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26 avril 2013

L’amiral Émile Lacroix

Classé sous — milguerres @ 0 h 32 min

 

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 retour à la Seconde Guerre Mondiale

Ceux que l’on maudirait !

 Une histoire : Bizerte et la France

L’amiral Émile Lacroix
(1883-1949)

Auteur
Christophe Lacroix 
Institut Pierre-Renouvin, Université de Paris 1.

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RÉSUMÉ
Né en 1883, dans les Côtes-du-Nord, l’amiral Émile Lacroix est le fils d’un gendarme. Entré à l’École navale en 1900, il fait une carrière maritime. En 1939, contre-amiral, il commande les contre-torpilleurs de l’escadre de l’Atlantique. Son navire est gravement touché à Mers el-Kébir. Promu vice-amiral et commandant de la 3e escadre à Toulon, avec autorité tactique sur la 4e escadre, il est envoyé le 21 septembre 1940 à Dakar pour prendre la tête de la Force Y, où il combat à nouveau les Britanniques. Vice-amiral d’escadre en mars 1941, il commande la 1re escadre des croiseurs à Toulon, second de l’amiral de Laborde. C’est à ce poste qu’il donne l’ordre de sabotage de ses navires. Retiré à Paris, il n’est pas touché par l’épuration et meurt le 1er août 1949.

• Aux origines de l’amiral
• L’aéronavale
• La 2e Escadre légère, la guerre et Mers el-Kébir
• Le commandement de l’Escadre de l’Armistice
• Dakar
• Toulon et le sabordage
• Le marin devient éléphant37, ou l’exil au milieu de la société

Quel parcours plus emblématique du destin tragique de la marine française durant la Seconde Guerre mondiale que celui de l’amiral Lacroix ? Emblématique au point d’avoir vécu comme siens les principaux drames endurés par la plus belle Marine depuis la fin du XVIIIe siècle : avec son navire-amiral, le Mogador, blessé à mort à Mers el-Kébir ; la réponse au défi britannique et à la nécessité de protection de l’Empire français face aux prétentions gaullistes avec le commandement en chef à Dakar ; et enfin le sabordage de ses navires à Toulon, le 27 novembre 1942. Emblématique aussi par son parcours à la fois classique, par son adhésion au gouvernement légal de Vichy et à sa politique, par sa conception intransigeante de la discipline, son amitié avec le chef de la Marine et dauphin du maréchal Pétain, l’amiral Darlan, et atypique, du moins dans les idées reçues, par son origine modeste, son caractère très marin, sa passion pour l’aéronavale, son refus de toute compromission avec les clientèles ou les politiques, son anglophilie, son désir (contenu) de faire appareiller les Forces de Haute Mer à Toulon.
2On l’aura compris, une biographie de l’amiral Lacroix est une invitation à dresser une nouvelle évaluation de l’histoire du corps des officiers de Marine, donc de la Marine en général, du conflit qui vit la disparition provisoire de cette dernière. Point de vue d’autant plus fort qu’il se constitue à partir du parangon d’un marin arrivé au sommet de la hiérarchie, au cœur des événements, à la popularité certaine, mais resté méconnu[1] 

. Mais dans cette même logique, pour bien le comprendre, il ne faut pas l’enfermer dans l’amiral de la Seconde Guerre mondiale, « l’amiral Mers el-Kébir – Dakar – Toulon », et se souvenir qu’il n’aurait pas dû devenir marin.

Aux origines de l’amiral
3Bien que né en Bretagne en 1883, ses origines ne prédisposaient pas Lacroix à embrasser la carrière d’officier de la Royale. Son grand-père, mort avant la naissance de son fils, était cultivateur à Valempoulières, situé dans les moyennes montagnes jurassiennes. Hauteurs qu’a quittées Jean-Pierre Lacroix, le père de l’amiral, pour ne plus y revenir, en s’installant dans les Côtes-du-Nord, après sept années de conscription dans la cavalerie impériale, lorsqu’on lui a proposé un emploi dans la gendarmerie à cheval, à Bégard. C’est dans ce petit village de l’intérieur des terres qu’il rencontre sa femme et installe les Lacroix dans un environnement bretonnant, simple et paysan.
4Émile Lacroix, après avoir perdu son père à l’âge de 10 ans, est pris en charge par le mari de sa sœur, Louis Le Razavet, qui lui fait découvrir, à l’occasion de vacances chez un cousin, la mer qui devient sa passion. Au point que le jeune homme profitera désormais de chaque congé pour la rejoindre, effectuant seul à pied les 25 km séparant Bégard de la ferme familiale des Le Razavet. L’adolescent sait tôt sa vocation : être marin.
5Ses brillants résultats lui permettent d’envisager la carrière d’officier de Marine. Après avoir fait sa scolarité au lycée public de Saint-Brieuc, il intègre la Flotte[2] 
de Brest, bien que son directeur ait tenté de lui faire préparer Polytechnique, ce qui lui a valu cette réponse ferme, pour 15 ans : « J’ai décidé d’être marin. Si je ne suis pas capable de devenir officier, j’en saurai toujours assez pour être matelot. »
6Après deux années de scolarité, Lacroix intègre, à la 30e place sur 101, l’École navale, sur le Borda (résumé à lui tout seul de la « vieille Marine » qui imprègne encore l’institution de la Royale à cette époque)[3] 
Cette École navale dont l’environnement est encore peu démocratisé et qui se situe entre Fachoda et l’Entente cordiale. Aspects peu anodins au sujet d’un outil de socialisation primaire au pouvoir structurant. Son entrée, permise par la politique méritocratique de la IIIe République, consacre une élévation sociale pour le jeune élève officier, « fils de simple gendarme, boursier et républicain »[4] 
. Ses camarades sont les futurs amiraux Derrien, Moreau, d’Harcourt et Marquis ; ses anciens sont Sablé, Darlan, Muselier, Le Bigot ; ses « fistots » Decoux et Godfroy. On retrouve parmi ceux-ci les principaux acteurs de la Marine du second conflit mondial. Plus particulièrement, Émile Lacroix va se lier d’amitié avec un certain nombre d’entre eux, dont François Darlan, qu’il invite chez lui à Bégard. Ces amis vont constituer le premier groupe dont s’entourera le futur amiral de la Flotte, ce que l’on appellera plus tard les Amis de Darlan, à la différence qu’ils ne lui devront pas leur carrière et qu’ils ne seront véritablement que sur le tard un relais du système Darlan.
7Du point de vue scolaire, l’École navale confirme les efforts d’Émile Lacroix. Il arrive rapidement à la 4e place et échoue au pied du podium, 5e, à cause d’un séjour d’un mois à l’hôpital. Il est durant les deux années premier en anglais. L’École d’application se passe beaucoup moins bien. Il y est sévèrement noté par son commandant, le c. v. Berryer, qui juge son intelligence « plus théorique que pratique » (ce que sa carrière démentira). Ce qui le fait chuter dans le classement et l’empêche d’être affecté, avec les meilleurs ou les mieux aidés, en Extrême-Orient. L’aspirant Lacroix embarque, en 1903, dans l’océan Indien, jusqu’en 1907, puis en Méditerranée. Il retrouve la Bretagne en 1909, comme second d’un torpilleur. En 1911, il passe une année de croisière le long des côtes américaines avec le vieux croiseur d’Estrées, affectation très maritime. Durant toute cette période où un officier prépare son premier commandement, l’enseigne de vaisseau ne fait, curieusement, pas de spécialité. Ce qui lui permettra d’avoir une carrière plus ouverte que l’ordinaire des officiers.

8En 1912, la campagne du Maroc lui offre la première occasion de se distinguer. Sur le croiseur Friant, puis sur le Du Chayla, il est ensuite détaché au port de Méhédiya, qui joue un rôle important dans le ravitaillement de Fez par la rivière du Sébou. Enfin, il est envoyé sur le croiseur Cassard, navire du commandant de la Division navale du Maroc, le c. v. Simon. En juillet 1913, il prend Forti, au nord d’Agadir. Cette action lui vaut la Légion d’honneur et la promotion au grade de lieutenant de vaisseau. Remarqué par Simon, il devient son adjoint de division, l’équivalent, pour une division, de chef d’état-major. En janvier 1914, il reçoit des félicitations du ministre pour son travail sur la prévision de la houle au Maroc et pour son étude sur les ports du même pays.
9En 1915, il obtient son premier commandement, une escadrille de chalutiers de l’Océan, qu’il est aussi chargé de mettre en état afin de les rendre aptes à la lutte anti-sous-marine dans la Manche. En 1916, il prend le commandement de la Somme, un chalutier, dans les Patrouilles de la Méditerranée orientale. Lacroix se distingue au point de recevoir cette note flatteuse du commandant des Patrouilles Fatou : « Malgré la concurrence de nombreux et excellents collègues, il s’est mis tout à fait en vedette dans la division des patrouilles, par son entrain et son mordant. Cet officier n’est heureux que quand il agit[5] et ses chefs partagent ce sentiment de satisfaction, car ils savent qu’il n’est pas une mission, pas une action de guerre qui puisse être mise entre de meilleures mains que les siennes. » En 1917, il est nommé adjoint à la base de Patrouilles de Patras et de Corinthe, avant de gagner au même poste la base de Corfou (base très importante, car point de ravitaillement des navires assurant le blocus de l’Autriche en Adriatique et point de passage de toutes les troupes rejoignant le front oriental). Ces fonctions lui valent cinq témoignages de satisfaction.

10En novembre 1918, à Bougie, en Algérie, un ami du Borda lui fait rencontrer sa future femme, Blanche Chichillianne, divorcée. Ils se marient en août de l’année suivante et Pierre (prénommé ainsi comme tous les aînés Lacroix) naît en mars 1920 à Toulon.
11En mai 1919, il est nommé capitaine de corvette et commandant de l’aviso Toul. Peu de temps après les mutineries, il est envoyé en Crimée, où il doit notamment participer à l’évacuation des troupes blanches, ce qui lui vaut des félicitations du ministre. En février 1921, il engage près d’Anapa, « faisant preuve de belles qualités militaires et de décision et de vigueur » dit la citation, le combat avec un bâtiment bolchevique qui l’avait attaqué inopinément. Il méritera durant cette campagne quatre citations.
12Après le combat d’Anapa, le Toul est en gardiennage et Lacroix est désigné pour prendre le commandement de l’aviso Du Couëdic. Mais il ne reste pas longtemps sur ce navire, lui aussi en carénage, et part à Cherbourg prendre le commandement du torpilleur Chastang. À ce poste, il s’occupe de la remise en état des torpilleurs livrés par l’Allemagne.
13Mais la Marine subit une grave crise après la guerre. De nombreux officiers doivent rester à terre, faute de pouvoir servir en mer. De bonnes appréciations lui permettent d’embarquer, mais il doit demander, pour continuer, à être maintenu comme commandant en second seulement sur le même Chastang. Cette attitude lui vaut d’être bien vu du commandant de la 2e flottille de torpilleurs, qui en fait son adjoint, sur leMécanicien Principal Lestin. Après un commandement en mer ininterrompu depuis la fin de la guerre, le capitaine de frégate Lacroix, depuis juin 1923, est obligé de travailler à la recherche d’une affectation intéressante à terre. La vacance du poste de sous-directeur du port de Brest l’amène à intervenir auprès du directeur Bréart de Boisanger, Breton franc à la brillante carrière de marin, à la Noël[6]

Cet exemple traduit la crise traversée par le métier d’officier de Marine au début des années 1920, lorsque la Marine doit accepter de se sacrifier au profit de l’Armée et de l’arme nouvelle de l’Air, prioritaires.

L’aéronavale
14Mais pour Lacroix cette période est davantage marquée par la perte de son second fils, Jacques, né le jour de Noël 1921 et mort le jour de Noël suivant. L’homme, sensible, n’arrive pas à s’en remettre (jusqu’à appeler sa fille Jacqueline et ne pas oublier Jacques dans son testament)[7] . Si les notes ne font pas apparaître une baisse de la qualité de son service (il reçoit en décembre 1923 un nouveau témoignage de satisfaction pour le concours d’honneur des torpilleurs), la famille Lacroix a suffisamment ressenti cette épreuve pour prêter à Darlan une tentative de remotivation, grâce à un nouveau centre d’intérêt : l’aéronavale[8] 

15Si l’on ne peut exactement expliquer l’origine de ce qui va constituer une de ses grandes passions et occuper le quart de sa carrière, en 1924, il s’intéresse aux essais effectués au sein du port de Brest. Le 1er décembre de la même année, il prend le commandement de l’Aéronautique maritime du 2e arrondissement (celui de Brest) et devient membre de la Commission d’études pratiques de l’aéronautique. En 1925, il crée, en prenant le premier commandement, l’École supérieure de la navigation aérienne. Le c. f. Lacroix reçoit pour cela deux lettres de félicitations du ministre. Enfin, en 1926, il est nommé commandant de l’aviation maritime de la 4e région, à la base aéronavale de Karouba (Bizerte).

16En 1928, souhaitant reprendre la mer, après avoir perdu l’habitude du commandement durant toutes ces années où il s’est occupé de l’aéronavale, il demande à être mis sur la liste des officiers désireux de servir en mer. Il est nommé commandant en second du nouveau croiseur lourd Duquesne. Promu en janvier 1930 capitaine de vaisseau, il devient auditeur au Centre des hautes études navales (CHEN), réservé aux officiers destinés à occuper les hautes fonctions de commandement. Le vice-amiral Bréart de Boisanger, commandant du CHEN depuis peu, qui avait demandé en 1925 que le c. f. Lacroix y entre, n’y est probablement pas étranger. Appréciant Lacroix, il le classe premier de sa promotion pour un commandement. Ainsi, en juillet 1930, celui-ci prend le commandement du récent et beau croiseur de 10 000 t Suffren, dans la 1re Division de croiseurs du contre-amiral Descotte-Genon. Il récupère, avec les deux autres croiseurs de la division, les élèves de l’école d’application, perdue en mer. Si pour le « pacha » le pouvoir de former l’avenir de la Marine constitue une joie réelle, l’expérience est un échec, à cause de la mauvaise volonté des officiers du bord de s’en occuper, en plus du service habituel[9] 

En juin 1931, le c.-a. Darlan succède à Descotte-Génon. En octobre, le Suffren fait partie de la représentation de la France lors des cérémonies du cent cinquantenaire de la bataille de Yorktown, aux États-Unis. Il reçoit à son bord le maréchal Pétain, représentant la France, pour la traversée de l’Atlantique. Cet embarquement laissera d’ailleurs un goût amer à la Marine, Pétain ayant tenu, en bon terrien, des propos désagréables sur un bâtiment incapable d’être constamment prêt à se battre, suite à une avarie qui l’avait immobilisé. Cependant, le c. v. Lacroix n’en gardera pas un mauvais souvenir, au point, plus tard, de faire trôner dans son salon la photographie, autographiée à l’occasion, du vainqueur de Verdun. Cet intermède maritime lui permet d’être absent de l’aéronavale pendant la période la plus vive de l’affrontement avec le ministère de l’Air. Il ne sera donc jamais vraiment inquiété par la menace d’un transfert des personnels entre les ministères.

17En juin 1932, il prend le commandement du porte-avions Béarn. Il retrouve l’aéronavale, mais en tant que commandant d’un navire cette fois-ci. Son service, prévu pour durer une année, est prolongé suite à une demande du v.-a. Dubois, commandant la 1re Escadre, au chef d’état-major général Durand-Viel, car le Béarn a bien progressé sous sa direction et Lacroix a « son bateau et ses marins bien en main »[10]. En 1934, il quitte le porte-aéronefs pour la base aéronavale de Berre, le temps d’un été. En septembre, il est à la tête de l’aviation de la 3e Région maritime, la plus importante, celle de Toulon. Promu, le 20 mai, contre-amiral, il est nommé quelques jours plus tard par Durand-Viel à ce qui sera le sommet de sa carrière dans l’aéronavale, la direction du service aéronautique à l’état-major.

18L’aéronavale, contrairement à une idée reçue, commence à être prise en considération. Lacroix succède et précède des éléments brillants de la Marine, Godfroy et Michelier, très proches des chefs d’état-major général Durand-Viel et Darlan, témoignant de leur part d’une prise de conscience plus précoce qu’on a voulu le dire. Le problème est d’ordres budgétaire, politique, industriel et stratégique. La Marine doit, dans la perspective du conflit à venir, s’orienter vers une guerre de liaison (méditerranéenne pour la France), nécessitant la construction prioritaire de navires de ligne. La crainte de voir certains projets confisqués par l’armée de l’Air l’incite à ne pas trop s’engager en avant, d’autant qu’elle n’arrive pas toujours à des résultats concluants dans sa production (à cause notamment des grèves du Front populaire, de l’échantillonnage)[11] 
Les deux années de Lacroix (favorisées par une conjoncture permettant des moyens supplémentaires et une menace de l’Air qui commence à se dissiper) entament la recherche d’une nouvelle cohérence stratégique de l’arme aéronautique, avec des armes de projection offensives (les hydravions torpilleurs lourds et les projets de porte-avions), avec l’abandon progressif du dogme de l’hydravion (avec les Dewoitine) et la prise en compte de la Défense contre avions à tir rapide (les 20 mm auront cependant besoin d’être complétés par du 37 mm). La rédaction d’un règlement de bord spécifique marque également un souci de rationalisation. Il restera toutefois de nombreuses imperfections au début de la guerre.
19Lacroix est donc, pendant ces quinze ans, présent à tous les postes de l’aéronautique maritime. Si on ne peut exactement le qualifier de pionnier, au sens où il s’est engagé dans l’aéronavale lorsque celle-ci existait déjà en tant qu’organisation, il est un des artisans les plus importants de l’élaboration de l’outil aéronaval français. Appartenance appuyée par des ailes d’observateur d’aviation, portées sur l’uniforme, fièrement affichées.

La 2e Escadre légère, la guerre et Mers el-Kébir

20Après son refus d’une promotion à l’état-major, Darlan, chef d’état-major général depuis janvier 1937, lui donne le commandement de la 2e Escadre légère (EL), constituée de contre-torpilleurs qui sont parmi les meilleurs du monde. Son navire amiral est le beau Mogador[12] 
Il est basé à Brest, avec l’escadre de l’Atlantique, sous les ordres de l’amiral Gensoul.
21À ce poste, il doit d’abord assurer à la tête de cette escadre, fierté de la Marine, un travail de représentation sur les côtes bretonnes, mais aussi sur les côtes ibériques. Il en profite pour observer le mouvement des navires allemands dans les ports espagnols. Lors de la déclaration de guerre, la 2e EL escorte les convois dans l’Atlantique et est endivisionnée avec les Anglais. Le c.-a. Lacroix participe notamment à la poursuite duGraf Spee, prenant un temps la tête d’un groupe franco-britannique. Avec la mise en application de la nouvelle répartition des forces navales alliées, la Force de Raid, constituée après la recomposition de l’escadre de l’Atlantique, gagne la Méditerranée et mouille dans le port de Mers el-Kébir, à partir du 28 avril.

22La guerre ne s’arrête pas avec la demande d’armistice du 17 juin. La 2e Escadre légère effectue des sorties, cherchant vainement une flotte italienne. À partir du 25 juin, les navires sont immobilisés, attendant la démobilisation des réservistes. L’Amirauté a donné des consignes pour le sabordage des navires, en cas de tentative d’une puissance étrangère de s’en emparer. Les relations franco-britanniques se sont dégradées et la visite à l’amiral Gensoul de l’amiral anglais North, dans le but d’obtenir un ralliement à laRoyal Navy, accentue l’inquiétude. Nombreux sont ceux qui, comme Lacroix, croient en la possibilité d’une attaque[13] 
23Les sentiments du contre-amiral Lacroix, à ce moment, nous sont connus grâce à un déjeuner pris à bord du Mogador, le 1er juillet, par son neveu Émile Le Razavet. La conversation porte sur l’état moral des marins de Mers el-Kebir et Lacroix regrette de ne pas avoir, à cause des conditions d’armistice, de grand-garde au large ou de surveillance aérienne. Il ajoute que sa seule source d’information est le centre naval de Nemours[14
Il est obsédé par l’exemple d’Aboukir, évoqué à nombreuses reprises, et craint d’être « coincé » dans le port, sans pouvoir réagir[15] 

Et ce n’est pas l’attitude de « cet amiral [Gensoul] coincé dans son Dunkerque », avec lequel il n’a eu aucun contact depuis plus de trois jours, qui le rassure[16
24Mais il est surpris quand il reçoit, le 3 juillet à 7 h 30 GMT, l’ordre de prendre les dispositions de combat. Il semble qu’il ait alors donné la consigne de préparer l’appareillage des contre-torpilleurs (qui est l’étape suivante et qui implique de pousser les feux), une heure en avance[17] 
À 9 h 30, il participe à la réunion des amiraux autour de Gensoul et déclare : « Ces gens-là [les Anglais] considèrent tout ce qui flotte comme un ennemi en puissance… ; ils vont nous couler ! »[18] 

Vers 15 h 30, il croit que la pose de mines à l’entrée du port d’Oran, par des hydravions, est une attaque à la torpille. Si celle-ci est infirmée, le mouvement ne peut que le renforcer dans son idée[19] 
À 16 h 18, le Mogador intercepte le dernier ultimatum britannique : « Si une des propositions n’est pas acceptée pour 16 h 30, il faut que je coule vos bâtiments. » À 16 h 28, les contre-torpilleurs reçoivent la consigne « appareillez tous immédiatement », qu’ils commencent à exécuter. Le Volta retransmet aussitôt le message du commandant en chef : « Prenez poste de mouillage prévu. » Lacroix répercute l’ordre, avant de l’annuler, « jugeant préférable de ne pas les faire mouiller [jeter l’ancre] ». Il veut pouvoir sortir le plus rapidement possible. À 16 h 56, les premiers obus tombent sur la rade. Le Mogador, à toute allure, montre la voie, mais il est obligé de s’arrêter pour éviter un remorqueur, qui dégage les filets de la porte. Un obus anglais de 380 tombe sur les grenades anti-sous-marines et volatilise le quart arrière du navire. L’amiral Lacroix, qui avait été renversé, légèrement ensanglanté par la déflagration, se lève et fait signe aux autres contre-torpilleurs, des mains, de continuer sans lui. Désormais, il va s’occuper de sauvegarder le navire et d’apporter les premiers secours.
25Huit jours plus tard, il revoit son neveu à Alger, avant de gagner Toulon. Il évoque les Anglais seulement pour dire qu’il avait des amis en face et regrette d’avoir perdu, avec sa cabine, sa collection de Shakespeare !

Le commandement de l’Escadre de l’Armistice
26Mais la carrière de l’amiral Lacroix va prendre un tournant historique après Mers el-Kébir, plus précisément le 10 juillet 1940, lorsqu’il est nommé chef de la 3e Escadre, avec autorité tactique sur la 4e escadre et la 2e Escadre légère, sous les ordres théoriques de l’amiral Gensoul[20] 

Promu vice-amiral, le 29 juillet, il est confirmé à son poste le 10 août, au moment du départ de son ancien chef. Derrière cette fonction apparaît en fait un commandement unique (au statut provisoire, à cause des négociations avec la Commission d’armistice et de l’incertitude sur l’avenir de la flotte), sous les ordres directs et indirects de Lacroix, de toutes les forces navales opérationnelles de métropole et d’Afrique (une partie importante est indisponible, soit à cause du blocus britannique, soit à cause de dommages), qui auraient dû constituer l’escadre de la Flotte de l’armistice. Ce commandement ne prendra forme qu’avec la constitution, le 24 septembre, des Forces de Haute Mer[21] 

27Cette fonction récompense des qualités de commandement opérationnel. L’amiral Lacroix est un chef de guerre, à l’image et à la popularité fortes (consacrées par les surnoms « Mimile » et « Lagadec »[22] et nécessaires dans une période qui a besoin de personnalités capables de susciter l’adhésion. Elle est aussi opportuniste, à cause des relations amicales entre Darlan et Lacroix et de l’absence, pour causes diverses, de nombreux cadres qui auraient pu prétendre à cette affectation.
Dakar
28Le hasard des événements va encore rattraper le v.-a. Lacroix et l’obliger à s’affronter à nouveau avec les Alliés d’hier. Le 21 septembre, il est nommé dans l’urgence à la tête de la Force Y, qui était commandée par le c.-a. Bourragué. Celui-ci, sous la contrainte d’un affrontement en situation d’infériorité avec les Britanniques, a dû renoncer au projet de reconquérir les colonies passées à la dissidence et revenir à Dakar. L’amiral de la Flotte a pris, sur l’instant, ce geste pour un acte de faiblesse et l’a démis de ses fonctions, au profit de son supérieur hiérarchique, dont l’assurance d’un esprit ferme et dévoué au service du gouvernement français, l’autorité charismatique, maritime et guerrière sont autant de garanties pour la réussite d’une mission de guerre et de maintien du territoire au sein de l’Empire.

29Quand l’amiral Lacroix arrive à l’aéroport de Ouakam, il s’informe de la situation auprès du contre-amiral Landriau, commandant de Marine Dakar. Il rend compte à l’Amirauté de ses impressions :
30« De l’ultimatum anglais [adressé à Bourragué lorsqu’il essayait de regagner la base] se dégage notion que toute force réunie à Dakar gêne Britanniques. Stop. Logiquement cela doit conduire soit à blocus soit à attaque Dakar. Pour le moment attaque paraît aléatoire. Stop. Par contre blocus possible et conduit à étouffement complet AOF. Stop. Ce blocus ne peut être qu’accéléré par acte hostile ou attitude déloyale de notre part.Quarto. J’estime, étant donné nos moyens, que seule solution est, sur le plan gouvernemental, établir avec les Britanniques un accord au moins tacite permettant passage transports prévus en personnel et ravitaillement question vitale pour nous, et tout faire pour éviter hostilités ouvertes entre France et Angleterre. »[23]
31On voit bien que, si le diagnostic est visiblement erroné, on est loin du bouffeur deyoums[24] que des historiens britanniques ont voulu décrire en parlant de lui[25] 

On peut aussi noter l’accord parfait avec la politique de modus vivendi recherchée par le gouvernement avec la « Perfide Albion ».
32Au niveau opérationnel, le premier souci du commandant en chef des forces navales et, compte tenu du rôle de la Marine, du responsable de la défense de la base, est de rendre ses navires manœuvrables, pour éviter le piège de Mers el-Kébir, en les faisant mouiller dans la baie de Rufisque, qui deviendra le « ratodrome », lorsque les croiseurs seront encadrés des heures durant dans cet espace réduit. Incapables d’atteindre les bâtiments de la Force Y, qui empêchent tout débarquement, et touchés par le tir des batteries côtières, les navires britanniques sont obligés de se retirer. Dakar est la dernière grande bataille navale française et une victoire à l’importance stratégique, car elle permet au gouvernement français d’assurer son influence sur l’AOF. face aux visées gaullistes et d’être en meilleure posture dans les négociations avec l’Allemagne.
33Mais chaque médaille a son revers. L’Amirauté, envisageant au moment de la bataille d’employer les forces navales disponibles à Toulon contre les Anglais, a rappelé en activité l’amiral de Laborde (qui intégrait la réserve) et donné à celui-ci l’autorité qui était celle de Lacroix, constituée organiquement en Forces de Haute Mer. Il est impossible de renvoyer Laborde dans ses foyers immédiatement. Le v.-a. Lacroix doit rester à Dakar.

Toulon et le sabordage
34Le 25 mars 1941, il est promu vice-amiral d’escadre, commandant la 1re Escadre de croiseurs à Toulon, sur l’Algérie, sous les ordres de l’amiral de Laborde. On peut s’étonner du maintien de celui-ci, aux dépens d’un chef populaire, aux qualités maritimes certaines et ami, lui, du chef de gouvernement Darlan. Mais ce dernier doit composer avec les Allemands, leur donner le maximum de garanties pour obtenir des avantages, et de ce point de vue-là Laborde est bien mieux placé que Lacroix, qui ne dispose pas de relais dans les milieux de décision[26] 

De plus, le commandant des Forces de Haute Mer l’a assuré de sa fidélité[27] 
Rien n’impose donc son départ. Au contraire, Darlan veut mettre à profit ce délai pour installer aux commandes de la flotte une nouvelle génération, toute dévouée à sa personne, avec les amiraux Gouton et Bléhaut, pour l’automne 1942, juste avant un changement de situation qu’il entrevoit pour le printemps 1943. L’amiral Lacroix, qui arrive près de la limite d’âge, est sacrifié. Le destin a décidé qu’il devrait vivre sa plus grande souffrance, couler ses navires.
35Le débarquement allié en Afrique du Nord a pour première conséquence à Toulon de repousser la cérémonie de passation de commandement, qui devait avoir lieu le 13 novembre. Le commandant de la 1re Escadre de croiseurs, qui aurait dû céder sa place au c.-a. Bléhaut, vit difficilement ces jours de novembre si particuliers, où il est difficile de savoir où est son devoir. Beaucoup veulent aller au devant des Anglo-Américains pour venger leurs camarades morts à Casablanca. D’autres, probablement la majorité (mais les sentiments étaient mélangés), souhaitent un renversement d’alliances, sans autant définir une attitude politique précise, faisant confiance pour cela au Maréchal. Le désarroi prime. L’atmosphère devient difficile au sein des Forces de Haute Mer. Pour la première fois depuis les mutineries de la mer Noire, des manifestations ont lieu sur les bâtiments pour demander un appareillage, même sur l’Algérie de Lacroix, dont la personnalité imposait pourtant. Depuis la réponse négative de l’amiral de Laborde à l’appel de l’amiral Darlan de le rejoindre à Alger, les marins savent qu’ils sont dans l’impasse, coincés entre les Allemands et l’impossibilité de rejoindre les Alliés, tant qu’une solution politique n’aura pas assuré le renversement d’alliance et évité ainsi un deuxième Mers el-Kébir[28] 

Mais c’est le « Comte Jean » (de Laborde) qui tient les cartes en main.
36Laborde, avec lequel Lacroix a de mauvaises relations[29]
. Outre leurs éducations différentes, qui se retrouvent dans leurs façons de traiter les subordonnés, les « humbles », leur lecture politique des événements n’est pas la même. Le v.-a. e. Lacroix veut, sinon rejoindre Darlan (ce qui est cependant probable, mais non prouvé), du moins appareiller. L’amiral Darrieus (qui servait alors dans les Forces de Haute Mer) raconte ce souvenir d’enseigne : « Les jeunes officiers et les jeunes marins voudraient partir, certains le confient. Mais à mesure que l’on grimpe dans la hiérarchie l’ardeur combative diminue. Il y a des exceptions et je vois encore la tête de l’amiral Lacroix, furieux de rester. »[30] 
Ce témoignage est confirmé par ceux d’autres officiers de la flotte de Toulon, sans même compter l’impression qu’il a laissée dans sa famille[31] 

Le commandant de la 1re Escadre n’est pas cependant allé au-delà, jusqu’au conflit public avec l’amiral de Laborde. Son sens de la discipline, son respect du supérieur, qui l’a toujours obligé à ne pas mettre en doute ses décisions (ce qui l’amènera à ne pas participer à l’opprobre jeté sur Gensoul), sa volonté de ne pas laisser les divisions s’installer au sein de la Marine empêchaient un tel acte d’insubordination, assimilable à une mutinerie. La réalité des moyens était aussi un obstacle, même s’il était le seul à pouvoir le faire, par son élévation hiérarchique, son autorité, sa popularité[32] 

Si l’on dépasse les difficultés d’appareillage à proximité des Allemands (mais la menace n’était encore pas trop sérieuse au 13 novembre), la « vigilance » britannique qui aurait pu amener une bataille en pleine mer, à cause de la présence du vainqueur de Dakar à la tête des navires ayant appareillé, il n’est pas sûr qu’une tentative ait pu réussir, car le second de la Flotte aurait pu ne pas être suivi par tous ses marins (et la marche d’un navire ne tolère aucune défaillance) et le commandant des Forces de Haute Mer, ayant pris des dispositions pour se protéger d’une tentative de s’emparer de lui, n’aurait pas hésité à prendre des mesures préventives s’il n’avait pas eu confiance en son subordonné. Quelles que soient les tentatives de réécrire l’histoire, la tragédie était écrite pour Lacroix et la Flotte.

37Le 27 novembre 1942, à 5 heures, le v.-a. e. Lacroix est réveillé par le commandant adjoint de l’Algérie, le c. f. Bergot[33]
Il interprète d’abord l’ordre de prendre les dispositions finales lors du sabordage, accompagnées de l’allumage des feux, comme une consigne d’appareillage, qui contredit le premier élément. Il demande une confirmation écrite et donne ensuite la consigne d’évacuer les croiseurs. Un officier allemand se présente à l’échelle de coupée. Le commandant Malgouzou doit le retarder afin d’achever le sabordage du navire, pendant que l’amiral Lacroix détruit lui-même le système radar installé clandestinement[34] 
Il les rejoint, après avoir ostensiblement salué une dernière fois les couleurs, et tente lui aussi de gagner du temps. Lacroix est fait prisonnier et emmené. Daniel Jeanlebœuf, du Strasbourg, raconte :
38« J’ai vu passer la voiture bien encadrée de l’amiral Émile Lacroix. Il faisait froid, un officier allemand a voulu lui mettre une couverture sur les épaules. Il l’a rejetée d’un geste brusque. Lorsque le véhicule roula le long des quais, on entendit : “Garde-à-vous ! L’amiral !” Et plusieurs marins criaient : “Vive Mimile !” en agitant leur bonnet. Mais d’autres pleuraient. »[35] 

39Il est retenu deux jours avec certains amiraux et commandants de vaisseaux. Passé dans la 2e section, il se retire avec sa famille à Paris et quitte la Marine sur le sabordage de ses navires. Il doit tenter de démarrer une nouvelle vie, loin de ce qui a été toute sa vie[36] 

Le marin devient éléphant[37] ou l’exil au milieu de la société
40Émile Lacroix tente d’abord de diriger une entreprise de renflouement de bateaux. Mais la découverte de malversations lui fait demander un audit et démissionner. Cette affaire ne fait rien pour relever à ses yeux l’image qu’il se fait du monde civil. Cela dans une ambiance de fin de régime, de la découverte de la politique répressive visible (les milieux maritimes de Dakar et de Toulon étaient préservés) et de la dérive milicienne du gouvernement. Malheureusement, de cette confrontation avec une réalité politique, il n’est resté aucune trace, Lacroix ayant toujours gardé une grande réserve vis-à-vis des affaires politiques, correspondant trop peu aux principes simples qui ont dicté sa vie. S’il a adhéré sans réserve à la Révolution nationale, qui répondait à sa conception traditionnelle de la société, son jugement est aussi celui du fils de la IIIe République, radical devenu conservateur, soucieux d’égalité. C’est dans ce sens qu’il condamne la franc-maçonnerie, symbole pour lui du copinage méprisant la valeur, et ressent un déséquilibre de la représentation juive aux postes de responsabilité par rapport au poids démographique de la population israélite. Cet abord républicain nous oblige à ne pas avoir cette vision caricaturale de l’officier de la Royale, à l’image de la pratique religieuse de ce croyant sans foi (mais dont les enfants seront profondément religieux).

41La période est aussi difficile pour le marin dans l’âme, qui doit vivre avec le sabordage de ses navires, la brutale fin d’activité, loin de la mer. Dans une ambiance de persécution pour la Marine qu’il a connue et aimée. À la Libération, il n’est pas jugé par la Haute Cour de justice, grâce à une intervention du gouvernement britannique pour que Dakar ne soit pas évoqué et grâce à la faible insistance de son ami le président de la Commission d’épuration de la Marine, l’amiral Sablé[38] 
Mais il constitue une exception. Ses camarades sont déchus de leurs droits, jugés, voire emprisonnés dans des conditions inhumaines (Esteva et Derrien en mourront). Ce martyre des amiraux de Vichy les pousse, en plus de leur habituelle proximité sociale, à se réunir, plus particulièrement dans une action de révision du procès du maréchal Pétain, notamment par une écriture de l’histoire de Vichy (c’est ce que nous avons appelé le « complot des amiraux », qui est une partie d’une organisation très structurée plus vaste, à l’origine de la thématique du « double jeu », de l’historiographie vichyste de Vichy)[39] 

42Le crépuscule moral est également physique. Lacroix souffre d’un long et douloureux cancer. Toussant, régulièrement mal, très amaigri, il n’est plus le marin énergique, solide, capable d’affronter les pires tempêtes, qu’il était (une photographie prise lors du mariage de son fils aîné, en 1948, le montre méconnaissable). La nuit, à l’hôpital du Val-de-Grâce, il revit, rapportèrent les infirmières, ses commandements. Il attend désormais de retrouver Jacques. Ce qu’il fait le 1er août 1949. Sa femme, de chagrin, le rejoindra trois mois plus tard.

NOTES
[ 1]Méconnu, comme nous le verrons plus tard, notamment à cause de son refus (exprimé à son entourage maritime et familial) que l’on parle de lui, imputable à une réelle modestie et à une conception désintéressée du devoir. C’est ce qui explique en grande partie l’originalité de ce travail, qui ne s’appuie pas sur des archives privées (qui n’existent plus), mais sur des archives administratives du Service historique de la Marine ou sur la mémoire individuelle (écrite et orale). 
[ 2]Nom de la classe préparatoire à l’École navale. 
[ 3]Dossier personnel de l’amiral Lacroix, Service historique de la Marine (SHM), CC7 4o Moderne 1071 (2). 
[ 4]C’est ainsi que l’amiral Lacroix décrivait le jeune homme qu’il était, confronté à la morgue aristocratique d’une minorité. Une anecdote de l’amiral Decoux met dans la bouche du commandant, souhaitant mettre en avant auprès du ministre radical Pelletan un élève d’origine modeste auquel il s’intéresse « tout spécialement », l’expression de fils de « simple gendarme » ; v.-a. E. Decoux, Adieu, Marine, Paris, Plon, 1957, p. 21.
Abréviations des grades : v.-a., vice-amiral ; v.-a. e., vice-amiral d’escadre ; c.-a., contre-amiral ; c. v., capitaine de vaisseau ; c. f., capitaine de frégate. 
[ 5]Souligné par le c.-a. Fatou. 
[ 6]Dossier personnel Lacroix, op. cit. 
[ 7]Testament amiral Lacroix, archives privées. 
[ 8]Cf. partie consacrée au choix de l’aéronavale : Christophe Lacroix, L’amiral Lacroix, exemple de l’officier de Marine, mémoire de maîtrise à l’université de Paris I, sous la direction du Pr Robert Frank, 2002, p. 74-78. 
[ 9]V. A. Philippon, Le métier de la mer, Paris, France-Empire, 1971, p. 30-31 ; C. A. Auphan, L’honneur de servir, Paris, France-Empire, 1978, p. 142-144. 
[ 10]Fonds privé amiral Durand-Viel, SHM, 120 GG2, lettre de l’amiral Dubois du 5 juin 1933, p. 226. 
[ 11]Huan et Coutau-Bégarie, op. cit., p. 142-143. 
[ 12]Beau, du moins dans sa conception. En pratique, par faute d’avoir voulu insérer trop d’innovations en même temps, le Mogador n’a jamais pu atteindre son rendement théorique et a souvent dû être caréné pour réparations ; cf. Jean Lassaque, Les contre-torpilleurs de 2 880 tonnes type Mogador (1936-1945), Marines éditions, 1996. 
[ 13]Contrairement à ce qu’écrit Gensoul dans son rapport, en plus de la visite de North, les survols de la base par des avions britanniques les 28 juin et 1er juillet (pour contrôler la disposition des navires), pour les éléments dont on est sûr, suffisaient à l’installation d’une certaine méfiance. Rapport de l’amiral Gensoul, SHM, série TTO 1.
[ 14]Nemours était un centre d’espionnage secret situé à la frontière marocaine, donc près du détroit de Gibraltar et de la base éponyme. 
[ 15]Lettre d’É. Le Razavet à l’auteur, le 11 juillet 2001. 
[ 16]Entretien de l’auteur avec Michel Béguin, le 13 mars 2002. Émile Le Razavet avait dit, il y a de nombreuses années, cet élément, oublié au moment de la correspondance avec l’auteur, à Michel Béguin. 
[ 17]Pour les questions posées par l’attitude de Lacroix à Mers el-Kébir, se référer à C. Lacroix,op. cit., p. 105-109. 
[ 18]Commandant Vulliez, Mers el-Kébir, Paris, France-Empire, 1975, p. 137-138. 
[ 19]Rapport de l’amiral Lacroix à l’amiral Gensoul, le 31 juillet 1940, SHM, série TTO 1. L’action de Lacroix pendant cette journée est, sauf mention contraire, issue de ce rapport. 
[ 20]Pour le commandement intérimaire de juillet, lire les télégrammes 3577, 3590 et 3591 du 10 juillet 1940 de l’Amirauté, SHM, série TTE 87-88 Grands Commandements, Flotte de l’Atlantique. À compléter par la série TTF 82 Divisions navales, 3e escadre ; pour le commandement confirmé du 10 août, voir l’organisation définie par les Instructions générales 1496 FMF 3 (sur le commandement des forces maritimes) et 1497 FMF 3 (sur l’organisation des forces navales) dans ce même carton ; pour l’autorité tactique sur la 4e escadre en juillet, consulter la série TTF 82 4e escadre SHM. 
[ 21]Ibid., série TTE 112, télégramme FMF 3 2024. 
[ 22]L’amiral Lacroix était appelé, affectueusement, « Mimile » par les matelots, car il leur prêtait une véritable attention, due sans doute à son origine semblable. « Lagadec », qui veut dire en breton « grand œil », employé surtout par les officiers, venait d’un de ses tics de langage : « mon œil ! », le geste joignant la parole. 
[ 23]Mordal, La bataille de Dakar, Ozanne, 1956, p. 161. 
[ 24]Anglais en argot baille. 
[ 25]Le général Watson, qui était de l’expédition franco-britannique dit que « l’amiral Lacroix arriva à Dakar par avion pour prendre le commandement et qu’il était particulièrement “monté” contre les Anglais, ayant perdu un neveu à Mers el-Kébir [le c. v. Pierre Lacroix était encore bien vivant à Dakar en septembre 1940 !] » (J. A. Watson, Échec à Dakar, Paris, Robert Laffont, 1968, p. 220). L’historien Arthur Marder, lui, a sa façon de traduire : « Une source française décrit Lacroix comme un personnage ordurier “vieux loup de mer hirsute, qui paraissait taillé au couteau. Il avait la réputation d’être un Amoureux de la guerre [War lover]” » (A. Marder, Operation Menace, The Dakar Expedition and the Dudley North Affair, Londres, Oxford University Press, 1976, p. 108). Le terme de warrior aurait été tout à fait juste. 
[ 26]L’amiral de Laborde ira même, le 7 novembre 1942, jusqu’à des discussions pour tenter de monter une expédition au Tchad, avec des armes et des uniformes allemands, qu’il aurait dirigée pour reprendre les territoires perdus. Il avait donc noué des relations très proches avec les autorités occupantes. Cf. Huan et Coutau-Bégarie, op. cit., p. 569. 
[ 27]Cdt. Vulliez, Les 20 derniers jours de la Flotte, Presses de la Cité, 1963, p. 37-38. 
[ 28]Les Forces de Haute Mer étaient en effet attendues par une flotte anglaise et des sous-marins allemands. 
[ 29]Cf. partie consacrée aux rapports entre les amiraux de Laborde et Lacroix, (C. Lacroix, op. cit.,p. 109-116). 
[ 30]A. Henri Darrieus et c. v. Jean Quéguiner, Historique de la Marine française (1922-1942), L’Ancre de Marine, 1996, p. 368. 
[ 31]Lettres du c. v. Vaury à l’auteur, les 21 octobre et 10 novembre 2001, archives privées. Entretiens avec Alex Wassilieff, le 19 octobre 2001, et le cdt. Gaydon, le 28 octobre 2001. 
[ 32]Le v.-a. Marquis, préfet maritime, n’avait d’autorité que sur les bâtiments de protection du port, de faible valeur, et sur les navires en gardiennage d’armistice jusqu’à 20 milles des côtes. Au-delà elle appartenait aux FHM. 
[ 33]Rapport de l’amiral Lacroix sur le Sabordage, SHM, TTD 273. On peut noter l’abandon dans ce document administratif de son habituel silence. Signe d’émotion. 
[ 34]Lettre d’É. Le Razavet à l’auteur, le 27 juin 2001, archives privées. 
[ 35]Antier, op. cit., p. 233. 
[ 36]Il refusera désormais de remonter sur un bateau, même lors de vacances en Bretagne, se contentant de pêcher à pied. On en imagine sans peine la signification pour cet amoureux de la mer. 
[ 37]Civil en langage baille. 
[ 38]Émile Le Razavet s’est rendu au domicile de l’amiral juste après que Sablé lui a montré la lettre britannique. Lettre d’É. Le Razavet à l’auteur, le 6 mai 2000, archives privées. 
[ 39]Voir le petit développement que nous avons fait dans notre mémoire de maîtrise, op. cit., p. 171-175. 

POUR CITER CET ARTICLE
Christophe Lacroix « L’amiral Émile Lacroix », Guerres mondiales et conflits contemporains1/2004 (n° 213), p. 25-38.
URL : www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2004-1-page-25.htm.
DOI : 10.3917/gmcc.213.0025.

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14 avril 2013

Les contingents impériaux au cœur de la guerre

Classé sous — milguerres @ 17 h 02 min

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La Tunisie au gré des conflits

Les contingents impériaux au cœur de la guerre :  « Etude faite sur la présence de tous les hommes d’origine des colonies françaises ou britanniques (et autres) ayant participé aux deux conflits mondiaux. 

Pour ceux qui ignorent la présence des Nords Africains, des « Noirs », des Chinois, des gens de l’Est, des Australiens, des Canadiens,… et pardon si j’oublie d’autres origines au sein de ces deux conflits.  Les chiffres parlent d’eux-mêmes,  leur présence ne fera qu’honorer leur mémoire !  A tous ceux qui ont combattu pour une même cause … «  

à noter, selon cette étude :

« La mobilisation des «indigènes » s’est opérée selon des principes divers. En Algérie, en Tunisie et en AOF, les contingents fournis par engagements volontaires sont complétés par des conscrits recrutés par tirage au sort.  »

« En 1940, l’armée française met en ligne 640000 coloniaux et Nord-africains, dont 
176000 Algériens,
 
80000 Tunisiens,
 
80000 Marocains (360000 hommes), et
 
180000 Sénégalais.

En France, en 1918, pour un total de 350000 travailleurs étrangers présents, 200000 sont originaires des colonies françaises (78000 Algériens, 35000 Marocains, 28000 Tunisiens, 50000 Indochinois, surtout Vietnamiens, 6000 Malgaches)

Selon cette étude : 108000 Tunisiens auraient servis sous le drapeau tricolore, lors des deux conflits mondiaux, sans noter les pertes humaines, civiles ou matérielles (sans oublier la période de colonisation et la campagne de Tunisie en 1881. Une Tunisie, vraiment au gré des conflits… Hayet (auteur du blog, origine tunisienne

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8

 

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Les contingents impériaux au cœur de la guerre 

Jacques Frémeaux   lien Histoire, économie et société  lien   Année   2004   lien Volume   23   lien Numéro   23-2 

Résumé
Cette communication insiste sur un sujet trop rarement évoqué, qui est la participation des empires coloniaux, surtout français et britannique, aux deux guerres mondiales. L’apport des Dominions et des colonies en soldats et travailleurs a été important. Ces soldats ont connu des conditions de guerre analogues à celles des soldats européens. Aux souffrances subies par l’ensemble des combattants s’est ajouté un plus grand éloignement de leur pays et, pour les soldats dits «indigènes», une expérience qui a précipité l’entrée dans le monde moderne, et a contribué à encourager les nationalismes.

