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15 novembre 2014

La Russie, la France et la Turquie à la veille de la campagne de Russie

Classé sous — milguerres @ 23 h 00 min

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Celles de l’Histoire, retour vers les grandes épopées

 

 

La Russie, la France et la Turquie à la veille de la campagne de Russie [Un document des archives de l'Empire ottoman présenté et traduit par C. Lemercier-Quelquejay]
Chantal Lemercier-Quelquejay    l
Cahiers du monde russe et soviétique
Année   1965    lien Volume   6
Numéro   6-2
pp. 240-244

source PERSEE.FR

Un document inédit des Archives de l’Empire Ottoman
Le curieux document dont nous publions la traduction intégrale* figure sous le n° 44418 С dans la collection des Hatt-i Hïimâyûn (rescrits impériaux) des archives de l’Empire ottoman ( Baçbakanhh Ar§ivi) à Istanbul.
Il s’agit de la version déchiffrée d’un rapport en code expédié par l’un des plénipotentiaires turcs à la Conférence de la paix de Bucarest, probablement Mehmed Said Ghalib Efendi, Kahya bey (adjoint au Grand Vizir) et président de la délégation turque au Grand Vizir, en date du 13 Rabi al-Thanî 1227 de l’ère hégirienne, soit le 26 avril 1812, c’est-à-dire 20 jours avant la signature du traité de paix de Bucarest (16 mai 1812) et 59 jours avant le passage du Niémen par la Grande Armée. Le Gouvernement de la Sublime Porte se voyait à ce moment pressé de tous côtés, par ses adversaires russes, comme par ses alliés français et anglais, et même par des neutres, notamment les Suédois, de prendre position et jeter le poids de ses armées dans le conflit imminent où le sort du monde allait se décider. Le message envoyé de Bucarest éclaire d’une lumière nouvelle la complexe conjoncture diplomatique à la veille de la campagne de Russie.
La guerre commencée à l’automne de 1806 — dont le traité de Bucarest allait être la conclusion — , est la plus longue des luttes entre la Russie et l’Empire ottoman. Les armées russes avaient franchi le Dniester et occupé assez rapidement les principautés de Moldavie et de Valachie, mais la campagne n’avait pu se conclure par une victoire décisive, la majeure partie des forces russes étant, à cette même époque, engagée contre Napoléon.
Après Tilsitt, grâce à la médiation de la France, un armistice fut signé le 24 août 1807 à Slobodzeia : les belligérants s’engageaient à évacuer les principautés roumaines. Ces promesses ne furent jamais tenues, de longues négociations n’aboutirent qu’à la reprise des hostilités au printemps de 1809, mais au bout de plusieurs mois aucun résultat spectaculaire n’était obtenu ni d’un côté ni de l’autre. En 1810, le printemps vit à nouveau la suspension des combats qui, dès le mois de mai, reprirent et furent marqués de quelques succès russes. Au mois de septembre, la Prusse offrait ses bons offices pour l’ouverture de nouvelles négociations, mais en vain, la Turquie refusant de céder la Moldavie et la Valachie.
• La traduction du document a été faite par M. Pertev Boratav, chargé de recherches au C.N.R.S.

Dès lors, la certitude d’un conflit décisif entre la France et la Russie détermina les rapports russo- turcs.
La Russie avait hâte de mettre fin à cette guerre qui immobilisait plus de cinquante mille hommes de ses troupes sur le Danube, mais elle conservait l’espoir de garder les territoires occupés, c’est-à-dire la Moldavie et la Valachie.
De son côté, Napoléon cherchait à se rapprocher de la Porte. Latour-Mau- bourg, envoyé de l’Empereur à Constantinople, s’efforça d’amener les Turcs à l’alliance française, leur promettant, en cas de leur participation au conflit, outre les deux principautés danubiennes, la Crimée.
Cependant à la fin de l’année 18 11, les deux adversaires entamèrent les pourparlers en vue de la cessation des hostilités. N’étant pas parvenus à s’entendre, les combats reprirent et enfin, au début d’octobre, Kutuzov remporta une grande victoire à Slobodzeia. La Turquie céda alors et le 13 octobre s’engagèrent de nouvelles négociations à Giurgiu, où les exigences de la Russie portaient sur la cession de la Bessarabie, de la Moldavie et une contribution de 20 millions de piastres en échange de la Yalachie. Après un nouveau refus de la Turquie, les plénipotentiaires Kutuzov et Italianski, ambassadeur de Russie à Constantinople pour la Russie, Ghalib Efendi et Ham id Efendi, officier supérieur du Corps des Janissaires pour la Porte, se rendent le 25 octobre à Bucarest où les pourparlers se poursuivirent.
Sur les négociations planait la menace de la guerre franco-russe. Napoléon conseilla au Sultan de ne pas accepter l’armistice et offrit son alliance ; les Turcs, conscients que le temps travaillait en leur faveur, firent traîner les discussions. Les Russes cherchaient à aboutir sans trop céder.
En janvier 18 12, Napoléon par l’entremise de Latour-Maubourg revint à la charge avec pour promesses à l’appui île rétablir l’indépendance de la Pologne, l’une des revendications de la diplomatie ottoman, et de rendre la Crimée à la Turquie. Mais en même temps, la Suède, à son tour, intervint et Bernadotte chargea son envoyé à Constantinople de mettre la Porte en garde contre Napoléon qui après sa victoire sur la Russie pourrait retourner ses armes contre la Turquie. La pression suédoise s’ajoutait ainsi aux résistances des plénipotentiaires russes à Bucarest qui voyaient l’armée russe immobilisée sur le Danube.
Le 24 mars 18 12, l’Autriche s’alliait à la France. L’heure était venue pour la Russie de céder.
La lettre de Ghalib Efendi est le reflet fidèle de ces pressions qui s’exerçaient de tous côtés sur les diplomates turcs : France, Russie, Angleterre, Suède… Elle révèle la traditionnelle prudence de la diplomatie ottomane et laisse transparaître la profonde méfiance des Turcs envers tous les pays d’Europe, tant envers la Russie qui demeurait l’ennemie numéro un, qu’envers Napoléon dont la puissance, alors à son apogée, apparaissait comme une menace.
Enfin la paix fut conclue le 28 mai 18 12. La Porte abandonnait la Bessarabie, mais la Russie renonçait à ses prétentions sur la Moldavie et la Valachie. La frontière était ramenée au thalweg du Prout et du Danube.
Le 24 juin suivant, la Grande Armée franchit le Niémen.
Bien que le traité de Bucarest ne satisfît personne, car la Russie comme le Sultan espérait bien marchander davantage, il dégagea tout de même l’armée russe du Danube, la laissant libre de participer aux combats de 1813-1814. La Turquie, de son côté, put garder sa neutralité dans le conflit, ce qu’espérait bien Ghalib Efendi.
Paris, mars 1965.
Chantai Lemercier-Quelquejay.

С LEMERCIER-QUELQUEJAY
DÉCHIFFREMENT DU RAPPORT EN CODE
ARRIVÉE DES DÉLÉGUÉS TURCS A LA CONFÉRENCE DE BUCAREST

Comme il nous a été communiqué de la part de Votre Ministère à la Porte (Ottomane), il est évident qu’une alliance de l’Empire ottoman avec n’importe quelle puissance chrétienne ne saurait avoir que des conséquences désastreuses. D’autre part, les raisons pour lesquelles l’Empereur de France propose maintenant avec une manifeste sincérité d’établir des liens d’amitié et de prendre ses engagements envers la Porte peuvent s’expliquer de deux façons : ou bien ses intentions sont trompeuses et il cherche à égarer l’Empire ottoman (Dieu nous en garde !), ou bien, ces propositions correspondent à la vérité. Pour le moment, on ne peut se prononcer en faveur ni de l’une ni de l’autre de ces deux possibilités. Peut-être serait-il possible de faire des prévisions d’après les comportements et les agissements (des intéressés) à Istanbul ; mais votre serviteur les ignore.
Il est certain que les événements qui se déroulent en ce moment même en Pologne, amènent la Russie à concentrer ses forces dans ce secteur, aussi ne peut-elle guère en disposer contre l’Empire ottoman ; d’ailleurs l’hiver est là qui l’empêche d’exercer ses méfaits (contre notre pays). Ces circonstances sont avantageuses pour nous. Les Russes en effet n’ont pu, jusqu’ici, que tramer quelques intrigues. D’autre part, la situation actuelle prouve que de tous les Etats chrétiens, seule la Russie peut freiner la course fougueuse de l’Empereur de France vers ses visées de conquête. Trouver une solution à l’affaire de Pologne était depuis longtemps l’une de ses préoccupations. En outre, aux termes du traité qu’il avait conclu avec la Russie, l’Empereur attendait de celle-ci une attitude hostile envers l’Angleterre et l’interdiction de toute activité commerciale (des Anglais) en Russie. Or, en raison de l’indulgence délibérée des Russes, les Anglais ont pu poursuivre leurs affaires commerciales avec la Russie ; les échanges diplomatiques se sont même effectués (entre les deux puissances) ; ce qui a entraîné l’Empereur de France à prendre des mesures récentes (contre la Russie). L’un de ses buts les plus immédiats est très probablement de réduire les Russes à l’état de soumission souhaité.
Bien qu’on ne puisse qualifier de sincères les avances (que l’Empereur de France) fait à l’Empire ottoman dans le seul but de mener à bien ses affaires et, compte tenu des expériences antérieures, peut-on ne les considérer que comme des promesses trompeuses ? Il se peut qu’il nous propose des relations amicales sans arrière-pensées malveillantes. Mais comme certains indices le laissent supposer, cette façon d’agir ne peut aussi viser que le problème des rapports de la Porte ottomane avec l’Angleterre, à savoir : interdire aux Anglais la navigation dans les eaux maritimes et fluviales de l’Empire ottoman, et toute activité commerciale, officielle ou privée sur le territoire ottoman.
Dans ces conditions, l’Empire ottoman devrait refuser d’adhérer à l’un ou à l’autre des systèmes d’alliances, de la France ou de la Russie, et rester neutre ; il devrait assumer tout seul ses fardeaux. Si on arrive enfin comme on le souhaite à conclure la paix, l’Empire ottoman aurait profit à se décharger des conflits qui le gênent par la seule voie de la négociation, et demeurer en spectateur à l’écart des événements ; il semble que ce soit la meilleure des lignes à suivre. Bien qu’il paraisse égal, dans ces conditions, que le traité de paix soit signé (par nous) tout de suite, ou plus tard, comme on ne peut guère savoir d’avance quelle couleur prendra l’étoffe tissée sur les métiers de la Russie, de la France et de l’Autriche, il me semble — ainsi qu’il en est fait mention dans l’ordonnance de mon Généreux Maître — que les avantages tangibles que nous obtiendrions en arrangeant l’affaire sans attendre de l’avenir des profits possibles, sont préférables, en raison des circonstances actuelles.
Il est incontestable qu’une prévision sur l’issue de la guerre est chose impossible pour la raison humaine, et qu’elle ne dépend pas toujours de la force apparente des belligérants ; toutefois, étant donné les antécédents et le grand potentiel militaire de la France, et des dispositions extraordinaires qu’elle a prises, on serait plutôt tenté de prévoir sa victoire sur la Russie, auquel cas, si toutes ses avances sont rejetées (par l’Empire ottoman), dès qu’elle aura réalisé ses plans concernant la Russie, elle trouvera un prétexte pour ajouter de nouvelles matières à sa vieille rancune (envers les Turcs), de sorte que, s’entendant avec la Russie, lors de la signature de paix, elle entreprendra — Dieu nous en garde ! — toutes sortes d’actes hostiles (contre la Turquie) ; ou encore, dans le cas où elle ne pourrait pas venir à bout de la Russie, elle tentera de comploter contre l’Empire ottoman lors des pourparlers de paix avec la Russie.
Il est donc indispensable (pour nous) d’éviter toutes ces conséquences fâcheuses. D’autre part — et par la nature même des choses — l’ennemi principal de l’Empire ottoman est la nation russe plus qu’une autre. Les propos malveillants (au sujet de la Turquie) attribués à la France et divulgués tout récemment par Kutuzov, ont été sûrement suggérés aux Français par les Russes ; de même, lors de la dernière rencontre des empereurs de France et de Russie à Erfurt, les projets hostiles à l’Empire ottoman, qui n’ont pu être élaborés en raison de l’opposition de l’Empereur d’Autriche, ont été probablement soumis par les Russes.
Aussi conviendrait-il pour l’Empire ottoman d’éviter de s’engager dans une alliance avec l’une ou l’autre de ces deux puissances, et de déployer tous ses efforts pour empêcher l’intervention de l’une et de l’autre dans ses affaires. Mais si, en fin de compte, tout compromis s’avère impossible pour lui et qu’il se sent forcé à choisir entre les deux camps, il (me) semble que préférer la France serait la moindre des catastrophes.
Toutefois, comme l’hostilité des Anglais qui serait une conséquence de l’alliance avec la France, nous sera en toute probabilité extrêmement préjudiciable (Dieu nous en garde !), c’est une affaire bien difficile que de trouver une solution moyenne, et de découvrir la perspective la moins lourde de conséquences.
Dans ces conditions, le plus sage serait de tout expliquer très ouvertement à l’Empereur de France en ces termes :
« L’Empire ottoman serait très content de s’allier avec un État aussi puissant que la France. Et il n’hésiterait même pas à accepter la condition posée préalablement ou en conclusion de déclarer son hostilité à l’Angleterre si l’adoption d’une telle politique était en son pouvoir. Or, vous le savez vous-même, qu’il ne peut l’adopter car les Anglais barreront le détroit des Dardanelles et ne laisseront pas même passer une barque. Bien qu’ils ne puissent forcer le détroit des Dardanelles et passer dans la mer de Marmara pour faire pression sur la capitale de l’Empire, on ne peut rien faire contre eux du côté de l’Egée et de la Méditerranée, ils priveront l’Empire de tout l’approvisionnement qui lui parvient de ce côté et on aura à subir toutes sortes de conséquences fâcheuses. En ce moment-là, la France ne pourra pas nous venir en aide pour nous débarrasser des Anglais ; car, vous le savez bien, vous-même, qu’il est impossible de venir à bout des Anglais sur mer. Ainsi provoquer l’hostilité de l’Angleterre serait une politique préjudiciable à tous égards à l’Empire ottoman qui devrait être excusé de devoir la refuser. »
Par des propos de ce genre, et en avançant à l’appui de multiples arguments, on peut lui expliquer (l’affaire), et peut-être, le convaincre que la France n’a rien à craindre de l’Empire ottoman, ni dans le présent, ni dans l’avenir et que nous sommes prêts à tout consentir excepté une rupture avec l’Angleterre. Si l’on y réussit, il n’y aura plus aucun inconvénient à s’allier à la France sous réserve de ne porter (par cette entente), aucun préjudice à nos rapports avec l’Angleterre. Cette entente, conclue par l’intermédiaire de l’Autriche, pourra même apporter certains avantages. On observe actuellement de la part de l’Autriche (une attitude de) cordialité à l’égard de l’Empire ottoman (qui s’explique) par les circonstances. Il (me) semble probable que ces considérations du gouvernement ottoman pourront être transmises à l’Empereur de France par l’intermédiaire de l’Autriche. D’un autre côté (en ce qui concerne les pourparlers avec la France) il ne sera guère opportun de les annoncer à un ambassadeur ou à un chargé d’affaires (français) à Istanbul, ni de lui faire écrire une lettre adressée à son souverain, et d’entamer une correspondance à ce sujet. Il serait préférable de désigner et d’envoyer d’urgence pourvu de pouvoirs extraordinaires et d’instructions particulières à cet effet, un autre délégué que l’ambassadeur chargé d’affaires de l’Empire ottoman auprès de la France ; une personne d’Istanbul, sage, raisonnable, éloquente, capable de riposter, honnête, qui même si elle n’est pas d’un haut grade, serait un serviteur de Votre Seigneurie, pourvue de qualités à la hauteur de la tâche à assumer et capable de représenter l’Empire auprès de l’Empereur de France. De cette façon, l’Empire ottoman serait épargné, avec l’aide de Dieu, de multiples dangers; cette mesure nous permettrait, au moins, de gagner du temps, d’attendre pour voir ce qu’il adviendra dans la suite et agir en conséquence. Telles sont les réflexions qui me viennent à l’esprit. Bien que de tels propos soient trop osés pour un humble serviteur de Votre Seigneurie, j’ai pris la liberté de formuler mon opinion encouragé en cela par le texte de votre firman où apparaît le désir de connaître les mesures à prendre dans l’état actuel des relations entre les grandes puissances. Personnellement, votre serviteur n’est guère à la hauteur de la discussion et de la résolution de ces questions, d’autant plus que les charges que je dois assumer ont profondément troublé mon esprit. Je vous prie donc humblement de me pardonner et d’accorder votre indulgence aux erreurs de jugement que je pourrais commettre. Il me reste à dire en conclusion que ni l’Autriche, ni la France ne semblent être disposées à accepter un autre traité de paix que celui qui assurera à l’Empire ottoman l’intégrité de son territoire. Il faudrait encore savoir de façon précise, si les garanties et les engagements (des deux puissances mentionnées) vis-à-vis de l’Empire ottoman — au cas où ils seraient formulés et contractés — impliqueront aussi les pays envahis récemment par les Russes. En tous cas, si la proposition de retarder (la signature du) traité étant venue de la France, on a dû s’y conformer, ceci ne constitue pas un gros inconvénient puisqu’il reste maintenant cinq ou six jours avant le début de mai, date que vous indiquez ; d’autre part, comme quelques jours passeront encore jusqu’à ce que votre réponse à la présente lettre de votre serviteur puisse parvenir ici et que nous puissions la communiquer (aux intéressés), nous verrons quelle sera l’attitude des Russes d’ici là ; nous ne pouvons la prévoir. En tous cas, je vous prie de bien vouloir me faire savoir votre volonté, et donner des instructions précises et explicites sur l’initiative à prendre, à savoir, si l’on doit, d’après les récentes réponses (des Russes) et les circonstances actuelles, conclure un traité ou le dénoncer, et plus particulièrement, si l’on doit arriver à une entente urgente ou (attendre pour) obtenir des concessions.

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Napoléon n’a pas été vaincu par les canons ou l’hiver russes

Classé sous — milguerres @ 22 h 10 min

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Napoléon n’a pas été vaincu par les canons ou l’hiver russes

 

Napoléon n'a pas été vaincu par les canons ou l'hiver russes 12121010
«La retraite de Moscou», d’Adolph NorthenSans les poux, les Russes n’auraient pas pu battre l’empereur français lors de la campagne de Russie de 1812.

Nos livres d’histoire nous ont appris que Napoléon, lors de son invasion de la Russie en 1812, avait marché sur Moscou avec une armée à peu près intacte et n’avait été forcé de battre en retraite que parce que les Moscovites avaient incendié les trois quarts de leur ville, privant ainsi son armée de nourriture et de vivres.
Le rude hiver russe avait alors décimé l’armée en retraite. La victoire russe, commémorée par l’Ouverture 1812 de Tchaïkovski, resta dans les mémoires comme l’un des grands revers de l’histoire militaire.
Mais personne n’a reconnu la véritable grande puissance de cette guerre.
A Vilnius, en Lituanie, à l’hiver 2001, des ouvriers creusèrent des tranchées pour enfouir des lignes téléphoniques et démolirent les vieux baraquements soviétiques qui se dressaient là depuis des décennies. Un jour, un bulldozer déterra un objet blanc. Le conducteur descendit de sa machine et, à sa grande surprise, découvrit un crâne et des os humains. Un autre ouvrier raconta plus tard que «les choses ne cessaient de sortir du sol—il y en avait des milliers».
Huit ans plus tôt, une fosse contenant les dépouilles de 700 personnes assassinées par le Comité pour la sécurité de l’Etat, ou KGB, avait été mise au jour. Etait-ce l’un de ces endroits secrets où le KGB disposait de ses victimes? Ou bien l’une des fosses communes où des Juifs avaient été massacrés en masse par les nazis?
Quand les archéologues de l’université de Vilnius arrivèrent, ils constatèrent que les corps étaient enfouis sur trois rangées dans des tranchées en forme de V, apparemment creusées pour servir de positions défensives. Il apparut que les squelettes étaient les dépouilles de soldats.
Deux mille d’entre eux furent exhumés, ainsi que des boucles de ceinture portant des numéros de régiment. Ils trouvèrent également des pièces de 20 francs datant du début des années 1800. Les scientifiques finirent par comprendre ce sur quoi ils étaient tombés: les vestiges de la Grande Armée. Napoléon avait conduit 600.000 hommes en Russie avec la ferme intention de conquérir le pays; pas plus de 30.000 y survécurent, et parmi eux, on dit que moins d’un millier furent capables de reprendre un jour du service.

L’ennemi microscopique
Quelles incroyables circonstances ont-elles bien pu causer la déroute de l’une des plus grandes armées du continent européen, menée par l’un des plus grands généraux de tous les temps?
Etonnamment, ce ne fut pas les soldats ennemis ou les privations que les soldats subissent d’ordinaire qui décimèrent l’armée de Napoléon. La plupart de ses soldats étaient de jeunes hommes endurcis par la guerre, normalement capables de supporter le froid, les longues marches et l’épuisement.
Non, l’armée de Napoléon et ses grands projets de conquête furent ravagés et annihilés par un organisme microscopique: le microbe du typhus, propagé lors d’une invasion de poux.
Au départ, Napoléon n’avait aucune raison valable d’envahir la Russie. Son armée avait vaincu l’armée russe à la bataille de Friedland en juin 1807, et le 7 juillet de la même année, la France et Alexandre Ier de Russie avaient signé le traité de Tilsit qui faisait des deux pays des alliés (et, entre autres choses, interdisait à la Russie toute relation commerciale avec la Grande-Bretagne). Curieusement, Napoléon ne s’empara d’aucun territoire russe ni ne demanda de réparations de guerre.
Début 1812, la plus grande partie des territoires compris entre l’Espagne et la Russie était sous son contrôle. Cependant, l’Angleterre maîtrisait les mers, et Napoléon voulait l’Inde, colonie anglaise à l’époque. Le seul espoir de s’en emparer était de la prendre par la terre, et donc de contrôler la Russie.
Depuis le traité de Tilsit, la France et la Russie étaient des alliés à couteaux tirés. La Russie avait violé le traité en faisant des affaires avec l’Angleterre, et Napoléon, lassé de cet état de choses, l’utilisa comme prétexte pour l’envahir.
En juin 1812, l’armée napoléonienne se rassembla dans l’est de l’Allemagne. Napoléon passa ses troupes en revue en grandes pompes sur la rive ouest du Niémen le 22 juin 1812. Ses ingénieurs jetèrent un pont flottant sur le fleuve et le lendemain, l’armée pénétra dans la Pologne contrôlée par la Russie.
C’est en Pologne que cela commença à se gâter
Tout se passait bien –l’été, bien que chaud et sec, permit aux soldats de marcher facilement sur les routes. Les colonnes de ravitaillement restaient un peu en avant, assurant ainsi la nourriture nécessaire, et les soldats étaient en bonne santé. Bien que des hôpitaux militaires aient été mis en place sur le chemin de la Pologne à Magdeburg, Erfurt, Poznań et Berlin, ils n’étaient que très peu nécessaires. L’armée rejoignit Vilnius en quatre jours, sans rencontrer de résistance de la part des troupes russes.
C’est en Pologne que les choses ont commencé à se gâter pour Napoléon. Il se retrouva dans une région d’une saleté incroyable. Les paysans étaient crasseux, les cheveux emmêlés, couverts de poux et de puces, et les puits étaient souillés.
Comme l’armée était à présent en territoire ennemi, les voitures de ravitaillement avaient dû se déplacer vers l’arrière. Les routes étaient couvertes d’une poussière molle ou creusées de profondes ornières après les pluies du printemps; les chariots de vivres prenaient de plus en plus de retard par rapport au principal corps de troupes, à qui il devint difficile de fournir eau et nourriture. L’armée était si gigantesque qu’il était presque impossible de garder une formation militaire intacte, et la majorité des soldats s’éparpillèrent, formant des groupes immenses et débandés.
Une forte fièvre, des plaques rouges…
Nombre de soldats pillèrent les maisons, le bétail et les champs des paysans. Presque 20.000 chevaux de l’armée moururent faute d’eau et de fourrage sur le chemin de Vilnius. Les maisons des paysans étaient si répugnantes et grouillantes de cafards qu’elles en semblaient vivantes. Les maladies typiques des champs de bataille, comme la dysenterie et autres pathologies intestinales, firent leur apparition, et bien que de nouveaux hôpitaux fussent établis à Danzig, Königsberg et Toruń, ils s’avérèrent incapables d’absorber les innombrables soldats malades renvoyés vers l’arrière.
Mais les problèmes de Napoléon ne faisaient que commencer.
Plusieurs jours après la traversée du Niémen, plusieurs soldats furent atteints de forte fièvre et virent des plaques rouges apparaître sur leur corps. Certains d’entre eux, dont le visage avait pris une teinte bleue, ne tardèrent pas à mourir. Le typhus venait de faire son apparition.
Le typhus sévissait en Pologne et en Russie depuis de nombreuses années, mais il avait gagné du terrain depuis que l’armée russe avait dévasté la Pologne en battant en retraite devant les forces napoléoniennes. Le manque d’hygiène associé à un été inhabituellement chaud avait créé les conditions idéales pour la propagation des poux.
Le typhus est provoqué par l’organisme Rickettsia prowazekii. Il faudrait attendre un siècle après la campagne de 1812 pour que les scientifiques ne découvrent que le typhus est présent dans les déjections de poux.
Saleté et sueur, l’environnement idéal
Le soldat français moyen était sale et en sueur, et ne changeait pas de linge pendant des jours; l’environnement idéal pour que des poux se nourrissent sur son corps et s’abritent dans les coutures de ses vêtements.
Une fois les habits et la peau du soldat contaminés par les excréments de poux, la plus petite égratignure ou écorchure suffisait pour que le microbe du typhus pénètre dans le corps du soldat.
Circonstance aggravante, pour des raisons de sécurité les soldats dormaient en grands nombres dans des endroits confinés, de peur que les Russes n’attaquent ou que les Polonais ne se vengent. Cette proximité permettait aux poux de contaminer rapidement les soldats encore sains.
Un mois à peine après le début de la campagne, Napoléon avait perdu 80.000 soldats, morts ou invalides, frappés par le typhus. Sous l’autorité du baron Dominique-Jean Larrey, chirurgien militaire, les mesures médicales et sanitaires de l’armée étaient les meilleures du monde mais personne n’aurait pu venir à bout d’une épidémie de cette ampleur. Voici le récit d’un témoin oculaire direct d’une invasion de poux:
«Bourgogne s’endormit sur un matelas de roseaux et ne tarda pas à être réveillé par l’activité des poux. Se découvrant littéralement couvert de bêtes, il enleva sa chemise et son pantalon et les jeta dans le feu. Ils explosèrent comme les tirs de deux rangées de fantassins. Il ne put s’en débarrasser pendant deux mois. Tous ses compagnons grouillaient de poux; beaucoup furent piqués et contractèrent la fièvre tachetée (typhus).»
Le 28 juillet, trois des officiers de Napoléon lui soumirent leur inquiétude à l’idée que la bataille contre les Russes était en train de devenir périlleuse. Les pertes causées par les maladies et les désertions avaient réduit sa force de frappe effective de moitié environ. Pour ajouter à cette difficulté, trouver des provisions en territoire hostile devenait un réel défi. Napoléon écouta leurs arguments et accepta de mettre un terme à la campagne, mais deux jours plus tard, il revint sur sa décision et affirma à ses généraux:
«C’est le danger même qui nous pousse vers Moscou. Les dés sont jetés. La victoire nous justifiera et nous sauvera.»
Napoléon et ses soldats malades et épuisés continuèrent donc d’avancer. Smolensk tomba le 17 août, rapidement suivi par Valoutina. Les Russes battaient en retraite à mesure que les Français avançaient, attirant Napoléon toujours plus profondément dans le pays. L’empereur avait divisé son armée en trois parties. Le 25 août, Napoléon avait perdu 105.000 hommes de son armée de 265.000, ce qui ne lui laissait plus que 160.000 soldats. En deux semaines, le typhus la réduisit à 103.000 têtes.

Obligé de battre en retraite
Le général russe Mikhaïl Koutouzov adopta une position défensive à Borodino, à environ 110 km à l’ouest de Moscou. Le 7 septembre, les forces françaises affrontèrent les Russes. Les deux camps subirent de lourdes pertes. Napoléon entra ensuite dans Moscou, mais ce fut une victoire à la Pyrrhus; il ne restait qu’environ 90.000 soldats français. L’empereur s’attendait à une reddition des Russes; mais ces derniers se contentèrent de lui abandonner la ville. Les trois-quarts de Moscou avaient brûlé quand la Grande Armée y pénétra, et il n’y avait plus de nourriture ni aucune sorte de provisions.
15.000 hommes en renfort rejoignirent l’empereur à Moscou, dont 10.000 furent décimés par la maladie. Devant l’imminence de l’hiver russe, Napoléon n’eut pas d’autre choix que de battre en retraite et de retourner en France. L’empereur et ce qu’il restait de son armée se réfugièrent à Smolensk, espérant y trouver abri et nourriture. En y arrivant le 8 novembre dans un froid glacial, Napoléon trouva les hôpitaux déjà débordant de malades et de blessés. La discipline se détériorait, et il reçut le coup de grâce en découvrant que les provisions sur lesquelles il comptait avaient été consommées par les troupes de réserve et de communication.

L’armée quitta Smolensk le 13 novembre et arriva à Vilnius le 8 décembre. Il ne restait plus que 20.000 soldats en état de se battre. Ayant eu vent de l’imminence d’un coup d’Etat fomenté en France par le général Claude-François Malet, Napoléon passa le commandement au général Joachim Murat et se hâta de rentrer à Paris.

