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2 avril 2013

La Bataille du Golfe de Leyte

Classé sous — milguerres @ 20 h 37 min

 

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale  

La Bataille du Golfe de Leyte

Le plan Sho Go 1 (Victoire) de la marine japonaise, avec l’amiral Toyoda, était prévu pour le cas d’une invasion américaine des Philippines. Il prévoyait que la flotte combinée quitterait sa zone de mouillage de la rade de Lingga (îles entre Singapour et Sumatra) et se diviserait en deux escadres pour déboucher dans le golfe de Leyte, le 25 octobre, par le nord et par le sud après avoir traversé l’archipel philippin. Dans le golfe, les deux groupements se doivent de détruire les transports américains et isoler les troupes débarquées. Un troisième groupe provenant des Ryu-Kyu s’amènera en renfort du groupe sud. Finalement l’escadre de porte-avions stationnée au Japon descendra pour attirer les porte-avions américains et ainsi faciliter la tâche des groupes japonais. Tous ces navires réunis avec ceux des Américains vont donner lieu à la plus grande bataille navale au monde.

Le 18 octobre, l’alerte est donnée à: Kurita, commandant la 1ere flotte comprenant 5 cuirassés (dont les deux géants: Yamato et Musashi ainsi que le Nagato, le Kongo et le Haruna), 12 croiseurs et 15 destroyers; Nishimura, commandant la 2e flotte qui comporte 2 cuirassés, un croiseur et 4 destroyers; vice-amiral Shima qui est dans les Ryu-Kyu avec 3 croiseurs et 4 destroyers et qui doit rejoindre Nishimura; et Ozawa qui commande la flotte de porte-avions (dont 4 ont des pilotes entrainés comme le Zuikaku), 2 cuirassés-porte-avions (Ise et Hyuga), 3 croiseurs, 9 destroyers et 112 appareils (dont 80 chasseurs). Après avoir ravitaillé le 20 octobre, Kurita et Nishimura partent de Brunei vers le détroit de San Bernardino (nord, entre Samar et Luçon) pour Kurita et vers le détroit de Surigao (sud, entre Leyte et Mindanao) pour Nishimura.

Les Américains comprennent la 7e flotte sous les ordres de Kinkaid et la 3e flotte sous les ordres de Halsey. La 7e flotte est vouée au débarquement et est divisée en 4 groupes dont l’un, composé de cuirassés, sert d’artillerie lourde; en tout 6 cuirassés, 14 porte-avions d’escorte, 8 croiseurs et 40 destroyers forment la flotte. De son côté Halsey sert de couverture avec 3 groupes formant la 3e flotte et composé chacun de 2 porte-avions lourds, 2 porte-avions légers, 2 cuirassés, 3 croiseurs et 10 destroyers. En résumé, les Japonais comprennent 68 navires qu’ils envoient contre les 225 bâtiments américains et leurs 1500 avions. De plus le plan Sho Go 1 ne prévoyait rien après l’anéantissement du groupement d’Ozawa, mais d’un autre côté en laissant ses navires aux ports, Toyoda se retrouverait bien vite en manque de mazout pour la flotte de porte-avions et en manque de munnitions pour la flotte combinée; il se devait de faire un mouvement, ce qu’il fit à 11h10 le 18 octobre.

Dans la nuit du 23 au 24 octobre 1944, deux sous-marins américains, le Darter (capitaine de frégate McClintock) et le Dace (capitaine de frégate Claggett), repèrent la 1ère flotte japonaise et lui coulent les deux croiseurs Maya et Atago tout en endommageant gravement le Takaol’Atago étant le navire-amiral. Après leur coup, ils avertissent la flotte américaine. Kinkaid envoi donc 2 cuirassés bloquer le détroit de San Bernadino tandis que la 3e flotte s’en rapproche. Le 24 octobre, de 10h26 à 13h50 les avions de la 3e flotte lancent 4 raids de 259 sorties contre Kurita. Nishimura a aussi été repéré, mais vu la grosseur de son groupement il n’est pas considéré comme une menace. Kurita est obligé de faire demi-tour puisque tous ses bâtiments sont touchés (le croiseur Myoko doit abandonner) et que le cuirassé géant Musachi (72 800 tonnes, le frère du Yamato)vient de couler, emporté par 19 torpilles et 15 bombes. Pendant ces attaques, les appareils japonais, dont les pilotes sont incapable d’affronter les aviateurs américains, s’en prennent à la 3e flotte et réussissent même à éliminer le porte-avion léger Princeton (achevé plus tard à la torpille). Halsey croit que Kurita se retire et de toute façon il vient de repérer le groupe d’Ozawa venant du nord et il se porte à sa rencontre tout en formant la Task Force 34 (4 cuirassés, 6 croiseurs et 14 destroyers) en vue d’un combat de surface. Mais Kurita a repris sa mission et il vient d’atteindre le détroit de San Bernardino et un malentendu entre Kinkaid et Halsey laisse croire au premier que les deux cuirassés sont toujours à garder l’entrée, mais en vérité ils sont remontés avec le reste de la flotte et le détroit est libre. En effet, la mission principale de Halsey est d’éliminer si possible une forte partie (le groupement d’Ozawa) de la flotte japonaise et il se porte donc au devant de ce groupe tout en pensant que le groupe de Kurita est beaucoup trop endommagé pour causer des problèmes.

Kurita surgit donc devant les transports américains le 25 octobre au matin (4h12), mais la stratégie prévue ne peut être exécutée puisque la 2e flotte de Nishimura et de Shima qui l’avait rejoint a été décimée durant la nuit par les cuirassés de Kinkaid. En effet, dans une série d’embuscades préparé par Kinkaid (avec ses 6 cuirassés anciens et 8 croiseurs sous les ordres du contre-amiral Oldendorf) dans le détroit de Surigao, Nishimura a perdu le cuirassé Fuso, le navire-amiral Yamashiro et toute son escadre excepté le Mogami et le destroyer Shigure. D’abord, de 23h à 3h, 30 vedettes rapides américaines lancent des attaques sporadiques contre Nishimura, mais aucune des 34 torpilles lancées ne fait mouche. Peu après le groupe se retrouve en file sous le feu croisé des destroyers: le cuirassé Fuso se brise en deux et 3 destroyers japonais l’accompagne par le fond. Ensuite, en pénétrant dans le golfe de Leyte, Nishimura tombe sous le feu des 6 cuirassés de Kinkaid qui coule le cuirassé Yamashiro vers 4h20. Pour finir, Shima qui suivait Nishimura à 50km de distance arrive dans le détroit, comprend la situation et décide de se replier, mais dans ce repliement il subit les attaques des vedettes rapides et de l’aviation aussitôt que le soleil est levé. C’est ainsi que sur les 19 navires engagés dans le détroit par les Japonais, 2 seulement en ressorte: le cuirassé Mogami et le vieux destroyer Shigure; 39 Américains ne ressortiront pas.

Malgré tout Kurita se retrouve en bonne position au large de Samar avec devant lui les 16 porte-avions d’escorte du contre-amiral Sprague protégés seulement par 21 destroyers et il fait feu à 27km de distance à 6h58. L’aviation américaine tente de ralentir les cuirassés et les croiseurs japonais tandis que les destroyers mettent en place des rideaux de fumée pour les porte-avions d’escorte puis attaquent les navires japonais à la torpille et au canon. Avec tous ces efforts et avec des renforts d’avions, les Américains réussissent à couler 3 croiseurs: le Chikuma, le Chokai et le Suzuya et à en endommager le Kumano. De leur côté les Japonais coulent 3 destroyers (Hoel, Samuel B. Roberts et Johnston) et 2 porte-avions d’escorte: le Gambier Bay qui coule après 3h sous les obus et par la suite le Saint-Lô qui coule par la faute de Kamikaze. Cependant, au moment où les Japonais commence à s’amuser, ils descendent vers le sud dans le golfe et après 3h de manoeuvres inutiles, Kurita s’éloigne vers le nord. En manque de communication puisque son navire-amiral a été coulé, Kurita ne savait pas ce qu’il était advenu des autres groupes et il a cru être en présence de la Task Force 38 (plus puissante que lui). L’attaque se termine donc le 25 octobre vers midi après que Kurita est rassemblé ses navires. Dans les jours suivant, le mouvement Kamikaze apparaît et plusieurs appareils s’abattent sur 6 porte-avions d’escorte (dont le Saint-Lô qui coule).

Pendant que Kurita attaque les transports, Halsey a lancé son aviation (527 sorties en 6 vagues durant la journée) contre le groupe d’Ozawa qui n’aura plus que 29 avions à la fin de la journée. La première vague coule le porte-avions Chitose tout en ne laissant qu’une épave du Zuikaku. À la deuxième vague, le Chiyoda flambe. Vers midi, la 3e vague achève le Zuikaku. La 4e vague coule le porte-avions Zuiho. Halseyest dans ses moments de gloire avec la bataille du cap Engano, mais il s’est déjà départi d’un de ses groupe pour secourir Kinkaid à 8h48 et vers 11h, il détache la Task Force 34 au secours de Kinkaid. Halseyréussit tout de même à achever le Chiyoda au canon et à couler deux destroyers. Pour finir, le sous-marin Jallao coule le croiseur Tama tandis que le destroyer Nowaki se fait mettre en pièces par les navires américains dans le détroit de San Bernardino.

Il n’empêche qu’Ozawa a perdu 4 porte-avions, dont le Zuikaku dernier survivant de Pearl Harbor, et 2 destroyers. La fin de cette bataille navale marque la fin de la marine impériale japonaise. 26 bâtiments japonais sont coulés dans cette bataille: 3 cuirassés, 4 porte-avions, 10 croiseurs et 9 destroyers; contre 6 pour les Américains (dont 5 par Sprague dans le golfe de Leyte: 2 porte-avions d’escorte et 3 destroyers), et les navires japonais survivants ne sont plus assez puissant pour former un flotte et être une menace: ils se réfugient à Singapour et attendent la fin.

 File:Leyte map annotated.jpg

Carte des affrontements

File:Musashi under fire.jpg

Le Musashi attaqué par la TF38 le 24 octobre.

File:Princeton burning.jpg

Le Princeton brûle après avoir été touché par les bombardiers japonais le 24 octobre.

File:Surigao straight.jpg

Carte de la bataille dans le détroit de Surigao.

File:Japanese Aircraft Carrier Zuiho.jpg

Le porte-avion Zuiho durant la bataille.

File:Yamato off Samar.jpg

Le Yamato et les croiseurs pendant l’attaque.

Dispositif japonais

Désignation de l’escadre Commandant Effectifs
Force Mobile vice-amiral Ozawa 4 CV (Zuikaku, Zuiho, Chitose, et Chiyoda)
2 BB (Hyuga et Ise)
3 CL (Oyodo, Tama et Isuzu)
5 DD, 4 DE, 6 escorteurs, 2 pétroliers
108 avions embarqués
Force Centrale vice-amiral Kurita
1er section vice-amiral Kurita 3 BB (Yamato, Musashi et Nagato)
6 CA (
Atago, Takao, Myoko, Maya, Haguro et Chokai)
1 CL (
Noshiro), 7 DD
2e section vice-amiral Y. Suzuki 2 BB (Haruna et Kongo)
4 CA (Kumano, Suzuya, Tone et Chikuma)
1 CL (Yahagi), 6 DD
Force Sud vice-amiral Shoji Nishimura
Force C (avant-garde) vice-amiral Shoji Nishimura 2 BB (Yamashiro et Fusō)
1 CA (Mogami), 4 DD
2e force d’attaque (arrière-garde) vice-amiral Kiyohide Shima 2 CA (Nachi et Ashigara), 1 CL (Abukuma), 7 DD
Force sous-marine vice-amiral Miwa 17 sous-marins
Première Flotte aérienne vice-amiral Onishi Takijiro  ? avions terrestres basés à Luçon
Total : 4 CV, 9 BB, 13 CA, 6 CL, 30 DD, 17 SS

Dispositif allié

Désignation de l’escadre Commandant Effectifs
Flotte du Pacifique amiral Chester Nimitz
3e Flotte amiral William F. Halsey
TF 38 vice-amiral M. A. Mitscher 8 CV, 8 CVL, 4 BB, 5 CA, 9 CL, 57 DD
TG 38.1 vice-amiral J. S. McCain 3 CV (Wasp, Hornet et Hancock)
2 CVL (Monterrey et Cowpens)
6 CA (Pensacola, Salt Lake City, Chester, Wichita, Boston et HMAS Camberra)
3 CL (Houston, San diego et Oakland)
21 DD
TG 38.2 contre-amiral G. F. Bogan 2 CV (Intrepid et Bunker Hill)
2 CVL (Cabot et Independence)
2 BB (Iowa et New Jersey)
2 CL (Vincennes et Miami), 18 DD
TG 38.3 contre-amiral F. C. Sherman 2 CV (Essex et Lexington)
2 CVL (Princeton et Langley)
4 BB (Washington, Massachusetts, South Dakota et Albama)
4 CL (Santa Fe, Mobile, Birmingham et Reno), 14 DD
TG 38.4 contre-amiral R. E. Davison 2 CV (Franklin et Enterprise)
2 CVL (San Jacinto et Belleau Wood)
1 CA (New Orleans)
1 CL (Biloxi), 11 DD
TF 34 (formée et détachée le 25/10 à 2h40) vice-amiral Willis A. Lee 6 BB (Iowa, New Jersey, Washington, Massachusetts, South Dakota et Alabama)
2 CA (New Orleans et Wichita)
5 CL (Biloxi, Santa Fe, Mobile, Vincennes et Miami) et 8 DD
7e Flotte vice-amiral Thomas Kinkaid
TG 77.2 contre-amiral Jesse Oldendorf 6 BB (MississippiMarylandWest VirginiaTennesseeCalifornia, et Pennsylvania)
3 CA (Louisville, HMAS Australia et HMAS Shropshire)
2 CL, 29 DD, 39 PT
TG 77.3 contre-amiral Berkey 1 CA, 2 CL, 6 DD
TG 77.4 contre-amiral Thomas Sprague 18 CVE, 27 DD
TU 77.4.1 contre-amiral Thomas Sprague 6 CVE (Sangamon, Suwannee, Chenago, Santee, Saginaw Bay, et Petrof Bay)
TU 77.4.2 contre-amiral Felix Stump 6 CVE (Natoma Bay, Manila Bay, Marcus Island, Kadashan Bay, Savo Island et Ommaney Bay)
TU 77.4.3 contre-amiral Clifton Sprague 6 CVE (Fanshaw Bay, St Lo, White Plains, Kalinin Bay, Kitkun Bay, et Gambier Bay)
3 DD (Hoel, Johnston) 4 DE (Samuel B. Roberts)
TG 71.1 contre-amiral Christie 7 SS (d’autres opéraient individuellement)
Total : 8 CV, 8 CVL, 18 CVE, 10 BB, 9 CA, 13 CL, 105 DD, 22 SS

 

 

sources :

wikipedia

http://www.reocities.com/pentagon/3758/fleyte.htm

 

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale  

26 mars 2013

Campagne des îles Salomon

Classé sous — milguerres @ 20 h 56 min

 

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

 

 

 

 Campagne des îles Salomon salomon

 

 

La Campagne des îles Salomon est une opération amphibie lancée par les Alliés pendant la Guerre dans le Pacifique lors de la la Seconde Guerre mondiale en août 1942.

Huit mois après l’attaque de Pearl Harbor, ce fut la première opération amphibie. Elle se déroula en parallèle de la Campagne de Nouvelle-Guinée, certaines opérations visant des objectifs communs aux deux campagnes, du fait de la proximité des territoires.

Les objectifs généraux de la campagne, qui fut mise en place rapidement et avec des moyens limités, étaient la sécurisation des lignes de communication menacées entre les États-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, lignes qui étaient vitales pour les futures opérations dans le Pacifique Sud et Sud-ouest.

La campagne s’est déroulée sur un territoire allant des îles Salomon à la Nouvelle-Guinée entre août 1942, lorsque lesMarines débarquèrent sur Guadalcanal, et fin 1943, lorsque la base japonaise de Rabaul fut isolée de ses bases et coupée de ses lignes de ravitaillement.

La campagne fut menée par les forces combinées du commandement du Pacifique Sud-ouest et du Pacifique Centre, impliquant plusieurs débarquements importants, une douzaine de batailles navales et de nombreuses attaques aériennes

 

Avancées japonaises

La campagne de Guadalcanal, la première offensive amphibie audacieuse lancée par les États-Unis, a commencé en août 1942, huit mois après l’attaque de Pearl Harbor. L’objectif de cette campagne, qui fut mise en place rapidement avec des moyens limités, était la première étape d’une stratégie visant à sécuriser les lignes de communication alliées entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande, vitales pour assurer le succès des futures opérations alliées dans le sud et le sud-ouest du Pacifique.

Dans les mois qui suivirent l’attaque de Pearl Harbor, les Japonais profitèrent de l’avantage que cette attaque surprise leur avait conféré pour envahir l’Asie de l’est, les Indes et laMélanésie pendant les six premiers mois de 1942. Les étapes de cette expansion furent Wake, Guam, Singapour, Bataan, Corregidor et les Indes néerlandaises.

L’avance des Japonais vers le sud commença par la prise de Rabaul le 23 janvier 1942, puis Bougainville dans les îles Salomon, deux mois plus tard. Rabaul était une base importante qui servait à la fois de base avancée protégeant la base navale de Chuuk et de point de départ pour les offensives suivantes vers le sud. Bougainville, ainsi que les autres positions moins importantes dans les Salomon, était un point de départ pour établir un coin dans les lignes de communication entre Hawaii et l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Ayant établi des positions sur la côte nord de la Nouvelle-Guinée, ainsi que Choiseul, Vella Lavella et les îles du Trésor dans les Salomon, les Japonais prirent Tulagi et son port le4 mai 1942, qui devint ainsi la pointe sud de l’avancée japonaise.

L’île avait été évacuée par les Australiens début mai, mais ceux-ci avaient depuis longtemps établi sur les îles des postes d’observation qui furent maintenu, et qui seraient bien utiles plus tard.

Engagements initiaux

La seule bataille ayant eu lieu pendant la prise des Salomon par les Japonais eut lieu à cette occasion : dans le cadre de la bataille de la mer de Corail, la Task Force 17 du vice amiral Frank Fletcher, constituée autour du porte-avions Yorktown, surprit la force amphibie japonaise concentrée à Tulagi et coula le destroyer Kikutsuki ainsi que quelques navires plus petits, endommageant le destroyer Yuzuki et le croiseur Okinoshima (qui fut coulé une semaine plus tard par un sous-marin américain).

Les Japonais ne développèrent aucun aéroport dans un premier temps, quoique les plaines de Guadalcanal, à 25 kilomètres au sud de Tulagi, offraient un excellent terrain à cette fin. Tous les efforts initiaux des Japonais tendirent à développer le port de Tulagi. Ce n’est qu’en juin que les Japonais débarquèrent à Guadalcanal, et des travaux de développement d’un aérodrome furent commencés fin juin.

Quoique les plans exacts des Japonais soient encore incertains à l’heure actuelle, la présence des Japonais dans les îles Salomon leur donnait la capacité de frapper l’Australie, la Nouvelle-Guinée et les Nouvelles-Hébrides.

Peu après la chute de Rabaul, alors que l’axe sud-ouest du développement des conquêtes japonaises semblait évident, les Alliés commencèrent à développer des plans afin de freiner ou stopper cette avance.

Développement de la stratégie Alliée

En février 1942, l’amiral Ernest J. King, commandant en chef de la Flotte américaine, traça les grandes lignes de la stratégie Alliée au cours d’une correspondance avec le chef d’état-major de l’Armée américaine, le général Marshall. Selon King, l’action des Alliés ne devait pas se limiter à protéger les lignes de communication, mais ils devaient également établir des bases, notamment à Tonga et à Espiritu Santo, à partir desquelles des offensives pourraient être montées contre les Salomon et la Nouvelle-Guinée. Il envisageait donc l’occupation de certaines îles au sud et au sud-ouest du Pacifique dans une suite d’opération amphibies qui seraient menées par les Marines, l’armée se chargerait de maintenir des garnisons sur les îles conquises tandis que la Marine passerait à l’objectif suivant.

L’occupation de certaines îles stratégiquement importantes commença le 12 mars, lorsqu’une force mixte marine-armée débarqua sans opposition à Nouméa, la capitale de laNouvelle-Calédonie au sud des Salomon. Tandis que Nouméa devenait une base navale Alliée, un aéroport important fut installé sur Tontouta, à une cinquantaine de kilomètres de Nouméa. Le 29 mars, les Marines débarquèrent à Port-Vila, capitale de Vanuatu, au nord de la Nouvelle-Calédonie, et en mai, Espiritu Santo fut occupée par une force combinée de Marines, de Seabees de la marine et de l’armée (seabee, qui signifie « abeilles de mer », correspond en fait à la prononciation anglaise des lettres CB, abréviation de Construction Batallions).

Alors que ces déploiements avaient lieu, les flottes américaine et japonaise s’opposaient dans le cadre de la bataille de la mer de Corail, quelques jours après le débarquement des japonais à Tulagi.

Quoique cette bataille ne fût pas une grande victoire, elle força les Japonais à retarder l’invasion de Port Moresby et de la Nouvelle-Guinée.

Cependant, les plans de l’amiral King pour le Pacifique sud commençaient à se mettre en place. En avril, la 1re Division de Marines fut envoyée à Wellington en vue des futures opérations.

Nouveaux développements

En juin, les Américains se rendirent compte des développements à Guadalcanal, à savoir la création d’un aérodrome dans les plaines de la pointe de Lunga. Ceci donnait une certaine urgence aux plans américains dans les Salomon.

Par ailleurs, la bataille de Midway avait fait subir à la marine japonaise de terribles pertes le 5 juin 1942, telles que le déséquilibre des forces créé par l’attaque de Pearl Harbor s’en trouvait réduite.

Cet avantage décisif n’échappa pas au général MacArthur, qui suggéra un assaut immédiat sur Rabaul. Cette option ne fut cependant pas retenue, les Américains réticents à l’idée risquer leurs derniers porte-avions dans des manœuvres au sein d’un environnement confiné et sous la menace constante de bases aériennes japonaises.

Cependant, considérant le succès de Midway, l’état-major combiné (Joint Chiefs of Staff) reconsidéra la stratégie alliée dans le Pacifique.

Jusque là, la stratégie des États-Unis et de la Grande-Bretagne avait été de se concentrer sur l’Allemagne et l’Europe, le Japon ne venant qu’en second et les efforts à porter sur le théâtre Pacifique ne devant être que ceux strictement nécessaires à contenir le Japon. Dans le cadre de cette stratégie, aucune offensive n’avait été prévue avant la fin 1942, toute opération antérieure devant avoir pour but de maintenir les lignes de communication entre les Alliés. La prise de Nouméa et d’Espiritu Santo faisaient partie de cette stratégie défensive.

Le succès de Midway, dont il semblait normal de profiter, et le fait que la pression des Japonais semblait s’accentuer, poussa King à réitérer ses précédents conseils, à savoir une offensive dans les Salomon afin de stopper l’établissement de ce qui semblait devenir, avec Rabaul, une citadelle imprenable. Il préconisait l’occupation des îles Santa Cruz, de Tulagi et des zones adjacentes, avec établissement de garnisons de l’armée australienne. Il proposait comme date d’offensive le 1er août 1942.

Alors que King envisageait une opération de la Marine, le général Marshall, de son côté, estimait que MacArthur devait commander l’opération. Cette passe d’armes entre Marshall et King met en évidence les tensions qui pouvaient exister entre les diverses armes des forces armées (situation que toute armée, y compris celle du Japon, connaissait). King insista sur le fait que les troupes chargées de l’opération seraient en fait des troupes de la Marine. En définitive, King eut gain de cause et l’opération fut confiée à Nimitz.

En fait, les zones d’influence des diverses armes dans le Pacifique furent redessinées, puisque la zone Pacifique Sud fut créée, sous les ordres de Nimitz et confiée au vice amiralRobert L. Ghormley.

Planification de l’attaque des Salomon

Le 25 juin, Ghormley reçut les premières instructions relatives à l’organisation d’une offensive dans son secteur. Il devait commencer à établir des plans, tenant compte du fait que la participation de l’armée pouvait ne pas être totalement acquise (et effectivement on verra qu’à Guadalcanal, l’armée n’entra dans l’opération que trois mois après l’invasion par lesMarines).

Quatre jours plus tard, le général Vandegrift, général de Marine, fut aussi averti de devoir faire des préparatifs rapides pour une opération sur les Salomon.

Ghormley devait diriger l’opération, tandis que le vice amiral Frank Fletcher la commanderait. Le 4 juillet, le plan de l’état-major interarmes fut envoyé à Ghormley qui fut donc confronté au double problème de devoir monter une opération dans un délai apparemment irréaliste de un mois, avec des moyens qui semblaient totalement insuffisants.

Les ordres de l’état-major exposaient en termes généraux la stratégie du moment dans le Pacifique sud et sud-ouest: le but en était la conquête de la Nouvelle-Bretagne, de laNouvelle-Irlande et de la Nouvelle-Guinée. Ce but devait être atteint en trois phases: tout d’abord l’occupation des îles Santa Cruz, Tulagi et des zones adjacentes, ensuite la prise du reste des îles Salomon, enfin la prise de Rabaul.

La date du lancement de la première partie du plan (Tulagi) était fixée au 1er août, sous la responsabilité de CinCPac (Commander in Chief Pacific, c’est-à-dire Nimitz) tandis que pour les stades suivants (ensemble des Salomon et Rabaul), MacArthur serait le responsable.

Moyens mis en place

Ghormley ayant exprimé ses doutes sur la suffisance des moyens mis à sa disposition, on lui confirma que 35 bombardiers basés à Hawaii serait disponibles. Cependant, Ghormley et MacArthur étaient d’accord sur un point: le succès de l’opération navale dépendrait en partie de la capacité de l’armée de protéger la force d’invasion contre l’aviation japonaise.

Entre-temps, le général Alexander Vandegrift était en route vers Wellington avec la 1re division de Marines, qui n’était d’ailleurs pas complète ayant été privée d’un tiers de son effectif détaché aux Samoa.

Du point de vue de la puissance navale à sa disposition, Ghormley pouvait compter sur une flotte encore limitée, mais de bonne qualité: essentiellement trois porte-avions avec environ 250 avions à bord, quelques croiseurs, deux nouveaux cuirassés (ainsi ue des navires secondaires tels que des destroyers).

Du point de vue de la force aérienne, un des points jugés vital par Ghormley, la situation était loin d’être aussi bonne: outre les 250 avions embarqués, Ghormley pouvait compter sur 166 avions de la Marine, 95 de l’Armée et 30 de la force aérienne de Nouvelle-Zélande. Ces 291 avions étaient sous le commandement du contre amiral John McCain, sous les ordres de Ghormley.

En résumé, Ghormley disposait d’une force d’invasion bien entrainée de moins d’une division, d’une Flotte puissante et bien entrainée mais limitée et d’un support aérien plutôt limité.

Ghormley organisa ses forces en trois groupes:

Sigles

(CV=Porte-avions; CVL=Porte-avions léger; BB=Cuirassé; CA=Croiseur lourd; CL=Croiseur léger; DD=Destroyer; SS=Sous-marin)

Désignation Commandant Effectifs
CINCPAC Amiral Chester Nimitz
COMSOPAC Vice amiral R.L. Ghormley
Task Force 62 Contre Admiral Richmond K. Turner Force amphibies
  Task Group 62.2 Contre Admiral Victor Crutchley 3 CA (Australia, Canberra, Chicago), 1 CL, 9 DD
    TG 62.3 Capitaine Frederick L. Riefkhol 3 CA (Vincennes, Astoria, Quincy), 4 DD
    TG 62.4 Contre amiral Norman C. Scott 2 CL (San Juan, Hobart), 2 DD
  TG 62.8 (1re division de Marines) Général A.A.Vandegrift 17 000 hommes
TF 63 (bases aériennes) Contre amiral John S. McCain 291 avions
Task Force 61 Vice Amiral F.J. Fletcher 3 CV, 1 BB, 4 CA, 1 CL, 16 DD
  TF 11 Vice Amiral F.J. Fletcher 1 CV (Saratoga), 1 CA (Vincennes), 5 DD
  TF 16 Contre amiral Thomas C. Kincaid 1 CV (Enterprise, 1 CA (Portland), 1 CL (Atlanta), 5 DD
  TF 18 Contre amiral Leigh Noyes 1 CV (Wasp), 2 CA (‘San Francisco, Salt Lake City), 6 DD
Total : 3 CV, 1 BB, 14 CA, 3 CL, 31 DD plus navires de transport, cargos et tankers. 20 000 hommes. +500 avions

Tandis que l’organisation se mettait en place, la date d’invasion fut reculée au 7 août, en raison du mauvais temps.

Renseignements

Du point de vue des renseignements, l’invasion de Guadalcanal et de Tulagi peut être décrite comme une tentative à l’aveugle: on ignorait quasiment tout, au moment où les ordres furent donnés début juillet, des forces présentes sur ces îles ou même de la simple cartographie correcte des îles. Les Alliés firent d’énormes efforts pendant les 4 semaines qui leur restait pour récolter des informations, notamment de personnes ayant vécu sur ces îles, mais au moment de l’invasion, il restait énormément de blancs dans leurs connaissances, et les Marines sur place auraient l’occasion de constater que leurs cartes n’étaient pas toujours exactes.

Problèmes logistiques et réalisation

La préparation de l’opération, déjà extrêmement réduite dans le temps, rencontra divers problèmes. Les Marines emporteraient 60 jours de ravitaillement, une quantité limitée de munitions, le minimum de bagages personnels et seulement la moitié des engins motorisés normalement prévus pour une division.

Le 26 juillet, les diverses forces prévues firent rendez-vous au large des Fidji et les commandants concernés par l’opération tinrent une conférence au cours de laquelle certains points furent soulevés pour la première fois.

Vandegrift apprit par exemple qu’il ne disposerait pas du support naval et aérien qu’il espérait. En fait, il apprit même qu’il ne disposerait en principe que de deux jours pour débarquer l’ensemble des troupes et du matériel, alors qu’il estimait que quatre jours étaient nécessaires.

On verra que l’ensemble de ces circonstances détermina la façon dont Vandegrift dut se comporter pendant les premières semaines sur Guadalcanal.

À 3h10 le 7 août, les forces américaines étaient en position à l’ouest de cap Espérance. À 6h14, la flotte ouvrait le feu sur les îles, l’invasion pouvait commencer.

Première phase : la conquête des Salomon est

Le débarquement sur Tulagi fut quasiment une formalité: l’île fut conquise en une journée.

La bataille de Guadalcanal dura 6 mois au cours desquels les Américains et les Japonais luttèrent à la fois sur terre et sur mer, pour apporter de nouvelles troupes sur l’île et les ravitailler.

La lutte sur mer ne fut pas moins intense que sur terre : les marines japonaise et alliée s’opposèrent au cours de la bataille de l’île de Savo, la bataille des Salomon orientales, la bataille du Cap Espérance, la bataille des îles Santa Cruz, la bataille navale de Guadalcanal, la bataille de Tassafaronga et la bataille de l’île de Rennell.

La campagne de Guadalcanal a coûté 24 000 hommes aux Japonais (dont 9 000 morts demalnutrition et de malaria) contre seulement 1 600 aux Américains. Si les belligérants ont subi des pertes en avions et en navires de guerre à peu près équivalentes, les Japonais sont incapables de remplacer leurs pertes.

Les Américains n’ont plus qu’un porte-avions : l’Enterprise, et les mois suivants seront difficiles pour les Alliés. C’était cependant la première brèche dans le périmètre que le Japon avait établi dans les six premiers mois de la guerre et la preuve que désormais les Alliés avaient l’initiative. La reconquête pouvait maintenant débuter.

 

Caste_Solomon_islands-battles42

Ensemble des opérations de la première phase de la campagne des Salomon. LaNouvelle-Guinée et Rabaul, invisible sur la carte, se trouvent à l’ouest de Bougainville.
Les batailles navales sont en bleu, les batailles terrestres en rose.

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21 mars 2013

Bataille du cap Espérance

Classé sous — milguerres @ 17 h 20 min

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Bataille du cap Espérance espera10

La bataille du cap Espérance, également appelée seconde bataille de l’île de Savo (サボ島沖海戦?) dans les sources japonaises, qui eut lieu les 11 et 12 octobre 1942 fut le second engagement naval entre la marine impériale japonaise et la marine américaine durant la bataille de Guadalcanal dans le théâtre Pacifique de la Seconde Guerre mondiale.
Dans la nuit du 11 octobre, les forces navales japonaises de la zone des îles Salomon sous le commandement de Gunichi Mikawa organisèrent un important convoi de ravitaillement pour les troupes combattant à Guadalcanal. Le convoi était composé de deux transports d’hydravions et de six destroyers commandés par le contre-amiral Takatsugu Jōjima (en). Au même moment mais dans une opération séparée, trois croiseurs lourds et deux destroyers menés par le contre-amiral Aritomo Gotō devaient bombarder l’aéroport allié de Henderson Field sur l’île de Guadalcanal pour éliminer la menace posée par les appareils américains qui y étaient stationnés.
Peu avant minuit le 11 octobre, une flottille américaine de quatre croiseurs et de cinq destroyers sous le commandement du contre-amiral Norman Scott intercepta la flotte de Gotō alors qu’elle approchait de l’île de Savo au nord de l’île de Guadalcanal. Les Américains attaquèrent par surprise et mirent en déroute la flotte japonaise. Les navires de Scott coulèrent un croiseur et un destroyer japonais, endommagèrent sévèrement un autre croiseur, blessèrent mortellement Gotō et forcèrent le reste de la flotte japonaise à annuler sa mission de bombardement. Durant l’échange de feu, l’un des destroyers de Scott fut coulé et un croiseur et un destroyer furent sévèrement endommagés. Dans le même temps, le convoi de ravitaillement japonais réalisa sa mission à Guadalcanal et entama son voyage de retour sans avoir été repéré par la flotte de Scott. Dans la matinée du 12 octobre, quatre destroyers japonais de ce convoi furent détachés pour protéger la retraite des navires endommagés de Gotō. Des appareils américains basés à Henderson Field coulèrent deux de ces destroyers plus tard dans la journée.
Comme lors des précédentes batailles navales autour de Guadalcanal, l’issue stratégique ne fut pas claire car ni les Japonais ni les Américains ne parvinrent à sécuriser le contrôle des eaux autour de l’île. Néanmoins, la victoire du cap Espérance redonna le moral à la marine américaine après le désastre de la bataille de l’île de Savo en août.

Contexte
Le 7 août 1942, les forces alliées (principalement des marines américains) débarquèrent à Guadalcanal, Tulagi et les îles Florida dans l’est des îles Salomon. Les débarquements devaient permettre d’empêcher les Japonais d’utiliser ces îles comme des bases militaires pour menacer les routes de ravitaillement entre les États-Unis et l’Australie. Le contrôle de ces îles devait également servir de tremplin pour la campagne de reconquête des Salomon afin d’isoler ou de capturer la grande base japonaise de Rabaul et pour soutenir la campagne de Nouvelle-Guinée3.
Prenant les Japonais par surprise, les Américains avaient sécurisé Tulagi et les îles alentours dans la soirée du 8 août et s’étaient emparés d’un aérodrome en construction à Guadalcanal qui fut achevé par les Américains et renommé Henderson Field. Les appareils alliés opérant depuis cette base formèrent ce qui fut appelé la Cactus Air Force (en) (CAF) d’après le nom de code allié pour l’île4.
En réponse, le quartier-général impérial japonais ordonna à la 17e armée de l’armée impériale japonaise basée à Rabaul sous le commandement du lieutenant-général Hyakutake Haruyoshi de reprendre Guadalcanal. Le 19 août, divers unités de la 17e armée commencèrent à arriver sur l’île5.
Du fait de la menace posée par les appareils de la CAF, les Japonais ne purent utiliser leurs lents navires de transports pour débarquer et ravitailler les troupes sur l’île. Ils utilisèrent à la place des navires de guerre, essentiellement des croiseurs légers et des destroyers, pour faire l’aller-retour dans le détroit de Nouvelle-Géorgie en une seule nuit pour échapper aux attaques aériennes américaines. Cette méthode ne permettait cependant pas de transporter l’équipement lourd comme l’artillerie lourde, les véhicules et une grande partie de la nourriture et des munitions. De plus, ces destroyers étaient désespérément demandés pour la protection des convois. Ces transports à bord de navires rapides tout au long de la campagne de Guadalcanal furent appelés « Tokyo Express » par les Alliés et « Transport Rat » par les Japonais6.

espera11Carte des îles Salomon. La base japonaise de Rabaul se trouve en haut à gauche tandis que Guadalcanal est située à l’extrémité sud du détroit de Nouvelle-Géorgie (The Slot).

Les Japonais planifièrent une nouvelle attaque pour le 20 octobre et redéployèrent les 2de et 38e divisions d’infanterie, soit un total de 17 500 hommes, depuis les Indes orientales néerlandaises jusqu’à Rabaul en vue de les transporter jusqu’à Guadalcanal. Du 14 septembre au 9 octobre, plusieurs opérations du « Tokyo Express » acheminèrent les soldats de la 2de division et le général Hyakutake à Guadalcanlal. La marine japonaise promit de soutenir l’offensive de l’armée de terre en transportant les troupes, les équipements et le ravitaillement nécessaire sur l’île et en organisant des attaques aériennes et des bombardements navals de l’aérodrome8.
Dans le même temps, le major-général Millard Harmon (en), le commandant des forces de l’armée de terre américaine dans le Pacifique Sud, convainquit le vice-amiral Robert L. Ghormley, commandant en chef des forces alliées dans le Pacifique Sud, que les marines à Guadalcanal devaient être immédiatement renforcés si les Alliés voulaient défendre l’île contre la prochaine offensive japonaise. Par conséquent, les 2 837 hommes du 164e régiment d’infanterie de la 28e division américaine furent redéployés de Nouvelle-Calédonie jusqu’à Guadalcanal où ils devaient arriver le 13 octobre9.

