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16 décembre 2012

Jean-Julien, Marius Chapelant

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Ils étaient bien là, ces hommes !

Réhabilitez le lieutenant Chapelant fusillé pour l’exemple en 1914

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Jean-Julien, Marius Chapelant

Jean-Julien, Marius Chapelant, né le 4 juin 1891 à Ampuis dans le Rhône , et mort le 11 octobre 1914 à Beuvraignes dans la Somme, est un sous-lieutenant français commandant la 3e section de mitrailleuses du 98e RI. Il est fusillé pour l’exemple le 11 octobre 1914.

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Engagé volontaire au 99e RI le 4 juin 1909, il y est nommé caporal le 5 octobre 1909 puis sergent le 28 septembre 1910. Rengagé le 15 décembre 1911 au 98e RI de Roanne, il est chef de la 3e section de mitrailleuses lors du déclenchement de la première guerre mondiale, promu au feu au grade de sous-lieutenant à titre temporaire.

Le 7 octobre 1914, après sept jours et sept nuits de combats et de bombardements ininterrompus autour de Beuvraignes (Somme), il est capturé avec une poignée de survivants (3) après s’être rendu (selon le lieutenant-colonel son accusateur). Grièvement blessé à une jambe par une balle allemande, il réussit cependant à s’échapper et à regagner les lignes françaises deux jours plus tard, dans un état d’épuisement facile à imaginer. Pourtant, le lieutenant-colonel Didier, son chef de corps, le fait traduire devant un « conseil de guerre spécial » qui le condamne à mort pour « capitulation en rase campagne ». Le 11 octobre 1914, Chapelant est fusillé dans la cour du château des Loges, attaché à son brancard dressé contre un pommier.

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28 novembre 2012

D’autres noms pour l’exemple

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SOLDATS FUSILLES POUR L’EXEMPLE

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Le caporal Albert Truton

Né au Mage (Orne) où il est cultivateur en 1914, Albert Truton a épousé en 1912 Lucienne Cellier dont il a un enfant, Suzanne, née en 1913. Lors de la mobilisation générale, il est incorporé au 103e RI. Passé au 75e RI en juin 1915, il devient caporal le 30 juin 1916. Le 6 août 1916, il est blessé par un éclat d’obus
et il est cité à l’ordre du régiment comme « bon gradé courageux ».Après la mutinerie de Pargnan, il est condamné à mort par le Conseil de guerre de la 27e DI le 10 juin 1917 pour « refus d’obéissance, étant commandé pour marcher contre l’ennemi ». Il est fusillé le 16 juin à Pargnan.

Il est aujourd’hui inhumé au cimetière militaire français de Cerny-en-Laonnois.

 

Gaston Lefèvre engagé à 17 ans et fusillé è 19 ans.

Gaston Lefèvre est né le 4 juin 1897 à Morfontaine en Meurthe-et-Moselle. A la veille de la guerre, il exerce le
métier de cantonnier. Le 7 août 1914, les Allemands prennent son père en otage et le fusillent. Son frère infirme avait été emmené, puis fusillé à son tour. Pour venger les siens, Gaston Lefèvre franchit les lignes ennemies et vient venu s’engager à la mairie de Mézières (Ardennes) le 14 août. N’ayant que 17 ans, il avait falsifié son âge pour pouvoir s’engager.

Blessé au printemps 1915, il est alors soigné à l’hôpital de Lyon.

Le 9 juin 1917, à la suite de la mutinerie de Mercin, il est condamné à la peine de mort par le Conseil de guerre de la 13e Division, pour « révolte par prise d’armes sans autorisation et agissements contre les ordres des chefs ».

Pierre Lefèvre est exécuté le 16 juin 1917 à Soissons. Il est aujourd’hui inhumé au cimetière militaire d’Ambleny.

 

Joseph Gabrielli : Un Corse, simple d’esprit, condamné à mort

Gabrielli, berger de son  état, n’avait jamais quitté la Corse, ni même son village natal près de Corte, quand il fut mobilisé au 140e régiment d’infanterie .
Bien qu’il soit illettré et arriéré mental, on l’affecte à la 6e compagnie où on a plus besoin de son corps que de son esprit. Le 8 juin 1915, au cours d’une attaque, il est légèrement blessé. Son chef l’envoie se faire penser au poste de secours.
En revenant, il s’égare et ne retrouve plus sa compagnie.
On le retrouve cinq jours plus tard, terré au fond d’une cave à Colincamps (Pas de Calais).
Interrogé il déclare (avec peine, car il parle très mal le français) aux gendarmes :
« Mon régiment est rentré dans la tranchée la nuit du 6 au 7. J’ai pris part à plusieurs combats. Dans la nuit du 12, ma compagnie est partie à l’attaque, j’ai suivi mes camarades, mais à la fin des combats, je ne les ai pas retrouvés. Je suis revenu à la tranchée, mais, comme il n’y avait plus personne de  mon régiment, je suis parti sans savoir où j’allais. Je suis arrivé à Colincamps vers quinze heures, j’ai cherché ma compagnie sans la retrouver, c’est alors, que j’ai eu l’idée de descendre dans la cave d’une maison abandonnée où je suis resté pendant deux jours. J’ai perdu mon fusil et mon sac dans la tranchée. »
Le rapport rédigé par le commandant de la prévôté donne une autre version des faits :
«  Le soldat Gabrielli a disparu de sa compagnie le 8 juin au matin et a été signalé par son caporal d’escouade comme manquant à l’appel. Dans la même journée, des soldats de la compagnie faisant le service de ravitaillement ont attesté avoir vu Gabrielli  au poste de secours du bataillon. »
D’après l’enquête faite auprès de ses chefs, et de ses camarades, il ressort que Gabrielli est considéré comme un débile profond, élevé à l’état sauvage et surtout employé à creuser des latrines ou des tranchées.
Il est néanmoins traduit devant le conseil de guerre spécial du 140e R.I.
Voici la transcription d’une partie de l’interrogatoire de l’accusé faite par le commissaire du gouvernement.
Question_Quand avez-vous quitté votre compagnie et à quelle heure ?
Réponse_Je ne m’en souviens pas…
Q_ Pourquoi l’avez-vous quittée ?
R_ J’ai reçu un obus près de moi et je ne me rappelle plus rien…
Q_Combien de jours êtes vous resté absent de votre compagnie ?
R_ Trois jours.
Q_ Pourquoi n’avez-vous pas cherché à regagner votre compagnie  le plus tôt possible ?
R_J’ai cherché partout et je n’ai pas trouvé.
Q_ Où avez-vous été trouvé ?
R_ Dans une cave.
Q_ Est-ce dans une cave que vous cherchiez votre compagnie ?
R_ Je n’y ai couché qu’une nuit.
Q_ Pourquoi avez-vous dit aux gendarmes avoir quitté votre poste le 12 courant alors qu’en réalité vous êtes porté absent depuis le 8 juin ?
R_ Les gendarmes n’ont rien compris…
Q_ Pourquoi avoir dit que vous étiez resté absent trois jours, alors que vous êtes porté manquant  de puis le 8 au matin et que vous n’avez été retrouvé que le 13 juin à 18 heures, c’est-à-dire six jours après ?
R_Je ne peux pas m’expliquer.
Q_Avez vous quelque chose à rajouter pour votre défense ?
R_ Je suis ici pour défendre la France !

C’est un interprète corse qui traduisait au fur et à mesure les questions et les réponses.
Malgré les témoignages des soldats et de son commandant de compagnie confirmant  l’irresponsabilité de l’accusé, le conseil de guerre le reconnait coupable d’abandon de poste devant l’ennemi et le condamne à mort.
Dessin_de_tardi La sentence est lue à 20 heures et Gabrielli  est fusillé une heure plus tard. Dix ans après, un témoin, M Dupommier, qui avait assuré la défense de l’accusé, raconte l’exécution.
« Au cours de ces quatre années de guerre, j’ai vu de terribles choses. Je ne crois pas avoir assisté à un plus triste spectacle que cette exécution. Gabrielli, affolé, courrait devant les fusils en criant : » Maman, maman, je ne veux pas mourir… » Il se cramponnait convulsivement, tantôt à l’aumônier, tantôt à moi ; il a fallut planter un poteau sur la tranchée de deuxième ligne pour l’y ligoter. Cela a duré une demi-heure. Les hommes du peloton d’exécution étaient terriblement émus. Un seul être demeurait impassible : c’était le commandant Poussel (tué quelques mois plus tard en Champagne). Après le coup de grâce, cet officier m’a dit  « Voila une mort qui épargnera bien des vies humaines » J’ai répondu « Vous avez mon commandant, une étrange conception de la justice et vous venez d’assumer une bien effroyable responsabilité devant DIEU(1) »

Le 4 novembre 1933, la cour spéciale militaire annule le jugement du conseil de guerre et réhabilite Gabrielli.

Les fusillés de Montauville : Chemin et Pillet

A la 20e compagnie du 37e régiment d’infanterie coloniale, on s’était aperçu que les sacs laissés dans la tranchée pendant les attaques étaient régulièrement pillés, c’est pourquoi le commandant de compagnie avait décidé de nommer deux hommes dont la mission consistait à garder les sacs des soldats qui partaient à l’assaut. Comme c’était une « plaque », on avait choisi des hommes ayant charge de famille, c’est ainsi que Chemin et Pillet avaient été désignés.
Dans la nuit du 22 au 23 juin 1915, alors que leurs camarades montent à l’attaque dans la région du Ban de Sapt, Chemin et Pillet prennent leur faction auprès des sacs.
La consigne est formelle, quels que fussent les bombardements, en aucun cas ils ne devaient s’éloigner des sacs.
Or ce jour là, la 20e compagnie venait de « toucher » un nouveau commandant, lequel ignorait complètement la consigne donnée par son prédécesseur aux gardes sacs.
Le lendemain de l’attaque, on procède à l’appel afin d’établir l’état des pertes. Evidement Chemin et Pillet ne peuvent répondrent à l’appel de leur nom puis qu’ils sont restés à l’arrière.
Comme ils ne figurent ni parmi les morts ni parmi les blessés, ils sont portés « disparus au combat ».
Trois heures plus tard, le capitaine apprend que les deux « disparus » ont été retrouvés prés des sacs. Il les convoque, les engueule, écoute leurs explications, ne leur met aucune punition, mais il fait un rapport expliquant à ses supérieurs comment il a retrouvé les deux soldats portés manquant.
Ce n’est qu’un mois plus tard, alors qu’ils remontent au front, que les deux soldats apprennent qu’une information a été ouverte contre eux à la suite d’une plainte déposée par le colonel du régiment.
Tribunal_dans_une_eglise_de_la_me_2 Le 4 août 1915, après une instruction rapide, ils sont présentés au conseil de guerre et inculpés d’abandon de poste devant l’ennemi. Au cours de la séance, l’accusation fait état de prétendus aveux verbaux et écrits des condamnés dans lesquels ils reconnaissent s’être enfuis et réfugiés à l’endroit où se trouvaient les sacs. Or les deux hommes étaient totalement illettrés…
« Comment auraient ils pu rédiger leurs déclarations sans faire de fautes d’orthographe ? » demande leur défenseur aux juges.
Pour le conseil, cela n’a aucune importance : les juges ne retiennent que les témoignages obtenus par la persuasion, auprès de soldats n’osant pas contredire leurs supérieurs. Par contre, on ne tient aucun compte des témoins qui veulent déposer pour affirmer que Chemin et Pillet avaient bien été désignés pour garder les sacs et qu’ils n’avaient fait qu’obéir à la consigne.
Le 4 août 1915, à 19 heures, les deux hommes sont condamnés à mort par la cour martiale.
G. Reau a recueilli le témoignage de l’abbé Lesjone, aumônier qui a accompagné les deux gardes sacs jusqu’au poteau d’exécution.
« C’est moi, dit il, qui fus chargé d’apprendre à Chemin et Pillet la sentence prononcée par le conseil de guerre. L’exécution devait avoir lieu à 10h 30 du matin. Les deux soldats ne s’étaient pas rendu compte de la gravité des faits qui leur étaient reprochés. Ils ne voulurent pas croire qu’ils allaient être passés par les armes. Quand ils comprirent qu’ils devaient abandonner toute espérance, ils entrèrent dans une crise d’angoisse. Chemin, qui était originaire de Tullier (Charente Inférieure), montrait la photographie de ses cinq enfants. Il embrassait leur image en disant : »Est-ce possible ? Dire que je ne les reverrai plus ! Et pourtant je n’avais pas voulu fuir…On ne sait donc pas ce que c’est que d’être couver de terre par un obus ? »
« L’autre condamné, le soldat Pillet, qui était célibataire, me demanda de faire parvenir quelques  souvenirs à sa vieille mère ».
« Devant le poteau d’exécution, Chemin, s’adressa aux douze hommes du peloton et leur cria »Mes amis, je suis père de familles, vous n’allez pas me tuer ! » Attaché au poteau, Chemin hurlait  « Grâce mon colonel, grâce pour mes enfants ! »La sentence ne put être lu complètement, car la révolte grondait dans les rangs des soldats. Craignant une mutinerie, le colonel donna l’ordre à l’adjudant qui commandait le peloton d’ouvrir le feu. »
Le 5 août 1915  Pillet et Chemin tombaient sous la salve à 10h40. On avait mis plus d’un mois pour les inculper et moins d’un jour pour les juger et les tuer.

 

François Laurent : un breton fusillé pour l’exemple.

François Laurent est blessé à la main gauche dans la nuit du 1er octobre 1914, la dernière phalange du petit doigt de sa main gauche est arrachée. Son capitaine lui demande d’aller se faire soigner à l’infirmerie.  François Laurent fut examiné par le docteur Buy à Châlons-sur-marne qui vit une présomption de mutilation volontaire . Ce soldat ne s’exprime que malhabilement en français, il sera accusé d’abandon de poste, condamné par le conseil de guerre et fusillé le 19 octobre 1914. Il est exécuté avec toute une série d’autres soldats condamnés pour le même délit (…).La contre expertise du docteur Paul en 1933 conclut que la pièce médicale du dossier n’est pas suffisante pour prouver une mutilation volontaire ».

Le docteur Buy se justifia en expliquant « si tous mes rapports étaient en partie écrits à la polycopie c’était (…) parce que nous n’avions pas le temps »En effet, il faut savoir que ce docteur utilisait un document polycopié dans lequel il n’avait plus qu’à placer le nom et la blessure. Cela montre bien que les mutilations étaient courantes, et que l’examen médical n’était pas toujours sérieux. En tous cas, ce docteur a envoyé un homme à la mort, juste parce qu’il n’avait pas le temps de bien l’examiner.

Le travail de mémoire d’un instituteur local appuyé par les anciens combattants aboutit à sa réhabilitation en 1933, et donc à l’inscription de son nom sur le monument de Millionnec. En effet le Maire fit retiré la plaque de marbre où était inscrit le nom des soldats morts de la commune, puis il fit graver les noms directement dans la pierre incluant François Laurent, qui apparaissait ainsi dans l’ordre alphabétique. Par ailleurs sa famille perçut en dédomagement une somme de 10 000 francs.

 

Joseph Dauphin : le héros fusillé pour une beuverie

Joseph Dauphin, né à Tauves dans le Puy-de-Dôme, le 10 février 1882, dans une famille de 10 enfants. Il fut l’un des 600 soldats fusillés pour l’exemple par l’armée française durant la Première Guerre mondiale.

Dauphin_j Marié, père d’un enfant, le paysan Dauphin se trouvait incorporé dès le mois d’août 1914 au 70 ème bataillon de chasseurs à pied. Vaillant soldat, il reçut, en 1915, la Croix de guerre avec palmes pour plusieurs actes héroïques, entre autres avoir ramené sur ses épaules un lieutenant gravement blessé près des barbelés de la tranchée ennemie ou bien encore avoir tenu une position jusqu’à épuisement de ses cartouches. Promu caporal, il reçut par trois fois une citation pour sa conduite exemplaire au combat.

Au printemps 1917, l’état major avec Nivelle est au summum de son incompétence. Depuis deux ans les armées piétinent, Nivelle décide d’engager massivement les troupes dans ce que l’état Major appelle la « Bataille de France« . Les allemands connaissent le projet et renforcent les défenses en abandonnant une partie du front. Nivelle n’en tient pas compte. La préparation de l’artillerie française du 10 au 16 avril est sans effet sur les abris en béton et les cavernes du plateau de Craonne. Nivelle n’en tient pas compte. L’attaque est déclenchée le 16 avril, quelques jours plus tard et 150 000 morts, disparus et blessés, la Bataille de France est devenue, afin de minimiser cet échec,  la bataille de l’aisne puis la bataille du Chemin des Dames. La presse n’évoque pas le massacre et minimise l’évennement. Le fusible Nivelle saute en mai 1917. Celui ci est envoyé en Algérie dans un obscure commandement. Pétain prend sa revanche et le remplace. La stratégie change peu mais Pétain doit faire face à une vague importante de mutinerie. Bien souvent les soldats refusent simplement de repartir à l’assaut et remettent en cause les tactiques voir les stratégies militaires. Très peu contestent le bien fondé de la guerre.

C’est dans ce contexte que se situe l’affaire du caporal Dauphin. En juin 1917 les permissions de son régiment sont annulées. Joseph Dauphin et plusieurs soldats qui l’accompagnaient ramassèrent alors une cuite mémorable. Sous l’effet de l’alcool (dont l’armée n’était pas avare, à fortiori pour envoyer sa chair à canon à l’assaut) et sans trop savoir ce qu’ils faisaient, ils auraient tiré quelques coups de fusil et lancé à la cantonade des propos séditieux. Un fois dégrisé et conscient d’avoir fauté, Dauphin s’attendait à récolter quelques jours de prison, mais à sa grande surprise et sans vraiment comprendre, ses supérieurs l’envoyèrent devant le Conseil de guerre. Ils avaient besoin d’un exemple.

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Seul gradé parmi les hommes interpellés et pour avoir chanté un peu fort J’ai deux grands bœufs dans mon étable (version contredite par l’accusation), le caporal Dauphin, considéré comme meneur dans la vague des mutineries de 1917, fut condamné à mort et fusillé le 12 juin 1917 à la ferme de Fété, près de Ventelay dans l’Aisne. François Brugière, son camarade de Tauves, vraisemblablement impliqué dans la même séance de beuverie et désigné pour faire partie du peloton d’exécution, refusa de tourner son fusil contre Joseph. Condamné à 10 ans de travaux forcés, il fut envoyé au bagne de Chief (ex-Orléanville) où il mourut d’épuisement le 12 février 1918. Joseph Dauphin, quant à lui, repose dans la nécropole de la Maison Bleue à Cormicy dans la Marne : tombe n° 884.

Malgré de nombreuses campagnes de presse, il n’a jamais été réhabilité (toute requête de demande en révision étant jugée irrecevable par la justice après 1928).

 

Les 4 fusillés de Flirey : Baudy, Prebost, Morange et Fontenaud.

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Félix BAUDY est né le 18 septembre 1881 à Royère-de-Vassivière et Henri PREBOST le 1 septembre 1884 à Saint Martin Château, deux communes creusoises voisines de Gentioux. Félix et Henri étaient maçons, obligés de s’exiler comme beaucoup d’hommes des villages creusois. Ces militants du syndicat de la Confédération Générale du Travail (fondée à Limoges en 1895), travaillaient habituellement sur les chantiers de Lyon. Antoine MORANGE était lui aussi militant de la CGT. François FONTANAUD était orignaire de Montbron en Charente.

Pendant la guerre de 1914-1918, ils ont été incorporés au 63e RI, 5e Cie. Félix BAUDY et Henri PREBOST ont été fusillés pour l’exemple le 20 avril 1915 à Flirey, suite au refus collectif de leur compagnie de remonter à l’assaut de la crête de Mort-Mare.

Le 19 avril 1915, une attaque devait avoir lieu à Mort-Mare, afin d’enlever les derniers 200 mètres de tranchée encore occupés par les Allemands au centre d’une première ligne conquise quelques jours plus tôt avec la perte de 600 hommes. Un régiment détaché dans le secteur de Flirey depuis la fin de l’offensive le 11, devait la conduire. Les troupes d’assaut avaient été tirées au sort et le hasard avait désigné l’une des compagnies fortement malmenées les 3, 4 et 5 avril lors des combats sur la route de Thiaucourt.

Au signal de l’attaque cette compagnie de 250 hommes refuse de partir à l’assaut: « ce n’est pas notre tour d’attaquer » disent-ils.

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Furieux, le général DELETOILE ordonne que les 250 soldats passent en cour martiale  pour être tous exécutés. Après l’intervention d’autres officiers, cinq hommes sont finalement désignés et comparaissent dès le 19, pour une parodie de procès. L’un d’eux est acquitté. Deux hommes ont été choisis par tirage au sort dont le soldat François FONTANAUD. Les trois autres : le caporal Antoine MORANGE et les soldats Félix BAUDY et Henri PREBOST ont été désignés par leurs supérieurs en raison de leur appartenance syndicale à la CGT.

Le 20 avril, le caporal Antoine MORANGE, les soldats Félix BAUDY, François FONTANAUD et Henri PREBOST seront fusillés à la lisière d’un bois de Manonville.

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Les Fusillés pour l’exemple de Flirey s’ajoutent à ceux de Souain, Vingré, Fontenoy, Fleury, Mouilly, Montauville… En quatre ans, 2 400 « poilus » auront été condamnés à mort et 600 exécutés, les autres voyant leur peine commuée en travaux forcés.

Trés peu, environ une quarantaine sur 600, ont été rétablis dans leur honneur dans les années 1920 ou 1930. Parmis eux, les fusillés de Flirey ont été réhabilités en 1934.

Félix BAUDY est enterré dans le cimetière communal de Royère de Vassivière et Henri PREBOST est enterré à Villeurbanne.

Ci dessous la tombe de Félix Baudy dans le cimetière de Royère de Vassivière.

 

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source : http://moulindelangladure.typepad.fr/monumentsauxmortspacif/histoires_de_16_fusills_pour_lexemple/

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Soldat fusillé pour l’exemple

Classé sous — milguerres @ 18 h 21 min

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Soldat fusillé pour l’exemple

Première Guerre mondiale

France

Source : WIKIPEDIA

Suivant la défaite de Charleroi et l’échec de la Bataille des frontières, les mêmes causes produisant souvent les mêmes effets, deux décrets du 2 août et du 6 septembre 1914 furent promulgués qui instituaient des Conseils de guerre spéciaux, s’ajoutant aux Conseils ordinaires qui continuaient de se tenir. Avec une procédure simplifiée et expéditive, s’inspirant des cours martiales de 1870, ces conseils s’exercèrent jusqu’à leur suppression en 1917.

Pendant la Première Guerre mondiale, en France 2 400 « poilus » auront été condamnés à mort et 600 fusillés pour l’exemple2,3, les autres voyant leur peine commuée en travaux forcés. Ces condamnations ont été prononcées pour refus d’obéissance, mutilations volontaires, désertion, abandon de poste devant l’ennemi, délit de lâcheté ou mutinerie (en 1917).

Les exécutions sommaires

Cette estimation de 600 fusillés pour l’exemple ne prend pas en compte les exécutions sommaires. Celles-ci sont relatées dans les carnets de guerre des soldats. Ainsi les Mémoires d’un troupier d’Honoré Coudray du 11e bataillon de chasseurs alpins explicite les exécutions sommaires auxquelles il dit avoir assisté :

  • En juillet 1916, un chasseur est accusé de dévaliser les morts ; blessé par les artilleurs, il est abattu par son commandant. Coudray commente « le taré P…. a trouvé un moyen rapide de suppléer au conseil de guerre,….aucun interrogatoire, aucune enquête ». Pour masquer son crime, le commandant inscrit la victime dans la liste des morts au champ d’honneur ;
  • En octobre 1916, un jeune chasseur de la classe 1915, paniqué, fuit le front pendant un bombardement. Le commandant le convoque : « monte sur le parapet », le commandant le suit et le tue d’une balle dans la tête.

Outre les informations d’Honoré Coudray, il est intéressant de connaître ses convictions : fervent partisan de l’ordre, il reproche aux mutins de 1917 leur attitude de rébellion. Ainsi il démontre que la critique des exactions de cet officier n’est pas liée à un parti pris contestataire4.

Les motifs des condamnations

En 1914, les condamnés sont principalement accusés de s’être volontairement mutilés un membre (main, pied). Laisser sa main traîner au-dessus de la tranchée était passible du conseil de guerre.[réf. nécessaire]

En 1915 et 1916, on assiste de plus en plus à des désertions, puis se développent deux formes de crimes :

  • le refus d’obéissance devant l’ennemi. Cette dénomination issue de la justice militaire est le prétexte à des condamnations totalement arbitraires notamment lorsque les généraux n’étaient pas satisfaits d’un repli de troupes ;
  • l’abandon de poste. Il s’agit de désertion dans la majeure partie des cas.

En 1917, les condamnations concernent des comportements collectifs. Les célèbres mutineries du Chemin des Dames restent gravées dans les mémoires tant par leur caractère exceptionnel que dans la répression qui suivit5.

Le Poilu ne refuse pas de se battre mais il refuse d’attaquer à outrance. À Craonne, lors des sanglants assauts commandés par le général Nivelle, ce sont 30 000 hommes qui meurent en 10 jours (et 100 000 sont blessés). En 1918, en France comme chez les Alliés, on constate un déclin des exécutions. En effet, les commandements militaires comprennent mieux l’état mental des soldats, les conséquences du « Shell-Shock », ce choc psychologique provoqué par les conditions de vie des soldats notamment sous les bombardements.

L’évolution de la justice militaire pendant la guerre

 

 Soldat fusillé pour l'exemple  fusille-conseil-eglise

Conseil de guerre dans une église (journal L’Illustration, octobre 1917).

Au tout début de la guerre, les militaires ont obtenu du gouvernement la présentation des prévenus devant le conseil de guerre sans instruction préalable. Début septembre 1914, le ministre de la guerre abolissait les possibilités de recours en grâce et en révision. De plus, Joffre réussit à imposer aux politiques, la constitution de cours martiales dénommées « les conseils de guerre spéciaux », qui devaient juger rapidement et durement pour l’exemple. Les prévenus était jugés par une « cour » composée en général du commandant de régiment assisté de deux officiers. Ils votaient et la majorité scellait le sort du soldat. En cas de condamnation à mort la sentence était applicable dans les 24h selon les préconisations de Joffre. Ainsi les principes d’indépendance des juges, de débats contradictoires et enfin de recours ont été abolis. Sur les 600 fusillés pour l’exemple environ 430 l’ont été en 1914 et 1915 (selon André Bach). Devant les abus révélés par la presse et les associations, le parlement tenta d’atténuer cette justice expéditive. À la fin de l’année 1915, les conseils de guerre spéciaux sont supprimés. Enfin le 27 avril 1916, une loi permet d’atténuer et de contrôler cette justice militaire.

Les réhabilitations

La famille du soldat fusillé pour l’exemple était doublement touchée du deuil. En effet la honte d’avoir eu un frère, un père, un époux condamné pour sa lâcheté était très difficile à supporter. Cela s’ajoutait inéluctablement au poids du deuil. Le frère de Henry Floch indique lors de l’inauguration du monument de Vingré en 19256 : « Nous avons vécu dans une atmosphère affreuse de la suspicion illégitime et la honte injustifiée ». Le fils de Pettelet autre fusillé de Vingré a dû être retiré de l’école, son éducation est confiée à un précepteur. La veuve Pettelet a reçu des insultes et des menaces, elle sort dans la rue avec un pistolet pour se protéger7.

Très peu, environ une quarantaine sur 600, ont été rétablis dans leur honneur dans les années 1920 ou 1930, à force d’acharnement et de courage de la part des familles de victimes soutenues par les associations d’anciens combattants et par la Ligue française pour la défense des droits de l’homme et du citoyen.

Récemment en 2006, l’affaire Léonard Leymarie a amené le sénateur de la Corrèze Georges Mouly (R.D.S.E.) à attirer l’attention d’Hamlaoui Mekachera, alors ministre délégué aux anciens combattants, sur les « fusillés pour l’exemple. » Il lui a demandé l’état de la réglementation actuelle quant à l’inscription du nom des fusillés pour l’exemple réhabilités sur les monuments aux morts des communes, où ils ne figurent pas8. En effet, jusqu’en 2008, le nom de Leymarie est demeuré absent du monument aux morts de Seilhac érigé en 1924. Mais sa réhabilitation avait échoué malgré les efforts répétés à trois reprises de la Ligue des droits de l’Homme entre 1921 et 1925. Sa fiche, visible sur le site Mémoire des hommes, mentionne pourtant une réhabilitation sans donner la moindre date. En revanche, à Seilhac, la mention « Mort pour la France » avait été ajoutée avant 1919 à son acte de décès transcrit le 29 avril 1915 sur le registre d’état civil (acte n° 12). Cette mention existait sur l’acte de décès du 305e RI (n° 99), établi à Ambleny (Aisne) le 19 décembre 1914 et contresigné par deux témoins, un caporal et le médecin aide-major du dit régiment.

Dans sa réponse, le ministre a rappelé que les noms des militaires fusillés pour l’exemple puis réhabilités peuvent être inscrits sur les monuments aux morts communaux, s’ils se sont vu attribuer la mention « mort pour la France ». Cette décision d’inscription incombe aux communes, sous la tutelle du préfet. Il n’existe toutefois aucune obligation d’inscription pour les communes.

L’article L. 4889 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de la guerre distingue cinq catégories de morts pour la France :

  • 1°) les militaires qui ont été tués à l’ennemi,
  • 2°) ceux qui sont morts de blessures de guerre,
  • 3°) les décédés de maladie contractée en service commandé en temps de guerre,
  • 4°) les victimes d’accident survenu en service,
  • 5°) ceux qui sont morts à l’occasion du service en temps de guerre 10.