La fin du grand rêve
Murat refusa de défendre Vilnius –il abandonna ses canons et le butin obtenu à Moscou aux Russes qui progressaient et battit en retraite vers le Niémen, qu’il traversa le 14 décembre avec moins de 40.000 hommes, la plupart invalides. C’est ainsi que s’acheva le grand rêve de Napoléon d’atteindre l’Inde en passant par la Russie.
Beaucoup des soldats morts furent ensevelis dans les tranchées défensives creusées pendant la retraite. C’est dans l’une de ces tranchées que, presque deux siècles plus tard, des ouvriers ont trouvé les vestiges de la Grande Armée de Napoléon.
Didier Raoult, de l’université de la Méditerranée de Marseille, a analysé la pulpe dentaire de 72 dents prélevées sur les corps de 35 des soldats découverts à Vilnius. La pulpe de sept soldats contenait de l’ADN de Bartonella quintana, organisme responsable de la fièvre des tranchées, autre maladie transmise par les poux, très répandue pendant la Première Guerre mondiale.
L’ADN de trois soldats contenait des séquences de R. prowazekii, responsable des épidémies de typhus. En tout, 29% des dépouilles portaient des preuves d’infection par R. prowazekii ou B. quintana, ce qui témoigne du rôle majeur des poux dans la défaite de Napoléon.
La plupart des Américains connaissent bien le final de L’Ouverture 1812 de Tchaïkovski, commandée par la Russie pour célébrer la défaite de Napoléon.

Le morceau s’achève par le grondement du canon et le carillon des cloches; cependant, si Tchaïkovski avait voulu retranscrire précisément le son de la défaite de Napoléon, on entendrait seulement le son doux et discret du pou qui dévore la chair humaine. Un organisme trop petit pour l’œil de l’homme, qui a changé le cours de l’histoire humaine.

Joe Knight
Spécialiste de l’histoire médicale
Traduit par Bérengère Viennot
Pour en savoir plus en anglais: The Illustrious Dead: The Terrifying Story of How Typhus Killed Napoleon’s Greatest Army de Stephen Talty.
http://www.slate.fr/story/66541/napoleon-defaite-typhus-pous-hiver-russe

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Celles de l’Histoire, retour vers les grandes épopées

10 novembre 2013

9e Régiment de Dragons

Classé sous — milguerres @ 18 h 13 min
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HISTORIQUE SUCCINCT
du 9e Régiment de Dragons
(par le Lieutenant colonel (H) Henri Azema)

http://cavaliers.blindes.free.fr/rgtdissous/9dragonsh.html

Levé le 14 septembre 1673 à partir des dragons de gentilshommes (Danjeau) par le Marquis Charles Paul de Beauffremont il prend le nom de régiment de Beauffremont-Dragons qu’il conservera jusqu’en 1685. Racheté en 1696 il devient Payrac-Dragons, du nom de son nouveau propriétaire. En 1699, repris par une branche des Beauffremont il prend le nom de Listenois-Dragons avant de devenir en 1773 Lorraine-Dragons.
Sous l’Ancien régime:
Sous les anciennes dénominations de la royauté, le régiment participe aux guerres de Hollande (1673-1678), contre la ligue d’Augsbourg (1688-1697), de la succession d’Espagne (1701-1713), de la guerre de succession de Pologne (1733-1735), d’Autriche (1740-1748), à la guerre de Sept Ans (1756-1763).
Après la révolution, en 1791, le régiment prend le nom de « 9e régiment de dragons ».

Les guerres de la révolution et de l’Empire:

   1791: Le régiment, après les massacre de la « Glacière », est envoyé à Avignon le 16 octobre pour rétablir l’ordre.
   1793: En compte à l’armée des Alpes, le 9e dragons positionné à Vienne est dirigé Lyon le 9 août où il participe au siège de la ville tenue par des dissidents fédéralistes. Après la chute de la ville, le régiment quitte le quartier Varin et réintègre l’armée de Kellermann mi-octobre 1793.
   1794-96: Il est à l’armée d’Italie de Buonaparte. Il combat à Mondovi le 21 avril 1796, ce sera ensuite Calderio, le Passage du Mincio puis, Arcole le 16 novembre 1796 où il favorise la prise du pont sur l’Alpone en prenant à revers les troupes autrichiennes.
   1797: Il participe, le 14 mars, à la bataille du Tagliamento puis au siège de Mantoue qui capitule le 31 juillet.
   1799: Le 26 mars, le 9e dragons combat à Véderio au sein de l’armée Suchet, subit un échec et est fait prisonnier. Partiellement libéré 4 mois après, les restes du 9e dragons avec son colonel rentrent en France et se reconstitue à Paris.
   Le 10 novembre 1799, le régiment sous les ordres du colonel Sebastiani est une des 3 unités qui participe au coup d’état du 18 brumaire.
   1800: Le 9e dragons fait partie de l’Armée de réserve de Dijon créée par décret en date du 8 mars pour renforcer l’armée de Masséna en difficulté en Italie. Il est à Seurre le 5 avril avant de s’installer fin avril à Saint-Jean-de-Losne. Il est avec le 8e dragons à la brigade Rivaud.
   Le 5 mai, la division de cavalerie qui comprend le 11e hussards, le 15e chasseurs, le 3 e de cavalerie et le 9e dragons fait mouvement sur Genève par Bourg, Nantua Carouge; le régiment se positionne le 14 mai à Nyons. Après la passage du col du Gand-Saint-Bernard, mené par le 1er consul Buonaparte il combat contre les autrichiens à Montebello le 9 juin . A l’armée Kellermann, 2e brigade Champeaux, il est engagé à Marengo le 14 juin où il repousse de nombreuses attaques et où ses charges forcent la victoire un moment indécise.
   1801: Le 12 juin, il combat en Toscane et se fait remarquer à Castel-Franco.
   1803: En prévision d’une action sur l’Angleterre les forces françaises se rassemblent. Les 1er, 3e, 8e et 9e dragons sont stationnés dès le 14 juin au camp de Compiègne.
   1804: Le régiment aux ordres du colonel Maupetit stationne, pour les 1er et 2e escadrons à Pont-Sainte-Maxence, l’escadron de dépôt, les 3e et 4e escadrons à Versailles.
   1805: Le 9e dragons est à la Grande Armée, à la 3e division de cavalerie il fait partie de la 1e brigade de dragons avec les 5e, 8e dragons du général Boyer. Le 27 août, il reçoit ordre de marcher sur l’Allemagne. Après avoir franchi le Rhin, il combat victorieusement le 8 octobre contre les autrichiens à Wertingen puis s’illustre à Austerlitz le 2 décembre.
   1806: Durant la campagne de Prusse, il combat à Iéna le 14 octobre puis participe le 26 octobre à la prise du village de Zehdenick, après une charge de cavalerie menée par Murat.
   1807: En campagne en Pologne, le 9e dragons, aux ordres du colonel Girardin, est engagé le 3 février à Jonkowo, le 6 à Hoff puis à Eylau le 8 février où le 9e dragons et les escadrons de Murat chargent à plusieurs reprises pour dégager l’infanterie et forcer les russes à une nouvelle retraite. Ce sera ensuite Friedland le 14 juin et Koenigsberg où il entre le 16 juin 1807.
   Les nombreux combats des guerres de la révolution et de l’Empire valent au régiment d’inscrire sur son étendard les noms de
    »Arcole 1796″ – « Marengo 1800″ – « Austerlitz 1805″- « Eylau 1807″.
   1808: Dirigé sur l’Espagne le régiment combat à Burgos le 7 novembre 1809.
   1809: Le 9e dragons est engagé à Talavera-de-la-Reina les 27 et 28 juillet et le 19 novembre à Occana.
   1810: Il participe au siège de Cadix en avril puis à la bataille de Busaco le 28 novembre.
   1811: En prévision de la campagne de Russie, l’Empereur réorganise l’Armée; le 9e régiment de dragons change d’appellation et devient le 4e régiment de lanciers.
   1812: Sous cette nouvelle dénomination le régiment se distinguera en 1812 lors de la campagne de Russie à la Moskova, Mojaisk et Winkowo.
   1813: Durant la campagne d’Allemagne il est à Leipzig et Hanau.
   1814: Il participe aux combats Champaubert et Vauchamps lors de la campagne de France.
   Après l’abdication de l’Empereur le régiment prend l’appellation de régiment de Lanciers de Monsieur titre qu’il ne conservera que dix mois.
   1815: Les cent jours:
   Le 1er mars 1815 Napoléon quitte l’île d’Elbe. Le 20 mars il entre dans la capitale. Mais les alliés reprennent les hostilités et très vite il faut réorganiser l’armée. Le 9e régiment de dragons retrouve son nom mais une ambigüité subsiste car c’est sous le nom de 4e lanciers qu’il combattra à Waterloo.
   En 1815 à bataille de Waterloo, sous le commandement du Colonel Brio, le régiment (4e lanciers) anéanti les dragons anglais du général Ponsonby, tué par le Maréchal-des-logis Orban, qui sauve également le drapeau du 45e de ligne.

Restauration:
Fin Juin 1815, peu après la seconde abdication de l’Empereur, le régiment est dissous. Les hommes sont transférés au régiment de chasseurs de Vendée qui deviendra 10e dragons en 1825.

   1816-24: Sous la IIe restauration, recréé sous le nom des dragons de la Saône, il participe en 1823 à l’expédition d’Espagne. Sous les ordres du colonel Vilatte et combat avec succès à San-Juan-Del-Puerto.
   1825: Après la dissolution des « Dragons de la Saône » le régiment retrouve son appellation de 9e régiment de dragons. Il ne gardera cette dénomination que trois mois et deviendra le 1er janvier 1826 « 9e régiment de cuirassiers ». A la même date, le 21e régiment de chasseurs à cheval dissous, prend le nom de « 9e régiment de dragon » et reste en garnison à Epernay.
   1826: Le 1er janvier il devient le 9e régiment de cuirassiers, le 21e régiment de chasseurs perdant son nom, constitue le 9e régiment de dragons actuel. Il est à cette date en garnison à Epernay.

La guerre de 1870:

   Le 1er août, le 9e dragons est en compte à l’armée du Rhin du général Barrail. Il est commandé par le colonel Reboul, et fait partie, avec le 1er dragons, de la 1èrebrigade.
   Le 16 août, il se distingue à la bataille de Rezonville (Division Forton); le régiment surpris par une attaque prussienne, se débande avant de se reformer et de s’illustrer en chargeant la brigade Bredoww.
   Après la capitulation de l’Empereur Napoléon III à Sedan le 2 Septembre, il retrouve sa garnison d’Epernay. Il restera en champagne jusqu’en 1914 avec un intermède en 1896 à Lunéville.

La guerre 1914–1918:

   Le 9e régiment de dragons, en garnison à Epernay, appartient à la 7e brigade de dragons, 1er corps de cavalerie (Général Sordet), 5e division (avec le 29e dragons), Ve armée, pour une période s’étalant du mois d’août au mois de novembre 1918.
   Il est composé de quatre escadrons.
   1914:
   Le 31 juillet, le régiment est placé en couverture à Boulzicourt dans les Ardennes jusqu’au 4 août, puis il est envoyé en opérations dans les Ardennes belges/ Martelange, Bastogne, Huy, Hotton, sur la frontière luxembourgeoise, face aux escadrons de hulans. Il participe ensuite à la retraite générale de la Marne et de la Somme du 23 au 27 août 1914. Transporté par VF à Nantueil le Houdain le 12 septembre, il participe à la bataille de l’Ourcq , patrouille sur les arrières ennemis en forêt de Compiègne et Villers Cotteret, puis est engagé à Templeux le 15 et Bohain le 16 septembre.
   La course à la mer:
   Engagé dans la bataille Picardie : il combat à Nurlu le 23, Péronne le 25, puis glissant en Artois ce sera les combats de Noyelles le 28 et de Lens le 4 octobre. La bataille des Flandres le voit combattre du 7 au 9 novembre à Lestrem, Gorgues, Vieille Capelle, Ypres avant d’être engagé sur l’Yser à partir du 17 puis à Steenstraate, Boesinghe, Langemarck.
   Retiré du front il s’installe en réserve vers Hertzeele le 9 novembre 1914 avant d’être placé en repos du 13 décembre au 5 février 1915 à Wermhoult.
   1915:
   Le 7 février, le régiment fait mouvement sur Auxi le Château pour une période de repos et d’instruction. En mai des éléments à pied sont employés dans les tranchées à Wailly et Perles au Bou.
   Du 4 au 29 août, il fait mouvement sur Avesne le Comte; non engagé il retourne à Auxi le Château où il est aux tranchées à Notre-Dame-de-Lorette et Neuville-Saint-Waast.
   Le 21 septembre par VF le régiment fait mouvement vers Sézanne où il est en repos avant de rejoindre la région de Chalons où il est engagé le 2 octobre à Souain.
   Le 23 octobre, placé en repos à Esternay il retourne aux tranchées le 17 juillet à la ferme des Marquises.
   1916:
   Retiré du front et transporté par VF dans le secteur de Lunéville, il est placé dans le secteur situé entre Embermenil et la Saône.
   1917:
   Placé en couverture sur la frontière Suisse, il rejoint le camp du Valdahon en janvier 1917 jusqu’en avril puis, celui de Villersexel. Il retrouve les tranchées de Coucy-le-Château, d’avril 1917 à mars 1918.
   1918:
   Pendant la grande offensive allemande de 1918 et la contre-offensive française et alliée, le régiment est en position sur la Somme, à Roye et Montdidier du 26 mars au 27 mai. Retiré du front il se reconstitue à Montmirail du 6 juin au 2 juillet. A partir du 15 juillet il est engagé dans la région d’Epernay reprend Montvoisin et Oeuilly les 17 et 18 juillet.
   Retiré du front le 22 juillet, il est déplacé en Argonne le 21 septembre 1918. Le 22 octobre il est positionné à Vitry le François. C’est à Gondrecourt que l’armistice le trouve le 11 Novembre 1918.
   Les noms de « L’Yser 1914″ – « L’Avre 1918″ – « Reims 1918″ viendront s’ajouter à l’étendard.

Guerre 1939–1945:

   1939:
   A la déclaration de guerre le régiment est dissous à Epernay. Il donne naissance le 23 août 1939 à deux groupes de reconnaissance d’infanterie: le 3e et 92e GRDI et un groupe de reconnaissance de corps d’armée: la 10e GRCA.
   1944:
   Il est recréé à partir des éléments de la résistance (Le 5eescadron entre autres est constitué de volontaires du maquis des Chênes de la Marne); il se nomme alors « 9e régiment de dragons FFI » et participe à la protection des arrières alliés en décembre 1944 dans la région de Soissons, lors de l’offensive de Von Rundstedt dans les Ardennes.
   Existant de fait dans le soissonnais il est de droit reconstitué à Paris le 1er janvier 1945.
   1945:
   Le 16 janvier, du 3e escadron FFI nait le 1er escadron. Dirigé sur Tarbes, il s’installe au Quartier Larrey. Ayant reçu des renforts en personnel après le 8 mai, il se prépare à un départ pour l’Indochine et devient « Régiment de Marche de Chars de la 2e D.B. ». Il est commandé par le lieutenant-colonel Divary.

L’Indochine:
Le régiment embarque le 10 octobre 1945 sur le paquebot « l’Oronte » à Marseille et débarque à Saigon le 3 novembre 1945 sous le nom de « Régiment de marche du 9e dragons ».
Il combat dans la province de Tay-Ninh au nord-ouest de Saigon près de la frontière du Cambodge et a quelques accrochages avec le Viet-Minh à Go Dau HA entre Saigon et Tay-Ninh.
Le 1er avril 1946, il fait partie de la 1ère brigade d’Extrême-Orient et devient « Groupement d’unités d’armes lourdes » (GUAL/BEO) commandé par le lieutenant-colonel Divary.
Le 1eraoût 1946, il est basé au Tonkin où le régiment est une nouvellement fois dissous. Ses personnels sont mutés au 1er régiment de chasseurs à cheval.

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Bauffremont_Dragons_9e_regiment_quartiers_Epernay_1914_.jpg ‎(500 × 319 pixels, file size: 33 KB, MIME type: image/jpeg)
Français : Quartiers du 9e regiment de dragons à Epernay en 1914. Le nom de tradition de ce régiment est Bauffremont Dragons.

source texte : http://cavaliers.blindes.free.fr/rgtdissous/9dragonsh.html
source image : wikipedia

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http://military-photos.com/9drag.htm

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Historique du 9e régiment de dragons depuis son entrée en campagne,


le 1er août 1914, jusqu’au 11 novembre 1918,


date de la signature de l’armistice ,


rédigé par M. le lieutenant-colonel Picaud

http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gif

a lire intégralement et télécharger sur

http://fr.calameo.com/read/0021527569c3c430aef13

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Titre : Historique du 9e régiment de dragons depuis son entrée en campagne, le 1er août 1914, jusqu’au 11 novembre 1918, date de la signature de l’armistice , rédigé par M. le lieutenant-colonel Picaud
Auteur : Picaud, Lieutenant-Colonel
Éditeur : H. Charles-Lavauzelle (Paris)
Provenance : bnf.fr

 

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6 avril 2013

La campagne de Russie de 1812

Classé sous — milguerres @ 15 h 04 min

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La campagne de Russie de 1812

Napoléon dans son cabinet de travail, Jacques-Louis David, 1812

La campagne de Russie de 1812 est une campagne militaire menée par l’empereur Napoléon Ier. Après avoir conquis presque toute l’Europe, Napoléon entreprend de conquérir la Russie de l’empereur Alexandre Ier.
Jusqu’à la prise de Moscou, face à une armée impériale russe inférieure en nombre au début de l’invasion, l’avantage est aux forces napoléoniennes. Mais le prince russe Mikhaïl Koutouzov général en chef, relève le moral de son armée et l’encourage à mener une contre offensive, en organisant le harcèlement de la Grande Armée lors de la retraite française. C’est ainsi que les maladies, l’hiver, mais aussi les soldats et la population russes, sont responsables de la défaite de Napoléon en Russie.
Les guerres napoléoniennes ont profondément marqué la culture russe. La campagne de Russie a été relatée par Léon Tolstoï dans son célèbre roman historique Guerre et Paix, ainsi qu’évoquée par Piotr Ilitch Tchaïkovski dans son Ouverture 1812. Durant la Seconde Guerre mondiale, l’invasion allemande de l’Union soviétique a été mise en parallèle avec la campagne de Russie.

 

Date 22 juin - 14 décembre 1812
Lieu Entre Austerlitz et Moscou
Issue Victoire russe décisive
Retraite de Russie
Belligérants
Drapeau de l'Empire français Empire français

Flag of Denmark.svg Royaume du Danemark et de Norvège
drapeau du Royaume de Prusse en 1803 Royaume de Prusse
Flag of the Habsburg Monarchy.svg Monarchie de HabsbourgFlag of Russia.svg Empire russeCommandantsNapoléon IerAlexandre Ier de Russie
Mikhaïl Koutouzov
Pierre de BagrationForces en présenceGrande Armée
691 500 hommesArmée impériale russe
350 000 hommes initialement, puis
900 000 hommesPertes200 000 morts
150 000 à 190 000 prisonniers
130 000 déserteurs210 000 morts

La campagne de Russie de 1812 napole10

Au moment de la campagne, Napoléon était au sommet de son règne avec toutes les nations d’Europe continentale sous son contrôle (à l’exception notable de la péninsule ibérique), ou sous le contrôle de nations vaincues par son empire et évoluant sous des traités favorables à la France. Aucun pouvoir européen du continent n’osait alors s’élever contre lui. En 1807, le traité de Tilsit règle la paix entre l’Empire et la Russie. Alexandre espérait à travers le général Caulaincourt un traité interdisant le rétablissement de la Pologne. Napoléon désavoua Caulaincourt, et marqua alors la rupture de confiance avec Alexandre. Ainsi, le traité de paix avec l’Autriche de 1809 contint une clause annexant la Galicie au profit du Grand Duché de Varsovie. La Russie considérait cette clause comme allant à l’encontre de ses intérêts et la Pologne comme le point de départ éventuel d’une invasion de son territoire.
La Russie, alors dotée d’une industrie manufacturière faible, mais riche en matières premières, souffrait du blocus continental qui la privait d’une partie de son commerce, de ses ressources et de revenus pour acheter des biens manufacturés. La levée du blocus par la Russie mit Napoléon en rage et l’encouragea dans la voie de la guerre. Son mariage avec Marie-Louise d’Autriche, auquel Alexandre refusa de participer, renforça aussi la défiance à l’égard de la Russie, alors qu’un peu plus tôt, un mariage, qui aurait concrétisé l’alliance franco-russe, avec la sœur d’Alexandre, la princesse Catherine, avait été envisagé1.

Dénomination
La campagne de Russie de 1812 était connue en Russie sous le nom de « guerre patriotique » (en russe Отечественная война, Otetchestvennaïa Voïna)2.
En russe, on la nomme aussi « guerre de 1812 ».

L’invasion
Les armées opposées

En juin 1812, la Grande Armée forte de 691 500 hommes, la plus grande armée européenne jamais rassemblée, franchit le Niémen pour se diriger vers Moscou.
À la fin juin, la Grande Armée se répartit comme suit, du nord au sud :
• Le maréchal d’Empire MacDonald avec son Xe corps d’Armée (~29 100 hommes), incluant le contingent prussien, àTilsit. La mission de cette force était de prendre Rīga et de se diriger vers Saint-Pétersbourg.
• L’empereur Napoléon Ier, avec la Garde impériale (~30 500 h.), sous Mortier, Lefevbre et Bessières, le Ier corps d’Armée (~66 000 h.) de Davout3, le IIe Corps d’Armée (~40 000 h.) d’Oudinot, le IIIe corps d’Armée (~37 800 h.) deNey et la Réserve de Cavalerie (~20 800 h.) sous Murat avec les Ier et IIe corps de Réserve de Cavalerie de Nansoutyet Montbrun ; le tout concentré devant Kovno. Cette force centrale avait pour but d’engager et détruire la principale armée russe (la 1re Armée de l’Ouest) sous Barclay de Tolly.
• Eugène avec son IVe corps d’Armée (~45 000 h.), environ un tiers d’Italiens), le VIe corps d’Armée (bavarois) (~23 600 h.) de Gouvion-Saint-Cyr et le IIIe corps de réserve de Cavalerie (~6 800 h.) de Grouchy ; le tout concentré à l’arrière et à droite de la force de Napoléon. Les ordres d’Eugène étaient de maintenir le contact avec les unités plus au sud et de protéger la force principale contre une attaque de la 2e Armée de l’Ouest russe de Bagration.
• Jérôme avec le Ve corps d’Armée (polonais) (~34 600 h.) de Poniatowski, le VIIIe corps d’Armée (westphalien) (~16 700 h.) de Vandamme et le IVe corps de réserve de cavalerie (à moitié polonais, un quart saxon et un quartwestphalien) (~7 300 h.) de Latour-Maubourg ; le long du Niémen au sud-ouest de Grodno. Cette force était supposée engager la 2e Armée de l’Ouest russe de Bagration.
• Reynier avec son VIIe corps d’Armée (saxon) (~18 500 h.) près de Bialystok. Ce corps devait maintenir la jonction entre Jérôme et Schwarzenberg.
• Schwarzenberg avec son XIIe corps d’Armée (autrichien) (~32 900 h.) près de Lublin. Ce corps était supposé couvrir le sud de la Pologne contre une invasion russe à partir de l’Ukraine (la 3e Armée de l’Ouest (ou d’Observation) russe deTormassov s’y trouvait).
• En Prusse le IXe corps d’Armée (un tiers polonais et un tiers allemand) (~25 000 h. au 31 août) de Victor et le XIecorps d’Armée (largement composé d’unités de dépôt et de réserve) (~28 000 h. au 15 août). Ces deux corps s’occuperaient de la garnison de la Prusse et de la Pologne et augmenteraient la Grande Armée en Russie si nécessaire.
• 1 200 pièces d’artillerie4.
• plus de 180 000 chevaux (de cavalerie, d’artillerie, de trait).
À cela s’ajoutent 80 000 Gardes nationaux, engagés par conscription pour défendre la frontière impériale du duché de Varsovie. En comptant ceux-ci, l’effectif total des forces impériales françaises sur la frontière russe et en Russie atteint environ 771 500 hommes. Cet énorme déploiement de troupes pénalise grandement l’Empire, en particulier si l’on considère les 300 000 Français supplémentaires se battant dans la péninsule ibérique et les plus de 200 000 hommes en Allemagne et en Italie.
Le gros de l’armée se compose de 450 000 Français, les alliés de la France formant le reste. En plus du corps d’armée autrichien détaché sous les ordres de Schwarzenberg, on compte environ 95 000 Polonais, 90 000 Allemands (24 000 Bavarois, 20 000 Saxons, 20 000 Prussiens, 17 000 Westphaliens et quelques milliers d’hommes venus de plus petits États rhénans), 25 000 Italiens, 12 000 Suisses, 4 800 Espagnols, 3 500 Croates et 2 000 Portugais. À cela s’ajoutent des contingents néerlandais et belges. Chaque nationalité du vaste empire napoléonien est représentée.
Si l’on en croit les estimations les plus récentes, l’armée impériale russe qui lui fait face est moins nombreuse, du moins au début de la campagne. Environ 280 000 Russes sont déployés sur la frontière polonaise (en préparation de l’invasion prévue du satellite français qu’était le Grand-Duché de Varsovie). Au total, l’armée russe compte environ 500 000 hommes (certaines estimations descendent jusqu’à 350 000, tandis que d’autres vont jusqu’à 710 000, un nombre aux alentours de 400 000 semble plus crédible), au début de la guerre. Ceux-ci se répartissent en trois armées :
• la Première armée de l’ouest (commandée par le général Mikhail Barclay de Tolly : six corps d’armée d’infanterie, trois de cavalerie de réserve, dix-huit régiments de cosaques : quelque 159 800 hommes et 558 pièces d’artillerie4,
• la Deuxième armée de l’ouest (commandée par le général Bagration) : deux corps d’armée d’infanterie, un de cavalerie de réserve, neuf régiments de cosaques du Don : 62 000 hommes et 216 pièces d’artillerie4,
• la Troisième armée de l’ouest (ou d’observation), (commandée par le général Tormassov) : trois corps d’armée d’infanterie, un de cavalerie de réserve, neuf régiments de cosaques : 58 200 hommes et 168 pièces d’artillerie4.
Deux corps de réserve, un de 65 000 hommes et un autre de 47 000 hommes, soutiennent ces trois armées. D’après ces chiffres, l’armée russe qui fait immédiatement face à Napoléon compte quelque 392 000 hommes. De plus, la paix est assurée avec la Suède et l’Empire ottoman pour Saint-Pétersbourg, ce qui libère plus de 100 000 hommes, (du Corps de Finlande de Steinheil et de l’Armée du Danube de Tchitchagov). Des efforts sont faits pour grossir les armées russes et, en septembre, l’effectif est porté à environ 900 000, sans compter les unités cosaques irrégulières, qui apportent probablement 70 000 ou 80 000 hommes au total.

priani10
En 1812, par Illarion Pryanichnikov

La marche sur Moscou
Le 22 juin 1812, Napoléon déclare la guerre à la Russie, du quartier général de Wilkowiski : il apprend cette résolution à ses soldats5.
L’armée impériale la plus formidable que Napoléon eût mise sur pied comptait 600 000 combattants6 et 2 200 bouches à feu. Cette machine de guerre est composée en fait de 370 000 Français, 50 000 Polonais, 20 000 Italiens, 10 000 Suisses, 150 000 Prussiens, Autrichiens, Bavarois, Saxons, Badois, Wurtembergeois, Westphalliens, Hollandais, Belges, Croates, Espagnols et Portugais. Ce chiffre ne tient pas compte des 150 000 hommes restés dans les dépôts en France, des 50 000 hommes cantonnés en Italie, des 300 000 hommes en Espagne et des 100 000 gardes nationaux6. À cette époque, l’Empereur des Français commandait, directement ou par ses alliés, à quatre-vingt cinq millions cinq cent mille Européens ; ses ordres s’exécutaient dans un espace qui comprenait 19 degrés de latitude et 30 de longitude. Aucun des empereurs romains n’eut à sa disposition des forces aussi extraordinaires.
Napoléon avait envoyé une dernière offre de paix à Saint-Pétersbourg peu avant d’entamer les opérations. Ne recevant pas de réponse, il ordonne d’avancer en Pologne russe.
Le quartier général de l’armée française passe le Niémen vis-à-vis Kowno. L’armée se compose de dix corps commandés, le premier par le maréchal Davout, le deuxième par le maréchal Oudinot, le troisième par Ney, le quatrième, sous le nom d’armée d’Italie, par le prince Eugène de Beauharnais, le cinquième par Poniatowski, le sixième par Gouvion-Saint-Cyr, le septième par le général Reynier, le huitième par le général Vandamme, le neuvième, dont les cadres seuls sont formés, par le maréchal Victor, le dixième par le maréchal Macdonald. La vieille garde est commandée par le maréchal Lefebvre, la jeune par le maréchal Mortier, la réserve de cavalerie par Murat. La cavalerie de la gardeBessières agit à part.
Un corps auxiliaire de 30 000 Autrichiens marche séparément. Dans cette nombreuse armée, les Français figurent pour 270 000 combattants. L’armée russe est forte, tantinfanterie que cavalerie, de 360 000 hommes, sans compter deux corps qui se forment, l’un en Lituanie et l’autre à Rīga.

