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3 avril 2015

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Classé sous — milguerres @ 16 h 45 min

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Quelques livres choisis

1914 Broché – 8 novembre 2012

de Jean-Yves LE NAOUR

En 1914, l’obsession de la guerre hante l’Europe. Avant même que l’attentat de Sarajevo n’allume la mèche de la poudrière balkanique, elle occupe les esprits, s’affiche à la une des journaux, s’invite dans les conversations et les discours politiques. Sans que l’on n’y croie vraiment. Pourtant, en quelques jours à peine, le monde bascule dans un engrenage qui va le broyer. La guerre s’impose comme la plus rapide des solutions pour conduire à l’émancipation des nationalités et à l’avènement d’un nouveau monde. Mais la boîte de Pandore est ouverte et la machine infernale lancée : pendant quatre longues années, la guerre deviendra mondiale, totale et terroriste. A la lumière de la recherche la plus récente, conjuguant les approches diplomatiques, militaires, sociales et culturelles, Jean-Yves Le Naour nous fait revivre l’année 1914 au plus près de la façon dont les contemporains l’ont vécue. Ce premier volume d’une série ambitieuse renouvelle en profondeur l’histoire de la Grande Guerre. Historien du XXe siècle, professeur en classes préparatoires, Jean- Yves Le Naour est l’auteur de nombreux ouvrages, dont récemment chez PerrinLes Soldats de la honte qui a reçu le Grand Prix du livre d’histoire Ouest-France-Société Générale et le prix de l’Académie de médecine Jean-Charles Sournia.

 

1914, le destin du monde Poche – 6 mars 2014

de Max GALLO

À Paris, gare de l’Est, en ce diman­che 2 août 1914, c’est la mobi­li­sa­tion géné­rale. Il y a bien­tôt cent ans, le samedi 1er août, l’Allemagne a déclaré la guerre à la Russie, l’alliée de la France. L’Empire austro-hon­grois est, dès le 28 juillet, entré en guerre contre la Serbie. L’engre­nage des allian­ces, des ulti­ma­tums, des mobi­li­sa­tions, entraîne les nations dans sa méca­ni­que san­glante. Berlin est soli­daire de Vienne. Paris, lié à Londres, sou­tient Saint-Pétersbourg. En quel­ques heures, toutes les gran­des gares euro­péen­nes res­sem­blent à la gare de l’Est. Tous ces hommes qui par­tent, inno­cents, incons­cients, n’ima­gi­nent pas que des cen­tai­nes de mil­liers d’entre eux vont mourir ou être bles­sés avant que l’année 1914 se ter­mine, et que cette guerre, qui devait être brève et locale, devien­dra la Première Guerre mon­diale.

 

Le Jour le plus meurtrier de l’histoire de France: 22 août 1914 (Anglais) Relié– 9 octobre 2013

de Jean-Michel Steg

27 000 Français sont tués le 22 août 1914, le jour le plus sanglant de l’histoire de France. C’est quatre fois plus qu’à Waterloo, autant que durant les huit années de la guerre d’Algérie. Avant même la bataille de la Marne, Verdun ou le Chemin des Dames. Où donc ces hommes ont-ils disparu ? Dans quelles circonstances ? Un nombre de tués en une seule journée, sans précédent dans l’histoire de France et sans exemple depuis, ne peut être une simple bizarrerie statistique. C’est l’ambition de ce travail d’apporter quelques explications. Ce cataclysme meurtrier au tout début du conflit traduit-il les conséquences de choix individuels et collectifs, tactiques, stratégiques ou organisationnels erronés, ou tout simplement malheureux ? Comment les militaires en viendront-ils à accepter que, face à la létalité du feu au XXe siècle, le soldat ne peut plus mener la guerre dressé sur le champ de bataille, comme il le faisait depuis l’Antiquité, mais doit désormais combattre enterré et dissimulé ? Pour le savoir, il faut suivre Jean-Michel Steg dans les Ardennes belges le matin 22 août 1914.

Étudiant à l’EHESS, Jean-Michel Steg travaille depuis trente-cinq ans dans le monde de la finance.

 

1914 Les atrocités allemandes : La vérité sur les crimes de guerre en France et en Belgique Poche – 6 octobre 2011

de John Horne  (Auteur), Alan Kramer  (Auteur), Hervé-Marie Benoît (Traduction)

D’août à octobre 1914, près de 6 500 civils belges et français ont été intentionnellement
assassinés, des centaines de villages ravagés par l’armée allemande. Comment la peur des francs-tireurs et de la résistance civile, mythe né pendant la guerre franco-prussienne de 1870, a-t-elle
conduit les soldats allemands à des crimes systématiques et de grande ampleur ? Quelle fut
l’influence des « atrocités » sur la propagande des deux camps, contribuant à donner au conflit le
sens d’une « croisade contre la barbarie » ? Comment ce thème, d’abord élément central du discours allié sur la « culpabilité allemande » et le jugement des criminels de guerre, a-t-il fini par rencontrer un scepticisme général, dès les années vingt ? Ce livre magistral sur un crime de guerre, son instrumentalisation et sa place dans la mémoire des belligérants trouve toute son actualité alors que le sort des civils en temps de guerre et la portée de la justice internationale demeurent des sujets brûlants.

Introduction à l’histoire de notre temps : Tome 3, le XXe siècle, de 1914 à nos jours Poche – 20 février 2014

de René Rémond  (Auteur)
Comprendre son temps est impossible à qui ignore tout du passé ; être un contemporain, c’est aussi avoir conscience des héritages, consentis ou contestés. Etudier hier en fonction d’aujourd’hui – et même de demain -, tel est précisément le propos de ce livre, tiré d’un cours professé à l’Institut d’études politiques. Quelle est l’importance de la guerre de 1914 ? Qu’est-ce que le fascisme ? Quelles sont les origines de la guerre froide ? Qu’est devenu le monde au XXe siècle ? A ces questions et à cent autres, ce troisième volume apporte des réponses claires et rigoureuses. Sans préoccupation érudite, cet ouvrage permettra à chacun de réviser des notions demeurées imprécises et d’acquérir les bases historiques indispensables à l’intelligence de notre époque

Putain de guerre !, Intégrale : 1914-1918 Relié – 29 janvier 2014
de Jacques Tardi (Auteur)

Le temps de respirer et de raconter notre guerre aux petits-enfants n’était pas encore venu. D’ailleurs, aurions-nous envie d’en causer de cette immonde tuerie, de ce suicide collectif, totalement à vomir ?

Paroles de poilus : Lettres et carnets du front (1914-1918) Broché – 16 octobre 2013
de Jean-Pierre Guéno
Ils avaient dix-sept ou vingt-cinq ans et étaient palefreniers, boulangers, colporteurs, ouvriers ou bourgeois. Ils devinrent soudainement artilleurs, fantassins, brancardiers… Voyageurs sans bagages, ils durent quitter leur femme et leurs enfants, revêtir l’uniforme mal coupé et chausser les godillots cloutés… Sur huit millions de mobilisés entre 1914 et 1918, plus de deux millions de jeunes hommes ne revirent jamais le clocher de leur village natal. Plus de quatre millions subirent de graves blessures. Huit mille personnes ont répondu à l’appel de Radio France visant à collecter les lettres, jusqu’ici éparpillées, de ces poilus. Cet ouvrage en présente une centaine. Des mots écrits dans la boue et qui n’ont pas vieilli d’un jour. Des mots déchirants, qui devraient inciter les générations futures au devoir de mémoire, au devoir de vigilance comme au devoir d’humanité…

14 avril 2013

Les contingents impériaux au cœur de la guerre

Classé sous — milguerres @ 17 h 02 min

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La Tunisie au gré des conflits

Les contingents impériaux au cœur de la guerre :  « Etude faite sur la présence de tous les hommes d’origine des colonies françaises ou britanniques (et autres) ayant participé aux deux conflits mondiaux. 

Pour ceux qui ignorent la présence des Nords Africains, des « Noirs », des Chinois, des gens de l’Est, des Australiens, des Canadiens,… et pardon si j’oublie d’autres origines au sein de ces deux conflits.  Les chiffres parlent d’eux-mêmes,  leur présence ne fera qu’honorer leur mémoire !  A tous ceux qui ont combattu pour une même cause … «  

à noter, selon cette étude :

« La mobilisation des «indigènes » s’est opérée selon des principes divers. En Algérie, en Tunisie et en AOF, les contingents fournis par engagements volontaires sont complétés par des conscrits recrutés par tirage au sort.  »

« En 1940, l’armée française met en ligne 640000 coloniaux et Nord-africains, dont 
176000 Algériens,
 
80000 Tunisiens,
 
80000 Marocains (360000 hommes), et
 
180000 Sénégalais.

En France, en 1918, pour un total de 350000 travailleurs étrangers présents, 200000 sont originaires des colonies françaises (78000 Algériens, 35000 Marocains, 28000 Tunisiens, 50000 Indochinois, surtout Vietnamiens, 6000 Malgaches)

Selon cette étude : 108000 Tunisiens auraient servis sous le drapeau tricolore, lors des deux conflits mondiaux, sans noter les pertes humaines, civiles ou matérielles (sans oublier la période de colonisation et la campagne de Tunisie en 1881. Une Tunisie, vraiment au gré des conflits… Hayet (auteur du blog, origine tunisienne

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8

 

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Les contingents impériaux au cœur de la guerre 

Jacques Frémeaux   lien Histoire, économie et société  lien   Année   2004   lien Volume   23   lien Numéro   23-2 

Résumé
Cette communication insiste sur un sujet trop rarement évoqué, qui est la participation des empires coloniaux, surtout français et britannique, aux deux guerres mondiales. L’apport des Dominions et des colonies en soldats et travailleurs a été important. Ces soldats ont connu des conditions de guerre analogues à celles des soldats européens. Aux souffrances subies par l’ensemble des combattants s’est ajouté un plus grand éloignement de leur pays et, pour les soldats dits «indigènes», une expérience qui a précipité l’entrée dans le monde moderne, et a contribué à encourager les nationalismes.

Abstract
This paper deals with the very important part played by the imperial armies, especiallly British and French, during the two World Wars. A great number of soldiers and workers came from the Dominions and Colonies. They had to endure similar conditions as those of their European comrades, plus, a harsher and longer severance from their mother countries. The discovery of the modern war accelerated the entry of the « native » men in the Modem World, and gave a boost to nationalisms.

Le présent programme ne fait aux Empires coloniaux qu’une place limitée. L’ambition de cette communication est de montrer que, loin de se borner à un canton périphérique de l’étude des conflits mondiaux, la participation des contingents d’outremer pourrait en constituer un vaste domaine. On voudrait suggérer ici tout ce que gagnerait une histoire des peuples en guerre à n’être pas privée d’une partie de ses réalités, trop souvent passées inaperçues lorsqu’elles ne concernent pas directement les métropoles.

1. Senghor, «Aux tirailleurs sénégalais morts pour la France», Hosties noires, 1948.
«On fleurit les tombes, on réchauffe le Soldat Inconnu, Vous mes frères obscurs, personne ne vous nomme» l

Échelle du phénomène
Les chiffres démontreraient à eux seuls qu’il ne s’agit pas d’un phénomène marginal. 
En 1914, la Grande-Bretagne et la France disposent des deux plus grands empires coloniaux du monde, vastes respectivement de trente-quatre millions et de dix millions de kilomètres carrés, peuplés de 400 millions et de 50 millions d’habitants.

Les armées impériales britanniques et françaises
• Les Britanniques

Dans les premiers mois de la guerre, les citoyens des quatre Dominions sont invités à concourir à la défense de la métropole. 
On recourt au même dispositif de mobilisation qu’en Grande-Bretagne: volontariat d’abord, puis conscription. 
Mais celle-ci ne s’applique sans difficultés qu’en Nouvelle-Zélande, où elle est votée au mois de mai 1917. 

Au Canada, la décision d’y recourir, en juin 1917, provoque des émeutes chez les Québécois. 

Les Australiens rejettent la conscription par référendum, sous la pression des habitants d’origine irlandaise, émus par la répression des «Pâques sanglantes» de 1916. 

En Afrique du Sud, la question n’est même pas discutée, étant donné les sympathies pro-allemandes de beaucoup d’Afrikaners. 

Au total, la contribution des Dominions atteint environ 1300000 hommes. 
L’Angleterre mobilise des effectifs équivalents aux Indes.
La participation africaine est notable.
La conscription a été imposée en 1915 en Afrique orientale et 1916 en Afrique occidentale. 

Le bilan est impressionnant, comme en témoigne le tableau 1.
Ainsi, l’empire a permis d’accroître d’environ un tiers le potentiel militaire britannique.

Les contingents impériaux au cœur de la guerre  les_co10
tableau 1

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tableau 2

En 1939, la déclaration de guerre des Dominions à l’Allemagne, reconnus comme États souverains et indépendants au sein du Commonwealth, suit immédiatement celle du Royaume-Uni. 
L’effort de mobilisation est globalement accru par rapport à celui de 1914-1918. 
Il faut dire que la menace japonaise a stimulé la mobilisation en Australie et Nouvelle-Zélande, mais aussi aux Indes. 

La contribution indienne est double de celle de la Grande Guerre, celle des colonies africaines sept à huit fois plus forte. 

Le nombre de mobilisés atteint cinq millions d’hommes, dont deux millions pour les seuls Dominions, soit 84 % de la mobilisation de la métropole. L’Empire britannique et le Commonwealth ont ainsi vécu comme l’avait prophétisé Churchill dans son discours du 18 juin 1940, leur «finest hour» (tab. 2).

• Les Français

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tableau 3

À ces chiffres (tab. 3), qui concernent les «indigènes » il faudrait ajouter celui des Français d’outre-mer, la majorité étant constituée de 73000 Français d’Algérie, auxquels on peut adjoindre peut-être 4000 Français des colonies, soit un total d’environ 80000 hommes.
On atteindrait ainsi environ 650000 hommes, et un total de pertes d’environ 100000 hommes

Il va de soi que, par rapport aux 7800000 mobilisés français, la proportion est faible (environ 8 %). 
Malgré tout, l’acharnement de Clemenceau en 1917 et 1918 à mobiliser les contingents coloniaux les plus nombreux possibles montre que ce nombre doit, dans son esprit, peser lourd dans la balance. 
On peut être pratiquement sûr que, en cas de prolongation du conflit, leur proportion aurait eu tendance à s’accroître. 

La mobilisation des «indigènes » s’est opérée selon des principes divers. En Algérie, en Tunisie et en AOF, les contingents fournis par engagements volontaires sont complétés par des conscrits recrutés par tirage au sort. 

Les besoins de guerre amènent à augmenter le nombre des appels. Dans le reste de l’Empire, on en reste au système d’un volontariat, souvent forcé par des pressions administratives.
Dans Г entre-deux guerres, le recours au réservoir humain des colonies paraît le seul moyen de remédier à l’insuffisance de la démographie. Des lois de 1919 étendent le système de la conscription à l’ensemble des territoires de l’Empire. 

En 1940, l’armée française met en ligne 640000 coloniaux et Nord-africains, dont 
176000 Algériens, 
80000 Tunisiens, 
80000 Marocains (360000 hommes), et 
180000 Sénégalais.

C’est à peu près 10 % de l’effectif de l’armée française. 
Ces troupes combattent courageusement, avant d’être entraînées dans la défaite commune.
Elles comptent de nombreux morts et prisonniers.
 


L’appel aux troupes coloniales ne cesse pas avec la défaite. Elles forment la majorité des contingents de l’armée coloniale de Vichy, mais aussi de ceux de la France libre. 

Après le débarquement allié en Afrique du Nord de novembre 1942, la participation des contingents d’outre-mer est déterminante lorsqu’il s’agit d’organiser en Afrique du Nord une armée française équipée de matériel américain. 
À l’été 1944, sur 633000 hommes de l’armée de terre, on compte environ 60 % de soldats «indigènes», dont certains appartenaient aux Forces françaises libres depuis 1940.

• Note additionnelle
Certes, pour être complet, ce travail devrait faire mention des troupes «coloniales» employées par l’armée russe, et recrutées notamment parmi les Musulmans du Caucase et de l’Asie centrale. Il n’est pas possible de le faire ici, faute de temps. On peut au moins citer pour mémoire les deux «divisions sauvages» recrutées dans le Caucase, qui participent à la tentative du général Lavr Kornilov contre le gouvernement provisoire de Kerenski, au mois de septembre 1917. Des unités de ce type figureront également dans l’Armée rouge en 1939-1945. Il faut noter aussi qu’on a recruté des troupes noires dans les colonies belges et portugaises, qui participent en particulier aux campagnes contre les colonies allemandes d’Afrique orientale.

Les mobilisations de travailleurs

II s’agit d’abord de travailleurs recrutés pour les besoins des armées.
Sur le front français, ce sont en majorité des Chinois (100000 pour l’armée britannique, 40000 pour l’armée française, 10000 pour le corps expéditionnaire américain).
L’Afrique du Sud fait appel à des travailleurs africains auxiliaires (environ 70000 dont 20000 en France au Labour Native Corps , qui participe à la construction des tranchées).
Les campagnes africaines sont également dévoreuses d’effectifs: 55000 à 60000 porteurs auraient été réquisitionnés en AEF pour le Cameroun, ce qui représenterait un homme adulte sur quatre.
Pour les campagnes en Afrique orientale, les Britanniques n’auraient pas recruté moins de 750000 hommes, jusqu’au Nigeria et en Gold Coast.
Un million d’autres «indigènes» sont employés pour l’entretien des lignes de communication des armées britanniques au Proche-Orient.
Les Russes tentent d’imiter leurs alliés, pas toujours avec succès: l’ordre donné en juin 1916 de mobiliser 500000 autochtones d’Asie centrale au sein de bataillons de travailleurs, entraîne des rébellions violentes, notamment chez les Kazakhs et les Kirghizes. Des colons sont massacrés.

On retrouve des cas analogues lors de la Deuxième Guerre mondiale.
À partir de 1942, 50000 «indigènes» de Papouasie et Nouvelle-Guinée sont employés par l’armée australienne comme porteurs, brancardiers, terrassiers, mais aussi éclaireurs. Des Auxiliary Groups sont recrutés en Afrique de l’Ouest et affectés aux brigades d’infanterie, pour participer aux transports.
Par ailleurs, des «coloniaux» sont recrutés pour le travail aux champs ou à l’usine.
En France, en 1918, pour un total de 350000 travailleurs étrangers présents, 200000 sont originaires des colonies françaises (78000 Algériens, 35000 Marocains, 28000 Tunisiens, 50000 Indochinois, surtout Vietnamiens, 6000 Malgaches).

Ce mouvement se prolonge après la guerre: 100000 travailleurs nord-africains, surtout algériens, sont employés en 1930. Dans les colonies, les autorités exigent un accroissement de la production des matières premières, obtenu le plus souvent par la réquisition de travailleurs. Lors de la Deuxième Guerre mondiale, le gouvernement du Tanganyika introduit ainsi la conscription pour augmenter la production des plantations de sisal et de caoutchouc; en Nigeria, on mobilise 100000 personnes, forcées à travailler dans des conditions scandaleuses pour tenter (sans beaucoup de succès) d’augmenter la production des mines d’étain du nord.

Le rôle dans la décision
• La Première Guerre mondiale

Pendant la Première Guerre mondiale, les troupes à recrutement impérial se battent sur tous les fronts. 
Leur participation est toujours importante, parfois décisive. 
Les forces des Dominions sont engagées en priorité sur le front français, comme par exemple les Canadiens à Vimy, au nord d’Arras, en avril 1917. 
Elles sont lourdement éprouvées à Passchendaele de juillet à novembre. 
Il en va de même des contingents coloniaux français, dont beaucoup se distinguent, en particulier les régiments de marche de zouaves-tirailleurs, à forte proportion de soldats algériens musulmans.
La 4e brigade marocaine, qui fait partie de la 38e division d’infanterie, associe pour la reprise du fort de Douaumont, au mois d’octobre 1916, trois bataillons à recrutement français du régiment d’infanterie coloniale du Maroc, deux compagnies du 43e bataillon de tirailleurs sénégalais et deux compagnies du bataillon somali.

Ces forces ont été aussi très largement employées pour tenter de lancer des offensives périphériques.
Les Néo-Zélandais et Australiens du général Birdwood, qui représentent le tiers des 129000 hommes débarqués, subissent à Gallipoli, d’avril à décembre 1915, des pertes voisines de 40000 hommes (8500 tués et 20000 blessés australiens). Les troupes indiennes, qui ont souffert du climat en France, en sont retirées en 1915, et affectées au front de Mésopotamie. L’armée du général Allenby, qui occupe Jérusalem, puis Damas, en 1918, compte deux divisions australiennes. Les campagnes africaines mériteraient aussi d’être évoquées. Par soldats noirs interposés, les militaires britanniques et français combattent les Allemands, au Togo (août 1914), au Sud-Ouest africain (août 1914-mai 1915), au Cameroun (août 1914-février 1916). En Afrique orientale, le lieutenant-colonel von Lettow-Vorbeck, tient tête aux troupes britanniques et sud-africaines, renforcées de troupes noires est-africaines et ouest-africaines, mais aussi fournies par les Portugais et les Belges de la Force publique du Congo.


• La Seconde Guerre mondiale
Comme dans le conflit précédent, ces contingents combattent sur tous les fronts.
Les troupes des colonies africaines de la Grande-Bretagne participent à la conquête de la Somalie italienne, puis à la campagne d’Ethiopie en 1941.
Des Australiens, des Néo-Zélandais et des Sud-Africains se battent dans le désert contre les troupes de Rommel.
Une division australienne est faite prisonnière à Singapour.
Des Indiens sont envoyés en Italie au sein de la VIIIe armée du général Alexander.
700000 participent à la campagne de Birmanie.
Les Canadiens constituent une partie importante des forces qui débarquent en Normandie en juin 1944.
Les campagnes du Pacifique engagent des Australiens, des Néo-Zélandais, mais aussi des détachements recrutés en Papouasie et en Nouvelle-Guinée, qui forment le Pacific Islands Regiment .
On note qu’une grande partie de ces troupes doivent défendre les possessions d’outre-mer, en particulier contre le Japon en Asie et dans le Pacifique. L’appoint impérial est donc moins net que lors de la Première Guerre mondiale.

Pour être peu nombreuses, les troupes coloniales françaises n’en ont pas moins un rôle peut-être plus important que lors du conflit précédent. 
Certaines d’entre elles contribuent aux campagnes de Leclerc au Tchad, puis au Fezzan, contre les troupes de Mussolini.
L’Armée d’Afrique s’illustre en 1943 dans la campagne de Tunisie contre les Germano-Italiens, puis en Italie où elle apporte une contribution décisive à la percée du front allemand sur le Garigliano et à l’entrée des Alliés à Rome (juin 1944). 

Tandis que la 2e DB de Leclerc libère Paris, la Première Armée commandée par de Lattre débarque en Provence. Ces unités participent ensuite, au printemps 1945, à la campagne d’Allemagne. Le dévouement des troupes d’outre-mer, souvent trop oublié, a puissamment contribué à la restauration du rôle international de la France. Seule la possession de l’Empire a permis la renaissance d’une armée qui, par sa participation à la «croisade en Europe», a contribué à faire admettre la métropole dans le concert des vainqueurs.

Problématique
II paraît important de montrer que ce thème des troupes d’outre-mer n’est qu’en apparence «exotique»: les problématiques de l’historiographie récente de la guerre peuvent très bien s’appliquer à ce champ de recherche, même si les réponses ne sont pas toujours identiques. Il s’agit d’hommes, de femmes et d’enfants forcés de subir des conflits, en fonction de leur situation particulière.
Il est un élément si évident qu’on ne pense pas forcément à en tenir compte: la première caractéristique des empires coloniaux est d’être des empires d’outre-mer, dont les diverses possessions sont séparées des métropoles par des centaines ou des milliers de kilomètres d’espaces océaniques.

En 1914, par exemple, si la France n’est qu’à un ou deux jours de mer de l’Afrique du Nord, ou à une dizaine de jours de Dakar, l’ordre de grandeur est d’environ trois semaines pour l’Inde, et six semaines pour la Nouvelle-Calédonie.
L’avion n’est employé que très rarement jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. Même ensuite, il n’est guère utilisé pour les transports de troupes.

Les entrées en guerre

Les conditions des entrées en guerre de 1914 ne sont pas fondamentalement différentes de celles qu’on observe dans les métropoles. 
Le comportement des habitants d’origine européenne se situe, comme en Europe, entre enthousiasme et résignation. 
Les masses indigènes mesurent mal la portée de l’affaire, que les autorités s’efforcent de minimiser, pour éviter les tentations de révolte. 
Les notables sont incités à manifester leur loyalisme. 
Pour la plupart des élites autochtones de formation occidentale, comme pour Gandhi, qui incite ses compatriotes à s’engager, combattre pour les empires signifie aspirer à se transformer de sujets en partenaires.

Lors de la Deuxième Guerre mondiale, le scénario est à peu près le même. 
Dès le 3 septembre, le jour de la déclaration de guerre de la Grande-Bretagne à l’Allemagne, les premiers ministres d’Australie et de Nouvelle-Zélande ont proclamé l’engagement de leur pays aux côtés de celle-là («où elle va, nous allons; où elle se tient, nous nous tenons»).
Au Canada, le Parlement accepte sans vote l’engagement dans la guerre.
Au même moment en Afrique du Sud, la motion de neutralité présentée par le Premier ministre Hertzog est mise en minorité face à la motion de déclaration de guerre soutenue par le maréchal Smuts, symbole, depuis le conflit précédent, du dévouement à la cause impériale, devenue celle du Commonwealth .
Au Maroc, dans une lettre lue dans les mosquées, le sultan Mohammed Ben Youssef, futur roi Mohammed V, souligne que «nous devons à la France un concours sans réserve, ne lui marchander aucune de nos ressources et ne reculer devant aucun sacrifice. Nous étions liés à elle dans les temps de tranquillité et d’opulence, et il est juste que nous soyons à ses côtés dans l’épreuve qu’elle traverse et dont elle sortira, nous en sommes convaincus, glorieuse et grande».

Bien des grincements, il est vrai, se produisent, émanant des représentants des partis nationalistes.
En Inde, les représentants du Parti du Congrès se déclarent scandalisés par le fait que, alors que les Dominions ont décidé en toute souveraineté de leur entrée en guerre, par des votes de leurs parlements », le vice-roi a proclamé l’état de belligérance de l’Inde de façon automatique à la suite du gouvernement de Londres, sans consultation des élus.
Le Parti du Congrès se déclare pourtant prêt à soutenir la cause britannique par solidarité antifasciste, mais uniquement en échange de promesses précises quant à l’octroi d’une indépendance rapide, assorties de précisions quant aux buts de guerre alliés. Dans les territoires français, les arrestations de militants ou les dissolutions de partis nationalistes se multiplient. L’effort de mobilisation humaine et économique n’en est pourtant guère entravé.

