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3 mars 2013

Le procès du Maréchal Pétain

Classé sous — milguerres @ 16 h 14 min

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

Le procès du Maréchal Pétain  1945

Depuis le maréchal Ney, en 1815, Philippe Pétain est le seul maréchal de France victorieux à avoir été traduit devant une juridiction d’exception, qui l’ait condamné à mort : la peine capitale ayant été, dans son cas, commuée en détention perpétuelle, il se trouve
être, depuis Napoléon 1er, le seul chef d’Etat français à avoir terminé ses jours en captivité. Porté pendant longtemps au pinacle de la gloire, révéré par le pays presque unanime à la fois comme vainqueur de Verdun en 1917, et comme ultime recours de la Patrie humiliée et terrassée en 1940, il a provoqué depuis 1942, 43 ou 44, la colère et la haine d’une grande partie de l’opinion.

 

La salle du procès …. 
Le procès du Maréchal Pétain  design10

 

 

 

Lorsque, le samedi 20 juillet, se met en marche le mécanisme du procès, on commence donc par la désignation des jurés, en présence des avocats. Ceux-ci usent du droit que leur donne la loi pour récuser quelques noms sortis de l’urne.
Il se produit alors deux incidents révélateurs de l’atmosphère dans laquelle va se dérouler le procès. M. Pimienta, membre de l’Assemblée consultative, juré au titre de la Résistance, ayant été récusé, va s’écrier : Je remercie la défense de l’honneur qu’elle m’a fait. Cela n’empêchera pas Pétain de recevoir douze balles dans la peau… Quelques jurés applaudiront à cette déclaration insolite, qui n’était pas sans rappeler le procès Pucheu à Alger.

Le procès se déroula dans la première Chambre de la Cour d’Appel, salle certes trop exiguë pour contenir l’assistance prévue et en particulier la presse, mais choisie après de longues hésitations pour des raisons de sécurité. Un appartement avait été aménagé pour le Maréchal dans le cabinet du greffier et le vestiaire des magistrats. Quelques pas seulement séparaient ainsi l’accusé de la salle d’audience. La salle avait été transformée pour répondre à sa promotion. Des gradins de bois avaient été construits dans la tribune pour permettre à un plus grand nombre de personnes d’assister aux débats. Derrière la Cour, des chaises étaient préparées pour le Corps Diplomatique, la magistrature et quelques privilégiés. 
Pour la presse, dont les représentants s’entassaient l’un contre l’autre, on avait installé des tables étroites et longues. Les stalles à droite et à gauche, étaient réservées aux jurés. Quant au barreau, confiné dans l’espace situé entre les premiers bancs des témoins et l’entrée, il avait devant lui un fauteuil préparé pour le Maréchal, seule concession faite à son âge, et aux dignités dont il avait été revêtu. 
Le 25 juillet 1945, dès midi et demi, dans cette atmosphère surchauffée et survoltée, le public s’empresse et s’entasse. A 13 heures, entouré de ses défenseurs, le bâtonnier Payen et deux jeunes avocats Maîtres Isorni et Lemaire, le Maréchal, mitraillé à bout portant par le magnésium des photographes, fait son entrée.

Tiens ! vous aussi, vous êtes de la fête!
C’est par ces mots ironiques et désabusés que Philippe Pétain accueille son fidèle gardien Joseph Simon dans la pièce du palais de justice qu’il doit occuper pendant toute la durée de son procès. Ce lundi 23 juillet 1945, une chaleur accablante s’est abattue sur Paris et, à quelques minutes de l’ouverture de l’audience, l’accusé est en proie à une grande émotion.
— Allons; messieurs…

Joseph Simon prend la tête d’un petit cortège : Philippe Pétain. qui tient dans sa main gauche, avec ses gants blancs, le rouleau de papier où a été dactylographié en gros caractères le texte de la déclaration qu’il va lire devant ses juges, les trois avocats Fernand Payen, Isorni et Jean Lemaire gagnent la salle monumentale de la 11ème chambre de la cour, entre une haie de gardes républicains qui ne saluent pas le dernier des maréchaux de la Grande Guerre. A d’autres endroits, des gendarmes montrent le dos à l’accusé.
A 13 h, par une petite porte latérale, l’accusé pénètre dans la salle de la 1ere chambre, précédé par un gendarme. Alors se produit un phénomène extraordinaire; toute la salle se lève pour apercevoir ce vieillard qui, selon la description de Jules Roy, marche très droit, avec une raideur et une dignité de prince blessé, dans un silence impressionnant où l’on entend le bruit du talon de ses bottines vernies, le battement de robe des trois avocats et le ronronnement des caméras.
Sous le nez du maréchal, le mitraillage des photographes commence : les flashes des appareils crépitent dans une cohue affairée où chaque photographe’ cherche le meilleur plan de l’illustre accusé. Pétain reste impassible sous les premiers éclairs, puis, à mesure que les minutes passent, manifeste quelque agacement, enfin de l’exaspération :
— Cela va durer longtemps?… explose-t-il soudain en se tournant vers ses défenseurs.

L’entrée des magistrats … 

Il est 13 h 06. Par une des portes situées derrière la tribune, au-dessus de laquelle des anges supportent un écu fleurdelisé, entrent les magistrats. En tête, le président Mongibeaux, sorte de géant matois, le menton orné d’une barbiche blanche pointue, suivi des deux vice-présidents, Donat¬Guigue dont le visage glabre est marqué d’une moue sévère, voire désapprobatrice ( n’est-il pas un ami de la famille Pétain? ) et Picard, impénétrable. 
Un quatrième homme les dépasse, tout en barbe et le cheveu hérissé, le nez busqué chaussé d’un lorgnon très début du siècle, emmitouflé jusqu’aux oreilles dans son camail de fausse hermine barré par le ruban rouge de commandeur de la Légion d’honneur : le procureur général Mornet. Il se faufile entre les travées des journalistes et passe devant l’accusé. Il n’y a qu’un petit espace pour que l’accusateur en robe puisse gagner son siège à gauche de l’accusé et Philippe Pétain, dans un geste de courtoisie, rapproche de lui sa tablette, afin de laisser plus de place à Mornet — geste qu’il répétera pendant toute la durée du procès.

Déclaration de Pétain 
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Après la lecture par le greffier de l’acte d’accusation, qui retient les griefs d’attentat contre la sûreté intérieure de l’Etat et d’intelligence avec l’ennemi, après lecture d’un complément par Mornet, après l’appel des témoins et au moment où l’interrogatoire va commencer, Pétain demande la parole pour lire une déclaration : lui aussi conteste la compétence du tribunal : 
C’est le peuple français qui, par ses représentants, réunis en Assemblée Nationale, le 10 juillet 1940, m’a confié le pouvoir. C’est à lui seul que je suis venu rendre des comptes. La Haute-Cour, telle qu’elle est constituée, ne représente pas le peuple français, et c’est à lui seul que s’adresse le Maréchal de France, chef de l’Etat. 
Je ne ferai pas d’autre déclaration 
Je ne répondrai à aucune question. Mes défenseurs ont reçu de moi la mission de répondre à des accusations qui veulent me salir et qui n’attaquent que ceux qui les profèrent… » 
Ainsi Pétain, qui physiquement sera présent tout au long de son procès, n’y participera presque à aucun moment. Il restera muet, impassible, donnant souvent d’ailleurs l’impression que sa surdité contribue à l’isoler de débats dont il se désintéresse.


Premiers incidents …

Payen pose au milieu de son argumentation un pétard qui suscitera le premier incident sérieux du procès à propos des magistrats professionnels qu’il a devant lui et qui ont pour tâche de juger un homme à qui, lorsqu’il était chef de l’État, ils avaient prêté serment : 
— Comment, déclare-t-il en effet, ne pas faire observer qu’en leur demandant de juger le maréchal Pétain le gouvernement provisoire ( je veux mesurer mes paroles, mais il faut bien appeler les choses par leur nom ! ) a manqué à tous les devoirs que lui imposait le plus élémentaire souci de la dignité de ses magistrats? Il les met dans une situation que je peux qualifier d’intenable et d’impossible, car, enfin, au maréchal de France qu’on leur demande aujourd’hui de juger et de condamner ils ont prêté serment, ils lui ont prêté serment il n’y a pas si longtemps, alors qu’il était chef de l’État ! Ils lui ont prêté serment de fidélité. Comment voulez-vous qu’ils jugent, je ne dis pas avec sérénité, avec impartialité — je suis convaincu qu’ils le feront — mais comment voulez-vous qu’ils jugent sans être suspectés d’avoir manqué de sérénité et d’impartialité?

A cette pique, Mornet répond : 
— On vient de faire allusion à la cérémonie du serment. Je suis d’autant plus à l’aise pour expliquer que, moi, je ne l’ai pas prêté. J’étais à la retraite depuis dix-huit mois lorsque, au mois de septembre 1941, le serment a été imposé aux fonctionnaires publics. Je n’ai donc pas eu l’occasion de me poser la question. Aurais-je prêté le serment ? Peut-être. Peut-être, je le dis sans hésiter, parce que je considère qu’un serment imposé à des fonctionnaires publics par les détenteurs d’une autorité exercée sous le contrôle de l’ennemi, un pareil serment n’a aucune espèce de valeur et que, par conséquent… 
Des murmures s’élèvent dans le fond de la salle, du groupe des avocats. 
M. LE PREMIER PRÉSIDENT. – Pas de manifestations ! 
M. LE PROCUREUR GÉNÉRAL MORNET. – J’invite la cinquième colonne à cesser ses manifestations. Nous ne sommes pas ici en réunion publique. 
De nouvelles protestations se font entendre. 
M. LE PREMIER PRÉSIDENT. – Ce sera le premier et le dernier avertissement, ou 
je fais évacuer la salle.

Attaques en règle de la défense …

La défense va se livrer à une attaque en règle contre les juges. Sont-ils sereins? Non ! rugit Jean Lemaire ( à gauche ) qui rapporte des propos tenus par le procureur général Mornet à un journaliste de L’Aurore et publiés dans ce journal le 28 avril 1945, propos selon lesquels l’accusateur aurait fait connaître son opinion sur l’affaire Pétain : il mérite la mort… Mornet lui coupe la parole :
— Puisque je suis mis en cause personnellement, j’ai le droit de répondre. J’ai fait connaître mon opinion sur le caractère des faits qui étaient reprochés au maréchal Pétain et j’ai dit que si ces faits étaient établis, comme je le croyais, ces faits ne comportaient pas d’autre peine que la peine la plus élevée. Mais cela ne veut pas dire que j’ai dit à la presse (murmures) que je réclamerais la peine de mort.
Ces paroles amènent quelques protestations dans la salle.

M. LE PREMIER PRÉSIDENT.— J’adresse un dernier avertissement.
M. LE PROCUREUR GÉNÉRAL MORNET. — II y a en vérité trop d’Allemands dans la salle.
De nombreuses protestations s’élèvent, quelques applaudissements aussi.
M. LE PREMIER PRÉSIDENT. — Je vais faire évacuer la salle. Le premier perturbateur qui sera pris sur le fait sera amené devant la cour et je lui appliquerai les sanctions prévues par la loi.
M. LE PROCUREUR GÉNÉRAL MORNET. — J’ai donc dit que je réprouvais…
— Si vous le permettez, avant que vous continuiez, vous allez certainement retirer ce que vous venez de dire.
M. LE PROCUREUR GÉNÉRAL MORNET. 
Non, j’ai dit qu’il y avait trop de gens qui faisaient le jeu des Allemands dans la salle.
M` » LEMAIRE. — Vous avez dit « les Allemands », monsieur le Procureur général, et ne nous forcez pas à en demander acte.
Le public manifeste assez bruyamment pour et contre.
M. LE PREMIER PRÉSIDENT. — Je vais faire évacuer.
M. LE PROCUREUR GÉNÉRAL. — Je ne fais pas de différence entre les Allemands et ceux qui soutiennent la politique allemande. (Nouveaux murmures.) J’ai donc dit que ce que je condamnais et qui comportait la peine… (Protestations.) J’ai donc dit que ce qui comportait la peine suprême inscrite dans l’échelle des peines, c’était le crime de trahison qui était reproché au maréchal Pétain.
M. LE BATONNIER PAYEN. — Et que M. le maréchal Pétain l’avait commis.

L’incident rebondit brusquement une minute après sur une demande de Jean Lemaire :
M. LE PROCUREUR GÉNÉRAL. — J’ai dit que je considérais comme la chose la plus grave l’acte de trahison; et quand j’ai dit que cette trahison comporterait la peine de mort — je fais appel à votre bonne foi — est-ce que cela, dans la bouche même d’un magistrat comme moi, ne signifie pas : je demanderai la peine de mort lorsque les débats seront terminés? Il ne s’agit pas de tergiverser.
Le public s’étant, sur ces paroles, livré à de nouvelles manifestations, le président décide de lever l’audience et de faire évacuer la salle.
Les grands Ténors de la République …
Jusqu’au vendredi 3 août se succéderont à la barre des témoins certains des grands ténors de la République, les uns acteurs directs du drame du printemps 1940, Paul Reynaud, Édouard Daladier, Jules Jeanneney, Edouard Herriot Albert , Lebrun Louis Marin, les autres plus ou moins spectateurs ou victimes de ce drame, comme Léon Blum. Une figure marquante dans ce défilé, celle du général Weygand; des témoignages émouvants, celui de Loustaunau-Lacau, de Marcel Paul, d’Henriette Psichari-Renan. En bref, un tourbillon oratoire où surgissent comme des éclairs quelques cris de passion et de douleur, de colère et d’ironie qui restituent le climat des cinq années passées, de ces cinq an¬nées d’épreuves et de douleurs pour la plu¬part des Français, à quelque clan qu’ils appartinssent, de quelque bord où ils se fussent rangés.
Mais un fait domine cette première semaine : les derniers chefs de la III’ République entendent, à travers le procès intenté à leur successeur, se dédouaner de leurs actes passés : de Reynaud à Daladier, en passant par Blum, ils veulent se laver des accusations que deux d’entre eux eurent à supporter pendant le procès de Riom ou répondre aux questions que beaucoup de Français se posent à leur endroit. De cette tribune de la Haute Cour, ils se serviront et abuseront parfois, afin de présenter d’eux-mêmes une image de marque inattaquable. Refaisant à l’envers le procès de Riom, ils se transforment en accusateurs implacables de Philippe Pétain et en défenseurs complaisants de leur action…, comme si quelqu’un leur demandait des comptes ! Qu’importe… Ils ont la parole et, orateurs parlementaires privés de tribune depuis cinq ans, ils ouvrent les vannes d’une éloquence d’autant plus abondante qu’elle aura dû être longtemps contenue.

