprennent chacune trois régiments d’infanterie (trois
bataillons) de 2 300 hommes et un régiment d’artillerie (cinq groupes) de 1 550 hommes.
Elles regroupent vingt régiments métropolitains d’infanterie, un régiment de Zouaves et sept régiments
d’artillerie tractés.
Les vingt et un régiments d’infanterie sont composées de trois bataillons à trois compagnies et une compagnie
d’accompagnement, tout comme les dix divisions citées au-dessus, eux-mêmes ne sont pas à effectif complet puisqu’ils
leur manquent plus de sept cent hommes.
Les régiments n’ont pas de véhicules de transport en propre, ils doivent compter sur le soutien des compagnies
de transport automobile de l’arme du Train.
Le régiment d’artillerie tracté est à cinq groupes de douze canons, trois sont des groupes légers à canons de 75
mm modèle 1897 tractés par trente-six tracteurs semi-chenillés Citroën Unic P107BU ou Laffly S15T, s’ajoutent un
groupe lourd à canons de 105 mm modèle 1936 tractés par les mêmes véhicules que les groupes légers et un autre
groupe lourd à canons de 155 mm modèle 1917 tracté par vingt-quatre tracteurs semi-chenillés Somua MCG.
43
A la mobilisation, tout comme les dix régiments d’artillerie précités, ces cinq groupes se séparent en un
régiment léger à trois groupes de douze canons tractés de 75 mm et un régiment lourd à deux groupes de douze canons
tractés de 105 mm et de 155 mm.
Penchons nous à présent sur les trois divisions d’infanterie alpine :
® 27ème division d’infanterie alpine : Grenoble Général Doyen
– 53ème brigade d’infanterie alpine : Général Cartier
. 99ème régiment d’infanterie alpine : Lyon
. 5ème demi-brigade de Chasseurs alpins1 : Chambéry
– 54ème brigade d’infanterie alpine : Général Boell
. 159ème régiment d’infanterie alpine : Briançon
. 7ème demi-brigade de Chasseurs alpins2 : Gap
– 93ème régiment d’artillerie de montagne
3
Grenoble
® 29ème division d’infanterie alpine : Nice Général Gérodias
– 57ème brigade d’infanterie alpine : Général Vergez
. 3ème régiment d’infanterie alpine : Sospel
. 6ème demi-brigade de Chasseurs alpins4 : Nice
– 58ème brigade d’infanterie alpine : Général Mollard
. 141ème régiment d’infanterie alpine : Nice
. 2ème demi-brigade de Chasseurs alpins5 : Antibes
– 94ème régiment d’artillerie de montagne Nice
® 31ème division d’infanterie alpine : Montpellier Général Ilher
– 15ème régiment d’infanterie alpine : Albi
– 81ème régiment d’infanterie alpine : Montpellier
– 56ème régiment d’artillerie divisionnaire : Montpellier
Les deux premières divisions organisées à la manière des unités de 1914, comprennent chacune deux régiments
d’infanterie alpins (à trois bataillons) de 1 580 hommes et deux demi-brigades de chasseurs alpins (trois bataillons) de
2 335 hommes.
La 31ème division d’infanterie ne compte seulement que deux régiments d’infanterie (à trois bataillons) de 1580
hommes.
Ces régiments ont les mêmes effectifs et la même organisation que les régiments d’infanterie de type « Nord-
Est », les douze bataillons de Chasseurs alpins sont à effectif plein.
Les deux régiments d’artillerie de montagne ne comprennent que deux groupes légers à deux batteries de
canons de 75 mm de montagne Schneider modèle 1928 et un groupe lourd à deux batteries de canons de 155 mm
modèle 1917.
Les pièces d’artillerie légères sont décomposables en sept fardeaux. Le régiment de la 31ème division
d’infanterie est composé de la même manière qu’un régiment d’artillerie classique à cinq groupes, mais possède
cependant un groupe de canons de 75 mm de montagne.
Il existe, dans les quarante bataillons d’infanterie alpins (en comptant les demi-brigades alpines de forteresse
comptées dans les rangs des troupes de forteresse), une section d’éclaireur skieur (S.E.S) apte à patrouiller et
reconnaître sur de longues distances, assurer les liaisons entre les vallées, tenir les cols et effectuer des embuscades ou
des coups de mains.
1 La 5e demi-brigade de chasseurs alpins est composée des 7ème, 13ème et 27ème bataillons de chasseurs alpins.
2 La 7e demi-brigade de chasseurs alpins est composée des 6ème, 15ème et 23ème bataillons de chasseurs alpins.
3 Le XIème groupe du 93ème régiment d’artillerie de montagne est en réserve générale d’artillerie.
4 La 6e demi-brigade de chasseurs alpins est composée des 22ème, 24ème et 25ème bataillons de chasseurs alpins.
5 La 2e demi-brigade de chasseurs alpins est composée des 9ème, 18ème et 20ème bataillons de chasseurs alpins.
44
Outre les vingt régiments d’artillerie divisionnaires ou de montagne équipant les vingt divisions d’infanterie,
deux brigades de défense contre avions rassemblent six régiments d’artillerie anti-aériens . On dénombre également
nombreuses unités d’artillerie rassemblés dans la réserve générale. Pour de nombreuses d’entre-elles, ce sont des appuis
et des soutiens aux corps d’armées et divisions, on y dénombre un régiment d’artillerie de montagne, quatre régiments
d’artillerie légère hippomobiles, deux régiments d’artillerie portée (à canons de 105 mm C), sept régiments d’artillerie
lourde tractée, sept régiments d’artillerie lourde hippomobile et deux régiment d’artillerie lourde portée.
® Les régiments d’artillerie anti-aériens :
– 31ème brigade de défense contre avions1
: Paris
. 401ème régiments d’artillerie anti-aériens : Paris
. 404ème régiments d’artillerie anti-aériens : Tours
. 406ème régiments d’artillerie anti-aériens : Laon
– 32ème brigade de défense contre avions : Dijon
. 402ème régiments d’artillerie anti-aériens : Metz
. 403ème régiments d’artillerie anti-aériens : Toul
. 405ème régiments d’artillerie anti-aériens : Sathonay
® Régiments de réserve générale2
:
– Artillerie légère :
. 2ème régiment d’artillerie de montagne : Grenoble
. 17ème régiment d’artillerie légère : Sedan
. 34ème régiment d’artillerie légère : Rouen
. 36ème régiment d’artillerie légère : Issoire
. 43ème régiment d’artillerie légère : Caen
– Artillerie lourde :
. 103ème régiment d’artillerie lourde tractée : Rouen
. 107ème régiment d’artillerie lourde tractée : Belfort
. 108ème régiment d’artillerie lourde tractée : Dijon
. 182ème régiment d’artillerie lourde tractée : Commercy
. 184ème régiment d’artillerie lourde tractée : Valence
. 188ème régiment d’artillerie lourde tractée : Belfort
. 196ème régiment d’artillerie lourde tractée : Bordeaux
. 105ème régiment d’artillerie lourde hippomobile : Bourges
. 106ème régiment d’artillerie lourde hippomobile : Le Mans
. 109ème régiment d’artillerie lourde hippomobile : Châteaudun
. 112ème régiment d’artillerie lourde hippomobile : Limoges
. 113ème régiment d’artillerie lourde hippomobile : Nîmes
. 115ème régiment d’artillerie lourde hippomobile : Castres
. 117ème régiment d’artillerie lourde hippomobile : Toulouse
. 305ème régiment d’artillerie tractée tout terrain : Besançon
. 309ème régiment d’artillerie tractée tout terrain : Strasbourg
. 355ème régiment d’artillerie lourde portée : Nantes
. 363ème régiment d’artillerie lourde portée : Draguignan
. I/372e régiment d’artillerie lourde sur voie ferrée : Châlons sur Marne
. I/373e régiment d’artillerie lourde sur voie ferrée : Saint-Eulien
1 Le commandement supérieur de l’artillerie antiaérienne est assuré par le Général Marescaux.
2 Plus dix bataillons d’ouvriers d’artillerie.
45
® Les régiments de génie non endivisionnés :
– Brigade des chemins de fer : Versailles
. 5ème régiment de sapeurs de chemin de fer Versailles
. 15ème régiment de sapeurs de chemin de fer Toul
– Brigade des télégraphistes : Paris Général Jullien
. 8ème régiment de sapeurs-télégraphistes Versailles
. 18ème régiment de sapeurs-télégraphistes Nancy
. 28ème régiment de sapeurs-télégraphistes Montpellier
. 38ème régiment de sapeurs-télégraphistes Montargis
– Régiments de réserve générale :
. 1er régiment de sapeurs-mineurs Strasbourg
. 2ème régiment de sapeurs- mineurs Metz
. 3ème régiment de sapeurs- mineurs Arras
. 4ème régiment de sapeurs- mineurs Grenoble
. 6ème régiment de sapeurs- mineurs Angers
. 7ème régiment de sapeurs- mineurs Avignon
. 10ème régiment de sapeurs- mineurs Besançon
46
b – Les unités de cavalerie.
Au sortir de la 1ère guerre mondiale, la cavalerie est confrontée à un changement de cap sans précédent. Les
charges épiques à cheval ne sont plus d’actualité, les automitrailleuses ont fait leur apparition. Il faut désormais se poser
la question de l’utilité de la cavalerie montée face à l’augmentation de la puissance de feu, et de la place des véhicules à
moteur dans une unité composée essentiellement de chevaux et de trains hippomobiles.
La réforme de 1932 va permettre à la cavalerie de voir ses corps de troupe évoluer, on assiste à de multiples
tentatives d’intégration des véhicules à moteur dans les unités. Cependant, il subsiste un problème. La coexistence entre
les unités montées et motorisées dans la même grande formation génère des disfonctionnements qui ne trouvent pas de
solution.
Il existe trois division de cavalerie en août 1939.
® 1ère division de cavalerie1 : Orléans Général d’Arras
– 1ère brigade de cavalerie : Général Gaillard
. 1er régiment de Hussards Orléans
. 8ème régiment de Chasseurs : Orléans
– 2ème brigade de cavalerie : Général d’Humières
. 1er régiment de Chasseurs : Alençon
. 19ème régiment de Dragons : Lyon
– 1er groupe d’automitrailleuses : Orléans
– 5ème bataillon de Dragons Portés : Lyon
– 75ème régiment d’artillerie tractée tout-terrain : Lyon
® 2ème division de cavalerie2 : Lunéville Général Berniquet
– 3ème brigade de cavalerie : Colonel du Bessay de Contenson
. 18ème régiment de Chasseurs : Sarreguemines
. 5ème régiment de Cuirassiers Haguenau
– 4ème brigade de cavalerie : Colonel Marteau
. 8ème régiment de Dragons : Lunéville
. 31ème régiment de Dragons : Lunéville
– 2ème groupe d’automitrailleuses : Strasbourg
– 3ème bataillon de Dragons Portés : Lunéville
– 73ème régiment d’artillerie tractée tout-terrain : Lunéville
® 3ème division de cavalerie : Paris Général Petiet
– 5ème brigade de cavalerie : Général Maillard
. 4ème régiment de Hussards : Senlis
. 6ème régiment de Dragons : Vincennes
– 6ème brigade de cavalerie : Général Brown De Costoun
. 11ème régiment de Cuirassiers : Saint-Germain-en-Laye
. 12ème régiment de Chasseurs : Saint-Mihiel
– 3ème groupe d’automitrailleuses : Paris
– 2ème bataillon de Dragons Portés : Paris
– 72ème régiment d’artillerie tractée tout-terrain : Paris
Nous pouvons voir que ces trois divisions de cavalerie ont à la fois des éléments montés et motorisés, ce qui
leurs valent le surnom de « pétrole picotin ».
Outre un régiment d’artillerie tractée tout-terrain (à deux groupes de canons portés de 75 mm et un groupe de
canons courts portés de 105 mm) par cent quinze tracteurs d’artillerie de type UNIC P107, les trois unités disposent
de deux brigades de cavalerie montée comprenant chacune deux régiments de cavalerie montée (quatre escadrons
montés et un escadron de mitrailleuses et engins par régiment) et de troupes de soutien motorisées3 :
1 La division se voit attribuer le 30ème régiment de Dragons en renfort de cavalerie.
2 La division se voit attribuer le 20ème régiment de Dragons en renfort de cavalerie.
3 En 1939, les automitrailleuses de combat Panhard Schneider Kégresse P16 sont remplacés par des chars légers Hothkiss H35. Les automitrailleuses
de combat Panhard Schneider Kégresse P16 vont servir comme automitrailleuses de reconnaissance dans les 1er, 3ème, 4ème, 6ème et 7ème groupes de
reconnaissance de division d’infanterie « type motorisé avec automitrailleuses ».
47
® un groupe d’automitrailleuses de reconnaissance à quatre escadrons d’automitrailleuses et deux escadrons de
mitrailleuses et engins, soit seize automitrailleuses de combat de type Panhard Schneider Kégresse P16, seize
automitrailleuses de découverte de type Panhard AMD35 et trente-deux automitrailleuses de reconnaissance
de type Renault VM33,
® un bataillon de Dragons Portés transporté par quatre-vingt-dix neuf véhicules tout terrain de type Citroën
Kégresse P19.
En 1935, au moment où l’Allemagne créée ses premières divisions blindées (Panzer Divisionen), l’armée
française transforme la 5ème division de cavalerie (D.C) en 2ème division légère mécanique (D.L.M). Avec la 1ère division
légère mécanique (ex – 4ème division de cavalerie), ces unités sont de véritables divisions blindées au sens moderne du
terme avec des véhicules mécanisés et motorisés. C’est ainsi qu’on trouve en septembre 1939 sur le territoire
métropolitain :
® 1ère division légère mécanique : Reims Général Picard
– 1ere brigade légère mécanique : Colonel De Brauer
. 4ème régiment de Cuirassiers : Reims
. 18ème régiment de Dragons : Reims
– 2ème brigade légère mécanique : Colonel De Beauchesne
. 6ème régiment de Cuirassiers : Verdun
. 4ème régiment de Dragons portés : Verdun
– 74ème régiment d’artillerie tractée tout-terrain : Verdun
® 2ème division légère mécanique : Melun Général Bougrain
– 3ème brigade légère mécanique : Général Testard
. 13ème régiment de Dragons : Melun
. 29ème régiment de Dragons : Provins
– 4ème brigade légère mécanique : Colonel Lacroix
. 8ème régiment de Cuirassiers : Saint-Germain-en-Laye
. 1er régiment de Dragons portés : Pontoise
– 71ème régiment d’artillerie tractée tout-terrain : Fontainebleau
Ces deux divisions légères mécaniques regroupent trois cent-sept chars et automitrailleuses, soit une dotation
équivalente à ses homologues d’outre-Rhin. Cependant, alors que les chars français se limitent aux calibres 37 mm
antichars et 47 mm antichars pour leurs automitrailleuses de combat1, les chars allemands vont de la mitrailleuse lourde
au canon de 75 mm.
Outre un régiment d’artillerie tractée tout-terrain (à deux groupes de canons portés de 75 mm et un groupe de
canons courts portés de 105 mm) par des tracteurs d’artillerie de type Laffly S35T, ces unités se composent en
septembre 1939 d’une première brigade légère mécanique comprenant deux régiments de cavalerie mécanisée soit six
escadrons de chars dotés de quarante six chars moyens Somua S35 et quatre-vingt douze chars légers Hotchkiss H352 et
d’une seconde brigade légère mécanique comprenant :
® un régiment de découverte à deux escadrons de vingt-trois automitrailleuses de découverte Panhard 178 et
deux escadrons motocyclistes sur moto René Gillet K1 ou L1,
® un régiment de Dragons Portés
3
(à deux bataillons de Dragons portés sur soixante véhicules tout terrain de
Laffly S20TL et quarante six automitrailleuses de reconnaissance Renault AMR 35ZT1 pour les deux
bataillons),
A côté de ces divisions, la cavalerie a gardé sept régiments semi-motorisés et deux groupes d’automitrailleuses
voués à la reconnaissance des grandes unités d’infanterie.
A la mobilisation, ces unités sont destinées à être dissoute pour mettre sur pied des groupes de reconnaissance.
En temps de paix, elles se regroupent en trois groupements de cavalerie
1 La terminologie « automitrailleuses de combat » désigne le char de combat dans la cavalerie.
2 En temps de guerre, les deux régiments de combat comprennent deux escadrons de 23 chars légers Hotchkiss H35 et deux escadron de 23 chars
moyens Somua S35, soit avec les chars de commandement 96 Somua S35 et 94 Hotchkiss H35.
3 Le régiment de Dragons portés sera doté d’un troisième bataillon transporté par camion à la mobilisation.
48
® 1er groupement de cavalerie : Metz
– 3ème régiment de Hussards : Strasbourg
– 9ème régiment de Dragons : Epernay
– 11ème régiment de Chasseurs : Vesoul
® 2ème groupement de cavalerie : Marseille
– 2ème régiment de Hussards : Tarbes
– 9ème régiment de Cuirassiers : Lyon
– 10ème régiment de Dragons : Orange
® 3ème groupement de cavalerie : Amiens
– 7ème régiment de Chasseurs : Evreux
– 6ème groupe d’automitrailleuses : Compiègne
– 7ème groupe d’automitrailleuses : Saint-Omer
Les sept régiments de cavalerie ont une structure différente des régiments de cavalerie métropolitaine
composant les divisions de cavalerie. Ils comprennent un groupe d’escadrons à deux escadrons montés, un groupe
d’escadrons à deux escadrons mixte motorisé utilisant des automitrailleuses et des side-cars et un escadron de
mitrailleuses et engins par régiment.
Les deux groupes d’automitrailleuses constituant le 3ème groupement de cavalerie en compagnie du 7ème
régiment de Chasseurs d’Evreux ont une organisation différente. On dénombre, outre l’état-major et l’escadron de
commandement, un premier escadron doté de seize automitrailleuses de combat de type Panhard Schneider Kégresse
P16, un deuxième escadron doté de seize automitrailleuses de découverte de type Panhard AMD35 et un troisième
escadron doté de canons de 25 mm et de mitrailleuses.
49
c – Les chars de combat.
Dès 1917, les unités de chars d’infanterie se réorganisent, les régiments « d’artillerie spéciale », numérotés
dans la série des « 300 » disparaissent et donnent naissance aux régiments de chars de combat (R.C.C). Ces régiments
sont au nombre de neuf au sortir de la guerre et sont désormais numérotés dans la série des « 500 » puisqu’ils dépendent
de l’infanterie.
Chaque régiment se compose de trois bataillons de chars légers (B.C.L). Au fur et à mesure des campagnes qui
suivent la Grande Guerre, on voit se désorganiser les régiments qui ne sont équipés que de chars légers FT. En 1935, les
régiments de chars de combats se réorganisent d’une manière cohérente. Dix régiments de chars (501ème à 510ème
R.C.C) se répartissent en cinq brigades de chars (1ère à 5ème) auxquels vient s’adjoindre une sixième brigade créée en
1938 (511ème et 512ème R.C.C)
® 1ère brigade de chars de combat : Lyon
– 504ème régiment de chars de combat : Valence
(2 x 45 chars légers R351
)
– 506ème régiment de chars de combat : Besançon
(2 x 45 chars légers R35)
® 2ème brigade de chars de combat : Nancy Général Keller
– 508ème régiment de chars de combat : Lunéville
(45 chars légers R35 + 45 chars légers D12
puis 34 chars lourds B1 Bis)
– 510ème régiment de chars de combat : Nancy
(45 chars légers R35 + 45 chars légers D1 puis 34 chars lourds B1 Bis)
® 3ème brigade de chars de combat : Metz Général Bruneau
– 507ème régiment de chars de combat : Metz
(45 chars légers R35 + 45 chars légers D1 puis 45 chars moyens D2)
– 509ème régiment de chars de combat : Maubeuge
(2 x 45 chars légers H39)
® 4ème brigade de chars de combat : Versailles
– 503ème régiment de chars de combat : Versailles
(45 chars légers R35 + 45 chars légers FCM36)
– 505ème régiment de chars de combat : Vannes
(2 x 45 chars légers H39)
® 5ème brigade de chars de combat : Tours Général Bourguignon
– 501ème régiment de chars de combat : Tours
(2 x 45 chars légers R35)
– 502ème régiment de chars de combat : Angoulême
(45 chars légers R35 + 45 chars légers FCM36)
® 6ème brigade de chars de combat : Verdun
– 511ème régiment de chars de combat : Verdun
(45 chars légers R35 + 34 chars lourds B1 + 3 chars lourds FCM 2C3
)
– 512ème régiment de chars de combat : Châlons-sur-Marne
(34 chars lourds B1 Bis)
1 Effectif théorique.
2 Trois bataillons des 508ème, 510ème et 507ème régiments de chars de combat et équipés en chars légers D1, quittent leurs unités respectives pour
rejoindre la Tunisie en mars 1938 (61ème BCC), avril 1938 (65ème BCC) et janvier 1939 (67ème BCC).
3 S’y ajoutent 07 chars lourds FCM 2C tenus en réserve à Bourges)
50
En 1938, apparaît le « groupement tactique d’expérience » basé à Nancy. Ce n’est pas une unité de chars à
proprement parler, c’est un amalgame d’unités détachées de leurs commandements organiques et regroupées en vue
d’établir un nouveau concept d’utilisation des chars.
En septembre 1939, le Général Gamelin donne l’ordre d’organiser deux brigades de chars en utilisant les
chasseurs et les chars du groupement tactique, ces brigades sont à la base des 1ère et 2ème divisions cuirassées. Ce
groupement comprend :
® quatre bataillons de trente-quatre chars lourds Renault B1 et B1Bis :
– un bataillon du 508ème régiment de chars de combat : Lunéville
– un bataillon du 510ème régiment de chars de combat : Nancy
– un bataillon du 511ème régiment de chars de combat : Verdun
– un bataillon du 512ème régiment de chars de combat : Châlons-sur-Marne
® deux bataillons de Chasseurs Portés :
– 5ème bataillon de Chasseurs Portés : Remiremont
– 17ème bataillon de Chasseurs Portés1 : Rambervilliers
® un régiment d’artillerie à trois groupes de douze canons tractés de 105 mm :
– 305ème régiment d’artillerie tractée tout-terrain : Besançon
d – La Ligne Maginot.
La ligne Maginot regroupe en temps de paix douze régiments d’infanterie de forteresse (dans le nord-est), trois
demi-brigades alpines de forteresse (dans les Alpes) pour la défense du territoire ainsi qu’un nombre variable de
groupes d’artillerie issus de régiments d’artillerie de forteresse ou de position et des unités de génie2 assurant le
maintien en condition des installations (la répartition dans les ouvrages est de 50% de troupe d’artillerie, 30%
d’infanterie et 20% de troupes du génie).
Cette ligne, s’étendant de la Flandre à Nice, est divisée en deux régions fortifiées, trois secteurs de nouveaux
fronts (Maubeuge, Valenciennes et Rohrbach) ainsi que cinq barrages dans les Alpes et en Corse, elle est composée de
cent huit ouvrages d’infanterie et d’artillerie de valeurs et d’importances inégales, elle est d’un bloc des Alpes aux
Ardennes mais elle ne continue pas jusqu’à la Mer du Nord.
® douze régiments d’infanterie de forteresse :
– 23ème régiment d’infanterie de forteresse : Haguenau
– 37ème régiment d’infanterie de forteresse : Bitche
– 42ème régiment d’infanterie de forteresse : Colmar
– 69ème régiment d’infanterie de forteresse : Morhange
– 146ème régiment d’infanterie de forteresse : Metz
– 149ème régiment d’infanterie de forteresse : Longuyon
– 153ème régiment d’infanterie de forteresse : Bitche
– 155ème régiment d’infanterie de forteresse : Stenay
– 162ème régiment d’infanterie de forteresse : Metz
– 168ème régiment d’infanterie de forteresse : Thionville
– 171ème régiment d’infanterie de forteresse : Mulhouse
– 172ème régiment d’infanterie de forteresse : Strasbourg
® trois demi-brigades alpines de forteresse :
– 30ème demi-brigade alpine de forteresse
3
: Modane
– 58ème demi-brigade alpine de forteresse
4
: Nice
1 Ces deux bataillons dissous à la fin du premier conflit mondial sont recréés en 1937 sur le mode porté.
2 Eclatés dans la répartition des troupes occupant les ouvrages.
3 La 30ème demi-brigade alpine de forteresse est composée des 70ème et 71ème bataillons alpins de forteresse.
4 La 58ème demi-brigade alpine de forteresse est composée des 72ème et 73ème bataillons alpins de forteresse.
51
– 157ème demi-brigade alpine de forteresse
1
: Jausiers
® trois régiments d’artillerie de région fortifiée :
– 39ème régiment d’artillerie de région fortifiée : Metz
– 46ème régiment d’artillerie de région fortifiée : Thionville
– 59ème régiment d’artillerie de région fortifiée : Sarrebourg
® six régiments d’artillerie de position :
– 151ème régiment d’artillerie de position : Thionville
– 154ème régiment d’artillerie de position : Grenoble
– 155ème régiment d’artillerie de position : Haguenau
– 157ème régiment d’artillerie de position : Nice
– 163ème régiment d’artillerie de position : Metz
– 166ème régiment d’artillerie de position : Morhange
La Ligne Maginot s’étend sur toute la longueur des frontières du nord face à la Belgique, du nord-est face au
Luxembourg et à l’Allemagne et du sud-est de la métropole face à la Suisse et à l’Italie :
– 1ère région militaire : Lille
. Secteur défensif des Flandres
. Secteur fortifié de Lille
. Secteur fortifié de l’Escaut
. Secteur fortifié de Maubeuge
– 2ème région militaire : Amiens
. Secteur défensif des Ardennes
. Secteur fortifié de Montmédy
. Secteur défensif de Marville
– 6ème région militaire : Metz
. Secteur fortifié de Crusnes
. Secteur fortifié de Thionville
. Secteur fortifié de Boulay
. Secteur fortifié de Faulquemont
– 20ème région militaire : Nancy
. Secteur défensif de la Sarre
. Secteur fortifié de Rohrbach
. Secteur fortifié des Vosges
. Secteur fortifié de Haguenau
. Secteur fortifié du Bas Rhin
– 7ème région militaire : Besançon
. Secteur fortifié de Colmar
. Secteur fortifié de Mulhouse
. Secteur fortifié de Altkirch
. Secteur fortifié de Montbéliard
. Secteur défensif du Jura
1 La 157ème demi-brigade alpine de forteresse est composée des 74ème, 75ème et 76ème bataillons alpins de forteresse.
Région fortifiée de Metz
Région fortifiée de la Lauter
52
– 14ème région militaire : Lyon
. Secteur défensif du Rhône
. Secteur fortifié de Savoie
. Secteur fortifié du Dauphiné
– 15ème région militaire : Marseille
. Secteur fortifié des Alpes maritimes
. Secteur défensif de Nice
. Secteur défensif de Corse
Zone des Alpes
53
4 – Les forces mobiles stationnées sur le territoire métropolitain.