La violence de guerre
• Le mythe de la «barbarie des troupes coloniales»

Les guerres coloniales antérieures à 1914 ont été souvent empreintes d’une très grande violence. 
La poignée d’officiers européens commandant des volontaires autochtones ont dû souvent s’assurer de leur fidélité en les récompensant par des parts de butin; ils ne se sont pas toujours souciés de protéger les non-combattants des pillages et des massacres. 
Certains, comme Mangin, auteur de La Force noire , ont jugé que l’assaut brutal et sans pitié était dans la nature même des combattants africains, et ont voulu en faire des troupes de choc. Ils sont déçus: les soldats indigènes ne sont pas plus adaptés a priori à la guerre moderne que leurs homologues européens. 
Les premiers combats se traduisent par de nombreuses défaillances dans leurs rangs. 
S’ils se battent généralement bien par la suite, c’est au sein d’unités organisées selon le modèle le plus conventionnel. 
L’image du Noir armé de son terrible coupe-coupe ne persiste pas moins. 
La propagande germanique pense tenir, avec la présence des troupes noires sur le front occidental, un excellent argument pour contrer les campagnes des Alliés contre la «barbarie» dont ferait preuve l’armée allemande. 
Elle les accuse de décapiter les blessés pour se fabriquer des trophées avec leurs crânes, ou de se parer de colliers d’oreilles coupées. Elle les accuse aussi de brutaliser les prisonniers.

Ces comportements annoncent et préparent les campagnes nationalistes qui se développent après la guerre sur le thème de la «schwarze Schande » (honte noire), entendons l’emploi de troupes noires lors de l’occupation française en Rhénanie, et les abus prétendument commis par elles. 
Ce sera un des thèmes notables de la propagande nazie contre une France accusée par Rosenberg d’être «la première responsable de la souillure de l’Europe par les Nègres ». 
À titre de «vengeance », plusieurs centaines de tirailleurs du 25e RTS seront massacrés au nord de Lyon au mois de juin 1940.
Les chefs des unités de la SS ou de la Wehrmacht responsables de ces crimes de guerre n’ont voulu voir, dans la résistance héroïque des combattants noirs, autre chose que «barbarie» et «bestialité ».

En fait, rien ne vient véritablement attester l’idée d’exactions particulièrement attri- buables à des unités coloniales. On peut tout au plus citer, pendant la Deuxième Guerre mondiale, le comportement des goums marocains qui forment les unités de choc de l’armée française en Italie, accusés, non sans raison, de viol et de pillage à l’égard de civils italiens. Ce lamentable épisode, concernant quelques milliers d’hommes, et limité à quelques mois, pâlit cependant devant les horreurs du front de l’Est.

• Troupes noires et blanches
II n’est guère question de brasser indifféremment les contingents de toutes origines au sein des unités.
Les langues et les coutumes (interdits alimentaires, par exemple), mais aussi les conditions juridiques (les indigènes des colonies n’étant pas des citoyens) s’y opposent. 
Le plus souvent, on constitue des régiments ou bataillons à peu près homogènes, issus du même pays, composés respectivement de troupes blanches et de troupes de couleur. 
Dans celles-ci, ne sont en général européens que les officiers et une partie des sous-officiers. 
En Afrique du Nord, par exemple, les Européens servent aux zouaves et les musulmans aux tirailleurs et aux spahis. 
Le mélange est plus grand dans l’artillerie ou les services.

Au combat, en revanche, la juxtaposition est de règle. Dès les premières opérations de l’été 1914, des régiments mixtes juxtaposent deux bataillons de tirailleurs sénégalais avec un bataillon d’infanterie coloniale blanche. 
Par la suite, les bataillons de tirailleurs reçoivent dans leurs rangs des compagnies européennes, dans la proportion du quart de leur effectif total. 
Aucune règle ne s’impose. 
Des compagnies de tirailleurs indochinois sont réparties dans des régiments d’infanterie métropolitains. Ainsi organisées, les troupes coloniales s’illustrent dans nombre de batailles entre 1916 et 1918. 
On a vu plus haut la composition de la 4e brigade marocaine lors de la reprise du fort de Douaumont en octobre 1916.
Ces principes sont encore en vigueur lors de la Deuxième Guerre mondiale. 
Sur neuf divisions dites «coloniales» entrées en ligne, six associent deux régiments de tirailleurs sénégalais à un régiment d’infanterie coloniale européen. Trois autres sont au départ entièrement blanches, mais deux d’entre elles accueillent par la suite dans leurs rangs des Africains et des Malgaches. Dans chacune, en effet, deux régiments d’infanterie coloniale sont transformés en régiments d’infanterie mixte sénégalais, tandis que les deux régiments d’artillerie coloniale deviennent des régiments d’artillerie coloniale mixte malgaches. Une seule est à trois régiments européens. L’idée, suggérée plusieurs fois, de donner plus d’homogénéité aux régiments en créant des bataillons mixtes n’est pas retenue. Le corps d’armée dit «colonial», affecté à la IIIe armée, n’est pas exclusivement, ni même majoritairement composé de troupes de cette origine. En fait, les divisions coloniales sont éparpillées entre les différentes armées, deux d’entre elles étant affectées à l’armée des Alpes.
Le «panachage» est toujours pratiqué après 1943. Dans la lre Armée qui débarque en Provence en août 1944, le pourcentage des «indigènes» dans les grandes unités varie entre 27 % (lre DB) et 56 % (2e DIM). Les Maghrébins servent non seulement dans les régiments d’infanterie (à raison d’environ 70 % de l’effectif total) et de cavalerie, mais dans toutes les armes. Ils sont ainsi environ 30 % dans l’artillerie et 40 % dans le Génie. Ils sont aussi présents dans les services et soutiens, ainsi que dans les formations sanitaires.

Le caractère exemplaire du coudoiement entre soldats d’origines différentes a souvent été célébré par les chefs des armées. Le maréchal Juin évoque «le souvenir de l’héroïsme le plus pur et de la fraternité qui régna [entre européens et musulmans] dans les rangs de l’Armée d’Afrique, tant il est vrai que c’est dans son sein et au creuset des batailles que les deux races se sont toujours le mieux fondues, le mieux comprises, et le mieux aimées». On pourrait rapprocher ce texte de celui du maréchal britannique Lord Wavell qui évoque l’armée des Indes, «dans laquelle toutes les croyances et toutes les races de l’Inde servaient ensemble aux côtés des Britanniques, dans la confiance mutuelle et la concorde». 
Ces déclarations, sans doute excessives, n’évoquent pas moins certaines vérités.

Les combattants
• La spécificité

On a souvent à tort développé l’idée selon laquelle les contingents d’outre-mer auraient constitué la «chair à canon» destinée à épargner le sang métropolitain.
En fait, si les pertes des combattants indigènes ont été lourdes, elles sont dues au fait qu’ils ont servi avant tout dans les unités d’infanterie, les plus éprouvées.
Mais elles ne dépassent pas celles des unités européennes comparables. 

Ils vivent pareillement, de ce point de vue, l’épreuve de la peur de la blessure et de la mort. Certains aussi connaissent la captivité. 
Les nombres sont particulièrement élevés lors de la Deuxième Guerre mondiale.
En juin 1940, les Allemands ont capturé 60000 Nord- Africains, et peut-être 15000 tirailleurs sénégalais.
On évalue à près de 70000 les Indiens faits prisonniers par les Japonais à Singapour et en Birmanie.

Une première spécificité réside dans le climat. 
Les combattants venus de pays tempérés, comme l’Afrique du Nord, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande, voire froids, comme le Canada, s’adaptent sans trop de difficultés aux hivers français. 
En revanche, les «coloniaux» issus des pays situés dans les zones tropicales et intertropicales et obligées de passer l’hiver en Europe, souffrent beaucoup. 
Le froid paralyse notamment les tirailleurs sénégalais, et oblige le commandement à leur faire passer la mauvaise saison dans des camps du midi de la France. 
Á l’automne de 1944, les responsables se fondent sur la même argumentation pour procéder au «blanchiment» des unités de la lre Armée où les Noirs sont nombreux.

Une autre réalité rarement développée est celle de la rareté ou de l’inexistence des permissions permettant au soldat de rejoindre momentanément les siens.
La priorité donnée aux transports de matériels et de renforts l’explique, aussi bien que le fait qu’au séjour doit s’ajouter un très long trajet.
On avait calculé, par exemple, qu’un séjour de 30 jours au Canada signifiait l’absence de l’homme pendant trois mois à son unité. Il est possible aussi que le commandement ait craint davantage les désertions, dans la mesure où les pays d’outre-mer, vastes et sous-administrés, offraient de ce point de vue beaucoup plus de facilités que les métropoles.

Certains contingents se voient demander des sacrifices qu’ils jugent excessifs. 
Dans la lre Armée, contrainte à affronter la résistance acharnée des troupes allemandes sur les Vosges, puis dans la plaine d’Alsace, les pertes en morts, blessés, malades et disparus varient, selon les unités, entre 30 % et 109 % à la fin de 1944. 
Il ne faut pas oublier en effet que certaines d’entre elles sont passées directement des champs de bataille d’Italie à ceux de Provence, du Rhône et de l’Est de la France. 
Pourtant, les mutineries ou agitations sont rares. 
Selon un schéma assez classique, les hommes cherchent plutôt à se dérober au service militaire ou à déserter avant leur départ qu’à se révolter une fois dans l’armée.

• Pourquoi ont-ils tenu?
Dans son Étude sur le combat (1868) justement admirée par Jean-Norton Cru, le colonel Ardant du Picq énumère les techniques éprouvées depuis l’Antiquité, pour maintenir la cohésion d’un contingent au combat: un commandement solide et compétent; de bonnes armes; des passions, on dirait aujourd’hui des motivations; des formations adaptées, qui facilitent la cohésion et évitent la dislocation; une discipline rigoureuse. 
Il donne une très grande place à la «cohésion», à la «solidarité», et souligne le caractère primordial de la confiance que chaque soldat doit ressentir envers ses camarades, «sa crainte qu’ils lui puissent reprocher, faire expier de les avoir abandonnés dans le danger, son émulation d’aller où vont les autres, sans plus trembler qu’un autre, son esprit de corps en un mot» .

Tous ces éléments sont certainement intervenus pour expliquer la solidité des troupes impériales, et en particulier des troupes indigènes.
Les cadres, en général de métier, ont pour la plupart une bonne expérience du commandement de ces troupes spéciales, et en parlent la langue.
Leurs soldats sont fiers de servir dans une armée moderne, aux côtés de soldats européens, de s’initier au maniement des armes automatiques, ou à la conduite automobile. 
Ils sont mus, sinon par le patriotisme, du moins par une loyauté de type féodal envers le roi d’Angleterre ou la France (vue comme une personne).
La discipline est rigide, et n’exclut pas toujours les punitions corporelles. 
La désertion, loin du pays, est difficile. 
Les régiments cultivent un fort esprit de corps. 
Des efforts sont faits pour respecter les traditions, notamment les interdits alimentaires des soldats musulmans, et maintenir les liens avec les pays d’origine, par courriers et mandats. Des journaux spéciaux sont édités. 
Tout cela compense largement l’attachement moindre à la Patrie, dont il conviendrait d’ailleurs de relativiser l’effet sur les hommes du front.

Les contingents impériaux au cœur de la guerre 
Jacques Frémeaux Histoire, économie et société Année 2004 Volume 23 Numéro 23-2
source http://www.persee.fr

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La Tunisie au gré des conflits

1 avril 2013

Massacre de Tulle

Classé sous — milguerres @ 22 h 39 min

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

Massacre de Tulle

Le massacre de Tulle désigne les crimes commis dans la ville de Tulle par la 2e division SS Das Reich le 9 juin 1944, 72 heures après le débarquement en Normandie.
Après une offensive des FTP, les 7 et 8 juin 1944, au cours de laquelle les troupes allemandes assassinent dix-huit gardes-voies, l’arrivée d’éléments de la Das Reich contraint les maquisards à évacuer la ville. Le 9 juin 1944, après avoir raflé les hommes de seize à soixante ans, les SS et des membres du Sipo-SD vouent 120 habitants de Tulle à la pendaison, dont 99 sont suppliciés.
Dans les jours qui suivent, 149 hommes sont déportés à Dachau, où 101 perdent la vie.
Au total, les crimes de la Wehrmacht, de la Waffen-SS et du Sipo-SD font 213 victimes civiles à Tulle.

Contexte historique

Au début de 1944, après avoir subi de lourdes pertes sur le front de l’Est, la 2e division blindée SS Das Reich, sous le commandement du GruppenführerHeinz Lammerding, est regroupée dans la région de Montauban, pour être reformée en prévision d’un débarquement allié quelque part sur le front Ouest. Elle est composée de 18 000 hommes appuyés de blindés légers et de chars.

Cette division présente les quatre critères déterminants pour devenir les auteurs de massacres en France, tels que définis par Peter Lieb : ses membres sont imprégnés par l’idéologie nationale-socialiste, ils ont combattu sur le front de l’Est, se perçoivent comme une unité militaire d’élite et ont déjà participé à des opérations de lutte contre les partisans1.

Au lendemain du débarquement de Normandie, elle reçoit l’ordre de se positionner dans la région entre Tulle et Limoges pour y réduire les maquis qui, depuis l’annonce du débarquement allié, ont intensifié les actions de sabotage et de harcèlement des garnisons allemandes. C’est le régiment Der Führerqui est chargé de préparer l’arrivée de la division.

La lutte contre les partisans est régie par des ordres émis début 1944, connus sous le nom d’ordonnance Sperrle, du nom du Maréchal, adjoint au haut commandement de l’Ouest. Selon ces ordres, la troupe est tenue de riposter immédiatement aux attaques terroristes en ouvrant le feu et si des civils innocents sont touchés, c’est regrettable, mais la responsabilité en incombe exclusivement aux terroristes ; les zones doivent être bouclées et tous les habitants, quels qu’ils soient, arrêtés ; les maisons qui ont abrité des partisans doivent être incendiées. L’ordonnance poursuit en précisant qu’« il ne faut punir que le chef manquant de fermeté et de résolution car il menace la sécurité des troupes qui lui sont subordonnées et l’autorité de l’armée allemande. Face à la situation actuelle, des mesures trop sévères ne peuvent entraîner de punitions pour leurs auteurs2 ». Les ordres particuliers du commandant de la division apportent des précisions tactiques : « Les forces de la Résistance doivent être anéanties par des manœuvres d’encerclement3 ». Le 5 juin 1944, le général Lammerding fait approuver par sa hiérarchie un programme répressif qui reprend les mesures mises en œuvre en Europe de l’Est et à l’arrière du front dans la lutte contre les partisans à partir de 19414. Ce programme prévoit notamment des actions de contre-propagande et de discrimination, « actions ayant pour but de monter la population contre les terroristes » ; il prévoit aussi des arrestations massives et préventives, l’occupation de localités et le ratissage de zones, la réquisition de véhicules. Il précise enfin « l’annonce et l’exécution de la disposition que, pour chaque Allemand blessé et pour chaque Allemand tombé, 10 terroristes seront pendus (et non fusillés). L’exécution par pendaison n’est pas usuelle dans la justice française. Par son application aux terroristes, ceux-ci seront discriminés et exclus de la communauté du peuple français4 ».

Entre le début mai et le 9 juin, la division, et particulièrement le régiment Der Führer effectue, sous les directives du service de renseignements, de nombreuses missions de recherche de bases et dépôts de partisans ainsi que des opérations suite aux actes de la résistance. Au cours de ces opérations, une soixantaine de maquisards est tuée et une vingtaine envoyée en déportation ; une centaine de civils est également tuée en diverses circonstances et un millier déporté en Allemagne. Plusieurs centaines de maisons sont incendiées5.

La répression allemande en Corrèze

Compte tenu de l’activité de la Résistance dans la région, la Corrèze et plus particulièrement la ville de Tulle et ses alentours font l’objet de nombreuses interventions des services de sécurité allemands.
Le 14 mars 1944, un kommando de douze membres du Sipo-SD dépendant du Kommandeur der Sicherheitspolizei und Siecherheitsdienst de Limoges, August MeierNote 1, arrive à Tulle.
Dirigés par le Hauptsturmführer Friedrich Korten, ces hommes participent à la répression des maquis avec des éléments de la Légion nord-africaine sous le commandement de Henri Lafont6. Pour le préfet Trouillé, « Tulle est en révolution : les loups de la Sicherheitspolizei et les charognards de laGestapo française arrivent de concert7. »

Ils collaborent au ratissage systématique effectué au cours du mois d’avril par la division Brehmer.
Celle-ci est une réunion temporaire d’unités composites, qui comporte notamment le 1er régiment de la 325e division de sécurité et les Géorgiens du 799e bataillon d’infanterie, recrutés parmi les prisonniers de guerre de l’Armée rouge.
Du 1er au 7 avril 1944, la division du général Brehmer arrête 3 000 personnes ; dans le village du Lonzac, 17 habitants sont abattus et 24 maisons incendiées ; à Brive, 300 personnes sont arrêtées et envoyées dans des camps de travail en Allemagne8.
Le bilan des opérations de répression de la division Brehmer se solde par 1 500 arrestations maintenues, 55 fusillades, 128 crimes ou délits dans 92 localités et 200 Juifs assassinés, sans confrontation directe avec le maquis.
La division Brehmer quitte la Corrèze en mai, après avoir également dévasté la Dordogne et la Haute-Vienne9.
Cette vague de répression explique en partie l’attaque de la ville de Tulle par la Résistance qui espère mettre fin aux souffrances de la population8.

La bataille de Tulle

La libération

L’attaque de Tulle est planifiée par le commandant des maquis FTP de Corrèze, Jacques Chapou, dit Kléber, mi-avrilNote 2 ou début mai 1944 : « à l’origine, il semble bien que cette attaque ait été envisagée sans aucun lien avec le débarquement dont la date était encore imprévisible10. » Elle poursuit plusieurs objectifs : « désarmer, et si possible, anéantir la garnison allemande ; désarmer les Gardes Mobiles et s’approprier leurs armes et véhicules ; rendre inoffensifs la Milice et les collaborateurs connus11 », mais aussi, « creuser des vides dans la garnison, inspirer une crainte salutaire à ses chefs et les amener à se retrancher dans Tulle sans en plus sortir, faisant ainsi cesser, au moins pour un temps, les expéditions contre les maquis12. » Contactés, les responsables de l’Armée secrète se montrent tout à fait opposés à une opération contre un centre urbain13.

Selon J. Delarue, Tulle est défendue par une garnison de sept cents hommes du 3e bataillon du 95e régiment de sécurité de la Wehrmacht, auxquels il faut ajouter six ou sept cents hommes des Gardes Mobiles et de la Milice française ; B. Kartheuser estime quant à lui les effectifs du 95e régiment de sécurité à 289 hommes, issus des 8e, 13ecompagnies et le (?) l’état-major, sur la base d’un relevé détaillé établi le 17 mai14. Face à eux, les résistants disposent de 1 350 combattants, dont 450 ne participent pas au déclenchement de l’opération et de 1 350 hommes en soutien15. Pour Jean-Jacques Fouché & Gilbert Beaubatie, les forces en présence s’élèvent à un peu plus de trois cents hommes du côté allemand, l’attaque étant lancée par quatre cents FTP, qui sont rejoints ensuite par cent-vingt combattants supplémentaires en milieu d’après-midi le 7 et le 8 au matin16.

L’offensive se déclenche le 7 juin 1944 à cinq heures du matin17 et un coup de bazooka tiré sur la caserne du Champ de Mars où sont cantonnées les forces de maintien de l’ordre donne le signal de l’attaque18. Dès six heures, les édifices dans lesquels se trouve la garnison allemande sont cernés ; la poste et la mairie, où les FTP établissent leur poste de commandement sont occupés vers sept heures19. À huit heures, la gare elle aussi est prise par les résistants, qui y trouvent dix-huit gardes-voies et un employé des chemins de fer, Abel Leblanc20 : invités à rejoindre le maquis, ceux-ci préfèrent attendre la fin des combats dans la salle d’attente. À 11 h 30, les forces de la Milice et des GMR hissent le drapeau blanc sur la caserne du Champ de Mars : après des négociations, ils quittent la ville vers seize heures, en emportant tout leur matériel18. Pour Elie Dupuy, dont le groupe de combat FTP n’avait pas été touché par l’ordre de repli de Chapu, ce départ est un échec, l’un des buts de l’opération étant de récupérer le matériel de guerre et de transport des forces de l’ordre ; mais avec son seul bataillon de quatre-vingt dix hommes, il n’a pas les moyens « de poursuivre l’attaque contre la garnison allemande et, en même temps, d’imposer une reddition inconditionnelle aux policiers21 ».

Pendant ce temps, vers 13 h 30, les Allemands profitent du retrait partiel des maquisards sur les hauteurs ordonné par Chapou22 et reprennent brièvement le contrôle de la gare, dans laquelle ils découvrent à leur tour les gardes-voies, porteurs d’un brassard blanc, signe distinctif de leur fonction, mais semblable à celui des FTP. Dès que les gardes-voies sortent du bâtiment, sans le moindre interrogatoire, sans même être fouillés, ils sont pris sous le feu des troupes allemandes dans la cour de la gare ou le long des voies menant au garage du chemin de fer départemental, fauchés « par des tirs croisés dont ceux d’une mitrailleuse leur tirant dans le dos », alors qu’ils s’adressent aux Allemands en leur criant « Camarades! Camarades! »23. Seul Abel Leblanc survit à la fusillade. Pour B. Kartheuser, il s’agit d’un assassinat délibéré, les Allemands étant au courant de la présence des gardes-voies et connaissant leur tenue24.

Dans la nuit du 7 au 8, alors que les maquisards, toujours privés des 450 hommes du groupe A, se sont retirés sur les hauteurs, la garnison allemande se regroupe en trois lieux : l’école normale de jeunes filles au nord, la manufacture d’armes et l’école de Souilhac au sud18. Les combats reprennent à six heures trente du matin25, la principale offensive étant dirigée contre l’école normale, bastion principal des troupes allemandes. Face à la résistance des Allemands, les FTP boutent le feu à l’édifice vers quinze heures.
Vers dix-sept heures, dans des circonstances qui restent peu claires et discutées, les Allemands tentent une sortie ou essaient de se rendre : si l’un d’entre eux agite un chiffon blancNote 3, d’autres portent des grenades amorcées18. Dans la confusion la plus totale, les maquisards ouvrent le feu à l’arme automatique : certains soldats sont fauchés à bout portant, des grenades explosent, ce qui explique les blessures, terriblement mutilantes observées sur les cadavres. Après la reddition des troupes allemandes, neuf membres duSicherheitsdienst sont identifiés, notamment avec l’aide d’une trentaine de maquisards libérés, emmenés au cimetière et fusillés sans jugement26.
Les combats cessent dès ce moment, les résistants se contentant de maintenir l’encerclement de la manufacture d’armes et de l’école de Souilhac, qu’ils comptent attaquer le lendemain. Alors que les blessés allemands et français sont emmenés à l’hôpital, Kléber se rend à la préfecture et demande au préfet Trouillé de continuer à assurer la direction de l’administration. Pour la résistance, à l’exception des deux petits bastions à prendre le lendemain, Tulle est libérée18.

Les pertes allemandes sont estimées à 37 morts, 25 blessés et 35 disparus par Sarah Farmer27. Pour G. Penaud, elles s’élèvent à une cinquantaine de morts, une soixantaine de disparus, sans doute faits prisonniers et de 23 à 37 blessés. La majorité des prisonniers est vraisemblablement abattue par la suite, seuls quelques soldats d’origine polonaise ayant accepté de se joindre au maquis28.

La réoccupation

À 21 heures29, les premiers chars de la 2e division blindée SS Das Reich arrivent à Tulle par trois axes de pénétration, prenant les maquisards par surprise. Les postes de l’Armée secrète et des FTP établis à distance ayant été balayés par les blindés, aucune alerte n’ayant pu parvenir à temps à Tulle. Les maquisards quittent immédiatement la ville vers les hauteurs, sans livrer de combats, face à « une colonne de secours [...] [qui] ne comprenait que des éléments lourds et disposait d’une puissance de feu considérable » : si des tirs de bazookas depuis le plateau qui domine la ville auraient pu infliger des pertes aux éléments de la Das Reich, les résistants y renoncent par crainte de causer de lourdes pertes parmi la population civile. Les SS installent leur premier poste de commandement dans le quartier de Souilhac, près de la manufacture d’armes, avant de s’installer, le lendemain en fin de matinée, à l’hôtel Moderne. À ce moment, l’officier les plus élevé en grade est le SS-Sturmbannführer Kowatsch, officier de renseignement de l’état-major de la division. Durant toute la nuit du 8 au 9 juin, les S.S. patrouillent dans la ville et assurent l’encerclement de celle-ci.

Le 9 juin, à six heures du matin, les Allemands fouillent la préfecture et menacent d’exécuter le préfet Trouillé, après avoir découvert des armes et munitions abandonnées par lesGardes Mobiles. Alors qu’il va être fusillé par des S.S. commandés par un sous-officier, le préfet échappe à l’exécution en indiquant qu’il a un rang équivalent à celui d’un général, et en exigeant de parler à un officier supérieur avant d’être fusillé. Il parvient à convaincre l’officier qui se présente de rendre visite aux blessés allemands soignés à l’hôpital. Durant la visite, un des blessés allemands confirme à l’officier que le préfet a empêché un maquisard de les fusiller : « Cet homme nous a sauvé la vie »30.

Le massacre

La rafle

« Habitants de Tulle, vous avez suivi mes instructions et conservé pendant les dures journées que vient de traverser votre cité un calme exemplaire. Je vous en remercie. Cette attitude et la sauvegarde des militaires allemands blessés ont été les deux éléments qui m’ont permis d’obtenir du commandement allemand l’assurance que la vie normale allait reprendre dans la journée. »

— Proclamation du préfet Trouillé diffusée par haut-parleur, le 9 juin 1944, vers dix heures du matin31.

Le 9 juin, entre neuf et dix heures, le SS-Sturmbannführer Aurel Kowatsch déclare au préfet Trouillé, et au secrétaire général de la préfecture, M. Roche : « votre geste [les soins apportés aux blessés allemands] ne sera pas négligé par le commandant allemand qui en tiendra compte à la population dans la répression inévitable du crime commis contre nos camarades de la garnison de Tulle » ; il leur annonce, alors que la rafle a déjà commencé, la mise en arrestation de tous les hommes de seize à soixante ans et autorise « la libération de tous les indispensables après vérification de leur attitude32 ». Selon Trouillé et Roche, Kowatsch prend ses ordres directement auprès du général Heinz Lammerding, vraisemblablement par radio. La rafle touche une population désemparée par les événements : « par petits groupes, les SS ratissent les quartiers et les rues ; ils entrent dans les logements, examinent les hommes qu’ils font sortir ; aux femmes, ils affirment qu’il s’agit d’un contrôle d’identité, que l’absence de leur époux, fils ou frère ne sera pas longue et qu’il est inutile d’emporter des provisions33. » « Encadrés par les S.S. nous descendons le quai de Rigny. [...] Un groupe plus important s’amalgame au nôtre. [...] Nous gagnons lentement Souilhac : des auto-chenilles, des tanks sont en bon ordre, rangés le long des trottoirs. [...] Notre groupe se joint à d’autres ; d’autres groupes se joignent au nôtre ; et comme l’inquiétude rapproche, les mains se serrent. [...] Nous marchons la tête haute, dissimulant au mieux notre angoisse34. » Les membres des chantiers de Jeunesse, rassemblés dans la caserne des Enfants de troupe, sont également emmenés vers la manufacture d’armes35. Au total, près de 5 000 hommes et jeunes gens sont regroupés devant la manufacture35.