Pour protéger le transport du 164e régiment jusqu’à Guadalcanal, Ghormley ordonna à la task force 64 (TF 64) composée de quatre croiseurs (USS San Francisco, USS Boise, USS Salt Lake City et USS Helena) et de cinq destroyers (USS Farenholt, USS Duncan, USS Buchanan, USS McCalla et USS Laffey) commandés par le contre-amiral Norman Scott, d’intercepter et de détruire tous les navires japonais approchant de Guadalcanal et menaçant le convoi. Scott mena une mission d’entraînement nocturne avec ses navires le 8 octobre avant de prendre position au sud de Guadalcanal près de Rennell le 9 octobre pour être prêt à intercepter tout mouvement japonais vers le sud des Salomon10. La présence de la flotte de l’amiral Scott représentait la première véritable tentative américaine pour reprendre le contrôle nocturne des eaux autour de Guadalcanal11.
Poursuivant les préparations de l’offensive d’octobre, le vice-amiral japonais Gunichi Mikawa, commandant la 8e flotte basée à Rabaul, planifia une importante opération du « Tokyo Express » pour la nuit du 11 au 12 octobre. Les transports d’hydravions Nisshin et Chitose furent utilisés pour acheminer de l’équipement lourd dont 728 soldats, quatre obusiers de 149 mm, deux canons de montagne de 75 mm, un canon antiaérien et une grande quantité de munitions depuis les bases navales des îles Shortland et de Bougainville jusqu’à Guadalcanal. Les deux navires étaient accompagnés de six destroyers dont cinq transportaient des troupes. Le convoi fut placé sous le commandement du contre-amiral Takatsugu Jōjima (en). Dans une opération simultanée mais distincte, les trois croiseurs lourds du contre-amiral Aritomo Gotō, l’Aoba, le Kinugasa et le Furutaka, devaient bombarder Henderson Field pour détruire la CAF et les installations aériennes. Deux destroyers, le Fubuki et l’Hatsuyuki, assuraient la couverture des trois croiseurs lourdes. Les navires américains n’avaient pas encore essayé d’empêcher les missions du « Tokyo Express » à destination de Guadalcanal et les Japonais ne s’attendaient à aucune opposition de la part des navires américains pendant la nuit12.

Bataille
Prélude 

Le 11 octobre à 8 h, le convoi de ravitaillement de Jōjima quitta son ancrage dans les îles Shortland et commenca sa traversée de 400 km vers Guadalcanal dans le détroit de Nouvelle-Guinée. Les six destroyers accompagnant le Nisshin et le Chitose étaient l’Asagumo, le Natsugumo, le Yamagumo, le Shirayuki, le Murakumo et l’Akizuki. Gotō quitta les îles Shortland pour Guadalcanal à 14 h le même jour13.
Pour protéger le convoi de la CAF, les Japonais planifièrent deux attaques aériennes d’Henderson Field depuis les bases de Rabaul, de Kavieng et Buin pour le 11 octobre. 17 chasseurs Mitsubishi A6M Zero mitraillèrent Henderson Field juste après midi mais ne parvinrent pas à détruire des appareils américains. Une seconde vague de 45 bombardiers Mitsubishi G4M Betty et de 30 Zero arriva au-dessus de l’aérodrome 45 minutes plus tard. Au cours des combats, un bombardier japonais et deux chasseurs américains furent abattus. Les Japonais ne parvinrent pas à causer des dégâts importants mais ils empêchèrent les appareils américains de repérer et d’attaquer le convoi de ravitaillement. Durant la progression du convoi dans le détroit de Nouvelle-Guinée, les chasseurs japonais de Buin assurèrent la couverture aérienne des navires. Cette protection était jugée si importante que les derniers appareils déployés pendant la la journée devaient rester au-dessus du convoi jusqu’à la tombée de la nuit et amerrir avant d’être secourus par les destroyers de l’escorte ; seul un seul des six pilotes fut récupéré14.
Les appareils de reconnaissance alliés repérèrent le convoi de ravitaillement à 340 km au nord de Guadalcanal entre les îles de Kolombangara et de Choiseul à 14 h 45 ; le rapport indiquait la présence de deux « croiseurs » et de six destroyers. La force de Gotō suivant le convoi ne fut pas repérée. Ayant appris la présence des navires japonais à 16 h 7, Scott se mit en marche pour intercepter la flotte japonaise15. Le plan de Scott était simple : ses navires avanceraient en colonne avec ses destroyers à l’avant et à l’arrière et ses croiseurs au milieu. Les destroyers devaient illuminer les cibles avec des projecteurs et lancer leurs torpilles tandis que les croiseurs avaient l’ordre d’ouvrir le feu sur toutes les cibles disponibles sans attendre les ordres. Les appareils embarqués à bord des croiseurs, lancés avant la bataille, devaient repérer les navires japonais et transmettre leur position. Même si l’USS Helena et l’USS Boise embarquaient le nouveau radar SG plus efficace, Scott choisit l’USS San Francisco comme son navire-amiral16.
À 22 h, alors que les navires de Scott approchaient du cap Hunter au nord-ouest de Guadalcanal, trois de ses croiseurs lancèrent des hydravions. L’un d’eux s’écrasa au décollage mais les deux autres patrouillèrent au-dessus des îles de Savo et de Guadalacanal. Au moment du lancement des hydravions, la flotte de Jōjima passait juste la pointe montagneuse du nord-ouest de Guadalcanal et aucune des deux flottes ne réalisa la présence de l’autre. À 22 h 20, Jōjima contacta Gotō et lui dit qu’aucun navire américain ne se trouvait dans la zone. Néanmoins lorsque les navires de Jōjima entendirent les hydravions de Scott au-dessus d’eux pendant qu’ils déchargeaient leur ravitaillement sur la côte nord de Guadalcanal, ils ne parvinrent pas à prévenir Gotō17.
À 22 h 33, juste après avoir franchi le cap Espérance, les navires de Scott se mirent en formation de combat. La colonne était menée par l’USS Farenholt, l’USS Duncan, l’USS Laffey suivis par les croiseurs USS San Francisco, USS Boise, USS Salt Lake City et l’USS Helena. Les destroyers USS Buchanan et USS McCalla formaient l’arrière de la colonne. Les navires étaient espacés d’environ 460 et 640 m et la visibilité était faible car la lune n’était pas visible18.

La flotte de Gotō affronta plusieurs grains durant leur approche de Guadalcanal à 56 km/h. Le navire-amiral de Gotō, l’Aoba menait la colonne des croiseurs japonais et était suivi par le Furutaka et le Kinugasa. Le destroyer Fubuki était à tribord de l’Aoba et l’Hatsuyuki se trouvait à bâbord. À 23 h 30, les navires de Gotō émergèrent du dernier grain et apparurent sur les écrans radars de l’USS Helena et de l’USS Salt Lake City. Comme les navires japonais n’étaient pas équipés de radars, ils ne repérèrent pas la flotte américaine19.
Affrontement[modifier]
À 23 h, l’hydravion de l’USS San Francisco repéra les navires japonais au large de Guadalcanal et rapporta leur position à Scott. Ce dernier, considérant que d’autres navires japonais étaient probablement toujours en route, poursuivit son cap vers l’ouest de l’île de Savo. À 23 h 33, Scott ordonna à sa colonne de mettre le cap au sud-ouest selon un cap de 230°. Tous les navires américains comprirent à l’ordre comme étant un mouvement de colonne à l’exception du propre navire de Scott, l’USS San Francisco. Alors que le premier destroyer de tête exécutait le mouvement de colonne, l’USS San Francisco vira simultanément de bord. L’USS Boise, derrière lui, suivit immédiatement la manœuvre et les trois destroyers de tête se retrouvèrent à l’écart de la formation20.
À 23 h 32, le radar de l’USS Helena montra les navires japonais à environ 25 300 m. À 23 h 35, les radars de l’USS Boise et de l’USS Duncan repérèrent à leur tour les navires japonais. Entre 23 h 42 et 23 h 44, les deux navires rapportèrent leurs observations à Scott qui crut à tort que les deux croiseurs avaient repéré les trois destroyers américains chassés de la formation par le mouvement de colonne. Scott demanda par radio à l’USS Farenholt s’il tentait de retrouver sa position à la tête de la colonne. L’USS Farenholt répondit, « Affirmatif, arrivons sur votre tribord », ce qui confirma l’intuition de Scott selon laquelle les radars suivaient ses propres destroyers21.
À 23 h 45, l’USS Farenholt et l’USS Laffey, ignorant toujours l’approche des navires de Gotō augmentèrent leur vitesse pour revenir à l’avant de la colonne américaine. L’équipage de l’USS Duncan, pensant cependant que les deux destroyers commençaient leur attaque des navires japonais, accrut sa vitesse pour lancer une torpille contre les navires japonais sans en informer Scott. Le radar de l’USS San Francisco repéra les Japonais mais Scott n’en fut pas informé. À 23 h 45, les bâtiments japonais se trouvaient à seulement 4 600 m de la formation de Scott et furent repérés par les vigies des USS Helena et Salt Lake City. La formation américaine se trouvait à ce moment en capacité de barrer le T à la flotte japonaise et avait donc un avantage tactique important. À 23 h 46, supposant toujours que Scott était au courant de l’approche rapide des navires japonais, l’USS Helena demanda la permission d’ouvrir le feu avec la procédure générale, Interrogatory Roger, signifiant en gros « sommes-nous autorisés à agir ? » Scott répondit par Roger, signifiant uniquement que le message avait été reçu, pas qu’il accordait l’autorisation d’agir. Ayant reçu cette réponse, l’USS Helena considéra qu’elle avait la permission d’agir et ouvrit le feu avant d’être rapidement suivi par l’USS Boise, l’USS Salt Lake City et, à la surprise de Scott, par l’USS San Francisco22.

capees10Carte montrant les mouvements des flottes de Gotō et de Jōjima durant la bataille. La ligne grise fine contournant l’île de Savo indique le trajet d’approche planifié par Gotō pour sa mission de bombardement

Les navires de Gotō furent pris par surprise. À 23 h 43, les vigies de l’Aoba avaient repéré la flotte de Scott mais Gotō supposa qu’il s’agissait des navires de Jōjima. Deux minutes plus tard, les vigies rapportèrent que les navires étaient américains mais Gotō restait sceptique et ordonna à ses navires d’émettre des signaux d’identification. Alors que l’équipage commençait à exécuter l’ordre, les premiers obus américains touchèrent la superstructure de l’Aoba. Le croiseur japonais fut rapidement touché par une quarantaine d’obus de l’USS Helena, l’USS Salt Lake City, l’USS San Francisco, l’USS Farenholt et l’USS Laffey. Les projectiles endommagèrent sévèrement les systèmes de communication de l’Aoba et démolirent deux de ses principales tourelles ainsi que les organes de visée. Plusieurs obus de gros calibre traversèrent la passerelle de l’Aoba sans exploser mais le souffle tua de nombreux marins et blessa mortellement Gotō23.
Scott, toujours pas convaincu de l’identité des navires visés et craignant de toucher ses propres destroyers, ordonna l’arrêt des tirs à 23 h 47 même si tous les navires ne respectèrent pas l’ordre. Scott demanda à l’USS Farenholt d’émettre ses signaux d’identification et lorsque Scott vit que le navire était proche de sa formation, il autorisa la reprise des tirs à 23 h 5124.
L’Aoba, continuant de recevoir des obus, vira sur tribord pour avancer sur la formation de Scott et commença à déployer un écran de fumée qui convainquit la plupart des navires américains qu’il était en train de couler. Les navires américains orientèrent alors leurs tirs sur le Furutaka qui suivait l’Aoba. À 23 h 49, le tube lance-torpilles du Furutaka fut touché et l’incendie qui se déclara attira encore plus de projectiles américains. À 23 h 58, une torpille lancée par l’USS Buchanan percuta le Furutaka dans sa salle des machines avant et causa de graves dégâts. Dans le même temps, l’USS San Francisco et l’USS Boise repérèrent le Fubuki à environ 1 300 m et ouvrirent le feu sur lui. La plupart des autres navires américains firent de même et, lourdement endommagé, le Fubuki commença à couler. Le Kinugasa et le Hatsuyuki virèrent sur bâbord au lieu de tribord et échappèrent à l’attention immédiate des navires de Scott25.
Durant l’échange de tir, l’USS Farenholt fut touché à plusieurs reprises par des tirs américains et japonais qui tuèrent plusieurs hommes. Il échappa aux tirs croisés en passant devant l’USS San Francisco et en arrivant sur le flanc dégagé de la colonne de Scott. L’USS Duncan, toujours engagé dans son attaque à la torpille fut également touché par les tirs croisés, prit feu et essaya en vain de s’extraire de la zone des tirs26.

capees11

Les trajectoires des navires américains (lignes inférieures) sont bien définies sur cette carte de la marine américaine mais celles des navires japonais sont moins précises (lignes supérieurs plus sombres).

Alors que les navires japonais tentaient de s’échapper, la flotte de Scott resserra sa formation pour poursuivre les navires de Gotō en retraite. À 0 h 6, deux torpilles du Kinugasa manquèrent de justesse l’USS Boise. Ce dernier et l’USS Salt Lake City orientèrent leurs projecteurs pour aider au ciblage des navires japonais, ce qui offrit une cible parfaite pour les artilleurs du Kinugasa. À 0 h 10, deux obus touchèrent les magasins à munitions de l’USS Boise entre les tourelles une et deux. L’explosion qui suivit tua près de 100 hommes et faillit briser le navire en deux. L’eau de mer s’engouffra dans les déchirures de la coque et aida à éteindre l’incendie avant que celui-ci ne fasse exploser le reste des munitions. L’USS Boise fit immédiatement une embardée pour sortir de la colonne et quitter l’affrontement. Le Kinugasa et l’USS Salt Lake City échangèrent des tirs ; le premier fut légèrement endommagé et le second fut touché au nouveau de ses chaudières, ce qui réduisit sa vitesse27.
À 0 h 16, Scott ordonna à ses navires de mettre le cap à 330° pour essayer de poursuivre les navires japonais en retraite. Les navires de Gotō disparurent rapidement et tous les tirs cessèrent vers 0 h 20. La formation américaine commença à de déliter et Scott mit le cap à 205° pour quitter la zone des combats28.
Retraite[modifier]
Durant le combat entre les navires de Scott et de Gotō, le groupe de ravitaillement de Jōjima termina de décharger son ravitaillement à Guadalcanal et entreprit son voyage de retour sans être repéré par les Américains en passant au sud des îles Russel et de Nouvelle-Géorgie. Malgré ses dégâts sévères, l’Aoba parvint à rejoindre le Kinugasa et à se retirer vers le nord dans le détroit de Nouvelle-Géorgie. La salle des machines du Furutaka était très endommagée et le navire s’arrêta à 0 h 50 avant de couler à 2 h 28 à 35 km au nord-ouest de l’île de Savo. L’Hatsuyuki récupéra les survivants du croiseur et poursuivit sa retraite vers le nord29.
L’USS Boise parvint à éteindre les incendies vers 2 h 40 et à rejoindre la formation de Scott à 3 h 5. Ravagé par les flammes, l’USS Duncan fut abandonné par son équipage à 2 h. Ignorant le sort de l’USS Duncan, Scott détacha l’USS McCalla pour le retrouver et le ramener à Nouméa où la formation américaine arriva le 13 octobre. L’USS McCalla localisa le destroyer en feu et abandonné vers 3 h et plusieurs marins tentèrent de le maintenir à flots mais le navire coula finalement à 12 h à 10 km au nord de l’île de Savo. Les survivants de l’USS Duncan furent secourus par l’USS McCalla et par des navires déployés depuis Guadalcanal. Alors qu’ils secouraient les marins de l’USS Duncan, les Américains arrivèrent à proximité de la centaine de survivants du Fubuki qui flottaient dans la même zone. Les Japonais refusèrent initialement d’être secouru mais acceptèrent finalement un jour plus tard30.

ussboi10

Le croiseur USS Boise à Espiritu Santo dans les Nouvelles-Hébrides en août 1942.

Apprenant l’affrontement entre les flottes américaine et japonaise, Jōjima détacha les destroyers Shirayuki et Murakumo pour assister le Furutaka ou ses survivants et l’Asagumo et le Natsugumo au point de rendez-vous avec le Kinugasa qui avait fait une pause dans sa retraite pour couvrir le retrait des navires de Jōjima. À 7 h, cinq bombardiers en piqué Douglas SBD Dauntless basés à Henderson Field attaquèrent le Kinugasa mais sans causer de dommages. À 8 h 20, onze autres SBD Dauntless repérèrent et bombardèrent le Shirayuki et le Murakumo. Aucun des navires ne fut directement touché mais une bombe tomba juste à côté du Murakumo et cela entraîna une fuite de carburant. Quelque temps plus tard, sept autre SBD Dauntless, six bombardiers-torpilleurs Grumman TBF Avenger et quatorze chasseurs Grumman F4F Wildcat, suivirent la nappe de carburant du Murakumo et retrouvèrent les deux destroyers à 270 km de Guadalcanal. Durant l’attaque, la salle des machines du Murakumo fut touché par une torpille et le navire fut obligé de s’arrêter. Dans le même temps, l’Aoba et l’Hatsuyuki atteignirent la base japonaise dans les îles Shortland à 10 h31.
Alors qu’ils se portaient au secours du Murakumo, l’Asagumo et le Natsugumo furent attaqués à 15 h 45 par un autre groupe de onze bombardiers SBD Dauntless et TBF Avenger escorté par douze chasseurs basés à Henderson Field. Un bombardier en piqué largua sa bombe presque directement au milieu du Natsugumo tandis que deux autres bombes tombèrent à proximité du navire et accrurent les dégâts. L’Asagumo recueillit les survivants et le Natsugumo coula à 16 h 27. Les appareils de la Cactus Air Force attaquèrent à nouveau le Murakumo immobile et ce dernier prit feu. Les survivants furent récupérés par le Shirayuki qui saborda le navire avec une torpille avant de rejoindre le reste des navires japonais dans leur retraite vers les îles Shortland32.

Conséquences

Le capitaine Kikunori Kijima, le chef d’état-major de Gotō et le commandant de la flotte de bombardement après la mort de ce dernier, affirma que sa force avait coulé deux croiseurs américains et un destroyer. Le capitaine du Furutaka, qui avait survécu au naufrage de son navire, fit porter la responsabilité de la perte de son croiseur sur une mauvaise reconnaissance aérienne et sur le commandement défaillant de l’état-major de la 8e flotte de l’amiral Mikawa. Même si la mission de bombardement de Gotō avait échoué, le convoi de Jōjima était parvenu à délivrer les hommes et les équipements nécessaires à Guadalcanal. L’Aoba fut renvoyé au chantier naval Kure au Japon et les réparations furent achevées le 15 février 1943. Le Kinugasa fut coulé un mois plus tard durant la bataille navale de Guadalcanal33.
Scott avança que sa flotte avait coulé trois croiseurs et quatre destroyers japonais. Les nouvelles de la victoire furent largement diffusées dans les médias américains. L’USS Boise, qui fut renvoyé au chantier naval de Philadelphie, fut surnommé la « flotte d’un navire » par la presse du fait de ses exploits durant la bataille mais cela était en grande partie lié au fait que les noms des autres navires furent initialement gardés secrets pour des raisons de sécurité. L’USS Boise resta en réparations jusqu’au 20 mars 194334.
Bien qu’elle fut une victoire tactique américaine, la bataille du cap Espérance eut peu d’effets immédiats sur la situation à Guadalcanal. Dans la nuit du 14 au 15 octobre, les cuirassés japonais Kongō et Haruna bombardèrent et causèrent de sévères dégâts à la base d’Henderson Field. Un jour plus tard, un important convoi japonais parvint à transporter 4 500 hommes sur l’île. Ces troupes et les équipements complétèrent les préparatifs japonais pour l’offensive planifiée pour le 23 octobre. Les renforts américains déployés comme prévu le 13 octobre jouèrent un rôle important dans la victoire alliée décisive lors de la bataille d’Henderson Field entre les 23 et le 26 octobre35.
La victoire du cap Espérance empêcha cependant les Américains d’évaluer correctement les capacités et les tactiques japonaises dans les combats nocturnes. Les Américains ignoraient encore la portée et la puissance des torpilles, l’efficacité des systèmes de télémétrie et l’habileté tactique des commandants japonais. Appliquant les leçons supposément apprises dans la bataille, les commandants américains considéraient que leur artillerie navale était supérieure aux torpilles japonaises. Cette croyance fut sévèrement éprouvée deux mois plus tard lors de la bataille de Tassafaronga. Un sous-officier de l’USS Helena écrivit par la suite, « le cap Espérance fut une bataille à trois au cours de laquelle la chance fut le principal vainqueur36 ».

Notes et références
1. ↑ Frank 1990, p. 310 ; Répartition des morts américains : USS Boise- 107, USS Duncan- 48, USSSalt Lake City- 5 et USS Farenholt- 3
2. ↑ Frank 1990, p. 309 ; Répartition des morts japonais : Furutaka- 258, Aoba- 79, Fubuki- 78 (et 111 prisonniers), Murakumo- 22 et Natsugumo- 17. Hackett indique que 80 marins périrent à bord de l’Aoba en plus de Gotō et que 33 furent tués et 110 autres portés disparus à bord du Furutaka
3. ↑ Hough, p. 235-236
4. ↑ Morison 1958, p. 14-15 ; Henderson Field fut nommé d’après le major Lofton R. Henderson (en), un aviateur américain tué lors de la bataille de Midway.
5. ↑ Griffith 1963, p. 96-99 ; Dull 1978, p. 225
6. ↑ Frank 1990, p. 202, 210-211
7. ↑ Frank 1990, p. 141-143, 156-158, 228-246, 681
8. ↑ Rottman et Anderson 2005, p. 61 ; Griffith 1963, p. 152 ; Frank 1990, p. 224, 251-254, 266-268, & 289-290 ; Dull 1978, p. 225-226
9. ↑ Frank 1990, p. 293 ; Cook 1992, p. 19-20 ; Morison 1958, p. 147-148 ; Dull 1978, p. 225
10. ↑ Cook 1992, p. 16, 19-20 ; Frank 1990, p. 295-297 ; Morison 1958, p. 148-149 ; Dull 1978, p. 225. Comme tous les navires de la TF 64 n’étaient pas disponibles, la force de Scott fut désignée comme la TF 64,2. Les destroyers américains étaient issus de l’Escadre 12, commandée par le capitaine Robert G. Tobin à bord du Farenholt.
11. ↑ Morison 1958, p. 113–114
12. ↑ Frank 1990, p. 295-296 ; Hackett et Kingsepp 2008 ; Cook 1992, p. 31, 57 ; Morison 1958, p. 149-151 ; D’Albas 1965, p. 183 ; Dull 1978, p. 226 ; CombinedFleet.com avance que Jōjima commandait le convoi de ravitaillement. D’autres sources indiquent néanmoins que l’officier commandant leNisshin était responsable du convoi et que Jōjima n’était pas présent et qu’il aurait pu avoir donné les ordres depuis ailleurs dans les îles Salomon ou depuis Rabaul.
13. ↑ Cook 1992, p. 31-32, 57 ; Frank 1990, p. 296 ; Morison 1958, p. 150-151 ; Hackett et Kingsepp 2008
14. ↑ Frank 1990, p. 295-296 ; Cook 1992, p. 32-33 ; Morison 1958, p. 149-150 ; Frank avance que cinq pilotes ne fut pas secourus mais Cook indique qu’un seul ne fut pas récupéré.
15. ↑ Cook 1992, p. 19, 31 ; Frank 1990, p. 296 ; Morison 1958, p. 150 ; Dull 1978, p. 226 ; Hackett et Kingsepp 2008
16. ↑ Frank 1990, p. 293-294 ; Cook 1992, p. 22-23, 25-27, 37 ; Morison 1958, p. 149
17. ↑ Cook 1992, p. 25-29, 33, 60 ; Frank 1990, p. 298-299 ; Dull 1978, p. 226 ; Morison 1958, p. 152-153
18. ↑ Cook 1992, p. 20, 26, 36 ; Frank 1990, p. 298 ; Morison 1958, p. 152-153
19. ↑ Frank 1990, p. 299 ; Cook 1992, p. 58-60 ; Morison 1958, p. 152-153
20. ↑ Cook 1992, p. 38-42 ; Frank 1990, p. 299 ; Morison 1958, p. 153-156
21. ↑ Frank 1990, p. 299-301 ; Cook 1992, p. 42-43, 45-47, 51-53 ; Morison 1958, p. 154-156
22. ↑ Cook 1992, p. 42-50, 53-56, 71 ; Frank 1990, p. 300-301 ; D’Albas 1965, p. 184 ; Dull 1978,p. 227-228 ; Morison 1958, p. 156-157
23. ↑ Frank 1990, p. 301-302 ; Cook 1992, p. 68-70, 83-84 ; Dull 1978, p. 226-227 ; D’Albas 1965,p. 186 ; Morison 1958, p. 158-160
24. ↑ Cook 1992, p. 70-77 ; Frank 1990, p. 302 ; Morison 1958, p. 158-160
25. ↑ Frank 1990, p. 302-304 ; Cook 1992, p. 73-79, 83-86 ; Dull 1978, p. 228 ; Morison 1958, p. 160-162
26. ↑ Cook 1992, p. 80-84, 106-108 ; Frank 1990, p. 303-304 ; Morison 1958, p. 161-162
27. ↑ Frank 1990, p. 304-305 ; Cook 1992, p. 74-75, 88-95, 100-105 ; Dull 1978, p. 228-229 ; Morison 1958, p. 162-165
28. ↑ Cook 1992, p. 96-97 ; Frank 1990, p. 306 ; Morison 1958, p. 163-166
29. ↑ Cook 1992, p. 58, 97-98, 111, 120 ; Frank 1990, p. 306-307 ; D’Albas 1965, p. 187 ; Dull 1978,p. 229 ; Morison 1958, p. 168-169
30. ↑ Frank 1990, p. 307-308 ; Cook 1992, p. 95-96, 108-110, 114-130, 135-138 ; Morison 1958,p. 166-169
31. ↑ Cook 1992, p. 111, 120-122 ; Frank 1990, p. 308-309 ; Morison 1958, p. 169
32. ↑ Frank 1990, p. 309 ; Cook 1992, p. 130-131 ; Dull 1978, p. 230 ; Morison 1958, p. 169
33. ↑ Frank 1990, p. 309-312 ; Hackett et Kingsepp 2008 ; Morison 1958, p. 169-171
34. ↑ Frank 1990, p. 311 ; Cook 1992, p. 140-144 ; Morison 1958, p. 170-171
35. ↑ Frank 1990, p. 313-324 ; Cook 1992, p. 150-151 ; Dull 1978, p. 230 ; Morison 1958, p. 171
36. ↑ Cook 1992, p. 59, 147-151 ; Frank 1990, p. 310-312 ; Morison 1958, p. 170-171

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Le projet Manhattan

Classé sous — milguerres @ 0 h 49 min

 

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Le projet Manhattan

Nous devons la bombe atomique aux travaux du physicien Leo Szilard – qui plus tard s’en voudra d’y avoir participé – sur base de plusieurs découvertes antérieures :
- La loi de conservation de l’énergie (E=mc2) d’Albert Einstein en 1905
- Les neutrons par James Chadwick en 1932
- La radioactivité artificielle par le couple Joliot-Curie en 1934.
La première loi signifie que la matière renferme potentiellement énormément d’énergie. Mais elle ne put jamais être démontrée avant les premiers essais atomiques de 1933 (fusion deutérium-tritium). La seconde découverte permit aux ingénieurs de briser les atomes afin qu’ils libèrent leur énergie, tandis que la troisième découverte apporta les effets toxiques et avec elle tous les malheurs du monde
Il faut y ajouter des expériences de bombardement de l’uranium par des neutrons effectués par Enrico Fermi en 1934, la résolution de problèmes « techniques » liés à la radioactivité et la fission par Otto Hahn et Lise Meitner en 1938 et des travaux théoriques complémentaires des physiciens Niels Bohr, Otto Frish, Herbert Anderson et John Wheeler, autant de grands noms qui marquèrent l’Histoire de la physique quantique.

Le projet Manhattan manhat10

Historiquement, le projet Manhattan débuta le 11 octobre 1938, lorsque Einstein rédigea une lettre, dont Leo Szilard fit le brouillon, qu’il adressa au président Roosevelt, lui expliquant que les Nazis étaient en mesure de purifier l’uranium-235 et devaient bientôt disposer d’une bombe atomique extrêment puissante. Einstein expliqua à Roosevelt qu’il pouvait également disposer d’une arme atomique grâce à l’uranium extrait au Congo par la Belgique. Mais Einstein regrettera toute sa vie de lui avoir envoyé cette lettre.
C’est peu après avoir reçu ce courrier que le président Roosevelt décida de créer le projet Manhattan qui visait à créer cette bombe atomique le plus rapidement possible. En 1939, en collaboration avec l’ingénieur Vannevar Bush, il crée le National Defense Research Committee (NDRC) qui développera le radar, le sonar et il créera le Comité Uranium dans le but de lancer des programmes de recherche sur la fission de l’uranium.
C’est dans ce contexte qu’à l’Université de Columbia, Enrico Fermi créa sa « pile atomique » à base d’uranium et de graphite. Avec son équipe ils testèrent l’hypothèse d’Einstein, la réaction en chaîne et la possibilité de créer une réaction explosive. Différents comités verront le jour en 1940 dans le but de rassembler toutes les compétences scientifiques, technologiques et militaires afin d’améliorer les performances de la bombe.
Pendant que les Etats-Unis entrèrent en guerre en 1941 suite à l’attaque de Pearl Harbour par les Japonais, les scientifiques commencèrent à produire les éléments fissiles nécessaires à la fabrication de la bombe.
Un laboratoire d’enrichissement de l’uranium fut construit à Oak Ridge, dans le Tennessee. Le chimiste Harold C. Urey (que l’on connaîtra plus tard pour son expérience sur la chimie prébiotique) et ses collègues de l’Université de Columbia furent chargés d’élaborer un système d’extraction fondé sur la diffusion gazeuse, tandis qu’Ernest O. Lawrence de l’Université de Californie à Berkeley (UCB) et inventeur du Cyclotron développa un processus permettant de séparer magnétiquement les deux isotopes de l’uranium (puis du plutonium). Ensuite par centrifugation, l’uranium-235, plus léger, fut séparé de l’uranium-238, plus lourd et non fissile. La même opération fut réalisée avec le plutonium. Cette manière d’enrichir l’uranium est toujours appliquée de nos jours. Lorsque tout ce traitement excessivement complexe fut terminé, il resta à tester le concept de la fission nucléaire sur le terrain.

cliquez sur ce lien pour visionner la vidéo

L’expérience de Trinity
Explosion de la première bombe atomique à Trinity au Nouveau Mexique, USA, le 16 juillet 1945 à 5:29:45 locale. Films enregistrés depuis un abri situé à 3.3 km de distance

En 1942, le Général de Brigade Leslie Richard Groves fut nommé directeur du projet Manhattan à Los Alamos, au Nouveau Mexique, dans le but de construire cette bombe atomique. Il demanda au Dr. Robert J. Oppenheimer de prendre la direction scientifique des opérations. Ce dernier regrettera également plus tard d’avoir jamais observé les atomes.
Deux combustibles nucléaires furent préparés simultanément, l’uranium-235 enrichi et le plutonium-239. Toutefois lors des tests préliminaires avec le plutonium, on découvrit que le combustible fabriqué dans les cyclotrons n’était pas assez pur et contenait une fraction trop importante de plutonium-240. Or ce radioisotope émettant spontanément trop de neutrons, il risquait de faire exploser la bombe prématurément. Le produit devait donc être purifié, ce qui fut réalisé dès 1943.
Nous devons la conception des deux bombes aux travaux théoriques du mathématicien John von Neumann qui s’occupa du profil de la bombe d’Hiroshima et de Seth Neddermeyer qui proposa d’utiliser une charge explosive pour comprimer la cavité de la bombe de Nagasaki et atteindre ainsi plus rapidement le seuil de densité critique.
Le projet militaire fut bien gardé et tous les employés tenus au secret : tous les services furent cloisonnés et, mises à part les plus hautes autorités civiles et militaires, personne ne savait exactement sur quoi il travaillait ni la finalité du projet. Par sécurité et pour éviter les curieux, le site de test fut isolé en plein désert du Nouveau Mexique et son accès placé sous haute surveillance.

Le projet Manhattan coûta 2 milliards de dollars US (de l’époque) et réunit en 3 ans 200000 personnes réparties dans 37 laboratoires secrets des Etats-Unis. A titre de comparaison, la préparation du programme Apollo coûta 5 milliards de dollars et fit appel à 400000 experts mais s’étala sur 10 ans, entre 1963 et 1973 (ici aussi il s’agissait d’une question d’ordre militaire et politique qui déclencha la course à la Lune).
Le but ultime des expériences sera tenu secret jusqu’en mai 1945, époque à laquelle les militaires durent effectuer les premiers essais en grandeur nature. Mais ici encore seul le personnel d’Alamogordo eut vent de la finalité du projet.
Un premier tir d’essai de 108 tonnes fut réalisé le 7 mai 1945 à Trinity pour tester les instruments. Cette bombe contenait 37 mille milliards de Becquerel (37 TBq soit 1000 curies) de produits fissiles, de quoi tuer potentiellement quelque milliers de personnes.
Le projet Manhattan trouva son apothéose le 16 juillet 1945 lorsqu’un flash brillant apparut dans le ciel d’Alamogordo. Il fut visible à plus de 16 km de distance. L’explosion de la première bombe A dépassait toutes les espérances et libéra une énergie estimée à environ 22000 tonnes de TNT (plus de 2200 camions de dynamite !).

Tester la bombe sur les civils
Fort de cette expérience mais pris par le temps, les essais s’arrêtèrent là. Ils étaient concluants. Analysant les conséquences et le coût d’une invasion du Japon, l’Etat-Major américain estima qu’il faudrait entre 500 000 et 1 000 000 de soldats pour conquérir le pays et la guerre ferait entre 220 000 et 500 000 morts américains.
En tant que Commandant en chef des Focres armées, le nouveau président Harry Truman voulait absolument la capitulait inconditionnelle du Japon. Sachant que cet objectif serait difficile à atteindre, pour éviter une longue et difficile bataille sur le sol japonais, Harry Truman et son Etat-Major décidèrent de faire exploser la bombe atomique sur une ville de réserve japonaise (c’est-à-dire une ville-garnison non bombardée par les raids quotidiens) si l’armée nippone ne capitulait pas immédiatement.
Ignorant l’ultimatum avec dédain, les Japonais attendaient les Américains de pied ferme sur leur territoire et planifièrent déjà des attentats suicides pour sauver l’honneur de leur nation et de l’Empereur. Mais ils n’en eurent pas le temps.
Truman demanda qu’on lui dresse une liste de cinq villes japonaises à bombarder et ce n’est qu’au dernier moment, en fonction de la météo notamment, que les objectifs d’Hiroshima et Nagasaki furent choisis.

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Mon Dieu, qu’avons-nous fait ? : Hiroshima et Nagaski
Le 5 août 1945, sur la base américaine de Tianian située dans les îles Mariannes au sud du Japon, une bombe A de 3900 kg baptisée « Little Boy » équivalente à celle du projet Manhattan fut embarquée à bord du bombardier B-29 « Enola Gay » piloté par le Colonel Paul W. Tibbets. La quantité exacte d’uranium enrichi de cette bombe n’est pas connue avec précision mais serait de 21 kg pour une puissance équivalente à ~15 kT de TNT.
Le Captaine William S. Parsons exigea que la bombe soit assemblée en vol pour éviter tout risque d’explosion prématurée. Il s’entraîna donc à son assemblage durant les 12 heures qui précédèrent sa mission.
Le 6 août 1945 à 2h45 du matin, trois B-29 dont « Enola Gay » décollèrent de l’île de Tianian, cap au 353. Un peu plus de cinq heures plus tard, la radio leur annonça que la couverture nuageuse était très faible au dessus de la ville d’Hiroshima. Par une ironie du sort, les sirènes y annoncèrent la fin de l’alerte.
En vue de l’objectif, à 8h13 du matin par une belle journée ensoleillée, le Colonel P.W.Tibbets donna l’ordre de lancer la bombe. Deux minutes plus tard, la bombe explosa à environ 580 mètres au-dessus d’Hiroshima tuant instantanément entre 70000 et 135000 personnes. La rumeur raconte qu’une jeune fille aveugle vit le flash de l’explosion à 200 km de distance. 

Hiroshima, le 6 août 1945. A cet instant il y a déjà entre 70 et 135000 morts.

A bord de l’Enola Gay, après avoir été ébloui par le flash et ressentit l’onde de choc de la détonation, en voyant avec effroi la boule de feu rougeoyante s’élever dans l’atmosphère au-dessus de la poussière et former un immense champignon blanchâtre, le copilote Robert Lewis ne put s’empêcher de s’exclamer : « Mon Dieu, qu’avons-nous fait ? »
Ne recevant aucune réaction officielle du Japon, trois jour plus tard, le 9 août 1945 un second B-29 baptisé « Bockscar » décolla de Tianan et lança à 11h02 locale une bombe au plutonium baptisée « Fat Man » sur l’un des objectifs alternatifs, Nagasaki. Bien que l’effet de la bombe fut partiellement étouffé par la disposition de la vallée entourant la ville, elle tua instantanément 35000 personnes et en blessa autant.
Le Japon étant sur le point d’entrer également en guerre avec la Russie et sa population étant à court de riz depuis plus d’un an déjà, face à tous ces événements le 15 août 1945, Hiro-Hito, le 124eme empereur du Japon, annonça la reddition de son pays sans condition.
C’est ainsi que le monde apprit rapidement que les villes ciblées par les deux bombes avaient été rayées de la carte et leurs habitants tués, ce qui est le risque de toute guerre, mais permit en contre-partie de mettre fin à un conflit qui aurait certainement provoqué beaucoup plus de morts et prolongé la guerre dans cette région du sud-est asiatique peut-être durant des années comme on le connut par la suite en d’autres lieux, notamment en Corée (1950-53) et au Vietnam (1957-75) pour lequel voici également un excellent site anglophone.
Le commandant en chef de l’armée nippone n’accepta jamais d’avoir perdu son honneur à l’inverse des autres membres de l’Etat-Major. Pour la population nippone ce fut néamoins un grand soulagement.
La capitulation du Japon fut signée le 2 septembre 1945 à 9h du matin sur le pont du cuirassé USS Missouri (BB-63) en rade dans la baie de Tokyo. La cérémonie se déroula dans un silence quasi monacal, très lourd de sens. 

