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6 avril 2013

La campagne de Russie de 1812

Classé sous — milguerres @ 15 h 04 min

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Celles de l’Histoire, retour vers les grandes épopées

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La campagne de Russie de 1812

Napoléon dans son cabinet de travail, Jacques-Louis David, 1812

La campagne de Russie de 1812 est une campagne militaire menée par l’empereur Napoléon Ier. Après avoir conquis presque toute l’Europe, Napoléon entreprend de conquérir la Russie de l’empereur Alexandre Ier.
Jusqu’à la prise de Moscou, face à une armée impériale russe inférieure en nombre au début de l’invasion, l’avantage est aux forces napoléoniennes. Mais le prince russe Mikhaïl Koutouzov général en chef, relève le moral de son armée et l’encourage à mener une contre offensive, en organisant le harcèlement de la Grande Armée lors de la retraite française. C’est ainsi que les maladies, l’hiver, mais aussi les soldats et la population russes, sont responsables de la défaite de Napoléon en Russie.
Les guerres napoléoniennes ont profondément marqué la culture russe. La campagne de Russie a été relatée par Léon Tolstoï dans son célèbre roman historique Guerre et Paix, ainsi qu’évoquée par Piotr Ilitch Tchaïkovski dans son Ouverture 1812. Durant la Seconde Guerre mondiale, l’invasion allemande de l’Union soviétique a été mise en parallèle avec la campagne de Russie.

 

Date 22 juin - 14 décembre 1812
Lieu Entre Austerlitz et Moscou
Issue Victoire russe décisive
Retraite de Russie
Belligérants
Drapeau de l'Empire français Empire français

Flag of Denmark.svg Royaume du Danemark et de Norvège
drapeau du Royaume de Prusse en 1803 Royaume de Prusse
Flag of the Habsburg Monarchy.svg Monarchie de HabsbourgFlag of Russia.svg Empire russeCommandantsNapoléon IerAlexandre Ier de Russie
Mikhaïl Koutouzov
Pierre de BagrationForces en présenceGrande Armée
691 500 hommesArmée impériale russe
350 000 hommes initialement, puis
900 000 hommesPertes200 000 morts
150 000 à 190 000 prisonniers
130 000 déserteurs210 000 morts

La campagne de Russie de 1812 napole10

Au moment de la campagne, Napoléon était au sommet de son règne avec toutes les nations d’Europe continentale sous son contrôle (à l’exception notable de la péninsule ibérique), ou sous le contrôle de nations vaincues par son empire et évoluant sous des traités favorables à la France. Aucun pouvoir européen du continent n’osait alors s’élever contre lui. En 1807, le traité de Tilsit règle la paix entre l’Empire et la Russie. Alexandre espérait à travers le général Caulaincourt un traité interdisant le rétablissement de la Pologne. Napoléon désavoua Caulaincourt, et marqua alors la rupture de confiance avec Alexandre. Ainsi, le traité de paix avec l’Autriche de 1809 contint une clause annexant la Galicie au profit du Grand Duché de Varsovie. La Russie considérait cette clause comme allant à l’encontre de ses intérêts et la Pologne comme le point de départ éventuel d’une invasion de son territoire.
La Russie, alors dotée d’une industrie manufacturière faible, mais riche en matières premières, souffrait du blocus continental qui la privait d’une partie de son commerce, de ses ressources et de revenus pour acheter des biens manufacturés. La levée du blocus par la Russie mit Napoléon en rage et l’encouragea dans la voie de la guerre. Son mariage avec Marie-Louise d’Autriche, auquel Alexandre refusa de participer, renforça aussi la défiance à l’égard de la Russie, alors qu’un peu plus tôt, un mariage, qui aurait concrétisé l’alliance franco-russe, avec la sœur d’Alexandre, la princesse Catherine, avait été envisagé1.

Dénomination
La campagne de Russie de 1812 était connue en Russie sous le nom de « guerre patriotique » (en russe Отечественная война, Otetchestvennaïa Voïna)2.
En russe, on la nomme aussi « guerre de 1812 ».

L’invasion
Les armées opposées

En juin 1812, la Grande Armée forte de 691 500 hommes, la plus grande armée européenne jamais rassemblée, franchit le Niémen pour se diriger vers Moscou.
À la fin juin, la Grande Armée se répartit comme suit, du nord au sud :
• Le maréchal d’Empire MacDonald avec son Xe corps d’Armée (~29 100 hommes), incluant le contingent prussien, àTilsit. La mission de cette force était de prendre Rīga et de se diriger vers Saint-Pétersbourg.
• L’empereur Napoléon Ier, avec la Garde impériale (~30 500 h.), sous Mortier, Lefevbre et Bessières, le Ier corps d’Armée (~66 000 h.) de Davout3, le IIe Corps d’Armée (~40 000 h.) d’Oudinot, le IIIe corps d’Armée (~37 800 h.) deNey et la Réserve de Cavalerie (~20 800 h.) sous Murat avec les Ier et IIe corps de Réserve de Cavalerie de Nansoutyet Montbrun ; le tout concentré devant Kovno. Cette force centrale avait pour but d’engager et détruire la principale armée russe (la 1re Armée de l’Ouest) sous Barclay de Tolly.
• Eugène avec son IVe corps d’Armée (~45 000 h.), environ un tiers d’Italiens), le VIe corps d’Armée (bavarois) (~23 600 h.) de Gouvion-Saint-Cyr et le IIIe corps de réserve de Cavalerie (~6 800 h.) de Grouchy ; le tout concentré à l’arrière et à droite de la force de Napoléon. Les ordres d’Eugène étaient de maintenir le contact avec les unités plus au sud et de protéger la force principale contre une attaque de la 2e Armée de l’Ouest russe de Bagration.
• Jérôme avec le Ve corps d’Armée (polonais) (~34 600 h.) de Poniatowski, le VIIIe corps d’Armée (westphalien) (~16 700 h.) de Vandamme et le IVe corps de réserve de cavalerie (à moitié polonais, un quart saxon et un quartwestphalien) (~7 300 h.) de Latour-Maubourg ; le long du Niémen au sud-ouest de Grodno. Cette force était supposée engager la 2e Armée de l’Ouest russe de Bagration.
• Reynier avec son VIIe corps d’Armée (saxon) (~18 500 h.) près de Bialystok. Ce corps devait maintenir la jonction entre Jérôme et Schwarzenberg.
• Schwarzenberg avec son XIIe corps d’Armée (autrichien) (~32 900 h.) près de Lublin. Ce corps était supposé couvrir le sud de la Pologne contre une invasion russe à partir de l’Ukraine (la 3e Armée de l’Ouest (ou d’Observation) russe deTormassov s’y trouvait).
• En Prusse le IXe corps d’Armée (un tiers polonais et un tiers allemand) (~25 000 h. au 31 août) de Victor et le XIecorps d’Armée (largement composé d’unités de dépôt et de réserve) (~28 000 h. au 15 août). Ces deux corps s’occuperaient de la garnison de la Prusse et de la Pologne et augmenteraient la Grande Armée en Russie si nécessaire.
• 1 200 pièces d’artillerie4.
• plus de 180 000 chevaux (de cavalerie, d’artillerie, de trait).
À cela s’ajoutent 80 000 Gardes nationaux, engagés par conscription pour défendre la frontière impériale du duché de Varsovie. En comptant ceux-ci, l’effectif total des forces impériales françaises sur la frontière russe et en Russie atteint environ 771 500 hommes. Cet énorme déploiement de troupes pénalise grandement l’Empire, en particulier si l’on considère les 300 000 Français supplémentaires se battant dans la péninsule ibérique et les plus de 200 000 hommes en Allemagne et en Italie.
Le gros de l’armée se compose de 450 000 Français, les alliés de la France formant le reste. En plus du corps d’armée autrichien détaché sous les ordres de Schwarzenberg, on compte environ 95 000 Polonais, 90 000 Allemands (24 000 Bavarois, 20 000 Saxons, 20 000 Prussiens, 17 000 Westphaliens et quelques milliers d’hommes venus de plus petits États rhénans), 25 000 Italiens, 12 000 Suisses, 4 800 Espagnols, 3 500 Croates et 2 000 Portugais. À cela s’ajoutent des contingents néerlandais et belges. Chaque nationalité du vaste empire napoléonien est représentée.
Si l’on en croit les estimations les plus récentes, l’armée impériale russe qui lui fait face est moins nombreuse, du moins au début de la campagne. Environ 280 000 Russes sont déployés sur la frontière polonaise (en préparation de l’invasion prévue du satellite français qu’était le Grand-Duché de Varsovie). Au total, l’armée russe compte environ 500 000 hommes (certaines estimations descendent jusqu’à 350 000, tandis que d’autres vont jusqu’à 710 000, un nombre aux alentours de 400 000 semble plus crédible), au début de la guerre. Ceux-ci se répartissent en trois armées :
• la Première armée de l’ouest (commandée par le général Mikhail Barclay de Tolly : six corps d’armée d’infanterie, trois de cavalerie de réserve, dix-huit régiments de cosaques : quelque 159 800 hommes et 558 pièces d’artillerie4,
• la Deuxième armée de l’ouest (commandée par le général Bagration) : deux corps d’armée d’infanterie, un de cavalerie de réserve, neuf régiments de cosaques du Don : 62 000 hommes et 216 pièces d’artillerie4,
• la Troisième armée de l’ouest (ou d’observation), (commandée par le général Tormassov) : trois corps d’armée d’infanterie, un de cavalerie de réserve, neuf régiments de cosaques : 58 200 hommes et 168 pièces d’artillerie4.
Deux corps de réserve, un de 65 000 hommes et un autre de 47 000 hommes, soutiennent ces trois armées. D’après ces chiffres, l’armée russe qui fait immédiatement face à Napoléon compte quelque 392 000 hommes. De plus, la paix est assurée avec la Suède et l’Empire ottoman pour Saint-Pétersbourg, ce qui libère plus de 100 000 hommes, (du Corps de Finlande de Steinheil et de l’Armée du Danube de Tchitchagov). Des efforts sont faits pour grossir les armées russes et, en septembre, l’effectif est porté à environ 900 000, sans compter les unités cosaques irrégulières, qui apportent probablement 70 000 ou 80 000 hommes au total.

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En 1812, par Illarion Pryanichnikov

La marche sur Moscou
Le 22 juin 1812, Napoléon déclare la guerre à la Russie, du quartier général de Wilkowiski : il apprend cette résolution à ses soldats5.
L’armée impériale la plus formidable que Napoléon eût mise sur pied comptait 600 000 combattants6 et 2 200 bouches à feu. Cette machine de guerre est composée en fait de 370 000 Français, 50 000 Polonais, 20 000 Italiens, 10 000 Suisses, 150 000 Prussiens, Autrichiens, Bavarois, Saxons, Badois, Wurtembergeois, Westphalliens, Hollandais, Belges, Croates, Espagnols et Portugais. Ce chiffre ne tient pas compte des 150 000 hommes restés dans les dépôts en France, des 50 000 hommes cantonnés en Italie, des 300 000 hommes en Espagne et des 100 000 gardes nationaux6. À cette époque, l’Empereur des Français commandait, directement ou par ses alliés, à quatre-vingt cinq millions cinq cent mille Européens ; ses ordres s’exécutaient dans un espace qui comprenait 19 degrés de latitude et 30 de longitude. Aucun des empereurs romains n’eut à sa disposition des forces aussi extraordinaires.
Napoléon avait envoyé une dernière offre de paix à Saint-Pétersbourg peu avant d’entamer les opérations. Ne recevant pas de réponse, il ordonne d’avancer en Pologne russe.
Le quartier général de l’armée française passe le Niémen vis-à-vis Kowno. L’armée se compose de dix corps commandés, le premier par le maréchal Davout, le deuxième par le maréchal Oudinot, le troisième par Ney, le quatrième, sous le nom d’armée d’Italie, par le prince Eugène de Beauharnais, le cinquième par Poniatowski, le sixième par Gouvion-Saint-Cyr, le septième par le général Reynier, le huitième par le général Vandamme, le neuvième, dont les cadres seuls sont formés, par le maréchal Victor, le dixième par le maréchal Macdonald. La vieille garde est commandée par le maréchal Lefebvre, la jeune par le maréchal Mortier, la réserve de cavalerie par Murat. La cavalerie de la gardeBessières agit à part.
Un corps auxiliaire de 30 000 Autrichiens marche séparément. Dans cette nombreuse armée, les Français figurent pour 270 000 combattants. L’armée russe est forte, tantinfanterie que cavalerie, de 360 000 hommes, sans compter deux corps qui se forment, l’un en Lituanie et l’autre à Rīga.

Les Français à Moscou
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Les troupes françaises font leur entrée à Wilna (Vilnius), ancienne capitale de la Lituanie. Les Russes, en se retirant, détruisent tout ; ils livrent aux flammes d’immenses magasins, 150 000 quintaux de farine, des fourrages, des habillements ; ils jettent dans la Vilnia une grande quantité d’armes.
Au départ, la Grande Armée ne rencontre aucune ou peu de résistance et avance rapidement en territoire ennemi. Les Russes offrent seulement une résistance sporadique et Barclay, le commandant en chef, refuse le combat malgré les instances de Bagration, sachant qu’il ne peut battre les Français lors d’une bataille rangée. À plusieurs reprises, il tente d’établir une position défensive forte, mais à chaque fois l’avance française, trop rapide pour lui permettre de finir les préparatifs, le force à battre en retraite. Ceci est souvent considéré comme un exemple de politique de la terre brûlée : en réalité, la retraite russe ne faisait pas partie d’un plan établi pour attirer les Français dans les terres russes où l’hiver et le manque de provisions suffisantes contribueraient à les anéantir, mais plutôt de l’impossibilité pour les commandants russes de trouver une occasion de combat dans des conditions favorables, en raison de la vitesse et de la puissance de l’avance française.
Le 14 juillet, l’empereur Alexandre Ier se montre à Moscou pour exciter le zèle et le courage de ses habitants7.
Le 28 juillet, les Français entrent à Vitebsk. Les Russes continuent à se replier. La Grande armée les suit sans trouver l’occasion de combattre. Enfin, ils arrivent sous les murs deSmolensk, ville russe, entourée de murailles de trois mètres d’épaisseur, flanquée de tours. À ces fortifications fort massives, on venait d’ajouter d’autres ouvrages exécutés avec soin et bien entretenus. Barclay de Tolly avait jeté dans la place 30 000 hommes, et il se tenait en bataille sur les deux rives du Dniepr, communiquant avec la ville par des ponts.

Les pressions politiques sur Barclay pour entamer le combat et la constante réticence du général (vue par la population comme un signe d’intransigeance) lui valent de perdre sa position de commandant en chef pour être remplacé par le populaire et haut en couleurs Koutouzov. Malgré sa rhétorique opposée, il suit la voie de Barclay, voyant tout de suite qu’affronter les Français en bataille rangée reviendrait à sacrifier son armée inutilement. Ce vieux général, vainqueur des Turcs, avait solennellement promis de couvrir Moscou, la ville sainte, et d’anéantir l’armée française8. Il finit par réussir à établir une position défensive à Borodino (suite à un affrontement indécis à Smolensk du 16 au 18 août).

Échec stratégique vers Saint-Pétersbourg
Pendant que l’armée principale s’enfonce, au centre, dans l’immense plaine russe en direction de Moscou, au nord MacDonald échoue avec le Xe corps d’armée franco-prussien à s’emparer de Riga, assiégée en vain. Puis le IIe corps d’armée d’Oudinot est repoussé par Wittgenstein à deux reprises en direction de la capitale russe sur la Néva où s’est réfugiéAlexandre 1er : le 1er août à Kliastitsy sur la route entre Minsk et Pskov, puis le 18 août à Polotsk, tout ceci à moins de 300 km au sud de Saint-Pétersbourg. Désormais le IIecorps perd tout caractère offensif et reçoit l’ordre de se retrancher le long de la Dvina.
Ces échecs, s’ils passent assez inaperçus et semblent peu décisifs, ont eu de très graves conséquences pour Napoléon :
• ils isolent la progression de l’armée principale en route vers Moscou, désormais seule à avancer, ceci d’autant plus imprudemment que Schwarzenberg, censé protéger son flanc sud avec le XIIIe corps autrichien, lui, s’est bien gardé de s’enfoncer profondément vers l’Est ;
• ils obligent Napoléon à surveiller particulièrement son flanc nord pour maintenir ses lignes arrières, mission qu’il confie à Gouvion-Saint-Cyr et consistant désormais à tenir défensivement la ligne sur le fleuve Dvina ;
• ils redressent le moral et renforcent la ténacité des russes, incapables encore de s’opposer directement à l’Empereur, mais qui savent ses généraux plus vulnérables, et qui peuvent légitimement penser qu’ils auront leur heure, tôt ou tard ;
• ils donnent un caractère non décisif, voire simplement tactique, aux batailles de Smolensk et de La Moskova/Borodino, l’ennemi russe, repoussé à chaque fois, n’étant pas globalement déstabilisé, ni à présent déstabilisable ;
• ils contribuent sans doute enfin à rendre infructueuses les offres de paix de Napoléon, une fois Moscou conquise, Alexandre 1er ne se sentant nullement menacé en son palais de Saint-Pétersbourg.
Que serait-il advenu si Oudinot, au lieu de laisser figer son corps d’armée à Polotsk, avait bousculé Wittgenstein, et était parvenu fin août en vue de la Neva ?
D’ailleurs au moment où Napoléon quittera Moscou, Wittgenstein qui s’est renforcé, enfoncera Saint-Cyr encore à Polotsk, et franchissant le Dvina menacera la route principale de Moscou à Vilnius, rendant plus incertaine encore la retraite de la Grande Armée.

Bataille de Smolensk

Le 17 août 1812, à une heure de l’après-midi, Napoléon donne le signal de l’attaque. Les faubourgs, retranchés et défendus par la grosse artillerie, sont enlevés ; les remparts, ainsi que les masses postées sur la rivière, sont foudroyés. Les Russes, après des efforts désespérés de résistance, mettent le feu à la ville et l’abandonnent, laissant d’immenses magasins, 12 000 hommes tués, blessés ou prisonniers, et 200 pièces de canon.
À la suite de cette victoire, l’Empereur se met à la poursuite des Russes, qu’il pousse vivement jusqu’à Valutino, plateau sur lequel leur arrière-garde prit position le 19 août. Murat et Ney l’attaquent et la mettent en fuite après lui avoir fait éprouver de grandes pertes. Valutino donna son nom à une nouvelle victoire française.
En même temps, et sur divers points, il y a plusieurs combats où les armées de l’Empire connurent diverses fortunes : le 6e corps, commandé par Gouvion-Saint-Cyr, battitWittgenstein lors de la première bataille de Polotsk, lui tua 2 000 hommes, en blessa 4 000, lui fait un grand nombre de prisonniers, parmi lesquels 3 généraux, et s’empara de 20 pièces de canon, mais Wittgenstein organise une contre attaque et Gouvion-Saint-Cyr fut obligé de se retirer.
Après l’affaire de Valutino, poursuivant l’ennemi, la grande armée arrive à Ghjat, où il lui est permis de prendre quelques jours de repos et se préparer à la grande bataille que l’Empereur juge imminente.

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L’empereur Napoléon Ier et ses maréchaux à la bataille de la Moskowa (ou bataille de Borodino)

Bataille de la Moskova
C’est le 7 septembre 1812 qu’est livrée la bataille appelée, par les Français, de la Moskova, et par les Russes de Borodino, parce que l’action eut lieu sur le plateau qui domine ce village.
Napoléon haranguait ainsi ses troupes :
« Soldats ! voilà la bataille que vous avez tant désirée. Désormais la victoire dépend de vous ; elle nous est nécessaire, elle vous donnera l’abondance, de bons quartiers d’hiver et un prompt retour dans la patrie. Conduisez-vous comme à Austerlitz, à Friedland, et que la postérité la plus reculée cite avec orgueil votre conduite dans cette journée ; que l’on dise de vous : Il était à cette grande bataille livrée sous les murs de Moscou. »
veille et pendant la nuit il avait plu. À cinq heures, le soleil se leva sans nuage : Soldats !s’écria Napoléon, voilà le soleil d’Austerlitz ! Cette exclamation passe de rang en rang et remplit les troupes d’ardeur et d’espérance.
Les deux armées comptent chacune de 120 à 130 000 hommes. Un coup de canon tiré par les Français donne le signal, et l’action s’engage sur toute la ligne. Après quatre heures de combats opiniâtres, pendant lesquels 1 200 bouches à feu tirent, trois redoutes sont enlevées par le prince Eugène, les maréchaux Davout et Ney. Toutes les batteries russes sont successivement assaillies et enlevées. La plus formidable de leurs redoutes est emportée par les cuirassiers français.

Après avoir détruit par la mitraille la plus grande partie des masses qui résistaient à son entrée, Napoléon fait manœuvrer le 8e corps et toute la droite pour tourner la dernière position des Russes. Il ordonne à la garde et à toute la cavalerie de soutenir ce mouvement. Eugène se porte en avant de la Kalogha, et dès ce moment l’issue de la bataille est certaine. À la tombée de la nuit, l’armée russe opère sa retraite en bon ordre vers Mojaïsk, laissant sur le champ de bataille 45 000 hommes hors de combat, dont 25 généraux et 15 pièces de canon. Les pertes des Français sont évaluées à 28 000 hommes tués ou blessés, dont 49 généraux.
On estime que 120 000 coups de canon ont été tirés durant l’action. Napoléon resta sur le champ de bataille, donnant des ordres pour faire transporter les blessés, tant russes que français, dans les hôpitaux établis sur ses lignes de retraite.
C’est aussi une des journées les plus sanglantes des guerres napoléoniennes. L’armée russe fait retraite le 8 septembre avec la moitié de ses forces, laissant ouverte la route de Moscou, que Koutouzov ordonne d’évacuer.
L’armée française victorieuse se met à la poursuite des Russes. Napoléon transporte son quartier général à Mojaïsk, ville située à vingt-six lieues à l’ouest de Moscou, que les Russes ont incendiée puis abandonnée.
À partir de là, les Russes rassemblent leur armée, qui atteint son effectif maximal, soit 904 000 hommes avec peut-être 100 000 hommes au voisinage immédiat de Moscou (les survivants de l’armée détruite à Borodino, en partie renforcée). La capacité des Russes à renouveler rapidement leurs effectifs est un avantage décisif à la fin de la campagne.

La prise de Moscou
Le 14 septembre (2 heures après midi), l’Empereur fit son entrée dans l’ancienne capitale de la Moscovie, avec sa garde et le premier corps. Napoléon entra dans une ville déserte, vidée de toute provision par le gouverneur, Fédor Rostoptchine (père de la célèbre comtesse de Ségur).
Le lendemain il s’établit au Kremlin, palais des tsars, situé au milieu de la ville. Le maréchal Mortier fut nommé gouverneur de cette capitale, avec ordre d’employer tous les moyens pour empêcher le pillage. Des secours furent donnés aux blessés russes qui encombraient les hôpitaux, ainsi qu’aux Moscovites qui n’avaient pas voulu suivre l’armée de Koutouzov.
En se basant sur les règles classiques de la guerre lors de la prise d’une capitale (même si Saint-Pétersbourg était la capitale à cette époque), il pensait que le tsar Alexandre Ier lui offrirait sa capitulation sur le mont Poklonnaïa, mais le commandement russe ne se rendit pas. Un armistice avait été accordé aux Russes, et Napoléon, au milieu de ses triomphes, fit proposer la paix à Alexandre : il en reçut des réponses évasives, qui, néanmoins, faisaient espérer qu’on pourrait tomber d’accord. Mais Napoléon et Alexandre ne voulaient que gagner du temps, Napoléon pour recompléter son armée, Alexandre parce qu’il était persuadé que les grands froids qui approchaient obligeraient les Français à évacuer l’empire. Les événements justifièrent leurs prévisions.
Des feux démarrent à Moscou, et ravagent la ville du 14 au 18 septembre du calendrier grégorien (2 au 6 septembre du calendrier julien). Moscou, construite essentiellement en bois, brûle presque complètement, privant les Français d’abris dans la ville. Les incendies viennent de sabotages russes. À un signal donné, le feu éclate dans mille endroits à la fois. C’est en vain que les Français font tous leurs efforts pour éteindre l’incendie : le ravage des flammes ne s’arrête que dans la soirée du 20 septembre, lorsque les neuf dixièmes de la ville sont en cendres : près de 4 000 maisons en pierre et 7 000 en bois, 20 000 malades ou blessés sont victimes de ce désastre.

Napoléon a dit ensuite que s’il avait quitté Moscou deux semaines plus tôt, il aurait pu détruire l’armée de Koutouzov qui campait à proximité, à Taroutino. Même si cela n’avait pas suffi à laisser la Russie sans défense, cela l’aurait privée de sa seule armée concentrée capable d’affronter les Français.

Retraite
Bataille de Winkowo.
Le 18 octobre, la retraite commença. Siégeant dans une ville en ruines sans avoir reçu la capitulation russe, et face à une manœuvre russe le poussant à quitter Moscou, Napoléon entame sa longue retraite.
Napoléon sortit de Moscou le 19, et donna l’ordre à Mortier d’abandonner le Kremlin le 23, après l’avoir fait sauter, lui recommandant surtout de ne laisser en arrière ni blessés, ni malades. Dans sa marche rétrograde, l’armée est vivement harcelée par l’ennemi ; on en vient souvent aux mains.

À la bataille de Maloyaroslavets, Koutouzov peut enfoncer l’armée française sur la même route dévastée qu’ils avaient emprunté à l’aller. En continuant à bloquer le flanc sud pour empêcher les Français de prendre une autre route, Koutouzov déploie à nouveau la même tactique de partisans pour constamment attaquer le trajet français là où il était le plus vulnérable. La cavalerie légère russe, dont les Cosaques montés, attaque et détruit les unités françaises isolées.
Approvisionner l’armée devient impossible : le manque total d’herbe comestible affaiblit les chevaux restants de l’armée, presque tous meurent ou sont tués pour nourrir les soldats affamés. Sans chevaux, la cavalerie française cesse d’exister, et les cavaliers doivent marcher. De plus, le manque de chevaux fait que les canons et les chariots doivent être abandonnés, privant l’armée d’artillerie et de soutien logistique. Même si l’armée a pu rapidement remplacer son artillerie en 1813, le manque de chariots créa un immense problème logistique jusqu’à la fin de la guerre, alors que des milliers des meilleurs chariots militaires furent laissés en Russie. Comme la famine, les maladies et le froid extrême s’imposent, les désertions prennent alors de l’ampleur. La plupart des déserteurs sont fait prisonniers par les paysans russes.

Le « général Hiver »
À partir de novembre 1812, l’hiver russe cause de nouveaux tourments à l’armée française : les soldats et les chevaux commencent à mourir de faim, de froid et de fatigue durant la marche.
Le 7 novembre, alors qu’ils atteignent Smolensk, commencent les grands froids de l’hiver russe ; le thermomètre descend jusqu’à -22 degrés Celsius et le sol se couvre de neige. Les chevaux non munis de fers à glace périssent par milliers au bivouac et bientôt, les hommes subissent le même sort. Des scènes d’anthropophagie sont décrites par des soldats et des officiers comme le général Sołtyk9. Cependant, grâce aux dispositions prises par Napoléon, l’armée avance toujours. Le courage des soldats semble augmenter avec l’étendue des privations et des dangers10.

En dessous de 13 °C, l’étain blanc se transforme lentement en étain gris, de structure diamant, c’est la forme allotropique alpha. Cette transformation et le changement de densité qui l’accompagne affectent la tenue mécanique du matériau. En dessous de -50 °C, la transformation est rapide et l’étain devient pulvérulent (tombe en poussière). C’est la « peste de l’étain ». Il a été avancé par certains historiens que le changement de forme allotropique de l’étain ait pu jouer un rôle dans les défaites de Napoléon Ier en Russie. Exposés à la très basse température ambiante de la campagne de Russie les boutons d’étain des uniformes des soldats devenaient cassants par transformation en étain gris entraînant chez eux un inconfort certain11. De plus, ces boutons étant dessinés en forme de mouton, les Polonais considéraient cela comme un signe portant malheur.
Arrivé à Orcha, Napoléon, sans prendre un moment de repos, s’occupa de rétablir l’ordre que les combats et l’intempérie de la saison avaient dérangé. Il fit faire des distributions de vivres, d’armes et de munitions, et lire, dans les corps d’armée, un ordre du jour qui les rappelait à leurs devoirs, engageant les soldats à marcher en corps, et menaçant de punir ceux qui s’obstineraient à rester isolés. Les désirs de Napoléon furent accomplis, officiers et soldats rentrèrent dans leurs rangs, et avec eux, l’ordre et la discipline. Finalement, l’armée, avançant à marches forcées, arriva le 25 novembre sur la Bérézina, sur laquelle Napoléon fit jeter des ponts dont il présidait les travaux.

La traversée de la rivière Bérézina amène une victoire tactique pour Napoléon quand Koutouzov, décidant que le temps était venu pour une bataille rangée, attaque la partie de l’armée française restée du mauvais côté de la rivière. Les Russes ayant été repoussés, tous les Français en arme peuvent franchir les ponts. Seuls restent de l’autre côté les malades, les blessés et les déserteurs ; ceux-là même qui, par abattement et désespoir, ont refusé de passer les ponts durant la nuit précédant la bataille et qui ensuite se sont bousculés dans une cohue indescriptible au dernier moment (d’où l’expression proverbiale : « c’est la Bérézina »). Certains se sont noyés dans la rivière, en tentant de la traverser à pied, car l’épaisseur de la glace n’était pas suffisante pour supporter leur poids.
Début décembre 1812, Napoléon apprend que le général Malet a tenté un coup d’État.
Avant d’atteindre Vilnius, à Smorghoni, le 5 décembre, Napoléon tint un grand conseil de guerre, donna ses instructions et le commandement des troupes à Murat, et partit pourParis. Napoléon abandonne son armée et rentre en traîneau. Murat déserte plus tard pour sauver son royaume de Naples, laissant le vice-roi d’Italie et premier beau-fils de Napoléon, Eugène de Beauharnais, aux commandes.
Au cours des semaines suivantes, les restes de la Grande Armée sont encore réduits, et le 14 décembre 1812 ils sont expulsés du territoire russe.

Les pertes humaines
Les dernières recherches sérieuses sur les pertes de la campagne de Russie sont données par Thierry Lentz12. Du côté français, le bilan est d’environ 200 000 morts (la moitié au combat et le reste de froid, de faim ou de maladie) et de 150 000 à 190 000 prisonniers tombés entre les mains de Koutouzov. Pour le reste, 130 000 soldats quittèrent la Grande Armée au cours de la marche sur Moscou et près de 60 00013 se réfugièrent chez des paysans, nobles et bourgeois russes. Enfin, moins de 30 000 soldats repassèrent le Niémen avec Murat. Côté russe, les récentes publications d’Oleg Sokolov tendent à établir les pertes à 300 000 morts dont 175 000 au combat, ce qui est très important, mais, selon Thierry Lentz, invérifiable en l’état des études disponibles. Enfin, malgré des actes de générosité des deux côtés, les prisonniers qui tombèrent entre les mains des Français ou des Russes furent globalement maltraités.
Après la chute de Napoléon, le rapatriement demandé par Louis XVIII des Français restés en Russie fut globalement un échec, car les candidats au retour furent peu nombreux. Plusieurs milliers de Français firent souche dans le pays des Tsars. En 1837, 3 200 vivaient à Moscou par exemple. Parmi ceux qui restèrent en Russie, le soldat de la Grande Armée Jean-Baptiste Savin (en), devenu par la suite Mikhail Andréïevitch Savine, serait mort à Saratov en 1894 à l’âge de 123 ans14,15.

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Un graphe par Charles Minard montrant les effectifs de la Grande Armée à l’aller et au retour de Moscou, par l’épaisseur de la ligne. En dessous, une fonction de la température en degré Réaumur (1 °R = 1,25 °C) se lisant de droite à gauche.

Évaluation historique
Cette campagne révèle que Napoléon a grandement sous-estimé l’ampleur des difficultés qui l’attendaient, lui et son armée :
– sous-estimation de la logistique ;
– sous-estimation des aléas climatiques ;
– tactique de la terre brûlée des Russes, etc.

La victoire russe sur l’armée française en 1812 marque un coup d’arrêt sévère aux ambitions de domination européenne de Napoléon. Comme la défaite de la puissance navale française à la bataille de Trafalgar en 1805, la campagne russe est un tournant décisif des guerres napoléoniennes qui mène, en fin de compte, à la défaite de Napoléon et son exil sur l’île d’Elbe.
Pour la Russie, le terme guerre patriotique est un symbole renforçant l’identité nationale, qui a un grand impact sur le patriotisme russe du XIXe siècle. Le résultat indirect du mouvement patriotique des Russes est un fort désir de modernisation du pays qui se traduit par une série de révolutions, commençant avec la révolte des Décembristes et finit avec la révolution de février 1917.
Napoléon n’est pas complètement défait en Russie. L’année suivante, il lève une armée d’environ 400 000 soldats français soutenue par 250 000 soldats des pays alliés aux Français, pour disputer le contrôle de l’Allemagne lors d’une campagne encore plus grande. Ce n’est que lors de la bataille de Leipzig (la bataille des Nations, 16 au 19 octobre1813) qu’il est vraiment défait, mais même la campagne de France en 1814 est indécise.
Malgré tout, la campagne de Russie révèle que Napoléon n’était pas invincible. Sentant la bête blessée et poussés par les nationalistes prussiens et les commandants russes, des nationalistes allemands se soulèvent à travers la Confédération du Rhin et la Prusse. La décisive campagne d’Allemagne n’aurait pas pu avoir lieu sans le message de la défaite de Russie propagé dans le monde.

Liste des commandants de l’armée russe
• Mikhail I. Koutouzov – commandant en chef
• Michel Barclay de Tolly – ministre de la Guerre
• Peter Wittgenstein – commandant de l’aile droite
• Piotr Bagration – commandant de l’aile gauche
• Nikolaï N. Raïevski – commandant russe majeur
• Dmitri S. Dokhtourov – commandant russe majeur
• Mikhaïl A. Miloradovitch – commandant russe majeur
• Alexandre I. Ostermann-Tolstoï – commandant russe majeur
• Alexeï P. Iermolov – général russe
• Alexandre Michaud de Beauretour – général sarde rallié aux Russes
• Mikhaïl S. Vorontsov – général russe
• Matveï I. Platov – ataman des Cosaques du Don
• Pavel V. Tchitchagov – ministre de la marine en 1802 – commandant de l’armée de Moldavie

Notes
1. ↑ Tradition magazine, hors série n°3, La campagne de Russie (1812), (p.16).
2. ↑ Le terme russe « guerre patriotique de 1812 » la distingue de la « grande guerre patriotique », qui désigne la campagne que les Soviétiques menèrent sur leur front occidental durant la Seconde Guerre mondiale.
3. ↑ Jean-Claude Damamme, Les Soldats de la Grande Armée, Perrin, 1998, (ISBN 2-262-01862-6)p301
4. ↑ a, b, c et d Jean-Claude Damamme, Les Soldats de la Grande Armée, Perrin, 1998,(ISBN 2-262-01862-6) p401
5. ↑ « Soldats, la seconde guerre de la Pologne est commencée ; la première s’est terminée à Tilsitt. À Tilsitt, la Russie a juré éternelle alliance à la France et guerre à l’Angleterre. Elle viole aujourd’hui ses serments. La Russie est entraînée par sa fatalité ; ses destins doivent s’accomplir. Nous croit-elle donc dégénérés ? Marchons donc en avant ; passons le Niémen, portons la guerre sur son territoire. La seconde guerre de la Pologne sera glorieuse aux armées françaises comme la première. »
6. ↑ a et b Tradition magazine, La campagne de Russie (1812), 2004 (p.20).
7. ↑ À cette occasion, le métropolite Platon, âgé de cent dix ans[réf. nécessaire], lui fait don de l’image desaint Serge et lui dit : « La ville de Moscou, la première, capitale de l’empire, la nouvelle Jérusalem, reçoit son Christ comme une mère dans les bras de ses fils zélés, et à travers le brouillard qui s’élève, prévoyant la gloire brillante de sa puissance, elle chante dans son transport : Hosanna ! Béni soit celui qui aime ! que l’arrogant, l’effronté Goliath apporte des limites de la France l’effroi mortel aux confins de la Russie ! la pacifique religion, cette fronde du David russe, abattra soudain la tête de son sanguinaire orgueil ! Cette image de saint Serge, antique défenseur du bonheur de notre patrie, est offerte à votre majesté impériale… »
8. ↑ Dans sa proclamation aux soldats, il prophétise la victoire : « Dieu va combattre son ennemi avec l’épée de Michel, et avant que le soleil de demain ait disparu, vous aurez écrit votre foi et votre fidélité dans les champs de votre patrie avec le sang de l’agresseur et de ses légions. » L’armée russe, protégée par des retranchements que son général annonçait comme inexpugnables, était encore animée par les prédications des prêtres et par l’image miraculeuse de la Vierge, qu’on promenait dans ses rangs.
9. ↑ Jacques-Olivier Boudon, Napoléon et la campagne de Russie : 1812, Armand Colin, 2012, 334 p.[lire en ligne [archive]]
10. ↑ Koutouzov écrivait à Alexandre : « Les Français, loin de se laisser abattre par la cruelle extrémité où ils se voyaient réduits, n’en étaient que plus enragés à courir sur les pièces qui les écrasaient. On dit encore vulgairement en Russie : « Ce n’est point le général Koutouzov qui a tué ou dispersé les Français, c’est le général Morossov (la gelée). »
11. ↑ Page 175 dans Dictionnaire des corps purs simples de la chimie – Éléments, atomes et molécules de Robert Luft, édité par Association Cultures et Techniques, en 1997, on peut lire ceci : « il (ce phénomène) est décrit lors de la campagne de Russie par les soldats de Napoléon, bien placés pour faire cette observation, leurs boutons de pantalons étaient en étain »
12. ↑ Thierry Lentz, Nouvelle histoire du Premier Empire, Tome 2, 2004.
13. ↑ d’après l’historien russe Sirotkine
14. ↑ Vladène Sirotkine Revue de l’Institut Napoléon, p. 64
15. ↑ Mais lire l’article Supercentenaire pour une analyse générale de ces longévités alléguées avant leXIXe siècle.

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2 avril 2013

L’opération Market-Garden

Classé sous — milguerres @ 18 h 41 min

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale   

Opération Market Garden

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L’opération Market Garden est une opération militaire alliée essentiellement aéroportée de la Seconde Guerre mondiale qui se déroula en septembre 1944. Il s’agissait d’une tentative principalement menée par les armées britanniques de prendre des ponts franchissant les principaux fleuves des Pays-Bas occupés par les Allemands. Le succès aurait permis aux Alliés de contourner la ligne Siegfried et d’accéder à l’un des principaux centres industriels de l’Allemagne, la Ruhr.

Cette opération proposée par Montgomery avait rencontré l’opposition des généraux américains, Patton et Bradley, qui voulaient continuer leur offensive au sud. En fait, la vraie motivation du field-marshall britannique tenait plus du domaine de l’ego que d’une réelle logique stratégique. Selon les témoignages rapportés par le journaliste américano-irlandais Cornelius Ryan, la mésentente entre le commandant en chef du 21e Groupe d’armées britanno-canadiennes et le général Dwight Eisenhower, commandant en chef des forces alliées, atteignait à cette époque des sommets et l’on n’était pas loin du point de rupture entre ces deux fortes personnalités. C’est le moment que choisit Montgomery pour lancer son plan audacieux d’opération aéroportée qui devait permettre de débloquer une situation stratégique bouchée en permettant une percée directe sur la région de la Ruhr, cœur économique du Troisième Reich. Cette idée eut l’air de plaire à Winston Churchill, qui s’en fit le plus convaincant des avocats et obtint gain de cause. Si cette opération avait entièrement réussi, elle aurait peut-être raccourci la durée de la guerre et ouvert de nombreuses et intéressantes opportunités militaires et politiques aux Alliés. Mais ses objectifs finaux ne furent pas atteints malgré la libération d’une partie du territoire néerlandais et la création d’une base d’opérations pour la Bataille de l’Escaut menée par les forces canadiennes.

Opération Market et opération Garden : 
le plan

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L’opération Market-Garden

L’objectif final de l’opération combinée est de faire passer les blindés de l’autre côté du Rhin à Arnhem afin de se diriger directement vers la Ruhr et de terminer ainsi le conflit plus rapidement. Pour cela, ces derniers doivent franchir les nombreux fleuves et canaux que comptent les Pays-Bas. Les troupes aéroportées ont donc pour mission de s’emparer des ponts intacts situés sur la route Eindhoven-Nimègue-Arnhem tandis que les blindés devront parcourir les 107 km qui les séparent d’Arnhem le plus rapidement possible. Les renseignements qui parviennent à l’état-major (en provenance notamment de la résistance néerlandaise et également des reconnaissances aériennes) font état de mouvements de blindés SS sur Arnhem, mais un certain optimisme règne alors parmi le commandement britannique. Aussi le déclenchement est-il avancé au 17 septembre 1944.

Market : offensive aéroportée

Pour cette opération, l’essentiel des unités de la 1re armée aéroportée alliée sont engagées, le tout étant coiffé par le général britannique Browning.
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Insigne de la First Allied Airborne Army

la 101e division aéroportée américaine du général Taylor sera larguée au nord d’Eindhoven pour s’emparer des ponts du canal Wilhelmine et du Zuid-Willemsvaart
la 82e division aéroportée américaine du général Gavin sera larguée au sud de Nimègue pour prendre possession des ponts de Grave sur la Meuse et de Nimègue sur la Waal ainsi que du canal reliant ces deux fleuves.

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Insigne d’épaule de la 101e division aéroportée américaine

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enfin la 1re division aéroportée britannique du général Urquhart sera larguée au nord-ouest d’Arnhem afin de s’emparer de son pont.
Ce dispositif est complété par la 1e Brigade indépendante de parachutistes polonais du major-général Sosabowski. Après la prise des objectifs, les troupes aéroportées devront attendre la venue des blindés. La 1re DAB hérite ainsi de la mission de tenir Arnhem pendant quatre jours. Au total, ce sont 34 000 combattants qui viendront du ciel (soit largués en parachute, soit transportés en planeurs) pour ce qui sera la plus grande opération aéroportée de tous les temps.
 

Insigne des Cichociemny

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Forces allemandes

La déroute de la Wehrmacht au cours des mois de juillet et août 1944 conduit les Alliés à croire que l’armée allemande n’est plus en mesure de reconstituer ses unités détruites. Pendant ces deux mois, la Wehrmacht a en effet subi une série de défaites avec de lourdes pertes. Entre le 6 juin et 14 août, les pertes allemandes s’élèvent à 23 019 tués au combat, 198 616 disparus ou faits prisonniers et 67 240 blessés. Tout en se repliant vers la frontière allemande, la Wehrmacht est souvent harcelée par des attaques aériennes et des bombardements des avions de la RAF et l’USAAF. Les tentatives pour arrêter l’avance alliée semblent souvent infructueuses : les contre-attaques et les positions de barrages sont immédiatement balayées.

Début septembre, la situation évolue. L’échec de la fermeture de la zone de l’estuaire de l’Escaut par le 21e Groupe d’armées britannique permet à 65 000 soldats de la Quinzième armée allemande d’échapper à l’encerclement avec 225 canons et 750 camions grâce à une flottille de cargos, péniches et petits bateaux réquisitionnés. De là, ils se replient aux Pays-Bas .

Adolf Hitler commence à s’intéresser personnellement à la décomposition apparente du groupe d’armées B, qui comprend les armées allemandes dans le Nord de la France, la Belgique et les Pays-Bas. Le 4 septembre, Hitler rappelle le Generalfeldmarschall Gerd von Rundstedt de sa retraite, et le réintègre au commandement de l’OB West, dont il l’avait écarté le 2 juillet. Gerd von Rundstedt remplace le Generalfeldmarschall Walter Model, qui avait pris le commandement à peine 18 jours auparavant. Ce dernier prend alors le commandement du groupe d’armée B.

Le 4 septembre, la 719e division d’infanterie, appartenant au LXXXVIII Korps, commence à se retrancher le long du canal Albert, où elle est bientôt rejointe par les forces du lieutenant-général Kurt Chill. Bien que Chill commande officiellement la 85e division d’infanterie (qui avait subi de lourdes pertes pendant la bataille de Normandie), il prend le commandement des restes de la 84e et 89e divisions d’infanterie au cours de la retraite.

Pendant ce temps, le colonel-général Kurt Student, commandant des Fallschirmjäger, reçoit l’ordre d’Alfred Jodl, de se rendre aux Pays-Bas, où il devra rassembler toutes les unités disponibles et consolider le front près du canal Albert, qui doit être tenu à tout prix. Le rassemblement de toutes ces unités va aboutir à la création de la Première Armée parachutiste. À ce stade, celle-ci comporte sept régiments de Fallschirmjäger et environ 20 000 soldats, auxquels s’ajoutent des batteries anti-aériennes et 25 chasseurs de chars et canons automoteurs.

Le 5 septembre, les forces de Model sont soutenues par l’arrivée du 2e SS-Panzerkorps, qui se compose des 9e et 10e SS Panzerdivision SS sous le commandement du lieutenant général Wilhelm Bittrich. Ces deux divisions blindées d’élite ont subi de lourdes pertes durant la bataille de Normandie et sont en cours de restructuration, les blindés du général Harmel étant déjà sur les trains à destination de l’Allemagne. Model donne l’ordre aux deux divisions de se reposer et de mettre en place des zones de «sûreté» derrière la ligne de front allemande entre Eindhoven et Arnhem. Au moment de l’opération Market-Garden, la 10e Panzer SS Division est composée d’un régiment d’infanterie blindée, d’un bataillon de reconnaissance divisionnaire, de deux bataillons d’artillerie et d’un bataillon du génie, tous partiellement motorisés. Le PC de Bittrich est d’ailleurs proche d’Arnhem, tout comme celui de Model

D’autres formations viennent également renforcer les défenses allemandes. Plusieurs unités SS, dont un bataillon de formation de sous-officiers et un bataillon de réserve de Panzergrenadier, sont prêts à engager le combat. On note également la présence d’un certain nombre de bataillons en formation, de plusieurs bataillons de dépôt de la Panzerdivision Hermann Goering et de diverses unités anti-aériennes, d’artillerie et de police réparties dans tout le Nord des Pays-Bas.

Renseignements
Alliés

Un certain nombre de rapports sur les mouvements des troupes allemandes a atteint le haut commandement des forces alliées, y compris des détails sur l’identité et la localisation des formations blindées allemandes. Le 16 septembre, Bletchley Park décrypte le mouvement de la 9e et 10e Panzerdivision SS à Nimègue et Arnhem, mais Montgomery refuse de modifier les plans du débarquement. Ces informations sur l’emplacement des Panzerdivisions ont été complétées par des photographies aériennes d’Arnhem prises par un vol de reconnaissance de la RAF, ainsi que par des messages de la résistance néerlandaise. Craignant que la 1re division aéroportée puisse être en danger si elle atterrit à Arnhem, l’officier de renseignement de la division, le major Brian Urquhart, organise une réunion avec Browning et lui présente les défenses à Arnhem. Browning rejette ses demandes et ordonne au médecin de la division d’envoyer Urquhart en congé maladie en raison de « tension nerveuse et d’épuisement ».