Paul Reynaud

Paul Reynaud, soixante-six ans, complet gris, visage hâlé, voix nasillarde, parle pendant cinq heures d’affilée : il rôde devant un public assez vite lassé les arguments et les faits qu’il répétera dans trois éditions successives des Mémoires. Il raconte, avec un luxe de détails extrême, les péripéties des journées de mai et de juin 1940, les débats tragiques au sein du gouvernement pour ou contre l’armistice, son duel avec Weygand à qui il souhaitait imposer une capitulation de l’armée en rase campagne tandis que son gouvernement et la flotte se réfugieraient en Afrique du Nord, les ultimes tractations de Bordeaux, sa démission, puis son arrestation. Le point capital de son argumentation est simple et clair : en demandant l’armistice de juin 1940, la France trahissait la parole donnée à son allié anglais le 28 mars 1940 de ne pas entreprendre de négociation séparée avec Hitler

Daladier …

Après Paul Reynaud, Daladier apporte son concours à l’accusation : le « taureau de Vaucluse », à la voix chantante de Méridional, justifie son activité pendant la drôle de guerre, dans une sorte d’antiprocès de Riom où perce, assez curieusement, une certaine rancune pour l’allié britannique qui, dès le début de la guerre de 1939, ne nous a peut-être pas assez aidés…
— Drôle de guerre! déclare-t-il. On eût sans doute préféré que la France, réduite alors à ses seules forces avec 95 divisions contre plus de 140, sans que l’armée britannique eût encore apporté en France le concours, se livrât à des offensives.
Pour moi, je prends cette responsabilité parmi beaucoup d’autres. J’avais les yeux fixés sur les sorties de matériel. Je savais que, si je gagnais l’été, les déficiences qui résultaient de ce que nous étions partis avec deux ans de retard pour nous réarmer seraient comblées. Je regardais les diagrammes des sorties des usines de guerre. J’enregistrais chaque quinzaine des sorties importantes d’avions, de canons, de canons contre-avions, de nouveaux chars de combat, et je disais qu’il fallait patienter, qu’il fallait attendre que les contingents britanniques fussent à côté des soldats français.
On est assez loin, on le voit, du cas Pétain. Daladier va pourtant répondre avec précision à une question du bâtonnier Payen : estime-t-il que le maréchal est un traître ?
M. LE PRÉSIDENT DALADIER. – En toute conscience, je vous répondrai que, selon moi, le maréchal Pétain a trahi les devoirs de sa charge.
M. LE BÂTONNIER PAYEN. – Ce n’est pas la même chose.
M. LE PRÉSIDENT DALADIER. – Je vous répondrai que le mot « trahison » a des sens divers et nombreux. Il y a des hommes qui ont trahi leur pays pour de l’argent; il y a des hommes qui l’ont trahi quelquefois par simple incapacité, et ce fut, je crois, le cas du maréchal Bazaine. Du maréchal Pétain, je dirai franchement, et bien que cela me soit pénible, qu’il a trahi son devoir de Français. Voilà ce que j’ai à vous répondre. Sur ses menées avec l’ennemi, sur ses intelligences avec Hitler, je ne sais rien et je ne puis rien dire. Je vous donne en toute conscience mon opinion, telle que je la fonde sur les faits dont j’ai été le témoin.
Le mot de Daladier fera mouche : on s’en apercevra lors des délibérations du jury.
Les autres témoins…
Le 30 juillet se présente à la barre, s’appuyant sur deux cannes. un homme au visage émacié, Georges Loustaunau-Lacau, déporté politique, habitant Oloron-Sainte-Marie: avec Loustaunau-Lacau entre dans le prétoire un obscur de la piétaille souffrante, un sans-gloire de la Résistance, libéré du camp de concentration de Mauthausen où les Allemands lui ont fait durement payer les services qu’il avait rendus aux Alliés, comme chef d’un réseau de renseignements. Comble de l’ironie, cet homme au corps meurtri est un affreux réactionnaire : il appartint avant la guerre à l’état-major de Pétain, il fit partie de la Cagoule afin de protéger l’armée des infiltrations communistes, il accepta un poste à la Légion française des combattants créée par un État français de Vichy, il répandit la bonne parole du maréchal. En même temps, les agents de son réseau clandestin et lui-même donnaient de précieux renseignements aux Anglais. Arrêté pour dissidence en mai 1941, il s’est évadé; repris dans le maquis, il est condamné à deux ans de prison, puis livré aux Allemands. par eux condamné à mort, enfin déporté à Mauthausen, avec les terribles lettres NN. Tel est l’homme des lèvres duquel tombent quelques-unes des paroles les plus sincères du procès : 
Je crois pouvoir dire que je ne dois rien au maréchal Pétain, ni à personne, d’ailleurs, sauf aux hommes qui ont été tués sous mes ordres. Je ne dois rien au maréchal Pétain, mais cela ne m’empêche pas d’être écoeuré par le spectacle de ceux qui, dans cette salle, essaient de refiler à un vieillard presque centenaire l’ardoise de toutes leurs erreurs. 
Pour le reste, Loustaunau-Lacau disculpe l’accusé d’avoir appartenu à la Cagoule avant la guerre, fait qui ouvre une brèche sérieuse dans la thèse du complot contre la sûreté intérieure de l’État. Claudicant entre ses deux cannes, il quitte le prétoire, non sans avoir décoché à la cour cette ultime flèche du Parthe : En ce qui concerne le maréchal Pétain, je veux dire que, bien qu’il m’ait odieusement lâché, je demande ici que l’on réfléchisse qu’il y a assez, pour le malheur de la France, du sang de Marie-Antoinette et du maréchal Ney.
Après Georges Loustaunau-Lacau, une femme en grand deuil se présente devant la barre, Henriette Psichari-Renan, dont la déposition sobre, mesurée arrache des larmes à bien des spectateurs : 
— Je vous ai demandé à être entendue, mais ce n’est pas en mon nom personnel que je dépose, je dépose au nom des onze mille mères qui ont perdu leur enfant, comme moi, en Afrique du Nord. 
J’avais un fils qui était enseigne de vaisseau, il avait vingt-cinq ans. Ce garçon-là avait choisi, avec des affres qu’il m’a contées avant sa mort, d’obéir au gouvernement qui représentait pour lui le gouvernement de la France. Il avait eu pendant huit jours. comme tous les marins, comme tous les officiers de marine, il avait eu, entre l’armistice et dix jours après l’armistice, la certitude qu’il allait se rallier à la France Libre. Mais, le dixième jour, il est arrivé un ordre de leur chef qui leur a dit qu’il ne fallait plus y penser. Mon fils a obéi. Il n’avait peut-être que cet unique défaut : il obéissait, il obéissait jusqu’à la mort. 
Or, le jour du débarquement anglo-américain en Afrique du Nord, ce jeune officier de marine français reçoit l’ordre d’appareiller de Toulon avec son sous-marin de six cents tonnes, l’Argonaute, afin de couler le plus possible de bâtiments américains devant Oran. 
— Donc, poursuit Mme Psichori-Renan, l’amiral Darlan a donné l’ordre à ces jeunes gens d’aller à la mort, le sachant, sachant que le port d’Oran était une souricière, sachant que les Américains avaient déjà débarqué à Arzew et aux Andalouses, qui bordent à l’ouest et à l’est la baie d’Oran, parce qu’il avait reçu l’ordre du maréchal Pétain qu’il fallait résister.
Voilà pourquoi nos enfants sont morts. Ils sont morts, j’ai et j’ai peine à le dire, au service de l’Allemagne. J’ai deux autres fils qui sont des héros de la Résistance, l’un s’est rallié à de Gaulle le 18 juin, à quatre heures de l’après-midi, l’autre est entré dans la Résistance à dix-sept ans, en décembre 1940. Ils ont risqué leur vie pour la France; je ne dis rien, si la France me les avait pris, je les aurais donnés, j’aurais courbé le front comme les autres; mes frères sont tous morts à la guerre. J’ai élevé mes fils pour la France; que la France me les reprenne, je veux bien; mais l’Allemagne, non!
Je mets en fait qu’un chef de gouvernement qui a donné l’ordre que onze mille jeunes gens meurent au service de l’Allemagne, je mets en fait que ce chef de gouvernement n’est pas un bon Français
A l’exemple de Loustaunau-Lacau, résistant mais indulgent à Pétain, de Mme Psichari-Renan qui ne pardonne pas au maréchal la mort de son fils face aux Américains vient s’ajouter un troisième, celui de Marcel Paul, résistant communiste, qui attaque d’emblée la police de Vichy :
— Soldat de la Résistance, je veux dire à la cour et à messieurs les Jurés que les coups les plus durs qui ont été portés à la Résistance l’ont été par les policiers du gouvernement de Vichy, obéissant aux ordres de l’accusé.
J’ai été, pour ma part, arrêté par les policiers de Vichy. Un très grand nombre de camarades de la Résistance, que je devais retrouver dans les prisons ou dans les camps, ont été arrêtés par les policiers de Vichy. Si les autorités occupantes n’avaient pas disposé et bénéficié du concours permanent et acharné des policiers de Vichy, les neuf dixièmes des patriotes qui ont été arrêtés auraient pu continuer l’action libératrice.
La Gestapo me recherchait, pour ma part, depuis une année. Elle n’avait pas pu m’arrêter. Elle était au courant de mon activité en général; mais ce sont les policiers du gouvernement de Vichy qui ont réussi à m’arrêter. C’est par eux que je devais être livré plus tard aux autorités allemandes.
Avec Marcel Paul, comme avec les deux précédents témoins, nous touchions à l’un des aspects les plus graves de l’acte d’accusation, si grave qu’un juré pose alors une question décisive :
M. PERNFY (juré). — Je voudrais qu’il soit demandé au témoin si, dans son esprit, après avoir mûrement réfléchi, il rend bien l’accusé responsable des crimes qui ont été commis dans les prisons et vis-à-vis des déportés et de tous ceux qui ont été fusillés.
M. MARCEL PAUL. – Ce n’est pas seulement mon sentiment personnel, monsieur le Président. Nous parlions très difficilement dans les prisons et aussi dans les camps. mais le sentiment de la responsabilité directe et absolue du gouvernement de Vichy et, par conséquent, de son chef —puisque ses ministres étaient responsables devant lui — était pour nous et est pour nous totale.

Weygand …

Le 31 juillet, le général Weygand, ancien commandant en chef des armées françaises, actuellement prisonnier au Val de Grâce en traitement, se présente à la barre des témoins. Déchaîné, mais animé par une force intérieure qui le durcissait, le petit homme, de qui la naissance même était mystérieuse, avança la jambe raide en s’appuyant sur une canne. Il joignit les talons et s’inclina devant le maréchal qui le suivait du regard et lui rendit son salut, note Jules Roy… Weygand semblait appartenir au même type physique que Paul Reynaud; les yeux bridés, le visage creusé, les pommettes saillantes, l’intelligence amère et coupante, les griffes prêtes à déchirer, la dent cruelle.
Dans une déposition claire, parfois passionnée, Weygand explique pourquoi il a refusé de capituler comme le lui demandait Paul Reynaud en juin 1940:
Messieurs, s’écrie-t-il, la capitulation, c’est une action déshonorante ! On vous parle d’honneur et on demande la capitulation… On ne s’en relève pas. Notre code de justice militaire punit de mort le chef qui capitule en rase campagne.
Le général n’a guère de difficultés à prouver que l’armistice s’imposait pour de multiples raisons militaires et pour la sauvegarde de la France : il fallait sauver ce qui pouvait l’être, et d’ailleurs Paul Reynaud s’était effacé devant le maréchal Pétain. Pourquoi, au lieu de démissionner, le président du Conseil ne l’avait-il pas relevé, lui Weygand, de son commandement, afin de demander à un autre chef militaire ce qu’il souhaitait ?
Le heurt est inévitable entre les deux hommes : il se produit le 1er août, et, tels deux coqs de combat dressés sur leurs ergots, Reynaud et Weygand s’affrontent; sans aucun résultat décisif, semble-t-il, et Weygand termine sa dernière intervention par une philippique sans appel :
M. Paul Reynaud a appelé, dans un moment de détresse où ses épaules trop faibles étaient incapables de supporter le poids dont elles s’étaient avidement chargées, le maréchal Pétain et moi, bien heureux de nous trouver. Depuis, que s’est-il passé ? C’est que quand on est avide d’auto rite, on doit être avide de responsabilités. J’ai montré comment il n’a pas osé se déba¬rasser du chef qu’il trouvait incapable et coupable. J’ai montré comment il n’avait pas osé le destituer, le moment venu, à propos de cette question de capitulation. J’ai montré comment M. Paul Reynaud, au lieu de continuer dans la voie où il avait estimé trouver le salut de la patrie, s’est démis et comment, s’étant démis, il a demandé que ce soit le maréchal Pétain qui prenne le gouvernement alors qu’il savait que la solution qu’il vient d’honnir au point que vous avez entendu était nécessairement la solution que prendrait le maréchal Pétain.
Dans cette affaire, M. Paul Reynaud, président du Conseil, dans des circonstances graves, a fait preuve du crime le plus grave que puisse commettre un chef de gouvernement; il a manqué de fermeté et il n’a pas suivi les grands ancêtres, certes pas.
Paul Reynaud, présent dans la salle pendant la philippèque de Weygand, lancera le dernier mot dans le prétoire :
Je n’ai pas besoin de vous dire, monsieur le Premier Président, que ceci n’est qu’un commencement.
Mais M. Mongibeaux en a assez. Fort opportunément il a rappelé au début de cette audience du 1″ août quelques évidences qui ont fui des débats, semble-t-il :
Depuis presque le début, nous assistons à une sorte de recherche de responsabilités, les militaires rejetant la responsabilité sur les civils, les civils rejetant h responsabilité sur les militaires; c’est ce qui nous pourrions résumer d’un mot en disant la discussion autour des conditions dans lesquelles a été voté, a été accepté, a été signé l’armistice.
Sur ce point, je crois que nous somme: tous d’accord. La lumière est faite de façon la plus complète, et nous en somme: arrivés maintenant à un point où, je crois les discussions deviennent un peu inutiles superflues et oiseuses.

