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1 avril 2013

Massacre de Tulle

Classé sous — milguerres @ 22 h 39 min

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

Massacre de Tulle

Le massacre de Tulle désigne les crimes commis dans la ville de Tulle par la 2e division SS Das Reich le 9 juin 1944, 72 heures après le débarquement en Normandie.
Après une offensive des FTP, les 7 et 8 juin 1944, au cours de laquelle les troupes allemandes assassinent dix-huit gardes-voies, l’arrivée d’éléments de la Das Reich contraint les maquisards à évacuer la ville. Le 9 juin 1944, après avoir raflé les hommes de seize à soixante ans, les SS et des membres du Sipo-SD vouent 120 habitants de Tulle à la pendaison, dont 99 sont suppliciés.
Dans les jours qui suivent, 149 hommes sont déportés à Dachau, où 101 perdent la vie.
Au total, les crimes de la Wehrmacht, de la Waffen-SS et du Sipo-SD font 213 victimes civiles à Tulle.

Contexte historique

Au début de 1944, après avoir subi de lourdes pertes sur le front de l’Est, la 2e division blindée SS Das Reich, sous le commandement du GruppenführerHeinz Lammerding, est regroupée dans la région de Montauban, pour être reformée en prévision d’un débarquement allié quelque part sur le front Ouest. Elle est composée de 18 000 hommes appuyés de blindés légers et de chars.

Cette division présente les quatre critères déterminants pour devenir les auteurs de massacres en France, tels que définis par Peter Lieb : ses membres sont imprégnés par l’idéologie nationale-socialiste, ils ont combattu sur le front de l’Est, se perçoivent comme une unité militaire d’élite et ont déjà participé à des opérations de lutte contre les partisans1.

Au lendemain du débarquement de Normandie, elle reçoit l’ordre de se positionner dans la région entre Tulle et Limoges pour y réduire les maquis qui, depuis l’annonce du débarquement allié, ont intensifié les actions de sabotage et de harcèlement des garnisons allemandes. C’est le régiment Der Führerqui est chargé de préparer l’arrivée de la division.

La lutte contre les partisans est régie par des ordres émis début 1944, connus sous le nom d’ordonnance Sperrle, du nom du Maréchal, adjoint au haut commandement de l’Ouest. Selon ces ordres, la troupe est tenue de riposter immédiatement aux attaques terroristes en ouvrant le feu et si des civils innocents sont touchés, c’est regrettable, mais la responsabilité en incombe exclusivement aux terroristes ; les zones doivent être bouclées et tous les habitants, quels qu’ils soient, arrêtés ; les maisons qui ont abrité des partisans doivent être incendiées. L’ordonnance poursuit en précisant qu’« il ne faut punir que le chef manquant de fermeté et de résolution car il menace la sécurité des troupes qui lui sont subordonnées et l’autorité de l’armée allemande. Face à la situation actuelle, des mesures trop sévères ne peuvent entraîner de punitions pour leurs auteurs2 ». Les ordres particuliers du commandant de la division apportent des précisions tactiques : « Les forces de la Résistance doivent être anéanties par des manœuvres d’encerclement3 ». Le 5 juin 1944, le général Lammerding fait approuver par sa hiérarchie un programme répressif qui reprend les mesures mises en œuvre en Europe de l’Est et à l’arrière du front dans la lutte contre les partisans à partir de 19414. Ce programme prévoit notamment des actions de contre-propagande et de discrimination, « actions ayant pour but de monter la population contre les terroristes » ; il prévoit aussi des arrestations massives et préventives, l’occupation de localités et le ratissage de zones, la réquisition de véhicules. Il précise enfin « l’annonce et l’exécution de la disposition que, pour chaque Allemand blessé et pour chaque Allemand tombé, 10 terroristes seront pendus (et non fusillés). L’exécution par pendaison n’est pas usuelle dans la justice française. Par son application aux terroristes, ceux-ci seront discriminés et exclus de la communauté du peuple français4 ».

Entre le début mai et le 9 juin, la division, et particulièrement le régiment Der Führer effectue, sous les directives du service de renseignements, de nombreuses missions de recherche de bases et dépôts de partisans ainsi que des opérations suite aux actes de la résistance. Au cours de ces opérations, une soixantaine de maquisards est tuée et une vingtaine envoyée en déportation ; une centaine de civils est également tuée en diverses circonstances et un millier déporté en Allemagne. Plusieurs centaines de maisons sont incendiées5.

La répression allemande en Corrèze

Compte tenu de l’activité de la Résistance dans la région, la Corrèze et plus particulièrement la ville de Tulle et ses alentours font l’objet de nombreuses interventions des services de sécurité allemands.
Le 14 mars 1944, un kommando de douze membres du Sipo-SD dépendant du Kommandeur der Sicherheitspolizei und Siecherheitsdienst de Limoges, August MeierNote 1, arrive à Tulle.
Dirigés par le Hauptsturmführer Friedrich Korten, ces hommes participent à la répression des maquis avec des éléments de la Légion nord-africaine sous le commandement de Henri Lafont6. Pour le préfet Trouillé, « Tulle est en révolution : les loups de la Sicherheitspolizei et les charognards de laGestapo française arrivent de concert7. »

Ils collaborent au ratissage systématique effectué au cours du mois d’avril par la division Brehmer.
Celle-ci est une réunion temporaire d’unités composites, qui comporte notamment le 1er régiment de la 325e division de sécurité et les Géorgiens du 799e bataillon d’infanterie, recrutés parmi les prisonniers de guerre de l’Armée rouge.
Du 1er au 7 avril 1944, la division du général Brehmer arrête 3 000 personnes ; dans le village du Lonzac, 17 habitants sont abattus et 24 maisons incendiées ; à Brive, 300 personnes sont arrêtées et envoyées dans des camps de travail en Allemagne8.
Le bilan des opérations de répression de la division Brehmer se solde par 1 500 arrestations maintenues, 55 fusillades, 128 crimes ou délits dans 92 localités et 200 Juifs assassinés, sans confrontation directe avec le maquis.
La division Brehmer quitte la Corrèze en mai, après avoir également dévasté la Dordogne et la Haute-Vienne9.
Cette vague de répression explique en partie l’attaque de la ville de Tulle par la Résistance qui espère mettre fin aux souffrances de la population8.

La bataille de Tulle

La libération

L’attaque de Tulle est planifiée par le commandant des maquis FTP de Corrèze, Jacques Chapou, dit Kléber, mi-avrilNote 2 ou début mai 1944 : « à l’origine, il semble bien que cette attaque ait été envisagée sans aucun lien avec le débarquement dont la date était encore imprévisible10. » Elle poursuit plusieurs objectifs : « désarmer, et si possible, anéantir la garnison allemande ; désarmer les Gardes Mobiles et s’approprier leurs armes et véhicules ; rendre inoffensifs la Milice et les collaborateurs connus11 », mais aussi, « creuser des vides dans la garnison, inspirer une crainte salutaire à ses chefs et les amener à se retrancher dans Tulle sans en plus sortir, faisant ainsi cesser, au moins pour un temps, les expéditions contre les maquis12. » Contactés, les responsables de l’Armée secrète se montrent tout à fait opposés à une opération contre un centre urbain13.

Selon J. Delarue, Tulle est défendue par une garnison de sept cents hommes du 3e bataillon du 95e régiment de sécurité de la Wehrmacht, auxquels il faut ajouter six ou sept cents hommes des Gardes Mobiles et de la Milice française ; B. Kartheuser estime quant à lui les effectifs du 95e régiment de sécurité à 289 hommes, issus des 8e, 13ecompagnies et le (?) l’état-major, sur la base d’un relevé détaillé établi le 17 mai14. Face à eux, les résistants disposent de 1 350 combattants, dont 450 ne participent pas au déclenchement de l’opération et de 1 350 hommes en soutien15. Pour Jean-Jacques Fouché & Gilbert Beaubatie, les forces en présence s’élèvent à un peu plus de trois cents hommes du côté allemand, l’attaque étant lancée par quatre cents FTP, qui sont rejoints ensuite par cent-vingt combattants supplémentaires en milieu d’après-midi le 7 et le 8 au matin16.

L’offensive se déclenche le 7 juin 1944 à cinq heures du matin17 et un coup de bazooka tiré sur la caserne du Champ de Mars où sont cantonnées les forces de maintien de l’ordre donne le signal de l’attaque18. Dès six heures, les édifices dans lesquels se trouve la garnison allemande sont cernés ; la poste et la mairie, où les FTP établissent leur poste de commandement sont occupés vers sept heures19. À huit heures, la gare elle aussi est prise par les résistants, qui y trouvent dix-huit gardes-voies et un employé des chemins de fer, Abel Leblanc20 : invités à rejoindre le maquis, ceux-ci préfèrent attendre la fin des combats dans la salle d’attente. À 11 h 30, les forces de la Milice et des GMR hissent le drapeau blanc sur la caserne du Champ de Mars : après des négociations, ils quittent la ville vers seize heures, en emportant tout leur matériel18. Pour Elie Dupuy, dont le groupe de combat FTP n’avait pas été touché par l’ordre de repli de Chapu, ce départ est un échec, l’un des buts de l’opération étant de récupérer le matériel de guerre et de transport des forces de l’ordre ; mais avec son seul bataillon de quatre-vingt dix hommes, il n’a pas les moyens « de poursuivre l’attaque contre la garnison allemande et, en même temps, d’imposer une reddition inconditionnelle aux policiers21 ».

Pendant ce temps, vers 13 h 30, les Allemands profitent du retrait partiel des maquisards sur les hauteurs ordonné par Chapou22 et reprennent brièvement le contrôle de la gare, dans laquelle ils découvrent à leur tour les gardes-voies, porteurs d’un brassard blanc, signe distinctif de leur fonction, mais semblable à celui des FTP. Dès que les gardes-voies sortent du bâtiment, sans le moindre interrogatoire, sans même être fouillés, ils sont pris sous le feu des troupes allemandes dans la cour de la gare ou le long des voies menant au garage du chemin de fer départemental, fauchés « par des tirs croisés dont ceux d’une mitrailleuse leur tirant dans le dos », alors qu’ils s’adressent aux Allemands en leur criant « Camarades! Camarades! »23. Seul Abel Leblanc survit à la fusillade. Pour B. Kartheuser, il s’agit d’un assassinat délibéré, les Allemands étant au courant de la présence des gardes-voies et connaissant leur tenue24.

Dans la nuit du 7 au 8, alors que les maquisards, toujours privés des 450 hommes du groupe A, se sont retirés sur les hauteurs, la garnison allemande se regroupe en trois lieux : l’école normale de jeunes filles au nord, la manufacture d’armes et l’école de Souilhac au sud18. Les combats reprennent à six heures trente du matin25, la principale offensive étant dirigée contre l’école normale, bastion principal des troupes allemandes. Face à la résistance des Allemands, les FTP boutent le feu à l’édifice vers quinze heures.
Vers dix-sept heures, dans des circonstances qui restent peu claires et discutées, les Allemands tentent une sortie ou essaient de se rendre : si l’un d’entre eux agite un chiffon blancNote 3, d’autres portent des grenades amorcées18. Dans la confusion la plus totale, les maquisards ouvrent le feu à l’arme automatique : certains soldats sont fauchés à bout portant, des grenades explosent, ce qui explique les blessures, terriblement mutilantes observées sur les cadavres. Après la reddition des troupes allemandes, neuf membres duSicherheitsdienst sont identifiés, notamment avec l’aide d’une trentaine de maquisards libérés, emmenés au cimetière et fusillés sans jugement26.
Les combats cessent dès ce moment, les résistants se contentant de maintenir l’encerclement de la manufacture d’armes et de l’école de Souilhac, qu’ils comptent attaquer le lendemain. Alors que les blessés allemands et français sont emmenés à l’hôpital, Kléber se rend à la préfecture et demande au préfet Trouillé de continuer à assurer la direction de l’administration. Pour la résistance, à l’exception des deux petits bastions à prendre le lendemain, Tulle est libérée18.

Les pertes allemandes sont estimées à 37 morts, 25 blessés et 35 disparus par Sarah Farmer27. Pour G. Penaud, elles s’élèvent à une cinquantaine de morts, une soixantaine de disparus, sans doute faits prisonniers et de 23 à 37 blessés. La majorité des prisonniers est vraisemblablement abattue par la suite, seuls quelques soldats d’origine polonaise ayant accepté de se joindre au maquis28.

La réoccupation

À 21 heures29, les premiers chars de la 2e division blindée SS Das Reich arrivent à Tulle par trois axes de pénétration, prenant les maquisards par surprise. Les postes de l’Armée secrète et des FTP établis à distance ayant été balayés par les blindés, aucune alerte n’ayant pu parvenir à temps à Tulle. Les maquisards quittent immédiatement la ville vers les hauteurs, sans livrer de combats, face à « une colonne de secours [...] [qui] ne comprenait que des éléments lourds et disposait d’une puissance de feu considérable » : si des tirs de bazookas depuis le plateau qui domine la ville auraient pu infliger des pertes aux éléments de la Das Reich, les résistants y renoncent par crainte de causer de lourdes pertes parmi la population civile. Les SS installent leur premier poste de commandement dans le quartier de Souilhac, près de la manufacture d’armes, avant de s’installer, le lendemain en fin de matinée, à l’hôtel Moderne. À ce moment, l’officier les plus élevé en grade est le SS-Sturmbannführer Kowatsch, officier de renseignement de l’état-major de la division. Durant toute la nuit du 8 au 9 juin, les S.S. patrouillent dans la ville et assurent l’encerclement de celle-ci.

Le 9 juin, à six heures du matin, les Allemands fouillent la préfecture et menacent d’exécuter le préfet Trouillé, après avoir découvert des armes et munitions abandonnées par lesGardes Mobiles. Alors qu’il va être fusillé par des S.S. commandés par un sous-officier, le préfet échappe à l’exécution en indiquant qu’il a un rang équivalent à celui d’un général, et en exigeant de parler à un officier supérieur avant d’être fusillé. Il parvient à convaincre l’officier qui se présente de rendre visite aux blessés allemands soignés à l’hôpital. Durant la visite, un des blessés allemands confirme à l’officier que le préfet a empêché un maquisard de les fusiller : « Cet homme nous a sauvé la vie »30.

Le massacre

La rafle

« Habitants de Tulle, vous avez suivi mes instructions et conservé pendant les dures journées que vient de traverser votre cité un calme exemplaire. Je vous en remercie. Cette attitude et la sauvegarde des militaires allemands blessés ont été les deux éléments qui m’ont permis d’obtenir du commandement allemand l’assurance que la vie normale allait reprendre dans la journée. »

— Proclamation du préfet Trouillé diffusée par haut-parleur, le 9 juin 1944, vers dix heures du matin31.

Le 9 juin, entre neuf et dix heures, le SS-Sturmbannführer Aurel Kowatsch déclare au préfet Trouillé, et au secrétaire général de la préfecture, M. Roche : « votre geste [les soins apportés aux blessés allemands] ne sera pas négligé par le commandant allemand qui en tiendra compte à la population dans la répression inévitable du crime commis contre nos camarades de la garnison de Tulle » ; il leur annonce, alors que la rafle a déjà commencé, la mise en arrestation de tous les hommes de seize à soixante ans et autorise « la libération de tous les indispensables après vérification de leur attitude32 ». Selon Trouillé et Roche, Kowatsch prend ses ordres directement auprès du général Heinz Lammerding, vraisemblablement par radio. La rafle touche une population désemparée par les événements : « par petits groupes, les SS ratissent les quartiers et les rues ; ils entrent dans les logements, examinent les hommes qu’ils font sortir ; aux femmes, ils affirment qu’il s’agit d’un contrôle d’identité, que l’absence de leur époux, fils ou frère ne sera pas longue et qu’il est inutile d’emporter des provisions33. » « Encadrés par les S.S. nous descendons le quai de Rigny. [...] Un groupe plus important s’amalgame au nôtre. [...] Nous gagnons lentement Souilhac : des auto-chenilles, des tanks sont en bon ordre, rangés le long des trottoirs. [...] Notre groupe se joint à d’autres ; d’autres groupes se joignent au nôtre ; et comme l’inquiétude rapproche, les mains se serrent. [...] Nous marchons la tête haute, dissimulant au mieux notre angoisse34. » Les membres des chantiers de Jeunesse, rassemblés dans la caserne des Enfants de troupe, sont également emmenés vers la manufacture d’armes35. Au total, près de 5 000 hommes et jeunes gens sont regroupés devant la manufacture35.

Le tri

Conformément à l’accord passé avec Kowatsch qui avait autorisé la libération des personnes indispensables à la reprise d’une activité normale dans la ville, des responsables français se rendent à la manufacture d’armes pour négocier l’élargissement d’une partie des personnes raflées. « On remarqua bientôt le maire (le colonel Bouty) accompagné de plusieurs personnages, des chefs de service, le directeur de l’énergie industrielle, le chef de gare et d’autres employés avec leurs larges casquettes dorées, l’inspecteur d’Académie – parmi nous – mais ces messieurs restèrent là-haut, sur la chaussées, en compagnie des officiers allemands… Cela sentait la collaboration36. » Les représentants des autorités françaises obtiennent la libération de 3 500 des 5 000 hommes et jeunes gens37. Parmi eux, les employés de l’État et de la préfecture, de la mairie, des PTT, du gaz, des services des eaux, financiers et des colonies de vacances, des électriciens, des chefs d’atelier et agents de maîtrise de l’usine de La Marque et de la manufacture d’armes, des électriciens, des boulangers, des épiciers, des maraîchers, les médecins… mais ni les dentistes, ni les enseignants37… « Cette première partie de la sélection des otages avait été conçue par les SS pour compromettre les autorités locales ; Lammerding s’en souviendra lorsqu’il sera interrogé en 1962, il affirmera que le maire désigna les maquisards37. »

Après l’intervention des autorités françaises une seconde sélection est effectuée parmi les otages, sélection menée par les Allemands et eux seuls. Le principal responsable de ce deuxième tri est l’interprète du kommando du Sipo-SDWalter Schmald, qui a survécu aux combats des deux jours précédents. Si Schmald n’a sans doute pas agi seul et s’il a vraisemblablement été assisté par d’autres membres du SD venus de Limoges38, sa présence et son action ont frappé tous les témoins, pour lesquels Schmald incarne le processus de désignation des victimes. Aux côtés de Schmald, « le bossu » ou « le chacal38 », Paula Geissler, interprète de la Wehrmacht attachée au directeur allemand de la manufacture d’armes, surnommée « la chienne », participe également au tri et fait libérer seize à dix-sept otages, des ingénieurs de la manufacture ou des hommes qu’elle connaissait, dont le fils d’un pharmacienNote 4,39.

L’abbé Jean Espinasse, arrêté chez lui vers neuf heures trente, décrit Schmald comme « un allemand revêtu d’une vieille capote défraîchie, sans galon ni insigne d’aucune sorte, la tête découverte, l’air fatigué » et qui s’adresse à lui « dans un excellent français » en lui déclarant : « Je suis un des quatre survivants du combat d’hier. [...] Nous étions presque tous des Rhénans catholiques. Nous aurions bien voulu avoir un prêtre pour nous assister40. » Pour Antoine Soulier, il a de longs cheveux blonds avec des reflets fauves et ramenés en arrière, le visage rasé, le teint mat, 30 ans environ, [les] yeux toujours demi-fermés pour mieux voir, et surtout la demi-lèvre supérieure droite toujours relevée, comme gonflée de venin41.

Les otages sont répartis en trois groupes, de taille et de composition variable au fur et à mesure de la sélection qui débouche sur la constitution de deux groupes de soixante hommes, suspects, selon Schmald, de participation à la Résistance en se fondant sur des éléments comme le fait qu’ils soient mal rasés ou que leurs chaussures ne soient pas cirées42. Pour J. Espinasse, si Schmald demande à vérifier certaines cartes d’identité, [il] juge les gens sur la mine et, on ne sait pourquoi, les désigne pour faire part du petit groupe de gauche [les futures victimes]43. Selon Trouillé, « les trois groupes sont constamment modifiés, soit par le jeu des libérations, soit par le choix de quelques S.S. dont Walter, le ténébreux Walter44 ». Schmald veille à maintenir le chiffre de 120 hommes destinés à l’exécution, qui n’est pas encore annoncée : lorsque diverses interventions aboutissent à faire libérer l’un de ceux-ci, Schmald en sélectionne un autre dans le groupe principal : « sauver un ami, c’était du même coup condamner un autre homme, inconnu [...] avec pour résultat de ne laisser aux mains des bourreaux que les plus vulnérables, les plus solitaires, les plus faibles ou les plus malchanceux, ceux qui avaient le plus besoin d’être défendus45. » Ce processus débouche sur la réflexion suivante de l’un des survivants, Jean-Louis Bourdelle : « Je m’étonne douloureusement d’apprendre que des Français ou des Allemands tirent vanité d’avoir fait libérer des otages, ils semblent les malheureux, ne pas se rendre compte qu’ils avouent ainsi avoir pris part aux exécutions. Je me rappelle en effet avec quelle terreur mes camarades et moi voyions, après chaque libération, le lieutenant Walter s’approcher de notre groupe et faire un nouveau choix pour compléter le peloton des futures victimes46. »
Conformément à la note de Lammerding du 5 juin et à l’ordre donné par celui-ci arrivé à Tulle en fin de matinée du 9, ces cent-vingt hommes sont voués à la mort par pendaison.

Les pendaisons

« Quarante soldats allemands ont été assassinés de la façon la plus abominable par les bandes communistes. [...] Pour les maquis et ceux qui les aident, il n’y a qu’une peine, le supplice de la pendaison. [...] Quarante soldats allemands ont été assassinés par le maquis, cent vingt maquis ou leurs complices seront pendus. Leurs corps seront jetés dans le fleuve. »

— Affiche signée par le général commandant des troupes allemandes, placardée à Tulle47.

Vers quinze heures trente48, Kowatsch en réponse à une dernière intervention du préfet qui demande que les exécutions n’aient pas lieu par pendaison, lui répond que « nous avons pris en Russie l’habitude de pendre, nous avons pendu plus de cent mille hommes à Kharkov et à Kiev, ce n’est rien pour nous. » Il demande au colonel Bouty, président de la délégation spéciale, d’annoncer au groupe principal de prisonniers qu’ils doivent assister aux exécutions. Avant que ceux-ci soient conduits sur la place de Souilhac, Bouty leur déclare : « J’ai une nouvelle bien pénible à vous annoncer : vous allez assister à une exécution. Je vous demande le plus grand calme. Ne faites pas un geste, ne dites pas une parole49. » À leur arrivée, les prisonniers découvrent, sur plusieurs centaines de mètres, des cordes terminées par un nœud coulant accrochées aux arbres, aux réverbères et aux balcons. Les préparatifs ont été assurés, dès la fin de la matinée, par le SS-Hauptsturmführer Wulf, chef du bataillon de reconnaissance et par son adjoint, l’Oberscharführer Hoff, chef de la section de pionniers, qui fait appel à des volontaires pour effectuer les pendaisons50.

Les victimes désignées pour la pendaison sont conduites sur les lieux de leur exécution par groupe de dix. « Chacun d’eux se trouva bientôt au pied d’une échelle, entre les mains de deux des bourreaux. Deux SS se tenaient près de chaque corde ; l’un d’eux gravissait les degrés d’une seconde échelle ou d’un escabeau en même temps que le condamné. Dès que celui-ci atteignait la hauteur voulue, il lui passait le nœud coulant, le serrait, et le second SS enlevait brutalement l’échelle du supplicié51. » Dans certains cas, les bourreaux, tous volontaires, se suspendent aux jambes de leur victime, le frappent ou l’achèvent à la mitraillette ou au pistolet. « Parfois, pour accélérer l’exécution, les barbares poussent leur victime à coups de crosse et avec des cris terribles donnent des coups de pied à l’échelle qui tombe52. » Suite à l’intervention du colonel Bouty auprès d’un officier allemand, l’abbé Espinasse a été autorisé à offrir son ministère à ceux qui vont mourir. Il assiste aux premières exécutions. Lors de celle du premier groupe, « dans un cas [...], la victime, mal pendue sans doute, s’agite par spasmes ; alors, je vois le soldat qui venait d’ôter l’échelle s’en servir pour frapper le supplicié jusqu’à son immobilisation complète » ; par la suite, il constate que « le peloton d’exécution presse la marche des condamnés, et non sans violence ; je vois encore le soldat brisant, d’un geste rageur, la crosse de sa mitraillette sur le dos d’une victime qui a un mouvement d’horreur et d’arrêt à la vue des pendus53. » « Pouvons-nous imaginer la scène? Des hommes immobiles sous la contrainte, des soldats en dessous des potences, des groupes d’otages conduits au supplice, et le silence50. » Pendant toute l’opération, Paula Geissler et un groupe de SS, assistent aux pendaisons en vidant de bonnes bouteilles à la terrasse du café Tivoli, au son d’un phonographe50.

99 victimes

« Pourquoi les exécutions ont-elles été arrêtées à 99 victimes? [...] 99 est un chiffre incompréhensible qu’on ne peut raccorder à rien. Par son absence de signification, le nombre des victimes restera un mystère »

— Jean-Jacques Fouché et Gilbert Beaubatie54.

Dans les versions successives de son témoignage, l’abbé Espinasse s’attribue, et à lui seul, le mérite d’avoir fait arrêter les pendaisons. Selon lui, alors que neuf groupes, soit quatre-vingt dix hommes, ont déjà été pendus, et après avoir été ramené dans la cour de la manufacture d’armes après le meurtre de vingt ou trente Tullistes, il constate que le dixième groupe comporte treize hommes. Il intervient auprès de Walter Schmald et obtient non seulement que quatre hommes soient extraits du groupe, mais aussi que celui-ci soit le dernier à marcher vers la pendaison. Le nombre des victimes s’arrête donc à quatre-vingt-dix-neuf55 ,Note 5.

Cette version, reprise par de nombreux auteurs, est radicalement remise en cause par Bruno Kartheuser, qui juge ce récit incohérent et peu plausible. Kartheuser souligne tout d’abord que l’intervention décisive que s’attribue l’abbé Jean Espinasse n’est confirmée par aucun témoin, alors que plusieurs centaines de personnes sont rassemblées dans la cour de la manufacture ; cette intervention n’est pas mentionnée dans la déclaration faite en 1948 par le président de la délégation spéciale de Tulle, le colonel Bouty, qui attribue interventions et sauvetages au directeur des Établissements Brandt – Usine de la Marque, Henri Vogel, au directeur adjoint de la Manufacture d’armes de Tulle, Laborie et à l’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, LajugieNote 6. Trouillé n’attribue à l’abbé que la grâce de trois hommes, « Vogel s’est magnifiquement débattu avec les officiers SS en vue de libérer quelques-uns de ses ouvriers condamnés au supplice [...]. De la sorte, il a obtenu quatre grâces et a permis au sous-directeur de la manufacture d’armes, Laborie, d’en réclamer et d’en enlever autant ; Lajugie, ingénieur en chef du service vicinal [...] est encore épuisé des efforts déployés en vain pour sauver du supplice un ingénieur de son service56. » L’« intervention décisive » d’Espinasse n’est également pas reprise dans la citation lors de la remise à l’abbé de la Médaille d’argent de la Croix-Rouge française, en 1945, qui n’évoque que ses mérites sacerdotaux et l’assistance matérielle qu’il a apportée aux suppliciés. Enfin, pour Kartheuser, compte tenu du strict respect de la hiérarchie en vigueur dans la SS, il n’est pas possible que Schmald ait pris la décision d’arrêter les exécutions, alors que celles-ci avaient été ordonnées par le général Lammerding (qui déclare après guerre que c’est sur son ordre que les pendaisons ont été arrêtées avant les 120 victimes prévues), que les pendaisons avaient été supervisées par Kowatsch et que l’un des supérieurs de Schmald au SD (Korten ou Butsch) était présent sur les lieux57.

Pour J.J. Fouché et G. Beaubatie, « le nombre de 99 victimes a été la conséquence d’une accumulation de données matérielles indépendantes les unes des autres [...] Mais plus encore que le nombre, la mise en scène des pendaisons devait renforcer la terreur de longue durée. L’efficacité n’était pas liée à un chiffre précis, mais bien plus encore, à la mise en spectacle de la violence destinée à humilier les hommes58. »
Les corps des suppliciés sont dépendus en début de soirée par des membres des chantiers de jeunesse, sous les ordres d’hommes de la 4e compagnie du bataillon d’éclaireurs ; malgré l’intervention des autorités locales, ils sont enterrés sur le site d’une décharge publique, à Cueille, sans aucune procédure d’identification, avec une brève cérémonie improvisée et écourtée par les Allemands, au cours de laquelle l’abbé Espinasse, en présence du préfet en uniforme et de son directeur de cabinet, bénit les corps59.

Les déportations

Le 10 juin, les otages restés à la Manufacture des armes de Tulle sont traités de la même manière que lors de la sélection, la veille, des victimes des pendaisons : négociations entre membres de la Das Reich et du SD, dont Walter Schmald, et les autorités françaises, formation de groupes promis à la déportation, libération d’otages suite à des interventionsNote 7. 311 hommes et 660 jeunes membres des Chantiers de Jeunesse sont transférés de Tulle à Limoges. Après un nouveau tri, dans lequel des membres de la Milice jouent un rôle essentiel, 162 hommes et tous les membres des Chantiers de Jeunesse sont libérés ; 149 prisonniers sont transférés à Poitiers, puis à Compiègne, d’où ils partent vers Dachau le 2 juillet : 101 ne survivent pas au voyage ou à la déportation60.

Le 11 ou le 12 juin, la division entame sa remontée vers le front de Normandie. Avec le massacre de Tulle et celui d’Oradour-sur-Glane, et de nombreuses autres tueries, elle a fait 4 000 victimes, dont de nombreux civils61.