Allemands

Von Rundstedt et Model prévoient une grande offensive alliée imminente en raison du grand nombre de rapports de renseignement qu’ils reçoivent. L’officier de renseignement du Groupe d’armées B croit que la Seconde armée va lancer une offensive dans la direction de Nimègue, Arnhem et Wesel avec pour principal objectif de parvenir à la zone industrielle de la Ruhr. Il est convaincu que les troupes aéroportées seront utilisées dans cette offensive, mais n’est pas sûr de l’endroit où elles seraient déployées; il soupçonne la région de la ligne Siegfried, au nord d’Aix-la Chapelle ou peut-être même près de la Sarre.

Arnh4

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Jour 1 : dimanche 17 septembre 1944

Premiers succès

L’opération Market Garden s’ouvre avec succès pour les Alliés. Au premier largage, la quasi-totalité des troupes sont arrivées sur leurs zones de parachutage. Pour la 82e division aéroportée, 89% des soldats débarqués ont atterri sur ou dans les 1 000 mètres de leurs zones de largage et 84% des planeurs se sont posés sur ou dans les 1 000 mètres de leurs zones d’atterrissage. Cela contraste avec les opérations précédentes, où le largage de nuit avait provoqué un dispersement des unités allant jusqu’à 19 km.

Des éléments de la 101e aéroportée en jonction avec la Résistance néerlandaise pendant l’opération Market Garden. La cathédrale en arrière-plan est celle d’Eindhoven.

Dans le sud, la 101e division aéroportée rencontre peu de résistance et capture quatre des cinq ponts. Le pont à Son saute lorsque les parachutistes américains s’approchent de lui, après avoir été retardés par un engagement de courte durée avec un canon de 88mm et une mitrailleuse. Plus tard dans la journée, de petites unités de la 101e se déplacent au sud de Son.

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Des éléments de la 101e aéroportée en jonction avec la Résistance néerlandaise pendant l’opération Market Garden. La cathédrale en arrière-plan est celle d’Eindhoven.

Au nord, de petits groupes de la 82e progressent vers Grave et prennent le pont à la hâte. Ils ont également réussi à capturer un pont d’une importance vitale, à Heumen, au confluent de la Meuse et du canal qui la relie au Waal. Le but principal de la 82e au cours de de cette journée a été d’occuper les hauteurs de Groesbeek et de créer ainsi une position de blocage afin de prévenir d’une attaque et d’empêcher les observateurs allemands de guider les tirs de l’artillerie. Browning et Gavin ont estimé que cela devait être la priorité de la division. Le 508e Régiment d’infanterie parachutiste a été chargé, si possible de prendre le pont de Nimègue, mais à cause de la mauvaise communication, l’attaque ne commence pas avant la fin de la journée. S’ils l’avaient attaqué plus tôt, ils auraient fait face à seulement une dizaine d’Allemands. Au moment où le 508e attaque, des troupes de reconnaissance du 9e bataillon de reconnaissance de SS arrivent. L’attaque échoue, laissant le pont de Nimègue aux mains des Allemands.

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Parachutage de troupes de la 82e division aéroportée près de Grave

Le contrôle de ce pont est vital, contrairement à certains des ponts vers le sud qui enjambent des petites rivières et des canaux et qui peuvent être remplacés par des unités du génie, car les ponts de Nimègue et Arnhem traversent deux bras du Rhin et ne peuvent être remplacés facilement. Si ces ponts ne peuvent pas être capturés et tenus, l’avance de XXXe Corps serait bloquée et l’opération MarketGarden serait vouée à l’échec.

La 1re Division aéroportée atterrit sans incident grave, mais les premiers problèmes apparaissent peu après. Seulement la moitié de la Division est arrivée avec la première vague et seulement la moitié d’entre eux (1ère Brigade de parachutistes) peut avancer vers le pont. Le reste des troupes défend les zones de largage pour le prochain parachutage le jour suivant. Ainsi, l’objectif principal de la division doit être réalisé avec l’effectif d’une demi-brigade. Alors que les parachutistes progressent à l’est d’Arnhem, l’escadron de reconnaissance de la division chemine vers l’avant pour s’emparer du pont. L’escadron constitué de jeep se heurte aux positions défensives allemandes et est obligé de faire retraite.

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Parachutistes anglais à Arnhem

Deux des trois bataillons de la 1re Brigade de parachutistes, faisant face à une solide résistance allemande, sont contraints à faire halte pour la nuit à Oosterbeek. Le lieutenant-colonel John Frost du 2e bataillon arrive au pont d’Arnhem dans la soirée et met en place des positions défensives à l’extrémité nord. Deux offensives pour capturer le pont et l’extrémité sud sont repoussées.

Problèmes de communication

Les radios britanniques ne fonctionnaient pas quelle que soit la distance. Il a été constaté après l’atterrissage que les radios étaient réglées sur des fréquences différentes, dont deux coïncidaient avec des stations de radio britannique et allemande. De plus, il est également possible que les dizaines de largages qui ont été planifiés puis annulés dans les semaines précédant l’opération aient conduit un déchargement précoce des batteries.

Pour la 1re Division aéroportée, le seul moyen de demander un soutien aérien consiste en deux unités spéciales américaines larguées à Arnhem le même jour. Ces unités sont équipées de Veeps : des jeeps pourvues de radio RCS-193 à très haute fréquence. Malheureusement, les postes radio sont rapidement détruits par des tirs de mortier ; de ce fait, la 1re Airborne dut utiliser des signaux visuels pour communiquer avec la RAF. Cependant, les pilotes avaient l’ordre de ne pas réagir aux signaux venant du sol car il n’y avait pas de moyen facile de distinguer l’ami de l’ennemi, ce qui a conduit à un manque critique de l’appui aérien à Arnhem et Oosterbeek

Avance du XXXe Corps

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Sherman Firefly des Irish Guards

Le lieutenant-général Brian Horrocks reçoit la confirmation du début de l’opération le matin du 17 septembre. À 12 h 30, Horrocks reçoit un signal indiquant que les premières vagues des forces aéroportées ont quitté leurs bases au Royaume-Uni et fixant l’heure de l’attaque au sol à 14 h 35. A 14 h 15, 300 canons ouvrent le feu et exécutent un tir de barrage de 1,6 km de large et 8,0 km de profondeur sur les positions allemandes à Valkenswaard, à l’avant de la ligne de départ du XXXe Corps. Ce tir de barrage est appuyé par sept escadrons d’Hawker Typhoon de la RAF. L’avance est menée par les chars et l’infanterie des Irish Guards. Ces derniers traversent le canal Meuse-Escaut et entrent dans les Pays-Bas à 15 h 00. Après avoir traversé la frontière, les Irish Guards sont pris en embuscade par l’infanterie et les canons antichar allemands le long de la route principale. Après une nouveau tir de barrage de l’artillerie, les Hawker Typhons accomplissent une nouvelle vague sur les positions allemandes. Des soldats allemands capturés révèlent, certains de leur plein gré, d’autres après avoir été menacés, le reste des positions allemandes. Au crépuscule, la ville de Valkenswaard est atteinte et occupée par les Irish Guards.

Horrocks a prévu que les Irish Guards puissent parcourir les 21 km les séparant d’Eindhoven en trois heures, mais ils réussissent à couvrir seulement 11 km. Au premier jour, l’opération a déjà pris du retard. A Valkenswaard, les ingénieurs construisent un pont Bailey de 58 m de long en 12 heures.

Réactions allemandes

Les Allemands comprennent rapidement la situation. Le maréchal Walter Model séjourne à l’Hôtel Tafelberg à Oosterbeek lorsque les Britanniques commencent à atterrir dans la campagne à l’ouest d’Oosterbeek. Désorienté, il conclut qu’ils sont des commandos tentant de l’enlever. Il accomplit alors une course folle pour un endroit plus sûr. En attendant, Wilhelm Bittrich, commandant du 2e SS-Panzerkorps, envoie immédiatement un bataillon de reconnaissance de la 9e Panzerdivision SS à Nimègue pour renforcer la défense du pont. A minuit, Model se représente clairement la situation et donne des ordres qui se révéleront adaptés pour la défense d’Arnhem. La confusion attendue des défenses allemandes contre les opérations aéroportées était absente à Arnhem et l’avantage de la surprise a été réduit par la réaction rapide des forces allemandes.

Jour 2 : lundi 18 septembre 1944

Les météorologues alliés ont prévu que l’Angleterre serait couverte de brouillard le matin du 18 septembre. Le deuxième largage fut reporté de trois heures et d’épais nuages bas ont commencé à se développer sur la partie sud de la zone de combat, puis se sont répandus sur tout la zone durant la journée, ce qui a entravé l’approvisionnement et l’appui aérien (sept des huit prochains jours auront de mauvaises conditions météorologiques et les opérations aériennes ont été annulées le 22 septembre et le 24 septembre).

Zone d’opération de la 1re Airborne

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Largages britanniques sur Arnhem

Jour 1 : dimanche 17 septembre 1944

Premiers succès

L’opération Market Garden s’ouvre avec succès pour les Alliés. Au premier largage, la quasi-totalité des troupes sont arrivées sur leurs zones de parachutage. Pour la 82e division aéroportée, 89% des soldats débarqués ont atterri sur ou dans les 1 000 mètres de leurs zones de largage et 84% des planeurs se sont posés sur ou dans les 1 000 mètres de leurs zones d’atterrissage. Cela contraste avec les opérations précédentes, où le largage de nuit avait provoqué un dispersement des unités allant jusqu’à 19 km.

Des éléments de la 101e aéroportée en jonction avec la Résistance néerlandaise pendant l’opération Market Garden. La cathédrale en arrière-plan est celle d’Eindhoven.

Dans le sud, la 101e division aéroportée rencontre peu de résistance et capture quatre des cinq ponts. Le pont à Son saute lorsque les parachutistes américains s’approchent de lui, après avoir été retardés par un engagement de courte durée avec un canon de 88mm et une mitrailleuse. Plus tard dans la journée, de petites unités de la 101e se déplacent au sud de Son.

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Des éléments de la 101e aéroportée en jonction avec la Résistance néerlandaise pendant l’opération Market Garden. La cathédrale en arrière-plan est celle d’Eindhoven.

Au nord, de petits groupes de la 82e progressent vers Grave et prennent le pont à la hâte. Ils ont également réussi à capturer un pont d’une importance vitale, à Heumen, au confluent de la Meuse et du canal qui la relie au Waal. Le but principal de la 82e au cours de de cette journée a été d’occuper les hauteurs de Groesbeek et de créer ainsi une position de blocage afin de prévenir d’une attaque et d’empêcher les observateurs allemands de guider les tirs de l’artillerie. Browning et Gavin ont estimé que cela devait être la priorité de la division. Le 508e Régiment d’infanterie parachutiste a été chargé, si possible de prendre le pont de Nimègue, mais à cause de la mauvaise communication, l’attaque ne commence pas avant la fin de la journée. S’ils l’avaient attaqué plus tôt, ils auraient fait face à seulement une dizaine d’Allemands. Au moment où le 508e attaque, des troupes de reconnaissance du 9e bataillon de reconnaissance de SS arrivent. L’attaque échoue, laissant le pont de Nimègue aux mains des Allemands.

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Parachutage de troupes de la 82e division aéroportée près de Grave

Le contrôle de ce pont est vital, contrairement à certains des ponts vers le sud qui enjambent des petites rivières et des canaux et qui peuvent être remplacés par des unités du génie, car les ponts de Nimègue et Arnhem traversent deux bras du Rhin et ne peuvent être remplacés facilement. Si ces ponts ne peuvent pas être capturés et tenus, l’avance de XXXe Corps serait bloquée et l’opération MarketGarden serait vouée à l’échec.

La 1re Division aéroportée atterrit sans incident grave, mais les premiers problèmes apparaissent peu après. Seulement la moitié de la Division est arrivée avec la première vague et seulement la moitié d’entre eux (1ère Brigade de parachutistes) peut avancer vers le pont. Le reste des troupes défend les zones de largage pour le prochain parachutage le jour suivant. Ainsi, l’objectif principal de la division doit être réalisé avec l’effectif d’une demi-brigade. Alors que les parachutistes progressent à l’est d’Arnhem, l’escadron de reconnaissance de la division chemine vers l’avant pour s’emparer du pont. L’escadron constitué de jeep se heurte aux positions défensives allemandes et est obligé de faire retraite.

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Parachutistes anglais à Arnhem

Deux des trois bataillons de la 1re Brigade de parachutistes, faisant face à une solide résistance allemande, sont contraints à faire halte pour la nuit à Oosterbeek. Le lieutenant-colonel John Frost du 2e bataillon arrive au pont d’Arnhem dans la soirée et met en place des positions défensives à l’extrémité nord. Deux offensives pour capturer le pont et l’extrémité sud sont repoussées.

Problèmes de communication

Les radios britanniques ne fonctionnaient pas quelle que soit la distance. Il a été constaté après l’atterrissage que les radios étaient réglées sur des fréquences différentes, dont deux coïncidaient avec des stations de radio britannique et allemande. De plus, il est également possible que les dizaines de largages qui ont été planifiés puis annulés dans les semaines précédant l’opération aient conduit un déchargement précoce des batteries.

Pour la 1re Division aéroportée, le seul moyen de demander un soutien aérien consiste en deux unités spéciales américaines larguées à Arnhem le même jour. Ces unités sont équipées de Veeps : des jeeps pourvues de radio RCS-193 à très haute fréquence. Malheureusement, les postes radio sont rapidement détruits par des tirs de mortier ; de ce fait, la 1re Airborne dut utiliser des signaux visuels pour communiquer avec la RAF. Cependant, les pilotes avaient l’ordre de ne pas réagir aux signaux venant du sol car il n’y avait pas de moyen facile de distinguer l’ami de l’ennemi, ce qui a conduit à un manque critique de l’appui aérien à Arnhem et Oosterbeek

Avance du XXXe Corps

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Sherman Firefly des Irish Guards

Le lieutenant-général Brian Horrocks reçoit la confirmation du début de l’opération le matin du 17 septembre. À 12 h 30, Horrocks reçoit un signal indiquant que les premières vagues des forces aéroportées ont quitté leurs bases au Royaume-Uni et fixant l’heure de l’attaque au sol à 14 h 35. A 14 h 15, 300 canons ouvrent le feu et exécutent un tir de barrage de 1,6 km de large et 8,0 km de profondeur sur les positions allemandes à Valkenswaard, à l’avant de la ligne de départ du XXXe Corps. Ce tir de barrage est appuyé par sept escadrons d’Hawker Typhoon de la RAF. L’avance est menée par les chars et l’infanterie des Irish Guards. Ces derniers traversent le canal Meuse-Escaut et entrent dans les Pays-Bas à 15 h 00. Après avoir traversé la frontière, les Irish Guards sont pris en embuscade par l’infanterie et les canons antichar allemands le long de la route principale. Après une nouveau tir de barrage de l’artillerie, les Hawker Typhons accomplissent une nouvelle vague sur les positions allemandes. Des soldats allemands capturés révèlent, certains de leur plein gré, d’autres après avoir été menacés, le reste des positions allemandes. Au crépuscule, la ville de Valkenswaard est atteinte et occupée par les Irish Guards.

Horrocks a prévu que les Irish Guards puissent parcourir les 21 km les séparant d’Eindhoven en trois heures, mais ils réussissent à couvrir seulement 11 km. Au premier jour, l’opération a déjà pris du retard. A Valkenswaard, les ingénieurs construisent un pont Bailey de 58 m de long en 12 heures.

Réactions allemandes

Les Allemands comprennent rapidement la situation. Le maréchal Walter Model séjourne à l’Hôtel Tafelberg à Oosterbeek lorsque les Britanniques commencent à atterrir dans la campagne à l’ouest d’Oosterbeek. Désorienté, il conclut qu’ils sont des commandos tentant de l’enlever. Il accomplit alors une course folle pour un endroit plus sûr. En attendant, Wilhelm Bittrich, commandant du 2e SS-Panzerkorps, envoie immédiatement un bataillon de reconnaissance de la 9e Panzerdivision SS à Nimègue pour renforcer la défense du pont. A minuit, Model se représente clairement la situation et donne des ordres qui se révéleront adaptés pour la défense d’Arnhem. La confusion attendue des défenses allemandes contre les opérations aéroportées était absente à Arnhem et l’avantage de la surprise a été réduit par la réaction rapide des forces allemandes.

Jour 2 : lundi 18 septembre 1944

Les météorologues alliés ont prévu que l’Angleterre serait couverte de brouillard le matin du 18 septembre. Le deuxième largage fut reporté de trois heures et d’épais nuages bas ont commencé à se développer sur la partie sud de la zone de combat, puis se sont répandus sur tout la zone durant la journée, ce qui a entravé l’approvisionnement et l’appui aérien (sept des huit prochains jours auront de mauvaises conditions météorologiques et les opérations aériennes ont été annulées le 22 septembre et le 24 septembre).

Zone d’opération de la 1re Airborne

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Largages britanniques sur Arnhem


9]

Largages britanniques sur ArnhemLes 1er et 3e bataillons de parachutistes avancent vers le pont d’Arnhem pendant les premières heures du 18 septembre et font de bons progrès, mais sont stoppés par les Allemands. Subissant de lourdes pertes, ils sont obligés de stopper leur progression.

Tôt dans la journée le 9e bataillon de reconnaissance de SS (envoyé au sud la veille) conclut que sa présence n’est pas nécessaire à Nimègue et retourne à Arnhem. Bien conscient que des troupes britanniques tiennent le pont, il tente de le franchir par la force mais est repoussé et subit de lourdes pertes, y compris son commandant, le SS-Hauptsturmführer Gräbner.

À la fin de la journée, les 1er et 3e bataillons de parachutistes, qui ne comptent plus que 200 hommes, soit un sixième de leur force originelle, sont entrés dans Arnhem et sont à environ à 2 km du pont. La plupart des officiers et sous-officiers sont tués, blessés ou capturés. Le deuxième largage est retardé par le brouillard, mais atterrit avec tous ses effectifs : la 4e brigade de parachutistes composé des 10e, 11e et 156e bataillons du régiment de parachutistes, commandée par le général de brigade John Winthrop Hackett et les compagnies C et D du 2e South Staffordshire Regiment.[/size]

Zone d’opération de la 82e Airborne 

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Largages de la 82è à Nimègue
Largages de la 82e à NimègueGrave s’avère bien défendu et les forces allemandes continuent à faire pression sur la 82e déployée sur les hauteurs de Groesbeek. Le 505e Régiment de parachutistes d’infanterie défend Horst, Grafwegen et Riethorst des contre-attaques allemandes. Tôt dans la journée, une contre-attaque allemande capture l’une des zones de parachutage allié, où le deuxième largage est prévu pour 13 h 00. Le 508e Régiment de parachutistes d’infanterie attaque à 13 h 10 et reprend la zone à 14 h 00, capturant 149 prisonniers et 16 pièces de DCA allemandes. Retardée par la météo en Grande-Bretagne, le deuxième largage n’arrivera qu’à 15 h 30. Ce largage incorpore des éléments de la 319e et 320e des Glider Field Artillery , le 456e bataillon de Parachute Field Artillery et des éléments de soutien médical. Vingt minutes plus tard, 135 bombardiers B-24 larguent des équipements, dont 80% sont récupérées.

Zones d’opération de la 101e Airborne et du XXXe Corps
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Largages de la 101e à Eindhoven

Largages de la 101e à EindhovenSuite à la perte du pont à Son, la 101e, tente, sans succès, de capturer un pont à Best, situé à quelques kilomètres, mais la tentative est repoussée. D’autres unités se déplacent vers le sud et parviennent finalement à l’extrémité nord de la ville d’Eindhoven.
À 06 h 00, les Irish Guards continuent d’avancer tout en faisant face à la résistance déterminée de l’infanterie et des chars allemands. À 16 h 00, un contact radio alerte la force principale que le pont Son a été détruit et qu’un pont Bailey est demandé pour le remplacer. À la tombée de la nuit, les Guards Armoured Division sont établis dans la région d’Eindhoven. Toutefois les colonnes de transport sont gênées dans les rues étroites de la ville et sont soumises à des bombardements aériens allemands au cours de la nuit. Finalement, les ingénieurs du XXXe Corps, aidés par des prisonniers de guerre allemands, construisent un pont Bailey en 10 heures sur le canal Wilhelmine.

Pendant la journée, les Britanniques du VIIIe et XIIe Corps, en soutenant l’attaque principale, ont aménagé plusieurs têtes de pont sur le canal Meuse-Escaut tout en faisant face à une vive résistance allemande. Tout au long de la journée, des attaques allemandes ont été lancées contre le XXXe Corps et contre les têtes de pont sur le canal Meuse-Escaut, le tout sans succès.

Jour 3 : mardi 19 septembre 1944

Aux premières heures du jour, le 1er et 3e bataillon, ainsi que 2e South Staffordshires essaient de rallier le pont d’Arnhem, tenu tant bien que mal par le 2e bataillon de Frost. Quand l’aube se lève, le 1er bataillon est repéré et arrêté devant la principale ligne de défense allemande. Pris sous un feu croisé, le 1er Bataillon est désintégré et ce qui reste du 3ème Bataillon est contraint à la retraite vers Oosterbeek.
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Vue aérienne du pont d’Arnhem (19 septembre 1944).

Le 2e bataillon (environ 600 hommes) tient encore l’extrémité nord du pont d’Arnhem. Les Allemands comprenant que les attaques d’infanterie, comme celles qui ont été repoussés dans le sang la veille, sont inutiles, bombardent les positions britanniques avec des mortiers, de l’artillerie et des chars ; ils démolissent systématiquement chaque maison afin d’en déloger les défenseurs. Cependant, les Britanniques s’accrochent à leurs positions

Oosterbeek

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Parachutistes britanniques à Oosterbeek

Au nord d’Oosterbeek, la 4e brigade de parachutistes tente de percer les lignes allemandes, mais les difficultés de communication et la résistance ennemie causent l’échec de l’attaque. La 1re division aéroportée a subi de lourdes pertes et a perdu sa capacité offensive. Dans l’impossibilité d’aider le lieutenant-colonel Frost sur le pont, les autres bataillons se retirent à Oosterbeek et installent une tête de pont défensive sur la rive nord du Rhin. Au même moment commencent à atterrir les planeurs transportant les Polonais de 1re Brigade indépendante de parachutistes, des canons anti-chars et des véhicules, jusque-là bloqués en Angleterre par un brouillard épais. Soudain, un Messerschmitt apparaît et fait feu sur les planeurs. Avant même de pouvoir toucher terre, de nombreux planeurs sont détruits.

L’approvisionnement devient critique : la zone de largage est aux mains des Allemands. En conséquence, les Britanniques se retrouvent avec seulement 10% des équipements parachutés.

Nimègue

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Char Cromwell le long de l’Hell’s Highway entre Eindhoven et Nimègue

À 08 h 20, le premier contact est fait entre le XXXe Corps de le 504e Régiment de parachutistes d’infanterie. À 08 h 30 la division blindée des Guards du XXXe Corps entre dans Grave. La force principale arrive trois heures plus tard. À ce moment, selon le plan, le XXXe Corps devrait être à Arnhem. Une tentative de prendre le pont de Nimègue échoue. Gavin propose alors le plan suivant : les parachutistes du 504e Parachute Infantry Regiment doivent traverser le fleuve en bateau, 2 km en aval du pont. Arrivés sur la rive opposée, ils doivent capturer l’extrémité nord du pont puis faire la jonction avec le XXXe corps qui s’avancera sur le pont depuis l’extrémité sud. Malheureusement, les bateaux, demandés pour la fin de l’après-midi, n’arrivent pas.

Une tentative d’approvisionnement de 35 C-47 (sur 60 envoyés) échoue, les fournitures n’ayant pu être récupérés. Le mauvais temps sur les bases anglaises a empêché les planeurs transportant le 325e Glider Infantry Regiment de décoller, mettant fin à tout espoir de renforts pour la 82e Airborne.

Eindhoven-Veghel

Dans le sud, les unités de la 101e qui ont pris Best la veille sont contraintes de faire retraite face à une contre-attaque de Fallschirmjäger dans la matinée. Les chars britanniques arrivent au cours de la journée et repoussent les Allemands vers la fin de l’après-midi capturant au passage environ 1 000 prisonniers. Dans la journée, des chars Panther arrivent à Son, faisant feu sur le pont Bailey. Un canon anti-char britannique de 57 mm, récemment débarqué, réagit rapidement et élimine quelques-uns des chars. Les Panthers restants se retirent sans causer de dégâts au pont. Dans la nuit, la Luftwaffe bombarde Eindhoven. La flotte aérienne composée essentiellement de Junkers Ju-87 et de Dornier Do-17 surprend la population qui n’a pas le temps de se mettre à l’abri. On déplore plus de 200 morts et 800 blessés parmi les habitants.

Jour 4 : mercredi 20 septembre 1944
Arnhem

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Prisonniers britanniques à Arnhem

Le 2e bataillon du lieutenant-colonel John Frost tient encore le pont d’Arnhem, bien qu’il n’y ait plus d’espoir que le XXXe Corps les rejoigne. L’après-midi, les positions britanniques autour de l’extrémité nord du pont d’Arnhem se sont considérablement affaiblies. Une grave pénurie de munitions anti-char permet aux blindés allemands de détruire les positions britanniques à bout-portant. La nourriture, l’eau et les fournitures médicales se font rares, de nombreux bâtiments sont en feu et, devant le risque d’effondrement, une trêve de deux heures est organisée pour évacuer les blessés (dont le lieutenant-colonel Frost) en captivité. Frederick Gough remplace Frost au commandement du bataillon.

Les Allemands viennent à bout des poches de résistance tout au long de la journée, prenant le contrôle de l’extrémité nord du pont au crépuscule, ce qui leur permet d’envoyer des renforts plus au sud, à Nimègue. Le reste des troupes britanniques continue de se battre, parfois au couteau, mais la lutte se termine le jeudi matin, vers 9 h 00, la quasi-totalité des soldats étant faits prisonniers. Le dernier message radio diffusé à partir du pont – « Plus de munitions. God save the King» – n’a été entendu que par les opérateurs radio allemands.

Nimègue

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Sherman du XXXe Corps traversant le pont de Nimègue

Les bateaux demandés la veille par la 82e Airborne arrivent dans l’après-midi et l’ordre d’assaut est donné. À environ 15h00, les Américains du 504e régiment de parachutistes d’infanterie traversent avec 26 bateaux d’assaut en toile les 365 mètres qui les séparent de la rive opposée. Une pénurie de pagaies oblige certains soldats à pagayer avec les crosses de leurs fusils. Environ la moitié des bateaux parvient à traverser sous un feu nourri. Les soldats survivants prennent d’assaut l’extrémité nord du pont. Les forces allemandes se retirent et le pont est sécurisé entièrement à 19h10. Beaucoup d’explosifs ont été trouvés sur le pont, mais pour une raison alors inconnue, les Allemands n’ont pas réussi à faire sauter le pont avant la traversée des chars britanniques. On sait aujourd’hui que les câbles des explosifs ont été coupés par le jeune résistant néerlandais Jan van Hoof. L’attaque a été coûteuse et fut surnommé « Little Omaha » en référence à la plage d’Omaha Beach

Lorsque le lieutenant-général Dempsey de la Deuxième Armée rencontre le général Gavin, commandant de la 82e division aéroportée, il aurait déclaré (en référence à l’attaque de Nimègue), « Je suis fier de rencontrer le commandant de la plus grande division du monde actuel » (« I am proud to meet the commander of the greatest Division in the world »).

Eindhoven

Les parachutistes de la 101e division aéroportée sont attaqués par la 107e brigade blindée allemande soutenue par des troupes SS. Les Américains luttent longtemps et sont finalement secourus in extremis par les chars du XXXe Corps qui repoussent les Allemands. Toutefois ces derniers continuent à harceler l’autoroute reliant Eindhoven à Nimègue.

Limiter les pertes

Le réduit constitué par Urquart ne peut joindre les Polonais de Sosabowski qui, largués n’importe comment peu de temps auparavant, ont été massacrés ou capturés. Afin d’éviter une destruction totale de la première division aéroportée, le général Urquart décide d’évacuer afin de tenter de rejoindre les lignes américaines et celles du XXXe corps. Le 25 et 26 septembre, soit 9 jours après les premiers largages, les rescapés regagnent les lignes alliées.

Résultats et Bilan humain

L’opération est un échec complet sur le plan des effectifs engagés, en revanche ce n’est qu’un demi-échec pour les objectifs. Depuis ce temps, et en mémoire des Diables Rouges tombés, notamment ceux du colonel Frost, les parachutistes britanniques portent un ruban noir derrière leur béret ; mais la légende des anciens du Parachute Regiment veut que ce soit en souvenir de la trahison de l’un des leurs, un parachutiste capturé qui aurait craqué sous la torture, que les parachutistes britanniques arborent un ruban noir à leur couvre-chef. Le colonel Frost et ses hommes ont été des hommes d’honneur, des combattants mais surtout des résistants. D’assiégeants, ils sont devenus assiégés ; on leur avait demandé de tenir deux jours, ils ont tenu plus d’une semaine, soit neuf jours et neuf nuits, sans renfort, ni repos.

Au total, du côté allié les pertes humaines s’élevèrent à 16 805 hommes tués, blessés ou prisonniers : dont 7 640 Britanniques et Polonais des 1st British Airborne Division et 1e Brigade indépendante de parachutistes polonais, 3 664 Américains des 82nd et 101st Airborne et 5 354 Britanniques pour le XXX Corps.

Du côté allemand le Generalfeldmarschall Walther Model estima à 3 300 le nombre des pertes de son groupe d’armées B ; mais des calculs récents avancent le chiffre de 8 000 soldats allemands hors de combat, dont au moins 2 000 tués.

Conséquences stratégiques

Près de 12 000 parachutistes furent ainsi perdus, et Montgomery dut constater que « Market Garden a réussi à 90 %… ». En tout cas, l’opération porta un bien mauvais coup à Model: sa ligne de résistance sur les cours d’eau des Pays-Bas avait été coupée en deux, et il dut rayer de ses effectifs environ 7 000 soldats et 95 blindés… Il s’agit néanmoins de l’un des derniers succès tactiques de l’Axe.

Par ailleurs, en raison de la priorité donnée à cette opération, le camp allié négligea de prendre le contrôle des rives de l’Escaut, qui donne accès au port d’Anvers (tombé intact aux mains des troupes britanniques le 7 septembre), en laissant libres sur ses arrières les restes importants d’une division parachutiste allemande, qui se réorganisa rapidement. La prise de contrôle d’Anvers n’a lieu que plus tard, au prix de lourdes pertes, de sorte que le port d’Anvers n’est utilisable qu’à partir du 28 novembre. Entre temps, l’approvisionnement doit toujours se faire au départ des ports artificiels installés sur les côtes normandes et du port de Cherbourg, ce qui provoque une crise logistique, l’approvisionnement des unités en ligne se faisant difficile en raison de l’étirement excessif des itinéraires de ravitaillement.

Famine aux Pays-Bas

Une conséquence tragique de l’échec de l’opération fut le Hongerwinter (« l’Hiver de la faim »). En effet, pendant la bataille, les travailleurs des chemins de fer néerlandais, incités par le gouvernement néerlandais à Londres, entamèrent une grève afin d’aider l’avance alliée. En représailles, les allemands interdirent le transport de nourriture, ce qui provoqua une famine durant l’hiver 1944-1945 et causa la mort d’environ 18 000 néerlandais.

Lieux de mémoire 

Le pont d’Arnhem n’a pas survécu à la guerre : détruit par les B-26 Marauder de l’US Air Force le 07 Octobre 1944, il a été remplacé par un pont d’apparence similaire en 1948. Ce dernier a été rebaptisé pont John Frost (John Frostbrug) le 16 septembre 1978.

Le 16 septembre 1994, des anciens combattants de la 101e Airborne ont inauguré un « monument pour les Néerlandais » à Sint-Oedenrode. Le monument est un don des anciens combattants aux civils qui ont combattu aux côtés des troupes américaines, à la surprise de ces dernières. Ce monument est « dédié à la population du Corridor par des vétérans de la 101e Airborne Division, en reconnaissance de leur courage, de leur compassion et amitié ».

Le 31 mai 2006, la 1e Brigade indépendante de parachutistes polonais a reçu l’ordre militaire de Guillaume Ier par SM la reine Beatrix en raison de sa bravoure à Arnhem pendant l’opération Market Garden. Le 82e division aéroportée avait également reçu le même ordre le 8 octobre 1945.

Plusieurs musées des Pays-Bas sont dédiés à l’opération Market Garden, dont : le musée national de libération à Groesbeek, le Wings of Liberation Museum Park à Schijndel, et l’Airborne Museum Hartenstein à Oosterbeek.

Anecdotes

Avant le déclenchement de l’opération Market Garden, certains émettaient des doutes quant à la réussite plus qu’incertaine de l’opération, tel Browning (commandant du CA aéroporté) qui en vint à demander à Montgomery :

« Combien de temps faudra-t-il aux blindés pour nous rejoindre ?
— Deux jours, lui répond Montgomery.
— Nous pourrons tenir quatre jours. Mais je crains bien, Monsieur le Maréchal, que nous n’allions un pont trop loin. »
Patton, quant aux occasions manquées faute de carburant, déclara :

« J’étais alors convaincu, et la suite me donna raison, que nous n’avions pas d’autres Allemands devant nous que ceux qui se battaient. En un mot, il n’y avait pas de profondeur. »

 source : http://militaires-d-hier.forumgratuit.org/t1518-operation-market-garden?highlight=market+garden

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Libération de Nice

Classé sous — milguerres @ 18 h 28 min

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Libération de Nice

 

La libération de Nice a lieu le 28 août 1944 suite à une insurrection armée décidée par la Résistance. Les insurgés ne sont qu’une centaine au début de la journée du 28 août, mais l’ampleur qu’a pris le soulèvement en fin de journée pousse l’occupant allemand à évacuer la ville. Les Alliés ne sont pas au courant de l’insurrection et n’aident donc pas les insurgés. Prévenus par la Résistance, quelques soldats américains arrivent de Saint-Laurent-du-Var le soir du 29 août. Une colonne blindée américaine arrive enfin le 30 août 1944. Nice est définitivement libérée.

Le bilan avancé par les historiens varie. Joseph Girard estime à 27 tués et 280 blessés le bilan des victimes de la Résistance1. Le bilan avancé par Jean-Louis Panicacci dans un article intitulé À propos de la Libération de Nice est de 31 résistants tués et de 280 blessés2 du côté des insurgés niçois. Une distinction est réalisée dans cet article entre les résistants tués directement dans les combats ou décédés de leurs blessures au nombre de 29 et les résistants tués indirectement au nombre de 6Note 1,3[réf. insuffisante]. Le bilan des pertes allemands est couramment fixé à 25 hommes2. Il s’agit des 25 corps relevés sur le terrainNote 2 et 105 prisonniers1. 4 fascistes italiens, membres du bataillon Nizza, 215e bataillon des « chemises noires », sont également tués1,2. Plusieurs collaborateurs ont également été abattus lors de l’épuration sauvage, notamment des membres des Groupes d’Action du Parti Populaire Français (G.A. – P.P.F.) et des miliciens fascistes3[réf. insuffisante], 3 le 28 août 1944 pour Jean-Louis Panicacci4 ce qui semble être un minimum. Des assassinats ou des règlements de compte se sont également produits dans la période d’instabilité provoquée par la Libération. Le bilan des victimes civiles du 28 août 1944, tuées ou décédées de leurs blessures, est très peu abordé et largement sous-estimé. Dans un ouvrage publié en 2012, Jean-Louis Panicacci l’estime à 5 tués2. Or leur nombre est d’au moins 34 civils abattus ou mortellement blessés3[réf. insuffisante].
Dans un discours prononcé le 9 avril 1945, place Masséna à Nice, le général de Gaulle évoque la libération de la ville en ces termes : « Nice, le 28 août 1944, par l’héroïque sacrifice de ses enfants, s’est libérée de l’occupant. (…) Nice libérée, Nice fière, Nice glorieuse ! »

Déroulement de l’insurrection niçoise

Le contexte du déclenchement de l’insurrection à Nice
L’avancée des Américains depuis le débarquement en Provence

Les Allemands sont bousculés depuis le 15 août et le débarquement en Provence. Initialement, les alliés ont prévu de libérer le Var, de foncer vers le nord en laissant de côté la rive est du Var et les Alpes-Maritimes. Le 15 août 1944, les FFI obtiennent la reddition de la garnison allemande (une trentaine d’hommes) de Puget-Théniers. Le nord du département est sous le contrôle des FFI et des maquis. Le capitaine FFI Lécuyer, chef régional R2 (alias Sapin), part de Puget-Théniers avec une traction avant en direction de Draguignan avec le major Gun(alias Bamboos), un officier écossais de liaison. Le matin du 16 août, à quelques kilomètres au sud de Callas, ils rencontrent les premiers soldats américains. Ils atteignent le nord de Fréjus et rencontrent le général Frederick, commandant la 1re A.B.T.F. (en) (unité aéroportée) dans la région. Ils exposent la situation : seule la zone côtière est encore sous contrôle allemand. Les alliés peuvent déborder l’occupant par le nord. Cependant le major Frederick refuse tout d’abord car sa mission consiste pour l’instant à mener les opérations de débarquement et d’établissement de la tête de pont vers le nord et l’est. Il entre en contact avec son supérieur, le général Patch qui se trouve au large sur un navire. Le général Patch autorise Frederick à élargir la zone d’action jusqu’au fleuve Var. Une colonne blindée est guidée par la traction avant jusqu’à Puget-Théniers puis au Chaudan où elle essuie des tirs allemands depuis Levens. Les Américains passent la nuit à Beuil puis retournent rendre compte au général Frederick. Le même jour, deux colonnes américaines se lancent en direction du Var.
La première atteint Grasse le 24 août puis Vence et Gattières. Elle remonte la rive droite du Var et pousse jusqu’à Gilette où elle arrive dans la nuit du 25 au 26 août. Là, le régiment de parachutistes américains entre en contact avec les maquisards qui se battent pour prendre le verrou stratégique de Levens. Le 26 août, les Américains utilisent leur artillerie, matériel qui fait défaut aux résistants. Le 27 août au soir, les Américains franchissent le Var sans l’accord du général Frederick et, guidés par les FFI, reprennent Levens et La Roquette. Les Allemands de la zone côtière sont donc menacés sur leurs arrières. De Levens, les Américains peuvent en quelques heures accéder au Paillon (La Trinité, Saint-André-de-la-Roche, quartier de l’Ariane à Nice) et couper la retraite vers l’Italie ou encore atteindre Nice par les collines de Bellet et Gairaut par Aspremont et Colomars. Depuis La-Roquette-sur-Var, les Américains se rapprochent également de Saint-Isidore à Nice.

La seconde colonne emprunte la route littorale, soutenue par l’aviation et la marine. Elle arrive le 19 août à La Napoule qu’elle ne libère que le 23 août en raison de la résistance des Allemands solidement installés sur le massif du Tanneron. Des négociations ont lieu le 23 août entre la Résistance et la Wehrmacht à CannesNote 3 pour limiter les destructions. Les Allemands acceptent de décrocher sans mener les destructions prévues. Ils partent le 24 août à 2 heures du matin. Beaucoup d’enrôlés de force (Polonais, Tchèques, Roumains) et de soldats allemands se rendent. Prévenus par les FFI, les Américains arrivent à 15 heures 15 à Cannes. Ils poursuivent jusqu’à Antibes libérée à 19 heures. Les Allemands continuent de décrocher non sans mener des combats retardateurs et abandonnent Cagnes-sur-Mer. Le 27 août, vers 18 heures, les premiers chars américains arrivent à Saint-Laurent-du-Var. Deux FFI, Gabriel Abonnel et Jean Clément Ledieu, sont tués par un nid de mitrailleuse allemande au centre-ville dans les derniers accrochages5,6.

Le climat insurrectionnel à Nice
À Nice, touchée par une forte vague de chaleur, un climat insurrectionnel s’est installé.
De nombreux Niçois veulent en effet se débarrasser de la présence allemande et venger leurs morts. La population est d’ailleurs encore sous le choc des récentes exactions allemandes.

Le 10 juin, treize résistants ont été sélectionnés dans le quartier allemand de la maison d’arrêt de Nice pour être exécutés dans des représailles. Parmi ces résistants figurent quatre jeunes Niçois, membres d’un groupe de résistants du Lycée Masséna arrêtés avec Jacques Adam le 9 juin 1944 en revenant du maquis du Férion près de Levens. Les résistants Pierre Appolin et Joseph Graffino sont exécutés sur la route le 10 juin à Bar-sur-Loup en représailles de l’attentat qui a coûté la vie au consul fasciste républicain d’Antibes le 17 mars 1944. Les onze autres (dont les quatre lycéens et Jacques Adam) sont exécutés à Saint-Julien-du-Verdon le 11 juin en représailles des actions des maquisards FTPF.

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Photographies de la pendaison de Séraphin Torrin et Ange Grassi le 7 juillet 1944 à Nice (Alpes-Maritimes). Deux stèles commémoratives rappellent aujourd’hui cette double pendaison.

Séraphin Torrin et Ange Grassi, deux résistants communistes, sont arrêtés le 4 juillet 1944 comme otages à Gattières, sur dénonciation, avec cinq autres personnes en représailles des actions du maquis. Le 7 juillet 1944, ils sont pendus en plein jour aux réverbères des arcades de l’avenue de la Victoire devant des centaines de personnes rassemblées de force par l’occupant. Leurs corps restent exposés pendant trois heures.

Le 28 juin 1944, deux cheminots allemands de la Reichsbahn sont exécutés boulevard Tzarévitch par un groupe de résistants composé de juifs et de non-juifs. Maurice Behar, membre de ce groupe, a comme petite-amie Suzy Ben Hamin qu’il fait rentrer dans leur groupe en janvier 1944. Le 9 juin 1944, il veut se séparer d’elle. Par vengeance, elle dénonce le groupe de résistants à Félix Valetti, Niçois collaborant avec la Gestapo, après l’attentat contre les cheminots allemands. Félix Valetti donne le groupe à la Gestapo et ils sont arrêtés le soir même par des agents français et allemands alors qu’ils sont réunis. Ils sont transférés aux Nouvelles-Prisons de Nice et interrogés. Le 29 juillet 1944, Nagel Engelfried de la Gestapo niçoise emmène cinq détenus dans deux voitures. Parmi eux se trouvent trois membres du groupe : Maurice Lukowski, Maurice Alouf et Maurice Behar. Ils sont fusillés mais les corps n’ont jamais été retrouvés7. Une plaque commémorative rappelle la mémoire de Maurice Lukoswki au cimetière juif du château à Nice8. La Gestapo de Nice a également exécuté vingt-et-un résistants du quartier allemand de la maison d’arrêt de Nice le 15 août à l’Ariane en représailles du débarquement de Provence. Le même jour, trois officiers de la gestapo cannoise exécutent dix résistants (huit décèdent, deux survivent à leurs blessures) dans les caves de son siège de la villa Montfleury avant de l’évacuer. Enfin, de nombreux autres résistants du département sont arrêtés, fusillés ou déportés depuis l’intensification de la guérilla provoquée par les débarquements du 6 juin 1944 et du 15 août 1944.
La ville connaît une situation de grave pénurie alimentaire. Les Azuréens ne consomment plus que 150 grammes de pain par jour depuis le 15 juillet puis 100 grammes après le 15 août9. Les Allemands tentent d’organiser un ravitaillement depuis la Ligurie mais ils peinent à trouver des camions en Italie10.

L’ambiance devient électrique. Avec le déclenchement du débarquement, les Allemands proclament l’état de siège et la loi martiale11. Le 15 août, cinq soldats allemands sont visés par des tirs place Masséna. Aucun n’est touché. Cela avait déjà été le cas le 22 janvier 194412. Le couvre-feu est établi toute la journée du 16 août13 puis de 14 à 17heures le jeudi 17 août13.
Le jeudi 17 août, vers 22h15, le préfet Ravard vient demander à la Feldkommandantur de déclarer Nice ville ouverte. Le général Fretter-Pico répond au message d’information : Pour des raisons militaires, la ville de Nice ne sera jamais déclarée ville ouverte13. Nouvelle demande le 18 août 1944 et nouveau refus13.

Le samedi 19 août, une conférence a lieu à la Feldkommandtur entre le chef de groupe administratif docteur Koechling, le capitaine Buccholz de l’état-major de la 19e armée et le SS Gerhard Keil, chef de la Gestapo de Nice. L’objectif est de réfléchir aux mesures de répression à ordonner en cas de soulèvement (exécutions, déclarations…)13.
Une série de grèves est organisée pour gêner les activités des occupants. Le personnel du journal L’Éclaireur de Nice et du Sud-Est se met en grève le 17 août suivi le lendemain par les employés de l’usine à gaz. Le 20 août, la CGT lance un ordre de grève générale. Le même jour, des résistants coupent les fils du PC allemand installé à Fabron14.
Les résistants cherchent à accroître leur stock d’armes qui demeure très insuffisant. Le 22 août, des armes sont récupérées dans une caserne annexe de la gendarmerie, quartier Saint-Roch14. Ce même 22 août, des membres des Groupes d’Assaut du PPF, des miliciens et des cadres de la Gestapo quittent la ville pour Menton puis pour Neuss en Rhénanie.
Le 24 août, la grève générale est suivie aux TNL, à la SNCF, dans la métallurgie, les transports, les journaux, le bâtiment. Le relais des communications téléphoniques est détruit14. Ce même 24 août est créé un Comité insurrectionnel présidé par René Houat (décédé en 2009). L’insurrection se prépare14. Des contact ont lieu entre les autorités allemandes (Feldkommandantur et commandement du port) et la Résistance par l’intermédiaire de la préfecture. Les Allemands souhaitent ne pas avoir à exécuter totalement le plan des destructions prévues mais demandent en échange de pouvoir évacuer la ville sans être attaqués. Les négociations échouent15.

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Photographie des ces corps des fusillés de Saint-Julien-du-Verdon (Alpes-de-Haute-Provence). Les corps des fusillés (9 tués sur le coup et deux décédés de leurs blessures) sont regroupés au cimetière de Saint-Julien-du-Verdon, adossés le long du mur et pris en photographie par la gendarmerie de Castellane, Alpes-de-Haute-Provence, afin de pouvoir les identifier. Ces deux photos (une rangée de 5 corps et une autre de 6 corps) ont été publiées avec les identités en légende dans le journal L’Ergot n°8, édition du 8 octobre 1944. Le 3e fusillé en partant de la gauche sur la seconde photographie est indiqué comme non identifié. Il s’agit d’Albin Bandini, identifié officiellement en 1994.

Toujours le 24 août, un croiseur lourd et cinq destroyers alliés sont visibles dans la rade de Nice. Ils tirent sur le fort du Mont-Alban et sur la vallée du Var16.
Un comité d’action F.F.I. est créé le 26 août par Pierre Bloch. Il regroupe les différents chef de groupe FFI17. Le 26 août 1944, le résistant Joseph Manzone, dit Joseph le fou, égorge au garage de l’hôtel Ruhl le colonel SS chargé de superviser le général Nickelmann de la Feldkommandatur18,2.
Des résistants avec armes surveillent de l’intérieur l’usine à gaz de Saint-Roch pour empêcher une éventuelle destruction de l’édifice par les Allemands. Ils attendent le déclenchement de l’insurrection17.
Depuis le 15 août 1944, des contacts ont été pris avec divers détachements polonais de l’armée allemande notamment grâce à l’aide d’un tract en polonais et d’un autre en allemand. Plusieurs détachements ont accepté de se rendre ou de changer de camp en cas d’insurrection17. Depuis juin 1944, des résistants sont cachés dans certains bâtiments de l’hôpital Pasteur à Nice, désigné depuis janvier 1944 Centre d’installation du P.C. et centre du Corps Franc d’Encadrement du groupe FTP René Canta. Dans les premiers jours d’août, un groupe spécial d’action de 47 hommes est cantonné dans le presbytère de l’hôpital et dans la maison de l’aumônier de l’établissement, l’abbé Albert Perrin, capitaine sanitaire à l’État Major du Groupe René Canta. Ils attendent en armes, clandestinement, ravitaillés par l’économe-chef de l’hôpital19.