 

Pierre LAVAL…
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Les défenseurs sont inquiets de cette arrivée inopinée : le bâtonnier Payen, dans beaucoup de ses interventions, a déplacé certaines des responsabilités du maréchal sur Laval absent. Laval présent ne risque-t-il pas de remettre tout en question ?
Quand, le 3 août, il pénètre dans la salle bondée de la 11eme chambre, un grand silence se fait. Qui oubliera, raconte Jacques Isorni, l’entrée de cet homme ravagé, les cheveux blanchis, au teint plus marron que jaune, le cou décharné, les yeux battus sous les paupières lourdes, avec le costume pauvre et fripé de quelqu’un qui a dormi tout habillé la nuit entière, dans un compartiment de troisième classe. Il y avait en lui de la misère et de l’inquiétude. On le regardait. On suivait chacun de ses pas, chacun de ses gestes. Il serrait contre sa poitrine une serviette toute plate qui ne devait pas contenir grand-chose, comme s’il avait tenu là des documents sau¬veurs et les secrets de sa politique. Au milieu des éclairs de magnésium, il s’avan¬çait hésitant, cherchant peut-être une tête aimée. Il était seul…
Vis-à-vis de ce pestiféré de la collaboration, Mongibeaux a une attitude méprisante :
Je ne vous fais pas prêter serment, lui dit-il. Je ne vous entends qu’à titre de renseignements.
L’homme qui a cristallisé tous les malheurs et toutes les haines des Français parlera pendant deux audiences : « mauvais génie » de Pétain, selon le mot du général Weygand. « traître intégral », selon celui d’un autre officier français, Pierre Laval livre, sans doute, le fond de sa pensée quand il explique pourquoi, après l’armistice, il s’est lancé dans la collaboration avec le vainqueur du moment. Et le mot clef de l’entrevue Pétain-Hitler à Montoire apparaît enfin dans le débat. Pourquoi cette entrevue ? Pierre Laval le dit :
Je voudrais que chacun mette les pieds sur la terre solide. Au mois d’octobre 1940, où était l’Angleterre ? L’Amérique n’était pas entrée dans la guerre. Les Russes étaient aux côtés des Allemands… Croyez-vous qu’en 1940 un homme de bon sens pouvait imaginer autre chose que la victoire de l’Allemagne ?… (Protestations.) En octobre 1940, je vous dis… (Protestations.) J’entends bien… Je m’excuse si je dis quelque chose qui vous blesse, je parle avec les faits du moment…
M. LE PREMIER PRESIDENT. – Vous acceptiez, le maréchal acceptait de changer de camp ?
M. PIERRE LAVAL. – Mais nous ne changions pas de camp. Nous n’avions plus de camp, l’armistice était signé…
M. LE PREMIER PRÉSIDENT. – Vous êtes un juriste. Vous savez que l’armistice est une suspension d’armes, ce n’est pas la paix.
M. PIERRE LAVAL.- Je le sais. L’armistice était signé. Je sais bien que ce que je dis peut choquer ou blesser, mais je voudrais tout de même qu’on juge avec l’impression non pas du mois d’août 1945, mais du mois d’octobre 1940. L’intérêt de la France à ce moment-là eût été d’évidence de trouver avec l’Allemagne une formule qui nous fasse échapper aux conséquences de la défaite. Qu’est-ce que nous désirions ? Qu’est-ce que je voulais ? Qu’est-ce que voulait le maréchal ? Ne pas perdre un mètre carré de notre territoire. Pouvions-nous le prétendre ? Oui, monsieur le Président, parce que l’Allemagne était impuissante à faire l’Europe sans le concours actif de la France.
Si l’Allemagne avait voulu faire une Europe et molester la France, écraser la France, la résistance se serait organisée à ce moment dans tous les pays de l’Europe, parce que l’Allemagne était incapable d’avoir une hégémonie sur l’Europe: le prestige de la France en Europe centrale, en Europe orientale, partout, me faisait croire, à moi, que la politique que je faisais n’était pas dangereuse car j’étais sûr que, le jour où l’Allemagne aurait mis bas les armes, la France retrouverait sa place.Voilà la position que j’ai prise et voilà pourquoi je l’ai prise.
M. LE PREMIER PRÉSIDENT. – Dans cette période-là, vous aviez envisagé de faire une politique de collaboration avec l’Allemagne, considérant que c’était la seule politique qui permît à la France de jouer son jeu…
M. PIERRE LAVAL. – Qui permît à la France de ne pas être meurtrie. Il s’agissait du début de l’occupation. Nous sommes en octobre 1940, et il faut situer un fait au moment où il s’est passé. Plus tard, il y a eu d’autres choses pénibles, dures, c’est entendu, je m’en expliquerai le moment venu, mais je parle d’octobre 1940.
Mais quand, le 5 juin 1942, Laval a prononcé la célèbre phrase «Je souhaite la victoire de l’Allemagne, parce que sans elle le communisme demain s’installerait partout en Europe », le maréchal était-il totalement d’accord avec son chef de gouvernement ? Laval donne de longues explications sur la genèse de cette phrase, rédigée ainsi par lui dans une première mouture : Je crois à la victoire de l’Allemagne et je la souhaite parce que, etc., puis modifiée après un conciliabule entre Rochat, secrétaire général des Affaires étrangères, et Pétain. Étrange affaire que celle de cette phrase, à propos de laquelle l’accusé demande à prendre la parole, après s’être concerté avec Payen : 
M. LE MARÉCHAL PÉTAIN. — J’ai eu une réaction très violente quand j’ai entendu, dans le discours, cette phrase de M. Laval : «Je souhaite la victoire de l’Allemagne. »
Il a dit, tout à l’heure, qu’il était venu me trouver avec M. Rochat, qui représentait le ministre des Affaires étrangères, pour me montrer cette phrase. Eh bien, jamais M. Rochat n’aurait accepté de maintenir cette phrase, et j’étais d’accord avec lui.
Et puis, alors, quand je l’ai entendue à la radio — je croyais que c’était fait, qu’il avait arrangé l’affaire — quand j’ai entendu que cette phrase était répétée à la radio, j’ai bondi. Je ne me suis pas rendu compte. Je croyais que c’était supprimé et je suis navré qu’elle soit restée.

Au fil des heures ensuite, Laval égrène ses souvenirs du temps de l’occupation : la relève, les déportations, les arrestations, la Milice, la L.V.F., la lutte contre les résistants et les maquisards. Il traite de tous les chapitres, explique sa position personnelle et l’on a l’impression que sur le procès Pétain se greffe un procès Laval. Laval présente un système de défense sinon cohérent, du moins détaillé. Au fond, il fournit ses explications de chef de gouvernement d’un territoire occupé: et ses explications tiennent en une formule : éviter le pire. Avant de finir, Laval jette ces derniers mots :
Il n’en reste pas moins que le maréchal était au courant de tout ce que je faisais d’important. J’avais avec lui des contacts tous les matins, que je lui rendais compte. Dans la mesure où je pouvais, je tenais compte de ses avis. Mais le maréchal était naturellement au courant.
Ce sont peut-être les moments les plus importants de sa déposition

Fernand de Brinon …

Jeudi 9 août, apparition du second pestiféré de la collaboration, Fernand de Brinon, ancien délégué général du gouvernement dans les territoires occupés. Un homme malade, s’appuyant sur une canne, à qui le président décide de ne demander ni son nom ni ses qualités et qu’il dispense du serment : pour la Haute Cour, Brinon est simplement « entendu ».
Ce qu’il raconte, d’une voix monocorde, n’est pas sans intérêt : il a toujours rendu compte au maréchal de ce qu’il faisait et l’a toujours tenu très exactement au courant et des événements et de ses propres sentiments. Il expose les exigences allemandes en matière de réquisition des travailleurs ou de déportation des juifs; il s’abrite derrière les autorités de Vichy ou celle du chef de l’État, dans un grand geste ( l’ignorance et d’impuissance conjuguées ). Un juré, M. Lévy¬Alphandery, lui demande quelle a été la réaction du maréchal au moment où il a appris les atrocités qui ont été commises contre les israélites citoyens de France :
M. DE BRINON. Le maréchal a toujours eu, à ce sujet, des réactions extrêmes, vives, douloureuses, mais personnellement je n’en connais pas de particulières autres que ce qu’il a pu me dire dans les conversations, à savoir que c’était atroce, qu’il fallait essayer d’y parer; mais je vous ai dit tout à l’heure quelles étaient les immenses difficultés rencontrées à ce sujet.
Et, encadré par deux gendarmes, voûté, traînant la jambe Brinon est à ce moment-là très malade — celui qu’on a appelé l’ «ambassadeur de Vichy à Paris » regagne la prison d’où il a été extrait : il sera fusillé quelques mois plus tard.

Joseph Darnand, ancien chef de la Milice française …

Enfin. dernier du trio des «collaborateurs », Joseph Darnand, ancien chef de la Milice française, se présente à la barre entre deux gendarmes. L’homme le plus détesté de France soulève une vague de curiosité parmi le public, encore que rien dans son allure n’apparût comme exceptionnel. Jules Roy le décrit ainsi : Boudiné dans un pantalon de milicien et un veston gris croisé passé par-dessus un blouson, la paupière mi-close, la face carrée, le front encadré de cheveux blancs coupés court, la mâchoire dure, hérissée d’un poil sombre, les épaules massives avec l’air d’un ouvrier endimanché… Une voix fluette sortit de ce mufle et de cette carrure de catcheur : c’était avec ce filet de castrat qu’il avait prêté serment à Hitler et ordonné les assassinats !
Au demeurant, le responsable de la lutte armée contre les résistants et les maquisards ne dit que peu de chose…
DARNAND. Le maréchal a toujours été pour moi d’un très bon conseil, m’a toujours prêché la prudence.

M. LE PREMIER PRÉSIDENT. — Quand vous outrepassiez ses conseils, parce que autant que nous nous souvenons, la Milice n’a pas été particulièrement prudente ni circonspecte — vous ne receviez pas de blâmes, pas d’observations ?
DARNAND. — Je n’ai reçu qu’un seul blâme, c’est celui que le maréchal m’a adressé le 6 août 1944, l’année dernière, alors que les Américains étaient à Rennes, dans une lettre qui doit figurer au dossier.
. LE PREMIER PRÉSIDENT. — A quel propos? Quelle était l’action que le maréchal blâmait et dans quels termes la blâmait-il ?
DARNAND. – Le maréchal, dans une lettre très longue, faisait connaître à Laval les exactions de la Milice. Dans un dossier annexe, assez important, on relevait, dans différents coins de France, des actes qui pouvaient nous être reprochés. J’ai pris connaissance de cette lettre et j’ai répondu, quelques jours après. au maréchal, que je n’ai plus eu l’occasion de revoir à Paris de ce moment.
Ce reproche ouaté de Darnand au maréchal tombe nettement dans le prétoire : les défenseurs renoncent à le questionner.
Gardes, vous pouvez l’emmener, conclut le président Mongibeaux.