Dans le monde

La France avec environ 600 fusillés se situerait en seconde position derrière l’Italie, qui a exécuté 750 de ses soldats, et devant le Royaume-Uni avec 306 fusillés dont le plus jeune exécuté durant la guerre, âgé de dix-sept ans11. L’Allemagne indique officiellement 48 fusillés (ce qui paraît cependant peu) et le Canada 25 fusillés12. Il y eut aussi de nombreuses exécutions dans l’armée russe. L’armée américaine fait état de seulement 11 exécutions et essentiellement pour des viols et des meurtres ; ce petit nombre s’expliquerait par le meilleur encadrement médical des soldats, plus au fait des questions de psychiatrie. Seules les forces d’Australie n’exécutaient leurs soldats sous aucun motif.

Le gouvernement britannique a, en 2006, par voie législative, réhabilité les 306 soldats britanniques fusillés. Les cinq fusillés néo-zélandais ont été réhabilités en 2000, et les Canadiens honorés l’année suivante.

Quelques fusillés pour l’exemple

Parmi les 600 fusillés pour l’exemple français, certains sont restés dans les mémoires, soit parce qu’ils ont été réhabilités, soit parce qu’ils sont représentatifs du traitement qu’ont subi leurs confrères. Ces exemples ne représentent toutefois que quelques cas sur des milliers, et ne doivent pas faire l’objet d’une généralisation abusive.

France, 1914

  • Le 01/09/1914, à Remenoville, Frédéric Henri Wolff est le premier fusillé pour l’exemple. Il était chef de bataillon du 36e Régiment d’infanterie coloniale.
  • Le 7 septembre 1914, 7 soldats du 327e sont exécutés : Barbieux, Clément, Caffiaux, Hubert, Delsarte, Dufour et Waterlot. Ce dernier sort indemne de la fusillade et meurt sur le front le 10/06/1915. L’affaire dite « des fusillés du 327e » a fait l’objet d’une campagne de réhabilitation très importante de la Ligue des droits de l’Homme mais qui n’a pas a abouti13.
  • Le 18/09/1914, le conseil de guerre de la 29e division d’infanterie, à Verdun, condamne à la peine de mort six hommes.
  • Le 19/09/1914, les soldats Auguste Jules Léon Odde (24e bataillon de chasseurs, né le 29/11/1892 à Six-Fours, Var) et Joseph Tomasini sont fusillés tandis que les quatre autres ont leur peine commuée en vingt ans de détention, puis annulée par la cour de Cassation le 10/03/191514.
  • Alphonse Brosse et Jean Boursaud du 238e R.I. fusillés le 10/10/1914 à Ambleny (02). Condamnés par jugement du Conseil de guerre de la 63e division tenu à Ambleny le 10/10/1914 pour abandon de poste en présence de l’ennemi
  • Arnold Maille du 1er R.I., fusillé le 22/10/1914 à Cormicy (51). Joseph Auguste Charles Henry Bonnin du 137e RI, fusillé dans la Somme le 16/10/1914. Albert Arjailles du 42e RIC fusillé le 11/09/14 à Ville devant Belrain (55). Alfred Désiré Fernand Bayard du 128e RI fusillé le 12/09/1914 à Vouillers (51). Léon Appolinaire Bazin du 16e RIT fusillé le 16/10/1914 à Bavincourt (62). Bellal Mohammed Ben Mohammed Ben Salem du 6e R tirailleurs fusillé le 31/12/1914 à Tracy le Mont (60).
  • Eugène Bouret, du 48e régiment d’artillerie, victime du « Shell-Shock » le 29 août 1914, il s’égare et erre à l’arrière du front. Il est arrêté, jugé pour abandon de poste et fusillé le 7 septembre 1914 avec cinq autres co-accusés (Claudius Urbain du 299e RI né le 01/01/1882 à Chuzelles (38), mineur à Vienne – Ernest François Macken chasseur du 53e BCA, né le 03/11/1889 à Saint-Denis (93), cultivateur à Liancourt (60), inculpé d’abandon de poste en présence de l’ennemi à Rougiville le 02/09/1914 – Benoît Manillier du 22e RI, né le 22/05/1887 à Leyrieu (38), cultivateur, inculpé d’abandon de poste en présence de l’ennemi à Rougiville le 03/09/1914 – Francisque Jean Aimé Ducarre du 30e RI, né le 04/01/1892 à St Quentin Falavier (38), voiturier, inculpé d’abandon de poste en présence de l’ennemi à Taintrux le 03/09/1914 – Francisque P. chasseur du 11e BCA, né le 01/02/1882 à La Grand Croix (42), métallurgiste à Rives de Gier, inculpé d’abandon de poste en présence de l’ennemi à Taintrux le 03/09/1914). Il sera réhabilité dès 191715.
  • Henri Bourgund a été fusillé le 8 novembre 1914 « pour avoir abandonné son poste en présence de l’ennemi » lors des combats de Saint-Laurent Blangy, près d’Arras. Il a été exécuté et enseveli dans un pré, à la lisière de Sainte-Catherine et au nord de la Scarpe 16.
  • Marcel Loiseau (voir sa biographie ci-dessous), du 106e régiment d’infanterie, blessé se rend à l’infirmerie. Il est accusé d’abandon de poste avec mutilation volontaire et fusillé le 12 octobre 1914 à Mouilly. Il est réhabilité le 17/03/1922, l’accusation étant infondée.
  • Les Martyrs de Vingré, du 298e régiment d’infanterie, le caporal Henri Floch, les soldats Jean Blanchard, Francisque Durantet, Pierre Gay, Claude Pettelet et Jean Quinault, réhabilités solennellement par la Cour de Cassation le 29 janvier 1921.
  • Léonard Leymarie (voir sa biographie ci-dessous), du 305e régiment d’infanterie, condamné pour mutilation volontaire, n’a été réhabilité mais est mentionné comme « Mort pour la France ».
  • Deux soldats du 2e R.T.M. (Régiment de Tirailleurs Marocains) sont fusillés à Tracy-le Mont (60) : Ben Abdel K. Berrafaa (fusillé le 07/10/1914, condamné le 06/10/1914 pour abandon de poste en présence de l’ennemi. Au cours du jugement fut également condamné pour la même raison M. Kiname Daoudji mais qui ne ne fut pas exécuté car il s’évada) et Ben Zineb Amar (fusillé le 11/10/1914 pour abandon de poste en présence de l’ennemi)17
  • Élie Lescop, du 336e régiment d’infanterie, fusillé le 18 octobre 1914, pour abandon de poste et mutilation volontaire, à Souain. Il est réhabilité par la Cour spéciale de justice militaire en 1934.
  • Jean-Julien Chapelant, sous-lieutenant commandant la 3e section de mitrailleuses du 98e régiment d’infanterie, a été capturé avec une poignée de survivants. Blessé, il réussit à regagner les lignes françaises. Pourtant, il sera condamné à mort pour « capitulation en rase campagne ». Le 10 octobre 1914, il sera fusillé attaché à son brancard dressé contre un pommier18. (voir dossiers :
    1. Réhabilitez le lieutenant Chapelant fusillé pour l’exemple en 1914
    2. Les crimes des Conseils de guerre : Chapelant texte de 1925
  • Sont également fusillés en 1914 dans l’Aisne : Paul Pessina (soldat du 144e RI, fusillé le 29/09/1914 à Cuiry les Chaudardes), Georges Paul Voyer (soldat du 1er Régiment de génie, fusillé le 15/11/1914 à Braine), Louis Goffin (soldat du 12e RI, fusillé le 12/12/1914 à Saint-Aubin), Jean Grateloux (soldat du 238e RI, fusillé le 12/12/1914 à Nouvron-Vingré, condamné pour mutilation volontaire par le conseil de guerre de la 63e division), Léon Georges Coulon (soldat du 1er Régiment de génie, fusillé le 15/11/1914 à Braine), Louis Abadie (soldat du 246e RI, fusillé le 24/12/1914 à Vauxbuin, inhumé au cimetière militaire de Vuaxbuin, condamné pour abandon de poste en présence de l’ennemi et vol par le conseil de guerre de la 55e division le 29/10/1914), Émile Guiraud (soldat du 42e RI, fusillé le 16/11/1914 à Nouvron-Vingré, condamné le 15/11/1914 pour abandon de poste en présence de l’ennemi), Henri Joseph Jolbert (tambour du 42e RI, né le 15/10/1889 à Luxeuil les bains, fusillé le 16/11/1914 à Nouvron-Vingré, inhumé au cimetière militaire d’Ambleny, condamné pour abandon de poste en présence de l’ennemi)19.

France, 1915

 

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La stèle sur la tombe de Félix Baudy à Royère-de-Vassivière.

  • Félix Baudy, (voir biographie ci-dessous) maçon de la Creuse a été fusillé avec le soldat François Fontanaud, le caporal Antoine Morange et le soldat Henri Prébost, suite au refus collectif de sa compagnie, du 63e régiment d’infanterie, de remonter à l’assaut. Ils ont été réhabilités en 1934 par la Cour spéciale de justice, cette dernière comprenant des anciens combattants20.
  • Les soldats Camille Chemin et Édouard Pillet, du 37e régiment d’infanterie coloniale, ont été condamnés à mort à cause d’un malentendu. Leur capitaine les a désignés pour rester à l’arrière afin de surveiller des sacs. Un nouveau capitaine est nommé, celui-ci les considère comme déserteurs. Ils sont condamnés et exécutés. Ils seront réhabilités en 193421.
  • Lucien Bersot, du 60e régiment d’infanterie, condamné à mort pour refus d’obéissance; il avait refusé de prendre un pantalon maculé de sang pour remonter au combat avec ses camarades. Il a été réhabilité en 192220.
  • Les caporaux de Souain, (voir : retour à Les crimes des Conseils de guerre : Les quatre caporaux de Suippes texte de 1925) les quatre caporaux Théophile Maupas, Louis Lefoulon, Lucien Lechat et Louis Girard, du 336e régiment d’infanterie, ont été condamnés suite au refus collectif de la compagnie de remonter à l’assaut. Ils ont été réhabilités en 1934 par la Cour spéciale de justice, cette dernière comprenant des anciens combattants.
  • Le soldat Jean-Baptiste Bachelier, né aux Sorinières (44) est fusillé le 4 juillet 1915 à 25 ans 22.
  • Auguste Gonsard, soldat du 104e régiment d’infanterie, condamné à mort et fusillé en mars, pour abandon de poste par automutilation. Il fut réhabilité en 1925.
  • Joseph Gabrielli, soldat du 140e régiment d’infanterie. Pauvre d’esprit, illettré et ne parlant que le corse, il avait perdu le contact avec sa compagnie après s’être fait soigner d’une blessure reçue lors d’une attaque. Condamné pour abandon de poste le 14 juin 1915 et fusillé le jour même, il fut réhabilité par la Cour spéciale de justice le 4 novembre 1933.
  • Louis Pardimène, né le 15 juillet 1880 à Barzun (64), fils de Pierre et de Marie Ribes, soldat du 83e régiment d’infanterie a été fusillé le 7 janvier 1915 à Châlons-sur-Marne (51)
  • Le soldat Lucien Mervelay Lucien du 174e RI est exécuté à Saint-Amand-sur-Fion (18) le 3 avril 1915 avec trois autres hommes d’autres régiments en présence de la 95e brigade.
  • Sont également fusillés dans l’Aisne en 1915 : François Bihouise (soldat du 88e RI, fusillé le 13/05/1915 à Maizy, inhumé au cimetière militaire de Pontavert), Régis Rochelimagne (soldat du 238e RI, fusillé le 21/05/1915 à Courmelles, condamné par le conseil de guerre de la 63e division pour voie de fait et outrage à supérieur), Lucien François Lequeux (soldat du 306e RI, fusillé le 07/03/1915 à Braine, Mardochée Louis Lévy (soldat du 49e RI, né le 08/08/1884 à Bayonne, fusillé le 15/01/1915 à Maizy, inhumé au cimetière militaire de Pontavert, célibataire, coiffeur, fils de David Albert Lévy), Louis Longuetaud (soldat du 249e RI, fusillé le 14/03/1915 à Bourg et Comin), Henri Louis Chassaigne (du 321e RI, fusillé le 30/07/1915 à Hartennes et Taux), Jules Émile Chipaux (du 42e RI, fusillé le 29/01/1915 à Saint-Pierre Aigle, inhumé au cimetière militaire de Crouy), Edouard Joseph André (du 24e RI, fusillé le 21/01/1915 à Berry au Bac)19.

France, 1916

En leur honneur à Reims.

  • Six soldats de Loire-Inférieure sont fusillés en 1916. Il s’agit de : caporal Joseph Bertin, né à Nozay, fusillé le 5 juin 1916 à 25 ans ; soldat Alexandre Kerfontan, né à Indre, fusillé le 24 juillet 1916 à 30 ans ; soldat Louis Legendre, né à Fégréac, fusillé le 29 novembre 1916 à 33 ans ; caporal Émile Le Pahun, né à Saint-Nazaire, passé par les armes le 1er juin 1916 à 30 ans ; soldat Joseph Porcher, né à Saint-Nazaire, passé par les armes le 24 octobre 1916 à 36 ans ; soldat Jean-Michel Suraud, né à Nantes, passé par les armes le 7 septembre 1916 à 34 ans22.
  • En même temps que Jean-Michel Suraud, sont fusillés avec lui le 7 septembre 1916 à Verderonne (Oise) : Justin Louis Lorho (soldat au 3e R.A.C., né le 12/07/1892 dans le Morbihan à Saint Pierre Quiberon) et Louis François Mathurin Chevestrier (marsouin au 8e R.I.C, né dans les Côtes d’Armor le 25/01/1880 à Saint-Juvat)23.
  • Les sous-lieutenants Henri Herduin et Pierre Millant, du 347e régiment d’infanterie. Pour s’être repliés sur Verdun alors qu’ils étaient à court de munitions et dans l’impossibilité de recevoir des renforts, avec ce qui restait de leur compagnie (une quarantaine d’hommes), ils furent exécutés sans jugement à Fleury-devant-Douaumont le 11 juin 1916. En 1921, Louis Barthou le Ministre de la guerre, écrit aux familles en indiquant, que les deux fusillés sont morts pour la France alors que ces fusillés ne sont pas réhabilités juridiquement. Ces compensations honorifiques et militaires sont complétés par des réparations financières. Ils seront réhabilités officiellement en 1926.
  • Sont fusillés le 22/05/1916 à Roucy (02) après avoir été condamnés à mort le 30/04/1916 par le Conseil de guerre de la 55e division pour avoir refusé pendant une heure de remonter aux tranchées : Émile Frédéric Lhermenier (soldat au 96e RI, né le 15/04/1894, peigneur de chanvre, célibataire, fils de Alexandre Lhermenier et de Louise Souty, inhumé au cimetière militaire de Pontavert dans l’Aisne), Lucien Baleux (soldat au 96e RI, 2e compagnie, né le 31/01/1897 à Paris (19e), célibataire, fils de Alexandre Alfred Baleux et de Victorine Henriette Croisoeufs), Félix Louis Milhau (soldat au 96e RI.), Paul Pierre Regoult (soldat au 96e RI)19.
  • Le soldat Le Dû fusillé en septembre 1916, dans l’Oise, pour rébellion.
  • Le caporal Sylvestre Marchetti et le soldat Julien Lançon, du 8e régiment d’infanterie coloniale, fusillés le 22 octobre à 6 h 30, au lieu-dit La Cavée d’Hayon à Sarcus, dans l’Oise24.
  • Sont également fusillés dans l’Asine en 1916 : Armand Désiré Gontier (du 75e RI, fusillé le 20/12/1916 à Guyencourt), Théophile Boisseau (du 246e RI, né en août 1844 à Paris, fusillé le 06/06/1916 à Maizy, inhumé au cimetière militaire de Pontavert)19.

France, 1917

  • Le caporal Joseph Dauphin, (voir biographie ci-dessous) du 70e bataillon de chasseurs à pied condamné à mort le 06/06/1917 suite à la mutinerie de Beuvardes car sous l’effet de l’alcool (les permissions avaient été refusées), il aurait tiré quelques coups de fusil et lancé à la cantonade des « propos séditieux ». Avant cette condamnation il avait reçu en 1915, la Croix de guerre avec palmes pour plusieurs actes héroïques. Promu caporal, il reçut par trois fois une citation pour sa conduite exemplaire au combat. Il n’a pas été réhabilité. Fusillé le 12/06/1917 à Ventelay (51). Cultivateur, marié, père d’un enfant. Inhumé au cimetière militaire de Cormicy (51).
  • Sont fusillés le 20/06/1917 à Chacrise (02) : Charles Vally (soldat du 60e BCP, né le 08/02/1892 à Raon les Leau (54), fils de Charles Vally et de Marie Paradis. Condamné par le Conseil de guerre de la 77e division prononcé le 12/06/1917 pour crime de refus d’obéissance en présence de l’ennemi), Victor Alexandre Norbert Degouet (soldat au 159e RI, né le 25/12/1895 à Paris, opérateur au cinématographe, fils de Alexandre Degouet et de Félicie Evrard), Louis Flourac (soldat au 60e BCP, né le 05/07/1893 à Saint Ybars (09), cultivateur, fils de Joseph Flourac et de Rose Lacoste), Joseph Célestin Bonniot (du 97e RI, né le 22/02/1884 à Celles (38), fusillé le 20/06/1917 à Chacrise, boulanger, fils de Augustin Bonniot et de Léonie Chrétien, marié)19.
  • Arthur Nicolas Renauld (du 70e B.C.P., né le 05/12/1891 à St Amand les Eaux (59) et fusillé le 12/06/1917 à Ventelay (51). Mineur, marié, père d’un enfant. Matricule 2194 au recrutement de Valencienne classe 1911 (Source AD 59 : Volume 9 page 237)19.
  • François Marie Laurent du 247e régiment d’infanterie, originaire de Mellionnec est souvent cité comme ayant été exécuté « parce que ce Breton ne savait pas le français ». N. Offenstadt produit (page 41) le certificat du médecin militaire, le docteur Buy, qui le soupçonne de mutilation volontaire, alors qu’il est blessé à la main gauche. La contre-expertise de 1933 conclut que la pièce médicale du dossier est insuffisante pour prouver une mutilation volontaire. Il est réhabilité en 193425.
  • Le soldat Jules Allard, né à Nantes, est fusillé le 13 février 1917 à 24 ans22.
  • Sont également fusillés dans l’Aisne en 1917 : Pierre Gaston Lefèvre (né le 04/06/1897 à Morfontaine (54) et fusillé le 16/06/1917 à Soissons, cantonnier, fils de Jean-Baptiste Lefèvre et de Zoé Reder, condamné à mort le 09/06/1917 suite à la mutinerie de Mercin, par le Conseil de guerre de la 13e division pour révolte par prise d’armes sans autorisation et agissements contre les ordres des chefs), Albert Emilien Truton (soldat au 75e RI, né le 07/10/1895 à Le Mage (61) et fusillé le 16/06/1917 à Pargnan, cultivateur, fils de Constant Truton et de Françoise Maintenant, marié, père d’un enfant, Croix de guerre avec étoile de bronze, condamné à mort Suite à la mutinerie de Pargnan par le Conseil de guerre de la 27e division le 10/06/1917 pour refus d’obéissance, étant commandé pour marcher contre l’ennemi, inhumé au cimetière militaire de Cerny en Laonnois), Pierre Louis Joseph Ramette (du 273e RI, fusillé le 01/05/1917 à Longueval), Joseph Louis Ruffier (du 370e RI, né le 04/05/1884 à Lachassagne (69), fusillé le 06/07/1917 à Saint Pierre Aigle, inhumé au cimetière militaire de Vauxbuin), Henri Désiré Valembras (du 323e RI, cultivateur, né en 1887 à Avernes sous Exmes (61) et fusillé le 13/06/1917 à Craonne, inhumé au cimetière militaire de Pontavert), André Alfred Vasse (du 274e RI, né le 04/01/1893 à Graville (50), fusillé le 02/07/1917 à Paars), Simon Krief (du 4e régiment de zouaves, fusillé le 14/02/1917 à Pavant), Jean-Louis Lasplacettes (du 18e RI, né le 26/08/1887 à Aydius (64), fusillé le 12/06/1917 à Maizy, cultivateur, fisl de Michal Lasplacettes et de Anne Casebonne), Jean Claude Gaillet (du 417e RI, fusillé le 02/11/1917 à Juvigny), René Louis Brunet (du 20e BCP, fusillé le 10/06/1917 à Grisolles), Émile Paul Buat (du 21e BCP, fusillé le 10/06/1917 à Grisolles), Casimir Canel (du 18e RI, né le 01/03/1896 à Avesne les Comte (62), fusillé le 12/06/1917 à Maizy), Alphonse Robert Didier (du 18e RI, né le 07/04/1884 à Vagney (88), fusillé le 12/06/1917 à Maizy, employé de commerce, fils de Félicien Didier et de Marie Lecomte), Hassan Ben Salah Ben M’Bareck (du 8e régiment de tirailleurs, fusillé le 05/10/1917 à Droizy)19.

France, 1918

  • Le soldat Gillet est exécuté le 2 juin 1918. La Ligue des droits de l’Homme va accompagner pendant plusieurs années le père du fusillé pour obtenir, sans succès, sa réhabilitation. En août 1920 est décernée une décoration militaire posthume à Gillet13.
  • Sont également fusillés dans l’Aisne en 1918 : Charles Victor Robert (du 131e RI, fusillé le 04/01/1918 à Bouconville Vauclair, inhumé au cimetière militaire de Pontavert), Georges Gaillagot (du 49e RI, fusillé le 08/10/1918 à Allemant)19.

On constate, durant cette dernière année du conflit, un déclin des exécutions. Les commandements militaires comprenant mieux l’état mental des soldats provoqué par les conditions de vie en guerre notamment sous les bombardements

Notes et références

  1. ↑ Les fusillés de Fursac [archive].
  2. ↑ Nicolas Offenstadt, Les Fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999), Odile Jacob, 1999, p. 21.
  3. ↑ Jean-Yves Le Naour, Fusillés : enquête sur les crimes de la justice militaire, 2010.
  4. ↑ Nicolas Offenstadt, Les Fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999), Odile Jacob, 1999, p. 31.
  5. ↑ chiffres officiels donnés par le gouvernement fin juin 1917, voir H. Castex, op. cit. Guy Pedroncini évalue ces condamnations à mort entre 60 et 70. Ces chiffres ont récemment fait l’objet d’une réévaluation à la baisse : selon l’historien D. Rolland il y aurait eu environ 30 exécutions.
  6. ↑ Nicolas Offenstadt, Les Fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999), Odile Jacob, 1999, p. 63.
  7. ↑ Nicolas Offenstadt, Les Fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999), Odile Jacob, 1999, p 63 : Entretien de Offenstadt avec Jean Claude Pettelet petit-fils du fusillé.
  8. ↑ Question écrite n° 25440 publiée dans le J.O. du Sénat du 30 novembre 2006, p. 2983.
  9. ↑ Article L. 488 [archive] du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de la guerre.
  10. ↑ Réponse du Ministère délégué aux anciens combattants publiée dans le J.O. du Sénat le 1er mars 2007, p. 454.
  11. ↑ Site anglais sur les fusillés [archive].
  12. ↑ Site canadien sur les fusillés [archive].
  13. a et b Nicolas Veysset, Fusillés de la grande guerre. Campagne de réhabilitation de la Ligue des droits de l’Homme 1914-1934.
  14. ↑ Fusillés de la Grande Guerre, SCÉRÉN-CNDP, 2011. http://www.cndp.fr/fileadmin/user_upload/POUR_MEMOIRE/fusilles/120106_PM-fusilles-grande-guerre.pdf [archive].
  15. ↑ D. Callabre et G. Vauclair, préface d’André Bach, Le fusillé innocent 1914-1917, Édition Autrement, octobre 2008, (ISBN 978-2-7467-1201-0).
  16. ↑ Article de Nord Éclair du 10/11/2011.
  17. ↑ Robert Attal et Denis Rolland, La justice militaire en 1914 et 1915 : le cas de la 6e armée.
  18. ↑ M. Nadaud et M. Pelletier, Il ne s’était pas rendu, Lieutenant Chapelant (1926) [archive].
  19. a, b, c, d, e, f, g, h et i La Lettre du Chemin des Dames, hors-série n°1 – « Au nom du peuple français…

 

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Quelques biographies 

 

Marcel Loiseau

Marcel Loiseau né en 1891 à Fontenelle-en-Brie et soldat au 106e RI et agent de liaison, est connu pour avoir été fusillé pour l’exemple pendant la Première Guerre mondiale

Les faits

En septembre 1914, lors d’une attaque à Vaux les Palameix (Meuse) près de Verdun, Marcel Loiseau est blessé. Il se rend à l’infirmerie quand il croise le capitaine Girard qui lui donne l’ordre de regagner les lignes malgré sa blessure. Le soldat, qui souffre, désobéit et rejoint l’infirmerie pour se faire soigner. Le capitaine Girard rédige un rapport et l’accuse de s’être mutilé volontairement. Le conseil de guerre condamne, le 11 octobre 1914, Marcel Loiseau à la peine de mort pour abandon de poste et mutilation volontaire. La sentence est exécutée le lendemain à Mouilly.

Réhabilitation

Le 17 mars 1922, la chambre criminelle de la Cour de cassation constatant qu’il n’y avait pas de charges suffisantes, réhabilitait le fusillé. Sa réhabilitation est due en partie à l’action de la Fédération de l’Aisne des associations de mutilés, veuves et anciens combattants

 

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Léonard Leymarie

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Léonard Leymarie (4 janvier 1880 à Seilhac — 12 décembre 1914 à Port-Fontenoy) est un militaire français de la Première Guerre mondiale. Cultivateur dans le civil, il était soldat de 2e classe dans le 305e régiment d’infanterie, 19e compagnie. Il est connu pour avoir été fusillé pour l’exemple pendant la Première Guerre mondiale.

Léonard Leymarie est né le 4 janvier 1880 au hameau de Champeil, commune de Seilhac, chef-lieu de canton du département de la Corrèze. Son père, Léonard Leymarie, âgé de 40 ans, et sa mère Marie dite Françoise Gaud, âgée de 37 ans, étaient cultivateurs. Il épouse, le 22 juin 1911, Marie Françoise Mialoux, cuisinière, née le 9 décembre 1884 à Chamboulive, domiciliée au Coudert, village de Chamboulive, alors résidant à Libourne (Gironde).

Incorporé à compter du 10 novembre 1901 au 2e bataillon de chasseurs à pied (B.C.P.), il arrive au corps le dit jour. Il est envoyé dans la disponibilité le 20 septembre 1902 étant devenu dispensé (il a un frère au service), en attendant son passage dans la réserve. Un certificat de bonne conduite (C.B.C.) lui est accordé. Il accomplit par la suite deux périodes d’exercice à Tulle, la première au 100e R.I. et la seconde au 300e R.I.. Rappelé en tant que réserviste par le décret de mobilisation générale, il est versé, le 12 août 1914, au 305e régiment d’infanterie (Riom).

Invité par ses camarades de tranchée à aller se faire soigner pour une blessure à une main, il est traduit devant le Conseil de guerre spécial de la 63e division d’infanterie pour abandon de poste en présence de l’ennemi par « mutilation volontaire », sur les données très contestables d’un simple rapport médical, acte pour lequel il avait toujours protesté de son innocence, ayant été blessé à la main à son poste de guetteur1.

A l’unanimité du jury, il est condamné à mort et aux dépens envers l’Etat le 12 décembre 1914. La minute du jugement n° 47 du Conseil de guerre permanent de la 63e division d’infanterie, séant à Saint-Bandry (Aisne), nous donne l’identité du président, le colonel Joseph Louis Marie Andlauer (1869-1956), commandant la 126e brigade d’infanterie, et des quatre juges (Roux, Ballay, Gignoux et Boucharie), tous nommés par le général Georges Louis Edmond Jullien (1858-1933) qui se trouve lui-même sous les ordres du général Etienne Godefroy Timoléon, comte de Villaret (1854-1931), commandant le 7e Corps d’armée. L’accusé est « inculpé d’abandon de poste devant l’ennemi. » Les circonstances de cet « abandon de poste » ne sont pas indiquées ; les déclarations de l’accusé, des témoins et de son défenseur – le maréchal des logis François Guillaume, du 14e dragons (dans le civil, avocat inscrit au barreau de Clermont-Ferrand) – ne sont pas non plus rapportées. Enfin, on ne trouve pas mention de sa blessure à la main.

C’est en vain que l’abbé François Rochias (1880-1961), aumônier de la division, est venu intercéder auprès du général Jullien la clémence pour le condamné. La sentence est exécutoire le jour même à 16h30 à Port-Fontenoy, sur les bords de l’Aisne gelée. Leymarie laissera une lettre dans laquelle il clame son innocence2.

Le même tribunal de guerre condamnera, le 12 décembre 1914, et fera exécuter, à trois kilomètres de là, par un autre peloton, Jean Grataloux (né le 9 décembre 1880 à Saint-Just-sur-Loire, Loire), soldat 2e classe au 238e R.I., accusé de mutilation volontaire.

Léonard Leymarie laisse deux enfants nés à Seilhac : André Louis (16 mars 1912) et Marie-Louise (5  octobre 1913), adoptés par la Nation (pupilles de la nation) par jugement du tribunal civil de Tulle daté du 23 octobre 1919. Pour survivre, Marie Françoise Mialoux quitte Seilhac trois mois après le drame. Elle s’installe à Tulle, au n° 1, impasse Saint-Martin, où elle exerce le métier de ménagère.