Abstract
This paper deals with the very important part played by the imperial armies, especiallly British and French, during the two World Wars. A great number of soldiers and workers came from the Dominions and Colonies. They had to endure similar conditions as those of their European comrades, plus, a harsher and longer severance from their mother countries. The discovery of the modern war accelerated the entry of the « native » men in the Modem World, and gave a boost to nationalisms.

Le présent programme ne fait aux Empires coloniaux qu’une place limitée. L’ambition de cette communication est de montrer que, loin de se borner à un canton périphérique de l’étude des conflits mondiaux, la participation des contingents d’outremer pourrait en constituer un vaste domaine. On voudrait suggérer ici tout ce que gagnerait une histoire des peuples en guerre à n’être pas privée d’une partie de ses réalités, trop souvent passées inaperçues lorsqu’elles ne concernent pas directement les métropoles.

1. Senghor, «Aux tirailleurs sénégalais morts pour la France», Hosties noires, 1948.
«On fleurit les tombes, on réchauffe le Soldat Inconnu, Vous mes frères obscurs, personne ne vous nomme» l

Échelle du phénomène
Les chiffres démontreraient à eux seuls qu’il ne s’agit pas d’un phénomène marginal. 
En 1914, la Grande-Bretagne et la France disposent des deux plus grands empires coloniaux du monde, vastes respectivement de trente-quatre millions et de dix millions de kilomètres carrés, peuplés de 400 millions et de 50 millions d’habitants.

Les armées impériales britanniques et françaises
• Les Britanniques

Dans les premiers mois de la guerre, les citoyens des quatre Dominions sont invités à concourir à la défense de la métropole. 
On recourt au même dispositif de mobilisation qu’en Grande-Bretagne: volontariat d’abord, puis conscription. 
Mais celle-ci ne s’applique sans difficultés qu’en Nouvelle-Zélande, où elle est votée au mois de mai 1917. 

Au Canada, la décision d’y recourir, en juin 1917, provoque des émeutes chez les Québécois. 

Les Australiens rejettent la conscription par référendum, sous la pression des habitants d’origine irlandaise, émus par la répression des «Pâques sanglantes» de 1916. 

En Afrique du Sud, la question n’est même pas discutée, étant donné les sympathies pro-allemandes de beaucoup d’Afrikaners. 

Au total, la contribution des Dominions atteint environ 1300000 hommes. 
L’Angleterre mobilise des effectifs équivalents aux Indes.
La participation africaine est notable.
La conscription a été imposée en 1915 en Afrique orientale et 1916 en Afrique occidentale. 

Le bilan est impressionnant, comme en témoigne le tableau 1.
Ainsi, l’empire a permis d’accroître d’environ un tiers le potentiel militaire britannique.

Les contingents impériaux au cœur de la guerre  les_co10
tableau 1

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tableau 2

En 1939, la déclaration de guerre des Dominions à l’Allemagne, reconnus comme États souverains et indépendants au sein du Commonwealth, suit immédiatement celle du Royaume-Uni. 
L’effort de mobilisation est globalement accru par rapport à celui de 1914-1918. 
Il faut dire que la menace japonaise a stimulé la mobilisation en Australie et Nouvelle-Zélande, mais aussi aux Indes. 

La contribution indienne est double de celle de la Grande Guerre, celle des colonies africaines sept à huit fois plus forte. 

Le nombre de mobilisés atteint cinq millions d’hommes, dont deux millions pour les seuls Dominions, soit 84 % de la mobilisation de la métropole. L’Empire britannique et le Commonwealth ont ainsi vécu comme l’avait prophétisé Churchill dans son discours du 18 juin 1940, leur «finest hour» (tab. 2).

• Les Français

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tableau 3

À ces chiffres (tab. 3), qui concernent les «indigènes » il faudrait ajouter celui des Français d’outre-mer, la majorité étant constituée de 73000 Français d’Algérie, auxquels on peut adjoindre peut-être 4000 Français des colonies, soit un total d’environ 80000 hommes.
On atteindrait ainsi environ 650000 hommes, et un total de pertes d’environ 100000 hommes

Il va de soi que, par rapport aux 7800000 mobilisés français, la proportion est faible (environ 8 %). 
Malgré tout, l’acharnement de Clemenceau en 1917 et 1918 à mobiliser les contingents coloniaux les plus nombreux possibles montre que ce nombre doit, dans son esprit, peser lourd dans la balance. 
On peut être pratiquement sûr que, en cas de prolongation du conflit, leur proportion aurait eu tendance à s’accroître. 

La mobilisation des «indigènes » s’est opérée selon des principes divers. En Algérie, en Tunisie et en AOF, les contingents fournis par engagements volontaires sont complétés par des conscrits recrutés par tirage au sort. 

Les besoins de guerre amènent à augmenter le nombre des appels. Dans le reste de l’Empire, on en reste au système d’un volontariat, souvent forcé par des pressions administratives.
Dans Г entre-deux guerres, le recours au réservoir humain des colonies paraît le seul moyen de remédier à l’insuffisance de la démographie. Des lois de 1919 étendent le système de la conscription à l’ensemble des territoires de l’Empire. 

En 1940, l’armée française met en ligne 640000 coloniaux et Nord-africains, dont 
176000 Algériens, 
80000 Tunisiens, 
80000 Marocains (360000 hommes), et 
180000 Sénégalais.

C’est à peu près 10 % de l’effectif de l’armée française. 
Ces troupes combattent courageusement, avant d’être entraînées dans la défaite commune.
Elles comptent de nombreux morts et prisonniers.
 


L’appel aux troupes coloniales ne cesse pas avec la défaite. Elles forment la majorité des contingents de l’armée coloniale de Vichy, mais aussi de ceux de la France libre. 

Après le débarquement allié en Afrique du Nord de novembre 1942, la participation des contingents d’outre-mer est déterminante lorsqu’il s’agit d’organiser en Afrique du Nord une armée française équipée de matériel américain. 
À l’été 1944, sur 633000 hommes de l’armée de terre, on compte environ 60 % de soldats «indigènes», dont certains appartenaient aux Forces françaises libres depuis 1940.

• Note additionnelle
Certes, pour être complet, ce travail devrait faire mention des troupes «coloniales» employées par l’armée russe, et recrutées notamment parmi les Musulmans du Caucase et de l’Asie centrale. Il n’est pas possible de le faire ici, faute de temps. On peut au moins citer pour mémoire les deux «divisions sauvages» recrutées dans le Caucase, qui participent à la tentative du général Lavr Kornilov contre le gouvernement provisoire de Kerenski, au mois de septembre 1917. Des unités de ce type figureront également dans l’Armée rouge en 1939-1945. Il faut noter aussi qu’on a recruté des troupes noires dans les colonies belges et portugaises, qui participent en particulier aux campagnes contre les colonies allemandes d’Afrique orientale.

Les mobilisations de travailleurs

II s’agit d’abord de travailleurs recrutés pour les besoins des armées.
Sur le front français, ce sont en majorité des Chinois (100000 pour l’armée britannique, 40000 pour l’armée française, 10000 pour le corps expéditionnaire américain).
L’Afrique du Sud fait appel à des travailleurs africains auxiliaires (environ 70000 dont 20000 en France au Labour Native Corps , qui participe à la construction des tranchées).
Les campagnes africaines sont également dévoreuses d’effectifs: 55000 à 60000 porteurs auraient été réquisitionnés en AEF pour le Cameroun, ce qui représenterait un homme adulte sur quatre.
Pour les campagnes en Afrique orientale, les Britanniques n’auraient pas recruté moins de 750000 hommes, jusqu’au Nigeria et en Gold Coast.
Un million d’autres «indigènes» sont employés pour l’entretien des lignes de communication des armées britanniques au Proche-Orient.
Les Russes tentent d’imiter leurs alliés, pas toujours avec succès: l’ordre donné en juin 1916 de mobiliser 500000 autochtones d’Asie centrale au sein de bataillons de travailleurs, entraîne des rébellions violentes, notamment chez les Kazakhs et les Kirghizes. Des colons sont massacrés.

On retrouve des cas analogues lors de la Deuxième Guerre mondiale.
À partir de 1942, 50000 «indigènes» de Papouasie et Nouvelle-Guinée sont employés par l’armée australienne comme porteurs, brancardiers, terrassiers, mais aussi éclaireurs. Des Auxiliary Groups sont recrutés en Afrique de l’Ouest et affectés aux brigades d’infanterie, pour participer aux transports.
Par ailleurs, des «coloniaux» sont recrutés pour le travail aux champs ou à l’usine.
En France, en 1918, pour un total de 350000 travailleurs étrangers présents, 200000 sont originaires des colonies françaises (78000 Algériens, 35000 Marocains, 28000 Tunisiens, 50000 Indochinois, surtout Vietnamiens, 6000 Malgaches).

Ce mouvement se prolonge après la guerre: 100000 travailleurs nord-africains, surtout algériens, sont employés en 1930. Dans les colonies, les autorités exigent un accroissement de la production des matières premières, obtenu le plus souvent par la réquisition de travailleurs. Lors de la Deuxième Guerre mondiale, le gouvernement du Tanganyika introduit ainsi la conscription pour augmenter la production des plantations de sisal et de caoutchouc; en Nigeria, on mobilise 100000 personnes, forcées à travailler dans des conditions scandaleuses pour tenter (sans beaucoup de succès) d’augmenter la production des mines d’étain du nord.

Le rôle dans la décision
• La Première Guerre mondiale

Pendant la Première Guerre mondiale, les troupes à recrutement impérial se battent sur tous les fronts. 
Leur participation est toujours importante, parfois décisive. 
Les forces des Dominions sont engagées en priorité sur le front français, comme par exemple les Canadiens à Vimy, au nord d’Arras, en avril 1917. 
Elles sont lourdement éprouvées à Passchendaele de juillet à novembre. 
Il en va de même des contingents coloniaux français, dont beaucoup se distinguent, en particulier les régiments de marche de zouaves-tirailleurs, à forte proportion de soldats algériens musulmans.
La 4e brigade marocaine, qui fait partie de la 38e division d’infanterie, associe pour la reprise du fort de Douaumont, au mois d’octobre 1916, trois bataillons à recrutement français du régiment d’infanterie coloniale du Maroc, deux compagnies du 43e bataillon de tirailleurs sénégalais et deux compagnies du bataillon somali.

Ces forces ont été aussi très largement employées pour tenter de lancer des offensives périphériques.
Les Néo-Zélandais et Australiens du général Birdwood, qui représentent le tiers des 129000 hommes débarqués, subissent à Gallipoli, d’avril à décembre 1915, des pertes voisines de 40000 hommes (8500 tués et 20000 blessés australiens). Les troupes indiennes, qui ont souffert du climat en France, en sont retirées en 1915, et affectées au front de Mésopotamie. L’armée du général Allenby, qui occupe Jérusalem, puis Damas, en 1918, compte deux divisions australiennes. Les campagnes africaines mériteraient aussi d’être évoquées. Par soldats noirs interposés, les militaires britanniques et français combattent les Allemands, au Togo (août 1914), au Sud-Ouest africain (août 1914-mai 1915), au Cameroun (août 1914-février 1916). En Afrique orientale, le lieutenant-colonel von Lettow-Vorbeck, tient tête aux troupes britanniques et sud-africaines, renforcées de troupes noires est-africaines et ouest-africaines, mais aussi fournies par les Portugais et les Belges de la Force publique du Congo.


• La Seconde Guerre mondiale
Comme dans le conflit précédent, ces contingents combattent sur tous les fronts.
Les troupes des colonies africaines de la Grande-Bretagne participent à la conquête de la Somalie italienne, puis à la campagne d’Ethiopie en 1941.
Des Australiens, des Néo-Zélandais et des Sud-Africains se battent dans le désert contre les troupes de Rommel.
Une division australienne est faite prisonnière à Singapour.
Des Indiens sont envoyés en Italie au sein de la VIIIe armée du général Alexander.
700000 participent à la campagne de Birmanie.
Les Canadiens constituent une partie importante des forces qui débarquent en Normandie en juin 1944.
Les campagnes du Pacifique engagent des Australiens, des Néo-Zélandais, mais aussi des détachements recrutés en Papouasie et en Nouvelle-Guinée, qui forment le Pacific Islands Regiment .
On note qu’une grande partie de ces troupes doivent défendre les possessions d’outre-mer, en particulier contre le Japon en Asie et dans le Pacifique. L’appoint impérial est donc moins net que lors de la Première Guerre mondiale.

Pour être peu nombreuses, les troupes coloniales françaises n’en ont pas moins un rôle peut-être plus important que lors du conflit précédent. 
Certaines d’entre elles contribuent aux campagnes de Leclerc au Tchad, puis au Fezzan, contre les troupes de Mussolini.
L’Armée d’Afrique s’illustre en 1943 dans la campagne de Tunisie contre les Germano-Italiens, puis en Italie où elle apporte une contribution décisive à la percée du front allemand sur le Garigliano et à l’entrée des Alliés à Rome (juin 1944). 

Tandis que la 2e DB de Leclerc libère Paris, la Première Armée commandée par de Lattre débarque en Provence. Ces unités participent ensuite, au printemps 1945, à la campagne d’Allemagne. Le dévouement des troupes d’outre-mer, souvent trop oublié, a puissamment contribué à la restauration du rôle international de la France. Seule la possession de l’Empire a permis la renaissance d’une armée qui, par sa participation à la «croisade en Europe», a contribué à faire admettre la métropole dans le concert des vainqueurs.

Problématique
II paraît important de montrer que ce thème des troupes d’outre-mer n’est qu’en apparence «exotique»: les problématiques de l’historiographie récente de la guerre peuvent très bien s’appliquer à ce champ de recherche, même si les réponses ne sont pas toujours identiques. Il s’agit d’hommes, de femmes et d’enfants forcés de subir des conflits, en fonction de leur situation particulière.
Il est un élément si évident qu’on ne pense pas forcément à en tenir compte: la première caractéristique des empires coloniaux est d’être des empires d’outre-mer, dont les diverses possessions sont séparées des métropoles par des centaines ou des milliers de kilomètres d’espaces océaniques.

En 1914, par exemple, si la France n’est qu’à un ou deux jours de mer de l’Afrique du Nord, ou à une dizaine de jours de Dakar, l’ordre de grandeur est d’environ trois semaines pour l’Inde, et six semaines pour la Nouvelle-Calédonie.
L’avion n’est employé que très rarement jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. Même ensuite, il n’est guère utilisé pour les transports de troupes.

Les entrées en guerre

Les conditions des entrées en guerre de 1914 ne sont pas fondamentalement différentes de celles qu’on observe dans les métropoles. 
Le comportement des habitants d’origine européenne se situe, comme en Europe, entre enthousiasme et résignation. 
Les masses indigènes mesurent mal la portée de l’affaire, que les autorités s’efforcent de minimiser, pour éviter les tentations de révolte. 
Les notables sont incités à manifester leur loyalisme. 
Pour la plupart des élites autochtones de formation occidentale, comme pour Gandhi, qui incite ses compatriotes à s’engager, combattre pour les empires signifie aspirer à se transformer de sujets en partenaires.

Lors de la Deuxième Guerre mondiale, le scénario est à peu près le même. 
Dès le 3 septembre, le jour de la déclaration de guerre de la Grande-Bretagne à l’Allemagne, les premiers ministres d’Australie et de Nouvelle-Zélande ont proclamé l’engagement de leur pays aux côtés de celle-là («où elle va, nous allons; où elle se tient, nous nous tenons»).
Au Canada, le Parlement accepte sans vote l’engagement dans la guerre.
Au même moment en Afrique du Sud, la motion de neutralité présentée par le Premier ministre Hertzog est mise en minorité face à la motion de déclaration de guerre soutenue par le maréchal Smuts, symbole, depuis le conflit précédent, du dévouement à la cause impériale, devenue celle du Commonwealth .
Au Maroc, dans une lettre lue dans les mosquées, le sultan Mohammed Ben Youssef, futur roi Mohammed V, souligne que «nous devons à la France un concours sans réserve, ne lui marchander aucune de nos ressources et ne reculer devant aucun sacrifice. Nous étions liés à elle dans les temps de tranquillité et d’opulence, et il est juste que nous soyons à ses côtés dans l’épreuve qu’elle traverse et dont elle sortira, nous en sommes convaincus, glorieuse et grande».

Bien des grincements, il est vrai, se produisent, émanant des représentants des partis nationalistes.
En Inde, les représentants du Parti du Congrès se déclarent scandalisés par le fait que, alors que les Dominions ont décidé en toute souveraineté de leur entrée en guerre, par des votes de leurs parlements », le vice-roi a proclamé l’état de belligérance de l’Inde de façon automatique à la suite du gouvernement de Londres, sans consultation des élus.
Le Parti du Congrès se déclare pourtant prêt à soutenir la cause britannique par solidarité antifasciste, mais uniquement en échange de promesses précises quant à l’octroi d’une indépendance rapide, assorties de précisions quant aux buts de guerre alliés. Dans les territoires français, les arrestations de militants ou les dissolutions de partis nationalistes se multiplient. L’effort de mobilisation humaine et économique n’en est pourtant guère entravé.

La violence de guerre
• Le mythe de la «barbarie des troupes coloniales»

Les guerres coloniales antérieures à 1914 ont été souvent empreintes d’une très grande violence. 
La poignée d’officiers européens commandant des volontaires autochtones ont dû souvent s’assurer de leur fidélité en les récompensant par des parts de butin; ils ne se sont pas toujours souciés de protéger les non-combattants des pillages et des massacres. 
Certains, comme Mangin, auteur de La Force noire , ont jugé que l’assaut brutal et sans pitié était dans la nature même des combattants africains, et ont voulu en faire des troupes de choc. Ils sont déçus: les soldats indigènes ne sont pas plus adaptés a priori à la guerre moderne que leurs homologues européens. 
Les premiers combats se traduisent par de nombreuses défaillances dans leurs rangs. 
S’ils se battent généralement bien par la suite, c’est au sein d’unités organisées selon le modèle le plus conventionnel. 
L’image du Noir armé de son terrible coupe-coupe ne persiste pas moins. 
La propagande germanique pense tenir, avec la présence des troupes noires sur le front occidental, un excellent argument pour contrer les campagnes des Alliés contre la «barbarie» dont ferait preuve l’armée allemande. 
Elle les accuse de décapiter les blessés pour se fabriquer des trophées avec leurs crânes, ou de se parer de colliers d’oreilles coupées. Elle les accuse aussi de brutaliser les prisonniers.

Ces comportements annoncent et préparent les campagnes nationalistes qui se développent après la guerre sur le thème de la «schwarze Schande » (honte noire), entendons l’emploi de troupes noires lors de l’occupation française en Rhénanie, et les abus prétendument commis par elles. 
Ce sera un des thèmes notables de la propagande nazie contre une France accusée par Rosenberg d’être «la première responsable de la souillure de l’Europe par les Nègres ». 
À titre de «vengeance », plusieurs centaines de tirailleurs du 25e RTS seront massacrés au nord de Lyon au mois de juin 1940.
Les chefs des unités de la SS ou de la Wehrmacht responsables de ces crimes de guerre n’ont voulu voir, dans la résistance héroïque des combattants noirs, autre chose que «barbarie» et «bestialité ».

En fait, rien ne vient véritablement attester l’idée d’exactions particulièrement attri- buables à des unités coloniales. On peut tout au plus citer, pendant la Deuxième Guerre mondiale, le comportement des goums marocains qui forment les unités de choc de l’armée française en Italie, accusés, non sans raison, de viol et de pillage à l’égard de civils italiens. Ce lamentable épisode, concernant quelques milliers d’hommes, et limité à quelques mois, pâlit cependant devant les horreurs du front de l’Est.

• Troupes noires et blanches
II n’est guère question de brasser indifféremment les contingents de toutes origines au sein des unités.
Les langues et les coutumes (interdits alimentaires, par exemple), mais aussi les conditions juridiques (les indigènes des colonies n’étant pas des citoyens) s’y opposent. 
Le plus souvent, on constitue des régiments ou bataillons à peu près homogènes, issus du même pays, composés respectivement de troupes blanches et de troupes de couleur. 
Dans celles-ci, ne sont en général européens que les officiers et une partie des sous-officiers. 
En Afrique du Nord, par exemple, les Européens servent aux zouaves et les musulmans aux tirailleurs et aux spahis. 
Le mélange est plus grand dans l’artillerie ou les services.

Au combat, en revanche, la juxtaposition est de règle. Dès les premières opérations de l’été 1914, des régiments mixtes juxtaposent deux bataillons de tirailleurs sénégalais avec un bataillon d’infanterie coloniale blanche. 
Par la suite, les bataillons de tirailleurs reçoivent dans leurs rangs des compagnies européennes, dans la proportion du quart de leur effectif total. 
Aucune règle ne s’impose. 
Des compagnies de tirailleurs indochinois sont réparties dans des régiments d’infanterie métropolitains. Ainsi organisées, les troupes coloniales s’illustrent dans nombre de batailles entre 1916 et 1918. 
On a vu plus haut la composition de la 4e brigade marocaine lors de la reprise du fort de Douaumont en octobre 1916.
Ces principes sont encore en vigueur lors de la Deuxième Guerre mondiale. 
Sur neuf divisions dites «coloniales» entrées en ligne, six associent deux régiments de tirailleurs sénégalais à un régiment d’infanterie coloniale européen. Trois autres sont au départ entièrement blanches, mais deux d’entre elles accueillent par la suite dans leurs rangs des Africains et des Malgaches. Dans chacune, en effet, deux régiments d’infanterie coloniale sont transformés en régiments d’infanterie mixte sénégalais, tandis que les deux régiments d’artillerie coloniale deviennent des régiments d’artillerie coloniale mixte malgaches. Une seule est à trois régiments européens. L’idée, suggérée plusieurs fois, de donner plus d’homogénéité aux régiments en créant des bataillons mixtes n’est pas retenue. Le corps d’armée dit «colonial», affecté à la IIIe armée, n’est pas exclusivement, ni même majoritairement composé de troupes de cette origine. En fait, les divisions coloniales sont éparpillées entre les différentes armées, deux d’entre elles étant affectées à l’armée des Alpes.
Le «panachage» est toujours pratiqué après 1943. Dans la lre Armée qui débarque en Provence en août 1944, le pourcentage des «indigènes» dans les grandes unités varie entre 27 % (lre DB) et 56 % (2e DIM). Les Maghrébins servent non seulement dans les régiments d’infanterie (à raison d’environ 70 % de l’effectif total) et de cavalerie, mais dans toutes les armes. Ils sont ainsi environ 30 % dans l’artillerie et 40 % dans le Génie. Ils sont aussi présents dans les services et soutiens, ainsi que dans les formations sanitaires.

Le caractère exemplaire du coudoiement entre soldats d’origines différentes a souvent été célébré par les chefs des armées. Le maréchal Juin évoque «le souvenir de l’héroïsme le plus pur et de la fraternité qui régna [entre européens et musulmans] dans les rangs de l’Armée d’Afrique, tant il est vrai que c’est dans son sein et au creuset des batailles que les deux races se sont toujours le mieux fondues, le mieux comprises, et le mieux aimées». On pourrait rapprocher ce texte de celui du maréchal britannique Lord Wavell qui évoque l’armée des Indes, «dans laquelle toutes les croyances et toutes les races de l’Inde servaient ensemble aux côtés des Britanniques, dans la confiance mutuelle et la concorde». 
Ces déclarations, sans doute excessives, n’évoquent pas moins certaines vérités.

Les combattants
• La spécificité

On a souvent à tort développé l’idée selon laquelle les contingents d’outre-mer auraient constitué la «chair à canon» destinée à épargner le sang métropolitain.
En fait, si les pertes des combattants indigènes ont été lourdes, elles sont dues au fait qu’ils ont servi avant tout dans les unités d’infanterie, les plus éprouvées.
Mais elles ne dépassent pas celles des unités européennes comparables. 

Ils vivent pareillement, de ce point de vue, l’épreuve de la peur de la blessure et de la mort. Certains aussi connaissent la captivité. 
Les nombres sont particulièrement élevés lors de la Deuxième Guerre mondiale.
En juin 1940, les Allemands ont capturé 60000 Nord- Africains, et peut-être 15000 tirailleurs sénégalais.
On évalue à près de 70000 les Indiens faits prisonniers par les Japonais à Singapour et en Birmanie.

Une première spécificité réside dans le climat. 
Les combattants venus de pays tempérés, comme l’Afrique du Nord, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande, voire froids, comme le Canada, s’adaptent sans trop de difficultés aux hivers français. 
En revanche, les «coloniaux» issus des pays situés dans les zones tropicales et intertropicales et obligées de passer l’hiver en Europe, souffrent beaucoup. 
Le froid paralyse notamment les tirailleurs sénégalais, et oblige le commandement à leur faire passer la mauvaise saison dans des camps du midi de la France. 
Á l’automne de 1944, les responsables se fondent sur la même argumentation pour procéder au «blanchiment» des unités de la lre Armée où les Noirs sont nombreux.

Une autre réalité rarement développée est celle de la rareté ou de l’inexistence des permissions permettant au soldat de rejoindre momentanément les siens.
La priorité donnée aux transports de matériels et de renforts l’explique, aussi bien que le fait qu’au séjour doit s’ajouter un très long trajet.
On avait calculé, par exemple, qu’un séjour de 30 jours au Canada signifiait l’absence de l’homme pendant trois mois à son unité. Il est possible aussi que le commandement ait craint davantage les désertions, dans la mesure où les pays d’outre-mer, vastes et sous-administrés, offraient de ce point de vue beaucoup plus de facilités que les métropoles.

Certains contingents se voient demander des sacrifices qu’ils jugent excessifs. 
Dans la lre Armée, contrainte à affronter la résistance acharnée des troupes allemandes sur les Vosges, puis dans la plaine d’Alsace, les pertes en morts, blessés, malades et disparus varient, selon les unités, entre 30 % et 109 % à la fin de 1944. 
Il ne faut pas oublier en effet que certaines d’entre elles sont passées directement des champs de bataille d’Italie à ceux de Provence, du Rhône et de l’Est de la France. 
Pourtant, les mutineries ou agitations sont rares. 
Selon un schéma assez classique, les hommes cherchent plutôt à se dérober au service militaire ou à déserter avant leur départ qu’à se révolter une fois dans l’armée.

• Pourquoi ont-ils tenu?
Dans son Étude sur le combat (1868) justement admirée par Jean-Norton Cru, le colonel Ardant du Picq énumère les techniques éprouvées depuis l’Antiquité, pour maintenir la cohésion d’un contingent au combat: un commandement solide et compétent; de bonnes armes; des passions, on dirait aujourd’hui des motivations; des formations adaptées, qui facilitent la cohésion et évitent la dislocation; une discipline rigoureuse. 
Il donne une très grande place à la «cohésion», à la «solidarité», et souligne le caractère primordial de la confiance que chaque soldat doit ressentir envers ses camarades, «sa crainte qu’ils lui puissent reprocher, faire expier de les avoir abandonnés dans le danger, son émulation d’aller où vont les autres, sans plus trembler qu’un autre, son esprit de corps en un mot» .

Tous ces éléments sont certainement intervenus pour expliquer la solidité des troupes impériales, et en particulier des troupes indigènes.
Les cadres, en général de métier, ont pour la plupart une bonne expérience du commandement de ces troupes spéciales, et en parlent la langue.
Leurs soldats sont fiers de servir dans une armée moderne, aux côtés de soldats européens, de s’initier au maniement des armes automatiques, ou à la conduite automobile. 
Ils sont mus, sinon par le patriotisme, du moins par une loyauté de type féodal envers le roi d’Angleterre ou la France (vue comme une personne).
La discipline est rigide, et n’exclut pas toujours les punitions corporelles. 
La désertion, loin du pays, est difficile. 
Les régiments cultivent un fort esprit de corps. 
Des efforts sont faits pour respecter les traditions, notamment les interdits alimentaires des soldats musulmans, et maintenir les liens avec les pays d’origine, par courriers et mandats. Des journaux spéciaux sont édités. 
Tout cela compense largement l’attachement moindre à la Patrie, dont il conviendrait d’ailleurs de relativiser l’effet sur les hommes du front.

Les contingents impériaux au cœur de la guerre 
Jacques Frémeaux Histoire, économie et société Année 2004 Volume 23 Numéro 23-2
source http://www.persee.fr

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La Tunisie au gré des conflits

27 janvier 2013

La Campagne des 18 jours

Classé sous — milguerres @ 13 h 47 min

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

La Campagne des 18 jours

http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gifLa Bataille de la Lys

La Campagne des 18 jours 851120

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Georges Romain : télégraphiste au 13ème régiment de ligne raconte …

Au matin du 10 mai 1940, les troupes allemandes du führer Adolf Hitler envahissent la Belgique. Toute résistance est balayée du canal Albert à la Meuse, forçant l’armée belge à se replier derrière l’Escaut puis la Lys. Du 23 au 28 mai les Belges se battront avec acharnement, ne concédant que quelques kilomètres de terrain jusqu’à la capitulation décidée par le roi Léopold III.

à voir dans : http://www.tvcom.be/index.php/emissions/temoins-de-guerre/4806

851120

 

 

Un soldat wallon à la bataille de la Lys (23/27 mai 1940)
José Fontaine
Toudi mensuel n°69, octobre-décembre 2005

http://www.larevuetoudi.org/fr/story/un-soldat-wallon-%C3%A0-la-bataille-de-la-lys-2327-mai-1940De Waalse regimenten die hier aan de Leie dapper vochten spreken dan ook vaak en terecht over.
La Lys sanglante (http://users.pandora.be/Historia_Belgica/leieslag.htm)

Les sources flamandes sur la bataille de la Lys, comme celle que nous mettons en exergue soulignent le plus souvent la vaillance des régiments wallons sur la Lys, tout en insistant et ajoutant (ce qui indique bien la réalité des choses), le fait que plusieurs régiments flamands se battirent, eux aussi, courageusement. On sait que sur la totalité de la campagne des dix-huit jours Hervé Hasquin a montré que plus de la moitié des 6000 soldats qui périrent, étaient des soldats wallons alors que la Wallonie ne formait en 1940 qu’un tiers de la population belge1 Francis Balace estime que ce décompte a quelque chose de morbide2. Il ne devrait cependant pas ignorer que le nombre de morts d’un régiment, pour les techniciens de l’histoire militaire, c’est tout simplement un indice de la volonté de combattre de l’unité considérée. Le soldat de Jemappes auquel il est fait allusion dans ce titre, est mon père, Ferdinand Fontaine (1916-1966), dont je tente de resituer l’itinéraire durant la campagne des dix-huit jours. Si sa figure est présente dans les lignes qui suivent, son personnage n’est étudié que marginalement : on y essaye de situer sa place dans un contexte général qui retient principalement l’attention. Contexte qui a été étudié aussi pour comprendre une personne dont j’ignorais bien des «détails» de son insertion dans la grande histoire de la Wallonie et de l’Europe. En particulier le régime qu’il a subi du fait de sa capture le 26 mai 1940 à la bataille de la Lys qu’on est tenté de nommer une bataille wallonne, ce que la phrase néerlandaise en exergue peut suggérer: «Les régiments wallons qui ici, à la Lys, combattirent avec vaillance» (et le reste de la citation est: «parlent souvent et à juste titre de la Lys sanglante.», les derniers mots en français dans le texte).

Les troupes sur le front de la Lys

Le Professeur Henri Bernard estime que l’Etat-major belge aurait dû choisir, le 21 mai, un autre site que celui de la Lys pour mener la batailLe d’arrêt qu’il était dans son intention de mener face à l’avance des troupes allemandes3. Nous y reviendrons. On pourrait dire que dès la prise d’Eben-Emael le 11mai 1940, le premier dispositif belge de défense est bousculé gravement et qu’il y a lieu de se retirer sur la ligne K-W (approximativement d’Anvers à Wavre), ligne qui se prolonge jusqu’à la position fortifiée de Namur, des troupes françaises étant planifiées pour boucher les trous entre Wavre et Namur. Ce dispositif comme le montre F. Balace (op.cit.), abandonne d’emblée une grande partie du territoire wallon à l’ennemi puisque l’armée belge est retirée derrière la Meuse dès le 10 mai. La chute d’Eben-Emael oblige à un nouveau recul par rapport au premier retrait effectué dès le déclenchement des hostilités

Les troupes de la Position fortifiée de Liège se replient effectivement vers la Position Fortifiée de Namur qu’occupe Ferdinand Fontaine le 10 mai (Floriffoux puis Marchovelette). Les autres troupes cantonnées derrière le Canal Albert font retraite vers Gand et l’Escaut. Du 10 au 15 mai, la Position Fortifiée de Namur attend l’ennemi. De durs combats ont lieu à Temploux engageant une première fois les Chasseurs ardennais qui déplorent de nombreux morts dès le 12 mai.

Mais la Position Fortifiée de Namur est rapidement obligée, dès le 15 mai, de faire également retraite vers l’Escaut parce que l’armée française n’a pu empêcher le franchissement de la Meuse quelques kilomètres plus au sud à Houx (Leffe, Bouvignes, Dinant) et en France à Sedan4. Seules les garnisons des forts comme à Liège resteront sur place, capables de gêner les mouvements des troupes allemandes au loin et livrant un combat héroïque, parfois même au-delà de la capitulation.

Ferdinand Fontaine quitte Marchovelette (près de Namur), le 15 au soir en camion. Il gagne Mons le 16 où il peut encore embrasser ses parents (à Jemappes), mais la famille de ma mère, alors sa fiancée (résidant à Nimy à l’autre bout de Mons), a déjà pris la route de l’exode5. Le 17, il est à Deinze, le 18 à Vinkt, le 19, il rejoint la 4e Compagnie du 13e de Ligne à Sint-Eloïs-Vijve (le village voisin de Wielsbeke, mais sur l’autre rive de la Lys où parviendront les Allemands). Il y demeure jusqu’au 21. Le 22, dès Midi, il s’installe à Wielsbeke sur la gauche de la Lys ou sa rive ouest (les Allemands attaquent par l’est ou la rive droite). Ferdinand Fontaine, vu la réorganisation du Régiment, est affecté à la 1ère Compagnie du Ier Bataillon du 13e de Ligne sous les ordres d’un homonyme sans lien de parenté, le lieutenant Fontaine. Cette compagnie de 150 hommes se divise en trois pelotons, le premier occupant en partie le très grand parc de Wielsbeke et la route qui mène à Sint-Baafs-Vijve, tout au long de la Lys sous les ordres de l’adjudant Lambert où se trouve F. Fontaine, le second un peu en retrait sous les ordres du sous-lieutenant Majoie, le troisième retranché dans Sint-Baafs-Vijve proprement dit, sur la Lys également, sous les ordres du sous-lieutenant d’Aspremont-Lynden6. Les bombardements commencent le 23 et se poursuivent le 24, le 25, avec surtout un bombardement intensif le matin du 26 mai.7

La défaite de la France se dessine

Sur le front général, les divisions blindées allemandes dès le franchissement de la Meuse le 13 et le 14 se ruent sur Abbeville qu’elles atteindront le 21 mai, coupant ainsi les armées alliées en deux. Le sentiment existe dans les rangs du commandement français, dès le 13 ou le 14, que la bataille de France est perdue8. Le 16, Gamelin déclarera qu’il ne peut plus assurer la sécurité de Paris. C’est le 15 mai que la 8e Division (13e de Ligne, 19e de Ligne et 21e de Ligne), fait retraite vers l’Escaut dans des conditions relativement difficiles, non en camion comme Ferdinand Fontaine (qui accompagne des unités de défense des forteresses), mais à pied (en passant par Charleroi, Soignies…)9. Elle finira par s’installer derrière la Lys le 22 mai. Cette Division est une Division wallonne comme celle qui est à sa droite, la 3e Division (1er Régiment de Ligne, 12e Régiment de Ligne, et 25e Régiment de Ligne). Comme celle qui est à sa gauche également, soit la 2e Division de chasseurs ardennais (4e, 6e et 5e chasseurs ardennais)10. À la gauche de la 2e Division ardennaise se situe la 4e Division, une Division flamande qui se rendra quasiment sans combattre le 25 mai, sous «l’impulsion» du 15e Régiment de Ligne. Plus loin encore vers Deinze, Nevele, Landegem, la 1ère Division de Chasseurs ardennais prendra en quelque sorte le relais de cette division flamande et livrera un violent combat à Vinkt, resté célèbre11.

[Notons qu'un Régiment de Ligne compte 4.000 hommes, une Division 3 Régiments plus un Régiment d'artillerie et un Bataillon du génie.]
Juste en aval de Coutrai, et en amont

En aval de Coutrai la 1ère Division (flamande) est submergée par l’attaque allemande le 23 mai, en combattant courageusement. La 3e Division (wallonne) résiste aussi très courageusement, mais doit se retirer le 24 tard le soir (un monument à Kuurne, non loin de Coutrai honore cette unité, et en particulier le 12e de Ligne, toujours célébré localement chaque année). Elle est relevée par la 10e Division composée de soldats recrutés en Hainaut et commandés par le général Pire. Pire tiendra la ligne Ledegem-Isegem (un peu en retrait de la Lys) énergiquement12. Elle est relevée aussi par la 9e Division et aussi par une autre unité (wallonne aussi, sauf erreur de notre part), le 2e Corps de Cavalerie, enfin par la 15e Division. La 9e Division et la 10e Division se tiennent à partir du 25 mai sur la rive droite du canal de Roulers à la Lys (qui rejoint la Lys un peu en-dessous de Wielsbeke). De l’autre côté du canal se tient le 13e de Ligne bombardé dès le 23 mai. Une attaque lancée par les Allemands contre ce régiment échoue le 25 mai13. Le lendemain, les Divisions allemandes attaquent en force le 13e de Ligne. Le centre du Régiment avec les pelotons commandés par les sous-lieutenants Ruhwedel , Laperches et Maquestiau est attaqué par le IIe Bataillon du 475e Régiment d’infanterie allemande14. Les combats sont d’une rare violence dans le centre de Wielsbeke, mais, vers 11h15, ces pelotons du Régiment wallon sont submergés (les Allemands sont huit fois plus nombreux). Il y aura près de soixante morts dans le 13e de Ligne le 26 mai (dont une quarantaine à l’endroit où se battent les trois pelotons nommés). Le IIe Bataillon poursuit sa route vers le centre de Wielsbeke, suivi par le IIIe puis, en un mouvement tournant, revient vers la Lys où combat encore la 1ère Cie du 13e Régiment avec les trois pelotons commandés respectivement par l’adjudant Lambert, le sous-lieutement Majoie et le sous-lieutenant d’Aspremont Lynden15. Le peloton Lambert commandé aussi par le CSLR (Candidat Sous-Lieutenant de réserve), Ferdinand Fontaine est pris à revers, ses rangs sont disloqués et la compagnie est en partie capturée16. Le CSLR F. Fontaine se rend «avec tous ses hommes»17, mais une autre partie du peloton parvient à s’échapper pour se retrancher avec les débris du régiment derrière la rivière Mandel, un peu en retrait de la Lys18. Le peloton d’Aspremont Lynden ne recevra jamais l’ordre de retraite et reste dans St Baafs-Vijve, la localité en aval de Wielsbeke où il sera vraisemblablement fait prisonnier. Plus loin sur la Lys en allant vers Gand (notamment à Oeselgem), plusieurs éléments du 19e de Ligne sont également faits prisonniers. Au soir du 26 mai une contre-attaque du major Leclercq avec des éléments du 21e Régiment de Ligne notamment, repousse les Allemands sur la rive droite du Canal de Roulers-Coutrai19. Mais ces troupes (de la 8e Division) sont arrivées à la limite de leurs possibilités de résistance, et leurs rangs sont fort clairsemés (nombreux morts, blessés ou prisonniers).

Les chasseurs ardennais et les chasseurs à pied

La résistance des chasseurs ardennais sur la Lys au-delà des positions du 19e de Ligne est aussi forte, le 396e Régiment d’infanterie allemande est repoussé par le 4e Régiment de Chasseurs ardennais. Le 27 mai, tandis que le 4e Régiment de Carabiniers, le 1er Régiment de Chasseurs à Cheval prouvent leur courage sur le Canal de la Dérivation à Knesselaere, les 1er et le 3e Régiments de chasseurs ardennais re­poussent 3 Régiments allemands et contre-attaquent à plusieurs reprises à Vinkt. Il y a près de 200 morts dans les rangs allemands et, malheureusement, les troupes allemandes, en proie à la psychose du franc-tireur, fusillent une centaine d’habitants de ce petit village flamand.

Faisant parler le commandant Hautecler, Philippe Destatte20 souligne que de Nevele à Arsele, le front est tenu uniquement tenu par des unités wallonnes. En fait c’est de Nevele à Menin que la Lys a été tenue majoritairement par des régiments wallons, du 23 au 27 mai, sur une soixantaine de km, en remontant la Lys de Menin à Nevele : les 1er, 12e et 25e de Ligne (3e Division) [Courtrai/Wielsbeke], les 13e, 19e et 21e de Ligne (8e Division) [Wielsbeke-Zulte], les 1ers, 2e et 3e Chasseurs ardennais (1ère Division de Chasseurs ardennais) [Zulte-Deinze] les 4, 5e et 6e Régiments de Chasseurs ardennais (2e Division de chasseurs ardennais) [un peu en retrait de la Lys de Nevele à Aarsele], les 3e, 5e et 6e Chasseurs à pied (10e Division) [puis en retrait après l'effondrement de la 1ère et de la 3e Division, de Ledegem à Isegem], les régiments wallons du 2e Corps de Cavalerie et du 1er Corps de Cavalerie (aussi en aval de Courtrai). Cette vingtaine de Régiments wallons étirés sur 50 kilomètres, firent face, tour à tour, mais toujours inférieurs en nombre, à l’assaut de 7 divisions allemandes21 se dirigeant principalement sur la Lys proprement dite entre Nevele (un peu au sud de Gand) et Menin (où commence le front anglais).

Une mise en cause de la conduite belge des opérations

Quand on lit le récit des combats (notamment des récits dactylographiés, des notes brèves prises sur le vif, par exemple celles de F.Fontaine), on éprouve très fort le sentiment que ces soldats ne se battaient pas « pour l’honneur » (comme le dit Francis Balace), mais pour gagner. Ces soldats n’ont rien non plus de militaristes, les textes pacifiques et pacifistes du merveilleux Francis Walder se retrouvent en beaucoup de ces témoignages (F. Walder était lui-même un officier supérieur, il obtint le prix Goncourt pour son roman Saint-Germain ou la négociation qui est un plaidoyer pacifiste). Mais ces gens ne pouvaient supporter l’invasion allemande. Il y a toute une réflexion du Professeur Henri Bernard sur la conduite de la guerre en 1940. Le Professeur Henri Bernard, qui fit la campagne des dix-huit jours, qui entra dans la Résistance, qui est un monarchiste convaincu, regrette cependant la manière dont la politique de neutralité a été appliquée jusque sur le terrain des opérations militaires. Pour ce Professeur à l’Ecole Royale Militaire, la bataille d’arrêt décidée sur la Lys n’était pas une bonne décision22, et elle était dictée par la politique de neutralité adoptée par la Belgique sous la pression du roi et de la Flandre en 1936. Elle n’était pas une bonne décision car la Lys n’est pas une coupure suffisante. Cette rivière n’est pas très large (vingt mètre, trente tout au plus), ses berges ne la surplombent pas, il arrive qu’elle soit bordée d’habitations dans lesquelles l’assaillant peut se mettre à couvert avant de passer sur la rive gauche. Pour Henri Bernard, la raison d’être du choix de la Lys plutôt que l’Yser avec ses inondations, son front moins étendu, comme en 1914, c’est la volonté de ne pas se lier trop aux alliés. (voir également la note 21)

Il tente d’ailleurs d’excuser Léopold III en soutenant que celui-ci, obsédé par l’exemple de son père, n’a jamais voulu que l’armée belge puisse combattre autre part que sur le sol belge en raison du principe de la neutralité. Alors que la France en 1914-1918 – le territoire français – a servi de mille manières aux opérations de l’armée belge, et qu’Albert Ier envisageait favorablement de s’y replier23. Il estime même que, étroitement liée aux Alliés, l’armée belge aurait pu combattre plus longtemps et rembarquer, au moins en partie, avec les Anglais. Il évalue à 100.000 hommes l’armée belge que l’on aurait pu former en Angleterre.

Patriote belge, il a aussi le courage de considérer que la bataille de la Lys n’a pas joué un rôle immense dans le rembarquement à Dunkerque24. L’armée belge aurait pu en jouer un bien plus utile en se retirant sur l’Yser en coordination avec les Français et les Anglais, ce qui fut à un moment envisagé et même accepté. (voir note 21) Il combat l’idée qu’Hitler aurait permis la retraite par Dunkerque pour «ménager l’Angleterre» en vue d’une éventuelle paix séparée. Sur terre, les Français et les Anglais résistèrent encore une semaine après la capitulation belge. Dans les airs et sur mer, sur la Manche, l’Angleterre n’était pas du tout dans la même situation que sur le Canal Albert ou sur la Meuse à Sedan25. Simplement parce que l’aviation anglaise était bien plus proche de ses bases que l’aviation allemande. Le rembarquement de Dunkerque démontre bien des défauts dans l’armée allemande de 1940 dont Bernard dit même qu’elle n’était pas si bien préparée, qu’elle n’avait pas de plans affinés pour l’Ouest etc. Homme d’honneur attaché à Léopold III, le Professeur Henri Bernard estime aussi que, réellement, la capitulation de l’armée belge a mis les Alliés devant le fait accompli et a été décidée aussi parce que l’on ne désirait plus agir en coordination avec les armées française et anglaises qui se sont battues encore six jours après la capitulation belge. L’argument souvent utilisé selon lequel le réduit national (derrière la Lys ou derrière l’Yser), était à ce point encombré de réfugiés qu’il devenait impossible d’y manœuvrer lui semble spécieux. En effet, plusieurs divisions belges ont traversé ce territoire (après le 24 ou le 25 mai), et ont pu rapidement gagner le front sur la Lys de même d’ailleurs qu’une division française, c’est-à-dire, au total, des dizaines de milliers d’hommes.
Une réflexion historique

La réflexion d’Henri Bernard va plus loin. Il estime qu’il y avait dans les démocraties une faiblesse profonde de la volonté de résistance à Hitler. Il se fonde d’ailleurs pour l’appuyer sur certaines remarques de Walthère Dewez avant le déclenchement du conflit, ce grand résistant chrétien finalement tué par les nazis à la fin de l’Occupation, qui n’admettait pas que les démocraties et en particulier celle de son pays traitent avec un régime niant l’humain. Il cite aussi Bonhoeffer comparant Hitler avec le monstre de l’Apocalyspe, et cela dès 193926. Henri Bernard met en cause aussi la littérature patriotique belge qui soutient que la défaite de l’armée belge a été occasionnée par l’impuissance française à endiguer le passage de la Meuse par les divisions blindées allemandes les 13 (Houx, près de Dinant) et 14 mai (Sedan). En effet, la première victoire allemande le 10 mai 1940, c’est la prise du Fort d’Eben-Emael, prise qui aurait pu être évitée selon Henri Bernard qui témoigne d’une remarque qui lui fut adressée par un officier suisse en 1939, faisant remarquer que la superstructure du Fort était une très belle piste d’atterrissage pour planeurs, ce qui se produisit et explique le chute du fort. Cette observation fut transmise en haut-lieu où elle fut dédaignée.