L’accord fut signé en présence du Général McArthur représentant des Etats-Unis, des représentants de l’URSS, du Royaume Unis, du Canada, de la France, de la Nouvelle Zélande et bien sûr des représentants du Japon. A la fin de la Cérémonie McArthur déclara : « Que Dieu préserve la paix ». 
Les représentants japonais quittèrent le pont par un petit escalier, la tête basse et dans l’indifférence générale. Quelque peu en avance sur le protocole (la cérémonie s’étant prolongée suite au décalage de plusieurs signatures), à cet instant des avions de l’USAF survolèrent la zone en signe de victoire. McArthur quitta le pont et alla célébrer l’événement avec les alliés. La Seconde guerre mondiale était terminée. Elle avait fait 55 millions de morts.

La fin de la guerre
En signant l’acte de reddition, le Japon perdait plus que « la face » aux yeux du monde. Hiro-Hito accepta le désarmement total de son armée, l’occupation militaire de son territoire et la transformation progressive de son régime impérialiste en démocratie (monarchie constitutionnelle). Par la même occasion il perdait les 3/4 des terres qu’il occupait en 1940, principalement sur le territoire Chinois et sur une partie appartenant aujourd’hui à la Russie. Tous les avoirs Japonais à l’étranger furent également gelés. Seule l’administration nippone resta en place faute de pouvoir la remplacer. Les Etats-Unis furent considérés comme des héros.
Au total, la guerre contre le Japon fit 3 millions de morts et laissa 6 millions de sans-abris. Les Etats-Unis héritèrent d’un pays au bord du chaos. L’Empereur Hiro-Hito ne sera pas déféré devant le Tribunal des criminels de guerre, comme MacArthur s’y était tout d’abord engagé.
La guerre du Pacifique qui dura de 1941 à 1945 fut extrêmement éprouvante tant pour les militaires que pour les civils. En avril 1945, les pertes américaines s’élevaient jusqu’à 1000 morts par jour ! Au total, les Japonais perdirent au combat près de 1.5 millions de soldats contre environ 400 000 soldats du côté américain., sans parler des militaires mutilés, des veuves et des orphelins que la patrie dû prendre en charge.
Malgré le fait que les alliés ont commis des crimes de guerre, la propagante américaine a fort insisté sur les actions des pilotes kamikazes, sur les tortures infligées par les Japonais aux Marines prisonniers (à Saipan et ailleurs) et les batailles extrêment dures sur les îles de Midway, Iwo Jima et Okinawa notamment.
Par le biais des films d’actualités et des médias, dans les années qui suivirent et durant plus d’une décennie, le peuple américain garda une animosité envers tous les ressortissants japonais qui avaient émigrés aux Etats-Unis ou qui vivaient antérieurement sur son territoire. Toujours prêt à défendre Uncle Sam, Hollywood les caricatura de manière offensante et raciste au point que même le célèbre karateka Bruce Lee en fit allusion après être devenu célèbre.
C’est arrivé à un tel point aux Etats-Unis qu’un certain nombre de ressortissants américains d’origine japonaise furent placés dans des camps en Californie afin de les protéger de la violence de la population.
L’Europe fut plus modérée mais elle partagea le même sentiment de répulsion envers les Japonais. Ici comme ailleurs, les mariages consanguins par exemple avec des Japonaises étaient vus d’un très mauvais oeil.
Mais le Phoenix allait renaître de ses cendres. Blessé, pauvre, affaiblit et isolé, le Japon se redressa d’abord timidement puis fièrement et reforma même une armée à vocation soi-disant civile. Le Japon devint rapidement une puissance économique mondiale.

Tout commença en 1955 lorsque Ibuka et son partenaire Morita créèrent une petite société, jeune et commercialement très agressive appelée Tokyo Tsushin Kogyo. Ses produits seront vendus sous la marque Sonus. Non ça sonnait mal pour les occidentaux… ce sera Sony. 
En concurrence directe avec Texas Instruments, elle proposa sur les marchés américain et européen un nouveau transistor de poche modèle TR-55. Le « Made in Japan » allait marquer de son empreinte les routes commerciales des grandes puissances et bouleverser l’axe commercial de la planète. Aujourd’hui les produits japonais ont envahi le marché.
En 2004, Sony fit un bénéfice brut de 20 milliards de dollars ! Avec le recul tout le monde est bien heureux de profiter de la technologie japonaise. Par leur qualité, leurs produits grand public sont plus fiables et se vendent globalement mieux que les produits concurrents fabriqués en Europe ou aux Etats-Unis (rien que les 3 premières marques automobiles sont asiatiques depuis plusieurs années et en matière de matériel électronique, le Japon reste en tête des ventes). 
Mais quelques nuages noirs planent depuis quelques années au-dessus de nos frères San, à se demander si c’est encore le « zéro défaut » ou plutôt la « croissance zéro » qui qualifie le mieux le pays du Soleil levant. Aujourd’hui le Japon n’est plus un ennemi. Nous nous méfions plutôt du « Made in Taiwan ».
Aujourd’hui les sites d’Alamogordo et Trinity sont devenus des musées et le site de tir a été abandonné au profit de NTS au Névada (tout près de la Zone 51 et la Vallée de la Mort), la ville d’Alamogordo abritant essentiellement une bibliothèque assez bien visitée rassemblant 100000 articles. 
Les multiples installations qui existaient déjà à l’époque du projet Manhattan sont aujourd’hui gérées par le Département de la Défense (DoD) ou celui de l’Energie (DOE) : le Laboratoire National de Los Alamos (LANL), celui de Hanford, Oak Ridge (ORNL), le National Security Complex Y-12 et quelques autres sites. La recherche et développement en matière nucléaire n’est pas terminée pour tout le monde et nous en avons eu la triste expérience récemment en Irak ainsi que dans les Balkans. Ceci dit, cette recherche a également heureusement des retombées dans divers domaines civils, en particulier en médecine nucléaire qui profite énormément des recherches appliquées (traitement des cancers, scanners, etc).

Source : http://www.astrosurf.com/luxorion/histoire-manhattan-project2.htm

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

20 mars 2013

La bataille de l’île de Savo

Classé sous — milguerres @ 22 h 33 min

 

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

La bataille de l'île de Savo savo

 

 

La bataille de l’île de Savo (également connue sous le nom de première bataille des Salomon (第一次ソロモン海戦?) dans les sources japonaises) qui eut lieu les 8 et 9 août 1942 fut le premier engagement naval entre la marine impériale japonaise et la marine américaine durant la bataille de Guadalcanal dans le théâtre Pacifique de la Seconde Guerre mondiale.

En réponse aux débarquements alliés dans l’est des îles Salomon, le vice-amiral Gunichi Mikawa emmena sa flotte de sept croiseurs et d’un destroyer basée en Nouvelle-Bretagne et en Nouvelle-Irlande dans le détroit de Nouvelle-Géorgie pour attaquer les forces alliées. Les débarquements étaient couverts par huit croiseurs et quinze destroyers sous le commandement du contre-amiral britannique Victor Crutchley mais seuls cinq croiseurs et sept destroyers participèrent à la bataille. Mikawa attaqua par surprise et mit en déroute la flotte alliée. Les Japonais coulèrent un croiseur australien et trois croiseurs américains tout en ne déplorant que des dégâts légers. La force de Mikawa se retira immédiatement après la bataille sans tenter de détruire les transports alliés réalisant les débarquements.

Les navires alliés et la force de débarquement se retira des îles Salomon et céda ainsi temporairement le contrôle des mers autour de Guadalcanal aux Japonais. Les troupes alliées débarquées deux jours auparavant sur Guadalcanal et les îles alentours furent placées dans une position précaire avec à peine assez de ravitaillement et de munitions pour contrôler les territoires conquis. Néanmoins, le fait que Mikawa n’ait pas détruit les transports alliés lorsqu’il en eut l’occasion se révéla une grave erreur stratégique car les Alliés conservèrent leurs positions sur Guadalcanal et sortirent finalement victorieux de la campagne

Opérations à Guadalcanal

Le 7 août 1942, les forces alliées (principalement des marines américains) débarquèrent à Guadalcanal, Tulagi et les îles Florida dans l’est des îles Salomon. Les débarquements devaient permettre d’empêcher les Japonais d’utiliser ces îles comme bases militaires pour menacer les routes de ravitaillement entre les États-Unis et l’Australie. Le contrôle de ces îles devait également servir de tremplin pour la campagne de reconquête des Salomon, pour isoler ou capturer la grande base japonaise de Rabaul et pour soutenir la campagne de Nouvelle-Guinée.

 

File:CanberraTulagi.jpg

Le commandement général des forces navales alliées lors des opérations contre Guadalcanal et Tulagi était le vice-amiral Frank J. Fletcher. Il commandait également les groupes aéronavals fournissant la couverture aérienne des débarquements. Le contre-amiral Richmond K. Turnercommandait la flotte amphibie qui débarqua 16 000 soldats alliés sur Guadalcanal et Tulagib 1. L’amiral britannique Victor Crutchley et sa force de protection de huit croiseurs, quinze destroyers et cinq dragueurs de mines était également sous le commandement général de Fletcher. Cette force devait assurer la protection des navires de Turner et fournir un appui-feu contre les positions japonaises. Crutchley commanda sa flotte, principalement composée de navires américains, depuis son navire-amiral, le croiseur lourdaustralien HMAS Australiaa 5.

Les débarquements alliés prirent les Japonais par surprise. Les Alliés sécurisèrent Tulagi et l’aérodrome en construction de Guadalcanal dans la soirée du 8 aoûtb 2. Les 7 et 8 août, les appareils japonais basés à Rabaul attaquèrent à plusieurs reprises les forces amphibies alliées, coulèrent le transport George F. Elliott et endommagèrent sérieusement le destroyer USS Jarvisc 1. Lors de ces attaques, les Japonais perdirent 36 appareils contre 19 (dont 14 avions embarqués) pour les Américainsa 6.

Inquiet des pertes dans ses escadres aéronavales, de la menace posée contre les porte-avions et des niveaux de carburant de ses navires, Fletcher annonça qu’il retirerait ses porte-avions dans la soirée du 8 août3.

Certains historiens soutiennent que les niveaux de carburant de Fletcher n’étaient pas critiques et que Fletcher a avancé cet argument pour justifier son retrait de la zone des combatsc 2,a 7,b 3. Le biographe de Fletcher note que ce dernier a conclu que les débarquements étaient un succès et qu’il n’y avait pas de cibles pour un appui aérien rapproché. En revanche, il considéra qu’après la perte de 21 de ses chasseurs, ses porte-avions étaient sous la menace des bombardiers japonais et il voulait se ravitailler avant l’arrivée des forces navales japonaises. Turner croyait cependant que Fletcher allait fournir un soutien aérien jusqu’à ce que tous les transports soient déchargés le 9 août4.

Même si les opérations de déchargement furent plus lentes que prévues, Turner décida que sans soutien aérien, il devrait retirer ses navires de Guadalcanal. Il envisagea donc de décharger le plus de matériel possible durant la nuit et de partir le lendemainb 4.

Réponse japonaise

Pris par surprise par les opérations alliées à Guadalcanal, les Japonais répondirent initialement en lançant des attaques aériennes et en tentant de renforcer leurs troupes sur l’île. Gunichi Mikawa, commandant de la nouvelle 8e flotte basée à Rabaul, fit monter 519 soldats dans deux transports qu’il envoya vers Guadalcanal le 7 août. Néanmoins, lorsque les Japonais apprirent l’ampleur des débarquements, les deux transports furent rappelésa 8,c 3.

Mikawa rassembla tous les navires de guerre disponibles dans la zone pour attaquer les forces alliées à Guadalcanal. Le croiseur lourd Chōkai (le navire-amiral de Mikawa), les croiseurs légers Yubari et Tenryū et le destroyer Yunagi quittèrent Rabaul pour rejoindre les croiseurs lourds AobaFurutakaKako et Kinugasa du contre-amiral Aritomo Gotō en provenance de Kaviengd 1,5,6.

La marine japonaise s’était beaucoup entraînée aux tactiques de combats nocturnes, un fait que les Alliés ignoraientc 4,7. Mikawa espérait engager les forces navales alliées au large de Guadalcanal et de Tulagi pendant la nuit du 8 au 9 août lorsqu’il pourrait exploiter son expérience du combat nocturne sans craindre les appareils alliés qui ne pouvaient pas opérer efficacement durant la nuit. Les navires de Mikawa se rassemblèrent en mer au sud de la Nouvelle-Irlande dans la soirée du 7 août et mirent le cap au sud-estb 5,5.

Bataille

File:SavoMikawaApproach.jpg

Les navires de Mikawa quittèrent Rabaul et Kavieng (en haut à gauche), firent une pause au large de Bougainville (au centre) puis descendirent le détroit de Nouvelle-Géorgie pour attaquer les forces alliées au large de Guadalcanal et de Tulagi (en bas à droite).

Mikawa décida de mener sa flotte au nord de l’île Buka puis de progresser le long de la côte orientale de Bougainville. La flotte ferait ensuite une pause de six heures à Kieta le matin du 8 août pour éviter d’arriver dans la soirée au large de Guadalcanal et risquer une attaque aériennec 5. Les navires continueraient ensuite dans le dangereux détroit de Nouvelle-Géorgie en espérant qu’aucun appareil allié ne les repère. Cependant, la flotte japonaise fut repérée dans le détroit lorsqu’elle manqua de percuter le sous-marin USS S-38 en embuscade. Le submersible était trop proche pour pouvoir tirer ses torpilles mais son commandant informa ses supérieurs que deux destroyers et trois navires plus grands de type inconnu à quatorze kilomètres à l’ouest du cap Saint-George progressaient à grande vitesse vers le sud-est8. Une fois à Bougainville, Mikawa dispersa ses navires pour dissimuler la composition de sa force et lança quatre hydravions embarqués à bord de ses croiseurs pour repérer les navires alliés dans le sud des Salomon.

À 10 h 20 et 11 h 10, ses navires furent repérés par des Lockheed Hudson de reconnaissance australiens basés dans la baie de Milneen Nouvelle-Guinéea 9,9,c 6. Le premier Hudson rapporta uniquement la présence de « trois croiseurs, de trois destroyers et de deux transports d’hydravions10 ». L’équipage tenta de signaler les navires à la station radio alliée de Fall River en Nouvelle-Guinée. Ne recevant pas de réponse, il retourna à la baie de Milne à 12 h 42 pour s’assurer que le rapport était transmis aussi vite que possible. Le second Hudson ne parvint pas non plus à transmettre par radio son rapport mais il termina sa patrouille avant de se poser à 15 h dans la baie de Milne. Il rapporta la présence de « deux croiseurs lourds, de deux croiseurs légers et d’un navire de type inconnu ». Pour des raisons inconnues, ces rapports ne furent pas transmis à la flotte alliée au large de Guadalcanal avant, respectivement, 18 h 45 et 21 h 30 le 8 aoûtc 7,11.

Les hydravions de Mikawa revinrent vers 12 h et rapportèrent la présence de deux groupes de navires alliés, l’un au large de Guadalcanal et l’autre au large de Tulagi. Il rassembla ses navires et commença à progresser en direction de Guadalcanal en entrant dans le détroit près de l’île Choiseul vers 16 h le 8 août. Mikawa communiqua le plan de bataille à ses navires : « Nous entrerons rapidement par le sud de l’île Savo et nous torpillerons la principale force ennemie ancrée en face de Guadalcanal ; après quoi, nous nous tournerons vers Tulagi pour canonner et torpiller l’ennemi. Nous nous retirerons ensuite au nord de l’île de Savob 6 ».

Le passage de Mikawa dans le détroit de Nouvelle-Géorgie ne fut pas détecté par les forces alliées. Turner avait demandé que l’amiral John S. McCain, Sr., commandant des forces aériennes alliées dans le Pacifique Sud, conduise de nouvelles missions de reconnaissance dans le détroit dans l’après-midi du 8 août. Pour des raisons inconnues, McCain ne lança pas de missions mais il ne dit pas non plus à Turner qu’aucune mission n’était menée. Par conséquent, Turner crut à tort que le détroit était sous surveillance alliéea 10.

 

File:SavoIslandMap.jpg

Disposition des navires alliés dans la nuit du 8 au 9 août.

Pour protéger les transports en cours de déchargement durant la nuit, Crutchley avait divisé les forces alliées en trois groupes. Un groupe « Sud » composé des croiseurs australiens HMAS Australia et HMAS Canberra, du croiseur USS Chicago et des destroyersUSS Patterson et USS Bagley patrouillant entre le cap Espérance et l’île de Savo. Un groupe « Nord » composé des croiseursUSS Vincennes, USS Astoria, USS Quincy et des destroyers USS Helm et USS Wilson défendant le passage entre l’île de Savo et les îles Florida. Un groupe « Est » composé des croiseurs USS San Juan et HMAS Hobart et de deux destroyers américains protégeaient les entrées orientales entre les îles Florida et Guadalcanald 2. Crutchley avait placé deux destroyers équipés de radars à l’ouest de l’île de Savo pour fournir une alerte en cas d’approche de navires japonais. Le destroyer USS Ralph Talbot patrouillait dans le passage nord et le destroyer USS Blue faisait de même dans le passage sud avec un vide de 12 à 30 km entre leurs routes de patrouille non-coordonnées. À ce moment, les Alliés ignoraient les limites de leurs radars embarqués et en particulier la réduction de l’efficacité liée à la présence d’îles à proximitéa 11. Conscient de la menace des sous-marins, Crutchley avait disposés ses sept destroyers restant pour protéger les deux plages de débarquementc 8.

Les équipages alliés étaient épuisés par deux jours d’alerte constante et par les opérations de soutien des débarquements. Il faisait également très chaud et humide et associé à la fatigue, le climat, dans les mots de Samuel Eliot Morison, « poussaient les hommes épuisés à se laisser-aller ». En réponse, la plupart des navires de Crutchley se mirent en Condition II dans la nuit du 8 août, ce qui signifiait que la moitié de l’équipage était de garde tandis que l’autre moitié se reposait, dans les dortoirs ou à proximité de leurs postes de combatb 7.

Dans la soirée, Turner organisa une réunion sur son navire de commandement au large de Guadalcanal avec Crutchley et le commandant du corps des marines Alexander Vandegrift pour discuter du départ des porte-avions de Fletcher et le retrait planifié des navires de transports. À 20 h 55, Crutchley quitta le groupe sud avec le HMAS Australia pour participer à la réunion et il laissa le commandement au capitaine Howard D. Bode de l’USS Chicago. Crutchley n’informa pas les commandants des autres croiseurs de son absence et cela contribua à la désorganisation du commandement. Bode, réveillé alors qu’il dormait dans sa cabine, décida de ne pas placer son navire à la tête du groupe sud, la place habituelle du navire de commandement, et il retourna se coucher. Lors de la réunion, Turner, Crutchley et Vandergrift évoquèrent les rapports concernant la force navale japonaise composée de « transports d’hydravions » repérée par un appareil de reconnaissance australien plus tôt dans la journée. Ils décidèrent que celle-ci ne serait pas une menace durant la nuit car les transports d’hydravions ne participaient généralement pas à des combats de surface. Vandergrift annonça qu’il aurait besoin d’inspecter les déchargements à Tulagi avant de recommander une heure de retrait pour les transports et il quitta le navire peu après minuit pour mener son inspection. Crutchley décida de ne pas rejoindre le groupe sud avec le HMS Australia et de stationner son navire juste à l’extérieur de la zone de déchargement de Guadalcanal sans informer les autres capitaines alliés de ses intentions ou de sa positiona 12.

 

Alors que la force de Mikawa se rapprochait de Guadalcanal, les navires japonais lancèrent trois hydravions pour une dernière reconnaissance du dispositif allié et pour fournir de l’éclairage pour la bataille à venir. Plusieurs navires alliés repérèrent et/ou entendirent un ou plusieurs de ces hydravions à partir de 23 h 45 le 8 août mais aucun n’interpréta cela comme une menace et aucun ne rapporta ce fait à Crutchley ou Turnerc 9.

La force de Mikawa approcha suivant une colonne de 3 km menée par le Chōkai, suivi par quatre autres croiseurs lourds: l’Aoba, leKako, le Kinugasa, le Furutaka, les croiseurs légers Tenryū, et Yubari et le destroyer Yunagi. Entre 0 h 44 et 0 h 54 le 9 août, les vigies des navires de Mikawa signalèrent la présence de l’USS Blue à 9 km devant la colonne japonaised 3,12.

Affrontement au sud de l’île de Savo

Pour éviter l’USS Blue, Mikawa modifia son cap pour passer au nord de l’île de Savob 8. Il ordonna également à ses navires de ralentir à41 km/h pour réduire le sillage qui rendrait les navires plus visiblesa 13. Quatre minutes plus tard, les vigies repérèrent soit l’USS Ralph Talbot à environ 16 km soit une petite goélette de nationalité inconnuec 10,a 14,13. Les navires japonais poursuivirent leur progression tout en pointant plus de 50 canons sur l’USS Blue, prêts à tirer au moindre signe que le navire américain les avait repérésb 9. Lorsque l’USS Blue fut à moins de 2 km des navires japonais, il fit soudainement demi-tour car il avait atteint la fin de sa route de patrouille sans avoir conscience de la flotte japonaise à proximitéc 11. Voyant que ses navires n’avaient toujours pas été repérés, Mikawa mit le cap au sud de l’île de Savo et augmenta la vitesse à 48 km/h puis à 56 km/h. À 1 h 26, Mikawa relâcha le commandement pour que ses navires agissent indépendamment de son navire-amiral et à 1 h 31, il ordonna l’attaque généraled 4.

À peu près au même moment, le Yunagi situé à la fin de la colonne japonaise fit demi-tour, peut-être car il avait perdu les autres navires de vue ou car il avait reçu l’ordre de jouer le rôle d’arrière-garde. Peu après, les vigies japonaises repérèrent un navire à bâbord. Il s’agissait du destroyer USS Jarvis sévèrement endommagé la veille qui quittait Guadalcanal pour subir des réparations en Australie. On ne sait pas s’il avait vu le navire japonais car ses radios avaient été détruites. Le Furutaka lança plusieurs torpilles contre le destroyer mais toutes passèrent à côtéa 15. Les navires japonais passèrent à 1 100 m de l’USSJarvis, suffisamment près pour que les officiers du Tenryū puissent observer les ponts du navire sans y voir un seul membre d’équipage. Si l’USS Jarvis avait repéré les navires japonais passant à proximité, il ne fit rien pour le faire savoirc 12.

Deux minutes après avoir repéré l’USS Jarvis, les vigies japonaises virent les destroyers et des croiseurs alliés du groupe sud à environ 12 500 m car leurs silhouettes se détachaient devant la lueur du transport George F. Elliott en feuc 13. Quelques minutes plus tard, vers 1 h 38, les croiseurs japonais commencèrent à lancer des salves de torpilles en direction des navires du groupe sudb 10. Au même moment, les vigies du Chōkai repérèrent les navires du groupe nord à environ 16 kma 16. Le Chōkai se tourna pour faire face à cette nouvelle menace et le reste de la colonne japonaise suivit tout en se préparant à engager au canon les navires alliés du groupe sudc 14.

L’équipage de l’USS Patterson était en alerte car le capitaine avait pris au sérieux les rapports de l’après-midi sur la présence de navires japonais et les observations d’appareils inconnus dans la soirée et il ordonna à son équipage de se préparer au combat. À 1 h 43, l’USS Patterson repéra un navire, probablement le Kinugasa à 5 000 m devant lui et envoya un message d’alerte par radio et utilisa des signaux lumineux pour transmettre le message « Alarme ! Alarme ! Navires inconnus entrant dans le port ! ». Le navire accéléra à pleine vitesse et tira des obus éclairants en direction de la colonne japonaise. Le capitaine ordonna de lancer des torpilles mais son ordre fut couvert par le bruit des canons du destroyerc 15.

À peu près au même moment où l’USS Patterson avait repéré les navires japonais et était entré dans la bataille, les hydravions japonais, sur l’ordre de Mikawa, lancèrent des fusées éclairantes juste au dessus du HMAS Canberra et de l’USS Chicagob 11. Le HMAS Canberra répondit immédiatement et le capitaine Frank Getting ordonna d’accélérer à pleine vitesse pour faire tourner le navire et le positionner entre les Japonais et les navires de transport et ordonna aux artilleurs d’ouvrir le feu sur toutes les cibles visiblesc 16. Moins d’une minute plus tard, alors que les canons du HMAS Canberra visaient les navires japonais, le Chōkai et le Furutaka engagèrent le navire australien qui reçut plusieurs obus en quelques secondes. L’Aoba et le Kako rejoignirent la canonnade et durant les trois minutes suivantes, le HMAS Canberra fut touché à 24 reprises par des obus de gros calibre. Les premiers impacts tuèrent l’officier d’artillerie, blessèrent mortellement Getting et détruisirent les salles des machines, privant le navire d’électricité avant même qu’il n’ait pu tirer une seule fois ou communiquer avec les autres navires alliés. Le croiseur immobilisé et en feu, avait une bande de 5 à 10° sur tribord et était incapable d’éteindre l’incendie ou de pomper l’eau en dehors des compartiments inondés car il n’avait plus de courant. Comme tous les navires japonais se trouvaient à bâbord du HMAS Canberra, les dégâts sur le tribord du navire furent causés soit par des obus arrivant bas sur bâbord et sortant sous la ligne de flottaison à tribord soit par l’impact d’une ou deux torpilles sur triborda 17,14. Si des torpilles ont touché le HMAS Canberra sur tribord alors elles provenaient certainement d’un navire allié à proximité et à ce moment, le destroyer américain USS Bagley était le seul navire sur ce coté du navire australien et il avait auparavant tiré plusieurs torpillesc 17,15.

 

L’équipage de l’USS Chicago, observant l’illumination de leur navire et le changement de cap soudain du HMAS Canberra, se mit en alerte et tira le capitaine Bode d’un « profond sommeil ». Bode ordonna à ses canons de 127 mm de tirer des obus éclairants sur la colonne japonaise mais les obus ne fonctionnèrent pasb 12. À 1 h 47, une torpille, probablement tirée par le Kako, toucha la proue de l’USS Chicago et l’onde de choc qui suivit endommagea les systèmes de contrôle de tir de la batterie principale. Une seconde torpille toucha le navire sans exploser et un obus détruisit le mat du navire en tuant deux marins. L’USS Chicago navigua vers l’ouest durant 40 minutesc 18 en laissant en arrière les transports qu’il devait protéger. Le croiseur ouvrit le feu avec son artillerie secondaire sur les navires japonais derrière lui et il a peut-être touché le Tenryū auquel il causa des dégâts légers. Bode n’essaya pas d’affirmer son autorité sur les autres navires du groupe sud dont il était techniquement le commandant. Plus grave, Bode ne fit rien pour signaler aux autres navires alliés ou aux soldats débarqués à terre qu’il quittait la zone des combatsa 18.

Durant ce temps, l’USS Patterson s’engagea dans un duel d’artillerie avec la colonne japonaise et il reçut un obus sur l’arrière du navire qui causa des dégâts et tua dix marins. L’USS Patterson continua d’avancer et de tirer sur les navires et il a peut-être touché leKinugasa qui fut légèrement endommagéa 19. Ensuite, l’USS Patterson perdit de vue la colonne japonaise alors qu’il progressait le long de la cote orientale de l’île de Savoc 19. L’USS Bagley, dont l’équipage avait repéré les Japonais peu après l’USS Patterson et le HMAS Canberra, vira completement sur tribord avant de tirer plusieurs torpilles dans la direction générale de la colonne japonaise ; une ou deux d’entre-elles ayant pu toucher le HMAS Canberra. L’USS Bagley ne joua pas d’autres rôles dans la batailleb 13. Le Yunagi échangea plusieurs tirs avec l’USS Jarvis sans le toucher avant de quitter la bataille vers l’ouest avec l’intention de rejoindre la colonne japonaise au nord-ouest de l’île de Savod 5.

À 1 h 44, alors que les navires de Mikawa progressaient vers la force alliée au nord, le Tenryū et le Yubari se séparèrent de la colonne et mirent le cap plus à l’ouest. Le Furutaka, soit à cause d’un problème de directionc 20 ou pour éviter une possible collision avec le HMAS Canberra suivit le Yubari et le Tenryū. Par conséquent, le groupe allié au nord allait être enveloppé et attaqué de deux cotésa 20.

Affrontement au nord de l’île de Savo

File:SavoIslandMap2A.jpg

Carte de la bataille au nord de l’île de Savo.

Lorsque Mikawa attaqua la force alliée au sud, les capitaines des trois croiseurs américains du groupe nord dormaient et leurs navires naviguaient tranquillement à la vitesse de 19 km/hb 14. Même si les équipages avaient observé les explosions au sud de l’île de Savo et avaient reçu le message de l’USS Patterson alertant de l’arrivée de navires inconnus dans la zone, il fallut un certain temps pour que les navires soient prêts au combatc 21. À 1 h 44, les croiseurs japonais commencèrent à tirer des torpilles contre le groupe nord et à 1 h 50, ils braquèrent de puissants projecteurs sur les croiseurs américains et ouvrirent le feua 21. L’équipage de l’USS Astoria rejoignit sespostes de combat vers 1 h 49 et à 1 h 52, les obus japonais commencèrent à tomber autour du navire. Les artilleurs de la batterie principale de l’USS Astoria repérèrent les croiseurs japonais et ouvrirent le feu. Le capitaine de l’USS Astoria, qui était en train de dormir, se précipita sur le pont et ordonna un cessez-le-feu car il craignait de tirer sur des forces alliées. Comme les obus continuaient de pleuvoir, le capitaine ordonna une reprise des tirs moins d’une minute plus tard. Le Chōkai avait néanmoins ajusté ses tirs et le croiseur américain fut touché par plusieurs obus et prit feub 15,16. Entre 2 h et 2 h 15, l’Aoba, le Kinugasa et le Kako rejoignirent le Chōkai pour canonner l’USS Astoria. La salle des machines fut détruite et le navire en flammes s’arrêta. À 2 h 16, l’une des derniers tourelles principales encore opérationnelle de l’USS Astoria tira sur le projecteur du Kinugasa mais le manqua et la tourelle avant du Chōkai fut touchée et mise hors de combatc 22.

L’USS Quincy avait également vu les explosions et les fusées éclairantes au sud, avait reçu l’alarme de l’USS Patterson et venait tout juste d’ordonner le branlebas de combat lorsque les croiseurs japonais arrivèrent. Le capitaine du croiseur américain ordonna d’ouvrir le feu mais les artilleurs n’étaient pas prêts. En quelques minutes, l’USS Quincy fut pris sous le tir croisé de l’Aoba, du Furutaka et du Tenryū et prit feu. Le capitaine de l’USS Quincyordonna à son navire de charger en direction de la colonne japonaise mais alors qu’il virait pour se mettre dans la bonne direction, il fut touché et sérieusement endommagé par deux torpilles lancées par le Tenryū. L’USS Quincy parvint à tirer quelques salves dont l’une toucha la salle des cartes du Chōkai à moins de 6 m de l’amiral Mikawa et tua ou blessa 36 marins. À 2 h 10, les obus japonais avaient tué ou blessé presque tous l’équipage de la passerelle dont le capitaine. À 2 h 16, le croiseur fut touché par une torpille de l’Aoba et les derniers canons du navire arrêtèrent de tirer. L’officier artilleur en second de l’USS Quincy, envoyé sur la passerelle pour demander les ordres, rapporta ce qu’il vit :

« Lorsque je suis arrivé sur la passerelle, j’ai vu trois ou quatre personnes toujours debout au milieu d’un amoncellement de cadavres. Dans le poste de pilotage, la seule personne debout était l’aiguilleur à la barre qui tentait désespérément de maitriser la gîte sur tribord pour la ramener à bâbord. Il me dit que le capitaine, qui à ce moment était allongé [sic] près de la barre, lui avait dit d’échouer le navire et qu’il tentait de se diriger en direction de l’île de Savo distante de 6 km sur bâbord. J’ai traversé le poste de pilotage pour rejoindre bâbord et repérer où se trouvait l’île et j’ai remarqué que la navire gitait rapidement sur tribord et qu’il commençait à couler par la proue. À cet instant, le capitaine se redressa et tomba en arrière, apparemment mort, sans avoir prononcé d’autre bruit qu’un gémissement17. »

L’USS Quincy coula à 2 h 38a 22.

File:USS Quincy CA-39 savo.jpg

L’USS Quincy en train de couler est illuminé par les projecteurs japonais.

Comme l’USS Quincy et l’USS Astoria, l’USS Vincennes avait repéré les fusées éclairantes et les tirs des canons au sud. À 1 h 50, alors que les croiseurs américains étaient illuminés par les projecteurs japonais, l’USS Vincennes hésita à tirer car il croyait qu’il pouvait s’agir de navires alliés. Peu après, le Kako ouvrit le feu sur l’USS Vincennes qui répondit immédiatement à 1 h 53b 16. Après que le navire américain eut reçu plusieurs obus, son commandant, le capitaine Frederick L. Riefkohl, ordonna d’accélérer à 46 km/h mais peu après, deux torpilles du Chōkai causèrent de lourds dégâts au croiseur américain. Le Kinugasa rejoignit le Kako dans la canonnade mais il fut touché par un obus de l’USS Vincennes qui causa des dégâts légers à sa propulsion. Le croiseur américain fut touché par près de 74 obus et à 2 h 3, il fut touché par une torpille du Yubari. Avec la destruction de ses chaudières, l’USS Vincennes s’arrêta, brulant de partout et gitant à bâbord. À 2 h 16, Riefkohl ordonna d’abandonner le navire qui coula à 2 h 50c 23.

Durant l’engagement, les destroyers américains USS Helm et USS Wilson luttèrent pour repérer les navires japonais. Les deux destroyers tirèrent quelques obus sur les navires de Mikawa mais sans causer de dégâts et ils ne furent pas non plus endommagésa 23.

À 2 h 16, la colonne japonaise cessa de tirer sur le groupe nord car elle s’éloignait en direction du nord de l’île de Savo. L’USS Ralph Talbot rencontra le Furutaka, le Tenryū et le Yubari alors qu’ils contournaient l’île. Les Japonais ouvrirent le feu sur le destroyer qui fut sérieusement endommagé mais parvint à s’échapper grâce à un rideau de pluieb 17.

Fin de la bataille

À 2 h 16, Mikawa conféra avec son état-major sur l’opportunité de poursuivre la bataille et d’essayer de couler les transports alliés à l’ancrage. Plusieurs facteurs influencèrent sa décision. Ses navires étaient dispersés et il leur faudrait du temps pour se regroupera 24. De plus, ses croiseurs devraient recharger leurs tubes lance-torpilles, une manœuvre longue et difficile. Mikawa ignorait également la position et le nombre des derniers navires alliés et ses navires avaient épuisé beaucoup de leurs munitionsd 6.

Plus important encore, Mikawa n’avait pas de couverture aérienne et il pensait que les porte-avions américains étaient dans la zone. Mikawa était probablement conscient que la marine japonaise n’avait plus aucun croiseur lourd en construction et qu’elle serait donc incapable de remplacer ceux qu’il pourrait perdre dans une attaque aérienne le lendemain s’il restait dans les alentours de Guadalcanal18. Il ignorait que les porte-avions américains s’étaient retirés du secteur et qu’ils ne seraient pas une menace le lendemain. Si plusieurs officiers de Mikawa le pressèrent d’attaquer les transports alliés, le consensus fut de se retirerc 24. Par conséquent, à 2 h 20, Mikawa ordonna à sa flotte de se replier en direction de Rabaulb 18.

Conséquences

À 4 h le 9 août, l’USS Patterson se plaça à côté du HMAS Canberra pour aider à éteindre les incendies. À 5 h, il apparut que le feu était presque sous contrôle mais Turner, qui voulait retirer tous les navires alliés à 6 h 30, ordonna le sabordage du navire s’il ne pouvait pas accompagner la flotte. Après l’évacuation des survivants, les destroyers USS Selfridge et USS Ellet canonnèrent et torpillèrent le HMASCanberraa 25.

Plus tard dans la matinée du 9 août, le général Vandergrift indiqua à l’amiral Turner qu’il avait besoin que les transports terminent leur déchargement. Par conséquent, Turner retarda le retrait jusqu’à l’après-midi. Dans le même temps, l’équipage de l’USS Astoria tenta de sauver son navire en train de sombrer. L’incendie devint cependant hors de contrôle et le croiseur coula à 12 h 15b 19.

Le matin du 9 août, un coastwatcher (observateur côtier) australien sur Bougainville repéra une escadrille japonaise en provenance de Rabaul. Les équipages des transports alliés cessèrent temporairement les opérations de déchargement mais furent perplexes lorsque l’attaque aérienne ne se matérialisa pas car les appareils japonais s’étaient concentrés sur l’USS Jarvis et l’avaient coulé au sud de Guadalcanal. Les navires alliés quittèrent tous la zone de Guadalacanal dans la nuit du 9 aoûtc 25.

Tard dans la nuit du 9 août, Mikawa renvoya quatre croiseurs à leur port d’attache de Kavieng. À 8 h 10 le 10 août, le Kako fut torpillé et coulé par le sous-marin USS S-44 à 110 km de sa destination. Seul 71 marins ne furent pas retrouvés et les autres croiseurs japonais continuèrent vers Kaviengd 7.

Pendant plusieurs mois après la bataille, presque tous les renforts et les ravitaillements alliés arrivèrent à Guadalcanal à bord de petit convois de navires de transports naviguant essentiellement la journée pour bénéficier de la couverture aérienne offerte par les appareils alliés basés dans les Nouvelles-Hébrides, à Henderson Field et embarqués sur les porte-avions. Durant cette période, les forces alliés sur Guadalcanal disposaient de juste assez de munitions et de provisions pour repousser les offensives japonaises19.