Réhabilitation et mention « Mort pour la France »

Léonard Leymarie aurait été réhabilité si l’on en croit sa fiche, visible sur le site S.G.A. / Mémoire des hommes3. Mais aucune date n’est donnée. C’est qu’en fait, sa réhabilitation a échoué malgré les efforts répétés de la Ligue des droits de l’Homme (L.D.H.) dans les années 1920 :

  • rejet, le 16 janvier 1922, de sa demande de réhabilitation par la Chambre des mises en accusation de la Cour d’appel de Limoges4,
  • confirmation par la Cour de cassation, le 7 juillet 1922, de l’arrêt rendu par Limoges,
  • échec de l’ultime recours transmis au ministère de la Justice en 1925.

En revanche, Leymarie a bien eu la mention « Mort pour la France » dont la création, postérieure à sa mort, remonte à la loi du 2 juillet 1915. Son acte de décès qui porte le numéro 99 a été rédigé à Ambleny (Aisne) le 19 décembre 1914 par le lieutenant officier de l’état civil du 305e R.I.. La transcription sur le registre d’état civil de Seilhac a été effectuée le 29 avril 1915 (acte n° 12). Cette mention a été inscrite rétroactivement sur les actes cités5. C’est le cas pour tous les militaires décédés entre août 1914 et l’entrée en vigueur de la loi de juillet 1915. Son attribution suit des critères bien précis. Le décès de Léonard Leymarie répond à deux d’entre eux : la mort est survenue en zone de guerre et il a été déclaré « tué à l’ennemi ». Cette ambigüité s’est poursuivie en 1919 puisque, dans les documents constituant le dossier des enfants pupillaires6, le père est dit « tué à Fontenoy » sans autre précision7. Et les juges du tribunal civil de Tulle n’ont pas cherché à en savoir davantage sous peine d’empêcher la veuve et les enfants de bénéficier des lois aidant les familles des militaires défunts.

Le corps de Leymarie repose au cimetière militaire d’Ambleny. Pourtant, jusqu’en 2008, le nom du fusillé est demeuré absent du monument aux morts de Seilhac inauguré le dimanche 19 décembre 19268. Il a fallu attendre l’année 1994 pour que le maire de Fontenoy inaugurât, en novembre, à proximité de l’église, une stèle en l’honneur du Corrézien et d’un autre malheureux, Lucien Bersot, né le 7 juin 1881 à Authoison (Haute-Saône) et fusillé pour avoir refusé de porter le pantalon couvert de sang d’un soldat mort sur le champ de bataille.

Le discours prononcé par le Premier ministre Lionel Jospin à Craonne le 5 novembre 1998 a ouvert des perspectives sur l’amnistie à accorder aux soldats fusillés pour l’exemple en 1917. Il a exprimé le souhait que ces militaires « réintègrent pleinement notre mémoire collective nationale »9.

Michel Agnoux, secrétaire-adjoint de la section A.R.A.C. (Association républicaine des anciens combattants) de Saint-Jal, délégué à la Mémoire du Comité départemental, s’est battu sans relâche pour que la Nation répare l’outrage consécutif à la condamnation pour l’exemple du soldat Leymarie et l’outrage à sa mémoire qui s’en est suivi. Ses recherches ont commencé en 1999, après avoir lu l’ouvrage « Paroles de Poilus » où la lettre laissée par le condamné est reproduite10. Sa première évocation du sort du militaire seilhacois remonte au dimanche 9 novembre 2003 à Saint-Jal, dans le cadre des activités de l’Amicale laïque. Michel Agnoux n’a cessé, depuis, de réclamer l’inscription du nom du fusillé sur le monument de Seilhac.

2006-2008 : les mentalités évoluent

En 2006, le sénateur de la Corrèze Georges Mouly attire l’attention de M. Hamlaoui Mekachera, alors ministre délégué aux anciens combattants, sur les « fusillés pour l’exemple. » Il lui demande l’état de la réglementation actuelle quant à l’inscription du nom des fusillés pour l’exemple réhabilités sur les monuments aux morts des communes, où ils ne figurent pas11.
Dans sa réponse, le ministre rappelle que les noms des militaires fusillés pour l’exemple puis réhabilités peuvent être inscrits sur les monuments aux morts communaux, s’ils se sont vu attribuer la mention « mort pour la France ». Cette décision d’inscription incombe aux communes, sous la tutelle du préfet. Il n’existe toutefois aucune obligation d’inscription pour les communes.

L’article L. 488 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de la guerre distingue cinq catégories de morts pour la France :

  • 1°) les militaires qui ont été tués à l’ennemi,
  • 2°) ceux qui sont morts de blessures de guerre,
  • 3°) les décédés de maladie contractée en service commandé en temps de guerre,
  • 4°) les victimes d’accident survenu en service,
  • 5°) ceux qui sont morts à l’occasion du service en temps de guerre 12.

Le 16 avril 2008, jour du 91e anniversaire du déclenchement de l’offensive du Chemin des Dames, le conseil général de l’Aisne vote symboliquement et à l’unanimité, un vœu invitant « la République française à prendre dans sa générosité […] la décision de reconnaître les soldats condamnés pour l’exemple comme des soldats de la Grande Guerre à part entière […] de façon que leurs noms puissent être légitimement inscrits sur les monuments aux morts des communes de France, à la demande de leurs familles ou des associations et collectivités concernées. »13. Le 20 octobre 2008, le conseil général du Doubs délibérera dans le même sens14.

Le 11 novembre 2008, le président de la République Nicolas Sarkozy profite des célébrations du 90e anniversaire de l’armistice de la guerre de 1914-1918 pour évoquer, au fort de Douaumont, les fusillés pour l’exemple : « … Quatre-vingt-dix ans après la fin de la guerre, je veux dire au nom de notre Nation que beaucoup de ceux qui furent exécutés alors ne s’étaient pas déshonorés, n’avaient pas été des lâches mais que, simplement, ils étaient allés jusqu’à l’extrême limite de leurs forces… »15. La déclaration présidentielle est saluée, le 30 novembre suivant, par Denis Tillinac, chroniqueur à « La Montagne-Dimanche ». L’écrivain corrézien se dit satisfait qu’au nom du « devoir de mémoire », les soldats envoyés au « poteau d’infamie » soient désormais associés aux hommages publics que l’on rend aux héros anonymes de la Grande Guerre16.

La commune de Seilhac passe à l’acte en décidant de réparer l’injustice qui pèse sur son concitoyen fusillé et ses descendants. En 2008, un accord unanime du conseil municipal autorise l’inscription de Léonard Leymarie sur le monument aux morts dont la liste comptera désormais 93 noms. Une cérémonie spéciale est organisée le vendredi 12 décembre à l’initiative de la municipalité. Le maire Marc Géraudie y prononce un discours qui est suivi d’un dépôt de gerbe au nom de la commune17. Une délégation de l’Aisne participe à cet hommage. Le conseil général de ce département est représenté par le vice-président chargé de la culture, divers conseillers généraux dont ceux de Craonne et de Vic-sur-Aisne, des représentants de l’association « Soissonnais 14-18 »18.

Il faut savoir que le département compte trois autres Corréziens, tous fusillés en 1915 :

  • Mathieu Léon Gasparoux, né le 1er octobre 1886 à Meymac, fils de Louis, maçon, et de Françoise Goudenèche. Soldat 2e classe à la 21e compagnie du 300e régiment d’infanterie, il a été fusillé pour désertion à Villers-Bocage (Somme) le 30 juin 1915.
  • François Marsaleix, né le 17 novembre 1896 à Saint-Jal, fils de Martial et de Jeanne Besse, cultivateur. Chasseur à la 3e compagnie du 22e bataillon de chasseurs à pied, il a été exécuté le 22 octobre 1915 au camp de Tinfronce, près d’Aubure (Haut-Rhin) pour tentative de désertion.
  • Léon François Peyrical, né le 24 décembre 1880 à Albussac, fils de Géraud et de Marie Leymarie, cultivateur. Soldat 2e classe à la 2e compagnie du 47e régiment d’infanterie, il a été fusillé le 9 octobre 1915 à Saint-Thomas-en-Argonne (Marne) pour refus d’obéissance en présence de l’ennemi.

Seuls François Marsaleix et Léon François Peyrical ont leurs noms inscrits, dès l’origine, sur les monuments aux morts de leur commune de naissance respective. Tous trois n’ont jamais été reconnus comme « Morts pour la France ».

Depuis 2006, Seilhac a été la troisième commune en France à avoir fait inscrire, en connaissance de cause, le nom d’un soldat fusillé sur un monument aux morts. Seules deux communes l’avaient précédée dans ce devoir de mémoire :

  • Blangy-sur-Bresle (Seine-Maritime) où, le 11 novembre 2006, fut dévoilée sur le monument aux morts, une plaque du souvenir en l’honneur d’un enfant de l’assistance publique, André-Albert Lecroq, ouvrier verrier, soldat au 39e régiment d’infanterie, qui fut condamné à mort pour absence devant l’ennemi le 11 mai 1915 à Coulommes-la-Montagne (Marne) puis fusillé pour l’exemple, le 18 mai suivant, à Vrigny (même département)19.
  • Saint-Ybars (Ariège) où, le 20 juin 2007, la municipalité a fait ajouter sur son monument aux morts le nom de Louis Flourac, soldat du 60e bataillon de chasseurs à pied, fusillé 90 ans plus tôt, le 20 juin 1917 à Chacrise, dans l’Aisne, pour mutinerie organisée avec ses camarades20.

Depuis l’inscription de Léonard Leymarie sur le monument de Seilhac, trois autres communes ont suivi le mouvement :

  • Aydius (Pyrénées-Atlantiques), où, le 17 mai 2009, fut apposée, sur son monument aux morts, une plaque commémorative au nom de Jean-Louis Lasplacettes, soldat 2e classe du 18e régiment d’infanterie condamné à la peine capitale et passé par les armes le 12 juin 1917 à Maizy (Aisne) pour sa participation à une révolte de soldats survenue quelques jours plus tôt, à l’arrière du front, dans le village de Villers-sur-Fère21.
  • Saint-Michel-de-Chavaignes (Sarthe) où la municipalité fit graver sur le monument communal, le 11 novembre 2009, le nom de l’un des siens, Maurice Joubert, soldat au 115e régiment d’infanterie, fusillé à Suippes le 18 mars 1915 (Marne), deux jours après l’exécution sur les mêmes lieux de Maupas et des trois autres caporaux de Souain22.
  • Yvré l’Évêque (Sarthe) où, le 11 novembre 2010, fut ajouté sur le monument le nom d’Émile Lherminier, fusillé le 22 mai 1916 avec trois de ses camarades du 96e régiment d’infanterie, pour refus d’obéissance, à Roucy, dans l’Aisne23.

Notes et références

  1. ↑ Les Fusillés de la grande guerre, de Nicolas Offenstadt, 1999, p.127, 153, 223.
  2. ↑ Lettre publiée notamment dans Paroles de Poilus, 1998, p. 87-88.
  3. ↑ Ce site met à la disposition du public les bases de données réalisées à partir de la numérisation et de l’indexation de fiches biographiques des morts pour la France de la Grande Guerre qui sont conservées par le ministère de la Défense (http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr [archive]).
  4. ↑ Arch. dép. Haute-Vienne 3 U 919.
  5. ↑ Depuis cette loi, la mention marginale « Mort pour la France » est attribuée automatiquement à tous les combattants tués par l’ennemi.
  6. ↑ Archives départementales de la Corrèze, série U.
  7. ↑ . Il en est de même, dans son registre matricule (classe 1910, n° 1466) où est portée la mention « Tué à l’ennemi le 12 décembre 1914, à Port-Fontenoy » sans autre précision (Archives départementales de la Corrèze, série R).
  8. ↑ Annonce parue dans le journal La Croix de la Corrèze du dimanche 28 novembre 1926.
  9. ↑ Propos qui avaient fait scandale dans une partie de la classe politique à l’époque.
  10. ↑ Michel Agnoux s’est senti concerné par le sujet car il n’avait entendu parler ni de Léonard Leymarie alors qu’il avait enseigné au collège de Seilhac de 1968 à 1987, ni de sa veuve née au Coudert de Chamboulive où lui réside depuis 1958.
  11. ↑ Question écrite n° 25440 publiée dans le J.O. du Sénat du 30 novembre 2006, p. 2983.
  12. ↑ Réponse du Ministère délégué aux anciens combattants publiée dans le J.O. du Sénat le 1er mars 2007, p. 454.
  13. ↑ analyse de la session du Conseil général [archive]
  14. ↑ Délibération du conseil général du Doubs [archive]
  15. ↑ France Soir : Hommage de Nicolas Sarkozy aux fusillés [archive]
  16. ↑ « Inclinons-nous devant les innombrables héros anonymes de la Grande Guerre, ils méritent le témoignage de notre reconnaissance […] Mais n’oublions pas non plus leurs frères d’infortune, occultés, dénigrés ou méprisés par la mémoire collective. Ils ont combattu eux aussi pour la France, ils méritent sinon notre hommage, du moins notre respect… » (La Montagne-Dimanche, « Chronique du temps présent », 30 novembre 2008).
  17. ↑ Article de Jacky Durand du journal Libération [archive]
  18. ↑ Pour plus de détails, lire l’article du journal La Montagne publié le 2 décembre 2008 et un nouvel article paru article sur le blog ldh19.over-blog.com (http://ldh19.over-blog.com/article-25280615.html [archive].
  19. ↑ [1] [archive]
  20. ↑ après l’échec de l’offensive Nivelle sur le Chemin des Dames Soirée conférence à la mémoire de Louis Flourac [archive]

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Félix Baudy

Félix François Louis Baudy, né le 18 septembre 1881 à Royère-de-Vassivière, et mort le 20 avril 1915 à Flirey, est un soldat fusillé pour l’exemple pendant la Première Guerre mondiale, incorporé au 63e RI, 5e Cie.

Félix Baudy est un militant du syndicat des maçons et aides de Lyon de la Confédération générale du travail fondée à Limoges en 1895. C’est un maçon de la Creuse travaillant sur les chantiers de Lyon. Il a été fusillé pour l’exemple le 20 avril 1915 à Flirey, suite au refus collectif de sa compagnie de remonter à l’assaut de la crête de Mort-Mare1.

Circonstances de la peine

Le 19 avril 1915, une attaque devait avoir lieu à Mort-Mare (5 km sud de Thiaucourt), afin d’enlever une tranchée encore occupée par les Allemands au centre d’une première ligne conquise quelques jours plus tôt avec la perte de 600 hommes. Les troupes d’assaut avaient été tirées au sort et le hasard avait désigné l’une des compagnies fortement malmenées les 3, 4 et 5 avril lors des combats sur la route de Thiaucourt.

Au signal de l’attaque cette compagnie de 250 hommes refuse de partir à l’assaut et de quitter la tranchée : « ce n’est pas notre tour d’attaquer » disent-ils. Quelques instants auparavant, parmi les quinze hommes qui venaient de sortir de la tranchée douze avaient été tués ou blessés et restaient là, sous les yeux de leurs compagnons2.

Le général Delétoile ordonne que les 250 soldats passent en cour martiale pour délit de lâcheté afin d’être exécutés. Après l’intervention d’autres officiers, cinq hommes sont finalement désignés et comparaissent, pour une parodie de procès. L’un d’eux est acquitté. Deux hommes ont été choisis par tirage au sort dont le soldat François Fontanaud de Montbron en Charente. Les trois autres : le caporal Antoine Morange né à Champagnac-la-Rivière en Haute-Vienne, les soldats Félix Baudy de Royère-de-Vassivière et Henri Prébost né à Saint-Martin-Château dans la Creuse et lui aussi ouvrier maçon à Villeurbanne, ont été désignés par leurs supérieurs en raison de leur appartenance syndicale à la CGT. Le général Joffre de passage dans le secteur aurait refusé sa clémence exigeant la plus grande sévérité à l’égard de la compagnie.

Le 20 avril, le caporal Antoine Morange, les soldats Félix Baudy, François Fontanaud et Henri Prébost sont fusillés à la lisière d’un bois de Manonville.

Les fusillés pour l’exemple de Flirey s’ajoutent à ceux de Vingré, Fontenoy, Fleury, Mouilly, Montauville… En quatre ans, 2 400 « poilus » auront été condamnés à mort et 600 exécutés3, les autres voyant leur peine commuée en travaux forcés.

Réhabilitation

Très peu, environ une quarantaine sur 600, dont Félix Baudy et ses compagnons de malheur, ont été rétablis dans leur honneur dans les années 1920 ou 1930. Félix Baudy et ses trois compagnons ont été réhabilités en 1934.

Mémoire

La sépulture de Félix Baudy se situe dans le cimetière communal de Royère-de-Vassivière où une plaque, réalisée par ses amis maçons, y est posée avec cette inscription: « Maudite soit la guerre – Maudits soient ses bourreaux – Baudy n’est pas un lâche – Mais un martyr ». Cette plaque a été rénovée en 2005 à l’initiative du comité laïque des amis du monument de Gentioux 4. Son nom est aussi inscrit sur le monument aux morts de la commune5.

Chaque 11 novembre des militants de divers horizons viennent déposer une gerbe sur la tombe de Félix Baudy dans le cimetière de Royère-de-Vassivière, après s’être recueillis devant le monument aux morts pacifiste de Gentioux.

Notes et références

  1. ↑ Mémorial GenWeb [archive]
  2. ↑ Les crimes des conseils de guerre de RG Réau 1926 Page 324
  3. ↑ Les fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999), Nicolas Offenstadt, Odile Jacob, 1999, p. 21
  4. ↑ Information GenWeb [archive]
  5. ↑ Information GenWeb [archive]

 

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Lucien Bersot

Le cas Lucien Bersot fut l’un des plus médiatisés parmi les soldats fusillés pour l’exemple pendant la Première Guerre mondiale. Son histoire a été reprise dans de nombreux ouvrages et adaptée à la télévision.

Le soldat Bersot

Lucien Jean Baptiste Bersot naît le 7 juin 1881 à Authoison (Haute-Saône) dans une famille de petits paysans. Ses parents étant venus s’installer à Besançon, Lucien y apprend le métier de maréchal-ferrant et s’y marie en 1908 avant de devenir père d’une petite fille en 1909.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, il est mobilisé au 60e régiment d’infanterie, régiment avec lequel il se trouve pendant l’hiver 1914-1915 sur le front de l’Aisne, et qui vient de subir de lourdes pertes du côté de Soissons. Cependant, l’État-major jugeant ce régiment peu actif venait d’en confier le commandement, le 22 janvier 1915, au lieutenant-colonel Auroux, un ancien des troupes d’Afrique, chargé de lui rendre du mordant.

L’affaire

Comme il n’y avait plus en magasin de pantalon à sa taille, Lucien Bersot ne pouvait porter que celui en toile blanc fourni avec le paquetage remis lors de l’incorporation. Grelottant de froid dans les tranchées, il demanda le 11 février 1915 au sergent-fourrier un pantalon de laine identique à ceux que portaient ses camarades. Le sergent lui proposa alors un pantalon en loques et maculé de sang, pris sur un soldat mort, ce que Bersot refusa.

Pour ce refus, Lucien Bersot se vit infliger une peine de huit jours de prison par le lieutenant André. Mais le lieutenant-colonel Auroux, commandant du régiment, estima cette punition insuffisante et demanda sa comparution en Conseil de guerre spécial, véritable Cour martiale. Comme de nouvelles recrues encore non aguerries venaient d’arriver, son intention était manifestement de faire un exemple de discipline militaire.

Traduit pour « refus d’obéissance » le 12 février 1915 devant le Conseil de guerre « spécial » du régiment, présidé par Auroux, Bersot y fut condamné à mort. La peine infligée ne correspondait alors nullement au code de justice militaire car le délit avait été constaté à l’arrière et non au contact de l’ennemi. Deux compagnons du condamné (Elie Cottet-Dumoulin et Mohn André) intervinrent alors auprès du lieutenant-colonel pour tenter d’adoucir la sentence, mais ne furent pas entendus et se virent punis à leur tour de travaux forcés en Afrique du Nord. D’autres encore refusèrent de tirer sur leur camarade lors de son exécution qui eut lieu dès le lendemain (13 février 1915 à Fontenoy (Aisne1)) car les Conseils de guerre « spéciaux », contrairement aux Conseils de guerre « ordinaires », n’autorisaient aucune procédure d’appel.

Les suites

Après la guerre, une campagne de presse fut engagée par le journal Germinal sous la plume d’un jeune avocat, René Rucklin, conseiller général de Belfort. Soutenue par la Ligue des droits de l’homme, cette initiative permit d’obtenir la réhabilitation de Lucien Bersot dès le 12 juillet 1922. La Cour de cassation ne pouvait que statuer rapidement pour confirmer l’injustice dont fut victime le fusillé Bersot. Grâce à cette réhabilitation, sa veuve put prétendre à la pension de veuve de guerre et sa fille put être reconnue comme pupille de la nation.

Le colonel Auroux fut mis en cause pour avoir agi en toute illégalité, étant à la fois l’accusateur et le président du Conseil de guerre, et faisant infliger une peine sans commune mesure avec la faute (violation de l’article 24 du Code de justice militaire constatée par la Cour d’appel de Besançon, le 10 avril 1922). À l’Assemblée nationale, le député Louis Antériou, ancien combattant et futur ministre des Pensions, interpella le Gouvernement pour demander sa condamnation, mais André Maginot, ministre de la Guerre, repoussa la discussion sous le prétexte d’une campagne antimilitariste. Auroux, protégé par Maginot et par la hiérarchie militaire, échappa à tout jugement jusqu’à l’arrivée au pouvoir du Cartel des gauches, où il fut mis à la retraite en 1924 sans pouvoir obtenir le grade de général qui lui serait revenu sans ces évènements2. Il avait, auparavant, été fait Commandeur de la Légion d’honneur 3.

Lucien Bersot fut ré-inhumé en 1924 dans le cimetière de Besançon. Une stèle située à proximité de l’église de Fontenoy (Aisne), inaugurée en novembre 1994, rend hommage à Lucien Bersot et à un autre fusillé pour l’exemple : le soldat Léonard Leymarie du 305e régiment d’infanterie, exécuté le 12 décembre 1914 sous le prétexte de « mutilation volontaire » (sur les données d’un rapport médical), acte pour lequel il avait toujours protesté de son innocence (il avait été blessé à la main à son poste de guetteur ; or de nombreux cas de mutilation volontaire consistaient à tenir une cigarette allumée dans le creux de la main tendue par-dessus le parapet de la tranchée). Leymarie a été réhabilité en 1923.

La municipalité a récemment décidé d’apposer une plaque à l’entrée de la Maison du Peuple, 11, rue Battant. Cette plaque, inaugurée le 11 novembre 2009, honore la mémoire de Lucien Bersot et celle d’un autre poilu, Elie Cottet-Dumoulin, ouvrier ferblantier de Battant, condamné à dix ans de bagne pour avoir protesté contre la sanction qui frappait son camarade de régiment. Ce soldat est mort en Orient ( Serbie ) en 1917.

Une rue de Besançon porte le Nom de Bersot, mais elle honore la mémoire d’un bienfaiteur de Besançon ( François Louis Bersot ) .

Récits et adaptations

Le destin tragique de Lucien Bersot a été conté dans un livre d’Alain Scoff, Le Pantalon, paru en 1982 chez Jean-Claude Lattès et réédité en 1998.

Il donna également lieu à un téléfilm d’Yves Boisset, diffusé sur France 2 en 1999 et portant le même titre.

Notes et références

  1. Fiche Mort pour la France SGA – Mémoire des hommes – Morts pour la France [archive]
  2. Le téléfilm d’Yves Boisset prétend par erreur qu’Auroux obtint ses étoiles.
  3. R.-G. Réau, Les crimes des conseils de guerre, page 176, Éditions du Progrès Civique, Paris, 1925

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Joseph Dauphin

Joseph Dauphin, né à Tauves dans le Puy-de-Dôme le 10 février 1882, et mort le 12 juin 1917, est un soldat fusillé pour l’exemple par l’Armée française durant la Première Guerre mondiale.

Joseph Dauphin est né dans une famille de 10 enfants. Marié, père d’un enfant, le paysan Dauphin se trouvait incorporé dès le mois d’août 1914 au 70e bataillon de chasseurs à pied. Vaillant soldat, il reçut, dès 1915, la Croix de guerre avec palmes pour plusieurs actes héroïques, entre autres avoir ramené sur ses épaules un lieutenant gravement blessé près des barbelés de la tranchée ennemie ou bien encore avoir tenu une position jusqu’à épuisement de ses cartouches. Promu caporal, il reçut par trois fois une citation pour sa conduite exemplaire au combat.

Les faits

En juin 1917, après l’effoyable hécatombe de printemps sur le Chemin des Dames et les permissions étant refusées à son bataillon, Joseph Dauphin et plusieurs soldats qui l’accompagnaient ramassèrent une cuite mémorable. Sous l’effet de l’alcool (dont l’armée n’était pas avare) et sans trop savoir ce qu’ils faisaient, ils auraient tiré quelques coups de fusil et lancé à la cantonade des propos séditieux. Un fois dégrisé et conscient d’avoir fauté, Dauphin s’attendait à récolter quelques jours de prison, mais à sa grande surprise et sans vraiment comprendre, ses supérieurs l’envoyèrent devant le Conseil de guerre.

Seul gradé parmi les hommes interpellés et pour avoir chanté un peu fort J’ai deux grands bœufs dans mon étable (version contredite par l’accusation qui l’accusait d’avoir crié : A bas la guerre, vive la Révolution ! A bas Poincaré, vive la Russie !), le caporal Dauphin, considéré comme meneur dans la vague des mutineries de 1917, fut condamné à mort et fusillé le 12 juin 1917 à la ferme de Fété, près de Ventelay dans l’Aisne. François Brugière, son camarade de Tauves, vraisemblablement impliqué dans la même séance de beuverie et désigné pour faire partie du peloton d’exécution, refusa de tourner son fusil contre Joseph. Condamné à 10 ans de travaux forcés, il fut envoyé au bagne de Chief (ex-Orléanville) où il mourut d’épuisement le 12 février 1918. Joseph Dauphin, quant à lui, repose dans la nécropole de la Maison Bleue à Cormicy dans la Marne : tombe n° 8841.

Tentative de réhabilitation

Malgré de nombreuses campagnes de presse, il n’a jamais été réhabilité (toute requête de demande en révision étant jugée irrecevable par la justice après 1928). Sur les ondes de France-Inter, le journaliste Daniel Mermet a, pour sa part, consacré plusieurs émissions de Là-bas si j’y suis au cas du caporal Dauphin. C’est aussi dans la pensée de ces hommes injustement condamnés par la justice militaire que le Premier Ministre socialiste Lionel Jospin prononça, le 5 novembre 1998, son discours de Craonne, demandant qu’ils retrouvent leur place dans la mémoire collective, discours qui fit ressurgir de vieilles polémiques avec la droite française sans parvenir à trancher les désaccords sur le sujet toujours controversé des fusillés pour l’exemple.

Le nombre de soldats réhabilités pour toute la durée de la guerre, une quarantaine en tout, peut paraître relativement faible par rapport à l’ensemble des exécutions de la période 1914-1918 (environ 600, compte non tenu des exécutions sommaires sans jugement, dont un siècle de silence a maintenant effacé toute trace). Il s’explique en grande partie par le faible nombre des demandes de révision déposées, la majeure partie des familles de condamnés n’ayant pas jugé bon de donner suite pour des raisons diverses : hontes soigneusement cachées, difficultés pour constituer des dossiers solides et retrouver des témoignages, manque de moyens financiers, dépôts trop tardifs des demandes, omnipotence des autorités administratives et militaires, etc.

Notes et références

  1. Mémorial GenWeb [archive]

Source : WIKIPEDIA

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Exécuté sur son brancard !

Réhabilitez le lieutenant Chapelant fusillé pour l’exemple en 1914

Les crimes des Conseils de guerre : Chapelant texte de 1925

Les crimes des Conseils de guerre : Les quatre caporaux de Suippes texte de 1925 

Les crimes des Conseils de guerre : Vingré texte de 1925

D’autres noms pour l’exemple

26 novembre 2012

Les crimes des Conseils de guerre Vingré texte 1925

Classé sous — milguerres @ 14 h 43 min

 

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SOLDATS FUSILLES POUR L’EXEMPLE

D’autres noms pour l’exemple

 

Les crimes des Conseils de guerre
(Le texte semble daté de 1925)
Vingré

Vingré !
Ce nom évoque un des crimes les plus effroyables de la guerre.
En novembre 1914, le 298e d’infanterie se trouvait dans l’Aisne.
Le 27, on laisse dans une tranchée de première ligne, en avant du village de Vingré, avec mission de surveiller l’ennemi à droite, un poste de cinq sentinelles doubles commandées par le caporal de Voguë. À sa gauche sont placées deux escouades, la 5e et la 6e, commandées respectivement par les caporaux Floch et Venat.

Tout semble calme.
Soudain, vers cinq heures du soir, sans qu’un coup de fusil ait été tiré, le poste du caporal de Voguë est surpris et enlevé. Les Allemands pénètrent brusquement dans les tranchées des 5e et 6e escouades.
Un cri retentit : « voilà les boches »
Instinctivement, nos soldats reculent dans le boyau. Ils arrivent ainsi jusqu’à l’abri de leur chef de section, le lieutenant Paulaud.
« Allons vers la tranchée de résistance » crie ce dernier.
L’ordre est aussitôt exécuté.
Paulaud y parvient un des premiers. Le commandant de compagnie l’y accueille mal.
« Eh bien, Paulaud, que signifie ? C’est du joli ! Allez immédiatement reprendre votre position ».
Officier et soldats obéissent.
Les deux escouades rebroussent chemin et regagnent sans coup férir l’emplacement qu’elles occupaient.
L’incident était banal. Rien ne permettait de penser qu’il dût avoir des suites tragiques.