Il signale aussi, cette fois en pensant au passage de la Meuse par les blindés allemands, à Houx (Dinant) et Sedan, qu’une poignée de chasseurs ardennais parvinrent à arrêter les divisions blindées allemandes de manière étonnante : pendant six heures à Bodange, devant la Sûre (à la frontière luxembourgeoise à la hauteur de Saint-Hubert), les 60 (soixante) hommes du commandant Bricart; pendant trois heures à Chabrehez, plus au nord, entre Vielsalm et l’Ourthe, 90 hommes du 3e Régiment de chasseurs ardennais. Ces divisions blindées se dirigeaient vers Sedan et Dinant. Étant donné ce que 150 hommes dépourvus d’artillerie et d’armes antichars ont pu faire, qu’auraient pu faire les deux divisions ardennaises avec leur artillerie? Et en coordination avec les armées françaises? En outre, il fallut que l’armée allemande déploie trois bataillons (trois mille hommes) et un groupe d’artillerie pour venir à bout des 60 hommes de Bodange. Or la rapidité avec laquelle les Allemands parvinrent sur la rive est de la Meuse à Sedan et Dinant est l’élément décisif qui leur permit de franchir ce fleuve et de gagner la bataille de France dès les premiers jours du conflit.27

Il ne s’agit pas d’écrire l’histoire avec des «si». Il faut peut-être plutôt combattre un certain fatalisme ou déterminisme. La victoire allemande des premiers jours de mai 1940 n’était pas une chose assurée. Par exemple, les chasseurs ardennais avaient été créés pour défendre le pays à la frontière. La stratégie de l’armée belge prescrivait leur retrait complet, et les 150 hommes dont nous venons de parler, n’avaient tout simplement pas reçu cet ordre de repli. Or ils ont effectivement ralenti considérablement l’armée allemande, la disproportion des forces étant à ce point démesurée que les éléments allemands en contacts avec la Compagnie Bricart à Bodange (3 bataillons, soit 3000 hommes et un groupe d’artillerie), s’efforcèrent de cacher la faiblesse numérique de leurs adversaires ardennais à leurs chefs. Une série d’erreurs ont été commises, côté français, dans l’utilisation des blindés comme l’avait prédit le général de Gaulle.

L’histoire n’a pas à se refaire avec des «si». Mais puisque la défaite de 1940 n’avait rien d’inévitable, on ne peut pas tout à fait admettre non plus le raisonnement de Jo Gérard-Libois et José Gotovitch qui, lorsqu’ils parlent des passages à l’ennemi de certaines troupes flamandes, ajoutent aussitôt, pour dédramatiser l’affaire, que ces comportements n’auraient rien modifié à la suite des événements, ce qui est nier leur gravité. Et toute la question soulevée de la résistance et de l’esprit de résistance à Hitler.
La détermination des troupes wallonnes

Dans Pages d’Histoire (sans lieu ni date mais on peut obtenir ce texte au musée du 12e de Ligne à Spa), Georges Ernotte, secrétaire de la Fraternelle du 12e de Ligne cite longuement des notes rédigées par le colonel commandant le 12e de Ligne qui tient le front sur la Lys entre Coutrai et Wielsbeke, ce régiment étant le plus proche de Coutrai avec le 25e puis le 1er de Ligne jusqu’à Wielsbeke où se tient le 13e de Ligne (de la 8e Division). Dans la nuit du 24 au 25 mai, cet officier supérieur, profondément admiratif de la conduite de ses hommes, qui ne dort plus depuis plusieurs jours, est invité à se reposer derrière le front. Il ne parvient pas à trouver le sommeil et passe en revue les erreurs tactiques qu’il a commises, notamment de rester sur la rive opposé aux Allemands en terrain nu face aux bâtiments occupés par l’ennemi sur la rive droite de la Lys, de ne pas faire assez intervenir l’artillerie etc. Il est assez curieux d’opposer ces réflexions à une série de notes prises par des témoins ou historiens civils locaux de Kuurne et Wielsbeke notamment qui estiment au contraire, de leurs points de vue de civils, que si les régiments wallons avaient su les capacités militaires de l’armée allemande, ils n’auraient tout simplement pas combattu : «Hadden onze soldaten geweten dat ze met twee povere divisies de mokerslagen van vijf in zegeroes verkerende Wehrmacht Divisionen zouden moeten opvangen, dans was de moed hen zeker in de schoenen gezonken.»28

Pour l’ensemble de ces régiments wallons qui vont être capturés par l’armée allemande ou qui le sont déjà, va alors commencer cinq années de longue captivité, les prisonniers flamands étant, eux, assez rapidement libérés. La France clairement blessée à mort dès le 14 mai, reçoit le coup de grâce quand les blindés allemands coupent les Alliés en deux le 21 mai à Abbeville. Après le rembarquement des Anglais à Dunkerque et de beaucoup de Français (en tout près de 370.000 hommes), achevé le 4 juin, la France ne tiendra plus que 13 jours. Les Allemands y pénètrent profondément, débordant la Somme, puis la Loire. Le 17 juin, le nouveau président du Conseil, le Maréchal Pétain, demande un armistice aux Allemands qui sera signé quelques jours plus tard. L’esprit de Résistance se réfugie à Londres et prend la voix d’un général de brigade fraîchement promu et qui va être dégradé par les autorités de son pays puis condamné à mort : le général de Gaulle, qui lance son fameux appel le 18 juin.

Léopold III demeure à Laeken, en principe sans activités politiques, mais tentant plusieurs projets avec les forces politiques, sociales et intellectuelles restées au pays, rencontrant Hitler avec qui il souhaite publier un communiqué commun ce que le chef allemand refuse. Pour certains prisonniers wallons la captivité pourra être très rude psychologiquement, mais physiquement supportable sauf lorsque, comme pour le CSLR Ferdinand Fontaine, tombe une condamnation (pour insubordination), à être envoyé à un camp de punis comme ce fut son cas début 44. Il fut interné à Graudenz (forteresse allemande au nord de la Pologne actuelle sur la gauche de la Vistule et qui se dit maintenant Griudzatz), dont Pierre Gascar a pu écrire: «Le régime dans la forteressse de Graudenz comme dans ses filiales, est à peu près le même que dans les camps de concentration. La nourriture quotidienne consiste en 200 grammes de pain et une écuelle de soupe claire. Les prisonniers n’ont pas le droit de recevoir des colis individuels et les vivres de la Croix-Rouge ne sont pas distribués (Quelques distributions espacées auront lieu à partir de 1943). Le courrier se réduit le plus souvent à une seule lettre par mois.»29 Après avoir effectué durant toute l’année 44 de lourds travaux de terrassements, Ferdinand Fontaine, alors à Blechhammer, à 30 km d’Auschwitz, est emmené par les Allemands 500 km en arrière devant l’avance des troupes russes, une marche qui durera un petit mois (21 janvier/17 février), sous la neige et le vent, par des t° qui peuvent descendre jusqu’à – 30°. Le 17 février 1945, il parvient à Pirna (près de Dresde) et à partir de là son régime s’adoucit. Mais ses compagnons et un médecin français diagnostiquent un état général extrêmement mauvais, tant sur le plan physique que psychologique, caractérisé par un oedème de carence, symptôme de dénutrition. Et c’est dans les environs de Dresde qu’il sera libéré par les Russes, le lendemain de la capitulation allemande, le 9 mai. Les quelques lignes que j’ai voulu écrire ci-dessus se veulent un geste de fidélité au souvenir de mon père, mort il y a près de quarante ans, qui – combat et captivité – ne me dit jamais rien de tout ceci (ou quasiment): fait courant qui attise le désir de savoir.

Et un hommage à l’engagement des régiments wallons sur la Lys qui préfigure la Résistance en Wallonie, cette Résistance qui, chez nous – ou ailleurs – est la plus belle page de toute l’histoire humaine.
On se reportera à l’article Régiments flamands et wallons en mai 1940 qui revoit toute l’étude ci-dessus d’une manière plus large, complète et achevée.

1. Hervé Hasquin, Historiographie et politique en Belgique, Editions de l’ULB et IJD, Bruxelles-Charleroi, 1996, p.203, note 46.
2. Francis Balace dans Histoire de la Wallonie, Privat Toulouse, p.297.
3. Henri Bernard, Panorama d’une défaite, Duculot, Gembloux, 1984.
4. Paul Berben et Bernard Isselin, Les panzers passent la Meuse, Laffont, Paris, 1967.
5. Archives familiales, notamment une lettre de F.Fontaine du 31 mai 1940 datée de Saint-Trond et parvenue à sa fiancée fin août 1940.
6. Colonel BEM, A. Massart, Historique du 13e de Ligne, Centre de documentation historique des forces armées, Bruxelles, 1982, voir le Croquis XI, p. 362.
7. Agenda 1940 de F.Fontaine et A.Massart, op. cit.
8. Les Panzers pasent la Meuse, op.cit.
9. A.Massart, op. cit. Ferdinand Fontaine fit cette retraite en camion comme il l’indique dans sa lettre du 31 mai 1940.
10. Henri Bernard, Panorama d’une défaite, p. carte n° 5, p. 121. De Fabribeckers, La campagne de l’armée belge en 1940, Rossel, Bruxelles, 1978, carte n°12. Une carte qui figure les positions du 23 mai est consultable aussi sur le site flamand : http://users.pandora.be/Historia_Belgica/leieslag.htm.
11. Cette défection est signalée par Hervé Hasquin qui ne parle que d’un bataillon (op.cit. p.203), par Jo Gérard-Libois et Jo Gotovitch, L’an 40, CRISP, 1970, p. 97. parle d’un régiment (le 15e de Ligne). Henri Bernard, Panorama d’une défaite, Duculot, Gembloux, 1984 note 7, p. 94, accuse « deux régiments » de Ligne de cette Division. Des défections graves eurent lieu aussi sur le Canal Albert et dans la défense de Gand impliquant deux divisions, la 16e et la 18e Division de Ligne. Le général van Overstraten dans Léopold III prisonnier, Didier-Hattier, Bruxelles, 1986 accuse non seulement le 15e de Ligne mais aussi le 7e et le 11e de Ligne de la 4e Division (p. 27). Il met aussi en cause des unités combattant sur le canal de la dérivation qui prolonge la Lys et la ligne de la défense de la Lys vers le nord puis vers la mer et estime que les Allemands ont choisi d’attaquer en des points où ils pouvaient compter sur des sympathisant flamands (voyez p.36), comme à Zommergem (la 12e Division), au sud d’Eekloo sur le canal de la dérivation. Les défections, en particuliers de certains régiments flamands, ne sont pas douteuses.
12. Henri Bernard, op.cit.
13. A.Massart, op. cit., p.129.
14. A. Massart, p. 135, croquis XI et XVI
15. A. Massart, pp. 139 et suivantes. Les archives familiales permettent de dire que le le CSLR F.Fontaine servait dans la 1ère Compagnie et la lettre du 31 mai 1940 (j’ai été fait prisonnier «le long de la Lys à Wielsbeke»), indiquent qu’il combattait dans le peloton commandé par l’adjudant Lambert.
16. Le fait que le peloton de F.Fontaine ait été pris à revers est une information qui est attestée par la tradition familiale, mais confortée par le récit de Frans Taelman ancien professeur à l’Institut supérieur pédagogique de Courtrai dans son article Mei 1940 : de eerste Duitsers in Sint-Baafs-Vijve, in Leie Sprokkels, Jaarboek 1991, édité par le Juliaan Claerhout-kring, Wielsbeke, 1991, pp.103. Taelman explique que dans le parc d’Enghien, derrière les positions du peloton Lambert, dans l’un des premiers coudes de la Waterstraat, il a aperçu soudain (il voyage en vélo le lendemain des combats soit le 27 mai), «enkele gesneuvelede Belgische soldaten liggen», quelques cadavres de soldats belges et explique (ce qui nous paraît logique) que « Hun dekkingsposten waren naar het zuiden, naar de Leie, gericht en de vijand was uit het westen opgedoke.» : «Leurs positions étaient orientées vers le sud et vers la Lys et l’ennemi surgit de l’ouest » (c’est-à-dire du Parc de Wielsbeke et sur les arrières du peloton de l’adjudant Lambert).
17. Lettre de F.Fontaine du 31 mai 1940, déjà citée.
18. A.Massart, op. cit.
19. A. Massart, op. cit., p.141. Philippe Destatte, Ceux-ci se sont battus vaillamment, pp. 9-16 in Les combatants de 40, Hommage de la Wallonie aux prisonniers de guerre, IJD, Namur, 1995, p. 13. Voir aussi de Fabribeckers, op. cit.
20. Philippe Destatte, op. cit. pp. 13-14.
21. Ibidem pour ce chiffre.
22. Henri Bernard, Panorama d’une défaite, pp. 117-123.
23. Ibidem, p. 99.
24. Ibidem, p. 155.
25. Ibidem, p. 153.
26. Ibidem, p. 47, Bonhoeffer était un théologien protestant qui mourra dans les geôles nazies.
27. Ibidem pp. 90-91.
28. Marie-Christine Martens, Mei 1940, de zware beproeving, in Leie Sprokkels, Jaarboek 1991, pp. 51-82. Je traduis ainsi la phrase : «Si nos soldats avaient su qu’avec deux pauvres divisions, ils allaient devoir recevoir les coups de massue de cinq divisions allemandes marchant avec l’ivresse de la victoire, leur courage se serait enfoncé dans leurs souliers.»
29. Pierre Gascar, L’histoire de la captivité des Français en Allemagne, 1939-1945, Gallimard, Paris 1967, cité par Jean-Chlarles Lheureux, Graudenz la forteresse de la mort lente, UIPFGA, Capendu, 1985. Préface de Jacques Chaban-Delmas.

http://www.larevuetoudi.org/fr/story/un-soldat-wallon-%C3%A0-la-bataille-de-la-lys-2327-mai-1940

 

 

Régiments flamands et wallons en mai 1940
José Fontaine
Toudi mensuel n°70, janvier-février-mars 2006
http://www.larevuetoudi.org/de/node/252

Histoire de Belgique et de Wallonie

Un événement qui n’est pas raconté n’a pas eu lieu (Hannah Arendt)

Léopold III et Albert Ier [...] s’en tiennent strictement à l’idée que les devoirs de la Belgique l’obligent non à se survivre comme telle, mais à s’acquitter de ses devoirs envers ses garants, devoirs considérés comme limités à la défense militaire de son territoire, dans le sens le plus étroit du terme. Il faut d’ailleurs noter que, dans les deux cas, cette interprétation limitée de l’indépendance nationale ne concordait pas avec les réactions d’une partie importante de l’opinion publique. (Robert Devleeshouwer, Critique Politique, 1979)

Il y a la mémoire qui accuse. Celle qui veut rétablir la vérité, mais n’est pas vengeresse. (L’histoire est à nous, Rossignol, 2005)

Les deux guerres mondiales ont à ce point marqué l’Europe qu’elles continuent à déterminer son destin et le destin de ses nations. Il ne faut pas non plus oublier qu’en ce qui nous concerne, les deux guerres ont très profondément déchiré l’histoire de la Belgique.

« Très profondément » parce que la monarchie a voulu deux fois diriger l’effort de la nation en guerre en prenant le commandement de son armée. L’affaire royale consécutive à la capitulation de mai 1940 marque en un sens tout notre 20e siècle. Certes, Léopold III a abdiqué en juillet 1951. Mais il a conservé quelques parts de pouvoir dans l’ombre de son fils, au moins jusqu’en 1961, année durant laquelle il est encore dans l’entourage de Baudouin Ier qui trempe dans l’assassinat de Lumumba1. Le silence auquel s’étaient engagés les partis politiques après l’insurrection wallonne de 1950 dure au moins jusqu’en 1975, année durant laquelle Jean Duvieusart, Premier Ministre lors des événements les plus graves de notre histoire intérieure, publie une série de notes compilées sur sa présence à la tête du gouvernement durant les troubles2.

La BRT lance une série d’émissions De Nieuwe Orde en 1982. A travers une interview de Robert Poulet diffusée en avril, Léopold III est mis en cause. Il écrit alors au Premier Ministre pour lui demander si l’accord pour ne pas rallumer les polémiques sur l’affaire, accord signé en 1950 par les partis politiques, tient toujours. Le Premier Ministre lui en donne acte. Il y a eu une petite crise politique. Un journaliste de la RTBF demanda à Francis Delpérée si l’émission de la BRT était « légale » (sic). La publication du livre posthume de Léopold III Pour l’histoire ne clôture pas les polémiques même si, à la télévision, beaucoup d’historiens plaident en faveur de la sagesse des hommes politiques capables d’éviter le pire à la fin du mois de juillet 19503. Même si la Belgique se défait, même si la monarchie a perdu bien de son influence depuis la mort de Baudouin Ier la structuration de la nation belge autour de ses rois demeure un fait de longue durée capital.

Un premier point d’incandescence : le gouvernement wallon de 1950

En 1979, j’avais tenté de voir clair dans la tentative de former à Liège un gouvernement wallon provisoire en 1950 4. Il me semblait que cette tentative permettait de se saisir de certains éléments de la crise nationale belge en l’un de ses plus hauts points d’incandescence, instants où, intuitivement, nous sentons bien que les structures historiques et sociologiques profondes des nations se donnent à voir. Les études que j’ai pu faire sur ce thème ont été publiées en 1979 dans La Cité, en 1980 dans De Morgen. J’ai pu en témoigner à la BRT en 1982, émission qui a été traduite à la RTBF en 1984. Dans Les faces cachées de la monarchie belge (1991), André Schreurs m’a donné la permission de publier des écrits de son père qui attestent de la tentative séparatrice de juillet 1950. Enfin l’Encyclopédie du mouvement wallon parue en 2001 comporte un article intitulé Gouvernement wallon de 1950.5 Jusqu’à présent, c’est davantage le côté politique de l’affaire royale – la rupture de Wijnendaele, la réunion de Limoges, les activités du roi pendant la guerre bien révélées par Velaers et Van Goethem6, la rupture de l’opinion de gauche avec Léopold III dès 1945, bien sûr aggravée en juillet 1950 – qui avait retenu mon attention.

Un deuxième point d’incandescence : les régiments flamands de mai 40

Le simple fait de travailler sur la vie de mon père m’a amené à tenter de comprendre les combats très courts sur la Lys auxquels il a été mêlé du 23 au 26 mai. De là, j’ai tenté d’y voir un peu plus clair sur la bataille de la Lys. Philippe Destatte a mis en évidence en 1995 et en 1997 la vaillance des régiments wallons et s’est étendu quelque peu sur certaines défections de régiments flamands7. Il note aussi, en 1997, qu’il n’y a pas d’étude d’ensemble du comportement des différents régiments durant la courte campagne de mai 1940. C’est peut-être cela qui m’a amené à chercher de plus en plus passionnément la manière d’en réaliser une. Je me contenterai dans le texte qui va suivre de synthétiser le comportement de l’infanterie des grandes divisions de cette arme du 10 au 28 mai. De cette analyse que j’ai pu réaliser en lisant une grande partie de la littérature la plus conformément belge sur les dix-huit jours, je conclus qu’une majorité des divisions flamandes a fait défection ou, du moins, manqué gravement de combativité. Ce sont ces défections qui ont été à l’origine de la capitulation du 28 mai 1940 ou à tout le moins du caractère hâtif de cette capitulation qui découvrait les armées alliées en train de tenter le rembarquement de Dunkerque. Ces faits ne sont nullement niés par la littérature historique la plus conforme et même par des documents approuvés par Léopold III : « dans les dernières heures, des unités se rendirent à l’ennemi sans ordre… »8 Pourtant dans toute la discussion sur l’affaire royale, il n’est que peu question de l’aspect militaire de la controverse. A vrai dire, depuis mai 1940, soit en 66 ans, si, à maintes reprises, en ordre dispersé, dans maints ouvrages (en fait : tous en parlent mais à mots couverts, en le repoussant dans les notes, en minimisant les choses (etc.) comme Jean Vanwelkenhuyzen9), il est question de ces défections, elles ne sont réellement traitées que dans un seul texte parmi tous ceux auxquels j’aie eu accès. Il y a en effet deux pages de la Revue des chasseurs ardennais signée par le Commandant Hautecler dans son premier numéro de 1980 Le manque de combativité des régiments flamands. En 2001 encore, Serge Moureaux (Léopold III, la tentation autoritaire, Luc Pire, Bruxelles, 2002), expliquait la difficulté d’y voir clair en cette période de notre histoire pourtant si cruciale, nous essayerons aussi de dire pourquoi.

Première réponse brève à deux objections

Avant d’en venir aux faits que nous voudrions traiter ici, je voudrais prévenir plusieurs objections.

Il n’entre nullement dans mes intentions d’aborder ce sujet délicat pour mettre en balance le « courage » des soldats wallons et la « lâcheté » des soldats flamands.

La capitulation de mai 1940 a souvent été justifiée par des raisons humanitaires ou pacifistes : Léopold III aurait songé à « épargner » le sang de ses soldats « à l’exemple de son père ». A cela il faut répondre que l’intention royale (si elle est celle qu’on dit !) procède d’une vision moins pacifiste ou « humanitaire » qu’égoïste ou nationaliste : elle reporte sur d’autres que nous la nécessité de combattre l’hitlérisme et elle est une sorte d’insulte aux 14.000 résistants fusillés et tués, principalement wallons. En plus, il n’est pas si évident que cela que ce roi ou son père aient été si soucieux « d’épargner la vie de leurs soldats » : les morts dans l’armée anglaise de 1914-1918 sont équivalents à ceux de l’armée belge (10% des mobilisés), ceux des armées allemande et française ont des pertes supérieures (15 et 17%). Il suffit de consulter à ,cet égard l’Encyclopédie de la Grande Guerre. Quel démenti simple à l’idée d’un Albert Ier soucieux d’épargner le sang de ses soldats !

La question de l’influence de ces défections sur les événements est à discuter. José Gotovitch et Jo-Gérard-Libois (L’an 40, Crisp, Bruxelles, 1970, p.97) estiment qu’ils n’ont eu aucune influence, estimant inévitable la défaite, notamment à cause de la supériorité technique de l’armée allemande – ce qu’Eric Simon conteste dans cette même revue. En outre, si la défection des régiments flamands pourrait ne pas avoir eu d’influence sur la bataille de mai 40 à l’ouest, cette défection a déterminé aux dernières heures si cruciales, la conduite de la guerre en Belgique. Et même si ce n’était pas le cas (mais nous pensons que si !), le comportement de ces régiments mérite d’être interrogé dans la perspective de la question nationale en Belgique.

Une question cruciale

Les Wallons sont dans un rapport assez faux à leur propre histoire, leur mémoire, leur identité. On pourrait dire que l’histoire à travers laquelle on juge souvent de l’actualité dans notre pays, est l’histoire des injustices commises à l’égard de la Flandre sur le plan culturel ou linguistique. Combien de fois n’entend-on pas dire que les Wallons auraient dû « accepter » le bilinguisme en 1932 ou que seuls les Flamands font « l’effort » de connaître « les deux langues » ? Il a même pu arriver que le Plan Marshall de redressement wallon soit jugé à l’aune de sa crédibilité en Flandre. Encore tout récemment Francis Van De Woestijne, dans La Libre Belgique du 6 février 2006, p.21 pense que le redressement wallon a comme tâche de « freiner les ardeurs séparatistes » de la Flandre ! Ce qui voudrait dire que si les tendances séparatistes n’existaient pas, les chômeurs wallons n’auraient plus qu’à subir leur sort ? Dont d’ailleurs, une certaine Flandre se délecta de les rendre longtemps coupables, par vaine revanche ? Que des journaux francophones obéissent à cette logique stupéfie.

Ces façons de présenter les choses sont dommageables, parce qu’elles n’instruisent qu’à charge en ce qui concerne les Wallons. On pourrait montrer que des indices sérieux existent du fait que les Wallons ont pu penser que le vote de la loi imposant l’unilinguisme en Flandre en 1921 (obtenue par un vote Flamands/Wallons), était aussi, quelle que soit la légitimité du combat flamand, une manière de rompre un contrat national portant sur une langue commune que les Wallons ne possédaient pas tous (loin de là !), en 1830. La loi sur la flamandisation de l’armée en 1938 a pareillement été imposée par la loi du nombre10. Imposer l’unilinguisme en Flandre, la population la plus nombreuse, impliquait d’imposer aux Wallons la connaissance d’une autre langue encore que celle qu’ils s’efforçaient de parler, le français. Mais les Wallons ne parlaient pas encore tous le français, et beaucoup usaient d’une autre langue (le wallon), dont ils n’ont pas songé à imposer l’existence, ce à quoi ils ne seraient pas parvenus (Bovesse a tenté de légiférer à cet égard sans succès), pas plus que les Flamands ne seraient parvenus à le faire de leur côté s’ils avaient été, comme nous, minoritaires. Sur les champs de bataille, deux ans plus tard, le pacte, à notre sens, s’est bien plus gravement déchiré.
Une autre objection : histoire, guerre, paix

Il est clair que ces événements sont vieux de 66 ans. Mais il est clair aussi que, selon le mot d’Arendt, ces événements, jusqu’ici, n’ont pas existé parce qu’ils n’ont jamais été vraiment racontés. Kapferer a montré que la Guerre est l’épreuve à laquelle se mesure mieux la profondeur de l’angoisse humaine devant la Mort, non seulement la Mort individuelle, mais aussi la Mort collective. Il le montre à travers la fameuse rumeur dite du « cadavre dans l’auto » où se colportent ces histoires où l’on lit une sorte d’adhésion inconsciente de ceux qui les racontent à l’idée barbare du meurtre rituel. La voici. Un autostoppeur arrête une voiture sur la route d’Orléans à l’été 1938 et dit au conducteur qu’il peut lui donner la preuve qu’Hitler mourra à l’automne : l’automobiliste arrêté va rencontrer plus loin un accident, devoir charger un blessé pour l’emmener à l’hôpital. Quelques kilomètres plus loin, le blessé mourra dans l’auto. Ceux qui colportent cette rumeur précisent ensuite que tout se passe selon les dires de l’autostoppeur. La même histoire est racontée en Allemagne et partout. Avant 1914, il ne s’agit plus d’une voiture, mais d’une calèche.

Au fond de ce récit, il y a la structure et la réalité du sacrifice humain : le plus grand sacrifice à offrir aux dieux pour obtenir d’eux en échange, la faveur suprême : ici que la guerre n’ait pas lieu par supposition que la mort du Chef ennemi l’empêcherait. Cette rumeur mesure bien le profond désarroi face à la Guerre pour que l’esprit humain en arrive à régresser à ce point vers la religion la plus barbare, celle qui admet les sacrifices humains.Mettons-nous en tête que, dans des circonstances semblables, voir des personnes sur qui l’on comptait pour résister à la Mort, s’effondrer, voir trahir, a traumatisé l’opinion de Wallonie, indépendamment de l’héroïcité ou non des choses.

Le souvenir de 1914

John Horne et Alan Kramer ont parlé dans un livre, récemment traduit en français, du mythe des francs-tireurs en août 1914 dont rien ne fonde la réalité, mais dont toute l’armée allemande finit par se convaincre sincèrement, phénomène que les deux auteurs rapprochent de la Grande peur dans la France révolutionnaire. En moins d’un mois, avec leur peur à eux au ventre, les soldats de l’armée impériale, exécuteront dans une centaine de villes et villages en Wallonie (autant vaut dire : partout), plus de 5000 civils, dont des femmes, des enfants en bas âge et des vieillards. 15.000 maisons seront détruites, des villages et des villes (comme Dinant) rasés. Les atrocités débordent aussi sur la Flandre et la France, mais c’est la Wallonie qui – cela est peu souvent souligné – en subit l’essentiel (70% des 7000 morts civils et des 20.000 maisons détruites ou incendiées tous pays confondus, cela en quatre semaines, les massacres se poursuivant à un rythme plus lent en septembre et octobre).11

Cette peur s’enracine côté allemand, dans les souvenirs des francs-tireurs français de la guerre de 1870, dans la phobie conservatrice des insurrections populaires, idéologie du commandement de l’armée impériale. Et les massacres de 1914 déterminent l’un des phénomènes les plus troublants de mai 1940 : l’exode massif des populations civiles vers la France, entraînant des millions d’hommes et de femmes vers la Méditerranée. J’avoue que, né pourtant après la guerre, conscient de l’obligation des hommes à y aller, j’étais persuadé, avec l’inconscience historique des petits enfants, que je devrais moi aussi me plier à cette épreuve où l’on affronte la Mort. Il se fait que scolarisé à Dinant – 674 civils massacrés, avec un grand-père paternel à Jemappes – 10 civils fusillés – et à Nimy – 13 civils fusillés mais aussi des simulacres d’exécutions auxquels fut soumis mon grand-père -, j’ai cru aussi à cette inéluctabilité de la guerre broyeuse de civils innocents, croyance en partie fondée, puisque en 1914 toute la Wallonie souffrit des exactions (une centaine de localités – dont la plupart des grandes villes – réparties sur l’ensemble du territoire). Ce fut, je crois, ma première angoisse de la Mort. La gravité des défections flamandes doit se lire dans ce contexte. De nombreux officiers et soldats wallons en eurent conscience. J’avoue que, jusqu’ici, tout en sachant ces défections, je ne m’imaginais pas leur ampleur, me sentant incapable de croire à des événements aussi graves, partageant le scepticisme de maints contemporains à l’égard de ces faits semblant sortir de l’imagination wallingante de François Simon au Congrès national wallon de 1945. Et pourtant…

Mais revoyons bien ceci : l’événement n’ayant quasiment pas été raconté n’existe pas. N’existant pas au niveau de la conscience claire, il demeure cependant présent dans une sorte d’inconscient collectif qui, avec mille autres facteurs (les prisonniers, la Résistance etc.), détermine sans doute l’âpreté des événements de juillet 1950. Des événements qui sont eux-mêmes ensuite censurés. Il est peut-être donc temps d’essayer de sortir tout cela de l’ombre où se débat et s’asphyxie peu à peu notre mémoire collective. Nous n’avons même pas la possibilité d’avoir une histoire nationale (wallonne), autocritique puisque nous n’en avons pas. Ou peu. Comment nouer de vrais rapports avec les Flamands si gisent au fond de nous tant de reproches non formulés sur des événements dont le fil conducteur court jusqu’à aujourd’hui?
Composition des divisions d’infanterie le 10 mai 1940

Pour simplifier l’exposé, nous mettrons ici l’accent sur les divisions d’infanterie, signalant éventuellement l’intervention d’autres armes. Francis Balace qui ne nie pas les défections flamandes de l’infanterie ni leur gravité, souligne qu’un grand nombre de régiments d’artillerie divisionnaire étaient des régiments flamands et que l’artillerie a joué un rôle important dans la campagne des 18 jours de même que les deux Divisions de cavalerie comprenant tant des régiments wallons que flamands. C’est une nuance importante que nous tenons à souligner avant de commencer.

Une division est composée de trois régiments d’environ 4000 hommes, d’un régiment d’artillerie et d’un bataillon du génie, soit 17.000 hommes. Les régiments d’artillerie sont en général des régiments flamands et l’artillerie a joué le rôle que nous venons de dire. Avec ces 20 divisions et les deux divisions de cavalerie, nous avons à peu près les deux tiers de l’armée belge, soit un peu moins de 400.000 hommes sur les 600.000 hommes de 1940. Il existe aussi des troupes d’armée, artillerie ou génie, l’aviation, la marine, les régiments wallons d’artillerie de forteresse dans les forts de Liège et de Namur, les Unités spéciales de défense de forteresse (USF), à Liège, Namur et Anvers les régiments légers (gendarmerie), la DTCA (Défense terrestre contre aéronefs), les régiments cyclistes, d’autres troupes. Les régiments wallons de forteresse combattront vaillamment, parfois même au-delà de la capitulation.

Sur les 20 Divisions d’infanterie, neuf sont uniquement composées de régiments flamands : 1ère DI, 2e DI, 4e DI, 11e DI, 12e DI, 13e DI, 14e DI, 16e DI.

Trois autres sont composées de deux régiments flamands et d’un régiment wallon : la 6e DI, la 7e DI, la 18e DI. La 6e DI est constituée par le 1er Grenadiers et le 9e de Ligne (flamands) et le 1er Carabiniers (wallon), la 7e DI est constituée des 2e Grenadiers et 18e de Ligne (flamand), du 2e Carabiniers (wallon), la 18e DI des 3e Grenadiers et 39e de Ligne (flamands), et du 3e Carabiniers (wallon).

Les huit divisions wallonnes sont la 3e DI, la 5e DI, la 8e DI, la 10e DI, la 15e DI, la 17e DI, la 1ère et la 2e Division de Chasseurs ardennais (Cha). Pour résumer d’une autre façon: 12 divisions flamandes (dont 3 avec un régiment wallon soit l’équivalent de 11 divisions), huit divisions wallonnes (+ l’équivalent d’une division). Ou encore, dans l’infanterie : 33 régiments flamands, 27 régiments wallons.
1ère DI+2e DI+ 4e DI + 11e DI+12eDI +13eDI +14eDI +16eDI Neuf Divisions flamandes
6e DI + 7e DI + 18e DI Trois Divisions flamandes avec 1 régiment wallon sur les 3
3e DI+5eDI+8eDI+10eDI+15eDI+17eDI+1ère+2eDCha Huit Divisions wallonnes

Les Divisions numérotées de 1 à 6 sont des Divisions de soldats professionnels (« d’active »), les Divisions de 7 à 12 sont des Divisions dites de première réserve, les Divisions de 13 à 18 sont des divisions de deuxième réserve, moins bien équipées, dont la formation militaire est moins bonne, dont les soldats appartiennent à des classes plus anciennes. Les deux Divisions restantes sont les Divisions de chasseurs ardennais dont la 1ère est motorisée et dont le fonctionnement diffère quelque peu des autres divisions. Les chasseurs ardennais feront preuve d’une extraordinaire combativité du début à la fin de la campagne.12

Position de ces divisions le 9 mai au soir

Le 10 mai la position de ces Divisions d’infanterie est la suivante : la 17e DI, la 13e DI, la 12e DI, la 15e DI, la 9e DI, la 6e DI, la 14e DI, la 1ère DI, la 4e DI, la 7e DI, la 3e DI – soit 11 Divisions – sont en position derrière le Canal Albert et du Canal antichars d’Anvers (au sud de ceux-ci) et s’échelonnent dans cet ordre d’Anvers à Liège.

Il y a deux autre Divisions en position au nord du Canal Albert, l’une à l’est d’Anvers (la 18e DI), l’autre au nord d’Hasselt (la 11e DI).
Trois autres divisions sont en position à l’ouest de Gand (16e DI), à l’ouest de Bruxelles (5e DI) et l’est (10e DI) de Bruxelles.
Trois au sud de Liège : entre l’Ourthe et la Meuse (2e DI), entre la Méhaigne et la Meuse ou entre Andenne et Namur (la 2e Cha), à Namur (la 8e DI).
Une division stationne tout au long de la frontière avec le Grand-Duché, la 1èreDivision de Chasseurs ardennais13.

Pour le résumer encore sommairement, 13 divisions sont à la garde du Canal Albert (et Canal antichars d’Anvers),
17 DI + 13 DI + 12 DI + 15 DI + 9 DI + 6 DI + 14 DI + 1 DI + 4 DI + 7 DI + 3 DI + 18 DI + 11 DI
trois à l’intérieur du pays entre Gand, Bruxelles et Louvain :
16 DI + 5 DI + 10 DI
trois entre Liège et Namur et à Namur
2 DI + 2Cha + 8DI
une à l’ouest du Grand-Duché de Luxembourg (au long de toute sa frontière)
1 Cha

Combats du 10 mai, première défection d’une division flamande

Le 10 mai au matin l’armée allemande attaque les positions belges sur le Canal Albert et à Eben -Emael. Ce fort réputé imprenable est détruit par des soldats allemands parvenus en planeurs sur sa superstructure et qui le font sauter en y introduisant des charges creuses : il se rend le 11 mai. La 7e DI qui occupe des positions de part et d’autre du fort est en grande partie détruite : le 2e Grenadiers, par exemple, régiment flamand est pratiquement anéanti, son chef le Colonel Herbiet est capturé. Dix officiers sont tués dont deux chefs de bataillon, en tout 207 soldats. Le reste est capturé ou blessé, seuls 600 hommes peuvent être évacués vers la France. Le régiment flamand du 18e de Ligne subit un sort aussi sévère de même que le 2eCarabiniers, régiment wallon. Ensemble, les trois régiments ont 7000 prisonniers, des morts, des blessés : la 7e DI a quasiment disparu. Nous suivons ici principalement Eric Simon dans Le rapport des forces entre la Heer et l’Armée belge en, mai 1940, mais aussi quelques autres ouvrages outre ceux déjà cités (Bernard, Michiels, de Fabriebeckers etc.)14

Il faut distinguer cet anéantissement de la 7e DI de celui de la 14e DI flamande dont 5.000 hommes se rendent à Paal le 13 mai lors du retrait vers la ligne KW, le reste étant jugé inapte au combat et parqué sur l’Yser. Eric Simon explique cette première reddition de troupes flamandes par un retrait trop rapide de la 6e DI, mais considère cette reddition comme différente d’autres captures et par exemple de celles de la 7eDI. D’autres auteurs (Bernard, Michiels) sont tout aussi sévères à l’égard de la conduite ou de la valeur de cette 14e DI flamande.

Face au Luxembourg, l’opération de planeurs allemands à Nives et Witry permet de faire quelques prisonniers dans les deux divisions ardennaises (des permissionnaires), mais empêche aussi que l’ordre de repli touche les compagnies ardennaises stationnées à Bodange et Chabrehez qui, sans artillerie, sans armes anti-chars vont arrêter très longuement, avec quelques dizaines d’hommes, 4 Divisions blindées allemandes. La Compagnie du Commandant Bricart à Bodange tiendra pendant huit heures et il faudra trois bataillons allemands soit 3.000 hommes plus un groupe d’artillerie pour la réduire. Les combats de Bodange et Chabrehez confirment le sentiment d’Eric Simon sur la prétendue supériorité de l’armée allemande en 1940. Si quelques dizaines d’hommes ont arrêté l’un des principaux efforts allemands qui allait être décisif sur la bataille à l’ouest (les 4 Divisions blindées franchissent la Meuse les 13 et 14 mai à Sedan annonçant la défaite française), qu’aurait accompli la 1ère Division ardennaise toute entière avec sa mobilité, son artillerie, ses armes antichars ? Or la vitesse de la progression des quatre divisions allemandes traversant le Luxembourg a déterminé l’effondrement français de Sedan. Certes l’usage des planeurs et des parachutistes à Eben-Emael et aux ponts de Vroenhoven et Veldvezelt a donné à bien des combattants l’impression inverse d’une invincibilité de l’armée allemande, non sans raisons, mais des raisons qui à notre sens n’infirment cependant pas la thèse d’Eric Simon.15

Retrait sur la ligne KW

Les régiments en place sur le canal Albert vont donc se retirer progressivement derrière la principale ligne de défense, la fameuse ligne KW (Koningshoyckt-Louvain-Wavre – Koningshoyckt est un village près de Lierre soit à une bonne dizaine de km d’Anvers). Luc Devos écrit : « La ligne KW avait rendu à l’armée belge la confiance que beaucoup d’unités avaient perdue après la percée rapide du canal Albert. Flanquées par les armées alliées et protégées par d’excellentes formations d’artillerie, les troupes étaient prêtes, au matin du 16 mai, à s’opposer à une attaque allemande massive. Mais celle-ci ne se produisit pas ; au lieu de cela, les soldats eurent à entendre qu’ils devaient quitter leurs positions et se retirer vers l’ouest… »16 Sur la ligne KW elle-même, les Anglais combattaient aux côtés de l’armée belge, et au nord de Wavre, entre cette ville et Namur, les Français. Dès le 15 au soir, cependant, les troupes belges stationnées dans la Position fortifiée de Namur (PFN), qui y avaient été rejointes par les troupes de la Position Fortifiée de Liège (PFL), déjà abandonnée, durent à leur tour l’abandonner, les Allemands ayant franchi la Meuse avec l’infanterie puis les blindés au sud de Namur, à Houx, Leffe et Dinant ainsi que plus au sud encore à Sedan. Cette brèche dans le front français ne pouvait plus être colmatée. Comme les divisions stationnées derrière la ligne KW, les troupes belges stationnées à Namur durent faire mouvement vers la ligne Canal de Terneuzen—Gand—Escaut en amont de Gand (soit vers Audenarde). La rupture du font français à Dinant et Sedan donna à maintes personnes le sentiment que la bataille de France était perdue, les blindés allemands se ruant vers la mer (qu’ils atteindraient le 20 mai coupant ainsi les troupes alliées du Nord des troupes alliées du sud). Ces deux replis successifs (du Canal Albert à la ligne KW puis de celle-ci à la position « Escaut »), allaient affaiblir les soldats contraints à de longues marches et entraîner de lourdes pertes de matériels ou une grande fatigue notamment pour les 4e DI et 2e DI flamandes, mais aussi pour les régiments wallons venant de Namur vers la position « Escaut ». « Le 20 mai » écrit Luc Devos « après dix jours de guerre, l’armée belge s’était entièrement retirée derrière l’Escaut de Gand à Audenarde et le canal Gand-Terneuzen. Des grandes villes belges, seules Gand et Bruges n’étaient pas encore occupées. »17

Sur la Lys et le canal de la dérivation : quatre autres défections flamandes

croqui10
Légende: Lille/Calais est tenu par les Alliés (voir la carte + haut.). La ligne Menin-Courtrai-Deinze (Deynse sur la carte)-Ecklo (Eecloo)-Mer du Nord, par l’armée belge, sur la Lys puis le canal de la dérivation, puis au Nord par des divisions de cavalerie plus au nord et à l’est du canal Léopold II. L’armée belge est composée de D.I. (divisions d’infanterie et leur numéro), de Ch.A.( deux divisions de chasseurs ardennais et leur numéro), des divisions de cavalerie à l’est du canal Léopold II.

Le 21 mai, lors d’une conférence entre les chefs des armées alliées, il fut question de retirer l’armée belge sur l’Yser. Mais finalement elle s’établit pour une bataille d’arrêt derrière la Lys et le Canal de la Dérivation, formant de Menin à Heist sur le littoral flamand, un arc de cercle d’environ 90 km. Durant le retrait de la position, « Escaut » , le 23 mai, de nombreux soldats de la 13e DI flamande se rendent en masse. Cette grande unité ne sera quasiment plus alignée. Elle disparaît ce jour-là comme unité combattante puisqu’elle ne sera plus vraiment mise en contact avec l’ennemi par le commandement18. Le 23 mai, à Gand, sous la pression de la population, d’étranges événements se produisent qui voient certaines avant-gardes allemandes pénétrer jusqu’au cœur de la ville. La population fait pression sur les troupes de la 16e DI et de la 18e DI pour se rendre. La 16e DI se composent de trois régiments flamands, le 37e de Ligne, le 41e de Ligne et le 44e de Ligne. Les trois-quarts du 41e de Ligne se rendent aux Allemands (soit environ trois mille hommes), le 44e de Ligne semble demeurer plus consistant et sera remis en ligne plus tard. Le 37e de Ligne est submergé dans des combats cette journée-là et ce régiment de faible combativité ne réapparaîtra plus. La 18e DI est composée du 3e Carabiniers (régiment wallon), dont certains éléments sont désarmés également, du 3e Grenadiers et du 39e de Ligne (régiments flamands). On ne voit plus guère apparaître le 3e Grenadiers après le 23 mai. Les auteurs (Bernard, Taghon), parlent de 8 à 10.000 prisonniers dans les rues de Gand. Eric Simon (toujours dans Le rapport des forces entre la Heer et l’Armée belge…), évalue le nombre de soldats de la reddition massive des régiments de la 16e DI, des 39e de Ligne et 3e C (mais ne cite pas le 3e Grenadiers), à 6.000 hommes, mais ne dit rien de la 18e DI. Disons qu’en présence de ces chiffres divers, on a le sentiment qu’après la défection des régiments flamands de la 14e DI, de la 13e DI, on assiste à nouveau à des redditions en masse de régiments flamands (ou de parties de ceux-ci), qui nous semblent quasiment équivaloir aux effectifs d’une Division, de plus de deux régiments au minimum. De toute façon, il ne sera plus désormais question dans les combats ni de la 14e DI, ni de la 13e DI ni vraiment de la 16e DI, un peu plus de la 18e DI. A noter que les archives de lieutenant André Deplanque, que nous publions à la suite de cet article donnent aussi une version de cette reddition de Gand.19

La reddition en masse la plus grave se produit deux jours plus tard, le 25 mai, dans le secteur de la 4e DI composée des 7e, 11e et 15e de Ligne face à Deinze sur le canal de la dérivation en prolongement de la Lys. Henri Bernard et le Général Van Overstraeten expliquent que la reddition du 15e de Ligne a entraîné pratiquement celle du 11e de Ligne et même celle du 7e de Ligne. Eric Simon évalue à 7.000 les prisonniers résultant de cette reddition en masse, mais ce sont 7000 soldats sur les 12.000 fantassins que compte une Division d’Infanterie20. Félicien Rousseaux dans Ma deuxième guerre, éditions de Belgique, 1941, témoin contesté par JO Gérard-Libois et José Gotovitch, donne une version de cette reddition que ne contredit nullement la version de Van Overstraeten ni celle des témoignages consignés par André Delplanque. Sur la base de ces trois témoins (les officiers Rousseaux et Delplanque, le Conseiller militaire du roi), on peut avoir le sentiment que la 4e DI a disparu. Il est à noter aussi que lors de cette reddition, selon André Delplanque, un officier flamand et un officier wallon tirèrent en direction des soldats passant à l’ennemi, officiers ensuite abattus par les soldats flamands : Peter Taghon dans Mai 40, La campagne des dix-huit jours, Duculot, Paris et Louvain-la-neuve, 1989, pp.177-178 écrit ceci : « Le 15e de Ligne n’existe pratiquement plus. Le Cap-Cdt Locks veut encore déclencher une contre-attaque, avec sa 7e Cie, mais il est abattu ainsi que le lieutenant Mutsaert, dans des circonstances particulièrement suspectes. » Cette remarque nous semble confirmer la version du Lieutenant Delplanque, au moins en partie.