Les Français à Moscou
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Les troupes françaises font leur entrée à Wilna (Vilnius), ancienne capitale de la Lituanie. Les Russes, en se retirant, détruisent tout ; ils livrent aux flammes d’immenses magasins, 150 000 quintaux de farine, des fourrages, des habillements ; ils jettent dans la Vilnia une grande quantité d’armes.
Au départ, la Grande Armée ne rencontre aucune ou peu de résistance et avance rapidement en territoire ennemi. Les Russes offrent seulement une résistance sporadique et Barclay, le commandant en chef, refuse le combat malgré les instances de Bagration, sachant qu’il ne peut battre les Français lors d’une bataille rangée. À plusieurs reprises, il tente d’établir une position défensive forte, mais à chaque fois l’avance française, trop rapide pour lui permettre de finir les préparatifs, le force à battre en retraite. Ceci est souvent considéré comme un exemple de politique de la terre brûlée : en réalité, la retraite russe ne faisait pas partie d’un plan établi pour attirer les Français dans les terres russes où l’hiver et le manque de provisions suffisantes contribueraient à les anéantir, mais plutôt de l’impossibilité pour les commandants russes de trouver une occasion de combat dans des conditions favorables, en raison de la vitesse et de la puissance de l’avance française.
Le 14 juillet, l’empereur Alexandre Ier se montre à Moscou pour exciter le zèle et le courage de ses habitants7.
Le 28 juillet, les Français entrent à Vitebsk. Les Russes continuent à se replier. La Grande armée les suit sans trouver l’occasion de combattre. Enfin, ils arrivent sous les murs deSmolensk, ville russe, entourée de murailles de trois mètres d’épaisseur, flanquée de tours. À ces fortifications fort massives, on venait d’ajouter d’autres ouvrages exécutés avec soin et bien entretenus. Barclay de Tolly avait jeté dans la place 30 000 hommes, et il se tenait en bataille sur les deux rives du Dniepr, communiquant avec la ville par des ponts.

Les pressions politiques sur Barclay pour entamer le combat et la constante réticence du général (vue par la population comme un signe d’intransigeance) lui valent de perdre sa position de commandant en chef pour être remplacé par le populaire et haut en couleurs Koutouzov. Malgré sa rhétorique opposée, il suit la voie de Barclay, voyant tout de suite qu’affronter les Français en bataille rangée reviendrait à sacrifier son armée inutilement. Ce vieux général, vainqueur des Turcs, avait solennellement promis de couvrir Moscou, la ville sainte, et d’anéantir l’armée française8. Il finit par réussir à établir une position défensive à Borodino (suite à un affrontement indécis à Smolensk du 16 au 18 août).

Échec stratégique vers Saint-Pétersbourg
Pendant que l’armée principale s’enfonce, au centre, dans l’immense plaine russe en direction de Moscou, au nord MacDonald échoue avec le Xe corps d’armée franco-prussien à s’emparer de Riga, assiégée en vain. Puis le IIe corps d’armée d’Oudinot est repoussé par Wittgenstein à deux reprises en direction de la capitale russe sur la Néva où s’est réfugiéAlexandre 1er : le 1er août à Kliastitsy sur la route entre Minsk et Pskov, puis le 18 août à Polotsk, tout ceci à moins de 300 km au sud de Saint-Pétersbourg. Désormais le IIecorps perd tout caractère offensif et reçoit l’ordre de se retrancher le long de la Dvina.
Ces échecs, s’ils passent assez inaperçus et semblent peu décisifs, ont eu de très graves conséquences pour Napoléon :
• ils isolent la progression de l’armée principale en route vers Moscou, désormais seule à avancer, ceci d’autant plus imprudemment que Schwarzenberg, censé protéger son flanc sud avec le XIIIe corps autrichien, lui, s’est bien gardé de s’enfoncer profondément vers l’Est ;
• ils obligent Napoléon à surveiller particulièrement son flanc nord pour maintenir ses lignes arrières, mission qu’il confie à Gouvion-Saint-Cyr et consistant désormais à tenir défensivement la ligne sur le fleuve Dvina ;
• ils redressent le moral et renforcent la ténacité des russes, incapables encore de s’opposer directement à l’Empereur, mais qui savent ses généraux plus vulnérables, et qui peuvent légitimement penser qu’ils auront leur heure, tôt ou tard ;
• ils donnent un caractère non décisif, voire simplement tactique, aux batailles de Smolensk et de La Moskova/Borodino, l’ennemi russe, repoussé à chaque fois, n’étant pas globalement déstabilisé, ni à présent déstabilisable ;
• ils contribuent sans doute enfin à rendre infructueuses les offres de paix de Napoléon, une fois Moscou conquise, Alexandre 1er ne se sentant nullement menacé en son palais de Saint-Pétersbourg.
Que serait-il advenu si Oudinot, au lieu de laisser figer son corps d’armée à Polotsk, avait bousculé Wittgenstein, et était parvenu fin août en vue de la Neva ?
D’ailleurs au moment où Napoléon quittera Moscou, Wittgenstein qui s’est renforcé, enfoncera Saint-Cyr encore à Polotsk, et franchissant le Dvina menacera la route principale de Moscou à Vilnius, rendant plus incertaine encore la retraite de la Grande Armée.

Bataille de Smolensk

Le 17 août 1812, à une heure de l’après-midi, Napoléon donne le signal de l’attaque. Les faubourgs, retranchés et défendus par la grosse artillerie, sont enlevés ; les remparts, ainsi que les masses postées sur la rivière, sont foudroyés. Les Russes, après des efforts désespérés de résistance, mettent le feu à la ville et l’abandonnent, laissant d’immenses magasins, 12 000 hommes tués, blessés ou prisonniers, et 200 pièces de canon.
À la suite de cette victoire, l’Empereur se met à la poursuite des Russes, qu’il pousse vivement jusqu’à Valutino, plateau sur lequel leur arrière-garde prit position le 19 août. Murat et Ney l’attaquent et la mettent en fuite après lui avoir fait éprouver de grandes pertes. Valutino donna son nom à une nouvelle victoire française.
En même temps, et sur divers points, il y a plusieurs combats où les armées de l’Empire connurent diverses fortunes : le 6e corps, commandé par Gouvion-Saint-Cyr, battitWittgenstein lors de la première bataille de Polotsk, lui tua 2 000 hommes, en blessa 4 000, lui fait un grand nombre de prisonniers, parmi lesquels 3 généraux, et s’empara de 20 pièces de canon, mais Wittgenstein organise une contre attaque et Gouvion-Saint-Cyr fut obligé de se retirer.
Après l’affaire de Valutino, poursuivant l’ennemi, la grande armée arrive à Ghjat, où il lui est permis de prendre quelques jours de repos et se préparer à la grande bataille que l’Empereur juge imminente.

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L’empereur Napoléon Ier et ses maréchaux à la bataille de la Moskowa (ou bataille de Borodino)

Bataille de la Moskova
C’est le 7 septembre 1812 qu’est livrée la bataille appelée, par les Français, de la Moskova, et par les Russes de Borodino, parce que l’action eut lieu sur le plateau qui domine ce village.
Napoléon haranguait ainsi ses troupes :
« Soldats ! voilà la bataille que vous avez tant désirée. Désormais la victoire dépend de vous ; elle nous est nécessaire, elle vous donnera l’abondance, de bons quartiers d’hiver et un prompt retour dans la patrie. Conduisez-vous comme à Austerlitz, à Friedland, et que la postérité la plus reculée cite avec orgueil votre conduite dans cette journée ; que l’on dise de vous : Il était à cette grande bataille livrée sous les murs de Moscou. »
veille et pendant la nuit il avait plu. À cinq heures, le soleil se leva sans nuage : Soldats !s’écria Napoléon, voilà le soleil d’Austerlitz ! Cette exclamation passe de rang en rang et remplit les troupes d’ardeur et d’espérance.
Les deux armées comptent chacune de 120 à 130 000 hommes. Un coup de canon tiré par les Français donne le signal, et l’action s’engage sur toute la ligne. Après quatre heures de combats opiniâtres, pendant lesquels 1 200 bouches à feu tirent, trois redoutes sont enlevées par le prince Eugène, les maréchaux Davout et Ney. Toutes les batteries russes sont successivement assaillies et enlevées. La plus formidable de leurs redoutes est emportée par les cuirassiers français.

Après avoir détruit par la mitraille la plus grande partie des masses qui résistaient à son entrée, Napoléon fait manœuvrer le 8e corps et toute la droite pour tourner la dernière position des Russes. Il ordonne à la garde et à toute la cavalerie de soutenir ce mouvement. Eugène se porte en avant de la Kalogha, et dès ce moment l’issue de la bataille est certaine. À la tombée de la nuit, l’armée russe opère sa retraite en bon ordre vers Mojaïsk, laissant sur le champ de bataille 45 000 hommes hors de combat, dont 25 généraux et 15 pièces de canon. Les pertes des Français sont évaluées à 28 000 hommes tués ou blessés, dont 49 généraux.
On estime que 120 000 coups de canon ont été tirés durant l’action. Napoléon resta sur le champ de bataille, donnant des ordres pour faire transporter les blessés, tant russes que français, dans les hôpitaux établis sur ses lignes de retraite.
C’est aussi une des journées les plus sanglantes des guerres napoléoniennes. L’armée russe fait retraite le 8 septembre avec la moitié de ses forces, laissant ouverte la route de Moscou, que Koutouzov ordonne d’évacuer.
L’armée française victorieuse se met à la poursuite des Russes. Napoléon transporte son quartier général à Mojaïsk, ville située à vingt-six lieues à l’ouest de Moscou, que les Russes ont incendiée puis abandonnée.
À partir de là, les Russes rassemblent leur armée, qui atteint son effectif maximal, soit 904 000 hommes avec peut-être 100 000 hommes au voisinage immédiat de Moscou (les survivants de l’armée détruite à Borodino, en partie renforcée). La capacité des Russes à renouveler rapidement leurs effectifs est un avantage décisif à la fin de la campagne.

La prise de Moscou
Le 14 septembre (2 heures après midi), l’Empereur fit son entrée dans l’ancienne capitale de la Moscovie, avec sa garde et le premier corps. Napoléon entra dans une ville déserte, vidée de toute provision par le gouverneur, Fédor Rostoptchine (père de la célèbre comtesse de Ségur).
Le lendemain il s’établit au Kremlin, palais des tsars, situé au milieu de la ville. Le maréchal Mortier fut nommé gouverneur de cette capitale, avec ordre d’employer tous les moyens pour empêcher le pillage. Des secours furent donnés aux blessés russes qui encombraient les hôpitaux, ainsi qu’aux Moscovites qui n’avaient pas voulu suivre l’armée de Koutouzov.
En se basant sur les règles classiques de la guerre lors de la prise d’une capitale (même si Saint-Pétersbourg était la capitale à cette époque), il pensait que le tsar Alexandre Ier lui offrirait sa capitulation sur le mont Poklonnaïa, mais le commandement russe ne se rendit pas. Un armistice avait été accordé aux Russes, et Napoléon, au milieu de ses triomphes, fit proposer la paix à Alexandre : il en reçut des réponses évasives, qui, néanmoins, faisaient espérer qu’on pourrait tomber d’accord. Mais Napoléon et Alexandre ne voulaient que gagner du temps, Napoléon pour recompléter son armée, Alexandre parce qu’il était persuadé que les grands froids qui approchaient obligeraient les Français à évacuer l’empire. Les événements justifièrent leurs prévisions.
Des feux démarrent à Moscou, et ravagent la ville du 14 au 18 septembre du calendrier grégorien (2 au 6 septembre du calendrier julien). Moscou, construite essentiellement en bois, brûle presque complètement, privant les Français d’abris dans la ville. Les incendies viennent de sabotages russes. À un signal donné, le feu éclate dans mille endroits à la fois. C’est en vain que les Français font tous leurs efforts pour éteindre l’incendie : le ravage des flammes ne s’arrête que dans la soirée du 20 septembre, lorsque les neuf dixièmes de la ville sont en cendres : près de 4 000 maisons en pierre et 7 000 en bois, 20 000 malades ou blessés sont victimes de ce désastre.

Napoléon a dit ensuite que s’il avait quitté Moscou deux semaines plus tôt, il aurait pu détruire l’armée de Koutouzov qui campait à proximité, à Taroutino. Même si cela n’avait pas suffi à laisser la Russie sans défense, cela l’aurait privée de sa seule armée concentrée capable d’affronter les Français.

Retraite
Bataille de Winkowo.
Le 18 octobre, la retraite commença. Siégeant dans une ville en ruines sans avoir reçu la capitulation russe, et face à une manœuvre russe le poussant à quitter Moscou, Napoléon entame sa longue retraite.
Napoléon sortit de Moscou le 19, et donna l’ordre à Mortier d’abandonner le Kremlin le 23, après l’avoir fait sauter, lui recommandant surtout de ne laisser en arrière ni blessés, ni malades. Dans sa marche rétrograde, l’armée est vivement harcelée par l’ennemi ; on en vient souvent aux mains.

À la bataille de Maloyaroslavets, Koutouzov peut enfoncer l’armée française sur la même route dévastée qu’ils avaient emprunté à l’aller. En continuant à bloquer le flanc sud pour empêcher les Français de prendre une autre route, Koutouzov déploie à nouveau la même tactique de partisans pour constamment attaquer le trajet français là où il était le plus vulnérable. La cavalerie légère russe, dont les Cosaques montés, attaque et détruit les unités françaises isolées.
Approvisionner l’armée devient impossible : le manque total d’herbe comestible affaiblit les chevaux restants de l’armée, presque tous meurent ou sont tués pour nourrir les soldats affamés. Sans chevaux, la cavalerie française cesse d’exister, et les cavaliers doivent marcher. De plus, le manque de chevaux fait que les canons et les chariots doivent être abandonnés, privant l’armée d’artillerie et de soutien logistique. Même si l’armée a pu rapidement remplacer son artillerie en 1813, le manque de chariots créa un immense problème logistique jusqu’à la fin de la guerre, alors que des milliers des meilleurs chariots militaires furent laissés en Russie. Comme la famine, les maladies et le froid extrême s’imposent, les désertions prennent alors de l’ampleur. La plupart des déserteurs sont fait prisonniers par les paysans russes.

Le « général Hiver »
À partir de novembre 1812, l’hiver russe cause de nouveaux tourments à l’armée française : les soldats et les chevaux commencent à mourir de faim, de froid et de fatigue durant la marche.
Le 7 novembre, alors qu’ils atteignent Smolensk, commencent les grands froids de l’hiver russe ; le thermomètre descend jusqu’à -22 degrés Celsius et le sol se couvre de neige. Les chevaux non munis de fers à glace périssent par milliers au bivouac et bientôt, les hommes subissent le même sort. Des scènes d’anthropophagie sont décrites par des soldats et des officiers comme le général Sołtyk9. Cependant, grâce aux dispositions prises par Napoléon, l’armée avance toujours. Le courage des soldats semble augmenter avec l’étendue des privations et des dangers10.

En dessous de 13 °C, l’étain blanc se transforme lentement en étain gris, de structure diamant, c’est la forme allotropique alpha. Cette transformation et le changement de densité qui l’accompagne affectent la tenue mécanique du matériau. En dessous de -50 °C, la transformation est rapide et l’étain devient pulvérulent (tombe en poussière). C’est la « peste de l’étain ». Il a été avancé par certains historiens que le changement de forme allotropique de l’étain ait pu jouer un rôle dans les défaites de Napoléon Ier en Russie. Exposés à la très basse température ambiante de la campagne de Russie les boutons d’étain des uniformes des soldats devenaient cassants par transformation en étain gris entraînant chez eux un inconfort certain11. De plus, ces boutons étant dessinés en forme de mouton, les Polonais considéraient cela comme un signe portant malheur.
Arrivé à Orcha, Napoléon, sans prendre un moment de repos, s’occupa de rétablir l’ordre que les combats et l’intempérie de la saison avaient dérangé. Il fit faire des distributions de vivres, d’armes et de munitions, et lire, dans les corps d’armée, un ordre du jour qui les rappelait à leurs devoirs, engageant les soldats à marcher en corps, et menaçant de punir ceux qui s’obstineraient à rester isolés. Les désirs de Napoléon furent accomplis, officiers et soldats rentrèrent dans leurs rangs, et avec eux, l’ordre et la discipline. Finalement, l’armée, avançant à marches forcées, arriva le 25 novembre sur la Bérézina, sur laquelle Napoléon fit jeter des ponts dont il présidait les travaux.

La traversée de la rivière Bérézina amène une victoire tactique pour Napoléon quand Koutouzov, décidant que le temps était venu pour une bataille rangée, attaque la partie de l’armée française restée du mauvais côté de la rivière. Les Russes ayant été repoussés, tous les Français en arme peuvent franchir les ponts. Seuls restent de l’autre côté les malades, les blessés et les déserteurs ; ceux-là même qui, par abattement et désespoir, ont refusé de passer les ponts durant la nuit précédant la bataille et qui ensuite se sont bousculés dans une cohue indescriptible au dernier moment (d’où l’expression proverbiale : « c’est la Bérézina »). Certains se sont noyés dans la rivière, en tentant de la traverser à pied, car l’épaisseur de la glace n’était pas suffisante pour supporter leur poids.
Début décembre 1812, Napoléon apprend que le général Malet a tenté un coup d’État.
Avant d’atteindre Vilnius, à Smorghoni, le 5 décembre, Napoléon tint un grand conseil de guerre, donna ses instructions et le commandement des troupes à Murat, et partit pourParis. Napoléon abandonne son armée et rentre en traîneau. Murat déserte plus tard pour sauver son royaume de Naples, laissant le vice-roi d’Italie et premier beau-fils de Napoléon, Eugène de Beauharnais, aux commandes.
Au cours des semaines suivantes, les restes de la Grande Armée sont encore réduits, et le 14 décembre 1812 ils sont expulsés du territoire russe.

Les pertes humaines
Les dernières recherches sérieuses sur les pertes de la campagne de Russie sont données par Thierry Lentz12. Du côté français, le bilan est d’environ 200 000 morts (la moitié au combat et le reste de froid, de faim ou de maladie) et de 150 000 à 190 000 prisonniers tombés entre les mains de Koutouzov. Pour le reste, 130 000 soldats quittèrent la Grande Armée au cours de la marche sur Moscou et près de 60 00013 se réfugièrent chez des paysans, nobles et bourgeois russes. Enfin, moins de 30 000 soldats repassèrent le Niémen avec Murat. Côté russe, les récentes publications d’Oleg Sokolov tendent à établir les pertes à 300 000 morts dont 175 000 au combat, ce qui est très important, mais, selon Thierry Lentz, invérifiable en l’état des études disponibles. Enfin, malgré des actes de générosité des deux côtés, les prisonniers qui tombèrent entre les mains des Français ou des Russes furent globalement maltraités.
Après la chute de Napoléon, le rapatriement demandé par Louis XVIII des Français restés en Russie fut globalement un échec, car les candidats au retour furent peu nombreux. Plusieurs milliers de Français firent souche dans le pays des Tsars. En 1837, 3 200 vivaient à Moscou par exemple. Parmi ceux qui restèrent en Russie, le soldat de la Grande Armée Jean-Baptiste Savin (en), devenu par la suite Mikhail Andréïevitch Savine, serait mort à Saratov en 1894 à l’âge de 123 ans14,15.

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Un graphe par Charles Minard montrant les effectifs de la Grande Armée à l’aller et au retour de Moscou, par l’épaisseur de la ligne. En dessous, une fonction de la température en degré Réaumur (1 °R = 1,25 °C) se lisant de droite à gauche.

Évaluation historique
Cette campagne révèle que Napoléon a grandement sous-estimé l’ampleur des difficultés qui l’attendaient, lui et son armée :
– sous-estimation de la logistique ;
– sous-estimation des aléas climatiques ;
– tactique de la terre brûlée des Russes, etc.

La victoire russe sur l’armée française en 1812 marque un coup d’arrêt sévère aux ambitions de domination européenne de Napoléon. Comme la défaite de la puissance navale française à la bataille de Trafalgar en 1805, la campagne russe est un tournant décisif des guerres napoléoniennes qui mène, en fin de compte, à la défaite de Napoléon et son exil sur l’île d’Elbe.
Pour la Russie, le terme guerre patriotique est un symbole renforçant l’identité nationale, qui a un grand impact sur le patriotisme russe du XIXe siècle. Le résultat indirect du mouvement patriotique des Russes est un fort désir de modernisation du pays qui se traduit par une série de révolutions, commençant avec la révolte des Décembristes et finit avec la révolution de février 1917.
Napoléon n’est pas complètement défait en Russie. L’année suivante, il lève une armée d’environ 400 000 soldats français soutenue par 250 000 soldats des pays alliés aux Français, pour disputer le contrôle de l’Allemagne lors d’une campagne encore plus grande. Ce n’est que lors de la bataille de Leipzig (la bataille des Nations, 16 au 19 octobre1813) qu’il est vraiment défait, mais même la campagne de France en 1814 est indécise.
Malgré tout, la campagne de Russie révèle que Napoléon n’était pas invincible. Sentant la bête blessée et poussés par les nationalistes prussiens et les commandants russes, des nationalistes allemands se soulèvent à travers la Confédération du Rhin et la Prusse. La décisive campagne d’Allemagne n’aurait pas pu avoir lieu sans le message de la défaite de Russie propagé dans le monde.

Liste des commandants de l’armée russe
• Mikhail I. Koutouzov – commandant en chef
• Michel Barclay de Tolly – ministre de la Guerre
• Peter Wittgenstein – commandant de l’aile droite
• Piotr Bagration – commandant de l’aile gauche
• Nikolaï N. Raïevski – commandant russe majeur
• Dmitri S. Dokhtourov – commandant russe majeur
• Mikhaïl A. Miloradovitch – commandant russe majeur
• Alexandre I. Ostermann-Tolstoï – commandant russe majeur
• Alexeï P. Iermolov – général russe
• Alexandre Michaud de Beauretour – général sarde rallié aux Russes
• Mikhaïl S. Vorontsov – général russe
• Matveï I. Platov – ataman des Cosaques du Don
• Pavel V. Tchitchagov – ministre de la marine en 1802 – commandant de l’armée de Moldavie

Notes
1. ↑ Tradition magazine, hors série n°3, La campagne de Russie (1812), (p.16).
2. ↑ Le terme russe « guerre patriotique de 1812 » la distingue de la « grande guerre patriotique », qui désigne la campagne que les Soviétiques menèrent sur leur front occidental durant la Seconde Guerre mondiale.
3. ↑ Jean-Claude Damamme, Les Soldats de la Grande Armée, Perrin, 1998, (ISBN 2-262-01862-6)p301
4. ↑ a, b, c et d Jean-Claude Damamme, Les Soldats de la Grande Armée, Perrin, 1998,(ISBN 2-262-01862-6) p401
5. ↑ « Soldats, la seconde guerre de la Pologne est commencée ; la première s’est terminée à Tilsitt. À Tilsitt, la Russie a juré éternelle alliance à la France et guerre à l’Angleterre. Elle viole aujourd’hui ses serments. La Russie est entraînée par sa fatalité ; ses destins doivent s’accomplir. Nous croit-elle donc dégénérés ? Marchons donc en avant ; passons le Niémen, portons la guerre sur son territoire. La seconde guerre de la Pologne sera glorieuse aux armées françaises comme la première. »
6. ↑ a et b Tradition magazine, La campagne de Russie (1812), 2004 (p.20).
7. ↑ À cette occasion, le métropolite Platon, âgé de cent dix ans[réf. nécessaire], lui fait don de l’image desaint Serge et lui dit : « La ville de Moscou, la première, capitale de l’empire, la nouvelle Jérusalem, reçoit son Christ comme une mère dans les bras de ses fils zélés, et à travers le brouillard qui s’élève, prévoyant la gloire brillante de sa puissance, elle chante dans son transport : Hosanna ! Béni soit celui qui aime ! que l’arrogant, l’effronté Goliath apporte des limites de la France l’effroi mortel aux confins de la Russie ! la pacifique religion, cette fronde du David russe, abattra soudain la tête de son sanguinaire orgueil ! Cette image de saint Serge, antique défenseur du bonheur de notre patrie, est offerte à votre majesté impériale… »
8. ↑ Dans sa proclamation aux soldats, il prophétise la victoire : « Dieu va combattre son ennemi avec l’épée de Michel, et avant que le soleil de demain ait disparu, vous aurez écrit votre foi et votre fidélité dans les champs de votre patrie avec le sang de l’agresseur et de ses légions. » L’armée russe, protégée par des retranchements que son général annonçait comme inexpugnables, était encore animée par les prédications des prêtres et par l’image miraculeuse de la Vierge, qu’on promenait dans ses rangs.
9. ↑ Jacques-Olivier Boudon, Napoléon et la campagne de Russie : 1812, Armand Colin, 2012, 334 p.[lire en ligne [archive]]
10. ↑ Koutouzov écrivait à Alexandre : « Les Français, loin de se laisser abattre par la cruelle extrémité où ils se voyaient réduits, n’en étaient que plus enragés à courir sur les pièces qui les écrasaient. On dit encore vulgairement en Russie : « Ce n’est point le général Koutouzov qui a tué ou dispersé les Français, c’est le général Morossov (la gelée). »
11. ↑ Page 175 dans Dictionnaire des corps purs simples de la chimie – Éléments, atomes et molécules de Robert Luft, édité par Association Cultures et Techniques, en 1997, on peut lire ceci : « il (ce phénomène) est décrit lors de la campagne de Russie par les soldats de Napoléon, bien placés pour faire cette observation, leurs boutons de pantalons étaient en étain »
12. ↑ Thierry Lentz, Nouvelle histoire du Premier Empire, Tome 2, 2004.
13. ↑ d’après l’historien russe Sirotkine
14. ↑ Vladène Sirotkine Revue de l’Institut Napoléon, p. 64
15. ↑ Mais lire l’article Supercentenaire pour une analyse générale de ces longévités alléguées avant leXIXe siècle.

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27 mars 2013

Les principales campagnes issues de la BlitzKrieg

Classé sous — milguerres @ 23 h 33 min

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Les principales campagnes issues de la BlitzKrieg

La Guerre Eclair

1939 : Pologne (1er septembre au 2 octobre 1939)

L’attaque surprise, brusquée et sans déclaration de guerre, ne laissait aucune chance à la malheureuse armée polonaise. Ceci amplifié par la situation géographique de la Pologne de 1939 qui en fait un pays impossible à défendre : devant faire face au Reich au nord, à l’ouest et au sud. Mais aussi par une armée marquant une nette infériorité numérique, aux armements vétustes et n’ayant pas eu le temps d’achever sa mobilisation et sa préparation.
Leur petite aviation clouée au sol en quelques jours, les polonais, malgré leur héroïsme et leur courage, ne purent rien faire pour contrecarrer le plan allemand. Plan qui par une série d’attaques « marteau-enclume » concentriques réussi à détruire les forces polonaise. Et les charges de lanciers (cavaliers) contre le 19e Panzer.Korp, ou la résistance de Varsovie durant 14 jours ne purent pas éviter l’inéluctable.

Les choses s’enchaînent donc très vite, on peut admettre que le 18 septembre toute résistance organisée et centralisée a disparu. Le 17, c’est au tour des soviétiques d’attaquer la partie orientale en vertu des clauses secrètes du pacte Germano-soviétique de non agression. Reddition de Varsovie le 28 et le 2 octobre les dernières troupes se rendaient, la Pologne avait cessé d’exister. 

1940 : Pays-Bas, Luxembourg, Belgique, France (10 mai au 25 juin 1940)

Pour cette bataille les choses sont différentes, les forces en présence sont sensiblement égales en nombre et en qualité, les deux camps ont eu du temps, 8 mois de « drôle de guerre », pour se préparer. La différence se fera sur la doctrine d’engagement, pour simplifier on peut dire que les allemands ont concentré leurs 3000 blindés en 3 paquets de 1000 en vue de concentrer leur attaque, alors que les alliés l ont éparpillé les leurs en 1000 paquets de 3, et n’ont que peu opté pour l’endivisionnement de leurs chars. Il faut aussi relever dans ce qui fera les faiblesse alliées, des concepts et un état-major quelque peu dépassés, une hiérarchie trop rigide, une organisation de l’intendance incompétente ; et peut être l’aspect le plus important un manque de moyen de communication moderne. Alors que chaque char allemand était équipé d’une radio et d’une communication directe avec l’avion chargé de le soutenir. Peu de radio équipaient les chars français et pire encore, toute demande de soutien aérien devait passer par une lourde voie hiérarchique, qui faisait que d’estafettes en intermédiaires, l’action était terminée lorsque les avions arrivaient.

La réussite de cette offensive tient aussi au (génial) plan du général Manstein. Ce plan, profite de l’idée générale que l’offensive allemande, à l’image du vieux plan Schliefen d’août 1914, passerait par la Belgique neutre. Pour attirer les meilleures troupes franco-anglaise en Belgique, pour ensuite les encercler par une percée sur le talon d’Achille du front français : les Ardennes, et par un large mouvement blindé jusqu’à la mer.
Et ce plan sera mis en exécution et réussira au-delà même des espérances de l’État-major allemand. L’attaque brutale sur les Pays-bas et la Belgique neutre, l’arrivée des troupes franco-britanniques se portant à leurs secours, offrant une défense vaillante et même quelques contre-attaques remarquables, mais le manque de coordination inter-armée, la reddition des hollandais, malgré une défense furieuse, le 15 mai, la capitulation belge le 28 mai, ne permettent pas de retenir l’offensive allemande.

Parallèlement, le 13 mai, le Général Guderian et son 19e Panzer.Korp (= 3 divisions blindées), lance son offensive dans les Ardennes et opère une percée à Sedan, en quelques jours le front est percé, plusieurs divisions français anéanties, il ne reste plus qu’à obliquer et foncer « sans s’occuper de ce qui ce passe sur les côtés » vers la Manche, qui sera atteinte le 20 mai, prenant au piège plusieurs centaines de milliers de soldats anglais et français, dont par miracle (ou calcul politique ?) près de 340’000 pourront être évacués par Dunkerque.