Le tri

Conformément à l’accord passé avec Kowatsch qui avait autorisé la libération des personnes indispensables à la reprise d’une activité normale dans la ville, des responsables français se rendent à la manufacture d’armes pour négocier l’élargissement d’une partie des personnes raflées. « On remarqua bientôt le maire (le colonel Bouty) accompagné de plusieurs personnages, des chefs de service, le directeur de l’énergie industrielle, le chef de gare et d’autres employés avec leurs larges casquettes dorées, l’inspecteur d’Académie – parmi nous – mais ces messieurs restèrent là-haut, sur la chaussées, en compagnie des officiers allemands… Cela sentait la collaboration36. » Les représentants des autorités françaises obtiennent la libération de 3 500 des 5 000 hommes et jeunes gens37. Parmi eux, les employés de l’État et de la préfecture, de la mairie, des PTT, du gaz, des services des eaux, financiers et des colonies de vacances, des électriciens, des chefs d’atelier et agents de maîtrise de l’usine de La Marque et de la manufacture d’armes, des électriciens, des boulangers, des épiciers, des maraîchers, les médecins… mais ni les dentistes, ni les enseignants37… « Cette première partie de la sélection des otages avait été conçue par les SS pour compromettre les autorités locales ; Lammerding s’en souviendra lorsqu’il sera interrogé en 1962, il affirmera que le maire désigna les maquisards37. »

Après l’intervention des autorités françaises une seconde sélection est effectuée parmi les otages, sélection menée par les Allemands et eux seuls. Le principal responsable de ce deuxième tri est l’interprète du kommando du Sipo-SDWalter Schmald, qui a survécu aux combats des deux jours précédents. Si Schmald n’a sans doute pas agi seul et s’il a vraisemblablement été assisté par d’autres membres du SD venus de Limoges38, sa présence et son action ont frappé tous les témoins, pour lesquels Schmald incarne le processus de désignation des victimes. Aux côtés de Schmald, « le bossu » ou « le chacal38 », Paula Geissler, interprète de la Wehrmacht attachée au directeur allemand de la manufacture d’armes, surnommée « la chienne », participe également au tri et fait libérer seize à dix-sept otages, des ingénieurs de la manufacture ou des hommes qu’elle connaissait, dont le fils d’un pharmacienNote 4,39.

L’abbé Jean Espinasse, arrêté chez lui vers neuf heures trente, décrit Schmald comme « un allemand revêtu d’une vieille capote défraîchie, sans galon ni insigne d’aucune sorte, la tête découverte, l’air fatigué » et qui s’adresse à lui « dans un excellent français » en lui déclarant : « Je suis un des quatre survivants du combat d’hier. [...] Nous étions presque tous des Rhénans catholiques. Nous aurions bien voulu avoir un prêtre pour nous assister40. » Pour Antoine Soulier, il a de longs cheveux blonds avec des reflets fauves et ramenés en arrière, le visage rasé, le teint mat, 30 ans environ, [les] yeux toujours demi-fermés pour mieux voir, et surtout la demi-lèvre supérieure droite toujours relevée, comme gonflée de venin41.

Les otages sont répartis en trois groupes, de taille et de composition variable au fur et à mesure de la sélection qui débouche sur la constitution de deux groupes de soixante hommes, suspects, selon Schmald, de participation à la Résistance en se fondant sur des éléments comme le fait qu’ils soient mal rasés ou que leurs chaussures ne soient pas cirées42. Pour J. Espinasse, si Schmald demande à vérifier certaines cartes d’identité, [il] juge les gens sur la mine et, on ne sait pourquoi, les désigne pour faire part du petit groupe de gauche [les futures victimes]43. Selon Trouillé, « les trois groupes sont constamment modifiés, soit par le jeu des libérations, soit par le choix de quelques S.S. dont Walter, le ténébreux Walter44 ». Schmald veille à maintenir le chiffre de 120 hommes destinés à l’exécution, qui n’est pas encore annoncée : lorsque diverses interventions aboutissent à faire libérer l’un de ceux-ci, Schmald en sélectionne un autre dans le groupe principal : « sauver un ami, c’était du même coup condamner un autre homme, inconnu [...] avec pour résultat de ne laisser aux mains des bourreaux que les plus vulnérables, les plus solitaires, les plus faibles ou les plus malchanceux, ceux qui avaient le plus besoin d’être défendus45. » Ce processus débouche sur la réflexion suivante de l’un des survivants, Jean-Louis Bourdelle : « Je m’étonne douloureusement d’apprendre que des Français ou des Allemands tirent vanité d’avoir fait libérer des otages, ils semblent les malheureux, ne pas se rendre compte qu’ils avouent ainsi avoir pris part aux exécutions. Je me rappelle en effet avec quelle terreur mes camarades et moi voyions, après chaque libération, le lieutenant Walter s’approcher de notre groupe et faire un nouveau choix pour compléter le peloton des futures victimes46. »
Conformément à la note de Lammerding du 5 juin et à l’ordre donné par celui-ci arrivé à Tulle en fin de matinée du 9, ces cent-vingt hommes sont voués à la mort par pendaison.

Les pendaisons

« Quarante soldats allemands ont été assassinés de la façon la plus abominable par les bandes communistes. [...] Pour les maquis et ceux qui les aident, il n’y a qu’une peine, le supplice de la pendaison. [...] Quarante soldats allemands ont été assassinés par le maquis, cent vingt maquis ou leurs complices seront pendus. Leurs corps seront jetés dans le fleuve. »

— Affiche signée par le général commandant des troupes allemandes, placardée à Tulle47.

Vers quinze heures trente48, Kowatsch en réponse à une dernière intervention du préfet qui demande que les exécutions n’aient pas lieu par pendaison, lui répond que « nous avons pris en Russie l’habitude de pendre, nous avons pendu plus de cent mille hommes à Kharkov et à Kiev, ce n’est rien pour nous. » Il demande au colonel Bouty, président de la délégation spéciale, d’annoncer au groupe principal de prisonniers qu’ils doivent assister aux exécutions. Avant que ceux-ci soient conduits sur la place de Souilhac, Bouty leur déclare : « J’ai une nouvelle bien pénible à vous annoncer : vous allez assister à une exécution. Je vous demande le plus grand calme. Ne faites pas un geste, ne dites pas une parole49. » À leur arrivée, les prisonniers découvrent, sur plusieurs centaines de mètres, des cordes terminées par un nœud coulant accrochées aux arbres, aux réverbères et aux balcons. Les préparatifs ont été assurés, dès la fin de la matinée, par le SS-Hauptsturmführer Wulf, chef du bataillon de reconnaissance et par son adjoint, l’Oberscharführer Hoff, chef de la section de pionniers, qui fait appel à des volontaires pour effectuer les pendaisons50.

Les victimes désignées pour la pendaison sont conduites sur les lieux de leur exécution par groupe de dix. « Chacun d’eux se trouva bientôt au pied d’une échelle, entre les mains de deux des bourreaux. Deux SS se tenaient près de chaque corde ; l’un d’eux gravissait les degrés d’une seconde échelle ou d’un escabeau en même temps que le condamné. Dès que celui-ci atteignait la hauteur voulue, il lui passait le nœud coulant, le serrait, et le second SS enlevait brutalement l’échelle du supplicié51. » Dans certains cas, les bourreaux, tous volontaires, se suspendent aux jambes de leur victime, le frappent ou l’achèvent à la mitraillette ou au pistolet. « Parfois, pour accélérer l’exécution, les barbares poussent leur victime à coups de crosse et avec des cris terribles donnent des coups de pied à l’échelle qui tombe52. » Suite à l’intervention du colonel Bouty auprès d’un officier allemand, l’abbé Espinasse a été autorisé à offrir son ministère à ceux qui vont mourir. Il assiste aux premières exécutions. Lors de celle du premier groupe, « dans un cas [...], la victime, mal pendue sans doute, s’agite par spasmes ; alors, je vois le soldat qui venait d’ôter l’échelle s’en servir pour frapper le supplicié jusqu’à son immobilisation complète » ; par la suite, il constate que « le peloton d’exécution presse la marche des condamnés, et non sans violence ; je vois encore le soldat brisant, d’un geste rageur, la crosse de sa mitraillette sur le dos d’une victime qui a un mouvement d’horreur et d’arrêt à la vue des pendus53. » « Pouvons-nous imaginer la scène? Des hommes immobiles sous la contrainte, des soldats en dessous des potences, des groupes d’otages conduits au supplice, et le silence50. » Pendant toute l’opération, Paula Geissler et un groupe de SS, assistent aux pendaisons en vidant de bonnes bouteilles à la terrasse du café Tivoli, au son d’un phonographe50.

99 victimes

« Pourquoi les exécutions ont-elles été arrêtées à 99 victimes? [...] 99 est un chiffre incompréhensible qu’on ne peut raccorder à rien. Par son absence de signification, le nombre des victimes restera un mystère »

— Jean-Jacques Fouché et Gilbert Beaubatie54.

Dans les versions successives de son témoignage, l’abbé Espinasse s’attribue, et à lui seul, le mérite d’avoir fait arrêter les pendaisons. Selon lui, alors que neuf groupes, soit quatre-vingt dix hommes, ont déjà été pendus, et après avoir été ramené dans la cour de la manufacture d’armes après le meurtre de vingt ou trente Tullistes, il constate que le dixième groupe comporte treize hommes. Il intervient auprès de Walter Schmald et obtient non seulement que quatre hommes soient extraits du groupe, mais aussi que celui-ci soit le dernier à marcher vers la pendaison. Le nombre des victimes s’arrête donc à quatre-vingt-dix-neuf55 ,Note 5.

Cette version, reprise par de nombreux auteurs, est radicalement remise en cause par Bruno Kartheuser, qui juge ce récit incohérent et peu plausible. Kartheuser souligne tout d’abord que l’intervention décisive que s’attribue l’abbé Jean Espinasse n’est confirmée par aucun témoin, alors que plusieurs centaines de personnes sont rassemblées dans la cour de la manufacture ; cette intervention n’est pas mentionnée dans la déclaration faite en 1948 par le président de la délégation spéciale de Tulle, le colonel Bouty, qui attribue interventions et sauvetages au directeur des Établissements Brandt – Usine de la Marque, Henri Vogel, au directeur adjoint de la Manufacture d’armes de Tulle, Laborie et à l’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, LajugieNote 6. Trouillé n’attribue à l’abbé que la grâce de trois hommes, « Vogel s’est magnifiquement débattu avec les officiers SS en vue de libérer quelques-uns de ses ouvriers condamnés au supplice [...]. De la sorte, il a obtenu quatre grâces et a permis au sous-directeur de la manufacture d’armes, Laborie, d’en réclamer et d’en enlever autant ; Lajugie, ingénieur en chef du service vicinal [...] est encore épuisé des efforts déployés en vain pour sauver du supplice un ingénieur de son service56. » L’« intervention décisive » d’Espinasse n’est également pas reprise dans la citation lors de la remise à l’abbé de la Médaille d’argent de la Croix-Rouge française, en 1945, qui n’évoque que ses mérites sacerdotaux et l’assistance matérielle qu’il a apportée aux suppliciés. Enfin, pour Kartheuser, compte tenu du strict respect de la hiérarchie en vigueur dans la SS, il n’est pas possible que Schmald ait pris la décision d’arrêter les exécutions, alors que celles-ci avaient été ordonnées par le général Lammerding (qui déclare après guerre que c’est sur son ordre que les pendaisons ont été arrêtées avant les 120 victimes prévues), que les pendaisons avaient été supervisées par Kowatsch et que l’un des supérieurs de Schmald au SD (Korten ou Butsch) était présent sur les lieux57.

Pour J.J. Fouché et G. Beaubatie, « le nombre de 99 victimes a été la conséquence d’une accumulation de données matérielles indépendantes les unes des autres [...] Mais plus encore que le nombre, la mise en scène des pendaisons devait renforcer la terreur de longue durée. L’efficacité n’était pas liée à un chiffre précis, mais bien plus encore, à la mise en spectacle de la violence destinée à humilier les hommes58. »
Les corps des suppliciés sont dépendus en début de soirée par des membres des chantiers de jeunesse, sous les ordres d’hommes de la 4e compagnie du bataillon d’éclaireurs ; malgré l’intervention des autorités locales, ils sont enterrés sur le site d’une décharge publique, à Cueille, sans aucune procédure d’identification, avec une brève cérémonie improvisée et écourtée par les Allemands, au cours de laquelle l’abbé Espinasse, en présence du préfet en uniforme et de son directeur de cabinet, bénit les corps59.

Les déportations

Le 10 juin, les otages restés à la Manufacture des armes de Tulle sont traités de la même manière que lors de la sélection, la veille, des victimes des pendaisons : négociations entre membres de la Das Reich et du SD, dont Walter Schmald, et les autorités françaises, formation de groupes promis à la déportation, libération d’otages suite à des interventionsNote 7. 311 hommes et 660 jeunes membres des Chantiers de Jeunesse sont transférés de Tulle à Limoges. Après un nouveau tri, dans lequel des membres de la Milice jouent un rôle essentiel, 162 hommes et tous les membres des Chantiers de Jeunesse sont libérés ; 149 prisonniers sont transférés à Poitiers, puis à Compiègne, d’où ils partent vers Dachau le 2 juillet : 101 ne survivent pas au voyage ou à la déportation60.

Le 11 ou le 12 juin, la division entame sa remontée vers le front de Normandie. Avec le massacre de Tulle et celui d’Oradour-sur-Glane, et de nombreuses autres tueries, elle a fait 4 000 victimes, dont de nombreux civils61.

La répression se poursuit à Tulle pendant les semaines qui suivent les pendaisons. Du 11 juin au 31 juillet, le laboratoire de la manufacture d’armes est utilisé comme centre de torture, où opèrent des miliciens en coopération avec Walter Schmald. Le 21 juin, le préfet Trouillé y voit trois miliciens âgés au plus de vingt ans, verser de l’acide sur les plaies du visage d’un homme qu’ils venaient de frapper à coups de nerf de bœuf62. Tulle connaît également une nouvelle rafle, le 21 juin, à la suite de laquelle 80 hommes sont envoyés en travail forcé en Autriche63. Les troupes allemandes en Corrèze se rendent le 16 août 194464.

Au total, les crimes de la Wehrmacht, de la Waffen-SS et du Sipo-SD ont fait 218 victimes civiles à Tulle. « D’une certaine façon, le général SS a atteint son objectif : la discrimination des résistants et la terreur de la population65. »

Analyse

L’analyse des historiens

Les proclamations publiques et les explications allemandes auprès des autorités françaises font systématiquement référence aux éventuels sévices et à l’assassinat de soldats allemands désarmés. Selon la thèse allemande, les représailles sont conformes au droit militaire international, au traité d’armistice et aux conventions de La Haye. Suite aux procès menés en Belgique concernant l’exécution d’otages par les troupes allemandes et à celui mené en Italie pour le massacre des Fosses ardéatines, on peut conclure que le massacre de Tulle a bien été effectué en violation du droit des conflits armés66, notamment des articles 40, 41, 46 et 50 du règlement annexe à la 4e convention de La Haye de 1907 concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre67 ainsi que la « clause Martens » du préambule de cette conventionNote 8,68. Bruno Kertheuser conteste quant à lui l’usage même du terme représailles : « le meurtre et la déportation de quelques centaines d’habitants de Tulle les 9 et 10 juin relèvent très clairement du crime de guerre. Toute autre appellation, comme celle de représailles, d’épuration ou de mesure expiatoire, appartient au jargon des auteurs de ces crimes et participe de leur logique à eux »69.

Le massacre de Tulle avait pour but de punir une des capitales du maquis, pour terroriser d’autres régions, conformément aux pratiques mises en œuvre par la Wehrmacht et laWaffen-SS sur le front de l’est ; il résulte « de l’action et de l’inaction de beaucoup de personnes », qu’il s’agisse de membres de la Wehrmacht, de la Waffen-SS ou duSicherheitsdienst70.

La thèse révisionniste

Selon le récit auto-publié du SS-Sturmbannführer Otto Weidinger, plusieurs dizaines de soldats allemands auraient été abattus après leur reddition et de nombreux cadavres auraient porté des traces de mutilations71. Cette thèse est reprise et amplifiée par deux autres révisionnistes, Sadi Schneid72, pseudonyme d’un ancien Waffen-SS Elimar Schneider73, et Herbert Taege, ancien fonctionnaire des Jeunesses hitlériennes73,74.

Pour les historiens, le récit de Weidinger n’a aucun crédit. Eberhard Jaeckel « doute de la véracité de ces affirmations et se demande si les atrocités alléguées n’ont pas servi de justification au comportement des SS75 ». Pour G. Penaud, « divers témoignages de militaires ou de civils allemands retrouvés par Bruno Kartheuser sont assez contradictoires sur la question des mutilations dont auraient été victimes, d’après la rumeur, les victimes allemandes ; à vrai dire, à la lecture des déclarations ultérieures de SS, il n’a pas trouvé une seule qui rapporte un témoignage direct de ces atrocités : tous ceux qui exprimèrent ce reproche [...] colportèrent indirectement les dires de témoins dont il semble difficile de soutenir la crédibilité76 ».

B. Kartheuser a réfuté point par point ces thèses révisionnistes. Le seul fait contraire à l’article 23c et 23d de l’annexe à la Convention de La Haye de 1907 concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre77 qui stipule qu’«  il est notamment interdit [...] de tuer ou de blesser un ennemi qui, ayant mis bas les armes ou n’ayant plus les moyens de se défendre, s’est rendu à discrétion [ainsi que] de déclarer qu’il ne sera pas fait de quartier », consiste en l’exécution sans jugement de neuf membres du SD et Gestapistes en fin de l’après-midi du 8 juin78. Quant aux prétendues mutilations, il ne s’agit que des traces d’impact de mitrailleuse. Selon un témoin, Robert Lajugie, « dès la reddition des assiégés, j’ai vu les corps des victimes. Certains, assurément, étaient abîmés et il est exact que des crânes laissaient échapper leur cervelle, mais c’était là le résultat d’une concentration des tirs d’armes automatiques. [...] C’est dans cet état que les éléments de la 2e panzerdivision SS Das Reich trouvèrent leurs compatriotes avec, en plus, cette aggravation que les camions venus enlever les cadavres furent pris par les arrivants, fous furieux, pour les instruments dont on se fût servi pour écraser les corps ou les têtes79. » Ce récit est confirmé par le Dr. Heinz Schmidt, médecin du 3e bataillon du 95e régiment de sécurité : « Parce qu’on voulait avoir une justification présentable d’une certaine manière au niveau international pour les mesures de représailles, je fus cité en qualité de médecin de la place auprès du médecin principal de la division Das Reich. Il me demanda si j’avais constaté des mutilations sur les cadavres de nos soldats tombés la veille. Contrairement aux affirmations disant que cela avait été le cas, j’ai déclaré énergiquement que je n’avais pas constaté de mutilations sur les soixante morts que j’avais vus80. »

À propos du livre de Schneid, Kartheuser écrit qu’il « formule, de la manière la plus grossière entre toutes les versions qui ont circulé, les reproches de mutilations voulues opérées sur certains cadavres allemands. Schneider n’évoque pas ce qu’il a vu. [...] Il ne fait que colporter une version qui fut répandue dès les premiers jours, entre autres par les milieux SS et nazis d’époque mais également par la propagande officielle81. » Il remarque également que Weidinger et Taege ne se basent, eux aussi, sur aucun témoin direct81.

Les suites du massacre

Walter Schmald, du SIPO-SD est capturé par des maquisards à Brive le 15 août 1944, et exécuté par ceux-ci le 22 août, sans avoir fait l’objet d’un procès82.

Otto Weidinger, dernier commandant du régiment Der Führer est interrogé au sujet du massacre pendant sa détention de 1947 à 1951. Il ne fait l’objet de poursuites que pour son adhésion volontaire à la Waffen-SS, jugée comme organisation criminelle lors du procès de Nuremberg, et est acquitté83. Après sa libération, il écrit de nombreux ouvrages sur la2e panzerdivision SS Das Reich, considérés en France comme révisionnistes.

La première enquête, qui porte sur l’assassinat de dix-huit gardes-voies est clôturée 25 mars 1948, et fonde le procès qui s’ouvre à Bordeaux le 29 mars 1949, où comparaissent dix membres du 95e régiment de sécurité, responsable du meurtre de dix-huit gardes-voies, sous les ordres du capitaine Franz Reichmann, commandant du 3e bataillon. Les trois officiers inculpés sont condamnés à quinze (Franz Reichmann, Willi Schlewski) ou dix (Jean Retzer) ans de travaux forcés ; 4 inculpés sont reconnus coupables mais libérés sous l’excuse absolutrice d’avoir agi sur ordre et trois sont acquittés. Schlewski et Retzer sont libérés le 18 septembre 1952 et Reichmann le 25 janvier 195384

L’information judiciaire ouverte le 18 juin 1947 sur les pendaisons de Tulle débouche notamment sur un rapport provisoire rédigé par le commissaire de police criminelle Félix Hugonnaud, qui conclut que les pendaisons furent apparemment commandées par le SS-Gruppenführer Heinz Lammerding, à l’encontre duquel trois mandats d’arrêts successifs sont décernés. Le procès (affaire contre Kahn et autres. Pendaisons de Tulle) s’ouvre à Bordeaux le 4 juillet 1951 et le verdict est prononcé le lendemain. Seules cinq personnes y sont accusées : quatre officiers de la division Das Reich - Lammerding, Aurel Kowatsch, chef d’état-major de la division, Heinrich Wulf, commandant de la section de reconnaissance, Otto Hoff, commandant de la section de pionniers qui a procédé aux pendaisons, et une employée allemande de la Manufacture d’armes de Tulle, Paula Geissler. Cette dernière n’est accusée que de n’avoir pas sauvé un ingénieur de la MAT, ce qu’elle aurait pu faire sans courir de risque personnel. Curieusement, le tribunal omet de mettre en accusation la centaine d’acteurs, les membres du commando d’exécution qui auraient pu être décelés facilement.

Lammerding et Kowatsch, ce dernier tué en mars 1945 à la frontière hongroise, sont condamnés à mort par contumace ; Hoff et Wulf écopent de dix ans de travaux forcés et Paula Geissler de trois ans de prison. Après un appel devant le tribunal de Marseille, la peine de Hoff est réduite, le 27 mai 1952 à cinq ans absorbés par la détention déjà effectuée. Hoff est donc libéré au prononcé du jugement d’appel, comme l’avait été, la semaine précédente, Wulf, gracié par le président de la république Vincent Auriol. Après sa condamnation à mort, Lammerding fait l’objet d’une demande d’extradition du gouvernement français auprès des troupes d’occupation britanniques fin janvier 1953 et le Haut-Commissariat britannique décerne à son tour un mandat d’arrêt à son encontre le 27 février 1953, conformément à la loi n° 10 du Conseil de contrôle allié. Il n’y a aucune suite à ces demandes et Lammerding n’a jamais été inquiété par la justice85.

Jusqu’à sa mort, Lammerding a nié toute responsabilité dans le massacre de Tulle, en déclarant que l’initiative avait été prise par le SS-Sturmbannführer Kowatsch : « connaissant la hiérarchie rigoureuse et la discipline terriblement rigide qui régnaient dans le corps des SS, une telle affirmation ne mérite aucun crédit86. » Après avoir également nié, dans un premier temps, sa présence à Tulle, il a affirmé qu’il n’y était arrivé que tard dans l’après-midi, après les pendaisons : or l’ordre du jour de la division pour le 10 juin 1944 est rédigé par Lammerding à Tulle et daté du 9 juin à douze heures quinze ; cette mention « a été plus tard surchargée à la main en vingt-trois heures quinze86. » La présence de Lammerding à Tulle aux environs de midi le 9 juin est également attestée par le médecin militaire de la garnison allemande, le Dr Schmidt87.

Une procédure est ouverte à l’encontre de Lammerding par le Zentralstelle in Nordrhein-Westfalen en décembre 1961, procédure au cours de laquelle Lammerding est interrogé en février 1962 ; le 9 octobre 1962 le directeur du Zentralstelle des Landes NRW für die Bearbeitung nazionalsozialistischer Massenverbrechen signifie l’arrêt des poursuites en se basant sur la seule version des événements de Lammerding88.

Ce n’est qu’au détour d’une procédure au civil, intentée à Düsseldorf par Lammerding contre l’hebdomadaire communiste Die Tat, qui l’avait accusé dans son édition du17 juillet 1965 d’avoir été condamné à mort en France pour le meurtre de nombreux otages, que la justice allemande établit, sans conséquences concrètes toutefois, la responsabilité de Lammerding dans le massacre de Tulle.
Les attendus du jugement qui déboute Lammerding sont particulièrement clairs : « Un groupe de 120 hommes, la plupart jeunes, furent sélectionnés, leur groupe fut réduit sur l’intervention de plusieurs citoyens français de cette ville au chiffre de 99. Ces 99 furent tués d’une manière cruelle, sans jugement et sans qu’on leur ait prouvé leur participation à l’attaque des partisans la veille. Son affirmation [celle de Lammerding] selon laquelle il se serait agi dans le chef des 99 tués de partisans et non pas d’otages, est inexacte. Par ailleurs, il ne la maintient plus. [...] Ici, les suppliciés ont été tués en vengeance pour des attaques de partisans déjà commises et comme dissuasion pour des attaques de partisans futures. On peut à juste titre appeler la mise à mort de telles personnes civiles de meurtres d’otages, puisque ces mises à mort sont encore plus abjectes que la mise à mort de véritables otages88. »

Une dernière tentative pour traduire Lammerding devant la justice fait suite à la publication de l’ouvrage de Jacques Delarue, Trafics et crimes sous l’occupation, en 1968. À la suite de cette parution, le député-maire socialiste de Tulle, Montalat, demande le 11 octobre 1968 que le gouvernement français exige de la République fédérale allemande d’introduire une procédure en Allemagne contre Lammerding et estime cette procédure d’autant plus impérieuse que le premier volume d’une apologie de la division Das Reich vient de paraître (sous la plume d’Otto Weidinger) en Allemagne. Comme les précédentes, cette tentative reste sans suite88

En 2008, le Sénat a adopté un projet de loi portant adaptation du droit pénal français à celui de la Cour pénale internationale89. Cette adaptation, partielle, stipule entre autres laprescription des crimes de guerre par trente ans (article 462-10). Ce texte a suscité l’indignation du collectif « Maquis de Corrèze », dirigé par le député honoraire Pierre Pranchère, car son adoption aurait pour conséquence directe l’amnistie pour les responsables des massacres de Tulle, Oradour-sur-Glane et Maillé90.