Cependant le colonel croit devoir signaler à la division l’enlèvement du poste commandé par le caporal de Voguë.
Le général de division Julien et le général de Villaret, commandant le corps d’armée, demandent des détails complémentaires. On les informe alors du mouvement de retraite exécutée par les 5e et 6e escouades.
Aussitôt un officier, le commandant Guignot, est chargé de procéder à une enquête. Mais on a soin de lui dire, ou de lui faire entendre ce que l’on désire : un exemple.
Ainsi préparé, il entend tout d’abord le lieutenant Paulaud, qui lui raconte les faits sans s’attribuer l’honneur d’avoir déterminé les hommes à remonter en ligne.
Auparavant, pour s’éviter toute contradiction, celui-ci avait d’ailleurs eu soin de prendre à part ses soldats et de leur recommander de ne pas le mettre en cause et d’alléguer une panique : « de toute façon, tout s’arrangera » concluait-il.
Les malheureux lui firent confiance.
Mais au surplus, ils n’eurent pas de grandes explications à donner, car le commandant Guignot, qui savait ce que l’on attendait de lui en haut lieu, ne s’attarda pas à leur demander des explications minutieuses.
Son rapport, dont l’original se trouve entre les mains de la veuve d’une de ses victimes, fut d’autant plus formel que son enquête avait été plus légèrement faite.
On y lisait entre autres choses ceci :

« Le lieutenant Paulaud, qui se trouvait dans l’abri de sa section, vit apparaître un groupe d’hommes descendants en désordre et en tumulte des tranchées de première ligne, par le boyau de communication. Il dut user de toute son autorité, appuyée par celle du lieutenant Paupier, commandant de compagnie, pour faire remonter les hommes et occuper la tranchée.

Ce texte mettait l’officier hors de cause, mais accablait les soldats.
C’était précisément ce que le commandant Guignot voulait, ainsi qu’il résulte du fait suivant : un sous-officier de la compagnie, le sergent Grenier, informé de la tournure grave que prenait l’affaire, se présenta à lui pour déposer.
« Qui vous demande quelque chose ? Interrogea rudement le commandant.
- Mais, mon commandant…
- Si vous insistez, je vais prendre des sanctions contre vous. »
Grenier dut se retirer.
Cette intervention du sergent, Guignot l’a niée, il est vrai, à l’audience du Conseil de guerre de Clermont-Ferrand où fut jugé Paulaud. Mais de nombreux témoignages établissent qu’il a menti.
Il y a du reste, sur la manière dont cet officier procéda à son information, un autre témoignage que personne n’osera mettre en doute.

Dans son carnet de route (que j’ai feuilleté avec émotion ! ) le malheureux caporal Floch écrivait à la date du 28 novembre :
« J’ai été appelé par le commandant du 5e bataillon, qui m’a interrogé. Je n’ai pu lui dire que la vérité. Il m’a dit à plusieurs reprises de me taire, me disant que je comparaîtrais devant le Conseil de guerre parce que je m’étais sauvé. Je lui ai dit que j’avais été pris dans une bousculade et forcé de suivre. Il n’a rien voulu entendre »
Il n’a rien voulu entendre !
Résultat :
Cinq jours plus tard, le caporal Floch et ses camarades tombaient sous des balles françaises.
Pendant que le commandant Guignot se livre à ce simulacre d’enquête, les généraux Julien et Villaret, avec le précieux concours du lieutenant commissaire rapporteur Achalme, préparent le crime !
Et quel crime !
Ils décident que la Cour martiale devra condamner à mort les vingt-quatre hommes qui se sont repliés.
Aujourd’hui on cherche à nier le fait.
Mais trop de témoignages – que l’on ne saurait prétendre inspirés par l’esprit de parti – ne leur permettent pas.

L’abbé Dubourg, actuellement directeur des oeuvres de diocèse de Besançon, était aumônier de la division. Deux jours avant la réunion du Conseil de guerre, il rencontre sur une route un groupe d’officiers. Parmi eux se trouvait le colonel Pinoteau, commandant le 98e.
Celui-ci s’avance vers le prêtre :
« Monsieur l’aumônier, lui dit-il, prenez vos mesures. Nous allons avoir vingt-quatre exécutions.
- vingt-quatre !
- peut-être douze. »

Un peu plus tard, le même jour, le colonel Pinoteau aborde le lieutenant Paupier :
« Lieutenant, on va fusiller une escouade.
- Une escouade ! Mais non colonel, c’est douze hommes !
- On en fusillera au moins six », réplique le colonel.
Ces variations dans le chiffre des condamnés d’avance, s’expliquent par le fait que, depuis deux jours, une discussion se poursuivait entre le général de Villaret, qui voulait, en exemple, sacrifier les deux escouades, et quelques officiers soucieux de limiter le nombre des victimes. Ces derniers, finalement, l’emportèrent.
On s’arrêta au chiffre de six, et des ordres en conséquence furent donnés à la Cour martiale.

La Cour se réunit dans une salle d’école.
Président : le colonel Pinoteau ; deux juges : le lieutenant Diot et un adjudant tué depuis; commissaire du gouvernement : le lieutenant Achalme ; défenseur : le sous-lieutenant Bodé, que l’on avertit seulement deux heures avant l’audience de la mission qu’il doit remplir.
Il n’a le temps ni d’interroger les accusés, ni d’examiner les pièces du dossier.
Qu’importe !
Les auteurs de ce crime militaire s’efforcent aujourd’hui avec un déconcertant cynisme, de tirer argument de la plaidoirie prononcée le 2 décembre 1914 par le sous-lieutenant Bodé.
« À aucun moment, disent-ils, le défenseur n’a parlé d’ordre de repli. Il s’est borné à montrer que la peur était quelque chose d’indépendant avec la volonté, à quoi tout le monde peut succomber, et qu’il ne fallait pas tenir grief aux accusés de la panique qui s’était produite le 28 novembre ».
Il ne dit rien de plus parce que l’on s’était arrangé pour qu’il ne sache rien de plus. »
Et, de même qu’il n’y avait pas eu d’instruction, il n’y eut pas de débat.
Le lieutenant Achalme demanda pour tous les accusés la peine de mort.
Mais la Cour martiale avait reçu l’ordre d’appliquer le châtiment suprême à six seulement d’entre eux. Elle désigne Floch, Gay, Pettelet, Quinault, Blanchard et Durandet.
Pourquoi ? Nul ne sait. Ce fut l’oeuvre du hasard. Les juges eux-mêmes n’y attachèrent évidemment aucune importance.
L’exemple était aussi bon avec ceux-là qu’avec d’autres, n’est-ce pas ?
——
L’arrêt rendu, on demande, dans la compagnie des condamnés, à un homme de bonne volonté pour les prévenir.
Le sergent Moncoudiol s’en charge.
Quand il pénètre dans la cave où les malheureux sont enfermés, une telle émotion l’étreint qu’il ne peut parler. D’un geste, il leur tend une feuille de papier, un crayon, une enveloppe.
« C’est pour apprendre à nos familles qu’on va nous fusiller demain, dit Gay. Pourtant on nous avait assuré que le jugement serait une simple formalité. »
Quinault prend la parole à son tour :
« Enfin, Moncoudiol, toi qui nous connais, toi qui nous as vu à l’œuvre, avec qui nous avons combattu, crois-tu que nous méritions la mort ?
- mais non, mon vieux Quinault. Et tous les copains jugent comme moi. D’ailleurs, on ne peut pas vous fusiller comme cela, bien que ce soit la guerre. Il y a une justice et d’un moment à l’autre votre grâce arrivera.
- C’est vrai, répond Quinault ; pour les assassins il en est ainsi. Mais, pour nous, l’aube viendra avant. Vois-tu Moncoudiol, ce n’est pas la mort qui nous effraie. Elle nous attend tous les jours. Nous l’avons frôlée souvent. Pettelet a été blessé. Moi aussi. Mais ce qui est cruel, c’est de songer que nous allons mourir fusillés par nos camarades, tués par ceux dont nous partagions les dangers, la vie. Cela, vois-tu, c’est horrible ! »
Moncoudiol, immobile, pleure. Il cherche des mots qui consolent et ne trouve pas.
« Nous, demain, nous n’existerons plus, poursuit Quinault. Mais nos familles, nos femmes, nos enfants, comment vont-ils apprendre cela ? Quelle honte pour nous de songer que nos gosses devront rougir de leur père ! »
Le sergent n’en peut plus. Les sanglots l’étouffent. Il quitte en chancelant la cave qui a déjà l’apparence d’un tombeau.
Les condamnés, restés seuls, écrivent leur dernière lettre.
Le caporal Floch qui, avant d’être mobilisé, exerçait les fonctions de greffier de paix à Breteuil, est le seul à posséder quelque instruction. Ses adieux à sa femme sont aussi son éclatante justification :

Vingré, le 4 décembre 1914.
Ma bien chère Lucie,
Quand cette lettre te parviendra, je serai mort fusillé.
Voici pourquoi :
Le 27 novembre, vers cinq heures du soir, après un violent bombardement de deux heures, dans une tranchée, et alors que nous finissions la soupe, des Allemands se sont amenés dans la tranchée, m’ont fait prisonnier avec deux autres camarades. J’ai profité d’un moment de bousculade pour m’échapper des mains des Allemands.
J’ai suivi mes camarades, et ensuite j’ai été accusé d’abandon de poste en présence de l’ennemi.
Nous sommes passés vingt-quatre hier soir au Conseil de guerre. Six ont été condamnés à mort, dont moi. Je ne suis pas plus coupable que les autres, mais il faut un exemple. Mon portefeuille te parviendra et ce qu’il y a dedans.
Je te fais mes derniers adieux à la hâte, les larmes aux yeux, l’âme en peine. Je te demande, à deux genoux, humblement pardon pour toute la peine que je vais te causer et l’embarras dans lequel je vais te mettre…
Ma petite Lucie, encore une fois, pardon.
Je vais me confesser à l’instant, et j’espère te revoir dans un monde meilleur.
Je meurs innocent du crime d’abandon de poste qui m’est reproché. Si, au lieu de m’échapper des Allemands, j’étais resté prisonnier, j’aurais encore la vie sauve. C’est la fatalité.
Ma dernière pensée à toi jusqu’au bout.
Henri Floch

Et voici les adieux de Gay :

Ma chère femme,
Le 27 novembre, à trois heures du soir, l’artillerie allemande s’est mise à bombarder les tranchées pendant deux heures. La première section, qui était à notre droite, a évacué sa tranchée sans qu’on le sache.
Vers 5h 30 du soir, nous mangeons la soupe en veillant devant nos créneaux, quand tout à coup, les Allemands viennent par la tranchée de la première section. On nous croise la baïonnette en disant : « Rendez-vous ! Haut les mains ! On vous fusille ! »
Je me suis vu prisonnier avec un autre de mon escouade. Je saisis un moment d’inattention pour m’échapper. Il y avait un pare-éclats en face de moi. Je me suis jeté en face, au risque de me faire tuer par les balles, et comme je n’ai plus vu de camarades, je suis descendu par la tranchée rejoindre ma section et nous sommes remontés pour réoccuper la tranchée.
Le lendemain, tous les officiers et chefs étaient bien à leurs postes et nous, pour ne pas être restés prisonniers des Allemands, nous avons passé en Conseil de guerre, toute la demi-section.
Tous les autres ont été acquittés et nous avons été six condamnés qui ne sont pas plus coupables que les autres, mais si nous mourons pour les autres, nous serons vengés par Dieu.
Pardonne-moi bien de la peine que je vais te faire, ainsi qu’à mes pauvres parents. Je n’ai pas peur de la mort, puisque je suis innocent du fait qu’on me rapproche.

La lettre de Quinault est peut-être plus émouvante encore dans son naïf langage :

Ma chère femme,
Je t’écris mes dernières nouvelles. C’est fini pour moi. C’est bien triste. Je n’ai pas le courage. Je me (ici sont quelques mots illisibles). Pour toi tu ne me verras plus.
Il nous est arrivé une histoire dans la compagnie. Nous sommes passés vingt-quatre en Conseil de guerre. Nous sommes six condamnés à mort. Moi je suis dans les six et je ne suis pas plus coupable que les camarades, mais notre vie est sacrifiée pour les autres.
Ah ! Autre chose : si vous pouviez m’emmener à Vallon. Je suis enterré à Vingré.
Dernier adieu, chère petite femme. C’est fini pour moi. Adieu à tous, pour la vie.
Dernière lettre de moi, décédé au 298e régiment d’infanterie, 19e compagnie, pour un motif dont je ne sais pas la raison. Les officiers ont tous les torts et c’est nous qui sommes condamnés pour eux. Ceux qui s’en tireront pourront te raconter. Jamais j’aurais cru finir mes jours à Vingré et surtout d’être fusillé pour si peu de chose et n’être pas coupable.
Ça ne s’est jamais vu, une affaire comme cela.
Je suis enterré à Vingré !… Ah ! Autre chose, si vous pouvez m’emmener à Vallon ! »

À cette heure suprême, sa pensée se tournait vers le petit cimetière de son village de l’Allier, où il lui semblait que l’éternel sommeil serait plus paisible.

S’il avait su !

S’il avait su que lorsque « l’affaire » serait connue à Vallon, le curé refuserait de célébrer un service funèbre à sa mémoire, que les boutiques des marchands se fermeraient devant sa femme, que son fils serait mis en quarantaine à l’école, qu’on lui jetterait la pierre, et enfin que ses êtres si chers devraient fuir devant cette haine sauvage…

La nuit vient, passe.
Voici le matin du 4 décembre.

Les condamnés ont gardé une lueur d’espoir. Le sergent Moncoudiol leur a dit : « on ne peut pas fusiller comme cela, bien que ce soit la guerre ».
Le lieutenant Paulaud leur a assuré que : « tout ça s’arrangera ».
Un cliquetis d’armes les arrache de leur torpeur. La porte s’ouvre. Un adjudant s’avance. Mais ce n’est pas leur grâce qu’il apporte. Il vient leur dire que l’heure est venue, qu’ils vont mourir.
Résignation ou stupeur, aucune plainte…
Ils se lèvent, sortent, tête nue, en manche de chemise, sous le vent glacial et marchent, le front haut vers le terrain où doit avoir lieu l’exécution, au bas du village de Vingré, à 400 m des lignes ennemies.
Le haut commandement a décidé de donner à cette tragédie le caractère d’une grande solennité militaire. Ne s’agit-il pas d’un exemple ? Toutes les compagnies disponibles forment le carré ; on a placé la compagnie à laquelle appartenaient ceux qui vont mourir au premier rang.
Pendant la nuit six poteaux ont été dressés. D’un pas ferme les six condamnés vont s’y adosser.
On les attache.
Un commandement. Le crépitement des balles. Les six hommes sont morts.

Alors se produit ceci : tous les hommes de la 19e compagnie éclatent en sanglots. L’émotion gagne de proche en proche, si vite que les officiers sont impuissants à la réprimer. Devant cette manifestation unanime, le colonel Pinoteau ne sait quelle attitude prendre.
Seul le commandant Guignot va et vient, satisfait.
Apercevant le lieutenant Paupier, qui baisse la tête pour ne pas voir l’affreux spectacle, il lui donne un coup section le menton : « Paupier, relevez la tête ! »

Au cours de mon enquête sur l’affaire de Vingré, j’ai tenu à entendre celui qui, dans l’ordre des responsabilités, partage la première place avec le général de Villaret : M. le substitut Achalme.
Je l’ai trouvé dans son cabinet de Saint-Étienne, examinant un dossier :
« Monsieur le Substitut, en novembre 1914, au Conseil de guerre de Vingré, qui condamna à mort six soldats dont l’innocence a été par la suite reconnue, vous avez occupé les redoutables fonctions de commissaire du gouvernement. C’est à ce sujet que je voudrais vous interroger ».

M.Achalme parut me demander un instant s’il parlerait ou s’il se tairait.
« Substitut à Bourg, dit-il enfin, mobilisé comme lieutenant dans un régiment de la 63e division d’infanterie, le général me fit appeler un jour pour me demander de bien vouloir suivre les affaires du Conseil de guerre. J’acceptai étant entendu que ce ne serait qu’à titre provisoire. Je ne me sentais aucun goût pour cette besogne.
- Comme je vous comprends !
- Le 30 novembre dans l’après-midi, j’ai reçu du général de division…
- Le général Julien.
- Ne mettons pas de nom si vous le voulez bien… l’ordre de réunir, pour le lendemain, le Conseil de guerre ; il s’agissait de juger les hommes qui avaient abandonné une tranchée. Je me rendis à Vingré où j’arrivai à six heures du soir. Vingt-quatre hommes étaient inculpés. Bien que ce ne fût pas pour moi une obligation, je passai la nuit à les interroger tous. Aucun d’eux ne me parla de l’ordre de repli donné par le lieutenant Paulaud.
- Avez-vous entendu des témoins ?
- Non, mais j’ai dit aux inculpés et aux défenseurs que je me mettais à leur disposition pour faire entendre à l’audience tous les officiers, sous-officiers et soldats dont il considéreraient le témoignage utile.
- On ne vous en indiqua pas ?
- Aucun.
- Sur quoi vous êtes-vous appuyé pour requérir devant la Cour martiale ?
- Je me suis appuyé sur les pièces du dossier, sur les rapports du commandant de compagnie et du chef de bataillon. Je n’avais rien d’autre à ma disposition. Ces documents établissaient clairement le crime d’abandon de poste.
- Vous aviez devant vous vingt-quatre inculpés. Six seulement ont été condamnés à mort. Quelles ont été vos réquisitions ?
- J’ai laissé le Conseil libre de prononcer les peines.
- Sur quoi les juges se sont-ils basés pour condamner le caporal Floch, les soldats Quinault, Blanchard, Pettelet, Durandet et Pierre Gay ?
- Le Conseil s’est trouvé dans une situation fort embarrassante. Les juges ont estimé qu’il était inadmissible que les vingt-quatre hommes fussent au même titre responsables de la panique. Ils ont cherché à s’éclairer. Après la plaidoirie même, on a fait revenir à la barre le sergent Diot et le sous lieutenant Paulaud. Le président leur a demandé une dernière fois de renseigner les juges. Ces témoins ont conservé une attitude impassible. Aucun d’eux n’a dit mot pour sauver les accusés. Le Conseil, dans ces conditions, a condamné les hommes qui se trouvaient le plus près des Allemands.
- Pourquoi ce chiffre de six ? »

M. le Substitut Achalme ne peut dissimuler l’embarras que lui cause ma question. Je me décide à lui venir en aide.
« Est-ce que le nombre de six n’avait pas été fixé par le général de division ? »
Je regarde dans les yeux M. le Substitut. Il n’ose nier. Il cherche une formule.
« Je ne sais si le haut commandement avait donné des ordres secrets au président de la Cour martiale. Moi, je n’en ai reçu aucun.
- Vous ne pouvez ignorer ce fait : il a été établi par l’enquête de révision. Vous ne pouvez ignorer non plus la déclaration du général Linder : « Paulaud a manqué de caractère au cours de l’instruction. Pour décharger sa responsabilité, il a cru devoir charger les hommes qui étaient sous ses ordres et abonder dans le sens de ses chefs qui voulaient une condamnation. »

À cette question, M. Achalme se garde de répondre.

« Si j’avais connu, me dit-il, la phrase prononcée par Paulaud après l’arrêt : « on vient de condamner des innocents » je vous jure que j’aurais immédiatement adressé un rapport à mes chefs et que l’exécution n’aurait pas eu lieu… On nous accable aujourd’hui, mais on nous juge sans tenir compte des circonstances dans lesquelles les faits se sont passés il y a sept ans.
En novembre 1914, les chefs prenaient encore à la lettre l’ordre de Joffre du 5 septembre : « il faut se faire tuer sur place plutôt que de perdre un pouce de terrain ». Nous étions à ce moment la seule division ayant réussi à traverser l’Aisne. Nos chefs ne comprenaient pas la guerre. Ils imaginaient que la perte d’une tranchée constituait un désastre.

- Tout cela n’était pas une raison suffisante pour fusiller des innocents.
- Je suis le premier à reconnaître que l’arrêt de réhabilitation a été une mesure de justice, surtout après l’abandon des poursuites contre le caporal de Voguë. Voyez-vous, l’institution des Cours martiales a été une lourde faute. La responsabilité en incombe une bonne part au pouvoir civil qui a eu le tort d’abandonner ses droits aux mains de l’autorité militaire. »

Telle est fidèlement reproduite la conversation que j’eus avec le commissaire du gouvernement à Vingré.

Examinons maintenant ses déclarations.
Non sans quelque timidité, M. Achalme dit avoir ignoré que le commandement, avant l’audience, avait fixé le nombre des hommes à condamner.
Ce n’est pas exact. Un parlementaire, plaidant sa cause, ma affirmé : « S’il n’y a eu que six condamnations, c’est surtout grâce à M. Achalme qui, avant l’audience, est intervenu auprès des généraux Julien et de Villaret pour que l’on ne maintint pas le chiffre de 12 hommes qui semblait définitivement arrêté ».
Au surplus, comment M. Achalme eût-il pu ignorer ce que tant d’autres moins bien placés que lui pour être renseignés, savaient ?
Devant le général Linder, le docteur Raymond, de Vichy, aide-major au 298e, a déposé devant l’enquête de révision :
« Apprenant un soir que plusieurs hommes de la 19e compagnie du 298e allaient être jugés par le Conseil de guerre, je me rendis au centre du village de Vingré. J’étais fort étonné de cette nouvelle, car je n’avais pas entendu dire que des hommes s’étaient rendus coupables d’un délit passible du Conseil de guerre. Mais mon étonnement devint de la stupéfaction quand, voyant s’avancer sur la route de Vic sur Aisne un aumônier militaire, et lui demandant ce qui l’amenait, il me répondit que le lendemain six au moins de ces hommes allaient être fusillés, peut-être douze.
J’affirme que ce propos a été tenu avant l’ouverture du Conseil de guerre, et je me souviens de l’émotion douloureuse que j’ai ressentie en voyant passer, quelques minutes après, les malheureux inculpés qui se rendaient vers la maison du colonel, sans se douter du sort qui les attendait ».

M. Achalme prétend avoir laissé le Conseil libre de juger. Est-ce vrai ?
« Non » répond le témoin C.H. Viellay, ex sergent-major à la compagnie à laquelle appartenaient les six victimes et qui assista à l’audience. « Pour ne pas se tromper, a-t-il écrit, le commissaire du gouvernement a requis la peine de mort contre tous les accusés, plus de vingt ».
——
La vérité est que le lieutenant Achalme n’a rempli ni son devoir de soldat, ni son devoir de magistrat.

Après avoir reçu le rapport du commandant Guignot, le général Julien avait délivré contre les hommes des 5e et 6e escouades un ordre d’informer qui les rendait justiciables du Conseil de guerre prévu par le décret Millerand, où ils eussent bénéficié de quelques garanties : instruction préalable, délai de vingt-quatre heures entre la citation et l’audience, nombre de juges : 5 au lieu de 3. Cet ordre d’informer, le général de Villaret, dans sa hâte de faire un exemple, le déchira pour y substituer, bien qu’ il n’y eut pas flagrant délit, un ordre de mise en jugement direct devant une Cour martiale.

Mais c’était précisément le rôle des magistrats mobilisés dans les Conseils de guerre de redresser les erreurs commises par les généraux ignorants, insouciants ou inhumains.

Ce rôle, M. Achalme ne l’a pas rempli. Il s’est servilement prêté à une fantaisie sanguinaire. Il est complice.
——
Au surplus, pour apprécier les responsabilités, on possède un document si net, si terrible dans sa modération, qu’il ne permettra pas à la justice de se dérober indéfiniment à son devoir, lequel n’est pas seulement de réhabiliter les innocents, mais aussi de frapper les coupables.
Ce document, on le trouve au Journal Officiel du 18 février 1921, et c’est l’arrêt de la Cour de Cassation dans l’affaire des martyres de Vingré :
Attendu que par jugement du Conseil de guerre spécial de la 63e division d’infanterie, en date du 3 décembre 1914, le caporal Floch (Paul), et les soldats Gay (Pierre), Pettelet (Claude), Quinault (Jean), Durandet (Jean) et Blanchard (Jean-Marie), tous du 298e R.I., ont été condamné à la peine de mort pour abandon de poste devant l’ennemi ; que ce jugement a reçu son exécution le lendemain à l’égard de tous les condamnés qui ont été passés par les armes.
Attendu qu’il résultait du rapport dressé en vertu de l’article 108 du code de justice militaire que le 27 novembre 1914, une tranchée de première ligne, située en avant du village de Vingré (secteur de la Maison détruite), et à laquelle on accédait par un boyau central, était occupée dans sa partie gauche par une demi section du 298e R.I. (5e et 6e escouades), et dans sa partie droite par une autre demi section du même régiment (3e et 4e escouades) ; que cette partie droite, ayant été violemment bombardée par l’artillerie allemande, avait dû être évacuée dans l’après-midi, et qu’on n’y avait laissé qu’un caporal et quatre sentinelles doubles ; que vers 5 heures du soir, les Allemands s’étaient brusquement emparés de ce petit poste sans qu’un coup de fusil ait été tiré ; que, grâce à cette surprise, ils avaient pu s’infiltrer dans la partie gauche de la tranchée et tomber à l’improviste sur les hommes des 5e et 6e escouades qui, pris de panique, s’étaient enfuis par le boyau central jusqu’à la tranchée de deuxième ligne, d’où les officiers avaient éprouvé de grandes difficultés pour les faire remonter en première ligne.
Que vainement, le sous-lieutenant Paulaud, chef de section, leur avait crié d’avancer ; qu’ils n’avaient pas exécuté cet ordre, et que cet officier, quand il s’était précipité pour aller réoccuper la tranchée, n’avait été suivi que par un seul soldat.
Attendu que cette dernière partie du rapport précité était empruntée à la déposition faite par le sous-lieutenant Paulaud, le 1er décembre 1914, devant le commissaire rapporteur, que cette déposition avait été sévère pour les inculpés et lui-même l’a reconnu dans l’enquête de révision. Que cet officier peut donc être considéré comme ayant été un des principaux témoins de l’accusation.
Attendu que l’autorité de son témoignage – qui N’A PAS ÉTÉ CONTRÔLÉ DANS L’INFORMATION DE 1914 et qui n’a pas été confirmé par aucun témoin ou inculpé alors entendus par le lieutenant rapporteur – a été contestée par les dépositions de plusieurs témoins au cours des deux enquêtes de révision ; que, notamment, les caporaux Lafloque, Bardet, le sergent Rimaud et le soldat Darlet, ayant appartenus en cette qualité au 298e R.I., les trois premiers non entendus dans les instructions préalables et définitives, ont déclaré :
« que les hommes des 5e et 6e escouades, surpris par les Allemands, avaient reflué de la tranchée de première ligne vers le boyau de communication où ils s’étaient heurtés aux hommes des 7e et 8e escouades qui, aux cris de : « Voilà les Boches ! », étaient sortis de leurs abris situés à 60 mètres de ladite tranchée ; qu’il s’en était résulté une confusion et QU’À CE MOMENT LE CHEF DE SECTION, le sous-lieutenant Paulaud, sortit de son abri voisin, LEUR AVAIT DONNÉ L’ORDRE DE SE REPLIER SUR LA TRANCHÉE DE RÉSISTANCE ; QUE CET OFFICIER ÉTAIT PARTI LUI-MÊME PRÉCIPITAMMENT ET L’UN DES PREMIERS DANS CETTE DIRECTION.
Attendu que le lieutenant Paupier qui commandait la compagnie et se trouvait dans la tranchée de résistance, a déclaré QU’ EN EFFET LE SOUS-LIEUTENANT PAULAUD ÉTAIT ARRIVÉ L’UN DES PREMIERS DANS CETTE TRANCHÉE, QU’Il LUI AVAIT DRESSÉ UNE OBSERVATION À CE SUJET ET QUE, quelques instants après, TOUS LES HOMMES, sur l’ordre que lui-même leur avait donné, ÉTAIENT REMONTÉS EN PREMIÈRE LIGNE, à la suite de leur chef de section.
Attendu que le sous-lieutenant Paulaud a, dans les deux enquêtes de révision, protesté contre ces dépositions et nié spécialement avoir donné un ordre de repli ; mais en admettant même que l’ordre de repli n’ait pas été donné par lui, il n’en demeure pas moins constant que cet ordre a été proféré et entendu par les hommes comme s’il émanait d’un supérieur, et qu’on ne serait dans ces conditions leur faire un grief de l’avoir exécuté.
Attendu que le dit ordre, inconnu du Conseil de guerre, constitue un fait nouveau de nature à établir l’innocence des condamnés dans les termes de l’article 443, 4e, du Code d’instruction criminelle ; que le sous-lieutenant Paulaud lui-même a exprimé sa conviction de l’innocence des condamnés quelques instants après leur exécution, dans des conditions de sincérité qui ont été rapportées par un témoin de l’enquête et qu’il a affirmé de nouveau cette conviction à diverses reprises dans ces dernières dépositions.
Attendu qu’en l’état des constatations qui précèdent, et sans qu’il soit besoin d’examiner les deux autres faits invoqués comme nouveaux, il y a lieu d’accueillir la demande en révision dont la Cour est saisie.
Et vu l’article 445, paragraphe 8, du Code d’instruction criminelle ;
Attendu qu’en raison du décès des condamnés, il y a impossibilité de procéder à de nouveaux débats ; qu’il appartient en conséquence à la Cour de Cassation de statuer au fond sans renvoi, en présence des parties civiles et du curateur nommé par elles à la mémoire des morts.
Par ces motifs :
Casse et annule le jugement du Conseil de guerre spécial de la 63e division d’infanterie en date du 3 décembre 1914, qui a condamné le caporal Floch et les soldats Gay, Pettelet, Quinault, Blanchard et Durandet à la peine de mort.
Décharge leur mémoire de cette condamnation.
Ordonne l’affichage du présent arrêt dans les lieux déterminés par l’article 446 du Code d’instruction criminelle et son insertion au Journal Officiel ; ordonne également que le présent arrêt sera imprimé ; qu’il sera transmis sur les registres du Conseil de guerre de la 63e division d’infanterie, et que mention en sera faite en marge du jugement annulé.
L’arrêt, statuant sur les conclusions des parties civiles, alloue ensuite, à titre de réparation :
1 – à chacune des dames Rose Meuchard (veuve Floch) ; Marie Pettelet (veuve Pettelet) ; Marie Minard (veuve Gay) ; Nathalie Greuzat (veuve Quinault), Michelle Destage (veuve Blanchard) ; Claudine Drizard (veuve Durandet), une pension annuelle et viagère de 1000 francs.
2 – à chacun des trois mineurs Pettelet et Durandet une pension annuelle de 1000 francs, le payement de cette pension devant cesser à leur majorité.
——
C’est là un commencement de justice. Ce n’est pas toute la justice. On veut bien enfin reconnaître l’innocence des condamnés.
Mais les autres ?
Mais ceux qui ont donné l’ordre de les condamner ?
Mais ceux qui ont obéi ?
Mais le commandant Guignot qui, ayant mission de procéder à une enquête, n’a entendu aucun témoin, a refusé d’entendre ceux qui s’offraient, qui a accepté sans examen une version suspecte parce qu’il savait que le haut commandement voulait un exemple, qui n’a pas daigné écouter les explications des accusés, et par sa déshonorante servilité, les a envoyés à la mort ?
Mais le lieutenant rapporteur Achalme, qui n’a pas même contrôlé ainsi que le reconnaît l’arrêt de la Cour de Cassation le témoignage intéressé du sous-lieutenant Paulaud et, dans une affaire capitale, s’est borné à un simulacre d’instruction ?