Cette phase de débacle vous est aussi présentée en détail dans cet article.

Cette première phase de la campagne achevée, c’est plus de 125 divisions allemandes qui, le 5 juin, reprennent l’offensive, mais les lignes de défense sont enfoncées sur tous les fronts et il ne restera plus que quelques unités pour opposer une résistance aux allemands, pour les retarder et sauver l’honneur de l’armée française. Le 14 juin Paris est prise, Lyon et Cherbourg le 19, l’avance allemande ne sera stoppée que par l’entrée en vigueur du cesser le feu le 25 juin … les allemands sont à Bordeaux et Valence. Une période peu glorieuse de l’histoire de France peut commencer … la collaboration.

1941 – 42 : URSS (dès le 22 juin 1941)
Le 22 juin 1941, la Wehrmacht, attaque l’URSS, c’est l’opération « Barbarossa », dont le plan prévoit, en gros 2 phases : 

Une première phase d’anéantissement entre juin et septembre, qui grâce à des percées profondes se rejoignant à quelques 400 à 500 km de la frontière doit provoquer de gigantesques encerclements devant éliminer l’essentiel de l’Armée Rouge.

Sans attendre, les forces blindées et motorisées auraient passé à la seconde phase à savoir, profiter de la destruction de l’armée rouge, pour foncer et dépasser Leningrad, et Kharkov, tandis qu’ au Sud, Bakou et son pétrole devrait être atteint. Et ce ci avant les grands froids, soit avant la mi-novembre et ainsi faire s’effondrer le régime soviétique acculé au versant de l’Oural.

Cependant, malgré des percées et des succès initiaux impressionnants, l’efficacité de la Blitzkrieg va cette fois trouver ses limites. L’immensité du territoire et l’allongement des voies de communication, la politique de terre brûlée de Staline et une armée rouge plus opiniâtre qu’escomptée, vont faire échouer ce plan, et bloquer la Wehrmacht encore loin de ses objectifs lors de l’arrivée du terrible « général hiver ».

En résumé, pour la première fois depuis 1939 la Guerre-éclair n’avait pas atteint ses objectifs stratégico-politiques.

Hiver qui verra les premières contre-attaques Soviétiques, et feront subir des pertes énormes aux allemands, pertes alourdies par l’obstination d’Hitler à tenir pied à pied sans permettre de repli tactique.

Le retour des beaux jours et l’année 1942, vit l’armée allemande reprendre l’initiative, et même connaître quelques succès sur le front sud, mais cette fois la lutte est âpre et la progression est méthodique, modérée et souvent chèrement payée … cette fois la blitzkrieg est … pour les allemands … bien finie.

Autres campagnes

On peut aussi citer en exemple, comme produit de la Blitzkrieg, la campagne des Balkans qui vit les troupes allemandes conquérir la Yougoslavie et la Grèce entre les 6 et 26 avril 1941. Campagne qui retarda de 6 semaines le déclenchement de « Barbarossa », 6 semaines qui selon certains seront la conséquence de son échec.

Mais aussi la campagne d’Afrique du nord, ou la Blitzkrieg fut là utilisée autant par les allemands que par les britanniques, entraînant les nombreux aller-retours que l’on sait.

Elle changea ensuite de camp pour être reprise par des généraux comme Bradley, Patton ou Joukov.

Conclusions :Il faut reconnaître les réussites incroyables du Blitzkrieg, qui fut à un moment donné, contre des adversaires en retard d’une ou plusieurs guerres, une tactique originale et extrêmement efficace. Ceci d’autant qu’elle était mise en oeuvre par des professionnels tels que Guderian, von Kleist, Hoepner ou Manstein.

Par contre et comme beaucoup d’armes offensives, son efficacité va vite diminuer face aux réactions appropriées des adversaires et tout aussi vite devenir un idéal impossible à réaliser laissant ainsi la place au mythe.

Effet de mythe largement entretenu et grandi, par la propagande allemande qui l’utilisa pour faire passer l’idée d’invincibilité de l’armée allemande. Mais aussi par ceux l’ayant subi, car il est toujours plus aisé, d’imputer sa défaite à une tactique de l’ennemi plutôt qu’à ses propres faiblesses.

On la retrouve aussi dans des guerres plus récentes, comme les guerres du Kippour ou « des six jours », qui sont indéniablement des applications de cette tactique

source : http://www.39-45strategie.com/articles-historiques/pages-dhistoire/la-blitzkrieg-guerre-eclair/

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24 mars 2013

Heinkel He 100

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Les avions de guerre

Heinkel He 100
Heinkel He 100 heinke10

Heinkel He 100 :
Le chasseur de la propagande nazie

Modèle : Heinkel He 100D
Envergure : 9.41 m
Longueur : 8.19 m
Hauteur : 3.60 m
Motorisation : 1 moteur Daimler-Benz DB-601 Aa-V12 inversé
Puissance totale : 1 x 1175 ch.
Armement : 2 mitrailleuses MG-17 de 7.92mm dans les ailes
1 canon MG-FF de 20mm tirant à travers le moyeu de l’hélice
Charge utile :
Poids en charge : 2525 kg
Vitesse max. : 670 km/h au niveau de la mer
Plafond pratique : 11000 m
Distance max. : 900 Km
Equipage : 1 pilote

Sous l’ère nazie, l’industrie aéronautique allemande conçut de nombreuses machines dont beaucoup n’eurent pas les faveurs de la Luftwaffe, parfois pour de simples raisons politiques, mais souvent parce qu’elles étaient simplement dépassées ou au contraire trop en avance sur leur temps. Néanmoins l’Allemagne hitlérienne savaitt utiliser l’aviation pour appliquer ses théories politiques basées sur l’expression même de la force brute. Dans un pays sur-militarisé comme l’était alors l’Allemagne le recours à la propagande et à l’information visuelle était considéré comme un pilier du régime par le Parti Nazi. Parmi les plus surprenantes armes de cette propagande, figure un chasseur refusé par la Luftwaffe : le Heinkel He 100.
Le programme du He 100 commença peu après le refus du Heinkel He-112 par la Luftwaffe. L’avionneur a alors l’idée d’en dériver une version allégée et plus rapide. Pour se faire, les ingénieurs allemands travaillent sur un nouveau profil d’aile, sur un fuselage affiné, et enfin sur un cockpit profondément modifié. Le nouvel avion, désigné « Projekt 1035« , ne contient alors que 20% de pièces communes avec le He-112. L’idée de Heinkel est alors de proposer à l’aviation militaire allemande un chasseur rustique capable d’opérer en renfort des Messerschmitt Bf-109, dans les pays sous domination allemande ou dans des régions peu militarisées. Le RLM (ministère allemand de l’air) commande alors un prototype et dix avions de présérie. L’avion est désigné He 100.
Le premier prototype prendra l’air pour la première fois le 22 janvier 1938. Immédiatement l’avion attire l’attention des services de renseignement britanniques et français qui ne comprennent pas pourquoi la Luftwaffe se met à rechercher un nouveau chasseur quand elle possède un avion aussi moderne que le Bf-109. Sans le savoir le Heinkel He 100 vient de commencer là sa véritable carrière. Lors des vols d’essais le premier avion de présérie He 100V1 montre une charge alaire extrêmement importante, ce qui semble rédhibitoire à la Luftwaffe. Cependant le Général Ernst Udet, responsable des programmes de développement pour la Luftwaffe, va proposer d’effectuer lui-même un vol sur l’avion de présérie He 100V2. Ce vol va permettre à Udet d’établir un record du monde sur circuit fermé de 100km à la vitesse de 634,73km/h. Ce record sera battu quelques temps plus tard par un autre pilote allemand qui portera son He 100V3 à la vitesse de 746,60km/h. Malgré ces excellents résultats le RLM renonce à commander en série l’avion.
Heinkel cherche alors de nouveaux débouchés pour son appareil. L’avionneur croit en trouver alors chez les deux plus puissants alliés de l’Allemagne à ce moment : le Japon et l’URSS. Le premier prendra livraison de trois avions désignés He 100D0 tandis que le second recevra six prototypes équivalents au He 100V2. La commande soviétique sera sans suite mais les Japonnais utiliseront les connaissances acquises grâce au chasseur de Heinkel pour concevoir le Kawasaki Ki-61.
Malgré le refus du RLM de commander le He-100, le ministère de l’information nazi, alors sous les ordres de Joseph Goebbels décide de mettre en ligne une unité de ces machines pour des besoins de propagande. Ce sont douze avions, de la série He 100D, qui sont alors aligner par un staffel basé à Rostock.
Lorsque la guerre éclate en septembre 1939 les services nazis ont tellement bien fait leur travail que les états-majors belges, britanniques, et français sont persuadés que le He 100 est devenu la cheville ouvrière des unités de chasse allemandes. La Propagande, en exagérant les qualités de l’avion, en est venu à faire croire aux alliés que le Bf-109 est un avion raté et dépassé. La campagne de Pologne puis celle de France va prouver aux alliés leur erreur.
Malgré cela, les services de Goebels continuent à se servir du He 100 comme d’un jouet de propagande sur-mesure. En juillet 1940, les mécaniciens de la Luftwaffe font repeindre grossièrement en Curtiss 75 de l’Armée de l’Air aux couleurs de la RAF et le font s’affronter, sans armes, à un He 100, lui aussi désarmé. Le film de propagande est tellement réussi que les services de renseignement de Sa Majesté en viennent à conseiller aux pilotes de la RAF d’éviter les accrochages avec ce type d’avions.
Par la suite des séries de photos montages sont publiées, faisant croire que la Luftwaffe dispose d’un millier de He 100. Alors que celle-ci n’en possède que douze. En janvier 1941, le ministère de l’information va encore plus loin en faisant peindre un avion aux couleurs de la Waffen-SS afin de faire croire que la garde prétorienne d’Hitler possède ses propres chasseurs. Mais la mystification commence à s’effriter et le programme du He 100 s’arrête net en septembre 1941. Dans la réalité le He 100 n’a jamais abattu aucun avion ennemi.

Le constructeur 

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Ernst Heinkel Flugzeugwerke A.G.
Le Dr. Ernst Heinkel construit et pilote son premier avion en 1910. Il est alors étudiant à l’institut technique de Stuttgart. Dans un délai de trois ans, il devient ingénieur en chef chez Albatros. Le Dr. Heinkel a également conçu des appareils pour Hansa-Brandenburg pendant la Première Guerre Mondiale. Il établit sa propre compagnie, Ernst Heinkel Flugzeugwerke A.G., après la liquidation de Hansa-Brandenburg, en 1922. Il fabrique les premiers hydravions Heinkel en Suède, pour déjouer l’interdiction du Traité de Versailles.
Le chasseur biplan He 51 produit pour la Luftwaffe participe à la Guerre Civile espagnole avec la légion Condor. L’avion le plus célèbre de Heinkel est il le bombardier He 111. Il construit le premier avion à réaction au monde, le He 178 en 1939. Heinkel a également construit le He 162, chasseur léger à turboréacteur, en bois, à la fin de la guerre.

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source : http://www.avionslegendaires.net/encyclopedie/constructeur/heinkel/

Junkers Ju 288

Classé sous — milguerres @ 15 h 03 min

 

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Les avions de guerre

Junkers Ju 288
-
Appareil : Junkers Ju 288
Constructeur : Junkers Flugzeug Motorenwerke AG
Désignation : Ju 288
Nom / Surnom :
Code allié / OTAN :
Variante :
Mise en service : 1941
Pays d’origine : Allemagne (IIIe Reich)
Catégorie : Chasseurs de la guerre 39-45
Rôle et missions : Prototype de bombardier moyen rapide

Junkers Ju 288 junker10

Junkers Ju 288 :
le prototype aux 22 exemplaires

Au tout début de l’année 1940, alors que l’Allemagne s’enfonçait peu à peu dans la « Drôle de Guerre » avec les Britanniques et les Français la Luftwaffe lança l’étude et le développement d’un nouveau type de bombardier moyen rapide, capable de voler de jour comme de nuit, et ce sans la moindre escorte armée. Les enseignements de l’invasion de la Pologne en septembre 1939 étaient passés par là. En effet si la chasse polonaise n’avait pas représenté un danger réel pour les hordes de Junkers Ju-88 et Heinkel He-111 l’état-major allemand savait qu’il en serait tout autrement contre la France, et dans une moindre mesure contre les Pays-Bas et la Belgique. C’est dans ce sens qu’elle demanda à Junkers de développer une version profondément améliorée de son bombardier bimoteur.
Les idées ne manquaient pas dans les têtes des ingénieurs et designers de l’avionneur. Parmi celles ci certains travaillaient déjà à des tourelles de mitrailleuses automatisées, fonctionnant grâce à des servocommandes dirigées à distance depuis le poste de pilotage. En outre les ingénieurs s’engagèrent dans la voie d’un avion disposant d’un cockpit pressurisé largement vitré. Pour réduire les coûts de développement Junkers utilisa deux anciens prototypes du Ju-88. Représentant le troisième développement direct de cette famille d’avion, après le Ju-188, le nouvel avion reçut la désignation de Ju-288.
Le premier exemplaire de l’avion, désigné Ju-288V1, fut assemblé à la fin de cette même année 1940. Il se présentait sous la forme d’un monoplan à aile haute bimoteur disposant d’un cockpit vitré triplace proéminent. Si ses dimensions générales et son architecture rappelaient fortement son ancêtre il s’avérait qu’il s’agissait bien d’un avion nouveau. Le Ju-288V1 possédait un train d’atterrissage tricycle intégralement escamotable, y compris la roulette de queue. Son empennage double dérive permettait de stabiliser cette machine dont l’aile avait une envergure moindre que son prédécesseur, pour une propulsion pourtant plus puissante. Celle ci était assurée par deux moteurs en étoile BMW 801-MA d’une puissance unitaire de 1600 chevaux entraînant chacun une hélice tripale en métal. Niveau armement il disposait de deux mitrailleuses MG131 de 13mm tirant en position de chasse et de deux armes identiques dans une tourelle de queue automatisée. Sa charge de bombes, d’un maximum de trois tonnes, était installée dans le fuselage de section rectangulaire, dont la soute s’ouvrait grâce un complexe mécanisme. Le Junkers Ju-288V1 réalisa son premier vol en janvier 1941.
Bien qu’à cette époque là, l’Armée de l’Air ne représenta plus la moindre menace Hitler ordonna qu’on poursuive les travaux du Ju-288, et ce sur trois versions de bombardement différentes. Ainsi Junkers étudia les possibilités d’un Ju-288A de bombardement classique, d’un Ju-288B de bombardement nocturne, et d’un Ju-288C destiné à tirer le missile Henschel Hs-293. Pour ce faire l’avionneur se lança dans une vaste campagne d’essais en vol et assembla un total de 22 prototypes, désignés de Ju-288V1 à Ju-288V14 inclus, et de Ju-288V101 à Ju-288V104 inclus. Et cela ne concernait même pas le développement du Ju-288C dont les travaux devaient être menés par les équipes de Henschel. Pour ce faire Junkers envoya son vieux Ju-88V5 auprès de cet avionneur. Toutefois ce chantier ne déboucha sur rien et le développement du Ju-288C ne dépassa pas la planche à dessin. Le Ju-88V5 rejoignit son usine d’origine.
Les essais en vol des Ju-288 se déroulèrent jusqu’en juin 1943, époque à laquelle la Luftwaffe ordonna la fin des travaux et l’abandon de cet appareil. Pourtant la plus part des prototypes apportèrent leur lot d’innovation ou d’améliorations notable, et notamment dans le cadre des systèmes de visée de bombardement. En outre les principes de pressurisation furent largement modernisés. Malgré ces avancées technologiques le programme ne suscitait plus d’intérêt de la part des décisionnaires allemands, qui s’étaient peu à peu tournés vers d’autres avions comme l’Arado Ar-234 qui venait de réaliser son inaugural.
Avec son fantastique nombre de 22 prototypes le Junkers Ju-288 peut être considéré comme un des programmes aéronautiques les plus complexes et les plus onéreux de la Seconde Guerre Mondiale. Et même si chaque prototype vola, ce bimoteur reste dans les mémoires comme un véritable gouffre pour Junkers et la Luftwaffe. Le concept du Ju-288 déboucha sur l’un des rares bombardiers stratégiques allemands, le Junkers Ju-488.

Carastéristiques
Modèle : Junkers Ju-288V9
Envergure : 18.30 m
Longueur : 15.90 m
Hauteur : 4.50 m
Motorisation : 2 moteurs en étoile BMW 801-MA
Puissance totale : 2 x 1600 ch.
Armement : 4 mitrailleuses de 13mm
3000kg de bombes
Charge utile : -
Poids en charge : 17660 kg
Vitesse max. : 670 km/h à 6000 m
Plafond pratique : 11600 m
Distance max. : 3100 Km (à masse maximale)
Equipage : 3junker11 

source : http://www.avionslegendaires.net

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Messerschmitt Bf 110

Classé sous — milguerres @ 14 h 40 min

 

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Les avions de guerre


Messerschmitt Bf 110 naziw 
Messerschmitt Bf 110
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Le Messerschmitt Bf 110 (appelé ensuite Me 110) est un chasseur moyen bimoteur en service à la Luftwaffe pendant la Seconde Guerre mondiale. 

En juin 1934, le RLM publie une spécification concernant un chasseur à long rayon d’action et lourdement armé. Messerschmitt étudie son bimoteur Bf 110, ainsi que Focke-Wulf le Fw 57 et Henschel le Hs 124. Seul le Bf 110 répond aux attentes et est retenu.

À son sujet, le maréchal Hermann Göring déclare un jour : « les Messerschmitt 110 seront comme la cavalerie d’Hannibal protégeant ses éléphants ; les bombardiers seront mes éléphants ».

Avec le Bf 110, la Luftwaffe avait défini un nouveau concept, certes coûteux, mais qui semblait viable au début de la guerre. Le Zerstörer (Destructeur) se présentait sous la forme d’un chasseur de grande dimension, bimoteur, biplace, capable de damer le pion à n’importe quel avion adverse, emportant un armement nettement supérieur à celui d’un chasseur standard et disposant d’une capacité d’emport en carburant supérieure, ce qui lui permettait d’avoir une bien plus grande autonomie que son petit frère le Bf 109 (les premiers Bf 110 avaient une distance franchissable de 800 km, soit environ deux fois plus que le Bf 109).

Le Bf 110 était docile et agréable à piloter, et contrairement à une idée reçue, le Zerstörer avait un petit rayon de virage pour un appareil de sa taille, et de fait il pouvait virer presque comme un chasseur monomoteur. Par contre, sa faible vitesse de roulis le rendait vulnérable au combat.

Les premières versions illusoires : Bf 110 A et B

Le prototype Bf 110 V1, doté de deux moteurs Daimler Benz DB 600A de 980 ch, effectue son premier vol le 12 mai 1936 à Augsbourg. Initialement les Bf 110-A de présérie devaient porter des DB 600, mais en raison des retards de livraison, les quatre Bf 110A fabriqués reçoivent des Junkers Jumo 210 Da de seulement 610 ch et un armement offensif de quatre mitrailleuses MG 17 de 7,92 mm. Leurs premiers vols s’échelonnent entre août 1937 et mars 1938. Le 19 avril suivant, le premier des deux Bf 110 B-0 équipés de Jumo 210G de 670 ch vole. Le premier modèle de série, le Bf 110 B-1 reçoit des Jumo 210Ga et un armement complété par deux canons MG FF de 20 mm. Un total d’environ 45 Bf 110B est fabriqué, dont des B-2 pourvus d’une caméra et des B-3 aménagés en biplaces d’entraînement. Les moteurs n’étant pas très satisfaisants, l’avion ne put jamais être considéré comme un appareil de première ligne. Il ne put être expérimenté en Espagne et avait déjà été relégué à l’entraînement quand commença la Seconde Guerre mondiale.

Première version importante : Bf 110 C

Après les petites quantités produites de Bf 110 A et B, le Bf 110 C-0 commence à être livré à la Luftwaffe en février 1939, pourvu de moteurs DB 601B. Le maréchal Göring autorise alors la constitution de plusieurs Zerstörergruppen, mais en septembre suivant, seules trois de ces unités ont pu être équipées. Elles prennent tout d’abord part à la campagne de Pologne puis, l’année suivante, à celles de Norvège et de France.

Plusieurs variantes du C voient le jour :

le Bf 110 C-1, le C-1/U1 pour le remorquage de planeurs.
le C-2 équipé de nouveaux postes radio, le C2/U1 doté de mitrailleuses en « barbettes » (mini casemates télécommandées placées sur les flancs arrières).
le C-3 pourvu de canons améliorés.
le C-4/B chasseur-bombardier, porteur de deux bombes de 250 kg, moteur DB 601Ba
le C-5 de reconnaissance diurne
le C-6 armé de deux canons de 30 mm sous le fuselage.
le C-7 chasseur-bombardier, porteur de deux bombes de 500 kg, moteur DB 601P
En raison de la priorité accordée au Zerstörer, la fabrication est confiée, en plus de celle assurée par l’usine d’Augsburg (MIAG), aux firmes Focke-Wulf et Gothaer Waggonfabrik (GWF). Au total, en 1939, 315 Bf 110C sont livrés. Le 10 mai 1940, le premier jour de la bataille de France, 355 Bf 110C sont en ligne. Il s’avère très rapidement que ce bimoteur ne dispose pas de l’agilité nécessaire pour combattre les monomoteurs ennemis. 35 % des appareils engagés sont perdus à la fin mai. Comme on le verra plus loin, cette leçon ne sera pas comprise assez tôt.

Autonomie améliorée 

Bf 110G-4 chasse de nuit, Budapest 1944.La campagne de Norvège, entamée le 9 avril 1940, montre que l’autonomie du Bf 110C, bien qu’importante, est insuffisante pour ce vaste territoire, notamment en raison de la nécessité de protéger les convois maritimes le long des côtes.

Aussi le bureau d’études Messerschmitt conçoit-il un énorme réservoir en contreplaqué contenant 1 200 litres, appelé Dackelbauch (ventre de teckel), monté sous le fuselage.

Les performances de l’appareil, dans ses premières variantes Bf 110 D-0 (des C-3 modifiés) et D-1/R1 de série, se trouvent naturellement grandement altérées ; en outre, une fois vide mais encore empli de vapeurs hautement inflammables, ledit réservoir a une fâcheuse tendance à exploser, d’où certaines disparitions longtemps restées incomprises.

Lors du déclenchement de la bataille d’Angleterre, dix « gruppen » de Bf 110 se trouvent en ligne, presque tous basés dans le nord de la France, à un moment où le D-1/R2 doté de deux réservoirs largables de 900 litres sous les ailes commence à être livré.

Dès les premières attaques en force, les pertes de Bf 110 sont sensibles : 17 appareils le 11 août 1940, 11 le lendemain, 20 le surlendemain. Les pertes les plus lourdes sont enregistrées le 15 août, lorsque 27 appareils ne rentrent pas.

Au total, durant la bataille d’Angleterre, 300 Bf 110 sont perdus. À l’évidence, comme des simulations auraient pu le laisser prévoir, de tels bimoteurs ne pouvaient rivaliser, en combat aérien, avec les monomoteurs Hawker Hurricane et Supermarine Spitfire.

Les attaques diurnes de la Luftwaffe cessent à l’automne 1940. Une nouvelle et grandissante menace apparaît alors pour l’Allemagne sous la forme de bombardements stratégiques inaugurés dans la nuit du 15 au 16 mai 1940 avec un raid accompli par 99 bimoteurs Hampden, Vickers Wellington et Whitley, à une époque où seule la Flak défend le Troisième Reich. Par conséquent, à peine retirés des unités offensives, les Bf 110 sont utilisés pour la chasse de nuit au sein de Nachtjagdgeschwader (NJG) dotés d’une première version spécialisée appelée D-1/U1. Ce modèle de chasse de nuit emportait des capteurs infrarouges Spanner dans le nez. Les versions classiques D-2 et D-3 pouvant porter des bombes et deux réservoirs de 300 litres sont engagées en 1941 dans les Balkans, en Méditerranée et en Libye.

Nouvelles missions 

À la suite des lourdes pertes subies par les Zerstörergruppen durant la bataille d’Angleterre, le Bf 110 est désormais fabriqué en tant que chasseur-bombardier et chasseur de nuit.

Les Bf 110 E-0 de présérie, puis les E-1, toujours dotés de moteurs DB 601B de 1100 ch apparaissent en mai 1941. Cependant, le DB 601P de 1175 ch est rapidement disponible pour les variantes E-1/U1 équipé d’un détecteur Spanner, E-1/U2 avec un troisième siège recevant un leitoffizier (officier contrôleur) et E-1/R2 pouvant emporter deux bombes de 1 000 kg sous le fuselage.
En 1942, le chasseur-bombardier E-2 et l’avion de reconnaissance E-3 commencent à sortir.
Ce dernier peut être équipé de deux réservoirs auxiliaires de 300 ou 900 litres sous les ailes extrêmes. En outre, pour la première fois et dans le but de renforcer la défense, deux mitrailleuses MG 17 de 7,92 mm tirant vers l’arrière sont montées dans les flancs du fuselage. Cette escalade classique des charges militaires, sans augmentation notable de la puissance, entraîne là encore une détérioration des qualités de vol et des performances du Zerstörer.

Puissance accrue : Bf 110 

Fabriqué parallèlement au Bf 110E, le F bénéficie durant quelque temps d’un accroissement de puissance bienvenu avec ses nouveaux moteurs DB 601F de 1350 ch. Selon la méthode habituelle, diverses variantes de série apparaissent :

le Bf 110 F-0 de présérie semblable au E-1, mais avec des radiateurs d’huile agrandis.
le F-1 équipé de divers blindage autour de l’habitacle jusque là très peu protégé, et un assortiment de bombes explosives ou incendiaires.
le F-2 sans lance-bombes.
le F-3 de reconnaissance.
La production est interrompue en octobre 1941 à l’usine MIAG, puis en décembre à l’usine GWF, en raison de la mise en service imminente du Me 210. Las, en raison du cuisant échec de ce dernier, il faut précipitamment reprendre les fabrications du Bf 110 dès février 1942. À ce moment, les raids nocturnes de la RAF se multiplient et les États-Unis entrent en guerre à la suite de l’attaque contre Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, laquelle va changer radicalement le cours de l’histoire. Après des essais conduits avec le Bf 110 V19 armé d’une batterie de douze lance-roquettes de 210 mm, les dernières variantes du Bf 110F sont :

le F-4 chasseur de nuit avec un troisième siège recevant un leitoffizier (officier contrôleur)
quant au chasseur de nuit F-4, il est doté, à l’avant, d’un radar FuG 202 comportant une antenne à quatre branches, son armement offensif comportant quatre MG 17 et deux MG FF.
La production de ce dernier se poursuit durant une bonne partie de l’année 1943.

Bf 110 G Zerstöre
Avant l’arrêt de la production du Bf 110, à la fin de 1941, la fabrication d’une présérie de G-0, pourvus de moteurs DB 605B-1 de 1 475 ch, est entreprise.

Dès la remise en marche de la chaîne, apparaît le G-1, un pur chasseur sur lequel les canons MG FF sont remplacés par des MG 151.
Cette version est rapidement remplacée par le G-2 comportant un train renforcé et une défense arrière assurée par un jumelage MG 81Z de 7,92 mm.
Dans les mois qui suivent, le G donne lieu à de nombreuses variantes sous forme de Rüstsäzten (modifications en unités) :

la première, appelée G-2/R1, est dotée d’un canon BK 3,7 de 37 mm approvisionné à 72 coups sous le ventre ; généralement, un seul obus suffit pour venir à bout d’un B-17 mais, handicapé par la masse et la traînée de l’arme, le bimoteur constitue une proie facile pour les chasseurs d’escorte.
le G-2/R2 est alors créé. Il est doté de moteurs à injection permettant d’accroître la vitesse, mais au prix de la suppression de blindages et des armes de défense.
sur le G-2/R3, les quatre MG 17 de nez sont remplacées par deux canons MK 108 de 30 mm, deux MG 151 pouvant en outre être montés sous le fuselage.
enfin, toujours en vue d’augmenter la puissance de feu, le G-2/R4 est armé d’un canon de 37 mm et de deux MG 151.
tandis que le G-2/R5 incorpore les modifications R1, R2 et R3.
en parallèle avec le G-2, le G-3 de reconnaissance sort de chaîne.
à partir de l’été de 1942, le G-4 destiné à la chasse de nuit commence à être livré. Son armement offensif comporte les quatre classiques MG 17 et deux MG 151.
En outre, sur les variantes successives, différents types de radars, sans cesse plus performants, sont montés à l’avant. Combinant des changements de radars et d’armement, naissent encore les G-4/U1, G-4/U5, G-4/U6, G-4/U7 et G-4/U8.

En 1943, la production des Bf 110 est de 1 509 appareils, suivis de 1 518 autres en 1944.

Suisse

Le 28 avril 1944, l’oberleutnant Wilhelm Johnen décolle avec son mitrailleur sur un Bf 110 G-4/R3 portant le code C9 EN, unité du 5./NJG5. Deux Lancaster figurent bientôt à son tableau de chasse mais l’un de ses moteurs subit une baisse de pression d’huile. Il doit se poser d’urgence et fait l’erreur de choisir l’aéroport de Zurich-Dubendorf.

C’est immédiatement un incident diplomatique surtout parce que l’avion est équipé du radar FuG 220 Lichtenstein SN2, récente réponse allemande aux brouillages que les Britanniques pratiquent en larguant de petites feuilles d’aluminium. Dès le lendemain, un commando de trois nazis franchit la frontière suisse, mais est rapidement arrêté grâce au flair d’un employé des chemins de fer qui s’étonne de voir trois inconnus acheter tour à tour un ticket d’1 franc avec un billet de 1 000 francs tout neuf.