Notes

  1. ↑ ancien commandant des Einsatzkommandos 5, puis 4b de l’Einsatzgruppe C
  2. ↑ Une première réunion a lieu le 17 avril 1944, selon Jean-Jacques Fouché et Gilbert Beaubatie, Tulle. Nouveaux regards sur les pendaisons et les événements de juin 1944, Éditions Lucien Souny, 2008, p. 41
  3. ↑ Ce fait n’est pas mentionné par Trouillé selon lequel les Allemands tentent une sortie en force à coups de mitraillettes et de grenades, P. Trouillé, op. cit., p. 152
  4. ↑ Elle lui rend visite en 1978 lors d’un séjour à Tulle « dans un but touristique », qui déclenche de vives protestations, J.J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 278-279
  5. ↑ Selon Élie Constans, Philomène Joutet, capurée par des éléments de la division SS Das Reich lors du massacre de Gabaudet à Issendolus et dont le fils et la fille avait été massacrés la veille,eut la corde passée au cou mais ne fut pas pendue; elle fit partie des otages libérés, Élie Constans, La tragédie de Gabaudet-Donnadieu, 1994, p. 52-53
  6. ↑ Un otage d’origine alsacienne a été libéré suite à l’intervention d’un membre de la Das Reich, Elimar (Sadi) Schneid, B. Kartheuser, op. cit., t. 3, p. 449
  7. ↑ D’après B. Kartheuser, qui est le seul à mentionner cette hypothèse, certains otages sont sauvés suite à l’action du docteur Pouget et de l’infirmière Arnal, qui leur font une piqûre provoquant une fièvre immédiate, puis les font évacuer sur un brancard en tant que malades
  8. ↑ Les représailles ne sont explicitement interdites que par les 4 Conventions de Genève de 1949 sur la protection des victimes de la guerre

Références

  1.  Peter Lieb, Répression et massacres. L’occupant allemand face à la résistance française, 1943-1944, in Gaël Eismann et Stefan Maertens (dir.), Occupation et répression militaires allemandes, 1939-1945, Autrement, coll. Mémoires/Histoire, Paris, 2006, p. 181
  2.  P. Lieb, op. cit, p.176-177
  3.  Guy Penaud, La « Das Reich » 2e SS Panzer Division, La Lauze, 2005 (ISBN 2912032768), p.65-8, 109-57, 175-231
  4. ↑ a et b Jean-Jacques Fouché, Oradour, Paris, Liana Lévi, 2001, p. 55-56
  5.  G. Penaud, op. cit., p.72-107 et 159-179
  6.  Bruno Kartheuser, Walter, SD à Tulle : la tragédie du 9 juin, t. 3, Les pendaisons de Tulle, Neundorf, Krautgarten, 2004, p. 148-152
  7.  B. Kartheuser, op. cit., t. 3, p. 33
  8. ↑ a et b J.J. Fouché, op. cit., p. 64
  9.  Sur la division Brehmer, voir notamment B. Kartheuser, op. cit., t. 3, p. 75-90
  10.  Jacques Delarue, Crimes et Trafics sous l’occupation, Paris, Fayard, Le livre de poche, 1971, p. 346
  11.  Bruno Kartheuser, op. cit., t. 3, p. 304.
  12.  J. Delarue, op. cit., p. 345.
  13.  J. Delarue, op. cit., p. 347.
  14.  B. Kartheuser, op. cit., t. 3, p. 93.
  15.  J. Delarue, op. cit., pp. 348-50.
  16.  Jean-Jacques Fouché, Gilbert Beaubatie, Tulle. Nouveaux regards sur les pendaisons et les événements de juin 1944, Éditions Lucien Souny, 2008, p. 59.
  17.  Une fusillade nourrie me fait sauter du lit. Le jour point, il est cinq heures, Pierre Trouillé, Journal d’un préfet pendant l’Occupation, Paris, Gallimard, coll. J’ai Lu, 1964, p. 137.
  18. ↑ abcd et e J. Delarue, op. cit., T. 4, pp. 350-59.
  19.  P. Trouillé, op. cit., p. 139
  20.  J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 73.
  21.  J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., pp. 79-80.
  22.  J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p.78
  23.  J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 77
  24.  B. Kartheuser, T. 3, op. cit., p. 320
  25.  P. Trouillé, op. cit., p. 146
  26.  B. Kartheuser, op. cit., t. 3, p. 342
  27.  Sarah Farmer, Oradour : arrêt sur mémoire, Paris, Calmann-Lévy, coll. Essai/histoire, 1994, p. 59
  28.  G. Penaud, op. cit., p.198
  29.  Sauf mention contraire, cette section est écrite sur la base de J. Delarue, op. cit., p.358-365
  30.   »Journal d’un préfet pendant l’occupation ; Corrèze 1944″, Pierre Trouillé, Gallimard, 1964.
  31.  .J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 137
  32.  P. Trouillé, op. cit., p. 168
  33.  J.J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 131
  34.  Jacques-Louis Bourdelle, Départs – Récits, Rougerie, s. l., s. d., p. 28
  35. ↑ a et b J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 1333-136
  36.  A. Soulier, op. cit., p.9-10
  37. ↑ ab et c J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 151-153
  38. ↑ a et b J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 154
  39.  J.J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 158-159
  40.  Jean Espinasse, Tulle le 9 juin 1944, La Table Ronde, 1994, p. 26
  41.  A. Soulier, op. cit., p.12
  42.  J.J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 155
  43.  J. Espinasse, op. cit., p.27
  44.  P. Trouillé, op. cit., p. 172
  45.  J. Delarue, op. cit. , p. 381
  46.  J.L. Bourdelle, cité par J.J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 159
  47.  J. Delarue, op. cit., p. 373-374
  48.  Sauf mention contraire, la présente section est rédigée sur la base de J. Delarue, op. cit., p.382-394
  49.  J. Espinasse, op. cit., p. 29
  50. ↑ ab et c J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 163-170
  51.  J. Delarue, op. cit., p. 385
  52.  Témoignage du colonel Bouty, cité par P. Trouillé, op. cit., p. 176
  53.  J. Espinasse, op. cit..’, p. 33-34
  54.  J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 171
  55.  J. Espinasse, op. cit.’, p. 37 et seq.
  56.  P. Trouillé, op. cit., p.176-183
  57.  Bruno Kartheuser, Walter, SD à Tulle : la tragédie du 9 juin, t. 4, Crime sans châtiment, Neundorf, Krautgarten, 2008, p.197-215
  58.  J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 174
  59.  J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 174-176
  60.  B. Kartheuser, op. cit., t. 3, p.454-457
  61.  P. Lieb, op.cit., p. 181
  62.  P. Trouillé, op. cit., p. 207-208
  63.  B. Kartheuser, op. cit., t. 3., p. 498-506
  64.  P. Trouillé, op. cit., p. 278-279
  65.  J.J. Fouché, op. cit., p. 65″.
  66.  Marjorie Courtoy, La question des otages en Belgique pendant la seconde guerre mondiale, in Gaël Eismann et Stefan Maertens (dir.), Occupation et répression militaires allemandes, 1939-1945, Autrement, coll. Mémoires/Histoire, Paris, 2006, p. 125-126
  67.  Texte de la convention [archive]
  68.  Éric David, Principes de droit des conflits armés, Bruxelles, Bruylant, 2008, p. 143
  69.  B. Kartheuser, T. 3, op. cit, p. 15
  70.  B. Kartheuser, T. 1, op. cit., p. 11
  71.  Otto Weidinger, Tulle et Oradour, une tragédie franco-allemande, s. l., auto-édité, s. d., 62 p.
  72.  Sadi Schneid, SS-Beutedeutscher. Weg und Wandlung eines Elsässers, Lindhorst, Askania, 1979
  73. ↑ a et b B. Kartheuser, T. 3, op. cit., p. 357
  74.  Herbert Taege, Wo ist Kain? Enthüllungen und Dokument zum Komplex Tulle+Oradour, Lindhorst, Askania
  75.  Eberhard, Jaeckel, La France dans l’Europe de Hitler, Paris, Fayard, 1968, cité par S. Farmer, op. cit., p. 59
  76.  G. Penaud, op. cit, p. 195
  77.  Voir le texte de la convention [archive]
  78.  B. Kartheuser, T. 3, op. cit., p. 341-342
  79.  B. Kartheuser, T. 3, op. cit., p.359
  80.  B. Kartheuser, T. 3, op. cit., p. 363
  81. ↑ a et b B. Kartheuser, T. 3, op. cit., p. 357-364
  82.  sauf mention contraire, la présente section est basée sur G. Penaud, op. cit, p 491-499
  83.  G. Penaud, op. cit., p.492
  84.  B. Kartheuser, op.cit., T. 4, p.262
  85.  B. kartheuser, op.cit., T. 4, p. 309-313
  86. ↑ a et b J. Delarue, op. cit., p. 368-370
  87.  J. Delarue, op. cit., p. 377
  88. ↑ ab et c B. Kartheuser, op. cit., T. 4, p. 339-343
  89.  Voir le dossier du Sénat Projet de loi portant adaptation du droit pénal français à la CPI [archive]
  90.  Voir la lettre du collectif « Maquis de la Corrèze » sur le site du PRCFPRCF / Maquis de Corrèze [archive]
  91. ↑ abcdef et g B. Kartheuser, T. 1, op. cit., p.8-10
  92.  B. Kartheuser, T. 4, op. cit., p.197-215
  93.  J. Espinasse, op. cit., p. 47
  94.  J. Espinasse, op. cit., p. 58 et73
  95.  . J. Espinasse, op. cit., p. 69 et 74
  96.  B. Kartheuser, op. cit., t. 4, p.16
  97.  B. Kartheuser, op. cit., t. 3, p. 349
  98.  J.J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 235-243
  99.  Sur cet épisode, voir B. Kartheuser, op. cit., t. 4, p. 343 et sq
  100.  Jean-Macques Marie, Nouveaux regards et vieilles questions…, in La quinzaine littéraire, Paris, septembre 2008
  101.  Google Maps [archive] Rue du 9-Juin-1944, TulleCorrèzeLimousinFrance.

2 février 2013

Sous l’œil de l’occupant

Classé sous — milguerres @ 23 h 17 min

 

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 retour à la Seconde Guerre Mondiale

 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

Etude effectuée sur la propagande de clichés vus par et pour les Allemands,
revisés par l’auteur
Sous l’œil de l’occupant :
L’entrée des troupes allemandes 1940
http://www.armand-colin.com/upload/Sous_l’oeil_de_l’occupant_L’entree_des_troupes_1940_.pdf

AU CAFÉ DU COIN
Givet, 14 mai 1940

CE QUE LA PROPAGANDE VEUT MONTRER
En pleine bataille de France, quatre soldats de l’armée de terre allemande sont en embuscade dans
la rue jonchée de gravats d’une ville des Ardennes, Givet. Ils sont membres de la compagnie de propagande.
Un seul soldat, à droite, fait le guet, fusil pointé. C’est souvent le chauffeur de la compagnie qui remplit cette fonction. Les trois autres hommes sont en train de fi lmer l’action. L’homme accroupi au premier plan est le cameraman (Filmberichter).
Il porte une caméra sur son épaule droite. À sa gauche, l’assistant (Kameraassistant) tient le fi l et
la batterie de la caméra en bandoulière. L’homme debout au premier plan à gauche est le reporter en
chef (Filmtruppführer). L’auteur de la photographie, quant à lui, est posté derrière. Il observe la scène.
En arrière-plan se trouve le Café du Coin, dont il reste la façade et la devanture. Le choix de cette enseigne n’est sans doute pas anodin. Le café, d’abord, est un cliché de la représentation de la France. Un « Café du Coin » l’est encore davantage.
Il n’y a pas plus banal, pas plus français. En faire une coque vide de contenu, c’est annoncer la défaite de la France.
La propagande montre ainsi la destruction d’une ville française, en même temps que la présence de ses agents sur tous les fronts.
Dans cette « photo de la photo », le reportage de guerre, scène de genre, est autant un hommage à
la technique allemande qu’à celui du courage des hommes confrontés au danger de la guerre.

Sous l’œil de l’occupant sous_l10

CE QUE L’ON PEUT EN LIRE AUJOURD’HUI
Givet, où est prise la scène, est une petite ville caserne de la vallée de la Meuse, au nord de Charleville-Mézières, à la frontière de la Belgique.
La campagne de France a commencé quatre jours plus tôt. La ville, bombardée, a vu sa population civile évacuée trois jours auparavant, le 11 mai. Elle est le siège de violents combats.
L’occupation de la France est en train de se faire.
Ce document en « augmente » en quelque sorte la réalité. Les risques pris par la compagnie de propagande
sont tangibles au plus fort de la guerre.
Sur un effectif total de 15 000 membres des compagnies de propagande, dont 700 cameramen, le
taux de pertes humaines est de l’ordre du tiers. La photo précédente de ce reportage montre d’ailleurs l’un des intervenants blessé et l’appel aux premiers secours (Wo ist der Sanitäter ? : « Où est le brancardier
? »).
Ce document est aussi un hommage à la technique cinématographique. La caméra représentée est une Arrifl ex 35 mm, de la marque allemande Arri, créée en 1937, légère pour l’époque, d’une contenance de trois cassettes.

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L’œil allemand
La caméra Arrifl ex 35 mm, support de la propagande allemande

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C’est en 1932 que le chef du bureau d’études Erich Kästner commence la mise au point d’une caméra reflex à miroir. Le premier prototype pour film de 35 mm est présenté en 1937 à la foire de Leipzig sous le nom d’Arriflex 35. Cette caméra de poing, légère pour l’époque, sera largement utilisée pour le tournage des films d’actualité et de propagande durant la Seconde Guerre mondiale[réf. nécessaire].
C’est en 1952 qu’apparaît le premier modèle 16 mm, la marque restant cantonnée au marché professionnel haut de gamme. Les caméras Arriflex sont conçues pour des prises de vues en 16 mm, 35 mm et 65 mm, mais la marque s’est aussi tournée vers le numérique avec la Arri D20.
Après avoir continué à expérimenter le numérique grâce à l’Arri D21, Arri a annoncé en 2009 la sortie de sa gamme Alexa, avec trois caméras affichant 800 ISO, avec une ergonomie proche des caméras 35 mm et enregistrant en HD et Arriraw. La caméra a été présentée le 13 février 2010 au micro-salon de l’AFC.(source wikipedia)

MÊME LES RELIGIEUX FUIENT
Beaurainville, 23 mai 1940

CE QUE LA PROPAGANDE VEUT MONTRER
Par une belle matinée de printemps, moins de deux semaines après l’entrée des troupes allemandes en France, un groupe d’une vingtaine de religieux d’une congrégation présentée comme celle des « jésuites », marche sur une large route de campagne.
Ils sont vêtus d’une soutane noire non boutonnée avec un rabat blanc, du chapeau à larges
bords de leur ordre et ils sont chargés de bagages.
À droite de la route, la voiture de la compagnie de propagande, une traction, est arrêtée en sens inverse. À l’arrière du groupe, on aperçoit des maisons, une cheminée. Le groupe vient de quitter un bourg qui porte un nom très français, Beaurainville, dans le Pas-de-Calais, au nord-ouest de la France, à une vingtaine de kilomètres de la plage de Berck.
On peut noter l’aspect incongru d’un tel spectacle.
Il montre que l’exode est celui de tous les Français, y compris des religieux, présentés ici comme des
personnes peu courageuses puisqu’elles ont pris la fuite devant les troupes allemandes. Les religieux avancent vers on ne sait quoi, sans aucun moyen de transport.
La photo est un instantané. Le photographe s’est placé en avant de la congrégation, au niveau du sol, en grand angle.

CE QUE L’ON PEUT EN LIRE AUJOURD’HUI
Les religieux de la photo ne sont pas des jésuites, mais des Frères des Écoles chrétiennes, de la
congrégation des lassalliens. Ce sont des enseignants, comme leur nom l’indique.
Pourquoi la propagande mentionne-t-elle des jésuites ? Au-delà de la méconnaissance des différents ordres catholiques, la propagande nazie s’attache à présenter les premiers comme des intellectuels menteurs et dissimulateurs. La tenue des religieux renforce l’image de « l’intellectuel à lunettes ».
L’institution lassallienne la plus proche est située à une cinquantaine de kilomètres au nord
de Beaurainville, à Longuenesse, près de Saint- Omer, où le pensionnat Saint-Joseph est couplé
avec l’institution de la Malassise. Cette dernière est occupée par les Allemands qui y construisent des
blockhaus.
La rencontre fortuite d’une des équipes de la propagande avec les enseignants de cette congrégation
laisse deviner que ceux-ci marchent depuis deux jours environ, fuyant l’ennemi qui a envahi la
France par le Nord et occupé leur établissement.

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DES FRANÇAIS PILLENTDES FRANÇAIS
Saint-Omer, 24 mai 1940

CE QUE LA PROPAGANDE VEUT MONTRER
À Saint-Omer, ville du Pas-de-Calais, le photographe a saisi une scène de pillage à laquelle se
sont livrés des civils. La ville a été bombardée – par qui, rien ne le précise. Les vitres des immeubles
ont été soufflées, les devantures des magasins sont fracassées. Des habitants, à pied, à vélo ou tirant
des landaus, profi tent de la destruction de ces bâtiments pour piller des commerces, ouverts à tout
vent.
L’immeuble de gauche est éventré. Son volet de bois au rez-de-chaussée est entrouvert. Sans doute
le magasin a-t-il déjà été pillé car personne n’en sort. À droite, la grille métallique qui protégeait l’immeuble est ouverte. Sur la devanture, on peut lire « Soieries – lainages ». Les civils sont déjà sur place. Deux femmes à l’étage lancent des objets par les fenêtres aux cadres défoncés. Une autre en contrebas tend les bras pour recevoir l’un des
objets. La rue est vide. Seules quelques personnes attendent devant le magasin. D’autres s’en vont déjà, poussant leur bicyclette.
La scène est paisible. Elle a même un côté « à la bonne franquette ». Personne n’est là pour protéger
le bâtiment ni pour réprimer le vol.
À gauche du document, une très jeune fille, tenant sa prise à la main, court vers un homme dont la valise, fermée par une fi celle, déborde. On peut lire sur un sac la mention « Au Palais du Vêtement », autre grand magasin d’habillement de Saint-Omer.

CE QUE L’ON PEUT EN LIRE AUJOURD’HUI
La ville a été bombardée par l’aviation allemande dans la nuit du 24 mai. Le reporter met ici l’accent
non sur la cause, mais sur les effets indirects du bombardement : profi tant du désordre, les Français
volent en toute impunité leurs compatriotes.

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Le pillage était sévèrement puni dans l’armée allemande, qui apposait des affi ches dès 1940 :
Wer plündert, wird erschossen ! (« Celui qui pille sera fusillé ! »). Est-ce un appel indirect au rétablissement
de l’ordre ? Les propriétaires du magasin de confection ici présenté ne sont, en tout cas, plus là
pour défendre leur bien.
Comment ne pas penser à la « nuit de Cristal », des 9 et 10 novembre 1938, où des milliers de
magasins exploités par des Juifs furent saccagés par les SA et les SS et présentés comme une réaction
spontanée de la population ?
Comment ne pas penser aussi au pillage lié aux conventions d’armistice ? Si le commerce avec l’ennemi
était officiellement interdit, il a été contourné.
La France a été bel et bien pillée, mais de manière
« légale » : indemnités de réparation de guerre, bureaux Otto, spoliation des Juifs, commerce du marché noir. Cette scène est l’arbre qui masque la forêt.

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L’œil allemand
La propagande met l’accent sur les pillages de biens français par des Français

UNE EXPULSION DANS LA JOIE
Alsace-Moselle, été 1940

CE QUE LA PROPAGANDE VEUT MONTRER
L’annexion de facto des territoires alsaciens et mosellans s’accompagne de diverses mesures visant à germaniser les personnes et le pays, telle la pratique exclusive de la langue allemande. Certains habitants sont, pour divers motifs, jugés indignes de rester et expulsés vers la « France de l’intérieur », comme on disait en Alsace et en Moselle.
L’occupant a mis rapidement en place la Deutsche Volksgemeinschaft ou « Communauté du peuple
allemand ». C’est une formation destinée à faire des Mosellans en général, et des Thionvillois en particulier des Allemands nationaux-socialistes avant d’accéder à la nationalité allemande.

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Si un Alsacien ou un Mosellan ne veut pas devenir membre de la DVG, il est expulsé.
Qui est l’homme aux mains levées ? S’agit-il d’un francophone sur le point d’être expulsé ? L’homme a-t-il refusé d’enlever son calot devant l’occupant ?
Il a l’air malmené et mal en point. Il avance sans veste et tête nue, pieds nus, avec un bandage au
pied droit. Sans doute boite-t-il.
Même si l’on note la présence d’un militaire allemand à l’arrière-plan à droite, l’homme aux mains
levées est entouré de civils souriants, principalement d’adolescents et d’enfants, dont un à droite en tenue des Jeunesses hitlériennes.
L’ambiance est festive, la ville est pavoisée. À l’arrière-plan, on note quatre drapeaux nazis. La
ville garde cependant des traces de sa récente appartenance française, dont on peut lire les enseignes
encore en français.
Tout est présenté comme si les civils traitaient leurs affaires entre eux. Personne ne semble armé.

CE QUE L’ON PEUT EN LIRE AUJOURD’HUI

À première vue, cette scène pourrait évoquer une scène d’épuration. Il n’en est rien. On est en 1940
et non en 1944. La tenue du soldat allemand à l’arrière-plan, les mains sur les hanches, la forme
du petit drapeau avec svastika tenu par l’enfant, enfin le camion haut-parleur de la Compagnie de
propagande, tous visibles à droite de la photo, le démontrent.
Comment ne pas penser en voyant cette scène à la « chasse aux Juifs » courante dans l’Allemagne
nazie ? Cette expulsion, violente, humiliante, peutêtre dangereuse, est présentée de manière ludique
et festive, par un procédé d’inversion commun à la propagande.
L’homme, désormais un va-nu-pieds, est « accompagné à la frontière », hors de la « zone réservée », comme on appellera par la suite l’Alsace-Moselle.
Dans la réalité, les expulsés avaient droit à un maigre pécule et un bagage. Cette photo de propagande ne lui laisse pas grande chance.

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Sous l’œil allemand
Le camion haut-parleur de la compagnie de propagande orchestre la scène d’expulsion

HONNEUR À L’ENNEMI
Lille, 1er juin 1940

CE QUE LA PROPAGANDE VEUT MONTRER

Le 25 mai 1940, en pleine bataille de France, une partie des troupes françaises s’est retrouvée bloquée
dans la région de Lille. Après plusieurs jours de violents combats, la division dirigée par le général
Molinié s’est rendue « avec les honneurs ».
Le général du 27e corps d’armée Alfred Wäger salue les troupes françaises qui défi lent sur la
Grand’ Place de Lille. Il est sur le trottoir du Grand Hôtel Bellevue, un des lieux célèbres de Lille (on
lit « English spoken » sur la porte). Les soldats ne défi lent donc pas comme des prisonniers. Ils ont combattu et, en dépit de leur reddition, ils ont été autorisés par le général Wäger à marcher la baïonnette au canon de leur fusil Lebel et munis de leur barda réglementaire, composé entre autres d’une couverture sur l’épaule. Ils sont vêtus comme à
la parade, comme s’ils partaient encore au front, dans les règles de l’art. Leurs visages expriment la
fatigue.
Le soldat de droite n’a pas le fusil à l’épaule, car il commande la marche.

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CE QUE L’ON PEUT EN LIRE AUJOURD’HUI
Critiqué plus tard pour son sens de la chevalerie jugé suranné, celui qui rend honneur à l’ennemi, le général d’infanterie Alfred Wäger (1883-1956), sera, dans les mois qui suivent cette prise de vue, écarté de toute responsabilité. Il quittera l’armée en 1942.
La propagande n’a toutefois pas censuré ce document, au contraire largement diffusé, et dont le message s’attache à présenter l’occupant comme une entité « correcte », voire au comportement chevaleresque.
La Grand’Place de Lille s’appelle aujourd’hui place du Général-de-Gaulle.

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Sous l’œil allemand :
L’« acte de chevalerie » du général Wäger rendant honneur à l’ennemi est mis en avant
par la propagande

LES ALLEMANDS ENTRENT À PARIS
PAR SAINT-OUEN
Paris, 14 juin 1940

CE QUE LA PROPAGANDE VEUT MONTRER
Des hommes, des femmes, des jeunes et des moins jeunes, constituant une sorte d’échantillon de Parisiens, debout sur le trottoir, assistent à l’entrée à cheval des troupes allemandes sur le côté opposé de la rue. Parmi les civils, une petite fi lle
et deux adolescents, vêtus de pantalons de golf, façon « Tintin ». L’un d’entre eux a des chaussettes jacquard. Il regarde l’objectif, comme un autre de ses camarades. Un vieil homme au premier plan tourne le dos à la scène, les mains derrière lui. Le peuple de Paris a l’air plus curieux qu’effondré.
L’événement ne semble pas les bouleverser.
À l’arrière-plan, on reconnaît les immeubles en brique construits dans l’entre-deux-guerres aux portes de Paris, souvent à l’usage d’habitations bon marché (HBM). La photo est prise dans un quartier populaire, au nord de Paris, à la limite des XVIIe et XVIIIe arrondissements.
Dans un renversement propre à la propagande, les acteurs de la scène ne sont pas les Allemands au second plan qui entrent en une grande colonne, par groupes réguliers, et ne semblent pas prêter attention à la population, mais les spectateurs qui, eux, regardent l’objectif.

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CE QUE L’ON PEUT EN LIRE AUJOURD’HUI

Les Allemands entrent dans Paris depuis l’aube du 14 juin 1940, dans une capitale déclarée « ville
ouverte ». C’est un jour de semaine, un vendredi.
Cette entrée a été préparée de longue date et chaque compagnie, chaque escadron, chaque
troupe sait exactement où il doit se rendre. Les troupes allemandes, qui viennent du Nord, arrivent
par Le Bourget. Certaines contournent Paris par l’Est, et entrent par Vincennes où ils prennent des
photos du fort.
Contrairement à ce que présente cette photo, les témoignages des civils encore à Paris décrivent une
capitale désertée (les trois quarts de ses habitants auraient quitté la ville). Les photos prises par les
Parisiens montrent des rues vides. La propagande, elle, montre des Parisiens présents n’opposant ni
résistance ni hostilité.

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L’œil allemand :
Les autorités allemandes ont mis les pendules à l’heure de Berlin (c’est-à-dire, une heure
plus tard), le jour de leur arrivée

Vous trouverez l’article sous document pdf
http://www.armand-colin.com/upload/Sous_l’oeil_de_l’occupant_L’entree_des_troupes_1940_.pdf
Bonne lecture !