Malgré leur défaite dans cette bataille, les Alliés remportèrent finalement la bataille de Guadalcanal. A posteriori, si Mikawa avait choisi de risquer ses navires pour couler les transport alliés au matin du 9 août, il aurait pu mettre un terme à la bataille de Guadalcanal dés son commencement et le cours de la guerre dans le Pacifique Sud aurait pu être très différent. Même si les navires de guerre alliés à Guadalcanal furent sévèrement étrillés, ils accomplirent leur mission qui était de protéger les transports. La plupart de ces transports furent utilisés à de nombreuses reprises pour ravitailler et renforcer les troupes alliées à Guadalcanal dans les mois suivants. La décision de Mikawa de ne pas détruire les navires de transport alliés quand il en eut l’occasion se révéla une grave erreur stratégique pour les Japonaisa 26

 

 

File:SavoBlue.jpg

Photographie de l’USS Blue surchargé de survivants prise depuis le transport armé USS Neville.

Un comité d’enquête de l’United States Navy prépara un rapport sur la bataille. À partir de décembre 1942 et durant plusieurs mois, le comité interrogea la plupart des officiers supérieurs alliés impliquésa 27. Le rapport recommanda la sanction d’un seul officier, le capitaine Howard D. Bode mais les autres officiers dont les amiraux Fletcher, Turner, McCain et Crutchley et le capitaine Riefkoh furent proches de recevoir un blâme sévère. Les carrières de Turner, de Crutchley et de McCain ne semblent pas avoir été affectées par la défaite ou par leurs erreurs y ayant contribué. En revanche, Riefkohl ne retrouva plus jamais le commandement d’un navire. Après avoir appris que le rapport allait être particulièrement critique contre lui, le capitaine Howard D. Bode, qui commandait l’USS Chicago (CA-29), se tira une balle dans ses quartiers à Balboa dans la zone du canal de Panama le 19 avril 1943 et mourut le lendemain20,21. Crutchley recut le grade de commandeur en chef de la Legion of Merit en septembre 1944. L’amiral Yamamoto félicita Mikawa pour sa victoire en indiquant « J’apprécie le courage et la tenacité de tous les hommes de votre organisation. J’attends de vous que vous prolongiez vos exploits et que vous fassiez tout ce qui est dans votre pouvoir pour soutenir les troupes au sol de l’armée impériale maintenant engagées dans une lutte désespérée ». Par la suite, lorsqu’il devint clair que Mikawa avait manqué l’opportunité de détruire les transports alliés, il fut sévèrement critiqué par ses camaradesc 26. L’amiral Turner expliqua ensuite pourquoi ses forces furent si sévèrement battues dans la bataille :

« L’US Navy avait toujours un fort sentiment de supériorité technique et psychologique sur l’ennemi. Malgré les nombreuses démonstrations des capacités de l’ennemi, la plupart de nos officiers et de nos marins méprisaient l’ennemi et considéraient qu’ils seraient nécessairement victorieux en toutes circonstances. Le résultat de cela fut une léthargie fatale de l’esprit qui entraina une confiance sans préparation et l’acceptation routinière des standards périmés de temps de paix. Je crois que ce facteur psychologique a joué un rôle plus important que l’élément de surprise dans notre défaitea 28. »

L’historien Richard B. Frank ajoute que « cette léthargie de l’esprit ne disparut pas complètement avant quelques autres coup durs à la fierté de l’US Navy autour de Guadalcanal, mais après Savo, les États-Unis remontèrent sur le pont et se préparèrent au combat le plus sauvage de l’histoirea 29 ».

Le porte-avions d’escorte USS Savo Island lancé en février 1944 fut nommé d’après cette bataille.

 

 

notes :

  1. ↑ Détail par navire : Chōkai-34, Tenryū-23 et Kinugasa-1. Le Kako fut coulé le lendemain (10 août) lors de son entrée dans son port d’attache de Kavieng et 71 marins furent tués mais cette perte est considérée comme distincte de la bataille de l’île de Savo. Tous les autres dégâts reçus par les croiseurs japonais furent réparés sur place
  2. ↑ Détail par navire: USS Quincy-389, USS Vincennes-342, USS Astoria-235, HMAS Canberra-85, USS Ralph Talbot-14, USS Patterson-10, et USS Chicago-2. L’USS Jarvis fut coulé plus tard le 9 août et les 233 membres d’équipage périrent mais cette perte est considérée comme distincte de la bataille de l’île de Savo. L’USS Chicago resta en répararions jusqu’en janvier 1943. L’USS Ralph Talbot fut réparé aux États-Unis jusqu’en novembre 1942. L’USS Paterson fut réparé sur place.
  3. ↑ Hammel 1999, p. 99
  4. ↑ Lundstrom 2006, p. 368-385
  5. ↑ a et b Coombe 1991, p. 21
  6. ↑ Après le rappel des deux transports, l’un d’eux, le Meiyo Maru fut coulé près au nord de l’île deBougainville à 21 h 25 le 8 août par le sous-marin USS S-38 et 373 personnes furent tués. Cet affrontement est généralement considéré comme distinct de la bataille de l’île de Savo.
  7. ↑ Les préparations japonaises pour les combats nocturnes comportaient l’emploi de vigies spécialement entrainées pour les opérations nocturnes avec des optiques spéciales, des torpilles type 93 à longue portée, le largage de fusées éclairantes par des hydravions embarqués à bord des croiseurs et des cuirassés et des exercices d’entraînements réalistes et fréquents.
  8. ↑ Toland 1970, p. 355
  9. ↑ Les hydravions lancés par Mikawa comprenaient trois Aichi E13A Jakes et un Kawanishi E7KAlf. Un Jake fut abattu par un appareil de l’USS Wasp et son équipage fut tué.
  10. ↑ Certaines sources indiquent que l’équipage du premier Hudson identifia correctement les navires mais que la composition des forces ennemies fut modifiée par les officiers des services de renseignements dans la baie de Milne.
  11. ↑ La confusion de deux des croiseurs de Mikawa avec des transports d’hydravions faite par le premier Hudson a peut-être été causée par la large dispersion des navires japonais et par le fait qu’il a vu un hydravion à proximité. Le rapport du premier Hudson ne fut pas reçu par radio car la station de Fall River avait été fermée à cause d’une alerte aérienne. Lorsque le second hydravion tenta de communiquer son rapport, Fall River refusa de le recevoir et reprocha à l’avion d’avoir rompu le silence radio. Loxton qualifie les affirmations de Morison, Dull, Richard Newcomb et des autres historiens selon lesquelles le premier Hudson ne tenta pas de transmettre son rapport par radio, termina tranquillement sa patrouille et « prit le thé » avant de soumettre son rapport à la baie de Milne comme une « rumeur scandaleuse » et une « calomnie » à l’opposé de ce qu’il a trouvé dans ses recherches.
  12. ↑ Dull avance 0 h 44, Loxton et Coulthard-Clark 1997, p. 171 précise 0 h 53, Morison 1958, p. 35 donne 0 h 54 et Frank 1990, p. 103 indique 0 h 50
  13. ↑ Morison 1958, p. 55 avance que l’USS Blue repéra ensuite une « goélette auxiliaire japonaise » dans la même zone mais ne dit pas pourquoi l’USS Blue pensait que la goélette était japonaise.Loxton et Coulthard-Clark 1997, p. 216 avance que l’USS Blue considéra la goélette comme « inoffensive ».
  14. ↑ Frank ne pense pas que des torpilles japonaises ont touché le HMAS Canberra et il n’évoque pas la possibilité que des torpilles alliées aient pu toucher le navire.
  15. ↑ Loxton pense fermement que le HMAS Canberra fut touché par une torpille de l’USS Bagley en s’appuyant sur les témoignages des survivants, les documents des navires et l’estimation des dégâts. Morison 1958, p. 37-38 considère que le HMAS Canberra fut touché par deux torpilles sur tribord mais il considère qu’elle étaient japonaises.
  16. ↑ Les mots exacts du capitaine de l’USS Astoria lorsqu’il arriva sur le pont furent « Topper, I think we are firing on our own ships. Let’s not get excited and act too hasty! Cease firing! » (« Topper, je crois que nous tirons sur nos propres navires. Restons calmes et n’agissons pas trop précipitamment. Cessez le feu ! »). L’officier d’artillerie de l’USS Astoria répliqua « For God’s sake give the word to commence firing! (« Pour l’amour de Dieu, donnez l’ordre de tirer ! »). Après la quatrième salve du Chōkai, le capitaine déclara Whether our ships or not, we will have to stop them. Commence firing! » (« Que ce soient nos navires ou pas, nous allons devoir les arrêter. Ouvrez le feu ! ») (Loxton et Coulthard-Clark 1997, p. 226-227).
  17. ↑ Texte original : When I reached the bridge level, I found it a shambles of dead bodies with only three or four people still standing. In the Pilot House itself the only person standing was the signalman at the wheel who was vainly endeavoring to check the ship’s swing to starboard to bring her to port. On questioning him I found out that the Captain, who at that time was laying [sic] near the wheel, had instructed him to beach the ship and he was trying to head for Savo Island, distant some four miles (6 km) on the port quarter. I stepped to the port side of the Pilot House, and looked out to find the island and noted that the ship was heeling rapidly to port, sinking by the bow. At that instant the Captain straightened up and fell back, apparently dead, without having uttered any sound other than a moan.
  18. ↑ Toland 1970, p. 362
  19. ↑ Murray et Millett 2001, p. 211-215
  20. ↑ (enSandy Shanks, « The Bode Testament: Author’s Interview [archive] » sur Microworks
  21. ↑ Hackett, CombinedFleet.com.

 

 

 

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18 mars 2013

La bataille de la mer de Corail

Classé sous — milguerres @ 18 h 47 min

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La bataille de la mer de Corail est une bataille navale du théâtre Pacifique de la Seconde Guerre mondiale qui opposa du 4 au 8 mai 1942 la marine impériale japonaise et les forces alliées navales et aériennes des États-Unis et de l’Australie. Cet affrontement est la première bataille uniquement aéronavale de l’Histoire, dans laquelle les forces navales en présence s’affrontèrent par avions interposés sans jamais être à portée de canon.
Pour renforcer leur dispositif défensif dans le Pacifique Sud et isoler l’Australie, les Japonais avaient décidé d’envahir Port Moresby, au sud de la Nouvelle-Guinée, et Tulagi, au sud-est des îles Salomon. Les forces déployées par la marine du Japon pour cette opération, de nom de code MO, sous le commandement général de Shigeyoshi Inoue, comprenaient plusieurs éléments importants de la force aéronavale japonaise dont deux porte-avions et un porte-avions léger pour fournir une couverture aérienne aux flottes d’invasion. Les États-Unis, dont les services d’écoute avaient percé le plan ennemi, dépêchèrent deux groupes de porte-avions et une force de croiseurs américains et australiens, sous le commandement de l’amiral Frank J. Fletcher.

Les 3 et 4 mai, les forces japonaises envahirent et occupèrent Tulagi, même si plusieurs navires de guerre furent surpris et endommagés ou coulés par les appareils de l’USS Yorktown. Conscient de la présence des porte-avions américains dans la zone, le groupe aéronaval japonais entra dans la mer de Corail avec l’intention de les détruire.

Les attaques aériennes menées par les deux groupes aéronavals commencèrent le 7 mai et durèrent les deux jours suivants. Le premier jour, les Américains coulèrent le porte-avions léger Shoho, tandis que les Japonais détruisirent un destroyer et un pétrolier américain. Le lendemain, le porte-avions japonais Shokaku fut lourdement endommagé, tout comme l’USS Lexington (qui fut par la suite sabordé), et l’USS Yorktown (plus légèrement). Les pertes étaient également lourdes dans les escadrilles aériennes et les deux flottes se retirèrent de la zone de bataille. Désormais privé de sa couverture aérienne, Inoue reporta à plus tard l’invasion de Port Moresby.
Même si cette bataille fut une victoire tactique pour les Japonais en termes de navires coulés, elle représenta pour plusieurs raisons une victoire stratégique pour les Alliés. L’expansion japonaise, jusque-là irrésistible, fut pour la première fois stoppée. De plus, les porte-avions japonais Shokaku et Zuikaku, l’un endommagé et l’autre avec une escadrille réduite, ne purent participer à la bataille de Midway le mois suivant, alors que les Américains parvinrent à y engager l’USS Yorktown. La perte de quatre porte-avions à Midway empêcha les Japonais de tenter à nouveau une invasion maritime de Port Moresby. Deux mois plus tard, les Alliés profitèrent de la nouvelle faiblesse japonaise pour déclencher la bataille de Guadalcanal.

Expansion japonaise
Le 7 décembre 1941, le Japon lança une attaque aérienne pour anéantir la flotte du pacifique américaine basée à Pearl Harbor dans l’archipel d’Hawaï. La flotte cuirassée américaine fut largement détruite et les États-Unis déclarèrent la guerre au Japon. En déclenchant ce conflit, les dirigeants japonais espéraient neutraliser la puissance américaine pour avoir le temps de s’emparer des territoires riches en matières premières et préparer au mieux l’inévitable contre-attaque des Alliés. Simultanément à l’attaque de Pearl Harbor, les Japonais lancèrent une offensive contre la Malaisie britannique, entrainant la déclaration de guerre du Royaume-Uni, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, ainsi que des autres pays alliés. Selon les mots de l’« Ordre secret numéro un » de la marine impériale japonaise (MIJ) datée du 1er novembre 1941, les objectifs initiaux japonais dans la guerre à venir étaient « (d’expulser) la force britannique et américaine des Indes néerlandaises et des Philippines et d’établir une politique d’autosuffisance et une indépendance économique7 ».

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Avancées japonaises dans le Pacifique Sud de décembre 1941 à avril 1942.

 

Durant les premiers mois de l’année 1942, la progression japonaise fut fulgurante. Les batailles des Philippines, de Thaïlande, de Singapour, de Wake, des Indes orientales néerlandaises, des îles Salomon, des îles Gilbert et de Guam furent des désastres militaires pour les Alliés qui subirent de lourdes pertes alors que celles japonaises furent relativement légères. Le Japon planifiait d’utiliser ces territoires conquis pour établir un périmètre défensif et mener une guerre d’attrition pour épuiser les Alliés et les contraindre à négocier8.
Peu après le début de la guerre, l’état-major de la marine japonaise recommanda une invasion du nord de l’Australie pour l’empêcher de menacer les positions défensives du Japon dans le Pacifique Sud. L’armée impériale japonaise (AIJ) rejeta cependant cette idée en avançant qu’elle n’avait pas les forces ou les capacités nécessaires à cette opération. Le vice-amiral Shigeyoshi Inoue, commandant de la 4e flotte (également appelée « Force des mers du Sud ») composée de la plupart des unités navales dans le Pacifique Sud, proposa l’occupation de Tulagi dans le sud-est des îles Salomon et de Port Moresby en Nouvelle-Guinée, qui mettrait le nord de l’Australie sous la menace des appareils japonais. Inoue considérait que la capture et le contrôle de ces zones augmenteraient la sécurité et la possibilité de défense en profondeur de la principale base japonaise à Rabaul en Nouvelle-Bretagne. La marine et l’armée acceptèrent la proposition d’Inoue et envisagèrent des opérations ultérieures à partir de ces bases comme la conquête de la Nouvelle-Calédonie, des Fidji et des Samoa qui couperaient les lignes de communication et de ravitaillement entre l’Australie et les États-Unis9,n 7.

En avril 1942, l’armée et la marine développèrent un plan intitulé opération MO prévoyant la capture de Port Moresby le 10 mai. Le plan incluait également la conquête de Tulagi les 2 et 3 mai où la marine établirait une base aéronavale pour de potentielles opérations contre les territoires alliés du Pacifique Sud. Après la réalisation de l’opération MO, la marine prévoyait de lancer l’opération RY qui utiliserait les mêmes navires pour s’emparer des mines de phosphate de Nauru et de Banaba le 15 mai. D’autres opérations contre les Fidji, les Samoa et la Nouvelle-Calédonie (opération FS) étaient prévues après la fin des opérations MO et RY. Du fait des attaques menées par les appareils basés à terre et sur les porte-avions contre les navires japonais lors de l’invasion de la région de Morobe en Nouvelle-Guinée en mars, Inoue demanda que la force aéronavale détache des porte-avions pour offrir une couverture aérienne à l’opération MO. Inoue s’inquiétait particulièrement de la présence des bombardiers alliés stationnés sur les bases aériennes de Townsville et de Cooktown en Australie qui étaient hors de portée de ses bombardiers situés à Rabaul et Lae11,n 8.

L’amiral Isoroku Yamamoto, commandant de la force aéronavale japonaise, planifiait une autre opération en juin pour attirer les porte-avions américains, dont aucun n’avait été endommagé lors de l’attaque de Pearl Harbor, dans un affrontement décisif avec sa propre flotte dans le Pacifique central près de l’atoll de Midway. En attendant, Yamamoto détacha quelques navires dont deux porte-avions, un porte-avions léger, une escadre de croiseurs et deux escadres de destroyers pour soutenir MO et confia à Inoue la responsabilité de la composante navale de l’opération14,n 9.
Réponse alliée
Les Japonais ignoraient cependant que l’US Navy et son Bureau des communications navales étaient parvenues à casser les codes secrets japonais. En mars 1942, les Américains étaient en mesure de déchiffrer 15 % des codes RO ou D qui étaient utilisés par la marine impériale japonaise pour crypter approximativement la moitié de ses communications. À la fin du mois d’avril, ils comprenaient jusqu’à 85 % des messages transmis avec le code RO16,n 10.
En mars 1942, les Américains notèrent pour la première fois la mention de l’opération MO dans des messages interceptés. Le 5 avril, ils interceptèrent un message de la marine japonaise dirigeant un porte-avions et plusieurs autres grands navires en direction de la zone d’opération d’Inoue. Le 13 avril, les Britanniques déchiffrèrent un message de la marine japonaise informant Inoue que la 5e division aéronavale, composée des porte-avions Shokaku et Zuikaku, était en route depuis Formose via la base de Truk. Les Britanniques transmirent le message aux Américains avec leur conclusion que Port Moresby était la cible probable de MO19.

L’amiral Chester Nimitz, le nouveau commandant des forces alliées du Pacifique, et son état-major discutèrent des messages déchiffrés et conclurent que les Japonais préparaient probablement une opération majeure dans le Pacifique Sud au début du mois de mai et que Port Moresby était leur objectif probable. Les Alliés considéraient Port Moresby comme une base importante en vue d’une contre-offensive planifiée par Douglas MacArthur contre les forces japonaises dans le sud-ouest du Pacifique. L’état-major de Nimitz conclut également que l’opération japonaise pourrait inclure des attaques aéronavales contre les bases alliées dans les Samoa et à Suva. Nimitz, après avoir consulté l’amiral Ernest King, le chef des opérations navales, décida de contrer l’opération japonaise. Le 27 avril, d’autres rapports des services de renseignement confirmèrent les détails et les cibles des opérations MO et RYn 11.
Le 29 avril, Nimitz ordonna à ses quatre porte-avions et à leurs escortes de se rendre dans la mer de Corail. La Task Force 17 (TF 17), commandée par le contre-amiral Fletcher et composée du porte-avions USS Yorktown, escorté par trois croiseurs et quatre destroyers et soutenu par un groupe de ravitaillement de deux pétroliers et de deux destroyers, se trouvait déjà dans le Pacifique Sud car elle avait quitté Tongatapu le 27 avril et se dirigeait vers la mer de Corail. La TF 11, commandée par le contre-amiral Aubrey Fitch et composée du porte-avions USS Lexington, escorté par deux croiseurs et cinq destroyers, se trouvait entre les Fidji et la Nouvelle-Calédonie. La TF 16, commandée par le contre-amiral William F. Halsey et composée des porte-avions USS Enterprise et USS Hornet, était juste retournée à Pearl Harbor après le raid de Doolittle dans le Pacifique central et ne pouvait donc pas rejoindre le Pacifique Sud à temps pour participer à la bataille. Nimitz plaça Fletcher au commandement des forces navales alliées dans la zone du Pacifique Sud jusqu’à l’arrivée de Halsey avec la TF 1625,n 12. Même si les opérations en mer de Corail étaient sous le commandement de MacArthur, Fletcher et Halsey continuèrent à rendre des comptes à Nimitz29.
En s’appuyant sur des messages radio interceptés émanant de la TF 16 alors qu’elle rentrait à Pearl Harbor, les Japonais supposèrent que tous les porte-avions américains sauf un se trouvaient dans le Pacifique central. Les Japonais ignoraient la position du dernier porte-avions mais n’envisagèrent pas une réponse aéronavale américaine contre MO jusqu’à ce que la bataille soit largement engagée30.

Bataille

Prélude
À la fin du mois d’avril, les sous-marins japonais RO-33 et RO-34 partirent en reconnaissance dans la zone où les débarquements étaient planifiés. Ils firent des repérages dans l’archipel des Louisiades et sur la route en direction de Port Moresby depuis l’est. Ils ne virent aucun navire allié dans la zone et retournèrent à Rabaul respectivement le 23 et le 24 avril31.
La force d’invasion japonaise de Port Moresby, commandée par le contre-amiral Koso Abe, était composée de 5 000 soldats de l’armée impériale japonaise répartis dans onze navires de transport. L’escorte du convoi était assurée par un croiseur léger et six destroyers sous le commandement du contre-amiral Sadamichi Kajioka. Les navires d’Abe quittèrent Rabaul le 4 mai pour une traversée de 1 560 km en direction de Port Moresby et ils furent rejoints par les unités de Kajioka le lendemain. La flotte progressant à la vitesse de 15 km/h devait passer par le détroit de Jomard à l’extrémité orientale de la Nouvelle-Guinée et arriver à Port Moresby le 10 mai32. La garnison alliée de Port Moresby comptait environ 5 300 soldats, mais seule la moitié étaient des fantassins et ils étaient mal équipés et peu entrainés33,n 13.

 

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Carte de la bataille du 3 au 9 mai montrant les mouvements des principales forces impliquées34.

La force d’invasion de Tulagi était commandée par le contre-amiral Kiyohide Shima et était composée de deux mouilleurs de mines, deux destroyers, deux dragueurs de mines, deux navires ASM et un transport avec 400 soldats. L’attaque était soutenue par le porte-avions léger Shoho, quatre croiseurs lourds et un destroyer, sous le commandement du contre-amiral Aritomo Goto. Une seconde flotte de soutien, commandée par le contre-amiral Kuninori Marumo, composée de deux croiseurs légers, du transport d’hydravions Kamikawa Maru et de trois canonnières rejoignit la flotte de Goto. Une fois la conquête de Tulagi achevée le 3 ou le 4 mai, la flotte devait se repositionner pour couvrir l’invasion de Port Moresby35. Inoue dirigea l’opération MO depuis le croiseur Kashima avec lequel il était arrivé à Rabaul depuis Truk le 4 mai36.
La flotte de Goto quitta Truk le 28, passa par les îles Salomon entre Bougainville et Choiseul et se positionna près de l’île de Nouvelle-Géorgie. Le groupe de soutien de Marumo quitta l’île de Nouvelle-Irlande le 29 avril en direction d’une baie au sud de l’île Santa Isabel afin d’y établir une base d’hydravions. La force d’invasion de Shima quitta Rabaul le 30 avril37.
Le groupe aéronaval avec les porte-avions Zuikaku et Shokaku, deux croiseurs lourds et six destroyers, quitta Truk le 1er mai. Le commandant de la flotte, le vice-amiral Takeo Takagi, se trouvait sur le navire amiral, le croiseur Myoko, tandis que le contre-amiral Chuichi Hara se trouvait sur le Zuikaku d’où il commandait l’aviation embarquée. La flotte devait longer la façade orientale des îles Salomon et entrer dans la mer de Corail au sud de Guadalcanal. Une fois dans la zone, les porte-avions devaient fournir une couverture aérienne à la force d’invasion contre les appareils basés à Port Moresby et contre toute flotte alliée pénétrant dans la mer38.
Pour alerter la flotte de la présence éventuelle de navires alliés, les Japonais avaient envoyé les sous-marins I-22, I-24, I-28 et I-29 en reconnaissance à environ 830 km au sud-ouest de Guadalcanal. Les navires sous le commandement de Frank J. Fletcher étaient cependant entrés dans la mer de Corail avant le déploiement des sous-marins et les Japonais ignoraient donc leur présence. Le I-21, envoyé en reconnaissance à Nouméa, fut attaqué par des appareils de l’USS Yorktown le 2 mai. Le submersible ne fut pas touché mais son équipage ne sembla pas réaliser qu’il avait été attaqué par des appareils embarqués. Le RO-33 et le RO-34 furent également déployés pour bloquer Port Moresby et arrivèrent devant le port le 5 mai. Pourtant, aucun sous-marin ne participa à la bataille de la mer de Corail39,n 14.

Le matin du 1er mai, la TF 17 et la TF 11 se rejoignirent à environ 560 km au nord de la Nouvelle-Calédonie42. Fletcher fit immédiatement ravitailler la TF 11 et la TF 17 par respectivement les pétroliers USS Tippecanoe et USS Neosho. La TF 17 termina son ravitaillement le lendemain mais la TF 11 indiqua que le sien ne serait pas achevé avant le 4 mai. Fletcher choisit d’envoyer la TF 17 vers le nord-ouest en direction des Louisiades et il ordonna à la TF 11 de rallier la TF 44 en provenance de Sydney et de Nouméa une fois qu’elle aurait terminé son ravitaillement. La TF 44 était une force navale commandée par le contre-amiral australien John Crace et composée des croiseurs HMAS Australia, HMAS Hobart et USS Chicago ainsi que trois destroyers. Après la fin de sa mission de ravitaillement avec la TF 11, l’USS Tippecanoe quitta la mer de Corail pour fournir du carburant aux navires alliés basés à Éfaté43,n 15.
Tulagi

Le matin du 3 mai, la force de Shima arriva au large de Tulagi et commença à débarquer des troupes pour occuper l’île. Tulagi était sans défense car la petite garnison composée de commandos australiens et d’une unité de reconnaissance de la Royal Australian Air Force avait évacué juste avant l’arrivée de Shima. Les Japonais entreprirent immédiatement la construction d’un centre de communications et d’une base pour hydravions. Les appareils du Shoho couvrirent le débarquement jusque dans l’après-midi lorsque la flotte de Goto se rendit à Bougainville pour se ravitailler en préparation de l’attaque de Port Moresby45.
À 17 h le 3 mai, Frank J. Fletcher apprit que la flotte d’invasion de Tulagi avait été repérée la veille et qu’elle approchait du sud des îles Salomon. À l’insu de Fletcher, la TF 11 avait terminé son ravitaillement plus tôt que prévu et se trouvait à moins de 110 km à l’est de la TF 17 mais ne pouvait communiquer sa position car Fletcher avait ordonné un silence radio. Le 2 mai, la flotte de Shima fut repérée par un appareil américain basé en Australie46 ou par un coastwatcher des Salomon47. La TF 17 modifia son cap et se dirigea à 50 km/h en direction de Guadalcanal pour lancer dès le lendemain des frappes aériennes contre les forces japonaises à Tulagi48.
Le 4 mai, depuis une position située à 190 km au sud de Guadalcanal, 60 appareils de la TF 17 menèrent trois attaques successives contre les navires de Shima au large de Tulagi. Les avions de l’USS Yorktown surprirent les Japonais et coulèrent le destroyer Kikuzuki et trois des dragueurs de mines, endommagèrent quatre autres navires et détruisirent quatre hydravions soutenant le débarquement. Les Américains perdirent trois appareils mais tous les pilotes furent secourus. Après avoir récupéré ses avions dans la soirée du 4 mai, la TF 17 se retira vers le sud. Malgré les dégâts, les Japonais poursuivirent la construction de la base d’hydravions et commencèrent à mener des missions de reconnaissance depuis l’île à partir du 6 mai49.
Le groupe aéronaval de Takagi se ravitaillait à 650 km au nord de Tulagi lorsqu’il apprit l’attaque américaine du 4 mai. Takagi termina le ravitaillement, se dirigea vers le sud et envoya des appareils de reconnaissance dans l’est des Salomon. Comme les Américains ne se trouvaient pas dans la zone, ses appareils revinrent bredouilles50.
Recherches aériennes
À 8 h 16, le 5 mai, la TF 17 rejoignit la TF 11 et la TF 44 à 590 km au sud de Guadalcanal. À peu près au même moment, quatre chasseurs F4F Wildcat de l’USS Yorktown interceptèrent un Kawanishi Type 97 de reconnaissance basé dans les îles Shortland et l’abattirent à 20 km de la TF 11. Le pilote n’eut pas le temps de transmettre son rapport avant de s’écraser, mais constatant qu’il ne revenait pas à sa base, les Japonais supposèrent correctement qu’il avait été abattu par un appareil basé sur un porte-avions51.
Un message provenant de Pearl Harbor informa l’amiral Frank J. Fletcher que les renseignements avaient déduit que les Japonais planifiaient de débarquer leurs troupes à Port Moresby le 10 mai et que leurs porte-avions se trouveraient vraisemblablement à proximité du convoi d’invasion. Fletcher décida donc de ravitailler la TF 17 avec le ravitailleur Neosho et le 6 mai, il planifia de mener ses forces vers le nord en direction des Louisiades et de déclencher la bataille le 7 mai52.

 

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L’USS Yorktown réalise des exercices de décollage avant la bataille. Un pétrolier est visible à l’arrière-plan.

Dans le même temps, le groupe aéronaval de Takagi longea la côte est des îles Salomon durant le 5 mai et tourna au sud de l’île San Cristobal pour entrer dans la mer de Corail après être passé entre Guadalcanal et l’île Rennel à l’aube du 6 mai. Takagi commença à ravitailler ses navires à 330 km à l’ouest de Tulagi en préparation de la bataille de porte-avions qu’il prévoyait pour le lendemain53,n 16.
Le 6 mai, Fletcher incorpora la TF 11 et la TF 44 au sein de la TF 17. Croyant que les porte-avions japonais se trouvaient toujours bien au nord près de Bougainville, il poursuivit ses opérations de ravitaillement. Des patrouilles de reconnaissance menées à partir des porte-avions américains tout au long de la journée échouèrent à localiser tout navire japonais ; en effet, ces derniers se trouvaient juste au-delà de la zone de surveillance54,n 17.
À 10 h, un hydravion de reconnaissance Kawanishi en provenance de Tulagi repéra la TF 17 et son pilote en informa ses supérieurs. L’amiral Takeo Takagi reçut l’information à 10 h 50. À ce moment, sa force se trouvait à environ 560 km au nord de celle de Fletcher, juste à la limite de la portée de son aviation embarquée. Takagi, dont les navires continuaient à être ravitaillés, n’était pas prêt à engager le combat. Il conclut, en s’appuyant sur le rapport de reconnaissance, que la TF 17 se dirigeait vers le sud et augmentait l’écart entre les deux flottes. De plus, les navires de Fletcher se trouvaient sous une épaisse couverture nuageuse et Takagi et Hara jugèrent qu’il serait difficile pour les avions américains de localiser les porte-avions japonais. Takagi détacha ses deux porte-avions et deux destroyers sous le commandement de l’amiral Hara en direction de la TF 17 à environ 38 km/h afin d’être prêt à l’attaque aux premières lueurs du 7 mai tandis que le reste de ses navires termineraient leur ravitaillement56.
Des bombardiers B-17 américains basés en Australie57 attaquèrent à plusieurs reprises la flotte d’invasion de Port Moresby, dont les navires de l’amiral Aritomo Goto, mais sans résultats. Le quartier général de MacArthur informa l’amiral Fletcher des attaques et de la position de la flotte d’invasion japonaise. Le message de Douglas MacArthur indiquant que le porte-avions Shoho avait été repéré à environ 787 km au nord-ouest de la TF 17 convainquit Fletcher que des porte-avions accompagnaient la force d’invasion japonaise58.

 

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Carte de la bataille du 6 au 8 mai. Si vous regardez cette image dans Commons, vous obtiendrez plus de détails, ainsi que des instructions pour voir une animation.

À 18 h, la TF 17 termina son ravitaillement et Fletcher détacha le Neosho avec un destroyer, l’USS Sims, pour qu’ils se positionnent plus au sud. La TF 17 se tourna ensuite vers le nord-ouest en direction de l’île Rossel dans les Louisiades. À 20 h, à l’insu des deux adversaires, les porte-avions américains et japonais n’étaient distants que de 130 km. À ce moment, l’amiral Chuichi Hara ordonna un changement de cap pour rejoindre les navires de l’amiral Takeo Takagi qui avaient terminé leur ravitaillement et se dirigeaient dans la direction de Hara59.
Dans la nuit du 6 au 7 mai, le Kamikawa Maru déploya une base pour hydravions au nord des Louisiades pour fournir un soutien aérien à l’invasion de Port Moresby. Le reste de la flotte de couverture du contre-amiral Kuninori Marumo se positionna près des îles d’Entrecasteaux pour aider à la défense du convoi du contre-amiral Koso Abe en approche60.

7 mai
Frappes matinales

À 6 h 25 le 7 mai, la TF 17 se trouvait à 213 km au sud de l’île Rossel. À ce moment, l’amiral Frank J. Fletcher envoya la flotte de croiseurs et de destroyers du vice-amiral John Crace, renommée TF 17,3, pour bloquer le détroit de Jomard. L’amiral Fletcher savait que la flotte de Crace opérerait sans couverture aérienne car les appareils des porte-avions seraient occupés par l’attaque des navires japonais. Le détachement de cette flotte réduisait également la protection antiaérienne de ses porte-avions, mais Fletcher décida que le risque en valait la peine pour éviter que les Japonais ne profitent de l’affrontement pour débarquer à Port Moresby61,n 18.
Pensant que le groupe aéronaval de Takagi se trouvait quelque part au nord de sa position, autour des Louisiades, l’amiral Fletcher demanda à l’USS Yorktown d’envoyer 10 bombardiers en piqué SBD pour reconnaître la zone à partir de 6 h 19. Dans le même temps, l’amiral japonais Takagi, situé à environ 560 km à l’est de la position de Fletcher, lança 12 torpilleurs Nakajima B5N à 6 h pour essayer de localiser la flotte américaine. L’amiral Hara considérait que les navires de l’amiral américain Fletcher se trouvaient au sud et il conseilla à l’amiral Takagi d’envoyer des appareils dans la zone. Les croiseurs Kinugasa et Furutaka lancèrent quatre hydravions pour explorer le sud-est des Louisiades. D’autres avions furent envoyés de Tulagi, de Rabaul et des Louisiades. Dans le même temps, les deux flottes préparaient leurs appareils pour qu’ils soient prêts à attaquer une fois que la flotte adverse aurait été localisée63,n 19.

À 7 h 22, l’un des appareils du Shokaku rapporta qu’il avait repéré des appareils américains à 302 km de la flotte de Takagi. Un autre appareil confirma rapidement que le groupe était composé d’« un porte-avions, d’un croiseur et de trois destroyers65 ». En réalité, l’avion de reconnaissance avait repéré mais mal identifié l’USS Neosho et l’USS Sims. Croyant qu’il avait localisé les porte-avions américains, l’amiral Hara, avec le soutien de Takagi, lança tous ses appareils disponibles. 78 avions dont 18 chasseurs Zero, 36 bombardiers en piqué D3A et 24 bombardiers-torpilleurs décollèrent du Shokaku et du Zuikaku à 8 h et se rendirent vers la cible désignée à 8 h 1566.
À 8 h 20, l’un des appareils du Furutaka repéra les porte-avions et en informa immédiatement le quartier général d’Inoue à Rabaul qui transmit le message à Takagi. L’observation fut confirmée par un hydravion du Kinugasa à 8 h 30. Les amiraux Takagi et Hara, troublés par les deux messages opposés qu’ils reçurent, décidèrent de poursuivre l’attaque des navires au sud mais s’orientèrent vers le nord-ouest pour se rapprocher des navires repérés par l’hydravion du Furutaka67. Ils avaient considéré que les rapports différents signifiaient que les porte-avions américains opéraient en deux groupes séparés68.
À 8 h 15, un bombardier en piqué SBD de l’USS Yorktown repéra la flotte de soutien de l’invasion de l’amiral Goto. Le pilote se trompa dans le message codé et signala la présence de « deux porte-avions et quatre croiseurs lourds » à 417 km au nord-ouest de la TF 1769. L’amiral américain Fletcher conclut que la principale force aéronavale japonaise avait été repérée et il lança tous ses appareils disponibles contre elle. À 10 h 13, l’escadrille de 93 avions composée de 18 F4F Wildcat, 53 bombardiers en piqué SBD et 22 TBD Devastator était en route. À 10 h 12, l’amiral Fletcher reçut un autre rapport envoyé par un groupe de trois B-1770 indiquant la présence d’un porte-avions, de dix transports et de seize navires de guerre à 56 km au sud de la position repérée par le pilote du SBD. Les deux pilotes avaient en réalité vu la même chose : le Shoho, les croiseurs de l’amiral Goto et la force d’invasion de Port Moresby. Croyant que l’observation des B-17 était la principale flotte aéronavale japonaise, l’amiral Fletcher orienta ses appareils en direction de cette cible71.

 

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Bombardiers en piqué japonais Aichi D3A Type 99 se dirigeant vers la position présumée des porte-avions américains le 7 mai.

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L’USS Neosho est en feu et coule lentement à la suite de l’attaque japonaise.