Des négociations aboutissent au compromis que le Bf 110 sera détruit et l’équipage libéré en échange de la vente de 12 chasseurs du dernier modèle Bf 109 G-6. Ces avions se révéleront en mauvais état et avoir largement dépassé leur temps prévu d’utilisation.

Ultime version : Bf 110 H

Avant la disparition définitive du Bf 110, une dernière version, appelée Bf 110H, apparaît. En fait, la variante H-2 fabriquée ne diffère du G-2 que par ses moteurs DB 605E, quelques renforcements du train et de l’arrière du fuselage, des commandes légèrement modifiées et une roulette de queue hydrauliquement escamotable. Les H-3 de reconnaissance, H-4 de chasse de nuit et ses Umrüst-Bausätzen H-4/U7, H-4/U8 sont également produits.

Production et opérateurs[modifier]Selon les statistiques allemandes, la fabrication totale de Bf 110 a porté sur 5762 exemplaires, dont 2240 chasseurs de nuit et 494 appareils de reconnaissance.

Ils servirent dans les forces allemandes, italiennes, roumaines et hongroises.

Évolution des caractéristiques et des performances

Caractéristiques des différentes versions 

modèle Bf 110 B-1 Bf 110 C-4 Bf 110 F-2 Bf 110 G-4 
Moteur Jumo 210 Ga de 700 ch DB 601 B-1 de 1100 ch DB 601F de 1350 ch DB 605 B-1 de 1475 ch 
envergure 16,20 m 16,20 m 16,20 m 16,20 m 
Longueur 12,60 m 12,10 m 12,10 m 12,10 m 
Surface alaire 38,5 m² 38,5 m2 38,5 m2 38,5 m2 
Masse à vide kg 5200 kg 5600 kg 5090 kg 
Masse maxi 5700 kg 6750 kg 7200 kg 9900 kg 
Armement 2 canons de 20 mm, 5 mitrailleuses de 7,92 mm dont une en défense 2 canons de 20 mm, 5 mitrailleuses de 7,92 mm dont une en défense 4 mitrailleuses de 7,92 mm (2 MK 108 de 30 mm) ; 2 MG 151 de 20 mm ; 2 mitrailleuses de 7,92 mm en défense 
Vitesse maximale 455 km/h à 4 000 m 560 km/h 565 km/h à 5 400 m 550 km/h à 7 000 m 
Autonomie maximale 1 720 km 1 100 km 1 200 km 2 100 km 

 

source : http://militaires-d-hier.forumgratuit.org/t3329-messerschmitt-bf-110

 

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 retour à la Seconde Guerre Mondiale

Les avions de guerre

23 mars 2013

Messerschmitt Bf 109

Classé sous — milguerres @ 22 h 22 min

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Les avions de guerre

Messerschmitt Bf 109

 

Messerschmitt Bf 109 800px-10

Le Messerschmitt Bf 109 est un chasseur monomoteur monoplace allemand conçu dans les années 1930 par l’ingénieur allemand Willy Messerschmitt

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en réponse à un appel d’offre du Reichsluftfahrtministerium (RLM) pour la conception d’un chasseur moderne devant équiper la Luftwaffe naissante. Autour du moteur le plus puissant disponible, un Junkers Jumo 210 à 12 cylindres en V inversé, Messerschmitt dessina la cellule la plus fine possible, reprenant des techniques très novatrices qu’il avait développées pour l’avion léger Bf 108. Le prototype Bf 109, supérieur à ses concurrents, fut finalement choisi, malgré l’inimitié du ministre de l’Air, Erhard Milch, envers Messerschmitt.

Suite à sa participation à la guerre d’Espagne, le Bf 109 fut remotorisé par un moteur Daimler Benz pour pratiquer de façon encore plus efficace les nouvelles tactiques de combat aérien qu’il avait permis de mettre au point. La première partie de la Seconde Guerre mondiale vit une domination sans partage de cet avion et de sa doctrine d’emploi.

Durant la bataille de France, seul le trop petit nombre de Bloch 152 et Dewoitine D.520 (aux performances comparables mais plus maniable que le Bf 109), étaient des adversaires à sa mesure. Les Morane-Saulnier MS.406 qui représentaient l’essentiel de la chasse française avec les Curtiss H75 étaient quelque peu surclassés en de nombreux points. Seul le Supermarine Spitfire britannique put alors lui tenir tête lors de la bataille d’Angleterre. Le Bf 109 fut le chasseur préféré de nombreux pilotes allemands, y compris des as tels qu’Adolf Galland ou Hans-Joachim Marseille, et cela même après le déploiement du Focke-Wulf Fw 190 qui, dans l’absolu, était une meilleure machine.

Cependant l’avion était arrivé au bout de son potentiel d’évolution. Les versions suivantes ne parvinrent pas à maintenir l’avantage acquis et se révélèrent d’un pilotage plus difficile, réservé à des pilotes expérimentés dont la Luftwaffe ne disposait plus qu’en nombre limité. Aux mains d’un bon pilote, il resta néanmoins un adversaire redoutable jusqu’à la fin de la guerre où il fut le principal chasseur allemand ainsi que le plus produit avec plus de 33 000 exemplaires produits.

Naissance

Willy Messerschmitt avait fondé sa société Messerschmitt Flugzeugbau GmbH en mars 1926, en partie financée par le gouvernement bavarois. Suite à des problèmes économiques, ce dernier lui demanda en septembre 1927 d’intégrer comme concepteur principal la Bayerische Flugzeugwerke (BFW) d’Augsburg, déjà existante. Après de nombreux déboires, cette association obtient enfin un succès commercial avec le Messerschmitt Bf 108 Taifun, un quadriplace léger, conçu en hâte pour participer au Challenge international des avions de tourisme de 1934. Cet avion, très en avance sur son époque, permit à Messerschmitt d’expérimenter les solutions qui allaient faire le succès de son futur chasseur : la formule monoplan à aile basse cantilever, le train d’atterrissage rentrant, une construction semi-monocoque légère en alliage d’aluminium s’articulant autour d’un unique longeron d’aile et d’une forte cloison pare-feu, ainsi que les dispositifs hyper-sustentateurs, combinant des becs à fente automatiques sur le bord d’attaque et des volets sur le bord de fuite, permettant de décoller et d’atterrir malgré une charge alaire très élevée.

Le Bf 108, très populaire, assura Messerschmitt d’un soutien inconditionnel de nombreux officiers et pilotes de la Luftwaffe. Cependant il s’était aussi trouvé un ennemi acharné en la personne d’Erhard Milch, qui venait de prendre la tête du tout nouveau Reichsluftfahrtministerium (RLM). Cet antagonisme était le résultat de la mort de l’ami personnel de Milch, Hans Hackman, au cours des essais du Messerschmitt M20 (en), mais aussi de l’exploitation désastreuse de l’avion par la suite, au sein de la Deutsche Lufthansa, dont Milch était alors directeur. Cette inimitié explique sans doute pourquoi Bayerische Flugzeugwerke n’a pas été conviée dans un premier temps à répondre au programme de chasseur monoplace Rüstungsflugzeug IV, lancé par le Technisches Amt (le département technique) du RLM en juin 1934. Finalement au début de 1935, grâce à sa popularité au sein des hautes instances de la Luftwaffe, Messerschmitt fut enfin invité à présenter un prototype, bien que Milch assurât que jamais il ne pourrait remporter le concours.

Le concours

Le programme R-IV, bien qu’issu du RLM, combinait en fait le meilleur des caractéristiques obtenues par les projet sur fonds privés d’Heinkel et Arado, réalisés au cours de l’année 1933. L’avion demandé était un monoplan monomoteur, équipé du nouveau moteur en développement chez Junkers, le Jumo 210, et était armé de trois mitrailleuses de 7,92 mm, approvisionnées chacune à mille coups. L’avion devait privilégier dans l’ordre la vitesse en palier, la vitesse ascensionnelle, et enfin la manœuvrabilité. L’objectif en termes de vitesse était de 400 km/h à 6 000 mètres que l’avion devait pouvoir soutenir pendant vingt minutes. Les performances exigées étaient en fait assez raisonnables mais Messerschmitt savait que, s’il voulait l’emporter, il devait concevoir un avion qui écrase la concurrence par ses performances. Il prit donc le risque de ne pas tenir compte de la recommandation du programme de ne pas dépasser 100 kg/m2 de charge alaire de façon à pouvoir atteindre les vitesses les plus hautes en diminuant au maximum la traînée. En contrepartie, Messerschmitt étudia des dispositifs hypersustentateurs pour garder une vitesse minimale et une manœuvrabilité acceptable. Ainsi, des becs à fente de bord d’attaque à fonctionnement automatique et de grands volets permirent à l’avion de rester contrôlable à basse vitesse.

Lorsqu’au début de 1935, la Bayerische Flugzeugwerke fut enfin admise à participer à la compétition, Willy Messerschmitt avait déjà réalisé le plus gros du travail de conception du Bf 109A, ou 8-109 selon la désignation du RLM, ce qui permit au premier prototype V1 (V pour Versuchsflugzeug) d’être prêt dès le mois de mai ; cependant les moteurs allemands ne l’étaient pas et l’avion dut être modifié pour y monter un des quatre Rolls-Royce Kestrel VI de 695 cv acquis par le RLM au Royaume-Uni en échange d’un Heinkel He 70 Blitz. L’adaptation se termina en août et, finalement, le V1 avec l’immatriculation civile D-IABI effectua son premier vol en septembre. Il fut ensuite envoyé au centre d’essai de la Luftwaffe à Rechlin pour participer à la compétition. Le V2, motorisé par un des premiers Jumo 210A donnant 610 chevaux, disponibles enfin à la fin de l’été, fut terminé en octobre et rejoignit le V1. Par contre le V3, qui était le premier exemplaire armé avec sa paire de MG 17 de 7,92 mm sur le capot moteur, dut attendre mai 1936 pour recevoir un moteur et rejoindre ses deux prédécesseurs.

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Le prototype V1

Très rapidement, Arado et Focke-Wulf, voyant leurs projets dépassés, se retirérent de la compétition ; seuls le Bf-109 et le Heinkel He 112 restèrent en lice. Outre l’hostilité de Milch, l’avion rencontra un accueil tout d’abord défavorable des pilotes qui lui reprochaient la voie étroite de son train d’atterrissage et son inclinaison élevée quand il roulait, ce qui rendait les opérations au sol difficiles voire dangereuses pour des pilotes peu expérimentés. Le comportement en l’air allait par contre finir par emporter leurs suffrages, l’avion se révélant manœuvrant une fois en l’air et surtout capable d’une vitesse exceptionnelle de 470 km/h, soit trente de plus que son concurrent, et de piquer et grimper plus vite. Cependant, le Heinkel avait encore la préférence des instances dirigeantes, le RLM commanda donc une présérie de dix appareils de chaque type. Néanmoins, début mars, la nouvelle que le Spitifire avait été mis en production obligea la Luftwaffe, dans l’urgence, à revoir sa décision et, finalement le 12, parut un document donnant la priorité au Bf-109 qui fut lancé en production alors que l’on demandait à Heinkel de revoir sa copie.

Les choix technologiques risqués de Willy Messerschmitt, avaient réussi à faire la différence, face au Heinkel, privilégié pourtant par les autorités. Comme sur le Bf 108 pour gagner du poids, il regroupait tous les efforts du moteur et du train sur un seul élément, la cloison pare-feu en arrière du moteur. De même pour l’aile, il n’employait qu’un seul longeron avant, en forme de I, suffisamment robuste pour encaisser les efforts de flexion subis par la voilure, au lieu de deux dans la construction traditionnelle. Associés à une construction semi-monocoque métallique, ces innovations lui permettaient d’obtenir une structure assez légère pour obtenir un bon rapport poids/puissance malgré la faiblesse des moteurs alors disponibles. Autres avantages, le Bf 109 était nettement moins coûteux à produire que son concurrent et il était possible de démonter ses ailes tout en gardant l’avion sur son train d’atterrissage lors des maintenances et des transports par voie de terre. Par contre, ce choix impliquait un train à voie étroite qui rendait plus difficile le roulage et les manœuvres au sol. Cela allait devenir particulièrement critique quand la puissance (et, de là, le couple de renversement) des moteurs allait augmenter.

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Bf 109 B.

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Bf 109 B.

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Bf 109 C-1 et Bf 109 D

Débuts de série

Il semble que 22 Bf-109 A-0 aient été livrés. Basés sur le V4 qui vola le 23 septembre 1936, les premiers étaient motorisés par un Jumo 210B de 640 cv qui céda rapidement la place à un Jumo 210D de 670 cv. Ces avions n’étaient pas identiques, avec de nombreuses différences parfois apparentes : les prises d’air de refroidissement de l’armement et le radiateur d’huile changèrent de position à plusieurs reprises pour éviter les phénomènes de surchauffe. Ils furent suivis par les Bf 109 B-1 qui en découlaient mais qui allaient être produits à 341 exemplaires par Messerschmitt, Fieseler et Erla. En cours de production du B-1, l’hélice bipale fixe Schwarz en bois céda la place à une bipale à pas variable VDM, copie sous licence de l’Hamilton Standard américaine, donnant par modification ou nouvelle construction les Bf 109 B-2. Les avions étaient parfois motorisés par un Jumo 210Da et son compresseur à deux vitesses, certains semblent avoir reçu des Jumo 210G à injection directe après l’essai en mars 1937 sur le Bf 109 V7. Comparé aux futurs chasseurs britanniques armés de huit mitrailleuses, l’armement du Bf 109 était cependant jugé insuffisant avec seulement deux MG-17 de 7,92 mm de capot. Plusieurs essais furent réalisés pour monter une troisième mitrailleuse (voire un canon de 20 mm MG FF) installé(e) entre les deux rang de cylindres et tirant à travers le cône d’hélice. Mais les vibrations et l’échauffement provoqués par leur tir posaient encore trop de problèmes et les armes montées à travers le moteur restèrent expérimentales, les premiers avions des séries A et B devant se contenter de l’armement du V3.

Les premiers avions funt affectés au Jagdgeschwader (escadre de chasse) JG-132 Richthofen dans le but de tester leur capacités opérationnelles et, dès le début de sa production, le Bf 109 fut engagé dans les opérations de la Guerre d’Espagne où il volait aux mains des pilotes allemands volontaires de la Légion Condor. Il semble probable que des A-0, aient servis en Espagne avec les marquages tactiques de 6-1 à 6-16, par contre l’envoi des prototypes Bf 109 V4, V5 et V6, bien que souvent cité, semble incertain. Leur apparence similaire les fit néanmoins souvent confondre avec le modèle B1 qui leur succèda. L’un d’eux, le 6-15, contraint à un atterrissage forcé suite à une panne d’essence fut capturé par les républicains, le 11 novembre 1937. Le pilote d’essais français Constantin Rozanoff eut alors l’occasion de l’évaluer, pui il fut livré aux soviétiques pour une étude plus poussée. Par la suite, au moins une cinquantaine de Bf 109B et une trentaine de Bf 109C furent envoyés combattre, l’envoi de modèles D n’étant pas certain. La pratique dura tout le long du conflit jusqu’à l’envoi d’une quarantaine de Bf 109E en 1939, le total des avions fournis aux forces nationalistes se situant au-delà de 130. Au cours des combats en Espagne, le Bf 109 fut opposé, en particulier, aux chasseurs soviétiques Polikarpov I-15 et I-16, extrêmement maniables et bien armés, qui dominaient alors le ciel espagnol. Incapables de prendre l’avantage en combat tournoyant, les pilotes allemands, mirent alors au point des tactiques mettant l’accent sur la vitesse et l’avantage d’altitude. Groupé par quatre dans des Schwärme (« essaims »), qui se subdivisent en deux Rotten (« bandes »), les Messerschmitts engageaient et rompaient le combat à leur convenance du fait de leur grande vitesse. Lorsqu’ils bénéficiaient de la supériorité en altitude, ils plongeaient alors sur leurs adversaires pour effectuer une passe, groupés en formation, puis remontaient avec la vitesse acquise pendant le piqué, restant ainsi complètement hors d’atteinte des contre-attaques de leurs adversaires. Cette nouvelle méthode de combat, connue comme combat à l’énergie, ou Boom and Zoom, inventée par des pilotes comme Adolf Galland et Werner Mölders, devint par la suite le style de combat dominant dans les airs lors du second conflit mondial. Le Bf 109 se révèla magnifiquement adapté à cette utilisation. Plus de deux cent pilotes allemands firent leurs premières armes en passant par la légion Condor, devenant par la suite le noyau de la future chasse de la Luftwaffe, la Jagdwaffe.

Le Bf 109 V8 était le premier à apporter une réponse satisfaisante au problème de la faiblesse de l’armement, ses ailes avaient été modifiées pour permettre le montage de deux mitrailleuses supplémentaires aux emplantures ; le V9 était encore mieux armé car il embarquait des canons de 20 mm MG-FF dans les ailes mais la structure de celles-ci se révèla alors trop faible pour supporter le recul, les avions de série Bf 109C devant alors se contenter de quatre mitrailleuses MG 17. Les deux prototypes et la série étaient motorisés par le Jumo 210 Ga et, pour la première fois, embarquaient une radio FuG 7 qui permettait les liaisons avec les forces terrestres. Pour Willy Messerschmitt, le principal problème de son chasseur était que, malgré les améliorations du Jumo, il n’arrivait pas à lui faire atteindre des vitesses supérieures à 480 km/h. Il était persuadé que la solution se trouvait dans l’adaptation des Daimler Benz de la série 600. Son premier essai, le Bf 109 V10, l’ancien prototype de la série C, motorisé avec un DB 600A de 900 cv, fut détruit à l’atterrissage par Ernst Udet lors d’une tentative de record en juillet 1937. Le V11 lui succéda, toujours avec un DB 600A, puis vinrent les deux V12 et V13. Le moteur de Daimler Benz manquant encore de fiabilité et le DB 601 à injection devant être bientôt disponible, on décida donc de construire une série transitoire, le Bf-109D, encore équipée des Jumo 210D et toujours armée de quatre MG 17. Cette version fut la première à être exportée vers la Suisse et la Hongrie.

Les premières productions du Bf 109
Bf 109 A-0
production basée sur le Bf 109 V4, 22 exemplaires.
présérie du Bf 109B
Bf 109 V5 2 MG-17, moteur junkers Jumo 210B, 1er vol 5 novembre 1936
Bf 109 V6 2 MG-17, moteur junkers Jumo 210B, 1er vol 11 novembre 1936.
série du Bf 109B
surnommée Bertha, 341 exemplaires, 2 MG-17 capot
|Bf 109B-1 début de série avec hélice fixe en bois Schwarz, moteur junkers Jumo 210G de 670 cv, hélice fixe en bois Schwarz
Bf 109B-2 exemplaires rééquipés de l’hélice bipale à pas variable VDM-1, moteurs Jumo 210Da.
présérie du Bf 109C et Bf 109D
Bf 109 V7 non-armé, moteur junkers Jumo 210G, 1er vol 5 novembre 1936
Bf 109 V8 armé de 2 MG-17 capot, moteur junkers Jumo 210Ga, 1er vol 11 novembre 1936
Bf 109 V9 prototype, armé de 2 MG-17 de capot et 2 MG FF dans les ailes , moteur junkers Jumo 210G, 1er vol 11 novembre 1936
Bf 109 V10 moteur Jumo 210Ga de 700 cv puis Daimler-Benz DB-600a de 900 cv pour une tentative de record.
série du Bf 109C
surnommée Clara ou Caesar, moteur Jumo 210G ou Ga, armé de 2 MG-17 de capot et de 2 dans les ailes, 58 exemplaires.
série du Bf 109D
surnommée Dora, moteur Jumo 210Da ou Ga, armé de 2 MG-17 de capot et de 2 dans les ailes, 647 exemplaires.

Le Bf 109, arme de propagande

Le nouvel avion était utilisé de façon intensive par la propagande nazie du Troisième Reich dans le but d’impressionner ses futurs alliés et adversaires. On manipula de nombreux détails techniques et caractéristiques de l’avion pour amener les services de renseignement et la presse étrangère à surévaluer l’appareil. Dans ce but on utilisait beaucoup les prototypes, dont certains transformés en machine de record, ayant peu de rapport avec les chasseurs de la production de série. Par exemple, le Bf 109V13, qui battit le record du monde de vitesse avec 610,5 km/h en novembre 1937, employait un DB-601 spécialement préparé et dépourvu de tout armement. Les services de la Luftwaffe entretenaient alors un flou sur ces avions en les classant comme prototypes du chasseur, laissant sous-entendre que la production serait basée sur ces modèles. L’influence de ces mesures se fait encore sentir de nos jours, certains croyant que les Bf-109D étaient dotés de moteurs Daimler-Benz.

Autre domaine où la Luftwaffe essayait de tromper les experts, celui de l’armement. Des manuels furent même publiés pour des avions qui n’existaient pas, ou uniquement sous forme de prototype sans avenir. Les différentes variantes d’armement des modèles C et D, outre leur côté expérimental, étaient certainement à classer dans ces tentatives de tromperie destinées à masquer la faiblesse de l’armement du Bf 109 à ses débuts. Étaient vraisemblablement à classer dans ces efforts :

* le Bf 109 C-2 avec cinq MG 17 dont une tirant à travers le cône d’hélice.
* le Bf 109 C-3 avec deux canons MG-FF d’aile.
* le Bf 109 C-4 avec un canon MG FF tirant à travers le cône d’hélice.
* le Bf 109 D-2 avec trois MG-FF (deux d’aile et un de moteur).
* le Bf 109 D-3 avec deux MG-17 de capot et deux MG-FF dans les ailes.

Les montages d’armes dans le moteur et de canon dans les ailes se révélant impraticables avant la fin de l’année 1939, nombre de ces avions n’ont vraisemblablement jamais existé autrement que sur papier, ce même si une documentation existait sur leur emploi opérationnel. Ces efforts portèrent leurs fruits, là encore même de nos jours, les premières versions du Emil étant décrites comme armées d’un canon tirant à travers le moteur voire de trois canons. Ces procédés continuèrent par la suite, présentant l’avion de record Messerschmitt Bf 209 comme une future évolution du Bf 109 en le désignant Me 109R alors qu’il était impossible de l’armer sans que ses performances ne s’effondrent.

L’arrivée des Daimler Benz, le Bf 109E Emil

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Un Bf 109E

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Bf 109 E-3.

Les expérimentations avec les Daimler Benz se poursuivent, avec les V11 et V12 et leur DB 600A. Mais le moteur encore jeune pose de nombreux problèmes, en particulier au niveau de sa suralimentation automatique et la production, insuffisante, est réservée prioritairement aux bombardiers Heinkel He 111. Le DB 601 devient enfin disponible. Messerschmitt ayant gagné une réputation internationale, le RLM suggère le changement de nom de Bayerische Flugzeugwerke en Messerschmitt AG, les avions suivants prendront alors la désignation Me, au lieu de Bf.

Deux prototypes, les V14 et V15, au début de l’été 1938, embarquent le nouveau moteur, le refroidissement n’est plus assuré par un unique radiateur, sous le nez, mais par deux placés sous les ailes et le compartiment moteur est profondément remanié pour embarquer le Daimler Benz. Les configurations d’armement qu’ils emportent, deux canons d’aile et deux mitrailleuses de capot, et un canon de moteur et deux mitrailleuses, ne seront pas retenues, car la présérie E-0, puis la série E-1, qui les suivent, ne possèdent que quatre MG 17. En janvier 1939, les premiers Bf 109 E-1 de série arrivent dans les unités de la Luftwaffe, ils sont armés de quatre MG 17 et propulsés par un DB 601 A-1 de 990 cv ; ils seront produits à 1183 exemplaires.

Les prototypes V16 et V17 servent à améliorer encore la formule en particulier par le renforcement de la structure, ce qui permet enfin de monter de façon satisfaisante un armement plus lourd. De ce travail va découler, en fin d’année, une nouvelle version de série, le Bf 109 E-3 avec deux canons d’ailes MG FF, le E-2 avec un canon de moteur n’est lui pas produit. Une variante d’exportation du E-3, le E-3a est réalisée privée des équipements sensibles pour la Luftwaffe, et vendue à plus de trois cent exemplaires, entre autres à la Suisse (80), la Bulgarie (19), l’Espagne, la Hongrie (40), l’URSS (5), la Roumanie (69), la Yougoslavie (73) et le Japon (2). Le E-3, sert aussi de base au développement du Bf-109T, destiné à l’emploi sur le futur porte-avions Graf Zeppelin de la Kriegsmarine. L’été suivant, le E-4 introduit les canons modifiés MG FF/M, dotés d’un système de retardement du recul, ce qui permet de tirer les obus mines à haute teneur en explosif, aux effets dévastateurs.

En septembre 1939, à la déclaration de guerre contre la Pologne, la Luftwaffe avait environ 850 Bf 109E et 235 Bf 109D dans ses escadres de chasse, dont un peu plus de deux cent participèrent à la guerre éclair contre ce pays. Soixante-sept d’entre eux furent abattus mais principalement par des tirs du sol. Il règne en effet en maître absolu dans les airs. Après les opérations à l’est, une des plus grande batailles aériennes fut l’annihilation d’un raid de vingt-quatre Vickers Wellington de la RAF contre Wilhelmshaven. À cette occasion, les Bf 109 descendirent douze des bombardiers pour la perte de deux d’entre eux, ce qui marqua le virage du Bomber Command vers les raids de nuit.

Après l’évaluation d’un Bf 109E posé par erreur en France, les Britanniques conclurent que seul les Spitfire Mk.I, dotés d’hélice tripale, arrivaient à avoir le dessus, et ce seulement à grande altitude. La campagne de France confirma cet état de fait, bien que les allemands commençassent à percevoir les défauts de l’avion, en particulier la faiblesse de son rayon d’action et son absence de supériorité contre le Spitfire, qu’il rencontra au-dessus de Dunkerque. Néanmoins, le début de la bataille d’Angleterre est encore nettement à son avantage, ce n’est qu’à la suite de l’ordre de protéger les bombardiers au plus près, ce qui le prive de ses avantages naturels, qu’il est réellement battu par le Spitfire.

Il possède, pourtant, de nombreux avantages sur son adversaire, comme la possibilité de piquer en G négatifs, du fait de son moteur à injection, alors que le Merlin à carburateur du Spitfire aurait calé avec la même manœuvre. Cette esquive permettait souvent aux pilotes allemands de semer leurs poursuivants assez facilement. Il grimpe aussi plus vite aux altitudes moyennes et son armement est beaucoup plus meurtrier, les obus mines de 20 mm du MG FF/M ayant un effet dévastateur sur les avions britanniques, alors que les mitrailleuses de 7,7 mm, malgré leur nombre et leur grande cadence de tir, nécessitaient des passes de tir plus longues. Le Bf 109E, pendant la bataille d’Angleterre, fut responsable de la plus grande partie des pertes de la RAF, soit 403 Spitfires, 631 Huricanes et 115 Blenheims. Mais 610 Bf 109 sont perdus, et beaucoup de pilotes tués ou fait prisonniers, alors que la plupart des pilotes britanniques peuvent reprendre le combat. L’as Werner Mölders passe à cette occasion le cap des cinquante victoires, il sera rapidement rejoint et dépassé par de nombreux autres pilotes allemands.

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Bf 109 E-4.

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109 E-4/B.

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Bf 109 E-7.

Les combats au-dessus des îles britanniques voient aussi l’emploi des premiers chasseurs-bombardiers basés sur le Bf 109, capables d’emporter des bombes de 250 et 50 kg. Ils mènent des attaques rapides, en petites formations, sur des objectifs dans le sud de l’Angleterre, à partir de la fin 1940. L’expérimentation de lance-bombes mène à la transformation des E-1 en 110 E-1/B et des Bf 109 E-4 en Bf 109 E-4/B, en montant un lance bombe ETC-250 sous le fuselage. Ils sont ainsi capables d’embarquer une bombe de deux cent cinquante kilogrammes ou quatre de cinquante. Plus généralement, pour garder une autonomie convenable, on réduisait la charge à une seule de cinquante kilogrammes. Des unités de chasse-bombardement (Jagdbomber) ou Jabo, sont alors créées et équipées de ces avions. Elles vont mener des raids rapides et ponctuels, lors de la deuxième partie de la bataille d’Angleterre. Bien qu’il ne soit pas doté de viseur de bombardement spécifique, l’avion se révèle efficace pour les bombardements en piqué, qui sont menés grâce au viseur standard Revi et des lignes peintes sur le pare-brise pour déterminer les angles.

Bf 109 E-7.

Au début 1941, le E-4/N est doté du moteur DB 601N, plus performant en altitude, grâce à l’emploi de carburant C3 d’indice d’octane 100 et d’un compresseur à entraînement hydraulique et vitesse variable. Deux versions de reconnaissance voient aussi le jour : le E-5 et le E-6, délestées de leurs canons et avec une caméra à l’arrière du fuselage ; elles sont respectivement motorisées par un DB 601Aa et un DB 601N. Le Bf 109 E-7, lui, s’attaque au problème de rayon d’action grâce à la possibilité d’emmener un réservoir largable de 300 litres sous le fuselage, il donne naissance à de nombreux dérivés : le E-7N avec un DB-601N et les E-7/U1 dotés d’un système de refroidissement blindé, les E-7/U2 employés en Afrique du nord pour des raids à basse altitude et dont le moteur est protégé par une plaque de blindage boulonnée sur le dessous et enfin le U3, un variante de reconnaissance photographique. Une modification encore plus performante en altitude est créée, le Bf 109 E-7/NZ, avec un système de surpuissance GM-1, fonctionnant par l’injection de Protoxyde d’azote qui sert d’oxydant au moteur ; le système cependant, lourd et mal placé, provoque un déséquilibre de l’appareil conduisant parfois à de dangereuses vrilles. Avec les opérations sur le front africain apparaissent aussi les E-4/Trop, E-5/Trop et E-7/Trop, versions tropicalisées par l’ajout de filtres à air plus performants et de nécessaires de survie en milieu désertique.