Fichiers joints
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Sous l’œil de l’occupant : L’entrée des troupes allemandes 1940

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

27 décembre 2012

Les théâtres d’opération britanniques

Classé sous — milguerres @ 14 h 41 min

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L’Empire britannique et la Grande Guerre

 

 Les théâtres d'opération britanniques fleche-boule8

Les théâtres d’opération britanniques

http://expositionvirtuelle.memoire1418.org/explorer/lempire-britannique-sur-le-continent/combats-et-combattants-sur-le-front-ouest/les-theatres-doperation-britanniques.html

En août 1914, le corps expéditionnaire britannique intervient en Belgique (Mons) et dans le Nord de la France (Le Cateau). Après un bref engagement dans la Marne et l’Aisne, ses troupes combattent à partir d’octobre à Messines, Armentières et lors de la première bataille d’Ypres.

En avril 1915, les Britanniques participent à la deuxième bataille d’Ypres au cours de laquelle les Allemands utilisent pour la première fois les gaz. En soutien à l’offensive française de mai 1915, ils sont aussi engagés au nord du canal de La Bassée (Festubert et Aubers). Le 25 septembre 1915, ils mènent une attaque, avec l’appui des gaz, dans le secteur de Loos.

Dès février 1916, les Britanniques relèvent les positions françaises en Artois. Ils tiennent désormais la ligne de front serpentant de la Somme à Ypres. 1916 est essentiellement marquée par l’offensive de la Somme lancée le 1er juillet. Les 19 et 20 juillet, les Australiens sont, quant à eux, impliqués dans la bataille de Fromelles.

Durant la bataille d’Arras, engagée le 9 avril 1917, les Canadiens s’illustrent en capturant la crête de Vimy. 1917 marque aussi l’engagement britannique en Belgique (troisième bataille d’Ypres) et en direction de Cambrai où les tanks sont utilisés.

Au printemps 1918, suite à l’offensive allemande, les Britanniques combattent dans les régions de la vallée de la Lys et des collines flamandes. Les contre-offensives alliées engagées à partir de l’été 1918 marquent toutefois le début du repli allemand, jusqu’à la victoire.

 

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La bataille d’Audregnies 24 août 1914

http://depont.skynetblogs.be/tag/bataille+d%27audregnies

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La bataille d’Audregnies a lieu le 24 août 1914 pendant la retraite de l’armée anglaise que l’on nommera par la suite ‘la grande retraite’ ou ‘la retraite de la Marne’. Cet engagement fait suite à la bataille de Mons du 23 août 1914 où les alliés sont défaits par les troupes allemandes qui les poursuivent en application du plan Schlieffen (plan allemand d’invasion de la France via la Belgique).

La Ière armée allemande se lance donc à la poursuite de l’armée anglaise en retraite. C’est au cours de ce combat d’Audregnies qu’a lieu une charge du 9e lanciers et la destruction presque totale du régiment des Cheshire, qui, n’ayant pas reçu l’ordre de retraite, s’est accroché à ses positions jusqu’à être encerclé.

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Voir La légende des « Anges de Mons »

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Bataille de Mons du 22 au 24 août 1914

http://www.menfroid-dubus.org/article-17698728.html

La  bataille de la Sambre (dont nous vous avons remémoré un des actes dans notre billet sur la bataille de Collarmont) durait depuis trois jours. Les forces britanniques, qui n’étaient composées que de deux corps, le 3ème corps n’ayant pas terminé son débarquement, n’engagèrent l’action que le 23 août; le jour même où la cinquième armée française censée appuyer leur droite fléchissait.

Le 21, les généraux anglais croyaient encore l’ennemi allemand très loin d’eux. Le 22, en entendant le canon, ils s’imaginèrent même qu’il s’agissait de ceux de Namur assiégée. Mais le même jour, ils rencontrèrent de la cavalerie allemande devant les forêts de Soignies. La première armée allemande exécutait un mouvement enveloppant dont le haut commandement espérait beaucoup. Elle était de ce fait soutenue par une partie de la deuxième armée allemande. Ceux-ci, sachant qu’une fissure se produisait à la droite de l’armée britannique, y porta ses premiers efforts (pour mieux traduire, ils leur en envoyèrent plein la tronche). Les généraux anglais donnèrent l’ordre de creuser en hâte des tranchées, mais celles-ci creusées à la va vite étaient beaucoup trop courtes et presque toutes tournées dans le mauvais sens (c’est pas une blague, et j’aurais pas aimé être fantassin à un moment pareil ^^). D’ailleurs, le hommes manquaient des outils nécessaires et la plupart d’entre eux durent utiliser leurs gamelles ou même leurs mains (et dans des moments pareils, je ne pense pas qu’on se plaigne).
Les premiers coups de feu furent échangés le 23 août 1914 à 8h30, entre le 4ème Royal Fusiliers Anglais et les troupes allemandes. Ce matin là, il y avait du brouillard et de la pluie. Le temps clair revint vers 10h00. Les 1e et 2e divisions de cavalerie opèrent des reconnaissances à l’est de Mons vers les  Binche, Bray, Havré, Obourg. L’infanterie allemande est sur le point d’attaquer les britanniques entre Obourg et Nimy. Les Anglais, bien retranchés, abattent à bout portant les fantassins allemands qui attaquent en rangs serrés. Les britanniques défendent leurs positions avec acharnement et les maintiennent jusqu’à 11h.

Malgré un mauvais début britannique dans la bataille, les allemands se heurtèrent à une résistance qui l’étonna, dans son mépris invétéré et systématique de l’armée anglaise. En effet, il faut savoir que les allemands, par les critiques de Bismarck ne considéraient pas les anglais comme puissance militaire. Le jour où on demandait à Bismarck ce qu’il ferait si 100 000 soldats britanniques débarquaient dans le Jutland, il répondit: « Je les ferais arrêter par la gendarmerie ».

L’artillerie allemande pillona les positions britaniques depuis  Binche et de Bray vers les hauteurs d’Haulchin. En même temps, les Allemands s’engagent à l’ouest de Jemappes. A Mariette, une colonne allemande s’avance par le chemin immédiatement à l’est du pont. Elle est arrêtée avec des pertes sévères. Les Allemands amènent alors deux canons de campagne à 900 m du canal et ouvrent le feu sur les défenseurs du pont. En utilisant un bouclier d’otages, les Allemands s’établissent vers l’ouest de la route à 200 m du canal et dirigent un feu d’écharpe sur les défenseurs du pont. Le poste avancé au nord du pont se retire.

Sous le déluge d’obus tirés par l’artillerie allemande, les Britanniques s’abritaient au mieux pour retarder les assauts de l’infanterie. Lors de ces combats, 5000 soldats allemands étaient mis hors combat, et l’armée britannique perdit 1500 hommes (dont 763 tués).

Les britanniques, avec courage et sang froid retardèrent pourtant au mieux l’armée allemande dans son enveloppement, permettant à la défense française de s’organiser et de re ressaisir après sa déconvenue de Charleroi.

Le Maréchal French (fallait vraiment choir celui-là pour aller se battre en France lol) reçut du grand quartier général français cette dépêche: « Trois corps d’armée allemands se dirigent vers vous. L’ennemi tente contre vous un mouvement d’enveloppement partant de Tournai (dingue, ils sont vraiment partout). Sur votre droite, nos deux divisions qui gardaient la Sambre à l’est de Maubeuge se replient et, sur la droite de notre 5ème armée, l’ennemi  occupe depuis hier les passages de la Sambre (bataille de Charleroi) entre Charleroi et Namur ».

Une fois de plus, l’unité d’action entre britanniques et français avait manqué. Les britanniques avaient trop tardé à soutenir les français, et les français à les renseigner. Là si je peux me permettre de critiquer un petit peu, les britanniques auraient peut être bougé leur c… un peu plus vite s’ils avaient eu les infos nécessaire à temps voulu. Les pauvres, ils imaginent les allemands à plus de 60 bornes alors qu’ils sont quasi face à eux!!!

Bref, le Maréchal French  donna ordre à ses troupes de se replier sur une ligne allant de Maubeuge vers Jenlain, au sud-est de Valenciennes. Position intenable à cause des maisons qui gêneraient l’artillerie.

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Bataille du Cateau

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Fichier:Morts britanniques à la bataille de Le Cateau.jpg

Carte postale montrant des victimes britanniques au Cateau

La bataille du Cateau a lieu le 26 août 1914, au cours de la retraite menée par les troupes britanniques et françaises, suite aux batailles de Mons et Charleroi. Elle oppose les troupes du 2e corps d’armée britannique aux troupes de la Ire armée allemande. En grande infériorité numérique et matériel, les troupes britanniques bloquent pendant douze heures l’avancée de la Ire armée allemande au prix de lourdes pertes.

Disposition des troupes

En opposition aux ordres de retraite donnés par French, Smith-Dorrien, le commandant du 2e corps d’armée britannique décide de combattre les Allemands. La bataille se déroule dans une plaine ondulée parsemée de villages, traversée par une route rectiligne de Cambrai au Cateau. Elle coupe le champ de bataille du Nord Ouest, au Sud Est à Cateau. Une seconde route relie le Cateau à Saint Quentin dans un axe Nord Sud.

L’aile droite britannique est formée par la 5e division d’infanterie. La 14e brigade se place au Sud du Cateau tandis que la 13e brigade se trouve le long de la route de Saint Quentin. Le centre du dispositif est tenu par la 3e division d’infanterie, les 7e, 8e et 9e brigades situées respectivement à Caudry, Audencourt et Inchy au sud de la route Cambrai – Le Cateau. La 4e division d’infanterie tient l’aile gauche, les 10e, 11e et 12e brigades sont placées à Haucourt, Longsart et Fontaine-au-pire. À l’extrême gauche du dispositif britannique est présent la 84e division d’infanterie territoriale française et le corps de cavalerie Sordet qui couvrent la ville d’Arras. L’extrême droite du dispositif britannique est formée par le 1er corps d’armée britannique en retraite.
Le IIIe corps d’armée allemand, formé des Ve et VIe divisions d’infanterie, se trouve face au Cateau. Le IVe corps d’armée composé des VIIe et VIIIe divisions est placé au centre du champs de bataille, le IIe corps de cavalerie formé de trois divisions et une division du IVe corps d’armée de réserve sont face à l’aile gauche britannique.

Intention

En choisissant de combattre, Smith-Dorrien souhaite ralentir la progression et la pression de la Ire armée allemande sur le Corps expéditionnaire britannique. De son côté, Von Kluck, voit dans cette bataille la possibilité d’envelopper et d’anéantir la moitié des troupes britanniques.

La bataille

À l’aube du 26 août, une attaque allemande sur la gauche du dispositif britannique échoue. Durant la matinée, le centre du champs de bataille reste calme, malgré un bombardement d’artillerie réalisé par la VIIIe division d’infanterie et la IVe division de cavalerie.
les troupes allemandes concentrent alors leurs attaques sur la droite du dispositif britannique. Deux compagnies des Suffolks chargées de la liaison avec le 1er corps d’armée britannique rencontrent les troupes du IIIe corps d’armée allemand et doivent se replier sur Le Cateau rejoignant la 14e brigade. Les troupes allemandes s’infiltrent le long de la route Le Cateau – Saint Quentin et commencent un pilonnage meurtrier des King’s Own Yorkshire Light Infantry et les Suffolks de la 5e division d’infanterie britannique. Des renforts d’artillerie de la 15e brigade et d’infanterie de Manchesters et des Argylls sont envoyés sur l’aile droite britannique. Malgré de lourdes pertes les Britanniques tiennent toujours leur position, mais en milieu de journée la Ve division du IIIe corps d’armée allemande commence à produire son action et tente d’envelopper l’aile droite britannique.
En début d’après midi, le 2e corps d’armée britannique entame un mouvement de retraite par échelon, en commençant par l’aile droite. Malheureusement les King’s Own Yorkshire Light Infantry et les Suffolks ne sont pas prévenus à temps et sont détruits. Les batteries d’artillerie sont retirées canons par canons, ceux ne pouvant être transportés sont alors sabotés.
Sur l’aile gauche, la VIIe division du IVe corps d’armée allemand de réserve tente de déborder les troupes britanniques. Les troupes des 3e et 5e division de cavalerie du corps de cavalerie Sordet interviennent en utilisant l’artillerie et des escadrons à pieds pour ralentir l’enveloppement allemand et permettre aux Britanniques de se replier dans de bonnes conditions. Vers 18 heures, les troupes britanniques ne sont plus en contact avec l’armée allemande. Elle se retirent vers Saint-Quentin.

Bilan

Cette bataille est très couteuse en hommes pour l’armée britannique. Des 40 000 Alliés ayant combattu au Cateau, 7 812 sont blessés, tués ou fait prisonniers. Plusieurs régiments britanniques sont complètement anéantis. De plus, 38 pièces d’artillerie sont perdues. La bataille du Cateau permet néanmoins de ralentir la progression de la Ire armée allemande et aux troupes britanniques de reprendre leur retraite. Cette dernière est ponctuée par une autre bataille d’arrêt, la bataille de Guise avant de s’achever le 6 septembre par le début de la bataille de la Marne.

 

La « course à la mer » (19 septembre au 15 octobre 1914)

Après la défaite de l’armée allemande sur la Marne et son repli sur l’Aisne, Elle se déroule en septembre et octobre 1914 dans les plaines du nord de la France, entre les Allemands et les Franco-Britanniques, manœuvre d’encerclement tentée qui se termine vers la frontière belge et les rivages de la Mer du Nord.

Début de la guerre de position en Artois, autour d’Arras qui durera deux mois, dans le seul but de protéger les ports de la Manche, et la liaison avec la Grande-Bretagne qui annoncera la guerre de tranchées . Des combats entre l’armée allemande et les unités françaises épuisées mal préparées, ne cédant pas : Arras ne tombera jamais aux mains de l’ennemi.

Le 14ème régiment d’infanterie territoriale résiste à la progression allemande en provenance de Picardie, qui, dans les environs de Bapaume, menace directement Arras. Il sera soutenu par le corps de cavalerie du général Conneau pour intervenir à l’ouest de Bapaume à partir du 27 septembre pour combler la brèche ouverte par la dislocation de plusieurs unités territoriales bousculées par l’infanterie allemande.

Des combats indécis se déroulent à Irles et à Courcelles-le-Comte, renforcés par les Dragons . Après avoir contribué à la fixation des Allemands sur une ligne Bapaume-Arras, les unités de cavalerie remontent vers le nord pour participer aux opérations de blocage des attaques allemandes sur Arras et Lens et tenter une manœuvre de débordement de l’aile droite allemande. Des renforts français affluent, entre le 29 septembre et le 2 octobre

Le 2 octobre, les Français subissent une puissante attaque à Monchy-le-Preux, aux portes d’Arras, et s’efforcent de contenir la progression allemande au nord de la ville en direction de Lens. Au même moment, des combats font rage à l’ouest de Bapaume entre la Garde prussienne et des unités françaises constituées de territoriaux, d’éléments de cavalerie et du 37ème régiment d’infanterie.

Des mêlées sauvages se déroulent dans plusieurs villages que les deux adversaires s’efforcent de fortifier de manière improvisée ; les Allemands s’emparent de Gommecourt le 5, mais le lendemain, ils échouent dans leur tentative de prendre Hébuterne, laissant 350 tués et 297 prisonniers sur le terrain.

En revanche, le 69ème régiment d’infanterie ne peut, les 7 et 8 octobre, investir Gommecourt que la Garde prussienne a transformé en réduit avec des tranchées profondes, des lignes de barbelés, des nids de mitrailleuses et de l’artillerie de campagne.

Le 10, les Allemands prennent Monchy-au-Bois, Hannescamps et une partie de Foncquevillers.

A partir du 11, une mêlée sanglante oppose les Français qui tentent de reprendre Foncquevillers, à des unités de la Garde prussienne et à un régiment bavarois ; le village doit être « nettoyé » maison par maison, en utilisant parfois des canons de 75 en tir tendu.

A partir du 14 octobre, les combats s’arrêtent entre Arras et Bapaume. Les Allemands ont entrepris de se retrancher derrière une ligne orientée nord-sud et d’édifier un réseau de positions défensives, sur les hauteurs et dans les ruines des villages. La guerre de tranchées a commencé.

 

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La Bataille de Messines

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Les batailles de La Bassée, Messines et Armentières (12 au 18 octobre 1914)

Yves LE MANER
Directeur de La Coupole,
Centre d’Histoire et de Mémoire du Nord–Pas-de-Calais

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Après les combats sur l’Aisne, le corps expéditionnaire britannique se déplace vers le nord-ouest pour épauler l’aile gauche de l’armée française. Il se heurte alors à l’armée allemande, dans la phase finale et septentrionale de la « course à la mer ».

Transportées par autobus depuis Abbeville, les troupes britanniques sont venues se mettre en position entre Béthune et Ypres. Des renforts, regroupés à Saint-Omer ou se repliant d’Anvers, viennent les rejoindre. Le corps d’armée britannique s’efforce de former une ligne de front depuis Bixschoote, au  nord d’Ypres, jusqu’à La Bassée ; la cavalerie française s’est intercalée entre les deux corps d’armées situés les plus au sud, entre La Bassée et Armentières. Le paysage est plat, segmenté par de multiples fossés de drainage.

Le 12 octobre, les Français perdent le contrôle de Vermelles, à la lisière du bassin minier, ce qui oblige les Britanniques à faire mouvement au sud, pour tenter de combler la brèche. Des combats violents éclatent entre Britanniques et Allemands, à Givenchy-les-La Bassée et Cuinchy, sur les deux rives du canal, entre le 13 et le 17 octobre. Les Britanniques progressent d’une dizaine de kilomètres vers l’est et viennent buter sur la crête d’Aubers. Des contre-attaques allemandes les contraignent à reculer.

Plus au nord, les Britanniques sont parvenus à reprendre le Mont-des-Cats, le 13 octobre, puis Méteren et le Mont-Noir. Sous un temps pluvieux, interdisant la reconnaissance aérienne, ils poursuivent leur avance, prennent Bailleul, le Kemmel et Messines. Le 14, le front anglais est devenu continu, d’Ypres au canal de La Bassée. Le 17, ils contrôlent Armentières, alors que plus au nord, les Allemands font porter leur assaut sur les Français et les Belges, qui tiennent le saillant de Dixmude.

Les opérations de la mi-octobre 1914 sont les dernières menées sur le sol français selon les tactiques de la guerre de mouvement traditionnelle.

(Parmi les blessés de l’armée britannique, se trouve un certain Bernard Montgomery,  à Meteren).

Le 18 octobre 1914, l’ensemble du front ouest est devenu continu. Désormais, toute opération de contournement de l’ennemi est devenue impossible et la seule option qui subsiste désormais est la tentative de percée des défenses ennemies, très puissantes, par des attaques frontales… Si les batailles menées par les Britanniques dans le secteur de la Lys, en octobre 1914, sont les dernières batailles de la guerre de mouvement, celle qui se déroule à Ypres, du 19 octobre au 22 novembre, est la première de la guerre de positions.

Commence alors, sur le « front oublié » de la Lys, une période très éprouvante : le premier hiver dans des tranchées mal aménagées, avec un approvisionnement médiocre et des morts provoquées par de nouvelles méthodes, celles de la guerre de tranchées : tireurs d’élite, mines, artillerie, attaques meurtrières limitées sur des secteurs du front adverse. Parmi les premiers affrontements de cette guerre de tranchées, la défense de Festubert par les troupes indiennes, les 23 et 24 novembre 1914, et celle de Givenchy, les 20 et 21 décembre, constituent les répétitions, à petite échelle, de grandes épreuves à venir.

La bataille de Givenchy-les-La Bassée (18 au 22 décembre 1914)

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 Yves LE MANER
Directeur de La Coupole,
Centre d’Histoire et de Mémoire du Nord–Pas-de-Calais

L e Corps indien, Les Britanniques lanceront une offensive plus au nord à Arras.
L’attaque commence le 19 décembre, à 3h10, entre le carrefour de La Bombe, près de Neuve-Chapelle, et le canal de La Bassée. Deux premières lignes allemandes, sont maîtrisées. Plus au nord, la brigade de Gharwal et les Ghurkas prennent 300 mètres de la ligne allemande devant Festubert. Mais l’ennemi s’est rapidement repris et lance des contre-attaques dans la matinée, artilleries, grenades à main À l’aube du 20 décembre, l’artillerie allemande pilonne les troupes indiennes sous les mines provoquant des pertes sur les lignes britanniques.

L’infanterie allemande progresse devant Festubert :800 soldats britanniques sont capturés. Le Corps indien, disloqué est remplacé par des renfort.

Menées sans objectif clair, avec des moyens insuffisants, les attaques britanniques de décembre 1914 en Flandre française ont abouti à de lourdes pertes (4 000 contre 2 000 pour les Allemands)
La nécessité d’enterrer les nombreux cadavres de camarades, tombés dans le no man’s land ou morts dans les cratères d’obus inondés, est l’une des raisons essentielles de la trêve qui se produit peu après, à Noël, dans ce secteur du front.

 

 

Les trêves de Noël 1914

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Yves LE MANER
Directeur de La Coupole,
Centre d’Histoire et de Mémoire du Nord–Pas-de-Calais

Épisodes à caractère humaniste dans un épouvantable carnage, les trêves observées en plusieurs points du front, entre les troupes allemandes et alliées, sont une exception qui confirme la règle.

L’armée britannique, qui tient le front du sud d’Ypres au canal de La Bassée est, à la fin décembre 1914, composée des restes des unités qui ont été laminées lors de la Première bataille d’Ypres, en novembre. Les conditions de vie dans des tranchées encore très primitives sont devenues très éprouvantes, avec le froid de l’hiver et la pluie qui inonde le moindre point bas.

Les états-majors sont bien conscients de cette situation, qui pourrait provoquer une « léthargie » des combattants et compromettre ainsi le déclenchement de futures offensives.

Les attaques limitées, mais meurtrières, lancées autour d’Ypres et en Flandre française au cours du mois de décembre 1914, débouchent en certains secteurs du front sur des trêves spontanées, en particulier pour récupérer les blessés et les morts gisant sur le no man’s land. Le 24 décembre, en de nombreux points, les Allemands placent des sapins de Noël, avec des bougies et des lanternes en papier, sur le parapet des tranchées de première ligne. Progressivement, des chants de Noël résonnent des deux côtés et des échanges verbaux se produisent. En quelques endroits, les hommes sortent des tranchées et entreprennent de récupérer leurs morts sur le no man’s land. Des événements identiques se reproduisent, à une plus grande échelle, le jour de Noël.

Dans certains cas, les deux camps inhument simultanément leurs morts ; des échanges de petits présents et d’adresses se produisent parfois. Cependant, en d’autres secteurs du front, les combats continuent, notamment en raison de l’activité des tireurs d’élite.

Dans le secteur britannique, la trêve est observée par de nombreuses unités à Houplines, Bois-Grenier, Fromelles, Neuve-Chapelle, Richebourg-l’Avoué. Des cas similaires furent observés en secteur français, autour d’Arras.

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La bataille de la Crête d’Aubers (9 mai 1915)

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Yves LE MANER
Directeur de La Coupole,
Centre d’Histoire et de Mémoire du Nord–Pas-de-Calais

C’est le 24 mars 1915, quelques jours seulement après l’échec de Neuve-Chapelle, que Joffre sollicite officiellement French pour obtenir une participation britannique à la grande offensive qu’il prépare en Artois pour le début de mai. Il reçoit un accord complet.

L’objectif de l’offensive est de percer le front allemand au nord, la crête de Vimy, s’emparer des hauteurs de l’éperon de Notre-Dame-de-Lorette, pour finir de déboucher sur le bassin minier.

L’attaque britannique doit être déclenchée le lendemain de l’assaut français. Les plans alliés ne sont pas modifiés pour intégrer la nouveauté considérable que constitue la première attaque aux gaz lancée par les Allemands, à Ypres, le 22 avril.

Le secteur attribué aux Britanniques et unités indiennes est situé dans la plaine flamande, dans la zone de Neuve-Chapelle, déjà attaquée en mars.

Les Britanniques attaque au choix d’une brève (40 minutes), mais intense préparation d’artillerie, destinée à broyer les ceintures de barbelés, à disloquer la première ligne allemande et à frapper les points fortifiés de seconde ligne. L’aviation doit guider le tir et bombarder la zone arrière, en particulier les nœuds ferroviaires. Deux tunnels, d’une centaine de mètres, ont été creusés sous le no man’s land, afin de placer des mines d’environ une tonne sous la première ligne allemande.

En face, les Allemands, tirant les leçons de l’attaque de mars, ont entrepris de renforcer considérablement leurs défenses : mitrailleuses, placées pratiquement à l’horizontale et tirant par la fente de plaques d’acier, sont disposées pour couvrir l’ensemble du no man’s land.

Le 9 mai, le bombardement préparatoire britannique est déclenché à 5 heures. L’infanterie britannique sort de sa ligne à 5h30. L’espace à franchir est étroit, les hommes se trouvent devant des tirs de mitrailleuses, s’empalant dans les fils de fer barbelés. Dans le secteur d’attaque situé au sud, quelques groupes d’assaillants atteignent la première ligne, mais y sont immédiatement anéantis ou capturés. À 6 heures, ordre est donné d’arrêter l’assaut ; des centaines d’hommes se trouvent piégés dans le no man’s land, incapables d’avancer ou de rebrousser chemin. L’artillerie allemande riposte désormais et frappe aussi bien le no man’s land que les premières lignes britanniques.

Au nord, l’attaque se déroule selon un scénario similaire. Cependant, une partie des assaillants s’empare de la première ligne allemande sur trois portions séparées, de faible largeur ; l’explosion des mines, à 5h40, permet aux Britanniques de s’appuyer sur les cratères pour s’emparer de la ferme Delangre, transformée en réduit fortifié. Mais les coups de l’artillerie ennemie sur le no man’s land et la grande confusion qui règne sur le champ de bataille, empêchent toute progression sensible. Malgré les ordres de Haig pour relancer l’attaque, les officiers présents sur le terrain lui font savoir que c’est impossible.

Haig, informé des succès initiaux des Français à Vimy, et se fondant sur des rapports qui sous-estiment les pertes britanniques, ordonne de reprendre l’attaque au sud de Neuve-Chapelle. Après plusieurs reports, liés à la confusion et à l’arrivée difficile des renforts sous le feu ennemi, le bombardement reprend à 3h20. Les soldats d’élite Black Watch, de la 1re Brigade de la Garde, partent à l’assaut à 3h57. Certains d’entre eux atteignent la première ligne allemande où ils sont tués ou capturés ; une poignée, qui parvient à la seconde ligne, subit le même sort.