Le réquisitoire …

Le moment de l’hallali est venu pour le procureur général Mornet, cet hallali qui en langage judiciaire s’appelle le réquisitoire. // se leva, raconte Jules Roy, petit, décharné, hargneux… Le regard enfoui sous les sourcils, le bec aigu, arrachant un à un, d’une serre nerveuse, les feuillets de son réquisitoire, et flanqué de la pile monumentale des documents surmontés d’un tampon buvard, il tournoyait comme un oiseau de proie au-dessus du chaos du procès…
L’accusé va l’écouter avec une extrême attention. Il fait effort pour l’entendre malgré sa demi-surdité, et, à chaque flèche décochée par son accusateur, on verra ses narines se pincer ou sa bouche marquer une crispation d’agacement, une moue de mépris — éclairs fugaces sur un masque qui se veut impénétrable. Au fond de sa conscience, le vieux maréchal plaint ses juges plus qu’il les blâme; tous lui ont prêté serment quand il était chef de l’État. Aujourd’hui il est en face d’eux comme accusé :
— Ce sont de pauvres types, mais je ne leur en veux pas…, a-t-il confié à Joseph Simon.
Quel mot terrible dans la bouche de Philippe Pétain! Quelle résignation, aussi…
Mornet assène alors, à l’aide de citations, des coups très durs au maréchal Pétain :
Hitler n’avait pas craint d’écrire au maréchal qu’une nation ne pouvant subsister sans une armée il était prêt à lui offrir son concours pour en constituer une. Vous connaissez la réponse de Pétain : Envoyez-moi le maréchal von Rundstedt, je suis prêt à m’entendre au sujet des offres que vous me faites.
Il y a pire encore. Hitler avait écrit : Je suis décidé à aider la France à reconquérir les colonies qui lui ont été volées par les Anglo-Américains. Et Pétain, maréchal de France, ne recule pas devant cette ‘offre de l’envahisseur et il l’en remercie : Je suis sensible, monsieur le Chancelier, aux dispositions que vous avez voulu m’exprimer en ce qui concerne votre résolution de collaborer avec la France et de l’aider à reconquérir son empire colonial. Cette fois, c’était l’acceptation d’une véritable alliance militaire.
L’accusé a-t-il par ailleurs « souhaité la victoire de l’Allemagne », comme Pierre Laval, son chef de gouvernement, l’avait déclaré lors d’un discours radiodiffusé de 1942 ? Pour Mornet, l’entente entre les deux hommes est certaine. Pétain, le 11 juin 1942, n’a-t-il pas assuré : Nous marchons, M. Laval et moi, la main dans la main. C’est la communion parfaite dans les idées comme dans les faits.
Alors le procureur général tonne : Dix jours après, Laval lançait cet odieux défi à la nation : «Je souhaite la victoire de l’Allemagne. »
Ce„ que Mornet. qui approche du terme de son réquisitoire et prépare sa conclusion. ne pardonne pas à Pétain, c’est surtout d’avoir humilié la France. De cette humi¬liation le procureur général va se servir pour prononcer les mots les plus percutants de son accusation. Il décrit d’abord le grief qu’il adresse à l’accusé :
… Celui d’avoir humilié la France dans le monde, de l’avoir asservie à son vain¬queur, non seulement en cédant à ses exi¬gences, mais en allant encore plus loin : en prenant pour modèle, en s’efforçant de copier ses institutions, d’adopter, de s’assi¬miler ses préjugés et jusqu’à ses haines.
Me plaçant, moi, sur le terrain de la loi, le seul sur lequel je puisse me placer, bravant les menaces de mort qui m’arrivent, comme les injures d’une minorité que sa haine ou sa foi aveuglent encore, songeant à tout le mal qu’a fait à la France, cette France dont Michelet a dit que son agonie serait l’agonie de l’Europe — cette France à laquelle il semble que, parfois, l’on conteste encore le droit de reprendre la place qu’elle a occupée et qu’elle doit occuper encore. 
Songeant à tout le mal qu’a fait, qu’ont fait à cette France un nom et l’homme qui le porte avec tout le lustre qui s’y attachait, parlant sans passion, ce sont les réquisitions les plus graves que je formule au terme d’une trop longue carrière, arrivé, moi aussi, au déclin de ma vie, non sans une émotion profonde mais avec la conscience d’accomplir ici un rigoureux devoir : c’est la peine de mort que je demande à la Haute Cour de justice de prononcer contre celui qui fut le maréchal Pétain.
Après la fin de l’audience. Pétain a une courte colère.
Elle s’apaise très vite, mais l’accusé confie à Joseph Simon :
— C’est dur de rester impassible devant tout ce que j’entends ! Je fais ce que je peux pour rester calme…, mais dire que j’ai trahi la France, c’est honteux.

 

Maître Isorni … 

 

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Magistrats de la Haute Cour, écoutez-moi, entendez mon appel. Vous n’êtes que des juges; vous ne jugez qu’un homme. Mais vous portez dans vos mains le destin de la France.
Pour la première fois est passé dans le prétoire un souffle d’émotion et les dernières phrases d’Isorni font rouler des larmes sur le visage de certains assistants. A la suspension d’audience, le farouche procureur général Mornet se rue sur Jacques Isorni, l’étreint chaleureusement et laisse échapper cet énorme aveu ou ce remords de conscience :
Ah! vous avez tellement dit tout ce que je pensais!
L’accusé, lui, a été fortement rémué par la péroraison d’Isorni. Quand, pendant la suspension d’audience, le jeune avocat fait visite à l’accusé dans sa chambre, Pétain, sans lui dire un mot, l’embrasse longuement. Annie Pétain confie à Isorni :
— Je ne l’ai jamais vu aussi bouleversé…
Il vous considère comme un fils.

 

 

 

 

La délibération des jurés…

 

Les débats sont clos à 21 h 05. Les jurés parlementaires et résistants. Mongibeaux, Donat-Guigue et Picard se retirent dans la salle des délibérations. Pétain rejoint sa femme dans leur chambre près de la salle d’audience; fatigué, il s’étend sur son lit
où il attendra la lecture de l’arrêt. Quand aura-t-elle lieu ?
Transportons-nous dans la salle de jurés. Au centre, une estrade où siégeront les trois présidents. De part et d’autre, les jurés, à droite les parlementaires, à gauche les résistants. Dans un coin, un buffet a été dressé ( colin froid mayonnaise, fromages, fruits) -afin qu’ils puissent se restaurer pour le cas d’une délibération longue.
Cette délibération, on en connaît tous les détails par les confidences de deux jurés parlementaires, Pétrus Faure et Gabriel Delattre, qui ont décidé de lever le secret sur la dernière phrase du procès de Philippe Pétain, estimant devoir verser leur témoignage à la grande barre de l’Histoire. Une seule question s’est posée au jury : votera-t-il ou non la peine de mort requise par Mornet ? A chacun de répondre selon sa conscience.
Celle de Pétrus Faure est déchirée. Il reste encore sous le coup d’un bref échange de propos avec le procureur général, après
la clôture des débats, Pétrus Faure ayant croisé Mornet dans son bureau. Depuis trois semaines que nous avions des ren-
contres, raconte Pétrus Faure, il s’était établi entre nous des relations de politesse et même de cordialité. Je lui posai la question suivante : « Que pensez-vous sur ce que sera le verdict ? » Il me répondit : «J’ai moi-même demandé la peine de mort, mais vous, il ne faut pas la voter… » Que penser d’un procureur général qui, quelques jours auparavant, avait déclaré à la fin de son réquisitoire « Je demande la peine de mort pour celui qui fut le maréchal Pétain » et qui me demandait, à moi juré, de ne pas la voter ? 
A cette première surprise, le président Mongibeaux va en ajouter une seconde. Ouvrant les débats, il déclare :
Messieurs les Jurés, mes assesseurs et moi-même vous demandons : seriez-vous d’accord pour une peine de cinq ans de bannissement ?
Cette demande imprévue et imprévisible suscite une vague de réprobation chez tous les jurés de la Résistance. La presque totalité des jurés repousse la suggestion des trois juges.
Cette parenthèse terminée, cet incident clos. Mongibeaux questionne chaque juré l’un après l’autre : est-il oui ou non partisan de la peine de mort ? Consultés les premiers, les jurés de la Résistance font connaître leur réponse: après eux, les parlementaires. Deux d’entre eux, Gabriel Delattre et Lévy-Alphandery, s’opposent à la peine capitale.
Des bulletins sont alors distribués aux jurés, qui doivent les remplir par un seul mot : « pour » ou « contre » la peine de mort. Leur dépouillement donne quatorze voix « pour » et treize voix « contre » — la peine de mort a été votée à une voix de majorité.
Et c’est alors que se produit la dernière péripétie de la délibération : plusieurs jurés demandent que le jury se prononce, par un second vote, sur un voeu qui pourrait figurer dans l’arrêt, voeu selon lequel la Haute Cour demanderait au chef de l’État une mesure de grâce pour que la peine de mort ne soit pas appliquée. Cette proposition fait l’objet de la même procédure que pour la fixation de la peine : dix-sept jurés sont favorables au vote du voeu demandant la clémence, dix sont contre. Ainsi trois jurés, partisans de la condamnation à mort, estiment qu’elle ne doit pas être exécutée: et ce déplacement de trois voix orientera la rédaction de l’ultime phrase de l’arrêt.

Le verdict…

A 3 h 30, le texte est prêt; il est lu et accepté sans discussion. A 4 h 2, une longue sonnerie retentit : l’heure est venue.
Pour la dernière fois, précédé de Joseph Simon et accompagné par ses trois avocats, Philippe Pétain parcourt les quelques mètres qui le séparent de la salle d’audience. Son visage est resté de marbre, quoique ses traits soient tirés par cette nuit d’une veille angoissée.
Il entre dans cette salle où, depuis le lundi 23 juillet, il se soumet à la justice des hommes; elle est plongée dans une semi-obscurité. Le silence est total quand y pénètrent à leur tour les juges et les jurés.
Mongibeaux allume une lampe placée devant lui et approche un micro de la bouche : la lecture de l’arrêt sera enregistrée afin d’être diffusée par les ondes dans le monde entier.
De sa voix monotone, Mongibeaux égrène les attendus : ils reprennent, presque sans modification, ceux de l’acte de l’accusation. En foi de quoi, Pétain est reconnu coupable d’avoir entretenu des intelligences avec l’Allemagne, puissance en guerre avec la France, en vue de favoriser les entreprises de l’ennemi.

Et c’est la phrase irrévocable :
Par ces motifs, condamne Pétain à la peine de mort, à l’indignité nationale et à la confiscation de ses biens. Tenant compte du grand âge de l’accusé, la Haute Cour de justice émet le voeu que la condamnation à mort ne soit pas exécutée.

Gardes, emmenez le condamné.
L’audience est levée.

Très pâle, Pétain, qui est resté debout pendant la lecture de l’arrêt, comme tous les spectateurs, refait pour la dernière fois le chemin jusqu’à sa chambre où le rejoignent ses avocats. Nous lui expliquâmes le sens de l’arrêt, raconte Jacques Isorni, de telle manière qu’il fut surpris de cette indulgence. Il trouvait ironiquement que les juges avaient été bien gentils.

 

 

Le condamné se dépouille de son uniforme de maréchal de France : c’est en costume bleu, pardessus foncé, chapeau gris et souliers jaunes qu’il quitte le palais de justice. Ses valises ont été faites dans la soirée et il ne porte à la main qu’une petite serviette noire contenant quelques papiers.
Quand le directeur général de l’administration pénitentiaire se présente à lui pour l’accompagner, il décline son nom :
Amor (tel est en effet le patronyme de ce haut fonctionnaire)…
Amor ?… Comme moi, réplique le condamné en esquissant un sourire.
Avec le médecin qui l’a suivi depuis Montrouge, le docteur Racine, Philippe Pétain prend place dans une ambulance qui le conduit à Villacoublay.
Chic ! Un avion ! s’exclame-t-il quand il aperçoit le Dakota personnel du général de Gaulle qui doit le transporter jusqu’aux portes de sa nouvelle prison. Avec Pétain montent dans l’appareil Simon, Racine, quelques fonctionnaires de la Sûreté et de l’administration pénitentiaire.

L ‘avion décolle au petit matin, emportant le condamné vers sa nouvelle destinée : celle d’un prisonnier perpétuel.
Philippe Pétain est entré dans sa quatre-vingt-dixième année. Il aura encore près de six ans à vivre dans trois cellules mili¬taires de deux forts désaffectés dont les murs constitueront son seul horizon.

fin de l’histoire …
source : http://www.histoire-en-questions.fr/proces%20et%20affaire/proces%20petain%20accueil.html

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

« Pétain renvoie Pétain »

Classé sous — milguerres @ 15 h 47 min

 

 

 

« Pétain renvoie Pétain »

GOUVERNEMENT. Le 13 décembre 1940,

le vice-président du Conseil est exclu du gouvernement

puis placé en résidence surveillée.

http://feuilletage.lunion.presse.fr/feuilletage/UNJDD_20101205/pages/pdf_pages/page_035.pdf

 

 

L’étau se resserre autour de Pierre Laval. Yves Bouthillier, ministre des Finances, obtient l’intervention de l’amiralDarlan qui entreprend à son tour de persuader le maréchal sur la nécessité du renvoi du vice-président du Conseil. Les comploteurs ne relâchent pas la pression mais

le principal visé ne devine pas qu’il est la prochaine victime sur leurliste. C’est la possibilité pour Pétain d’effectuer un voyage à Paris et le fait que les Allemands ne s’opposent plus à son installation à Versailles qui précipitent les choses. Le 13 décembre 1940, Pierre Laval s’entretient avec le maréchal et lui précise : « Le führer a décidé de faire une grande surprise à la France. Une grande surprise et un grand cadeau.

Il veut lui rendre pour le centième anniversaire de Saint-Hélène, les cendres du duc de Reichstadt qui reposent à l’église des Capucins à Vienne.

Hitler est obsédé par la légende de l’Empereur. Il croit que rien ne flattera davantage les Français que le retour des cendres de l’Aiglon ». Laval est surpris du peu d’enthousiasme manifesté par le chef de l’Etat français. Aussi revient-il à la charge et fait pression : « Il faut que vous soyez présent à Paris lors du retour des cendres de l’Aiglon. Si vous n’êtes pas là, l’effet sera raté ». Le maréchal s’emporte : « Mais je n’ai rien à y faire. Vous me voyez à Paris par ce froid, au milieu des Allemands, présidant une cérémonie à laquelle les Français ne comprendront rien ? »

Laval n’apprécie guère ce mouvement d’humeur aussi insiste-t-il : « Je vous y vois très bien, monsieur le Maréchal. Et puis, vous ne pouvez pas vous dérober. Ce serait faire une injure personnelle à Hitler ». Pétain se lève : « Alors quoi ? Toujours la carte forcée comme à Montoire ? »

Conscient qu’il a exagéré, le vice-président du Conseil réplique : « Ne vous fâchez pas, monsieur le Maréchal. Ce que je vous en dis, c’est dans votre intérêt. D’ailleurs, si la chose ne vous convient pas, je ne me battrai pas pour une cérémonie. Je ne me bats que pour les grandes choses. Mais, ce serait dommage ! »

De fait, toute la cérémonie a déjà été préparée et minutée. Le corps doit arriver le samedi suivant dans la soirée à la gare de l’Est. Une prolonge d’artillerie, l’esplanade des Invalides, le caveau de l’Empereur, tout le parcours doit être jalonné par des porteurs de torches. Les Allemands apprécient ces démonstrations grandioses. Ils aiment la représentation wagnérienne, romantique et populaire. Alors Laval en rajoute une couche : « Vous, ça ne peut pas vous choquer. Moi, je trouve cela très beau. Que craignez vous ? Hitler ne sera pas là. Il sent bien que sa présence serait mal interprétée. Il ne veut froisser aucune susceptibilité. Et d’ailleurs, les Allemands ne descendront pas dans la crypte. Il s’arrêteront sur les marches de l’église et vous serez seul en bas, seul avec des Français ».