Pour réutiliser les cellules de Bf 109 E-1, Fiesler et Arado, reconstruisent 60 Bf 109 E-8, avec un réservoir de 300 litres et quelques E-9, où les mitrailleuses d’aile sont échangées contre une caméra. Ils seront les dernières versions du Emil, qui a commencé à montrer ses limites contre le Spitfire. La Luftwaffe a besoin d’un chasseur beaucoup plus performant et une révision importante du Bf 109 s’avère nécessaire. Environ 4000 Bf 109E ont été produits, principalement de la version E-3.

Le Bf 109E et ses dérivés (environ 4000 exemplaires)

prototypes ayant mené au Bf 109E

Bf 109 V11 et V12 prototypes avec un moteur Daimler-Benz DB-600A
Bf 109 V13 machine de record avec un moteur Daimler-Benz DB 601 gonflé
Bf 109 V14 et V15 prototypes des E-0 et E-1, moteur Daimler-Benz DB 601
Bf 109 V16 et V17 prototypes des E-3 avec une structure renforcée
présérie Bf 109 E-0, 3 exemplaires, numérotés de V18 à V20, armé de 2 MG 17 de capot et 2 dans les ailes

Bf 109 E-1

moteur Daimler-Benz DB 601A-1 de 990 cv, armé de 2 MG 17 de capot et 2 dans les ailes, 1183 exemplaires
dérivés : 110 Bf 109 E-1/B version de chasse-bombardement, avec lance-bombe ETC-250 sous le fuselage
60 Bf 109 E-8, à long rayon d’action avec lance-bombe ETC-250 sous le fuselage, capable d’emporter un réservoir de 300 litres
Bf 109 E-9, conversion pour la reconnaissance photographique du E-8 gardant seulement les MG 17 de capot

Bf 109 E-3

version la plus produite, armée de 2 MG 17 de capot et de 2 MG FF dans les ailes, moteur DB 601A-1 ou DB 601Aa de 1050 cv
dérivés : 10 Bf 109 T-0, présérie du Bf 109T (T = Träger), version destinée à servir sur les porte-avions en construction, le Graf Zeppelin et Flugzeugträger B
50 Bf 109 T-1 série du Bf 109T, reconvertie par la suite en T-2, par le retrait des équipements d’aéronavale
Bf 109 E-3a, version d’exportation, moteur Daimler-Benz DB 601Aa de 1050 cv
Bf 109 E-5, version de reconnaissance, 2 MG 17 de capot, moteur Daimler-Benz DB 601A de 990 cv

Bf 109 E-4

MG FF remplacés par des MG FF/M, verrière plus anguleuse
dérivés : /B version de chasse bombardement, avec lance-bombe ETC-250 sous le fuselage
/N moteur Daimler-Benz DB 601N de 1175 cv ; /Trop version tropicalisée, Bf 109 E-6, version de reconnaissance, moteur Daimler-Benz DB 601N de 1175 cv

Bf 109 E-7

E-4 à long rayon d’action avec lance-bombe ETC-250 sous le fuselage, capable d’emporter un réservoir de 300 litres
dérivés : /N, moteur Daimler-Benz DB 601N ; /NZ, système de surpuissance GM-1, DB 601N ; /Trop, version tropicalisée
/U1, avec un système de refroidissement blindé ; /U2, E-7/Trop avec une plaque blindage dans la partie inférieure du moteur
/U3, conversion pour la reconnaissance du E-7

La réaction au Spitfire, le Bf 109F Friedrich

Bien que la version E, soit la plus connue de cet appareil et la G la plus produite, la version F, correspond à l’apogée de la carrière du chasseur de Messerschmitt. Avec environ 2200 produits au total, cette version fut l’appareil des débuts de certains grands as allemands comme Erich Hartmann, au palmarès le plus étoffé avec ses 352 victoires. Werner Mölders atteint le premier le chiffre symbolique de 101, le 16 juillet 1941, mais rappelé en Allemagne pour superviser l’entraînement des nouveaux pilotes. Il se tua dans un accident d’avion, peu de temps après. La plupart de ces grandes séries de succès eurent pour cadre le front de l’est, où face à des avions démodés en grands nombres et mal employés, les victoires furent relativement faciles. Mais il reste que le Bf 109F, employé selon les tactiques adéquates, avec des pilotes chevronnés, domina les cieux même à l’ouest, comme le prouve l’exemple de Marseille.

Les travaux pour adapter des moteurs plus puissants à l’avion, ont commencé dès le début de l’année 1940. Le résultat de ces études, le Bf 109F, est bien mieux profilé que son prédécesseur, il a une casserole d’hélice imposante, suivit par un capot moteur très ajusté lui donnant un peu, un aspect de cigare volant. Au niveau des ailes, les radiateurs sont aussi redessinés de façon plus aérodynamique et les saumons ont été arrondis. À l’arrière la roulette de queue devient semi-rétractable et les montants du plan de profondeurs externes disparaissent. Le premier prototype, le V21 a un moteur DB 601Aa, mais les trois suivants les V22, 23 et 24 embarquent le DB 601E. La mise en production de celui-ci tardant, on revient au DB 601N pour les dix Bf 109 F-0 qui suivent. Malgré tout, du fait de l’amélioration aérodynamique, les performances font un bond en avant. Les livraisons de la version de série Bf 109 F-1, commencent au début de 1941. Ils souffrent dans un premier temps, de mystérieuses pertes de contrôle, donnant lieu à des accidents mortels. Ils sont alors interdit de vol, pendant que les ingénieurs de Messerschmitt, mènent leur enquête. La cause est découverte rapidement, le plan de profondeur privé de ses montants, se met à vibrer à certains régimes moteur, rendant l’avion ingouvernable.

Une solution provisoire est appliquée, par l’ajout de plaques de renfort sur la structure arrière. Ce problème résolu l’avion se révèle excellent avec une vitesse de pointe de 628 km/h. Son armement est peu puissant, mais bien groupé avec un canon MG FF/M qui tire à travers l’hélice et deux MG 17 de capot. La série F-2, introduit un nouveau modèle de canon le MG 151/15 de 15 mm, cette arme bien que moins puissante a une meilleure vitesse initiale et donc est plus précise, de plus elle est commandée électriquement et approvisionnée à deux cent coups au lieu de soixante. Le Bf 109 F-2 est décliné en version tropicalisée, le Bf 109 F-2/Trop. Le Bf 109 F-3, aurait dû être enfin motorisé par le DB 601E, mais il est rapidement remplacé par le Bf 109 F-4, armé du MG 151/20 avec 200 coups, mais aussi mieux protégé par des blindages supplémentaires et des réservoirs auto-obturants améliorés, qui est livré à partir de juin 1941. La fin de série du F-4, voit le problème de vibration réglé de façon plus définitive par l’adoption d’un empennage entièrement repensé. Là encore, des versions spécialisées sont produites, respectivement, les F-4/Trop et F-4/Z. Le Bf 109 F-5 et le Bf 109 F-6 en sont des dérivés de reconnaissance, ne différant que par leurs caméras, et produits à seulement quelques exemplaires.

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Bf 109 F-2.

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Bf 109 F-2/Trop.

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Bf 109 F-4.

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Bf 109 F-6.

Le Bf 109F et ses dérivés

prototypes ayant mené au Bf 109F

Bf 109 V21, moteur Daimler-Benz DB-601Aa
V22, V23 et V24 avec le moteur Daimler-Benz DB-601E

La présérie Bf 109 F-0
10 exemplaires, moteur Daimler-Benz DB-601N

Bf 109 F-1
moteur Daimler-Benz DB-601N, canon MG-FF/M de moteur, 2 MG-17 de capot

Bf 109 F-2
MG-FF/M remplacé par un canon MG-151/15

Bf 109 F-3
montage du moteur DB-601E, non produite

Bf 109 F-4
Bf 109F-3 équipé d’un canon MG-151/20 de moteur, blindage et réservoirs améliorés

Bf 109 F-5 et F-6
variantes de reconnaissance du F-4

Bf 109 H-0 et H-1
variantes de haute altitude, réalisées à partir du F-4 avec cabine pressurisée et des ailes allongées, quelques exemplaires.

Bf 109Z
Z pour Zwilling (jumelés), deux Bf-109F-4 joint par une aile centrale et un plan de profondeur commun, seul le fuselage gauche gardait son poste de pilotage, un prototype en 1943. Bf 109Z-1, version prévue de chasse au bombardier avec 5 canon de 30 mm. Bf 109Z-2, version prévue de chasse-bombardement, 2 canon de 30 mm et 1 tonne de bombe.

Bf 109TL
projet d’un biréacteur dérivé du Bf 109, alternatif au Messerschmitt Me 262, abandonné en 1943

Les derniers efforts, les Bf 109G Gustav et Bf 109K Kurfürst

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Bf 109 G-2 no Dreans of the Wings Museum in São Carlos, Brésil

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Bf 109 G-2.

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Bf 109 G-5.

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Bf 109 G-6.

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Bf 109 G-10.

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Bf 109 G-12.

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Bf 109 G-14.

À partir de 1942, les nouveaux appareils commencèrent à menacer cette supériorité absolue, l’apparition des Spitfire Mk.IX à l’Ouest et le La-5FN à l’est. Ce qui obligea à une nouvelle augmentation de la puissance sans grandes modifications sur la cellule du Messerschmitt, pour tenter de conserver l’avantage. Le nouveau modèle, Bf 109G, bien que difficile à prendre en main pour les jeunes pilotes, va néanmoins constituer l’épine dorsale de la Jagdwaffe, chargée de défendre le Reich contre les bombardiers alliés, pendant les années 1943 et 1944. Il dérive en droite ligne du Bf 109F, par le montage des moteurs de la série DB 605. Ces derniers, en fait des DB 601 améliorés par un réalésage et l’augmentation du taux de compression, ils sont plus puissants avec 1 475 cv au décollage, mais ont aussi un couple plus important et la cellule de l’avion a dû être renforcée. Le Focke-Wulf Fw 190 a commencé à équiper de nombreuses unités, mais sa production étant insuffisante, la Luftwaffe se retrouve contrainte de faire durer le Bf 109 qui commence à devenir obsolète. Cette surmotorisation a un prix, le Bf 109, bien que manœuvrable, n’a jamais été un avion facile à piloter du fait des efforts à appliquer sur les gouvernes. Avec l’augmentation de puissance et de vitesse, il devient un avion dangereux pour les pilotes inexpérimentés. Au sol, déjà peu pratique du fait de son train d’atterrissage, il devient aussi très pointu pour les novices. Dans des mains expérimentées par contre, il reste néanmoins un formidable adversaire, et la version G sera la plus produite du Bf 109 avec environ 24 000 avions. La principale différence extérieure entre les Friedrich et les premiers Gustav est la disparition de la petite vitre triangulaire sous la partie avant du cockpit.

Les exemplaires de préproduction, les 12 Bf 109 G-0, volèrent pendant l’été 1941, mais ils étaient encore motorisés par des DB 601E.

La première série Bf 109 G-1 arriva en petites quantités en mars 1942, ils étaient propulsés par des DB 605 A-1, le kit GM-1 était monté en option (kit U2) et le poste de pilotage était pressurisé. Le dérivé dépourvu d’habitacle pressurisé, le Bf 109 G-2, fut fabriqué parallèlement, mais en plus grand nombre : environ 1 600 exemplaires. On voit à cette époque l’introduction, systématique, des kits usine U pour Umrüst-Bausatz et montés en unité, R pour Rüststand. Les G-3 et G-4 remplacent respectivement les G-1 et le G-2, et s’en différenciaient par le remplacement de la radio FuG 7A par une FuG 16Z. Ils avaient des pneus de plus grand diamètre qui provoquent une petite excroissance sous chaque aile ainsi qu’une roulette de queue plus grande.

Le G-6 va être le plus produit des Gustav ; dérivé du G-4, il rend définitive l’adoption des MG 131 de capot qui nécessitent les célèbres grosses bosses sur le capot et inaugura vers la fin de la production diverses améliorations comme, par exemple, le montage en série d’un radiocompas, d’une roulette de queue rallongée pour faciliter le roulage, d’un gouvernail agrandi et de la verrière Erla qui améliorait la visibilité. Le G-5 était similaire au G-6 mais continuait lui la série impaire des chasseurs pressurisés de haute altitude. Le G-8 était la version de reconnaissance du G-6 avec une caméra à l’arrière.

Certains appareils étaient optimisés pour la destruction des quadrimoteurs américains par le montage de canons supplémentaires. Sur le G-6 par exemple, apparut le kit R6, avec deux canons MG 151/20 en gondole sous les ailes et le kit U4 avec un canon de 30 mm MK 108 qui remplaçait le MG 151/20 du moteur. Le kit BR21 qui permettait d’embarquer des roquettes WGr-210 « Dodel », que l’on utilisait pour rompre les formations de bombardiers. Des kits permettaient aussi de meilleures performance dans la stratosphère où volaient les formations de bombardiers alliés. Furent employés des systèmes, comme les injections eau-méthanol MW-50 et surtout l’injection de peroxyde d’azote GM-1. La chasse contre les bombardiers de nuit de la RAF, quand ceux-ci se mirent à faire usage du brouillage par des paillettes métalliques (window), dépendit uniquement de chasseurs opérant à vue selon les tactique dite de Wilde Sau. Cette technique bien qu’efficace, provoqua par contre beaucoup d’accidents même chez les pilotes expérimentés du fait du vol de nuit sans réel équipement d’assistance.

L’une des modifications les plus célèbres reste la verrière panoramique Galland, du nom du pilote qui l’imagina. Cette information est cependant remise en cause par des experts. La firme Erla la fabriquait d’où son autre nom d’Erla-Haube (verrière Erla). Utilisée en plusieurs versions d’apparence très similaire, elle est avec les nouvelles dérives un des éléments extérieurs marquants des dernières générations de Bf 109. Ainsi en plus de certains G6, tous les G14, G10 et K4 en étaient équipés.

La version G-14 de l’avion (antérieure à la G-10 malgré son nom) constitue l’évolution logique du développement de la série G-6. Environ la moitié des 4 000 exemplaires étaient motorisés avec des moteurs DB 605 AS optimisés pour la haute altitude. Il possède en série la verrière Erla et généralement des dérives agrandies. Les exemplaires équipés du moteur AS avaient des capots moteurs sans bosses.

L’une des conséquences de ce grand nombre de versions et sous-versions était le manque d’interchangeabilité des pièces, parfois même au sein d’une version. Pour éviter une trop grande indisponibilité d’appareils en attente de pièces, une des firmes fabriquant le Messerschmitt 109, la Erla maschinenwerk, commença à récupérer les appareils endommagés, et à les utiliser pour reconstruire des appareils « neufs ». Les Bf 109 reconstruits étaient modifiés pour permettre l’emploi des pièces disponibles sur les versions les plus récentes. Certains de ces appareils, utilisant des moteurs rénovés DB605ASB ou ASC avaient ainsi des performances égales voire supérieures aux nouvelles versions (G-10, K-4) sortant des usines !

Le Bf 109 G-12, lui était une conversion de terrain des G-6 et G-4, en biplaces d’entraînement.

La standardisation reste malgré tout insuffisante, compliquant toujours le ravitaillement et la réparation dans les unités de combat. Le RLM, ordonne donc à Messerschmitt AG, de fournir un effort supplémentaire dans ce domaine. Le résultat basé sur le Bf 109 G-14, est le Bf 109 K. la présérie K-0, ressemble fortement aux derniers G-14/G-10, mais le capot est différent, la verrière du dernier type Erla, la casserole d’hélice est rallongée et la roulette à longue jambe devient entièrement escamotable. La seule version de série produite, le Bf 109 K-4, arrive en unités en octobre 1944. Elle est motorisée par un DB605DB ou DC de 2000ch, avec une injection MW-50 et un armement comprenant un canon MK 108 de 30 mm tirant dans le moyeu d’hélice et deux MG 131 sur le capot. Le K-4 diffère extérieurement des derniers G-10 de par son antenne de gonio qui est déplacée vers l’arrière ainsi que par des trappes de train cachant les roues. C’est la version la plus rapide du Bf 109. Parmi les projets, le K-3 est un K-4 pressurisé, le K-6, est une version à armement lourd pour la lutte contre les quadrimoteurs alliés, avec trois MK 108, un à travers l’hélice et deux d’aile, et deux MG 131 sur le capot. le K-8 de reconnaissance, est dérivé du K6 avec une caméra dans l’arrière du fuselage, le K-10 est similaire au K-4, mais avec un DB 605D et un canon MK 103 axial. Le K-14 devait embarquer un DB-605L avec compresseur deux étages et une injection méthanol, il aurait été capable d’atteindre 725 km/h.

Le Bf 109 G-10 qui apparaît quelques semaines après le K-4 constitue une dernière tentative d’amélioration de l’avion existant tout en rationalisant la production et constitue l’ultime évolution de la série G. Il généralise certaines modifications qui sont désormais livrées en série, de plus il est motorisé par un nouveau moteur DB 605DB/DC identique la série K, plus performant et optimisé aux basses altitudes avec une injection d’eau et méthanol MW-50. Les G-10 furent produits en parallèle des K-4 lors des derniers mois de la guerre.

L’arrivée de chasseurs d’escorte américains à long rayon d’action, comme le P-51 Mustang, mit les pilotes de la Luftwaffe devant un dilemme à partir du début 1944 : emporter assez d’armement pour pouvoir être efficaces contre les bombardiers, mais en alourdissant leur avions être ainsi vulnérables aux chasseurs d’escorte, ou ne pas surcharger leurs avions et être incapables de détruire les bombardiers. La solution trouvée fut de spécialiser les avions dans deux rôles, certains armés très lourdement généralement des Focke-Wulf Fw 190, s’en prenaient aux bombardiers, pendant que d’autres avec l’armement standard combattaient l’escorte. Cette répartition des tâches, combinée avec l’emploi de tactiques, basées sur des passes frontales en formation, sur les box de Boeing B-17 se révéla très efficace, mais le nombre de chasseurs américains et britanniques, et bientôt le manque de pilotes expérimentés et d’essence, rendirent impossible une défense efficace du territoire allemand. À l’est, le manque d’effectif et l’apparition de nouveaux chasseurs soviétiques comme le Yakovlev Yak-3 et le Lavochkine La-7, rendirent la couverture globale des troupes terrestres totalement irréaliste, la Luftwaffe se contentant d’essayer d’obtenir une supériorité aérienne locale, lors des opérations importantes.

Les dernières versions

La présérie Bf 109 G-0
12 exemplaires, moteur Daimler-Benz DB-601E, cabine pressurisée

Bf 109 G-1
moteur Daimler-Benz DB-605A de 1475 cv, armé de 2 MG-17 de capot et MG-151/20 de moteur, habitacle pressurisé.
/R2 ; /U2

Bf 109 G-2
moteur Daimler-Benz DB-605A de 1475 cv, armé de 2 MG-17 de capot et MG-151/20 de moteur, habitacle non présurisé.
/R2, reconnaissance, caméra Rb 50/30 ;/Trop, tropicalisée

Bf 109G-3
G-1 avec radio FuG 16Z, 50 exemplaires

Bf 109 G-4
G-2 avec radio FuG 16Z, pneus de plus grand diamètre
/R2, reconnaissance, caméra Rb 50/30 ; /R3, reconnaissance, caméra Rb 50/30, emport de deux réservoirs largables de 300 litres, MG 17 remplacées par un réservoir d’huile de 15 litres
/U1 ; /U3, reconnaissance, deux caméras Rb 12,5/7×9, pas d’armement ; /Trop, tropicalisée;

Bf 109 G-5
G-6 avec cabine pressurisée
/R2 ; /U2, kit de surpuissance GM-1; /AS, moteur DB 605 AS

Bf 109 G-6
G-4 avec MG-17 remplacées par des MG-131
/AS, moteur DB 605AS ; /R1, lance-bombes ETC 500/IXb sous le fuselage ; /U1 ;/U2, kit de surpuissance GM-1;
/U4, MG-151/20 du moteur remplacé par un MK 108 ; /N, chasseur de nuit radar passif FuG 350 « Naxos Z »;/Trop, tropicalisé; /Y avec radio FuG 16ZY

Bf 109 G-8
version de reconnaissance du G-6

Bf 109 G-10
G-14 avec moteur Daimler-Benz DB-605DB
/U4, MG 151/20 du moteur remplacé par un Mk 108

Bf 109 G-12
conversion en biplace de G-1 et de G-8

Bf 109 G-14
G-6, moteur Daimler-Benz DB 605AM
/U4, MG 151/20 du moteur remplacé par un Mk 108; /AS; moteur DB 605AS

Bf 109 G-16
moteur Daimler-Benz DB-605D, 3 MG 151, non produite

Bf 109 K-0
présérie, roulette de queue escamotable, nouveau capots
Bf 109 K-2

moteur Daimler-Benz DB-605ASC ou DC, 3 MK 103/108 et 2 MG 131, non produite

Bf 109 K-3
version pressurisée du K-4, non-produite

Bf 109 K-4
Moteur DB605DC armé de 2 MG 131 de capot et MK 108 de moteur, au moins 856 exemplaires

Bf 109 K-6
K4- avec 3 MK 108 et 2 MG 131, non produite

Bf 109K-8
version de reconnaissance du K-4, non produite

Bf 109 K-10
K-4 avec MK 108 du moteur remplacé par un Mk 103M, non produite

Bf 109K-14
moteur Daimler-Benz DB-605L

L’après guerre

La fin de la guerre marqua un peu partout la fin de la production du Messerschmitt 109. La plupart des machines en service dans les armées de l’air non allemandes, essentiellement des « Gustav », furent utilisées jusqu’au début des années 50, voire des années 60 dans certains pays.

Mais l’histoire du 109 n’était pas terminée…

Lors du conflit, la Tchécoslovaquie occupée fabriquait des Bf-109-G sous licence, sous la dénomination Avia S-99. Après la fin de la guerre, les stocks de moteurs Daimler-Benz s’épuisant, Avia entrepris de greffer des moteurs Junkers JuMo 211 sur des cellule de « Gustav ». L’avion ainsi créé reçut la dénomination de Avia S-199, et équipa l’Aviation tchécoslovaque.

Mais le nouvel appareil se révéla d’un pilotage très difficile, pour des performances médiocres. Détesté des pilotes, qui le surnommèrent « Mezek » (mule), il n’eut qu’une brève carrière jalonnée de nombreux accidents. En 1948, 25 de ces avions, quasiment neufs, furent vendus à l’aviation israélienne naissante, qui ne les utilisa que moins de un an.

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Un Avia S-199 israélien

Au cours de la guerre, les Espagnols avaient également passé un contrat de licence avec la firme de Messerschmitt pour pouvoir fabriquer sous licence le Bf-109-G. La fin de la guerre entraîna celle du contrat. Plusieurs fuselages, leurs ailes et quelques machines-outils avaient déjà été livrés à l’Espagne, mais les moteurs Daimler-Benz ne furent jamais expédiés.

Les Espagnols décidèrent alors de remotoriser leurs cellules avec des moteurs Hispano-Suiza de production suisse. L’appareil obtenu vola sous la désignation HA-1112, et se révéla une bonne machine, quoique légèrement sous-motorisée. Les versions ultérieures reçurent alors un moteur Rolls-Royce Merlin, qui modifia fortement l’aspect initial du 109 (le Merlin était un 12 cylindres en V non inversé contrairement aux Daimler-Benz 601 et 605).

Très agréable à piloter, le HA-1112, surnommé affectueusement « Buchon »(une espèce locale de pigeon) par ses pilotes, fut produit jusqu’en 1961, et resta en service jusqu’en 1965.

Les Messerschmitt figurants dans le film « La bataille d’Angleterre », tourné en 1967, étaient en fait des « Buchons »…

Hispano Aviación 1112

L’Hispano Aviación 1112 buchón (sobriquet donné à cet avion signifiant pigeon) était un avion espagnol fabriqué sous licence par Hispano Aviación à partir du chasseur allemand Messerschmitt Bf 109 G.

Les premiers modèles étaient assez semblables aux modèles allemands. Certains étaient équipés avec des moteurs Hispano-Suiza.

La défaite de l’Allemagne et la destruction de ses usines aéronautiques lors de la Seconde Guerre mondiale posa un problème pour la fabrication de l’Hispano 1112. En effet, il n’y avait plus de moteurs allemands à disposition.

L’Espagne se tourna alors vers le Royaume-Uni, qui a fourni des moteurs Rolls-Royce Merlin (ces moteurs avaient équipé durant toute la guerre les Spitfires et Seafires). L’aspect du HA 1112 en fut quelque peu modifié.

Ils furent construits jusqu’à la fin des années 1950 et utilisés par l’armée de l’air espagnole jusqu’au milieu des années 1960. Les premières séries avaient une hélice tripale, qui fut ensuite changé pour une hélice quadripale sur les dernières séries. Il existait aussi une version biplace d’entraînement utilisée en école de l’air.

Certains de ces avions furent utilisés durant le tournage du film La Bataille d’Angleterre avec également le CASA 2111, version hispanique du bombardier Heinkel He 111 (équipé lui aussi de moteurs Rolls-Royce Merlin). L’Hispano 1112 figura également dans le film L’Odyssée du Hindenburg.

Certains buchón volent encore dans des meetings aériens, souvent repeints aux couleurs allemandes. Un exemplaire a été re-motorisé, en Allemagne, avec un moteur de Messerschmitt Bf 109 G d’origine (DB 605) récupéré en Italie. L’avant a également été transformé en 109 G6. Cet avion, ainsi modifié, vole de temps en temps dans certains meetings aériens en Europe.

Un autre exemplaire a également été modifié en Europe. Son cockpit et sa dérive ayant été prélevés sur un Avia S-199 (version tchèque du Bf 109) afin de lui donner l’apparence d’un BF 109 G10.

D’autres HA-1112 ont également été re-conditionnés en Bf 109 G (avec modification de la partie avant et de la motorisation) et sont exposés dans plusieurs musées en Allemagne et aux États-Unis.

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HA-1112 repeint aux couleurs d’un Me109. Le modèle est remotorisé avec un DB 605 allemand

source : http://militaires-d-hier.forumgratuit.org/t926-messerschmitt-bf-109

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 retour à la Seconde Guerre Mondiale

Les avions de guerre

6 mars 2013

Opération Barbarossa

Classé sous — milguerres @ 21 h 35 min

 

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

 

 

Opération Barbarossa barbarossa

 

L’opération Barbarossa (en allemand, Unternehmen Barbarossa), nommée en référence à l’empereur Frédéric Barberousse, est le nom de code désignant l’invasion par le IIIe Reich de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) pendant la Seconde Guerre mondiale. Déclenchée le 22 juin 1941, un an jour pour jour après la signature de l’armistice entre la France et le IIIe Reich, elle ouvre le front de l’Est qui devient le principal théâtre d’opérations de la guerre terrestre en Europe (de 1941 à 1945, 80 % des pertes de la Wehrmacht sont subies sur le front russe) et le facteur crucial dans le succès ou la défaite du Troisième Reich nazi. Ce front va être le théâtre des plus grandes et des plus sanglantes batailles terrestres de la Seconde Guerre mondiale. Cette invasion marque aussi un tournant dans la guerre, jusqu’alors encore assez localisée et européenne. Elle va bientôt embraser le monde entier.

La Wehrmacht possède une supériorité initiale considérable en hommes (de 2 contre 1 au minimum) et en équipements. Elle est mieux organisée, bien mieux commandée et dispose, au moins jusqu’à la gigantesque bataille de Koursk de juillet 1943, d’une incontestable supériorité tactique. Elle bénéficie de l’effet de surprise. L’Armée rouge, si elle est loin d’être préparée au choc avec l’Allemagne, décapitée par les Grandes Purges, dispose cependant d’importantes réserves humaines, d’avantages matériels certains (base industrielle, armements) et d’un patriotisme russe que Staline saura opportunément réactiver après vingt ans de répression sous la férule d’un État en guerre permanente contre sa propre société. Le nazisme, qui ne laissera aux « Untermenschen » d’autre alternative que la mort ou l’esclavage, jouera également un rôle important dans le sursaut patriotique.

Comme en 1914, l’Allemagne entend agir rapidement : le plan Barbarossa fixe à quatre mois le délai nécessaire à l’anéantissement militaire de la Russie, cœur névralgique de l’Union soviétique. En pratique, l’opération Barbarossa s’étendra de juin 1941 à janvier-février 1942, l’échec allemand de la bataille de Moscou étant le dernier épisode de la première phase du conflit sur le front russe.

Les justifications de cette invasion sont historiques (l’échec du plan Schlieffen en 1914 qui a conduit au traité de Versailles, ressenti comme une humiliation par l’Allemagne de 1919), stratégiques (la conquête du Heartland russe comme levier de la domination globale du continent européen) et idéologiques (la mise en œuvre géopolitique du nazisme), l’aboutissement affiché de la politique nazie étant la conquête d’un espace vital à l’Est : le Lebensraum.

Situation politique et diplomatique

La situation au printemps 1941 semble largement en faveur de l’Axe. La France a été vaincue en quelques semaines, le corps expéditionnaire britannique a été défait. Une partie majeure de l’Europe est occupée. À l’Est, Adolf Hitler a mis en place des régimes alliés de gré ou de force : Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Slovaquie. Le seul ennemi en guerre qui lui tienne encore tête est la Grande-Bretagne et son empire, qui résistent en grande partie grâce à une volonté collective incarnée par Winston Churchill, mais elle n’a été sauvée jusqu’alors que par son insularité. Au demeurant, la Grande-Bretagne ne constitue pas, en Europe continentale, une menace militaire terrestre suffisamment significative pour inquiéter la Wehrmacht.