La répression se poursuit à Tulle pendant les semaines qui suivent les pendaisons. Du 11 juin au 31 juillet, le laboratoire de la manufacture d’armes est utilisé comme centre de torture, où opèrent des miliciens en coopération avec Walter Schmald. Le 21 juin, le préfet Trouillé y voit trois miliciens âgés au plus de vingt ans, verser de l’acide sur les plaies du visage d’un homme qu’ils venaient de frapper à coups de nerf de bœuf62. Tulle connaît également une nouvelle rafle, le 21 juin, à la suite de laquelle 80 hommes sont envoyés en travail forcé en Autriche63. Les troupes allemandes en Corrèze se rendent le 16 août 194464.

Au total, les crimes de la Wehrmacht, de la Waffen-SS et du Sipo-SD ont fait 218 victimes civiles à Tulle. « D’une certaine façon, le général SS a atteint son objectif : la discrimination des résistants et la terreur de la population65. »

Analyse

L’analyse des historiens

Les proclamations publiques et les explications allemandes auprès des autorités françaises font systématiquement référence aux éventuels sévices et à l’assassinat de soldats allemands désarmés. Selon la thèse allemande, les représailles sont conformes au droit militaire international, au traité d’armistice et aux conventions de La Haye. Suite aux procès menés en Belgique concernant l’exécution d’otages par les troupes allemandes et à celui mené en Italie pour le massacre des Fosses ardéatines, on peut conclure que le massacre de Tulle a bien été effectué en violation du droit des conflits armés66, notamment des articles 40, 41, 46 et 50 du règlement annexe à la 4e convention de La Haye de 1907 concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre67 ainsi que la « clause Martens » du préambule de cette conventionNote 8,68. Bruno Kertheuser conteste quant à lui l’usage même du terme représailles : « le meurtre et la déportation de quelques centaines d’habitants de Tulle les 9 et 10 juin relèvent très clairement du crime de guerre. Toute autre appellation, comme celle de représailles, d’épuration ou de mesure expiatoire, appartient au jargon des auteurs de ces crimes et participe de leur logique à eux »69.

Le massacre de Tulle avait pour but de punir une des capitales du maquis, pour terroriser d’autres régions, conformément aux pratiques mises en œuvre par la Wehrmacht et laWaffen-SS sur le front de l’est ; il résulte « de l’action et de l’inaction de beaucoup de personnes », qu’il s’agisse de membres de la Wehrmacht, de la Waffen-SS ou duSicherheitsdienst70.

La thèse révisionniste

Selon le récit auto-publié du SS-Sturmbannführer Otto Weidinger, plusieurs dizaines de soldats allemands auraient été abattus après leur reddition et de nombreux cadavres auraient porté des traces de mutilations71. Cette thèse est reprise et amplifiée par deux autres révisionnistes, Sadi Schneid72, pseudonyme d’un ancien Waffen-SS Elimar Schneider73, et Herbert Taege, ancien fonctionnaire des Jeunesses hitlériennes73,74.

Pour les historiens, le récit de Weidinger n’a aucun crédit. Eberhard Jaeckel « doute de la véracité de ces affirmations et se demande si les atrocités alléguées n’ont pas servi de justification au comportement des SS75 ». Pour G. Penaud, « divers témoignages de militaires ou de civils allemands retrouvés par Bruno Kartheuser sont assez contradictoires sur la question des mutilations dont auraient été victimes, d’après la rumeur, les victimes allemandes ; à vrai dire, à la lecture des déclarations ultérieures de SS, il n’a pas trouvé une seule qui rapporte un témoignage direct de ces atrocités : tous ceux qui exprimèrent ce reproche [...] colportèrent indirectement les dires de témoins dont il semble difficile de soutenir la crédibilité76 ».

B. Kartheuser a réfuté point par point ces thèses révisionnistes. Le seul fait contraire à l’article 23c et 23d de l’annexe à la Convention de La Haye de 1907 concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre77 qui stipule qu’«  il est notamment interdit [...] de tuer ou de blesser un ennemi qui, ayant mis bas les armes ou n’ayant plus les moyens de se défendre, s’est rendu à discrétion [ainsi que] de déclarer qu’il ne sera pas fait de quartier », consiste en l’exécution sans jugement de neuf membres du SD et Gestapistes en fin de l’après-midi du 8 juin78. Quant aux prétendues mutilations, il ne s’agit que des traces d’impact de mitrailleuse. Selon un témoin, Robert Lajugie, « dès la reddition des assiégés, j’ai vu les corps des victimes. Certains, assurément, étaient abîmés et il est exact que des crânes laissaient échapper leur cervelle, mais c’était là le résultat d’une concentration des tirs d’armes automatiques. [...] C’est dans cet état que les éléments de la 2e panzerdivision SS Das Reich trouvèrent leurs compatriotes avec, en plus, cette aggravation que les camions venus enlever les cadavres furent pris par les arrivants, fous furieux, pour les instruments dont on se fût servi pour écraser les corps ou les têtes79. » Ce récit est confirmé par le Dr. Heinz Schmidt, médecin du 3e bataillon du 95e régiment de sécurité : « Parce qu’on voulait avoir une justification présentable d’une certaine manière au niveau international pour les mesures de représailles, je fus cité en qualité de médecin de la place auprès du médecin principal de la division Das Reich. Il me demanda si j’avais constaté des mutilations sur les cadavres de nos soldats tombés la veille. Contrairement aux affirmations disant que cela avait été le cas, j’ai déclaré énergiquement que je n’avais pas constaté de mutilations sur les soixante morts que j’avais vus80. »

À propos du livre de Schneid, Kartheuser écrit qu’il « formule, de la manière la plus grossière entre toutes les versions qui ont circulé, les reproches de mutilations voulues opérées sur certains cadavres allemands. Schneider n’évoque pas ce qu’il a vu. [...] Il ne fait que colporter une version qui fut répandue dès les premiers jours, entre autres par les milieux SS et nazis d’époque mais également par la propagande officielle81. » Il remarque également que Weidinger et Taege ne se basent, eux aussi, sur aucun témoin direct81.

Les suites du massacre

Walter Schmald, du SIPO-SD est capturé par des maquisards à Brive le 15 août 1944, et exécuté par ceux-ci le 22 août, sans avoir fait l’objet d’un procès82.

Otto Weidinger, dernier commandant du régiment Der Führer est interrogé au sujet du massacre pendant sa détention de 1947 à 1951. Il ne fait l’objet de poursuites que pour son adhésion volontaire à la Waffen-SS, jugée comme organisation criminelle lors du procès de Nuremberg, et est acquitté83. Après sa libération, il écrit de nombreux ouvrages sur la2e panzerdivision SS Das Reich, considérés en France comme révisionnistes.

La première enquête, qui porte sur l’assassinat de dix-huit gardes-voies est clôturée 25 mars 1948, et fonde le procès qui s’ouvre à Bordeaux le 29 mars 1949, où comparaissent dix membres du 95e régiment de sécurité, responsable du meurtre de dix-huit gardes-voies, sous les ordres du capitaine Franz Reichmann, commandant du 3e bataillon. Les trois officiers inculpés sont condamnés à quinze (Franz Reichmann, Willi Schlewski) ou dix (Jean Retzer) ans de travaux forcés ; 4 inculpés sont reconnus coupables mais libérés sous l’excuse absolutrice d’avoir agi sur ordre et trois sont acquittés. Schlewski et Retzer sont libérés le 18 septembre 1952 et Reichmann le 25 janvier 195384

L’information judiciaire ouverte le 18 juin 1947 sur les pendaisons de Tulle débouche notamment sur un rapport provisoire rédigé par le commissaire de police criminelle Félix Hugonnaud, qui conclut que les pendaisons furent apparemment commandées par le SS-Gruppenführer Heinz Lammerding, à l’encontre duquel trois mandats d’arrêts successifs sont décernés. Le procès (affaire contre Kahn et autres. Pendaisons de Tulle) s’ouvre à Bordeaux le 4 juillet 1951 et le verdict est prononcé le lendemain. Seules cinq personnes y sont accusées : quatre officiers de la division Das Reich - Lammerding, Aurel Kowatsch, chef d’état-major de la division, Heinrich Wulf, commandant de la section de reconnaissance, Otto Hoff, commandant de la section de pionniers qui a procédé aux pendaisons, et une employée allemande de la Manufacture d’armes de Tulle, Paula Geissler. Cette dernière n’est accusée que de n’avoir pas sauvé un ingénieur de la MAT, ce qu’elle aurait pu faire sans courir de risque personnel. Curieusement, le tribunal omet de mettre en accusation la centaine d’acteurs, les membres du commando d’exécution qui auraient pu être décelés facilement.

Lammerding et Kowatsch, ce dernier tué en mars 1945 à la frontière hongroise, sont condamnés à mort par contumace ; Hoff et Wulf écopent de dix ans de travaux forcés et Paula Geissler de trois ans de prison. Après un appel devant le tribunal de Marseille, la peine de Hoff est réduite, le 27 mai 1952 à cinq ans absorbés par la détention déjà effectuée. Hoff est donc libéré au prononcé du jugement d’appel, comme l’avait été, la semaine précédente, Wulf, gracié par le président de la république Vincent Auriol. Après sa condamnation à mort, Lammerding fait l’objet d’une demande d’extradition du gouvernement français auprès des troupes d’occupation britanniques fin janvier 1953 et le Haut-Commissariat britannique décerne à son tour un mandat d’arrêt à son encontre le 27 février 1953, conformément à la loi n° 10 du Conseil de contrôle allié. Il n’y a aucune suite à ces demandes et Lammerding n’a jamais été inquiété par la justice85.

Jusqu’à sa mort, Lammerding a nié toute responsabilité dans le massacre de Tulle, en déclarant que l’initiative avait été prise par le SS-Sturmbannführer Kowatsch : « connaissant la hiérarchie rigoureuse et la discipline terriblement rigide qui régnaient dans le corps des SS, une telle affirmation ne mérite aucun crédit86. » Après avoir également nié, dans un premier temps, sa présence à Tulle, il a affirmé qu’il n’y était arrivé que tard dans l’après-midi, après les pendaisons : or l’ordre du jour de la division pour le 10 juin 1944 est rédigé par Lammerding à Tulle et daté du 9 juin à douze heures quinze ; cette mention « a été plus tard surchargée à la main en vingt-trois heures quinze86. » La présence de Lammerding à Tulle aux environs de midi le 9 juin est également attestée par le médecin militaire de la garnison allemande, le Dr Schmidt87.

Une procédure est ouverte à l’encontre de Lammerding par le Zentralstelle in Nordrhein-Westfalen en décembre 1961, procédure au cours de laquelle Lammerding est interrogé en février 1962 ; le 9 octobre 1962 le directeur du Zentralstelle des Landes NRW für die Bearbeitung nazionalsozialistischer Massenverbrechen signifie l’arrêt des poursuites en se basant sur la seule version des événements de Lammerding88.

Ce n’est qu’au détour d’une procédure au civil, intentée à Düsseldorf par Lammerding contre l’hebdomadaire communiste Die Tat, qui l’avait accusé dans son édition du17 juillet 1965 d’avoir été condamné à mort en France pour le meurtre de nombreux otages, que la justice allemande établit, sans conséquences concrètes toutefois, la responsabilité de Lammerding dans le massacre de Tulle.
Les attendus du jugement qui déboute Lammerding sont particulièrement clairs : « Un groupe de 120 hommes, la plupart jeunes, furent sélectionnés, leur groupe fut réduit sur l’intervention de plusieurs citoyens français de cette ville au chiffre de 99. Ces 99 furent tués d’une manière cruelle, sans jugement et sans qu’on leur ait prouvé leur participation à l’attaque des partisans la veille. Son affirmation [celle de Lammerding] selon laquelle il se serait agi dans le chef des 99 tués de partisans et non pas d’otages, est inexacte. Par ailleurs, il ne la maintient plus. [...] Ici, les suppliciés ont été tués en vengeance pour des attaques de partisans déjà commises et comme dissuasion pour des attaques de partisans futures. On peut à juste titre appeler la mise à mort de telles personnes civiles de meurtres d’otages, puisque ces mises à mort sont encore plus abjectes que la mise à mort de véritables otages88. »

Une dernière tentative pour traduire Lammerding devant la justice fait suite à la publication de l’ouvrage de Jacques Delarue, Trafics et crimes sous l’occupation, en 1968. À la suite de cette parution, le député-maire socialiste de Tulle, Montalat, demande le 11 octobre 1968 que le gouvernement français exige de la République fédérale allemande d’introduire une procédure en Allemagne contre Lammerding et estime cette procédure d’autant plus impérieuse que le premier volume d’une apologie de la division Das Reich vient de paraître (sous la plume d’Otto Weidinger) en Allemagne. Comme les précédentes, cette tentative reste sans suite88

En 2008, le Sénat a adopté un projet de loi portant adaptation du droit pénal français à celui de la Cour pénale internationale89. Cette adaptation, partielle, stipule entre autres laprescription des crimes de guerre par trente ans (article 462-10). Ce texte a suscité l’indignation du collectif « Maquis de Corrèze », dirigé par le député honoraire Pierre Pranchère, car son adoption aurait pour conséquence directe l’amnistie pour les responsables des massacres de Tulle, Oradour-sur-Glane et Maillé90.

Notes

  1. ↑ ancien commandant des Einsatzkommandos 5, puis 4b de l’Einsatzgruppe C
  2. ↑ Une première réunion a lieu le 17 avril 1944, selon Jean-Jacques Fouché et Gilbert Beaubatie, Tulle. Nouveaux regards sur les pendaisons et les événements de juin 1944, Éditions Lucien Souny, 2008, p. 41
  3. ↑ Ce fait n’est pas mentionné par Trouillé selon lequel les Allemands tentent une sortie en force à coups de mitraillettes et de grenades, P. Trouillé, op. cit., p. 152
  4. ↑ Elle lui rend visite en 1978 lors d’un séjour à Tulle « dans un but touristique », qui déclenche de vives protestations, J.J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 278-279
  5. ↑ Selon Élie Constans, Philomène Joutet, capurée par des éléments de la division SS Das Reich lors du massacre de Gabaudet à Issendolus et dont le fils et la fille avait été massacrés la veille,eut la corde passée au cou mais ne fut pas pendue; elle fit partie des otages libérés, Élie Constans, La tragédie de Gabaudet-Donnadieu, 1994, p. 52-53
  6. ↑ Un otage d’origine alsacienne a été libéré suite à l’intervention d’un membre de la Das Reich, Elimar (Sadi) Schneid, B. Kartheuser, op. cit., t. 3, p. 449
  7. ↑ D’après B. Kartheuser, qui est le seul à mentionner cette hypothèse, certains otages sont sauvés suite à l’action du docteur Pouget et de l’infirmière Arnal, qui leur font une piqûre provoquant une fièvre immédiate, puis les font évacuer sur un brancard en tant que malades
  8. ↑ Les représailles ne sont explicitement interdites que par les 4 Conventions de Genève de 1949 sur la protection des victimes de la guerre

Références

  1.  Peter Lieb, Répression et massacres. L’occupant allemand face à la résistance française, 1943-1944, in Gaël Eismann et Stefan Maertens (dir.), Occupation et répression militaires allemandes, 1939-1945, Autrement, coll. Mémoires/Histoire, Paris, 2006, p. 181
  2.  P. Lieb, op. cit, p.176-177
  3.  Guy Penaud, La « Das Reich » 2e SS Panzer Division, La Lauze, 2005 (ISBN 2912032768), p.65-8, 109-57, 175-231
  4. ↑ a et b Jean-Jacques Fouché, Oradour, Paris, Liana Lévi, 2001, p. 55-56
  5.  G. Penaud, op. cit., p.72-107 et 159-179
  6.  Bruno Kartheuser, Walter, SD à Tulle : la tragédie du 9 juin, t. 3, Les pendaisons de Tulle, Neundorf, Krautgarten, 2004, p. 148-152
  7.  B. Kartheuser, op. cit., t. 3, p. 33
  8. ↑ a et b J.J. Fouché, op. cit., p. 64
  9.  Sur la division Brehmer, voir notamment B. Kartheuser, op. cit., t. 3, p. 75-90
  10.  Jacques Delarue, Crimes et Trafics sous l’occupation, Paris, Fayard, Le livre de poche, 1971, p. 346
  11.  Bruno Kartheuser, op. cit., t. 3, p. 304.
  12.  J. Delarue, op. cit., p. 345.
  13.  J. Delarue, op. cit., p. 347.
  14.  B. Kartheuser, op. cit., t. 3, p. 93.
  15.  J. Delarue, op. cit., pp. 348-50.
  16.  Jean-Jacques Fouché, Gilbert Beaubatie, Tulle. Nouveaux regards sur les pendaisons et les événements de juin 1944, Éditions Lucien Souny, 2008, p. 59.
  17.  Une fusillade nourrie me fait sauter du lit. Le jour point, il est cinq heures, Pierre Trouillé, Journal d’un préfet pendant l’Occupation, Paris, Gallimard, coll. J’ai Lu, 1964, p. 137.
  18. ↑ abcd et e J. Delarue, op. cit., T. 4, pp. 350-59.
  19.  P. Trouillé, op. cit., p. 139
  20.  J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 73.
  21.  J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., pp. 79-80.
  22.  J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p.78
  23.  J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 77
  24.  B. Kartheuser, T. 3, op. cit., p. 320
  25.  P. Trouillé, op. cit., p. 146
  26.  B. Kartheuser, op. cit., t. 3, p. 342
  27.  Sarah Farmer, Oradour : arrêt sur mémoire, Paris, Calmann-Lévy, coll. Essai/histoire, 1994, p. 59
  28.  G. Penaud, op. cit., p.198
  29.  Sauf mention contraire, cette section est écrite sur la base de J. Delarue, op. cit., p.358-365
  30.   »Journal d’un préfet pendant l’occupation ; Corrèze 1944″, Pierre Trouillé, Gallimard, 1964.
  31.  .J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 137
  32.  P. Trouillé, op. cit., p. 168
  33.  J.J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 131
  34.  Jacques-Louis Bourdelle, Départs – Récits, Rougerie, s. l., s. d., p. 28
  35. ↑ a et b J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 1333-136
  36.  A. Soulier, op. cit., p.9-10
  37. ↑ ab et c J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 151-153
  38. ↑ a et b J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 154
  39.  J.J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 158-159
  40.  Jean Espinasse, Tulle le 9 juin 1944, La Table Ronde, 1994, p. 26
  41.  A. Soulier, op. cit., p.12
  42.  J.J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 155
  43.  J. Espinasse, op. cit., p.27
  44.  P. Trouillé, op. cit., p. 172
  45.  J. Delarue, op. cit. , p. 381
  46.  J.L. Bourdelle, cité par J.J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 159
  47.  J. Delarue, op. cit., p. 373-374
  48.  Sauf mention contraire, la présente section est rédigée sur la base de J. Delarue, op. cit., p.382-394
  49.  J. Espinasse, op. cit., p. 29
  50. ↑ ab et c J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 163-170
  51.  J. Delarue, op. cit., p. 385
  52.  Témoignage du colonel Bouty, cité par P. Trouillé, op. cit., p. 176
  53.  J. Espinasse, op. cit..’, p. 33-34
  54.  J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 171
  55.  J. Espinasse, op. cit.’, p. 37 et seq.
  56.  P. Trouillé, op. cit., p.176-183
  57.  Bruno Kartheuser, Walter, SD à Tulle : la tragédie du 9 juin, t. 4, Crime sans châtiment, Neundorf, Krautgarten, 2008, p.197-215
  58.  J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 174
  59.  J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 174-176
  60.  B. Kartheuser, op. cit., t. 3, p.454-457
  61.  P. Lieb, op.cit., p. 181
  62.  P. Trouillé, op. cit., p. 207-208
  63.  B. Kartheuser, op. cit., t. 3., p. 498-506
  64.  P. Trouillé, op. cit., p. 278-279
  65.  J.J. Fouché, op. cit., p. 65″.
  66.  Marjorie Courtoy, La question des otages en Belgique pendant la seconde guerre mondiale, in Gaël Eismann et Stefan Maertens (dir.), Occupation et répression militaires allemandes, 1939-1945, Autrement, coll. Mémoires/Histoire, Paris, 2006, p. 125-126
  67.  Texte de la convention [archive]
  68.  Éric David, Principes de droit des conflits armés, Bruxelles, Bruylant, 2008, p. 143
  69.  B. Kartheuser, T. 3, op. cit, p. 15
  70.  B. Kartheuser, T. 1, op. cit., p. 11
  71.  Otto Weidinger, Tulle et Oradour, une tragédie franco-allemande, s. l., auto-édité, s. d., 62 p.
  72.  Sadi Schneid, SS-Beutedeutscher. Weg und Wandlung eines Elsässers, Lindhorst, Askania, 1979
  73. ↑ a et b B. Kartheuser, T. 3, op. cit., p. 357
  74.  Herbert Taege, Wo ist Kain? Enthüllungen und Dokument zum Komplex Tulle+Oradour, Lindhorst, Askania
  75.  Eberhard, Jaeckel, La France dans l’Europe de Hitler, Paris, Fayard, 1968, cité par S. Farmer, op. cit., p. 59
  76.  G. Penaud, op. cit, p. 195
  77.  Voir le texte de la convention [archive]
  78.  B. Kartheuser, T. 3, op. cit., p. 341-342
  79.  B. Kartheuser, T. 3, op. cit., p.359
  80.  B. Kartheuser, T. 3, op. cit., p. 363
  81. ↑ a et b B. Kartheuser, T. 3, op. cit., p. 357-364
  82.  sauf mention contraire, la présente section est basée sur G. Penaud, op. cit, p 491-499
  83.  G. Penaud, op. cit., p.492
  84.  B. Kartheuser, op.cit., T. 4, p.262
  85.  B. kartheuser, op.cit., T. 4, p. 309-313
  86. ↑ a et b J. Delarue, op. cit., p. 368-370
  87.  J. Delarue, op. cit., p. 377
  88. ↑ ab et c B. Kartheuser, op. cit., T. 4, p. 339-343
  89.  Voir le dossier du Sénat Projet de loi portant adaptation du droit pénal français à la CPI [archive]
  90.  Voir la lettre du collectif « Maquis de la Corrèze » sur le site du PRCFPRCF / Maquis de Corrèze [archive]
  91. ↑ abcdef et g B. Kartheuser, T. 1, op. cit., p.8-10
  92.  B. Kartheuser, T. 4, op. cit., p.197-215
  93.  J. Espinasse, op. cit., p. 47
  94.  J. Espinasse, op. cit., p. 58 et73
  95.  . J. Espinasse, op. cit., p. 69 et 74
  96.  B. Kartheuser, op. cit., t. 4, p.16
  97.  B. Kartheuser, op. cit., t. 3, p. 349
  98.  J.J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 235-243
  99.  Sur cet épisode, voir B. Kartheuser, op. cit., t. 4, p. 343 et sq
  100.  Jean-Macques Marie, Nouveaux regards et vieilles questions…, in La quinzaine littéraire, Paris, septembre 2008
  101.  Google Maps [archive] Rue du 9-Juin-1944, TulleCorrèzeLimousinFrance.

31 décembre 2012

Une Garde à l’Yser

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La Belgique et la Grande Guerre

 

http://www.greatwardifferent.com/Great_War/Belgique_Recits/Recits_29.htm
de la revue ‘Revue de la Presse’, du No. 161, 15 novembre 1918
‘La Belgique Héroïque et Vaillante’
‘Une Garde à l’Yser’
Recueillis par le Baron C. Buffin

http://www.greatwardifferent.com/Great_War/Belgique_Recits/Recits_29.htm
Une Garde à l'Yser illust10

Une Garde à l’Yser
Le Boyau de la Mort – 2 Juin 1915

par le caporal J. Libois
du 12e régiment de ligne

Cette journée a été plus terrible que les combats de Dixmude. Je certifie que le caporal Libôis a fait un récit exact de la situation critique du boyau de la mort de la borne 16 de l’Yser.

Le sous-lieutenant Vuechs, du 12e de ligne

Extrait d’une lettre du 12-9-15

L’offensive française d’Arras amena sur notre front une activité inaccoutumée. Notre régiment, revenu à l’ingrat secteur d’Oostkerke, connut pendant cette semaine des journées particulièrement pénibles, et des bataillons furent sérieusement éprouvés.

Ce soir, notre compagnie fait la relève. Des sections désignées sont commandées pour les avant-postes. « Demain, nous dit le lieutenant Vuechs, nous occuperons une position sur la digue de l’Yser. Nos différents postes sont échelonnés le long d’un boyau creusé parlegénie, mais dans ce boyau, par suite des récentes attaques, se trouvent encore une trentaine de cadavres. Au fur et à mesure que nous rencontrerons les morts, nons les ramasserons et les placerons sur le parapet. Des brancardiers les évacueront ensuite. Encore un mot: le boyau pénètre dans les lignes allemandes qui sont de l’autre côté de l’Yser et se trouve donc sous le feu ennemi; il faudra se baisser, ramper même, quand le boyau manquera de profondeur. Beaucoup de prudence pendant le trajet. Voilà! Pour le reste, je compte sur vous. »

Le lieutenant commandera la tête de sape, la tranchée numéro 1. C’est le poste le plus avancé: à trente mètres des Boches. J’en serai, ainsi que le sergent Deltenreetune dizaine d’hommes. Qu’adviendra-t-il? Du nouveau, sans doute, et l’on s’en réjouit.

Tont doucement tombe le crépuscule d’été. Les soldats sont alignés, les lourds havresacs au dos, les besaces remplies de provisions pour deux jours.

— « A droite, par quatre! Marche! » Et d’un pas tranquille, la compagnie défile en longue colonne à travers les prairies et les champs de féveroles suavement parfumées. Et l’on va fredonnant et chantant. A mi-chemin, halte et repos habituel. Les soldats couchés dans les champs, à la nuit tombante, forment un tableau qui ne manque pas de pittoresque. Les nuages empourprés de ce beau coucher de soleil des Flandres prennent peu à peu une nuance rosée. Devant nous, vers l’est, le clocher horriblement décapité de l’église d’Oostkerke se profile avec une étonnante netteté dans le grand disque rouge de la lune qui se lève. Et, dans le fond, jaillissent déjà de terre de mys- térieuses étoiles. Ce sont les brillantes et éphémères fusées ennemies. Le calme est absolu. Parfois un grillon répond à un grillon; un vent frais nous caresse et de-ci, de-là, dans les groupes, de mélancoliques refrains bercent l’âme et font rêver. Nos officiers semblent goûter cette poésie et prolongent le repos au delà du temps fixé. « Riez, chantez, songent-ils, soyez bien gais et bien joyeux; peut-être rapportera-t-on tantôt les restes, glorieux lambeaux, de quelque camarade qui est là, chantant. » Dans les plaines de l’Yser, il doit y avoir encore des places marquées pour beaucoup d’entre nous. Dieu sait si chacun tient à la vie et pourtant toute tristesse est bannie et, grâce à une force de caractère insoupçonnée, nulle part ne règne autant d’entrain et de franche gaîté que parmi les fantassins.

— « Allons sac au dos. » Nous voilà repartis. Ce calme que nous quittons n’a été qu’une trêve. Le voici déchiré par les salves fracassantes des nôtres. On bombarde les lignes ennemies et c’est pour nous une joie profonde de voir là-bas, à droite, les lueurs pro- duites, parl’éclatementde nos obus.Nous entrons dans la zonedangereuse; l’obscurité est intense.On avance par pelotons, à la file indienne. Sur le fond éclairé presque constamment par les fusées lumineuses boches, se détachent des silhouettes qui se courbent, se baissent, se relèvent. Une vraie féerie!

Nous atteignons nos tranchées. La relève se fait vite, sans stationnement. L’ennemi bombarde; mais son tir manque de précision. On aménage et on ré-fectionne les abris. Je fais une reconnaissance vers le boyau; j’en trouve l’entrée obstruée par l’évacuation des cadavres. Pénible besogne! Les brancardiers, rampant sur le dos, traînent par des cordes ces corps déjà en décomposition et qui n’arrivent au jour que déshabillés et écorchés. Des shrapnells éclatent tout près et nous collent contre le parapet. Et la nuit se passe sans autre incident qu’une visite du général de division.