Ces forces sont destinées à assurer à la fois l’intégrité du sol métropolitain en complément des forces du
territoire métropolitain et à intervenir dans notre empire colonial.
Elles se composent de quatre divisions d’infanterie coloniale, de quatre divisions d’infanterie nord-africaine, de
deux brigades de cavalerie et de troupes diverses non endivisionnées. Les régiments d’infanterie et d’artillerie sont
coloniaux ou nord-africains mais la globalité des services sont métropolitains.
a – Les unités d’infanterie.
® 1ère division d’infanterie coloniale : Bordeaux Général Germain
– 3ème régiment d’infanterie coloniale : Bordeaux
– 12ème régiment de tirailleurs sénégalais : La Rochelle
– 14ème régiment de tirailleurs sénégalais : Mont-de-Marsan
– 1er régiment d’artillerie coloniale : Libourne
® 2ème division d’infanterie coloniale : Toulon Général Maignan
– Régiment d’infanterie coloniale du Maroc : Aix
– 4ème régiment de tirailleurs sénégalais : Toulon
– 8ème régiment de tirailleurs sénégalais : Toulon
– 2ème régiment d’artillerie coloniale : Nîmes
® 3ème division d’infanterie coloniale : Paris Général Barreau
– 1er régiment d’infanterie coloniale : Paris
– 21ème régiment d’infanterie coloniale : Paris
– 23ème régiment d’infanterie coloniale : Paris
– 3ème régiment d’artillerie coloniale : Joigny
® 4ème division d’infanterie coloniale : Toulouse Général De Bazelaire de Ruppierre
– 2ème régiment d’infanterie coloniale : Brest
– 16ème régiment de tirailleurs sénégalais : Montauban
– 24ème régiment de tirailleurs sénégalais : Perpignan
– 12ème régiment d’artillerie coloniale : Agen
Les 1ère, 2ème et 4ème divisions d’infanterie coloniale comprennent chacune un régiment d’infanterie coloniale
(à trois bataillons) de 1 500 hommes à recrutement métropolitain, deux régiments de tirailleurs sénégalais (à trois
bataillons) de 1 500 hommes à recrutement africain en provenance plus particulièrement de l’Afrique équatoriale
française et de l’Afrique occidentale française et un régiment d’artillerie colonial (à cinq groupes) de 950 hommes.
La structure régimentaire est identique au norme d’infanterie métropolitaine, les régiments d’infanterie
coloniaux et les régiments de tirailleurs sont composées de trois bataillons à trois compagnies et une compagnie
d’accompagnement.
Les régiments d’artillerie coloniale sont en tout point comparable aux régiments métropolitains. Ils sont à cinq
groupes à traction hippomobile, trois sont des groupes légers à canons de 75 mm modèle 1897 et deux sont des groupes
lourds à canons de 155 mm modèle 1917.
A la mobilisation ces cinq groupes se séparent en un régiment d’artillerie coloniale à trois groupes de 75 mm et
un régiment d’artillerie coloniale lourd à deux groupes de 155 mm.
La 3ème division d’infanterie coloniale est comparable en tout point à une division d’infanterie métropolitaine
puisque son recrutement est en totalité métropolitain. Ses trois régiments d’infanterie coloniale et son régiment
d’artillerie coloniale sont donc en tout point semblable au point de vue de la structure est de l’organisation.
54
® 1ère division d’infanterie nord-africaine : Lyon Général Libaud
– 5ème régiment de tirailleurs marocains : Bourg
– 27ème régiment de tirailleurs algériens : Avignon
– 28ème régiment de tirailleurs tunisiens : Montélimar
– 54ème régiment d’artillerie nord-africain : Lyon
® 2ème division d’infanterie nord-africaine: Toul Général Lescanne
– 6ème régiment de tirailleurs marocains : Verdun
– 13ème régiment de tirailleurs algériens : Metz
– 22ème régiment de tirailleurs algériens : Toul
– 40ème régiment d’artillerie nord-africain : Verdun
® 3ème division d’infanterie nord-africaine: Poitiers Général Chapouilly
– 14ème régiment de tirailleurs algériens : Châteauroux
– 15ème régiment de tirailleurs algériens : Périgueux
– 24ème régiment de tirailleurs tunisiens : La Roche-sur-Yon
– 20ème régiment d’artillerie nord-africain
1
: Poitiers
® 4ème division d’infanterie nord-africaine: Epinal Général Sancelme
– 21ème régiment de tirailleurs algériens : Epinal
– 23ème régiment de tirailleurs algériens : Morhange
– 25ème régiment de tirailleurs algériens : Sarrebourg
– 33ème régiment d’artillerie nord-africain : Epinal
Ces quatre divisions d’infanterie nord-africaine comprennent en matière d’unités d’infanterie huit régiments de
tirailleurs algériens, deux régiments de tirailleurs marocains2 et deux régiments de tirailleurs tunisiens de 2 400
hommes.
La structure régimentaire est identique aux divisions métropolitaines et coloniales, elle s’articule en trois
bataillons à trois compagnies et une compagnie d’accompagnement.
Les régiments d’artillerie nord-africains composés de 1550 hommes sont à recrutement mixte puisqu’ils
regroupent des éléments nord-africains et métropolitains. L’organisation régimentaire s’ordonne en cinq groupes
d’artillerie à traction hippomobile, trois sont des groupes légers à canons de 75 mm modèle 1897 et deux sont des
groupes lourds à canons de 155 mm modèle 1917.
A la mobilisation ces cinq groupes se séparent en un régiment d’artillerie nord-africain à trois groupes de 75
mm et un régiment d’artillerie lourd nord-africain à deux groupes de 155 mm.
b – Les unités de cavalerie.
Les deux brigades de Spahis stationnées en métropole comprennent chacune deux régiments de cavalerie à
quatre escadrons montés et un escadron de mitrailleuses et engins.
– 1ère brigade de Spahis : Compiègne Colonel Jouffrault
. 4ème régiment de Spahis marocains, Senlis
. 6ème régiment de Spahis algériens. Compiègne
– 2ème brigade de Spahis : Orange Colonel Peillon
. 7ème régiment de Spahis algériens, Orange
. 9ème régiment de Spahis algériens. Vienne
1 Le VIIème/20ème régiment d’artillerie nord-africain est en réserve générale.
2 Ce qui fait treize bataillons d’infanterie marocains présents en France en comptant outre ces deux régiments les 3ème et 8ème régiments endivisionnés
dans des unités métropolitaines et le 4ème bataillon du 7ème régiment stationné en Corse.
55
c – Les régiments d’infanterie et d’artillerie non endivisionnés.
® Les unités d’infanterie :
– IVème/7ème régiment de tirailleurs marocains : Bastia
– 41ème régiment de mitrailleurs d’infanterie coloniale : Sarralbe/Putelange
– 52ème bataillon de mitrailleurs indochinois : Carcassonne
® Les unités d’artillerie :
– 6ème régiment d’artillerie nord-africain : Lyon
– 10ème régiment d’artillerie coloniale tractée tout-terrain : Rueil
– 11ème régiment d’artillerie lourde coloniale hippomobile : Lorient
– détachement autonome d’artillerie coloniale de Corse
1
: Bastia
1 Détachement fourni par le 2ème régiment d’artillerie coloniale.
56
D – Répartition des forces stationnées dans le bassin méditerranéen.
Ces forces sont affectées à la défense et à l’occupation permanente de nos possessions extérieures. Elles
comprennent de nombreuses forces autochtones organisées sur le modèle métropolitain (division – brigade – régiment)
ou selon un mode plus ouvert selon les orientations militaires. L’armée française place un encadrement européen pour
diriger les troupes du crue. D’autres forces s’ajoutent aux premières citées, ce sont les régiments nés des conquêtes
coloniales et à recrutement métropolitain ou européen.
1 – Organisation militaire.
® 19ème Région militaire : Alger (commandement supérieur des troupes)
– Subdivisions : Alger
Batna
Constantine
Mascara
Médéa
Oran
– Territoires militaires : Aïn-Séfra
Ghardaïa
Des Oasis
Touggourt
® Protectorat de Tunisie : Tunis (commandement supérieur des troupes)
– Subdivisions : Bizerte
Sousse-Kairouan
Tunis
– Territoires militaires : Sud-tunisien
® Protectorat du Maroc : Rabat (commandement supérieur des troupes)
– Subdivisions : Agadir
Atlas central
Fès
Marrakech
Mekhnès
Ouarzazate
Talifalet
Taza-Oujda
– Territoires militaires : Algéro-marocains
® Mandat du Levant : Beyrouth (commandement supérieur des troupes)
– Subdivisions : Beyrouth
Damas
Deir-ez-Zor
57
2 – Les unités d’infanterie.
Les trois divisions du 19ème corps d’armée d’Alger sont organisées sur un mode binaire, à savoir l’infanterie
divisionnaire comprenant deux brigades d’infanterie algérienne avec un nombre variable de régiments de tirailleurs.
® Division d’Alger :
– 1ère brigade d’infanterie algérienne : Alger
. 9ème régiment de Zouaves : Alger
. 13ème régiment de tirailleurs sénégalais : Alger
– 5ème brigade d’infanterie algérienne : Blida
. 1er régiment de tirailleurs algériens : Blida
. 5ème régiment de tirailleurs algériens : Maison-Carrée
. 9ème régiment de tirailleurs algériens : Miliana
– 65ème régiment d’artillerie d’Afrique : Blida
® Division d’Oran :
– 2ème brigade d’infanterie algérienne : Oran
. 1er régiment étranger d’infanterie : Saïda
. 2ème régiment de Zouaves : Oran
. 4ème/13ème régiment de tirailleurs sénégalais : Oran
– 4ème brigade d’infanterie algérienne : Tlemcen
. 2ème régiment de tirailleurs algériens : Mostaganem
. 6ème régiment de tirailleurs algériens : Tlemcen
– 66ème régiment d’artillerie d’Afrique : Tlemcen
® Division de Constantine : Général Vergez
– 3ème brigade d’infanterie algérienne : Constantine
. 3ème régiment de Zouaves : Constantine
. 15ème régiment de tirailleurs sénégalais : Philippeville
– 7ème brigade d’infanterie algérienne : Constantine
. 3ème régiment de tirailleurs algériens : Bône
. 7ème régiment de tirailleurs algériens : Constantine
. 11ème régiment de tirailleurs algériens : Sétif
– 67ème régiment d’artillerie d’Afrique : Constantine
On peut ainsi répertorier huit régiments de tirailleurs algériens, trois régiments de zouaves, deux régiments de
tirailleurs sénégalais et un régiment étranger d’infanterie.
La plupart des régiments « indigènes » sont à quatre bataillons1 tandis que les régiments de Zouaves et de la
Légion étrangère sont à trois bataillons.
Les trois régiments d’artillerie d’Afrique, à effectif de 1 010 hommes, sont à trois groupes légers de 65 mm de
montagne ou 75 mm modèle 1897.
Lors de la mobilisation, seul le 66ème régiment d’artillerie de la division d’Oran va se dédoubler à l’image des
régiments métropolitains, il recevra un ou deux groupes lourds de 155 mm de réserve. Les deux autres resteront dans la
plénitude de leurs moyens.
® Division de Tunis : Général Bessière
– 4ème régiment de Zouaves : Tunis
– 4ème régiment de tirailleurs tunisiens : Sousse
– 8ème régiment de tirailleurs tunisiens : Bizerte
– 62ème régiment d’artillerie d’Afrique : Tunis
1 Les quatrième bataillons des 6ème et 7ème régiments de tirailleurs algériens se trouvent au Levant.
58
® Division de Sousse : Général Ardant du Pic
– 5ème régiment de tirailleurs sénégalais : Monastir
– 10ème régiment de tirailleurs sénégalais : Bizerte
– 18ème régiment de tirailleurs sénégalais : Gabès
– Groupement d’artillerie autonome colonial de Tunisie : Sousse
La division d’infanterie de Tunis est une division basée sur le mode ternaire avec deux régiments de tirailleurs
tunisiens d’active à quatre bataillons et un régiment de Zouaves à trois bataillons. Elle reçoit en complément le 1er
bataillon d’infanterie légère d’Afrique. La division de Sousse est en fait une division coloniale comprenant en matière
d’infanterie trois régiments de tirailleurs sénégalais à quatre bataillons chacun.
Le 62ème régiment d’artillerie d’Afrique, à effectif de 1 010 hommes, est à trois groupes légers de 65 mm de
montagne ou 75 mm modèle 1897. Il ne se dédouble pas à la mobilisation et ne reçoit pas de groupe lourd. Idem pour le
groupement d’artillerie autonome colonial de Tunisie qui, à la mobilisation, se transforme en 1er régiment d’artillerie
coloniale de Tunisie.1
® Au Maroc :
– dix régiments de composition variable et un bataillon autonome :
. 1er régiment de zouaves (trois bataillons), : Casablanca
. 1er régiment de tirailleurs marocains (quatre bataillons) : Meknès
. 2ème régiment de tirailleurs marocains (quatre bataillons) : Marrakech
. 4ème régiment de tirailleurs marocains (quatre bataillons) : Taza
. 7ème régiment de tirailleurs marocains (trois bataillons) : Meknès
. 2ème régiment étranger d’infanterie (trois bataillons) : Meknès
. 3ème régiment étranger d’infanterie (trois bataillons) : Fès
. 4ème régiment étranger d’infanterie (trois bataillons) : Marrakech
. 3ème régiment de tirailleurs sénégalais (quatre bataillons) : Fès
. 6ème régiment de tirailleurs sénégalais (quatre bataillons) : Casablanca
. Bataillon autonome d’infanterie coloniale : Ouezzan
– un groupement autonome et deux régiments d’artillerie :
. Groupement autonome d’artillerie coloniale du Maroc (à cinq groupes hippomobiles de 65
ou 75 mm)2 : Marrakech
. 63ème régiment d’artillerie d’Afrique (à cinq groupes hippomobiles de 65 ou 75 mm) : Fès
. 64ème régiment d’artillerie d’Afrique (à cinq groupes hippomobiles de 65 ou 75 mm) :
Casablanca
® Au Levant :
– quatre régiments ou demi-brigades de composition variable et un bataillon autonome :
. Demi-brigade algéro-marocaine :
. IVème /6ème régiment de tirailleurs algériens : Alep
. IVème /7ème régiment de tirailleurs algériens : Alep
. Vème /1er régiment de tirailleurs marocains : Damas
. 16ème régiment de tirailleurs tunisiens : Soueïda
. 17ème régiment de tirailleurs sénégalais : Beyrouth
. Bataillon de marche d’infanterie coloniale du Levant3 : Soueïda
. Groupement de la Légion étrangère du Levant
4
:
. Ier/1er régiment étranger d’infanterie : Baalbek
. IVème/1er régiment étranger d’infanterie : Soueïda
. VIème/1er régiment étranger d’infanterie : Homs
. IIème/2ème régiment étranger d’infanterie : Damas
1 Un 2ème régiment d’artillerie coloniale de Tunisie est également mis sur pied.
2 Le groupement autonome d’artillerie coloniale du Maroc devient le régiment d’artillerie colonial du Maroc à la mobilisation.
3 Le bataillon de marche d’infanterie coloniale du Levant se transforme en 24ème régiment de marche d’infanterie coloniale pendant la drôle de guerre.
4 Le Groupement de la Légion étrangère du Levant est dissous le 01 octobre 1939 et prend la dénomination de 6ème régiment étranger d’infanterie.
59
– un régiment d’artillerie :
. Régiment d’artillerie coloniale du Levant (à trois groupes de 65 ou 75 mm)
1
: Damas
3 – Les unités de cavalerie.
® En Algérie :
– 1ère brigade de cavalerie d’Afrique : Médéa
. 5ème régiment de chasseurs d’Afrique
2
: Alger
. 1er régiment de Spahis algériens : Médéa
– 2ème brigade de cavalerie d’Afrique : Mascara
. 2ème régiment de chasseurs d’Afrique
3
: Mascara
. 2ème régiment de Spahis algériens : Tlemcen
– 3ème brigade de cavalerie d’Afrique : Batna
. 3ème régiment de chasseurs d’Afrique
4
: Constantine
. 3ème régiment de Spahis algériens : Batna
– cinq compagnies montées sahariennes.
® En Tunisie :
– 4ème brigade de cavalerie d’Afrique : Tunis
. 4ème régiment de chasseurs d’Afrique
5
: Tunis
. 4ème régiment de Spahis tunisiens : Zarzis
– 1er régiment étranger de cavalerie : Sousse
® Au Maroc :
– 1er régiment de chasseurs d’Afrique
6
: Rabat
– 2ème régiment de Spahis marocains : Marrakech
– 3ème régiment de Spahis marocains : Meknès
– 8ème régiment de Spahis algériens : Fès
– 2ème régiment étranger de cavalerie : Midelt
– une compagnie montée saharienne.
® Au Levant :
– 1er régiment de Spahis marocains : Alep
– 8ème groupe d’automitrailleuses
7
: Damas
– 3ème groupe d’escadrons du 4ème régiment de Spahis tunisiens : Damas
4 – Les chars de combat.
® En Algérie :
– 64ème bataillon de chars de combat : Alger
(64ème B.C.C – 45 chars légers FT)
1 Le régiment d’artillerie coloniale du Levant se transforme en 41ème régiment d’artillerie coloniale pendant la drôle de guerre.
2 Le 5ème régiment de chasseurs d’Afrique est partiellement motorisé.
3 Le 2ème régiment de chasseurs d’Afrique est partiellement motorisé.
4 Le 3ème régiment de chasseurs d’Afrique est partiellement motorisé.
5 Le 4ème régiment de chasseurs d’Afrique est motorisé.
6 Le 1er régiment de chasseurs d’Afrique est motorisé.
7 Le 8ème groupe d’automitrailleuses est motorisé.
60
® En Tunisie1 :
– 61ème bataillon de chars de combat : Bizerte
(61ème B.C.C – 45 chars légers D1)
– 65ème bataillon de chars de combat : Sousse
(65ème B.C.C – 45 chars légers D1)
– 67ème bataillon de chars de combat : Tunis
(67ème B.C.C – 45 chars légers D1)
® Au Maroc :
– 62ème bataillon de chars de combat : Meknès
(62ème B.C.C – 15 chars légers FT + 30 chars légers R35)
– 66ème bataillon de chars de combat : Meknès
(66ème B.C.C – 45 chars légers FT)
® Au Levant :
– 63ème bataillon de chars de combat : Beyrouth
(63ème B.C.C – 30 chars légers FT + 15 chars légers R35)
5 – Les troupes de service.
Le 19ème régiment de génie à Alger, le 31ème bataillon de génie stationné au Maroc et le 34ème bataillon de génie
de Tunis regroupent sous leurs autorités les éléments du génie et des transmissions présents sur leurs territoires. Le
mandat du Levant est doté également de ces troupes de servitude. Ces unités sont calquées sur le modèle des troupes de
soutien métropolitaines et remplissent les mêmes missions. Il existe en septembre 1939 :
® sept compagnies de cavaliers de remonte,
® huit escadrons du train,
® un bataillon d’ouvrier d’artillerie,
® cinq compagnies autonomes d’ouvriers d’artillerie,
® trois bataillons de sapeurs mineurs,
® deux compagnies autonomes de sapeurs mineurs,
® trois bataillons de sapeurs télégraphistes,
® deux compagnies autonomes de sapeurs télégraphistes,
® deux bataillons de sapeurs de chemins de fer.
1 Ces trois bataillons de chars de combat, initialement stationnés en métropole (respectivement aux 508ème, 510ème et 507ème régiments de chars de
combat), sont envoyés en Tunisie en mars 1938 (61ème) avril 1938 (65ème) et janvier 1939 (67ème) afin de renforcer les capacités blindées limitées de
l’armée d’Afrique face aux prétentions italiennes. Dix sept chars moyens Renault D1 supplémentaires seront affectés dans les dépôts et les écoles de
conduite de Tunisie.
61
6 – La gendarmerie.
Ce corps est également présent dans nos possessions du bassin méditerranéen, il se répartit de la manière
suivante :
® Gendarmerie départementale :
– une légion en Algérie,
– une légion au Maroc,
– une légion en Tunisie.
® Garde républicaine mobile :
– une légion en Algérie,
– une compagnie autonome au Maroc,
– une compagnie autonome en Tunisie.
® Gendarmerie prévôtale :
– une prévôté du Levant.
62
E – Répartition des forces stationnées dans les colonies et territoires d’outre-mer.
1 – Organisation militaire.
® colonie d’Indochine1 : Saigon (commandement supérieur des troupes)
– Subdivisions : Hanoi
Hué
Saigon
® Corps expéditionnaire de Chine2 : Tien-Tsin (commandement supérieur des troupes)
– Positions : Tien-Tsin
Shangaï-Hankéou
® colonie d’Afrique Equatoriale Française3 : Brazzaville (commandement supérieur des troupes)
– Subdivisions : Congo français
Gabon
Tchad
Cameroun
® colonie d’Afrique Occidentale Française4 : Dakar (commandement supérieur des troupes)
– Subdivisions : Sénégal
Soudan français
Mauritanie
Niger
Guinée
Côte d’Ivoire
Haute Volta
Dahomey
® colonie et possessions de l’océan indien5 : Tananarive (commandement supérieur des troupes)
– Subdivisions : Côte des Somalies
6
Madagascar
Ile de la Réunion
Etablissements français de l’Océan Indien
® territoires des Antilles7 : Fort-de-France (commandement supérieur des troupes)
® territoires du Pacifique8 : Nouméa (commandement supérieur des troupes)
1 On compte 28 496 militaires métropolitaines et 29 300 auxiliaires indochinois dans les trois protectorats d’Indochine en 1939.
2 En vue de protéger nos concessions en Chine, la France déploie des unités issues des territoires de l’Indochine. Composé exclusivement de troupes
de l’arme coloniale, ce corps expéditionnaire, sous les ordres du Général Casseville, sera présent dans ce pays jusqu’à la fin des années 30. L’effectif
global des troupes s’élève à 2697 officiers, sous-officiers et hommes de troupes en septembre 1939. Les chiffres passeront à environ 4 000 en mai
1940.
3 Les effectifs des troupes des unités coloniales en Afrique Equatoriale Française au 03 septembre 1939 s’élèvent à 5 062 officiers, sous officiers et
hommes de troupes (métropolitains et troupes sénégalaises).
4 A l’instar des effectifs ci-dessus, ceux de l’Afrique Occidentale française se montent à 21 376 officiers, sous officiers et hommes de troupes
(métropolitains et troupes sénégalaises).
5 Les troupes de l’Océan Indien se montent à 6 769 sous officiers et hommes de troupes (métropolitains et malgaches).
6 Sous les ordres de Général Germain Georges.
7 Les troupes coloniales s’élèvent à 1 035 sous officiers et hommes de troupes.
8 On dénombre principalement 216 hommes en Nouvelle – Calédonie et 71 hommes pour les îles de l’océanie.
63
2 – Les unités d’infanterie et d’artillerie.
® L’Afrique Équatoriale Française :
– Congo et Gabon :
. Bataillon de tirailleurs sénégalais de l’Afrique Equatoriale Française
– Tchad :
. Régiment de tirailleurs sénégalais du Tchad
. Bataillon de tirailleurs sénégalais de l’Oubangui-Chari
. Compagnie portée de Largeau
. Section portée de Largeau
– Cameroun :
. Régiment de tirailleurs sénégalais du Cameroun
® L’Afrique Occidentale Française :
– Sénégal :
. 1er régiment mobile de tirailleurs sénégalais
. 7ème régiment mobile de tirailleurs sénégalais
. 6ème régiment d’artillerie coloniale
. Bataillon d’infanterie coloniale de l’Afrique Occidentale Française
. Bataillon de tirailleurs sénégalais n°7
– Soudan français :
. 2ème régiment mobile de tirailleurs sénégalais
. Bataillon de tirailleurs sénégalais n°2 (dissous le 30/09/1939)
– Mauritanie :
. Bataillon de tirailleurs sénégalais n°1
– Niger :
. Bataillon de tirailleurs sénégalais n°3 (dissous le 01/09/1939)
– Guinée:
. Bataillon de tirailleurs sénégalais n°4
– Côte d’Ivoire :
. Bataillon de tirailleurs sénégalais n°5
– Haute Volta :
. Bataillon de tirailleurs sénégalais n°6
– Dahomey :
. Bataillon de tirailleurs sénégalais n°8
. Bataillon de tirailleurs sénégalais n°9
® L’océan indien :
– Côte des Somalis :
. Bataillon de tirailleurs sénégalais de la côte française des Somalies
– Madagascar :
. 1er régiment de tirailleurs malgaches
. 2ème régiment de tirailleurs malgaches
. Bataillon de tirailleurs malgaches
. Groupe autonome d’artillerie coloniale de Diego-Suarez
. Groupe autonome d’artillerie coloniale de l’Emyne
64
® L’Indochine :
– 9ème régiment d’infanterie coloniale
– 11ème régiment d’infanterie coloniale
– 10ème régiment mixte d’infanterie coloniale
– 19ème régiment mixte d’infanterie coloniale
– 1er régiment de tirailleurs tonkinois
– 2ème régiment de tirailleurs tonkinois
– 3ème régiment de tirailleurs tonkinois
– 4ème régiment de tirailleurs tonkinois
– 1er régiment de tirailleurs annamites
– 1er régiment de tirailleurs cambodgiens
– 5ème régiment étranger d’infanterie
– 4ème bataillon de tirailleurs montagnards
– 4ème régiment d’artillerie coloniale
– 5ème régiment d’artillerie coloniale
® La Chine :
– 16ème régiment d’infanterie coloniale,
– 103ème bataillon de marche d’infanterie coloniale,
– 104ème bataillon de marche d’infanterie coloniale,
– 108ème bataillon de marche d’infanterie coloniale,
– un groupe mixte d’artillerie coloniale,
® Les Antilles, les Indes françaises et le Pacifique :
– quatre compagnies mixtes d’infanterie coloniale (Fort de France, Camp Jacob, Cayenne et Papeete)
– une compagnie de cipayes (Pondichéry)
– une batterie mixte d’artillerie coloniale (Fort de France)
3 – Les unités de cavalerie.
® Un escadron d’automitrailleuses à Hanoi
(automitrailleuses de cavalerie White Laffly modèle 50 et modèle 18),
® Un peloton d’automitrailleuses à Saigon
(automitrailleuses de cavalerie White Laffly modèle 50 et modèle 18),
4 – Les chars de combat.
® Section de chars légers à Madagascar
(chars légers FT)
® Compagnie de chars légers de l’Annam Tonkin à Hanoi
(chars légers FT)
® Compagnie de chars légers de Cochinchine à Saigon
(chars légers FT)
® Détachement motorisé de Cochinchine
(chars légers FT)
® Deux sections de chars légers à Tien-Tsin,
(chars légers FT)
® Une compagnie de chars légers à Shangaï-Hankéou.
(chars légers FT)
65
5 – Les troupes de service.
® une compagnie de cavalier de remonte.
® huit compagnies autonomes d’ouvriers d’artillerie.
® trois compagnies de sapeurs-mineurs.
® quatre compagnies de sapeurs télégraphistes.
® un détachement de télégraphistes coloniaux (Chine).
® deux compagnies de sapeurs de chemins de fer.
® trois groupes de transport automobile (Dakar, Hanoi et Saigon)
6 – La Gendarmerie.
Les forces de gendarmerie se divisent en quinze détachements coloniaux répartis dans les possessions d’outremer
et les colonies :
® colonie d’Afrique Equatoriale Française :
– Dakar
® colonie d’Afrique Occidentale Française :
– Douala
– Brazzaville
– Djibouti
– Tananarive
® possessions d’Outre-mer :
– Saint Denis de la réunion
– Saint-Claude
– Fort-de-France
– Cayenne
– Saint Pierre et Miquelon
– Nouméa
– Papeete
– Pondichéry
® colonies d’Indochine :
– Saigon
– Hanoi

