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17 août 2014

L’animal au cœur de l’expérience combattante

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L’animal au cœur de l’expérience combattante
Par Anne-Sophie Lambert
SOURCE BNF
La Première guerre mondiale est une guerre particulièrement meurtrière, des millions de soldats sont tués mais aussi, fait moins connu, plusieurs millions d’animaux. Encore relativement oubliés par l’historiographie française, bien que la photographie dévoile leur importance, les animaux (14 millions selon certaines sources : chevaux, mules, bœufs, chiens, pigeons …) participent directement à l’effort de guerre, comme nourriture du soldat évidemment, et aussi comme combattants, sauveteurs, soutien logistique. L’usage des animaux témoigne de l’évolution des techniques de guerre pendant cette Première guerre mondiale, en particulier celui du cheval qui se voit remplacé par la machine. Certains de ces animaux deviennent des mascottes, signe  de la fédération d’un groupe de soldats et nécessaire réconfort affectif dans un temps où la brutalité et la mort sont partout. D’autres encore sont très présents dans le quotidien des Poilus : rats, poux, puces, mouches… même s’ils aimeraient s’en passer. Les tranchées sont envahies par ces cohortes de parasites auxquels certains soldats s’identifient très naturellement. L’animal est donc bien au cœur de l’expérience combattante. D’ailleurs n’avons-nous pas décerné des médailles ou  les honneurs militaires à certains de ces animaux, les désignant ainsi comme des combattants héroïques à l’égal de l’homme ? N’avons-nous pas dressé à la fin de la guerre des  mémoriaux en souvenir de leur sacrifice involontaire, les incluant dans un devoir de mémoire national nécessaire et signifiant ainsi tout l’attachement des combattants, très largement ruraux, pour les animaux ? Ou témoignant tout simplement de l’absurdité de la guerre ?
Des documents visuels montrent l’importance et la diversité des animaux participant directement ou indirectement à l’effort de guerre.Voici une sélection de photographies de presse, témoins du sacrifice involontaire des animaux et du lien qui les unit avec les soldats.L'animal au cœur de l'expérience combattante n5300510
Chevaux morts
Cliché Melin, Paris, 1918.
Photographie de presse (négatif sur verre ; 13 x 18 cm)
BnF, département Estampes et photographie, EI-13 (616)
© Bibliothèque nationale de France
L’historiographie française récente porte une attention renouvelée à la place des animaux dans les armées, notamment au cours de la Première Guerre mondiale. Dans une société encore très largement rurale, l’impact psychologique, sur ces paysans devenus soldats, de la disparition en masse des animaux de trait qui étaient les compagnons de leur horizon familier, fut très certainement beaucoup plus important que ne le laisse supposer l’étude classique des sources.

n6946410

Hôpital pour chevaux
Rol, agence photographique, Paris, 1916.
Négatif sur verre, 13 x 18 cm
BnF, département Estampes et photographie, EST EI-13 (494)
© Bibliothèque nationale de France
Les chevaux font l’objet d’une attention comparable à celle apportée aux soldats. Des hôpitaux pour chevaux sont mis en place pour soigner les animaux malades, signe de l’importance de ces animaux dans le dispositif militaire pour l’ensemble des belligérants. Durant le mois d’août 1914, les armées françaises réquisitionnent plusieurs centaines de milliers de chevaux, environ un cinquième du cheptel français. Au total, la France mobilise plus 1,8 millions de chevaux au cours du conflit mondial, 80% y trouvent la mort, dans les combats, de maladie ou de privation. Les chevaux, d’abord utilisés au combat par la cavalerie sont progressivement employés dans le support logistique, en particulier pour faire avancer les canons. Ce changement témoigne de la modernisation, de la motorisation de l’armée pendant les quatre années de la guerre et donc de la fin de la cavalerie, dont la représentation héroïque tend alors à disparaître.

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Départ de chiens sanitaires à Asnières
Devant le « Chenil de chiens de guerre » de la « Réunion des amateurs du chien de défense et de police de France »
Rol, agence photographique, Paris.
Négatif sur verre, 13 x 18 cm
BnF, département Estampes et photographie, EST EI-13 (384)
© Bibliothèque nationale de France
Les chiens (plusieurs dizaines de milliers sont mobilisés côté français au cours de la guerre) sont utilisés à des fins sanitaires (chercher un blessé), à des fins logistiques (transport de chariot avec la « soupe » ou des munitions, transmission de message) et aussi comme mascotte d’unité militaire pour le moral des troupes. Leur rôle est toujours plus nécessaire avec l’enterrement des soldats dans les tranchées. Après avoir sauvé plusieurs poilus, certains chiens sont décorés de la croix de guerre.

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Appareil photographique miniature s’adaptant sous le ventre des pigeons voyageurs
Rol, agence photographique, Paris, 1914.
Négatif sur verre, 13 x 18 cm
BnF, département Estampes et photographie, EI-13 (472)
© Bibliothèque nationale de France
L’armée française dispose en 1918 de 30 000 pigeons pendant la Première guerre mondiale, pour transmettre des messages. En effet ils deviennent un élément essentiel de la communication entre combattants, surtout quand la guerre se fixe dans les tranchées, puisque la téléphonie ne fonctionne pas toujours et la fumée des combats isole les troupes. Les pigeons furent aussi employés pour rapporter des clichés du front grâce à des appareils légers à déclenchement automatique, et pour l’espionnage. A partir de 1916, la France se dote de pigeonniers sur remorque permettant d’installer les oiseaux au plus près des combattants. Certains pigeons furent décorés (de bagues aux couleurs de la légion d’honneur) car ils avaient sauvé des vies humaines en transmettant des messages dans des conditions extrêmes.

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La recherche des « totos » sur le front de la Somme
Meurisse, agence photographique, Paris, 1915.
Négatif sur verre, 13 x 18 cm
BnF, département Estampes et photographie, EI-13(2565)
© Bibliothèque nationale de France
Si le soldat chasse les rats, il est un parasite qui le menace véritablement au quotidien et qu’il doit sans cesse combattre : les poux à qui les Poilus ont attribué un surnom affectueux, les « totos ». Les totos permettent cependant l’ironie et l’humour et on les retrouve souvent dans les journaux de tranchées. Comme dans ce numéro du Front, du 1er juillet 1916, où l’on peut lire que « les Russes l’ont en admiration et viennent de lui consacrer leur capitale : Pétrogratte », que « le poilu craint, en effet que, surpris en train de lui faire la chasse, on l’accuse de voler l’Eta t… mais oui … de faire de la gratte » mais surtout que « il n’y a pas que les poux de collants. Dans de nombreux cas, l’épouse l’est aussi et, hélas ! à un degré supérieur. »

source BNF GALLICA

 

 

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10 novembre 2013

9e Régiment de Dragons

Classé sous — milguerres @ 18 h 13 min
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HISTORIQUE SUCCINCT
du 9e Régiment de Dragons
(par le Lieutenant colonel (H) Henri Azema)

http://cavaliers.blindes.free.fr/rgtdissous/9dragonsh.html

Levé le 14 septembre 1673 à partir des dragons de gentilshommes (Danjeau) par le Marquis Charles Paul de Beauffremont il prend le nom de régiment de Beauffremont-Dragons qu’il conservera jusqu’en 1685. Racheté en 1696 il devient Payrac-Dragons, du nom de son nouveau propriétaire. En 1699, repris par une branche des Beauffremont il prend le nom de Listenois-Dragons avant de devenir en 1773 Lorraine-Dragons.
Sous l’Ancien régime:
Sous les anciennes dénominations de la royauté, le régiment participe aux guerres de Hollande (1673-1678), contre la ligue d’Augsbourg (1688-1697), de la succession d’Espagne (1701-1713), de la guerre de succession de Pologne (1733-1735), d’Autriche (1740-1748), à la guerre de Sept Ans (1756-1763).
Après la révolution, en 1791, le régiment prend le nom de « 9e régiment de dragons ».

Les guerres de la révolution et de l’Empire:

   1791: Le régiment, après les massacre de la « Glacière », est envoyé à Avignon le 16 octobre pour rétablir l’ordre.
   1793: En compte à l’armée des Alpes, le 9e dragons positionné à Vienne est dirigé Lyon le 9 août où il participe au siège de la ville tenue par des dissidents fédéralistes. Après la chute de la ville, le régiment quitte le quartier Varin et réintègre l’armée de Kellermann mi-octobre 1793.
   1794-96: Il est à l’armée d’Italie de Buonaparte. Il combat à Mondovi le 21 avril 1796, ce sera ensuite Calderio, le Passage du Mincio puis, Arcole le 16 novembre 1796 où il favorise la prise du pont sur l’Alpone en prenant à revers les troupes autrichiennes.
   1797: Il participe, le 14 mars, à la bataille du Tagliamento puis au siège de Mantoue qui capitule le 31 juillet.
   1799: Le 26 mars, le 9e dragons combat à Véderio au sein de l’armée Suchet, subit un échec et est fait prisonnier. Partiellement libéré 4 mois après, les restes du 9e dragons avec son colonel rentrent en France et se reconstitue à Paris.
   Le 10 novembre 1799, le régiment sous les ordres du colonel Sebastiani est une des 3 unités qui participe au coup d’état du 18 brumaire.
   1800: Le 9e dragons fait partie de l’Armée de réserve de Dijon créée par décret en date du 8 mars pour renforcer l’armée de Masséna en difficulté en Italie. Il est à Seurre le 5 avril avant de s’installer fin avril à Saint-Jean-de-Losne. Il est avec le 8e dragons à la brigade Rivaud.
   Le 5 mai, la division de cavalerie qui comprend le 11e hussards, le 15e chasseurs, le 3 e de cavalerie et le 9e dragons fait mouvement sur Genève par Bourg, Nantua Carouge; le régiment se positionne le 14 mai à Nyons. Après la passage du col du Gand-Saint-Bernard, mené par le 1er consul Buonaparte il combat contre les autrichiens à Montebello le 9 juin . A l’armée Kellermann, 2e brigade Champeaux, il est engagé à Marengo le 14 juin où il repousse de nombreuses attaques et où ses charges forcent la victoire un moment indécise.
   1801: Le 12 juin, il combat en Toscane et se fait remarquer à Castel-Franco.
   1803: En prévision d’une action sur l’Angleterre les forces françaises se rassemblent. Les 1er, 3e, 8e et 9e dragons sont stationnés dès le 14 juin au camp de Compiègne.
   1804: Le régiment aux ordres du colonel Maupetit stationne, pour les 1er et 2e escadrons à Pont-Sainte-Maxence, l’escadron de dépôt, les 3e et 4e escadrons à Versailles.
   1805: Le 9e dragons est à la Grande Armée, à la 3e division de cavalerie il fait partie de la 1e brigade de dragons avec les 5e, 8e dragons du général Boyer. Le 27 août, il reçoit ordre de marcher sur l’Allemagne. Après avoir franchi le Rhin, il combat victorieusement le 8 octobre contre les autrichiens à Wertingen puis s’illustre à Austerlitz le 2 décembre.
   1806: Durant la campagne de Prusse, il combat à Iéna le 14 octobre puis participe le 26 octobre à la prise du village de Zehdenick, après une charge de cavalerie menée par Murat.
   1807: En campagne en Pologne, le 9e dragons, aux ordres du colonel Girardin, est engagé le 3 février à Jonkowo, le 6 à Hoff puis à Eylau le 8 février où le 9e dragons et les escadrons de Murat chargent à plusieurs reprises pour dégager l’infanterie et forcer les russes à une nouvelle retraite. Ce sera ensuite Friedland le 14 juin et Koenigsberg où il entre le 16 juin 1807.
   Les nombreux combats des guerres de la révolution et de l’Empire valent au régiment d’inscrire sur son étendard les noms de
    »Arcole 1796″ – « Marengo 1800″ – « Austerlitz 1805″- « Eylau 1807″.
   1808: Dirigé sur l’Espagne le régiment combat à Burgos le 7 novembre 1809.
   1809: Le 9e dragons est engagé à Talavera-de-la-Reina les 27 et 28 juillet et le 19 novembre à Occana.
   1810: Il participe au siège de Cadix en avril puis à la bataille de Busaco le 28 novembre.
   1811: En prévision de la campagne de Russie, l’Empereur réorganise l’Armée; le 9e régiment de dragons change d’appellation et devient le 4e régiment de lanciers.
   1812: Sous cette nouvelle dénomination le régiment se distinguera en 1812 lors de la campagne de Russie à la Moskova, Mojaisk et Winkowo.
   1813: Durant la campagne d’Allemagne il est à Leipzig et Hanau.
   1814: Il participe aux combats Champaubert et Vauchamps lors de la campagne de France.
   Après l’abdication de l’Empereur le régiment prend l’appellation de régiment de Lanciers de Monsieur titre qu’il ne conservera que dix mois.
   1815: Les cent jours:
   Le 1er mars 1815 Napoléon quitte l’île d’Elbe. Le 20 mars il entre dans la capitale. Mais les alliés reprennent les hostilités et très vite il faut réorganiser l’armée. Le 9e régiment de dragons retrouve son nom mais une ambigüité subsiste car c’est sous le nom de 4e lanciers qu’il combattra à Waterloo.
   En 1815 à bataille de Waterloo, sous le commandement du Colonel Brio, le régiment (4e lanciers) anéanti les dragons anglais du général Ponsonby, tué par le Maréchal-des-logis Orban, qui sauve également le drapeau du 45e de ligne.

Restauration:
Fin Juin 1815, peu après la seconde abdication de l’Empereur, le régiment est dissous. Les hommes sont transférés au régiment de chasseurs de Vendée qui deviendra 10e dragons en 1825.

   1816-24: Sous la IIe restauration, recréé sous le nom des dragons de la Saône, il participe en 1823 à l’expédition d’Espagne. Sous les ordres du colonel Vilatte et combat avec succès à San-Juan-Del-Puerto.
   1825: Après la dissolution des « Dragons de la Saône » le régiment retrouve son appellation de 9e régiment de dragons. Il ne gardera cette dénomination que trois mois et deviendra le 1er janvier 1826 « 9e régiment de cuirassiers ». A la même date, le 21e régiment de chasseurs à cheval dissous, prend le nom de « 9e régiment de dragon » et reste en garnison à Epernay.
   1826: Le 1er janvier il devient le 9e régiment de cuirassiers, le 21e régiment de chasseurs perdant son nom, constitue le 9e régiment de dragons actuel. Il est à cette date en garnison à Epernay.

La guerre de 1870:

   Le 1er août, le 9e dragons est en compte à l’armée du Rhin du général Barrail. Il est commandé par le colonel Reboul, et fait partie, avec le 1er dragons, de la 1èrebrigade.
   Le 16 août, il se distingue à la bataille de Rezonville (Division Forton); le régiment surpris par une attaque prussienne, se débande avant de se reformer et de s’illustrer en chargeant la brigade Bredoww.
   Après la capitulation de l’Empereur Napoléon III à Sedan le 2 Septembre, il retrouve sa garnison d’Epernay. Il restera en champagne jusqu’en 1914 avec un intermède en 1896 à Lunéville.

La guerre 1914–1918:

   Le 9e régiment de dragons, en garnison à Epernay, appartient à la 7e brigade de dragons, 1er corps de cavalerie (Général Sordet), 5e division (avec le 29e dragons), Ve armée, pour une période s’étalant du mois d’août au mois de novembre 1918.
   Il est composé de quatre escadrons.
   1914:
   Le 31 juillet, le régiment est placé en couverture à Boulzicourt dans les Ardennes jusqu’au 4 août, puis il est envoyé en opérations dans les Ardennes belges/ Martelange, Bastogne, Huy, Hotton, sur la frontière luxembourgeoise, face aux escadrons de hulans. Il participe ensuite à la retraite générale de la Marne et de la Somme du 23 au 27 août 1914. Transporté par VF à Nantueil le Houdain le 12 septembre, il participe à la bataille de l’Ourcq , patrouille sur les arrières ennemis en forêt de Compiègne et Villers Cotteret, puis est engagé à Templeux le 15 et Bohain le 16 septembre.
   La course à la mer:
   Engagé dans la bataille Picardie : il combat à Nurlu le 23, Péronne le 25, puis glissant en Artois ce sera les combats de Noyelles le 28 et de Lens le 4 octobre. La bataille des Flandres le voit combattre du 7 au 9 novembre à Lestrem, Gorgues, Vieille Capelle, Ypres avant d’être engagé sur l’Yser à partir du 17 puis à Steenstraate, Boesinghe, Langemarck.
   Retiré du front il s’installe en réserve vers Hertzeele le 9 novembre 1914 avant d’être placé en repos du 13 décembre au 5 février 1915 à Wermhoult.
   1915:
   Le 7 février, le régiment fait mouvement sur Auxi le Château pour une période de repos et d’instruction. En mai des éléments à pied sont employés dans les tranchées à Wailly et Perles au Bou.
   Du 4 au 29 août, il fait mouvement sur Avesne le Comte; non engagé il retourne à Auxi le Château où il est aux tranchées à Notre-Dame-de-Lorette et Neuville-Saint-Waast.
   Le 21 septembre par VF le régiment fait mouvement vers Sézanne où il est en repos avant de rejoindre la région de Chalons où il est engagé le 2 octobre à Souain.
   Le 23 octobre, placé en repos à Esternay il retourne aux tranchées le 17 juillet à la ferme des Marquises.
   1916:
   Retiré du front et transporté par VF dans le secteur de Lunéville, il est placé dans le secteur situé entre Embermenil et la Saône.
   1917:
   Placé en couverture sur la frontière Suisse, il rejoint le camp du Valdahon en janvier 1917 jusqu’en avril puis, celui de Villersexel. Il retrouve les tranchées de Coucy-le-Château, d’avril 1917 à mars 1918.
   1918:
   Pendant la grande offensive allemande de 1918 et la contre-offensive française et alliée, le régiment est en position sur la Somme, à Roye et Montdidier du 26 mars au 27 mai. Retiré du front il se reconstitue à Montmirail du 6 juin au 2 juillet. A partir du 15 juillet il est engagé dans la région d’Epernay reprend Montvoisin et Oeuilly les 17 et 18 juillet.
   Retiré du front le 22 juillet, il est déplacé en Argonne le 21 septembre 1918. Le 22 octobre il est positionné à Vitry le François. C’est à Gondrecourt que l’armistice le trouve le 11 Novembre 1918.
   Les noms de « L’Yser 1914″ – « L’Avre 1918″ – « Reims 1918″ viendront s’ajouter à l’étendard.

Guerre 1939–1945:

   1939:
   A la déclaration de guerre le régiment est dissous à Epernay. Il donne naissance le 23 août 1939 à deux groupes de reconnaissance d’infanterie: le 3e et 92e GRDI et un groupe de reconnaissance de corps d’armée: la 10e GRCA.
   1944:
   Il est recréé à partir des éléments de la résistance (Le 5eescadron entre autres est constitué de volontaires du maquis des Chênes de la Marne); il se nomme alors « 9e régiment de dragons FFI » et participe à la protection des arrières alliés en décembre 1944 dans la région de Soissons, lors de l’offensive de Von Rundstedt dans les Ardennes.
   Existant de fait dans le soissonnais il est de droit reconstitué à Paris le 1er janvier 1945.
   1945:
   Le 16 janvier, du 3e escadron FFI nait le 1er escadron. Dirigé sur Tarbes, il s’installe au Quartier Larrey. Ayant reçu des renforts en personnel après le 8 mai, il se prépare à un départ pour l’Indochine et devient « Régiment de Marche de Chars de la 2e D.B. ». Il est commandé par le lieutenant-colonel Divary.

L’Indochine:
Le régiment embarque le 10 octobre 1945 sur le paquebot « l’Oronte » à Marseille et débarque à Saigon le 3 novembre 1945 sous le nom de « Régiment de marche du 9e dragons ».
Il combat dans la province de Tay-Ninh au nord-ouest de Saigon près de la frontière du Cambodge et a quelques accrochages avec le Viet-Minh à Go Dau HA entre Saigon et Tay-Ninh.
Le 1er avril 1946, il fait partie de la 1ère brigade d’Extrême-Orient et devient « Groupement d’unités d’armes lourdes » (GUAL/BEO) commandé par le lieutenant-colonel Divary.
Le 1eraoût 1946, il est basé au Tonkin où le régiment est une nouvellement fois dissous. Ses personnels sont mutés au 1er régiment de chasseurs à cheval.

9e Régiment de Dragons bauffr10
Bauffremont_Dragons_9e_regiment_quartiers_Epernay_1914_.jpg ‎(500 × 319 pixels, file size: 33 KB, MIME type: image/jpeg)
Français : Quartiers du 9e regiment de dragons à Epernay en 1914. Le nom de tradition de ce régiment est Bauffremont Dragons.

source texte : http://cavaliers.blindes.free.fr/rgtdissous/9dragonsh.html
source image : wikipedia

http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gif

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http://military-photos.com/9drag.htm

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http://military-photos.com/9drag.htm

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http://military-photos.com/9drag.htm

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Historique du 9e régiment de dragons depuis son entrée en campagne,


le 1er août 1914, jusqu’au 11 novembre 1918,


date de la signature de l’armistice ,


rédigé par M. le lieutenant-colonel Picaud

http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gif

a lire intégralement et télécharger sur

http://fr.calameo.com/read/0021527569c3c430aef13

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Titre : Historique du 9e régiment de dragons depuis son entrée en campagne, le 1er août 1914, jusqu’au 11 novembre 1918, date de la signature de l’armistice , rédigé par M. le lieutenant-colonel Picaud
Auteur : Picaud, Lieutenant-Colonel
Éditeur : H. Charles-Lavauzelle (Paris)
Provenance : bnf.fr

 

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23 avril 2013

Garibaldi : à qui revient de droit ?

Classé sous — milguerres @ 0 h 34 min

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La Tunisie au gré des conflits

Garibaldi : à qui revient de droit ? 

La Tunisie reste une problématique entre la France et l’Italie, à qui vient-elle de droit ? 

La France oeuvre par tous les moyens, d’effacer l’Italie dans la procédure de l’incursion de la Tunisie.

Ce conflit non moins concret, persistera jusqu’à l’indépendance de la Tunisie. 

 File:Giuseppe Garibaldi (1866).jpg

« Je viens donner à la France ce qui reste de moi. La France est une patrie que j’aime », 

« J’étais trop malheureux quand je pensais que les républicains luttaient sans moi »

Giuseppe Garibaldi

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 Garibaldi : à qui revient de droit ?  garibaldi-titre-journal-courrier-des-alpes-31-mai-1881

Une nouvelle lettre de Garibaldi. (publication au Courrier des Alpes le 31 mai 1881, source : http://www.memoireetactualite.org)

Garibaldi a adressé à la Riforma la lettre suivante :

Caprera, 17 mai. 1881

Le traité de la France avec le bey de Tunis a détruit la bonne opinion que j’avais de la République française actuelle que j’ai, eu l’honneur de servir dans des temps difficiles. Ces républicains de nos jours ne répondent pas à l’esprit généreux et humanitaire de la première République.

Que nos voisins se souviennent bien que les italiens veulent la fraternité de tous les peuples, mais ils ne seront jamais les ilotes, les esclaves de personne.

Le. vote que sept millions de Français donnèrent à Napoléon III eut un épilogue à Nice, où les prêtres et quelques hommes vendus ou égarés conduisaient les foules ahuries à l’urne pour voter comme en France pour l’autocrate.

L’annexion de Nice fut par conséquent un délit non moins odieux que le 2 Décembre.

Les patriotes Italiens se turent sur la perte de la plus belle et de la plus importante des villes italiennes par déférence pour leurs soi-disant  frères. Mais mes concitoyens ne renieront jamais le berceau de Segurana et de Massena, et si les Français s’obstinent à ne pas nous reconnaître comme leurs frères et leurs égaux, ils nous rappelleront toujours que la Corse et Nice sont françaises comme moi-même je suis Tartare, que dans l’antique Carthage. les Italiens ont autant de droit que la France et qu’ils doivent prétendre à l’indépendance complète de la Tunisie.

G. GARIBALDI.

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Giuseppe Garibaldi

Giuseppe Garibaldi

 

Homme politique italien (Nice 1807-Caprera 1882).

En Amérique du Sud, comme en Italie puis en France, Giuseppe Garibaldi devint un héros de l’indépendance des peuples, et même fut le héros par excellence pour Michelet. Aventurier romantique, il mena ses combats en s’efforçant de ne jamais dépendre des intérêts politiques.

L’aventurier patriote

Né au sein d’une famille de marins, Giuseppe Garibaldi s’embarque sur les navires de son père dès 1822. Il découvre Constantinople et surtout Rome, qui lui laisse une profonde impression. C’est là, en 1833, qu’il rencontre et rejoint Giuseppe Mazzini. Au contact des défenseurs de la Jeune-Italie, il se dit « initié au sublime mystère de la patrie ». Compromis dans une tentative de coup de main sur Gênes, il est condamné à mort. Il se réfugie alors à Marseille avant de partir, en décembre 1835, pour l’Amérique du Sud.

Le « héros des deux mondes »

Au cours de ses treize années d’exil, Garibaldi épouse la cause des indépendantistes. Au Brésil, il combat dans les rangs de la jeune République du Rio Grande do Sul (1836), puis en Uruguay contre le dictateur argentin Rosas (1841). En 1843, Montevideo est défendue par une Légion italienne, constituée d’exilés et d’aventuriers. Garibaldi entreprend de réorganiser cette troupe disparate et l’équipe d’un uniforme qui deviendra célèbre, la camicia rossa (« chemise rouge »). À la tête de ses Chemises rouges, le « général » Garibaldi multiplie les faits d’armes et devient en Amérique du Sud un héros populaire dont la renommée gagne le Vieux Continent.

Revenant à Nice en 1848, Garibaldi offre son aide à Charles-Albert, roi de Sardaigne. Le républicain se fait momentanément royaliste. Avec ses volontaires, il combat les Autrichiens dans le Milanais, mais sans succès. Puis, marchant sur Rome, il peut y proclamer la république en 1849. Or, Napoléon III, venu au secours du pape, en chasse Garibaldi. Pour l’aventurier italien, c’est de nouveau l’exil, à Londres, aux États-Unis, et jusqu’en Chine…

De retour en Italie en 1854, Garibaldi se met d’emblée au service du nouveau roi de Sardaigne, Victor-Emmanuel II, lequel lui confie le commandement des cacciatori delle Alpi, les chasseurs alpins. À leur tête, Garibaldi s’illustre dans la guerre contre l’Autriche qui, en 1859, s’achève par le rattachement de la Lombardie au Piémont, bientôt suivi par le ralliement des duchés de Parme, de Toscane, de Modène, puis des légations de Bologne et de Ferrare. L’unité italienne est en marche ; Garibaldi veut y jouer son rôle.

Le meneur de l’expédition des Mille

Le maître d’œuvre de cette unité, Cavour, porte désormais ses regards vers le sud de l’Italie, où une révolte vient d’éclater en Sicile. Mais il ne veut pas affronter officiellement le royaume de Naples. Cette mission va échoir aux Chemises rouges de Garibaldi. De Quarto, près de Gênes, ils sont un millier de volontaires à partir pour la Sicile. Le 11 mai 1860, ils débarquent à Marsala et entament la conquête de l’île. Puis, en septembre, Garibaldi entre victorieux dans Naples. L’unité est alors presque achevée pour le compte de Victor-Emmanuel II, effectivement proclamé roi d’Italie en 1861.

Grisé par son succès, Garibaldi est résolu à faire de Rome, toujours dominée par les États de l’Église, la capitale de l’Italie. En 1862, il prend la tête – malgré l’opposition du gouvernement piémontais – de deux expéditions dans le Trentin, puis en Calabre. Il doit cependant s’avouer vaincu. Dès lors, il ne jouera plus en Italie qu’un rôle de second plan et ne sera pas au nombre de ceux qui, en septembre 1870, feront plier Rome.

L’éternel romantique

L’aventure toutefois n’est pas encore finie ; c’est en France désormais qu’elle va se prolonger, contre les Prussiens. En prenant Dijon (janvier 1871), Garibaldi remporte une des rares victoires de la jeune République. Il se trouve ensuite à Paris pendant les événements de la Commune, puis retourne en Italie. Celui qui fut présent sur tant de champs de bataille se reconvertit en homme politique. Élu député de Rome en 1874, il préside ensuite la Ligue de la paix et de la liberté à Genève.

Finalement retiré sur son île de Caprera, Garibaldi abandonne les armes pour la plume, et se consacre à la rédaction des Mémoires d’une Chemise rouge. Quand il s’éteint, sa légende de combattant des nobles causes est déjà bien installée.

Mazzini, maître à penser de Garibaldi

Si Garibaldi fut le bras armé de l’unité italienne, Giuseppe Mazzini en fut l’un des promoteurs et le principal théoricien. Fondateur du mouvement Jeune-Italie, ce dernier rêvait de réunir toute l’Italie sous la bannière de la République. Artisan des insurrections de 1848, qui restèrent sans lendemain, il continua de prêcher la révolte sur un ton qui faisait de l’idéal républicain une véritable profession de foi.

Ainsi, Mazzini sema dans l’esprit de toute une génération l’espoir de l’unité italienne. Garibaldi a appartenu à cette génération. C’est lui qui réalisa, pour le compte de la monarchie de Sardaigne, les vœux de Mazzini.

sources :

wikipedia

http://www.memoireetactualite.org

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La Tunisie au gré des conflits

 

 

Garibaldi : à qui revient de droit ?

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La Tunisie au gré des conflits

Garibaldi : à qui vient de droit ? 

La Tunisie reste une problématique entre la France et l’Italie, à qui vient-elle de droit ? 

La France oeuvre par tous les moyens, d’effacer l’Italie dans la procédure de l’incursion de la Tunisie.

Ce conflit non moins concret, persistera jusqu’à l’indépendance de la Tunisie. 

 File:Giuseppe Garibaldi (1866).jpg

« Je viens donner à la France ce qui reste de moi. La France est une patrie que j’aime », 

« J’étais trop malheureux quand je pensais que les républicains luttaient sans moi »

Giuseppe Garibaldi

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 Garibaldi : à qui revient de droit ?  garibaldi-titre-journal-courrier-des-alpes-31-mai-1881

Une nouvelle lettre de Garibaldi. (publication au Courrier des Alpes le 31 mai 1881, source : http://www.memoireetactualite.org)

Garibaldi a adressé à la Riforma la lettre suivante :

Caprera, 17 mai. 1881

Le traité de la France avec le bey de Tunis a détruit la bonne opinion que j’avais de la République française actuelle que j’ai, eu l’honneur de servir dans des temps difficiles. Ces républicains de nos jours ne répondent pas à l’esprit généreux et humanitaire de la première République.

Que nos voisins se souviennent bien que les italiens veulent la fraternité de tous les peuples, mais ils ne seront jamais les ilotes, les esclaves de personne.

Le. vote que sept millions de Français donnèrent à Napoléon III eut un épilogue à Nice, où les prêtres et quelques hommes vendus ou égarés conduisaient les foules ahuries à l’urne pour voter comme en France pour l’autocrate.

L’annexion de Nice fut par conséquent un délit non moins odieux que le 2 Décembre.

Les patriotes Italiens se turent sur la perte de la plus belle et de la plus importante des villes italiennes par déférence pour leurs soi-disant  frères. Mais mes concitoyens ne renieront jamais le berceau de Segurana et de Massena, et si les Français s’obstinent à ne pas nous reconnaître comme leurs frères et leurs égaux, ils nous rappelleront toujours que la Corse et Nice sont françaises comme moi-même je suis Tartare, que dans l’antique Carthage. les Italiens ont autant de droit que la France et qu’ils doivent prétendre à l’indépendance complète de la Tunisie.

G. GARIBALDI.

 

_____________________

 

Giuseppe Garibaldi

Giuseppe Garibaldi

 

 

Homme politique italien (Nice 1807-Caprera 1882).

En Amérique du Sud, comme en Italie puis en France, Giuseppe Garibaldi devint un héros de l’indépendance des peuples, et même fut le héros par excellence pour Michelet. Aventurier romantique, il mena ses combats en s’efforçant de ne jamais dépendre des intérêts politiques.