Au soir du 9 mai, la situation est totalement bloquée : les groupes de soldats qui ont pu s’établir sur certains points de la première ligne allemande sont totalement isolés et exposés à l’artillerie ennemie. Le chaos est tel, sur les routes d’accès au front et dans les tranchées de communication, que l’hypothèse d’une relance de l’attaque au crépuscule est abandonnée par Haig.

Pendant la nuit du 9 au 10, les groupes établis dans les lignes allemandes (200 à 300 hommes au total) entreprennent un repli périlleux à travers le  no man’s land.

Au matin du 10, toute hypothèse de reprise de l’offensive est abandonnée, en raison de l’insuffisance des stocks d’obus et, surtout, de l’ampleur des pertes subies ; il faudra trois journées pour assurer le transfert des blessés du 9 mai vers les ambulances de la 2e ligne. En une seule journée de combat, les Britanniques ont perdu 11 000 hommes (tués, blessés ou disparus), l’un des taux de pertes les plus élevés de toute la guerre, en particulier pour les officiers.

La bataille de Neuve-Chapelle fut donc un complet désastre pour l’armée britannique. Haig en tire une leçon principale : la nécessité de bombardements longs et méthodiques avant toute nouvelle attaque, avec des canons de gros calibres. Toute idée d’offensive surprise est donc abandonnée. La totalité des offensives lancées jusqu’à la fin 1917 le sera donc selon le même modèle, sans la moindre efficacité.

 

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La bataille de Festubert (15 au 27 mai 1915)

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Yves LE MANER
Directeur de La Coupole,
Centre d’Histoire et de Mémoire du Nord–Pas-de-Calais

La « bataille de Festubert » désigne une série d’actions confuses, engagées par des troupes britanniques, indiennes et canadiennes, sur le secteur de front situé en Flandre française, à l’ouest de Lille, entre le 15 et le 27 mai ; ces attaques constituaient, six jours après le désastre enregistré à Neuve-Chapelle quelques kilomètres plus au sud, la contribution britannique à la grande offensive française sur la zone de Vimy-Lorette, au moment où celle-ci s’enlisait après des succès initiaux spectaculaires.

Les Britanniques acceptent également de relever une division française au sud du canal de La Bassée, afin de permettre à leur allié de concentrer ses forces.

La préparation d’artillerie dure trois jours ; 433 canons, de divers calibres, tirent 100 000 obus sur un front de 5 km en partie inefficace : obus défectueux. Le désordre aboutit à la mort de nombreux soldats dans les deux camps.
Le 15 mai deux divisions d’infanterie, en majorité de soldats indiens contraignent l’ennemi à se replier sur la seconde ligne.

18 mai Un nouvel assaut, confié à des unités canadiennes, est déclenché , échouant à l’arrivée de renforts allemands et des pertes infligées par l’artillerie.

Une troisième série d’attaques, entre le 20 et le 24, aboutit à la prise des ruines du village de Festubert.

Au total, en douze jours d’efforts, l’armée britannique n’a progressé que d’un kilomètre, sur une faible largeur de front. Lorsque l’offensive est définitivement arrêtée, le 27 mai, les Britanniques ont enregistré 16 000 pertes, sans avoir pu aider, de façon significative, l’offensive française sur Vimy.

Si beaucoup de soldats ont été victimes de l’artillerie et des mitrailleuses, d’autres ont péri dans des corps à corps ; certains sont morts noyés dans les tranchées et les fossés de drainage inondés.

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La (troisième) bataille d’Artois (septembre 1915)

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Yves LE MANER
Directeur de La Coupole,
Centre d’Histoire et de Mémoire du Nord–Pas-de-Calais

L’offensive combinée franco-britannique en Artois de septembre 1915, dirigée par le général Foch, concerne 32 km de front, tenus par la VIe Armée allemande, entre La Bassée et Arras. Elle doit se produire de façon simultanée avec l’attaque majeure menée par l’armée française, en Champagne. Si la préparation d’artillerie doit conserver l’ensemble de ce secteur, l’attaque d’infanterie comprendra deux axes distincts, séparés par un espace de 4 km devant Lens et Liévin, où aucune action d’envergure n’est programmée : au sud, la 10e Armée française engage 17 divisions d’infanterie (et 2 de cavalerie, pour exploiter la percée espérée) ; au nord, la 1re Armée britannique doit attaquer, avec 6 divisions d’infanterie, dans le bassin minier, entre le canal de La Bassée et le village de Loos. Les objectifs stratégiques de Joffre sont vagues mais extrêmement optimistes : la percée doit permettre à la cavalerie de se ruer, en quelques jours, jusqu’à Mons, en Belgique, distante de 80 km…

Le plan d’attaque de Joffre est extrêmement simple : il consiste d’abord à écraser les positions ennemies par quatre jours de bombardements ininterrompus, avec un final apocalyptique de quatre heures juste avant que l’infanterie sorte des tranchées. L’assaut doit être massif et continu, les réserves ayant été acheminées au plus près du front.

Le bombardement français est déclenché le 25 septembre 1915, entre Angres et Arras, quelques heures après le début de l’attaque britannique sur Loos. L’infanterie française sort des lignes à 12h45. La poussée est lente, mais au matin du 28 septembre, les Français atteignent la cote 140, au sommet de la crête de Vimy, obligeant les Allemands à une contre-attaque massive.

Le 30 septembre, Joffre décide d’arrêter l’offensive en Champagne, dont l’échec est désormais patent. Le 11 octobre, un dernier effort des Français pour contrôler l’ensemble de la crête de Vimy est brisé.

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La bataille de Loos (25 septembre – 19 octobre 1915)

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Yves LE MANER
Directeur de La Coupole,
Centre d’Histoire et de Mémoire du Nord–Pas-de-Calais

Après les combats du printemps 1915 (Vimy, Lorette, Neuve-Chapelle, Festubert, Ypres), en août 1915, la 3e Armée, nouvellement constituée, s’installe de la Somme à Hébuterne, au sud du Pas-de-Calais. Entre mai et septembre 1915, une quinzaine de divisions de la « Nouvelle Armée » arrivent en France et en Belgique.

La bataille de Loos, de septembre – octobre 1915, constitue le volet britannique de la grande attaque alliée en Artois lancée par Joffre simultanément avec l’offensive française principale, en Champagne. Le commandant en chef français estime alors que la supériorité numérique dont dispose alors temporairement son armée doit permettre la percée décisive.

les Britanniques ont pour objectif le bassin minier dans le secteur de Loos-Hulluch, situé en contrebas, sur la plaine de Gohelle. Le général Haig , malgré les pertes, a, concentré six divisions, (malgré que troupes épuisées, insuffisance d’obus) se fiant au nombre de 7 pour 1. Par l’ampleur des effectifs engagés, la bataille de Loos constitue l’un des plus gros efforts offensifs britanniques depuis le début du conflit : elle est d’ailleurs qualifiée de « Big Push » par ses initiateurs.

250 000 obus sont lancés sur les défenses allemandes sans réel effet. Avant le lancement de l’assaut d’infanterie, au matin du 25 septembre 1915, les Britanniques libèrent 140 tonnes de gaz au chlore contenues dans 5 000 cylindres placés en première ligne, en complément d’un barrage d’artillerie jugé insuffisant. Première utilisation du gaz de combat par les Alliés après la terrible frappe inaugurale allemande à Ypres, en avril, l’attaque britannique à Loos vise à annihiler la première ligne allemande, où les combattants ne disposent alors que de masques très primitifs. Or, les caprices du vent retournent les gaz, en plusieurs points, vers les tranchées anglaises : il n’y a que sept morts, mais plus de 2 600 hommes ont été touchés et mis hors de combat ; initialement, les Allemands sont frappés de panique et ont près de 600 hommes gazés. 75 000 fantassins britanniques s’élancent des tranchées.

La zone sud de l’attaque enregistre, le premier jour, un succès spectaculaire : les assaillants, partiellement masqués par des écrans de fumée, s’emparent du village de Loos de la « Colline 70 » et avancent vers Lens. Mais la progression doit être stoppée, faute de munitions et en raison de l’arrivée tardive des renforts ; les Allemands reprennent la « Colline 70 »…

 Le lendemain, le 26 septembre, les renforts allemands arrivent en masse pour combler les brèches.

Les Britanniques lancent alors une attaque, sans bombardement préalable : c’est un carnage, la plupart des hommes étant fauchés par les mitrailleuses. Les Britanniques commencent à abandonner certaines des positions prises la veille. Les combats se poursuivent plusieurs jours, de façon sporadique, notamment autour de la « Redoute Hohenzollern », avant que l’état-major anglais n’ordonne la retraite, établissant ainsi le constat d’un très grave échec.

Une nouvelle tentative d’attaque, le 13 octobre, avec à nouveau l’emploi des gaz, aboutit aux mêmes résultats désastreux : en dix minutes, la 46e Division perd 180 officiers et 3 583 hommes devant la « Redoute Hohenzollern » !

Cette fois, l’échelle des pertes britanniques est exceptionnellement élevée : 50 000 blessés, tués, ou disparus (20 000 morts au minimum). Parmi eux, le fils unique de Rudyard Kipling, le grand écrivain, chantre de l’engagement britannique dans la Grande Guerre. Inconsolable, Kipling parcourra les routes de la Gohelle pendant des années après le conflit, pour tenter de retrouver le corps, sans succès. Identifiés en 1991, les restes de John Kipling reposent aujourd’hui au Saint-Mary’s Advanced Dressing Station Cemetery, à Haisnes.

Plusieurs nouvelles unités, engagées pour la première fois, furent totalement disloquées. Les pertes furent particulièrement fortes parmi les troupes écossaises et les officiers. Les pertes allemandes furent inférieures de moitié à celles de l’adversaire. Parallèlement, à l’échec britannique à Loos, les offensives françaises en Artois et en Champagne s’achèvent par de cruelles désillusions après des espoirs initiaux.

La conséquence principale de l’échec de Loos fut le remplacement du général French au poste de commandant en chef de l’armée britannique par Haig, le 19 décembre 1915. Malgré les épreuves subies, la « Nouvelle armée » est en plein essor lorsque commence l’année 1916. L’attaque allemande à Verdun entraîne une nouvelle extension du front tenu par les Britanniques à l’ouest : à partir de mars 1916, il court désormais d’Ypres à la Somme, les troupes françaises ayant abandonné l’Artois pour plonger dans le chaudron infernal de Verdun.

Il est effarant de constater que les graves erreurs commises par le haut commandement britannique lors de la bataille de Loos ne furent pas prises en compte et furent donc répétées lors du premier jour de la bataille de la Somme, qui aboutit, ce 1er juillet 1916, au plus grand désastre de toute l’histoire militaire britannique.

La violence de la bataille de Loos peut se mesurer au très faible nombre de soldats britanniques tués lors du premier jour de l’attaque, le 25 septembre 1915, qui ont une tombe connue : 2 000 sur 8 500.

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L’offensive allemande sur la crête de Vimy (21 mai 1916)

http://www.cheminsdememoire-nordpasdecalais.fr/comprendre-et-approfondir/batailles/loffensive-allemande-sur-la-crete-de-vimy-21-mai-1916.html

Yves LE MANER
Directeur de La Coupole,
Centre d’Histoire et de Mémoire du Nord–Pas-de-Calais

L’attaque allemande de grande envergure contre l’armée française, à Verdun, à partir du 21 février 1916, intervient alors que l’armée britannique s’est fortement renforcée pendant l’hiver, avec l’arrivée d’une dizaine de nouvelles divisions sur le front ouest. Afin de soulager les Français, il est décidé de remplacer la 10e Armée française en Artois par des unités britanniques et de préparer une offensive de très grande ampleur, dans la Somme.

 

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La bataille de la Somme (1916)
Wikipedia

La bataille de la Somme désigne une confrontation opposant les Britanniques et les Français aux Allemands en 1916 lors de la Première Guerre mondiale, dont ce fut l’une des batailles les plus sanglantes.

Les forces britanniques et françaises tentèrent de percer à travers les lignes allemandes fortifiées sur une ligne nord-sud de 45 km proche de la Somme, au nord de la France, dans un triangle entre les villes d’Albert du côté britannique, Péronne et Bapaume.

Il s’agit de l’une des batailles les plus meurtrières de l’histoire humaine (hors victimes civiles), avec parmi les belligérants environ 1 060 000 victimes, dont environ 442 000 morts ou disparus.

La première journée de cette bataille, le 1er juillet 1916, détient le triste record de la journée la plus sanglante pour l’armée britannique, avec 58 000 victimes dont 19 240 morts. La bataille prit fin le 18 novembre 1916.

La « bataille d’Arras » du printemps 1917 est l’une des principales offensives engagées par l’armée britannique sur le front ouest, à l’échelle de la bataille de la Somme ou de la « 3e bataille d’Ypres ».
Restée aux mains des Alliés mais située à quelques kilomètres du front pendant toute la durée de la guerre, et formant un saillant dans les lignes ennemies, la ville d’Arras a été, à partir d’octobre 1914, la cible de l’artillerie allemande. L’hôtel de ville et son beffroi, emblèmes de la cité médiévale ont été détruits et une grande partie des quartiers centraux fortement endommagés.
À partir de février 1916, Arras, qui ne conserve plus qu’une faible partie de sa population civile, devient une ville anglaise, dans laquelle l’administration est bilingue.

 

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La bataille d’Arras (avril 1917)

http://www.cheminsdememoire-nordpasdecalais.fr/comprendre-et-approfondir/batailles/la-bataille-darras-avril-1917.html

Yves LE MANER
Directeur de La Coupole,
Centre d’Histoire et de Mémoire du Nord–Pas-de-Calais

Les plans alliés pour 1917

À la suite de la conférence tenue à Chantilly le 16 novembre 1916, où les états-majors alliés ont décidé des grandes orientations militaires de l’année 1917, le général Nivelle, qui vient d’être nommé commandant en chef de l’armée française, et son homologue britannique, Haig, jettent les bases d’une action commune pour rompre le front allemand.

La ville d’Arras, située en zone britannique, est pressentie pour constituer la base de départ d’une offensive de diversion. Cette action, combinée avec une attaque d’envergure dans le secteur français, devait attirer les troupes de réserve allemandes quelques jours avant le déclenchement de l’assaut français et faciliter ainsi la rupture des lignes ennemies en Champagne dans le secteur du Chemin des Dames.

Dès lors, les Britanniques préparent les plans d’attaque pour une opération qui doit être déclenchée au début d’avril 1917, le principal souci du haut commandement étant de concentrer des troupes en grand nombre sans attirer l’attention de l’adversaire. Afin d’éviter les grandes hécatombes survenues au cours des batailles de Verdun et de la Somme, l’année précédente, l’état-major britannique élabore une méthode innovante : un vaste réseau souterrain (environ 20 km), dont l’aménagement est confié aux tunneliers néo-zélandais, doit permettre aux troupes de surgir devant les premières lignes ennemies sans avoir subi de lourdes pertes en traversant le no man’s land.

Les préparatifs de l’offensive de printemps

La fin du mois de mars voit l’achèvement de ces travaux souterrains, les plus importants jamais réalisés par l’armée britannique dans ce domaine. À la veille de la bataille d’Arras, les caves et carrières sous la ville peuvent héberger plus de 24 000 hommes, soit l’équivalent de la population civile avant le début du conflit. Le réseau est constitué de deux artères principales : la première, située sous la route de Cambrai, est dévolue aux Écossais de la 9e division d’infanterie – qui utilisent, pour baptiser les galeries, des noms évoquant le pays natal : Carlisle, Glasgow… – et aux Anglais de la 35e division – qui honorent Manchester, Liverpool, ou Chester, villes d’où sont originaires une bonne partie des soldats constituant l’unité. La branche des souterrains sous le quartier de Ronville devient, à compter du 12 février 1917, la sphère exclusive des Néo-Zélandais se trouve par conséquent dotée de noms de grandes villes des antipodes, comme Wellington. Au total le réseau souterrain compte 19 km de galeries.

Pour répondre aux besoins élémentaires des hommes, des cuisines sont aménagées. L’approvisionnement en eau est assuré par des canalisations ou des puits. L’ensemble des galeries est doté d’un éclairage électrique. Des latrines pour officiers et hommes du rang sont installées dans chaque salle. Sans satisfaire pleinement aux règles sanitaires très strictes en usage dans l’armée anglaise pour l’installation de ses campements provisoires, les carrières souterraines d’Arras offraient en revanche, par rapport à la vie habituelle des tranchées, une grande sécurité, malgré la proximité du front, et un relatif confort aux hommes avant leur montée aux lignes.

Cependant, le principe de réalité a conduit les Britanniques à aménager, dans une carrière située sous le carrefour de la rue du Temple et de la rue de Saint-Quentin, un véritable hôpital, appelé « Thompson’s Cave » du nom de son concepteur, capable d’accueillir 700 blessés. Il est muni de tous les services nécessaires au personnel médical, à savoir de salles d’attente – d’où l’on peut répartir au mieux les blessés – d’une salle d’opérations, de lieux de repos pour les brancardiers et de réserves, ainsi qu’une morgue. Des panneaux indicateurs permettent un accès aisé à ces divers services. L’ensemble de la structure est doté d’un éclairage électrique.

Si l’utilisation de ce vaste réseau souterrain demeure le point le plus original du plan de bataille, les attaquants tablent également sur une préparation d’artillerie d’une intensité exceptionnelle. Les objectifs ont été méthodiquement reconnus au cours des nombreux survols aériens, mais aussi au cours des raids menés en terrain ennemi, et ce depuis la fin de l’année 1916. Les plus importants de ces coups de main impliquèrent plusieurs centaines d’hommes ; leur but était de tester la capacité de résistance de l’adversaire, mais aussi de collecter le maximum d’informations sur la structure en profondeur des défenses allemandes. À l’issue de ces opérations de reconnaissance, des maquettes de grandes dimensions avaient été confectionnées, afin de permettre aux futurs assaillants, jusqu’à l’échelon des compagnies, de se familiariser avec le terrain dans lequel ils allaient évoluer.

L’emploi d’armes nouvelles avait également été prévu : le char d’assaut, pour la seconde fois après un essai balbutiant dans la Somme et, surtout, une toute récente invention due au capitaine Livens. Il s’agissait d’un tube propulseur, capable de projeter des bonbonnes de gaz à grande distance, qui permettait ainsi à l’utilisateur de s’affranchir des caprices du vent pour utiliser des gaz de combat.

Le 6 avril, le moral des assaillants est au beau fixe, avec l’annonce de l’entrée en guerre des États-Unis.

Z day

Le lundi 9 avril 1917, à 5h30 du matin, après un bombardement intensif de quatre jours, destiné à annihiler toute action des forces adverses, la 1re armée britannique, constituée des quatre divisions canadiennes sous les ordres du général Horne, s’élance à l’assaut du plateau de Vimy. La maîtrise de cette crête doit permettre à la IIIe armée du général Allenby de progresser en direction de Douai, important nœud de communications, et de libérer la région minière. Cette armée a également comme objectif prioritaire le village de Monchy-le-Preux, situé à quelques kilomètres à l’est d’Arras, qui commande l’accès à la vallée de la Scarpe et peut constituer une entrave pour une seconde branche de l’offensive, en direction de Cambrai cette fois, autre centre vital pour le système militaire allemand. Quant à la Ve armée du général Gough, placée au sud du dispositif offensif, elle a pour tâche principale la prise du village de Bullecourt, puissant point d’appui stratégique allemand intégré dans la ligne Hindenburg.

Les deux premiers jours de la bataille d’Arras se traduisent par de nets succès tactiques des Britanniques qui, avançant sur les deux rives de la Scarpe,  progressent de plus de 5 km et s’emparent des villages de Thélus, Farbus, Saint-Laurent-Blangy, Feuchy, Athies, Fampoux, Tilloy-les-Mofflaines et Neuville-Vitasse. La conquête  de la crête de Vimy permet à l’artillerie anglaise de dominer les villages de Givenchy-en-Gohelle, Vimy, Willerval et Bailleul-Sire-Bertoult, jusqu’alors de véritables nids de canons allemands, contraignant l’ennemi à les abandonner. Le village et la colline de Monchy-le-Preux, transformés en forteresse par les Allemands,  sont investis, après d’âpres combats, dans la journée du 11 avril. Le lendemain, Wancourt et Héninel tombent à leur tour entre les mains des troupes alliées.

Cette avance rapide oblige les Allemands à un repli stratégique sur leur 2e ligne de défense. L’arrivée d’importants renforts leur permet ensuite de lancer de vigoureuses contre-attaques, dès le 14 avril, et d’enrayer l’offensive britannique. Ainsi, comme cela s’est déjà produit lors des offensives alliées précédentes, la brèche du premier jour effectuée avec de faibles pertes n’a pu être exploitée. Dès lors, la bataille d’Arras s’enlise dans des combats locaux mais néanmoins meurtriers, devant Arleux (28-29 avril), Fresnoy (3-4 mai), Rœux (13-14 mai).

Dans le même temps que se déroulent les attaques britannique et canadienne devant Arras, l’offensive principale lancée par les Français au Chemin des Dames aboutit à un cuisant échec, qui fait vaciller l’armée tout entière. Malgré les revers subis, le Field Marshall Haig persévère pendant plusieurs semaines à lancer des attaques devant Arras, sur une ligne Gavrelle–Rœux–Guémappe–Fontaine-les-Croisilles. Ces opérations, destinées à retenir un maximum de soldats ennemis afin de soulager les troupes françaises, visent également à constituer un nouveau front, au tracé cohérent et donc défendable.

Un bilan coûteux

Le bilan de la bataille d’Arras semble à première vue favorable pour les Britanniques : ils ont fait 20 000 prisonniers, saisi un important stock d’armes, et enregistré des gains de terrain sensibles, permettant le recul de la zone de combat sur une profondeur d’une dizaine de kilomètres et le désenclavement de la ville d’Arras, soumise depuis octobre 1914 aux bombardements allemands.
Mais ces résultats à caractère tactique ont été obtenus au prix de pertes très élevées. Un peu plus de 100 000 Britanniques ont été mis hors de combat durant les mois d’avril et mai 1917 devant Arras. Le total des pertes, du côté allemand, est plus difficile à évaluer faute de sources fiables, mais peut être estimé à un nombre équivalent.

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324 Chars à la Bataille de Cambrai

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Offensive ou opération Michael

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 L’offensive allemande (1918)

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L’offensive victorieuse des Alliés (août-novembre 1918)

http://www.cheminsdememoire-nordpasdecalais.fr/comprendre-et-approfondir/batailles/loffensive-victorieuse-des-allies-aout-novembre-1918.html

Yves LE MANER
Directeur de La Coupole,
Centre d’Histoire et de Mémoire du Nord–Pas-de-Calais

…/…Alors que d’autres offensives se déroulent plus au sud, dans la Somme et l’Aisne, les Britanniques et les Canadiens attaquent et libèrent Cambrai, en deux jours (8-9 octobre 1918). La ligne Hindenburg est désormais largement transpercée et c’est maintenant une « bataille de poursuite » qui s’engage contre une armée allemande en cours d’effondrement interne. Dès lors, l’avance britannique se déroule sur un large front, en Flandre, en Artois et en Picardie. Lille et Douai sont libérés le 17 octobre. Si bon nombre d’unités allemandes sont en pleine débandade, d’autres, notamment des Stosstruppen, mènent de très violents combats d’arrière-garde, ainsi  lors de l’entrée des Britanniques et des Canadiens dans Valenciennes (1er et 2 octobre) ; ces combats semblent préfigurer la véritable guérilla urbaine que Ludendorff envisage un temps d’organiser en cas d’entrée des troupes alliées sur le territoire du Reich.

C’est au cours de l’un de ces affrontements, pour franchir le canal de la Sambre, que Wilfred Owen, le plus grand poète qu’ait produit la Grande Guerre, est tué, près d’Ors (Nord), le 4 novembre 1918, une semaine avant l’Armistice et la victoire finale des Alliés.

Ce même 4 novembre, la ville du Quesnoy (Nord) est le théâtre d’un épisode très particulier de cette période chaotique : les soldats néo-zélandais s’emparent de la ville – dont la garnison allemande refusait de se rendre – en prenant d’assaut les remparts de Vauban à l’aide d’échelles…

sources

Wikipedia

http://expositionvirtuelle.memoire1418.org/explorer/lempire-britannique-sur-le-continent/combats-et-combattants-sur-le-front-ouest/les-theatres-doperation-britanniques.html

http://depont.skynetblogs.be/tag/bataille+d%27audregnies

http://www.menfroid-dubus.org/article-17698728.html

 

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L’Empire britannique et la Grande Guerre

24 décembre 2012

La troisième bataille d’Ypres et de Passchendaele

Classé sous — milguerres @ 17 h 55 min

 

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La troisième bataille d’Ypres et de Passchendaele
http://www.veterans.gc.ca/fra/histoire/premiereguerre/canada/chapitre12

Plus au sud, l’offensive française sur le Chemin des Dames déclenchée par le général Nivelle est un véritable désastre – bien que les troupes gagnent du terrain, les résultats sont de loin aussi concluants que ce qu’avait promis Nivelle. Perdant quelque 200 000 hommes, l’armée française connaît toute une série de mutineries qui la paralysent pendant quelques mois et la confinent aux opérations défensives.

En juillet, Sir Douglas Haig, commandant des forces britanniques, déclenche dans les Flandres son offensive controversée; son plan est de prendre contrôle de têtes de lignes stratégiques et de s’emparer des bases sous-marines aménagées par l’ennemi sur la côte belge. Le succès remporté à Messines (où les compagnies canadiennes expertes dans le creusement de tunnels ont joué un rôle important) en juin avait pourtant bien laissé augurer de la chose; malheureusement, des retards de plusieurs semaines attribuables aux exigences logistiques et à l’indécision politique annulent l’avantage conféré.

La deuxième et véritable offensive débute à la fin de juillet par un bombardement d’artillerie d’une rare violence, qui non seulement alerte l’ennemi, mais en plus laboure le sol; il n’y a plus que nids-de-poule et poussière. Inhabituelles en cette période de l’année, de fortes pluies tombées la nuit même de l’offensive transforment vite le terrain en un bourbier impraticable. Les gains impressionnants du premier jour sont perdus. Montant péniblement à l’assaut, les troupes britanniques se voient infliger des pertes effroyables par les mitrailleuses allemandes enfouies dans des casemates de béton. Mais en septembre, le soleil réapparaît et de nouvelles tactiques sont employées – une série d’opérations consistant à faire de petites avancées et à tenir les positions acquises – que les Allemands ne savent pas vraiment contrer et qui leur infligent d’énormes pertes.

Au début d’octobre, bien qu’aucun des objectifs stratégiques ne soit tombé (malgré la capture d’une portion importante des hauteurs depuis lesquelles les Allemands dominaient Ypres depuis des années) et que les troupes britanniques soient au bord de l’épuisement, Haig décide de tenter une nouvelle attaque. Le Corps d’armée canadien reçoit l’ordre de prendre la relève des forces décimées d’Anzac dans le secteur d’Ypres et de se préparer à prendre d’assaut Passchendaele.

