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26 avril 2013

L’amiral Émile Lacroix

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 retour à la Seconde Guerre Mondiale

Ceux que l’on maudirait !

 Une histoire : Bizerte et la France

L’amiral Émile Lacroix
(1883-1949)

Auteur
Christophe Lacroix 
Institut Pierre-Renouvin, Université de Paris 1.

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 notes L’Amiral Emile Lacroix-www cairn info

RÉSUMÉ
Né en 1883, dans les Côtes-du-Nord, l’amiral Émile Lacroix est le fils d’un gendarme. Entré à l’École navale en 1900, il fait une carrière maritime. En 1939, contre-amiral, il commande les contre-torpilleurs de l’escadre de l’Atlantique. Son navire est gravement touché à Mers el-Kébir. Promu vice-amiral et commandant de la 3e escadre à Toulon, avec autorité tactique sur la 4e escadre, il est envoyé le 21 septembre 1940 à Dakar pour prendre la tête de la Force Y, où il combat à nouveau les Britanniques. Vice-amiral d’escadre en mars 1941, il commande la 1re escadre des croiseurs à Toulon, second de l’amiral de Laborde. C’est à ce poste qu’il donne l’ordre de sabotage de ses navires. Retiré à Paris, il n’est pas touché par l’épuration et meurt le 1er août 1949.

• Aux origines de l’amiral
• L’aéronavale
• La 2e Escadre légère, la guerre et Mers el-Kébir
• Le commandement de l’Escadre de l’Armistice
• Dakar
• Toulon et le sabordage
• Le marin devient éléphant37, ou l’exil au milieu de la société

Quel parcours plus emblématique du destin tragique de la marine française durant la Seconde Guerre mondiale que celui de l’amiral Lacroix ? Emblématique au point d’avoir vécu comme siens les principaux drames endurés par la plus belle Marine depuis la fin du XVIIIe siècle : avec son navire-amiral, le Mogador, blessé à mort à Mers el-Kébir ; la réponse au défi britannique et à la nécessité de protection de l’Empire français face aux prétentions gaullistes avec le commandement en chef à Dakar ; et enfin le sabordage de ses navires à Toulon, le 27 novembre 1942. Emblématique aussi par son parcours à la fois classique, par son adhésion au gouvernement légal de Vichy et à sa politique, par sa conception intransigeante de la discipline, son amitié avec le chef de la Marine et dauphin du maréchal Pétain, l’amiral Darlan, et atypique, du moins dans les idées reçues, par son origine modeste, son caractère très marin, sa passion pour l’aéronavale, son refus de toute compromission avec les clientèles ou les politiques, son anglophilie, son désir (contenu) de faire appareiller les Forces de Haute Mer à Toulon.
2On l’aura compris, une biographie de l’amiral Lacroix est une invitation à dresser une nouvelle évaluation de l’histoire du corps des officiers de Marine, donc de la Marine en général, du conflit qui vit la disparition provisoire de cette dernière. Point de vue d’autant plus fort qu’il se constitue à partir du parangon d’un marin arrivé au sommet de la hiérarchie, au cœur des événements, à la popularité certaine, mais resté méconnu[1] 

. Mais dans cette même logique, pour bien le comprendre, il ne faut pas l’enfermer dans l’amiral de la Seconde Guerre mondiale, « l’amiral Mers el-Kébir – Dakar – Toulon », et se souvenir qu’il n’aurait pas dû devenir marin.

Aux origines de l’amiral
3Bien que né en Bretagne en 1883, ses origines ne prédisposaient pas Lacroix à embrasser la carrière d’officier de la Royale. Son grand-père, mort avant la naissance de son fils, était cultivateur à Valempoulières, situé dans les moyennes montagnes jurassiennes. Hauteurs qu’a quittées Jean-Pierre Lacroix, le père de l’amiral, pour ne plus y revenir, en s’installant dans les Côtes-du-Nord, après sept années de conscription dans la cavalerie impériale, lorsqu’on lui a proposé un emploi dans la gendarmerie à cheval, à Bégard. C’est dans ce petit village de l’intérieur des terres qu’il rencontre sa femme et installe les Lacroix dans un environnement bretonnant, simple et paysan.
4Émile Lacroix, après avoir perdu son père à l’âge de 10 ans, est pris en charge par le mari de sa sœur, Louis Le Razavet, qui lui fait découvrir, à l’occasion de vacances chez un cousin, la mer qui devient sa passion. Au point que le jeune homme profitera désormais de chaque congé pour la rejoindre, effectuant seul à pied les 25 km séparant Bégard de la ferme familiale des Le Razavet. L’adolescent sait tôt sa vocation : être marin.
5Ses brillants résultats lui permettent d’envisager la carrière d’officier de Marine. Après avoir fait sa scolarité au lycée public de Saint-Brieuc, il intègre la Flotte[2] 
de Brest, bien que son directeur ait tenté de lui faire préparer Polytechnique, ce qui lui a valu cette réponse ferme, pour 15 ans : « J’ai décidé d’être marin. Si je ne suis pas capable de devenir officier, j’en saurai toujours assez pour être matelot. »
6Après deux années de scolarité, Lacroix intègre, à la 30e place sur 101, l’École navale, sur le Borda (résumé à lui tout seul de la « vieille Marine » qui imprègne encore l’institution de la Royale à cette époque)[3] 
Cette École navale dont l’environnement est encore peu démocratisé et qui se situe entre Fachoda et l’Entente cordiale. Aspects peu anodins au sujet d’un outil de socialisation primaire au pouvoir structurant. Son entrée, permise par la politique méritocratique de la IIIe République, consacre une élévation sociale pour le jeune élève officier, « fils de simple gendarme, boursier et républicain »[4] 
. Ses camarades sont les futurs amiraux Derrien, Moreau, d’Harcourt et Marquis ; ses anciens sont Sablé, Darlan, Muselier, Le Bigot ; ses « fistots » Decoux et Godfroy. On retrouve parmi ceux-ci les principaux acteurs de la Marine du second conflit mondial. Plus particulièrement, Émile Lacroix va se lier d’amitié avec un certain nombre d’entre eux, dont François Darlan, qu’il invite chez lui à Bégard. Ces amis vont constituer le premier groupe dont s’entourera le futur amiral de la Flotte, ce que l’on appellera plus tard les Amis de Darlan, à la différence qu’ils ne lui devront pas leur carrière et qu’ils ne seront véritablement que sur le tard un relais du système Darlan.
7Du point de vue scolaire, l’École navale confirme les efforts d’Émile Lacroix. Il arrive rapidement à la 4e place et échoue au pied du podium, 5e, à cause d’un séjour d’un mois à l’hôpital. Il est durant les deux années premier en anglais. L’École d’application se passe beaucoup moins bien. Il y est sévèrement noté par son commandant, le c. v. Berryer, qui juge son intelligence « plus théorique que pratique » (ce que sa carrière démentira). Ce qui le fait chuter dans le classement et l’empêche d’être affecté, avec les meilleurs ou les mieux aidés, en Extrême-Orient. L’aspirant Lacroix embarque, en 1903, dans l’océan Indien, jusqu’en 1907, puis en Méditerranée. Il retrouve la Bretagne en 1909, comme second d’un torpilleur. En 1911, il passe une année de croisière le long des côtes américaines avec le vieux croiseur d’Estrées, affectation très maritime. Durant toute cette période où un officier prépare son premier commandement, l’enseigne de vaisseau ne fait, curieusement, pas de spécialité. Ce qui lui permettra d’avoir une carrière plus ouverte que l’ordinaire des officiers.

8En 1912, la campagne du Maroc lui offre la première occasion de se distinguer. Sur le croiseur Friant, puis sur le Du Chayla, il est ensuite détaché au port de Méhédiya, qui joue un rôle important dans le ravitaillement de Fez par la rivière du Sébou. Enfin, il est envoyé sur le croiseur Cassard, navire du commandant de la Division navale du Maroc, le c. v. Simon. En juillet 1913, il prend Forti, au nord d’Agadir. Cette action lui vaut la Légion d’honneur et la promotion au grade de lieutenant de vaisseau. Remarqué par Simon, il devient son adjoint de division, l’équivalent, pour une division, de chef d’état-major. En janvier 1914, il reçoit des félicitations du ministre pour son travail sur la prévision de la houle au Maroc et pour son étude sur les ports du même pays.
9En 1915, il obtient son premier commandement, une escadrille de chalutiers de l’Océan, qu’il est aussi chargé de mettre en état afin de les rendre aptes à la lutte anti-sous-marine dans la Manche. En 1916, il prend le commandement de la Somme, un chalutier, dans les Patrouilles de la Méditerranée orientale. Lacroix se distingue au point de recevoir cette note flatteuse du commandant des Patrouilles Fatou : « Malgré la concurrence de nombreux et excellents collègues, il s’est mis tout à fait en vedette dans la division des patrouilles, par son entrain et son mordant. Cet officier n’est heureux que quand il agit[5] et ses chefs partagent ce sentiment de satisfaction, car ils savent qu’il n’est pas une mission, pas une action de guerre qui puisse être mise entre de meilleures mains que les siennes. » En 1917, il est nommé adjoint à la base de Patrouilles de Patras et de Corinthe, avant de gagner au même poste la base de Corfou (base très importante, car point de ravitaillement des navires assurant le blocus de l’Autriche en Adriatique et point de passage de toutes les troupes rejoignant le front oriental). Ces fonctions lui valent cinq témoignages de satisfaction.

10En novembre 1918, à Bougie, en Algérie, un ami du Borda lui fait rencontrer sa future femme, Blanche Chichillianne, divorcée. Ils se marient en août de l’année suivante et Pierre (prénommé ainsi comme tous les aînés Lacroix) naît en mars 1920 à Toulon.
11En mai 1919, il est nommé capitaine de corvette et commandant de l’aviso Toul. Peu de temps après les mutineries, il est envoyé en Crimée, où il doit notamment participer à l’évacuation des troupes blanches, ce qui lui vaut des félicitations du ministre. En février 1921, il engage près d’Anapa, « faisant preuve de belles qualités militaires et de décision et de vigueur » dit la citation, le combat avec un bâtiment bolchevique qui l’avait attaqué inopinément. Il méritera durant cette campagne quatre citations.
12Après le combat d’Anapa, le Toul est en gardiennage et Lacroix est désigné pour prendre le commandement de l’aviso Du Couëdic. Mais il ne reste pas longtemps sur ce navire, lui aussi en carénage, et part à Cherbourg prendre le commandement du torpilleur Chastang. À ce poste, il s’occupe de la remise en état des torpilleurs livrés par l’Allemagne.
13Mais la Marine subit une grave crise après la guerre. De nombreux officiers doivent rester à terre, faute de pouvoir servir en mer. De bonnes appréciations lui permettent d’embarquer, mais il doit demander, pour continuer, à être maintenu comme commandant en second seulement sur le même Chastang. Cette attitude lui vaut d’être bien vu du commandant de la 2e flottille de torpilleurs, qui en fait son adjoint, sur leMécanicien Principal Lestin. Après un commandement en mer ininterrompu depuis la fin de la guerre, le capitaine de frégate Lacroix, depuis juin 1923, est obligé de travailler à la recherche d’une affectation intéressante à terre. La vacance du poste de sous-directeur du port de Brest l’amène à intervenir auprès du directeur Bréart de Boisanger, Breton franc à la brillante carrière de marin, à la Noël[6]

Cet exemple traduit la crise traversée par le métier d’officier de Marine au début des années 1920, lorsque la Marine doit accepter de se sacrifier au profit de l’Armée et de l’arme nouvelle de l’Air, prioritaires.

L’aéronavale
14Mais pour Lacroix cette période est davantage marquée par la perte de son second fils, Jacques, né le jour de Noël 1921 et mort le jour de Noël suivant. L’homme, sensible, n’arrive pas à s’en remettre (jusqu’à appeler sa fille Jacqueline et ne pas oublier Jacques dans son testament)[7] . Si les notes ne font pas apparaître une baisse de la qualité de son service (il reçoit en décembre 1923 un nouveau témoignage de satisfaction pour le concours d’honneur des torpilleurs), la famille Lacroix a suffisamment ressenti cette épreuve pour prêter à Darlan une tentative de remotivation, grâce à un nouveau centre d’intérêt : l’aéronavale[8] 

15Si l’on ne peut exactement expliquer l’origine de ce qui va constituer une de ses grandes passions et occuper le quart de sa carrière, en 1924, il s’intéresse aux essais effectués au sein du port de Brest. Le 1er décembre de la même année, il prend le commandement de l’Aéronautique maritime du 2e arrondissement (celui de Brest) et devient membre de la Commission d’études pratiques de l’aéronautique. En 1925, il crée, en prenant le premier commandement, l’École supérieure de la navigation aérienne. Le c. f. Lacroix reçoit pour cela deux lettres de félicitations du ministre. Enfin, en 1926, il est nommé commandant de l’aviation maritime de la 4e région, à la base aéronavale de Karouba (Bizerte).

16En 1928, souhaitant reprendre la mer, après avoir perdu l’habitude du commandement durant toutes ces années où il s’est occupé de l’aéronavale, il demande à être mis sur la liste des officiers désireux de servir en mer. Il est nommé commandant en second du nouveau croiseur lourd Duquesne. Promu en janvier 1930 capitaine de vaisseau, il devient auditeur au Centre des hautes études navales (CHEN), réservé aux officiers destinés à occuper les hautes fonctions de commandement. Le vice-amiral Bréart de Boisanger, commandant du CHEN depuis peu, qui avait demandé en 1925 que le c. f. Lacroix y entre, n’y est probablement pas étranger. Appréciant Lacroix, il le classe premier de sa promotion pour un commandement. Ainsi, en juillet 1930, celui-ci prend le commandement du récent et beau croiseur de 10 000 t Suffren, dans la 1re Division de croiseurs du contre-amiral Descotte-Genon. Il récupère, avec les deux autres croiseurs de la division, les élèves de l’école d’application, perdue en mer. Si pour le « pacha » le pouvoir de former l’avenir de la Marine constitue une joie réelle, l’expérience est un échec, à cause de la mauvaise volonté des officiers du bord de s’en occuper, en plus du service habituel[9] 

En juin 1931, le c.-a. Darlan succède à Descotte-Génon. En octobre, le Suffren fait partie de la représentation de la France lors des cérémonies du cent cinquantenaire de la bataille de Yorktown, aux États-Unis. Il reçoit à son bord le maréchal Pétain, représentant la France, pour la traversée de l’Atlantique. Cet embarquement laissera d’ailleurs un goût amer à la Marine, Pétain ayant tenu, en bon terrien, des propos désagréables sur un bâtiment incapable d’être constamment prêt à se battre, suite à une avarie qui l’avait immobilisé. Cependant, le c. v. Lacroix n’en gardera pas un mauvais souvenir, au point, plus tard, de faire trôner dans son salon la photographie, autographiée à l’occasion, du vainqueur de Verdun. Cet intermède maritime lui permet d’être absent de l’aéronavale pendant la période la plus vive de l’affrontement avec le ministère de l’Air. Il ne sera donc jamais vraiment inquiété par la menace d’un transfert des personnels entre les ministères.

17En juin 1932, il prend le commandement du porte-avions Béarn. Il retrouve l’aéronavale, mais en tant que commandant d’un navire cette fois-ci. Son service, prévu pour durer une année, est prolongé suite à une demande du v.-a. Dubois, commandant la 1re Escadre, au chef d’état-major général Durand-Viel, car le Béarn a bien progressé sous sa direction et Lacroix a « son bateau et ses marins bien en main »[10]. En 1934, il quitte le porte-aéronefs pour la base aéronavale de Berre, le temps d’un été. En septembre, il est à la tête de l’aviation de la 3e Région maritime, la plus importante, celle de Toulon. Promu, le 20 mai, contre-amiral, il est nommé quelques jours plus tard par Durand-Viel à ce qui sera le sommet de sa carrière dans l’aéronavale, la direction du service aéronautique à l’état-major.

18L’aéronavale, contrairement à une idée reçue, commence à être prise en considération. Lacroix succède et précède des éléments brillants de la Marine, Godfroy et Michelier, très proches des chefs d’état-major général Durand-Viel et Darlan, témoignant de leur part d’une prise de conscience plus précoce qu’on a voulu le dire. Le problème est d’ordres budgétaire, politique, industriel et stratégique. La Marine doit, dans la perspective du conflit à venir, s’orienter vers une guerre de liaison (méditerranéenne pour la France), nécessitant la construction prioritaire de navires de ligne. La crainte de voir certains projets confisqués par l’armée de l’Air l’incite à ne pas trop s’engager en avant, d’autant qu’elle n’arrive pas toujours à des résultats concluants dans sa production (à cause notamment des grèves du Front populaire, de l’échantillonnage)[11] 
Les deux années de Lacroix (favorisées par une conjoncture permettant des moyens supplémentaires et une menace de l’Air qui commence à se dissiper) entament la recherche d’une nouvelle cohérence stratégique de l’arme aéronautique, avec des armes de projection offensives (les hydravions torpilleurs lourds et les projets de porte-avions), avec l’abandon progressif du dogme de l’hydravion (avec les Dewoitine) et la prise en compte de la Défense contre avions à tir rapide (les 20 mm auront cependant besoin d’être complétés par du 37 mm). La rédaction d’un règlement de bord spécifique marque également un souci de rationalisation. Il restera toutefois de nombreuses imperfections au début de la guerre.
19Lacroix est donc, pendant ces quinze ans, présent à tous les postes de l’aéronautique maritime. Si on ne peut exactement le qualifier de pionnier, au sens où il s’est engagé dans l’aéronavale lorsque celle-ci existait déjà en tant qu’organisation, il est un des artisans les plus importants de l’élaboration de l’outil aéronaval français. Appartenance appuyée par des ailes d’observateur d’aviation, portées sur l’uniforme, fièrement affichées.

La 2e Escadre légère, la guerre et Mers el-Kébir

20Après son refus d’une promotion à l’état-major, Darlan, chef d’état-major général depuis janvier 1937, lui donne le commandement de la 2e Escadre légère (EL), constituée de contre-torpilleurs qui sont parmi les meilleurs du monde. Son navire amiral est le beau Mogador[12] 
Il est basé à Brest, avec l’escadre de l’Atlantique, sous les ordres de l’amiral Gensoul.
21À ce poste, il doit d’abord assurer à la tête de cette escadre, fierté de la Marine, un travail de représentation sur les côtes bretonnes, mais aussi sur les côtes ibériques. Il en profite pour observer le mouvement des navires allemands dans les ports espagnols. Lors de la déclaration de guerre, la 2e EL escorte les convois dans l’Atlantique et est endivisionnée avec les Anglais. Le c.-a. Lacroix participe notamment à la poursuite duGraf Spee, prenant un temps la tête d’un groupe franco-britannique. Avec la mise en application de la nouvelle répartition des forces navales alliées, la Force de Raid, constituée après la recomposition de l’escadre de l’Atlantique, gagne la Méditerranée et mouille dans le port de Mers el-Kébir, à partir du 28 avril.

22La guerre ne s’arrête pas avec la demande d’armistice du 17 juin. La 2e Escadre légère effectue des sorties, cherchant vainement une flotte italienne. À partir du 25 juin, les navires sont immobilisés, attendant la démobilisation des réservistes. L’Amirauté a donné des consignes pour le sabordage des navires, en cas de tentative d’une puissance étrangère de s’en emparer. Les relations franco-britanniques se sont dégradées et la visite à l’amiral Gensoul de l’amiral anglais North, dans le but d’obtenir un ralliement à laRoyal Navy, accentue l’inquiétude. Nombreux sont ceux qui, comme Lacroix, croient en la possibilité d’une attaque[13] 
23Les sentiments du contre-amiral Lacroix, à ce moment, nous sont connus grâce à un déjeuner pris à bord du Mogador, le 1er juillet, par son neveu Émile Le Razavet. La conversation porte sur l’état moral des marins de Mers el-Kebir et Lacroix regrette de ne pas avoir, à cause des conditions d’armistice, de grand-garde au large ou de surveillance aérienne. Il ajoute que sa seule source d’information est le centre naval de Nemours[14
Il est obsédé par l’exemple d’Aboukir, évoqué à nombreuses reprises, et craint d’être « coincé » dans le port, sans pouvoir réagir[15] 

Et ce n’est pas l’attitude de « cet amiral [Gensoul] coincé dans son Dunkerque », avec lequel il n’a eu aucun contact depuis plus de trois jours, qui le rassure[16
24Mais il est surpris quand il reçoit, le 3 juillet à 7 h 30 GMT, l’ordre de prendre les dispositions de combat. Il semble qu’il ait alors donné la consigne de préparer l’appareillage des contre-torpilleurs (qui est l’étape suivante et qui implique de pousser les feux), une heure en avance[17] 
À 9 h 30, il participe à la réunion des amiraux autour de Gensoul et déclare : « Ces gens-là [les Anglais] considèrent tout ce qui flotte comme un ennemi en puissance… ; ils vont nous couler ! »[18] 

Vers 15 h 30, il croit que la pose de mines à l’entrée du port d’Oran, par des hydravions, est une attaque à la torpille. Si celle-ci est infirmée, le mouvement ne peut que le renforcer dans son idée[19] 
À 16 h 18, le Mogador intercepte le dernier ultimatum britannique : « Si une des propositions n’est pas acceptée pour 16 h 30, il faut que je coule vos bâtiments. » À 16 h 28, les contre-torpilleurs reçoivent la consigne « appareillez tous immédiatement », qu’ils commencent à exécuter. Le Volta retransmet aussitôt le message du commandant en chef : « Prenez poste de mouillage prévu. » Lacroix répercute l’ordre, avant de l’annuler, « jugeant préférable de ne pas les faire mouiller [jeter l’ancre] ». Il veut pouvoir sortir le plus rapidement possible. À 16 h 56, les premiers obus tombent sur la rade. Le Mogador, à toute allure, montre la voie, mais il est obligé de s’arrêter pour éviter un remorqueur, qui dégage les filets de la porte. Un obus anglais de 380 tombe sur les grenades anti-sous-marines et volatilise le quart arrière du navire. L’amiral Lacroix, qui avait été renversé, légèrement ensanglanté par la déflagration, se lève et fait signe aux autres contre-torpilleurs, des mains, de continuer sans lui. Désormais, il va s’occuper de sauvegarder le navire et d’apporter les premiers secours.
25Huit jours plus tard, il revoit son neveu à Alger, avant de gagner Toulon. Il évoque les Anglais seulement pour dire qu’il avait des amis en face et regrette d’avoir perdu, avec sa cabine, sa collection de Shakespeare !

Le commandement de l’Escadre de l’Armistice
26Mais la carrière de l’amiral Lacroix va prendre un tournant historique après Mers el-Kébir, plus précisément le 10 juillet 1940, lorsqu’il est nommé chef de la 3e Escadre, avec autorité tactique sur la 4e escadre et la 2e Escadre légère, sous les ordres théoriques de l’amiral Gensoul[20] 

Promu vice-amiral, le 29 juillet, il est confirmé à son poste le 10 août, au moment du départ de son ancien chef. Derrière cette fonction apparaît en fait un commandement unique (au statut provisoire, à cause des négociations avec la Commission d’armistice et de l’incertitude sur l’avenir de la flotte), sous les ordres directs et indirects de Lacroix, de toutes les forces navales opérationnelles de métropole et d’Afrique (une partie importante est indisponible, soit à cause du blocus britannique, soit à cause de dommages), qui auraient dû constituer l’escadre de la Flotte de l’armistice. Ce commandement ne prendra forme qu’avec la constitution, le 24 septembre, des Forces de Haute Mer[21] 

27Cette fonction récompense des qualités de commandement opérationnel. L’amiral Lacroix est un chef de guerre, à l’image et à la popularité fortes (consacrées par les surnoms « Mimile » et « Lagadec »[22] et nécessaires dans une période qui a besoin de personnalités capables de susciter l’adhésion. Elle est aussi opportuniste, à cause des relations amicales entre Darlan et Lacroix et de l’absence, pour causes diverses, de nombreux cadres qui auraient pu prétendre à cette affectation.
Dakar
28Le hasard des événements va encore rattraper le v.-a. Lacroix et l’obliger à s’affronter à nouveau avec les Alliés d’hier. Le 21 septembre, il est nommé dans l’urgence à la tête de la Force Y, qui était commandée par le c.-a. Bourragué. Celui-ci, sous la contrainte d’un affrontement en situation d’infériorité avec les Britanniques, a dû renoncer au projet de reconquérir les colonies passées à la dissidence et revenir à Dakar. L’amiral de la Flotte a pris, sur l’instant, ce geste pour un acte de faiblesse et l’a démis de ses fonctions, au profit de son supérieur hiérarchique, dont l’assurance d’un esprit ferme et dévoué au service du gouvernement français, l’autorité charismatique, maritime et guerrière sont autant de garanties pour la réussite d’une mission de guerre et de maintien du territoire au sein de l’Empire.

29Quand l’amiral Lacroix arrive à l’aéroport de Ouakam, il s’informe de la situation auprès du contre-amiral Landriau, commandant de Marine Dakar. Il rend compte à l’Amirauté de ses impressions :
30« De l’ultimatum anglais [adressé à Bourragué lorsqu’il essayait de regagner la base] se dégage notion que toute force réunie à Dakar gêne Britanniques. Stop. Logiquement cela doit conduire soit à blocus soit à attaque Dakar. Pour le moment attaque paraît aléatoire. Stop. Par contre blocus possible et conduit à étouffement complet AOF. Stop. Ce blocus ne peut être qu’accéléré par acte hostile ou attitude déloyale de notre part.Quarto. J’estime, étant donné nos moyens, que seule solution est, sur le plan gouvernemental, établir avec les Britanniques un accord au moins tacite permettant passage transports prévus en personnel et ravitaillement question vitale pour nous, et tout faire pour éviter hostilités ouvertes entre France et Angleterre. »[23]
31On voit bien que, si le diagnostic est visiblement erroné, on est loin du bouffeur deyoums[24] que des historiens britanniques ont voulu décrire en parlant de lui[25] 

On peut aussi noter l’accord parfait avec la politique de modus vivendi recherchée par le gouvernement avec la « Perfide Albion ».
32Au niveau opérationnel, le premier souci du commandant en chef des forces navales et, compte tenu du rôle de la Marine, du responsable de la défense de la base, est de rendre ses navires manœuvrables, pour éviter le piège de Mers el-Kébir, en les faisant mouiller dans la baie de Rufisque, qui deviendra le « ratodrome », lorsque les croiseurs seront encadrés des heures durant dans cet espace réduit. Incapables d’atteindre les bâtiments de la Force Y, qui empêchent tout débarquement, et touchés par le tir des batteries côtières, les navires britanniques sont obligés de se retirer. Dakar est la dernière grande bataille navale française et une victoire à l’importance stratégique, car elle permet au gouvernement français d’assurer son influence sur l’AOF. face aux visées gaullistes et d’être en meilleure posture dans les négociations avec l’Allemagne.
33Mais chaque médaille a son revers. L’Amirauté, envisageant au moment de la bataille d’employer les forces navales disponibles à Toulon contre les Anglais, a rappelé en activité l’amiral de Laborde (qui intégrait la réserve) et donné à celui-ci l’autorité qui était celle de Lacroix, constituée organiquement en Forces de Haute Mer. Il est impossible de renvoyer Laborde dans ses foyers immédiatement. Le v.-a. Lacroix doit rester à Dakar.

Toulon et le sabordage
34Le 25 mars 1941, il est promu vice-amiral d’escadre, commandant la 1re Escadre de croiseurs à Toulon, sur l’Algérie, sous les ordres de l’amiral de Laborde. On peut s’étonner du maintien de celui-ci, aux dépens d’un chef populaire, aux qualités maritimes certaines et ami, lui, du chef de gouvernement Darlan. Mais ce dernier doit composer avec les Allemands, leur donner le maximum de garanties pour obtenir des avantages, et de ce point de vue-là Laborde est bien mieux placé que Lacroix, qui ne dispose pas de relais dans les milieux de décision[26] 

De plus, le commandant des Forces de Haute Mer l’a assuré de sa fidélité[27] 
Rien n’impose donc son départ. Au contraire, Darlan veut mettre à profit ce délai pour installer aux commandes de la flotte une nouvelle génération, toute dévouée à sa personne, avec les amiraux Gouton et Bléhaut, pour l’automne 1942, juste avant un changement de situation qu’il entrevoit pour le printemps 1943. L’amiral Lacroix, qui arrive près de la limite d’âge, est sacrifié. Le destin a décidé qu’il devrait vivre sa plus grande souffrance, couler ses navires.
35Le débarquement allié en Afrique du Nord a pour première conséquence à Toulon de repousser la cérémonie de passation de commandement, qui devait avoir lieu le 13 novembre. Le commandant de la 1re Escadre de croiseurs, qui aurait dû céder sa place au c.-a. Bléhaut, vit difficilement ces jours de novembre si particuliers, où il est difficile de savoir où est son devoir. Beaucoup veulent aller au devant des Anglo-Américains pour venger leurs camarades morts à Casablanca. D’autres, probablement la majorité (mais les sentiments étaient mélangés), souhaitent un renversement d’alliances, sans autant définir une attitude politique précise, faisant confiance pour cela au Maréchal. Le désarroi prime. L’atmosphère devient difficile au sein des Forces de Haute Mer. Pour la première fois depuis les mutineries de la mer Noire, des manifestations ont lieu sur les bâtiments pour demander un appareillage, même sur l’Algérie de Lacroix, dont la personnalité imposait pourtant. Depuis la réponse négative de l’amiral de Laborde à l’appel de l’amiral Darlan de le rejoindre à Alger, les marins savent qu’ils sont dans l’impasse, coincés entre les Allemands et l’impossibilité de rejoindre les Alliés, tant qu’une solution politique n’aura pas assuré le renversement d’alliance et évité ainsi un deuxième Mers el-Kébir[28] 

Mais c’est le « Comte Jean » (de Laborde) qui tient les cartes en main.
36Laborde, avec lequel Lacroix a de mauvaises relations[29]
. Outre leurs éducations différentes, qui se retrouvent dans leurs façons de traiter les subordonnés, les « humbles », leur lecture politique des événements n’est pas la même. Le v.-a. e. Lacroix veut, sinon rejoindre Darlan (ce qui est cependant probable, mais non prouvé), du moins appareiller. L’amiral Darrieus (qui servait alors dans les Forces de Haute Mer) raconte ce souvenir d’enseigne : « Les jeunes officiers et les jeunes marins voudraient partir, certains le confient. Mais à mesure que l’on grimpe dans la hiérarchie l’ardeur combative diminue. Il y a des exceptions et je vois encore la tête de l’amiral Lacroix, furieux de rester. »[30] 
Ce témoignage est confirmé par ceux d’autres officiers de la flotte de Toulon, sans même compter l’impression qu’il a laissée dans sa famille[31] 

Le commandant de la 1re Escadre n’est pas cependant allé au-delà, jusqu’au conflit public avec l’amiral de Laborde. Son sens de la discipline, son respect du supérieur, qui l’a toujours obligé à ne pas mettre en doute ses décisions (ce qui l’amènera à ne pas participer à l’opprobre jeté sur Gensoul), sa volonté de ne pas laisser les divisions s’installer au sein de la Marine empêchaient un tel acte d’insubordination, assimilable à une mutinerie. La réalité des moyens était aussi un obstacle, même s’il était le seul à pouvoir le faire, par son élévation hiérarchique, son autorité, sa popularité[32] 

Si l’on dépasse les difficultés d’appareillage à proximité des Allemands (mais la menace n’était encore pas trop sérieuse au 13 novembre), la « vigilance » britannique qui aurait pu amener une bataille en pleine mer, à cause de la présence du vainqueur de Dakar à la tête des navires ayant appareillé, il n’est pas sûr qu’une tentative ait pu réussir, car le second de la Flotte aurait pu ne pas être suivi par tous ses marins (et la marche d’un navire ne tolère aucune défaillance) et le commandant des Forces de Haute Mer, ayant pris des dispositions pour se protéger d’une tentative de s’emparer de lui, n’aurait pas hésité à prendre des mesures préventives s’il n’avait pas eu confiance en son subordonné. Quelles que soient les tentatives de réécrire l’histoire, la tragédie était écrite pour Lacroix et la Flotte.

37Le 27 novembre 1942, à 5 heures, le v.-a. e. Lacroix est réveillé par le commandant adjoint de l’Algérie, le c. f. Bergot[33]
Il interprète d’abord l’ordre de prendre les dispositions finales lors du sabordage, accompagnées de l’allumage des feux, comme une consigne d’appareillage, qui contredit le premier élément. Il demande une confirmation écrite et donne ensuite la consigne d’évacuer les croiseurs. Un officier allemand se présente à l’échelle de coupée. Le commandant Malgouzou doit le retarder afin d’achever le sabordage du navire, pendant que l’amiral Lacroix détruit lui-même le système radar installé clandestinement[34] 
Il les rejoint, après avoir ostensiblement salué une dernière fois les couleurs, et tente lui aussi de gagner du temps. Lacroix est fait prisonnier et emmené. Daniel Jeanlebœuf, du Strasbourg, raconte :
38« J’ai vu passer la voiture bien encadrée de l’amiral Émile Lacroix. Il faisait froid, un officier allemand a voulu lui mettre une couverture sur les épaules. Il l’a rejetée d’un geste brusque. Lorsque le véhicule roula le long des quais, on entendit : “Garde-à-vous ! L’amiral !” Et plusieurs marins criaient : “Vive Mimile !” en agitant leur bonnet. Mais d’autres pleuraient. »[35] 

39Il est retenu deux jours avec certains amiraux et commandants de vaisseaux. Passé dans la 2e section, il se retire avec sa famille à Paris et quitte la Marine sur le sabordage de ses navires. Il doit tenter de démarrer une nouvelle vie, loin de ce qui a été toute sa vie[36] 

Le marin devient éléphant[37] ou l’exil au milieu de la société
40Émile Lacroix tente d’abord de diriger une entreprise de renflouement de bateaux. Mais la découverte de malversations lui fait demander un audit et démissionner. Cette affaire ne fait rien pour relever à ses yeux l’image qu’il se fait du monde civil. Cela dans une ambiance de fin de régime, de la découverte de la politique répressive visible (les milieux maritimes de Dakar et de Toulon étaient préservés) et de la dérive milicienne du gouvernement. Malheureusement, de cette confrontation avec une réalité politique, il n’est resté aucune trace, Lacroix ayant toujours gardé une grande réserve vis-à-vis des affaires politiques, correspondant trop peu aux principes simples qui ont dicté sa vie. S’il a adhéré sans réserve à la Révolution nationale, qui répondait à sa conception traditionnelle de la société, son jugement est aussi celui du fils de la IIIe République, radical devenu conservateur, soucieux d’égalité. C’est dans ce sens qu’il condamne la franc-maçonnerie, symbole pour lui du copinage méprisant la valeur, et ressent un déséquilibre de la représentation juive aux postes de responsabilité par rapport au poids démographique de la population israélite. Cet abord républicain nous oblige à ne pas avoir cette vision caricaturale de l’officier de la Royale, à l’image de la pratique religieuse de ce croyant sans foi (mais dont les enfants seront profondément religieux).

41La période est aussi difficile pour le marin dans l’âme, qui doit vivre avec le sabordage de ses navires, la brutale fin d’activité, loin de la mer. Dans une ambiance de persécution pour la Marine qu’il a connue et aimée. À la Libération, il n’est pas jugé par la Haute Cour de justice, grâce à une intervention du gouvernement britannique pour que Dakar ne soit pas évoqué et grâce à la faible insistance de son ami le président de la Commission d’épuration de la Marine, l’amiral Sablé[38] 
Mais il constitue une exception. Ses camarades sont déchus de leurs droits, jugés, voire emprisonnés dans des conditions inhumaines (Esteva et Derrien en mourront). Ce martyre des amiraux de Vichy les pousse, en plus de leur habituelle proximité sociale, à se réunir, plus particulièrement dans une action de révision du procès du maréchal Pétain, notamment par une écriture de l’histoire de Vichy (c’est ce que nous avons appelé le « complot des amiraux », qui est une partie d’une organisation très structurée plus vaste, à l’origine de la thématique du « double jeu », de l’historiographie vichyste de Vichy)[39] 

42Le crépuscule moral est également physique. Lacroix souffre d’un long et douloureux cancer. Toussant, régulièrement mal, très amaigri, il n’est plus le marin énergique, solide, capable d’affronter les pires tempêtes, qu’il était (une photographie prise lors du mariage de son fils aîné, en 1948, le montre méconnaissable). La nuit, à l’hôpital du Val-de-Grâce, il revit, rapportèrent les infirmières, ses commandements. Il attend désormais de retrouver Jacques. Ce qu’il fait le 1er août 1949. Sa femme, de chagrin, le rejoindra trois mois plus tard.

NOTES
[ 1]Méconnu, comme nous le verrons plus tard, notamment à cause de son refus (exprimé à son entourage maritime et familial) que l’on parle de lui, imputable à une réelle modestie et à une conception désintéressée du devoir. C’est ce qui explique en grande partie l’originalité de ce travail, qui ne s’appuie pas sur des archives privées (qui n’existent plus), mais sur des archives administratives du Service historique de la Marine ou sur la mémoire individuelle (écrite et orale). 
[ 2]Nom de la classe préparatoire à l’École navale. 
[ 3]Dossier personnel de l’amiral Lacroix, Service historique de la Marine (SHM), CC7 4o Moderne 1071 (2). 
[ 4]C’est ainsi que l’amiral Lacroix décrivait le jeune homme qu’il était, confronté à la morgue aristocratique d’une minorité. Une anecdote de l’amiral Decoux met dans la bouche du commandant, souhaitant mettre en avant auprès du ministre radical Pelletan un élève d’origine modeste auquel il s’intéresse « tout spécialement », l’expression de fils de « simple gendarme » ; v.-a. E. Decoux, Adieu, Marine, Paris, Plon, 1957, p. 21.
Abréviations des grades : v.-a., vice-amiral ; v.-a. e., vice-amiral d’escadre ; c.-a., contre-amiral ; c. v., capitaine de vaisseau ; c. f., capitaine de frégate. 
[ 5]Souligné par le c.-a. Fatou. 
[ 6]Dossier personnel Lacroix, op. cit. 
[ 7]Testament amiral Lacroix, archives privées. 
[ 8]Cf. partie consacrée au choix de l’aéronavale : Christophe Lacroix, L’amiral Lacroix, exemple de l’officier de Marine, mémoire de maîtrise à l’université de Paris I, sous la direction du Pr Robert Frank, 2002, p. 74-78. 
[ 9]V. A. Philippon, Le métier de la mer, Paris, France-Empire, 1971, p. 30-31 ; C. A. Auphan, L’honneur de servir, Paris, France-Empire, 1978, p. 142-144. 
[ 10]Fonds privé amiral Durand-Viel, SHM, 120 GG2, lettre de l’amiral Dubois du 5 juin 1933, p. 226. 
[ 11]Huan et Coutau-Bégarie, op. cit., p. 142-143. 
[ 12]Beau, du moins dans sa conception. En pratique, par faute d’avoir voulu insérer trop d’innovations en même temps, le Mogador n’a jamais pu atteindre son rendement théorique et a souvent dû être caréné pour réparations ; cf. Jean Lassaque, Les contre-torpilleurs de 2 880 tonnes type Mogador (1936-1945), Marines éditions, 1996. 
[ 13]Contrairement à ce qu’écrit Gensoul dans son rapport, en plus de la visite de North, les survols de la base par des avions britanniques les 28 juin et 1er juillet (pour contrôler la disposition des navires), pour les éléments dont on est sûr, suffisaient à l’installation d’une certaine méfiance. Rapport de l’amiral Gensoul, SHM, série TTO 1.
[ 14]Nemours était un centre d’espionnage secret situé à la frontière marocaine, donc près du détroit de Gibraltar et de la base éponyme. 
[ 15]Lettre d’É. Le Razavet à l’auteur, le 11 juillet 2001. 
[ 16]Entretien de l’auteur avec Michel Béguin, le 13 mars 2002. Émile Le Razavet avait dit, il y a de nombreuses années, cet élément, oublié au moment de la correspondance avec l’auteur, à Michel Béguin. 
[ 17]Pour les questions posées par l’attitude de Lacroix à Mers el-Kébir, se référer à C. Lacroix,op. cit., p. 105-109. 
[ 18]Commandant Vulliez, Mers el-Kébir, Paris, France-Empire, 1975, p. 137-138. 
[ 19]Rapport de l’amiral Lacroix à l’amiral Gensoul, le 31 juillet 1940, SHM, série TTO 1. L’action de Lacroix pendant cette journée est, sauf mention contraire, issue de ce rapport. 
[ 20]Pour le commandement intérimaire de juillet, lire les télégrammes 3577, 3590 et 3591 du 10 juillet 1940 de l’Amirauté, SHM, série TTE 87-88 Grands Commandements, Flotte de l’Atlantique. À compléter par la série TTF 82 Divisions navales, 3e escadre ; pour le commandement confirmé du 10 août, voir l’organisation définie par les Instructions générales 1496 FMF 3 (sur le commandement des forces maritimes) et 1497 FMF 3 (sur l’organisation des forces navales) dans ce même carton ; pour l’autorité tactique sur la 4e escadre en juillet, consulter la série TTF 82 4e escadre SHM. 
[ 21]Ibid., série TTE 112, télégramme FMF 3 2024. 
[ 22]L’amiral Lacroix était appelé, affectueusement, « Mimile » par les matelots, car il leur prêtait une véritable attention, due sans doute à son origine semblable. « Lagadec », qui veut dire en breton « grand œil », employé surtout par les officiers, venait d’un de ses tics de langage : « mon œil ! », le geste joignant la parole. 
[ 23]Mordal, La bataille de Dakar, Ozanne, 1956, p. 161. 
[ 24]Anglais en argot baille. 
[ 25]Le général Watson, qui était de l’expédition franco-britannique dit que « l’amiral Lacroix arriva à Dakar par avion pour prendre le commandement et qu’il était particulièrement “monté” contre les Anglais, ayant perdu un neveu à Mers el-Kébir [le c. v. Pierre Lacroix était encore bien vivant à Dakar en septembre 1940 !] » (J. A. Watson, Échec à Dakar, Paris, Robert Laffont, 1968, p. 220). L’historien Arthur Marder, lui, a sa façon de traduire : « Une source française décrit Lacroix comme un personnage ordurier “vieux loup de mer hirsute, qui paraissait taillé au couteau. Il avait la réputation d’être un Amoureux de la guerre [War lover]” » (A. Marder, Operation Menace, The Dakar Expedition and the Dudley North Affair, Londres, Oxford University Press, 1976, p. 108). Le terme de warrior aurait été tout à fait juste. 
[ 26]L’amiral de Laborde ira même, le 7 novembre 1942, jusqu’à des discussions pour tenter de monter une expédition au Tchad, avec des armes et des uniformes allemands, qu’il aurait dirigée pour reprendre les territoires perdus. Il avait donc noué des relations très proches avec les autorités occupantes. Cf. Huan et Coutau-Bégarie, op. cit., p. 569. 
[ 27]Cdt. Vulliez, Les 20 derniers jours de la Flotte, Presses de la Cité, 1963, p. 37-38. 
[ 28]Les Forces de Haute Mer étaient en effet attendues par une flotte anglaise et des sous-marins allemands. 
[ 29]Cf. partie consacrée aux rapports entre les amiraux de Laborde et Lacroix, (C. Lacroix, op. cit.,p. 109-116). 
[ 30]A. Henri Darrieus et c. v. Jean Quéguiner, Historique de la Marine française (1922-1942), L’Ancre de Marine, 1996, p. 368. 
[ 31]Lettres du c. v. Vaury à l’auteur, les 21 octobre et 10 novembre 2001, archives privées. Entretiens avec Alex Wassilieff, le 19 octobre 2001, et le cdt. Gaydon, le 28 octobre 2001. 
[ 32]Le v.-a. Marquis, préfet maritime, n’avait d’autorité que sur les bâtiments de protection du port, de faible valeur, et sur les navires en gardiennage d’armistice jusqu’à 20 milles des côtes. Au-delà elle appartenait aux FHM. 
[ 33]Rapport de l’amiral Lacroix sur le Sabordage, SHM, TTD 273. On peut noter l’abandon dans ce document administratif de son habituel silence. Signe d’émotion. 
[ 34]Lettre d’É. Le Razavet à l’auteur, le 27 juin 2001, archives privées. 
[ 35]Antier, op. cit., p. 233. 
[ 36]Il refusera désormais de remonter sur un bateau, même lors de vacances en Bretagne, se contentant de pêcher à pied. On en imagine sans peine la signification pour cet amoureux de la mer. 
[ 37]Civil en langage baille. 
[ 38]Émile Le Razavet s’est rendu au domicile de l’amiral juste après que Sablé lui a montré la lettre britannique. Lettre d’É. Le Razavet à l’auteur, le 6 mai 2000, archives privées. 
[ 39]Voir le petit développement que nous avons fait dans notre mémoire de maîtrise, op. cit., p. 171-175. 

POUR CITER CET ARTICLE
Christophe Lacroix « L’amiral Émile Lacroix », Guerres mondiales et conflits contemporains1/2004 (n° 213), p. 25-38.
URL : www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2004-1-page-25.htm.
DOI : 10.3917/gmcc.213.0025.

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2 avril 2013

Libération de Nice

Classé sous — milguerres @ 18 h 28 min

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

Libération de Nice

 

La libération de Nice a lieu le 28 août 1944 suite à une insurrection armée décidée par la Résistance. Les insurgés ne sont qu’une centaine au début de la journée du 28 août, mais l’ampleur qu’a pris le soulèvement en fin de journée pousse l’occupant allemand à évacuer la ville. Les Alliés ne sont pas au courant de l’insurrection et n’aident donc pas les insurgés. Prévenus par la Résistance, quelques soldats américains arrivent de Saint-Laurent-du-Var le soir du 29 août. Une colonne blindée américaine arrive enfin le 30 août 1944. Nice est définitivement libérée.

Le bilan avancé par les historiens varie. Joseph Girard estime à 27 tués et 280 blessés le bilan des victimes de la Résistance1. Le bilan avancé par Jean-Louis Panicacci dans un article intitulé À propos de la Libération de Nice est de 31 résistants tués et de 280 blessés2 du côté des insurgés niçois. Une distinction est réalisée dans cet article entre les résistants tués directement dans les combats ou décédés de leurs blessures au nombre de 29 et les résistants tués indirectement au nombre de 6Note 1,3[réf. insuffisante]. Le bilan des pertes allemands est couramment fixé à 25 hommes2. Il s’agit des 25 corps relevés sur le terrainNote 2 et 105 prisonniers1. 4 fascistes italiens, membres du bataillon Nizza, 215e bataillon des « chemises noires », sont également tués1,2. Plusieurs collaborateurs ont également été abattus lors de l’épuration sauvage, notamment des membres des Groupes d’Action du Parti Populaire Français (G.A. – P.P.F.) et des miliciens fascistes3[réf. insuffisante], 3 le 28 août 1944 pour Jean-Louis Panicacci4 ce qui semble être un minimum. Des assassinats ou des règlements de compte se sont également produits dans la période d’instabilité provoquée par la Libération. Le bilan des victimes civiles du 28 août 1944, tuées ou décédées de leurs blessures, est très peu abordé et largement sous-estimé. Dans un ouvrage publié en 2012, Jean-Louis Panicacci l’estime à 5 tués2. Or leur nombre est d’au moins 34 civils abattus ou mortellement blessés3[réf. insuffisante].
Dans un discours prononcé le 9 avril 1945, place Masséna à Nice, le général de Gaulle évoque la libération de la ville en ces termes : « Nice, le 28 août 1944, par l’héroïque sacrifice de ses enfants, s’est libérée de l’occupant. (…) Nice libérée, Nice fière, Nice glorieuse ! »

Déroulement de l’insurrection niçoise

Le contexte du déclenchement de l’insurrection à Nice
L’avancée des Américains depuis le débarquement en Provence

Les Allemands sont bousculés depuis le 15 août et le débarquement en Provence. Initialement, les alliés ont prévu de libérer le Var, de foncer vers le nord en laissant de côté la rive est du Var et les Alpes-Maritimes. Le 15 août 1944, les FFI obtiennent la reddition de la garnison allemande (une trentaine d’hommes) de Puget-Théniers. Le nord du département est sous le contrôle des FFI et des maquis. Le capitaine FFI Lécuyer, chef régional R2 (alias Sapin), part de Puget-Théniers avec une traction avant en direction de Draguignan avec le major Gun(alias Bamboos), un officier écossais de liaison. Le matin du 16 août, à quelques kilomètres au sud de Callas, ils rencontrent les premiers soldats américains. Ils atteignent le nord de Fréjus et rencontrent le général Frederick, commandant la 1re A.B.T.F. (en) (unité aéroportée) dans la région. Ils exposent la situation : seule la zone côtière est encore sous contrôle allemand. Les alliés peuvent déborder l’occupant par le nord. Cependant le major Frederick refuse tout d’abord car sa mission consiste pour l’instant à mener les opérations de débarquement et d’établissement de la tête de pont vers le nord et l’est. Il entre en contact avec son supérieur, le général Patch qui se trouve au large sur un navire. Le général Patch autorise Frederick à élargir la zone d’action jusqu’au fleuve Var. Une colonne blindée est guidée par la traction avant jusqu’à Puget-Théniers puis au Chaudan où elle essuie des tirs allemands depuis Levens. Les Américains passent la nuit à Beuil puis retournent rendre compte au général Frederick. Le même jour, deux colonnes américaines se lancent en direction du Var.
La première atteint Grasse le 24 août puis Vence et Gattières. Elle remonte la rive droite du Var et pousse jusqu’à Gilette où elle arrive dans la nuit du 25 au 26 août. Là, le régiment de parachutistes américains entre en contact avec les maquisards qui se battent pour prendre le verrou stratégique de Levens. Le 26 août, les Américains utilisent leur artillerie, matériel qui fait défaut aux résistants. Le 27 août au soir, les Américains franchissent le Var sans l’accord du général Frederick et, guidés par les FFI, reprennent Levens et La Roquette. Les Allemands de la zone côtière sont donc menacés sur leurs arrières. De Levens, les Américains peuvent en quelques heures accéder au Paillon (La Trinité, Saint-André-de-la-Roche, quartier de l’Ariane à Nice) et couper la retraite vers l’Italie ou encore atteindre Nice par les collines de Bellet et Gairaut par Aspremont et Colomars. Depuis La-Roquette-sur-Var, les Américains se rapprochent également de Saint-Isidore à Nice.

La seconde colonne emprunte la route littorale, soutenue par l’aviation et la marine. Elle arrive le 19 août à La Napoule qu’elle ne libère que le 23 août en raison de la résistance des Allemands solidement installés sur le massif du Tanneron. Des négociations ont lieu le 23 août entre la Résistance et la Wehrmacht à CannesNote 3 pour limiter les destructions. Les Allemands acceptent de décrocher sans mener les destructions prévues. Ils partent le 24 août à 2 heures du matin. Beaucoup d’enrôlés de force (Polonais, Tchèques, Roumains) et de soldats allemands se rendent. Prévenus par les FFI, les Américains arrivent à 15 heures 15 à Cannes. Ils poursuivent jusqu’à Antibes libérée à 19 heures. Les Allemands continuent de décrocher non sans mener des combats retardateurs et abandonnent Cagnes-sur-Mer. Le 27 août, vers 18 heures, les premiers chars américains arrivent à Saint-Laurent-du-Var. Deux FFI, Gabriel Abonnel et Jean Clément Ledieu, sont tués par un nid de mitrailleuse allemande au centre-ville dans les derniers accrochages5,6.

Le climat insurrectionnel à Nice
À Nice, touchée par une forte vague de chaleur, un climat insurrectionnel s’est installé.
De nombreux Niçois veulent en effet se débarrasser de la présence allemande et venger leurs morts. La population est d’ailleurs encore sous le choc des récentes exactions allemandes.

Le 10 juin, treize résistants ont été sélectionnés dans le quartier allemand de la maison d’arrêt de Nice pour être exécutés dans des représailles. Parmi ces résistants figurent quatre jeunes Niçois, membres d’un groupe de résistants du Lycée Masséna arrêtés avec Jacques Adam le 9 juin 1944 en revenant du maquis du Férion près de Levens. Les résistants Pierre Appolin et Joseph Graffino sont exécutés sur la route le 10 juin à Bar-sur-Loup en représailles de l’attentat qui a coûté la vie au consul fasciste républicain d’Antibes le 17 mars 1944. Les onze autres (dont les quatre lycéens et Jacques Adam) sont exécutés à Saint-Julien-du-Verdon le 11 juin en représailles des actions des maquisards FTPF.

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Photographies de la pendaison de Séraphin Torrin et Ange Grassi le 7 juillet 1944 à Nice (Alpes-Maritimes). Deux stèles commémoratives rappellent aujourd’hui cette double pendaison.

Séraphin Torrin et Ange Grassi, deux résistants communistes, sont arrêtés le 4 juillet 1944 comme otages à Gattières, sur dénonciation, avec cinq autres personnes en représailles des actions du maquis. Le 7 juillet 1944, ils sont pendus en plein jour aux réverbères des arcades de l’avenue de la Victoire devant des centaines de personnes rassemblées de force par l’occupant. Leurs corps restent exposés pendant trois heures.

Le 28 juin 1944, deux cheminots allemands de la Reichsbahn sont exécutés boulevard Tzarévitch par un groupe de résistants composé de juifs et de non-juifs. Maurice Behar, membre de ce groupe, a comme petite-amie Suzy Ben Hamin qu’il fait rentrer dans leur groupe en janvier 1944. Le 9 juin 1944, il veut se séparer d’elle. Par vengeance, elle dénonce le groupe de résistants à Félix Valetti, Niçois collaborant avec la Gestapo, après l’attentat contre les cheminots allemands. Félix Valetti donne le groupe à la Gestapo et ils sont arrêtés le soir même par des agents français et allemands alors qu’ils sont réunis. Ils sont transférés aux Nouvelles-Prisons de Nice et interrogés. Le 29 juillet 1944, Nagel Engelfried de la Gestapo niçoise emmène cinq détenus dans deux voitures. Parmi eux se trouvent trois membres du groupe : Maurice Lukowski, Maurice Alouf et Maurice Behar. Ils sont fusillés mais les corps n’ont jamais été retrouvés7. Une plaque commémorative rappelle la mémoire de Maurice Lukoswki au cimetière juif du château à Nice8. La Gestapo de Nice a également exécuté vingt-et-un résistants du quartier allemand de la maison d’arrêt de Nice le 15 août à l’Ariane en représailles du débarquement de Provence. Le même jour, trois officiers de la gestapo cannoise exécutent dix résistants (huit décèdent, deux survivent à leurs blessures) dans les caves de son siège de la villa Montfleury avant de l’évacuer. Enfin, de nombreux autres résistants du département sont arrêtés, fusillés ou déportés depuis l’intensification de la guérilla provoquée par les débarquements du 6 juin 1944 et du 15 août 1944.
La ville connaît une situation de grave pénurie alimentaire. Les Azuréens ne consomment plus que 150 grammes de pain par jour depuis le 15 juillet puis 100 grammes après le 15 août9. Les Allemands tentent d’organiser un ravitaillement depuis la Ligurie mais ils peinent à trouver des camions en Italie10.

L’ambiance devient électrique. Avec le déclenchement du débarquement, les Allemands proclament l’état de siège et la loi martiale11. Le 15 août, cinq soldats allemands sont visés par des tirs place Masséna. Aucun n’est touché. Cela avait déjà été le cas le 22 janvier 194412. Le couvre-feu est établi toute la journée du 16 août13 puis de 14 à 17heures le jeudi 17 août13.
Le jeudi 17 août, vers 22h15, le préfet Ravard vient demander à la Feldkommandantur de déclarer Nice ville ouverte. Le général Fretter-Pico répond au message d’information : Pour des raisons militaires, la ville de Nice ne sera jamais déclarée ville ouverte13. Nouvelle demande le 18 août 1944 et nouveau refus13.

Le samedi 19 août, une conférence a lieu à la Feldkommandtur entre le chef de groupe administratif docteur Koechling, le capitaine Buccholz de l’état-major de la 19e armée et le SS Gerhard Keil, chef de la Gestapo de Nice. L’objectif est de réfléchir aux mesures de répression à ordonner en cas de soulèvement (exécutions, déclarations…)13.
Une série de grèves est organisée pour gêner les activités des occupants. Le personnel du journal L’Éclaireur de Nice et du Sud-Est se met en grève le 17 août suivi le lendemain par les employés de l’usine à gaz. Le 20 août, la CGT lance un ordre de grève générale. Le même jour, des résistants coupent les fils du PC allemand installé à Fabron14.
Les résistants cherchent à accroître leur stock d’armes qui demeure très insuffisant. Le 22 août, des armes sont récupérées dans une caserne annexe de la gendarmerie, quartier Saint-Roch14. Ce même 22 août, des membres des Groupes d’Assaut du PPF, des miliciens et des cadres de la Gestapo quittent la ville pour Menton puis pour Neuss en Rhénanie.
Le 24 août, la grève générale est suivie aux TNL, à la SNCF, dans la métallurgie, les transports, les journaux, le bâtiment. Le relais des communications téléphoniques est détruit14. Ce même 24 août est créé un Comité insurrectionnel présidé par René Houat (décédé en 2009). L’insurrection se prépare14. Des contact ont lieu entre les autorités allemandes (Feldkommandantur et commandement du port) et la Résistance par l’intermédiaire de la préfecture. Les Allemands souhaitent ne pas avoir à exécuter totalement le plan des destructions prévues mais demandent en échange de pouvoir évacuer la ville sans être attaqués. Les négociations échouent15.