 

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12 janvier 2013

Le 7e régiment de chasseurs à cheval

Classé sous — milguerres @ 21 h 17 min

 

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La Tunisie au gré des conflits

 Le 7ème chasseurs dans la campagne de Tunisie

Le 7e régiment de chasseurs à cheval tunisia_fb_mw

Le 7e régiment de chasseurs à cheval

Source wikipedia

tunisia_fb_mw

fourag10
Fourragère aux couleurs du ruban de la croix de guerre 1914 1918
avec olive aux couleurs du ruban de la croix de guerre 1939 1945.

7ercc10


Insigne régimentaire du 7e RCC

Le 7e régiment de chasseurs à cheval est un régiment de cavalerie de l’armée française.

Historique


Création initiale :

• 1727 : Compagnies Franches
Filiation :
• 1745 : Volontaires Royaux
• 1747 : Légion Royale
• 1779 : 1er Régiment de Chasseurs à Cheval
• 1784 : Chasseurs des Alpes
• 1788 : 7e Régiment de Chasseurs à Cheval (Douai). Appelé également Chasseurs de Picardie
• 1814 : Chasseurs d’Orléans
• Les Cent-Jours : Le régiment reprend le no 7.
• 16 juillet 1815 : Dissous à Strasbourg par Ordonnance royale.
• 1816 : Chasseurs de Corrèze
• 1825 : 7e Régiment de Chasseurs à Cheval
• 1831 : Dissous (2e Chasseurs)
• 19 février 1831 : 7e Régiment de Chasseurs à Cheval
• 1939 : Dissous (donne naissance aux 2e G.R.C.A.1, 6e G.R.C.A.2, 1er G.R.D.I.3, 15e G.R.D.I.4, 66e G.R.D.I.5, 73e G.R.D.I.6.
• 1940 : 7e Régiment de Chasseurs à Cheval (Nimes)
• 1942 : Le régiment est dissous suite à l’invasion de la zone libre par les Allemands.
• 1er juin 1963 : Le 7e Régiment de Chasseurs d’Afrique prend l’appellation 7e Régiment de Chasseurs.
• 1er juin 1964 : Le 7e Régiment de Chasseurs prend l’appellation de 5e Régiment de Dragons.
• 1er juillet 1964 : Le 29e Régiment de Dragons, rentré d’Algérie début mai 1964, prend la dénomination 7e Régiment de Chasseurs (Arras).
• 30 juin 1993 : Dissous.
Garnisons
• Mars 1788-1792 : Douai
• 1802-1803 : Brest
• 1817-1818 : Libourne
• 1825-1830 : Nîmes
• 1830-1838 : successivement Sarreguemines, Maubeuge, Chartres, Poitiers, Belfort.
• 1838-1848 : Carcassonne
• 1848-1862 : Arras
• 1862-1865 : Libourne
• 1873-1874 : Libourne
• 1874-1913 : Rouen (caserne Richepanse)
• 1913 – septembre 1939 : Évreux
• Septembre 1940-27 novembre 1942 : Nîmes
• Juin 1963 – mai 1964 : Friedrichshafen
• Juin 1964 – juin 1993 : Arras
Chefs de corps
• Chefs de corps de l’Ancien Régime.
• Légion Royale
1747: de CHABOT la SERRE
1759: de CHABOT
1760: de MELFORT
1761: de VALLIERE
1763: de NICOLAI
1765: de COIGNY
1774: de LAUZUN
• 1er Régiment de Chasseurs
1779: de CELLIER
1780: de GLINGLIN
• Chasseurs des Alpes
1784: de la PERRONAYS
• 7e Régiment de Chasseurs de Picardie
1788: le DUCHAT de RURANGE de REDERQUIN
• Chefs de corps de la Révolution et Empire
1789: de CONTADES
1791: d’AIGUILLON
1792: SCHEGLINSKI
1793: MEMEZ
1794: de MONTBRUN
1799: de LAMUNEE
1801: de LAGRANGE
1807: Hippolyte Marie Guillaume de PIRÉ
1809: BOHN
1812: DELAITRE
1813: de VERDIERE
• De la Restauration, Monarchie de Juillet, Second Empire, IIIe République jusqu’à la Première Guerre mondiale.
• Chasseurs d’Orléans
1815: de ROCHAMBEAU
• Chasseurs de Corrèze
1816 : MERMET
1820 : d’ARGOUT
1822 : de WIMPFEN
7e Régiment de Chasseurs à cheval.
1831: JOURDAN
1838: GUIBOUT
1843: BIZIAUX
1847: Gustave Olivier Lannes de Montebello
1851: BERGEG de CASTELLANE
1854: de MIRANDOL
1856: DUMAS
1858: SAVARESSE
1859: d’ESTIENNE de CHAUSSEGROS
1864: DELEBEC
12 août 1866 – 3 octobre 1870: THORNTONT
1870: MIEULET de RICHUBONT
1885: du HAMEL de CHANCHY
1891: DOREAU
1896: SIBONE de la MORUIERE
1899: du BOIS de MEYRIGNAC
1900: FABRE
1901: MENEUST
1902: BESSET
1907: MATUSZYNSKI
Chefs de corps de la Première Guerre mondiale
1914: REY
1916: VERDELHAN des MOLLES
1917: PASCAL
1918: ALQUIER-BOUFFARD
• Chefs de corps entre-deux-guerres
1919: MEAUDRE
1920: DELAAGE de CHAILLON
1925: SAGOT
1931: PETIET
1934: JACOTTET
1936: de MONTMORIN de SAINT-HEREM
1938 – août 1939 BRENET
• Chefs de corps depuis la Seconde Guerre mondiale
Septembre 1940 – 1942 : SCHOTT
15 février 1964 – 1er juin 1964 : LCL Philippe DUPLAY
1er juillet 1964 -1966 : COL Jérôme LÉVESQUE
1966-1968 : COL Paul GUILLAUT
1968-1970 : COL René MASSIAS
1970-1972 : COL LEJEUNE
1972-1974 : LCL DUMESNIL-ADELÉE
1974-1976 : COL Bernard de BRESSY de GUAST
1976-1978 : COL de BELLOY de SAINT-LIÉNARD
1978-1980 : COL Robert BATON
1980-1982 : COL Bernard BONAVENTURE
1982-1984 : COL Bernard DURIEUX
1984-1986 : COL Christian LORIFERNE
1986-1988 : COL PACORET de SAINT-BON
1988-1991 : COL François HUDAULT
1991-1993 : COL Louis d’ASTORG
Campagnes
Ancien Régime
• 1745-1748: Guerre de Succession d’Autriche
• 1756-1763: Guerre de Sept Ans
• 1769: Corse7
Guerres de la Révolution et de l’Empire
• 1792-1794: Armée du Rhin
• 1793-1797: Guerre de Vendée
• 1798-1799: Italie
• 1804-1807: Grande Armée
• 1806 : Campagne de Prusse et de Pologne
o 14 octobre : Bataille d’Iéna
• 1807 :
o 8 février : Bataille d’Eylau
• 1809: Allemagne
• 1810-1811: Espagne et Portugal
• 1812: Campagne de Russie
o Bataille de Polotsk
• 1813 : Campagne d’Allemagne
o 16-19 octobre : Bataille de Leipzig
• 1814: Campagne de France
Restauration
• De la Monarchie de Juillet, du Second Empire puis de la IIIe République jusqu’à la Première Guerre mondiale.
• 1823-1824: Expédition d’Espagne
• 1832: Siège de la citadelle d’Anvers
• 1858: Conquête de l’Algérie par la France
• 1859: Campagne d’Italie
• 1870-1871: Guerre franco-prussienne de 1870
• 1881: Protectorat français de Tunisie

Première Guerre mondiale
Le 7e Régiment de Chasseurs à cheval garnison Sézanne Sampigny (Rouen 1910) rattachement au 6e Corps Évreux 1914. Pendant la Première Guerre mondiale, le 7e régiment de chasseurs à cheval appartient à la 5e division d’infanterie (France).
• Offensive en Belgique – Retraite (du 5 août 1914 au 5 septembre 1914).
• La bataille de la Marne du 5 septembre 1914 au 24 octobre 1914.
• Opérations sur l’Yser (du 24 octobre 1914 au 4 décembre 1914). Rendant hommage à l’opiniâtre résistance du Régiment, le Général commandant la Brigade citait, le 5 novembre, à l’ordre le Colonel REY et le 7e Chasseurs « pour la façon brillante dont ils ont tenu leurs tranchées malgré une vive attaque allemande qui avait fait plier deux tranchées à leur gauche ».
• Campagne d’hiver en Champagne (du 6 décembre 1914 au 10 mai 1915).
• Opérations en Artois (du 12 mai 1915 au 25 octobre 1915).
• Campagne d’hiver 1915-1916 dans la Somme (du 25 octobre 1915 au 25 mars 1916). Le 25 octobre, le 3e Corps passe de la Xe Armée à la VIe s’embarque pour se rendre dans la région de Moreuil. Le 27 octobre, un groupement de cavalerie est constitué sous les ordres du Colonel Rey. Il comprend les six escadrons du 7e Chasseurs, le 8e Escadron du 11e régiment de hussards, le 5e et 6e Escadrons du 20e régiment de dragons, remplacés le 19 novembre par les 7e et 8e Escadrons du 14e régiment de hussards. Le groupement cantonne dans la zone sud d’Amiens à l’est de Breteuil. À partir du 11 novembre, le groupement constitue un détachement de 350 cavaliers à pied et une section de mitrailleuses, sous le commandement d’un Capitaine et de quatre Lieutenants.
• Opérations devant Verdun et sur les côtes de Meuse (du 1er avril 1916 à mars 1917).
• Opérations au Chemin-des-Dames (de mars 1917 au 1er août 1917).
• Somme, Mailly, Touraine, Champagne (d’août 1917 à avril 1918).
• Deuxième bataille de la Marne (du 20 juin 1918 au 25 août 1918).
• Opérations du 1er Escadron de la Vesle au camp de Sissonne (du 4 septembre 1918 à novembre 1918).
• Opérations du 3e Escadron dans l’Oise avec la 6e D.I. (de juin 1918 au 8 septembre 1918) .
• Opérations du 4e Escadron avec la 5e D.I. (du mois de juillet jusqu’à l’Armistice) .

Seconde Guerre mondiale
En 1939, le 7e Régiment de Chasseurs tient garnison à Évreux. Partiellement motorisé, il appartient à la Cavalerie non endivisionnée.
Il relève du 3e Groupement de Cavalerie, Compiègne, avec les 6e et 7e Groupe d’Automitrailleuses de Compiègne et de Saint-Omer.
Le Groupement de Cavalerie est destiné à former à la mobilisation des Groupes de Reconnaissance. Aussi, dès la déclaration de guerre, le 7e Régiment de Chasseurs disparaît-il en tant que tel pour se répartir et donner naissance à six Groupes de Reconnaissance :
• 2e Groupe de Reconnaissance de Corps d’Armée (2e GRCA),
• 6e Groupe de Reconnaissance de Corps d’Armée (6e GRCA),
• 1er Groupe de Reconnaissance de Division d’Infanterie (1er GRDI),
• 15e Groupe de Reconnaissance de Division d’Infanterie (15e GRDI),
• 66e Groupe de Reconnaissance de Division d’Infanterie (66e GRDI),
• 73e Groupe de Reconnaissance de Division d’Infanterie (73e GRDI).
1940: 7e régiment de chasseurs à cheval (Nîmes).
1942: Le régiment est dissous suite à l’invasion de la zone libre par les Allemands.

Décorations
sa cravate est décorée :
• Croix de Guerre 1914-1918 avec une étoile de bronze.
• Croix de Guerre 1939-1945 avec trois palmes.
• Médaille d’or de la Ville de Milan.
• Fourragère aux couleurs du ruban de la Croix de Guerre 1914-1918 avec olive aux couleurs du ruban de la croix de guerre 1939-1945.

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La Tunisie au gré des conflits

 Le 7ème chasseurs dans la campagne de Tunisie

11 janvier 2013

Amiral GUEPRATTE

Classé sous — milguerres @ 10 h 03 min
Amiral GUEPRATTE geprat10

Émile, Paul, Aimable Guépratte

Émile, Paul, Aimable Guépratte est né le 30 août 1856 à Granville (50), et mort le 21 novembre 1939 à Brest (29). Il est inhumé aux Invalides dans le caveau des gouverneurs. Grand-croix de la Légion d’honneur (12 décembre 1924), Croix de Saint Georges (28 décembre 1916 ; ordre russe) et Grand-cordon de l’Aigle blanc, par décret du roi de Serbie Alexandre Karadjordjevic (3 septembre 1917).

Amiral français, dit « point d’honneur » ou surnommé par les britanniques « le cracheur de feu » (fire eater).