Hitler connaît les risques d’attaquer l’Union soviétique, mais il estime qu’il doit agir immédiatement car, en 1941, l’Armée rouge est désorganisée et profondément affaiblie par les Grandes Purges staliniennes. Encore éloignés de la guerre, les États-Unis d’Amérique penchent cependant de plus en plus du côté des Alliés. Invaincue, la Wehrmacht, fait figure de première armée du monde en 1941. La situation semble donc favorable à la conquête du « Lebensraum ». Une seule puissance continentale peut encore empêcher cette conquête : l’Union soviétique. Depuis la signature du Pacte germano-soviétique (1939), dans lequel l’URSS voit un moyen de se protéger après les accords de Munich (Allemagne-France-Grande Bretagne) de 1938, et grâce auquel l’Allemagne et l’Union soviétique se sont partagé le territoire de la Pologne, les deux pays, malgré l’opposition inconciliable des idéologies qui les dirigent, ont ostensiblement établi des relations amicales de façade et des relations commerciales qui profiteront surtout au Troisième Reich jusqu’en juin 1941.

L’invasion crée le front stratégique majeur du second conflit mondial

En déclenchant l’opération Barbarossa, le régime nazi provoque l’ouverture d’un front auquel le Reich doit désormais consacrer l’essentiel de ses moyens militaires, de ses ressources industrielles et humaines. Engagée dans une guerre totale contre l’Union soviétique, l’industrie de guerre allemande « tournera » au maximum de ses capacités et ne cessera de se développer jusqu’au début de 1945 (ses dépenses militaires passeront de 35% de son PNB en 1940 à 65% en 1944). Non seulement l’Allemagne, première puissance industrielle du continent, affecte la totalité de ses ressources économiques à sa production de guerre, mais elle exploite également systématiquement à cette fin les ressources industrielles, économiques, démographiques de l’Europe occupée.

Du déclenchement de « Barbarossa » aux dernières étapes de la guerre, en mai 1945, la Wehrmacht consacrera l’essentiel de ses ressources en hommes et en matériels au front de l’Est, sans jamais être en mesure, à partir de l’hiver 1942-1943, de prendre l’initiative, si ce n’est dans des secteurs de plus en plus étroits du front. En juillet 1943, lors de la gigantesque bataille de Koursk, à peine sept divisions et deux brigades (2,7% des forces allemandes) étaient engagées face aux Américains et aux Britanniques dans les affrontements de la guerre du désert. Le reste (91 divisions et 3 brigades) se trouvait cantonné dans les territoires de l’Europe occupée. Les Alliés prendront pied en Afrique du Nord en novembre 1942 (débarquement de 70 000 hommes à Alger et Oran et au Maroc), en Sicile en juillet 1943 (débarquement de 160 000 hommes), en Italie à Salerne (sud de Naples) en septembre 1943 et à Anzio en janvier 1944, mais les moyens engagés pèseront de peu de poids (la Wehrmacht aura 23 divisions en Italie début 1944) comparés à la démesure des effectifs et des matériels présents depuis juin 1941 sur le front russe. Durant les quatre années que dura le conflit germano-soviétique il y eut, en permanence, une moyenne de 9 millions d’hommes simultanément impliqués dans les opérations de ce front.

Le cumul des pertes militaires de l’Union soviétique et de l’Allemagne nazie, dans sa guerre d’invasion de l’Union soviétique, se monte à 80% du total de toutes les pertes militaires enregistrées sur le théâtre d’opération européen de 1940 à 1945. C’est sur le front russe que la Wehrmacht aura les reins brisés, bien avant le débarquement des Alliés en France. Après le débarquement de Normandie d’un corps expéditionnaire en juin 1944, c’est encore à l’Est que les Allemands continueront à engager et à perdre la majorité de leurs hommes. La comparaison des pertes subies par la Wehrmacht sur les deux fronts à partir de juin 1944 montre la part presque exclusive du front russe même après ce débarquement. Du 1er juillet au 31 décembre 1944, pendant cinq mois, lors de la grande offensive soviétique contre le groupe d’armées du Centre, les Allemands perdront chaque mois en moyenne 200 000 soldats et près de 4 000 Hiwis, des auxiliaires étrangers (russes) de l’armée allemande. À l’Ouest, au cours de la même période, c’est-à-dire après le débarquement allié en France, la moyenne des pertes allemandes s’élèvera à 8 000 hommes par mois soit un rapport de 1 à 25.

Les pertes en vies humaines seront colossales et sans précédent, les conditions de vie seront effroyables pour les deux camps. En 2001, les historiens russes estimaient les pertes du conflit germano-soviétique à 26,2 millions de tués (environ 16% de la population de l’Union soviétique de 1940) dont plus de 11 millions de soldats et officiers (6,8 millions de tués directs et 3,8 millions de prisonniers de guerre décédés entre les mains de la Wehrmacht), et surtout 15,6 millions de civils puisque l’importance sans précédent des pertes civiles est d’abord la conséquence d’une guerre d’anéantissement menée en Union soviétique par le Reich nazi. 34 millions de Soviétiques furent mobilisés dans les rangs de l’Armée rouge de 1941 à 1945. L’ampleur de l’engagement allemand fut gigantesque : quelques 20 millions d’Allemands portèrent, à un moment ou à un autre, l’uniforme de la Wehrmacht sur le front russe, de sorte que c’est toute la société allemande qui fut impliquée dans l’expérience de la guerre sur le front de l’Est. Celle-ci fut voulue comme une lutte à mort, exigeant un engagement sans limites, une obéissance absolue, la destruction totale de l’ennemi. À ce titre, la guerre totale déclenchée contre l’URSS constitue non seulement le sommet du régime nazi, mais aussi l’élément essentiel de son image dans la mémoire collective des Allemands après la guerre. Pour l’écrasante majorité des soldats allemands, l’expérience de la guerre fut celle du front russe.

À la fin du mois de mars 1945, la totalité des pertes de l’Ostheer (le nom de la Wehrmacht sur le front russe) s’élevait à 6 172 373 hommes (tués, mutilés, disparus), soit près du double de ses effectifs initiaux, au 22 juin 1941. Ce chiffre représente 80 % des pertes subies par la Wehrmacht sur tous les fronts depuis le déclenchement de l’invasion de juin 1941. En mai 1945, on dénombre plus de 3 millions de prisonniers allemands détenus en Union soviétique. Tous camps confondus, les tués de l’Armée rouge, hors les 3,8 millions de prisonniers de guerre soviétiques décédés après leur capture, constituent 52 % du total des pertes militaires en Europe, ceux de la Wehrmacht 28 % (moins de 2% pour l’armée des États-Unis). Les pertes militaires de l’Union soviétique représentent 85 % du total des pertes alliées en Europe (Royaume-Uni 3,7 % – France 2,9 % – États-Unis 2,6 %). Enfin, le front ouvert en juin 1944 en France aura, militairement, environ 11 mois d’existence contre 47 mois pour le front russe ouvert en juin 1941.

Préparatifs allemands

motivations et justifications idéologiques

Dans Mein Kampf, Hitler annonce sa volonté d’en finir avec le « bolchevisme », assimilé à ses yeux au judaïsme: pour cela a été créée la figure fantsmagorique du Judéo-bolchevisme, dont la figure de proue est le Juif, « nuisible » (schädling) à la Nation allemande, rendu responsable du coup de poignard dans le dos de 1918.
Réparer l’humiliation de la défaite non reconnue de la Première Guerre mondiale face à l’alliance russo-franco-britannique de 1914 est aussi une motivation importante: En effet, sur le front russe, l’Allemagne est ses alliés ont signé une paix de victoire à Brest-Litovsk en mars 1918, mais ont dû évacuer les territoires qu’ils occupaient à l’hiver 1918-1919.
En outre, aux yeux des nationaux-socialistes, l’existence même d’un pays se réclamant du marxisme, l’Union soviétique, constitue une menace sur le Troisième Reich, état libéré de la présence juive, comme l’affirme la propagande nazie.

Objectifs territoriaux nazis

Les vastes espaces de l’Union soviétiques sont destinés, dans la direction tracée autrefois par les chevaliers Teutoniques, à être le Lebensraum, l’espace vital allemand, une fois débarrassé de ses populations. Les populations urbaines doivent être exterminées par la famine, celles rurales mises en esclavage pour fournir des surplus alimentaires destinés à l’Allemagne et à la colonisation aryenne.

L’idéologue du parti nazi Alfred Rosenberg a déjà prévu le découpage du territoire à conquérir. Quatre Reichskommissariat seront créés, à savoir : l’Ostland comprenant les pays baltes et la Biélorussie, celui d’Ukraine, le Kaukasus avec la zone autour des monts du Caucase et celui de Moskau pour le reste de la Russie européenne.

Hitler et le Parti dans la phase de préparation de Barbarossa

Du fait de son caractère éminemment politique, l’opération est principalement une création d’Hitler. L’état-major de la Wehrmacht est alors réticent car il craint de devoir combattre sur deux fronts simultanément (un front terrestre contre la Russie, un front maritime et aérien contre la Grande-Bretagne). Mais le Führer, auréolé du prestige des victoires fulgurantes en Pologne et surtout en France, croit en son génie politique et militaire et refuse de leur prêter l’oreille. Opposé, lui aussi, par principe, à la division de ses forces sur deux fronts qui fut, à ses yeux, la grande erreur du Reich lors de la Première Guerre mondiale, il finit par se convaincre lui-même que le Royaume-Uni est à bout de souffle et demandera la paix une fois l’Union soviétique vaincue et démantelée car il ne veut pas différer plus longtemps sa grande conquête à l’Est. Il surestime ses forces, prenant en compte ses victoires éclairs contre la Pologne puis la France, et sous-estime celles de la Russie soviétique, du fait des faibles performances de l’Armée rouge au cours de la guerre d’Hiver contre la Finlande (125 000 soldats soviétiques y périrent contre 48 000 hommes pour l’armée finlandaise). La préparation de l’armée allemande souffrira donc de plusieurs carences qui se révèleront fatales pour la réalisation des objectifs de l’opération Barbarossa quand il deviendra évident que la Blitzkrieg est inopérante en Russie.

La préparation: plans élaborés dès 1940

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Plan d’origine des Allemands.

La première mention d’une invasion de la Russie soviétique apparaît dans la directive n°21 du Führer, mise en circulation restreinte fin 1940. »Les armées allemandes, précisait la directive, doivent être prêtes, avant même la conclusion de la guerre contre l’Angleterre, à écraser la Russie soviétique à la faveur d’une rapide campagne ». À l’époque, la Luftwaffe n’a pas encore été mise en échec au-dessus de l’Angleterre. La directive indique déjà la date de l’invasion: le 15 mai 1941. Dès ce document, le plan de conquête et les objectifs à atteindre sont tracés, avec la séparation en deux du champ de bataille : le nord et le sud des marais du Pripet. Les deux groupes d’armées au nord doivent dans un premier temps détruire le maximum de forces soviétiques en appliquant les tactiques de la Blitzkrieg, puis prendre d’abord Léningrad et son port de guerre de Kronstadt, et seulement ensuite la capitale Moscou. Le groupe sud, lui, doit progresser vers Kiev, son flanc droit étant couvert par l’armée roumaine et quelques divisions allemandes. Par la suite, les opérations au sud ont pour objectif l’occupation du bassin du Donets (et au-delà le pétrole du Caucase). Le plan préparé par Hitler est axé sur la destruction des forces soviétiques sur la frontière grâce à des encerclements réalisés à toute vitesse par des unités blindées et à la capture des grands centres économiques. Il rencontre une certaine défiance de la part d’une partie de l’état-major de la Wehrmacht, davantage attaché à des stratégies plus conventionnelles, où la capture de la capitale politique, objectif symbolique, est prédominante. Même si Hitler considère ces préoccupations d’un autre temps, il concèdera la poursuite simultanée des objectifs que sont Moscou et Léningrad. Lors de la mise en œuvre de ce plan, le groupe Nord sera incapable de prendre Léningrad seul, malgré sa supériorité en effectifs et en artillerie sur la faible garnison qui protège la ville de Pierre le Grand et décidera de l’affamer.

Hitler décide que le premier but à atteindre est l’anéantissement de l’Armée rouge le plus tôt possible, pour l’empêcher de se replier et d’appliquer la politique russe traditionnelle de défense devant toute invasion majeure : la terre brûlée. Pour ce faire, la Wehrmacht doit encercler, chaque fois qu’il sera possible, des portions importantes des forces soviétiques pour les anéantir.

Le plan adopté est une sorte de mélange des deux stratégies. Il prévoit une attaque sur trois axes, avec du nord au sud :

* Une poussée vers Léningrad, à travers les pays baltes, menée par les 16e et 18 e armées, ainsi que le 4e groupe blindé, regroupé dans le groupe d’armée nord commandé par le maréchal Wilhelm Ritter von Leeb et appuyé par la 1re flotte aérienne du général Alfred Keller.
* L’attaque principale menée par le groupe d’armées Centre, commandé par le maréchal Fedor von Bock, et comprenant les 2e et 4e armées,ainsi que les 2e et 3e groupes blindés, le tout étant soutenu par la 2e flotte aérienne du général Albert Kesselring. L’objectif de ce groupe est Moscou, mais grâce à sa position centrale, il doit appuyer les deux autres mouvements et s’attacher à anéantir le maximum d’unités soviétiques.
* Le groupe d’armées Sud, commandé par le maréchal Gerd von Rundstedt et comprenant les 6e, 11e et 17e armées ainsi que le 1er groupe blindé, appuyé par la 4e flotte aérienne du général Alexander Löhr. Il doit bénéficier de plus, dès leur entrée en guerre, de l’appui non négligeable des 3e et 4e armées roumaines. Il a pour objectifs premiers la ville de Kiev, le port d’Odessa, puis les grandes villes industrielles de Kharkov, Dniepropetrovsk et Donetsk. Ses objectifs finaux étant les ports de Sebastopol en Crimée, Rostov-sur-le-Don et la grande ville de Stalingrad, clé du contrôle de la Volga.

La campagne doit au final établir, avant l’hiver, un front qui partant de Léningrad suivrait le cours de la Volga, jusqu’à son embouchure. D’ici là, l’Allemagne compte sur une destruction complète de l’Armée rouge, car les effectifs engagés seront incapables de mener les tâches d’occupation du pays conquis et la tenue de ce gigantesque front, long de plusieurs milliers de kilomètres. Le 12 août 1941, le maréchal Wilhelm Keitel, chef de l’Oberkommando de la Wehrmacht, indique dans sa directive 34a le principal objectif opérationnel de l’offensive: L’objet des opérations doit être de priver l’ennemi, avant la venue de l’hiver, de son gouvernement, de son armement et de son centre de communication dans la région de Moscou, et de l’empêcher ainsi de reconstituer ses forces et de faire fonctionner de façon ordonnée ses organes de gouvernement.

Initialement fixée au 15 mai 1941, l’invasion est finalement reportée au 22 juin afin de terminer les opérations de conquête de la Grèce et de la Yougoslavie, rendues nécessaires, dans l’esprit de Hitler, par le putsch de Belgrade de mars 1941 (suite aux déboires de Mussolini en Grèce).

Le manque de préparation soviétique

L’inéluctabilité d’une guerre avec une Allemagne nazie qui considère l’URSS comme son « espace vital » (en allemand Lebensraum) ne fait guère de doutes en URSS. Des efforts colossaux sont faits pour essayer de rattraper le retard industriel et militaire sur l’Allemagne (on peut ranger au titre de ces « efforts » les purges au sein de l’Armée rouge, qui l’ont pourtant, au moins à court terme, fortement affaiblie). Staline, conscient de l’infériorité militaire de l’Union soviétique, espère parvenir à combler ce retard pendant le répit accordé par le pacte germano-soviétique. En particulier, il veille à ne céder à aucune provocation allemande, comme les violations de l’espace aérien soviétique par des avions de reconnaissance allemands, ainsi qu’à ne pas provoquer lui-même l’Allemagne en engageant des préparatifs de combats. En juin 1941, malgré les risques croissants d’une attaque allemande, il refuse les mesures les plus élémentaires de préparation au combat, comme la création de fortifications de campagne, la dispersion des matériels et la mise en alerte de l’Armée rouge. C’est donc dans un relatif état d’impréparation que l’attaque allemande du 22 juin surprend l’URSS.

Vassili Grossman, témoin direct du front, raconte dans ses « Carnets de guerre » : « Au moment où la guerre a commencé, beaucoup de commandants en chef et de généraux étaient en villégiature à Sotchi. Beaucoup d’unités blindées étaient occupées à changer les moteurs, beaucoup d’unités d’artillerie n’avaient pas de munitions, pas plus que, dans l’aviation, on n’avait de carburant pour les avions…. Lorsque, depuis la frontière, on commença à avertir par téléphone les états-majors supérieurs que la guerre avait commencé, certains s’entendirent répondre : « Ne cédez pas à la provocation ». Ce fut une surprise, au sens le plus strict, le plus terrible du terme ».

La surprise ne fut pas totale pour le pouvoir soviétique puisqu’il a été établi que l’espion Richard Sorge et les analystes suédois menés par Arne Beurling avertirent Staline de la date exacte de l’invasion allemande. Plus de 80 avertissements furent transmis, d’une manière ou d’une autre, à Staline, qui préférait croire que l’Allemagne n’attaquerait que plus tard. Il semble que Staline se soit entêté dans l’idée qu’Hitler n’ouvrirait pas un second front sans en avoir fini avec l’Angleterre. Il refusa catégoriquement toute mesure risquant d’être perçue comme une provocation par le régime de Berlin.

Les unités sont cruellement handicapées par le manque d’officiers correctement formés. L’armée a perdu la plupart de ses représentants les plus compétents. Après la « Grande Terreur » communiste de 1936-1938 (près de 750 000 Russes fusillés, et sans doute 200 000 morts dans les camps du Goulag) une grande partie de l’encadrement de l’Armée rouge a disparu. Ont été fusillés : 11 000 officiers sur 70 000 (et plus de 20 000 sont internés dans les camps), 154 généraux de division sur 186 (82%), 50 généraux de corps d’armées sur 57 (88%), 13 commandants d’armées sur 15 (87%), la quasi-totalité des maréchaux (90%) et des amiraux (89%). Khroutchev devait souligner que cette épuration massive des cadres de l’armée avait été l’une des causes principales de l’état d’impréparation des forces soviétiques en juin 1941: « Tant d’hommes avaient été exécutés que le haut commandement avait été dévasté, ainsi que tous les échelons du corps des officiers ». À noter que cette épuration continuait alors même que l’invasion allemande se développait, ce qui faisait dire à Stepan Anastasovich Mikoyan: « Une grande guerre s’était engagée, notre armée souffrait de lourdes pertes et essuyait des défaites, et, dans le même temps, des chefs militaires expérimentés, au lieu d’être appelés à sauver la situation, étaient mis à mort en toute hâte… ».

Les conséquences sur la qualité du corps des officiers sont tragiques. Au moment où l’armée française s’effondre sous les coups de l’armée allemande, à peine 7,1% des officiers soviétiques possèdent une formation militaire développée ; près de 25% sont dans des cours de formation accélérée et 12% n’ont aucune formation militaire. Plus d’un tiers des officiers soviétiques est donc incapable de remplir un commandement à la veille de l’attaque allemande. Le commandement est tétanisé. En outre, beaucoup des officiers en place en 1941 ont d’abord été choisis pour leur fidélité au régime et non pour leur compétence. S’ajoutant aux consignes de modération données à l’égard des préparatifs allemands, leur incompétence favorisa la désorganisation et le déploiement hasardeux des unités chargées de la défense de la frontière. Les troupes étaient, en effet, pour la plupart placées trop près de la frontière et s’appuyaient sur une ligne de fortification encore en cours de réalisation, la Ligne Molotov. Enfin, les officiers soviétiques de 1941 sont placés sous l’autorité des commissaires politiques de l’Armée rouge. Le contrôle de ces derniers sur les ordres d’opérations ne sera levé qu’à la mi-1943 (et après Stalingrad, l’Armée rouge remet en vigueur les grades et les épaulettes de l’Armée Impériale de la monarchie).

En outre, le jour de l’invasion, beaucoup d’unités sont paralysées par des carences en matériels de guerre. Les armes individuelles ont été distribuées en quantités insuffisantes. Déjà, en mars 1941, 30% seulement des unités blindées disposaient des pièces de rechange nécessaires à leur fonctionnement. Un mois avant l’attaque allemande, les généraux signalaient que « l’exécution du plan pour la fourniture des équipements militaires dont l’Armée rouge a un besoin si aigu est extrêmement peu satisfaisante ».

Pourtant, l’Union soviétique de 1941 est loin d’être un pays faible : l’industrialisation forcée des années 1930 lui permet de n’être dépassée que par les États-Unis en termes de production industrielle (industrie lourde principalement). Ses matériels militaires sont souvent à la pointe de l’industrie mondiale, comme par exemple les chasseurs I-16 ou le char T-26. Cependant, depuis 1939, l’industrie d’armement du pays traverse une crise de transition, les nouveaux matériels ont beaucoup de mal à entrer en production de masse. Les décisions politiques ne sont généralement pas étrangères à ces difficultés. Le déclenchement de la guerre contraindra le système soviétique à davantage d’efficacité, comme le montre la rapide montée en puissance de nouveaux matériels de guerre performants. Considéré comme le meilleur char « tout emploi » de la Seconde Guerre Mondiale, le T-34 sera le tank le plus important des forces alliées. Il influencera nettement tous les chars conçus ultérieurement. Il sera le premier char capable de rivaliser et de surpasser ses adversaires tant par sa puissance de feu que par ses performances. Quand les premiers exemplaires de série sortirent en juin 1940, il n’avait pas d’équivalent. Produit en grand nombre dans différentes usines en fonction de l’avancée de la Wehrmacht en territoire soviétique (usines de Stalingrad, de Kharkov, de Nizhnij Tagil, d’Omsk, etc.), il pesait 32 tonnes et emportait un équipage de 4 hommes. Il existait à peine plus de 1 000 T-34 lorsque les Allemands attaquèrent la Russie. Seuls 10 % des chars soviétiques étaient alors des T-34, mais à la mi-1943 ce taux montait à 60 % avant que le T-34 n’ait totalement remplacé en 1944 les modèles les plus anciens. De 1941 à 1945, dans ses différentes versions, l’industrie russe en produisit près de 52 000 exemplaires.

L’ampleur des épreuves qu’ont subi les Russes depuis la chute du tsarisme (guerre civile, suppression de la plupart des libertés politiques et économiques, collectivisation forcée, périodes de terreur, exécutions massives, déportations) ont fini par forger un peuple dur à la souffrance et ayant, malgré tout, appris à survivre dans les conditions les plus difficiles. Enfin, l’économie soviétique vit sous un régime permanent d’économie de guerre depuis l’avènement du bolchévisme, ce qui facilitera, à partir de 1942, la mobilisation totale des ressources économiques pour faire la guerre au Troisième Reich.

Les forces en présence

Forces de l’axe

Le dispositif d’invasion de l’Axe est sans équivalent dans l’histoire militaire (excepté l’immense offensive soviétique de conquête de l’Allemagne lancée le 12 janvier 1945 avec 6,7 millions de combattants). Hitler a mobilisé 3 millions de soldats du Reich qui commencent à se déployer en février, en Prusse-Orientale, en Pologne, en Slovaquie et en Moldavie.
L’Ostheer inclut également des divisions hongroises, roumaines et finlandaises (500.000 hommes pour ces trois nationalités) et, par la suite, italiennes (l’Italie aura jusqu’à 200 000 hommes sur le front) : soit 201 divisions dont 42 de pays satellites, 3 650 chars d’assaut (85 % des disponibilités en blindés du Reich), 2 770 avions, plus de 47 000 canons et mortiers de campagne.

L’Allemagne engage 159 divisions sur les 220 dont elle dispose alors (73 % des effectifs totaux de la Wehrmacht). Ce sont pour la plupart des troupes aguerries par les campagnes précédentes, bien équipées et bien motorisées (600 000 véhicules) grâce en particulier aux prises de guerre de la bataille de France. On note cependant l’utilisation en juin 1941 de 600 000 chevaux par les équipages du train.

Si ces effectifs sont sans précédent dans une guerre de conquête, ils semblent insuffisants au regard du potentiel de l’Union soviétique et des immensités russes. L’armée d’invasion compte seulement 800 chars de plus qu’au déclenchement du Fall Weiss contre la France. Il reste que, sur les axes de pénétration et les points de percée, la supériorité de la Wehrmacht en matériels et en effectifs est écrasante, dans un rapport de 4/5 contre 1 et que l’armée allemande est remarquablement rompue au combat tactique, capacité qui fera cruellement défaut aux troupes soviétiques au moins jusqu’à la bataille de Koursk. La Blitzkrieg est donc la carte maîtresse qui décidera de l’issue du front que le Reich nazi décide d’ouvrir contre la Russie.

Forces soviétiques

L’Armée rouge dispose au total, en juin 1941, de 209 divisions d’infanterie dont 160 sont stationnées en Russie occidentale, soit en principe 2,3 millions de soldats à effectifs pleins (en 1941 la division d’infanterie allemande compte à effectif au complet 16 500 hommes contre 14 474 pour la soviétique). En réalité, 144 divisions comptent seulement la moitié de leurs effectifs et 65 un tiers. C’est donc à peine un peu plus d’un million de soldats, pris au dépourvu, qui vont devoir s’opposer à la déferlante allemande sur un front de plusieurs milliers de kilomètres. Les Soviétiques peuvent mettre en ligne 37 500 canons, 1 540 chasseurs de dernière génération, mais un nombre considérable de vieux avions (7 500) et de tanks sont déclassés. L’Armée rouge n’a plus, depuis leur dissolution par le pouvoir soviétique en 1939, de corps mécanisés à opposer à la Wehrmacht, corps blindés qui sont en grande partie une création du maréchal Mikhaïl Toukhatchevski (fusillé en juin 1937 – sa femme, sa mère et son fils, élève-officier, sont exécutés également en 1937). Enfin, l’Union soviétique doit se garder sur deux fronts : une quarantaine de divisions devront rester stationnées jusqu’en août 1945 en Extrême-Orient russe face aux armées japonaises qui occupent la Mandchourie.

L’état-major allemand entend profiter à plein de la faiblesse militaire de la Russie soviétique. Hitler devait ainsi déclarer au général Jodl :  » Nous n’avons qu’à donner un coup de pied dans la porte et toute cette structure pourrie s’effondrera ». Pourtant, d’après le rapport entre les effectifs humains engagés et le nombre d’engins de guerre, la Wehrmacht sur le front russe (l’Ostheer) était moins moderne que son adversaire direct, l’Armée rouge, même si, comme leurs alliés occidentaux, les Soviétiques et ce, malgré les enseignements de Toukhatchevski, n’avaient pas encore appris à tirer le maximum de leur puissance matérielle. En juin 1941, sur les 3 648 chars qui se ruent sur la Russie soviétique seuls 444 appartiennent à un modèle relativement récent (Panzer IV). Face à eux, se trouvent un million d’hommes, soutenus par 15 000 chars sur un stock total de 24 000, soit plus que tous les chars du reste du monde réunis. Si la grande majorité de ces engins étaient des modèles périmés, 1 861 d’entre eux étaient des chars T-34 et des chars lourds KV, supérieurs aux meilleurs engins produits à l’époque en Allemagne, mais handicapés par l’absence de radios en nombre suffisant.

L’invasion

L’attaque initiale

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Déroulement de l’opération

Les conditions sont donc très favorables pour l’Allemagne nazie. Le dimanche 22 juin 1941, le rouleau compresseur allemand s’ébranle . Les unités d’assaut franchissent la frontière et attaquent les premières lignes soviétiques. L’attaque terrestre est précédée par la plus gigantesque attaque aérienne de tous les temps, menée par la majorité des 2 770 avions engagés en appui de ce front. Cette attaque commence à 3 h 40 et vise 66 aérodromes soviétiques. Elle a des résultats désastreux pour l’Armée rouge, puisqu’elle donne à la Luftwaffe la maîtrise absolue du ciel soviétique pendant plusieurs semaines. Les bombardiers allemands trouvent les avions soviétiques alignés ailes contre ailes à leur base, généralement sans camouflage ni protection. La plupart du temps, l’alerte n’a même pas été donnée et peu d’avions de chasse peuvent décoller. Les pertes des VVS sont terribles : le soir, 1 489 appareils ont été détruits au sol et 389 autres abattus en vol. La Luftwaffe ne perd que 63 avions le 22 et 150 les deux premiers jours de l’offensive.

À 4 h 15, l’artillerie allemande se met à pilonner les positions avancées de la défense soviétique sur la frontière et, à 4 h 45, les premières unités terrestres franchissent celle-ci. La surprise chez les Soviétiques est totale, la Stavka avait bien émis un ordre qui avertit les unités frontalières de l’imminence de la guerre, mais la plupart des unités ne l’avaient pas reçu. La première opération est menée sur le front central, par un coup de main d’un corps franc de la 3e Panzerdivision, qui s’empare du pont de Koden, sur le Bug. Dans la matinée, un pont de bateaux est lancé à Drohizyn, 80 km plus au nord. La tête de pont ainsi créée fut appuyée par l’emploi de 80 chars Pz-III submersibles.