Bilan au 25 mai, nouvelles défections

On peut donc considérer qu’avec la disparition quasi complète de cette division, nous avons ce 25 mai, sur les 20 divisions d’infanterie que compte l’armée belge, 4 Divisions flamandes (14e, 13e, 16e et 4e Division), qui ont fait défection ou qui ne combattront plus par inaptitude. Le 26 mai, lors d’une attaque plus au nord sur le canal de la dérivation, 2000 hommes du 23e de Ligne de la 12e DI vont se rendre massivement (Eric Simon Le rapport des forces… op.cit. ). Et, dans les heures qui suivent, les autres régiments de cette division vont se débander de telle façon (déserter la nuit notamment), que le chef de l’EMG considère que le 27 mai, la 12e DI « n’a pratiquement plus d’infanterie » (O.Michiels op. cit. p. 235 ).

Dès le 25 mai des éléments du 16e de Ligne de la 9e DI vont se rendre sans combattre selon le Colonel Massart, qui parle d’une seule compagnie (la 5e du 16)21. Selon le témoignage du Lieutenant Delplanque que nous reproduisons en annexe de cet article, il s’agirait en fait de tout un bataillon dès le 25 mai. Par la suite (voir Oscar Michiels), le 16e de Ligne va s’effilocher au fur et à mesure que d’autres compagnies se rendent également. Le Commandant Hautecler (dans le numéro de la Revue des chasseurs ardennais, n° 1, 1980 déjà cité) estime qu’un autre régiment de cette 9e DI flamande – le 17e de Ligne – a fait preuve de peu de combativité. L’Historique de l’Armée belge écrit, pour le matin du 26 mai : « A la 9e DI, tôt dans la matinée, l’ennemi précédé de drapeaux blancs franchit en force le canal de la Mandel » (op. cit. p.140), ce qui laisse penser que ces soldats flamands, cette fois, ne se rendent certes pas, mais reculent sans combattre.

Au total on a donc vu se défaire par manque de combativité, inaptitude au combat ou « trahison » (au sens technique du vocabulaire militaire), 6 divisions flamandes sur les 9 divisions composées seulement de régiments flamands.

Ce sont les divisions flamandes suivantes : la 14e DI le 13 mai, la 13e DI le 23 mai, la 16e DI le 23 mai, la défection totale de la 4e DI le 25 mai, la débandade totale de la 12e DI les 26 et 27 mai, la débandade progressive de la 9e DI du 25 au 27 mai. Soit six divisions flamandes sur les neuf :

4e DI + 12e DI + 13e DI + 14e DI + 16e DI Six Divisions flamandes sur Neuf

A cela doivent s’ajouter les redditions partielles observées à Gand dans la 18e DI. Il faut rappeler en outre que deux divisions flamandes ont été détruites en combattant héroïquement : la 1ère DI et la 7e DI. Les régiments flamands de la 6e DI sont jugés peu combatifs par Eric Simon dans un article à paraître dans le Bulletin d’information du CLHAM en mars 2006.
L’armée du 27 mai : une infanterie belge devenue wallonne

Il reste donc en ligne le 27 mai au soir une division partiellement flamande en ordre (la 6e DI qui compte un régiment wallon), de même que deux autres divisions flamandes (2e et 11e DI). Plusieurs divisions wallonnes – certaines fortement usées – combattent toujours : les deux divisions de Chasseurs ardennais, la 5e DI de chasseurs à pied, la 10e DI de chasseurs à pied et 2 régiments de chasseurs à pied de la 17e DI, enfin la 15e DI. En outre, il demeure encore quelques éléments au combat de la 8e DI et même de la 3e DI, soit l’équivalent, pour l’infanterie en tout cas, de plus de 6 DI wallonnes et de moins de 3 DI flamandes. Compte non tenu d’autres unités que les unités des DI proprement dites, on a l’impression que lorsque Léopold III décide d’envoyer un parlementaire aux Allemands dans l’après-midi du 27 mai, il est à la tête d’une armée principalement wallonne. Car, tandis que la plupart des régiments wallons luttent encore, même s’ils sont en partie détruits pour certains, les 2/3 des fantassins flamands ne sont plus là, soit parce que leur unité a été détruite en combattant, soit parce qu’ils sont inaptes au combat, soit parce qu’ils se sont rendus massivement, soit parce qu’ils ne tirent plus tout en restant en ligne.
La défection des régiments flamands hâtent la capitulation belge, leur nature

La capitulation belge s’imposait-elle à la date où elle a eu lieu ? Beaucoup d’auteurs estiment que la continuation des combats était impossible comme le Général Michiels par exemple ou Jean Van Welkenhuyzen. D’autres comme Henri Bernard estiment qu’il y aurait eu lieu de se lier plus intimement aux alliés anglais et de se retirer sur l’Yser (d’ailleurs dès le 22 mai), que les Français et les Anglais tinrent encore 7 jours dans le réduit de Dunkerque. Le Général Wanty imagine une autre possibilité: « Peut-être l’initiative de la reddition aurait-elle pu être laissée aux commandants de la division ou du corps, voire de petites unités, et non pas être imposée en bloc à l’ensemble de l’armée par un acte solennel. L’impact psychologique et politique eût été bien moins défavorable au pays, avec des conséquences en chaîne incalculables. »22. Le Général Van Overstraeten pense lui qu’il aurait encore fallu tenir un jour encore au moins. On sait que le 27 encore, à Knesselaere, le 1er et 4e Régiment de Cyclistes (des régiments wallons, mais notre article ici ne visent que les 20 DI proprement dits), renforcés de quelques petites unités flamandes de cavalerie, infligèrent une défaite grave aux Allemands (plus de 100 prisonniers), de même que les Chasseurs ardennais à Vinkt (près de 200 morts allemands, plus de 1600 blessés).

Henri Bernard met en cause également les clauses de la capitulation qui prévoyaient en fait une série de conditions qui sont contraires à l’honneur militaire comme d’ouvrir les routes aux Allemands jusqu’à la mer et de livrer le matériel sans le détruire. Le soulagement des militaires à qui cette capitulation épargna la mort pose problème, car c’était reporter sur d’autres les sacrifices nécessaires pour vaincre l’hitlérisme. Mais il y a au fond de cette réaction tout l’esprit néfaste de la politique de neutralité, politique de repli sur soi, et d’une certaine couardise. En outre, le roi Léopold III a confié à son secrétaire particulier le Comte Capelle, à son Conseiller militaire Van Overstraeten , la démoralisation causée chez lui et à l’intérieur de l’Etat-Major de l’Armée par les défections de régiments flamands. C’est une des raisons avancées par Léopold III dans son livre blanc pour hâter la capitulation. Francis Balace écrit qu’elle repose sur la crainte que le roi avait que la conduite contrastée des régiments flamands et wallons ne pousse les Allemands à la même politique séparatiste qu’en mai 1940. « Ce qui est également important dans la pensée du roi » affirme-t-il « c’est de ne pas permettre à l’ennemi de tirer argument des défections de certaines unités, on aura compris qu’il s’agissait de certains bataillons de régiments flamands, pour mener une politique favorisant le séparatisme et niant le fait belge. »23 F.Balace, Fors l’honneur. Ombres et clartés sur la capitulation belge, in Jours de Guerre, t. 4, Jours de défaite, II, pp. 23-24, Crédit Communal, Bruxelles, 1991. Balace estime que Léopold III a décrit au Compte Capelle, non pas seulement la défection de petites unités, mais de régiments : « des régiments entiers se rendaient, l’armée belge devait demeurer dans l’ordre » (le Livre Blanc du secrétariat du roi Léopold III, déjà cité p.24, s’exprime presque de la même manière). Van Overstraeten décrit un Léopold III démoralisé dont la confiance a été sapée par les tergiversations des alliés, mais aussi « les défections d’unités flamandes ». (Van Overstraeten Dans L’étau, op. cit. p.350). La consultation de trois juristes Devèze, Pholien, Hayoit de Termicourt signale que « durant les dernières heures des unités se rendirent à l’ennemi sans ordre et que, hélas, certains officiers même manquèrent à leur devoir », termes que cite F.Balace, mais que l’on retrouve dans Le Livre blanc publié par Léopold III en 1946.

 

Autocensure, censure

Si par exemple, Hervé Hasquin a publié dès 198024 des chiffres chiffres globaux démontrant le manque de combativité des troupes flamandes, il n’en va pas de même d’autres auteurs. Par exemple, Jean Vanwelkenhuyzen dans Quand les chemins se séparent (op.cit.), cite des « notes inédites » du Comte Capelle rapportant que le roi lui avait dit : « Déclarer qu’il fallait se faire tuer jusqu’au dernier, c’est de la folie. Un soldat consent à mourir quand il est soutenu et quand son sacrifice peut servir le pays. Mais, dans les conditions indiquées, continuer à se battre c’eût été insensé : des régiments entiers se rendaient à l’ennemi. L’armée belge devait demeurer dans l’ordre, elle ne pouvait mourir dans la débandade. » Nous avons déjà parlé de son extrême discrétion dans le même ouvrage concernant les redditions de troupes flamandes dont « l’impression du moment » tend à exagérer la portée. Mais il y a aussi un autre aspect: censurer de tels événements (ou s’autocensurer à leur propos).

Il n’existe pas un seul texte un peu continu, prenant comme sujet le manque de combativité ou la reddition volontaire d’une bonne moitié sinon même des fantassins flamande regroupés dans les 20 DI (ni ouvrage ni article, sauf un seul à notre connaissance, celui de G.Hautecler en 1980, 2 pages dans la Revue des chasseurs ardennais).

La question de savoir s’il s’agit de simples bataillons ou de régiments est oiseuse. La reddition en masse de trois bataillons sur les 4 du 41e de Ligne à Gand, le 23 mai, ne constitue pas effectivement « un régiment entier », mais c’est presque cela. De même le nombre de soldats désarmés à Gand la même journée et que Peter Taghon évalue à 8 ou 10.000, c’est celui équivalent à la composition de 2 ou 3 régiments d’infanterie au moins. Le passage à l’ennemi du 15e de Ligne le 25 mai au matin est bien celui d’un « régiment entier » entraînant par son mouvement les deux autres (et quasiment toute la 4e DI). Quant au 23e de Ligne de la 12e DI, c’est la moitié du régiment qui se rend le 26 mai, mais peu à peu les soldats de toute cette division désertent les combats pendant la nuit à un tel point que, bien longtemps après les événements, le Chef d’Etat-Major Général, O.Michiels, estime que sinon le 26, en tout cas le 27, cette Division « n’a plus d’infanterie ». Nous avons parlé des problèmes de la 14e Division dont un des colonels, le colonel Dothée estime que les deux autres régiments ne se sont pas battus. On a aussi évoqué la 13e DI qui, après les problèmes rencontrés le 23 mai, ne réapparaît plus vraiment dans les combats. G.Hautecler ou Eric Simon parlent, l’un, de plus de 25.000 soldats flamands se rendant en masse, l’autre de plus de 21.000. Certes ces redditions correspondent, en nombre, à l’équivalent de moins de 7 régiments (sur les 33 régiments flamands intégrés dans les DI que comptent l’armée belge).

Mais ces défections en entraînent d’autres, cette réticence à combattre rendent en fait non opérationnelles, à coup sûr (du 13 au 27) : six DI flamandes (la 14e, la 13e, la 4e, la 12e, la 16e), avec une partie de la 18e DI et surtout la 9e DI (elle se rend ou ne se bat plus).
Défection et manque de combativité

On peut évaluer la combativité des différentes DI de l’armée belge en mai 1940. 6 DI flamandes ont fait preuve d’une combativité nulle ou très faible, celles pour lesquelles on peut parler de défection quasiment complète (reddition ou inaptitude au combat) :

4e DI + 12e DI + 13e DI + 14e DI + 16e DI + 9e DI Six Divisions flamandes sur Neuf

La combativité de la 18e DI (partiellement flamande sauf son régiment wallon) est médiocre, de même que celle de la 6e DI partiellement flamande (sauf son régiment wallon). Trois divisions flamandes peuvent être jugées avoir combattu courageusement : la 11e DI, la 1ère DI et la 2e DI. La 11e DI et la 2e DI ont tenu le canal de la dérivation pendant la bataille de la Lys, contre-attaquant plusieurs fois. La 1ère DI a défendu la Lys au sud de Courtrai.

1ère DI, 2e DI, 11e DI Trois Divisions flamandes sur 9

Les régiments wallons de chasseurs à pied des 5e DI et 10e DI ont tous et toujours tenu fermement le front qu’ils avaient reçu l’ordre de défendre de même évidemment que les deux Divisions ardennaises qui ont été citées plusieurs fois à l’ordre du jour de l’armée : les 1er et 3e Chasseurs ardennais ont même obtenu une lourde victoire le 27 mai contre les Allemands à Vinkt. Les régiments de la 8e DI (13e – cité à l’Ordre du Jour de l’armée le 26 mai – les 21e et 19e), ont tenu solidement la Lys du 23 au 26 mai. Même éreintée par les combats, largement affectée par les morts, les blessés et les captures notamment du 26 mai, durant le franchissement de la Lys, et alors qu’elle était déjà usée par sa retraite de 90 km depuis Namur, la 8e DI a continué à se battre pour ne vraiment fléchir qu’aux dernières heures du 27 mai. La 3e DI, fortement éprouvée par sa retraite depuis Liège et par les combats terribles au nord dc Courtrai le long de la Lys, parvient encore à former des dizaines de groupes de combat (de 1500 à 2000 hommes), qui seront incorporés à des divisions en ligne. La 15e DI, pourtant division de deuxième réserve (donc mal équipée), se bat bien mieux que certaines divisions d’active ou de première réserve. Certaines de ces divisions continueront à combattre même après l’heure fixée pour la capitulation sans condition par le général allemand le 28 mai à 4h. du matin. Il est bien sûr inutile de rappeler la combativité des 1ère et 2e Divisions de Chasseurs ardennais. On a donc huit divisions wallonnes sur 8 qui ont fait front aux Allemands jusqu’au bout :
3e DI+5e DI+8eDI+10e DI+15eDI+17eDI+1èreCha+2eCha Huit divisions wallonnes sur huit [Cha = Chasseurs ardennais]

Rappelons que la 18e DI, la 7e DI et la 6e DI ont deux régiments flamands sur 3. Les comportements de leurs 6 régiments flamands mais aussi de plusieurs des 3 régiments wallons sont considérés comme moyens par Eric Simon (article à paraître en mars)

Luc Devos pense qu’il faut invoquer la question de la langue (à côté d’autres déficiences comme le ravitaillement, le camouflage, la dotation en munitions), pour certains régiments un peu déficients de la 7e DI : « Les gradés étaient principalement d’origine francophone, tandis que la majorité de la troupe était néerlandophone. Les contacts n’en étaient donc pas facilités, mauvaise compréhension, et interprétation erronée faisaient partie du quotidien. »25

Il y a eu aussi l’idée – typique de la politique de neutralité – que l’armée belge ne faisait pas la guerre comme les Alliés, mais uniquement pour défendre son territoire et rien d’autre, ce qui est une exacerbation des sentiments d’Albert Ier en 1914. Jean Stengers estime avec beaucoup d’autres que les Alliés français et anglais n’ont pas été clairement et préalablement mis au courant de la capitulation du 28 mai. Elle a bien failli hypothéquer le rembarquement des Alliés à Dunkerque auquel Henri Bernard aurait voulu voir les troupes belges participer (mais l’armée belge en Angleterre aurait été à 70% wallonne ?). L’argument selon lequel une résistance de l’armée belge aurait nui aux réfugiés encombrant l’arrière du front est contredit par Henri Bernard. Il estime que la mobilité des unités de l’armée à l’arrière du front n’a pas été vraiment entravée par la présence de ces réfugiés. Après la percée allemande de part et d’autre de Courtrai, réalisée le 24 mai au soir, on a vu monter en ligne, dans les trois jours qui restaient, un grand nombre de Divisions de l’arrière et traverser avec rapidité ce territoire prétendument encombré. Soit de 70 à 100.000 hommes : la 10e DI, la 9e DI (certes proches de Courtrai), la 2e Division de Cavalerie (venant de la Flandre zélandaise), la 15e DI (venue du littoral), une partie de la 6e DI (venue du canal de la dérivation) et enfin la 60e DI française qui traversa toute la Flandre occidentale le long du littoral du 27 mai au 28 mai. Enfin, Hitler avait interdit le bombardement des villes flamandes.
Les causes des redditions et faiblesses flamandes

Autant de très nombreux officiers et soldats wallons ne pouvaient que s’indigner des redditions ou de la mollesse des combattants flamands, autant nous devons tenter de comprendre – sans juger – les raisons des comportements flamands. Mais il faut à la fois comprendre les raisons des comportements flamands et … les raisons pour lesquelles les Wallons ne pouvaient pas les comprendre. C’est la seule façon d’être vraiment autocritique.

Certes, comme Eric Simon l’écrit, la 14e DI a été mal employée, la 13e DI était épuisée (lors de son écroulement), par une marche forcée depuis Anvers. Mais des divisions wallonnes ont été soumises aux mêmes efforts et à des aléas analogues. Pour expliquer les raisons des comportements flamands, par contraste avec la vaillance de la plupart des divisions wallonnes, il faut évoquer la mémoire de 1914. Il faut le faire tant en ce qui concerne les combats sur l’Yser que les atrocités allemandes d’août 1914 qui ont durement et principalement frappé les habitants de la Wallonie, les plongeant dans l’horreur, même si les Wallons n’étaient pas alors visés en tant que tels (contrairement aux bombardements allemands de 1940 qui ne visèrent que les villes wallonnes, selon l’ordre exprès d’Hitler, mais les soldats n’en eurent sans doute que peu ou pas connaissance). On pourrait dire que les Wallons ont gardé la mémoire de l’Yser et des massacres d’août 1914, ce qui ne les dispose pas bien à l’égard des Allemands et les stimule à la Résistance. Les Flamands ont moins de souvenirs atroces de 1914 et par ailleurs, la mémoire de la guerre est chez eux la mémoire d’un mépris de leur langue par l’autorité militaire, le souvenir des tristes conditions de vie du soldat, ce qui lie le tout à la montée d’un nationalisme flamand au départ démocrate et émancipateur. Certes, le pacifisme et la condamnation de la guerre existent aussi côté wallon. Mais il ne contredit pas nécessairement le patriotisme et cela sera encore plus vrai en mai 1940. D’autant que l’idéologie qui se déploie derrière l’armée allemande n’est pas ignorée de tous.

Georges Hautecler, l’auteur du seul article sur cette question que nous ayons pu trouver, met l’accent de manière progressiste et sociale sur la dureté du régime des soldats mobilisés en 1940, ainsi que des sous-officiers, mal payés, dont les ménages ne bénéficient que d’indemnités dérisoires. Alors que les officiers réservistes sont payés comme leurs homologues de l’active. Il insiste aussi sur la propagande allemande qui a travaillé selon lui la 4e DI et la 9e DI. Mis en face du chiffre donné par G.Hautecler de « plus de 25.000 soldats flamands s’étant rendus », Richard Boijen dans De taalwetgeving in het belgische leger met en cause : la Dynastie, la direction de l’armée, le Parti libéral et le mouvement wallon qui ont tout fait pour freiner la flamandisation de l’appareil militaire.26

On peut accepter l’explication de Richard Boijen, mais il faut admettre aussi que les soldats et officiers wallons, qui ont pu percevoir ces redditions, n’y ont pas compris grand-chose. Il leur est plus que probablement apparu qu’un combat linguistique ne pouvait interférer dans la résistance à un agresseur comme l’Allemagne, tant celle de 1914 que celle de 1940, même compte non tenu des atrocités connues de 1914 et de celles qui se révéleraient après 1940, mais dont beaucoup n’ignoraient quand même pas la possibilité : ce régime raciste était connu. IL ya plus : l’Allemagne impériale ou hitlérienne, par ses deux agressions injustifiables contre la Belgique, ne pouvait-elle apparaître, aux yeux des Wallons de 1940 (mais aussi des Flamands ?), comme coupable d’atteintes aux droits de l’homme et des peuples infiniment plus graves que les vexations linguistiques ? Certes, ces vexations, le peuple flamand y lisait, liée à l’humiliation nationale, l’humiliation des dominés, en général, alors que, en Wallonie, la condition de dominés (d’ouvriers, de paysans ou de soldats selon la formule célèbre), était perçue non à travers le prisme nationaliste, mais à travers l’analyse sociale ou socialiste en général. Ajoutons à cela que l’unilinguisme voté en 1921 par la Flandre ou la flamandisation de l’armée en 1938 s’imposèrent à la faveur de la majorité numérique détenue par les Flamands au Parlement national belge. On ne le dit jamais assez : le fait que les Flamands aient choisi de défendre leur langue propre était sans doute légitime, mais était aussi une manière d’imposer aux Wallons, encore mal francisés, la connaissance, au-delà du français, qu’ils commençaient à peine à pratiquer, du wallon, dont ils usaient encore largement, d’une langue, le flamand ou le néerlandais, dont on ne savait pas qu’elle allait être au programme national, dont on ne voyait pas pourquoi elle devait y figurer. De plus cette langue fut imposée sans le consentement wallon (1921, 1938, 1962). Le prix payé par les Wallons à cet égard ne cesse de grossir, pour des injustices qu’ils n’ont pas commises ou dont on peut relativiser la gravité.

Les Wallons – et pas seulement les cadres comme on le dit souvent – ont pu anticiper sur les conséquences de cette obligation et s’en irriter comme d’une vexation inutile, s’en effrayer aussi. Même si c’est la bourgeoisie qui imposa le français comme seule langue officielle en 1830, on peut estimer que le choix de cette langue faisait partie d’un contrat national implicite que les votes – Flamands contre Wallons – de 1921 (unilinguisme en Flandre), et de 1938 (flamandisation de l’armée), venaient déchirer. Les Wallons étaient à l’époque (le demeurent ?), des « nationalistes belges » (au sens neutre du mot « nationalisme »), par conséquent dans l’attente logique que se maintienne une langue commune (qui n’était pas leur langue à tous loin de là en 1830 et même longtemps après), pour se parler au sein d’un même pays.

Ce « nationalisme belge » des Wallons peut expliquer que les visites du roi aux armées avant 1940, même dans les régions très à gauche comme la région liégeoise, n’aient pas créé d’incidents, alors qu’ils n’en alla pas de même lors de la visite à certaines unités flamandes comme, précisément, la 4e DI. Face à l’Allemagne hitlérienne, et malgré la politique de neutralité, en raison de tous les souvenirs de 1914 (atrocités et Yser), il nous semble juste de dire que la Wallonie voulait résister, ce que prouve d’ailleurs ensuite sa participation majoritaire à la Résistance militaire et intellectuelle (la presse clandestine). Nous n’admettons pas bien le doute de Francis Balace sur la volonté de se battre en Belgique en général, doute qu’il émet souvent. Ou même l’idée (qui vient du général Michiels), que les Wallons se battirent « pour l’honneur ». Cela, c’est une idée de militaire de carrière. Les soldats wallons sur la Lys se battirent parce qu’ils avaient l’espoir ou la rage d’arrêter les Allemands. Tout ce que nous venons de rappeler et la conduite des régiments wallons en mai 1940 prouve bien la volonté de résistance de la population en Wallonie, comme l’enthousiasme au moment de l’entrée des armées françaises les 10 et 11 mai.

Ce qui est grave, c’est le peu de cas que Léopold III a fait de cette volonté de résistance en capitulant à la fois militairement, le 28 mai 1940 – décision hâtive – et politiquement ensuite durant les années d’occupation.
La fausse leçon du passé figé

Nous ne savons si l’histoire « donne des leçons », mais il y a au moins une fausse leçon que donne la perception du passé, figé, par essence, c’est l’idée d’un déterminisme absolu de l’histoire, le sentiment que les choses qui se sont produites ne pouvaient se dérouler autrement et que l’avenir est à considérer également comme écrit d’avance.

L’intérêt de l’article d’Eric Simon qui précède celui-ci est de venir briser une des premières lignes de défense des apologètes du chef de l’armée belge, Léopold III. On prétend qu’il aurait vu clair dès avant même la guerre et en tout cas avec le franchissement de la Meuse par les blindés allemands à Dinant et Sedan les 13 et 14 mai. A-t-il vu clair ou n’était-il que sceptique et défaitiste comme son père ? Les prévisions qu’il faisait n’étaient-elles pas réalisées aussi en fonction de la volonté de s’exposer le moins possible à la nécessité d’une résistance en général, et d’une résistance à Hitler en particulier, ce qu’illustre évidemment la politique de neutralité qu’il avait choisie en 1936 ?

Eric Simon va même plus loin et s’étonne que, en mai 1940, l’armée belge n’ait pas pris l’initiative de contre-attaques sur le flanc allemand des divisions se ruant vers la France. D’autant plus que la doctrine belge, élaborée par le général Nuyten, lui prescrivait d’opérer ces contre-attaques en cas de supériorité numérique sur l’adversaire, ce qui a été le cas durant plusieurs jours du mois de mai27. Il y a là sans doute une volonté de ne pas mécontenter l’Allemagne qu’on retrouve lors de la capitulation ou lors du placement de ces pancartes par des officiers de l’Etat-Major, le 27 mai à la frontière franco-belge, derrière l’Yser, ICI BELGIQUE, dans l’espoir d’éviter une charge de blindés allemands, soulignant que la « Belgique » n’était pas indissolublement jointe aux alliés28.
Plus grave que la divergence entre Wallons et Flamands

Il y a plus que le contraste entre le manque de combativité des régiments flamands et la vaillance des régiments wallons, c’est le fait que l’état d’esprit des soldats wallons était vraiment antithétique du pessimisme et du défaitisme de l’Etat-Major de l’armée et du roi, son commandant en chef. Déjà en 1914, le roi Albert Ier ne fit pas la guerre dans le même état d’esprit que l’opinion publique. Car il estimait qu’il ne devait se battre que par respect des engagements internationaux et non par ce réflexe patriotique qui est le fait des gueux selon Péguy (« Depuis les cités grecques et même avant, les Cités sont défendues par les gueux et livrées par les riches, car les riches n’ont que des biens temporels à perdre tandis que les gueux ont à perdre ce bien : l’amour de la patrie. »). C’est ici qu’il faut rappeler la citation en exergue de Robert Devleeshouwer.29

Le désaccord profond entre le roi et le gouvernement à Wijnendaele en découle. Il est possible que les ministres se faisaient des illusions sur la capacité de résistance de la France, mais on se fait parfois aussi des « illusions » (le mot est-il même bien choisi ?), par volonté de résister et de combattre. Cette volonté existait chez les soldats wallons. On peut comprendre qu’une majorité des soldats flamands ne la partageaient pas ou moins, mais ce n’était pas nécessairement pour les mêmes raisons que celles du roi…

Si le monde populaire en Flandre n’avait guère de sympathie pour une résistance de l’armée (la reddition de Gand le montre), pour des raisons directement pacifistes, sociales et flamandes, la réticence du roi à résister à l’hitlérisme et à l’Allemagne relevait de l’inquiétude pour son pouvoir. Les raisons avancées de type humanitaires (ménager les soldats, songer aux réfugiés qui pouvaient pâtir des combats), ou militaires (l’armée allait se disloquer), cachent le fait que le roi poursuivait une politique de neutralité liée à son maintien au pouvoir. On le voit bien aussi au fait qu’il ait eu si peur que la conduite contrastée des régiments flamands et wallons n’entraîne les Allemands à une politique favorable à un séparatisme qui l’aurait exclu.

Ce sont des raisons différentes qui ont poussé les Wallons à accepter l’autorité des cadres de l’armée et les Flamands à la rejeter peu ou prou. Mais derrière cela, il est absurde de considérer que les Wallons pouvaient se trouver mieux que les Flamands d’une armée demeurée d’esprit francophone. Parce que la flamandisation de l’armée entraînait aussi sa wallonisation et ne présentait aucun avantage pour les soldats wallons. Chantal Kesteloot estime absurdement que les Flamands ont bâti leur identité sur des souvenirs de dominés, et les Wallons sur des souvenirs de dominants.

C’est faux. Les Wallons ont pu éprouver en 1921 et 1938 la rupture d’un contrat national. En mai 1940, ils ont été vaincus dans des circonstances rendues plus pénibles encore parce qu’ils pensaient pouvoir compter sur un partenaire flamand qui démontra de graves défaillances face à la plus terrible expérience de l’humanité qu’est la guerre, surtout quand, après l’angoisse et la peur, on est du côté des vaincus et par quel barbare ennemi ! Et quand les quolibets des camarades de combats flamands, même officiers, en rajoutent à une défaite humiliante (voir plus loin le témoignage d’André Delplanque).

Les cris séparatistes du Congrès National Wallon d’octobre 1945 n’expriment pas la joie honteuse de vainqueurs ni la revanche de dominants. Ils expriment la détresse de ceux qui au pire moment de la vie d’une Nation s’aperçoivent qu’elle n’existe plus parce que ceux sur qui ils croyaient pouvoir compter s’esquivent. On s’interroge sur les traces que laisse encore aujourd’hui en France la défaite de juin sans voir que les Wallons – en tout cas eux – ont bu à la même coupe de l’humiliation, de la peur et de la trahison (celle du roi, celle des Flamands, car elle fut perçue comme cela). Il y eut cette amertume de ne pas pouvoir partager l’épreuve de la défaite avec une partie des Flamand. A tout cela s’ajoutera une Résistance menée par le petit peuple de Wallonie encore une fois en contradiction avec le roi des Belges et les dominants de ce pays. Qui fut une autre rupture du contrat national. Et le maintien des prisonniers de guerre en Allemagne, la libération des Flamands, nouveau sentiment de trahison en défaveur de singuliers « dominants », étrangers par leur classe à la bourgeoise francophone flamande et bilingue.

Refoulement, autocensure et mensonges : dire la vérité, toute la vérité

Tant la rupture de 1921 et de 1938 (l’imposition du néerlandais comme langue nationale), que la rupture de mai 1940 – l’opposition dans la conduite face à l’ennemi des régiments flamands et wallons – font partie d’un refoulé de l’histoire. Hannah Arendt a dit à juste titre qu’un « événement qui n’est pas raconté n’a pas eu lieu ». La rupture avec Léopold III est plus éclatante, elle n’a pas été oubliée, mais, d’une part, elle est sans cesse contrariée par les thuriféraires omniprésents de la Dynastie et, par ailleurs, l’une de ses sources en est largement ignorée : l’étrange campagne des dix-huit jours.

L’histoire, comme toute science, est la recherche des causes des phénomènes. Quand ces causes nous échappent, nous ne comprenons plus le passé ni le présent ni l’avenir. Ulcérés par le retour du roi en 1950, les Wallons parvinrent à le chasser en reprenant les armes morales et matérielles de mai 1940 et de la résistance. Mais les Flamands furent à leur tour ulcérés de voir leur majorité contredite par un peuple insurgé, dont ils assimilèrent la victoire à celle de la bourgeoisie francophone, étrangement.

En ce sens, les grèves de 1960-1961, qui reproduisent à certains égards, mais pour d’autres motifs, le schéma de l’insurrection de juillet 1950, parce qu’elles furent réprimées et n’aboutirent pas vraiment, peuvent être considérées comme la revanche de la Flandre sur 1950. C’est après 1961 que celle-ci va parfaire ses conquêtes linguistiques et à nouveau en les imposant (vote des lois de 1962, Flamands contre Wallons, annexion des Fourons, Walen Buiten de 1968). La logique que la Flandre va imprimer à ce combat va peu à peu inciter ses adversaires à faire prévaloir sur les revendications économiques et sociales de la Wallonie, une solidarité francophone mal définie et qui semble avoir la préséance sur l’affirmation wallonne.

Si un nationalisme belge mal assumé et mal dépassé a fini par éteindre en nous la mémoire de ce que François Simon nomma à la tribune du Congrès National wallon de 1945 « [les] choses effroyables que nous avons vécues en 1940 [...] [les] trahisons de la Lys et du Canal Albert », c’est parce que nous n’arrivons pas à nous assumer et que la propagande belge nous y aide. Mais pas seulement. Il y a aussi l’autocensure. J’avoue que ce qu’il reste en moi de nationalisme belge a longtemps hésité à parler de la contradiction entre les régiments flamands et wallons de mai 1940, alors que, tout bien réfléchi, croire que faire le silence sur cela c’est ménager les Flamands est faux.

On ne bâtit rien sur les refoulements et les mensonges. Ne substituons pas au mensonge belge un mensonge francophone accroché à une solidarité qui n’est pas assez définie. Il n’y aura de Wallonie ouverte et réconciliée avec elle-même et avec Bruxelles et la Flandre que si nous nous disons la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. C’est ce que j’ai essayé de faire ici même pourtant en rappelant une vérité déplaisante : le fait que les troupes flamandes de mai 1940 ont, non pas toutes certes, mais en grand nombre, et majoritairement, sans savoir ce qu’elles provoquaient chez l’autre peuple, en estimant que ni la Guerre, ni la Belgique n’en valaient la peine, laissé tomber leurs compatriotes wallons face à la Mort, face à Hitler.

« Un événement qui n’est pas raconté n’a pas eu lieu. » Il n’était pas trop tard d’essayer qu’il le soit. Souvent, pour les questions de langue, pour leurs difficultés sociales, pour le fait qu’on ait passé outre à leur avis en 1950 et maintenant parce que nous sommes en difficulté économique, les Flamands nous reprochent nos « injustices », voire même, comme, récemment, un éditorialiste flamand dans Le Soir, nous reprochent de « ne pas connaître leur histoire ». Il y a trop de gens qui considèrent comme acquis le fait que la domination du français en Belgique a été purement et seulement une « injustice ». Il y a trop de gens qui, encore plus absurdement, considèrent que ce sont les Wallons qui l’ont commise. Ecoutez les raisonneurs : pour eux tout cela serait acquis. Cela ne l’est pas !Tant de Wallons croient juste de leur emboîter le pas ! Ils ne savent rien des vraies et claires raisons pour lesquelles les Wallons n’ont pas à se culpabiliser. Ni de ne pas connaître le néerlandais. Ni de subir des difficultés économiques. Ni d’avoir été les principaux « injustes » vis-à-vis des Flamands. Ils ne voient pas que c’est se comporter de manière coupable, comme des vaincus, de n’admettre que les raisons des autres et donc leur pouvoir à la manière pétainiste de juin 1940. Se réconcilier, n’est pas se soumettre, mais se confronter. Cela manque aux Wallons comme aux Flamands. Le 28 mai 1940 (défection des régiments flamands), et le 31 juillet 1950 (tentative de formation d’un gouvernement wallon au cœur de l’émeute), la crise nationale belge se lit bien en deux moments paroxystiques.

Il faudra se serrer la main, mais après une vraie explication.

1. Comme le montre le livre de Ludo De Witte, L’assassinat de Lumumba, Karthala, Paris, 2000.
2. Jean Duvieusart, La question royale, crise et dénouement, Bruxelles, 1975.
3. Léopold III, Pour l’histoire, Racines, Bruxelles, 2001.
4. Le gouvernement provisoire wallon de 1950
5. José Fontaine, Le gouvernement wallon de 1950, in La Cité, mai 1979, Toen Wallonië bijna een Republiek was, in De Morgen, juin 1980, in La Cité, juillet 1990, sous ce même titre dans Les faces cachées de la monarchie belge, TOUDI n° 5, Contradictions n° 65-66, Quenast-Walhain, 1991et l’article Gouvernement wallon de 1950 in l’Encyclopédie du mouvement wallon, Institut Destrée, Namur, 2000, pp. 740-742.
6. Velaers et Van Goethem, Leopold III. Het Land. De Koning, De Oorlog, Lannoo-Tielt, 1994.
7. Philippe Destatte, Ceux-ci se sont battus vaillamment in Les combattants de 40. Hommage de la Wallonie aux Prisonniers de Guerre, Institut Destrée, Namur 1995, pp.9-16, L’identité wallonne, Institut Destrée, Namur 1997, pp. 193-195.
8. Jean Stengers dans Léopold III et le Gouvernement, Duculot, Gembloux, 1980 le souligne fortement, voyez pp.30-31. Il cite le Général Van Overstraeten, Dans l’étau, Paris, Paris, 1960, p.351. Nous reviendrons à plusieurs reprises sur cette appréciation. Livre Blanc publié par le Secrétariat du roi, Bruxelles, 1946 p.144.
9. Jean Van Welkenhuyzen, Quand les chemins se séparent, Duculot Gembloux, 1988, 2e Partie La Vérité Inverse, note 40, p. 395. Il conteste que ce soit des « régiments entiers » comme on le dit en 1940 (voir infra), et parle de batillons. Mais les bataillons constituent des régiments, les régiments des divisions etc.
10. Richard Boijen, De taalwetgeving in het Belgische Leger, Musée royal de l’armée, Bruxelles, 1992. Il estime, p.316 que les lois linguistiques ont toujours été votées à une large majorité par la Chambre et que la différence entre votes wallons et flamands atteint rarement plus que 10% alors que le vote de l’unilinguisme flamand en 1921 comme les lois linguistqiues de 1962 ont, au contraire, votées par une majorité de parlementaires flamands contre pratiquement tous les députés wallons.
11. John Horn, Alan Kramer, 1914, atrocités allemandes, Tallandier, Paris, 2005. Les auteurs donnent un relevé précis de ces atrocités et en particulier celles commises en Wallonie du 5 août au 5 septembre pp. 477-484, calculs qu’il faut corriger par les remarques des auteurs p.96, plusieurs incidents de meurtres de civils ou de destruction de leurs maisons pouvant être plus isolés.
12. Des renseignements à ce sujet peuvent être trouvés dans plusieurs ouvrages comme ceux de Raoul van Overstraeten (sur lesquels nous reviendrons), Henri Bernard, Jean Van Welkenhuyzen, Léopold III, Peter Taghon, Philippe Destatte etc. Mais plus précisément sur l’ordre de bataille de l’armée belge et l’appartenance linguistique des régiments, nous avons consulté Histoire de l’armée belge de 1830 à nos jours, Centre de documentation historique des forces armées, Bruxelles, 198, Tome II De 1920 à nos jours. On y découvre en particulier l’ordre de bataille, p.61, et l’appartenance linguistique de 21 des 60 régiments regroupés dans les 20 Divisions d’infanterie – DI -) p.61, régiments d’active ou de première réserve. Nous avons consulté aussi André L’Hoist La guerre 1940 et le rôle de l’armée belge, Ignis, Bruxelles, 1940, qui donne un aperçu de l’appartenance linguistique des 6 DI d’actives (de 1à 6), des 6 DI de première réserve (de 7 à 12), et des deux divisions de Chasseurs ardennais, soit 42 des 60 régiments d’active. Francis Balace dans Quelle armée pour la Belgique ? in Jours de guerre, ajoute des éléments comme la composition des divisions mixtes (comptant 2 régiments flamands et 1 régiment wallon), telles la 6e DI, la 7e DI et la 18e DI (où les trois régiments de carabiniers sont des régiments wallons). Il fait aussi des remarques sur certains problèmes linguistiques comme ceux du 15e de Ligne ou du 23e de ligne, la conduite honorable des régiments flamands d’artillerie etc. Ces renseignements accumulés sont regroupés aussi par Luc A.Lecleir, L’infanterie, filiations et traditions, Bruxelles, 1973, qui indique l’origine des régiments versés dans les DI en 1940. Nous avons aussi pu vérifier ces informations auprès de l’historien Eric Simon que nous citons dans cet article et qui en signe un autre dans cette revue.
13. Ces positions sont décrites dans plusieurs ouvrages. Celui d’Oscar Michiels (Chef de l’Etat Major Général en mai 1940), 18 jours de guerre en Belgique, Berger-Levrault, Paris 1947, décrit pp. 17-46 diverses positions de l’armée belge avant 1940 et en fin de compte (pp. 40-46) les positions de l’ensemble des troupes de l’armée belge le 9 mai au soir (croquis p. 41). De Fabriebeckers décrit ces positions dans La campagne de l’armée belge en 1940, pp. 70 et suivantes (avec des cartes et schémas à la fin du volume). De même qu’Henri Bernard, Panorama d’une défaite, Duculot, Gembloux, 1984, ouvrage abondamment cité dans l’article sur la bataille de la Lys que nous avons publié dans le numéro précédent de la revue. Enfin Eric Simon dans Coup d’œil sur la campagne de l’ouest (Partie III), évalue Le rapport des forces entre la Heer et l’Armée belge en mai 1940 (la « Heer » est l’armée de terre allemande) dans le Bulettin d’information du Centre Liégeois d’Histoire et d’Archéologie Militaire, Octobre-Dcémebre 2005, Tome IX, fascicule 8, pp. 25-44.
14. Un site internet consacré au 2e Régiment de Grenadiers (7e DI) : http://home.tiscali.be/mertense/gm2.htm, André Vandersande, Les carabiniers au cœur du combat, Collet, Bruxelles, 1985, P.Joseph Schaumans, Oorlogsbevelnissen. De eerste meidagen 1940 – Bruggehoodfd Velwezelt, Itterbeek, 1995 (ce livre est écrit par un sous-officier du 18e régiment de ligne).
15. On lira aussi les réflexions d’Henri Bernard (op.cit.), de de Fabriebeckers (op.cit.), de Philippe Destatte (op.cit.) et les réflexions de Lucien Champion, La guerre du sanglier, Coillet, Bruxelles, 1990, pp.34-35.
16. Luc Devos, La Belgique et la Deuxième Guerre Mondiale, Racine, Bruxelles, 2004, p.79.
17. Luc Devos, ibidem, p.80. Pour ces événements, voir aussi Oscar Michiels, Henri Bernard et Paul Berben et Bernard Isselin, Les panzers passent la Meuse, Laffont, Paris, 1967.
18. Eric Simon ne donne pas de chiffres sur le nombre de soldats qui se rendent mais les considèrent comme appartenant au 33e et 34e de Ligne (13e DI). Le Général Van Overstraten estime que ces deux régiments sont responsables du franchissemnt du canal de Terneuzen par l’ennemi le 23 mai, voir Dans l’étau, Plon, Paris, 1960, p.307 (il ne cite pas le numéro de la division mais par recoupement on peut comprendre qu’il s’agit de la 13e DI). La 13e DI n’est plus signalée par Oscar Michiels (op.cit.), comme participant aux combats.
19. On peut consulter, outre Oscar Michiels (op. cit. p.149), Henri Bernard (op.cit.) Peter Taghon, La reddition de Gand, légende et vérité in Jours de Guerre, n°2, 1991, pp. 115-123 et (ouvrage non consulté) Peter Taghon Gent, mei 1940, Historica, Gand, 1986.
20. Outre Henri Bernard, on doit citer ici le général van Overstraten dans Léopold III prisonnier, Didier-Hattier, Bruxelles, 1986, p. 27 qui accuse non seulement le 15e de Ligne mais aussi le 7e et le 11e de Ligne de la 4e Division.
21. Le Colonel BEM, A. Massart, Historique du 13e de Ligne, Centre de documentation historique des forces armées, Bruxelles, 1982, signale (p.118), la reddition de la 5e Compagnie du 16e de Ligne sur le flanc droit du 13e de Ligne.
22. Général Emile Wanty, Le milieu militaire belge de 1914 à nos jours, Tome II, Musée royal de l’armée et de l’histoire militaire, Bruxelles, 1999, p.255.
23. F.Balace, Fors l’honneur. Ombres et clartés sur la capitulation belge, in Jours de Guerre, t. 4, Jours de défaite, II, pp. 23-24, Crédit Communal, Bruxelles, 1991.
24. Hervé Hasquin, Historiographie et politique en Belgique, Editions de l’ULB et IJD, Bruxelles-Charleroi, 1996, p.203, note 46. Van Welkenhuyzen, op. cit. Duculot, Gembloux, 1988, p.131
25. Luc Devos, op. cit., p. 51.
26. Richard Boijen, De taalwetgeving in het belgische leger, op. cit.
27. Eric Simon, Coup d’œil sur la campagne de l’ouest (Partie III), Le rapport des forces entre la Heer et l’Armée belge en mai 1940, op. cit., p.38
28. C’est ainsi qu’Henri Bernard interprète cet étrange comportement.
29. Robert Devlesshouwer, a écrit : « En 1830, les forces politiques qui font la Belgique n’imposeront sa survie qu’à la condition que l’Europe y consente. Et les puissances finissent par y consentir, à condition que la Belgique soit à nouveau aliénée en partie. Avant son indépendance, elle (si elle était destinée à être) est aliénée par sa soumission à des pouvoirs étrangers qui la gouvernent. Après, elle n’existe que dans la mesure où elle est dépossédée de ses initiatives extérieures. C’est à cette composante négative de son existence qu’Albert Ier (lors de la première guerre mondiale) et Léopold III (lors de la seconde) répondent quand ils s’en tiennent strictement à l’idée que les devoirs de la Belgique l’obligent non à se survivre comme telle, mais à s’acquitter de ses devoirs envers ses garants, devoirs considérés comme limités à la défense militaire de son territoire, dans le sens le plus étroit du terme. Il faut d’ailleurs noter que dans les deux cas, cette interprétation limitée de l’indépendance nationale ne concordait pas avec les réactions d’une partie importante de l’opinion publique. » Quelques questions sur l’histoire de Belgique, in Critique Politique n° 2, Bruxelles, 1979, pages 5-38, p. 24.

Une publication du Centre d’études wallonnes et de République

 

 

 

http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gifLa campagne des 18 jours

source wikipedia

http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gif

La campagne des 18 jours débuta le 10 mai 1940 avec l’invasion de la Belgique par les troupes allemandes. Elle aboutit à la capitulation du 28 mai 1940.