Au matin la veillée est terminée; les vigies placées, on nous accorde la permission de dormir. Toute la journée, nous restons emmurés dans nos tranchées de sac: des postes de Dixmude qui nous dominent, l’ennemi nous surveille et, au moindre signe de vie, il nous prouve sa vigilance. Par distraction, de temps à autre, il bombarde nos avant- postes. Le soir amène l’heure de la relève. On se ravitaille en café, cardans le boyau il « fait particulièrement soif »; on se charge de cartouches, de sacs de terre et de lourds boucliers, et, les havresacs laissés à la grand’garde.vers 23 heures commence la marche à travers le boyau de l’Yser, marche qui semble durer un siècle et que l’imagination de Dante n’a pas surpassée en horreur dans ses visions de l’enfer. Le boyau est étroit et longe le parapet de l’Yser. Son accès est difficile, pénible, et l’entrée se gagne dans de telles conditions qu’il est absolument inutile de songer à enlever à cette heure les morts qui l’obstruent. Pour y pénétrer,on doit imiter le serpent, le crapaud, la taupe. Les postes relevés, lors de notre croisement, se couchent à plat ven- tre dans le fond, tandis que nous rampons au-dessus d’eux. Personne ne dit mot. Des shrapnells éclatent, des balles sifflent continuellement et viennent s’aplatir sur le parapet. J’en vois qui labourent la terre à vingt centimètres à peine au-dessus de la tète de mes camarades et je crains que par ricochet elles ne bléssent l’un ou l’autre. Dans le boyau, on se sent serré comme dans un étau. Hâtivement, il faut tantôt avancer plies, les reins cassés, tantôt ramper, le ventre à terre, s’aidant des coudes et des genoux, laissant à l’abandon les boucliers qui encombrent et qui, en frottant les parois, résonnent bruyamment. Et devant les créneau, repérés par les tireurs d’élite postés de l’autre côté de l’Yser, il faut exécuter des bonds. Une sueur abondante ruisselle sur les visages. Dans l’ombre, tout à coup une masse sombre immobile, collée dans le fond du boyau. » Un génie peut-être? Dites, dites donc!… Et bien! approche donc! Allons! ré- ponds donc! »

Le lieutenant secoue un bras qui retombe inerte. « En avant, au-dessus du cadavre. » Et frissonnant, haletant, on avance, les pieds foulent le mort, glissent sur la tête, enfoncent dans le ventre. Nous voici à la « maison démolie ». Le parapet ouvert par un obus peut trahir notre passage; il s’agit de ramper et de sauter en même temps… Horreur!… Je retombe la main sur le visage glacé d’un mort! L’artillerie allemande entre en jeu; la satanée batterie de Schoorbakke, qui prend toute la digue d’enfilade, nous bombarde. Ses obus arrivent en sifflant, éclatent dans un vacarme épouvantable, bouleversent la digue et nous arrosent de débris de mille espèces. Une seconde d’arrêt! A la lueur vive des fusées qui nous dominent, surgit un spectacle sinistre: les vivants grouillent au fond du boyau parmi des loques humaines en décomposition, des débris macabres, d’effrayantes épaves. Effroi, répulsion, dégoût, on doit cependant tout sur- monter. Il faut être surhumain: la sueur coule de nos visages sur les cadavres en putréfaction, pendant que nous rampons sur leur dos. Et au-dessus de nos têtes, les balles ne cessent de pleuvoir, les obus de siffler et les fusées de nous éclairer.

Haletants, à bout de souffle, la langue pendante, les reins tellement douloureux que certains esquissent pour se relever un mouvement vite interrompu par le sifflement des balles, on avance. Un moment, nous perdons la file et craignons de dépasser le poste. Mon irère se met à la tête du groupe coupé et je ferme la marche. Heureusement nous rejoignons les camarades. A cet instant, nous atteignons une série de cadavres plus corrompus que les autres et que nous franchissons, notre figure frôiait la leur, nos genoux labourant leurs jambes, leur ventre. Et de cet amas se dégage une odeur fétide, infecte. Souvenir infernal! De nouveau nous nous heurtons à des corps humains. Cette fois, ce sont des vivants sur lesquels nous rampons. Enfin, nous voici à notre poste. Quel soulagement! La relève est faite. Personne n’est atteint. La consigne est siuiple; guetter et se défendre en cas d’attaque. Nous n’avons, pensons-nous, rien à craindre de l’artillerie, grâce à la proximité du premier poste allemand; il reste à nous garer des bombes et des grenades. Le service organisé, nous nous creusons de légers terriers qui éventuellement nous servirons d’abris. Le lieutenant me passe une bouteille et me charge de désinfecter un cadavre enterré dans la tranchée et dont, pafaît-il, une épaule est à découvert.

Afin d’empêcher toute approche des Boches, nous tirons toute la nuit, sans nous découvrir, par-dessus le parapet. Vers 4 heures et demie, à l’aube naissante, je\ pars à la recherche du mort à désinfecter et, à quelques mètres, dans le commencement d’un second boyau, je trouve une masse informe couverte de linges. Est-ce le cadavre? Après hésitation, j’enlève l’espèce de chemise qui couvre les pieds: c’est un visage qui apparaît; sans aucune altération dans les traits, l’homme semble dormir. Je l’arrose de la liqueur du lieutenant et je recouvre doucement la figure. Le second cadavre, celui dont le lieutenant m’avait parlé, se trouve un peu plus loin; l’épaule, en effet, sort du parapet, on la recouvre de tenet Des brancardiers arrivent à 6 heures du matin pour enlever ces deux morts. Mais cette besogne est si dangereuse que le lieutenant la leur interdit. Ils évacuent les autres cadavres; tant mieux, cela rendra la sortie du boyau moins pénible. Au périscope, je surveille les tranchées allemandes, aussitôt l’instrument devient le pointdemire des balles. Que veut dire ceci? Les projectiles arrivent par derrière? Le lieutenant fait prévenir le sergent Denis qui est à l’avant-dernier poste… On nous rapporte que le sergent Denis vient d’être tué d’une balle à la tête. Au passage d’un créneau, on lui criait de se pencher, trop tard: une balle Tafoudroyé. Malheureux sergent! Hier soir, pendant que je rampais sur lui, il me disait: « A tantôt, au revoir » et je me demande, malgré moi, si le destin ne réalisera pas cet «au revoir». Il est tombé sur la poitrine du caporal G… sans dire un mot, en le fixant de tous ses yeux. Espérons que la compagnie n’aura pas à déplorer d’autre perte!

J’observe au périscope et je tire par un créneau dans un créneau allemand. L’ennemi ne tarde pas à répondre et ses balles dum-dum démolissent notre créneau ou traversent les sacs supérieurs du parapet. De l’autre côté de l’Yser, dans la tranchée allemande, je distingue un périscope boche et je suis même tout ébahi d’apercevoir un buste de soldat au-dessus du parapet. Il n’y reste guère. Un sifflement lent et mou; c’est du nouveau, flou-ou-flou-ou-ou. Ce sont des grenades. Elles éclatent tantôt sur nos abris, tantôt au-delà. On en lance peu. Si lugubre que soit ce bruissement, il n’effraie pas. La journée est belle, ensoleillée. Dans le bleu du ciel, passent nos avions, poursuivis par les shrapnells impuissants des Boches. Notre artillerie tire près de nous et nous devons nous mettre à l’abri des éclats d’obus. Des amis, pendant? le trajet d’hier, ont perdu, l’un sa couverture, l’autre ses vivres. Ils sont séparés de nous par une traverse. Nous leur passons de quoi manger et échangeons des billets amusants. Le lieutenant, en guise de souvenir, fait signer chaque occupant du poste sur son carnet D’autres l’imitent. Et lentement, très lentement,’la journée s’écoule. Tout en veillant, nous causons avec le lieutenant de la guerre, de la paix, de nos occupations respectives. Nous nous communiquons nos sympathies, nous discutons nos goûts, tandis que là, à quelques mètres, des myriades de grosses buches bieues dansent ijne sarabande macabre autour du cadavre de notre pauvre camarade. La chaleur commence à devenir accablante; des bouffées d’air chaud et nauséabond nous montent aux narines et nous enlèvent toute envie de manger. Pour nous dédommager, le lieutenant promet un bon verre à chacun si tout le monde du poste 1 retourne indemne. Si nous ratons cette belle invitation, ce ne sera certainement pas notre faute.

A 12 heures et demie, la vigie de la berge signale une ronde d’officier; nous sourions tous, croyant à une blague, lorsque, tout à coup, le colonel Rademakers, du 3e chasseurs, débouche au coin de notre tranchée. Stupeur générale! D’où vient-il? Sort-il du sol ou tombe-t-il des nues? Il est, en effet, absolument impossible qu’avec son embonpoint il soit parvenu à suivre le boyau sans se faire massacrer cinquante fois. Et cependant, il est là, bien vivant, sa figure sympathique dénotant une franche jovialité et une belle vaillance. Il regarde au périscope, se demandant si les Boches lui feront l’honneur d’une balle. Vraiment, c’est un « chic type ».

Le soir est arrivé, le créneau repéré est changé de place et renforcé par un bouclier. La surveillance redouble. Vers 21 heures et demie, la fusillade devient violente. De nombreuses balles explosives éclatent sur le parapet et donnent l’impression que les Boches sont sur notre tranchée et tirent à bout portant, tant est violent le bruit sec des explosions. A notre poste, deux fusils ne marchent plus. Une attaque semble immi- nente. Nous mettons baïonnette au canon et tirons sans discontinuer. Un camarade exténué, épuisé, charge; assis, les fusils qu’un autre décharge… Il est minuit lorsque la relève arrive. Les consignes sont passées tout en tirant: « Surveillez la berge »; « attention à ce créneau»; «bonne garde»; «bonne chance». Le retour s’affectue non sans difficulté; mais s’opère cependant moins péniblement que l’arrivée. La plupart des morts sont évacués. Enfin, nous voilà sortis de cet enfer. Le poste est indemne. Des shrapnells éclatent non loin de nous et ici, aux tranchées de première ligne, où hier nous nous cachions et nous collions au parapet, nous nous croyons maintenant presque en sécurité! Nous voudrions faire halte en pleine zone dangereuse et reprendre un peu haleine, les*bffi-ciers nous exhortent à la prudence et nous quittons les tranchées. Au loin, nous apercevons les brancardiers qui transportent le corps du malheureux sergent Denis vers le cimetière de Lesenburg.

Nous faisons repos sur la route, en arrière, et aussitôt chacun, communique ses impressions, narre de petits incidents ornés de détails pittoresques. En route! A 4 heures du matin, nous sommes rentrés au cantonnement. Il fait jour et depuis longtemps chantent les alouettes. Nous avons l’impression que tout ce qui nous entoura est nouveau, qu’il y a un siècle que nous n’avons vu ces paysages pourtant si familiers. Et nous éprouvons aussi une vive satisfaction, une joie profonde d’avoir accompli une tache difficile. Chacun est content de soi et voudrait pouvoir l’écrire à ses parents, à ses amis, à tous ceux qu’il aime et qu’il défend!

http://www.greatwardifferent.com/Great_War/Belgique_Recits/Recits_29.htm

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La Belgique et la Grande Guerre

28 novembre 2012

Soldat fusillé pour l’exemple

Classé sous — milguerres @ 18 h 21 min

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Exécuté sur son brancard !

Réhabilitez le lieutenant Chapelant fusillé pour l’exemple en 1914

Les crimes des Conseils de guerre : Chapelant texte de 1925

Les crimes des Conseils de guerre : Les quatre caporaux de Suippes texte de 1925 

Les crimes des Conseils de guerre : Vingré texte de 1925

D’autres noms pour l’exemple

Ils étaient bien là, ces hommes !

Soldat fusillé pour l’exemple

Première Guerre mondiale

France

Source : WIKIPEDIA

Suivant la défaite de Charleroi et l’échec de la Bataille des frontières, les mêmes causes produisant souvent les mêmes effets, deux décrets du 2 août et du 6 septembre 1914 furent promulgués qui instituaient des Conseils de guerre spéciaux, s’ajoutant aux Conseils ordinaires qui continuaient de se tenir. Avec une procédure simplifiée et expéditive, s’inspirant des cours martiales de 1870, ces conseils s’exercèrent jusqu’à leur suppression en 1917.

Pendant la Première Guerre mondiale, en France 2 400 « poilus » auront été condamnés à mort et 600 fusillés pour l’exemple2,3, les autres voyant leur peine commuée en travaux forcés. Ces condamnations ont été prononcées pour refus d’obéissance, mutilations volontaires, désertion, abandon de poste devant l’ennemi, délit de lâcheté ou mutinerie (en 1917).

Les exécutions sommaires

Cette estimation de 600 fusillés pour l’exemple ne prend pas en compte les exécutions sommaires. Celles-ci sont relatées dans les carnets de guerre des soldats. Ainsi les Mémoires d’un troupier d’Honoré Coudray du 11e bataillon de chasseurs alpins explicite les exécutions sommaires auxquelles il dit avoir assisté :

  • En juillet 1916, un chasseur est accusé de dévaliser les morts ; blessé par les artilleurs, il est abattu par son commandant. Coudray commente « le taré P…. a trouvé un moyen rapide de suppléer au conseil de guerre,….aucun interrogatoire, aucune enquête ». Pour masquer son crime, le commandant inscrit la victime dans la liste des morts au champ d’honneur ;
  • En octobre 1916, un jeune chasseur de la classe 1915, paniqué, fuit le front pendant un bombardement. Le commandant le convoque : « monte sur le parapet », le commandant le suit et le tue d’une balle dans la tête.

Outre les informations d’Honoré Coudray, il est intéressant de connaître ses convictions : fervent partisan de l’ordre, il reproche aux mutins de 1917 leur attitude de rébellion. Ainsi il démontre que la critique des exactions de cet officier n’est pas liée à un parti pris contestataire4.

Les motifs des condamnations

En 1914, les condamnés sont principalement accusés de s’être volontairement mutilés un membre (main, pied). Laisser sa main traîner au-dessus de la tranchée était passible du conseil de guerre.[réf. nécessaire]

En 1915 et 1916, on assiste de plus en plus à des désertions, puis se développent deux formes de crimes :

  • le refus d’obéissance devant l’ennemi. Cette dénomination issue de la justice militaire est le prétexte à des condamnations totalement arbitraires notamment lorsque les généraux n’étaient pas satisfaits d’un repli de troupes ;
  • l’abandon de poste. Il s’agit de désertion dans la majeure partie des cas.

En 1917, les condamnations concernent des comportements collectifs. Les célèbres mutineries du Chemin des Dames restent gravées dans les mémoires tant par leur caractère exceptionnel que dans la répression qui suivit5.

Le Poilu ne refuse pas de se battre mais il refuse d’attaquer à outrance. À Craonne, lors des sanglants assauts commandés par le général Nivelle, ce sont 30 000 hommes qui meurent en 10 jours (et 100 000 sont blessés). En 1918, en France comme chez les Alliés, on constate un déclin des exécutions. En effet, les commandements militaires comprennent mieux l’état mental des soldats, les conséquences du « Shell-Shock », ce choc psychologique provoqué par les conditions de vie des soldats notamment sous les bombardements.

L’évolution de la justice militaire pendant la guerre

 

 Soldat fusillé pour l'exemple  fusille-conseil-eglise

Conseil de guerre dans une église (journal L’Illustration, octobre 1917).

Au tout début de la guerre, les militaires ont obtenu du gouvernement la présentation des prévenus devant le conseil de guerre sans instruction préalable. Début septembre 1914, le ministre de la guerre abolissait les possibilités de recours en grâce et en révision. De plus, Joffre réussit à imposer aux politiques, la constitution de cours martiales dénommées « les conseils de guerre spéciaux », qui devaient juger rapidement et durement pour l’exemple. Les prévenus était jugés par une « cour » composée en général du commandant de régiment assisté de deux officiers. Ils votaient et la majorité scellait le sort du soldat. En cas de condamnation à mort la sentence était applicable dans les 24h selon les préconisations de Joffre. Ainsi les principes d’indépendance des juges, de débats contradictoires et enfin de recours ont été abolis. Sur les 600 fusillés pour l’exemple environ 430 l’ont été en 1914 et 1915 (selon André Bach). Devant les abus révélés par la presse et les associations, le parlement tenta d’atténuer cette justice expéditive. À la fin de l’année 1915, les conseils de guerre spéciaux sont supprimés. Enfin le 27 avril 1916, une loi permet d’atténuer et de contrôler cette justice militaire.

Les réhabilitations

La famille du soldat fusillé pour l’exemple était doublement touchée du deuil. En effet la honte d’avoir eu un frère, un père, un époux condamné pour sa lâcheté était très difficile à supporter. Cela s’ajoutait inéluctablement au poids du deuil. Le frère de Henry Floch indique lors de l’inauguration du monument de Vingré en 19256 : « Nous avons vécu dans une atmosphère affreuse de la suspicion illégitime et la honte injustifiée ». Le fils de Pettelet autre fusillé de Vingré a dû être retiré de l’école, son éducation est confiée à un précepteur. La veuve Pettelet a reçu des insultes et des menaces, elle sort dans la rue avec un pistolet pour se protéger7.

Très peu, environ une quarantaine sur 600, ont été rétablis dans leur honneur dans les années 1920 ou 1930, à force d’acharnement et de courage de la part des familles de victimes soutenues par les associations d’anciens combattants et par la Ligue française pour la défense des droits de l’homme et du citoyen.

Récemment en 2006, l’affaire Léonard Leymarie a amené le sénateur de la Corrèze Georges Mouly (R.D.S.E.) à attirer l’attention d’Hamlaoui Mekachera, alors ministre délégué aux anciens combattants, sur les « fusillés pour l’exemple. » Il lui a demandé l’état de la réglementation actuelle quant à l’inscription du nom des fusillés pour l’exemple réhabilités sur les monuments aux morts des communes, où ils ne figurent pas8. En effet, jusqu’en 2008, le nom de Leymarie est demeuré absent du monument aux morts de Seilhac érigé en 1924. Mais sa réhabilitation avait échoué malgré les efforts répétés à trois reprises de la Ligue des droits de l’Homme entre 1921 et 1925. Sa fiche, visible sur le site Mémoire des hommes, mentionne pourtant une réhabilitation sans donner la moindre date. En revanche, à Seilhac, la mention « Mort pour la France » avait été ajoutée avant 1919 à son acte de décès transcrit le 29 avril 1915 sur le registre d’état civil (acte n° 12). Cette mention existait sur l’acte de décès du 305e RI (n° 99), établi à Ambleny (Aisne) le 19 décembre 1914 et contresigné par deux témoins, un caporal et le médecin aide-major du dit régiment.

Dans sa réponse, le ministre a rappelé que les noms des militaires fusillés pour l’exemple puis réhabilités peuvent être inscrits sur les monuments aux morts communaux, s’ils se sont vu attribuer la mention « mort pour la France ». Cette décision d’inscription incombe aux communes, sous la tutelle du préfet. Il n’existe toutefois aucune obligation d’inscription pour les communes.

L’article L. 4889 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de la guerre distingue cinq catégories de morts pour la France :

  • 1°) les militaires qui ont été tués à l’ennemi,
  • 2°) ceux qui sont morts de blessures de guerre,
  • 3°) les décédés de maladie contractée en service commandé en temps de guerre,
  • 4°) les victimes d’accident survenu en service,
  • 5°) ceux qui sont morts à l’occasion du service en temps de guerre 10.

Dans le monde

La France avec environ 600 fusillés se situerait en seconde position derrière l’Italie, qui a exécuté 750 de ses soldats, et devant le Royaume-Uni avec 306 fusillés dont le plus jeune exécuté durant la guerre, âgé de dix-sept ans11. L’Allemagne indique officiellement 48 fusillés (ce qui paraît cependant peu) et le Canada 25 fusillés12. Il y eut aussi de nombreuses exécutions dans l’armée russe. L’armée américaine fait état de seulement 11 exécutions et essentiellement pour des viols et des meurtres ; ce petit nombre s’expliquerait par le meilleur encadrement médical des soldats, plus au fait des questions de psychiatrie. Seules les forces d’Australie n’exécutaient leurs soldats sous aucun motif.

Le gouvernement britannique a, en 2006, par voie législative, réhabilité les 306 soldats britanniques fusillés. Les cinq fusillés néo-zélandais ont été réhabilités en 2000, et les Canadiens honorés l’année suivante.

Quelques fusillés pour l’exemple

Parmi les 600 fusillés pour l’exemple français, certains sont restés dans les mémoires, soit parce qu’ils ont été réhabilités, soit parce qu’ils sont représentatifs du traitement qu’ont subi leurs confrères. Ces exemples ne représentent toutefois que quelques cas sur des milliers, et ne doivent pas faire l’objet d’une généralisation abusive.

France, 1914

  • Le 01/09/1914, à Remenoville, Frédéric Henri Wolff est le premier fusillé pour l’exemple. Il était chef de bataillon du 36e Régiment d’infanterie coloniale.
  • Le 7 septembre 1914, 7 soldats du 327e sont exécutés : Barbieux, Clément, Caffiaux, Hubert, Delsarte, Dufour et Waterlot. Ce dernier sort indemne de la fusillade et meurt sur le front le 10/06/1915. L’affaire dite « des fusillés du 327e » a fait l’objet d’une campagne de réhabilitation très importante de la Ligue des droits de l’Homme mais qui n’a pas a abouti13.
  • Le 18/09/1914, le conseil de guerre de la 29e division d’infanterie, à Verdun, condamne à la peine de mort six hommes.
  • Le 19/09/1914, les soldats Auguste Jules Léon Odde (24e bataillon de chasseurs, né le 29/11/1892 à Six-Fours, Var) et Joseph Tomasini sont fusillés tandis que les quatre autres ont leur peine commuée en vingt ans de détention, puis annulée par la cour de Cassation le 10/03/191514.
  • Alphonse Brosse et Jean Boursaud du 238e R.I. fusillés le 10/10/1914 à Ambleny (02). Condamnés par jugement du Conseil de guerre de la 63e division tenu à Ambleny le 10/10/1914 pour abandon de poste en présence de l’ennemi
  • Arnold Maille du 1er R.I., fusillé le 22/10/1914 à Cormicy (51). Joseph Auguste Charles Henry Bonnin du 137e RI, fusillé dans la Somme le 16/10/1914. Albert Arjailles du 42e RIC fusillé le 11/09/14 à Ville devant Belrain (55). Alfred Désiré Fernand Bayard du 128e RI fusillé le 12/09/1914 à Vouillers (51). Léon Appolinaire Bazin du 16e RIT fusillé le 16/10/1914 à Bavincourt (62). Bellal Mohammed Ben Mohammed Ben Salem du 6e R tirailleurs fusillé le 31/12/1914 à Tracy le Mont (60).
  • Eugène Bouret, du 48e régiment d’artillerie, victime du « Shell-Shock » le 29 août 1914, il s’égare et erre à l’arrière du front. Il est arrêté, jugé pour abandon de poste et fusillé le 7 septembre 1914 avec cinq autres co-accusés (Claudius Urbain du 299e RI né le 01/01/1882 à Chuzelles (38), mineur à Vienne – Ernest François Macken chasseur du 53e BCA, né le 03/11/1889 à Saint-Denis (93), cultivateur à Liancourt (60), inculpé d’abandon de poste en présence de l’ennemi à Rougiville le 02/09/1914 – Benoît Manillier du 22e RI, né le 22/05/1887 à Leyrieu (38), cultivateur, inculpé d’abandon de poste en présence de l’ennemi à Rougiville le 03/09/1914 – Francisque Jean Aimé Ducarre du 30e RI, né le 04/01/1892 à St Quentin Falavier (38), voiturier, inculpé d’abandon de poste en présence de l’ennemi à Taintrux le 03/09/1914 – Francisque P. chasseur du 11e BCA, né le 01/02/1882 à La Grand Croix (42), métallurgiste à Rives de Gier, inculpé d’abandon de poste en présence de l’ennemi à Taintrux le 03/09/1914). Il sera réhabilité dès 191715.
  • Henri Bourgund a été fusillé le 8 novembre 1914 « pour avoir abandonné son poste en présence de l’ennemi » lors des combats de Saint-Laurent Blangy, près d’Arras. Il a été exécuté et enseveli dans un pré, à la lisière de Sainte-Catherine et au nord de la Scarpe 16.
  • Marcel Loiseau (voir sa biographie ci-dessous), du 106e régiment d’infanterie, blessé se rend à l’infirmerie. Il est accusé d’abandon de poste avec mutilation volontaire et fusillé le 12 octobre 1914 à Mouilly. Il est réhabilité le 17/03/1922, l’accusation étant infondée.
  • Les Martyrs de Vingré, du 298e régiment d’infanterie, le caporal Henri Floch, les soldats Jean Blanchard, Francisque Durantet, Pierre Gay, Claude Pettelet et Jean Quinault, réhabilités solennellement par la Cour de Cassation le 29 janvier 1921.
  • Léonard Leymarie (voir sa biographie ci-dessous), du 305e régiment d’infanterie, condamné pour mutilation volontaire, n’a été réhabilité mais est mentionné comme « Mort pour la France ».
  • Deux soldats du 2e R.T.M. (Régiment de Tirailleurs Marocains) sont fusillés à Tracy-le Mont (60) : Ben Abdel K. Berrafaa (fusillé le 07/10/1914, condamné le 06/10/1914 pour abandon de poste en présence de l’ennemi. Au cours du jugement fut également condamné pour la même raison M. Kiname Daoudji mais qui ne ne fut pas exécuté car il s’évada) et Ben Zineb Amar (fusillé le 11/10/1914 pour abandon de poste en présence de l’ennemi)17
  • Élie Lescop, du 336e régiment d’infanterie, fusillé le 18 octobre 1914, pour abandon de poste et mutilation volontaire, à Souain. Il est réhabilité par la Cour spéciale de justice militaire en 1934.
  • Jean-Julien Chapelant, sous-lieutenant commandant la 3e section de mitrailleuses du 98e régiment d’infanterie, a été capturé avec une poignée de survivants. Blessé, il réussit à regagner les lignes françaises. Pourtant, il sera condamné à mort pour « capitulation en rase campagne ». Le 10 octobre 1914, il sera fusillé attaché à son brancard dressé contre un pommier18. (voir dossiers :
    1. Réhabilitez le lieutenant Chapelant fusillé pour l’exemple en 1914
    2. Les crimes des Conseils de guerre : Chapelant texte de 1925
  • Sont également fusillés en 1914 dans l’Aisne : Paul Pessina (soldat du 144e RI, fusillé le 29/09/1914 à Cuiry les Chaudardes), Georges Paul Voyer (soldat du 1er Régiment de génie, fusillé le 15/11/1914 à Braine), Louis Goffin (soldat du 12e RI, fusillé le 12/12/1914 à Saint-Aubin), Jean Grateloux (soldat du 238e RI, fusillé le 12/12/1914 à Nouvron-Vingré, condamné pour mutilation volontaire par le conseil de guerre de la 63e division), Léon Georges Coulon (soldat du 1er Régiment de génie, fusillé le 15/11/1914 à Braine), Louis Abadie (soldat du 246e RI, fusillé le 24/12/1914 à Vauxbuin, inhumé au cimetière militaire de Vuaxbuin, condamné pour abandon de poste en présence de l’ennemi et vol par le conseil de guerre de la 55e division le 29/10/1914), Émile Guiraud (soldat du 42e RI, fusillé le 16/11/1914 à Nouvron-Vingré, condamné le 15/11/1914 pour abandon de poste en présence de l’ennemi), Henri Joseph Jolbert (tambour du 42e RI, né le 15/10/1889 à Luxeuil les bains, fusillé le 16/11/1914 à Nouvron-Vingré, inhumé au cimetière militaire d’Ambleny, condamné pour abandon de poste en présence de l’ennemi)19.

France, 1915

 

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La stèle sur la tombe de Félix Baudy à Royère-de-Vassivière.

  • Félix Baudy, (voir biographie ci-dessous) maçon de la Creuse a été fusillé avec le soldat François Fontanaud, le caporal Antoine Morange et le soldat Henri Prébost, suite au refus collectif de sa compagnie, du 63e régiment d’infanterie, de remonter à l’assaut. Ils ont été réhabilités en 1934 par la Cour spéciale de justice, cette dernière comprenant des anciens combattants20.
  • Les soldats Camille Chemin et Édouard Pillet, du 37e régiment d’infanterie coloniale, ont été condamnés à mort à cause d’un malentendu. Leur capitaine les a désignés pour rester à l’arrière afin de surveiller des sacs. Un nouveau capitaine est nommé, celui-ci les considère comme déserteurs. Ils sont condamnés et exécutés. Ils seront réhabilités en 193421.
  • Lucien Bersot, du 60e régiment d’infanterie, condamné à mort pour refus d’obéissance; il avait refusé de prendre un pantalon maculé de sang pour remonter au combat avec ses camarades. Il a été réhabilité en 192220.
  • Les caporaux de Souain, (voir : retour à Les crimes des Conseils de guerre : Les quatre caporaux de Suippes texte de 1925) les quatre caporaux Théophile Maupas, Louis Lefoulon, Lucien Lechat et Louis Girard, du 336e régiment d’infanterie, ont été condamnés suite au refus collectif de la compagnie de remonter à l’assaut. Ils ont été réhabilités en 1934 par la Cour spéciale de justice, cette dernière comprenant des anciens combattants.
  • Le soldat Jean-Baptiste Bachelier, né aux Sorinières (44) est fusillé le 4 juillet 1915 à 25 ans 22.
  • Auguste Gonsard, soldat du 104e régiment d’infanterie, condamné à mort et fusillé en mars, pour abandon de poste par automutilation. Il fut réhabilité en 1925.
  • Joseph Gabrielli, soldat du 140e régiment d’infanterie. Pauvre d’esprit, illettré et ne parlant que le corse, il avait perdu le contact avec sa compagnie après s’être fait soigner d’une blessure reçue lors d’une attaque. Condamné pour abandon de poste le 14 juin 1915 et fusillé le jour même, il fut réhabilité par la Cour spéciale de justice le 4 novembre 1933.
  • Louis Pardimène, né le 15 juillet 1880 à Barzun (64), fils de Pierre et de Marie Ribes, soldat du 83e régiment d’infanterie a été fusillé le 7 janvier 1915 à Châlons-sur-Marne (51)
  • Le soldat Lucien Mervelay Lucien du 174e RI est exécuté à Saint-Amand-sur-Fion (18) le 3 avril 1915 avec trois autres hommes d’autres régiments en présence de la 95e brigade.
  • Sont également fusillés dans l’Aisne en 1915 : François Bihouise (soldat du 88e RI, fusillé le 13/05/1915 à Maizy, inhumé au cimetière militaire de Pontavert), Régis Rochelimagne (soldat du 238e RI, fusillé le 21/05/1915 à Courmelles, condamné par le conseil de guerre de la 63e division pour voie de fait et outrage à supérieur), Lucien François Lequeux (soldat du 306e RI, fusillé le 07/03/1915 à Braine, Mardochée Louis Lévy (soldat du 49e RI, né le 08/08/1884 à Bayonne, fusillé le 15/01/1915 à Maizy, inhumé au cimetière militaire de Pontavert, célibataire, coiffeur, fils de David Albert Lévy), Louis Longuetaud (soldat du 249e RI, fusillé le 14/03/1915 à Bourg et Comin), Henri Louis Chassaigne (du 321e RI, fusillé le 30/07/1915 à Hartennes et Taux), Jules Émile Chipaux (du 42e RI, fusillé le 29/01/1915 à Saint-Pierre Aigle, inhumé au cimetière militaire de Crouy), Edouard Joseph André (du 24e RI, fusillé le 21/01/1915 à Berry au Bac)19.