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Photographie des ces corps des fusillés de Saint-Julien-du-Verdon (Alpes-de-Haute-Provence). Les corps des fusillés (9 tués sur le coup et deux décédés de leurs blessures) sont regroupés au cimetière de Saint-Julien-du-Verdon, adossés le long du mur et pris en photographie par la gendarmerie de Castellane, Alpes-de-Haute-Provence, afin de pouvoir les identifier. Ces deux photos (une rangée de 5 corps et une autre de 6 corps) ont été publiées avec les identités en légende dans le journal L’Ergot n°8, édition du 8 octobre 1944. Le 3e fusillé en partant de la gauche sur la seconde photographie est indiqué comme non identifié. Il s’agit d’Albin Bandini, identifié officiellement en 1994.

Toujours le 24 août, un croiseur lourd et cinq destroyers alliés sont visibles dans la rade de Nice. Ils tirent sur le fort du Mont-Alban et sur la vallée du Var16.
Un comité d’action F.F.I. est créé le 26 août par Pierre Bloch. Il regroupe les différents chef de groupe FFI17. Le 26 août 1944, le résistant Joseph Manzone, dit Joseph le fou, égorge au garage de l’hôtel Ruhl le colonel SS chargé de superviser le général Nickelmann de la Feldkommandatur18,2.
Des résistants avec armes surveillent de l’intérieur l’usine à gaz de Saint-Roch pour empêcher une éventuelle destruction de l’édifice par les Allemands. Ils attendent le déclenchement de l’insurrection17.
Depuis le 15 août 1944, des contacts ont été pris avec divers détachements polonais de l’armée allemande notamment grâce à l’aide d’un tract en polonais et d’un autre en allemand. Plusieurs détachements ont accepté de se rendre ou de changer de camp en cas d’insurrection17. Depuis juin 1944, des résistants sont cachés dans certains bâtiments de l’hôpital Pasteur à Nice, désigné depuis janvier 1944 Centre d’installation du P.C. et centre du Corps Franc d’Encadrement du groupe FTP René Canta. Dans les premiers jours d’août, un groupe spécial d’action de 47 hommes est cantonné dans le presbytère de l’hôpital et dans la maison de l’aumônier de l’établissement, l’abbé Albert Perrin, capitaine sanitaire à l’État Major du Groupe René Canta. Ils attendent en armes, clandestinement, ravitaillés par l’économe-chef de l’hôpital19.

Il faut également noter que pendant tout le mois d’août, un avion non identifié, sur lequel la D.C.A. allemande n’ouvre pas le feu, vole dans le ciel de Nice et lance des bombes légères à l’occasion. Huit bombes sont lâchées le 13 août 1944 à deux heures du matin au nord de la gare du sud et du boulevard Joseph Garnier (7 blessés), dix bombes le 14 août à 5h20 sur le même secteur notamment au 12 bis rue Miollis après avoir tourné plusieurs heures dans le ciel (au moins 6 tuésNote 4, peut-être même 9 tués selon les sources), huit bombes lâchées à 4h30 le 15 août sur le cimetière de l’avenue Saint-Laurent après plusieurs heures dans le ciel. Une grosse bombe est lâchée le 16 août boulevard Carnot dans un terrain vague après avoir rôdé plusieurs heures au-dessus de la gare P.L.M. et du quartier du Parc impérial et même mitraillé le bord de mer. Deux bombes sont lâchées le 17 août au port, évacué depuis 48 heures. Dix-huit bombes sont lâchées le 23 août avenue des Fleurs (1 tuéNote 5 et 3 blessés). 

Deux habitants sont blessés le 25 août au Mont-Boron. Cinq bombes sont larguées le 26 août à 23 heures sur le centre-ville (un blessé). Enfin, trois bombes sont larguées le 27 août rue de la Buffa et place Grimaldi (1 mort, deux blessés)20. Une fois la Libération survenue, cet avion ne revient plus. D’où venait-il ? Qui le pilotait ? Les Niçois surnomment rapidement cet avion l’avion fantôme21 ou encore le maraudeur20. Certains pensent à des bombardements réalisés par des fascistes italiens depuis une propriété ou encore à une vengeance personnelle d’un militaire italien. Le mystère est aujourd’hui levé. Pour Jean-Louis Panicacci, cet avion venu de l’est appartenait à une escadrille basée sur l’aérodrome de Villanova d’Albenga. Il s’agit probablement d’un Storch-Fieser couramment utilisé pour des missions d’observation. Il est piloté par un fasciste-républicain ou par un aviateur de la Luftwaffe. Que vient-il faire ? Il est en fait commandité par les autorités militaires allemandes de la région niçoise pour s’assurer que les prescriptions d’occultation sont bien respectées. Si la surveillance montre un non-respect des règles, la mesure de rétorsion consiste en un bombardement à basse altitude de la zone illuminée. D’ailleurs, ses apparitions cessent avec la libération de Nice20,22.
Les bombardements aveugles de cet avion fantôme stressent énormément les Niçois déjà traumatisés par les centaines de morts du bombardement allié du 26 mai 1944 sur Nice et Saint-Laurent-du-Var. De plus, les attaques aériennes des alliés s’intensifient au mois d’août, notamment sur le port et la vieille-ville. 24 civils sont tués, 30 blessés et 500 sinistrés dans ces raids des aviations anglaises et américaines, notamment le 7 août et le 21 août20.

La stratégie allemande
Suite à la percée des Alliés vers le Rhône, la liaison entre les différentes unités allemandes est coupée. Le 19 août, la 148e Infanteriedivision (en), commandée par le général Otto Fretter-Pico, et la 157. Gebirgsdivision, isolées dans le Var et les Alpes-Maritimes, reçoivent un ordre du commandement allemand en Italie qui les intègre au 75e Corps d’armée (LXXV. Armeekorps) commandé par le général Hans Schlemmer. Le général leur ordonne de se replier sur les positions de la frontière franco-italienne afin d’empêcher une percée des Alliés en Italie du Nord. Cette décision empêche la destruction de ces divisions. Pour le commandement allemand, Nice ne représente donc pas une position militaire stratégique de repli mais un point de passage stratégique et vital pour mener sa retraite vers l’Italie. Ceci explique que le 18 août, il refuse que Nice soit déclarée ville ouverte. C’est pourquoi également, les négociations avec la Résistance pour permettre une évacuation de la ville sans destructions échouent contrairement à ce qui se passe à Cannes et Antibes. Les résistants veulent en découdre et les allemands refusent de quitter Nice sans se défendre.
Les Allemands se replient mais cherchent en même temps à retarder l’avance américaine. Une première ligne de défense est mise en place le long du Var. Mais la prise de Levens le 27 août crée un risque de contournement et d’attaque par le nord de Nice. Les unités allemandes commencent à évacuer Nice dès le 26 août pour se replier sur Menton et les montagnes mais des combats retardants sont prévus.

De plus, l’insurrection niçoise n’est pas une surprise pour les Allemands : elle est évoquée à la Feldkommandantur dès le 23 août à 17 heures lorsque le responsable du SD, le docteur Keil, informe la Feldkommandantur que 5 à 7 000 résistants préparent une insurrection avec l’aide de la police23. Il est donc décidé qu’en cas de troubles, l’armée tirera avec ses trois batteries lourdes sur tout mouvement insurrectionnel23. Les autorités allemandes n’ont pas l’intention de se retirer sans combattre et ils envisagent de bombarder la ville en cas de soulèvement. Cette décision est confirmée le lendemain : la Feldkommandatur restera à Nice pour résister au mouvement insurrectionnel. Dans le même temps, elle reçoit un code de repli (Hindenburg) sur Menton pour le moment où les troupes ennemies auraient franchi la ligne défensive du Var23. Le 25 août, les Allemands prévoient toujours de résister à l’insurrection : les deux tiers des Feldgendarmes reçoivent l’ordre de rester à Nice16. Le 27 août, la Feldkommandantur prévoit son transfert à Menton pour le 28 ou le 29 août18. Le général Fretter-Pico réclame de la Feldkommandantur qu’elle maintienne le calme dans la population pendant le retrait de ses troupes18.
L’insurrection gêne donc les Allemands dans leurs plans d’évacuation. Elle les oblige au final à accélérer l’évacuation des dernières unités allemandes.

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Affiche du Comité Insurrectionnel placardée dans les rues de Nice dans la nuit du 27 au 28 août 1944 et appelant à prendre les armes.

27 août
Le comité militaire des F.T.P. – M.O.I. s’est réuni le matin du 27 août et a décédé de proposer l’insurrection pour le lendemain. Les hommes veulent en découdre24. Le même jour, deux réunions sont organisées au huitième étage du Palais Stella situé au 20 boulevard de CessoleNote 6. Celle du matin est d’ordre militaire et celle de l’après-midi d’ordre politique Sont présents Souny, chef départemental F.T.P., Armand, pour les « Milices patriotiques » des entreprises, Jean-sans-peur, pour les F.T.P.F. de Nice, Ludovic, pour la M.O.I. (Main d’œuvre immigrée), Thibaud, pour la C.G.T., Pierre Durand, Georges, responsable départemental du Parti communiste et aux F.T.P., plus un invité, Bemard, cadre régional bloqué à Nice. Brandon, du Front National, et Duchêne, du Parti communiste, sont absents pour des raisons de sécurité. Ensemble, ils forment le Comité insurrectionnel. La décision est prise de déclencher le soulèvement général pour le lendemain dès six heures en dépit de la pénurie d’hommes entraînés (100 à 200 hommes) d’armes et de munitions (des grenades, 20 mitrailleuses, 40 mousquetons et quatre mitrailleuses lourdes)24. Une plaque commémorative est aujourd’hui visible à droite de la porte d’entrée de l’immeuble et rappelle cette importante réunion.
Les divers groupes de résistants sont prévenus dans l’urgence (notamment les Corps Francs de la Libération à la caserne Filley avec le groupe Parent25) mais beaucoup ne peuvent être joints en si peu de temps notamment à cause du couvre-feu ou de la distance. Piere Bloch rencontre le docteur Sapir à la libraire Paradis en compagnie de l’avocat Brandon responsable départemental du Front National qui se dit habilité à parler au nom des F.T.P.. Ils rédigent ensemble à un texte bref qu’ils signent : Les représentants des CFL, MP, FTP de la ville de Nice, réunis le 27 août 1944, décident de porter à la connaissance de leurs troupes respectives, à la veille du combat sacré pour la libération, qu’elles ne doivent rivaliser que par l’ardeur dans la lutte contre l’ennemi et combattre au coude à coude fraternel et loyal, dans un esprit purement patriotique26. Dans la nuit, les F.T.P. placardent des affiches malgré le couvre-feu, un peu partout dans les rues de la ville pour relayer l’appel à l’insurrection. On peut y lire : Français, Françaises, le 15 août, les armées alliées, comprenant l’armée française de la libération, ont pris pied sur notre sol. Elles sont aux portes de Nice. Cannes, Antibes et Grasse sont libérées : la Wehrmacht aux abois ne sait plus où se réfugier, ses soldats ont peur ! Ils savent maintenant qu’ils sont vaincus. Mais note ville reste à libérer. Dès le débarquement, la C.G.T. a lancé l’ordre de grève générale. Les F.F.I. ont organisé les guerillas. Mais cela ne suffit pas ! Le peuple de Nice, quatrième ville de France, se doit, après l’exemple de Paris, de Marseille, de Bordeaux, de Lyon et autres villes de France, de se libérer à son tour, de faciliter l’entrée victorieuse des troupes alliées dans la capitale de la Côte d’Azur. Pour cela, le C.D.L. vous appelle au combat. Aux armes citoyens ! Partout abattez les boches, désarmez-les, entrez en masse dans les milices patriotiques. Un seul mot d’ordre : s’organiser, s’armer, se battre ! Vivent les F.F.I. ! Vive la libération de Nice ! Vive la France ! En avant, tous au combat ! Le C.D.L. (F.N., P.C., C.G.T., M.L.N.)26.

28 août, jour de l’insurrection
Les combats éclatent à partir de 6 heures simultanément en plusieurs points de la ville.
À l’aube, le groupe 6 des Francs-tireurs partisans (10 hommes) dressent une première barricade au passage à niveau. Ils doivent stopper les Allemands des collines de Gairaut. Le groupe est retranché dans une excavation de la chaussée sous les ordres de Fortuné Leonardi. Ils sont soutenus par un groupe du mouvement Combat commandé par Paul Cavenago27. Un groupe de FFI mené par Louis Brandone prend le contrôle du garage Renault, boulevard Gambetta19. Louis Sana poste 3 jeunes et une mitrailleuse à l’angle des boulevards Auguste Raynaud et Joseph Garnier. Il se rend ensuite avec des hommes place Gambetta (actuelle place du Général de Gaulle). Les maraîchers sont informés de la situation et partent vite. Les hommes sont postés face à l’avenue Malausséna. Louis Sana descend l’avenue Malausséna avec Armand Allavena et Mearelli. Ils tombent sur trois soldats allemands. L’un des Allemands est blessé mais les trois soldats sont finalement faits prisonniers27.
Le groupe F.T.P.F. René Canta s’occupe du centre-ville. Ils partent du PC à Pasteur. Une équipe commandée par Jean Calsamiglia se rend à la gendarmerie. René Canta occupe le lycée Félix Faure où les policiers rejoignent les insurgés. De là, René Canta et ses hommes investissent la préfecture. Des détachements occupent la Bourse du travail, l’imprimerie de L’Éclaireur, les locaux du Petit Niçois sont occupés par les pompiers résistants. Martini dit Pensée part prendre le commandement des combattants-traminots au dépôt TNL à Nice-Riquier. Jean Calsamiglia se rend à l’intendance de police rue Maréchal-Foch et y installe son PC. Les inspecteurs sont désarmés. Les agents de police aident les FFI à organiser la défense. L’ordre est donné de contrôler les petites rues du Vieux-Nice, d’interdire toute circulation des Allemands sur le boulevard des Italiens (actuel boulevard Jean-Jaurès) et la place Garibaldi. René Canta donne ses ordres : il faut harceler les Allemands, les attaquer partout à la fois. Le groupe Lenoir (Verdi) occupe la mairie, le groupe du capitaine Martin occupe le lycée de garçons. Les groupes francs du mouvement Combat et les F.T.P.F. occupent la caserne Filley28.

Vers 6h00, les F.F.I. de Charles Menardi se regroupent à leur QG au dépôt de journaux de l’avenue de la Californie. Ils décident d’occuper le central téléphonique de Fabron, ce qui est fait sans difficultés. Les résistants des CFL les rejoignent pour occuper le transformateur du quartier de la Vallière. Un combat a lieu. Deux FFI sont blessés. Les soldats polonais se rendent29. Roger Simon se procure une arme et veut rejoindre ses camarades du groupe Académie des CFL du capitaine François Calvin. Il est fait prisonnier par une patrouille allemande à Carras. Il est torturé toute la journée puis fusillé d’une balle de revolver le 29 août vers une heure du matin dans un blockhaus de l’avenue de la Californie30.

Vers 6 heures, une voiture montée par des gradés allemands arrive de la place Gambetta et se heurte aux groupes de résistants postés autour du passage à niveau. Elle est immobilisée par une grenade à l’angle du boulevard Auguste-Raynaud. Bilan : 3 morts et un commandant blessé et prisonnier chez les Allemands. Les résistants récupèrent leurs armes. Louis Sana s’empare de la sacoche du commandant blessé. Elle contient des documents importants sur les projets du commandement allemand27.
Vers 6h30, à Nice-Nord, une camionnette allemande descend le boulevard de Cessole vers le passage à niveau. Les sentinelles lâchent une rafale de mitrailleuse. Le chauffeur qui est seul se rend27. L’alerte est donnée dans le quartier. Des habitants se lèvent et rejoignent les résistants pour combattre27. Le lieutenant Mathis est réveillé par des coups de feu boulevard de Cessole. Il descend et tombe sur des FTP en position près de l’avenue Castellane. Il voit alors deux Allemands dans l’avenue qui s’enfuient. Ils sont poursuivis et se rendent. Il prend le commandement de plusieurs hommes à l’angle de l’avenue Cyrnos. Un fortin est organisé dans la villa « les Pipistrelles » qui domine tout le boulevard de Cessole31. Paul Cavenago se rend à la brigade mobile rue André Theuriet et somme les policiers de remettre leurs deux mitraillettes et les munitions31. Une deuxième camionnette est signalée. Une rafale de mitraillette crépite. Un pneu éclate. La camionnette ralentit alors qu’à l’intérieur un homme congestionné hurle sur le chauffeur. Nouvelle rafale. Des balles percent le moteur. La voiture est entourée par les résistants. Un commandant allemand furieux descend ainsi que deux sous-officiers et le chauffeur. Ils sont faits prisonniers. Les prisonniers sont conduits dans un garage voisin rue Georges Doublet. Les autres prisonniers allemands faits durant la journée dans le quartier y sont amenés aussi31.

Vers 7h00, trois camions allemands avec remorques débouchent dans le boulevard Joseph Garnier. Dissimulés derrière les platanes, les FFI ouvrent le feu. Surpris, les Allemands bifurquent vers la petite avenue Montclair où ils sont stoppés par des jets de grenade. Quatre Allemands sont faits prisonniers. Les camions transportent un trésor : deux mitrailleuses lourdes, un fusil-mitrailleur, une mitraillette, des fusils, des munitions. Des barricades sont érigées au débouché des rues avoisinantes. Une mitrailleuse est transporté place Gambetta, placée en batterie de façon à prendre en enfilade l’avenue Malausséna. L’autre est mise en batterie sur le carrefour du passage à niveau. Une sorte de bouclier est formé avec des traverses de chemin de fer récupérées à la Gare du Sud toute proche31.

Avec une des camionnettes récupérées conduite par Aimé Paiche, Louis Sana parcourt le quartier du passage à niveau pour arrêter des chemises noires fascistes. Quelques-uns sont exécutés dans la journée31. Louis Sana se rend ensuite à la mairie avec la même camionnette conduite par le chauffeur de taxi Marius. Ils désarment deux policiers31.
Toujours vers 7h00, le brigadier-chef de police Deguin se trouve de service au lycée. Il entend des coups de feu. Les agents l’informent que ce sont les Allemands qui sont visés. Avec quatre gardiens, ils se rendent boulevard Mac-Mahon (actuel boulevard Jean-Jaurès) et attaquent une autochenille montée par trois Allemands qui réussissent à s’enfuir. L’autochenille est emmenée par des civils à la préfecture. Ils s’emparent également de deux camions avec remorques malgré les tirs des armes automatiques et des mortiers du Château32.
Vers 7h15, Lucien Cantailloube, un des responsables des Milices Patriotiques au dépôt SNCF de Nice Saint-Roch a pu rassembler 350 hommes. La défense du dépôt est organisée par Auguste Chochoy. Un poste d’observation est installé au sommet de l’épurateur Lamy qui domine le quartier29.
À 7h30, un camion allemand tractant une arme lourde arrive par le boulevard Joseph Garnier et est lui aussi attaqué à la grenade : les assaillants s’emparent d’une mitrailleuse lourde et de Mausers. Des prisonniers sont faits mais il y a aussi des blessés et des tués côté allemand. Un deuxième camion est bientôt immobilisé : des prisonniers sont faits et des fusils capturés28.
Toujours vers 7h30, les FFI commandés par Émile Mercanti attaquent la batterie de Saint-Pierre-de-Féric sur les collines à l’ouest de Nice. Le 2e détachement attaque quelques Allemands en patrouille sur la route. Un Allemand est tué, trois sont faits prisonniers. Deux sont blessés mais parviennent à s’enfuir29.
Plus au sud de la ville, une opération est ordonnée par Jean Calsamiglia au groupe Robert mené par Barbev Odadjian (dit « Robert »). L’opération vise le siège du P.P.F., partie collaborationniste, situé rue Dalpozzo. Les F.F.I. contrôlent d’abord les immeubles environnants, rue de la Buffa et rue Maréchal Joffre. Un fusil-mitrailleur est braqué sur l’immeuble du siège du PPF. Robert pénètre dans le bâtiment avec un camarade. Ils ne rencontrent aucune résistance. Vers la fin de l’opération, à 7h30, une voiture allemande occupée par deux officiers aborde le barrage des F.F.I.. Il s’agit du lieutenant Wilhelm Hansen (né le 27 janvier 1914, son corps repose au cimetière militaire allemand de Dagneux (Ain, rang n°30, tombe individuelle n°17) et d’un sous-officier du bataillon Flak commandé par le commandant Michelis. Les occupants de la voiture sont tués sous le feu des mitraillettes au coin des rues Dalpozzo et de la Buffa29.

Plusieurs positions stratégiques sont aux mains de la Résistance : le Lycée de garçons, la Préfecture, l’Hôtel de Ville mais aussi la Poste Thiers, la gare SNCF, les Entreprises Michel, le siège de la police, puis la Gendarmerie, l’Usine à Gaz, le siège de la Milice française, le dépôt des TNL, la gare Saint-Roch, la caserne Filley. Les locaux du journal L’Éclaireur sont investis ainsi que les principales imprimeries, où l’on imprime immédiatement tracts et affiches appelant à l’insurrection.
À partir de 8h15, la Feldkommandantur est progressivement mise au courant des événements18.
La population du quartier du passage à niveau aide à réaliser une barricade boulevard Auguste Raynaud. La barricade permet d’arrêter un camion allemand. Les militaires menacent d’abord les habitants (dont la femme de Louis Sana) mais s’enfuient à l’arrivée des résistants32.
À 11h00, les Allemands avancent rue Cassini. Une fusillade se poursuit pendant deux heures33.

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Aperçu des hostilités près de la gare des chemins de fer de Provence, le 28 août 1944, à la Libération de Nice.

À Nice-Nord, une troupe allemande remonte le boulevard Gambetta d’arbre en arbre pour reprendre le contrôle du passage à niveau à 8h30. La fusillade dure jusqu’à 10h30. Les Allemands ne réussissent pas à passer. Plusieurs d’entre eux sont tués et blessés32. Plusieurs résistants sont grièvement blessés. Les F.T.P.F. Auguste Gouirand et Lucien Chervin, tous deux retranchés derrière le kiosque à journaux, sont chacun grièvement blessés d’une balle reçue dans la tête34. Ils sont évacués dans la clinique de la rue Mantéga. Lucien Chervin décède dans la journée et Auguste Gouirand le 1er septembre 194435[réf. insuffisante]. Alphonse Cornil est abattu par une rafale de balles tirée par les allemands alors qu’il se trouve en position avancée au niveau du 130 boulevard Gambetta36[réf. insuffisante].
La fusillade éclate également devant le garage Renault dans le boulevard Gambetta. Les Allemands attaquent à la grenade mais doivent se retirer. Vers 9h00, un groupe d’Allemands met en batterie un mortier devant le garage en direction du passage à niveau. Le mortier est soutenu par le tir du blockhaus du carrefour Thiers. Quatre coups sont tirés mais les Allemands doivent se retirer par la rue Oscar II sous le feu des mitrailleuses des résistants retranchés dans le garage Renault. Les résistants récupèrent le mortier37.
Vers 9h00, la Feldkommandantur appelle la préfecture pour qu’elle fasse cesser les attaques sur les soldats allemands et pour savoir s’il est vrai qu’elle est sous le contrôle des résistants. Le préfet du vichyste Ravard leur raconte que l’attaque des F.F.I. sur la préfecture a été repoussée par la police et la gendarmerie française, sous la menace du groupe René. Il propose aux Allemands de ne pas tirer jusqu’à midi le temps qu’il tente de ramener le calme. En fait, cela permet de donner du temps aux F.F.I. pour contrôler la ville18.
À 10h00, le général Nickelmann, commandant les forces allemandes stationnées à Nice, téléphone à la préfecture occupée par les F.F.I.. Trois membres du Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France sont présents : Cendo, Sattegna et Gatet. Cendo prend la communication. Nickelmann fait savoir que si l’insurrection ne cesse pas immédiatement, il fera bombarder la ville, qu’il la mettra à feu et à sang et que tous les combattants pris seront traités en franc-tireurs et fusillés sur place33. Cendo transmet au Comité insurrectionnel qui a quitté le 20 boulevard de Cessole pour s’installer au 1 rue Pertinax. La réponse est finalement négative. Le Comité insurrectionnel lance un ordre du jour appelant à intensifier le combat contre les Allemands, à développer une insurrection populaire et à commencer une « épuration énergique de tous les salopards connus »33. La préfecture est menacée par les attaques d’automitrailleuses allemandes provenant du cours Saleya. Une barricade a été réalisée avec des véhicules rue de la Préfecture. Les automitrailleuses sont chassées par des grenades33,38.
Avant 10h00, le lieutenant-colonel Niedlich, commandant le 239e Régiment d’infanterie tombe dans une embuscade tendue par les F.F.I. alors qu’il rejoint son régiment et est tué. Dans sa sacoche, les F.F.I. découvrent un document dans lequel les Allemands prévoient d’évacuer la ville « infestée de terroristes ». Le document est traduit dans la nuit39.

À 10h00, la plupart des gardiens de la Paix ont rejoint les insurgés40. Le chef de groupe surnommé « Loulou » se signale en tuant six Allemands en cinq minutes au PC de Jean Calsamiglia à l’intendance de police rue Maréchal Foch.
Vers 10h00 à Nice-Centre, des combats ont lieu place Masséna. Un lieutenant de Feldgendarmerie est tué. Des dix soldats allemands de garde sur cette place, un est abattu et plusieurs sont blessés sous les tirs de policiers français39.
À 11h25, le préfet Ravard demande à la Feldkommandantur que les Allemands n’occupent pas les bâtiments publics39. Les autorités préfectorales sont paniquées et ne cessent de demander à René Canta d’évacuer le bâtiment et de faire cesser les combats. Il finit par faire placer Lauvel et Ravard en état d’arrestation provisoire dans leurs bureaux respectif33. Un peu plus tard, l’artillerie du Château commence à arroser le bâtiment avec des obus de petit calibre et ce jusqu’au soir33. Comprenant en effet que l’insurrection s’étend, le général Nickelmann a mis ses menaces à exécution. De ses retranchements de Gairaut, du Mont-Alban de la caserne Auvare et du col de Villefranche, l’occupant canonne la ville, mitraillant le Vieux-Nice depuis le Château. Cependant, la mutinerie des servants Polonais gêne momentanément la défense allemande. Les Polonais refusent en effet de viser des objectifs civils. Vers 11h0037, les Allemands commencent à bombarder le quartier du passage à niveau. Le poste du passage à niveau est touché. Le F.T.P.F. Roger Boyer est tué par un éclat d’obus37. Le F.T.P.F. Jean Ballestra est grièvement blessé et décède vers 20h30 à son domicile du 27 avenue Pessicart41[réf. insuffisante]. Les blessés sont transportés dans une clinique rue Mantéga. Le support de mitrailleuse est hors d’usage mais il est réparé dans un atelier à proximité. Sous la pluie d’obus, les groupes du passage à niveau se replient vers les positions du lieutenant Mathis boulevard de Cessole, au niveau de l’avenue Cyrnos. Lorsque la canonnade cesse, les résistants du passage à niveau reprennent leurs positions et empêchent une ouverture vers Levens pour les Allemands37. De nombreux hommes et femmes des différents groupes et mouvements résistants combattent ensemble (M.O.I., F.T.P.F., Combat, C.F.L., Milices Patriotiques).
Vers 11 heures, le général Fretter-Pico ordonne aux unités de retraiter mais de prendre des otages pour traverser la ville ainsi que le désarmement des policiers. Une opération de nettoyage de la ville est cependant envisagée avec les troupes repliées depuis Grasse39.

Vers 11h30, deux soldats allemands sont blessés près de la Feldkommandatur par des policiers français. Le major Schultz ordonne de désarmer tous les policiers de la ville. Déjà un soldat de la Feldkommandtur a été tué ainsi que 3 blessés42.
Place Gambetta, le groupe Augier (16 hommes) continue le combat. Au cours de l’attaque d’une voiture allemande, Auguste Bogniot est abattu vers 14 heures devant le Crédit Lyonnais37. Augier et Perfettini sont blessés avenue Borriglione37.
À Nice-Est, les F.F.I. ont transformé le dépôt des TNL en véritable forteresse. Les soldats polonais de garde sont faits prisonniers mais décident de rejoindre les résistants. Des blockhaus sont aménagés avec des sacs de sable. Martini dit « pensée » donne l’ordre d’attaquer tout camion ou tout Allemand circulant dans le quartier32. A 11h45, les Allemands attaquent par le rue Auguste Gal. Les résistants ouvrent le feu. Trois Allemands sont abattus mais d’autres attaquent à la grenade. Les résistants se replient dans un abri qu’ils ont construit à l’entrée du dépôt. Les Allemands battent en retraite37. Le responsable des milices patriotiques, le lieutenant Antoine Suarez, est mortellement blessé par une balle reçue en pleine tête32.
Dans la journée les rangs des combattants augmentent pour atteindre plusieurs centaines, avec peu d’armes et de munitions. Les F.F.I. espèrent l’arrivée des maquisards de Levens mais ils n’arriveront que le lendemain. Des habitants prennent également les armes et rejoignent les F.F.I1.
Les premiers blessés, combattants ou civils, commencent à arriver à l’hôpital Saint-Roch à 10h00. À partir de midi, c’est une arrivée ininterrompue.

Vers 11h30, le général Fretter-Pico autorise la Feldkommandtur à évacuer la ville. Dans le même temps, il installe un chef de bataillon, le capitaine Burkhardt, commandant le Ier Bataillon du 239e Régiment, comme nouveau commandant de la place de Nice. Il a tous les pouvoirs y compris d’établir la loi martiale. Il arrive vers 13 heures avec un bataillon à bord de 5 autobus. Sa mission est de libérer par tous les moyens le passage routier ouest-est. Un commando spécial avec amres lourdes est en route pour le nettoyage de la place Masséna42.
Vers midi, Barker Odadjian reçoit l’ordre d’évacuer les locaux de L’Éclaireur et de se replier sur le lycée. À 12h30, il est sur place avec ses hommes qui s’installent sur les tours en direction de l’esplanade du Paillon. Vers 13h30, les Allemands, installés sur les toits et aux fenêtres voisines, balaient par ses tirs les fenêtres et les galeries. Des automitrailleuses passent dans les rues et mitraillent le lycée. Les résistants sont à court de munitions mais ripostent comme ils le peuvent. Vers 17h00, des tirs de mortier sont tirés sur eux depuis le Château. Ils font peu de dégâts et cessent vers 19h0043.
Vers 13h15, des soldats allemands tirent à la mitrailleuse sur la Préfecture. Une patrouille sous les ordres du lieutenant Pico pousse une batterie Flak dans le quartier de la Préfecture et essuie des tirs. Un soldat allemand est tué et 3 autres blessés. Les allemands ripostent en tirant sur la Préfecture42.
La Feldkommandatur reçoit à 13h50 l’ordre d’instaurer l’état de siège dans la ville. Le pouvoir de commandement est placé entre les mains du capitaine Burkhardt. La population civile doit être chassée des rues et rester enfermée chez elle. Toute personne se trouvant dans la rue sera abattue. Le PC du Ier Bataillon s’installe à la Feldkommandantur. Une compagnie doit occuper la mairie et la Préfecture42. Les allemands veulent toujours reprendre le contrôle de la ville même si la Feldkommandtur reçoit l’autorisation d’évacuer.
À Nice-Nord, le groupe F.F.I. dirigé par Augier monte vers 14h00 dans l’immeuble situé 2 avenue Borriglione. Une mitrailleuse servie par Dozol est installée. Vers 16h30, Dozol est blessé par des tirs venant de la villa Thiole. La mitrailleuse est montée sur le toit, d’où Pionchon atteint cinq Allemands, avant d’être lui-même blessé à la jambe et conduit à l’hôpital43.
Vers 15 heures, un accrochage a lieu à Sainte-Marguerite entre les F.T.P. – M.O.I. et une patrouille allemande venant de Saint-Isidore. Le résistance Venance Cantergiani est tué30.
Vers 16h00, une voiture allemande descend le boulevard de Cessole. Les F.F.I. dirigés par le lieutenant Mathis la laissent passer et l’attaquent par l’arrière à la mitraillette et à la grenade. En avant, elle est prise sous le feu des hommes du capitaine Paul. La voiture va buter contre un arbre avec ses quatre occupants morts ou blessés43. Un agent de liaison prévient le poste du passage à niveau de la situation. Plusieurs camions allemands essaient de forcer leur barricade sans succès43.
En haut de Pessicart, les Cauvin ont hissé le drapeau tricolore le matin à la villa « La Paix ». en entendant les coups de feu. L’après-midi, Henri Cauvin et Jacques Galand décident de descendre en ville avec leurs pistolets. Près du Righi, ils aperçoivent des Allemands au carrefour et se replient. Plus haut, une patrouille allemande leur barre la route. Ils cherchent refuge dans une maison en contrebas. Les occupants les font entrer et les pistolets sont cachés sous le lit. Les Allemands les ont vus et arrivent ; un officier ouvre la porte, mitraillette pointée, menaçant. Les deux résistants sont conduits sur la route, nez au mur. Les pistolets sont découverts. Les Allemands disent « Terroristen » et Henri Cauvin dit à son camarade : « Nous sommes perdus ». Une jeune fille qui se trouve là s’en va prévenir les FFI du lieutenant Mathis. Les jeunes soldats allemands emmènent leurs prisonniers. Ils avancent lentement en file de chaque côté de la route avec les prisonniers au milieu. Ils tirent dans les fenêtres des maisons. Ils avancent vers l’avenue Cyrnos. L’officier fait alors prendre une descente en raccourci vers le boulevard de Cessole. Au milieu du passage, des coups de feu sont tirés par les FFI par le haut et le bas du chemin. L’officier allemand est tué. Les autres soldats allemands sont également tués44. Un fusil-mitrailleur est récupéré et placé au milieu du boulevard de Cessole, entre la villa les « Pipistrelles » et la propriété du comte de Cessole, derrière une redoute puissamment organisée44.
À Nice-Lingostière, dans la plaine du Var, une unité allemande composée de Polonais stationne à la Maison rouge, vallon de Saint-Laurent. Les soldats ont tué leur commandant dans la journée. Les ouvriers de l’usine de Lingostière signalent la situation aux FFI. Les Polonais décident de se rendre aux F.F.I.. Une vingtaine sont conduits à l’usine. Ils montrent aux F.F.I. comment se servir de leurs armes et signalent que les pontets de dégagement des eaux, sous la route 202, sont minés. Le lendemain, ils déminent les pontets et le lit du Var45.
Vers 16h00, le groupe des Milices Patriotiques de la compagnie des eaux, rue Gioffredo, capture un colonel allemand porteur de documents remis à Jean Calsamiglia et envoyés à l’état-major FTP. Des agents américains en civil qui se trouvent au PC de Jean Calsamiglia, prennent également connaissance de ces documents. Traduits dans la soirée, ces documents révèlent que le Haut Commandement allemand donne l’ordre aux troupes en action autour de Nice de se replier vers l’Italie à partir de 18h00. Le repli doit se faire en contournant Nice, « infestée de terroristes ». Il y a également les plans de repli des troupes ennemies. Ces documents sont envoyés par le F.T.P.F. commandant Moreno au PC américain de Grasse46.
Vers 17h00, la Feldkommandantur apprend qu’elle doit se joindre au mouvement de retraite des troupes qui abandonnent la ligne de front de la rive est du Var. Le mouvement de retraite est prévu entre 20 et 21h0042.

Vers 17h00, le dépôt Saint-Roch est sous le tir des pièces allemandes situées l’une à la caserne Auvare, l’autre boulevard de l’Armée des Alpes. L’observatoire aménagé par les résistants, le bâtiment des mécaniciens et l’entrée sont touchés. Des unités d’infanterie attaquent vers 18h00 depuis les pentes du Mont-Alban. Vers 19h00, un groupe d’une trentaine d’Allemands lance une attaque qui est repoussée. Les Allemands cherchent encore à assurer leur repli vers L’Escarène et Sospel30.
Quartier Riquier, les Allemands mitraillent les rues. Ils fuient à pieds et en voiture par la rue Barla du Centre-ville vers la Moyenne Corniche. Ils sont sous le feu des résistants depuis les toits et les fenêtres. Un balle frôle les F.T.P.F. César Martini et son frère sous les ordres de Laurent Giaume30. Leur camarade Raymond Albin est atteint d’une balle dans le ventre. Il est transporté dans l’abri sous la place Arson et décède peu après vers 14 heures30.

Un dépôt clandestin de vivres est organisé rue Fodéré prolongée près du port. Il est gardé par Édouard Bertand, Carrara et Marie Bocchiardo (son frère a été fusillé à l’Ariane le 15 août 1944). Les combattants des différents quartiers viennent chercher des vivres et donnent en échange un papier convenu. Tout l’après-midi, les gardes du dépôt voient passer des soldats allemands à pieds et en camion boulevard Impératrice de Russie (actuel boulevard Lech Walesa). Ils suivent l’itinéraire jalonné par les blockhaus depuis la place de Riquier, la place Saluzzo (actuelle place Max Barel) et la route de Villefranche30.

L’après-midi vers 18h00, après d’âpres combats, les blockhaus du boulevard Gambetta, de l’avenue de la Victoire et de la place Saluzzo sont pris d’assaut30, mais la lutte se poursuit autour de certaines positions. Les Allemands comprennent en fin de journée qu’ils ne pourront faire face au soulèvement, et la Kriegsmarine évacue en hâte le Château, tandis que le général Nickelman informe son état-major général qu’il évacue la ville, selon lui « infestée de quatre mille terroristes »[réf. nécessaire].
Le blockhaus de Riquier est évacué dans la soirée. Martini dit « Pensée », l’occupe avec deux hommes. À peine entrés, un camion allemand passe avec une vingtaine de soldats et s’arrête devant l’entrée. Martini ouvre le feu avec son pistolet et vide le chargeur. Le camion démarre et part47.
Dans la soirée, dans le Vieux-Nice, place Garibaldi, un groupe de F.F.I. est attaqué par deux nids de mitrailleuses. Pendant le combat, alors que les F.F.I. sont sous les arcades, un convoi de six camions allemands passe sur la place. Les occupants ont ouvert le feu sur les F.F.I. qui répondent. Georges Damiot, gardien de la paix, tue trois Allemands. Paul Vallaghé, champion de tir, tue plusieurs Allemands avant d’être lui-même mortellement blessé. Vincent Joseph Boscarolo est lui aussi mortellement touché. Les servants allemands des mitrailleuses finissent par prendre la fuite. Les mitrailleuses du Château continuent à tirer47.
A 18h30, le résistant Fortuné Barralis dit René du groupe Lorraine est mortellement touché au passage à niveau par les tirs allemands en revenant d’une mission en service commandé rue Gutenberg (recherche de munitions et ramassage de blessés)48.
Vers 19h00 les artificiers allemands font sauter le port de Nice, deux môles, le phare, les grues, et coulent plusieurs navires à quai49. C’est la Kriegsmarine qui évacue le port et le château qu’elle avait commencé à fortifier50.
Toutes les unités reçoivent vers 19h00 l’ordre de rejoindre la Feldkommandantur avec leurs bagages. Une colonne de 7 camions et 14 voitures est formée. Sur chaque camion est montée une mitrailleuse. La colonne part à 19h50 et subit des tirs en provenance de l’intendance de police située avenue maréchal Foch. Les Allemands ripostent de toutes leurs armes et tirent sur toutes les fenêtres des maisons qui bordent la rue de la caserne. La colonne mitraille systématiquement les façades des habitations et grâce à sa supériorité de puissance de feu, elle parvient à quitter la ville sans pertes. La colonne arrive à Menton à 20h4051,50.
Toutes les forces allemandes se replient, mitraillant la ville au passage30 Les dernières unités allemandes stationnées sur les collines de Gairaut, Cimiez et Fabron ou en retraite depuis Levens quittent leurs positions vers 23h00. Elles descendent en convoi en mitraillant tous les immeubles de l’avenue de la Victoire avant de gagner Villefranche par la Basse Corniche49,52.
À Nice, les résistants s’organisent pour la nuit car ils craignent des attaques nocturnes. Les F.F.I. doivent monter sur les toits, ne tirer qu’à coup sûr à cause de la pénurie de munitions, renforcer les barricades, des sentinelles sont placées dans les rues53.
Dans la nuit tombante, boulevard de Cessole, des soldats polonais viennent se rendre aux F.F.I53.
Vers 21h00, la flotte alliée canonne les blockhaus du front de mer, déjà abandonnés par leurs occupants49,50.
Un drame se joue dans les jardins de la villa la Lanterne à Fabron où les allemands exécutent un par un 4 résistants arrêtés pendant la journée porteurs de brassards tricolores des F.F.I.. 2 survivent en faisant le mort (Albert Piccardo et Michel Frenkel), 2 autres sont achevés en étant égorgés à coups de couteau (Lucien Corbé et Joseph Aréna)54.
Le chiffre de 25 soldats allemands tués correspond au nombre de corps relevés par les F.F.I.. On ignore combien de morts se trouvaient dans les camions qui évacuent Nice1,2.
Quatre fascistes italiens, membres du bataillon Nizza, 215e bataillon des « chemises noires », sont également tués1,2.
Vers minuit, les insurgés niçois, handicapés par la pénurie de munitions, réalisent qu’ils sont maîtres de la ville. Ils demeurent cependant en alerte craignant une contre-attaque allemande49. Le lendemain matin, les FFI défilent victorieux dans les rues de Nice. Tout le monde attend maintenant l’arrivée des Américains49.
À Menton, les Allemands et les fascistes italiens du bataillon Nizza se vengent sur la population de la réussite de l’insurrection niçoise. Le 29 août, le maréchal des logis chef Deparday est abattu par les fascistes du bataillon Nizza dans la cour de la gendarmerie alors qu’il est en pantoufles55. Une plaque rappelle cette exécution à Menton au 21 rue de Sospel56. Le même jour, cinq civils sont accusés à tort d’avoir ouvert le feu contre des soldats allemands. Ils sont abattus au pied de leur résidence : Pierre Bonardi, Robert Marze, Jean et Antoinette Rambert, François Taglioni55. Une plaque commémorative rappelle ces exécutions impasse Mayen à Menton57.
29 et 30 août : l’arrivée des Américains[modifier]
Le 27 août, vers 18h00, les premiers chars américains ont libéré Saint-Laurent-du-Var. Il s’agit des chars de la colonne partie de la tête du pont et qui emprunte la route littorale. L’autre colonne atteint Grasse le 24 août puis Vence et gagne Gattières. Elle remonte la rive droite du Var et atteint Gilette dans la nuit du 25 au 26 août 1944. Elle rejoint là les FFI qui tentent de capturer Levens. Les Américains utilisent leur artillerie le 26 août contre les positions allemandes. Le 27 août, ils franchissent le Var et libèrent le verrou stratégique de Levens. Cependant, les Alliés s’attendent à une forte résistance allemande autour de Nice. Ils n’ont pas prévu de déclencher une attaque le 28 août. La flotte alliée bombarde les casemates allemandes installées sur la Promenade des Anglais à 23h00. Mais les casemates sont vides. Les Allemands ont déjà évacué ce secteur.
Au matin du 29 août, les FFI ne voient toujours pas arriver les Américains et craignent une contre-attaque allemande. Il faut donc les prévenir que Nice est libérée. Rottenberg, alias commandant Ro, un des chef des CFL, donne l’ordre à Joseph Arnaldi de se rendre au Pont du Var détruit par les bombardements alliés pour entrer en contact avec les Alliés à Saint-Laurent-du-Var. le résistant traverse le Var à gué au lieu-dit la Digue des Français. Joseph Arnaldi apprend aux Américains incrédules que les Allemands ont évacué la ville. Les émissaires proposent qu’un ou deux soldats américains viennent se rendre compte sur place. La proposition est acceptée. Guidés par Joseph Arnaldi, les soldats américains arrivent au Bar-Épicerie-Restaurant chez Trombetta où la population les fête. L’alcool coule à flots ! Puis Joseph Arnaldi amène les soldats au centre de la ville pour qu’ils se rendent compte que les Allemands sont effectivement partis. Il les reconduit ensuite. L’un d’eux fait son rapport à ses supérieurs : « Yes, libre, Nice… Good ! » puis il s’effondre tellement il est alcoolisé58. Dans l’après-midi, un petit détachement de soldats américains guidé par Joseph Arnaldi s’installe en ville. Il confirme par radio qu’il n’y a plus d’Allemands à Nice. Cependant le général Frederick a reçu des ordres du général Patch le soir du 28 août : interdiction de franchir le Var et attente de la relève des troupes françaises de l’armée régulière. Sur l’insistance du général Frederick qui craint des troubles, un bain de sang en cas de retour des Allemands et une mainmise communiste dans la ville, le général Patch autorise le franchissement du Var58.
Le 30 août, un convoi motorisé américain du 509e Régiment arrive par l’avenue de la Californie et la rue de France. il ne fait que passer pour éviter la dispersion des soldats dans les festivités de la libération. Les soldats continuent leur route en direction de Menton. Une foule en liesse les acclame sur leur parcours. D’ultimes coups de feu de « tireurs des toits » sont tirés sur les tout premiers parachutistes américains arrivant à pied, au carrefour du boulevard Gambetta et de la rue de France (le 29 ou le 30 août).
La visite du général De Gaulle le 9 avril 1945[modifier]

Le 9 avril 1945, le chef du Gouvernement provisoire de la République française accomplit une visite officielle dans le chef-lieu des Alpes-Maritimes59 à l’issue d’une tournée d’inspection militaire qui l’a conduit sur le Rhin et dans les Alpes (Grenoble, Saint-Pierre-d’Albigny, Beaulieu). Cette visite est assez tardive si l’on compare les visites qu’il a effectuées à Marseille et Toulon dès le 15 septembre 1944.
Cette visite a lieu la veille de l’offensive des troupes françaises sur les dernière positions allemandes tenues dans le nord du département par 600 hommes dans le massif de l’Authion.
De Gaulle se recueille au Monument aux morts de Rauba-Capeù avant de se rendre place Masséna où 60 000 à 100 000 personnes assistent à un premier discours du général tenu depuis le balcon du Casino municipal. De nombreux niçois se sont installés sur les toits et aux fenêtres. De Gaulle commence son discours par ces mots : « Nice libérée, Nice fière, Nice glorieuse, vient d’exprimer magnifiquement les sentiments de la population tout entière et ces sentiments-là, je vous le dis, ce sont ceux de toute la France. D’abord, ce que vous exprimez, c’est la fierté de la libération, tout ce qui a été souffert ici, tout ce qui a été souffert matériellement avec tant de privations et qui continue de l’être, mais surtout tout ce qui a été souffert moralement dans ces quatre années atroces où dans le fond de l’abîme, Nice comme la Patrie entière se demandait si jamais allait reparaître le soleil de la liberté.
Nice n’a jamais renoncé à elle-même, ni renoncé à la France. Ah ! qu’ils étaient naïfs en même temps qu’insolents ceux qui avaient prétendu qu’on pourrait l’arracher à la France (…)59.
Après le discours, tous chantent La Marseillaise sur la place Masséna. De Gaulle se rend ensuite à la préfecture où il fait un nouveau discours puis se rend au balcon pour faire le V de la victoire. De Gaulle se rend ensuite à l’hôtel de ville pour un troisième discours.Polémiques sur l’insurrection et la libération de Nice

En 2006, une controverse a été provoquée par la sortie du livre de Joseph Girard intitulé La Résistance et la libération de Nice, la fin d’une légende. La thèse défendue par ce dernier est que la réussite de l’insurrection niçoise n’est pas due à une victoire du peuple en arme. S’appuyant sur un rapport rédigé en captivité après la guerre par le général de la 148e Division d’infanterie, Otto Fretter Pico, Joseph Girard démontre que le 28 août 1944, début de l’insurrection, les Allemands étaient déjà en train d’évacuer la ville et ne voulaient pas s’y maintenir. L’auteur veut ainsi faire apparaître que cette insurrection n’avait pas de justification militaire. Elle servait uniquement au PCF pour imposer son pouvoir sur la ville à la Libération.
Jean-Louis Panicacci a vigoureusement répondu au livre de Joseph Girard60. Il a tout d’abord relevé un grand nombre d’erreurs factuelles dans l’ouvrage de Joseph Girard. Il souligne que le rapport du général Otto Fretter Pico n’est pas une archive inédite et que le général n’est pas sûr des dates qu’il annonce.

D’autre part, Jean-Louis Panicacci produit lui aussi des documents allemands : les compte-rendus de la Feldkommandantur 994 de Nice du mois d’août 194461. La Feldkommandantur doit réaliser la liaison entre les autorités allemandes (commandement de la XIXe armée du général Wiese, Oberfeldkommandantur 894 P.C. à Avignon, commandement de la 148e Ersatz Division du général Otto Fretter Pico P.C. à Grasse) et les autorités françaises des Alpes-Maritimes (Préfecture, Intendance de police, gendarmerie). Elle est dirigée par le général de brigade Nickelmann et siège à l’hôtel Atlantic, boulevard Victor Hugo à Nice. Elle partage ses locaux avec la Feldgendarmerie. Elle possède des antennes locales à Grasse, Cannes et Menton.

Ces documents retrouvés en 1993 montrent que les Allemands voulaient retarder l’avance des Alliés par des combats d’arrière-garde à Nice. Les Allemands refusent ainsi le 18 août la demande du préfet de déclarer Nice ville ouverte car le front à leurs yeux est solide sur la rive est du Var. Le 19 août, une conférence a lieu à la Feldkommandantur pour discuter de la répression contre les terroristes et les mesures à prendre en cas d’insurrection. De plus, l’insurrection niçoise n’est pas une surprise pour les Allemands : elle est évoquée à la Feldkommandantur dès le 23 août. Les autorités allemandes n’ont pas l’intention de se retirer sans combattre et elles envisagent de bombarder la ville en cas de soulèvement. Le 25 août, les Allemands prévoient de résister à l’insurrection : les deux tiers des Feldgendarmes reçoivent l’ordre de rester à Nice. Le 27 août, la Feldkommandantur prévoit son transfert à Menton pour le 28 ou le 29 août. Le général Fretter Pico réclame de la Feldkommandantur qu’elle maintienne le calme dans la population pendant le retrait de ses troupes. Si l’évacuation des unités allemandes a commencé le 26 août, l’insurrection niçoise a obligé les unités allemandes encore présentes à décrocher de Nice plus tôt que prévu.

Concernant le rôle du PCF, Jean-Louis Panicacci rappelle que la réunion du Comité insurrectionnel du 27 août 1944 a réuni d’autres organisations que le PCF et les groupes qui lui sont liés. Enfin, l’insurrection niçoise a permis de limiter les destructions opérées par les Allemands en retraite (infrastructures de transports, usines…) et a poussé les Américains à franchir le Var.
D’autres historiens comme Alain Otho ont de plus replacé l’insurrection niçoise dans son contexte militaire et géographique départemental62. Ce dernier souligne notamment l’importance stratégique des libérations, le 27 août 1944, de Levens (un axe de repli pour les allemands est ainsi coupé) et de Saint-Laurent-du-Var (la route est désormais ouverte pour les troupes régulières alliées). Ces critiques ont fragilisé la démonstration de Joseph Girard.
Les Allemands organisent donc une retraite ordonnée et n’ont donc pas prévu d’évacuer Nice le 28 août 1944. Ils comptent mener des combats retardateurs pour faciliter leur retraite vers l’Italie du nord. Le bilan de ces débats permet de dégager plusieurs facteurs expliquant la libération de Nice. Il faut cependant préciser qu’en fait, l’addition de ces différents facteurs relève davantage du hasard que d’un véritable plan militaire concerté comme le soulève en 1987 Jacques Lécuyer, alias Sapin, dans son ouvrage Méfiez-vous du toréador1:
– La perte du contrôle du nord du département du fait de l’intense activité des maquis enregistrée depuis juillet : La garnison allemande de Saint-Martin-Vésubie s’est ainsi rendue aux maquisards le 16 août 1944. Les résistants du groupe Morgan ne parviennent cependant pas à capturer le col de Turini fin août.
– La prise définitive de Levens le 27 août par les Américains et les FFI : La voie de retraite par le nord du département vers le Piémont (ancienne route royale sarde) est coupée. Les Allemands ont lutté avec vigueur pour conserver Levens. La commune est ainsi libérée une première fois le 17 août par des forces FTPF dont la 8e compagnie. Dès le 23 août, les Allemands lancent plusieurs contre-offensives et reprennent la position le 24. Le lendemain, des effectifs importants sont engagés par les FFI pour reprendre le plateau : les compagnies Morgan, Pyra, Pierre, César, les 8e et 27e FTPF, le groupe François. Leur armement insuffisant et leur manque d’expérience militaire les font échouer. Des forces américaines, arrivées sur la rive droite du Var dans la nuit du 25 au 26, franchissent le fleuve et prennent Levens et la Roquette le 27 au soir après avoir copieusement pilonné le secteur. À tout moment, les occupants de Nice risquent donc de voir surgir sur leurs arrières une colonne ennemie. Le quartier de l’Ariane à l’est de Nice, les villages de Contes et de l’Escarène, les collines niçoises par Aspremont sont en effet à portée de Levens62.

- La prise de Saint-Laurent-du-Var qui a lieu le 27 août 1944 en fin d’après-midi : le général Frederick reçoit cependant l’ordre de ne pas franchir le Var le soir du 28 août. Prévenu seulement le 29 août de la situation à Nice, il envoie des soldats en reconnaissance pour vérifier que la ville est sécurisée. Il convainc le général Patch de l’autoriser à franchir le Var. La première colonne américaine traverse Nice le 30 août.
– L’insécurité qui règne à Nice pour les troupes allemandes suite à l’insurrection lancée le 28 août 1944. Si cette insurrection n’est pas une surprise, les Allemands ne parviennent ni à une estimation claire de la situation (la Feldkommandantur n’est mise au courant de l’insurrection qu’à 8h15) et du nombre d’insurgés ni à reprendre le contrôle des secteurs occupées par les FFI (comme au passage à niveau).
Face à cette situation, le commandement allemand décide finalement d’évacuer la ville de Nice en fin de journée.