Mais les généraux Julien et de Villaret qui, d’avance, ont ordonné l’exécution de tous les soldats des 5e et 6e escouades et ne se sont résignés au chiffre de six victimes qu’à titre de transaction ?
Mais le colonel Pinoteau, président de la Cour Martiale qui a accepté de condamner par ordre et poussé son infâme obéissance jusqu’à priver les accusés de moyens de défense ?

 

 Est-ce la main de la justice ne s’abattra pas sur ces hommes ?

Les crimes des Conseils de guerre Vingré texte 1925 vingre-lettre

SOURCE : http://chtimiste.com/batailles1418/combats/vingre.htm

 

 

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Les fusillés de Vingré sur 

http://vestiges.1914.1918.free.fr/Aisne_Vingre.htm

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REPRODUCTION DU PANNEAU D’INFORMATION

 

 

L’AFFAIRE DE VINGRÉ

 

Art. 6- Les jugements rendus par les conseils de guerre spéciaux ne sont susceptibles ni de recours en révision, ni de pourvoi en cassation.

 

« Ne pas hésiter à faire usage des conseils de guerre spéciaux. […] Il importe en effet que la procédure soit expéditive, pour qu’une répression immédiate donne, par d’exemples salutaires, l’efficacité à attendre d’une juridiction d’exception. » (Note du général de Villaret datée du 20 octobre 1914)

 

Le 27 novembre, le 298ème régiment d’infanterie avait pris position devant le village de Vingré, dans l’Aisne. Lors d’une attaque, les Allemands enlèvent un poste un poste de 1ère ligne et font prisonnier la dizaine d’hommes qui l’occupaient. Deux autres escouades, menacées, refluent vers l’abri du chef de section, le sous-lieutenant Paulaud, qui donne l’ordre de repli. Le commandant de compagnie, le lieutenant Paupier, reproche au sous-lieutenant Paulaud d’avoir abandonné son poste et lui ordonne de ramener ses hommes en première ligne.  Au cours de l’enquête, ce dernier tait son ordre de repli.

Le général de Villaret, commandant le corps d’armée, décida de faire un exemple : il avait d’abord parlé de fusiller les deux escouades qui avaient exécuté le repli, à la suite d’interventions de divers officiers, la décimation fut réduite à six hommes et des ordres furent donnés en conséquence à la Cour Martiale. La Cour les désigna au hasard : le caporal Floch, les soldats Gay, Pettelet, Quinaud, Blanchard et Durantet.

 

 

 

 

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Journal de marche et des opérations du 298ème régiment d’infanterie.

« 27 novembre.
Vingré – A 16 heures, l’artillerie allemande démolit une partie des tranchées de la Maison détruite. La ½ section qui l’occupait est obligée de se retirer dans les boyaux. Après le bombardement, lorsqu’elle veut retourner dans la tranchée elle la trouve occupée par la patrouille allemande qu’elle délogea immédiatement et put reprendre ses emplacements.
Pertes : 5 blessés, 9 disparus. »

« 3 décembre.
Vingré – A 17 jeures réunion du Conseil de Guerre du 298ème sous la présidence du lieutenant-colonel Pinoteau. Juges : MM le lieutenant Diot et l’adjudant Pothonnier. L’avocat désigné est m. le lieutenant Bodé ; la séance est terminée à 19h30 ; 6 des accusés prévenus d’abandon de poste en présence de l’ennemi ; le caporal Floch, les soldats : Gay, Pettelet, Quinaud, Blanchard et Durantet sont condamnés à la peine de mort, les autres sont acquittés.
Pertes : 2 blessés. »

« 4 décembre.
Vingré – L’exécution des six condamnés à mort a lieu à 7h30, à 200 mètres à l’ouest du calvaire de Vingré, situé à l’embranchement des deux chemins allant à Nouvron. Assistent à la parade d’excution : les 4 compagnies de réserve du 298ème ; 2 compagnies du 216ème et une compagnie du 238ème. Les troupes sont commandées par le lieutenant-colonel Pinoteau. Les condamnés qui ont passé la nuit dans la prison du poste de police sont amenés à 7h30 par un piquet de 50 hommes et fusillés. Après l’exécution qui se passe sans incident, les troupes défilent devant les cadavres et rentrent dans leur cantonnement.
La nuit est employée à l’aménagement des tranchées, principalement à la pose des créneaux.
Pertes : 6 morts, 2 blessés. »    

Le 298ème R.I. est formé de deux bataillons du 98ème R.I., stationnés à Roanne. Il fait partie de la 63ème division de réserve.

Le 11 août 1914, il quitte Roanne pour le front d’Alsace. Il franchit le 14 août la frontière dans la région de Thann et Cernay.

Le régiment participe à la victoire de la Marne du 6 au 10 septembre 1914. Il se couvre de gloire le 7 septembre à la ferme de Nogeons en prenant le drapeau du 36ème régiment de Fusilliers allemand. Pour ce fait d’arme, le drapeau du régiment sera décoré de la légion d’honneur à Ambleny le 11 novembre 1914.

Dès le 12 septembre, le régiment passe l’Aisne à Fontenoy pour se retrancher sur le plateau de Confrécourt devant Vingré. Il y restera toute la fin de l’année 1914 et participera à des offensives meurtrières devant Nouvron. Les pertes sont considérables. Parmi celles-ci, deux personnalités : Jean Giraudoux (sergent au 298ème), blessé à l’aine le 16 septembre en défendant une entrée du village de Vingré et le capitaine Joseph Déchelette,célèbre archéologue, tué le 3 octobre en entraînant ses hommes sur le plateau de Berry.
Le soldat Jean Dumont note dans son journal en date du 20 octobre que son régiment, le 298ème, a perdu plus de mille deux cents hommes sur deux mille.

LE PROCÈS

Le sous-lieutenant Bodé, chargé de la défense des accusés, témoigne :

« 3 décembre. On m’apprit que le conseil de guerre se tiendrait vers 17 heures et que j’étais désigné pour la défense des 24 accusés. Il était 15 heures environ et lorsque les dossiers me furent remis, je les parcourus en hâte puis je me rendis auprès des accusés avec lesquels je n’eus que quelques minutes d’entretien. A 17 heures, le conseil entrait en séance. Les accusés répétèrent les déclarations qu’ils avaient déjà faites. Puis je suppliais le conseil de ne pas retenir l’accusation d’abandon de poste devant l’ennemi. »

Un lieutenant, Achalme, en qualité de commissaire du gouvernement requit contre les 24 accusés la peine de mort.
Le jugement est vite rendu. On dit aux accusés « placez-vous comme vous étiez dans la tranchée. » Puis on ordonna « les six premiers, sortez » et on leur apprit qu’ils étaient condamnés à mort.

L’EXÉCUTION

Abbé Dubourg, aumonier militaire du groupe B :
« J’étais à 7h avec un de mes confrères auprès des six malheureux qui allaient mourir. Ils étaient tous les six ensemble dans une petite cave qui leur servait de prison. C’est là que je vis votre mari. Il se confessa admirablement…
Puis nous avons quitté la petite cave et nous nous sommes acheminés vers le lieu de l’exécution… »

J.B. Grousson de St-Etienne, 238ème régiment d’infanterie :
« Avec Jules, je fais partie du peloton qui les encadre, baïonnette au canon, pour les mener au lieu d’exécution où le régiment est réuni. Les aumôniers leur parlent et les embrassent, on leur lie les mains qu’on attache ensuite à un poteau. On leur bande les yeux, l’adjudant Delmotte qui commande le peloton d’exécution abaisse son sabre ; 72 fusils partent à la fois et les 6 martyrs tombent sans un cri. Un sous-officier vient leur donner le coup de grâce… »

Jean Dumont du 238ème régiment d’infanterie :
« Ensuite toutes les compagnies ont défilé devant les cadavres renversés au pied des poteaux. Quel spectacle horrible ! Je n’ai pu m’empêcher de pleurer. Moi et les autres. Tous, officiers, sous-officiers et soldats étaient atterrés. »

C. Lafloque du 298ème régiment d’infanterie :
« A ce moment, le commandant du 5ème bataillon paradant, s’avance vers le lieutenant commandant la 19ème compagnie, baissant la tête et ayant des larmes, il lui dit : « P…, relevez la tête ». La compagnie rentra à son cantonnement dans une grotte de Vingré. Le silence régna toute la journée. Nous étions les grands muets forcés d’obéir à des officiers qui s’étaient solidarisés pour éviter leur responsabilité, en faisant retomber toutes les fautes sur les soldats »

Sergent Grenier du 298ème régiment d’infanterie :
« C’est honteux, honteux, et c’est pour nous donner une leçon, nous remonter le moral, nous donner du courage. Pour le moment on ne peut rien dire, mais quand je pourrai parler, je dirai ce que j’ai sur le cœur, et puisque nous n’avons pas pu sauver leur vie, nous sauverons leur honneur. »

LA RÉHABILITATION

Arrêt de la Cour de Cassation

(Journal officiel du 18 février 1921)

« Attendu que le sous lieutenant Paulaud… peut-être considéré comme ayant été un des principaux témoins de l’accusation » qu’au moment de la panique « le chef de section, sous-lieutenant Paulaud, sorti de son abri voisin, leur avait donné l’ordre de se replier sur la tranchée de résistance ; que cet officier était parti lui-même précipitamment et l’un des premiers dans cette direction ».

« Attendu que le lieutenant Paupier, qui commandait la compagnie et se trouvait dans la tranchée de résistance a déclaré qu’en effet le sous-lieutenant Paulaud était arrivé l’un des premiers au moment de la panique de cette tranchée…

« Attendu qu’il importe de constater que le sous-lieutenant Paulaud lui-même a exprimé sa conviction de l’innocence des condamnés, quelques instants après leur exécution, et qu’il a affirmé à nouveau cette conviction à diverses reprises dans ces dernières dépositions

« Pour ces motifs :
« CASSE et ANNULE le jugement du Conseil de Guerre spécial de la 53ème division d’infanterie, en date du 3 décembre 1914, qui a confirmé le caporal Floch, les soldats Gay, Pettelet, Quinault, Blanchard et Durantet à la peine de mort.

« Décharge leur mémoire de cette condamnation ; » 

 

 

 

 vingre-tombes

L’INAUGURATION

 

 Intervention de M. Floch, frère d’un fusillé :

« Mesdames, Messieurs, mes chers camarades,

[…] En présence de cette imposante manifestation, comment pourrais-je rester, moi frère du caporal Floch sans venir vous témoigner ma reconnaissance ?

Au nom de toutes les familles, je vous dis un profond merci. Vous comprendrez, j’en suis certain, l’émotion qui m’étreint, après tant de souffrances morales, que nous n’osons plus penser au passé sans que l’angoisse nous monte à la gorge.

Songez un instant à ce que fut pour nous cette guerre, atroce. D’autres à nos côtés connaissaient aussi des deuils douloureux, ils les pouvaient du moins porter avec fierté, tandis que nous […]

Pendant des années entières nous avons vécu dans cette atmosphère affreuse de la suspicion  illégitime et la honte injustifiée car nous savions nous, qu’ils étaient innocents ces martyrs de Vingré […] De tout notre cœur, de toute notre piété, nous remercions ceux qui ont vengé la mémoire des infortunés poilus du 298ème. […] C’est grâce à leurs efforts que nos familles peuvent à présent marcher la tête haute, c’est grâce aux anciens du 298ème que ce monument explatoire a pu être élevé. A tous, aux souscripteurs, nous disons merci […] L 3 février 1922 nous venions en ce coin de terre de Vingré reconnaître nos morts. Je me souviendrai toujours la part prise à notre peine par les habitants.

Et maintenant, toi mon frère, vous, mes camarades infortunés du 298ème qui en ce soir de décembre nous faisiez vos adieux, en hâte l’ame en peine. Vous qui, d’une main déjà glacée, écriviez encore votre protestation d’innocence à l’heure ou le peloton fatal se réunissait […]

Vous n’êtes plus à présent les fusillés de Vingré, vous en êtes les martyrs, vous en êtes les héros.

Comme vos camarades, vous êtes tombés au Champ d’honneur et c’est le même drapeau qui vous sert de linceul. »

Quatrain lu par Antoinette Floch (Madame Barthélemy) le 5 avril 1925, jour de l’inauguration du monument des fusillés à Vingré :

« Là-bas sur leur calvaire, il faut construire un Temple

où nous irons draper la pourpre de leur sang.

Ils sont morts sans comprendre, ils sont morts pour l’exemple,

Et l’exemple est divin quand on est innocent. »

 

 

 

  vingre-inauguration

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SOLDATS FUSILLES POUR L’EXEMPLE

D’autres noms pour l’exemple

Les crimes des Conseils de guerre : Les quatre caporaux de Suippes texte de 1925

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SOLDATS FUSILLES POUR L’EXEMPLE

D’autres noms pour l’exemple

 

Les crimes des Conseils de guerre

(Le texte semble daté de 1925)

Les quatre caporaux de Suippes

Les crimes des Conseils de guerre : Les quatre caporaux de Suippes texte de 1925  fussiles-de-suippes-conseil-de-crimes-de-guerre

source : http://www.ville-sartilly.com/uploads/media/quatrecaporauxsouain.pdf

En février 1915, le 336e régiment d’infanterie avait pris part aux violents combats de Perthes. En mars, on le retrouve néanmoins en première ligne au moulin de Souain.

7 mars 1915
Le 7, après une préparation d’artillerie insuffisante – suivant le témoignage du commandant Jadé, ancien officier du 336e et actuellement député du Finistère (en 1925) – on lance en avant la 24e compagnie, dont les effectifs sont très réduits.
Elle est aussitôt rejetée dans ses tranchées avec des pertes sérieuses.
Cet échec ne décourage pas à l’état-major.
Deux heures plus tard, après une brève canonnade, on fait sortir la 21e compagnie, commandée par le commandant Dubois.
Celle-ci est à son tour également repoussée.
Dans la nuit, le capitaine Jadé, de la 18e compagnie, reçoit l’ordre d’attaquer par surprise à 4h30 du matin les tranchées ennemies, qui, la veille, n’ont pu être prises.
Mais la compagnie de première ligne qui doit relever la 18e n’a pas été prévenue à temps. Un certain flottement se produit au moment de son arrivée, et le capitaine Jadé, qui avait donné l’ordre d’attaque pour 5 heures est obligé de le reporter à 5 h 30.
À 5 heures cependant, l’artillerie française commence à tirer contre les tranchées ennemies.
À 5 h 30, à l’instant où la 18e compagnie essaye de sortir de sa tranchée, les compagnies voisines, ignorant le coup de main qui allait être tenté, lancent des fusées.
Dès lors, l’opinion du capitaine Jadé est faite. Il recommande à ses hommes de ne pas bouger, va trouver à quelque distance en arrière le commandant de bataillon.
« Vous m’avez donné l’ordre d’attaquer par surprise, lui dit-il, j’estime que la surprise était en effet la condition de l’attaque. Attaquer maintenant n’est plus possible. Ce serait faire tuer peut-être 50 hommes de ma compagnie. J’ai pris sur moi de ne pas sortir.
Mais comme je ne veux pas que vous puissiez considérer cela comme une lâcheté, je suis prêt, si vous me l’ordonnez, à monter sur le tremplin. »
Le commandant se rend aux raisons du capitaine Jadé.
Il n’insiste pas.
9 mars 1915
Le surlendemain, 9 mars, l’ordre est donné à une autre compagnie, la 21e, de se préparer à sortir.

Quant à la 18e compagnie, elle devra suivre la première vague d’assaut, se placer entre la tranchée de départ et les tranchées allemandes éventuellement prises, puis, là, AU MILIEU DE LA PLAINE, AU GRAND JOUR, commencer des travaux, amorcer des boyaux vers l’avant et l’arrière.
La 21e compagnie quitte les tranchées de réserve à 4 h du soir pour gagner les tranchées de départ.
Pendant de longues heures, les hommes ont sous les yeux les cadavres de leurs camarades tombés dans les attaques précédentes, les uns deux jours plus tôt, les autres il y a six mois. Nul spectacle n’est plus démoralisant.
Lorsque vient l’heure d’une sortie que les combattants savent d’avance condamnée à l’insuccès, des protestations s’élèvent.
« Nous préférons être fusillés, disent-ils, mais enterrés que de rester là-bas à pourrir sur le bled. Au moins nous aurons sauvé du massacre les camarades de la 22e, qui doivent marcher derrière nous. »
Le capitaine pour les entraîner crie : en avant !
Il est suivi seulement de l’aspirant Germain et de quelques sous-officiers qui, d’ailleurs, ne tardent pas, sous la violence du feu ennemi, à revenir dans la tranchée.
À l’arrière, où l’on s’est rendu compte de ce qui se passe, mais où l’on ne veut pas se rendre compte de l’impossibilité où se trouvent les malheureux soldats de faire mieux, le général commandant la 60e division donne l’ordre à l’artillerie de tirer sur la tranchée, de tuer tous ceux qui ont obéi et ceux qui n’ont pas obéi.
Cet ordre sauvage, le colonel Bérubé, commandant l’artillerie divisionnaire, refuse de l’exécuter.
« Que le général de division le signe » répond-t-il à l’officier qui est venu le lui transmettre de vive voix.
Le général n’a pas le courage de prendre cette responsabilité, mais il fait prévenir que l’attaque devra être reprise par la 21e compagnie.
Après quoi, prenant le nom d’un caporal et de quatre soldats par section, on leur demande de se porter en avant – il fait encore jour – pour couper les fils de fer barbelés.
Les caporaux Maupas, Girard, Lefoulon et Lechat, se trouvent au nombre des victimes ainsi sacrifiées, car c’est à une mort inutile et certaine qu’on les envoie. Toute la compagnie, qui s’en rend compte, est en proie à une indicible émotion. Lechat avait été volontaire la veille pour une mission périlleuse.
Plusieurs de ses camarades, révoltés de l’injustice qui lui est faite, s’offrent pour le remplacer.
Vain héroïsme.
Les quatre caporaux et leurs hommes se révoltent-ils ? Point ; ils essayent d’obéir ; ils se portent en avant. Mais les fils de fer sont à 150 mètres. L’impossibilité d’y arriver est manifeste.
Ils se terrent dans des trous d’obus.
L’aspirant Germain court jusqu’à l’endroit où se trouvent blottis les quatre hommes et le caporal de sa section. Il les exhorte à un effort dernier. Mais ce ne sont plus, suivant son expression même, que de « véritables loques ». Ils ont atteint la limite de l’endurance humaine. Ils ne peuvent bouger.
À la nuit, caporaux et soldats regagnent la tranchée.
10 mars 1915
Dans l’après-midi du 10 mars, la 21e compagnie est relevée et dirigée sur Suippes, où, aussitôt, on incarcère les caporaux Maupas, Girard, Lefoulon, Lechat et une trentaine de soldats, en les informant qu’ils sont inculpés de refus d’obéissance devant l’ennemi.
Le régiment est consterné.
——
16 mars 1915
Le 16, la Cour martiale se réunit. Seul, le colonel président est un combattant. Ses assesseurs, bien qu’officiers de carrière, appartiennent à des services de l’arrière.
Quelques officiers ont été appelés à témoigner. Mais systématiquement, on a refusé d’entendre ceux qui ont demandé à déposer.
Le commandant du bataillon auquel appartient la 21e compagnie plaide chaleureusement la cause des accusés.
Il est à chaque instant interrompu. Il est injurié. Peu s’en faut qu’on ne le rende responsable.
Un témoin, avocat d’un barreau de province, qui, officier de complément au 336e, assistait à cette hideuse comédie judiciaire, a écrit avant de mourir glorieusement sur le champ de bataille :
« Ces hommes, pris presque au hasard, furent simplement traduits en Conseil de Guerre. Trente-deux furent acquittés sur la déclaration d’un adjudant, d’après laquelle il ne croyait pas qu’ils aient entendu l’ordre de : en avant ! Et quatre furent condamnés à mort (les caporaux).
L’adjudant a été pris en grippe par le général de division qui a interdit formellement une proposition faite précisément pour lui, paraît-il, pour le grade de sous lieutenant.
Les témoins furent pris parmi les chefs qui avaient passé les trois jours dans les caves. Mais on s’est bien gardé de faire appeler les quatre seuls officiers dont j’étais, qui avaient passé les trois jours auprès des hommes, et qui seuls auraient pu dire la vérité. L’affaire a été truquée d’un bout à l’autre.
Je le dis en toute conscience : LES QUATRE CAPORAUX SONT MORTS ASSASSINÉS
Ce témoignage n’est pas unique.
Le capitaine R., qui assistait à l’audience présidée – il faut retenir ce nom pour l’exécration des honnêtes gens – par le colonel MARTHENET, en fait le récit suivant :
« Je me rendis à la séance et j’entendis déposer le capitaine Equilbey qui commandait un bataillon aux 336e. Le capitaine Equilbey exposait au Conseil combien l’attaque se présentait mal et faisait valoir les difficultés d’exécution. Il faisait sa déposition en homme loyal et droit, et avec d’autant plus d’indépendance que le bataillon incriminé n’était pas le sien.
Je remarquai que, presque à chaque mot, il était interrompu par le président du Conseil de guerre et qu’il avait grand peine à faire sa déposition. Je ne voulus pas rester plus longtemps dans cette salle, où les témoins avaient tant de difficultés à déposer, et sortis. »
M.L. dit à son tour :
« C’est en conversant avec le capitaine Equilbey, de l’état-major du régiment, que j’appris la mise en accusation. Je ne pus, à mon grand regret, assister à l’audience du Conseil de guerre où s’était rendu le capitaine Equilbey pour défendre la cause du caporal Maupas, qu’il connaissait particulièrement et estimait beaucoup.
C’est en termes indignés et douloureusement sympathiques qu’il m’apprit la fatale nouvelle. Rien n’avait pu sauver Maupas et ses trois malheureux compagnons, ni la défense du capitaine Equilbey, ni la déclaration du colonel Bérubé, commandant l’artillerie divisionnaire, dont la conscience se révoltait à l’idée de s’associer à une infamie et qui s’écria : ce ne sont pas là les vrais coupables. Il faut chercher plus haut. »
(Par contre, il y eut un réquisitoire impitoyable, très favorablement écouté. Au sujet du lieutenant Morvan, l’accusateur initial, M.L. s’exprime ainsi : « le lieutenant Morvan, l’accusateur de Maupas, poursuivi par la vindicte de ses camarades, s’enferma dans sa chambre pour y cacher sa honte »)

M.M. dépose :
« il m’a été affirmé que le colonel Bérubé, commandant le 7e R.A.C., aurait dit au général Reveilhac, à l’issue du Conseil de guerre : C’EST UN ASSASSINAT. Cette parole fut la cause de son limogeage immédiat. Le témoignage de ce colonel, s’il vit encore, serait précieux. »
M.Q. dit enfin :
« J’assistai à une partie des débats : j’en sortis avec l’impression que tous les juges, presque tous ignorants de ce que pouvait être une tranchée de première ligne, OBÉISSAIENT À UN ORDRE EN CONDAMNANT QUATRE CAPORAUX À LA PEINE DE MORT. »
À la vérité, quelques instants après son impitoyable arrêt, le Conseil de guerre, pour couvrir sa responsabilité, signa un recours en grâce. Mais il ne fut pas suivi d’effet.
(À Suippes où eut lieu l’exécution, on dit que celle-ci fut pressée par le général Reveilhac qui craignait de voir arriver la grâce. « En effet, l’ordre de surseoir à l’exécution arriva quelques instants après que les quatre malheureux caporaux fussent tombés » — lettre de M.Ch.F. à la Ligue des Droits de l’homme.)
L’exécution était fixée au lendemain.
——
Le 10 mars, avant sa comparution devant la Cour martiale, le caporal Maupas avait adressé à sa femme la lettre suivante, dont nous voulons que l’on dise si elle mérite mépris ou respect :
« Me voilà réveillé encore une fois, ayant plutôt l’air d’un mort que d’un vivant. Mon coeur déborde, tu sais; je ne me sens pas la force de réagir. C’est inutile, c’est impossible.
J’ai pourtant reçu hier les deux boîtes que tu m’as envoyées, contenant sardines, beurre, réglisse, figues, pommes et mon beau petit sac, et les belles cartes, j’étais heureux ; mais je me suis tourné vers la muraille et de grosses gouttes, grosses comme mon amour pour les miens, ont roulé, abondantes et bien amères.
Dans ces moments où je songe à tout ce qui se passe d’horrible et d’injuste autour de moi, sans avoir une ombre d’espoir, eh bien, tu sais, je suis entièrement déprimé.
Je n’ai plus la force ni de vouloir, ni d’espérer quoi que ce soit.
Je ne vais pas continuer, ma pauvre Blanche, je ne vais pas continuer, je te ferais de la peine et je pleurerais encore.
Aujourd’hui je vais savoir le résultat de l’affaire.
Comme c’est triste. Comme c’est pénible. Mais je n’ai rien à me reprocher, je n’ai ni volé, ni tué ; je n’ai sali ni l’honneur, ni la réputation de personne. Je puis marcher la tête haute.
Ne t’en tracasse pas, ma petite Blanchette. Il y a bien assez de moi à penser à ces tristes choses. C’est pénible, attendu qu’à mon âge, ni dans la vie civile, ni dans la vie militaire, je n’ai dérogé à mon devoir.
Pour quiconque n’a pas d’amour propre, ce n’est rien, absolument rien, moins que rien.
Moi qui ai du caractère, qui m’abats, qui me fait du mauvais sang pour rien, eh bien, tu sais ma bonne petite, j’en ai gros sur le coeur.
Il me semblait pourtant que depuis mon enfance, j’avais eu assez de malheur pour espérer quelques bons jours. C’est ça la vie ? Eh bien ce n’est pas grand-chose ! Que de gens comme moi ont un foyer et ne sont plus ! Des petits-enfants appelleront souvent leur papa, une femme adorée qui se rappellera un mari dévoué ! C’est bien quand je songe à ces tristes choses !
Allons courage ! Courage, mon petit bonhomme ! Soutenons-nous ! Aimons-nous !
J’embrasse ton beau petit sac, ta bonne lettre, ta carte, tes cheveux. Tout cela est là dans un petit coin de mon sac. Je l’ouvre souvent ce vieux sac pour y voir mes objets chers qui sont une partie de toi et de mon petit Jean. Pauvre petite !
Allons, courage mon petit soldat !
Je me serre bien dur contre toi !
Ne me quitte pas et veille bien sur moi !
Embrasse bien fort ma Jeannette !