Après avoir inspecté le terrain transformé en bourbier, le lieutenant-général Currie proteste auprès d’Haig, estimant que c’était envoyer les hommes à la boucherie et refuse de se battre sous le commandement de la Cinquième Armée. Ses objections ne changent rien (si ce n’est qu’il s’est battu sous le commandement de la Deuxième Armée) et l’attaque est préparée avec le plus grand soin. Au cours d’une série d’assauts déclenchée le 26 octobre, 20 000 soldats pris sous un feu nourri progressent pouce par pouce, cratère par cratère. Puis, le 30 octobre, les Canadiens attaquent Passchendaele proprement dit avec l’aide de deux divisions britanniques. Ils atteignent les abords dévastés du village par un violent orage et, cinq jours durant, tiennent pied, souvent empêtrés dans la boue jusqu’à la taille, sous une pluie d’éclats d’obus allemands. Le 11 novembre, le nombre d’assaillants tués totalise 4 028. En prévoyant 16 000 pertes, Currie avait hélas vu juste; en fait, 15 654 hommes ont laissé leur vie dans le saillant. Les Canadiens avaient trouvé leur Golgotha à Passchendaele.

fleche-boule8 dans Entrevue avec Wallace Carroll : 15e Bataillon
source : http://www.collectionscanada.gc.ca/premiere-guerre-mondiale/entrevues/025015-1630-f.html

Q. Aviez-vous entendu parler de Passchendaele à ce moment-là? Saviez-vous à quoi ça ressemblerait?
R. Non, nous ne le savions pas, mais à écouter les camarades qui avaient été à Ypres en 1915 et 1916, nous n’avions pas envie d’y aller. Nous avons cependant marché, la plupart du temps sans entrain. Des autobus sont venus à notre rencontre, et nous y sommes montés pour finir les 40 ou 50 derniers kilomètres, je pense. Nous sommes ensuite arrivés dans un endroit du nom de Flamentenes, où nous avons été hébergés. Puis nous sommes montés à Passchendaele, et là, notre compagnie n’a jamais été sur la ligne. Nous avons participé à de nombreuses équipes de travail, nous avons construit la route de planches aussi loin que possible, et par la suite, la route de planche a été construite sur la route de Menin. Ah oui, nous avons formé de nombreuses équipes de travail, et quand la 1re et la 2e Divisions sont allées à Passchendaele, notre compagnie a été désignée comme brancardiers pour le 3e Bataillon.
Q. Pour le 3e Bataillon, ah oui?
R. Oui, pour le 3e Bataillon. Vous savez, tout le bataillon a été envoyé, mais il fallait des brancardiers car il y avait de nombreux blessés graves. Je ne sais pas comment cela s’est produit, mais notre compagnie a été désignée comme brancardiers. Nous disposions d’une civière par groupe de quatre hommes. Donc nous sommes allés; les hommes ont commencé tôt le matin et, vers 8 h 00 environ, nous avons été ramasser les blessés. Le commandant du 3e Bataillon ne voulait pas nous permettre d’aller plus loin. « Ça ne sert à rien, disait-il, jamais vous ne pourrez les ramasser ni les sortir de là. » La boue et l’eau étaient innommables. Le temps d’arriver à destination, nous étions tous trempés jusqu’aux os. Les trous d’obus étaient très rapprochés, et chacun d’eux était plein d’eau. Nous étions dans un pays de basse terre, les canaux et les digues avaient été tous coupés. L’eau se déversait sur les basses terres, et ainsi, chaque trou d’obus était empli d’eau. Certains étaient si pleins qu’on aurait pu s’y promener en canot, ou même s’y noyer s’il advenait qu’on tombe dedans la nuit, car ils étaient plutôt grands. Le commandant du 3e Bataillon ne nous autorisait pas à aller là avant la tombée de la nuit. Nous avons donc attendu que l’obscurité s’installe pour monter sur la première ligne. Il y avait là plusieurs blessés. À quatre, nous avons ramené un blessé, mais ce travail a été ardu. Il faisait très noir; de nombreux Fritz se trouvaient encore là, dans ces trous d’obus; on voyait ce qui avait été manqué; et les Allemands nous tiraient dessus à partir des trous d’obus.
Q. Combien vous fallait-il de temps pour ramener un blessé depuis la première ligne? C’était un voyage terriblement long et difficile : quatre hommes transportant une civière, cela prenait combien de temps?
R. Nous pouvions faire environ 20 pieds avant de devoir poser la civière pour nous reposer. À Ypres, on s’enfonçait dans la boue jusqu’aux genoux. D’abord, un homme a glissé dans un trou d’obus, et quelqu’un d’autre est venu. C’était un miracle que le blessé soit demeuré sur la civière. Il s’est bien sûr accroché aux rebords, des deux côtés. Il était blessé à la jambe, mais il s’est solidement accroché. Je ne sais pas qui il était, ni comment il s’appelait; je le savais peut-être à l’époque. Il lui a été difficile de s’accrocher à la civière, car l’un ou l’autre parmi nous glissait immanquablement dans un trou d’obus, et cela nous a pris — je ne sais pas quelle heure il était — mais quand nous l’avons sorti de là, il faisait jour. Le temps que nous arrivions au poste de secours, sur la route de planches, il faisait jour, et pourtant, nous avions commencé notre travail la veille vers 20 h 00. Cela nous a pris un temps infiniment long pour nous rendre là, et les bandes, vous savez, les bandes du 3e Bataillon…
Q. Pour vous indiquer où ils se trouvaient?
R. Oui. Les bandes avaient été emportées. Arrivés à la fin d’une bande, nous devions chercher l’autre bout. L’un de nous devait sortir et chercher partout jusqu’à ce qu’il trouve l’autre extrémité de la bande. Cela nous a pris beaucoup de temps avant que nous puissions aller là, mais nous avons finalement réussi. Comme je l’ai dit, nous avons pris cet homme-là, et nous l’avons ramené. Mais de nombreux autres blessés ont aussi été secourus, vous savez.
Q. Oh oui.
R. Mais c’est tout ce que nous avons fait, tous les quatre. Nous avons passé toute la nuit à sauver cet homme, et je vous le dis, nous avons travaillé fort. L’homme blessé possédait environ sept francs, et il voulait qu’on partage cette somme entre nous quatre. Il nous a dit de nous acheter une chose ou une autre, simplement des tablettes de chocolat; mais nous lui avons répondu de garder son argent, et d’acheter du chocolat lorsqu’il serait à l’hôpital. Je lui ai dit qu’il aurait besoin d’argent à l’hôpital, et je lui ai raconté que j’avais quitté l’hôpital depuis peu. Et j’ai ajouté : « Si vous allez à l’hôpital et que vous n’avez pas d’argent, ça n’ira pas très bien. Vous n’êtes pas payé, vous savez, pendant que vous êtes à l’hôpital. »

 

La troisième bataille d'Ypres et de Passchendaele ypres_17
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sources images : http://www.collectionscanada.gc.ca/premiere-guerre-mondiale/entrevues/025015-1600-f.html

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22 décembre 2012

Derrière les lignes:DUMBELLS

Classé sous — milguerres @ 20 h 11 min

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Derrière les lignes
sources tirées et arrangées de :

http://www.veterans.gc.ca/fra/histoire/premiereguerre/canada/chapitre10

http://www.collectionscanada.gc.ca/gramophone/028011-1007.1-f.html

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Quand avait pris fin leur stage régulier sur la ligne de feu, les soldats à demi engourdis revenaient vers l’arrière pour goûter quelques jours d’un repos bien mérité. Ils jouaient aux cartes: poker, black jack, « seven-toed Pete », vantaient dans leurs chansons les charmes de Mademoiselle d’Armentières, et s’amusaient fort à déformer des noms tels que Ypres ou Ploegsteert, qui devenaient Wipers et Plug Street. Un groupe, qui portait le nom de « Dumbells Concert Party », offrit des spectacles d’un haut comique et qui venaient à point pour tous ces militaires épuisés par le guerre.

Voici leur épopée tirée de : http://www.collectionscanada.gc.ca/gramophone/028011-1007.1-f.html

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Les Dumbells


Le groupe musical des concerts de la 3e division de l’armée canadienne (1917-1919)
“Be ready to put on a show any place, any time”

tiréet arrangé du texte : http://www.collectionscanada.gc.ca/gramophone/028011-1007.1-f.html
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Les Dumbells, groupe de soldats canadiens devenus chanteurs, deviennent des vedettes les plus célèbres de l’armée Canadienne, dirigé par les Plunkett :
Le capitaine Merton (Mert) Plunkett, Dirigeant et son frère le Caporal Al Plunkett, chanteur et comédien
Mert Plunkett au titre de capitaine honoraire au YMCA, montera des spectacles en France sous le nom et le financement du YMCA, pour s’étendre avec l’approbation de son commandant, Le major-général L.J. Lipsett , au détachement des soldats de talent de leur unité pour former une unité d’artistes de spectacle, dans le seul but de soutenir le moral des troupes.

Derrière les lignes:DUMBELLS dumbel11
Red Newman
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Installation de l’YMCA canadienne près du front, protégée par des sacs de sable, en août 1917

Les membres des Dumbells :
le sergent Ted Charter, le caporal pianiste Ivor (Jack) Ayre, du caporal Leonard Young et des soldats Ross Hamilton, Allan Murray, Bill Tennent, Bert Langley, Elmer Belding et Frank (Jerry) Brayford.

C’est ainsi que, durant l’été de 1917, les Dumbells œuvrant officiellement, à plein temps, sur le modèle de la troupe de théâtre de la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, qui avait implanté le concept des groupes musicaux parmi les unités canadiennes en France en juin 1916. (Certains membres des Dumbells, tel Leonard Young, ont d’ailleurs fait partie à divers moments de cette troupe.) Les Princess Pat’s, les Dumbells et une trentaine d’autres troupes de ce genre établies en France jouent un rôle important dans le maintien du moral des troupes.

On ne sait pas exactement quand et où les Dumbells ont monté leur premier spectacle. Dans un article de magazine paru en 1965, Allan Murray, membre de la troupe dès ses débuts, évoque un premier spectacle pour le général Currie et un deuxième à Gouy-Servins, en France, dans le secteur de Passchendaele. D’autres témoignages font remonter le premier spectacle au mois d’août 1917 à la Crête de Vimy, mais l’on considère en général que le concert de Gouy-Servins est le premier de la troupe.

Le premier spectacle a été hué , lancement d’objets sur la scène, interrompu à l’entrée en scène de Ross Hamilton qui interprètera un personnage féminin (« Marjorie »), il chante « Hello My Dearie » avec une voix de fausset soprano. Al Plunkett, qui porte un chapeau haut-de-forme et une queue-de-pie en soie, connaît aussi beaucoup de succès avec son interprétation de la populaire chanson américaine « Those Wild Wild Women Are Making a Wild Man of Me ».

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Le soldat Allan Murray dans le rôle de « Marie »
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Ross Hamilton dans la peau de « Marjorie »

Les spectacles sont composés de sketches comiques, de chansons et de numéros de danse, mélange de ballades populaires, dont les airs à succès de la Première Guerre mondiale comme

« Mademoiselle from Armentières »
Pack Up Your Troubles Sung By Murray Johnson
It’s A Long, Long Way To Tipperary (1914)

Les Dumbells interprètent aussi des champs patriotiques. L’accompagnement musical est assuré par le pianiste Jack Ayre ou régimentaire. C’est à Ayre que l’on doit la mélodie principale de la troupe, « The Dumbell Rag ». Souvent, les soldats canadiens sifflent cet air en revenant au pas des lignes de front.

 

 

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Les Dumbells se produisent partout où il y a des troupes canadiennes sur les lignes de front et dans les tranchées … avec des décors improvisés. Comme des lampes lumineuses constituées de chandelles placées dans des boîtes de conserve… projecteurs fabriqués avec des pièces de mitrailleuses, perruques confectionnées avec du crin de cheval, des barbes avec peau de vache… rideaux de jute,…
costumes de femmes demandées à des actrices ….pour « Marjorie » et d’autres personnages féminins. Leurs spectacles seront toujours améliorés en fonction des nouvelles variétés, amenées par les soldats en permission à Londres.
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Le capitaine Mert Plunkett avec les Dumbells habillés en femme

Il avait été prévu qu’après leur première série de spectacles, les membres des Dumbells regagneraient leur unité respective, mais sur la recommandation du lieutenant-colonel Hamilton Gault, le général Lipsett exprime le souhait de voir ces hommes détachés indéfiniment pour accomplir cette tâche essentielle que constitue le maintien du moral des troupes. C’est ainsi que les Dumbells ne retournent pas sur les lignes de front, sauf comme artistes de spectacle; néanmoins, il leur arrive à l’occasion de jouer le rôle de brancardiers afin de secourir les blessés. Les membres des autres groupes musicaux n’ont pas toujours la même chance. Ceux de la Princess Pat’s Comedy Company, par exemple, sont rappelés sur les lignes en juin 1917 et plusieurs d’entre eux subissent des blessures graves, notamment Leonard Young, qui perd une jambe, mais réintègre les Dumbells après sa convalescence.

À Noël 1917, les Dumbells jouent devant des soldats blessés et le personnel médical de la salle commune d’un hôpital militaire, en France.

Ils continuent d’ailleurs de présenter des spectacles tout au long de l’offensive allemande, au printemps 1918.
« Now as never before the troops need entertainment. » [Traduction libre : Maintenant plus que jamais auparavant, nos troupes ont besoin de se distraire.] Paroles du général Lipsett

Les sollicitations se faisant de plus en plus nombreuses, Mert Plunkett fait passer la troupe de huit à quinze membres dès le 1er juillet 1918; plusieurs des nouveaux membres, tel Red Newman des Y Emmas, sont déjà des vedettes dans d’autres groupes musicaux.
Le mois suivant, Mert Plunkett amène la troupe se produire à Londres, tout d’abord à la Beaver Hut, lieu de rendez-vous de l’armée canadienne, puis au Victoria Palace. Le séjour se termine par une série de représentations d’une durée de quatre semaines au London Coliseum (le plus grand théâtre de variétés de la capitale britannique)

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Musique en feuille de « Oh! It’s a Lovely War »
Oh it’s a lovely war = Courtland and Jeffries

Les Dumbells rencontre un tel succès à Londres. La troupe regagne le front, à la ligne d’Hindenburg, où combattent les troupes canadiennes. Les bénéfices importants qu’ils ont faits à Londres leur permettent de financer leurs spectacles durant les derniers mois de la guerre.
À l’Armistice, le 11 novembre 1918, les Dumbells et la Princess Pat’s Comedy Company fusionnent pour donner des spectacles pendant la démobilisation. C’est à cette époque que Jack MacLaren et Fred Fenwick se joignent aux Dumbells. Le capitaine Plunkett crée un nouveau spectacle, humoristique de HMS Pinafore de Gilbert et Sullivan, présenté, à Mons, en Belgique, ainsi qu’à Bruxelles devant le roi Albert de Belgique, qui remet une médaille au capitaine Plunkett en reconnaissance des spectacles de bienfaisance de la troupe.
Les Dumbells continuent de se produire pendant la réorganisation et le retour des troupes canadiennes en Angleterre et au Canada. Reconnaissant le calibre du talent des Dumbells sur les plans individuel et collectif, l’Armée leur offre l’occasion de faire une tournée au Canada pour la Croix-Rouge.
De nouveau, les Dumbells déclinent une offre attrayante; ils décident de faire des tournées au Canada en tant qu’artistes professionnels, et non en tant que militaires. Enfin, en 1919, Al Plunkett, Jack Ayre, Ross Hamilton et Bill Tennent montent à bord du navire les ramenant dans leur patrie et donnent un dernier spectacle pendant la traversée avant que leur troupe soit dissoute en tant que groupe musical militaire.
Mert Plunkett les suit en juin pour entreprendre sans délai le montage du prochain spectacle des Dumbells, tournée nationale qui devait leur valoir encore plus de succès.

Al Plunkett expliquera le phénomène Dumbells : « The cast of Dumbells were not the usual type of showmen that one would expect to find in show business. They were not ‘born in a trunk’ …. They were ordinary individuals having some gift or talent which had been brought forward as a result of the entertainment demands of wartime. » [Traduction libre : Les Dumbells n'étaient pas constitués du genre d'artistes que l'on s'attend de trouver en général dans le monde du spectacle. Ses membres n'étaient pas « des enfants de la balle … C'étaient des hommes ordinaires ayant un certain don ou un certain talent qu'ils ont pu développer en raison des exigences de distraction que posait la période de la guerre.] (Al Plunkett : The Famous Dumbell, p. 77) Leur histoire a été reconstituée dans une comédie musicale intitulée The Legend of The Dumbells, montée par le Festival de Charlottetown en 1977. Pour les Canadiens qui se souviennent de la Grande Guerre, les Dumbells demeurent, à côté du grand pavot, parmi les plus importants rappels des efforts des soldats canadiens en Europe.

« Marjorie and the Boys »
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sources :
http://www.veterans.gc.ca/fra/histoire/premiereguerre/canada/chapitre10
http://www.collectionscanada.gc.ca/gramophone/028011-1007.1-f.html

 

 

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Après l’Armistice

16 décembre 2012

Jean-Julien, Marius Chapelant

Classé sous — milguerres @ 20 h 05 min

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Ils étaient bien là, ces hommes !

Réhabilitez le lieutenant Chapelant fusillé pour l’exemple en 1914

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Jean-Julien, Marius Chapelant

Jean-Julien, Marius Chapelant, né le 4 juin 1891 à Ampuis dans le Rhône , et mort le 11 octobre 1914 à Beuvraignes dans la Somme, est un sous-lieutenant français commandant la 3e section de mitrailleuses du 98e RI. Il est fusillé pour l’exemple le 11 octobre 1914.

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Engagé volontaire au 99e RI le 4 juin 1909, il y est nommé caporal le 5 octobre 1909 puis sergent le 28 septembre 1910. Rengagé le 15 décembre 1911 au 98e RI de Roanne, il est chef de la 3e section de mitrailleuses lors du déclenchement de la première guerre mondiale, promu au feu au grade de sous-lieutenant à titre temporaire.

Le 7 octobre 1914, après sept jours et sept nuits de combats et de bombardements ininterrompus autour de Beuvraignes (Somme), il est capturé avec une poignée de survivants (3) après s’être rendu (selon le lieutenant-colonel son accusateur). Grièvement blessé à une jambe par une balle allemande, il réussit cependant à s’échapper et à regagner les lignes françaises deux jours plus tard, dans un état d’épuisement facile à imaginer. Pourtant, le lieutenant-colonel Didier, son chef de corps, le fait traduire devant un « conseil de guerre spécial » qui le condamne à mort pour « capitulation en rase campagne ». Le 11 octobre 1914, Chapelant est fusillé dans la cour du château des Loges, attaché à son brancard dressé contre un pommier.

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Réhabilitez le lieutenant Chapelant fusillé pour l’exemple en 1914

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Ils étaient bien là, ces hommes !

9 décembre 2012

Passchendaele 9 et 12 octobre 1917

Classé sous — milguerres @ 23 h 41 min

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DEVOIR DE MEMOIRE POUR LES AUSTRALIENS
post à leur honneur, car selon quelques recherches effectuées sur divers sites…
leur présence n’est pas évoquée dans plusieurs batailles…
j’ai décidé de publier ces divers évènements pour leur rendre honneur…

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Passchendaele 9 et 12 octobre 1917

source récits :

http://www.ww1westernfront.gov.au/fr/battlefields/passchendaele-october-1917.html

WIKIPEDIA

sources images : http://commons.wikimedia.org

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Dès le 5 octobre 1917, la tentative britannique visant à repousser la ligne allemande à l’est d’Ypres par une série d’opérations « mordre et tenir bon » avait remporté un certain succès. Cependant, le coût en était considérable : des milliers d’hommes avaient été tués, étaient morts de leurs blessures ou blessés si grièvement qu’ils ne pourraient plus jamais se battre. De plus, entre la crête de Broodseinde, l’endroit où l’attaque du 4 octobre avait si bien réussi, et Ypres, soit une distance d’environ huit kilomètres, le paysage avait été pulvérisé par les obus d’artillerie des deux armées. Tant que le beau temps se maintenait, les Anglais avaient pu transporter du ravitaillement et l’artillerie au rôle si capital. En effet, l’artillerie était l’ingrédient essentiel des tactiques « mordre et tenir bon » car si le barrage roulant n’était pas à même de protéger l’avance de l’infanterie britannique, celle-ci se retrouverait à la merci des mitrailleurs ennemis. Après le 4 octobre 1917, la pluie ruisselait et le champ de bataille et toutes ses approches se convertirent en une mer de boue. Transporter un équipement de guerre lourd au front dans ces conditions était devenu presque impossible. Beaucoup de conseillers de haut niveau recommandèrent de suspendre « l’offensive de Flandres » pendant l’hiver mais le Général Sir Douglas Haig, commandant en chef, avait entendu dire que les Allemands étaient sur le point de s’effondrer. Il ordonna donc de poursuivre le combat.

Le 9 octobre 1917, les divisions britanniques soutenues par les Australiens lancèrent l’attaque contre le village de Passchendaele dans des conditions épouvantables. Dans la boue et sous la pluie, leurs efforts s’avérèrent futiles mais le haut commandement estima qu’on avait gagné suffisamment de terrain pour être en mesure d’ordonner une nouvelle attaque le 12 octobre. Le fer de lance de cette attaque devait être la troisième division australienne assortie de la division néo-zélandaise, toutes deux soutenues par la quatrième division. Comme on l’avait prédit, dans l’ensemble, les obus du bombardement de soutien explosaient dans la boue sans causer de dégâts et offraient donc peu de couverture réelle. Les hommes devaient continuer à avancer, péniblement embourbés, affrontant les casemates allemandes armés de leurs seuls fusils, grenades et mitrailleuses légères.

La division néo-zélandaise en particulier a le souvenir d’un véritable carnage. Les barbelés restèrent intacts devant des positions allemandes fermement défendues, et des centaines de Néo-zélandais furent tués ou blessés. La boue d’une petite vallée fluviale au dessous de Passchendaele embourba la plupart des soldats de la troisième division australienne et les tirs des mitrailleuses allemandes ralentirent le noyau central de l’attaque. Le capitaine Clarence Jeffries et une douzaine de ses hommes du 34e bataillon (Nouvelle-Galles du Sud) se lancèrent à l’assaut d’une tranchée défendue par 35 Allemands et quatre mitrailleuses. Cela permit à l’avance de continuer encore quelque temps. Le capitaine Jeffries dirigea plusieurs autres assauts contre des positions de mitrailleuses jusqu’à ce qu’il soit abattu. On lui décerna la Victoria Cross (Croix de Victoria) à titre posthume.

Quelques Australiens atteignirent les quartiers extérieurs de Passchendaele. Cependant, ils n’étaient pas suffisamment puissants pour tenir le terrain et à la longue furent obligés de se replier et d’abandonner leurs gains. Le lendemain de cette attaque avortée, les brancardiers australiens eurent du mal à retrouver les blessés. Les Allemands évitèrent de tirer sur les brancardiers et dans certains cas leur indiquèrent même où se trouvaient les blessés. Certains hommes épargnés furent retrouvés profondément enfoncés dans la boue mais la tâche des brancardiers était un vrai cauchemar. Malheureusement, les casemates allemandes qui avaient été saisies et transformées en postes de secours étaient entourées d’hommes blessés alités sur des brancards et attiraient les tirs d’obus allemands comme des aimants. La journée du 12 octobre se résuma à 3 000 victimes pour la troisième et à 1 000 victimes pour la quatrième division australiennes sans qu’on n’ait obtenu le moindre avantage.

L’échec du 12 octobre ne signala pas la fin de la troisième bataille d’Ypres. Le 18 octobre, le Corps d’armée canadien fut placé dans la zone de combat pour remplacer les Australiens épuisés, d’une part pour empêcher les Allemands d’attaquer les Français, d’autre part pour obtenir une meilleure position pour l’hiver mais aussi pour détourner leur attention de l’attaque surprise des Anglais prévue sous peu à Cambrai en France. Dans le cadre des cinq attaques menées entre le 26 octobre et le 10 novembre, les Canadiens saisirent Passchendaele mais « l’offensive de Flandres » fut par la suite avortée. Pendant cette période, les Canadiens avaient reçu le soutien intermittent des unités australiennes.

Entre le début du mois d’août et la fin du mois de novembre 1917, les cinq divisions australiennes perdirent 38 000 hommes sur les 475 000 recensés pour l’ensemble des forces britanniques. Plus de 11 200 Australiens succombèrent pendant les combats ou périrent de leurs blessures, dont 6 405 pour le seul mois d’octobre. En effet, le mois d’octobre 1917, responsable à lui seul de 26 000 pertes australiennes dues aux combats fut le mois le plus meurtrier de la guerre pour l’Australie. En raison des conditions épouvantables, la lutte pour remporter Passchendaele devint célèbre et l’ensemble de « l’offensive de Flandres » est souvent connu simplement sous le nom de « Passchendaele ». Au printemps 1918, les Allemands attaquèrent Ypres et tout le terrain qui avait été conquis à la fin de 1917 fut abandonné.

Fromelles 19–20 juillet 1916 fleche-boule8Zonnebeke, cimetière de Tyne Cot

  • Sur le camp éternel de la gloire – Cimetière de Tyne Cot
  • C’était le blockhaus de Tyne Cot – Le 40e Bataillon à Tyne Cot
  • Les nombreux chemins vers l’enfer – Le capitaine Frank Hurley à Passchendaele     voir ces récits sur : http://www.ww1westernfront.gov.au/fr/tyne-cot/index.html

 

Fromelles 19–20 juillet 1916 fleche-boule8

 

 

 

File:First Battle of Passchendaele - barrage map (original).jpg

Description     1:10000 scale army artillery barrage map from the First Battle of Passchendaele during the Third Battle of Ypres.
Date     1917
Source     Exerpt from Australian War Memorial (www.awm.gov.au)
http://blog.awm.gov.au/awm/wp-content/uploads/maps/Broodseinde_barrage.pdf.
Auteur     Field Survey Company, Royal Engineers

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:First_Battle_of_Passchendaele_-_barrage_map_%28original%29.jpg?uselang=fr

Fromelles 19–20 juillet 1916 fleche-boule8

La bataille de Passchendaele

Troisième bataille d’Ypres

source WIKIPEDIA

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Passchendaele 9 et 12 octobre 1917 bataille-de-passchendaele

La bataille de Passchendaele aussi connue comme la troisième bataille d’Ypres eut lieu entre le 31 juillet et le 6 novembre 1917 à Passendale, en Flandre-Occidentale, pendant la Première Guerre mondiale, elle opposa l’armée britannique, l’armée canadienne et des renforts de l’armée française, à l’armée allemande.