Pétain se résigne et questionne : « Quand partons-nous ? »

. Laval répond tout de go : « Demain matin par un train spécial constitué de trois ou quatre wagons ». Le maréchal demande alors quels sont les ministres qui vont l’accompagner. Le vice-président du Conseil est formel : « Les ministres ? Aucun. Ils n’ont pas bonne presse à Paris. Et puis les Allemands

s’en méfient ».

Philippe Pétain soupire : « Je vais être bien seul ! ». Laval le rassure : « Je serai là et votre entourage sera avec vous. Emmenez le général Laure, Henri du Moulin de Labarthète, le docteur Ménétrel, des militaires, tous ceux que vous voudrez, car, enfin, c’est une cérémonie ! ».

Laval a tout prévu. Il s’est même préoccupé de l’intendance etapris les dispositions nécessaires pour que le Maréchal dorme à l’Hôtel Matignon, le seul bâtiment qui est chauffé. Il lui propose un emploi du temps sur mesure : « Le lendemain dans Paris, en civil, avec votre canne, vous irez vous promener. Tout le monde vous reconnaîtra, tout le monde vous saluera respectueusement. Vous irez revoir votre appartement du square Latour-Maubourg. Vous pourrez même faire un petit tour en zone occupée ». Pétain émet le vœu de pouvoir se rendre à Rouen. Laval est prêt à céder même s’il a plutôt pensé à Chartres, au Mans et à Orléans.

Lorsqu’ils apprennent que leur ennemi est parvenuàconvaincre Pétain, les comploteurs considèrent que ce n’est pas un seul homme qui peut avoir un tel ascendant sur le Maré- chal. Bouthillier, Darlan, Baudoin, Peyrouton, Huntziger, Caziot, Albert et même l’amiral Platon, secrétaire d’Etat aux colonies estiment qu’il s’agit d’une manœuvre de très haut niveau. Pour eux, Pétain à Paris va tomber dans un piège. On va lui demander de constituer un nouveau gouvernement dont ils seront exclus. Laval est accusé d’être le chef de la « bocherie » selon le mot du général Weygand. Tous craignent qu’avec les Brinon, Doriot, Déat, Laval se précipite dans une collaboration renforcée. Huntziger méfiant déconseille de s’en prendre de front au vice-président du Conseil. Il craint aussi que la colère du Reich paralyse la Commission d’armistice dont il est la clé française. Peyrouton est direct et propose l’arrestation de Laval. Pendant ce temps le Maréchal se rétracte et décide de rédiger une lettre à Hitler pour l’informer qu’il est au regret de ne pouvoir se rendre à Paris pour accueillir les cendres de l’Aiglon et annonce qu’il procèdeàla constitution d’une nouvelle équipe ministérielle. La convocation imprévue du conseil des ministres inquiète Pierre Laval. Tout va très vite. Le Maréchal demande aux ministres de signer leur démission en suivant un texte préparé d’avance. Il s’absente un court moment.

« IL FAUT ARRÊTER PIERRE LAVAL»

A son retour, il indique très simplement qu’il a accepté les démissions du vice-président du Conseil Pierre Laval et celle de Georges Ripert, ministre de l’Education nationale. Laval stupéfait réclame des explications. Pétain lui répond simplement : « Je n’ai plus confiance en vous ». Et d’ajouter : « Le vice-président entraîne la France beaucoup trop loin ». Laval reprend la parole : « Les Allemands savent très bien que, en vous séparant de moi, c’est à la collaboration que vous avez voulu tourner le dos ». Laval se retire. Le soir même, à l’heure du dîner, le directeur de la Sûreté nationale Chavin convoque le directeur central de la police judiciaire, Pierre Mondanel et sans même le faire asseoir lui déclare : « Il faut arrêter Pierre Laval ».  Mondanel qui a crée un réseau clandestin de surveillance pour suppléer les Renseignements généraux envers lesquels Chavin n’a aucune confiance marque sa surprise.

Il ne veut pas s’exécuter avec un simple ordre oral. Il s’agit, au moment où Laval montera dans sa voiture pour regagner sa maison de Châteldon, de lui signifier qu’il est placé en résidence surveillée avec obligation d’y être accompagné ! Chavin s’absente et revient avec cette réponse péremptoire :

« Si Laval vous demande des explications vous lui direz que vous agissez conformément  aux instructions du maréchal Pétain ». Mondanel dépêche deux voitures et  six policiers surveiller la sortie de l’hôtel du Parc. Le véhicule de Laval dont le coffre est chargé d’archives est intercepté et confisqué.

Laval démissionné ne sait toujours pas qu’il est assigné à résidence à Châteldon. Mondanel se rend sur ordre au premier étage et signifie à Laval son nouvel état.

Furieux, Laval veut confirmation du premier cercle du maréchal. C’est le général Laure qui s’en acquitte et ajoute : « La temporisation a assez duré. Il faut partir pour Châteldon ».

source : 

http://feuilletage.lunion.presse.fr/feuilletage/UNJDD_20101205/pages/pdf_pages/page_035.pdf

15 janvier 2013

Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

Classé sous — milguerres @ 23 h 16 min

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Chronologie de la Seconde Guerre mondiale 

1933 /1945

 

http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gif1933

  • Début des lois anti-juifs en Allemagne avec le boycott des magasins juifs.
  • 30 janvier Hitler est nommé chancelier du 3 ème Reich par le président Hindenburg.
  • 28 février Incendie du Reichstag. Hitler accuse les communistes et fait interdire le parti communiste allemand (KPD).
  • 23 mars Hitler se fait accorder les pleins pouvoirs par le parlement.

http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gif1934

  • 30 juin Nuit des longs coûteaux où les S.A. (Section d’Assaut La Sturmabteilung) sont asssassinés par les S.S. (Sections Spéciales).
  • 2 août Suite au décès du président Hindenburg, Hitler se proclame Reichsführer, chef suprême de l’Allemagne.

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  • Les lois de Nuremberg ôtent la citoyenneté allemande aux juifs et leur interdisant tout contact sexuel avec les allemands de race pure, dite Aryenne.

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  • 7 mars  Remilitarisation de la Rhénanie.
  • Novembre L’axe Rome-Berlin unissant l’Allemagne et l’Italie est proclamé.

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  • Avril Bombardement de Guernica (Espagne) par l’armée Franco aidée de la flotte aérienne allemande (Luftwaffe). Ce bombardement est un vol d’essai pour l’armée aérienne neuve de l’Allemagne nazie.

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4 janvier 2013

La politique américaine en Afrique du Nord pendant la seconde guerre mondiale

Classé sous — milguerres @ 17 h 25 min

 

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Juliette Bessis

La politique américaine en Afrique du Nord pendant la seconde guerre mondiale

In: Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée, N°36, 1983. pp. 147-161.
doi : 10.3406/remmm.1983.2003
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/remmm_0035-1474_1983_num_36_1_2003
R.O.M.M., 36, 1983-2
TEXTE ci-dessous TIRE D’UN DOCUMENT PDF TELECHARGE A PARTIR DU SITE 
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/remmm_0035-1474_1983_num_36_1_2003

Avant la Deuxième Guerre mondiale, des trois pays d’Afrique du Nord, domaine réservé de la France, seul le Maroc avait occasionnellement occupé une place toute relative dans les préoccupations américaines, en vertu du rôle d’arbitre joué par les Etats-Unis lors de la Conférence d’Algésiras dont ils avaient assuré la présidence en avril 1906, en vertu sans doute aussi de la longue façade atlantique du Maroc. La défaite française et l’armistice de juin 1940 ont pour conséquence d’entraîner
un véritable tournant de la politique américaine et marquent <c l’entrée » des Etats-Unis en Afrique du Nord. L’objectif est, au départ, stratégique mais les Américains se trouvent vite confrontés aux problèmes politiques qui agitent en profondeur le Maghreb, en tout premier lieu à celui de la décolonisation qui dresse depuis longtemps déjà les mouvements nationalistes autochtones contre le pouvoir colonial français.
Prise entre les grands principes de liberté qui fondent la République américaine, les impératifs de la « realpolitik » et de l’alliance française, les appréciations différentes et souvent contradictoires qui se manifestent au Département dEtat et sur le terrain des opérations à propos des problèmes coloniaux, les grandes lignes de la politique américaine en Afrique du Nord, s’élaborent dans la guerre et se développent une fois la paix rétablie.

L’impératif stratégique
Le raid britannique sur Mers-el-Kébir du 3 juillet 1940 montre très vite 1 I’importance de la Méditerranée pour la Grande-Bretagne dans le déroulement de la guerre où elle est alors seule à affronter les forces de l’Axe. L’enjeu est d’importance. L’éventualité d’un passage des troupes allemandes à travers l’Espagne continentale et le Maroc espagnol entraînerait à brève échéance la chute de Gibraltar, des Canaries et des Açores.
Un accord entre Vichy et l’Axe permettrait à ce dernier l’utilisation du port atlantique de Dakar et, beaucoup plus grave encore, fournirait un relais assurant à travers l’Afrique du Nord la jonction avec les forces italiennes de Libye mettant en danger la 8e Armée, Malte, Chypre, la Crète, l’Egypte, Suez, les routes du Moyen-Orient et de l’Asie.

La première de ces graves menaces se confirme avec l’occupation de la Crète par les troupes allemandes suivie d’un coup d’Etat pro-nazi dirigé par le ministre Rachid Ali El Keylani en Irak le 2 avril 1941. Coordonnée par le major Rudolph Rahn (1), l’entreprise est soutenue par l’Allemagne grâce au transit accordé par Vichy sur les aérodromes, les routes et les voies ferrées syriennes, la fourniture de matériel militaire stocké en Syrie et l’instruction sur le sol syrien, des militaires irakiens (2).

L’accord entre le Reich et Vichy, conclu à Paris par l’amiral Darlan et l’ambassadeur Otto Abetz le 5 mai 1941, confirmé au cours de l’entrevue entre Darlan et Hitler à Berchtesgaden le 11 mai, est connu sous le nom de Protocoles de Paris (3) ; ceux-ci permettaient encore l’utilisation du port de guerre de Bizerte pour le déchargement du ravitaillement et des renforts en matériel pour les troupes allemandes en Afrique, l’utilisation de la voie ferrée Bizerte-Gabès pour le transit vers la Libye et l’utilisation du port de Dakar.
L’influence du général Weygand qui affirma que « l’armée d’Afrique ne suivrait pas »gela les accords (4).

Entre-temps les Britanniques avaient occupé, en dépit de la forte résistance française, la Syrie à partir du 9 juin 1941.
Les Etats-Unis ne sont pas encore en guerre mais, bien avant Pearl Harbour, leur engagement aux côtés de la Grande Bretagne ne fait guère illusion, en dépit de leur « non-belligérance ». L’importance de la Méditerranée où les Etats-Unis n’ont alors aucun intérêt direct est controversée, notamment au sein de l’Etat-Major, mais n’est pas sous-estimée pour autant, par le président Roosevelt pour qui un contrôle de la Méditerranée par l’Axe permettrait aux Japonais et aux Allemands de se rencontrer au Moyen-Orient et menacerait les routes vers l’Asie et le soutien à la Chine ; les Allemands à Dakar menacent le Brésil (5).

Dès la fin de 1940, les Etats-Unis renforcent leur présence en Afrique du Nord, assurant le relais des missions britanniques fermées après la rupture des relations avec Vichy au lendemain de Mers-el-Kébir.
Souhaitée par les Anglais, une opération d’envergure en Algérie, en Tunisie, au Maroc est mise à l’étude aussitôt après août 1941 par le Haut commandement américain mais mise en question par les partisans d’une action directe en Europe ou d’une concentration des forces dans le Pacifique (6). La « controverse stratégique » n’empêche pas les premiers projets d’opérations « Gymnast » puis « Super Gymnast » d’être
élaborés puis transformés en « Opération Torch » de débarquement au Maroc et en Algérie, qui sera réalisée le 8 novembre 1942 (7). La décision finale en fut arrêtée le 24 juillet : « Pour le meilleur ou pour le pire Torch était l’enfant du président » (Roosevelt) (8).

Anticolonialisme américain et realpolitik
L’anticolonialisme est un principe cher à la libre Amérique (9). Mais toute initiative concrète dans ce sens se heurte dans la guerre à l’impératif unitaire des puissances, divise au Département d’Etat les Conservateurs, derrière Cordell Hull, et les Libéraux, soutenus par Sumner Welles et sera combattue avec force par les hommes politiques français vichyssois, gaullistes, communistes ou attentistes, lïntégrité de l’Empire étant pour la France un principe fondamental, toutes tendances confondues. « Monsieur le
Président, je crois que vous voulez supprimer l’Empire britannique » (10). Cette exclamation de Winston Churchill, à propos de la Charte de l’Atlantique, est précisée dans son discours du 5 octobre 1941 où il déclare :
« … Ce que nous avons, nous le gardons. Je ne suis pas devenu le ministre de Sa Majesté afin de procéder à la liquidation de l’Empire britannique >.
Ces propos sont contradictoires des principes énoncés dans la Charte de l’Atlantique signée le 14 août 1941 par les deux puissances anglo-saxonnes, document politique à portée universelle des pays démocratiques en guerre pour la liberté contre le totalitarisme fasciste et la tyrannie nazie. Au vrai, les Britanniques, et tout particulièrement les Conservateurs, limiteraient volontiers à l’Europe l’interprétation des principes énoncés dans la Charte.