Que je t’aime mon Dieu ! Et que je pleure ! »

Cette lettre, d’une si émouvante simplicité, est-ce la lettre d’un lâche ?
——

Le capitaine Jean Jadé, auquel il a été fait allusion au cours de ce tragique récit, a précisé devant la Chambre des Députés les conditions dans lesquelles l’ordre d’attaque avait été donné et les condamnations prononcées :
« Le 7 mars, dit-il, on donne l’ordre à la 21e compagnie de prendre la première ligne et de se préparer à sortir.
Ici commence le drame ; la 21e compagnie prend les tranchées de départ à huit heures du matin. Les hommes sont exténués par les combats de Perthes, par les séjours en première ligne au moulin de Souin. Ils ont devant eux la plaine immense, un glacis remontant vers les lignes allemandes, semé de cadavres en tenue bleue, des camarades tués dans les attaques de septembre.
Dans cet état de fatigue et de tension nerveuse, ils attendent jusqu’à quatre heures du soir l’ordre d’attaquer.
À quatre heures du soir, l’ordre d’attaquer est donné. Les hommes à ce moment-là, – nous ne pouvons pas les empêcher de se rendre compte de ce qu’ils ont devant les yeux – jugent l’inutilité de l’attaque.
Les officiers de la compagnie franchissent le parapet criant : en avant ! Les hommes refusent de sortir. Ils disent : « nous préférons être fusillés, mais être enterrés, que de rester à pourrir là-bas, sur le bled. Ainsi, nous aurons au moins sauvé du massacre les camarades de la 22e, qui doivent attaquer après nous. »

On en rend compte à l’arrière.
À ce moment, le général qui commandait la 60e division donne l’ordre, vous entendez bien, de tirer dans la tranchée française, de tuer par conséquent les hommes qui étaient sortis, les gradés qui étaient sortis, en même temps que ceux qui avaient refusé.
Le colonel Bérubé, qui commandait l’artillerie divisionnaire, a refusé d’exécuter cet endroit (Applaudissements). Il a exigé un ordre écrit que le général de division n’a pas eu le courage de signer. »
M. Ferdinand Buisson : « le colonel Bérubé a déclaré plus tard que ce qui s’était passé là était un assassinat. »
M. Jean Jadé : « c’est l’unanimité des hommes, des sous-officiers et des officiers du régiment qui vous diront que CETTE AFFAIRE A ÉTÉ UN VÉRITABLE ASSASSINAT. Mon camarade, le sous-lieutenant Bordy, qui avait pris à ma place le commandement de la compagnie, car, dans la matinée, j’avais été blessé grièvement, a été blessé grièvement en effectuant une reconnaissance, puisqu’il a subi une amputation en allant porté aux premières lignes la menace de cet ordre de faire tirer l’artillerie française.
Par suite, le commandement prévient la 21e compagnie que les pertes n’étant pas suffisantes, il y aura lieu de recommencer l’attaque. À ce moment, on fait prendre à la compagnie le nom d’un caporal et de quatre hommes par section auxquels on donne l’ordre formel de se porter en avant, d’aller couper les fils de fer. »
M. Balanant : « en plein jour ? » (Exclamations)
M. Jean Jadé : « en plein jour ! »
M. Pierre Deyris : « c’est formidable ! »
M. Jean Jadé : « ces hommes étaient des braves ! Le Caporal Lechat, qui est parmi les fusillés, avait été, la veille, volontaire pour une mission périlleuse. Et quand il reçut cet ordre, ses camarades, les autres caporaux, sont intervenus auprès du commandant de compagnie en disant : « Lechat a effectué une mission périlleuse la nuit dernière, nous demandons de le remplacer. »
Vous le voyez, nous avons affaire non seulement à des braves, mais à des hommes de coeur.
Ces hommes reçoivent l’ordre de se porter en avant, d’aller couper les fils de fer en plein jour.
Nous devinons immédiatement les mobiles qui ont inspiré cet ordre. On n’osait pas faire comparaître toute une compagnie devant le Conseil de guerre, alors on a donné un ordre formel à quelques hommes, de façon à pouvoir justifier l’inculpation de refus d’obéissance.
Ces hommes auraient pu rester dans la tranchée ; ils ont essayé d’obéir. Ils se sont portés en avant, ils ont vu les fils de fer à 150 mètres, ils ont compris l’impossibilité d’aller les couper. Ils savaient que c’était la mort certaine. Il y a tout de même quelquefois un instinct de conservation qui empêche les hommes d’aller au-delà de la limite de leurs forces (Applaudissements).
Ils se sont terrés dans un trou d’obus.
On les fait comparaître devant un Conseil de guerre.
Au Conseil de guerre, constitué par des officiers de l’arrière, dans lequel le colonel président était seul combattant, un certain nombre d’officiers ont été appelés.
Quelques officiers du régiment ont demandé à être entendus.
Refus formel du président du Conseil de guerre d’entendre ces officiers.
Le commandant du bataillon, officiers de l’active, a été entendu. Il a apporté un témoignage loyal. Il a essayé d’innocenter les inculpés en exposant les conditions dans lesquelles avaient été commandées les attaques.
Sa déposition a été hachée d’injures et d’interruptions.
Le sous-lieutenant Germain, de la 21e, dont la conduite cependant dans cette affaire avait été magnifique, a vu aussi sa déposition hachée d’interruptions, et l’on a essayé de le mettre en contradiction avec ses propres déclarations.
Le Conseil de guerre a impitoyablement condamné à mort les caporaux Maupas, Lefoulon, Gérard et Lechat.
Puis il a signé un recours en grâce.
Malgré cela, l’exécution a été fixée au lendemain. Elle a eu lieu dans les vingt-quatre heures et je crois savoir, sans pouvoir l’affirmer, que l’ordre de surseoir à l’exécution est arrivé un jour ou deux après.
L’exécution a eu lieu dans des conditions abominables.
Le régiment tout entier y a assisté. L’officier qui commandait les officiers de la compagnie et tous les hommes pleuraient.
Le régiment était entouré de dragons dans la crainte d’une révolte. »
——
Ce serait mentir de dire que ces faits n’ont pas causé à la Chambre une émotion d’autant plus vive qu’ils lui étaient exposés par un ancien combattant dont il n’était possible de mettre en doute ni la sincérité, ni le courage.
Mais ce serait mentir aussi de ne pas dire que cette émotion s’est vite apaisée, de sorte que ce débat tragique s’est grotesquement terminé sur quelques propos du gluant M. Ignace, une lourde pirouette de Bonnevay, et une impudente déclaration de Barthou, à cette date Ministre de la Guerre : « je ne peux pas promettre de sanctions ».
Donc, contre les officiers incapables qui, de l’arrière, envoyaient les soldats à une mort inutile, le représentant de l’armée au gouvernement ne peut pas promettre de sanctions. Pourquoi ? Sont-ils trop ?
Dans tous les cas, il y a un fait précis qui exigerait un châtiment sévère si l’autorité supérieure avait en quelque mesure le sentiment de son devoir : c’est l’ordre donné par le général de division de tirer sur la tranchée.
Que cet ordre fut criminel en soi, ce n’est pas ce que je veux discuter ici. Je dis seulement : ou il était justifié où il ne l’était pas.

S’IL N’ÉTAIT PAS JUSTIFIÉ, LE GÉNÉRAL, EN LE DONNANT, A COMMIS UNE TENTATIVE D’ASSASSINAT.
S’IL ÉTAIT JUSTIFIÉ, LE GÉNÉRAL, EN REFUSANT DE PRENDRE LA RESPONSABILITÉ DE L’ÉCRIRE, A FORFAIT À SON DEVOIR.
Se réservait-il donc, si des comptes lui étaient demandés plus tard, de nier son ordre qu’il refusait de le signer ?
Le colonel Bérubé a très noblement désobéi. Par quelle lâcheté suprême ne l’a-t-on pas poursuivi ?
N’est-il pas manifeste qu’on ne l’a pas osé parce qu’il était plus difficile de faire fusiller un colonel que d’humbles soldats, et parce que les débats auraient montré la misère intellectuelle et morale du chef ?
La Chambre, cependant, n’a pas même demandé le nom du général qui, en mars 1915, commandait la 60e division.
Et la Chambre non plus n’a pas fait la remarque que dans l’odieux Conseil de guerre qui a envoyé quatre braves à la mort, tout s’est passé comme si le Conseil, cette fois aussi, avait CONDAMNÉ PAR ORDRE.
Mais, plus révoltante encore que l’assassinat, est la ruse par laquelle on s’est efforcé de le justifier : cette épouvantable et basse rouerie qui consiste à exiger l’inexécutable pour avoir prétexte à frapper.
« Nous devinons immédiatement », a dit, on s’en souvient, le capitaine Jadé.
Ils devinent quoi, ces combattants ?
Eh bien, que l’on donne à d’autres combattants une mission au-dessus des forces humaines, en escomptant qu’elle ne sera pas remplie et que l’on trouvera prétexte, dans leur impuissance, à les assassiner également.
OR, C’EST UN PROCÉDÉ D’AGENT PROVOCATEUR.
Le chef qui a eu cette pensée et l’a exécutée a atteint le dernier degré d’ignominie.
« Je ne peux pas promettre de sanctions » a déclaré cependant Barthou…

Et la Chambre, unanime, ne s’est pas levée pour les exiger !
Cette même Chambre, qui, l’avant-veille, malgré les supplications ardentes d’officiers mutilés, avait refusé d’amnistier l’abandon de poste dans un moment où tout le front était un poste, a permis à un ministre de découvrir des crimes irrémissibles.
Quel spectacle !

Au 336e d’infanterie, il y avait des braves gens et des misérables. Ce sont les braves gens que l’on a fusillés.
La Cour Suprême allait-elle au moins réhabiliter la mémoire des victimes ? On l’aurait pu croire à la lecture de l’arrêt de renvoi, rendu par la Chambre des Mises en Accusation de la Cour d’appel de Rennes le 1er octobre 1921.
Après avoir reconnu que la 21e compagnie du 336e n’était pas sortie de la tranchée et n’avait pas exécuté l’ordre d’attaque qui lui avait été donné, la Cour s’est posée cette question : « l’ordre donné à cette malheureuse unité était-il matériellement exécutable  » ? Dans la négative, le crime de refus d’obéissance apparaît comme impossible et ne saurait être retenu contre des hommes de la compagnie. C’est dans ce sens que, courageusement, la Chambre des Mises en Accusation n’a pas hésité à se prononcer.
Il est également certain, dit la Cour, que le 10 mars 1915 les hommes de la 21e compagnie, qui devaient se porter en avant, étaient très fatigués par quatre journées de tranchées, en première ligne ; ils étaient découragés par les attaques récentes dont ils avaient constaté et regretté l’insuccès ; ils avaient sous les yeux les cadavres de leurs camarades tombés dans les sorties récentes ou remontant à novembre et décembre ; ils voyaient intacts les fils de fer allemands. Ils savaient que l’ennemi était en éveil ; ils recevaient dans leur tranchée quelques obus français par suite d’un tir mal réglé ou de défectuosité de munitions. Bref, il est incontestable qu’ils devaient se trouver dans un état de dépression physique et morale très accentué et le fait est attesté par le plus qualifié pour en témoigner, par le lieutenant Morvan qui commandait leur compagnie.

Ce lieutenant a dit à l’instruction :
« A ce moment-là, aucun de mes hommes n’avait plus la force morale voulue pour une attaque ».

Puis il a maintenu qu’il avait déclaré devant le Conseil de guerre :
« Mes hommes étaient fatigués ; ils étaient comme des sacs ou des cadavres. Ils étaient démoralisés par les attaques précédentes qui avaient échoué ; mes hommes n’avaient plus de volonté ». Et il ajoute :
« mes hommes étaient tellement inertes et hébétés que, quand j’ai donné l’ordre en avant, j’en ai hissé quelques-uns sur le parapet, ils retombaient tous comme des masses dans la tranchée ».

Cette appréciation a été confirmée à l’instruction par le témoignage du sous-lieutenant Gracy :
« Les hommes n’avaient plus le ressort moral suffisant pour faire le sacrifice de leur vie, et du premier coup d’oeil, nous vîmes qu’aucune puissance au monde ne ferait sortir la 21e compagnie »

Appréciant le courage des quatre condamnés, la Cour reconnaît que :
« Les renseignements fournis sur les quatre condamnés sont excellents à tous égards, et ils avaient antérieurement donné des preuves de bravoure. Ils n’étaient animés d’aucun esprit calculé d’indiscipline. Ils ont failli dans un moment d’abattement qu’ils n’ont pu surmonter, et que les circonstances ambiantes expliquent trop. »

Et le magistrat de Roanne de conclure :
« La mémoire des quatre fusillés de Suippes émerge de la tombe sous un jour favorable. Un de leurs juges du Conseil de Guerre souhaite leur réhabilitation. Dans ces conditions précipitées, il importe, en invoquant le motif suivant, de ne pas arrêter le cours de la justice, ni la marche vers la vérité.

Considérant que la volonté, intelligente et libre, est un élément essentiel de toute infraction à la loi pénale, qu’il ne semble pas que, dans leur état de dépression physique et morale, les quatre caporaux Girard, Lefoulon, Lechat et Maupas, aient eu la volonté nécessaire, pour obéir le 10 mars 1915 à l’ordre reçu de leur commandant de compagnie de marcher contre l’ennemi ; qu’à cet égard, il existe tout au moins un doute dont ils auraient à bénéficier, qu’impressionnés vraisemblablement par le souci de faire des exemples dans une période critique de la guerre, et peu familiarisés avec le droit pénal, les juges du Conseil de guerre apparaissent avoir été dominés par le fait de non obéissance alors qu’ils devaient s’attacher en outre à l’élément intentionnel du crime ; que, dans ces conditions, la sentence rendue est sujette à faire l’objet d’un nouvel examen au point de vue de réformation :

Par ces motifs :
La Chambre des mises en accusation reconnaît qu’il y a lieu de décision nouvelle au sujet de l’affaire sus-visée.
Ordonne en conséquence, le renvoi du recours et de la procédure à la Chambre Criminelle de la Cour de Cassation pour qu’il soit statué définitivement sur le fond par cette juridiction de jugement. »
Qu’allait faire dans ces conditions la plus haute juridiction du pays ? Reprendre purement et simplement ces attendus présentant sous son véritable jour l’affaire des quatre caporaux de Suippes ? Du tout.

M. le conseiller Lecherbonnier, chargé du rapport, s’était cependant déclaré favorable à la révision.

Les conclusions de Monsieur l’avocat général Wattine paraissaient devoir entraîner la cassation des scandaleuses condamnations. Il disait, ce haut magistrat :
 » La disposition exceptionnelle de l’article 20 de la loi du 29 avril 1921, permet d’envisager le point de fait sous toutes ses faces. C’est ainsi qu’à la faveur de cette disposition, on est amené à rechercher quelle était la situation morale des condamnés au moment où ils ont refusé le service qui leur a été imputé. Avaient-ils alors une conscience suffisante de leurs actes pour qu’on doive les considérer comme pleinement responsables ?

Non, répond sans hésitation aucune l’avocat général Wattine, s’appuyant sur les dépositions des chefs des pauvres victimes, les représentant au lendemain de l’attaque, exténués, découragés, démoralisés. « 

« En présence de ces témoignages, écrit-il, on est autorisé semble-t-il, à demander à la Chambre Criminelle de décider que les quatre fusillés de Souin n’avaient plus conscience de leurs actes au moment où ils ont opposé une résistance passive aux ordres de leurs chefs et de réformer pour ce motif la décision qui les a condamnés.

C’est dans cet ordre d’idées que nous demandons à la Cour de tenir compte, autrement que ne l’on fait les juges du Conseil de guerre, de l’état de dépression allant jusqu’à l’inconscience dans laquelle se trouvaient les condamnés dans la fatale journée du 10 mars 1915. Il est, du reste, constaté que jusque-là ils avaient été de bons soldats. Lorsqu’ils ont failli, c’est dans un moment d’abattement qu’ils n’ont pu surmonter. Il n’est pas excessif de considérer qu’à ce moment ils étaient irresponsables. »

En conséquence, le Procureur général requiert qu’ il plaise à la cour de :

 » Réformer la décision du conseil de guerre de la 60e division d’infanterie en date du 16 mars 1915 « 

La Cour de Cassation n’en a pas tenu compte. Tant pis pour la justice ! Mais ce qui reste, c’est l’arrêt de Rennes : « La mémoire des quatre fusillés de Suippes émerge de la tombe sous un jour favorable ». Il faut s’en souvenir !

—–

Dix ans ont passé. Aucune des quatre victimes n’a été réhabilitée.
Cependant
- La veuve de Sicard a reçu le titre de médaille militaire conférée à son mari à titre posthume. La citation est la suivante, datée du 24 décembre 1922 :
 » Sicard Louis — Victor — François, caporal, brave, dévoué, tombé le 17 mars 1915 en accomplissant brillamment sans devoir devant Suippes « 
- La famille Lechat a reçu le diplôme attribué aux familles des soldats morts au champ d’honneur.
- M. Lefoulon a obtenu le transport gratuit des restes de son fils.
- Mme Maupas et les trois autres familles des fusillés ont bénéficié pendant plusieurs années des avantages qui, en fait, supposent l’innocence des fusillés et exigent, en droit, leur réhabilitation officielle.

Enfin, le Conseil Général de la Manche, dans sa séance du 5 septembre 1923, a émis le voeu que le nom de Maupas figurât sur le monument élevé à l’École Normale de Saint-Lô à la mémoire des instituteurs morts pour la France.
Pour différentes raisons, ce dernier hommage a été différé. Pourtant, tout permet de penser que la réparation prochaine n’en sera que plus éclatante.
La loi du 3 janvier 1925 autorise, en effet, la Cour de Cassation à reprendre, toutes Chambres réunies, les affaires précédemment rejetées par la Chambre criminelle.

Le Garde des Sceaux a transmis à la Cour le dossier des quatre fusillés, établi de nouveau par la Ligue des Droits de l’Homme.

Souhaitons que cette fois justice sera faite !

———————–

Les 4 hommes furent finalement réhabilités en mars 1934
Les crimes des Conseils de guerre
Les quatre caporaux de Suippes- Document
suippe11

source récit  : http://chtimiste.com/batailles1418/combats/suippes.htm

drapeau-france-107

version : source : http://www.ville-sartilly.com/uploads/media/quatrecaporauxsouain.pdf

LES 4 CAPORAUX DE SOUAIN

FUSILLÉS POUR L’EXEMPLE

Des tranchées au poteau d’exécution
La 21ème Compagnie du 336ème Régiment d’Infanterie de Saint-Lô avait prouvé sa bravoure lors des premiers combats de Champagne. Depuis septembre 1914, elle est dans les tranchées, à Souain, face aux Allemands et elle attaque, baïonnette au canon, pour déloger un ennemi situé sur les hauteurs et
fortement armé de mitrailleuses
Une attaque est prévue le 9 mars 1915. Ceux qui essaient de sortir sont immédiatement tués, les autres ne sortent pas. Autre attaque le 10 mars 1915 : mêmes conditions, mêmes résultats, la 21ème
Compagnie ne sort pas. Le lieutenant Morvan, commandant la Compagnie, porte plainte pour « refus d’obéissance ».
La Compagnie est relevée et dirigée vers Suippes où siège le Commandement qui considère que cette défection est « un refus d’obéissance en présence de l’ennemi », passible de l’article 218 du code de Justice Militaire. Le général Réveilhac, commandant de la 60ème division, donne l’ordre de « désigner six
hommes dans chaque section de la 21ème Cie parmi ceux qui ne sont pas sortis, en choisissant dans les
plus jeunes classes, et six caporaux ».
- Le 15 mars 1915, 6 caporaux et 18 soldats sont mis aux arrêts.
- Le 16 mars, le conseil de guerre est réuni.
- Les 18 soldats sont relaxés, 2 caporaux sont disculpés grâce au témoignage de leur sergent qui affirme n’avoir ni reçu, ni donné l’ordre de sortir.
- Les sergents des caporaux Maupas, Lefoulon, Girard et Lechat ne peuvent témoigner : l’un est blessé et l’autre a été tué. Les 4 caporaux sont condamnés à mort.
- Le 17 mars, à 13 heures, les 4 hommes tombent sous les balles françaises devant leurs camarades à Suippes.

Le 1er avril 1915, le lieutenant Chapey commandant de la 17ème Cie du même régiment écrit au sujet du conseil de guerre « Les témoins furent
pris parmi les chefs qui avaient passé les 3 jours dans les caves. Mais on prit bien garde de faire appeler les 4 seuls officiers, dont j’étais, qui
avaient passé les 3 jours auprès des hommes et qui, seuls, auraient pu dire la vérité. L’affaire a été truquée d’un bout à l’autre, je le dis en toute
conscience : les 4 caporaux sont morts assassinés ».
Les 4 caporaux Louis Girard, Lucien Lechat, Louis Lefoulon et Théophile Maupas seront réhabilités le 3 mars 1934 par une Cour spéciale de Justice Militaire.

Sartilly, lieu de mémoire

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Mme MAUPAS

Cette réhabilitation est le résultat d’un combat de 19 ans, mené par Blanche Maupas, veuve du caporal Maupas. Avec courage et obstination,
aidée par la soeur du caporal Lechat, Eulalie, et soutenue par de nombreuses associations dont la Ligue des droits de l’Homme, Blanche
Maupas surmontera tous les obstacles.
Le hasard fait que Blanche Maupas qui avait commencé, dès 1915, un dossier en vue de la révision du conseil de guerre du 16 mars, est
nommée directrice de l’école des filles de Sartilly en septembre 1922. Elle pense terminer sa carrière dans ce bourg. Elle le quittera le 1er février
1926 mais ces trois années suffiront pour que ce chef-lieu de canton bien tranquille devienne l’un des rares lieux qui maintiennent le souvenir des
exactions commises par les conseils de guerre du conflit 1914-1918.
Son passage à Sartilly est marqué par plusieurs événements d’importance :
- 9 août 1923 : réinhumation de son mari dans le cimetière de Sartilly.
- 16 décembre 1923 : accord du conseil municipal pour l’inscription de Théophile Maupas sur le monument aux morts de Sartilly.
- 16 octobre 1924 : réinhumation du caporal Lechat à Le Ferré (35).
- 20 septembre 1925 : inauguration du mémorial dédié aux 4 caporaux de Souain, sur la tombe du caporal Maupas.

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Blanche Maupas et sa fille Jeanne au
cimetière de Sartilly en 1923

Les réinhumations de Maupas et Lechat et l’inauguration du mémorial donnent lieu à d’imposantes manifestations (5 000
personnes en 1925) dont la presse se fait largement l’écho.
Ce soutien populaire ne suffira pas à rendre rapidement justice aux 4 caporaux. En 1926, une troisième requête de révision est rejetée. Il faudra attendre le 3 mars 1934 pour que la mémoire des
caporaux Girard, Lechat, Lefoulon et Maupas soit réhabilitée par la Cour spéciale de Justice Militaire.
En 1962, Blanche Maupas meurt à Avranches. Elle est enterrée à Sartilly près du Mémorial aux caporaux de Souain. Ce lieu de mémoire, hautement symbolique, est chaque année un lieu de
recueillement lors des cérémonies commémoratives du 8 mai et du 11 novembre.
Nous vous invitons à saluer la mémoire de Blanche et des 4 caporaux au cimetière de Sartilly en passant devant l’école Blanche Maupas et en empruntant la rue Théophile Maupas.
Sartilly n’a pas oublié ceux qui ont eu le courage de lutter pour la Justice et la Réhabilitation. En janvier 2006, son conseil municipal a demandé à l’unanimité l’inscription du Mémorial aux
fusillés de Souain à l’inventaire supplémentaire des Monuments

Historiques.
Pour en savoir plus
Jacqueline LAISNE
· Pour l’honneur de Théo et des caporaux de Souain fusillés le 17 mars 1915. Ed. Isoète 1996
· Fusillés pour l’exemple, les caporaux de Souain, le 17 mars 1915. Ed. Alan Sutton 2002

fussiles-de-suippes-commemo

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Chapelant Le texte semble daté de 1925 drapeau-france-105

Les crimes des Conseils de guerre
(Le texte semble daté de 1925)
Chapelant
source : http://chtimiste.com/batailles1418/combats/chapelant.htm
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La seule condamnation du lieutenant Chapelant, évoquée dès le moins de mai 1920 par le Progrès Civique, suffirait à déshonorer les cours martiales.
Le 7 octobre 1914, le 98e de ligne, commandé par le lieutenant-colonel Didier, se trouve engagé dans une action devant le bois des Loges.
Le lieutenant Chapelant, chef de la section de mitrailleuses du régiment, occupe une position au nord du village de Roye, près de la voie ferrée, avec la 3e compagnie, commandée par le capitaine Rigaud.
À 5 heures du matin, après un violent bombardement, la section Chapelant aperçoit à 100 mètres un détachement d’artillerie allemande. Les « moulins à café » sont mis en action. Les fantassins ennemis reculent ; mais ils reviennent bientôt avec des renforts considérables.
Une des deux mitrailleuses françaises est bloquée.
Par une poussée générale, l’ennemi déborde à droite et à gauche la tranchée où se trouve Chapelant.
« Dès ce moment, me raconte un de ceux qui vécurent ces heures tragiques, nous recevons des balles de tous les côtés. La mitrailleuse que je servais continue sa besogne. Mais bientôt deux projectiles la mettent hors d’usage. J’en rends compte au lieutenant qui me répond : défendez-vous avec vos mousquetons. Hélas ! Nous n’avions plus de munitions. Nous étions, en outre, très inférieurs en nombre. La situation devient de minute en minute plus critique.
On apprend que le capitaine Rigaud a été tué, que les hommes de la 3e compagnie ont été capturés. Chapelant sort de la tranchée pour voir ce qui se passe. Plusieurs camarades le suivent. Ils sont cernés par un fort détachement allemand et faits prisonniers.
Une balle blesse Chapelant au genou.
Les mitrailleurs Peillon, Mortan, Bost réussissent à s’évader. »
Ce court récit, il faut le dire tout de suite, est conforme dans ses grandes lignes à celui de tous les témoins de cette mêlée confuse.
L’un d’eux, M. Boiteux, caporal-armurier à la section de mitrailleuses commandée par le sous-lieutenant Chapelant, écrivait le 14 avril 1916, au père du malheureux officier :
« Je réponds à votre lettre en m’efforçant de vous dire ce que je sais sur votre fils, le sous-lieutenant Chapelant du 98e R.I., sur les faits du 7 octobre 1914.
J’étais mitrailleur armurier dans la section que commandait votre fils.
Depuis le 5 octobre, nous étions en position avec nos mitrailleuses, près de la voie ferrée de Beuvraignes, en avant du château des Loges. Le 7 octobre, dès la première heure, nous subîmes un bombardement très violent des Allemands ; et, vers 5 heures du matin le bombardement cessa subitement. À ce moment, nous nous rendîmes compte que l’infanterie boche était à environ 100 mètres en avant de nos positions. Nos mitrailleuses aussitôt mises en action arrêtèrent par leur feu l’avance des Boches.
Cet arrêt ne fut que momentané, car les Boches revinrent en plus grand nombre.
À ce moment, nous avions une mitrailleuse de bloquée, ne fonctionnant plus. Les Boches, faisant une poussée générale, débordèrent, en la dépassant aux deux extrémités, la tranchée où nous étions, nous coupant ainsi toute retraite, à environ 25 mètres en avant. Le sergent major qui commandait une section de la 3e compagnie se trouvait à environ 30 mètres de l’endroit où nous étions. Il envoya un pli au lieutenant lui disant que les Allemands étaient dans le village.
Le lieutenant lui fit répondre d’envoyer un homme auprès du colonel pour prendre des ordres. Le sergent major lui répondit qu’il en avait envoyé un, mais qu’il avait été tué en route, ce à quoi le lieutenant lui fit dire d’en envoyer un autre mais déséquipé.
C’est à ce moment que les Boches qui occupaient la position indiquée plus haut s’apprêtaient à nous cerner. Une seule de nos mitrailleuses continuait à tirer : c’était celle de votre fils.
Mais à la suite d’un éclat d’obus reçu, cette pièce fut bloquée à son tour, et nous ne pouvions plus tirer.
Les Boches nous firent signe qu’il fallait nous rendre. Le lieutenant sortit seul de la tranchée pour se rendre compte de la situation, et c’est alors qu’il fut blessé par une balle allemande, se trouva sur le talus du chemin de fer et il tomba.
Mes camarades mitrailleurs, Mortan, Bost, Peillon et Monnier qui voulaient sortir de la tranchée, furent aussitôt faits prisonniers, et les Boches renvoyèrent Mortan pour dire à ceux des nôtres qui restaient encore qu’il fallait se rendre. Mortan resta avec nous et personne ne se rendit. Bost, qui était prisonnier des Boches, réussit à leur échapper le même jour pour venir nous rejoindre vers une heure de l’après-midi, et Peillon leur a échappé pour nous rejoindre le même jour à la faveur de la nuit.
Voilà les faits.
——
Le soir même, le lieutenant-colonel Didier réunit les débris de la section de mitrailleuses, neuf hommes en tout, pour la réorganiser.
« Il est impossible de reconstituer le groupe, observe le caporal Pellardy. Le lieutenant est blessé, le sergent est tué.
- Formez une équipe d’une pièce, répond le lieutenant-colonel, qui ajoute dans une crise de rage : « quant au lieutenant, il s’est conduit en lâche. Il est chez les Allemands, qu’il y reste ! Cela vaudra mieux pour lui. »
Cet officier supérieur s’était mis en esprit que Chapelant avait capitulé devant l’ennemi.
Dans la soirée, à un de ses subordonnés qui lui demandait les nouvelles de l’action, dont la fin avait été heureuse pour nous, il répondait :
« Sans ce cochon de Chapelant, ce serait le plus beau jour de ma vie. On a tiré sur lui et ses hommes au moment où ils se sont rendus. Chapelant a été blessé par une balle française. Il n’a qu’à crever comme un chien. »
——
En fait, Chapelant, au moment même où ses chefs l’accusaient de lâcheté, n’avait qu’une préoccupation : échapper aux Allemands pour retrouver ses camarades.
Et il y réussit malgré sa blessure.
Le 8 octobre, le lieutenant-colonel Didier est informé qu’on a vu le lieutenant Chapelant, blessé, sur le terrain.
« Qu’on aille le chercher ! Ordonne-t-il, je le ferai fusiller pour exemple. « 
Dans la matinée du 9 seulement, c’est-à-dire après qu’on ait laissé le blessé une nuit entière là on l’avait aperçu la veille, les brancardiers Coutisson, Sabatier, Goulfes vont le ramasser. Ils le trouvent étendu à 50 mètres environ de la voie ferrée. Chapelant est épuisé. Péniblement il raconte qu’il a profité du brouillard pour s’évader.
Mais ses forces l’ont trahi.
Il n’a pu se traîner jusqu’à nos positions.
On le porte tout d’abord au poste de secours, à 600 mètres en arrière, puis en le conduit à l’ambulance du Plessis, à environ 4 km des Loges.
Pour ne pas perdre de temps, le lieutenant-colonel Didier donne l’ordre de l’amener, le jour même, au château des Loges où il doit subir un premier interrogatoire.
Le soldat Bierce retourne donc au Plessis, et Chapelant, à qui chaque mouvement arrache un cri de douleur, est transporté au château.
Dans la cour, le lieutenant-colonel attend.
Il aperçoit le tombereau dans lequel le blessé est étendu.
Il s’avance et questionne Bierce.
« Qu’amènes-tu là, toi ?
- le lieutenant Chapelant, mon colonel.
- comment dis-tu ? Le lieutenant ! Ce n’est pas un soldat ! C’est un lâche ! »
Le blessé est immédiatement conduit dans une pièce, où autour du colonel, plusieurs officiers sont réunis.
Que se passe-t-il alors ?
Nul n’a pu le dire.
Tandis que les infirmiers le reconduisaient au Plessis, Chapelant prononce cette seule phrase : « Pourquoi le colonel ne menace-t-il de me faire fusiller ? J’ai cependant fait tout mon devoir. »
Le lendemain, le lieutenant, toujours couché sur son tombereau, refait le trajet entre l’ambulance et le château.
Cette fois Bierce entend le colonel l’injurier, le traiter de lâche, lui dire :
« Tiens, voilà mon revolver. Brûle toi la cervelle pour ne pas prouver ta lâcheté une seconde fois !
- je n’ai pas à me brûler la cervelle, puisque je suis innocent. »