« Personnage hors du commun, célèbre dans la Marine par ses façons de grand seigneur, son mépris des contingences et son goût du panache, il s’illustra de manière éclatante par son énergie inlassable et son courage exceptionnel au cours de l’affaire des Dardanelles ». Un jour, où tout son équipage était au garde-à-vous sur le pont de son bâtiment, un coup de canon provoque l’envol de centaines de goélands ; très grave, Guépratte laisse tomber ces mots : « Messieurs, je vous présente la Chambre des députés ».

Troisième de 6 enfants ; petit-fils de l’amiral Jéhenne. Élève au Lycée impérial de Brest en 1868 ; l’un des livres reçus à la distribution des prix en classe de 4e en 1868, « Les gloires maritimes de la France », décide de sa vocation. Entré à l’École navale le 1er octobre 1871, aspirant de 1e classe le 5 octobre 1874, il embarqua en 1875 sur la corvette cuirassée la Reine-Blanche dans l’escadre d’évolutions et, en 1876, sur l’aviso à hélice le D’Estaing. Enseigne de vaisseau le 1er décembre 1877, instructeur des aspirants sur la corvette-école la Favorite, que commandait son père en 1880, il fit la campagne de Tunisie de 1881 sur le cuirassé Marengo, participa au bombardement de Sfax et à la prise de Gabès. Lieutenant de vaisseau le 15 janvier 1883, il suivit en 1884 les cours de l’École des défenses sous-marines, en sortit avec le brevet de torpilleur et fut affecté en cette qualité sur le cuirassé Amiral Duperré, de l’escadre d’évolutions ; il reçut son premier commandement en 1889 sur le contre-torpilleur 23.

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Campagne de Tunisie

Le Général Boyer, M. Alapetite, résident général à Tunis et l’amiral Guepratte et leur état-major (Editeur : ? – 829)

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Campagne de Tunisie

Le résident général M. Alapetite l’amiral Guepratte et les officiers des spahis marocains (Editeur : ? – 836)

source image : http://www.abcdelacpa.com/30819.jpg

 

Second du croiseur Forfait en 1891, il commanda la canonnière Caronade de la division navale d’Indochine et participa aux opérations contre le Siam de mai à octobre 1893. Capitaine de frégate le 10 mai 1897, sous-directeur des défenses sous-marines de Brest en 1900, commandant du contre-torpilleur Vautour de la station du Bosphore en 1901-1902, il fut en mai 1902 chef de la 2e section de l’état-major de l’arrondissement maritime de Brest, passa capitaine de vaisseau le 05 février 1904 et prit le commandement du croiseur porte-torpilleurs Foudre, avec lequel il transporta de Cherbourg à Saigon (Vietnam) deux sous-marins et quatre petits torpilleurs.

Il commanda en 1905, dans l’escadre de la Méditerranée, le croiseur cuirassé Jeanne-d’Arc et le croiseur Marseillaise et, de nouveau, en tant que capitaine de pavillon, la Jeanne-d’Arc, fin 1906. Commandant du 2e dépôt des équipages en 1908, il suivit à Brest, en 1909, l’achèvement du croiseur cuirassé Edgar-Quinet sur lequel il conduisit le président Fallières en Hollande, réalisant à cette occasion le premier passage par un grand navire de guerre des écluses d’Ijmuiden et du Nordsee Kanal conduisant à Amsterdam.

Contre-amiral le 2 septembre 1912, il reçut le 16 septembre 1912 le commandement du front de mer à Brest. Au début des hostilités, en 1914, il fut mis à la tête de la division navale de complément rattachée à la 1e armée navale en Méditerranée. Il assura la protection des convois de troupes entre l’Algérie et la métropole ainsi que la surveillance du détroit de Sicile.
Cloche de l’escorteur d’escadre Guépratte
(Photo Thierry David).

L’expédition des Dardanelles

Demandant avec insistance un commandement plus proche de l’action, il fut envoyé à Port-Saïd (Égypte) pour collaborer à la protection des convois britanniques de l’armée des Indes puis affecté, avec sa division, à la force navale britannique de l’amiral Hamilton Carden qui bloquait le détroit des Dardanelles où s’étaient réfugiés les croiseurs allemands, Goeben et Breslau, qui venaient d’accomplir plusieurs actions surprises en Méditerranée occidentale, dont le bombardement de Bône et de Philippeville. Le 3 novembre 1914, avec les cuirassés Suffren et Vérité, appuyés de croiseurs anglais, il bombarda une première fois les forts de l’entrée du détroit. À l’instigation des Britanniques fut décidé le forcement du passage afin d’atteindre la mer de Marmara et d’attaquer Constantinople. L’amiral John de Robeck succéda le 17 mars 1915 à Carden et prit le commandement en chef de la flotte alliée. Le 18 mars 1915 eut lieu l’attaque principale. Guépratte avait demandé l’honneur de commander l’avant-garde (« Si vous le voulez bien, je choisirai l’avant-garde ») et il le fit avec une folle audace, pénétrant le premier dans le détroit à la tête de ses vieux cuirassés. On sait comment la journée aboutit à un échec : trois cuirassés coulés, dont deux anglais et le Bouvet qui avait sauté sur une mine, le Suffren, navire amiral, et le Gaulois gravement endommagés avec plusieurs autres navires. John de Robeck porta à la connaissance des lords de l’Amirauté la manière splendide dont l’escadre française s’était comportée et souligna la grande bravoure avec laquelle son chef l’avait menée au feu dans une action rapprochée : « Splendide malgré l’âge de ses bâtiments, l’escadre française n’est aucunement troublée par ses lourdes pertes. L’Amiral (Guépratte) l’a conduite au feu avec la plus grande bravoure ». Les Anglais qui restèrent ses plus fidèles admirateurs, lui avaient décerné le surnom de Fire-Eater (mangeur de feu) qui lui resta. Le forcement du détroit abandonné, une opération combinée fut mise sur pied et Guépratte y prit part avec la même énergie pendant les combats des 27 mars 1915, 25 et 26 avril 1915 : bataille des Cinq-Plages, débarquements de Sedd-Ull-Bahr et de Koum-Kaleh. Le 13 avril 1915, il écrivit : « Je regrette que la République soit si pauvrement représentée dans une opération de guerre aussi belle.

Il y a une convenance urgente à nous renforcer par de véritables unités de combat ». Partisan obstiné du franchissement de vive force des détroits, mais critiqué du côté français – on alla jusqu’à taxer son impétuosité de folie et sa tactique d’absurde – on se débarrassa de lui en le nommant vice-amiral le 10 octobre 1915 et préfet maritime de l’arrondissement algéro-tunisien à Bizerte (Tunisie).

Il y maintint, grâce à son influence personnelle, la plus stricte discipline malgré les difficultés du moment et, notamment, l’agitation anti-juive de 1917, joua un rôle important dans l’entraînement des troupes serbes (c’est pourquoi Belgrade a une rue de l’Amiral Guépratte), et fit de Bizerte un centre de lutte contre les sous-marins.

À Bizerte, le chef de la musique militaire crée une Marche de l’Amiral Guépratte. Atteint par la limite d’âge en 1918, il fut placé le 30 août 1918 dans la section de réserve, après 47 années de services effectifs, dont plus de 32 à la mer. Il se présenta à la députation sur la liste de concentration républicaine et fut élu le 16 novembre 1919. Il adhéra au groupe de la gauche républicaine démocratique, devint membre des commissions de la marine marchande, de la marine militaire, des régions libérées et d’Alsace-Lorraine, et se consacra aux questions intéressant la marine. Il écrivit : « À toute nation, il faut un chef. La constitution de 1875 a proclamé irresponsable le Président de la République ! C’est un tort ! Dix ans de présidence, non renouvelable, voilà l’idéal ! ». Il fut président du groupe des députés des ports et président de l’association amicale des croix de guerre. N’ayant pas renouvelé son mandat en 1924, il se retira à Brest et continua d’apporter son aide aux oeuvres de la mer et aux campagnes de propagande pour le développement de la marine. Il vint à Ancy-sur-Moselle le 24 mai 1924 (« Je viens dire bonjour à mes cousins d’Ancy »). Il était membre de l’Académie de marine depuis 1921. Les années qui suivirent apportèrent d’éclatants témoignages en sa faveur. Sir Winston Churchill lui écrivit le 24 septembre 1930, à propos du combat des Dardanelles : « Pour votre part vous avez fait honneur à une opération de guerre qui aurait changé l’histoire du monde si elle avait été menée avec une résolution égale à la vôtre ».
Il a publié en 1935 : L’expédition des Dardanelles, 1914-1915. Il avait épousé le 20 août 1883 Thérèse Marie Virginie Gourdan, née le 16 janvier 1865, morte le 7 février 1890, fille d’un capitaine de vaisseau. Ils eurent trois enfants.
http://www.netmarine.net/bat/flf/gueprat/celebre.htm
L’Amiral Guépratte toujours à l’avant …lisez ci-dessous l’article que je viens de traiter dans sa totalité pour une meilleure lecture … __________________________________________________________________________________________________
Le petit Parisien
1933/03/29 (Numéro 20483)  article de Léon Faraut

Les hommes du Jour

L’Amiral Guépratte

Devenir du jour au lendemain, une figure de légende, c’est là un sort rare.
Et quand, le 18 mars 1915, l’Amiral Guépratte accomplissait simplement, bravement, les gestes qui allaient, imposer à l’admiration et faire de lui un de nos héros nationaux, parmi les plus grands et les plus purs, le chef de la division française des Dardanelles était loin de penser qu’il inscrivait son nom dans l’histoire avec un si puissant relief.
Présidant, lundi soir, au Cercle militaire, la fête émouvante que les Bretons de Paris, les anciens combattants des Dardanelles, les Croix de guerre, avaient organisée en l’honneur du héros, M. Georges Leygeus n’eut nul besoin, pour magnifier notre héros, de recourir aux extraordinaires ressources de son lyrisme. Il se borna à rappeler l’exploit dans la forme même dont usa le journal du bord.

L’amiral britannique de Robeck qui commande devant les Dardanelles a décidé de pénétrer de vive force dans la mer Noire et de s’emparer de Constantinople. Avant l’attaque, il demande à l’amiral Guépratte :
- Quel poste choisissez-vous dans le combat ?
- Le premier au danger : l’avant-garde.

Les quatre cuirassés de Guépratte se sont engagés dans les détroits et ripostent comme ils peuvent au feu nourri des canons et des mitrailleuses dont les Turcs et les Allemands ont abondamment garni les rives.
Leur mission accomplie, nos cuirassés se retirent pour céder la place aux navires anglais qui les suivent.
C’est à ce moment que le Bouvet est touché par une mine.
Cependant qu’il coule en quelques secondes, un autre de nos vaisseaux, le Gaulois, est atteint à l’avant.
Une énorme voie d’eau se déclare. Le cuirassé est désemparé et en perdition. A bord, pourtant, chacun garde son calme. L’équipage, en tenue blanche est rangé sur le pont, comme à la parade. La fin s’annonce proche et toute cette activité des torpilleurs, des sous-marins, des chalutiers, des bateaux de sauvetage empressés autour du navire prêt à s’engloutir l’indique assez.
Mais que se passe-t-il ?
Une chaloupe a abordé l’épave.
Cependant qu’à la coupe, le poste rend les honneurs, « la sonnerie » Aux champs retentit. C’est l’amiral Guépratte qui a réussi à rallier le Gaulois. Il entend être avec ses hommes pour partager avec eux le sort du bâtiment.
Il faut lire le télégramme que l’amiral de Robeck envoya à l’Amirauté pour célébrer la bravoure de l’amiral Guépratte et de la Marine française.
Pour nos marins, qui les connaissaient, ce que Guépratte avait fait là n’avait rien de surprenant.
Entré dans la marine à l’âge de quinze ans, Guépratte y avait conquis tous ses grades et sa haute réputation par sa seule valeur, comme jadis les Jean Bart, les Suttren, les Duguay-Trouin.
Mais pour les Anglais, qui le voyaient pour la première fois, l’impression qu’il leur laissa fut extraordinaire.
Ils ne pouvaient comprendre qu’un chef demeurât constamment exposé aux coups de l’ennemi avec son uniforme blanc. Et quand ils eurent constaté que, bien qu’il s’offrît comme une cible, l’amiral Français n’était jamais touché, ils se mirent à l’appeler le « mangeur de feu » et ils donnèrent ce titre à une chanson qui obtint aussitôt la plus grande vogue et qu’ils fredonnent encore
En 1918, l’amiral Guépratte atteignait sa soixante deuxième année et passait au cadre de réserve.
Ce héros allait désormais vivre modestement et simplement.
Peu de temps avant de quitter le service actif, il a été fait grand-croix de la Légion d’honneur.
On m’assur qu’il n’a pas la médaille militaire.
Ce ne peut être là que le fait d’un oubli.
Pourquoi ne le réparerait-on pas ?
Léon Faraut

le_pet12
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6276820.r=GUEPRATTE.langFR
fleche-boule8 dans
Partition marche amiral Guépratte. par V. Rendla – chef de la musique.
http://historic-marine-france.com/cinema/chants.htmpartit11

Prix de vente.12 euros. disponible sur :
http://historic-marine-france.com/cinema/chants.htm

L’amiral Guépratte adresse à la Chambre un appel à la clémence en faveur des mutins de la mer Noire……
nota : j’ai essayé au maximum de transcrire le texte de l’article mot à mot en espérant ne pas avoir écorché certains noms.
Bonne lecture !
fleche-boule8 dans
Le Petit Parisien du 09 Juillet 1922Pendant un an encore le gouvernement pourra user de la grâce amnistiante
AINSI EN ONT DÉCIDÉ LES CHAMBRES AVANT LA CLOTURE DE LA SESSION
Marty et Badina pourront bénéficier de mesures de clémence, de même que les petits commerçants et les petits producteurs condamnés pour des faits de spéculation illicite

Les Chambres ont tenu à se prononcer,avant la clôture de la session parlementaire, sur la question de l’amnistie. Ainsi que nous l’avions fait prévoir, N. Barthou, ministre de la Justice, a déposé hier mâtiné sur le bureau de la Chambre, d’accord avec MM. Maginot et Haiberti. un projet de loi prorogeant pour une période d’un an la faculté accordée au gouvernement d’user de la grâce amnistiante prévue! par la loi du avril 1921.Aux termes de cette loi, les ministres intéressés (Guerre et Marine) auront la faculté pendant un an encore d’examiner les cas d’espèce et de faire bénéficier de mesures gracieuses entraînant l’amnistie tous les condamnés qui leur auront paru dignes d’une remise de l’entier restant de la peine.
Marty et Badina pourront, par conséquent, faire l’objet de propositions de remise de la peine qui leur reste à faire et bénéficier ainsi de l’aministie.

Au cours de la séance de l’après-midi la Chambre, le garde des Sceaux a demandé d’interrompre le débat eu cours pour permettre l’examen immédiat de ce texte.
M.. René Lafarge a donné lecture de son rapport. Puis le débat s’est engagé.

M. Evain.

« Je viens demander au gouvernement la portée du geste qu’il vient d’accomplir.
MM. Marty et Badina seront-ils appelés à bénéficier de la grâce amnistiante ? Je rappellerai à la Chambre, que de très nombreux petits commerçants ont été gravement condamnés par Iras tribunaux sans raison suffisante. Si vous voulez la paix civile, il faut prendre une mesure de clémence envers eux

M. Barthou.

Le projet déposé ne fait que proroger pour un an les dispositions de la dernière loi d’amnistie. Le gouvernement, usant du droit de grâce amnistiante, a largement usé de la. faculté qui lui était donnée.
Ne pouvant faire aboutir une nouvelle loi d’amnistie à cette heure tardive de la session. nous avons pensé nécessaire de proroger les pouvoirs de grâce amnistiante suspendus depuis avril, car le gouvernement n’a pas épuisé les mesures à prendre en vertu de cette disposition.
Nous vous demandons de pouvoir appliquer la grâce à tous les cas qui le mériteraient, après un examen individuel. (Applaudissements rà gauche, bruit.)
Je vous demande d’examiner la question en elle-même. nous sommes prêts à prendre ces responsabilités. Quand nous aurons agi vous nous jugerez. Dans la commission, certains membres se sont intéressés aux petits commerçants et aux petits producteurs.
Le projet en discussion a un but limité, il reste devant la Chambre un projet plus complet que l’on pourra étudier et. compléter.

M. Tardieu.
Vous auriez pu soutenir ce texte il y a six mois.

M. Barthou.

Et j’aurais de même rencontré votre hostilité. Nous allons partir en vacances.
Il faut prendre une décision pour les petits commerçants et les petits producteurs, vous vous prononcerez sans tarder.

M. Thomson.
N’oublions pas que les petits producteurs et que les petits commerçants ne sont pas tous poursuivis pour spéculation illicite. lls ont droit a la grâce amnistiante.

M. Barthou.
Il faut également se préoccuper de la loi sur la spéculation illicite, dont l’effet disparait avec le mois d’octobre. Un projet de, prorogation est également nécessaire, à ce point de vue, pour continuer les poursuites
C’est à l’occasion de ce dernier projet qu’il sera possible de prendre les mesures demandées par M. Evain et d’accorder la grâce amnistiante pour les petits commerçants et les petits producteurs (Exclamations sur divers bancs. )
Je suis ici pour soutenir le projet que M. le ministre de la Guerre serait le premier à défendre, s’il pouvait être ici.

M. Balanant.
Peut-être pas.

M. Barthou.
Je parle ici au nom du gouvernement et si M. le président du Conseil n’était pas là, je dirais le gouvernement en a décidé ainsi.
M. Balanant.
Je vous demande d’expliquer l’origine de ce projet. On veut gracier tous les mutins Ide la mer Noire. Je fais une distinction entre les simples marins et les meneurs nous voulons savoir à quoi nous allons aboutira {Applaudissements sur divers bancs. Bruit.)
M. Barthou.
Pourquoi cette question n’est-elle pas venue plus lot ? me demandet-on. Parce que l’ordre du jour de la Chambre ne l’a pas permis.
Quant à la seconde question de M. Balanant. je réponds franchement Je ne vous répondrai pas. » Nous vous demandons la faculté d’user de la grâce amnistiante. Faites confiance au gouvernement. Je n’ai pas à examiner ici des cas particuliers. (Exclamations à droite.)
J’abdiquerais la prérogative même du gouvernement si je vous répondais.
Le gouvernement reste Mêle à la pensée qui l’avait inspiré en soutenant le projet d’amnistie il vous demande de lui maintenir la faculté de grâce amnistiante.

M. André Lefèvre.
Je ne demande pas sur qui portera la grâce amnistiante, mais J’estime que, faisant une loi, nous pouvons y inscrire qui nous voulons.
Vous aviez déjà, il y a un mois, la faculté de grâce amnistiante. Pourquoi l’avoir laissée mourir sans avoir le temps d’examiner les dossiers; un mois a passé depuis son expiration. Je demande pourquoi on revient maintenant sur
la question? Si nous vous rendons ce droit, il faudrait au moins l’élargir. (Applaudissements sur certaina bancs.)

M. Barthou
Le projet d’amnistie a été déposé par. M. Briand en janvier dernier.
Depuis, on a usé de la grâce amnistiante, dans 2 095 cas.
M. Lefèvre a été ministre de la Guerre et il sait que certaines affaires exigent un examen long et attentif en même temps que des délais. On semble indiquer qu’il ne reste que drux ou trois affaires à examiner; en réalité, il y en a des milliers. (Applaudissements.)

M. Ringuier.
Depuis un mois, il y a eu le vote du Sénat, voilà la raison du projet actuel.

M. Lefèvre.
Pourquoi n’avoir rien fait depuis un mois ?

M. Barthou.
Parce que la commission de la Chambre était saisie de l’amnistie et que nous espérions voir aboutir ce texte. Je dois ajouter que si des amendements sont présentés pour élargir la grâce amnistiante, le gouvernement les acceptera dans toute la mesure du possible.

M. Rollin.
Je voterai le projet. J’ajouterai que j’aurais déjà voté l’amnistie des mutins de la mer Noire, si on n’avait pas voulu a l’extrême gauche en faire une apothéose (Applaudlssemcnts.)
mais je demande qu’on ajoute au texte une mesure en faveur des petits commerçants et des petits producteurs.

M. Poincaré.
Tout d’abord pour les petits commerçants et pour les petits producteurs, on avait proposé un amendement comportant amnistie ; le gouvernement ne pouvait accepter cela, puisqu’il y a un projet sur l’amnistie différent de celui-ci.
Mais pour donner satisfaction à la préoccupation de nombreux membres de l’ Assemblée qui désirent régler immédiatement cette question, le débat sur l’amnistie ne pouvant se produire avant la séparation des Chambres, le président du Conseil accepte d’introduire dans le projet en discussion une disposition pour étendre le bénéfice de- la grâce amnistiante aux petits commerçants et petits producteurs poursuivis pour spéculation illicite.

M. Brousse
L’amnistie sera-elle appliquée aux déserteurs et aux insoumis ?

M. Barthou.
Le gouvernement. en aucun cas, n’appliquera le droit de grâce ni aux déserteurs, ni aux insoumis.

L’amiral Guépratte adresse à la Chambre un appel à la clémence en faveur des mutins de !a mer Noire.
Soumis, dit-il, à des influences délétères, ces hommes méritent de la pitié. Marty, ce malheureux officier a été sous mes ordres quand j’étais enseigne de vaisseau, je l’ai vu dans le service, il avait des qualités qui m’inclinent à la clémence.
L’amiral Guépratte, applaudi à gauche, lit une lettre reçue par lui d’un officier camarade de Marty, qui plaide sa cause et réclame pour lui la pitié.

La Chambre adopte l’article unique qui accorde au gouvernement une prorogation de droit de grâce amnistiante
et y ajoute une disposition qui étend Le bénéfice de la grâce amnistiante aux petits commerçants et petits producteurs
condamraés par application de la loi sur la spéculation illicite. Puis elle se trouve en présence d’un amendement de M. Balanant qui propose que soient exclus du bénéfice de la grâce amnistiante les condamnés ayant rang d’officier.

Il ne faut pas que ce projet, dit-il, puisse bénéficier à un homme qui, ses lettres l’ont prouvé, n’a aucun repentir de son crime.
Je ne veux pas que la grâce soit accordée sous la menace de certains je ne veux pas d’un gage aux communistes. Je demande à la Chambre de prendre ses responsabilités. (Applaudissements sur certains bancs.)