Plus tard à Yalta (11) la résistance anglaise est encore très vive au projet de Roosevelt de transformation de l’ensemble des territoires coloniaux en mandats internationaux contrôlés par l’organisme des Nations Unies qui se met alors en place.
Cette proposition a été officiellement formulée par « linstitute of Pacific Relations » influencé par les Démocrates, dès le congrès de Mount Tremblant au Canada en 1942 et renouvelée au congrès de Hot Springs en 1945. La résistance française à Londres, non signataire et, de ce fait, non concernée par la Charte reste catégoriquement hostile à toute modification du statut colonial et à toute éventualité d Internationalisât! on des colonies : « Pas d’autre indépendance que celle de la France » déclare le 3 janvier 1944 le commissaire aux colonies de la France Libre, René Pleven, à la conférence de Brazzaville qui délimite les premiers contours du projet d’Union française. Au même moment le député communiste Florimond Bonté affirme à Alger que « la France est et veut rester une grande puissance africaine » (12).
Roosevelt qui se dit « horrifié » par la condition des colonisés qu’il semble découvrir en atterrissant à l’aérodrome de Bathurst en Gambie britannique, à la veille de la conférence de Casablanca de janvier 1943, reste entièrement acquis à la disparition de systèmes coloniaux rétrogrades :
« Je travaillerai de toutes mes forces — affirme-t-il — pour que les Etats-Unis ne
soient amenés à accepter aucun plan susceptible de favoriser les ambitions impérialistes de la France ou d’aider, d’encourager les ambitions de l’Empire anglais > (13).

Leur position à l’égard de Vichy, la situation sur le terrain détermineront plus concrètement le difficile équilibre de la politique américaine entre les principes constamment réaffirmés et la cohésion des puissances alliées.

Robert Murphy à Alger
Envoyé en mission spéciale par le président Roosevelt avec lequel il entretiendra en tant que son « personal representative » des relations directes, Murphy est arrivé à Alger dès septembre 1940, au moment où l’expédition anglo-gaulliste contre Dakar se heurtait au loyalisme vichyssois des forces françaises et se soldait par un échec.

Attaché d’ambassade à Paris et collaborateur de W.C. Bullit jusqu’à la défaite française, premier chargé d’affaires auprès du gouvernement de Vichy, il connaît bien puisqu’il en a semé les premiers jalons, les fondements à partir desquels s’élabore la politique américaine à Vichy. Les Américains sont convaincus que le pétainisme est représentatif des courants majoritaires de l’opinion publiqucfrançaise ; « le jeu américain» consiste à resserrer et non distendre les liens avec le nouveau gouvernement de la France pour oeuvrer au renforcement des tendances « neutralistes » par rapport à l’Axe, des anti-allemands civils ou militaires ralliés à Pétain mais réservés quant à une collaboration trop active ou seulement trop voyante. Cette activité diplomatique que l’amiral Leahy nommé au poste d’ambassadeur conduira avec beaucoup de conviction a pour objectif d’affaiblir et d Isoler les cercles les plus favorables à la collaboration, de préparer des ralliements aux alliés au moment opportun, en Afrique du Nord notamment( 14).
La première tâche accomplie par Murphy à Alger est la signature avec le général Weygand, représentant de Pétain en Afrique du Nord et investi alors de vastes pouvoirs, d’un accord prévoyant l’aide américaine aux populations civiles des trois territoires (15), accord autorisé par les Commissions d’armistice allemandes et italiennes installées sur place.
La multiplication des services consulaires américains chargés d’en surveiller l’exécution mais aussi sous leur couvert, des services de renseignement de l’Office Strategy Services (O.S.S.) marque bien la première étape du renforcement de la présence américaine en Afrique du Nord française.

Comme ils le soulignent dans les mémoires que nombre d’entre eux ont publiés et comme le confirment, après eux, les historiens américains qui se sont penchés sur ces événements, la plupart de ceux que le Département d’Etat envoie sur place, à partir des derniers mois de 1940, ignorent à peu près tout des pays où ils sont appelés à travailler et du contexte politique autochtone. Beaucoup plus qu’aux Maghrébins démunis de pouvoir et, de plus, globalement suspects de sentiments pro -allemands, c’est à l’opinion publique française civile et surtout militaire que l’on accorde de 1 Importance en fonction des opérations militaires qui se préparent (16). Comme Kendar au Maroc, Murphy qui a autorité sur les missions des trois pays, multiplie les contacts avec des hommes comme l’industriel Jacques Lemaigre-Dubreuil et l’équipe qui l’entoure à Rabat et Alger, dont la sympathie pour les idéologies fascistes et notoire (17) mais que leurs intérêts aux colonies notamment, rendent hostiles à l’Axe et farouchement anti-italiens car ils savent bien qu’une partie au moins de l’Afrique du Nord française est destinée à devenir italienne en cas de victoire de l’Axe (18).
L’anti -gaullisme de ces cercles dominants qui souhaitent une continuation de la Révolution nationale pétainiste et, dans le même temps, un ralliement aux alliés sous condition de garantie de l’intégrité de l’Empire, ne contredit pas l’hostilité qui domine au Département d’Etat à l ‘encontre du général de Gaulle suspect d’aspirations « dictatoriales, totalitaires et anti-démocratiques » (19). Les rapports entre communistes et gaullistes qui se concrétisent après l’invasion de 11J.RJS-S. par l’Axe ne peuvent que renforcer les suspicions américaines.

Les relations américano -gaullistes très tendues se répercutent inévitablement au niveau marocain et surtout algérien (20) où les réseaux gaullistes ont une importance
La politique américaine en Afrique du Nord 151 très relative dans les communautés françaises majoritairement ralliées à Vichy. La participation importante d Intellectuels juifs à la tête de ces réseaux (21) n’est pas sans conséquence lorsqu’on sait qu’en Algérie et au Maroc l’antisémitisme reste une cons tante dans l’histoire des communautés dominantes françaises.

Ces antagonismes qui nourrissent à Alger les développements du « jeu américain à Vichy » ne sont pas de nature à simplifier l’enchevêtrement d Intrigues, d’intérêts et d’allégeances qui caractérisent la vie politique à Alger dans les semaines qui précèdent et suivent le débarquement du 8 novembre. Selon un observateur de sentiments gaullistes « Washington préférait en novembre 1942 traiter avec les autorités de Vichy en
Afrique du Nord, parce que les Américains auraient eu plus de peine à prendre la suite si la résistance s’en était mêlée » (22). C’est peut-être voir là la marque d’une ambition américaine directe que la suite des événements ne confirme pas, même pour ce qui concerne « les droits souverains et l’autonomie reconnue à ceux qui en ont été dépouillés par la force ».

Après la succession de coups de théâtre, marqués par l’accord Murphy -Giraud du 23 octobre 1942, dans lequel Lemaigre-Dubreuil a joué un rôle notable, et qui « excluait par avance les Français libres de l’opération » (23), l’opération de débarquement elle-même, la résistance vichyste (24) partout très vive, la « loyauté » vichyste de l’Amirauté à Bizerte, qui apportent un démenti aux espoirs de Washington, l’accord Clark-Darlan permet l’arrêt des combats meurtriers, confirme la restauration intégrale de l’Empire français et renforce la coopération américano-vichyste qui se poursuit plusieurs mois après l’assassinat de l’amiral, le 24 décembre.

Un épisode, curieusement négligé par l’historiographie française, concerne ce que la presse anglo -américaine dénonce alors dans « un ouragan de protestations » (25) comme « le scandale Peyrouton » , dont Murphy, soutenu par Cordell Hull et contre l’avis de Sumner Welles, porte selon son propre témoignage, la plus grande part de responsabilité.

Marcel Peyrouton dont la longue carrière en Afrique du Nord fut néfaste aux nationalistes, aux mouvements de gauche et aux syndicats (26) s’est rallié à Pétain parmi les premiers et a occupé au gouvernement de Vichy les fonctions de secrétaire général puis de ministre de l’Intérieur à partir de juillet 1940. On lui doit les premières purges de l’administration, les premières arrestations de Juifs, de communistes, de résistants, la législation raciale et l’abrogation du décret Crémieux dite « Loi Peyrou
ton» d u 7 octobre 1940 (27). Ayant joué un rôle dans la démission forcée de Laval le
13 décembre 1940 puis ayant fait équipe avec l’amiral Darlan, il rejoint un poste d’ambassadeur en Argentine avant le retour de Laval au pouvoir en avril 1942. Darlan le fait appeler à Alger au lendemain du 8 novembre mais est assassiné avant son arrivée.
Peyrouton réussit à se faire nommer Gouverneur général de l’Algérie par le général Giraud, grâce au soutien de Murphy, le 17 janvier 1943, en dépit de son très lourd passé. Il maintient en Algérie l’essentiel des lois de Vichy, dont la législation raciale et l’abolition du décret Crémieux ; il s’en explique devant les notables juifs d’Alger en précisant :
« Les Juifs voient trop souvent les autorités américaines et anglaises, les Chrétiens, les Musulmans et les Juifs qui agissent ainsi sont des salauds » (28).
Dans cette Afrique du Nord quil connaît bien, il est décidé à poursuivre les objectifs violemment hostiles à toute émancipation des colonies et ne cache pas son intention de mener « une politique intérieure sans ingérence ». Ces propos visent en particulier les rapports noués par les nationalistes algériens avec le consulat américain où Murphy a reçu et écouté Ferhat Abbas représentant les divers courants du nationalisme et appartenant à son aile modérée le 7 décembre 1942, et lui a déclaré que
« les Américains approuvent en général tous les désirs d Indépendance » (29). Si prudente que soit cette déclaration faite par le représentant des Etats-Unis à Alger, dont l’avis personnel est que les Américains n’étaient « pas là pour prêcher la démocratie et l’indépendance » (30), elle confirme la position de principe de son gouvernement.
Cette position va prendre aux yeux des Nord-africains une dimension concrète lorsque le président des Etats-Unis reçoit à Anfa, le 22 janvier 1943, le sultan du Maroc Sidi Mohamed Youssef accompagné de son fils, le prince Hassan, et hors de la présence d’un représentant de la France. La sollicitude manifestée par le président Roosevelt pour l’avenir d’un Maroc indépendant, les promesses énoncées assez clairement pour provoquer la réticence de Churchill présent à l’entretien (31) provoquent tout à la fois le mécontentement des Français et la satisfaction des Maghrébins.

Après l’entrevue Murphy -Abbas, un « Message des Représentants des Musulmans Algériens aux Autorités Responsables » est adressé aux autorités anglo-américaines. « L’intention était claire : il s’agissait de donner un caractère international à l’affaire puisque les Anglais et les Américains comptaient parmi les autorités responsables en Algérie. Les dirigeants français s’insurgèrent là-contre et obtinrent
qu’un second message fût rédigé à l’adresse des autorités françaises… » (32).

Ce Message du 20 décembre, devenu « Le Manifeste du Peuple Algérien » affirma l’existence d’une Nation algérienne et son droit à l’autonomie ; le texte semble bien avoir été, sinon formellement approuvé, du moins porté à la connaissance des autorités américaines ; le gouverneur général Peyrouton, mis dans l’obligation de recevoir Ferhat Abbas oeuvre à isoler les signataires du « Manifeste ». Après l’arrivée du général de Gaulle à Alger, la destitution et l’internement de Peyrouton pour collaboration, le Comité Français de Libération Nationale et le général Catroux, nommé gouverneur général de l’Algérie le 3 juin 1943, combattront toute « ingérance américaine » dans les affaires d’Algérie française et mettront en chantier de nouvelles mesures tirées d’un désormais bien vieux programme d’assimilation des « Elites ».

Hooker Doolittle à Tunis
Les rapports américano-tunisiens évoluent de manière très différente dans un contexte exceptionnel.
En février 1941, HA. Doolittle est nommé consul général des Etats-Unis à Tunis. Familier des questions nord -africaines (33), il est partisan d’un soutien aux aspirations d’indépendance qui favoriseraient le rayonnement de l’influence américaine.

Anti-vichyssois, très sévère à l’égard du comportement de la France et des Français dans leurs colonies, il est vite taxé de « pro-arabe ».

Dès son arrivée, des contacts antérieurement établis entre des personnalités tuni siennes, le major Montberly citoyen britannique habitant à Tunis, le vice-consul américain Springs, secondé par un Tunisien très proche du consulat, Slim Driga (34) lui permettent de rencontrer l’ingénieur Mohamed Ali Annabi très lié à l’un des princi paux fondateurs du Destour en 1920, Abdelaziz Taalbi ; ce dernier est, depuis son retour en 1937 d Egypte, où ses liens avec le parti bourgeois-libéral du Wafd et les Britanniques sont solides, le leader de l’Archéo -Destour (35).

Dans les mois qui suivent, trois rapports sur « La situation tunisienne » et les blocages du Protectorat sont remis au consul général. « … La collaboration et l’aide militaire des Nord-africains en cas de débarquement allié… » sont promises par des personnalités qui gardent encore l’anonymat et qui à vrai dire n’ont guère les moyens de tenir des promesses faites bien légèrement ; en échange est formulée la demande de soutien à un projet de large autonomie pour l’Afrique du Nord qui garantirait une collaboration politique, économique et culturelle avec les puissances anglo-saxonnes (36)

Une nouvelle proposition en février 1942 concerne les chances de renverser par un petit « coup d’Etat » le ministère tunisien dont le premier ministre Hedi Lakhoua, entièrement soumis à la Résidence et à Vichy, est suspect d’une trop grande influence sur le vieux souverain Ahmed Bey, peu enclin à déplaire à la France.
Doolittle transmet à Tanger et Alger ces propositions et son avis favorable au soutien financier demandé. Murphy désapprouve ces spéculations sur les chances d’une « révolution de palais » qui ne changerait rien à la situation mais aurait pour conséquence de s’aliéner les Français. Le projet est néanmoins discuté à Washington qui confirme la position de Murphy selon laquelle il serait très dangereux de retourner les
Arabes contre les Français (37). Il est vrai que les responsables des services de Sécurité français semblent déjà informés de ces contacts et n’ignorent rien de la personnalité de ceux que les circonstances vont conduire à réaliser ce « coup dEtat » et à occuper le devant de la scène politique.
« Ces personnalités… vivaient dans le monde des affaires. C’est ce qui leur avait permis avant novembre 1942 de prendre contact très souvent avec le consulat des U.S.A. et tout naturellement de s’entretenir avec les diplomates américains de la situation politique de la Tunisie. Aussi le débarquement des anglo-eaxons en Afrique du Nord était-il déjà prévu par le clan Chenik, Badra, Djellouli et l’on sut plus tard que l’avenir de la Régence avait été discuté lors d’un dîner qui avait eu lieu dans la deuxième quinzaine d’octobre » (38).