France, 1916

En leur honneur à Reims.

  • Six soldats de Loire-Inférieure sont fusillés en 1916. Il s’agit de : caporal Joseph Bertin, né à Nozay, fusillé le 5 juin 1916 à 25 ans ; soldat Alexandre Kerfontan, né à Indre, fusillé le 24 juillet 1916 à 30 ans ; soldat Louis Legendre, né à Fégréac, fusillé le 29 novembre 1916 à 33 ans ; caporal Émile Le Pahun, né à Saint-Nazaire, passé par les armes le 1er juin 1916 à 30 ans ; soldat Joseph Porcher, né à Saint-Nazaire, passé par les armes le 24 octobre 1916 à 36 ans ; soldat Jean-Michel Suraud, né à Nantes, passé par les armes le 7 septembre 1916 à 34 ans22.
  • En même temps que Jean-Michel Suraud, sont fusillés avec lui le 7 septembre 1916 à Verderonne (Oise) : Justin Louis Lorho (soldat au 3e R.A.C., né le 12/07/1892 dans le Morbihan à Saint Pierre Quiberon) et Louis François Mathurin Chevestrier (marsouin au 8e R.I.C, né dans les Côtes d’Armor le 25/01/1880 à Saint-Juvat)23.
  • Les sous-lieutenants Henri Herduin et Pierre Millant, du 347e régiment d’infanterie. Pour s’être repliés sur Verdun alors qu’ils étaient à court de munitions et dans l’impossibilité de recevoir des renforts, avec ce qui restait de leur compagnie (une quarantaine d’hommes), ils furent exécutés sans jugement à Fleury-devant-Douaumont le 11 juin 1916. En 1921, Louis Barthou le Ministre de la guerre, écrit aux familles en indiquant, que les deux fusillés sont morts pour la France alors que ces fusillés ne sont pas réhabilités juridiquement. Ces compensations honorifiques et militaires sont complétés par des réparations financières. Ils seront réhabilités officiellement en 1926.
  • Sont fusillés le 22/05/1916 à Roucy (02) après avoir été condamnés à mort le 30/04/1916 par le Conseil de guerre de la 55e division pour avoir refusé pendant une heure de remonter aux tranchées : Émile Frédéric Lhermenier (soldat au 96e RI, né le 15/04/1894, peigneur de chanvre, célibataire, fils de Alexandre Lhermenier et de Louise Souty, inhumé au cimetière militaire de Pontavert dans l’Aisne), Lucien Baleux (soldat au 96e RI, 2e compagnie, né le 31/01/1897 à Paris (19e), célibataire, fils de Alexandre Alfred Baleux et de Victorine Henriette Croisoeufs), Félix Louis Milhau (soldat au 96e RI.), Paul Pierre Regoult (soldat au 96e RI)19.
  • Le soldat Le Dû fusillé en septembre 1916, dans l’Oise, pour rébellion.
  • Le caporal Sylvestre Marchetti et le soldat Julien Lançon, du 8e régiment d’infanterie coloniale, fusillés le 22 octobre à 6 h 30, au lieu-dit La Cavée d’Hayon à Sarcus, dans l’Oise24.
  • Sont également fusillés dans l’Asine en 1916 : Armand Désiré Gontier (du 75e RI, fusillé le 20/12/1916 à Guyencourt), Théophile Boisseau (du 246e RI, né en août 1844 à Paris, fusillé le 06/06/1916 à Maizy, inhumé au cimetière militaire de Pontavert)19.

France, 1917

  • Le caporal Joseph Dauphin, (voir biographie ci-dessous) du 70e bataillon de chasseurs à pied condamné à mort le 06/06/1917 suite à la mutinerie de Beuvardes car sous l’effet de l’alcool (les permissions avaient été refusées), il aurait tiré quelques coups de fusil et lancé à la cantonade des « propos séditieux ». Avant cette condamnation il avait reçu en 1915, la Croix de guerre avec palmes pour plusieurs actes héroïques. Promu caporal, il reçut par trois fois une citation pour sa conduite exemplaire au combat. Il n’a pas été réhabilité. Fusillé le 12/06/1917 à Ventelay (51). Cultivateur, marié, père d’un enfant. Inhumé au cimetière militaire de Cormicy (51).
  • Sont fusillés le 20/06/1917 à Chacrise (02) : Charles Vally (soldat du 60e BCP, né le 08/02/1892 à Raon les Leau (54), fils de Charles Vally et de Marie Paradis. Condamné par le Conseil de guerre de la 77e division prononcé le 12/06/1917 pour crime de refus d’obéissance en présence de l’ennemi), Victor Alexandre Norbert Degouet (soldat au 159e RI, né le 25/12/1895 à Paris, opérateur au cinématographe, fils de Alexandre Degouet et de Félicie Evrard), Louis Flourac (soldat au 60e BCP, né le 05/07/1893 à Saint Ybars (09), cultivateur, fils de Joseph Flourac et de Rose Lacoste), Joseph Célestin Bonniot (du 97e RI, né le 22/02/1884 à Celles (38), fusillé le 20/06/1917 à Chacrise, boulanger, fils de Augustin Bonniot et de Léonie Chrétien, marié)19.
  • Arthur Nicolas Renauld (du 70e B.C.P., né le 05/12/1891 à St Amand les Eaux (59) et fusillé le 12/06/1917 à Ventelay (51). Mineur, marié, père d’un enfant. Matricule 2194 au recrutement de Valencienne classe 1911 (Source AD 59 : Volume 9 page 237)19.
  • François Marie Laurent du 247e régiment d’infanterie, originaire de Mellionnec est souvent cité comme ayant été exécuté « parce que ce Breton ne savait pas le français ». N. Offenstadt produit (page 41) le certificat du médecin militaire, le docteur Buy, qui le soupçonne de mutilation volontaire, alors qu’il est blessé à la main gauche. La contre-expertise de 1933 conclut que la pièce médicale du dossier est insuffisante pour prouver une mutilation volontaire. Il est réhabilité en 193425.
  • Le soldat Jules Allard, né à Nantes, est fusillé le 13 février 1917 à 24 ans22.
  • Sont également fusillés dans l’Aisne en 1917 : Pierre Gaston Lefèvre (né le 04/06/1897 à Morfontaine (54) et fusillé le 16/06/1917 à Soissons, cantonnier, fils de Jean-Baptiste Lefèvre et de Zoé Reder, condamné à mort le 09/06/1917 suite à la mutinerie de Mercin, par le Conseil de guerre de la 13e division pour révolte par prise d’armes sans autorisation et agissements contre les ordres des chefs), Albert Emilien Truton (soldat au 75e RI, né le 07/10/1895 à Le Mage (61) et fusillé le 16/06/1917 à Pargnan, cultivateur, fils de Constant Truton et de Françoise Maintenant, marié, père d’un enfant, Croix de guerre avec étoile de bronze, condamné à mort Suite à la mutinerie de Pargnan par le Conseil de guerre de la 27e division le 10/06/1917 pour refus d’obéissance, étant commandé pour marcher contre l’ennemi, inhumé au cimetière militaire de Cerny en Laonnois), Pierre Louis Joseph Ramette (du 273e RI, fusillé le 01/05/1917 à Longueval), Joseph Louis Ruffier (du 370e RI, né le 04/05/1884 à Lachassagne (69), fusillé le 06/07/1917 à Saint Pierre Aigle, inhumé au cimetière militaire de Vauxbuin), Henri Désiré Valembras (du 323e RI, cultivateur, né en 1887 à Avernes sous Exmes (61) et fusillé le 13/06/1917 à Craonne, inhumé au cimetière militaire de Pontavert), André Alfred Vasse (du 274e RI, né le 04/01/1893 à Graville (50), fusillé le 02/07/1917 à Paars), Simon Krief (du 4e régiment de zouaves, fusillé le 14/02/1917 à Pavant), Jean-Louis Lasplacettes (du 18e RI, né le 26/08/1887 à Aydius (64), fusillé le 12/06/1917 à Maizy, cultivateur, fisl de Michal Lasplacettes et de Anne Casebonne), Jean Claude Gaillet (du 417e RI, fusillé le 02/11/1917 à Juvigny), René Louis Brunet (du 20e BCP, fusillé le 10/06/1917 à Grisolles), Émile Paul Buat (du 21e BCP, fusillé le 10/06/1917 à Grisolles), Casimir Canel (du 18e RI, né le 01/03/1896 à Avesne les Comte (62), fusillé le 12/06/1917 à Maizy), Alphonse Robert Didier (du 18e RI, né le 07/04/1884 à Vagney (88), fusillé le 12/06/1917 à Maizy, employé de commerce, fils de Félicien Didier et de Marie Lecomte), Hassan Ben Salah Ben M’Bareck (du 8e régiment de tirailleurs, fusillé le 05/10/1917 à Droizy)19.

France, 1918

  • Le soldat Gillet est exécuté le 2 juin 1918. La Ligue des droits de l’Homme va accompagner pendant plusieurs années le père du fusillé pour obtenir, sans succès, sa réhabilitation. En août 1920 est décernée une décoration militaire posthume à Gillet13.
  • Sont également fusillés dans l’Aisne en 1918 : Charles Victor Robert (du 131e RI, fusillé le 04/01/1918 à Bouconville Vauclair, inhumé au cimetière militaire de Pontavert), Georges Gaillagot (du 49e RI, fusillé le 08/10/1918 à Allemant)19.

On constate, durant cette dernière année du conflit, un déclin des exécutions. Les commandements militaires comprenant mieux l’état mental des soldats provoqué par les conditions de vie en guerre notamment sous les bombardements

Notes et références

  1. ↑ Les fusillés de Fursac [archive].
  2. ↑ Nicolas Offenstadt, Les Fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999), Odile Jacob, 1999, p. 21.
  3. ↑ Jean-Yves Le Naour, Fusillés : enquête sur les crimes de la justice militaire, 2010.
  4. ↑ Nicolas Offenstadt, Les Fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999), Odile Jacob, 1999, p. 31.
  5. ↑ chiffres officiels donnés par le gouvernement fin juin 1917, voir H. Castex, op. cit. Guy Pedroncini évalue ces condamnations à mort entre 60 et 70. Ces chiffres ont récemment fait l’objet d’une réévaluation à la baisse : selon l’historien D. Rolland il y aurait eu environ 30 exécutions.
  6. ↑ Nicolas Offenstadt, Les Fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999), Odile Jacob, 1999, p. 63.
  7. ↑ Nicolas Offenstadt, Les Fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999), Odile Jacob, 1999, p 63 : Entretien de Offenstadt avec Jean Claude Pettelet petit-fils du fusillé.
  8. ↑ Question écrite n° 25440 publiée dans le J.O. du Sénat du 30 novembre 2006, p. 2983.
  9. ↑ Article L. 488 [archive] du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de la guerre.
  10. ↑ Réponse du Ministère délégué aux anciens combattants publiée dans le J.O. du Sénat le 1er mars 2007, p. 454.
  11. ↑ Site anglais sur les fusillés [archive].
  12. ↑ Site canadien sur les fusillés [archive].
  13. a et b Nicolas Veysset, Fusillés de la grande guerre. Campagne de réhabilitation de la Ligue des droits de l’Homme 1914-1934.
  14. ↑ Fusillés de la Grande Guerre, SCÉRÉN-CNDP, 2011. http://www.cndp.fr/fileadmin/user_upload/POUR_MEMOIRE/fusilles/120106_PM-fusilles-grande-guerre.pdf [archive].
  15. ↑ D. Callabre et G. Vauclair, préface d’André Bach, Le fusillé innocent 1914-1917, Édition Autrement, octobre 2008, (ISBN 978-2-7467-1201-0).
  16. ↑ Article de Nord Éclair du 10/11/2011.
  17. ↑ Robert Attal et Denis Rolland, La justice militaire en 1914 et 1915 : le cas de la 6e armée.
  18. ↑ M. Nadaud et M. Pelletier, Il ne s’était pas rendu, Lieutenant Chapelant (1926) [archive].
  19. a, b, c, d, e, f, g, h et i La Lettre du Chemin des Dames, hors-série n°1 – « Au nom du peuple français…

 

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Quelques biographies 

 

Marcel Loiseau

Marcel Loiseau né en 1891 à Fontenelle-en-Brie et soldat au 106e RI et agent de liaison, est connu pour avoir été fusillé pour l’exemple pendant la Première Guerre mondiale

Les faits

En septembre 1914, lors d’une attaque à Vaux les Palameix (Meuse) près de Verdun, Marcel Loiseau est blessé. Il se rend à l’infirmerie quand il croise le capitaine Girard qui lui donne l’ordre de regagner les lignes malgré sa blessure. Le soldat, qui souffre, désobéit et rejoint l’infirmerie pour se faire soigner. Le capitaine Girard rédige un rapport et l’accuse de s’être mutilé volontairement. Le conseil de guerre condamne, le 11 octobre 1914, Marcel Loiseau à la peine de mort pour abandon de poste et mutilation volontaire. La sentence est exécutée le lendemain à Mouilly.

Réhabilitation

Le 17 mars 1922, la chambre criminelle de la Cour de cassation constatant qu’il n’y avait pas de charges suffisantes, réhabilitait le fusillé. Sa réhabilitation est due en partie à l’action de la Fédération de l’Aisne des associations de mutilés, veuves et anciens combattants

 

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Léonard Leymarie

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Léonard Leymarie (4 janvier 1880 à Seilhac — 12 décembre 1914 à Port-Fontenoy) est un militaire français de la Première Guerre mondiale. Cultivateur dans le civil, il était soldat de 2e classe dans le 305e régiment d’infanterie, 19e compagnie. Il est connu pour avoir été fusillé pour l’exemple pendant la Première Guerre mondiale.

Léonard Leymarie est né le 4 janvier 1880 au hameau de Champeil, commune de Seilhac, chef-lieu de canton du département de la Corrèze. Son père, Léonard Leymarie, âgé de 40 ans, et sa mère Marie dite Françoise Gaud, âgée de 37 ans, étaient cultivateurs. Il épouse, le 22 juin 1911, Marie Françoise Mialoux, cuisinière, née le 9 décembre 1884 à Chamboulive, domiciliée au Coudert, village de Chamboulive, alors résidant à Libourne (Gironde).

Incorporé à compter du 10 novembre 1901 au 2e bataillon de chasseurs à pied (B.C.P.), il arrive au corps le dit jour. Il est envoyé dans la disponibilité le 20 septembre 1902 étant devenu dispensé (il a un frère au service), en attendant son passage dans la réserve. Un certificat de bonne conduite (C.B.C.) lui est accordé. Il accomplit par la suite deux périodes d’exercice à Tulle, la première au 100e R.I. et la seconde au 300e R.I.. Rappelé en tant que réserviste par le décret de mobilisation générale, il est versé, le 12 août 1914, au 305e régiment d’infanterie (Riom).

Invité par ses camarades de tranchée à aller se faire soigner pour une blessure à une main, il est traduit devant le Conseil de guerre spécial de la 63e division d’infanterie pour abandon de poste en présence de l’ennemi par « mutilation volontaire », sur les données très contestables d’un simple rapport médical, acte pour lequel il avait toujours protesté de son innocence, ayant été blessé à la main à son poste de guetteur1.

A l’unanimité du jury, il est condamné à mort et aux dépens envers l’Etat le 12 décembre 1914. La minute du jugement n° 47 du Conseil de guerre permanent de la 63e division d’infanterie, séant à Saint-Bandry (Aisne), nous donne l’identité du président, le colonel Joseph Louis Marie Andlauer (1869-1956), commandant la 126e brigade d’infanterie, et des quatre juges (Roux, Ballay, Gignoux et Boucharie), tous nommés par le général Georges Louis Edmond Jullien (1858-1933) qui se trouve lui-même sous les ordres du général Etienne Godefroy Timoléon, comte de Villaret (1854-1931), commandant le 7e Corps d’armée. L’accusé est « inculpé d’abandon de poste devant l’ennemi. » Les circonstances de cet « abandon de poste » ne sont pas indiquées ; les déclarations de l’accusé, des témoins et de son défenseur – le maréchal des logis François Guillaume, du 14e dragons (dans le civil, avocat inscrit au barreau de Clermont-Ferrand) – ne sont pas non plus rapportées. Enfin, on ne trouve pas mention de sa blessure à la main.

C’est en vain que l’abbé François Rochias (1880-1961), aumônier de la division, est venu intercéder auprès du général Jullien la clémence pour le condamné. La sentence est exécutoire le jour même à 16h30 à Port-Fontenoy, sur les bords de l’Aisne gelée. Leymarie laissera une lettre dans laquelle il clame son innocence2.

Le même tribunal de guerre condamnera, le 12 décembre 1914, et fera exécuter, à trois kilomètres de là, par un autre peloton, Jean Grataloux (né le 9 décembre 1880 à Saint-Just-sur-Loire, Loire), soldat 2e classe au 238e R.I., accusé de mutilation volontaire.

Léonard Leymarie laisse deux enfants nés à Seilhac : André Louis (16 mars 1912) et Marie-Louise (5  octobre 1913), adoptés par la Nation (pupilles de la nation) par jugement du tribunal civil de Tulle daté du 23 octobre 1919. Pour survivre, Marie Françoise Mialoux quitte Seilhac trois mois après le drame. Elle s’installe à Tulle, au n° 1, impasse Saint-Martin, où elle exerce le métier de ménagère.

Réhabilitation et mention « Mort pour la France »

Léonard Leymarie aurait été réhabilité si l’on en croit sa fiche, visible sur le site S.G.A. / Mémoire des hommes3. Mais aucune date n’est donnée. C’est qu’en fait, sa réhabilitation a échoué malgré les efforts répétés de la Ligue des droits de l’Homme (L.D.H.) dans les années 1920 :

  • rejet, le 16 janvier 1922, de sa demande de réhabilitation par la Chambre des mises en accusation de la Cour d’appel de Limoges4,
  • confirmation par la Cour de cassation, le 7 juillet 1922, de l’arrêt rendu par Limoges,
  • échec de l’ultime recours transmis au ministère de la Justice en 1925.

En revanche, Leymarie a bien eu la mention « Mort pour la France » dont la création, postérieure à sa mort, remonte à la loi du 2 juillet 1915. Son acte de décès qui porte le numéro 99 a été rédigé à Ambleny (Aisne) le 19 décembre 1914 par le lieutenant officier de l’état civil du 305e R.I.. La transcription sur le registre d’état civil de Seilhac a été effectuée le 29 avril 1915 (acte n° 12). Cette mention a été inscrite rétroactivement sur les actes cités5. C’est le cas pour tous les militaires décédés entre août 1914 et l’entrée en vigueur de la loi de juillet 1915. Son attribution suit des critères bien précis. Le décès de Léonard Leymarie répond à deux d’entre eux : la mort est survenue en zone de guerre et il a été déclaré « tué à l’ennemi ». Cette ambigüité s’est poursuivie en 1919 puisque, dans les documents constituant le dossier des enfants pupillaires6, le père est dit « tué à Fontenoy » sans autre précision7. Et les juges du tribunal civil de Tulle n’ont pas cherché à en savoir davantage sous peine d’empêcher la veuve et les enfants de bénéficier des lois aidant les familles des militaires défunts.

Le corps de Leymarie repose au cimetière militaire d’Ambleny. Pourtant, jusqu’en 2008, le nom du fusillé est demeuré absent du monument aux morts de Seilhac inauguré le dimanche 19 décembre 19268. Il a fallu attendre l’année 1994 pour que le maire de Fontenoy inaugurât, en novembre, à proximité de l’église, une stèle en l’honneur du Corrézien et d’un autre malheureux, Lucien Bersot, né le 7 juin 1881 à Authoison (Haute-Saône) et fusillé pour avoir refusé de porter le pantalon couvert de sang d’un soldat mort sur le champ de bataille.

Le discours prononcé par le Premier ministre Lionel Jospin à Craonne le 5 novembre 1998 a ouvert des perspectives sur l’amnistie à accorder aux soldats fusillés pour l’exemple en 1917. Il a exprimé le souhait que ces militaires « réintègrent pleinement notre mémoire collective nationale »9.

Michel Agnoux, secrétaire-adjoint de la section A.R.A.C. (Association républicaine des anciens combattants) de Saint-Jal, délégué à la Mémoire du Comité départemental, s’est battu sans relâche pour que la Nation répare l’outrage consécutif à la condamnation pour l’exemple du soldat Leymarie et l’outrage à sa mémoire qui s’en est suivi. Ses recherches ont commencé en 1999, après avoir lu l’ouvrage « Paroles de Poilus » où la lettre laissée par le condamné est reproduite10. Sa première évocation du sort du militaire seilhacois remonte au dimanche 9 novembre 2003 à Saint-Jal, dans le cadre des activités de l’Amicale laïque. Michel Agnoux n’a cessé, depuis, de réclamer l’inscription du nom du fusillé sur le monument de Seilhac.

2006-2008 : les mentalités évoluent

En 2006, le sénateur de la Corrèze Georges Mouly attire l’attention de M. Hamlaoui Mekachera, alors ministre délégué aux anciens combattants, sur les « fusillés pour l’exemple. » Il lui demande l’état de la réglementation actuelle quant à l’inscription du nom des fusillés pour l’exemple réhabilités sur les monuments aux morts des communes, où ils ne figurent pas11.
Dans sa réponse, le ministre rappelle que les noms des militaires fusillés pour l’exemple puis réhabilités peuvent être inscrits sur les monuments aux morts communaux, s’ils se sont vu attribuer la mention « mort pour la France ». Cette décision d’inscription incombe aux communes, sous la tutelle du préfet. Il n’existe toutefois aucune obligation d’inscription pour les communes.

L’article L. 488 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de la guerre distingue cinq catégories de morts pour la France :

  • 1°) les militaires qui ont été tués à l’ennemi,
  • 2°) ceux qui sont morts de blessures de guerre,
  • 3°) les décédés de maladie contractée en service commandé en temps de guerre,
  • 4°) les victimes d’accident survenu en service,
  • 5°) ceux qui sont morts à l’occasion du service en temps de guerre 12.

Le 16 avril 2008, jour du 91e anniversaire du déclenchement de l’offensive du Chemin des Dames, le conseil général de l’Aisne vote symboliquement et à l’unanimité, un vœu invitant « la République française à prendre dans sa générosité […] la décision de reconnaître les soldats condamnés pour l’exemple comme des soldats de la Grande Guerre à part entière […] de façon que leurs noms puissent être légitimement inscrits sur les monuments aux morts des communes de France, à la demande de leurs familles ou des associations et collectivités concernées. »13. Le 20 octobre 2008, le conseil général du Doubs délibérera dans le même sens14.

Le 11 novembre 2008, le président de la République Nicolas Sarkozy profite des célébrations du 90e anniversaire de l’armistice de la guerre de 1914-1918 pour évoquer, au fort de Douaumont, les fusillés pour l’exemple : « … Quatre-vingt-dix ans après la fin de la guerre, je veux dire au nom de notre Nation que beaucoup de ceux qui furent exécutés alors ne s’étaient pas déshonorés, n’avaient pas été des lâches mais que, simplement, ils étaient allés jusqu’à l’extrême limite de leurs forces… »15. La déclaration présidentielle est saluée, le 30 novembre suivant, par Denis Tillinac, chroniqueur à « La Montagne-Dimanche ». L’écrivain corrézien se dit satisfait qu’au nom du « devoir de mémoire », les soldats envoyés au « poteau d’infamie » soient désormais associés aux hommages publics que l’on rend aux héros anonymes de la Grande Guerre16.

La commune de Seilhac passe à l’acte en décidant de réparer l’injustice qui pèse sur son concitoyen fusillé et ses descendants. En 2008, un accord unanime du conseil municipal autorise l’inscription de Léonard Leymarie sur le monument aux morts dont la liste comptera désormais 93 noms. Une cérémonie spéciale est organisée le vendredi 12 décembre à l’initiative de la municipalité. Le maire Marc Géraudie y prononce un discours qui est suivi d’un dépôt de gerbe au nom de la commune17. Une délégation de l’Aisne participe à cet hommage. Le conseil général de ce département est représenté par le vice-président chargé de la culture, divers conseillers généraux dont ceux de Craonne et de Vic-sur-Aisne, des représentants de l’association « Soissonnais 14-18 »18.

Il faut savoir que le département compte trois autres Corréziens, tous fusillés en 1915 :

  • Mathieu Léon Gasparoux, né le 1er octobre 1886 à Meymac, fils de Louis, maçon, et de Françoise Goudenèche. Soldat 2e classe à la 21e compagnie du 300e régiment d’infanterie, il a été fusillé pour désertion à Villers-Bocage (Somme) le 30 juin 1915.
  • François Marsaleix, né le 17 novembre 1896 à Saint-Jal, fils de Martial et de Jeanne Besse, cultivateur. Chasseur à la 3e compagnie du 22e bataillon de chasseurs à pied, il a été exécuté le 22 octobre 1915 au camp de Tinfronce, près d’Aubure (Haut-Rhin) pour tentative de désertion.
  • Léon François Peyrical, né le 24 décembre 1880 à Albussac, fils de Géraud et de Marie Leymarie, cultivateur. Soldat 2e classe à la 2e compagnie du 47e régiment d’infanterie, il a été fusillé le 9 octobre 1915 à Saint-Thomas-en-Argonne (Marne) pour refus d’obéissance en présence de l’ennemi.

Seuls François Marsaleix et Léon François Peyrical ont leurs noms inscrits, dès l’origine, sur les monuments aux morts de leur commune de naissance respective. Tous trois n’ont jamais été reconnus comme « Morts pour la France ».

Depuis 2006, Seilhac a été la troisième commune en France à avoir fait inscrire, en connaissance de cause, le nom d’un soldat fusillé sur un monument aux morts. Seules deux communes l’avaient précédée dans ce devoir de mémoire :

  • Blangy-sur-Bresle (Seine-Maritime) où, le 11 novembre 2006, fut dévoilée sur le monument aux morts, une plaque du souvenir en l’honneur d’un enfant de l’assistance publique, André-Albert Lecroq, ouvrier verrier, soldat au 39e régiment d’infanterie, qui fut condamné à mort pour absence devant l’ennemi le 11 mai 1915 à Coulommes-la-Montagne (Marne) puis fusillé pour l’exemple, le 18 mai suivant, à Vrigny (même département)19.
  • Saint-Ybars (Ariège) où, le 20 juin 2007, la municipalité a fait ajouter sur son monument aux morts le nom de Louis Flourac, soldat du 60e bataillon de chasseurs à pied, fusillé 90 ans plus tôt, le 20 juin 1917 à Chacrise, dans l’Aisne, pour mutinerie organisée avec ses camarades20.

Depuis l’inscription de Léonard Leymarie sur le monument de Seilhac, trois autres communes ont suivi le mouvement :

  • Aydius (Pyrénées-Atlantiques), où, le 17 mai 2009, fut apposée, sur son monument aux morts, une plaque commémorative au nom de Jean-Louis Lasplacettes, soldat 2e classe du 18e régiment d’infanterie condamné à la peine capitale et passé par les armes le 12 juin 1917 à Maizy (Aisne) pour sa participation à une révolte de soldats survenue quelques jours plus tôt, à l’arrière du front, dans le village de Villers-sur-Fère21.
  • Saint-Michel-de-Chavaignes (Sarthe) où la municipalité fit graver sur le monument communal, le 11 novembre 2009, le nom de l’un des siens, Maurice Joubert, soldat au 115e régiment d’infanterie, fusillé à Suippes le 18 mars 1915 (Marne), deux jours après l’exécution sur les mêmes lieux de Maupas et des trois autres caporaux de Souain22.
  • Yvré l’Évêque (Sarthe) où, le 11 novembre 2010, fut ajouté sur le monument le nom d’Émile Lherminier, fusillé le 22 mai 1916 avec trois de ses camarades du 96e régiment d’infanterie, pour refus d’obéissance, à Roucy, dans l’Aisne23.