M. Bahthou.
Je ne pensais pas que ce projet d’apaisement susciterait une aussi vive attaque J’ai signé le projet sur l’amnistie et j’en revendique la responsabilité.
J’ai été ministre de la Guerre aux heures les plus graves. J’ai connu dans ce poste des dossiers bien graves. Notre jeune collègue ne connaît pas cela. Je ne m’inspire que de ma conscience et je ne joue pas ce jeu de bascule que l’on prétend.
Le gouvernement s’est prêté à ce qui pouvait raisonnablement améliorer le projet, mais il faut s’en tenir là.
Serait-il admissible qu’ayant coté le principe de l’amnistie, on lui oppose aussitôt une exception ?

M. Le Prince Murat.
Oui!

M. Bahthou.
Si vous vouiez faire une véritable amnistie, laissez au gouvernement sa liberté d’appréciation. Je vous demande, au nom du gouvernement, de voler le projet.

M. Le Prince Murat..
J’ai servi pendant quinze ans, et je vous dis Vous faites une mauvaise action. » (Exclamations, bruit.)

M. Barthou.
Qui que vous soyez, Monsieur, je ne vous permets pas de dire que je commets une mauvaise action. (Vifs applaudissements.)

M. Tardieu.
Depuis mars vous n’avez rien fait pour faire voter l’amnistie et brusquement vous trouvez le temps de ce débat libérateur.
(Bruit.) Le gouvernement a varié d’attitude à propos du projet de loi sur l’amnistie. Ce que nous avons entendu nous fait craindre que cette manoeuvre ait un but.
Au lendemain d’un débat qui nous a montré l’extrême gauche peu encline à l’apaisement vous vous tournez vers ce côté e l’Assemblée. le n’accepte pas votre projet car vous aviez !e temps de nous apporter autre chose. (Applaudissements sur certains bancs)

M.. Balanant.
On nous demande ce projet, uniquement pour amnistier un officier et faire plaisir aux communistes. (Bruit.)

M. Barthou.
Je déclare qu’après en avoir reçu mandat du président du Conseil et du gouvernement, je repousse l’amendement de
M. Balanant au nom du gouvernement.

fleche-boule8 dans Après pointage, l’amendement Balanant
est repoussé par 312 voix contre 212
L’ensemble du projet est adopté.

n0605010

 

 

 

 

L’Amiral Guépratte accueille les Serbes à Bizerte

La Presse (Paris. 1836)
1916/01/15 (Numéro 8554)
Voir la page complète au bas du post

L’article :
si des erreurs de transcription sont notées, elles sont dues à la mauvaise qualité de l’image.
guepra13

Transcription de l’article ci-dessus :

Un second convoi débarque à Corfou
La fureur allemande

Amsterdam 13 janvier
Les nouvelles du débarquement à Corfou des Français a causé une violente colère en Allemagne.
Un télégramme d’Athènes à la Frankfurter Zeitung ( journal allemand ) déclare que cela a soulevé l’indignation allemande au plus haut point.
Le kaiser a donne l’ordre d’envoyer au roi Constantin sa prostestation personnelle et rend la Grèce responsable (Daliy mail)

Bizerte, 13 janvier
Un second convoi de Serbes a débarqué ce matin à 5 heures 30 au milieu de l’enthousiasme général ; les troupes rendaient les honneurs.
L’amiral Guépratte a réçu les officiers au cercle militaire.
Les Serbes sont casernés au quartier (Farre -> sans doute à Ferryville près de Bizerte???? je ne veux rien confirmer

selon les articles trouvés retraçant leur présence à l’hôpital de Ferryville, article à consulter dans  Les Serbes, la France et …Bizerte…)
où ils sont l’objet de soins attentifs

(plus de détails sur :     Les Serbes, la France et …Bizerte… )

guepra12

fleche-boule8 dans

9 janvier 2013

LES NOUVEAUX RÉGIMENTS DE TIRAILLEURS

Classé sous — milguerres @ 23 h 29 min

 

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Quelques photos de Tirailleurs

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8

LA GRANDE GUERRE ET LES NOUVEAUX RÉGIMENTS DE TIRAILLEURS 1914-1920
Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8 par le Colonel (E.R.) Pierre CARLES
Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8
http://lasabretache.pagesperso-orange.fr/Les%20Tirailleurs%20dans%20la%20Grande%20Guerre.htm

Au moment de la mobilisation, les neuf régiments de tirailleurs comptent 40 bataillons, dont 19 au Maroc. Certains de ces régiments ont jusqu’à neuf bataillons et, déjà, pour fournir au théâtre d’opérations marocain, il a fallu briser les liens tactiques et administratifs traditionnels et créer des régiments dits de marche, selon la zone géographique d’emploi, et ils ne regroupent pas forcément des bataillons venant du même régiment organique, ni même de la même province.

L’effort de mobilisation imposé par la guerre, et qui s’étend, en fait, de 1914 à 1920, provoquera la mise sur pied de tant de bataillons nouveaux, les pertes ou les nécessités tactiques, matérielles ou morales imposeront de tels remaniements que la plupart des historiens des tirailleurs ont hésité à aborder l’organisation des divers corps appelés à combattre dans la première guerre mondiale. Le regretté Louis Garros s’était livré à un essai de synthèse, dont le manuscrit est aux Archives de la Guerre, et dont il a donné un résumé dans Historama Hors série n° 10. Le survol de cette question terriblement complexe qui va suivre lui en est largement redevable.

On trouvera peut-être fastidieuse l’énumération de ces réorganisations. Il nous a paru toutefois nécessaire de les exposer parce qu’elles donnent une idée de l’effort de guerre consenti par les régiments de tirailleurs et parce qu’elles expliquent la profondeur du bouleversement que ces six années ont apporté à la physionomie des régiments telle qu’elle s’était dessinée dans les quatre-vingts premières années de leur existence.

Il faudrait aussi pouvoir rendre compte de la somme des sacrifices qui vont de pair avec ces transformations et, parfois, les expliquent. A la retracer, ne fut-ce que dans ses grandes lignes, un numéro spécial tout entier ne suffirait pas. Aussi ne le tenterons-nous pas: Par ailleurs, les hauts faits des tirailleurs entre 1914 et 1920 sont bien connus : Guise, l’Yser, la Champagne en 1914 et 1915, Verdun, la Somme, l’Aisne, La Malmaison en 1916 et 1917, La Champagne, Le Soissonnais, La Matz, La Serre en 1918 voisinent sur leurs drapeaux, sans parler des campagnes d’Orient. Sur 155 000 Algériens et Tunisiens mobilisés, 35 900 ont été tués, dont 4 sur 7 étaient des tirailleurs et la proportion des Français tués dans leurs rangs est supérieure à celle normale des Européens dans les régiments indigènes.

Entre août et septembre 1914, 32 bataillons d’active de tirailleurs sont envoyés en France, 6 restant au Maroc et 2 en Algérie et en Tunisie. Ils constituent 9 régiments de marche :
• le 1er R.M.T. (Régiment de marche de tirailleurs), colonel Vuillemin, I/1, II/9, III/9 avec le drapeau du ler R.T.A.
• le 2e R.M.T., lieutenant-colonel Sibra, II/2, V/2, II/5, avec le drapeau du 2e R.T.A.
• le 3e R.M.T., colonel Simon, II/3, IV/3, V/3 avec le drapeau du 3e R.T.A.
• le 4e R.M.T., colonel Muller, I/4, VI/4 (et en février le V/4), avec le drapeau du 4e R.T.A.
• le 6e R.M.T., colonel Dégot, I/6, II/6, avec le drapeau du 6e R.T.A.;
• le 8e R.M.T., lieutenant-colonel Vallet, IV/8, V/8, avec le drapeau du 8e R.T.A. ;
tous comptant à la 37e et à la 38e D.I. d’Algérie.

Avec la 45e D.I. indépendante vient :
• le R.M.T. du colonel de Bonneval, II/1, II/8, VI/2

Avec la division du Maroc arrivent :
• le R.M.T. du Maroc occidental, lieutenant-colonel Cros, I/5, IV/7, V/4
• le R.M.T. du Maroc oriental, lieutenant-colonel Fellert, I/2, IV/2, III/6 (et III/2 zouaves) ;

En décembre 1914, s’y ajoutent, avec les brigades du Maroc
• le ler R.M.Z.T. (Régiment mixte de zouaves et de tirailleurs) lieutenant-colonel Vrenière, comptant le I/3 et le I/7 avec le drapeau du 7e R.T.A.;
• le R.M.T. de Tunisie, lieutenant-colonel Delaveau, II/4, I/8, VI/8 ;
• le 2e R.M.Z.T., lieutenant-colonel Cornu, comptant le III/3 et le I/9.

Ces douze régiments paient un terrible tribut lors des premières rencontres, en particulier à Guise et à Charleroi, car ils se jettent dans la bataille, comme en 1870, sans restriction. Aussi, à la fin de décembre 1914, faut-il les réorganiser, à travers de multiples combinaisons, dont le détail alourdirait cette étude.

Les opérations de l’hiver 1914-1915, les pertes dues au feu, mais aussi à la maladie, l’extrême fatigue des unités et, souvent, le désarroi des tirailleurs devant une forme de guerre inaccoutumée, motivent une seconde réorganisation. Le service obligatoire pour les indigènes, qui ne sera rigoureusement appliqué que par le décret du 7 septembre 1916, produira, en décembre 1917, outre les renforts d’entretien, cinq bataillons de tirailleurs supplémentaires, auxquels s’en ajouteront douze autres en octobre et en novembre 1918.

La situation des régiments engagés sur le front se stabilise relativement dans l’été de 1915 et, dès lors, l’évolution de ces régiments, entre 1915 et 1920, peut se schématiser comme suit :
• le ler R.M.T. devient 3e R.M.T. en décembre 1914 et est rebaptisé 9e R.M.T., lieutenant-colonel Dericoin, en mars 1915
• le R.M.T. de Bonneval devient, en mars 1915, le 1er R.M.T. nouveau, colonel Bourgeois ;
• le 2e R.M.T., colonel Bourgue, est reconstitué en avril 1915 avec les débris des 2e et 6e R.M.T. ;
• le 3e R.M.T., lieutenant-colonel de Gouvello, conserve son titre, ainsi que le 4e R.M.T., colonel Daugan ;
• les R.M.T. du Maroc occidental et oriental avaient formé, en décembre 1914, un 7e R.M.T., lieutenant-colonel Demetz, qui conserve son titre en 1915
• le 8e R.M.T., conserve son nom;
• le 1er R.M.Z.T. garde son titre mais est anéanti en juin 1918 dans les combats sur la Matz ; avec ses débris, on forme le 13e R.M.T.
• un 4e R.M.Z.T.; lieutenant-colonel Lévêque, est formé en juin 1915 avec les I/8, VI/8 (et VI/4 zouaves).

En 1917, on constitue un régiment de marche où figurent le III/1 et le IX/2. Envoyé en Palestine, il y combattra jusqu’en 1919 et y sera appelé 3e R.M.Z.T. du Levant.

Dans le courant de 1918, on forme :
• le 5e R.M.T., lieutenant-colonel Fournié, I/5, VI/5, XI/5, en janvier ;
• le 6e R.M.T. nouveau, avec le 3e R.M.Z.T. de la 45e D.I. (rebaptisé ainsi en juin 1916) dissous, V/6, VII/6, XI/6, lieutenant-colonel Wild.

A ce moment-là, 63 bataillons divers de tirailleurs sont passés dans dix régiments. On a essayé de mettre ensemble des bataillons du même régiment organique : une seule exception, le 7e R.M.T. qui n’a aucun bataillon du 7e R.T.A.

A l’arrivée des gros renforts de 1918, et par application de la circulaire du 13 décembre 1917, on forme de nouveaux régiments de marche en prélevant sur les anciens un bataillon aguerri (remplacé par un bataillon de recrues) que l’on juxtapose à deux bataillons de jeunes tirailleurs. On voit ainsi apparaître :
• le 10e R.M.T. (III/3, XI/2, XI/3)
• le 1le R.M.T. (IV/7, IX/7, XI/7)
• le 12e R.M.T. ;
• le 13e R.M.T., pour mémoire, ex-2e R.M.T., les « Hirondelles de la Mort » ;
• le 14e R.M.T. (XVI/2, XV/5, XVI/6)
• le 15e R.M.T. (XV/7, et trois bataillons du 228e R.I. jusqu’en 1920) ;
• le 17e R.M.T. (XV/1, XVI/5, XV/9)
• le 21e R.M.T. (XII/5, XVII/5, XVI/9).

A l’armistice, il y a ainsi, sur le front de France, dix-sept régiments de marche de tirailleurs et le ler R.M.Z.T., en Palestine, le 3e R.M.Z.T. du Levant, au Maroc, six bataillons (I/1, V/2, IV/4, I1/5, IV/6, III/8), en Algérie et en Tunisie, neuf dépôts et centres d’instruction.

Pour les besoins de l’Armée d’Orient, dès mars 1919, on prélève sur les armées de France et de Rhénanie vingt-quatre bataillons pour former huit régiments de marche, qui seront numérotés en 1920 :
• 16e R.M.T., avec les bataillons du 12e R.M.T.
• I8e R.M.T., avec ceux du 6e R.M.T. ;
• 19e R.M.T., avec ceux du ler R.M.Z.T.
• 22e R.M.T., avec ceux du 14e R.M.T.
• 23e R.M.T., avec ceux du ler R.M.T.
• 27e R.M.T., avec ceux du IIe R.M.T.
• 17e et 21e R.M.T. ne changent pas d’appellation.

Simultanément, les états-majors des régiments ayant fourni des bataillons reconstituent, en France et sur le Rhin, le ler R.M.Z.T., les 6e, 10e, 11e, 12e et 14e R.M.T. Dans le courant de 1919, on envoie en renfort au Maroc les 4e, 9e, 13e, 14e et 15e R.M.T.

Une décision du 10 décembre 1919 prescrit alors de former à nouveau, en Algérie et en Tunisie, les régiments organiques, à deux ou trois bataillons, avec les dépôts et les centres d’instruction. Sont ainsi recréés ou créés les 1er, 5e R.T.A. dans la province d’Alger, les 2e, 6e et ler dans celle d’Oran, les 3e, 7e et 11e dans celle de Constantine, les 4e, 8e et 12e en Tunisie, dans le courant de 1920. Les 16e et 23e R.M.T. de l’Armée d’Orient sont dissous, les 17e et 27e R.M.T. sont envoyés au Levant. Au printemps de 1920, on forme, pour l’Armée d’Orient et le Levant, les 25e, 26e, 31e et 32e R.M.T.

Enfin, le décret du 20 juin 1920 prescrit la dissolution des unités de marche et leur remplacement par des régiments autonomes. Après mise à exécution de ces prescriptions, la situation des quelque 135 bataillons de tirailleurs existants se stabilise en 37 régiments ou 120 bataillons, savoir :

• au Maroc, 13e R.T.A. ex-13e R.M.T., 14e R.T.A. ex-14e R.M.T., 15e R.T.A. ex-15e R.M.T., 24e R.T.T. ex-4e R.M.T., 29e R.T.A. ex-9e R.M.T.

• en France ou en Rhénanie, 16e R.T.A. ex-4e R.M.Z.T., 20e R.T.A. ex-12e R.M.T., 23e R.T.A. ex-3e R.M.T., 25e R.T.A. ex-5e R.M.T., 26e R.T.A. ex-10e R.M.T., 28e R.T.A. ex-8e R.M.T., 31e R.T.A. ex-11e R.M.T.,

33e R.T.A. ex-ler R.M.T., 39e R.T.A. ex-6e R.M.T., 43e R.T.A. ex ler R.M.Z.T. ;

• à l’Armée d’Orient, 32e R.T.A. ex-32e R.M.T.

• au Levant, avec 32 bataillons appartenant à 11 unités de marche, on forme 8 régiments autonomes ou 26 bataillons, les 17e, 18e, 19e, 21e, 22e, 27e, 36e et 47e R.T.A. Sont dissous les 2e, 25e et 26e R.M.T. et le 3e R.M.Z.T. du Levant.

Après cette remise en ordre, les 35 régiments de tirailleurs sont stationnés comme suit :

ler Blida
2e Mostaganem
3e Bône
4e Sousse
5e Maison Carrée
6e Tlemcen
7e Constantine
8e Bizerte
9e Miliana
10e Oran
11e Sétif
12e La Goulette
13e Maroc
14e Maroc
15e Maroc
16e Rhénanie
17e Levant
18e Levant

19e Levant
20e Rhénanie
21e Levant
22e Levant
23e Rhénanie
24e Maroc
25e Rhénanie
26e Rhénanie
27e Levant
28e Rhénanie
29e Maroc
31e Rhénanie
35e Rhénanie
36e Levant
39e Rhénanie
43e Rhénanie
47e Levant

Mais il est évident que la filiation de ceux de ces régiments qui portent un numéro existant avant la déclaration de guerre est tout à fait problématique après un tel chassé-croisé de bataillons pendant cinq ans.

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5 janvier 2013

Bizerte et son nouveau port

Classé sous — milguerres @ 1 h 01 min

 

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Une histoire : Bizerte et la France

La Tunisie et la Grande Guerre

La Tunisie au gré des conflits

Ch. Maumemé

Attaché au Service géographique de l’armée

Bizerte et son nouveau port

In: Annales de Géographie. 1895, t. 4, n°17. pp. 464-479.

doi : 10.3406/geo.1895.5729

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1895_num_4_17_5729

 Ch. Maumemé à travers ce récit fait une éloge sur la région de Bizerte, avant la période du protectorat. Bizerte et son lac n’évoqueront que des projets de guerre… Bizerte, aux sites pittoresques… devient aux yeux du monde, un site stratégique… de guerre… Je vous laisse le plaisir d’imaginer Bizerte vers les années 1890… si vous la connaissez aujourd’hui … vous penserez certainement comme moi… elle aurait du rester un site naturel. Ce récit est le début de l’implication de Bizerte, de la Tunisie, au sein de conflits qui ne la ou les concernaient pas … que nous aurons l’occasion d’évoquer à travers d’autres documents, articles, récits. Hayet 

___

Au moment où les grands travaux commencés à Bizerte il y a neuf ans sont terminés ou le port vient être ouvert aux navires et la ville jointe Tunis par une voie ferrée peut-être est-il pas sans intérêt étudier Bizerte à son double point de vue de port de guerre et de débouché commercial du Nord de la Tunisie de fixer la physionomie avait celte ville tunisienne lorsque nous sommes arrivés physionomie qui efface de jour en jour examiner aussi dans leurs détails les travaux qu’ils feront effectués, la Compagnie du Port et qui en feront à bref délai la place la plus considérable de la côte Afrique

Un coup d’œil sur la carte de la Méditerrannée et la valeur de cette position nous frappera immédiatement : Bizerte est située à l’issue d’une des très rares échancrures qui entaillant la falaise barbaresque permettent de pénétrer facilement dans l’intérieur de la Tunisie

Au contraire sur tout autre point de cette inhospitalière côte du Nord escarpée et battue de la mer on se trouve dés abord en face de massifs montagneux hérissés de rochers et coupés de ravins et où les populations indigènes sont encore à l’heure actuelle presque étrangères les unes aux autres par suite des difficultés de communications

Une large dépression dont le lac de Bizerte et le lac Achkel, (Garaat Achkel) occupent l’embouchure, s’étend jusqu’au Sud de Mateur prolongée encore par la fertile vallée de Oued Tine.

De Mateur vers le Sud-Ouest des pentes douces s’élèvent jusqu’au plateau de Beja ; on arrive ainsi sans avoir eu à franchir d’obstacles naturels la vallée moyenne de la Medjerdah et les deux territoires que l’on traversés sont les plus riches du Nord de la Tunisie, riches en fourrages en céréales et en troupeaux

D’autre part la petite vallée de Oued Chaïr affluent de l’Oued Joumine ouvre un passage facile au milieu des collines et met ainsi en communication à Mateur avec la basse vallée de  la Medjerdah

C’est du reste cette trouée que suit la voie ferrée Tunis-Bizerte tout récemment inaugurée

Le lac de Bizerte et le cirque d’embouchure de la Medjerdah forment deux vastes dépressions séparées l’une de l’autre par un petit seuil montagneux très peu épais et dont altitude atteint à peine 57 mètres au col d’AÏN Rhelal

Elles déterminent entre elles la longue île d’el Alia qui se bifurque sur Ras Zebid et Porto Farina tandis qu’une langue de dunes et d’atterrissements se prolongent en face de Bizerte limitant le lac au Nord et ne laissant qu’un mince chenal d’écoulement de ses eaux

Toute cette île est couverte de cultures travaillée par les Maures andalous dont elle fut jadis le centre de cantonnement, elle est jalonnée de gais villages dont les maisons blanches s’étagent au-dessus de forêts d’oliviers dévalant vers la mer :  Metline longue agglomération serpentine de maisons communiquant ensemble sans autre rue qu’un ravin qui la contourne. Ras el Djebel dont les minarets effilés s’aperçoivent de loin alternant dans air avec les têtes épanouies des palmiers.  Rafraf dont les coteaux couverts de vignes produisent les raisins les plus estimés de toute la Tunisie

Les descendants des Andalous habiles cultivateurs ?  entretiennent de ravissants jardins abrités du vent où le soleil mûrit en abondance des fruits délicieux et superbes oranges, mandarines, citrons grenades, abricots, pommes, figues et raisins

Il faut considérer que Bizerte met les côtes de France à 6 heures de moins que Tunis et que les arrivages de primeurs en seront d’autant facilités.

Tout ce ravissant coin de terre de la presqu’ île de Porto-Farina qui malgré sa fécondité a  été jusqu’à présent un des plus délaissés de la Tunisie, trouvera à Bizerte son débouché naturel lorsque les

services de paquebots devenus plus fréquents par sulte de l’ouverture du port et les chargements à quai permettront l’ exportation régulière et rapide de toute cette production en partie inutilisée

Je n’ai pas parlé de la région même de Bizerte où la colonisation est déjà portée et où un seul domaine atteint environ 10000 hectares1

Des cultures de toutes sortes y sont faites par les indigènes des bois d’oliviers couvrent les collines et bordant le lac,  mirent leurs frondaisons dans ses eaux bleues oasis lumineuses au milieu desquelles brillent sous le soleil les maisons blanches de Zarzouna de Menzel Abderrahman ou de Menzel Djemil

Bizerte possède en outre aux portes de la ville une source d’immenses richesses :c’ est la pêche de son lac colossal vivier où les poissons peuvent se reproduire en toute sécurité étant jamais inquiétés tant qu’ ils restent dans ce réservoir naturel.