Les impondérables de l’histoire font que des trois points de débarquement que souhaitent les Britanniques, soit Oran, Alger, Bizerte, l’opération Torch élimine la Tunisie comme trop distante et risquée au profit du Maroc. C’était pourtant là qu’un courant politique autochtone était déjà concrètement préparé à rallier les alliés.

Ce courant va rassembler autour du nouveau bey Moncef, intronisé le 19 juin 1942, des personnalités de la bourgeoisie libérale et d’affaires comme MTiamed Chenik, vice-président du grand Conseil jusqu’à sa suspension au moment de la guerre, et président de la Chambre de Commerce tunisienne, Mohamed Badra son plus intime collaborateur, le Cheikh El Medina Aziz Djellouli, démissionnaire de son poste à l’a
rmistice, Salah Farhat, secrétaire de FArchéo-Destour (39) et quelques autres dont le premier et le plus important est le frère du souverain, nommé gouverneur militaire et civil du palais, le prince Hassine.
En complète rupture avec ses prédécesseurs, le nouveau souverain tente de restaurer les prérogatives du trône confisquées par la puissance protectrice, au prix d’un conflit ouvert avec la Résidence générale (40).

Mais c’est sur la question du débarquement américain que ses conseillers mènent, cette fois à visage découvert, la bataille contre le ministère Lakhoua toujours en place, avant de réaliser sous l’autorité
du souverain, et non plus contre lui, le renversement du ministère dévoué à la France, sans en référer à ses représentants.
Doolittle remet au résident général l’amiral Esteva, le 7 novembre 1942, un message du président de la République des Etats-Unis, adressé au souverain tunisien, lui annonçant le débarquement et lui demandant libre passage pour ses troupes (41). La situation est sans précédent depuis l’établissement du Protectorat : un chef d’Etat étranger s’adresse au souverain tunisien directement, sans passer par la puissance protectrice (42).
L’amiral Esteva a remis en même temps un message de Pétain, daté du 8 novembre,demandant au bey, au nom des traités qui lient les deux pays, d’aligner son attitude sur celle de la France, c’est-à-dire de se ranger du côté de l’Axe. Deux clans s’affrontent sur l’opportunité d’une réponse au président américain : le clan Lakhoua qui plaide l’entière responsabilité à laisser au représentant de la France et « le cercle du prince Hassine » renforcé par le Garde des Sceaux ; Farhat Ben Ayed et le docteur Materi (43), favorables à une réponse directe et qui finissent par proposer un compromis ambigus qui consiste à notifier en même temps à tous les chefs d’Etat impliqués dans le conflit, soit Hitler, Mussolini, le roi d’Angleterre et le président des Etats-Unis, la volonté tunisienne de rester neutre. Cette réponse remise à l’amiral Esteva, mais qui ne parviendra pas à Roosevelt, n’a plus beaucoup de sens, les troupes germano-italiennes ayant entre-temps débarqué et pris position sur tous les points stratégiques du territoire de la régence, face aux troupes anglo-américaines qui ont traversé la frontière algéro tunisienne. Sur les insistances de Mohamed Ali Annabi, très écouté du souverain, un deuxième texte est rédigé et directement remis au consul général Doolittle, placé en résidence surveillée, par Slim Driga, au prix, écrira-t-il, de grands dangers. Ce deuxième texte très explicitement favorable aux alliés se réfère à la Charte Atlantique et demande assez clairement l’appui américain « contre une emprise éventuelle sur la Tunisie par les éléments impérialistes français » .

Ce message, auquel Doolittle répond très favorablement au nom de son gouvernement ne devait pas plus que le premier, parvenir à son destinataire, perdu dans la fuite de Doolittle à travers les lignes pour rejoindre les alliés (44). Dans la dernière semaine de décembre, mettant à profit un nouvel incident avec Esteva, Moncef Bey, de sa seule autorité, renvoie le ministère Lakhoua, le remplace par un ministère, composé de ses conseillers directs et présidé par Mohamed Chenik, et dont personne n’ignore les choix favorables aux alliés. Pas plus les observateurs français pour qui « Taalbi et Mohamed Chenik sont de résolus partisans des anglo-saxons » que le ministre plénipo tentiaire Rahn qui les qualifie d’ « hésitants et de demi-américains », ou que les autorités italiennes qui considèrent ces « éléments d’opposition constitués autour du cercle secret du prince Hassine… (comme) les plus acharnés, hostiles au Néo-Destour et à l’Axe et de connivence avec les anglo-américains… » (45), ne sont dupes des sentiments qui animent les proches conseillers de Moncef Bey, bien que la revue allemande de langue française Signal, reproduise à des fins de propagande un portrait du bey de Tunis et lui prête des propos favorables à l’Axe et hostiles aux anglo-saxons qu’aucun texte ni qu’aucune source ne confirment.

En dépit de sa faiblesse, de ses hésitations et de quelques comportements équivoques, rien ne dément au cours des six mois d’occupation germano-italienne de laTunisie, le souci du ministère tunisien de ne pas se compromettre avec l’Axe pour préserver les chances d’un recours aux alliés. Pourtant à Alger, une campagne dé clenchée par un discours de Peyrouton en janvier, poursuivie par radio Alger, contrôlée par le gouvernement général, en février, présente Moncef Bey comme un collaborateur des nazis ; toujours en provenance d’Alger une nouvelle est retransmise par la B.B.C. le 8 mai, soit le lendemain de l’entrée des troupes alliées à Tunis, annonçant le départ de Moncef Bey à destination de l’Allemagne sur un avion allemand. Si l’on relie cette convergence de fausses nouvelles diffusées à Alger sous la responsabilité de Peyrouton à la destitution du bey Moncef, opérée dans les jours qui suivent l’entrée des alliés à Tunis, en violation des traités qui lient la France à la régence, il n’est plus douteux que l’élimination du souverain a été préparée à l’avance par le gouvernement ; le général Juin qui s’en chargera, le confirmera implicitement dans ses mémoires (45) :
« … les directives données par le docteur Abadie d’Oran, chargé des questions de l’intérieur au gouvernement d’Alger — et après en avoir débattu avec Giraud — exigeaient la déposition du bey Moncef pour de prétendus faits de collaboration avec les puissances de l’Axe au cours de l’occupation… Le pseudo gouvernement d’Alger lui imposera l’exécution d’un acte impolitique au détriment d’un souverain auquel il n’y avait rien de grave à reprocher et qui fut toujours loyal » (45).
On peut alors se demander si la véritable offensive menée à Tunis par Esteva et certains responsables de la haute administration française dont les relations maintenues avec Alger, à travers les lignes du front, ne font pas de doutes et notamment avec Robert Vénèque (46), pour contraindre le bey Moncef à décorer les hauts dignitaires civils et militaires de l’Axe, n’a pas été également inspirée par Alger.

En effet le 12 avril 1943, soit moins d’un mois avant la débâcle des forces de l’Axe en Tunisie, et de leur totale éviction d’Afrique, alors que plus des trois-quart de la régence sont aux mains des alliés, et le jour même de la prise de Sousse située à 140 km de la capitale, 48 personnalités de l’Axe, S.S. et membres de la Gestapo en tête, sont décorées du Nicham Iftikhar. Jugement de valeur exclu, c’était faire preuve
de bien peu de discernement politique. Mais les circonstances dans lesquelles s’est préparée cette cérémonie posent question : les ministres tunisiens ont résisté pendant plus d’un mois aux pressions renouvelées de la résidence puis ont cédé, après un échange de notes entre Chenik et Esteva, qui garantit qu’une telle cérémonie n’est aucunement en contradiction avec la neutralité du bey. La résidence s’est chargée de tous les préparatifs et a fourni les décorations « à pleins paniers » (47).

Cette mauvaise affaire, la seule qui puisse être reprochée au bey, entraînera la méfiance des alliés qui se manifeste par un pénible incident intervenu le jour de leur entrée à Hammam-Lif , alors capitale beylicale : le souverain décide de décorer sur le champ les officiers anglais et américains qui viennent de pénétrer dans le palais, mais la cérémonie est interrompue par un ordre supérieur et les décorations qui sont sur le
point d’être décernées sont refusées. Le même jour alors que ces officiers s’envolent vers Alger, un officier du bey vient leur remettre les insignes et devant leur deuxième refus, les jette dans la carlingue de l’avion (48).
Le général Juin, entouré des généraux Barré et Jurion, exige le 13 mai, au nom du général Giraud l’abdication du bey que ce dernier refuse ; il est destitué le lendemain et emprisonné dans le désert algérien. Cette nouvelle provoqua la colère et la consternation dans tout le pays ; il était, et de loin, le bey le plus populaire qui ait régné sur la régence.

Cette mesure n ‘entraîne aucune réaction officielle de la part des Anglais ou des Américains, pourtant la méfiance des pouvoirs publics devant leur présence dans le pays se manifeste de multiples manières.
Robert Murphy accomplit une première visite à Tunis deux jours après l’entrée des alliés dans la capitale. Hooker Doolittle l’accompagne et reprend ses fonctions.
Une semaine plus tard, le 17 mai, ce dernier rencontre le leader néo-destourien Habib
Bourguiba, menacé de poursuites pour collaboration avec l’Italie fasciste et qui vit dans la clandestinité (49). C’est sur intervention du consul américain que ces poursuites sont interrompues après une série d Interrogatoires auxquels se prête Bourguiba et un entretien avec le général Mourot, responsable de la sécurité militaire, le 9 juin.
En fait le ralliement du Néo-Destour qui s’était largement compromis avec les forces de l’Axe durant les six mois d’occupation, a commencé après le retour du leader néo-destourien de Rome, le 9 avril 1943, un mois avant l’entrée des alliés à Tunis. Aussitôt, plusieurs militants du parti dont un de ses responsables, Hedi Chaker, dont les sentiments pro -alliés se sont déjà manifestés alors qull se trouvait avec onze
de ses compagnons en résidence surveillée à Trets près de Marseille, sont dépêchés de l’autre côté de la ligne de front, porteurs de consignes. Dès lors, l’avance des alliés à partir d’avril, est ponctuée de manifestations néo-destouriennes en l’honneur des officiers anglo -américains. A Ksar Ellal, fief du parti, une réception suivie d’un banquet est offerte au colonel T. Owen White et aux autres membres de l’Etat -major de la 8e armée aux cris de « Vive la Tunisie, vive les alliés, Old England for ever » (sic). Un responsable local, Tahar Battih, prend la parole pour exprimer les souhaits de bienvenue de la population tunisienne et expose en même temps les méfaits de la France et les aspirations de son parti. Partout où ces manifestations se sont produites, la police française a engagé des poursuites contre les organisateurs.
Dès le 8 mai, un tract du bureau politique du Néo-Destour « Le Destour aux côtés des puissances unies » en appelle aux alliés, au nom de la Charte Atlantique, mais aussi « … aux principes de justice et de liberté qui sont à la base de toute vraie démocratie et particulier de la démocratie française » . Après son entrevue avec Doolittle, un deuxième tract, signé par Bourguiba, va très loin dans le sens du compromis avec les autorités françaises en affirmant que son mouvement « est sincèrement acquis à la puissance française… (et que) hors la France, il n’est pas de salut » (50).

Dans les mois de mai et juin, l’armée et l’administration française se sont pourtant livrées à l’exercice d’une très violente répression contre les Tunisiens pour faits de collaboration avec l’Axe ou pillages. Des camps de concentration sont ouverts sur l’ensemble du pays.
Un rapport du consul général Doolittle qui a entrepris en juin une tournée dans le Sahel accompagné du neveu du président américain, Archie Roosevelt, évalue le bilan de cette répression à 200 exécutions et 5 000 emprisonnements. Les chiffres communément cités en Tunisie, où cette période a laissé dans la population des traces profondes, sont nettement plus élevés.
Pour Doolittle trois semaines de « règne de terreur » firent plus pour unir les Arabes contre la France que soixante ans d’administration française. Il rapporte encore dans le même rapport la phrase du général de Gaulle s ‘adressant au général Mourot lors de son premier séjour à Tunis le 27 juin 1943 :
« Ah c’est vous le général Mourot. Vous avez accompli en Tunisie une bien sinistre besogne, indigne d’un Français. Je ne vous fait pas mes compliments » (51).
Mais ce n’est pas seulement pour faits réels ou supposés de collaboration avec l’Axe que des Tunisiens sont poursuivis. Toutes relations avec des représentants des missions civiles ou militaires anglo-américaines sont sanctionnées parfois très durement par les autorités françaises. Dans plusieurs villages des crieurs publics mettent au nom des autorités, la population en garde contre tous contacts avec les militaires angloaméricains, sous peine d’emprisonnement. Un officier de l’armée française Ahmed Essaïd déclare au cours d’une réunion organisée à Bou Hadjar le 15 mai que la colonisation française est « plus humaine que celle des Anglais en Inde et surtout en Palestine…quant aux Américains, ils veulent dominer le monde et s’emparer des colonies d ‘autrui… ».
La famille beylicale et notamment le prince Hassine ne sont pas épargnés par ce genre d’avertissements et se voient officiellement notifier par le premier ministre en exercice Slah Eddine Baccouche au nom du nouveau résident général, le général Charles Mast, l’interdiction formelle de recevoir chez eux ou d’entretenir des relations avec des représentants des puissances anglaises ou américaines. La même interdiction est notifiée au successeur de Moncef Bey, Lamine Bey, après qu’il ait reçu le colonel Eliott Roosevelt dont l’unité est stationnée à la Marsa, et alors que ce dernier a formulé une deuxième demande d ‘audience.
Doolittle rappelé en consultation à Washington au début de juillet ne rejoindra plus son poste. Il est remplacé, selon le voeu français, dès le même mois, par Félix Cole l’ancien consul général des Etats-Unis à Alger. Après cet intérim, Marcel E. Malige d’origine et de formation française, de plus ami du général Mast, est nommé au poste de consul général en novembre 1943 et rejoint son poste en février 1944.
Murphy a joué un rôle dans le déplacement de Doolittle qui apparaît comme un désaveu de ses activités, comme dans le déplacement d ‘Archibald Roosevelt, décidé au même moment, en soulignant au Département d’Etat le profond mécontentement français devant de telles ingérences dans les affaires tunisiennes.