 

À 9 h 15, les appareils de Takagi arrivèrent sur la zone désignée, repérèrent l’USS Neosho et l’USS Sims et cherchèrent en vain les porte-avions américains. C’est seulement à 10 h 51 que les équipages du Shokaku réalisèrent leur erreur et la confusion entre le pétrolier et le destroyer avec des porte-avions. Takagi réalisa alors que les porte-avions américains se trouvaient entre lui et le convoi d’invasion, ce qui plaçait ce dernier en très grand danger. Il ordonna à ses appareils d’attaquer immédiatement l’USS Neosho et l’USS Sims et de rentrer le plus vite possible sur les porte-avions. À 11 h 15, les bombardiers-torpilleurs et les chasseurs abandonnèrent leur mission et retournèrent vers les porte-avions avec leurs munitions tandis que les 36 bombardiers en piqué attaquèrent les deux navires américains72,n 20.
Quatre bombardiers en piqué attaquèrent l’USS Sims et le reste plongea sur l’USS Neosho. Le destroyer fut coupé en deux par trois bombes et coula immédiatement. Il n’y eut que 14 survivants sur les 192 membres d’équipage. L’USS Neosho fut touché par sept bombes et l’un des bombardiers, endommagé par la DCA, s’écrasa sur le pétrolier. Gravement endommagé et privé d’énergie, le navire sombra lentement mais il eut le temps d’informer l’amiral Fletcher de l’attaque même s’il donna une mauvaise position74.

Les appareils américains repérèrent le Shoho au nord-est de l’île Misima à 10 h 40 et se déployèrent pour l’attaque. Le porte-avions japonais était protégé par six Zeros et deux A5M tandis que le reste des avions étaient préparés dans les ponts inférieurs. Les croiseurs de Goto étaient disposés en carré autour du porte-avions à une distance d’environ 2 700 à 4 600 m75,n 21.
Le premier groupe d’attaque, venant de l’USS Lexington, toucha le Shoho avec deux bombes de 450 kg et cinq torpilles qui causèrent de lourds dégâts. À 11 h, le groupe de l’USS Yorktown attaqua le porte-avions en feu et presque immobile avec 11 autres bombes de 450 kg et au moins deux torpilles. Complètement démoli, le Shoho sombra à 11 h 35. Craignant d’autres attaques, l’amiral Goto retira ses navires de guerre vers le nord mais il envoya le destroyer Sazanami pour secourir les survivants à 14 h. Seul 203 des 834 marins du navire furent retrouvés. Trois avions américains furent abattus. Les 18 appareils du Shoho furent perdus mais trois pilotes de la patrouille de défense du navire parvinrent à amerrir dans les Louisiades et survécurent77.

Opérations de l’après-midi
Les appareils américains se posèrent sur leurs porte-avions à partir de 13 h 38 et, à 14 h 20, les avions étaient prêts à repartir pour intercepter la flotte d’invasion de Port Moresby ou le groupe des croiseurs de Goto. L’amiral Fletcher s’inquiétait cependant de la position des autres porte-avions japonais. Il avait été informé que les services de renseignements alliés pensaient que l’opération MO pouvait être couverte par quatre porte-avions. il en conclut que lorsque ses appareils de reconnaissance repéreraient le groupe aéronaval japonais, il serait difficile de mener une attaque avant la tombée de la nuit. Il annula donc l’assaut et décida de rester dissimulé dans le temps couvert avec des chasseurs prêts à décoller en cas de besoin. La TF 17 mit le cap au sud-est78,n 22.
Ayant appris la destruction du Shoho, l’amiral Inoue ordonna au convoi d’invasion de se retirer temporairement au nord et ordonna à l’amiral Takagi, à ce moment à 417 km à l’est de la TF 17, de détruire les porte-avions américains. Alors que la flotte d’invasion se retirait, elle fut attaquée par huit bombardiers B-17 de l’US Air Force mais ces derniers ne causèrent aucun dégât. L’amiral Goto et le contre-amiral Kajioka reçurent l’ordre de disposer leurs navires au sud de l’île Rossel dans l’éventualité d’un combat nocturne si les navires américains passaient à proximité80.
À 12 h 40, un hydravion japonais repéra la force du vice-amiral australien Crace à 144 km des Louisiades orientée à 175°. À 13 h 15, un appareil de Rabaul repéra aussi la flotte de Crace mais le pilote se trompa en rapportant que la force comprenait deux porte-avions et se trouvait à 213 km des Louisiades suivant un cap au 205°. S’appuyant sur ces rapports, l’amiral Takagi, qui attendait toujours le retour des appareils partis attaquer l’USS Neosho, orienta ses porte-avions vers l’ouest à 13 h 30 et indiqua à Inoue à 15 h que les porte-avions américains se trouvaient à au moins 800 km à l’ouest de sa position et qu’il ne pourrait pas les attaquer avant la nuit81.

L’état-major d’Inoue dirigea deux groupes d’attaque de Rabaul, déjà en vol depuis le matin, en direction de la flotte de Crace. Le premier groupe comprenait 12 bombardiers-torpilleurs G4M et le second était composé de 19 appareils G3M d’attaque au sol équipés de bombes. Les deux escadrons attaquèrent les navires de Crace à 14 h 30 et rapportèrent avoir coulé un « cuirassé de classe Tennessee », tout comme avoir endommagé un autre cuirassé et un croiseur. En réalité, les navires de Crace n’avaient pas été touchés et ils avaient abattus quatre G4M. Peu de temps après, trois B-17 américains bombardèrent par erreur le groupe de Crace mais sans causer de dommages82.
À 15 h 26, Crace indiqua à Fletcher qu’il ne pourrait pas réaliser sa mission sans soutien aérien. Crace se retira vers le sud à environ 410 km au sud-est de Port Moresby pour s’éloigner de la menace des appareils japonais tout en restant suffisamment proche pour intercepter toute force navale japonaise. Les navires de Crace manquaient de carburant mais comme Fletcher maintenait le silence radio, Crace n’avait aucune idée de sa position, de son cap ou de ses intentions83.
Peu après 15 h, le Zuikaku reçut le message d’un hydravion rapportant, incorrectement, que la flotte de Crace avait changé de cap en direction du sud-est. L’amiral japonais Takagi supposa que l’appareil suivait discrètement les porte-avions de Fletcher et détermina que si les navires alliés continuaient sur leur cap, ils arriveraient à portée de l’aviation embarquée même si les appareils devraient rentrer de nuit84. Afin de confirmer la position des porte-avions américains, Hara envoya un escadron de huit bombardiers-torpilleurs à 15 h 15 pour reconnaitre une zone à 370 km à l’ouest. Après être arrivés sur place, ils cherchèrent sans succès les navires américains et revinrent sur leurs porte-avions. À 16 h 15, Hara envoya 27 bombardiers des deux porte-avions en direction de l’ouest85.
À 17 h 47, la TF 17 opérait sous une épaisse couverture nuageuse à 370 km à l’ouest de la position de Takagi quand elle détecta l’escadron japonais volant dans sa direction. Fletcher mit le cap au sud et envoya 11 F4F Wildcat pour les intercepter. La formation japonaise fut prise par surprise et neuf appareils furent détruits tandis que trois avions américains furent abattus86.
Ayant subi de lourdes pertes, les officiers de l’escadron japonais annulèrent la mission. Ils larguèrent leurs bombes et retournèrent à leurs porte-avions. Le Soleil s’étant couché à 18 h 30, plusieurs bombardiers japonais approchèrent les porte-avions américains dans l’obscurité et certains se préparèrent même à se poser avant d’être repoussés par les tirs des destroyers. À 20 h, les flottes américaines et japonaises étaient distantes de 190 km. Takagi alluma les lumières de ses navires pour guider les 18 appareils survivants et tous furent récupérés à 22 h87.
À 15 h 18 et 17 h 18, l’USS Neosho informa la TF 17 qu’il dérivait vers le nord-ouest et qu’il était en train de couler. Le rapport de l’USS Neosho de 17 h 18 mentionnait de mauvaises coordonnées et cela gêna les opérations de secours. De manière plus significative, Fletcher apprit que son ravitaillement en pétrole le plus proche était perdu88,n 23.
Les opérations aériennes s’arrêtèrent à la tombée de la nuit. L’Américain Fletcher ordonna à la TF 17 de se diriger vers l’ouest pour être prêt à lancer son aviation dès l’aube. L’Australien Crace s’orienta également vers l’ouest pour rester à distance de combat des Louisiades. Le Japonais Inoue demanda à Takagi de détruire les porte-avions américains et il repoussa les débarquements de Port Moresby au 12 mai. Takagi choisit de mener ses porte-avions vers le nord durant la nuit pour offrir une meilleure protection au convoi d’invasion et pour concentrer ses recherches à l’ouest et au sud. Les Japonais Goto et Kajioka furent incapables de positionner et de coordonner leurs navires pour mener une attaque nocturne90.
Les deux camps espéraient trouver la flotte adverse tôt le lendemain et passèrent la nuit à se préparer pour la bataille anticipée. En 1972, le vice-amiral américain H. S. Duckworth, après avoir lu les documents japonais sur la bataille, commenta : « Sans aucun doute, le 7 mai 1942, la mer de Corail fut la zone de combat la plus confuse de l’histoire du monde91,n 24. » Hara déclara ultérieurement au chef d’état-major de Yamamoto, l’amiral Matome Ugaki, qu’il était si contrarié par la « malchance » que les Japonais avaient connue le 7 mai, qu’il pensa quitter la marine94.

8 mai
Attaque des porte-avions japonais

À 6 h 15 le 8 mai, depuis une position à 190 km à l’est de l’île Rossel, l’amiral japonais Hara lança sept bombardiers-torpilleurs pour explorer une zone à 460 km au sud de sa position. Trois appareils de Tulagi et un quatrième de Rabaul participèrent également à la reconnaissance. À 7 h, le groupe aéronaval tourna vers le sud-ouest et fut rejoint par deux des croiseurs de l’amiral Goto, le Kinugasa et le Furutaka, pour fournir un rideau défensif supplémentaire. Le convoi d’invasion dirigé par Goto et les navires du contre-amiral Kajioka, se mirent en route en direction d’un point de rendez-vous à 74 km à l’est de l’île Woodlark pour attendre l’issue de la bataille. Durant la nuit, le front chaud et la couverture nuageuse qui avait dissimulé les porte-avions américains le 7 mai se déplaça vers le nord et couvrait maintenant la flotte japonaise, ce qui limitait la visibilité à une distance de 3,7 à 23 km95.

À 6 h 35, la TF 17 opérant sous le contrôle tactique de l’amiral Aubrey Fitch était positionnée à 330 km au sud des Louisiades. Elle lança 18 SBD pour mener une reconnaissance à 360° autour du navire jusqu’à une distance de 370 km. Le ciel au-dessus des navires américains était clair et la visibilité de 31 km96.
À 8 h 20, un SBD de l’USS Lexington repéra les porte-avions japonais à travers un trou dans les nuages et il avertit la TF 17. Deux minutes plus tard, un appareil du Shokaku repéra la TF 17 et en informa Hara. Les deux flottes étaient distantes d’environ 390 km et se dépêchèrent de lancer leur force de frappe97.
À 9 h 15, les porte-avions japonais lancèrent un groupe conjoint de 18 chasseurs, 33 bombardiers en piqué et 18 bombardiers-torpilleurs commandé par le lieutenant-commandeur Kakuichi Takahashi. Les Américains lancèrent deux groupes séparés. L’escadron de l’USS Yorktown était composé de 6 chasseurs, de 24 bombardiers en piqué et de 9 bombardiers-torpilleurs et commença sa progression à 9 h 15. Le groupe de l’USS Lexington comprenait 9 chasseurs, 15 bombardiers en piqué et 12 bombardiers-torpilleurs et se mit en route à 9 h 25. Les deux groupes aéronavals ennemis mirent le cap l’un sur l’autre pour réduire la distance de retour de leurs appareils98.
Les bombardiers en piqué de l’USS Yorktown arrivèrent au niveau de la flotte japonaise à 10 h 32 et attendirent l’arrivée des bombardiers-torpilleurs plus lents pour mener une attaque simultanée. À ce moment, le Shokaku et le Zuikaku étaient distants de 9 100 m l’un de l’autre et ce dernier était caché par un rideau de pluie. Les deux porte-avions étaient protégés par 16 chasseurs Zero. Les bombardiers en piqué de l’USS Yorktown commencèrent leur attaque du Shokaku à 10 h 57. Le navire vira fortement sur tribord mais fut touché par deux bombes de 450 kg qui éventrèrent le gaillard d’avant et causèrent de gros dégâts au pont et aux hangars. Aucun des bombardiers-torpilleurs de l’USS Yorktown ne parvint à toucher le navire japonais. Deux bombardiers en piqué américains et deux Zeros furent abattus durant le combat99.

Les appareils de l’USS Lexington arrivèrent à 11 h 30. Deux bombardiers en piqué attaquèrent le Shokaku et le touchèrent avec une bombe de 450 kg. Deux autres bombardiers plongèrent sur le Zuikaku mais leurs bombes tombèrent à côté. Les autres bombardiers en piqué de l’USS Lexington ne parvinrent pas à trouver les navires japonais dans l’épaisse couverture nuageuse. Aucune des torpilles des bombardiers-torpilleurs ne trouva sa cible. Les 13 Zeros en patrouille abattirent trois F4F Wildcat mais ils avancèrent avoir détruit 24 avions américains100.
Avec son pont d’envol lourdement endommagé et 223 membres d’équipage tués ou blessés, le Shokaku ne pouvait plus mener d’opérations aériennes. Son capitaine, Takatsugu Jōjima, demanda la permission de se retirer de la bataille et Takagi accepta. À 12 h 10, le Shokaku, accompagné de deux destroyers, se retira vers le nord-est101.
Attaque des porte-avions américains[modifier]
À 10 h 55, le radar CXAM de l’USS Lexington détecta les appareils japonais en approche à 128 km et neuf F4F Wildcat furent envoyés pour les intercepter. S’attendant à trouver les bombardiers-torpilleurs à basse altitude, six F4F Wildcat étaient positionnés trop bas et ils furent survolés par les appareils japonais102,n 25. Du fait des lourdes pertes subies la nuit précédente, les Japonais ne purent compléter une attaque à la torpille contre les deux porte-avions. Le lieutenant-commandeur Shigekazu Shimazaki, à la tête de l’escadron des bombardiers-torpilleurs, en envoya 14 contre l’USS Lexington et 4 contre l’USS Yorktown. Un Wildcat en abattit un et huit SBD en patrouille de l’USS Yorktown détruisirent trois autres bombardiers-torpilleurs. Quatre SBD furent détruits par les Zeros accompagnant l’attaque japonaise103.

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L’USS Yorktown (au premier plan) et l’USS Lexington se préparent à lancer leurs appareils le matin du 8 mai sous un ciel clément.

L’attaque japonaise commença à 11 h 13 alors que les porte-avions, distants de 2 700 m l’un de l’autre, et leurs navires d’escorte ouvrirent le feu avec leur artillerie antiaérienne. Les quatre bombardiers-torpilleurs lancés contre l’USS Yorktown ratèrent tous leur cible. Les autres appareils menèrent une attaque en pince contre l’USS Lexington qui avait un rayon de braquage plus grand que l’USS Yorktown et, à 11 h 20, le porte-avions fut touché par deux torpilles. La première toucha les réservoirs de carburant et les vapeurs de mazout commencèrent à se répandre dans les compartiments voisins. La seconde détruisit la principale canalisation d’eau à bâbord qui commença à inonder les trois chaudières avant du navire qui furent arrêtées. Le porte-avions pouvait néanmoins continuer de naviguer à la vitesse de 44 km/h. Quatre bombardiers-torpilleurs furent abattus par la DCA104,n 26.
Les 33 bombardiers en piqué japonais réalisèrent des cercles autour des navires pour attaquer contre le vent et ne commencèrent leur plongeon, depuis une altitude de 4 300 m, que trois minutes après le début de l’attaque des bombardiers-torpilleurs. Les 19 bombardiers du Shokaku ciblaient l’USS Lexington tandis que les 14 autres visaient l’USS Yorktown. Deux bombes touchèrent l’USS Lexington et provoquèrent des incendies qui furent maitrisés vers 12 h 33. À 11 h 27, le centre du pont d’envol de l’USS Yorktown fut touché par une bombe de 250 kg antiblindage qui traversa quatre ponts avant d’exploser, causant de graves dégâts structurels au hangar et tuant 66 hommes. Jusqu’à 12 bombes ratèrent l’USS Yorktown mais tombèrent suffisamment près pour l’endommager sous la ligne de flottaison107.
Au moment où les appareils japonais terminaient leurs attaques et commençaient à se replier, pensant avoir infligé des dégâts irréparables aux deux porte-avions, ils s’exposèrent au feu des F4F Wildcat et des SBD de patrouille. Dans les duels aériens qui suivirent, les Américains perdirent trois SBD et trois Wildcat tandis que trois bombardiers-torpilleurs, un bombardier en piqué et un Zero furent abattus. À partir de 12 h, les escadrons américains et japonais commencèrent à rentrer vers leurs navires respectifs. Lors des retours, des appareils se croisèrent et de nouveaux affrontements eurent lieu dans lesquels le lieutenant-commandeur Kakuichi Takahashi fut tué108.

Fin de la bataille
Les escadrons d’attaques, comptant de nombreux appareils endommagés, retournèrent à leurs porte-avions respectifs et se posèrent entre 12 h 50 et 14 h 30. Malgré les dégâts subis, l’USS Yorktown et l’USS Lexington furent tous les deux capables de récupérer leurs avions. 46 appareils sur 69 revinrent dans le camp japonais et se posèrent sur le Zuikaku. Parmi ceux-ci, trois Zeros, quatre bombardiers en piqué et cinq bombardiers-torpilleurs, jugés trop endommagés, furent immédiatement jetés à la mer109.
Au retour de son aviation, l’amiral américain Frank J. Fletcher évalua la situation. Les aviateurs l’informèrent qu’ils avaient lourdement endommagé un porte-avions mais qu’un autre s’était échappé indemne. L’amiral s’inquiétait du fait que ses deux porte-avions étaient en mauvais état et que ses escadrons avaient subi de lourdes pertes. De plus, le ravitaillement en pétrole était problématique depuis la perte de l’USS Neosho. À 14 h 22, l’amiral Aubrey Fitch informa Fletcher qu’on lui rapportait que deux porte-avions japonais n’étaient pas endommagés et que cela était corroboré par des messages radio interceptés. Croyant qu’il se trouvait face à une force japonaise supérieure en nombre, Fletcher décida de se retirer de la bataille. Il envoya la position approximative des porte-avions japonais à Douglas MacArthur et lui suggéra de les attaquer avec des bombardiers basés à terre110,n 27.
Vers 14 h 30, l’amiral japonais Chūichi Hara informa Takeo Takagi que seulement 24 Zeros, 8 bombardiers en piqué et 4 bombardiers-torpilleurs étaient à ce moment opérationnels. Takagi s’inquiétait de son autonomie car les niveaux de carburant de ses croiseurs n’étaient plus que de 50 % et certains de ses destroyers n’en étaient plus qu’à 20 %. À 15 h, Takagi informa l’amiral Shigeyoshi Inoue que ses appareils avaient coulé deux porte-avions américains, l’USS Yorktown et un autre de la « classe Lexington », mais que du fait de ses lourdes pertes, il ne serait pas en mesure de couvrir le débarquement de Port Moresby. Inoue, dont l’appareil de reconnaissance avait repéré les navires du contre-amiral australien John Crace dans la matinée, rappela le convoi d’invasion, repoussa l’opération MO au 3 juillet et ordonna à ses forces de se rassembler au Nord-Est des îles Salomon pour commencer l’opération RY. Le Zuikaku et son escorte mirent le cap vers Rabaul tandis que le Shokaku se dirigeait vers le Japon112.

À bord de l’USS Lexington, les équipes de pompiers étaient parvenues à éteindre les incendies et à rendre le navire de nouveau opérationnel. Cependant, à 12 h 47, des étincelles produites par un moteur électrique enflammèrent les vapeurs de carburant près du poste de commandement. L’explosion qui en résulta tua 25 marins et déclencha un énorme incendie. Vers 14 h 42, une seconde et puissante explosion créa un second foyer d’incendie. Une troisième explosion eut lieu à 15 h 25 et l’équipage rapporta à 15 h 38 que les incendies étaient incontrôlables. L’équipage commença à abandonner l’USS Lexington à 17 h 7. À 19 h 15, après que les survivants eurent été secourus, dont l’amiral Fitch et le capitaine Frederick C. Sherman, le destroyer USS Phelps tira cinq torpilles dans le navire en feu qui coula à 19 h 52. 260 hommes sur les 2 951 membres d’équipage étaient morts. L’USS Phelps et les autres navires de soutien quittèrent immédiatement la zone pour rejoindre l’USS Yorktown et son escorte qui avaient mis le cap au sud-ouest à 16 h 1. Dans la soirée, MacArthur informa Fletcher que huit de ses B-17 avaient attaqué le convoi d’invasion et qu’il se retirait vers le Nord-Ouest113.
Le soir du 8 mai, Crace envoya le HMAS Hobart, dont le niveau de carburant était dangereusement bas, et le destroyer USS Walke, qui connaissait des ennuis avec sa propulsion, à Townsville en Australie. Il reçut des rapports radio indiquant que le convoi d’invasion japonais avait fait demi-tour, mais comme il ne savait pas que Fletcher s’était retiré, il resta en patrouille avec le reste de la TF 17,3 dans la mer de Corail dans le cas où les Japonais reprendraient leur progression vers Port Moresby114.

 

Conséquences

Le 9 mai, la TF 17 changea de cap et sortit de la mer de Corail par un passage au sud de la Nouvelle-Calédonie. l’amiral Chester Nimitz ordonna à Fletcher de renvoyer l’USS Yorktown à Pearl Harbor aussi vite que possible après l’avoir ravitaillé à Tongatapu. Comme il n’avait aucune nouvelle de Fletcher, l’Australien Crace en déduisit que la TF 17 avait quitté la zone. À 1 h le 10 mai, n’ayant pas non plus reçu de rapports indiquant que la flotte d’invasion japonaise progressait vers Port Moresby, Crace mit le cap sur l’Australie et il arriva dans les îles Whitsunday à 240 km au nord de Townsville le 11 mai115.
À 22 h le 8 mai, l’amiral Isoroku Yamamoto ordonna à Inoue de faire demi-tour, de détruire les navires alliés et de mener à bien l’invasion de Port Moresby. Inoue n’annula pas l’ordre de repli du convoi d’invasion mais renvoya les amiraux Takagi et Goto à la poursuite des derniers navires de guerre alliés dans la mer de Corail. N’ayant presque plus de carburant, les navires de Takagi passèrent la plus grande partie du 9 mai à se ravitailler auprès du pétrolier Toho Maru. Dans la nuit du 9 au 10 mai, Takagi et Goto mirent le cap au sud-est puis au sud-ouest de la mer de Corail. Les hydravions basés dans les Louisiades assistèrent Takagi dans sa recherche de la TF 17. Les navires sous les ordres de Fletcher et Crace étaient cependant déjà loin de la zone de recherche. À 13 h le 10 mai, Takagi conclut que les navires ennemis étaient partis et fit demi-tour en direction de Rabaul. Yamamoto accepta la décision de Takagi et il ordonna au Zuikaku de revenir au Japon pour recevoir les nouveaux appareils. Au même moment, le Kamikawa Maru quitta les Louisiades116. Le 11 mai vers midi, un hydravion de l’US Navy en patrouille depuis Nouméa repéra l’USS Neosho à la dérive. Le lendemain, l’USS Henley récupéra 109 survivants de l’USS Neosho et 14 de l’USS Sims, puis saborda le pétrolier avec plusieurs torpilles117.

L’opération RY commença le 10 mai. Après que le navire amiral japonais, le mouilleur de mines Okinoshima, eut été coulé par le sous-marin américain S-42 le 12 mai, les débarquements furent repoussés au 17 mai. Dans le même temps, la TF 16 de Halsey arriva dans le Pacifique Sud près d’Éfaté et mit le cap au nord le 13 mai pour s’opposer aux attaques japonaises contre Nauru et Banaba. Le 14 mai, l’amiral Chester Nimitz, ayant reçu des renseignements sur l’opération prévue des porte-avions japonais contre Midway, ordonna à Halsey de s’assurer que les avions de reconnaissance japonais repèrent ses navires le lendemain, après quoi il devrait retourner immédiatement à Pearl Harbor. À 10 h 15 le 15 mai, un appareil de reconnaissance basé à Tulagi repéra la TF 16 à 824 km à l’est des Salomon. La feinte de Halsey fonctionna. Craignant une attaque aéronavale contre sa force d’invasion peu défendue, Inoue annula immédiatement l’opération RY et renvoya ses navires à Rabaul et Truk. Le 19 mai, la TF 16, qui s’était ravitaillée à Éfaté, mit le cap sur Pearl Harbor où elle arriva le 26 mai. L’USS Yorktown atteignit Pearl Harbor le lendemain118,n 28.

Le Shokaku arriva à Kure au Japon le 17 mai après avoir failli chavirer dans une tempête lors du voyage de retour du fait des dégâts subis pendant la bataille. Le Zuikaku arriva également à Kure le 21 mai après s’être brièvement arrêté dans les îles Truk le 15 mai. En exploitant les rapports de l’espionnage radio, les Américains placèrent huit sous-marins sur la route de retour probable des porte-avions japonais mais aucun des submersibles ne fut en mesure d’attaquer. Le quartier général de la marine japonaise estima qu’il faudrait entre deux et trois mois pour réparer le Shokaku et reconstituer l’aviation embarquée. Les deux porte-avions seraient donc indisponibles pour l’opération prévue de Yamamoto contre Midway. Les deux navires rejoignirent le groupe aéronaval japonais le 14 juillet et jouèrent un rôle décisif dans les futurs affrontements contre les forces aéronavales américaines. Les cinq sous-marins japonais de la classe I soutenant l’opération MO furent redéployés pour soutenir une attaque dans la baie de Sydney trois semaines après dans le cadre d’une campagne pour désorganiser les lignes de ravitaillement alliées. Le I-28 fut cependant torpillé par le sous-marin américain USS Tautog alors qu’il rentrait à Truk121,n 29.

Signification
Un nouveau type de combat naval
La bataille de la mer de Corail fut le premier engagement naval de l’histoire dans lequel les flottes participantes ne se sont jamais aperçues et n’ont jamais directement ouvert le feu l’une sur l’autre. L’aviation remplaça le rôle joué par l’artillerie navale dans les affrontements précédents. Par conséquent, les deux commandants participèrent à un nouveau type d’affrontement, porte-avions contre porte-avions, et comme ils n’en avaient aucune expérience, ils commirent des erreurs. H. P. Willmot écrivit que les commandants durent « composer avec des communications difficiles dans une situation où le champ de bataille s’étendait bien au-delà que d’habitude et dans laquelle les vitesses avaient augmenté encore plus rapidement, ce qui réduisait le temps disponible pour les prises de décision123 ». Du fait du temps réduit pour prendre des décisions, les Japonais étaient désavantagés car l’amiral Shigeyoshi Inoue, se trouvant à Rabaul, était trop loin pour diriger efficacement ses forces navales en temps réel tandis que l’amiral Frank J. Fletcher était sur place avec ses porte-avions. Les amiraux japonais impliqués furent souvent trop lents à communiquer des informations importantes entre eux124.

Les équipages des porte-avions japonais se comportèrent mieux que ceux des navires américains et obtinrent de meilleurs résultats avec un nombre équivalent d’appareils. L’attaque japonaise contre les porte-avions américains le 8 mai fut mieux coordonnée que l’attaque américaine contre les porte-avions japonais. Les Japonais perdirent néanmoins plus d’aviateurs, 90 contre 35 pour les Américains. Le système de formation des aviateurs japonais ne fut jamais capable de remplacer les aviateurs expérimentés morts au combat. Au début de la guerre, le Japon disposait d’un groupe d’excellents pilotes japonais mais ce dernier fut progressivement décimé à partir de la bataille de la mer de Corail. Les nouvelles recrues inexpérimentées furent incapables de se mesurer aux aviateurs américains ayant reçu une longue formation et cela réduisit considérablement l’efficacité de l’aviation japonaise125.
Les Américains tirèrent des leçons de leurs erreurs et firent des améliorations concernant leurs tactiques aéronavales et leurs équipements. De nouvelles tactiques de combat aérien, une meilleure coordination, des appareils plus performants et le renforcement de l’artillerie antiaérienne débouchèrent sur des résultats plus positifs dans les affrontements ultérieurs. Le radar donna un léger avantage aux Américains dans cette bataille mais il joua un rôle encore plus décisif dans les batailles suivantes lorsque des améliorations technologiques augmentèrent son efficacité et que les Alliés apprirent à mieux l’utiliser. Après la perte de l’USS Lexington, les Américains mirent en place de meilleures méthodes de stockage du carburant et améliorèrent les procédures de lutte contre les incendies126. La coordination entre l’aviation alliée basée à terre et l’US Navy fut mauvaise durant la bataille mais s’améliora également par la suite127.

Les porte-avions japonais et américains s’affrontèrent à nouveau lors des batailles de Midway, des Salomon orientales et des îles Santa Cruz en 1942 puis dans la mer des Philippines en 1944128.

Implications tactiques et stratégiques
La propagande de chaque camp tenta de faire de la bataille de la mer de Corail une victoire. En termes de navires perdus, le Japon remporta une victoire tactique en coulant un porte-avions américain, un pétrolier et un destroyer, soit un tonnage total de 42 497 t, alors qu’il n’avait perdu qu’un porte-avions léger, un destroyer et plusieurs navires plus petits, soit 19 000 t. L’USS Lexington représentait, à ce moment, 25 % de la puissance aéronavale américaine dans le Pacifique129,n 30. Le public japonais fut informé de la victoire avec une surestimation des pertes américaines et une sous-estimation des pertes japonaises130.
Sur le plan stratégique, la bataille fut néanmoins une victoire alliée car l’invasion maritime de Port Moresby fut évitée, réduisant la menace contre les lignes de ravitaillement entre les États-Unis et l’Australie. Malgré le retrait de l’USS Yorktown de la mer de Corail, les Japonais furent obligés d’abandonner l’opération qui avait été la raison de la bataille de la mer de Corail131.
C’est d’autre part la première fois dans la guerre du Pacifique qu’une flotte d’invasion japonaise était repoussée sans avoir réussi à atteindre son objectif, ce qui contribua à gonfler le moral des troupes alliées après six mois de défaites contre les Japonais. Port Moresby était vital dans la stratégie américaine et sa garnison aurait certainement été battue par les troupes japonaises. La marine américaine exagéra également les dégâts qu’elle avait infligés aux Japonais132 et la presse traita les rapports de la bataille de Midway avec plus de précaution133.
Les résultats de la bataille eurent un impact important sur la planification stratégique des deux camps. Sans un point d’appui en Nouvelle-Guinée, l’avancée alliée ultérieure aurait été encore plus difficile qu’elle ne l’a été134. Pour les Japonais, la bataille fut considérée comme un simple revers temporaire. Elle sembla confirmer la piètre opinion que les Japonais avaient des capacités combattantes américaines et soutint la croyance que les futures opérations aéronavales contre les États-Unis seraient nécessairement couronnées de succès135.

Midway
L’une des conséquences les plus importantes de la bataille de la mer de Corail fut l’indisponibilité des porte-avions Shokaku et Zuikaku pour la confrontation décisive contre les Américains planifiée par Yamamoto à Midway ; le Shoho aurait été employé dans un rôle tactique pour soutenir les forces d’invasion japonaises. Les Japonais pensaient avoir coulé deux porte-avions dans la mer de Corail mais il en restait encore deux autres, l’USS Enterprise et l’USS Hornet, pour défendre Midway. Grâce à l’aviation basée à terre à Midway, les Américains disposaient d’un plus grand nombre d’appareils et cela signifiait que les Japonais ne disposeraient pas d’une supériorité numérique en terme d’avions pour la bataille à venir. En réalité, les Américains alignèrent trois porte-avions face à ceux de Yamamoto car l’USS Yorktown resta opérationnel malgré les dégâts reçus dans la mer de Corail et l’US Navy fut capable de le réparer suffisamment entre le 27 et le 30 mai pour qu’il puisse participer à la bataille. À Midway, les appareils de l’USS Yorktown jouèrent un rôle décisif en coulant deux porte-avions japonais. Il reçut également de nombreuses contre-attaques japonaises qui autrement auraient été dirigées contre les deux autres porte-avions américains136.

Par contraste avec les efforts acharnés mis en œuvre par les Américains pour déployer toutes leurs forces disponibles à Midway, les Japonais n’ont apparemment pas essayé d’inclure le Zuikaku dans l’opération. Rien n’a semble-t-il été fait pour combiner les escadrons survivants du Shokaku avec ceux du Zuikaku pour permettre à ce dernier de participer à la bataille. Le Shokaku était incapable de mener d’autres opérations du fait de son pont d’envol très endommagé et il eut besoin de près de trois mois de réparations au Japon pour redevenir opérationnel137.
Les historiens H. P. Willmott, Jonathan Parshall et Anthony Tully considèrent que l’amiral Isoroku Yamamoto a commis une grave erreur stratégique dans sa décision de soutenir l’opération MO avec des navires capitaux. Comme Yamamoto avait planifié une bataille décisive contre les Américains à Midway, il n’aurait pas dû se séparer de ses porte-avions pour une opération secondaire comme MO. Par conséquent, les forces navales japonaises furent affaiblies à la fois dans la mer de Corail et à Midway, ce qui permit aux Américains de les défaire en plusieurs fois. Wilmott ajoute que si une opération était assez importante pour nécessiter l’emploi de porte-avions, alors tous les porte-avions japonais auraient dû être déployés pour garantir la victoire. En associant des pièces essentielles à l’opération MO, Yamamoto fit que l’attaque décisive de Midway dépendait du succès de l’opération secondaire138.
De plus, Yamamoto sembla avoir manqué de noter les autres implications de la bataille de la mer de Corail : l’apparition inattendue des porte-avions américains à l’endroit et au moment exact pour s’opposer aux Japonais et la capacité de l’aéronavale américaine à causer des dommages significatifs aux porte-avions japonais. Ces deux événements se répétèrent à Midway et le Japon perdit quatre porte-avions, le cœur de ses forces navales offensives, et perdit donc l’initiative dans la guerre du Pacifique. Du fait de la puissance économique américaine, une fois que le Japon avait perdu sa supériorité en nombre de porte-avions, il ne fut jamais capable de la récupérer. Parshall et Tully ajoutent, « la bataille de la mer de Corail avait apporté les premiers indices que les Japonais avaient atteint leur apogée, mais c’est la bataille de Midway qui mit cela en évidence pour tout le monde139 ».

Situation dans le Pacifique Sud
Les forces australiennes et américaines furent initialement déçues par le résultat de la bataille de la mer de Corail, craignant que l’opération MO ne soit le prélude à une invasion de l’Australie et que le revers japonais ne soit que temporaire. Dans une réunion organisée à la fin du mois de mai, le conseil de guerre australien décrivit l’issue de la bataille comme « plutôt décevante » étant donné que les Alliés avaient été au courant des intentions japonaises. Le général Douglas MacArthur donna son évaluation de la bataille au premier ministre australien John Curtin en avançant que « tous les éléments qui avaient produit les désastres dans le Pacifique occidental depuis le début de la guerre » étaient toujours présents car les forces japonaises pouvaient frapper où elles voulaient si elles étaient soutenues par la marine impériale japonaise140.

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Troupes australiennes défendant Port Moresby le long de la Kokoda Track en 1942.

Après la perte de quatre porte-avions à Midway, les Japonais furent cependant incapables de mener une autre invasion de Port Moresby depuis la mer et tentèrent de l’atteindre depuis la terre. À partir du 21 juillet, les troupes japonaises commencèrent à progresser en direction de Port Moresby le long de la Kokoda Track à travers la chaîne Owen Stanley. Les Alliés avaient néanmoins renforcé la Nouvelle-Guinée avec de nouvelles unités principalement australiennes. L’avancée japonaise rendue difficile par le relief et le climat extrême fut stoppée en septembre 1942 et les Alliés repoussèrent une tentative ennemie pour s’emparer d’une base aérienne dans la baie de Milne141.

Dans le même temps, les Alliés cherchèrent à exploiter les victoires de la mer de Corail et de Midway en reprenant l’initiative stratégique. Ils choisirent Tulagi et l’île voisine de Guadalcanal comme cible de leur première offensive. L’échec japonais à Port Moresby et leur défaite à Midway laissa Tulagi sans protection efficace. L’île se trouvait à quatre heures de vol de Rabaul, la grande base japonaise la plus proche142.

Le 7 août 1942, 11 000 soldats américains débarquèrent à Guadalcanal et 3 000 autres à Tulagi et dans les îles voisines143. Les forces japonaises à Tulagi et sur les îles alentour furent submergées et combattirent presque jusqu’au dernier homme tandis que les Américains à Guadalcanal capturèrent l’aérodrome de Henderson Field en cours de construction par les Japonais144. Les campagnes de Guadalcanal et des îles Salomon qui suivirent se transformèrent en une dure guerre d’attrition entre les Japonais et les Alliés. Avec la campagne de Nouvelle-Guinée, ces opérations neutralisèrent les défenses japonaises dans le Pacifique Sud et causèrent des dommages irréparables à l’appareil militaire japonais, en particulier à sa marine, et contribuèrent significativement à la victoire des Alliés sur le Japon145.

Notes

  1. ↑ Aviation embarquée le matin du 7 mai1 :
    • USS Lexington
      • 35 bombardiers en piqué Douglas SBD Dauntless,
      • 12 bombardier-torpilleurs Douglas TBD Devastator,
      • 19 chasseurs Grumman F4F Wildcat
    • USS Yorktown
      • 35 SBD,
      • 10 TBD,
      • 17 F4F-3.
  2. ↑ Il y avait également plusieurs navires plus petits dont2 :
    • 5 dragueurs de mines,
    • 2 mouilleurs de mines,
    • 2 navires ASM et
    • 3 canonnières.

    Aviation embarquée le matin du 7 mai2 :

    • Shokaku
      • 21 bombardiers en piqué Aichi D3A,
      • 19 bombardier-torpilleurs Nakajima B5N,
      • 18 chasseurs A6M2 Zero
    • Zuikaku
      • 21 D3A,
      • 22 B5N,
      • 20 Zeros
    • Shoho
      • 6 D3A,
      • 4 chasseurs Mitsubishi A5M,
      • 8 Zeros.

    Cressman 2000, p. 93 avance que le Shoho transportait 13 chasseurs sans spécifier leur modèle. Les nombres de Lundstrom 2005 sont utilisés dans cet article.