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Liste des résistants tués dans l’insurrection ou décédés des suites de leurs blessures
Une petite étoile indique les résistants pour lesquels il existe une plaque commémorative, un monument commémoratif ou une stèle.
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Les 29 résistants tués dans le cadre des combats
1. Raymond Albin* né le 21 février 1921 à Pignans : Sous-lieutenant F.F.I., F.T.P.F, 36e Cie de Provence, secteur Nice-Est, groupe Laurel. Chauffeur-mécanicien domicilié 4 rue de Villars à Nice. Membre de la Résistance depuis juillet 1943 (pseudo Fernand). Le 28 août 1944, il participe aux combats pour la Libération de Nice. Il organise son détachement dans le secteur ouest de la place Arson. Il est mortellement blessé au ventre à 14 heures par un membre du P.P.F. à côté de son chef Antoine Anelli (commandant Guignant) qui le porte au P.C. du quartier de Riquier, école Barla. Les pompiers le transportent à l’hôpital Saint-Roch mais il est déjà décédé. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-450463. Son nom est inscrit sur le Monument Aux Morts de Riquier à Nice, une plaque commémorative qui rappelle son décès à l’angle des rues Scaliero et Auguste Gal, sur la grille du parc place Arson, sur lecénotaphe commémorant la libération de Nice situé à l’angle du boulevard Joseph Garnier et du carrefour du 28-Août à Nice64,3065.
2. Eugène Alentchenko* né le 15 décembre 1923 à Nice : Caporal F.F.I., membre du mouvement Combat puis des Corps Francs de Libération (C.F.L.), groupe Joffre (Albert Geoffroy) de la Compagnie des Eaux de Nice et des F.T.P.F., 36e Cie de Provence, secteur de Nice. Chauffeur employé à la compagnie des eaux domicilié 19, rue de El Nouzah à Nice. Entré en résistance en juillet 1943 (distribution de tracts, transport d’armes, renseignements…) dans le mouvement Combat puis au sein des Corps Francs de la Libération (C.F.L.). Il participe aux combats pour la libération de Nice (28 août 1944. Il est présent le matin au passage à niveau (carrefour du 28 août) et est envoyé en mission auprès du groupe Mignon (G.F.R. – C.F.L.). Il prend position avec Julien Guidi sur le toit de l’immeuble du 2 rue Defly pour réduire au silence le fusil-mitrailleur allemand placé en batterie à l’angle du pont Garibaldi et du quai Saint Jean-Baptiste. Il est repéré alors qu’il tire sur les allemands et mortellement touché à la tête vers seize heures. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-461066. Son nom est inscrit sur le Monument Aux Morts du quartier Riquier à Nice et une plaque commémorative qui rappelle son décès au 2, rue Defly à Nice. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle6,6768.
3. Joseph Aréna et Lucien Corbé sont arrêtés le 28 août 1944 par les allemands après avoir franchi le fleuve Var pour rejoindre l’insurrection. Ils sont porteurs de brassards tricolores. Ils sont emmenés à la gare Saint-Augustin pour interrogatoire et regroupés avec 2 autres F.F.I. arrêtés (Albert Piccardo et Michel Frenkel). Ils sont tous les 4 emmenés à la villa la Lanterne à Fabron à Nice. Vers 21h50, ils sont exécutés chacun leur tour d’une balle de revolver par un officier allemand. Albert Piccardo et Michel Frenkel font le mort et réussissent à s’enfuir ensuite. Lucien Corbé et Joseph Aréna sont achevés en ayant la gorge tranchée au couteau. Leurs corps sont retrouvés par les F.F.I. le 29 août sur les indications d’Albert Piccardo54.
4. Joseph Aréna né le 2 août 1899 à Monaco : F.F.I.. Domicilié 75 boulevard d’Italie à Cannes. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-889469,54.
5. Lucien Corbé né le 4 octobre 1886 à Pontchâteau : F.F.I.. Domicilié 3, rue commandant André à Cannes. Son nom est inscrit sur le Monument Aux Morts de Cannes (06). Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle54.
6. Auguste Arnaudo* né le 18 mai 1923 à Saluzzo en Italie : F.F.I. Le 1er mai 1943, il rejoint les Corps Francs de la Libération (C.F.L.) et le groupe Léon (commandant Pascal FARAUT). Agent de liaison. Apprenti chauffage central domicilié 4 rue du marché à Nice. Mortellement blessé dans les combats de la libération de Nice le 28 août 1944. Touché à la tête par un éclat d’obus de mortier tiré depuis la position du château tenue par les allemands. Transporté au poste de secours de la place du palais par le commandant Léon. Il est soigné par Pierre Péraldi, médecin du Comité médical de la Résistance, lieutenant du groupe Lenoir. Il est transporté le soir même à l’hôpital Saint-Roch où il décède le 1er septembre à 10 heures. Reconnu Mort pour la France. Son nom est inscrit sur une plaque commémorative place du palais de justice inaugurée le 28 août 20127071.
7. Arisdakesse Arzoumanian né le 18 mai 1907 à Constantinople : F.F.I.. Il combat dans l’armée française à partir de janvier 1940 au 203e R.I.A. comme adjudant des transmissions. Démobilisé le 27 juillet 1940. Naturalisé en 1943. Menuisier domicilié 47 avenue Georges Clémenceau à Nice. Membre de la Résistance sous les ordres du capitaine Paul (Paul Cavénago) dès sa libération militaire. C.F.L. à partir de juillet 1943, groupe Lorraine, secteur Nice-Nord. Le 28 août 1944, il participe aux combats pour la Libération de Nice. Il commande une section de 10 hommes dans le secteur de la place Gambetta (actuelle place du général De Gaulle). Il doit interdire aux allemands l’accès de l’avenue Malausséna. Il est mortellement blessé près de la place Gambetta après une résistance de 4 heures. Décédé à 16h30 à l’hôpital saint-Roch. Il est reconnu Mort pour la France. Son nom est inscrit sous l’orthographe Aristakes Arsomanian sur le cénotaphe commémorant la libération de Nice situé à l’angle du boulevard Joseph-Garnier et du carrefour du 28-Août72,6773.
8. Jean Badino* né le 8 avril 1896 à Vicoforte) en Italie) : F.F.I., membre des C.F.L., groupe Vérola (Émile Vérola alias Véran). Garçon limonadier naturalisé en 1933 et domicilié 1 bis place du palais de justice à Nice. Il rejoint les Corps Francs de la Libération (C.F.L.) en 194. Il participe aux combats pour la libération de Nice le 28 août 1944. Tué à 17 heures par éclat d’obus de mortier allemand tiré du château devant son domicile place du palais de justice à Nice au moment où il quitte son chef de groupe Vérola. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-1184674. Son nom est inscrit sur une plaque commémorative place du palais de justice à Nice inaugurée le 28 août 20127576.
9. Jean Ballestra* né le 20 juin 1924 à Nice : F.F.I., membre des F.T.P.F., groupe Lenoir (André Verdy) sous les ordres du lieutenant René Bensaïd. Employé de la S.N.C.F. domicilié 27 avenue de Pessicart à Nice. Le 28 août 1944, il participe aux combats pour la Libération de Nice dès 6 heures au passage à niveau du boulevard Gambetta. Grièvement blessé à la tête vers 20h30 près d’un abri par des éclats d’obus au carrefour de l’avenue de pessicart et de l’avenue Buenos Ayres près de l’école Nazareth, il est transporté au poste de secours de l’école Nazareth mais il est déjà décédé. Son corps est transporté à la clinique Sainte-Marguerite rue Mantéga. Le lendemain, le groupe Bensaïd lui rend hommage en devenant le groupe Ballestra. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-1281677. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif des résistants du 4ème canton de Nice, le monument commémoratif de la Libération de Nice (nom Balestra) et la plaque commémorative au 2 boulevard de Cessole à Nice. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré militaire n°58, tombe individuelle78,677980.
10. Fortuné Barralis* né le 18 octobre 1921 à Nice : Sous-lieutenant C.F.L. – F.F.I., membre du groupe Lorraine. Pseudo René. Membre de la Croix Rouge Française. Étudiant domicilié 8 rue Palermo à Nice. Membre de la Résistance depuis mai 1943 sous les ordres du capitaine Paul (Paul Cavénago). Venu du mouvement Combat. Le 28 août 1944, il participe aux combats de la Libération de Nice autour du passage à niveau du boulevard Gambetta (actuel carrefour du 28 août) eu sein du groupe Lorraine sous les ordres du lieutenant Cyclamen (Jacques Antoine). Mortellement touché à 20 heures au passage à niveau par les tirs allemands en revenant d’une mission en service commandé rue Gutenberg (recherche de munitions et ramassage de blessés). Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-1438981. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif des résistants du 4ème canton de Nice (nom Baralis), le monument commémoratif de la Libération de Nice et la plaque commémorative au 2 boulevard de Cessole à Nice78,6782.
11. Auguste Bogniot* né le 18 août 1910 à Draguignan : F.F.I., membre du mouvement Combat (Résistance), groupe Gérôme puis Augier. Une formation de combattants isolés et de membres du groupe Gérôme attaque une voiture allemande place Gambetta. L’un des 3 occupants est tué par une grenade. Les 2 autres se réfugient dans l’immeuble de la pharmacie. Auguste BOGNIOT est abattu à 14 heures devant le Crédit Lyonnais (actuel Crédit Agricole) situé place Gambetta (actuelle place De Gaulle) à l’angle de la rue Raiberti par une rafale de mitraillette tirée depuis la gare du Sud. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-2540783. Son nom est inscrit sur une plaque commémorative située place De-Gaulle, sur le monument aux morts de Cimiez à Nice et sur le cénotaphe commémorant la libération de Nice situé à l’angle du boulevard Joseph-Garnier et du carrefour du 28-Août. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré militaire n°48, tombe individuelle78,6784.
12. Louis Maurice dit Maurice Borrelli né le 10 juillet 1904 à Nice : Agent de laboratoire domicilié 10 rue Gioffredo à Nice. Mortellement blessé en face de son domicile par un tir allemand le 28 aout 1944 dans les combats de la Libération de Nice alors qu’il se rend au lycée pour combattre. Décédé à 16 heures à l’hôpital Saint-Roch à Nice. Reconnu Mort pour la France. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 5, tombe individuelle85[réf. insuffisante].
13. Vincent Boscarolo* né le 19 mars 1908 à Verceil, en Italie : F.F.I., membre des Corps Francs de la Libération (CFL), Groupe Léon, Compagnie Julien. Surnommé Tenda. Naturalisé en 1939. Membre des Corps Francs de la Libération (C.F.L.) depuis septembre 1943, groupe Léon, Compagnie Julien. Le 28 août 1944, il participe aux combats pour la Libération de Nice. Au début de l’après-midi, les allemands réussissent à installer 2 mitrailleuses lourdes et un canon de 25mm sur la place Garibaldi. Avec son groupe, il attaque à plusieurs reprises le canon et abat 4 allemands. Au 3ème assaut vers 18 heures, il tente de ramener le canon dont les servants ont été tués mais est abattu par des tirs provenant d’un convoi allemand de 6 camions qui passe place Garibaldi. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-2748986. Son nom est inscrit sur la plaque commémorative des résistants du 1er canton à l’hôtel de ville de Nice, une plaque commémorative place Garibaldi à Nice et place commémorative sur le mur extérieur de l’église Saint-Augustin à Nice. Son est orthographié Boscarollo sur les plaques commémoratives et Boscarolo à l’état-civil87,6788.
14. Roger Boyer* né le 24 avril 1911 à Méailles : F.F.I., membre des F.T.P.F., 6e Cie de Nice. Peintre en bâtiment domicilié lotissement Lorenzi, 54 de l’avenue Saint Barthélemy à Nice. Il participe aux combats de Lambruisse et des gorges de Chabrières à Vars (05) avant d’être envoyé dans les Alpes-Maritimes. Le 28 août 1944, il participe aux combats pour la Libération de Nice au passage à niveau dès 6h30. Blessé en voulant désarmer des allemands, il refuse d’être évacué. Tué vers onze heures sous le tir d’un obus de mortier tiré par les allemands depuis la colline de Gairaut. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-3243989. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif des résistants du 4ème canton de Nice, le monument commémoratif de la Libération de Nice et la plaque commémorative au 2 boulevard de Cessole à Nice. Un square porte son nom à Nice (06) depuis 194690,6791.
15. Venance Cantergiani* né le 18 mai 1904 à Pavullo nel Frignano en Italie : F.F.I., Milice Patriotique, groupe Fiandino (François Fiandino. Le 28 août 1944, il participe aux combats pour la Libération de Nice. Tué vers 15 heures à Sainte-Marguerite dans un accrochage avec des Allemands venant de Saint-Isidore à Nice. Il abat un allemand mais est abattu à son tour par un autre allemand dans un pré de la propriété Saïssi, chemin Sainte-Marguerite. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-3781992. Une plaque commémorative située au niveau du 231, avenue Sainte-Marguerite, près du jardin public, rappelle son décès. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif des résistants du 14e canton de Nice87,6793.
16. Adolphe Carmine né le 3 octobre 1923 à Grasse : F.F.I.., membre de la Résistance depuis février 1942, C.F.L. sous les ordres du capitaine Paul (Paul Cavénago). Préparateur en pharmacie domicilié 9 bis avenue Audiffret à Nice. Il est mortellement blessé dans les combats autour du carrefour du 28-Août et décède vers minuit au 12 boulevard Tzarevitch (clinique du Belvédère). Il est reconnu Mort pour la France. Son nom est inscrit sur le cénotaphe commémorant la libération de Nice situé à l’angle du boulevard Joseph-Garnier et du carrefour du 28-Août. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle72,6794.
17. Lucien Chervin* né le 20 mai 1900 à Paris 14ème arrondissement : F.F.I., membre des F.T.P.F.. Teinturier domicilié 29 bis avenue Montclar à Nice. Membre des F.T.P.F. depuis juillet 1943. Nommé chef de détachement le 5 mai 1944. Participe aux combats pour la Libération de Nice sous les ordres du commandant Souny (Philippe Giovannini). Présent dès l’aube au passage à niveau (actuel carrefour du 28 août). À partir de 8h30 et jusque 10h30, une fusillade éclate avec des troupes allemandes qui remontent le boulevard Gambetta pour reprendre le contrôle du passage à niveau. Auguste Gouirand et Lucien Chervin sont retranchés derrière le kiosque à journaux situé à quelques dizaines de mètres du passage à niveau. Ils sont tous les deux grièvement blessés d’une balle reçue en pleine tête. Ils sont évacués vers la clinique Sainte-Marguerite rue Mantéga. Lucien Chervin y décède à 20 heures. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-4420895. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif des résistants du 4ème canton de Nice, le monument commémoratif de la Libération de Nice et la plaque commémorative au 2 boulevard de Cessole à Nice. Il est inhumé à la nécropole nationale de Luynes à Aix-en-Provence, carré E, rang n° 10, tombe individuelle n° 3878,6796.
18. Alphonse Cornil* né le 26 octobre 1879 à Mouscron (Belgique) : Adjudant-chef F.F.I., membre des F.T.P.F., groupe René. Rejoint la résistance en janvier 1942. Corps Franc d’Encadrement des F.T.P.F., groupe René (René Canta). Domicilié 19 avenue Saint-Joseph à Nice dans un immeuble de 4 étages coiffé d’une tonnelle d’où il aide la Résistance en tant que guetteur. Manœuvre à Schneider à Nice. Le 28 août 1944, il participe aux combats pour la Libération de Nice autour du passage à niveau (actuel carrefour du 28 août). Il est tué vers dix heures par une rafale de balles tirée par les allemands alors qu’il se trouve en position avancée au niveau du 130 boulevard Gambetta. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-10828297. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif des résistants du 4ème canton de Nice, sur le monument commémoratif de la Libération de Nice et la plaque commémorative située 130 boulevard Gambetta à Nice78,6798.
19. Marius Fantino* né le 30 octobre 1900 à Nice : F.F.I., adjudant-chef F.T.P.F., groupe René (René Canta), Milices Patriotiques. Membre des F.T.P.F. depuis juillet 1943. Pseudo Camille Dumont, Serge III. Interné en 1941 au fort Saint-Nicolas de Marseille lors de l’affaire des cheminots. Relâché faute de preuves. En juin 1943, il devient chef-adjoint du groupe de combat de la S.N.C.F. du lieutenant Auguste VERMEIL (sabotages, liaisons avec les maquis de Thoard, La Robine-sur-Galabre et Mont-Siron dans le 04). Conducteur d’autorail domicilié 63, boulevard de la Madeleine à Nice. Il est abattu par un groupe d’allemands vers 19 heures devant l’hôpital Pasteur à Nice. Grièvement blessé, il décède le lendemain à 15 heures à l’hôpital Pasteur. Il est reconnu Mort pour la France, au 24 de la voie romaine, à droite du portail de l’entrée de la blanchisserie de l’hôpital Pasteur, se trouve une plaque commémorative érigée en sa mémoire. Il est inscrit sur le Monument Aux Morts de Cimiez à Nice, Monument Aux Morts de la gare Saint-Roch et sur le Monument Aux Morts de la gare Saint-Charles à Marseille99,87,67>100.
20. Jean Gironne* né le 24 janvier 1922 à Bollène : F.F.I., F.T.P.F., groupe René (René Canta), section Police 78P.R., groupe Combat de Roquesteron. Gardien de la paix domicilié 17, rue Lamartine à Nice. Nombreuses missions dans le 06, le 84 et le 04. Agent du service S.R.. Posté sur la tourelle du Lycée de Garçons Félix Faure rue Désiré Niel, il mitraille les allemands qui tentent d’atteindre un des portails d’entrée. Mortellement atteint à 15 heures par une rafle de mitraillette tirée depuis un immeuble voisin. Décédé pendant son transfert au poste de secours. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-193277101. Médaille d’Or de la police avec citation. Son nom est inscrit sur une plaque commémorative au 8, rue Désiré Niel à Nice et sur la plaque commémorative 1939-1945 des policiers morts pour la France à la caserne Auvare à Nice. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 42, tombe familiale102,67103.
21. Joseph Giuge* né le 5 juin 1906 à Nice : F.F.I., C.F.L., membre du groupe Lenoir, secteur Nice, Milices Patriotiques (M.P.). Concierge à la mairie de Nice. Son frère Charles Giuge est tué dans le bombardement a&rien allié du 26 mai 1944 sur Nice. Le 28 août 1944, il participe aux combats pour la Libération de Nice. Il assure le ravitaillement du groupe Lenoir qui occupe la mairie. Il traverse à deux reprises la zone de feu. En revenant de sa seconde mission, il est abattu à 10 heures rue Saint-François-de-Paule par les allemands occupants le blockhaus du square Albert 1er. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-193362104. Son nom est inscrit sur la plaque commémorative de la Résistance à la mairie de Nice, la plaque commémorative de l’église Saint-Augustin à Nice et une plaque commémorative rue Saint-François-de-Paule à Nice. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 27, tombe familiale87,67105.
22. Jean Gordolon* né le 30 juillet 1923 à Nice : Sous-lieutenant F.F.I., membre des C.F.L., groupe Pascal. Étudiant en droit domicilié 24, rue Théodore de Banville à Nice. Membre de la Résistance depuis juin 1944. Il appartient au réseau 1942 HI-HI dont le chef de réseau est Suzanne Bertillon. Il se trouve à Nice lors du débarquement de Provence. Ne pouvant plus rejoindre sa base, il se met à la disposition de la Résistance locale. Le 28 août 1944, il participe à l’insurrection de Nice. Il assure la liaison entre les C.F.L. du groupe Pascal et les F.T.P.F. du groupe Lenoir qui occupent la mairie. Il est abattu par une rafale de mitrailleuse en traversant la rue Saint-François de Paule. Touché au ventre, il est transporté à l’hôpital Saint-Roch puis dans une clinique. Décédé à son domicile à 19h30 des suites de péritonite par perforation intestinale par projectile de guerre. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-195860106. Son nom est inscrit sur la plaque commémorative de la résistance à l’hôtel de ville de Nice et une plaque commémorative rue Saint-François-de-Paule à Nice inaugurée le 28 août 2012. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 19, tombe familiale67,107108.
23. Auguste Gouirand* né le 17 juin 1902 à Nice : F.F.I. membre des F.T.P.F. et du mouvement Combat. Domicilié 50, avenue Montplaisir à Nice. Il rejoint la Résistance en juillet 1943. Présent dès l’aube au passage à niveau (actuel carrefour du 28 août). À partir de 8h30 et jusque 10h30, une fusillade éclate avec des troupes allemandes qui remontent le boulevard Gambetta pour reprendre le contrôle du passage à niveau. Auguste Gouirand et Lucien Chervin sont retranchés derrière le kiosque à journaux situé à quelques dizaines de mètres du passage à niveau. Ils sont tous les deux grièvement blessés d’une balle reçue en pleine tête. Ils sont évacués vers la clinique rue Mantéga. Auguste Gouirand y décède le 1er septembre 1944 à 16 heures. Il est reconnu Mort pour la France. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif des résistants du 4ème canton de Nice et le monument commémoratif de la Libération de Nice et la plaque commémorative au 2 boulevard de Cessole à Nice78,67109.
24. Jean (Juan) Moralès* né le 14 janvier 1894 à Cieza en Espagne : Adjudant-chef des F.F.I., membre des F.T.P.F., groupe René. Garde-voies domicilié 27, rue de France à Nice. Membre du groupe René (René Canta) depuis janvier 1942. Agent de liaison vers les maquis du Var et des Basses-Alpes puis il participe à l’organisation du Corps-Franc René. Mortellement blessé rue de la préfecture le 28 août 1944 lors des combats pour la Libération de Nice (06). Il occupe la Préfecture Q.G. du groupe René). Il reçoit l’ordre de partir en patrouille offensive avec ses hommes. Alors qu’il regagne sa position avec son détachement, place du Palais, il attaque un puissant groupe ennemi. Il est atteint par un éclat d’obus et une balle au cerveau à 15h40 en voulant porter secours à un camarade blessé. Transporté à l’hôpital Saint-Roch où il décède à 22h15. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-97671110. Son nom est inscrit sur la plaque commémorative de la Résistance à l’hôtel de ville de Nice et une plaque commémorative inaugurée rue de la préfecture puis transférée place du Palais de Justice à Nice. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré militaire n°60, tombe individuelle111,67112.
25. Michel Ravera* né le 1er mai 1927 à Pareto) en Italie : F.F.I. membre des F.T.P.F., groupe René (René Canta) et de l’A.S., groupe Fieschi (Nicolas Fieschi). Il est domicilié quartier Sainte-Marguerite, propriété Teisseire à Nice. Il rejoint la Résistance en janvier 1944 au sein de l’Armée Secrète (A.S.) sous les ordres du chef de sous-groupe Nicolas Fieschi (Max B.801). Pseudo François/3, le plombier. Le 28 août 1944, il reçoit l’ordre de renseigner son chef de groupe sur les mouvements des troupes allemands stationnées dans la propriété de ses parents. Les allemands tirent alors des obus sur les troupes américaines stationnées sur l’autre rive du Var. Il est alors mortellement blessé par les éclats d’un obus tombé non loin de lui. Il décède peu après à 17 heures au domicile familial. Son nom est inscrit sur le Monument Aux Morts de l’école Caucade à Nice et sur une plaque commémorative rajoutée sur ce même Monument Aux Morts et inaugurée le 28 août 2012. Une plaque rappelle sa mémoire sur la tombe familiale du carré 68 du cimetière de Caucade à Nice où il est inhumé. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-139624113114.
26. Basile Rossi* né le 15 mars 1927 à Nice : F.F.I. membre des F.T.P.F., groupe Lass. Apprenti domicilié chez ses parents 6 chemin de la Bornala à Canta Galet à Nice. Membre de la Résistance depuis juillet 1943. Groupe du capitaine Lass (Albertini) sous les ordres du commandant Souny (Philippe Giovannini). Il participe aux combats pour la Libération de Nice. Mortellement blessé avenue de la Bornala dans l’attaque d’une compagnie allemande en retraite. Avec 3 camarades, il attaque une traction avant transportant 4 allemands en provenance du chemin de Canta Galet et qui s’est arrêtée à leur niveau pour leur demander la route de l’Italie. Un allemand est tué, les 3 autres sont faits prisonniers et enfermés dans le garage de Joseph Brun. Une colonne d’allemands à pieds débouche alors précédé d’une voiture hippomobile. Voyant le cadavre du soldat allemand près de la voiture, la colonne met une mitrailleuse en batterie et arrose le secteur. Les 4 résistants sont cachés dans un champ de haricots et Basile Rossi est touché par une rafale au pied d’un figuier. La colonne poursuit sa route vers l’Italie. Basile Rossi est emmené à son domicile où il décède vers 17 heures. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-139624115. Une stèle commémorative honore sa mémoire et celles de deux autres résistants devant le square Louis-Maccagno situé à l’angle des boulevards Édouard-Herriot et Carlone. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif des résistants du 14e canton de Nice. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 21, tombe familiale72,67116.
27. Roger André Simon* né le 31 mars 1925 à Nice : F.F.I.Membre des C.F.L. depuis 1943, groupe Académie du capitaine François Calvin sous les ordres de Parent (Jules Cousin). Électro-mécanicien domicilié 27 avenue de la Lanterne à Nice. Le 28 août 1944, il apprend l’insurrection et se procure une arme. Il cherche à rejoindre son groupe qui s’est emparé du central des PTT de Fabron le matin. Arrêté par une patrouille allemande à Carras. Il est torturé par les allemands dans un blockhaus de la promenade des anglais. Ils finissent par l’exécuter d’une balle de revolver avant de battre en retraite vers 23 heures. Il est reconnu Mort pour la France. Un petit square dans lequel se trouve une plaque commémorative rappelle cette exécution à l’angle des avenues de la Californie et Saint-Augustin. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif des résistants du 14e canton de Nice117,67118.
28. Antoine François Suarez* né le 3 avril 1905 à Bordeaux : F.F.I. lieutenant F.T.P.F. et responsable de la Milice patriotique au dépôt des Transports de Nice et du Littoral (T.N.L.). Militant cégétiste abattu vers 13h50 d’une balle en pleine tête par une rafale allemande à proximité du dépôt Cie T.N.L. à Riquier, 13 boulevard Sainte-Agathe (actuel Boulevard général Louis Delfino). Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-154527119. Son nom est inscrit sur le Monument Aux Morts de Riquier à Nice et sur celui de La Trinité (Alpes-Maritimes). Un square porte son nom face au 99 rue de Roquebillière. Une plaque commémorative s’y trouve. Un boulevard porte son nom à La Trinité (Alpes-Maritimes). Il est inhumé au cimetière communal de La Trinité, allée 4, tombe familiale120,37121.
29. Paul Vallaghé* né le 5 août 1920 à Menton : F.F.I., F.T.P.F. membre du groupe René (René Canta), chef adjoint du sous-groupe Corps franc d’Encadrement/1. Liaisons avec les maquis français et italiens, passages et guide de clandestins et de parachutistes alliés, instructeur. Domicilié place du marché à Saint-Martin-Vésubie puis 14 rue de Lépante à Nice. Moniteur de ski et champion de tir. Dans la soirée, Paul Vallaghé attaque à lui seul un détachement de 9 allemands qui commande le tir d’une pièce d’artillerie légère de la place Garibaldi et pilonne les positions des F.F.I.. Il abat les 9 servants puis s’élance pour s’emparer de la pièce d’artillerie. Il entreprend de la ramener vers le Lycée de garçons mais une rafale de mitrailleuse l’atteint dans les reins. Il est transporté à l’hôpital Saint-Roch où il décède à 21 heures. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-170432122. Son nom est inscrit sur une plaque commémorative située dans la basilique Saint-Michel à Menton, sur le Monument Aux Morts du cimetière du Trabuquet à Menton, sur une plaque commémorative sous les arcades de la place Garibaldi à Nice et sur le Monument Aux Morts de Saint-Martin-Vésubie. Le square dans lequel se trouve le Monument Aux Morts de Saint-Martin-Vésubie se nomme le square Paul Vallaghé87,67123.
30. Verdun Vial* né le 3 octobre 1916 à Nice : F.F.I., secteur Nice, groupe Lenoir. Gardien de la paix, membre de la Renaissance. Domicilié 13 rue François Guisol à Nice. Le 28 août 1944, il occupe volontairement une position exposée et est mortellement blessé dans la matinée alors qu’il se trouve sur les marches reliant la descente Crotti au boulevard Mac-Mahon (actuellement avenue Jean Jaurès) à Nice. Décédé le 2 septembre 1944 à 7 heures à la clinique Saint-Antoine à Nice. Il est reconnu Mort pour la France. Son nom est inscrit sur la plaque commémorative de l’église Sainte-Claire à Nice, la plaque commémorative des résistants du 1er canton à l’hôtel de ville de Nice, une plaque commémorative descente Crotti à Nice, la plaque commémorative de l’église Saint-Augustin à Nice et la plaque commémorative 1939-1945 des policiers morts pour la France à la caserne Auvare à Nice. Il est inhumé au cimetière communal du château à Nice, tombe familiale102,67124.

Les 6 résistants tués indirectement

1. René Bensaïd* né le 2 décembre 1921 à Chéraga (Algérie) : Lieutenant FFI du groupe Lenoir, membre des Corps Francs de la Libération (CFL). Étudiant domicilié 6, rue de Bruxelles à Nice. Le 28 août 1944, il participe aux combats pour la Libération de Nice en commandant son groupe C.F.L. au passage à niveau. Mortellement blessé le 4 septembre 1944 à 13 heures par un résistant d’un groupe F.F.I. venu réclamer des armes à l’hôtel Terminus en face de la gare centrale de Nice. Deux coups de mitraillette sten partent accidentellement lors de cet échange animé entre les F.F.I.. René Bensaïd est évacué à l’hôpital Saint-Roch où il décède à 14h30 – Acte de décès dressé le 6 septembre 1944 à Nice. Son nom est inscrit sur une plaque commémorative située à l’angle de l’avenue Thiers et de la rue Paganini et sur le monument commémoratif des résistants du 4e canton de Nice situé dans le jardin Alsace-Lorraine. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 38, tombe familiale6,125.
2. Sauveur Bernardo* né le 26 novembre 1918 à Palazzolo (Italie) : F.F.I., membre des Milices Patriotiques (M.P.), groupe Francis Suarez. Plombier domicilié 11 rue de la Providence à Nice. Il participe le 28 août 1944 aux combats pour la libération de Nice. Le lendemain, il est abattu par son chef de groupe lors d’une dispute concernant la possession d’un revolver. Sauveur Bernardo est mortellement blessé sous le pont de la voie ferrée entre le boulevard Riquier et le boulevard de l’armée des Alpes. Il est mortellement blessé sous le pont de la voie ferrée entre le boulevard Riquier et le boulevard de l’armée des Alpes. Évacué dans un blockhaus place de Riquier où il décède à 18 heures. Son nom est inscrit sur une plaque commémorative là où il fut blessé, sur le Monument Aux Morts de Riquier à Nice, sur la plaque commémorative de l’église Sainte-Claire à Nice, la plaque commémorative de la Résistance à l’hôtel de ville de Nice et la plaque commémorative située sur la façade extérieure de l’église Saint-Augustin à Nice. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré militaire n°58, tombe individuelle. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-19533 (nom Bennardo)126,87127.
3. Maurice Charton né le 1er septembre 1919 à Purgerot : F.F.I., membre de l’A.S. et des F.T.P.F. Employé de commerce (garçon épicier) avec son beau-père domicilié 8 rue Gubernatis à Nice. Engagé volontaire en 1939 au 110e d’Aviation démobilisé en août 1942. Gaulliste. Pendant l’Occupation italienne, il rejoint l’A.S. (Armée Secrète) et le 2ème bureau sous les ordres du capitaine Guary domicilié dans la même rue au 17 dénoncé par un voisin P.P.F., Davo. Guary est arrêté en juin par l’OVRA ainsi que Maurice Charton le 24 juin. Conduit à la villa Lynwood à Nice puis déporté en Italie à Savone, Taggia et Modane. Un ami de la famille, Jooris, consul général de Belgique en France, se rend en Italie et obtient la libération de Charton. Il rentre à Nice le 10 novembre 1943. Les Allemands lui ont donné un laissez-passer qu’il garde en souvenir de sa libération. Il rejoint les F.T.P.F. niçois le 10 décembre 1943. Dénoncé, la Gestapo vient à 4 reprises avec des G.A.- P.P.F. à son domicile pour l’arrêter. Il quitte la région le 1er juin 1944 avec l’aide de Joseph Gallo et se rend le 4 juin 1944 à Dax où il se réfugie chez Jooris. Il travaille à la firme Gausin (coupe de bois pour les mines belges). Le 14 juillet 1944, il revient à Nice puis se rend à Clans avec son épouse et son fils jusqu’à la libération de Nice le 28 août 1944. Fin juillet 1944, il aide le groupe Morgan dans le secteur de Clans (renseignements et siège des Allemands stationnés à Bancairon le 10 août 1944). Il rentre à Nice après le 28 août pour se rendre disponible auprès des F.F.I. dont le siège est situé à l’hôtel Atlantic boulevard Victor Hugo. Il réalise plusieurs enquêtes comme auxiliaire du 2ème bureau et arrête plusieurs collaborateurs dont un ancien milicien portant un brassard F.F.I. Il saisit également du ravitaillement à des collaborationnistes. Il travaille seul. Le samedi 2 septembre, il est vu pour la dernière fois devant le siège de Combat avenue de la victoire à Nice. Il est ensuite arrêté par des F.T.P.F. et emprisonné dans les caves de l’hôtel Splendid, siège des F.T.P.F. niçois. Le 5 septembre 1944, vers 17 heures, un ami, Perress, venu pour un rendez-vous, le voit par une lucarne de la cave depuis la cour et échange quelques mots avec lui. Ce dernier lui demande de se rendre à l’hôtel Atlantic pour savoir quel est le motif de son arrestation qu’il ignore encore. Un F.T.P.F. interrompt alors l’échange car il est interdit de parler avec un prisonnier. 15 minutes plus tard, Perress voit sortir une automobile noire avec plusieurs hommes à bord dont des F.T.P.F. et Maurice Charton. Perress est alors arrêté par le F.T.P.F. qui l’avait empêché de parler avec le prisonnier et gardé à vue pendant 24 heures à l’hôtel Splendid. L’automobile est aperçue par des témoins boulevard de la madeleine à Nice se dirigeant vers la madeleine supérieure. 4 F.T.P.F. avec brassards tricolores et mitraillettes emmènent 2 prisonniers au vallon sabatier vers 18h. Vers 18h30, la voiture redescend sans les prisonniers. Ils ont été exécutés sans procès vers 18h30 dans un sentier longeant la colline de la costière. Un témoin assiste de loin à l’exécution et découvre les corps juste après le départ des F.T.P.F. Le corps de Maurice Charton est retrouvé face contre terre, le crâne explosé par une rafale de mitraillette. Il est identifié grâce à son alliance (avec la date du mariage gravée à l’intérieur) et sa chevalière. Son épouse vient le reconnaître le 6 septembre 1944 au reposoir du cimetière de Caucade à Nice. Le deuxième fusillé n’a pas été identifié. Un mot de Maurice Charton est reçu par un ami, le secrétaire de police Giovanelli le 6 ou le 7 septembre, transmis par une personne emprisonnée avec lui puis libérée. Il y explique qu’on prétend qu’il est un agent de la Gestapo car il a un laissez-passer allemand sur lui (celui de sa libération) mais en fait il semblait sur le point d’arrêter un F.T.P.F. Le laissez-passer aurait fourni un prétexte pour l’arrêter et ensuite l’exécuter. Personne ne se rappelle Maurice Charton parmi les responsables F.T.P.F. lors des passages de la police durant l’enquête. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-42776128. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 1, tombe familiale129[réf. insuffisante].
4. Antoine Genouillac* né le 6 février 1902 à Contes : F.F.I., membre des F.T.P.F., 30e Cie, Milices Patriotiques (M.P.). Membre de la Résistance depuis octobre 1941. Chauffeur domicilié 22, rue Scaliéro à Nice. Le 28 août 1944, il participe aux combats pour la Libération de Nice. Membre des G.C.R., il est tué le 29 août à 18h30 dans une échauffourée avenue de la république à Nice en voulant procéder à l’arrestation des frères Monti, membres d’un groupe d’une quinzaine de chemises noires des secteurs république et risso. L’un des collaborateurs, Joseph Monti, est abattu sur le pont barla. Son nom est inscrit sur le Monument Aux Morts de Riquier à Nice-Riquier et sur une plaque commémorative située 42, avenue de la République à Nice. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-192332130,87,107>131.
5. Émile Krieger* né le 20 novembre 1890 à Sarreinsming : F.F.I. membre des F.T.P.F., groupe René (René Canta). Retraité de la Gendarmerie depuis le 7 mars 1940. Domicilié villa pervenche à Cimiez à Nice. En octobre 1941, il vend des journaux sur la promenade des anglais et est arrêté par la police française pour avoir crié « Goering arrêté ». Il rejoint la Résistance en octobre 1942 (renseignements, recrutement, ravitaillement). Pseudos A0445, Jean-Louis, Lamontre, Lacroix. Il participe aux combats pour la libération de Nice le 28 août 1944. Avec un groupe de résistants, il reçoit l’ordre d’attaquer les allemands présents à la villa Paradisio à Cimiez à Nice. Il essaie mais en vain de couper les voies de circulatio. Les allemands doivent cependant décrocher mais Émile Krieger, sans doute blessé en position avancée, est capturé. Il est emmené par les allemands dans leur retraite vers l’Italie. Il est ensuite déporté au K.L. Dachau (Allemagne) et décédé le 11 janvier 1945 à Innsbruck. Son nom est inscrit sur une plaque commémorative au 24, boulevard de Cimiez et sur le Monument Aux Morts de Cimiez à Nice70132.
6. Antoine Souchon né le 8 février 1893 à Monistrol-sur-Loire : F.F.I., membre du mouvement Combat, groupe Deguin. Chauffeur domicilié 8 avenue Durante à Nice. Il est probablement abattu par une patrouille allemande le 27 août le long du Var, route de Grenoble, en relevant la position des mines dans le fleuve Var. Son corps est retrouvé le matin 28 août 1944. Il est Inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-161382133.

Les 32 civils tués à Nice

1. Jean Authement né le 13 juin 1914 à Créteil : Employé S.N.C.F. domicilié 53, boulevard de Cessole à Nice. Grièvement blessé par un tir allemand alors qu’il se rend au travail le matin de l’insurrection du 28 août 1944. Décédé à la clinique rue Mantéga vers seize heures. Son nom est inscrit sur le Monument Aux Morts de la gare Saint-Charles de Marseille 01, la plaque commémorative 1939-1945 des agents S.N.C.F. de la gare centrale de Nice et le monument commémoratif de la Libération de Nice (06) (nom Autheman). Il est reconnu Mort pour la France. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes de guerre, tombe individuelle129[réf. insuffisante].
2. Dominique Baldelli né le 25 novembre 1896 à San Giustino (Italie) : Maçon. Tué à 10 heures à Saint-Isidore dans un bombardement allemand le jour de l’insurrection du 28 août 1944 à Nice. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 41, tombe familiale134[réf. insuffisante].
3. Louise Barraya née le 21 novembre 1932 à Nice : Domiciliée 2 rue colombo à Nice. Décédée à 16 heures à son domicile le jour de l’insurrection du 28 août 1944 à Nice. Reconnue Mort pour la France. Elle est inhumée au cimetière communal de Caucade à Nice, carré K, tombe familiale135[réf. insuffisante].
4. Claire Bègue née le 27 novembre 1881 au Puy-en-Velay : Domiciliée 10 rue Puget à Nice. Décédée à 18 heures à son domicile le jour de l’insurrection du 28 août 1944 à Nice.Reconnue Mort pour la France136[réf. insuffisante].
5. Jean Bobichon* né le 6 novembre 1922 à Nice : F.F.I., membre du mouvement Libération-Sud. Surnommé Boby. Étudiant domicilié 5 rue de la préfecture à Nice. Citation à l’Ordre de la Croix rouge, Citation à l’Ordre de l’Armée, Croix de guerre avec palme. Membre des équipes d’urgence de la croix rouge française. Le 28 août 1944, il rejoint le poste de secours de la Croix Rouge française installé place du palais de justice. Au retour d’une évacuation vers l’hôpital Saint-Roch, l’équipe composée d’une infirmière avec uniforme et de deux infirmiers avec brassards de la C.R.F. est touchée près du poste de secours par un obus tiré par les allemands. Jean Bobichon est mortellement blessé. Décédé durant son transfert vers l’hôpital Saint-Roch vers 15h30. Il est reconnu Mort pour la France. Son nom est inscrit sur la plaque commémorative de la Résistance à l’hôtel de ville de Nice et sur une plaque commémorative sur la tour de la caserne Rusca, place du Palais de Justice6,67137138.
6. Gaston Bonfils né le 3 octobre 1898 à Nice : Taxi-vélo domicilié 12 rue Reine Jeanne à Nice. Tué le 28 août 1944 à 11 heures boulevard Gambetta dans les combats pour la libération de Nice. Reconnu Mort pour la France139[réf. insuffisante].
7. Laurent Calzia né le 2 juin 1898 à Nice : Représentant de commerce domicilié avenue de Cyrnos à Nice. Décédé à 17 heures à son domicile le 28 août 1944 dans les combats de la Libération de Nice. Reconnu Mort pour la France140[réf. insuffisante].
8. Antoine Simon Codaccioni né le 11 février 1901 à Bilia : Surveillant de la S.N.C.F. domicilié 15 bis avenue des diables bleus à Nice. Le 28 août 1944, le jour de l’insurrection de Nice, il se trouve au travail dans la cour de la gare S.N.C.F.. Un allemand le voit et le prend pour un F.F.I.. Il lui tire une rafale de balles explosives. Grièvement blessé, il décède des suites de ses blessures le 1er septembre 1944 à 17 heures au 31, rue de Paris à Nice. Son nom est inscrit sur la plaque commémorative 1939-1945 pour les agents S.N.C.F. de la gare centrale de Nice, le Monument Aux Morts de la gare Saint-Charles à Marseille 01 et le livre d’or de la résistance de Sartène. Il est reconnu Mort pour la France. Il est initialement inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré militaire 48, tombe individuelle. Son corps a depuis été transféré129[réf. insuffisante].
9. Amédée Degioanni né le 4 février 1872 à Aisone (Italie) : Cultivateur domicilié propriété Degioanni, quartier de l’Archet à Nice. Décédé à 16h45 à son domicile durant les combats de la Libération de Nice. Reconnu Mort pour la France141[réf. insuffisante].
10. Claude Demai né le 10 février 1888 à Sainte-Agnès : Employé à la S.N.C.F. domicilié 36 rue Reine Jeanne à Nice. Mortellement blessé par une balle allemande durant les combats pour la Libération de Nice le 28 août 1944. Il se trouve dans le square Saint-Étienne (actuel square Colonel Jeanpierre) alors qu’il vient de sortir du lieu surnommé P.V. (petite vitesse), dépendant de la gare centrale, pour rentrer à son domicile. Transporté à son domicile où il décède à 12h45. Son nom est inscrit sur la plaque commémorative 1939-1945 pour les agents S.N.C.F. de la gare centrale de Nice et le Monument Aux Morts de la gare Saint-Charles à Marseille 01 et le livre d’or de la résistance de Sartène. Il est reconnu Mort pour la France. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes de guerres, tombe individuelle129[réf. insuffisante].
11. Abel Durville né le 28 avril 1895 à Amilly : Hôtelier domicilié 45 rue de l’hôtel des postes à Nice. Mortellement blessé par un tir allemand et décédé à son domicile à 16h30 durant les combats pour la Libération de Nice le 28 août 1944. Reconnu Mort pour la France. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 41, tombe familiale142[réf. insuffisante].
12. Mathilde Faugué née le 21 novembre 1910 à Nice : Domiciliée 1 rue Marceau à Nice (06. Tuée le 28 août 1944 lors des combats de la Libération de Nice. Mortellement blessée vers 10h30 en même temps que Paulette et Jean Sénémaud par les allemands. Les soldats de passage tirent depuis la route à bord des camions. Mathilde Faugué est touchée par un balle dans la gorge. Elle est évacuée mais décède à 21 heures à la clinique Mantéga. Elle est reconnue Mort pour la France143[réf. insuffisante].
13. Guillaume Franzini né le 15 avril 1890 à Diano Marina : Plombier-zingueur domicilié 49 boulevard Joseph Garnier à Nice. Il est grièvement blessé le 28 août 1944 dans les combats pour la libération de Nice (06). Il décède des suites de ses blessures le 17 mai 1947 à 8 heures à son domicile. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif de la Libération de Nice. Il est reconnu Mort pour la France. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 11, tombe familiale72.
14. Raoul Gauthier né le 24 novembre 1907 à Marseille : Musicien domicilié 2 rue François 1er à Nice. Employé comme musicien depuis 1941 par le cabaret Plantation 34 rue Masséna à Nice. Tué par les allemands le 28 août 1944 à Nice dans les combats de la Libération de Nice (06). Sorti de son domicile dans l’après-midi pour une raison inconnue, iIl arrive à l’angle des rues Alphonse Karr et François Ier. Un groupe d’allemands stationné boulevard Victor Hugo à la Feldkommandantur le voit et tire une rafale sur lui. Il est touché par une balle qui lui traverse le corps. Il s’affaisse et est secouru par des voisins dont son employeur Jacques Chapron. Transporté à son domicile, il y décède quelques instants plus tard à 17 heures. Corps transporté le lendemain à la morgue de l’hôpital Saint-Roch à Nice. Une restitution de corps aux frais de l’État a été demandée par sa soeur Antoinette Gauthier épouse Olive au cimetière d’Arles, caveau de Zoé Ténot de Lespinois, mais n’a pas eu lieu. Il est reconnu Mort pour la France. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle129[réf. insuffisante].
15. Camille Gorlero né le 30 juillet 1876 à Nice : Cultivateur domicilié propriété la vista chemin de Bellet à Nice. Décédé à 17 heures à son domicile le 28 aout 1944 durant les combats de la Libération de Nice. Reconnu Mort pour la France144[réf. insuffisante].
16. Élise Grunheber née le 8 septembre 1917 à Fontenoy-sur-Moselle : Domiciliée 43 avenue Giacobi à Nice. Mortellement blessée dans un bombardement lors des combats de la Libération de Nice. Décédée à six heures à son domicile le 31 août 1944. Reconnue Mort pour la France. Elle est inhumée au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle (nom Muller, son nom avant son divorce)145[réf. insuffisante].
17. Romulus Ioni né le 23 mars 1892 à Apecchio (Italie) : Matelassier domicilié 4 rue du Jésus à Nice. Naturalisé en 1927. Tué le 28 août 1944 durant les combats de la Libération de Nice. Tué par un obus de mortier rue centrale à 16 heures dans le bombardement allemand. Il est reconnu Mort pour la France. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle129[réf. insuffisante].
18. Constant Jeudy né le 3 avril 1875 à Campos (Brésil) : Secrétaire administratif domicilié 15 avenue Shakespeare à Nice. Mortellement blessé par une balle de mitrailleuse allemande le 28 août 1944 durant les combats de la Libération de Nice. Il est touché alors qu’il traverse le boulevard Gambetta pour se rendre à son travail. Décédé à 16 heures à l’hôpital Saint-Roch. Il est reconnu Mort pour la France. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle129[réf. insuffisante].
19. Josette Mélia née le 31 janvier 1924 à Nice : Secrétaire dactylographe au centre de réforme de la caserne Rusca à Nice domiciliée 9 rue Michel-Ange à Nice. Tuée à 15 heures dans les bombardements allemands du 28 août 1944 à Nice durant les combats de la Libération de Nice. Un éclat de mortier l’atteint alors qu’elle se trouve dans les locaux du centre de réforme de la caserne Rusca à Nice. Elle est reconnue Mort pour la France. Elle est inhumée au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle129[réf. insuffisante].
20. Ernestine Monti née le 17 octobre 897 à Agliano Terme (Italie) : Femme de ménage domiciliée 36 boulevard Dubouchage à Nice. Elle épouse un nommé Bosca. Décédée à 18 heures à l’hôpital Sant-Roch le 28 août 1944 à Nice (06) durant les combats de la Libération de Nice (06). Reconnue Mort pour la France146[réf. insuffisante].
21. Robert Petitnicolas né le 4 septembre 1900 à Saint-CloudNice : Placier domicilié 89 boulevard de Cambrai à Nice. Décédé à 20h30 31 rue de Paris le 28 aout 1944 dans les combats de la Libération de Nice. Reconnu Mort pour la France147[réf. insuffisante].
22. Napoléon Polchi né le 24 avril 1896 à Nice : Menuisier domicilié 9 boulevard Tzarévitch à Nice. Décédé à 18 heures à son domicile le 28 aout 1944 dans les combats de la Libération de Nice. Reconnu Mort pour la France148[réf. insuffisante].
23. Lina Polidori née le 23 octobre 1909 à Nice : Domiciliée 74 avenue Saint-Barthélémy à Nice. Tuée par une balle tirée par un soldat allemand le 28 août 1944 dans les combats de la Libération de Nice. Décédée à son domicile à 15 heures. Elle est reconnue Mort pour la France. Elle est inhumée au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 4, tombe familiale149[réf. insuffisante].
24. Louis Quilico né le 24 avril 1896 à Nice : Employé de banque à la société Lyonnaise de Dépôt domicilié 4 rue du Jésus à Nice. Tué rue de la Préfecture à 8 heures par les allemands le 28 août 1944 dans les combats de la Libération de Nice. Mention Mort pour la France refusée par manque d’informations précises sur les conditions du décès. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle129[réf. insuffisante].
25. Antoine Revoul né le 2 avril 1900 à Saint-Chamond : Employé. Tué le 28 août 1944 à 14 heures quai Galliéni dans les combats pour la libération de Nice. Reconnu Mort pour la France150[réf. insuffisante].
26. Axel Robertson-Proschowsky né le 24 juillet 1904 à Nice : Domicilié chemin des grottes rue des tropiques à Fabron à Nice. Mortellement blessé le 28 août 1944 dans les combats de la Libération de Nice. Décédé à l’hôpital Saint-Roch à Nice à 19 heures le 28 août 1944. Il est reconnu Mort pour la France. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle129[réf. insuffisante].
27. Jean Sénémaud né le 5 juillet 1933 à Marseille : Domicilié 15 avenue Saint-Laurent à Nice. Tué le 28 août 1944 lors des combats de la Libération de Nice. Abattu chez lui à 10h30 avec sa petite sœur Paulette Sénémaud par les allemands. Les deux enfants se trouvent dans le jardin clôturé attenant à la demeure familiale. Les soldats de passage à bord de camions ont tiré depuis la route qui surplombe le jardin. Il est reconnu Mort pour la France. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe partagée avec sa soeur129[réf. insuffisante].
28. Paulette Sénémaud née le 4 mars 1936 à Marseille : Domiciliée 15 avenue Saint-Laurent à Nice. Tuée le 28 août 1944 lors des combats de la Libération de Nice. Abattu chez lui à 10h30 avec son grand-frère Jean Sénémaud par les allemands. Les deux enfants se trouvent dans le jardin clôturé attenant à la demeure familiale. Les soldats de passage à bord de camions ont tiré depuis la route qui surplombe le jardin. Elle est reconnue Mort pour la France. Elle est inhumée au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe partagée avec son frère129[réf. insuffisante].
29. Marguerite Sirone née le 9 décembre 1881 à Fossano : Domiciliée 93 boulevard Gambetta à Nice. Nationalité italienne. Tuée le 28 août 1944 à midi dans les combats de la Libération de Nice. Retrouvée morte chez elle. Les allemands ont mis un mortier en batterie devant chez elle. Elle aurait été tuée par un éclat d’obus alors qu’elle se trouvait devant sa fenêtre. La mention Mort pour la France est refusée par manque de précisions sur les conditions de son décès. Elle est inhumée au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 70, tombe familiale129[réf. insuffisante].
30. Charles Tua né le 15 janvier 1866 à Saluzzo (Italie) : Coiffeur domicilié 7 rue Paul Déroulède à Nice. mortellement blessé par un tir allemand le 28 aout 1944 dans les combats de la Libération de Nice. Décédé à 23 heures 7 avenue Durante (clinique Saint-Antoine). Reconnu Mort pour la France. Il est inhumé dans le cimetière communal de Caucade à Nice, carré 28, tombe familiale 151.
31. Ernest Toselli né le 4 novembre 1917 à Nice : Boucher domicilié à Nice. Décédé à 15h30 3 rue fontaine de la ville prolongée le 28 aout 1944 dans les combats de la Libération de Nice. Reconnu Mort pour la France. Inhumé cimetière communal de Caucade à Nice, carré 9, allée du canal, tombe familiale152[réf. insuffisante].
32. Marie Vives née le 28 février 1908 à Saîda (Algérie) : Secrétaire domiciliée villa Flandre avenue Brasini à Nice. Décédée à 22 heures à l’hôpital Saint-Roch durant les combats de la Libération de Nice. Reconnue Mort pour la France153.

Les 2 civils tués par les bombardements allemands à Saint-Laurent-du-Var

Eraldo Cippoli né le 3 avril 1875 à Sansepolcro (Italie) : Journalier agricole domicilié villa augustine quartier des gallinières à Saint-Laurent-du-Var. Tué par un obus allemand dans un bombardement sur le quartier des gallinières le 28 août 1944 à 20 heures à la villa Augustine Saint-Laurent-du-Var. Son nom est inscrit sur les plaques commémoratives pour les victimes civiles place Adrien Castillon à Saint-Laurent-du-Var154[réf. insuffisante].
Roger Curti né le 22 janvier 1921 à Châteaudun-du-Rhumel (Algérie) : Mécanicien domicilié villa Marie Nil quartier des gallinières à Saint-Laurent-du-Var. Tué par un obus allemand dans un bombardement sur le quartier des gallinières le 28 août 1944 à 20 heures à la villa Marie Nil Saint-Laurent-du-Var. Son nom est inscrit sur les plaques commémoratives pour les victimes civiles place Adrien Castillon à Saint-Laurent-du-Var155

 

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L’épuration à Nice

L’épuration extra-judiciaire avant la Libération
Dès 1943, les organisations de résistance ont décidé d’éliminer physiquement des collaborationnistes (cadres de la Milice française et du PPF très engagés dans la politique de collaboration) voire de délateurs (qui ont provoqué l’arrestation de résistants ou de Juifs persécutés). 57 personnes ont ainsi été abattues avant la Libération dans 21 communes des Alpes-Maritimes (27 à Nice) : 15 en 1943 (12 à Nice), 16 entre le 1er janvier et le 6 juin 1944 (8 à Nice), 26 entre le débarquement en Normandie et la Libération (7 en Nice)156.

Voici quelques-unes de ces opérations d’élimination.
Dans la nuit du 14 au 15 avril 1943, l’agent de l’OVRA à Nice, Oswaldo Angrisani, ressortissant italien, est éliminé. Oswaldo Angrisani est né le 14 novembre 1896 à Turin. Le sénateur de l’Isère, Léon Perrier, en résidence à Nice, a monté un groupe de résistants. Angrisani est jugé trop habile et les résistants décident de le supprimer. En quelques mois, cet individu brutal a arrêté une vingtaine de membres du groupe. Deux hommes sont appelés de Grenoble pour régler l’affaire. Angrizani réside au Mont-Boron, 189 boulevard Carnot, dans une petite villa niçoise appelée l’Éolienne, à une centaine de mètres de l’hôpital anglo-américain. Au bout du jardin se trouve un garage qui donne directement sur la route avec un toit en terrasse sur lequel deux gardes armés se tiennent en permanence. Angrizani aime le jeu et sort presque chaque soir au casino de Monte-Carlo et rentre à l’aube. L’objectif est de l’abattre à son retour du casino. Le sénateur et les deux tueurs se rendent sur place à deux reprises sans succès. La troisième reprise est la bonne. Vers trois heures du matin, Angrizani arrive et il est abattu. Les trois hommes parviennent à s’enfuir157.

Le 5 juin 1943 sont exécutés à 10h30 Joseph Moraglia et son épouse Séraphine Giordano, des commerçants fascistes délateurs du quartier Magnan domiciliés 9 avenue de la Californie. Joseph Moraglia est tué sur le coup. Son épouse décède de ses blessures à l’hôpital Saint-Roch à midi. Cette exécution entraîne des représailles menées par une centaine de membres des gruppi d’Azione Nizzarda. Ils se rendent dans le quartier Magnan. Ils y saccagent les appartements et les commerces de français et de naturalisés suspectés d’appartenir à la mouvance communiste158.

Le 24 novembre 1943, le docteur Adolphe Tourtou, est abattu sur les marches de l’hôpital Saint-Roch vers dix-sept heures. Adolphe Tourtou est né à Pignans dans le Var le 4 janvier 1896. Docteur en médecine, il est adjoint au maire de Nice et secrétaire fédéral du PPF. Il est marié et domicilié 45 boulevard Victor-Hugo à Nice. Le 28 novembre a lieu au Palais des Fêtes, boulevard Victor-Hugo, à Nice, un grand meeting. Joseph Darnand et Philippe Henriot prennent la parole. Avant le meeting, ils vont s’incliner devant la dépouille du docteur Tourtou. Dans leurs discours, Darnand et Henriot jurent de le venger. De nombreux miliciens sont venus de toute la région. Le soir, les miliciens mangent au restaurant de la Légion, 17, rue Pertinax. Le repas terminé, un groupe de miliciens sort du restaurant. De la rue Saint-Siagre, une main envoie une grenade sur le groupe. Cinq miliciens de l’escorte de Darnand sont tués, 6 sont blessés. En représailles de ces attaques, six résistants (dont Jean Lamy et Eugène Courbet du groupe Léon de Nice, l’opticien Octave Grandperret et le boulanger Guillaume Stuerga arrêtés par la Gestapo en novembre à Vence) détenus au quartier allemand de la Maison d’Arrêt de Nice sont exécutés le 26 décembre 1943 par le Groupe d’Action du PPF159,158.

Le cadre milicien Ernest Dausse est abattu le 6 février 1944 à Nice. Il est né le 24 octobre 1908 à Nice. Musicien, il est domicilié 15 rue de la Préfecture à Nice. Il décède à l’hôpital Saint-Roch des suites de ses blessures158.
Le 29 mai 1944, vers quinze heures, Georges Karakaïeff est exécuté. Ancien légionnaire, né à Moscou vers 1900, il est devenu un agent de la Gestapo. Il est domicilié 48 rue Rossini à Nice. Il aime la compagnie féminine. Une jolie jeune femme brune de la Résistance le rencontre un jour par hasard et il l’accoste. Elle l’a reconnu et accepte le rendez-vous. Le couple se promène le 29 mai 1944 chemin de Bellet à Nice. Prévenu du rendez-vous par la jeune femme, la résistance a envoyé un de ses hommes qui abat Karakaïeff à coups de revolver. L’agent de la Gestapo meurt sur place160.