L’aventurier patriote

Né au sein d’une famille de marins, Giuseppe Garibaldi s’embarque sur les navires de son père dès 1822. Il découvre Constantinople et surtout Rome, qui lui laisse une profonde impression. C’est là, en 1833, qu’il rencontre et rejoint Giuseppe Mazzini. Au contact des défenseurs de la Jeune-Italie, il se dit « initié au sublime mystère de la patrie ». Compromis dans une tentative de coup de main sur Gênes, il est condamné à mort. Il se réfugie alors à Marseille avant de partir, en décembre 1835, pour l’Amérique du Sud.

Le « héros des deux mondes »

Au cours de ses treize années d’exil, Garibaldi épouse la cause des indépendantistes. Au Brésil, il combat dans les rangs de la jeune République du Rio Grande do Sul (1836), puis en Uruguay contre le dictateur argentin Rosas (1841). En 1843, Montevideo est défendue par une Légion italienne, constituée d’exilés et d’aventuriers. Garibaldi entreprend de réorganiser cette troupe disparate et l’équipe d’un uniforme qui deviendra célèbre, la camicia rossa (« chemise rouge »). À la tête de ses Chemises rouges, le « général » Garibaldi multiplie les faits d’armes et devient en Amérique du Sud un héros populaire dont la renommée gagne le Vieux Continent.

Revenant à Nice en 1848, Garibaldi offre son aide à Charles-Albert, roi de Sardaigne. Le républicain se fait momentanément royaliste. Avec ses volontaires, il combat les Autrichiens dans le Milanais, mais sans succès. Puis, marchant sur Rome, il peut y proclamer la république en 1849. Or, Napoléon III, venu au secours du pape, en chasse Garibaldi. Pour l’aventurier italien, c’est de nouveau l’exil, à Londres, aux États-Unis, et jusqu’en Chine…

De retour en Italie en 1854, Garibaldi se met d’emblée au service du nouveau roi de Sardaigne, Victor-Emmanuel II, lequel lui confie le commandement des cacciatori delle Alpi, les chasseurs alpins. À leur tête, Garibaldi s’illustre dans la guerre contre l’Autriche qui, en 1859, s’achève par le rattachement de la Lombardie au Piémont, bientôt suivi par le ralliement des duchés de Parme, de Toscane, de Modène, puis des légations de Bologne et de Ferrare. L’unité italienne est en marche ; Garibaldi veut y jouer son rôle.

Le meneur de l’expédition des Mille

Le maître d’œuvre de cette unité, Cavour, porte désormais ses regards vers le sud de l’Italie, où une révolte vient d’éclater en Sicile. Mais il ne veut pas affronter officiellement le royaume de Naples. Cette mission va échoir aux Chemises rouges de Garibaldi. De Quarto, près de Gênes, ils sont un millier de volontaires à partir pour la Sicile. Le 11 mai 1860, ils débarquent à Marsala et entament la conquête de l’île. Puis, en septembre, Garibaldi entre victorieux dans Naples. L’unité est alors presque achevée pour le compte de Victor-Emmanuel II, effectivement proclamé roi d’Italie en 1861.

Grisé par son succès, Garibaldi est résolu à faire de Rome, toujours dominée par les États de l’Église, la capitale de l’Italie. En 1862, il prend la tête – malgré l’opposition du gouvernement piémontais – de deux expéditions dans le Trentin, puis en Calabre. Il doit cependant s’avouer vaincu. Dès lors, il ne jouera plus en Italie qu’un rôle de second plan et ne sera pas au nombre de ceux qui, en septembre 1870, feront plier Rome.

L’éternel romantique

L’aventure toutefois n’est pas encore finie ; c’est en France désormais qu’elle va se prolonger, contre les Prussiens. En prenant Dijon (janvier 1871), Garibaldi remporte une des rares victoires de la jeune République. Il se trouve ensuite à Paris pendant les événements de la Commune, puis retourne en Italie. Celui qui fut présent sur tant de champs de bataille se reconvertit en homme politique. Élu député de Rome en 1874, il préside ensuite la Ligue de la paix et de la liberté à Genève.

Finalement retiré sur son île de Caprera, Garibaldi abandonne les armes pour la plume, et se consacre à la rédaction des Mémoires d’une Chemise rouge. Quand il s’éteint, sa légende de combattant des nobles causes est déjà bien installée.

Mazzini, maître à penser de Garibaldi

Si Garibaldi fut le bras armé de l’unité italienne, Giuseppe Mazzini en fut l’un des promoteurs et le principal théoricien. Fondateur du mouvement Jeune-Italie, ce dernier rêvait de réunir toute l’Italie sous la bannière de la République. Artisan des insurrections de 1848, qui restèrent sans lendemain, il continua de prêcher la révolte sur un ton qui faisait de l’idéal républicain une véritable profession de foi.

Ainsi, Mazzini sema dans l’esprit de toute une génération l’espoir de l’unité italienne. Garibaldi a appartenu à cette génération. C’est lui qui réalisa, pour le compte de la monarchie de Sardaigne, les vœux de Mazzini.

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8 avril 2013

Notice sur Porto Farina (Tunisie), (port corsaire et arsenal des beys) : son passé, l’esclavage / par Paul Cézilly

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La Tunisie au gré des conflits

Culture et patrimoine 

 

 

Titre : Notice sur Porto Farina (Tunisie), (port corsaire et arsenal des beys) : son passé, l’esclavage / par Paul Cézilly,… ; avec une étude sur l’état actuel, par A. Canavaggio,…

Auteur : Cézilly, Paul

Auteur : Canavaggio, A.

Éditeur : impr. de Person frères (Paris)

Date d’édition : 1912

 

 Notice sur Porto Farina (Tunisie), (port corsaire et arsenal des beys) : son passé, l'esclavage / par Paul Cézilly,... ; avec une étude sur l'état actuel, par A. Canavaggio,...

Pour une meilleure lecture vous pouvez télécharger le texte ci-dessous, transcrit du document original, appartenant à la BNF

 

 Notice sur Porto Farina (Tunisie), (port corsaire et arsenal des beys) : son passé, l'esclavage / par Paul Cézilly word1 Notice sur Port Farina Tunisie 1912_BNF

 

 

NOTICE SUR PORTO FARINA (Tunisie)

Lors d’un séjour de plusieurs années dans le Nord Tunisien il m’a été donné de demeurer à plusieurs reprises dans la petite ville de Porto- Farina. Située entre Tunis et Bizerte, auprès des ruines d’Utique, ce petit port fameux dans l’antiquité, fréquenté des navigateurs, refuge des corsaires, puis arsenal des Beys, encadré par la montagne, la mer et une riche campagne que beaucoup d’auteurs autorisés considèrent comme l’endroit où Saint Louis rendit le dernier soupir ; mais tombé dans l’oubli absolu, m’a paru digne d’attirer l’attention des touristes. C’est pourquoi j’ai entrepris de redire en quelques lignes son histoire, espérant ainsi faire partager à quelques amateurs d’inédit les impressions toujours vivaces que j’ai conservé de ce joli pays.

 

Porto-Farina, cette petite ville, ou plutôt ce grand village que les Arabes appellent Rar’h el Melah (la caverne, ou la fosse au sel) est située sur le lac du même nom, à 57 kilomètres N. de Tunis et à 44 kilomètres N.-E. de Bizerte,au pied de collines pittoresques de 300 à 350m d’altitude.

Le lac, de 30 kilomètres carrés, alimenté par les débordements de la Medjerdah et communiquant avec la mer par une passe de 500^ qui, malheureusement chaque jour s’ensable davantage, a toujours été très fréquenté.

 

Une belle route bien entretenue, de création récente, rend la visite facile. Quittant à mi-chemin la route de Tunis à Bizerte le voyageur, après avoir aperçu de loin le village si bien nommé de El Alia (l’Elevée), rancienne Cotuza, juchée sur une hauteur qui domine les plaines de Bizerte, son lac et les villages du littoral, arrive peu après

à Ousdja. Il parcourt une fertile région plantée de beaux oliviers et aperçoit ensuite l’emplacement d’Utique et l’embouchure de la Medjerdah.

Traversant longuement des jardins verdoyants et bien entretenus, il longe le lac au pied de la montagne et passe devant les ruines du palais d’Abd el Moumen et le fort Génois pour arriver enfin dans la ville sur une petite place entourée par les ruines du grand palais et le vieux souk si curieux malgré son aspect délabré et l’attitude indifférente des rares vendeurs qui en occupent encore les quelques boutiques demeurées utilisables.

Puis c’est le port, l’arsenal, les casernes, la mosquée et sa fontaine, le grand fort el Oustani, le fort Nadour transformé en bagne, et au loin, blanc sur le ciel bleu, surmonté du drapeau écarlate, heureux mélange de nos trois couleurs, le marabout vénéré de Sidi Ali el Mekki,

Rien n’est plus impressionnant que l’aspect de ces forts majestueux, de ces palais dévastés, des grandes cours abandonnées, des salles aux plafonds écroulés avec leurs fenêtres béantes, leurs portes arrachées, leurs pans de muraille encore revêtus de brillantes céramiques au milieu d’un amoncellement de colonnes brisées, de poutres enchevêtrées, de fers tordus, le tout revêtu d’un fouillis de végétation et malgré les intempéries et les pillages successifs laissant apercevoir çà et là d’anciennes inscriptions ou des débris remarquables de marbres artistement sculptés.

 

En toute saison des bandes d’oiseaux migrateurs s’ébattent sur le lac et les barques des pêcheurs, cinglant vers les poissonneux barrages, évoquent des chasses et des pêches fructueuses. Les grosses ancres abandonnées sur la grève rappellent l’ancienne activité de l’arsenal et du port, cependant que les canons rouilles des forts et leurs façades incrustées de boulets redisent les visites des flottes libératrices, tandis que le bruit des fers de la chiourme qui passe évoquent les labeurs des Pères de la Rédemption. (1)

 

«Porto-Farina fut la Ruscimona ou plutôt Rusucmona punique. Ce mot signifierait en phénicien Promontoire des vivres dont le nom actuel Porto ou Capo Farina serait la traduction littérale.

Ce fut dans sa rade que la flotte carthaginoise alla passer la nuit avant d’attaquer celle de Scipion.

Rusucmona se trouvait, en effet, dans le voisinage d’Utique. Son nom indiquerait aussi qu’elle devait être placée sur ou sous un cap (Rus Esmoun. Cap d’Esmoun, Apollon ou Esculape).

D’après Maltzer, Rusucmona viendrait de Ras tsanan, le Cap Pointu.

Or, Rarh El Melah est précisément située sous le Cap Zebib (Promontorium Àpollinis

des Romains).

 

(1) Bien que le spectacle des déchéances humaines soit toujours

angoissant, le passage fréquent des forçats indigènes enchaînés

courbés nous le joug de la discipline et de la fatalité, est certainement

un des épisodes émotionnants d’une excursion à Porto-Farina.

Une visite du bagne même, redonnerait une vision rétrospective

exacte des captifs dont nous nous efforcerons, plus loin, de retracer

en quelques lignes la vie si agitée.

 

«Cette station maritime, qui ne reparaît pas dans les textes de l’époque romaine, n’était probablement qu’un mouillage dont l’importance, du moins comme centre de la population, ne s’est accru qu’après l’établissement du port d’Utique.

Rarh el Melah était encore, il y a moins d’un siècle, un des principaux arsenaux de la Régence et un centre très actif, alimenté par les exportations de blé de Mateur et de Beja. Nous pensons que les Castra Loelia, placés par Pomponius Mêla dans le golfe d’Utique, ont remplacé Rusucmona après les guerres puniques. L’ordre même dans lequel les localités sont énumérées par Mêla nous paraît justifier cette hypothèse qui explique en outre la disparition du nom de la ville punique.

 

«Inaltero sinusunt Castra Lselia (Porto-Farina).

Castra Cornelia (Kalaat el Oued), Flumen Bagradas (Medjerdah), urbs Utica.

 Le géographe romain procède de l’Ouest à l’Est. Il est à remarquer que Caius Laslius, lieutenant de Scipion, commandait la flotte romaine et avait fait, en 205, une descente heureuse sur cette partie du littoral, puisque les Castra Laelia étaient certainement des Castra Navalia. Située en face du Cap Cornélien et abritée contre les vents qui compromettaient souvent la sécurité du mouillage de Kalaat el Oued, Rusucmona avait dû être occupée, au moins momentanément, par le commandant des flottes romaines. »

 

«La tradition locale semble confirmer la correspondance que nous proposons. La plaine qui s’étend à l’ouest de Rarh el Melah porte le nom de Bahirt el Kalaa (plaine de la forteresse, et ce nom se rattache très probablement au souvenir du campement de Loelius comme celui de Kalaat el Oued (la Forteresse du fleuve) rappelle l’emplacement du camp Cornélien. » (Tissot ; province Romaine d’Afrique.)

Il est certain que Porto-Farina fut un important faubourg d’Utique et remplaça même cette ville après sa ruine. De riches villas devaient s’élever sur les bords du lac et ont dû disparaître au milieu des alluvions du fleuve. Un superbe tombeau, découvert en 1898, et des vestiges nombreux très importants, rencontrés dans les jardins du rivage, témoignent de l’opulence des habitants et de leur amour du beau. Il n’est pas douteux que des fouilles bien dirigées donneraient des résultats fructueux.

 

D’après J.-J. Marcel, membre de l’Institut d’Egypte, Saint Louis mourut à Porto-Farina en 1270 et non à Carthage. «Bientôt, dit-il, une maladie terrible, la peste, se répandit dans le camp de Saint Louis et décima l’élite de son armée. Il en fut lui-même attaqué et transporté de Carthage où il avait son quartier général à Porto-Farina. Il y mourut le 25 août.» Cette opinion est partagée par le Dv Frank, qui fut médecin du Bey de Tunis en 1806 et qui a laissé de très intéressants travaux sur la Tunisie et ses habitants.

« Porto-Farina au fond du golfe formé par le cap que les Maures ont nommé Ras Zebyb, c’est-à-dire Cap des Raisins, est une très petite ville avec un port assez profond qui peut contenir environ vingt-cinq navires.

 

 Le Bey tient toute sa marine, ou pour mieux dire sa petite escadrille, dans ce port pendant tout le temps de l’hiver. On assure que c’est en cet endroit que Saint Louis mourut de la peste à sa seconde croisade. »

Il est très probable, en effet, que la flotte du roi vint se réfugier à Porto-Farina comme le faisaient toutes les flottes qui venaient attaquer Tunis.

Lors de l’expédition de Charles-Quint, en 1535, ses forces séjournèrent dans le lac (Chroniques Belges). L’escadre était, dit encore J.-J. Marcel, composée de 400bâtiments portant 25.000hommes de troupes. Le débarquement s’opéra sans peine, et le quartier général fut établi, sur le lieu même où avait campé Saint Louis.

 

Il ne semble pas qu’à cette époque la plage fut fortifiée où qu’elle l’était en 1573 lors de l’expédition de Don Juan d’Autriche qui reçut l’ordre de raser, comme trop coûteux, les forts précédemment construits par les Espagnols dans la région.

Cet ordre, du reste, ne fut pas exécuté.

Le fondateur de la ville actuelle fut Ousta Moutad, 1637-1640, successeur de Youseff. Ce pacha, célèbre corsaire, voulant empêcher les chrétiens de chercher un refuge dans le lac, ordonna d’y construire un fort, puis, en 1640, d’y aménager un port. Il prescrivit d’y créer une ville et d’y retenir les habitants en faisant des avances et en accordant des libertés à ceux qui viendraient s’y fixer.

Les Andalous s’y établirent en grand nombre, attirés par ces avantages, de même qu’à

Raf-Raf et à Ras Djebel. Le lac, à cette époque, avait une grande profondeur.

Sous le gouvernement de Mustapha Laz, successeur de Mohammed, l’amiral anglais Blake, envoyé par Cromwell, le 8 février 1654, parut devant

Porto-Farina. Hamouda Bey, qui commandait l’armée tunisienne, se hâta d’accourir avec toutes ses forces et l’amiral leva l’ancre sans attaquer, mais il reparut le 3 avril et, le lendemain 4, vint bravement s’embosser avec ses neuf vaisseaux de ligne à une demi-portée de fusil des batteries turques.

Aussitôt elles firent rage. Les bâtiments ripostèrent à leur feu par une canonade effroyable et criblèrent de projectiles les ouvrages de l’ennemi.

L’issue de cette lutte demeurait toutefois indécise, lorsque, profitant de la fumée, l’amiral

mit à la mer quelques chaloupes remplies d’hommes déterminés et leur prescrivit de brûler cinq gros vaisseaux tunisiens dans le port.

 Les flammes de l’incendie achevèrent d’épouvanter les Turcs dont le feu était déjà éteint par celui de l’escadre anglaise. Tunis s’empressa de traiter et le prix de la victoire fut la liberté de tous les Anglais et Hollandais détenus dans les bagnes. Le lac avait alors de neuf à quinze mètres de profondeur.

 

En 1682, Mohammed Tabak est arrêté et son fils Ali Bey le fait étrangler à Porto-Farina. Cette ville, à cette époque, devait posséder une forte garnison de soldats, notamment de zouaoua qui, dotés de chevaux par Ousta Mourad, avaient pris le nom de Sbahiâs(ou spahis). De nombreux esclaves étaient occupés à l’entretien des navires. Le P. Le Vacher fonda alors, à Bizerte, une chapelle pour les chrétiens qui venaient au Cap Zebib pêcher le corail, ainsi que pour ceux détenus à Porto- Farina traités très durement par une population féroce.

Déjà, à cette époque, le fort El Oustani qui servait de nos jours de lazaret, avait la même destination.

En 1671, nous dit le Dr Guyon, « trois navires que Mourad Bey avait envoyés en Turquie pour prendre des troupes, revinrent à Porto-Farina dans les premiers jours de juillet avec un millier de soldats dont quelques-uns atteints de la peste. Le Bey donna, à cette époque, une nouvelle preuve de l’extravagance de son caractère en se rendant à bord des vaisseaux pestiférés en compagnie de plusieurs officiers qu’il contraignit de se mettre en communication avec les malades.

Mourad poussa plus loin la folie, il prit la pipe d’un pestiféré afin sans doute de mettre ses courtisans dans l’alternative d’encourir sa disgrâce ou d’imiter sa coupable témérité. »

Il semble cependant que le premier arsenal digne de ce nom ne date que de 1707.On conserve dans la région, dit le P. Anselme des Arcs, le souvenir des familles André, Cubisol, Gaspary, originaires de la Ciotat, pour la plupart maîtres des travaux et protecteurs des chrétiens.

En 1720, le P. Comelin, de l’ordre des Mathurins, envoyé sur la côte Africaine par la Rédemption des Captifs, fit escale à Porto-Farina.

Voici ce qu’il nous dit de son séjour : « Le 14 février, au matin, on reconnut la Garitte

(Galitte) et le soleil prenant le dessus ne tarda pas à faire apercevoir la côte de Barbarie, ce qui engagea de passer le reste de la nuit sans voiles et de tenir le large. Le capitaine se flattant d’arriver le lendemain à la rade de Porto-Farina fit mettre, dès le mâtin, toutes les voiles, mais le calme qui le prit vers la Tache Blanche (?) le força d’y mouiller et d’y jeter l’ancre. Le 16, au matin, on tira un coup de canon pour faire venir à l’obéissance tous les capitaines et patrons des barques françaises qui se trouvaient dans la rade, ce qui fut exécuté/Mais malgré le secours de toutes les barques et chaloupes, ce ne fut que le lendemain, à la faveur d’un petit vent et d’une sorte de marée, que l’on put remorquer le vaisseau et s’avancer à la bouche du port. Après avoir mis pied à terre et s’être délassé pendant quelques heures des fatigues de la mer, M. Dussault (l’Envoyé), avec les personnes de sa suite, fut rendre visite au gouverneur de Porto-Farina qui le reçut avec toutes les marques de distinction. Mais comme il y fut question de cérémonies ou de salut au vaisseau du Roy à son arrivée dans le port, le gouverneur n’osant saluer le premier sans ordre du Bey qui, pour lors, était au camp, demanda du temps à M. l’Envoyé pour avoir à ce sujet des ordres précis. Le Chancelier de la Nation profita de cet intervalle pour informer pareillement de l’arrivée de M. Dussault. M. Basli, consul à Tunis, qui en partit aussitôt accompagné des principaux de la Nation, pour lors résidants dans cette ville.

Le Gouverneur ne reçut réponse du Bey que le 22 et donna aussitôt les ordres pour le salut qui fut fait de toute l’artillerie des trois châteaux, chacun même par distinction ayant tiré deux coups à boulets.

Le 24, M. Dussault, accompagné du Consul, du Chancelier, 4e deux députés et plusieurs autres de la Nation, prit la route de Tunis où il arriva le soir même quoique par terre, il y ait plus de quinze lieues de Porto-Farina. M.’le Consul avait eu soin de faire porter toutes les provisions nécessaires, sans laquelle précaution ils auraient couru le risque de ne trouver dans toute la route qu’une rivière pour se désaltérer.

Le P. Bernard s’étant cru obligé de rester quelque temps à Porto-Farina pour la consolation et le soulagement des esclaves qu’il y trouva occupés à l’entretien des vaisseaux ne put y rejoindre M. Dussault que le 20 février. »

 

Peysonnel, qui vint en 1724 à Porto-Farina, écrit ; « Nous couchâmes à Porto-Farina que les Turcs appellent Gramela. C’est un petit endroit fameux par sa rade et son port très bon et très sûr, le meilleur et presque le seul qu’il y ait sur toute la côte de Barbarie. Il est situé au-dessous d’une grosse montagne qui forme le Cap Zebibe (Promontorium

Apollonis). Cette montagne le met à l’abri des vents N.-N.-O. et N.-E., les plus dangereux dans ce pays, la rade est un grand bassin, elle a environ une lieue de long sur une demi-lieue de large, l’entrée en est étroite et le devient tous les jours davantage parce que la rivière de Bagradas qui se décharge directement à son entrée, charrie beaucoup de sables et le comble peu à peu. Il est à craindre que dans quelque temps elle ne se ferme complètement. Je me suis convaincu que depuis dix ans le fond avait diminué de plus de dix pieds, de sorte que les. vaisseaux de guerre touchent presque tous en entrant aux endroits où ils passaient autrefois à l’aise. Au fond de cette rade on a posé plusieurs môles qui forment un bassin carré capable de contenir une trentaine de bâtiments en toute sûreté. Cette rade est défendue par quatre châteaux garnis de canons tournés du côté de la terre mais en état de bien défendre l’entrée de la rade. Il n’y a pas plus de soixante ans que l’on a commencé à construire quelques maisons autour de ces châteaux. L’endroit est petit, mal bâti et très irrégulier. C’est là que le Bey de Tunis entretient quatre vaisseaux de guerre et où il créa un arsenal qui n’est pas trop bien fourni ni pour les manœuvres, ni pour le bois de construction, ni même pour l’artillerie.

Le voyageur ajoute : «J’ai trouvé dans les environs de Porto-Farina plusieurs jolies plantes entre autre une très belle espèce de scrofulaires.

« Quelques jours avant mont départ (15 août 1724) le caïd ou chef me fit conduire dans un lieu où il avait découvert une mine abondante de mercure sous le règne d’Ali Bey, père de celui qui gouverne aujourd’hui. Ce prince l’ayant appris la fit boucher en disant : Si les princes chrétiens savaient qu’il y a des mines dans mon royaume je n’y vivrais plus en sûreté (Peyronnel et Desfontaines), lettres publiées en 1838, par Dure au de la Malle). Peyronnel signale des mines importantes à Métline et à Ras Djebel. »

 

L’an 1770, des difficultés éclatèrent entre la France et le Bey Ali, à propos des navires corses capturés par les corsaires tunisiens et des droits méconnus des français occupés à la pêche du corail. De plus, un corsaire fameux, El Djerbi, avait recontré en mer un navire de commerce dont il avait injurié et battu le capitaine.

M. de Broves, envoyé par le roi, vint s’établir à Porto- Farina avec son escadre qui comprenait deux vaisseaux de guerre, l’un de 74, l’autre de 50 canons, deux frégates chacune de 20 canons, deux chebeks chacun de 20 canons, deux galiottes à bombes, une flûte et autres navires fournis par Malte. Trois gros vaisseaux arrivés en mai bloquaient la Goulette. Le bombardement dura deux jours.

 

Le 1er août l’amiral alla attaquer Bizerte, qu’il bombarda un jour et une nuit. Plus de trois cents bombes furent lancées sur la ville, le port fut incendié et les habitants durent se réfugier dans l’intérieur. Un coup de vent obligea l’escadre à quitter Bizerte pour la Goulette. M. de Bjoves attaqua ensuite Sousse et Monastir. Enfin, la paix conclue le 2 juin assura pour la Corse les privilèges accordés à la France. Le droit des pêcheurs de corail français établis à la Calle fut maintenu et les esclaves corses obtinrent leur

liberté.

 

En 1784, l’amiral vénitien Emo parut devant la ville d’où il partit attaquer les autres ports de la Régence. A partir de ce moment le port ne paraît pas avoir reçu la visite de flottes ennemies. A cette époque André est maître constructeur à Porto-Farina. On le voit chargé par le Bey de sauver un navire vénitien naufragé à la Goulette, mais il en est empêché par le Chevalier Quérini, commandant une division vénitienne qui réclame ce droit. Lamarinebeylicale tombe alors en décadence et le Dr Frank, déjà nommé, vingt ans après, écrit dans ses mémoires : « J’appris cependant que la plupart des navires tunisiens étaient stationnés pendant l’hiver à Porto-Farina et je dus rester dans l’incertitude sur la nouvelle force maritime de Tunis jusqu’au jour où ces bâtiments

vinrent se réunir dans la rade devant la Goulette.

Cette escadre si vantée n’était composée que de seize voiles, savoir : une seule frégate, quelques bricks et corvettes et quelques petites pinques à peine armées qui avaient été prises sur les Napolitains.

« Si, à cette marine de l’Etat, on ajoute vingtquatre petits corsaires appartenant à des particuliers montés par quelques mauvais marins et encombrés par autant de soldats qu’il est possible d’y entasser, on aura une idée complète de la marine de la Régence. »

En 1818 par suite de l’ensablement considérable de la passe l’arsenal fut transporté à la Goulette.

Cependant, en 1819, après la destruction de la marine algérienne par Lord Exemouth (1816), le Bey se détermina à mettre sa marine de guerre à l’abri d’un coup de main* « Il résolut de rendre à Porto-Farina son ancienne destination de port militaire, les sables de la mer et ceux charriés par la Medjerdah avaient tellement encombré la passe qu’il fallut employer un nombre considérable d’ouvriers et plusieurs bateaux dragueurs. Au mois de décembre le Bey se rendit à Porto-Farina pour assister à l’entrée dans le lac de plusieurs de ses bâtiments de guerre. Une corvette, une gabarre et une goélette franchirent la barre sans difficulté et vinrent mouiller sous les forts de la place à l’abri de toute entreprise ennemie. Elles furent bientôt rejointes par le reste de la flotte tunisienne composée d’une frégate neuve construite à la Goulette, de deux gabarres, quelques bricks et goélettes et un assez grand nombre de chaloupes canonnières. » (Rousseau, Annales.)

En 1820, l’escadre tunisienne comprenait deux corvettes, deux bricks, deux goélettes et trois gabarres.

Une violente tempête, le 7 et 8 février 1821, détruisit la flotte à la Goulette. A cette époque Porto-Farina était abandonnée.

En 1834, les ateliers de Marseille fournirent au Bey une frégate et deux corvettes. La frégate fut vendue quelques années plus tard. Des deux corvettes l’une fut envoyée au Sultan, l’autre se perdit sur les côtes de France. (Lebault.)

Cet état de choses continua jusqu’en 1837. « C’est alors que le Bey Ahmed, très imbu dés idées européennes et préparant son voyage de France, résolut de créer à Porto-Farina un arsenal à l’européenne et d’établir à Tunis une école polytechnique, pépinière de futurs officiers. Malheureusement ces projets ne purent aboutir. C’est de cette époque que date le réyeil momentané de la Ville».

« Le palais du Bey et de sa suite fut construit à grands frais, les casernes, les magasins surgirent comme par enchantement, les vieux forts furent restaurés, le port nettoyé et aménagé. Une frégate, construite en 1840,ne fut lancée qu’en 1853,

car, malgré l’avis des constructeurs, elle n’avait pas été doublée en cuivre, le taret l’eut bientôt cussonnée au ras de flottaison et l’on dût la démolir en 1868 dans le port qu’elle encombrait. (Rousseau).

En 1846, le Bey Ahmed quitta Porto-Farina à bord du bateau français le Dante pour son voyage en France.

De cette époque date, l’abandon du port qui, mal entretenu, était devenu inaccessible.

Une forte garnison de 10.000 hommes avait été établie dans les casernes, mais elle fut retirée peu à peu.

En 1850, Salah Chiboub, ancien tambour favori du Bey, commandait la province. Des troupes, ainsi que l’indique Dilhau dans son Histoire de la Régence, séjournaient cependant encore en 1857 à Porto-Farina.

Il y avait alors deux régiments qui détachaient des troupes à Bizerte. Les jeunes qui composaient ces régiments n’étaient pas au service au même titre que les autres. Ils se faisaient remplacer et ne servaient que six mois de l’année. C’est vers 1853 qu’une station de missionnaires fut formée à Porto-Farina.

 

Au début de l’occupation française la Compagnie du port de Bizerte tenta de rétablir à la circulation la barre qui ferme le lac Une tempête survint qui rendit le travail inutile. Plusieurs

Compagnies se sont succédées pour exploiter la pêche si abondante et si variée. La difficulté du transport et la conservation du poisson avait rebuté les entrepreneurs. Grâce aux nouvelles routes, aux transports rapides et aux procédés pratiques de congélation il n’est pas douteux que l’on n’obtienne des résultats très satisfaisants.

Autour du Cap étaient autrefois des bancs d’huîtres estimés dont le Bey se réservait le monopole.

Daurades, mulets, loups, maquereaux, merlans, rougets, limandes, soles viennent frayer à différentes époques dans le lac ; ils varient la pêche qui se pratique aux barrages dans des bordigues fort bien installées.

 

Parlant des Etablissements Maritimes Beylicaux M. d’Estournelles de Constant s’exprime en ces termes :

« Porto-Farina n’est rien moins qu’un splendide  établissement militaire et maritime construit à l’européenne. Arsenal, casernes en pierres de taille, rien n’y manque, si ce n’est l’homme; depuis plus de trente ans l’homme et l’eau. Nous eûmes un jour l’occasion d’aller la visiter sur un de ces bateaux qui passent par tous les fonds.

Arrivés dans la baie nous nous préparions à débarquer lorsque à l’entrée même du chenal qui conduit au port nous touchâmes le sable. Il nous fallut rentrer à Tunis, n’ayant pu contempler que de loin, au-delà d’une lagune mélancolique, les grands édifices encore intacts et tous vides que devaient animer dans l’esprit d’Ahmed la présence d’une armée et d’une flotte. En construisant tous ces palais on n’avait pas songé à la Medjerdah qui se jette dans le golfe et qui, abandonnée depuis des siècles à elle-même sur presque tout son parcours dans le nord de la Tunisie, sans quais, sans barrages, sans jetées, emporte chaque année à la mer des plaines entières qu’elle devrait fertiliser.

D’immenses dépôts de limon comblent ainsi son embouchure et se déplacent incessamment, ils obstruent vite le port dont s’enorgueillissaient les Beys. 11 eut fallu, pour diriger la Medjerdah,un travail ingrat et productif, mais peu apparent, profitable surtout aux générations à venir. Ahmed aima mieux construire des édifices inutiles, mais qui lui feraient honneur de son vivant.

« Quand le Bey, dit-il plus loin, abandonne son palais et change de résidence, les fonctionnaires le suivent et déménagent. Sous prétexte d’économies, chacun enlève tout ce qui est transportable, non-seulement les meubles mais les fenêtres, les vitres de couleur, les charpentes, les toitures sont arrachées, seules les pierres ne valent pas le voyage, elles restent debout superposées en solides murailles, mais sans toit, trouées d’ouvertures béantes au travers desquelles on voit du dehors de grandes salles qui ont encore çà et là leurs corniches dorées, leurs peintures et qu’habitent les figuiers sauvages et les ronces ».