Notes et références

  1. ↑ Les Fusillés de la grande guerre, de Nicolas Offenstadt, 1999, p.127, 153, 223.
  2. ↑ Lettre publiée notamment dans Paroles de Poilus, 1998, p. 87-88.
  3. ↑ Ce site met à la disposition du public les bases de données réalisées à partir de la numérisation et de l’indexation de fiches biographiques des morts pour la France de la Grande Guerre qui sont conservées par le ministère de la Défense (http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr [archive]).
  4. ↑ Arch. dép. Haute-Vienne 3 U 919.
  5. ↑ Depuis cette loi, la mention marginale « Mort pour la France » est attribuée automatiquement à tous les combattants tués par l’ennemi.
  6. ↑ Archives départementales de la Corrèze, série U.
  7. ↑ . Il en est de même, dans son registre matricule (classe 1910, n° 1466) où est portée la mention « Tué à l’ennemi le 12 décembre 1914, à Port-Fontenoy » sans autre précision (Archives départementales de la Corrèze, série R).
  8. ↑ Annonce parue dans le journal La Croix de la Corrèze du dimanche 28 novembre 1926.
  9. ↑ Propos qui avaient fait scandale dans une partie de la classe politique à l’époque.
  10. ↑ Michel Agnoux s’est senti concerné par le sujet car il n’avait entendu parler ni de Léonard Leymarie alors qu’il avait enseigné au collège de Seilhac de 1968 à 1987, ni de sa veuve née au Coudert de Chamboulive où lui réside depuis 1958.
  11. ↑ Question écrite n° 25440 publiée dans le J.O. du Sénat du 30 novembre 2006, p. 2983.
  12. ↑ Réponse du Ministère délégué aux anciens combattants publiée dans le J.O. du Sénat le 1er mars 2007, p. 454.
  13. ↑ analyse de la session du Conseil général [archive]
  14. ↑ Délibération du conseil général du Doubs [archive]
  15. ↑ France Soir : Hommage de Nicolas Sarkozy aux fusillés [archive]
  16. ↑ « Inclinons-nous devant les innombrables héros anonymes de la Grande Guerre, ils méritent le témoignage de notre reconnaissance […] Mais n’oublions pas non plus leurs frères d’infortune, occultés, dénigrés ou méprisés par la mémoire collective. Ils ont combattu eux aussi pour la France, ils méritent sinon notre hommage, du moins notre respect… » (La Montagne-Dimanche, « Chronique du temps présent », 30 novembre 2008).
  17. ↑ Article de Jacky Durand du journal Libération [archive]
  18. ↑ Pour plus de détails, lire l’article du journal La Montagne publié le 2 décembre 2008 et un nouvel article paru article sur le blog ldh19.over-blog.com (http://ldh19.over-blog.com/article-25280615.html [archive].
  19. ↑ [1] [archive]
  20. ↑ après l’échec de l’offensive Nivelle sur le Chemin des Dames Soirée conférence à la mémoire de Louis Flourac [archive]

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Félix Baudy

Félix François Louis Baudy, né le 18 septembre 1881 à Royère-de-Vassivière, et mort le 20 avril 1915 à Flirey, est un soldat fusillé pour l’exemple pendant la Première Guerre mondiale, incorporé au 63e RI, 5e Cie.

Félix Baudy est un militant du syndicat des maçons et aides de Lyon de la Confédération générale du travail fondée à Limoges en 1895. C’est un maçon de la Creuse travaillant sur les chantiers de Lyon. Il a été fusillé pour l’exemple le 20 avril 1915 à Flirey, suite au refus collectif de sa compagnie de remonter à l’assaut de la crête de Mort-Mare1.

Circonstances de la peine

Le 19 avril 1915, une attaque devait avoir lieu à Mort-Mare (5 km sud de Thiaucourt), afin d’enlever une tranchée encore occupée par les Allemands au centre d’une première ligne conquise quelques jours plus tôt avec la perte de 600 hommes. Les troupes d’assaut avaient été tirées au sort et le hasard avait désigné l’une des compagnies fortement malmenées les 3, 4 et 5 avril lors des combats sur la route de Thiaucourt.

Au signal de l’attaque cette compagnie de 250 hommes refuse de partir à l’assaut et de quitter la tranchée : « ce n’est pas notre tour d’attaquer » disent-ils. Quelques instants auparavant, parmi les quinze hommes qui venaient de sortir de la tranchée douze avaient été tués ou blessés et restaient là, sous les yeux de leurs compagnons2.

Le général Delétoile ordonne que les 250 soldats passent en cour martiale pour délit de lâcheté afin d’être exécutés. Après l’intervention d’autres officiers, cinq hommes sont finalement désignés et comparaissent, pour une parodie de procès. L’un d’eux est acquitté. Deux hommes ont été choisis par tirage au sort dont le soldat François Fontanaud de Montbron en Charente. Les trois autres : le caporal Antoine Morange né à Champagnac-la-Rivière en Haute-Vienne, les soldats Félix Baudy de Royère-de-Vassivière et Henri Prébost né à Saint-Martin-Château dans la Creuse et lui aussi ouvrier maçon à Villeurbanne, ont été désignés par leurs supérieurs en raison de leur appartenance syndicale à la CGT. Le général Joffre de passage dans le secteur aurait refusé sa clémence exigeant la plus grande sévérité à l’égard de la compagnie.

Le 20 avril, le caporal Antoine Morange, les soldats Félix Baudy, François Fontanaud et Henri Prébost sont fusillés à la lisière d’un bois de Manonville.

Les fusillés pour l’exemple de Flirey s’ajoutent à ceux de Vingré, Fontenoy, Fleury, Mouilly, Montauville… En quatre ans, 2 400 « poilus » auront été condamnés à mort et 600 exécutés3, les autres voyant leur peine commuée en travaux forcés.

Réhabilitation

Très peu, environ une quarantaine sur 600, dont Félix Baudy et ses compagnons de malheur, ont été rétablis dans leur honneur dans les années 1920 ou 1930. Félix Baudy et ses trois compagnons ont été réhabilités en 1934.

Mémoire

La sépulture de Félix Baudy se situe dans le cimetière communal de Royère-de-Vassivière où une plaque, réalisée par ses amis maçons, y est posée avec cette inscription: « Maudite soit la guerre – Maudits soient ses bourreaux – Baudy n’est pas un lâche – Mais un martyr ». Cette plaque a été rénovée en 2005 à l’initiative du comité laïque des amis du monument de Gentioux 4. Son nom est aussi inscrit sur le monument aux morts de la commune5.

Chaque 11 novembre des militants de divers horizons viennent déposer une gerbe sur la tombe de Félix Baudy dans le cimetière de Royère-de-Vassivière, après s’être recueillis devant le monument aux morts pacifiste de Gentioux.

Notes et références

  1. ↑ Mémorial GenWeb [archive]
  2. ↑ Les crimes des conseils de guerre de RG Réau 1926 Page 324
  3. ↑ Les fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999), Nicolas Offenstadt, Odile Jacob, 1999, p. 21
  4. ↑ Information GenWeb [archive]
  5. ↑ Information GenWeb [archive]

 

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Lucien Bersot

Le cas Lucien Bersot fut l’un des plus médiatisés parmi les soldats fusillés pour l’exemple pendant la Première Guerre mondiale. Son histoire a été reprise dans de nombreux ouvrages et adaptée à la télévision.

Le soldat Bersot

Lucien Jean Baptiste Bersot naît le 7 juin 1881 à Authoison (Haute-Saône) dans une famille de petits paysans. Ses parents étant venus s’installer à Besançon, Lucien y apprend le métier de maréchal-ferrant et s’y marie en 1908 avant de devenir père d’une petite fille en 1909.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, il est mobilisé au 60e régiment d’infanterie, régiment avec lequel il se trouve pendant l’hiver 1914-1915 sur le front de l’Aisne, et qui vient de subir de lourdes pertes du côté de Soissons. Cependant, l’État-major jugeant ce régiment peu actif venait d’en confier le commandement, le 22 janvier 1915, au lieutenant-colonel Auroux, un ancien des troupes d’Afrique, chargé de lui rendre du mordant.

L’affaire

Comme il n’y avait plus en magasin de pantalon à sa taille, Lucien Bersot ne pouvait porter que celui en toile blanc fourni avec le paquetage remis lors de l’incorporation. Grelottant de froid dans les tranchées, il demanda le 11 février 1915 au sergent-fourrier un pantalon de laine identique à ceux que portaient ses camarades. Le sergent lui proposa alors un pantalon en loques et maculé de sang, pris sur un soldat mort, ce que Bersot refusa.

Pour ce refus, Lucien Bersot se vit infliger une peine de huit jours de prison par le lieutenant André. Mais le lieutenant-colonel Auroux, commandant du régiment, estima cette punition insuffisante et demanda sa comparution en Conseil de guerre spécial, véritable Cour martiale. Comme de nouvelles recrues encore non aguerries venaient d’arriver, son intention était manifestement de faire un exemple de discipline militaire.

Traduit pour « refus d’obéissance » le 12 février 1915 devant le Conseil de guerre « spécial » du régiment, présidé par Auroux, Bersot y fut condamné à mort. La peine infligée ne correspondait alors nullement au code de justice militaire car le délit avait été constaté à l’arrière et non au contact de l’ennemi. Deux compagnons du condamné (Elie Cottet-Dumoulin et Mohn André) intervinrent alors auprès du lieutenant-colonel pour tenter d’adoucir la sentence, mais ne furent pas entendus et se virent punis à leur tour de travaux forcés en Afrique du Nord. D’autres encore refusèrent de tirer sur leur camarade lors de son exécution qui eut lieu dès le lendemain (13 février 1915 à Fontenoy (Aisne1)) car les Conseils de guerre « spéciaux », contrairement aux Conseils de guerre « ordinaires », n’autorisaient aucune procédure d’appel.

Les suites

Après la guerre, une campagne de presse fut engagée par le journal Germinal sous la plume d’un jeune avocat, René Rucklin, conseiller général de Belfort. Soutenue par la Ligue des droits de l’homme, cette initiative permit d’obtenir la réhabilitation de Lucien Bersot dès le 12 juillet 1922. La Cour de cassation ne pouvait que statuer rapidement pour confirmer l’injustice dont fut victime le fusillé Bersot. Grâce à cette réhabilitation, sa veuve put prétendre à la pension de veuve de guerre et sa fille put être reconnue comme pupille de la nation.

Le colonel Auroux fut mis en cause pour avoir agi en toute illégalité, étant à la fois l’accusateur et le président du Conseil de guerre, et faisant infliger une peine sans commune mesure avec la faute (violation de l’article 24 du Code de justice militaire constatée par la Cour d’appel de Besançon, le 10 avril 1922). À l’Assemblée nationale, le député Louis Antériou, ancien combattant et futur ministre des Pensions, interpella le Gouvernement pour demander sa condamnation, mais André Maginot, ministre de la Guerre, repoussa la discussion sous le prétexte d’une campagne antimilitariste. Auroux, protégé par Maginot et par la hiérarchie militaire, échappa à tout jugement jusqu’à l’arrivée au pouvoir du Cartel des gauches, où il fut mis à la retraite en 1924 sans pouvoir obtenir le grade de général qui lui serait revenu sans ces évènements2. Il avait, auparavant, été fait Commandeur de la Légion d’honneur 3.

Lucien Bersot fut ré-inhumé en 1924 dans le cimetière de Besançon. Une stèle située à proximité de l’église de Fontenoy (Aisne), inaugurée en novembre 1994, rend hommage à Lucien Bersot et à un autre fusillé pour l’exemple : le soldat Léonard Leymarie du 305e régiment d’infanterie, exécuté le 12 décembre 1914 sous le prétexte de « mutilation volontaire » (sur les données d’un rapport médical), acte pour lequel il avait toujours protesté de son innocence (il avait été blessé à la main à son poste de guetteur ; or de nombreux cas de mutilation volontaire consistaient à tenir une cigarette allumée dans le creux de la main tendue par-dessus le parapet de la tranchée). Leymarie a été réhabilité en 1923.

La municipalité a récemment décidé d’apposer une plaque à l’entrée de la Maison du Peuple, 11, rue Battant. Cette plaque, inaugurée le 11 novembre 2009, honore la mémoire de Lucien Bersot et celle d’un autre poilu, Elie Cottet-Dumoulin, ouvrier ferblantier de Battant, condamné à dix ans de bagne pour avoir protesté contre la sanction qui frappait son camarade de régiment. Ce soldat est mort en Orient ( Serbie ) en 1917.

Une rue de Besançon porte le Nom de Bersot, mais elle honore la mémoire d’un bienfaiteur de Besançon ( François Louis Bersot ) .

Récits et adaptations

Le destin tragique de Lucien Bersot a été conté dans un livre d’Alain Scoff, Le Pantalon, paru en 1982 chez Jean-Claude Lattès et réédité en 1998.

Il donna également lieu à un téléfilm d’Yves Boisset, diffusé sur France 2 en 1999 et portant le même titre.

Notes et références

  1. Fiche Mort pour la France SGA – Mémoire des hommes – Morts pour la France [archive]
  2. Le téléfilm d’Yves Boisset prétend par erreur qu’Auroux obtint ses étoiles.
  3. R.-G. Réau, Les crimes des conseils de guerre, page 176, Éditions du Progrès Civique, Paris, 1925

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Joseph Dauphin

Joseph Dauphin, né à Tauves dans le Puy-de-Dôme le 10 février 1882, et mort le 12 juin 1917, est un soldat fusillé pour l’exemple par l’Armée française durant la Première Guerre mondiale.

Joseph Dauphin est né dans une famille de 10 enfants. Marié, père d’un enfant, le paysan Dauphin se trouvait incorporé dès le mois d’août 1914 au 70e bataillon de chasseurs à pied. Vaillant soldat, il reçut, dès 1915, la Croix de guerre avec palmes pour plusieurs actes héroïques, entre autres avoir ramené sur ses épaules un lieutenant gravement blessé près des barbelés de la tranchée ennemie ou bien encore avoir tenu une position jusqu’à épuisement de ses cartouches. Promu caporal, il reçut par trois fois une citation pour sa conduite exemplaire au combat.

Les faits

En juin 1917, après l’effoyable hécatombe de printemps sur le Chemin des Dames et les permissions étant refusées à son bataillon, Joseph Dauphin et plusieurs soldats qui l’accompagnaient ramassèrent une cuite mémorable. Sous l’effet de l’alcool (dont l’armée n’était pas avare) et sans trop savoir ce qu’ils faisaient, ils auraient tiré quelques coups de fusil et lancé à la cantonade des propos séditieux. Un fois dégrisé et conscient d’avoir fauté, Dauphin s’attendait à récolter quelques jours de prison, mais à sa grande surprise et sans vraiment comprendre, ses supérieurs l’envoyèrent devant le Conseil de guerre.

Seul gradé parmi les hommes interpellés et pour avoir chanté un peu fort J’ai deux grands bœufs dans mon étable (version contredite par l’accusation qui l’accusait d’avoir crié : A bas la guerre, vive la Révolution ! A bas Poincaré, vive la Russie !), le caporal Dauphin, considéré comme meneur dans la vague des mutineries de 1917, fut condamné à mort et fusillé le 12 juin 1917 à la ferme de Fété, près de Ventelay dans l’Aisne. François Brugière, son camarade de Tauves, vraisemblablement impliqué dans la même séance de beuverie et désigné pour faire partie du peloton d’exécution, refusa de tourner son fusil contre Joseph. Condamné à 10 ans de travaux forcés, il fut envoyé au bagne de Chief (ex-Orléanville) où il mourut d’épuisement le 12 février 1918. Joseph Dauphin, quant à lui, repose dans la nécropole de la Maison Bleue à Cormicy dans la Marne : tombe n° 8841.

Tentative de réhabilitation

Malgré de nombreuses campagnes de presse, il n’a jamais été réhabilité (toute requête de demande en révision étant jugée irrecevable par la justice après 1928). Sur les ondes de France-Inter, le journaliste Daniel Mermet a, pour sa part, consacré plusieurs émissions de Là-bas si j’y suis au cas du caporal Dauphin. C’est aussi dans la pensée de ces hommes injustement condamnés par la justice militaire que le Premier Ministre socialiste Lionel Jospin prononça, le 5 novembre 1998, son discours de Craonne, demandant qu’ils retrouvent leur place dans la mémoire collective, discours qui fit ressurgir de vieilles polémiques avec la droite française sans parvenir à trancher les désaccords sur le sujet toujours controversé des fusillés pour l’exemple.

Le nombre de soldats réhabilités pour toute la durée de la guerre, une quarantaine en tout, peut paraître relativement faible par rapport à l’ensemble des exécutions de la période 1914-1918 (environ 600, compte non tenu des exécutions sommaires sans jugement, dont un siècle de silence a maintenant effacé toute trace). Il s’explique en grande partie par le faible nombre des demandes de révision déposées, la majeure partie des familles de condamnés n’ayant pas jugé bon de donner suite pour des raisons diverses : hontes soigneusement cachées, difficultés pour constituer des dossiers solides et retrouver des témoignages, manque de moyens financiers, dépôts trop tardifs des demandes, omnipotence des autorités administratives et militaires, etc.

Notes et références

  1. Mémorial GenWeb [archive]

Source : WIKIPEDIA

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Exécuté sur son brancard !

Réhabilitez le lieutenant Chapelant fusillé pour l’exemple en 1914

Les crimes des Conseils de guerre : Chapelant texte de 1925

Les crimes des Conseils de guerre : Les quatre caporaux de Suippes texte de 1925 

Les crimes des Conseils de guerre : Vingré texte de 1925

D’autres noms pour l’exemple

27 novembre 2012

La Bataille de Verdun sept-oct-nov

Classé sous — milguerres @ 9 h 15 min

 

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Périodes Septembre – Octobre – Novembre 1916

source : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

Rive droite :

1er septembre
En ce début du mois de septembre, 3 D.I françaises sont en ligne sur le front de Verdun :
- la 33e D.I. (59e, 83e, 88e et 209e R.I.) tient le secteur de la côte du Poivre
- plus à l’est, la 73e D.I. (346e, 356e, 367e et 369e R.I.) tient les positions du Retegnebois, du Chênois et de la Laufée
- dans sa continuité, la 28e D.I. (22e, 30e, 99e et 416e R.I.) occupe le font de Discourt et les pieds des côtes de Meuse et de la Laufée.

R.A.S durant la journée.


 

2 septembre
Bien que le Kronprinz n’envigeable plus d’offensive sur Verdun, une attaque est tout de même tentée en direction du fort de Souville.
Dès 5 h, violent bombardement allemand sur de nombreux secteurs. Les plus éprouvés sont le plateau de Souville, la station de Fleury et le ravin des Fontaines qui est tenu par le 212e R.I.

Cet intense pilonnage des lignes françaises se prolonge toute la journée. Un grand nombre d’hommes sont commotionnés, ils sont sourds, hébétés, suffoqués. Leur visage et leur main ruissellent de sang qui coule par 1000 blessures (projection de terre, de pierre et de sable) qui se mêle à la poussière et forme des caillots affreux.
Témoignage de Ed. BOUGARD :
 » Nous attendons la mort qui plane au-dessus de nos têtes ; il est huit heures du soir ; une marmite tombe en plein dans la tranchée ; je roule par terre ; je n’ai rien. Par contre, une cervelle est sur ma capote ; je suis plein de sang des copains. Mon ami Béthouart a la bouche fendue jusqu’aux oreilles et mon pauvre camarade Jules Fontain, qui ne m’avait pas quitté depuis le début de la campagne, a les deux jambes coupées. Les blessés pouvant marcher se sauvent au poste de secours ; les mourants agonisent dans la tranchée. Quand ils sont morts, on les place au-dessus du parapet. « 

La Bataille de Verdun sept-oct-nov p204


 

3 septembre – Attaque allemande sur les pentes de Vaux-Chapitres, Thiaumont
A 6 h 30, les Allemands lancent une attaque sur les tranchées des pentes de Vaux-Chapitres.
Le 6e bat
aillon du 212e R.I. résiste farouchement, officiers et hommes faisant ensemble le coup de feu. Néanmoins, les pertes sont très lourdes et en 1 h, le bataillon est pratiquement décimé. Les rares survivants se replient dans le ravin des Fontaines. L’ennemi s’empare de la tranchée de Montbrison et du Zouave Penit.

A 8 h, l’ennemi progresse par le ravin des Fontaines et s’approche du P.C. du 212e R.I. dans la Carrière. Aussitôt, le chef de bataillon, les officiers de l’état major et l’ordonnance prennent grenades, mitrailleuses et fusils. Cependant, ils ne peuvent tenir et sont submergées. Leur P.C. est perdu.
Aussitôt, le 4e bataillon part à la contre-attaque. Avec un magnifique courage, les hommes s’avancent et reprennent les positions qu’occupait initialement le 6e bataillon. Ils parviennent ensuite à progresser à 100 m au-delà. Ces nouvelles positions sont aussitôt organisées sous un bombardement d’une violence inouïe.

A la Haie-Renard, plus à droite, le 344e R.I. est également soumis à une violente attaque. Pratiquement tous les officiers sont tués et l’état major est fait prisonnier.
Le 6e bataillon du 206e R.I. qui est en renfort apporte son aide mais ne parvient pas à retourner la situation.

Entre 12 h et 17 h, le 234e R.I. lance une attaque en avant de la Chapelle Sainte-Fine. Par cette manœuvre, il réussit à s’emparer de l’ouvrage de Munich et de la tranchée de Bavière. 400 ennemis sont fait prisonniers avec 4 mitrailleuses.

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A 14 h, dans le secteur de Thiaumont, le 102e R.I. lance une attaque et prend un post avancé en faisant 53 prisonniers dont un officier. Cependant, il ne peut poursuivre plus avant, bloqué par le tir ennemi. Par vengeance, un furieux bombardement allemand s’abat plus tard sur cette nouvelle position.

A la nuit, dans le secteur de Retegnebois, le 214e R.I. repousse une attaque à la grenade.
Le 36e bataillon de tirailleurs Sénégalais quitte les arrières du fort de Souville et se dirige vers la Carrière.


 

4 septembre – Attaque allemande sur les pentes de Vaux-Chapitres, Thiaumont. Embrasement du Tunnel de Tavannes
A 5 h 30, le 356e R.I. qui est en ligne dans le secteur de la Laufée et de la tranchée du Chênois-La Montagne, subit une 1ère attaque qu’il parvient à repousser. Notamment par les grenadiers de la compagnie Rueff.

A 6 h 35, les Allemands lancent une seconde attaque est arrivent à s’introduire dans les lignes françaises à l’endroit défendu par le bataillon Vesque. Aussitôt, des contre-attaques sont improvisées et le terrain est repris.
Dans cette affaire, on dénombre 180 morts ou blessés dans le bataillon Vesque, dont 5 officiers.

A 7 h, une contre-attaque française doit avoir lieu devant le front de la 136e brigade (212e et 344e R.I.). Cependant, peut avant l’heure H, un ordre arrive par coureur, ordonnant le retardement de l’assaut. Les hommes qui étaient prêt à s’élancer se relâchent.

Cependant, 2 compagnies Sénégalaises n’ont pas pu être prévenues à temps, et à l’heure prescrite, elles s’élancent seules face aux tranchées adverses. Leurs progression est dynamique et rapide, un grand nombre d’Allemands quittent leur position et s’enfuient, les poches de résistances sont maîtrisées les unes après les autres.
Néanmoins, 2 nids de mitrailleuses bien positionnées restent en actions. Leurs tirent bien cadrés causent bientôt des ravages dans la ligne française.
Les soldats Sénégalais ne réalisent pas le danger ; au lieu de s’abriter en se couchant dans les trous d’obus, ils se dressent; au lieu de se disperser, ils se regroupent. Tous les officiers qui s’exposent pour tenter de faire réagir leurs hommes sont tués.
Finalement, alors que pratiquement tous les adversaires avaient fuit, seul quelques mitrailleuses ont mis en pièce les 2 compagnies. Dans le plus grand désordre, les survivants, dont un grand nombre est gravement blessé, regagnent le poste de la Carrière.

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Blessés Sénégalais à un poste de secours

L’anéantissement des 2 compagnies Sénégalaises laisse un grand espace inoccupé de plus de 600 m dans la ligne de front française. Ce vide est comblé dans l’urgence par l’étalement des unités adjacentes.

A 8 h, dans le secteur de Retegnebois, le 214e R.I. qui est soumis à un violent bombardement depuis 5 h du matin, voit les Allemands sortir des tranchées face à lui. Rapidement, la 18e compagnie est submergée et doit reculer. Cependant, les positions ne sont pas dépassées grâce à quelques mitrailleuses restées en place et toujours servies.
Une contre-attaque est ensuite menée avec le renfort du 1er bataillon du 346e R.I. Elle permet de reprendre les anciennes positions qu’occupaient la 18e compagnie et à faire environ 200 prisonniers, de très jeunes soldats.
Témoignage de X… :
 » Deux Allemands soutiennent un camarade qui agonise. Une grande amitié devait unir ces trois hommes. Les deux qui sont valides ont les yeux plein de larmes et comme le blessé agonise, l’un d’eux se penche vers lui et l’embrasse longuement.
Impressionnés par tant de malheur et en dépit de l’exaspération quelques soldats français s’arrêtent, émus. « 

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Jeune soldat allemand qui agonise dans une tranchée

A 13 h 20, la 13e compagnie du 4e bataillon du 346e R.I. attaque en direction de l’ouvrage Rond. 3 lignes de tranchées sont reprises à l’ennemi. En arrière, la 14e compagnie consolide la progression.

Toute l’après-midi et jusqu’à 19 h, les Allemands tentent de reprendre le terrain perdu la veille dans le secteur de Thiaumont, tenu par le 102e R.I. Ils sont à chaque fois repoussés et laissent de nombreux morts devant les lignes françaises.

Dans la nuit, la 67e D.I. (214e, 220e, 221e et 259e R.I.) relève la 68e (206e, 212e, 234e et 344e R.I.)

 

Le tunnel de Tavannes et la tragédie du 4 septembre :

Le tunnel de Tavannes est un tunnel ferroviaire d’une seule voie où passe le chemin de fer allant de Verdun à Metz. Situé au nord ouest du fort de Tavannes, il est long de 1400 m et large de 5.

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Entrée ouest en été 1916

Dès le début de la bataille de Verdun, le train ne circule plus. Des troupes françaises viennent tout naturellement s’y abritent pour se protéger du furieux bombardement allemand.
Petit à petit, les combats se poursuivant dans le secteur, un état-major de brigade, des services de secours, brancardiers, téléphonistes, artificiers, génie, un bataillon de réserve, etc… finissent par s’installer durablement aux extrémités du tunnel. Cet abri enterré constitue un lieu sûr et permet d’intervenir rapidement sur la zone des combats.

Plus tard, la totalité du tunnel est aménagée : un dépôt de munition est constitué, des cabanes en tôle et en bois sont construites; des couchettes ainsi que des latrines sont mises en place.
Témoignage du soldat Louis HOURTICQ :  » C’est une étrange chose que ce tunnel qui passe sous les lignes jusqu’en plein champ de bataille. Entre deux paquets de fer et de feu, des formes bondissent dans le tunnel, surgies de l’éruption, pauvres êtres hagards, haletants, titubants, qu’il faut recueillir et conduire, dans cette nuit subite.
Tout le jour, toute la nuit surtout, c’est une circulation intense : des corvées d’eau, de munitions, de vivres ; des troupes qui montent, d’autres qui descendent, des brancards de blessés qui reviennent de la bataille, puis sont évacués.
…Cette existence souterraine supprime toute distinction entre le jour et la nuit, ce jeu alterné du sommeil et de la veille qui rythme notre vie. L’activité, le mouvement, le bruit sont les mêmes, continus, sans arrêt, sans pause, de midi à minuit, de minuit à midi.
Sous cette voûte indestructible, trop d’hommes et trop de choses sont venus chercher un abri : dépôts d’eau, de grenades, de fusées, de cartouches, d’explosifs ; sous les lampes noires de mouches, des chirurgiens recousent de la chair déchirée.
Tous les bruits sont dominés par le halètement rapide du moteur de la machine électrique. Il est comme le battement de fièvre de cette artère surchauffée. « 

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Entrée est le 27 février 1916

Très rapidement, la surpopulation, l’exigüité et l’insalubrité du lieu rendent la vie très difficile dans le tunnel.
Témoignage du général ROUQUEROL du 16e D.I. :
 » … L’éclairage électrique avait été organisé avec un moteur à essence. Toutefois, on avait eu tort, dans ce travail hâtif, d ‘établir des câbles à haute tension nus à proximité immédiate des installations pour les hommes. Plusieurs cas mortels d’électrocution firent apporter les modifications nécessaires à la distribution du courant. L’éclairage n’existait d’ailleurs que sur la partie du tunnel utilisée comme logements ou dépôts ; le reste était obscur. Un puits d’aérage avait été fermé par des toiles pour parer à la pénétration éventuelle des gaz de combat.
L’organisation du tunnel comportait des rigoles d’écoulement pour les eaux de condensation et d’infiltration qui n’étaient pas négligeables ; mais, sans souci de la nécessité de prévoir l’assèchement du tunnel, le personnel chargé de cette organisation avait comblé toutes les rigoles. Le résultat ne s’était pas fait attendre et de longues portions du tunnel étaient bientôt transformées en un marécage d’une boue fétide. La plupart des immondices des occupants y étaient jetées. On y aurait trouvé même des cadavres.
Tant de causes d’infection, jointes à la suppression de l’aérage par le puits construit à cet effet, ne pouvaient manquer d’entretenir dans le tunnel des émanations malsaines qui ont donné lieu à plusieurs cas d’une jaunisse spéciale au nom suggestif de jaunisse des vidangeurs.
Le commandant d’une division occupant le secteur de Tavannes au mois de juillet voulut faire nettoyer ces écuries d’Augias. Il dut y renoncer sur l’observation du service de santé d’après laquelle l’agitation de la boue et des eaux polluées causait immanquablement de nombreuses maladies. Il fallut se contenter de répandre dans les endroits les plus malpropres de la chaux vive. « 

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Entrée ouest en été 1916

Témoignage de René le GENTIL :  » … La dynamo qu’on avait installée était trop faible et ne pouvait fournir qu’un pauvre éclairage, si bien qu’on y voyait à peine et qu’on manquait à chaque pas de glisser sur le bout des traverses de la voie ; mais chose pire, l’eau manquait absolument, car un seul robinet existait au milieu du tunnel ; et ceux qui venaient la étaient condamnés à rester des 10, voire 12 et 15 jours sans se nettoyer, malgré les pires besognes à accomplir.
C’est ainsi que j’ai vu de nos hommes, qui venaient de s’infecter les mains en transportant des cadavres délabrés, être obligés de manger sans pouvoir se laver. Et quand je demandai pour eux un désinfectant quelconque, l’aimable pharmacien, charger de ce service, me fit des reproches amers. je compliquais les choses en réclamant ainsi ! …

… Après les différents services, les hommes s’installaient comme ils pouvaient sur la voie du chemin de fer, dans le noir complet, la vermine et la saleté. Il y avait bien eu un timide essai de cadres treillagés qui avaient servi de couchettes, mais ils étaient défoncés, abîmés, et les divisions se succédant rapidement, hélas ! nul ne s’inquiétait de les remplacer ; toutefois, voulant dégager le bas, le génie du secteur avait commencé l’installation, à mi-hauteur du tunnel, d’un premier étage en plancher, là gîtaient les territoriaux ; mais comme il n’y avait pas de place pour tout le monde, cela ne faisait qu’augmenter encore, pour ceux qui étaient dessous, le grabuge infernal et la saleté qu’on n’avait plus seulement aux pieds, mais encore sur le tête; car, par les planches mal jointes, la terre tombait sur ceux qui se trouvaient là. »

Témoignage du docteur Léon BAROS, aide-major au 217e R.I. :  » Nous arrivons à l’issue est du tunnel de Tavannes.
La boue s’étale gluante, des milliards de mouches volent en tous sens et tapissent les parois du tunnel ; dans tous les coins et sur les multitudes d’immondices, accumulées partout, grouillent les asticots et les contorsions de leurs petits corps blancs amènent des nausées de dégoût ; l’air, chargé de chaleur humide et imprégnée d’odeur de cadavres, de putréfaction, de sécrétions acides, de corps en sueur et de fientes humaines, est irrespirable ; les gorges se contractent en un réflexe nauséeux.
C’est par cette issue est que le tunnel communique avec le champ de bataille, sous les avalanches nombreuses et imprévues, continues ou espacées, des tonnes de fer et de feu qui se déversent dans un endroit repéré exactement, où les projectiles de tous calibres prenant en enfilade la tranchée du chemin de fer qui précède le tunnel, sont posés presque comme avec la main, tellement le tir est précis et le lieu exactement repéré.
Et c’est un lieu de passage qu’on ne peut éviter, où défilent ravitaillent, réserves, agent de liaison, relèves, blessés. Les Boches le savent bien. Les obus, petits, moyens et gros, éclatent sans interruption, sur un parcours de 12 à 15 mètres, devant l’entrée du tunnel, soit à la cadence d’un tir de mitrailleuses lorsqu’il y a barrage, soit à l’intervalle d’une minute ou d’une demi-minute ; c’est infernal ! Que de malheureux ont été anéantis à cet endroit ! « 

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Entrée est en été 1916


Témoignage du lieutenant BENECH du 321e R.I. :  » Nous arrivons au tunnel. Serons-nous donc condamnés à vivre là ? Je préfère la lutte à l’air libre, l’étreinte de la mort en terrain découvert. Dehors, on risque une balle ; ici, on risque la folie.
Une pile de sacs à terre monte jusqu’à la voûte et ferme notre refuge. Dehors, c’est l’orage dans la nuit et le martèlement continu d’obus de tous calibres. Au-dessus de nous, sous la voûte qui sonne, quelques lampes électriques sales, jettent une clarté douteuse, et des essaims de mouches dansent une sarabande tout autour. Engourdies et irritantes, elles assaillent notre épiderme et ne partent même pas sous la menace d’un revers de main. Les visages sont moites, l’air tiède est écœurant.
Couchés sur le sable boueux, sur le rail, les yeux à la voûte ou face contre terre, roulés en boule, des hommes hébétés qui attendent, qui dorment, qui ronflent, qui rêvent, qui ne bougent même pas lorsqu’un camarade leur écrase un pied.
Par place, un ruissellement s’étend ! de l’eau ou de l’urine ? Une odeur forte, animale, où percent des relents de salpêtre et d’éther, de soufre et de chlore, une odeur de déjections et de cadavres, de sueur et d’humanité sale, prend à la gorge et soulève le cœur. Tout aliment devient impossible ; seule l’eau de café du bidon, tiède, mousseuse, calme un peu la fièvre qui nous anime. « 

Ainsi, durant toute la bataille de Verdun, des milliers d’homme vont faire une halte plus ou moins longue dans le tunnel de Tavannes. Chaque jour 1500 à 2000 hommes s’y entasseront.