Raoul Scaiola est exécuté et mortellement blessé. Il décède à 2h45 le 19 juillet à Nice à la clinique du parc impérial161. Il était membre d’un des trois groupes des G.A. – P.P.F. niçois162.
Charles Passeron, maire de Lantosque, est exécuté le 24 juillet 1944158.
Georges Bensa, avocat, rédacteur des discours de Darnand, est exécuté le 2 août 1944158. Il décède le 3 août 1944 à 8 heures à l’hôpital Saint-Roch à Nice163

L’épuration extra-judiciaire à la Libération
Entre la Libération et la mise en place des tribunaux épurateurs, 73 exécutions sommaires ont lieu dans 18 communes (36 à Nice) dont 10 à Antibes le 23 septembre 1944 au Fort Carré en représailles de la mort d’un jeune FTP la veille. Huit exécutions ont également eu lieu après le début de l’activité des cours de Justice. À Nice, 34 exécutions ont lieu avant le 23 septembre 1944, le premier jour du fonctionnement de la Cour de Justice de Nice et 2 après164.
Plusieurs cas d’exécutions sommaires peuvent être relevés à Nice durant l’insurrection niçoise du 28 août 1944 et dans le flottement des jours qui suivent. Le Comité insurrectionnel appelle ainsi le matin du 28 août à commencer « une épuration énergique de tous les salopard connus ».

Le 28 août 1944, vers 4 heures du matin, les FFI investissent le passage à niveau (actuel carrefour du 28-Août). Ils capturent une camionnette. Conduits par le chauffeur de taxi « Manus », Louis Sana et Aimé Paiche parcourent le quartier pour y arrêter les « chemises noires » fascistes qu’ils connaissent. Quelques-uns seront exécutés dans la journée165.
Le soir du 28 août vers 20 heures, on frappe à la porte de F., il ouvre, descend quelques marches et est abattu166.
Un sympathisant fasciste italien est exécuté à l’entrée du tunnel Pessicart, de la voie ferrée du train des Pignes. Son corps reste exposé, pour l’exemple, sur le ballast, avec défense de lui porter secours
Au dépôt de locomotives Saint-Roch, un collaborateur est poursuivi sur les voies, et mutilé d’un bras, sous la roue d’une locomotive

Gare de Riquier, un couple de collaborateurs… et leur chien sont pendus à un réverbère[réf. nécessaire].
Place Saluzzo, une famille de collaborateurs notoires accueille et séquestre littéralement un soldat américain, abreuvé, saoulé, gavé, et cajolé, pour éviter l’intrusion des justiciers résistants[réf. nécessaire].
Dans la plaine du Var, une famille de collaborateurs notoires choisit de résister les armes à la main aux épurateurs. L’escarmouche ne se prolonge guère, les justiciers ne font pas justice et vont porter leurs foudres ailleurs[réf. nécessaire].
Le 29 août, le couple Ange Baroni et Joséphine Marenghi est exécuté à son domicile du 212 boulevard du au Mont-Boron à 20 heures166.

Trois hommes domiciliés à Villefranche-sur-Mer, Félix Gautier, Georges Le Grand et Pierre Cappeletti, sont arrêtés à Villefranche-sur-Mer, jugés par un tribunal militaire improvisé de F.F.I. et fusillés le 30 août 1944 à Nice à 9 heuresaux Plâtrières, derrière les nouvelles prisons de Nice166.
Le 1er septembre à minuit, deux hommes sont jugés par un tribunal militaire improvisé de F.F.I. et fusillés au lycée de garçons à Nice : Joseph Allavena et Séraphin Cipre166. Joseph Allavena était le Responsable avec Pierre Bramardi du bureau social niçois du P.P.F.. Ce bureau s’occupait des familles des engagés de la L.V.F. et de la S.S. mais aussi d’arrestations de résistants167
Le 9 septembre, le cadavre du médecin Paul Comes est découvert vers midi au quartier de Saint-Pierre-de-Féric168. Trois autres corps sont retrouvés le même jour au quartier de la Sirole à Saint-Pancrace : Angèle Martini décédé vers 11 heures, Jean Tortarola et un inconnu décédés vers 15 heures168.
Le 11 septembre 1944, un homme d’environ 30 ans et une femme d’environ 65 ans sont exécutés vers 22 heures au lieu-dit terrain Bonfils à la hauteur du 428 boulevard de la madeleine. Les corps sont découverts enterrés à environ 10 mètres de la route le lendemain 41

Jacques Aber est agressé quelques jours avant la Libération puis transporté à l’hôpital Saint-Roch pour y être soigné. Le 12 septembre, à 13 heures, il est achevé d’une balle dans la tête à l’hôpital168. Il était membre d’un des trois groupes des G.A. – P.P.F. niçois167.
Le corps sans vie d’un inconnu est retrouvé le 22 septembre 1944 à Gairaut à Nice169.
Au moment de la Libération, entre fin août et fin septembre, des arrestations massives, sans précédent, ont lieu dans le département. Près de 2.532 personnes sont emprisonnées fin septembre dans des dizaines de centre d’internement. L’entassement et la promiscuité posent rapidement problème ainsi que la situation sanitaire (manque d’eau courante, d’hygiène, de paillasses…). Ses arrestations sont opérées dans la confusion sans que l’on sache vraiment qui est détenu et où170. Enfin libres, la crainte demeure des actions d’une 5e colonne170. Cette situation a permis plusieurs abus (libérations injustifiées, disparition de dossier et de personnes, sévices corporels, liquidations, extorsion de fonds…). La police d’épuration du Comité départemental de libération est montrée du doigt par le préfet pour des irrégularités commises à l’hôtel Scribe de Nice : tortures, extorsion de fonds… Dès le 28 septembre, le commandant Max est arrêté pour des vols et des disparitions de détenus. Sous le couvert du brassard FFI, cet aventurier avait organisé une épuration sauvage à l’hôtel Adriatic. On se rend finalement compte que 50% des membres de cette police sont des repris de justice. Cette police est dissoute le 26 décembre 1944171.
Plusieurs lieu d’internement sont utilisés à Nice et alentours : maison d’arrêt, hôtel Scribe (avenue Georges-Clemenceau) et hôtel Suisse (réquisitionné, quai Rauba-Capeu) à Nice, casernes de La Galinière à Saint-Laurent-du-Var et Saint-Jean-d’Angély à Nice170.
Plusieurs dizaines de femmes ont également été tondues, pour collaborations avec les Allemands (qui n’ont occupé Nice qu’un an) mais surtout pour les sympathisantes fascistes, militantes depuis 1940 du rattachement de Nice à l’Italie.

Les dernière exécutions sommaires
À partir du 23 septembre 1944, la cour de Justice de Nice commence à se réunir. L’épuration judiciaire et légale commence. Cependant, quelques exécutions sommaires ont lieu jusqu’au 8 octobre 1946.
Le 2 février 1945, les corps de deux femmes, Suzanne Defeu et Georgette Capitaine, exécutées par la Résistance, sont retrouvés à la Madonette-Terron, près de la statue172.
Le 18 mars 1945, un métayer italien, Settimio Carletti, 66 ans, est tué par un groupe de 8 individus à la place de ses deux fils en fuite173,164.
Le 14 mars 1946, on découvre le corps du boulanger Joseph Innocenti. dans son fournil. Le corps est criblé de balles de mitrailleuse. Ce boulanger avait été arrêté à la Libération à cause de ses opinions fascistes. On ignore cependant s’il s’agit d’un crime crapuleux ou d’un règlement de compte174.
Le 8 octobre 1946, le docteur Jacques Meyzenc, président départemental du PPF, collaborateur notoire, est exécuté à l’hôpital Pasteur. Condamné à mort, à la dégradation nationale et à la confiscation de ses biens le 25 juin 1946 par la cour de Justice de Nice, sa peine a été commuée en travaux forcés à perpétuité. Certains résistants refusent d’admettre ces décisions. Une première tentative d’exécution a lieu le 21 septembre lors du transfert du prisonnier à Marseille alors que celui-ci se trouve entre deux gendarmes dans le compartiment du train. Grièvement blessé, il est emmené à l’hôpital Pasteur à Nice, pavillon des détenus où il est finalement exécuté par des inconnus. Il s’agit de la dernière exécution extra-judiciaire connue dans les Alpes-Maritimes175,164.

Le rétablissement de la légalité républicaine
La presse résistante, notamment la presse communiste du Front National, réclame une épuration sévère et expéditive, justifiant même les exécutions sommaires et illégales comme celles du Fort Carré le 23 septembre 1944 (10 fusillés sans jugement). Les exécutions du Fort Carré sont fermement condamnées par le préfet et le Comité départemental de libération. Une polémique éclate. La presse communiste critique l’action du Comité départemental de Libération jugée trop laxiste176. La légalité républicaine parvient cependant lentement à s’imposer.
Le préfet Escande et le Comité départemental de Libération interviennent pour clarifier la situation des 2 532 personnes interpellées et toujours internées fin septembre 1944. Le préfet obtient des listes et des lieux de détention. Raymond Aubrac, commissaire régional de la République réclame également un tri dans les centres d’internement. Fin novembre, il reste 2 130 internés, 1 532 en décembre et 1 389 en février177. Au total, 4 127 personnes ont été internées à un moment donné pour fait de collaboration dans les Alpes-Maritimes. C’est deux fois plus que par exemple dans l’Hérault (2 011 personnes)156.

L’épuration judiciaire

Un tribunal militaire FFI fonctionne à Nice du 17 septembre au 18 octobre 1944, présidé par le commandant Chasuble, assisté des commandants Malherbe et Parent, des capitaines Michel, Gatti et Lorrain178. Il se prononce sur cinq cas178 
le chauffeur de taxi italien César Fiorucci impliqué dans la dénonciation des résistants Torrin et Grassi et pendus le 7 juillet 1944 à Nice. Il est né le 14 octobre 1914 à Città di Castello (Pérouse). Il est chauffeur. Il est condamné à mort le 23 septembre. Il est fusillé en public le 27 septembre 1944 à sept heures sept minutes, sur le quai des États-Unis à Nice, plage Beau Rivage, par un peloton de 12 FFI.

- trois autres hommes impliqués dans cette même dénonciation des résistants Torrin et Grassi et condamnés à des amendes.

- Le tribunal juge également le capitaine FTP Louis Pietri qui a commandé le peloton d’exécution du Fort Carré (10 fusillés illégalement). Il est acquitté le 5 octobre mais cassé de son grade.

Les tribunaux spécialisés se mettent en place.
Les Cours de Justice pour les cas graves de collaboration (intelligence avec l’ennemi, délation, participation aux combats sous uniforme ennemi) : 1re section (23 septembre 1944) et 2e section (24 janvier 1945) de Nice, cour de Justice de Grasse (9 février 1945)179.
Les chambres civiques pour les cas mineures de collaboration (délit d’appartenance à un mouvement anti-national) : 1re section (5 décembre 1944) et 2e section (25 janvier 1945) de Nice, chambre civique de Grasse (27 février 1945)179.
Les cours de Justice voient comparaître 1167 prévenus (909 hommes, 258 femmes, 686 français et 481 étrangers dont 421 italiens). 33 peines capitales sont décidées (30 hommes et 3 femmes), 223 peines de travaux forcés et 674 peines de réclusion. 237 personnes sont acquittées (27 %). Sur les 33 condamnations à mort, 22 hommes et 2 femmes sont graciés par le commissaire régional de la République ou du chef du gouvernement provisoire. 9 personnes sont exécutées179:

Liste des 9 personnes exécutées dans les Alpes-Maritimes suite à un Jugement des Cours de Justice des Alpes-Maritimes
- Yvonne Davaine, délatrice, condamnée le 16 octobre 1944 par la Cour de Justice de Nice et exécutée le 19 octobre 1944.

- Jean Garel de Koenig, gestapiste, condamné le 14 novembre 1944 par la Cour de Justice de Nice et exécuté le 23 décembre 1944.

- Félix Valetti, délateur, condamné le 13 janvier 1945 par la Cour de Justice de Nice et exécuté le 6 février 1945.

- Marius Fugairon, milicien, condamné le 22 février 1945 par la Cour de Justice de Grasse et exécuté le 15 mars 1945.

- Richard Held : Originaire de Moselle. Trois fois condamné pour vol, il rejoint la Gestapo comme interprète et devient lieutenant de la Gestapo cannoise. Surnommé lieutenant Richard. Sa maîtresse est Berthe Blanchet épouse Jaubert, domiciliée à l’époque avenue des Palmiers à Cannes. Responsable de vols, tortures et assassinats commis à Cannes notamment dans les caves de la villa Montfleury, siège de la Gestapo cannoise. Il a ainsi exécuté d’une balle dans la tête le juif Samuel Smilévitch, croix de guerre avec 7 citations, médaille militaire, invalide de guerre à 60 %, secrétaire de la maison des prisonniers de Cannes. Samuel Smilévitch est arrêté par le GAPPF de Cannes puis livré à la Gestapo le 24 juin 1944. Il refuse de donner une liste des juifs de Cannes. Son corps est retrouvé dans un chemin à Mougins près de Cannes le 25 juin 1944. Richard Held est également un des trois officiers (avec le lieutenant Willy Bauer et la capitaine Hans Josef Moser) qui fusillent le 15 août 1944, à 20 h 30, 10 résistants qui se trouvent dans les 4 cellules des caves de la villa Montfleury, juste avant d’évacuer les locaux. Malheureusement pour les assassins, sur les 11 résistants voués à la mort, trois survivent. L’inspecteur de police Edouard Negri profite de l’action courageuse de Concetta Biacca. Bauer bloque la sortie et tire une balle dans la tête de la jeune femme alors qu’elle quitte la dernière sa cellule. C’est le début de la tuerie. Mortellement blessée, elle l’agrippe et parvient à le faire tomber. Edouard Negri en profite pour foncer vers la sortie et parvient ainsi à s’échapper dans la rue malgré les tirs. Furieux, les officiers s’acharnent sur les 10 résistants qui restent et vident leurs chargeurs sur eux. Dans la folle fusillade, Bauer blesse même son complice Held d’une balle dans le pied. Leur crime accompli, ils quittent Cannes pour Nice puis partent vers l’Italie le 17 août. Cependant, deux résistants grièvement blessés vont survivre à leurs blessures : Louis Balesi et Marcel Neydorff. Blessé au pied, Richard Held doit s’arrêter le 17 août à Monte-Carlo avec sa maîtresse pour se faire soigner. Il est finalement arrêté à la Libération. Pour ses différents crimes, Richard Held est condamné à mort le 6 décembre 1945 par la Cour de Justice de Grasse et exécuté le 19 avril 1946.

- Eugène de Balintfly, gestapiste, condamné le 6 décembre 1945 par la Cour de Justice de Nice et exécuté le 12 février 1946.

- Eugène Jost, gestapiste, condamné le 26 mars 1946 par la Cour de Justice de Nice et exécuté le 28 mai 1946.

- Louis Delclève, gestapiste, condamné le 20 juin 1946 par la Cour de Justice de Nice et exécuté le 25 avril 1947.

- Félix Trucchi, GAPPF, condamné le 16 juillet 1946 par la Cour de Justice de Nice et exécuté le 23 août 1946.

Après le 31 juillet 1946, les condamnés à mort sont transférés à Aix-en-Provence ou au tribunal militaire de Marseille179. La plupart bénéficient de remises de peine puis des amnisties de 1951 et 1953180.
445 détenus sont jugés par contumace. Ce sont bien souvent les dossiers les plus lourds (tortionnaires de la Milice et du GAPPF, Waffen-SS…). 132 peines capitales et 5530 années de travaux forcés sont décidées180.
Les chambres civiques ont jugé 753 prévenus (616 hommes, 137 femmes, 748 Français, 5 étrangers dont 3 Italiens). 481 peines d’indignité nationales sont décidées avec souvent des amendes. 272 personnes sont acquittées (36 %)180.
Au total, 1 920 Azuréens dont 942 Niçois ont été jugés dans les Alpes-Maritimes entre l’automne 1944 et l’été 1946. D’autres l’ont été dans les Bouches-du-Rhône et la Seine180.

Après le 31 juillet 1946, les condamnés à mort sont transférés à Aix-en-Provence ou au tribunal militaire de Marseille179. La plupart bénéficient de remises de peine puis des amnisties de 1951 et 1953180.
445 détenus sont jugés par contumace. Ce sont bien souvent les dossiers les plus lourds (tortionnaires de la Milice et du GAPPF, Waffen-SS…). 132 peines capitales et 5530 années de travaux forcés sont décidées180.
Les chambres civiques ont jugé 753 prévenus (616 hommes, 137 femmes, 748 Français, 5 étrangers dont 3 Italiens). 481 peines d’indignité nationales sont décidées avec souvent des amendes. 272 personnes sont acquittées (36 %)180.
Au total, 1 920 Azuréens dont 942 Niçois ont été jugés dans les Alpes-Maritimes entre l’automne 1944 et l’été 1946. D’autres l’ont été dans les Bouches-du-Rhône et la Seine180.

L’épuration politique
Le Comité départemental de Libération et le préfet étudient minutieusement les cas des chefs de service, élus municipaux et départementaux. Ceux-ci risquent la suspension ou la révocation180.
Dès les premiers jours de la Libération, le préfet Moyon suspend le secrétaire général de la préfecture Lauvel, le chef du cabinet du préfet Ravard, le sous-préfet de Grasse Pierangeli, le procureur de l’État français Roman, le président du tribunal civil de Nice Pagès, l’inspecteur d’académie en fuite Davoine, les commandants des GMR Dalo (Alpes) et Teillet (Amiral de Grasse), le commandant de la légion de gendarmerie Blachère, le délégué départemental à l’information Moschetti-Giaubert, le commissaire divisionnaire Boupat (délégué de l’intendant régional au maintien de l’ordre)180.
A Nice, le magistrat municipal H. Vidal-Revel est suspendu. Les anciens conseillers généraux et départementaux P. Balestre (Nice III) et D. Ciaudo (Nice IV) sont révoqués181.

L’épuration administrative
Cette épuration est moins spectaculaire que l’épuration judiciaire mais concerne des milliers de personnes. Elle touche la carrière des fonctionnaires (révocation, rétrogradation d’échelon, déplacement d’office, mise à la retraite d’office) ou des professions qui bénéficient d’une concession de services publics (exclusion, blâme)181.
Dans la Police, dix commissaires et inspecteurs sont révoqués. Dans l’enseignement, huit fonctionnaires sont révoqués, trois mis à la retraite d’office, vingt-quatre sont déplacés et douze rétrogradés. A la chambre de commerce, douze personnes sont révoquées, deux radiées, trois mises à la retraite d’office et deux rétrogradées. Neuf membres du personnel médical ne peuvent plus pratiquer la médecine dans le chef-lieu ou dans le département, quinze sont exclus, un est blâmé. Soixante-douze employés ou cadres municipaux sont l’objet d’une enquête approfondie : trente et un sont finalement suspendus (dont le chef de bureau Francis Palmero) ou révoqués181.

L’épuration économique
Les entrepreneurs qui ont participé à la construction du « mur de la Méditerranée » ou ont réalisé des bénéfices grâce à la collaboration subissent de lourdes sanctions financières. 59 millions de francs sont confisqués et 55 millions de francs d’amende sont imposés à une vingtaine d’entreprises du BTP (Bonorvi et Cioci, Bally-Sobiesky, Ciffreo et Bona, Véran et Costamagna, Spada, Nicoletti, Thorrand), de la parfumerie (Bruno Court, Cresp) et de la métallurgie (Michel). Une dizaine de patrons passent de quelques semaines à quelques mois de prison préventive. Albert Ottina, impliqué dans la démolition du casino de la Jetée-Promenade et la construction de blockhaus, est condamné à 20 ans de travaux forcés181.
Des séquestres provisoires sont imposées à plusieurs entreprises : Compagnies du gaz et des eaux, énergie électrique du littoral méditerranéen, TNL, Descours et Cabaud, Thorrand, Petterano, Sacco, Couiteas de Faucamberge, Michel. Un séquestre définitif est infligé à l’hôtellier cannois Martinez et à des sociétés comme ‘L’éclaireur de Nice’, le ‘Petit niçois’ et les studios de la Victorine181.
Chez les taxis, trente patrons et employés sont exclus de la corporation, neuf sont suspendus et quatre sont touchés par des amendes. Aux TNL, huit cadres et employés sont licenciés181
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1 avril 2013

26 mai Bombardements alliés sur le Sud-Est et le Centre-Est de la France

Classé sous — milguerres @ 18 h 13 min

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26 mai

Bombardements alliés sur le Sud-Est et le Centre-Est de la France

Le bombardement du 26 mai 1944 est une opération militaire des Alliés qui a eu lieu pendant la Seconde Guerre mondiale, dans le sud-est et le centre-est de la France.

L’opération
Cette opération entrait dans le cadre du Transportation Plan, plan d’attaque des voies de communication, destiné à préparer le débarquement en Normandie, arrêté le25 mars 1944. Il s’agissait de détruire les infrastructures de chemin de fer, notamment les gares de triage, afin d’empêcher l’armée allemande d’acheminer des troupes et du matériel vers l’ouest de la France. La méthode était celle des Américains : bombarder de jour, en volant à haute altitude, pour éviter la DCA, cette méthode étant jugée plus préciseque celle des Britanniques, qui consistait à bombarder de nuit.
Entre 6 et 7 heures du matin, environ 900 avions américains de la 15th USAAF partirent de trois aérodromes de la région de Foggia, dans le sud de l’Italie : San Giovanni, Giulia et Stornara. Les bombardements eurent lieu entre 10 et 11 heures du matin, par un ciel clair. Les objectifs militaires furent fortement touchés, mais l’imprécision du bombardement à haute altitude fit de nombreuses victimes civiles. Les avions rentrèrent à leur base, avec très peu de pertes, entre 14 et 15 heures.
Les bombardiers utilisés étaient des Consolidated B-24 Liberator et des Boeing B-17 Flying Fortress. Ils étaient escortés de cinq groupes de chasseurs North American P-51 Mustang et Lockheed P-38 Lightning du 306th Fighter Wing.

Les villes bombardées
Chambéry

• À 9 h 40, les sirènes chambériennes retentissent.
• À 10 h 15, les premières vagues d’avions sont aperçues par les guetteurs de la tour du château des ducs de Savoie.
• Deux groupes de bombardement 454e (454th_Bombardment_Wing (en) et 459e escadrilles de bombardement 454th_Bombardment Wing (en)) du 304th Bomb Wing, soit 72 B-24 Liberator de l’USAAF.
• Environ 164 tonnes de bombes lâchées, soit 720 bombes de 227 kg chacune
• La gare de triage et 45 locomotives ont été détruites, la rotonde ferroviaire est intacte.
• L’immeuble de la Gestapo est également bombardé (environ 120 morts)
• Nombreux immeubles civils du centre-ville détruits faisant 200 morts, 300 blessés et 3 000 sans-abris (parmi les victimes, le docteur Jean Desfrançois), un tiers des immeubles du centre-ville est détruit (environ 10 à 12 hectares rasés)
Grenoble
• Deux groupes de bombardement (455th et 456th) du 304th Bomb Wing, équipés de B-24. Le bombardement touche également les villes voisines de Saint-Martin-le-Vinoux etSaint-Égrève1.
Lyon
• 3 groupes du 47th Bomb Wing visant la Gare de Lyon-Vaise et 3 groupes du 49th Bomb Wing visant la gare de Lyon-Mouche
• Les gares de triage de Lyon-Mouche et de Lyon-Vaise ont été détruites, ainsi que le siège de la Gestapo, qui occupait l’école de santé militaire, située 14 avenue Berthelot, près de la voie ferrée.
• Environ 1 000 morts

Nice et Saint-Laurent-du-Var
L’opération militaire aérienne du 26 mai 1944 menée sur Nice et Saint-Laurent-du-Var a durablement marqué les esprits dans l’agglomération niçoise par l’ampleur des destructions et des pertes humaines occasionnées aux azuréens. L’opération est menée par le 47th Bomb Wing2 de la 15e Air Force3. Cette unité compte 143 B-24 Liberator : 35 B-24 pour le 98e Bomber Group, 29 B-24 pour le 376e Bomber Group, 40 B-24 pour le 449e Bomber Group et 39 B-24 pour le 450e Bomber Group3. Les avions décollent de plusieurs bases du sud de l’Italie.
Les trois premières vagues ont pour objectif la destruction de la gare de triage et de marchandises de Saint-Roch au nord-est de Nice et les établissements Michel travaillant pour l’effort de guerre allemand. Elles se composent des 98e Bomber Group, 376e Bomber Group et 450e Bomber Group3.

Les 35 B-24 du 98e Bomber Group décollent à 6h33 de Lecce. Trois appareils doivent faire demi-tour pour panne mécanique. Les 32 B-24 restant emportent 71 tonnes de bombes de 500 pounds3. Les 29 Liberator du 376e Bomber Group décollent de San Pancrazio à 5h45 avec 76 tonnes de bombes de 500 pounds3. Les 39 Liberator du 450e Bomber Group décollent de Manduria à 6 heures. Un B-24 doit abandonner la formation pour des problèmes techniques. Les 38 B-24 restants emportent 95 tonnes de bombes3. Ce sont donc 99 B-24 Liberator qui se dirigent vers Nice en trois vagues rejoints par 38 B-24 du 449e Bomber Group en direction de Saint-Laurent-du-Var. Les 4 groupes de bombardiers B-24 se dirigent pour la formation du Box vers San Vito Di nommanndi, ville située à l’ouest de Brindisi dans les Pouilles à 1 000 mètres d’altitude. Rassemblés, les 137 B-24 se dirigent plein ouest en direction de l’île de Capri. Ils bifurquent ensuite de quelques degrés vers la droite en direction de la Corse traversée en diagonale. Les avions volent à 4 000 mètres d’altitude et sont rejoints par une unité de chasseurs P-38 Lightning au-dessus de la presqu’île de Revellata qui ferme la baie de Calvi à l’ouest. La formation américaine se dirige alors plein nord, traversant la Méditerranée jusqu’au key point du cap Mèle à l’est d’mperia en Italie. De là, les avions réalisent une grande courbe sur la gauche en direction de Tende alors située en Italie. Une fois Tende dépassé, les avions se dirigent sur Lantosque situé au nord/nord-est de Nice. Les quadrimoteurs se trouvent alors à 5 500/6 000 mètres d’altitude. Ils commencent à s’approcher de leurs cibles soutes ouvertes4. 3 groupes se dirigent en 3 vagues successives vers Nice et le quatrième, le dernier, se dirige sur Saint-Laurent-du-Var.

Les sirènes d’alerte sont déclenchées à Nice. La première vague est composée des 29 liberator du 376e Bomber Group. Aucun chasseur ennemi n’est présent pour gêner l’opération. Des tirs de défense antiaérienne allemande (la Flak) sont tirés depuis une zone boisée au nord de Nice, probablement depuis la colline Gairaut. Ils touchent légèrement quelques appareils. Il est 10h26. Les 29 liberator lâchent leurs bombes sur la gare Saint-Roch. La rotonde est touchée ainsi qu’une usine électrique proche et plusieurs dizaines de wagons de la SNCF. Les B-24 dégagent par la gauche en survolant le cap Ferrat3.
La première formation quitte l’objectif. Les Allemands sonnent alors la fin de l’alerte alors qu’arrive la deuxième vague. Des centaines de Niçois ont déjà quitté les abris et se trouvent dans la rue lorsque de nouvelles bombes éclatent3. Les 32 liberator du 98e Bomber Group prennent le relais à 10h28. La gare Saint-Roch est de nouveau touchée mais aussi les quartiers de l’abattoir, la route de Turin et de la République. La Flak se fait plus précise et endommage gravement un B-24 qui devra atterrir sur une base corse. Un des avions n’a pas réussi à larguer ses bombes et réussit finalement à les lâcher en mer3.
La troisième vague composée des 38 B-24 du 450e Bomber Group arrive alors à 10h31 avec l’escorte de chasse. Les bombardiers lâchent leurs bombes sur un objectif maintenant saturé par les explosions et la fumée. Des tirs de Flak éclatent des rives du fleuve Var sans faire de dégâts3. Gênée par les fumées, la troisième vague a confondu le vélodrome de Pasteur avec la rotonde. Elle lâche ses bombes entre le Paillon et les collines de Cimiez5.

Les objectifs militaires sont atteints mais les civils des quartiers Saint-Roch, Riquier, Pasteur et République à Nice sont durement touchés : 5 600 sinistrés, 438 immeubles détruits ou endommagés (dont les Abattoirs et le dépôt T.N.L.), 5 locomotives et 160 wagons détruits et 50 % des voies de la gare de marchandises de Saint-Roch hors d’usage5. Les chiffres du bilan humain varient selon les sources : 313 tués, 153 disparus et 473 blessés pour L’éclair des 28, 29 et 30 mai 19446, 384 tués et disparus et 480 blessés75, 313 ou 384 tués et 153 disparus3, 384 morts, 480 blessés, 100 disparus, 5 600 sinistrés, 139 établissements commerciaux endommagés ou détruits8. Tous ces chiffres assez différents regroupent certainement les 46 victimes de Saint-Laurent-du-Var (dont de nombreux Niçois passagers du train) avec celles de Nice. Une fourchette large à partir de ces chiffres permet d’estimer un bilan supérieur à 300 tués dont une centaine de disparus rien que pour Nice9. Une recherche plus approfondie à l’état-civil de Nice couplée avec un inventaire des sépultures demeure donc nécessaire pour y voir plus clair. Cependant, le bilan restera toujours indicatif du fait des nombreux débris humains non identifiés récupérés dans les décombres. Les obsèques solennelles de 208 victimes ont en tout cas lieu le dimanche 28 mai devant l’Église Notre-Dame-des-Grâces de Nice5 en présence des autorités allemandes.

La quatrième vague se compose de 40 appareils B-24 Liberator du 449e Bomber Group emportant 94 tonnes de bombes. Ils décollent à 5h45 de San Pancrazio. 2 appareils doivent abandonner la formation pour des problèmes techniques. Les 38 autres poursuivent la même route que les 3 autres groupes3. Les objectifs sont les ponts du Var (le pont-rail Napoléon III traversé par la RN7 qui enjambe le fleuve Var à l’entrée Ouest de Nice et relie Saint-Laurent-du-Var à Nice et un autre pont en construction plus au sud). Les Liberator arrivent depuis Tende en suivant le fleuve Var. Il est 10h391011. Le drame se prépare. Au même moment en effet, un train omnibus de voyageurs s’engage sur le pont-rail. L’alerte aérienne étant déclenchée, le train s’arrête peu avant la gare de Saint-Laurent-du-Var et les passagers sortent se réfugier dans les fossés de la voie12. De leur côté, les pièces d’artillerie allemandes bordant les rives du Var ajustent facilement leurs tirs sur les B-24. Les avions lâchent leurs bombes dans un déluge de d’obus allemands. Un mitrailleur de sabord d’un appareil est gravement blessé aux yeux et quatre Liberator sont durement touchés3. Le pont-rail est atteint par 5 bombes mais non détruit813 et le deuxième pont inachevé est également endommagé. Le train de voyageurs est touché et de nombreux civils sont également tués à Saint-Laurent-du-Var ainsi que des bâtiments détruits notamment dans le quartier de la gare5. Le bilan est d’au moins 53 tués1415. Le groupe de bombardiers a à peine dépassé les côtes niçoises que le B-24 H 41-28972 surnommé Hi Life est touché par un obus qui explose au niveau des sabords latéraux. L’appareil se brise en deux. Aucun membre de l’équipage ne survit à l’explosion du quadrimoteur qui tombe en mer entre 10h40 et 10h42 au sud de Nice, à moins de 2 kilomètres de l’embouchure du fleuve3. Un seul corps d’aviateur est retrouvé dérivant et ramené au port de Nice par des pêcheurs. Les Allemands avertis récupèrent le corps et l’identifient grâce à une étiquette cousue dans la doublure du blouson comme étant le sergent Howard R. Jonhson, l’opération-radio. Le corps est déposé dans un cercueil et inhumé au cimetière de Caucade dans un des carrés militaires, piquet1, allée numéro 483. Le 23 décembre 1944, les militaires américains exhument le corps pour le diriger sur Draguignan. Là, on se rend compte en fouillant les vêtements (carte d’identité dans le porte-feuille et sous-vêtements avec un nom), qu’il s’agit du corps du sergent Elmer J. Boehnke, l’assistant mécanicien du B-24. Il est inhumé au cimetière militaire américain de Draguignan, Plot D, allé 2, tombe 1916. Aucun autre corps des 11 membres d’équipage n’a été retrouvé. L’équipage se compose : du sous-lieutenant Gérald E. Warner, pilote ; du sous-lieutenant Franck E. Sterner, co-pilote ; du sous-lieutenant Claude E. Spyres, navigateur ; du sous-lieutenant Harold W. Tanner, bombardier ; du sergent Robert C. Slusher, mécanicien, mitrailleur de la tourelle dorsale ; du sergent Howard R. Johnson, opérateur-radio, mitrailleur de sabord ; du sergent Elmer J. Boehncke, assistant mécanicien, mitrailleur de sabord ; du sergent Robert W. Muller, mitrailleur ; du caporal Lawrence M. Merrifiel, mitrailleur et du caporal Charles W. Smith, mitrailleur17. Les vestiges de l’appareil se trouvent probablement encore aujourd’hui dispersés devant l’embouchure du fleuve Var, recouverts par des tonnes de vase et d’alluvions charriés par le fleuve Var. Les pêcheurs ont en effet affirmé que des vestiges d’avion ont parfois causé des dégâts au matériel de pêche en crochant les filets18.

Lors de cette mission du 26 mai 1944 sur Nice et Saint-Laurent-du-Var, seul l’appareil B-24 41-28972 Hi Life a été abattu avec ses 11 membres d’équipage au-dessus de Saint-Laurent-du-Var. Philippe Castellano indique qu’un autre avion, endommagé, doit se poser en urgence en Corse. Eddy Florentin indique à tort que ce Liberator s’écrase en Corse8. Tous les autres B-24 rentrent à leur base entre 15 et 16 heures19. Dans le cadre de cette même opération, Eddy Florentin indique cependant qu’un autre Liberator tombe au nord de Calvi8. L’information est à préciser. Il s’agit du B-24 42-78303 rattaché au 460e bomber-group avec 10 hommes à bord au lieu de 11. Cet avion participe au bombardement du 26 mai sur la gare de triage de Lyon-la-Mouche à 10h41. Une fois le bombardement réalisé, les appareils retournent à leur point de départ au sud de l’Italie. Le B-24 commence à avoir des ennuis mécaniques vers 10h50. Un moteur finit par s’arrêter suivit du système hydraulique. L’appareil parvient à continuer à suivre sa formation. Cependant, arrivé au-dessus d’Annot, un deuxième moteur doit être coupé. Le pilote donne alors l’ordre de se préparer à évacuer par trois courtes sonneries. Cependant, trois hommes croient qu’il faut évacuer tout de suite et se parachutent. Le pilote décide alors d’essayer de rallier la Corse. Cependant, à 12h10, encore à 28 kilomètres de Calvi, tous les moteurs sont stoppés. 5 membres d’équipage se parachutent et l’avion percute violemment la mer. Le pilote, Firman Suzank, n’a pas pu se parachuter et est tué. Les 5 rescapés nagent en attendant un navire de secours mais l’un d’eux, le sergent Edward Mac Combie, disparaît sous l’eau sans réapparaître. Deux heures plus tard, une vedette de la Navy ramène les survivants à Calvi20. Concernant les 3 hommes parachutés au dessus des Alpes-Maritimes, deux, les sergent Ricketts et Kenneth Wiemers, sont arrêtés par les Allemands. Le troisième, le sergent Harold Meyer, est recueilli par les résistants21

On notera également ce qui arrive ce même 26 mai 1944 au B-17 42-39999 appartenant aux groupes qui se dirigent vers Saint-Étienne le 26 mai 1944. Un incendie se déclare en effet au niveau de la tourelle dorsale. L’avion quitte la formation à 9h27. Le copilote, le sous-lieutenant Earl Rodenburg, le bombardier Paul Smith, le navigateur Fred Letz et le mitrailleur de la tourelle dorsale, le sergent Harold Bolick s’éjectent tandis que l’incendie se propage à bord. Le pilote branche le pilote automatique pour partir lutter contre l’incendie avec les 5 hommes restant. Le pilote finit même par demander la permission d’abandonner l’appareil mais finalement l’incendie est maîtrisé. L’appareil atterrit d’urgence à Ajaccio en Corse alors que son système de freinage ne répond plus22. Que deviennent les 4 autres parachutés au-dessus de l’arrière-pays niçois ? Le parachute du bombardier Paul Smith ne s’ouvre pas et celui-ci s’écrase au sol3. Le navigateur Fred Letz et le mitrailleur de la tourelle dorsale, le sergent Harold Bolick sont récupérés par les partisans italiens dans la vallée des Thermes à Valdieri en Italie3. Le copilote, le sous-lieutenant Earl Rodenburg, atterrit à quelques kilomètres au nord-ouest de Breil-sur-Roya. Il est pris en charge par des résistants3.
Plusieurs monuments lapidaires rappellent cette tragique journée à Nice23. Une plaque commémorative sans nom se trouve ainsi dans un petit espace vert place de la Brigue à Nice24. Le Monument Aux Morts des agents S.N.C.F. du dépôt Saint-Roch à Nice comporte les noms de plusieurs agents tués dans le bombardement du 26 mai 194425. Le Monument Aux Morts du quartier Pasteur à Nice comporte deux portions entièrement dédiées aux victimes du 26 mai 194426. Celui du quartier Riquier comporte une portion dédiée à ce même bombardement27. Sur la façade de l’immeuble situé 34 avenue Denis Séméria à Nice se trouve une plaque commémorative pour Joseph Milano, sous-chef de dépôt S.N.C.F. tué dans le bombardement au dépôt S.N.C.F. de Saint-Roch à Nice28. Une plaque commémorative érigée en 1959 et située au 63 bis boulevard de l’observatoire, route de la grande corniche, rappelle le décès dans ce secteur de Joséphine Bonifassi et de trois enfants de la même famille : Madeleine, Marguerite et Nicolas Marro29. Le drapeau de la défense passive et de la protection civile de Nice est installé depuis le 9 décembre 2009 dans le salon royal de l’hôtel Negresco de Nice. Une plaque commémorative précise qu’ « il commémore l’action des Agents de la Défense Passive qui ont servi bénévolement la population niçoise durant la dernière guerre mondiale et se sont illustrés lors du bombardement aérien du 26 mai 1944″.

À Saint-Laurent-du-Var, un espace de recueillement a été aménagé place Adrien Castillon « à la mémoire de nos morts victimes civiles de l’Occupation ». On y trouve deux plaques commémoratives (avec quelques erreurs) qui comportent les noms des victimes de bombardement. La seconde plaque est principalement dédiée au bombardement du 26 mai 1944 et comporte 45 noms3031. Les plaques commémoratives de la place Adrien Castillon comportent quelques erreurs et imprécisions. Les plaques indiquent ainsi deux inconnus au lieu d’un32. On observe au passage que le dénommé Jules Lambol s’appelait en fait Paul Jules Lambolez. De plus, il manque le nom de 10 victimes : Marius Martin décédé à Saint-Laurent-du-Var dans le bombardement (jugement déclaratif de décès rendu par le tribunal de Grasse le 12 juin 1945), Jules Pellegrino, Anaïs Pellegrin, Fernand Chouvet, Francis Faraut, Marie Schaëfer décédés de leurs blessures le 26 mai à Antibes, Nicolas Tcherniavsky et Pierre Wagrez décédés de leurs blessures le 27 mai à Antibes, Adelaïde Lépine épouse Giroudon décédée à Cagnes-sur-Mer des suites de ses blessures le 26 mai 1944 et inscrite sur le Monument Aux Morts de Cagnes-sur-Mer33 et enfin Ernestine Auzias décédée de ses blessures le 4 août à Antibes. Enfin, une précision est nécessaire concernant Joseph Ladet dont le nom est inscrit sur cette plaque mais qui est en fait décédé à la gare Saint-Roch à Nice. Le bilan définitif est donc de 53 tués identifiés.

La commune de Saint-Laurent-du-Var a subi au total 23 bombardements au cours desquels 103 maisons ont été détruites et 782 endommagées. 69 personnes ont été tuées dans ces bombardements, notamment dans celui du 26 mai 1944 (4 tués et non pas 3 dans le bombardement allié du 18 décembre 1943, (53 le 26 mai 1944, 5 le 2 août 1944, 5 le 6 août 1944 et enfin 2 dans des bombardements allemands au mortier le 28 août 1944). Pour ces souffrances endurées dans les bombardements mai aussi pour ses soldats, ses résistants et ses civils morts pour la France, la commune a obtenu une citation à l’ordre de la Brigade avec attribution de la Croix de guerre avec étoile de bronze. Cette citation est inscrite sur une plaque commémorative visible dans le hall de la mairie de Saint-Laurent-du-Var, esplanade du Levant34. Dans l’église du vieux village, une plaque commémorative liste les 23 bombardements subis par la commune entre 1943 et 1944 dont notamment celui du 26 mai 1944. La plaque rappelle qu’une partie des habitants a financé une plaque commémorative qui remercie Notre-Dame du Laghet pour les avoir protégés lors des bombardements. Cette plaque est visible au sanctuaire de Notre-Dame du Laghet à La Trinité (Alpes-Maritimes)8. Une plaque commémorative se trouve également dans l’église Saint-Marc à Villeneuve-Loubet. Elle se trouve sous la statue de Sainte-Thérèse. On peut y lire :Reconnaissance à Sainte-Thérèse pour le 26 mai 1944 – Élisabeth de Panisse Passis35
Le cimetière communal de Caucade à Nice comporte un carré des victimes civiles dans le carré n°68. Il ne s’agit pas d’un carré militaire. Les tombes sont à la charge des familles et non pas du souvenir français. Ceci explique qu’aujourd’hui, beaucoup de tombes ne portent plus d’indication sur l’identité de la personne inhumée. La plupart des personnes inhumées dans ce carré sont des victimes du bombardement du 26 mai 1944 mais on trouve également des victimes d’autres bombardements, des résistants ou des victimes du travail obligatoire. D’autres victimes du bombardement du 26 mai 1944 sont disséminées dans les différents cimetières et Nice et de son agglomération. Le carré militaire du cimetière Saint-Marc à Saint-Laurent-du-Var regroupe plusieurs corps de civils tués le 26 mai 194436.

Saint-Étienne
• cinq groupes de bombardement, dont le 463 rd, du 5th Bomb Wing, soit 176 B-17
• environ 450 tonnes de bombes lâchées
• la gare de triage a été touchée par quelques bombes (réparations effectuées en trois jours); par contre, c’est dans le quartier du Soleil situé immédiatement au nord de la gare qu’il y eut le plus de morts.
• 912 morts parmi lesquels 24 élèves et 8 maîtres de l’école primaire du quartier de Tardy

Notes et références
1. ↑ monsaintegreve.expertpublic.fr [archive] Quand Saint-Égrève se souvient.
2. ↑ Ce site est en anglais, se le faire traduire par Google, si besoin est.
3. ↑ a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q et r Philippe Castellano, Liberator, Épopées tragiques dans les Alpes-Maritimes et l’Est Varois, CA, octobre 1994, page 61-62-63-66 et 74
4. ↑ Philippe Castellano, Liberator, Épopées tragiques dans les Alpes-Maritimes et l’Est Varois, CA, octobre 1994, pages 62-63.
5. ↑ a, b, c, d et e Voir le billet du 29 mai 2007 écrit par Patrick Allemand [archive], vice-président du Conseil Général des Alpes-Maritimes, pour les commémorations du 63e anniversaire du bombardement du 26 mai 1944.
6. ↑ Cité par Philippe Castellano, Liberator, Épopées tragiques dans les Alpes-Maritimes et l’Est Varois, CA, octobre 1994, page 61.
7. ↑ Jean-Louis Panicacci, En territoire occupé – Italiens et Allemands à Nice 1942-1944, Éditions Vendémiaire, Paris, 2012, page 131
8. ↑ a, b, c, d et e Eddy Florentin, Quand les alliés bombardaient la France 1940-1945, Perrin, 2008, page 540
9. ↑ On observe que tous les actes de décès des victimes dressés à Nice consignent 10h30 comme heure de décès, hors personnes décédées de leurs blessures.
10. ↑ Philippe Castellano, Liberator, Épopées tragiques dans les Alpes-Maritimes et l’Est Varois, CA, octobre 1994, pages 61 et 63.
11. ↑ On observe cependant que tous les actes de décès des victimes dressés à Saint-Laurent-du-Var consignent 9h45 comme heure de décès, hors personnes décédées de leurs blessures. Il faut probablement y voir la différence entre l’heure Française (9h45) et l’heure Allemande (10h45) imposée par les vainqueurs nazis durant l’Occupation de la France
12. ↑ Voir jugement déclaratif de décès de Marius Martin rendu le 12 juillet 1945 par le tribunal civil de Grasse transcrit le 23 juillet 1945 à Saint-Laurent-du-Var et le 26 juillet à Antibes.
13. ↑ D’où deux nouveaux raids le 2 août 1944 (5 tués) et le 6 août 1944 (6 tués).
14. ↑ Recherches personnelles de Jimmy Tual, professeur d’Histoire-géographie, notamment à l’aide des actes d’état-civil des communes concernées.
15. ↑ Sans indiquer de source, Eddy Florentin donne un bilan de 52 tués et 58 blessés dans son ouvrage Quand les alliés bombardaient la France 1940-1945, Perrin, 2008, page 539 tout comme Philippe Castellano dans son ouvrage Liberator, Épopées tragiques dans les Alpes-Maritimes et l’Est Varois, CA, octobre 1994, page 62.
16. ↑ Philippe Castellano, Liberator, Épopées tragiques dans les Alpes-Maritimes et l’Est Varois, CA, octobre 1994, page 67.
17. ↑ Philippe Castellano, Liberator, Épopées tragiques dans les Alpes-Maritimes et l’Est Varois, CA, octobre 1994, page 70.
18. ↑ Philippe Castellano, Liberator, Épopées tragiques dans les Alpes-Maritimes et l’Est Varois, CA, octobre 1994, pages 67-68.
19. ↑ Philippe Castellano, Liberator, Épopées tragiques dans les Alpes-Maritimes et l’Est Varois, CA, octobre 1994, pages 61-71.
20. ↑ Philippe Castellano, Liberator, Épopées tragiques dans les Alpes-Maritimes et l’Est Varois, CA, octobre 1994, page 80.
21. ↑ Philippe Castellano, Liberator, Épopées tragiques dans les Alpes-Maritimes et l’Est Varois, CA, octobre 1994, pages 80-81.
22. ↑ Philippe Castellano, Liberator, Épopées tragiques dans les Alpes-Maritimes et l’Est Varois, CA, octobre 1994, pages 73-74.
23. ↑ Lire Jean-Louis Panicacci, Les lieux de mémoire de la deuxième guerre mondiale dans les Alpes-Maritimes, Éditions Serre, Nice, 1997, pages 32 et 33.
24. ↑ Voir le relevé de la plaque commémorative de la place de la Brigue à Nice [archive].
25. ↑ Voir le relevé du Monument Aux Morts du dépôt Saint-Roch à Nice [archive]
26. ↑ Voir le relevé du Monument Aux Morts du quartier Pasteur à Nice [archive].
27. ↑ Voir le relevé du Monument Aux Morts du quartier Riquier à Nice [archive].
28. ↑ Voir le relevé de la plaque commémorative pour Joseph Milano [archive].
29. ↑ Voir le relevé de la plaque commémorative du boulevard de l’observatoire à Nice [archive]
30. ↑ Voir le relevé des stèles commémoratives pour les victimes des bombardements sur Saint-Laurent-du-Var [archive].
31. ↑ Voir Photos de l’espace de recueillement et des stèles commémoratives à Saint-Laurent-du-Var [archive]
32. ↑ Il existe un autre décès d’un inconnu à Saint-Laurent-du-Var en 1944. Il s’agit d’un militaire italien dont le corps a été retrouvé le 20 octobre 1944 au quartier du Lac. Le décès remonte probablement au 23 juin 1944, date de l’explosion d’une mine dans le secteur.
33. ↑ Voir le relevé du Monument Aux Morts de Cagnes-sur-Mer [archive].
34. ↑ Jean-Louis Panicacci, Les lieux de mémoire de la deuxième guerre mondiale dans les Alpes-Maritimes, Éditions Serre, Nice, 1997, page 111.
35. ↑ Recherches personnelles de Jimmy Tual, professeur d’Histoire-géographie.
36. ↑ Voir le relevé du carré militaire du cimetière Saint-Marc de Saint-Laurent-du-Var [archive].

 Le Matin (Paris. 1884) source gallica bnf
1944/05/26 (Numéro 21802).
 26 mai  Bombardements alliés sur le Sud-Est et le Centre-Est de la France bombar11

La Croix (1880) source gallica bnf
1944/05/26 (Numéro 18810).

 

 bombar13

Sète
25 juin 1944 
:

bombardement de Sète (gare de triage), Balaruc (Raffineries de pétrole) et Frontignan (raffineries de pétrole) par la 15th USAAF. source wikipédia

et d’autres faits …

SETE sous l’occupation Allemande

L’année sanglante 1944
En février 1944, l’ordre général d’évacuation est donné. Ne resteront que quelques catégories de personnes jugées indispensables (fonctionnaires, membres du corps médical) qui assureront le minimum de bon fonctionnement de la ville.7000 personnes sont évacuées
C’est alors que survient le 25 aout vers 10 h un violent bombardement avec les B24 Liberator de la 15th Tactical Air Force sous le commandement de James A Mollison qui vise à la fois la raffinerie de FRONTIGNAN et les installations portuaires et industrielles de SETE.
Compte tenu de l’évacuation préalable on ne comptera « que »47 morts dont 39 à FRONTIGNAN. Mais cela accélère l’évacuation. Le 15 aout par exemple, jour du débarquement en Provence 6000 personnes quittent la ville.
Le18 aout les Allemands reçoivent l’ordre d’évacuer la région et donc la ville de SETE, mais avant leur départ ils décident de détruire les installations portuaires. Le lendemain en quelques heures des mines font sauter le môle Saint Louis les quais et les ponts tandis qu’un croiseur tire au canon sur le brise lames et détruit le phare. Le souterrain de la tranchée du fort Saint Pierre explose et remplit cette tranchée de gravats.
Heureusement les agents des ponts et chaussées, les marins et les cheminots réussissent à désamorcer les mines de certains ponts, quais ou immeubles.
Après le bombardement du 25 juin et les destructions du 19 aout il ne reste plus que 950m de quais utilisables sur 5149 et 5 postes à quai sur 47 .Deux ponts basculants dont le Tivoli sont détruits ou endommagés comme la plupart des grues. Seul le pont Maréchal Foch de la SNCF est intact. Le port et les canaux sont minés. Les remorqueurs et la principale drague n’existent plus. Il y a eu 481 immeubles détruits 2325 endommagés et seulement 1494 intacts. La ville est déclarée sinistrée. On compte 202 personnes ayant trouvé la mort du fait de la guerre (101 soldats 60 civils 15 déportés 15 FFI ou résistants et 10 STO).Le recensement de 1946 montre que la population a régressé de 16%par rapport à 1936.La ville est ramenée à 31203 habitants : le même chiffre qu’en 1896 !!!!!!
L’armée Allemande n’est restée que 2 ans mais a laissé un lourd passif.
Il faut commencer par déminer les canaux. La circulation routière est rétablie fin 1944et ferroviaire au début de 1945 ainsi que la navigation sur le canal du Rhône à SETE. Le trafic du port tombé à 25.815 tonnes en 1944remonte à 757.270 tonnes en 1945 et à 1.454.130 tonnes en 1946.
SETE mettra cependant plusieurs années avant de retrouver sa prospérité son rayonnement et son attrait du bien vivre que nous connaissons aujourd’hui
source :
http://www.sete-de-coeur.fr/250/SETE-sous-l%E2%80%99occupation-Allemande-(7%C2%B0-partie).html

bombar14

Frontignan
25 juin 1944 : bombardement de la raffinerie de pétrole, de la gare et d’une partie du centre-ville de Frontignan par la 15th USAAF, faisant une quarantaine de victimes.

le-bom10

le-bom11

sources
wikipedia
http://clairdeplume34.over-blog.com/article-25-juin-1944-a-frontignan-un-bien-triste-anniversaire-76963548.html

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale   

28 mars 2013

9 septembre La Corse se soulève contre l’occupant

Classé sous — milguerres @ 22 h 21 min

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

9 septembre 1943 La Corse se soulève contre l’occupant

La capitulation italienne provoque le soulèvement général des résistantscorses. Les insurgés, épaulés progressivement par des troupes venues d’Afrique du Nord, mèneront des combats contre les troupes allemandes jusqu’au 4 octobre. La Corse sera alors le premier département français libéré.

9 septembre La Corse se soulève contre l'occupant corse

VERS UNE LIBERATION

source : http://romainferrandi.jimdo.com/chapitre-3-premier-departement-francais-libere-la-corse/

Du 9 septembre au 4 octobre 1943 ; la lutte armée pour la libération résulte de l’insurrection de toute l’île, même si le fait marquant est avant tout la prise de la préfecture d’Ajaccio. Le rôle des 12 000  patriotes est décisif, l’aide extérieure de l’armée française, et notamment du 1er bataillon de choc et des troupes marocaines, salvatrice et efficace, n’est pas celle –beaucoup plus importante– qu’il aurait fallu si un débarquement allié s’était produit. Enfin l’armée italienne, désormais engagée contre l’Allemagne, n’est pas négligeable (la moitié des pertes liées aux combats de la libération furent des soldats italiens). La libération de la Corse fut un « modèle » pour le Conseil National de la Résistance dans sa stratégie de la libération de la France continentale.  

1/LES ITALIENS SE RALIENT A LA CAUSE DES RESISTANTS

Le 25 juillet, après le débarquement allié en Sicile, Mussolini a perdu le pouvoir. En août, des manifestations pour la paix ont lieu dans de grandes villes italiennes. Les Allemands pénètrent en Italie et renforcent leurs positions en Corse, en raison de la situation stratégique de l’île sur le flanc ouest de la péninsule. La brigade SS est déplacée dans le sud pour faire la jonction avec la 90e Panzergrenadier division qui reçoit l’ordre de passer de Sardaigne en Corse à l’annonce de la capitulation italienne.

Depuis la fin de juillet, il y a débat au sein de la direction du Front national : l’insurrection est-elle possible sans un débarquement simultané ? Est-il envisageable de rechercher parmi les occupants des éléments non fascistes, de nouer alliance avec eux, et de pouvoir ainsi compter sur un apport en artillerie lourde et en moyens de transport ? À la fin du mois d’août, la décision est prise : il y aura ordre d’attaquer les Allemands dès l’annonce de l’armistice italien. Des contacts clandestins ont été pris au début d’août par la direction du Front national avec le colonel commandant les Chemises noires (2) à Bastia, Gianni Cagnoni, et le général Stivala qui dirige la garnison italienne à Bastia. Cagnoni s’engage à fournir des renseignements sur les activités policières, à aider à la rédaction de tracts destinés aux soldats italiens et, en cas de débarquement des Alliés, à créer pour eux à Bastia une tête de pont. C’est en fait à Salerne, au sud de Naples, que les Alliés arrivent le 9 septembre.
Le soir du 8 septembre, la décision d’insurrection a été maintenue. Colonna d’Istria avertit Alger et somme le général italien Magli, qui commande le VIIe corps d’armée, de choisir entre neutralité, hostilité ou coopération avec les résistants. Premier paradoxe : ce général, qui soumet la population à un régime militaire sans cesse aggravé depuis avril, répond :  » … je suis avec vous « . Le désarroi règne dans ses troupes. Il y a des désertions. Dans la nuit du 8 au 9 septembre, marins italiens et allemands s’affrontent. La ville reste provisoirement aux mains des Italiens. Mais la paradoxale alliance n’est pas assurée : Magli reçoit le 9 septembre le général allemand Von Senger nommé à la tête des forces allemandes dans l’île, l’assure de sa neutralité bienveillante et ordonne de libérer les prisonniers allemands. Il ne reçoit que le 11 septembre l’ordre du Comando supremo de  » considérer les Allemands comme des ennemis « . Le général Magli ordonne la libération des résistants prisonniers en Corse. Reste le sort des déportés corses détenus dans des prisons italiennes ou à l’île d’Elbe. Les Corses incarcérés en Calabre sont délivrés les premiers par les Alliés qui y débarquent le 3 septembre. Parmi ceux de l’île d’Elbe, une quinzaine ont pu s’évader par mer dès l’arrivée des Allemands le 16 septembre. Les autres, transférés en Carinthie, province autrichienne annexée à l’Allemagne, ne pourront rentrer qu’après la fin de la guerre.

Apres l’armistice corse – italienne la tension avec les Allemands augmente : dès le lendemain de cet accord ,aux premières heures, des incidents graves se produisent dans le port de Bastia.