 

L’ESCLAVAGE

 

Il est difficile de retracer l’histoire de- Porto- Farina sans dire quelques mots de la piraterie et de l’esclavage puisque ce port fut le berceau de la marine corsaire tunisienne et que ses forts et ses bagnes abritèrent pendant des siècles des malheureux chrétiens dont les religieux et les voyageurs nous retracent à chaque visite la situation si misérable.

Il convient toutefois de bien établir que la piraterie fut surtout l’oeuvre des Algériens dont la marine était plus puissante que celle de Tunis.

Ces marines furent d’ailleurs pendant longtemps intimement unies, et le Maroc contribua pour une large part également aux exploits des corsaires barbaresques.

D’après quelques auteurs (La Condamine) et les récits de quelques captifs peu scrupuleux, débrouillards (d’Aranda) ou d’humeur joyeuse (Régnard) l’esclavage était très supportable, à tel point que l’on vit des captifs revenir de plein gré chez leurs anciens maîtres.

Pour d’autres, les plus nombreux, au contraire, la vie des prisonniers était intolérable.

Il ne faut pas oublier non plus que le nombre et le sort des chrétiens a été très variable. Quand les visites des flottes européennes et leurs énergiques réclamations furent fréquentes, par suite des délivrances forcées, des échanges ou des rachats, le nombre des esclaves diminua considérablement, et leur sort s’améliora ; les musulmans craignant des représailles ou espérant par leurs bons soins obtenir des rachats avantageux ou des échanges plus importants.

En 1634, à Alger, il y avait, dit-on, trente-six mille captifs, dont quinze mille femmes. A Constantinople, leur nombre était plus élevé encore, et le montant du prix représentait plus de vingt millions de livres. Avant cette époque, les corsaires célèbres, Aroudj et Kheired Din, établis à Tunis, firent de cette ville le centre de leurs expéditions.

 

C’est pour abattre leur orgueil que Charles Quint dut entreprendre sa célèbre expédition de 1535. Les vingt-cinq mille esclaves européens enfermés à Tunis lui ouvrirent les portes de cette ville, ceux-là même que Kheir ed Din avait employés à creuser le canal et le port de la Goulette.

Sous les commandements da Salah Raïs, fils de Kheir ed Din, et de Sinan, les esclaves chrétiens ne cessèrent d’encombrer les prisons.

 

En 1802, huit cents habitants de l’île Saint-Pierre, sur les côtes de Sardaigne, furent encore capturés par les Tunisiens, et, dans une lettre datée du 24 mai 1805 de Barletta, sur l’Adriatique, P.-L. Courier écrit: « On ne connaît pas ici de maisons de campagne ou de villages parce que les brigands rendent la campagne inhabitable, il n’y a de cultivé que les environs des villes, le sol est très fertile, et produit presque sans travail une grande quantité de blé qui, avec l’huile, forme tout le commerce du pays sujet à des avanies continuelles tant de la part des gouverneurs que des Barbaresques.

Quoi que ce soit un port, on ne peut y avoir de poissons parce que les pêcheurs sont enlevés jusque sur la côte ».

C’est aux religieux et notamment aux Trinitaires et aux Pères de la Merci que les esclaves doivent l’adoucissement de leur sort. Les récits de ces Rédempteurs bien placés pour connaître leur situation réelle surtout celle des vieillards, des pauvres et des infirmes, nous mettent en droit de penser que l’existence de ces détenus était abominable tant au point de vue moral qu’au point de vue matériel.

Deux ordres religieux se consacraient spécialement à secourir et racheter les esclaves.

D’abord les Trinitaires ou Mathurins, ordre fondé en 1198 par Saint Jean de Matha et Félix de Valois pour la délivrance des chrétiens. Le cheflieu de l’ordre était à Cerfroi (aux confins de la Brie et du Valois). Les frères ne pouvaient manger ni poisson ni viande, si ce n’est le dimanche, et encore fallait-il que cette nourriture eut été donnée en aumône. Ils ne devaient porter que des vêtements grossiers et dans leurs voyages ne pouvaient monter que des ânes, d’où leur nom de Pères aux Anes.

En 1267, la règle fut modifiée par Clément IV qui permit aux Trinitaires l’usage du cheval et modifia le costume. Vêtement blanc avec une croix rouge et bleue sur là poitrine. Ils étaient établis dans une ancienne aumônerie de l’ordre de Saint-Benoît, dédiée à Saint-Mathurin (sur l’emplacement des thermes de Julien, Musée de Cluny) d’où leur appellation commune. On les désignait encore en France sous le nom de Ministres.

Ensuite, les Pères de la Miséricorde ou de la Merci, ordre fondé à Barcelone à l’imitation de celui des Trinitaires (1218) et approuvé en 1235 Par Grégoire IX sous le nom de Congrégation de Notre-Dame de la Miséricorde.

Primitivement, l’ordre était composé de clercs et de chevaliers, puis ne comprit plus que des ecclésiastiques.

Ces Pères allaient pieds nus, pratiquaient la retraite, l’abstinence et la pauvreté. Il y avait quatre provinces, deux en Espagne, une en Sicile, la quatrième en France.

Les Capucins, ordre créé en 1526 par Mathieu Baschi, fondèrent en 1624 une Mission à Tunis, sous le nom de Procureurs des Esclaves et s’établirent en 1636 à Tabarka qui appartenait à la famille Lomellini, de Gênes.

Le Père Le Vacher, qui mourut en août 1682 martyrisé par le fameux corsaire Mezzo Morto qui le fit attacher à la gueule d’un canon, avait construit en 1672 une chapelle à Bizerte pour le service religieux des chrétiens pêcheurs de corail au Cap Zebib. On n’avait pu, en effet, installer des religieux à Porto- Farina tellement la population de ce port était «féroce et versatile capable de détruire en un jour le travail d’une année ». (Da Cesinale.)

Si le sort des détenus était précaire à Bizerte il n’était pas moins insupportable à Porto-

Farina. Parlant d’une visite qu’il rendit au Père Le Vacher, de\ Bizerte, un Père Capucin écrit :

« Parmi les captifs de cet endroit, autres que ceux des galères, nous avons trouvé quarante esclaves en une prison si petite et si étroite qu’ils pouvaient à peine se mouvoir. Il ne recevaient l’air que par un soupirail garni d’une grille placé au haut de la voûte. Ils étaient enchaînés deux par deux et toujours enfermés, toujours occupés à moudre le grain avec un petit moulin à bras et obligés de fournir chaque jour une quantité au-dessus de leurs forces. Il sont véritablement nourris du pain de la douleur et l’on peut littéralement dire qu’ils mangent à la sueur de leurs fronts dans ce lieu si étouffant accablés par un pareil labeur ».

Une grande partie des chrétiens étaient donc employés comme rameurs sur les navires corsaires.

D’après le récit d’un esclave les bâtiments étaient de trois sortes :

1° Les demi-galères construites en bois de sapin de soixante pieds de quille et d’une proportion mince et légère, et hors d’état, par conséquent, de supporter une longue navigation ;

2* Les galiottes, plus longues que les demi-galères et à peu près de même construction, les unes et les autres peuvent porter trois cents personnes;

3° Les chebeks, construits comme un navire à deux mâts et qui s’éloignaient pour faire des voyages en haute mer.

Les équipages étaient composés de rameurs chrétiens, enchaînés à leurs bancs nuit et jour, surveillés par un gardien qui parcourait ces bancs sur une passerelle, frappant à coups redoublés pendant les poursuites qui, souvent, duraient dix, douze et quatorze heures de suite. (Slade.) Les autres matelots pour la manoeuvre des voiles que l’on utilisait le plus possible, étaient des Algériens pour la plupart ou des Marocains de Salé.

 

Les soldats étaient surtout des montagnards de la côte.

On embarquait aussi, mais en petit nombre, des renégats dont on redoutait la trahison. Lors de la grande course un Agha commandait à tous, même au Raïs.

Le corsaire quittait le port, arborant de superbes bannières qu’ils dissimulait ensuite pour hisser le drapeau d’une puissance chrétienne de façon à s’approcher de l’ennemi. Dès qu’il était à portée de voix, un renégat de la nation en vue engageait la conversation pour bien connaître les forces et la valeur de l’adversaire que l’on n’attaquait qu’à bon escient. Quand on capturait un navire de peu de valeur il était pillé puis incendié. Dans

le cas contraire, la prise était envoyé au Dey sous la conduite des chrétiens prisonniers. A l’arrivée on hissait le pavillon du vaincu et l’on saluait le port par un nombre de coups de canon en rapport avec la capture.

Les esclaves débarqués traversaient le port pieds nus et la tête découverte pour être conduits au marché.

Pour le partage des parts, les usages assez variables pouvaient cependant se résumer de la manière suivante : Le Dey choisissait un esclave sur huit et avait droit au huitième de la cargaison (Alger). Le capitaine prenait tout ce qui se trouvait dans la chambre du navire. Le reste était partagé entre les matelots et les soldats.

A Tunis on prélevait : 10 % pour le Pacha1%  pour l’entretien du port, 1%  pour les marabouts, % dont 10, 12, 15 % pour le capitaine et 40, 38 ou 35 % pour les armateurs, soit 62 %Sur les 38 %0 restant dus, il revenait 3 % au chef des soldats,

3 %au lieutenant, 3 %aux soldats, 3 % aux maîtres canonniers (renégats), 3 % aux canonniers, 3 % au pilote, 3 %au contre-maître de manoeuvre de voiles, 3 %au chirurgien (renégat ou chrétien), 2 %au maître de hache, 2 % au calfat, « 2 % aux marins esclaves loués par des maîtres qui touchaient la part de ces esclaves et

8 % au second du navire. (Dilhau.)

Les agrès du grand mât des navires sacrifiés appartenaient aux gardiens du port (droit de caraporta) et les agrès de misaine au capteur. La carcasse du navire était vendue aux enchères. Le Dey en avait le huitième.

Les prisonniers conduits au marché (Batistan) étaient exposés. On les interrogeait sur leur âge, leurs qualités, leurs aptitudes et leurs relations qu’ils devaient s’efforcer de dissimuler, leurs maîtres futurs devant nécessairement profiter de leur fortune ou de leur naissance au cas de rachat ou d’échange. On les faisait courir, sauter, marcher, puis on annonçait à haute voix les enchères au milieu des discussions les plus violentes etles plus ridicules. Il y avait, en effet, deux enchères, la première toute de ruses, car il fallait terminer au palais cette vente, l’enchère la plus élevée du marché devenant la première au palais, car le prix de la vente au marché appartenait aux propriétaires du navire et à l’équipage tandis que l’excédent d’adjudication profitait au Trésor.

Les chrétiens esclaves étaient ensuite logés soit chez leurs maîtres soit dans les bagnes ou bains publics.

Dans quelques villes, au Maroc notamment, ils habitaient les meilleures maisons du quartier Juif. Généralement, dans les bagnes, il se faisait des groupements par nation, et chaque nation avait un chef. Nous savons qu’au lever du jour chaque nation partait au travail jusqu’à midi avec un quart d’heure de repos le matin pour  déjeuner. De midi à une heure l’esclave se reposait, puis il reprenait jusqu’à quatre heures un durlabeur bien souvent prolongé. Ces travaux étaient fort pénibles : construction de murailles et forts, arrosage des champs et des jardins, creusement de canaux et ports, travaux de menuiserie et de décoration.

En certaines régions, les esclaves étaient obligés d’aller, la nuit, garder les bestiaux dans les champs, et n’employaient pour subsister que le vol ou la corruption.

Il semble que les différentes nations n’étaient guère en accord complet. Les Français, les Anglais et les Hollandais aimaient, paraît-il, à se réunir, tandis que les Italiens et les Espagnols faisaient bande à part.

Mais ici, comme pour le reste, on ne peut généraliser. Ces malheureux ne pouvaient correspondre que par l’intermédiaire des marchands ou des religieux de leur nation et bien heureux étaient ceux qui, par leur industrie, pouvaient améliorer leur sort et adoucir leurs gardiens.

Ceux-là parvenaient, par des travaux supplémentaires, confection de chapeaux, corbeilles, coffrets, cordons, à obtenir quelque nourriture supplémentaire qu’ils partageaient avec leurs compagnons infirmes ou malades qui étaient alors complètement abandonnés.

Dans ces bagnes qui, souvent, n’étaient que d’anciennes citernes où l’on descendait de la voûte par une échelle retirée le soir, éclataient des disputes et des rixes continuelles favorisées par le droit de vendre du vin accordé contre patentes considérables aux chefs de ces prisons qui en usaient, ou plutôt en abusaient largement.

Sous l’influence et la direction des religieux la vie de ces bagnes devint parfois plus supportable.

Les Pères y résidaient pour soigner les malades.

Ils y célébraient la messe et prodiguaient les secours matériels et spirituels. Ces bagnes portaient même des noms de saints : Bagnes Sainte-Croix. Saint-Roch, Sainte-Lucie, Saint-Antoine,Saint-Léonard, etc. Chaque chapelle était même administrée par deux esclaves marguilliers. Les Pères pouvaient circuler librement, ainsi que certains esclaves qui appartenaient à des maîtres plus humains auxquels ils rendaient des services comme médecins, scribes ou architectes.

C’est ainsi que Saint-Vincent-de-Paul qui fut esclave à Tunis, de

1605 à 1607 paraît ne pas avoir trop souffert de sa captivité dont il parle fort peu. Il y eut trois maîtres dont le dernier, Savoyard renégat, fut par lui ramené à la foi, et avec lequel il revint en France en 1607.

Tous, cependant, n’obtenaient pas les mêmes traitements et nombreux étaient les. renégats que l’appât d’une vie plus douce conduisit à l’apostasie.

Pour arriver à ce résultat on employait contre les chrétiens différents procédés dont les plus communs étaient l’ivresse, les faux témoins et les femmes. Ce dernier moyen, le plus ordinaire, exposait à une mort horrible l’esclave trouvé en conversation criminelle avec une musulmane.

C’était pour se soustraire aux plus cruels tourments qu’il abandonnait sa religion. Pour abjurer, le chrétien devait prononcer publiquement la formule: « Dieu seul est Dieu et Mahomet est un prophète ». La cérémonie variait ensuite avec les régions. Ici, le renégat prononçait la formule l’index levé vers le ciel, se faisait raser la tête, subissait la circoncision et recevait le turban.

Ailleurs il était promené sur un cheval, tenant entre le pouce et l’index une flèche la pointe dirigée vers le ciel. On lui procurait vingt-cinq écus, une femme, un chien, un chat, un coq et deux poules (Maroc).

Le prix des journées qu’il touchait comme chrétien lui restait toujours alloué et s’il travaillait pour le Dey il recevait une gratification supplémentaire.

Le Juif qui apostasiait devait se faire chrétien et manger du porc.

Néanmoins les renégats était méprisés. Quelques-uns obtinrent, il est vrai, grâce à cette abjuration, une grande indépendance et même des situations élevées puisque plusieurs furent des corsaires réputés, des chefs de l’armée, et des Beys célèbres. Mais pour le plus grand nombre la situation était plutôt équivoque. Ils habitaient un quartier séparé, ne pouvaient s’éloigner sans autorisation de plus de quatre lieues de leur résidence, et les renégats d’origine juive n’étaient enterrés que dans un cimetière particulier.

Seuls les esclaves prêtres ou médecins pouvaient circuler librement. Les autres, pour leurs durs travaux, ne recevaient que deux petits pains à peine cuits, faits de grossière farine, appelés lunes et environ deux sous de notre monnaie, et encore souvent devaient-ils partager avec leurs gardiens.

Ils étaient vêtus de sacs, la tête presque toujours découverte et succombant en foule à de longues et cruelles maladies. B

eaucoup furent battus jusqu’à la mort et noyés, empalés et même livrés aux bêtes (Maroc).

A ce triste sort ils ne pouvaient échapper que par la mort, l’échange ou le rachat. L’échange était rarement employé, néanmoins il était admis à l’échange qu’il fallait deux Maures pour un chrétien, de même qu’il fallait payer 800 piastres pour un Maure tué par un chrétien, et seulement recevoir 500 piastres pour un chrétien tué par un

Maure. On voit que les intérêts matériels n’étaient pas oubliés et que les avantages n’étaient pas du côté chrétien lors des transactions.

Quand les Pères delà Merci ou les Trinitaires avaient recueilli des aumônes suffisantes ils en donnaient avis aux administrateurs des bagnes qui demandaient le passeport des religieux avec déclaration des valeurs ou marchandises qu’ils apportaient. Le Dey prélevait 3  ½  0/0 sur les espèces et 12  1/2  0/0 sur les marchandises et exigeait en outre le rachat de quelques-uns de ses esclaves trop vieux ou incapables.

Les religieux commençaient par racheter les captifs de leur nation, ne rachetant d’autres chrétiens qu’avec l’excédant de leurs ressources.

Une messe d’actions de grâces était alors chantée et les rachetés y assistaient vêtus de vêtements blancs puis partaient en procession pour s’embarquer.

Le rachat avait lieu également par les gouvernements.

C’est ainsi qu’en 1805 Napoléon envoya à Alger son frère Jérôme racheter les esclaves français, italiens et liguriens pour 400.000 frs, de même que furent rachetés en 1798, à Tunis, au prix de 500 piastres d’Espagne par tête les huit cents habitants de Santa-Piétro, soit environ 500.000 francs. Une fois débarqués en France, les captifs partaient en procession, ils avaient laissé croître leurs barbes et marchaient deux à deux vêtus de manteaux blancs portant de lourdes chaînes afin de frapper l’imagination populaire et recueillir d’abondantes aumônes en vue de nouveaux rachats.

Un rachat de chrétiens se payait en moyenne 3.000 francs, Le prix d’une chrétienne était souvent de six cents sequins, soit 7.000 francs.

On payait d’après la valeur physique de l’individu, ses aptitudes et ses relations.

 

En 1627, il y avait à Alger soixante-dix vaisseaux de course et trente-trois corsaires quittèrent le port en 1634. Il y avait alors à Tunis quatorze vaisseaux ronds et vingt-cinq galères.

On peut évaluer à cent cinquante le nombre des vaisseaux qui faisaient la course sur les côtes de la Barbarie lors de la grande période de prospérité des marines corsaires.

La flotte des pirates Tripolitains fut détruite par les Chevaliers de Malte.

Quant à la piraterie Tunisienne sa décadence commença en 1806 et elle disparut quelques années après. A cette époque, dit le Docteur Frank, les navires étaient mal armés et ne quittaient plus la rade qu’en mai pour y rentrer au mois de septembre. Quand cette escadre était en rade aucun navire étranger ne pouvait mettre à la voile avant le départ de cette flotille. Les Tunisiens n’exerçaient plus la piraterie qu’en cas de guerre et envers leurs ennemis, respectant les neutres et les traités; tout au contraire des Algériens qui, à toute époque, pillaient amis et ennemis. Les Algériens, dit le même auteur, traitaient tous les ports en pays conquis et maltraitaient les équipages des nations européennes, les obligeant à leur fournir de l’eau.

Ils vexaient les marines Sardes, Napolitaines, Toscanes, Génoises et Espagnoles et les réclamations des consuls étaient peu ou point écoutées.

En’ 1816, lord Exmouth bombarda Alger et détruisit sa marine corsaire qui avait totalement disparue lors de la conquête française.

En 1817, Moulay Soliman, sultan du Maroc, abolit la course et fit racheter par le gouverneur du Sous les chrétiens captifs retenus par les Maures.

 

En 1818, la piraterie n’était plus qu’un souvenir.

Notre visite à Porto-Farina remontant à quelques années, nous avons pensé utile d’y joindre une étude détaillée sur sa situation actuelle. Nous ne pouvions mieux faire que de reproduire ici un travail inédit de M. Canavaggîo, le sympathique instituteur de cette localité qui, mêlé à la vie intime de la population, était mieux en mesure que quiconque d’en décrire la physionomie toute spéciale.

 

PORTO-FARINA D’AUJOURD’HUI

 

« La montagne qui domine Porto-Farina est le Djebel Nadour. Du sommet du Nadour, et par temps clair, la vue embrase un vaste panorama.

Vers l’ouest, on aperçoit, au loin, le Cap Blanc, Ferryville, Metline, pittoresque village arabe accroché au flanc d’une montagne, l’île des Chiens et son phare, et, plus près, Ras el Djebel et Raf- Raf. Vers l’est et le sud, la vue s’étend sur Zirabra, le Cap Bon, Sidi Bou Saïd, Carthage, La Goulette, une partie de Tunis, Rades, Hammam-Lif,

le Bou Kournin, le Djebel Reçass et, dans le lointain, le Zaghouan.

 

L’altitude et la position du Nadour avaient été utilisées par les Arabes qui, sur son sommet, avaient établi un poste d’observation (un nadour), pour signaler le passage des vaisseaux que les pirates, cachés dans la darse de Porto-Farina, allaient attaquer. Ce Nadour, dont il reste encore des vestiges, a donné son nom à la montagne.

 

Il y a une vingtaine d’années, le génie militaire y construisit un poste optique. Ce poste, occupé chaque année pendant 45 jours, correspond avec ceux du Cap Blanc et de Sidi Bou Saïd. Plnfin, en 1901, la Marine y a fait construire un sémaphore relié télégraphiquement à Bizerte.

Il serait en outre question d’y installer un poste de télégraphie sans fil.

Une piste de près de trois kilomètres de longueur, conduit au sémaphore en côtoyant des ravins très profonds. L’ascension, pas trop pénible, peut se faire en une heure ; vingt minutes suffisent pour redescendre.

Sur les flancs du Djebel Nadour poussent, en abondance, le thym, le romarin, la bruyère, etc.

Ces plantes, continuellement battues par le vent, ne s’élèvent guère au-dessus du sol et forment un immense tapis de verdure qu’émaillent de nombreuses fleurs pendant une grande partie de l’année.

Une seule source jaillit de la montagne, sur le versant de Porto-Farina. Malheureusement son niveau est trop bas et son eau, quoique abondante et de bonne qualité, ne peut être utilisée et se perd dans le lac. Située à plus de deux kilomètres du village elle ne sert qu’à abreuver les nombreuses bêtes de somme des indigènes et des Maltais qui se rendent, les premiers au pèlerinage de Sidi el Mekki, les seconds, dans les jardins qui bordent le lac. Cette source dénommée  » El Aïoun  » pourrait rendre de grands services si elle était captée quelques mètres plus haut.

Quant à l’eau qui alimente Porto-Farina, elle provient d’une source située à 7 kilomètres et jaillissant sur les hauteurs qui dominent le village de Aousdja. De récents travaux, exécutés pour la réfection de la conduite, ont fait découvrir les traces de 7 à 8 anciennes canalisations en maçonnerie, ce qui porte à croire que cette source avait été captée par les Romains.

Pour expliquer la rareté de l’eau dans la montagne, une légende locale veut qu’un cours d’eau souterrain traverse, dans toute sa longueur la chaîne de montagnes dont fait partie le Nadour?

Ce cours d’eau, qui n’existe que dans l’imagination de la population, irait se jeter à la mer à la Pointe Farina en face l’île Plane, où il produirait un fort courant ; la vérité est que la montagne est formée de couches rocheuses, presque verticales, qui ne laissent aucun passage à l’eau. Celle-ci s’en va jaillir sur l’autre versant, qui n’est pas rocheux, et forme plusieurs sources au-dessus de Raf-Raf. Une de ces sources, captée, alimente ce village ; les autres, dont quelques unes à débit très important, servent à irriguer les nombreux vergers qui, avec la vigne, constituent là principale culture de Raf-Raf.

Si la région de Porto-Farina n’a pas beaucoup de sources, elle est, du moins, une des plus favorisées de la Tunisie, sous le rapport de la pluie, qui y tombe régulièrement, et à intervalles assez rapprochés, de fin Septembre à fin Avril. Dans le dernier trimestre 1905, la station météorologique de l’école a enregistré 488 millimètres d’eau.

Enfin, dans les environs du village, la nappe souterraine n’est pas trop difficile à atteindre, et dans quelques propriétés, il a été creusé des puits peu profonds, qui fournissent en grande abondance, de l’eau d’excellente qualité.

Le climat de Porto-Farina est tempéré, la montagne abritant le village contre les vents du nord.

Sa plus basse température enregistrée dans le dernier trimestre 1905 a été de 5 degrés. Pendant l’été de la même année le thermomètre est monté jusqu’à 40 degrés.

Le vent dominant sur la contrée est le vent du nord-ouest qui y souffle, quelque fois, avec une violence extrême.

Pendant l’hiver 1902, une grande statue en marbre qui se trouvait sur l’église, fut renversée par un ouragan du nord-ouest et les caroubiers, brisés par cette tempête, se comptèrent par centaines.

Une barque, ancrée au bord du lac, fut soulevée comme un fétu de paille, lancée à une

vingtaine de mètres, dans un champ d’orge, et réduite en miettes.

Les Romains avaient fondé une colonie à Porto-Farina. A trois kilomètres avant d’arriver au village actuel, on trouve des vestiges d’importantes constructions; si des foirilles bien dirigées, y étaient pratiquées, on ferait certainement des découvertes intéressantes. En 1895, un propriétaire maltais, M. Carmelo Camilleri, faisait creuser un puits dans son jardin. Ses ouvriers découvrirent presque à fleur de terre, un tombeau en marbre entouré des statues des neuf muses. Ce tombeau est au musée du Bardo depuis le mois de Mai 1898.

Non loin du jardin de M. Camilleri, le nommé M’hamed Ksiba a trouvé une base de colonne qui n’a pas moins de 85 centimètres de hauteur et dont la plinthe a 75 centimètres de côté ; cette base supportait une colonne ayant 60 centimètres de diamètre et le monument dont elle faisait partie ne pouvait être que grandiose.

Au pied de la montagne, et au-dessus de Porto-Farina, on remarque des ruines qui semblent provenir d’anciens barrages. Plus bas* dans le village, on trouve, assez fréquemment des traces de canalisations, ce qui fait supposer que les Romains avaient suppléé au manque de sources en créant des réservoirs d’eau de pluie au pied

du Nadour.

Avec les Arabes, Porto-Farina devint un des centres les plus actifs des opérations des corsaires qui y trouvaient, dans la darse et sous la protection de ses trois forts, un refuge contre les vaisseaux qui pouvaient leur donner la chasse. Ces trois forts et la darse, construits, dit-on par des ingénieurs génois, existent encore. L’un d’eux a été transformé en bagne. Des deux autres, l’un servit de lazaret au moment où les pèlerins, au retour de la Mecque, débarquaient à Porto-Farina et y subissaient une quarantaine. Plus tard et jusqu’en Octobre 1904, on y installa une colonie de jeunes détenus indigènes. Enfin, le troisième fort fût transformé en infirmerie pour les forçats : l’humidité qui y règne le fit évacuer et, ainsi que l’ancien lazaret, il ne tardera pas à tomber en ruines. Ce fort, appelé « Borg ËlOustani »0) (le fort du milieu), est encore armé de ses vieux canons et on y voyait, il n’y a pas bien longtemps, une catapulte et son approvisionnement de gros boulets et pierre. La catapulte fut détruite par un agent du service pénitentiaire qui en fit du bois à brûler, quant aux boulets, ils furent enlevés en

1903, par le garde-côte Phlégéton » et transportés à l’arsenal de Sidi Abdallah. Quelques-uns furent envoyés au musée du Bardo, ainsi qu’une grande plaque en marbre qui était placée au-dessus de la porte principale de l’arsenal.

 

(1)  Le Bordj El Oustanï «et occupa actuellement par le poste de police.

 

Cette plaque était couverte d’inscriptions arabes que les plus fins lettrés de Porto-Farina n’ont jamais su déchiffrer.

Quand Ahmed bey résolut de créer un port de guerre à Porto-Farina, d’immenses casernes furent construites autour de la darse. De nombreux ouvriers, tailleurs de pierre, maçons, menuisiers, forgerons, furent employés aux travaux de l’arsenal.

Pour les empêcher de se sauver on prenait, le soir, la précaution de les enchaîner et de les enfermer dans un souterrain qui existe encore.

Dans la journée ils étaient surveillés par des féroces spahis dont le bâton avait vite fait de faire rentrer sur le chantier, celui des ouvriers ou mieux des esclaves, qui auraient voulu le quitter.

Mohamed Badria, maçon, encore vivant, a travaillé dans ces conditions pendant plusieurs années, et les souvenirs qu’il a gardés de cette période de sa vie sont loin d’être gais.

Les travaux terminés, le bey envoya une garnison de vingt mille hommes à Porto-Farina. Un jeune docteur français, le docteur Sorba, originaire de la Corse, remplissait les fonctions de médecin major. Il se maria avec une italienne dont le père, maître de port, était établi dans le pays depuis une vingtaine d’années. Le docteur Sorba est décédé à Porto-Farina à l’âge de 33 ans, ne laissant aucune fortune à sa veuve qui est morte dans la misère.

Le commandement de la garnison de Porto- Farina fut confiée au général Salah Cheboud qui fit édifier de nombreuses constructions pour son usage personnel et pour celui de sa suite.

Quand Ahmed Bey eut résolu d’abandonner Porto-Farina, toutes les constructions qui avaient été édifiées furent abandonnées et, faute d’entretien, ne tardèrent pas à tomber en ruines. Les matériaux utilisables furent, en grande partie, utilisés par les habitants; le gouvernement de son côté, en fit prendre pour construire le Contrôle civil de Bizerte ; le reste fut vendu et, à l’heure qu’il est, tout est détruit.

Seules, des arcades qui longent un côté de la darse, sont encore debout. Ces arcades, derrière lesquelles se trouvent d’immenses magasins, sont dénommées ( » La Kechla  » la caserne).

Comme il a été dit au commencement de cette notice, Porto-Farina se trouve à 57 kilomètres de Tunis et à 44 kilomètres de Bizerte. Des routes carrossables, construites par les forçats, le relient à ces deux villes et à Ras el Djebel. Une diligence et un service d’automobiles assurent quotidiennement les communications avec Tunis et Bizerte et transportent le courrier.

La population de Porto-Farina se compose d’environ 1500 indigènes, de près de 400 maltais, de quelques familles italiennes et d’une quarantaine de français (exactement 49).

Les indigènes descendent, en grande partie, d’anciens forçats chrétiens qui, convertis à l’islamisme, se marièrent dans le pays et y firent

souche. Les descendants de ces Européens ont conservé les noms et les traits de leurs ancêtres.

Il n’est pas rare en effet, de rencontrer un individu blond, souvent roux, au nez aquilin, aux yeux bleus, aux longues moustaches blondes, a qui l’on adresserait volontiers la parole en français ou en italien, en italien plutôt, s’il n’était habillé en arabe. Si on lui demande son nom, on peut être certain qu’il s’appelle ou .*’ Kristôu  » ou « Zénouïze » (le génois), ou  » Forçadou (le forçat), ou  » Blancou  » (le blanc), ou  » El Malti  » (le maltais), ou  » Zarrouk  » dont l’ancêtre était napolitain.

 Le type européen se voit mieux chez les femmes qui ont presque toutes, paraît-il, le

teint blanc, les cheveux blonds et les yeux bleus.

A propos de ces musulmans d’origine chrétienne, il n’est peut-être pas sans intérêt de remarquer qu’ils sont beaucoup plus croyants, ou tout au moins plus pratiquants que les arabes n’ayant aucun lien de parenté avec les Européens. Peut-être,

par cet excès de ferveur religieuse, veulent-ils faire oublier ce qu’ils considèrent comme leur péché originel.

Les indigènes de Porto-Farina sont presque tous jardiniers. Quelques-uns pourtant, sont épiciers, boulangers, maçons, menuisiers, marins, barbiers.