Il faut également noter que pendant tout le mois d’août, un avion non identifié, sur lequel la D.C.A. allemande n’ouvre pas le feu, vole dans le ciel de Nice et lance des bombes légères à l’occasion. Huit bombes sont lâchées le 13 août 1944 à deux heures du matin au nord de la gare du sud et du boulevard Joseph Garnier (7 blessés), dix bombes le 14 août à 5h20 sur le même secteur notamment au 12 bis rue Miollis après avoir tourné plusieurs heures dans le ciel (au moins 6 tuésNote 4, peut-être même 9 tués selon les sources), huit bombes lâchées à 4h30 le 15 août sur le cimetière de l’avenue Saint-Laurent après plusieurs heures dans le ciel. Une grosse bombe est lâchée le 16 août boulevard Carnot dans un terrain vague après avoir rôdé plusieurs heures au-dessus de la gare P.L.M. et du quartier du Parc impérial et même mitraillé le bord de mer. Deux bombes sont lâchées le 17 août au port, évacué depuis 48 heures. Dix-huit bombes sont lâchées le 23 août avenue des Fleurs (1 tuéNote 5 et 3 blessés). 

Deux habitants sont blessés le 25 août au Mont-Boron. Cinq bombes sont larguées le 26 août à 23 heures sur le centre-ville (un blessé). Enfin, trois bombes sont larguées le 27 août rue de la Buffa et place Grimaldi (1 mort, deux blessés)20. Une fois la Libération survenue, cet avion ne revient plus. D’où venait-il ? Qui le pilotait ? Les Niçois surnomment rapidement cet avion l’avion fantôme21 ou encore le maraudeur20. Certains pensent à des bombardements réalisés par des fascistes italiens depuis une propriété ou encore à une vengeance personnelle d’un militaire italien. Le mystère est aujourd’hui levé. Pour Jean-Louis Panicacci, cet avion venu de l’est appartenait à une escadrille basée sur l’aérodrome de Villanova d’Albenga. Il s’agit probablement d’un Storch-Fieser couramment utilisé pour des missions d’observation. Il est piloté par un fasciste-républicain ou par un aviateur de la Luftwaffe. Que vient-il faire ? Il est en fait commandité par les autorités militaires allemandes de la région niçoise pour s’assurer que les prescriptions d’occultation sont bien respectées. Si la surveillance montre un non-respect des règles, la mesure de rétorsion consiste en un bombardement à basse altitude de la zone illuminée. D’ailleurs, ses apparitions cessent avec la libération de Nice20,22.
Les bombardements aveugles de cet avion fantôme stressent énormément les Niçois déjà traumatisés par les centaines de morts du bombardement allié du 26 mai 1944 sur Nice et Saint-Laurent-du-Var. De plus, les attaques aériennes des alliés s’intensifient au mois d’août, notamment sur le port et la vieille-ville. 24 civils sont tués, 30 blessés et 500 sinistrés dans ces raids des aviations anglaises et américaines, notamment le 7 août et le 21 août20.

La stratégie allemande
Suite à la percée des Alliés vers le Rhône, la liaison entre les différentes unités allemandes est coupée. Le 19 août, la 148e Infanteriedivision (en), commandée par le général Otto Fretter-Pico, et la 157. Gebirgsdivision, isolées dans le Var et les Alpes-Maritimes, reçoivent un ordre du commandement allemand en Italie qui les intègre au 75e Corps d’armée (LXXV. Armeekorps) commandé par le général Hans Schlemmer. Le général leur ordonne de se replier sur les positions de la frontière franco-italienne afin d’empêcher une percée des Alliés en Italie du Nord. Cette décision empêche la destruction de ces divisions. Pour le commandement allemand, Nice ne représente donc pas une position militaire stratégique de repli mais un point de passage stratégique et vital pour mener sa retraite vers l’Italie. Ceci explique que le 18 août, il refuse que Nice soit déclarée ville ouverte. C’est pourquoi également, les négociations avec la Résistance pour permettre une évacuation de la ville sans destructions échouent contrairement à ce qui se passe à Cannes et Antibes. Les résistants veulent en découdre et les allemands refusent de quitter Nice sans se défendre.
Les Allemands se replient mais cherchent en même temps à retarder l’avance américaine. Une première ligne de défense est mise en place le long du Var. Mais la prise de Levens le 27 août crée un risque de contournement et d’attaque par le nord de Nice. Les unités allemandes commencent à évacuer Nice dès le 26 août pour se replier sur Menton et les montagnes mais des combats retardants sont prévus.

De plus, l’insurrection niçoise n’est pas une surprise pour les Allemands : elle est évoquée à la Feldkommandantur dès le 23 août à 17 heures lorsque le responsable du SD, le docteur Keil, informe la Feldkommandantur que 5 à 7 000 résistants préparent une insurrection avec l’aide de la police23. Il est donc décidé qu’en cas de troubles, l’armée tirera avec ses trois batteries lourdes sur tout mouvement insurrectionnel23. Les autorités allemandes n’ont pas l’intention de se retirer sans combattre et ils envisagent de bombarder la ville en cas de soulèvement. Cette décision est confirmée le lendemain : la Feldkommandatur restera à Nice pour résister au mouvement insurrectionnel. Dans le même temps, elle reçoit un code de repli (Hindenburg) sur Menton pour le moment où les troupes ennemies auraient franchi la ligne défensive du Var23. Le 25 août, les Allemands prévoient toujours de résister à l’insurrection : les deux tiers des Feldgendarmes reçoivent l’ordre de rester à Nice16. Le 27 août, la Feldkommandantur prévoit son transfert à Menton pour le 28 ou le 29 août18. Le général Fretter-Pico réclame de la Feldkommandantur qu’elle maintienne le calme dans la population pendant le retrait de ses troupes18.
L’insurrection gêne donc les Allemands dans leurs plans d’évacuation. Elle les oblige au final à accélérer l’évacuation des dernières unités allemandes.

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Affiche du Comité Insurrectionnel placardée dans les rues de Nice dans la nuit du 27 au 28 août 1944 et appelant à prendre les armes.

27 août
Le comité militaire des F.T.P. – M.O.I. s’est réuni le matin du 27 août et a décédé de proposer l’insurrection pour le lendemain. Les hommes veulent en découdre24. Le même jour, deux réunions sont organisées au huitième étage du Palais Stella situé au 20 boulevard de CessoleNote 6. Celle du matin est d’ordre militaire et celle de l’après-midi d’ordre politique Sont présents Souny, chef départemental F.T.P., Armand, pour les « Milices patriotiques » des entreprises, Jean-sans-peur, pour les F.T.P.F. de Nice, Ludovic, pour la M.O.I. (Main d’œuvre immigrée), Thibaud, pour la C.G.T., Pierre Durand, Georges, responsable départemental du Parti communiste et aux F.T.P., plus un invité, Bemard, cadre régional bloqué à Nice. Brandon, du Front National, et Duchêne, du Parti communiste, sont absents pour des raisons de sécurité. Ensemble, ils forment le Comité insurrectionnel. La décision est prise de déclencher le soulèvement général pour le lendemain dès six heures en dépit de la pénurie d’hommes entraînés (100 à 200 hommes) d’armes et de munitions (des grenades, 20 mitrailleuses, 40 mousquetons et quatre mitrailleuses lourdes)24. Une plaque commémorative est aujourd’hui visible à droite de la porte d’entrée de l’immeuble et rappelle cette importante réunion.
Les divers groupes de résistants sont prévenus dans l’urgence (notamment les Corps Francs de la Libération à la caserne Filley avec le groupe Parent25) mais beaucoup ne peuvent être joints en si peu de temps notamment à cause du couvre-feu ou de la distance. Piere Bloch rencontre le docteur Sapir à la libraire Paradis en compagnie de l’avocat Brandon responsable départemental du Front National qui se dit habilité à parler au nom des F.T.P.. Ils rédigent ensemble à un texte bref qu’ils signent : Les représentants des CFL, MP, FTP de la ville de Nice, réunis le 27 août 1944, décident de porter à la connaissance de leurs troupes respectives, à la veille du combat sacré pour la libération, qu’elles ne doivent rivaliser que par l’ardeur dans la lutte contre l’ennemi et combattre au coude à coude fraternel et loyal, dans un esprit purement patriotique26. Dans la nuit, les F.T.P. placardent des affiches malgré le couvre-feu, un peu partout dans les rues de la ville pour relayer l’appel à l’insurrection. On peut y lire : Français, Françaises, le 15 août, les armées alliées, comprenant l’armée française de la libération, ont pris pied sur notre sol. Elles sont aux portes de Nice. Cannes, Antibes et Grasse sont libérées : la Wehrmacht aux abois ne sait plus où se réfugier, ses soldats ont peur ! Ils savent maintenant qu’ils sont vaincus. Mais note ville reste à libérer. Dès le débarquement, la C.G.T. a lancé l’ordre de grève générale. Les F.F.I. ont organisé les guerillas. Mais cela ne suffit pas ! Le peuple de Nice, quatrième ville de France, se doit, après l’exemple de Paris, de Marseille, de Bordeaux, de Lyon et autres villes de France, de se libérer à son tour, de faciliter l’entrée victorieuse des troupes alliées dans la capitale de la Côte d’Azur. Pour cela, le C.D.L. vous appelle au combat. Aux armes citoyens ! Partout abattez les boches, désarmez-les, entrez en masse dans les milices patriotiques. Un seul mot d’ordre : s’organiser, s’armer, se battre ! Vivent les F.F.I. ! Vive la libération de Nice ! Vive la France ! En avant, tous au combat ! Le C.D.L. (F.N., P.C., C.G.T., M.L.N.)26.

28 août, jour de l’insurrection
Les combats éclatent à partir de 6 heures simultanément en plusieurs points de la ville.
À l’aube, le groupe 6 des Francs-tireurs partisans (10 hommes) dressent une première barricade au passage à niveau. Ils doivent stopper les Allemands des collines de Gairaut. Le groupe est retranché dans une excavation de la chaussée sous les ordres de Fortuné Leonardi. Ils sont soutenus par un groupe du mouvement Combat commandé par Paul Cavenago27. Un groupe de FFI mené par Louis Brandone prend le contrôle du garage Renault, boulevard Gambetta19. Louis Sana poste 3 jeunes et une mitrailleuse à l’angle des boulevards Auguste Raynaud et Joseph Garnier. Il se rend ensuite avec des hommes place Gambetta (actuelle place du Général de Gaulle). Les maraîchers sont informés de la situation et partent vite. Les hommes sont postés face à l’avenue Malausséna. Louis Sana descend l’avenue Malausséna avec Armand Allavena et Mearelli. Ils tombent sur trois soldats allemands. L’un des Allemands est blessé mais les trois soldats sont finalement faits prisonniers27.
Le groupe F.T.P.F. René Canta s’occupe du centre-ville. Ils partent du PC à Pasteur. Une équipe commandée par Jean Calsamiglia se rend à la gendarmerie. René Canta occupe le lycée Félix Faure où les policiers rejoignent les insurgés. De là, René Canta et ses hommes investissent la préfecture. Des détachements occupent la Bourse du travail, l’imprimerie de L’Éclaireur, les locaux du Petit Niçois sont occupés par les pompiers résistants. Martini dit Pensée part prendre le commandement des combattants-traminots au dépôt TNL à Nice-Riquier. Jean Calsamiglia se rend à l’intendance de police rue Maréchal-Foch et y installe son PC. Les inspecteurs sont désarmés. Les agents de police aident les FFI à organiser la défense. L’ordre est donné de contrôler les petites rues du Vieux-Nice, d’interdire toute circulation des Allemands sur le boulevard des Italiens (actuel boulevard Jean-Jaurès) et la place Garibaldi. René Canta donne ses ordres : il faut harceler les Allemands, les attaquer partout à la fois. Le groupe Lenoir (Verdi) occupe la mairie, le groupe du capitaine Martin occupe le lycée de garçons. Les groupes francs du mouvement Combat et les F.T.P.F. occupent la caserne Filley28.

Vers 6h00, les F.F.I. de Charles Menardi se regroupent à leur QG au dépôt de journaux de l’avenue de la Californie. Ils décident d’occuper le central téléphonique de Fabron, ce qui est fait sans difficultés. Les résistants des CFL les rejoignent pour occuper le transformateur du quartier de la Vallière. Un combat a lieu. Deux FFI sont blessés. Les soldats polonais se rendent29. Roger Simon se procure une arme et veut rejoindre ses camarades du groupe Académie des CFL du capitaine François Calvin. Il est fait prisonnier par une patrouille allemande à Carras. Il est torturé toute la journée puis fusillé d’une balle de revolver le 29 août vers une heure du matin dans un blockhaus de l’avenue de la Californie30.

Vers 6 heures, une voiture montée par des gradés allemands arrive de la place Gambetta et se heurte aux groupes de résistants postés autour du passage à niveau. Elle est immobilisée par une grenade à l’angle du boulevard Auguste-Raynaud. Bilan : 3 morts et un commandant blessé et prisonnier chez les Allemands. Les résistants récupèrent leurs armes. Louis Sana s’empare de la sacoche du commandant blessé. Elle contient des documents importants sur les projets du commandement allemand27.
Vers 6h30, à Nice-Nord, une camionnette allemande descend le boulevard de Cessole vers le passage à niveau. Les sentinelles lâchent une rafale de mitrailleuse. Le chauffeur qui est seul se rend27. L’alerte est donnée dans le quartier. Des habitants se lèvent et rejoignent les résistants pour combattre27. Le lieutenant Mathis est réveillé par des coups de feu boulevard de Cessole. Il descend et tombe sur des FTP en position près de l’avenue Castellane. Il voit alors deux Allemands dans l’avenue qui s’enfuient. Ils sont poursuivis et se rendent. Il prend le commandement de plusieurs hommes à l’angle de l’avenue Cyrnos. Un fortin est organisé dans la villa « les Pipistrelles » qui domine tout le boulevard de Cessole31. Paul Cavenago se rend à la brigade mobile rue André Theuriet et somme les policiers de remettre leurs deux mitraillettes et les munitions31. Une deuxième camionnette est signalée. Une rafale de mitraillette crépite. Un pneu éclate. La camionnette ralentit alors qu’à l’intérieur un homme congestionné hurle sur le chauffeur. Nouvelle rafale. Des balles percent le moteur. La voiture est entourée par les résistants. Un commandant allemand furieux descend ainsi que deux sous-officiers et le chauffeur. Ils sont faits prisonniers. Les prisonniers sont conduits dans un garage voisin rue Georges Doublet. Les autres prisonniers allemands faits durant la journée dans le quartier y sont amenés aussi31.

Vers 7h00, trois camions allemands avec remorques débouchent dans le boulevard Joseph Garnier. Dissimulés derrière les platanes, les FFI ouvrent le feu. Surpris, les Allemands bifurquent vers la petite avenue Montclair où ils sont stoppés par des jets de grenade. Quatre Allemands sont faits prisonniers. Les camions transportent un trésor : deux mitrailleuses lourdes, un fusil-mitrailleur, une mitraillette, des fusils, des munitions. Des barricades sont érigées au débouché des rues avoisinantes. Une mitrailleuse est transporté place Gambetta, placée en batterie de façon à prendre en enfilade l’avenue Malausséna. L’autre est mise en batterie sur le carrefour du passage à niveau. Une sorte de bouclier est formé avec des traverses de chemin de fer récupérées à la Gare du Sud toute proche31.

Avec une des camionnettes récupérées conduite par Aimé Paiche, Louis Sana parcourt le quartier du passage à niveau pour arrêter des chemises noires fascistes. Quelques-uns sont exécutés dans la journée31. Louis Sana se rend ensuite à la mairie avec la même camionnette conduite par le chauffeur de taxi Marius. Ils désarment deux policiers31.
Toujours vers 7h00, le brigadier-chef de police Deguin se trouve de service au lycée. Il entend des coups de feu. Les agents l’informent que ce sont les Allemands qui sont visés. Avec quatre gardiens, ils se rendent boulevard Mac-Mahon (actuel boulevard Jean-Jaurès) et attaquent une autochenille montée par trois Allemands qui réussissent à s’enfuir. L’autochenille est emmenée par des civils à la préfecture. Ils s’emparent également de deux camions avec remorques malgré les tirs des armes automatiques et des mortiers du Château32.
Vers 7h15, Lucien Cantailloube, un des responsables des Milices Patriotiques au dépôt SNCF de Nice Saint-Roch a pu rassembler 350 hommes. La défense du dépôt est organisée par Auguste Chochoy. Un poste d’observation est installé au sommet de l’épurateur Lamy qui domine le quartier29.
À 7h30, un camion allemand tractant une arme lourde arrive par le boulevard Joseph Garnier et est lui aussi attaqué à la grenade : les assaillants s’emparent d’une mitrailleuse lourde et de Mausers. Des prisonniers sont faits mais il y a aussi des blessés et des tués côté allemand. Un deuxième camion est bientôt immobilisé : des prisonniers sont faits et des fusils capturés28.
Toujours vers 7h30, les FFI commandés par Émile Mercanti attaquent la batterie de Saint-Pierre-de-Féric sur les collines à l’ouest de Nice. Le 2e détachement attaque quelques Allemands en patrouille sur la route. Un Allemand est tué, trois sont faits prisonniers. Deux sont blessés mais parviennent à s’enfuir29.
Plus au sud de la ville, une opération est ordonnée par Jean Calsamiglia au groupe Robert mené par Barbev Odadjian (dit « Robert »). L’opération vise le siège du P.P.F., partie collaborationniste, situé rue Dalpozzo. Les F.F.I. contrôlent d’abord les immeubles environnants, rue de la Buffa et rue Maréchal Joffre. Un fusil-mitrailleur est braqué sur l’immeuble du siège du PPF. Robert pénètre dans le bâtiment avec un camarade. Ils ne rencontrent aucune résistance. Vers la fin de l’opération, à 7h30, une voiture allemande occupée par deux officiers aborde le barrage des F.F.I.. Il s’agit du lieutenant Wilhelm Hansen (né le 27 janvier 1914, son corps repose au cimetière militaire allemand de Dagneux (Ain, rang n°30, tombe individuelle n°17) et d’un sous-officier du bataillon Flak commandé par le commandant Michelis. Les occupants de la voiture sont tués sous le feu des mitraillettes au coin des rues Dalpozzo et de la Buffa29.

Plusieurs positions stratégiques sont aux mains de la Résistance : le Lycée de garçons, la Préfecture, l’Hôtel de Ville mais aussi la Poste Thiers, la gare SNCF, les Entreprises Michel, le siège de la police, puis la Gendarmerie, l’Usine à Gaz, le siège de la Milice française, le dépôt des TNL, la gare Saint-Roch, la caserne Filley. Les locaux du journal L’Éclaireur sont investis ainsi que les principales imprimeries, où l’on imprime immédiatement tracts et affiches appelant à l’insurrection.
À partir de 8h15, la Feldkommandantur est progressivement mise au courant des événements18.
La population du quartier du passage à niveau aide à réaliser une barricade boulevard Auguste Raynaud. La barricade permet d’arrêter un camion allemand. Les militaires menacent d’abord les habitants (dont la femme de Louis Sana) mais s’enfuient à l’arrivée des résistants32.
À 11h00, les Allemands avancent rue Cassini. Une fusillade se poursuit pendant deux heures33.

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Aperçu des hostilités près de la gare des chemins de fer de Provence, le 28 août 1944, à la Libération de Nice.

À Nice-Nord, une troupe allemande remonte le boulevard Gambetta d’arbre en arbre pour reprendre le contrôle du passage à niveau à 8h30. La fusillade dure jusqu’à 10h30. Les Allemands ne réussissent pas à passer. Plusieurs d’entre eux sont tués et blessés32. Plusieurs résistants sont grièvement blessés. Les F.T.P.F. Auguste Gouirand et Lucien Chervin, tous deux retranchés derrière le kiosque à journaux, sont chacun grièvement blessés d’une balle reçue dans la tête34. Ils sont évacués dans la clinique de la rue Mantéga. Lucien Chervin décède dans la journée et Auguste Gouirand le 1er septembre 194435[réf. insuffisante]. Alphonse Cornil est abattu par une rafale de balles tirée par les allemands alors qu’il se trouve en position avancée au niveau du 130 boulevard Gambetta36[réf. insuffisante].
La fusillade éclate également devant le garage Renault dans le boulevard Gambetta. Les Allemands attaquent à la grenade mais doivent se retirer. Vers 9h00, un groupe d’Allemands met en batterie un mortier devant le garage en direction du passage à niveau. Le mortier est soutenu par le tir du blockhaus du carrefour Thiers. Quatre coups sont tirés mais les Allemands doivent se retirer par la rue Oscar II sous le feu des mitrailleuses des résistants retranchés dans le garage Renault. Les résistants récupèrent le mortier37.
Vers 9h00, la Feldkommandantur appelle la préfecture pour qu’elle fasse cesser les attaques sur les soldats allemands et pour savoir s’il est vrai qu’elle est sous le contrôle des résistants. Le préfet du vichyste Ravard leur raconte que l’attaque des F.F.I. sur la préfecture a été repoussée par la police et la gendarmerie française, sous la menace du groupe René. Il propose aux Allemands de ne pas tirer jusqu’à midi le temps qu’il tente de ramener le calme. En fait, cela permet de donner du temps aux F.F.I. pour contrôler la ville18.
À 10h00, le général Nickelmann, commandant les forces allemandes stationnées à Nice, téléphone à la préfecture occupée par les F.F.I.. Trois membres du Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France sont présents : Cendo, Sattegna et Gatet. Cendo prend la communication. Nickelmann fait savoir que si l’insurrection ne cesse pas immédiatement, il fera bombarder la ville, qu’il la mettra à feu et à sang et que tous les combattants pris seront traités en franc-tireurs et fusillés sur place33. Cendo transmet au Comité insurrectionnel qui a quitté le 20 boulevard de Cessole pour s’installer au 1 rue Pertinax. La réponse est finalement négative. Le Comité insurrectionnel lance un ordre du jour appelant à intensifier le combat contre les Allemands, à développer une insurrection populaire et à commencer une « épuration énergique de tous les salopards connus »33. La préfecture est menacée par les attaques d’automitrailleuses allemandes provenant du cours Saleya. Une barricade a été réalisée avec des véhicules rue de la Préfecture. Les automitrailleuses sont chassées par des grenades33,38.
Avant 10h00, le lieutenant-colonel Niedlich, commandant le 239e Régiment d’infanterie tombe dans une embuscade tendue par les F.F.I. alors qu’il rejoint son régiment et est tué. Dans sa sacoche, les F.F.I. découvrent un document dans lequel les Allemands prévoient d’évacuer la ville « infestée de terroristes ». Le document est traduit dans la nuit39.

À 10h00, la plupart des gardiens de la Paix ont rejoint les insurgés40. Le chef de groupe surnommé « Loulou » se signale en tuant six Allemands en cinq minutes au PC de Jean Calsamiglia à l’intendance de police rue Maréchal Foch.
Vers 10h00 à Nice-Centre, des combats ont lieu place Masséna. Un lieutenant de Feldgendarmerie est tué. Des dix soldats allemands de garde sur cette place, un est abattu et plusieurs sont blessés sous les tirs de policiers français39.
À 11h25, le préfet Ravard demande à la Feldkommandantur que les Allemands n’occupent pas les bâtiments publics39. Les autorités préfectorales sont paniquées et ne cessent de demander à René Canta d’évacuer le bâtiment et de faire cesser les combats. Il finit par faire placer Lauvel et Ravard en état d’arrestation provisoire dans leurs bureaux respectif33. Un peu plus tard, l’artillerie du Château commence à arroser le bâtiment avec des obus de petit calibre et ce jusqu’au soir33. Comprenant en effet que l’insurrection s’étend, le général Nickelmann a mis ses menaces à exécution. De ses retranchements de Gairaut, du Mont-Alban de la caserne Auvare et du col de Villefranche, l’occupant canonne la ville, mitraillant le Vieux-Nice depuis le Château. Cependant, la mutinerie des servants Polonais gêne momentanément la défense allemande. Les Polonais refusent en effet de viser des objectifs civils. Vers 11h0037, les Allemands commencent à bombarder le quartier du passage à niveau. Le poste du passage à niveau est touché. Le F.T.P.F. Roger Boyer est tué par un éclat d’obus37. Le F.T.P.F. Jean Ballestra est grièvement blessé et décède vers 20h30 à son domicile du 27 avenue Pessicart41[réf. insuffisante]. Les blessés sont transportés dans une clinique rue Mantéga. Le support de mitrailleuse est hors d’usage mais il est réparé dans un atelier à proximité. Sous la pluie d’obus, les groupes du passage à niveau se replient vers les positions du lieutenant Mathis boulevard de Cessole, au niveau de l’avenue Cyrnos. Lorsque la canonnade cesse, les résistants du passage à niveau reprennent leurs positions et empêchent une ouverture vers Levens pour les Allemands37. De nombreux hommes et femmes des différents groupes et mouvements résistants combattent ensemble (M.O.I., F.T.P.F., Combat, C.F.L., Milices Patriotiques).
Vers 11 heures, le général Fretter-Pico ordonne aux unités de retraiter mais de prendre des otages pour traverser la ville ainsi que le désarmement des policiers. Une opération de nettoyage de la ville est cependant envisagée avec les troupes repliées depuis Grasse39.

Vers 11h30, deux soldats allemands sont blessés près de la Feldkommandatur par des policiers français. Le major Schultz ordonne de désarmer tous les policiers de la ville. Déjà un soldat de la Feldkommandtur a été tué ainsi que 3 blessés42.
Place Gambetta, le groupe Augier (16 hommes) continue le combat. Au cours de l’attaque d’une voiture allemande, Auguste Bogniot est abattu vers 14 heures devant le Crédit Lyonnais37. Augier et Perfettini sont blessés avenue Borriglione37.
À Nice-Est, les F.F.I. ont transformé le dépôt des TNL en véritable forteresse. Les soldats polonais de garde sont faits prisonniers mais décident de rejoindre les résistants. Des blockhaus sont aménagés avec des sacs de sable. Martini dit « pensée » donne l’ordre d’attaquer tout camion ou tout Allemand circulant dans le quartier32. A 11h45, les Allemands attaquent par le rue Auguste Gal. Les résistants ouvrent le feu. Trois Allemands sont abattus mais d’autres attaquent à la grenade. Les résistants se replient dans un abri qu’ils ont construit à l’entrée du dépôt. Les Allemands battent en retraite37. Le responsable des milices patriotiques, le lieutenant Antoine Suarez, est mortellement blessé par une balle reçue en pleine tête32.
Dans la journée les rangs des combattants augmentent pour atteindre plusieurs centaines, avec peu d’armes et de munitions. Les F.F.I. espèrent l’arrivée des maquisards de Levens mais ils n’arriveront que le lendemain. Des habitants prennent également les armes et rejoignent les F.F.I1.
Les premiers blessés, combattants ou civils, commencent à arriver à l’hôpital Saint-Roch à 10h00. À partir de midi, c’est une arrivée ininterrompue.

Vers 11h30, le général Fretter-Pico autorise la Feldkommandtur à évacuer la ville. Dans le même temps, il installe un chef de bataillon, le capitaine Burkhardt, commandant le Ier Bataillon du 239e Régiment, comme nouveau commandant de la place de Nice. Il a tous les pouvoirs y compris d’établir la loi martiale. Il arrive vers 13 heures avec un bataillon à bord de 5 autobus. Sa mission est de libérer par tous les moyens le passage routier ouest-est. Un commando spécial avec amres lourdes est en route pour le nettoyage de la place Masséna42.
Vers midi, Barker Odadjian reçoit l’ordre d’évacuer les locaux de L’Éclaireur et de se replier sur le lycée. À 12h30, il est sur place avec ses hommes qui s’installent sur les tours en direction de l’esplanade du Paillon. Vers 13h30, les Allemands, installés sur les toits et aux fenêtres voisines, balaient par ses tirs les fenêtres et les galeries. Des automitrailleuses passent dans les rues et mitraillent le lycée. Les résistants sont à court de munitions mais ripostent comme ils le peuvent. Vers 17h00, des tirs de mortier sont tirés sur eux depuis le Château. Ils font peu de dégâts et cessent vers 19h0043.
Vers 13h15, des soldats allemands tirent à la mitrailleuse sur la Préfecture. Une patrouille sous les ordres du lieutenant Pico pousse une batterie Flak dans le quartier de la Préfecture et essuie des tirs. Un soldat allemand est tué et 3 autres blessés. Les allemands ripostent en tirant sur la Préfecture42.
La Feldkommandatur reçoit à 13h50 l’ordre d’instaurer l’état de siège dans la ville. Le pouvoir de commandement est placé entre les mains du capitaine Burkhardt. La population civile doit être chassée des rues et rester enfermée chez elle. Toute personne se trouvant dans la rue sera abattue. Le PC du Ier Bataillon s’installe à la Feldkommandantur. Une compagnie doit occuper la mairie et la Préfecture42. Les allemands veulent toujours reprendre le contrôle de la ville même si la Feldkommandtur reçoit l’autorisation d’évacuer.
À Nice-Nord, le groupe F.F.I. dirigé par Augier monte vers 14h00 dans l’immeuble situé 2 avenue Borriglione. Une mitrailleuse servie par Dozol est installée. Vers 16h30, Dozol est blessé par des tirs venant de la villa Thiole. La mitrailleuse est montée sur le toit, d’où Pionchon atteint cinq Allemands, avant d’être lui-même blessé à la jambe et conduit à l’hôpital43.
Vers 15 heures, un accrochage a lieu à Sainte-Marguerite entre les F.T.P. – M.O.I. et une patrouille allemande venant de Saint-Isidore. Le résistance Venance Cantergiani est tué30.
Vers 16h00, une voiture allemande descend le boulevard de Cessole. Les F.F.I. dirigés par le lieutenant Mathis la laissent passer et l’attaquent par l’arrière à la mitraillette et à la grenade. En avant, elle est prise sous le feu des hommes du capitaine Paul. La voiture va buter contre un arbre avec ses quatre occupants morts ou blessés43. Un agent de liaison prévient le poste du passage à niveau de la situation. Plusieurs camions allemands essaient de forcer leur barricade sans succès43.
En haut de Pessicart, les Cauvin ont hissé le drapeau tricolore le matin à la villa « La Paix ». en entendant les coups de feu. L’après-midi, Henri Cauvin et Jacques Galand décident de descendre en ville avec leurs pistolets. Près du Righi, ils aperçoivent des Allemands au carrefour et se replient. Plus haut, une patrouille allemande leur barre la route. Ils cherchent refuge dans une maison en contrebas. Les occupants les font entrer et les pistolets sont cachés sous le lit. Les Allemands les ont vus et arrivent ; un officier ouvre la porte, mitraillette pointée, menaçant. Les deux résistants sont conduits sur la route, nez au mur. Les pistolets sont découverts. Les Allemands disent « Terroristen » et Henri Cauvin dit à son camarade : « Nous sommes perdus ». Une jeune fille qui se trouve là s’en va prévenir les FFI du lieutenant Mathis. Les jeunes soldats allemands emmènent leurs prisonniers. Ils avancent lentement en file de chaque côté de la route avec les prisonniers au milieu. Ils tirent dans les fenêtres des maisons. Ils avancent vers l’avenue Cyrnos. L’officier fait alors prendre une descente en raccourci vers le boulevard de Cessole. Au milieu du passage, des coups de feu sont tirés par les FFI par le haut et le bas du chemin. L’officier allemand est tué. Les autres soldats allemands sont également tués44. Un fusil-mitrailleur est récupéré et placé au milieu du boulevard de Cessole, entre la villa les « Pipistrelles » et la propriété du comte de Cessole, derrière une redoute puissamment organisée44.
À Nice-Lingostière, dans la plaine du Var, une unité allemande composée de Polonais stationne à la Maison rouge, vallon de Saint-Laurent. Les soldats ont tué leur commandant dans la journée. Les ouvriers de l’usine de Lingostière signalent la situation aux FFI. Les Polonais décident de se rendre aux F.F.I.. Une vingtaine sont conduits à l’usine. Ils montrent aux F.F.I. comment se servir de leurs armes et signalent que les pontets de dégagement des eaux, sous la route 202, sont minés. Le lendemain, ils déminent les pontets et le lit du Var45.
Vers 16h00, le groupe des Milices Patriotiques de la compagnie des eaux, rue Gioffredo, capture un colonel allemand porteur de documents remis à Jean Calsamiglia et envoyés à l’état-major FTP. Des agents américains en civil qui se trouvent au PC de Jean Calsamiglia, prennent également connaissance de ces documents. Traduits dans la soirée, ces documents révèlent que le Haut Commandement allemand donne l’ordre aux troupes en action autour de Nice de se replier vers l’Italie à partir de 18h00. Le repli doit se faire en contournant Nice, « infestée de terroristes ». Il y a également les plans de repli des troupes ennemies. Ces documents sont envoyés par le F.T.P.F. commandant Moreno au PC américain de Grasse46.
Vers 17h00, la Feldkommandantur apprend qu’elle doit se joindre au mouvement de retraite des troupes qui abandonnent la ligne de front de la rive est du Var. Le mouvement de retraite est prévu entre 20 et 21h0042.

Vers 17h00, le dépôt Saint-Roch est sous le tir des pièces allemandes situées l’une à la caserne Auvare, l’autre boulevard de l’Armée des Alpes. L’observatoire aménagé par les résistants, le bâtiment des mécaniciens et l’entrée sont touchés. Des unités d’infanterie attaquent vers 18h00 depuis les pentes du Mont-Alban. Vers 19h00, un groupe d’une trentaine d’Allemands lance une attaque qui est repoussée. Les Allemands cherchent encore à assurer leur repli vers L’Escarène et Sospel30.
Quartier Riquier, les Allemands mitraillent les rues. Ils fuient à pieds et en voiture par la rue Barla du Centre-ville vers la Moyenne Corniche. Ils sont sous le feu des résistants depuis les toits et les fenêtres. Un balle frôle les F.T.P.F. César Martini et son frère sous les ordres de Laurent Giaume30. Leur camarade Raymond Albin est atteint d’une balle dans le ventre. Il est transporté dans l’abri sous la place Arson et décède peu après vers 14 heures30.

Un dépôt clandestin de vivres est organisé rue Fodéré prolongée près du port. Il est gardé par Édouard Bertand, Carrara et Marie Bocchiardo (son frère a été fusillé à l’Ariane le 15 août 1944). Les combattants des différents quartiers viennent chercher des vivres et donnent en échange un papier convenu. Tout l’après-midi, les gardes du dépôt voient passer des soldats allemands à pieds et en camion boulevard Impératrice de Russie (actuel boulevard Lech Walesa). Ils suivent l’itinéraire jalonné par les blockhaus depuis la place de Riquier, la place Saluzzo (actuelle place Max Barel) et la route de Villefranche30.

L’après-midi vers 18h00, après d’âpres combats, les blockhaus du boulevard Gambetta, de l’avenue de la Victoire et de la place Saluzzo sont pris d’assaut30, mais la lutte se poursuit autour de certaines positions. Les Allemands comprennent en fin de journée qu’ils ne pourront faire face au soulèvement, et la Kriegsmarine évacue en hâte le Château, tandis que le général Nickelman informe son état-major général qu’il évacue la ville, selon lui « infestée de quatre mille terroristes »[réf. nécessaire].
Le blockhaus de Riquier est évacué dans la soirée. Martini dit « Pensée », l’occupe avec deux hommes. À peine entrés, un camion allemand passe avec une vingtaine de soldats et s’arrête devant l’entrée. Martini ouvre le feu avec son pistolet et vide le chargeur. Le camion démarre et part47.
Dans la soirée, dans le Vieux-Nice, place Garibaldi, un groupe de F.F.I. est attaqué par deux nids de mitrailleuses. Pendant le combat, alors que les F.F.I. sont sous les arcades, un convoi de six camions allemands passe sur la place. Les occupants ont ouvert le feu sur les F.F.I. qui répondent. Georges Damiot, gardien de la paix, tue trois Allemands. Paul Vallaghé, champion de tir, tue plusieurs Allemands avant d’être lui-même mortellement blessé. Vincent Joseph Boscarolo est lui aussi mortellement touché. Les servants allemands des mitrailleuses finissent par prendre la fuite. Les mitrailleuses du Château continuent à tirer47.
A 18h30, le résistant Fortuné Barralis dit René du groupe Lorraine est mortellement touché au passage à niveau par les tirs allemands en revenant d’une mission en service commandé rue Gutenberg (recherche de munitions et ramassage de blessés)48.
Vers 19h00 les artificiers allemands font sauter le port de Nice, deux môles, le phare, les grues, et coulent plusieurs navires à quai49. C’est la Kriegsmarine qui évacue le port et le château qu’elle avait commencé à fortifier50.
Toutes les unités reçoivent vers 19h00 l’ordre de rejoindre la Feldkommandantur avec leurs bagages. Une colonne de 7 camions et 14 voitures est formée. Sur chaque camion est montée une mitrailleuse. La colonne part à 19h50 et subit des tirs en provenance de l’intendance de police située avenue maréchal Foch. Les Allemands ripostent de toutes leurs armes et tirent sur toutes les fenêtres des maisons qui bordent la rue de la caserne. La colonne mitraille systématiquement les façades des habitations et grâce à sa supériorité de puissance de feu, elle parvient à quitter la ville sans pertes. La colonne arrive à Menton à 20h4051,50.
Toutes les forces allemandes se replient, mitraillant la ville au passage30 Les dernières unités allemandes stationnées sur les collines de Gairaut, Cimiez et Fabron ou en retraite depuis Levens quittent leurs positions vers 23h00. Elles descendent en convoi en mitraillant tous les immeubles de l’avenue de la Victoire avant de gagner Villefranche par la Basse Corniche49,52.
À Nice, les résistants s’organisent pour la nuit car ils craignent des attaques nocturnes. Les F.F.I. doivent monter sur les toits, ne tirer qu’à coup sûr à cause de la pénurie de munitions, renforcer les barricades, des sentinelles sont placées dans les rues53.
Dans la nuit tombante, boulevard de Cessole, des soldats polonais viennent se rendre aux F.F.I53.
Vers 21h00, la flotte alliée canonne les blockhaus du front de mer, déjà abandonnés par leurs occupants49,50.
Un drame se joue dans les jardins de la villa la Lanterne à Fabron où les allemands exécutent un par un 4 résistants arrêtés pendant la journée porteurs de brassards tricolores des F.F.I.. 2 survivent en faisant le mort (Albert Piccardo et Michel Frenkel), 2 autres sont achevés en étant égorgés à coups de couteau (Lucien Corbé et Joseph Aréna)54.
Le chiffre de 25 soldats allemands tués correspond au nombre de corps relevés par les F.F.I.. On ignore combien de morts se trouvaient dans les camions qui évacuent Nice1,2.
Quatre fascistes italiens, membres du bataillon Nizza, 215e bataillon des « chemises noires », sont également tués1,2.
Vers minuit, les insurgés niçois, handicapés par la pénurie de munitions, réalisent qu’ils sont maîtres de la ville. Ils demeurent cependant en alerte craignant une contre-attaque allemande49. Le lendemain matin, les FFI défilent victorieux dans les rues de Nice. Tout le monde attend maintenant l’arrivée des Américains49.
À Menton, les Allemands et les fascistes italiens du bataillon Nizza se vengent sur la population de la réussite de l’insurrection niçoise. Le 29 août, le maréchal des logis chef Deparday est abattu par les fascistes du bataillon Nizza dans la cour de la gendarmerie alors qu’il est en pantoufles55. Une plaque rappelle cette exécution à Menton au 21 rue de Sospel56. Le même jour, cinq civils sont accusés à tort d’avoir ouvert le feu contre des soldats allemands. Ils sont abattus au pied de leur résidence : Pierre Bonardi, Robert Marze, Jean et Antoinette Rambert, François Taglioni55. Une plaque commémorative rappelle ces exécutions impasse Mayen à Menton57.
29 et 30 août : l’arrivée des Américains[modifier]
Le 27 août, vers 18h00, les premiers chars américains ont libéré Saint-Laurent-du-Var. Il s’agit des chars de la colonne partie de la tête du pont et qui emprunte la route littorale. L’autre colonne atteint Grasse le 24 août puis Vence et gagne Gattières. Elle remonte la rive droite du Var et atteint Gilette dans la nuit du 25 au 26 août 1944. Elle rejoint là les FFI qui tentent de capturer Levens. Les Américains utilisent leur artillerie le 26 août contre les positions allemandes. Le 27 août, ils franchissent le Var et libèrent le verrou stratégique de Levens. Cependant, les Alliés s’attendent à une forte résistance allemande autour de Nice. Ils n’ont pas prévu de déclencher une attaque le 28 août. La flotte alliée bombarde les casemates allemandes installées sur la Promenade des Anglais à 23h00. Mais les casemates sont vides. Les Allemands ont déjà évacué ce secteur.
Au matin du 29 août, les FFI ne voient toujours pas arriver les Américains et craignent une contre-attaque allemande. Il faut donc les prévenir que Nice est libérée. Rottenberg, alias commandant Ro, un des chef des CFL, donne l’ordre à Joseph Arnaldi de se rendre au Pont du Var détruit par les bombardements alliés pour entrer en contact avec les Alliés à Saint-Laurent-du-Var. le résistant traverse le Var à gué au lieu-dit la Digue des Français. Joseph Arnaldi apprend aux Américains incrédules que les Allemands ont évacué la ville. Les émissaires proposent qu’un ou deux soldats américains viennent se rendre compte sur place. La proposition est acceptée. Guidés par Joseph Arnaldi, les soldats américains arrivent au Bar-Épicerie-Restaurant chez Trombetta où la population les fête. L’alcool coule à flots ! Puis Joseph Arnaldi amène les soldats au centre de la ville pour qu’ils se rendent compte que les Allemands sont effectivement partis. Il les reconduit ensuite. L’un d’eux fait son rapport à ses supérieurs : « Yes, libre, Nice… Good ! » puis il s’effondre tellement il est alcoolisé58. Dans l’après-midi, un petit détachement de soldats américains guidé par Joseph Arnaldi s’installe en ville. Il confirme par radio qu’il n’y a plus d’Allemands à Nice. Cependant le général Frederick a reçu des ordres du général Patch le soir du 28 août : interdiction de franchir le Var et attente de la relève des troupes françaises de l’armée régulière. Sur l’insistance du général Frederick qui craint des troubles, un bain de sang en cas de retour des Allemands et une mainmise communiste dans la ville, le général Patch autorise le franchissement du Var58.
Le 30 août, un convoi motorisé américain du 509e Régiment arrive par l’avenue de la Californie et la rue de France. il ne fait que passer pour éviter la dispersion des soldats dans les festivités de la libération. Les soldats continuent leur route en direction de Menton. Une foule en liesse les acclame sur leur parcours. D’ultimes coups de feu de « tireurs des toits » sont tirés sur les tout premiers parachutistes américains arrivant à pied, au carrefour du boulevard Gambetta et de la rue de France (le 29 ou le 30 août).
La visite du général De Gaulle le 9 avril 1945[modifier]

Le 9 avril 1945, le chef du Gouvernement provisoire de la République française accomplit une visite officielle dans le chef-lieu des Alpes-Maritimes59 à l’issue d’une tournée d’inspection militaire qui l’a conduit sur le Rhin et dans les Alpes (Grenoble, Saint-Pierre-d’Albigny, Beaulieu). Cette visite est assez tardive si l’on compare les visites qu’il a effectuées à Marseille et Toulon dès le 15 septembre 1944.
Cette visite a lieu la veille de l’offensive des troupes françaises sur les dernière positions allemandes tenues dans le nord du département par 600 hommes dans le massif de l’Authion.
De Gaulle se recueille au Monument aux morts de Rauba-Capeù avant de se rendre place Masséna où 60 000 à 100 000 personnes assistent à un premier discours du général tenu depuis le balcon du Casino municipal. De nombreux niçois se sont installés sur les toits et aux fenêtres. De Gaulle commence son discours par ces mots : « Nice libérée, Nice fière, Nice glorieuse, vient d’exprimer magnifiquement les sentiments de la population tout entière et ces sentiments-là, je vous le dis, ce sont ceux de toute la France. D’abord, ce que vous exprimez, c’est la fierté de la libération, tout ce qui a été souffert ici, tout ce qui a été souffert matériellement avec tant de privations et qui continue de l’être, mais surtout tout ce qui a été souffert moralement dans ces quatre années atroces où dans le fond de l’abîme, Nice comme la Patrie entière se demandait si jamais allait reparaître le soleil de la liberté.
Nice n’a jamais renoncé à elle-même, ni renoncé à la France. Ah ! qu’ils étaient naïfs en même temps qu’insolents ceux qui avaient prétendu qu’on pourrait l’arracher à la France (…)59.
Après le discours, tous chantent La Marseillaise sur la place Masséna. De Gaulle se rend ensuite à la préfecture où il fait un nouveau discours puis se rend au balcon pour faire le V de la victoire. De Gaulle se rend ensuite à l’hôtel de ville pour un troisième discours.Polémiques sur l’insurrection et la libération de Nice

En 2006, une controverse a été provoquée par la sortie du livre de Joseph Girard intitulé La Résistance et la libération de Nice, la fin d’une légende. La thèse défendue par ce dernier est que la réussite de l’insurrection niçoise n’est pas due à une victoire du peuple en arme. S’appuyant sur un rapport rédigé en captivité après la guerre par le général de la 148e Division d’infanterie, Otto Fretter Pico, Joseph Girard démontre que le 28 août 1944, début de l’insurrection, les Allemands étaient déjà en train d’évacuer la ville et ne voulaient pas s’y maintenir. L’auteur veut ainsi faire apparaître que cette insurrection n’avait pas de justification militaire. Elle servait uniquement au PCF pour imposer son pouvoir sur la ville à la Libération.
Jean-Louis Panicacci a vigoureusement répondu au livre de Joseph Girard60. Il a tout d’abord relevé un grand nombre d’erreurs factuelles dans l’ouvrage de Joseph Girard. Il souligne que le rapport du général Otto Fretter Pico n’est pas une archive inédite et que le général n’est pas sûr des dates qu’il annonce.

D’autre part, Jean-Louis Panicacci produit lui aussi des documents allemands : les compte-rendus de la Feldkommandantur 994 de Nice du mois d’août 194461. La Feldkommandantur doit réaliser la liaison entre les autorités allemandes (commandement de la XIXe armée du général Wiese, Oberfeldkommandantur 894 P.C. à Avignon, commandement de la 148e Ersatz Division du général Otto Fretter Pico P.C. à Grasse) et les autorités françaises des Alpes-Maritimes (Préfecture, Intendance de police, gendarmerie). Elle est dirigée par le général de brigade Nickelmann et siège à l’hôtel Atlantic, boulevard Victor Hugo à Nice. Elle partage ses locaux avec la Feldgendarmerie. Elle possède des antennes locales à Grasse, Cannes et Menton.