La défense anti-aérienne italienne tire sur des appareils allemands, un navire italien qui appareille est attaqué et incendié par les Allemands. À l’aube du 9 septembre, plusieurs navires allemands sont endommagés par les batteries italiennes et les prisonniers placés sous contrôle des autorités militaires italiennes. Ce même jour, dans la ville, patriotes et soldats italiens s’emparent de la citadelle, de la gare et des principales voies de communication ; le local de la Légion des combattants devient une permanence des résistants du Front national.
D’autres cas de coopération immédiate entre Italiens et résistants corses sont signalés (à Sartène notamment).
Ajaccio se soulève le 9 septembre. Des Allemands stationnés à la Parata sont stoppés à l’entrée de la ville, le 10 septembre, par un groupe de résistants. Ils se replient par mer, leur infériorité numérique rendant très aléatoire toute tentative d’utilisation du réseau routier. Ainsi, le port d’Ajaccio demeure libre et disponible pour le débarquement de forces amies.
Le 12 septembre, modifiant les plans de l’état-major, Hitler ordonne l’évacuation des deux grandes îles, Sardaigne et Corse, mais non sans prévoir une période transitoire qui doit permettre le regroupement des forces allemandes et l’évacuation des stocks. Ce plan exige la reprise du contrôle des axes routiers de la Corse.

C’est mal connaître la géographie de l’île et le rapport des forces. Le général von Senger tente effectivement des percées vers l’ouest de l’île, mais il prend rapidement la mesure de la détermination des partisans et refuse de s’engager dans une guérilla meurtrière et incertaine.
À partir du 17 septembre, pour assurer l’évacuation des unités dont le sort lui est confié, il concentre son action sur la voie routière de la côte orientale et sur le port de Bastia : outre la brigade Reichsführer, il faut faire passer la 90e division panzer, arrivée de Sardaigne, soit 32 000 hommes avec du matériel lourd (chars, pièces d’artillerie, matériel et véhicules divers) ; un bataillon de parachutistes italiens suit les Allemands dans leur retraite. Tous doivent aller combattre en Italie après avoir quitté la Corse

La corse tarde trop et risque la mainmise allemande sur l’île. Les patriotes ont tous la conviction qu’ils vont se trouver devant des adversaires disciplinés et bien entraînés.
Le général Giraud, conscient du danger encouru par les résistants, prend la décision, « audacieuse et risquée » selon le général de Gaulle, d’envoyer le 1er corps d’armée du général Henri Martin pour aider la Résistance.
Les Français décident d’utiliser deux sous-marins : le Casabianca et l’Arétharse, ainsi que deux contre-torpilleurs et deux torpilleurs. Le port d’Ajaccio est libre, ainsi que le terrain de Campo dell’Oro, qui subit cependant, le 12 septembre, une attaque aérienne allemande, mais où peut atterrir une escadrille d’aviation de chasse alliée.
Les premiers à débarquer sont les hommes du 1er bataillon de choc créé par le général Giraud en avril 1943. Ils font la traversée, entassés, dans le Casabianca. Placés sous les ordres du commandant Gambiez, ils sont particulièrement bien entraînés au type de combat qui les attend dans l’île. Du 14 au 17 septembre, ils attendent leur ordre de marche et sont rejoints à Ajaccio par le 1er régiment de tirailleurs marocains, par des spahis, des goumiers et des éléments de l’artillerie et du génie. Au total 6 000 hommes, 400 tonnes d’armes, des jeeps, des pièces antiaériennes, du carburant et des vivres, sont débarqués en dix jours. Ajaccio joue donc le rôle d’une tête de pont. Les troupes venues d’Algérie viennent appuyer les patriotes qui ont commencé seuls à défendre les passages entre les deux versants de l’île.

Il s’avère déjà impossible pour les Allemands de songer (du moins sans renfort) à une occupation totale de la Corse. Le général Henri Martin a pris contact avec le général Magli dès son arrivée, le 17 septembre ; chargé de la coordination des troupes débarquées, il souhaite définir les conditions d’une coopération franco-italienne. L’accord finalement conclu le 21 septembre prévoit une action commune dans le sud de l’île et une attaque convergente sur Bastia : la division « Cremona » doit, en effet, participer aux combats de Porto-Vecchio, Sotta et Bonifacio des 23 et 24 septembre et la division « Friulï » à ceux du col de Teghime à la fin du même mois.
Le 21 septembre le général Giraud vient à son tour veiller aux opérations sur le terrain et rencontrer le général Magli ; les Italiens combattent officiellement aux côtés des forces françaises et leur assurent un important soutien.

4/LA CORSE EST LIBRE
Les allemands se replient
La période des combats n’est pas vécue partout de la même façon. À Ajaccio, préfecture de 1a Corse, la libération est acquise dès le 9 septembre. La population assiste aux débarquements de troupes et exprime librement sa joie. On chante la Marseillaise dans les rues.
À Sartène, le soulèvement populaire se heurte à l’intervention allemande visant la population.

À Bastia, on se bat en ville et surtout au port, entre Italiens et Allemands. Le 14 septembre, les Allemands qui ont repris le contrôle de la situation, menacent la ville de destruction et interdisent à la population de sortir, si ce n’est entre 11 et 12 heures. Les patriotes qui, croyant leur ville libérée, ont occupé la mairie et la sous-préfecture, retournent à la clandestinité après l’intervention d’une colonne allemande venue de Casamozza et une attaque de stukas.

Très inégalement armés, souvent peu expérimentés car s’ils sont plus de 10 000 en septembre, la plupart n’a pas subi de préparation militaire sérieuse, les patriotes combattent sans aide pendant les huit ou dix premiers jours. Durant cette période, les Allemands cherchent encore à s’ouvrir les passages vers l’ouest dans les régions de l’Ospedale, de Ghisoni, Barchetta et Folelli. Dans le sud, il faut compter avec la brigade SS Reichsführer cantonnée à Sartène.
Les Allemands veulent sauver leurs dépôts de matériel et de carburant, comme celui de Quenza attaqué le 15 septembre par le Front national et les hommes du commandant Pietri : en s’assurant le contrôle des voies de communication les résistants empêchent la jonction des troupes allemandes de Porto-Vecchio avec celles de Quenza et de Sartène. La zone de Levie est devenue un verrou. Le 17, une compagnie du bataillon de choc est déterminante dans l’appui de la Résistance : malgré une intervention de leur aviation, les Allemands y sont vaincus. Le général von Senger, convaincu du coût excessif de toute action vers l’ouest, se consacre par la suite à l’évacuation de ses forces vers Bastia.

La liberation

C’est donc la seconde phase des combats qui commence : dès le 1er, sur la route de Bonifacio à Porto-Vecchio, puis le 22 dans la zone de Conca, les fauteurs qui dominent la route servent de bases pour les attaques ; mais la 90e division allemande est une division blindée, elle peut subir des pertes, être freinée, mais non stoppée.
Les groupe de maquisards sont appelés au combat au fur et à mesure de la lente progression allemande vers le nord. Ceux de Vezzani et de Prunelli di Fiumorbo agissent les 23 et 24 septembre. Les Allemands perdent le contrôle des aérodromes de Ghisonaccia et de Borgo qu’ils utilisaient pour leur évacuation et les opérations aériennes de soutien. À la fin de septembre, des combats se déroulent en Casinca. Le bataillon de choc trouve, parmi les patriotes, les guides qui lui sont d’autant plus indispensables qu’il ne possède pas les cartes d’état-major de la région. Qui plus est, une compagnie formée de volontaires recrutés sur place a pu être constituée. La population nourrit et renseigne les combattants, mais les blessés pâtissent du manque de soins : aucun service médical ne suit la progression des troupes dans cette zone.
À la fin de septembre et pendant les trois premiers jours d’octobre, les Allemands ne cherchent plus qu’à protéger leur retraite, se repliant sur le port de Bastia. Leur artillerie en retarde l’accès. Les patriotes et les « troupes de chocs » y arrivent par le sud tandis que tabors, spahis et troupes italiennes progressent par l’ouest, avec les résistants du Contenais et de la Balagne. Dans ces combats, les Marocains jouent un rôle déterminant : le col de San Stefano est enlevé le 30 septembre, le col de Teghime le 3 octobre. Le bataillon de choc prend le contrôle du Cap Corse, non sans un accrochage avec les Allemands à Pietracorbara.
Le 4 octobre, Bastia est libre, mais dévasté par les combats et les bombardements américains.

Libérée mais tres affaiblie

La 90e Panzergrenadier division quitte l’île, affaiblie par la destruction d’une centaine de chars, de 600 pièces d’artillerie et de 5 000 véhicules divers. Des patriotes sont tués au combat aux côtés des militaires français et italiens tandis que d’autres, surpris armés par les Allemands, sont immédiatement fusillés : on compte au moins 25 exécutions sommaires. Au total, l’estimation des victimes de ces combats s’établit ainsi : les troupes allemandes perdent environ 1 600 hommes dont 1 000 tués et 400 prisonniers ; les Italiens dénombrent 637 tués et 557 blessés ; du côté français, la Résistance enregistre dans ses rangs 170 tués et environ 3130 blessés ; les troupes régulières enregistrent 75 tués (dont l’aspirant Michelin, premier officier français tombé sur le sol national) et 239 blessés.

Quant aux dégâts matériels, ils sont considérables sur les lieux des combats : de nombreux ponts ont sauté, des maisons sont détruites, Bastia subit cinq bombardements alliés entre le 13 septembre et le 4 octobre, ainsi que des tirs d’artillerie. Les quartiers du port, de la gare et le cimetière lui-même sont ravagés, la ligne de chemin de fer de la côte orientale est inutilisable.
Une page qui se tourne : hommage

Au cours de sa visite en Corse, du 8 au 10 octobre, le général de Gaulle salue les efforts et les sacrifices consentis. Ses discours témoignent d’une émotion sincère. . L’île, coupée de la France continentale, dépend désormais d’Alger. Pour ses habitants, la Libération ne signifie pas la paix, mais bien au contraire la reprise de la guerre au côté des Alliés. À cet égard aussi, la situation de ce département français est unique : pendant l’année 1944, 12 000 Corses de 20 à 28 ans sont mobilisés. De plus, la région est utilisée comme base aéronavale pour le contrôle des liaisons maritimes, comme base d’attaque contre l’Italie du Centre et du Nord, encore tenue par les Allemands, et comme base de départ en août 1944 pour le débarquement en Provence.
Le 6 juin 1944, les Alliés débarquent en Normandie. Après la Corse, le Calvados sera le deuxième département français libéré. Les FFI de Caen prendront le nom de Fred Scamaroni, héros et martyr de la Résistance corse;

La Corse tient une place importante dans l’histoire de 1a Résistance et de la Libération.
C’est le premier territoire libéré, par ses habitants et par des soldats français, sans intervention de forces anglo-américaines.
Au cours de sa visite en Corse, du 8 au 10 octobre, le général de Gaulle salue les efforts et les sacrifices consentis. Ses discours témoignent d’une émotion sincère. . L’île, coupée de la France continentale, dépend désormais d’Alger. Pour ses habitants, la Libération ne signifie pas la paix, mais bien au contraire la reprise de la guerre au côté des Alliés. À cet égard aussi, la situation de ce département français est unique : pendant l’année 1944, 12 000 Corses de 20 à 28 ans sont mobilisés. De plus, la région est utilisée comme base aéronavale pour le contrôle des liaisons maritimes, comme base d’attaque contre l’Italie du Centre et du Nord, encore tenue par les Allemands, et comme base de départ en août 1944 pour le débarquement en Provence.
Le 6 juin 1944, les Alliés débarquent en Normandie. Après la Corse, le Calvados sera le deuxième département français libéré. Les FFI de Caen prendront le nom de Fred Scamaroni, héros et martyr de la Résistance corse;

La Corse tient une place importante dans l’histoire de 1a Résistance et de la Libération.
C’est le premier territoire libéré, par ses habitants et par des soldats français, sans intervention de forces anglo-américaines.

source :

http://romainferrandi.jimdo.com/chapitre-3-premier-departement-francais-libere-la-corse/

http://www.linternaute.com/histoire/categorie/evenement/57/1/a/48403/la_corse_se_souleve_contre_l_occupant.shtml

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 retour à la Seconde Guerre Mondiale

 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

20 mars 2013

La bataille de l’île de Savo

Classé sous — milguerres @ 22 h 33 min

 

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

La bataille de l'île de Savo savo

 

 

La bataille de l’île de Savo (également connue sous le nom de première bataille des Salomon (第一次ソロモン海戦?) dans les sources japonaises) qui eut lieu les 8 et 9 août 1942 fut le premier engagement naval entre la marine impériale japonaise et la marine américaine durant la bataille de Guadalcanal dans le théâtre Pacifique de la Seconde Guerre mondiale.

En réponse aux débarquements alliés dans l’est des îles Salomon, le vice-amiral Gunichi Mikawa emmena sa flotte de sept croiseurs et d’un destroyer basée en Nouvelle-Bretagne et en Nouvelle-Irlande dans le détroit de Nouvelle-Géorgie pour attaquer les forces alliées. Les débarquements étaient couverts par huit croiseurs et quinze destroyers sous le commandement du contre-amiral britannique Victor Crutchley mais seuls cinq croiseurs et sept destroyers participèrent à la bataille. Mikawa attaqua par surprise et mit en déroute la flotte alliée. Les Japonais coulèrent un croiseur australien et trois croiseurs américains tout en ne déplorant que des dégâts légers. La force de Mikawa se retira immédiatement après la bataille sans tenter de détruire les transports alliés réalisant les débarquements.

Les navires alliés et la force de débarquement se retira des îles Salomon et céda ainsi temporairement le contrôle des mers autour de Guadalcanal aux Japonais. Les troupes alliées débarquées deux jours auparavant sur Guadalcanal et les îles alentours furent placées dans une position précaire avec à peine assez de ravitaillement et de munitions pour contrôler les territoires conquis. Néanmoins, le fait que Mikawa n’ait pas détruit les transports alliés lorsqu’il en eut l’occasion se révéla une grave erreur stratégique car les Alliés conservèrent leurs positions sur Guadalcanal et sortirent finalement victorieux de la campagne

Opérations à Guadalcanal

Le 7 août 1942, les forces alliées (principalement des marines américains) débarquèrent à Guadalcanal, Tulagi et les îles Florida dans l’est des îles Salomon. Les débarquements devaient permettre d’empêcher les Japonais d’utiliser ces îles comme bases militaires pour menacer les routes de ravitaillement entre les États-Unis et l’Australie. Le contrôle de ces îles devait également servir de tremplin pour la campagne de reconquête des Salomon, pour isoler ou capturer la grande base japonaise de Rabaul et pour soutenir la campagne de Nouvelle-Guinée.

 

File:CanberraTulagi.jpg

Le commandement général des forces navales alliées lors des opérations contre Guadalcanal et Tulagi était le vice-amiral Frank J. Fletcher. Il commandait également les groupes aéronavals fournissant la couverture aérienne des débarquements. Le contre-amiral Richmond K. Turnercommandait la flotte amphibie qui débarqua 16 000 soldats alliés sur Guadalcanal et Tulagib 1. L’amiral britannique Victor Crutchley et sa force de protection de huit croiseurs, quinze destroyers et cinq dragueurs de mines était également sous le commandement général de Fletcher. Cette force devait assurer la protection des navires de Turner et fournir un appui-feu contre les positions japonaises. Crutchley commanda sa flotte, principalement composée de navires américains, depuis son navire-amiral, le croiseur lourdaustralien HMAS Australiaa 5.

Les débarquements alliés prirent les Japonais par surprise. Les Alliés sécurisèrent Tulagi et l’aérodrome en construction de Guadalcanal dans la soirée du 8 aoûtb 2. Les 7 et 8 août, les appareils japonais basés à Rabaul attaquèrent à plusieurs reprises les forces amphibies alliées, coulèrent le transport George F. Elliott et endommagèrent sérieusement le destroyer USS Jarvisc 1. Lors de ces attaques, les Japonais perdirent 36 appareils contre 19 (dont 14 avions embarqués) pour les Américainsa 6.

Inquiet des pertes dans ses escadres aéronavales, de la menace posée contre les porte-avions et des niveaux de carburant de ses navires, Fletcher annonça qu’il retirerait ses porte-avions dans la soirée du 8 août3.

Certains historiens soutiennent que les niveaux de carburant de Fletcher n’étaient pas critiques et que Fletcher a avancé cet argument pour justifier son retrait de la zone des combatsc 2,a 7,b 3. Le biographe de Fletcher note que ce dernier a conclu que les débarquements étaient un succès et qu’il n’y avait pas de cibles pour un appui aérien rapproché. En revanche, il considéra qu’après la perte de 21 de ses chasseurs, ses porte-avions étaient sous la menace des bombardiers japonais et il voulait se ravitailler avant l’arrivée des forces navales japonaises. Turner croyait cependant que Fletcher allait fournir un soutien aérien jusqu’à ce que tous les transports soient déchargés le 9 août4.

Même si les opérations de déchargement furent plus lentes que prévues, Turner décida que sans soutien aérien, il devrait retirer ses navires de Guadalcanal. Il envisagea donc de décharger le plus de matériel possible durant la nuit et de partir le lendemainb 4.

Réponse japonaise

Pris par surprise par les opérations alliées à Guadalcanal, les Japonais répondirent initialement en lançant des attaques aériennes et en tentant de renforcer leurs troupes sur l’île. Gunichi Mikawa, commandant de la nouvelle 8e flotte basée à Rabaul, fit monter 519 soldats dans deux transports qu’il envoya vers Guadalcanal le 7 août. Néanmoins, lorsque les Japonais apprirent l’ampleur des débarquements, les deux transports furent rappelésa 8,c 3.

Mikawa rassembla tous les navires de guerre disponibles dans la zone pour attaquer les forces alliées à Guadalcanal. Le croiseur lourd Chōkai (le navire-amiral de Mikawa), les croiseurs légers Yubari et Tenryū et le destroyer Yunagi quittèrent Rabaul pour rejoindre les croiseurs lourds AobaFurutakaKako et Kinugasa du contre-amiral Aritomo Gotō en provenance de Kaviengd 1,5,6.

La marine japonaise s’était beaucoup entraînée aux tactiques de combats nocturnes, un fait que les Alliés ignoraientc 4,7. Mikawa espérait engager les forces navales alliées au large de Guadalcanal et de Tulagi pendant la nuit du 8 au 9 août lorsqu’il pourrait exploiter son expérience du combat nocturne sans craindre les appareils alliés qui ne pouvaient pas opérer efficacement durant la nuit. Les navires de Mikawa se rassemblèrent en mer au sud de la Nouvelle-Irlande dans la soirée du 7 août et mirent le cap au sud-estb 5,5.

Bataille

File:SavoMikawaApproach.jpg

Les navires de Mikawa quittèrent Rabaul et Kavieng (en haut à gauche), firent une pause au large de Bougainville (au centre) puis descendirent le détroit de Nouvelle-Géorgie pour attaquer les forces alliées au large de Guadalcanal et de Tulagi (en bas à droite).

Mikawa décida de mener sa flotte au nord de l’île Buka puis de progresser le long de la côte orientale de Bougainville. La flotte ferait ensuite une pause de six heures à Kieta le matin du 8 août pour éviter d’arriver dans la soirée au large de Guadalcanal et risquer une attaque aériennec 5. Les navires continueraient ensuite dans le dangereux détroit de Nouvelle-Géorgie en espérant qu’aucun appareil allié ne les repère. Cependant, la flotte japonaise fut repérée dans le détroit lorsqu’elle manqua de percuter le sous-marin USS S-38 en embuscade. Le submersible était trop proche pour pouvoir tirer ses torpilles mais son commandant informa ses supérieurs que deux destroyers et trois navires plus grands de type inconnu à quatorze kilomètres à l’ouest du cap Saint-George progressaient à grande vitesse vers le sud-est8. Une fois à Bougainville, Mikawa dispersa ses navires pour dissimuler la composition de sa force et lança quatre hydravions embarqués à bord de ses croiseurs pour repérer les navires alliés dans le sud des Salomon.

À 10 h 20 et 11 h 10, ses navires furent repérés par des Lockheed Hudson de reconnaissance australiens basés dans la baie de Milneen Nouvelle-Guinéea 9,9,c 6. Le premier Hudson rapporta uniquement la présence de « trois croiseurs, de trois destroyers et de deux transports d’hydravions10 ». L’équipage tenta de signaler les navires à la station radio alliée de Fall River en Nouvelle-Guinée. Ne recevant pas de réponse, il retourna à la baie de Milne à 12 h 42 pour s’assurer que le rapport était transmis aussi vite que possible. Le second Hudson ne parvint pas non plus à transmettre par radio son rapport mais il termina sa patrouille avant de se poser à 15 h dans la baie de Milne. Il rapporta la présence de « deux croiseurs lourds, de deux croiseurs légers et d’un navire de type inconnu ». Pour des raisons inconnues, ces rapports ne furent pas transmis à la flotte alliée au large de Guadalcanal avant, respectivement, 18 h 45 et 21 h 30 le 8 aoûtc 7,11.

Les hydravions de Mikawa revinrent vers 12 h et rapportèrent la présence de deux groupes de navires alliés, l’un au large de Guadalcanal et l’autre au large de Tulagi. Il rassembla ses navires et commença à progresser en direction de Guadalcanal en entrant dans le détroit près de l’île Choiseul vers 16 h le 8 août. Mikawa communiqua le plan de bataille à ses navires : « Nous entrerons rapidement par le sud de l’île Savo et nous torpillerons la principale force ennemie ancrée en face de Guadalcanal ; après quoi, nous nous tournerons vers Tulagi pour canonner et torpiller l’ennemi. Nous nous retirerons ensuite au nord de l’île de Savob 6 ».

Le passage de Mikawa dans le détroit de Nouvelle-Géorgie ne fut pas détecté par les forces alliées. Turner avait demandé que l’amiral John S. McCain, Sr., commandant des forces aériennes alliées dans le Pacifique Sud, conduise de nouvelles missions de reconnaissance dans le détroit dans l’après-midi du 8 août. Pour des raisons inconnues, McCain ne lança pas de missions mais il ne dit pas non plus à Turner qu’aucune mission n’était menée. Par conséquent, Turner crut à tort que le détroit était sous surveillance alliéea 10.

 

File:SavoIslandMap.jpg

Disposition des navires alliés dans la nuit du 8 au 9 août.

Pour protéger les transports en cours de déchargement durant la nuit, Crutchley avait divisé les forces alliées en trois groupes. Un groupe « Sud » composé des croiseurs australiens HMAS Australia et HMAS Canberra, du croiseur USS Chicago et des destroyersUSS Patterson et USS Bagley patrouillant entre le cap Espérance et l’île de Savo. Un groupe « Nord » composé des croiseursUSS Vincennes, USS Astoria, USS Quincy et des destroyers USS Helm et USS Wilson défendant le passage entre l’île de Savo et les îles Florida. Un groupe « Est » composé des croiseurs USS San Juan et HMAS Hobart et de deux destroyers américains protégeaient les entrées orientales entre les îles Florida et Guadalcanald 2. Crutchley avait placé deux destroyers équipés de radars à l’ouest de l’île de Savo pour fournir une alerte en cas d’approche de navires japonais. Le destroyer USS Ralph Talbot patrouillait dans le passage nord et le destroyer USS Blue faisait de même dans le passage sud avec un vide de 12 à 30 km entre leurs routes de patrouille non-coordonnées. À ce moment, les Alliés ignoraient les limites de leurs radars embarqués et en particulier la réduction de l’efficacité liée à la présence d’îles à proximitéa 11. Conscient de la menace des sous-marins, Crutchley avait disposés ses sept destroyers restant pour protéger les deux plages de débarquementc 8.

Les équipages alliés étaient épuisés par deux jours d’alerte constante et par les opérations de soutien des débarquements. Il faisait également très chaud et humide et associé à la fatigue, le climat, dans les mots de Samuel Eliot Morison, « poussaient les hommes épuisés à se laisser-aller ». En réponse, la plupart des navires de Crutchley se mirent en Condition II dans la nuit du 8 août, ce qui signifiait que la moitié de l’équipage était de garde tandis que l’autre moitié se reposait, dans les dortoirs ou à proximité de leurs postes de combatb 7.

Dans la soirée, Turner organisa une réunion sur son navire de commandement au large de Guadalcanal avec Crutchley et le commandant du corps des marines Alexander Vandegrift pour discuter du départ des porte-avions de Fletcher et le retrait planifié des navires de transports. À 20 h 55, Crutchley quitta le groupe sud avec le HMAS Australia pour participer à la réunion et il laissa le commandement au capitaine Howard D. Bode de l’USS Chicago. Crutchley n’informa pas les commandants des autres croiseurs de son absence et cela contribua à la désorganisation du commandement. Bode, réveillé alors qu’il dormait dans sa cabine, décida de ne pas placer son navire à la tête du groupe sud, la place habituelle du navire de commandement, et il retourna se coucher. Lors de la réunion, Turner, Crutchley et Vandergrift évoquèrent les rapports concernant la force navale japonaise composée de « transports d’hydravions » repérée par un appareil de reconnaissance australien plus tôt dans la journée. Ils décidèrent que celle-ci ne serait pas une menace durant la nuit car les transports d’hydravions ne participaient généralement pas à des combats de surface. Vandergrift annonça qu’il aurait besoin d’inspecter les déchargements à Tulagi avant de recommander une heure de retrait pour les transports et il quitta le navire peu après minuit pour mener son inspection. Crutchley décida de ne pas rejoindre le groupe sud avec le HMS Australia et de stationner son navire juste à l’extérieur de la zone de déchargement de Guadalcanal sans informer les autres capitaines alliés de ses intentions ou de sa positiona 12.

 

Alors que la force de Mikawa se rapprochait de Guadalcanal, les navires japonais lancèrent trois hydravions pour une dernière reconnaissance du dispositif allié et pour fournir de l’éclairage pour la bataille à venir. Plusieurs navires alliés repérèrent et/ou entendirent un ou plusieurs de ces hydravions à partir de 23 h 45 le 8 août mais aucun n’interpréta cela comme une menace et aucun ne rapporta ce fait à Crutchley ou Turnerc 9.

La force de Mikawa approcha suivant une colonne de 3 km menée par le Chōkai, suivi par quatre autres croiseurs lourds: l’Aoba, leKako, le Kinugasa, le Furutaka, les croiseurs légers Tenryū, et Yubari et le destroyer Yunagi. Entre 0 h 44 et 0 h 54 le 9 août, les vigies des navires de Mikawa signalèrent la présence de l’USS Blue à 9 km devant la colonne japonaised 3,12.

Affrontement au sud de l’île de Savo

Pour éviter l’USS Blue, Mikawa modifia son cap pour passer au nord de l’île de Savob 8. Il ordonna également à ses navires de ralentir à41 km/h pour réduire le sillage qui rendrait les navires plus visiblesa 13. Quatre minutes plus tard, les vigies repérèrent soit l’USS Ralph Talbot à environ 16 km soit une petite goélette de nationalité inconnuec 10,a 14,13. Les navires japonais poursuivirent leur progression tout en pointant plus de 50 canons sur l’USS Blue, prêts à tirer au moindre signe que le navire américain les avait repérésb 9. Lorsque l’USS Blue fut à moins de 2 km des navires japonais, il fit soudainement demi-tour car il avait atteint la fin de sa route de patrouille sans avoir conscience de la flotte japonaise à proximitéc 11. Voyant que ses navires n’avaient toujours pas été repérés, Mikawa mit le cap au sud de l’île de Savo et augmenta la vitesse à 48 km/h puis à 56 km/h. À 1 h 26, Mikawa relâcha le commandement pour que ses navires agissent indépendamment de son navire-amiral et à 1 h 31, il ordonna l’attaque généraled 4.

À peu près au même moment, le Yunagi situé à la fin de la colonne japonaise fit demi-tour, peut-être car il avait perdu les autres navires de vue ou car il avait reçu l’ordre de jouer le rôle d’arrière-garde. Peu après, les vigies japonaises repérèrent un navire à bâbord. Il s’agissait du destroyer USS Jarvis sévèrement endommagé la veille qui quittait Guadalcanal pour subir des réparations en Australie. On ne sait pas s’il avait vu le navire japonais car ses radios avaient été détruites. Le Furutaka lança plusieurs torpilles contre le destroyer mais toutes passèrent à côtéa 15. Les navires japonais passèrent à 1 100 m de l’USSJarvis, suffisamment près pour que les officiers du Tenryū puissent observer les ponts du navire sans y voir un seul membre d’équipage. Si l’USS Jarvis avait repéré les navires japonais passant à proximité, il ne fit rien pour le faire savoirc 12.

Deux minutes après avoir repéré l’USS Jarvis, les vigies japonaises virent les destroyers et des croiseurs alliés du groupe sud à environ 12 500 m car leurs silhouettes se détachaient devant la lueur du transport George F. Elliott en feuc 13. Quelques minutes plus tard, vers 1 h 38, les croiseurs japonais commencèrent à lancer des salves de torpilles en direction des navires du groupe sudb 10. Au même moment, les vigies du Chōkai repérèrent les navires du groupe nord à environ 16 kma 16. Le Chōkai se tourna pour faire face à cette nouvelle menace et le reste de la colonne japonaise suivit tout en se préparant à engager au canon les navires alliés du groupe sudc 14.

L’équipage de l’USS Patterson était en alerte car le capitaine avait pris au sérieux les rapports de l’après-midi sur la présence de navires japonais et les observations d’appareils inconnus dans la soirée et il ordonna à son équipage de se préparer au combat. À 1 h 43, l’USS Patterson repéra un navire, probablement le Kinugasa à 5 000 m devant lui et envoya un message d’alerte par radio et utilisa des signaux lumineux pour transmettre le message « Alarme ! Alarme ! Navires inconnus entrant dans le port ! ». Le navire accéléra à pleine vitesse et tira des obus éclairants en direction de la colonne japonaise. Le capitaine ordonna de lancer des torpilles mais son ordre fut couvert par le bruit des canons du destroyerc 15.

À peu près au même moment où l’USS Patterson avait repéré les navires japonais et était entré dans la bataille, les hydravions japonais, sur l’ordre de Mikawa, lancèrent des fusées éclairantes juste au dessus du HMAS Canberra et de l’USS Chicagob 11. Le HMAS Canberra répondit immédiatement et le capitaine Frank Getting ordonna d’accélérer à pleine vitesse pour faire tourner le navire et le positionner entre les Japonais et les navires de transport et ordonna aux artilleurs d’ouvrir le feu sur toutes les cibles visiblesc 16. Moins d’une minute plus tard, alors que les canons du HMAS Canberra visaient les navires japonais, le Chōkai et le Furutaka engagèrent le navire australien qui reçut plusieurs obus en quelques secondes. L’Aoba et le Kako rejoignirent la canonnade et durant les trois minutes suivantes, le HMAS Canberra fut touché à 24 reprises par des obus de gros calibre. Les premiers impacts tuèrent l’officier d’artillerie, blessèrent mortellement Getting et détruisirent les salles des machines, privant le navire d’électricité avant même qu’il n’ait pu tirer une seule fois ou communiquer avec les autres navires alliés. Le croiseur immobilisé et en feu, avait une bande de 5 à 10° sur tribord et était incapable d’éteindre l’incendie ou de pomper l’eau en dehors des compartiments inondés car il n’avait plus de courant. Comme tous les navires japonais se trouvaient à bâbord du HMAS Canberra, les dégâts sur le tribord du navire furent causés soit par des obus arrivant bas sur bâbord et sortant sous la ligne de flottaison à tribord soit par l’impact d’une ou deux torpilles sur triborda 17,14. Si des torpilles ont touché le HMAS Canberra sur tribord alors elles provenaient certainement d’un navire allié à proximité et à ce moment, le destroyer américain USS Bagley était le seul navire sur ce coté du navire australien et il avait auparavant tiré plusieurs torpillesc 17,15.

 

L’équipage de l’USS Chicago, observant l’illumination de leur navire et le changement de cap soudain du HMAS Canberra, se mit en alerte et tira le capitaine Bode d’un « profond sommeil ». Bode ordonna à ses canons de 127 mm de tirer des obus éclairants sur la colonne japonaise mais les obus ne fonctionnèrent pasb 12. À 1 h 47, une torpille, probablement tirée par le Kako, toucha la proue de l’USS Chicago et l’onde de choc qui suivit endommagea les systèmes de contrôle de tir de la batterie principale. Une seconde torpille toucha le navire sans exploser et un obus détruisit le mat du navire en tuant deux marins. L’USS Chicago navigua vers l’ouest durant 40 minutesc 18 en laissant en arrière les transports qu’il devait protéger. Le croiseur ouvrit le feu avec son artillerie secondaire sur les navires japonais derrière lui et il a peut-être touché le Tenryū auquel il causa des dégâts légers. Bode n’essaya pas d’affirmer son autorité sur les autres navires du groupe sud dont il était techniquement le commandant. Plus grave, Bode ne fit rien pour signaler aux autres navires alliés ou aux soldats débarqués à terre qu’il quittait la zone des combatsa 18.

Durant ce temps, l’USS Patterson s’engagea dans un duel d’artillerie avec la colonne japonaise et il reçut un obus sur l’arrière du navire qui causa des dégâts et tua dix marins. L’USS Patterson continua d’avancer et de tirer sur les navires et il a peut-être touché leKinugasa qui fut légèrement endommagéa 19. Ensuite, l’USS Patterson perdit de vue la colonne japonaise alors qu’il progressait le long de la cote orientale de l’île de Savoc 19. L’USS Bagley, dont l’équipage avait repéré les Japonais peu après l’USS Patterson et le HMAS Canberra, vira completement sur tribord avant de tirer plusieurs torpilles dans la direction générale de la colonne japonaise ; une ou deux d’entre-elles ayant pu toucher le HMAS Canberra. L’USS Bagley ne joua pas d’autres rôles dans la batailleb 13. Le Yunagi échangea plusieurs tirs avec l’USS Jarvis sans le toucher avant de quitter la bataille vers l’ouest avec l’intention de rejoindre la colonne japonaise au nord-ouest de l’île de Savod 5.

À 1 h 44, alors que les navires de Mikawa progressaient vers la force alliée au nord, le Tenryū et le Yubari se séparèrent de la colonne et mirent le cap plus à l’ouest. Le Furutaka, soit à cause d’un problème de directionc 20 ou pour éviter une possible collision avec le HMAS Canberra suivit le Yubari et le Tenryū. Par conséquent, le groupe allié au nord allait être enveloppé et attaqué de deux cotésa 20.

Affrontement au nord de l’île de Savo

File:SavoIslandMap2A.jpg

Carte de la bataille au nord de l’île de Savo.

Lorsque Mikawa attaqua la force alliée au sud, les capitaines des trois croiseurs américains du groupe nord dormaient et leurs navires naviguaient tranquillement à la vitesse de 19 km/hb 14. Même si les équipages avaient observé les explosions au sud de l’île de Savo et avaient reçu le message de l’USS Patterson alertant de l’arrivée de navires inconnus dans la zone, il fallut un certain temps pour que les navires soient prêts au combatc 21. À 1 h 44, les croiseurs japonais commencèrent à tirer des torpilles contre le groupe nord et à 1 h 50, ils braquèrent de puissants projecteurs sur les croiseurs américains et ouvrirent le feua 21. L’équipage de l’USS Astoria rejoignit sespostes de combat vers 1 h 49 et à 1 h 52, les obus japonais commencèrent à tomber autour du navire. Les artilleurs de la batterie principale de l’USS Astoria repérèrent les croiseurs japonais et ouvrirent le feu. Le capitaine de l’USS Astoria, qui était en train de dormir, se précipita sur le pont et ordonna un cessez-le-feu car il craignait de tirer sur des forces alliées. Comme les obus continuaient de pleuvoir, le capitaine ordonna une reprise des tirs moins d’une minute plus tard. Le Chōkai avait néanmoins ajusté ses tirs et le croiseur américain fut touché par plusieurs obus et prit feub 15,16. Entre 2 h et 2 h 15, l’Aoba, le Kinugasa et le Kako rejoignirent le Chōkai pour canonner l’USS Astoria. La salle des machines fut détruite et le navire en flammes s’arrêta. À 2 h 16, l’une des derniers tourelles principales encore opérationnelle de l’USS Astoria tira sur le projecteur du Kinugasa mais le manqua et la tourelle avant du Chōkai fut touchée et mise hors de combatc 22.

L’USS Quincy avait également vu les explosions et les fusées éclairantes au sud, avait reçu l’alarme de l’USS Patterson et venait tout juste d’ordonner le branlebas de combat lorsque les croiseurs japonais arrivèrent. Le capitaine du croiseur américain ordonna d’ouvrir le feu mais les artilleurs n’étaient pas prêts. En quelques minutes, l’USS Quincy fut pris sous le tir croisé de l’Aoba, du Furutaka et du Tenryū et prit feu. Le capitaine de l’USS Quincyordonna à son navire de charger en direction de la colonne japonaise mais alors qu’il virait pour se mettre dans la bonne direction, il fut touché et sérieusement endommagé par deux torpilles lancées par le Tenryū. L’USS Quincy parvint à tirer quelques salves dont l’une toucha la salle des cartes du Chōkai à moins de 6 m de l’amiral Mikawa et tua ou blessa 36 marins. À 2 h 10, les obus japonais avaient tué ou blessé presque tous l’équipage de la passerelle dont le capitaine. À 2 h 16, le croiseur fut touché par une torpille de l’Aoba et les derniers canons du navire arrêtèrent de tirer. L’officier artilleur en second de l’USS Quincy, envoyé sur la passerelle pour demander les ordres, rapporta ce qu’il vit :

« Lorsque je suis arrivé sur la passerelle, j’ai vu trois ou quatre personnes toujours debout au milieu d’un amoncellement de cadavres. Dans le poste de pilotage, la seule personne debout était l’aiguilleur à la barre qui tentait désespérément de maitriser la gîte sur tribord pour la ramener à bâbord. Il me dit que le capitaine, qui à ce moment était allongé [sic] près de la barre, lui avait dit d’échouer le navire et qu’il tentait de se diriger en direction de l’île de Savo distante de 6 km sur bâbord. J’ai traversé le poste de pilotage pour rejoindre bâbord et repérer où se trouvait l’île et j’ai remarqué que la navire gitait rapidement sur tribord et qu’il commençait à couler par la proue. À cet instant, le capitaine se redressa et tomba en arrière, apparemment mort, sans avoir prononcé d’autre bruit qu’un gémissement17. »

L’USS Quincy coula à 2 h 38a 22.

File:USS Quincy CA-39 savo.jpg

L’USS Quincy en train de couler est illuminé par les projecteurs japonais.

Comme l’USS Quincy et l’USS Astoria, l’USS Vincennes avait repéré les fusées éclairantes et les tirs des canons au sud. À 1 h 50, alors que les croiseurs américains étaient illuminés par les projecteurs japonais, l’USS Vincennes hésita à tirer car il croyait qu’il pouvait s’agir de navires alliés. Peu après, le Kako ouvrit le feu sur l’USS Vincennes qui répondit immédiatement à 1 h 53b 16. Après que le navire américain eut reçu plusieurs obus, son commandant, le capitaine Frederick L. Riefkohl, ordonna d’accélérer à 46 km/h mais peu après, deux torpilles du Chōkai causèrent de lourds dégâts au croiseur américain. Le Kinugasa rejoignit le Kako dans la canonnade mais il fut touché par un obus de l’USS Vincennes qui causa des dégâts légers à sa propulsion. Le croiseur américain fut touché par près de 74 obus et à 2 h 3, il fut touché par une torpille du Yubari. Avec la destruction de ses chaudières, l’USS Vincennes s’arrêta, brulant de partout et gitant à bâbord. À 2 h 16, Riefkohl ordonna d’abandonner le navire qui coula à 2 h 50c 23.

Durant l’engagement, les destroyers américains USS Helm et USS Wilson luttèrent pour repérer les navires japonais. Les deux destroyers tirèrent quelques obus sur les navires de Mikawa mais sans causer de dégâts et ils ne furent pas non plus endommagésa 23.

À 2 h 16, la colonne japonaise cessa de tirer sur le groupe nord car elle s’éloignait en direction du nord de l’île de Savo. L’USS Ralph Talbot rencontra le Furutaka, le Tenryū et le Yubari alors qu’ils contournaient l’île. Les Japonais ouvrirent le feu sur le destroyer qui fut sérieusement endommagé mais parvint à s’échapper grâce à un rideau de pluieb 17.

Fin de la bataille

À 2 h 16, Mikawa conféra avec son état-major sur l’opportunité de poursuivre la bataille et d’essayer de couler les transports alliés à l’ancrage. Plusieurs facteurs influencèrent sa décision. Ses navires étaient dispersés et il leur faudrait du temps pour se regroupera 24. De plus, ses croiseurs devraient recharger leurs tubes lance-torpilles, une manœuvre longue et difficile. Mikawa ignorait également la position et le nombre des derniers navires alliés et ses navires avaient épuisé beaucoup de leurs munitionsd 6.

Plus important encore, Mikawa n’avait pas de couverture aérienne et il pensait que les porte-avions américains étaient dans la zone. Mikawa était probablement conscient que la marine japonaise n’avait plus aucun croiseur lourd en construction et qu’elle serait donc incapable de remplacer ceux qu’il pourrait perdre dans une attaque aérienne le lendemain s’il restait dans les alentours de Guadalcanal18. Il ignorait que les porte-avions américains s’étaient retirés du secteur et qu’ils ne seraient pas une menace le lendemain. Si plusieurs officiers de Mikawa le pressèrent d’attaquer les transports alliés, le consensus fut de se retirerc 24. Par conséquent, à 2 h 20, Mikawa ordonna à sa flotte de se replier en direction de Rabaulb 18.

Conséquences

À 4 h le 9 août, l’USS Patterson se plaça à côté du HMAS Canberra pour aider à éteindre les incendies. À 5 h, il apparut que le feu était presque sous contrôle mais Turner, qui voulait retirer tous les navires alliés à 6 h 30, ordonna le sabordage du navire s’il ne pouvait pas accompagner la flotte. Après l’évacuation des survivants, les destroyers USS Selfridge et USS Ellet canonnèrent et torpillèrent le HMASCanberraa 25.

Plus tard dans la matinée du 9 août, le général Vandergrift indiqua à l’amiral Turner qu’il avait besoin que les transports terminent leur déchargement. Par conséquent, Turner retarda le retrait jusqu’à l’après-midi. Dans le même temps, l’équipage de l’USS Astoria tenta de sauver son navire en train de sombrer. L’incendie devint cependant hors de contrôle et le croiseur coula à 12 h 15b 19.

Le matin du 9 août, un coastwatcher (observateur côtier) australien sur Bougainville repéra une escadrille japonaise en provenance de Rabaul. Les équipages des transports alliés cessèrent temporairement les opérations de déchargement mais furent perplexes lorsque l’attaque aérienne ne se matérialisa pas car les appareils japonais s’étaient concentrés sur l’USS Jarvis et l’avaient coulé au sud de Guadalcanal. Les navires alliés quittèrent tous la zone de Guadalacanal dans la nuit du 9 aoûtc 25.

Tard dans la nuit du 9 août, Mikawa renvoya quatre croiseurs à leur port d’attache de Kavieng. À 8 h 10 le 10 août, le Kako fut torpillé et coulé par le sous-marin USS S-44 à 110 km de sa destination. Seul 71 marins ne furent pas retrouvés et les autres croiseurs japonais continuèrent vers Kaviengd 7.

Pendant plusieurs mois après la bataille, presque tous les renforts et les ravitaillements alliés arrivèrent à Guadalcanal à bord de petit convois de navires de transports naviguant essentiellement la journée pour bénéficier de la couverture aérienne offerte par les appareils alliés basés dans les Nouvelles-Hébrides, à Henderson Field et embarqués sur les porte-avions. Durant cette période, les forces alliés sur Guadalcanal disposaient de juste assez de munitions et de provisions pour repousser les offensives japonaises19.

Malgré leur défaite dans cette bataille, les Alliés remportèrent finalement la bataille de Guadalcanal. A posteriori, si Mikawa avait choisi de risquer ses navires pour couler les transport alliés au matin du 9 août, il aurait pu mettre un terme à la bataille de Guadalcanal dés son commencement et le cours de la guerre dans le Pacifique Sud aurait pu être très différent. Même si les navires de guerre alliés à Guadalcanal furent sévèrement étrillés, ils accomplirent leur mission qui était de protéger les transports. La plupart de ces transports furent utilisés à de nombreuses reprises pour ravitailler et renforcer les troupes alliées à Guadalcanal dans les mois suivants. La décision de Mikawa de ne pas détruire les navires de transport alliés quand il en eut l’occasion se révéla une grave erreur stratégique pour les Japonaisa 26

 

 

File:SavoBlue.jpg

Photographie de l’USS Blue surchargé de survivants prise depuis le transport armé USS Neville.

Un comité d’enquête de l’United States Navy prépara un rapport sur la bataille. À partir de décembre 1942 et durant plusieurs mois, le comité interrogea la plupart des officiers supérieurs alliés impliquésa 27. Le rapport recommanda la sanction d’un seul officier, le capitaine Howard D. Bode mais les autres officiers dont les amiraux Fletcher, Turner, McCain et Crutchley et le capitaine Riefkoh furent proches de recevoir un blâme sévère. Les carrières de Turner, de Crutchley et de McCain ne semblent pas avoir été affectées par la défaite ou par leurs erreurs y ayant contribué. En revanche, Riefkohl ne retrouva plus jamais le commandement d’un navire. Après avoir appris que le rapport allait être particulièrement critique contre lui, le capitaine Howard D. Bode, qui commandait l’USS Chicago (CA-29), se tira une balle dans ses quartiers à Balboa dans la zone du canal de Panama le 19 avril 1943 et mourut le lendemain20,21. Crutchley recut le grade de commandeur en chef de la Legion of Merit en septembre 1944. L’amiral Yamamoto félicita Mikawa pour sa victoire en indiquant « J’apprécie le courage et la tenacité de tous les hommes de votre organisation. J’attends de vous que vous prolongiez vos exploits et que vous fassiez tout ce qui est dans votre pouvoir pour soutenir les troupes au sol de l’armée impériale maintenant engagées dans une lutte désespérée ». Par la suite, lorsqu’il devint clair que Mikawa avait manqué l’opportunité de détruire les transports alliés, il fut sévèrement critiqué par ses camaradesc 26. L’amiral Turner expliqua ensuite pourquoi ses forces furent si sévèrement battues dans la bataille :

« L’US Navy avait toujours un fort sentiment de supériorité technique et psychologique sur l’ennemi. Malgré les nombreuses démonstrations des capacités de l’ennemi, la plupart de nos officiers et de nos marins méprisaient l’ennemi et considéraient qu’ils seraient nécessairement victorieux en toutes circonstances. Le résultat de cela fut une léthargie fatale de l’esprit qui entraina une confiance sans préparation et l’acceptation routinière des standards périmés de temps de paix. Je crois que ce facteur psychologique a joué un rôle plus important que l’élément de surprise dans notre défaitea 28. »

L’historien Richard B. Frank ajoute que « cette léthargie de l’esprit ne disparut pas complètement avant quelques autres coup durs à la fierté de l’US Navy autour de Guadalcanal, mais après Savo, les États-Unis remontèrent sur le pont et se préparèrent au combat le plus sauvage de l’histoirea 29 ».

Le porte-avions d’escorte USS Savo Island lancé en février 1944 fut nommé d’après cette bataille.

 

 

notes :

  1. ↑ Détail par navire : Chōkai-34, Tenryū-23 et Kinugasa-1. Le Kako fut coulé le lendemain (10 août) lors de son entrée dans son port d’attache de Kavieng et 71 marins furent tués mais cette perte est considérée comme distincte de la bataille de l’île de Savo. Tous les autres dégâts reçus par les croiseurs japonais furent réparés sur place
  2. ↑ Détail par navire: USS Quincy-389, USS Vincennes-342, USS Astoria-235, HMAS Canberra-85, USS Ralph Talbot-14, USS Patterson-10, et USS Chicago-2. L’USS Jarvis fut coulé plus tard le 9 août et les 233 membres d’équipage périrent mais cette perte est considérée comme distincte de la bataille de l’île de Savo. L’USS Chicago resta en répararions jusqu’en janvier 1943. L’USS Ralph Talbot fut réparé aux États-Unis jusqu’en novembre 1942. L’USS Paterson fut réparé sur place.
  3. ↑ Hammel 1999, p. 99
  4. ↑ Lundstrom 2006, p. 368-385
  5. ↑ a et b Coombe 1991, p. 21
  6. ↑ Après le rappel des deux transports, l’un d’eux, le Meiyo Maru fut coulé près au nord de l’île deBougainville à 21 h 25 le 8 août par le sous-marin USS S-38 et 373 personnes furent tués. Cet affrontement est généralement considéré comme distinct de la bataille de l’île de Savo.
  7. ↑ Les préparations japonaises pour les combats nocturnes comportaient l’emploi de vigies spécialement entrainées pour les opérations nocturnes avec des optiques spéciales, des torpilles type 93 à longue portée, le largage de fusées éclairantes par des hydravions embarqués à bord des croiseurs et des cuirassés et des exercices d’entraînements réalistes et fréquents.
  8. ↑ Toland 1970, p. 355
  9. ↑ Les hydravions lancés par Mikawa comprenaient trois Aichi E13A Jakes et un Kawanishi E7KAlf. Un Jake fut abattu par un appareil de l’USS Wasp et son équipage fut tué.
  10. ↑ Certaines sources indiquent que l’équipage du premier Hudson identifia correctement les navires mais que la composition des forces ennemies fut modifiée par les officiers des services de renseignements dans la baie de Milne.
  11. ↑ La confusion de deux des croiseurs de Mikawa avec des transports d’hydravions faite par le premier Hudson a peut-être été causée par la large dispersion des navires japonais et par le fait qu’il a vu un hydravion à proximité. Le rapport du premier Hudson ne fut pas reçu par radio car la station de Fall River avait été fermée à cause d’une alerte aérienne. Lorsque le second hydravion tenta de communiquer son rapport, Fall River refusa de le recevoir et reprocha à l’avion d’avoir rompu le silence radio. Loxton qualifie les affirmations de Morison, Dull, Richard Newcomb et des autres historiens selon lesquelles le premier Hudson ne tenta pas de transmettre son rapport par radio, termina tranquillement sa patrouille et « prit le thé » avant de soumettre son rapport à la baie de Milne comme une « rumeur scandaleuse » et une « calomnie » à l’opposé de ce qu’il a trouvé dans ses recherches.
  12. ↑ Dull avance 0 h 44, Loxton et Coulthard-Clark 1997, p. 171 précise 0 h 53, Morison 1958, p. 35 donne 0 h 54 et Frank 1990, p. 103 indique 0 h 50
  13. ↑ Morison 1958, p. 55 avance que l’USS Blue repéra ensuite une « goélette auxiliaire japonaise » dans la même zone mais ne dit pas pourquoi l’USS Blue pensait que la goélette était japonaise.Loxton et Coulthard-Clark 1997, p. 216 avance que l’USS Blue considéra la goélette comme « inoffensive ».
  14. ↑ Frank ne pense pas que des torpilles japonaises ont touché le HMAS Canberra et il n’évoque pas la possibilité que des torpilles alliées aient pu toucher le navire.
  15. ↑ Loxton pense fermement que le HMAS Canberra fut touché par une torpille de l’USS Bagley en s’appuyant sur les témoignages des survivants, les documents des navires et l’estimation des dégâts. Morison 1958, p. 37-38 considère que le HMAS Canberra fut touché par deux torpilles sur tribord mais il considère qu’elle étaient japonaises.
  16. ↑ Les mots exacts du capitaine de l’USS Astoria lorsqu’il arriva sur le pont furent « Topper, I think we are firing on our own ships. Let’s not get excited and act too hasty! Cease firing! » (« Topper, je crois que nous tirons sur nos propres navires. Restons calmes et n’agissons pas trop précipitamment. Cessez le feu ! »). L’officier d’artillerie de l’USS Astoria répliqua « For God’s sake give the word to commence firing! (« Pour l’amour de Dieu, donnez l’ordre de tirer ! »). Après la quatrième salve du Chōkai, le capitaine déclara Whether our ships or not, we will have to stop them. Commence firing! » (« Que ce soient nos navires ou pas, nous allons devoir les arrêter. Ouvrez le feu ! ») (Loxton et Coulthard-Clark 1997, p. 226-227).
  17. ↑ Texte original : When I reached the bridge level, I found it a shambles of dead bodies with only three or four people still standing. In the Pilot House itself the only person standing was the signalman at the wheel who was vainly endeavoring to check the ship’s swing to starboard to bring her to port. On questioning him I found out that the Captain, who at that time was laying [sic] near the wheel, had instructed him to beach the ship and he was trying to head for Savo Island, distant some four miles (6 km) on the port quarter. I stepped to the port side of the Pilot House, and looked out to find the island and noted that the ship was heeling rapidly to port, sinking by the bow. At that instant the Captain straightened up and fell back, apparently dead, without having uttered any sound other than a moan.
  18. ↑ Toland 1970, p. 362
  19. ↑ Murray et Millett 2001, p. 211-215
  20. ↑ (enSandy Shanks, « The Bode Testament: Author’s Interview [archive] » sur Microworks
  21. ↑ Hackett, CombinedFleet.com.

 

 

 

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19 mars 2013

La bataille de Midway (juin 1942)

Classé sous — milguerres @ 19 h 24 min

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La bataille de Midway (juin 1942)

Par : Nghia NGUYEN (ENS-WEB)
http://www.educationdefense.ac-creteil.fr/spip.php?article400

« First hit at Midway » de Paul RENDEL

Midway est un atoll américain qui se trouve dans le prolongement Nord-Ouest de l’archipel des Hawaii, non loin de la ligne de changement de date (180e méridien). Stratégiquement, l’île et son aérodrome militaire tiennent le rôle d’avant-poste américain dans le Pacifique central. Pour les Japonais, s’emparer de Midway en y débarquant 5000 hommes était un moyen de renforcer leur ligne de défense orientale, tout en rendant très rapidement possible une offensive sur l’ensemble des Hawaii. Si ces dernières tombaient, c’était le territoire américain – plus particulièrement la côte Ouest – qui aurait été directement menacé. Par ailleurs, ce renforcement oriental était aussi dicté par l’humiliation récente qu’avait fait naître l’audacieux bombardement de Tokyo lors du raid DOOLITTLE, le 18 mai 1942.

Une victoire à Midway et dans les îles Hawaii aurait eu d’importantes conséquences sur le cours de la guerre. En 1942, les États-Unis n’étaient pas encore remis du choc de Pearl Harbor, et l’US Navy n’était pas encore la puissance navale qu’elle devait être deux ans plus tard. Pour les Américains, il fallait gagner du temps dans le Pacifique, alors qu’au même moment ils concentraient la majeure partie de leurs moyens dans une autre direction océanique et continentale : l’Atlantique, l’Afrique et l’Europe. Au lendemain de l’agression de Pearl Harbor, Winston S. CHURCHILL avait réussi à faire valoir, auprès de Franklin D. ROOSEVELT, l’idée que le théâtre européen devait être le théâtre des opérations prioritaire (conférence d’Arcadia en décembre 1941 et janvier 1942). La libération de l’Europe prenait donc le pas sur la victoire contre le Japon, ce qui n’était pas chose facile à faire admettre aux Américains après ce qu’ils considéraient comme « the Day of infamy ».

1942 devait donc être une année de temporisation pour l’US Navy qui manquait de bâtiments dans le Pacifique. Une victoire japonaise à Midway, en juin, aurait sensiblement contrarié la stratégie anglo-américaine, obligeant à un redéploiement des moyens navals de l’Atlantique dans le Pacifique, ce avec des conséquences sur le cours du conflit en Afrique et en Europe… Une année de temporisation d’autant plus nécessaire que début mai avait eu lieu une autre grande bataille aéronavale aux portes même de l’Australie : la bataille de la Mer de Corail. Au cours de cet engagement, qui ressembla à première vue à une victoire tactique japonaise, les Américains perdirent le porte-avions lourd USS Lexington CV-2, et le USS Yorktown CV-5 fut gravement endommagé, à un point tel que la Marine impériale japonaise crut l’avoir coulé.

En fait, le tonnage des navires coulés (en défaveur des Américains) comptait moins que la redistribution stratégique imposée aux deux adversaires par cet affrontement. Les Japonais venaient de subir une défaite stratégique : leur offensive sur l’Australie subissait un coup d’arrêt, et si un seul porte-avions léger japonais avait été coulé (le Shoho), deux autres furent mis hors de combat qui ne pourront pas participer à l’offensive sur Midway prévue le mois suivant. Le Shokaku avait été suffisamment endommagé pour ne pas pouvoir être réparé à temps, et le Zuikaku perdit tellement d’avions et de pilotes que son groupe aéronaval n’était plus opérationnel. De nombreux pilotes japonais avaient été perdus en Mer de Corail, et le potentiel offensif nippon était désormais sérieusement érodé. L’insuffisance du renseignement vint aggraver le tableau quant à l’évaluation exacte du potentiel aéronaval américain. Ainsi, le porte-avions USS Yorktown – l’un des quatre porte-avions américains alors disponibles dans le Pacifique – avait été donné pour coulé. En fait, début mai, il fut rapidement retiré du champ de bataille pour être dérouté sur les îles Tonga afin d’y subir les premières réparations. Peu de temps avant la confrontation en Mer de Corail, les Américains, aidés par les Britanniques et les Néerlandais, avaient réussi à percer le JN25 à savoir le code de cryptage de la Marine impériale. Alerté au dernier moment, mais de sources sûres, sur le prochain objectif des Japonais, l’Amiral Chester W. NIMITZ pu anticiper son redéploiement en faisant appareiller le Yorktown, toujours avarié, pour Pearl Harbor. Le bâtiment parvint à la grande base des îles Hawaii le 27 mai, où il fut réparé en 3 jours et 3 nuits. Un véritable record ! De nouveau opérationnel, il appareilla le 30 en direction des îles Midway.