Un de ces derniers est en même temps « tebib » (médecin) et les remèdes qu’il prescrit à ses malades, en plus de la saignée obligatoire, ne sont ni bien difficiles à préparer, ni bien difficiles à prendre : des tisanes simples, de la « dendouna » (teinture d’iode), etc. Mais le remède qui a fait sa réputation est l’eau de « Janos » qu’il appelle tout simplement « El ma mtaâ el kerkedan » (l’eau de rhinocéros), un interprète facétieux lui ayant traduit « eau de Janos » par « eau de rhinocéros ».

Et le brave « tebib » a tellement confiance en son « eau de rhinocéros » qu’il n’hésite jamais à l’employer dans les cas qu’il considère comme désespérés!

De tous les indigènes qui exercent un métier, aucun ne se désintéresse complètement de son lopin de terre, et au moment des semailles des pommes de terre, semailles qui se font deux fois par an, en Octobre et en Janvier, magasins et ateliers sont désertés, et ouvriers e.t marchands redeviennent jardiniers.

Les jardiniers de Porto-Farina cultivent surtout la pomme de terre, qui est justement réputée dans toute la Tunisie et dont la production annuelle atteint une moyenne de 25 à 30.000 quintaux.

Les principales variétés cultivées sont: la rouge, la rose, la rouge et la blanche de Naples et une variété indigène nommée  » Kechelef » du nom de celui qui l’a cultivée le premier. Depuis deux ans on a essayé la culture de la pomme de terre de Hollande ; on verra dans le passage sur les primeurs les résultats de cet essai.

Un dicton populaire dit que Porto-Farina n’a que  » El Djebel ou El Bahar » (la montagne et la mer) Les habitants ne disposent en effet, comme terrain cultivable que de la bande de terre qui se trouve entre le pied de la montagne et le lac. Dans certains endroits, cette bande est tellement étroite qu’il a fallu prendre, sur la montagne, l’espace nécessaire au passage de la route de Sidi Ali El Mekki. Il n’est pas étonnant que, dans ces conditions, le terrain soit cultivé avec un soin minutieux et qu’aucune parcelle n’en soit laissée inculte. Quelques propriétaires se sont attaqués à la montagne et, à l’aide de nombreux murs de soutènement, ont réussi à agrandir leurs jardins.

D’autres ont transporté du sable à dos d’âne et, grâce à d’abondantes fumures, ont pu constituer des jardins là où ne poussaient auparavant que quelques maigres buissons de romarin ou de câpriers.

Enfin, la langue de sable qui sépare le lac de la langue de Sidi El Mekki a été transformée en jardins. C’est dans ce sable, toujours humide et abondamment fumé, que l’on récolte, outre des pommes de terre et des tomates, des melons, recherchés sur le marché de Tunis, et dont la vente laisse, entre les mains des producteurs, un bénéfice appréciable.

Pour garantir, pommes de terre, tomates et melons contre le vent, on entoure chaque planche d’une épaisse rangée de  » Zenzesfoura », variété de saule épineux dont les petites fleurettes jaunes répandent une odeur très pénétrante.

Quelques jardiniers commencent à cultiver les choux-fleurs et les choux dont ils achètent la graine à Tunis; lé choux coeur de beuf a toutes leurs préférences. Enfin tous cultivent le pavot dont ils tirent l’opium. Mais ces cultures, qui demandent beaucoup de soins et surtout beaucoup de temps, ne sont plus rémunératrices, le prix de l’opium étant tombé de 80 frs à 30 frs le kilogramme.

La culture des arbres fruitiers est très prospère à Porto-Farina. Outre l’amandier et le caroubier, que l’on plante dans les terrains rocailleux et de mauvaises qualité, les arabes cultivent, non sans succès, le figuier, le poirier, le pommier, le prunier, l’abricotier, le pêcher, le mandarinier, l’oranger.

Les caroubes et les amandes de Porto-Farina sont très renommées. Les amandes cassées sont vendues à Tunis de 180 à 190 frs le quintal. Les caroubes sont surtout vendues à Souk el Arba et même à Souk Ahras. Leur prix, sur place, varie entre 11 et 15 frs. le quintal. Ce prix est d’autant plus rémunérateur que le caroubier ne demande aucun soin de culture. Enfin, les figues constituent un bon revenu, qu’elles soient vendues fraîches ou sèches. Pour hâter leur maturité, on emploie le procédé suivant: avec un morceau de bois effilé, on perce la figue dans le sens de la longueur; puis, à l’aide de ce même morceau de bois, on y introduit une goutte d’huile. Deux jours après avoir été soumise à cette opération, la figue est mûre. Elle ne vaut pas, il est vrai, la figue qui a mûri naturellement, mais venant plus tôt elle se vend mieux.

Quelques indigènes sont réputés comme bons greffeurs ; la seule greffe pratiquée par eux est la greffe en écusson.

La culture des primeurs est pratiquée depuis longtemps à Porto-Farina et laisse des bénéfices appréciables à ceux qui s’y livrent. Elle serait plus rémunératrice si les jardiniers employaient des procédés de culture plus modernes, et s’ils semaient des variétés améliorées.

Dans chaque jardin on trouve une petite planche de terre, préparée d’une façon spéciale. Sous l’anfractuosité d’un rocher, derrière une haie ou le long d’un mur, le jardinier a disposé une couche de bon terreau; c’est là qu’au mois d’août, il fera son semis de tomates dont les plants, repiqués de bonne heure,donneront des primeurs.

Pour garantir les jeunes plants contre la chaleur de la fin de l’été, le jardinier établit au-dessus du semis, une toiture de branchages, d’herbes, de joncs ou de feuilles de palmier. Cette toiture servira aussi, plus tard, à protéger le semis contre le froid et l’humidité de la nuit. Enfin, des branches d’olivier ou des roseaux, plantés verticalement sur les côtés de la planche, mettent, relativement, les plants de tomates à l’abri des vents.

Grâce à des arrosages judicieusement dosés, ces plants ne tardent pas à atteindre dix à quinze centimètres de hauteur ; ils sont, à ce moment, gros comme des plumes d’oie et n’ont pas de branches latérales. Pour faire pousser ces branches, le jardinier éclaircit son semis, Rince les plants qu’il laisse en terre et, pour les rendre plus robustes, supprime les arrosages pour quelques jours. Lorsqu’il juge que les plants sont assez forts, il les repique en pépinière et toujours dans un endroit bien abrité et bien exposé. Enfin, au mois de Novembre, ces plants sont définitivement mis en place. Le terrain qui doit les recevoir est copieusement fumé et bien préparé d’avance. Il est ordinairement divisé en 7 planches assez étroites et entouré d’une haie de palmiers, de roseaux ou de branches d’olivier entrelacées.

Chaque planche est en outre séparée de sa voisine par une haie brise-vent, formée par une épaisse rangée de zenszesfouras. Les jeunes tomates sont plantées au fond de trous, peu profonds, que le jardinier a creusé à environ un mètre 50 l’un de l’autre. Sur les bords de ces trous, et du côté d’où vient ordinairement le vent, on dispose quatre ou cinq branches de palmier, de façon à former un éventail. Ce sera le seul abri qui garantira la plante, pourtant très délicate, contre les froids de l’hiver. Ceux-ci ne sont pas, heureusement, bien rigoureux et c’est ce qui explique que, malgré cette installation rudimentaire, peu de tomates périssent.

Les tomates mises en place, il ne reste plus grand chose à faire au jardinier qui se contente de les biner légèrement une fois ou deux, d’arracher les mauvaises herbes et de les arroser quelque fois, si l’hiver n’est pas trop pluvieux.

Les premières tomates sont récoltées fin Avril et se vendent, à Tunis et à Bizerte, entre 5 et 6 francs le panier de cinq kilogrammes. Ce prix baisse sensiblement à partir du 15 ou 20 mai, époque à laquelle la récolte est plus abondante.

En prenant quelques précautions on pourrait arriver à récolter des tomates bien avant le mois de Mai. Sur un pied que j’ai soigné spécialement dans mon petit jardin, j’ai pu avoir trois tomates bien mûres, le 10 Mars.

A la culture des tomates les jardiniers devraient joindre celle des petits pois qui viennent très bien à Porto-Farina. L’automne dernier, le gardien chef du bagne en a semé un petit carré sous les fenêtres de l’école : il a pu récolter des petits pois la veille de la Noël. Cette culture, ainsi que celle des haricots verts, procureraient certainement de beaux bénéfices à celui qui voudrait les pratiquer sur une assez grande échelle.

Enfin la nature du terrain de Porto-Farina se prêterait très bien à la culture des asperges.

Mais de toutes les cultures qui pourraient être avantageusement pratiquées à Porto-Farina, celle de la pomme de terre donnerait certainement les meilleurs résultats.

En 1904, la Société des Primeuristes tunisiens engagea les jardiniers à semer la pomme de terre de Hollande et, à cet effet, elle leur livra une certaine quantité de semence. L’essai fut tenté dans de mauvaises conditions: la semence qui n’était pas, paraît-il, de première qualité, ne put être mise en terre que très tardivement ; d’un autre côté, l’hiver fut assez rigoureux et les froids des premiers jours de Janvier firent beaucoup souffrir les pommes de terre. Bref, le résultat fut négatif et la Société des Primeuristes renonça à poursuivre l’expérience.

Sur les conseils d’un Français, qui lui procura la semence, le nommé Mohamed Belhadj Othman reprit l’idée pour son propre compte et il sema, cette année, des pommes de terre de Hollande.

Il y a tout lieu de croire qu’il n’a pas eu à le regretter puisque, vers le 15 Décembre dernier, il a pu récolter deux quintaux environ de belles pommes de terre. La Société des Primeuristes tunisiens s’est chargée de les expédier et de les vendre. Le prix rémunérateur qu’il ne peut manquer d’en avoir tiré, l’engagera à recommencer et son exemple sera suivi par d’autres.

La culture des primeurs deviendrait ainsi une source de bénéfices pour la laborieuse population de Porto-Farina. A ce point de vue elle mérite d’être encouragée.

Enfin, les arabes cultivent les oeillets dont ils sont grands amateurs et dont ils tirent un grand profit. La variété la plus recherchée est le  » marchouch « , oeillet blanc panaché de rose, dont le plant, en pot, se vend couramment 2 fr. à 2 fr. 50. Les plus beaux pieds atteignent quelquefois 5 francs. Mais l’oeilletle plus rare est l’œillet blanc panaché de vert créé par « El Hedi Roustan » qui assure avoir obtenu cette variété en greffant un oeillet blanc sur du persil ! J’ai hâte d’ajouter que ce fameux oeillet n’a jamais existé que dans la très fertile imagination de ElJHedi. Pour s’en convaincre, il suffit de lui en demander une bouture; il ne manque jamais de bonnes raisons pour la refuser.

El Hedi est mon ami depuis que j’ai eu l’air de croire à son oeillet vert. Comme il me racontait de quelle façon il s’y prenait pour greffer son pied de persil, je lui fis la remarque, qu’en effet, les racines de l’oeillet avaient beaucoup de ressemblance dans celles du persil. Le brave El Hedi, croyant avoir trouvé quelqu’un qui prenait son histoire au sérieux, était transporté de joie et ne cessait de me répéter:  » Rihit? Rihit? » (Tu as vu? Tu as vu?). Depuis ce jour il est plus persuadé qu’il a créé l’oeillet vert. Cela ne l’empêche pas, du reste, et pour cause, de m’en refuser la moindre bouture ou la plus petite fleur. La région de Porto-Farina étant très florifère, les habitants élèvent beaucoup d’abeilles. Les ruches sont formées d’un simple panier en paille et les moyens d’extraction de miel sont des plus rudimentaires.

Aussi le rendement est-il peu appréciable.

Comme il a été dit plus haut, la population maltaise se compose d’environ 400 âmes. La première famille maltaise établie à Porto-Farina est la famille Baldacchino qui est dans le pays depuis près d’un siècle. Plus tard vinrent les Muscat, les Crima, les Camilleri, les Bugeia, les Spiteri, les Meylak. Les premiers maltais vivaient de la pêche et surtout de la contrebande de tabac et de, poudre. Quand la contrebande fut sévèrement réprimée, ils se tournèrent vers l’agriculture et prenant exemple sur les indigènes, ils devinrent d’excellents jardiniers. En général, le maltais de Porto-Farina est travailleur et sobre. Ses procédés de culture sont les mêmes que ceux des indigènes dont il a pris, du reste, les coutumes, les moeurs et un peu le costume. La femme maltaise ne sort que très rarement, si ce n’est que pour aller à l’église ; dans ce cas, elle est couverte d’un grand châle qui lui cache presque complètement la figure. Si elle est obligée d’aller chez une parente, elle fera un long détour pour ne pas passer sous le souk ou dans une rue exclusivement habitée par des indigènes. Cette peur des arabes n’a pourtant pas empêché quelques maltaises de se marier avec des musulmans. Une de celles-ci passe pour être sorcière et vit aux dépens des naïfs, qui vont consulter la  » déguezr » (devineresse) pour toutes les affaires de quelque importance.

Et ce qu’il y a de plus curieux c’est que ses anciens correligionnaires, les maltais, ou plutôt les maltaises constituent le plus clair de sa

clientèle.

La population française de Porto-Farina comprend quelques pécheurs et quelques fonctionnaires et leurs familles.

A environ 6 kilomètres du village, et non loin de la pointe Farina, se trouve le marabout (tombeau) de sidi Ali el Mekki, Bâti sur le flanc de la montagne qui, à cet endroit, est presque taillée à pic, on y Accède par mi sentier très raide qui surplombe

la mer.

Sidi el Mekki est un lieu de pèlerinage très fréquenté, surtout par les femmes, qui y viennent de Mateur, de Bizerte, de Tunis et même de plus loin. Chaque pèlerin, ou tout au moins chaque chef de famille qui y amène femme (ou femmes) et enfants, apporte

une bête, mouton, chèvre ou même poule, qui est égorgée en l’honneur du saint marabout et surtout pour le grand profit de l’Oukil, qui prélève le quart sur toutes les offrandes.

La réputation de sainteté de Si el Mekki est tellement bien établie qu’il n’y a pas de forçat libéré qui ne lui consacre sa première journée de liberté.

Les Djerbiens établis dans le nord de la Régence, font de Sidi el Mekki leur lieu de pèlerinage préféré.

Chaque année» au mois d’août* ils se réunissent en grand nombre et, en voiture, en charrette, à çhévâl, à dos d’âne et même à pied, se rendent à Sidi el Mekkii étendards déployés et musique en tête. Arrivés le lundi matin, ils repartent le

•jeudi soir. Pendant quatre jours ce ne sont que chants, danses, fantasias coups de fusils, couscous monstres. Il n’est pas rare que ces fêtes soient troublées par des accidents : c’est ainsi qu’un Djerbien a été tué net par un tromblon qui, chargé jusqu’à la gueule, lui a éclaté dans la main.

 

Un vieil italien qui a embrassé la religion musulmane et qui habite Porto-Farina depuis

une soixantaine d’années, m’a raconté la légende suivante :

« Il y a bon nombre d’années, un ermite chrétien, nommé Michel, venu on ne sait d’où, s’établit dans une grotte de la montagne. Il partageait son temps entre l’étude et la contemplation. Les coquillages qu’il allait ramasser au bord de la mer étaient sa seule nourriture. La vie austère qu’il menait ne tarda pas à attirer l’attention des arabes, et à lui gagner leur sympathie. Pendant toute sa vie il fut entouré de respect et, à sa mort, il fut enterré dans sa grotte par les soins des arabes qui, depuis, le vénèrent comme un saint sous le nom de Sidi el Mekki (Saint Michel). »

D’après la légende, les livres du saint marabout existeraient encore, de même que son cadavre qui serait conservé d’une façon surprenante. Nul n’ayant été appelé à vérifier cette assertion, il y a lieu de la reléguer dans le domaine de la fantaisie.

Toujours est-il que les arabes attribuent à Sidi el Mekki le pouvoir de faire des miracles: une semaine passée au tombeau du célèbre marabout guérit un malade aussi bien, sinon mieux que pourrait le faire le plus grand médecin, et quelques glissades sur une pierre ad hoc suffisent pour rendre féconde une femme stérile. Il faut croire que bien nombreuses sont les femmes arabes qui se trouvent dans ce cas, car la pierre magique a tellement servi que sa surface en est devenue unie comme une glace. Enfin Sidi el Mekki aurait une influence considérable sur le sexe des enfants à naître. L’enfant sera du sexe masculin ou du sexe féminin suivant l’importance du cadeau offert.

Les habitants de Porto-Farina sont très jaloux de leur saint marabout. D’après mon vieux conteur italien, au moment de l’occupation française, ils n’auraient pas été loin de prendre les armes pour le défendre ; un mauvais plaisant ayant fait courir le bruit que la campagne de Tunisie n’avait pas d’autre but que celui d’enlever le tombeau de Saint Michel aux infidèles ! Les autorités durent déployer beaucoup d’éloquence pour prouver à leurs naïfs administrés que nous nous étions dérangés pour autre chose.

A Sidi el Mekki se trouve un plage superbe qui s’étend jusqu’à la Marsa. Sans fond dangereux, cette plage est, l’été, le rendez-vous de tous les pêcheurs à l’épervier de Porto-Farina et de Raf-Raf. C’est, en effet, à cette époque qu’a lieu le passage des mulets dont la femelle porte une boutague (oeufs) très estimée. Cette pêche fournit l’occasion de nombreuses parties de plaisirs qui, malheureusement se terminent, la plupart du temps, par une orgie dont l’anisette et l’absinthe font tous les frais.

Les mulets péchés dans la journée sont vendus à Porto-Farina. Le pêcheur en garde quelques-uns parmi les plus gros pour son repas du soir et celui de ses invités. Ces mulets, grillés sur des charbons ardents, constituent un mets assez agréable.

Le plus renommé de ces pêcheurs est El Hedi Roustan, le même qui prétend avoir créé l’œillet vert. Pendant un séjour que je fis sur la plage avec ma famille aux dernières grandes vacances, j’avais pour voisin mon ami El Hedi. Le soir il venait volontiers causer avec moi, et il m’arrivait souvent, si la lune le permettait, de l’accompagner à la pêche. Que nous fussions à la maison, à déguster notre café ou sur la plage à guetter le poisson, El Hedi avait toujours une nouvelle du soir à me raconter. Il est vrai que souvent l’histoire m’avait été déjà racontée deux ou trois fois par lui-même ; mais comme il avait soin d’y introduire de nombreuses variations et que, d’un autre côté, je ne voulais pas lui faire de la peine, je l’acceptais comme si je l’entendais pour la première fois. Un jour, il avait capturé quatre canards sauvages d’un coup d’épervier, une autre fois il avait un énorme loup (poisson de mer à chair très délicate) qu’il avait eu toutes les peines du monde à tirer sur la plage et qu’il avait été obligé de tuer d’un coup de fusil ! Enfin, un soir, alors qu’il était employé à la pêcherie, il était tellement rentré de daurades dans les bordigues qu’il surveillait qu’il ne voyait plus l’eau. « Les daurades, me disait-il, étaient entassées dans les bordigues comme les sardines dans un baquet. »

Mais là où El Hedi n’a pas son pareil, c’est dans la confection d’une Mechoua (grillade de mulet).

A Tunis même on le connaît et il y a quelques années il fut prié d’en préparer une pour un Ministre dont il a oublié le nom. « En un tour de main, me disait El Hedi, les mulets étaient péchés et nettoyés. Ramasser le bois et préparer la braise fut l’affaire d’un instant et au bout d’un temps relativement court, la Mechoua cuite à point était soigneusement emballée et chargée sur une mule qui partit à francs étriers. Deux heures plus tard la Mechoua était sur la table du Ministre : le poisson était arrivé chaud.»

Par retour du courrier El Hedi reçut les félicitations du Ministre et une somme de 100 piastres ? ? »

Les pêches de El Hedi Rôustan feraient mauvaise figure à côté de celles que l’on fait dans la pêcherie installée dans le lac de Porto-Farina.

Jusqu’en 1898, la pêche était libre dans le lac. A cette époque, elle fut concédée à M. Lisbonis, ancien Secrétaire général de la Municipalité de Tunis, moyennant une redevance annuelle de 500 francs. Cette concession était valable pour une durée de douze années, M. Lisbonis exploita lui-même sa pêcherie pendant six mois, puis il la céda à M. Démange. Ce dernier s’en dessaisit à son tour, en 1903, en faveur de MM, Bonello et Pisani, de Tunis, qui l’exploitent encore.

La pêche est pratiquée au moyen de bordigues, de verveux et de filets flottants.

Un barrage fait de panneaux en grillage de fer; ferme » la seule passe qui permettrait au poisson de gagner la mer. Ce barrage forme une ligne brisée de près de un kilomètre de longueur.

C’est au sommet des angles sortants de cette ligne brisée, que sont installées les bordigues.

Une flottille d’une dizaine d’embarcations et de nombreux filets complètent le matériel d’exploitation.

Un nombreux personnel est employé à la pêcherie. Outre un comptable français, il comprend un « raïs » (maître pêcheur), une vingtaine de pêcheurs italiens, quatre inscrits maritimes, qui sont spécialement affectés à la pêche aux filets, et quelques gardiens. Ces derniers ne sont pas moins nécessaires que les pêcheurs, car les braconniers sont légion et réussissent souvent à tromper leur vigilance.

La pêche aux filets est pratiquée par des barques françaises commandées par des inscrits maritimes.

Une partie du poisson péché par ces inscrits est exporté et ne paie pas de droits à sa sortie de Tunisie.

Les bordigues sont des espèces de grandes nasses en grillage de fer. La pêche par les bordigues se fait automatiquement et ne demande qu’un personnel très restreint, souvent même un seul homme suffit. Sa tâche consiste à surveiller la bordigue et à en fermer la porte lorsqu’il juge suffisante la quantité de poisson qui s’est laissée prendre. Cette surveillance ne s’exerce, du reste, qu’à certaines heures de la journée. Le lac de Porto-Farina est, en effet, soumis à l’influence du flux et du reflux. Pendant six heures consécutives l’eau de la mer rentre dans le lac avec assez de violence pour rendre pénible la sortie d’une barque ; pendant les six heures qui suivent c’est, au contraire, l’eau du lac qui sort Or, le poisson marche toujours contre le courant: c’est donc au moment où celui-ci rentre dans le lac que le poisson cherche à en sortir. En bancs serrés, il se dirige vers la passe, pour gagner la mer ; mais il est vite arrêté par le barrage qu’il se met alors à longer, avec l’espoir de trouver une issue. La moindre déchirure dans le grillage peut laisser passer un quantité considérable de poisson.

Aussi, le barrage est-il soigneusement et fréquemment visité par le personnel de la pêcherie.

Si le barrage çst intact, le poisson continue sa marche et, arrivé devant la porte d’une bordigue, il s’y introduit et n’en peut plus sortir. Armé d’une épuisette à mailles très solides, le pêcheur a vite fait de le faire passer de la bordigue dans la barque qui le transportera à terre.

Pendant l’été, au moment de la pêche du mulet, l’épuisette est abandonnée et les pêcheurs prennent le poisson à la main. Cette pêche n’est pas sans danger. Le mulet peut, en effet, sautera plus d’un mètre de hauteur au-dessus de l’eau. Lorsqu’il se voit acculé contre le grillage de la bordigue, il s’élance comme une flèche et essaie de sauter par dessus les parois de sa prison. Il n’est pas rare, dans ce cas, que le pêcheur le reçoive en pleine figure et avec assez de force pour que le sang coule. Afin d’éviter les accidents il ne descend dans la bordigue que le visage protégé par un masque d’escrime.

Le poisson péché par les bordigues, ou par les filets, est transporté à Porto-Farina, dans l’après-midi et mis en caisses. A l’aide de casiers mobiles et disposés horizontalement, ces caisses sont divisées en compartiment. Dans chacun de ces compartiments on dispose une rangée de poissons que l’on recouvre d’une couche de glace pilée.

Afin que le poisson ne soit pas en contact direct avec la glace, on l’isole avec une feuille de papier glacé. Dans la soirée, ces caisses, hermétiquement fermées, sont chargées sur des charrettes qui les transportent à Tunis et où, pour éviter la chaleur, elles doivent arriver le lendemain à la première heure.

Les principales espèces de poissons péchés dans le lac de Porto-Farina sont : le loup, la sole, la daurade, le marbré, l’anguille, le spars et les différentes variétés de mulet. On y pêche aussi quelques rougets et quelques goujons, Ces deux dernières espèces ont presque disparu depuis qu’un bras de la Medjerdah se déverse dans le lac.

Chaque espèce de poisson est pêchée a une époque différente.

Ainsi la pêche de la sole se fait en Mai et Juin ; la daurade, qui ne sort que par les fortes chaleurs, est pêchée surtout en Juin et Juillet; on-la pêche aussi beaucoup en Octobre qui est le mois de sa passe régulière.

Comme la daurade, le mulet sort au moment des fortes chaleurs ; les pêches de mulet les plus abondantes se font en Août et Septembre. Cette pêche est alors d’autant plus rémunératrice que les femelles portent des boutargues (oeufs) qui, une fois séchées, se vendent 5 à 6 francs le kilogramme.

L’anguille se pêche en Février, Mai et Juin et le spars en Octobre et Novembre. Enfin le loup, se pêche surtout de Décembre à fin Février.

Pour permettre l’empoissonnement du lac, le barrage qui ferme la passe est enlevé à la fin de Février et n’est rétabli qu’à la fin d’Avril.

En 1907, M. Dulucq, comptable de la pêcherie, découvrit un banc d’huîtres dans la partie sud-est du lac. Ce banc fournit une quantité considérable d’excellentes huîtres qui n’ont que le défaut d’être de forme irrégulière. Ce défaut disparaîtra lorsqu’elles seront élevées dans le parc à huîtres qu’un spécialiste, venu de France, est en train d’installer dans la passe.

Pendant les mois de Décembre, Janvier et Février, le lac est continuellement sillonné par des vols considérables de canards sauvages et de nacreuses. On peut aussi y chasser le flamant, le héron, l’aigrette, la mouette, l’hirondelle de mer, etc..

La chasse étant libre sur le lac, les nemrods, qui ne craignent pas trop le froid, peuvent s’en donner à coeur joie.

Qu’il nous soit permis d’ajouter que Porto-Farina, digne d’un meilleur sort, grâce à ses pêcheries, à ses chasses abondantes et à sa population laborieuse, n’a pas perdu tout espoir de résurrection.

Il est question, comme il a été dit, d’y établir un poste de télégraphie sans fil et le projet d’y entretenir une station de torpilleurs ne paraît pas abandonné. Le pays mérite mieux qu’une visite.

Un véritable séjour s’impose. Promeneurs, chasseurs, pêcheurs, archéologues pourront y satisfaire leurs goûts.

C’est cet ensemble de ruines imposantes, cet aspect dé ville endormie sur les rives d’un beau lac entouré de montagnes verdoyantes au milieu de fertiles jardins qui donne à Porto-Farina un caractère si particulier à la fois mélancolique et attachant.

Cette petite ville, qu’elle soit aperçue dorée par le grand soleil ou baignée par les rayons argentés de la lune, m’a laissé une impression que plusieurs années d’éloignement n’ont pu atténuer. Mon but sera atteint si ces quelques lignes donnent à des voyageurs amateurs d’inédit l’heureuse inspiration de faire, loin des sentiers tracés, une visite à la cité morte de Porto-Farina. M Coye (Oise).

P. CÉZILLY.

 

(1) Un service quotidien d’autobus fonctionne entre Tunis et Porto-Farina. Le voyageur peut trouver logement et nourriture dans deux hôtels à peu près confortables. La localité est pourvue d’un bureau dos postée et des télégraphes, église, marché, école, etc.

 

 

 

 

source

Titre : Notice sur Porto Farina (Tunisie), (port corsaire et arsenal des beys) : son passé, l’esclavage / par Paul Cézilly,… ; avec une étude sur l’état actuel, par A. Canavaggio,…

Auteur : Cézilly, Paul

Auteur : Canavaggio, A.

Éditeur : impr. de Person frères (Paris)

Date d’édition : 1912

Type : monographie imprimée

Langue : Français

Format : 1 vol. (62 p.) : carte ; in-8

Droits : domaine public

Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l’homme, 8-O3I-869

Provenance : bnf.fr

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La Tunisie au gré des conflits

Culture et patrimoine 



6 avril 2013

La campagne de Russie de 1812

Classé sous — milguerres @ 15 h 04 min

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Celles de l’Histoire, retour vers les grandes épopées

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La campagne de Russie de 1812

Napoléon dans son cabinet de travail, Jacques-Louis David, 1812

La campagne de Russie de 1812 est une campagne militaire menée par l’empereur Napoléon Ier. Après avoir conquis presque toute l’Europe, Napoléon entreprend de conquérir la Russie de l’empereur Alexandre Ier.
Jusqu’à la prise de Moscou, face à une armée impériale russe inférieure en nombre au début de l’invasion, l’avantage est aux forces napoléoniennes. Mais le prince russe Mikhaïl Koutouzov général en chef, relève le moral de son armée et l’encourage à mener une contre offensive, en organisant le harcèlement de la Grande Armée lors de la retraite française. C’est ainsi que les maladies, l’hiver, mais aussi les soldats et la population russes, sont responsables de la défaite de Napoléon en Russie.
Les guerres napoléoniennes ont profondément marqué la culture russe. La campagne de Russie a été relatée par Léon Tolstoï dans son célèbre roman historique Guerre et Paix, ainsi qu’évoquée par Piotr Ilitch Tchaïkovski dans son Ouverture 1812. Durant la Seconde Guerre mondiale, l’invasion allemande de l’Union soviétique a été mise en parallèle avec la campagne de Russie.

 

Date 22 juin - 14 décembre 1812
Lieu Entre Austerlitz et Moscou
Issue Victoire russe décisive
Retraite de Russie
Belligérants
Drapeau de l'Empire français Empire français

Flag of Denmark.svg Royaume du Danemark et de Norvège
drapeau du Royaume de Prusse en 1803 Royaume de Prusse
Flag of the Habsburg Monarchy.svg Monarchie de HabsbourgFlag of Russia.svg Empire russeCommandantsNapoléon IerAlexandre Ier de Russie
Mikhaïl Koutouzov
Pierre de BagrationForces en présenceGrande Armée
691 500 hommesArmée impériale russe
350 000 hommes initialement, puis
900 000 hommesPertes200 000 morts
150 000 à 190 000 prisonniers
130 000 déserteurs210 000 morts

La campagne de Russie de 1812 napole10

Au moment de la campagne, Napoléon était au sommet de son règne avec toutes les nations d’Europe continentale sous son contrôle (à l’exception notable de la péninsule ibérique), ou sous le contrôle de nations vaincues par son empire et évoluant sous des traités favorables à la France. Aucun pouvoir européen du continent n’osait alors s’élever contre lui. En 1807, le traité de Tilsit règle la paix entre l’Empire et la Russie. Alexandre espérait à travers le général Caulaincourt un traité interdisant le rétablissement de la Pologne. Napoléon désavoua Caulaincourt, et marqua alors la rupture de confiance avec Alexandre. Ainsi, le traité de paix avec l’Autriche de 1809 contint une clause annexant la Galicie au profit du Grand Duché de Varsovie. La Russie considérait cette clause comme allant à l’encontre de ses intérêts et la Pologne comme le point de départ éventuel d’une invasion de son territoire.
La Russie, alors dotée d’une industrie manufacturière faible, mais riche en matières premières, souffrait du blocus continental qui la privait d’une partie de son commerce, de ses ressources et de revenus pour acheter des biens manufacturés. La levée du blocus par la Russie mit Napoléon en rage et l’encouragea dans la voie de la guerre. Son mariage avec Marie-Louise d’Autriche, auquel Alexandre refusa de participer, renforça aussi la défiance à l’égard de la Russie, alors qu’un peu plus tôt, un mariage, qui aurait concrétisé l’alliance franco-russe, avec la sœur d’Alexandre, la princesse Catherine, avait été envisagé1.

Dénomination
La campagne de Russie de 1812 était connue en Russie sous le nom de « guerre patriotique » (en russe Отечественная война, Otetchestvennaïa Voïna)2.
En russe, on la nomme aussi « guerre de 1812 ».