 

Le 4 septembre, vers 21 h , le dépôt de grenades placé à l’entrée ouest du tunnel de Tavannes prend feu.

A 21 h 15, une formidable explosion se produit, comprimant en une instant les poitrines de tous les êtres vivants présents dans le tunnel. Les flammes qui se propagent rapidement atteignent le stock de bidons d’essence qui sert à alimenter le groupe électrogène.
En quelques minutes, les baraquements en bois où sont entassé de nombreux soldats s’embrasent. Une fumée très dense avance dans le tunnel semant la panique et la mort. Les hommes qui ne sont pas asphyxiés instantanément, s’enfuient en désordre en se marchant les un sur les autres, vers la sortie opposée. Cependant la nappe de fumée les gagne de vitesse et des 100e d’hommes tombent avant d’arriver à l’air libre. Même équipé de masque à gaz, la densité de la fumée est telle qu’aucun sauveteur ne parvient à pénétrer à l’intérieur du tunnel.

Les hommes qui sont parvenus à atteindre la sortie est se trouvent face au bombardement allemand et ne peuvent s’échapper. Cependant, il y a urgence à évacuer cet endroit irrespirable. Un colonel, révolver au poing, menace de tirer sur les malheureux. Dans l’affolement le plus complet, les premiers étant poussés par ceux qui arrivent derrière eux, s’enfuit en tentant de trouver refuge dans les trous environnants.

De plus, les Allemands qui ont aperçu la nappe de fumée qui est montée très haut dans le ciel, redoublent leur pilonnage sur les entrées du tunnel.

Jusqu’à 21 h 45, des groupes d’hommes, noirs, à demi asphyxiés, sentant la chair grillée, surgissent par la sortie est et s’enfuient sous les obus.
Durant toute la nuit, aucune manœuvre de secours ne peut être entreprise.

Le brasier continue à brûler durant 2 jours, carbonisant les 100e de cadavres jonchant le sol. Lorsque plus tard, on pénètre dans le tunnel, on ne retrouve rien que des cadavres qui partent en cendre dès qu’on les touche. Seulement 30% en moyenne peuvent être identifiés.

500 à 600 homme ont péri dans cette catastrophe : officiers et soldats du 1er et du 8e génie, des 22e, 24e et 98e régiments territoriaux ; des médecins majors et des infirmiers régimentaires des 346e, 367e, 368e et 369e R.I. ; des blessés qui, couchés sur des brancards et se sentant en sécurité, attendaient leur évacuation. Aucun journal ne parla de cette tragédie…

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Quelques victimes de la catastrophe du 4 septembre
étendues dans un fossé à l’entrée du tunnel
en attendant l’inhumation


 

5 septembrePréparation d’artillerie en vue d’une contre-attaque française sur la Carrière
Toute la journée et la nuit, il pleut.
Du côté français, on s’affaire aux préparatifs de la contre-attaque de la Carrière. Elle est prévue pour le lendemain et exécutée par 2 bataillons du 288e, le 367e et le 346e R.I.
Du côté allemand, pas de mouvement important à signaler, les hommes survivent dans les tranchées pleines de boue.

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6 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Au matin, le 288e R.I. s’élance à l’assaut de la tranchée Montbrison. La bataille est très violente et tumultueuse. Les 4e et 5e bataillons parviennent à atteindre leurs objectifs et à les dépasser.
De son côté, le 6e bataillon trouve face à lui des éléments qui n’ont pas été détruit par la préparation d’artillerie. Ne pouvant pratiquement pas progresser, les hommes tombes les uns après les autres. Il ne reste plus qu’un seul officier vivant lorsque les renforts arrivent enfin. Ce sont 3 compagnies du 6e bataillon du 220e R.I. ainsi qu’une compagnie de mitrailleuses qui sont arrivées. Cette nouvelle formation parvient cette fois ci à avancer à atteindre les abords de la tranchée de Montbrison.

Le 6e bataillon du 367e parvient à progresser de 1500 m et à reprendre dans sa course, les tranchées Hohenlohe et Blücher, à gauche de Retegnebois. 200 ennemis sont capturés avec 8 mitrailleuses. Les hommes du 367e R.I. repoussent ensuite plusieurs contre-attaques.

A droite de Retegnebois, le 346e part à l’attaque à 17 h 40 et parvient à atteindre sans grande difficulté tous ses objectifs. Le 5e bataillon les dépasse même et vient renforcer la tranchée Hohenlohe que vient de conquérir le 367e R.I., au nord de l’ouvrage Rond.


 

7 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
En avant des tranchées  » le Triangle « , le 6e bataillon du 220e repousse plusieurs contre-attaques. Il progresse ensuite d’une 100e de mètres. Durant cette attaque, il est signalé que de nombreux soldats allemands se rendent à l’approche des Français.

Témoignage du soldat LECLAIRE :  » Les prisonniers nous disent : « Nous ne serons pas vainqueurs, mais vous ne le serez pas non plus »"

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Colonne de prisonniers allemands

Le 6e bataillon du 367e repousse lui aussi plusieurs contre-attaques sur les positions qu’il a conquit la veille.
Le 228e R.I. se bat à la grenade toute la journée et toute la nuit.


 

8 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Dés le levé du jour, l’ennemi lance une attaque en avant de l’ouvrage Rond. Le 346e qui tient la tranchée Hohenlohe depuis le 6 et contraint de reculer sur ses anciennes positions. Une fois les hommes ressaisis et les munitions rassemblées, ils partent à la contre-attaque et reprennent la tranchée. Plus tard dans la journée, la même scène se reproduit, le 346e évacue sa ligne et la reprend peu de temps après sans attendre l’arrivé des renforts qu’on lui a annoncé.

L’ennemi se rend toujours en grand nombre aux éléments du 220e qui se trouvent en avant des tranchées  » le Triangle « . Ces mêmes éléments sont soumis à un violent bombardement durant toute la journée. Les morts sont très nombreux.

En avant de Fleury, le 214e R.I. repousse une attaque. Le régiment qui se trouvait à côté de lui a du reculer, de leur propre initiative, les hommes du 214e s’élancent sur les positions que tenait ce régiment et les reprend à l’ennemi.

Durant la nuit, la 74e D.I. ( 50e et 71e B.C.P., 222e, 229e, 230e et 333e R.I.) monte en première ligne du  » nez de Souville  » ou bois de la Laufée.

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Colonne de soldats qui se dirigent vers le front


 

9 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Le 5e bataillon du 220e R.I., qui est en ligne à gauche de Vaux-Chapitre, reçoit l’ordre d’attaquer à 16 h les tranchées Montbrison et Lecourt.
Toute la journée, l’artillerie française bombarde ces positions avec ténacité.

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Quelques minutes avant l’assaut, une 30e d’Allemands et un officier viennent se rendrent aux Français.

Le bombardement préparatoire semble avoir été efficace car de nombreuses défenses ennemies sont détruites, à l’exception d’une mitrailleuse qui cause des pertes sensibles. Elle fini néanmoins par être maîtrisée et la progression peu se poursuivre.
Sur la droite du dispositif, l’ennemi offre cependant plus de résistance et c’est avec l’aide du 283e R.I. progressant à la lisière ouest du bois de Vaux-Chapitre que ce secteur fini tout de même par se rendre.

A la nuit, après plusieurs heures de combat, la progression a été sensible. Cependant, l’objectif final, à savoir les 2 tranchées Montbrison et Lecourt, n’ont pas été atteinte et restent aux mains de l’ennemi.

Les brancardiers, à la faveur de l’obscurité, commencent leur longue nuit à la recherche des blessés.


10 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
La lutte continue dans les secteurs de la Carrière, de la Haie-Renard et du Chênois. L’artillerie allemande pilonne sans interruption les lignes françaises.


 

11 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Une forte attaque allemande est repoussée par la 19e compagnie du 5e bataillon du 220e R.I.


 

12 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Dans le secteur de Thiaumont-Ravin des Vignes, le 315e R.I. lance une attaque. Toute la journée, il progresse lentement en faisant reculer l’ennemi à la grenade. Ce n’est que vers 19 h 45 que les Allemands se replient en cessant le combat.


 

13 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Dès 5 h du matin, le 5e bataillon du 220e R.I. toujours aidé par quelques éléments du 283e, reçoit l’ordre d’attaquer les tranchées de Montbrison et Lecourt, tant disputées ses derniers jours. Sans préparation d’artillerie, profitant ainsi de l’effet de surprise, les hommes du 220e s’élancent et parviennent à s’emparer de la tranchée Montbrison et à poursuivre vers la tranchée Lecourt.

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Cette dernière position n’est cependant pas atteinte, mais un groupe de grenadier composé de 6 hommes parvient à s’établir dans le boyau qui relit les 2 tranchées entre elles.
Vers 18 h, une première contre-attaque allemande est repoussée puis une seconde à 22 h 30 sur la tranchée Montbrison.

La progression du 315e commencé la veille reprend par petits groupes. Une 20e de mètres sont conquis.

Durant cette journée, la ville de Verdun a reçu la croix de la Légion d’honneur et diverses décorations décernées par les pays alliés.
La cérémonie s’est déroulée dans la citadelle en présence du président de la République, M. Poincaré, du ministre de la guerre, de plusieurs représentants des nations alliées : Grande-Bretagne, Russie, Italie, Serbie, et des grands généraux français : Pétain, Joffre, Nivelle et Mangin.


 

14 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Les éléments du 220e et du 283e, entre la tranchée Montbrison et Lecourt ne faiblissent pas et tiennent bon devant plusieurs contre-attaques allemandes.

De son côté, le 315e R.I. progresse à nouveau de 40 m toujours en forçant la passage à la grenade.


 

15 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
La lutte du 220e et du 315e se poursuit.

Durant toute la journée, la caserne Marceau est soumise à un tir de très gros calibres.

Durant la nuit, la 133e D.I. (32e, 102e, 107e et 116e B.C.P., 321e R.I. et 401e R.T.) vient renforcer la 67e dans le secteur de Souville.


16 septembre au 15 octobre – Préparatifs de la grande offensive française rive droite
Les généraux affectés au secteur de Verdun pensent à présent qu’il est temps de passer à l’offensive. Cependant, ils n’ont pas oublié les erreurs qu’ils avaient commis en mai, lors de la tentative de reprise du fort de Douaumont.
Durant cette action, la préparation d’artillerie française n’avait pas du tout été suffisante, laissant intactes des organisations ennemies qu’il aurait été indispensable de détruire ; Au moment de l’attaque, l’artillerie allemande continuait inexorablement à être 2 fois plus puissante que la notre ; Les effectifs mobilisés pour mener l’attaque étaient trop insuffisants ; La préparation du terrain, parallèles de départ, boyaux de communication vers l’arrière, liaisons téléphoniques… avait été négligés.

Afin de corriger ces erreurs, le générale Pétain, organisateur incomparable, emploie toute son énergie pour obtenir des batteries et des munitions. Il obtient 2 obusiers de 400 mm qu’il compte utiliser, l’un sur le fort de Douaumont, l’autre sur le fort de Vaux.

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Mortier de 400 mm monté sur rails

Témoignage du général Pétain :  » A Verdun, notre heure sonnait. Au début d’octobre, nous avions convenu, le général Nivelle et moi, de procéder à la reprise des forts, pour rétablir la place dans son intégrité.
Le général Mangin, nommé au commandement des secteurs de la rive droite, dirigeait l’opération et sous l’impulsion d’un tel chef, dont la vigueur était proverbiale dans l’armée, nous escomptions un succès complet.
Le Grand Quartier Général avait envoyé les deux mortiers de 400 millimètres demandés qui, joints aux quelques pièces de 370 millimètres que nous possédions déjà, permettaient d’exécuter sur les ouvrages une puissante action de démolition… « 

Avec le concours du général Mangin, qui a aménager les gares de Baleycourt et de Landremont où s’effectue le déchargement des trains, il parvient à stocker au rythme de 4 à 5 trains par jour, plus de 500 000 tonnes de matériels et de projectiles aux alentours proches de Verdun.

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Il stimule et renforce l’aviation qui, petit à petit, commence à prendre le dessus sur l’aviation allemande.

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Aidées par plusieurs unités d’aérostiers, les aviateurs quadrillent méthodiquement, durant plusieurs semaines, chaque mètre carré du camp allemand, sur un front de 7 km de large et 3 km de profondeur. Chaque batterie, abris, tranchée, réseau de fil de fer, nid de mitrailleuses, point d’observation, voie d’accès, est minutieusement cartographié. Les informations sont centralisées et étudiées afin que le jour de l’attaque l’artillerie soit parfaitement réparti suivant les secteurs et les endroits stratégiques, et que les coordonnées des objectifs soient parfaitement connues. C’est une entreprise titanesque menée avec brio, qui démontre pour une fois le savoir faire français.

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Ballon « saucisse » en cours de repérage

 

De son côté, le général Mangin a la mission d’aménager le terrain.
Il fait approfondir les lignes et les fait transformer en parallèles de départ ; restaurer d’anciens blockhaus et creuser de nouveaux abris pour les postes de commandement ; établir des liaisons téléphoniques par câbles enterrés entre ces abris et les premières lignes.
Afin de faciliter l’acheminement des troupes d’assaut, il fait reconstruire la piste reliant le ravin du Pied-du-Gravier à la région de Thiaumont ; fait remettre en état la route du Faubourg Pavé à la chapelle Sainte-Fine, ainsi que les chemins du fort de Souville et du bois des Essarts.

Partout, la pioche s’enfonce dans les cadavres, les travailleurs se mettent des gousses d’ail dans les narines pour échapper à l’odeur épouvantable. De plus la pluie tombe en permanence, ce qui rend les travaux très pénibles.
Témoignage du sous-lieutenant Albert TEXIER :  » Quelquefois, un travailleurs, bouleversé, écoeuré, se relève à demi ; sa pelle ou sa pioche lui tombre des mains ; le sol est formé de cadavres.
- Mon lieutenant, on creuse dans la viande !….
- Ne t’occupe pas, creuse ! « 

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Témoignage de Fernand DUCON, sergent à la 19/2 compagnie du Génie :  » Les sapeurs du génie peuvent être comptés parmi les combattants les plus méritants et parmi les plus méconnus. On a trop tendance à ne voir dans ce corps d’élite, ou que les spécialistes souvent héroïques de l’effroyable guerre de mines, ou que les sapeurs plus favorisés de compagnies de chemin de fer, de télégraphistes ou de pontonniers.
En réalité, les compagnies divisionnaires groupèrent la majorité des hommes du génie, à la fois sapeurs et fantassins. Dans les divisions d’attaque notamment, ils vécurent en contact intime avec leurs camarades de l’infanterie, dirigeant leurs travaux de préparation, les accompagnant à l’assaut, le fusil ou le mousqueton à la main, la pioche passée dans le ceinturon lorsque l’heure H avait sonné, s’efforçant ensuite d’organiser le mieux possible l’effroyable chaos du terrain conquis. « 

 

Pour finir, le général Nivelle a la charge des troupes qui vont participer à l’offensive, soit 8 divisions.
3 d’entres elles vont attaquer en première ligne, sur un front de 7 km.

A gauche, la 38e D.I. (général Guyot de Salins) (8e Tirailleur, 4e Zouave, 4e Mixte Z.T. et R.I.C.M.), renforcée par le 11e R.I., partira depuis la carrière d’Haudromont et aura pour objectif d’atteindre la contre-pente nord du ravin de la Couleuvre, de s’organiser dans le village de Douaumont et de reconquérir le fort de Douaumont. Ce dernier objectif, le plus glorieux, est confié au R.I.C.M. (Régiment d’Infanterie Colonial du Maroc), commandé par le lieutenant-colonel Regnier ;

Au centre, la 133e D.I. (général Passaga) (32e, 102e, 116e et 107e B.C.P., 401e R.T., 321e R.I.) aura pour mission de s’emparer à la hauteur de Fleury, du ravin de Brazil, des pentes de la Caillettes et du ravin de la Fausse-Cote ;

A droite enfin, la 74e D.I. (général de Lardemelle) (50e et 71e B.C.P., 222e, 229e, 230e, 299e et 333e R.I.), renforcée par le 30e R.I., partira de la Haie-Renard au fond de Beauprè et aura pour objectifs de reprendre le Chênois, la Vaux-Régnier, le bois Fumin, le Fond de la Horgne puis le fort de Vaux.

De part et d’autre, les régiments d’aile des divisions voisines auront la tâche d’appuyer l’attaque et d’éviter un contournement des troupes.

3 autres divisions vont intervenir en deuxième ligne, la 7e D.I. (102e, 103e, 104e et 315e R.I.), la 9e D.I. (66e B.C.P, 4e, 82e, 113e et 313e R.I.) et la 36e D.I. (18e, 34e, 49e R.I. et 218e R.I.).

Les 2 dernières resterons en soutient, la 22e D.I.(19e, 62e, 118e et 116e R.I.) et la 37e D.I. (2e et 3e zouaves, 2e et 3e tirailleurs).

Depuis 1 mois, toutes les compagnies formant ces bataillons qui vont attaquer, sont venues cantonner entre Bar-le-Duc et Saint-Dizier.

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Chaque jour, les troupes s’entrainent sur des terrains aménagés pour ressembler aux différents champs de bataille de Verdun. Les soldats qui vont assaillir le fort de Douaumont par exemple, étudient par coeur à l’aide de plans, la topologie du fort. De tel sorte que le jour J, ils puissent s’y déplacer sans aucune hésitation.

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Cantonnement à l’arrière du front

 

Sur tous les fronts de Verdun, mise à part quelques engagements locaux dans le secteur de Thiaumont, la bataille qui dure depuis 7 mois s’atténue. Cette accalmie relative permet aux Français de réaliser plus facilement leurs grands préparatifs. Cependant, les pluies abondantes sapent le moral des combattants et la lassitude est très grande de part est d’autre.
Témoignage du colonel DESPIERRES, du 239e R.I. :  » Je vais faire la tournée du secteur en suivant la première ligne. Je ressens une impression inimaginable ; des deux côtés, boche et français, les tranchées sont envahies par l’eau. Il y a une profondeur de près d’un mètre. C’est dire que ces tranchées ne peuvent plus être occupées par les éléments de première ligne. Tout le monde est sur le parapet. Les Boches à dix mètres nous regardent avec indifférence. C’est une véritable trêve qui paraît être conclue entre les deux partis. On ne cherche qu’une seule chose, c’est vivre comme on peut et surtout échapper à cette humidité croissante qui, par les froids qui commencent, devient impossible à supporter. « 

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Témoignage du Capitaine André GUILLAUMIN du 102e R.I. :  » Mon P.C. se composait d’un vague trou dans la boue où nous nous tenions, mon ordonnance et moi, mi-assis, mi-recroquevillés. Le sol était si mou que les obus faisaient fougasse projetant un geyser de boue…
L’un d’eux me frôla, s’enfonça presque à mes pieds, et dans l’éclatement, au milieu d’une auréole de boue, se dressa un officier allemand à demi décomposé, la figure verte dans un uniforme vert. Je vois toujours ce cadavre, face à face avec moi pendant une seconde, puis la masse de boue retomba et il disparut.

Cette situation de stagnation pesante dure jusqu’au 15 octobre. A cette date, le général Nivelle rend compte au général Pétain que tous les préparatifs sont prêts. Il ne reste plus, à présent, qu’à définir le jour et l’heure de l’offensive…

Le 9 octobre, le général Nivelle a reçu le maréchal Joffre à la mairie de Souilly. Ce dernier est venu s’enquérir de l’avancement des préparatifs.

Le 12, c’est au tour de Georges Clemenceau, alors président de la commission de l’Armée au Sénat, de faire le voyage depuis Paris.p55
Lorsqu’il descend de sa voiture devant les marches de la mairie, tous les soldats présents l’applaudissent et l’acclament.
Témoignage du commandant P… :  » Le Président, M. Clemenceau, ne jouissait dans l’armée d’aucune popularité, mais on savait quel profond amour il portait à son pays, on connaissait sa loyauté, son intéressement, sa générosité, sa haute conscience, et peut-être était-il, de tous « les maîtres de l’heure », l’homme le plus estimé et le plus respecté des poilus. « 

Après un court exposé par Nivelle, conférencier hors pair, sur les grands points de l’offensive, Clemenceau demande à être conduit sur la ligne de front. Tous les officiers présents lui déconseillent ce déplacement mettant en avant la dangerosité des lieux, mais le Président l’exige et le cortège de voitures part pour Verdun.
Témoignage de Joseph MORELLET, agent de liaison au 407e R.I. :  » Le deuxième échelon du 407 était à la tourelle de Souville quand Clemenceau est arrivé, accompagné par quelques officiers. A un moment donné, près de la tourelle, un des officiers lui dit : « Monsieur le Président, là, il faut être très prudent et faire vite ; c’est très dangereux ». Il répondit : « Quelle est la plus belle mort pour moi que de la faire ici ? ».
Il est peu de divisions qui n’aient à raconter sur Clemenceau une anecdote semblable. En ce qui concerne celle-ci, nous avons vu Clemenceau en première ligne à trois reprises, au Bois-Brûlé en 1915, à Verdun en octobre 1916 et à la Main de Massives en 1918, et dans les secteurs qui n’étaient pas choisis d’ordinaire par les Parlementaires et les journalistes pour leurs visites au front.
C’était un homme ! « 

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20 et 21 octobre – Début de la préparation d’artillerie française sur la rive droite
A l’aube, la préparation d’artillerie française commence, elle va s’intensifier jusqu’au 24 octobre.

Elle est constituée de 654 pièces : 20 pièces de calibre 270 à 400 ; 300 pièces du 120 au 220 ; 334 pièces du 65 au 105.
Le front allemand est constitué alors de 7 divisions, soit 22 bataillons mais très échelonnées en profondeur. Les hommes de premières lignes sont totalement abrutis par la puissance du tir français. Chaque position et élément stratégique, préalablement repéré,
n’est épargné. C’est un déluge de fer et d’acier.
Les plus gros calibres sont réservés pour les forts de Douaumont et de Vaux qui sont les 2 points stratégiques à reconquérir.

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L’artillerie allemande ne reste pas pour autant inactive, et toutes les batteries françaises connues sont contrebattues avec violence.


 

22 octobrePréparation d’artillerie française sur la rive droite
Une attaque française est simulée par l’allongement subit du tir d’artillerie et par des mouvements dans les tranchées françaises. Cette ruse permet le repérage de 158 batteries ennemies nouvellement mises en place et qui étaient restées muettes jusqu’à présent.

Toutes ses batteries ainsi repérées sont systématiquement pilonnées et seulement 90 seront signalées en action le jour de l’attaque. Ces tirs ont été ajustés avec l’aide de l’aviation française qui domine largement le ciel de Verdun.


23 octobrePréparation d’artillerie française sur la rive droite
Vers 8 h, la préparation d’artillerie française s’intensifie.

A 12 h 30, la superstructure du fort de Douaumont est transpercée par un obus de 400 mm.
Pour tous les hommes présents dans le fort, le bruit incessant et assourdissant du bombardement extérieur a été soudain dominé par un déflagration gigantesque et un tremblement plus important du sol. Tous les cœurs ont fait un bon dans leur poitrine : « On a été touché ?!« .
L’obus a exploser au milieu de l’infirmerie, tuant sur le coup la 50e de blessés et personnel sanitaire qui occupaient le lieu. Rapidement, un important incendie se déclare avec beaucoup de fumée, qui interdit tout accès.
10 minutes plus tard, un second obus de 400 perce la voute de la casemate 8, ensevelissant tous les occupants.
Chaque quart d’heure en moyenne, un nouvel obus s’abat sur le fort dans une explosion énorme qui secoue tout l’édifice. Les dégâts causés sur la voute sont importants et le bombardement extérieur semble beaucoup plus prêt et dangereux avec les trous béants ainsi formés. La panique commence à gagner les hommes.
Le 5e obus, perce la voute du couloir principal, au niveau de la casemate 10, en ensevelissant une escouade.

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Casemate effondrée par un obus de 400 mm
(photo prise le 25 octobre, lorsque le fort a été repris par les Français)

Dés lors, ce couloir devient impraticable. Le commandant du fort, le chef de bataillon Rosendahl, du 90e R.I. donne l’ordre à toute la garnison de gagner l’étage inférieur du fort.
Lorsque le 6e obus explose, il est suivit d’une série de « coups de pétards » et de grosses explosions. Passant par le trou de la voute du couloir principal, l’obus est venu explosé tout en bas, dans le dépôt de grenades et de munissions, tuant une 50e de sapeurs du génie.
Un incendie très important propage des fumées opaques qui avancent rapidement dans les couloirs. Chaque hommes se précipite et met son masque à gaz, ceux qui n’y parviennent pas assez tôt meurent dans des convulsions atroces. Certains soldats deviennent fous et veulent sortir de cette souricière, mais les 2 issues sont violemment bombardées par des obus toxiques.
A 14 h, la lumière s’éteint plongeant la fort dans les ténèbres. A cette instant, continuer à tenir l’enceinte devint difficile.
A 17 h, l’évacuation du fort par tous les hommes « non indispensables » est ordonné. Seul un petit groupe du génie, d’une 100e d’hommes commandée par le capitaine Soltan du 84e R.I. reste avec la mission d’éteindre l’incendie du dépôt à munissions.
Chaque homme devant évacuer, la peur au ventre mais avec une discipline impressionnante, s’élance à l’extérieur à travers les obus. Les 400 ont ralenti mais tous les autres calibres jusqu’au 220 se déchainent encore sur le fort. A 18 h, l’ordre d’évacuation est exécuté.
Débute alors pour les hommes de Soltan une lutte à mort contre la fournaise. Il n’y a plus d’eau pour éteindre les flammes et beaucoup d’hommes, à bout de force, sont déjà intoxiqués par les fumés et vomissent sans cesse. Le capitaine Soltan envoie des coureurs pour demander un retrait en urgence, mais aucun ne revient.
A 23 h, dans un dernier élan, Soltan ordonne de mettre une mitrailleuse en position à la sortir nord-ouest. Mais plusieurs équipes de mitrailleurs succombent successivement à cette place en raison du bombardement par obus toxique qu’infligent des Français.
Entre 4 et 5 h, les hommes de Soltan évacuent enfin le fort, titubants, vomissant, portant les malades sur des ciliaires, pas un ne fût abandonné.