Le fait était d’importance, car les Japonais pensaient avoir de bonnes chances d’en finir avec les porte-avions américains à Midway. Tablant sur le secret de l’opération et une aéronavale américaine affaiblie, ils ne se doutaient pas alors que la situation ne leur était plus aussi favorable. Non seulement la défense de Midway fut considérablement renforcé, mais la spectaculaire réparation du Yorktown changeait la donne. Alors que la Marine japonaise s’attendait à affronter deux porte-avions regroupés au sein d’une même task force, c’étaient deux task forces qui se dirigeaient vers elle : la Task force 16 autour de l’USS Enterprise et l’USS Hornet (commandée par le Contre-amiral Raymond A. SPRUANCE), et la Task force 17 autour de l’USS Yorktown (commandée par le Contre-amiral Frank J. FLETCHER).

Facteur aggravant, le plan japonais dispersa d’emblée ses forces sur un espace considérable. Pas moins de quatre flottes de combat opérèrent de manière indépendante lors de la bataille pour Midway. Tout d’abord une force de diversion chargée d’aller frapper l’Alaska et les îles Aléoutiennes, afin de distraire les forces américaines et de dégarnir la défense de Midway. Cette première opération fut un échec du fait de la connaissance exacte des intentions japonaises par le commandement américain. Elle n’en mobilisa pas moins – et inutilement – 2 porte-avions et 4 cuirassés côté japonais. La force principale était celle de l’Amiral Chuichi NAGUMO. Forte de 4 porte-avions – le Soryu, le Hiryu, l’Akagi et le Kaga -, elle constituait le fer de lance de l’offensive japonaise contre Midway. C’est elle qui soutint l’essentiel de l’affrontement, cherchant à détruire les défenses américaines autour et dans l’atoll. L’isolement de celui-ci devant permettre le débarquement d’une force d’invasion aux ordres du Contre-amiral Nobutake KONDO. Plus en arrière, une quatrième flotte, commandée par l’Amiral Isoroku YAMAMOTO, devait aider à la destruction de la flotte américaine en cas de confrontation navale générale, notamment avec ses 3 cuirassés dont le plus grand du monde : le Yamato.

La première rencontre eut lieu le 3 juin, lorsque les Américains, ayant repéré la force de débarquement japonaise, l’attaquèrent. Ce fut un échec, qui montra cependant aux Japonais que l’effet de surprise était désormais nul. La véritable bataille ne commença que le lendemain lorsque de part et d’autre les porte-avions lâchèrent leurs groupes aériens contre leurs objectifs. Pour les Japonais, il fallait repérer les porte-avions américains et les couler tout en détruisant les défenses de Midway. Pour les Américains, il fallait trouver les porte-avions japonais et les couler afin de desserrer l’étau autour de l’atoll. Dans la matinée du 4 juin, une première vague d’assaut japonaise dévaste l’atoll, mais les appareils américains ont eu le temps de décoller, les uns pour défendre l’île, d’autres pour attaquer la flotte japonaise. Durant ce premier assaut – qui sera l’unique assaut sur Midway -, les appareils de reconnaissance japonais et américains cherchent à localiser les porte-avions adverses. Si les Américains marquent le premier point en repérant rapidement le groupe aéronaval japonais, leurs premières attaques sont catastrophiques. Plusieurs escadrilles sont anéanties avant même de pouvoir approcher les porte-avions japonais. Inexpérimentés pour beaucoup – notamment ceux des groupes aériens de l’USS Hornet -, équipés d’appareils lents et obsolètes face aux terribles Mitsubishi Zero, les pilotes américains vont d’emblée essuyer des pertes terribles, n’ayant que leur courage à opposer.

Mais leur sacrifice n’est pas inutile. Il épuise et fait perdre un temps précieux à la chasse japonaise, dont les appareils à court de carburant doivent apponter pour se ravitailler au moment où ceux de la première vague, de retour de leur raid de bombardement contre Midway, doivent eux aussi apponter et se ravitailler. C’est l’instant crucial de la bataille, où le système tactique japonais est à son point de tension maximum : les 4 porte-avions ayant lancé simultanément l’assaut contre Midway – tout en parant les premières contre-attaques aériennes américaines -, leurs groupes aériens doivent ravitailler au même moment laissant la flotte sans protection pendant de longues minutes. C’est précisément à ce moment qu’une nouvelle escadrille américaine de bombardiers en piqué surgit et attaque les porte-avions japonais dont les ponts sont encombrés d’avions prêts à redécoller. Le 4 juin 1942 à 10.25 du matin, l’Akagi, le Kaga et le Soryu sont touchés à mort. En moins de 5 minutes, les pilotes américains ont renversé le cours de la bataille, détruisant 3 des 4 porte-avions de l’Amiral NAGUMO. Le choc est terrible pour les marins japonais. Les incendies qui ravagent les 3 bâtiments sont visibles à des kilomètres à la ronde par toute la flotte. Le quatrième et dernier porte-avions japonais, le Hiryu, tente alors désespérément de faire la différence en lançant deux vagues de bombardiers et de torpilleurs contre le USS Yorktown repéré peu de temps auparavant. Le porte-avions américain est de nouveau atteint par 3 bombes aux alentours de midi, et 2 nouvelles torpilles le frappent encore vers 15.00, mais il flotte toujours, et commence à se replier.

À 17.00, alors que le Hiryu s’apprête à lancer une troisième vague pour achever le Yorktown, il est à son tour repéré et attaqué par des bombardiers américains qui ne lui laissent aucune chance. En flamme et désemparé, le dernier porte-avions de l’Amiral NAGUMO devait couler le lendemain. En une journée, le groupe aéronaval japonais a été anéanti. Après ces terribles pertes pour la Marine impériale, la bataille se prolongea encore durant quelques heures. Le sous-marin japonais I-168 repéra le USS Yorktown gravement endommagé, et le coula ainsi qu’un destroyer d’escorte, le USS Hammann. Ce fut la fin pour ce vétéran de la bataille de la Mer de Corail. Côté japonais, deux croiseurs lourds du Contre-amiral KONDO, naviguant à faible vitesse suite à une collision, furent également attaqués par les Américains. Le Mikuma fut coulé et le Mogami encore plus gravement endommagé.

Dès lors, ce qui entra dorénavant dans l’Histoire comme la bataille de Midway prenait fin. Les Américains se retirèrent rapidement du champ de bataille, refusant à l’Amiral YAMAMOTO l’occasion de poursuivre la lutte avec ses cuirassés et leurs terribles canons. Le score était, cependant, sans appel contrairement à la précédente bataille qui s’était déroulée aux portes de l’Australie en Mer de Corail. Pour 1 porte-avions perdu, l’US Navy en avait cette fois coulé 4. Mais le pire pour les Japonais résidait dorénavant dans l’immense difficulté de leur industrie à les remplacer au moment même où le Victory program commençait à produire ses premiers effets et que le temps jouait désormais en faveur des Américains.

En souvenir de cette grande bataille qui marque la fin de l’expansion japonaise dans le Pacifique, l’US Navy donna le nom de « Midway » à l’un de ses porte-avions. Le USS Midway CV 41, retiré du service actif en 1992, mouille actuellement dans la grande rade militaire de San Diego, face à la presqu’île de Coronado, où il a été transformé en musée flottant. Dans le pont inférieur sont exposés quelques uns des appareils de l’aéronavale américaine de la Deuxième Guerre mondiale. Sur le quai où se trouve amarré le bâtiment, un buste du vainqueur de la bataille de Midway, l’Amiral Raymond A. SPRUANCE, a été érigé ainsi que deux autres monuments, l’un à la gloire des porte-avions de l’US Navy et l’autre dédié aux hommes et femmes de l’US Navy ayant servi dans le Pacifique de 1941 à 1945.

 

Journal des débats politiques et littéraires 

1942/06/11 (Numéro 740). SOURCE GALLICA 
La bataille de Midway (juin 1942) export-35

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

17 mars 2013

8 décembre 1941 Les Etats-Unis déclarent la guerre au Japon

Classé sous — milguerres @ 15 h 32 min
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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale 

7 décembre Attaque de Pearl Harbor 

Les Etats-Unis et le conflit sino-japonais

Les combats continus en Malaisie entre Japonais et Britanniques 
8 décembre 1941
Les Etats-Unis déclarent la guerre au Japon 

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L’USS Arizona brûla durant deux jours après avoir été touché par une bombe japonaise lors de l’attaque de Pearl Harbor.

Au matin du 7(note 3) décembre 1941, les Japonais débarquent en Malaisie, en Thaïlande. Simultanément (à une heure près), le Japon lance une attaque surprise sur la principale base navale américaine dans le Pacifique située à Pearl Harbor dans l’archipel d’Hawaii. L’opération est menée par six porte-avions japonais et met hors de combat huit cuirassés. Malgré ce succès, la victoire japonaise est à relativiser, car, ni les porte-avions américains (aucun n’était présent), ni les infrastructures maritimes (réservoirs de carburant et installations portuaires) ne sont endommagés. De plus, six cuirassés seront renfloués et renvoyés au combat avant la fin de la guerre. Mais, sur le moment, le rapport des forces est clairement en faveur du Japon, qui peut mener ses opérations aéronavales en Asie du Sud-Est sans craindre une intervention américaine.
Au moment de l’attaque, les États-Unis n’étaient officiellement en guerre avec aucun pays dans le mondenote 4. Les membres de l’America First manifestaient avec véhémence pour garder l’Amérique à l’écart du conflit européen. Malgré cela, le président Rooseveltusait de son influence pour faire passer des lois visant à s’opposer à l’expansion de l’Allemagne comme la loi prêt-bail. L’attaque japonaise mit fin à toute opposition à la guerre. Le 8 décembre, les États-Unis déclarent la guerre au Japon bientôt suivis par le Royaume-Uni, les Pays-Bas et l’Australie. Le 11 décembre 1941, l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste déclarent la guerre aux États-Unis.
Dans les jours qui suivent l’attaque de Pearl Harbor, le Japon attaque dans toutes les directions. Hong Kong tombe en moins de 17 jours et la bataille se déplace aux Philippines. Dans le même temps, les îles américaines de Guam et de Wake sont bombardées et prises.

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Les Occidentaux sont incapables de résister à la poussée japonaise. Les Britanniques disposent d’importantes forces à Singapour et en Malaisie mais les meilleures unités ont été envoyées en Europe ou en Afrique du Nord. En Malaisie, les Japonais progressent rapidement dans des zones jugées infranchissables par les Britanniques et ceux-ci doivent se replier à Singapour. Le HMS Repulse et le fleuron de la Royal Navy, le HMS Prince of Wales, sont coulés en moins de deux heures par les avions japonais le 10 décembre, ce qui laisse Singapour sans cuirassés pour la protéger. La ville est assiégée à la fin du mois de janvier 1942 et doit se rendre le 15 février : 130 000 soldats sont fait prisonniers4.

À la suite de la Déclaration des Nations unies (première utilisation officielle du terme de Nations unies) du 1er janvier 1942, les Alliés forment l’ABDA ou American-British-Dutch-Australian Command qui devient le commandement suprême des forces alliées en Asie du Sud-Est. Sa direction est confiée au Britannique Archibald Wavell. La force ainsi créée est importante mais les unités sont dispersées depuis la Birmanie jusqu’au nord de l’Australie en passant par les Philippines. Elle ne parvient pas à ralentir la progression fulgurante des Japonais qui attaquent Bornéo et ses riches champs pétrolifères, puis Sumatra et Java et leurs vastes ressources naturelles. Dans une tentative désespérée pour enrayer l’invasion de Java, l’ABDA subit une cuisante défaite lors de la bataille de la mer de Java à la fin de février 1942. À la suite de ce désastre, l’ABDA cesse d’exister. Profitant de la disparition de l’aviation alliée, le Japon lance une série de bombardements moralement dévastateurs (mais militairement insignifiants) sur le nord de l’Australie. De plus, les Japonais ont entamé l’invasion des îles Salomon en vue d’isoler l’Australie des États-Unis. Fin mars, les Indes orientales néerlandaises sont tombées aux mains des Japonais.
Les premiers débarquements aux Philippines, alors sous protection américaine, ont lieu dès le 8 décembre. Manille tombe le 2 janvier et les 120 000 soldats philippins et américains se retranchent dans les fortifications de Corregidor et de Bataan. Sur ordre du président Roosevelt, le général Douglas MacArthur quitte Corregidor en direction de l’Australie pour y prendre le contrôle des forces alliées dans la zone. Les derniers défenseurs américains se rendent en mai.
Les assauts japonais en Birmanie forcent les Britanniques à abandonner Rangoon et à se replier jusqu’à la frontière avec l’Inde. Cette avancée japonaise prive Tchang Kaï-chek du ravitaillement allié transitant par la Route de Birmanie. En mars et en avril, une puissante flotte japonaise pénètre dans l’océan Indien et lance une série de raids aériens sur l’île de Ceylan. La flotte britannique envoyée pour l’intercepter ne parvient pas à prendre l’avantage et de nombreux cargos sont coulés ainsi que le porte-avions HMS Hermes. Néanmoins, le débarquement craint par les Britanniques ne se réalise pas et les Japonais ne seront plus jamais en mesure de rééditer une telle opération.
Au printemps 1942, le Japon a achevé la plus grande partie de ses objectifs initiaux. Il s’est emparé de territoires immenses et de richesses considérables au prix de pertes assez légères. En revanche, le moral des Alliés est au plus bas du fait des défaites successives et des importantes pertes. Le haut-commandement japonais s’attend donc à pouvoir entamer des négociations de paix. Cependant, la résistance des Australiens et des Néerlandais au Timor et surtout l’audacieux raid de Doolittle qui, le 18 avril, parvient à larguer quelques bombes sur le Japon montrent que les Alliés ne sont pas décidés à se rendre. Le raid de Doolittle, bien qu’insignifiant du point de vue militaire, montre que le Japon n’est pas à l’abri. Jusqu’alors, les stratèges hésitaient entre attaquer l’Australie au sud ou vers l’est en direction d’Hawaï. Le raid convainc les Japonais d’étendre leur zone de contrôle vers l’est.

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Explosion sur le Lexington lors de la bataille de la mer de corail.

Pour étendre leur zone de contrôle, les Japonais continuent leurs opérations dans le sud. Depuis l’île de Rabaul conquise dès janvier, ceux-ci planifient l’attaque de Port Moresby en Nouvelle-Guinée et des Îles Salomon pour en faire des base d’opérations avancée en vue d’isoler l’Australie des États-Unis. Cependant, les cryptanalystes américains sont parvenus à casser les codes secrets japonais et forment une flotte de combat menée par deux porte-avions, le Lexington et le Yorktown sous le commandement de l’amiral Frank J. Fletcher. En face, les Japonais alignent deux porte-avions lourds le Zuikaku et le Shokaku ainsi que le porte-avions léger Shoho sous le commandement de l’amiral Takeo Takagi.
La bataille de la mer de corail qui s’ensuit est la première bataille navale où les deux flottes ne se sont jamais aperçues et où seuls les avions furent utilisés pour attaquer les forces adverses. Les Américains perdent le Lexington et le Yorktown est gravement endommagé tandis que les Japonais déplorent la perte du Shoho et du Shokaku endommagé. Les pertes sont équivalentes et les deux camps revendiquent la victoire. Cependant, l’invasion de Port Moresby est repoussée et alors que le Yorktown sera rapidement réparé et pourra participer à la Bataille de Midway, les deux groupes aéronavals japonais ne seront pas reconstitués à temps. Cependant, les Japonais disposent de huit porte-avions contre seulement trois pour les Américains et les équipages et les pilotes de ceux-ci sont bien plus expérimentés.
Pour anéantir la flotte américaine et en particulier ses porte-avions, l’amiral Isoroku Yamamoto planifie une opération contre l’atoll de Midway. Une attaque de diversion sera menée en direction des Îles Aléoutiennes tandis que le gros de la flotte et ses quatre porte-avions lourds l’Akagi, le Soryu, le Kaga et le Hiryu approchera de Midway en vue d’y organiser un débarquement. L’île abritera ensuite une importante base aérienne offrant au Japon, le contrôle du Pacifique central. Mais encore une fois, les messages secrets japonais sont décodés et l’amiral Chester Nimitz rassemble ses trois derniers porte-avions l’Enterprise, le Hornet et le Yorktown hâtivement réparé des dégâts subis lors de la bataille de la mer de corail et les place en embuscade de la flotte japonaise.
Comme prévu, la flotte japonaise arrive à proximité de Midway au matin du 4 juin. L’amiral Chūichi Nagumo ordonne le bombardement aérien de l’île. L’aviation américaine présente sur l’île est détruite tandis que la flotte japonaise n’est pas touchée. En revanche, la flotte américaine est repérée par les avions de reconnaissance et surprend Nagumo qui hésite sur la marche à suivre. Les premiers assauts américains sont facilement repoussés mais une escadrille de Dauntless surprend les Japonais au pire moment et en quelques minutes, l’Akagi, le Soryu et le Kaga sont mortellement touchés. Les appareils de l’Hiryu coulent le Yorktown mais le dernier porte-avions japonais est détruit à son tour. La flotte japonaise est anéantie et contrairement aux États-Unis, le Japon est incapable de remplacer ses unités perdues. La bataille de Midway est le tournant de la guerre dans le Pacifique car elle arrête définitivement l’expansion japonaise.

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Marines américains se reposant lors de la bataille de Guadalcanal, novembre 1942

Le triomphe de Midway modifie considérablement la stratégie américaine. La priorité étant au théâtre d’opération européen, la tactique américaine dans le Pacifique était de contenir le Japon. Ainsi aucune offensive n’était prévue avant 1943. Plutôt que d’attaquer Rabaul très bien défendue, les Américains décident de reprendre les îles Salomon. Le 7 août, ils débarquent sur l’île de Guadalcanal mais la flotte américaine est mise en pièces à la bataille de l’île de Savo. Une véritable guerre d’usure commence alors lorsque les Japonais décident d’envoyer des renforts sur l’île. La bataille sur terre se déroule dans des conditions épouvantables au cœur d’une jungle épaisse. Sur mer, la confrontation est tout aussi violente, les batailles des Salomon orientales et des îles Santa Cruz entrainent de lourdes pertes dans les deux camps. Les Japonais défendent l’île avec acharnement mais leur logistique est incapable de les soutenir et ils doivent évacuer l’île en janvier 1943. C’est durant cette bataille qu’apparaît le Tokyo Express, surnom donné par les Américains aux destroyers japonais qui ravitaillaient les unités japonaises durant la nuit.
Dans le même temps, les Japonais, qui n’avaient pas réussi à débarquer à Port Moresby tentent de prendre la ville en traversant l’île le long de la piste Kokoda. La piste serpente dans des territoires presque inexplorés dans un climat et un relief extrême. L’offensive japonaise progresse difficilement au cours de l’été mais se révèle incapable d’atteindre la côte.

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Évolution de 1943 à 1945

1943

Au début de l’année 1943, le Japon, bien que blessé, dispose encore d’un vaste empire gorgé de richesses. Cependant, les faiblesses japonaises deviennent de plus en plus patentes. L’industrie japonaise est incapable de remplacer les appareils, les porte-avions et surtout les pilotes perdus en 1942. Elle n’a d’autre choix que de reconvertir des coques de cuirassés, rendus obsolètes par l’aviation, en porte-avions avec tous les inconvénients que cela implique. Dans le même temps, l’industrie américaine tourne à plein régime et même si elle doit approvisionner deux théâtres d’opérations, elle fournit la classe de porte-avions Essex bien supérieure à ce que peuvent réaliser les japonais. De même, les nouveaux chasseurs américains comme le Corsair ou le Hellcat utilisés avec les bonnes tactiques de combat aérien vont balayer l’aviation japonaise composée d’appareils bien trop mal protégés et armés comme le Zero. Le 14 avril 1943, le commandant en chef de l’armée japonaise, l’amiral Isoroku Yamamoto est tué lorsque son appareil est abattu par des chasseurs américains. Le Japon perd ainsi son meilleur officier supérieur.
Pour dégager définitivement l’Australie de la menace japonaise, l’amiral Nimitz planifie l’opération Cartwheel dont l’objectif est la reconquête des îles Salomon pour isoler la puissante base de Rabaul. La progression américaine est très lente du fait de la résistance fanatique des Japonais qui défendent chaque île jusqu’au dernier homme, de la rudesse du climat et du relief et de l’étirement des lignes de communication et de ravitaillement. L’île de Nouvelle-Géorgie tombe le 25 août 1943 mais les combats sur Bougainville dureront jusqu’à la capitulation japonaise. Néanmoins, Rabaul est isolé et la garnison de 100 000 hommes y restera jusqu’à la fin de la guerre car les Américains n’ont aucune intention de prendre la ville désormais inoffensive. Dans le même temps, les îles Aléoutiennes occupées par les Japonais depuis avril 1942 sont libérées durant l’été 1943.
Les Américains hésitent à présent entre deux stratégies pour se rapprocher du Japon et le contraindre à se rendre. L’amiral Chester Nimitz plaide pour une avancée à travers la Micronésie en capturant successivement les îles Gilbert, Marshall, Carolines, Mariannes et Bonin, dernière étape avant le Japon. De l’autre côté, le général Douglas MacArthur veut passer par le nord de la Nouvelle-Guinée, les Moluques puis les Philippines. Les planificateurs américains se prononcent en faveur de Nimitz, mais la puissance américaine est telle que les deux routes seront empruntées simultanément. En novembre, la reconquête des îles Gilbert commence, mais la résistance japonaise est féroce. Pour prendre le minuscule atoll de Tarawa, 1 000 soldats américains sont tués et seuls 16 soldats japonais sont faits prisonniers sur une garnison de 4 200 hommes. Ces pertes scandalisent l’opinion publique américaine mais la bataille permit de perfectionner les tactiques de débarquement.

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Soldats australiens et américains débarquant en Nouvelle-Guinée, juillet 1943

Sur le front de Birmanie, les Japonais sont arrivés aux portes de l’Inde mais sont bloqués sur les contreforts des Naga Hills. Le ravitaillement n’arrive que très lentement malgré la sanglante construction de la voie ferrée Siam-Birmanie. De plus, la destruction de la flotte japonaise à Midway rend impossible tout soutien aéronaval à l’avancée japonaise. La situation des Britanniques n’est pas pour autant favorable. Gandhi lance son mouvement Quit India et des émeutes paralysent les réseaux de transports et nécessitent une forte présence britannique. De plus, ce front est jugé secondaire par rapport à l’Europe et les unités indiennes sont envoyés en Afrique du Nord. Malgré tout, les Britanniques lancent des offensives de petite envergure dans le nord de la Birmanie avec peu de succès. Dans le même temps, ils mettent en place des unités de commandos parfaitement entrainés au combat dans la jungle, les Chindits, pour harceler les arrières japonais. Si les résultats militaires sont discutables, l’action a un effet considérable sur le moral des soldats. Finalement le retour de la mousson au milieu de l’été met fin aux opérations militaires. Une combinaison de facteurs militaires, administratifs et naturels provoquent une immense famine au Bengale qui fera plus de deux millions de morts.

En Chine, le conflit est bloqué depuis 1938. Quelques affrontements majeurs ont lieu comme à Changsha, dans le Hubei et à Changde mais aucun n’est décisif. De manière générale, les hostilités sont rares du fait de nombreux accords, tacites ou officieux, entre Japonais et Chinois. Néanmoins, l’occupation japonaise se traduit par de très nombreuses exactions comme lors de l’application de la Politique des Trois Tout en 1942. Pour ravitailler la Chine, le général américain Joseph Stilwell met en place un pont aérien entre l’Assam en Inde et Kunming en Chine. La route surnommée The Hump (la bosse) par les aviateurs franchit l’Himalaya et permit de transférer plus de 600 000 tonnes de matériel avant la fin de la guerre.
En novembre 1943, le Japon organise la conférence de la Grande Asie orientale dont l’objectif est la réorganisation de l’Asie avec la création de gouvernements locaux alliés du Japon. Bien que cette conférence ait avant tout eu un rôle de propagande, elle montre également une évolution dans la pensée des dirigeants japonais. Voyant les défaites s’accumuler, ils considèrent que des relations basées sur la coopération plutôt que sur l’asservissement seraient plus efficaces pour fédérer les peuples asiatiques contre les colonisateurs européens. Cependant, cette conception entre en contradiction avec la volonté du quartier général impérial5. De plus, cette évolution arrive trop tard pour influer sur le cours de la guerre.

1944

L’un des paradoxes les plus flagrants dans la stratégie japonaise est la faiblesse de sa logistique. Le Japon est un état insulaire avec peu de ressources naturelles, qui dépend énormément des importations en ce qui concerne le pétrole ou les produits alimentaires. La doctrine japonaise purement offensive ne cadrait pas avec l’activité purement défensive de l’escorte de convois. Ainsi, le Japon se lança dans la construction de monstres cuirassés comme le Yamato tout en négligeant la construction d’escorteurs indispensables pour rapatrier en sécurité les matières premières en métropole. Le résultat fut désastreux, car les antiques destroyers japonais ne purent lutter contre les sous-marins américains, qui coulèrent 90 % de la flotte de commerce japonaise. Les sous-marins américains ont réussi là où les U-Boote allemands ont échoué : asphyxier un pays. Au printemps 1944, la flotte japonaise est ainsi redéployée à Bornéo à proximité des puits de pétrole, mais l’île est dépourvue des infrastructures nécessaires à l’entretien d’une telle marine de guerre.

Contournant Rabaul, les Américains prennent les îles de l’Amirauté. Parallèlement, les troupes de MacArthur remontent lentement la côte nord de la Nouvelle-Guinée et entrent dans les anciennes colonies hollandaises en débarquant à Aitape et à Hollandia en avril 1944. La reconquête des îles Marshall montre que les leçons de Tarawa ont été tirées car les pertes sont bien plus faibles malgré la plus forte garnison japonaise. De leur côté, les Japonais réalisent que les défenses placées immédiatement sur le littoral sont trop vulnérables aux bombardements côtiers et lors des batailles suivantes, la défense en profondeur sera bien plus difficile à percer. Dans les Marshall, les Américains appliquent la stratégie du saute-mouton. Les îles principales sont capturées pour y installer une base aérienne qui interdit la zone aux Japonais et condamne les garnisons situées sur les îles alentour à pourrir sur place.

Une fois les Mariannes et les Carolines prises, l’attention américaine se tourne vers les îles Mariannes. Celles-ci se trouvent à moins de 2 500 km des côtes japonaises, ce qui en fait une base parfaite pour les bombardiers lourds B-29 venant tout juste d’entrer en service. Saipan est la première île à tomber le 9 juillet 1944 après un mois de combat. La chute de Saipan entraine la démission du gouvernement de Hideki Tōjō et affaiblit la position des militaires. Suite à la perte de Saipan, la marine japonaise organise une opération navale avec une importante flotte composée de neuf porte-avions et des plus puissants cuirassés au monde, le Yamato et le Musashi. Cependant, la flotte américaine possède 15 porte-avions dont l’aviation embarquée est largement supérieure à celle des Japonais. Avant même le début de la bataille de la mer des Philippines, deux porte-avions japonais sont envoyés par le fond par des sous-marins américains. Le sort des armes fut tellement à sens unique que les pilotes américains surnommèrent cette bataille The Great Marianas Turkey Shoot (le grand tir aux pigeons des Mariannes). Les pertes ne pourront jamais être remplacées et par la suite les porte-avions japonais ne seront plus utilisés que comme appât ou pour faire diversion. Libérés de la menace japonaise, les Américains envahissent Tinian et y implantent la plus grande base aérienne au monde ; à la fin de la guerre, elle accueille près de mille bombardiers et 50 000 personnels au sol. Guam est également libéré en août. En septembre, les marines débarquent à Peleliu. Les Japonais y appliquent la nouvelle tactique de défense en profondeur ce qui entraine plus de deux mois de combats acharnés. Le tiers des soldats américains est mis hors de combat (morts ou blessé), tandis que la garnison japonaise est annihilée.

Au sud, après une étape dans les Moluques, MacArthur approche des Philippines. Leur prise couperait le Japon de ses conquêtes les plus importantes en Indonésie et en Malaisie. Néanmoins, Nimitz milite pour une attaque de Formose qui permettrait également de couper les voies maritimes entre le Japon et ses possessions mais en ferait une base avancée à moins de trois heures du Japon et de la Chine. Mais, le bouillant MacArthur fait appel à des considérations politiques. Les Philippines étaient un protectorat américain et MacArthur veut respecter la promesse qu’il s’était faite de revenir en quittant précipitamment l’archipel deux ans plus tôt. L’état-major américain décide frapper au cœur des Philippines et organise un immense débarquement sur l’île de Leyte dont l’envergure dépasse celle du débarquement de Normandie. Pour contrer cette attaque, les Japonais tentent d’éloigner le gros de la flotte américaine en l’appâtant avec ses derniers porte-avions dépourvus du moindre appareil pour qu’une seconde flotte de cuirassés détruise la flottille de débarquement laissée sans protection. Le commandant américain William F. Halsey tombe dans le piège, mais les Japonais ne parviennent pas à exploiter leur supériorité et doivent se replier. La bataille du golfe de Leyte, la plus grande bataille navale de l’histoire, se solde par la destruction de la moitié du tonnage engagé du côté japonais et la perte des derniers porte-avions. La première attaque suicide des kamikazes a lieu lors de cette bataille. Les pertes causées par les 2 500 kamikazes qui s’abattront sur les navires alliés jusqu’à la fin de la guerre seront très rapidement compensées par la puissante industrie américaine, d’autant plus que, l’effet de surprise passé, les attaques réussies sur les grands navires se font plus rares. D’un point de vue strictement militaire, les résultats sont meilleurs que si le pilote avait la moindre chance de s’en sortir mais les attaques horrifient les marins américains qui commencent à se demander quel sera le prix de la conquête du Japon.

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Le Bunker Hill vient d’être touché par deux kamikazes le 11 mai 1945

En novembre, le président Roosevelt est réélu pour un quatrième mandat sans grande surprise compte-tenu de la guerre. Après la prise de Leyte, les Américains débarquent à Mindoro et sur l’île principale de Luçon et approchent de la capitale Manille.
Sur le front birman, les Japonais déclenchent une vaste offensive en janvier 1944. L’attaque s’épuise rapidement du fait de l’étirement excessif des lignes de ravitaillement. Lors des batailles d’Imphal et de Kohima, les unités japonaises épuisées sont violemment repoussées et doivent se retirer au début de l’été. À la fin de l’année, le nord de la Birmanie est libéré, dont la ville stratégique de Myitkyina. La route de Birmanie est rouverte au début de l’année 1945.
En Chine, l’année est marquée par l’opération Ichi-Go qui permet aux Japonais de s’emparer de vastes portions de territoires en Chine centrale et méridionale. Les forces chinoises s’effondrent face à la plus grande offensive en Chine depuis plusieurs années. L’un des objectifs japonais était la destruction des bases aériennes qui, au début de l’année, étaient les seules suffisamment proches du Japon. Cependant, les Américains abandonnent leurs bases en Chine trop difficiles à approvisionner et se redéploient dans les îles Mariannes tout juste conquises et encore plus proches du Japon.

1945

Au début de l’année, les possessions japonaises restaient impressionnantes et les riches régions de Malaisie et d’Indonésie lui appartiennent toujours. Cependant, le pays est à genoux, sa marine de guerre est à l’agonie après la perte de ses porte-avions. L’aviation japonaise invincible au début de la guerre n’est plus que l’ombre d’elle-même, ses appareils dépassés emmenés par des pilotes inexpérimentés n’ont d’autre utilité que comme kamikazes. Les bombardiers américains B-29 basés aux Mariannes commencent à anéantir les villes et les industries japonaises sans rencontrer de véritable opposition.

Aux Philippines, le général Tomoyuki Yamashita veut abandonner Manille qu’il juge indéfendable mais le contre-amiral Iwabuchi Sanji refuse et se retranche dans la ville avec 15 000 hommes. La bataille de Manille dure tout le mois de février et cause la mort de près de 100 000 civils, la plupart massacrés par les Japonais. Les débris des unités japonaises se dispersent dans les jungles où ils mènent une guerre de guérilla contre les Américains et les Philippins. La reconquête des Philippines ne s’achèvera qu’avec la capitulation japonaise. 96 % des 350 000 soldats japonais dans l’archipel sont tués.
La libération de Bornéo est la dernière campagne d’envergure sur le théâtre du Pacifique. Les forces, principalement australiennes, débarquent au nord et à l’est de l’île en mai. Critiquée après la guerre car considérée comme inutile, la prise de Bornéo prive le Japon d’importantes ressources en pétrole et isole un peu plus ses possessions en Indonésie et en Malaisie.
En Birmanie, les Britanniques poursuivent leur progression le long de l’Irrawaddy et Mandalay tombe le 27 mars. Le chef de l’État fantoche de Birmanie, Ba Maw, se retourne contre les Japonais dont les lignes craquent de partout. Rangoon est finalement prise en mai 1945. Une opération est envisagée pour reprendre la Malaisie, mais la capitulation japonaise arrive avant sa mise en application.

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B-29 larguant leurs bombes au dessus de Tokyo au début de l’année 1945

Pendant que MacArthur reconquiert les Philippines, la marine américaine poursuit sa route des atolls. La prise d’Iwo Jima à mi-chemin entre les Mariannes et le Japon permettrait de recueillir les appareils endommagés et de doter les escadrilles de bombardement d’une escorte qui leur fait défaut. La bataille d’Iwo Jima commence le 19 février, mais il faut plus d’un mois aux Américains pour nettoyer l’île de 21 km2 de sa garnison de 21 000 hommes. Après la prise d’Iwo Jima, le chemin du Japon passe obligatoirement par Okinawa qui pourra servir de base de départ pour un débarquement amphibie sur les îles principales.
L’invasion d’Okinawa, le 1er avril (dimanche de Pâques), surpasse toutes les opérations antérieures dans le Pacifique. La flotte américaine de 17 porte-avions reçoit le renfort des quatre porte-avions britanniques que la destruction de la flotte allemande a permis de libérer. Les Japonais envoient près d’un millier de kamikazes tout au long de la bataille. Plusieurs porte-avions sont endommagés et quelques navires plus petits sont coulés, mais la flotte américaine reste intacte. L’opération Ten-Gō lancée le 7 avril est une opération suicide qui entraîne la perte du Yamato, le plus grand cuirassé de l’histoire, qui succombe sous les coups de l’aéronavale américaine. Après cette bataille la flotte japonaise a purement cessé d’exister tout comme l’aviation qui perd 7 800 appareils lors de la prise des Îles Ryūkyū. Dans le même temps, la conquête d’Okinawa se poursuit dans un bain de sang. Le 21 juin 1945, 200 000 Japonais dont une moitié de civils sont morts.

La prise d’Okinawa et d’Iwo Jima a coûté la vie à plus de 25 000 Américains et le Japon ne semble toujours pas prêt à se rendre. Les stratèges sont donc forcés de planifier l’invasion des îles principales de l’archipel japonais. L’opération Downfall comportera deux débarquements d’une ampleur jamais vue, l’un en octobre sur Kyūshū et l’autre au printemps 1946 sur Honshū avec des pertes estimées, selon l’évaluation la plus pessimiste, à près de 800 000 morts chez les Américains et plus de 10 millions chez les Japonais[réf. nécessaire]. Le nouveau président Harry Truman (Roosevelt est mort le 15 avril) refuse de sacrifier autant de soldats pour une guerre virtuellement gagnée.
En effet, la prise des Mariannes et l’installation d’une immense base aérienne à Tinian puis la prise d’Iwo Jima permettent aux Américains de mener des opérations de bombardement stratégique particulièrement destructrices. À partir du printemps 1945, l’usage à grande échelle des B-29 et des bombes incendiaires font des ravages dans les villes japonaises à forte densité de population et aux habitations de bois. De plus, à la différence de l’Allemagne, le Japon n’était pas préparé à être bombardé. Les abris sont rares, la défense anti-aérienne et les chasseurs japonais sont incapables de protéger les villes. Le résultat est désastreux, dans la nuit du 9 au 10 mars, le bombardement de Tokyo tue 100 000 personnes. La ville brûle pendant trois semaines. À la fin de la guerre, 500 000 Japonais ont été tués et 5 millions sont sans logement à cause des bombardements qui ont détruit 40 % des zones urbaines du pays. De plus, la flotte étant détruite, les cuirassés américains participent à la destruction des villes côtières. Lors de l’opération Famine, les voies navigables et les côtes sont minées empêchant le transport de fret provoquant un début de famine. Pour aggraver la situation, l’URSS a dénoncé le 2 avril le pacte de neutralité entre les deux pays présageant d’une prochaine entrée en guerre.

Lors de la conférence de Potsdam en juillet 1945, les Alliés demandent la capitulation sans conditions du Japon qui devra abandonner toutes ses conquêtes depuis 1895, désarmer ses unités militaires et accepter une occupation militaire. La réception de cette déclaration divise le gouvernement japonais entre les civils prêts à l’accepter et les militaires qui pensent que l’Amérique offrira des conditions plus favorables pour éviter un sanglant débarquement au Japon. Le 28 juillet, le premier ministre Kantarō Suzuki utilise le terme ambigu de mokusatsu pour qualifier l’ultimatum et cherche une voie diplomatique avec les Soviétiques. Les Américains considèrent cette réponse comme un refus. Le président Truman décide alors d’utiliser une arme révolutionnaire dont le test vient de réussir au Nouveau-Mexique. Les 6 et 9 août, les villes d’Hiroshima et de Nagasaki subissent les premiers bombardements nucléaires qui font 150 000 morts. Le 8 août, l’URSS déclare la guerre au Japon et pulvérise les unités japonaises de Mandchourie. Malgré le double choc des bombardements atomiques et de l’attaque soviétique, une partie des militaires continue de refuser la capitulation. L’empereur Hirohito demande la tenue d’une conférence dans la nuit du 9 au 10 août dans laquelle il accepte les conditions imposées par les Alliés à condition que la monarchie soit maintenue. Les Américains acceptent et le 14 août, l’empereur s’adresse à la nation pour signifier la fin de la guerre. La cérémonie officielle a lieu sur le pont du cuirassé Missouri dans la baie de Tokyo le 2 septembre 1945.
Les actes de capitulation furent officiellement signés le 2 septembre.
À cette date, les forces armées japonaises comptabilisaient 6 983 000 militaires dont 5 525 000 dans l’armée de terre sans compter les milices et le personnel civil tandis que les pertes militaires furent estimées à 1 402 153 militaires signalés morts ou disparus en action ; en août 1948, 76 960 militaires étaient encore signalés comme disparus et, à quelques exceptions près, présumés morts6.

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Champignon nucléaire au dessus de Nagasaki, 9 août 1945

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MacArthur signe les Actes de capitulation du Japon le 2 septembre 1945

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Parade militaire américaine à proximité du palais impérial, 9 mars 1946

Conséquences

La guerre dans le Pacifique eut des conséquences importantes et durables. La première est la destruction de la puissance militaire et économique du Japon. Ce dernier perd toutes ses conquêtes depuis 1895 et ne conserve que les îles de l’archipel japonais. Le pays est militairement occupé et mis sous tutelle et Douglas MacArthur devient gouverneur militaire du Japon. Il doit assurer la direction d’un pays exsangue après huit ans de guerre, relancer l’économie, rapatrier les millions de Japonais d’Asie ainsi que démocratiser et démilitariser la société. L’Armée impériale japonaise est dissoute et la constitution de 1947 précise que le pays renonce définitivement à la guerre. Cependant, la guerre froide et la guerre de Corée poussera le Japon à se doter d’une force d’autodéfense. Le Tribunal militaire international pour l’Extrême-Orient, équivalent du Tribunal de Nuremberg pour l’Europe est chargé de juger les crimes de guerre du Japon Shōwa mais plusieurs personnalités dont l’empereur Hirohito ou les scientifiques de la sinistre unité 731 ne seront pas inquiétés. Le complexe militaro-industriel japonais est démantelé et les Américains libéralisent l’économie en réformant les Zaibatsu autrefois contrôlés par l’état. Une réforme agraire est lancée mais elle ne peut empêcher la malnutrition qui sévit en 1945-1946.
La société japonaise est bouleversée par l’occupation. Elle doit absorber les centaines de milliers de rapatriés des anciennes colonies. Le droit de vote est accordé aux femmes, la liberté de la presse est instaurée, la police politique (Tokkō) et la noblesse japonaise (à l’exception de la famille impériale) sont abolies. L’arrivée de la culture occidentale dans un pays autrefois fermé et aux traditions bien ancrées provoque un profond choc culturel qui se traduit par des changements dans l’habillement, l’alimentation ou la musique. L’occupation prend fin en 1952 et le pays entame une période de croissance spectaculaire connue sous le nom de miracle économique japonais.
L’autre conséquence majeure de la guerre dans le Pacifique est l’affaiblissement des puissances coloniales. En 1939, toute l’Asie, à l’exception de la Chine, de la Thaïlande et bien sûr du Japon est colonisée. Les victoires japonaises mettent à mal l’image d’invincibilité des puissances européennes. De plus, les Japonais s’étaient appuyés sur les mouvements nationalistes en Inde ou en Birmanie pour mieux contrôler l’exploitation des richesses des territoires conquis. D’un autre côté, les mouvements indépendantistes comme le Việt Minh en Indochine firent leurs premières armes, politiquement parlant, contre l’occupant japonais (il n’y eut cependant pas de combats et les Japonais tentèrent une dernière manœuvre en octroyant l’indépendance au Viet Minh). Les idées révolutionnaires et indépendantistes rendirent impossible la reprise en main des anciennes colonies par les Européens à la fin de la guerre. Si la transition vers l’indépendance se fit sans grande violence du côté britannique en Malaisie et en Inde, elle se transforma en guerre en Indochine et en Indonésie.
En Chine, la fin de la guerre et de la menace japonaise met fin à la fragile trêve entre les nationalistes et les communistes. Ces derniers ont considérablement accru leur force durant la guerre et contrôlent maintenant une grande partie du nord-est de la Chine. Soutenus par l’Union soviétique et profitant de l’importante quantité de matériels abandonnés par les Japonais, les communistes reprennent l’offensive en mars 1946. Les tactiques de guérilla épuisent les nationalistes approvisionnés par les États-Unis. Tchang Kaï-chek remporte plusieurs succès mais les défections se multiplient et la corruption galopante décourage les alliés américains. À la suite de plusieurs défaites en 1948, les communistes s’emparent de Pékin et progressent rapidement dans le centre du pays. Le 1er octobre 1949, Mao Zedong proclame la République populaire de Chine tandis que les nationalistes se réfugient sur l’île de Taïwan.
L’Invasion soviétique de la Mandchourie entraine la division de la Corée, colonie japonaise depuis 1910, en deux zones d’influence, soviétique au nord et américaine au sud. La montée des tensions entre les deux superpuissances entraine la création de deux états idéologiquement opposés. La guerre de Corée qui s’ensuit provoque la mort de 3 millions de personnes et la partition définitive de la péninsule entre la Corée du Sud et la Corée du Nord.
Le statut des îles Kouriles occupées par l’Union soviétique en 1945 reste un sujet de friction entre le Japon et la Russie.

NOTES
3↑ Bien que déclenchées à des dates différentes, les attaques sont simultanées (à une heure près) car elles ont lieu de part et d’autre de la ligne de changement de date
4↑ Le soutien américain à la Grande-Bretagne se traduit par la mise en place de convois pour protéger le ravitaillement avec le Royaume-Uni. Des accrochages ont alors lieu entre les destroyers américains et les sous-marins allemands.

SOURCE WIKIPEDIA

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

4 mars 2013

Les tâches de Comète, quand un aviateur débarque …

Classé sous — milguerres @ 0 h 37 min

 

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

Résistance … la lutte contre le mal

 Opération Comète 

Les tâches de Comète, quand un aviateur débarque …
Par Victor Schutters

La prise en charge des aviateurs

Après avoir vécu une tension considérable durant l’attaque de son avion par la défense anti-aérienne allemande ou par des chasseurs ennemis, il ne restait plus à l’aviateur touché que de s’extirper de son appareil en flammes et de sauter en parachute.

Ce saut était généralement le premier qu’il faisait car les aviateurs ne recevaient que peu ou pas d’entraînement parachutiste avant leurs missions au-dessus de l’Europe.

La distance encore parcourue par l’avion après le saut de l’équipage, pouvait dans bien des cas être de l’ordre de plusieurs kilomètres, ce qui explique pourquoi l’aviateur ne tombait pas toujours près du lieu du crash de son avion. Ainsi, la première chose qu’il avait à faire, était de cacher son parachute de manière à ne pas se faire repérer par les Allemands. Ces derniers se mettaient à fouiller toutes les maisons des environs où l’aviateur était susceptible de se trouver.

Se situer géographiquement était de première importance également, afin qu’il puisse s’orienter dans la meilleure direction possible. A l’aide notamment de la boussole et de la carte se trouvant, avec d’autres articles, dans son kit d’évasion, l’aviateur pouvait au départ plus facilement repérer l’endroit ou au moins la région et même le pays où il se trouvait. Dans beaucoup de cas, montrer la carte à l’un ou l’autre inconnu souhaitant l’aider, lui permettait de poursuivre alors ses déplacements en meilleure connaissance de cause.

L’aviateur devait ensuite demander de l’aide à la population locale en espérant que l’on serait disposé à le cacher. Puis, contacter la Résistance qui s’occuperait de sa prise en charge. La chose n’était pas évidente car il n’était pas facile de se faire comprendre face à des personnes qui ne parlaient pas toujours l’anglais.

De plus, les autorités allemandes avaient publié un décret stipulant que tout citoyen qui fournirait de l’aide à un aviateur allié serait passible de la peine de mort.

Dès que l’aviateur avait pu trouver un refuge, la personne qui l’hébergeait contactait généralement l’instituteur, le curé, le médecin ou le bourgmestre du village. Ces personnes connaissaient dans la plupart des cas un membre de la Résistance. Cependant, le résistant ainsi contacté n’appartenait pas nécessairement à une ligne d’évasion destinée à venir en aide aux aviateurs échoués sur le sol belge ou dans un pays voisin. Il pouvait en effet s’agir d’un membre d’un réseau s’occupant de presse clandestine ou d’un service de renseignement ou de sabotage. Sachant cela, le réseau Comète avait contacté les différents groupes de Résistance pour que, dans toutes les éventualités, l’aviateur soit amené vers lui.

Il arrivait que suite à l’attaque de son avion ou de son saut en parachute, l’aviateur se blesse et nécessitait certains soins. Il fallait dans ce cas faire appel à un médecin qui était prêt à fournir son aide en toute discrétion. Car il était malheureusement exclu d’hospitaliser le blessé en cas de besoin et les conditions dans lesquelles devait alors intervenir le médecin n’étaient pas optimales. Parfois, une simple visite chez le dentiste nécessitait beaucoup de précautions. En effet, la façon de prodiguer des soins dentaires, aux Etats-Unis par exemple, était différente de celle en usage en Europe et le praticien pouvait ainsi bien vite deviner la nationalité du patient.

L’identification

L’identification rigoureuse était la première chose que devait faire Comète dès la réception d’un aviateur. En effet, les Allemands avaient à plusieurs reprises introduit de faux aviateurs dans la Ligne, comme on appelait le réseau Comète avant l’arrestation d’Andrée De Jongh, le 15 janvier 1943. Il s’agissait en fait de militaires allemands portant des uniformes britanniques ou américains et qui maîtrisaient parfaitement l’anglais. Comme on peut l’imaginer, si de tels stratagèmes n’étaient pas dévoilés à temps, les conséquences pouvaient en être désastreuses.

Mais l’identification des aviateurs n’était pas aisée car certains d’entre eux trouvaient les questions qu’on leur posait trop précises et craignaient que les réponses fournies puissent servir la cause des Allemands si elles étaient venues à leur connaissance. En fait, avant leur départ en mission, ils recevaient en Grande-Bretagne des consignes de sécurité strictes.

En plus de la déclinaison de leur identité, de leur grade et de leur numéro de matricule, les questions portaient sur le type d’avion à bord duquel ils se trouvaient, la composition de leur équipage, l’objectif de leur mission et la réussite ou non de celle-ci.

Ils trouvèrent une solution efficace : Une fois le questionnaire complété, il était transmis à l’Intelligence Service de Londres qui pouvait alors procéder à des recoupements et transmettre ses conclusions par message codé.

En outre, l’analyse de l’écriture des aviateurs donnait également de précieuses indications. La manière de former les lettres par les Anglo-saxons se distinguait en effet nettement de l’écriture allemande, certains petits détails tels que le fait, pour les Américains, de ne pas barrer le chiffre 7 ou, pour les Allemands, de former le chiffre 4 en le faisant ressembler à un éclair étaient très significatifs.

Il arrivait également que l’on demande à un aviateur déjà pris en charge par Comète depuis un certain temps de procéder à l’identification d’un nouvel arrivant. Des questions très pointues telles que la demande par exemple de décrire un aérodrome militaire anglais ou la place de Picadilly Circus à Londres pouvaient alors être posées et démasquer à coup sûr tout usurpateur.
L’établissement de faux papiers d’identité

L’établissement de faux papiers d’identité suivait alors l’identification.

Au cas où l’aviateur n’avait pas été pourvu de photos d’identité avant son départ en Angleterre, il était d’abord photographié pour que l’on puisse lui fabriquer une fausse carte d’identité et une fausse carte de travail. Dans un premier temps, les photos étaient réalisées dans des cabines photomaton mais les Allemands étant devenus suspicieux, on décida de faire appel à des photographes capables de procéder eux-mêmes à l’impression des photos et en qui on avait parfaite confiance. Dans de nombreux rapports d’évasion, les évadés arrivés en Angleterre mentionnèrent souvent que les photos que l’on leur avait fournies avant de partir en mission étaient trop grandes ou trop petites ou inutilisables pour l’une ou l’autre raison. A un moment donné, Comète demanda également à Londres de doter les aviateurs du type de photos d’identité qui pouvait être utilisé en toute sécurité pour la réalisation de faux documents.

Les documents vierges étaient soit fabriqués de toutes pièces, soit subtilisés dans les administrations communales qui comptaient souvent des résistants parmi leurs employés.

Quant aux cachets-tampons qui étaient apposés sur les faux documents afin de les authentifier, ils étaient soit subtilisés dans les bureaux officiels, soit contrefaits par des professionnels qui s’étaient joints à la Résistance.

L’hébergement

L’hébergement, si ce n’était pas déjà fait, était alors l’étape suivante.

Il fallait donc trouver un endroit où l’aviateur pouvait être hébergé d’une manière sûre en attendant son évacuation vers l’Angleterre.

L’organisation Comète faisait appel à des personnes de confiance qui étaient prêtes à accueillir l’évadé en toute discrétion. De manière à limiter les risques, cette tâche était généralement confiée à des personnes n’ayant pas d’enfants en âge scolaire. Si cela n’était pas possible, les aviateurs étaient par exemple présentés aux enfants comme étant des cousins venant de loin, ce qui pouvait expliquer qu’on leur parlait dans une autre langue.

Afin de ne pas divulguer la présence de l’aviateur, il était soit caché dans le grenier ou dans la cave, soit dans une autre cachette d’où il se tenait toujours prêt à prendre la fuite en cas de visite impromptue.

L’alimentation

L’alimentation représentait sans aucun doute avec l’hébergement un des problèmes les plus difficiles à résoudre.

En effet, la population belge était fortement rationnée, la nourriture souvent difficile à trouver et de surcroît de mauvaise qualité.

Certaines denrées étaient fort chères et le fait d’avoir une ou plusieurs bouches supplémentaires à nourrir n’était pas évident. Pour se donner une idée du rationnement infligé par les autorités allemandes, notons que chacun avait droit par jour à 20 grammes de viande, 200 grammes de pommes de terre, 225 grammes de pain et 7 ½ grammes de confiture et autant de miel.

Le contrôle de la distribution des denrées était régi par l’octroi de timbres numérotés et de différentes couleurs qui correspondaient chacune à une sorte de marchandise.

Devant la difficulté de s’alimenter correctement via le ravitaillement officiel, les moins démunis se tournaient vers le marché noir où les prix étaient exorbitants. Les quelques exemples suivants en sont la preuve : 1 kilo de sucre se vendait 125 BEF ; 1 kilo de beurre, 325 BEF ; 1 kilo de viande, 200 BEF ; 1 kilo de café, 2000 BEF, 1 kilo de pain blanc, 75 BEF ; une orange ou un citron, 25 BEF ; un œuf, 8 BEF ; …

Pour mieux vous rendre compte de ce que cela représentait, sachez que le salaire mensuel moyen d’un ouvrier était alors compris entre 1200 BEF et 1800 BEF. De plus, la qualité des ces soi-disant produits de luxe était loin de ce qu’elle avait été avant la guerre.

Quand on pense à l’inflation qui a eu lieu depuis la guerre, on peut s’imaginer les montants astronomiques que ces prix représentaient à l’époque. Les prix d’alors peuvent grosso modo se lire en Euros actuels.

Les logeurs recevaient bien une aide financière de la trésorerie de Comète qui était de l’ordre de 70 BEF par jour et par aviateur. Cela permettait difficilement de répondre aux besoins vitaux et il fallait se débrouiller comme on le pouvait.

Ainsi, pour pallier aux problèmes d’approvisionnement en nourriture, les résistants organisèrent des raids qui consistaient à reprendre aux Allemands ce qu’ils avaient pris aux Belges car des trains entiers emmenaient des marchandises de la Belgique vers l’Allemagne afin de nourrir la population allemande et surtout ses soldats. La nourriture était ensuite partagée avec différentes organisations, dont Comète.

Par ailleurs, pour en faire bénéficier les personnes qui hébergeaient et nourrissaient des aviateurs, les résistants subtilisèrent également des feuilles de timbres de rationnement. Cela se faisait souvent avec l’aide d’employés communaux qui s’occupaient à un moment ou un autre de leur distribution.

L’habillement

L’habillement était un autre problème. Comme toutes les autres denrées, les vêtements étaient difficiles à trouver. Au fur et à mesure que les années de guerre s’écoulaient, les vêtements qui ne pouvaient pas être remplacés s’usaient et étaient parfois rapiécés de toutes parts.

Il fallut donc encore ruser pour parvenir à vêtir les aviateurs. Sans oublier que leur taille était souvent supérieure à celle des Belges et qu’il n’était pas facile de les habiller d’une manière séante qui n’éveillerait pas les soupçons.

Les déplacements

Afin d’alléger le fardeau de certains logeurs ou pour éviter de trop longs séjours dans un même lieu, les évadés étaient constamment changés de cachette. Les déplacements des aviateurs d’un lieu sûr à un autre, au même titre que leur hébergement, représentaient une tâche risquée dont devaient s’acquitter les membres de Comète. Souvent, l’aviateur était tombé à la campagne et généralement les premières personnes avec lesquelles il entrait en contact étaient des paysans. Il arriva que ces derniers ou d’autres habitants locaux refusèrent d’aider l’évadé ou le dénoncèrent aux Allemands, soit contre une somme d’argent, soit pour éviter d’éventuels problèmes avec les autorités. La plupart du temps, l’aviateur recevait, tôt ou tard, de l’aide et était mis en contact avec un membre de la Résistance.

Après que le contact avec la Résistance fut établi, on procédait à son évacuation vers la ville où il était souvent plus aisé de le cacher et de préparer son départ pour l’Angleterre.

Cela représentait la procédure habituelle et idéale. Cependant, suite aux suspicions qui pouvaient apparaître ou aux arrestations de certains membres de Comète, il fallait souvent trouver de nouvelles cachettes et assurer chaque fois les déplacements avec le plus de discrétion possible. Le danger était partout et tout le monde devait être extrêmement prudent.

Comme les Allemands avaient réquisitionné toutes les voitures privées et de nombreux autres véhicules, il y en avait très peu qui circulaient et ce moyen de transport n’était que très peu utilisé. La majorité des déplacements se faisaient donc à pied, à vélo ou en tramway au sein des villes ou entre les villages voisins. Quant aux distances plus longues, elles se faisaient en train. L’avantage du tramway résidait dans le fait que la destination n’était pas mentionnée sur le billet de transport. L’on pouvait changer plusieurs fois de véhicule pour aller d’un endroit à un autre. Cela permettait d’éviter d’être suivi ou du moins de s’en rendre compte et d’échapper dans ce cas au poursuivant. De plus, il y avait moyen d’acheter des cartes de transports valables pour plusieurs voyages qu’il suffisait de présenter au contrôle et de faire poinçonner sans avoir à prononcer le moindre mot. Ceci représentait bien évidemment une grande facilité pour les voyageurs anglo-saxons.

Le tramway n’avait pas que des avantages car les contrôles effectués par les Allemands étaient fréquents. Les voyageurs se voyaient alors obligés de descendre du véhicule et selon ce qu’ils cherchaient, les Allemands procédaient à la vérification des identités ou du contenu des bagages.