La résistance des Soviétiques est assez décousue sur la plus grande partie du front. Elle est acharnée sur quelques points, comme la citadelle de Brest-Litovsk défendue par les 6e et 42e divisions de tirailleurs, qui résistent, pratiquement sans eau, jusqu’à la fin juillet, bien qu’ayant été attaquée dès le matin du 22 juin. Sans appui d’aucune sorte, les soldats soviétiques de la citadelle sont totalement encerclés et sans espoir de secours puisque la nouvelle ligne de front est à 400 kilomètres plus à l’est. Ils continuent à se battre en dépit de la disproportion des forces et de l’emploi d’artillerie de siège lourde par les Allemands comme les mortiers de 620 mm. La seule 45e division d’infanterie affectée à la prise de la forteresse déplorera 482 tués (dont 80 officiers) et plus de 1 000 blessés. Les Russes perdront environ 2 000 à 2 500 tués et autant de prisonniers. Mais par son action, cette résistance ralentit considérablement le mouvement des unités d’infanterie qui doivent empêcher les troupes soviétiques de s’échapper de la poche de Bialystok-Minsk.

Pendant ce temps, malgré quelques contre-attaques soviétiques, les unités mécanisées du groupe d’armée centre franchissent Bug, et s’enfoncent dans les arrières des unités de l’Armée rouge. Les deux groupes blindés du centre mènent alors, à partir du 26 juin, deux percées parallèles, pour finalement converger sur Minsk, le 9 juillet, créant la poche connue sous le nom de Bialystok-Minsk, où plus de 400 000 soldats soviétiques et d’énormes quantités de blindés et de matériels sont pris au piège. Relevés par l’infanterie des 2e, 4e et 9e armées, les blindés allemands continuent leur progression en direction de Smolensk. Ils franchissent la Bérézina le 28 juin, ayant parcouru 600 kilomètres depuis la frontière.

Au Nord, le groupe d’armée de Leeb progresse très rapidement grâce à l’attaque très en profondeur du 56e corps d’armée motorisé du général Erich von Manstein, qui s’empare du pont d’Ariogala situé à 80 km dans la profondeur du dispositif soviétique, dès 19 h 00, le 22 juin et renouvela l’exploit le 26, avec celui de Dunaburg, lui à 350 kilomètres de la frontière, malgré une contre-attaque des chars du 3e corps mécanisé soviétique contre la 6e Panzerdivision au village de Rossiény. La bataille de chars qui résulte de la rencontre des forces blindées, fait rage pendant deux jours, l’Armée rouge y engage une centaine de chars de type KV-1 et KV-2, ce qui provoque une crise dans l’armée allemande, car ce char lourd est alors invulnérable aux canons des chars et aux armes antichar allemands, l’usage de pièces d’artillerie de 88 et 105 mm employées en tir direct permet néanmoins aux Allemands d’endiguer la résistance soviétique. L’offensive marque un temps d’arrêt, car Hitler et son état-major préférent que les blindés attendent l’infanterie avant de poursuivre leur progression vers Léningrad.

Le groupe d’armée sud connaît pour sa part une progression bien plus difficile. Dans ce secteur sont massés le plus gros des chars de l’Armée rouge, dont de nombreux KV-1 et T-34. Bien que manquant complètement de coordinations, les contre-attaques blindées coûtent cher aux Allemands. De plus, la Roumanie n’intervient qu’à partir du mois de juillet. Le 28 juillet, la situation empire brusquement pour les Soviétiques quand le 1er groupe blindé et la 17e armée font leur jonction, à l’est d’Uman enfermant dans une poche, la majeure partie des 6e et 12e armées soviétiques. Les troupes encerclées résistent jusqu’au 8 août, mais elles sont contraintes à la reddition. Les pertes sont terribles pour l’Armée rouge, avec environ 200 000 tués et 100 000 prisonniers.

La bataille de Smolensk

Le 10 juillet, le groupe d’armées centre a commencé une opération d’encerclement contre les troupes défendant Smolensk, jalon important sur la route de Moscou; le Dniepr est atteint et franchi le 11 juillet ; Smolensk tombe le 16, les troupes soviétiques étant coupées de leurs arrières. Mais cette fois, la réduction de la poche formée (323 000 soldats soviétiques) va se révéler problématique: les troupes russes continuent à résister malgré leur isolement. Suite à une forte contre-attaque, l’encerclement est même rompu temporairement. Les combats vont durer jusqu’au 10 septembre, l’Armée rouge ramenant constamment de nouvelles troupes fraîches. Certes, ses pertes sont là aussi très importantes, mais la progression des Allemands est enrayée, et obligée de lutter pied à pied contre des troupes déterminées, l’armée allemande subit elle aussi une véritable hécatombe avec la perte de près de 250 000 hommes (tués et blessés). 310 000 soldats et officiers soviétiques sont faits prisonniers, beaucoup seront sommairement exécutés. La bataille du chaudron de Smolensk porte à la Wehrmacht un coup dur dans sa progression vers l’est. Le général Blumentritt relève que « le comportement des troupes russes dans la défaite contrastait terriblement avec celui des Polonais ou des Occidentaux. Mêmes encerclés, les Russes s’accrochaient et combattaient ».

La bataille de Kiev

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L’encerclement de Kiev et l’opération Typhon

À la mi-septembre, l’Armée rouge, suite aux terribles pertes qu’elle a subies, a été contrainte de se replier sur une ligne de défense derrière la Divna et le Dniepr. Les armées allemandes ont regagné leur liberté de mouvement avec la fin de la liquidation de la poche de Smolensk. Les généraux réclament une attaque en direction de Moscou, désormais à 400 km du front. Il semble certain aux généraux allemands que, compte tenu de l’ampleur énorme de ses pertes, l’Armée rouge sera incapable de résister à une poussée dans cette direction. Hitler n’est pas de leur avis, il veut s’emparer de la région industrielle du Donbass. Il voit également la possibilité d’en finir avec les forces armées soviétiques qui ont mission de défendre l’Ukraine. Les arguments avancés par Hitler pour soutenir une avancée blindée vers le Sud sont que les lignes d’approvisionnement de l’armée centre seraient exposées sur un flanc de plus de 800 km si l’offensive continuait vers Moscou. En conséquence, il ordonne au 2e groupe blindé de Guderian de se porter vers le sud pour rejoindre le 1er groupe blindé du feld-maréchal von Kleist qui remonte du sud après avoir traversé le Dniepr. Le 25 août, la 3e division blindée s’empare du point stratégique qu’est le pont sur la Desna, près de Novgorod-Severski. Lorsque les officiers d’état-major soviétiques prennent conscience du danger mortel qui se rue sur les armées du Sud, il est trop tard. Les deux pointes blindées allemandes se rejoignent à Lokhvitsa. Un gigantesque encerclement est réalisé autour de la région de Kiev et des marais du Pripet dans lequel plus de 500 000 soldats soviétiques sont pris au piège. Kiev, « la mère des villes russes » dans la culture slave, tombe le 19 septembre et le reste de la poche suit dans le mois. Seuls 15 000 soldats et officiers parviennent à franchir le cordon allemand dont Nikita Khrouchtchev, le général Semyon Timochenko et le maréchal Boudienny. C’est le plus vaste encerclement militaire de l’Histoire. C’est aussi la plus grande défaite militaire ponctuelle de l’histoire soviétique. Au terme de la bataille de Kiev, l’armée allemande a encore 200 000 tués, blessés et disparus mais les Soviétiques perdent près d’un million d’hommes (400 000 tués, 500 000 prisonniers exécutés sur place ou que les Allemands laisseront mourir de faim avant de déporter les survivants dans les camps d’Europe centrale).

Partout, les unités de l’Armée rouge battent en retraite, dépassées par la rapidité de l’invasion. La plupart des habitants des zones envahies sont effondrés. « La population. Ils pleurent. Qu’ils soient en route, qu’ils soient assis, qu’ils soient debout près des palissades, à peine commencent-ils à parler qu’ils pleurent, et on a soi-même envie de pleurer malgré soi. Quel malheur! ». Vassili Grossman. Pourtant, on commence à voir, çà et là, des habitants réserver un accueil prévenant aux troupes allemandes.

La route du Donbass est ouverte pour le groupe d’armées sud, qui atteindra Rostov-sur-le-Don le 21 septembre, mais les divisions blindées et motorisées de la Wehrmacht sont très éprouvées par les deux féroces batailles de la fin de l’été, et ce n’est que le 30 septembre que la progression peut reprendre en direction de Moscou. La saison des boues, la rapoutitsa, rend les routes impraticables, et provoque alors un arrêt des opérations mobiles pendant près de quinze jours, obligeant à patienter jusqu’aux premières gelées pour reprendre le mouvement.

Au Nord, les troupes allemandes, arrivent devant les premières lignes de défense de Léningrad, au début du mois de septembre. La prise de la ville, dont la défense est organisée par Joukov, s’avère vite impossible malgré les faibles moyens de défense de l’Armée rouge. Les Allemands s’abstenant d’un assaut direct, décident de l’investir progressivement pour l’affamer, avec l’aide des Finlandais, mais la ville, malgré des pertes humaines colossales (700 000 civils périrent de faim et des bombardements), résistera en fait jusqu’à son dégagement en 1944, au cours du siège le plus long et le plus impitoyable de l’histoire moderne.

En quelques semaines à peine, les divisions allemandes ont progressé de 500 km vers le Nord, de 650 km vers l’Est, de 350 km vers le Sud-Est. De juin à octobre 1941, l’Ostheer (la Wehrmacht sur le front russe) a fait au total plus de 3 millions de prisonniers. Les premiers massacres en masse de Juifs, Russes et Tsiganes débutent quelques semaines seulement après le début de l’invasion.

L’échec de la bataille de Moscou

Les Allemands trouvent un pays las du soviétisme, mais les Einsatzgruppen massacrent systématiquement les Juifs (plus de 1 500 000 personnes, essentiellement des femmes et des enfants, seront assassinées de 1941 à 1944) et multiplient les atrocités dans le cadre de ce qui ressemble à une guerre d’anéantissement.

La population devient de plus en plus hostile à un envahisseur qui apparaît comme un ennemi venu pour anéantir et non pour libérer. Si les premières villes capturées avaient semblé accueillir favorablement l’envahisseur (en Ukraine en particulier), du fait de la lassitude face à la férocité du régime stalinien et aux problèmes des nationalités, les très nombreux massacres de civils transforment rapidement cet a priori favorable. Les massacres de civils désarmés et l’intention déclarée de réduire les Slaves en esclavage retournent vite les populations. Le traitement inhumain réservé aux prisonniers de guerre a fini par filtrer. Les Allemands éprouvent des difficultés croissantes à capturer des prisonniers, les soldats russes préférant lutter jusqu’à la mort plutôt que de mourir sommairement exécutés. Les opposants au régime se persuadent qu’il s’agit d’une lutte à mort où ils n’ont guère le choix du camp.

Les troupes allemandes traversent des régions affreusement pauvres et désertes, et l’étendue des espaces russes fait perdre tout son sens à la Blitzkrieg. Les lignes de communications de la Wehrmacht s’allongent démesurément. Assez rapidement, des groupes de partisans se forment sur les arrières de la Wehrmacht, obligeant celle-ci à consacrer un partie importante de ses forces au maintien de ses routes de ravitaillement. Ce dernier rencontre de nombreux problèmes, comme la différence d’écartement des voies de chemin de fer russes avec celles d’Europe occidentale. Après des centaines de kilomètres parcourus dans les plaines russes, le matériel est usé et en mauvais état (surtout pendant la Raspoutitsa : la période des mauvaises routes (à cause des intempéries)). Surtout, le manque d’hommes disponibles, compte tenu de ses pertes, commence à poser un problème à la Wehrmacht. Après plus d’un mois de combats, elle a déjà perdu plus d’hommes qu’au cours de toutes ses campagnes à l’Ouest, tout en étant très loin d’avoir atteint ses objectifs opérationnels. En septembre 1941, les divisions combattantes, alors au nombre de 142, déclarent avoir perdu près de 50 % de leurs forces initiales en hommes et en matériel et, en novembre, la plupart des formations d’infanterie ont perdu la moitié de leurs effectifs.

Début septembre, les Allemands, bloqués par les boues, tiennent plusieurs conseils de guerre pour prévoir la suite des opérations, dont la conférence d’Orcha, à laquelle participe Hitler. Il est désormais clair que malgré les pertes colossales infligées à l’Armée rouge, celle-ci n’a pas été détruite. Sa combativité, loin de s’écrouler, semble même s’accroître. Il apparaît que seul le groupe d’armées centre sera capable de reprendre la progression quand les routes seront de nouveau praticables. Malgré l’aide des Finlandais, le groupe nord est incapable de mener un action de vive force contre Léningrad, il arrive tout juste à maintenir un encerclement partiel et précaire, qui laisse passer le ravitaillement pour la ville par le lac Ladoga. Le groupe d’armées sud est soumis à une forte pression russe et le corps blindé de von Kleist a été contraint de passer à la défensive, voire de céder du terrain comme à Rostov-sur-le-Don, aux portes du Caucase, face aux contre-attaques de Semyon Timochenko: c’est le premier recul allemand depuis le déclenchement de l’invasion.

Devant l’échec inéluctable de Barbarossa, on prépare une opération de rechange pour essayer d’en finir avant l’hiver, l’opération Taïfun (typhon). Hitler adopte, malgré ses idées précédentes, l’idée qui veut que la prise de la capitale de l’adversaire doit briser sa volonté de résistance. Les objectifs initiaux de Barbarossa (la ligne Arkhangelsk-Kouïbychev) sont abandonnés, ce qui rend désormais impossible la destruction de l’industrie de guerre soviétique mise à l’abri derrière l’Oural. De plus, Staline a acquis la certitude, par les renseignements fournis par le réseau Orchestre rouge et Richard Sorge, mais surtout par des communications qui ont été interceptées, que la politique d’expansion japonaise n’a plus que des visées vers le Sud-Est asiatique et que le Japon s’apprête à attaquer la flotte des États-Unis à Pearl Harbor. Les troupes fraîches et expérimentées (commandée par Joukov) qui gardent la frontière extrême-orientale en Sibérie vont pouvoir être rapatriées en Russie occidentale. De fin 1941 au début de 1942, près de 400 000 « Sibériens » sont ainsi transférés vers l’ouest à bord de trains spéciaux mettant de une à deux semaines pour arriver à destination (sur ce total 250.000 soldats furent assignés à la défense de Moscou).

Fin octobre 1941, Adolf Hitler décide la bataille de Moscou, déclarant à ses généraux son intention de raser la ville jusqu’à ses fondations et d’en faire un immense lac artificiel. Il donne l’ordre le 14 octobre 1941 d’un double enveloppement de Moscou, avec pour objectif la jonction à Noginsk. Le Reich regroupe tous ses moyens disponibles en vue de l’assaut. Moscou renforce ses défenses : un demi-million d’hommes et de femmes creusent 8 000 km de tranchées, 100 km de fossés antichars.

De novembre à décembre, la Wehrmacht engage 1,8 million d’hommes dans cette bataille (80 divisions mais à effectifs incomplets), soit plus de 50 % de toutes ses divisions, 30 % de son artillerie, sur un front de 600 km de large et de 250 km de profondeur. En deux semaines de combats, l’Armée rouge perd 700 000 combattants faits prisonniers (poches de Viazma, d’Orel, de Briansk…), 1 200 chars et 5 000 canons. Le 7 novembre 1941, dans un discours resté célèbre, prononcé sur la place rouge devant les troupes qui partent au front, Staline délaisse l’idéologie et en appelle aux valeurs et aux grandes figures historiques de la nation russe. Le front (« front » ou groupe d’armées dans la terminologie soviétique) de Kalinine, au nord de Moscou, lance sa contre-attaque le 5 décembre dans une neige de plus d’un mètre d’épaisseur et par des froids de –20 °C à – 30 °C. L’offensive hitlérienne est stoppée à 30 kilomètres de Moscou (non loin du faubourg de Khimki, à proximité de l’actuel Aéroport international Cheremetievo), grâce également à un terrible hiver pour lequel elle n’est pas équipée. Une contre-offensive menée fin décembre par des bataillons sibériens casse enfin le front allemand et rejette de 100 à 200 km en arrière le groupe d’armées centre. Le 22 janvier, la bataille de Moscou est gagnée par Joukov. Guderian est contraint à une retraite précipitée, abandonnant une grande partie de son matériel. L’armée allemande perd encore 615 000 hommes. C’est le retour de balancier. Jusqu’en janvier 1942, la Wehrmacht recule partout.

Une étude récente réevalue la bataille de Moscou et fait de celle-ci « la bataille la plus importante de la Deuxième Guerre mondiale et, de façon indiscutable, le plus vaste engagement militaire de tous les temps. En additionnant les effectifs des deux camps, environ 7 millions d’hommes furent engagés, à un moment ou à un autre, dans ces combats. Sur ces 7 millions de soldats, 2,5 millions furent tués, faits prisonniers, portés disparus ou assez grièvement blessés pour être hospitalisés, avec des pertes beaucoup plus lourdes du côté soviétique que du côté allemand. Selon les archives militaires russes, 958 000 soldats soviétiques ont péri, ce qui comprend les tués, les disparus et les hommes faits prisonniers. Étant donné le traitement que leur réservaient les Allemands, la plupart des prisonniers de guerre soviétiques étaient, de fait, condamnés à mort. De plus, 938 500 de leurs camarades furent hospitalisés pour blessures (sans oublier les maladies consécutives au froid et à l’humidité), ce qui porte le total des pertes soviétiques à 1 896 500 hommes. Pour les Allemands, le total des pertes était de 615 000 hommes ».

Collaboration avec l’occupant

Près de 2 millions de Soviétiques se rangèrent du côté des Allemands (Baltes, Ukrainiens, Russes, quelques Polonais enrôlés de force entre autres) durant l’occupation de leur territoire, soit moins de 3 % de la population de la zone occupée par le Reich dans la partie ouest de l’Union soviétique. En 1943, certaines divisions allemandes comptaient plus de 20 % d’auxiliaires russes (les Hiwis). Il y eut 2 divisions SS russes, les 2 divisions de l’armée Vlassov et le 15e SS Kosaken-Kavalerie-Korps constitué de Cosaques du Don. Beaucoup agissaient par nationalisme, les pays baltes et l’est de la Pologne, qui faisaient partie de l’empire russe (monarchique) jusqu’en 1917, ayant été réannexés par l’Union soviétique en 1939.

Exemple parmi d’autres du soutien que reçurent les envahisseurs de la part de certaines populations locales à certains endroits : les milices pro-germaniques étaient assez efficaces pour rendre inutiles des représailles. Tel était le cas du district administratif autonome de Lokot, dans la région d’Orel-Koursk, au sud de Briansk. Comptant 1 700 000 habitants, ce district fut défendu par une milice intégralement russe en 1941-1942. Ici, la base de la collaboration était de nature politique (anti-communisme) et la milice de Lokot créée par le général Rudolf Schmidt de la IIe Armée Panzer conjointement avec un ingénieur russe (remplacé plus tard par le fameux Bronislaw Kaminski), fut connue sous le nom de Russkaya Osvoboditelnya Narodnaya Armiya (Armée de libération russe). Certaines de ces milices, dans les pays baltes et en Ukraine en particulier, apportèrent aux autorités d’occupation un soutien non négligeable dans la politique d’extermination des populations juives.

Un élément capital des transactions fut que les SS avaient interdiction d’opérer dans toute cette région où les Allemands acceptèrent de s’abstenir de toute action de représailles du fait des activités de la résistance qui se poursuivaient toujours. De tels arrangements, bien que généralement moins formels, étaient monnaie courante dans les régions occupées par les Allemands. Ils trouvaient des avocats fervents parmi les officiers de la Wehrmacht. Les SS s’y opposaient de façon tout aussi véhémente, car ils refusaient d’armer des « sous-hommes ». Par la suite, la situation ayant empiré pour le Reich nazi et le besoin d’effectifs devenant criant, les SS furent amenés à tempérer leur refus initial. Ils s’opposaient toujours à la création de milices, mais seulement parce qu’ils voulaient recruter tous les hommes disponibles pour leurs nombreuses unités « ethniques ».

Collaboration avec l’occupant

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Auxiliaire cosaque de l’armée allemande.

Près de 2 millions de Soviétiques se rangèrent du côté des Allemands (Baltes, Ukrainiens, Russes, quelques Polonais enrôlés de force entre autres) durant l’occupation de leur territoire, soit moins de 3 % de la population de la zone occupée par le Reich dans la partie ouest de l’Union soviétique. En 1943, certaines divisions allemandes comptaient plus de 20 % d’auxiliaires russes (les Hiwis). Il y eut 2 divisions SS russes, les 2 divisions de l’armée Vlassov et le 15e SS Kosaken-Kavalerie-Korps constitué de Cosaques du Don. Beaucoup agissaient par nationalisme, les pays baltes et l’est de la Pologne, qui faisaient partie de l’empire russe (monarchique) jusqu’en 1917, ayant été réannexés par l’Union soviétique en 1939.

Exemple parmi d’autres du soutien que reçurent les envahisseurs de la part de certaines populations locales à certains endroits : les milices pro-germaniques étaient assez efficaces pour rendre inutiles des représailles. Tel était le cas du district administratif autonome de Lokot, dans la région d’Orel-Koursk, au sud de Briansk. Comptant 1 700 000 habitants, ce district fut défendu par une milice intégralement russe en 1941-1942. Ici, la base de la collaboration était de nature politique (anti-communisme) et la milice de Lokot créée par le général Rudolf Schmidt de la IIe Armée Panzer conjointement avec un ingénieur russe (remplacé plus tard par le fameux Bronislaw Kaminski), fut connue sous le nom de Russkaya Osvoboditelnya Narodnaya Armiya (Armée de libération russe). Certaines de ces milices, dans les pays baltes et en Ukraine en particulier, apportèrent aux autorités d’occupation un soutien non négligeable dans la politique d’extermination des populations juives.

Un élément capital des transactions fut que les SS avaient interdiction d’opérer dans toute cette région où les Allemands acceptèrent de s’abstenir de toute action de représailles du fait des activités de la résistance qui se poursuivaient toujours. De tels arrangements, bien que généralement moins formels, étaient monnaie courante dans les régions occupées par les Allemands. Ils trouvaient des avocats fervents parmi les officiers de la Wehrmacht. Les SS s’y opposaient de façon tout aussi véhémente, car ils refusaient d’armer des « sous-hommes ». Par la suite, la situation ayant empiré pour le Reich nazi et le besoin d’effectifs devenant criant, les SS furent amenés à tempérer leur refus initial. Ils s’opposaient toujours à la création de milices, mais seulement parce qu’ils voulaient recruter tous les hommes disponibles pour leurs nombreuses unités « ethniques ».

Bilan de l’opération Barbarossa

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L’épuisement et le 1e recul allemand à Rostov sur le Don.

Les Allemands réussissent à stabiliser la ligne de front de la Baltique à l’Ukraine au prix de pertes énormes en hommes et en matériels (l’essentiel des 3 500 chars engagés est resté sur le terrain – 50 % du matériel roulant est hors d’état de marche). Les divisions aériennes ne disposent plus que de 25 à 50 % de leurs appareils de combat. La Luftwaffe se voit disputer la maîtrise du ciel avec la montée en ligne de nouveaux chasseurs russes (Mikoyan-Gourevitch MiG-1, Sturmovik « tueur de chars »). L’infanterie d’invasion ne parvient pas à maintenir le contact avec ses fers de lance blindés sur de longues distances. Compte tenu de ses pertes et de l’étendue des espaces russes, l’armée allemande doit donc renoncer à la Blitzkrieg tout en devant faire face à un adversaire qui ne cesse de se moderniser. À ce moment, il apparaît que c’est à l’impréparation des armées soviétiques de juin 1941, à l’effet de surprise, que le Reich doit d’avoir évité de graves difficultés dans ses combats contre l’Armée rouge lors de l’invasion de juin 1941.

Pour l’Allemagne, si déjà les pertes avaient été lourdes pendant la bataille de France avec près de 1 500 tués par jour du 10 mai au 22 juin 1940, c’est en Russie que la Seconde Guerre Mondiale commence vraiment avec une campagne qui du 22 juin 1941 au 22 janvier 1942 voit tomber en moyenne 3 200 soldats allemands par jour. Alors que pendant les deux premières années de la guerre (1939 et 1940), 1 253 officiers seulement étaient morts au combat, entre juin 1941 et mars 1942, 15 000 officiers furent tués, ce qui indique un changement radical dans l’évolution des pertes. Au cours des six premiers mois de l’invasion, les pertes de l’Ostheer (la Wehrmacht sur le front russe) s’élevèrent à 750 000 hommes, qui furent portées à un million à la fin de mars 1942 dont plus d’un tiers de tués ou de disparus. Au total, lors de la première année de la campagne de Russie, le Reich perd 1,3 million d’hommes, sans compter les malades, soit 40 % des 3,2 millions d’hommes de l’Ostheer. Le manque général d’hommes dans le Reich ne permet pas d’assurer les remplacements à une pareille échelle.

À la fin de 1941, la Wehrmacht s’est enfoncée de 800 km en Union soviétique et a conquis plus d’un million cinq cent mille kilomètre-carrés de territoire soviétique, comptant 65 millions d’habitants (17 millions de personnes sont parvenues à fuir). En 1942, la longueur du front russe, de la Finlande au Caucase, passe à 6 200 km. L’Allemagne occupe alors l’Ukraine, la Biélorussie, une grande partie du nord de la Russie, soit plus de la moitié de la Russie d’Europe (qui concentre 80 % des industries lourdes et de la population), acculant les Russes sur des zones moins peuplées et les privant d’une grande partie de leur potentiel économique (de 60 à 70 %). Mais le Reich a perdu ses meilleures troupes.

Les pertes de l’Armée rouge sont colossales : 1,5 million de tués, 4 millions de prisonniers dont 2 millions au moins seront anéantis. Fin 1941, les Allemands estiment avoir détruit plus de 20 000 blindés et 35 000 canons soviétiques.

C’est pourtant à ce moment que la société soviétique se lance dans une mobilisation de ses forces et de ses ressources, totale et éperdue, dans le cadre d’une économie de guerre d’une extrême rigueur. Le 3 septembre 1941, le pouvoir soviétique décrète la mobilisation de tous les hommes de plus de 18 ans. Dès l’automne 1941, plus de 2 000 groupes de partisans se constituent en territoire occupé. « Tout pour le front ! Tout pour la victoire ! », « Encore plus d’armes pour le front » deviennent les slogans dans les usines. Les bureaux de recrutement de l’Armée rouge sont submergés par les volontaires désireux de se battre pour « la défense du sol natal ». De nombreuses jeunes filles s’engagent dans l’Armée rouge (de 1941 à 1945 plus de 800 000 femmes ont combattu comme volontaires sur le front). La journée de travail monte à 12 heures par jour, voire davantage. Les décès par épuisement au travail ne sont pas rares dans les usines. La législation, déjà très dure, du 26 juin 1940 est encore aggravée par la loi du 26 décembre 1941, qui assimile tout changement de travail non autorisé, tout départ ou toute absence injustifiée à une désertion, passible des tribunaux militaires et sanctionnée d’une peine de 5 à 10 ans de camp (plus de 900 000 personnes furent condamnées en vertu de la loi du 26 décembre 1941). Un décret de février 1942 instaure la mobilisation totale des femmes âgées de 15 à 45 ans, femmes dont la part dans la main-d’œuvre industrielle passa de 37 à 60% entre 1941 et 1945 (alors que Hitler était réticent à faire travailler les femmes allemandes dans les usines d’armement).

Entre juillet 1941 et janvier 1942, en Russie d’Europe, 17 millions de personnes participent dans des conditions exténuantes au démontage et au transfert de plus de 1 500 grandes entreprises industrielles dans l’Oural, la Volga, l’Asie centrale (Kazakhstan surtout) et la Sibérie; transfert nécessitant la construction en quelques mois de plus de 10 000 km de voies ferrées. Plus de 2 600 usines auront été évacuées et reconverties dans l’industrie de guerre. Leur remise en route, en plein hiver, n’exigera pas un effort moins gigantesque. Au terme d’opérations titanesques d’une grande complexité logistique, plus de 10 millions d’ouvriers prennent le chemin de l’Oural et, dès le début de 1942, après cet effort pharaonique dont il n’existe aucun équivalent dans l’histoire industrielle de l’Europe, la production de guerre est remontée à 48 % de son niveau de 1940. Alors qu’en 1940, 358 chars de dernier modèle avaient été construits, au cours des six premiers mois de 1941 seulement leur nombre s’éleva à 1 503 et dans les six derniers mois de cette année-là, malgré l’occupation par les Allemands du cœur industriel de la Russie, 4 740 chars dernier modèle supplémentaires furent produits. Dès la fin de 1942, la Russie dépasse l’Allemagne dans sa production d’armements alors que la Wehrmacht occupe plus de 50 % de la Russie d’Europe. La production de blindés et d’avions est alors le double (50 000) de la production allemande, en 1944 celle de canons usinés est trois fois supérieure (122 000) (et depuis le 7 décembre 1941 l’Union soviétique pouvait compter sur l’aide américaine).

L’opération Barbarossa se solde, fin 1941/début 1942, par une défaite stratégique considérable pour l’Allemagne puisqu’il apparaît, dès ce moment, que le Troisième Reich n’avait peut-être pas les moyens de vaincre l’Union soviétique en juin 1941. En mai 1945, les fantassins soviétiques planteront leur drapeau au sommet du Reichstag, au terme d’une bataille de Berlin, qui fera 78 000 tués dans leurs rangs.

Le général Volkogonov, biographe de Staline, pouvait écrire en 1996 « Il serait difficile de trouver pire début à une guerre que ce mois de juin 1941. Toutes les autorités politiques et militaires majeures ont pensé que l’URSS ne pourrait pas survivre plus de trois mois. Mais le peuple soviétique leur a finalement donné tort. Pourtant, le mérite de cette incroyable capacité de résistance allait être attribué à la « sage direction » de Staline, la personne même la plus directement responsable de la catastrophe ». Et Stepan Mikoyan de préciser: « Nous avons gagné la guerre en dépit de la dictature de Staline ».

source :

http://militaires-d-hier.forumgratuit.org/t1081-operation-barbarossa?highlight=Barbarossa et wikipedia

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