Ces documents retrouvés en 1993 montrent que les Allemands voulaient retarder l’avance des Alliés par des combats d’arrière-garde à Nice. Les Allemands refusent ainsi le 18 août la demande du préfet de déclarer Nice ville ouverte car le front à leurs yeux est solide sur la rive est du Var. Le 19 août, une conférence a lieu à la Feldkommandantur pour discuter de la répression contre les terroristes et les mesures à prendre en cas d’insurrection. De plus, l’insurrection niçoise n’est pas une surprise pour les Allemands : elle est évoquée à la Feldkommandantur dès le 23 août. Les autorités allemandes n’ont pas l’intention de se retirer sans combattre et elles envisagent de bombarder la ville en cas de soulèvement. Le 25 août, les Allemands prévoient de résister à l’insurrection : les deux tiers des Feldgendarmes reçoivent l’ordre de rester à Nice. Le 27 août, la Feldkommandantur prévoit son transfert à Menton pour le 28 ou le 29 août. Le général Fretter Pico réclame de la Feldkommandantur qu’elle maintienne le calme dans la population pendant le retrait de ses troupes. Si l’évacuation des unités allemandes a commencé le 26 août, l’insurrection niçoise a obligé les unités allemandes encore présentes à décrocher de Nice plus tôt que prévu.

Concernant le rôle du PCF, Jean-Louis Panicacci rappelle que la réunion du Comité insurrectionnel du 27 août 1944 a réuni d’autres organisations que le PCF et les groupes qui lui sont liés. Enfin, l’insurrection niçoise a permis de limiter les destructions opérées par les Allemands en retraite (infrastructures de transports, usines…) et a poussé les Américains à franchir le Var.
D’autres historiens comme Alain Otho ont de plus replacé l’insurrection niçoise dans son contexte militaire et géographique départemental62. Ce dernier souligne notamment l’importance stratégique des libérations, le 27 août 1944, de Levens (un axe de repli pour les allemands est ainsi coupé) et de Saint-Laurent-du-Var (la route est désormais ouverte pour les troupes régulières alliées). Ces critiques ont fragilisé la démonstration de Joseph Girard.
Les Allemands organisent donc une retraite ordonnée et n’ont donc pas prévu d’évacuer Nice le 28 août 1944. Ils comptent mener des combats retardateurs pour faciliter leur retraite vers l’Italie du nord. Le bilan de ces débats permet de dégager plusieurs facteurs expliquant la libération de Nice. Il faut cependant préciser qu’en fait, l’addition de ces différents facteurs relève davantage du hasard que d’un véritable plan militaire concerté comme le soulève en 1987 Jacques Lécuyer, alias Sapin, dans son ouvrage Méfiez-vous du toréador1:
– La perte du contrôle du nord du département du fait de l’intense activité des maquis enregistrée depuis juillet : La garnison allemande de Saint-Martin-Vésubie s’est ainsi rendue aux maquisards le 16 août 1944. Les résistants du groupe Morgan ne parviennent cependant pas à capturer le col de Turini fin août.
– La prise définitive de Levens le 27 août par les Américains et les FFI : La voie de retraite par le nord du département vers le Piémont (ancienne route royale sarde) est coupée. Les Allemands ont lutté avec vigueur pour conserver Levens. La commune est ainsi libérée une première fois le 17 août par des forces FTPF dont la 8e compagnie. Dès le 23 août, les Allemands lancent plusieurs contre-offensives et reprennent la position le 24. Le lendemain, des effectifs importants sont engagés par les FFI pour reprendre le plateau : les compagnies Morgan, Pyra, Pierre, César, les 8e et 27e FTPF, le groupe François. Leur armement insuffisant et leur manque d’expérience militaire les font échouer. Des forces américaines, arrivées sur la rive droite du Var dans la nuit du 25 au 26, franchissent le fleuve et prennent Levens et la Roquette le 27 au soir après avoir copieusement pilonné le secteur. À tout moment, les occupants de Nice risquent donc de voir surgir sur leurs arrières une colonne ennemie. Le quartier de l’Ariane à l’est de Nice, les villages de Contes et de l’Escarène, les collines niçoises par Aspremont sont en effet à portée de Levens62.

- La prise de Saint-Laurent-du-Var qui a lieu le 27 août 1944 en fin d’après-midi : le général Frederick reçoit cependant l’ordre de ne pas franchir le Var le soir du 28 août. Prévenu seulement le 29 août de la situation à Nice, il envoie des soldats en reconnaissance pour vérifier que la ville est sécurisée. Il convainc le général Patch de l’autoriser à franchir le Var. La première colonne américaine traverse Nice le 30 août.
– L’insécurité qui règne à Nice pour les troupes allemandes suite à l’insurrection lancée le 28 août 1944. Si cette insurrection n’est pas une surprise, les Allemands ne parviennent ni à une estimation claire de la situation (la Feldkommandantur n’est mise au courant de l’insurrection qu’à 8h15) et du nombre d’insurgés ni à reprendre le contrôle des secteurs occupées par les FFI (comme au passage à niveau).
Face à cette situation, le commandement allemand décide finalement d’évacuer la ville de Nice en fin de journée.

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Liste des résistants tués dans l’insurrection ou décédés des suites de leurs blessures
Une petite étoile indique les résistants pour lesquels il existe une plaque commémorative, un monument commémoratif ou une stèle.
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Les 29 résistants tués dans le cadre des combats
1. Raymond Albin* né le 21 février 1921 à Pignans : Sous-lieutenant F.F.I., F.T.P.F, 36e Cie de Provence, secteur Nice-Est, groupe Laurel. Chauffeur-mécanicien domicilié 4 rue de Villars à Nice. Membre de la Résistance depuis juillet 1943 (pseudo Fernand). Le 28 août 1944, il participe aux combats pour la Libération de Nice. Il organise son détachement dans le secteur ouest de la place Arson. Il est mortellement blessé au ventre à 14 heures par un membre du P.P.F. à côté de son chef Antoine Anelli (commandant Guignant) qui le porte au P.C. du quartier de Riquier, école Barla. Les pompiers le transportent à l’hôpital Saint-Roch mais il est déjà décédé. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-450463. Son nom est inscrit sur le Monument Aux Morts de Riquier à Nice, une plaque commémorative qui rappelle son décès à l’angle des rues Scaliero et Auguste Gal, sur la grille du parc place Arson, sur lecénotaphe commémorant la libération de Nice situé à l’angle du boulevard Joseph Garnier et du carrefour du 28-Août à Nice64,3065.
2. Eugène Alentchenko* né le 15 décembre 1923 à Nice : Caporal F.F.I., membre du mouvement Combat puis des Corps Francs de Libération (C.F.L.), groupe Joffre (Albert Geoffroy) de la Compagnie des Eaux de Nice et des F.T.P.F., 36e Cie de Provence, secteur de Nice. Chauffeur employé à la compagnie des eaux domicilié 19, rue de El Nouzah à Nice. Entré en résistance en juillet 1943 (distribution de tracts, transport d’armes, renseignements…) dans le mouvement Combat puis au sein des Corps Francs de la Libération (C.F.L.). Il participe aux combats pour la libération de Nice (28 août 1944. Il est présent le matin au passage à niveau (carrefour du 28 août) et est envoyé en mission auprès du groupe Mignon (G.F.R. – C.F.L.). Il prend position avec Julien Guidi sur le toit de l’immeuble du 2 rue Defly pour réduire au silence le fusil-mitrailleur allemand placé en batterie à l’angle du pont Garibaldi et du quai Saint Jean-Baptiste. Il est repéré alors qu’il tire sur les allemands et mortellement touché à la tête vers seize heures. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-461066. Son nom est inscrit sur le Monument Aux Morts du quartier Riquier à Nice et une plaque commémorative qui rappelle son décès au 2, rue Defly à Nice. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle6,6768.
3. Joseph Aréna et Lucien Corbé sont arrêtés le 28 août 1944 par les allemands après avoir franchi le fleuve Var pour rejoindre l’insurrection. Ils sont porteurs de brassards tricolores. Ils sont emmenés à la gare Saint-Augustin pour interrogatoire et regroupés avec 2 autres F.F.I. arrêtés (Albert Piccardo et Michel Frenkel). Ils sont tous les 4 emmenés à la villa la Lanterne à Fabron à Nice. Vers 21h50, ils sont exécutés chacun leur tour d’une balle de revolver par un officier allemand. Albert Piccardo et Michel Frenkel font le mort et réussissent à s’enfuir ensuite. Lucien Corbé et Joseph Aréna sont achevés en ayant la gorge tranchée au couteau. Leurs corps sont retrouvés par les F.F.I. le 29 août sur les indications d’Albert Piccardo54.
4. Joseph Aréna né le 2 août 1899 à Monaco : F.F.I.. Domicilié 75 boulevard d’Italie à Cannes. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-889469,54.
5. Lucien Corbé né le 4 octobre 1886 à Pontchâteau : F.F.I.. Domicilié 3, rue commandant André à Cannes. Son nom est inscrit sur le Monument Aux Morts de Cannes (06). Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle54.
6. Auguste Arnaudo* né le 18 mai 1923 à Saluzzo en Italie : F.F.I. Le 1er mai 1943, il rejoint les Corps Francs de la Libération (C.F.L.) et le groupe Léon (commandant Pascal FARAUT). Agent de liaison. Apprenti chauffage central domicilié 4 rue du marché à Nice. Mortellement blessé dans les combats de la libération de Nice le 28 août 1944. Touché à la tête par un éclat d’obus de mortier tiré depuis la position du château tenue par les allemands. Transporté au poste de secours de la place du palais par le commandant Léon. Il est soigné par Pierre Péraldi, médecin du Comité médical de la Résistance, lieutenant du groupe Lenoir. Il est transporté le soir même à l’hôpital Saint-Roch où il décède le 1er septembre à 10 heures. Reconnu Mort pour la France. Son nom est inscrit sur une plaque commémorative place du palais de justice inaugurée le 28 août 20127071.
7. Arisdakesse Arzoumanian né le 18 mai 1907 à Constantinople : F.F.I.. Il combat dans l’armée française à partir de janvier 1940 au 203e R.I.A. comme adjudant des transmissions. Démobilisé le 27 juillet 1940. Naturalisé en 1943. Menuisier domicilié 47 avenue Georges Clémenceau à Nice. Membre de la Résistance sous les ordres du capitaine Paul (Paul Cavénago) dès sa libération militaire. C.F.L. à partir de juillet 1943, groupe Lorraine, secteur Nice-Nord. Le 28 août 1944, il participe aux combats pour la Libération de Nice. Il commande une section de 10 hommes dans le secteur de la place Gambetta (actuelle place du général De Gaulle). Il doit interdire aux allemands l’accès de l’avenue Malausséna. Il est mortellement blessé près de la place Gambetta après une résistance de 4 heures. Décédé à 16h30 à l’hôpital saint-Roch. Il est reconnu Mort pour la France. Son nom est inscrit sous l’orthographe Aristakes Arsomanian sur le cénotaphe commémorant la libération de Nice situé à l’angle du boulevard Joseph-Garnier et du carrefour du 28-Août72,6773.
8. Jean Badino* né le 8 avril 1896 à Vicoforte) en Italie) : F.F.I., membre des C.F.L., groupe Vérola (Émile Vérola alias Véran). Garçon limonadier naturalisé en 1933 et domicilié 1 bis place du palais de justice à Nice. Il rejoint les Corps Francs de la Libération (C.F.L.) en 194. Il participe aux combats pour la libération de Nice le 28 août 1944. Tué à 17 heures par éclat d’obus de mortier allemand tiré du château devant son domicile place du palais de justice à Nice au moment où il quitte son chef de groupe Vérola. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-1184674. Son nom est inscrit sur une plaque commémorative place du palais de justice à Nice inaugurée le 28 août 20127576.
9. Jean Ballestra* né le 20 juin 1924 à Nice : F.F.I., membre des F.T.P.F., groupe Lenoir (André Verdy) sous les ordres du lieutenant René Bensaïd. Employé de la S.N.C.F. domicilié 27 avenue de Pessicart à Nice. Le 28 août 1944, il participe aux combats pour la Libération de Nice dès 6 heures au passage à niveau du boulevard Gambetta. Grièvement blessé à la tête vers 20h30 près d’un abri par des éclats d’obus au carrefour de l’avenue de pessicart et de l’avenue Buenos Ayres près de l’école Nazareth, il est transporté au poste de secours de l’école Nazareth mais il est déjà décédé. Son corps est transporté à la clinique Sainte-Marguerite rue Mantéga. Le lendemain, le groupe Bensaïd lui rend hommage en devenant le groupe Ballestra. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-1281677. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif des résistants du 4ème canton de Nice, le monument commémoratif de la Libération de Nice (nom Balestra) et la plaque commémorative au 2 boulevard de Cessole à Nice. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré militaire n°58, tombe individuelle78,677980.
10. Fortuné Barralis* né le 18 octobre 1921 à Nice : Sous-lieutenant C.F.L. – F.F.I., membre du groupe Lorraine. Pseudo René. Membre de la Croix Rouge Française. Étudiant domicilié 8 rue Palermo à Nice. Membre de la Résistance depuis mai 1943 sous les ordres du capitaine Paul (Paul Cavénago). Venu du mouvement Combat. Le 28 août 1944, il participe aux combats de la Libération de Nice autour du passage à niveau du boulevard Gambetta (actuel carrefour du 28 août) eu sein du groupe Lorraine sous les ordres du lieutenant Cyclamen (Jacques Antoine). Mortellement touché à 20 heures au passage à niveau par les tirs allemands en revenant d’une mission en service commandé rue Gutenberg (recherche de munitions et ramassage de blessés). Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-1438981. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif des résistants du 4ème canton de Nice (nom Baralis), le monument commémoratif de la Libération de Nice et la plaque commémorative au 2 boulevard de Cessole à Nice78,6782.
11. Auguste Bogniot* né le 18 août 1910 à Draguignan : F.F.I., membre du mouvement Combat (Résistance), groupe Gérôme puis Augier. Une formation de combattants isolés et de membres du groupe Gérôme attaque une voiture allemande place Gambetta. L’un des 3 occupants est tué par une grenade. Les 2 autres se réfugient dans l’immeuble de la pharmacie. Auguste BOGNIOT est abattu à 14 heures devant le Crédit Lyonnais (actuel Crédit Agricole) situé place Gambetta (actuelle place De Gaulle) à l’angle de la rue Raiberti par une rafale de mitraillette tirée depuis la gare du Sud. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-2540783. Son nom est inscrit sur une plaque commémorative située place De-Gaulle, sur le monument aux morts de Cimiez à Nice et sur le cénotaphe commémorant la libération de Nice situé à l’angle du boulevard Joseph-Garnier et du carrefour du 28-Août. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré militaire n°48, tombe individuelle78,6784.
12. Louis Maurice dit Maurice Borrelli né le 10 juillet 1904 à Nice : Agent de laboratoire domicilié 10 rue Gioffredo à Nice. Mortellement blessé en face de son domicile par un tir allemand le 28 aout 1944 dans les combats de la Libération de Nice alors qu’il se rend au lycée pour combattre. Décédé à 16 heures à l’hôpital Saint-Roch à Nice. Reconnu Mort pour la France. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 5, tombe individuelle85[réf. insuffisante].
13. Vincent Boscarolo* né le 19 mars 1908 à Verceil, en Italie : F.F.I., membre des Corps Francs de la Libération (CFL), Groupe Léon, Compagnie Julien. Surnommé Tenda. Naturalisé en 1939. Membre des Corps Francs de la Libération (C.F.L.) depuis septembre 1943, groupe Léon, Compagnie Julien. Le 28 août 1944, il participe aux combats pour la Libération de Nice. Au début de l’après-midi, les allemands réussissent à installer 2 mitrailleuses lourdes et un canon de 25mm sur la place Garibaldi. Avec son groupe, il attaque à plusieurs reprises le canon et abat 4 allemands. Au 3ème assaut vers 18 heures, il tente de ramener le canon dont les servants ont été tués mais est abattu par des tirs provenant d’un convoi allemand de 6 camions qui passe place Garibaldi. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-2748986. Son nom est inscrit sur la plaque commémorative des résistants du 1er canton à l’hôtel de ville de Nice, une plaque commémorative place Garibaldi à Nice et place commémorative sur le mur extérieur de l’église Saint-Augustin à Nice. Son est orthographié Boscarollo sur les plaques commémoratives et Boscarolo à l’état-civil87,6788.
14. Roger Boyer* né le 24 avril 1911 à Méailles : F.F.I., membre des F.T.P.F., 6e Cie de Nice. Peintre en bâtiment domicilié lotissement Lorenzi, 54 de l’avenue Saint Barthélemy à Nice. Il participe aux combats de Lambruisse et des gorges de Chabrières à Vars (05) avant d’être envoyé dans les Alpes-Maritimes. Le 28 août 1944, il participe aux combats pour la Libération de Nice au passage à niveau dès 6h30. Blessé en voulant désarmer des allemands, il refuse d’être évacué. Tué vers onze heures sous le tir d’un obus de mortier tiré par les allemands depuis la colline de Gairaut. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-3243989. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif des résistants du 4ème canton de Nice, le monument commémoratif de la Libération de Nice et la plaque commémorative au 2 boulevard de Cessole à Nice. Un square porte son nom à Nice (06) depuis 194690,6791.
15. Venance Cantergiani* né le 18 mai 1904 à Pavullo nel Frignano en Italie : F.F.I., Milice Patriotique, groupe Fiandino (François Fiandino. Le 28 août 1944, il participe aux combats pour la Libération de Nice. Tué vers 15 heures à Sainte-Marguerite dans un accrochage avec des Allemands venant de Saint-Isidore à Nice. Il abat un allemand mais est abattu à son tour par un autre allemand dans un pré de la propriété Saïssi, chemin Sainte-Marguerite. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-3781992. Une plaque commémorative située au niveau du 231, avenue Sainte-Marguerite, près du jardin public, rappelle son décès. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif des résistants du 14e canton de Nice87,6793.
16. Adolphe Carmine né le 3 octobre 1923 à Grasse : F.F.I.., membre de la Résistance depuis février 1942, C.F.L. sous les ordres du capitaine Paul (Paul Cavénago). Préparateur en pharmacie domicilié 9 bis avenue Audiffret à Nice. Il est mortellement blessé dans les combats autour du carrefour du 28-Août et décède vers minuit au 12 boulevard Tzarevitch (clinique du Belvédère). Il est reconnu Mort pour la France. Son nom est inscrit sur le cénotaphe commémorant la libération de Nice situé à l’angle du boulevard Joseph-Garnier et du carrefour du 28-Août. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle72,6794.
17. Lucien Chervin* né le 20 mai 1900 à Paris 14ème arrondissement : F.F.I., membre des F.T.P.F.. Teinturier domicilié 29 bis avenue Montclar à Nice. Membre des F.T.P.F. depuis juillet 1943. Nommé chef de détachement le 5 mai 1944. Participe aux combats pour la Libération de Nice sous les ordres du commandant Souny (Philippe Giovannini). Présent dès l’aube au passage à niveau (actuel carrefour du 28 août). À partir de 8h30 et jusque 10h30, une fusillade éclate avec des troupes allemandes qui remontent le boulevard Gambetta pour reprendre le contrôle du passage à niveau. Auguste Gouirand et Lucien Chervin sont retranchés derrière le kiosque à journaux situé à quelques dizaines de mètres du passage à niveau. Ils sont tous les deux grièvement blessés d’une balle reçue en pleine tête. Ils sont évacués vers la clinique Sainte-Marguerite rue Mantéga. Lucien Chervin y décède à 20 heures. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-4420895. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif des résistants du 4ème canton de Nice, le monument commémoratif de la Libération de Nice et la plaque commémorative au 2 boulevard de Cessole à Nice. Il est inhumé à la nécropole nationale de Luynes à Aix-en-Provence, carré E, rang n° 10, tombe individuelle n° 3878,6796.
18. Alphonse Cornil* né le 26 octobre 1879 à Mouscron (Belgique) : Adjudant-chef F.F.I., membre des F.T.P.F., groupe René. Rejoint la résistance en janvier 1942. Corps Franc d’Encadrement des F.T.P.F., groupe René (René Canta). Domicilié 19 avenue Saint-Joseph à Nice dans un immeuble de 4 étages coiffé d’une tonnelle d’où il aide la Résistance en tant que guetteur. Manœuvre à Schneider à Nice. Le 28 août 1944, il participe aux combats pour la Libération de Nice autour du passage à niveau (actuel carrefour du 28 août). Il est tué vers dix heures par une rafale de balles tirée par les allemands alors qu’il se trouve en position avancée au niveau du 130 boulevard Gambetta. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-10828297. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif des résistants du 4ème canton de Nice, sur le monument commémoratif de la Libération de Nice et la plaque commémorative située 130 boulevard Gambetta à Nice78,6798.
19. Marius Fantino* né le 30 octobre 1900 à Nice : F.F.I., adjudant-chef F.T.P.F., groupe René (René Canta), Milices Patriotiques. Membre des F.T.P.F. depuis juillet 1943. Pseudo Camille Dumont, Serge III. Interné en 1941 au fort Saint-Nicolas de Marseille lors de l’affaire des cheminots. Relâché faute de preuves. En juin 1943, il devient chef-adjoint du groupe de combat de la S.N.C.F. du lieutenant Auguste VERMEIL (sabotages, liaisons avec les maquis de Thoard, La Robine-sur-Galabre et Mont-Siron dans le 04). Conducteur d’autorail domicilié 63, boulevard de la Madeleine à Nice. Il est abattu par un groupe d’allemands vers 19 heures devant l’hôpital Pasteur à Nice. Grièvement blessé, il décède le lendemain à 15 heures à l’hôpital Pasteur. Il est reconnu Mort pour la France, au 24 de la voie romaine, à droite du portail de l’entrée de la blanchisserie de l’hôpital Pasteur, se trouve une plaque commémorative érigée en sa mémoire. Il est inscrit sur le Monument Aux Morts de Cimiez à Nice, Monument Aux Morts de la gare Saint-Roch et sur le Monument Aux Morts de la gare Saint-Charles à Marseille99,87,67>100.
20. Jean Gironne* né le 24 janvier 1922 à Bollène : F.F.I., F.T.P.F., groupe René (René Canta), section Police 78P.R., groupe Combat de Roquesteron. Gardien de la paix domicilié 17, rue Lamartine à Nice. Nombreuses missions dans le 06, le 84 et le 04. Agent du service S.R.. Posté sur la tourelle du Lycée de Garçons Félix Faure rue Désiré Niel, il mitraille les allemands qui tentent d’atteindre un des portails d’entrée. Mortellement atteint à 15 heures par une rafle de mitraillette tirée depuis un immeuble voisin. Décédé pendant son transfert au poste de secours. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-193277101. Médaille d’Or de la police avec citation. Son nom est inscrit sur une plaque commémorative au 8, rue Désiré Niel à Nice et sur la plaque commémorative 1939-1945 des policiers morts pour la France à la caserne Auvare à Nice. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 42, tombe familiale102,67103.
21. Joseph Giuge* né le 5 juin 1906 à Nice : F.F.I., C.F.L., membre du groupe Lenoir, secteur Nice, Milices Patriotiques (M.P.). Concierge à la mairie de Nice. Son frère Charles Giuge est tué dans le bombardement a&rien allié du 26 mai 1944 sur Nice. Le 28 août 1944, il participe aux combats pour la Libération de Nice. Il assure le ravitaillement du groupe Lenoir qui occupe la mairie. Il traverse à deux reprises la zone de feu. En revenant de sa seconde mission, il est abattu à 10 heures rue Saint-François-de-Paule par les allemands occupants le blockhaus du square Albert 1er. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-193362104. Son nom est inscrit sur la plaque commémorative de la Résistance à la mairie de Nice, la plaque commémorative de l’église Saint-Augustin à Nice et une plaque commémorative rue Saint-François-de-Paule à Nice. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 27, tombe familiale87,67105.
22. Jean Gordolon* né le 30 juillet 1923 à Nice : Sous-lieutenant F.F.I., membre des C.F.L., groupe Pascal. Étudiant en droit domicilié 24, rue Théodore de Banville à Nice. Membre de la Résistance depuis juin 1944. Il appartient au réseau 1942 HI-HI dont le chef de réseau est Suzanne Bertillon. Il se trouve à Nice lors du débarquement de Provence. Ne pouvant plus rejoindre sa base, il se met à la disposition de la Résistance locale. Le 28 août 1944, il participe à l’insurrection de Nice. Il assure la liaison entre les C.F.L. du groupe Pascal et les F.T.P.F. du groupe Lenoir qui occupent la mairie. Il est abattu par une rafale de mitrailleuse en traversant la rue Saint-François de Paule. Touché au ventre, il est transporté à l’hôpital Saint-Roch puis dans une clinique. Décédé à son domicile à 19h30 des suites de péritonite par perforation intestinale par projectile de guerre. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-195860106. Son nom est inscrit sur la plaque commémorative de la résistance à l’hôtel de ville de Nice et une plaque commémorative rue Saint-François-de-Paule à Nice inaugurée le 28 août 2012. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 19, tombe familiale67,107108.
23. Auguste Gouirand* né le 17 juin 1902 à Nice : F.F.I. membre des F.T.P.F. et du mouvement Combat. Domicilié 50, avenue Montplaisir à Nice. Il rejoint la Résistance en juillet 1943. Présent dès l’aube au passage à niveau (actuel carrefour du 28 août). À partir de 8h30 et jusque 10h30, une fusillade éclate avec des troupes allemandes qui remontent le boulevard Gambetta pour reprendre le contrôle du passage à niveau. Auguste Gouirand et Lucien Chervin sont retranchés derrière le kiosque à journaux situé à quelques dizaines de mètres du passage à niveau. Ils sont tous les deux grièvement blessés d’une balle reçue en pleine tête. Ils sont évacués vers la clinique rue Mantéga. Auguste Gouirand y décède le 1er septembre 1944 à 16 heures. Il est reconnu Mort pour la France. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif des résistants du 4ème canton de Nice et le monument commémoratif de la Libération de Nice et la plaque commémorative au 2 boulevard de Cessole à Nice78,67109.
24. Jean (Juan) Moralès* né le 14 janvier 1894 à Cieza en Espagne : Adjudant-chef des F.F.I., membre des F.T.P.F., groupe René. Garde-voies domicilié 27, rue de France à Nice. Membre du groupe René (René Canta) depuis janvier 1942. Agent de liaison vers les maquis du Var et des Basses-Alpes puis il participe à l’organisation du Corps-Franc René. Mortellement blessé rue de la préfecture le 28 août 1944 lors des combats pour la Libération de Nice (06). Il occupe la Préfecture Q.G. du groupe René). Il reçoit l’ordre de partir en patrouille offensive avec ses hommes. Alors qu’il regagne sa position avec son détachement, place du Palais, il attaque un puissant groupe ennemi. Il est atteint par un éclat d’obus et une balle au cerveau à 15h40 en voulant porter secours à un camarade blessé. Transporté à l’hôpital Saint-Roch où il décède à 22h15. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-97671110. Son nom est inscrit sur la plaque commémorative de la Résistance à l’hôtel de ville de Nice et une plaque commémorative inaugurée rue de la préfecture puis transférée place du Palais de Justice à Nice. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré militaire n°60, tombe individuelle111,67112.
25. Michel Ravera* né le 1er mai 1927 à Pareto) en Italie : F.F.I. membre des F.T.P.F., groupe René (René Canta) et de l’A.S., groupe Fieschi (Nicolas Fieschi). Il est domicilié quartier Sainte-Marguerite, propriété Teisseire à Nice. Il rejoint la Résistance en janvier 1944 au sein de l’Armée Secrète (A.S.) sous les ordres du chef de sous-groupe Nicolas Fieschi (Max B.801). Pseudo François/3, le plombier. Le 28 août 1944, il reçoit l’ordre de renseigner son chef de groupe sur les mouvements des troupes allemands stationnées dans la propriété de ses parents. Les allemands tirent alors des obus sur les troupes américaines stationnées sur l’autre rive du Var. Il est alors mortellement blessé par les éclats d’un obus tombé non loin de lui. Il décède peu après à 17 heures au domicile familial. Son nom est inscrit sur le Monument Aux Morts de l’école Caucade à Nice et sur une plaque commémorative rajoutée sur ce même Monument Aux Morts et inaugurée le 28 août 2012. Une plaque rappelle sa mémoire sur la tombe familiale du carré 68 du cimetière de Caucade à Nice où il est inhumé. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-139624113114.
26. Basile Rossi* né le 15 mars 1927 à Nice : F.F.I. membre des F.T.P.F., groupe Lass. Apprenti domicilié chez ses parents 6 chemin de la Bornala à Canta Galet à Nice. Membre de la Résistance depuis juillet 1943. Groupe du capitaine Lass (Albertini) sous les ordres du commandant Souny (Philippe Giovannini). Il participe aux combats pour la Libération de Nice. Mortellement blessé avenue de la Bornala dans l’attaque d’une compagnie allemande en retraite. Avec 3 camarades, il attaque une traction avant transportant 4 allemands en provenance du chemin de Canta Galet et qui s’est arrêtée à leur niveau pour leur demander la route de l’Italie. Un allemand est tué, les 3 autres sont faits prisonniers et enfermés dans le garage de Joseph Brun. Une colonne d’allemands à pieds débouche alors précédé d’une voiture hippomobile. Voyant le cadavre du soldat allemand près de la voiture, la colonne met une mitrailleuse en batterie et arrose le secteur. Les 4 résistants sont cachés dans un champ de haricots et Basile Rossi est touché par une rafale au pied d’un figuier. La colonne poursuit sa route vers l’Italie. Basile Rossi est emmené à son domicile où il décède vers 17 heures. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-139624115. Une stèle commémorative honore sa mémoire et celles de deux autres résistants devant le square Louis-Maccagno situé à l’angle des boulevards Édouard-Herriot et Carlone. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif des résistants du 14e canton de Nice. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 21, tombe familiale72,67116.
27. Roger André Simon* né le 31 mars 1925 à Nice : F.F.I.Membre des C.F.L. depuis 1943, groupe Académie du capitaine François Calvin sous les ordres de Parent (Jules Cousin). Électro-mécanicien domicilié 27 avenue de la Lanterne à Nice. Le 28 août 1944, il apprend l’insurrection et se procure une arme. Il cherche à rejoindre son groupe qui s’est emparé du central des PTT de Fabron le matin. Arrêté par une patrouille allemande à Carras. Il est torturé par les allemands dans un blockhaus de la promenade des anglais. Ils finissent par l’exécuter d’une balle de revolver avant de battre en retraite vers 23 heures. Il est reconnu Mort pour la France. Un petit square dans lequel se trouve une plaque commémorative rappelle cette exécution à l’angle des avenues de la Californie et Saint-Augustin. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif des résistants du 14e canton de Nice117,67118.
28. Antoine François Suarez* né le 3 avril 1905 à Bordeaux : F.F.I. lieutenant F.T.P.F. et responsable de la Milice patriotique au dépôt des Transports de Nice et du Littoral (T.N.L.). Militant cégétiste abattu vers 13h50 d’une balle en pleine tête par une rafale allemande à proximité du dépôt Cie T.N.L. à Riquier, 13 boulevard Sainte-Agathe (actuel Boulevard général Louis Delfino). Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-154527119. Son nom est inscrit sur le Monument Aux Morts de Riquier à Nice et sur celui de La Trinité (Alpes-Maritimes). Un square porte son nom face au 99 rue de Roquebillière. Une plaque commémorative s’y trouve. Un boulevard porte son nom à La Trinité (Alpes-Maritimes). Il est inhumé au cimetière communal de La Trinité, allée 4, tombe familiale120,37121.
29. Paul Vallaghé* né le 5 août 1920 à Menton : F.F.I., F.T.P.F. membre du groupe René (René Canta), chef adjoint du sous-groupe Corps franc d’Encadrement/1. Liaisons avec les maquis français et italiens, passages et guide de clandestins et de parachutistes alliés, instructeur. Domicilié place du marché à Saint-Martin-Vésubie puis 14 rue de Lépante à Nice. Moniteur de ski et champion de tir. Dans la soirée, Paul Vallaghé attaque à lui seul un détachement de 9 allemands qui commande le tir d’une pièce d’artillerie légère de la place Garibaldi et pilonne les positions des F.F.I.. Il abat les 9 servants puis s’élance pour s’emparer de la pièce d’artillerie. Il entreprend de la ramener vers le Lycée de garçons mais une rafale de mitrailleuse l’atteint dans les reins. Il est transporté à l’hôpital Saint-Roch où il décède à 21 heures. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-170432122. Son nom est inscrit sur une plaque commémorative située dans la basilique Saint-Michel à Menton, sur le Monument Aux Morts du cimetière du Trabuquet à Menton, sur une plaque commémorative sous les arcades de la place Garibaldi à Nice et sur le Monument Aux Morts de Saint-Martin-Vésubie. Le square dans lequel se trouve le Monument Aux Morts de Saint-Martin-Vésubie se nomme le square Paul Vallaghé87,67123.
30. Verdun Vial* né le 3 octobre 1916 à Nice : F.F.I., secteur Nice, groupe Lenoir. Gardien de la paix, membre de la Renaissance. Domicilié 13 rue François Guisol à Nice. Le 28 août 1944, il occupe volontairement une position exposée et est mortellement blessé dans la matinée alors qu’il se trouve sur les marches reliant la descente Crotti au boulevard Mac-Mahon (actuellement avenue Jean Jaurès) à Nice. Décédé le 2 septembre 1944 à 7 heures à la clinique Saint-Antoine à Nice. Il est reconnu Mort pour la France. Son nom est inscrit sur la plaque commémorative de l’église Sainte-Claire à Nice, la plaque commémorative des résistants du 1er canton à l’hôtel de ville de Nice, une plaque commémorative descente Crotti à Nice, la plaque commémorative de l’église Saint-Augustin à Nice et la plaque commémorative 1939-1945 des policiers morts pour la France à la caserne Auvare à Nice. Il est inhumé au cimetière communal du château à Nice, tombe familiale102,67124.

Les 6 résistants tués indirectement

1. René Bensaïd* né le 2 décembre 1921 à Chéraga (Algérie) : Lieutenant FFI du groupe Lenoir, membre des Corps Francs de la Libération (CFL). Étudiant domicilié 6, rue de Bruxelles à Nice. Le 28 août 1944, il participe aux combats pour la Libération de Nice en commandant son groupe C.F.L. au passage à niveau. Mortellement blessé le 4 septembre 1944 à 13 heures par un résistant d’un groupe F.F.I. venu réclamer des armes à l’hôtel Terminus en face de la gare centrale de Nice. Deux coups de mitraillette sten partent accidentellement lors de cet échange animé entre les F.F.I.. René Bensaïd est évacué à l’hôpital Saint-Roch où il décède à 14h30 – Acte de décès dressé le 6 septembre 1944 à Nice. Son nom est inscrit sur une plaque commémorative située à l’angle de l’avenue Thiers et de la rue Paganini et sur le monument commémoratif des résistants du 4e canton de Nice situé dans le jardin Alsace-Lorraine. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 38, tombe familiale6,125.
2. Sauveur Bernardo* né le 26 novembre 1918 à Palazzolo (Italie) : F.F.I., membre des Milices Patriotiques (M.P.), groupe Francis Suarez. Plombier domicilié 11 rue de la Providence à Nice. Il participe le 28 août 1944 aux combats pour la libération de Nice. Le lendemain, il est abattu par son chef de groupe lors d’une dispute concernant la possession d’un revolver. Sauveur Bernardo est mortellement blessé sous le pont de la voie ferrée entre le boulevard Riquier et le boulevard de l’armée des Alpes. Il est mortellement blessé sous le pont de la voie ferrée entre le boulevard Riquier et le boulevard de l’armée des Alpes. Évacué dans un blockhaus place de Riquier où il décède à 18 heures. Son nom est inscrit sur une plaque commémorative là où il fut blessé, sur le Monument Aux Morts de Riquier à Nice, sur la plaque commémorative de l’église Sainte-Claire à Nice, la plaque commémorative de la Résistance à l’hôtel de ville de Nice et la plaque commémorative située sur la façade extérieure de l’église Saint-Augustin à Nice. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré militaire n°58, tombe individuelle. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-19533 (nom Bennardo)126,87127.
3. Maurice Charton né le 1er septembre 1919 à Purgerot : F.F.I., membre de l’A.S. et des F.T.P.F. Employé de commerce (garçon épicier) avec son beau-père domicilié 8 rue Gubernatis à Nice. Engagé volontaire en 1939 au 110e d’Aviation démobilisé en août 1942. Gaulliste. Pendant l’Occupation italienne, il rejoint l’A.S. (Armée Secrète) et le 2ème bureau sous les ordres du capitaine Guary domicilié dans la même rue au 17 dénoncé par un voisin P.P.F., Davo. Guary est arrêté en juin par l’OVRA ainsi que Maurice Charton le 24 juin. Conduit à la villa Lynwood à Nice puis déporté en Italie à Savone, Taggia et Modane. Un ami de la famille, Jooris, consul général de Belgique en France, se rend en Italie et obtient la libération de Charton. Il rentre à Nice le 10 novembre 1943. Les Allemands lui ont donné un laissez-passer qu’il garde en souvenir de sa libération. Il rejoint les F.T.P.F. niçois le 10 décembre 1943. Dénoncé, la Gestapo vient à 4 reprises avec des G.A.- P.P.F. à son domicile pour l’arrêter. Il quitte la région le 1er juin 1944 avec l’aide de Joseph Gallo et se rend le 4 juin 1944 à Dax où il se réfugie chez Jooris. Il travaille à la firme Gausin (coupe de bois pour les mines belges). Le 14 juillet 1944, il revient à Nice puis se rend à Clans avec son épouse et son fils jusqu’à la libération de Nice le 28 août 1944. Fin juillet 1944, il aide le groupe Morgan dans le secteur de Clans (renseignements et siège des Allemands stationnés à Bancairon le 10 août 1944). Il rentre à Nice après le 28 août pour se rendre disponible auprès des F.F.I. dont le siège est situé à l’hôtel Atlantic boulevard Victor Hugo. Il réalise plusieurs enquêtes comme auxiliaire du 2ème bureau et arrête plusieurs collaborateurs dont un ancien milicien portant un brassard F.F.I. Il saisit également du ravitaillement à des collaborationnistes. Il travaille seul. Le samedi 2 septembre, il est vu pour la dernière fois devant le siège de Combat avenue de la victoire à Nice. Il est ensuite arrêté par des F.T.P.F. et emprisonné dans les caves de l’hôtel Splendid, siège des F.T.P.F. niçois. Le 5 septembre 1944, vers 17 heures, un ami, Perress, venu pour un rendez-vous, le voit par une lucarne de la cave depuis la cour et échange quelques mots avec lui. Ce dernier lui demande de se rendre à l’hôtel Atlantic pour savoir quel est le motif de son arrestation qu’il ignore encore. Un F.T.P.F. interrompt alors l’échange car il est interdit de parler avec un prisonnier. 15 minutes plus tard, Perress voit sortir une automobile noire avec plusieurs hommes à bord dont des F.T.P.F. et Maurice Charton. Perress est alors arrêté par le F.T.P.F. qui l’avait empêché de parler avec le prisonnier et gardé à vue pendant 24 heures à l’hôtel Splendid. L’automobile est aperçue par des témoins boulevard de la madeleine à Nice se dirigeant vers la madeleine supérieure. 4 F.T.P.F. avec brassards tricolores et mitraillettes emmènent 2 prisonniers au vallon sabatier vers 18h. Vers 18h30, la voiture redescend sans les prisonniers. Ils ont été exécutés sans procès vers 18h30 dans un sentier longeant la colline de la costière. Un témoin assiste de loin à l’exécution et découvre les corps juste après le départ des F.T.P.F. Le corps de Maurice Charton est retrouvé face contre terre, le crâne explosé par une rafale de mitraillette. Il est identifié grâce à son alliance (avec la date du mariage gravée à l’intérieur) et sa chevalière. Son épouse vient le reconnaître le 6 septembre 1944 au reposoir du cimetière de Caucade à Nice. Le deuxième fusillé n’a pas été identifié. Un mot de Maurice Charton est reçu par un ami, le secrétaire de police Giovanelli le 6 ou le 7 septembre, transmis par une personne emprisonnée avec lui puis libérée. Il y explique qu’on prétend qu’il est un agent de la Gestapo car il a un laissez-passer allemand sur lui (celui de sa libération) mais en fait il semblait sur le point d’arrêter un F.T.P.F. Le laissez-passer aurait fourni un prétexte pour l’arrêter et ensuite l’exécuter. Personne ne se rappelle Maurice Charton parmi les responsables F.T.P.F. lors des passages de la police durant l’enquête. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-42776128. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 1, tombe familiale129[réf. insuffisante].
4. Antoine Genouillac* né le 6 février 1902 à Contes : F.F.I., membre des F.T.P.F., 30e Cie, Milices Patriotiques (M.P.). Membre de la Résistance depuis octobre 1941. Chauffeur domicilié 22, rue Scaliéro à Nice. Le 28 août 1944, il participe aux combats pour la Libération de Nice. Membre des G.C.R., il est tué le 29 août à 18h30 dans une échauffourée avenue de la république à Nice en voulant procéder à l’arrestation des frères Monti, membres d’un groupe d’une quinzaine de chemises noires des secteurs république et risso. L’un des collaborateurs, Joseph Monti, est abattu sur le pont barla. Son nom est inscrit sur le Monument Aux Morts de Riquier à Nice-Riquier et sur une plaque commémorative située 42, avenue de la République à Nice. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-192332130,87,107>131.
5. Émile Krieger* né le 20 novembre 1890 à Sarreinsming : F.F.I. membre des F.T.P.F., groupe René (René Canta). Retraité de la Gendarmerie depuis le 7 mars 1940. Domicilié villa pervenche à Cimiez à Nice. En octobre 1941, il vend des journaux sur la promenade des anglais et est arrêté par la police française pour avoir crié « Goering arrêté ». Il rejoint la Résistance en octobre 1942 (renseignements, recrutement, ravitaillement). Pseudos A0445, Jean-Louis, Lamontre, Lacroix. Il participe aux combats pour la libération de Nice le 28 août 1944. Avec un groupe de résistants, il reçoit l’ordre d’attaquer les allemands présents à la villa Paradisio à Cimiez à Nice. Il essaie mais en vain de couper les voies de circulatio. Les allemands doivent cependant décrocher mais Émile Krieger, sans doute blessé en position avancée, est capturé. Il est emmené par les allemands dans leur retraite vers l’Italie. Il est ensuite déporté au K.L. Dachau (Allemagne) et décédé le 11 janvier 1945 à Innsbruck. Son nom est inscrit sur une plaque commémorative au 24, boulevard de Cimiez et sur le Monument Aux Morts de Cimiez à Nice70132.
6. Antoine Souchon né le 8 février 1893 à Monistrol-sur-Loire : F.F.I., membre du mouvement Combat, groupe Deguin. Chauffeur domicilié 8 avenue Durante à Nice. Il est probablement abattu par une patrouille allemande le 27 août le long du Var, route de Grenoble, en relevant la position des mines dans le fleuve Var. Son corps est retrouvé le matin 28 août 1944. Il est Inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-161382133.