L’invasion
Les armées opposées

En juin 1812, la Grande Armée forte de 691 500 hommes, la plus grande armée européenne jamais rassemblée, franchit le Niémen pour se diriger vers Moscou.
À la fin juin, la Grande Armée se répartit comme suit, du nord au sud :
• Le maréchal d’Empire MacDonald avec son Xe corps d’Armée (~29 100 hommes), incluant le contingent prussien, àTilsit. La mission de cette force était de prendre Rīga et de se diriger vers Saint-Pétersbourg.
• L’empereur Napoléon Ier, avec la Garde impériale (~30 500 h.), sous Mortier, Lefevbre et Bessières, le Ier corps d’Armée (~66 000 h.) de Davout3, le IIe Corps d’Armée (~40 000 h.) d’Oudinot, le IIIe corps d’Armée (~37 800 h.) deNey et la Réserve de Cavalerie (~20 800 h.) sous Murat avec les Ier et IIe corps de Réserve de Cavalerie de Nansoutyet Montbrun ; le tout concentré devant Kovno. Cette force centrale avait pour but d’engager et détruire la principale armée russe (la 1re Armée de l’Ouest) sous Barclay de Tolly.
• Eugène avec son IVe corps d’Armée (~45 000 h.), environ un tiers d’Italiens), le VIe corps d’Armée (bavarois) (~23 600 h.) de Gouvion-Saint-Cyr et le IIIe corps de réserve de Cavalerie (~6 800 h.) de Grouchy ; le tout concentré à l’arrière et à droite de la force de Napoléon. Les ordres d’Eugène étaient de maintenir le contact avec les unités plus au sud et de protéger la force principale contre une attaque de la 2e Armée de l’Ouest russe de Bagration.
• Jérôme avec le Ve corps d’Armée (polonais) (~34 600 h.) de Poniatowski, le VIIIe corps d’Armée (westphalien) (~16 700 h.) de Vandamme et le IVe corps de réserve de cavalerie (à moitié polonais, un quart saxon et un quartwestphalien) (~7 300 h.) de Latour-Maubourg ; le long du Niémen au sud-ouest de Grodno. Cette force était supposée engager la 2e Armée de l’Ouest russe de Bagration.
• Reynier avec son VIIe corps d’Armée (saxon) (~18 500 h.) près de Bialystok. Ce corps devait maintenir la jonction entre Jérôme et Schwarzenberg.
• Schwarzenberg avec son XIIe corps d’Armée (autrichien) (~32 900 h.) près de Lublin. Ce corps était supposé couvrir le sud de la Pologne contre une invasion russe à partir de l’Ukraine (la 3e Armée de l’Ouest (ou d’Observation) russe deTormassov s’y trouvait).
• En Prusse le IXe corps d’Armée (un tiers polonais et un tiers allemand) (~25 000 h. au 31 août) de Victor et le XIecorps d’Armée (largement composé d’unités de dépôt et de réserve) (~28 000 h. au 15 août). Ces deux corps s’occuperaient de la garnison de la Prusse et de la Pologne et augmenteraient la Grande Armée en Russie si nécessaire.
• 1 200 pièces d’artillerie4.
• plus de 180 000 chevaux (de cavalerie, d’artillerie, de trait).
À cela s’ajoutent 80 000 Gardes nationaux, engagés par conscription pour défendre la frontière impériale du duché de Varsovie. En comptant ceux-ci, l’effectif total des forces impériales françaises sur la frontière russe et en Russie atteint environ 771 500 hommes. Cet énorme déploiement de troupes pénalise grandement l’Empire, en particulier si l’on considère les 300 000 Français supplémentaires se battant dans la péninsule ibérique et les plus de 200 000 hommes en Allemagne et en Italie.
Le gros de l’armée se compose de 450 000 Français, les alliés de la France formant le reste. En plus du corps d’armée autrichien détaché sous les ordres de Schwarzenberg, on compte environ 95 000 Polonais, 90 000 Allemands (24 000 Bavarois, 20 000 Saxons, 20 000 Prussiens, 17 000 Westphaliens et quelques milliers d’hommes venus de plus petits États rhénans), 25 000 Italiens, 12 000 Suisses, 4 800 Espagnols, 3 500 Croates et 2 000 Portugais. À cela s’ajoutent des contingents néerlandais et belges. Chaque nationalité du vaste empire napoléonien est représentée.
Si l’on en croit les estimations les plus récentes, l’armée impériale russe qui lui fait face est moins nombreuse, du moins au début de la campagne. Environ 280 000 Russes sont déployés sur la frontière polonaise (en préparation de l’invasion prévue du satellite français qu’était le Grand-Duché de Varsovie). Au total, l’armée russe compte environ 500 000 hommes (certaines estimations descendent jusqu’à 350 000, tandis que d’autres vont jusqu’à 710 000, un nombre aux alentours de 400 000 semble plus crédible), au début de la guerre. Ceux-ci se répartissent en trois armées :
• la Première armée de l’ouest (commandée par le général Mikhail Barclay de Tolly : six corps d’armée d’infanterie, trois de cavalerie de réserve, dix-huit régiments de cosaques : quelque 159 800 hommes et 558 pièces d’artillerie4,
• la Deuxième armée de l’ouest (commandée par le général Bagration) : deux corps d’armée d’infanterie, un de cavalerie de réserve, neuf régiments de cosaques du Don : 62 000 hommes et 216 pièces d’artillerie4,
• la Troisième armée de l’ouest (ou d’observation), (commandée par le général Tormassov) : trois corps d’armée d’infanterie, un de cavalerie de réserve, neuf régiments de cosaques : 58 200 hommes et 168 pièces d’artillerie4.
Deux corps de réserve, un de 65 000 hommes et un autre de 47 000 hommes, soutiennent ces trois armées. D’après ces chiffres, l’armée russe qui fait immédiatement face à Napoléon compte quelque 392 000 hommes. De plus, la paix est assurée avec la Suède et l’Empire ottoman pour Saint-Pétersbourg, ce qui libère plus de 100 000 hommes, (du Corps de Finlande de Steinheil et de l’Armée du Danube de Tchitchagov). Des efforts sont faits pour grossir les armées russes et, en septembre, l’effectif est porté à environ 900 000, sans compter les unités cosaques irrégulières, qui apportent probablement 70 000 ou 80 000 hommes au total.

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En 1812, par Illarion Pryanichnikov

La marche sur Moscou
Le 22 juin 1812, Napoléon déclare la guerre à la Russie, du quartier général de Wilkowiski : il apprend cette résolution à ses soldats5.
L’armée impériale la plus formidable que Napoléon eût mise sur pied comptait 600 000 combattants6 et 2 200 bouches à feu. Cette machine de guerre est composée en fait de 370 000 Français, 50 000 Polonais, 20 000 Italiens, 10 000 Suisses, 150 000 Prussiens, Autrichiens, Bavarois, Saxons, Badois, Wurtembergeois, Westphalliens, Hollandais, Belges, Croates, Espagnols et Portugais. Ce chiffre ne tient pas compte des 150 000 hommes restés dans les dépôts en France, des 50 000 hommes cantonnés en Italie, des 300 000 hommes en Espagne et des 100 000 gardes nationaux6. À cette époque, l’Empereur des Français commandait, directement ou par ses alliés, à quatre-vingt cinq millions cinq cent mille Européens ; ses ordres s’exécutaient dans un espace qui comprenait 19 degrés de latitude et 30 de longitude. Aucun des empereurs romains n’eut à sa disposition des forces aussi extraordinaires.
Napoléon avait envoyé une dernière offre de paix à Saint-Pétersbourg peu avant d’entamer les opérations. Ne recevant pas de réponse, il ordonne d’avancer en Pologne russe.
Le quartier général de l’armée française passe le Niémen vis-à-vis Kowno. L’armée se compose de dix corps commandés, le premier par le maréchal Davout, le deuxième par le maréchal Oudinot, le troisième par Ney, le quatrième, sous le nom d’armée d’Italie, par le prince Eugène de Beauharnais, le cinquième par Poniatowski, le sixième par Gouvion-Saint-Cyr, le septième par le général Reynier, le huitième par le général Vandamme, le neuvième, dont les cadres seuls sont formés, par le maréchal Victor, le dixième par le maréchal Macdonald. La vieille garde est commandée par le maréchal Lefebvre, la jeune par le maréchal Mortier, la réserve de cavalerie par Murat. La cavalerie de la gardeBessières agit à part.
Un corps auxiliaire de 30 000 Autrichiens marche séparément. Dans cette nombreuse armée, les Français figurent pour 270 000 combattants. L’armée russe est forte, tantinfanterie que cavalerie, de 360 000 hommes, sans compter deux corps qui se forment, l’un en Lituanie et l’autre à Rīga.

Les Français à Moscou
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Les troupes françaises font leur entrée à Wilna (Vilnius), ancienne capitale de la Lituanie. Les Russes, en se retirant, détruisent tout ; ils livrent aux flammes d’immenses magasins, 150 000 quintaux de farine, des fourrages, des habillements ; ils jettent dans la Vilnia une grande quantité d’armes.
Au départ, la Grande Armée ne rencontre aucune ou peu de résistance et avance rapidement en territoire ennemi. Les Russes offrent seulement une résistance sporadique et Barclay, le commandant en chef, refuse le combat malgré les instances de Bagration, sachant qu’il ne peut battre les Français lors d’une bataille rangée. À plusieurs reprises, il tente d’établir une position défensive forte, mais à chaque fois l’avance française, trop rapide pour lui permettre de finir les préparatifs, le force à battre en retraite. Ceci est souvent considéré comme un exemple de politique de la terre brûlée : en réalité, la retraite russe ne faisait pas partie d’un plan établi pour attirer les Français dans les terres russes où l’hiver et le manque de provisions suffisantes contribueraient à les anéantir, mais plutôt de l’impossibilité pour les commandants russes de trouver une occasion de combat dans des conditions favorables, en raison de la vitesse et de la puissance de l’avance française.
Le 14 juillet, l’empereur Alexandre Ier se montre à Moscou pour exciter le zèle et le courage de ses habitants7.
Le 28 juillet, les Français entrent à Vitebsk. Les Russes continuent à se replier. La Grande armée les suit sans trouver l’occasion de combattre. Enfin, ils arrivent sous les murs deSmolensk, ville russe, entourée de murailles de trois mètres d’épaisseur, flanquée de tours. À ces fortifications fort massives, on venait d’ajouter d’autres ouvrages exécutés avec soin et bien entretenus. Barclay de Tolly avait jeté dans la place 30 000 hommes, et il se tenait en bataille sur les deux rives du Dniepr, communiquant avec la ville par des ponts.

Les pressions politiques sur Barclay pour entamer le combat et la constante réticence du général (vue par la population comme un signe d’intransigeance) lui valent de perdre sa position de commandant en chef pour être remplacé par le populaire et haut en couleurs Koutouzov. Malgré sa rhétorique opposée, il suit la voie de Barclay, voyant tout de suite qu’affronter les Français en bataille rangée reviendrait à sacrifier son armée inutilement. Ce vieux général, vainqueur des Turcs, avait solennellement promis de couvrir Moscou, la ville sainte, et d’anéantir l’armée française8. Il finit par réussir à établir une position défensive à Borodino (suite à un affrontement indécis à Smolensk du 16 au 18 août).

Échec stratégique vers Saint-Pétersbourg
Pendant que l’armée principale s’enfonce, au centre, dans l’immense plaine russe en direction de Moscou, au nord MacDonald échoue avec le Xe corps d’armée franco-prussien à s’emparer de Riga, assiégée en vain. Puis le IIe corps d’armée d’Oudinot est repoussé par Wittgenstein à deux reprises en direction de la capitale russe sur la Néva où s’est réfugiéAlexandre 1er : le 1er août à Kliastitsy sur la route entre Minsk et Pskov, puis le 18 août à Polotsk, tout ceci à moins de 300 km au sud de Saint-Pétersbourg. Désormais le IIecorps perd tout caractère offensif et reçoit l’ordre de se retrancher le long de la Dvina.
Ces échecs, s’ils passent assez inaperçus et semblent peu décisifs, ont eu de très graves conséquences pour Napoléon :
• ils isolent la progression de l’armée principale en route vers Moscou, désormais seule à avancer, ceci d’autant plus imprudemment que Schwarzenberg, censé protéger son flanc sud avec le XIIIe corps autrichien, lui, s’est bien gardé de s’enfoncer profondément vers l’Est ;
• ils obligent Napoléon à surveiller particulièrement son flanc nord pour maintenir ses lignes arrières, mission qu’il confie à Gouvion-Saint-Cyr et consistant désormais à tenir défensivement la ligne sur le fleuve Dvina ;
• ils redressent le moral et renforcent la ténacité des russes, incapables encore de s’opposer directement à l’Empereur, mais qui savent ses généraux plus vulnérables, et qui peuvent légitimement penser qu’ils auront leur heure, tôt ou tard ;
• ils donnent un caractère non décisif, voire simplement tactique, aux batailles de Smolensk et de La Moskova/Borodino, l’ennemi russe, repoussé à chaque fois, n’étant pas globalement déstabilisé, ni à présent déstabilisable ;
• ils contribuent sans doute enfin à rendre infructueuses les offres de paix de Napoléon, une fois Moscou conquise, Alexandre 1er ne se sentant nullement menacé en son palais de Saint-Pétersbourg.
Que serait-il advenu si Oudinot, au lieu de laisser figer son corps d’armée à Polotsk, avait bousculé Wittgenstein, et était parvenu fin août en vue de la Neva ?
D’ailleurs au moment où Napoléon quittera Moscou, Wittgenstein qui s’est renforcé, enfoncera Saint-Cyr encore à Polotsk, et franchissant le Dvina menacera la route principale de Moscou à Vilnius, rendant plus incertaine encore la retraite de la Grande Armée.

Bataille de Smolensk

Le 17 août 1812, à une heure de l’après-midi, Napoléon donne le signal de l’attaque. Les faubourgs, retranchés et défendus par la grosse artillerie, sont enlevés ; les remparts, ainsi que les masses postées sur la rivière, sont foudroyés. Les Russes, après des efforts désespérés de résistance, mettent le feu à la ville et l’abandonnent, laissant d’immenses magasins, 12 000 hommes tués, blessés ou prisonniers, et 200 pièces de canon.
À la suite de cette victoire, l’Empereur se met à la poursuite des Russes, qu’il pousse vivement jusqu’à Valutino, plateau sur lequel leur arrière-garde prit position le 19 août. Murat et Ney l’attaquent et la mettent en fuite après lui avoir fait éprouver de grandes pertes. Valutino donna son nom à une nouvelle victoire française.
En même temps, et sur divers points, il y a plusieurs combats où les armées de l’Empire connurent diverses fortunes : le 6e corps, commandé par Gouvion-Saint-Cyr, battitWittgenstein lors de la première bataille de Polotsk, lui tua 2 000 hommes, en blessa 4 000, lui fait un grand nombre de prisonniers, parmi lesquels 3 généraux, et s’empara de 20 pièces de canon, mais Wittgenstein organise une contre attaque et Gouvion-Saint-Cyr fut obligé de se retirer.
Après l’affaire de Valutino, poursuivant l’ennemi, la grande armée arrive à Ghjat, où il lui est permis de prendre quelques jours de repos et se préparer à la grande bataille que l’Empereur juge imminente.

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L’empereur Napoléon Ier et ses maréchaux à la bataille de la Moskowa (ou bataille de Borodino)

Bataille de la Moskova
C’est le 7 septembre 1812 qu’est livrée la bataille appelée, par les Français, de la Moskova, et par les Russes de Borodino, parce que l’action eut lieu sur le plateau qui domine ce village.
Napoléon haranguait ainsi ses troupes :
« Soldats ! voilà la bataille que vous avez tant désirée. Désormais la victoire dépend de vous ; elle nous est nécessaire, elle vous donnera l’abondance, de bons quartiers d’hiver et un prompt retour dans la patrie. Conduisez-vous comme à Austerlitz, à Friedland, et que la postérité la plus reculée cite avec orgueil votre conduite dans cette journée ; que l’on dise de vous : Il était à cette grande bataille livrée sous les murs de Moscou. »
veille et pendant la nuit il avait plu. À cinq heures, le soleil se leva sans nuage : Soldats !s’écria Napoléon, voilà le soleil d’Austerlitz ! Cette exclamation passe de rang en rang et remplit les troupes d’ardeur et d’espérance.
Les deux armées comptent chacune de 120 à 130 000 hommes. Un coup de canon tiré par les Français donne le signal, et l’action s’engage sur toute la ligne. Après quatre heures de combats opiniâtres, pendant lesquels 1 200 bouches à feu tirent, trois redoutes sont enlevées par le prince Eugène, les maréchaux Davout et Ney. Toutes les batteries russes sont successivement assaillies et enlevées. La plus formidable de leurs redoutes est emportée par les cuirassiers français.

Après avoir détruit par la mitraille la plus grande partie des masses qui résistaient à son entrée, Napoléon fait manœuvrer le 8e corps et toute la droite pour tourner la dernière position des Russes. Il ordonne à la garde et à toute la cavalerie de soutenir ce mouvement. Eugène se porte en avant de la Kalogha, et dès ce moment l’issue de la bataille est certaine. À la tombée de la nuit, l’armée russe opère sa retraite en bon ordre vers Mojaïsk, laissant sur le champ de bataille 45 000 hommes hors de combat, dont 25 généraux et 15 pièces de canon. Les pertes des Français sont évaluées à 28 000 hommes tués ou blessés, dont 49 généraux.
On estime que 120 000 coups de canon ont été tirés durant l’action. Napoléon resta sur le champ de bataille, donnant des ordres pour faire transporter les blessés, tant russes que français, dans les hôpitaux établis sur ses lignes de retraite.
C’est aussi une des journées les plus sanglantes des guerres napoléoniennes. L’armée russe fait retraite le 8 septembre avec la moitié de ses forces, laissant ouverte la route de Moscou, que Koutouzov ordonne d’évacuer.
L’armée française victorieuse se met à la poursuite des Russes. Napoléon transporte son quartier général à Mojaïsk, ville située à vingt-six lieues à l’ouest de Moscou, que les Russes ont incendiée puis abandonnée.
À partir de là, les Russes rassemblent leur armée, qui atteint son effectif maximal, soit 904 000 hommes avec peut-être 100 000 hommes au voisinage immédiat de Moscou (les survivants de l’armée détruite à Borodino, en partie renforcée). La capacité des Russes à renouveler rapidement leurs effectifs est un avantage décisif à la fin de la campagne.

La prise de Moscou
Le 14 septembre (2 heures après midi), l’Empereur fit son entrée dans l’ancienne capitale de la Moscovie, avec sa garde et le premier corps. Napoléon entra dans une ville déserte, vidée de toute provision par le gouverneur, Fédor Rostoptchine (père de la célèbre comtesse de Ségur).
Le lendemain il s’établit au Kremlin, palais des tsars, situé au milieu de la ville. Le maréchal Mortier fut nommé gouverneur de cette capitale, avec ordre d’employer tous les moyens pour empêcher le pillage. Des secours furent donnés aux blessés russes qui encombraient les hôpitaux, ainsi qu’aux Moscovites qui n’avaient pas voulu suivre l’armée de Koutouzov.
En se basant sur les règles classiques de la guerre lors de la prise d’une capitale (même si Saint-Pétersbourg était la capitale à cette époque), il pensait que le tsar Alexandre Ier lui offrirait sa capitulation sur le mont Poklonnaïa, mais le commandement russe ne se rendit pas. Un armistice avait été accordé aux Russes, et Napoléon, au milieu de ses triomphes, fit proposer la paix à Alexandre : il en reçut des réponses évasives, qui, néanmoins, faisaient espérer qu’on pourrait tomber d’accord. Mais Napoléon et Alexandre ne voulaient que gagner du temps, Napoléon pour recompléter son armée, Alexandre parce qu’il était persuadé que les grands froids qui approchaient obligeraient les Français à évacuer l’empire. Les événements justifièrent leurs prévisions.
Des feux démarrent à Moscou, et ravagent la ville du 14 au 18 septembre du calendrier grégorien (2 au 6 septembre du calendrier julien). Moscou, construite essentiellement en bois, brûle presque complètement, privant les Français d’abris dans la ville. Les incendies viennent de sabotages russes. À un signal donné, le feu éclate dans mille endroits à la fois. C’est en vain que les Français font tous leurs efforts pour éteindre l’incendie : le ravage des flammes ne s’arrête que dans la soirée du 20 septembre, lorsque les neuf dixièmes de la ville sont en cendres : près de 4 000 maisons en pierre et 7 000 en bois, 20 000 malades ou blessés sont victimes de ce désastre.

Napoléon a dit ensuite que s’il avait quitté Moscou deux semaines plus tôt, il aurait pu détruire l’armée de Koutouzov qui campait à proximité, à Taroutino. Même si cela n’avait pas suffi à laisser la Russie sans défense, cela l’aurait privée de sa seule armée concentrée capable d’affronter les Français.

Retraite
Bataille de Winkowo.
Le 18 octobre, la retraite commença. Siégeant dans une ville en ruines sans avoir reçu la capitulation russe, et face à une manœuvre russe le poussant à quitter Moscou, Napoléon entame sa longue retraite.
Napoléon sortit de Moscou le 19, et donna l’ordre à Mortier d’abandonner le Kremlin le 23, après l’avoir fait sauter, lui recommandant surtout de ne laisser en arrière ni blessés, ni malades. Dans sa marche rétrograde, l’armée est vivement harcelée par l’ennemi ; on en vient souvent aux mains.

À la bataille de Maloyaroslavets, Koutouzov peut enfoncer l’armée française sur la même route dévastée qu’ils avaient emprunté à l’aller. En continuant à bloquer le flanc sud pour empêcher les Français de prendre une autre route, Koutouzov déploie à nouveau la même tactique de partisans pour constamment attaquer le trajet français là où il était le plus vulnérable. La cavalerie légère russe, dont les Cosaques montés, attaque et détruit les unités françaises isolées.
Approvisionner l’armée devient impossible : le manque total d’herbe comestible affaiblit les chevaux restants de l’armée, presque tous meurent ou sont tués pour nourrir les soldats affamés. Sans chevaux, la cavalerie française cesse d’exister, et les cavaliers doivent marcher. De plus, le manque de chevaux fait que les canons et les chariots doivent être abandonnés, privant l’armée d’artillerie et de soutien logistique. Même si l’armée a pu rapidement remplacer son artillerie en 1813, le manque de chariots créa un immense problème logistique jusqu’à la fin de la guerre, alors que des milliers des meilleurs chariots militaires furent laissés en Russie. Comme la famine, les maladies et le froid extrême s’imposent, les désertions prennent alors de l’ampleur. La plupart des déserteurs sont fait prisonniers par les paysans russes.

Le « général Hiver »
À partir de novembre 1812, l’hiver russe cause de nouveaux tourments à l’armée française : les soldats et les chevaux commencent à mourir de faim, de froid et de fatigue durant la marche.
Le 7 novembre, alors qu’ils atteignent Smolensk, commencent les grands froids de l’hiver russe ; le thermomètre descend jusqu’à -22 degrés Celsius et le sol se couvre de neige. Les chevaux non munis de fers à glace périssent par milliers au bivouac et bientôt, les hommes subissent le même sort. Des scènes d’anthropophagie sont décrites par des soldats et des officiers comme le général Sołtyk9. Cependant, grâce aux dispositions prises par Napoléon, l’armée avance toujours. Le courage des soldats semble augmenter avec l’étendue des privations et des dangers10.

En dessous de 13 °C, l’étain blanc se transforme lentement en étain gris, de structure diamant, c’est la forme allotropique alpha. Cette transformation et le changement de densité qui l’accompagne affectent la tenue mécanique du matériau. En dessous de -50 °C, la transformation est rapide et l’étain devient pulvérulent (tombe en poussière). C’est la « peste de l’étain ». Il a été avancé par certains historiens que le changement de forme allotropique de l’étain ait pu jouer un rôle dans les défaites de Napoléon Ier en Russie. Exposés à la très basse température ambiante de la campagne de Russie les boutons d’étain des uniformes des soldats devenaient cassants par transformation en étain gris entraînant chez eux un inconfort certain11. De plus, ces boutons étant dessinés en forme de mouton, les Polonais considéraient cela comme un signe portant malheur.
Arrivé à Orcha, Napoléon, sans prendre un moment de repos, s’occupa de rétablir l’ordre que les combats et l’intempérie de la saison avaient dérangé. Il fit faire des distributions de vivres, d’armes et de munitions, et lire, dans les corps d’armée, un ordre du jour qui les rappelait à leurs devoirs, engageant les soldats à marcher en corps, et menaçant de punir ceux qui s’obstineraient à rester isolés. Les désirs de Napoléon furent accomplis, officiers et soldats rentrèrent dans leurs rangs, et avec eux, l’ordre et la discipline. Finalement, l’armée, avançant à marches forcées, arriva le 25 novembre sur la Bérézina, sur laquelle Napoléon fit jeter des ponts dont il présidait les travaux.

La traversée de la rivière Bérézina amène une victoire tactique pour Napoléon quand Koutouzov, décidant que le temps était venu pour une bataille rangée, attaque la partie de l’armée française restée du mauvais côté de la rivière. Les Russes ayant été repoussés, tous les Français en arme peuvent franchir les ponts. Seuls restent de l’autre côté les malades, les blessés et les déserteurs ; ceux-là même qui, par abattement et désespoir, ont refusé de passer les ponts durant la nuit précédant la bataille et qui ensuite se sont bousculés dans une cohue indescriptible au dernier moment (d’où l’expression proverbiale : « c’est la Bérézina »). Certains se sont noyés dans la rivière, en tentant de la traverser à pied, car l’épaisseur de la glace n’était pas suffisante pour supporter leur poids.
Début décembre 1812, Napoléon apprend que le général Malet a tenté un coup d’État.
Avant d’atteindre Vilnius, à Smorghoni, le 5 décembre, Napoléon tint un grand conseil de guerre, donna ses instructions et le commandement des troupes à Murat, et partit pourParis. Napoléon abandonne son armée et rentre en traîneau. Murat déserte plus tard pour sauver son royaume de Naples, laissant le vice-roi d’Italie et premier beau-fils de Napoléon, Eugène de Beauharnais, aux commandes.
Au cours des semaines suivantes, les restes de la Grande Armée sont encore réduits, et le 14 décembre 1812 ils sont expulsés du territoire russe.

Les pertes humaines
Les dernières recherches sérieuses sur les pertes de la campagne de Russie sont données par Thierry Lentz12. Du côté français, le bilan est d’environ 200 000 morts (la moitié au combat et le reste de froid, de faim ou de maladie) et de 150 000 à 190 000 prisonniers tombés entre les mains de Koutouzov. Pour le reste, 130 000 soldats quittèrent la Grande Armée au cours de la marche sur Moscou et près de 60 00013 se réfugièrent chez des paysans, nobles et bourgeois russes. Enfin, moins de 30 000 soldats repassèrent le Niémen avec Murat. Côté russe, les récentes publications d’Oleg Sokolov tendent à établir les pertes à 300 000 morts dont 175 000 au combat, ce qui est très important, mais, selon Thierry Lentz, invérifiable en l’état des études disponibles. Enfin, malgré des actes de générosité des deux côtés, les prisonniers qui tombèrent entre les mains des Français ou des Russes furent globalement maltraités.
Après la chute de Napoléon, le rapatriement demandé par Louis XVIII des Français restés en Russie fut globalement un échec, car les candidats au retour furent peu nombreux. Plusieurs milliers de Français firent souche dans le pays des Tsars. En 1837, 3 200 vivaient à Moscou par exemple. Parmi ceux qui restèrent en Russie, le soldat de la Grande Armée Jean-Baptiste Savin (en), devenu par la suite Mikhail Andréïevitch Savine, serait mort à Saratov en 1894 à l’âge de 123 ans14,15.

minard10
Un graphe par Charles Minard montrant les effectifs de la Grande Armée à l’aller et au retour de Moscou, par l’épaisseur de la ligne. En dessous, une fonction de la température en degré Réaumur (1 °R = 1,25 °C) se lisant de droite à gauche.

Évaluation historique
Cette campagne révèle que Napoléon a grandement sous-estimé l’ampleur des difficultés qui l’attendaient, lui et son armée :
– sous-estimation de la logistique ;
– sous-estimation des aléas climatiques ;
– tactique de la terre brûlée des Russes, etc.

La victoire russe sur l’armée française en 1812 marque un coup d’arrêt sévère aux ambitions de domination européenne de Napoléon. Comme la défaite de la puissance navale française à la bataille de Trafalgar en 1805, la campagne russe est un tournant décisif des guerres napoléoniennes qui mène, en fin de compte, à la défaite de Napoléon et son exil sur l’île d’Elbe.
Pour la Russie, le terme guerre patriotique est un symbole renforçant l’identité nationale, qui a un grand impact sur le patriotisme russe du XIXe siècle. Le résultat indirect du mouvement patriotique des Russes est un fort désir de modernisation du pays qui se traduit par une série de révolutions, commençant avec la révolte des Décembristes et finit avec la révolution de février 1917.
Napoléon n’est pas complètement défait en Russie. L’année suivante, il lève une armée d’environ 400 000 soldats français soutenue par 250 000 soldats des pays alliés aux Français, pour disputer le contrôle de l’Allemagne lors d’une campagne encore plus grande. Ce n’est que lors de la bataille de Leipzig (la bataille des Nations, 16 au 19 octobre1813) qu’il est vraiment défait, mais même la campagne de France en 1814 est indécise.
Malgré tout, la campagne de Russie révèle que Napoléon n’était pas invincible. Sentant la bête blessée et poussés par les nationalistes prussiens et les commandants russes, des nationalistes allemands se soulèvent à travers la Confédération du Rhin et la Prusse. La décisive campagne d’Allemagne n’aurait pas pu avoir lieu sans le message de la défaite de Russie propagé dans le monde.