D’ innombrables familles de daurades et de mulets de soles et anguilles de turbots et de rougets vivent dans ses eaux et pourraient y atteindre la vieillesse enviée des carpes de Fontainebleau si leur humeur inquiète ne les poussait à la mort

Ces poissons que des profanes pourraient juger placides et sédentaires sont tout au contraire de tempérament fort nomade et certaines époques de l’année leur goût pour les voyages se traduit par des migrations en masses. Chaque espèce a sa date de départ , à peu près invariable et ce terme arrivé se dirige en escadrons serrés vers la sortie du lac pour gagner la mer.  Les pêcheurs connaissant cette loi naturelle à laquelle obéissent les poissons, se sont et cela parait-il depuis la plus haute antiquité servis de cette observation pour les capturer . Le procédé qu’ ils emploient à Bizerte est assez curieux et mériterait être décrit tout au long mais le récit d’une de ces pêches vraiment miraculeuses ne rentre pas dans le cadre de cette élude ; contentons-nous d’en indiquer à grands traits le principe et à en constater les résultats utiles à connaître au point de vue commercial

A la sortie du premier goulet par lequel le lac épanche dans la mer immenses barrages sont dressés d’un bord à l’autre. Ces barrages construits d’une façon particulière portent le nom de hordigues

Un vieux pêcheur posté non loin de ces barrages est chargé de surveiller en permanence les manoeuvres des habitants da lac.

Ce raïs ou capitaine des pêcheurs est un homme d’expérience et de vue perçante qui sait en outre à peu d’écart près à quel moment de la lune passe la daurade, par quels courants se montre le mulet, quel temps choisira la brème

Lorsqu’il voit les familles se grouper pour quitter leurs demeures, il fait un signal et aussitôt accourent tous les pêcheurs de la ville. Les filets sont tendus et une immense battue s’exécute au cours de laquelle on prend en moyenne, 10 à 12 000 poisons.

Dans L’année on compte treize pêches correspondant treize passages différents .

D’après la statistique officielle de la Compagnie du Port , la pêche par les barques et dans les réservoirs du 1er janvier au 31 décembre 1892 se chiffre par la quantité de 305200 poissons pesant ensemble 365395 kilos

Les chiffres donnés par le Service de la navigation et des ports sont plus élevés encore et accusent une moyenne de 500 000kilos

Cela représente approximativement 750000 piastres soit 430000 francs

Encore faut-il compter une perte énorme par suite des difficultés de transport du poisson

En effet la ville de Bizerte consomme à peine un vingtième de la pêche le reste est expédié à Tunis (70 kilomètres) et ce transport se faisait jusqu’à présent à dos de mulets

On peut se figurer quel doit être le déchet pendant les mois d’été avec une température moyenne de 30° de chaleur

Jusqu’en 1890 la pêche du lac fut affermée par l’état tunisien des adjudicataires qui moyennant une redevance environ 270000 piastres en devenaient fermiers pendant trois années consécutives ; cette adjudication comprenait en même temps la pêche en mer dans les eaux de Bizerte et dans celles de Porto-Farina

En 1890 par le traité passé entre la Direction des travaux publics tunisiens et MM Hersent-Gouvreux la pêcherie du lac fut attribuée à la Compagnie concessionnaire du port de Bizerte

Les pêcheries se trouvèrent ainsi pendant un moment menacées de destruction car la lagune sur laquelle était leur emplacement devait d’une part être coupée pour le passage du chenal et d’autre part recevoir les déblais provenant des dragages pour former l’assiette de la ville future

On ne pouvait faire abandon en pure perte des revenus considérables de ces pêcheries ; aussi seront-elles reportées en arrière au delà de la pointe de Cebra

Un grand barrage en filets de fer sera tendu d’une rive à l’autre ne laissant en son milieu qu’une portière mobile de 35 mètres de long pour assurer le passage des vaisseaux

Quant au mode de  pêche des essais d’un nouveau genre ont été faits et tout porte à croire que cette industrie entre les mains d’une compagnie riche et intelligente se perfectionnera et donnera un rendement supérieur encore à celui que les Arabes peu soucieux du progrès en tiraient jusqu’à présent

Ne quittons point les parages du lac sans parler un phénomène physique observé déjà par les anciens décrit par Pline le Jeune et par Ptolémée et ont dû pour leurs travaux étudier de très près les ingénieurs de la Compagnie du Port ; ce sont les courants alternatifs et en sens inverses qui animent le lac.Tantôt les eaux de la mer entrent dans le lac et tantôt ce sont les eaux du lac qui se déversent à la mer avec un courant très rapide.  Ce phénomène est extrêmement complexe indépendamment des marées qui agissent sur lui d’une façon régulière ; il est régi bien plus puissamment par deux influences essentiellement variables : les vents et la quantité de pluie tombée dans le bassin de réception du lac Ces deux forces en outre se combinent ou se combattent suivant les cas

 Les vents dominants pendant l’hiver sont ceux de l’Ouest or on a observé d’une façon générale que par ces vents ce sont les eaux de la mer qui entrent dans le lac pourtant il arrive souvent que par ces mêmes vents les eaux du lac sortent avec une grande rapidité. C’ est alors le réservoir principal d’alimentation du lac qui est la Garaat Achkel  est en trop-plein par suite des apports considérables que lui font après les hivers pluvieux ; les innombrables torrents qu’il reçoit et dont l’Oued Sedjenan l’Oued Tine et l’Oued Joumin sont les plus importants

Je pense donc qu’on arrivera point à  préciser dans quelles limites peuvent varier et ces courants et leurs différentes vitesses arrivées dans le canal à certaines époques de l’année

On parviendra certainement à amoindrir leur rapidité et empêcher de gêner en quoi que ce soit la circulation dans le canal mais ces courants de vitesses variables et les ensablements dont ils sont certainement une des causes seront les obstacles avec lesquels le port de Bizerte aura le plus à compter dans l’avenir

A l’époque où la France s’y installa, Bizerte avait de valeur au point de vue purement pittoresque Adossée des collines boiséesd’oliviers, entourée de murs à créneaux allongée vers la mer dont a séparait seulement un liséré de sables d’or était l’une des plus jolies cités orientales qu’on pût voir Deux larges canaux coulant au ras des maisons blanches traversaient la ville reflétant dans leurs eaux bleues les minarets ajourés et balançant doucement les mahonnes amarrées aux quais demi écroulés ; par-dessus ces canaux, de petits ponts d’un seul arceau, réunissaient le quartier insulaire au quartier continental : celui-ci renfermait les souks , les cafés arabes et au sommet la Kasbah dominant la mer et la ville de ses hautes murailles étagées formidables jadis, aujourd’hui simplement décoratives

Bizerte méritait encore à ce moment le surnom de Venise d’ Afrique car c’est au Rialto et au Pont des Soupirs que faisaient penser ces canaux enjambés par des ponts en dos d’âne et les ruelles tortueuses se ramifiant à l’infini.

C’était  à la vérité une Venise plus petite sans grands monuments mais possédant de la lumière bleue dans son ciel et dans ses eaux claires de l’air sur ses terrasses, de la gaieté dans ses groupes d’Arabes et dans son petit port rempli de barques, et une certaine grandeur sévère dans ses longues rues voûtées pleines d’ombre fraîche et de silence

Mais telle qu’elle était alors Bizerte avait aucune valeur ni commerciale ni militaire

L’ importance considérable que cette ville est appelée à prendre ne pouvait lui venir qu’autant elle serait aux mains d’une puissance civilisée capable d’aménager son lac intérieur pour la création d’un vaste port

Ce lac d’une superficie de 30000 hectares possède sur une étendue de plus de 6000 des fonds d’une dizaine de mètres il est en- outre entouré d’une enceinte de collines qui le dérobent aux vues du large et en même temps abritent des vents

C’ est une rade fermée assez spacieuse pour que les escadres réunies du monde entier puis y évoluer à l’aise

Mais il en fallait de beaucoup que ce lac fût immédiatement utilisable et que Bizerte pût même être un petit port de commerce

Des obstacles considérables s’y opposaient : le lac en effet ne se déversait dans la mer que par un canal étroit :  le chenal large de plus de huit cents mètres sur un parcours de sept kilomètres et ayant en cette première partie des allures de fleuve tropical se rétrécissait tout à coup barré par la ligne de dunes côtières et dans cet étranglement, les fonds sur plus d’1 kilomètre de longueur atteignaient même pas 2 mètres

La partie de ce canal qui à l »Est de la ville servait de port Bizerte était ensablée et les quais tombaient en ruines : quant  à la vieille jetée qui partait de la pointe de la Kasbah, la mer avait fait brèche en maintes endroits

Seules les mahonnes tunisiennes osaient se risquer jusqu’à Bizerte, encore n’était-ce que dans la belle saison car une barre était formée à l’ entrée de la passe produisant pendant tout hiver des brisants dangereux ; quant aux bateaux mar chands il leur fallait mouiller au large dans une rade peu tenable par les vents qui soufflent une partie de année

Bizerte avait pourtant été autrefois un port d’une certaine importance comme en témoignaient ces diverses constructions,  quais et jetées mais tout cela fut ruiné par les bombardements successifs que

cette ville barbaresque eut à subir de la part des puissances chrétiennes et suivant la coutume orientale rien ne fut jamais réparé probablement depuis 1770, année où le comte de Broves amiral français avait bombardé puis incendié Bizerte

Le bey Ahmed lui-même ce grand constructeur, le Louis XIV tunisien n’avait rien fait pour relever Bizerte , ayant porté tous ses soins sur Porto-Farina dont il voulait faire le port militaire de la Régence

Cet état de délabrement dura longtemps encore après notre occupation ;  pendant les premières années rien ne fut tenté en faveur de Bizerte bien qu’on eût vanté souvent les avantages de sa situation et que l’amiral Aube, durant son passage au ministère de la marine eût réclamé l’établissement d’un port de guerre en ce point .

Nous pouvons avouer aujourd’ hui que le mauvais vouloir latent des autres puissances de l’Angleterre et de Italie et la crainte exagérée de complications diplomatiques, furent pour beaucoup dans cette lenteur à entreprendre des travaux d’une utilité aussi incontestable ;

Après avoir fait un coup d’audace en s’emparant de la Tunisie, la France eut peur un moment et n’osa point agir en propriétaire dans sa conquête

En 1885 seulement on décida qu’une station de torpilleurs serait établie à Bizerte

Le service maritime commença l’année suivante, une restauration partielle des quais, des dragages furent faits pour ouvrir la barre, désensabler le port et le rendre praticable des navires de 3 mètres de tirant eau ; mais ces travaux furent conduits comme une simple réparation d’ouvrages dont on voulut tirer parti sans aucun plan pour constituer une oeuvre nouvelle

Malgré les dragages , les courants ramenaient sans cesse les sables : on perdit ainsi trois années et il fallut se résoudre à prolonger la jetée de la Kasbah de façon à  protéger l’entrée de la passe

C’est alors que la Société Gouvreux-Hersent-Lesueur vint proposer au gouvernement tunisien d’exécuter ces travaux à forfait.

L’ entreprise leur fut adjugée en décembre 1888 moyennant le prix forfaitaire de 120000 francs la jetée Nord devait être poussée à 250 mètres en mer

Déjà dès le mois avril 1883 M. Abel Gouvreux avait remis à M. Gambon ministre résident à Tunis un avant-projet pour ouverture d’un port à Bizerte, mais cette première tentative n’avait pas eu de résultat effectif.

Ce ne fut  qu’au cours de cette entreprise en 1889 que MM Gouvreux-Hersent purent effectuer des études et reconnaissances pour évaluation des travaux nécessaires à la mise exécution de leur projet de port conçu dès les premiers temps de notre occupation en Tunisie.

Des sondages sur un réseau très serré furent pratiqués dans la bande littorale choisie pour le passage du futur canal ainsi que dans la partie de la baie de Cebra où des dragages sont à prévoir dans l’ avenir

Ces sondages faits à 10 mètres de profondeur permirent de reconnaître que le terrain était presque partout favorable aux dragages à exception d’une petite masse de calcaires qui malheureusement se trouve sur le tracé du canal

Il fallut rechercher des carrières de pierre capables de fournir les matériaux nécessaires aux constructions à faire en mer. On reconnut deux gisements importants un à AÎN Roumi nommée depuis AÏN Meriem au nord de Bizerte, l’autre au Djebel Makiouf sur la rive sud de l’avant-lac

Ces études complétées par des observations sur le régime de la mer, de la plage maritime, et des courants alternatifs des deux lacs furent poussées avec assez d’activité pour que le traité de

concession pût être signé dès le 11 novembre 1889 entre la Société concessionnaire et la Direction des travaux publics tunisiens

D’après ce contrat , les travaux devaient être terminés en 1895 et le nouveau port devait comprendre

(1)Nous devons tous ces intéressants renseignements sur les travaux du Port de Bizerte amabilité de Couvreus autres détails techniques ont ëté empruntés

la Note sur le port de Bizerte de Ingénieur Resal note insérée au Bulletin de la Compagnie du poride Bizerte juillet 1893)

 

 deux jetées de 1000 mètres de longueur s’avançant jusque dans les fonds de 13 mètres

Un chenal accès de la mer au lac creusé à 8 mètres de profondeur avec 100 mètres de largeur à la ligne d’eau et 64 mètres au plafond

Des quais auxquels pourront accoster les navires pour opérer directement leur chargement ou déchargement dans les wagons

Un mouillage pour de nombreux navires dans la baie de Cebra à  l’entrée du lac

Par contre le traité garantissant aux concessionnaires l’exploita tion du port futur leur assurait la propriété des pêcheries du lac, ainsi que celle des terrains gagnés par eux sur les eaux ; sur ces terrains doit être bâtie la ville européenne

Les travaux du port furent commencés immédiatement et se greffèrent sur les travaux en cours dont ils furent la continuation.  

La jetée du Nord actuellement terminée après un travail de huit ans est enracinée sur l’ancien môle de la Kasbah Elle  à 4000 mètres de long et est dirigée vers Est vers la pointe du cap Zebid qui enserre du côté de l’Orient, le golfe de Bizerte

Pour amener à pied d’oeuvre les énormes blocs qui constituent cet ouvrage, une voie ferrée été créée

reliant la jetée la carrière AÏN Meriem, aux environs de laquelle est formé un véritable village d’ouvriers

La deuxième jetée celle du Sud comporte également 1000 mètres de long . Son musoir doit être aussi dans les fonds de 13 mètres à  420 mètres du musoir de la jetée Nord, les deux jetées couvrant

ainsi une nappe de plus de 100 hectares ; c’ est dans cette zone où l’on espère obtenir un calme suffisant que débouche par les courbes de 9 mètres le canal reliant le lac à  la mer ; l’axe de ce canal dirigé au Nord-Est, bissecte ouverture entre les deux jetées et passe au Sud-Est de la ville à environ 550 mètres de la porte dite Bab Tunis

Le long de sa rive Nord se trouvent les quais ; une fois achevé, ils auront une longueur de 200 mètres.

De l’autre côté vers le lac, le canal trouve à son issue un élargissement de 700 mètres environ qui est l’entrée de la baie de Cebra

C’est dans cette baie en eaux calmes que pourront relâcher les navires qui ne pénétreront pas jusqu’au lac ; les fonds supérieurs à 6 mètres occupent dans cette rade intérieure abritée des vents, une surface de plus de 70 hectares et les quais pourront être, lorsque l’importance prise par le port le nécessitera, prolongés autour de cette baie dont les bords seront rectifiés en conséquence

Au Nord des quais entre le canal et les murailles s’ élèvera ou plutôt s’élève chaque jour pierre à pierre, la Bizerte européenne celle qui sera la Bizerte de l’avenir tandis que l’ ancienne celle des Andalous abandonnée à ses habitants arabes ou maltais se délabrera de plus en plus mutilée vive malheureusement par le vandalisme savant des ingénieurs auxquels elle a été livrée et qui ont dû (malgré eux je voudrais le croire) démolir les jolis ponts en dos âne et combler

les canaux de la Venise africaine

Il y a pourtant malgré ces quelques mutilations que je déplore, une idée très féconde dans cette création d’une deuxième ville à côté de l’ ancienne. Ce procédé est infiniment supérieur à celui qu’ on eût autrefois suivi en tâchant d’approprier la ville de Bizerte à La situation actuelle par démolition ou expropriation d’une partie de ses quartiers. Un ouvrage fait en vue d’un but déterminé, répond toujours mieux si médiocre soit-il, que l’adaptation d’une oeuvre déjà existante et qui fut faite jadis dans un but tout différent.  

Aux besoins nouveaux d’une civilisation, il faut des installations nouvelles. Cette manière de créer une ville de toutes pièces à côté de celle qu’on ne peut plus utiliser est de beaucoup préférable. Elle permet aux deux civilisations de se développer côte à côte sans que l’une étouffe l’autre, chacune

pouvant tirer de sa voisine les avantages que celle-ci comporte

Le temps n’ est-il pas là en fin de compte pour faire justice entre elles en ne laissant subsister que la meilleure ?  Mais je voudrais su’on respectât tout en les améliorant au point de vue de l’hygiène les villes anciennes ne fût-ce que pour marquer aux yeux des générations suivantes, les étapes de histoire.

Ne serions-nous pas heureux de retrouver actuellement et embrasser d’un même coup d’oeil les civilisations qui se sont succédées sur ce sol africain, les ruines de l’Hippone Diaryte des Romains à  côté de la ville punique qu’elle a remplacée et à  leur suite la Benzert arabe et la Bizerte française

Cette idée me semble implicitement comprise dans le principe du Protectorat sinon dans le mot lui-même.

Tunis a progressé de cette façon depuis le premier pas de notre occupation : la ville arabe n’a en rien été endommagée et à son côté est créée et se développe chaque jour la ville européenne.

Cette digression m’a écarté quelque peu de la question des travaux

La ville nouvelle ai-je dit ,s’élève sur cette partie qui autrefois était le goulet maintenant comblé, par lequel le lac se déversait dans la mer. Un vaste terre-plein existe en effet  aujourd’hui sur toute

cette étendue. En comparant les états de lieux ancien et actuel,  on reconnaît que plus de 50 hectares de terres auront été sorties des eaux et que des fonds de mètres auront été comblés Le volume des dé blais effectués pour le passage du canal a été en effet de 2 millions 20 mille mètres cubes enlevés par deux dragues capables de produire deux mille mètres cubes de dragages par jour. Tous ces déblais rejetés dans l’ancien goulet de la pointe Nord de la baie de Sebra au long des murailles de Bizerte, ont ainsi formé peu à peu l’assiette de la nouvelle ville. Sur ces terrains créés hier , on a déjà bâti en commençant par les maisons les plus utiles à une cité naissante : ce sont naturellement les hôteliers restaurateurs et marchands de vin qui ont ouvert la marche, suivis de près par les fonctionnaires pour ceux-ci et pour les différents services publics, gendarmerie, justice, église,contrôle civil ,etc. etc. le gouvernement tunisien s’est fait réserver des emplacements

Toutes les constructions qui seront faites sur ces terrains seront exonérées de tous impôts pendant les dix premières années de leur mise en usage : excellent moyen pour constituer rapidement

un centre de population commerçante

Le tableau suivant faisant ressortir le nombre de tonnes de marchandises entrées à Bizerte

au cours des dernières années montrera la progression ascendante

du trafic de cette ville avant même l’ouverture du port

1890 ……. 498 tonnes

1891 ……. 761

1892 ……. 13346

1893 ……. 16 864

Le procédé employé pour créer les terrains sur lesquels reposera la future ville mérite d’être décrit

Un système appelé débarquement flottant est installé sur deux bateaux plats sufffsamment écartésl’ un de l’autre pour qu’un chaland chargé puisse passer entre eux et  y effectuer le déchargement de son contenu. Ces deux bateaux plats logent l’un la machine motrice avec ses transmissions, l’autre une pompe et sa locomobile ; ils supportent en outre à une certaine hauteur le beffroi d’une drague avec sa chaîne à godets

Une large gouttière, à laquelle on donne une longueur allant parfois jusqu’à 40 mètres a son origine au sommet de ce beffroi, un peu au-dessous du déversement des godets, son autre extrémité aboutissant au-dessus du fond à combler et le dominant de plusieurs mètres

Ce système flottant est amarré près du bord à  remblayer

Les godets puisent dans le chaland les déblais de dragages, les élèvent au récepteur de la gouttière et les y déversent . L’eau envoyée par la pompe chasse alors ces matières le long de ce couloir disposé suivant une certaine inclinaison

Elles glissent rapidement jusqu’à l’extrémité où elles se projettent avec une force égale à  leur masse multipliée par le carré de leur vitesse de chute ; elles amoncellent se superposent et se tassent elles mêmes étant à peu près liquides. La majeure partie des eaux qu’elles contiennent s’écoule, l’évaporation fait le reste

Un vrai terrain alluvions est ainsi créé d’alluvions artificielles est vrai et bien plus rapidement déposées que des alluvions naturelles mais une manière analogue et offrant une solidité égale, celle des couches géologiques que des eaux libres auraient stratifiées

Ce genre de procédé qui avait été inauguré à Suez fut modifié par MM Hersent et Couvreux pour leurs travaux de régularisation du Danube et ceux du canal de Gand où il donna excellents résultats

Employé à Bizerte, il a permis d’ obtenir des remblais suffisamment consistants pour que des bâtiments importants : ateliers, gare de chemin de fer, hangars des quais, gendarmerie etc. etc. fussent immédiatement construits

En vue du développement que peut prendre cette future ville de Bizerte, il a fallu prévoir son alimentation en eau : des recherches faites dans la partie montagneuse de l’île el Alia ont amené la découverte de sources capables de fournir une quantité eau amplement suffisante à la consommation moyenne probable. Les conduits d’amenée auront jusqu’à Bizerte une longueur d’ une quinzaine de kilomètres et passeront en siphon à 25 mètres au-dessous du pla fond du canal

La route de Tunis à Bizerte par le Fondouk , route suivie par les diligences contourne le lac au Nord et passant par Menzel Djernil est obligée de traverser le canal près de son embouchure. Un large bac mû par la vapeur réunit les deux rives depuis qu’on a commencé les travaux du port

Mais cette route de terre sera de plus en plus délaissée grâce au chemin de fer qui relie depuis peu de temps Tunis à Bizerte ; Cette voie se détachant de la ligne Bone-Tunis a la hauteur de Djedeïda, longe à l’Ouest la plaine basse de la Medjerdah franchit AÏN Rhelal, le seuil de collines qui sépare les deux dépressions dont j’ai parlé au début et par la vallée de Oued Ghaïr, descend sur Mateur, borde à l’Est le lac Achkel passe l’Oued Tindja sur un pont métallique et aboutit à Bizerte non loin des quais de la gare étant à peu près au centre de la future ville

Les trains doivent mettre deux fois par jour Tunis en communication avec Bizerte et parcourir en deux heures et demie les 73 kilomètres qui séparent ces deux villes

Construite par la Société des Batignolles, la ligne a été livrée dans le courant octobre 1894, à la Compagnie Bône-Guelma

Certes on aura dans les premiers temps au moins quelques mécomptes avec cette voie faite en hâte dans des terrains marécageux et qui auraient au contraire exigé des précautions particulières

Mais enfin la voie existe et pourra s’améliorer

La route de terre de Mateur à Bizerte qu’elle emprunte en partie perdra ainsi de son utilité :une nouvelle route amorcée aujourd’hui la doublera en quelque sorte mais en se rendant de Mateur à Bizerte par l’Ouest du lac Achkel de façon à longer la base du pays des Mogods

Ce territoire des Mogods un des plus sauvages de la Tunisie, compte 9000 habitants Le pays est couvert de hautes broussailles au milieu desquelles par places, les Mogods cultivent du maïs

De récentes recherches ont fait reconnaître quelques gisements miniers : fer et calamine et il est probable vu la nature du sol qu’ on en découvrira encore bien d’ autres

Cette particularité jointe à l’excellence du terrain pour la culture du maïs et du tabac donnera-t-elle dans l’avenir quelque valeur à cette région .Je le croirais volontiers après les nombreuses ruines romaines qu’on y rencontre et qui prouvent qu’elle a eu son époque de prospérité : mais elle est jusqu’à présent restée fermée par suite des difficultés naturelles de ses mon tagnes coupées en tous sens par de profonds ravins. La vallée de Oued Sedjenan est la seule trouée qui permette d’y pénétrer. Encore cette unique voie d’accès est-elle barrée pendant la majeure partie de l’année par des boues liquides et profondes qui au mois avril couvrent toute cette rive du lac, empêchent totalement le passage des vallées et isolent par suite, les Mogods dans leur labyrinthe

La route traversera cet oued prés de son embouchure dans le lac Achkel au-dessous du marabout de Sidi bou Guebrin (Homme aux deux tombeaux) dans un des endroits les plus pittoresques et les plus poétiques qu’il soit possible de rencontrer, mais aussi des plus foncièrement bourbeux.  Il me reste de mes courses d’ hiver en ce pays, l’impression d’un engloutissement presque permanent : le sol s’effon drait chaque instant sous les pas des animaux qui entraient par fois au poitrail ou même y chaviraient de telle sorte qu’il fallait en atteler deux autres après le naufragé pour extraire des fondrières

Si on veut que cette route nouvelle réalise son but et rattache effectivement les Mogods à Bizerte, il sera nécessaire de faire de longues chaussées surélevées pour éviter l’enlisement

Je ne veux pas quitter cette partie du pays sans parler plus longue ment que je ne l’ai fait au début, du territoire de Mateur. C’ est dans un cercle de montagne, une plaine immense dont le centre est

occupé par le lac Achkel tandis que du milieu du lac émerge une colossale pyramide, le Djebel Achkel, île étonnante hérissée de rochers et de broussailles habitée par des troupeaux de buffles gou vernés pour le compte du domaine beylical par un fonctionnaire tuni sien, le « caïd des buffles ».