  3. ↑ L’USS Yorktown perdit 16 appareils et l’USS Lexington, 51. Les appareils détruits comprenaient 33 SBD, 13 TBD et 21 F4F. Un hydravion Consolidated PBY Catalina de reconnaissance de la Royal Australian Air Force (RAAF) fut perdu le 4 mai et un autre le 6 mai (Gillison). Un B-17 du 40eescadron de reconnaissance à cours de carburant s’écrasa le 7 mai. Cette perte n’est pas comptée dans la liste des appareils perdus3.
    • Pilotes tués :
      • USS Yorktown : 14,
      • USS Lexington : 21.
    • Marins tués :
      • USS Lexington : 216,
      • USS Yorktown : 40,
      • USS Sims : 178,
      • USS Neosho : 175
      • USS Chicago : 2.

    Les deux hydravions de la RAAF totalisaient dix membres d’équipage4.

  4. ↑ Répartition des appareils détruits :
    • 19 Zeros,
    • 19 D3A et
    • 31 B5N.

    Millot indique la perte de deux hydravions Kawanishi H6K de patrouille, cinq bombardiers Mitsubishi G4M, trois hydravions plus petits et 87 appareils embarqués5.

  5. ↑ Répartition des morts : 90 pilotes ; 631 marins du Shoho et 108 du Shokaku. La flotte d’invasion de Tulagi perdit 87 hommes6.
  6. ↑ Le Senshi Sōsho ne mentionne pas le rôle d’Inoue dans la décision d’envahir Port Moresby et indique uniquement qu’il s’agissait d’un accord entre la marine et l’armée en janvier 194210.
  7. ↑ L’armée impériale japonaise (AIJ) et la marine impériale japonaise (MIJ) acceptèrent d’attendre l’occupation de Midway et des Aléoutiennes pour entreprendre des attaques contre les Fidji et les Samoa12. Le Senshi Sōsho avance que les soldats de l’armée de terre devaient capturer l’île deSamarai pour sécuriser l’entrée dans la mer de Corail13.
  8. ↑ Le porte-avions Kaga devait initialement participer à l’opération MO mais il fut remplacé par les deux autres porte-avions, car Inoue avançait qu’un porte-avions n’était pas suffisant15.
  9. ↑ Pour des raisons inconnues, la MIJ repoussa le changement prévu du cryptage RO du 1er avril au 27 mai 194217. Les Américains réalisaient le décryptage des communications japonaises à Washington, à Pearl Harbor et à Melbourne avec les Australiens18.
  10. ↑ La station d’interception radio britannique se trouvait à Colombo sur l’île de Ceylan20. Les Américains crurent à tort (en partie du fait d’une erreur de translittération du genre de son nom) que Shoho était un nouveau porte-avions encore inconnu, le Ryūkaku, avec 84 appareils21. Un soldat japonais fait prisonnier lors de la bataille de Midway indiqua aux Américains la lecture correcte du kanji du porte-avions qui fut identifié comme un porte-avions léger22. Les Japonais n’avaient apparemment pas développé de noms de code pour plusieurs îles des Louisiades et transmettaient donc le nom des îles en katakana sans les crypter, ce qui facilita la tache des casseurs de code américains23. Selon Parker 1994, p. 22-23, le général Douglas MacArthur refusa de croire les rapports des services de renseignement concernant l’opération MO et n’accepta l’idée que les Japonais allaient envahir Port Moresby que lorsqu’il survola les navires japonais approchant des Louisiades et de la Nouvelle-Guinée durant la première semaine du mois de mai24.
  11. ↑ L’USS Lexington était rentré à Pearl Harbor le 26 mars 1942 après avoir opéré avec l’USSYorktown dans la mer de Corail et repartit le 15 avril pour livrer 14 chasseurs Brewster F2A Buffalo et leurs pilotes à l’atoll Palmyra. Après la livraison le 18 avril, la TF 11 recut l’ordre de se rendre dans les Fidji puis en Nouvelle-Calédonie pour rejoindre la TF 1726. Halsey devait prendre le commandement des trois forces opérationnelles une fois que la TF 16 serait arrivée dans la mer de Corail27. La TF 17 comprenait l’USS Yorktown, les croiseurs USS Astoria, USS Chester etUSS Portland, les destroyers USS Hammann, USS Anderson, USS Perkins, USS Morris,USS Russell et USS Sims ainsi que les pétroliers USS Neosho et USS Tippecanoe. Le capitaine de l’USS Yorktown était Elliott Buckmaster. La TF 11 comprenait les croiseurs USS Minneapolis etUSS New Orleans et les destroyers USS Phelps, USS Dewey, USS Aylwin et USS Monaghan28. La TF 16 quitta Pearl Harbor le 30 avril20.
  12. ↑ McCarthy 1959 ne donne pas de chiffres exacts mais indique que 1 000 hommes, dont un bataillon d’infanterie, se trouvaient à Port Moresby en décembre 1941 et que deux autres bataillons arrivèrent le mois suivant. Willmott 1983 avance que 4 250 soldats furent déployés dans la ville le 3 janvier 1942 portant les effectifs de la garnison à trois bataillons infanterie, un d’artillerie et un de lutte anti-aérienne.
  13. ↑ Fletcher détacha les destroyers USS Anderson et USS Sims pour localiser les sous-marins. Les deux navires revinrent le lendemain (3 mai) sans les avoir repérés40. Le I-27 et le I-21 menèrent des missions de reconnaissance au large de Nouméa lors de l’opération MO41.
  14. ↑ Les deux pétroliers transportaient un total de 24 300 m3 de pétrole tandis que les TF 11 et 17 en consommaient 1 810 m3 par jour à leur vitesse de croisière de 28 km/h44.
  15. ↑ Goto ravitailla ses croiseurs avec le pétrolier Iro près des îles Shortland le 5 mai. Comme Takagi passa dans les Salomon durant la nuit, les hydravions américains basés à Nouméa ne le repérèrent pas20. Le pétrolier de Takagi était le Toho Maru20.
  16. ↑ Le groupe de Fitch était appelé la TF 17,5 et comprenait quatre destroyers et les porte-avions ; le groupe de Grace fut renommé TF 17,3 et le reste des croiseurs et des destroyers (USSMinneapolis, USS New Orleans, USS Astoria, USS Chester, USS Portland et cinq destroyers du premier escadron de destroyers) fut placé sous le commandement du contre-amiral Thomas C. Kinkaid au sein de la TF 17,255.
  17. ↑ À ce moment, la TF 17,3 était composée des croiseurs USS Chicago, HMAS Australia et HMASHobart, ainsi que des destroyers USS Walke, USS Perkins et USS Farragut62.
  18. ↑ À ce moment, la TF 17 avait 128 avions opérationnels et l’amiral japonais Takagi en disposait de 11164. L’amiral Shigeyoshi Inoue ordonna aux quatre sous-marins de se déployer plus au sud pour intercepter tout navire rentrant en Australie après la fin de la bataille64.
  19. Avion à même le sable dont la partie centrale est détruite
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Épave d’un appareil du Shokaku s’étant écrasé sur les Récifs indispensables le 7 mai et photographiée le 9 juin 1942.

Les deux appareils de reconnaissance duShokaku qui étaient restés sur place pour essayer de localiser les navires américains n’avaient plus assez de carburant pour rentrer et ils amerrirent sur les Récifs indispensables(voir photographie à droite). Les deux équipages furent secourus par un destroyer japonais le 7 mai, peut-être l’Ariake73.

  • Schéma de navire localisant six impacts de torpilles et treize impacts de bombes

 

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Schéma des impacts de bombes et de torpilles sur le Shoho.

Le Senshi Sōsho, le document historique officiel du ministère de la Guerre japonais, indique que les croiseurs se trouvaient à cette distance pour alerter le porte-avions de l’approche d’appareils ennemis et non pour offrir un soutien de DCA76. À ce moment de la guerre, la doctrine de défense des porte-avions japonais reposait sur la manœuvre et la protection de l’aviation et non sur la concentration des canons antiaériens des navires d’escorte20.

  • ↑ Les renseignements américains de Pearl Harbor considéraient que les porte-avions Kagaet Kasuga Maru (Taiho) pourraient être impliqués dans l’opération MO79.
  • ↑ L’USS Tippecanoe avait été envoyé à Éfatépour distribuer son pétrole à des navires d’un convoi de ravitaillement. Un autre pétrolier, l’USSE. J. Henry, était dans les Fidji et donc à plusieurs jours de la zone des combats89.
  • ↑ Fletcher envisagea de lancer une attaque aérienne nocturne ou d’envoyer ses croiseurs et ses destroyers contre les navires de Takagi, mais il décida de préserver ses forces pour la bataille du lendemain92. Durant la nuit, trois bombardiers-torpilleurs japonais cherchèrent la flotte de Crace mais ne parvinrent pas à la localiser93.
  • ↑ Cinq des F4F Wildcat venaient de l’USSLexington et quatre de l’USS Yorktown. Ils se trouvaient à une altitude comprise entre 760 et2 400 m alors que les avions japonais se trouvaient entre 3 000 et 4 000 m.
  • ↑ La couverture de l’USS Yorktown était assurée par les croiseurs USS Astoria, USS Portland etChester et les destroyers USS Russell, USS Hammann et USS Aylwin. La protection de l’USSLexington était réalisée pa les croiseurs USS Minneapolis et USS New Orleans et les destroyersUSS Dewey, USS Morris, USS Anderson et USS Phelps. Certains participants pensaient que l’USSLexington avait été touché par jusqu’à cinq torpilles105. Deux bombardiers-torpilleurs ciblèrent l’USSMinneapolis mais le ratèrent106.
  • ↑ Fletcher avait initialement proposé de renvoyer l’USS Lexington au port pour qu’il soit réparé et de transférer ses appareils sur l’USS Yorktown et continuer le combat, mais le message de 14 h 22le fit changer d’avis. Plusieurs appareils américains avaient apparemment repéré le Zuikaku à deux reprises sans réaliser qu’il s’agissait du même navire111.
  • ↑ La force d’invasion de l’opération RY comprenait un croiseur léger, un mouilleur de mines, deux destroyers et deux transports20. Les croiseurs et les destroyers de Takagi fournirent une certaine couverture au nord. Banaba et Nauru furent par la suite occupés sans opposition les 25 et 26 août par les Japonais qui y restèrent jusqu’à la fin de la guerre62. L’USS Yorktown se ravitailla auprès ducroiseur auxiliaire HMAS Kanimbla le 18 mai119. Les premiers rapports des services de renseignement concernant l’imminente opération de Yamamoto indiquaient une attaque contreOahu, mais vers le 17 mai, Midway devint la cible probable des Japonais120.
  • ↑ Le Shokaku faillit chavirer car il naviguait à vitesse maximale lors de son retour au Japon pour éviter les attaques des sous-marins américains, mais cette grande vitesse fit entrer de l’eau dans la proue endommagée. Quatre sous-marins, l’USS Gar, l’USS Greenling, l’USS Tautog et l’USS Grampus furent stationnés au large de Truk et quatre de plus, l’USS Drum, l’USS Grenadier, l’USS Triton et l’USS Pollack entre Truk et le Japon. L’USS Triton repéra un porte-avions, qu’il supposait être le Shokaku, à 6 100 m mais fut incapable de se rapprocher et d’ouvrir le feu122. Tully avance que le Shokaku fut rejoint par les destroyers KuroshioOyashio et Hayashio le 12 mai dans la mer des Philippines et le Ushio et le Yugure furent déployés pour escorter le Zuikaku à partir de Truk.
  • ↑ Les Japonais pensaient néanmoins qu’ils avaient coulé le sister-ship de l’USS Lexington, l’USSSaratoga.

 

Références

  1. ↑ Lundstrom 2005, p. 190
  2. ↑ a et b Lundstrom 2005, p. 188 ; Millot 1974, p. 154
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  9. ↑ United States Army Center of Military History (USACMH) (vol. II), p. 127 ; Parker 1994, p. 5 ; Frank 1990, p. 21-22 ;Willmott 1983, p. 52-53 ; Willmott 2002, p. 10-13 ; Hayashi 1959, p. 42-43 ; Dull 1978, p. 122-125 ; Millot 1974, p. 24-27 ;D’Albas 1965, p. 92-93 ; Henry 2003, p. 14-15 ; Morison 1949,p. 10 ; Parshall 2005, p. 27-29
  10. ↑ Bullard 2007, p. 49
  11. ↑ Gill 1968, p. 39 ; Hoyt 2003, p. 8-9 ; Willmott 1983, p. 84 ;Willmott 2002, p. 12-13, 16-17 ; Hayashi 1959, p. 42-43, 50-51 ; Dull 1978, p. 122-125 ; Millot 1974, p. 27-31 ; Lundstrom 2006, p. 138 ; Bullard 2007, p. 50 ; Parshall 2005, p. 27-29, 31-32
  12. ↑ Hayashi 1959, p. 50
  13. ↑ Bullard 2007, p. 56
  14. ↑ Jersey 2008, p. 57 ; Willmott 2002, p. 16-17 ; Dull 1978,p. 122-124 ; Lundstrom 2006, p. 121-122 ; D’Albas 1965,p. 94 ; Morison 1949, p. 11 ; Parshall 2005, p. 57-59
  15. ↑ Lundstrom et Parshall
  16. ↑ Parker 1994, p. 20-22 ; Willmott 2002, p. 21-22 ; Parshall 2005, p. 60
  17. ↑ Willmott 2002, p. 21-22 ; Lundstrom 2006, p. 119
  18. ↑ Prados 1995, p. 300-303
  19. ↑ Prados 1995, p. 301
  20. ↑ a, b, c, d, e et f Lundstrom[Lequel ?]
  21. ↑ Holmes 1979, p. 70
  22. ↑ Lundstrom et Morison 1949, p. 11
  23. ↑ Holmes 1979, p. 65
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  52. ↑ Willmott 2002, p. 40-41 ; Lundstrom 2005, p. 178-179 ; Hoyt 2003, p. 34 ; Cressman 2000, p. 94-95 ; Hoehling 1971, p. 39 ;Millot 1974, p. 52-53 ; Lundstrom 2006, p. 150-153
  53. ↑ Willmott 2002, p. 41-42 ; Hoyt 2003, p. 33-34 ; Lundstrom 2006, p. 139 ; Dull 1978, p. 127-128 ; Lundstrom 2005, p. 181,Cressman 2000, p. 93 ; Millot 1974, p. 51-53 ; Lundstrom 2006,p. 147, 152-153 ; D’Albas 1965, p. 96 ; Morison 1949, p. 29
  54. ↑ Lundstrom 2005, p. 179-181 ; Hoyt 2003, p. 37 ; Cressman 2000, p. 84, 94-95 ; Millot 1974, p. 54-55 ; Lundstrom 2006,p. 155 ; Morison 1949, p. 29-31
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  56. ↑ Lundstrom 2005, p. 181-182 ; Hoyt 2003, p. 35 ; Dull 1978,p. 130 ; Lundstrom 2006, p. 155-156
  57. ↑ Article du Chicago Sun Times, 18 (?) juin 1942, Chicagoan B-17 pilot, William B. Campbell : Reported out of Melbourne, Australia (Ce serait plutôt William Haddock Campbell, un pilote de B-17 de l’United States Army Air Forces)
  58. ↑ Salecker 2001, p. 179 ; Hoyt 2003, p. 35 ; Millot 1974, p. 55 ;Dull 1978, p. 130 ; Lundstrom 2006, p. 155-157 ; D’Albas 1965,p. 97 ; Morison 1949, p. 31-32 ; Gillison 1962, p. 519
  59. ↑ Lundstrom 2005, p. 181-182 ; Hoyt 2003, p. 37 ; Cressman 2000, p. 94-95 ; Millot 1974, p. 56
  60. ↑ Lundstrom 2005, p. 181 ; Hoyt 2003, p. 35 ; Millot 1974,p. 57 ; Dull 1978, p. 130 ; Lundstrom 2006, p. 154, 157 ; Bullard 2007, p. 62 ; Morison 1949, p. 31-32
  61. ↑ Lundstrom 2005, p. 189-190, 206-209 ; Hoyt 2003, p. 51-52 ;Cressman 2000, p. 94 ; Millot 1974, p. 62-63 ; Lundstrom 2006,p. 161-162 ; Henry 2003, p. 50 ; Morison 1949, p. 37
  62. ↑ a et b Millot et Morison
  63. ↑ Lundstrom 2005, p. 189-190 ; Hoyt 2003, p. 37-38, 53 ; Millot 1974, p. 57-58, 63 ; Lundstrom 2006, p. 159, 165-166 ;Morison 1949, p. 33-34
  64. ↑ a et b Lundstrom 2006, p. 159
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  97. ↑ Lundstrom 2005, p. 222-225 ; Hoyt 2003, p. 76-77 ;Cressman 2000, p. 103 ; Woolridge 1993, p. 40-41 ; Hoehling 1971, p. 52-53 ; Millot 1974, p. 81-85 ; Dull 1978, p. 132-133 ;Lundstrom 2006, p. 185-187 ; Morison 1949, p. 48-49
  98. ↑ Lundstrom 2005, p. 224-227, 243-246 ; Hoyt 2003, p. 79, 89 ; Cressman 2000, p. 104 ; Millot 1974, p. 85 ; Dull 1978,p. 132-133 ; Lundstrom 2006, p. 186-187 ; Morison 1949, p. 49
  99. ↑ Lundstrom 2005, p. 228-231 ; Hoyt 2003, p. 79-84 ;Cressman 2000, p. 104-106 ; Hoehling 1971, p. 62 ; Millot 1974, p. 87-88, 91 ; Dull 1978, p. 133 ; Lundstrom 2006,p. 192-195 ; D’Albas 1965, p. 105 ; Hata 1975, p. 42-43
  100. ↑ Lundstrom 2005, p. 236-243 ; Hoyt 2003, p. 84-85 ;Cressman 2000, p. 106 ; Hoehling 1971, p. 63-65 ; Millot 1974,p. 88-92 ; Dull 1978, p. 133 ; Lundstrom 2006, p. 195, 559 ;D’Albas 1965, p. 106
  101. ↑ Lundstrom 2005, p. 242-243 ; Hoyt 2003, p. 86 ; Cressman 2000, p. 106 ; Millot 1974, p. 91-92 ; Parshall 2005, p. 63 ; Dull 1978, p. 133 ; Lundstrom 2006, p. 195 ; Tully, « IJN Shokaku »
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16 mars 2013

Les Etats-Unis et le conflit sino-japonais

Classé sous — milguerres @ 22 h 58 min

 

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Les Etats-Unis et le conflit sino-japonais 

Alfred Max

Politique étrangère

Année 1938

Volume 3

Numéro 6 pp. 607-623

Le Président Roosevelt avait hérité à son arrivée au pouvoir, en 1933, d’une opinion mal disposée à l’égard du monde extérieur, ulcérée par le non-paiement des dettes et décidée à se prémunir contre la contagion d’une guerre européenne que, déjà, l’on croyait imminente. Cette opinion, M. Roosevelt, persuadé de la nécessité de sauver la paix en collaborant aussi étroitement que possible avec les puissances pacifiques, s’est appliqué à la retourner, à la gagner à ses vues personnelles et à obtenir du Congrès, en fait, la liberté d’action qui lui était refusée en droit par les lois de neutralité.
Le conflit sino-japonais fut, pour le Président, l’occasion de faire en quelque sorte une démonstration de sa politique. Par le fait même qu’il est toujours allé à la limite extrême de la marge où sa politique pouvait se mouvoir sans être désavouée, l’opinion publique s’est trouvée soumise à un travail d’éducation, d’éveil aux réalités de la situation extérieure; la marge de liberté du Président s’est ainsi déplacée, de nouvelles possibilités d’action sont apparues. C’est cette évolution dont je voudrais m’efforcer de retracer ici les étapes les plus importantes.

Refus d’appliquer la loi de neutralité
Dans les premiers jours du mois de juillet 1937, Cordell Hull, comme autrefois M. Stimson, ne croit pas que la guerre soit inévitable. Il pense que le gouvernement civil au Japon a la volonté et la possibilité de mettre le holà aux exigences de son État-Major. Au moment où éclate le conflit sino-japonais, le Président Roosevelt est engagé dans la lutte politique la plus importante de sa carrière : il essaie d’obtenir l’adhésion du Congrès à son projet de réforme de la Cour Suprême; absorbé par les questions intérieures, il laisse à M. Hull la direction des opérations diplomatiques.
Celui-ci fait d’abord appeler, le 12 juillet, quelques jours seulement après l’incident de Lou Kou Chiao, les ambassadeurs de Chine et du Japon et leur dit son espoir de voir la question réglée pacifiquement.

Puis, le 16 juillet, le département d’Etat publie un manifeste qui constitue une sorte de credo de la politique américaine. Tous les grands principes qui animent cette politique depuis l’avènement du Président Roosevelt y sont à nouveau affirmés. La déclaration commence par rappeler que des hostilités, en quelque partie du monde qu’elles éclatent, ne peuvent laisser les Etats-Unis indifférents, qu’elles affectent à coup sûr leurs intérêts, leurs droits ou leurs obligations. M. Hull rappelle également que les États-Unis sont essentiellement attachés à un règlement, par voie de négociations, de toutes les controverses qui peuvent s’élever entre nations, qu’ils restent les ardents défenseurs du droit international, de la moralité internationale, du caractère sacré des obligations contractées.
Soixante États communiquent en termes chaleureux leur approbation de la note de M. Hull. Seul le Japon y fait quelques réserves, se sentant particulièrement visé, déclarant : le gouvernement japonais est d’accord sur les principes généraux de la politique de M. Hull;toutefois, il est bien évident qu’en ce qui concerne l’Extrême-Orient, il n’y a de solution pacifique possible qu’en tenant compte de façon réaliste et objective de la situation de fait particulière à cette région.
Quelques jours s’écoulent. On croit encore que le conflit ne va pas dégénérer en guerre générale, puis c’est l’incident de l’aérodrome de Hungjao. Le conflit se déplace vers Shanghaï. Deux navires américains, YAugusta et le Président-Hoover, sont atteints par des éclats d’obus. Au Congrès, toujours en session, on commence à réclamer une application de la loi de neutralité.
Qu’est-ce que la loi de neutralité? C’est essentiellement un dispositif de sécurité destiné à permettre aux États-Unis de rester à l’écart de toute guerre n’intéressant pas le continent ou les possessions américaines, par un abandon volontaire de certains droits, comme la liberté des mers, traditionnels mais mal définis, et dont l’application risque de provoquer de dangereuses controverses avec tel ou tel belligérant. Comment se déclenche la loi? Il suffit que le Président juge qu’il y a état de guerre. Aussitôt entre automatiquement en application un embargo sur les armes, munitions et matériel de guerre s’appliquant sans discrimination à tous les belligérants; les navires américains ne peuvent plus se rendre dans la zone des hostilités et les citoyens américains doivent s’abstenir de voyager sur les navires des belligérants; les crédits à long terme sont prohibés. En outre, le Président a la faculté d’édicter un certain nombre de restrictions qui portent sur le commerce des matières premières.
Le Président, vers le milieu du mois d’août, se trouve donc devant l’alternative suivante : ou céder aux injonctions du Congrès et reconnaître qu’il y a état de guerre, ou refuser d’appliquer la loi de neutralité.

Le 23 août, le sénateur Pittman, président de la Commission des Affaires Étrangères du Sénat, parlant officieusement au nom du gouvernement américain, déclare en substance dans une allocution radiodiffusée : « Les États-Unis n’ont pas à appliquer la loi de neutralité, ils ne l’appliqueront pas pour l’instant, car, aucune des deux parties n’ayant déclaré la guerre, il n’y a pas état de guerre. » Les pacifistes, les partisans de l’isolement qui réclament au Sénat l’application de la loi ont à ce moment beau jeu de rappeler qu’en 1933, au moment de la campagne d’Ethiopie, le Président avait appliqué la loi de neutralité en disant : « Pour simplifier les définitions, nous dirons qu’il y a guerre lorsqu’il y aura eu invasion armée suivie de pertes de vies humaines. » Donc l’invocation de la fiction de la non-existence d’un état de guerre est un prétexte. Le Président ne veut pas appliquer la loi. Pourquoi?
En premier lieu, il faut tenir compte d’un certain nombre de considérations d’ordre économique et politique. A partir du moment où la paix américaine n’est pas vraiment en danger du fait du conflit sino-japonais, est-il opportun d’appliquer des restrictions qui vont frapper particulièrement les industries de la côte du Pacifique, c’est-à-dire les usines aéronautiques qui fournissent la Chine et le Japon en matériel aérien, pour la plupart situées en Californie, la marine marchande et donc le transit qui fait la prospérité des ports de San Francisco, de Seattle, de San Pedro, le pétrole de Los Angeles dont le Japon est le principal acheteur? Ces restrictions affecteront la Californie. Or, la Californie est un État qui, du point de vue de la politique intérieure, est particulièrement sensible, c’est un État-clé. La prépondérance du parti démocrate n’y est pas indiscutée, et on se rappellera qu’en 1916, au moment où le président Wilson s’était présenté pour son second mandat, il n’avait été réélu que grâce aux 4.000 voix de majorité qu’il obtint sur son concurrent républicain dans l’État de Californie. Ces considérations qui sont du ressort de la stratégie électorale ne peuvent manquer d’exercer une influence sur les décisions qui vont être prises, mais il est difficile de savoir quelle est leur importance exacte dans le calcul auquel se livrent le Président et l’administration.
Une seconde raison pour ne pas invoquer la loi, c’est que son application, étant donné les circonstances, eût été contraire aux principes qui venaient d’être énoncés le 16 juillet. La loi de neutralité est essentiellement amorale. Elle implique un abandon de certaines positions spirituelles, matérielles, un repliement devant la force et devant l’agression. Elle frapperait, si l’on se contentait d’appliquer les restrictions obligatoires, la Chine d’abord : celle-ci ne pourrait plus se ravitailler en munitions aux États-Unis, comme elle le fait à un rythme accéléré depuis le début du conflit.

Or, les sympathies du peuple américain vont à la Chine. Des liens affectifs existent entre la population américaine et la population chinoise; non seulement les Américains ont été surpris et peines par l’agression japonaise de Mandchourie, mais d’une façon plus générale, surtout depuis le règlement de l’indemnité Boxer, il y a un courant d’échanges culturels permanents entre la Chine et les États-Unis. Le personnel gouvernant dans la Chine de Chiang Kai-Shek est composé en majorité d’anciens élèves d’universités américaines; les missionnaires américains font une sorte de propagande inconsciente pour la Chine aux États-Unis mêmes, et si le souvenir demeure de l’époque où la Californie donnait le signal des lois d’immigration fondées sur la discrimination contre les Jaunes, on se rappelle aussi que ces lois s’opposaient beaucoup plus à l’immigration japonaise qu’à l’immigration chinoise.
Mais il existe un troisième ordre de considérations qui pèse probablement plus que les deux premiers sur les déterminations du Président. M. Roosevelt veut garder le contrôle de la politique extérieure. Il n’a accepté la loi de neutralité qu’à contre-cœur. Lorsqu’il l’a appliquée en 1935 à l’Ethiopie et en 1937 à l’Espagne, ce fut en somme, non pas pour servir le but que les auteurs de la loi lui avaient assigné, c’est-à-dire préserver les Etats-Unis d’une guerre au moyen d’un isolement aussi hermétique que possible, mais au contraire pour coopérer par une voie détournée avec les puissances pacifiques, pour apporter, dans le cas de l’Ethiopie, un complément aux sanctions votées à Genève, et dans le cas de l’Espagne, aux restrictions du comité de non-intervention.
Dans le cas de la Chine, il n’y a rien de pareil. Au contraire, il est possible que plus tard le gouvernement des États-Unis, profitant des sympathies du peuple américain à l’égard de la Chine, puisse rejeter la loi de neutralité, dont le Président et l’administration n’ont jamais voulu, pour collaborer à l’occasion du conflit d’Extrême-Orient par des mesures de coercition, par des sanctions peut-être, à l’œuvre qui sera éventuellement entreprise à Genève ou ailleurs.
Enfin, il s’agit pour le Président de prouver qu’il reste le maître de déterminer quand et comment s’applique une loi qui vise au contrôle total de la politique extérieure des États-Unis dans des circonstances données. Il y a là une phase de la lutte qui s’est engagée depuis que la Constitution américaine existe, depuis George Washington, entre les prérogatives du Sénat et celles du Président en matière de politique extérieure.
Le motif invoqué pour ne pas appliquer la loi, c’est la non-existence d’un état de guerre. Le Président et l’administration se rendent compte que l’argumentation est d’une extrême ténuité, car, du fait même des justifications données, il suffirait que le Japon ou la Chine déclarent la guerre pour que les États-Unis se trouvent forcés d’invoquer la loi.
Au mois de septembre, les Japonais déclarent un blocus des côtes chinoises. Ge blocus n’est pas général, il n’est pas effectif, il est limité aux navires chinois, les navires étrangers en étant exempts. Toutefois, la presse japonaise s’irrite, au début de septembre, d’apprendre qu’un navire appartenant au gouvernement américain, le Wichita, va partir d’un port californien, San Diego, pour apporter à la Chine, par Hong-Kong et Canton, une cargaison composée d’avions militaires, de pièces de rechange, de munitions et de matériel de guerre. L’administration craint des difficultés au moment du passage du navire dans les eaux chinoises. Aussi, le 14 septembre, le Président annonce-t-il qu’à partir de ce jour, les navires marchands appartenant au gouvernement américain ne pourront plus transporter d’armes, de munitions, de matériel de guerre, à destination de la Chine ou du Japon ; que les navires marchands privés qui voudront transporter des armes, munitions ou matériel de guerre à destination de la Chine ou du Japon le feront désormais à leurs propres risques, et que les résidents américains en Chine sont invités à quitter le territoire chinois le plus rapidement possible, des navires de guerre américains se tenant à leur disposition à Shanghaï et sur le Yang-Tsé pour les rapatrier ou les évacuer; enfin la politique américaine, en ce qui concerne l’application de l’acte de neutralité, reste essentiellement « sur une base de 24 heures ».
Quelle est la portée de cette déclaration? Elle intervient à propos d’un cas particulier, le cas du Wichita; elle est de pure forme, car les navires du gouvernement qui font le transit entre la Chine, le Japon et les États-Unis sont au nombre de quatre : quatre navires de neuf mille tonnes. Par la suite, on pourra constater que le trafic des munitions ne fera que se développer1. Enfin, les résidents américains, au nombre d’environ 10.000, ne quitteront pas la Chine, sauf 2 ou 3.000 dont beaucoup, d’ailleurs, reviendront dans la région de Shanghaï dès que les hostilités dans cette zone seront terminées; et s’il est vrai que plus tard on assistera à un exode en masse, ce sera non pas en raison d’une pression exercée par le gouvernement, mais plus simplement parce que les affaires auxquelles se livraient les négociants étrangers installés en Chine ont cessé d’être avantageuses étant donné les circonstances.
Concession de pure forme, mais qui porte, car tous ceux qui, même dans les milieux pacifistes, conservent un préjugé favorable à l’égard du Président, diront : « Le Président ne pouvait pas appliquer la loi de neutralité parce qu’il n’y avait pas état de guerre; il ne pouvait donc envenimer une situation, délicate déjà, en prenant une initiative diplomatique inopportune, en déclarant qu’il y avait guerre; mais il fait en somme l’équivalent puisqu’il prend des mesures qui, en pratique, nous mettent à l’abri de tout danger et de toute surprise. »

1. A la date du 1er juin 1938, les États-Unis avaient vendu depuis le début du conflit : à la Chine, du matériel de guerre d’un valeur de 8.666.000 dollars; au Japon, du matériel de guerre d’une valeur de 7.415.189 dollars.

Le discours de Chicago et la conférence de Bruxelles
S’étant ainsi concilié les milieux pacifistes par quelques concessions plus apparentes que réelles, le Président ne perd cependant pas de vue son objectif principal. Tout d’abord, il est conscient de la sympathie grandissante du peuple américain pour les souffrances de la Chine. On sait qu’il existe aux Etats-Unis une organisation qui porte le titre d’ « Institut américain de l’opinion publique », et qui se livre à des consultations populaires périodiques sur toutes les grandes questions d’actualité. L’Institut de l’opinion publique interrogea au mois de juillet 1937 un certain nombre de personnes choisies d’après un critérium présentant certaines garanties de rigueur scientifique : sur 100 personnes, 43 seulement reconnaissaient leur sympathie pour la Chine, et 55 déclaraient n’avoir pas de préférence. Or, au début du mois d’octobre, c’est-à-dire après les différentes proclamations du Président et de M. Hull, après le développement du conflit, son extension à la région de Shanghaï, après les bombardements aériens dans toute la Chine, le chiffre des indifférents était tombé à 40 % et les partisans de la Chine passaient à 59 %.
Le Président, s’appuyant sur les renseignements reçus d’Europe qui laissaient prévoir la possibilité de la convocation d’une conférence en vertu du traité des Neuf Puissances où, peut-être, on se mettrait d’accord sur des mesures à prendre en commun, convaincu par les acclamations qui l’avaient accueilli au cours d’un voyage qu’il venait de faire à travers le continent que sa popularité n’avait pas souffert de l’échec du projet de réforme de la Cour Suprême, prononce à Chicago, le 5 octobre 1937, un discours historique où, pour la première fois peut-être depuis son avènement à la présidence, dégagé de préoccupations intérieures exclusives, il fait connaître ses vues personnelles sur la situation extérieure, persuadé que le moment est venu de jeter toute son influence du côté des puissances pacifiques et de faire un effort pour décourager, par un exemple qu’il espère éclatant, les forces d’agression dans le monde.
Le Président déclarait notamment que « les nations qui aiment la paix doivent faire un effort concerté pour mettre fin à l’épidémie d’illégalité qui déferle sur le monde », que « l’on ne peut pas échapper à la guerre par simple isolement ou neutralité ». Il ajoutait que « lorsqu’une épidémie de maladie commence à se répandre, la communauté doit participer à une quarantaine afin de se défendre contre une propagation du mal ». C’était un langage révolutionnaire pour un Président des États-Unis étant donné le désaveu cinglant infligé à la politique wilsonienne et le fait que, depuis vingt ans, on s’en était tenu à des déclarations vagues et à une abstention à peu près complète.
Que voulait dire le mot « quarantaine »? C’était ce qui intrigua considérablement l’opinion publique américaine. Beaucoup crurent qu’il s’agissait de prendre des sanctions immédiates contre le Japon, c’est-à-dire courir des risques de guerre. Mais à une personnalité importante qui rendit visite au Président le lendemain de son discours et qui lui demanda : « Croyez-vous qu’un jour les États-Unis puissent prendre des sanctions contre le Japon? » le Président, paraît-il, répondit : « Vous lisez le livre à la page 252, moi j’en suis encore à la page 2 ».
Quoi qu’il en soit, le discours de Chicago provoqua des réactions dans l’opinion, réactions violentes de part et d’autre, et l’opinion se divisa, prit position comme elle ne l’avait jamais fait depuis 1919. Les partisans de la nouvelle politique que M. Roosevelt recommandait, on les trouvait au Sénat, chez une poignée de sénateurs, quatre ou cinq seulement, qui avaient toujours marqué leur désir de voir les États-Unis prendre une part plus active aux affaires du monde, comme le sénateur Pope, le sénateur Thomas et M. Pittman, le président de la Commission des Affaires Étrangères. On les trouvait également au sein de quelques ligues pacifistes restées fidèles à l’idéologie de la Société des Nations; par exemple l’association pour la Société des Nations que dirige un homme très actif et très énergique, Clark Eichelberger. Je me trouvais par hasard le 6 octobre dans le bureau de M. Eichelberger, à 8 heures du matin. Il avait devant lui une corbeille où venaient s’empiler des multitudes de télégrammes émanant des membres de toutes sortes d’organisations pacifistes, télégrammes d’approbation à la politique présidentielle. Sur son bureau, deux téléphones : il parlait simultanément à M. Stimson, le secrétaire d’État de l’administration Hoover, qui s’engageait à écrire une lettre au New York Times — lettre qu’il écrivit en effet — donnant son appui sans réserve à la politique du Président, et au secrétaire particulier de M. Kellogg, secrétaire d’État de l’administration Coolidge, lui demandant de bien vouloir signer un manifeste identique à celui de M. Stimson. Si M. Kellogg ne le signa pas, ce fut uniquement, dit son secrétaire, parce qu’il était très malade et, en effet, il devait mourir quelques jours plus tard.