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Les six premiers jours de la campagne : les panzers passent la Meuse

Campagne des 18 jours
Date 10 – 28 mai 1940

Lieu Belgique
Issue Victoire allemande
Belligérants
Reich allemand
Royaume de Belgique
République française
Royaume-Uni
Pays-Bas
Commandants
Fedor von Bock
Léopold III

 

 

 

La prise d’Ében-Émael et la Résistance des Chasseurs ardennais

En mai 1940, le conflit entre la France et l’Angleterre contre l’Allemagne dure depuis septembre 1939. L’écrasement de la Pologne par l’Allemagne, consommée dès octobre 1939, a entraîné l’alliance du Commonwealth britannique avec l’Empire français. Ces deux puissances engagées dans la campagne de Norvège font de cette guerre ce que l’on appelle déjà la Deuxième Guerre mondiale, alors que, le 9 mai 1940, le Danemark est occupé par l’Allemagne.
Depuis 1936, la Belgique, restée neutre, a profité de sa situation de non-belligérance pour bâtir une défense militaire aussi forte que possible contre l’Allemagne dont on appréhende l’attaque.

La 10 mai 1940, au moment de l’attaque allemande, la Belgique est parvenue à mobiliser un total de 17% de la population masculine de 18 à 40 ans, soit 8% de la population totale du pays. Il s’agit de pourcentages supérieurs à ceux des mobilisations de la France et de l’Angleterre. L’armée belge compte alors 650 000 mobilisés sur pied de guerre depuis septembre 1939 auxquels doivent s’ajouter 50 000 miliciens (conscrits) de la classe de 1940 plus les 40 000 espérés pour 1941 et plus de 200 000 jeunes de 16 à 20 ans dont les sursitaires pour 1939 et 1940 ainsi que 89 000 sursitaires et ajournés des années précédant 1939. Mais la précipitation des événements militaires qui allaient se produire à partir du 10 permit seulement de concrétiser une partie de cette levée en masse dont plusieurs dizaines de milliers de recrues sont envoyées en France avec l’accord du gouvernement de ce pays.

En plus 10 000 gendarmes sur pied militaire viennent s’ajouter aux mobilisés effectifs. En fait, un peu moins de 700 000 hommes sont répartis le long d’un grand arc de cercle qui s’étend de l’Escaut à l’Ardenne sur 500 kilomètres. L’armée belge se compose alors de :
• 6 divisions actives d’infanterie,
• 6 divisions d’infanterie de première réserve,
• 6 divisions d’infanterie de deuxième réserve,
• 2 divisions de Chasseurs ardennais, dont une division motorisée,
• 2 divisions de cavalerie motorisée,
• 5 régiments d’artillerie d’armée,
• 1 brigade de cyclistes frontière,
• 1 brigade de cavalerie portée,
• 2 régiments légers de gendarmerie,
• 3 régiments d’aéronautique,
• 2 régiments de défense terrestre contre avions,
plus les formations de troupes des services d’armée, des services territoriaux et des civils au service de la défense (fonctionnaires du ministère de la Défense nationale, personnel infirmier réquisitionné mais non mobilisé, policiers chargés du maintien de l’ordre à l’arrière).
Au début de ce qui sera la campagne des 18 jours de l’armée belge, se produisent deux faits contrastés qui relèvent des surprises de la guerre. Tout d’abord, le Fort d’Ében-Émael, réputé imprenable est pris le 11 mai, après 24 heures de résistance, grâce à l’emploi de charges creuses utilisées par des parachutistes déposés sur la superstructure du fort par des planeurs remorqués par avion depuis l’Allemagne. La nouvelle de la chute du fort porte un coup terrible au moral de l’armée belge.

À l’autre extrémité du pays, la division des Chasseurs Ardennais manifeste une combativité qui surprend les Allemands. Les Chasseurs ont été créés seulement depuis quelques années par conversion du 10e régiment de ligne considéré comme une des meilleures troupes de l’armée belge, déjà en 1830 et, surtout en 1914-18.

Surprenante résistance : Bodange, Martelange, Léglise, Witry, Chabrehez, Bastogne.

Le 10 mai, dans la nuit, sur la base de renseignements venus des attachés militaires belges et hollandais à Berlin, on sait que l’Allemagne va attaquer les Pays-Bas et la Belgique. L’alerte est donnée. Dans le Luxembourg belge, des mouvements inquiétants à la frontière et au Grand-Duché de Luxembourg confirment le bien fondé de l’état d’alerte. Aussi, le général Keyaerts, commandant en chef des Chasseurs ardennais, donne-t-il l’ordre de procéder, dans toute la province de Luxembourg, aux destructions prévues de longue date pour enrayer toute attaque. À 3 heures 45 du matin, les ponts sautent et les obstacles s’abattent sur les routes, complétant les chicanes construites en des points cruciaux du réseau de communication. En vertu d’une large délégation de pouvoirs qui donne aux Chasseurs ardennais la capacité d’entamer les opérations de la défense avancée de la province s’ils l’estiment nécessaire, le général n’a pas attendu l’ordre du grand quartier général belge. En plus de cette résistance, les Allemands doivent éliminer des barrages érigés par le génie belge, contourner des ponts détruits et construire des passerelles1. Un seul pont, celui de Butgenbach, près de Malmedy, échappe à la destruction à cause de citoyens belges d’origine allemande ralliés à l’Allemagne nazie qui guident un commando allemand qui parvient à désamorcer la charge explosive 2. L’offensive allemande débute alors que l’ambassadeur d’Allemagne à Bruxelles n’a même pas encore présenté l’ultimatum allemand au gouvernement belge.

Quand le jour se lève à Martelange, Chabrehez et Bodange, les Allemands tentent de passer sur des routes sinueuses à deux bandes de largeur parsemées de ponts sautés, d’épais murs et d’entonnoirs et environnées de champs de mines qui rendent dangereuses les tentatives de contournement des obstacles3. A la frontière belgo-luxembourgeoise, une petite compagnie de 50 chasseurs ardennais applique la consigne qui est de tenir la position à la condition de ne pas se laisser encercler. Les chasseurs s’opposent à des blindés précédés par une infanterie d’assaut. Ils résistent4, bloquant la masse des blindés qui accomplissent de ce côté la véritable offensive allemande visant le secteur de Sedan. Les canons des chars n’ont pas raison des massives fermes ardennaises et, pendant huit heures, le commandant Bricard et ses hommes résistent en appliquant la consigne en vertu de laquelle il était ordonné de résister tant qu’on ne recevait pas d’ordre de repli. Et cela même si le silence téléphonique pouvait faire craindre que les lignes soient coupées par l’ennemi. Cependant, les commandants locaux pouvaient prendre sur eux d’autoriser le repli de toute troupe qui se trouverait en risque majeur d’être faite prisonnière. Mais ce n’est qu’après la mort du commandant Bricard que les chasseurs rescapés de Bodange décrocheront pour rejoindre les lignes belges campées en deuxième échelon, au sortir des forêts. De fait, la 1re Division de chasseurs ardennais stationnait tout le long de la frontière, entre la Belgique et le Grand-Duché de Luxembourg, avec des détachements d’artillerie étalés en deuxième échelon en avant de la Meuse. À Martelange, la résistance des Chasseurs sera commémorée, après la guerre, par un monument représentant un sanglier, l’emblème des Chasseurs Ardennais, en position d’attaque.

L’état major allemand, constatant la résistance, pour lui, inattendue, des Chasseurs ardennais, ainsi que les difficultés de franchissement du dédale ardennais parsemé d’embûches (ponts sautés, chicanes sur les routes, etc…) 5 décida d’improviser un raid sur les arrières belges, décision prise par Hermann Göring maréchal de la Luftwaffe dès le 10 mai6. Ce genre d’improvisation -dans le style qu’illustreront les commandos anglais- ne correspondant pas à l’esprit de planification rigoureuse de l’attaque du 10 mai 1940, il en résultera un manque de rigueur face aux imprévus qui empêchera l’opération de réussir à cent pour cent7. Cent avions légers Fieseler Storch sont rassemblés dans des brefs délais. Ce sont des appareils de liaison capables d’atterrir sur des terrains accidentés, comme des champs, mais non prévus pour des missions de transport de troupes en zone de combats. Ils transportent chacun deux combattants en plus du pilote. Il s’agit de prendre les Belges à revers. La manœuvre est baptisée Niwy du nom des localités prévues pour les atterrissages, Nives et Witry. Mais l’opération va échouer partiellement car les avions ne sont pas armés et ne peuvent affronter le feu ennemi.

Aussi, confrontés à des tirs belges venus du sol, plusieurs appareils se déroutent-ils par des manœuvres d’évitement à basse altitude. Il en résulte que plusieurs pilotes sont désorientés et que quelques avions s’écrasent au sol et brûlent en dehors des terrains prévus qui avaient été sélectionnés en étudiant les cartes belges d’état-major que les Allemands possédaient depuis l’avant-guerre. Les rescapés coupent des lignes téléphoniques et arraisonnent des voitures civiles dans le but de se déplacer vers Witry, comme prévu, à l’origine8. Surgissent alors des troupes belges de second échelon de la ligne de défense Libramont-Neufchâteau accompagnées de chars T-15. Les Allemands fuient vers Witry. C’est là qu’arrive une deuxième vague de Fieseler Storch grâce à laquelle les « commandos » allemands peuvent repousser une deuxième attaque belge. Mais le but originel du raid n’est pas atteint, n’ayant pu entraver les itinéraires par lequel les Belges allaient faire retraite. Les « commandos » allemands foncent alors vers Fauvillers pour y joindre les troupes de la Wehrmacht qui venaient de vaincre la résistance des Chasseurs Ardennais de Bodange.

Pendant ce temps, les Français venus du Sud pourront s’installer, les 10 et 11 mai, le long de la Meuse, en territoire belge. Mais ils ne pourront empêcher la traversée du fleuve les 11 et 12 mai. Dans le reste de la province du Luxembourg, les Chasseurs ardennais appliquent la tactique qui leur a été enseignée. Ainsi, dans le sud de la province, après avoir détruit les ponts et créé des obstacles de toutes sortes, ils avaient l’ordre de se retirer en effectuant des tirs de couverture, laissant la place à des unités françaises, en accord avec l’état-major français. À Chabrehez, la résistance ardennaise utilise les fermes et des fortins en béton tout comme à Bastogne où le caporal de réserve Cadi se fait tuer dans son fortin bien qu’un blindé léger des chasseurs soit parvenu à mettre hors de combat quatre chars allemands avec son canon de 74. Dans les autres parties du Luxembourg belge, les feux d’interdiction et les destructions préparées à l’avance retardent l’avance allemande dont les troupes ne pourront se regrouper devant Sedan que les 11 et 12 mai en vue de la percée décisive. Les blindés légers français, étant entrés en Ardenne belge, dès le 10 ont pu reculer en bon ordre, mais en perdant la moitié de leur effectif, devant des panzers supérieurs par le nombre et la qualité de leurs cuirasses.
Finalement, les Allemands ne pourront attaquer vers Sedan que le 12. La résistance des Chasseurs Ardennais et l’échec partiel de l’opération Niwy (Nives-Witry) avaient accordé un léger répit aux Français du général Huntziger du secteur de Sedan.

Les panzers passent la Meuse, la bataille de la Lys

La surprenante résistance de Bodange obligea les allemands, pour réduire cette poignée d’hommes, à mettre en ligne trois mille soldats appuyés par un groupe d’artillerie et cela durant huit heures de combat, alors que les 50 soldats ardennais ne disposaient ni d’armes antichars, ni de leur artillerie divisionnaire (motorisée) qui servait en fait d’appui à la 7e DI en place sur le Canal Albert9. Cette résistance inattendue entraîna un retard d’une journée dans l’application du plan allemand d’attaque des Français à Sedan. Ce n’est que les 12 mai que la Wehrmacht put réussir à pénétrer les défenses de l’armée française des Ardennes qui, pourtant, avait eu deux jours pour se préparer. Aussi, l’attaque des Allemands vers la Meuse (en direction de Sedan et Dinant) leur permettra, en raison de la défense médiocre des divisions françaises en Ardenne et sur la Meuse à Sedan et Dinant de couper les forces alliées en deux en parvenant à Abbeville, sur l’Atlantique, le 21 mai.

Pendant la percée victorieuse des Allemands à Sedan, sur le front belge, le fort d’Ében-Émael tombait après 24 heures à la suite d’une attaque de commandos déposés par des planeurs et utilisant un nouveau type d’explosif. Le sacrifice d’escadrilles belges et anglaises bombardant les ponts du canal Albert ne suffit pas à enrayer l’avance allemande, un pont ayant échappé à la destruction et les Allemands ayant édifié un pont préfabriqué. D’autre part, un pont était tombé intact entre les mains de la Wehrmacht dans le Limbourg hollandais à la suite de la retraite précipitée de l’armée néerlandaise, ce qui découvrait l’armée belge sur sa gauche. Les Chasseurs ardennais participent à ces combats du canal Albert avec leurs propres unités d’artillerie. À ce moment, le plan belge était, depuis l’arrivée du général Champon, envoyé militaire du général Gamelin à l’État-major belge, d’obéir au plan du commandant en chef français. Et celui-ci donne l’ordre d’avoir à se retirer derrière une ligne de défense allant d’Anvers à Wavre où l’armée belge pourrait faire face avec les alliés franco-anglais. Le trou entre Wavre et Namur avec sa position fortifiée, était à combler par des troupes françaises. Une importante bataille de blindés est menée du 12 au 14 mai à Hannut, puis dans les environs de Gembloux. Mais depuis que les panzers ont passé la Meuse en perçant les défenses françaises, il n’y a pas moyen de reconstituer un front continu allié et les Belges se retrouvent isolés à Namur dont la position fortifiée doit être abandonnée par le VII CA belge le 15 mai à la suite du retrait du V CA français commencé le 12 sans prévenir l’État-major belge qui sera mis devant le fait le 1510. Ensuite, les armées française, anglaise et belge ne peuvent tenir la ligne Anvers-Wavre. L’armée belge tient trois jours sur la Dendre, puis effectue le repli vers l’Escaut avec les Français. Il est alors décidé que l’armée belge doit mener une bataille d’arrêt que l’on appellera la bataille de la Lys, (mais certains auteurs militaires belges estiment, comme le fit le général Weygand le 21 mai, qu’il aurait mieux valu se battre sur l’Yser (comme en 1914), coupure plus facile à défendre).

La capitulation du 28 mai, la bataille de Dunkerque

La faiblesse au combat de certaines divisions d’infanterie flamandes et la reddition de certaines d’entre elles expliquent, a posteriori, la crainte de commandement belge de voir la combattivité de l’armée belge se caractériser sur une base wallons-flamands car on pouvait identifier l’appartenance flamande des unités depuis la réforme de 1938 qui scindait l’armée belge selon des critères linguistiques. Il y a aussi, pour expliquer la dureté de la pression de la Wehrmacht, la volonté des généraux allemands pressés de prouver qu’ils peuvent faire aussi bien que leurs collègues du sud avec le « coup de faucille » à travers l’Ardenne.
Le front belge de la Lys est percé au milieu de la journée du 27 mai, au bout de cinq jours de combats. D’autre part, les troupes anglaises abandonnent la droite de l’armée belge pour retraiter précipitamment en vue de se rembarquer à Dunkerque. Dès ce moment, le roi et l’État-major belges se sentent abandonnés, ainsi que le relatera l’attaché militaire anglais auprès du roi Léopold III, l’amiral sir Roger Keyes. Celui-ci attestera qu’il s’est agit d’une manœuvre imposée au général en chef, lord Gort par une décision du gouvernement anglais. Et Keyes de citer une phrase de lord Gort qui mérite d’être appelée une parole historique : « Les Belges vont-ils nous prendre pour des salauds ? »11
Dès ce moment, Léopold III, qui s’estime trahi, envisage de capituler malgré l’opposition de son conseiller militaire, le général Raoul Van Overstraeten (cf. bataille de la Lys). Le roi prévient le roi d’Angleterre par une lettre personnelle qu’il fait porter à Londres et avise le général en chef français de l’armée du nord, le général Jean Blanchard que l’armée belge est au bord de l’effondrement, isolée et bientôt à court de munitions. Le message est capté par le service français d’écoute radio du colonel Thierry12. Paul Reynaud, premier ministre français prétendra plus tard que le roi Léopold III ne prévint pas ses alliés. (Mais c’est Reynaud qui n’était pas au courant de la réalité comme l’a prouvé sa stupeur, le 15 mai, quand il dû reconnaître, devant Churchill qu’il ignorait que le haut commandement français n’avait plus de réserves). Les forts de l’Est de la Belgique, dont certains continuent à combattre, (le dernier – le fort de Tancrémont- Pépinster résiste même jusqu’au 29 mai, par ignorance de l’acte de reddition du 28), seront inclus dans les exigences allemandes par un ordre spécial du roi Léopold III. Celui-ci décide de rester en Belgique, se considérant prisonnier comme ses soldats, contre l’avis du gouvernement qui fait retraite en France (après la défaite française, il gagnera Londres). L’armée belge cesse le combat le 28 mai à 4h. du matin après que le roi ait donné son accord au général Raoul Van Overstraeten pour soustraire à l’emprise allemande les soldats français de la 60e division en les faisant conduire dans des camions belges vers le 16e corps français, à Dunkerque.
Ce qui reste de l’armée belge est capturé en sa quasi totalité, un peu plus de 500 000 hommes. Mais les Français et les Britanniques vont défendre un périmètre autour de Dunkerque jusqu’au 4 juin et gagner cette bataille de Dunkerque qui permettra le rembarquement d’une partie des troupes britanniques et de nombreux Français. Mais les prisonniers seront tout de même au nombre d’un million avec un nombreux matériel. Pour le professeur Henri Bernard, une meilleure liaison avec les Alliés aurait permis à l’armée belge de tenir plus longtemps et de faire passer au Royaume-Uni jusqu’à l’équivalent de 5 ou 6 divisions13.
Bilan
Côté belge, la campagne des dix-huit jours a coûté la vie à environ 6 300 militaires belges, sans compter les blessés négligés par les Allemands et qui décéderont plus tard dans des hôpitaux belges. Le sort des militaires belges ne fut pas certain dès la capitulation, car les Allemands ne savaient pas encore ce qu’ils allaient faire d’eux. Des hommes qui avaient été faits prisonniers pendant les combats étaient parqués dans des camps provisoires mal gardés et éparpillés à travers la Belgique et une notable partie d’entre eux parvint à fuir, surtout tout au début de leur incarcération, 150 000 approximativement. Le reste fit l’objet d’un tri opéré par les Allemands pour sélectionner les hommes qu’ils considéraient comme des spécialistes nécessaires pour faire fonctionner l’industrie, l’administration et les transports en commun du pays occupé qu’ils comptaient bien utiliser à leur profit. À ce titre, un peu plus de 300 000 hommes furent libérés. Parmi eux, un certain nombre d’officiers qui allaient être obligés de pointer régulièrement au siège d’un office de contrôle nommé « OTAD ». Le reste des militaires belges, plus ou moins 215 000, fut transporté en Allemagne, en train ou en bateau. Les officiers furent internés dans les Oflags (Offizierslager), principalement à Prenzlau, Tibor et Luckenwalde. Les autres militaires furent envoyés dans les stalags (Stamm-lager camp de base).
Dans le cadre de la Flamenpolitik, Hitler décida la libération des miliciens, sous-officiers et officiers de réserve néerlandophones. De nombreux miliciens francophones, dont pratiquement tous les Bruxellois, réussirent à passer le test linguistique et perçurent le Entlassungsschein leur permettant de regagner leur foyer. Au total, cette sélection à base ethnique entraîna la libération de 79 114 prisonniers selon un décompte allemand. Mais 30 000 militaires de carrière néerlandophones, y compris des officiers qui manifestaient un patriotisme qui heurtait les Allemands, restèrent prisonniers jusqu’à la fin de la guerre. Il resta donc un peu plus de 105 000 militaires belges dans les camps jusqu’à la fin de la guerre. D’autre part, 770 prisonniers parvinrent à s’évader au fur et à mesure des années et 12 476 malades graves furent rapatriés dans le cadre d’accords patronnés par la Croix-Rouge internationale, mais 1 698 prisonniers moururent en cours d’internement.

source wikipedia

 

 

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

16 janvier 2013

PRESENTATION DE L’ARMEE FRANCAISE 2ème partie 1934

Classé sous — milguerres @ 9 h 37 min

 

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PRESENTATION DE L’ARMEE FRANCAISE 2ème partie

 

VOIR : Première Partie : La composition des Armées à partir de 1914

source :http://www.atf40.fr/ATF40/documents/chapitre%201.pdf

 