Le piton escarpé complètement isolé dans son lac, domine majestueusement les eaux élevant sa pointe aiguë à 500 mètres au-dessus de leur surface De toute la ceinture de montagnes qui borde l’horizon à  une distance considérable, on aperçoit cette masse étrange qui prend suivant la lumière et l’éloignement, les nuances les plus variées des colorations éclatantes ou sombres tour à tour.

Cette plaine très basse n’ est à proprement parler que le rebord de la cuvette dont le lac de Bizerte occupe le fond. C’est pendant une partie de l’année su(une véritable mer intérieure remplie par les eaux des pluies et celles qu’amènent les ravins de ce gigantesque cirque.

Elle conserve lorsque les eaux baissent, un limon fertile qui en fait pour les céréales et les fourrages une des plus riches zones du Nord de la Tunisie en même temps qu’un splendide pays élevage.

Dès le commencement de mai, de longs convois de mahonnes traversant le lac Achkel gagnent par Oued Tindja le lac de Bizerle où elles viennent apporter les fourrages de Mateur

Vers le milieu de la plaine la petite ville arabe de Mateur toute blanche au bord de ses jardins verts, adossée d’une minuscule colline qui rompt à peine la monotonie plate du pays, est un des centres de

transactions les plus importants du Nord de la Tunisie. Trois grands marchés ont lieu chaque semaine où les bœufs, les moutons, les chevaux et les grains se vendent en quantités indépendamment de tous les autres produits servant à l’alimentation et aux usages arabes.

Toutes les tribus des environs viennent à ce marché.

Un grand nombre de fermes européennes parmi lesquelles il faut citer celle d’un Anglais Smith,  établi dans le pays longtemps avant notre arrivée, se sont déjà installées dans la plaine de Mateur que je crois appelée au plus brillant avenir comme centre de colonisation.

Par étude de la région dont elle est le débouché naturel et par examen des grands travaux qui y ont été faits, nous avons pu nous convaincre que Bizerte deviendra sous peu un port de commerce considérable doté de tous les perfectionnements que peuvent exiger des transbordements et chargements rapides

Mais là n’est pas le seul but à atteindre, il en est un plus important encore.

Postée comme une vedette en bordure de la grande route qui met l’Europe en relations avec l’Orient en particulier , l’Angleterre avec les Indes, Bizerte doit être un des points les plus formidables de la Méditerranée car si Gibraltar tient l’entrée de la route ‘Orient , Bizerte commande le deuxième défilé resserré entre les côtes de Sardaigne, de Tunisie et de Sicile où s’engage cette route.  Il est extraordinaire que rien jusqu’à présent n’ait encore été fait dans ce but

Peut-être et je l’espère a-t-on prévu et se propose-t-on d’effectuer les travaux nécessaires mais je le répète rien n’a  été fait en dehors de la création d’une station de torpilleurs

Le canal en effet, ne comporte d’après les conventions entre les Travaux publics tunisiens et la Compagnie du Port qu’une profondeur de 8 mètres atteinte actuellement .

Il est à penser que ce n’est là qu’un acheminement et à souhaiter que, une fois le port ouvert au commerce,le canal soit creusé à la profondeur nécessaire pour que les cuirassés puissent pénétrer au lac : celui-ci doit être la rade militaire : il est en somme la vraie raison de la valeur de Bizerte car il offre à notre marine la meilleure base d’opération pour courir sus à  tout adversaire qui tenterait de franchir le canal de Sicile. Qu’une escadre française puisse être concentrée dans cette rade intérieure ses croiseurs éclairant au large peu d’heures après avoir été renseignée sur l’approche de l’ ennemi, elle aura coupé les communications entre Malte et Gibraltar. La menace seule de cette éventualité si grave pour elle, suffirait probablement pour écarter Angleterre d’une coalition contre nous.

Et Bizerte tient cette menace enfermée dans son lac

Nous pouvons d’autre part nous rendre compte par le simple examen de la carte que les ports de France, de Corse, et même d’Algérie sont trop éloignés de la route des vaisseaux pour la menacer efficacement : en outre aucun port d’Algérie n’ est fermé

Sans ajouter d’autres considérations d’ordre politique et qui ne rentrent point dans ce cadre, ces seules raisons géographiques réclament impérieusement que Bizerte devenue port de commerce, soit en outre organisée et cela dans le plus bref délai en port de guerre.

Des travaux essentiellement militaires s’imposent tels que la création d’arsenaux et de cales pour les réparations de navires.  Les bords du lac devront en certains points, être rectifiés. Une portion notamment de son pourtour semble indiquée non seulement par la nature elle-même mais encore par les travaux qu’y firent les Romains. Sur la rive Sud-Ouest entre la Koubba el Arbaïn (sépulture des 40 marabouts) au lieu nommé hennchir Sbedah sur prèsde 1200 mètres, les bords du lac furent autrefois taillés ; des restes de quais et de môles construits en énormes blocs sont encore visibles

Les fonds de 9 mètres viennent jusqu’à 300 mètres des berges ; il aurait donc que des dragages relativement insignifiants à aire en cette partie pour permettre aux navires d’arriver aux établissements militaires construits dans la zone que je viens d’indiquer

Cette merveilleuse rade est à déjà demi fermée par la ceinture de collines qui la couvrent des vues du large des batteries défendant la passe, termineront cette fortification naturelle du côté de la mer mais

il importera en outre et cela en vue d’un mouvement tournant qui pourrait être tenté par Tunis, de la compléter du côté de l’intérieur par l’établissement de petits ouvrages dont les positions sont indiquées par le terrain lui-même et par les passages qui traversent cette circonférence de collines.

Bizerte ville de commerce pourra s’enrichir à l’aise et sans crainte sous la protection de son lac, port deguerre, camp maritime retranché, qui offrira aux flottes de France un point d’appui inattaquable

 

Capitaine MAUMEME

Attaché au Service géographique de l’armée

 

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3 janvier 2013

LA GRANDE GUERRE ET LES NOUVEAUX RÉGIMENTS DE TIRAILLEURS 1914-1920

Classé sous — milguerres @ 23 h 57 min
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LA GRANDE GUERRE ET LES NOUVEAUX RÉGIMENTS DE TIRAILLEURS 1914-1920

par le Colonel (E.R.) Pierre CARLES

Au moment de la mobilisation, les neuf régiments de tirailleurs comptent 40 bataillons, dont 19 au Maroc. Certains de ces régiments ont jusqu’à neuf bataillons et, déjà, pour fournir au théâtre d’opérations marocain, il a fallu briser les liens tactiques et administratifs traditionnels et créer des régiments dits de marche, selon la zone géographique d’emploi, et ils ne regroupent pas forcément des bataillons venant du même régiment organique, ni même de la même province.

L’effort de mobilisation imposé par la guerre, et qui s’étend, en fait, de 1914 à 1920, provoquera la mise sur pied de tant de bataillons nouveaux, les pertes ou les nécessités tactiques, matérielles ou morales imposeront de tels remaniements que la plupart des historiens des tirailleurs ont hésité à aborder l’organisation des divers corps appelés à combattre dans la première guerre mondiale. Le regretté Louis Garros s’était livré à un essai de synthèse, dont le manuscrit est aux Archives de la Guerre, et dont il a donné un résumé dans Historama Hors série n° 10. Le survol de cette question terriblement complexe qui va suivre lui en est largement redevable.

On trouvera peut-être fastidieuse l’énumération de ces réorganisations. Il nous a paru toutefois nécessaire de les exposer parce qu’elles donnent une idée de l’effort de guerre consenti par les régiments de tirailleurs et parce qu’elles expliquent la profondeur du bouleversement que ces six années ont apporté à la physionomie des régiments telle qu’elle s’était dessinée dans les quatre-vingts premières années de leur existence.

Il faudrait aussi pouvoir rendre compte de la somme des sacrifices qui vont de pair avec ces transformations et, parfois, les expliquent. A la retracer, ne fut-ce que dans ses grandes lignes, un numéro spécial tout entier ne suffirait pas. Aussi ne le tenterons-nous pas:

Par ailleurs, les hauts faits des tirailleurs entre 1914 et 1920 sont bien connus : Guise, l’Yser, la Champagne en 1914 et 1915, Verdun, la Somme, l’Aisne, La Malmaison en 1916 et 1917, La Champagne, Le Soissonnais, La Matz, La Serre en 1918 voisinent sur leurs drapeaux, sans parler des campagnes d’Orient. Sur 155 000 Algériens et Tunisiens mobilisés, 35 900 ont été tués, dont 4 sur 7 étaient des tirailleurs et la proportion des Français tués dans leurs rangs est supérieure à celle normale des Européens dans les régiments indigènes.

Entre août et septembre 1914, 32 bataillons d’active de tirailleurs sont envoyés en France, 6 restant au Maroc et 2 en Algérie et en Tunisie. Ils constituent 9 régiments de marche :
• le 1er R.M.T. (Régiment de marche de tirailleurs), colonel Vuillemin, I/1, II/9, III/9 avec le drapeau du ler R.T.A.
• le 2e R.M.T., lieutenant-colonel Sibra, II/2, V/2, II/5, avec le drapeau du 2e R.T.A.
• le 3e R.M.T., colonel Simon, II/3, IV/3, V/3 avec le drapeau du 3e R.T.A.
• le 4e R.M.T., colonel Muller, I/4, VI/4 (et en février le V/4), avec le drapeau du 4e R.T.A.
• le 6e R.M.T., colonel Dégot, I/6, II/6, avec le drapeau du 6e R.T.A.;
• le 8e R.M.T., lieutenant-colonel Vallet, IV/8, V/8, avec le drapeau du 8e R.T.A. ;
tous comptant à la 37e et à la 38e D.I. d’Algérie.

Avec la 45e D.I. indépendante vient :
• le R.M.T. du colonel de Bonneval, II/1, II/8, VI/2

Avec la division du Maroc arrivent :
• le R.M.T. du Maroc occidental, lieutenant-colonel Cros, I/5, IV/7, V/4
• le R.M.T. du Maroc oriental, lieutenant-colonel Fellert, I/2, IV/2, III/6 (et III/2 zouaves) ;

En décembre 1914, s’y ajoutent, avec les brigades du Maroc
• le ler R.M.Z.T. (Régiment mixte de zouaves et de tirailleurs) lieutenant-colonel Vrenière, comptant le I/3 et le I/7 avec le drapeau du 7e R.T.A.;
• le R.M.T. de Tunisie, lieutenant-colonel Delaveau, II/4, I/8, VI/8 ;
• le 2e R.M.Z.T., lieutenant-colonel Cornu, comptant le III/3 et le I/9.

Ces douze régiments paient un terrible tribut lors des premières rencontres, en particulier à Guise et à Charleroi, car ils se jettent dans la bataille, comme en 1870, sans restriction. Aussi, à la fin de décembre 1914, faut-il les réorganiser, à travers de multiples combinaisons, dont le détail alourdirait cette étude.

Les opérations de l’hiver 1914-1915, les pertes dues au feu, mais aussi à la maladie, l’extrême fatigue des unités et, souvent, le désarroi des tirailleurs devant une forme de guerre inaccoutumée, motivent une seconde réorganisation. Le service obligatoire pour les indigènes, qui ne sera rigoureusement appliqué que par le décret du 7 septembre 1916, produira, en décembre 1917, outre les renforts d’entretien, cinq bataillons de tirailleurs supplémentaires, auxquels s’en ajouteront douze autres en octobre et en novembre 1918.

La situation des régiments engagés sur le front se stabilise relativement dans l’été de 1915 et, dès lors, l’évolution de ces régiments, entre 1915 et 1920, peut se schématiser comme suit :
• le ler R.M.T. devient 3e R.M.T. en décembre 1914 et est rebaptisé 9e R.M.T., lieutenant-colonel Dericoin, en mars 1915
• le R.M.T. de Bonneval devient, en mars 1915, le 1er R.M.T. nouveau, colonel Bourgeois ;
• le 2e R.M.T., colonel Bourgue, est reconstitué en avril 1915 avec les débris des 2e et 6e R.M.T. ;
• le 3e R.M.T., lieutenant-colonel de Gouvello, conserve son titre, ainsi que le 4e R.M.T., colonel Daugan ;
• les R.M.T. du Maroc occidental et oriental avaient formé, en décembre 1914, un 7e R.M.T., lieutenant-colonel Demetz, qui conserve son titre en 1915
• le 8e R.M.T., conserve son nom;
• le 1er R.M.Z.T. garde son titre mais est anéanti en juin 1918 dans les combats sur la Matz ; avec ses débris, on forme le 13e R.M.T.
• un 4e R.M.Z.T.; lieutenant-colonel Lévêque, est formé en juin 1915 avec les I/8, VI/8 (et VI/4 zouaves).

En 1917, on constitue un régiment de marche où figurent le III/1 et le IX/2. Envoyé en Palestine, il y combattra jusqu’en 1919 et y sera appelé 3e R.M.Z.T. du Levant.

Dans le courant de 1918, on forme :
• le 5e R.M.T., lieutenant-colonel Fournié, I/5, VI/5, XI/5, en janvier ;
• le 6e R.M.T. nouveau, avec le 3e R.M.Z.T. de la 45e D.I. (rebaptisé ainsi en juin 1916) dissous, V/6, VII/6, XI/6, lieutenant-colonel Wild.

A ce moment-là, 63 bataillons divers de tirailleurs sont passés dans dix régiments. On a essayé de mettre ensemble des bataillons du même régiment organique : une seule exception, le 7e R.M.T. qui n’a aucun bataillon du 7e R.T.A.

A l’arrivée des gros renforts de 1918, et par application de la circulaire du 13 décembre 1917, on forme de nouveaux régiments de marche en prélevant sur les anciens un bataillon aguerri (remplacé par un bataillon de recrues) que l’on juxtapose à deux bataillons de jeunes tirailleurs. On voit ainsi apparaître :
• le 10e R.M.T. (III/3, XI/2, XI/3)
• le 1le R.M.T. (IV/7, IX/7, XI/7)
• le 12e R.M.T. ;
• le 13e R.M.T., pour mémoire, ex-2e R.M.T., les « Hirondelles de la Mort » ;
• le 14e R.M.T. (XVI/2, XV/5, XVI/6)
• le 15e R.M.T. (XV/7, et trois bataillons du 228e R.I. jusqu’en 1920) ;
• le 17e R.M.T. (XV/1, XVI/5, XV/9)
• le 21e R.M.T. (XII/5, XVII/5, XVI/9).

A l’armistice, il y a ainsi, sur le front de France, dix-sept régiments de marche de tirailleurs et le ler R.M.Z.T., en Palestine, le 3e R.M.Z.T. du Levant, au Maroc, six bataillons (I/1, V/2, IV/4, I1/5, IV/6, III/8), en Algérie et en Tunisie, neuf dépôts et centres d’instruction.

Pour les besoins de l’Armée d’Orient, dès mars 1919, on prélève sur les armées de France et de Rhénanie vingt-quatre bataillons pour former huit régiments de marche, qui seront numérotés en 1920 :
• 16e R.M.T., avec les bataillons du 12e R.M.T.
• I8e R.M.T., avec ceux du 6e R.M.T. ;
• 19e R.M.T., avec ceux du ler R.M.Z.T.
• 22e R.M.T., avec ceux du 14e R.M.T.
• 23e R.M.T., avec ceux du ler R.M.T.
• 27e R.M.T., avec ceux du IIe R.M.T.
• 17e et 21e R.M.T. ne changent pas d’appellation.

Simultanément, les états-majors des régiments ayant fourni des bataillons reconstituent, en France et sur le Rhin, le ler R.M.Z.T., les 6e, 10e, 11e, 12e et 14e R.M.T. Dans le courant de 1919, on envoie en renfort au Maroc les 4e, 9e, 13e, 14e et 15e R.M.T.

Une décision du 10 décembre 1919 prescrit alors de former à nouveau, en Algérie et en Tunisie, les régiments organiques, à deux ou trois bataillons, avec les dépôts et les centres d’instruction. Sont ainsi recréés ou créés les 1er, 5e R.T.A. dans la province d’Alger, les 2e, 6e et ler dans celle d’Oran, les 3e, 7e et 11e dans celle de Constantine, les 4e, 8e et 12e en Tunisie, dans le courant de 1920. Les 16e et 23e R.M.T. de l’Armée d’Orient sont dissous, les 17e et 27e R.M.T. sont envoyés au Levant. Au printemps de 1920, on forme, pour l’Armée d’Orient et le Levant, les 25e, 26e, 31e et 32e R.M.T.

Enfin, le décret du 20 juin 1920 prescrit la dissolution des unités de marche et leur remplacement par des régiments autonomes. Après mise à exécution de ces prescriptions, la situation des quelque 135 bataillons de tirailleurs existants se stabilise en 37 régiments ou 120 bataillons, savoir :

• au Maroc, 13e R.T.A. ex-13e R.M.T., 14e R.T.A. ex-14e R.M.T., 15e R.T.A. ex-15e R.M.T., 24e R.T.T. ex-4e R.M.T., 29e R.T.A. ex-9e R.M.T.

• en France ou en Rhénanie, 16e R.T.A. ex-4e R.M.Z.T., 20e R.T.A. ex-12e R.M.T., 23e R.T.A. ex-3e R.M.T., 25e R.T.A. ex-5e R.M.T., 26e R.T.A. ex-10e R.M.T., 28e R.T.A. ex-8e R.M.T., 31e R.T.A. ex-11e R.M.T.,

33e R.T.A. ex-ler R.M.T., 39e R.T.A. ex-6e R.M.T., 43e R.T.A. ex ler R.M.Z.T. ;

• à l’Armée d’Orient, 32e R.T.A. ex-32e R.M.T.

• au Levant, avec 32 bataillons appartenant à 11 unités de marche, on forme 8 régiments autonomes ou 26 bataillons, les 17e, 18e, 19e, 21e, 22e, 27e, 36e et 47e R.T.A. Sont dissous les 2e, 25e et 26e R.M.T. et le 3e R.M.Z.T. du Levant.

Après cette remise en ordre, les 35 régiments de tirailleurs sont stationnés comme suit :

ler Blida
2e Mostaganem
3e Bône
4e Sousse
5e Maison Carrée
6e Tlemcen
7e Constantine
8e Bizerte
9e Miliana
10e Oran
11e Sétif
12e La Goulette
13e Maroc
14e Maroc
15e Maroc
16e Rhénanie
17e Levant
18e Levant

19e Levant
20e Rhénanie
21e Levant
22e Levant
23e Rhénanie
24e Maroc
25e Rhénanie
26e Rhénanie
27e Levant
28e Rhénanie
29e Maroc
31e Rhénanie
35e Rhénanie
36e Levant
39e Rhénanie
43e Rhénanie
47e Levant

Mais il est évident que la filiation de ceux de ces régiments qui portent un numéro existant avant la déclaration de guerre est tout à fait problématique après un tel chassé-croisé de bataillons pendant cinq ans.

http://lasabretache.pagesperso-orange.fr/Les%20Tirailleurs%20dans%20la%20Grande%20Guerre.htm

La Tunisie au gré des conflits

Bizerte, ma ville

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Une histoire : Bizerte et la France

La Tunisie et la Grande Guerre

La Tunisie au gré des conflits


Bizerte,  ma ville

source wikipédia

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8note : quelques points tracés ci-dessous seront choisis et traités séparément en fonction des recherches et des documents à ma disponibilité

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8

Bizerte ou Banzart (بنزرت) est une ville du nord de la Tunisie située entre la mer Méditerranée et le lac de Bizerte. Elle est le chef-lieu d’un gouvernorat peuplé de plus d’un demi-million d’habitants.