L’évacuation des aviateurs vers l’Espagne

L’évacuation des aviateurs vers l’Espagne pour qu’ils puissent regagner leur base en Angleterre était la tâche finale et le principal objectif de Comète. Ce voyage était planifié dès que possible. Cependant, une distinction entre les aviateurs avait lieu en fonction du poste qu’ils avaient occupé à bord de leur avion. Ainsi, les pilotes dont la formation était la plus longue, étaient évacués en priorité.

C’est alors que débutait un long et périlleux voyage. Les aviateurs étaient souvent évacués par groupes de deux ou de trois et étaient accompagnés d’un guide qui veillait à ce que tout se passe pour le mieux.

En fait, ce voyage était assuré par plusieurs guides qui effectuaient chacun une partie du parcours et qui se passaient le relais. Afin de garantir la sécurité, le guide connaissait rarement l’identité des accompagnateurs desquels il recevait les aviateurs ou auxquels il les remettait.

De manière à ne pas se faire arrêter, de nombreuses consignes devaient être respectées. Ainsi, le guide avait soin de ne pas prendre des tickets de train dont la numérotation se suivait et qui en cas de contrôle auraient permis de supposer que l’on voyageait ensemble.

Les contrôles pouvaient avoir lieu n’importe où, dans les gares, à bord des trains, aux ponts, aux carrefours, etc. L’identité de chacun pouvait être contrôlée par différentes polices allemandes telles que la Gestapo, la Geheime Feldpolizei ou la Feldgendarmerie, soit par des contrôleurs qui traquaient notamment les personnes qui s’adonnaient au marché noir. En France, outre des policiers, des miliciens français ont également été souvent impliqués dans de tels contrôles, en collaboration avec leurs « partenaires » allemands.

En cas de contrôle, les aviateurs avaient pour consigne de se faire passer pour sourd et muet. Il était pratiquement impossible de leur apprendre à décliner leur fausse identité sans que leur accent anglo-saxon ne soit dévoilé. Si des questions supplémentaires leur avaient été posées, ils auraient d’ailleurs été bien embarrassés d’y répondre…

Et puis, lors des contrôles, qui étaient particulièrement sévères en France, il fallait également justifier sa présence sur la partie de l’itinéraire que l’on empruntait par le biais de documents officiels. C’est pourquoi, les aviateurs recevaient à chaque partie du trajet, des cartes d’identité et des cartes de travail, de même que des autorisations de circuler, qui auraient pu leur être délivrées par les autorités locales.

Pour ne pas attirer l’attention, on faisait en sorte que ces faux papiers ne paraissent pas trop neufs en les abîmant volontairement. La procuration de ces documents n’était évidemment pas aussi simple et il fallait tenir compte de tout changement de l’autorité qui les validait, sans quoi la signature imitée n’était pas valable ou n’était plus d’actualité.

Quant à la route empruntée, plusieurs itinéraires furent suivis en fonction des circonstances et les étapes étaient nombreuses. L’un de ces interminables voyages à partir de Bruxelles, amenait les aviateurs jusqu’au village frontalier de Rumes, en Belgique, après avoir changé de train à Tournai.

Le passage de la frontière franco-belge se faisait alors à pied jusqu’au village de Bachy, en France, grâce à la complicité de certains douaniers et à l’aide de guides qui connaissaient très bien la région.

Cependant, avant de passer la frontière, il était impératif de vérifier que rien sur l’aviateur ne pouvait donner idée d’où il venait. Il fallait le dépouiller de tout indice de son pays d’origine, de son escadrille, des noms et adresses de ses helpers et de ses logeurs, tout devait être éliminé avant de poursuivre le voyage. C’était capital. Ainsi, on veillait notamment à ce que les poches, les souliers, les vêtements des aviateurs ne contiennent aucun objet ou marque compromettants qui auraient pu discréditer ce qui était mentionné sur leurs faux papiers. En effet, la présence sur eux de cigarettes ou d’allumettes anglaises ou américaines aurait bien vite fait détecter qu’ils étaient des aviateurs alliés, compromettant ainsi non seulement leur propre sécurité mais aussi celle de leurs guides et, finalement, de tous les maillons de l’organisation.

Par ailleurs, il arrivait qu’un aviateur soit tombé amoureux d’une jeune fille qui lui était venue en aide. Cela pouvait alors lui donner l’envie de conserver sur lui un nom ou pire, une adresse ou une photo de la personne qui lui était chère. Là encore, il fallait l’obliger à se séparer de ces objets car le moindre petit papier aurait pu entraîner un désastre.

Même certains gestes étaient à proscrire. Ainsi, lorsqu’ils allumaient une cigarette, les aviateurs avaient le réflexe de protéger leur briquet du vent en l’entourant de leurs mains. Le vent était en effet souvent présent sur les aérodromes. Agir de la sorte lorsque ce n’était pas nécessaire pouvait bien évidemment interpeler les Allemands qui étaient conscients de cela. Une autre façon de se comporter et qui pouvait trahir la nationalité des aviateurs résidait dans le fait que les Américains ont pour coutume de couper leurs aliments avant de commencer à manger et de passer ensuite la fourchette dans la main droite pour ingurgiter leur repas. Cela aussi devait être évité.

Après la frontière, on faisait prendre aux aviateurs le train jusqu’à Lille. De là, ils reprenaient un train jusqu’à Paris, puis un autre pour Bordeaux.

A Bordeaux, un train encore les emmenait à Bayonne où ils se voyaient remettre des vélos qui leur servaient de moyen de transport à travers les Landes jusqu’aux pieds des Pyrénées. Certains montaient sur une bicyclette pour la première fois de leur vie et de mémorables incidents eurent lieu le long de certains parcours.

Après s’être restauré et avoir repris des forces auprès des derniers relais, les aviateurs étaient conduits par des guides basques qui, par des petits sentiers de contrebande, les faisaient franchir les Pyrénées.

C’est durant cette dernière rude épreuve physique qu’ils devaient traverser la rivière Bidassoa formant la frontière naturelle entre la France et l’Espagne et qui en période de crues et par temps froid se révélait être un obstacle redoutable. [Pour plus de détails concernant les différentes routes empruntées par les évades et leurs guides dans les Pyrénées : voir les textes sur la route classique et les itinéraires de l'Est alternatifs.]

Enfin, arrivés à Bilbao en Espagne, ils étaient pris en charge par le corps diplomatique britannique et emmenés en voiture jusqu’à Madrid. De là, toujours sous le couvert de l’immunité diplomatique, ils étaient conduits jusqu’à Gibraltar d’où ils regagnaient l’Angleterre en bateau la plupart du temps.

L’expérience ainsi vécue par les aviateurs depuis leur saut en parachute jusqu’à leur retour à leur base militaire en Angleterre peut donc sans aucun doute être qualifiée de véritable épopée. Les difficultés rencontrées pour ne pas tomber aux mains des Allemands et l’épuisant voyage destiné à reprendre le combat en valaient tout de même la chandelle, non seulement du fait que les aviateurs évadés avaient pu rejoindre l’Angleterre mais aussi parce que leur retour avait un impact psychologique extrêmement positif sur le moral de leurs compagnons d’escadrille qui devaient encore partir en mission. Ils savaient alors en effet que s’ils étaient amenés à abandonner leur avion au-dessus des Pays-Bas, de la Belgique ou de la France, ils avaient une chance non négligeable d’éviter la capture. 

source : http://www.evasioncomete.org/TxtTaches.html

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29 janvier 2013

Des Américains dans la guerre du Rif

Classé sous — milguerres @ 0 h 26 min
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Des Américains dans la guerre du Rif americains-dans-le-rif-rouge

Des Américains dans la guerre du Rif
William Dean
Traduction par Valérie Caniart
http://rha.revues.org/index2393.html.
p. 46-55

Cet article met en lumière le rôle des Américains dans la guerre du Rif, tant comme observateurs que comme acteurs. Le capitaine Charles Willoughby, officier de renseignement de l’armée américaine, a étudié la rébellion et a tenté, à travers l’analyse réalisée de tirer un certain nombre de leçons de ce conflit. Parallèlement et contrairement aux souhaits du département d’État américain, des aviateurs américains ont servi au Maroc comme mercenaires. Au cours de l’été 1925, le gouvernement français a utilisé les pilotes américains afin de pallier les manques de l’armée de l’Air française. Mais pendant que les pilotes américains montraient leur efficacité au Maroc, les autorités de la population américaine s’opposaient à leur engagement. En dépit des progrès stratégiques réalisés au Maroc, la réaction négative de l’opinion publique américaine continuait de militer en faveur d’un retrait de l’escadrille chérifienne. Les militaires français ont tiré différentes leçons de l’engagement américain, ce qui a contribué à l’amélioration des relations franco-américaines. En dépit des raisons coloniales qui ont motivé cette guerre.

Plan
Contexte
Le capitaine Charles Willoughby et la guerre du Rif
La France face à un dilemme stratégique
La création de l’escadrille chérifienne
Le personnel de l’escadrille chérifienne
Les relations franco-américaines en 1925
Les missions de l’escadrille américaine
La fin de l’escadrille chérifienne
Conclusion

Notes de l’auteur
Avertissement : les opinions développées dans cet article ne reflètent aucunement celles du gouvernement des États-Unis, du ministère de la Défense, de l’armée de l’Air (et de son école) américains et engagent la seule responsabilité de l’auteur.

En 1900, la France s’engageant militairement au Maroc, y conduisit des campagnes jusqu’au milieu des années 1930. Deux générations d’officiers français y forgèrent leur expérience. Presque simultanément, de la veille de la Première Guerre mondiale jusqu’aux années 1920, l’Espagne, quant à elle, mena des campagnes dans le nord du pays. La composition des troupes françaises fut variée, allant de la Légion étrangère aux soldats tunisiens, algériens et de l’Afrique de l’Ouest, sans oublier les troupes métropolitaines. Au cours de l’entre-deux-guerres, les forces françaises furent donc très sollicitées, en raison des embarrassants mandats sur le Liban et la Syrie et de l’occupation de la Rhénanie. Il n’aurait pas été étonnant que le gouvernement français se fût éventuellement tourné vers des troupes mercenaires pour intervenir dans la guerre du Rif (1921-1926). Devenant un théâtre d’opérations important, l’armée des États-Unis commença à s’intéresser à cette campagne.

Contexte

À la fin de la Grande Guerre, la France, exsangue, démobilisa rapidement une grande partie de son armée. Elle obtint néanmoins des mandats au Moyen-Orient et reprit ses opérations au Maroc.
De 1919 à 1924, année de la victoire du Cartel des gauches, le gouvernement français, conservateur et nationaliste, mena une politique revancharde envers l’Allemagne en contenant la République de Weimar. Au Maroc, le maréchal Hubert Lyautey, fondateur de cette colonie en 1912, obtint suffisamment de troupes pour entreprendre de petites avancées à travers des offensives limitées, sans toutefois aider les Espagnols, écrasés à la désastreuse bataille d’Anoual (en juillet 1921), et qu’il considérait comme des ennemis potentiels. De plus, il ne croyait pas que le nouveau leader rifain, Abd el-Krim, puisse représenter une menace. Cependant, en avril 1925, les Rifains lancèrent une offensive contre le Maroc français, inquiétant ainsi le nouveau gouvernement de Paul Painlevé qui ne trouva qu’un seul moyen de réagir à ce revirement stratégique.

Au début des années 1920, deux présidents dirigèrent les États-Unis, Warren Harding, qui mourut avant la fin de son mandat, et Calvin Coolidge. Dans les premières années qui suivirent la fin de la Grande Guerre, les relations franco-américaines furent plutôt cordiales. Les États-Unis menaient une politique isolationniste illustrée par le refus du Sénat américain d’entrer à la Société des Nations. En 1923, après la crise de la Ruhr, ils furent obligés de s’impliquer lourdement dans le financement des réparations de guerre de l’Allemagne avec les plans Dawes et Young. Le sentiment général était que la Grande Guerre aurait dû être la « der des der ». Les effectifs de leur armée furent drastiquement réduits et la seule opération menée à cette période fut la guerre des Bananes en Amérique latine. Les officiers américains suivirent donc les guerres en dehors de leur propre hémisphère.

Le capitaine Charles Willoughby et la guerre du Rif

Charles Willoughby (1892-1972), fils d’un baron allemand et d’une mère américaine, s’engagea dans l’armée des États-Unis où il devait atteindre le grade de major général et servir au cours de la Deuxième Guerre mondiale, sous les ordres du général Douglas MacArthur, comme chef du bureau de renseignement pour la zone Pacifique du Sud-Ouest. Dans les années 1920, Willoughby était capitaine dans les services de renseignement et avait déjà beaucoup voyagé : notamment en Espagne et au Maroc. Au moment de la guerre du Rif, il eut l’opportunité de rencontrer Francisco Franco. Grand admirateur de ce dernier et de Benito Mussolini, Willoughby pouvait être considéré comme un pro fasciste. Dans l’armée américaine, il était sûrement celui qui était le plus à même de commenter la guerre du Rif.

En août 1925, Willoughby publia un article sur ce sujet, pour le journal de l’infanterie, dans lequel il comparait les méthodes françaises et espagnoles au cours de la guerre et analysait cette guerre sous l’angle de la lutte raciale : « Une foule d’hommes noirs et de couleurs avait été précipitée contre des hommes blancs, d’Ypres jusqu’à Bagdad, théâtres d’opérations sur lesquels ils avaient appris à les tuer. Les races assujetties avaient découvert une étrange vérité : les suzerains blancs, ces insondables maîtres de leurs destinées, s’étaient opposés les uns aux autres. Les demi-dieux avaient chu de leurs piédestaux séculaires et avaient été réduits à des fragments d’argile. » S’ensuivaient alors les arguments suivants : « Il y a peu de temps encore, les Empires coloniaux étaient fondés sur une légende, la légende de l’invincible homme blanc.
Il n’est pas bon de détruire ce mythe, de toucher au piédestal sur lequel reposait le demi-dieu depuis tant de siècles. »

Willoughby voyait la guerre du Rif plutôt comme un éventuel moyen de préserver la suprématie de l’homme blanc et les Empires coloniaux occidentaux en luttant brutalement contre la population rifaine. Il écrivait : « Seule une guerre agressive, conduite jusqu’au cœur de leur pays par des expéditions punitives incendiant les villages, détruisant les réserves de blé et dispersant les troupeaux, pourrait accomplir la subordination des tribus rebelles. » Pour se faire, Willoughby suggéra l’utilisation de chars, de voitures blindées, de lance-flammes et de gaz.
Les Espagnols, aidés par l’armée allemande et l’industrie, construisirent des usines pour la fabrication de gaz en Espagne et au Maroc. Des milliers de tonnes de gaz moutarde furent ainsi répandus sur des villages marocains.

Dans cet article, où il comparait les procédés français et espagnols, Willoughby estimait que l’administration et les opérations françaises étaient plus efficaces. Dans sa réflexion sur le désastre d’Anoual, il critiquait l’utilisation exagérée des blockhaus par les Espagnols et leur manque d’esprit d’offensive. Willoughby indiquait qu’entre 1923 et 1924, les Espagnols avaient amélioré leur efficacité offensive sur terre et commençaient à mieux intégrer la force aérienne. Cependant, d’après lui, les Français restaient les meilleurs dans la guerre coloniale, ceci s’expliquant par leur longue expérience en Algérie et en Tunisie. Ils avaient su préserver l’autorité du Sultan et s’appuyer sur l’administration indigène. Mais il estimait qu’ils avaient commis les mêmes erreurs militaires que les Espagnols en utilisant un système fortifié dans l’oued Ouergha, bien que cela ait été compensé par l’emploi de groupes mobiles 1.
Au moment où Willoughby écrivait, les Français, sur la défensive, protégeaient un large front avec très peu de troupes. Willoughby, qui soutenait alors qu’une coalition avec les Espagnols permettrait la défaite d’Abd el-Krim, ne savait sans doute pas encore que le maréchal Philippe Pétain, le nouveau chef d’état-major des armées, venait de signer une alliance avec l’Espagne et de planifier une coalition et des opérations combinées pour venir à bout de la République rifaine. Willoughby avait alors la certitude qu’avec Pétain et l’augmentation de leurs effectifs, les Français parviendraient à défaire les forces d’Abd el-Krim. Son analyse, davantage guidée par des théories raciales assez rebutantes que par la seule analyse militaire, possédait cependant une finesse pénétrante.

La France face à un dilemme stratégique

En 1925, la France, manquant d’effectifs militaires dans l’arme aérienne, envisagea, comme solution partielle, de faire appel à un petit groupe de pilotes aventureux. C’est ainsi que fut constituée l’escadrille chérifienne composée de mercenaires américains. Mais il est nécessaire, avant de développer ce point, de rappeler brièvement le dilemme stratégique qui se posait à la France ainsi que la situation au Maroc.

Au moment où Abd el-Krim lançait son offensive contre les positions françaises dans l’oued Ouergha, les Français avaient pour principal objectif stratégique le continent européen. Au printemps 1925, les militaires français considéraient encore l’Allemagne comme la plus grande menace. Les forces françaises furent donc surprises par l’avancée des Rifains jusqu’à 20 kilomètres de Fez et l’investissement des deux tiers de leurs fortins. Dans un premier temps, le résident-général Hubert Lyautey proclama que la capitale avait été sauvée par l’aviation française au Maroc, commandée par le colonel Paul Armengaud, mais très vite il réclama des renforts. Trois mois après l’offensive d’Abd el-Krim, les Druzes se soulevaient en Syrie et au Liban. La France devait donc faire face sur deux théâtres d’opérations majeurs dans un contexte de crise politique.

Les premiers soldats arrivant au Maroc provenaient des garnisons voisines, situées en Algérie et en Tunisie, bientôt suivis par les tirailleurs sénégalais 2, d’Afrique de l’Ouest. Mais ces forces ne suffisaient pas. Deux divisions furent ainsi prélevées sur l’armée du Rhin : la périphérie (l’Empire colonial) était de fait en train d’affaiblir les efforts de la métropole pour contenir la République de Weimar. Des dizaines de milliers d’hommes durent également être déployées pour soutenir une situation détériorée au Moyen-Orient. Le gouvernement français privilégia l’aviation pour le Maroc et la Syrie, la force aérienne étant envisagée comme la clé d’une multiplication des forces. Les campagnes aériennes au Maroc et au Levant représentèrent l’emploi le plus considérable des forces aériennes pendant l’entre-deux-guerres. Ceci fut possible car la France possédait jusqu’ici l’une des plus importantes industries d’aviation au monde, et techniquement, l’une des forces aériennes les plus sophistiquées. Cependant, au milieu des années 1920, l’aviation française était devenue désuète et le recrutement des pilotes se tarissait.

En juillet 1925, le gouvernement français sentant, que la vieille école coloniale incarnée par Lyautey avait échoué, décida de l’envoi du maréchal Philippe Pétain – le héros de Verdun –, pour remplacer le fondateur du Maroc. Pétain, bien déterminé à conduire une campagne conventionnelle et agressive, devait commander une armée plus de deux fois supérieure à celle de Lyautey. Et comme l’aviation faisait partie intégrante des méthodes de guerre quasi industrielle de Pétain, il y eut bientôt plus de 150 avions au Maroc. Il n’est pas surprenant que l’arme aérienne ait occupé une place cruciale dans la campagne puisque son emploi militaire fit ses débuts en 1912 au Maroc (un an après la première utilisation de l’aviation dans la guerre par les Italiens en Italie). À partir de cette période, les avions avaient été employés dans des missions variées allant du renseignement à la surveillance et à la reconnaissance (ISR) ainsi qu’au CAS (« Close air support » c’est-à-dire l’appui aérien rapproché) ou encore aux interdictions aériennes, à la logistique et aux secours médicaux. L’aviation française au Maroc et au Levant devint une solution partielle à la crise stratégique de l’été 1925. La seule entrave au développement de l’emploi de l’aviation était le manque crucial de pilotes.

La création de l’escadrille chérifienne

En avril 1925, le mathématicien républicain Paul Painlevé accédait au pouvoir, à la fois comme président du Conseil et ministre de la Guerre, fonctions qu’il avait déjà occupées pendant les sombres jours de la Grande Guerre. En outre, Painlevé était un ardent défenseur de l’aviation. En 1907, alors que l’aviation n’en était qu’à ses balbutiements et était considérée comme dangereuse, il avait été l’un des premiers hommes politiques français à monter dans l’une de « ces machines volantes ». Pendant la Première Guerre mondiale, il s’était fait l’avocat de la force aérienne et allait devenir, en 1930, le premier ministre de l’Air. Au début du mois de juillet 1925, Painlevé décida d’un changement radical.
C’est, en effet, à ce moment qu’un colonel américain, Charles Sweeney, qui avait servi dans la Légion étrangère pendant la Première Guerre mondiale puis dans l’armée américaine, proposa au président du Conseil de créer une escadrille de pilotes américains avec des anciens de l’escadrille Lafayette. Painlevé, puis plus tard le ministre des Affaires étrangères, Aristide Briand, donnèrent leur accord à la création de cette escadrille (d’après un télégramme envoyé à Lyautey le 10 juillet 1925). Toutefois, le gouvernement Painlevé avait prévu que le projet rencontrerait des difficultés d’ordre politique ; aussi, afin d’éviter d’inquiéter le gouvernement isolationniste du président Coolidge, ces aviateurs américains mercenaires devaient être techniquement au service du sultan (ou chérif) Youssouf du Maroc, qui était de jure le gouverneur du pays. Ce fut la raison pour laquelle l’unité fut baptisée : escadrille chérifienne. Elle est aussi mentionnée dans certains documents comme escadrille américaine. Initialement les aviateurs américains devaient servir pour un mandat de trois ans, or les archives ne font pas clairement apparaître si les Français, par le truchement du sultan, avaient envisagé cela comme une solution temporaire ou s’ils avaient espéré étendre le contrat.

« Cette manifestation de la solidarité américaine, semble particulièrement intéressante en ce moment, et pourrait entraîner en Amérique une propagande favorable à notre camp et réparer en notre faveur le sentiment américain qui soutient Abd el-Krim » put-on lire dans le télégramme envoyé par le Quai d’Orsay à Lyautey le 10 juillet. Aux États-Unis, (particulièrement à gauche), Abd el-Krim était considéré comme un brave républicain nationaliste, opposant une résistance héroïque à une domination européenne rétrograde. Il était également le héros des gauches françaises et espagnoles et la Confédération générale du travail (CGT) lui avait manifesté sa solidarité en organisant une marche de protestation à Paris en novembre 1925. L’Union soviétique, Staline et le Kominterm lui exprimèrent aussi leur sympathie. Même s’ils devaient travailler pour le sultan, ce fut Paul Painlevé qui décida des grades de ces aviateurs américains (la plupart d’entre eux souhaitaient conserver leur grade porté pendant la Première Guerre mondiale). Le ministère de la Guerre assura le transport des hommes et des avions de la France au Maroc via l’Espagne et celui des Affaires étrangères adressa à Lyautey le dossier de chacun des membres de l’escadrille afin de limiter leur isolement administratif. Deux journalistes furent envoyés avec eux pour rédiger la propagande « profrançaise » et « proaméricaine » (ce sont exactement les mots employés dans le télégramme) à partir de leurs éventuels exploits héroïques.

Le personnel de l’escadrille chérifienne

D’après les archives, c’est la quête d’aventure qui amena les aviateurs américains au Maroc. Sans doute essayèrent-ils de recréer le milieu passionnant et l’atmosphère de camaraderie qu’ils avaient connus pendant la Grande Guerre. L’esprit de croisade pour le triomphe de l’homme blanc sur les hommes du Rif ne les habitait pas, contrairement à ce qu’a pu écrire le capitaine Willoughby. Voici un récapitulatif des dossiers personnels de certains d’entre eux :

Le colonel Charles Sweeny, sorti diplômé de West Point en 1903, quitta l’armée des États-Unis en 1905. Il organisait un corps de volontaires américains pour la Légion étrangère française lorsque la Grande Guerre éclata. Passé du grade de 2e classe à celui de capitaine, il conduisit des assauts de chars dans l’offensive Nivelle. En 1917, Sweeny rejoignit l’armée américaine et quitta l’institution deux ans plus tard avec le grade de lieutenant-colonel.

Le colonel Charles Kerwood servit dans l’aviation française de 1916 à 1918 et compta 12 victoires à son actif. En février 1918, son avion abattu, il fut fait prisonnier jusqu’à la fin de la guerre. Lieutenant-colonel, il servit au Honduras et en Grèce après la Première Guerre mondiale.

Le capitaine William Rodgers servit dans l’escadrille Lafayette et remporta huit victoires. À la fin de la Grande Guerre, il s’engagea brièvement dans l’aéronavale américaine.

Le major Charles Craig fit également partie de l’escadrille Lafayette et remporta quatorze victoires.

Le capitaine Paul Rockwell, légionnaire pendant la Première Guerre mondiale et blessé dans les tranchées, servit au sein de la mission de presse alliée au quartier général français puis devint correspondant pour le Chicago Daily News. En 1925, il était observateur bombardier dans la guerre du Rif. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il servit dans l’armée de l’air américaine en Afrique du Nord, en Sicile et en Europe et obtint le grade de colonel. Il est le seul Américain à avoir été décoré de trois Croix de guerre françaises, au titre de la Première Guerre mondiale, de la guerre du Rif et de la Seconde Guerre mondiale. Il fut aussi promu commandeur de la Légion d’honneur.

Le major Austin Gillette Parker, diplômé de Cornwell, originaire d’une grande famille de la côte Est, fit aussi partie de l’escadrille Lafayette.

Les majors Paul Baer et Granville Pollock remportèrent de multiples victoires en tant que pilotes de l’escadrille Lafayette.

Nombre de ces hommes, comme Paul Rockwell ou Austin Gillette Parker (qui avait des liens avec la compagnie des rasoirs Gillette) étaient issus de grandes familles et ne se battaient pas pour des raisons financières. Ces hommes avaient tous en commun l’amour du vol et de l’aventure.

Les relations franco-américaines en 1925

À la fin de la Première Guerre mondiale, les relations franco-américaines étaient fortes, même si l’approche de la politique internationale du président Woodrow Wilson contrastait fortement avec le réalisme rigoureux de Georges Clemenceau. Les électeurs américains et le Sénat répudièrent la politique de Woodrow Wilson après le traité de Versailles. Bientôt, la France ne put plus compter sur les États-Unis pour venir à son aide en cas d’attaque de l’Allemagne.

Quand bien même, elle était capable d’agir de façon indépendante depuis la crise de la Ruhr en 1923. C’est après cette crise que les relations franco-américaines se tendirent, les États-Unis pressant la France au sujet des remboursements de la dette contractée auprès d’eux pendant la guerre puis, en 1924, le plan Dawes ajusta les réparations allemandes dues à la France, ce qui eut pour effet qu’elle reçut un dédommagement réduit d’autant.
En France, tant les élites que le peuple, commençaient à parler des États-Unis comme de « l’oncle Shylock ». Le mécontentement français envers les Américains était alimenté par l’afflux de touristes à Paris, favorisé par un franc dévalué et un dollar fort.
À tel point qu’en 1926, des Parisiens s’en prirent à des touristes américains (il s’ensuivit une petite émeute mais la police restaura l’ordre rapidement). L’implication d’aviateurs américains dans la guerre du Rif en 1925 contribua à amplifier les tensions entre les gouvernements français et américain.
Le 28 septembre 1925, le secrétaire d’État Frank Kellogg avertit le gouvernement marocain que les mercenaires violaient les statuts américains en combattant une puissance qui n’était pas en guerre contre leur pays. Ces statuts déclaraient que les personnes enrôlées dans des forces étrangères étaient coupables d’une grave infraction punissable d’une amende de 1 000 dollars et d’une peine d’emprisonnement d’au moins trois ans. Aussi, le consul général des États-Unis à Tanger notifia, par le biais du ministère des Affaires étrangères, que ces aviateurs enfreignaient ainsi les lois américaines. Les médias américains, notamment les journaux, étaient tout aussi opposés à l’implication de pilotes mercenaires américains, que le gouvernement des États-Unis.

Le Literary Digest titrait en une : « Les bombes américaines et les bébés rifains ». Le Pittsburg Post s’interrogeait « Pourquoi vont-ils se battre en première ligne contre les Rifains ? Les États-Unis n’ont aucune querelle avec ces tribus berbères, dont la seule offense envers la France et l’Espagne est qu’ils tentent d’expulser des usurpateurs étrangers de leurs terres. » Plus loin, l’éditorial poursuivait : « Il y aurait eu quelque chose de chevaleresque à voler au secours de ces montagnards arabes qui luttent pour leur liberté envers et contre tout ; mais il n’y a rien de galant ni de chevaleresque dans des pluies de bombes déversées sur des villages sans défense. C’est à proprement parler un sale boulot. » Un éditorial du New York Sun disait : « L’Américain moyen ressent que le peuple rifain est valeureux et attaché plus que tout à sa liberté. » La grande majorité des Américains qui suivait le conflit était du côté des Rifains. Dans leur esprit, les troupes françaises se comportaient en bandits.

Les critiques les plus acerbes contre les aviateurs mercenaires vinrent sans doute du Christian Century. Ce journal releva avec horreur un certain enthousiasme contenu dans les dépêches en provenance du Maroc. Un éditorial publia : « Ces soldats américains de fortune n’ont pas d’autres prétextes que l’exaltation de la chasse à l’homme. C’est un sport royal et le fait que ces femmes et ces enfants qui ont eu la malchance de naître dans ces villages rifains en soient les victimes n’a pas plus de signification pour eux que la mort de lapins au cours d’une chasse. » Les aviateurs américains au Maroc assuraient de leur côté que leur conduite était parfaitement correcte tant du point de vue légal que moral.
D’après le New York Herald Tribune, reprenant une interview du lieutenant-colonel Charles Kerwood, le journal soutenait que l’escadrille américaine n’avait jamais reçu le moindre avertissement officiel disant que ses activités étaient contraires à la politique du gouvernement américain. Contrairement au lieutenant-colonel Kerwood qui, lui, certifiait que l’escadrille avait reçu des assurances constantes sur sa participation à la campagne marocaine. Il affirmait aussi que l’ambassadeur des États-Unis Herrick avait envoyé aux aviateurs américains un message disant que s’il avait été plus jeune, il aurait été heureux de se joindre à leur action.
Ce dernier était donc en total désaccord avec la politique pacifique et isolationniste du secrétaire d’État Kellogg et du président Coolidge. C’est plus à cause de l’opinion publique négative aux États-Unis à propos de ces mercenaires que la présence et les actions de l’escadrille chérifienne devinrent de plus en plus controversées. On peut imaginer l’embarras du gouvernement français face à une telle prise de position du peuple et des élites américaines en ce qui concernait l’escadrille chérifienne. Les relations tendues entre les États-Unis et la France s’améliorèrent après la fin de la guerre du Rif.
Cela fut visible au niveau officiel à travers le pacte conclu entre le secrétaire d’État américain Kellogg et le ministre des Affaires étrangères français Aristide Briand. Connu sous le nom de pacte Briand-Kellogg, il consacrait la tentative de rendre la guerre illicite. Au niveau populaire, l’amitié franco-américaine se trouva renforcée par la réception donnée par le peuple parisien à la suite de l’arrivée de Charles Lindbergh après sa traversée de l’Atlantique en aéroplane en 1927.

Les missions de l’escadrille américaine

Les pilotes américains accomplirent une centaine de missions entre le mois d’août et la fin du mois d’octobre, début de la mauvaise saison. Les Américains volaient à bord du chasseur bombardier biplan de Breguet. Le colonel Sweeny commandait l’unité mais le lieutenant-colonel Kerwood en était le porte-parole. Le journaliste américain qui accompagnait le groupe, Carl von Weigand, fut probablement celui qui écrivit les fameuses dépêches dénoncées par Christian Century. Sa tentative de créer un courant favorable au groupe, échoua clairement. D’après une note rédigée par l’état-major français, 20 000 francs furent accordés à l’escadrille pour financer la propagande (les termes de « fonds de propagande » sont employés dans le document). Comme on l’a vu, cette opération d’information ne fut pas un succès. Quand l’escadrille arriva au Maroc, il y avait neuf officiers et sept sous-officiers. Un colonel français (non nommé) fut affecté à l’escadrille en tant que co-commandant. Les Français fournirent le personnel technique et logistique, soit neuf sous-officiers et cinquante engagés. Le sultan du Maroc procura les uniformes aux Américains et solda également les personnels de l’escadrille. L’escadron disposait de sept appareils, ce qui était moins que les dix appareils habituels d’une escadrille française type du 37e régiment d’aviation du Maroc. Ce régiment d’aviation fournit les camions, les motos, les bicyclettes, etc.

Les missions d’interdiction, ISR et CAS de l’escadrille américaine étaient souvent effectuées à basse altitude à des vitesses de 80 à 100 miles à l’heure. Les Rifains ayant une défense anti-aérienne très efficace, ils avaient déjà abattu plus de vingt appareils français avant l’arrivée des Américains. Mais d’autres dangers existaient : le terrain montagneux était traître, les cartes disponibles peu précises, aussi un nouveau pilote sur le théâtre pouvait-il facilement se perdre. Ajoutons à cela le temps hasardeux, en raison de quoi les Français interrompaient leurs opérations de vols en novembre, date à laquelle l’escadrille retrouvait ses bases d’hiver. L’épuisement était le problème principal des pilotes américains qui effectuaient parfois cinq missions par jour. Le lieutenant-colonel Kerwood reconnut que la majorité des opérations eurent lieu contre des soldats rifains concentrés dans la campagne. Il admit que l’escadrille chérifienneavait bombardé des villages et nombre d’indices permettent d’affirmer que les escadrilles françaises et américaines ont causé des pertes considérables parmi les civils. Il est même prouvé que l’escadrille américaine a bombardé un village qui s’était préalablement rendu. D’après le maréchal Philippe Pétain, elle effectua 350 missions de combat en six semaines et lâcha plus de 40 tonnes de munitions.

La fin de l’escadrille chérifienne

Quand l’escadrille américaine fut envoyée au Maroc, l’armée française connaissait des problèmes d’effectifs. Des dizaines de milliers de renforts des armées métropolitaine et coloniale arrivèrent alors en même temps que les Américains. En août 1925, Pétain arrangea une alliance militaire avec le dictateur militaire espagnol Primo de Rivera et en septembre, plus de 300 000 soldats français et espagnols déclenchèrent deux attaques en mouvement de tenaille à partir du nord et du sud contre les forces d’Abd el-Krim. Ces attaques compre­naient un assaut amphibie à grande échelle dans la baie de al Hoceimas, à proximité de la capitale d’Abd el-Krim. L’armée de Krim fut bientôt décimée et ce qui en restait se retira dans les parties les plus inaccessibles des montagnes de l’Atlas. Des actes de guérilla se poursuivirent cependant jusqu’en mai 1926.

En novembre 1925, alors que toute l’aviation s’était retirée dans ses bases d’hiver, plus aucune raison opérationnelle ne justifiait le maintien de l’escadrille américaine. À cela s’ajoutait le fait que ni le maréchal Pétain ni le colonel Armengaud, commandant le 37e régiment d’aviation et de la quasi-totalité de l’aviation du Maroc, n’approuvaient cet escadron mercenaire. Les éditoriaux négatifs de la presse américaine démontraient que l’un des objectifs, en l’occurrence la campagne de propagande profrançaise, n’avait pas été atteint. De plus, le secrétaire d’État aux Affaires étrangères Frank Kellogg était opposé à l’existence de cette unité. Le principal soutien de l’escadrille, le président du Conseil Paul Painlevé, vit son gouvernement tomber en novembre. Il n’y avait donc plus aucune raison sensée de renouveler le contrat des mercenaires américains.
En décembre 1925, les aviateurs américains rentrèrent à Paris. Ils furent invités au club américain par son président, Percy Peilotti, qui souhaitait les mettre à l’honneur. Le lieutenant-colonel Kerwood raconta : « On nous demanda de venir à ce déjeuner en uniforme, mais nous refusâmes parce que nous n’avions plus le droit de le porter. Nous n’étions rien. Nous étions juste des Américains, et seulement des hommes ordinaires désormais. » Peilotti condamna les propos qu’avait tenus Kellogg disant que l’escadrille violait les statuts américains et porta un toast aux aviateurs controversés en s’écriant : « En tant qu’amis de la France, nous vous sommes reconnaissants, en tant qu’Américains, nous sommes fiers de vous. » Ces propos ne reflétaient qu’une très petite minorité de l’opinion.

Conclusion
Le zeitgeist des années 1920 peut-être considéré comme l’implication américaine au Maroc. L’opinion du capitaine Willoughby qui voyait dans cette guerre un effort de maintenir la suprématie de l’homme blanc en Afrique, l’isolationnisme et la révulsion pour la guerre de l’Administration Coolidge ainsi que l’attitude américaine populaire soutenant le vaincu (Abd el-Krim) représentaient des points de vue fondamentalement contradictoires. Ni les Français ni les Américains ne retirèrent de leçons de cette campagne. Cependant, les aviateurs français acquirent une expérience importante dans les missions CAS ou d’interdiction, mais en oublièrent les enseignements et allaient se montrer déficients dans ces domaines en 1940.

Alors que la guerre du Rif atteignait son point culminant, les leaders européens tels que Aristide Briand, Gustave Stresemann, Benito Mussolini et Austen Chamberlain se rencontraient à Locarno en Italie. Là, les Allemands quittaient leur position de proscrits de l’Europe et les tensions en Europe continentale en étaient atténuées. Les Américains furent notoirement absents de cette rencontre cruciale. Dans le sillage de Locarno, les États-Unis et la France allaient signer le traité Briand-Kellogg visant à rendre la guerre illégale. Tout cela allait cependant changer sept ans plus tard avec l’avènement d’Adolphe Hitler, mais les Français, sous le commandement du général Charles Noguès, combattaient toujours les rebelles marocains. Cependant à la différence de ce qui se fit pendant la guerre du Rif, ce dernier ne fit pas appel aux Américains pour soumettre ce peuple tenace.
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Bibliographie
La plus grande partie de cet article a été rédigée à partir des archives du Service historique de la Défense, département de l’armée de Terre, carton 3 H 105 et département de l’armée de l’Air, carton 2 C 35. La presse écrite a également été consultée ainsi que la bibliographie suivante :
Adamthwaite Anthony, Grandeur and Misery: France’s Bid for Power in Europe, 1914-1940, New York, Hodder Arnold, 1995.
Doise Jean et Vaisse Maurice, Politique étrangère de la France. Diplomatie et Outil Militaire, 1871-1991, Paris, Éditions du Seuil, 1992.
Hoisington William, Lyautey and the French Conquest of Morocco, New York, St Martin’s Press, 1995.
McDougall Walter, France’s Rhineland Diplomacy, 1914-1924. The last Bid for a Balance of Power in Europe, Princeton, Princeton University Press, 1978.
Pedroncini Guy, Pétain, Le Soldat, 1914-1940, Paris, Perrin, 1998
Woolman David, Rebels in the Rif Abd el-Krim and the Rif Rebellion, Stanford, Stanford University Press, 1968.
Notes
1 En français dans le texte.
2 En français dans le texte.
Pour citer cet article
Référence électronique
William Dean , « Des Américains dans la guerre du Rif », Revue historique des armées, 246 | 2007, [En ligne], mis en ligne le 29 août 2008. URL : http://rha.revues.org/index2393.html. Consulté le 28 janvier 2013.
Auteur
William Dean
Il est titulaire d’un BA en histoire, d’un MA et d’un Phd en histoire militaire et diplomatique européenne (University of Chicago). Il a enseigné dans les universités Roosevelt et DePaul et a été le directeur du programme « Peace, war and Diplomacy » à l’université de Norwich. William Dean est aussi professeur associé d’histoire militaire comparée à l’US Air force air Command and Staff college (Alabama).
Droits d’auteur
© Revue historique des armées

 

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1 décembre 2012

Les Bâtiments de la Flotte Austro-hongroise

Classé sous — milguerres @ 14 h 00 min

 

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 Les Bâtiments de la Flotte Austro-hongroise

source :  http://www.naval-encyclopedia.com/premiere_guerre_mondiale/pages/autriche_hongrie/marine_austr_hong1914_3.htm

 

Les Bâtiments de la Flotte Austro-hongroise  autrichCuirassés côtiers classe Monarch (1894-95)

Le Wien en 1914.

La marine Austro-Hongroise entama un véritable renouveau avec l’arrivée du nouvel ingénieur en chef et directeur des constructions navales, Siegfried Popper. Ce dernier avec un budget limité, conçut un nouveau type de cuirassé destiné à renforcé la flotte qui ne comprenait jusque là que 9 cuirassés côtiers hors d’âge. Les derniers étaient des cuirassés à vapeur seule et à tourelles-barbettes remontant à 1887. Les Monarch s’inspiraient des Siegfried construits pour la marine Allemande peu avant, mais étaient mieux armés et bien plus lourds. Leur artillerie était inférieure à celle d’un cuirassé, puisque se limitant à 4 pièces de 240 mm, calibre secondaire pour bien des croiseurs-cuirassés de l’époque. C’était aussi un recul par rapport aux cuirassés précédents. Le blindage en revanche était épais et soigné, et leur condition côtière convenait à une utilisation limitée à l’adriatique.

Le Monarch fut mis en chantier en juillet 1893 à Pola et le Wien et le Budapest à STT ( Trieste ) en février 1893. Ils furent lancés en 1894 ( Monarch, Wien ), et 1895 ( Budapest ) et achevés en avril 1898. Ils ne furent que succintement modifiés avant la grande guerre, étant équipés à l’origine de 2 canons de 70 mm L/15 Uchatius pour appuyer des opérations de débarquement, et en 1917, le Wien et le Budapest reçurent un canon de 70 mm sur affût AA.

En 1914 ces navires formaient la 5e division, mais restaient en réserve. Ils ne virent pratiquement pas le feu jusqu’en 1917 où l’on envisagea de les utilisé pour effectuer des bombardements côtiers de soutien à l’offensive terrestre. Le Wien fut le premier à être préparé en ce sens et fut conduit à Muggia dans la baie de Trieste avant de prendre la mer, lorsque la nuit du 9-10 décembre 1917, il fut assailli par la vedette lance-torpilles Italienne MAS 9 commandée par Luigi Rizzo ( qui coula aussi le dreadnought Szent Istvan ), et coulé. Après cet autre exploit, Rizzo fut définitivement consacré héros de la nation.

Le Budapest était retiré du service début 1918 et servait de caserne flottante pour la base des submersibes de Pola, lorsqu’on le reprit en main en mai-juin pour une transformation afin d’effectuer des bombardements côtiers: On démonta sa tourelle pour y installer un Howitzer Krupp de 380 mm, mais lorsqu’il fut prêt à apareiller pour sa première mission, l’armistice était signée. En 1920, il fut attribué à la Grande-Bretagne qui en fit session à l’Italie, laquelle le ferrailla. Enfin le Monarch était ancré à Cattaro lorsqu’en février 1918 une mutinerie prit place à son bord. Il fut mis en réserve puis utilisé comme navire-caserne, avant d’être transféré à la Grande-Bretagne en 1920 en dommages de guerres, laquelle le céda à son tour à l’Italie pour démolition.

autrichCuirassés classe Habsburg (1900-1902)

L’Harpad en 1914.

Après les trois Monarch, en 1898, le directeur des constructions navales Siegfried Popper étudia la conception de cuirassés de haute mer, les premiers depuis le Tegetthof de 1878. Malheureusement, les faibles crédits alloués pour sa construction engendrèrent un navire inférieur aux autres cuirassés de l’époque: Sur le plan du tonnage, d’abord, il ne revendiquait que 8200 tonnes à standard, alors qu’à la même époque, les Wittelsbach Allemands en revendiquaient 12 700, les Borodino Russes 13 500, les République Français 14 600, et les Duncan Britanniques 13 700. Ce faible tonnage engendrait des limites de résistance de la coque à une artillerie puissante, tel le standard « normal » de cette époque, le 305 mm. On dût y renoncer pour ne pas compromettre la solidité de la coque et opté, après avoir un court moment étudié l’acquisition de 280 mm Krupp, des pièces de 240 mm déjà mises à l’épreuve avec les Monarch, mais disposées en une tourelle simple et une double, au lieu des deux doubles attendues.

Avec une artillerie de ce calibre, le blindage fut également établi en conséquence et se trouvait être sensiblement plus faible que sur bien des cuirassés contemporains. Enfin, la faible taille de la coque sous-entendait une limitation d’espace disponible pour les chaudières, mais ceci n’eut pas de conséquences en termes de vitesse. Avec 19,6 à 19,8 noeuds, ces cuirassés se trouvaient par contre avantagés. Le Habsbug, le Harpàd et le Babenberg furent entamés à STT à partir de 1899, lancés entre 1900 et 1902 et mis en service en 1902-1904. Entre autres particularités, ils arboraient leur artillerie secondaire en barbettes à deux étages les rendant très reconnaissables. Cette configuration fut délaissée par la suite. L’artillerie principale comprenait trois pièces Krupp de 40 calibres C97, les 150 mm étaient également des Krupp de 40 calibres C96, les 70 mm étaient des Skoda de 45 calibres et les 47 mm des Skoda de 44 et 33 calibres à tir rapide.

Le choix de placer la tourelle double en chasse répondait également à l’absence de blindage à l’arrière. Le ceinture était haute de 2,44 m, au niveau de la ligne de flottaison, se prolongeant sur l’éperon à une épaisseur de 100 mm. L réduit était renforcé par deux traverses de 220 mm, et le pont du réduit cenral était de 63 mm. Les doubles casemates étaient protégées par 125 mm de blindage. Les casemates centrales avaient un encorbellement plus prononcé qui, ajouté à la forme de la coque à cet endroit, permettait un tir à angle de 180°. L’appareil moteur se composait de deux machines à quatre cylindres et à triple expansion, le faible poids du navire permettant ces vitesses élevées, dépassant allègrement les 20 noeuds aux essais. Sur deux bâtiments on avait d’ailleurs éliminé du poids supplémentaire un supprimant un pont en 1911. L’autonomie se limitait à 3200 milles marins, du fait notamment d’un emport de 800 tonnes de charbon seulement, mais découlant logiquement d’une utilisation en Adriatique.

En 1914, ces trois unités formaient la IVe division de ligne au sein de l’escadre d’active. Le nom ne reflétait pas leur activité justement, car en dehors du Habsburg qui effectua une sortie de bombardement d’Ancône, après les premières opérations de bombardement de la côte Monténégrine des trois cuirassés, ils restèrent ancrés à Pola jusqu’en 1918. En 1917, on les déclassa comme bâtiments de défense côtière. En 1919, le traité de paix les fit attribuer à la Grande-Bretagne qui les fit démolir en Italie en 1921.

 Déplacement & Dimensions

 8230 t standard, 8800 t PC; 114,5 x 19,8 x 7,46 m

 Propulsion  2 hélices, 2 machines VTE, 16 chaudières Belleville, 15 000 cv. et 19,5 n. max.
 Blindage, Equipage  Ceinture 220, tourelles 280, casemates 210, ponts 40, blockhaus 200 mm-; Équipage 638
 Armement  3 canons de 240, 12 de 150, 10 canons de 70, 8 de 47 mm, 2 TLT flancs SM 450 mm.

autrichCuirassés classe Erzherzog Karl (1903-1905)

L’Herzerzog Ferdinand Max en 1914.

Misant sur des budgets plus conséquents, le directeur des constructions navales de l’amirauté, Friedrich Popper, put développer une série de trois bâtiments nettement plus importants que les Habsburg. Malheureusement, il restait limité dans ses choix du fait de l’étroitesse des bassins de construction de STT, le seul chantier d’importance de la côte, et les budgets ne prévoyaient pas de les agrandir. De ce fait, ces trois unités, plus lourdes de 2000 tonnes, plus grandes, restaient très compactes, et de ce fait étaient bien protégées, mais leur artillerie restait limitée à des pièces Krupp de 40 calibres de 240 mm, considérées comme des pièces secondaires. Les trois Herzerzog étaient donc encore une fois, même avec le bénéfice d’une pièce supplémentaire, – ce qui était le moindre vu leur augmentation de tonnage – inférieurs à leurs homologues d’autres nations.

Leur blindage était plus faible au niveau central de la ceinture, sur les tourelles, les casemates, mais il était supérieur au niveau des ponts et de la tour de comandement. Par contre, l’espace disponible sous la ligne de flottaison ( 7,51 m de tirant d’eau ) autorisaient la pose de machines compactes et puissantes, leur permettant d’atteindre 20,5 noeuds, ce qui était supérieur à la plupart des cuirassés de l’époque. Leur armement secondaire par contre était nettement plus puissant ue sur les habsburg puisque l’on passait de 12 pièces de 150 mm à 12 de 190 mm, qui complétaient assez bien celles de 240 mm. Leur calibre tait suffisamment différent encore pour pouvoir distinguer aux télémmètres leurs gerbes respectives et de régler le tir en conséquence. Encore une fois leur armement tertiaire était emblématique des pré-dreadnoughts, avec des pièces de 70 mm, des Vickers de 47 mm en calibre 33 et 44, des 37 mm revolver Vickers et des mitrailleuses de 8 mm Skoda. Tout cet arsenal était dévolu à la lutte contre les destroyers et torpilleurs. En 1916, on leur ajouta à tous trois une pièce Skoda de 70 mm de 45 calibre antiaérienne.

Les trois cuirassés, formant la 3e division de ligne, effectuèrent quelques sorties de bombardement côtier après la déclaration de guerre, mais la survenance de la flotte alliée en Adriatique les contraignit à se replier à Pola. Au moment de la déclaration de guerre de l’Italie, le 23 mai 1915, les trois Herzerzog sortirent en même temps que le reste de la flotte pour effectuer un bombardement massif de la côte Italienne. On avait renoncé à les envoyer aux Dardanelles soutenir les Turcs, sachant qu’il s’agirait probablement d’un sacrifice. De ce fait, ils restèrent inactifs à Pola jusqu’à la capitulation, dans un état assez médiocre du fait paradoxalement, que même inactifs, on les garda toujours prêts, sans prendre le temps des les envoyer en cale sèche. Capturés par les Yougoslaves, ils devinrent à la suite du traité de paix des compensations en dommages de guerre, à l’Angleterre qui les revendit immédiatement et les fit démolir par l’Italie en 1920.

 Déplacement & Dimensions

 10 472 t standard; 126,2 x 21,8 x 7,5 m

 Propulsion  2 hélices, 2 machines 4 cyl. VTE, 20 chaudières Belleville, 18 000 cv. et 20,5 n. max.
 Blindage, Equipage  Ceinture 210, tourelles 240, casemates 150, ponts 55, blockhaus 220 mm-; Équipage 700.
 Armement  4 canons de 240, 12 de 190, 12 de 70, 6 de 47, 4 de 37, 4 ML 8 mm, 2 TLT flancs SM 450 mm.

autrichCuirassés classe Radetzky (1908-1910)

En février 1906, le Dreadnought sortait des chantiers de Portsmouth. A la même date, les trois Herzerzog étaient en achêvement. Ces dernier portaient 4 pièces de 240 mm et déplacaient 10 000 tonnes contre 10 de 305 mm et 20 000 tonnes pour le premier. Cette simple comparaison illustrait le fossé existant entre les constructions Austro-Hongroises de l’époque, sévèrement amputées par des coupes budgétaires, et qui aggravait déjà la rupture entre dreadnoughts et pré-dreadnoughts. L’amirauté, à présent dirigée par l’amiral Montecuccoli, était consciente de devoir étudier une nouvelle génération de cuirassé. Dès le lancement du Herzerzog Friedrich, on lança l’étude d’un nouveau type de cuirassé, devant s’intégrer dans un plan massif de réarmment comprenant 12 cuirassé modernes, 4 croiseurs-cuirassés et 8 croiseurs légers. Entre le 25 et le 29 septembre, une réunion fut décidée pour se prononcer sur les plans du futur cuirassé. 5 plans furent étudiés, Monteccucoli et l’état-major penchant pour un design de cuirassé ayant 4 pièces de 305 mm et 8 de 190, tandis que Popper, directeur de la construction navale, avait opté pour une configuration de 6 pièces de 305 mm réparties en deux doubles avant/arrière et deux simples latérales. Finalement, on trancha pour le premier projet, sachant que les cales de STT à Trieste ne pouvaient recevoir un navire de plus de 16 000 tonnes. Quelques modifications furent apportées au plan, notamment le remplacement des pièces de 190 mm par des pièces de 240 mm en deux tourelles doubles, à l’instar des King Edward VII Britanniques. On évacua définitivement les projets intermédiaires armés de pièces Krupp de 280 mm Allemandes, en effectuant des essais prouvant que les 305 mm avaient des avantages décisifs en matière de choc d’impact et de portée. On avait pas par contre pris en compte le fait, qui fut également vraie pour les cuirassés pré-dreadnoughts d’autres pays ayant cette configuration intermédiaire, que les gerbes des 254 et des 305 mm étaient trop proches et entraînaient une certaine confusion dans le réglage du tir. L’armement secondaire fut établi définitivement à 100 mm, et l’armement tertiaire comprenait deux pièces de 66 mm, bien plus rapides que les 70 mm, pour appuyer des débarquements. On retrouvait 5 pièces de 47 mm distribués en 4 de calibre 44 et 1 de calibre 33, et pas de mitrailleuses. Cette simplification relative avait des avantages en termes de formation des équipages et de standardisation. En matière de taille de coque, les dimensions généreuses autorisaient, tout en restant dans la limite des 15 000 tonnes, des machines plus puissantes, mais toujours pas de turbines. Un bon compromis fut trouvé, notamment en sacrifiant partiellement la protection, et les trois cuirassés pouvaient soutenir 20,5 noeuds. Ceci restait inférieur aux Regina Elena Italiens ( 21,5 voire 22 noeuds ) mais supérieur aux Danton Français ( 19,5 noeuds ) et aux cuirassés Anglais en général. Au final, l’Erzherzog Ferdinand Max fut mis en chantier en septembre 1907, le Radetzky en novembre, et le Zrinyi en janvier 1909. Ils furent achevés respectivement en juin 1910, janvier et septembre 1911. A la même époque, on mettait en chantier en Grande-Bretagne des dradnoughts armés de 10 pièces de 343 mm. Les Radetzky, malgré leurs qualités, étaient en retard d’une génération. Leur protection modeste et leur armement imposant les rendit quelque peu instables, sujets au roulis, et leur protection sous-marine, destinée à amenuiser les effets de l’explosion d’une mine, étaient basés sur des calculsmathématiques de F. Popper, sans tests préalables, et généra une double coque relativement ténue, conçue pour étaler le choc d’une mine standard de 100 kgs. Comme les autres, ces cuirassés furent dotés de filets antitorpilles déployés au mouillage, mais qui aggravaient leur relative instabilité. Fer de lance de la flotte avant l’arrivée des dreadnoughts de la classe Viribus Unitis, les Radetzky formaient la 2e division de ligne en 1914. En dehors de bombardement côtiers en août 1914 ( côte Monténégrine ) et en mai 1915 sur la côte Italienne, ils restèrent à Pola jusqu’à la capitulation. Le Radetzky et le Zrinyi furent un temps interné à Split sous bonne garde de l’US Navy, et après le traité de St Germain attribués à l’Italie qui les fit démolir en 1921, le Herzerzog F. Ferdinand en 1926.

 Déplacement & Dimensions

 14 500 t standard, 15 850 t PC; 138,8 x 24,6 x 8 m

 Propulsion  2 hélices, 2 machines 4 cyl. VTE, 12 chaudières Yarrow, 19 800 cv. et 20,5 n. max.
 Blindage, Equipage  Ceinture 230, tourelles 250-200, casemates 120, ponts 60, blockhaus 250 mm-; Équipage 890.
 Armement  4 canons de 305, 8 de 254, 20 de 100, 2 de 66, 5 de 47, 3 TLT flancs et poupe SM 450 mm.

autrichCuirassés dreadnoughts classe Tegetthof ( 1911-14 )

Derniers cuirassés Austro-Hongrois, ils furent aussi de loin les plus impressionants et les plus célèbres. En 1908, l’amirauté était consciente de son retard sur les marines étrangères, qui toutes avaient suivi la Grande-bretagne dans cette course au gigantisme. Alors que les Radetzky, excellents bâtiments, étaient entamés, elle se résolut à opter également pour un dreadnought comme nouveau standard de cuirassés: Le 20 février 1908, déjà, Monteccucoli affirmait la nécéssité de développer de nouveaux cuirassés de plus de 18 000 tonnes. L’élément déterminant dans ce choix fut le lancement par les Italiens du Dante Alighieri et de la mise en chantier de 4 autres unités. En octobre 1908, le bureau naval de l’amirauté offrit un prix aux architectes et ingénieurs de l’empire, se réservant 6 mois pour étudier soigneusement les plans ainsi récoltés. En mars 1909, STT délivra une sélection de 5 plans, prévoyant toutes des tourelles doubles. Mais à ce moment, les Italiens firent connaître leurs propres plans concernant le Dante Alighieri, et optaient clairement pour des tourelles triples.