Les 32 civils tués à Nice

1. Jean Authement né le 13 juin 1914 à Créteil : Employé S.N.C.F. domicilié 53, boulevard de Cessole à Nice. Grièvement blessé par un tir allemand alors qu’il se rend au travail le matin de l’insurrection du 28 août 1944. Décédé à la clinique rue Mantéga vers seize heures. Son nom est inscrit sur le Monument Aux Morts de la gare Saint-Charles de Marseille 01, la plaque commémorative 1939-1945 des agents S.N.C.F. de la gare centrale de Nice et le monument commémoratif de la Libération de Nice (06) (nom Autheman). Il est reconnu Mort pour la France. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes de guerre, tombe individuelle129[réf. insuffisante].
2. Dominique Baldelli né le 25 novembre 1896 à San Giustino (Italie) : Maçon. Tué à 10 heures à Saint-Isidore dans un bombardement allemand le jour de l’insurrection du 28 août 1944 à Nice. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 41, tombe familiale134[réf. insuffisante].
3. Louise Barraya née le 21 novembre 1932 à Nice : Domiciliée 2 rue colombo à Nice. Décédée à 16 heures à son domicile le jour de l’insurrection du 28 août 1944 à Nice. Reconnue Mort pour la France. Elle est inhumée au cimetière communal de Caucade à Nice, carré K, tombe familiale135[réf. insuffisante].
4. Claire Bègue née le 27 novembre 1881 au Puy-en-Velay : Domiciliée 10 rue Puget à Nice. Décédée à 18 heures à son domicile le jour de l’insurrection du 28 août 1944 à Nice.Reconnue Mort pour la France136[réf. insuffisante].
5. Jean Bobichon* né le 6 novembre 1922 à Nice : F.F.I., membre du mouvement Libération-Sud. Surnommé Boby. Étudiant domicilié 5 rue de la préfecture à Nice. Citation à l’Ordre de la Croix rouge, Citation à l’Ordre de l’Armée, Croix de guerre avec palme. Membre des équipes d’urgence de la croix rouge française. Le 28 août 1944, il rejoint le poste de secours de la Croix Rouge française installé place du palais de justice. Au retour d’une évacuation vers l’hôpital Saint-Roch, l’équipe composée d’une infirmière avec uniforme et de deux infirmiers avec brassards de la C.R.F. est touchée près du poste de secours par un obus tiré par les allemands. Jean Bobichon est mortellement blessé. Décédé durant son transfert vers l’hôpital Saint-Roch vers 15h30. Il est reconnu Mort pour la France. Son nom est inscrit sur la plaque commémorative de la Résistance à l’hôtel de ville de Nice et sur une plaque commémorative sur la tour de la caserne Rusca, place du Palais de Justice6,67137138.
6. Gaston Bonfils né le 3 octobre 1898 à Nice : Taxi-vélo domicilié 12 rue Reine Jeanne à Nice. Tué le 28 août 1944 à 11 heures boulevard Gambetta dans les combats pour la libération de Nice. Reconnu Mort pour la France139[réf. insuffisante].
7. Laurent Calzia né le 2 juin 1898 à Nice : Représentant de commerce domicilié avenue de Cyrnos à Nice. Décédé à 17 heures à son domicile le 28 août 1944 dans les combats de la Libération de Nice. Reconnu Mort pour la France140[réf. insuffisante].
8. Antoine Simon Codaccioni né le 11 février 1901 à Bilia : Surveillant de la S.N.C.F. domicilié 15 bis avenue des diables bleus à Nice. Le 28 août 1944, le jour de l’insurrection de Nice, il se trouve au travail dans la cour de la gare S.N.C.F.. Un allemand le voit et le prend pour un F.F.I.. Il lui tire une rafale de balles explosives. Grièvement blessé, il décède des suites de ses blessures le 1er septembre 1944 à 17 heures au 31, rue de Paris à Nice. Son nom est inscrit sur la plaque commémorative 1939-1945 pour les agents S.N.C.F. de la gare centrale de Nice, le Monument Aux Morts de la gare Saint-Charles à Marseille 01 et le livre d’or de la résistance de Sartène. Il est reconnu Mort pour la France. Il est initialement inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré militaire 48, tombe individuelle. Son corps a depuis été transféré129[réf. insuffisante].
9. Amédée Degioanni né le 4 février 1872 à Aisone (Italie) : Cultivateur domicilié propriété Degioanni, quartier de l’Archet à Nice. Décédé à 16h45 à son domicile durant les combats de la Libération de Nice. Reconnu Mort pour la France141[réf. insuffisante].
10. Claude Demai né le 10 février 1888 à Sainte-Agnès : Employé à la S.N.C.F. domicilié 36 rue Reine Jeanne à Nice. Mortellement blessé par une balle allemande durant les combats pour la Libération de Nice le 28 août 1944. Il se trouve dans le square Saint-Étienne (actuel square Colonel Jeanpierre) alors qu’il vient de sortir du lieu surnommé P.V. (petite vitesse), dépendant de la gare centrale, pour rentrer à son domicile. Transporté à son domicile où il décède à 12h45. Son nom est inscrit sur la plaque commémorative 1939-1945 pour les agents S.N.C.F. de la gare centrale de Nice et le Monument Aux Morts de la gare Saint-Charles à Marseille 01 et le livre d’or de la résistance de Sartène. Il est reconnu Mort pour la France. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes de guerres, tombe individuelle129[réf. insuffisante].
11. Abel Durville né le 28 avril 1895 à Amilly : Hôtelier domicilié 45 rue de l’hôtel des postes à Nice. Mortellement blessé par un tir allemand et décédé à son domicile à 16h30 durant les combats pour la Libération de Nice le 28 août 1944. Reconnu Mort pour la France. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 41, tombe familiale142[réf. insuffisante].
12. Mathilde Faugué née le 21 novembre 1910 à Nice : Domiciliée 1 rue Marceau à Nice (06. Tuée le 28 août 1944 lors des combats de la Libération de Nice. Mortellement blessée vers 10h30 en même temps que Paulette et Jean Sénémaud par les allemands. Les soldats de passage tirent depuis la route à bord des camions. Mathilde Faugué est touchée par un balle dans la gorge. Elle est évacuée mais décède à 21 heures à la clinique Mantéga. Elle est reconnue Mort pour la France143[réf. insuffisante].
13. Guillaume Franzini né le 15 avril 1890 à Diano Marina : Plombier-zingueur domicilié 49 boulevard Joseph Garnier à Nice. Il est grièvement blessé le 28 août 1944 dans les combats pour la libération de Nice (06). Il décède des suites de ses blessures le 17 mai 1947 à 8 heures à son domicile. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif de la Libération de Nice. Il est reconnu Mort pour la France. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 11, tombe familiale72.
14. Raoul Gauthier né le 24 novembre 1907 à Marseille : Musicien domicilié 2 rue François 1er à Nice. Employé comme musicien depuis 1941 par le cabaret Plantation 34 rue Masséna à Nice. Tué par les allemands le 28 août 1944 à Nice dans les combats de la Libération de Nice (06). Sorti de son domicile dans l’après-midi pour une raison inconnue, iIl arrive à l’angle des rues Alphonse Karr et François Ier. Un groupe d’allemands stationné boulevard Victor Hugo à la Feldkommandantur le voit et tire une rafale sur lui. Il est touché par une balle qui lui traverse le corps. Il s’affaisse et est secouru par des voisins dont son employeur Jacques Chapron. Transporté à son domicile, il y décède quelques instants plus tard à 17 heures. Corps transporté le lendemain à la morgue de l’hôpital Saint-Roch à Nice. Une restitution de corps aux frais de l’État a été demandée par sa soeur Antoinette Gauthier épouse Olive au cimetière d’Arles, caveau de Zoé Ténot de Lespinois, mais n’a pas eu lieu. Il est reconnu Mort pour la France. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle129[réf. insuffisante].
15. Camille Gorlero né le 30 juillet 1876 à Nice : Cultivateur domicilié propriété la vista chemin de Bellet à Nice. Décédé à 17 heures à son domicile le 28 aout 1944 durant les combats de la Libération de Nice. Reconnu Mort pour la France144[réf. insuffisante].
16. Élise Grunheber née le 8 septembre 1917 à Fontenoy-sur-Moselle : Domiciliée 43 avenue Giacobi à Nice. Mortellement blessée dans un bombardement lors des combats de la Libération de Nice. Décédée à six heures à son domicile le 31 août 1944. Reconnue Mort pour la France. Elle est inhumée au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle (nom Muller, son nom avant son divorce)145[réf. insuffisante].
17. Romulus Ioni né le 23 mars 1892 à Apecchio (Italie) : Matelassier domicilié 4 rue du Jésus à Nice. Naturalisé en 1927. Tué le 28 août 1944 durant les combats de la Libération de Nice. Tué par un obus de mortier rue centrale à 16 heures dans le bombardement allemand. Il est reconnu Mort pour la France. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle129[réf. insuffisante].
18. Constant Jeudy né le 3 avril 1875 à Campos (Brésil) : Secrétaire administratif domicilié 15 avenue Shakespeare à Nice. Mortellement blessé par une balle de mitrailleuse allemande le 28 août 1944 durant les combats de la Libération de Nice. Il est touché alors qu’il traverse le boulevard Gambetta pour se rendre à son travail. Décédé à 16 heures à l’hôpital Saint-Roch. Il est reconnu Mort pour la France. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle129[réf. insuffisante].
19. Josette Mélia née le 31 janvier 1924 à Nice : Secrétaire dactylographe au centre de réforme de la caserne Rusca à Nice domiciliée 9 rue Michel-Ange à Nice. Tuée à 15 heures dans les bombardements allemands du 28 août 1944 à Nice durant les combats de la Libération de Nice. Un éclat de mortier l’atteint alors qu’elle se trouve dans les locaux du centre de réforme de la caserne Rusca à Nice. Elle est reconnue Mort pour la France. Elle est inhumée au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle129[réf. insuffisante].
20. Ernestine Monti née le 17 octobre 897 à Agliano Terme (Italie) : Femme de ménage domiciliée 36 boulevard Dubouchage à Nice. Elle épouse un nommé Bosca. Décédée à 18 heures à l’hôpital Sant-Roch le 28 août 1944 à Nice (06) durant les combats de la Libération de Nice (06). Reconnue Mort pour la France146[réf. insuffisante].
21. Robert Petitnicolas né le 4 septembre 1900 à Saint-CloudNice : Placier domicilié 89 boulevard de Cambrai à Nice. Décédé à 20h30 31 rue de Paris le 28 aout 1944 dans les combats de la Libération de Nice. Reconnu Mort pour la France147[réf. insuffisante].
22. Napoléon Polchi né le 24 avril 1896 à Nice : Menuisier domicilié 9 boulevard Tzarévitch à Nice. Décédé à 18 heures à son domicile le 28 aout 1944 dans les combats de la Libération de Nice. Reconnu Mort pour la France148[réf. insuffisante].
23. Lina Polidori née le 23 octobre 1909 à Nice : Domiciliée 74 avenue Saint-Barthélémy à Nice. Tuée par une balle tirée par un soldat allemand le 28 août 1944 dans les combats de la Libération de Nice. Décédée à son domicile à 15 heures. Elle est reconnue Mort pour la France. Elle est inhumée au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 4, tombe familiale149[réf. insuffisante].
24. Louis Quilico né le 24 avril 1896 à Nice : Employé de banque à la société Lyonnaise de Dépôt domicilié 4 rue du Jésus à Nice. Tué rue de la Préfecture à 8 heures par les allemands le 28 août 1944 dans les combats de la Libération de Nice. Mention Mort pour la France refusée par manque d’informations précises sur les conditions du décès. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle129[réf. insuffisante].
25. Antoine Revoul né le 2 avril 1900 à Saint-Chamond : Employé. Tué le 28 août 1944 à 14 heures quai Galliéni dans les combats pour la libération de Nice. Reconnu Mort pour la France150[réf. insuffisante].
26. Axel Robertson-Proschowsky né le 24 juillet 1904 à Nice : Domicilié chemin des grottes rue des tropiques à Fabron à Nice. Mortellement blessé le 28 août 1944 dans les combats de la Libération de Nice. Décédé à l’hôpital Saint-Roch à Nice à 19 heures le 28 août 1944. Il est reconnu Mort pour la France. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle129[réf. insuffisante].
27. Jean Sénémaud né le 5 juillet 1933 à Marseille : Domicilié 15 avenue Saint-Laurent à Nice. Tué le 28 août 1944 lors des combats de la Libération de Nice. Abattu chez lui à 10h30 avec sa petite sœur Paulette Sénémaud par les allemands. Les deux enfants se trouvent dans le jardin clôturé attenant à la demeure familiale. Les soldats de passage à bord de camions ont tiré depuis la route qui surplombe le jardin. Il est reconnu Mort pour la France. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe partagée avec sa soeur129[réf. insuffisante].
28. Paulette Sénémaud née le 4 mars 1936 à Marseille : Domiciliée 15 avenue Saint-Laurent à Nice. Tuée le 28 août 1944 lors des combats de la Libération de Nice. Abattu chez lui à 10h30 avec son grand-frère Jean Sénémaud par les allemands. Les deux enfants se trouvent dans le jardin clôturé attenant à la demeure familiale. Les soldats de passage à bord de camions ont tiré depuis la route qui surplombe le jardin. Elle est reconnue Mort pour la France. Elle est inhumée au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe partagée avec son frère129[réf. insuffisante].
29. Marguerite Sirone née le 9 décembre 1881 à Fossano : Domiciliée 93 boulevard Gambetta à Nice. Nationalité italienne. Tuée le 28 août 1944 à midi dans les combats de la Libération de Nice. Retrouvée morte chez elle. Les allemands ont mis un mortier en batterie devant chez elle. Elle aurait été tuée par un éclat d’obus alors qu’elle se trouvait devant sa fenêtre. La mention Mort pour la France est refusée par manque de précisions sur les conditions de son décès. Elle est inhumée au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 70, tombe familiale129[réf. insuffisante].
30. Charles Tua né le 15 janvier 1866 à Saluzzo (Italie) : Coiffeur domicilié 7 rue Paul Déroulède à Nice. mortellement blessé par un tir allemand le 28 aout 1944 dans les combats de la Libération de Nice. Décédé à 23 heures 7 avenue Durante (clinique Saint-Antoine). Reconnu Mort pour la France. Il est inhumé dans le cimetière communal de Caucade à Nice, carré 28, tombe familiale 151.
31. Ernest Toselli né le 4 novembre 1917 à Nice : Boucher domicilié à Nice. Décédé à 15h30 3 rue fontaine de la ville prolongée le 28 aout 1944 dans les combats de la Libération de Nice. Reconnu Mort pour la France. Inhumé cimetière communal de Caucade à Nice, carré 9, allée du canal, tombe familiale152[réf. insuffisante].
32. Marie Vives née le 28 février 1908 à Saîda (Algérie) : Secrétaire domiciliée villa Flandre avenue Brasini à Nice. Décédée à 22 heures à l’hôpital Saint-Roch durant les combats de la Libération de Nice. Reconnue Mort pour la France153.

Les 2 civils tués par les bombardements allemands à Saint-Laurent-du-Var

Eraldo Cippoli né le 3 avril 1875 à Sansepolcro (Italie) : Journalier agricole domicilié villa augustine quartier des gallinières à Saint-Laurent-du-Var. Tué par un obus allemand dans un bombardement sur le quartier des gallinières le 28 août 1944 à 20 heures à la villa Augustine Saint-Laurent-du-Var. Son nom est inscrit sur les plaques commémoratives pour les victimes civiles place Adrien Castillon à Saint-Laurent-du-Var154[réf. insuffisante].
Roger Curti né le 22 janvier 1921 à Châteaudun-du-Rhumel (Algérie) : Mécanicien domicilié villa Marie Nil quartier des gallinières à Saint-Laurent-du-Var. Tué par un obus allemand dans un bombardement sur le quartier des gallinières le 28 août 1944 à 20 heures à la villa Marie Nil Saint-Laurent-du-Var. Son nom est inscrit sur les plaques commémoratives pour les victimes civiles place Adrien Castillon à Saint-Laurent-du-Var155

 

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L’épuration à Nice

L’épuration extra-judiciaire avant la Libération
Dès 1943, les organisations de résistance ont décidé d’éliminer physiquement des collaborationnistes (cadres de la Milice française et du PPF très engagés dans la politique de collaboration) voire de délateurs (qui ont provoqué l’arrestation de résistants ou de Juifs persécutés). 57 personnes ont ainsi été abattues avant la Libération dans 21 communes des Alpes-Maritimes (27 à Nice) : 15 en 1943 (12 à Nice), 16 entre le 1er janvier et le 6 juin 1944 (8 à Nice), 26 entre le débarquement en Normandie et la Libération (7 en Nice)156.

Voici quelques-unes de ces opérations d’élimination.
Dans la nuit du 14 au 15 avril 1943, l’agent de l’OVRA à Nice, Oswaldo Angrisani, ressortissant italien, est éliminé. Oswaldo Angrisani est né le 14 novembre 1896 à Turin. Le sénateur de l’Isère, Léon Perrier, en résidence à Nice, a monté un groupe de résistants. Angrisani est jugé trop habile et les résistants décident de le supprimer. En quelques mois, cet individu brutal a arrêté une vingtaine de membres du groupe. Deux hommes sont appelés de Grenoble pour régler l’affaire. Angrizani réside au Mont-Boron, 189 boulevard Carnot, dans une petite villa niçoise appelée l’Éolienne, à une centaine de mètres de l’hôpital anglo-américain. Au bout du jardin se trouve un garage qui donne directement sur la route avec un toit en terrasse sur lequel deux gardes armés se tiennent en permanence. Angrizani aime le jeu et sort presque chaque soir au casino de Monte-Carlo et rentre à l’aube. L’objectif est de l’abattre à son retour du casino. Le sénateur et les deux tueurs se rendent sur place à deux reprises sans succès. La troisième reprise est la bonne. Vers trois heures du matin, Angrizani arrive et il est abattu. Les trois hommes parviennent à s’enfuir157.

Le 5 juin 1943 sont exécutés à 10h30 Joseph Moraglia et son épouse Séraphine Giordano, des commerçants fascistes délateurs du quartier Magnan domiciliés 9 avenue de la Californie. Joseph Moraglia est tué sur le coup. Son épouse décède de ses blessures à l’hôpital Saint-Roch à midi. Cette exécution entraîne des représailles menées par une centaine de membres des gruppi d’Azione Nizzarda. Ils se rendent dans le quartier Magnan. Ils y saccagent les appartements et les commerces de français et de naturalisés suspectés d’appartenir à la mouvance communiste158.

Le 24 novembre 1943, le docteur Adolphe Tourtou, est abattu sur les marches de l’hôpital Saint-Roch vers dix-sept heures. Adolphe Tourtou est né à Pignans dans le Var le 4 janvier 1896. Docteur en médecine, il est adjoint au maire de Nice et secrétaire fédéral du PPF. Il est marié et domicilié 45 boulevard Victor-Hugo à Nice. Le 28 novembre a lieu au Palais des Fêtes, boulevard Victor-Hugo, à Nice, un grand meeting. Joseph Darnand et Philippe Henriot prennent la parole. Avant le meeting, ils vont s’incliner devant la dépouille du docteur Tourtou. Dans leurs discours, Darnand et Henriot jurent de le venger. De nombreux miliciens sont venus de toute la région. Le soir, les miliciens mangent au restaurant de la Légion, 17, rue Pertinax. Le repas terminé, un groupe de miliciens sort du restaurant. De la rue Saint-Siagre, une main envoie une grenade sur le groupe. Cinq miliciens de l’escorte de Darnand sont tués, 6 sont blessés. En représailles de ces attaques, six résistants (dont Jean Lamy et Eugène Courbet du groupe Léon de Nice, l’opticien Octave Grandperret et le boulanger Guillaume Stuerga arrêtés par la Gestapo en novembre à Vence) détenus au quartier allemand de la Maison d’Arrêt de Nice sont exécutés le 26 décembre 1943 par le Groupe d’Action du PPF159,158.

Le cadre milicien Ernest Dausse est abattu le 6 février 1944 à Nice. Il est né le 24 octobre 1908 à Nice. Musicien, il est domicilié 15 rue de la Préfecture à Nice. Il décède à l’hôpital Saint-Roch des suites de ses blessures158.
Le 29 mai 1944, vers quinze heures, Georges Karakaïeff est exécuté. Ancien légionnaire, né à Moscou vers 1900, il est devenu un agent de la Gestapo. Il est domicilié 48 rue Rossini à Nice. Il aime la compagnie féminine. Une jolie jeune femme brune de la Résistance le rencontre un jour par hasard et il l’accoste. Elle l’a reconnu et accepte le rendez-vous. Le couple se promène le 29 mai 1944 chemin de Bellet à Nice. Prévenu du rendez-vous par la jeune femme, la résistance a envoyé un de ses hommes qui abat Karakaïeff à coups de revolver. L’agent de la Gestapo meurt sur place160.

Raoul Scaiola est exécuté et mortellement blessé. Il décède à 2h45 le 19 juillet à Nice à la clinique du parc impérial161. Il était membre d’un des trois groupes des G.A. – P.P.F. niçois162.
Charles Passeron, maire de Lantosque, est exécuté le 24 juillet 1944158.
Georges Bensa, avocat, rédacteur des discours de Darnand, est exécuté le 2 août 1944158. Il décède le 3 août 1944 à 8 heures à l’hôpital Saint-Roch à Nice163

L’épuration extra-judiciaire à la Libération
Entre la Libération et la mise en place des tribunaux épurateurs, 73 exécutions sommaires ont lieu dans 18 communes (36 à Nice) dont 10 à Antibes le 23 septembre 1944 au Fort Carré en représailles de la mort d’un jeune FTP la veille. Huit exécutions ont également eu lieu après le début de l’activité des cours de Justice. À Nice, 34 exécutions ont lieu avant le 23 septembre 1944, le premier jour du fonctionnement de la Cour de Justice de Nice et 2 après164.
Plusieurs cas d’exécutions sommaires peuvent être relevés à Nice durant l’insurrection niçoise du 28 août 1944 et dans le flottement des jours qui suivent. Le Comité insurrectionnel appelle ainsi le matin du 28 août à commencer « une épuration énergique de tous les salopard connus ».

Le 28 août 1944, vers 4 heures du matin, les FFI investissent le passage à niveau (actuel carrefour du 28-Août). Ils capturent une camionnette. Conduits par le chauffeur de taxi « Manus », Louis Sana et Aimé Paiche parcourent le quartier pour y arrêter les « chemises noires » fascistes qu’ils connaissent. Quelques-uns seront exécutés dans la journée165.
Le soir du 28 août vers 20 heures, on frappe à la porte de F., il ouvre, descend quelques marches et est abattu166.
Un sympathisant fasciste italien est exécuté à l’entrée du tunnel Pessicart, de la voie ferrée du train des Pignes. Son corps reste exposé, pour l’exemple, sur le ballast, avec défense de lui porter secours
Au dépôt de locomotives Saint-Roch, un collaborateur est poursuivi sur les voies, et mutilé d’un bras, sous la roue d’une locomotive

Gare de Riquier, un couple de collaborateurs… et leur chien sont pendus à un réverbère[réf. nécessaire].
Place Saluzzo, une famille de collaborateurs notoires accueille et séquestre littéralement un soldat américain, abreuvé, saoulé, gavé, et cajolé, pour éviter l’intrusion des justiciers résistants[réf. nécessaire].
Dans la plaine du Var, une famille de collaborateurs notoires choisit de résister les armes à la main aux épurateurs. L’escarmouche ne se prolonge guère, les justiciers ne font pas justice et vont porter leurs foudres ailleurs[réf. nécessaire].
Le 29 août, le couple Ange Baroni et Joséphine Marenghi est exécuté à son domicile du 212 boulevard du au Mont-Boron à 20 heures166.

Trois hommes domiciliés à Villefranche-sur-Mer, Félix Gautier, Georges Le Grand et Pierre Cappeletti, sont arrêtés à Villefranche-sur-Mer, jugés par un tribunal militaire improvisé de F.F.I. et fusillés le 30 août 1944 à Nice à 9 heuresaux Plâtrières, derrière les nouvelles prisons de Nice166.
Le 1er septembre à minuit, deux hommes sont jugés par un tribunal militaire improvisé de F.F.I. et fusillés au lycée de garçons à Nice : Joseph Allavena et Séraphin Cipre166. Joseph Allavena était le Responsable avec Pierre Bramardi du bureau social niçois du P.P.F.. Ce bureau s’occupait des familles des engagés de la L.V.F. et de la S.S. mais aussi d’arrestations de résistants167
Le 9 septembre, le cadavre du médecin Paul Comes est découvert vers midi au quartier de Saint-Pierre-de-Féric168. Trois autres corps sont retrouvés le même jour au quartier de la Sirole à Saint-Pancrace : Angèle Martini décédé vers 11 heures, Jean Tortarola et un inconnu décédés vers 15 heures168.
Le 11 septembre 1944, un homme d’environ 30 ans et une femme d’environ 65 ans sont exécutés vers 22 heures au lieu-dit terrain Bonfils à la hauteur du 428 boulevard de la madeleine. Les corps sont découverts enterrés à environ 10 mètres de la route le lendemain 41

Jacques Aber est agressé quelques jours avant la Libération puis transporté à l’hôpital Saint-Roch pour y être soigné. Le 12 septembre, à 13 heures, il est achevé d’une balle dans la tête à l’hôpital168. Il était membre d’un des trois groupes des G.A. – P.P.F. niçois167.
Le corps sans vie d’un inconnu est retrouvé le 22 septembre 1944 à Gairaut à Nice169.
Au moment de la Libération, entre fin août et fin septembre, des arrestations massives, sans précédent, ont lieu dans le département. Près de 2.532 personnes sont emprisonnées fin septembre dans des dizaines de centre d’internement. L’entassement et la promiscuité posent rapidement problème ainsi que la situation sanitaire (manque d’eau courante, d’hygiène, de paillasses…). Ses arrestations sont opérées dans la confusion sans que l’on sache vraiment qui est détenu et où170. Enfin libres, la crainte demeure des actions d’une 5e colonne170. Cette situation a permis plusieurs abus (libérations injustifiées, disparition de dossier et de personnes, sévices corporels, liquidations, extorsion de fonds…). La police d’épuration du Comité départemental de libération est montrée du doigt par le préfet pour des irrégularités commises à l’hôtel Scribe de Nice : tortures, extorsion de fonds… Dès le 28 septembre, le commandant Max est arrêté pour des vols et des disparitions de détenus. Sous le couvert du brassard FFI, cet aventurier avait organisé une épuration sauvage à l’hôtel Adriatic. On se rend finalement compte que 50% des membres de cette police sont des repris de justice. Cette police est dissoute le 26 décembre 1944171.
Plusieurs lieu d’internement sont utilisés à Nice et alentours : maison d’arrêt, hôtel Scribe (avenue Georges-Clemenceau) et hôtel Suisse (réquisitionné, quai Rauba-Capeu) à Nice, casernes de La Galinière à Saint-Laurent-du-Var et Saint-Jean-d’Angély à Nice170.
Plusieurs dizaines de femmes ont également été tondues, pour collaborations avec les Allemands (qui n’ont occupé Nice qu’un an) mais surtout pour les sympathisantes fascistes, militantes depuis 1940 du rattachement de Nice à l’Italie.

Les dernière exécutions sommaires
À partir du 23 septembre 1944, la cour de Justice de Nice commence à se réunir. L’épuration judiciaire et légale commence. Cependant, quelques exécutions sommaires ont lieu jusqu’au 8 octobre 1946.
Le 2 février 1945, les corps de deux femmes, Suzanne Defeu et Georgette Capitaine, exécutées par la Résistance, sont retrouvés à la Madonette-Terron, près de la statue172.
Le 18 mars 1945, un métayer italien, Settimio Carletti, 66 ans, est tué par un groupe de 8 individus à la place de ses deux fils en fuite173,164.
Le 14 mars 1946, on découvre le corps du boulanger Joseph Innocenti. dans son fournil. Le corps est criblé de balles de mitrailleuse. Ce boulanger avait été arrêté à la Libération à cause de ses opinions fascistes. On ignore cependant s’il s’agit d’un crime crapuleux ou d’un règlement de compte174.
Le 8 octobre 1946, le docteur Jacques Meyzenc, président départemental du PPF, collaborateur notoire, est exécuté à l’hôpital Pasteur. Condamné à mort, à la dégradation nationale et à la confiscation de ses biens le 25 juin 1946 par la cour de Justice de Nice, sa peine a été commuée en travaux forcés à perpétuité. Certains résistants refusent d’admettre ces décisions. Une première tentative d’exécution a lieu le 21 septembre lors du transfert du prisonnier à Marseille alors que celui-ci se trouve entre deux gendarmes dans le compartiment du train. Grièvement blessé, il est emmené à l’hôpital Pasteur à Nice, pavillon des détenus où il est finalement exécuté par des inconnus. Il s’agit de la dernière exécution extra-judiciaire connue dans les Alpes-Maritimes175,164.

Le rétablissement de la légalité républicaine
La presse résistante, notamment la presse communiste du Front National, réclame une épuration sévère et expéditive, justifiant même les exécutions sommaires et illégales comme celles du Fort Carré le 23 septembre 1944 (10 fusillés sans jugement). Les exécutions du Fort Carré sont fermement condamnées par le préfet et le Comité départemental de libération. Une polémique éclate. La presse communiste critique l’action du Comité départemental de Libération jugée trop laxiste176. La légalité républicaine parvient cependant lentement à s’imposer.
Le préfet Escande et le Comité départemental de Libération interviennent pour clarifier la situation des 2 532 personnes interpellées et toujours internées fin septembre 1944. Le préfet obtient des listes et des lieux de détention. Raymond Aubrac, commissaire régional de la République réclame également un tri dans les centres d’internement. Fin novembre, il reste 2 130 internés, 1 532 en décembre et 1 389 en février177. Au total, 4 127 personnes ont été internées à un moment donné pour fait de collaboration dans les Alpes-Maritimes. C’est deux fois plus que par exemple dans l’Hérault (2 011 personnes)156.

L’épuration judiciaire

Un tribunal militaire FFI fonctionne à Nice du 17 septembre au 18 octobre 1944, présidé par le commandant Chasuble, assisté des commandants Malherbe et Parent, des capitaines Michel, Gatti et Lorrain178. Il se prononce sur cinq cas178 
le chauffeur de taxi italien César Fiorucci impliqué dans la dénonciation des résistants Torrin et Grassi et pendus le 7 juillet 1944 à Nice. Il est né le 14 octobre 1914 à Città di Castello (Pérouse). Il est chauffeur. Il est condamné à mort le 23 septembre. Il est fusillé en public le 27 septembre 1944 à sept heures sept minutes, sur le quai des États-Unis à Nice, plage Beau Rivage, par un peloton de 12 FFI.

- trois autres hommes impliqués dans cette même dénonciation des résistants Torrin et Grassi et condamnés à des amendes.

- Le tribunal juge également le capitaine FTP Louis Pietri qui a commandé le peloton d’exécution du Fort Carré (10 fusillés illégalement). Il est acquitté le 5 octobre mais cassé de son grade.

Les tribunaux spécialisés se mettent en place.
Les Cours de Justice pour les cas graves de collaboration (intelligence avec l’ennemi, délation, participation aux combats sous uniforme ennemi) : 1re section (23 septembre 1944) et 2e section (24 janvier 1945) de Nice, cour de Justice de Grasse (9 février 1945)179.
Les chambres civiques pour les cas mineures de collaboration (délit d’appartenance à un mouvement anti-national) : 1re section (5 décembre 1944) et 2e section (25 janvier 1945) de Nice, chambre civique de Grasse (27 février 1945)179.
Les cours de Justice voient comparaître 1167 prévenus (909 hommes, 258 femmes, 686 français et 481 étrangers dont 421 italiens). 33 peines capitales sont décidées (30 hommes et 3 femmes), 223 peines de travaux forcés et 674 peines de réclusion. 237 personnes sont acquittées (27 %). Sur les 33 condamnations à mort, 22 hommes et 2 femmes sont graciés par le commissaire régional de la République ou du chef du gouvernement provisoire. 9 personnes sont exécutées179:

Liste des 9 personnes exécutées dans les Alpes-Maritimes suite à un Jugement des Cours de Justice des Alpes-Maritimes
- Yvonne Davaine, délatrice, condamnée le 16 octobre 1944 par la Cour de Justice de Nice et exécutée le 19 octobre 1944.

- Jean Garel de Koenig, gestapiste, condamné le 14 novembre 1944 par la Cour de Justice de Nice et exécuté le 23 décembre 1944.

- Félix Valetti, délateur, condamné le 13 janvier 1945 par la Cour de Justice de Nice et exécuté le 6 février 1945.

- Marius Fugairon, milicien, condamné le 22 février 1945 par la Cour de Justice de Grasse et exécuté le 15 mars 1945.

- Richard Held : Originaire de Moselle. Trois fois condamné pour vol, il rejoint la Gestapo comme interprète et devient lieutenant de la Gestapo cannoise. Surnommé lieutenant Richard. Sa maîtresse est Berthe Blanchet épouse Jaubert, domiciliée à l’époque avenue des Palmiers à Cannes. Responsable de vols, tortures et assassinats commis à Cannes notamment dans les caves de la villa Montfleury, siège de la Gestapo cannoise. Il a ainsi exécuté d’une balle dans la tête le juif Samuel Smilévitch, croix de guerre avec 7 citations, médaille militaire, invalide de guerre à 60 %, secrétaire de la maison des prisonniers de Cannes. Samuel Smilévitch est arrêté par le GAPPF de Cannes puis livré à la Gestapo le 24 juin 1944. Il refuse de donner une liste des juifs de Cannes. Son corps est retrouvé dans un chemin à Mougins près de Cannes le 25 juin 1944. Richard Held est également un des trois officiers (avec le lieutenant Willy Bauer et la capitaine Hans Josef Moser) qui fusillent le 15 août 1944, à 20 h 30, 10 résistants qui se trouvent dans les 4 cellules des caves de la villa Montfleury, juste avant d’évacuer les locaux. Malheureusement pour les assassins, sur les 11 résistants voués à la mort, trois survivent. L’inspecteur de police Edouard Negri profite de l’action courageuse de Concetta Biacca. Bauer bloque la sortie et tire une balle dans la tête de la jeune femme alors qu’elle quitte la dernière sa cellule. C’est le début de la tuerie. Mortellement blessée, elle l’agrippe et parvient à le faire tomber. Edouard Negri en profite pour foncer vers la sortie et parvient ainsi à s’échapper dans la rue malgré les tirs. Furieux, les officiers s’acharnent sur les 10 résistants qui restent et vident leurs chargeurs sur eux. Dans la folle fusillade, Bauer blesse même son complice Held d’une balle dans le pied. Leur crime accompli, ils quittent Cannes pour Nice puis partent vers l’Italie le 17 août. Cependant, deux résistants grièvement blessés vont survivre à leurs blessures : Louis Balesi et Marcel Neydorff. Blessé au pied, Richard Held doit s’arrêter le 17 août à Monte-Carlo avec sa maîtresse pour se faire soigner. Il est finalement arrêté à la Libération. Pour ses différents crimes, Richard Held est condamné à mort le 6 décembre 1945 par la Cour de Justice de Grasse et exécuté le 19 avril 1946.

- Eugène de Balintfly, gestapiste, condamné le 6 décembre 1945 par la Cour de Justice de Nice et exécuté le 12 février 1946.

- Eugène Jost, gestapiste, condamné le 26 mars 1946 par la Cour de Justice de Nice et exécuté le 28 mai 1946.

- Louis Delclève, gestapiste, condamné le 20 juin 1946 par la Cour de Justice de Nice et exécuté le 25 avril 1947.

- Félix Trucchi, GAPPF, condamné le 16 juillet 1946 par la Cour de Justice de Nice et exécuté le 23 août 1946.

Après le 31 juillet 1946, les condamnés à mort sont transférés à Aix-en-Provence ou au tribunal militaire de Marseille179. La plupart bénéficient de remises de peine puis des amnisties de 1951 et 1953180.
445 détenus sont jugés par contumace. Ce sont bien souvent les dossiers les plus lourds (tortionnaires de la Milice et du GAPPF, Waffen-SS…). 132 peines capitales et 5530 années de travaux forcés sont décidées180.
Les chambres civiques ont jugé 753 prévenus (616 hommes, 137 femmes, 748 Français, 5 étrangers dont 3 Italiens). 481 peines d’indignité nationales sont décidées avec souvent des amendes. 272 personnes sont acquittées (36 %)180.
Au total, 1 920 Azuréens dont 942 Niçois ont été jugés dans les Alpes-Maritimes entre l’automne 1944 et l’été 1946. D’autres l’ont été dans les Bouches-du-Rhône et la Seine180.

Après le 31 juillet 1946, les condamnés à mort sont transférés à Aix-en-Provence ou au tribunal militaire de Marseille179. La plupart bénéficient de remises de peine puis des amnisties de 1951 et 1953180.
445 détenus sont jugés par contumace. Ce sont bien souvent les dossiers les plus lourds (tortionnaires de la Milice et du GAPPF, Waffen-SS…). 132 peines capitales et 5530 années de travaux forcés sont décidées180.
Les chambres civiques ont jugé 753 prévenus (616 hommes, 137 femmes, 748 Français, 5 étrangers dont 3 Italiens). 481 peines d’indignité nationales sont décidées avec souvent des amendes. 272 personnes sont acquittées (36 %)180.
Au total, 1 920 Azuréens dont 942 Niçois ont été jugés dans les Alpes-Maritimes entre l’automne 1944 et l’été 1946. D’autres l’ont été dans les Bouches-du-Rhône et la Seine180.

L’épuration politique
Le Comité départemental de Libération et le préfet étudient minutieusement les cas des chefs de service, élus municipaux et départementaux. Ceux-ci risquent la suspension ou la révocation180.
Dès les premiers jours de la Libération, le préfet Moyon suspend le secrétaire général de la préfecture Lauvel, le chef du cabinet du préfet Ravard, le sous-préfet de Grasse Pierangeli, le procureur de l’État français Roman, le président du tribunal civil de Nice Pagès, l’inspecteur d’académie en fuite Davoine, les commandants des GMR Dalo (Alpes) et Teillet (Amiral de Grasse), le commandant de la légion de gendarmerie Blachère, le délégué départemental à l’information Moschetti-Giaubert, le commissaire divisionnaire Boupat (délégué de l’intendant régional au maintien de l’ordre)180.
A Nice, le magistrat municipal H. Vidal-Revel est suspendu. Les anciens conseillers généraux et départementaux P. Balestre (Nice III) et D. Ciaudo (Nice IV) sont révoqués181.

L’épuration administrative
Cette épuration est moins spectaculaire que l’épuration judiciaire mais concerne des milliers de personnes. Elle touche la carrière des fonctionnaires (révocation, rétrogradation d’échelon, déplacement d’office, mise à la retraite d’office) ou des professions qui bénéficient d’une concession de services publics (exclusion, blâme)181.
Dans la Police, dix commissaires et inspecteurs sont révoqués. Dans l’enseignement, huit fonctionnaires sont révoqués, trois mis à la retraite d’office, vingt-quatre sont déplacés et douze rétrogradés. A la chambre de commerce, douze personnes sont révoquées, deux radiées, trois mises à la retraite d’office et deux rétrogradées. Neuf membres du personnel médical ne peuvent plus pratiquer la médecine dans le chef-lieu ou dans le département, quinze sont exclus, un est blâmé. Soixante-douze employés ou cadres municipaux sont l’objet d’une enquête approfondie : trente et un sont finalement suspendus (dont le chef de bureau Francis Palmero) ou révoqués181.

L’épuration économique
Les entrepreneurs qui ont participé à la construction du « mur de la Méditerranée » ou ont réalisé des bénéfices grâce à la collaboration subissent de lourdes sanctions financières. 59 millions de francs sont confisqués et 55 millions de francs d’amende sont imposés à une vingtaine d’entreprises du BTP (Bonorvi et Cioci, Bally-Sobiesky, Ciffreo et Bona, Véran et Costamagna, Spada, Nicoletti, Thorrand), de la parfumerie (Bruno Court, Cresp) et de la métallurgie (Michel). Une dizaine de patrons passent de quelques semaines à quelques mois de prison préventive. Albert Ottina, impliqué dans la démolition du casino de la Jetée-Promenade et la construction de blockhaus, est condamné à 20 ans de travaux forcés181.
Des séquestres provisoires sont imposées à plusieurs entreprises : Compagnies du gaz et des eaux, énergie électrique du littoral méditerranéen, TNL, Descours et Cabaud, Thorrand, Petterano, Sacco, Couiteas de Faucamberge, Michel. Un séquestre définitif est infligé à l’hôtellier cannois Martinez et à des sociétés comme ‘L’éclaireur de Nice’, le ‘Petit niçois’ et les studios de la Victorine181.
Chez les taxis, trente patrons et employés sont exclus de la corporation, neuf sont suspendus et quatre sont touchés par des amendes. Aux TNL, huit cadres et employés sont licenciés181
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1 avril 2013

Bataille du Monte Cassino

Classé sous — milguerres @ 17 h 31 min

 

 

 

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Bataille du Monte Cassino

 Bataille du Monte Cassino cassin10

 

Le terme bataille du Monte Cassino couvre en fait une série de quatre batailles de la Seconde Guerre mondiale, livrées, autour du Monte Cassino, de janvier à mai 1944, par les Alliés contre les forces allemandes pour percer la ligne Gustave afin de faire la jonction avec les forces débarquées à Anzio et d’occuper Rome.
Durant cet épisode, des centaines de bombardiers anéantirent l’abbaye du Mont-Cassin.

Contexte et géopolitique
Après l’opération Husky (débarquement et prise de la Sicile par les Alliés) en septembre 1943, puis le débarquement enCalabre et la prise de Naples, le front d’Italie s’est enlisé. Certes les Allemands ne peuvent aligner qu’une armée réduite face aux Alliés, mais le front lui-même se réduit à la largeur de la botte italienne, qui est bien plus facile à défendre que les immensités de l’espace russe.
L’Italie a théoriquement rejoint le camp allié, mais la plupart des troupes italiennes ont été désarmées ou froidement exécutées par les Allemands, comme la division Acqui sur l’île grecque de Céphalonie2. Les Allemands ont installé une république fasciste fantoche dans le nord de la botte, la république de Salò, dirigée par Mussolini. Si les Allemands disposent de troupes moins nombreuses que les Alliés, celles-ci sont solidement retranchées sur un solide dispositif de défense couvrant toute la largeur de la péninsule italienne, qui atténue leur infériorité numérique : échelonné sur plusieurs lignes, ce dispositif est constitué par une série de fortifications plus ou moins denses, qui utilisent les sommets desApennins comme un véritable rempart. Les quelques vallées ou plaines littorales permettant les communications du sud vers le nord sont, quant à elles, entièrement minées et parsemées de réseaux de barbelés. La plus redoutable de ces rangées défensives est la ligne Gustav, qui s’appuie sur la région montagneuse des Abruzzes et dont le verrou est constitué du massif fortifié du Monte Cassino.
Le maréchal allemand Kesselring barre ainsi fermement la route de Rome aux Alliés, tandis qu’après la conférence de Téhéran, fin 1943 avec les Soviétiques, un autre front doit être ouvert en Europe occidentale. Le théâtre de laMéditerranée et des Balkans est relégué au second rang, au grand dam de la Grande-Bretagne, qui a bien du mal à influer sur le cours des événements entre les deux grandes superpuissances : l’Union soviétique et les États-Unis.

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Du point de vue géopolitique, Winston Churchill voulait contrer directement et immédiatement l’avancée soviétique déjà amorcée dans les Balkans. Du point de vue militaire, la topographie montagneuse de la région favorise la défense et les combats auraient été très coûteux. Mais, après la campagne d’Afrique du Nord, les États-Unis mènent de plus en plus les affaires militaires par la valeur relative de leurs engagements, et l’URSS n’a aucun intérêt à voir ses ambitions en Méditerranée contrariées. Pour ces deux puissances, le débarquement en Sicile n’est que le préambule à la campagne d’Italie, qui elle-même n’est que le prélude à l’opération Overlord (nom anglo-saxon de la bataille de Normandie débutant par le débarquement en Normandie), en attendant que le renforcement en matériel et troupes destinés à cette dernière soit prêt en Grande-Bretagne.
Début 1944, les Alliés ont donc finalement choisi la Normandie comme axe d’attaque principal, et le gros de leurs efforts se concentre sur la préparation de cette opération gigantesque. Dans ces conditions, les opérations alliées en Italie n’ont pas la priorité. De plus, les Allemands ne semblent pas prêts à abandonner Rome sans en faire payer le prix fort.

Chronologie
Janvier – mars 1944 : échec des attaques frontales anglo-américaines sur Cassino
Les Alliés veulent rompre la ligne Gustav pour pouvoir atteindre Rome, tandis que les Allemands essayent de freiner au maximum l’avance alliée. Le général Eisenhower, commandant suprême des forces alliées, le général Clark de la Ve armée américaine, et le général Leese de la VIIIe armée britannique, sont opposés au feld-maréchal Albert Kesselring, commandant en chef, et au général Heinrich von Vietinghoff, commandant de la Xe armée allemande.
Kesselring va définir la situation de la bataille autour du mont en tenant une coupe de vin d’Asti en présence de ses officiers : « Les Anglo-Américains et leurs alliés français occupent le fond de ce verre. Et nous, nous sommes assis sur le bord ! »
Les Alliés engagent à l’origine une division blindée et six divisions d’infanterie, puis, par la suite, trois divisions blindées et treize divisions d’infanterie, soit 300 000 hommes. Les Allemands ont au début quatre divisions de Panzers et cinq divisions d’infanterie, auxquelles s’ajoutent par la suite une division de Panzergrenadiere et cinq divisions d’infanterie, soit 100 000 hommes.
Il faut quatre opérations aux Alliés pour qu’ils parviennent à s’emparer du Monte Cassino et de son monastère, pour dégager la vallée du Liri, seule voie pour prendre Rome. La hauteur sur laquelle se trouve le monastère (516 mètres) est la clef du dispositif défensif allemand. Elle surplombe la ville de Cassino, ainsi que la route nationale, et domine les vallées du Rapido au sud-est et du Liri au sud-ouest. Durant trois mois, le général Von Senger und Etterlin renforce ses défenses. La première division parachutiste d’élite des Fallschirmjägersoutenue par des bataillons d’infanterie et le 14e Panzerkorps sont chargés de sa défense.
Au début du mois de janvier, les Alliés lancent une succession de raids de 3 000 bombardiers contre les voies de communication allemandes. Le 15 janvier 1944, le 2e corps américain du général Keyes prend le mont Trocchio avec le soutien du corps expéditionnaire français (CEF). Cette unité française, composée essentiellement de troupes de l’Armée d’Afrique et commandée par le général Alphonse Juin, est en effet engagée sur le front d’Italie aux côtés des Américains depuis le mois de décembre 1943.

 

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cassin13

Le 17 janvier 1944 commence la première bataille du Monte Cassino. Initialement, le plan prévoyait que le CEF opère une attaque de diversion visant à déborder Cassino par la montagne, au nord-est, en atteignant Atina par le mont Santa Croce et le Carella ; tandis que le 2e corps américain, avec une partie de la 1re division de chars, marche sur les villes de Cassino et de Sant’Angelo, et que le 10e corps britannique progresse vers Minturno. Toutes ces opérations doivent préparer l’opération Shingle, qui consiste en un débarquement à Anzio-Nettuno, prévu pour le 22 janvier 1944, sur les arrières du flanc droit de la ligne Gustav. Lors de la première phase des opérations, le 10e corps britannique du général McCreery parvient à franchir le fleuve Garigliano, près de son embouchure. Il arrive le 19 janvier près de Castelforte. À partir du 20 janvier, les Allemands lancent des contre-attaques qui sont repoussées au bout de douze jours. Dans une seconde phase, le 2e corps américain du général Keyes lance la 36e division contre Sant’Angelo, appuyée par la 34edivision qui attaque Cassino. La tentative de franchissement du fleuve Rapido par la 36e division échoue toutefois le 20 janvier 1944. La 34e division réussit presque à prendre Cassino et le monastère : ils approchent à 300 mètres seulement de l’objectif. Lorsque la 4e division indienne vient relever les Américains, la division ne compte plus que 840 hommes sur les 3 200 présents au début de l’attaque.
Au début du mois de février, les Allemands ont reconquis la majeure partie du terrain perdu. Le 6 février 1944, la 36e division américaine est relevée par la 2e division néo-zélandaise. Les troupes débarquées à Anzio sont, quant à elles, immobilisées par les forces allemandes.

 

 

cassin14
Soldats italiens

 

De son côté, si le CEF n’a pu s’emparer du mont Santa Croce et du Carella, faute de réserves, il a enregistré de nombreux succès sur un terrain escarpé particulièrement difficile : la prise de La Selva, de la Costa San Pietro (1 450 mètres d’altitude), d’Acquafondata et de la Monna Casale (dont les deux sommets jumeaux culminent à 1 220 et 1 225 mètres) ont constitué souvent autant d’exploits sportifs que militaires. En deux mois, la 2e DIM puis la 3e division d’infanterie algérienne (3e DIA), appuyées par deux groupements de tabors marocains (GTM), ont obtenu des résultats significatifs : une avance de plus de 15 kilomètres à certains endroits en pays montagneux, la capture de 1 200 prisonniers, la mise hors de combat d’une division allemande en entier. Au cours de l’offensive de janvier 1944, les tirailleurs nord-africains ont été les seuls à menacer sérieusement la ligne Gustav, réussissant même à la rompre au Belvédère lors de l’incroyable assaut du 4e régiment de tirailleurs tunisiens (4e RTT). Plus tard, dans ses mémoires, le général de Gaulle écrira que lors de cette bataille, « le 4e régiment de tirailleurs tunisiens accomplit un des faits d’armes les plus brillants de la guerre au prix de pertes énormes »3. Mais ces opérations sur le flanc nord-est de Cassino ne constituent pas la priorité de l’état-major anglo-américain, qui persiste à vouloir enfoncer le verrou du Monte Cassino par une attaque frontale.
Du 15 au 18 février 1944 se déroule ainsi la deuxième bataille du Monte Cassino. La 4e division indienne et la 2e division néo-zélandaise se préparent à prendre d’assaut le Monte Cassino, en passant par la crête de la Tête de Serpent, et à s’emparer également de la gare du chemin de fer de Cassino. Le 15 février 1944, le commandement allié ordonne le bombardement du monastère du Monte Cassino. 224 appareils larguent 420 tonnes de bombes qui rasent le monastère : les Alliés pensaient que des observateurs allemands se trouvaient sur les toits, ce qui était faux. La destruction du monastère permet toutefois aux Allemands d’en faire une véritable forteresse. L’attaque terrestre est déclenchée le 16 février. Les Néo-Zélandais prennent la gare de Cassino, mais doivent peu après s’en retirer. Le 17 février, la 78e division britannique se joint au corps néo-zélandais, mais le lendemain, l’opération est suspendue. Le mauvais temps neutralise les mouvements durant 3 semaines. Du 14 au 22 mars, la bataille reprend. Le général néo-zélandais Freyberg attaque en direction du sud, le long des deux rives du fleuve Rapido, après des bombardements intensifs. Les Alliés veulent s’emparer de la ville de Cassino, mais après 6 jours de combat, le corps néo-zélandais est obligé de se retirer. La situation s’enlise et la propagande allemande s’en donne à cœur joie : sur les murs de l’Europe occupée une affiche compare l’avancée des armées alliées en Italie à celle d’un escargot !
Mai 1944 : succès de la manœuvre française de débordement au sud de Cassino (bataille du Garigliano, opération Diadem)
Du 11 au 19 mai ont lieu simultanément les troisième et quatrième batailles du Monte Cassino : la bataille des Français et celle des Polonais.
Au printemps 1944, les Alliés opèrent un repositionnement de leurs unités en vue de leur nouvelle offensive. La VIIIe armée britannique et le Corps expéditionnaire français sont ainsi redéployés en secret. L’offensive alliée qui se prépare s’appuie sur les plans audacieux du général Juin, qui a réussi à imposer ses vues à l’état-major anglo-américain. Juin veut éviter toute nouvelle attaque frontale contre Monte Cassino, dont les défenses ont été encore renforcées et d’où les troupes allemandes d’élite paraissent impossibles à déloger. C’est au contraire par la montagne, là où l’ennemi ne s’y attend pas, qu’il faut porter l’effort principal : à travers les monts Aurunci, à 25 kilomètres au sud-ouest de Cassino, considérés par les Allemands comme « impénétrables aux armées », .
Dans le plan d’attaque4, le plus gros effort incombait à la 8e armée qui devait tâcher de « briser les lignes de défenses ennemies dans la vallée du Liri et avancer en direction de Rome ». La 5e armée avait reçu l’ordre d’attaquer et de pénétrer dans la vallée du Liri, par les monts Aurunci, ainsi que d’opérer le long de la route côtière n° 7, pour se diriger ver Minturno.