Liste des commandants de l’armée russe
• Mikhail I. Koutouzov – commandant en chef
• Michel Barclay de Tolly – ministre de la Guerre
• Peter Wittgenstein – commandant de l’aile droite
• Piotr Bagration – commandant de l’aile gauche
• Nikolaï N. Raïevski – commandant russe majeur
• Dmitri S. Dokhtourov – commandant russe majeur
• Mikhaïl A. Miloradovitch – commandant russe majeur
• Alexandre I. Ostermann-Tolstoï – commandant russe majeur
• Alexeï P. Iermolov – général russe
• Alexandre Michaud de Beauretour – général sarde rallié aux Russes
• Mikhaïl S. Vorontsov – général russe
• Matveï I. Platov – ataman des Cosaques du Don
• Pavel V. Tchitchagov – ministre de la marine en 1802 – commandant de l’armée de Moldavie

Notes
1. ↑ Tradition magazine, hors série n°3, La campagne de Russie (1812), (p.16).
2. ↑ Le terme russe « guerre patriotique de 1812 » la distingue de la « grande guerre patriotique », qui désigne la campagne que les Soviétiques menèrent sur leur front occidental durant la Seconde Guerre mondiale.
3. ↑ Jean-Claude Damamme, Les Soldats de la Grande Armée, Perrin, 1998, (ISBN 2-262-01862-6)p301
4. ↑ a, b, c et d Jean-Claude Damamme, Les Soldats de la Grande Armée, Perrin, 1998,(ISBN 2-262-01862-6) p401
5. ↑ « Soldats, la seconde guerre de la Pologne est commencée ; la première s’est terminée à Tilsitt. À Tilsitt, la Russie a juré éternelle alliance à la France et guerre à l’Angleterre. Elle viole aujourd’hui ses serments. La Russie est entraînée par sa fatalité ; ses destins doivent s’accomplir. Nous croit-elle donc dégénérés ? Marchons donc en avant ; passons le Niémen, portons la guerre sur son territoire. La seconde guerre de la Pologne sera glorieuse aux armées françaises comme la première. »
6. ↑ a et b Tradition magazine, La campagne de Russie (1812), 2004 (p.20).
7. ↑ À cette occasion, le métropolite Platon, âgé de cent dix ans[réf. nécessaire], lui fait don de l’image desaint Serge et lui dit : « La ville de Moscou, la première, capitale de l’empire, la nouvelle Jérusalem, reçoit son Christ comme une mère dans les bras de ses fils zélés, et à travers le brouillard qui s’élève, prévoyant la gloire brillante de sa puissance, elle chante dans son transport : Hosanna ! Béni soit celui qui aime ! que l’arrogant, l’effronté Goliath apporte des limites de la France l’effroi mortel aux confins de la Russie ! la pacifique religion, cette fronde du David russe, abattra soudain la tête de son sanguinaire orgueil ! Cette image de saint Serge, antique défenseur du bonheur de notre patrie, est offerte à votre majesté impériale… »
8. ↑ Dans sa proclamation aux soldats, il prophétise la victoire : « Dieu va combattre son ennemi avec l’épée de Michel, et avant que le soleil de demain ait disparu, vous aurez écrit votre foi et votre fidélité dans les champs de votre patrie avec le sang de l’agresseur et de ses légions. » L’armée russe, protégée par des retranchements que son général annonçait comme inexpugnables, était encore animée par les prédications des prêtres et par l’image miraculeuse de la Vierge, qu’on promenait dans ses rangs.
9. ↑ Jacques-Olivier Boudon, Napoléon et la campagne de Russie : 1812, Armand Colin, 2012, 334 p.[lire en ligne [archive]]
10. ↑ Koutouzov écrivait à Alexandre : « Les Français, loin de se laisser abattre par la cruelle extrémité où ils se voyaient réduits, n’en étaient que plus enragés à courir sur les pièces qui les écrasaient. On dit encore vulgairement en Russie : « Ce n’est point le général Koutouzov qui a tué ou dispersé les Français, c’est le général Morossov (la gelée). »
11. ↑ Page 175 dans Dictionnaire des corps purs simples de la chimie – Éléments, atomes et molécules de Robert Luft, édité par Association Cultures et Techniques, en 1997, on peut lire ceci : « il (ce phénomène) est décrit lors de la campagne de Russie par les soldats de Napoléon, bien placés pour faire cette observation, leurs boutons de pantalons étaient en étain »
12. ↑ Thierry Lentz, Nouvelle histoire du Premier Empire, Tome 2, 2004.
13. ↑ d’après l’historien russe Sirotkine
14. ↑ Vladène Sirotkine Revue de l’Institut Napoléon, p. 64
15. ↑ Mais lire l’article Supercentenaire pour une analyse générale de ces longévités alléguées avant leXIXe siècle.

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Celles de l’Histoire, retour vers les grandes épopées

3 avril 2013

Opération Corn Flakes

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

Opération Corn Flakes

L’opération Corn Flakes était une opération de propagande menée par les Office of Strategic Services des États-Unis en février 1945-mars 1945 afin de saper le moral des populations civiles allemandes et autrichiennes, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’idée était de faire passer dans le courrier des lettres contenant des journaux antinazis et convaincre la population que la fin du conflit était proche.

L’opération tient son nom du fait que, pour ses concepteurs américains, le courrier arrivait le matin, au moment du petit déjeuner; elle fait référence à l’un des mets les plus populaires pour ce repas aux États-Unis, même si, à l’époque, rares sont les Allemands qui consomment des flocons de maïs le matin comme le faisaient les Américains.

Le plus simple a été la conception des documents pour convaincre les populations que le Reich nazi battait en retraite sur tous les fronts. « Das neue Deutschland » (La Nouvelle Allemagne) présentait l’Allemagne de la paix. Les Autrichiens devaient recevoir un courrier spécifique pour jouer sur la rancœur de l’Anschluss, l’annexion par l’Allemagne de 1938.

Cette opération est remarquable par les efforts qu’elle a réclamés. En effet, il fallait que chaque lettre soit unique (adresse de l’expéditeur, ville et date d’oblitération) pour éviter qu’un fonctionnaire des postes ou de la Gestapo ne remarque des coïncidences. Les sacs postaux furent imités jusqu’à la nature du papier de l’étiquette.

Ensuite, il a fallu suivre l’actualité des services postaux comme le changement de forme des cachets postaux, les horaires des trains postaux (les oblitérations étant conçus au dernier moment, dès que le train ciblé était connu). Enfin, la désorganisation des postes à cause de l’offensive alliée provoqua l’interdiction du courrier expédié par des civils pour donner la priorité au courrier posté par les entreprises et les administrations ; il fallut trouver les modèles d’enveloppes d’entreprises encore en activité.

Un faux timbre fut imprimé pour affranchir ces enveloppes : des faux du 12 pfennig à l’effigie d’Adolf Hitler, avec deux changements par rapport à l’original. La légende « Deutsches Reich » (Empire allemand) devint « Futsches Reich » (Reich fichu). Et le portrait d’Hitler présentait un rictus peu avenant.

Faire passer le courrier

Pour faire passer ces courriers de propagande dans le système postal allemand, l’option suisse fut écartée car la Confédération suisse souhaitait rester neutre.

Il fut décidé de bombarder des trains postaux précis, puis de larguer à basse altitude à l’aide de bombes les sacs emplis de courrier de propagande. L’idée était que les secours seraient trop heureux de récupérer du courrier intact pour se poser des questions.

Entre le 5 février et le 31 mars 1945, dix missions furent ainsi tentées. Neuf sont parvenues à larguer leurs sacs de courrier. Environ 5 000 lettres seraient entrées dans le réseau postal. D’après les interrogatoires menés par les alliés en Allemagne occupée, de plus en plus, les gens connaissaient les journaux de propagande et les lettres de la résistance intérieure qui faisaient partie du courrier de l’opération Corn Flakes.

Philatélie

Bien que les 12 pfennigs à l’effigie d’Hitler soient des faux pour tromper l’administration postale, les catalogues allemands leur donnent une cote. Ils existent neufs et oblitérés puisque les résistants allemands s’en sont également servis pour leur courrier de propagande ; des postiers complaisants ou distraits pouvant laisser passer ces timbres. Les enveloppes affranchies avec ces timbres (opération Corn Flakes ou résistance intérieure) sont extrêmement rares.

L’utilisation de faux timbres pendant la Seconde Guerre mondiale a concerné plusieurs pays et mouvements de résistance. En France, quelques groupes de résistants se sontservis de l’effigie du général de Gaulle.

File:Futsches-Reich-Briefmarke-UK.jpg

Faux timbre « Futsches Reich ».

Opération Corn Flakes corn210

Sources
wikipedia
http://www.sitadom39.fr/histo7.php?action=30retour 

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

26 mars 2013

Récit d’un parachutiste de la France Libre

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Articles, évènements, témoignages

 

 Résistance … la lutte contre le mal

Récit d’un parachutiste de la France Libre

Dès 1940, la France Libre a formé une unité parachutiste. Les premiers éléments ont accompli des prouesses en Libye et en Crète. Nous raconterons un autre jour comment le 4e bataillon d’infanterie de l’air s’est reformé et entraîné en Angleterre, pour être, de toutes les forces alliées, la première unité qui a touché le sol de France le jour du débarquement. Voici le récit de l’opération.

D – Day

Dès le départ d’Auchinleck, en Écosse, on se sentait déjà dans le bain. Au débarqué du train, des camions nous ont conduits aussitôt au camp de Fairford, établi dans une vaste prairie en pente et complètement entouré de barbelés. De vastes tentes pour les communs, des petites tentes pour coucher à six.

On nous avertit qu’il est rigoureusement interdit de sortir : tout parachutiste ramassé dehors serait immédiatement exclu. Aucun contact avec le dehors, pas de correspondance, pas de visites. Même les girls, serveuses à la Naafi, n’ont pas le droit de sortir et une tente leur est affectée (autour de laquelle on voit rôder beaucoup d’amateurs). Il ne faut pas que chacun aille avertir sa bonne amie des opérations qui se préparent.

Il fait un temps superbe. Le camp est assez vaste ; nous sommes avec les S.A.S. anglais, beaucoup plus nombreux que nous, immenses gaillards aux épaules larges. Les rapports avec eux sont toujours des plus cordiaux.

Et, comme toujours on s’organise. Il y a un magasin, une armurerie, une Naafi où l’on sert de la bière, un terrain de football où des équipes se forment et, bien entendu, des corvées d’eau, de cuisine, de propreté, etc. et même des séances de cinéma.

Je reprends mes obligations de fourrier de la section, m’efforçant de percevoir l’armement qui nous manque, des chaussures pour celui-là, des chaussettes pour cet autre et, chose indispensable pour les radios, et précieuses dans tous les sens du terme, des montres de précision. Enfin toutes sortes d’articles : boussoles, porte-cartes, sacs de couchage en duvet, toiles de tente, musettes américaines, paquets de pansements, alcool solidifié et quantité de merveilles bien utiles quand on va faire du camping pour s’amuser.

Il faut encore distribuer le matériel radio ; nous emportons deux postes complets par équipe. Il faut encore distribuer les postes récepteurs, les piles et les pads (livres de codage) dans les squadrons.

Enfin il y a tout un attirail spécial pour S.A.S. : une pochette évasion qui contient une carte de France sur soie, une lime et 4.000 francs ; une boîte imperméable contenant des comprimés de lait, du chocolat vitaminé, une petite boussole, des cachets pour se doper en ces d’effort à fournir, un hameçon ; une pochette imperméable pour mettre ses papiers, des boutons truqués pouvant servir de boussole et je ne sais quoi encore. Les Anglais font bien les choses.

Nous avons encore touché un pantalon spécial pour le combat et nous sommes tous occupés à couper les jambes qui sont trop longues, coudre des pattes pour la ceinture, et dissimulons billets de banque, boussoles et cartes dans les doublures, multiples travaux de couture qui sont absorbants.

Nous avons, en outre, bien des choses à apprendre et instructions à parfaire. On nous a distribué des ceintures de sauvetage en caoutchouc munies de deux petites bouteilles à air comprimé. On nous a fait prendre connaissance aussi des Stirling, les gros quadri-moteurs qui nous transporteront.

Le « trou », placé à l’arrière du fuselage, est spacieux ; nous n’aurons pas de difficulté pour y passer. Répétition d’emplacement, d’accrochage des static-lines. Il faut aussi prévoir l’amerrissage forcé de l’avion ; en ce cas, on obture hermétiquement le trou. On tend des sangles sur lesquelles on s’arc-boute pour ne pas être précipités les uns contre les autres ; la carlingue, si rien n’est tassé, peut flotter une demi-heure environ. Il faut donc sortir par le haut et mettre à la mer un canot pneumatique, dont nous apprenons la manipulation.

Enfin, pour nous, radios, nous apprenons à nous servir de deux appareils tout à fait épatants ; l’un permettant de correspondre du sol en phonie avec un avion patrouillant dans le voisinage ; l’autre, l’Eureka, appareil encore secret, permettant de guider au sol un avion vers un point déterminé.

On nous a encore présenté la dernière invention ; un truc pour dépister les chiens policiers afin que notre retraite ne soit point décelée. C’est un flacon « d’extrait concentré d’odeur humaine » ; c’est toute une technique pour s’en servir. Il est particulièrement recommandé de ne pas casser la bouteille car tous les parachutistes du camp ne pourraient plus être utilisés. J’imagine que cela ne doit pas sentir bon. Nous avons aussi assisté à une démonstration ; un homme a couru, traversant champs, taillis et faisant de multiples détours ; un quart d’heure après un chien tenu en laisse a suivi la piste sans hésitation.

L’atmosphère du camp est magnifique ; enthousiasme et tranquillité. Aucune hâte fébrile dans tout ce que nous faisons ; pas de nervosité. On agit avec méthode.

Notre célèbre Sassoon, le médecin lieutenant du bataillon, a remporté un gros succès en nous distribuant les médicaments de première urgence : tout un assortiment de cachets et comprimés contre la constipation, le mal de tête, etc. Des pilules contre le mal de l’air qu’on pourrait avoir dans l’avion et garanties absolument inefficaces, enfin des piqûres de morphine pour le cas de blessure avec le conseil suivant : « en cas de blessures au ventre, ne pas en faire, car ce serait mortel ; mais si c’est une blessure grave… alors faites-la tout de même ».

J’ai entassé dans ma tente tout ce que j’ai perçu et cela fait une montagne appréciable. Il faut encore y ajouter quatre jours de vivres et les armes. J’ai demandé à un officier anglais si l’on nous distribuerait aussi un petit mulet à chacun.

Comme armement on peut toucher un Colt, un poignard, une mitraillette Sten, des grenades.

Les fusils trouvent peu d’amateurs et heureusement que les fusils-mitrailleurs ne sont pas pour les radios. Les garçons sont comme des gosses devant un arbre de Noël ; ils veulent tout et en grande quantité. « Moi, mon vieux, je leur balance quatre grenades, et tu verras le travail que ça fait ! »

- « Et rrran ! une petite rafale de mitraillette et je nettoie tout ! » On démonte les armes, on les nettoie ; on remplit les chargeurs.

Au bout de quelques jours quelques renseignements sur les opérations commencent à transpirer. Les officiers sont convoqués dans la grande tente où a lieu le briefing. La radio prend subitement une importance considérable… Nous devons tenter une opération entièrement nouvelle : nous formerons une ou plusieurs bases où viendront se ravitailler les sticks de destruction qui accompliront des missions de diversion dans un rayon assez étendu. Il faut que les bases puissent correspondre par radio afin que les ordres soient donnés aux sticks munis de postes récepteurs.

Et puis, le 4 juin, nous sommes enfin convoqués sous la tente du briefing ; nous y retrouvons les camarades avec lesquels nous formerons les sticks de départ. Après toutes les suppositions, les ragots et les indiscrétions, on va enfin savoir.

C’est la Bretagne !

Le thème est le suivant : quatre sticks de neuf hommes partiront en premier dans deux avions, chaque avion droppant un stick sur une base sud dans le Morbihan, et sur une base nord dans les Côtes-du-Nord. Je suis de la base nord. La D.Z. est reconnaissable à un chemin formant un vaste Z. La base sera établie dans la forêt de Duhaut et nous espérons y opérer la jonction avec l’autre stick. On espère que l’un des deux au moins arrivera à bon port.

Là, nous devrons nous renseigner, prendre contact avec les maquis, s’il y en a. Si tout est favorable nous recevrons des renforts quatre jours après. Il y a, paraît-il, des troupes allemandes, S.S. et parachutistes en trois points dans la région.

En cas de malheur, nous devons essayer de rejoindre la base sud. Il est prévu également une possibilité de retour en Angleterre grâce à une filière, mais tout cela a l’air d’être une blague.

On nous distribue les cartes et les dernières recommandations. Nous gagnons ensuite l’aérodrome. Nous percevons nos parachutes que nous essayons afin de régler les harnais et les rangeons méthodiquement étiquetés à la craie.

Et puis c’est fini. Nous n’avons plus qu’à partir.

Je retourne à ma tente. C’est la fin de l’après-midi ; il faut être prêt à 9 heures. Il me va falloir faire mon sac et ce n’est pas une petite affaire. Depuis le matin, je n’ai cessé de courir d’un bout du camp à l’autre, de recevoir des ordres, d’en transmettre, de m’occuper de mille détails tant pour moi que pour les camarades et je me sens absolument vanné. Et dire que cette nuit et demain je vais avoir à fournir l’effort maximum ! J’hésite à me doper déjà avec les pilules de Sassoon.

J’essaye d’analyser mes sentiments. D’abord je suis submergé par une lassitude totale ; j’aurais besoin de me coucher, de n’avoir rien à faire, de m’anéantir. Et puis cette oppression profonde, c’est bien le trac ; je suis obligé de constater que j’ai peur. Je ne pense pas à ce qui va se passer dans les quelques heures qui vont suivre ; j’y ai trop réfléchi depuis trop longtemps et sais qu’on ne peut se l’imaginer, qu’il faut y être. Et cependant j’y suis. La grande machine est en marche. Je ne vois que mon sac à faire, le tri difficile de toutes mes affaires en me disant que je ne serai pas prêt et que ce sera mal fait. J’ai l’impression de n’avoir pas la conscience tranquille.

Au surplus, le temps change ; le vent se lève et les nuages s’amoncellent, et c’est avec un véritable soulagement que j’apprends que l’opération est décommandée pour ce soir. Je dîne rapidement, aide tout de même mes camarades à faire leur remblai de terre pour éviter d’être inondé sous notre tente, car la pluie commence et je me glisse nu dans mon sac de couchage.

J’ai beau me dire que ce n’est que partie remise et que l’attente est ce qu’il y a de plus énervant, je suis complètement détendu et respire librement : le système nerveux humain est ainsi fait, du moins le mien.

Le lendemain a été une journée de repos, au moins relatif. J’ai appris qu’il était possible de remettre des lettres à un officier anglais, courrier qui sera acheminé après certain délai. Je lui ai remis un mot d’adieu pour Étienne H. qui saura que je suis dans la bagarre.

Je m’occupe surtout à faire et à défaire mon sac. Il faut de la méthode, de l’habitude, mais plus encore de la volonté, je dirai même de la force de caractère.

Il est relativement facile d’abandonner la toile de tente et le gaz-cap (et pourtant le temps est devenu pluvieux), qui pèsent assez lourd et sont volumineux ; tant pis on sera mouillé, après tout on est au mois de juin. Mais ce qui reste est encore trop et il faut avoir le courage de se séparer de toutes sortes de bricoles pourtant bien précieuses, bien utiles ou qui vous font terriblement envie et qui, chacune, ne pèse guère plus de 50 grammes.

Je mets d’abord à part l’incompressible : le poste de T.S.F., le chargeur de F.M., la pharmacie, la pochette de secours, la voilette camouflée, la boussole, les cartes, de la ficelle…

Dans l’ordre vestimentaire, je supprime presque tout. Pas d’espadrilles, ni de linge de rechange. Je n’emporte que deux mouchoirs et une paire de chaussettes, indispensable pour la marche et aussi de quoi coudre ; comme affaires de toilette, une brosse à dents, une savonnette et mon rasoir.

Comme vivres, les huit boîtes de rations qu’on nous a distribuées sont trop lourdes et encombrantes ; je ne garde que quelques biscuits, le chocolat et les bonbons (que dira ma petite fille quand je lui raconterai cela !) et tout de même deux petits cubes de thé. Ni réchaud, ni alcool solidifié, pas même de gamelle ; juste une cuillère en me rappelant les souvenirs de prison en Espagne. Et, pour être complet, du papier… chose. Pour les armes, je me limite au poignard et au Colt et à quatre grenades ; mais combien de chargeurs et de balles de Colt ? Le plus possible évidemment. Comme radio je n’emporte aucun matériel de destruction, ni explosifs. Ne point oublier un chiffon de flanelle pour nettoyer son arme.

Il y a encore ce que j’appellerai les objets personnels : couteau de poche, peigne. J’emporte quelques croix de Lorraine, mon brevet de parachutiste pour ma femme, mais je doute de pouvoir le lui donner. Je vide mon portefeuille, aucun papier, mon pay-book. Bien entendu de quoi écrire : stylo, crayon, bloc-notes, indispensables pour un radio.

Et j’oubliais les cigarettes, dont on nous a fait d’abondantes distributions. Ça, il n’est pas question de les abandonner.

Après cet étalage, le tas est encore appréciable. On discute, on hésite ; vaut-il mieux abandonner une grenade ou prendre quelques biscuits supplémentaires. On va toujours emporter une belle paire de jumelles, quitte à s’en débarrasser plus tard ou à les donner à quelqu’un d’autre.

Il faut ensuite tout faire rentrer dans le sac. Le poste, avec les feutres de protection, remplit presque le kit-bag ; j’enfourne le reste dans le ruck-sac que j’attache au sommet du kit-bag. Le tout, posé sur le pied, m’arrive au milieu de la poitrine et pèse 50 kilos au moins.

Le commandant nous a fait remettre à chacun un petit fanion tricolore à croix de Lorraine ; nous en avons pavoisé notre tente ; on reconnaît que là sont ceux du premier départ et toute la journée nous recevons la visite des camarades. Je vois encore un grand diable d’Anglais, soupesant mon sac, et qui pour tout encouragement ne m’a pas caché qu’il préférait que ce soit moi qui saute avec ça. Autre attention du commandant, une bouteille de whisky à partager à je ne sais plus combien est hautement appréciée.

Il faut encore songer à avoir sur soi, immédiatement accessible, ce dont on peut avoir besoin, c’est-à-dire au fond presque tout : pansements, pharmacie, quelques bonbons et chocolats (on se passera de boire), boussole, carte, etc. Le pantalon à six poches, la combinaison camouflée en a six également ; en plus on a des cartouchières fixées au ceinturon.

Enfin ça a l’air de s’améliorer. Le 5 juin nous sommes convoqués en fin d’après-midi pour être passés en revue par le commandant Bourgoin. Cela se passe très simplement.

Nous devons nous présenter à 9 heures en tenue de départ : battle-dress, combinaison camouflée, ceinturon et équipement auxquels pendent revolver, poignard, cartouchières. La combinaison de saut recouvre le tout ; enfin la Mae-West. En plus quelques camarades se suspendent autour du cou, attaché sur la poitrine, un petit tonneau contenant deux pigeons voyageurs.

Deux camarades me portent mon kit-bag jusqu’à la sortie du camp où ils me le chargent sur l’épaule. Là, le commandant et quelques officiers nous regardent passer. Le capitaine Larralde nous souhaite une bonne chance en termes… militaires ; lorsque je passe, moi qui suis considéré comme un monsieur sérieux, il me crie : « Bonne chance, Devize ! Et puis, à vous aussi, je vous dis m…. ! »

Des camions nous conduisent à l’aérodrome en quelques minutes. Je n’oublierai jamais cette arrivée sur le terrain. D’une autre route des files de camions débarquent deux divisions aéroportées anglaises, le casque couvert de feuillage, le visage noirci. Tout le camp est en effervescence ; ça y est, c’est le débarquement et l’enthousiasme est débordant. Tout le personnel de la R.A.F., les W.A.A.F., nous accueillent avec des hurrahs ! et font des doigts le signe V.

Nous mettons aussitôt nos parachutes sur le dos et les camions nous mènent aux avions. Le terrain est immense. Tout autour des Stirling, noirs, avec les trois bandes blanches fraîchement peintes, ont l’air de mouches posées sur une grande table. Plus loin, les armées de gros planeurs sont rangés en ordre de bataille.

Nous restons assez peu de temps devant les avions dans le jour qui décline. Je ne connais pas de plus beau spectacle que l’arrivée d’un groupe de parachutistes, entièrement équipés et harnachés, sur le terrain au moment de l’emplacement. Et cette fois-ci ce ne sont plus des manœuvres. Les Airborn anglais ne sont pas encore à pied d’œuvre, on nous fait l’honneur de nous envoyer les premiers. Dernière distribution de thé avant le départ.

Nos quatre sticks sont répartis dans deux avions qui, chacun, en dropera un sur la base sud et un sur la base nord. Il faut espérer que sur les quatre, un au moins réussira.

Dernier salut aux camarades de l’autre avion et nous montons dans le taxi. On tasse les sacs comme on peut ; étant numéro sept du deuxième stick à sauter, je suis tout à fait au fond en tête de l’avion. Je m’assoie par terre, assez inconfortablement. L’obscurité est à peu près complète.

Je n’ai jamais vécu un moment d’aussi intense enthousiasme ; pas le moindre trac, je me sens en pleine possession de mes moyens, prêt à faire face à n’importe quelle éventualité.

L’avion ne tarde pas à prendre la piste. Nous volons. J’essaye d’imaginer ce qui nous attend, mais je n’y arrive pas ; je ne pense à rien, je somnole. Nous avons très peu de chances de nous en sortir, mais je n’ai pas peur. Je ne sais même pas si ma femme existe encore. J’aurai fait le maximum de ce que je pouvais faire ; je n’ai aucun regret. J’aperçois, à l’autre bout de la carlingue, par-dessus des corps gisant dans l’ombre la figure de Paulin, éclairée par une petite lumière falote ; il me regarde ; je lui envoie par signes, en morse, le prénom de sa femme, une charmante Anglaise qu’il a laissée à Bristol. Il me répond O.K., avec un large sourire. Quelqu’un regarde par un hublot et annonce que nous sommes au-dessus de la terre ; nous sommes en France. En France ! Pas de D.C.A., pas de chasse ennemie, traversée sans anicroche, une véritable croisière.

Tout à coup on s’agite à l’arrière. Le premier stick se prépare, attachant les static-lines et fixant les kit-bags. Puis tous les hommes, debout, prêts, s’immobilisent dans l’attente du signal. Cela dure longtemps. Je n’entends rien, assourdi par le bruit des moteurs, mais je vois le paquet de silhouettes massives s’ébranler, s’agiter et fondre comme un jeu de cartes dans les mains d’un prestidigitateur. Il n’y a plus personne, je vois la lumière verte qui immédiatement fait place au rouge.

La place est vide ; nous nous y précipitons.

On se prépare calmement, en vieux habitués ; le plus nerveux est certainement le dispatcher anglais. Les static-lines sont accrochées, il faut veiller à ne pas les laisser pendre à l’intérieur du bras car on risque de se démettre l’épaule.

Action station ; l’ordre circule de bouche en bouche ; nous nous serrons les uns contre les autres, en file indienne. L’attente est interminable, presque d’un quart d’heure. Je repose ma tête sur le parachute de Rameau et ne pense plus à rien, qu’à le suivre dès qu’il décollera.

Et tout à coup, il part. J’ai peine à le suivre, soulevant mon sac à deux mains. Je suis au bord du trou et aperçois le vaste Z blanchâtre du chemin repéré. Ma jambe droite traîne en arrière, alourdie par le kit-bag et je bascule la tête en avant. Je me sens humilié d’un départ aussi peu élégant. Le poids du sac me ramène à la verticale et je me balance dans le vide. Je suis pris dans le vent, puis une forte secousse me fait lâcher mon sac bien que mes mains se tenaient crispées sur la monture métallique de mon ruck-sac ; le parachute est ouvert. Le bruit des moteurs s’éloigne, rien qu’un immense silence ; je vois autour de moi les taches de deux parachutes. C’est la pleine lune, il y a quelques nuages ; je distingue bien le sol. À présent, je suis en France.

Le silence est total, pas un coup de feu ; il s’agit de ne pas perdre son temps. Je largue mon sac, la corde glisse dans mes mains, les gros gants que j’avais mis par précaution sont en charpie mais ma peau n’est pas entamée, du moins pas trop. Le sol se rapproche, je vois une petite ferme isolée, entourée d’arbres vers laquelle je me précipite, je suis désespéré. Le toit passe, je glisse entre le faîte de deux grands arbres. Avec mes 50 kilos je trouve que le sol de ma patrie arrive un peu trop vite, je vais certainement me fracasser à l’arrivée. Un bruit mat, mon sac touche le sol et me donne aussitôt un coup de frein. J’atterris dans un petit champ bordé de haies et de talus, finement labouré, du gâteau, je prête l’oreille, aucun bruit. J’enfonce mes dix doigts dans la terre meuble. Il est 1 h 35.

Julien Devize

Extrait de la Revue de la France Libre, n° 25, février 1950.
http://www.france-libre.net/temoignages-documents/temoignages/recit-parachutiste-france-libre.php

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Articles, évènements, témoignages

17 mars 2013

Les nazis adoptent la solution finale

Classé sous — milguerres @ 19 h 19 min

 

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

 

1942
20 janvier

Les nazis adoptent la solution finale

 

La conférence de Wannsee près de Berlin réunit quinze hauts responsables nazis et des officiers SS sous la présidence de Reinhard Heydrich, chef des services secrets allemands. La réunion a pour objectif de débattre sur « la solution finale de la question juive ». Il est décidé que les juifs d’Europe en état de travailler seront transférés dans des camps de travaux forcés. Pour ceux incapables de travailler, l’élimination pure et simple est décrétée. Certains camps seront bientôt essentiellement consacrés à cette extermination de masse : Belzec, Sobibor, Treblinka puis Auschwitz. Le génocide du peuple juif est clairement amorcé. Plus de 6 millions d’entre eux périront dans les camps de la mort.

La conférence de Wannsee

 

 

La conférence de Wannsee réunit dans une villa de Berlin, le 20 janvier 1942, quinze hauts responsables du Troisième Reich, pour débattre de l’organisation administrative, technique et économique de la solution finale à la question juive, voulue par Adolf Hitler et mise en œuvre, sur ses instructions, par Hermann Göring, Heinrich Himmler, Reinhard Heydrich et Adolf Eichmann.
Au moment où la conférence se tient, la Shoah a débuté depuis déjà plusieurs mois : la déportation des Juifs du Reich a commencé, les Einsatzgruppen assasinent les Juifs par centaines de milliers en URSS, le Camp d’extermination de Chełmno est en activité et les autres centres de mise à mort sont en construction ou en projet.
Présidée par Reinhard Heydrich, la conférence dure moins de deux heures. Si elle est brève et n’est pas marquée par des décisions fondamentales, elle constitue une étape décisive dans la réalisation de la Shoah, en entérinant d’une part le contrôle total de la SS sur la mise en œuvre de l’extermination du peuple juif, d’autre part le rôle de Heydrich en tant que maitre-d’œuvre dans le processus destructeur puis en exigeant la collaboration sans entraves et le soutien sans failles de l’ensemble de l’appareil d’État.
La villa Marlier où eut lieu la conférence est depuis 1992 un lieu de mémoire.

Contexte

Mesures antisémites du régime nazi avant-guerre

La conférence de Wannsee ne peut être isolée de la volonté d’exclure la population juive de la société allemande, qui se traduit dans les faits, dès l’arrivée des nazis au pouvoir, et s’amplifie de l’année 1933 au déclenchement de la Seconde Guerre mondialeN 1.
Dès le 7 avril 1933, les Juifs sont, à quelques exceptions près, exclus de la fonction publique via le décret sur la restauration du fonctionnariat et son règlement d’application1,N 2. Avec l’adoption des Lois de NurembergN 3, le 15 septembre 1935 et les décrets d’application lui faisant suite, les Juifs ou demi-Juifs (Mischling) sont catégorisés sur une base légale, privés de leur citoyenneté, déchus de la plupart de leurs droits et chassés d’un nombre croissant de professions ; mariages et relations sexuelles entre Juifs et « citoyens de sang allemand ou apparenté » sont interdits et deviennent des délits2. Le durcissement de cette politique se poursuit en 1937 et 1938, avec la confiscation des passeports des Juifs allemands, les débuts de l’élimination des Juifs de la sphère économique, l’imposition de prénoms « juifs » et l’exclusion de sphères de plus en plus larges de la vie publique, économique et socialeN 4,3.

La Nuit de Cristal des 9 et 10 novembre 1938 marque une étape cruciale dans la radicalisation antisémite : outres les violences physiques et les destructions matérielles à grande échelle sur tout le territoire du Reich, elle est suivie, fin 1938 et courant 1939, par toute une série de mesures qui excluent de jure et de facto les Juifs de la société civileN 5,4 et par l’aryanisation forcée des entreprises et commerces Juifs5. Pour Raul Hilberg, à la veille du déclenchement du conflit, la population juive du ReichN 6 et du protectorat de Bohème-Moravie est soumise à des conditions de vie qui correspondent à une ghetthoïsation, même s’il ne s’agit pas encore d’une concentration dans des quartiers enclos de murs, selon un processus en cinq étapes : « rupture imposée des relations de sociabilité entre Juifs et Allemands ; limitations de résidence ; réglementation des déplacements ; mesures d’identification spécifique ; enfin, institution de procédures administratives distinctes6 ».

Déportations, ghettoïsation et assassinats de masse

Avec l’invasion de la Pologne, deux millions7 de Juifs tombent aux mains des Allemands dont la politique et les actions antisémites se durcissent. Dans le sillage des troupes de combat, les Einsatzgruppen constitués par Reinhard Heydrich procèdent au massacre systématique des francs-maçons, des Juifs, des communistes et des membres de l’intelligentsia, du clergé et de l’aristocratie »8. Comme l’indique Heydrich, en réaction aux protestations de certains généraux de la Wehrmacht, « nous voulons bien protéger les petites gens, mais les aristocrates, les curetons et les Juifs doivent être supprimés9. » Les tueries s’accompagnent d’un vaste processus de déportation, de concentration et de ghettoïsation : à partir du 1er décembre 1939 débute un vaste mouvement forcé de la population juive : les Juifs des territoires polonais incorporées au Reich, mais aussi les Juifs et Tziganes du Reich sont déportés vers le Gouvernement général, ce qui finit par susciter de vives protestations du gouverneur de Pologne Hans Frank, débordé par l’ampleur des déportations10. Les ghettosN 7 se mettent en place tout d’abord dans les territoires incorporés dès l’hiver 1939-1940, et se multiplient au cours des mois suivants (Lodz en avril 1940, Varsovie en octobre, Cracovie en mars 1941, Lublin en avril, etc.)11.