Comme autres partisans de la politique présidentielle, on trouvait certains grands journaux de l’Est, essentiellement le New York Times et le New York Herald Tribune, puis des individualités brillantes mais isolées comme Dorothy Thomson, qui tient une place importante dans la presse américaine et à la radio, ou M. Walter Lippmann.
Mais toutes ces manifestations de sympathie, si spontanées et si chaleureuses qu’elles fussent, se noyaient dans la masse des protestations qui s’élevaient de tous les points du continent. Au Sénat, tout le bloc des neutralistes, le bloc de l’isolement, beaucoup plus puissant en nombre que les partisans de la collaboration avec l’Europe, protestait et organisait une démarche collective à la Maison Blanche. La plupart des journaux du Centre et de l’Ouest protestaient également. Un petit organe du Centre Nord, le Sheboygan Times, déclarait : « Le discours de Chicago est le discours le plus belliqueux qu’un Président des États-Unis ait prononcé. » Un historien connu dont se réclament les milieux pacifistes, M. Charles Beard, écrivait : « M. Roosevelt est un être dangereux car il est tout imbibé de l’idéologie wilsonienne et, comme M. Wilson, un jour, il finira par mener les Etats-Unis à la guerre, et peut-être ce jour est-il venu. »
L’opposition, d’autre part, faisait état d’un prétendu antagonisme entre M. Hull et M. Roosevelt que l’on accusait d’avoir improvisé un discours personnel sans avoir au préalable consulté son secrétaire d’État. Dans ces milieux on représente souvent le « team » Hull-Roosevelt comme une sorte d’équipe Sancho Pança-Don Quichotte. On affiche le plus grand respect pour la personnalité pondérée et grave de M. Hull, tandis qu’on accuse M. Roosevelt d’être primesautier, léger, irréfléchi. Dans ce cas particulier, il n’y avait pas le moindre désaccord entre eux, comme le communiqué du département d’État, rendu public le lendemain 6 octobre, le prouva, puisqu’il y était dit que le Japon avait violé le pacte Briand-Kellogg et le traité des Neuf Puissances et que par conséquent les con* clusions du gouvernement américain coïncidaient avec celles de l’Assemblée de la Société des Nations.
La violence des attaques était cependant telle que le Président dut céder du terrain et démentir les intentions qu’on lui prêtait. Le 12 octobre, il prononçait une allocution radio-diffusée où il déclarait en substance : « Après le discours de Chicago, j’ai reçu des lettres de milliers et de milliers de personnes. Parfois j’y vois exprimée la crainte que la politique que j’ai recommandée à Chicago n’entraîne les États-Unis dans un conflit. Rappelez-vous, mes amis, que de 1913 à 1921 j’étais sous-secrétaire d’État à la Marine de guerre dans l’administration Wilson, que pendant ces années critiques j’ai beaucoup appris; j’ai appris ce que l’on devait faire et j’ai surtout appris ce que l’on devait ne pas faire. »

Dans les milieux du département d’État, on ne cachait pas que, du fait de la réaction publique au discours de Chicago, qui avait été un « ballon d’essai », il était impossible pour les États-Unis de prendre une attitude ferme à la conférence de Bruxelles. Cette impression générale fut encore accentuée le 1er novembre, lorsque M. Eden prononça un discours en Angleterre où il donnait l’impression que la conférence de Bruxelles se réunissait sur l’initiative américaine, que l’Angleterre irait aussi loin que les États-Unis voudraient bien aller, et que c’était aux États-Unis de montrer la voie. Pour les Américains, cela signifiait que les États-Unis à la conférence de Bruxelles allaient faire un marché de dupes et qu’il s’agissait encore une fois de « tirer les marrons du feu » pour le compte de l’Angleterre.
Au Congrès, qui se réunit le 15 novembre — juste à temps pour enregistrer l’échec de la conférence de Bruxelles —- un vif mécontentement se manifesta, Des représentants demandèrent la déchéance du Président et du secrétaire d’État coupables de ne s’être pas conformés à la volonté du peuple clairement exprimée par la loi de neutralité. Plusieurs sénateurs influents se rendent de nouveau à la Maison Blanche et exigent l’application de l’acte, le retrait des forces américaines d’Extrême-Orient, l’évacuation des résidents américains. On réclame ce retrait parce que, dit-on, dans les circonstances présentes on peut fort bien redouter que se produise en Chine un incident analogue à celui de 1898, lorsque le navire de guerre américain le Maine fut coulé à Cuba, déclenchant ainsi la guerre hispano-américaine. M. Hull continue à répondre : « Nous n’appliquons pas la loi parce qu’il n’y a pas état de guerre. Nous ne retirons pas nos forces parce qu’il faut protéger nos établissements consulaires et diplomatiques. D’ailleurs nos intérêts en Chine ne sont pas seulement des intérêts économiques, ils sont également d’ordre moral. Il s’agit pour nous de ne pas reculer, de ne pas nous replier devant l’agression. »

Incident du Panay
Cet incident qu’on redoute dans les milieux pacifistes se produit le 12 décembre. C’est l’incident du Panay. La canonnière Panay remonte le Yang-Tsé en amont de Nankin. Elle a à bord les membres du personnel diplomatique de l’ambassade des États-Unis à Nankin, des réfugiés et des journalistes. Ses mouvements ont été communiqués au haut commandement japonais. C’est avec l’approbation du haut commandement japonais que la canonnière se déplace sur le Yang-Tsé pour se mettre à l’abri de l’attaque sur Nankin. Un officier japonais est monté à bord le matin du 12 pour vérifier que le trajet qu’emprunterait la canonnière était bien tel qu’on l’avait dit. Le temps est parfaitement clair, la visibilité parfaite, d’énormes drapeaux aux couleurs américaines sont étendus sur le pont. Des avions japonais survolent plusieurs fois le Panay à basse altitude et laissent tomber plusieurs bombes ; le navire coule, on l’évacué ; les canots de sauvetage sont à leur tour bombardés par les avions qui les poursuivent à la mitrailleuse. Incident grave évidemment; plus grave, si l’on considère purement la question de prestige national, qu’aucun des incidents de la période 1914-1917. Incident qui semble, comme l’indiquent les dépositions des témoins oculaires, délibéré et peut-être destiné à mesurer la vigueur de la réaction américaine ou à intimider les États-Unis et les persuader de retirer leurs forces.
Il laisse l’opinion américaine très calme. L’incident se produisit le dimanche, et le Sénat est en session le lundi matin. Les réactions à la tribune sont à peu près les suivantes : « Nous l’avions bien dit. Pourquoi l’administration ne s’est-elle pas conformée à nos directives? Qu’allions-nous faire là-bas? Pourquoi avions-nous des forces armées en Chine? » On apprend un peu plus tard que la canonnière américaine escortait trois navires citernes de la Standard Oil, et alors on se trouve reporté en pleine atmosphère de l’enquête Nye : « Ce sont les fabricants de munitions que l’on protège et pour lesquels on fait massacrer les soldats américains. »
D’autres sénateurs demandent que l’administration adopte une attitude digne, c’est entendu, mais surtout qu’elle n’essaye pas d’exciter la population américaine, car, déclare le sénateur Ashurst, « les Américains peuvent s’échauffer tout autant que les Français eux-mêmes ». Mais l’administration prend une position différente. Dès les premiers rapports, dans les sphères du département d’Etat, on est persuadé qu’il s’agit d’un geste délibéré du Japon. D’autre part, un incident de cette portée fournit au Président l’occasion qu’il cherche d’adresser un sévère avertissement aux forces d’agression à travers le monde entier en faisant la preuve que les États-Unis savent, le cas échéant, faire respecter leurs droits; de montrer par là même aux grandes démocraties occidentales auxquelles on reproche aux États-Unis d’être si timorées dans leur résistance au chantage des dictatures, qu’il suffit de parler haut et ferme pour mettre un terme à leur insolence ; enfin de poursuivre la campagne d’opinion dont le début a été marqué — selon l’expression de M. Chamberlain — par « l’appel du clairon » de Chicago, en faisant étalage devant le public américain des faits concrets qui doivent provoquer son indignation et le rallier à la politique présidentielle. Aussi l’administration adopte-t-elle une mise en scène un peu dramatique. Le lendemain de l’incident, l’ambassadeur du Japon doit venir présenter ses excuses au secrétaire d’Etat. Le Président, en prévision de cette entrevue, prépare un mémorandum où il dit au secrétaire d’État :
Ce mémorandum est tapé à la machine et le Président Roosevelt y fait quelques ratures de sa main. Il le communique à M. Hull, et quelques minutes plus tard il le remet à la presse pour publication, de sorte que, au moment même où intervenaient les événements, le public américain était tenu au courant des moindres péripéties des démarches diplomatiques.
L’impression dans l’opinion est unanimement favorable; on considère que le message du Président est à la fois modéré de ton et digne, que c’est fort bien de renoncer aux méthodes de la diplomatie secrète et de tenir le public constamment informé ; enfin, on admire beaucoup le fait que M. Roosevelt se soit adressé personnellement à l’Empereur, car on sent que toutes les assurances que donnera le gouvernement civil ne valent pas grand’chose, que c’est en réalité au pouvoir militaire qu’il faut s’adresser et que, seul l’Empereur, sorte de surarbitre, a l’autorité nécessaire pour parler en maître à la fois à l’un et à l’autre.
Cette satisfaction de l’opinion s’augmente du fait que le Japon adopte rapidement une attitude d’humilité totale; les excuses succèdent aux excuses et à la fin du mois de décembre M. Hull pourra déclarer l’incident clos, ayant obtenu satisfaction sur tous les points. Il faut ajouter que la mise en scène de l’administration s’était complétée du fait que par hasard, à bord du Panay, se trouvait un cinéaste qui avait pu enregistrer la scène de l’incident; le film fut transporté par clipper depuis Shanghaï par Hong-Kong, les Philippines et la voie ordinaire par le Pacifique jusqu’à San Francisco, convoyé de là par avion militaire spécial et apporté avec un grand luxe de précautions à la Maison Blanche où, le premier, le Président en vit la projection. Quelques jours après l’incident, tout le public américain put se précipiter dans les salles du continent entier pour assister à la projection du film, commenté d’une façon très sobre et à la fois très habile, comme pour faire toucher du doigt aux Américains la réalité du danger qu’ils avaient couru. Tout ceci compléta cette impression générale que les États-Unis étaient sortis d’une crise grave, grâce à la fermeté et à l’habileté de leur Président. L’opposition fut minime, même M. Lan don, le rival républicain du Président, fit connaître à celui-ci qu’il approuvait sans réserve l’attitude qu’il avait adoptée dans l’affaire du Panay. Le succès de la politique suivie eut les résultats attendus : le sentiment antijaponais s’intensifia considérablement dans le pays ; le mouvement de boycott privé lancé par certains polémistes et surtout par les syndicats à tendances extrémistes prit un certain développement. Le prestige du Président s’en trouva renforcé puisqu’aux yeux du public américain il avait su tenir tête au militarisme japonais et qu’il avait dissipé l’illusion que les démocraties, déterminées à ne pas recourir à la guerre, étaient impuissantes devant les dictatures.

L’amendement Ludlow
Mais les pacifistes ne se tenaient cependant pas pour battus. Ils redoutaient à la suite de l’affaire du Panay de nouveaux incidents qui, étant donné l’attitude très ferme adoptée, risquaient d’entraîner un conflit, de même que les notes du Président Wilson à propos de l’affaire du Sussex avaient finalement obligé l’Amérique à participer à la guerre en 1917. On rappelait le mot de M. Elihu Root : « II est très difficile, lorsqu’on a menacé du poing, d’agiter ensuite mollement l’index ». Le sénateur Sma-thers, membre du groupe pacifiste, déclara à la presse qu’il était très alarmé du changement d’opinion qu’il constatait aux Etats-Unis : « Quelques jours avant le Panay on n’aurait pas trouvé un seul Américain pour faire la guerre; aujourd’hui j’en rencontre constamment qui réclament la tête de quelques Japonais. » La détermination pacifiste d’arrêter Roosevelt coûte que coûte prit forme, et comme il ne peut pas y avoir aux Etats-Unis de débats où des ministres responsables viennent défendre leur gestion, on utilisa, pour infliger un blâme à la politique du Président, l’amendement Ludlow.
Qu’est-ce que l’amendement Ludlow? C’est un projet d’amendement à la Constitution, déposé par un représentant pacifiste, qui tend à donner le pouvoir de déclarer la guerre — pouvoir qui actuellement repose entre les mains du Congrès — directement au peuple. Seul le peuple américain posséderait, par référendum national, le pouvoir d’engager des opérations de guerre. Ce référendum avait de nombreux partisans, 75 % déclarait l’Institut de l’opinion publique. Puisque à New York, disait-on, on peut voter par référendum sur la question de savoir si l’on doit supprimer telle ou telle ligne de métro, pourquoi les électeurs ne pourraient-ils voter, par voie de référendum, sur une question sensiblement plus importante comme celle de savoir s’ils vont se battre ou non? On entendait aussi fréquemment le raisonnement suivant : « La guerre de 1917, erreur dont nous nous repentons encore aujourd’hui, n’aurait-elle pas été évitée si au lieu de soumettre la question de l’entrée en guerre des États-Unis à un Congrès dominé par le Président Wilson, on l’avait soumise au peuple américain? »
A ces arguments, les adversaires de l’amendement répondaient : « Procéder à un référendum en temps de crise internationale, c’est gêner la diplomatie américaine et la diminuer au moment où elle a le plus besoin d’autorité; de plus, ce n’est pas compatible avec le régime représentatif. » Mais si l’amendement Lûdlow venait en discussion, c’était parce que de nombreux députés avaient signé une pétition à cet effet, et ces députés avaient signé, pour une grande partie, après l’incident du Pôfïay, de sorte que 
l’administration et le Président ne pouvaient pas juger là question uniquement sur ses mérites. Le vote de la résolution Ludlow aurait eu le caractère d’une motion de défiance; il fallait la faire écarter par la Chambre. Il y eut donc une pression énorme de la part de l’administration. Le Président Roosevelt se déclara absolument opposé à l’amendement, Cordell Hull de même. On utilisa même certains moyens de pression de caractère électoral. Toujours est-il que la Chambre, le 10 janvier, rejeta l’amendement Ludlow par 210 voix contre 188. Malgré l’étroitesse de cette marge, l’administration était en droit de considérer qu’elle avait obtenu, pour la première fois depuis fort longtemps, l’approbation tacite de la branche législative du gouvernement à sa politique extérieure. Dès lors on peut estimer qu’en ce qui concerne l’Extrême-Orient le Président l’a emporté; désormais les critiques qu’on lui adressera pour la non-application de la loi se feront de plus en plus faibles. La fermeté des notes que le département d’État aura l’occasion d’envoyer à nouveau au Japon suscitera une opposition décroissante, d’autant plus que le Japon s’enlise davantage dans son expédition continentale, et que parait s’éloigner le risque pour les États-Unis d’avoir à employer la force pour faire respecter le droit. Mais le Président connaît la rapidité avec laquelle l’opinion évolue. Il a utilisé les circonstances pour poursuivre sa politique et il continue à les utiliser pour faire voter un programme de réarmement naval massif, pour accentuer la collaboration avec la Grande-Bretagne dans le Pacifique et pour soulever à nouveau la question des Philippines.

Le réarmement naval et les Philippines
Je ne veux pas citer de chiffres en ce qui concerne le réarmement naval, ni de détails en ce qui concerne l’aménagement des bases navales sur lesquelles des précisions ont été données ici-même 1. Mais ce réarmement naval, il faut qu’il soit voté par le Sénat et par la Chambre. L’opposition est menée, cette fois, par des hommes comme Borah et le sénateur Johnson qui voient dans le programme de réarmement la confirmation d’une alliance tacite qui existerait entre l’Angleterre et les États-Unis dans le Pacifique, alliance dont les partisans de l’isolement ne veulent à aucun prix. On cite certains indices de cette collaboration, comme le voyage clandestin du capitaine Ingersoll, qui dirige la division des plans de guerre au département de la Marine, à Londres, où il a rendu visite aux techniciens de l’Amirauté. Ce voyage n’a pas été démenti par l’administration et toutes les suppositions sont permises. A Singapour, au moment de l’inauguration de la nouvelle base navale britannique, trois croiseurs américains sont présents. La note au Japon du 20 février est envoyée conjointement par la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis (il s’agit de savoir si le Japon dénonce ou non la limite des 35.000 tonnes). L’expansion de l’aviation commerciale dans le Pacifique se poursuit et donne lieu à des discussions amicales au sujet des îles de Canton et de Enderbury dans le groupe des Phoenix.
Ainsi s’engage une nouvelle bataille au Sénat et à la Chambre sur la politique du gouvernement, à propos du réarmement naval. La défense de l’administration, c’est qu’étant donné le réarmement en cours dans toutes les parties du monde, les Etats-Unis ne peuvent sans danger rester en état d’infériorité. Pour la première fois dans l’histoire américaine apparaît la notion de la constitution possible de deux flottes distinctes, la flotte de l’Atlantique et la flotte du Pacifique.
Mais c’est surtout la question des Philippines qui retient l’attention. Le réarmement naval est voté finalement par la Chambre à une grosse majorité et par le Sénat à une majorité moins importante (56 voix contre 28 et 12 abstentions). La question des Philippines est plus délicate. La population américaine ne s’y intéresse pas beaucoup. « Quand en 1898 on apprit aux États-Unis que l’amiral Dewey avait remporté une victoire navale dans la baie de Manille », écrivit un journaliste américain, « on put entendre le bruit que faisaient cinquante millions de citoyens ouvrant fiévreusemen leurs dictionnaires, leurs atlas et leurs manuels de géographie. 

1. « Bases navales et d’hydravions dans le Pacifique », par René La Bruyère et E. Pépin : Politique Étrangère n° 3, juin 1938.

» Les partisans de l’indépendance des Philippines n’eurent pas grand mal àl’obtenir d’un Congrès décidé plus que jamais à se désintéresser de tout ce qui n’est pas d’un intérêt vital pour les États-Unis. Mais plus tard, au moment du vote du programme de réarmement et toujours à l’occasion de l’atmosphère favorable qui règne après la solution de l’incident du Panay, M. Paul McNutt, haut-commissaire américain aux Philippines, après un voyage rapide aux États-Unis, prononça un discours où il déclarait que ce n’était vraiment pas le moment de donner l’indépendance aux Philippines étant donné les événements d’Extrême-Orient et la fièvre d’agression japonaise, qu’à peine le drapeau américain aurait quitté les îles, celles-ci seraient en proie au massacre et au carnage, qu’il y avait une responsabilité morale qui incombait aux États-Unis et qu’il fallait donc trouver une solution pour conférer aux Philippines un statut intermédiaire entre l’indépendance complète et le statut actuel.
Ce discours fut accueilli favorablement, semble-t-il, par M. Quezon, le Président des Philippines. Des négociations s’engagèrent peu de temps après entre M. Quezon et M. Roosevelt pour la conclusion d’un accord, d’une sorte d’avenant au protocole économique qui accompagnait l’acte d’Indépendance, octroyant des aménagements tarifaires qui retardent en fait l’autonomie douanière des Philippines jusqu’à 1960. Il n’a pas été question de reculer la date de l’indépendance politique des îles, mais le problème est soulevé et il sera probablement repris et discuté au cours de la prochaine session du Congrès.
L’avenir de la politique américaine en Extrême-Orient
Après le vote du réarmement naval, il y eut d’autres incidents en Chine : un secrétaire de la légation américaine fut frappé par une sentinelle japonaise; des missions américaines furent bombardées. Le Japon resta humble. M. Hirota, au mois de février, fit un discours à la diète japonaise où il insistait beaucoup sur la correction de l’attitude américaine et les bonnes relations existant entre les États-Unis et le Japon. On eut une preuve positive de cette bonne volonté japonaise : au moment du règlement de l’affaire des pêcheries de l’Alaska, affaire assez imprécise et compliquée mais où il semble que le bon droit n’était pas entièrement du côté des pêcheurs américains de la côte de l’Alaska, le Japon s’inclina purement et simplement devant les démarches diplomatiques répétées des États-Unis.

Mais on sentait que ce bon vouloir pouvait n’être pas éternel et qu’en cas d’effondrement de la résistance chinoise le Japon ferait sans doute bon marché des droits des puissances occidentales, et notamment du principe de la Porte Ouverte dont les Etats-Unis depuis quarante ans affirmaient l’intangibilité. Aussi M. Roosevelt n’avait-il négligé aucune des possibilités d’éveil de l’opinion américaine aux réalités. Du conflit d’Extrême-Orient il avait fait naître un embryon de coopération avec l’Angleterre pour la défense du Pacifique ; il avait fait surgir un gigantesque réarmement naval qui constituait une menace à plus ou moins longue échéance pour le Japon; il avait créé un précédent important quant à la non-application de la loi de neutralité; il avait suscité un renforcement de son prestige en matière de politique extérieure, il avait provoqué une évolution certaine de l’opinion contre le Japon et indirectement contre ses alliés du bloc totalitaire. Mais surtout, par ses protestations répétées contre les bombardements aériens des populations civiles à Shanghaï, à Canton, à Nankin, protestations qui se firent particulièrement nettes au moment de l’offensive contre Hankeou et des bombardements de Canton, il avait su faire vibrer la corde humanitaire et tirer parti de la générosité naturelle au peuple américain.
Le sénateur Pittman obtint du Congrès, à la veille de s’ajourner, le 15 juin 1938, qu’il condamnât les bombardements aériens des populations civiles. Il déclara, et avec lui M. Hull et M. Sayre, qu’il était inadmissible que les armes fabriquées aux États-Unis pussent être utilisées à dés bombardements aériens des populations civiles, que, par conséquent il fallait mettre à l’étude les moyens d’éviter pareil état de choses, ce qui, en l’absence de l’invocation de la loi de neutralité, ne peut signifier que le retour à des mesures unilatérales, à des mesures discriminatoires, à des embargos sur des armes à destination des pays violant les règles de l’humanité et de la conduite de la guerre, telles qu’elles avaient été définies par les conventions de La Haye, ou telles qu’elles seraient définies par une nouvelle conférence de La Haye à laquelle lés Etats-Unis laissaient entendre qu’ils se tenaient prêts à participer.
Autrement dit, et bien qu’ils ne s’agisse encore que d’efforts et de projets d’une portée limitée, il semble que M. Roosevelt ait réussi à décrire, de juillet 1937 à juillet 1938, l’arc de cercle qui va de la neutralité et de l’impartialité, quelles que soient les circonstances, à l’idée de sanctions, de mesures discriminatoires en certains cas. Le peuple américain, et le Congrès qui a voté la motion Pittman, semblent l’avoir suivi sur cet arc de cercle à quelque distance en arrière, et pourraient l’avoir rejoint vers le mois de janvier 1939, lorsque se réunira le nouvean Congrès, moment où M. Hull a officiellement fait connaître son intention de demander au Sénat de remettre sur le chantier la loi de neutralité et de lui faire subir un examen sévère à la lumière des événements des deux dernières années.
J’ai quitté les États-Unis au mois de juin, par conséquent je ne suis pas compétent en ce qui concerne l’évolution de l’opinion publique depuis cette date. Il est certain, toutefois, que les accords de Munich ont provoqué aux Etats-Unis un recul net du mouvement de collaboration qui commençait à prendre corps et qui reposait tout entier sur l’idée de solidarité des grandes démocraties et de moralité internationale. Ce recul, qui n’est peut-être que temporaire, ne peut pas ne pas avoir de répercussion sur la politique américaine en Extrême-Orient. Sans doute les efforts de M. Roosevelt depuis le début du conflit ont-ils tendu à préparer l’opinion à une résistance active aux empiétements japonais et à une défense énergique des intérêts américains dans le Pacifique, en collaboration tacite avec la Grande-Bretagne. Mais si M. Chamberlain s’apprête, comme il n’est pas impossible, à faire preuve à l’égard de l’expansion japonaise du même « réalisme » qui a caractérisé sa politique européenne, il ne faut pas — l’opinion ne tolérerait pas — que les Etats-Unis puissent rester « en flèche »* exposés à défendre seuls un statu quo abandonné de tous. Aussi, sans renoncer encore à son premier dessein qui suppose une commune volonté de résistance de la part des deux grandes puissances maritimes, l’administration de M. Roosevelt prépare-t-elle la voie à un éventuel repli stratégique en insistant, à l’occasion de la conférence panaméri-cains de Lima, sur les relations entre les États-Unis et les nations de l’Amérique latine, les intérêts américains en Extrême-Orient, bien qu’importants du point de vue économique, stratégique, moral, ne pouvant venir qu’au second rang des préoccupations de la politique extérieur* des États-Unis.

Alfred Max

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fichier pdf Persee_Alfred Max_Les Etats unis et le conflit sino-japonais

source
Les Etats-Unis et le conflit sino-japonais
Politique étrangère Année 1938 Volume 3 Numéro 6 pp. 607-623
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/polit_0032-342x_1938_num_3_6_5694#

 

 

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Les combats continus en Malaisie entre Japonais et Britanniques 

12 février 2013

SSeconde guerre froide ou « guerre fraîche » (1975 – 1985)

Classé sous — milguerres @ 20 h 26 min

 

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Guerre froide – Cold War – Halodnaïa vaïna

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Seconde guerre froide ou « guerre fraîche » (1975 – 1985)

 

Expansionnisme de l’Union soviétique

Profitant du déclin des États-Unis sur la scène internationale du fait de l’humiliation subie au Viêt Nam et de la politique relativement pacifiste du président Carter, l’Union soviétique s’engage davantage, notamment en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud, mais aussi en Europe provoquant la crise des euromissiles.

L’Union soviétique se met à déployer de plus en plus d’armes de nouvelle génération menaçant l’avance technologique de l’Ouest. Carter signe cependant le traité SALT II avec Brejnev en juin 1979, négocié depuis 1973 en raison de l’apparition de nouvelles armes qui ne sont par répertoriées dans les catégories définies par SALT I, telles les armes chimiques, les bombes à neutron et les missiles sol-sol47. Ces accords prévoient un gel des lanceurs à ogives multiples (MIRV) et un contrôle réciproque des armes nucléaires. Ils ne furent pas ratifiés par le Sénat américain en raison de l’invasion de l’Afghanistan par l’Union soviétique, les deux parties déclarant toutefois qu’elles en respecteraient les clauses.

Quelques jours après l’invasion de l’Afghanistan par les troupes Soviétiques en décembre 1979, Carter rétorque en exposant la doctrine Carter lors de son discours sur l’état de l’Union de janvier 1980 : la Maison-Blanche déclare alors qu’elle n’hésitera pas à intervenir militairement dans le golfe Persique pour défendre ses intérêts nationaux. Il déclare en outre le boycott des Jeux olympiques de 1980, à Moscou, tandis que les accords SALT II ne sont pas ratifiés. La crise iranienne des otages l’affecte néanmoins durement, et Ronald Reagan gagne les élections, les otages étant libérés immédiatement après.

America is back (1981)

Aux États-Unis, discrédité par sa politique internationale jugée désastreuse, Carter est battu aux élections par Ronald Reagan. Sous les présidences de Reagan (1981-1989), puis de George Herbert Walker Bush (1989-1993), les valeurs conservatrices sont remises à l’honneur, comme la morale puritaine. En économie, Reagan suit un programme néolibéral inspiré en particulier par l’École de Chicago (monétarisme de Milton Friedman), tempéré par un creusement considérable des déficits publics.

Les interventions extérieures se développent : à l’extérieur, ils abandonnent la détente, dénoncent l’Union soviétique comme « l’empire du mal » (lors d’une convention nationale d’évangélistes) et donnent aux États-Unis les moyens militaires de « défendre la liberté et la démocratie ». Les interventions directes et indirectes augmentent dans le monde : reprise en main de l’opération Charly menée dans toute l’Amérique latine par la junte argentine, aide aux Contras contre le Nicaragua en 1981-1986 (débouchant sur l’Irangate) et invasion de la Grenade en 1983.

Course aux armements, équilibre de la terreur et rupture

Dans un but militaire, plusieurs pays s’équipent de matériel en quantités considérables. À la fin des années 1970, la guerre froide reprend de la vigueur dans le sillage, notamment, de l’invasion de l’Afghanistan par les troupes soviétiques et d’une nouvelle affaire de missiles. Après que l’Union soviétique a stationné des missiles nucléaires moyenne portée SS-20 en Europe de l’Est, l’OTAN répond par sa « double décision ». Celle-ci prévoit l’installation progressive de Pershings et de missiles de croisière américains sur le territoire de cinq pays membres de l’OTAN. Les missiles sont déployés malgré l’opposition de l’opinion publique. À l’usure, cette course aux armements, les progrès techniques étant continus, ce fut le poids trop important pris par le budget militaire sur l’économie de l’URSS qui mit fin à cette course.

 

 

SSeconde guerre froide ou « guerre fraîche » (1975 - 1985) 403598coursesarmements1982

 

Pendant cette course, ces deux pays ont créé un climat de terreur chez leurs ennemis. Chemin faisant, ils ont démontré qu’ils possédaient un arsenal nucléaire suffisant pour détruire quiconque s’opposerait de façon notable à leurs plans. Étant assuré de leur destruction mutuelle, ils ont maintenu ce qui est appelé l’équilibre de la terreur, c’est-à-dire une situation où personne ne peut gagner suite à un conflit nucléaire49.

Le 23 mars 1983, Ronald Reagan annonce le projet Initiative de défense stratégique (IDS) ou « guerre des Étoiles » : les États-Unis seraient protégés des armes nucléaires par un « bouclier spatial » très coûteux qui les dévierait. L’Union soviétique ne peut pas suivre, abandonne la course aux armements et consent à négocier. Clinton renoncera à l’IDS en 1993 et c’est George W. Bush qui le réalisera (décembre 2001).

Voici les forces nucléaires stratégiques des deux supergrands en 1990, les armes tactiques n’étant pas comptabilisées50. Les Troupes des missiles stratégiques détenant la majorité de l’arsenal de l’armée soviétique, tandis que Strategic Air Command américain contrôle les escadres de bombardiers et les ICBM basés au sol tandis que des dizaines de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins étaient en service de part et d’autre.

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Guerres en Afrique

En Afrique, des guerilleros communistes prennent le pouvoir après 1975 dans les pays nouvellement indépendants de l’ancien empire colonial portugais (Angola, Mozambique…) et entament des actions militaires en direction de l’Afrique du Sud avec l’appui de l’armée cubaine, ce qui entraîne de véritables batailles rangées notamment en Namibie. En Éthiopie, l’armée soviétique et les forces cubaines interviennent contre les mouvements luttant contre la dictature de Mengistu Haile Mariam à partir de 1976. Des actions de déstabilisations sont parfois contrecarrées, comme le sauvetage de Kolwezi par l’armée française.

Crise des Euromissiles

Cette période est marquée par l’expansion de l’URSS et de son influence dans de nouveaux territoires, notamment en Europe, avec le renforcement du pacte de Varsovie. Cette expansion entraîne la crise des euromissiles de 1979 à 1985 : l’OTAN installe des missiles de croisière et des Pershing II pour faire contrepoids aux missiles SS-20 soviétiques.

Cela entraîna de grandes manifestations pacifiques, soutenues par les partis communistes dans les pays concernés dont un slogan « Plutôt rouge que mort » ((de) Lieber rot als tot) entraîna, en autres, cette phrase du président français François Mitterrand au Bundestag : « Le pacifisme est à l’Ouest, les missiles sont à l’Est. »

Malgré les pressions, ces missiles seront finalement installés à partir de novembre 1983 et devant le fait accompli, l’URSS entama des négociations qui donneront lieu à l’accord américano-soviétique du 27 mai 1988 sur l’élimination des missiles nucléaires de portée intermédiaire des arsenaux des deux États.

Problème de la Pologne

La Pologne joue un grand rôle dans l’affaiblissement de l’Union soviétique et la chute du bloc de l’Est :
Le 16 octobre 1978, Karol Wojtyła est élu 262e pape sous le nom de Jean-Paul II. Polonais, il est le premier pape non italien depuis Adrien VI († 1523). S’impliquant sur la scène internationale, il va lutter activement contre le communisme ;
Le 31 août 1980, l’ouvrier de chantier naval Lech Wałęsa, co-crée le syndicat Solidarność, soutenu par les Occidentaux qui désapprouvent la mise en place du régime très dur du général Wojciech Jaruzelski, soutenu par l’Union soviétique, à Varsovie (13 décembre 1981).

Première guerre d’Afghanistan (1979-1989)

En 1978, les communistes s’emparent du pouvoir en Afghanistan à la suite de l’assassinat du président Daoud Khan, qui avait lui-même déposé le roi Zaher Shah en 1973. Les islamistes afghans entrent en conflit avec le pouvoir en place. Le 3 juillet 1979, Carter signe l’autorisation mettant en place le programme afghan d’aide militaire et financière aux moudjahidins afghans, escomptant ainsi, sur les conseils de Brzezinski, provoquer l’URSS à envahir l’Afghanistan51,52. Le 27 décembre 1979, Moscou envoie son armée, inaugurant la première guerre d’Afghanistan. Les États-Unis s’impliquent dans ce conflit en alimentant sur place la résistance antisoviétique avec l’aide de la République populaire de Chine, de l’Égypte, de l’Arabie saoudite et les services de renseignement de plusieurs pays ouest-européens, en finançant et en proposant une formation militaire à des groupes de moudjahiddin, « guerriers saints » islamistes résistant à l’occupant soviétique. Les armées de l’URSS se retirent de l’Afghanistan en février 1989.

notes
↑ Les accords SALT. [archive]
↑ Manuel d’histoire franco-allemand, terminales L/ES/L, Nathan, 2006
↑ Pour la première fois dans l’histoire, l’humanité avait le potentiel de se détruire. La peur régnait à travers le monde, autant dans les pays producteurs que les pays spectateurs Armement nucléaire – Destruction de l’environnement au profit de la défense [archive]
↑ (en) START au 1er septembre 1990 [archive], fas.org
↑ « Oui, la CIA est entrée en Afghanistan avant les Russes… » [archive], entretien avec Brzezinski dans Le Nouvel Observateur, n°1732, 15 janvier 1998
↑ Chalmers Johnson, The Largest Covert Operation in CIA History [archive], History News Network, 6 septembre 2003

source wikipedia

 

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Guerre froide – Cold War – Halodnaïa vaïna

Bloc de l’Est 

Rupture sino-soviétique (1960)

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Bloc de l’Est 

Rupture sino-soviétique (1960)

 

La Chine refuse cette politique de coexistence pacifique que Mao Zedong et les autres dirigeants chinois jugent trop conciliante à l’égard de l’Ouest. Les tensions iront en croissant jusqu’à la rupture symbolisée par l’affrontement ouvert des deux grandes nations communistes au cours du Congrès du parti communiste roumain en juin 1960, où Khrouchtchev et le représentant chinois Peng Zhen s’affrontèrent ouvertement. En Europe, la République populaire d’Albanie se détacha du bloc Soviétique et soutint les thèses chinoises. Elle se retira de fait du Pacte de Varsovie.

Deuxième crise de Berlin (1961)

Entre 1949 et 1961, 3,6 millions d’Allemands de l’Est transitèrent par Berlin pour passer en RFA. Cette hémorragie démographique était un désastre économique pour la RDA, car c’étaient surtout des ingénieurs, des médecins et des ouvriers spécialisés qui commirent le « délit de fuite » (Republikflucht). En même temps, elle était une catastrophe politique en ce qu’elle portait atteinte à l’image de marque officielle de la RDA.

En novembre 1958, cette situation donna lieu à une crise diplomatique connue sous le nom d’« ultimatum de Khrouchtchev » et dans laquelle furent impliquées toutes les puissances occidentales. En juin 1961, Kennedy et Khrouchtchev se rencontrent à Vienne. Khrouchtchev annonce qu’il va signer un traité de paix avec la RDA, ce qui priverait les États-Unis de leur accès à Berlin-Ouest. Kennedy juge la situation inacceptable et la conférence ne mène à rien. Khrouchtchev envoie son armée devant Berlin-Ouest. Kennedy riposte en étalant les chars américains devant les forces soviétiques et en augmentant le budget militaire américain. Khrouchtchev recule son armée sous la pression.

Le 13 août 1961, la construction du mur de Berlin entre le secteur soviétique et les trois secteurs occidentaux met fin à ce « débauchage systématique de citoyens de la République démocratique allemande »36. Mais, étant donné que les autorités est-allemandes et soviétiques ne firent aucune tentative pour bloquer les voies de communication entre la RFA et Berlin-Ouest et que, par ailleurs, Khrouchtchev ne mit pas en question le statut quadripartite de la ville, la réaction des Occidentaux se limita à des protestations verbales et à des gestes symboliques : la visite à Berlin-Ouest du général Lucius D. Clay, l’organisateur du pont aérien, et le renforcement de la garnison américaine par 1 500 hommes. En effet, aux yeux des Occidentaux, la construction du mur ne constituait qu’une agression à l’égard des Allemands de l’Est et ne menaçait pas les three essentials (c’est-à-dire les intérêts essentiels) du bloc de l’Ouest37.
Crise de Nouvelle-Guinée entre l’Indonésie et les Pays-Bas (1962)[modifier]
Articles détaillés : Nouvelle-Guinée néerlandaise et Bataille de la mer d’Arafura.

En 1962, un conflit peu médiatisé opposant l’Indonésie à son ancienne puissance coloniale, les Pays-Bas au sujet du statut de la Nouvelle-Guinée néerlandaise faillit voir l’entrée en guerre de la marine soviétique au côté de l’Indonésie le 5 août 196238. Cette région fut finalement transférée à l’Indonésie après l’accord de New York.

Crise de Nouvelle-Guinée entre l’Indonésie et les Pays-Bas (1962)

En 1962, un conflit peu médiatisé opposant l’Indonésie à son ancienne puissance coloniale, les Pays-Bas au sujet du statut de la Nouvelle-Guinée néerlandaise faillit voir l’entrée en guerre de la marine soviétique au côté de l’Indonésie le 5 août 196238. Cette région fut finalement transférée à l’Indonésie après l’accord de New York.

Crise des missiles cubains (1962)

La crise des missiles cubains39 met plus nettement en évidence la menace d’une guerre nucléaire. En janvier 1959, les guérilleros de Fidel Castro avaient renversé le dictateur Fulgencio Batista, soutenu par les États-Unis. Le nouveau régime prit une série de mesures qui lui valurent l’hostilité croissante de Washington : en 1959, démantèlement des latifundia ; signature d’un accord commercial avec l’Union soviétique en mai 1960, après la réduction des achats de sucre cubain par les États-Unis ; en juin et juillet, confiscation des entreprises nord-américaines, qui contrôlaient, outre la totalité des raffineries de pétrole, 40 % de l’industrie sucrière, 80 % du tabac et 90 % des mines40.

À titre de représailles, le gouvernement américain, soumis entre autres à la pression des milieux d’affaires, mit en place un embargo économique de l’île en octobre 1960 et, le 2 janvier 1961, il rompit les relations diplomatiques avec La Havane. En même temps, la CIA recrutait des « forces anticastristes » parmi les réfugiés cubains. Au début du mois d’avril, Kennedy donna son accord à un projet d’invasion de l’île, tout en refusant d’engager des troupes américaines et en limitant les effectifs à 1 200 Cubains. Le débarquement, qui eut lieu le 17 avril 1961 dans la Baie des Cochons, fut un désastre. Kennedy se déclare seul responsable, mais, en privé, accuse la CIA de lui avoir menti et de l’avoir manipulé. Le président se brouille avec l’agence. La CIA œuvre désormais clandestinement contre Castro, en collaborant avec la Mafia, ce qui frustra Kennedy.