Après le succès obtenu en juin 1917 lors de la bataille de Messines par les troupes britanniques du général Herbert Plumer, Douglas Haig, le commandant en chef du BEF (British Expeditionary Force), estime qu’une percée est possible. Pour lancer son offensive, il choisit le secteur d’Ypres au sud-ouest de la Flandre, au nord-ouest de la Belgique. Grâce à ce nouvel assaut, Haig espère atteindre les bases de U-boots situés à Bruges, à 50 kilomètres du front. En effet, à cette période de la guerre, l’offensive sous-marine allemande a atteint son apogée et commence à peser fortement sur l’économie britannique. Cependant l’objectif principal reste de déloger les Allemands de leurs positions sur la crête entre Westrozebeke et Broodseinde, ce avant l’hiver, et en fin de compte de réaliser la très attendue percée pour laquelle des centaines de milliers d’hommes ont donné en vain leur vie depuis la fin de l’année 1914. La crête de Vimy était complètement détruite après la guerre!

Le succès de l’offensive dépend essentiellement du facteur vitesse puisque l’on sait par expérience que dans cette zone et en cette saison, il y a au mieux trois semaines d’affilée sans pluie. Or la pluie ralentit les mouvements et condamne quasiment toute tentative d’assaut. Une pluie continuelle s’abat sur le secteur d’Ypres bien plus tôt que prévu : la boue fait son apparition et les cratères d’obus se transforment en dangereux bourbiers. Malgré ce contretemps climatique, l’offensive est maintenue : le centre du dispositif est confié à la Ve armée du général Hubert Gough, la droite à la IIe armée de Plumer et la gauche à la Ire armée française du général Antoine. C’est la IVe armée allemande qui se trouve en face.

L’offensive débute le 31 juillet à 3h30 du matin par un épais brouillard qui ne facilite pas la progression britannique. Rapidement on s’aperçoit que cette dernière est plus difficile et plus lente que prévu. Toutefois, les troupes de l’Entente remportent quelques succès : au nord d’Ypres, les villages de Sint-Juliaan, Pilkem et Bikschote sont enlevés. Cependant au sud-est, la poussée vers la route Ypres-Menin est bloquée, notamment en raison d’une pluie incessante qui ralentit considérablement les mouvements de troupes. Ces deux semaines de pluie permettent aux Allemands de se réorganiser et de faire face plus efficacement aux assauts britanniques.

Le 16 août, Haig lance une nouvelle offensive : la Ve armée de Gough est lancée contre la ligne Geluveld-Langemark qui est conquise mais l’avancée s’arrête là. Le moral des soldats britanniques s’effondre : ces derniers maudissent la boue, la résistance allemande et les états-majors qui les sacrifient inutilement.[réf. nécessaire]

Étant donné l’échec de l’assaut du général Gough, Haig ordonne à la IIe armée de Plumer d’attaquer le plateau de Geluveld au nord de ses positions mais au sud d’Ypres. La troisième offensive de la bataille de Passchendaele débute le 20 septembre à 5h40 : quatre divisions dont deux australiennes se lancent à l’assaut d’un front de six kilomètres entre Klein Zillebeke et le Westhoek. La progression des Britanniques se fait mètre par mètre et ceux-ci subissent les constantes contre-attaques des troupes du Kaiser qui utilisent pour la première fois du gaz moutarde, qui, plus tard, sera baptisé ypérite du nom de la ville d’Ypres où il a été utilisé pour la première fois. Les victimes de ce gazage ne se comptent pas seulement dans les troupes anglaises, mais aussi dans les troupes belges qui tiennent la voie ferrée Ypres-Roulers d’où leur artillerie soutient la progression anglaise. Une division anglaise atteint presque le village de Geluveld et le Bois du Polygone est conquis. Au Nord, la Ve armée progresse jusqu’à Zonnebeke.

L’ultime offensive, fixée le 6 novembre à six heures, est confiée au Canadian Corps de Currie et a pour objectif les villages de Passchendaele (actuellement Passendale) et de Mosselmarkt, et la crête au-delà. Les 1re et 2e divisions, appuyées par un puissant barrage d’artillerie, enlèvent les deux villages en deux heures avec des pertes s’élevant à 2 238 hommes.

Enfin, le dernier assaut du 10 novembre, a permis d’atteindre le reste des hautes terres surplombant Ypres, et de les prendre malgré les tirs allemands. La bataille de Passchendaele, connue également sous le nom de troisième bataille d’Ypres, s’arrête là.
Les Canadiens à Passchendaele1

À l’automne 1917, après le grand succès de l’armée canadienne à la bataille de la crête de Vimy en avril de la même année, on envoie celle-ci dans le sud de la Belgique.

Au début du mois d’octobre, les Canadiens sont envoyés pour prendre la relève de l’ANZAC et participer à l’offensive visant à prendre Passchendaele.

Le 26 octobre, l’offensive canadienne commence. La réussite de la bataille amère de Passchendaele tient à l’héroïsme des hommes qui sont parvenus à franchir les zones ennemies malgré la résistance farouche qu’on leur opposait. L’avancée dans la boue et sous les tirs ennemis est lente, et les pertes sont lourdes. Malgré l’adversité, les Canadiens atteignent les abords de Passchendaele le 30 octobre, à la fin de la seconde attaque, sous une pluie battante
Bilan

La bataille de Passchendaele a finalement permis de soulager la pression sur l’armée française et le saillant d’Ypres a été enfoncé de huit kilomètres. Mais les pertes (morts, blessés et disparus) s’élèvent à environ 8 500 Français, 4 000 Canadiens, 250 000 Britanniques, dont au moins 40 000 disparus, le plus souvent noyés dans la boue, et 260 000 Allemands. Une boucherie presque inutile, à l’image de la plupart des grandes offensives du front Ouest de la Première Guerre mondiale.

]Anecdotes
Douglas McKie, historien des mathématiques, blessé à Passchendaele, interrompt sa carrière dans l’infanterie des suites de sa blessure. David Gallaher (joueur de rugby à XV, capitaine des « Originals » néo-zélandais) est décédé le 4 octobre 1917 au combat à Passchendaele.
Le groupe de heavy metal Iron Maiden a composé une chanson traitant de cette bataille sur leur album Dance of Death : Paschendale.
Chris de Burgh a également écrit une chanson relatant la lettre qu’un soldat anglais écrit à sa belle, lettre qui est en fait une mélodie pour oublier la peur et l’horreur de cette bataille qui vient (This song for you, Spanish Train and Other Stories).
La chanson The Price of a Mile, sur l’album The Art of War du groupe suédois Sabaton parle elle aussi de cette bataille.
God Dethroned, groupe de death/black néerlandais, a composé un album entier sur cette bataille : Passiondale (2009).

 

 

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28 novembre 2012

D’autres noms pour l’exemple

Classé sous — milguerres @ 20 h 08 min

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SOLDATS FUSILLES POUR L’EXEMPLE

Ils étaient bien là, ces hommes ! 

 D’autres noms pour l’exemple

source : http://moulindelangladure.typepad.fr/monumentsauxmortspacif/histoires_de_16_fusills_pour_lexemple/

 

Le caporal Albert Truton

Né au Mage (Orne) où il est cultivateur en 1914, Albert Truton a épousé en 1912 Lucienne Cellier dont il a un enfant, Suzanne, née en 1913. Lors de la mobilisation générale, il est incorporé au 103e RI. Passé au 75e RI en juin 1915, il devient caporal le 30 juin 1916. Le 6 août 1916, il est blessé par un éclat d’obus
et il est cité à l’ordre du régiment comme « bon gradé courageux ».Après la mutinerie de Pargnan, il est condamné à mort par le Conseil de guerre de la 27e DI le 10 juin 1917 pour « refus d’obéissance, étant commandé pour marcher contre l’ennemi ». Il est fusillé le 16 juin à Pargnan.

Il est aujourd’hui inhumé au cimetière militaire français de Cerny-en-Laonnois.

 

Gaston Lefèvre engagé à 17 ans et fusillé è 19 ans.

Gaston Lefèvre est né le 4 juin 1897 à Morfontaine en Meurthe-et-Moselle. A la veille de la guerre, il exerce le
métier de cantonnier. Le 7 août 1914, les Allemands prennent son père en otage et le fusillent. Son frère infirme avait été emmené, puis fusillé à son tour. Pour venger les siens, Gaston Lefèvre franchit les lignes ennemies et vient venu s’engager à la mairie de Mézières (Ardennes) le 14 août. N’ayant que 17 ans, il avait falsifié son âge pour pouvoir s’engager.

Blessé au printemps 1915, il est alors soigné à l’hôpital de Lyon.

Le 9 juin 1917, à la suite de la mutinerie de Mercin, il est condamné à la peine de mort par le Conseil de guerre de la 13e Division, pour « révolte par prise d’armes sans autorisation et agissements contre les ordres des chefs ».

Pierre Lefèvre est exécuté le 16 juin 1917 à Soissons. Il est aujourd’hui inhumé au cimetière militaire d’Ambleny.

 

Joseph Gabrielli : Un Corse, simple d’esprit, condamné à mort

Gabrielli, berger de son  état, n’avait jamais quitté la Corse, ni même son village natal près de Corte, quand il fut mobilisé au 140e régiment d’infanterie .
Bien qu’il soit illettré et arriéré mental, on l’affecte à la 6e compagnie où on a plus besoin de son corps que de son esprit. Le 8 juin 1915, au cours d’une attaque, il est légèrement blessé. Son chef l’envoie se faire penser au poste de secours.
En revenant, il s’égare et ne retrouve plus sa compagnie.
On le retrouve cinq jours plus tard, terré au fond d’une cave à Colincamps (Pas de Calais).
Interrogé il déclare (avec peine, car il parle très mal le français) aux gendarmes :
« Mon régiment est rentré dans la tranchée la nuit du 6 au 7. J’ai pris part à plusieurs combats. Dans la nuit du 12, ma compagnie est partie à l’attaque, j’ai suivi mes camarades, mais à la fin des combats, je ne les ai pas retrouvés. Je suis revenu à la tranchée, mais, comme il n’y avait plus personne de  mon régiment, je suis parti sans savoir où j’allais. Je suis arrivé à Colincamps vers quinze heures, j’ai cherché ma compagnie sans la retrouver, c’est alors, que j’ai eu l’idée de descendre dans la cave d’une maison abandonnée où je suis resté pendant deux jours. J’ai perdu mon fusil et mon sac dans la tranchée. »
Le rapport rédigé par le commandant de la prévôté donne une autre version des faits :
«  Le soldat Gabrielli a disparu de sa compagnie le 8 juin au matin et a été signalé par son caporal d’escouade comme manquant à l’appel. Dans la même journée, des soldats de la compagnie faisant le service de ravitaillement ont attesté avoir vu Gabrielli  au poste de secours du bataillon. »
D’après l’enquête faite auprès de ses chefs, et de ses camarades, il ressort que Gabrielli est considéré comme un débile profond, élevé à l’état sauvage et surtout employé à creuser des latrines ou des tranchées.
Il est néanmoins traduit devant le conseil de guerre spécial du 140e R.I.
Voici la transcription d’une partie de l’interrogatoire de l’accusé faite par le commissaire du gouvernement.
Question_Quand avez-vous quitté votre compagnie et à quelle heure ?
Réponse_Je ne m’en souviens pas…
Q_ Pourquoi l’avez-vous quittée ?
R_ J’ai reçu un obus près de moi et je ne me rappelle plus rien…
Q_Combien de jours êtes vous resté absent de votre compagnie ?
R_ Trois jours.
Q_ Pourquoi n’avez-vous pas cherché à regagner votre compagnie  le plus tôt possible ?
R_J’ai cherché partout et je n’ai pas trouvé.
Q_ Où avez-vous été trouvé ?
R_ Dans une cave.
Q_ Est-ce dans une cave que vous cherchiez votre compagnie ?
R_ Je n’y ai couché qu’une nuit.
Q_ Pourquoi avez-vous dit aux gendarmes avoir quitté votre poste le 12 courant alors qu’en réalité vous êtes porté absent depuis le 8 juin ?
R_ Les gendarmes n’ont rien compris…
Q_ Pourquoi avoir dit que vous étiez resté absent trois jours, alors que vous êtes porté manquant  de puis le 8 au matin et que vous n’avez été retrouvé que le 13 juin à 18 heures, c’est-à-dire six jours après ?
R_Je ne peux pas m’expliquer.
Q_Avez vous quelque chose à rajouter pour votre défense ?
R_ Je suis ici pour défendre la France !

C’est un interprète corse qui traduisait au fur et à mesure les questions et les réponses.
Malgré les témoignages des soldats et de son commandant de compagnie confirmant  l’irresponsabilité de l’accusé, le conseil de guerre le reconnait coupable d’abandon de poste devant l’ennemi et le condamne à mort.
Dessin_de_tardi La sentence est lue à 20 heures et Gabrielli  est fusillé une heure plus tard. Dix ans après, un témoin, M Dupommier, qui avait assuré la défense de l’accusé, raconte l’exécution.
« Au cours de ces quatre années de guerre, j’ai vu de terribles choses. Je ne crois pas avoir assisté à un plus triste spectacle que cette exécution. Gabrielli, affolé, courrait devant les fusils en criant : » Maman, maman, je ne veux pas mourir… » Il se cramponnait convulsivement, tantôt à l’aumônier, tantôt à moi ; il a fallut planter un poteau sur la tranchée de deuxième ligne pour l’y ligoter. Cela a duré une demi-heure. Les hommes du peloton d’exécution étaient terriblement émus. Un seul être demeurait impassible : c’était le commandant Poussel (tué quelques mois plus tard en Champagne). Après le coup de grâce, cet officier m’a dit  « Voila une mort qui épargnera bien des vies humaines » J’ai répondu « Vous avez mon commandant, une étrange conception de la justice et vous venez d’assumer une bien effroyable responsabilité devant DIEU(1) »

Le 4 novembre 1933, la cour spéciale militaire annule le jugement du conseil de guerre et réhabilite Gabrielli.

Les fusillés de Montauville : Chemin et Pillet

A la 20e compagnie du 37e régiment d’infanterie coloniale, on s’était aperçu que les sacs laissés dans la tranchée pendant les attaques étaient régulièrement pillés, c’est pourquoi le commandant de compagnie avait décidé de nommer deux hommes dont la mission consistait à garder les sacs des soldats qui partaient à l’assaut. Comme c’était une « plaque », on avait choisi des hommes ayant charge de famille, c’est ainsi que Chemin et Pillet avaient été désignés.
Dans la nuit du 22 au 23 juin 1915, alors que leurs camarades montent à l’attaque dans la région du Ban de Sapt, Chemin et Pillet prennent leur faction auprès des sacs.
La consigne est formelle, quels que fussent les bombardements, en aucun cas ils ne devaient s’éloigner des sacs.
Or ce jour là, la 20e compagnie venait de « toucher » un nouveau commandant, lequel ignorait complètement la consigne donnée par son prédécesseur aux gardes sacs.
Le lendemain de l’attaque, on procède à l’appel afin d’établir l’état des pertes. Evidement Chemin et Pillet ne peuvent répondrent à l’appel de leur nom puis qu’ils sont restés à l’arrière.
Comme ils ne figurent ni parmi les morts ni parmi les blessés, ils sont portés « disparus au combat ».
Trois heures plus tard, le capitaine apprend que les deux « disparus » ont été retrouvés prés des sacs. Il les convoque, les engueule, écoute leurs explications, ne leur met aucune punition, mais il fait un rapport expliquant à ses supérieurs comment il a retrouvé les deux soldats portés manquant.
Ce n’est qu’un mois plus tard, alors qu’ils remontent au front, que les deux soldats apprennent qu’une information a été ouverte contre eux à la suite d’une plainte déposée par le colonel du régiment.
Tribunal_dans_une_eglise_de_la_me_2 Le 4 août 1915, après une instruction rapide, ils sont présentés au conseil de guerre et inculpés d’abandon de poste devant l’ennemi. Au cours de la séance, l’accusation fait état de prétendus aveux verbaux et écrits des condamnés dans lesquels ils reconnaissent s’être enfuis et réfugiés à l’endroit où se trouvaient les sacs. Or les deux hommes étaient totalement illettrés…
« Comment auraient ils pu rédiger leurs déclarations sans faire de fautes d’orthographe ? » demande leur défenseur aux juges.
Pour le conseil, cela n’a aucune importance : les juges ne retiennent que les témoignages obtenus par la persuasion, auprès de soldats n’osant pas contredire leurs supérieurs. Par contre, on ne tient aucun compte des témoins qui veulent déposer pour affirmer que Chemin et Pillet avaient bien été désignés pour garder les sacs et qu’ils n’avaient fait qu’obéir à la consigne.
Le 4 août 1915, à 19 heures, les deux hommes sont condamnés à mort par la cour martiale.
G. Reau a recueilli le témoignage de l’abbé Lesjone, aumônier qui a accompagné les deux gardes sacs jusqu’au poteau d’exécution.
« C’est moi, dit il, qui fus chargé d’apprendre à Chemin et Pillet la sentence prononcée par le conseil de guerre. L’exécution devait avoir lieu à 10h 30 du matin. Les deux soldats ne s’étaient pas rendu compte de la gravité des faits qui leur étaient reprochés. Ils ne voulurent pas croire qu’ils allaient être passés par les armes. Quand ils comprirent qu’ils devaient abandonner toute espérance, ils entrèrent dans une crise d’angoisse. Chemin, qui était originaire de Tullier (Charente Inférieure), montrait la photographie de ses cinq enfants. Il embrassait leur image en disant : »Est-ce possible ? Dire que je ne les reverrai plus ! Et pourtant je n’avais pas voulu fuir…On ne sait donc pas ce que c’est que d’être couver de terre par un obus ? »
« L’autre condamné, le soldat Pillet, qui était célibataire, me demanda de faire parvenir quelques  souvenirs à sa vieille mère ».
« Devant le poteau d’exécution, Chemin, s’adressa aux douze hommes du peloton et leur cria »Mes amis, je suis père de familles, vous n’allez pas me tuer ! » Attaché au poteau, Chemin hurlait  « Grâce mon colonel, grâce pour mes enfants ! »La sentence ne put être lu complètement, car la révolte grondait dans les rangs des soldats. Craignant une mutinerie, le colonel donna l’ordre à l’adjudant qui commandait le peloton d’ouvrir le feu. »
Le 5 août 1915  Pillet et Chemin tombaient sous la salve à 10h40. On avait mis plus d’un mois pour les inculper et moins d’un jour pour les juger et les tuer.

 

François Laurent : un breton fusillé pour l’exemple.

François Laurent est blessé à la main gauche dans la nuit du 1er octobre 1914, la dernière phalange du petit doigt de sa main gauche est arrachée. Son capitaine lui demande d’aller se faire soigner à l’infirmerie.  François Laurent fut examiné par le docteur Buy à Châlons-sur-marne qui vit une présomption de mutilation volontaire . Ce soldat ne s’exprime que malhabilement en français, il sera accusé d’abandon de poste, condamné par le conseil de guerre et fusillé le 19 octobre 1914. Il est exécuté avec toute une série d’autres soldats condamnés pour le même délit (…).La contre expertise du docteur Paul en 1933 conclut que la pièce médicale du dossier n’est pas suffisante pour prouver une mutilation volontaire ».

Le docteur Buy se justifia en expliquant « si tous mes rapports étaient en partie écrits à la polycopie c’était (…) parce que nous n’avions pas le temps »En effet, il faut savoir que ce docteur utilisait un document polycopié dans lequel il n’avait plus qu’à placer le nom et la blessure. Cela montre bien que les mutilations étaient courantes, et que l’examen médical n’était pas toujours sérieux. En tous cas, ce docteur a envoyé un homme à la mort, juste parce qu’il n’avait pas le temps de bien l’examiner.

Le travail de mémoire d’un instituteur local appuyé par les anciens combattants aboutit à sa réhabilitation en 1933, et donc à l’inscription de son nom sur le monument de Millionnec. En effet le Maire fit retiré la plaque de marbre où était inscrit le nom des soldats morts de la commune, puis il fit graver les noms directement dans la pierre incluant François Laurent, qui apparaissait ainsi dans l’ordre alphabétique. Par ailleurs sa famille perçut en dédomagement une somme de 10 000 francs.

 

Joseph Dauphin : le héros fusillé pour une beuverie

Joseph Dauphin, né à Tauves dans le Puy-de-Dôme, le 10 février 1882, dans une famille de 10 enfants. Il fut l’un des 600 soldats fusillés pour l’exemple par l’armée française durant la Première Guerre mondiale.

Dauphin_j Marié, père d’un enfant, le paysan Dauphin se trouvait incorporé dès le mois d’août 1914 au 70 ème bataillon de chasseurs à pied. Vaillant soldat, il reçut, en 1915, la Croix de guerre avec palmes pour plusieurs actes héroïques, entre autres avoir ramené sur ses épaules un lieutenant gravement blessé près des barbelés de la tranchée ennemie ou bien encore avoir tenu une position jusqu’à épuisement de ses cartouches. Promu caporal, il reçut par trois fois une citation pour sa conduite exemplaire au combat.

Au printemps 1917, l’état major avec Nivelle est au summum de son incompétence. Depuis deux ans les armées piétinent, Nivelle décide d’engager massivement les troupes dans ce que l’état Major appelle la « Bataille de France« . Les allemands connaissent le projet et renforcent les défenses en abandonnant une partie du front. Nivelle n’en tient pas compte. La préparation de l’artillerie française du 10 au 16 avril est sans effet sur les abris en béton et les cavernes du plateau de Craonne. Nivelle n’en tient pas compte. L’attaque est déclenchée le 16 avril, quelques jours plus tard et 150 000 morts, disparus et blessés, la Bataille de France est devenue, afin de minimiser cet échec,  la bataille de l’aisne puis la bataille du Chemin des Dames. La presse n’évoque pas le massacre et minimise l’évennement. Le fusible Nivelle saute en mai 1917. Celui ci est envoyé en Algérie dans un obscure commandement. Pétain prend sa revanche et le remplace. La stratégie change peu mais Pétain doit faire face à une vague importante de mutinerie. Bien souvent les soldats refusent simplement de repartir à l’assaut et remettent en cause les tactiques voir les stratégies militaires. Très peu contestent le bien fondé de la guerre.

C’est dans ce contexte que se situe l’affaire du caporal Dauphin. En juin 1917 les permissions de son régiment sont annulées. Joseph Dauphin et plusieurs soldats qui l’accompagnaient ramassèrent alors une cuite mémorable. Sous l’effet de l’alcool (dont l’armée n’était pas avare, à fortiori pour envoyer sa chair à canon à l’assaut) et sans trop savoir ce qu’ils faisaient, ils auraient tiré quelques coups de fusil et lancé à la cantonade des propos séditieux. Un fois dégrisé et conscient d’avoir fauté, Dauphin s’attendait à récolter quelques jours de prison, mais à sa grande surprise et sans vraiment comprendre, ses supérieurs l’envoyèrent devant le Conseil de guerre. Ils avaient besoin d’un exemple.

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Seul gradé parmi les hommes interpellés et pour avoir chanté un peu fort J’ai deux grands bœufs dans mon étable (version contredite par l’accusation), le caporal Dauphin, considéré comme meneur dans la vague des mutineries de 1917, fut condamné à mort et fusillé le 12 juin 1917 à la ferme de Fété, près de Ventelay dans l’Aisne. François Brugière, son camarade de Tauves, vraisemblablement impliqué dans la même séance de beuverie et désigné pour faire partie du peloton d’exécution, refusa de tourner son fusil contre Joseph. Condamné à 10 ans de travaux forcés, il fut envoyé au bagne de Chief (ex-Orléanville) où il mourut d’épuisement le 12 février 1918. Joseph Dauphin, quant à lui, repose dans la nécropole de la Maison Bleue à Cormicy dans la Marne : tombe n° 884.

Malgré de nombreuses campagnes de presse, il n’a jamais été réhabilité (toute requête de demande en révision étant jugée irrecevable par la justice après 1928).

 

Les 4 fusillés de Flirey : Baudy, Prebost, Morange et Fontenaud.

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Félix BAUDY est né le 18 septembre 1881 à Royère-de-Vassivière et Henri PREBOST le 1 septembre 1884 à Saint Martin Château, deux communes creusoises voisines de Gentioux. Félix et Henri étaient maçons, obligés de s’exiler comme beaucoup d’hommes des villages creusois. Ces militants du syndicat de la Confédération Générale du Travail (fondée à Limoges en 1895), travaillaient habituellement sur les chantiers de Lyon. Antoine MORANGE était lui aussi militant de la CGT. François FONTANAUD était orignaire de Montbron en Charente.

Pendant la guerre de 1914-1918, ils ont été incorporés au 63e RI, 5e Cie. Félix BAUDY et Henri PREBOST ont été fusillés pour l’exemple le 20 avril 1915 à Flirey, suite au refus collectif de leur compagnie de remonter à l’assaut de la crête de Mort-Mare.

Le 19 avril 1915, une attaque devait avoir lieu à Mort-Mare, afin d’enlever les derniers 200 mètres de tranchée encore occupés par les Allemands au centre d’une première ligne conquise quelques jours plus tôt avec la perte de 600 hommes. Un régiment détaché dans le secteur de Flirey depuis la fin de l’offensive le 11, devait la conduire. Les troupes d’assaut avaient été tirées au sort et le hasard avait désigné l’une des compagnies fortement malmenées les 3, 4 et 5 avril lors des combats sur la route de Thiaucourt.

Au signal de l’attaque cette compagnie de 250 hommes refuse de partir à l’assaut: « ce n’est pas notre tour d’attaquer » disent-ils.

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Furieux, le général DELETOILE ordonne que les 250 soldats passent en cour martiale  pour être tous exécutés. Après l’intervention d’autres officiers, cinq hommes sont finalement désignés et comparaissent dès le 19, pour une parodie de procès. L’un d’eux est acquitté. Deux hommes ont été choisis par tirage au sort dont le soldat François FONTANAUD. Les trois autres : le caporal Antoine MORANGE et les soldats Félix BAUDY et Henri PREBOST ont été désignés par leurs supérieurs en raison de leur appartenance syndicale à la CGT.

Le 20 avril, le caporal Antoine MORANGE, les soldats Félix BAUDY, François FONTANAUD et Henri PREBOST seront fusillés à la lisière d’un bois de Manonville.

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Les Fusillés pour l’exemple de Flirey s’ajoutent à ceux de Souain, Vingré, Fontenoy, Fleury, Mouilly, Montauville… En quatre ans, 2 400 « poilus » auront été condamnés à mort et 600 exécutés, les autres voyant leur peine commuée en travaux forcés.

Trés peu, environ une quarantaine sur 600, ont été rétablis dans leur honneur dans les années 1920 ou 1930. Parmis eux, les fusillés de Flirey ont été réhabilités en 1934.

Félix BAUDY est enterré dans le cimetière communal de Royère de Vassivière et Henri PREBOST est enterré à Villeurbanne.

Ci dessous la tombe de Félix Baudy dans le cimetière de Royère de Vassivière.

 

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source : http://moulindelangladure.typepad.fr/monumentsauxmortspacif/histoires_de_16_fusills_pour_lexemple/

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SOLDATS FUSILLES POUR L’EXEMPLE

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