Au cours de l’invasion de l’Union Soviétique, 2 500 00012 Juifs se retrouvent, au fil des avancées des armées allemandes, sous la domination nazie. Formés dès le printemps 1941, soit avant l’invasion, quatre Einsatsgruppen suivent la progression de la Wehrmacht et commettent des massacres à grande échelle qui visent, selon Heydrich « tous les fonctionnaires du Komintern, la plupart de ceux-ci devant être des politiciens de carrière ; les fonctionnaires de haut rang et de rangs intermédiaires ainsi que les extrémistes du parti communiste, du comité central et des comités régionaux et locaux ; les commissaires du peuple ; les Juifs occupant des fonctions au sein du parti communiste ou du gouvernement, ainsi que tous les autres éléments extrémistes, saboteurs, propagandistes, francs-tireurs, assassins, agitateurs13… » Les tueries se concentrent rapidement sur les Juifs, tout d’abord sur les adultes de sexe masculin, puis à partir d’août 1941N 8, à l’ensemble de la population juive, sans distinction de sexe ou d’âge et sans aucun lien avec une éventuelle fonction au sein du parti communiste14.
Les adjoints immédiats d’Hitler, Göring et Heinrich Himmler, SS-Reichsführer, considèrent cette déclaration, comme d’autres propos tenus à la même époque par le Führer, et dont la plupart n’ont été rapportés que lors des procès d’après-guerre, comme une autorisation de procéder à une solution finale de la question juive plus radicale, incluant notamment la déportation de tous les Juifs présents dans les territoires occupés par l’Allemagne.
Göring est à cette époque le personnage le plus puissant du régime nazi après Adolf Hitler ; il a reçu le grade spécifique de Reichsmarschall et est désigné comme le successeur du Führer15. Pour Heydrich, toute instruction de Göring est soutenue par l’autorité de Führer ; Heydrich sait également que son supérieur immédiat, Himmler, est en faveur de l’extermination des Juifs. De plus, à cette époque, il a mis en place et commande les Einsatzgruppen qui ont entrepris l’assassinat en masse de la population juive des territoires récemment conquis en Union soviétique. Selon Rudolf Lange, commandant de l’Einsatzkommando 2 qui opère en Lettonie, ses ordres portent sur une solution radicale du problème juif, via l’exécution de tous les Juifs16. En octobre commence la déportation vers l’Est des Juifs d’Allemagne, d’Autriche et de Tchécoslovaquie ; lorsque les trains chargés de déportés arrivent en Lettonie, Lange fait abattre tous les passagers. Mais cette méthode d’assassinat par fusillade s’avère rapidement impraticable pour le massacre de millions de personnes : le coût en munitions est inacceptable, et les SS éprouvent des problèmes psychologiquesN 9.

Planification de la conférence

Le 31 juillet 1941, Göring signe un document qui lui est soumis par Reinhard Heydrich, numéro deux de la SS et chef du RSHA, qui étend les pouvoirs confiés à ce dernier depuis le 24 janvier 1939 pour résoudre le problème juif par l’émigration ou l’évacuation. Heydrich se voit chargé de faire tous les préparatifs nécessaires pour la solution totale de la question juive dans tous les territoires sous contrôle allemand, de coordonner la participation des organisations dont les juridictions sont concernées et de soumettre un projet global pour la solution finale de la question juive (Endlösung der Judenfrage)17.
Au cours de la seconde moitié de l’année 1941, Heydrich et son état-major travaillent sur des projets d’évacuation des Juifs de tous les territoires occupés par l’Allemagne vers des camps de travail en Pologne ou plus à l’Est, en Union soviétique, dont il pense que la conquête sera bientôt terminée : ceux qui sont incapables de travailler seront assassinés, les autres exterminés par le travail. La défaite allemande devant Moscou au cours des mois de novembre et décembre conduit à une large révision des priorités : l’euphorie cède la place à la perspective d’une guerre de longue durée et au constat que les réserves de nourriture ne suffiront pas à alimenter la population de l’Allemagne et de l’Europe occupéeN 10.
Dès novembre 1941, il devient clair que les responsables nazis savent que Adolf Hitler a l’intention d’expulser tous les Juifs d’Europe vers les territoires de l’Est et de les y faire assassinerN 11.
Mener à bien une telle entreprise impliquant l’enregistrement et le transport de millions de personnes, à un moment où les ressources matérielles et humaines nécessaires sont déjà gravement compromises, est un formidable défi logistique. Afin d’éviter que certains éléments de l’appareil d’État ne fassent obstacle ou refusent de coopérer à la solution « finale de la question juive », il est décidé d’inviter à une réunion les représentants de tous les ministères concernés afin de leur exposer les projets en cours et la méthode à mettre en œuvre pour leur exécution, en précisant qu’il s’agit d’une décision de la plus haute autorité du Reich.
Le 29 novembre 1941, Reinhard Heydrich, représentant d’Himmler en son absence18, envoie une invitation pour une réunion prévue le 9 décembre 194118 au siège de la Commission internationale de police criminelle — une sorte de précurseur de l’Interpol dont Heydrich est à l’époque le président —, au 16 Am Kleinen Wannsee, dans le cadre confortable d’une villa, au bord du lac à l’extrémité ouest de Berlin. Il joint à cette invitation une copie de la lettre de Hermann Göring du 31 juillet pour souligner son autorité en la matière.
Les développements du début de décembre 1941, perturbent les plans initiaux18. Le 5 décembre, l’Armée rouge lance une contre-offensive à Moscou, mettant fin à la perspective d’une conquête rapide de l’Union des républiques socialistes soviétiques ; le 7 décembre, les Japonais attaquent les États-Unis à Pearl Harbor, ce qui provoque, le lendemain, l’entrée en guerre des États-Unis contre le Japon. Pour s’acquitter de ses obligations en vertu de son pacte tripartite avec l’Italie et le Japon, le gouvernement du Troisième Reich prépare immédiatement une déclaration de guerre aux États-Unis, le 11 décembre. Certains invités de la réunion participent à ces préparatifs, et le 8 décembre, Heydrich reporte la réunion, sans déterminer de nouvelle date. Au début du mois de janvier 1942, Heydrich envoie de nouvelles invitations à une réunion fixée au 20 janvier. Pour l’historien allemand Christian Gerlach, le report de la réunion par Heydrich a pour but d’en élargir l’objectif initial. Selon Götz Aly, par contre, il est causé par la confusion qui suit l’attaque japonaise sur Pearl Harbor. Toujours selon Gerlach, l’objectif initial de la conférence de Wannsee ne portait que sur la déportation des Juifs du Reich ; ce n’est qu’après le discours d’Adolf Hitler du 21 décembre 1941 qu’Heydrich peut élargir le thème de la réunion pour la consacrer à la solution finale de la question juive19.
Le lieu de la conférence est changé pour une villa au 56-58 Am Grossen Wannsee, une rue résidentielle tranquille, à Wannsee. La villa Marlier, construite en 1914, a été acquise par la SS en 1940 pour l’utiliser comme un centre de conférence20,N 12.

 

 Les nazis adoptent la solution finale 458px-10
Lettre de Reinhard Heydrich à Martin Luther, l’invitant à la conférence de Wannsee.

Participants

Comme il s’agit d’une réunion destinée à discuter de la mise en œuvre d’une politique déjà décidée au niveau politique, les invités sont des exécutants, mais de haut niveau : « pas moins de huit participants sur quinze sont titulaires d’un doctorat21. »
Reinhard Heydrich, SS-Obergruppenführer, chef du RSHA, qui préside de la réunion
Adolf Eichmann, SS-Obersturmbannführer, chef du département B-4 (Affaires juives) de la Gestapo, qui rédige les notes de la conférence.
Dr Josef Bühler, StaatssekretärN 13, Gouvernement général (Dr. Hans Frank)
Dr Roland Freisler, Staatssekretär, ministère de la Justice (Franz Schlegelberger)
Otto Hofmann, SS-Gruppenführer, RuSHA (bureau pour la race et le peuplement)
Dr Gerhard Klopfer, SS-Oberführer, chancellerie du Parti (Martin Bormann)
Friedrich Wilhelm Kritzinger, chancellerie du Reich (Hans Lammers)
Dr Rudolf Lange, SS-Sturmbannführer, commandant du SD en Lettonie.
Dr Georg Leibbrandt, Staatssekretär, ministère des Territoires occupés de l’Est (Alfred Rosenberg)
Martin Luther, Unterstaatssekretär, ministère des Affaires étrangères (Joachim von Ribbentrop)
Dr Alfred Meyer, Staatssekretär, ministère des Territoires occupés de l’Est
Heinrich Müller, SS-Gruppenführer, chef de la Gestapo
Erich Neumann, Staatssekretär, Plan quadriennal (Hermann Göring)
Dr Karl Eberhard Schöngarth, SS-Oberführer, commandant du SD dans le Gouvernement Général
Dr Wilhelm Stuckart, Staatssekretär, ministère de l’Intérieur (Wilhelm Frick)

Déroulement de la conférence

Reinhard Heydrich ouvre la conférence en rappelant les mesures antisémites prises en Allemagne depuis l’arrivée des nazis au pouvoir en 1933. Il souligne qu’entre 1933 et 1941, 530 000 Juifs ont émigré d’Allemagne et d’AutricheN 14 ; cette information est tirée d’un document préparatoire rédigé la semaine précédente par Adolf Eichmann, qui fort de son expérience dans l’organisation de l’émigration forcée des Juifs autrichiens en 1938, est devenu le principal expert en ce qui concerne la mise en œuvre de la solution de la question juive22. Heydrich chiffre le nombre de Juifs vivant en Europe et dans l’empire colonial francais en Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie – mentionnés comme vivant dans « France /territoires non-occupés ») à approximativement onze millions de personnes, dont un peu plus de la moitié vivent dans des pays ou des territoires qui ne sont pas sous contrôle allemandN 15,23. Et Heydrich de poursuivre : « désormais, à la place de l’émigration, la prochaine solution à envisager, avec l’aval préalable du Führer, est l’évacuation des Juifs vers l’est. Ces actions sont toutefois à considérer uniquement comme des solutions transitoires, mais qui nous permettront d’acquérir des expériences pratiques qui seront très précieuses pour la solution finale à venir de la question juive. »

Pour les négationnistes, la conférence n’a porté que sur l’évacuation des Juifs vers l’Est et non sur leur extermination ; les propos de Heydrich sur le sort qui attend les personnes évacuées sont pourtant clairs.
« Au cours de la solution finale, les Juifs de l’Est devront être mobilisés pour le travail avec l’encadrement voulu. En grandes colonnes de travailleurs, séparés par sexe, les Juifs aptes au travail seront amenés à construire des routes dans ces territoires, ce qui sans doute permettra une diminution naturelle substantielle de leur nombre.
Pour finir, il faudra appliquer un traitement approprié à la totalité de ceux qui resteront, car il s’agira évidemment des éléments les plus résistants, puisque issus d’une sélection naturelle, et qui seraient susceptibles d’être le germe d’une nouvelle souche juive, pour peu qu’on les laisse en liberté. »
Aucun des participants n’a pu ne pas comprendre la teneur des propos d’Heydrich. Comme le souligne Christopher Browning, « ce ne sont pas des gens incultes incapables de comprendre ce qu’on leur dit ; ils ne vont pas non plus être dépassés par la surprise ou le choc parce que Heydrich ne parle pas à des non-initiés ou à des personnes délicates21. » Toujours selon Heydrich, au cours de l’exécution pratique de la solution finale, l’Europe sera passée au peigne fin d’ouest en est. L’opération débutera sur le territoire du Reich, y compris les protectorats de Bohême et de Moravie, à cause de la situation du logement et de la spécificité sociopolitique du Reich. Les Juifs évacués seront d’abord envoyés dans des ghettos de transit dans le Gouvernement général, avant d’être déportés plus à l’Est. Cette priorité découle des pressions croissantes exercées par les autorités locales nazies, dont les Gauleiters, qui insistent pour que les Juifs soient retirés de leurs territoires, pour permettre le logement des familles devenues sans abri, suite aux bombardements alliés et celui des travailleurs forcés provenant des pays occupés.
Afin d’éviter de nombreuses interventions, les Juifs âgés de plus de soixante-cinq ans, grands invalides de guerre ou décorés de la croix de fer, seront déportés vers le ghetto de TheresienstadtN 16.
Heydrich aborde ensuite assez longuement la situation des Mischling, soit les personnes considérées selon les théories racistes nazies, comme des demi- Juifs ou quart de Juifs, ainsi que celle des personnes juives mariées à des personnes non juives. Les Lois de Nuremberg étant assez floues sur ces différentes catégories, Heydrich précise clairement le sort qui leur est réservé avec beaucoup de détails, et en prévoyant de nombreuses exceptionsN 17.
Il faut en outre observer que ces mesures détaillées et ces exemptions ne s’appliquent qu’aux Juifs du Reich et ne sont que partiellement observées. Dans la plupart des pays occupés et surtout à l’Est, les Juifs sont arrêtés, déportés et exterminés en masse. La situation en France constitue une exception : en échange de sa collaboration le régime de Vichy est autorisé à appliquer ses propres règles, qui s’appliquent plus durement aux réfugiés et immigrés récents qu’aux Juifs de nationalité française ; de ce fait, pour Heydrich, l’enregistrement des Juifs pour leur déportation ne devrait pas soulever de grandes difficultés, qu’il s’agisse de la zone occupé ou de celle contrôlée par Vichy24.

 

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Dénombrement de la population juive selon le protocole de Wannsee

Les Allemands craignent des difficultés avec certains de leurs alliés, la Roumanie et la Hongrie. Selon Heydrich, le gouvernement roumain vient de se doter d’une commission aux affaires juives ; dans les faits, et malgré le fort antisémitisme de la population, la déportation des Juifs roumains sera lente et inefficace. En ce qui concerne la Hongrie, Heydrich préconise de forcer rapidement son gouvernement à accepter un conseiller allemand pour y régler la question juive ; jusqu’à sa mise à l’écart en 1944, le gouvernement dirigé par Miklós Horthy continuera à s’opposer à toute ingérence allemande dans sa politique juive ; Horty mis à l’écart, 500 000 Juifs hongrois seront envoyés à la mort sur l’ordre direct d’Eichmann25.
L’exposé d’Heydrich dure près d’une heure. Suivent ensuite une trentaine de minutes de questions et de commentaires, suivis par quelques conversations informelles. Le représentant du ministère des Affaires étrangères, Luther, insiste sur la prudence à observer dans les pays scandinaves, dont la population n’a pas de sentiment d’hostilité à l’égard des petites communautés juives et qui risque de réagir face à des scènes déplaisantes. Au Danemark, grâce à la ferme opposition du roi et de la population, peu de Juifs seront déportésN 18.
Hofmann et Stuckart soulignent les difficultés juridiques et administratives dans le cas des mariages mixtes, plaidant pour une annulation d’office de ceux-ci et pour un usage à grande échelle de la stérilisation comme alternative à la déportation. Neumann, représentant de Göring pour le Plan de quatre ans, demande l’exemption des Juifs qui travaillent dans des industries vitales pour l’effort de guerre et dont le remplacement n’est pas possible : Heydrich qui ne souhaite pas offenser Göring assure Neumann que ces travailleurs ne seront pas déportés26. Les questions plus détaillées sur le sort des Mischling et des mariages mixtes sont renvoyées à des réunions ultérieures.
Selon les notes prises par Eichmann, la dernière intervention fut celle du secrétaire d’État, Dr. Bühler, représentant du Gouverneur général Hans Frank. Il déclare : « Le Gouvernement général serait heureux de voir commencer sur son territoire la solution finale de cette question. Là en effet le problème des transports ne présente pas de difficultés excessives et le déroulement de l’opération ne serait pas gêné par des considérations de main-d’oeuvre. Il faut éliminer le plus vite possible les Juifs de cette région : le Juif en tant qu’agent de contagion y représente un danger particulier et la continuation de son commerce interlope apporte un élément constant de désordre dans la situation économique du pays. De plus sur les deux millions et demi de Juifs en question, la majorité est inapte au travail. Il faut que l’on résolve le plus vite possible la question juive dans cette région »27.
La conférence de Wannsee sera suivie par plusieurs autres réunions auxquelles participent des responsables de rang inférieur28. Une réunion est organisée aux ministère des Territoires occupés de l’Est, le 29 janvier 1942, au cours de laquelle il est décidé que quiconque ayant eu la citoyenneté russe ou ayant été apatride soit défini comme Juif s’il admet l’être, s’il est reconnu comme Juif par la communauté juive, si son appartenance au judaïsme résulte d’autres circonstances ou s’il a un parent défini comme Juif par l’un des trois critères définis ci-dessus. Cette réunion est suivie par dix-sept autres, qui concernent la totalité de l’appareil administratif et répressif nazi, à l’exception du ministère de la Propagande28.
« En mars 1942, la connaissance de la Solution finale a pénétré profondément, bien que de manière inégale, au sein de la bureaucratie allemande où cette information suscite une volonté de contribuer – selon les termes de Rosenberg – à la « tâche historique » que « le destin a confiée » à l’Allemagne nazie28 ».

Objectifs

La conférence de Wannsee ne dure que quatre-vingt-dix minutes, et, pour la plupart des participants, il ne s’agit que d’une réunion parmi d’autres au cours d’une semaine chargée. L’énorme importance accordée à celle-ci par des auteurs d’après-guerre n’est pas comprise par ses participants de l’époque. Aucune décision fondamentale concernant l’extermination des Juifs n’est prise lors de cette conférence, de telles décisions ne dépendant que de Hitler, éventuellement en concertation avec ses principaux adjoints comme Göring et Himmler, et non avec de hauts fonctionnaires, comme le savent les personnes présentes à Wannsee. Elles savent également qu’une telle décision a déjà été prise et que Heydrich, en tant que représentant de Himmler, est là pour le leur faire savoir. De plus, la conférence ne débouche pas non plus sur l’élaboration d’une planification logistique détaillée, ce qui aurait été par ailleurs difficile en l’absence d’un représentant du ministère des Transports ou des chemins de fer.

Selon l’un des biographes d’Eichmann, David Cesarini, le but principal de la réunion est de permettre à Heydrich d’asseoir son autorité sur les différents ministères et institutions impliqués dans la politique à l’égard des Juifs, pour éviter la répétition des problèmes causés par l’assassinat de Juifs allemands à Riga en octobre 1941. « La manière la plus simple et la plus décisive par laquelle Heydrich pourrait assurer le flux régulier des déportations était d’affirmer son total contrôle sur le destin des Juifs du Reich et de l’Est en intimidant les autres parties concernées pour qu’elle suivent la ligne fixée par le RSHA29 ». Cette analyse explique pour quelle raison la plus grande partie de la conférence se réduit à un long monologue d’Heydrich, dont le contenu n’est pas nouveau pour la majorité des participants, et pourquoi si peu de temps est consacré aux questions pratiques. Un autre objectif consiste en l’obtention de l’accord des représentants des ministères des Affaires étrangères et du Plan de quatre ans, qui étaient les plus susceptibles de soulever des objections à l’assassinat en masse des Juifs, pour des raisons économiques ou diplomatiques
L’historien allemand Peter Longerich adhère à ces hypothèses, mais y ajoute un objectif supplémentaire : rendre les principaux ministères complices des projets de Heydrich. « Du point de vue de Heydrich, les principaux objectifs de la conférence étaient, premièrement, d’établir le contrôle total du programme de déportation par le RSHA sur de nombreuses et importantes autorités du Reich, et ensuite, de faire des hauts responsables de la bureaucratie des différents ministères des complices, des auxiliaires et des coresponsables du plan qu’il poursuivait. Pour rappel : le plan consistait à déporter les Juifs des zones sous contrôle allemand, vers l’Est, où ils seraient exposés à des conditions de vie extrêmement sévères et fatalement morts d’épuisement ou assassinés. Heydrich poursuivait ce plan depuis début 1941 ; en juillet 1941, Göring lui donna l’autorité nécessaire pour le mener à bien, et, avec les premières déportations de Juifs d’Europe centrale en octobre, la première phase de ce plan fut réalisée. Lors de la première invitation à la conférence, Heydrich avait attendu jusqu’à ce que la seconde vague de déportation vers Riga, Minsk et Kovno ait débuté. Il voulait clairement placer les représentants des plus hautes autorités du Reich devant un fait accompli30. »

SOURCE
 

Le procès-verbal d’Adolf Eichmann, dont des copies sont envoyées par Eichmann à tous les participants après la réunion31 est le document sur lequel s’organise la réflexion à propos de la conférence. La plupart de ces exemplaires sont détruits à la fin de la Seconde Guerre mondiale quand les participants et d’autres responsables cherchent à dissimuler leurs actes. Ce n’est qu’en 1947 qu’une copie du procès-verbal, aussi connu comme le « Protocole de Wannsee », est retrouvé dans les archives de Martin Luther, mort en mai 1945. À ce moment, les participants les plus importants à la réunion, tels que Reinhard Heydrich, Heinrich Müller ou Eichmann sont morts ou disparus ; la plupart des autres participants nient avoir eu connaissance de l’évènement ou font valoir qu’ils ne pouvaient pas se rappeler ce qui s’est passé là-bas. Seul Friedrich Wilhelm Kritzinger montrera de véritables remords pour son rôle dans la préparation de la Solution finale.
Le procès-verbal comporte d’importantes omissions, qui ne sont mises en évidence qu’au cours du procès d’Eichmann en Israël en 1962. Eichmann y affirme que, vers la fin de la réunion du cognac a été servi, et que la conversation est devenue moins retenue32. Il explique : « Ces Messieurs étaient debout ensemble, ou assis, et discutaient du sujet sans mettre de gants, d’une manière très différente du langage que j’ai dû utiliser plus tard dans le rapport. [...] Ils ont parlé de méthodes pour tuer, de liquidation, d’extermination33. »
Eichmann souligne que Heydrich a été heureux de la façon dont se déroulait la réunion. Il exprima sa grande satisfaction, et s’est accordé à lui-même un verre de cognac, bien qu’il buvait rarement. Il avait prévu des écueils et des difficultés, rappelle Eichmann, mais il avait trouvé un climat propice à l’accord de la part des participants, et plus que cela, l’accord a pris une forme inattendue34. À l’issue de la réunion Heydrich donne à Eichmann des instructions strictes sur ce qui doit figurer dans le procès-verbal, qui ne doit pas être verbatim. Eichmann doit nettoyer le texte, afin que rien ne semble trop explicite. Il dit à son procès : « Comment aurais-je pu rendre dans le vocabulaire officiel qui était le mien, des conversations plus que franches et des expressions relevant du jargon ». En conséquence, les vingt dernières minutes de la séance, durant lesquelles furent utilisés librement des mots comme « liquidation » et « extermination », sont résumées par la phrase : « En conclusion, les différents types de solutions possibles ont été discutés »35. Le procès-verbal doit donc être lu en conjonction avec le témoignage de Eichmann pour obtenir une vision aussi proche que possible des propos réellement tenus.

Historiographie : la conférence de Wannsee dans le processus décisionnel de la Shoah

Le 16 juillet 1941, lors d’une réunion à laquelle participent notamment Hermann Göring, Martin Bormann, Alfred Rosenberg, Wilhelm Keitel et Hans Lammers, Hitler évoque ses projets pour l’avenir des territoires occupés à l’Est : pour le Führer, ces territoires doivent devenir « un jardin d’Éden germanique » et « naturellement, les vastes zones doivent être pacifiées au plus vite ; la meilleure manière d’atteindre ce résultat est d’abattre quiconque ose nous regarder de traversN 19. » Cette réunion peut être interprétée comme le premier tournant dans le processus de décision qui a mené au génocide36. Le 25 octobre 1941, lors d’un entretien avec Himmler et Heydrich, Hitler déclare : « ne laissez personne me dire : nous ne pouvons pas les envoyer dans les marais ! Qui se soucie alors de notre propre peuple ? Il est bon lorsque la terreur est devant nous que nous exterminions les Juifs. [...] Nous réécrivons l’histoire, d’un point de vue racial37 ».

Notes
1↑ Pour le détail des mesures d’exclusion, voir notamment Hilberg, 1, p. 114-331.
2↑ Est considérée comme d’ascendance non aryenne, toute personne qui compte parmi ses ascendants au premier ou second degré, une personne ou plus appartenant à la religion judaïque.
3↑ Contrairement au décret du 7 avril 1933, la définition utilisée n’est plus celle de non-aryens mais de Juifs.
4↑ Décret sur les entreprises de service du 6 juillet 1938, sur la profession médicale le 25 juillet, sur les avocats, le 27 septembre…
5↑ Exclusion du système scolaire en novembre 1938, retrait du permis de conduire en décembre, couvre-feu spécifique en septembre 1939…
6↑ 233 810 personnes selon le recensement du 17 mai 1939
↑ Au sens strict du terme, à savoir des quartiers enceints de murs où est concentrée le population juive, qui ne peut en sortir
7↑ Survla date de l’ordre génocidaire intégral, voir notamment, Husson, p. 447-451
8↑ Breitman, Architect of Genocide, 220, aborde les réflexions d’Himmler à propos de l’effet sur le moral de ses hommes du meurtre de masse de Juifs allemands à Riga et en d’autres endroits.
9↑ Adam Tooze, The Wages of Destruction: The Making and Breaking of the Nazi Economy, Allen Lane, 2006, p. 538–549, examine les impératifs économiques qui sous-tendent l’extermination des Juifs. Selon lui, en 1941, le manque criant de main d’œuvre dans l’industrie d’armement allemande rend nécessaire le recours à des millions de travailleurs forcés provenant des territoires occupés ; nourrir de manière satisfaisante ces travailleurs, ainsi que la population allemande et celle des pays occupés à l’Ouest, plus privilégiés comme la France et les Pays-Bas, nécessite une réduction drastique des bouches inutiles, dont les millions de Juifs sont, aux yeux de l’idéologie nazie, l’exemple le plus caractéristique.
10↑ Selon l’historien allemand Christian Gerlach, Adolf Hitler a clairement approuvé la politique d’extermination lors d’un discours à des officiers supérieurs à Berlin, le 12 décembre 1941 (Christian Gerlach, « The Wannsee Conference, the Fate of German Jews, and Hitler’s Decision in Principle to Exterminate All European Jews », Journal of Modern History, December 1998, 759–812). Si cette hypothèse n’est pas acceptée par tous, une décision a vraisemblablement été prise dans cette période. Le 18 décembre, Heinrich Himmler rencontre Hitler et note dans son carnet de rendez-vous : « question juive – à exterminer comme partisans » (Christoph Browning, The Origins of the Final Solution, 410). Le 19, Wilhelm Stuckart, Secrétaire d’État au Ministère de l’Intérieur, déclare à l’un de ses fonctionnaires que « les mesures prises contre les Juifs évacués sont fondées sur une décision de la plus haute autorité. Vous devez l’accepter. » (Browning, The Origins of the Final Solution, 405).
11↑ L’histoire et la description de la villa son présentées dans le dépliant « House of the Wannsee Conference Memorial Berlin », Stadtvandel Verlag, disponible au Memorial.
12↑ En Allemagne, le titre de secrétaire d’État est le plus haut rang dans une administration et non une fonction gouvernementale
13↑ Le compte rendu de la conférence est disponible en français sur Wikisource, d’où proviennent les citations dans la suite de l’article. Les questions autour de la fidélité du compte rendu par rapport à la teneur réelle des propos tenus lors de la conférence sont évoquées plus loin.
14↑ Le chiffre de 11 000 000 reprend l’ensemble de la population juive d’Union soviétique, estimée à cinq millions de personnes ; une grande partie de celle-ci vit dans des zones qui n’ont pas été envahies ou a été évacuées avant l’invasion allemande
15↑ Dans les faits, l’exception mise en place pour les Juifs de plus de soixante-cinq n’a été observée que sporadiquement et la situation alimentaire à Theresienstadt était telle que beaucoup de déportés y moururent rapidement. Par la suite, nombre d’entre eux furent transférés à Auschwitz pour y être assassinés.
16↑ Comme pour le point précédent, le détail de ces mesures ne fut que rarement appliqué, et elles furent généralement durcies par les responsables nazis locaux, de manière aléatoire.
17↑ « En fait, contrairement aux Juifs des autres pays sous l’occupation nazie, les Juifs du Danemark ne furent jamais forcés de porter une marque d’identification telle qu’une étoile jaune. [...] le roi et la population danoise apportèrent leur soutien à leurs concitoyens juifs et jouèrent un rôle crucial dans les opérations de sauvetage qui permirent à la grande majorité d’entre eux d’échapper à la persécution nazie et à la mort ». ushmm.org [archive]
18↑ La citation est tirée des notes de Martin Bormann, présentées en tant que preuve lors du procès de Nuremberg.

 

sources

wikipédia

http://www.linternaute.com/histoire/categorie/evenement/57/1/a/48359/les_nazis_adoptent_la_solution_finale.shtml

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9 janvier 2013

Les ZOUAVES

Classé sous — milguerres @ 17 h 06 min

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La Tunisie et la Grande Guerre

La Tunisie au gré des conflits

Les ZOUAVES
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Les zouaves insolitement artistiques

Les zouaves étaient des unités d’infanterie appartenant à l’Armée d’Afrique qui dépendait de l’armée de terre française. Ces unités, à recrutement principalement métropolitain, ont existé de 1830 à 1962, puis de 1982 à 2006, par la garde de ses traditions au CEC-9e Zouaves de Givet (Ardennes).

Les régiments de zouaves sont, avec les régiments de tirailleurs algériens et tunisiens, parmi les plus décorés de l’armée française et viennent juste après le régiment d’infanterie coloniale du Maroc (RICM), appartenant aux troupes coloniales, et le régiment de marche de la Légion étrangère, appartenant à l’armée d’Afrique1.

D’autres pays ont également créé des corps de zouaves sur le modèle des troupes de l’armée française : Empire ottoman, États pontificaux, États-Unis lors de la guerre de Sécession.

Origines du terme « zouave »

Le terme zouave vient du berbère zwava, ou zouaoua (zouaoui au singulier), qui est le nom d’une tribu kabyle2,3. Ceux-ci fournissaient des soldats aux Turcs sous la régence d’Alger et, après la prise d’Alger (1830), ils entrent au service de la France.

Histoire des zouaves français

Conquête de l’Algérie

Le 15 août 1830, le recrutement des 500 premiers zouaves est fait par le général en chef de l’expédition d’Alger, le comte de Bourmont, sur les conseils et un Mémoire du colonel Alfred d’Aubignosc.

Le 1er octobre 1830, le général Clauzel crée le corps des zouaves, formé de deux bataillons. Deux escadrons de zouaves à cheval sont également formés, mais intégrés dès 1831 aux chasseurs d’Afrique. Il y eut une tentative de leur incorporer les « Volontaires parisiens », ce fut un échec et ces volontaires formèrent le 67e régiment d’infanterie.

D’octobre 1830 à janvier 1831, ils combattent le bey de Tittery et occupent Blida et Médéa. Leur premier succès remarqué a lieu le 3 juillet 1831 au col de Mouzaïa, lorsqu’ils couvrent la retraite de la garnison de Médéa.

Après l’euphorie des débuts, deux erreurs majeures empêchent le développement normal du corps des zouaves. En effet, les capacités de recrutement en indigènes de la région d’Alger ont été largement surestimées, et plus grave encore, aucun des cadres français n’a pensé à l’adaptation à l’activité militaire d’indigènes ayant d’autres habitudes de vie et une autre religion. Ceci provoque l’ordonnance du 7 mars 1833 qui dissout les deux bataillons pour en créer un seul, mais mixte. Ainsi on peut recruter aussi parmi les Français qui vivent à Alger. Les résultats ne se font pas attendre et, dès 1835, un deuxième bataillon mixte est levé, puis un troisième en 1837.