En juillet 1961, Cuba signifie son appartenance au « bloc socialiste ». Le 4 septembre 1962, le pays conclut un accord d’assistance militaire avec l’Union soviétique et, une semaine plus tard, Moscou déclare que toute attaque contre Cuba provoquerait une riposte nucléaire. Le Congrès américain pour sa part vote le 3 octobre une résolution qui met en demeure contre toute « action subversive dans l’hémisphère occidental ». Kennedy interdit cependant l’opération Northwoods mise au point et proposée par l’état-major, laquelle prévoyait d’orchestrer une série d’attentats contre les États-Unis, puis d’en accuser Cuba afin de mobiliser l’opinion publique contre Castro.

En novembre 1961, les États-Unis déploient 15 missiles Jupiter en Turquie et 30 autres en Italie, lesquels sont capables d’atteindre le territoire soviétique.

Le 14 octobre 1962, un avion américain Lockheed U-2 photographie sur l’île de Cuba des rampes de lancement pour missiles nucléaires à moyenne portée (IRBM et MRBM), capables d’atteindre le territoire américain. En même temps, la Maison Blanche apprend que 24 cargos soviétiques transportant des fusées et des bombardiers Iliouchine font route vers Cuba (opération Anadyr).

Dans la journée du 22, Kennedy, après avoir hésité entre l’inaction et le bombardement des rampes de lancement, se décide pour le blocus maritime de l’île. Cette « riposte graduée », proportionnée à la menace, laisse à Khrouchtchev le choix entre l’escalade ou la négociation: « Si les Etats-unis veulent la guerre, alors, nous nous retrouverons en Enfer! ». Mais Kennedy utilise la plus grande fermeté, afin de forcer Khrouchtchev à reculer. Le 24 octobre, les premiers cargos soviétiques font finalement demi-tour. Moscou ne peut contacter immédiatement les sous-marins armés de torpilles à tête nucléaire (opération Kama) qui accompagnent le convoi avec mission de le protéger (fait qui ne sera révélé qu’en 2001). Entre-temps, un arrangement permettant à Khrouchtchev de sauver la face est négocié en coulisse entre émissaires officieux. Le 26 et le 27 octobre, dans deux messages, le Kremlin propose le retrait des armes offensives ; en contrepartie, les Américains devraient s’engager à ne pas renverser le régime cubain et à retirer leurs missiles nucléaires installés en Turquie, et pointés vers l’URSS. Le 28 octobre, Kennedy accepte ce compromis in extremis. Il demande toutefois de cacher le fait que les États-Unis retiraient leurs missiles de Turquie. Khrouchtchev accepta, et il crut avoir gagné la partie. Or, il avait été dupé. Kennedy avait décidé de retirer les missiles de Turquie bien avant la crise. De plus, la reculade de Khrouchtchev l’a humilié devant Castro, Mao Zedong et les autres chefs communistes. C’est décidément Kennedy qui a gagné la partie, en plus il voit sa popularité et son prestige mondial monter en flèche. Kennedy dira néanmoins après cette crise diplomatique qu’il a « négocié au bord du gouffre ».

Le dénouement de la crise fut un succès politique pour les États-Unis, quoiqu’ils doivent tolérer un pays communiste à l’intérieur de leur « périmètre de défense ». D’autre part, cette « diplomatie au bord du gouffre » avait effrayé « jusqu’aux plus hauts décideurs, au point de les rappeler à un comportement rationnel. »41 L’installation d’un téléphone rouge, ligne directe entre Moscou et Washington, et l’ouverture de négociations sur la limitation des armements concrétisèrent ce retour à la rationalité. Kennedy, devenu encore plus populaire, change la politique de son pays vers un plan un peu plus pacifique. Mais il n’a pas le temps de mettre en place toutes ses idées : le 22 novembre 1963, en voyage à Dallas, au Texas, Kennedy parade dans les rues de la ville en limousine décapotable. Lors du défilé, il est assassiné en pleine gloire par un tireur d’élite embusqué, et ce devant les yeux horrifiés de la foule. Khrouchtchev, quant à lui, sort très affaibli de la crise. En 1964, il fut remplacé par Brejnev.

« Détente » (1963-1976)

Rapprochement entre les États-Unis et l’Union soviétique

Au lendemain de la crise des missiles cubains, les États-Unis et l’URSS décident de se rapprocher pour maîtriser, dans un esprit de transparence, un équilibre désormais fondé sur une « destruction mutuelle assurée » (MAD pour Mutual assured destruction en anglais). Dès juin 1963, un « téléphone rouge », liaison permanente par téléscripteur entre le Kremlin et la Maison-Blanche, leur permet de se concerter immédiatement et d’éviter ainsi une diplomatie « au bord du gouffre ».

L’assassinat de John F. Kennedy à Dallas le 22 novembre 1963 bouleverse la planète, partout les gens pleurent ce jeune président, URSS comprise. Le successeur de Kennedy, Lyndon Johnson, s’engage à poursuivre la détente. Johnson va cependant définitivement engager son pays dans la guerre du Viêt Nam.

Les mobiles de la détente sont multiples. Il y a d’abord à l’évidence la volonté de se dégager d’une course aux armements de plus en plus coûteuse, et absurde en raison de la « capacité de surextermination » (overkill) des arsenaux nucléaires ; par ailleurs, l’URSS est contestée par la République populaire de Chine, la rupture sino-soviétique permettant, dans le cadre d’une diplomatie désormais triangulaire, un rapprochement sino-américain ; en même temps, en raison d’une économie qui stagne, l’URSS a besoin d’une aide extérieure que les États-Unis lient à des accords politiques (le linkage de Henry Kissinger) ; et enfin, les États-Unis, de leur côté, sont engagés dans la guerre du Viêt Nam qui absorbe une part excessive du budget américain : d’où le désir des deux « adversaires-partenaires » (Raymond Aron) d’aboutir à une gestion raisonnable de la guerre froide.

Confronté à une intense agitation intérieure (Convention nationale démocratique de 1968, mouvement hippie, etc.), Nixon énonce la doctrine Nixon en 1968, qui décide une réduction de l’engagement militaire direct du Pentagone dans le monde, celui-ci optant de plus en plus pour un interventionnisme discret, via les forces spéciales, et des « guerres proxy » (par intermédiaire). Dans le même temps, la Realpolitik de Kissinger admet l’existence de l’URSS et le dialogue nécessaire, en même temps de l’usage de la carotte et du bâton. En 1971, la publication des Pentagon Papers choque les Américains, qui découvrent les opérations secrètes de la CIA. Le « Credibility gap » (manque de crédibilité), bien réel celui-là, vient remplacer le « Missile gap » et le « Bomber gap » fortement exagérés par les forces armées américaines42.

Accords nucléaires

En août 1963, les États-Unis, l’Union soviétique et de nombreux pays signent le traité de Moscou, qui interdit les essais nucléaires atmosphériques et sous-marins.

En janvier 1968, par le traité de non-prolifération nucléaire (TNP), issu d’un projet conjoint américano-soviétique présenté à la Commission du désarmement à Genève, ils s’engagent, ensemble avec le Royaume-Uni, à ne transférer ni armes ni technologies nucléaires aux États non dotés d’armes nucléaires (ENDAN).

En mai 1972, les accords SALT I (Strategic Armements Limitation Talks), signés par Nixon et Brejnev, limitent les armements défensifs anti-missiles (ABM) à deux sites pour chacun des deux pays et gèlent pour une durée de cinq ans les armes nucléaires offensives, c’est-à-dire les rampes de lancement fixes pour missiles intercontinentaux (ICBM) et les missiles installés sur sous-marins (SLBM)43.
« Détente » en Europe (1962-1975)[modifier]

Dans chacun des deux blocs, pro-soviétique et pro-américain, les deux superpuissances sont contestées. Le modèle soviétique est contesté en Europe de l’Est. En août 1968 la Tchécoslovaquie est envahie par les troupes du pacte de Varsovie : le Printemps de Prague prend brutalement fin, la doctrine Brejnev de 1968 qui énonce une « souveraineté limitée » pour les pays du bloc de l’Est justifiant ainsi l’intervention de Moscou.

À l’Ouest, De Gaulle prend ses distances avec les États-Unis et l’OTAN, en se retirant du commandement intégré de l’Alliance atlantique en 1966. La France continue néanmoins à être membre de l’OTAN mais le siège de l’organisation militaire quitte le pays. Autre geste spectaculaire illustrant la politique d’indépendance nationale menée par de Gaulle, la France et la République populaire de Chine annoncent le 27 janvier 1964 l’établissement de relations diplomatiques. Cependant, lors des crises majeures, comme Cuba ou Berlin, la France continuera de faire bloc avec ses alliés de l’Ouest.

En 1969, Willy Brandt devient chancelier de la RFA et engage une politique de rapprochement et d’ouverture à l’Est, l’« Ostpolitik », rompant ainsi avec la doctrine Hallstein de non-reconnaissance de la RDA. Les deux États se reconnaissent mutuellement en 1972 et entrent à l’ONU en 1973.

En 1975, les accords d’Helsinki44 sont signés par 33 États européens, URSS comprise dans la somme, le Canada et les États-Unis. Les accords doivent permettre la coopération entre les États, la libre circulation des personnes et le respect des droits de l’homme.
République populaire de Chine, troisième Grande puissance[modifier]

La cohésion apparente du « bloc communiste » se fissure à partir de la rupture sino-soviétique, qui voit ces deux régimes s’affronter sur le terrain idéologique et diplomatique.

Le risque d’une guerre entre ces deux géants fut pris très au sérieux lors du conflit frontalier sino-soviétique de 1969. Constatant que Pékin ne pouvait affronter à la fois Moscou et Washington, Mao choisit de se rapprocher des États-Unis. La proximité géographique de l’URSS posait en effet selon lui une menace autrement plus grande que les États-Unis.

Afin d’affaiblir l’Union soviétique, les États-Unis saisissent la balle au bond et se rapprochent de la République populaire de Chine alors qu’elle se lance dans une course aux armements (bombe A le 16 octobre 1964, bombe H le 14 juin 1967). Nixon cherche à isoler davantage l’Union soviétique, surtout dans le tiers monde.

L’équipe de ping-pong des États-Unis fait un voyage en Chine le 10 avril 1971 : c’est la « ping pong diplomacy ». Le 25 octobre 1971, sous la pression des États-Unis, l’ONU reconnaît la Chine populaire qui siège désormais au Conseil de sécurité (76 voix pour, 35 contre, 17 abstentions) à la place de Taïwan, qui quitte l’ONU en signe de protestation. Enfin, le président Nixon, invité par Mao Zedong, se rend en Chine (février 1972).

Malgré l’antiaméricanisme d’une grande partie de l’administration chinoise, les relations stratégiques et économiques avec les États-Unis prennent de plus en plus d’ampleur. Le conseiller à la sécurité nationale du président Carter, Zbigniew Brzezinski, négocie avec Deng Xiaoping pour installer des bases servant au renseignement d’origine électromagnétique (SIGINT) en Chine, afin d’écouter l’URSS45. La répression des manifestations de la place Tian’anmen, en 1989, a conduit à freiner cette collaboration.

Limites de la « détente »

Les deux Grands sont impliqués dans des conflits importants. Tous deux mènent une lutte d’influence dans les pays du tiers monde : c’est ce que l’on nomme les « conflits périphériques » ou « affrontements indirects ».

De 1964 à 1975, la guerre du Viêt Nam oppose indirectement les grandes puissances. Les États-Unis s’engagent militairement au Viêt Nam à partir de 196246.

Les États-Unis soutiennent de nombreux pays indépendamment de leur type de gouvernement (y compris des dictatures), dans le cadre de la doctrine de l’endiguement envers l’URSS, et provoquent ou favorisent plusieurs coups d’État à travers les opérations Ajax, PBSUCCESS et FUBELT (en). En Amérique latine, le régime castriste soutient des guérillas révolutionnaires, qui se soldent par des échecs. Un exemple connu en est la la tentative ratée de révolution menée par Che Guevara (dirigeant cubain) en Bolivie, où il trouvera la mort en 1967.

Guerre du Viêt Nam

La guerre du Viêt Nam (aussi appelée « deuxième guerre d’Indochine ») est une guerre qui a opposé de 1959 à 1975, d’une part la République démocratique du Viêt Nam (ou Nord-Viêt Nam) et son armée populaire vietnamienne – soutenue matériellement par le bloc de l’Est et la Chine – et le Front national de libération du Sud Viêt Nam (ou Viet Cong), face à, d’autre part, la République du Viêt Nam (ou Sud-Viêt Nam), militairement soutenue par l’armée des États-Unis à partir de 1964, à la suite des incidents du golfe du Tonkin appuyé par plusieurs alliés (Australie, Corée du Sud, Thaïlande, Philippines). La guerre civile laotienne et la guerre civile cambodgienne sont des conflits annexes s’étant déroulés en parallèle, et sur lesquels la guerre du Viêt Nam a eu un impact décisif.

NOTES 
↑ Déclaration du Conseil des ministres de la RDA, citée par Heinrich A. Winkler, Histoire de l’Allemagne, Fayard, 2000, p. 625
↑ ibid.
↑ Sous-marins soviétiques et US Navy, Alexandre Mozgovoï, Marines éditions, 2003, (ISBN 2909675947), p. 45-46
↑ Cuba – Castro, communisme et crise des missiles [archive]
↑ Bernard Droz et Anthony Rowley, Histoire générale du XXe siècle, Éditions du Seuil, 1987, tome III, p. 218
↑ E. Hobsbawm, L’Âge des extrêmes, Éditions Complexe, 1994, p. 308
↑ Dwayne A. Day, Of myths and missiles: the truth about John F. Kennedy and the Missile Gap [archive], The Space Review, 3 janvier 2006
↑ En 1968, les États-Unis et l’URSS engagent des négociations sur la limite d’armes stratégiques (Strategic Arms Limitations Talks). Les accords SALT. [archive]
↑ Le 30 octobre 1973, des pourparlers commencent à Vienne entre 12 pays de l’OTAN et 7 du pacte de Varsovie en vue de la réduction mutuelle des forces et armes stationnées en Europe centrale. Deux ans plus tard tous les pays d’Europe, sauf l’Albanie, participent à la conférence d’Helsinki sur la sécurité et la coopération en Europe. Elle aboutit aux accords d’Helsinki, signé le 1er août 1975. Ils sont souvent considérés comme le point culminant de la détente. …Les accords d’Helsinki [archive]
↑ «Nous avons fait le choix de tout savoir», entretien avec Zbigniew Brzezinski, par Vincent Jauvert, dans Le Nouvel Observateur no 1779, 10 décembre 1998
↑ Le Viêt Nam du nord est un régime communiste qui possède l’aide de l’URSS. Le Viêt Nam du sud est à la base une démocratie, mais son gouvernement est dictatorial, il est appuyé par les États-UnisLa guerre du Viet-Nam [archive]

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Premières crises en Europe et au Moyen-Orient

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Premières crises en Europe et au Moyen-Orient

Guerre civile en Grèce (1946-1949)
Crise irano-soviétique (1946)

La crise irano-soviétique fut la toute première épreuve de force de ce qui allait devenir la guerre froide, et a pour objet l’Iran. À l’été 1941, l’URSS et le Royaume-Uni, à la recherche d’une voie d’acheminement des armes et du ravitaillement à destination du front russe, s’étaient entendus pour en occuper chacune une moitié et déposer le chah Reza Pahlavi, coupable de trop de sympathie avec l’Axe.

Son fils, Mohammed Reza, qui lui a succédé, a conclu avec ces puissances un traité prévoyant le retrait de leurs troupes au plus tard le 2 mars 1946.

Très vite cependant, l’URSS soutient deux mouvements indépendantistes dans le Nord du pays afin de constituer un glacis protecteur au sud comme elle l’a fait en Europe. Ceci conduit à des négociations iraniennes et des pressions occidentales, qui conduisirent finalement l’Armée rouge à se retirer.

Première crise de Berlin (1948-1949)

En juillet 1945, à la conférence de Potsdam, les trois dirigeants des principales puissances alliées, Churchill (puis son successeur, le travailliste Attlee), Staline et Truman s’accordent sur le partage de l’Allemagne et de l’Autriche en quatre zones d’occupation : américaine, britannique, française et soviétique. De même, Berlin, l’ancienne capitale du Reich, est divisée en quatre secteurs d’occupation. Enclavée dans la zone soviétique, des voies d’accès aériennes, autoroutières et ferroviaires permettent de la raccorder aux zones occidentales. L’Allemagne est au cœur des conférences de paix en Europe qui vont se dérouler entre les quatre puissances occupantes en 1946 et 1947.

Après le coup de Prague, en février 1948, les Occidentaux décident de transformer à brève échéance leur trizone en un État souverain ouest-allemand (conférence de Londres, en avril-juin 1948). La première phase du processus est la création du Deutsche Mark, qui devient le 20 juin la monnaie commune aux trois zones occidentales. Staline proteste contre cette division de fait de l’Allemagne et, le 23 juin 1948, il profite de l’isolement géographique de Berlin pour bloquer tous les accès terrestres et fluviaux des secteurs occidentaux. Plus de deux millions d’habitants et 30 000 soldats alliés se retrouvent pris en otage derrière le rideau de fer24.

Dans un premier temps, les Alliés envisagent de forcer le blocus, selon la proposition du général Clay. Mais ils ne veulent pas prendre le risque de provoquer un conflit armé dont ils auraient pris l’initiative. Ils ne peuvent pas non plus ne pas réagir, puisque cela aurait impliqué l’échec de la politique du containment.

Pour sauver la ville de l’asphyxie, Britanniques et Américains décident finalement de mettre en place un pont aérien, c’est-à-dire d’assurer le ravitaillement (vivres, carburant, charbon) par avion. Durant les onze mois que dure le blocus, un transporteur atterrit en moyenne toutes les trente secondes à Berlin-Ouest, sur les aéroports de Tempelhof, Gatow et Tegel. Au total, deux millions et demi de tonnes de fret (dont le charbon constitue les deux tiers) sont acheminés par 275 000 vols. On estime que moins de 5 % des Berlinois de l’Ouest ont préféré se ravitailler auprès des autorités soviétiques.

Pendant la crise, les États-Unis déploient trois escadrilles de bombardiers stratégiques B-29 de l’United States Air Force (USAF) au Royaume-Uni pour signifier qu’ils sont prêts à riposter à une éventuelle invasion de l’Europe de l’Ouest. Cependant, ils n’envisagent à aucun moment de recourir à la menace d’un ultimatum atomique (ils disposent alors du monopole nucléaire) pour faire cesser le blocus de Berlin et contraindre l’Union soviétique à se retirer également de tous les pays où elle avait refusé de « former des gouvernements intérimaires largement représentatifs de tous les éléments démocratiques de la population, qui s’engageraient à faire établir aussitôt que possible, par des élections libres, des gouvernements répondant à la volonté du peuple. ». En effet, l’Europe de l’Ouest est en pleine reconstruction et la puissance militaire conventionnelle du bloc de l’Est est de loin supérieure à celle des Occidentaux. Par là, les États-Unis entérinent de facto le partage de l’Europe que Staline avait voulu voir dans les accords de Yalta.

Le 12 mai 1949, conscient de son échec, Staline décide de lever le blocus. Le 23 mai 1949, la division de l’Allemagne devient officielle, par la promulgation de la loi fondamentale (Grundgesetz), acte de naissance de la République fédérale d’Allemagne (RFA, Bundesrepublik Deutschland), dont la capitale fédérale est Bonn25. Le 7 octobre 1949, la zone soviétique à son tour se constitue en un État souverain26, la République démocratique allemande (RDA, Deutsche Demokratische Republik), dont la capitale est Berlin-Est. Les deux entités refusent de se reconnaître juridiquement. En 1955, la doctrine Hallstein, élaborée par la RFA, énonce que quiconque reconnaîtrait la RDA couperait, de fait, ses relations diplomatiques avec Bonn, qui s’affirme comme seule représentante légitime de l’Allemagne.

Cette crise diminuera le prestige de l’URSS dans le monde, d’une part à cause de ces images de Berlinois affamés résistant à sa politique de force et d’autre part l’humiliation militaire, et augmentera parallèlement celui des États-Unis aux yeux des Allemands de l’Ouest, leur statut passant de celui d’occupant à celui de protecteur.

Expansion communiste en Asie

À la différence de l’Europe, l’extension de la guerre froide à l’Asie n’a pas résulté de politiques volontaristes des deux Grands mais d’évènements initiés par des pays d’Asie eux-mêmes : la Chine, le Vietnam et le Corée27. À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont clairement établi leur suprématie sur le Japon, dont la reddition brutalement accélérée par les bombes atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki a interdit aux soviétiques de jouer un rôle suffisamment important dans l’effondrement de l’empire japonais pour prétendre jouer un rôle dans la suite. L’avancée des troupes soviétiques dans la petite péninsule de Corée avait toutefois permis de créer les conditions de l’établissement d’un État communiste, la Corée du Nord. En Chine en revanche, Staline a trouvé plus avantageux de s’accommoder du régime nationaliste de Tchang Kaï-chek plutôt que de soutenir fortement la révolution communiste dirigée par Mao Zedong.

En parallèle, se développeront des insurrections communistes en Malaisie et en Indonésie qui n’aboutiront pas.

Victoire des communistes en Chine (1945-1949)

La guerre civile entre nationalistes et communistes reprend dès la capitulation japonaise. Le premier théâtre d’opérations est la Mandchourie, que l’Union soviétique a envahi en 1945. Le 15 août, le gouvernement chinois signe un traité d’alliance avec l’Union soviétique, prévoyant le retour de la Mandchourie à la Chine et reconnaissant la souveraineté soviétique à Port-Arthur : les communistes chinois apparaissent isolés politiquement par cette victoire stratégique des nationalistes. Pendant ce temps les États-Unis se posent en médiateurs. Le général Marshall est nommé en novembre 1945 ambassadeur des États-Unis en Chine. Une mission américaine est installée à Yan’an et espère aboutir à la formation d’un gouvernement de coalition communiste-nationaliste. Face à l’échec de plus en plus évident de cette politique, il sera mis fin à cette mission en janvier 1947 et Marshall retournera à Washington pour y prendre la fonction de Secrétaire d’État.

Pendant les pourparlers, un conflit armé éclate dès septembre 1945 : les troupes nationalistes avancent sur la place-forte communiste du Shanxi, afin d’en prendre le contrôle, les troupes communistes ripostent et affrontent les nationalistes jusqu’en octobre, mettant finalement hors de combat treize divisions de l’armée du Kuomintang. S’ensuivent une série de défaites militaires des nationalistes qui aboutiront à la proclamation de la République populaire de Chine le 1er octobre 1949.

Guerre d’Indochine (1946-1954)

Après la défaite du Japon, la France va réussir à rétablir fin 1945 son autorité sur la majeure partie de l’Indochine. Simultanément, le 2 septembre 1945, Hô Chi Minh proclame l’indépendance de la République démocratique du Viêt Nam28. Après une période de négociations, le conflit éclate avec le bombardement du port d’Haïphong le 23 novembre 1946 par la Marine française. Dès lors, Hô Chi Minh ne jouera plus l’option de la Fédération indochinoise voulue par la France. Le 19 décembre 1946, l’insurrection de Hanoï marque le début de la guerre : le gouvernement de la République démocratique du Viêt Nam déclenche des hostilités dans tout le nord du Viêt Nam, et entre dans la clandestinité.

La guerre durera jusqu’en juillet 1954 avec la chute du camp retranché français de Diên Biên Phu et la signature des accords de Genève qui marqueront la fin de l’Indochine française avec sa partition en deux États, le Viet-Nam du Nord communiste et le Viêt Nam du Sud soutenu par les États-Unis qui vont alors prendre le relai de la France et s’engager progressivement dans ce qui deviendra la guerre du Viêt Nam.

Guerre de Corée (1950-1953)

La guerre de Corée29,30 a pour contexte la victoire de Mao Zedong sur le nationaliste Tchang Kaï-chek en Chine : la République populaire de Chine est proclamée par Mao le 1er octobre 1949. Les nord-coréens bientôt soutenus par les chinois vont faire pression sur Staline pour qu’il accepte que soit lancée une offensive militaire contre la Corée du Sud. En réaction, les États-Unis vont appliquer leur doctrine d’endiguement, qui s’oppose à l’expansion du communisme par la force, d’autant plus justifiée à leurs yeux dans le cas présent que laisser la Corée du Nord accomplir impunément son agression contre un allié américain augmenterait le risque d’un basculement d’allégeance du Japon qui se retrouverait trop isolé face aux puissances communistes.

Après la défaite japonaise en août 1945, la Corée est coupée en deux au niveau du 38e parallèle : au Sud, la République de Corée, proaméricaine, dirigée par Syngman Rhee, au Nord, la République populaire de Corée, pro soviétique, dirigée par Kim Il-sung.

En 1948 et en 1949, les armées soviétiques et américaines quittent leurs zones d’occupation respectives, de part et d’autre du 38e parallèle.

Le 12 janvier 1950, le secrétaire d’État américain Dean Acheson déclare devant des journalistes que le périmètre de défense des États-Unis comprend les îles Aléoutiennes, les îles Ryūkyū, le Japon et les Philippines. En d’autres termes, la Corée n’en fait apparemment pas partie.

Le 25 juin 1950, l’armée nord-coréenne franchit le 38e parallèle, avec l’accord de Staline, encouragé par les déclarations américaines.

Le 27 juin, les Nations unies condamnent l’agression nord-coréenne et décident de venir en aide à la Corée du Sud. Depuis février 1950, afin de protester contre la présence de Taïwan et non de la Chine populaire, l’URSS boycotte les séances du Conseil de sécurité et n’a donc pas pu mettre son veto à cette résolution. Le général Mac Arthur, le vainqueur du Pacifique, est nommé commandant en chef des forces de l’ONU, formées en majeure partie de contingents américains, mais aussi de troupes britanniques, françaises, australiennes, canadiennes entre autres.

Fin septembre 1950, MacArthur atteint la frontière chinoise.

En octobre, devant l’intervention de 850 000 « volontaires du peuple chinois », en fait des troupes régulières, il doit se replier sur le 38e parallèle, où le front finit par se stabiliser en mars 1951.

Pour remporter la victoire, MacArthur propose alors un plan d’escalade du conflit à Truman : bombardement de la Mandchourie, blocus naval des côtes chinoises, débarquement des forces du général Tchang Kaï-chek en Chine du Sud et, le cas échéant, emploi de l’arme atomique. Truman, qui est convaincu qu’une telle initiative provoquera une intervention soviétique, limoge Mac Arthur et le remplaça par le général Matthew Ridgway.

Le 27 juillet 1953, après la mort de Staline, au bout de deux ans de pourparlers l’armistice est signé à Panmunjeom, mais il ne sera suivi d’aucun traité de paix. Après trois années d’une guerre qui a fait plus d’un million de morts, le conflit s’achève avec une frontière nord-sud-coréenne revenue quasiment au stade initial d’avant-guerre : c’est le statu quo ante bellum.

Consolidation forcée des deux blocs sous contrainte idéologique et politique

Les États-Unis comme l’Union soviétique veillent en permanence à ce qu’aucune brèche ne s’ouvre dans leur propre camp, que ce soit par un changement de régime politique résultant de mécontentements populaires ou par des actions politiques ou subversives soutenues de l’extérieur.

Soviétisation de l’Europe de l’Est

L’objectif de maintien de la totalité des pays de l’Europe de l’Est sous son contrôle total constitue une préoccupation majeure de Staline, qui va se traduire en quelques années par la soviétisation complète31 de tous ces pays à l’exception de la Yougoslavie du Maréchal Tito qui en restera à l’écart.

À cet effet, les leaders des partis non-communistes qui refusent de se rallier au régime sont écartés, soit par discréditation ou intimidation, soit par des procès politiques suivis d’emprisonnement voire d’exécution. Le bloc de l’Est est le théâtre de nombreux procès politiques contre des personnes accusés d’être « titistes » (terme qui vient de Tito, dirigeant de la Yougoslavie), accusés de dévier de la politique de Moscou, (donc d’être « déviationnistes »), de « cosmopolitisme » ou de « sionisme », ou de travailler pour l’Occident. De très nombreuses personnes sont emprisonnées ou exécutées, l’immense majorité tout simplement car ils gênent les régimes alors en place alors que plusieurs d’entre eux sont d’authentiques communistes comme László Rajk qui en République populaire de Hongrie est l’une des premières victimes avec 19 autres hommes de ces Grandes Purges en 1949.

Dans la même logique, les insurrections de juin 1953 contre le régime communiste pro-soviétique qui éclatent en République démocratique allemande seront sévèrement réprimées.

Maccarthysme aux États-Unis

Pour les États-Unis, ce même objectif se traduit différemment de par un contexte géopolitique différent. En Europe en effet, depuis que les partis communistes ont été écartés du gouvernement en 1947 en France et en Italie, tous les pays d’Europe de l’Ouest s’inscrivent clairement dans la logique du capitalisme avec le plus souvent une dimension sociale importante. C’est sur le sol américain et en premier lieu chez eux que les États-Unis vont mener une lutte contre les sympathisants communistes ou supposés comme tels : ce sera le maccarthisme.

À partir de 1947 les artistes suspectés de sympathies communistes sont placés sur la « liste noire », et empêchés de travailler. Les « dix d’Hollywood », refusant de répondre aux questions en invoquant le premier amendement, sont emprisonnés. La Commission d’enquête de la Chambre des représentants sur les activités antiaméricaines (House Un-American Activities Committee ou HUAC) enquête sur la propagande communiste et fait boycotter 300 artistes par les studios. Des artistes comme Bertolt Brecht, Charlie Chaplin, Jules Dassin et Orson Welles doivent quitter les États-Unis.

Entre 1950 et 1954, le sénateur républicain du Wisconsin, Joseph McCarthy, mène une véritable chasse aux « Rouges ». Il fait mettre en accusation pêle-mêle tous ceux qu’il soupçonne d’être des membres du Parti communiste, des « compagnons de route » ou de simples sympathisants : des fonctionnaires, des artistes, des intellectuels, des savants et des hommes politiques. Le secrétaire d’État Dean Acheson est suspecté d’être « mou dans la lutte contre le communisme » (soft on communism) et George Marshall, l’ancien secrétaire d’État, accusé d’avoir lâché Tchang Kaï-chek en 1946. Ethel et Julius Rosenberg, un couple de juifs communistes américains, sont arrêtés, condamnés à mort et exécutés pour espionnage au profit des Soviétiques. Cette affaire suscite une vive émotion en Europe, et tout particulièrement en France, où l’on dénonce le climat d’hystérie collective qui a entouré le procès. Il est établi aujourd’hui, selon différentes archives et témoignages, que les Rosenberg, en particulier l’époux, sont bien des espions qui ont transféré aux Soviétiques des documents relatifs au radar et à des armements. Ce sont les seuls espions exécutés, suite à une procédure judiciaire, durant la guerre froide, aux États-Unis32. Finalement, en 1954, McCarthy dépasse les bornes et met en doute la loyauté de l’armée. Il est alors l’objet d’un blâme de la part de ses collègues du Sénat : c’est la fin du maccarthysme. La liste noire restera cependant en activité pendant plusieurs années.

Contrôle étroit de l’Amérique Latine par les États-Unis

En Amérique Latine, que les États-Unis considèrent comme leur zone d’influence exclusive, les régimes en place, souvent de nature dictatoriale, sont soutenus et des actions entreprises contre les régimes se tournant vers le communisme : en 1954, les États-Unis participent au coup d’État au Guatemala qui remplace un gouvernement démocratiquement élu par une dictature (opération PBSUCCESS). Cette politique va cependant connaître un échec majeur à Cuba avec le succès de la la révolution cubaine qui aboutit en 1959 au renversement du régime du dictateur pro-américain Fulgencio Batista par une guérilla amorcée par Fidel Castro et le Mouvement du 26 juillet.

Coexistence pacifique et nouvelles crises sur fond d’équilibre de la terreur (1956-1962)

Le 5 mars 1953, Staline meurt. Il est remplacé par une direction collégiale au sein de laquelle les rivalités feront rage jusqu’en 1955, avec pour conséquence l’absence d’une ligne de politique extérieure stable durant cette période de transition. En 1956, le nouveau numéro un soviétique Nikita Khrouchtchev, dit « Mr K », condamne les crimes de Staline, commence le processus de déstalinisation et énonce la coexistence pacifique (1956). La doctrine Sokolovski, énoncée par Khrouchtchev en 1960, réaffirme l’usage soviétique de l’arme nucléaire en cas d’attaque.

Du côté américain, en 1957, Eisenhower énonce la doctrine Eisenhower, qui promet des aides économiques et militaires aux États du Moyen-Orient pour faire front à l’influence soviétique. La doctrine est appliquée lors de la crise de 1958 au Liban, durant laquelle 14 000 militaires américains débarquent au Liban (opération Blue Bat).

Dès 1950, un PB4Y Privateer est abattu par la chasse soviétique. À partir de 1956, les Américains utilisent des U2 volant à plus de 20 000 mètres d’altitude. Mais, lors de l’incident de l’U-2 de mai 1960, l’un d’eux est abattu et son pilote, Francis Gary Powers, est emprisonné à la suite d’un procès très médiatisé. Les Américains créent alors des avions espions de plus en plus perfectionnés, avant de développer un programme de satellites de surveillance (Corona et KH-6).

Durant cette période, les sommets entre les dirigeants américains et soviétiques reprennent après 10 ans d’interruption. Khrouchtchev rencontre Eisenhower en 1955 à Genève, en 1959 aux États-Unis, en 1960 en France et Kennedy en 1961 à Vienne33. En effet, le jeune démocrate John F. Kennedy a gagné les élections de 1960.

Il préfère une coexistence pacifique avec l’URSS, mais veut en même temps empêcher le communisme de se répandre dans le tiers monde. Dans le cadre de la doctrine Kennedy, il appelle ainsi à ce que la « force et l’unité militaire requise dans la lutte contre le communisme soient contrebalancées par des espoirs de désarmements et de coopération globale ». Dans ce cadre, il crée « l’Alliance pour le Progrès » (1961), un programme d’aide économique pour aider l’Amérique latine et contrer l’influence de Cuba. Celle-ci se révèle néanmoins plutôt décevante.

De plus, il accroît l’aide américaine au Congo-Kinshasa et envoie des « conseillers militaires » au Laos et au Viêt Nam. Dans le même temps, la doctrine MacNamara de riposte graduée remplace, en 1962, la doctrine Dulles de représailles massives.

Insurrection de Budapest (1956)

Le bloc soviétique vit une importante crise cristallisée par la révolte hongroise à Budapest, laquelle mène à une répression soviétique au moment des Jeux olympiques d’été de 1956.

Le mouvement hongrois d’octobre 1956 fut une insurrection, voire une révolution. Ce fut un soulèvement spontané, sans dirigeant, authentique mouvement de masse uni par la haine du régime stalinien et par une volonté d’améliorer la situation sociale. L’enquête menée par le Comité spécial de l’ONU sur la Hongrie en 1957 conclut son rapport en disant que le « soulèvement hongrois a eu un caractère non seulement national, mais aussi spontané ». L’agitation des écrivains, des étudiants et des journalistes prouve une émancipation progressive vis-à-vis du Parti des travailleurs hongrois (le parti unique), ainsi qu’une désagrégation du système totalitaire. Mais l’insurrection hongroise est rapidement écrasée par les chars soviétiques, ceci sans réelle réaction du bloc de l’Ouest34.

Crise de Suez (1956)

Cette crise35 fait partie de la guerre froide car c’est le propre de ce conflit que de n’assister à aucune bataille directe entre les deux Grands, puisqu’elle est un conflit opposant de manière indirecte les États-Unis et l’URSS.

En 1956, le monde assiste à une guerre entre l’Égypte d’une part, la France, le Royaume-Uni et Israël d’autre part. La France et le Royaume-Uni subissent les pressions des deux superpuissances, lesquelles n’apprécient pas de ne pas avoir été mises au courant de l’opération autour du canal de Suez. L’URSS menace d’utiliser l’arme atomique, car elle y voit une guerre coloniale. Dans ce dossier, les deux grandes puissances adoptent la même position

NOTES
↑ a, b et c L’affrontement des grandes puissances et la dissolution des blocs, Georges COUMES [archive]
↑ (en) The Basic Law of the FRG (23 May 1949) [archive] sur CVCE – Centre Virtuel de la Connaissance sur l’Europe Site de référence [archive]
↑ (en) Announcement of the Impending Establishment of the German Democratic Republic (October 7, 1949) [archive] sur German History in Documents and Images Site de référence [archive]
↑ (en) John Lewis Gaddis, We know now: Rethinking Cold War History (A Council on Foreign Relations Book), Oxford University Press, 1997, 425 p. (ISBN 978-0-19-878071-7), p. pages 54 à 84 Cold war empires: Asia (chapitre 3)
↑ (fr) Déclaration d’indépendance de la République démocratique du Vietnam [archive] sur CVCE – Centre virtuel de la connaissance sur l’Europe Site de référence [archive]
↑ La Guerre froide, Les points de tension [archive]
↑ La guerre froide a créé en Corée, comme en Allemagne, deux États. Le 38e parallèle de latitude N sépare la Corée du Nord, dictature pro-soviétique, de la Corée du Sud démocratie pro-occidentale. La guerre qui s’y déroule entre 1950 et 1953 fait suite à la victoire, en Chine, de Mao, qui soutient le gouvernement nord-coréen. La Corée [archive]
↑ (en) Melvyn P. Leffler et Orne Arne Westad, The Cambridge History of the Cold War : Volume 1 Origins, Cambridge University Press, 2010, 643 p. (ISBN 978-110760229-8), p. Volume 1 – Chapitre 9 The Sovietization of Eastern Europe
↑ cf. S. Courtois, La Vérité sur l’affaire Rosenberg, L’Histoire, septembre 2004
↑ 1) Des éléments nouveaux dans les rapports est-ouest Un dialogue plus ouvert [archive]
↑ Johanna Granville, (Le Premier Domino)The First Domino: International Decision Making During the Hungarian Crisis of 1956 [archive], Texas A & M University Press, 2004. ISBN: 1585442984.

source wikipedia

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