Dans le cadre de ce plan les rôles furent distribués ainsi :
• pour la 8e armée :
• Le 2e corps polonais doit « conquérir le mont Cassin et opérer contre Piedimonte ».
• Le 13e corps britannique doit traverser le Gari et attaquer dans la vallée du Liri
• Le 1er corps canadien doit avancer par la vallée du Liri à la suite du 13e corps
• Le 10e corps britannique, ayant une tâche défensive, dans le secteur nord-est du Monte Cairo, c’est-à-dire à droite du 2e corps polonais, doit simuler sur son aile gauche une attaque en direction d’Atina.
• Pour la 5e armée :
• Le corps français doit opérer contre la massif des monts Aurunci et ensuite sur le cours supérieur du Liri.
• Le 2e corps américain doit opérer le long de la route côtière n° 7.

Ce plan doit permettre de couper les positions arrières de l’ennemi, enveloppant ainsi toute la ligne Gustav. Pour Juin, seul le CEF est capable de mener à bien cette opération, grâce à l’aptitude au combat en montagne des tirailleurs et des goumiers du général Guillaume, ainsi que leurs trains muletiers.
Le plan prévoit une attaque du 2e corps polonais contre le monastère par le nord, tandis que le 13e corps britannique doit franchir le fleuve Rapido pour couper la route nationale et isoler la ville.
Tout en acceptant ce plan, Anglais et Américains doutent néanmoins que les Français puissent réussir à accomplir la manœuvre de débordement qui permettrait d’ouvrir enfin les portes de Rome. La date et les objectifs de cette offensive restent inconnus des Allemands, comme en témoigne l’envoi de leurs réserves vers Anzio, où ils prévoient une tentative de percée des Alliés. Une autre inconnue inquiète Kesselring : « savoir où et comment le CEF avec ses divisions entraînées pour la montagne et ses solides combattants marocains allait être engagé. »5.

L’opération de rupture de la ligne Gustav est initialement confiée à la 2e division d’infanterie marocaine (2e DIM), « le bélier du CEF » selon l’expression de Juin, qui doit s’emparer pour cette mission des monts Faito et Majo. L’offensive générale des Alliés se déclenche le soir du 11 mai 1944, à 23 heures, sur l’ensemble du front italien. Une intense préparation d’artillerie de 2 000 canons précède l’attaque. Mais dans le secteur de la 2e DIM ce bombardement n’arrose que les crêtes, sans détruire le dispositif de défense allemand (blockhaus, barbelés, mines…), qui sillonne les pentes que doivent gravir les tirailleurs marocains avant de pouvoir s’emparer des sommets. Dans les autres secteurs d’attaque du CEF, comme celui de la 4e division marocaine de montagne (4e DMM), aucune préparation d’artillerie n’a lieu. Cet assaut va s’avérer redoutable. Les régiments de la 2eDIM se lancent ainsi dans une attaque de nuit aux combats souvent confus et très meurtriers, mais la ligne Gustav tient toujours. Juin décide la reprise de l’offensive pour la nuit suivante, après une préparation d’artillerie plus importante et mieux ciblée. Très tôt dans la matinée du 13 mai, c’est la ruée des tirailleurs marocains sur les positions allemandes, ravagées par le « rouleau de feu » des canons français, qui finissent par céder. La prise du mont Majo par les troupes marocaines de la 2e DIM est saluée par un drapeau français de 30 m² hissé à son sommet (940 mètres) et visible à des kilomètres à la ronde, par les troupes du CEF comme par les Allemands..

L’exploitation est maintenant possible vers les monts Aurunci puis, plus à l’ouest, les monts Lépins. C’est la 4e DMM et les trois Groupes de Tabors Marocains, formant le corps de montagne du CEF, qui s’en chargent dès le 14 mai, à « un train d’enfer ». « Les Français avancent si rapidement, que les communiqués ne peuvent suivre leur rythme », rapporte un journaliste américain6. Suite à cet assaut des goumiers marocains dans les monts Aurunci, les Britanniques prirent l’habitude de qualifier toute attaque audacieuse de « goumisation »7. Les combattants marocains prennent par la suite le mont Fammera (1 175 mètres) et le mont Revole (1 307 mètres).
Parallèlement, le 4e régiment de spahis marocains (4e RSM) incorporé temporairement à la 3e DIA œuvre à la prise de Castelforte, sur le Garigliano, qui ouvre la route d’Ausonia dans la vallée de l’Ausente ; ce qui permet de déboucher sur la vallée du Liri, au sud-ouest de Cassino, derrière les lignes allemandes. De son côté, le 3e régiment de spahis marocains (3e RSM), mis provisoirement à la disposition de la 1re division de la France libre (1re DFL), participe au mouvement général de cette division qui s’engage dans la haute vallée du Liri via San Apollinare (6 kilomètres au sud de Cassino), en débordant également Cassino par le sud.
Tandis qu’une attaque aérienne détruit le quartier général de la Xe armée allemande, l’avancée du CEF, tant en montagne que dans les vallées, entame le dispositif défensif allemand de la ligne Gustav et facilite la progression des Britanniques et des Américains. Ces derniers atteignent ainsi rapidement Spigno, sur l’axe Minturno – Cassino. Le 17 mai 1944, Kesselring ordonne à ses troupes de laisser Cassino de côté, de crainte de se voir enveloppé par la manœuvre française. Le même jour, la route nationale est coupée par le 13e corps.

18 mai 1944 : victoire polonaise sur le Monte Cassino
Dans le même temps, les Polonais du 2e corps polonais du général Anders mènent la quatrième et ultime bataille. Ils ont commencé le 11 mai 1944 leur assaut sur le monastère, et, au terme de combats acharnés prennent le monastère du Monte Cassino qui tombe le 18.
Débarqués en Sicile en juillet 1943, 50 000 soldats du 2e corps polonais du général Władysław Anders, sous le commandement du général Eisenhower ont participé à la campagne d’Italie. Alors que la progression des Alliés était arrêtée au pied du Monte Cassino, ils prirent part de manière décisive à une bataille parmi les plus dures de toute la campagne d’Europe.
L’assaut avait été précédé de préparatifs, courts et discrets pour ne pas alerter l’adversaire : les sapeurs polonais ont aménagé, de nuit, chemins et routes pour acheminer en secret équipements et munitions le plus près possible du sommet et de l’abbaye. Ce chemin conserva longtemps son appellation de « Chemin du génie (ou des sapeurs) polonais »8.
Participèrent à la bataille la 5e Division des Confins, commandée par le général Nikodem Sulik, et la 3e Division de chasseurs des Carpates, commandée par le général Duch.

La partie sommitale, complètement à découvert, offrait peu d’abris naturels. Les Polonais s’accrochèrent néanmoins au terrain sous le feu allemand.
Mettant un terme à deux mois d’infructueux assauts alliés contre le rocher du monastère bénédictin et au prix d’énormes sacrifices, le 18 mai 1944 à 10 h 20, les soldats polonais du général Anders eurent l’honneur de hisser sur les ruines du monastère du Monte Cassino, le drapeau du 12e régiment de lanciers Podolski, faute de drapeau national polonais disponible. Un clairon fit sonner le hejnal mariacki, la mélodie jouée chaque heure à la Basilique Sainte-Marie de Cracovie. Un chant polonais intitulé Les Coquelicots rouges du Mont Cassin dit que « là-bas », au Monte Cassino, les coquelicots seront toujours plus rouges car ils se sont abreuvés du sang des Polonais. La victoire était chèrement acquise, mais la route de Rome était ouverte.

Les pertes polonaises s’élevèrent à :
• tués : 72 officiers, 788 sous-officiers et hommes de troupe ;
• blessés : 204 officiers, 2 618 sous-officiers et hommes de troupe ;
• disparus : 5 officiers, 97 hommes de troupe.

Le 18 mai 2004, le Pape Jean-Paul II dit dans un discours s’adressant au Président de la République polonaise :
« Chaque Polonais se souvient avec orgueil de cette bataille qui, grâce à l’héroïsme de l’armée commandée par le général Anders, ouvrit aux Alliés la route de la libération de l’Italie et de la défaite des envahisseurs nazis. Au cimetière militaire du Monte Cassino, se trouvent des tombes surmontées de croix latines et grecques, ainsi que des pierres tombales portant l’étoile de David. Là-bas reposent les héros tombés au feu, unis par l’idéal de lutter pour « votre liberté et pour la nôtre », qui inclut non seulement l’amour pour sa propre patrie, mais également la sollicitude pour l’indépendance politique et spirituelle d’autres nations. »

Bilan
Les Alliés ont perdu environ 115 000 hommes (tués et blessés). Les Français, ou plus précisément les goumiers marocains et lestirailleurs tunisiens subirent des pertes effroyables. Les Allemands perdirent 60 000 hommes. Le 19 mai, Kesselring écrit « Les Français et surtout les Marocains ont combattu avec furie et exploité chaque succès en concentrant immédiatement toutes les forces disponibles sur les points qui faiblissaient »9.

Le 20 mai, les Allemands – qui battent en retraite – voient leur situation s’aggraver : le 23, la percée des troupes alliées les encercle dans Anzio. Le 25 mai Piedimonte, extémité est de la Ligne Hitler, est pris par les Polonais. Le 26 mai, spahis et tirailleurs marocains s’emparent de la ville de Pastena, tandis que la 3e DIA occupe la localité de San Giovanni, après une lutte très violente et le plus grand combat de chars de la campagne d’Italie, au cours duquel se sont illustrés les tankistes français. La bataille du Garigliano est terminée, l’ensemble des monts Aurunci est alors aux mains de l’armée française, qui a réussi où ses alliés avaient échoué durant des mois : faire sauter le verrou de Cassino et ouvrir la route de Rome. Le 4 juin 1944, la capitale italienne est libérée. Le colonel allemand Böhmler, l’un des défenseurs de Cassino, confie dans ses mémoires : « La grande surprise fut l’attitude au combat du Corps expéditionnaire français. C’est Juin qui, en s’emparant du mont Majo et en faisant irruption dans la vallée du Liri, a réduit en miettes la porte de Rome. ». Le 29 mai, Kesselring note dans son rapport quotidien : « Spécialement remarquable est la grande aptitude tout terrain des troupes marocaines, qui franchissent même les terrains réputés impraticables, avec leurs armes lourdes chargées sur des mulets, et qui essaient toujours de déborder nos positions par des manœuvres et de percer par derrière »10. La plupart des analystes militaires considèrent la manœuvre des goumiers comme la victoire critique qui a finalement ouvert la route de Rome aux alliés11.

Après la libération de Rome, les Alliés continuent leur avancée en direction du nord de l’Italie avant de s’embourber de nouveau, au cours de l’automne 1944, face à une nouvelle ligne de défense allemande, la ligne gothique, au nord du fleuve Arno. Auparavant, plusieurs de leurs unités, dont celles du CEF, sont retirées d’Italie durant l’été pour participer à l’opération Anvil : le débarquement allié qui se prépare en Provence, programmé le 15 août 1944. Celui-ci constitue le deuxième acte de la priorité stratégique anglo-américaine définie en 1943 pour le front Ouest, après le débarquement du 6 juin 1944. Malgré l’intensité des combats pour s’emparer de Cassino, le courage et les sacrifices des troupes alliées engagées dans cette bataille, les exploits de l’armée française permettant une libération de Rome fort prometteuse, la campagne d’Italie reste donc reléguée à un rôle secondaire : « L’une des tragédies de la campagne d’Italie fut que le triomphe des armées alliées coïncida avec le début du débarquement en Normandie »12. Suite au retrait du CEF d’Italie, le général Clarke dans une lettre au général Juin soulignera « combien la part vitale prise par les troupes françaises de la Ve Armée pendant toute la campagne d’Italie contre l’ennemi commun a été universellement reconnue. »13.

Crimes de guerre et polémique après la bataille
Les accusations

Les Goumiers du Corps expéditionnaire français ont été accusés de nombreux crimes de guerre qui auraient été perpétrés au cours de cette campagne, notamment dans les environs de la région de la Ciociarie. Destruction de villages, vols et violences, mais surtout viols de masse (et assassinat de ceux qui essayaient de s’interposer)14 se seraient multiplié autour du Monte Cassino. Si en 1950, l’Union des Femmes Italiennes, organisation communiste féminine, parle d’environ 12 000 victimes15 et tente d’obtenir des indemnités pour celles-ci16, un rapport du sénat italien de 1996 fait état de 2 000 femmes violées, de 700 hommes tués17.
Ces viols commis autour de Montecassino sont mis en relief pour leur gravité et pour le nombre de victimes : perpétrés en deux jours seulement, ils sont comparables en intensité à d’autres épisodes similaires, notamment les crimes soviétiques lors de la bataille de Berlin.
De ces événements viennent les expressions populaires italiennes « marocchinate » (littéralement « marocanisés », dans le sens de « violé(e)s par des Marocains »18) et « marocchinare » (« marocaniser »). Ces événements servent de toile à un roman d’Alberto Moravia, La Ciociara, adapté en film par Vittorio de Sica : La Paysanne aux pieds nus.
Les archives et les travaux d’historiens
Les archives du S.H.A.T19. établies à partir de documents émanant du QG de la Ve armée américaine, où furent enregistrées les plaintes des victimes ou des parents des victimes, font état de 160 informations judiciaires concernant 360 individus. Il y eut 125 condamnations pour des affaires de viol, 12 pour attentats à la pudeur et 17 pour homicide volontaire. Les affaires les plus graves furent selon ces archives commises du 29 au 31 mai.
À titre de comparaison, l’historien américain J. Robert Tilly dans son ouvrage La Face cachée des GIs, rend compte de 379 dossiers archivés, de 879 cas dénombrés officiellement, et extrapolant sur ces bases pour tenir compte des affaires n’ayant jamais donné lieu à des plaintes, estime que plus de 17 000 viols auraient été commis par les GIs pendant les campagnes de France et d’Allemagne entre 1942 et 194520. Les viols commis par l’Armée soviétique sont quant à eux estimés à plus de deux millions en 1944-1945 (dont 100 000 pendant la seule bataille de Berlin, cf. l’ouvrage Une femme à Berlin)21.
L’historien Jean-Christophe Notin22 apporte d’autres explications :
• sorte de « coupables passe-partout », les Marocains sont loin d’avoir été les auteurs de toutes les atrocités de cette campagne. Certains journalistes anglais ont reconnu que les seuls incidents dont ils se souviennent n’impliquèrent pas des Marocains, mais des GI’s23. Une enquête de 1946 constatera que le gouvernement italien versait 15 000 liresau plaignant à chaque dépôt de plainte, ce qui aurait pu encourager certaines dérives ;
• selon le général Guillaume, la campagne de dénigrement est probablement née dans les milieux diplomatiques de l’Axe en poste dans les pays neutres ;
• le Reich avait également tout intérêt à diffuser les pires rumeurs sur le Corps expéditionnaire français. Une grande partie des prisonniers allemands se sont déclarés surpris du bon traitement accordé par les Français après tout ce que leurs chefs leur avaient dit sur la cruauté des Alliés. En mettant au pilori les Marocains, les Allemands auraient également tenté de leur faire endosser la responsabilité d’une partie de leurs propres crimes. De nombreux villages ont été massacrés par des éléments de la Wehrmacht ;
• pour les Italiens, faire passer les nouveaux conquérants pour les pires démons permet sans doute d’effacer une part de l’humiliation nationale et de la déchéance du fascisme.
Jean-Claude Notin conclut « que les regrettables exactions avérées, débarrassées des élucubrations de ceux qui ont voulu faire porter aux Marocains le chapeau de leurs propres turpitudes, ne fassent toutefois jamais oublier que ce même idéal guerrier les fera libérer la France et conquérir le Reich. »

Notes et références
1. ↑ (it) Gli Uomini della RSI : EDOARDO SALA [archive]
2. ↑ (fr) La tragédie de Céphalonie [archive]
3. ↑ Charles de Gaulle, Mémoires de guerre. L’unité. 1942-1944, vol. II, éd. Plon, Paris, 1960, p. 267
4. ↑ Mémoires du général Anders, op. cit. p.252
5. ↑ « Kesselring’s answers to questionnaire events in the Italian campaign » cité dans Jean-Christophe Notin, La campagne d’Italie. Les victoires oubliées de la France (1943-1945), éd. Perrin, 2002, p.378
6. ↑ Un correspondant de guerre américain remarque : « Les Français ont une haine froide, implacable de l’ennemi qui est presque effrayante ; ils sont guidés par un tel désir féroce [...] de regagner leur honneur qu’on sait qu’ils ne seront arrêtés que par la mort, et que, dans la victoire, ils ne montreront aucune merci. [...] Ils avancent si rapidement que les communiqués ne peuvent suivre leur rythme. » Voir François Broche, Georges Caïtucoli et Jean-François Muracciole (dir.), La France au combat, Paris, Perrin, SCÉRÉN-CNDP, 2007, seconde époque, première partie, p.197 : « Vers la Libération (juin 1943-mai 1944) », chapitre 3 : « Le corps expéditionnaire français en Italie »
7. ↑ « In the widely seen British television documentary The « World at War », the work of the Tabors was also lauded. A british officer commented that after Diadem the Goums were held in awe, and British troops would often refer to any particulat audacious attack as « gouming it » « , Edward L. Bimberg, The morocaan goums, Greenwood press, 1999, p.68
8. ↑ Tiré des mémoires du général Anders, le vainqueur de Monte Cassino, op. cit.
9. ↑ Georges Spillmann, Souvenirs d’un colonialiste, Presses de la cité, 1968, p.171
10. ↑ Pierre Le Goyet, La participation française à la campagne d’Italie, 1943-1944Impr. nationale, 1969, p.182
11. ↑ « Most military analysts consider the Goumiers’ manœuvre as the critical victory that finally opened the way to Rome » — Edward Bimberg, The Moroccan Goums: Tribal Warriors in a Modern War [archive], Greenwood Press, 1999 (ISBN 0-3133-0913-2)
12. ↑ général W.G.F. Jackson, officier d’État-Major du général Alexander
13. ↑ Général Juin, Mémoires du général Juin, Fayard, 1959, vol. 1, p. 355.
14. ↑ (en) Massacres and Atrocities of World War II [archive]
15. ↑ (fr) Le corps expéditionnaire français en Italie [archive] – Cairn.info, 2007
16. ↑ (it) Seduta notturna di lunedì 7 aprile 1952 [archive] – Site de la Chambre des députés italienne, séance du 7 avril 1952 [PDF]
17. ↑ (it) Norme in favore delle vittime di violenze carnali in tempo di guerra [archive] – (« Mesures en faveur des victimes de viols en temps de guerre »), site du Sénat italien, Acte no 1081 du 25 juillet 1996[PDF]
18. ↑ La Stampa, « Guerra mondiale al centro di nueve ricerche – La ciociara e le altre [archive] », 25 novembre 2002. Consulté le 26 novembre 2009
19. ↑ cote 10P11
20. ↑ (de) Sebastian Ullrich: Rezension zu: Lilly, J. Robert: La Face cachée des GIs. Les Viols commis par des Soldats Américains en France, Angleterre et en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale 1942-1945, Paris, 2003. In: H-Soz-u-Kult, 10 décembre 2003, sur hsozkult.geschichte.hu-berlin.de [archive].
21. ↑ (en) « They raped every German female from eight to 80 », The Guardian [archive]
22. ↑ Jean-Christophe Notin, La campagne d’Italie. Les victoires oubliées de la France (1943-1945), éd. Perrin, 2002, 629 pages (ISBN 2-2620-1734-4 et 978-2-2620-1734-7)
23. ↑ « le seul incident dont je me souvienne n’impliqua pas les Marocains aux cagoules mais des GI’s » – Marsland Gander, After these Many quests, MacDonald, 1949

 

 

 

 

Commentaire : commandoair40" http://militaires-d-hier.forumgratuit.org/t4486-bataille-du-monte-cassino#31371
Dure Bataille ..............que de morts pour un si petit morceau de terre .
Viols ...................qui osera jeter la première pierre .
D'après certaines personnes , les premiers au HIT PARADE ..........sont les RUSSES (plein de haine et de vodka , ont même violés des cadavre de femmes Allemandes )
Les US sont les deuxième .............le chemin est long ............Angleterre ..........France ..........Allemagne ; a leur arrivée les chiffre du nombre de viols augmentaient en flèche et ce dans chaque pays cités ci-devant , de plus les noirs , comme nos marocains , avaient bon dos .( Le racisme Allemand et Américain)
J'en arrête là .
Ceci hélas est un fait de notre Histoire

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

 

 

 

La bataille d’Iwo Jima

Classé sous — milguerres @ 1 h 18 min

 

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La bataille d’Iwo Jima

La bataille d'Iwo Jima iwo_ji11

Le prix du sang …

Tout, collines, vallées, gorges, escarpement avait été transformé en un vaste labyrinthe d’organisations défensives. Dans une bande de un kilomètre de long sur 200 mètres de large, on ne compta pas moins de 800 épaulements de tir ou fortins. Des collines entières avaient été creusées et abritaient des centaines de défenseurs ; chacun d’eux avait juré de tuer dix marines avant de succomber. Les marines n’avaient jamais rien vu de tel. Un officier de renseignements décrivit ainsi l’opération : L’adversaire reste enterré dans son fouillis de souterrains pendant toute notre préparation d’artillerie. 
Dès que le tir se lève, par les ouvertures non détruites, hommes et armes jaillissent, souvent à 50 mètres de nos premiers éléments. Quand nos troupes avancent, l’ennemi lâche sur elles tout le feu dont il peut disposer, fusils, armes automatiques, mortiers. 
Quand il a causé suffisamment de pertes pour clouer au sol les assaillants, il se retire par ses tunnels, laissant parfois en couverture quelques servants de mitrailleuses ou de mortiers. Pendant ce temps, nous avons effectué une concentration de feu d’artillerie, de mortiers et de roquettes. Nos chars se mettent de la partie, soutenus par l’infanterie. Quand ce « point chaud » est enlevé, nous trouvons une poignée de Japonais tués, au maximum quelques armes. Pendant ce temps, l’ennemi a répété le processus ailleurs… »

Le prix payé pour Iwo Jima a été extraordinairement élevé. Des 23 000 défenseurs de l’île, 1 083 seulement furent faits prisonniers. Du côté américain, 6 821 soldats et marines perdirent la vie dans la lutte pour les 20 kilomètres carrés de l’île ; 24 médailles d’honneur furent distribuées ; 7 000 litres de sang furent transfusés ; 2 600 hommes durent être évacués pour « fatigue due au combat ». 
Celui-ci avait atteint un degré de férocité sans précédent dans le Pacifique et il avait amené les Américains à se poser la question angoissante : si pour conquérir la minuscule Iwo Jima il a fallu soixante-douze jours de bombar­dement aérien, trois jours de bombardement naval et trente-six jours de ce que les marines pouvaient faire de mieux, combien de temps faudrait-il pour conquérir le Japon lui-même ? Et quel en serait le prix ?

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Violence extrême à Iwo Jima …

Pendant toute la deuxième journée, je n’ai vu que douze cadavres japonais, mais beaucoup d’autres avaient dû être carbonisés dans leurs fortins par les lance-flammes. Le plan de défense des Japs était simple. Quelques hommes seulement devaient défendre les plages.
Les mortiers et les mitrailleuses, installés dans les cavernes des collines aménagées depuis longtemps, devaient bloquer le débarquement. 
Ce plan de défense a échoué parce que nous étions si puissamment armés que nous pouvions les neutraliser, à défaut de pouvoir les tuer :
les canons de la Navy et les avions étaient capables de les paralyser pendant nos attaques. Il a aussi échoué parce que les marines continuaient d’avancer malgré les pertes.

Les morts, qu’ils soient japonais ou américains, avaient une chose en commun. Ils périrent dans des conditions de violence extrême. Nulle part lors de la guerre du Pacifique je n’avais vu des corps aussi mutilés. Beaucoup étaient carrément coupés en deux. Jambes et bras gisaient à quinze mètres des corps. 
A un endroit sur la plage, loin du plus proche amas de corps, j’ai vu un cordon d’entrailles de quatre mètres de long. Il y a 250 blessés à bord du transport où je rédige ce récit. L’un des médecins me dit que 90% d’entre eux nécessitent des opérations importantes. 
En Normandie, l’été dernier 5% seulement des blessés amenés à bord de ce transport étaient dans cet état. Sur la plage, ce matin, j’ai encore vu au moins 50 hommes qui se battaient malgré leurs blessures. Seuls les gars dans l’incapacité de combattre demandaient leur évacuation.

 

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La bataille d’Iwo Jima   

 

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La bataille d’Iwo Jima opposa en février et mars 1945 sur l’île japonaise d’Iwo Jima (硫黄島, Iōtō?) les États-Unis et l’Empire du Japon dans le cadre du théâtre d’opération du Pacifique de la Seconde Guerre mondiale, aboutissant à la conquête de l’île par les États-Unis. La bataille a été particulièrement médiatisée par la photographie des soldats américains érigeant le drapeau au sommet du mont Suribachi (prise le 23 février 1945 par le photographe américain Joe Rosenthal).

Au début de 1945, le Japon est bombardé quotidiennement depuis les Îles Mariannes (opération Scavenger) et Iwo Jima sert de station d’alerte pour la défense nippone. Quelques mois auparavant, les Alliés avaient débarqué sur l’île de Leytedans les Philippines, la trouvant vide de défenseurs, ce qui avait hâté de huit semaines le programme de conquête. Mais l’attaque sur l’île d’Okinawa ne pouvait pas commencer avant huit semaines. Alors il fut décidé d’envahir Iwo Jima, sous le nom d’opération Detachment.

Les défenseurs étaient prêts. L’île avait une garnison de 22 000 soldats et était fortifiée par un réseau de protections souterraines, dont le but était d’infliger des pertes sévères aux Alliés et de les décourager d’envahir les îles principales. Tous devaient faire le sacrifice de leur vie pour leur patrie en emportant dix ennemis avec eux. Les invasions des mois précédents avaient rendu les Américains méfiants. Ainsi, à partir du 16 février débuta un pilonnage aérien et naval systématique, qui dura trois jours. Malgré cela, les défenses enterrées furent très peu endommagées.

À l’aube du 19 février, le Ve Corps amphibie (3e, 4e et 5e divisions de Marines) composé de 30 000 hommes débarque. Ils doivent faire face à un feu nourri depuis le volcan Suribachi au sud de l’île. Les Japonais ont attendu que les Marines aient pris pied sur la plage avant de déclencher un feu d’enfer. Les Américains sont cloués sur les plages mais la progression se fait avec l’appui du feu de la Navy.

Il n’est pas possible de creuser des trous dans le basalte et seuls les lance-flammes et les grenades peuvent déloger les défenseurs retranchés. Quarante mille Marines suivent et, finalement, le 23 février, le sommet est atteint. Un drapeau est élevé sur le Suribachi et un deuxième le remplace peu après. La scène du deuxième est immortalisée par un cliché de Joe Rosenthal.

La prise des aérodromes

Les 22 000 Japonais se battent de toutes leurs forces mais un premier aérodrome est pris le 22 février. Le deuxième est l’objet de combats sauvages et confus où les Japonais se lancent dans des contre-attaques suicides qui provoquent le désordre dans la bataille. Les chars Sherman sautent les uns après les autres à cause des canons antichars dissimulés et des nombreuses mines. Le 25 février, les derniers soldats japonais défendant le deuxième aérodrome se suicident.

Le 2 mars, le troisième terrain d’aviation tombe après des combats sanglants. Une zone située à l’est du deuxième aéroport est baptisée the meatgrinder (le hachoir à viande) par les Marines. Elle tombe le 3 mars mais a coûté à elle seule 6 600 Marines blessés ou tués.

Le 15 mars, l’île est prise mais les Américains doivent nettoyer des poches de résistance tenaces. Le blockhaus deTadamichi Kuribayashi ne sera neutralisé que le 25 mars ; il n’y aura aucun survivant.

De toute la bataille, seuls deux cents seize Japonais1 sur les vingt-deux mille seront faits prisonniers.

Les pertes

Les forces américaines subirent 6 821 morts, dont 5 931 marines (soit environ un tiers des marines tués durant la Seconde Guerre mondiale)2 et 15 000 blessés. Le héros de guerre John Basilone y perdit notamment la vie le premier jour du débarquement américain. Le quart des médailles d’honneur attribuées aux Marines pendant la Seconde Guerre mondiale sera attribuée pour l’invasion d’Iwo Jima.

Seuls 8 700 corps de Japonais sur les 20 à 22 000 combattants morts ont été retrouvés, des recherches étant toujours en cours en 20113.

Notes et références

  1. ↑ Ce chiffre est celui donné par Robert S. Burrell dans son ouvrage  »The Ghosts of Iwo Jima », 2006, Texas A&M University Press, (ISBN 1-58544-483-9).
  2. ↑ (enMitchell Landsberg, « On War: Joe Rosenthal & Iwo Jima [archive] », DenverPost.com, 27 avril 2010
  3. ↑ Leo West, « Naoto Kan promet de trouver les derniers soldats d’Iwo Jima [archive] », Aujourd’hui le Japon, le 16 février 2011

File:Sixth Fleet during invasion of Iwo Jima.jpg

Débarquement depuis les navires de la sixième flotte U.S.

l721flag

Four of the Flag Raisers (Bradley, Hayes, Sousley & Strank) appear with their jubilant buddies. Strank, Sousley and many of these boys would soon be dead.

SOURCE

WIKIPEDIA
http://www.histoire-en-questions.fr/deuxieme%20guerre%20mondiale/guerrepacifique%20prixdusang.html
http://www.histoire-en-questions.fr/deuxieme%20guerre%20mondiale/guerrepacifique%20violence.html

http://www.iwojima.com/raising/l721flag.gif

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

29 mars 2013

Fortifications et effectifs nippons

Classé sous — milguerres @ 9 h 39 min

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

23 novembre Les américains libèrent Tarawa

Fortifications et effectifs nippons

Après avoir remplacé l’amiral Saichiro, l’amiral Shibasaki a encore renforcé le système défensif de Bétio, en construisant, près de 
l’aérodrome, un véritable fort, pour abriter son quartier général et ses transmissions.

 

 

 

Fortifications et effectifs nippons Keiji-Shibasaki-1

 

Keiji Shibasaki

C’est le 10 décembre 1941 que les Japonais prennent le contrôle de l’archipel de Tarawa et plus précisément de Betio mais il faudra attendre le 15 septembre 1942 pour que des troupes y débarquent (6e force spéciale de débarquement de la marine de Yokosuka). Au mois de décembre le 111e régiment de pionniers vient compléter la garnison avec pour but la construction des défenses et de l’aérodrome. En février 1943, l’amiral Saichiro arrive sur l’île, ensuite le 17 mars la 7e force de débarquement de la marine de Saseko vient renforcer les forces en présence et enfin, en mai, arrive sur l’île la 4e unité de construction. En août, l’amiral Sibasaki remplace Saichiro. Ainsi au moment de l’assaut allié l’amiral dispose de 2 617 combattants d’élites. Voici les forces en présence sur l’île :

3e (ex-6e) force spéciale de débarquement : 1 120 hommes ;
7e force spéciale de débarquement de la marine (7e Sasebo) : 1 497 hommes ;
111e pionniers : 1 247 hommes ;
4e unité de construction : 970 hommes.

Au total, les Japonais sont donc 4 744 mais le génie surtout constitué de Coréens n’est pas destiné au combat.

Les fortifications sont disposées de telle sorte qu’elles se protègent mutuellement assurant ainsi une grande cohésion dans la défense japonaise. Voici la constitution des fortifications nippones :

4 canons de 200 mm construits par Vickers ;
4 canons de 140 mm ;
6 pièces de 80 mm ;
4 canons de 127 mm de DCA ;
8 pièces de 75 mm de DCA ;
27 mitrailleuses lourdes de 13 mm de DCA ;
4 mitrailleuses lourdes de 13 mm en affût double de DCA ;
10 canons de montagne de 75 mm ;
6 canons de 70 mm ;
9 pièces de 37 mm ;
31 mitrailleuses lourdes de 13 mm ;
plusieurs dizaines de mitrailleuses de 7,7 mm.

Tarawa-Japonais-1



Des Japonais installent un canon de marine pris aux Britanniques sur l’atoll de Tarawa, avant l’attaque américaine

Forces américaines

Pour l’opération Galvanic, la Central Pacific Force fut constituée comme suit :

La Task Force 50 du contre-amiral Pownall constitué de 6 cuirassés, 6 porte-avions, 5 porte-avions léger, 2 porte-avions d’escorte, 3 croiseurs et 21 destroyers devait protéger la force d’invasion2.

La Task Force 50 est divisé en 4 Task Force.

La Task Force 53 du contre amiral Hill, divisé en 4 Task Force et comprenant la force de débarquement sur Tarawa et Makin. La TF 53 est constitué de :

3 cuirassés, 5 porte-avions d’escorte, 2 croiseurs, 9 destroyers ainsi que de 17 navires de transports divers. La force de débarquement sur Tarawa a été allouée à la 2e division de marines et le débarquement sur Makin à la 27e division d’infanterie. L’ensemble de ces unités nommées sous le nom de 5e corps amphibie est dirigé par le général Holland Smith.

La 2e division de marines devra partir de Nouvelle-Zélande et la 27e d’infanterie de Pearl Harbor. Le 2e bataillon de défense sera laissé en garnison à Tarawa et Apamama tandis que le 7e bataillon de défense devra tenir garnison sur Makin. La 2e division de marines reçoit la tâche la plus compliquée et dut subir pendant l’été 1943 un entraînement pour apprendre à se servir des engins de débarquement. La prise de Betio reçoit comme nom de code : Longsuit, la prise d’Apamama reçoit le nom de Boxcloth.

180px-Holland_Smith

C’est le général Smith qui dirige les forces terrestres de l’opération Galvanic.

Le 25 octobre 1943 tout est fin prêt pour le débarquement sur Tarawa qui sera mené par le Regimental Combat Team 2 composé du 2e régiment de marines, du 2e bataillon du 8e régiment de marines. Le reste des bataillon du 8e régiment formant la réserve divisionnaire. Le 6e régiment de Marines est maintenu en réserve pour le 5e corps amphibie.

Les trois bataillons d’assaut devront se porter sur les plages de Red 1, Red 2 et Red 3. Ces plages sont situées au nord-est de l’île. Pour débarquer les Américains devront utiliser des LVT (landing vehicle tank) à faible tirant d’eau pour franchir la barrière de corail séparant l’océan du lagon. En outre le débarquement ne pourra se faire qu’à marée haute et faute de connaissances sur les fonds marins autour de Tarawa, les Américains ne purent être sûrs de leur coup. Pour le bombardement de l’île, les Américains ont prévu un long pilonnage de l’île avec l’artillerie de marine avant l’intervention de l’aviation. Le débarquement devra s’effectuer à 8 h 30.

Beach Red 3 se trouve à 500 mètres à l’est de la jetée et c’est là que débarquera Le 2e bataillon du 8e régiment de marines. À l’ouest de la jetée, le 2e bataillon du 2e régiment de Marines devra débarquer sur Beach Red 2 et enfin Beach Red 1 qui se trouve à l’extrême est et mesure 500 m comme Beach Red 2 sera le lieu de débarquement du 3e Bataillon du 2nd Régiment de marines.

Déroulement de la bataille de Tarawa

Le débarquement

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Ce Amtrac échoué sur la plage à Betio résume à lui tout seul la difficulté du débarquement sur l’île.

Parties au départ pour une grande manœuvre les troupes américaines ne
sont prévenues que trois jours avant du véritable objectif de leur
opération. Entretemps le régiment d’assaut devant attaquer en première
ligne sur Tarawa change de commandant, le colonel David Shoup remplace
le colonel Marshall, malade. Durant la progression de la flotte
américaine plusieurs escadrilles américaines se chargent du bombardement
sur Betio et les îles alentours du 13 au 19 novembre.
Ces bombardiers sont sous le commandement de la 7th Air Force provenant
de la Task Force 57. Le 19 novembre, les premiers navires apparaissent
au large de Tarawa et commencent le pilonnage des fortifications
nippones. Il faudra néanmoins attendre la nuit avant l’arrivée des péniches de débarquement.

Les Japonais finissent par repérer les Américains à 4 heures 41 et
déclenchent le feu de leurs batteries sans succès. Un peu plus tard les
premières troupes commencent à embarquer dans les premières péniches de
débarquement mais les transferts sont difficiles et les premières vagues
de LVT ont du mal à garder leur cohésion. À 5 h 42, la marine américaine stoppe son tir pour permettre à l’aviation d’attaquer Betio mais celle-ci n’arrivant pas les tirs reprennent à 6 h 5 mais entre temps les Japonais ont pu se reprendre. Finalement l’aviation arrive à 6 h 15 sans parvenir à remplir ses missions. Enfin, à 6 h 20, l’heure W, toute la flotte reprend ses tirs.

À 7 h 15, les premières péniches s’avancent dans le lagon
protégées par quelques dragueurs et destroyers qui ont pu s’approcher
des côtes. Néanmoins la confusion est grande et l’heure H est repoussée à
8 h 45. Néanmoins avant même l’arrivée des forces de débarquement un groupe d’homme dirigé par le lieutenant Hawkins, le Scout-Sniper Platoon
dut prendre pied sur la grande jetée pour y chasser les Japonais
risquant de prendre la plage en enfilade. L’opération fut une réussite
malgré le creusement d’un trou dans la jetée dû aux lance-flammes et qui gênera beaucoup l’accostage des munitions sur la jetée ultérieurement dans la bataille.

Il faut ensuite attendre 9 h 10
avant que les premières péniches du 3d BN du 2d régiment ne
franchissent la barrière de corail et s’approchent de la plage, mais à
ce moment les Japonais déclenchent un feu nourri qui détruit nombre
d’engins de débarquement. La compagnie I réussit à mettre en place une
tête de pont mais un poste japonais situé entre Beach Red 1 et Beach Red
2 prend en enfilade les marines. La compagnie K est bloquée tout comme la L qui perd 35 % de ses effectifs.

Le 2d Bn du 8th régiment arrive à 9 h 17
sur Red 3 en subissant très peu de pertes. Les compagnies réussissent à
s’enfoncer sur l’île. Cependant sur Red 2 la force de débarquement doit
subir un feu particulièrement nourri et les forces de débarquement
subissent de lourdes pertes ne pouvant établir une tête de pont solide.

Les vagues suivantes ne peuvent débarquer sur la plage et doivent
franchir le lagon avec de l’eau jusqu’à la taille voir jusqu’aux
épaules. Subissant le tir nippon, les Américains sont complètement
désorganisés. La plupart de l’efficacité normalement associée avec un
bataillon de débarquement est perdue en raison de cette malheureuse
situation.
Durant ce dur débarquement le lieutenant colonel Amey chef du 2d Bn du
2d régiment meurt et c’est le lieutenant-colonel Jordan pourtant simple
observateur de la 4th division de marines
qui prend le commandement d’une force totalement désorganisée par le
manque de radios et n’ayant pu établir une tête de pont de seulement 75 m de profondeur sur 300 m de large.

180px-LVT-2_2

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De nombreux LVT furent perdus lors du débarquement. Ici, un LVT face à Green Beach.

Tout comme Amey, le colonel David Shoup tente de débarquer sur Red 2,
après plusieurs transferts dans différentes péniches, Shoup réussit à
débarquer à 10 h 30 en parcourant les 200 derniers mètres avec de l’eau jusqu’à la taille.

De plus commence à se poser le problème des renforts, Shoup peu avant
de débarquer apprend du major Schoettel commandant le 3D bataillon sur
Red 1 que la situation est très précaire et que les péniches subissent
un feu nourri. Shoup lui ordonne de se porter sur Red 2 mais Schoettel
lui répond : « Nous n’avons plus rien à débarquer ». Le colonel Shoup décide donc d’envoyer 1er bataillon du 2e régiment tenu en réserve sur Red 2. Le bataillon du major Kyle s’en va donc débarquer et subit alors de lourdes pertes.

Ensuite le général Smith considérant la tête de pont sur Beach Red 3 suffisamment forte pour y lancer des renforts y envoie le 3e bataillon du 8e
régiment du major Ruud. Le débarquement se fait difficilement, le
bataillon subissant de lourdes pertes. Les deuxième et troisième vagues
après l’hécatombe subie par la première se dirigent vers la jetée
appelés par le colonel Carlson.
À la fin de la matinée, les Américains décident de débarquer des chars
pour soutenir les fantassins, sur Red 1, deux chars sont débarqués et
l’un est touché par un obus qui bloque le mécanisme de sa tourelle et
son canon est à son tour mis hors de combat. Le Sherman se replie donc
vers la plage. Le deuxième char est incendié par un obus de 75 mm.
Sur Red 2, 3 chars sont débarqués qui combattront tout au long de la
journée. Deux chars sont mis hors de combat. Enfin sur Red 3, 4 Sherman
sont débarqués, 3 Sherman sont détruits dont un par l’aviation
américaine. Le dernier qui fut pourtant touché, réussira à éteindre
l’incendie qui en fut la conséquence et combattit jusqu’à la fin de la
bataille de Tarawa.

Sur l’USS Maryland, le général Smith a bien du mal à connaître la situation sur Betio malgré l’observation aérienne ce pourquoi le colonel Carlson envoyé par Shoup ira l’informer de l’état réel des marines.

À 15 h 30, la situation sur Betio est la suivante :

Tarawa-1943-1

plage de Bétio
sur Beach Red 1, la tête de pont est profonde d’à peu près 150 mètres ;
sur Beach Red 2, les marines s’abritent derrière le mur

antichar construit en troncs de cocotiers et le long de la
jetée(quasiment aucun marine sur la partie est de la plage). Tête de
pont sans aucune profondeur significative ;
sur Beach Red 3 enfin les marines ne sont présents que sur le rivage.

180px-Battle_Tarawa_Tank

Le reste d’un tank M4 Sherman détruit à proximité de la plage de Tarawa

C’est sur Red 1 que se passe la majorité des combats. Sur la plage le
major Ryan (qui remplace le major Schoettel) tente de réorganiser ses
troupes avant d’envoyer ses chars vers l’avant en les faisant d’abord
contourner la tête de pont, le chemin menant vers le centre de l’île
étant encombré de morts. Les deux Sherman restant réussissent avec l’infanterie à élargir la tête de pont qui atteint en fin de journée 500 m de profondeur pour 150 m de large. Se trouvent sur cette plage :

3d Bataillon du 2d régiment :

Débris de la cie (compagnie) K;

Débris la Cie i ;

Partie de la Cie L ;

Un peloton de la Cie M.

2e bataillon du 2e régiment :

1er peloton de la Cie E;

1er peloton de la Cie G;

2e et 3e peloton de la Cie H;

état major du commandant du bataillon.

1st Bataillon du 2d Marines :

3 officiers et 110 hommes débarqués ici par erreur.


-
Ces quelques hommes malgré leurs progression ne purent réduire au
silence les bunkers japonais dépassés par le manque de moyens adaptés et
les nippons en profiteront pour parfois tirer dans le dos des
américains. Néanmoins, à la nuit tombée, 600 m de terrain séparent Red 1 de Red 2.

À la fin du premier jour, l’ensemble des têtes de ponts américaines font une surface de 1 500 m²
et une attaque japonaise durant la nuit aurait certainement suffit à
repousser les Américains à la mer mais l’amiral Shibasaki faute de
moyens de communications fonctionnant en bon état ne peut rentrer en
contact avec ses hommes et leur ordonner quoi que ce soit.

Le 21 novembre

Au début du 21 novembre, Smith décide devant la demande de Shoup de faire débarquer le 1st Bn du 8th régiment sur Red 2. À 6 h 15 la première vague est débarqué dans le lagon et doit franchir les derniers 500 m
avec de l’eau jusqu’à la taille voire jusqu’aux épaules. Les 4
premières vagues sont dirigées vers la frontière entre Red 1 et REd 2,
zone battue par les tirs nippons qui s’étaient servis de cette position
pour prendre de flanc les Américains la veille. Ainsi les Américains
désorganisés arrivent sur la plage dans une situation confuse et sans
aucun matériel lourd pour réduire les points forts japonais. Sur les 199
hommes de la première vague, 90 sont encore en état de combattre. Le
major Hays chef du bataillon arrive à regrouper ses hommes et se posta à
l’extrémité ouest de Red 2 pour se préparer à rejoindre Red 1. De leur
côté les 1st et 2nd Bataillon du 2d régiment présent sur Red 2 devront
se porter vers le sud pour atteindre l’autre rive de Betio. Le major
Kyle réunit donc 300 hommes à peu près et se prépare à l’assaut. Peu
avant un peloton de mitrailleuses avait été chargé de mettre en place un
feu nourri sur les Japonais. En début d’après-midi, 3 compagnies du 1st bataillon, la plupart des survivants du 8th Marines et l’ensemble du 2e
bataillon. Après la traversée difficile du terrain d’aviation, les
Américains découvrent des positions japonaises abandonnées de l’autre
côté de l’aérodrome
et s’y établissent avant finalement d’atteindre la côte Sud mais
entourés de fortes positions ennemies et séparé du reste de la tête de
pont par la piste d’envol non sécurisée. Ainsi à 19 heures se trouvent
dans cette poche :

  • Company B (capitaine Williams) : 60 hommes ;
  • Company C (capitaine Clanahan) : 75 hommes ;
  • Company E (capitaine Tynes) : 15 hommes ;
  • Company F : 10 hommes ;
  • Company H : un peloton de mitrailleuses ;
  • unité lourde régimentaire : 10 hommes.


Ces 180 hommes sans vivres ni eau et manquant cruellement de
munitions viennent de plus de subir une contre-attaque japonaise. Devant
la situation Shoup envoie plusieurs LVT chargé de vivres et de
munitions et enfin vers 18 heures le major Kyle arrive dans la poche et
le lieutenant-colonel Jordan lui laisse le commandement des hommes.