Le premier régiment est placé sous le commandement de Lamoricière. Ils s’illustrent encore à la bataille de l’Ouarensis (1842), à l’Isly (1844), et prennent Zaatcha en 1849.

Les ZOUAVES zouave11
Un zouave, aquarelle de 1888

L’ordonnance du 8 septembre 1841, qui réorganise la composition de l’Armée française, indique la formation d’un régiment de zouaves formé de trois bataillons constitués dorénavant presque exclusivement de Métropolitains et de Français d’Afrique du Nord avec une forte minorité de Juifs algériens (souvent près d’un quart)4. Les autochtones forment alors les tirailleurs algériens, les Turcos (7 décembre 1841).

Le 13 février 1852, Louis-Napoléon signe un décret portant à trois le nombre de régiments de zouaves, chacun des trois bataillons existants formant le noyau des nouveaux régiments ainsi créés. Et pour les distinguer entre eux, une couleur est appliquée au tombeau de la veste :

le 1er cantonne à Blidah, en Algérois, tombeau garance ;
le 2e à Oran (caserne du Château Neuf) en Oranais, tombeau blanc ;
le 3e à Philippeville (caserne de France) en Constantinois, tombeau jaune.

Campagnes du Second Empire

Par décret du 1er février 1852, Napoléon III porte leurs effectifs de trois bataillons à trois régiments, puis à quatre en 1854 (le quatrième étant affecté à la Garde impériale). Les zouaves se distinguent à plusieurs occasions lors des campagnes du Second Empire.

Guerre de Crimée

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Zouaves durant la Guerre de Crimée.

La guerre de Crimée est la première campagne des zouaves en dehors de l’Algérie. En Crimée, à la bataille de l’Alma, le 3e régiment de zouaves prend par surprise les Russes en gravissant des escarpements rocheux, en s’emparant de leur artillerie puis en la retournant contre eux. Cette action participa grandement à faire tourner la bataille en faveur des alliés.

C’est en hommage à cette victoire qu’est réalisé le zouave du pont de l’Alma, sur la Seine, à Paris. Pour sa part, le maréchal de Saint-Arnaud, qui dirigeait les forces françaises, leur rendit hommage en demandant à une de leurs compagnies d’escorter sa dépouille. Tout ceci incite l’empereur Napoléon III à créer un régiment de zouaves pour sa Garde impériale en récompense.

Ils font encore des prouesses lors des batailles de Balaklava et d’Inkerman. Et trois des sept régiments qui participent à la prise de la tour Malakoff sont des régiments de zouaves.

Campagne d’Italie

Entre plusieurs escarmouches contre des tribus sans cesse en révolte en Kabylie, la campagne d’Italie contre les Autrichiens est engagée. Et c’est aux batailles de Magenta et de Solférino que brillent les zouaves. Le Drapeau du 2e Zouaves se pare de la Légion d’Honneur le 20 juin 1859 pour la prise du drapeau du 9e R.I. autrichien à la bataille de Magenta (fait d’armes réalisé par l’adjudant Savien et le zouave Daurière).

Les zouaves se distinguent pendant toute la campagne d’Italie, de même le 3e régiment de zouaves à la bataille de Palestro, le 31 mai 1859. À la suite de cette bataille, le régiment promeut le roi de Sardaigne Victor-Emmanuel II, caporal d’honneur du régiment.

Expédition du Mexique 1861-1864

C’est pour la France la mésaventure au Mexique, où le 2e puis le 3e Zouaves se distinguent. Pour couvrir les immenses étendues mexicaines, l’idée des zouaves montés resurgit, ainsi sont recréés, de façon éphémère, des escadrons de zouaves à cheval. Le 9 novembre 1863 le drapeau du 3e Zouaves est décoré de la légion d’Honneur. En même temps des opérations au Maroc commencent.

Guerre franco-prussienne de 1870

Juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse, et malgré les infortunes des combats, les régiments de zouaves se couvrent de gloire, surtout à la bataille de Frœschwiller-Wœrth, où les trois régiments sont fort éprouvés dans des charges désespérées à la baïonnette de leurs fusils Chassepot. Le régiment des zouaves de la Garde impériale s’engage dans les combats de Rezonville. Mais, après le drame de Sedan et au lendemain de la proclamation de la République, il sera dissous. C’est alors au sein de l’armée de la Défense nationale que le 28 octobre 1870 est levé le 4e régiment de zouaves, qui participe aux batailles de Châtillon, Villiers-sur-Marne, Champigny ou encore Héricourt dans l’Est. Mais ce sera la terrible défaite pour la France qui ébranlera l’armée française et ses zouaves.

IIIe République

Après diverses péripéties (voir articles individuels sur chaque régiment), les quatre régiments de zouaves sont reconstitués en 1872. Ils participent à des opérations de maintien de l’ordre d’ampleurs diverses en Algérie et Tunisie (années 1880 et 1890), puis à la pacification du Maroc (début XXe siècle) : de 1907 à 1912, de nombreuses opérations au Maroc aboutiront à la Convention de Fès en 1912, et au Protectorat français de cette région. Les zouaves détachent au total huit bataillons au Maroc, par le biais des « régiments de marche ».

- 1881 : La Tunisie passe sous protectorat français, Tunis (caserne Saussier et La Manouba) et Bizerte (caserne Japy) deviennent les villes de garnison du 4e Zouaves. La couleur du tombeau de sa veste est le bleu foncé, couleur du fond.
Expédition du Tonkin

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caserne Japy ou Chapy (image non disponible sur wikipédia

- 1883 – 1900 : Les événements à Hanoï au Tonkin, contraignent la France à envoyer ses troupes en Indochine et les zouaves prennent tout naturellement part à cette campagne, notamment par la création d’un « régiment de marche de zouaves » pour l’expédition de Chine en 1900, dissous après cette même expédition.

Des éléments zouaves sont envoyés lutter contre les Pavillons noirs au Tonkin (1883). Le 3e occupe le Tonkin et l’Annam (1887)

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Un bataillon de zouaves embarque à Alger pour l’Expédition du Tonkin en 1885.

Suite à la loi du 9 février 1899, chaque régiment de zouaves détache un bataillon en métropole dès 1901. Le 5e bataillon des 1er et 4e vient autour de Paris (forts de Rosny, Choisy et Nogent), et pour les 2e et 3e régiments, ces bataillons cantonnent près de Lyon (camps de Sathonay et La Valbonne), ce qui rend familière et populaire la tenue des zouaves parmi la population.

Première Guerre mondiale

Suivant le plan de mobilisation, les zouaves prennent part à la Grande Guerre par « régiments de marche de zouaves » (RMZ), ce qui permet de laisser en Afrique du Nord une unité de dépôt correspondante. Quelques régiments se composent de deux bataillons tirailleurs et d’un de zouaves, ils forment alors les « régiments mixtes » (RMZT). Août 1914, arrivent au front des bataillons sortis des quatre régiments d’active. Les bataillons du 2e régiment de marche servent au Levant.

En décembre 1914 et en janvier 1915, se forment de nouveaux régiments de zouaves : Trois formés en Algérie : – le 7e (issu de bataillons des 1er et 4e Zouaves), qui deviendra mixte, puis finalement RMTA (régiment de marche de tirailleurs algériens); – le 2 bis (issu de bataillons de réserves du 2e Zouaves); – le 3 bis (issu de bataillons de réserves du 3e Zouaves). Deux formés au Maroc : – le 8e (issu des bataillons suivants : I/1er, III/2e, II/3e et IV/3e Zouaves); – le 9e (issu des bataillons suivants : II/1er, III/1er et I/4e Zouaves). Après les premières batailles, l’état-major consent à réformer la tenue du zouave (dite à l’orientale) jugée trop voyante et inadaptée pour le théâtre des opérations en métropole (de même que celle du tirailleur), en adoptant en 1915, la tenue de drap kaki (dite : « moutarde ») si caractéristique de l’armée d’Afrique et des troupes coloniales d’alors. Seules la chéchia et la ceinture de laine bleue permettent de discerner les zouaves des autres combattants, et de très près les pattes de collet de fond kaki à soutaches et numéros garance (voir tous les détails dans Militaria Magazine no 87 et 88).

Il serait trop long de rappeler les glorieux faits d’armes des régiments, mais citons simplement que : – quatre des régiments de zouaves ont la fourragère rouge de la Légion d’honneur : les 4e 8e et 9e Zouaves : sept citations, le 3e : six citations ; – les 1er et 2e régiments la fourragère verte et jaune de la médaille militaire, cinq citations chacun, ainsi que le 3bis avec quatre citations; – et enfin le 2bis, la fourragère de la croix de guerre 1914-1918, verte et rouge avec une citation. Le 5 juillet 1919 les drapeaux des 8e et 9e Zouaves sont décorés de la Légion d’honneur et le 3e Régiment de la médaille militaire. Au vu des citations accordées, il est aisé de remarquer que les régiments de Zouaves, mais aussi et en général toutes les troupes d’Afrique, étaient souvent employés lors d’assauts désespérés et meurtriers, les hommes réduits en « chair à canon » et les régiments maintes fois anéantis, remaniés et reformés.

Les zouaves seront alors avec les tirailleurs nord-africains parmi les régiments les plus décorés5. Un site porte leur nom (la vallée des Zouaves) en souvenir des durs combats qu’ils menèrent à Souchez en 1915.

- 1919 – 1920 : Démobilisation et liquidation des régiments de marche issus de la Grande Guerre. On ne conserve que six régiments (Les quatre « vieux », ainsi que les 8e et 9e ).

- 1920 – 1927 : Le 2e Zouaves fait campagne au Maroc. Mais les autres régiments sont représentés par un ou plusieurs bataillons lors de la guerre du Rif en 1925 et 1926.

- 1927 : Le 13 juillet, une loi reconditionne la structure militaire en spécifiant que cette organisation doit en outre pourvoir, en tout temps, à la défense des colonies et pays de protectorat, et de s’adapter aux exigences nouvelles. C’est ainsi qu’une distinction rigoureuse est établie entre celles de nos forces permanentes qui ne doivent pas quitter le territoire métropolitain et celles auxquelles échoit normalement la protection de nos colonies. Les zouaves font donc normalement partie de ces forces appelées troupes d’Afrique, et couvrent nos départements d’Afrique du Nord (Algérois, Constantinois et Oranais), ainsi que la Tunisie et le Maroc, alors en statut de protectorat. Chaque régiment ayant normalement 1 580 hommes, se dispose ainsi : Trois régiments de zouaves en Algérie : – le 8e à Oran, (dissous en 1928, il prendra le numéro “2” après la reformation du 8e, motorisé, à Mourmelon en 1934) ; – le 9e à Alger, Fort-National et Aumale ; – le 3e à Constantine, Philippeville et Batna.

Un régiment en Tunisie : – le 4e à Tunis et Le Kef.
Deux régiments au Maroc : – le 1er à Casablanca et Ouezzane ; – le 2e à Oujda et Aknoul (en limite du Maroc espagnol).

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Zouaves durant la Première Guerre mondiale (1914-1918). Équipement: fusil Gras Mle 1874 avec baïonnette.

Seconde Guerre mondiale

À la mobilisation de septembre 1939, les régiments de zouaves sont renforcés par l’arrivée des réservistes qui les porte à l’effectif de guerre. Ainsi ils passent de 1 850 hommes à entre 2 400 (effectif normal d’un régiment de tirailleurs, pour mémoire) et 3 000. Observons de plus près, par exemple, le cas du 4e Zouaves : celui-ci passe à 81 officiers, 342 sous-officiers et 2 667 zouaves, dès octobre 1939.

L’armée française engage quinze régiments de zouaves en 1939 : Six régiments actifs, dont les garnisons d’origine sont : – 1er : Casablanca, Ouezzane et Albi; (LCL Fromentin) – 2e : Oran (caserne de Château Neuf), Nemours et Castelnaudary; – 3e : Constantine (caserne de la Casbah), Sétif (caserne des Zouaves) et Philippeville (caserne de France); (COL Chartier) – 4e : Tunis (caserne Saussier et de la Casbah), La Goulette et Le Kef (camps des oliviers); (COL Ablard) – 8e : Mourmelon; (LCL Anzemberger) – 9e : Alger (caserne d’Orléans), Aumale et Fort National (caserne Rullières). (LCL Tasse)

Cinq régiments formés en métropole : – 11e : Belley; (LCL Bousquet) – 12e : Avignon; (COL Tissané) – 13e : Castelnaudary; (LCL Pothuau) – 14e : Lyon; (LCL Bousquet) – 15e : Issoudun. Seuls quatre de ces régiments formés en France sont affectés à des divisions, le 15e Zouaves reste à l’état de centre mobilisateur.

Quatre régiments sont créés en Afrique du Nord, et y sont restés comme régiments de dépôt et de protection : – 21e : Meknès; – 22e : Oran et Tlemcen; – 23e : Constantine, Sétif et Philippeville; – 29e : Alger.

Pendant la campagne de France, les régiments de Zouaves sont jetés dans la bataille sans réels moyens et sont sacrifiés, comme leurs aînés de la Grande Guerre, sans le moindre profit stratégique. Ils sont bousculés, brisés, pris sous le feu de l’aviation et de l’artillerie adverse, et sont pour la plupart capturés. (voir, par exemple, Militaria Magazine no 129, historique du 9e Zouaves)

Le protocole d’armistice de 1940 prévoit leur dissolution

Ils sont familièrement appelés les zouzous

fleche21Guerre d’Indochine
AUCUNE PRECISION (en cours de recherche)

Guerre d’Algérie

.Avec l’indépendance de l’Algérie et le rapatriement des Européens en juillet 1962, le corps des zouaves est dissous2.

L’uniforme des zouaves, très élaboré, ne changera pratiquement pas de 1830 à 1962, au moins pour ce qui est de la tenue de tradition adoptée pour les cérémonies et prises d’armes après 1915. De coupe « orientale » ou encore appelée « à la turque », il se compose d’une coiffe arabe dite « chéchia », sorte de bonnet de feutre rouge, agrémenté d’un gland à franges de couleur variable juqu’au Second Empire puis bleu moyen par la suite, et d’un turban de coton blanc roulé en boudin autour de la chéchia. La « bedaïa », veste-boléro de forme arabe, en drap bleu foncé avec passepoils et tresses garance, est portée sur le « sédria », gilet arabe sans manche en drap bleu foncé à tresses garance. Le « tombô » de la veste, sorte de fausse poche dessinée par une arabesque formée par la tresse décorative, est à la couleur du régiment. Le pantalon arabe, le « sarouel » (dit aussi « saroual », « seroual » ou encore « serouel ») est d’une forme très ample et sans séparation d’entre-jambe. Une ceinture de laine bleu indigo vient s’enrouler à la jonction du bas du gilet et du haut du sarouel (cette ceinture est destinée à tenir les intestins au chaud pour lutter contre la dysenterie). La ceinture, qui mesurait 40 centimètres de large pour quatre mètres de long, était l’élément le plus difficile à mettre, le zouave devant souvent appeler à l’aide un de ses compagnons. En guise de manteau, le zouave possède un collet à capuchon, sorte de pèlerine ample mais courte, fabriquée en drap de couleur « gris de fer bleuté ». De hautes guêtres de drap bleu foncé ou de toile blanche selon la saison ou la circonstance, portées avec des souliers cloutés de cuir noir, complètent la silhouette du zouave. Les guêtres sont remplacées vers 1905 par des bandes molletières en drap de la couleur du collet. Le style de cet uniforme, partagé avec les troupes indigènes de tirailleurs et de spahis en Algérie, variant totalement de celui des autres troupes d’infanterie française, a pour origine le style vestimentaire des populations kabyles de l’époque, dont la tenue traditionnelle s’inspirait très largement de celle des envahisseurs turcs qui occupaient le pays depuis des décennies.

Cet uniforme que portent les zouaves, a une implication des plus importantes dans l’esprit de corps de ces hommes hors du commun à forte proportion d’engagés volontaires et de rengagés, ce qui explique la ténacité, la force et la cohésion au sein des divers régiments. De ce fait la tenue « à l’orientale » si remarquable ne subira pratiquement aucune modification, du moins pour la troupe, pendant toute sa période de dotation.

Une tenue aussi étrange et romantique tient plus d’une mode et d’une fascination pour les choses exotiques lors de la dernière moitié du XIXe siècle, que d’une réelle exigence bien fondée et raisonnable en termes d’habillement militaire. Ainsi l’on tente de concilier l’inconciliable, car le zouave a besoin d’une tenue chaude pour les nuits fraîches et d’une tenue fraîche pour les journées chaudes. Et ces effets comportent énormément de défaillances : son pantalon large s’accroche dans les broussailles, veste et gilet découvrent le cou, le collet à capuchon ne protège pas les jambes ni les cuisses du froid et de la pluie, et la chéchia ne protège contre rien… et pourtant, le prestige eut le dessus.

À partir de fin 1914, alors que les régiments métropolitains adoptent dans l’urgence de nouveaux effets en drap bleu « horizon », le drap kaki est octroyé en priorité aux régiments de l’armée d’Afrique et à une partie des troupes coloniales. Tout d’abord de teinte allant du marron jaune au vert caca d’oie, la nouvelle tenue des zouaves relègue l’uniforme oriental aux effets de sortie ou de prise d’armes. Le « sarouel » adopte une forme moins ample et à jambes séparées, dite « culotte cycliste » ou « culotte russe », la veste de coupe européenne remplace les effets arabes, les chéchias, lorsqu’elles ne sont pas remplacées par le casque métallique Adrian modèle 1915, sont masquées par des manchons de toile sable ou cachou.

De ces premiers essais restés sous le sobriquet de drap « moutarde » naitra la nuance « kaki », vert foncé, qui s’impose pour toute l’armée après 1922.

Les zouaves, à l’instar de leurs camarades tirailleurs et spahis, retrouveront leur tenue orientale pour les prises d’armes, les cérémonies et en tenue de sortie, à partir de 1928.
Légion d’Antibes

Notons qu’en marge de l’histoire officielle de l’Armée française, le 11 avril 1866 une circulaire du Maréchal Randon autorise la création de la “Légion d’Antibes” qui donne naissance à un bataillon de zouaves pontificaux, pour la plupart des Français (au service des États du Saint-Siège en Italie), cette création était déjà l’idée de Juchault de La Moricière (figure légendaire, ancien officier charismatique au 2e Zouaves, il devient ministre de la guerre en juin 1848, puis il choisit l’exil sous le second Empire), qui ainsi dirige un corps d’élite qui ajoute aux traditions d’héroïsme des zouaves d’Afrique l’idée chrétienne de l’abnégation et du sacrifice. Il est à noter aussi qu’aux Amériques, pendant la guerre de sécession entre Confédération et Union, le prestige de l’armée française est tel que dans les camps du Nord et du Sud sont constitués des régiments de zouaves, dans lesquels s’enrôlent de nombreux volontaires souvent d’origine française.

Décorations

Pour les décorations et les citations, les zouaves, avec les tirailleurs nord-africains, viennent juste après les deux régiments les plus décorés de l’armée française (le Régiment d’Infanterie Coloniale du Maroc (RICM), appartenant aux troupes coloniales, et le Régiment de marche de la Légion étrangère, appartenant à l’Armée d’Afrique)1.

Il n’y a pas de liaison directe entre le port d’une fourragère et l’attribution au drapeau de la décoration correspondante, car c’est uniquement le nombre de citations à l’ordre de l’Armée qui est pris en compte pour l’attribution de la fourragère à une unité.
Drapeaux

Drapeaux décorés de la Légion d’honneur
2e régiment de zouaves (20/06/1859)
3e régiment de zouaves (09/11/1863)
4e régiment mixte de zouaves et de tirailleurs ( 05/07/1919 )
4e régiment de zouaves (05/07/1919)
8e régiment de zouaves (05/07/1919)
9e régiment de zouaves (05/07/1919)
4e régiment mixte de zouaves et tirailleurs (13/07/1919)

Drapeaux décorés de la Médaille militaire
3e régiment de zouaves (05/07/1919)

Inscriptions portées sur les drapeaux :
1er régiment de zouaves : Constantine 1837, Sébastopol 1854-1855, Melegnano 1859, Puebla 1863, Maroc 1908-1911-1914, La Somme 1916, Les Monts 1917, L’Ailette 1918, Montagne de Reims 1940, Danube1945.
2e régiment de zouaves: Laghouat 1852, Sébastopol 1854-1855, Magenta 1859, Puebla 1863, Extrême-Orient 1884-1885, Maroc 1907-1912, Champagne 1915, Verdun-Noyon 1916-1918, Vosges 1944.
3e régiment de zouaves : Sébastopol 1854-1855, Kabylie 1857, Palestro 1859, San Lorenzo 1863, Maroc 1908-1912, Champagne 1915, Verdun 1916, Moreuil-Noyon 1918, Le Faid 1943, Danube 1945.
2e régiment bis de zouaves : l’Yser 1914, Monastir 1916, Doiran1918.
4e régiment de zouaves: Sébastopol 1854-1855, Magenta 1859, Solferino 1859, la Marne-l’Yser 1914, Verdun 1916, La Malmaison 1917, Noyon-l’Oise 1918, Soissonnais 1918, Royan 1945.
8e régiment de zouaves: Saint-Gond 1914, Artois 1915, Champagne 1915, Les Monts 1917, Verdun 1917, Soissonnais 1918, Vauxaillon 1918.
9e régiment de zouaves: l’Yser 1914, Verdun 1916, Cœuvres 1918, Saconin 1918, Breuil 1918, Montdidier 1918, Berry-au-bac 1918, Roche-les-Blamont 1944.
1er régiment mixte de zouaves et de tirailleurs: l’Yser 1914, Verdun 1916, la Somme 1916, Les Monts 1917,-l’Aisne 1918, Montdidier 1918.
2e régiment mixte de zouaves et de tirailleurs: Le Matz 1918, Soissonnais 1918, L’Ailette 1918, Somme-Py 1918.
3e régiment mixte de zouaves et de tirailleurs: Verdun 1916, Les Monts 1917.
4e régiment mixte de zouaves et de tirailleurs: Artois 1915, Verdun 1916-1917, La Malmaison 1917, Noyon 1918, Soissonnais 1918, l’Oise-l’Ailette 1918.

Première Guerre mondiale

Fourragère aux couleurs du ruban de la Légion d’honneur (6-8 citations à l’ordre de l’Armée)
3e régiment de zouaves
4e régiment de zouaves
4e régiment mixte de zouaves et de tirailleurs (futur 16e R.T.T)
8e régiment de zouaves
9e régiment de zouaves

Fourragère aux couleurs du ruban de la Médaille Militaire (4-5 citations à l’ordre de l’Armée)
1e régiment de zouaves
1e régiment mixte de zouaves et de tirailleurs (futur 43e R.T.T)
2e régiment de zouaves
3e régiment bis de zouaves

Fourragère aux couleurs du ruban de la Croix de guerre 1914-1918 (2-3 citations à l’ordre de l’Armée)
2e régiment bis de zouaves

Seconde Guerre mondiale

Fourragère aux couleurs du ruban de la Croix de Guerre 1939-1945 (2-3 citations à l’ordre de l’Armée)
4e régiment de zouaves (1947)

Citations militaires

Décret du 5 juillet 1919 portant attribution de la croix de chevalier de la Légion d’honneur au drapeau du 4e RMZ6

« Magnifique régiment animé de toutes les vertus guerrières qui a généreusement versé son sang sur les principaux champs de bataille de la grande guerre et a connu le succès chaque fois qu’il a fait revivre en l’ennoblissant encore par la constance et la ténacité de ses efforts, la tradition des Zouaves de Crimée, d’Italie, du Froeschwiller. À participé aux batailles les plus importantes de la campagne 1914-1918, s’est couvert de gloire sur la Marne et sur l’Yser en 1915, a arraché la victoire à Douaumont (24 octobre 1916), Louvemont (15 décembre 1916), Hurtebise (24 avril 1917), La Malmaison (23 octobre 1917), Longpont (18 juillet 1918), sur l’Oise (2 août au 4 septembre 1918) et en donnant tout entier et à fond, a arrêté net la ruée déjà victorieuse de l’ennemi à Orvillers-Sorel (28 mars au 1er avril 1918) et à Carlepont (29 mai au 5 juin 1918). »

— Décret du 5 juillet 1919 portant attribution de la croix de chevalier de la Légion d’honneur au drapeau du 4e RMT – Président de la République7
Liste des régiments de zouaves de l’armée française

1er régiment de zouaves : formé en 1852, dissous en 1949 et reformé pendant la période 1956-1960. Croix de guerre 1914-1918 (5 palmes et une étoile vermeille) et Croix de guerre 1939-1945 (2 palmes) ;
2e régiment de zouaves : formé en 1852 et dissous en 1962. Légion d’honneur (obtenue lors de la bataille de Magenta), Croix de guerre 1914-1918 (5 palmes et une étoile d’argent) et Croix de guerre 1939-1945 (2 palmes) ;
3e régiment de zouaves formé en 1852 et dissous en 1962. Légion d’honneur (obtenue lors de la bataille de San Lorenzo, Mexique 1863), Croix de guerre 1914-1918 (6 palmes) et Croix de guerre 1939-1945 (2 palmes) ;
Régiment de zouaves de la garde impériale : formé en 1864, devenu le 4e régiment de zouaves en 1870 et dissous en 1962. Légion d’honneur, Croix de guerre 1914-1918 (7 palmes) et Croix de guerre 1939-1945 (2 palmes)8 ;
8e régiment de zouaves : formé en 1914, dissous en 1928, reformé en 1934-1940, à nouveau dissous, il est reformé deux fois d’abord en 1946-1956, puis durant la guerre d’Algérie (1959-1962). Légion d’honneur et Croix de guerre 1914-1918 (7 palmes et une étoile d’argent) ;
9e régiment de zouaves : formé en 1914 et dissous en 1940 ; reformé en 1943 et à nouveau dissous en 1962 ; réactivé en 1982 et à nouveau dissous en 2006 au CEC (centre d’entraînement commando) de Givet (08). Légion d’honneur, Croix de guerre 1914-1918 (6 palmes et une étoile d’argent) et Croix de guerre 1939-1945 (2 palmes).
11e régiment de zouaves : formé en 1939 et dissous en 1940. Sa devise : « Œil pour œil, dent pour dent » ;
12e régiment de zouaves : formé en 1939 et dissous en 1940 ;
13e régiment de zouaves : formé en 1919 et dissous en 1940. Sa devise : « Avec le sourire »
14e régiment de zouaves : formé en 1939 et dissous en 1940 ;
21e régiment de zouaves : formé en 1939 et dissous en 1940 (régiment d’instruction) ;
22e régiment de zouaves ;
23e régiment de zouaves ;
29e régiment de zouaves.

Régiments mixtes de zouaves et tirailleurs en 1914-1918

Créés lors de la Première Guerre mondiale avec deux bataillons de Tirailleurs algériens et un bataillon de Zouaves. Ils perdent leur bataillon de Zouaves entre avril et juillet 1918 et deviennent alors entièrement composés de tirailleurs. Les 2e et 3e sont transformés respectivement en 13e RMT et 6e RMT alors que les 1er et 4e conservent leur nom de mixte jusqu’en 1920.

1er régiment mixte de zouaves et tirailleurs, il perd son bataillon de Zouaves en juillet 1918 mais conserve son nom de mixte jusqu’en octobre 1920 et devient le 43e RMT
2e régiment mixte de zouaves et tirailleurs, devient le 13e RMT en juin 1918
3e régiment mixte de zouaves et tirailleurs, devient le 6e RMT en mai 1918
4e régiment mixte de zouaves et tirailleurs, il perd son bataillon de Zouaves en avril 1918 mais conserve son nom de mixte jusqu’en octobre 1920 et devient le 16e RMT

Liste des régiments de zouaves dans d’autres pays
Zouaves pontificaux

La création des zouaves pontificaux a lieu en 1860 à l’appel du pape Pie IX ; leur organisation est confiée au général de La Moricière. Après l’entrée des troupes italiennes de Victor-Emmanuel II à Rome en 1870, ils servent le Gouvernement de Défense nationale lors de la guerre franco-prussienne, et sont dissous après l’entrée des Prussiens à Paris.

L’un des zouaves pontificaux les plus célèbres est John Surratt, impliqué dans l’assassinat d’Abraham Lincoln.
États-Unis

Plusieurs unités de zouaves furent formés par des Américains lors de la guerre de Sécession : l’Union équipe de nombreux régiments de zouaves (parfois seulement zouaves uniquement de nom), et les Confédérés n’en ont qu’une poignée, essentiellement en Louisiane (Tigers zouaves, Coppen’s Zouaves, Louisiana zouaves). Au nord les plus célèbres sont le 5e régiment de volontaires de New York, surnommés les zouaves de Duryee, le 11e régiment de volontaires de New York, surnommés les zouaves de feu’, le 9th New York (Hawkin’s zouaves), le 10th New York (national Zouaves), le 62nd New York (Anderson zouaves), le 114th pennsylvania (Collis Zouaves), le 165th New York, etc.

Le 11e fut d’abord commandé par le colonel Elmer Ellsworth, mort en 1861, puis durement entamé lors de la première bataille de Bull Run. Le 5e était considéré comme une unité d’élite de l’armée du Potomac, et incorporé dans la division de Sykes. À la seconde bataille de Bull Run, le 5e régiment de New York, accompagné du 11e régiment de New York (les zouaves nationaux), participa à l’attaque flanquante du corps de Longstreet pendant dix minutes cruciales, avant d’être mis hors de combat : sur 525 hommes, 120 furent tués et 330 blessés durant ces dix minutes.

À partir de 1863, l’uniforme de zouave est donné en récompense aux unités méritantes de l’armée du nord et il y aura davantage d’unités de zouaves à la fin de la guerre qu’à son début. dans les années 1870/80 les zouaves furent progressivement assimilés aux unités régulières de l’US Army.
Zouaves du mort

Zouaves de mort formés lors de l’Insurrection polonaise de 1861/1864; leur organisation est confiée au Lieutenant François Rochebrune.

zouave15
Insurrection polonaise de 1861/1864 Zuavo du mort – colonel François Rochebrune (1863)
zouave14


Notes, commentaires et références

↑ a et b Les troupes coloniales dans la Grande Guerre: actes du colloque organisé pour le 80e anniversaire de la bataille de Verdun, IHCC-CNSV, 1997, p.90
↑ a et b Encyclopédie Larousse [archive]
↑ « A proprement parler les Zouaoua sont les Kabyles qui habitent les contreforts les plus élevés du Djurdjura. Le premier indigène qui entra au service de la France après la conquête d’Alger, fut un Zouaoui ou homme des Zouaoua, de là le nom des Zouaves », Le Globe, Société de géographie de Genève, 1860, p.215
↑ Philippe E. Landau, Les Juifs de France et la Grande Guerre : un patriotisme républicain, 1914-1941, CNRS, 1999, p. 34.
↑ Jacques Frémeaux, Les empires coloniaux dans le processus de mondialisation, Maisonneuve & Larose, 2002, p. 64
↑ Bulletin des lois de la République française, éd. Imprimerie royale, Paris, 1919, p. 2026
↑ Le 4e zouaves avait perdu 9 351 officiers, sous-officiers et soldats pendant la guerre 1914-1918
↑ Le bataillon d’instruction et d’intendance du 4e zouave est installé au fort de Rosny-sous-Bois. En 1963, la municipalité de Rosny-sous-Bois a baptisé Rue du 4e-Zouave la rue qui relie le centre-ville au Fort de Rosny

fleche21
Document pdf :
Les Zouaves à travers des cartes postales de
Jean Marc LABOULBENE
Bibliographie : Bruno Carpentier, La légende des zouaves ED. SOPAIC
Jean -François Catteau, Militaria n° 129 & 197, Histoire & Collection
http://alger-roi.fr/Alger/armee_afrique/pdf/8_zouaves_cartes_postales_afn68.pdf

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