——
Comment a été conduite l’instruction contre le lieutenant Chapelant ?
Une pièce se trouve dans le dossier – qui est actuellement aux archives du ministère de la guerre – va nous le dire.
C’est un morceau de papier jaune, sale, chiffonné, écrit au crayon.
On y lit :
Le 7 octobre, vers douze heures, le sergent C… était dans la même tranchée que moi. À un moment donné, il a fait passer un papier disant que les Allemands avaient occupé le village. Je lui ai fait une demande (sic) : en êtes-vous bien sur ?
- R. c’est ce qu’on me dit de la droite de la tranchée ;
Je lui dis : c’est un compte rendu au colonel relatant la mort du capitaine Rigaud, le nombre de vos tués et blessés, et l’état moral de vos hommes. Le gradé et les hommes qui le porteront s’assureront si le village est occupé. Je ne sais pas si le gradé y est allé. Le sergent major transmet à nouveau que le village est occupé par les Allemands et que le colonel allemand demandait à voir le commandant de la tranchée.
Alors je lui ai dit : faites ce que vous devez faire. Puis toute la compagnie partit vers les lignes allemandes. Mes hommes (mitrailleurs) m’ont dit : « la compagnie se rend. »
Alors j’ai dit : suivons ! !
Nous avions jeté nos armes.
Le capitaine allemand qui causait français nous a fait coucher, puis a dit : si vos camarades ne se rendent pas, je les fait (sic) attaquer par deux bataillons. Un sergent de la 3e compagnie est allé voir s’il restait encore du monde dans la tranchée évacuée ; je ne sais pas ce qu’il est advenu.
À gauche de la voie ferrée et à 50 mètres, se trouvait une tranchée française occupée par une dizaine d’hommes ; il fit sortir deux d’entre nous pour leur faire signe de se rendre. Comme ils ne bougeaient pas, il appela le lieutenant ; je me présentai. Il me dit d’aller vers les deux hommes et d’agiter le mouchoir, ce que je fis ! !
À ce moment, je fus blessé et je me mis à l’abri derrière la voie ferrée de la tranchée allemande. Les autres étaient derrière la ligne allemande ; je ne sais pas ce qu’ils sont devenus.
Hier matin deux hommes valides qui étaient restés sont passés dans les lignes françaises ; ils ne m’ont pas emporté.
Les Allemands ont réoccupé leur tranchée dans la journée. Le soir ils attaquèrent et furent repoussés, et ce matin j’ai rejoint (avec un homme) (ceci en surcharge) la 3e compagnie en me traînant vers les lignes françaises.
Lu et approuvé conforme à mes déclarations textuellement enregistrées.
J. CHAPELANT E. GRAPIN
Dans l’angle gauche, en haut et en travers, cette date :
« 9 octobre 17 heures. »
Ce document n’est pas de l’écriture de Chapelant.
Mais quel était ce Grapin ?
Aucun des témoins auxquels je m’adressai en 1921 ne pût me donner la moindre indication.
Fort heureusement, à la suite de la campagne du Progrès Civique et de l’intervention de la Ligue des Droits de l’Homme, le Garde des Sceaux, au commencement de 1922, chargea la Cour d’Appel de Riom de procéder, aux fins de réhabilitation, à une enquête sur les circonstances de la condamnation du jeune officier.
On pût ainsi établir l’identité du signataire de cette fameuse pièce sur laquelle se sont appuyés les juges militaires.
M. Grapin, capitaine à l’époque où se sont déroulés les faits, est maintenant chef de bataillon au 98e R.I. à Roanne. Entendu par voie de commission rogatoire, il a exposé dans quelles conditions avait été établi son rapport.
Je ne faisais point partie du 98e d’infanterie, au mois d’octobre 1914, lors de l’affaire Chapelant, a-t-il déclaré. J’étais alors capitaine à l’état-major de la 50e brigade d’infanterie comprenant les 16e et 98e régiments.
Le 7 ou le 8 octobre, le colonel Pentel commandant la brigade avait appris très sommairement par le lieutenant-colonel Didier, que le sous-lieutenant Chapelant était passé avec une trentaine d’hommes.
Le matin du 9 octobre, le colonel Pentel, ayant appris que le sous-lieutenant Chapelant, blessé, avait été amené au poste de commandement de la brigade, prescrivit d’aller l’interroger, non pas comme officier de police judiciaire mais comme officier d’état-major, pour en obtenir des renseignements pouvant intéresser les opérations.
‘“Je me suis rendu en conséquence auprès du sous-lieutenant Chapelant que j’ai trouvé sur la paille, une jambe brisée. Je lui dis en l’abordant que le commandant de la brigade m’avait chargé de lui demander comment il avait quitté nos lignes et ce qu’il avait fait depuis ce moment jusqu’à son retour dans nos positions.
Sur sa réponse qu’il était prêt à tout me raconter, je me suis mis en mesure d’écrire au crayon sur une simple feuille de papier, la teneur de ses déclarations.
Je dois vous dire que dès le commencement de son récit, Chapelant m’a paru très déprimé, physiquement et surtout moralement, et qu’il n’a pas semblé se rendre compte de la portée et de la gravité de son récit.”
Il nous faut mentionner que la pièce fut rédigée par le capitaine Grapin, vers 9 ou 10 heures, derrière un pan de mur démoli et « sous le bombardement ». Ceci explique certaines particularités notamment dans le style sans précisions. Sous le bombardement, on n’a pas, il faut bien l’admettre, le loisir de construire ses phrases, de les ciseler et d’en peser le sens d’une manière satisfaisante.
Un fait est donc acquis.
Lorsque le capitaine Grapin a entendu Chapelant, celui-ci était très déprimé physiquement et surtout moralement. Comme le fait remarquer l’un des conseils juridiques de la Ligue dans les cahiers du 10 août 1922, il faut admettre qu’il n’a pas eu conscience de ce qu’il a dit ; le capitaine a pu lui poser des questions auxquelles il a répondu sans comprendre et aussi l’officier a pu consigner ce fait, contredit par de nombreux témoins, que Chapelant aurait, des lignes allemandes, “agiter un mouchoir pour appeler les soldats français restés à leur poste.”
Bref, après les témoignages apportés devant la cour de Riom par le commandant Grapin, il est impossible de reconnaître la moindre valeur à la pièce relatant que l’autorité militaire a appelé ceci les aveux du sous-lieutenant Chapelant.
——
Revenons à la Cour martiale. Celle-ci se réunit le 10 dans une chambre du château des Loges. Le commandant Gaube préside, avec comme assesseurs le capitaine Raoux, le lieutenant Bourseau. Un tout jeune homme, le sous-lieutenant Lemoël, remplit les fonctions de commissaire du gouvernement.
Pour la troisième fois le tombereau transporte Chapelant aux Loges.
Aucun soldat n’assiste à l’audience.
Voici l’acte d’accusation :

1° – le sous-lieutenant Chapelant (sic) connaissait la mort du capitaine Rigault, lorsque circula le premier papier du sergent major G… et, étant le seul officier, n’a pas pris le commandement de la ligne de feu.
2° – le sous-lieutenant Chapelant n’a rien fait pour contre-balancer les assertions du sergent-major, ni pour empêcher de laisser circuler des papiers dont la lecture était déprimante pour une troupe dans le moral était déjà affaibli.
3° – le sous-lieutenant Chapelant s’est rendu à l’ennemi sans aucune pression de la part de cet ennemi, seulement parce qu’il avait vu une vingtaine d’hommes de la 3e compagnie qui agitaient des drapeaux blancs au milieu des lignes adverses.
4° – le sous-lieutenant Chapelant, sans aucune menace de la part de l’ennemi, n’a pas hésité à exhorter les soldats français restés fidèles au poste à se rendre.
L’accusé Chapelant ; le rapporteur près du conseil de guerre ; Lemoël; le greffier ; Rochard.
Aux Loges, le 10 octobre 1914.
Voyons maintenant le texte du jugement rendu.
XIIIe CORPS D’ARMÉE
25e division, 10e brigade
98e régiment d’infanterie
Acte de jugement du conseil spécial de guerre du 10 octobre 1914
Le nommé Chapelant Jean – Julien – Marie, né le 4 juin 1891 à AMPUIS (Rhône), sous-lieutenant au 98e R.I., domicilié à Roanne,
Convaincu d’avoir capitulé en rase campagne en faisant poser les armes à sa troupe et en l’entraînant dans sa capitulation, sans avoir au préalable fait ce que lui prescrivaient le devoir et l’honneur.
Est condamné à l’unanimité des voix à la peine de mort avec dégradation militaire, par application de l’article 210 du Code de justice militaire.
Le chef de bataillon Gaube, président du Conseil de guerre.
Signé : Gaube
Le capitaine Raoux, juge le lieutenant Bourseau, juge
signé : Raoux signé : Bourseau
Aux Loges, le 10 octobre 1914

G. Didier
L’arrêt ne porte la signature ni du rapporteur, ni du greffier.

Mais il est une troisième pièce bien étrange, c’est le procès-verbal de la séance du Conseil de guerre spécial :
IIIe ARMÉE, 13e CORPS D’ARMÉE.
25e division, 59e brigade
98e régiment d’infanterie
En exécution des prescriptions d’une note du général de division, du 10 octobre.
Les Loges, le 10 octobre 1914.

Procès-verbal de la séance du Conseil de guerre spécial du 98e, du 10 octobre 1914, concernant le sous-lieutenant Chapelant.

ACTE D’ACCUSATION

Contre :
Chapelant Jean – Julien – Marie, né le 4 juin 1891, à Ampuis (Rhône), sous-lieutenant à Roanne.
Interrogatoire de l’accusé.
Or, sous ce titre : interrogatoire de l’accusé, que trouve-t-on ?
Le procès d’aveux du sous-lieutenant Chapelant ?
Non point.
On trouve uniquement l’acte d’accusation publié plus haut.
Puis :
D’après l’interrogatoire précédent, il résulte que les faits reprochés au sous-lieutenant Chapelant entraînent les conclusions suivantes :
1° – le sous-lieutenant Chapelant, étant le seul chef responsable de la ligne de feu d’après le troisième paragraphe de l’interrogatoire précédent, tombe sous le coup de l’article 210 du Code de justice militaire :
« Tout général, tout commandant d’une troupe armée qui capitule en rase campagne est puni :
1 – de la peine de mort avec dégradation militaire si la capitulation a eu pour résultat de faire poser les armes à sa troupe ou si, avant de traiter verbalement, il n’a pas fait tout ce que lui prescrivaient le devoir et l’honneur.
2 – de la destitution dans les autres cas.
2° – d’autre part, comme suite au paragraphe 3 de l’interrogatoire, il résulte que le sous-lieutenant Chapelant s’est rendu coupable de provoquer ou favoriser la désertion et qu’aux termes de l’article 242 du Code de justice militaire, il doit être puni de la peine encourue par le déserteur lui-même (article 238 : est puni de mort avec dégradation militaire, tout militaire coupable de désertion à l’ennemi.)
Copies certifiées conformes
Signée : Didier

…d’après l’interrogatoire !
ET IL N’Y A PAS D’INTERROGATOIRE !!!

Et on est réduit à mettre dans la bouche du sous-lieutenant Chapelant les allégations de l’accusateur !
Remarquons, d’autre part, que dans le procès-verbal, on précise deux chefs d’accusation :
1 – la capitulation en rase campagne, prévue et punie par l’article 210 du Code de justice militaire.
2 – la provocation à la désertion, prévue et punie par les articles 238 et 242.
Mais alors se pose une question : a-t-on communiqué aux juges le chiffon de papier des prétendus aveux ?
Si oui, il faut admettre qu’ils l’ont considéré comme sans valeur, puisqu’ils n’ont pas retenu une partie des faits avoués.
Si non, il faut admettre que les juges ont estimé ce document trop suspect pour en tenir compte.
Ou bien, malgré la date qu’il porte, n’avait-il pas été fabriqué encore ?
Enfin il reste à signaler le rapport du commissaire du gouvernement :

13e CORPS D’ARMÉE
98e d’infanterie
Les Loges, 17 octobre 1914
Rapport du Commissaire du gouvernement, rapporteur au Conseil de guerre, concernant l’affaire Chapelant.

Le 7 octobre 1914, le sous-lieutenant Chapelant s’est rendu à l’ennemi entraînant sa troupe dans sa reddition dans les circonstances indiquées au rapport joint à l’acte d’accusation. À la suite de quoi, le lieutenant-colonel commandant le 98e ordonna la mise en jugement du sous-lieutenant Chapelant devant un Conseil de guerre spécial.
L’accusation reproche au sous-lieutenant Chapelant de s’être rendu à l’ennemi sans aucune pression de la part de celui-ci, seulement parce qu’il avait vu une vingtaine d’hommes de la 3e compagnie agiter des drapeaux blancs et d’avoir entraîné sa troupe dans les lignes adverses.
Chapelant reconnaît les faits et appose sa signature sur la pièce rapportant l’interrogatoire. Il allègue pour sa défense l’état de dépression extrême dans laquelle il se trouvait, ainsi que son isolement du régiment. L’accusation lui reproche de n’avoir pas essayé de se mettre en liaison et de n’avoir pas su résister aux bruits que faisait courir le sergent-major G… Comme conclusion d’enquête, le rapporteur conclut à la responsabilité du sous-lieutenant Chapelant, seul officier restant sur la ligne de feu et déclare qu’il tombe sous le coup de l’article 210 du Code de justice militaire.
Le rapporteur Lemoël.
Vu et transmis : les Loges, le 18 octobre 1914.
Le lieutenant-colonel Didier, commandant le 98e
signé : Didier

Cette pièce est datée du 17 octobre 1914. Elle a donc été rédigée sept jours après le jugement, six jours après l’exécution.
« Nous déclarons ne pas comprendre, écrivent les Conseils juridiques de la Ligue des Droits de l’Homme. D’après le code de justice militaire, le rapport doit être fait avant la mise en jugement. »
COMMENT EXPLIQUER QUE, DANS CETTE AFFAIRE, LE RAPPORT AIT ÉTÉ FAIT UNE SEMAINE APRÈS ?
Voici une explication plausible : lorsque le dossier de l’affaire parvint soit à la Division, soit à un échelon supérieur, on s’aperçut que le rapport du Commissaire-rapporteur manquait. On demanda au lieutenant-colonel Didier de le… joindre. Ordre fut donné au sous-lieutenant Lemoël d’en rédiger un. Cet officier rédigea alors le rapport, mais il ne l’antidata pas.
Relevons que c’est dans cette pièce, postérieure de 7 jours au jugement, qu’il est parlé pour la première fois des aveux écrits. Nous y lisons cette phrase : « Chapelant reconnaît les faits et appose sa signature sur la pièce rapportant l’interrogatoire. »
Insistons sur ce point :
Ni dans l’acte d’accusation, ni dans le jugement, ni dans le procès-verbal de la séance du Conseil de guerre, on ne fait la moindre allusion aux aveux signés de Chapelant.
On n’en parle pour la première fois que dans une pièce postérieure de sept jours à la condamnation.
QUE DE COMMENTAIRES, QUE D’APPRÉCIATIONS, QUE DE SOUPÇONS NE PEUT-ON FONDER SUR CETTE BIZARRE CONSTATATION.
Lorsqu’ils écrivaient ces lignes, nos amis de la Ligue ne connaissaient point certaine pièce découverte au cours de l’enquête par le conseiller de la Cour de Lyon, pièce qui apporte la preuve irréfutable que Chapelant a été condamné par ordre :
13e Corps d’Armée
La poste, 9 octobre, 13 h 15.
Le général Demange, commandant la 25e division, au colonel Pentel, commandant la 50e brigade.
Le sous-lieutenant Chapelant doit être immédiatement livré au Conseil de guerre spécial du 98e d’infanterie, lequel saura, je n’en doute pas, faire son devoir.
Signé : Demange

Lequel saura sans doute faire son devoir. Qui osera contester la signification de cette formule ? Le lieutenant-colonel Didier, lui, alla plus loin et apporta à ses subordonnés des précisions, d’après le témoignage de M. Richard, qui fut greffier du Conseil de guerre spécial. Interrogé lui aussi par un magistrat de Riom, M. Richard a déclaré :
Le colonel Didier, commandant le régiment à cette époque, a insisté avant l’audience auprès des membres du Conseil de guerre spécial, sur la nécessité et l’opportunité de faire un exemple, et je me rappelle avoir entendu le colonel Didier dire alors au commandant Gaube qui devait présider le conseil :
« Vous entendez Gaube, il faut me le fusiller »
Le commandant Gaube n’a rien répondu. Sans pouvoir appuyer mon opinion sur un fait précis quelconque, j’ai cependant l’impression, que je conserve encore, que l’opinion du colonel Didier a dû beaucoup influencé sur l’esprit des juges, tous officiers du 98e régiment d’infanterie dont le colonel Didier était le chef, qui était redouté en raison de son intransigeance et de sa sévérité.
« Vous entendez Gaube, il faut me le fusiller » peut-on imaginer un ordre plus net, plus abominable !
——
L’arrêt de mort rendu, le lieutenant-colonel Didier, poussé on peut le croire – et son attitude cynique avant la réunion de la Cour martiale et au moment de l’exécution le montrera bien – par le désir de couvrir sa responsabilité plus que par remords, manifeste un scrupule.
Pendant l’audience, il a vu, sans s’émouvoir, Chapelant brisé par d’intolérables souffrances.
Mais il feint d’avoir pitié.
C’est un pauvre être infirme et déjà martyrisé qu’il va falloir passer par les armes. Quel que soit son désir de faire un exemple, Didier hésite.
Il ordonne d’abord que le condamné soit reconduit à l’ambulance, puis téléphone à la Division pour demander au général Demange qu’il soit sursis à l’exécution jusqu’à la guérison de l’officier mitrailleur.
Le général refuse.
Il adresse au colonel l’ordre suivant :
13e Corps d’Armée
25e Division
Q.G., 10 octobre 1914
le général commandant la 25e division d’infanterie au colonel commandant le 98e d’infanterie, sous le couvert du colonel commandant la 50e brigade.
Vous avez demandé des instructions concernant l’exécution de la sentence prononcée aujourd’hui par le Conseil de guerre spécial du 98e régiment d’infanterie contre le sous-lieutenant Chapelant de ce régiment.
Le colonel commandant la 50e brigade, le général commandant la 25e division et le général commandant le 13e Corps d’armer estiment que la justice doit suivre son cours.
Vous devez donc vous conformer aux prescriptions de la dépêche ministérielle nº 287 2/10 du 1er septembre 1914.
Demange

À ce texte officiel une lettre était jointe :

Mon Cher Didier,
Je comprends et partage vos scrupules, croyez-le bien. Mais la loi nous domine tous deux. Vous trouverez demain, avec l’aide de votre médecin, le moyen de mettre debout ce malheureux avant de le faire tomber.
Signé : Demange

P.S. le colonel Pentel estime à juste titre à mon avis, que doit être passé outre à la considération que vous faites valoir et qui importe peu, puisqu’il s’agit d’enlever la vie à cet homme, et ce serait une aggravation de peine non prévue par le Code que de surseoir à l’exécution jusqu’à guérison de la blessure du condamné.

L’aumônier Lestrade intervient à son tour auprès du général, mais en vain.
L’exécution aura lieu le 11 octobre à 9 h 45 du matin.

Aussitôt la nouvelle connue, une vive agitation se manifeste parmi les hommes. Une trentaine de soldats quittent même la tranchée pour venir protester contre cet assassinat, et c’est alors que le lieutenant-colonel Didier, prévenu, se décide à se rendre à l’endroit du supplice.
Mais, auparavant, il va faire une suprême visite à Chapelant couché sur son brancard au poste de secours.
Pour le réconforter ?
Non.
Pour lui offrir une seconde fois son revolver.
Le blessé repousse l’arme.
« Je ne me tuerai pas, dit-il. C’est contraire à mes principes. Et il ajoute : Je ne suis pas un lâche, j’ai fait tout mon devoir. »
Les infirmiers reçoivent alors l’ordre de l’enlever et de le transporter en face du château, de l’autre côté de la route.
Chapelant, absolument incapable de faire un mouvement, est ficelé sur le brancard qu’on dresse ensuite contre un pommier.
À ceux qui font cette affreuse corvée, une dernière fois, il répète :
« Je meurs innocent. On le saura plus tard. Surtout ne dites rien à mes parents. »

À ce moment le peloton d’exécution, dissimulé dans un bosquet, apparaît.
Quelques secondes…
Un commandement…
Tout est fini.
Le brancard sur lequel gît maintenant un cadavre est transporté dans une grange.
L’aumônier récite les prières des morts et accompagne le corps jusqu’à la fosse commune où il est inhumé.
Voilà le drame.

Un des rares témoins, le docteur Paul Guichard, de Saint-Étienne, a adressé au père de la victime à Ampuis une lettre émouvante où on lit :
« Ce sera pour moi, comme pour tout ceux qui étaient présents, le souvenir le plus douloureux de cette guerre que la vision de ce colonel, excité par la boisson, la pipe à la bouche et le revolver au poing, se promenant à grands pas autour de la victime couchée sur un brancard, gesticulant, vociférant des injures contre elle.
Chapelant a fait preuve d’un très grand courage. On trouvera d’ailleurs cette attestation dans le petit rapport que j’ai fourni à mon médecin divisionnaire, après l’exécution. Je veux que mon attestation serve à préciser que, devant la mort, il n’a pas été un lâche.
Puisse justice lui être rendue ! Mais il faut que celle-ci accable son colonel bourreau dont la conduite dans cette affaire a soulevé l’indignation et l’écoeurement de tous ses officiers, de tous ses soldats. »

Un autre témoin, le brancardier Sabatier, écrit à la date du 24 avril 1916 :
« Le 11 octobre au matin, le jour de l’exécution, j’ai aidé à le sortir du poste de secours. Nous l’avons déposé dans la cour du château. Alors le colonel fit retirer les brancardiers et resta seul avec l’aumônier auprès de votre fils. Ils eurent une altercation. Ensuite le colonel nous fit venir et nous portâmes votre fils à l’endroit de l’exécution.
En route votre fils m’a dit :
« Le colonel m’a offert son revolver pour que je me tue ; je lui ai répondu que je n’avais pas à me tuer, que j’avais fait mon devoir. »
Il m’a dit aussi qu’il avait demandé à être guéri avant d’être traduit en Conseil de guerre, qu’on lui avait refusé.
Arrivé sur le lieu de l’exécution, votre fils me toucha la main, me dit adieu et ajouta :
« Je meurs innocent, on le saura plus tard. Ne dis jamais rien à mes parents. »
C’est moi qui l’ai attaché sur le brancard et l’adjudant qui commandait le peloton lui a bandé les yeux. Était présent l’aumônier Lestrade qui lui a fait baiser le Christ et qui l’a encouragé.
Lorsque votre fils a été attaché et qu’il a eu les yeux bandés, le peloton d’exécution qui était dans un bosquet s’avança et tira.
Votre fils était mort. Je dois vous dire que le colonel était présent à l’exécution.
Nous le transportâmes dans une grange où l’on a procédé à l’autopsie en face des majors. L’aumônier Lestrade récita les prières des morts et accompagna votre fils jusqu’à la fosse commune, où nous l’avons inhumé. L’aumônier pleurait à chaudes larmes et était très peiné. J’ai même entendu dire qu’il avait dit : « on vient de fusiller un innocent « . »

Un autre témoin encore, M. Péroudon, avoué à Saint-Étienne, écrit à la date du 15 mars 1920 :
« De l’exécution même, je n’ai connu les détails que par ouï-dire. Cependant, le jour même, je rencontrai au cours d’une liaison l’aumônier Lestrade, au bois du Plessier, et comme je l’avais vu la nuit précédente, implorer le général, je lui demandai si l’exécution avait eu lieu. Il me répondit que oui, que le lieutenant Chapelant était mort courageusement, mais que le colonel Didier s’était mal comporté.
« J’ai assisté, me dit-il et ce sont là ses propres paroles, à des spectacles bien pénibles depuis le début de la guerre. Je n’ai jamais assisté à un spectacle si écoeurant. »
Comme j’insistais pour avoir des détails, il détourna la conversation et je compris nettement qu’il lui était pénible d’avoir à porter un jugement sévère sur le colonel Didier.
Deux ou trois jours plus tard, je rencontrai le docteur Guichard, mon voisin et ami, qui avait assuré le service médical de l’exécution.
Il me confirma que le lieutenant Chapelant était mort courageusement ; mais que le colonel Didier l’avait injurié avant de mourir et avait assisté à l’exécution la pipe à la bouche. »

L’innocence de Chapelant, elle, est encore établie par un autre témoignage dont l’importance n’échappe à personne. Celui du lieutenant de Troismonts.
Cet officier fut chargé en 1915 d’enquêter sur l’affaire Chapelant. Il fit un rapport dont on ne retrouve, chose étrange, aucune trace dans les archives de la 25e division d’infanterie, ni dans les archives du XIIIe corps dont dépendait cette division.
Entendu lui aussi par commission rogatoire de la Cour de Riom, le lieutenant Troismonts a fait mieux qu’apporter un témoignage verbal, il a transmis au magistrat qui le faisait interroger, une pièce dont personne ne songera à constater l’authenticité.

Le 11 mars 1922, l’ancien officier écrivait, s’adressant au magistrat riomois :
« Monsieur le Conseiller,
Vous m’avez fait l’honneur de faire recueillir, par commission rogatoire, mon témoignage dans une affaire en révision (affaire du lieutenant Chapelant).
J’ai pu retrouver, depuis, le brouillon de la note que je fis à l’époque. Elle est ce qu’elle est.
Je me fais un cas de conscience de vous l’adresser à toutes fins utiles.
Veuillez agréer, Monsieur le Conseiller, l’assurance de ma haute considération. »
Troismonts.

NOTE
Il ressort de l’ensemble de la procédure que la version Chapelant paraît sincère ; le récit C…semble des plus suspect.
Il ne ressort pas que l’ordre de se rendre ait émané de l’initiative du sous-lieutenant. Il me semble au contraire qu’il ait mis une certaine ténacité à resister aux suggestions venant de la droite…
Aucun témoignage ne confirme au surplus, les allégations de C.. relatives aux instructions de Chapelant, en vue de parlementer pour une reddition. Les témoins sont unanimes à dire qu’à aucun moment, aucun papier suspect ne fut mis en circulation par G…
Rien ne permet de dire qu’on se trouve en présence d’une défection générale. Tout porte à croire au contraire de défections individuelles produites au centre de la ligne (1re et 2e sections) dont font partie les sept inculpés susnommés…
Orvilliers, le 11 février 1915
Troismonts
Faut-il quelque chose de plus ?
Voici la déposition faite le 8 mars 1922 par le sergent Badion, aujourd’hui avocat, près de la Cour du Puy, qui, au cours de l’enquête, servit de greffier au lieutenant de Troismonts. Il a déclaré :
« De cette information, j’ai eu l’impression bien nette que Chapelant n’était pas coupable du crime pour lequel il avait été condamné et exécuté ; qu’il n’avait pas de munitions ; que ces mitrailleuses étaient hors de services ; que bien loin de rendre sa troupe de mitrailleurs et d’influencer la troupe voisine, il leur avait ordonné d’attendre et donné des instructions pour se ravitailler et rendre compte de leur situation ; qu’il avait été le dernier fait prisonnier, alors que toute résistance lui paraissait impossible et croyant que tout était fini – après avoir vu les hommes de la 3e compagnie sortis de leurs trous – qu’il avait subi une contrainte physique et morale en montant sur le talus où il fut blessé aussitôt.
Le lieutenant de Troismonts avait demandé les pièces de la condamnation au Conseil de guerre spécial du 98e. Elles parvinrent au Conseil de guerre de la division.
Nous fûmes stupéfaits au Conseil de guerre de voir ce qu’elles étaient. Ce jugement était plus que sommaire et informe. Il indiquait que le crime était la capitulation en rase campagne, crime spécial aux officiers supérieurs.
L’officier qui avait été commissaire rapporteur était un jeune Saint-Cyrien que je connus bien par la suite et qui a été tué, le lieutenant Lemoël, qui n’était pas majeur.
Nous fûmes stupéfaits le lieutenant et moi, que les témoins de notre information n’aient pas été entendus au 98e lors du jugement de Chapelant.
Il n’est pas douteux qu’en présence de telles informations, de documents aussi probants, la Cour Suprême prononce la réhabilitation de Chapelant.
L’affaire lui a été soumise de nouveau le 20 février 1925 à la demande même du Ministre de la Justice.