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Durant la journée, les généraux Pétain, Nivelle et Mangin se réunissent. Aux vues des résultats positifs qu’a donné la simulation d’attaque de la veille, des prévisions météo des jours à venir et des derniers rapports concernant les préparatifs des régiments d’infanterie qui attendent derrière le front, la décision est enfin prise. Le jour J sera le lendemain, le 24 octobre, l’heure H, 11 h 40.

Dans la nuit, les hommes des régiments des 38e, 74e et 133e D.I stationnés entre Bar-le-Duc et Saint-Dizier, font leur paquetage et gagnent Verdun pour prendre position dans les parallèles de départ.
Chacun a reçu un équipement spécial. En plus du chargement habituel (outils individuels, toile de tente, couverture, habits de rechange, ustensiles de cuisine et d’entretient, etc.) (voir la partie « Uniforme » « L’équipement ») et des 3 cartouchières bourrées à craquer, chaque homme doit emporter en plus 2 musettes contenant plusieurs rations fortes et rations de réserves (voir la partie « Uniforme » « L’équipement »), une musette à grenades, un second masque à gaz, un second bidon contenant du vin ou de l’eau et 2 sacs à terre. Un fardeau démesuré d’au mois 40 kg, pour des hommes qui doivent rester frais au moment de l’assaut.

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24 octobre – Grande offensive française rive droite. Reconquête du fort de Douaumont

(Voir « Le fort de Douaumont » dans la partie « Fortifications »)

Ordre du jour du général Passaga, commandant la 133e D.I. :  » Officiers, sous-officiers, soldats, il y a près de huit mois que l’ennemi exécré, le Boche, voulut étonner le monde par un coup de tonnerre en s’emparant de Verdun. L’héroïsme des  » poilus  » de France lui a barré la route et a anéanti ses meilleures troupes.
Grâce aux défenseurs de Verdun, la Russie a pu infliger à l’ennemi une sanglante défaite et lui capturer près de quarante mille prisonniers.
Grâce aux défenseurs de Verdun, l’Angleterre et le France le battent chaque jour sur la somme, où elles lui ont déjà fait près de soixante mille prisonniers.
Grâce aux défenseurs de Verdun, l’armée de Salonique celle des Balkans battent les Bulgares et les Turcs.
Le Boche tremble maintenant devant nos canons et nos baïonnettes, il sent que l’heure du châtiment est proche pour lui.
A nos divisions revient l’honneur insigne de lui porter un coup retentissant qui montrera au monde la déchéance de l’armée allemande. Nous allons lui arracher un lambeau de cette terre où tant de nos héros dorment dans leur linceul de gloire.
A notre gauche combattra une division, déjà illustre, composée de zouaves, de marsouins, de Marocains et d’Algériens ; on s’y dispute l’honneur de reprendre le fort de Douaumont. Que ces fiers camarades sachent bien qu’ils peuvent compter sur nous pour les soutenir, leur ouvrir la porte et partager leur gloire !
Officiers, sous-officiers, soldats, vous saurez accrocher la croix de guerre à vos drapeaux et à vos fanions ; du premier coup vous hausserez votre renommée au rang de celle de nos régiments et de nos bataillons les plus fameux. La Patrie vous bénira. « 

A 7 h, une petite section allemande formée d’une 20e d’hommes, sous les ordres du capitaine Prollius, retourne à l’intérieur du fort de Douaumont pour y faire une inspection. Bien que le dépôt du génie flambe toujours et que l’infirmerie soit toujours inaccessible par l’odeur qui y règne, l’air est plus ou moins respirable dans les autres parties du fort. Bien que 6 casemates soient totalement détruites et que le couloir supérieur soit percé en 3 endroits, il existe toujours une liaison entre la partie ouest et la partie est par le couloir inférieur. Les issues des coffres simples ouest et est sont encore partiellement utilisables.
Le capitaine Prollius tire la conclusion que le fort peu encore être défendu si des forces suffisantes équipés de mitrailleuses regagnent la forteresse.
Il envoie aussitôt un message par coureur stipulant l’envoie de renfort.

 

Dans la matinée, un certain nombre de soldat allemands sortent de leur tranchée et viennent se porter prisonnier dans les lignes françaises. Ils sont à bout de force en raison du bombardement qu’ils subissent depuis 4 jours.
Témoignage du général DOREAU, de la 213e Brigade :  » Ceci ce passait le 24 octobre 1916. Mon P.C. était installé au bas du glacis de Souville, à 300 ou 400 mètres, pas plus, de la ligne de trous d’obus qui servait au 401e R.I. de tranchée de première ligne.
Il ne comportait, étant donné la nature du terrain, que quelques mauvaises sapes, à sol horizontal, creusées les unes à côté des autres, larges chacune de moins de deux mètres. Outre mes deux officiers d’état-major, j’avais avec moi, ce jour-là, un officier d’artillerie et un officier (de liaison) de chacun de mes trois corps: 401e R.I., 32e et 107e B.C.P
.
Donc, pressés les uns contre les autres, casqués, vêtus de capotes de troupe maculées de boue, et éclairés par deux bougies fichées dans des pommes de terre coupées, sept êtres humains, pas du tout décoratifs, dans un cadre qui ne l’était pas non plus.

Le premier prisonnier qu’on m’amena fut un oberleutnant. Priè de me remettre ses papiers, il s’exécute. Interrogé sur sa qualité, il déclare être officier de réserve, instituteur dans la vie civile. Puis, un peu rassurè et se ressaisissant au bout de quelques minutes, il essaie de regimber, et ce dialogue s’angage :
- Mais enfin, qui êtes-vous pour me questionner ?

- Je suis un commandant de brigade, et ces messieurs sont les officiers de mon état-major.

- Un commandant de brigade ?… Ici ?…

- Oui, ici ; et dés demain matin, il ira plus loin vers le nord.

Un ahurissement inexprimable se paignit sur sa physionomie. Evidemment, dans l’armée allemande, les officiers généraux ou ceux qui en tenaient le rôle, n’avaient pas coutume de se loger dans des sapes inconfortables, situées à 300 mètres des tranchées de première ligne … »

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11 h 30, 10 minutes avant l’heure H.
Depuis l’aube, un brouillard assez dense s’est rependu sur tout le front. Bien que chacun espérait qu’il se dissipe avant l’assaut, il est toujours aussi épais et empêche de voir à plus de 10 mètres. Si d’un côté il empêche les mitrailleurs allemands à bien ajuster leurs tirs, de l’autre, il sera dangereux aux soldats français de s’y engager et surtout de s’y perdre.
Témoignage de Edouard BOURGINE du 3e bis Zouaves :  » Ce matin, un épais brouillard estompait uniformément chaque chose, impossible de voir à deux pas devant soi.
Brusquement, des patrouilleurs boches trouèrent le brouillard devant nous. Ils allaient paisiblement, les mains dans les poches, l’arme à la bretelle. Stupéfaits, nous eûmes un instant d’indécision. C’est alors que le gradé boche proféra d’un ton lamentable  » triste guerre messieurs, triste guerre…  » puis le brouillard l’enveloppa. « 


11 h 40, l’heure H.
Une clameur se soulève soudain dans le camps français, d’un même élan,
des milliers d’hommes sortent des tranchées est s’élancent vers l’avant sur un terrain lourd et glissant.

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Chaque unité se dirige à la boussole en direction du nord-est à la vitesse de 100 mètres toutes les 4 minutes. Elles sont précédées d’un formidables barrage roulant qui interdit aux Allemands de sortir de leurs abris.

 

Voici en détail, les unes après les autres, toutes les actions menées :

La gauche du plan d’attaque est tenue par la 38e D.I. (8e Tirailleur, 4e Zouave, 4e Mixte Z.T., R.I.C.M.) et renforcée par le 11e R.I. Mission : atteindre la contre-pente nord du ravin de la Couleuvre et la carrière d’Haudraumont, s’organiser dans le village de Douaumont et reconquérir le fort de Douaumont :

Le 11e R.I. (lieutenant-colonel de Partouneaux), à l’extrême gauche du dispositif, se porte à 11 h 38 (en raison d’une montre mal rêglée), à l’assaut de la tranchée Balfourier et de la carrière d’Haudraumont.
S’il trouve la tranchée Balfouquier inoccupée, la carrière est quant à elle fortement défendue. Après un dur combat à la grenade, il parvient à capturer tous les occupants de la carrière. Il repousse ensuite d’incessantes contre-attaques jusqu’à la fin de la journée.

Le 8e Tirailleur (lieutenant-colonel Dufoulon) et le 4e Zouaves (lieutenant-colonel Richaud) s’élancent à l’heure H en poussant des hurlements.

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Ils atteignent rapidement les tranchées allemandes qu’ils ont en face d’eux. L’ennemi qui attendait pourtant l’assaut français est totalement surpris par la rapidité du mouvement et se rend sans combattre.
Témoignage de X :  » Un officier supérieur sorti en hâte de son abri à l’appel de l’Adjudant Caillard, apparaît en culotte, sans ses molletières qu’il tient à la main et qu’il offre à l’Adjudant Caillard en criant  » Chef de Corps ! , Chef de Corps ! « . Un vaguemestre était en train de procéder au triage des lettres, il sort de son trou les yeux hagards, les deux bras levés, brandissant d’une main sa boite aux lettres, de l’autre une liasse d’enveloppes et s’écrie d’une voix suppliante :  » Pardon, pardon, Monsieur ! « . Il est à remarquer que la plupart criaient :  » Pardon « , plus encore que  » Kamarade « . Nous les encouragions de notre mieux, leur disant dans leur langue qu’on ne leur ferait pas de mal s’ils se rendaient. « 
Les prisonniers sont conduits en direction du ravin des Trois-Cornes où se trouve le P.C. du régiment.
A 12 h, le bois de Nawé et la contre-pente nord du ravin de la Dame sont reconquis.
A 14 h, la contre-pente nord du ravin de la Couleuvre est atteinte. Les hommes s’y déploient et poursuivent en direction du village de Douaumont.
Les ruines du village sont reprises à
14 h 45 par le 4e Zouave qui s’y fortifie. Deux patrouilles poursuivent ensuite en direction du fort de Douaumont pour tenter de le contourner.
A 15 h, une patrouille de la 17e compagnie du 8e Tirailleur part faire une reconnaissance en avant des lignes. Elle descend dans le ravin de la Goulotte, puis dans le ravin de Helley ou elle attaque plusieurs abris ennemis et fait plusieurs prisonniers.

Le 4e Mixte Z.T. (lieutenant-colonel Vernois) subit peu de temps avant l’heure H, un tir bien ajusté de l’artilleries allemandes. Les blessées et les morts sont nombreux, 200 hommes environs.
A 11 h 39, il s’élance tout de même et parvient à atteindre la ferme de Thiaumont et à la reprendre.
A 12 h 25, ayant poursuivit sa progression, il se trouve face au bois Morchée.
A 14 h 45, il aborde le village de Douaumont et le réoccupe avec le 4e Zouave. Il s’établie finalement à 60 m en avant du village.

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Le R.I.C.M. (Régiment d’Infanterie Colonial de Maroc) (lieutenant-colonel Regnier) part du ravin des Vignes:
- le 4e bataillon (commandant Modat) doit s’emparer de la 1ère ligne ennemie et s’y organiser défensivement.
- le 1er bataillon (commandant Croll) doit dépasser le 4e, encercler le fort de Douaumont et s’organiser en avant.
- le 8e bataillon
(commandant Nicolay) doit pour finir prendre et nettoyer le fort.

A 11 h 40, le 4e bataillon s’élance vigoureusement mais se heurte rapidement à un tir de mitrailleuse imprévu. Cette mitrailleuse allemande s’est infiltrée à la faveur du brouillard dans les premières lignes françaises. Ces dernières avaient été évacuées pour ne pas risquer que leurs occupants subissent le tir de l’artillerie française. Tous les hommes sautent aussitôt dans les trous pour se mettre à l’abri. Dans cet élan, le commandant Modat est blessé.
Un certain « flottement » se produit alors dans la troupe, composée de Sénégalais. Il devient urgent que cette mitrailleuse soit maitrisée si l’on ne veut pas réduire à néant l’entrain qui avait été manifesté au départ.
Le capitaine Alexandre, qui a pris le commandement, prend aussitôt l’initiative et s’élance en hurlant en direction de la mitrailleuse. Electrisés, ses hommes le suivent et en quelques minutes, les servants de la mitrailleuse sont tués à coup de grenade.

La troupe peut enfin poursuivre sa progression. Elle occupe bientôt les tranchées allemandes de premières lignes et s’y fortifie.

Comme cela est convenu, le 1er bataillon dépasse alors le 4e bataillon à travers le brouillard. Il s’avance vers le fort afin de le contourner par la gauche et la droite et s’établir au-delà. Cependant, à quelques 300 m des fossés, le brouillard se déchire brusquement et le bataillon s’aperçoit qu’il est seul dans la plaine. Il doit théoriquement, avant de continuer plus avant, attendre le 8e bataillon qui à la mission d’investir le fort et qui est le seul outillé pour !

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Quelques temps plus tard, ne voyant toujours pas le 8e bataillon et trépiniant d’impatience, le capitaine Dorey, sous les ordres du commandant Croll, décide, puisque personne ne vient l’aider, de poursuivre son élan et de prendre le fort seul.
Témoignage du sergent Gaston GRAS du R.I.C.M :  » Il commande l’attaque immédiate, sans perdre une secondes !
Les ordres s’envolent, frémissants, martiaux !
- Compagnie Brunet ! Courez à la face sud-ouest, et attaquez !
- Compagnie Mazeau ! Attaquer la gorge du fort ! et dare-dare !
- Compagnie Fredaigne ! Rester en arrière pour recueillir la bataillon, s’il tombe sur un bec !…
- Goubeaux ! suivez-moi avec les mitrailleuses de réserve ! Nous allons, entre Brunet et Mazeau, prendre notre part de l’attaque !
Alors, transfigurées, au pas de course, les compagnies obéissent.
En tête de la compagnie Brunet, une patrouille de combat, commandée par un humble mais héroïque caporal, Béranger, saute hardiment dans le fossé du fort, se précipite sur le coffre de contrescarpe : déjà des mitrailleurs ennemis s’assoient précipitamment à leurs pièces, engagent des bandes souples, vont tirer ; à coup de crosses, la patrouille Béranger les assomme à leurs postes…
Désormais, le fossé ne sera plus balayé par la Maxims, mise à la raison…
De son côté, la compagnie Mazeau se rue dans la gorge, s’en empare.
La compagnie Fredaigne les suit, commandée par un simple adjudant, tous les officiers ayant été tués au cours de l’attaque…
Alors un torrent d’hommes se jette dans les fossés, grimpe sur le fort, envahit les superstructures : c’est un calvaire, mais un calvaire triomphal. « 

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Qu’est devenu de le 8e bataillon ? Il s’est élancé dans la brume à la suite des 2 autres bataillons. Boussole à la main, le commandant Nicolay progresse droit devant mais s’étonne de ne pas rencontrer les obstacles qu’il a sur son plan. Au bout d’un moment, alors qu’il aurait déjà dû rencontrer le fort, il stoppe son bataillon dans l’incertitude la plus complète.

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Soudain, un soldat allemand qui hère entre les lignes s’approche. Il est mené au commandant et questionné hâtivement. Puis il donne la bonne direction pour atteindre le fort… Il s’avère que Nicolay avait dirigé son bataillon trop à l’est car l’aiguille de la boussole était déviée par l’acier de son revolver. Le bataillon reprend sa marche rapidement. Il arrive enfin devant les fossés du fort et retrouve le 1er bataillon qui vient juste d’occuper les superstructures.

La relève se déroule, le 8e bataillon fortifie les superstructures et commence à pénètre à l’intérieur du fort pour le nettoyer petit à petit de ses occupants.
Le 1er bataillon, quant à lui, reprend sa marche vers le nord et va s’établir devant le fort, sur les emplacements qui constituent son objectif final.
Témoignage de Fernand DUCOM de la compagnie divisionnaire 19/2 du Génie, mise à disposition du 8e bataillon du R.I.C.M. :  » Nous passons près de l’abri Adalbert, ruiné, au sud-ouest du fort ; puis dans un ultime élan, nous atteignons le fossé de Douaumont. Contemplant notre proie, hésitant sur le bit à atteindre, nous marquons un temps d’arrêt. Mais le sous-lieutenant Huguet, qui a aperçu la tourelle de 155, notre objectif, de s’écrier :  » Allons ! en avant, génie ou coloniaux !  » Nous partons trois en tête, la baïonnette haute, le doigt sur la détente ; il me semble que je suis invulnérable. Nous défilons devant de nombreux créneaux aménagés sur la face du fort ; pas un coup de feu n’en sort. Quelques grenades sont lancées dans les cheminées d’aération. Dans un suprême effort, nous grimpons sur la tourelle de 155…
Mais les Allemands, repliés dans une carrière, à 300 mètres de là, nous ont aperçus. Des obus de petit calibre, ceux d’un canon-revolver, qui doit faire mouche à chaque coup, commencent à tomber…

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Les projectiles éclatent sans interruption, de tous côtés ; des blessés, des morts jonchent le sol. La mitrailleuse des coloniaux, en position à quelques mètres devant nous, a un grand nombre de ses servants hors de combat. Quelques-uns ont des blessures affreuses ; et il est singulièrement émouvant de voir avec quel empressement les indemnes prennent leur place.
Maurice Daney, le plus cher de mes amis de guerre, tombe dans les bras, le crâne ouvert, frappé à mort. Je ressens moi-même un choc violent au bras, un autre au cou, ma capote est criblée d’éclat et cependant je n’ai aucune blessure…
Venant du chaos du champ de bataille et pénétrant dans le fort par l’entrée principale… Errant dans les couloirs, je tombe enfin sur mon capitaine, tout heureux de me savoir vivant. Son premier lieutenant est blessé, quatre des sous-lieutenants seulement sont indemnes, les autres sont tués, blessés ou disparu.
Chargés de trouver un logement pour les survivants de la compagnie, je découvre plusieurs locaux près de la chambre du commandant allemand, le hauptmann Prollius. Ce dernier est là et l’honneur de sa capture revient à l’un de nos hommes, le maître-ouvrier Dumont, un petit gars débrouillard de la banlieue parisienne. Pénétrant le premier dans le fort, avec un seul colonial, il sut en imposer aux quatre officiers et aux vingt-quatre hommes, des pionniers, qui en constituaient, au moment de l’attaque, toute la garnison. Quelle ne fut pas la surptise du gros des attaquants lorsque, descendant un grand moment après dans l’ouvrage, ils trouvèrent nos deux gaillards en compagnie d’une bande d’Allemands, avec qui ils faisaient déjà bon ménage…
L’état-major allemand est présenté au commandant Nicolaï. Les quatre officiers, d’une correction extrême, paraissent ahuris de notre succès. S’adressant en bon français au chef du 8e bataillon :  » Monsieur, dit le commandant allemand, je suppose que vous serez heureux de vous installer dans ma propre chambre ; elle est à votre disposition « .  » Monsieur, lui répond Nicolaï, en le toisant de haut, le commandant français couchera cette nuit à la porte du fort, avec ses hommes… « . J’ai entendu cela… « 

 

 

Voyons maintenant les autres actions du plan d’attaque français.
Le centre est tenu par la 133e D.I. (32e, 102e, 116e et 107e B.C.P., 401e R.T., 321e R.I.). Mission : s’emparer à la hauteur de Fleury, du ravin de Brazil, des pentes de la Caillettes et du ravin de la Fausse-Cote.

A 11 h 40, le 116e B.C.P. (commandant Raoult) s’élance de Fleury et des abords de la station. En 58 minutes, il atteint le bas de la croupe nord du ravin de Bazil, entre le ravin de la Caillette et celui de la Fausse-Côte. Son objectif est atteint.

A 11 h 40, le 102e B.C.P. (commandant Florentin) suit le 116e B.C.P. jusqu’au ravin de Bazil. Il passe ensuite devant lui et atteint le ravin de la Fausse-Côte, après avoir dispersé à la baïonnette un bataillon ennemi.

A 11 h 40, le 107e B.C.P. (commandant Pintiaux) sort des tranchées au nord de la chapelle Sainte Fine, franchit sans grande résistance le bois de Vaux-Chapitre et le ravin du Bazil. Il arrive enfin dans la région nord de l’étang de Vaux. Son objectif est atteint.

A 11 h 40, le 401e R.I. (lieutenant-colonel Bouchez) s’avance dans le ravin des Fontaines.
Ses éléments de gauche atteignent assez vite le débouché du couloir de la Fausse-Cote et peuvent s’y organiser. Par contre, ceux de droite se heurtent à une forte résistance dans le ravin des Fontaines et au « Nez de Souville ».
Après un dur combat, le régiment parvient tout de même jusqu’à l’étang de Vaux. Son objectif est atteint.

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A 11 h 40, le 321e R.I. (lieutenant-colonel Picard) débouche de la tranchée de Pauly et Vidal, au nord-ouest de Fleury. Il part vers le nord-est pour atteindre à 12 h 35 la croupe du bois de la Caillette.
A 13 h 30, la 19e et 23e compagnie et la 5e compagnie de mitrailleuses, toutes trois commandées par le commandant Megemont, reprennent leur marche et arrivent en vue du fossé sud-est du fort de Douaumont. Leur mission est de s’emparer de la batterie à l’est du fort, ce qu’elles parviennent à faire rapidement car la batterie est sans défenseur.
Le commandant Megemont se trouve ensuite dans le même embarras que va l’être le capitaine Dorey, du 1er bataillon du R.I.C.M. dans 30 minutes : Il se trouve seul face au fort de Douaumont qui semble à porté de main… Il va alors réagir avec la même audace que le fera Dorey, laissant le gros de la troupe aux abords immédiats du fort, il traverse le fossé sud-est avec 3 hommes.
Il atteint rapidement l’observatoire et la petite tourelle est, puis, alors que quelques hommes sont venus grossir la troupe, capture un sous-officier allemand et 7 hommes.
Une demi heure plus tard, le commandant Megemont et ses hommes retrouvent sur la superstructure du fort les éléments du 1er bataillon du R.IC.M. puis du 8e bataillon.
Le 321e R.I. est donc, en cette journée historique, sous la forme d’une poignée d’homme, le premier à avoir escaladé les remparts du fort de Douaumont.
Témoignage du colonel PICARD, du 31e R.I. :  » Le régiment colonial du Maroc devait, le 24 octobre, prendre le fort : il l’a pris: ça, c’est de l’histoire. Mais il pourra impartialement ajouter que ce sont les vieux du 321e régiment d’infanterie qui, les premiers, ont grimpé sur le fort : ça aussi, c’est de l’histoire. « 

 

La droite est tenue par la 74e D.I. (50e et 71e B.C.P., 222e, 229e, 230e, 299e et 333e R.I.) renforcée par le 30e R.I. Ses positions vont de la Haie-Renard au font de Beaupré. Mission : s’emparer du Chênois, de la Vaux-Régnier, du bois Fumin, du Fond de la Horgne puis du fort de Vaux.

A 11 h 40, le 230e R.I. (lieutenant-colonel Viotte) s’élance des tranchées Claudel et Garrand et conquiert en 10 minutes les 1ere positions ennemies.
A peine reparti vers son 2e objectif, le régiment est pris sous le feu des mitrailleuses allemandes qui, devant le bois Fumin, sortent des trous d’obus et de l’ouvrage de la Sablière. Les pertes sont lourdes. Il doit stopper sa marche dans la tranchée Gotha-Siegen. Il est bloqué à cet endroit tout le reste de la journée.

A 11 h 40, le 333e R.I. (lieutenant-colonel Franchet d’Esperey) s’élance vers les tranchées de Moltke et Fulda et parvient à les enlever malgré la violence du feu allemand.
Il s’élance ensuite vers la Vaux-Régnier et aborde l’ouvrage des Grandes-Carrières et s’en empare à 12 h 15.
Cette avancée lui a coûté de nombreuses pertes et c’est avec des forces réduites qu’il tente d’atteindre les Petites-Carrières nord. Son but et de contourner le fort de Vaux par l’ouest.
Malgré l’aide du 50e B.C.P., il ne peut exécuter ce mouvement. Les compagnies se fortifient sur place.
S’abat alors sur ses positions un violent bombardement de l’artillerie française qui n’est pas au courant des nouvelles positions de son infanterie. Il est contraint de reculer et de laisser le terrain qu’il vient de conquérir.

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A 11 h 40, le 299e R.I. (lieutenant-colonel Vidal) au centre de la division, s’élance des parallèles de départ et tombent sur les tranchées Clausewitz et Seydlitz protégées par des barbelés intact et fortement occupés.
9 h durant, il se bat à la grenade sans pourvoir prendre le dessus sur l’ennemi.
A 18 h, il reçoit le renfort d’éléments des 50e et 71e B.C.P. et envisage un nouvel assaut.
Il s’élance à 20 h et parvient enfin à enfoncer les îlots de résistances ennemis. Il reprend la tranchée de la Horgne, dépasse ensuite le petit Dépôt et achèvent son encerclement vers minuit.
Les pertes sanglantes qu’il a subit ne lui permettent pas de continuer la lutte. Certaines compagnies ont perdu les ¾ de leurs effectifs.
Le général de Lardemelle, qui commande la 74e D.I., déçu de ne pas avoir ou reconquérir le fort de Vaux, est contraint à demander au bataillon de se fortifier sur place.

A 11 h 40, le 50e B.C.P. sort des tranchées au nord de la chapelle Sainte Fine, franchit sans grande résistance le bois de Vaux-Chapitre et le ravin du Bazil. Il arrive enfin dans la région nord de l’étang de Vaux.
Des éléments se joignent au 333e R.I. pour tenter d’atteindre les Petites-Carrières nord, afin de pouvoir contourner le fort de Vaux par l’ouest. Cependant, ce mouvement ne peut être exécuté. Les éléments se fortifient sur place.
A 18 h, d’autres éléments se joignent au 229e R.I. qui tente d’enlever les tranchées Clausewitz et Seydlitz.
A 20 h, ses éléments lancent avec le 229e un assaut qui permet d’enfoncer les îlots de résistances. Les 2 tranchées, puis leurs arrières sont reconquises vers minuit.

A l’heure H, le bataillon Baillods du 30e R.I. s’élance et enlèvent les tranchées Werber et Von Kluck au sud de Damloup. De nombreux soldats allemandes sont capturés.
Témoignage du sous-lieutenant MARTIN, du 30e R.I. :  » Soudain, des coups de feu dans le dos. Derrière nous, à gauche, à cant cinquante mètres, la batterie de Damloup émerge du sol ; la compagnie du régiment voisin (222e R.I.) qui devait l’occuper se sera égarée dans le brouillard. Quelques Boches, le déluge d’obus passé, ont commencé à sortir de leurs profonds abris. Effarés sans doute de voir les Français derrière eux, ils tiraillent déjà. Un frisson d’angoisse. Que faire ? Quelle décision prendre ? Mon capitaine n’est pas là est les secondes sont précieuses. A la grâce de Dieu ! Je crie de toutes mes forces : demi-tour ; à la batterie… au pas de course !…
Nous courrons comme des fous. Il s’agit d’arriver avant que tous les Allemands, sortis de leur abris bétonnés, ne soient installés. J’ai demandé à un camarade, officier mitrailleur, qui nous accompagne, de tirer quelques bandes par-dessus nos têtes, pour effrayer l’ennemi. Il s’arrête vite, craignant de nous atteindre. Mais déjà nous voilà en haut de l’ouvrage, criant comme des démons.  » Feu !  » les grenades voltigent. Il était temps. Déjà une mitrailleuse boche s’installait, dont les servants sont immédiatement descendus et je hurle :  » Hände hoch ! (haut les mains !) Désemparés par cette attaque qui leur arrive dans le dos, affolés. Quelques Boches ont levé les bras, un officier en tête ; les autres les imitent, et en voilà qui sortent de leur abris. Il en vient, il en vient encore ; trente, cinquante, quatre-vingts, tous levant frénétiquement les bras. Et nous ne sommes qu’une cinquantaines de Français, le fusil prêt, des grenades à la main ; ne laissant libre que le côté français, je leur indique la direction avec mon bras tendu, tandis que dans ma poitrine, mon cœur bondit de joie et de fierté… Les Boches courent vers l’arrière, où les territoriaux qui les attendent agitent leur casque à bout de bras pour nous acclamer. Dans les abris de la batterie, nous avons ramassé quatre Minnenwerfer et six mitrailleuses…
Nous sommes retournés à nos emplacements. Stupéfait et ravi, mon capitaine téléphone le succès au colonel tandis qu’arrivent nos voisins de gauche (222e R.I.), assez étonnés d’occuper la batterie sans coup férir… »

A 11 h 40, le bataillon Desbrochers des Loges du 222e R.I. saute hors des tranchées Mudra et Steinmetz au bois de la Lauffée. Il s’empare de l’abri dit « du combat » après un fort combat à la grenade. Il poursuit sa marche et occupe la batterie de Damloup prise par le 30e R.I. Il ne peut progresser plus avant.

 

Le bilan de la journée est très satisfaisant.
En ce qui concerne la 133e D.I., tous les objectifs sont atteints à 16 h 30 : le ravin du Bazil (116e B.C.P.), le ravin de la Fausse-Côte (102e B.C.P.),
la moitié ouest du bois de Vaux-Chapitre et la région nord de l’étang de Vaux (107e B.C.P.), le ravin des Fontaines et le « Nez de Souville » (401e R.I.), le bois de la Caillette et la batterie à l’est du fort de Douaumont (321e R.I.).