…/…

B – Organisation hiérarchique du commandement militaire de l’armée de terre .
En août 1939, l’armée de terre sur le territoire métropolitain se trouve sous les ordres du chef d’état-major de la
défense nationale, le Général Maurice Gamelin. Il est lui-même aux ordres du président du Conseil et ministre de la
défense nationale, Monsieur Edouard Daladier.
Le chef des armées selon les lois constituantes de 1875 est le Président de la République. C’est Monsieur
Albert Lebrun qui est alors en poste depuis 1932.
Mais c’est en fait le Parlement qui décide de déclarer la guerre ou des options à prendre puisque le
gouvernement est responsable devant les députés et sénateurs.
35
C – L’organisation de l’armée de terre en août 1939 en métropole.
Comme nous avons pu le voir dans le premier chapitre de cette partie, l’articulation de la France métropolitaine
en dix-huit régions militaires est instituée par la loi du 24 juillet 1873.
Le 22 décembre 1913 sont créées deux régions militaires supplémentaires par réorganisation des régions
existantes. Ces régions s’articulent en subdivisions placées sous l’autorité d’un officier général.
Le corps d’armée n’existe pas en tant qu’unité constituée, c’est la région militaire qui gère les troupes placées
sur son domaine, elle est apte à mettre sur pied à la mobilisation des états-majors de corps d’armées et leurs éléments de
soutien ainsi que des troupes de réserve destinées à renforcer les grandes unités d’active.
Le 20 octobre 1919, une partie des régions se réorganise suite au retour de l’Alsace-Lorraine dans le giron
français. La région militaire de Paris est créée en 1923.
En 1935, la France métropolitaine s’ordonne en dix huit régions militaires suite à la dissolution des 10ème, 12ème
et 21ème régions militaires1. Fin août 1939, il existe vingt régions métropolitaines comprenant en globalité deux sortes
de forces :
® des forces de territoire destinées à la défense du territoire métropolitain :
– vingt divisions d’infanterie :
. dix divisions d’infanterie de type nord-est,
. sept divisions d’infanterie de type nord-est motorisé,
. trois divisions d’infanterie de type montagne,
– deux brigades de défense contre avions,
– trois divisions de cavalerie mixte,
– deux divisions légères mécaniques,
– trois groupements de cavalerie,
– six brigades blindées,
– un groupement tactique d’expérience.
® des forces mobiles aptes à défendre à la fois le territoire métropolitain et les possessions
d’outre-mer :
– quatre divisions d’infanterie nord-africaine,
– quatre divisions d’infanterie coloniale,
– deux brigades de Spahis.
Chaque région militaire gère plusieurs états-majors et diverses troupes métropolitaines sur son territoire, on
peut dénombrer ainsi :
® un état-major réduit de corps d’armée et ses services,
® un état-major de division d’infanterie d’active (de type nord-est – nord-est motorisé ou de montagne),
® trois régiments d’infanterie de divers types ou demi-brigades de chasseurs à pied,
® un régiment d’artillerie de campagne (à cinq groupes),
® une compagnie mixte du train des équipages,
® un régiment de cavalerie montée, mécanisée ou une unité de cavalerie motorisée.
1 Les 10ème, 12ème et 21ème régions militaires sont dissoutes en 1935. La première est absorbée par les 4ème et 11ème régions militaires, la deuxième par
la 9ème région militaire et la troisième par les 6ème, 7ème et 20ème régions militaires. Les 10ème et 12ème régions militaires sont récréées en mai 1939 par
réorganisation des 6ème et 20ème régions militaires.
36
Il faut cependant ajouter à ces premières troupes les états-majors et les unités d’infanterie et d’artillerie des
huit divisions coloniales et nord-africaines et des cinq divisions de la cavalerie, des six brigades de chars d’infanterie,
de l’artillerie de réserve générale et de toutes les troupes de soutien, sans oublier toutes les unités de la Ligne Maginot :
® les quatre divisions coloniales
® les quatre divisions nord-africaines,
® les trois divisions de cavalerie
® les deux divisions légères mécaniques,
® les six brigades de chars de combat comprenant douze régiments de chars de combat,
® les deux brigades de Spahis,
® les douze régiments et trois demi-brigades d’infanterie des troupes de forteresse,
® les deux bataillons de chasseurs portés du « groupement tactique d’expérience »,
® toutes les unités d’artillerie servant dans la Ligne Maginot et à la réserve générale,
® les treize régiments de génie,
® les différents types de compagnies de soutien et les diverses troupes de service.
A niveau des effectifs sur le territoire métropolitain, l’état-major de l’armée de terre se renforce depuis 1935 et
voit ses effectifs augmenter d’années et années. Les troupes de l’empire colonial sont en renfort conséquent car elles
représentent près du dixième des troupes basées en métropole.
1935 1936 1937 1938 1939
– Sous-officiers et
hommes de troupe
français appelés
208 222 268 197 281 431 276 408 289 528
– Sous-officiers et
hommes de troupe
français A.D.L
71 960 69 418 83 345 86 479 89 979
– Sous-officiers et
hommes de troupe
indigènes
49 278 44 424 48 761 52 776 58 948
– Officiers 20 502 21 130 22 314 22 426 23 569
Total 349 962 403 169 435 851 438 089 462 024
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1 – Répartition des régions militaires métropolitaines.
® 1ère Région militaire : Lille
( E.M : 1ère D.I.M)
– Nord
– Pas de Calais
® 3ème Région militaire : Rouen
(E.M : 5ème D.I.M)
– Calvados
– Eure
– Seine inférieure
® 5ème Région militaire : Orléans
(E.M : 9ème D.I.M + 1ère D.C)
– Cher
– Loiret
– Loir et Cher
– Nièvre
® 7ème Région militaire : Besançon
(E.M : 13ème et 14ème D.I)
– Doubs
– Haute – Marne (Partie)
– Haute – Saône
– Haut – Rhin
– Jura
– Territoire de Belfort
® 9ème Région militaire : Tours
(E.M : 23ème D.I + 3ème D.I.N.A + 5ème B.B)
– Deux Sèvres
– Indre
– Indre et Loire
– Maine et Loire
– Vienne
® 11ème Région militaire : Nantes
(E.M : 21ème D.I)
– Finistère
– Loire inférieure
– Morbihan
– Vendée
® 13ème Région militaire : Clermont-Ferrand
(E.M : 25ème D.I.M)
– Allier
– Cantal
– Corrèze (Partie)
– Creuse
® 2ème Région militaire : Amiens
(E.M : 3ème D.I.M + 1ère B.S + 3ème G.C)
– Aisne
– Ardennes (Partie)
– Oise
– Somme
® 4ème Région militaire : Le Mans
(E.M : 19ème D.I)
– Eure et Loir
– Mayenne
– Orne
– Sarthe
® 6ème Région militaire : Metz
(E.M : 42ème D.I + 2ème D.I.N.A + 3ème B.B + 1er G.C)
– Meurthe et Moselle (Partie)
– Moselle (Partie)
® 8ème Région militaire : Dijon
(E.M : 15ème D.I.M + 32ème B.D.C.A)
– Aube
– Côte d’Or
– Yonne
– Saône et Loire
® 10ème Région militaire : Strasbourg
(E.M : 43ème D.I)
– Bas – Rhin
– Vosges
® 12ème Région militaire : Reims
(E.M : 12ème D.I.M + 1ère D.L.M + 6ème B.B)
– Marne
– Meuse
® 14ème Région militaire : Lyon
(E.M : 27ème D.I.A + 1ère D.I.N.A + 2ème B.S
+ 1ère B.B)
– Ain
– Drôme
– Hautes – Alpes
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– Haute – Loire
– Loire
– Puy de Dôme
® 15ème Région militaire : Marseille
(E.M : 29ème D.I.A + 2ème D.I.C + 2ème G.C)
– Alpes Maritimes
– Ardèche
– Basses – Alpes
– Bouches du Rhône
– Corse
– Gard
– Var
– Vaucluse
® 17ème Région militaire : Toulouse
(E.M : 4ème D.I.C)
– Ariège
– Haute Garonne
– Gers
– Lot
– Lot et Garonne
– Tarn et Garonne
® 20ème Région militaire : Nancy
(E.M : 11ème D.I + 4ème D.I.N.A + 2ème D.C + 2ème B.B
+ G.T.E)
– Haute – Marne (Partie)
– Meurthe et Moselle (Partie)
– Moselle (Partie)
– Haute – Savoie
– Isère
– Rhône
– Savoie
® 16ème Région militaire : Montpellier
(E.M : 31ème D.I.A)
– Aude
– Aveyron
– Hérault
– Lozère
– Pyrénées Orientales
– Tarn
® 18ème Région militaire : Bordeaux
(E.M : 36ème D.I + 1ère D.I.C)
– Charente Inférieure
– Gironde
– Landes
– Basses Pyrénées
– Hautes Pyrénées
® Région militaire de Paris : Paris
(E.M : 10ème D.I + 3ème D.I.C +2ème D.L.M + B.T + 3ème
D.C + 4ème B.B + 31ème B.D.C.A + B.C.F)
– Seine
– Seine et Marne
– Seine et Oise
Sans rentrer dans les détails de son fonctionnement, on peut rattacher à l’organisation de l’armée de terre, le
corps de la gendarmerie nationale qui regroupe en France métropolitaine :
® Gendarmerie départementale :
– vingt et une légions métropolitaines,
– une compagnie autonome de la Corse.
® Garde républicaine mobile :
– quatorze légions métropolitaines,
– un groupe spécial blindé (Versailles-Satory)1.
® Garde républicaine :
– une légion de la garde républicaine à Paris.
1 Le groupe spécial blindé est une unité composée d’un escadron d’automitrailleuses (onze automitrailleuses de combat P16), d’un escadron de chars
légers (dix neuf chars légers FT) et d’une escorte motocycliste de la Présidence de la république).
39
2 – Les commandants de régions militaires.
® 1ère Région militaire : Général de corps d’armée Sicard
® 2ème Région militaire : Général de corps d’armée Corap
® 3ème Région militaire : Général de corps d’armée Fornel de la Laurencie
® 4ème Région militaire : Général de corps d’armée Boris
® 5ème Région militaire : Général de corps d’armée Bloch
® 6ème Région militaire : Général de corps d’armée Loizeau
® 7ème Région militaire : Général de corps d’armée Champon
® 8ème Région militaire : Général de corps d’armée Gransard
® 9ème Région militaire : Général de corps d’armée Laure
® 10ème Région militaire : Général de corps d’armée Frère
® 11ème Région militaire : Général de corps d’armée Martin
® 12ème Région militaire : Général de corps d’armée Flavigny
® 13ème Région militaire : Général de corps d’armée Misserey
® 14ème Région militaire : Général de corps d’armée Touchon
® 15ème Région militaire : Général de corps d’armée Olry
® 16ème Région militaire : Général de corps d’armée Falgade
® 17ème Région militaire : Général de corps d’armée Noël
® 18ème Région militaire : Général de corps d’armée Rochard
® 20ème Région militaire : Général de corps d’armée Hubert
® Région militaire de Paris : Général de corps d’armée Montagne
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3 – Les forces de défense du territoire métropolitain.
Ces forces militaires métropolitaines d’infanterie destinées à la sauvegarde du territoire national ne peuvent
quitter la métropole.
Elles comprennent dans une large proportion des troupes métropolitaines, mais on trouve soit des régiments
coloniaux, soit des régiments nord-africains dans les corps divisionnaires. Ceci est la conséquence de la réduction du
service militaire et de la dénatalité.
a – Les unités d’infanterie, d’artillerie et de génie.
La loi du 13 juillet 1927, sur l’organisation générale de l’armée et la loi des cadres et effectifs du 28 mars
1928, fixent le nombre des divisions d’infanterie métropolitaines à vingt
Ces dernières sont considérées comme des forces de territoire affectées à la défense du sol métropolitain.
Ces grandes unités d’infanterie sont de trois types, voyons tout d’abord les dix divisions d’infanterie de type
« nord-est » :
® 10ème division d’infanterie : Paris Général Sisteron
– 5ème régiment d’infanterie : Courbevoie
– 24ème régiment d’infanterie : Paris
– 46ème régiment d’infanterie : Paris
– 32ème régiment d’artillerie divisionnaire : Paris
® 11ème division d’infanterie : Nancy Général Arlabosse
– 26ème régiment d’infanterie : Jarville la Malgrange
– 170ème régiment d’infanterie : Epinal
– 1ère demi-brigade de Chasseurs à pied1 : Sarrebourg
– 8ème régiment d’artillerie divisionnaire : Nancy
® 13ème division d’infanterie : Besançon Général Desmazes
– 21ème régiment d’infanterie : Chaumont
– 60ème régiment d’infanterie : Lons le Saunier
– 8ème régiment de tirailleurs marocains : Belfort
– 28ème régiment d’artillerie divisionnaire : Chaumont
® 14ème division d’infanterie : Colmar Général Bouffet
– 35ème régiment d’infanterie : Belfort
– 152ème régiment d’infanterie : Chaumont
– 3ème demi-brigade de Chasseurs à pied 2 : Belfort
– 4ème régiment d’artillerie divisionnaire : Colmar
® 19ème division d’infanterie : Rennes Général d’Arbonneau
– 41ème régiment d’infanterie : Rennes
– 71ème régiment d’infanterie : Mamers
– 117ème régiment d’infanterie : Le Mans
– 10ème régiment d’artillerie divisionnaire : Rennes
1 La 1er demi-brigade de chasseurs à pied est composée des 8ème, 16ème et 30ème bataillons de chasseurs à pied.
2 La 3ème demi-brigade de chasseurs à pied est composée des 2ème, 4ème et 31ème bataillons de chasseurs à pied.
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® 21ème division d’infanterie : Nantes Général Pigeaud
– 48ème régiment d’infanterie : Fontenay le Comte
– 65ème régiment d’infanterie : Nantes
– 137ème régiment d’infanterie : Lorient
– 35ème régiment d’artillerie divisionnaire : Issoire
® 23ème division d’infanterie : Tours Général Jeannel
– 32ème régiment d’infanterie : Angers
– 107ème régiment d’infanterie : Angoulême
– 126ème régiment d’infanterie : Brive
– 41ème régiment d’artillerie divisionnaire : Angoulême
® 36ème division d’infanterie : Bayonne Général Aublet
– 14ème régiment d’infanterie : Toulouse
– 18ème régiment d’infanterie : Bayonne
– 57ème régiment d’infanterie : Bordeaux
– 24ème régiment d’artillerie divisionnaire : Tarbes
® 42ème division d’infanterie : Metz Général de la Porte du Theil
– 80ème régiment d’infanterie alpine : Metz
– 94ème régiment d’infanterie : Bar le Duc
– 151ème régiment d’infanterie : Commercy
– 61ème régiment d’artillerie divisionnaire : Metz
® 43ème division d’infanterie : Strasbourg Général Vernillat
– 158ème régiment d’infanterie : Obernai
– 4ème demi-brigade de Chasseurs à pied1 : Obernai
– 3ème régiment de tirailleurs marocains : Saint-Dié
– 12ème régiment d’artillerie divisionnaire : Haguenau
Ces dix divisions d’infanterie d’active comprennent chacune trois régiments d’infanterie ou demi-brigades de
Chasseurs à pied (trois bataillons) de 1 580 hommes et un régiment d’artillerie (cinq groupes) de 950 hommes.
Elles regroupent vingt-cinq régiments métropolitains d’infanterie, trois demi-brigades de chasseurs à pied,
deux régiments de tirailleurs marocains et dix régiments d’artillerie.
Les trente régiments ou demi-brigades d’infanterie sont composées de trois bataillons à trois compagnies et une
compagnie d’accompagnement, ils ne sont pas à effectif complet puisque chaque bataillon doit comprendre un millier
d’hommes, soit environ trois mille hommes pour le régiment.
Le régiment d’artillerie de campagne est à cinq groupes à traction hippomobile, trois sont des groupes légers à
canons de 75 mm modèle 1897 et deux sont des groupes lourds à canons de 155 mm modèle 1917.
A la mobilisation ces cinq groupes se séparent en un régiment léger à trois groupes de canons de 75 mm et un
régiment lourd à deux groupes de canons de 155 mm.
Passons maintenant aux sept divisions d’infanterie motorisées :
® 1ère division d’infanterie motorisée : Lille Général Malivoire Filhol de Camas
– 1er régiment d’infanterie : Cambrai
– 43ème régiment d’infanterie : Lille
– 110ème régiment d’infanterie : Dunkerque
– 15ème régiment d’artillerie divisionnaire : Douai
1 La 4ème demi-brigade de chasseurs à pied est composée des 1er, 10ème et 29ème bataillons de chasseurs à pied.
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® 3ème division d’infanterie motorisée : Amiens Général Bertin – Boussus
– 51ème régiment d’infanterie : Amiens
– 67ème régiment d’infanterie : Soissons
– 91ème régiment d’infanterie : Mézières
– 42ème régiment d’artillerie divisionnaire : La Fère
® 5ème division d’infanterie motorisée : Caen Général Boucher
– 8ème régiment d’infanterie : Cherbourg
– 39ème régiment d’infanterie : Rouen
– 129ème régiment d’infanterie : Le Havre
– 11ème régiment d’artillerie divisionnaire : Vernon
® 9ème division d’infanterie motorisée : Bourges Général Didelet
– 13ème régiment d’infanterie : Nevers
– 95ème régiment d’infanterie : Bourges
– 131ème régiment d’infanterie : Orléans
– 30ème régiment d’artillerie divisionnaire : Orléans
® 12ème division d’infanterie motorisée : Châlons sur Marne Général Janssen
– 106ème régiment d’infanterie : Châlons-sur-Marne
– 150ème régiment d’infanterie : Verdun
– 8ème régiment de Zouaves : Mourmelon
– 25ème régiment d’artillerie divisionnaire : Châlons-sur-Marne
® 15ème division d’infanterie motorisée : Dijon Général Juin
– 4ème régiment d’infanterie : Auxerre
– 27ème régiment d’infanterie : Dijon
– 134ème régiment d’infanterie : Châlons-sur-Saône
– 1er régiment d’artillerie divisionnaire : Auxonne
® 25ème division d’infanterie motorisée : Clermont-Ferrand Général Molinié
– 38ème régiment d’infanterie : Saint-Etienne
– 92ème régiment d’infanterie : Clermont-Ferrand
– 121ème régiment d’infanterie : Montluçon
– 16ème régiment d’artillerie divisionnaire : Clermont-Ferrand
Ces sept divisions d’infanterie motorisées d’active comprennent chacune trois régiments d’infanterie (trois
bataillons) de 2 300 hommes et un régiment d’artillerie (cinq groupes) de 1 550 hommes.
Elles regroupent vingt régiments métropolitains d’infanterie, un régiment de Zouaves et sept régiments
d’artillerie tractés.
Les vingt et un régiments d’infanterie sont composées de trois bataillons à trois compagnies et une compagnie
d’accompagnement, tout comme les dix divisions citées au-dessus, eux-mêmes ne sont pas à effectif complet puisqu’ils
leur manquent plus de sept cent hommes.
Les régiments n’ont pas de véhicules de transport en propre, ils doivent compter sur le soutien des compagnies
de transport automobile de l’arme du Train.
Le régiment d’artillerie tracté est à cinq groupes de douze canons, trois sont des groupes légers à canons de 75
mm modèle 1897 tractés par trente-six tracteurs semi-chenillés Citroën Unic P107BU ou Laffly S15T, s’ajoutent un
groupe lourd à canons de 105 mm modèle 1936 tractés par les mêmes véhicules que les groupes légers et un autre
groupe lourd à canons de 155 mm modèle 1917 tracté par vingt-quatre tracteurs semi-chenillés Somua MCG.
43
A la mobilisation, tout comme les dix régiments d’artillerie précités, ces cinq groupes se séparent en un
régiment léger à trois groupes de douze canons tractés de 75 mm et un régiment lourd à deux groupes de douze canons
tractés de 105 mm et de 155 mm.
Penchons nous à présent sur les trois divisions d’infanterie alpine :
® 27ème division d’infanterie alpine : Grenoble Général Doyen
– 53ème brigade d’infanterie alpine : Général Cartier
. 99ème régiment d’infanterie alpine : Lyon
. 5ème demi-brigade de Chasseurs alpins1 : Chambéry
– 54ème brigade d’infanterie alpine : Général Boell
. 159ème régiment d’infanterie alpine : Briançon
. 7ème demi-brigade de Chasseurs alpins2 : Gap
– 93ème régiment d’artillerie de montagne
3
Grenoble
® 29ème division d’infanterie alpine : Nice Général Gérodias
– 57ème brigade d’infanterie alpine : Général Vergez
. 3ème régiment d’infanterie alpine : Sospel
. 6ème demi-brigade de Chasseurs alpins4 : Nice
– 58ème brigade d’infanterie alpine : Général Mollard
. 141ème régiment d’infanterie alpine : Nice
. 2ème demi-brigade de Chasseurs alpins5 : Antibes
– 94ème régiment d’artillerie de montagne Nice
® 31ème division d’infanterie alpine : Montpellier Général Ilher
– 15ème régiment d’infanterie alpine : Albi
– 81ème régiment d’infanterie alpine : Montpellier
– 56ème régiment d’artillerie divisionnaire : Montpellier
Les deux premières divisions organisées à la manière des unités de 1914, comprennent chacune deux régiments
d’infanterie alpins (à trois bataillons) de 1 580 hommes et deux demi-brigades de chasseurs alpins (trois bataillons) de
2 335 hommes.
La 31ème division d’infanterie ne compte seulement que deux régiments d’infanterie (à trois bataillons) de 1580
hommes.
Ces régiments ont les mêmes effectifs et la même organisation que les régiments d’infanterie de type « Nord-
Est », les douze bataillons de Chasseurs alpins sont à effectif plein.
Les deux régiments d’artillerie de montagne ne comprennent que deux groupes légers à deux batteries de
canons de 75 mm de montagne Schneider modèle 1928 et un groupe lourd à deux batteries de canons de 155 mm
modèle 1917.
Les pièces d’artillerie légères sont décomposables en sept fardeaux. Le régiment de la 31ème division
d’infanterie est composé de la même manière qu’un régiment d’artillerie classique à cinq groupes, mais possède
cependant un groupe de canons de 75 mm de montagne.
Il existe, dans les quarante bataillons d’infanterie alpins (en comptant les demi-brigades alpines de forteresse
comptées dans les rangs des troupes de forteresse), une section d’éclaireur skieur (S.E.S) apte à patrouiller et
reconnaître sur de longues distances, assurer les liaisons entre les vallées, tenir les cols et effectuer des embuscades ou
des coups de mains.
1 La 5e demi-brigade de chasseurs alpins est composée des 7ème, 13ème et 27ème bataillons de chasseurs alpins.
2 La 7e demi-brigade de chasseurs alpins est composée des 6ème, 15ème et 23ème bataillons de chasseurs alpins.
3 Le XIème groupe du 93ème régiment d’artillerie de montagne est en réserve générale d’artillerie.
4 La 6e demi-brigade de chasseurs alpins est composée des 22ème, 24ème et 25ème bataillons de chasseurs alpins.
5 La 2e demi-brigade de chasseurs alpins est composée des 9ème, 18ème et 20ème bataillons de chasseurs alpins.
44
Outre les vingt régiments d’artillerie divisionnaires ou de montagne équipant les vingt divisions d’infanterie,
deux brigades de défense contre avions rassemblent six régiments d’artillerie anti-aériens . On dénombre également
nombreuses unités d’artillerie rassemblés dans la réserve générale. Pour de nombreuses d’entre-elles, ce sont des appuis
et des soutiens aux corps d’armées et divisions, on y dénombre un régiment d’artillerie de montagne, quatre régiments
d’artillerie légère hippomobiles, deux régiments d’artillerie portée (à canons de 105 mm C), sept régiments d’artillerie
lourde tractée, sept régiments d’artillerie lourde hippomobile et deux régiment d’artillerie lourde portée.
® Les régiments d’artillerie anti-aériens :
– 31ème brigade de défense contre avions1
: Paris
. 401ème régiments d’artillerie anti-aériens : Paris
. 404ème régiments d’artillerie anti-aériens : Tours
. 406ème régiments d’artillerie anti-aériens : Laon
– 32ème brigade de défense contre avions : Dijon
. 402ème régiments d’artillerie anti-aériens : Metz
. 403ème régiments d’artillerie anti-aériens : Toul
. 405ème régiments d’artillerie anti-aériens : Sathonay
® Régiments de réserve générale2
:
– Artillerie légère :
. 2ème régiment d’artillerie de montagne : Grenoble
. 17ème régiment d’artillerie légère : Sedan
. 34ème régiment d’artillerie légère : Rouen
. 36ème régiment d’artillerie légère : Issoire
. 43ème régiment d’artillerie légère : Caen
– Artillerie lourde :
. 103ème régiment d’artillerie lourde tractée : Rouen
. 107ème régiment d’artillerie lourde tractée : Belfort
. 108ème régiment d’artillerie lourde tractée : Dijon
. 182ème régiment d’artillerie lourde tractée : Commercy
. 184ème régiment d’artillerie lourde tractée : Valence
. 188ème régiment d’artillerie lourde tractée : Belfort
. 196ème régiment d’artillerie lourde tractée : Bordeaux
. 105ème régiment d’artillerie lourde hippomobile : Bourges
. 106ème régiment d’artillerie lourde hippomobile : Le Mans
. 109ème régiment d’artillerie lourde hippomobile : Châteaudun
. 112ème régiment d’artillerie lourde hippomobile : Limoges
. 113ème régiment d’artillerie lourde hippomobile : Nîmes
. 115ème régiment d’artillerie lourde hippomobile : Castres
. 117ème régiment d’artillerie lourde hippomobile : Toulouse
. 305ème régiment d’artillerie tractée tout terrain : Besançon
. 309ème régiment d’artillerie tractée tout terrain : Strasbourg
. 355ème régiment d’artillerie lourde portée : Nantes
. 363ème régiment d’artillerie lourde portée : Draguignan
. I/372e régiment d’artillerie lourde sur voie ferrée : Châlons sur Marne
. I/373e régiment d’artillerie lourde sur voie ferrée : Saint-Eulien
1 Le commandement supérieur de l’artillerie antiaérienne est assuré par le Général Marescaux.
2 Plus dix bataillons d’ouvriers d’artillerie.
45
® Les régiments de génie non endivisionnés :
– Brigade des chemins de fer : Versailles
. 5ème régiment de sapeurs de chemin de fer Versailles
. 15ème régiment de sapeurs de chemin de fer Toul
– Brigade des télégraphistes : Paris Général Jullien
. 8ème régiment de sapeurs-télégraphistes Versailles
. 18ème régiment de sapeurs-télégraphistes Nancy
. 28ème régiment de sapeurs-télégraphistes Montpellier
. 38ème régiment de sapeurs-télégraphistes Montargis
– Régiments de réserve générale :
. 1er régiment de sapeurs-mineurs Strasbourg
. 2ème régiment de sapeurs- mineurs Metz
. 3ème régiment de sapeurs- mineurs Arras
. 4ème régiment de sapeurs- mineurs Grenoble
. 6ème régiment de sapeurs- mineurs Angers
. 7ème régiment de sapeurs- mineurs Avignon
. 10ème régiment de sapeurs- mineurs Besançon
46
b – Les unités de cavalerie.
Au sortir de la 1ère guerre mondiale, la cavalerie est confrontée à un changement de cap sans précédent. Les
charges épiques à cheval ne sont plus d’actualité, les automitrailleuses ont fait leur apparition. Il faut désormais se poser
la question de l’utilité de la cavalerie montée face à l’augmentation de la puissance de feu, et de la place des véhicules à
moteur dans une unité composée essentiellement de chevaux et de trains hippomobiles.
La réforme de 1932 va permettre à la cavalerie de voir ses corps de troupe évoluer, on assiste à de multiples
tentatives d’intégration des véhicules à moteur dans les unités. Cependant, il subsiste un problème. La coexistence entre
les unités montées et motorisées dans la même grande formation génère des disfonctionnements qui ne trouvent pas de
solution.
Il existe trois division de cavalerie en août 1939.
® 1ère division de cavalerie1 : Orléans Général d’Arras
– 1ère brigade de cavalerie : Général Gaillard
. 1er régiment de Hussards Orléans
. 8ème régiment de Chasseurs : Orléans
– 2ème brigade de cavalerie : Général d’Humières
. 1er régiment de Chasseurs : Alençon
. 19ème régiment de Dragons : Lyon
– 1er groupe d’automitrailleuses : Orléans
– 5ème bataillon de Dragons Portés : Lyon
– 75ème régiment d’artillerie tractée tout-terrain : Lyon
® 2ème division de cavalerie2 : Lunéville Général Berniquet
– 3ème brigade de cavalerie : Colonel du Bessay de Contenson
. 18ème régiment de Chasseurs : Sarreguemines
. 5ème régiment de Cuirassiers Haguenau
– 4ème brigade de cavalerie : Colonel Marteau
. 8ème régiment de Dragons : Lunéville
. 31ème régiment de Dragons : Lunéville
– 2ème groupe d’automitrailleuses : Strasbourg
– 3ème bataillon de Dragons Portés : Lunéville
– 73ème régiment d’artillerie tractée tout-terrain : Lunéville
® 3ème division de cavalerie : Paris Général Petiet
– 5ème brigade de cavalerie : Général Maillard
. 4ème régiment de Hussards : Senlis
. 6ème régiment de Dragons : Vincennes
– 6ème brigade de cavalerie : Général Brown De Costoun
. 11ème régiment de Cuirassiers : Saint-Germain-en-Laye
. 12ème régiment de Chasseurs : Saint-Mihiel
– 3ème groupe d’automitrailleuses : Paris
– 2ème bataillon de Dragons Portés : Paris
– 72ème régiment d’artillerie tractée tout-terrain : Paris
Nous pouvons voir que ces trois divisions de cavalerie ont à la fois des éléments montés et motorisés, ce qui
leurs valent le surnom de « pétrole picotin ».
Outre un régiment d’artillerie tractée tout-terrain (à deux groupes de canons portés de 75 mm et un groupe de
canons courts portés de 105 mm) par cent quinze tracteurs d’artillerie de type UNIC P107, les trois unités disposent
de deux brigades de cavalerie montée comprenant chacune deux régiments de cavalerie montée (quatre escadrons
montés et un escadron de mitrailleuses et engins par régiment) et de troupes de soutien motorisées3 :
1 La division se voit attribuer le 30ème régiment de Dragons en renfort de cavalerie.
2 La division se voit attribuer le 20ème régiment de Dragons en renfort de cavalerie.
3 En 1939, les automitrailleuses de combat Panhard Schneider Kégresse P16 sont remplacés par des chars légers Hothkiss H35. Les automitrailleuses
de combat Panhard Schneider Kégresse P16 vont servir comme automitrailleuses de reconnaissance dans les 1er, 3ème, 4ème, 6ème et 7ème groupes de
reconnaissance de division d’infanterie « type motorisé avec automitrailleuses ».
47
® un groupe d’automitrailleuses de reconnaissance à quatre escadrons d’automitrailleuses et deux escadrons de
mitrailleuses et engins, soit seize automitrailleuses de combat de type Panhard Schneider Kégresse P16, seize
automitrailleuses de découverte de type Panhard AMD35 et trente-deux automitrailleuses de reconnaissance
de type Renault VM33,
® un bataillon de Dragons Portés transporté par quatre-vingt-dix neuf véhicules tout terrain de type Citroën
Kégresse P19.
En 1935, au moment où l’Allemagne créée ses premières divisions blindées (Panzer Divisionen), l’armée
française transforme la 5ème division de cavalerie (D.C) en 2ème division légère mécanique (D.L.M). Avec la 1ère division
légère mécanique (ex – 4ème division de cavalerie), ces unités sont de véritables divisions blindées au sens moderne du
terme avec des véhicules mécanisés et motorisés. C’est ainsi qu’on trouve en septembre 1939 sur le territoire
métropolitain :
® 1ère division légère mécanique : Reims Général Picard
– 1ere brigade légère mécanique : Colonel De Brauer
. 4ème régiment de Cuirassiers : Reims
. 18ème régiment de Dragons : Reims
– 2ème brigade légère mécanique : Colonel De Beauchesne
. 6ème régiment de Cuirassiers : Verdun
. 4ème régiment de Dragons portés : Verdun
– 74ème régiment d’artillerie tractée tout-terrain : Verdun
® 2ème division légère mécanique : Melun Général Bougrain
– 3ème brigade légère mécanique : Général Testard
. 13ème régiment de Dragons : Melun
. 29ème régiment de Dragons : Provins
– 4ème brigade légère mécanique : Colonel Lacroix
. 8ème régiment de Cuirassiers : Saint-Germain-en-Laye
. 1er régiment de Dragons portés : Pontoise
– 71ème régiment d’artillerie tractée tout-terrain : Fontainebleau
Ces deux divisions légères mécaniques regroupent trois cent-sept chars et automitrailleuses, soit une dotation
équivalente à ses homologues d’outre-Rhin. Cependant, alors que les chars français se limitent aux calibres 37 mm
antichars et 47 mm antichars pour leurs automitrailleuses de combat1, les chars allemands vont de la mitrailleuse lourde
au canon de 75 mm.
Outre un régiment d’artillerie tractée tout-terrain (à deux groupes de canons portés de 75 mm et un groupe de
canons courts portés de 105 mm) par des tracteurs d’artillerie de type Laffly S35T, ces unités se composent en
septembre 1939 d’une première brigade légère mécanique comprenant deux régiments de cavalerie mécanisée soit six
escadrons de chars dotés de quarante six chars moyens Somua S35 et quatre-vingt douze chars légers Hotchkiss H352 et
d’une seconde brigade légère mécanique comprenant :
® un régiment de découverte à deux escadrons de vingt-trois automitrailleuses de découverte Panhard 178 et
deux escadrons motocyclistes sur moto René Gillet K1 ou L1,
® un régiment de Dragons Portés
3
(à deux bataillons de Dragons portés sur soixante véhicules tout terrain de
Laffly S20TL et quarante six automitrailleuses de reconnaissance Renault AMR 35ZT1 pour les deux
bataillons),
A côté de ces divisions, la cavalerie a gardé sept régiments semi-motorisés et deux groupes d’automitrailleuses
voués à la reconnaissance des grandes unités d’infanterie.
A la mobilisation, ces unités sont destinées à être dissoute pour mettre sur pied des groupes de reconnaissance.
En temps de paix, elles se regroupent en trois groupements de cavalerie
1 La terminologie « automitrailleuses de combat » désigne le char de combat dans la cavalerie.
2 En temps de guerre, les deux régiments de combat comprennent deux escadrons de 23 chars légers Hotchkiss H35 et deux escadron de 23 chars
moyens Somua S35, soit avec les chars de commandement 96 Somua S35 et 94 Hotchkiss H35.
3 Le régiment de Dragons portés sera doté d’un troisième bataillon transporté par camion à la mobilisation.
48
® 1er groupement de cavalerie : Metz
– 3ème régiment de Hussards : Strasbourg
– 9ème régiment de Dragons : Epernay
– 11ème régiment de Chasseurs : Vesoul
® 2ème groupement de cavalerie : Marseille
– 2ème régiment de Hussards : Tarbes
– 9ème régiment de Cuirassiers : Lyon
– 10ème régiment de Dragons : Orange
® 3ème groupement de cavalerie : Amiens
– 7ème régiment de Chasseurs : Evreux
– 6ème groupe d’automitrailleuses : Compiègne
– 7ème groupe d’automitrailleuses : Saint-Omer
Les sept régiments de cavalerie ont une structure différente des régiments de cavalerie métropolitaine
composant les divisions de cavalerie. Ils comprennent un groupe d’escadrons à deux escadrons montés, un groupe
d’escadrons à deux escadrons mixte motorisé utilisant des automitrailleuses et des side-cars et un escadron de
mitrailleuses et engins par régiment.
Les deux groupes d’automitrailleuses constituant le 3ème groupement de cavalerie en compagnie du 7ème
régiment de Chasseurs d’Evreux ont une organisation différente. On dénombre, outre l’état-major et l’escadron de
commandement, un premier escadron doté de seize automitrailleuses de combat de type Panhard Schneider Kégresse
P16, un deuxième escadron doté de seize automitrailleuses de découverte de type Panhard AMD35 et un troisième
escadron doté de canons de 25 mm et de mitrailleuses.
49
c – Les chars de combat.
Dès 1917, les unités de chars d’infanterie se réorganisent, les régiments « d’artillerie spéciale », numérotés
dans la série des « 300 » disparaissent et donnent naissance aux régiments de chars de combat (R.C.C). Ces régiments
sont au nombre de neuf au sortir de la guerre et sont désormais numérotés dans la série des « 500 » puisqu’ils dépendent
de l’infanterie.
Chaque régiment se compose de trois bataillons de chars légers (B.C.L). Au fur et à mesure des campagnes qui
suivent la Grande Guerre, on voit se désorganiser les régiments qui ne sont équipés que de chars légers FT. En 1935, les
régiments de chars de combats se réorganisent d’une manière cohérente. Dix régiments de chars (501ème à 510ème
R.C.C) se répartissent en cinq brigades de chars (1ère à 5ème) auxquels vient s’adjoindre une sixième brigade créée en
1938 (511ème et 512ème R.C.C)
® 1ère brigade de chars de combat : Lyon
– 504ème régiment de chars de combat : Valence
(2 x 45 chars légers R351
)
– 506ème régiment de chars de combat : Besançon
(2 x 45 chars légers R35)
® 2ème brigade de chars de combat : Nancy Général Keller
– 508ème régiment de chars de combat : Lunéville
(45 chars légers R35 + 45 chars légers D12
puis 34 chars lourds B1 Bis)
– 510ème régiment de chars de combat : Nancy
(45 chars légers R35 + 45 chars légers D1 puis 34 chars lourds B1 Bis)
® 3ème brigade de chars de combat : Metz Général Bruneau
– 507ème régiment de chars de combat : Metz
(45 chars légers R35 + 45 chars légers D1 puis 45 chars moyens D2)
– 509ème régiment de chars de combat : Maubeuge
(2 x 45 chars légers H39)
® 4ème brigade de chars de combat : Versailles
– 503ème régiment de chars de combat : Versailles
(45 chars légers R35 + 45 chars légers FCM36)
– 505ème régiment de chars de combat : Vannes
(2 x 45 chars légers H39)
® 5ème brigade de chars de combat : Tours Général Bourguignon
– 501ème régiment de chars de combat : Tours
(2 x 45 chars légers R35)
– 502ème régiment de chars de combat : Angoulême
(45 chars légers R35 + 45 chars légers FCM36)
® 6ème brigade de chars de combat : Verdun
– 511ème régiment de chars de combat : Verdun
(45 chars légers R35 + 34 chars lourds B1 + 3 chars lourds FCM 2C3
)
– 512ème régiment de chars de combat : Châlons-sur-Marne
(34 chars lourds B1 Bis)
1 Effectif théorique.
2 Trois bataillons des 508ème, 510ème et 507ème régiments de chars de combat et équipés en chars légers D1, quittent leurs unités respectives pour
rejoindre la Tunisie en mars 1938 (61ème BCC), avril 1938 (65ème BCC) et janvier 1939 (67ème BCC).
3 S’y ajoutent 07 chars lourds FCM 2C tenus en réserve à Bourges)
50
En 1938, apparaît le « groupement tactique d’expérience » basé à Nancy. Ce n’est pas une unité de chars à
proprement parler, c’est un amalgame d’unités détachées de leurs commandements organiques et regroupées en vue
d’établir un nouveau concept d’utilisation des chars.
En septembre 1939, le Général Gamelin donne l’ordre d’organiser deux brigades de chars en utilisant les
chasseurs et les chars du groupement tactique, ces brigades sont à la base des 1ère et 2ème divisions cuirassées. Ce
groupement comprend :
® quatre bataillons de trente-quatre chars lourds Renault B1 et B1Bis :
– un bataillon du 508ème régiment de chars de combat : Lunéville
– un bataillon du 510ème régiment de chars de combat : Nancy
– un bataillon du 511ème régiment de chars de combat : Verdun
– un bataillon du 512ème régiment de chars de combat : Châlons-sur-Marne
® deux bataillons de Chasseurs Portés :
– 5ème bataillon de Chasseurs Portés : Remiremont
– 17ème bataillon de Chasseurs Portés1 : Rambervilliers
® un régiment d’artillerie à trois groupes de douze canons tractés de 105 mm :
– 305ème régiment d’artillerie tractée tout-terrain : Besançon
d – La Ligne Maginot.
La ligne Maginot regroupe en temps de paix douze régiments d’infanterie de forteresse (dans le nord-est), trois
demi-brigades alpines de forteresse (dans les Alpes) pour la défense du territoire ainsi qu’un nombre variable de
groupes d’artillerie issus de régiments d’artillerie de forteresse ou de position et des unités de génie2 assurant le
maintien en condition des installations (la répartition dans les ouvrages est de 50% de troupe d’artillerie, 30%
d’infanterie et 20% de troupes du génie).
Cette ligne, s’étendant de la Flandre à Nice, est divisée en deux régions fortifiées, trois secteurs de nouveaux
fronts (Maubeuge, Valenciennes et Rohrbach) ainsi que cinq barrages dans les Alpes et en Corse, elle est composée de
cent huit ouvrages d’infanterie et d’artillerie de valeurs et d’importances inégales, elle est d’un bloc des Alpes aux
Ardennes mais elle ne continue pas jusqu’à la Mer du Nord.
® douze régiments d’infanterie de forteresse :
– 23ème régiment d’infanterie de forteresse : Haguenau
– 37ème régiment d’infanterie de forteresse : Bitche
– 42ème régiment d’infanterie de forteresse : Colmar
– 69ème régiment d’infanterie de forteresse : Morhange
– 146ème régiment d’infanterie de forteresse : Metz
– 149ème régiment d’infanterie de forteresse : Longuyon
– 153ème régiment d’infanterie de forteresse : Bitche
– 155ème régiment d’infanterie de forteresse : Stenay
– 162ème régiment d’infanterie de forteresse : Metz
– 168ème régiment d’infanterie de forteresse : Thionville
– 171ème régiment d’infanterie de forteresse : Mulhouse
– 172ème régiment d’infanterie de forteresse : Strasbourg
® trois demi-brigades alpines de forteresse :
– 30ème demi-brigade alpine de forteresse
3
: Modane
– 58ème demi-brigade alpine de forteresse
4
: Nice
1 Ces deux bataillons dissous à la fin du premier conflit mondial sont recréés en 1937 sur le mode porté.
2 Eclatés dans la répartition des troupes occupant les ouvrages.
3 La 30ème demi-brigade alpine de forteresse est composée des 70ème et 71ème bataillons alpins de forteresse.
4 La 58ème demi-brigade alpine de forteresse est composée des 72ème et 73ème bataillons alpins de forteresse.
51
– 157ème demi-brigade alpine de forteresse
1
: Jausiers
® trois régiments d’artillerie de région fortifiée :
– 39ème régiment d’artillerie de région fortifiée : Metz
– 46ème régiment d’artillerie de région fortifiée : Thionville
– 59ème régiment d’artillerie de région fortifiée : Sarrebourg
® six régiments d’artillerie de position :
– 151ème régiment d’artillerie de position : Thionville
– 154ème régiment d’artillerie de position : Grenoble
– 155ème régiment d’artillerie de position : Haguenau
– 157ème régiment d’artillerie de position : Nice
– 163ème régiment d’artillerie de position : Metz
– 166ème régiment d’artillerie de position : Morhange
La Ligne Maginot s’étend sur toute la longueur des frontières du nord face à la Belgique, du nord-est face au
Luxembourg et à l’Allemagne et du sud-est de la métropole face à la Suisse et à l’Italie :
– 1ère région militaire : Lille
. Secteur défensif des Flandres
. Secteur fortifié de Lille
. Secteur fortifié de l’Escaut
. Secteur fortifié de Maubeuge
– 2ème région militaire : Amiens
. Secteur défensif des Ardennes
. Secteur fortifié de Montmédy
. Secteur défensif de Marville
– 6ème région militaire : Metz
. Secteur fortifié de Crusnes
. Secteur fortifié de Thionville
. Secteur fortifié de Boulay
. Secteur fortifié de Faulquemont
– 20ème région militaire : Nancy
. Secteur défensif de la Sarre
. Secteur fortifié de Rohrbach
. Secteur fortifié des Vosges
. Secteur fortifié de Haguenau
. Secteur fortifié du Bas Rhin
– 7ème région militaire : Besançon
. Secteur fortifié de Colmar
. Secteur fortifié de Mulhouse
. Secteur fortifié de Altkirch
. Secteur fortifié de Montbéliard
. Secteur défensif du Jura
1 La 157ème demi-brigade alpine de forteresse est composée des 74ème, 75ème et 76ème bataillons alpins de forteresse.
Région fortifiée de Metz
Région fortifiée de la Lauter
52
– 14ème région militaire : Lyon
. Secteur défensif du Rhône
. Secteur fortifié de Savoie
. Secteur fortifié du Dauphiné
– 15ème région militaire : Marseille
. Secteur fortifié des Alpes maritimes
. Secteur défensif de Nice
. Secteur défensif de Corse
Zone des Alpes
53
4 – Les forces mobiles stationnées sur le territoire métropolitain.
Ces forces sont destinées à assurer à la fois l’intégrité du sol métropolitain en complément des forces du
territoire métropolitain et à intervenir dans notre empire colonial.
Elles se composent de quatre divisions d’infanterie coloniale, de quatre divisions d’infanterie nord-africaine, de
deux brigades de cavalerie et de troupes diverses non endivisionnées. Les régiments d’infanterie et d’artillerie sont
coloniaux ou nord-africains mais la globalité des services sont métropolitains.
a – Les unités d’infanterie.
® 1ère division d’infanterie coloniale : Bordeaux Général Germain
– 3ème régiment d’infanterie coloniale : Bordeaux
– 12ème régiment de tirailleurs sénégalais : La Rochelle
– 14ème régiment de tirailleurs sénégalais : Mont-de-Marsan
– 1er régiment d’artillerie coloniale : Libourne
® 2ème division d’infanterie coloniale : Toulon Général Maignan
– Régiment d’infanterie coloniale du Maroc : Aix
– 4ème régiment de tirailleurs sénégalais : Toulon
– 8ème régiment de tirailleurs sénégalais : Toulon
– 2ème régiment d’artillerie coloniale : Nîmes
® 3ème division d’infanterie coloniale : Paris Général Barreau
– 1er régiment d’infanterie coloniale : Paris
– 21ème régiment d’infanterie coloniale : Paris
– 23ème régiment d’infanterie coloniale : Paris
– 3ème régiment d’artillerie coloniale : Joigny
® 4ème division d’infanterie coloniale : Toulouse Général De Bazelaire de Ruppierre
– 2ème régiment d’infanterie coloniale : Brest
– 16ème régiment de tirailleurs sénégalais : Montauban
– 24ème régiment de tirailleurs sénégalais : Perpignan
– 12ème régiment d’artillerie coloniale : Agen
Les 1ère, 2ème et 4ème divisions d’infanterie coloniale comprennent chacune un régiment d’infanterie coloniale
(à trois bataillons) de 1 500 hommes à recrutement métropolitain, deux régiments de tirailleurs sénégalais (à trois
bataillons) de 1 500 hommes à recrutement africain en provenance plus particulièrement de l’Afrique équatoriale
française et de l’Afrique occidentale française et un régiment d’artillerie colonial (à cinq groupes) de 950 hommes.
La structure régimentaire est identique au norme d’infanterie métropolitaine, les régiments d’infanterie
coloniaux et les régiments de tirailleurs sont composées de trois bataillons à trois compagnies et une compagnie
d’accompagnement.
Les régiments d’artillerie coloniale sont en tout point comparable aux régiments métropolitains. Ils sont à cinq
groupes à traction hippomobile, trois sont des groupes légers à canons de 75 mm modèle 1897 et deux sont des groupes
lourds à canons de 155 mm modèle 1917.
A la mobilisation ces cinq groupes se séparent en un régiment d’artillerie coloniale à trois groupes de 75 mm et
un régiment d’artillerie coloniale lourd à deux groupes de 155 mm.
La 3ème division d’infanterie coloniale est comparable en tout point à une division d’infanterie métropolitaine
puisque son recrutement est en totalité métropolitain. Ses trois régiments d’infanterie coloniale et son régiment
d’artillerie coloniale sont donc en tout point semblable au point de vue de la structure est de l’organisation.
54
® 1ère division d’infanterie nord-africaine : Lyon Général Libaud
– 5ème régiment de tirailleurs marocains : Bourg
– 27ème régiment de tirailleurs algériens : Avignon
– 28ème régiment de tirailleurs tunisiens : Montélimar
– 54ème régiment d’artillerie nord-africain : Lyon
® 2ème division d’infanterie nord-africaine: Toul Général Lescanne
– 6ème régiment de tirailleurs marocains : Verdun
– 13ème régiment de tirailleurs algériens : Metz
– 22ème régiment de tirailleurs algériens : Toul
– 40ème régiment d’artillerie nord-africain : Verdun
® 3ème division d’infanterie nord-africaine: Poitiers Général Chapouilly
– 14ème régiment de tirailleurs algériens : Châteauroux
– 15ème régiment de tirailleurs algériens : Périgueux
– 24ème régiment de tirailleurs tunisiens : La Roche-sur-Yon
– 20ème régiment d’artillerie nord-africain
1
: Poitiers
® 4ème division d’infanterie nord-africaine: Epinal Général Sancelme
– 21ème régiment de tirailleurs algériens : Epinal
– 23ème régiment de tirailleurs algériens : Morhange
– 25ème régiment de tirailleurs algériens : Sarrebourg
– 33ème régiment d’artillerie nord-africain : Epinal
Ces quatre divisions d’infanterie nord-africaine comprennent en matière d’unités d’infanterie huit régiments de
tirailleurs algériens, deux régiments de tirailleurs marocains2 et deux régiments de tirailleurs tunisiens de 2 400
hommes.
La structure régimentaire est identique aux divisions métropolitaines et coloniales, elle s’articule en trois
bataillons à trois compagnies et une compagnie d’accompagnement.
Les régiments d’artillerie nord-africains composés de 1550 hommes sont à recrutement mixte puisqu’ils
regroupent des éléments nord-africains et métropolitains. L’organisation régimentaire s’ordonne en cinq groupes
d’artillerie à traction hippomobile, trois sont des groupes légers à canons de 75 mm modèle 1897 et deux sont des
groupes lourds à canons de 155 mm modèle 1917.
A la mobilisation ces cinq groupes se séparent en un régiment d’artillerie nord-africain à trois groupes de 75
mm et un régiment d’artillerie lourd nord-africain à deux groupes de 155 mm.
b – Les unités de cavalerie.
Les deux brigades de Spahis stationnées en métropole comprennent chacune deux régiments de cavalerie à
quatre escadrons montés et un escadron de mitrailleuses et engins.
– 1ère brigade de Spahis : Compiègne Colonel Jouffrault
. 4ème régiment de Spahis marocains, Senlis
. 6ème régiment de Spahis algériens. Compiègne
– 2ème brigade de Spahis : Orange Colonel Peillon
. 7ème régiment de Spahis algériens, Orange
. 9ème régiment de Spahis algériens. Vienne
1 Le VIIème/20ème régiment d’artillerie nord-africain est en réserve générale.
2 Ce qui fait treize bataillons d’infanterie marocains présents en France en comptant outre ces deux régiments les 3ème et 8ème régiments endivisionnés
dans des unités métropolitaines et le 4ème bataillon du 7ème régiment stationné en Corse.
55
c – Les régiments d’infanterie et d’artillerie non endivisionnés.
® Les unités d’infanterie :
– IVème/7ème régiment de tirailleurs marocains : Bastia
– 41ème régiment de mitrailleurs d’infanterie coloniale : Sarralbe/Putelange
– 52ème bataillon de mitrailleurs indochinois : Carcassonne
® Les unités d’artillerie :
– 6ème régiment d’artillerie nord-africain : Lyon
– 10ème régiment d’artillerie coloniale tractée tout-terrain : Rueil
– 11ème régiment d’artillerie lourde coloniale hippomobile : Lorient
– détachement autonome d’artillerie coloniale de Corse
1
: Bastia
1 Détachement fourni par le 2ème régiment d’artillerie coloniale.
56
D – Répartition des forces stationnées dans le bassin méditerranéen.
Ces forces sont affectées à la défense et à l’occupation permanente de nos possessions extérieures. Elles
comprennent de nombreuses forces autochtones organisées sur le modèle métropolitain (division – brigade – régiment)
ou selon un mode plus ouvert selon les orientations militaires. L’armée française place un encadrement européen pour
diriger les troupes du crue. D’autres forces s’ajoutent aux premières citées, ce sont les régiments nés des conquêtes
coloniales et à recrutement métropolitain ou européen.
1 – Organisation militaire.
® 19ème Région militaire : Alger (commandement supérieur des troupes)
– Subdivisions : Alger
Batna
Constantine
Mascara
Médéa
Oran
– Territoires militaires : Aïn-Séfra
Ghardaïa
Des Oasis
Touggourt
® Protectorat de Tunisie : Tunis (commandement supérieur des troupes)
– Subdivisions : Bizerte
Sousse-Kairouan
Tunis
– Territoires militaires : Sud-tunisien
® Protectorat du Maroc : Rabat (commandement supérieur des troupes)
– Subdivisions : Agadir
Atlas central
Fès
Marrakech
Mekhnès
Ouarzazate
Talifalet
Taza-Oujda
– Territoires militaires : Algéro-marocains
® Mandat du Levant : Beyrouth (commandement supérieur des troupes)
– Subdivisions : Beyrouth
Damas
Deir-ez-Zor
57
2 – Les unités d’infanterie.
Les trois divisions du 19ème corps d’armée d’Alger sont organisées sur un mode binaire, à savoir l’infanterie
divisionnaire comprenant deux brigades d’infanterie algérienne avec un nombre variable de régiments de tirailleurs.
® Division d’Alger :
– 1ère brigade d’infanterie algérienne : Alger
. 9ème régiment de Zouaves : Alger
. 13ème régiment de tirailleurs sénégalais : Alger
– 5ème brigade d’infanterie algérienne : Blida
. 1er régiment de tirailleurs algériens : Blida
. 5ème régiment de tirailleurs algériens : Maison-Carrée
. 9ème régiment de tirailleurs algériens : Miliana
– 65ème régiment d’artillerie d’Afrique : Blida
® Division d’Oran :
– 2ème brigade d’infanterie algérienne : Oran
. 1er régiment étranger d’infanterie : Saïda
. 2ème régiment de Zouaves : Oran
. 4ème/13ème régiment de tirailleurs sénégalais : Oran
– 4ème brigade d’infanterie algérienne : Tlemcen
. 2ème régiment de tirailleurs algériens : Mostaganem
. 6ème régiment de tirailleurs algériens : Tlemcen
– 66ème régiment d’artillerie d’Afrique : Tlemcen
® Division de Constantine : Général Vergez
– 3ème brigade d’infanterie algérienne : Constantine
. 3ème régiment de Zouaves : Constantine
. 15ème régiment de tirailleurs sénégalais : Philippeville
– 7ème brigade d’infanterie algérienne : Constantine
. 3ème régiment de tirailleurs algériens : Bône
. 7ème régiment de tirailleurs algériens : Constantine
. 11ème régiment de tirailleurs algériens : Sétif
– 67ème régiment d’artillerie d’Afrique : Constantine
On peut ainsi répertorier huit régiments de tirailleurs algériens, trois régiments de zouaves, deux régiments de
tirailleurs sénégalais et un régiment étranger d’infanterie.
La plupart des régiments « indigènes » sont à quatre bataillons1 tandis que les régiments de Zouaves et de la
Légion étrangère sont à trois bataillons.
Les trois régiments d’artillerie d’Afrique, à effectif de 1 010 hommes, sont à trois groupes légers de 65 mm de
montagne ou 75 mm modèle 1897.
Lors de la mobilisation, seul le 66ème régiment d’artillerie de la division d’Oran va se dédoubler à l’image des
régiments métropolitains, il recevra un ou deux groupes lourds de 155 mm de réserve. Les deux autres resteront dans la
plénitude de leurs moyens.
® Division de Tunis : Général Bessière
– 4ème régiment de Zouaves : Tunis
– 4ème régiment de tirailleurs tunisiens : Sousse
– 8ème régiment de tirailleurs tunisiens : Bizerte
– 62ème régiment d’artillerie d’Afrique : Tunis
1 Les quatrième bataillons des 6ème et 7ème régiments de tirailleurs algériens se trouvent au Levant.
58
® Division de Sousse : Général Ardant du Pic
– 5ème régiment de tirailleurs sénégalais : Monastir
– 10ème régiment de tirailleurs sénégalais : Bizerte
– 18ème régiment de tirailleurs sénégalais : Gabès
– Groupement d’artillerie autonome colonial de Tunisie : Sousse
La division d’infanterie de Tunis est une division basée sur le mode ternaire avec deux régiments de tirailleurs
tunisiens d’active à quatre bataillons et un régiment de Zouaves à trois bataillons. Elle reçoit en complément le 1er
bataillon d’infanterie légère d’Afrique. La division de Sousse est en fait une division coloniale comprenant en matière
d’infanterie trois régiments de tirailleurs sénégalais à quatre bataillons chacun.
Le 62ème régiment d’artillerie d’Afrique, à effectif de 1 010 hommes, est à trois groupes légers de 65 mm de
montagne ou 75 mm modèle 1897. Il ne se dédouble pas à la mobilisation et ne reçoit pas de groupe lourd. Idem pour le
groupement d’artillerie autonome colonial de Tunisie qui, à la mobilisation, se transforme en 1er régiment d’artillerie
coloniale de Tunisie.1
® Au Maroc :
– dix régiments de composition variable et un bataillon autonome :
. 1er régiment de zouaves (trois bataillons), : Casablanca
. 1er régiment de tirailleurs marocains (quatre bataillons) : Meknès
. 2ème régiment de tirailleurs marocains (quatre bataillons) : Marrakech
. 4ème régiment de tirailleurs marocains (quatre bataillons) : Taza
. 7ème régiment de tirailleurs marocains (trois bataillons) : Meknès
. 2ème régiment étranger d’infanterie (trois bataillons) : Meknès
. 3ème régiment étranger d’infanterie (trois bataillons) : Fès
. 4ème régiment étranger d’infanterie (trois bataillons) : Marrakech
. 3ème régiment de tirailleurs sénégalais (quatre bataillons) : Fès
. 6ème régiment de tirailleurs sénégalais (quatre bataillons) : Casablanca
. Bataillon autonome d’infanterie coloniale : Ouezzan
– un groupement autonome et deux régiments d’artillerie :
. Groupement autonome d’artillerie coloniale du Maroc (à cinq groupes hippomobiles de 65
ou 75 mm)2 : Marrakech
. 63ème régiment d’artillerie d’Afrique (à cinq groupes hippomobiles de 65 ou 75 mm) : Fès
. 64ème régiment d’artillerie d’Afrique (à cinq groupes hippomobiles de 65 ou 75 mm) :
Casablanca
® Au Levant :
– quatre régiments ou demi-brigades de composition variable et un bataillon autonome :
. Demi-brigade algéro-marocaine :
. IVème /6ème régiment de tirailleurs algériens : Alep
. IVème /7ème régiment de tirailleurs algériens : Alep
. Vème /1er régiment de tirailleurs marocains : Damas
. 16ème régiment de tirailleurs tunisiens : Soueïda
. 17ème régiment de tirailleurs sénégalais : Beyrouth
. Bataillon de marche d’infanterie coloniale du Levant3 : Soueïda
. Groupement de la Légion étrangère du Levant
4
:
. Ier/1er régiment étranger d’infanterie : Baalbek
. IVème/1er régiment étranger d’infanterie : Soueïda
. VIème/1er régiment étranger d’infanterie : Homs
. IIème/2ème régiment étranger d’infanterie : Damas
1 Un 2ème régiment d’artillerie coloniale de Tunisie est également mis sur pied.
2 Le groupement autonome d’artillerie coloniale du Maroc devient le régiment d’artillerie colonial du Maroc à la mobilisation.
3 Le bataillon de marche d’infanterie coloniale du Levant se transforme en 24ème régiment de marche d’infanterie coloniale pendant la drôle de guerre.
4 Le Groupement de la Légion étrangère du Levant est dissous le 01 octobre 1939 et prend la dénomination de 6ème régiment étranger d’infanterie.
59
– un régiment d’artillerie :
. Régiment d’artillerie coloniale du Levant (à trois groupes de 65 ou 75 mm)
1
: Damas
3 – Les unités de cavalerie.
® En Algérie :
– 1ère brigade de cavalerie d’Afrique : Médéa
. 5ème régiment de chasseurs d’Afrique
2
: Alger
. 1er régiment de Spahis algériens : Médéa
– 2ème brigade de cavalerie d’Afrique : Mascara
. 2ème régiment de chasseurs d’Afrique
3
: Mascara
. 2ème régiment de Spahis algériens : Tlemcen
– 3ème brigade de cavalerie d’Afrique : Batna
. 3ème régiment de chasseurs d’Afrique
4
: Constantine
. 3ème régiment de Spahis algériens : Batna
– cinq compagnies montées sahariennes.
® En Tunisie :
– 4ème brigade de cavalerie d’Afrique : Tunis
. 4ème régiment de chasseurs d’Afrique
5
: Tunis
. 4ème régiment de Spahis tunisiens : Zarzis
– 1er régiment étranger de cavalerie : Sousse
® Au Maroc :
– 1er régiment de chasseurs d’Afrique
6
: Rabat
– 2ème régiment de Spahis marocains : Marrakech
– 3ème régiment de Spahis marocains : Meknès
– 8ème régiment de Spahis algériens : Fès
– 2ème régiment étranger de cavalerie : Midelt
– une compagnie montée saharienne.
® Au Levant :
– 1er régiment de Spahis marocains : Alep
– 8ème groupe d’automitrailleuses
7
: Damas
– 3ème groupe d’escadrons du 4ème régiment de Spahis tunisiens : Damas
4 – Les chars de combat.
® En Algérie :
– 64ème bataillon de chars de combat : Alger
(64ème B.C.C – 45 chars légers FT)
1 Le régiment d’artillerie coloniale du Levant se transforme en 41ème régiment d’artillerie coloniale pendant la drôle de guerre.
2 Le 5ème régiment de chasseurs d’Afrique est partiellement motorisé.
3 Le 2ème régiment de chasseurs d’Afrique est partiellement motorisé.
4 Le 3ème régiment de chasseurs d’Afrique est partiellement motorisé.
5 Le 4ème régiment de chasseurs d’Afrique est motorisé.
6 Le 1er régiment de chasseurs d’Afrique est motorisé.
7 Le 8ème groupe d’automitrailleuses est motorisé.
60
® En Tunisie1 :
– 61ème bataillon de chars de combat : Bizerte
(61ème B.C.C – 45 chars légers D1)
– 65ème bataillon de chars de combat : Sousse
(65ème B.C.C – 45 chars légers D1)
– 67ème bataillon de chars de combat : Tunis
(67ème B.C.C – 45 chars légers D1)
® Au Maroc :
– 62ème bataillon de chars de combat : Meknès
(62ème B.C.C – 15 chars légers FT + 30 chars légers R35)
– 66ème bataillon de chars de combat : Meknès
(66ème B.C.C – 45 chars légers FT)
® Au Levant :
– 63ème bataillon de chars de combat : Beyrouth
(63ème B.C.C – 30 chars légers FT + 15 chars légers R35)
5 – Les troupes de service.
Le 19ème régiment de génie à Alger, le 31ème bataillon de génie stationné au Maroc et le 34ème bataillon de génie
de Tunis regroupent sous leurs autorités les éléments du génie et des transmissions présents sur leurs territoires. Le
mandat du Levant est doté également de ces troupes de servitude. Ces unités sont calquées sur le modèle des troupes de
soutien métropolitaines et remplissent les mêmes missions. Il existe en septembre 1939 :
® sept compagnies de cavaliers de remonte,
® huit escadrons du train,
® un bataillon d’ouvrier d’artillerie,
® cinq compagnies autonomes d’ouvriers d’artillerie,
® trois bataillons de sapeurs mineurs,
® deux compagnies autonomes de sapeurs mineurs,
® trois bataillons de sapeurs télégraphistes,
® deux compagnies autonomes de sapeurs télégraphistes,
® deux bataillons de sapeurs de chemins de fer.
1 Ces trois bataillons de chars de combat, initialement stationnés en métropole (respectivement aux 508ème, 510ème et 507ème régiments de chars de
combat), sont envoyés en Tunisie en mars 1938 (61ème) avril 1938 (65ème) et janvier 1939 (67ème) afin de renforcer les capacités blindées limitées de
l’armée d’Afrique face aux prétentions italiennes. Dix sept chars moyens Renault D1 supplémentaires seront affectés dans les dépôts et les écoles de
conduite de Tunisie.
61
6 – La gendarmerie.
Ce corps est également présent dans nos possessions du bassin méditerranéen, il se répartit de la manière
suivante :
® Gendarmerie départementale :
– une légion en Algérie,
– une légion au Maroc,
– une légion en Tunisie.
® Garde républicaine mobile :
– une légion en Algérie,
– une compagnie autonome au Maroc,
– une compagnie autonome en Tunisie.
® Gendarmerie prévôtale :
– une prévôté du Levant.
62
E – Répartition des forces stationnées dans les colonies et territoires d’outre-mer.
1 – Organisation militaire.
® colonie d’Indochine1 : Saigon (commandement supérieur des troupes)
– Subdivisions : Hanoi
Hué
Saigon
® Corps expéditionnaire de Chine2 : Tien-Tsin (commandement supérieur des troupes)
– Positions : Tien-Tsin
Shangaï-Hankéou
® colonie d’Afrique Equatoriale Française3 : Brazzaville (commandement supérieur des troupes)
– Subdivisions : Congo français
Gabon
Tchad
Cameroun
® colonie d’Afrique Occidentale Française4 : Dakar (commandement supérieur des troupes)
– Subdivisions : Sénégal
Soudan français
Mauritanie
Niger
Guinée
Côte d’Ivoire
Haute Volta
Dahomey
® colonie et possessions de l’océan indien5 : Tananarive (commandement supérieur des troupes)
– Subdivisions : Côte des Somalies
6
Madagascar
Ile de la Réunion
Etablissements français de l’Océan Indien
® territoires des Antilles7 : Fort-de-France (commandement supérieur des troupes)
® territoires du Pacifique8 : Nouméa (commandement supérieur des troupes)
1 On compte 28 496 militaires métropolitaines et 29 300 auxiliaires indochinois dans les trois protectorats d’Indochine en 1939.
2 En vue de protéger nos concessions en Chine, la France déploie des unités issues des territoires de l’Indochine. Composé exclusivement de troupes
de l’arme coloniale, ce corps expéditionnaire, sous les ordres du Général Casseville, sera présent dans ce pays jusqu’à la fin des années 30. L’effectif
global des troupes s’élève à 2697 officiers, sous-officiers et hommes de troupes en septembre 1939. Les chiffres passeront à environ 4 000 en mai
1940.
3 Les effectifs des troupes des unités coloniales en Afrique Equatoriale Française au 03 septembre 1939 s’élèvent à 5 062 officiers, sous officiers et
hommes de troupes (métropolitains et troupes sénégalaises).
4 A l’instar des effectifs ci-dessus, ceux de l’Afrique Occidentale française se montent à 21 376 officiers, sous officiers et hommes de troupes
(métropolitains et troupes sénégalaises).
5 Les troupes de l’Océan Indien se montent à 6 769 sous officiers et hommes de troupes (métropolitains et malgaches).
6 Sous les ordres de Général Germain Georges.
7 Les troupes coloniales s’élèvent à 1 035 sous officiers et hommes de troupes.
8 On dénombre principalement 216 hommes en Nouvelle – Calédonie et 71 hommes pour les îles de l’océanie.
63
2 – Les unités d’infanterie et d’artillerie.
® L’Afrique Équatoriale Française :
– Congo et Gabon :
. Bataillon de tirailleurs sénégalais de l’Afrique Equatoriale Française
– Tchad :
. Régiment de tirailleurs sénégalais du Tchad
. Bataillon de tirailleurs sénégalais de l’Oubangui-Chari
. Compagnie portée de Largeau
. Section portée de Largeau
– Cameroun :
. Régiment de tirailleurs sénégalais du Cameroun
® L’Afrique Occidentale Française :
– Sénégal :
. 1er régiment mobile de tirailleurs sénégalais
. 7ème régiment mobile de tirailleurs sénégalais
. 6ème régiment d’artillerie coloniale
. Bataillon d’infanterie coloniale de l’Afrique Occidentale Française
. Bataillon de tirailleurs sénégalais n°7
– Soudan français :
. 2ème régiment mobile de tirailleurs sénégalais
. Bataillon de tirailleurs sénégalais n°2 (dissous le 30/09/1939)
– Mauritanie :
. Bataillon de tirailleurs sénégalais n°1
– Niger :
. Bataillon de tirailleurs sénégalais n°3 (dissous le 01/09/1939)
– Guinée:
. Bataillon de tirailleurs sénégalais n°4
– Côte d’Ivoire :
. Bataillon de tirailleurs sénégalais n°5
– Haute Volta :
. Bataillon de tirailleurs sénégalais n°6
– Dahomey :
. Bataillon de tirailleurs sénégalais n°8
. Bataillon de tirailleurs sénégalais n°9
® L’océan indien :
– Côte des Somalis :
. Bataillon de tirailleurs sénégalais de la côte française des Somalies
– Madagascar :
. 1er régiment de tirailleurs malgaches
. 2ème régiment de tirailleurs malgaches
. Bataillon de tirailleurs malgaches
. Groupe autonome d’artillerie coloniale de Diego-Suarez
. Groupe autonome d’artillerie coloniale de l’Emyne
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® L’Indochine :
– 9ème régiment d’infanterie coloniale
– 11ème régiment d’infanterie coloniale
– 10ème régiment mixte d’infanterie coloniale
– 19ème régiment mixte d’infanterie coloniale
– 1er régiment de tirailleurs tonkinois
– 2ème régiment de tirailleurs tonkinois
– 3ème régiment de tirailleurs tonkinois
– 4ème régiment de tirailleurs tonkinois
– 1er régiment de tirailleurs annamites
– 1er régiment de tirailleurs cambodgiens
– 5ème régiment étranger d’infanterie
– 4ème bataillon de tirailleurs montagnards
– 4ème régiment d’artillerie coloniale
– 5ème régiment d’artillerie coloniale
® La Chine :
– 16ème régiment d’infanterie coloniale,
– 103ème bataillon de marche d’infanterie coloniale,
– 104ème bataillon de marche d’infanterie coloniale,
– 108ème bataillon de marche d’infanterie coloniale,
– un groupe mixte d’artillerie coloniale,
® Les Antilles, les Indes françaises et le Pacifique :
– quatre compagnies mixtes d’infanterie coloniale (Fort de France, Camp Jacob, Cayenne et Papeete)
– une compagnie de cipayes (Pondichéry)
– une batterie mixte d’artillerie coloniale (Fort de France)
3 – Les unités de cavalerie.
® Un escadron d’automitrailleuses à Hanoi
(automitrailleuses de cavalerie White Laffly modèle 50 et modèle 18),
® Un peloton d’automitrailleuses à Saigon
(automitrailleuses de cavalerie White Laffly modèle 50 et modèle 18),
4 – Les chars de combat.
® Section de chars légers à Madagascar
(chars légers FT)
® Compagnie de chars légers de l’Annam Tonkin à Hanoi
(chars légers FT)
® Compagnie de chars légers de Cochinchine à Saigon
(chars légers FT)
® Détachement motorisé de Cochinchine
(chars légers FT)
® Deux sections de chars légers à Tien-Tsin,
(chars légers FT)
® Une compagnie de chars légers à Shangaï-Hankéou.
(chars légers FT)
65
5 – Les troupes de service.
® une compagnie de cavalier de remonte.
® huit compagnies autonomes d’ouvriers d’artillerie.
® trois compagnies de sapeurs-mineurs.
® quatre compagnies de sapeurs télégraphistes.
® un détachement de télégraphistes coloniaux (Chine).
® deux compagnies de sapeurs de chemins de fer.
® trois groupes de transport automobile (Dakar, Hanoi et Saigon)
6 – La Gendarmerie.
Les forces de gendarmerie se divisent en quinze détachements coloniaux répartis dans les possessions d’outremer
et les colonies :
® colonie d’Afrique Equatoriale Française :
– Dakar
® colonie d’Afrique Occidentale Française :
– Douala
– Brazzaville
– Djibouti
– Tananarive
® possessions d’Outre-mer :
– Saint Denis de la réunion
– Saint-Claude
– Fort-de-France
– Cayenne
– Saint Pierre et Miquelon
– Nouméa
– Papeete
– Pondichéry
® colonies d’Indochine :
– Saigon
– Hanoi

 

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28 décembre 2012

Historique du 4e Régiment de Spahis

Classé sous — milguerres @ 14 h 54 min

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Les Spahis et la Grande Guerre

La Tunisie et la Grande Guerre

La Tunisie au gré des conflits

Les Spahis

Le 4e Régiment de Spahis libère Quierzy

4e Régiment de Spahis en Tunisie

 Fatima, l’unique Spahi

 

 

 Fichier:Insigne régimentaire du 4e Régiment de Tirailleurs Tunisiens 1er modéle.jpg

source wikipedia

Insigne régimentaire du 4e régiment de tirailleurs tunisiens
(1er modèle)

Le 4e régiment de tirailleurs tunisiens (4e RTT) était un régiment d’infanterie appartenant à l’Armée d’Afrique qui dépendait de l’armée de terre française.