Du côté de Red 1, les hommes du major Ryan reçoivent l’ordre de
conquérir Green Beach sur la côte Ouest de l’île. Avec l’aide du
sous-lieutenant Greene observateur d’artillerie de la marine, il obtient
un soutien de deux destroyers qui après leur préparation d’artillerie
cèdent leur place à l’infanterie. À 11 h 10, les marines
se lancent à l’assaut et en une heure suppriment toutes défenses
nippones du secteur de Green Beach. Les Japonais, ayant il est vrai,
opposé une résistance bien faible. Malgré la faible profondeur de la
tête de pont (200 m), le général Smith envoie le 1st Bataillon du 6th régiment sur Betio le 2e
bataillon devant suivre. Mais le haut-commandement américain apprenant
par des sources peu sûres que les Japonais ont décidé de se replier sur Bairiki
(manœuvre possible à marée basse) décide d’envoyer le 2nd bataillon sur
l’île. Les hommes du major Jones (1st Bn) eux débarquent bien sur Green
Beach à 18 heures 40, en retard sur l’horaire prévu (17 heures.
Plusieurs chars légers M3 sont aussi débarqués mais avec une heure de
retard. Malgré ces contretemps, Jones prévoit une attaque pour 20
heures. Mais devant la demande de Shoup de reporter l’attaque au
lendemain, Jones annule l’offensive.

Sur Red 3 par contre, le 2nd Bataillon du 8th Régiment a bien du mal à
progresser car les Américains se trouvent à seulement quelques dizaines
de mètres du PC de l’amiral où se sont retranchés les soldats nippons.
Ainsi une attaque des marines de faible ampleur est facilement
repoussée. À la tombée de la nuit, 12 hommes prennent possession de la
jetée Burns-Philips pour empêcher les Japonais de s’y retrancher. Lors
de cette journée le major Shoettel chef du bataillon débarque enfin sur
Betio mais les hommes ne lui obéissent pas et Schoettel désespéré vient
demander des conseils à Shoup. Ce dernier lorsqu’il apprend que les
soldats refusent d’avancer par faute d’une mitrailleuse se met dans une
colère terrible. La campagne de Tarawa sera un long calvaire pour
Schoettel.

Ainsi à la fin du 21 novembre, les Américains sont pour la première
fois en position de gagner. Ils ont dégagé les alentours de Green Beach,
mis en place une poche étroite mais solide au sud de l’aérodrome et au
nord, la tête de pont s’étend sur 500 m de
part et d’autres de la grande jetée. Enfin, en fin de journée, Shoup
envoie comme message à Smith : « Nous sommes en train de gagner ». Smith
décide alors d’envoyer Edson (chef d’état-major de la 2d division) sur
l’île pour diriger les opérations logistiques sur Betio.

22 novembre 1943 : La progression américaine


250px-Flamethrower_in_Tarawa_jungle

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Le lance-flammes fut très utilisé par les marines pour réduire un à un les abris japonais.

Dans la nuit du 21, Edson et Shoup mettent en place les opérations
pour le 22. Conscient que les échecs précédents ont été dus à un manque
d’intervention de l’artillerie de marine, ils décident de faire intervenir les batteries des cuirassés. Ainsi de 7 heures à 10 h 30,
l’artillerie navale tire sur les positions japonaises avec l’aide de
quelques batteries débarquées sur l’île. Edson et Shoup prévoient trois
attaques :

Celle du 1st Bn du 6th régiment qui devra essayer de prendre contact

avec les unités présentent au sud de l’aérodrome en attaquant plein est.

Au même moment, le 1st bn du 8th régiment devra attaquer vers

l’ouest depuis Red 2 pour anéantir la poche japonaise située entre Red 1 et Red 2.

Enfin le 8th régiment à l’est, devra agrandir la tête de pont au-delà de la petite jetée.

L’attaque contre la poche japonaise commence à 7 heures avec le

soutien des chars légers (trois de la compagnie C). La force d’assaut est ainsi composée du nord au sud de : la compagnie B le long de la plage ;

la compagnie A au centre ;

la compagnie C au sud.


L’attaque est lente, les marines devant éliminer
méthodiquement les points de résistances japonais. Malgré le soutien des
chars M3, les Américains ont du mal à en venir à bout (le calibre des
obus des M3 qui sont de 37 mm sont insuffisants). Les fantassins essaient alors ici ou là d’utiliser des bangalores et des charges de TNT.
Avec la perte d’un des chars, les deux autres sont remplacés par une
section de Halfs Tracs fraîchement débarqués possédant des canons de 75 mm. Ainsi à la fin de la journée, la poche japonaise est toujours existante.

Pendant ce temps l’attaque du 1st Bn sur Green Beach commence bien.
Malgré un retard dans l’attaque qui commence à 8 heures 15 l’offensive
réussit grâce à une forte cohésion entre chars et infanteries. Les chars
Sherman détruisant les bunkers et autres nids de mitrailleuses, les
fantassins abattant les Japonais se lançant sur les chars avec une mine
magnétique. À 11 heures, les hommes du 1st Bn réalisent la jonction avec
les hommes situés dans la poche. Les Japonais perdent 250 hommes alors
que les Américains ne perdent que très peu d’hommes. Ainsi excepté la
poche entre Red 1 et Red 2, l’ensemble de la partie occidentale de l’île
est conquise. Le major Jones disposera pour l’offensive du lendemain de
l’ensemble des chars et d’une aide substantielle de l’artillerie navale
et aérienne. De plus l’ensemble du 8th régiment (excepté le 1st Bn)
devront aussi attaquer à l’est malgré l’opposition de leur chef
considérant ses hommes comme trop fatigués.

Enfin l’assaut du 2nd Bn du 8th régiment près de la jetée Burns
Philips a comme but de capturer trois points de résistance japonais (un
nid de mitrailleuses sous coupole blindée, un autre nid abrité par des
troncs de cocotiers et un abri bétonné). À 9 h 30
des tirs de mortier permettent de détruire l’abri en cocotier qui
explose en flamme, sa cargaison de munitions étant touchée. À peu près
au même moment, des chars Sherman
tirent sur la coupole blindée permettant aux fantassins de partir à
l’assaut. Face à l’abri bétonné l’avance se fait grâce aux lance-flammes
des forces du génie.
Malgré une contre-attaque japonaise, l’abri est capturé au bout d’une
heure de combat. Les Japonais encore coincés dans le bunker tentent de
s’enfuir mais les marines bouchent systématiquement chaque entrée et causent un véritable massacre à la mitrailleuse et à la grenade.
Enfin des bulldozers du génie bouchent les entrées enfermant les
nippons dans le bunker. La prise de ces points fortifiés permet aux marines
de progresser sans aucune difficulté à l’est, rencontrant en faisant
sauter les défenses japonaises, les cadavres des Nippons s’étant fait hara-kiri.

Pendant la journée, le 3rd bataillon du 6e régiment débarque enfin sur Betio après avoir passé une nuit dans les péniches. À 12 heures, le général Holland Smith (chef de la 2e division de marines)
débarque lui aussi à Green Beach. Il décide d’installer son PC sur Red 2
et pour éviter de traverser le terrain nouvellement conquis (où
subsistent parfois quelques Japonais), le général se rend à Red 2 en
Amtrac qui se fait toucher par une mitrailleuse. Holland Smith est alors
secouru par une autre péniche qui l’amène à bon port. Le plan d’attaque
pour l’après-midi est le suivant :

  • Le 1st bataillon du 6e régiment devra attaquer vers l’est et capturer un fossé antichar à l’est de la piste d’aviation.


L’avance commence à 12 h 30.
Malgré la fatigue accumulée par l’offensive du matin, la compagnie A
soutenue par un Sherman et 7 chars M3 Stuart se met en route. Légèrement
en arrière, se trouve la compagnie B et la compagnie C est gardée en
réserve. L’assaut commençant à 13 h 30
est stoppé dès les premiers mètres par une tourelle blindée. Il faut
une heure et demie de combat et l’intervention du Sherman pour continuer
l’avance. À 15 heures, les marines assoiffés reçoivent de l’eau
et la compagnie B passe en tête pour continuer l’attaque à 16 heures. Le
compagnie C est elle envoyée relever le 2nd bn du 8th régiment au sud
de la poche japonaise située à proximité de la jetée Burns-Philips. Les
autres marines malgré leur attaque ne peuvent avancer et à 18 h 30,
s’enterrent. Dans la soirée, les Américains comptent 200 morts nippons
sur le terrain conquis et la poche japonaise de Burns-Philips est enfin
réduite. Malgré le fait qu’excepté la poche entre Red 1 et 2 toute la
partie occidentale de l’île est conquise, l’optimisme ne règne pas
encore parmi l’état-major américain. Le général Smith demande que soit
débarqué pour le 23 novembre le 2d bataillon du 6th Marines sur Green Beach et que le 3rd Bn du 6th régiment débarquant sur Green Beach se porte vers l’est de l’île avec tous les chars.

La contre-attaque japonaise


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Char léger Type 95 Ha-Go détruit au cours de la bataille.

Néanmoins le soir du 22 novembre, pour la première fois, les Japonais
lancent une offensive importante contre les Américains. Acculés dans la
partie orientale de l’île, ils ne peuvent en effet gagner qu’en lançant
une offensive leur permettant de repousser les Américains à la mer. À 19 h 30,
une première offensive de faible envergure lancée par 50 hommes arrive
avec détermination à forcer le passage dans les lignes américaines mais
les marines réussissent sans trop de problèmes à combler la
brèche. Convaincus qu’une offensive plus importante est en préparation,
les Américains mettent en place un tir d’artillerie à 75 m
des premières lignes américaines. Bien que les tirs des batteries ne
gênent en rien la préparation japonaise, ceux-ci ne peuvent localiser
les nids de mitrailleuses américains, ce qui les empêche de déclencher
leur offensive. À 23 heures, deux petites offensives devant tester les
positions américaines sont lancées et repoussées sans aucune
difficulté ; dans l’attente d’une nouvelle grande offensive, le tir de
barrage redouble d’intensité et le major Jones demande à la marine le
bombardement des arrières japonais. À 3 heures du matin, les Japonais
tirent à l’aide de mitrailleuses et de canons sur les positions des marines,
ces derniers ripostent avec des mortiers et en envoyant des volontaires
lancer des grenades près des canons japonais. Finalement à 4 heures du
matin, une offensive de 300 hommes est enfin lancée par les Japonais,
qui sont stoppés net par l’artillerie. Après une heure de combat, ils
battent en retraite en laissant sur le terrain 200 des leurs.

Lorsqu’ils progresseront à leur tour, les américains découvriront en
outre 125 cadavres, tués par les destroyers USS Schreder et USS Sigsbee.
La contre-attaque japonaise, bien que courageuse, n’avait aucune chance
de rejeter les Américains à la mer car ils étaient au soir du 22 novembre
sur des positions solides. On peut sûrement penser qu’une
contre-attaque japonaise au soir du débarquement aurait eu toutes les
chances de repousser les Américains, mais cette offensive arrive à un
stade trop avancé de la bataille et avec bien trop peu d’hommes.

La fin de la bataille

Avec l’échec de la contre-attaque japonaise, la résistance sur l’île faiblit fortement. Néanmoins, les marines doivent encore conquérir l’est de celle-ci. C’est le 3e bataillon du 6e régiment dirigé par le lieutenant-colonel MacLeod qui a pour but de conquérir la partie orientale deBetio.
La « compagnie I » est placée au nord, la « compagnie L » au sud et la
« compagnie K » est en réserve. L’assaut commence à 8 heures, précédé
par un violent bombardement de l’aviation puis de l’artillerie et enfin
de la marine. Malgré tout 500 Japonais sont encore présents sur Betio.
au même moment, le 3e bataillon franchit les lignes
américaines pour assaillir les positions japonaises défendues par deux
fossés antichars. 2 Sherman et 7 chars M3 ouvrent la route aux
fantassins et à des équipes de lance-flamme. L’objectif est conquit très
rapidement et quasiment sans combat et les Américains continuent leur
progression. C’est la compagnie qui rencontre la première vraie
résistance japonaise constituée d’abris bétonnés et de mitrailleuses.
Devant l’impossibilité d’une attaque de front pour la compagnie I, la
compagnie L décide de flanquer les nippons par le sud et de continuer
leur avance. Assez rapidement, les marines atteignent l’extrémité
est de l’île car les Japonais plutôt que de se rendre décident de se
donner la mort. Les derniers Nippons cantonnés dans leurs abris sont
éliminés au lance-flamme. Pendant ce temps, la compagnie I finit par
réduire définitivement l’emplacement japonais encerclé. Ainsi, à 13
heures, McLeod et ses hommes atteignent le bout de l’île et ne comptent
comme pertes que 9 tués et 25 blessés, capturant 14 hommes (surtout
coréens) et dénombrant 475 cadavres japonais.

La dernière poche japonaise réduite

Alors que le 3e bataillon conquiert l’est de l’île, la dernière poche japonaise entre Red 1 et Red 2 est réduite par une attaque du 1er Bataillon du 8e
régiment doté de half-tracks, de lance-flammes et d’une équipe de
démolition. De plus deux canons de 75 automoteurs et un peloton de marines devra attaquer par la côte pour surprendre les Japonais. Enfin, venu de l’ouest le 3e bataillon du 2e
régiment du major Schoettel devra attaquer le côté occidental de la
poche. L’attaque américaine se concentre surtout sur un puissant abri où
la plupart des Japonais ont trouvé refuge. Le bunker est détruit à
coups de canons et d’explosifs. Après cela, la conquête des dernières
positions japonaises surtout constituées de quelques mitrailleuses sont
méthodiquement détruites par les Américains. Ainsi à 13 heures, tout
combat cesse et les marines capturent quelques prisonniers.

Ainsi, le 23 novembre, la bataille de Tarawa est terminée avec à midi
l’atterrissage d’un avion sur la piste de Betio. Durant l’après-midi,
l’amiral Hill débarque dans l’île où des compagnies de lance-flammes
brûlent tous les abris japonais pour tuer d’éventuels survivants. Malgré
la fin de toute résistance, les marines mettront plusieurs jours
avant de tuer le dernier Japonais. Ainsi dans la nuit du 23 au 24
novembre, deux soldats et un officier sont tués à l’arme blanche par des
Japonais. 14 Nippons furent tués cette nuit-là, animée par l’erreur
d’un soldat américain qui lança une grenade dans ce qu’il croyait être
un abri et qui se trouva être un entrepôt de munitions. Ainsi toute la
nuit fut ponctuée de multiples explosions. Dans la soirée du 23
novembre, le général Smith plaça d’ailleurs tous les Américains en
position défensive pour repousser un éventuel débarquement

Ce débarquement fut néanmoins utiles pour le haut commandement
américain, qui se servit de cet échec relatif (quant au nombre de
pertes) pour planifier les futurs débarquements et surtout le débarquement de Normandie  

source : http://militaires-d-hier.forumgratuit.org/t4410-bataille-la-plus-sanglante-tarawa

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

23 novembre Les américains libèrent Tarawa

28 mars 2013

Bataille de Smolensk (1943)

Classé sous — milguerres @ 20 h 26 min

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

 

Bataille de Smolensk (1943)

Bataille de Smolensk (1943) smolensk

 

 

 

 

La seconde bataille de Smolensk (7 août 1943 - 2 octobre 1943) est une offensive majeure de la Seconde Guerre mondiale, lancée par l’Armée rouge sur le Front de l’Est, simultanément à la bataille du Dniepr. Cette offensive longue de deux mois, menée par les généraux Andreï Ieremenko et Vassili Sokolovski, visait à nettoyer de toute présence militaire allemande les régions de Smolensk et de Briansk. La ville de Smolensk était sous occupation allemande depuis la première bataille de Smolensk, qui s’était déroulée en 1941.

En dépit d’une défense allemande impressionnante, l’Armée rouge réussit au cours de cette bataille plusieurs percées décisives, en libérant des villes importantes comme Smolensk et Roslavl, et en entrant dans la Biélorussie occupée. Cependant, en raison de la pugnacité de la résistance allemande, la progression des troupes soviétiques fut lente et difficile et l’opération se déroula en trois phases (du 7 au 20 août, du 21 août au 6 septembre, et du 7 septembre au 2 octobre).

La bataille de Smolensk constitue en elle-même une opération militaire majeure, mais elle est notable aussi du fait de ses conséquences importantes sur la bataille du Dniepr. On estime en effet que 55 divisions allemandes furent mobilisées pour l’opération de Smolensk, soit autant de forces militaires qui firent ensuite défaut pour empêcher les troupes soviétiques de traverser le Dniepr au sud. De plus, cette bataille permit à l’Armée rouge de repousser définitivement les forces allemandes de la région de Smolensk et ainsi d’écarter une importante menace d’attaque surMoscou en provenance de l’ouest.

Contexte

À la fin de la bataille de Koursk en juillet 1943, la Wehrmacht avait perdu tout espoir de reprendre l’initiative sur le Front de l’Est. Les pertes étaient considérables et l’armée était de moins en moins expérimentée, bon nombre de ses meilleurs hommes étant tombés au cours des deux dernières années de combat. Cette situation ne laissa à la Wehrmacht d’autre choix que celui d’adopter une attitude défensive face aux attaques soviétiques.

Côté soviétique, Staline, fort de la libération des territoires sous occupation allemande, était déterminé à poursuivre une stratégie militaire commencée dès la fin 1942 avec l’opération Uranus, qui avait débouché sur la libération de Stalingrad. La bataille du Dniepr avait pour but à la fois de libérer l’Ukraine et de repousser vers l’ouest la partie méridionale du front. L’opération de Smolensk fut lancée de façon simultanée, dans le but d’affaiblir plus encore les défenses allemandes, dans le cadre d’une stratégie qui allait obliger les réserves allemandes à se replier vers le nord, et donc à considérablement atténuer leur présence sur la partie sud du front. Les deux opérations étaient ainsi les deux faces d’un même plan stratégique qui visait à récupérer le plus possible de territoire soviétique sous occupation allemande.

 

File:Map of dnieper battle grand.jpg

Théâtre des opérations de juillet 1943 à décembre 1943.

Pour les troupes soviétiques, l’offensive fut compliquée par le manque de moyens de transport appropriés à la région. Le réseau routier n’était pas très développé ; les routes revêtues étaient rares. Après les nombreuses précipitations typiques de l’été russe, la plupart des voies praticables devinrent boueuses — phénomène connu sous le nom deraspoutitsa—, ce qui ralentit considérablement la progression de l’ensemble des troupes mécanisées et engendra divers problèmes de logistique. En ce qui concerne les chemins de fer, les troupes soviétiques ne pouvaient compter que sur une seule grande voie ferrée : la ligne Rjev - Viazma - Kirov.

En face, la Wehrmacht contrôlait un réseau routier et ferroviaire beaucoup plus étendu, concentré principalement aux abords de Smolensk et de Roslavl. Ces deux villes constituaient des centres logistiques importants, permettant l’approvisionnement des troupes allemandes et l’acheminement rapide de renforts. Les lignes ferroviaires les plus importantes de ce côté étaient la ligne Smolensk - Briansk et la ligne Nevel - Orcha - Moguilev, reliant les troupes allemandes de l’ouest à celles concentrées dans la région d’Orel.

Dispositif défensif allemand

Avant la bataille, cette partie du front était plus ou moins stable depuis quatre à cinq mois (depuis dix-huit mois dans certains endroits). Elle possédait en outre des caractéristiques géographiques propices à la mise en place d’un dispositif de défense solide. Ainsi, les forces allemandes ont eu le temps d’établir des positions défensives importantes, comptant jusqu’à cinq ou six lignes de défense par endroits, sur une profondeur totale de 100 à 130 kilomètres5.

La première zone de défense (dite tactique ou externe) comprenait la première ligne défensive (la principale) et la deuxième, sur une profondeur totale allant de 12 à 15 kilomètres, placées dans la mesure du possible dans des endroits situés en hauteur. La ligne de défense principale, de 5 kilomètres de profondeur, se composait de trois séries de tranchéeset postes de tir, reliées par un réseau de transmission très développé. La densité des postes de tir pouvait atteindre le nombre de six ou sept par kilomètre de ligne de front. Dans certains endroits, où l’on craignait des attaques de blindés, la troisième tranchée était en fait un fossé antichar dont la pente ouest, abrupte, abritait des emplacements pour l’artillerie et notamment les mitrailleuses. La première ligne du champ de bataille était protégée par trois rangées de barbelés et un important espace jonché de mines6.

La deuxième zone de défense, située à environ 10 kilomètres en arrière de la première et couvrant les perspectives les plus importantes, était composée d’une série de postes de tir reliés par des tranchées. Elle était protégée par des barbelés, ainsi que par des champs de mines dans les endroits où des attaques de blindés étaient prévisibles. Entre la première et deuxième zone de défense, un ensemble de postes de tir de moindre importance et de garnisons avait également été mis en place en vue de ralentir toute éventuelle avancée soviétique, dans le cas où la première ligne de défense viendrait à tomber. L’artillerie lourde était positionnée derrière cette deuxième zone de défense.

Enfin, en arrière de la ligne de front, trois à quatre lignes de défense supplémentaires avaient été placées, partout où cela était possible, sur les rives occidentales des cours d’eau. Par exemple, des lignes défensives avaient été installées sur les rives du Dniepr et de la Desna. Qui plus est, les principales villes situées sur la ligne de défense (telles que Ielnia,Doukhovchtchina et Spas-Demensk) avaient été fortifiées et dotées de renforts, afin de parer à l’éventualité de combats de longue durée : ainsi, les routes avaient été minées et couvertes de dispositifs antichars, et des postes de tirs avaient été installés dans les bâtiments les plus importants et les plus élevés.

File:Map detail of smolensk operation2.JPG
Plan détaillé de l’offensive de Smolensk, montrant la forme concave de la ligne de front (carte établie par les services de l’armée des États-Unis).

Localisation et configuration de la ligne de front

En juillet 1943, le front de l’Est présentait une forme concave relativement linéaire à l’exception d’un angle rentrant dans la région d’Orel, créant pour les troupes allemandes le risque d’être exposées à des attaques latérales en provenance du nord. De ce fait, un nombre significatif de divisions du groupe d’armées Centre (Heeresgruppe Mitte) fut spécialement affecté à cette partie du front, en raison d’une crainte (tout à fait légitime) d’offensive majeure dans ce secteur.

À titre d’exemple, fin juillet 1943, une dépêche allemande indiquait6 :

« Sur le front [...] tenu par le groupe d’armées Centre, de nombreux signes témoignent de la préparation d’une offensive imminente quoique limitée (Roslavl, Smolensk, Vitebsk), ainsi que de manœuvres visant à l’immobilisation du groupe d’armées Centre… »

Dans ces conditions, l’offensive des troupes soviétiques s’apprêtait à être extrêmement difficile.

File:General map of smolensk region fr.png
Plan général de la région de Smolensk durant la bataille

Première phase (7 août – 20 août)

Percée principale

Après une journée d’investigation, visant à déterminer si les troupes allemandes choisiraient de se retirer ou non de la première ligne de tranchées, l’offensive débuta le 7 août 1943 à 6 h 30 (avec un bombardement préliminaire à 4 h 40), par une percée vers Roslavl. Trois armées avaient été engagées pour cette offensive : les 5e, 10e et 33e Armées.

Cependant, l’attaque se trouva rapidement confrontée à une résistance massive et lourde. Les troupes allemandes tentèrent de nombreuses contre-offensives, depuis leurs positions de défense solides et bien préparées, appuyées par destanks, des chars d’assaut et des tirs au mortier et à l’arme lourde. Comme le rappelle le commandant Constantin Rokossovski, « nous avons littéralement dû nous frayer un passage à travers des lignes allemandes, une à une »7. Le premier jour, les troupes soviétiques avaient avancé de seulement 4 kilomètres8 et ce, en utilisant toutes les troupes disponibles engagées dans cette opération (artillerie, préposés aux communications et techniciens compris)9.

En dépit de la virulence des attaques soviétiques, il fut rapidement évident que les trois armées ne pourraient pas venir à bout des lignes allemandes. Par conséquent, il fut décidé d’engager dans la bataille la 68e Armée, maintenue en réserve. Côté allemand, trois divisions supplémentaires (la 2e Division Panzer, et les 36e et 56e Divisions d’infanterie) furent envoyées au front, depuis la région d’Orel, pour endiguer l’avance des Soviétiques.

Le lendemain, le 8 août, l’attaque reprit, avec une autre tentative de percée simultanée au nord, vers Iartsevo. Les deux attaques furent stoppées par une résistance allemande extrêmement puissante. Les cinq jours suivants, les troupes soviétiques avancèrent difficilement et lentement dans les défenses allemandes, repoussant des contre-attaques violentes et essuyant de lourdes pertes. Le 11 août, grâce à l’apport de troupes de réserve, l’Armée rouge était parvenue à avancer sur une profondeur de 15 à 25 kilomètres, selon les endroits10.

Les attaques suivantes, menées par les forces blindées et les forces du 6e Corps de cavalerie de la Garde, ne produisirent aucun effet significatif et engendrèrent de lourdes pertes en raison de la violente riposte des défenses allemandes, créant ainsi une situation d’impasse.

Offensive de Spas-Demensk

Dans la région de Spas-Demensk, les événements furent un peu plus favorables pour la 10e Armée. Dans ce secteur dans lequel la Wehrmacht ne disposait que de peu de troupes et de réserves limitées, elle fut en mesure de traverser les lignes allemandes et d’avancer de 10 kilomètres en deux jours.
Cependant, le 5e Corps mécanisé soviétique, spécialement déplacé de Kirov afin d’exploiter la percée dans cette bataille, échoua dans sa mission, principalement du fait de la mauvaise organisation de la défense anti-aérienne, qui permit aux bombardiers en piqué allemands d’attaquer relativement facilement les formations de chars soviétiques. Les lourdes pertes essuyées par ce corps d’armée soviétique le contraignirent à se retirer du combat. Malgré cela, au 13 août, les troupes soviétiques avaient repoussé de 25 kilomètres supplémentaires les lignes ennemies, libérant ainsi Spas-Demensk11.

Offensive de Doukhovchtchina
Sur ordre de la Stavka (l’état-major des forces armées soviétiques), l’offensive menée aux abords de Doukhovchtchina débuta presque une semaine plus tard, le 13 août. Cependant, comme sur d’autres parties du front, les 39e et 43e Armées se trouvèrent confrontées à une opposition allemande virulente. Au cours du seul premier jour, les troupes allemandes entreprirent 24 contre-attaques d’envergure régimentaire, soutenues par des tanks, des chars d’assauts et des unités d’aviation12.
Durant les cinq jours suivants, les troupes soviétiques parvinrent à avancer de seulement 6 à 7 kilomètres et, même si elles infligèrent d’importantes pertes aux troupes allemandes, leurs propres pertes furent également élevées13.

Causes de l’impasse
À la mi-août, une stabilisation du front se produisit sur le périmètre du théâtre d’opération. L’impasse qui en résulta, même si elle ne constituait pas intrinsèquement une défaite, représentait néanmoins pour le commandement soviétique un constat d’échec. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette impasse. Comme le rapporte le lieutenant du général Alexeï Antonov, « nous devions faire face à la fois à l’hostilité des forêts et des marécages, et à la résistance de plus en plus forte des troupes ennemies renforcées par des divisions arrivant de la région de Briansk »14.

Le maréchal Nikolaï Voronov, ex-membre de la Stavka, a analysé les causes de cette impasse dans ses mémoires. Il en a dénombré huit :
Le commandement allemand était au courant de l’opération et s’y est préparé.
Les lignes de défense allemandes étaient exceptionnellement bien préparées (des postes de tir renforcés par des tranchées, des barbelés, des champs de mines, etc.).

Plusieurs des divisions de fusiliers soviétiques avaient été insuffisamment préparées à une situation d’assaut dans le cadre d’une configuration de défense à lignes multiples. Ceci s’est avéré tout particulièrement pour les divisions de réserve, dont la formation n’avait pas toujours été correctement dirigée.
Le nombre de chars engagés dans la bataille était insuffisant, ce qui a obligé les commandants soviétiques à s’appuyer sur l’artillerie, les mortiers et l’infanterie pour traverser les lignes allemandes. Qui plus est, les nombreuses contre-attaques allemandes et l’abondance des champs de mines ont ralenti la progression de l’infanterie.
La collaboration entre les régiments et les divisions était loin d’être parfaite. Il y eut des pauses intempestives durant l’attaque, ainsi qu’une volonté de certains régiments d’éviter l’assaut et d’y exposer d’autres à leur place.
Nombre de commandants soviétiques ont été trop impressionnés par les contre-attaques allemandes et n’ont pas agi de manière appropriée, et ce, bien que les effectifs de leurs troupes fussent supérieurs à ceux de la Wehrmacht.
L’infanterie n’a pas su utiliser correctement ses propres armements (tels que ses propres armes lourdes et les mortiers portatifs). Elle s’est trop appuyée sur l’artillerie.

Le fait que l’offensive ait été reportée du 3 août au 7 août a permis aux troupes allemandes de mieux préparer leur défense.
Compte tenu de tous ces facteurs, le maréchal Voronov demanda que la 4e Armée blindée et le 8e Corps d’artillerie soient transférés du Front de Briansk en vue d’être engagés en soutien de l’attaque aux abords de Smolensk15.
Cette impasse, bien loin des espérances de la Stavka, eut au moins un mérite : elle rassembla rien moins que 40 % de l’ensemble des divisions allemandes sur le Front de l’Est aux alentours de Smolensk, ce qui facilita grandement la tâche des troupes soviétiques combattant dans le sud et dans la région de Koursk16. La Stavka, qui avait projeté de reprendre l’offensive le 21 août, décida de la repousser légèrement de sorte que les unités soviétiques aient le temps d’acheminer du réapprovisonnement et du renfort17.

Deuxième phase (21 août – 6 septembre)

À la mi-août, la situation sur le Front de l’Est avait évolué et l’Armée rouge entama une offensive plus générale, qui débuta par l’opération de contre-offensive Polkovodets Roumiantsev dans la région de Koursk et se poursuivit par la bataille du Dniepr au sud. Néanmoins, la Wehrmacht continuait à consolider ses troupes autour de Smolensk et de Roslavl, retirant pour ce faire plusieurs divisions de la région d’Orel. En conséquence, la contre-offensive de Koursk se déroula relativement facilement aux abords d’Orel, créant dans la ligne de défense ennemie un large saillant au Sud de Smolensk et de Briansk.
Dans cette situation, l’ancienne stratégie d’attaque, axée vers le sud-ouest en direction de Roslavl et de Briansk, s’avéra obsolète. La Stavka décida de plutôt déplacer l’attaque vers l’ouest, en direction de Ielnia et de Smolensk18.

Offensive de Ielnia
Ielnia était considérée comme une « clé » dans la défense de Smolensk et, par conséquent, les troupes allemandes avaient mis en place un dispositif de défense massif autour de la ville. Les secteurs marécageux environnant les rivières Desna et Ougra avaient été minés et des armes lourdes avaient été placées sur les collines surplombant la ville. Durant la semaine du 20 au 27 août, les armées soviétiques reçurent du renfort en termes de chars et d’artillerie.
L’offensive débuta finalement le 28 août, menée par trois armées (les 10e, 21e et 33e Armées de la Garde), épaulées par trois corps blindés et corps mécanisés, et la 1re Armée de l’air. Ces trois armées couvraient un front de 36 kilomètres, formant une concentration de troupes extrêmement forte. Cependant, ces troupes furent confrontées à des problèmes d’approvisionnement et de pénurie de carburant, ne disposant que de quoi tenir une à deux semaines19.

Après un intense bombardement de 90 minutes, les troupes soviétiques commencèrent à avancer. Le bombardement de l’artillerie ainsi que le recours à des avions d’attaque au sol permit d’affaiblir considérablement les lignes allemandes, en laissant à l’Armée rouge la possibilité d’effectuer en une journée une percée sur un front de 25 kilomètres et de faire reculer les lignes ennemies de 6 à 8 kilomètres. Le jour suivant, le 29 août, les divisions de fusiliers soviétiques avancèrent encore, créant sur le front un saillant de 30 kilomètres de long sur une profondeur de 12 à 15 kilomètres20.
Le 2e Corps blindé fut engagé dans la bataille afin d’exploiter la percée ainsi créée. En une journée, ses troupes avancèrent de 30 kilomètres, jusqu’aux abords de Ielnia. Ne laissant pas aux Allemands le temps de rassembler leurs forces, les troupes soviétiques attaquèrent la ville et commencèrent à l’encercler. Le 30 août, les forces allemandes furent contraintes d’abandonner Ielnia, essuyant de lourdes pertes. Cette défaite marqua le début de la retraite allemande dans la région. Le 3 septembre, les forces soviétiques atteignaient la rive orientale du Dniepr.

Des Français dans la bataille 171209 
L’escadrille Normandie-Niemen s’illustre aux côtés des aviateurs soviétiques et paie aussi un lourd tribut. Le 21 août, un Stuka et un Focke-Wulf sont abattus. Le 31 août, cinq autres avions allemands vont au tapis mais aussi des pilotes français21.

Manœuvre de Briansk

Dans la région de Briansk, les événements furent également favorables aux Soviétiques, en dépit d’une résistance allemande virulente. L’identification d’une faille dans la défense allemande allait cependant modifier tous les plans prévus. L’étonnante facilité avec laquelle furent prises plusieurs collines surplombant la région autour de Doubrovka, au nord de Briansk, et la capture consécutive de nombreux soldats allemands vraisemblablement peu préparés au combat, ont particulièrement frappé le général Markian Popov, commandant du Front de Briansk de juin 1943 à octobre 194322. Cet état de fait signifiait très probablement que l’offensive soviétique n’avait pas été prévue par les Allemands le long de cet axe particulier.
En conséquence, la frontière entre le Front biélorusse et le Front de l’Ouest soviétique se rejoignit au sud, ce qui permit à deux « nouvelles » armées d’entamer une manœuvre en tenaille vers Doubrovka et autour de Briansk, obligeant les forces allemandes à battre en retraite23.

En date du 6 septembre, l’offensive avait fortement ralenti sur l’ensemble du front, les troupes soviétiques avançant seulement de 2 kilomètres par jour. Sur le flanc droit, de violents combats avaient éclaté dans les bois des alentours de Iartsevo. Au centre, les troupes soviétiques en marche atteignaient la ligne défensive du Dniepr. Sur le flanc gauche, les divisions de fusiliers soviétiques avançaient au ralenti alors qu’elles pénétraient dans les forêts au sud-ouest de Ielnia. Qui plus est, les troupes soviétiques étaient épuisées et décimées, à tel point que leur puissance et leur efficacité étaient de fait fortement diminuées. Le 7 septembre, l’offensive s’arrêta, marquant la fin de la deuxième phase de l’opération de Smolensk24.

Troisième phase (7 septembre – 2 octobre)

Durant la semaine du 7 au 14 septembre, les troupes soviétiques reçurent de nouveaux renforts et se préparèrent à une nouvelle offensive. Les objectifs suivants définis par la Stavka concernaient les villes majeures de Smolensk, Vitebsk et Orcha. L’opération reprit le 14 septembre, impliquant le flanc gauche du Front de Kalinine et le Front de l’Ouest. De nouveau, après un bombardement d’artillerie préliminaire, les troupes soviétiques tentèrent de percer les lignes allemandes.
Dans le secteur d’attaque du Front de Kalinine, l’Armée rouge créa en une journée un saillant de 30 kilomètres de long sur 3 à 13 kilomètres de profondeur. Après quatre jours d’affrontement, les Soviétiques s’emparèrent de Doukhovchtchina, une autre ville « clé » dans la ligne de défense allemande en amont de Smolensk25.

Dans le secteur d’attaque du Front de l’Ouest, où l’offensive débuta un jour plus tard, la percée s’avéra également prometteuse, avec la création d’un saillant de 20 kilomètres de long sur une profondeur de 10 kilomètres. Le même jour, Iartsevo, un important nœud ferroviaire proche de Smolensk, fut libéré par les troupes soviétiques. Sur le flanc gauche du Front de l’Ouest, les divisions de fusiliers soviétiques atteignirent la rivière Desna et la franchirent en force, créant plusieurs têtes de pont sur sa rive occidentale.
En conséquence, la ligne défensive protégeant Smolensk se trouva débordée, ce qui exposa les troupes défendant la ville à des manœuvres d’enveloppement. Le général allemand Kurt von Tippelskirch, chef de l’état-major de la 4e Armée pendant l’opération de Smolensk puis Commandant de cette 4e armée, écrivit plus tard :
« Les forces du Front de l’Ouest soviétique attaquèrent le flanc gauche du groupe d’armées Centre sur la ligne Dorogobouj-Ielnia, dans le but d’effectuer une percée en direction de Smolensk. Il apparut alors clairement qu’il était devenu impossible de tenir le saillant — avançant en direction de l’est — occupé par la 9e Armée26. »
En date du 19 septembre, les troupes soviétiques avaient créé dans les lignes allemandes une brèche large de 250 kilomètres et profonde de 40 kilomètres. Le lendemain, la Stavka ordonna aux troupes situées sur le Front de l’Ouest d’avancer vers Smolensk avec pour objectif de l’atteindre au plus tard le 27 septembre, pour ensuite poursuivre leur progression en direction des villes d’Orcha et de Moguilev. Les troupes présentes sur le Front de Kalinine eurent, quant à elles, pour mission de prendre la ville de Vitebsk avant le 10 octobre.

Le 25 septembre, après une traversée en force de la partie septentrionale du Dniepr et au terme de combats rapprochés ayant duré toute la nuit, les troupes soviétiques libérèrent la ville de Smolensk. Le même jour, Roslavl, autre ville importante, fut reprise. En date du 30 septembre, les forces soviétiques, épuisées et décimées, étaient embourbées aux abords des villes de Vitebsk, Orcha et Moguilev, qui étaient encore aux mains de la Wehrmacht. L’opération de Smolensk se termina finalement le 2 octobre. Une suite d’attaques relativement limitée fut toutefois entreprise en vue de récupérer la ville de Nevel, qui fut libérée au terme de deux jours de combats rapprochés. Globalement, les troupes soviétiques avaient, au cours de la vingtaine de jours sur laquelle s’est déroulée cette troisième phase de l’offensive, avancé de 100 à 180 kilomètres selon les endroits27.

Conséquences et bilan des opérations

L’opération de Smolensk constitua une victoire décisive pour les Soviétiques et une défaite cuisante pour la Wehrmacht. Cette avancée de l’Armée rouge peut certes paraître modeste en comparaison des offensives qui devaient avoir lieu par la suite (elle ne permit de faire reculer les lignes ennemies que de 200 à 250 kilomètres28), mais elle eut toutefois des conséquences importantes à divers égards.
Premièrement, les troupes allemandes furent définitivement repoussées des abords de Moscou. Cette menace stratégique, source des plus grandes inquiétudes de la Stavka depuis 1941, fut enfin écartée.
Deuxièmement, les anneaux défensifs allemands, sur lesquels les troupes de la Wehrmacht avaient prévu de s’appuyer, furent pour l’essentiel totalement débordés. Un certain nombre d’entre eux parvint à résister, mais il fut rapidement évident qu’ils ne tiendraient pas sur la durée. Dans un essai écrit après la guerre par divers officiers de la Wehrmacht, on trouve ce constat29 :« Bien que les actions vigoureuses du commandement et des troupes aient permis aux Allemands de créer un front continu, a posteriori, il ne fait aucun doute que le mauvais état des troupes, l’absence totale de réserves et l’inévitable extension de lignes de front individuelles disparates, ont contribué à masquer le risque d’effondrement couru en cas d’attaque soviétique majeure sur ce front hétérogène,construit avec tant de difficulté. »
Troisièmement, comme plus haut, l’opération de Smolensk constitua une opération de soutien importante eu égard à la bataille du Dniepr, mobilisant entre 40 et 55 divisions allemandes aux abords de Smolensk et empêchant de ce fait leur relocalisation sur le front Sud.
Enfin, le front allemand, auparavant uni et compact, fut désormais séparé en deux par les immenses marais impraticables du Pripet, le groupe d’armées Sud (Heeresgruppe Süd) se retrouvant ainsi dissocié des divisions basées au nord : de ce fait, la Wehrmacht vit s’amoindrir considérablement ses possibilités de mouvements de troupes et d’approvisionnement entre ces deux secteurs du front30.

Pour la première fois, les troupes soviétiques pénétrèrent dans des territoires depuis longtemps occupés par les Allemands, et ils y découvrirent les crimes de guerre commis par les SS, les Einsatzgruppen et les troupes de la Wehrmacht. Dans les zones libérées au cours de l’opération de Smolensk (qui étaient occupées depuis presque deux ans), la quasi-totalité de l’industrie et de l’agriculture avait été dévastée. Dans l’oblast de Smolensk lui-même, 80 % de l’espace urbain et 50 % de l’espace rural habité avaient été détruits, ainsi que de nombreuses usines et manufactures31.
Après l’offensive de Smolensk, la partie centrale du Front germano-soviétique se stabilisa durant de nombreux mois, jusqu’à fin juin 1944, les principales zones de combat se déplaçant vers le sud dans la région du Dniepr et pour la conquête des territoires de l’Ukraine. Ce n’est qu’au cours du mois de janvier 1944, que le front se ranima à nouveau vers le nord, lorsque les forces allemandes furent repoussées de Leningrad, au terme d’un siège qui avait duré 900 jours. Enfin, l’opération Bagration, menée au cours de l’été 1944, permit à l’Armée rouge de nettoyer de toute présence militaire allemande la quasi-totalité des territoires soviétiques encore occupés, ce qui mit un terme à l’occupation allemande en URSS, la guerre se poursuivant ensuite en Pologne et en Allemagne.

Notes

  1. ↑ a et b Histoire de la Seconde Guerre mondiale, Moscou, 1973-1979, tome 7, p. 241
  2.  La Grande guerre patriotique de 1945-1945, Moscou, 1998, t.2 p. 473 et suivantes
  3.  Nikolai Shefov, Les Combats de la Russie, Bib. Histoire Militaire, Moscou, 2002
  4.  V.P. Istomin, L’Opération Offensive de Smolensk, 1943, Moscou, Éd. Bib. Milit., 1975, p. 15.
  5.  Maréchal N.N. Voronov, En service militaire, Moscou, Éd. Bib. Milit., 1963, p. 382.
  6. ↑ a et b V.P. Istomin, p. 12.
  7.  K. Rokossovsky, Le Devoir du soldat, Moscou, Politizdat, 1988, p. 218.
  8.  V.P. Istomin, pp. 81-82.
  9.  V.P. Istomin, p. 84.
  10.  V.P. Istomin, pp. 84-88.
  11.  V.P. Istomin, pp. 92-94.
  12.  V.P. Istomin, pp. 94-95.
  13.  Histoire de la grande guerre patriotique, 1941-1945, Moscou, 1963, t. 3, p. 361.
  14.  G.K. Joukov, Mémoires, Moscou, Éd. APN, 1971, p. 485.
  15.  V.P. Istomin, p. 101.
  16.  Opérations des forces armées soviétiques lors de la grande guerre patriotique, 1941-1945t. 2,pp. 340-341.
  17.  Maréchal A.I. Yeremenko, Les Années de vengeance, Moscou, Science, 1969, pp. 51-55.
  18.  V.P. Istomin, p. 104.
  19.  V.P. Istomin, p. 105.
  20.  Histoire de la grande guerre patriotiquepp. 363-365.
  21.  op. cit. Y. Courrière 1979, pp. 220-223
  22.  Voenno-istoricheskiy zhurnal (Journal d’histoire militaire), 1969, no 10, p. 31.
  23.  Voenno-istoricheskiy zhurnalp. 32.
  24.  V.P. Istomin, pp. 122-123.
  25.  V.P. Istomin, p. 131.
  26.  Kurt Tippelskirch, Histoire de la Seconde Guerre mondiale, Moscou, 1957, pp. 320-321.
  27.  V.P. Istomin, pp. 134-136.
  28.  V.P. Istomin, p. 5.
  29.  La Guerre mondiale de 1939-1945 (recueil d’essais), Moscou, Éd. Lit. Étrangère, 1957,pp. 216-217.
  30.  V.P. Istomin, p. 163.
  31.  V.P. Istomin, p. 15.

 IL2 VP Focke Wulf Fw 189 5 (H) 12 (H1 + AW) Smolensk 1943 V05

IL2 VP Focke Wulf Fw 189 5 (H) 12 (H1 + AW) Smolensk 1943-V05

 

 

sources : wikipedia et http://www.asisbiz.com/il2/Fw-189/Fw-189-(H)12.5-(H1+AW)/pages/IL2-VP-Focke-Wulf-Fw-189-5(H).12-(H1+AW)-Smolensk-1943-V05.html

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

27 mars 2013

La bataille des ardennes

Classé sous — milguerres @ 20 h 55 min

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

Hiver 1944 : La bataille des ardennes

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Du 9 au 13 septembre 1944, le Grand-Duché de Luxembourg fut libéré par des unités de la 5e division blindée et de la 28e division d’infanterie. Ces deux divisions faisaient partie du  5e corps d’armée de la 1ère armée américaine commandée par le général Courtney Hodges. Au sud-est, des éléments du 3e  groupe blindé de reconnaissance libérèrent la région de Bettembourg-Mondorf. Cette unité faisait partie du  20e corps d’armée de la 3e armée américaine, commandée par le général George Smith Patton jr.

Au moment où les troupes allemandes battues se retiraient derrière le « Westwall » et que l’armée américaine avait le territoire luxembourgeois sous son contrôle, tout portait à croire que la fin de la guerre était proche.

Les « Civil Affairs » américaines, à partir du 23 septembre ensemble avec le gouvernement luxembourgeois revenu d’exil, s’efforçaient de rendre une vie normale possible dans les villes et villages luxembourgeois.

Côté allemand, vers la fin de septembre 1944, Hitler donna l’ordre de préparer des plans pour une contre-attaque massive à l’ouest en misant sur les éléments de surprise, de vitesse et de mauvais temps (afin d’éliminer la supériorité aérienne alliée). Hitler se décida finalement pour ce plan, qui subit encore des changements pendant les semaines suivantes. Il chargea le groupe d’armées B (maréchal Walther Model), composé de trois armées, de se préparer à l’attaque. Le plan, élaboré au grand secret, prévoyait que les forces allemandes attaquant vers l’ouest devaient passer par les Ardennes au Luxembourg et en Belgique, traverser la Meuse, puis pousser en direction d’Anvers, afin de reprendre ce port devenu une plaque tournante pour le ravitaillement allié depuis la fin du mois de novembre 1944. Poursuivant ainsi un but stratégique, Hitler voulut également exploiter les différents existant entre Américains et Britanniques. En effet, il estimait que la destruction d’un certain nombre de divisions américaines et britanniques dans les Ardennes amènerait un cessez-le-feu temporaire à l’ouest. Ceci lui aurait alors permis de transférer des troupes allemandes sur le front de l’est.

Tous les efforts de mobilisation furent entrepris en Allemagne pour équiper les trois forces d’attaque principales en hommes et en matériel. La 6e armée blindée SS supportait le poids principal d’attaque dans le nord. Au centre, en renfort de la 6e armée, était placée la 5e armée blindée et au sud la 7e armée, avec une mission de garde-flanc défensive, pour protéger les deux armées des contre-attaques américaines.

Côté allié, les Ardennes étaient considérées comme un secteur calme ; en conséquence la ligne du front, tenue par le 8e corps, n’était que faiblement étoffée de troupes. Le commandement allié n’interpréta pas à leur véritable valeur les informations sur de fortes concentrations de troupes allemandes dans la région de Bitbourg qu’il avait obtenues par des habitants du village de Bivels pris comme otages par les Allemands et échappés de leur captivité.

Lorsqu’au petit matin du 16 décembre 1944 l’artillerie allemande ouvrit l’attaque avec un feu nourri et meurtrier, sur le secteur du 8e corps, entre Echternach au sud jusqu’à Montjoie (Monschau) dans le nord (quelque 135 km), la ligne de défense américaine sur la Sûre et l’Our ainsi que sur les crêtes autour de St. Vith et d’Elsenborn, fut complètement surprise.