Dans un mémorandum rédigé au moment du transfert de Doolittle au Caire, le conseiller en relations politiques au Département d’Etat, Wallace Murray, considère que la position pro -française d’un Murphy, valable en temps de guerre, ne saurait être poursuivie sur le long terme en ce qui concerne les aspirations des peuples autochtones.
C’est la même position que semble exprimer Franklin Roosevelt dans un entretien accordé à Doolittle, le 9 novembre 1943, en se référant à sa rencontre avec le sultan Mohamed Youssef en disant qu il est peut-être trop tôt pour prendre des positions pro-arabes (52).
Au retour de Yalta, le président des Etats-Unis reçoit sur le croiseur Quincy le roi Farouk, le sultan Ibn Séoud et l’empereur Hailé Selassie.
Ces marques d Intérêt pour les affaires arabes et africaines montrent bien l’évolution de la politique américaine depuis 1940 mais aussi le poids des pays anciennement dominés dans l’après-guerre qui commence.
L’annonce de la mort de Roosevelt donne lieu à une manifestation tunisienne très dense le 15 avril 1945. Le jour de l’armistice, une seconde grande manifestation conduite par les princes moncéfistes en tenue d’apparat défile en silence depuis la Médina jusqu’à la résidence.
Au cours de cette période, sans doute la moins glorieuse de son histoire contemporaine, les successifs dirigeants de la France font de l’Empire le fondement de leur place au rang des grandes puissances mondiales qulls ambitionnent de conserver.
Considérablement affaiblis et divisés par la défaite et l’armistice, marginalisés dans la conduite des opérations militaires alliées, notamment dans la guerre d’Afrique, ils s’enferment dans un refus d’admettre les changements irréversibles qui se sont produits à la faveur du conflit mondial dans l’appréciation qu’ont les élites politiques des pays colonisés de leur place dans les rapports de force entre puissances et dans leur volonté de les utiliser à leur profit.
S’il est difficilement contestable que la propagande de l’Italie fasciste et de l’Allemagne nazie en direction du monde arabe basée sur de fallacieuses promesses d Indépendance eut un retentissement profond, suscita parfois des formes de collaboration étroites et eut des conséquences durables, et les pays d’Afrique du Nord n’y font pas exception, il n’est pas moins vrai que l’entrée de la « Libre Amérique » en Afrique du Nord suscita de très grands espoirs.
Franklin Roosevelt et la Charte de l’Atlantique reprenaient le flambeau là où l’avait laissé Woodrow Wilson et le 14e point de sa déclaration au lendemain de la Première Guerre mondiale.

En fait les élites politiques d’Afrique du Nord et leurs peuples derrière elles, étaient prêts à se ranger du côté de ceux qui soutiendraient leurs aspirations.

L’autorité française en place n’hésita pas contre toute vérité à traiter de « pronazies » avec un temps de retard sur les événements, les tentatives faites au cours de la guerre par les autorités nationales ou les partis nationalistes du Maghreb pour donner une dimension internationale au problème de la décolonisation et en premier lieu pour obtenir le soutien de la grande puissance américaine. Le bey Moncef fut traité de pro-nazi. De même les dirigeants de llstiklal au Maroc, arrêtés après la diffusion de leur « Manifeste pour l’indépendance », qui se référait explicitement à la Charte de l’Atlantique, en janvier 1944. De même le PJP A. en Algérie lorsqu’il organisa une puissante manifestation populaire le jour de la victoire alliée, le 8 mai 1945,pour l’indépendance. Nulle part pourtant lors du débarquement du 8 novembre 1942,
la résistance aux alliés ne fut le fait des populations autochtones.
Cette attitude a préparé pour la France la violence meurtrière des guerres coloniales.
Loin d’approuver cette politique, les Etats-Unis d’Amérique éviteront cependant constamment de prendre une position hostile à la France. En toutes occasions et jusqu’aux indépendances, ils accorderont aux partis et aux syndicats nationalistes un soutien incontestable mais mesuré et relativement discret ce qui n’empêchera pas que se déchaînent contre eux des manifestations houleuses deyant leurs ambassades ou leurs centres culturels, organisées par les mouvements ultra-colonialistes.
Le souci majeur des Américains est d’empêcher que les mouvements nationaliste ne basculent pas dans l’orbite soviétique.
Les mêmes soucis de stratégie globale, plus que les affinités culturelles, si évidentes soient -elles, dictent leur prudence et leur modération à l’égard de la France embourbée dans une politique coloniale sans avenir. La France est dans la guerre, une pièce maîtresse des opérations en Europe. Dans la paix retrouvée et la guerre froide qui lui succède, elle reste « la clé de voûte de la défense européenne ».

NOTES
(1) Futur représentant personnel de Hitler en Tunisie avec le rang de ministre plénipotentiaire et peu plus tard ministre des Affaires Etrangères du Reich auprès de la République de Salô.
(2) Géo London, L’amiral Esteva et le général Dentz devant la haute cour de Justice, éd.Bonnefou-Lyon, 1945.
(3) Ibid., texte intégral en annexe.
(4) J. Bessis, La Méditerranée fasciste, éd. Karthala, 1981, p. 309.
(5) Eliott Roosevelt, As he saw it, traduction française : Mon père m’a dit, éd. Flammarion19,4 7, p. 75-76.
(6) A ce sujet : DX). Eisenhower, Crusade in Europe, Londres, 1948, p. 85-90 et TJL Higgms, Winston Churchill and the second front, Oxford, 1958.
(7) A.L. Funk, The politics of Torch, University Press of Kansas, 1974.
(8) Ibid., p. 87.
(9) Sur la politique étrangère américaine : J.B. Duroselle, De Wilson à Roosevelt politique extérieure des Etats-Unis 1913-1945, éd. A. Colin, 1960.
(10) E. Roosevelt, Mon père…, op. cit.
(11) Deux au 12 janvier 1945.
(12) Les déclarations allant dans ce même sens et émanant de tous les courants représentés au C.F.L.N. abondent et les citations pourraient être multipliées.
(13) E. Roosevelt, Mon père…, op. cit., p. 145.
(14) WD. Langer, Our Vichy gamble, New-York, 1947 ; WJ). Leahy, / was there, N.Y.,
1950 ; D. Shipley White, Les origines de la discorde de Gaulle, la France Libre et les alliés, traduction,é d. Trévise, 1967.
(15) K. Pendar, (Adventure in diplomacy), éd. Self, 1948, p. 15 : Murphy-Weygand agreement du 26 février 1941.
160 J. BESSIS
(16) A.L. Funk, The Politics…, op. cit., p. 95, mentionne un sondage opéré par le Hadley
Cantril de Princeton entre février et juillet 1942 auprès de 142 personnes au Maroc ; selon les
résultats, 70 % de la population civile ne résisterait pas à une invasion américaine mais les 2/3 des
militaires résisteraient et plus encore contre les anglo-gaullistes que contre les seuls Américains.
Ce sondage, comme ne le précise pas l’auteur, concerne de toute évidence la seule population
française. La population et les élites marocaines sont complètement négligées.
(17) Ibid, et R.O. Paxton, La France de Vichy, éd. Le Seuil, p. 306-307.
(18) J. Bessis, La Méditerranée, op. cit.
(19) K. Pendar, Le dilemme, op. cit.
(20) Les réseaux gaullistes en Tunisie sont en relation directe avec les Anglais qui les soutiennent, à travers Malte, seulement distante de 300 km des côtes du Sahel.
(21) José et Marcel Aboulker, Bernard Karsenty…, etc.
(22) Y.M. Danan, La vie politique à Alger de 1940 à 1 944, Paris, 1963.
(23) J.B. Duroselle, Histoire diplomatique de 1919 à nos jours, 8e éd., Dalloz, 1981, p. 379.
(24) « Bien qu’il pût paraître dur de se sacrifier pour faire honneur à des engagements pris envers les Allemands…, l’ordre donné par le gouvernement de résister par la force aux débarque
mentasn glo-saxons fut exécuté sans défaillance par l’armée de l’air, avec une abnégation digne de
ses traditions ». Déclaration du général Mendigal, commandant en chef des forces aériennes d’Afri
quedu Nord, citée par Patrick Pacon, directeur de recherches, au service historique de l’Armée de
l’air in « La coopération franco-alliée pendant la campagne de Tunisie », Colloque international
de Tunis sur la campagne de Tunisie, 12-14 octobre 1982.
(25) Le New York Times notamment. A ce sujet, voir A. Kaspi, La mission de Jean Monnet
à Alger, pub. de la Sorbonne, 1971, p. 52-58 et R.D. Murphy, Un diplomate parmi les guerriers
(Diplomat among warriors), éd. Laffont, 1964.
(26) Bibliographie abondante sur son activité notamment en Tunisie et au Maroc où il exer
cer espectivement les fonctions de résident général de juillet 1933 à mars 1936 et de mars à sep
tembre de la même année. Sur ces questions, Ch. A. Julien, L’Afrique du Nord en marche, 3e éd.,
Julliard, 1972. Il faut selon nous attribuer à la plume de Peyrouton un petit ouvrage anonyme
Orage sur l’Afrique du Nord, éd. Médicis, 1938, véritable réquisitoire contre le nationalisme colonial et le communisme associés, en même temps que panygérique de son oeuvre. Rappelé par P.
Reynaud en juin 1940, il est envoyé en « mission extraordinaire » en Tunisie, il y restera jusqu’au
25 juillet date à laquelle il rejoint Vichy. Cf. La Méditerranée, op. cit.
‘ (27) A ce sujet : Paxton, La France…, op. cit., p. 182-186, et R.O. Paxton et M.R. Marras,
Vichy et les Juifs, éd. C. Lévy, 1981.
(28) Cité par M. Ansky, Les Juifs d’Afrique du Nord, P.U J., 1952, p. 249.
(29) R.D. Murphy, Un diplomate…, op. cit., p. 136-137.
(30) K. Pendar, Le dilemme…, op. cit., p. 42.
(31) E. Roosevelt, Mon père…, op. cit., p. 138-141.
(32) R. Le Tourneau, Evolution de VAfrique du Nord musulmane, éd. Colin, 1964, p. 337-
343.
(33) HA. Doolittle a été nommé en 1933 au poste de Tanger, où il se retirera après sa retraite en 1950 et mourra en 1966. Sous les ordres du responsable de 1′O.S.S. en Afrique du Nord,
William Eddy dont le quartier général est à Tanger, John Utter est transféré de Casablanca à Tunis
en juillet 1941 (in A.L. Funk, « The United States and Tunisia during world war II », Colloque…
de Tunis…, cité plus haut.
(34) (Alias Abdelaziz Hassan), acteur à la personnalité très controversée dont on retrouve
le nom parmi les signataires du « Livre Blanc tunisien » édité en 1946 à Tunis sous le titre « Des
événements qui amenèrent la déposition, la déportation et l’exil de Son Altesse Sidi Mohamed
Moncef Pacha Bey », comme fondateur du Comité Moncef Bey et attaché culturel à la Ligue arabe.
La politique américaine en Afrique du Nord
(35) Séparé et adversaire du Néo-Destour depuis mars 1934.
(36) Archives privées.
(37) Papiers Doolittle, Archives nationales Washington, citées par A.L. Funk in The United…,
op. cit.
(38) R. Casemajor, L ‘action nationaliste en Tunisie. Du pacte fondamental de M’hamed Bey
à la mort de Moncef Bey, 1857-1948, publication à diffusion restreinte.
(39) Moncef Bey est couramment défini comme « un bey destourien », ce qui est exact à la
condition essentielle de préciser, ce qui n’est jamais fait, qu’il fut un bey archéo-destourien, c’est-àdire
très proche des adversaires très résolus du Néo-Destour qui s’en étaient séparés lors de la scission intervenue au congrès de mars 1934 entre les deux principaux courants du parti nationaliste
tunisien.
(40) Cf. la Méditerranée, op. cit., p. 336-339.
(41) Texte complet in S. Zmerli, Espoirs et déceptions en Tunisie 1942-1943, M.TJ2.,
Tunis, 1971.
(42) Doolittle remet le texte du message du président des Etats-Unis au résident général de
France, ministre des Affaires Etrangères du bey de Tunis, selon la Convention de la Marsa de 1883.
Un message de Roosevelt fut également adressé au sultan du Maroc mais aucune source à notre
connaissance n’en restitue le texte, ni ne précise le sort qui lui fut réservé.
(43) Ancien président du Néo-Destour, démissionnaire en 1938.
(44) Texte de ce message et réponse de Doolittle in La Méditerranée, op. cit., p. 340.
A.L. Funk in The United States…, op. cit., donne, à l’appui des papiers Doolittle, confirmation des
faits.
(45) A. Juin, Mémoire*. Alger-Tunis-Rome, éd. Fayard, 1959, 1. 1, p. 177-185.
(46) Vice-président de la section française du grand Conseil, président de la Chambre fran
çaise d’Agriculture et chef incontesté de la colonie française de Tunisie, Vénèque est notoirement
connu pour sa violente hostilité à toute émancipation de la Tunisie, et toute son activité en témoi
gneI.l a gagné Alger dans les jours qui suivent le débarquement.
(47) Note du premier ministère tunisien du 10 avril, n 74, SG/SE, archives privées.
(48) R D. Murphy, Un diplomate…, op. cit., p. 197.
(49) Cf. La Méditerranée, op. cit.
(50) Textes in Histoire du mouvement national tunisien — Le Destour face à la deuxième
épreuve, Tunis, p. 147-162.
(51) « Summary of the Arab situation in Tunisia », rapport de juillet 1943, 15 p., archives
privées.
(52) A.L. Funk, Politics relations between United States and Tunisia during the second world war, op. cit.
La ligue anticoloniale de la politique américaine est confirmée dans le discours de Cordell
Hull du 12 septembre 1943.

 

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