En activité entre 1884 et 19561, il est l’un des régiments les plus décorés de l’armée française2. Il se distingue particulièrement lors de la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle il est cité six fois à l’ordre de l’Armée et obtient la Légion d’honneur, puis lors de la Seconde Guerre mondiale, notamment lors de la campagne d’Italie au sein du corps expéditionnaire français du général Juin ; il est à nouveau cité quatre fois à l’ordre de l’Armée.

source wikipedia

Historique du 4e Régiment de Spahis

http://dvole.free.fr/quierzy/4h.htm

1914

Départ pour la France

Le régiment de campagne du 4e Régiment de Spahis est formé à Sfax (Tunisie) à 4 escadron et embarqué le 1er septembre 1914 à Sfax également.

A cette date, l’état-major du Régiment a la composition suivante :

  • Colonel Couverchel, Commandant le Régiment,
  • Lieutenant-Colonel Schneider,
  • Chefs d’Escadrons Renn et B.R Bonneterre,
  • Capitaine Adjoint Dauphinot,
  • Lieutenant Crotel, officier d’approvisionnement,
  • Lieutenant Dandine, Officier payeur,
  • Treuvelot, vétérinaire major de 2e classe,
  • Couboules, médecin major de 2e classe
  • Aoustin, vétérinaire aide-major de Ire classe
  • Bellon, médecin aide-major de 1ere classe.

L’effectif du Régiment est de 31 Officiers, 666 hommes de troupe et 671 chevaux.

L’Aisne

Les escadrons débarquent à Marseille le 4 septembre 1914 et sont immédiatement dirigés sur le camp retranché de Paris. Le 4e Spahis forme avec le 6e Régiment de Marche de Spahis (Escadrons des 1e, 3e et 5e Spahis) une Brigade de marche qui est mise à la disposition de la 6e Armée (Gal Maunoury) dans la région de l’Oise.

Le  13, la brigade reçoit l’ordre de passer l’Aisne, le plus rapidement possible, entre Jaulzy et Vic-sur-Aisne. Le pays vallonné et boisé est difficile pour la Cavalerie et propice aux embuscades. La Brigade est arrêtée par le feu de l’infanterie ennemie embusquée dans les bois de Moulin-sous-Touvent et Nampcel puis poursuivie jusqu’au Sud de Saint-Pierre-lès-Bitry par un tir progressif d’artillerie.

Le 15 septembre, la Brigade qui a repris sa marche en avant part d’Attichy et deux Escadrons reçoivent l’ordre de se porter par Carlepont sur la Pommeraye, en soutien de reconnaissance d’infanterie. Le Peloton d’avant-garde, arrivé à hauteur de Brétigny, aperçoit une forte colonne de cavalerie ennemie qui se retire.

Le lieutenant De Mesmay, commandant ce peloton n’hésite pas à attaquer franchement I’arrière-garde de cette colonne composée d’un Régiment de Uhlans, dont il tue plusieurs cavaliers et continue au galop sur Brétigny, suivi par le demi-Régiment du Commandant B.R Bonneterre. Mais à la lisière sud du village, des feux d’infanterie, de mitrailleuses et d’artillerie, obligent les Spahis à se jeter dans les bois qui bordent la route.

Au cours de ce combat, une vingtaine de Spahis a disparu, mais les deux escadrons du 4e Spahis sont l’objet de félicitations élogieuses du Commandant de la Brigade.

 

La Somme

Pendant tout le mois de septembre, le Régiment va continuer ses missions de reconnaissance et de résistance ; il part dès l’aurore, les chevaux sellés dans la nuit, il travaille tout le jour et rentre au bivouac dans les lignes de l’Infanterie à la nuit est tombée. Le ravitaillement arrive au milieu de la nuit, quand il peut rejoindre. Le temps est froid et pluvieux. Malgré ces longues étapes, une nourriture, composée presque uniquement de vivres de réserve, les intempéries pénibles pour les Spahis habitués au soleil d’Afrique, le moral est toujours excellent et tous conservent le mordant nécessaire aux missions périlleuses qui leurs sont confiées durant les attaques furieuses et les bombardements intenses qui ont lieu pendant la fin septembre dans le Sud de la Somme.

Le 24 septembre au soir, notamment à la Chavate, la Brigade à cheval depuis le matin, est obligée de tenir en respect, au combat à pied, des forces allemandes supérieures en nombre. Cette résistance permet de rallier les forces entamées et d’opposer un barrage solide au mouvement débordant des lignes allemandes. Plusieurs Officiers, Sous-Officiers et Cavaliers sont cités à l’ordre du Régiment.

Mais si le courage des hommes a toujours réussi à se montrer plus fort que la fatigue, les chevaux ont eu à fournir sans repos, durant 18 jours un effort presque au-dessus de leurs forces. Bivouaqués dans la boue, sellés dans de mauvaises conditions; parfois 59 heures sur 62 (du 24 septembre, 9 heures, au 26 septembre, 19 heures) parcourant tous les jours d’assez longues distances, beaucoup deviennent indisponibles et ne peuvent être soignés par les vétérinaires durant les quelques heures de la nuit dont ils disposent.

Le commandement, reconnaissant qu’il est absolument nécessaire de donner quelque repos au Régiment, décide qu’à partir du mois d’octobre, un demi-Régiment assurera, seul, le service sur le front, le reste des Escadrons de la Brigade restant en cantonnement à la disposition du Général commandant le corps d’armée.

Les mois d’octobre et de novembre avec leurs brouillards et leurs pluies fines et fréquentes, vont être pour le 4e Spahis une période d’incessants changements, durant, lesquels il aura à remplir un triple rôle; éclairer sur le front, assurer la liaison avec les divisions voisines et se tenir constamment prêt, soit à appuyer les attaques, soit à parer un fléchissement des lignes françaises. C’est ainsi que la Brigade passe du grand plateau de la Somme aux plaines du Pas-de-Calais, traversant Contoire, Faverolles, Pierrepont, Corbie, Pas, Thièvres, Saulty, Couturelle, Coin, Larbet, pour se fixer le 12 novembre à Izel-les-Hameaux dans le Pas-de-Calais.

 

Le Pas-de-Calais

Attaque du château de Vermelles.

Le 30 novembre, des gens résolus sont nécessaires pour tenter un quatrième coup de main sur le château de Vermelles (entre Béthune et Lens) qui, depuis un mois et demi, arrête notre progression. On fait appel au 4e Spahis, grand honneur que tous comprennent car le Colonel n’a que l’embarras du choix pour constituer le groupe franc de 80 Spahis, demandé par le Commandement. Ce groupe se rend le 30 au soir à Mazingarde, d’où doit  partir l’attaque. Il échange ses armes avec une Compagnie de Territoriaux, et le lendemain matin, des instructeurs d’Infanterie apprennent aux Spahis le maniement du fusil et leur donnent quelques principes d’escrime à la baïonnette. C’est après une heure d’exercice que ce groupe de Spahis devint la troupe d’Infanterie qui devait, deux heures plus tard, mettre en fuite ou écraser deux Compagnies badoises occupant une position jugée formidable.

A 11 heures, le signal de l’attaque est donné par l’explosion d’une mine qui doit faire brèche dans le mur du parc. Les quatre groupes de 20 Spahis, sous les ordres du Lieutenant Berger et du Sous-Lieutenant Allal Ghomry, s’élancent à pied et avec un élan irrésistible en tète des troupes d’Infanterie. Le Maréchal des Logis Decousser et 19 cavaliers ont bondi les premiers sur le mur d’enceinte et l’escaladent. Ils sont rejoints aussitôt par les autres groupes. Devant les Spahis, dans les boyaux du parc, les Allemands affolés, tourbillonnent. Les Spahis franchissent tous les obstacles tirant et pointant sans arrêt; rien ne leur résiste et d’un seul assaut ils enlèvent le parc, le château en ruines et les maisons qui bordent le parc nord, massacrant au passage tout ce qui n’a pu s’enfuir. 

Le groupe franc à son retour à Mazingardes fut acclamé par toutes les troupes et vivement félicité par le Général De Cadoudal pour son entrain, sa grande bravoure et le magnifique résultat obtenu.

Après Vermelles, le Régiment prend quelques jours de repos, puis va s’installer à Bully-Grenay pour assureur le service des tranchées de décembre 1914 à avril 1915, dans le secteur de BulIy à Àix-Noulette (Sud-Est du Pas-de-Calais).

Il aura à y souffrir énormément du froid et beaucoup d’hommes, dont les pieds sont gelés, devront être relevés. Là encore, le Régiment fera son devoir. Le 17 décembre, un groupe d’éclaireurs est détaché au 21e Bataillon de Chasseurs à Pied, avec mission de précéder l’infanterie dans une attaque contre les tranchées allemandes situées dans un petit bois aux environs de Noulette. Le groupe s’élance bravement à l’assaut, s’empare de la première ligne de laquelle il chasse les Allemands et, malgré un feu violent de mitrailleuses ennemies réussit à se maintenir dans son gain en faisant le coup de feu jusqu’ au soir.

1915

En mai 1915, une nouvelle attaque est projetée contre les « ouvrages blancs » d’Angres, dans la région de Lens. Les Spahis sont demandés pour donner, encore une fois, la preuve de leur audace en attaquant à pied des ouvrages allemands, très fortement organisés, qu’il s’agit d’enlever par un coup de main hardi et de conserver coûte que coûte.

Le 8 mai, cent Spahis encadrés sont fournis par le Régiment et le 25, cinquante autres doivent prendre part dans les mêmes conditions a une nouvelle opération de concert avec l’lnfanterie.

Comme à Vermelles, c’est tout le Régiment qui est volontaire et tous se disputent l’honneur d’être de l’attaque. Le 19 mai, à 17 heures sous les ordres du Capitaine Paoli, du Lieutenant Labarbe et du Sous-Lieutenant de Coincy, au signal de l’explosion des mines, les Spahis s’élancent hors des tranchées. Ils trouvent, en face d’eux une masse de bastions et de tranchées que nos troupes appellent les « ouvrages blancs » parce que, creusés dans un sol crayeux, ils couronnent la crête d’un labyrinthe blanchâtre. Les hommes, avec un mépris prodigieux de l’adversaire ne s’arrêtent pas à ces tranchées qu’ils débordent ; tout au plus enferment-ils parfois des groupes entiers d’Allemands qui n’ont pas eu le temps de sortir de leurs abris. Aussi, en quelques minutes avec des pertes minimes, le détachement atteint la deuxième ligne ou les Allemands surpris et terrorisés, sont massacrés au nombre de plus de 300. 80 sont faits prisonniers. Mais les obus et les grosses grenades pleuvent et insuffisamment appuyé et fortement mitraillé le groupe réduit de moitié, est obligé de rétrograder jusqu’à la première ligne allemande, dans laquelle il réussit à se maintenir malgré un feu d’enfer.

Dans cette affaire, il y a eu de lourdes pertes ; le Sous-lieutenant de Coincy, qui combat vaillamment jusqu’au soir à la tête de son groupe, trouve une mort glorieuse dans la lutte; 6 Sous-Officiers sur 8 et 12 Brigadiers sur 14 n’ont pas reparu; la majeure partie de l’ouvrage étant retombée aux mains de l’ennemi, il a été impossible de déterminer le nom des morts et blessés relevés par l’ennemi.

Tout le groupe d’éclaireurs obtint la citation suivante à l’Ordre de la 10e Armée:
Le groupe d’éclaireurs du 4e Spahis chargé de l’attaque d’un ouvrage allemand très fortement organisé, s’est formé pour I’assaut avec autant de calme qu’au terrain de manœuvre. Ils se sont élancés à l’assaut, officiers en tête avec une fougue et un courage admirable, ont occupé la plus grande partie de l’ouvrage, s’y sont maintenus avec un complet mépris du danger malgré les fortes pertes que leur a fait subir le feu d’Artillerie et de l’infanterie allemande.

Le 25 mai, sous les ordres du Capitaine Brabet et du Sous-lieutenant De La Croix, le second groupe formé fit, de concert avec l’Infanterie, une nouvelle tentative sur les ouvrages blancs occupés en partie par les Allemands. Comme le 8 mai, les deuxièmes lignes furent atteintes dans un élan splendide et occupées. Les Spahis, malgré leur petit nombre, repoussèrent à la baïonnette quatre contre-attaques allemandes et firent une hécatombe d’ennemis.

Après les opérations des Ouvrages Blancs, le Régiment avait besoin d’être réuni pour pouvoir s’organiser; la moitié des effectifs fournis les 8 et 25 mai, avait été mise hors de combat. Aussi le 27 mai  la réserve à pied de BuIly est supprimée et le 4e Spahis n’a plus d’hommes détachés au service des tranchées. Il va être en mesure de se reformer, de compléter son effectif en hommes et de se préparer à repartir dans de meilleures conditions.

Le 19 juin, après un séjour de un mois plus à l’est à Hestrus, le Régiment va cantonner à Pernes. Le 1er juillet, 500 Cavaliers à Pied, dont 200 du 4e Spahis, sont mis à la disposition de la 4e D.I. Ils vont occuper les abris situés sur la piste allant de Petit-Servins à Maison Forestière (lisière ouest du bois de Bouvigny) et font le service de première et deuxième lignes. Pendant ce séjour aux tranchées, les Spahis supportèrent des bombardements parfois violents; qui causèrent des pertes assez sérieuses.

Les Spahis se distinguèrent particulièrement dans des missions de reconnaissance souvent très périlleuses. Le 15 septembre, une de ces patrouilles, commandée par le Brigadier d’Arras, se heurte à une forte patrouille allemande. Malgré l’infériorité numérique (quatre contre quinze) malgré la différence d’armes (mousqueton contre fusil), le Brigadier d’Arras sans perdre une minute s’élance à la baïonnette sur l’ennemi avec ses trois hommes. La patrouille allemande, après un terrible corps à corps, se retire, laissant cinq des siens sur le terrain, dont un Officier, sur le corps duquel on retrouve des notes précieuses pour le Commandement. Le Brigadier rentre avec deux de ses hommes, tous trois blessés. Cette action glorieuse valut une citation à chacun de ces braves.

Le 22 septembre 1915, les Spahis sont relevés de leur service aux tranchées; ils changent de cantonnements et on les retrouve le 1er octobre a Bergueneuse au nord d’Anvin, d’où ils reprennent, le 9, le service des tranchées. Comme auparavant, le 4e Spahis fournit 200 hommes qui sont mis en soutien de la ligne de sous-secteur, ils occupent le chemin creux Souchez-Angres.

Le 13 octobre, il s’agit d’opérer un coup de main sur un poste allemand. Le Lieutenant de Kerverseau fait, sous un bombardement violent, une reconnaissance judicieuse. Le 13 au soir, les Allemands ont prononcé une attaque très violente et ont pris deux tranchées françaises, défendues par le 31e Bataillon de Chasseurs à Pied, dont une Compagnie a été éprouvée. Le Lieutenant Ghomri, avec une quarantaine de gradés et hommes, est désigné pour cet engagement, L’attaque se produit le 14 à 9 heures, mais ne réussit pas complètement, les éléments voisins n’ayant pu progresser. L’assaut est décidé à nouveau pour 16 heures. Il sera exécuté par un escadron du groupe de Spahis, soutenu par une Compagnie d’infanterie et précédé d’une fraction de Grenadiers. Le combat s’engage à la grenade, mais se transforme vite en un abordage à la baïonnette dans lequel les Spahis ont rapidement l’avantage.

Les Allemands cèdent. Le Capitaine Trillat s’est porté à la hauteur de la première ligne et sa présence électrise ses hommes. Blessé d’une balle au bras, il continue son mouvement en avant, exhortant toujours ses Spahis. Une nouvelle blessure à l’épaule gauche le renverse; il essaie de se relever mais, trahi par ses forces, il passe le commandement au Lieutenant Labarbe et ne quitte le terrain de la lutte que lorsqu’il voit la progression s’accentuer. A 16h25, la position est à nous.

L’hiver arrive avec la fin octobre, et, pendant les mois suivants, le 4e Spahis continue à tenir les tranchées.

1916

Le 15 janvier, le détachement de 200 hommes fourni aux tranchées, est remis à la disposition du régiment. Le 17 janvier 1916. la Brigade de marche des Spahis, change sa composition. Elle sera formée du 4e Spahis et du Régiment de Spahis marocains. Toutefois, le 4e Spahis reste provisoirement à la disposition du 9e Corps d’Armée et s’installe à Hétrus et à Tangry. Le 21, le 4e Spahis est affecté comme Cavalerie de Corps au 33e C.A.. Il cantonne à Hernicourt, Berthonval, Sautricourt, St Martin, toujours dans le Pas-de-Calais, et assure un service de surveillance générale.

 

 

Marne, Meurthe-et-Moselle, Meuse

Le 1er mars 1916, le Régiment embarque à Wavrans-sur-Ternoise et quitte le Pas-de-Calais ; dés lors, il ne fait que voyager. Il se rend d’abord dans la Marne, traverse ensuite la Meuse pour passer dans la Meurthe-et-Moselle, le 4 avril à Saulxures et Allamps.

Enfin le 18 mai, le Régiment revient sur la frontière de l’Est, traverse la Meuse à Vertusey et Corneiville. C’est de là qu’il prend le service des avant-lignes dans le secteur de Étangs (Est d’Apremont).

Il le garde jusqu’au 5 juillet, date à laquelle il quitte ce secteur pour occuper dans celui de St-Baussant, plus au nord, les ouvrages des Mortiers et de la Cortine-ouest, à l’ouest de Xivray.

Ce séjour dans la Marne et la Meuse n’a pas été pour le Régiment une période de repos. Pendant que les uns occupaient les avants-postes, les autres poussaient activement leur instruction de spécialistes  (grenadiers  fusiliers-mitrailleurs  agents de  liaison, etc.).

Le service dans le secteur des Étangs et dans celui de Xivray fut pénible aux Spahis qui durent organiser complètement ces défenses en s’employant de jour et de nuit à des travaux de construction d’abris. Par ailleurs, le Régiment a dû fournir, à maintes reprises, des détachements de liaison à l’Artillerie (de Verdun notamment) et des coureurs à l’infanterie, Les uns et les autres se sont fait particulièrement remarquer par leur courage, leur entrain et leur résistance.

Le 25 juillet, le Régiment est relevé de son service en première ligne et revient, dans la Meurthe-et-Moselle à Colombey-les-BeIles où il cantonne jusqu’au 14 août. A cette date, il embarque à Barisey-la-Cote, a destination de Conty, dans la Somme. Il s’installe à Thieullot-la-ViIle, puis se rend le 20 à Lamotte-en-Santerre.

 

 

Somme, Oise et Aisne.

A peine arrivé dans cette dernière localité, le 4e Spahis doit fournir un escadron pour la police des routes, des agents de liaison à l’Artillerie, et un détachement d’hommes à pied mis à la disposition du Général Viollaud, pour participer à la défense de secteur de tranchées entre Feuillêres et Blaches.

Cette zone du front est particulièrement dangereuse ; les obus tombent sans discontinuer et la surveillance qui incombe aux Spahis est difficile.
Ce n’est que le 3 novembre 1916, que le 4e Spahis est relevé de son service en secteur. Il stationne à Lamotte-en-Santerre, prêt à être embarqué avec la 77e DI.

Le 7 novembre, la moitié du Régiment s’embarque à Boves d’où elle se rend en chemin de fer à Villers-Cotterets et de là cantonne à Ivores, dans l’Oise. Elle y est rejointe le 25 par le reste du Régiment qui a fait le trajet par étapes à cheval depuis Lamotte. Le 29 novembre, deux escadrons vont cantonner à Vez et assurent la relève des tranchées occupées précédemment par un détachement du 7e Spahis. L’État-major quitte à son tour Ivores le 2 décembre, pour se porter à Haramont, dans l’Aisne.

Enfin, le 4 décembre, les 4 escadrons du  4e Spahis sont regroupés aux ordres du Colonel Du Jonchay, dans la zone de cantonnement Haramont, Longpré, Bonneuil. Là, le Régiment fournit un détachement de 140 hommes destinés à remplacer les hussards qui occupent les tranchées dans le secteur Berry-CheviIecourt. Le bombardement est très intense dans ce centre de résistance et le Régiment a une dizaine de blessés.

Le 31 décembre 1916, le 4e Spahis est divisé en deux groupes d’escadrons divisionnaires: deux escadrons cantonnés à Longpré et les Fossés, sont rattachés à la 70e D.I (33e C.A., Ire Armée) et les deux autres, cantonnés à Bonneuil-en-Valois, sont rattachés à la 77e D.I.. Néanmoins, les deux groupes continuent à avoir chacun 80 hommes aux tranchées de Chevicourt jusqu’au 6 mars 1917. A cette date, les Spahis sont relevés de leur service en secteur; ils rejoignent leur cantonnement pour permettre de donner, dans les escadrons, l’instruction du nouveau règlement sur l’emploi de la cavalerie dans le combat.

Ce repos ne devait pas être de longue durée.

Le 17 mars, en effet, les lignes solidement tenues par les Allemands depuis plus de 2 ans, et qu’ils avaient défendu avec opiniâtreté, ont soudain cédé depuis Arras jusqu’au nord-ouest de Soissons, la guerre de tranchées a fait place à la guerre de mouvement.
La cavalerie a trouvé son emploi. On se rendit compte dans la matinée du 17, que l’ennemi refusait la bataille et se retirait avec rapidité. Ce fût alors une course en rase campagne.

Le 17 mars, les groupes d’escadrons divisionnaires du 4e Spahis sont mis à la disposition des 70e et 77e D.I. Dès le 18, les deux groupes commencent chacun de leur côté, leurs missions de reconnaissance et de liaison. Le groupe Roussel de la 70e D.l. qui opère le long de l’Oise à la gauche de la 77e D.I., lance plusieurs reconnaissances d’Officiers et de Sous-Officiers sur l’Ailette, par Blérancourt et Saint-Paul-aux-Bois, par Besmé et Manicamp. Elles ont pour mission de reconnaître la ligne, d’arrêter l’ennemi, de tâcher de préciser exactement les points occupés et de voir si les passages sur le canal de l’Ailette sont détruits ou non.

Au groupe Courtot de la 77e D.I., la même mission incombe aux Spahis: des reconnaissances sont poussées vers l’Ailette, les unes par Fontenoy, Tartiers, Vezaponin, Pont-Saint-Mard, les autres par la Forêt des champs des-Lottes, les Bourguignons.
En même temps, un détachement se porte sur Vaurezy, Villers-la-Fosse pour prendre contact avec le 37e C.A et assurer la liaison, tandis que des pelotons sont mis à la disposition des 93e et 88e Brigade.

Le 18 au soir, entre I’Oise et Soissons, toute la ligne allemande tombait aux mains des français qui, prenaient pied sur le plateau au nord de Soissons et occupaient Crouy.

Du 19 au 22, le Régiment continue à avancer et le rôle des groupes est identique, c’est à dire qu’ils assurent la liaison et envoient des reconnaissances jusqu’a l’Ailette, reconnaissances très dangereuses.

Le 23, l’infanterie est en contact sur l’Ailette et les groupes attendent ; le 1er à Bieuxy, le second à Camelin. L’ennemi est parvenu sur la fameuse ligne Hindenbourg, il y a entrepris une sérieuse résistance. Esquissée depuis le 20 mars, elle a depuis cette date, été en s’accentuant.
Bien que les massifs boisés de Coucy et de Saint-Gobain constituent une solide défense naturelle, c’est cependant dans ce secteur que nos progrès ont été les plus sensibles. Depuis le 22 mars, des éléments de plus en plus nombreux de nos diverses armes ont franchi l’Ailette. Le 24, nous avons rejeté les arrières-gardes allemandes dans la basse forêt de Coucy où nous avons pénétré nous-mêmes le lendemain atteignant les abords de FoIembray et de Coucy-le-Château . Le 26, en dépit du mauvais temps et de la résistance ennemie, nos patrouilles se sont avancées dans la Basse Forêt dont toute la partie nord tombait en notre pouvoir ainsi que Folembray, La Feuillée et Coucy-le-Château.

Les 27 et 28, le groupe Courtot (77e DI) reçoit l’ordre de passer au Nord de l’Ailette et de reconnaître, dans la direction générale de la Ferme rouge, Landricourt, Quincy-Basse. Il s’agît de refouler les éléments ennemis qui occuperaient encore la région comprise entre Landricourt et l’Ailette, et de se rendre compte si le mouvement de repli se poursuit. Les reconnaissances accomplissent parfaitement leurs missions et donnent d’excellents renseignements.

Le 29 mars, les objectifs sont atteints et le 33e C.A. s’organise défensivement. La Cavalerie rejoint ses cantonnements à Cuts (70e D.I.) Bieuxy (77e D.I).  

Depuis le 19 mars, la poursuite a été ralentie par le mauvais temps et la destruction systématique de toutes les voies de communications.
Au cours de cette période particulièrement active, le Régiment avait fait preuve des plus brillantes qualités militaires. Aussi la valeur du Régiment fut elle officiellement reconnue par les deux ordres suivants :

Ordre n° 10721 du 33 C.A.
Au moment de se séparer du 4e Régiment de Spahis, le Général Commandant la 33e C.A. tient à exprimer à ce beau Régiment toute la satisfaction des excellents services qu’il a rendus au Corps d’Armée au cours de la campagne. A Verdun et en Woëvre, sur la Somme et sur l’Aisne, il dépensa, pour le service des liaisons ou la défense du secteur, une activité que les événements ne lui permettaient pas d’utiliser suivant la tactique de son arme. Remonté à cheval pour la poursuite vers l’Ailette et la forêt de Saint-Gobain, il montra qu’il avait su conserver ses qualités de perçant et d’audace.
Le Général Commandant la 33e C.A regrette de voir partir vers de nouveaux et lointains théâtres d’opérations le 4e Spahis qui, en toutes circonstances, a fait preuve du plus bel esprit de devoir et saura certainement, partout où il ira, maintenir ses brillantes traditions.

Ordre n 534 de la 77e D.I.
Par décision du Général en Chef, en date du 10 juillet 1917, le 4e Spahis cesse de constituer la Cavalerie de Corps d’Armée.
Le Général Commandant la 77e DI ne veut pas se séparer de ses escadrons divisionnaires sans exprimer au Chef de Corps, aux Officiers et Spahis de tous grades, les regrets qu’il éprouve en les voyant quitter la Division.
En toutes circonstances et notamment pendant les opérations de poursuite auxquelles ces escadrons ont brillamment participé, le 4e Spahis a donné la mesure de ce qu’on pouvait attendre de ce beau Régiment. Il saura, sur un autre théâtre d’opérations, fournir de nouvelles preuves de sa valeur. Salut à Son Étendard.

Après la poursuite sur l’Ailette, les Groupes passent les mois d’avril et mai à Cuts, Gisancourt et Lombray. Ils y font de l’instruction et alternent pour le service dans les 70e et 77e DI. (établissement des liaisons et poste de correspondance).

Le 26 juillet, l’État-major et le PHR du Régiment qui avaient été divisés en trois groupes à la date du 1er janvier 1917 sont regroupés à Septmonts, en exécution des prescriptions du Général en Chef qui ordonnent le retrait du front Nord-Est de toutes les unités de Spahis. Dès lors, le régiment ne devant plus participer aux opérations sur le front, ne fournit qu’un travail d’armée en attendant que les moyens de transport permettent son embarquement.

Retour en Tunisie

Après divers changements de cantonnements, le 4e Spahis est rassemblé en entier, le 17 octobre, à la Carrière d’Évêque (près de Soissons). Il embarque à Longpont à destination de Tarascon, d’où il rejoint Marseille, puis Bizerte en Tunisie.

Au retour du régiment en Tunisie, deux escadrons sont envoyés dans le Sud Tunisien tandis que les deux autres s’installent à Bizerte et dans le Cap Bon.

1918


Aisne et Oise (juillet-novembre 1918)

En juillet 1918, en prévision de l’offensive générale alliée, on fit appel de nouveau au 4e Spahis, pour coopérer aux opérations sur le front français. Les 6e et 7e Escadrons, stationnés dans le Nord de la Tunisie, s’embarquent le 13 juillet à Bizerte et sont immédiatement affectés comme Escadrons Divisionnaires, le premier à la 37e DI, le second à la 45e DI.

Jusqu’au 30 août, leur rôle sera celui de tout escadron divisionnaire, c’est à dire qu’ils fourniront continuellement des escortes pour l’évacuation des prisonniers, des détachements pour assurer les diverses liaisons, etc. Le 30 août, le 6e Escadron est près de Noyon. Il reçoit l’ordre d’interdire l’accès de la ville à toute troupe isolée. Le peloton de l’Aspirant De Matteis, chargé de ce service, se fractionne en petits postes Ceux-ci sont soumis, tous les jours, à des bombardements incessants d’obus explosifs et à gaz, car l’ennemi est tout près et à une vue directe sur les carrefours gardés.

Le 4 septembre, la cavalerie se porte sur la route de Noyon à Chauny. L’ennemi lâche sa position du Mont Saint-Siméon pour se retirer dans la direction de l’est vers Chauny; des patrouilles sont envoyées pour prendre le contact et on retrouve là, le rôle des escadrons en mars 1917.

Au 7 septembre, l’infanterie allemande a profité de la nuit pour se retirer derrière le canal de Saint Quentin. La cavalerie va reprendre, dès le jour, son emplacement de la veille entre Chauny et Vizy Noureuil, envoyant sur le canal en avant d’elle diverses reconnaissances.
Le 7 septembre, à 14 heures, la cavalerie reçoit l’ordre de se transporter à la gare de Condren car, en raison de la nature du terrain, elle ne peut intervenir dans la bataille.

Il faut arriver au 4 novembre pour voir les Spahis prendre de nouveau une part active aux opérations. A cette date, l’Armée se porte à l’attaque en liaison avec l’armée britannique.

Le 4e Spahis prend le contact avec l’ennemi sur le Sourd, assurant également la liaison avec les éléments d’infanterie. Le 8 novembre, la marche en avant est reprise par la division. Le Sous-Lieutenant Grand, en reconnaissance sur Hirson, se dirige sur Neuve-Maison où l’ennemi a été signalé la veille. Un feu intense de mitrailleuses l’empêche de progresser, mais il maintient le contact jusqu’à l’arrivée des Tirailleurs. Le lendemain, il reconnaît sur Mondrepuis, puis sur Anor, au nord d’Hirson, signalant les différents mouvements de l’ennemi pendant son repli.

L’armistice vient interrompre cette activité.

Sources : « L’Armée Tunisienne » Commandant R.DREVET, 1922, Weber Editions tiré de http://dvole.free.fr/quierzy/4h.htm

 

source

wikipedia

http://dvole.free.fr/quierzy/4h.htm

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Les Spahis et la Grande Guerre

La Tunisie et la Grande Guerre

La Tunisie au gré des conflits

Les Spahis

Le 4e Régiment de Spahis libère Quierzy

4e Régiment de Spahis en Tunisie

Fatima, l’unique Spahi

 

27 décembre 2012

Ordre de bataille de la Force expéditionnaire britannique

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L’Empire britannique et la Grande Guerre

Ordre de bataille de la Force expéditionnaire britannique en 1914

(wikipedia)

Il s’agit de l’ordre de bataille du British Expeditionary Force envoyé en France en août et septembre 1914 au début de la Première Guerre mondiale.
Cet ordre de bataille comprend toutes les unités de combat, y compris le Génie militaire et l’artillerie, mais pas les unités médicales, logistiques et de communication.
Les commandants sont indiqués pour tous les postes importants ainsi que les formations du niveau brigade et au-dessus.

Composition de la Force expéditionnaire

La force expéditionnaire devait être organisée avec les unités de l’armée régulière du Royaume-Uni, avec un effectif de 6 divisions d’Infanterie et une division de Cavalerie (soit 72 bataillons d’infanterie et 14 régiments de cavalerie), avec des unités de soutien soit environ 70 000 militaires. Les 7 divisions étaient commandées de façon centralisée par le Grand Quartier Général.

Au moment de la mobilisation, les Anglais pensaient qu’un débarquement allemand sur la côte est de l’Angleterre était possible. Ils ont donc décidé de retenir 2 divisions pour la défense de leur territoire, et n’ont envoyé en France, début août 1914, que 4 divisions d’infanterie et une division de cavalerie. Une cinquième division d’infanterie a finalement été envoyée à la fin du mois d’août, et la sixième au début de septembre.

GQG

Le commandant en chef de la BEF était le Maréchal Sir John French.
Son état-major était composé des :

  • Général Sir Archibald Murray,
  • Général Hughes Henry Wilson,
  • Général Sir Nevil Macready,
  • Général E. R. C. Graham ,
  • Général Sir William Robertson,
  • Général W. F. L. Lindsay,
  • Général G. H. Fowke,
  • Colonel George Montague Harper,
  • Colonel George Macdonogh,
  • Colonel A. E. J. Cavendish,
  • Colonel C. T. Dawkins.

Ordre de bataille au 22 août 1914

Nota : toutes les unités dont la nature n’est pas spécifiée sont des bataillons.

La division de cavalerie

Jusqu’à la déclaration de guerre, l’armée britannique ne comprenait pas de division de cavalerie permanente.
Lors de la mobilisation, les 4 premières brigades de cavalerie ont été regroupées pour former une division.
La 5e brigade de cavalerie est restée indépendante.

1re Division de Cavalerie

La 1ère Division de Cavalerie Britannique était commandée par le Général Edmund Allenby.

  • 1ère Brigade de Cavalerie – Général Charles James Briggs
    • 2nd Dragoon Guards (Queen’s Bays)
    • 5th Dragoon Guards (Princess Charlotte of Wales’s)
    • 11th Hussars (Prince Albert’s Own)
  • 2e Brigade de Cavalerie (Brigadier-Général H. de B. de Lisle)
    • 4th Dragoon Guards (Royal Irish)
    • 9th Lancers (Queen’s Royal)
    • 18th Hussars (Queen Mary’s Own)
  • 2e Brigade de Cavalerie (Brigadier-Général Hubert Gough puis par le Général J. Vaughan)
    • 4th Hussars (Queen’s Own)
    • 5th Lancers (Royal Irish)
    • 16th Lancers (The Queen’s)
  • 4e Brigade de Cavalerie (Brigadier-Général Hon. C. E. Bingham)
    • Household Cavalry Composite Regiment
    • 6th Dragoon Guards (Carabiners)
    • 3rd Hussars (King’s Own)
  • Troupes divisionnaires:
    • 3rd Brigade Royal Horse Artillery
      • D Battery Royal Horse Artillery
      • E Battery Royal Horse Artillery
    • 7th Brigade Royal Horse Artillery
      • I Battery, Royal Horse Artillery
      • L Battery Royal Horse Artillery (Néry)
    • 1st Field Squadron (‘’Génie’’)

5th Cavalry Brigade

  • 5e Brigade de Cavalerie Général Sir Philip Chetwode
    • 2nd Dragoons (Royal Scots Greys)
    • 12th Lancers (Prince of Wales’s Royal)
    • 20th Hussars
    • J Battery Royal Horse Artillery (Sidi Rezegh)

Ier Corps

Le Ier Corps était commandé par le Général Sir Douglas Haig.

1re Division

1ère Division était commandée par le Général Samuel Lomax

  • 1st Guards Brigade – Général Ivor Maxse
    • 1st Coldstream Guards
    • 1st Scots Guards
    • 1st The Black Watch (Royal Highlanders)
    • 2nd The Royal Munster Fusiliers
  • 2e Division – Général Edward Bulfin
    • 2nd The Royal Sussex Regiment
    • 1st The Loyal North Lancashire Regiment
    • 1st The Northamptonshire Regiment
    • 2nd The King’s Royal Rifle Corps
  • 3e Brigade d’Infanterie Général H. J. S. Landon
    • 1st The Queen’s (Royal West Surrey Regiment)
    • 1st The South Wales Borderers
    • 1st The Gloucestershire Regiment
    • 2nd The Welch Regiment
  • Troupes Divisionnaires
    • Troupes à cheval
      • A Squadron, 15th Hussars (The King’s)
      • 1st Cyclist Company
    • Artillery
      • 25th Brigade Royal Field Artillery
        • 113th Battery, RFA
        • 114th Battery, RFA
        • 115th Battery, RFA
      • 26th Brigade Royal Field Artillery
        • 116th Battery, RFA
        • 117th Battery, RFA
        • 118th Battery, RFA
      • 39th Brigade Royal Field Artillery
        • 46th Battery, RFA
        • 51st Battery, RFA
        • 54th Battery, RFA
      • 43rd Brigade Royal Field Artillery (Howitzer)
        • 30th (Howitzer) Battery, RFA
        • 40th (Howitzer) Battery, RFA
        • 57th (Howitzer) Battery, RFA
      • 26th Heavy Battery, RGA
    • Engineers (‘’Génie’’)
      • 23rd Field Company, RE
      • 26th Field Company, RE

2e Division

La 2e Division était commandé par le Général C. C. Monro.

  • 4th Guards Brigade – Général R. Scott-Kerr
    • 2nd Grenadier Guards
    • 2nd Coldstream Guards
    • 3rd Coldstream Guards
    • 1st Irish Guards
  • 5th Infantry Brigade – Général R. C. B. Haking
    • 2nd The Worcestershire Regiment
    • 2nd The Oxfordshire and Buckinghamshire Light Infantry
    • 2nd The Highland Light Infantry
    • 2nd The Connaught Rangers
  • 6th Infantry Brigade – Général R. H. Davies, (New Zealand Staff Corps)
    • 1st The King’s (Liverpool Regiment)
    • 2nd The South Staffordshire Regiment
    • 1st Princess Charlotte of Wales’s (Royal Berkshire Regiment)
    • 1st The King’s Royal Rifle Corps
  • Troupes Divisionnaires
    • Troupes à cheval
      • B Squadron, 15th Hussars (The King’s)
      • 2nd Cyclist Company
    • Artillery
      • 34th Brigade Royal Field Artillery
        • 22nd Battery, RFA
        • 50th Battery, RFA
        • 70th Battery, RFA
      • 36th Brigade Royal Field Artillery
        • 15th Battery, RFA
        • 48th Battery, RFA
        • 71st Battery, RFA
      • 41st Brigade Royal Field Artillery
        • 9th Battery, RFA
        • 16th Battery, RFA
        • 17th Battery, RFA
      • 44th Brigade Royal Field Artillery (Howitzer)
        • 47th (Howitzer) Battery, RFA
        • 56th (Howitzer) Battery, RFA
        • 60th (Howitzer) Battery, RFA
      • 35th Heavy Battery, RGA
    • Génie
      • 5th Field Company, RE
      • 11th Field Company, RE

IIe Corps

Le IIe Corps a été commandé par le Général Sir James Grierson.
Le Général James Grierson étant mort dans le train entre Rouen et Amiens le 17 aout 1914, le Général Sir Horace Smith-Dorrien pris le commandement à Bavai, le 21 août 1914.

3e Division

La 3e Division était commandée par le Général Hubert I. W. Hamilton

  • 7th Infantry Brigade – Général F. W. N. McCracken
    • 3rd The Worcestershire Regiment
    • 2nd The Prince of Wales’s Volunteers (South Lancashire Regiment)
    • 1st The Duke of Edinburgh’s (Wiltshire Regiment)
    • 2nd The Royal Irish Rifles
  • 8th Infantry Brigade – Général B. J. C. Doran
    • 2nd The Royal Scots (Lothian Regiment)
    • 2nd The Royal Irish Regiment
    • 4th The Duke of Cambridge’s Own (Middlesex Regiment)
    • 1st The Gordon Highlanders remplacé en septembre par
    • 1st Devonshires
  • 9th Infantry Brigade – Général F. C. Shaw
    • 1st The Northumberland Fusiliers
    • 4th The Royal Fusiliers (City of London Regiment)
    • 1st The Lincolnshire Regiment
    • 1st The Royal Scots Fusiliers
  • Troupes Divisionnaires
    • Troupes à cheval
      • C Squadron, 15th Hussars (The King’s)
      • 3rd Cyclist Company
    • Artillery
      • 23rd Brigade Royal Field Artillery
        • 107th Battery, RFA
        • 108th Battery, RFA
        • 109th Battery, RFA
      • 40th Brigade Royal Field Artillery
        • 6th Battery, RFA
        • 23rd Battery, RFA
        • 45th Battery, RFA
      • 42nd Brigade Royal Field Artillery
        • 29th Battery, RFA
        • 41st Battery, RFA
        • 45th Battery, RFA
      • 30th Brigade Royal Field Artillery (Howitzer)
        • 128th (Howitzer) Battery, RFA
        • 129th (Howitzer) Battery, RFA
        • 130th (Howitzer) Battery, RFA
      • 48th Heavy Battery, RGA
    • Génie
      • 56th Field Company, RE
      • 57th Field Company, RE

5e Division

La 5e Division était commandée par le Général Sir C. Fergusson.

  • 13th Infantry Brigade – Général G. J. Cuthbert
    • 2nd The King’s Own Scottish Borderers
    • 2nd The Duke of Wellington’s (West Riding Regiment)
    • 1st The Queen’s Own (Royal West Kent Regiment)
    • 2nd The King’s Own (Yorkshire Light Infantry)
  • 14th Infantry Brigade – Général S. P. Rolt
    • 2nd The Suffolk Regiment
    • 1st The East Surrey Regiment
    • 1st The Duke of Cornwall’s Light Infantry
    • 2nd The Manchester Regiment
  • 15th Infantry Brigade – Général A. E. W. Count Gleichen
    • 1st The Norfolk Regiment
    • 1st The Bedfordshire Regiment
    • 1st The Cheshire Regiment
    • 1st The Dorsetshire Regiment
  • Troupes Divisionnaires
    • Troupes à cheval
      • A Squadron, 19th Hussars (Queen Alexandra’s Own Royal)
      • 5th Cyclist Company
    • Artillery
      • 15th Brigade Royal Field Artillery
        • 11th Battery, RFA
        • 52nd Battery, RFA
        • 80th Battery, RFA
      • 27th Brigade Royal Field Artillery
        • 119th Battery, RFA
        • 120th Battery, RFA
        • 121st Battery, RFA
      • 28th Brigade Royal Field Artillery
        • 122nd Battery, RFA
        • 123rd Battery, RFA
        • 124th Battery, RFA
      • 8th Brigade Royal Field Artillery (Howitzer)
        • 37th (Howitzer) Battery, RFA
        • 61st (Howitzer) Battery, RFA
        • 65th (Howitzer) Battery, RFA
      • 108th Heavy Battery, RGA
    • Génie
      • 17th Field Company, RE
      • 59th Field Company, RE

IIIe Corps

Le IIIe Corps a été formé en France le 31 aout 1914, et était commandée par le Général W. P. Pulteney.

4e Division

La 4e Division a débarqué en France dans la nuit du 22 au 23 août 1914. Elle était commandée par le Général T. D’O. Snow.

  • 10th Infantry Brigade – Général J. A. L. Haldane
    • 1st The Royal Warwickshire Regiment
    • 2nd Seaforth Highlanders (Ross-shire Buffs, The Duke of Albany’s)
    • 1st Princess Victoria’s (Royal Irish Fusiliers)
    • 2nd The Royal Dublin Fusiliers
  • 11e Infantry Brigade – Général A. G. Hunter-Weston
    • 1st Prince Albert’s (Somerset Light Infantry)
    • 1st The East Lancashire Regiment
    • 1st The Hampshire Regiment
    • 1st The Rifle Brigade (Prince Consort’s Own)
  • 12th Infantry Brigade – Général H. F. M. Wilson
    • 1st King’s Own (Royal Lancaster Regiment)
    • 2nd The Lancashire Fusiliers
    • 2nd The Royal Inniskilling Fusiliers
    • 2nd The Essex Regiment
  • Troupes Divisionnaires
    • Troupes à cheval
      • B Squadron, 19th Hussars (Queen Alexandra’s Own Royal)
      • 4th Cyclist Company
    • Artillery
      • 14th Brigade Royal Field Artillery
        • 39th Battery, RFA
        • 68th Battery, RFA
        • 88th Battery, RFA
      • 29th Brigade Royal Field Artillery
        • 125th Battery, RFA
        • 126th Battery, RFA
        • 127th Battery, RFA
      • 32nd Brigade Royal Field Artillery
        • 27th Battery, RFA
        • 134st Battery, RFA
        • 135th Battery, RFA
      • 37th Brigade Royal Field Artillery (Howitzer)
        • 31st (Howitzer) Battery, RFA
        • 35th (Howitzer) Battery, RFA
        • 55th (Howitzer) Battery, RFA
      • 31st Heavy Battery, RGA
    • Engineers
      • 7th Field Company, RE
      • 9th Field Company, RE

6e Division

La 6e Division a embarqué pour la France les 8 et 9 septembre 1914. Elle était commandée par le Général J. L. Keir

  • 16th Infantry Brigade – Général E. C. Ingouville-Williams
    • 1st The Buffs (East Kent Regiment)
    • 1st The Leicestershire Regiment
    • 1st The King’s (Shropshire Light Infantry)
    • 2nd The York and Lancaster Regiment
  • 17th Infantry Brigade – Général W. R. B. Doran
    • 1st The Royal Fusiliers (City of London Regiment)
    • 1st The Prince of Wales’s (North Staffordshire Regiment)
    • 2nd The Prince of Wales’s Leinster Regiment (Royal Canadians)
    • 3rd The Rifle Brigade (The Prince Consort’s Own)
  • 18e Infantry Brigade – Général W. N. Congreve
    • 1st The Prince of Wales’s Own (West Yorkshire Regiment)
    • 1st The East Yorkshire Regiment
    • 2nd The Sherwood Foresters (Nottinghamshire and Derbyshire Regiment)
    • 2nd The Durham Light Infantry
  • Troupes Divisionnaires
    • Troupes à cheval
      • C Squadron, 19th Hussars (Queen Alexandra’s Own Royal)
      • 6th Cyclist Company
    • Artillery
      • 2nd Brigade Royal Field Artillery
        • 21st Battery, RFA
        • 42nd Battery, RFA
        • 53rd Battery, RFA
      • 24th Brigade Royal Field Artillery
        • 110th Battery, RFA
        • 111th Battery, RFA
        • 112th Battery, RFA
      • 38th Brigade Royal Field Artillery
        • 24th Battery, RFA
        • 34th Battery, RFA
        • 72nd Battery, RFA
      • 12th Brigade Royal Field Artillery (Howitzer)
        • 43rd (Howitzer) Battery, RFA
        • 86th (Howitzer) Battery, RFA
        • 87th (Howitzer) Battery, RFA
      • 24th Heavy Battery, RGA
    • Engineers
      • 12th Field Company, RE
      • 38th Field Company, RE

Force A

La Force A était l’ensemble des troupes venant des Indes intégrées au C.E.B, les troupes arrivèrent le 30 septembre 1914 à Marseille. Elle était formée de quatre divisions1qui furent regroupées en un Corps d’armée indienne, deux divisions d’infanterie et un Corps de cavalerie indienne aussi à deux divisions. Elles étaient commandées par James Willcocks2. Le corps de Lahore fut en tête lors de la bataille de La Bassée. La Force A fut démantelée et son infanterie envoyée en Égypte en octobre 1915, la perte des officiers parlant et étant habitués aux troupes se fit cruellement sentir, presque autant que le froid. La force A n’avait pas d’artillerie régimentaire, manquait d’entrainement sur le matériel moderne. Seules les deux divisions de cavalerie restèrent en France et servirent en soutien de troupes anglaises, servirent aussi démontées. Elles furent retirées en mars 1918 pour aller aussi en Égypte.