Le 8e corps se composait alors des 4e et 28e divisions d’infanterie au Luxembourg, renforcées par le groupement de combat (CCA) de la 9e division blindée, de même que de la 106e division d’infanterie nouvellement arrivée en Europe et qui n’avait pas encore vu le feu, dans le secteur de St. Vith.

La progression des Allemands au nord était plutôt lente, abstraction faite du 1er groupe de combat SS « Peiper » qui pénétra profondément les lignes américaines. La 5e armée réussit une percée facile à travers les lignes de la 106e division d’infanterie américaine, mais rencontra une résistance plus touffue dans le secteur de la 28e division d’infanterie, au sud de la ligne Weiswampach-Hosingen. Les localités comme Clervaux, Marnach, Holzthum, Consthum, Weiler, Wahlhausen, devenaient des  noeuds de la résistance farouche des Américains.

Dans le secteur de la 7e armée allemande (Bettendorf-Hoesdorf-Wallendorf), la progression était lente, le terrain étant favorable aux défenseurs américains. Des localités-clé comme Wiltz, Diekirch, Ettelbruck, Beaufort et Echternach ne furent conquises que des jours après la date prévue.

Le 18 décembre, la 6e armée blindée SS traversa l’Amblève et von Manteuffel s’approcha de Bastogne. En réaction immédiate, le général Eisenhower donna l’ordre d’arrêter toute avance alliée vers le Rhin ; il enjoignit au général Patton de contre-attaquer du sud en passant par le Luxembourg.

Le 22 décembre, l’avance allemande s’essouffla au nord. La 6e armée blindée SS dut céder des unités afin de renforcer l’attaque contre Bastogne, carrefour d’importance stratégique primordiale pour l’avance allemande. Bastogne, défendue par la 101e division aéroportée, le groupement de combat (CCB) de la 10e division blindée et d’autres unités, refusa de se rendre. On retiendra le fameux « Nuts ! » du général Mac Auliffe.

La neige rendit les opérations militaires très pénibles pour les deux côtés.

Le 24 décembre, le haut commandement allemand se rendit à l’évidence : l’offensive avait échoué. Le surlendemain, des unités de la 4e division blindée américaine réussirent à percer l’encerclement de Bastogne. Toutes les tentatives allemandes de prendre la ville échouèrent. Lors des batailles qui se développèrent dans la suite à des températures en-dessous de zéro degrés, les Allemands passèrent à la défensive et durent même battre en retraite. La poussée de la 3e armée américaine vers le nord eut pour conséquence la reprise de la ville d’Ettelbruck, le jour de Noël 1944, par la 80e division d’infanterie. Diekirch et le secteur de la Sûre restèrent aux mains des Allemands.

Le 9 janvier 1945, la 3e armée du général Patton attaqua au sud-est de Bastogne, afin de détruire les unités allemandes dans ce secteur. Dans le cadre de ces combats, la bataille autour du carrefour du « Schumanns Eck », près de Wiltz, s’avérera avoir été l’une des batailles les plus intenses, sanglantes et coûteuses du front occidental.

Du 30 décembre 1944 au 22 février 1945 une nouvelle arme-V (Vergeltungswaffe), le V3, avait tiré quelque 180 fois sur la ville de Luxembourg. Les dégâts furent peu importants.

Le 18 janvier 1945, le général Patton lança une contre-attaque afin de liquider le saillant (d’où «  the bulge »). La 5e division d’infanterie traversa la Sûre et libéra Diekirch dans des conditions météorologiques extrêmes. Lors de la poussée de la 3e armée vers le nord du Luxembourg, Wiltz fut libéré le 21 janvier et Clervaux le 25 janvier 1945 par la 26e division d’infanterie.

A la fin du mois de janvier, les Allemands avaient été repoussés sur leurs positions de départ du 15 décembre 1944.

Le 7 février 1945, après la libération d’Echternach, les alliés entreprirent l’invasion principale de l’Allemagne et la campagne en Rhénanie, alors qu’à l’est l’offensive de l’Armée Rouge avait commencé des semaines plus tôt.

Vianden était la dernière localité luxembourgeoise à retrouver sa liberté, le 12 février 1945.

Bilan humain

Malgré des différences dans les statistiques, les pertes subies pendant la « Bataille des Ardennes » pour la période 15 décembre 1944 – début février 1945 peuvent être considérées comme étant les suivantes :

forces américaines           

  • 18.500  tués
  • 46.200 blessés
  • 10.900 prisonniers de guerre et portés disparus

forces britanniques         

  • 200 tués
  • 240 blessés
  • 970 prisonniers de guerre et portés disparus

forces allemandes           

  • 29.800 tués
  • 34.450 blessés
  • 22.500 prisonniers de guerre et portés disparus

victimes civiles au Luxembourg et en Belgique

3.800 tués et blessés

cet article ci-dessus à télécharger (document pdf):

http://www.secondeguerremondiale.public.lu/fr/publications/bulge/bulge.pdf

 


Commandants en chef 

La bataille des ardennes 2635027145

George Patton

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Naissance 11 novembre 1885
San Gabriel, Californie
Décès 21 décembr 1945 (à 60 ans)
Heidelberg

Omar Bradley

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Naissance 12 février 1893
Clark, Missouri
Décès 8 avril 1981 (à 88 ans)
Fort Bliss, Texas

Dwight David Eisenhower

dwight10

naissance 14 octobre 1890
Lieu de naissance Denison, Texas (États-Unis)
Date de décès 28 mars 1969 (à 78 ans)

34906 729207

Bernard Montgomery

bernar10

Surnom Monty
Naissance 17 novembre 1887
Londres, Royaume-Uni
Décès 24 mars 1976 (à 88 ans)
Alton (Hampshire), Royaume-Uni

g_nazi10

Walter Model

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Surnom Le pompier du Führer
Naissance 24 janvier 1891
Genthin, Allemagne
Décès 21 avril 1945 (à 54 ans)

Gerd von Rundstedt


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Naissance 12 décembre 1875
Aschersleben, Allemagne
Décès 24 février 1953 (à 77 ans)
Hanovre, Allemagne

Adolf Hitler

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Date de naissance 20 avril 1889
Lieu de naissance Braunau am Inn (Autriche-Hongrie)
Date de décès 30 avril 1945 (à 56 ans)

 

sources 

Youtube 

http://www.secondeguerremondiale.public.lu/fr/dossiers-thematiques/batailledesardennes/index.html

http://militaires-d-hier.forumgratuit.org/t3620-bataille-des-ardennes 

 

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

26 mars 2013

Campagne des îles Salomon

Classé sous — milguerres @ 20 h 56 min

 

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

 

 

 

 Campagne des îles Salomon salomon

 

 

La Campagne des îles Salomon est une opération amphibie lancée par les Alliés pendant la Guerre dans le Pacifique lors de la la Seconde Guerre mondiale en août 1942.

Huit mois après l’attaque de Pearl Harbor, ce fut la première opération amphibie. Elle se déroula en parallèle de la Campagne de Nouvelle-Guinée, certaines opérations visant des objectifs communs aux deux campagnes, du fait de la proximité des territoires.

Les objectifs généraux de la campagne, qui fut mise en place rapidement et avec des moyens limités, étaient la sécurisation des lignes de communication menacées entre les États-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, lignes qui étaient vitales pour les futures opérations dans le Pacifique Sud et Sud-ouest.

La campagne s’est déroulée sur un territoire allant des îles Salomon à la Nouvelle-Guinée entre août 1942, lorsque lesMarines débarquèrent sur Guadalcanal, et fin 1943, lorsque la base japonaise de Rabaul fut isolée de ses bases et coupée de ses lignes de ravitaillement.

La campagne fut menée par les forces combinées du commandement du Pacifique Sud-ouest et du Pacifique Centre, impliquant plusieurs débarquements importants, une douzaine de batailles navales et de nombreuses attaques aériennes

 

Avancées japonaises

La campagne de Guadalcanal, la première offensive amphibie audacieuse lancée par les États-Unis, a commencé en août 1942, huit mois après l’attaque de Pearl Harbor. L’objectif de cette campagne, qui fut mise en place rapidement avec des moyens limités, était la première étape d’une stratégie visant à sécuriser les lignes de communication alliées entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande, vitales pour assurer le succès des futures opérations alliées dans le sud et le sud-ouest du Pacifique.

Dans les mois qui suivirent l’attaque de Pearl Harbor, les Japonais profitèrent de l’avantage que cette attaque surprise leur avait conféré pour envahir l’Asie de l’est, les Indes et laMélanésie pendant les six premiers mois de 1942. Les étapes de cette expansion furent Wake, Guam, Singapour, Bataan, Corregidor et les Indes néerlandaises.

L’avance des Japonais vers le sud commença par la prise de Rabaul le 23 janvier 1942, puis Bougainville dans les îles Salomon, deux mois plus tard. Rabaul était une base importante qui servait à la fois de base avancée protégeant la base navale de Chuuk et de point de départ pour les offensives suivantes vers le sud. Bougainville, ainsi que les autres positions moins importantes dans les Salomon, était un point de départ pour établir un coin dans les lignes de communication entre Hawaii et l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Ayant établi des positions sur la côte nord de la Nouvelle-Guinée, ainsi que Choiseul, Vella Lavella et les îles du Trésor dans les Salomon, les Japonais prirent Tulagi et son port le4 mai 1942, qui devint ainsi la pointe sud de l’avancée japonaise.

L’île avait été évacuée par les Australiens début mai, mais ceux-ci avaient depuis longtemps établi sur les îles des postes d’observation qui furent maintenu, et qui seraient bien utiles plus tard.

Engagements initiaux

La seule bataille ayant eu lieu pendant la prise des Salomon par les Japonais eut lieu à cette occasion : dans le cadre de la bataille de la mer de Corail, la Task Force 17 du vice amiral Frank Fletcher, constituée autour du porte-avions Yorktown, surprit la force amphibie japonaise concentrée à Tulagi et coula le destroyer Kikutsuki ainsi que quelques navires plus petits, endommageant le destroyer Yuzuki et le croiseur Okinoshima (qui fut coulé une semaine plus tard par un sous-marin américain).

Les Japonais ne développèrent aucun aéroport dans un premier temps, quoique les plaines de Guadalcanal, à 25 kilomètres au sud de Tulagi, offraient un excellent terrain à cette fin. Tous les efforts initiaux des Japonais tendirent à développer le port de Tulagi. Ce n’est qu’en juin que les Japonais débarquèrent à Guadalcanal, et des travaux de développement d’un aérodrome furent commencés fin juin.

Quoique les plans exacts des Japonais soient encore incertains à l’heure actuelle, la présence des Japonais dans les îles Salomon leur donnait la capacité de frapper l’Australie, la Nouvelle-Guinée et les Nouvelles-Hébrides.

Peu après la chute de Rabaul, alors que l’axe sud-ouest du développement des conquêtes japonaises semblait évident, les Alliés commencèrent à développer des plans afin de freiner ou stopper cette avance.

Développement de la stratégie Alliée

En février 1942, l’amiral Ernest J. King, commandant en chef de la Flotte américaine, traça les grandes lignes de la stratégie Alliée au cours d’une correspondance avec le chef d’état-major de l’Armée américaine, le général Marshall. Selon King, l’action des Alliés ne devait pas se limiter à protéger les lignes de communication, mais ils devaient également établir des bases, notamment à Tonga et à Espiritu Santo, à partir desquelles des offensives pourraient être montées contre les Salomon et la Nouvelle-Guinée. Il envisageait donc l’occupation de certaines îles au sud et au sud-ouest du Pacifique dans une suite d’opération amphibies qui seraient menées par les Marines, l’armée se chargerait de maintenir des garnisons sur les îles conquises tandis que la Marine passerait à l’objectif suivant.

L’occupation de certaines îles stratégiquement importantes commença le 12 mars, lorsqu’une force mixte marine-armée débarqua sans opposition à Nouméa, la capitale de laNouvelle-Calédonie au sud des Salomon. Tandis que Nouméa devenait une base navale Alliée, un aéroport important fut installé sur Tontouta, à une cinquantaine de kilomètres de Nouméa. Le 29 mars, les Marines débarquèrent à Port-Vila, capitale de Vanuatu, au nord de la Nouvelle-Calédonie, et en mai, Espiritu Santo fut occupée par une force combinée de Marines, de Seabees de la marine et de l’armée (seabee, qui signifie « abeilles de mer », correspond en fait à la prononciation anglaise des lettres CB, abréviation de Construction Batallions).

Alors que ces déploiements avaient lieu, les flottes américaine et japonaise s’opposaient dans le cadre de la bataille de la mer de Corail, quelques jours après le débarquement des japonais à Tulagi.

Quoique cette bataille ne fût pas une grande victoire, elle força les Japonais à retarder l’invasion de Port Moresby et de la Nouvelle-Guinée.

Cependant, les plans de l’amiral King pour le Pacifique sud commençaient à se mettre en place. En avril, la 1re Division de Marines fut envoyée à Wellington en vue des futures opérations.

Nouveaux développements

En juin, les Américains se rendirent compte des développements à Guadalcanal, à savoir la création d’un aérodrome dans les plaines de la pointe de Lunga. Ceci donnait une certaine urgence aux plans américains dans les Salomon.

Par ailleurs, la bataille de Midway avait fait subir à la marine japonaise de terribles pertes le 5 juin 1942, telles que le déséquilibre des forces créé par l’attaque de Pearl Harbor s’en trouvait réduite.

Cet avantage décisif n’échappa pas au général MacArthur, qui suggéra un assaut immédiat sur Rabaul. Cette option ne fut cependant pas retenue, les Américains réticents à l’idée risquer leurs derniers porte-avions dans des manœuvres au sein d’un environnement confiné et sous la menace constante de bases aériennes japonaises.

Cependant, considérant le succès de Midway, l’état-major combiné (Joint Chiefs of Staff) reconsidéra la stratégie alliée dans le Pacifique.

Jusque là, la stratégie des États-Unis et de la Grande-Bretagne avait été de se concentrer sur l’Allemagne et l’Europe, le Japon ne venant qu’en second et les efforts à porter sur le théâtre Pacifique ne devant être que ceux strictement nécessaires à contenir le Japon. Dans le cadre de cette stratégie, aucune offensive n’avait été prévue avant la fin 1942, toute opération antérieure devant avoir pour but de maintenir les lignes de communication entre les Alliés. La prise de Nouméa et d’Espiritu Santo faisaient partie de cette stratégie défensive.

Le succès de Midway, dont il semblait normal de profiter, et le fait que la pression des Japonais semblait s’accentuer, poussa King à réitérer ses précédents conseils, à savoir une offensive dans les Salomon afin de stopper l’établissement de ce qui semblait devenir, avec Rabaul, une citadelle imprenable. Il préconisait l’occupation des îles Santa Cruz, de Tulagi et des zones adjacentes, avec établissement de garnisons de l’armée australienne. Il proposait comme date d’offensive le 1er août 1942.

Alors que King envisageait une opération de la Marine, le général Marshall, de son côté, estimait que MacArthur devait commander l’opération. Cette passe d’armes entre Marshall et King met en évidence les tensions qui pouvaient exister entre les diverses armes des forces armées (situation que toute armée, y compris celle du Japon, connaissait). King insista sur le fait que les troupes chargées de l’opération seraient en fait des troupes de la Marine. En définitive, King eut gain de cause et l’opération fut confiée à Nimitz.

En fait, les zones d’influence des diverses armes dans le Pacifique furent redessinées, puisque la zone Pacifique Sud fut créée, sous les ordres de Nimitz et confiée au vice amiralRobert L. Ghormley.

Planification de l’attaque des Salomon

Le 25 juin, Ghormley reçut les premières instructions relatives à l’organisation d’une offensive dans son secteur. Il devait commencer à établir des plans, tenant compte du fait que la participation de l’armée pouvait ne pas être totalement acquise (et effectivement on verra qu’à Guadalcanal, l’armée n’entra dans l’opération que trois mois après l’invasion par lesMarines).

Quatre jours plus tard, le général Vandegrift, général de Marine, fut aussi averti de devoir faire des préparatifs rapides pour une opération sur les Salomon.

Ghormley devait diriger l’opération, tandis que le vice amiral Frank Fletcher la commanderait. Le 4 juillet, le plan de l’état-major interarmes fut envoyé à Ghormley qui fut donc confronté au double problème de devoir monter une opération dans un délai apparemment irréaliste de un mois, avec des moyens qui semblaient totalement insuffisants.

Les ordres de l’état-major exposaient en termes généraux la stratégie du moment dans le Pacifique sud et sud-ouest: le but en était la conquête de la Nouvelle-Bretagne, de laNouvelle-Irlande et de la Nouvelle-Guinée. Ce but devait être atteint en trois phases: tout d’abord l’occupation des îles Santa Cruz, Tulagi et des zones adjacentes, ensuite la prise du reste des îles Salomon, enfin la prise de Rabaul.

La date du lancement de la première partie du plan (Tulagi) était fixée au 1er août, sous la responsabilité de CinCPac (Commander in Chief Pacific, c’est-à-dire Nimitz) tandis que pour les stades suivants (ensemble des Salomon et Rabaul), MacArthur serait le responsable.

Moyens mis en place

Ghormley ayant exprimé ses doutes sur la suffisance des moyens mis à sa disposition, on lui confirma que 35 bombardiers basés à Hawaii serait disponibles. Cependant, Ghormley et MacArthur étaient d’accord sur un point: le succès de l’opération navale dépendrait en partie de la capacité de l’armée de protéger la force d’invasion contre l’aviation japonaise.

Entre-temps, le général Alexander Vandegrift était en route vers Wellington avec la 1re division de Marines, qui n’était d’ailleurs pas complète ayant été privée d’un tiers de son effectif détaché aux Samoa.

Du point de vue de la puissance navale à sa disposition, Ghormley pouvait compter sur une flotte encore limitée, mais de bonne qualité: essentiellement trois porte-avions avec environ 250 avions à bord, quelques croiseurs, deux nouveaux cuirassés (ainsi ue des navires secondaires tels que des destroyers).

Du point de vue de la force aérienne, un des points jugés vital par Ghormley, la situation était loin d’être aussi bonne: outre les 250 avions embarqués, Ghormley pouvait compter sur 166 avions de la Marine, 95 de l’Armée et 30 de la force aérienne de Nouvelle-Zélande. Ces 291 avions étaient sous le commandement du contre amiral John McCain, sous les ordres de Ghormley.

En résumé, Ghormley disposait d’une force d’invasion bien entrainée de moins d’une division, d’une Flotte puissante et bien entrainée mais limitée et d’un support aérien plutôt limité.

Ghormley organisa ses forces en trois groupes:

Sigles

(CV=Porte-avions; CVL=Porte-avions léger; BB=Cuirassé; CA=Croiseur lourd; CL=Croiseur léger; DD=Destroyer; SS=Sous-marin)

Désignation Commandant Effectifs
CINCPAC Amiral Chester Nimitz
COMSOPAC Vice amiral R.L. Ghormley
Task Force 62 Contre Admiral Richmond K. Turner Force amphibies
  Task Group 62.2 Contre Admiral Victor Crutchley 3 CA (Australia, Canberra, Chicago), 1 CL, 9 DD
    TG 62.3 Capitaine Frederick L. Riefkhol 3 CA (Vincennes, Astoria, Quincy), 4 DD
    TG 62.4 Contre amiral Norman C. Scott 2 CL (San Juan, Hobart), 2 DD
  TG 62.8 (1re division de Marines) Général A.A.Vandegrift 17 000 hommes
TF 63 (bases aériennes) Contre amiral John S. McCain 291 avions
Task Force 61 Vice Amiral F.J. Fletcher 3 CV, 1 BB, 4 CA, 1 CL, 16 DD
  TF 11 Vice Amiral F.J. Fletcher 1 CV (Saratoga), 1 CA (Vincennes), 5 DD
  TF 16 Contre amiral Thomas C. Kincaid 1 CV (Enterprise, 1 CA (Portland), 1 CL (Atlanta), 5 DD
  TF 18 Contre amiral Leigh Noyes 1 CV (Wasp), 2 CA (‘San Francisco, Salt Lake City), 6 DD
Total : 3 CV, 1 BB, 14 CA, 3 CL, 31 DD plus navires de transport, cargos et tankers. 20 000 hommes. +500 avions

Tandis que l’organisation se mettait en place, la date d’invasion fut reculée au 7 août, en raison du mauvais temps.

Renseignements

Du point de vue des renseignements, l’invasion de Guadalcanal et de Tulagi peut être décrite comme une tentative à l’aveugle: on ignorait quasiment tout, au moment où les ordres furent donnés début juillet, des forces présentes sur ces îles ou même de la simple cartographie correcte des îles. Les Alliés firent d’énormes efforts pendant les 4 semaines qui leur restait pour récolter des informations, notamment de personnes ayant vécu sur ces îles, mais au moment de l’invasion, il restait énormément de blancs dans leurs connaissances, et les Marines sur place auraient l’occasion de constater que leurs cartes n’étaient pas toujours exactes.

Problèmes logistiques et réalisation

La préparation de l’opération, déjà extrêmement réduite dans le temps, rencontra divers problèmes. Les Marines emporteraient 60 jours de ravitaillement, une quantité limitée de munitions, le minimum de bagages personnels et seulement la moitié des engins motorisés normalement prévus pour une division.

Le 26 juillet, les diverses forces prévues firent rendez-vous au large des Fidji et les commandants concernés par l’opération tinrent une conférence au cours de laquelle certains points furent soulevés pour la première fois.

Vandegrift apprit par exemple qu’il ne disposerait pas du support naval et aérien qu’il espérait. En fait, il apprit même qu’il ne disposerait en principe que de deux jours pour débarquer l’ensemble des troupes et du matériel, alors qu’il estimait que quatre jours étaient nécessaires.

On verra que l’ensemble de ces circonstances détermina la façon dont Vandegrift dut se comporter pendant les premières semaines sur Guadalcanal.

À 3h10 le 7 août, les forces américaines étaient en position à l’ouest de cap Espérance. À 6h14, la flotte ouvrait le feu sur les îles, l’invasion pouvait commencer.

Première phase : la conquête des Salomon est

Le débarquement sur Tulagi fut quasiment une formalité: l’île fut conquise en une journée.

La bataille de Guadalcanal dura 6 mois au cours desquels les Américains et les Japonais luttèrent à la fois sur terre et sur mer, pour apporter de nouvelles troupes sur l’île et les ravitailler.

La lutte sur mer ne fut pas moins intense que sur terre : les marines japonaise et alliée s’opposèrent au cours de la bataille de l’île de Savo, la bataille des Salomon orientales, la bataille du Cap Espérance, la bataille des îles Santa Cruz, la bataille navale de Guadalcanal, la bataille de Tassafaronga et la bataille de l’île de Rennell.

La campagne de Guadalcanal a coûté 24 000 hommes aux Japonais (dont 9 000 morts demalnutrition et de malaria) contre seulement 1 600 aux Américains. Si les belligérants ont subi des pertes en avions et en navires de guerre à peu près équivalentes, les Japonais sont incapables de remplacer leurs pertes.

Les Américains n’ont plus qu’un porte-avions : l’Enterprise, et les mois suivants seront difficiles pour les Alliés. C’était cependant la première brèche dans le périmètre que le Japon avait établi dans les six premiers mois de la guerre et la preuve que désormais les Alliés avaient l’initiative. La reconquête pouvait maintenant débuter.

 

Caste_Solomon_islands-battles42

Ensemble des opérations de la première phase de la campagne des Salomon. LaNouvelle-Guinée et Rabaul, invisible sur la carte, se trouvent à l’ouest de Bougainville.
Les batailles navales sont en bleu, les batailles terrestres en rose.

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22 mars 2013

L’opération Uranus

Classé sous — milguerres @ 13 h 38 min

 

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L'opération Uranus  uranis10

File:Map Battle of Stalingrad-fr.svg

L’opération Uranus (russe : Операция «Уран», romanisée: Operatsiya « Uran ») est le nom de code d’une offensive soviétique ayant entraîné l’encerclement de la 6e armée allemande, des 3e et 4e armées roumaines et des éléments de la 4e armée de Panzer. L’opération faisait partie de la bataille de Stalingrad et était destinée à détruire les forces allemandes positionnées aux alentours de la ville. La planification de l’opération Uranus avait commencé dès septembre 1942 et fut développée simultanément à d’autres plans visant à encercler le groupe d’armées Centre (opération Mars) et les forces allemandes dans le Caucase (opération Saturne).

Après l’offensive d’été allemande destinée à prendre le contrôle des champs de pétrole du Caucase et de la ville deStalingrad, le front s’était démesurément allongé et était devenu particulièrement difficile à défendre. La situation fut aggravée par le redéploiement de plusieurs divisions mécanisées en Europe occidentale et par le besoin de renforcer les unités combattant à Stalingrad. Les Allemands ne pouvaient donc compter que sur le 48e corps d’armée de Panzer, qui n’avait plus que la force d’une simple division de Panzer, et sur la 29e division motorisée pour renforcer leurs alliés roumains déployés sur les flancs de la 6e armée allemande. Ces unités roumaines étaient qualitativement très inférieures aux unités allemandes que ce soit en termes d’équipement, d’entrainement et de commandement. De son coté, l’Armée rouge avait déployé plus d’un million d’hommes en prévision de l’offensive dans et autour de Stalingrad. Les mouvements de troupes soviétiques furent rendus difficiles par le besoin de cacher la préparation de l’attaque. En conséquence, le lancement de l’opération Uranus initialement prévu pour le 8 novembre fut repoussée au 17 puis au 19.

Le 19 novembre à 7 h 20 (heure de Moscou), les forces soviétiques commencèrent leur attaque sur le flanc nord des forces de l’Axe ; l’offensive au sud commença le lendemain. Si les unités roumaines parvinrent à repousser les premières attaques, elles entamèrent un repli chaotique dès le 20 novembre alors que les Soviétiques brisaient l’ensemble du front. Les réserves allemandes furent incapables de résister aux unités mécanisées soviétiques tandis que la 6e armée ne réagit pas suffisamment vite pour retirer les unités blindées allemandes de Stalingrad et les envoyer pour éviter une défaite imminente. Le 22 novembre, quand les forces soviétiques firent leur jonction à Kalatch-na-Donou, près de 290 000 soldats de l’Axe avaient été encerclés l’est du Don. Au lieu d’ordonner une sortie, Adolf Hitler décida de maintenir ses forces dans Stalingrad et de les ravitailler par voie aérienne.

Le 28 juin 1942, la Wehrmacht lança l’opération Fall Blau, une offensive contre les forces soviétiques faisant face dugroupe d’armées Sud4. Après une percée le 13 juillet, les forces allemandes encerclèrent et capturèrent la ville deRostov-sur-le-Don5. Après la prise de la ville, Hitler divisa les unités allemandes combattants dans la région pour s’emparer simultanément de la ville de Stalingrad et des champs de pétrole du Caucase6. La responsabilité de la prise de Stalingrad fut confiée à la 6e armée qui commença immédiatement sa progression vers la Volga avec le soutien de laLuftflotte 4 de la Luftwaffe7. Le 7 août, deux corps blindés encerclèrent une force soviétique de 50 000 soldats et d’environ 1 000 chars et le 22 août, les forces allemandes franchirent le Don8. Le lendemain, la bataille de Stalingradcommença quand des avant-gardes de la 6e armée entrèrent dans les faubourgs de la ville9.

En novembre, la 6e armée était parvenue à prendre le contrôle de la plus grande partie de Stalingrad en repoussant ses défenseurs sur les berges de la Volga10. À ce moment, les renseignements obtenus lors de l’interrogatoire de prisonniers soviétiques et l’activité soviétique en face des flancs de la 6earmée semblaient indiquer la préparation d’une offensive autour de la ville11. Le commandement allemand était cependant plus intéressé par l’achèvement de la capture de Stalingrad12. De fait, le chef du commandement suprême, le général Franz Halder, fut destitué en septembre après ses tentatives pour alerter du danger qui menaçait les flancs étirés à l’extrême de la 6e armée et de la 4e armée de Panzer13. Dès septembre, la Stavka (haut-commandement) soviétique avait commencé à planifier une série de contre-offensives destinée à anéantir l’ensemble des troupes allemandes déployées au sud qui combattaient à Stalingrad et dans le Caucase et contre le groupe d’armées Centre14. Les efforts soviétiques pour délivrer Stalingrad furent placé sous le commandement du général Alexandre Vassilievski15.

La Stavka développa deux opérations majeures devant être menées contre les forces ennemies près de Stalingrad,Uranus et Saturne, et une troisième, Mars visant le groupe d’armées Centre pour empêcher le redéploiement de renforts au sud16. L’opération Uranus impliquait l’emploi d’importantes unités d’infanterie et de chars pour encercler les forces de l’Axe autour de Stalingrad17. Les cibles de l’attaque se trouvaient aux extrémités du front à l’arrière de la 6e armée allemande défendues par des unités de l’Axe trop peu nombreuses par rapport à la longueur du front et où les Allemands ne pourraient pas rassembler rapidement des réserves pour repousser l’offensive18. L’attaque consistait en un double enveloppement ; les unités mécanisées progresseraient en profondeur dans les arrières allemands tandis qu’une autre attaque aurait lieu plus près de Stalingrad pour empêcher le redéploiement des forces allemandes19. Dans le même temps, le haut-commandement allemand considérait que comme l’Armée rouge préparait une offensive contre le groupe d’armée Centre au nord, elle n’avait pas les moyens d’en préparer une autre au sud. En conséquence, ils rejetèrent la possibilité d’une telle attaque autour de Stalingrad20.

Comparaison des forces

Axe

Dans le cadre de l’opération Fall Blau, les forces de l’Axe devaient défendre un front de plusieurs milliers de kilomètres s’étendant de la mer Noire, jusqu’à Stalingrad en passant par le Caucase21. Par exemple, au début du mois de juin, la 6earmée devait défendre un front de 160 km tout en menant une offensive impliquant un avancée de 450 km22. Le groupe d’armée B qui fut détaché du groupe d’armée Sud (les forces progressant vers le Caucase furent appelées groupe d’armée A) semblait impressionnant sur le papier23 : il regroupait la 2de et la 6e armée allemande, la 4e armée de Panzer, la 3e et 4e armée roumaines, la 8e armée italienne et la 2de armée hongroise24. Le groupe d’armée B gardait le48e corps de Panzer, qui n’avait la force que d’une division, et une seule division d’infanterie en réserve25. Pour la plus grande partie de l’offensive, les flancs étaient tenus par des armées alliées tandis que que les forces allemandes étaient utilisées pour mener les opérations à Stalingrad et dans le Caucase26.

Si Adolf Hitler exprimait sa confiance dans la capacité des troupes alliées à défendre les flancs allemands27, en réalité ces unités étaient très mal équipées et démoralisées28. La 1re division blindée roumaine disposait d’environ 100 chars Panzer 35(t) de conception tchèque23. Son canon de 37 mm29 était inefficace contre le T-34 soviétiques30. De même les canons anti-chars 3,7 cm PaK 36 étaient obsolètes et manquaient de munitions31. Après de nombreuses demandes, les Allemandes acceptèrent de donner des canons de 75 mm aux unités roumaines à raison de six exemplaires par division32. Ces unités devaient défendre de vastes sections du front ; par exemple, la 3e armée roumaine occupait une ligne de 87 km de long tandis que la 4e armée protégeait un secteur large de 270 km26. Les Italiens et les Hongrois étaient positionnés sur le Don à l’ouest de la 3e armée roumaine26 mais les commandants allemands tenaient en faible estime leurs capacités combatives33. Ces unités étaient particulièrement mal équipées et les armes étaient de très mauvaise qualité : il n’y avait quasiment aucun matériel anti-char, les pièces d’artillerie étaient peu puissantes et mal approvisionnées, les grenades explosaient rarement et les fusils et les pistolets-mitrailleurs fonctionnaient mal dans les conditions extrêmes de l’hiver russe.

De manière générale, les forces allemandes étaient mieux équipées et commandées mais elles avaient été épuisées par des mois de combats contre l’Armée rouge34. De plus, durant l’offensive allemande entre mai et novembre 1942, deux divisions mécanisées d’élite, la Leibstandarte et la Grossdeutschland appartenant au groupe d’armée A furent redéployées en France pour parer à l’éventualité d’un débarquement allié35. La 6earmée avait également subit de lourdes pertes durant les combats urbains dans Stalingrad36. Dans certains cas, comme pour la 22e division de Panzer, leur équipement n’était pas meilleur que celui de la 1re armée blindée roumaine37. Les formations allemandes étaient également dispersées sur de larges étendues de front ; le XIe corps devait par exemple défendre un front long de 100 km38.

Union soviétique

L’Union soviétique déploya environ 1 100 000 soldats, 804 chars, 13 400 pièces d’artillerie et plus de 1 000 avions en prévision de l’offensive1. En face de la 3e armée roumaine, les Soviétiques redéployèrent la 5e armée blindée ainsi que les 21e et 65e armées afin de briser les flancs allemands39. Le flanc allemand sud fut ciblé par les 51e et 57e armées duFront de Stalingrad menés par les 13e et 4e corps mécanisés ; ces derniers devaient percer le front de la 4e armée roumaine afin de rejoindre la 5e armée blindée près de la ville de Kalach40. Au total, les Soviétiques avaient rassemblé 11 armées et diverses corps et brigades blindées38. Les préparations pour l’offensive furent cependant loin d’être parfaites ; le 8 novembre, la Stavka ordonna l’ajournement du lancement de l’offensive car des problèmes logistiques avaient empêché le déploiement des unités41. Dans le même temps, les unités sur le front réalisèrent des exercices destinés à repousser une contre-attaque et à exploiter une percée avec les forces mécanisées42. Ces mouvements furent dissimulés par une campagne de désinformation des Soviétiques comprenant une réduction des communications radios et l’emploi de courrier, le camouflage des unités et l’augmentation de l’activité militaire autour de Moscou43. L’Armée rouge organisa également des attaques contre le groupe d’armée Centre et créa de fausses formations pour maintenir l’illusion d’une grande offensive dans le centre de l’Union soviétique20.

Les forces soviétiques du Front de Stalingrad firent l’objet d’intenses bombardements rendant la mobilisation plus difficile. Les 38 bataillons du génie durent transporter les munitions, les troupes et les chars à travers la Volga tout en réalisant des opérations de reconnaissance en prévision de l’offensive. En trois semaines, l’Armée rouge fit passer environ 110 000 soldats, 420 chars et 556 pièces d’artillerie de l’autre coté de la Volga44.

Le 17 novembre, Vassilievski fut rappelé à Moscou où on lui montra une lettre du général Volsky, commandant du 4e corps mécanisé, destinée à Staline demandant le déclenchement immédiat de l’offensive45. Volsky considérait que l’offensive était vouée à l’échec du fait de l’état des forces allouées à l’opération ; il suggéra de repousser l’offensive et de la repenser complètement46. De nombreux soldats soviétiques n’avaient pas reçu d’équipements hivernaux et de nombreux soldats moururent de froid « du fait de l’attitude irresponsable du commandement »47. Bien que les services de renseignements eurent réalisés de grands efforts pour rassembler des informations sur la dispositions des troupes de l’Axe48, les Soviétiques manquaient d’informations sur l’état de la 6e armée49. Les commandants soviétiques confirmèrent que l’offensive ne devrait pas être annulée50.

Offensive soviétique

Le lancement de l’opération Uranus, repoussé au 17 novembre fut à nouveau retardé de deux jours car les unités aériennes n’étaient pas prêtes51 ; elle fut finalement lancée le 19 novembre52. Le lieutenant allemand Gerhard Stöck, se trouvant sur le front, avait reçu le matin un appel des services de renseignements l’avertissant d’une possible attaque soviétique après 5 h ; cependant, comme il avait reçut le message après 5 het ne voulait pas réveiller le commandant Arthur Schmidt avec une fausse alerte, il n’avertit pas les commandements roumains de l’information dont il disposait53. Les commandants soviétiques avaient suggéré de repousser le bombardement à cause de la faible visibilité liée à un épais brouillard mais l’état-major décida d’attaquer immédiatement54. À 7 h 20 (heure de Moscou; 5 h 20 à l’heure allemande), les commandants d’artillerie soviétiques engagèrent un bombardement de 80 minutes presque entièrement dirigé contre les unités non-allemandes protégeant les flancs allemands5155. Le flanc nord et la 3e armée roumaine furent la cible de près de 3 500 canons. Le brouillard empêcha l’artillerie soviétique de corriger ses tirs mais les semaines de préparations et d’exercices lui permit de tirer précisément sur les positions ennemie le long du front56. Le pilonnage fut dévastateur et il détruisit les moyens de communications, les dépôts de munitions et les postes d’observation. De nombreux soldats roumains qui avaient survécus au bombardement commencèrent à s’enfuir51.

Contre la 3e armée roumaine : 19 novembre

L’offensive contre les positions roumaines commença à 8 h 5057. Les deux premiers assauts furent repoussés par les Roumains58 et les chars soviétiques eurent du mal à progresser sur le terrain ravagé par le bombardement d’artillerie. Néanmoins le manque de matériel anti-char entraina l’effondrement de la défense roumaine et le 4e corps blindé et le 3e corps de cavalerie de la garde avaient obtenu une percée à midi. Peu après, la2de armée roumaine s’effondra face aux attaques de la 5e armée blindée59. Alors que les chars soviétiques progressaient à la boussole à cause de l’épais brouillard et contournèrent les positions d’artillerie de l’Axe, trois divisions d’infanterie roumaine commencèrent à se désintégrer car la 3e armée roumaine était encerclée à l’ouest et à l’est60. Ayant reçut les nouvelles de l’attaque soviétique, l’état-major allemand n’ordonna pas aux 16e et 24e divisions de Panzer, alors engagées à Stalingrad, de se redéployer pour soutenir les défenses roumaines61 ; la tache fut confiée au 48e corps de Panzer62.

Manquant d’hommes et mal équipé, le 48e corps de Panzer ne disposait que de moins de 100 chars capables d’affronter les unités blindées soviétiques. La 22e division de Panzerfut par exemple presque entièrement anéantie dans les combats63. La 1re division blindée roumaine, attachée au 48e corps de Panzer engagea le 26e corps blindé soviétique après avoir perdu les communications avec l’état-major allemand et fut défaite le 20 novembre64. Alors que les Soviétiques continuaient leur progression vers le sud, de nombreux équipages de chars commencèrent à souffrir du blizzard qui bloquait les visées des canons. Il n’était pas rare que des chars perdent leur traction sur le sol et qu’un membre d’équipage ne se casse le bras alors qu’il était projeté à l’intérieur de la coque65. Néanmoins, le blizzard neutralisa la coordination des unités allemandes66.

La 3e armée roumaine commença à se désintégrer à la fin du 19 novembre64. La 21e armée et la 5e armée soviétiques firent 27 000 prisonniers roumains avant de poursuivre leur progression67. Ils coupèrent les lignes de communication entre les Roumains et la 8e armée italienne et se positionnèrent pour bloquer une possible contre-attaque sur le flanc soviétique68. Alors que les appareils soviétiques mitraillaient les soldats roumains en retraite, la Luftwaffe fut quasiment absente du ciel6869. Le retrait de la 1re division de cavalerie roumaine, initialement positionnée sur le flanc de la 376e division d’infanterie allemande permit à la 65e armée de contourner les défenses allemandes70. Alors que les Allemands commençaient à réagir à la fin du 19 novembre, une autre attaque soviétique commença sur le flanc sud de la 6e armée71.

Contre le flanc sud : 20 novembre

Au matin du 20 novembre, la Stavka contacta le commandant du front de Stalingrad, Andreï Ieremenko, pour lui demander s’il commencerait son offensive contre le flanc sud à l’horaire prévue soit 8 h. Il répondit qu’il n’attaquerait que si le brouillard se levait. La 51earmée commença son barrage d’artillerie à l’heure prévue car l’état-major n’était pas parvenu à la contacter mais le reste des forces reçut l’ordre de repousser l’assaut à 10 h72. La 51e armée engagea le 6e corps roumain et fit de nombreux prisonniers. À 10 h, le front de Stalingrad lança ses unités mécaniques73. Les forces roumaines furent rapidement repoussées par les unités soviétiques74 mais le manque de coordination empêcha l’Armée rouge d’exploiter parfaitement les percées obtenues75.

Les Allemands répondirent plus vite que la veille en redéployant leur seule unité de réserve dans la zone, la 29e division de Panzergrenadier. Celle-ci fut envoyée au sud pour tenter de renforcer le front roumain au bord de l’implosion74. Les contre-attaques de la29e division coutèrent environ 50 chars aux Soviétiques qui s’inquiétèrent de la sécurité de leur flanc gauche76. Néanmoins le redéploiement de la division allemande signifiait qu’à la fin de la journée, il ne restait plus que le 6e régiment de cavalerie roumain entre les forces soviétiques et le Don77.

Poursuite des opérations : 20-23 novembre

Alors que le Front de Stalingrad lançait son offensive le 20 novembre, la 65e armée soviétique continuait son offensive contre le 11e corps allemand le long de l’aile nord du flanc de la 6e armée. Le 4e corps blindé et le 3e corps de cavalerie de la garde soviétique percèrent les lignes et attaquèrent les arrières allemands78. La 376e division d’infanterie allemande et la 44e division d’infanterie autrichienne commencèrent à se redéployer pour faire face à cette menace mais furent handicapées par le manque de carburant79. Le dernier régiment blindé de la 14e Panzerdivision détruisit une attaque soviétique contre son flanc mais son artillerie anti-char fut lourdement touchée par la contre-attaque soviétique78. À la fin de la journée, le 1er corps blindé soviétique poursuivait le 48e corps blindé allemand en retraite tandis que le 26e corps blindé soviétique s’emparait de la ville de Perelazovsky à environ130 km au nord-ouest de Stalingrad80.

L’offensive de l’Armée rouge continua le 21 novembre et les forces du Front de Stalingrad pénétrèrent à près de 50 km derrière les lignes allemandes. À ce moment, les dernières unités roumaines au nord étaient détruites dans des batailles séparées tandis que l’Armée rouge commençait son attaque contre le flanc de la 4e armée de panzers et de la 6e armée81. L’effectif de la 22e division de panzers allemande fut réduit à une compagnie de chars et dut se replier au sud-ouest82. Le 26e corps blindé soviétique, ayant détruit une bonne part de la 1re division blindée roumaine, continua sa progression au sud-est en essayant d’éviter les contre-attaques adverses83. Le même jour, le général allemand Friedrich Paulus, commandant de la 6e armée, reçut des rapports indiquant que les Soviétiques étaient à moins de 40 km de son quartier-général et qu’il n’y avait plus d’unités pour empêcher leur progression84. Au sud, le 4e corps mécanisé soviétique reprit son avancée vers le nord après une courte halte et reprit plusieurs villes en direction de Stalingrad85. Comme les forces allemandes dans et autour de Stalingrad étaient en danger, Hitler ordonna aux unités de créer une « position défensive » appelée « Forteresse Stalingrad » regroupant toutes les unités situées entre le Don et la Volga. Il refusa d’autoriser la 6e armée à réaliser une percée pour tenter d’échapper à l’encerclement8086. Ainsi seule la 16e division de Panzergrenadiers parvint à s’échapper tandis que la 6earmée tandis que les autres unités de l’Axe et la plupart des unités de la 4e armée blindée allemande étaient encerclés par les Soviétiques. Le manque de coordination entre les unités de l’Armée rouge permit également à la plus grande partie de la 4e armée roumaine d’échapper à la destruction sur le flanc sud80.

Le 22 novembre, les forces soviétiques commencèrent à traverser le Don en direction de la ville de Kalatch87. Les forces allemandes défendant la ville, essentiellement des unités de maintenance et de logistique, n’apprirent l’offensive soviétique que le 21 novembre et ignoraient son ampleur88. La mission de prendre le contrôle du pont de Kalatch fut confiée au 26e corps blindé qui utilisa deux chars allemands capturés pour approcher et repousser les défenseurs89. Les forces soviétiques entrèrent dans la ville au milieu de la matinée et chassèrent les Allemands hors de la ville. Le 4e corps blindé et le 4e corps mécanisé venant du sud firent leur jonction dans la ville90 complétant ainsi l’encerclement des unités allemandes à Stalingrad91. Le même jour, les combats se poursuivirent autour des poches de résistance roumaines comme celle mise en place par le 5e corps roumain92.

Le 23 novembre, les Allemands lancèrent des contre-attaques locales pour essayer en vain de briser l’encerclement87. À ce moment, les unités de l’Axe prises au piège se replièrent vers l’est en direction de Stalingrad pour éviter les chars soviétiques tandis que celles qui étaient parvenues à éviter l’encerclement avançaient vers l’ouest pour se regrouper avec les forces allemandes93.

Conséquence

L’opération Uranus permit l’encerclement d’entre 250 000 et 300 000 soldats de l’Axe dans une zone large de 50 km et longue de 40 km94. À l’intérieur de la poche se trouvaient environ 100 chars, 2 000 pièces d’artillerie et 10 000 camions95. Les unités s’étant repliées vers Stalingrad avaient abandonné une grande partie de leur armement et matériel96. Les ponts enjambant le Don étaient encombrés de soldats progressant hâtivement vers l’est dans le froid avant que les unités soviétiques ne coupent cette retraite vers Stalingrad97. De nombreux soldats blessés furent piétinés tandis que beaucoup de ceux qui tentaient de traverser la rivière sur la glace se noyèrent98. Les soldats affamés pillèrent les villages soviétiques à la recherche de nourriture de même que les ordures laissées par les unités de ravitaillement99. Les derniers traînards traversèrent le Don le 24 novembre et démolirent les ponts pour bloquer la progression des Soviétiques vers Stalingrad100.

Au milieu du chaos, la 6e armée commença à construire des lignes défensives malgré le manque de carburant, de ravitaillement, de munitions et l’arrivée de l’hiver. Elle dut également combler les intervalles laissés par la désintégration des unités roumaines101. Alors que les commandants allemands considéraient que les forces de la Wehrmachtencerclées devaient tenter une sortie, entre le 23 et le 24 novembre, Hitler ordonna aux unités de garder leurs positions et demanda la mise en place d’un pont aérien pour ravitailler la 6e armée102. Les unités encerclées dans Stalingrad avaient besoin d’au moins 680 t de ravitaillement par jour, ce que la Luftwaffe décimée était incapable de réaliser. De plus, l’aviation soviétique s’était renforcée et menaçait les appareils allemands survolant la ville. Malgré le rassemblement de 500 appareils en décembre, cela n’était pas suffisant pour ravitailler les unités allemandes encerclées103 qui, durant la première moitié de décembre, ne reçurent que moins de 20 % de leurs besoins journaliers104.

Dans le même temps, l’Armée rouge renforça son encerclement avec l’intention de détruire les unités prises au piège. L’encerclement extérieur s’étendait sur environ 320 km même si un quart de cette distance n’était pas protégé par des troupes soviétiques ; la distance initiale entre les encerclements extérieur et intérieur n’était que de 16 km105. Le haut-commandement soviétique commença également à planifier l’opération Saturne106 dont l’objectif était de détruire la 8e armée italienne et d’encercler les forces allemandes combattant dans le Caucase107. L’opération devait commencer le 10 décembre108 tandis que les Allemands préparaient une offensive pour rompre l’encerclement de Stalingrad dont le déclenchement était prévu pour le 12 décembre.

 

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