En conséquence l’amirauté ordonna une nouvelle étude. Dans le même temps, les alliés Allemands, par permission spéciale de l’empereur, dévoilaient à l’amirauté Austro-Hongroise les plans de leurs Kaiser alors en prévision. Mais on choisit finalement d’étudier un design propre, influencé largement par les Italiens, voisins et rivaux. En juin 1909, la construction du premier dreadnought Italien fut entamée, alors que les fonds alloués à la construction des dreadnougts Austro-Hongrois nétaient même pas encore discutés ( l’approbation devait être votée en novembre ). Les cales de STT venaient d’être libérées avec le lancement des deux premiers Radetzky, aussi à la fois pour éviter un chômage technique des ouvriers et pour gagner du temps, l’amiral Montecucoli convia le chantier à entamer la construction des deux premières unités sans attendre le vote du budget. de fait, la construction du Viribus Unitis et du Tegetthof commença en juillet en septembre 1910, alors même que les fonds, contre toute attente, avaient étés refusés pour des motifs politiques. Monteccucoli s’engagea alors activement dans une campagne de propagande au bénéfice de ses navires dont la construction avait lieu à crédit. 32 millions de couronnes furent ainsi alloués sans garantie dans la construction des deux premiers dreadnoughts.

Ce n’est qu’en mars 1911 qu’il fut décidé une nouvelle réunion de la commission du parlement destiné à voter les fonds dans le courant de l’année. Dans le même temps, l’achèvement du Dante Alighieri, la confirmation de quatre autres bâtiments Italiens, et la mise en chantier des Courbet Français, basés en méditerranée, apporta du crédit à la démarche de Monteccucoli. Finalement les fonds furent approvés au budget de 1911, et reconduits en 1912 pour deux autres bâtiments, qui seront le Prinz Eugen ( mis en chantier à STT en janvier 1912 ), et le Szent Istvan ( mis sur cale le même jour aux chantiers Danubius de Trieste, flambants neufs, et conçus pour des dreadnoughts de la génération suivante, de 25 000 tonnes. Techniquement, ces navires étaient les premiers en service au monde à disposer de tourelles triples ( Le Dante Alighieri n’était pas encore opérationnel quand le Viribus Unitis fut accepté en service, en décembre 1912 ), qui plus est, en réussissant à monter pas moins de 12 pièces sur une coque de faible dimensions et d’un tonnage limité à 20 000 tonnes en standard.

Les plans définitifs portaient la marque de F. Popper, retiré de la direction des constructions navales à l’amirauté et qui opérait come consultant depuis 1907 pour STT. Il effectua la synthèse des différents projets et arriva à concevoir un navire encore une fois assez compact et puissamment armé. Cependant la protection était encore quelque peu sacrifiée à la vitesse, notamment la protection sous-marine assez rudimentaire. Ils avaient un pont continu, qui donnait aux pièces principales et secondaires une haute situation, favorable à leur efficacité dans le gros temps, mais le point métacentrique restait haut et la stabilité criticable. Ceci fut démontré superbement avec le chavirage express du Szent istvan après son torpillage. Leur artillerie secondaire s’établissait au standard adopté par d’autres marines, 150 mm, et leur artilleie tertiare était standardisés avec des pièes de 66 mm. Leurs tubes lance-torpilles passaient au nouveau standard de 533 mm, et avec cette fois un tube en proue. Ils faisaient appel pour la première fois à des Turbines, sous licence Britannique Parsons, et couplées naturellement à des chaudières Yarrow ( le Szent Istvan fit appel à des turbine AEG-Curtiss et à des chaudières Babcok & Wilcox ). Avec 20,3 à 20,5 noeuds, ils se situaient dans la norme. Ils n’embarquaient que 2000 tonnes de charbon, ce qui n’était pas un problème en adriatique.

Ces cuirassés furent achevés chaque année, le Viribus Unitis en décembre 1912, le Tegetthof en juillet 1913, le Prinz Eugen en juillet 1914 ( opérationnel en août ), et le Szent Istvan en décembre 1915 seulement. ( Ce dernier subit le contrecoup de la guerre, l’envoi au front d’une partie des ouvriers, le manque de matériaux stratégiques, la survenance de nouvelles priorités ). Naturellement, ces quatre navires ancrés à Pola formaient le fer de lance de la marine Austro-Hongroise, au sein de la 1ere division de ligne. Modernes et redoutables, ils furent les plus actifs cuirassés de la marine: En aôut, les trois premiers bombardèrent et mirent en pièces les fortifications et batteries côtières de Cattaro ( actuellement Kotor au Monténégro ) et d’autres objectifs de la côte. Il se réfugièrent à Pola puis effectuèrent une autre sortie lors de la déclaration de guerre de l’italie en mai 1915, bombardant des objectifs de la côte Italienne. En juin 1918, on les fit sortir de l’inaction pour tenter un raid contre le barrage d’Otrante, dans lequel ils formaient l’ossature de la force navale déployée, mais le Szent Istvan fut torpillé et coulé le 10 près le l’île de Premuda par la vedette lance-torpille Italienne MAS15 et toute l’opération fut annulée. Le 1er novembre 1918, alors que les navires passaient officiellement sous contrôle Yougoslave, des hommes-grenouilles Italiens, aprés avoir pénétré dans la rade de Pola, posaient une mine portative sur la coque du Viribus Unitis, provoquant la destruction de celui-ci. Il chavira et coula rapidement. Le Tegetthof fut attribué à l’Italie en dommages de guerre et cellec-i le fit démolir en 1922. Le Prinz Eugen fut alloué à la France qui s’en servit de navire-test désarmé, puis de cible pour ses cuirassés: Il fut ainsi envoyé par le fond le 28 juin 1922 à Toulon. Certains de ses canons auraient dit-on étés conservés et utilisés par les Allemands pour garnir des blockhaus du mur de l’atlantique en 1943-44. Les dreadnoughts de cette classe n’étaient que les premiers d’un vaste plan s’étalant sur dix ans, et devaient êtres suivis par les 4 « Tegetthof améliorés », remplaçant officiels des vieux Monarch. Leurs coques numérotées VIII à XI devaient êtres posées à STT et Danubius entre juillet 1914 et juin 1916 mais ils furent annulés ( voir projets ).

Un excellent lien à signaler: http://www.viribusunitis.ca/model.htm

Caractéristiques:

 Déplacement & Dimensions

 20 000 t, 21 600 T PC, 152,5 x 27,3 x 8,9 m

 Propulsion  2 hélices, 2 turbines Parsons, 12 chaudières Yarrow, 27 000 cv. et 20,3 n. max.
 Blindage  Ceinture 280, casemates 180, réduit 50, tourelles 280, blockhaus 280, ponts 48 mm.
 Armement  12 canons de 305 mm (4×3), 12 de 150 mm, 20 de 66 mm, 4 TLT de 533 mm ( SM ).
 Equipage  1087

autrichCroiseur-cuirassé Kaiserin und Königin Maria Theresia ( 1893 ).

( 1906 )

Le KuK Maria Theresia ( en abrégé ) fut le premier croiseur-cuirassé Austro-Hongrois. Avant lui, la seule expérience de la flotte en matière de croiseurs était les deux croiseurs protégés de la classe Kaiser Franz Joseph I. Il va sans dire que les ingénieurs s’en inspirèrent largement. Pour autant, ce croiseur fit appel dans sa conception à des influences Britanniques: Plusieurs chantiers dont Camell Laird, Fairfield, Napier, et l’incontournable Vickers-Armstrong furent contactés. Mais pour gagner du temps le croiseur non encore nommé, fut mis en chantier le 6 octobre 1891 chez STT de Trieste. Il fut réarmé trois fois: Lors de sa conception originale, il devait comprendre 6 pièces de 150 mm et 14 de 47 mm, mais on jugea trop modest cette dotation, d’autant qu’on comptait lui faire assurer le rôle tenu par un cuirassé. Son lancement se fit le 28 avril 1893 et il fut accepté en service en novembre 1894 avec un armement de 2 pièces de 240 mm Krupp de 35 calibres , 8 pièces Krupp de 150 mm de 35 calibres à tir rapide, 12 Skoda de 47 mm 44 calibres et 6 autres Hotchkiss de 33 calibres, 2 pièces Skoda de 66 mm pour appuyer les débarquements, de type Howitzer ( 15 calibres ), et quatre tubes lance-torpilles formant une défense en losange ( flancs, proue et poupe ). Il fut entièrement reconstruit en 1906 et 1910, perdnant ses épais mâts militaires, et réarmé à l’occasion de manière plus modeste ( voir fiche ci-dessous ), toutes ses pièces de 150 mm étant remises sur le pont principal. Son blindage n’était pas excessivement important, ne dépassant pas 100 mm alors que le calibre de ses pièce était bien supérieur, et magré tout ce gain de poids lui permettait que de tenir 19,35 noeuds, des performances identiques à celles des cuirassés auxquels il était sensé échapper faute e les combattre. Enfin, il fut critiqué pour son exiguité. Il était stationné à Sebenico ( actuellement Sibenik en Croatie ) en 1914 et participa aux bombardements contre le Monténégro, puis retourna au port jusqu’en 1916 comme garde-côte. En janvier 1917 il fut démobilisé et conduit à Pola où il servit de ponton utilitaire, ses pièces étaet débarquées et transférées à l’armée de terre qui les utilisèrent sur le front.

 Déplacement & Dimensions

 5400 t standard – 6000 t PC. – 113,7 x 16,25 x 6,8 m

 Propulsion  2 hélices, 2 machines TE 3 cylindres, 12 chaudières, 9775 cv. et 19,3 noeuds max.
 Blindage, Equipage  Tourelles 100, casemate 80, ceinture 100, blockhaus 50, ponts 57 mm ; Equipage 475
 Armement 2 pièces de 190, 8 de 150, 14 de 47, 2 de 77 Howitzer, 4 de 37, 4 TLT 445 mm SM ( flancs, av-ar ).

autrichCroiseurs légers classe Panther et SMS Tiger ( 1885-87 ).

Ces trois croiseurs sont regroupés dans la même fiche car procédant de la même philosophie: En 1884, l’amirauté décida de commander deux croseurs béliers-torpilleurs à la Grande-Bretagne pour étudier la construction étrangère, en l’occurence Britannique, alors réputée mondialement. Elle passa donc commande aux chantiers Arsmtrong Elswick qui répondirent avec un design habituel de petit croiseur protégé d’export. Le Panther fut mis en chantier en octobre 1884 et le Leopard en janvier 1885. Ils furent lancés respectivement en juin et septembre 1885 et acceptés en décembre 1885 et mars 1886. Avec leur déplacement de 1557 tonnes, leur armement limité à deux pièces de 120 mm en barbettes, et quelques pièces de 47 mm de 44 calibres dont 6 revolver, leurs 4 tubes lance-torpilles de faible calibre ( 350 mm ), leur valeur militaire était égale à celle de simples canonnières. Néammoins, les ingénieurs impériaux tirèrent quelques enseignements qu’ils appliquèrent à la construction d’un navire à STT, le SMS Tiger.

Ce dernier fut entamé en octobre 1886, lancé en juin 1887 et accepté en mars 1888. Il était plus grand et plus lourd ( 1657 tonnes ), et était inspiré par le croiseur léger HMS panther. Il possédait deux canons de 120 mm en barbettes, et 10 de 47 mm dont 6 revolver, ainsi que les habituels 4 TLT de 350 mm. Il n’était pas plus rapide. Ces trois navires étaient déjà désuets en 1909: On s’appliqua à moderniser les deux Panther en 1909-1910, en supprimant leurs tubes lance-torpilles et leurs canons de 120 mm. Par la suite, le Panther fut utilisé comme garde-côte à Cattaro et en 1917 il fut converti en navire-école des cadets sous-mariniers. Le Leopard fut réduit à une équipage de canonniers, et utilisé à partir de mars 1914 comme garde-côtes à Pola. Enfin, le Tiger fut converti en yacht de l’amirauté en 1905 sous le nom de SMS Lacroma. Son armement fut réduit à 6 pièces de 47 mm. En 1915 il fut complètement désarmé, et en 1918, capturé par les Yougoslaves. Comme les deux autres, il fut ensuite démoli en Italie. Les caractéristiques qui suivent sont celles du Panther en 1914:

 Déplacement & Dimensions

 1560 t standard ; 73,2 x 10,4 x 4,3 m

 Propulsion  2 hélices, 2 machines VEC 2 cylindres, 16 chaudières, 5950-6400 cv. et 18,5 noeuds max.
 Blindage, Equipage  Ponts 12 mm ; Equipage 92
 Armement 10 canons de 47 mm.

autrichCroiseurs protégés classe Kaiser franz Joseph I ( 1889-90 ).

Les seuls croiseurs modernes jusqu’alors construits pour la marine Austro-Hongroise étaient les deux Panther de 1885 venant des chantiers Anglais Armstrong-Elswick et typiques de ce genre d’unité économique d’export. Ils furent répliqués par STT avec le Tiger en 1887, mais l’amirauté désirait un nouveau type de bâtiment de construction locale. Désignés comme « croiseurs béliers-torpilleurs » ils étaient prévus pour embarquer les pièces lourdes standard de la flotte ( des canons Krupp de 240 mm ), recevoir un blindage plus conséquent et être plus rapides. Concernant le blindage, ce dernier n’était pas plus épais que 90 mm aux endroits les plus sensibles, et de ce fait, la coque se montra trop peu protégée et trop légère pour encaisser les salves des pièces de 240 mm. Le Kaiser Franz Joseph I fut entamé à STT en janvier 1888 et le jumeau le Kaiserin Elisabeth à Pola en juillet 1888. Ils furent lancés respectivement en mai 1889 et septembre 1890 et mis en service en juillet 1890 et janvier 1892. Le temps de construction excessif du Kaiserin Elisabeth conduisit l’amirauté à ne plus confier de constructions importantes aux chantiers de Pola, qui se vit cependant gratifier de la construction des trois croiseurs légers classe Zenta peu aprés. Leur stabilité et leur fragilité de structure posant problème, les deux unités furent reconstruites en 1905-1906: On supprima leus pièces de 240 mm ( origine: 2 pièces de 240 ( 1×2 ), 6 de 150, 2 de 70, 9 de 47, 3 de 37 mm, 4 TLT 400 mm SM (av, ar, flancs ))., remplacées par des pièces de 150 mm en tourelles simples. Leur artillerie secondaire fut également diminuée. Le Kaiser franz Joseph I fut jugé désuet en 1914 et utilisé comme garde-côtes, ancré à Cattaro. En 1917 il fut totalement désarmé et devint un bâtiment-base. Attribué à la France en dommages de guerre, il coula en octobre 1919 au large de Kumbor dans la baie de Cattaro. Le Kaiserin Elisabeth était de son côté ancré à Tsing Tao en Chine en 1914. Sa batterie fut démontée au profit de la batterie côtière « Elisabeth », défendant un secteur de la colonie contre les Japonais. Il fut sabordé deux jours aprés la reddition du port, le 2 novembre 1914.

 Déplacement & Dimensions

 3970 t standard – 4500 t PC. – 103,70 x 14,75 x 5,70 m

 Propulsion  2 hélices, 2 machines HE 3 cylindres, 12 chaudières, 8450 cv. et 19 noeuds max.
 Blindage, Equipage  Tourelles 90, réduit 30, ceinture 57, blockhaus 50, ponts 38 mm ; Equipage 367
 Armement 2 pièces 150 C40 barbettes, 6 de 150, 14 de 47, 2 de 70 Howitzer, 4 TLT 400 mm.

autrichCroiseurs légers classe Zenta ( 1897-1900 ).

Les trois Zenta furent les derniers croiseurs légers développés par l’empire avant les excellents Admiral Spaun. Ils étaient dans leur conception très proches des croiseurs d’export Britanniques Armstrong Elswick, avec leur armement principal en barbettes avant et arrières et deux pièces de gaillards sous boucliers, et une artillerie secondaire importante. Leur silhouette avec un gaillard d’avant et un gaillard d’arrière surélevés et leur symétrie générale était aussi typique. lls furent construits touts trois à Pola dans le même bassin, à un an d’intervalle, le suivant étant entamé après le lancement du précédent. Le Zenta fut accepté en service en mai 1899, l’Aspern en mai 1900 et le Szigetvàr en septembre 1901. Ils formèrent la 5e division d’éclairage en 1914. Tous trois menèrent une escadrille de destroyers lors des bombardements du Monténégro en août. Le Zenta fut à ce titre coulé par des cuirassés Français le 18 août 1914. Il y eut 173 morts, mais 139 hommes parvinrent à regagner la côte à Podgorica où ils furent fait prisonniers. ( Voir l’action d’Antivari ). Les deux autres furent mis en réserve dès 1917 et désarmés en 1918. L’Aspern servait de ponton à Pola et le Szigetvàr servait de navire-école des torpilleurs, puis plus tard de ponton et de cible. Tous les deux furent attribués à la Grande-Bretagne en réparations, et ces derniers les firent démolir en Italie en 1920. ( Voir aussi illustration sur l’artillerie Austro-Hongroise ).

 Déplacement & Dimensions

 2313 t standard – 2400-2600 t PC; 98 x 11,73 x 4,2 m

 Propulsion  2 hélices, 2 machines VTE 4 cylindres, 8 chaudières, 8160 cv. et 20,8 noeuds.
 Blindage, Equipage  Ponts 25 mm, ceinture 50 mm, blockhaus 50 mm, casemates 35 mm; Equipage 308
 Armement 8 canons de 120 mm, 10 de 47 mm ( 8 Skoda, 2 Hotchkiss ) 2 ML 8 mm, 2 TLT 450 mm flancs.

autrichCroiseur-cuirassé SMS Kaiser Karl IV ( 1898 ).

Partant du principe que le KuK Maria Theresia avait été un semi-échec, le nouveau directeur de la construction navale, Friedrich Popper décida de créér un nouveau croiseur-cuirassé inspiré cette fois des concepts utilisés pour le Habsburg. Il en résultat un navire bien plus grand, plus stable et bien mieux protégé, tout en étant plus rapide. Le Sankt Georg qui suivit lui est souvent assimilé quoique qu’il soit nettement plus grand, et ces deux navires marquaient un air de famille évident avec les trois cuirassés de la classe Herzerzog Karl. Ils gardèrent leur armement bien proportionné jusqu’à leur mise à la retraite, notamment leurs deux pièces de 240 mm, ce alors même que le KuK Maria Theresia troquait en 1906 celles-ci pour des 190 mm plus raisonnables.

Le SMS Kaiser Karl IV fut entamé à STT en juin 1896, lancé en octobre 1898 et achevé en avril 1900. Comme de coutue, il possédait deux Howitzer de 70 mm 15 calibres, e deux pièces de 47 mm Hotchkiss revolver de 33 calibres. Il possédait aussi deux mitrailleuses lourdes Skoda de 8 mm. A bien des égards, il s’agissait d’un excellent navire, quoique faiblement armé aux critères internationaux. Ils participa au bombardement du Monténégro en août 1914, puis aux bombardements de la côte Italienne en mai 1915. Il effectua d’autres sorties depuis Pola jusqu’en 1918. Il fut cédé en réparations à la Grande-bretagne qui le rétrocéda à son tour à l’Italie qui le fit démolir en 1920.

 Déplacement & Dimensions

 6170 t standard – 6865 t PC. – 119 x 17,27 x 6,8 m

 Propulsion  2 hélices, 2 machines VTE 4 cylindres, 16 chaudières, 12 000 cv. et 20,8 noeuds max.
 Blindage, Equipage  Tourelles 200, casemate 80, ceinture 220, blockhaus 200, ponts 60 mm ; Equipage 535
 Armement 2 pièces de 240, 8 de 150, 18 de 47, 2 de 77 Howitzer, 2 ML 8 mm, 2 TLT 450 mm SM ( flancs ).

autrichCroiseur-cuirassé SMS Sankt Georg ( 1903 ).

Après la sortie du Kaiser Karl IV, l’amirauté impressionnée par le nouveau bâtiment commanda immédiatement une réplique améliorée au chantier STT de Trieste. Le Sankt Georg ( Saint Georges ) était donc étroiement dérvé du premier dont il retirait une apparence similaire, mais les différences étaient nombreuses: Il était plus long de 5 mètres, plus large de 2 mètres, plus puissant – et par conséquent plus rapide, frisant les 23,8 noeuds aux essais, tandis que son blindage fut légèrement diminué par endroits, augmenté pour d’autres ( comme le réduit central, les tourelles ), et mieux réparti. Mais surtout son artillerie principale était groupé en une tourelle double à l’avant tandis que l’artillerie secondaire était renforcée par 5 pièces de 190 mm, aux côtés de 4 de 150 mm. Ces premières étaient groupées à raison de 4 en barbettes centrales, deux tirant en chasse et deux en retraite, avec un débattement de plus de 90° permettant un tir latéral, et la cinquième en une tourelle unique à l’arrière, tirant en retraite. Cette suprématie du tir en chasse était une vieille habitude commune également à l’Italie et à d’autre pays.

Les pièces de 150 mm Skoda de 40 calibres étaient réparties en quatre barbettes à l’avant et à l’arrière du pont de batterie, l’armement léger réparti entre le pont supérieur, les superstructures es passerelles et les mâts militaires. Contrairement au KuK maria Theresia, ces derniers ne posèrent pas de problèmes de stabilité et furent conservés sur le Sankt Georg comme sur le kaiser Karl IV. Le Sankt Georg fut finalement lancé le 8 décembre 1903 et mis en service le 21 juillet 1905. Comme le Kaiser Karl IV il fut très actif, participant à toutes les opérations de la marine Austro-hongroise. On lui ajouta un canon de 77 mm AA Skoda de 50 calibres en 1916. Il fut offert en réparations à la Grande-bretagne qui le fit démolir en Italie en 1920.

 Déplacement & Dimensions

 7300 t standard – 8070 t PC. – 124,30 x 19 x 6,8 m

 Propulsion  2 hélices, 2 machines VTE 4 cylindres, 16 chaudières, 15 000 cv. et 22 noeuds max.
 Blindage, Equipage  Tourelles 210, réduit 190, ceinture 165, blockhaus 200, ponts 50 mm ; Equipage 630
 Armement 2 pièces de 240 ( 1×2 ), 5 de 190, 4 de 150, 8 de 47, 2 de 77, 2 de 37, 2 ML 8 mm, 2 TLT 450 mm SM ( flancs )

autrichCroiseurs légers classe Admiral Spaun ( 1909-13 ).

Le croiseur léger Admiral Spaun fut mis en chantier à Pola en mai 1908 dans l’optique du nouveau plan d’armement, qui spécifiait outre les cuirrassés, 8 croiseurs éclaireurs. Huit ans s’étaient écoulés depuis l’achêvement du dernier des Zenta. Aussi, les leçons des prédécents échecs avaient étés retenus. De plus la commission navale chargée d’étudier la commande d’un navire de 3500 tonnes insista sur le rôle essentiel de ce bâtiment, dont la principale qualité mise en avant était la vitesse. On eut recours fort logiquement aux turbines et la coque devait permettre d’aménager le nombre de chaudières nécéssaire pour obtenir une puissance et une vitesse supérieure aux croiseurs de l’époque, quitte à sacrifier protection et armement. L’empire n’ayant pas d’expérience des turbines, on commanda directement à la Grande-Bretagne, un lot de six turbines Parsons, dont deux de croisière, naturellement couplées avec 16 chaudières Yarrow à tubes d’eau, pour quatre hélices. La longue coque garantissait une excellente hydrodynamique. Mais ce bâtiment lancé en 1909 et achevé en 1910 fut considéré comme un prototype de série. Le début de sa carrière fut donc incertain car le navire fut souvent immobilisé pour des réglages et des problèmes de structure et de propulsion. On ne retint pas sa configuration de propulseurs.

En 1911, la première des trois autres unités de série, SMS Saida, fut entamée à CNT de Montfalcone. Quand aux Helgoland et Novara, ils furent lancés en 1912 et 1913 aux chantiers Danubius, de Fiume, seul le Saida étant accepté en service avant la guerre ( 1er août 1914 ). Le Helgoland entra en fonction le 29 et le Novara en janvier 1915. Ils étaient renforcés, dispposaient de turbines Allemandes AEG ou locales Mems-Pfenniger, et recevaient deux canons de 100 mm supplémentaires. En 1916, il reçurent un canon de DCA de 66 mm, et trois bancs doubles de TLT de 533 mm dont un en poupe. Tous furent très actifs, participant à nombre d’opérations où leur rapidité fut un avantage. L’Admiral Spaun fut attribué en 1918 à la Grande-Bretagne et démoli en Italie. Les Saida et Helgoland furent attribués aux Italiens, servant jusqu’en 1937 ( Venezia et Brindisi ), et le Novara devint le Français Thionville, désamé en 1932.

 Déplacement & Dimensions

 3500 t standard, 4010 t PC; 130,6 x 12,8 x 5,3 m

 Propulsion  2 hélices, 2 turbines, 16 chaudières Yarrow, 30 178 cv. et 27 noeuds max.
 Blindage, Equipage  Ponts 20 mm, ceinture 60 mm, boucliers 40 mm, blockhaus 50 mm; Equipage 340
 Armement 9 canons de 100 mm, 1 de 47 mm.

autrichDestroyers de 2e classe ( 1887-96 )

Le SMS Planet ( 1889 ) Cliquez pour voir le Trabant au 1/200e et les autres destroyers.

Entre 1887 et 1905, pas moins de 8 destroyers furent commandés à différents chantiers pour tester le design idéal afin d’entreprendre une série homogène de bâtiments. Le Meteor, les Blitz et Comet, sister-ships, furent commandés aux chantiers Allemands Schichau à Elbing. Ils déplaçaient 425 et 435 tonnes, filaient 17 noeuds pour le premier, 21 pour les deux autres, et étaient armés de 8-9 pièces de 47 mm et 2 TLT simples de 450 mm dont un en proue. Le Planet fut le premier d’une « classe » de 4 prototypes très proches en dimensions et en apparence quoique venant tous de chantiers différents. Il s’agissait du Planet ( Palmer à Newcastle ), Trabant ( STT ), Satellit ( Schichau ), et Magnet ( Schichau ), lancés en 1889, 1890, 1892, 1896. Ils déplaçaient de 525 à 616 tonnes, filaient de 19 à 24 noeuds, et étaient armés invariablement de 2 TLT de 450 mm, 6-8 pièces revolver de 47 mm et 1-2 de 70 mm. Quand au Huszàr, lancé en 1905 chez Yarrow à Londres, il est décrit dans la fiche correspondant à la série.

Tous ces destroyers étaient actifs en 1914, quoique ayant une valeur militaire bien plus faible que les Tàtra. Ils furent surtout utilisés pour la défense côtière ou comme dragueurs de mines ( Planet, Trabant en 1915 ) et connurent des destin différents: Les trois premiers ainsi que trois autres furent attribués à l’Italie en 1920, un à la France, et prestement démolis, le Magnet étant endommagé gravement par un torpillage de submersible, perdant sa poupe. Il survécut et elle fut reconstruite. Deux autres furent rééquipés en chaudières modernes. Les caractéristiques suivantes sont celles du Planet ( 1889 ):

 Déplacement & Dimensions

 525t standard, 590 t PC; 64 x 7 x 2,8 m

 Propulsion  2 hélices, 2 machines VTE, 6 chaudières Yarrow, 3000 cv. et 19 noeuds max.
 Blindage, Equipage  aucun; Equipage 84
 Armement 8 canons de 47 mm, 2 de 70 mm, 2 TLT 400 mm.

autrichTorpilleurs classe Huszàr ( 1905 )

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Les Destroyers de la classe Huszàr étaient parmi les plus répandus de la flotte en 1914. Le prototype de cette série de 13 unités, Huszàr premier du nom, fut perdu sur un écueil en 1908 et par conséquent remplacé par un second du même nom en 1910. Tous furent lancés entre 1905 et 1910 et leurs équipage avaient encore une courte expérience au moment de l’ouverture du conflit. Il s’agissait en fait de simples torpilleurs de haute mer à rayon d’action et tonnage supérieur, et ce choix reflétait la difficulté de la double Monarchie à sortir du schéma traditionnel d’une marine de défense côtière. En 1913 leurs canons de 47 mm furent remplacés par 5 pièces de 66 mm.

A part le Streiter, perdu lors d’une collision en mars 1918, et le Wildfang qui sauta sur une mine en 1917, tous survécurent au conflit et furent transmis au titre des réparations à l’Italie, à la France et à la Grêce, qui s’empressèrent de les démolir en 1920.

Caractéristiques:

 Déplacement & Dimensions

 390 tonnes, 68.4 x 6,3 x 1,90m

 Propulsion  4 chaudières Yarrow à tubes d’eau, 2 hélices, 3000 cv. et 28.5 Noeuds max.
 Equipage  70
 Armement  1 canon de 66, 7 canons de 47mm, 2 TLT de 450mm.

autrichDestroyers classe Tàtra ( 1912-17 )

En mai 1910, l’amirauté commanda un design de nouveau destroyer de 800 tonnes équipé de turbines at capables de dépasser 32 noeuds, aux chantiers Danubius, CNT, STT et même Vulcan à Stettin. Finalement, Danubius, en Hongrie, fut choisi pour favoriser le vote des Hongrois en faveur du budget de 1911 pour la construction des nouveaux dreadnoughts. Porto Ré ( aujourd’hui Kraljevica ), une division des chantiers, se vit ainsi confier la construction de 6 bâtiments d’un nouveau genre. Les Huszàr avec leur pont continu et bas n’étaient guère autre chose que des torpilleurs de haute mer adaptés à l’Adriatique. Les Tàtra changeaient la donne avec pour la première fois un gaillard d’avant surélevé d’un pont, améliorant notablement la tenue en mer. Ces navires étaient susceptibles de pouvoir intervenir par tous les temps et d’avoir un rayon d’action bien supérieur. Ils étaient aux essais capables d’atteindre et même de dépasser la vitesse spécifiée au contrat, soit 32,5 noeuds, et avaient un combustible mixte charbon/mazout pour gagner de la place. Ils revendisquaient 20 600 cv contre les 6000 seuelement des Huszàr. On mesure ainsi la progression accomplie.

Ces navires ( Tàtra, Balaton, Csepel, Luia, Triglav et Orjen ) furent lancés en 1912-13, et furent très actifs. Le Liua et le Triglav sautèrent sur des mines au large de Durazzo, tandis que les quatre autres furent attribués à l’Italie et continuèrent à servir en tant que Fasana, Zenson, ( démolis en 1923 ), Muggia ( perdu dans une tempête en 1929 ) et Pola ( renommé Zenson et désactivé en 1937 ). Le succés des Tàtra fit beaucoup pour une nouvelle commande aux même chantiers en 1914 de 6 unités, mais la guerre interrompit ce prpcess et la commande fut ramenée en 1916 à quatre unités ( Triglav, Lika, Dukla et Uzsok ) notamment pour remplacer les pertes; Ces derniers avaient un gaillard d’avant allongé de deux mètres, et deux affûts de 66 mm en configuration AA. Ils furent acheévs tard et peu actifs, puis attribués à l’Italie en 1920 ( Grado, Cortellazo, Montfalcone, rayés en 1937-39 ) et à la France ( Matelot Leblanc, rayé en 1936 ). Quatre autres unités armées de pièces de 120 mm furent commandées en décembre 1917, mais jamais entamées.

 Déplacement & Dimensions

 850 t standard, 1000 t PC; 83,5 x 7,8 x 3 m

 Propulsion  2 hélices, 2 turbines AEG-Curtiss, 6 chaudières ( 2 mixtes ), 20 600 cv. et 32,6 noeuds max.
 Blindage, Equipage  aucun; Equipage 114
 Armement 2 canons de 100 mm, 6 de 66 mm, 1 ML Skoda 8 mm, 4 ( 2×2 ) TLT 450 mm..

autrichTorpilleurs de haute mer classe Natter ( 1896-99 )

Le Natter

En 1914, une escadrille de 6 torpilleurs de haute mer anciens était également en service. Il s’agissait d’une série de 4 unités construites à Yarrow en 1898-99, du Natter ( Schichau, 1896 ), et du Viper ( Yarrow, 1896 ). En 1914 ils étaient surrannés, le Natter servant de torpilleur de défense côtière à Pola, et les bâtiments Yarrow attachés à une escadrille côtière également à Pola. Ils devinrent des dommages de guerre pour la France et la Grande-Bretagne, mais furent promptement démolis.

 Déplacement & Dimensions

132 tonnes, 46,50 x 4,70 x 2,30 m

 Propulsion 2 hélices, 2 mach. VTE, 2 chaudières, 2000 cv. et 24,5 n. max.
 Equipage 21
 Armement 2 canons de 47 mm revolver, 3 TLT de 450 mm ( 1 en proue ).

autrichTorpilleurs côtiers de 1ere classe ( Bussard et prototypes, 1886-89 )

Sperber Rabe

La plus importante série de torpileurs déployés en 1914 était celle des Bussard, construits à raison de 20 unités dans trois chantiers, Pola ( la majorité ), Schichau, et STT ( 5 et 6 ). Le Weihe fut le seul rayé des listes en 1911, mais en 1914 ils étaient obsolètes. Ils avaient étés précédés par les deux Adler de Yarrow ( 1884 ), rayés des listes en 1911, et les deux Sperber ( 1884, convertis au mazout en 1905 ) qui servirent de prototypes. Ces petites unités dépendantes de la météo furent réparties en escadrilles de défense des ports, Pola, Cattaro, Fiume, Trieste. En 1920 ils furent distribués à l’Italie en dommages de guerre, laquelle les fit démolir en 1920, et 4 à la Yougoslavie, qui servirent encore quelques temps..

 Déplacement & Dimensions

88 tonnes, 39,90 x 4,80 x 1,90 m

 Propulsion 2 hélices, 2 mach. VTE, 2 chaudières, 1000 cv. et 19 n. max.
 Equipage 16
 Armement 2 canons de 37 mm revolver, 2 TLT de 450 mm ( 1 en proue ).

autrichTorpilleurs de haute mer classe Kaiman ( 1905-09 )

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En 1914, le gros des torpilleurs de haute mer de qualité était constitué de bâtiments de la classe Kaiman, qui succédaient aux errements des Natter ( Schichau ) et les quatre Cobra construits chez Yarrow en 1896-99. L’amirauté passa commande une nouvelle fois d »un prototype chez Yarrow. Le Kaiman fut lancé et délivré en 1904 et était plus grand et nettement plus marin que les torpilleurs précédents. Une série fut alors lancée chez STT et Danubius ( Fiume ) afin de répartir également la production entre Hongrois et Autrichiens. 23 unités sortirent des chantiers, les derniers acceptés en service en février 1910, mais en novembre 1913 ils reçurent les nouvelles dénominations chiffrées ( série TB 51T pour les navires de Trieste, et TB 64F pour ceux de Fiume ). En mai 1917 on simplifia l’appelation, et la série devint connue comme TB 50. Jugés excellents, ils firent grand service jusqu’en 1918. Quatre furent transférés à la Yougoslavie après la guerre, utiisés jusqu’en 1928, et les autres attribus à la Grane-Bretagne qui les fit démolir.

 Déplacement & Dimensions

210 tonnes, 56,90 x 5,40 x 1,40 m

 Propulsion 2 hélices, 2 mach. VTE 4 cyl., 2 chaudières, 3000 cv. et 26,5 n. max.
 Equipage 38
 Armement 4 canons de 47 mm revolver, 3 TLT de 457 mm, 1 ML 8 mm Skoda en 1915.

autrichTorpilleurs de haute mer classe TB 74T ( 1913-14 )

Les torpilleurs de haute mer les plus modernes de la flotte étaient les huit unités de la classe TB 74 T ( nouvelle appelation en 1913 ). Ils furent étudiés dès 1910 par l’amirauté, sur un déplacement de 275 tonnes et sur des bases très spécifiques comme la possibilité de pouvoir joindre le détroit d’Otrante depuis Cattaro en 10 heures à plein régime ( 30 noeuds ), dans le cadre du scénario envisagé concernant le blocus du détroit par l’ennemi. STT remporta le contrat, mais les navires concernés étaient les premiers de cette taille équipés de turbines, qui leurs causèrent au début des pannes à répétition. Marins, ils mettaient à profit la surélévation du gaillard d’avant à la manière des Hochseetorpedoboote Allemands. Lorsque leurs problèmes de propulseurs furent réglés ( 4 étaient opérationnels en août 1914 ), ils furent très activement employés pour l’escorte, la chasse aux submersibles, le draguage de mines et survécurent à la guerre. Quatre furent attribués à la Roumanie ( rayés en 1927 ), et quatre à la Yougoslavie ( rayés en 1939, mais deux furent capturés par les Italiens. Un fut coulé en 1945 et l’autres retourna dans la marine Yougoslave, servant jusqu’en 1959… ).

 Déplacement & Dimensions

262 tonnes, 57,80 x 5,80 x 1,50 m

 Propulsion 2 hélices, 2 turbines Parsons, 2 chaudières TE Yarrow , 5000 cv. et 28 n. max.
 Equipage 41
 Armement 2 canons de 66 mm, 2 TLT de 450 mm, 1 ML 8 mm Skoda.

autrichTorpilleurs de haute mer classe TB 82F ( 1914-16 )

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Les bons résultats des TB 74T conduisirent l’amirauté à poursuivre la série en commandant 16 autres unités aux chantiers Danubius à Fiume ( d’ou le « F » de l’appelation, abandonnée en mai 1917 ). La série allait du TB 82 au TB 97 ). Extérieurement, leur principale différence résidait dans leur deux cheminées, reflétant le choix de turbines AEG-Curtiss, mais ils étaient aussi plus longs d’un mètre, et la plupart furent équipés en 1917 de nouveaux affûts AA pour leurs pièces de 66 mm de 30 calibres. Ils furent acceptés en service entre juillet 1915 et décembre 1916 et furent très actifs. Ils n’enregistrèrent aucune perte au combat, et après la guerre, furent attribués à la Roumanie ( 3, dont un perdu durant la seconde GM ), à la Yougoslavie ( 4, capturés par les Italiens en 1941 ), et d’autres vendusdont 6 au Portugal, encore actifs en 1938-40, et 3 à la Grèce, qui en perdit 2 en 1941. Le Cer Yougoslave servit jusqu’en 1963, un indicateur de la bonne qualité de leur construction…

 Déplacement & Dimensions

244 tonnes – 267 PC, 58,80 x 5,80 x 1,50 m

 Propulsion 2 hélices, 2 turbines Parsons, 2 chaudières TE Yarrow , 5000 cv. et 28 n. max.
 Equipage 41
 Armement 2 canons de 66 mm, 2 TLT de 450 mm, 1 ML 8 mm Skoda.

autrichTorpilleurs de haute mer classe TB 98M ( 1914 )

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Ce nouveau type de torpilleurs de haute mer fut développé après le lancement de la seconde série Tb 82 F. Le M était en rapport avec le chantier dont ces trois navires sont issus, CNT de Montfalconen et ils procédaient de la même philosophie que les précédents. CNT avait cependant modifié le design, puicque ces bâtiments étaient plus gtands et sensiblement plus lourds, ainsi que plus rapides grâce à de nouvelles turbines de construction locale Melms-Pfenniger. Leur armement restait inchangé en revanche leur apparence différait notablement, avec un gaillard d’avant plus long et rabaissé. Tous trois, mis en service en 1915 et début 1916, virent une activité importante, comme tous les autres bâtiments légers de la flotte. En 1920, ils furent vendus à la Grèce et renommés Kyzikos, Kios et Kidonaï. Ils furent tous trois coulés en 1941 lors des offensives de la Luftwaffe durant la campagne des Balkans.

 Déplacement & Dimensions

250 tonnes – 265 PC, 60,40 x 5,60 x 1,50 m

 Propulsion 2 hélices, 2 turbines MP, 2 chaudières TE Yarrow , 5000 cv. et 29,5 n. max.
 Equipage 41
 Armement 2 canons de 66 mm, 2 TLT de 450 mm, 1 ML 8 mm Skoda.

autrichTorpilleurs côtiers classes TBI et TBVII ( 1909-10 )

tbxi

Les Torpilleurs côtiers vieillissants de la flotte ( 1880 pour certains ), devaient trouver un remplacement d’urgence. L’amirauté avait envisagé trois projets avant de retenir des moteurs avec chaudières à tubes Yarrow. Deux séries furent construites, 6 unités chez STT (1909-10) et 6 chez Danubius, à Fiume (1910-11). Ils étaient de bons marcheurs et particulièrement stables et fiables en mer formée. De ce fait, ils donnèrent toute satisfaction durant le conflit, opérant de nombreuses mission d’escorte, de chasse aux mines et aux submersibles. Le TB XI ( ci-dessus ) fut l’objet d’une mutinerie de son équipage le 5 octobre 1917. Les officiers furent faits prisonniers, et le navire rallia l’Italie, où il fut incorporé et servit sous ce drapeau jusqu’en 1925, au sein des douanes Italiennes. Les autres survécurent au conflit et furent attribués en dommage de guerre et tous sauf un, démolis début 1920.

 Déplacement & Dimensions

116 tonnes, 44.2 x 4,3 x 1,20m

 Propulsion 2 chaudières Yarrow TE, 2 machines 3-cylindres, 1 hélice, 2500 cv. et 28 n. max.
 Equipage 20
 Armement 2 canons de 47mm, 2 TLT de 450mm.

autrichU-1 ( 1909 )

u1

Premier submersible de la marine Austro-Hongroise, l’U1 et son jumeau U2, étaient issus des plans de l’ingénieur Américain Thomas Lake. Leurs machines à essence d’origine étaient sous-puissantes et furent rapidement remplacées. Les procédures d’immersion étaient particulièrement laborieuses, au point qu’il leur fallait 8 minutes pour plonger. De ce fait, ils ne virent jamais le feu, étant versés dans l’entraînement des équipages à Pola jusqu’en janvier 1918, date de leur mise au rebus. Ils furent cédés à l’Italie en 1920, qui s’empressa de les faire démolir.

 Déplacement & Dimensions

 220-277 tonnes, 30.8 x 4,8 x 3,90m

 Propulsion  2 moteurs électriques, et deux diesels, 2 hélices, 200/720 cv. et 6/10.3 n. max.
 Equipage  17
 Armement  1 canon démontable de 37mm, 3 TLT de 450mm ( deux proue, un poupe ).

autrichClasse U-3 ( 1909 )

u1

Alors que les premiers submersibles Austro-Hongrois étaient d’origine Américaine, de brevet Lake, les deux suivants furent commandés en Allemagne à Germaniawerft et permirent de tester l’avance technologique de ce pays. L’U3 et l’U4, délivrés en 1908 étaient à double coque et ballasts internes. Aux essais, leurs dérives posèrent des problèmes de conception et durent êtres refaits. Globalement ils furent toutefois satisfaisants, contrairement aux submersibles précédents et largement mis en oeuvre durant la guerre: L’U3 fut coulé par le destroyer Bisson après un attaque ratée du Città di Catania, et après avoir été éperonné et contraint à faire surface en août 1915. L’U4 coula le croiseur-cuirassé Giuseppe Garibaldi le 18 juillet 1915 et de nombreux autres navires. Il fut cédé la France en 1919 et démoli en 1920.

 Déplacement & Dimensions

 240-300 tonnes, 42.3 x 4,5 x 3,8 m

 Propulsion  2 hélices, 2 mot. élect., et deux mot. ess., 2 hélices, 600/320 cv. et 12/8.5 n. max.
 Equipage  21
 Armement  2 TLT de 450mm ( proue, 3 torpilles ).

autrichClasse U-5 ( 1909 )

Après avoir essayé Lake et Germaniawerft, l’amirauté Austro-Hongroise se tourna vers Holland. Elle commanda deux unités, et une troisième en option, aux chantiers Whitehead installée à Fium qui produisait des design Holland sous licence. Le montage industriel faisait que les modules de base étaient asemblés aux USA et achevés à Fiume, ce qui posa des problèmes de structure. L’U5 et l’U6 furent lancés en 1909, et l’U7 ( rebaptisé U12 ) finalement lancé en 1911. Ce dernier fut offert à la vente aux Autrichiens qui le refusèrent après leurs déboires avec les U5 et U6, et l’achetèrent alors qu’il était encore invendu en août 1914. Les tubes lance-torpilles étaient mobiles et avaient des trappes d’ouverture en feuille de trèfle. L’U5 sauta sur une mine en 1917 mais il fut récupéré et réparé. On lui ajouta une nouvelle passerelle de type Allemand et un canon de 75 mm. L’U6 tenta de pénétrer dans le barrage d’Otrante et fut pris dans un filet. Son équipage l’évacua après l’avoir sabordé. L’U12 sauta sur une mine en tentant de forcer l’entrée de Venise en août 1916.

 Déplacement & Dimensions

 240-273 tonnes, 32,1 x 4,2 x 3,9 m

 Propulsion  2 hélices, 2 mot. élect., et deux mot. ess., 2 hélices, 500/230 cv. et 10,7/6 n. max.
 Equipage  19
 Armement  2 TLT de 450mm ( proue, 4 torpilles ).

autrichClasse U-10 ( 1915 )

Les U-7 – U11 ayant étés trop grands pour être construits par tronçons acheminés à Pola par rail, ils ne gagnèrent jamais l’adriatique ( on était en novembre 1914 ). Ils furent revendus à l’Allemagne et rejoignirent la Hochseeflotte. Par contre, les chantiers AG Weser proposèrent de construire des UB1 en sections démontables, qui du fait de leur tonnage réduit pouvaient êtres acheminés par rail jusqu’à Pola et assemblés sur place. Cinq unités furent ainsi commandées en avril 1915, et ce furent d’abord les U10 et U11 qui entrèrent en service en juin-juillet 1915 avec un équipage Allemand et un officier Autrichien, puis les U15, 16 et 17 en décembre 1915 cette fois avec un équipage entièrement Austro-Hongrois. Ils reçurent tous un canon de 37 mm, puis de 47 mm en novembre 1917, l’U11 recevant un 66 mm. L’U16 torpilla en octobre 1916 le destroyer Nembo, mais fut éperonné par le cargo Borminda et sabordé. L’U10 sauta sur une mine en juillet 1918, fut récupéré et conduit à Trieste, mais jamais réparé. Les autres, accordés à l’Italie, furent démolis à Pola en 1920.

 Déplacement & Dimensions

 125 -140 tonnes surf./plongée, 27, 9x 5,2 x 2,7 m

 Propulsion  1 hélice, 1 diesel, 1 mot. élect., 260/120 cv. et 6,5/5,5 n. max.
 Equipage  17
 Armement  2 TLT de 450mm ( proue, 4 torpilles ).

autrichSMS U-14 ( 1912 )

L’un des meilleurs submersibles Austro-Hongrois fut l’U14, dont la « double vie » est une histoire intéressante: Il s’agissait en effet à l’origine du submersible Français Curie ( classe Brumaire, type Laubeuf, 1912 ). Le Curie fut envoyé en Adriatique dès 1914 pour surveiller les sorties de la flotte et du trafic marchand, mais tenta également de pénétrer dans Pola pour torpiller les plus belles unités de la flotte. Le 20 décembre 1914, il y était presque parvenu mais se fourra dans un filet et ne put s’en dégager. Il fut ensuite découvert et canonné jusqu’à sa destruction. Il fut renfoué dès janvier 1915, envoyé au chantier de Pola pour être réparé et modifié. Entre autres, on lui ajouta un nouveau kiosque de type Germanique, un canon de 88 mm, et deux Diesels Allemands. Il fut accepté en service ennovembre 1916 après essais et sous le commandement de Georg Ritter Von Trapp ( rendu plus tard célèbre par le cinéma ), eut un beau tableau de chasse. Il fut attribué à la France après la guerre et servit jusqu’en 1928 sous son ancien nom…

 Déplacement & Dimensions

 263 – 300 tonnes surf./plongée, 36,1 x 4,4 x 3,7 m

 Propulsion  2 hélices, 2 diesels, 2 mot. élect., 284/280 cv. et 9,2/5,8 n. max.
 Equipage  22
 Armement  2 TLT de 500 mm ( proue, 4 torpilles ), 1 canon de 88 mm, 1 ML 8 mm.

autrichClasse U-20 ( 1916 )

Quatre submersibles furent produits à Whitehead de Fiume en 1915, sur des plans conçus au départ pour une commande Danoise, celle des Havmanden en 1912. Leur design était donc inspiré de la licence Holland, mais leur délai de construction fut considérable, du fait de l’attribution de leur construction à de nombreux sous-contractants Autrichiens et Hongrois. Les U20 et 21 à Pola, les U22 et 23 à UBAG. Ils étaient opérationnels en octobre-novembre 1917 et leur campagne active fut courte et sans succés. L’U23 fut coulé en dirgigeant une attque dans le passage d’Otrante contre un convoi Italien en février 1918, l’U20 fut torpillé par le submersible Italien F12 devant l’estuaire du Tagliamento en juillet 1918, et les deux autres cédés à l’Italie et à la France et promptement démolis.

 Déplacement & Dimensions

 173 – 210 tonnes surf./plongée, 38,8 x 4 x 2,8 m

 Propulsion  1 hélice, 1 diesel, 1 mot. élect., 450/160 cv. et 12/9 n. max.
 Equipage  18
 Armement  2 TLT de 450 mm ( proue, 4 torpilles ), 1 canon de 66 mm, 1 ML 8 mm.

autrichClasse U-27 ( 1916-17 )

La série la plus « prolifique » et de loin la meilleure de la marine Austro-Hongroise fut celle des U27, conçus sur la base de licence Allemande du type UBII. L’ordre fut donné à Pola le 12 octobre 1915 et pas moins de 8 unités furent entamées, dont deux aux chantiers Danubius à Fiume. Ils furent lancés en 1916-17 et opérationnels en 1917, l’U41 étant agrandi de 77 cm pour loger les diesels de l’U6, endommagé au combat mais récupéré. Ils se constituèrent en peu de temps un excellent tableau de chasse, l’U27 coulant un destroyer et 33 cargos, l’U28, sous les ordres du Cdt. Zdenko Houdecek, un destroyer et 11 cargos. L’U30 fut coulé dans le détroit d’Otrante en 1917, les autres alloués après guerre à l’Italie et démolis à Fiume et Venise.

 Déplacement & Dimensions

 264 – 300 tonnes surf./plongée, 36,9 x 4,4 x 3,7 m

 Propulsion  2 hélices, 2 diesels, 2 mot. élect., 270/280 cv. et 9/7,5 n. max.
 Equipage  23
 Armement  2 TLT de 450 mm ( proue, 4 torpilles ), 1 canon de 75 mm, 1 ML 8 mm.

autrichClasse U-43 ( 1917 )

Les deux derniers submersibles Austro-Hongrois à entrer en service furent l’U43 et l’U47, du type UBII, construits à Weser en 1916 et convoyés par rail Pola, assemblés sur place, et entrant en service sous pavillon et équipage Allemands. Ils furent vendus le 21 juin 1917 à la marine Austro-Hongroise, mais ne furent pas longtemps actifs. Après l’armistice, ils furent offerts en dommages de guerre à la France et démolis in situ en 1920.

 Déplacement & Dimensions

 263 – 300 tonnes surf./plongée, 36,1 x 4,4 x 3,7 m

 Propulsion  2 hélices, 2 diesels, 2 mot. élect., 284/280 cv. et 9,2/5,8 n. max.
 Equipage  22
 Armement  2 TLT de 500 mm ( proue, 4 torpilles ), 1 canon de 88 mm, 1 ML 8 mm.

autrichAvisos-torpilleurs classe Zara ( 1879-83 )

Ces quatre élégants avisos, au gréément de barquentin, étaient au sein de la marine Austro-Hongroise classés comme navires porte-torpilles, à une époque ou le torpilleur proprement dit était encore au stade expérimental. Cependant, dès leur achêvement, ils furent jugés plus utiles comme yachts d’agrément que comme navires de guerre. Trop lents pour leur premier rôle et trop exigus. Les deux premiers, Zara et Spalato, étaient issus de Pola et de STT. Le Sebenico issu de Pola en 1882 était plus grand ( 882 tonnes ), et n’avait qu’un mât, et le Lussin ( STT en 1883 ) était encore plus grand ( 995 tonnes, 80 mètres de long ). Ils furent tous réarmés avant 1914, et occupèrent des rôles d’instruction pour la flotte, sauf le Lussin, désarmé en 1910 et utilisé comme yacht de l’amirauté, rééquipé avec deux Diesels MAN. En 1916 il formait des sous-mariniers à Pola. Tous les quatre furent cédés à l’Italie qui les fit démolir.

Caractéristiques: Zara, ( instruction des cadets de la flotte à Pola ) 1917:

 Déplacement & Dimensions

838 tonnes, 62,7 x 8,20 x 3,70 m

 Propulsion 1 hélice, 1 mach. HTE 2 cyl., 2 chaudières, 2600 cv. et 14,3 n. max.
 Equipage 32+50
 Armement 2 canons de 66 mm, 4 de 47 mm, 2 TLT 350 mm.

 

 

 

autrichMouilleur de mines SMS Chamaleon ( 1913 )

Ce bâtiment spécifiquement conçu dans ce rôle fut entamé aux chantiers de Pola et lancé en 1913. Son artillerie était composée de pièces Skoda de 90 mm en affûts standards, placés sur les flancs, et dux pièces sur affûts AA, également de 45 calibres, sur les deux gaillards. Il était opérationnel au moment de la guerre et servit amplement. Il était bien plus efficace que les autres mouilleurs de mines, bâtiments civils trasformés ou torpilleurs déclassés. En 1920 il fut démobilisé, transféré en dommages de guerre à la Grande-Bretagne qui le fit démolir en Italie.

 Déplacement & Dimensions

1100 tonnes – 1165 PC, 87 x 9,20 x 2,70 m

 Propulsion 2 hélices, 2 mach. VTE 4 cyl., 2 chaudières Yarrow , 5500 cv. et 20,8 n. max.
 Equipage 154
 Armement 4 canons de 90 mm dont 2 AA, 300 mines C12.

autrichDestroyers classe Tàtra ( 1912-17 )

En mai 1910, l’amirauté commanda un design de nouveau destroyer de 800 tonnes équipé de turbines at capables de dépasser 32 noeuds, aux chantiers Danubius, CNT, STT et même Vulcan à Stettin. Finalement, Danubius, en Hongrie, fut choisi pour favoriser le vote des Hongrois en faveur du budget de 1911 pour la construction des nouveaux dreadnoughts. Porto Ré ( aujourd’hui Kraljevica ), une division des chantiers, se vit ainsi confier la construction de 6 bâtiments d’un nouveau genre. Les Huszàr avec leur pont continu et bas n’étaient guère autre chose que des torpilleurs de haute mer adaptés à l’Adriatique. Les Tàtra changeaient la donne avec pour la première fois un gaillard d’avant surélevé d’un pont, améliorant notablement la tenue en mer. Ces navires étaient susceptibles de pouvoir intervenir par tous les temps et d’avoir un rayon d’action bien supérieur. Ils étaient aux essais capables d’atteindre et même de dépasser la vitesse spécifiée au contrat, soit 32,5 noeuds, et avaient un combustible mixte charbon/mazout pour gagner de la place. Ils revendisquaient 20 600 cv contre les 6000 seuelement des Huszàr. On mesure ainsi la progression accomplie.

Ces navires ( Tàtra, Balaton, Csepel, Luia, Triglav et Orjen ) furent lancés en 1912-13, et furent très actifs. Le Liua et le Triglav sautèrent sur des mines au large de Durazzo, tandis que les quatre autres furent attribués à l’Italie et continuèrent à servir en tant que Fasana, Zenson, ( démolis en 1923 ), Muggia ( perdu dans une tempête en 1929 ) et Pola ( renommé Zenson et désactivé en 1937 ). Le succés des Tàtra fit beaucoup pour une nouvelle commande aux même chantiers en 1914 de 6 unités, mais la guerre interrompit ce prpcess et la commande fut ramenée en 1916 à quatre unités ( Triglav, Lika, Dukla et Uzsok ) notamment pour remplacer les pertes; Ces derniers avaient un gaillard d’avant allongé de deux mètres, et deux affûts de 66 mm en configuration AA. Ils furent acheévs tard et peu actifs, puis attribués à l’Italie en 1920 ( Grado, Cortellazo, Montfalcone, rayés en 1937-39 ) et à la France ( Matelot Leblanc, rayé en 1936 ). Quatre autres unités armées de pièces de 120 mm furent commandées en décembre 1917, mais jamais entamées.

 Déplacement & Dimensions

 850 t standard, 1000 t PC; 83,5 x 7,8 x 3 m

 Propulsion  2 hélices, 2 turbines AEG-Curtiss, 6 chaudières ( 2 mixtes ), 20 600 cv. et 32,6 noeuds max.
 Blindage, Equipage  aucun; Equipage 114
 Armement 2 canons de 100 mm, 6 de 66 mm, 1 ML Skoda 8 mm, 4 ( 2×2 ) TLT 450 mm..
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source :  http://www.naval-encyclopedia.com/premiere_guerre_mondiale/pages/autriche_hongrie/marine_austr_hong1914_3.htm
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