Il y avait les Troupes du service impérial qui provenaient des États princiers et regroupaient principalement des soldats du Punjab, Rajputana, ou encore des Sikhs. Les troupes de l’Armée des Indes étaient des volontaires plus spécialement recrutés dans les régions gouvernées par l’Empire. La Force A comptait plus de 130 000 soldats qui servirent en France et en Belgique, 1 300 000 Indiens servirent dans l’Armée de Indes et plus de 9 000 y laissèrent la vie3 sur le front occidental . Personnalités y ayant servi :

  • Le général Pertap Singh d’Idar.

Army troops

  • Troupes à cheval
    • North Irish Horse (Escadrons A, B, and C)
  • Artillerie de siège:
    • No. 1 Siege Battery
    • No. 2 Siege Battery
    • No. 3 Siege Battery
    • No. 4 Siege Battery
    • No. 5 Siege Battery
    • No. 6 Siege Battery
  • Infanterie:
    • 1st The Queen’s Own Cameron Highlanders

Royal Flying Corps

Les unité du Royal Flying Corps (Corps aérien) en France ont été commandés par le Général Sir David Henderson.

  • 2e Squadron RFC
  • 3e Squadron RFC
  • 4e Squadron RFC
  • 5e Squadron RFC
  • 6e Squadron RFC

Défenses des lignes de communications

  • 1st The Devonshire Regiment
  • 2nd The Royal Welch Fusiliers
  • 1st The Cameronians (Scottish Rifles)
  • 1st The Duke of Cambridge’s Own (Middlesex Regiment)
  • 2nd Princess Louise’s (Argyll and Sutherland Highlanders)

Taille des unités

Un régiment de cavalerie contenait quatre escadrons et était doté de deux mitrailleuses, de même, un bataillon d’infanterie figurant quatre compagnies et deux mitrailleuses.

Une batterie d’artillerie du Royal Horse (artillerie à cheval) comprenait 6 canons de 13 pouces, tandis qu’une batterie d’artillerie du Royal Field (artillerie de campagne) comprenait soit 6 canons de 18 livres, soit 6 obusiers de 4,5 pouces .
Une batterie lourde de la Royal Garnison comprenait 4 canons de 60 livres.
Chaque batterie avait deux wagons de munitions par canons, et chaque brigade d’artillerie, avec ses propres colonnes munitions.

Chaque division reçue une Défense Anti-Aérienne (DCA) d’un pom-pom gun en septembre qui était, rattaché à la division d’artillerie.

La Division de cavalerie était composé de 12 régiments de cavalerie à 4 brigades.
Chaque division d’infanterie était composée 3 brigades de 4 bataillons chacune (12 bataillons au total).
La Division de cavalerie (sans compter la 5e brigade de cavalerie) avait 9 269 hommes, tous grades confondus, 9 815 chevaux, 24 canons de 13 livres et 24 mitrailleuses.
Chaque division d’infanterie était constituée de 18073 hommes, tous grades confondus, 5 592 chevaux, 76 canons et 24 mitrailleuses.

 

Unités non employée dans le BEF

La Force expéditionnaire britannique représentait la moitié de l’armée britannique. Une partie importante de l’armée était conservée en garnison outre-mer.
La défense du territoire était assurée par des volontaires de la Force territoriale (FT) et par les réserves.

L’effectif total de l’armée régulière était en juillet 1914 de 125 000 hommes dans les îles britanniques, avec 75 000 en Inde et en Birmanie et une plus 33 000 dans d’autres affectations outre-mer.
L’Armée de Réserve est arrivée à 145 000 hommes, dont 64 000 dans la milice et 272 000 dans les forces territoriales.

Notes et références

  1. ↑ Ian Sumner, The Indian Army 1914–1947, Osprey Publishing, 2001, p5.
  2. ↑ Indian Corps sur le site 1914-1918.net [archive]
  3. ↑ Commonwealth War Graves Commission Report on India 2007–2008 [archive]

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L’Empire britannique et la Grande Guerre

23 novembre 2012

Composition de l’Armée pour 1914

Classé sous — milguerres @ 14 h 17 min

 

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 PRESENTATION DE L’ARMEE FRANCAISE 2ème partie 1934

COMPOSITION ET PRESENTATION

DE L’ARMEE FRANCAISE pour 1914

 

Pourquoi parler de l’armée de terre de 1914 à 1918, alors que le thème de cette étude est l’organisation de l’armée entre septembre 1939 et juin 1940 ?

En novembre 1918, la France sort victorieuse de ce qu’on appelle communément « La Grande Guerre ». Elle possède une armée de terre dense et solide, elle est à la fois massive par le nombre de ses divisions d’infanterie et de cavalerie mais souple dans ses échelons qui sont eux-mêmes structurés de manière hiérarchique.

Partie au combat avec l’expérience de la guerre « de 1870 », elle voit sa physionomie se transformer aux vues de l’évolution du conflit et de l’essor technologique qu’il engendre.

Cette armée est le fruit conjoint des quarante et une divisions d’infanterie et des dix divisions de cavalerie de l’armée d’active d’août 1914 (construite pas à pas depuis 1873 dans le seul but de la reconquête des provinces perdues de l’Est perdues par le traité de Versailles signé avec l’Allemagne impériale) et de l’armée des tranchées de ces quatre années de conflit qui ont vu naître en son sein des restructurations et innovations changeant de manière totale son image de 1914.

Ainsi l’artillerie, arme de seconde ligne, peu préparée à un conflit moderne et dynamique mais possédant une arme symbole qu’est le canon de « 75 » (canon léger de 75 mm) se retrouve dans un rôle de premier plan lors des grandes offensives de 1914 et 1918, par son action puissante et dévastatrice. L’armée de terre met également en oeuvredes canons et obusiers de type courts et longs à calibre lourds, tel le canon de 155 mm Schneider de 1917 ou le canon de 400 mm sur plateforme ferroviaire.

L’infanterie, « Reine des batailles » voit son action accrue par la montée en puissance de son armement collectif et la restructuration de son organisation divisionnaire. L’évolution ultime de son appui direct se concrétise par la naissance du « char » ou « tank », véritable mitrailleuse sur chenille, permettant à la ligne d’attaque d’effectuer des percées significatives par la neutralisation des points de défense ennemis.

Les chars lourds de type Schneider ou Saint Chamond et plus encore le char léger Renault FT offre de nouvelles possibilités aux armes françaises.

Cependant, cette théorisation des chars comme accompagnement d’infanterie porte déjà en elle, le fruit de la discorde sur l’utilisation des blindés lors du second conflit mondial.

Cette première partie nous présente l’armée de terre française de 1918 à 1939. Il est en effet intéressant de comparer la structure militaire de la France lors des deux conflits majeurs qui ont marqués ce 20ème siècle et de saisir aussi la place et l’importance de l’armée en temps de paix ainsi que son organisation.

Cet ensemble peut-être considéré comme une vaste introduction au sujet qui nous concerne, mais se situe surtout comme la base de référence de nos travaux sur l’armée de terre française de 1939-1940.

- Nous verrons tout d’abord dans un premier chapitre, ce qu’est cette armée de terre française par son organisation territoriale et ses éléments organiques en août 1914 et en novembre 1918 pour nous pencher ensuite sur les conséquences de la 1ère guerre mondiale, et ce qu’elles induisent sur l’état d’esprit des chefs militaires et de leurs initiatives.

- Le deuxième chapitre traite de l’armée d’active de l’entre-deux guerre, qu’elle soit de métropole ou des colonies et territoires d’outre-mer, dans son organisation administrative ainsi que divisionnaire. Nous verrons que l’organisation territoriale de 1939 ne diffère que peu de celle de 1914.

I – L’armée de terre de 1914 a 1918 et la France de l’entre-deux guerre.

L’armée de terre en août 1914 est structurée en cinq grands ensembles de commandement combinés de manière hiérarchique et pyramidale.

Les deux derniers échelons existent de manière permanentes en temps de paix comme en temps de guerre. Les trois premiers ensembles sont mis sur pied à la déclaration de guerre ou lorsque le besoin s’en fait sentir, cependant ils sont prévus dès le temps de paix :

® le Grand Quartier Général (c’est l’état-major du généralissime, commandant les armées françaises et autres troupes étrangères sous commandement français), l’organisation de ce Grand Quartier Général est établi selon le décret ministériel du 28 juillet 1911.

® les groupes d’armées,

® les armées,

® les corps d’armées et corps de cavalerie,

® les divisions d’infanterie et divisions de cavalerie (montées ou à pied).

A – Le groupe d’armées.

En temps de paix et pendant les premières semaines des hostilités, le groupe d’armées n’existe pas, il est pourtant prévu selon le décret du 28 octobre 1913 (règlement sur la conduite des grandes unités). Le commandement de ces groupes d’armées est assumé dès le temps de paix par un officier général issu du « conseil supérieur de la Guerre ».

Ce « conseil supérieur de la Guerre », mis sur pied au cours du 19ème siècle et remanié par Freycinet en 1888, compte une douzaine d’officiers généraux désigné pour la responsabilité du commandement des armées et groupes d’armées en campagne.

Le décret du 28 octobre 1913 expose que le groupe d’armées est un « ensemble d’armées dont les opérations sont liées entre elles par les plans du Général en Chef » dans le but « d’imposer à l’ennemi la bataille générale dans des conditions susceptibles d’entraîner des résultats décisifs pour l’issue de la guerre ».

Le premier groupe d’armées (groupe d’armées Nord) est créé le 4 octobre 1914 sous le commandement du Général Foch. Cinq autres groupes d’armées seront mis sur pied au cours de la Grande Guerre dont deux sous commandements alliés :

® le groupe d’armées Centre,

® le groupe d’armées Est,

® le groupe d’armées de réserve ou de rupture,

® le groupe d’armées des Flandres (sous commandement belge),

® le « British Expeditionnary Forces » (sous commandement anglais).

Le groupe d’armées n’est donc qu’un organe de commandement et de décision. Il ne compte pas de troupes combattantes en son sein mais possède des moyens de transmissions pour diriger les échelons subalternes et des services divers.

B – L’armée.

La manoeuvre stratégique pensée au niveau du Grand Quartier Général et du Groupe d’armée est appliquée par l’échelon inférieur qu’est l’état-major d’armée. Le commandement de l’armée dirige les opérations sur le champ de bataille par l’intermédiaire des unités de cavalerie et d’infanterie qu’il a sous ses ordres.

De la même façon que le groupe d’armées, l’état-major d’armée n’existe pas en temps de paix. Il est cependant prévu selon le décret du 28 octobre 1913 (vu au paragraphe précédent). Les officiers généraux commandant les armées sont issus du « conseil supérieur de la Guerre ».

L’armée est composée d’un état-major et d’éléments organiques d’armées (E.O.A) regroupant les armes de l’infanterie, de la cavalerie et de l’artillerie et de service. De manière hiérarchique, l’armée dépend du groupe d’armées, mais a autorité sur les corps d’armées mis à sa disposition.

Lors de l’attaque allemande en août 1914, le Grand quartier général déclenche le plan XVII (plan de réaction à l’attaque allemande), cinq armées (1ère à 5ème) sont créées et mises sur le pied de guerre. Neuf autres armées sont créées au cours du conflit, deux sont dissoutes, leurs numéros repris par d’autres corps.

® 1ère armée : 02 août 1914 – 11 novembre 1918

® 2ème armée : 02 août 1914 – 11 novembre 1918

® 3ème armée : 02 août 1914 – 11 novembre 1918

® 4ème armée : 02 août 1914 – 11 novembre 1918

® 5ème armée : 02 août 1914 – 11 novembre 1918

® 6ème armée : 26 août 1914 – 11 novembre 1918

® 7ème armée1: 04 avril 1915 – 11 novembre 1918

® 8ème armée2: 16 novembre 1914 – 04 avril 1915

® 8ème armée3 :02 janvier 1917 – 11 novembre 1918

® 9ème armée4: 05 septembre 1914 – 05 octobre 1914

® 9ème armée 06 juillet 1918 – 07 août 1918

® 10ème armée5: 05 octobre 1914 – 11 novembre 1918

® Armée des Alpes6: 10 août 1914 – 17 août 1914

® Armée d’Alsace7: 10 août 1914 – 28 août 1914

® Armée de Lorraine : 17 août 1914 – 27 août 1914

® Armée d’Orient : 03 octobre 1915 – 11 août 1916

 

1 Détachement d’armée des Vosges, ou Détachement d’armée Putz, du 08 décembre 1914 au 04 avril 1915. 7ème armée à partir du 04 avril 1915.

2 Détachement d’armée de Belgique du 22 octobre 1914 au 16 novembre 1914. 8ème armée du 16 novembre 1914 au 04 avril 1915. Détachement

d’armée de Belgique du 04 avril 1915 au 22 mai 1915.

3 Détachement d’armée de Lorraine du 11 mars 1915 au 02 janvier 19178. 8ème armée à partir du 02 janvier 1917.

4 Détachement d’armée Foch du 29 août 1914 au 05 septembre 1914. 9ème armée à partir du 05 septembre 1914.

5 Détachement d’armée de Maud’huy du 01 octobre 1914 au 05 octobre 1914. 10ème armée à partir du 05 octobre 1914.

6 Appelée aussi armée de Lyon. Inspection du « Sud-est » à partir du 03 août 1914.

7 Devient Groupement des Vosges le 28 août 1914.

C – Le corps d’armée et le corps de cavalerie.

Les corps d’armées d’infanterie existent en temps de paix sous la forme de régions militaires. Dix huit régions militaires sont mises sur pied en vertu de la loi du 24 juillet 1873 et du décret ministériel du 06 août 1874.

Le 28 septembre 1873 est créé en Algérie le 19ème corps d’armée. La loi du 05 décembre 1897 et le décret ministériel du 08 février 1898 créent une 20ème région militaire, mise sur pied dans l’est de la France. Le 22 décembre 1913, on dénombre vingt régions militaires en métropole et le 19ème corps d’armée en Afrique du Nord.

On compte également un corps d’armée colonial et le gouvernement militaire de Paris. A la déclaration de guerre, les corps d’armée sont intégrés dans les armées et prennent le chemin de la frontière du Nord-Est.

1 – Répartition des corps d’armée sur le territoire métropolitain.

- 1er Corps d’armée : Lille(E.M : 1ère et 2ème D.I)

- Nord

- Pas de Calais

- 3ème Corps d’armée : Rouen(E.M : 5ème D.I)

- Calvados

- Eure

- Seine inférieure

- 5ème Corps d’armée : Orléans(E.M : 9ème D.I + 7ème D.C)

- Loiret

- Loir et Cher

- Seine et Marne

- Yonne

- 7ème Corps d’armée : Besançon(E.M : 14ème et 41ème D.I)

- Ain

- Haute – Saône

- Jura

- Territoire de Belfort

- 9ème Corps d’armée : Tours(E.M : 17ème et 18ème D.I + 9ème D .C)

- Deux Sèvres

- Indre

- Indre et Loire

- Maine et Loire

- Vienne

- 2ème Corps d’armée : Amiens(E.M : 3ème et 4ème D.I + 3ème D.C)

- Aisne

- Oise

- Somme

- 4ème Corps d’armée : Le Mans(E.M : 7ème et 8ème D.I)

- Eure et Loir

- Mayenne

- Orne

- Sarthe

- 6ème Corps d’armée : Chalons sur Marne(E.M : 12ème, 40ème et 42ème D.I + 4ème et 5ème D.C)

- Ardennes

- Marne

- Meuse

- Meurthe et Moselle

- 8ème Corps d’armée : Bourges(E.M : 15ème et 16ème D.I + 8ème D.C)

- Cher

- Côte d’Or

- Nièvre

- Saône et Loire

- 10ème Corps d’armée : Rennes(E.M : 19ème et 20ème D.I)

- Côte du Nord

- Ile et Vilaine

- Manche

 

1 Le corps d’armée colonial a autorité sur les trois divisons d’infanterie coloniale cantonnées à Brest (3ème division d’infanterie coloniale), Paris (1ère

division d’infanterie coloniale) et Toulon (2ème division d’infanterie coloniale). Les trois régiments d’artillerie coloniale sont sous le commandement

de la brigade d’artillerie coloniale sise à Paris, en fait seul le 3ème régiment d’artillerie coloniale se trouve dans la région parisienne (Vincennes). Le 1er

régiment d’artillerie coloniale est basé à Lorient alors que le 2ème régiment d’artillerie coloniale stationne à Cherbourg et Brest. Tous les services

dévolus au corps d’armée colonial sont affectés à Paris. Seuls la section d’infirmiers militaires des troupes coloniales de Marseille et le dépôt des

isolés des troupes coloniales de Marseille (avec annexe à Bordeaux et Saint-Nazaire) ne demeurent pas en région parisienne.

 

- 11ème Corps d’armée : Nantes(E.M : 21ème et 22ème D.I)

- Finistère

- Loire inférieure

- Morbihan

- Vendée

- 13ème Corps d’armée : Clermont-Ferrand(E.M : 25ème et 26ème D.I)

- Allier

- Cantal

- Haute – Loire

- Loire

- Puy de Dôme

- 15ème Corps d’armée : Marseille(E.M : 29ème et 30ème D.I)

- Alpes Maritimes

- Ardèche

- Basses Alpes

- Bouches du Rhône

- Corse

- Gard

- Var

- Vaucluse

- 17ème Corps d’armée : Toulouse(E.M : 33ème et 34ème D.I)

- Ariège

- Haute Garonne

- Gers

- Lot

- Lot et Garonne

- Tarn et Garonne

- 20ème Corps d’armée : Nancy(E.M : 11ème et 39ème D.I + 2ème D.C)

- Aube

- Haute Meuse

- Meurthe et Moselle

- Vosges

- Corps d’armée colonial : Paris(E.M : 1ère, 2ème et 3ème D.I.C 1)

- Brest

- Paris

- Toulon

- 12ème Corps d’armée : Limoges(E.M : 23ème et 24ème D.I + 10ème D.C)

- Charente

- Corrèze

- Creuse

- Dordogne

- Haute – Vienne

- 14ème Corps d’armée : Lyon(E.M : 27ème et 28ème D.I + 6ème D.C)

- Basses – Alpes

- Drôme

- Hautes – Alpes

- Haute – Savoie

- Isère

- Rhône

- Savoie

- 16ème Corps d’armée : Montpellier(E.M : 31ème et 32ème D.I)

- Aude

- Aveyron

- Hérault

- Lozère

- Pyrénées Orientales

- Tarn

- 18ème Corps d’armée : Bordeaux(E.M : 35ème et 36ème D.I)

- Charente Inférieure

- Gironde

- Landes

- Basses Pyrénées

- Hautes Pyrénées

- 21ème Corps d’armée : Toul(E.M : 13ème et 43ème D.I)

- Haute – Marne

- Vosges

- Gouvernement militaire de Paris : Paris(E.M : 6ème, 10ème D.I + 1ère D.C)

- Seine

- Seine et Oise

En théorie, chaque corps d’armée est composé d’un état-major de corps, de deux états-majors de divisions d’infanterie. Ces deux unités ont une infanterie de type binaire, à deux brigades de deux régiments d’infanterie chacune.

S’y ajoute une brigade à trois régiments d’artillerie de campagne, d’un régiment de cavalerie et les services. Il convient cependant d’y ajouter les unités constituant les dix divisions de cavalerie.

Le corps colonial engerbe les trois divisions d’infanterie coloniales, cependant celles-ci sont réparties entre le gouvernement militaire de Paris, la 10ème région militaire de Rennes et 16ème région militaire de Montpellier. Le corps de cavalerie n’existe pas en temps de paix, il est créé en application du plan de mobilisation appelé « plan XVII », il remplit les mêmes fonctions qu’un corps d’infanterie.

Durant le conflit, en sus des vingt corps d’armées d’infanterie métropolitains, du 19ème corps d’armées d’Algérie, du corps colonial et du corps de cavalerie précédemment cités, sont créés onze corps d’armées, un corps colonial et deux corps de cavalerie. A la fin du conflit, il reste en ligne trente corps d’armées, deux corps coloniaux et deux corps de cavalerie.

2 – Composition du corps d’armée d’infanterie.

a – Le corps d’armée en 1914.

® QUARTIER GENERAL :

Général commandant le corps d’armée.

Général commandant l’infanterie.

Général commandant l’artillerie.

Chef d’état-major et état-major.

Commandant des troupes et direction des services.

Unité de quartier général.

® TROUPES :

- deux régiments d’infanterie de réserve (à deux bataillons par régiment),

- un régiment de cavalerie à quatre escadrons montés1,

- un régiment d’artillerie à quatre groupes de 75 mm modèle 1897,

- quatre compagnies de génie :

. deux compagnies de Sapeurs mineurs,

. une compagnie d’équipage de pont,

. une compagnie de parc,

- un détachement télégraphique,

- une section de projecteur.

® SERVICES :

- Parc d’artillerie du corps :

. une équipe mobile de réparation,

. dix sections de munitions d’artillerie,

. quatre sections de munitions d’infanterie.

- Intendance :

. un groupe d’exploitation,

. un troupeau de bétail,

. une compagnie de ravitaillement en viande,

. deux sections de convoi administratif.

- Santé :

. un groupe de brancardiers du corps,

. huit ambulances,

. six sections d’hospitalisation,

. une section sanitaire automobile.

+ Service vétérinaire – justice – prévôté – trésor – postes – détachement de remonte mobile – train

hippomobile.

1 S’y ajoute deux escadrons de cavalerie montée rattachés pour emploi aux deux divisions d’infanterie de rattachement.

b – le corps d’armée en 1918.

® QUARTIER GENERAL :

Général commandant le corps d’armée.

Général commandant l’infanterie.

Général commandant l’artillerie.

Chef d’état-major et état-major.

Commandant des troupes et direction des services.

Unité de quartier général.

® TROUPES :

- un bataillon territorial de mitrailleurs,

- un régiment de cavalerie à quatre escadrons montés,

- un régiment d’artillerie lourde longue à deux groupes de 155 mm,

- trois compagnies de génie :

. deux compagnies de Sapeurs mineurs,

. une compagnie d’équipage de pont,

- une compagnie télégraphique à trois sections et un détachement radio,

- deux à trois escadrilles d’observation,

- une à deux compagnies d’aérostiers.

® SERVICES :

- Parc d’artillerie du corps :

. une compagnie d’ouvriers d’artillerie,

. une section de munitions hippomobile,

. une section de munitions automobile.

- Train :

. une compagnie hippomobile,

. une compagnie automobile.

- Intendance :

. un groupe d’exploitation,

. un troupeau de bétail,

. une compagnie de ravitaillement en viande.

- Santé :

. un groupe sanitaire du corps :

. deux ambulances chirurgicales légères,

. un groupe sanitaire de ravitaillement hippomobile,

. une section hygiène, lavage, désinfection.

+ Service vétérinaire – justice – prévôté – trésor – postes.

3 – Composition du corps de cavalerie.

a – le corps de cavalerie en 1914.

® QUARTIER GENERAL :

Général commandant le corps de cavalerie.

Général commandant la cavalerie.

Colonel commandant l’infanterie.

Colonel commandant l’artillerie.

Chef d’état-major et état-major.

Commandant des troupes et direction des services.

Détachement télégraphique.

® TROUPES :

- un groupe d’artillerie à cheval à trois groupes de 75 mm modèle 1897,

- un groupe de chasseurs cyclistes,

- une section de mitrailleuses

- un détachement de sapeurs cyclistes,

- un détachement télégraphique.

b – le corps de cavalerie en 1918.

® QUARTIER GENERAL :

Général commandant le corps de cavalerie.

Général commandant la cavalerie.

Général commandant l’infanterie.

Général commandant l’artillerie.

Chef d’état-major et état-major.

Commandant des troupes et direction des services.

Unité de quartier général.

® TROUPES :

- un groupe d’auto-canons,

- un régiment d’artillerie à deux groupes de 75 mm et un de 105 mm,

- trois compagnies de génie :

. deux compagnies de sapeurs mineurs,

. une compagnie d’équipage de pont,

- une compagnie télégraphique à trois sections et un détachement radio,

- trois escadrilles d’observation,

- deux compagnies d’aérostiers.

® SERVICES :

- Parc d’artillerie du corps :

. une compagnie d’ouvriers d’artillerie,

. une section de munitions hippomobile,

. une section de munitions automobile.

- Train :

. deux compagnies automobiles.

- Intendance :

. un groupe d’exploitation,

. un troupeau de bétail,

. une compagnie de ravitaillement en viande.

- Santé :

. un groupe sanitaire du corps :

. deux ambulances chirurgicales légères,

. un groupe sanitaire de ravitaillement hippomobile,

. une section hygiène, lavage, désinfection.

+ Service vétérinaire – justice – prévôté – trésor – postes.

D – Les divisions d’infanterie et de cavalerie.

La division d’infanterie type que nous étudierons en détail dans le quatrième chapitre de cette étude sur les grandes unités de l’armée de terre française en 1939-1940, trouve son origine et sa structure dans les évolutions organiques des troupes lors du premier conflit mondial.

En effet la division d’infanterie française a vu sa structure, basée sur le règlement du service en campagne du 02 décembre 1913, passer d’une structure monolithique à une base plus souple avec la suppression des deux brigades à deux régiments d’infanterie et ses services prélevés sur le corps d’armées dont il dépend. Dès lors, elle possède trois régiments d’infanterie indépendants et des services propres et fournis, aptes à suivre le gros de la troupe.

En 1914, il existe quarante et une divisions d’infanterie métropolitaines, trois divisions d’infanterie nordafricaines en Algérie et trois divisions d’infanterie coloniales. Seront créées pendant les premiers mois du conflit, vingt cinq divisions de réserve, douze divisions territoriales.

En janvier 1915, les effectifs sont de quarante neufs divisions d’active, vingt trois divisions de réserve et treize divisions territoriales.

Fin 1916, on décompte cent sept divisions d’active ou de réserve et sept territoriales. L’année qui suit, le nombre des divisions atteint son maximum avec un total de cent treize divisions d’active ou de réserve et une territoriale.

La division de cavalerie qui a souvent combattu à pied lors du conflit dans les tranchées, retrouve son allant à la fin du conflit lors des grandes offensives de 1918.

Sur les dix divisions de 1914, seules six divisions sont encore en selles, deux divisions montées sont transformées en divisions de cavalerie à pied (sur le même type que la division d’infanterie), deux autres sont dissoutes.

En novembre 1918, les armées alliées sont sous commandement français. Outre les armées du Royaume-Uni, de la Belgique, de l’Italie, des Etats-Unis et autres troupes mineures, l’armée française regroupe cent dix divisions d’infanterie (dont sept coloniales, deux marocaines, une polonaise et une territoriale défendant Paris), quatre divisions de cavalerie à pied et six divisions de cavalerie montée.

1 – Composition de la division d’infanterie.

a – la division d’infanterie en 1914.

® QUARTIER GENERAL :

Général commandant la division.

Général commandant l’infanterie.

Général commandant l’artillerie.

Chef d’état-major et état-major.

Commandant des troupes et direction des services.

Unité de quartier général.

® TROUPES :

- deux brigades d’infanterie (deux régiments d’infanterie chacune),

- un régiment d’artillerie à trois groupes de 75 mm modèle 1897,

- un escadron du régiment de cavalerie du corps,

- une compagnie de sapeurs mineurs.

® SERVICES :

- Train :

. deux compagnies hippomobiles.

- Intendance :

. un groupe d’exploitation divisionnaire dont un convoi administratif,

. un troupeau de bétail,

. une compagnie de ravitaillement en viande.

- Santé :

. un groupe de brancardiers divisionnaires,

. une à deux ambulances prélevées sur le corps.

+ Service vétérinaire – justice – prévôté – trésor – postes.

b – la division d’infanterie en 1918.

® QUARTIER GENERAL :

Général commandant la division.

Général commandant l’infanterie.

Général commandant l’artillerie.

Chef d’état-major et état-major.

Commandant des troupes et direction des services.

Unité de quartier général.

® TROUPES :

- trois régiments d’infanterie,

- un centre d’instruction divisionnaire,

- un bataillon de pionniers,

- un régiment d’artillerie à trois groupes de 75 mm modèle 1897,

- un groupe d’artillerie de 155 mm modèle 1916 (indépendant),

- deux compagnies de sapeurs mineurs et un détachement radiotélégraphie.

® SERVICES :

- Parc d’artillerie divisionnaire :

. une section de munitions d’infanterie,

. une section hippomobile de munitions d’artillerie (75 mm),

. une section automobile de munitions d’artillerie (155 mm),

. une équipe de réparation divisionnaire.

- Train :

. une compagnie hippomobile,

. une compagnie automobile.

- Intendance :

. un groupe d’exploitation divisionnaire dont un convoi administratif,

. un troupeau de bétail,

. une compagnie de ravitaillement en viande.

- Santé :

. un groupe de brancardiers divisionnaires,

. une ambulance chirurgicale légère,

. un groupe sanitaire de ravitaillement automobile,

. une section hygiène, lavage, désinfection.

+ Service vétérinaire – justice – prévôté – trésor – postes.

2 – Composition de la division de cavalerie.

a – la division de cavalerie en 1914.

® QUARTIER GENERAL :

Général commandant la division.

Général commandant la cavalerie.

Colonel commandant l’infanterie.

Colonel commandant l’artillerie.

Chef d’état-major et état-major.

Commandant des troupes et direction des services.

Détachement télégraphique.

® TROUPES :

- trois brigades de deux régiments montés,

- un groupe cycliste de chasseurs à pied,

- un groupe d’artillerie à trois batteries de 75 mm modèle 1897,

- une section de sapeurs cyclistes,

- un détachement télégraphique et deux escadrilles d’observation.

® SERVICES :

- Train :

. un détachement de commis et d’ouvriers d’administration.

- Santé :

. une ambulance divisionnaire.

+ Service vétérinaire – justice – prévôté – trésor – postes.

b – la division de cavalerie en 1918.

® QUARTIER GENERAL :

Général commandant la division.

Général commandant la cavalerie.

Général commandant l’infanterie.

Général commandant l’artillerie.

Chef d’état-major et état-major.

Commandant des troupes et direction des services.

Unité de quartier général.

® TROUPES :

- trois brigades de deux régiments montés,

- deux groupes d’automitrailleuses,

- un groupe cycliste,

- un groupe d’artillerie à trois batteries de 75 mm modèle 1897,

- une compagnie de sapeurs cyclistes,

- un détachement télégraphique,

- une escadrille d’observation.

® SERVICES :

- Parc d’artillerie divisionnaire :

. une compagnie d’ouvriers d’artillerie,

. une section de munitions hippomobile,

. une section de munitions automobile.

- Train :

. deux compagnies automobiles.

- Intendance :

. un groupe d’exploitation divisionnaire,

. un troupeau de bétail,

. une compagnie de ravitaillement en viande.

- Santé :

. un groupe sanitaire divisionnaire :

. deux ambulances chirurgicales légères,

. un groupe sanitaire de ravitaillement hippomobile,

. une section hygiène, lavage, désinfection.

+ Service vétérinaire – justice – prévôté – trésor – postes.

E – Les conséquences de la 1ère guerre mondiale.

Notre pays est certes vainqueur sur le plan militaire, l’armée française est considérée par les experts militaires comme la plus forte au monde et nos armements équipent de nombreux pays. Le canon de 75 et le char léger Renault FT17 en sont les meilleurs exemples.

Notre organisation divisionnaire d’infanterie est adoptée par de nombreuses armées étrangères, l’état-major envoie dans les nouveaux pays balkaniques des conseillers militaires qui mettent sur pied de jeunes armées.

Il en va de même pour la Pologne qui, renaissant de ses cendres, doit combattre à la fois contre les particularismes régionaux des ex-territoires allemands et contre l’armée rouge qui cherche à reconquérir les territoires perdus lors de la signature de l’Armistice entre l’Allemagne et la Russie soviétique.

C’est le Général Weygand, à l’appel du Maréchal Pidulsky, qui repousse les troupes « rouges » de Lénine en prenant une part active dans l’élaboration de la stratégie militaire polonaise et la direction des troupes polonaises.

Cependant en France, les lendemains de l’Armistice ne sont pas joyeux. Notre frontière Nord n’est qu’un amas de gravats, un million de jeunes français n’est pas rentré du front et trop de soldats sont marqués dans leur chair ; ce sont les « gueules cassées ».

Notre pays cherche à revenir cependant aux années dorées d’avant guerre, ce sont les « années folles » mais rien ne peut effacer les traumatisme de ce premier conflit mondial.

1 – Les conséquences humaines.

Le conflit coûte à la France un million trois cent mille hommes tués ou disparus (10% de la population active masculine en 1914), auxquels on ajoute les trois millions de blessés dont un million d’invalides. Ce premier conflit mondial a fait que la France a mobilisé tous les français en âge de porter les armes.

Les tactiques offensives portées à l’outrance dans des missions « suicides » pour des gains territoriaux minimes ont fait que de trop nombreux français sont morts sur les champs de bataille. C’est la France qui a le plus souffert, proportionnellement à sa population. Il faut encore y ajouter la surmortalité de guerre, conséquence des déplorables conditions d’hygiène, aux restrictions en tout genre et aux maladies infectieuses comme la grippe espagnole en 1918.

La guerre qui ne doit durer en ce mois d’août 1914 que quelques semaines tout au plus et qui doit être fraîche et joyeuse, se termine le 11 novembre 1918, par un Armistice signé en forêt de Rethondes. Elle laisse le pays hagard même si l’on fête la victoire tant espérée.

Une pratique, qui trouve son origine dans le conflit de 1870-1871, se généralise dans le pays. On érige sur la place du village un mémorial pour y inscrire les noms des fils, des pères ou des cousins qui ne rentrent pas. De nombreuses familles sont complètement décimées, c’est toute la jeune génération qui est touchée, les hommes en âge de se marier manquent, et de trop nombreuses jeunes femmes sont veuves.

La guerre provoque un déficit des naissances dû au fait que les hommes en âge de procréer sont au front, ceci entraîne pendant des années un phénomène de « classe creuse » (Voir le troisième paragraphe)

2 – Les conséquences matérielles.

En sus des pertes humaines, le Nord-est du pays est ravagé par quatre années de conflit. Ce ne sont pas moins de dix-neuf départements qui sont déclarés sinistrés, des centaines de villages sont détruits en totalité et ne peuvent être reconstruits pour des raisons de sécurité ou par le fait qu’il n’y a plus personnes pour y habiter.

L’économie de ces régions est totalement désorganisée, il n’y a plus de service, les personnes logent dans des ruines.

Six cent mille maisons et vingt mille usines sont endommagées, cinq milles kilomètres de voies ferrées et cinquante-trois milles kilomètres de routes rendues inutilisables, trois millions d’hectares de terres agricoles devenues impropres aux cultures.

Dans le bassin houiller du Pas-de-calais, les mines sont noyées volontairement par les Allemands lors des offensives alliées de 1918, l’agriculture est en crise, il n’y a plus d’hommes pour s’occuper des champs, ce sont les femmes et les enfants qui travaillent. L’indice de la production industrielle chute de 45 % entre 1914 et 1921 et le niveau de 1913 ne pourra être retrouvé qu’en 1923.

Après la guerre de mouvement des premières semaines du conflit, le front se stabilise de la Mer du Nord à la frontière suisse. On s’installe dans des tranchées plus ou moins sommaires, et le front ne bouge plus que de quelques kilomètres tout au plus pendant ces quatre ans.

Cette zone, de cinq cents kilomètres de long, large de dix à vingt-cinq, est appelée « la ligne rouge », elle est truffée de toutes sortes d’engins explosifs. Il faudra seize ans pour reconstruire ce que quatre années ont détruit.

Lors de la signature de la paix en 1919, l’Allemagne doit d’énormes réparations aux alliés et particulièrement à la France (cent trente deux milliards de marks or à verser en trente annuités). Cette dernière occupe la Sarre lors des premiers problèmes de paiement.

Le budget du pays compte sur cette manne monétaire, en sus le franc germinal a perdu les trois quarts de sa valeur, les stocks d’or ont fondu, une grande partie a servi à payer les commandes faites aux Etats-Unis. C’est donc un pays en pleine crise économique qu’il s’agit de faire redémarrer, car chacun souhaite retrouver le niveau de vie d’avant guerre.

3 – Les classes creuses.

A partir de 1934, la France connaît une grave crise d’effectifs d’hommes du contingent, due à la chute des naissances au cours de la Grande Guerre. Cette année là, le déficit n’est que de cinq milles hommes sur un contingent moyen de deux cent quarante milles appelés, mais les années 1935 à 1939 marquent une baisse dramatique du nombre d’hommes incorporables, avec une moyenne annuelle de cent quarante milles hommes seulement.

En réponse aux évènements internationaux de 1935, la chambre française vote le prolongement jusqu’à deux ans du service militaire ce qui règle le problème des classes creuses, mais le 03 septembre 1939, ce sont cinq cent mille hommes de vingt à vingt-cinq ans qui manquent dans les rangs.

De 1918 à 1939, la politique militaire française passe d’une action offensive à une doctrine défensive qui se symbolise à partir de 1934 par la ligne défensive qui porte le nom du ministre de la guerre de l’époque : la Ligne Maginot.

Le traumatisme des offensives à outrances du premier conflit mondial lié à la dénatalité de guerre provoque un rejet des actions offensives pour une politique attentiste derrière un mur infranchissable qui dans les plans de l’Etatmajor va de la Mer du Nord à la Méditerranée.

L’armée de terre voit ses effectifs fondre comme neige au soleil à la fin des années 20. Les divisions d’infanterie au nombre de quarante-trois en 1920 passe à trente-deux puis à vingt en 1928.

La mécanisation, amorcée lors de la Grande Guerre s’émousse, les chars ne progressent que peu dans leur emploi comme dans leurs performances, la cavalerie faute de crédits et de politique claire navigue entre deux eaux, de nombreux régiments sont dissous.

A partir de 1935, la donne change avec l’arrivée d’Adolf Hitler comme chancelier en Allemagne puis le réarmement et la réorganisation de la Reichwehrs1 en Wehrmacht2. L’armée française amorce un changement de cap vers un renouveau de l’arme, mais l’invasion de la Pologne par l’Allemagne le 1er septembre 1939 la trouve en pleine réorganisation et elle s’écroulera non sans avoir combattu le 25 juin 1940.

1 La Reichwehrs est la dénomination de l’armée de la république allemande dite de « Weimar ».

2 La Wehrmacht est la dénomination de l’armée allemande après la prise de pouvoir par le chancelier puis « Führer » Adolf Hitler.

II – Articulation de l’armée de terre en temps de paix.

En août 1939, la France est une démocratie parlementaire fondée aux lendemains douloureux de la défaite de 1871. Cette République, IIIème du nom, vieille de soixante-huit ans, s’est installée comme le pouvoir légitime dans notre pays à la fin du XIXème siècle et s’est affirmée par la victoire de novembre 1918.

Le prestige de la France en ce début du 20ème siècle est à la fois politique et militaire, la perte de l’Alsace- Lorraine est effacée, l’armée impériale est dissoute, le IIème Empire allemand est mis à terre, la France a lavé dans lesang la défaite de 1871, grâce à des chefs militaires de premier ordre et à nos armes forgées dans la revanche, à l’image du canon de 75.

L’armée de terre française est repensée après le désastre de la guerre de 1870-1871. L’armée du second empire, est dissoute par l’infortune des armes et par la volonté des nouveaux dirigeants républicains d’établir un nouvel ordre social, économique et militaire. Cette nouvelle armée de la République se repense a tous les niveaux par la refonte de ses corps de commandement et de ses unités d’infanterie et de cavalerie, puis pose le principe du service national voté à la chambre des députés en 1872.

C’est ainsi que le 02 août 1914, l’armée de terre représente une force non négligeable de cent-soixante-treize régiments d’infanterie métropolitains, quatre-vingt-un régiments de cavalerie métropolitains, soixante-quinze régiments d’artillerie de campagne, à pied et de montagne, huit régiments de génie à nombre variable de bataillons et un nombre conséquent d’unités de soutien et de commandement. Toutes ces unités se regroupent en vingt corps d’armée, quarante et une divisions d’infanterie1 et dix divisions de cavalerie.

En novembre 1918, la France sort exsangue de la Grande Guerre, mais son armée est celle de la victoire. Son principe d’universalité quant à son système de conscription lui a permis d’étoffer ses troupes d’active et d’avoir de nombreuses unités de première ligne et de réserve. L’après guerre, cependant, au vue de la conjoncture économique, est l’époque de la restriction et des désillusions.

En dix ans, le nombre de divisions d’infanterie métropolitaines passe de quarante-trois unités à vingt. Cette diminution est due à la baisse de la natalité, la réduction de la durée du service militaire et le développement des unités de forteresse. Cependant, l’Empire colonial fournit des troupes et en 1939, nous disposons de quatre divisions d’infanterie nord-africaines, de quatre divisions d’infanterie coloniales et de deux brigades de Spahis sur le sol métropolitain.

En Afrique du Nord, les troupes nord-africaines et sénégalaises côtoient les troupes européennes des régiments de Zouaves et de la Légion étrangère. Le dispositif militaire est important face à une double menace potentielle, les espagnols en Espagne et les Italiens en Libye. Les premiers possèdent des territoires au Maroc et les seconds visent à intégrer la Tunisie dans leur zone d’influence.

Au Levant dont nous sommes les mandataires depuis la dislocation de l’Empire Ottoman et en Indochine qui est un protectorat, nous possédons des troupes de souveraineté conjointement à des troupes indigènes organisées et encadrées par nos soins. L’Afrique noire et la corne de l’est africain possèdent des unités coloniales de souveraineté, ainsi que les territoires des Caraïbes et du Pacifique.

Notre chapitre se divise en cinq ensembles, nous traiterons tout d’abord du service militaire et de son histoire pour ensuite parcourir en quatre vues le dispositif militaire de l’armée de terre en métropole et dans les différentes colonies et territoires dépendants.

1 S’y ajoute un corps d’armée colonial et trois divisions d’infanterie coloniales en France métropolitaine, le 19ème corps d’armée d’Algérie avec trois divisions d’infanterie, les diverses troupes du Maroc et de Tunisie, sans compter toutes les unités des diverses colonies d’Afrique et d’Asie.

A – Historique du service militaire.

C’est la loi Jourdan du 19 fructidor An VI (05 septembre 1798) qui pose le principe de la conscription et du service militaire moderne, puisqu’elle oblige tous les français mâles de 21 à 25 ans à s’inscrire sur les registres communaux. Elle reste en vigueur sous les différents régimes de la période révolutionnaire et du Ier Empire.

La loi de Gouvion Saint-Cyr votée le 10 mars 1818 impose le recrutement d’un contingent de quarante milles hommes et permet le système de remplacement qui était prévu par une loi votée en 1802. La durée du service est de six ans, puis les conscrits sont versés dans la réserve. En 1829, la durée du service passe à huit ans. Jusqu’en 1872, diverses lois vont contribuer à organiser un service militaire où il est possible de payer pour les années que l’on ne veut pas faire.

La loi Thiers du 27 juillet 1872, rapportée par le marquis de Chasseloup-Laubat définit le service militaire comme « une nécessité sociale qui s’imposerait à notre pays alors même que la défense de notre sol ne le commanderai pas impérativement, car il est un lieu de création de lien social et contribue à l’unité nationale ».

Il y a obligation pour tous les citoyens français d’une période de vingt ans tirés au sort, le remplacement est abrogé, mais diverses exemption comme le soutien de famille sont tolérées. Le service militaire se décompose en quatre

phases :

® cinq ans dans l’armée active,

® quatre ans dans la réserve d’active,

® cinq ans dans l’armée territoriale,

® six ans dans la réserve territoriale.

La loi Freycinet du 15 juillet 1889, redéfinit le tirage au sort et réduit le service à trois ans. Par la loi du 21 mars 1905 (loi Jourdan-Delbel), le législateur abroge le tirage au sort et impose un service militaire personnel et obligatoire pour tous d’une durée de deux ans. Toute dispense est exclue. Un sursis est possible dans certains cas. Le 07 août 1913, la durée du service passe de deux à trois ans, pour pouvoir disposer d’un corps de troupe étoffé face à l’Allemagne.

Sa réduction intervient le 23 avril 1923 par un vote du Parlement, il passe alors à dix huit mois. Ceci correspond à une armée de terre de trente deux divisions d’infanterie métropolitaines et six de cavalerie. Cette loi sur le service militaire apporte deux grandes innovations :

® La disponibilité : les conscrits peuvent être appelés dans les deux ans qui suivent leur service, pour permettre la mise sur pied sans mobilisation des troupes de couverture. Cette mesure est mise en exécution pendant le crise des Sudètes.

® Les réserves : Chaque soldat est appelé dans la réserve à la fin de son service, il doit vingt huit années d’obligations militaires tout d’abord dans la première réserve jusqu’à quarante ans puis dans la deuxième réserve jusqu’à quarante huit ans. Ainsi notre armée dispose de deux types d’unités de réserve, les unités de « série A » constituées des éléments de la première réserve et les unités de « série B » constituées des éléments de la deuxième réserve.

Ces deux mesures améliorent la qualité du contingent grâce aux périodes d’exercices (huit semaines jusqu’à quarante ans), alliés aux élèves officiers de réserve. Ces derniers permettront à l’armée mobilisée de disposer de cadres de complément. Les gendarmes, par leur statut de sous-officier datant des premières années du 20ème siècle, servent au moment de la mobilisation de cadres de complément pour les formations de réserve.

En 1928, le service militaire passe à douze mois, l’armée de terre se réorganisera ensuite autour de vingt divisions d’infanterie métropolitaines et cinq de cavalerie. On puise alors dans les réserves humaines de notre Empire Colonial pour lever de nouvelles troupes et créer de nouvelles divisions.

Source :  http://www.atf40.fr/ATF40/documents/chapitre%201.pdf

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