Mais Didier ? Mais Demange ? Que va-t-on en faire ?
source : http://chtimiste.com/batailles1418/combats/chapelant.htm
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Réhabilitez le lieutenant Chapelant fusillé pour l’exemple en 1914

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Réhabilitez le lieutenant Chapelant fusillé pour l’exemple en 1914

Jean-Julien-Marius Chapelant n’est pas officiellement « Mort pour la France ». Condamné par un conseil de guerre spécial pour « capitulation en rase campagne », le sous-lieutenant d’Ampuis est aujourd’hui le symbole des « Fusillés pour l’exemple ». Des soldats fusillés – on parle de 600 – parce qu’il fallait montrer aux troupes qu’aucune faiblesse ne serait acceptée face à l’ennemi qui menaçait le territoire.

Quitte à s’accommoder d’une justice expéditive et pour le moins peu équitable.

Les témoignages recueillis a posteriori sur Chapelant ont beau lui avoir été favorables, la Cour de cassation a refusé par deux fois, en 1922 et 1925, de réhabiliter l’Ampuisait. Son exécution, attaché à sa civière, est même une scène du film de Stanley Kubrick « Les Sentiers de la gloire » qui dénonce les aberrations de la Grande Guerre.

Aujourd’hui, des associations, des élus poursuivent le combat. Un rassemblement sera organisé à Lyon ce vendredi (voir ci contre). Un groupe Facebook « Pour la réhabilitation de Chapelant » a été créé. Il compte 25 membres. Et le conseil général du Rhône doit examiner un vœu sur la question le 25 novembre prochain. Un vœu similaire a déjà été adopté le 30 août… 1923 ! « La condamnation de Chapelant est totalement injuste, il n’a pas eu un procès correct » assure Bernard Catelon, conseiller général socialiste de Condrieu qui va porter le dossier devant le conseil général.

Tout démontre son innocence, la seule chose qui bloque aujourd’hui pour une réhabilitation, ce sont les signatures d’officiers sur l’acte d’accusation », se persuade Stéphane Gomez, de la ligue des droits de l’Homme du Rhône. « Il ne devrait pas y avoir d’impossibilité à la République de reconnaître que des erreurs ont été commises. C’est un combat avant tout symbolique mais qui peut aboutir ».

Député communiste du Rhône, André Gerin a déjà porté ce combat. Il y a quatre ans, il avait interpellé le président de la République sur le cas Chapelant. « C’est un vrai sujet de reconnaissance « confie l’élu de Vénissieux. « Le président avait dit en 2007 qu’on allait examiner la question des fusillés pour l’exemple, mais rien n’a bougé depuis ».

Dans une réponse adressée à André Gerin début 2008, Alain Marleix, alors secrétaire d’État aux anciens combattants, avait annoncé de nouvelles enquêtes. Il n’a pas été possible ces derniers jours de savoir si elles avaient abouti ou d’en connaître le contenu, malgré plusieurs démarches.

Jean-Julien Marius Chapelant pourra-t-il être réhabilité, et avec lui l’ensemble des fusillés pour l’exemple ? Jacques Chirac s’était opposé à cette réhabilitation massive en 1998. Les défenseurs de cette cause espèrent que le centenaire de la Grande Guerre sera l’occasion rêvée.

En attendant, si la patrie n’honore pas Jean-Julien Marius Chapelant, les anciens combattants, par l’intermédiaire de l’UMAC, l’ont déjà fait. Sur la tombe de l’officier au cimetière d’Ampuis, ils ont déposé une plaque : « Les anciens combattants à leur frère d’armes, Jean Julien Chapelant, martyr des conseils de guerre ».

Evadé des lignes allemandes malgré un tibia brisé, il est exécuté à son retour

L’affaire Chapelant a été évoquée dans de nombreux ouvrages. Toujours en faveur de l’officier d’Ampuis.

Le 7 octobre 1914, à 5 heures du matin, la 1 ere section de mitrailleuses du 98 e d’infanterie de Roanne est au centre d’une très violente attaque des Allemands au sud d’Amiens. La section est encerclée, ses deux mitrailleuses hors-service. Chapelant sort de sa tranchée, pour se rendre ou pour observer la situation, selon les sources. Il est fait prisonnier avec ses hommes, dont trois parviennent à s’échapper. Chapelant est touché par une balle qui lui brise le tibia. Il parvient néanmoins lui aussi à s’échapper.

Deux jours plus tard, des brancardiers de son régiment le récupèrent, étendu sur le sol. Ramené dans les lignes françaises, il est transféré au PC du colonel. Ce dernier le traite de lâche. « Pourquoi le colonel me menace-t-il de me faire fusiller, j’ai cependant fait tout mon devoir » aurait confié Chapelant.

Il est traduit dès le lendemain devant le conseil de guerre avec cette recommandation du général Demange : « Le sous-lieutenant Chapelant doit être immédiatement livré au conseil de guerre spécial du 98 e RI lequel saura, je n’en doute pas, faire son devoir ».

Le président du conseil de guerre reçoit d’ailleurs comme recommandation du colonel Didier, « Il faut le fusiller ».

C’est ce qui sera fait le 11 octobre à l’aube. Mais comme Chapelant ne peut pas marcher, c’est attaché à un pommier sur son brancard qu’il sera fusillé.

« Je meurs innocent, on le saura plus tard » aurait dit Chapelant à l’aumônier.

Sources, Nadaud et Pelletier « Il ne s’était pas rendu lieutenant Chapelant » (1926), RG Reau « Les crimes du conseil de guerre ».
« C’est le seul officier qui n’a pas été réhabilité »

Philippe Puccini, auteur d’ »En avant capitaine »

« Le lieutenant Chapelant est un officier fusillé pour l’exemple à une période trouble, le début de la guerre, là où il y a eu le plus de fusillés pour l’exemple. Son affaire est tombée au mauvais moment Ce que cherchait l’armée, c’était un exemple. Ce qui est aussi très particulier dans son cas, c’est qu’il a été fusillé attaché sur son brancard.

Pour sa famille, cette affaire a été un chemin de croix. Les parents de Chapelant ont laissé toute leur fortune pour obtenir sa réhabilitation, mais sans résultat.

Il reste le seul officier fusillé qui n’a pas été réhabilité. Et on ne comprend pas pourquoi. Aujourd’hui, Chapelant, c’est un symbole.

C’est une affaire abominable, dramatique, du grand n’importe quoi. Chapelant était un militaire de carrière. Il avait été nommé officier sur le terrain, ce qui était forcément mal vu par les officiers sortant de Saint-Cyr. Et notamment par le colonel Didier, devenu par la suite général, qui va le faire fusiller.

Cette affaire est régulièrement mise en avant, mais ça n’avance pas. C’est maintenant une affaire politique. Jospin avait demandé une réhabilitation en masse, que Chirac avait refusée. Rouvrir aujourd’hui le dossier Chapelant, c’est un acte politique. »

Un rassemblement à Lyon

Un rassemblement pacifiste pour « la réhabilitation des fusillés pour l’exemple 1914-1918 » est organisé ce vendredi à 13 heures au monument aux morts de l’île du Souvenir au parc de la Tête d’Or. Il se fera sous l’égide de l’association laïque des amis des monuments pacifistes du Rhône, de la fédération du Rhône de la ligue des Droits de l’Homme, du comité du Rhône de l’association républicaine des anciens combattants et de la fédération du Rhône de la libre-pensée.

François Guttin-Lombard  

source : http://www.leprogres.fr/rhone/2011/11/11/rehabilitez-le-lieutenant-chapelant-fusille-pour-l-exemple-en-1914

A LIRE EGALEMENT

tiré du BLOG de Mr Chritian ROLLAT :  http://christianrollat.sosblog.fr/Premier-blog-b1/CHAPELANT-commemoration-du-11-novembre-2011-a-quand-une-conference-historique-et-publique-a-AMPUIS-sur-le-sujet-des-fusilles-pour-l-exemple-avec-de-vrais-interlocuteurs-b1-p192.htm

CHAPELANT commémoration du 11 novembre 2011 : à quand la tenue d’une conférence historique publique à AMPUIS sur les fusillés pour l’exemple en 14/18 avec de vrais intervenants avant mai 2012 ?
En France de fil en aiguille, concernant la cause légitime de la réhabilitation des fusillés pour l’exemple sur ordre d’une hiérarchie  dépassée, ça bouge de PARTOUT sauf à AMPUIS…La preuve lisez entièrement l’article et vous verrez comment votera Michel Mercier le 25 novembre vis à vis de CHAPELANT… en attendant signez la pétition en ligne sur Internet : pétition.com « pétition pour la réhabilitation des fusillés pour l’exemple »  et mettez vos commentaires.

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A savoir :  A ce jour, le lieutenant J.J.Chapelant est inhumé dans une fosse commune identifiée par les autochtones sur un périmètre de 300m environ au Bois des loges; à ce sujet, un laboratoire Belge spécialisé dans l’identification des corps à partir des tests ADN m’avait proposé de le faire en 2010… à condition que le terrain fasse l’objet d’une expropriation avec un arrêté d’utilité publique.
Sous-entendu, que le gouvernenement Français facilite la démarche.  Ce VASTE territoire boisé en partie devait alors servir de dépotoir à VEOLIA qui à force de procédure contre ce centre d’enfouissement à abandonner le projet. Donc fin 2011, rien ne s’oppose à relancer la machine, si ce n’est l’élection présidentielle dans la ligne de mire (sans jeu de mots vis à vis de Chapelant).
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… et d’ailleurs depuis un an que s’est-il passé de nouveau à ce sujet ? Même à grands renforts de manchettes publiées dans la presse régionale afin de donner bonne conscience face à cette cause à défendre (pour certains membres du gouvernement en place que l’on ne veut surtout pas offusquer, par peur de perdre sa prochaine investiture), le cas  de CHAPELANT n’a pas avancé d’un millimètre même si nous possédons des atouts imparables ! A quoi a servi la prise de position d’un administré de Condrieu qui au final a déclaré « qu’il ne servait à rien de se battre individuellement, que rien ne bougera »  ceci est tout de même navrant à lire … Personnellement sensibilisé par le sujet et bien introduit dans le réseau national (http://www.fusilles14-18.fr/index.html) de ceux qui se battent sans étiquette, la preuve, j’ai écrit un livre sans censure retraçant le calvaire innommable de ce jeune Chapelant fusillé contre un arbre alors grièvement blessé et ligoté sur un brancard : voir « Revivre les Années Folles 1918/1931″ en vente à la FNAC, DECITRE, etc…

 

 

 

 

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… j’attendais la suite à venir du canton de Condrieu en pensant naïvement que découlant de ces déclarations fracassantes, les élus de tous bords allaient monter au créneau (je plaisante), notamment que nos parlementaires régionaux allaient introduire un vrai projet de loi, s’inscrivant dans cette logique de réhabilitation générale … Et bien non, vous attendrez le deuxième semestre 2012…

Autant,  pouvons-nous comprendre que l’on essaye de reprendre le dossier  différemment, autant est-il anormal de voir aucune initiative concrète prise  par les élus des cantons  concernés, Condrieu et Vienne par exemple, qu’il sollicite par un courrier à publier dans la même presse, les députés Durand et Remiller à faire bloc contre tous ces abus qui minent notre société, comme l’ineptie du Fret ferroviaire qui va basculer sur les deux rives du Rhône (*) sans aucune réelle mobilisation de la population (qui se bat comme elle peut même sur une seule journée), mais par la mise en place d’une pétition à faire signer avant les prochaines élections de 2012. Faute de quoi vous aurez tous compris que l’on nous mène une fois encore en bateau et chaque maire dans un sentiment républicain devra lire le jour du 11 novembre la prose de notre président qui veut nous réapprendre l’Histoire !

Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil

Nous devons dénoncer l’un de ces plus affreux scandales de la 1ère guerre mondiale, des actes inqualifiables que la grande muette étouffe encore, alors que dans d’autres coins de France on y croit encore et que l’on ne démobilise pas les troupes par des interviews  incongrues à chaque veille du 11 novembre pour donner l’illusion que l’on fait quelque chose. Les photos parlent plus qu’un long discours et si besoin, je les republierais sur ce blog pour montrer comment on manipule en douceur l’opinion. Il est vrai que le Ministère des Anciens Combattants ne rapportent plus beaucoup d’électeurs (*)… et qu’il vaut mieux battre

la campagne avec Angela à Bruxelles…

 

 

(*) Michèle ALLIOT-MARIE; Hervé MORIN et aujourd’hui Alain JUPPE n’ont pas mouillé la chemise pour CHAPELANT et  pour cause.

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Midi-Libre Vendredi 28 octobre 2011
Pour preuve que l’on peut procéder différemment, mon ami Eric Viot continue de porter le message avec beaucoup de réussite à l’invitation des municipalités responsables qui n’ont pas peur d’un débat public ou d’inviter les personnes motivées par ce sujet. Eric Viot  sera dans l’Isère à EYBENS les 10 et 11 novembre 2011 et la mairie de Vienne aurait très bien pu l’inviter puisque son maire annonce être le fer de lance pour défendre Chapelant ! Ce n’est pas moi qui le dit, tapez Chapelant sur google et vous verrez ! A Ampuis c’est encore pire, lorsque la semaine dernière, se sont réunis au sein même de la commune 200 maires, le Ministre de la justice et monsieur le préfet de Rhône-Apes (no comment)… et après allez manifester à Saint-Romain-en-Gal !!!  
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Il ne suffit plus de nos jours de déposer une gerbe afin de se dédouanner, d’envoyer un conseiller, de poser une plaque à l’angle d’une petite rue et donner l’illusion que justice a été rendue à cet homme et à sa famille déshonnorée par l’Etat Français. Le 11 novembre prochain de partout en France; des démarches seront encore  entreprises pour dénoncer ces scandales, comme celui du lieutenant Chapelant originaire d’AMPUIS qui fait toujours figure à la proue du navire de l’Etat.
A coté des ruines enterrées de l’ancien château, le Bois des loges où a été fusillé Chapelant fait actuellement l’objet d’un dossier déposé à l’UNESCO dont pour l’instant nous ne pouvons dire plus, car ceci relève aux élus régionaux d’en informer je l’espère un jour leurs administrés et non à votre serviteur qui reste éveillé sur ce sujet…

(*) (Beuvraignes Somme) et sa périphérie côté Est (Crapeaumesnil et Fresnières Oise) ont été ciblés par les conseils généraux de l’Oise et de la Somme, à défaut de pouvoir obtenir un classement au titre des monuments historiques, pour être proposés au classement auprès de l’UNESCO comme site de mémoire ayant été le théâtre des sanglants combats durant des mois lors de la guerre 1914-1918. La stèle dédiée à la mémoire du Sous-Lieutenant J.J.M. CHAPELANT, injustement fusillé pour l’exemple en octobre 1914 a été édifiée à quelques centaines de mètres du lieu de l’exécution. La trace de son corps enfoui dans une fosse commune sur le site avec une cinquantaine d’autres ne parait pas avoir d’existence officielle. Mais qu’attendons-nous pour bouger chez nous ?  Interpellez ceux qui se présentent à vos suffrages …

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Un voeu émis dans le sens d’une réhabilitation de Chapelant par le conseiller général CATELON du canton de Condrieu dont dépend Ampuis, doit soumettre un vote qui pourrait obtenir (sans problème) la majorité si son président Michel Mercier ne si opposait pas sous prétexte  que ce voeu n’a aucun caractère départemental. Prétexte  incongru puisque 11 Conseils Généraux en France ont déjà adopté des voeux qui vont dans le même sens … Le maire d’AMPUIS  grand ami de Michel MERCIER devrait intervenir. Il y a un fait capital que les élus de tous bords oublient parfois : nos grands pères ont fait la guerre de 14/18 et nous les petits-enfants nous n’avons pas encore perdu la mémoire, notamment lors des prochaines élections, comme on dit : « passant souviens-toi ! » 

Jean-Julien-Marius Chapelant n’est pas officiellement « Mort pour la France ». Condamné par un conseil de guerre spécial pour « capitulation en rase campagne », le sous-lieutenant d’Ampuis est aujourd’hui le symbole des « Fusillés pour l’exemple ». Des soldats fusillés – on parle de 600 – parce qu’il fallait montrer aux troupes qu’aucune faiblesse ne serait acceptée face à l’ennemi qui menaçait le territoire.

Quitte à s’accommoder d’une justice expéditive et pour le moins peu équitable.

Les témoignages recueillis a posteriori sur Chapelant ont beau lui avoir été favorables, la Cour de cassation a refusé par deux fois, en 1922 et 1925, de réhabiliter l’Ampuisait. Son exécution, attaché à sa civière, est même une scène du film de Stanley Kubrick « Les Sentiers de la gloire » qui dénonce les aberrations de la Grande Guerre.

Aujourd’hui, des associations, des élus poursuivent le combat. Un rassemblement sera organisé à Lyon ce vendredi (voir ci contre). Un groupe Facebook « Pour la réhabilitation de Chapelant » a été créé. Il compte 25 membres. Et le conseil général du Rhône doit examiner un vœu sur la question le 25 novembre prochain. Un vœu similaire a déjà été adopté le 30 août… 1923 ! « La condamnation de Chapelant est totalement injuste, il n’a pas eu un procès correct » assure Bernard Catelon, conseiller général socialiste de Condrieu qui va porter le dossier devant le conseil général.

« Tout démontre son innocence, la seule chose qui bloque aujourd’hui pour une réhabilitation, ce sont les signatures d’officiers sur l’acte d’accusation », se persuade Stéphane Gomez, de la ligue des droits de l’Homme du Rhône. « Il ne devrait pas y avoir d’impossibilité à la République de reconnaître que des erreurs ont été commises. C’est un combat avant tout symbolique mais qui peut aboutir ».

Député communiste du Rhône, André Gerin a déjà porté ce combat. Il y a quatre ans, il avait interpellé le président de la République sur le cas Chapelant. « C’est un vrai sujet de reconnaissance « confie l’élu de Vénissieux. « Le président avait dit en 2007 qu’on allait examiner la question des fusillés pour l’exemple, mais rien n’a bougé depuis ».

Dans une réponse adressée à André Gerin début 2008, Alain Marleix, alors secrétaire d’État aux anciens combattants, avait annoncé de nouvelles enquêtes. Il n’a pas été possible ces derniers jours de savoir si elles avaient abouti ou d’en connaître le contenu, malgré plusieurs démarches.

Jean-Julien Marius Chapelant pourra-t-il être réhabilité, et avec lui l’ensemble des fusillés pour l’exemple ? Jacques Chirac s’était opposé à cette réhabilitation massive en 1998. Les défenseurs de cette cause espèrent que le centenaire de la Grande Guerre sera l’occasion rêvée.

En attendant, si la patrie n’honore pas Jean-Julien Marius Chapelant, les anciens combattants, par l’intermédiaire de l’UMAC, l’ont déjà fait. Sur la tombe de l’officier au cimetière d’Ampuis, ils ont déposé une plaque : « Les anciens combattants à leur frère d’armes, Jean Julien Chapelant, martyr des conseils de guerre ».

Evadé des lignes allemandes malgré un tibia brisé, il est exécuté à son retour

L’affaire Chapelant a été évoquée dans de nombreux ouvrages. Toujours en faveur de l’officier d’Ampuis.

Le 7 octobre 1914, à 5 heures du matin, la 1 ere section de mitrailleuses du 98 e d’infanterie de Roanne est au centre d’une très violente attaque des Allemands au sud d’Amiens. La section est encerclée, ses deux mitrailleuses hors-service. Chapelant sort de sa tranchée, pour se rendre ou pour observer la situation, selon les sources. Il est fait prisonnier avec ses hommes, dont trois parviennent à s’échapper. Chapelant est touché par une balle qui lui brise le tibia. Il parvient néanmoins lui aussi à s’échapper.

Deux jours plus tard, des brancardiers de son régiment le récupèrent, étendu sur le sol. Ramené dans les lignes françaises, il est transféré au PC du colonel. Ce dernier le traite de lâche. « Pourquoi le colonel me menace-t-il de me faire fusiller, j’ai cependant fait tout mon devoir » aurait confié Chapelant.

Il est traduit dès le lendemain devant le conseil de guerre avec cette recommandation du général Demange : « Le sous-lieutenant Chapelant doit être immédiatement livré au conseil de guerre spécial du 98 e RI lequel saura, je n’en doute pas, faire son devoir ».

Le président du conseil de guerre reçoit d’ailleurs comme recommandation du colonel Didier, « Il faut le fusiller ».

C’est ce qui sera fait le 11 octobre à l’aube. Mais comme Chapelant ne peut pas marcher, c’est attaché à un pommier sur son brancard qu’il sera fusillé.

« Je meurs innocent, on le saura plus tard » aurait dit Chapelant à l’aumônier.

Sources, Nadaud et Pelletier « Il ne s’était pas rendu lieutenant Chapelant » (1926), RG Reau « Les crimes du conseil de guerre ».

« C’est le seul officier qui n’a pas été réhabilité »

Philippe Puccini, auteur d’ »En avant capitaine »

« Le lieutenant Chapelant est un officier fusillé pour l’exemple à une période trouble, le début de la guerre, là où il y a eu le plus de fusillés pour l’exemple. Son affaire est tombée au mauvais moment Ce que cherchait l’armée, c’était un exemple. Ce qui est aussi très particulier dans son cas, c’est qu’il a été fusillé attaché sur son brancard.

Pour sa famille, cette affaire a été un chemin de croix. Les parents de Chapelant ont laissé toute leur fortune pour obtenir sa réhabilitation, mais sans résultat.

Il reste le seul officier fusillé qui n’a pas été réhabilité. Et on ne comprend pas pourquoi. Aujourd’hui, Chapelant, c’est un symbole.

C’est une affaire abominable, dramatique, du grand n’importe quoi. Chapelant était un militaire de carrière. Il avait été nommé officier sur le terrain, ce qui était forcément mal vu par les officiers sortant de Saint-Cyr. Et notamment par le colonel Didier, devenu par la suite général, qui va le faire fusiller.

Cette affaire est régulièrement mise en avant, mais ça n’avance pas. C’est maintenant une affaire politique. Jospin avait demandé une réhabilitation en masse, que Chirac avait refusée. Rouvrir aujourd’hui le dossier Chapelant, c’est un acte politique. »

Un rassemblement à Lyon

Un rassemblement pacifiste pour « la réhabilitation des fusillés pour l’exemple 1914-1918 » est organisé ce vendredi à 13 heures au monument aux morts de l’île du Souvenir au parc de la Tête d’Or. Il se fera sous l’égide de l’association laïque des amis des monuments pacifistes du Rhône, de la fédération du Rhône de la ligue des Droits de l’Homme, du comité du Rhône de l’association républicaine des anciens combattants et de la fédération du Rhône de la libre-pensée.

François Guttin-Lombard

 

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Exécuté sur son brancard !

Le soldat Chapelant, fusillé en 1914 et réhabilité en 2012

Le jour n’est pas encore levé en ce matin du 7 octobre 1914, quand l’artillerie allemande fait feu sur la section de mitrailleuses que commande le sous-lieutenant Chapelant, âgé de 23 ans, près de la petite commune de Roye (Somme). Des hommes sont tués, la panique est générale. Chapelant, sera-t-il dit, décide alors de se rendre, agite un mouchoir blanc pour inciter ses hommes à en faire autant, et reçoit une balle dans la jambe, avant d’être secouru par des brancardiers. Condamné à mort, il est fusillé sur son brancard quatre jours plus tard pour « capitulation en rase campagne ».

Quatre-vingt-dix-huit ans plus tard, le nom de Chapelant réapparaît à la faveur d’une décision du ministre délégué aux anciens combattants, Kader Arif, de lui attribuer la mention « Mort pour la France ». L’annonce a été faite vendredi 9 novembre, à l’avant-veille de la commémoration de l’armistice de 1918.

Le choix de Chapelant n’est pas fortuit. Des quelque 650 soldats français fusillés en 1914-18 après avoir été condamnés par des conseils de guerre pour désertion, mutinerie, refus d’obéissance ou crime de droit commun, il est en effet l’un des plus célèbres, et ce pour deux raisons. La première est qu’il fut l’un des rares officiers à avoir été passés par les armes. La seconde est que les circonstances de sa mort – une exécution sur un brancard – ont durablement marqué les esprits : l’histoire de Chapelant inspira ainsi Humphrey Cobb pour son roman Les Sentiers de la gloire, paru en 1935 et adapté au cinéma par Stanley Kubrick en 1957.

« UNE QUESTION DOULOUREUSE »

Pour ces deux raisons, le combat pour la réhabilitation de Chapelant est devenu, dans l’entre-deux-guerres, une véritable cause pour une partie de la gauche. Des dizaines d’articles lui furent consacrés, notamment par le philosophe Alain. Sa tombe fut régulièrement fleurie par l’Union des mutilés et anciens combattants, qui y apposa une plaque de marbre en hommage à ce « martyr des conseils de guerre ». Et en 1935, quand la Cour spéciale de justice militaire créée trois ans plus tôt se sépara, un comité pour la réhabilitation de Chapelant se constitua : celui-ci n’avait pas fait partie des 22 fusillés acquittés par la Cour, qui avait examiné au total une soixantaine de dossiers, comme le rappelle l’historien Nicolas Offenstadt dans l’étude de référence sur le sujet (Les Fusillés de la Grande Guerre, éd. Odile Jacob, 2009).

La décision prise aujourd’hui par l’Etat est-elle annonciatrice d’une réhabilitation plus générale ? « A la veille du 11-Novembre, il était important qu’il y ait un geste fort », explique au Monde Kader Arif. Mais, « conscient qu’il s’agit d’une question douloureuse » – on se souvient de la polémique suscitée au sein d’une partie de la droite par les propos de Lionel Jospin plaidant en 1998 pour une « réintégration dans la mémoire collective » des mutins de 1914-18, dix ans avant que Nicolas Sarkozy ne dise à peu près la même chose –, le ministre ne souhaite pas en dire plus. Réexamen des dossiers au cas par cas ? Réhabilitation générale ? « Il faut débattre de ce qui est possible de faire. Je m’appuierai notamment sur ce que disent les historiens », assure-t-il.

SOURCE : http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/11/10/le-soldat-chapelant-fusille-en-1914-et-rehabilite-en-2012_1788794_3224.html

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Biographie
source : Wikipedia

Engagé volontaire au 99e RI le 4 juin 1909, il y est nommé caporal le 5 octobre 1909 puis sergent le 28 septembre 1910. Rengagé le 15 décembre 1911 au 98e RI de Roanne, il est chef de la 3e section de mitrailleuses lors du déclenchement de la première guerre mondiale, promu au feu au grade de sous-lieutenant à titre temporaire.

Le 7 octobre 1914, après sept jours et sept nuits de combats et de bombardements ininterrompus autour de Beuvraignes (Somme), il est capturé avec une poignée de survivants après s’être rendu. Blessé à une jambe, il réussit cependant à s’échapper et à regagner les lignes françaises deux jours plus tard, dans un état d’épuisement facile à imaginer. Pourtant, le lieutenant-colonel Didier, son chef de corps, le fait traduire devant un « conseil de guerre spécial » qui le condamne à mort pour « capitulation en rase campagne ». Le 11 octobre 1914,Chapelant est fusillé dans la cour du château des Loges, attaché à son brancard dressé contre un pommier. (voir article ci-dessous : Réhabilitez le lieutenant Chapelant fusillé pour l’exemple en 1914)

 

 

 

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Réhabilitez le lieutenant Chapelant fusillé pour l’exemple en 1914

Les crimes des Conseils de guerre : Chapelant texte de 1925

Les crimes des Conseils de guerre : Les quatre caporaux de Suippes texte de 1925 
Les crimes des Conseils de guerre : Vingré texte de 1925

SOLDATS FUSILLES POUR L’EXEMPLE

D’autres noms pour l’exemple

 

DOSSIER SPECIAL : Les crimes des Conseils de Guerre !

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DOSSIER SPECIAL :  Les crimes des Conseils de Guerre !

  1. Exécuté sur son brancard !
  2. Réhabilitez le lieutenant Chapelant fusillé pour l’exemple en 1914
  3. Les crimes des Conseils de guerre : Chapelant texte de 1925
  4. Les crimes des Conseils de guerre : Les quatre caporaux de Suippes texte de 1925 
  5. Les crimes des Conseils de guerre : Vingré texte de 1925
  6. SOLDATS FUSILLES POUR L’EXEMPLE
  7. D’autres noms pour l’exemple

 

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