Localisation

Elle se trouve à une soixantaine de kilomètres au nord-ouest de Tunis, la capitale du pays, et à cinq kilomètres du cap Blanc, la pointe septentrionale de l’Afrique. La ville se situe à la pointe sud-est d’un isthme sur la rive nord du canal de Bizerte reliant la mer au lac de Bizerte. Elle est reliée au reste de son aire urbaine située sur la rive sud du canal, formé par la localité de Zarzouna et les villes de Menzel Jemil et Menzel Abderrahmane, par un pont mobile qui débouche directement sur la RN8 menant à Tunis.

Outre la RN8, la ville de Bizerte est reliée à Tunis par l’autoroute A4, ce qui la met à 45 minutes environ de l’aéroport international de Tunis-Carthage. Elle est le chef-lieu d’un gouvernorat qui regroupe aussi les villes de Menzel Bourguiba à vingt kilomètres et Mateur, à 38 kilomètres à l’ouest de Bizerte sur l’axe menant à Tabarka et à la frontière tuniso-algérienne ; il en est de même des regroupements urbains autour d’Utique (32 kilomètres) et des villes de Ras Jebel (36 kilomètres) et El Alia (19 kilomètres) sur l’axe sud menant à Tunis.

Histoire

Antiquité

Petit comptoir fondé aux environs de 1100 av. J.-C. par les Phéniciens3, la ville passe sous l’influence de Carthage après la défaite d’Aghatocle pendant les guerres puniques. Elle est ensuite occupée par les Romains sous le nom d’Hippo, Hippo Accra, Hippo Diaritus ou Zaritus. Sa conquête efface d’un trait neuf siècles d’histoire punique. Démantelée, la ville voit son territoire passer sous la coupe d’Utique qui prend le parti de Rome. Il faudra longtemps pour qu’une nouvelle ville romaine s’érige à la place du site punique d’Hippo Diarrhytus. Sous l’empire romain, Hippo entretient des relations maritimes suivies avec Ostie et Rome, comme en témoigne une mosaïque décorant sa représentation commerciale dans la place des Corporations.

Son nom arabe, Banzart, dérive d’une déformation phonétique de son nom antique4.

Moyen Âge et Époque moderne

La ville est ensuite conquise par les armées musulmanes qui lui donnent son nom actuel. À partir de 1050, le déferlement des tribus hilaliennes provoque l’effondrement de l’État ziride et le pays éclate en une multitude de petites principautés indépendantes. Bizerte n’échappe pas à la tentation séparatiste. La restauration de l’autorité almohade annonce une nouvelle rupture : quelque vingt ans plus tard, l’Ifriqiya accède au statut de province autonome et voit émerger la dynastie hafside.

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Entrée du fort de Bizerte construit au XVIe siècle

En 1535, les troupes de Charles Quint prennent la ville, mais les Ottomans les chassent en 15745. Elle connaît alors, grâce à son port, sa première grande période de prospérité. C’est alors une base de course associée à Tunis6. En réaction, la ville subit le bombardement de la marine du roi de France en 1681. Les 4 et 5 juillet 1770, l’escadre du comte de Broves bombarde à nouveau la ville et détruit les installations du port. En 1784 et 1785, ce furent les Vénitiens qui bombardent la ville et le port avec des bombes incendiaires7.

L’abolition de la piraterie en 18188 aurait pu porter un coup fatal à Bizerte mais le lac, dans lequel se reproduisent dorades, soles, mulets, loups et pageots si faciles à piéger quand ils regagnent la mer en empruntant le chenal qui traverse la ville, compense pendant quelques années ces pertes de revenus. Les Bizertins deviennent donc pêcheurs et c’est par centaines de tonnes que le poisson est exporté chaque année vers Tunis, l’Italie et la France.

En 1786, un décret beylical accorde à la France les droits exclusifs de la pêche du corail mais les contrebandiers suivent aussitôt. Génois, Catalans, Vénitiens, Siciliens, Pisans, Corses et Marseillais, ils fondent nombre d’entrepôts et de commerces dans l’îlot de R’baâ mais ne mettent qu’une cinquantaine d’années à détruire les massifs de corail. En 1850, ils ne sont plus que 2 000.

La France obtient la primauté de la ville lors du traité de Berlin en 18789. Les navires de la marine française entrent dans le vieux port de Bizerte durant la campagne de Tunisie en mai 1881 mais, le 18 mars 1884, ils le quittent suite à des pressions diplomatiques des Britanniques qui voient d’un mauvais œil la création d’une base militaire maritime à 250 milles de Malte.

 

 

220px-Bizerte_Port_1890

Plan de Bizerte en 1890

La France entreprend très tôt, en 1886, la construction d’un grand port du fait du rôle stratégique de la ville sur le canal de Sicile avec le creusement du chenal qui n’est achevé qu’en 1892 ; ce canal est creusé pour relier la mer Méditerranée au lac de Bizerte où est aménagée une rade. L’aménagement du port s’accélère notamment sous l’impulsion du capitaine de vaisseau Ponty dans les années 1897-1898, avec la montée de la tension entre la France et le Royaume-Uni, notamment à l’occasion de la crise de Fachoda10. De l’autre côté du lac est fondée la cité de Ferryville, appelée de nos jours Menzel Bourguiba. Sous le protectorat français, la ville croît rapidement : la municipalité de Bizerte est créée par le décret du 16 juillet 188411. En 1898, un pont transbordeur est édifié sur le canal pour joindre la ville à la rive sud du canal ; il reste en service jusqu’en 1909.

En décembre 1920, le gouvernement français autorise l’escadre russe de l’armée des volontaires à se réfugier à Bizerte. Les réfugiés russes sont répartis dans différents camps militaires français proches de Bizerte, notamment Nador, Djebel Kébir, Saint-Jean, Roumi et Chreck ben Chabane. Le dernier navire, le cuirassé Général-Alekseïev, est vendu à un démolisseur en 193512. L’église Saint-Alexandre-Nevski de Bizerte, toujours en service, témoigne de cette époque.

En mars 1939, le reliquat de la marine républicaine espagnole commandée par l’amiral Miguel Buiza Fernandez Palacios est autorisée à pénétrer dans la rade de Bizerte par le gouvernement français. Elle compte trois croiseurs, sept contre-torpilleurs et un sous-marin et transporte 4 300 personnes1

Fichier:Cercle des officiers de terre et de mer - Bizerte.jpg

Cercle des officiers de terre et de mer de Bizerte vers 1900

Résistance au colonialisme

En dépit de relations souvent pacifiques entre les communautés européenne et musulmane, la ville de Bizerte a été un haut lieu de la résistance au colonialisme.

À la fin de 1921, une première cellule du parti nationaliste du Destour est inaugurée dans la médina de Bizerte majoritairement peuplée de musulmans. Les premiers groupes de nationalistes locaux s’organisent à travers le parti et les syndicats autonomes de la Confédération générale des travailleurs tunisiens. En 1924, des heurts éclatent dans le cadre de conflits ouvriers : les émeutes dégénèrent à deux occasions en affrontements14.

En décembre 1932, le mufti de Bizerte, le cheikh Idriss Cherif, promulgue une fatwa déclarant que les Tunisiens naturalisés français sont considérés comme des apostats et ne peuvent être enterrés dans un cimetière musulman. Cette fatwa est un élément clé de la contestation des naturalisations qui constitue l’une des revendications principales des nationalistes tunisiens dans les années 193015.

Le 31 décembre 1932, des incidents ont lieu suite au décès d’un habitant musulman de la ville naturalisé français. Les groupes de Tunisiens se présentent autour du cimetière musulman pour empêcher l’inhumation du défunt dont la famille décide finalement de procéder à l’enterrement dans le cimetière européen. Le jour même, un naturalisé spahi veut enterrer son fils mort jeune dans le cimetière musulman, ce à quoi les habitants s’opposent également. La situation dégénère en affrontements avec intervention sans gravité des forces de l’ordre ; l’enterrement a finalement lieu16.

Le 8 janvier 1938, une manifestation quitte la cellule destourienne de la médina pour protester contre la déportation du leader local du parti, Hassan Nouri. À son arrivée dans la ville européenne, elle est prise à partie par les forces de l’ordre qui ouvrent le feu en faisant six morts parmi les manifestants, dont Salah Ben Ali, et une trentaine de blessés. Les meneurs dont Habib Bougatfa sont ensuite arrêtés17.

Le 13 janvier 1952, c’est lors d’un meeting populaire à Bizerte qu’Habib Bourguiba lance l’appel à la lutte armée afin d’accéder à l’indépendance. Cet appel lui vaut d’être arrêté avec d’autres chefs nationalistes le 18 janvier, prélude au congrès clandestin du Néo-Destour proclamant la lutte armée pour l’indépendance.

 

Seconde Guerre mondiale

Lors du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Bizerte est l’un des plus importants ports militaires de la Méditerranée. La base aéronavale couvre alors une superficie de 300 km2 et comporte un complexe opérationnel composé de l’amirauté, d’un abri pour les torpilleurs et les sous-marins, d’une base d’aviation maritime (Kharrouba), d’une base d’aviation terrestre (Sidi Ahmed) ainsi que des postes de détection sur les hauteurs de la ville sans oublier l’arsenal et l’hôpital maritime de Sidi Abdallah14. Cette infrastructure et l’emplacement stratégique de la base n’ont pas manqué d’éveiller l’intérêt des forces de l’Axe.

 

Fichier:Bizerta under attack Jan1943.jpg

Bombardement de la ville par des Boeing B-17 Flying Fortress en janvier 1943

À la suite de l’opération Torch, l’amiral Derrien, alors commandant en chef du camp retranché autonome de Bizerte, qui avait initialement invité ses hommes à rejoindre les forces alliés, doit accepter le 7 décembre 1942 de mettre la base à disposition des forces de l’Axe après avoir reçu un ultimatum de trois heures de la part des Allemands. Cette décision prise en partie sous l’influence de Jean-Pierre Esteva, résident général de France en Tunisie aux ordres du régime de Vichy, aurait été aussi motivée par la volonté de protéger les infrastructures militaires et civiles de la ville. Les Alliés en font alors une cible privilégiée de leurs bombardements qui détruisent beaucoup plus d’objectifs civils que militaires18 : alors que le port commandé par Lilienhoff-Zwowitzky est relativement épargné, la ville européenne est détruite à 77 % et les habitants la fuient pour se réfugier tant à Ferryville et Tunis que dans les villages alentour. Déclarée ville interdite, sa prise par les Alliés s’est faite après d’âpres combat au sol14. Les Américains la reprennent le 7 mai 194319.

Le témoignage du docteur Angelo Hesnard, médecin général responsable des services de santé de la marine, rend compte de l’ampleur des ravages subis par la ville et la population, notamment en raison d’une épidémie de typhus qui touche la périphérie de la ville dans le sillage de la guerre18. L’interdiction de résider dans la ville se poursuit après les hostilités et, Bizerte devenant un champ de récupération de produits de construction, elle subit de nuit le pillage des matériaux utiles (tuiles, portes, fenêtres et tuyaux), doublant le nombre des immeubles rendus inutilisables par la guerre. Devant ces ravages, l’éventualité de déplacer la ville sur un terrain nouveau sur la rive sud du canal est envisagée. Une ville nouvelle appelée provisoirement « cité ouvrière » est ainsi bâtie à Zarzouna au printemps 1944. Cependant, les difficultés de financement et la réticence de la population européenne de la ville à s’y installer empêchent la réalisation du projet. La ville est donc reconstruite durant l’après-guerre sur le même site14. Dans le cadre de la reconstruction, l’armée américaine édifie une tour de treize étages faisant office de QG pour ses forces sur le front de mer de la ville.

 

Indépendance

Malgré l’indépendance accordée à la Tunisie en 1956, la France conserve la base de Bizerte jusqu’au 15 octobre 196320, ce qui entraîne de nombreuses tensions entre la Tunisie de Habib Bourguiba et la France de Charles de Gaulle qui atteignent leur paroxysme lors de la crise de Bizerte. (que j’essaierai d’approfondir au cours de mes recherches sur le net, relations, et témoignages, résidant actuellement à Bizerte)

Suite aux tensions entre la jeune Tunisie indépendante et la France sur le délai de l’évacuation de la base aéronavale de Bizerte, des manifestations organisées par le pouvoir tunisien devant le portail de la caserne de Sidi Ahmed se transforment en batailles rangées. Du 19 au 22 juillet 1961, la bataille fait rage dans la ville ; les militaires français seront accusés par les autorités tunisiennes d’avoir utilisé du napalm sans que cela ne soit démontré21. Preuve de la violence de l’épreuve de force, les évènements de Bizerte font officiellement 24 morts et 100 blessés du côté français contre 630 morts (dont une moitié au moins de civils) et 1 555 blessés. Selon le Croissant rouge tunisien, la bataille aurait fait plus de 5 000 morts22.

L’implication de plusieurs individus originaires de la ville dans le complot du 25 décembre 1962 contre Bourguiba aurait été motivée par leur insatisfaction à l’égard de la manière dont il avait géré la crise23.

 

Projet français

Avant les travaux menés par les Français, la communication entre le lac et la mer est établie par deux canaux prenant leur origine dans le vieux port et se rejoignant avant d’atteindre le lac. Leurs contours donnent un aspect original à Bizerte qui est surnommée la « Venise africaine » avec son « pont des Soupirs ». Ces deux canaux envasés et n’ayant qu’une profondeur de un à deux mètres ne peuvent être facilement utilisés pour la navigation de grands navires.

Aussi les nouvelles autorités du protectorat eurent l’idée de couper l’isthme de sable qui sépare le lac de la mer et de créer un nouveau chenal et un nouveau port à l’est de la ville. Le chenal mesurera 800 à 900 mètres de long, 100 mètres de large et neuf mètres de profondeur afin que le nouveau port puisse devenir le plus important de Tunisie et le quatrième de l’Afrique française après Oran, Philippeville et Bône. L’amiral Théophile Aube, pendant son passage au ministère de la marine, projette de transformer le vieux port mais ne peut que faire opérer quelques dragages et c’est en 1890 que commencent les travaux concédés à la maison Hersent et Couvreux pour mettre en communication le lac avec la mer et transformer la rade en un abri sûr. Dans ce but, on décide de construire deux grandes jetées, d’une longueur d’environ un kilomètre chacune, protégeant une étendue de littoral de 1,8 kilomètre et formant un avant-port d’une superficie de plus de 100 hectares.

Entre les musoirs des deux jetées, une ouverture de 400 mètres permet l’entrée simultanée et facile de plusieurs navires. Pour accomplir cet important travail, la Société du port de Bizerte utilise la carrière d’Aïn Meriem, située à quatre kilomètres au nord de la ville, qui fournit les blocs de granit qu’un chemin de fer à voie étroite amène jusque sur la digue. Les jetées, une fois terminées, protègent l’entrée du chenal contre les tempêtes et l’envasement.

Rôle économique

Bizerte possède un port de plaisance, un port de pêche ainsi qu’un port de commerce25.

Favorisé par sa position stratégique sur l’axe traversant la mer Méditerranée et le développement des zones industrielles de la région (Menzel Bourguiba, Menzel Jemil et Utique), le port de commerce de Bizerte a vu transiter 4 790 313 tonnes de marchandises en 2006 dont la quasi-totalité dans le cadre du trafic international26. Près des deux tiers des marchandises sont destinés à l’Europe et près des deux tiers sont constitués d’hydrocarbures26.

L’accès au quai de commerce et au bassin de Menzel Bourguiba se fait par un canal, traversé par le pont mobile, large de 75 mètres et disposant d’un tirant d’air de 13 mètres. Par ailleurs, avec ses quatre bassins de radoub sur le lac de Bizerte et leurs installations, le chantier naval présente des avantages comparatifs par rapport aux chantiers du nord de la Méditerranée grâce à une main d’œuvre qualifiée et à un coût compétitif26. En outre, la proximité du réseau ferroviaire, l’accès à l’autoroute Tunis-Bizerte ainsi que la voie rapide reliant Menzel Bourguiba à Bizerte confèrent au site les atouts d’un port moderne.

Alors que Bizerte est la plus grande base aérienne de Tunisie, elle s’est tournée vers le tourisme, malgré la forte présence de l’armée tunisienne, mais n’a pas réussi à s’ériger complètement en pôle touristique. Au XXIe siècle, la ville se dote d’un pôle de tourisme de plaisance avec Marina Cap 3000 en cours d’achèvement. Doté d’une croisette qui compte plus de 800 anneaux pour des yachts allant jusqu’à 110 mètres de long, le port offre des parkings souterrains pour environ 500 voitures et deux chantiers navals. À cela s’ajoute une résidence haut standing de 48 000 m2 comprenant des appartements, un complexe commercial et un aquarium27,28

 

Fichier:VuePanoramiqueBizerteAout2012.jpg

Vue aérienne de Bizerte en 2012

Jumelages

La municipalité de Bizerte a signé des accords de coopération et de jumelage avec diverses villes à travers le monde29 :

  • Drapeau : Maroc Tanger (Maroc) depuis le 6 août 1976
  • Drapeau de l'Égypte Port-Saïd (Égypte) depuis le 13 janvier 1977
  • Drapeau de l'Algérie Annaba (Algérie) depuis le 12 avril 1985
  • Drapeau de la Grèce Kalamata (Grèce) depuis le 22 juin 1997
  • Drapeau de l'Italie Palerme (Italie) depuis le 6 mars 2001

La ville de Bizerte participe d’autre part à un programme de réhabilitation des centres historiques avec Clermont-Ferrand (France), Marrakech (Maroc) et Braga (Portugal) et entretient des relations privilégiées avec Toulon (France).

Notes et références

  1. ↑ (fr) Recensement de 2004 (Institut national de la statistique) [archive]
  2. ↑ (fr) Données climatiques annuelles (Institut national de la météorologie de Tunisie) [archive]
  3. ↑ Hervé Bourges et Claude Wauthier, Les 50 Afriques : Maghreb, Afrique du Nord-Est, Corne de l’Afrique, Afrique sahélo-soudanienne, Golfe du Bénin, éd. du Seuil, Paris, 1979, p. 68
  4. ↑ (fr) Histoire de Bizerte (Bizerte.org) [archive]
  5. ↑ (fr) David Cohen, Jérôme Lentin, Antoine Lonnet et Aziza Boucherit, Mélanges David Cohen, éd. Maisonneuve et Larose, Paris, 2003, p. 310 [archive]
  6. ↑ Michel Fontenay, « Course et piraterie méditerranéennes de la fin du Moyen Âge aux débuts du XIXe siècle », Revue d’histoire maritime, n°6, 2006, p. 179
  7. ↑ Marc’Antonio Bragadin, Histoire des républiques maritimes italiennes, éd. Payot, Paris, 1955, p. 263
  8. ↑ (fr) Henry Laurens, John Victor Tolan et Gilles Veinstein, L’Europe et l’islam : quinze siècles d’histoire, éd. Odile Jacob, Paris, 2009, p. 291 [archive]
  9. ↑ (en) Controling: Webster’s Quotations, Facts and Phrases, éd. ICON Group International, San Diego, 2008, p. 170 [archive]
  10. ↑ Pascal Venier, « Genèse et développement de la base navale de Bizerte « un Toulon africain » », Stations navales et navigations organisées en Méditerranée, éd. de la Nerthe, Toulon, 2004, pp. 109-122 (ISBN 2913483445)
  11. ↑ (fr) Présentation de la mairie (Municipalité de Bizerte) [archive]
  12. ↑ Adolphe Lepotier, Bizerte, éd. France-Empire, Paris, 1966[réf. incomplète]
  13. ↑ Evelyn Mesquida, La Nueve, 24 août 1944. Ces républicains espagnols qui ont libéré Paris, collection « Documents », éd. Le Cherche-Midi, Paris, 2011, p. 307 (ISBN 978-2-7491-2046-1)
  14. a, b, c et d Noureddine Dougui, Hédi Bouaïta, Abdelouahed Braham et Mourad Ben Jelloul, Bizerte. Identité et mémoire, éd. L’Univers du livre, Tunis, 2006 (ISBN 9973786343)
  15. ↑ Michel Camau et Vincent Geisser, Habib Bourguiba. La trace et l’héritage, éd. Karthala, Paris, 2004, p. 86 (ISBN 9782845865068)
  16. ↑ Jean-François Martin, Histoire de la Tunisie contemporaine. De Ferry à Bourguiba. 1881-1956, éd. L’Harmattan, Paris, 2003, p. 96 (ISBN 9782747546263)
  17. ↑ Roger Casemajor, L’action nationaliste en Tunisie. Du Pacte fondamental de M’hamed Bey à la mort de Moncef Bey. 1857-1948, éd. Sud Éditions, Tunis, 2009, p. 102 (ISBN 9789938010060)
  18. a et b (fr) Conscience d’un homme qui était amiral [archive], témoignages sur l’occupation allemande de Bizerte et le procès Derrien par Angelo Hesnard
  19. ↑ (fr) Paul Sebag, Tunis : histoire d’une ville, éd. L’Harmattan, Paris, 1998, p. 496 [archive]
  20. ↑ (fr) Driss Abbassi, Entre Bourguiba et Hannibal : identité tunisienne et histoire depuis l’indépendance, éd. Karthala, Paris, 2005, p. 32 [archive]
  21. ↑ (en) Rapport de la commission internationale de juristes sur les événements de Bizerte (Bourguiba.net) [archive]
  22. ↑ (fr) [PDF] Anouar Chennoufi, « Bizerte (Tunisie) : trou de mémoire de l’histoire », Tunis Hebdo, 19-25 septembre 2005 [archive]
  23. ↑ Noura Boursali, Bourguiba à l’épreuve de la démocratie. 1956-1963, éd. Samed, Sfax, 2008[réf. incomplète] (ISBN 9789973380814)
  24. ↑ (fr) Ridha Kéfi, « Anastasia, doyenne des Russes de Tunisie », Jeune Afrique, 11 septembre 2005 [archive]
  25. ↑ (fr) Présentation du gouvernorat de Bizerte (Chambre de commerce et d’industrie du nord-est) [archive]
  26. a, b et c (fr) Port de Bizerte – Menzel Bourguiba (Office de la marine marchande et des ports) [archive]
  27. ↑ (fr) [PDF] Projet d’extension et de réaménagement du port de plaisance de Bizerte (Municipalité de Bizerte) [archive]
  28. ↑ (fr) Insaf Boughdiri, « Bizerte dans la cour des grands », Le Renouveau, 27 juin 2010, p. 11 [archive]
  29. ↑ (fr) Coopération internationale (Municipalité de Bizerte) [archive]

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