En ce qui conerne la 38e D.I., tous les objectifs sont atteints à 20 h : la carrière d’Haudraumont (11e R.I.), le bois de Nawé, le ravin de la Couleuvre et le village de Douaumont (8e Tirailleur et 4e Zouaves), la ferme de Thiaumont (4e Miste Z.T.), le fort de Douaumont et ses abords (R.I.C.M.).

En ce qui concerne la 74e D.I., malgré une lutte acharnée toute l’après-midi et une bonne partie de la nuit, les objectifs n’ont pas put tous être atteints. Ont été repris : la moitié est du bois de Vaux-Chapitre (50e B.C.P.), une partie du bois Fumin (230e R.I.), la Vaux-Régnier (333e R.I.), le Fond de la Horgne (299e R.I.). Les troupes n’ont pas pu aborder le plateau du ford de Vaux et le fort lui même.

Malgré ces quelques échecs, le 24 octobre est une journée glorieuse pour les combattants de Verdun. Le fort de Douaumont est définitivement repris et le fort de Vaux est de nouveau très proche des 1ere lignes françaises.
Les gains ont été de 6000 prisonniers, 164 mitrailleuses et 15 canons.

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Témoignage de Fernand DUCOM de la compagnie divisionnaire 19/2 du Génie, mise à disposition du 8e bataillon du R.I.C.M. :  » On a écrit que le fort, en cette soirée du 24, était dans un état de saleté repoussante, qu’une odeur nauséabonde y régnait. J’avoue n’avoir pas du tout vu Douaumond sous cet aspect peu engageant. En réalité, les Allemands avaient admirablement organisé leur conquête. Des lampes électriques à réflecteurs répandent partout une brillante lumière ; des lits confortables ont été placés dans tous les locaux ; toutes sortes d’appareils (téléphones, T.S.F., appareils à oxigène contre les gaz, tous de marque allemande), ont été installés ; les couloirs sont propres, l’atmosphère nullement empuantie, contrairement à ce qu’on écrit. Le fort possède une centrale électriqu, un « lazarett » (hôpital) bien organisé et même un « kasino ». Visiblement, l’ennemi s’était installé de façon définitive; notre arrivée foudroyante l’a surpris, ne lui laissant pas le temps d’organiser une défence sérieuse. Quelques Allemands ont essayé de résister ; leurs cadavres gisent de-ci-de-là, complétement carbonisés par les lance-flammes de notre compagnie Schilt…

Un incendie a été allumé par nos obus dans une casemate effondrée ; le commandant allemand, qui ne doit être évacué vers l’arrière en tant que prisonnier qu’à l’aube, offre de l’éteindre avec ses hommes ; on le lui accorde et je suis chargé de le surveiller. Muni, ainsi que ses pionniers, d’appareils Draeger à oxygène, il s’emploie très activement à l’extinction du feu, fort menaçant. Il faut voir avec quelle promptitude ses hommes obéissent aux ordres qu’il leur donne.
Ainsi, pendant cette nuit du 24 au 25 octobre, le fort de Douaumont posséda deux commandants : un Allemand, un Français.
Revolver au poing, isolé pendant plusieurs heures avec mes Boches, j’ai pu causer longuement avec leur commandant, le Hauptmann Prolius, nullement arrogant, quoi qu’on en ait dit, et qui parle assez correctement le français. C’est un capitaine d’artillerie d’active, âgé de 32 ans, au front depuis le début de la guerre et décoré de la Croix de fer. Le véritable commandant du fort ayant été blessé, il exerçait ses fonctions depuis trois semaines.
Il admire en connaisseur le travail de notre artillerie ; il reste pensif quand on lui parle de Verdun ; beau joueur, il reconnaît notre succès, mais il croit malgré tout à un coup prochain et décisif de l’Allemagne.
En attendant, il m’annonce la prise de Bucarest, et il me donne son opinion sur les principaux alliés : le soldat français est le meilleur de tous (c’est aussi mon avis, mais dans sa position, il ne pouvait guère me dire le contraire) ; l’Anglais ne vaut rien comme guerrier, il est, de plus, cordialement détesté ; le Russe, ordinairement brave, attaque en masses compactes et subit des terribles pertes. La guerre sur le front oriental est beaucoup moins dure que chez nous… « 

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Les Allemands quittent le fort, repris par les Français
(photo prise le 25 octobre)

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Front au 24 octobre 1916


 

25 octobre – Organisation des positions conquises la veille et poursuite de la lutte
Les succès de la veille ont donné un grand espoir aux soldats et aux officiers. Le général Mangin ordonne la poursuite de l’offensive avec la reprise du fort de Vaux le jour même.

Dans la nuit, le 113e R.I. monte en ligne dans le secteur qui s’étend du fort de Douaumont au ravin de la Fausse-Cote. Il occupe le ravin de la Caillette, du Bazil et de Chambouillat et notamment, la tranchée du chemin de fer.
Le 102e R.I. releve le 1er bataillon du R.I.C.M. Dans l’attaque de Douaumont, le R.I.C.M. a perdu 829 hommes et 23 officiers.

Au matin, les unités qui occupent le fort de Douaumont organisent la défense.
Témoignage de Fernand DUCOM de la compagnie divisionnaire 19/2 du Génie, mise à disposition du 8e bataillon du R.I.C.M. :  » Au petit matin, mon capitaine me charge d’organiser la défence du fort ; obstruction des entrées, aménagement de créneaux de tir et d’emplacements de mitrailleuses, avec tous les sapeurs disponibles. La compagnie a également pour mission la surveillance des issues et la police intérieure. Cela vaut au simple sergent que je suis une altercation violente avec un commandant du 102e R.I., venu relever le 1er bataillon du R.I.C.M. et qui s’obtine à encombrer les couloirs de Douaumont, au lieu d’aller occuper ses positions, en avant du fort. Devant mon attitude énergique, il se décide enfin à évacuer la place. »

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Une entrée obstruer et une mitrailleuse allemandes retrouvée dans le fort de Douaumont

A 10 h, 2 bataillons du 216e R.I., en ligne dans le secteur de la Vaux-Regnier, s’avancent des carrières vers le fort de Vaux. Ils sont fauchés par les mitrailleuses allemandes et ne peuvent progresser.

Le 230e R.I. continue sa lutte en s’efforcant d’avancer par petites fractions dans le bois Fumin. Il est bloqué sur ses positions par le bombardement allemand.

Les 233e et 333e R.I. tentent de reprendre le terrain qu’ils ont dut quitter la veille, mais sans succès.

Finalement, à la fin de la journée, aucun régiment n’est parviennu à améliorer ses positions. Le bombardement allemand a été très violent, surtout dans le secteur de Vaux.


 

26 au 31 octobre – Nouvelle préparation d’artillerie française sur le fort de Vaux
Aucune nouvelle progression n’est réalisée. De part et d’autre, chaque camp reste sur ses positions, à bout de force, sous une pluie qui ne cesse.
Témoignage de L. CHEVRIER, du 113e R.I. :  » Dans la nuit noire, sans lune, sous la pluie, nous descendons les pentes du ravin de la Fausse-Côte. Tout à coup, un hurlement terrible et sinistre ; instinctivement, nous nous couchons ; aussitôt après, nous sommes environnés de feu, un fracas épouvantables, des sifflements aigus, tout vole autour de nous.
Une odeur terrible se fait sentir ; il faut continuer notre chemin vers l’avant ; c’est à peine si nous avons la force de nous relever ; cette odeur nouséabonde nous donne envie de vomir
.
Ce n’est qu’au matin brumeux, que cherchant de nos observatoires, à mi-pente du ravin, le chemin par où nous sommes venus sur cette mer de boue sans nom, nous nous rendons compte que, surpris par une rafale, nous nous sommes couchés au milieu d’un grand cimetière allemand. Les obus sont venu sortir les cadavres de leurs tombes pour les déchiqueter, les projeter en l’air, puis les rejeter à nouveau, avec la glaise immonde, sur nos capotes détrempées par la pluie. »

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Le 28, le général Mangin relance l’offensive sur le fort de Vaux et commence par relever les divisions qui ont attaqué le 24, épuisées par 4 jours de combats. Une nouvelle préparation d’artillerie est engagée sur Vaux et ses alentours.

Au 31 octobre, le front français est composé de la façon suivante :
- la 7e D.I. (102e, 103e, 104e et 315e R.I.) est en ligne du bois d’Haudraumont au village de Douaumont ;
- la 37e D.I. (2e et 3e Zouaves, 2e et 3e Tirailleurs) est en ligne du village de Douaumont à la Tourelle est, en avant du fort ;
- la 9e D.I. (66e B.C.P., 4e, 82e, 113e et 313e R.I.) est de la Tourelle est du fort de Douaumont à l’étang de Vaux ;
- la 63e D.I. (216e, 238e, 292e, 298e, 305e et 321e R.I.) se trouve dans le secteur de Vaux ;
- la 22e D.I. (19e, 62e, 116e, 188e R.I.) monte en ligne pour renforcer la 63e dans le secteur de Vaux.

 


1er novembre – Evacuation du fort de Vaux par l’armée allemande
La préparation d’artillerie française débutée la veille, s’intensifie toute la journée.

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Mise en place d’un canon de 105 mm


 

2 novembrePréparation d’artillerie française sur le fort de Vaux
Dans la nuit, les Allemands évacuent le fort de Vaux. Ils sont tout a fait conscient que les Français entament la reprise de l’offensive débutée le 24 octobre. Se rendant compte que le fort est intenable, en raison du pilonnage par gros calibres qui a repris, ils se résignent à leur défaite.

Vers 17 h, une conversation allemande par radio est interceptée par les Français. Elle révéle l’évacuation du fort de Vaux.
Une compagnie du 118e R.I. et une du 298e R.I. sont chargées d’aller vérifier l’exactitude de l’information. Le 118e doit aborder le fort par les faces ouest et est alors que le 298e doit approcher par la face sud. La mission doit s’exécuter dans la nuit. Elle débute le 3 novembre vers 1 h.


 

3 novembre – Reconquête du fort de Vaux.
Témoignage du sergent abbé CHEYLAN, du 118e R.I. :  » Vers 1 heure du matin, notre commandant de compagnie, le capitaine Fouache (3e compagnie du 118e R.I.) vient nous trouver et nous désigne, l’adjudant Lelé et moi (sergent Cheylan), pour aller reconnaître le fort :
- Prenez 10 hommes, nous dit-il, et parter en patrouille, l’adjudent Lelé face à la corne ouest, le sergent Cheylan, face à la corne est. Comme consigne : faire beaucoup de bruit pour qu’on vous tire dessus, si le fort est encore occupé
.
Les hommes acceptent la mission sans enthousiasme. Cepandant, ils suivent. Je marche en tête avec deux volontaires. Nous approchons de la masse énorme. Des trous d’obus formidables nous engloutissent tous les dix.

Voici le fossé ; on hésite à y descendre. Partout le silence. Enfin, nous nous laissons glisser le long de la pente et nous nous rencontrons avec la patrouille du 298e qui devait reconnaître la face sud du fort.

Je découvre à droite de la porte d’entrée à la gorge du fort, un éboulement qui permet au capitaine Fouache, au lieutenant Mathelier et à une dizaine d’hommes du 118e d’escalader le fort. Ils parcourent la superstructure, notamment vers la tourelle de 75, sans trouver d’issue. Le lieutenant Mathelier trouve près de la porte de la gorge un trou bouché par des sacs de terre ; ce trou est ouvert à coup de pioche.

J’y pénètre en rampant à la suite du lieutanant Dio (298e). Une fumée âcre et une odeur pestilentielle nous prennent à la gorge. Nous inspectons l’intérieur et nous ne découvrons que les traces de la fuite précipitée de l’ennemi : armes, munitions, eau minérale, etc…

Il est environ 2 h 30. Après le fort de Douaumont, le fort de Vaux est à son tour définitivement délivré. « 

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Le fort de Vaux reconquis (la superstructure)

Dans la journée, des éléments du 82e R.I. en ligne vers l’étang de Vaux, se portent en avant. Ils parviennent à atteindre à gauche, la tranchée de Ralisbonne, et à droite, le village de Vaux. La partie est du villaget repris ainsi que le village de Damloup.

A 21 h 30, le 62e R.I. se place sur les positions du 299e R.I. qu’il relève (à l’est du fort de Vaux reconquis).

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Front au 3 novembre 1916


 

4 novembre
Le nouveau front français domine à présent les positions allemandes.
En 10 jours seulement, les Allemands ont perdu le terrain qu’ils ont mis plus de six mois à conquérir, et qui leur à coûté tant de vie.

Dans les autres secteurs du champs de bataille de Verdun, les lignes n’ont pas bougé, il n’y a pas eu de victoires. Les hommes qui n’ont pas pris part aux événements des 24 octobre et 3 novembre, n’ont perçu que de manière très estompé l’élan d’espoir qui vient d’animer la France entière. Leur quotidien n’a pas changée, leurs souffrances et leurs misères sont les mêmes.
Témoignage de Robert TERREAU, caporal au 203e R.I., en ligne au Mort-Homme fin octobre :  » Je me suis attardé cette nuit au P.C. du capitaine à qui j’ai porté des renseignements.
Je jour est venu et il me faut rejoindre ma section en première ligne. Le boyau a été comblé par le bombardement et je n’ai d’autre ressource que de me glisser de trous d’obus en trous d’obus.
J’ai une centaine de mètres à parcourir. La tranchée allemande de Feuillères domine légèrement la nôtre sur la gauche.
D’abord, tout va bien et j’ai déjà franchi la moitié du parcours. Au moment où je vais sortir d’un entonnoir, une balle claque et soulève un peu de terre près de moi. Un guetteur ennemi m’a vu. Je reste au fond de mon trou pendant quelques secondes, puis je me précipite d’un bond vers un autre entonnoir. Deux coups de feu sont partis du poste sans m’atteindre.
Je me suis jeté à plat ventre. Ma main s’est accrochée dans un barbelé et saigne. Je n’ose plus faire un mouvement. Je suis devenu le gibier que guette le chasseur.
Je reste un long moment immobile, pesant ainsi lasser mon adversaire. Puis je m’écarte dans une autre direction pour tromper le tireur. Il tire tout de même mais me manque encore.
Je suis essoufflé et je me colle au sol. Une odeur épouvantable m’assaille aussitôt. Je suis blotti contre une forme humaine à moitié enfouie dans la boue. Le drap de la vareuse a pris la couleur de la terre et seuls quelques détails de l’équipement m’indiquent que c’est un cadavre allemand. Je rampe pour éviter l’affreux contact, mais partout la terre est jonchée de débris horribles. Je passe près d’un cadavre français dont les mains crispées, noires, décharnées, se dressent vers le ciel comme si le mort implorait encore la pitié divine.

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Aussi loin que mon regard peut porter, le sol est couvert de cadavres, amis ou ennemis, restés figés dans les poses les plus invraisemblables. Le sommet du Mort-Homme ressemble par endroits à un dépôt d’ordures où s’amoncellent des lambeaux de vêtements, des armes mutilées, des casques déchiquetés, des vivres qui pourrissent, des os blanchissants, des chairs putréfiées.
Enfin, je saute dans notre tranchées. Mes mains, ma capote, tout sent le cadavre, mais mon optimiste reprend le dessus.
L’odeur de mort nous est devenue si familières dans ce secteur de Verdun, qu’elle ne m’empêche pas de manger avec mes mains souillées un croûton de pain que réclame mon estomac affamé.
Habillement endiguée par l’ennemi et dirigée vers nos lignes, l’eau à envahi bientôt notre tranchée. Grossi par les pluies, le fleuve s’insinue entre nos remparts de terre et mine nos parapets qui s’effondrent.. la tranchée n’est plus maintenant qu’une mare de boue d’où monte une odeur intolérable.
On se réfugie sur les rares banquettes qui tiennent encore. Les caisses de grenades constituent des perchoirs sur lesquels on s’agrippe et où l’on cherche à grouper les couvertures, les musette, les grenades et les armes.
Toute tête qui dépasse le parapet est une cible pour le guetteur d’en face. Il faut reste accroupi sur son socle pour ne pas s’enfoncer dans la boue jusqu’au ventre ou rester enlisé.
Au bout de quelques heures, cette position cause une souffrance atroce.
Il est impossible de communiquer entre nous pendant le jour. Tout objet qui échappe des mains est irrémédiablement perdu dans la boue liquide. Le moral est plus bas que je ne l’ai jamais vu devant de telles misères physiques. La pluie tombe sans arrêt et traverse nos vêtements. Le froid nous pénètre, les poux nous sucent ; tout le corps est brisé.
La pluie et la boue décomposent les cadavres d’où s’exalte une odeur écœurante. Nous ne mangeons plus. Je vois des hommes de 40 ans pleurer comme des enfants. Certains voudraient mourir.
Les grenades, les cartouches, les fusées sont noyées. La boue pénètres dans les canons et le mécanisme des fusils, les rendant hors d’usage. Nous serions incapable de résister à une attaque allemande.
Seule la nuit nous permet de quitter une position que nous avons dû garder pendant douze heures. « 

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source : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

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La bataille de Verdun Juillet

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 Période Juillet 1916

source : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

1er juillet – Nouvelle attaque français sur Thiaumont (rive droite)


Rive droite
Le 1er juillet, à 10 h 30 du matin, débute la bataille de la Somme. 26 divisions franco-britanniques, soit 100.000 hommes, passent à l’attaque sur un front de 40 km, Anglais au nord, Français au sud. Elles espèrent enfoncer les lignes allemandes, mais elles se heurtent à des troupes informées depuis longtemps de l’offensive.
A la fin de la journée, les pertes subies par l’armée britannique s’élèvent à 57.470 hommes, dont 19.240 tués. Et pour une progression insignifiante.

La bataille de Verdun Juillet  p167

A sud, les Français ont avancé nettement plus vite, mais dans l’ensemble, cette journée est un sanglant échec.

Le nouveau chantier tant voulu par Joffre est ainsi ouvert… une nouvelle bataille d’usure commence.
A partir de ce moment, l’armée allemande doit diviser ses forces et ses moyens. Désormais, la majorités de ses trains, qui transportaient les hommes, les vivres, les tonnes de minutions et de matériel, se dirigent vers un autre secteur que celui de Verdun.

A Verdun, comme nous l’avons vu, l’armée allemande a lancé, le 23 juin, son offensive de  » la dernière chance  » !
Les fantassins allemands ne sont plus, désormais, qu’à 4 km de la ville et poursuivent leurs assauts effrénés en direction de Souville.
Ils vont poursuivre leurs efforts jusqu’au 12 juillet, causant du côté français, comme du leur, des pertes démesurées. Dans la soirée du 12, après 2 jours de terribles combats, le Kronprinz recevra l’ordre, puisque les objectifs fixés n’ont pas pu être atteints,  » de se tenir désormais sur une stricte défensive «  … L’Allemagne aura dés lors perdue la bataille de Verdun et commencera la lente reconquête française…

 

A 10 h, les 4e et 5e bataillons du 248e R.I. qui ont attaqué la veille sur Thiaumont, renouvellent leur tentative.
A 11 h, les retranchements Y et Z respectivement à 300 et 400 m du P.C. 119 sont reconquis. Par cette action, le commandement local croit l’ouvrage de Thiaumont de nouveau en possession des Français et diffuse la nouvelle à 11 h 30. C’est bien évidemment une erreur ! En fait, de faibles terrains sont réoccupés et les objectifs fixés sont loin d’être atteints.
Les combats restent anarchiques jusqu’a la nuit.

Rive gauche
Du 1er au 15 juillet, la lutte sur la rive gauche se borne à des actions locales.
La violence de ces combats reste très forte et les morts sont très nombreux de part et d’autre. Les bombardements ne cessent pas et sont toujours aussi intenses et violents. Les souffrances sont les mêmes que pour les combattants du front droit. Les postes de secours de campagne et les services d’ambulance sont débordés.

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Témoignage de l’aide-major Emile POITEAU :  » Les pansements maculés qu’on jetait à terre et dont on n’avait pas le temps de se débarrasser, avaient fini par s’accumuler sur le sol et faisaient aux pieds comme un épais tapis dans lequel on s’enfonçait jusqu’aux chevilles…
Parmi les grands blessés, parmi ceux qui allaient mourir, les uns demandaient leur mère, comme des enfants qui ont besoin d’être dorlotés, rassurés… D’autres réclamaient à boire éperdument… D’autres, impatients de vivre et se sentant abandonnés par la vie, se lamentaient de rage et de désespoir.

On amène un artilleur affreusement mutilé. Ses plaies sont horribles ; il est exsangue, son visage est blanc comme du marbre. Il a les jambes broyées. Elles ne tiennent plus que par miracle par quelques lambeaux de chairs et de muscles. Il saigne adorablement.
Pendant qu’on lui fait une piqûre de morphine, le médecin examine le dégât…
Les os broyés soutiennent mal les chairs, arrachées. Rigides et dressées de tous côtés, les esquilles tiennent des lambeaux de chair qui pendent lamentablement et sur lesquels sont collés des morceaux d’étoffes, des débris de caleçon et de pantalon…
C’est un broiement, un déchiquetage… Et comme on s’apprête à faire un pansement, comme on remue un peu – oh ! légèrement, avec d’infinies précautions – d’une des jambes meurtries, un caillot se détache et (comme si on avait retiré subitement la bonde d’un tonneau d’arrosage), un énorme jet de sang pisse sur le major…
Le pauvre bougre pousse un Ah ! plaintif et rend le dernier soupir, là, tout d’un coup, sans qu’on ai eu le temps de s’y attendre, de s’en apercevoir presque.

Nouveau brouhaha vers l’entrée.
C’est un blessé, la poitrine percée de balles comme un écumoire, et qui vomit le sang à flots. Pansements, piqûres de morfines et d’éther. On l’emporte.
Alors, avec des yeux effrayant, en passant devant le major :
- Est-ce que j’en reviendrai ? Pensez-vous ?
- Mais bien sûr, mon petit, que tu en reviendras ! On ne meurt par pour avoir crachés du sang !…
C’est assurément un mensonge en ce cas. Mais c’est un aumône aussi…
En entendant ça, le petit blessé fait : Ah ! et son œil lance un éclair de joie : Alors, je les reverrai ?
Et vite, il explique :
- C’est que, voyer-vous, j’ai deux petits enfants… Deux et quatre ans… Et ma femme est morte… Il faut que je vive pour eux !…
Touché jusqu’aux larmes, estimant qu’il devait mentir carrément, le médecin affirme :
- Mais bien sûr, bien sûr, que tu les reverras ! je n’ai jamais vu mourir pour un cas pareil… Ainsi, tu vois que tu peux être tranquille !…
Alors le moribond tend au major sa pauvre main déjà pâle comme la main d’un cadavre. Et, comme on l’emporte vers les autos, le médecin reste là, ému, suivant des yeux le brancard qui s’éloigne.

Un blessé dit :
- C’est triste, hein ! M’sieu l’major ?

Et celui-ci répond en branlant la tête :
- Ah ! c’est que j’en ai deux comme lui, moi aussi… »

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2 juillet
Rive droite
Dans le secteur de Thiaumont, la lutte commencée le 30 juin se poursuit sans améliorations marquantes.

Dans la nuit, la 127e brigade est relevée. En 6 jours de combat, le 261e R.I. a perdu devant Thiaumont 28 officiers et 1200 hommes. Sur ses 3 chefs de bataillon, 2 sont tués et le dernier est grièvement blessé. Les survivants sont à bout de force.

Rive gauche
R.A.S.


 

3 juillet
Rive droite
Le 1er bataillon du 172e R.I., qui occupe la batterie de Damloup, est surpris par l’ennemi qui débouche en grand nombre. Il est contraint à abandonner l’ouvrage. Avant la fin du jour, il se ressaisit, part à la contre-attaque et reprend la batterie.

Rive gauche
R.A.S.


 

4 juillet
Rive droite

Les Allemands lancent une attaque sur la partie sud-ouest du bois de Nawé et progressent en direction du bois des Trois-Cornes.
Ils tentent également de renforcer leurs lignes sur Thiaumont.
Voyant déboucher l’ennemi de l’ouvrage de Thiaumont, le 202e R.I. part à la charge le long de la route de Thiaumont et parvient à le faire reculer et le maintenir devant l’ouvrage.
A la tombée du jour, le 202e R.I. ne compte plus qu’une centaine d’hommes valides. Les alentours de l’ouvrage de Thiaumont sont un véritable charnier.

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L’ouvrage de Thiaumont

Dans la nuit, la 8e D.I. (115e, 117e, 130e et 317e R.I.) est mise à la disposition du général Mangin.

Rive gauche
R.A.S.


 

5 juillet
Rive droite et gauche

R.A.S.


 

6 juillet
Rive droite

Toute la nuit, les obus allemands s’acharnent sur Verdun, une tourelle de la cathedrale est touchée.

A 22 h 30, une nouvelle attaque allemande sur la batterie de Damloup est repoussée par le 221e R.I. Un violent barrage d’artillerie s’abat ensuite sur la position pendant toute la nuit.

Toute la journée, des préparatifs ont eu lieu pour permettre à la 120e brigade (202e et 225e R;I;) de rentrer dans la bataille le lendemain. Une ligne téléphonique double est notamment rétablie entre le lieu-dit « Les Carrières », sur la pente ouest de Froideterre, et le poste de commandement de la brigade.

Rive gauche
R.A.S.


 

7 juillet
Rive droite

A 3 h 45, la 120e brigade commence sa progression vers les premières lignes. A l’ouest et au sud de l’ouvrage de Thiaumont, les objectifs sont facilement atteints. Face au P.C. 119, la progression est plus lente mais les hommes parviennent a reprendre l’ouvrage.

p168
Le P.C. 119

A 5 h 50, le bombardement allemand s’intensifie. Des troupes françaises, sans ordres, stopent leur progression et s’éparpillent dans les trous d’obus.

Dans tous les combats, les « chefs » n’ont pas toujours été exemplaires. Ils y en a qui, au moment de l’assaut, ont électrisé leurs hommes et les ont exhorté afin qu’ils réalisent des exploits. Au contraire, ils y en a qui ont faillit à leur devoir et ont profité de leur statu pour rester en arrière. Voici quelques témoignages parlant du sujet…
Témoignage du général Patey commandant la 60e D.I.:  » 7 juillet – Vers 7 h 30, c’est un chef de bataillon, le commandant X… qui, à côté du colonel d’Ollone, ne peut dire où est son bataillon et déclare attendre qu’on viennent le renseigner. Sur l’injonction du colonel d’aller voir lui-même, il répond :  » Vous me donnez l’ordre d’aller me faire tuer « , ce qui attire cette réplique :  » Non, je vous demande d’aller là où son vos hommes. « . Il s’éloigne enfin et revint peu de temps après sans être mieux documenté. Des paroles indisciplinées qu’il prononce obligent le colonel d’Ollone à le rappeler au sentiment du devoir et à lui enlever son commandement.
Le lieutenant-colonel M…, présent, intervient pour ramener ce chef de bataillon à une appréciation plus exacte de ses devoirs.
Dans l’après-midi, le commandant X…, qui est resté à Z…, vient à résipiscence. Il s’excuse, les larmes aux yeux. Le colonel pardonne ce moment de faiblesse et, sans doute, promet l’oubli, car il ne m’a été fait aucun compte rendu.
Aussi, lorsque j’ai connaissance de ces faits, par suite de la confiance en moi de mes officiers, j’estime que je ne peux que respecter une décision prise sur place, par le chef responsable, dans des circonstances aussi dramatiques. « 

Témoignage du commandant P. :  » Jamais, chez nous, une troupe ne s’est trouvée désemparée parce que ses chefs hiérarchiques étaient tombés, toujours surgissait un chef nouveau désigné par sa volonté et son intelligence, et celui-là tombé, un autre encore.
Plus d’une fois même, il est arrivé qu’à un chef indigne s’est substitué de lui-même un subordonné qualifié.
C’est un caporal qui, son aspirant aplati au fond d’une tranchée et grelottant de peur, crache dessus, et crie à ses camarades : « Les gars, à mes ordres !  »
C’est un lieutenant que je connais bien, qui, son capitaine terré au fond d’un abri pendant que ses hommes se battent, fait ce qu’il doit, puis, pendant une accalmie, mandé par le capitaine pour recevoir des instructions et des conseils, coupe la parole du froussard : « Mon capitaine, je vous laisse la citation que la compagnie est en train de vous gagner, mais laissez-moi les responsabilités que je suis seul en état de prendre.  »
Ce n’est pas là de l’indiscipline, mais, au contraire, de la discipline pure, c’est-à-dire l’absolue soumission des exécutants au résultat qu’il s’agit d’obtenir. « 

Témoignage du général PASSAGA :  » Comme il était léger le rôle du chef de jadis ! Dès que sonnait l’heure de l’attaque, ce chef se jetait dans l’action, dans cette action qui libère le cerveau et tue l’angoisse, comme elle tue la peur, parce qu’elle assure la circulation du sang. Aujourd’hui, avant l’attaque, me voici rivé, enchaîné à ce bout de tranchée, à ce centre moteur à demi brisé, à demi paralysé. L’inquiétude me dévore, l’angoisse me torture, et pourtant, si je veux conserver mon prestige à faire rayonner la confiance dans l’œuvre que j’ai préparée, aux yeux inquiets qui m’interrogent à la dérobée il me faut offrir un masque impassible. Mon geste doit rester sobre, ma voix ferme, ma pensée lucide !
Je ne connais pas d’épreuve plus dure, et aussi plus décisive pour la volonté du chef. « 

A 9 h, la contre-attaque allemande sur le P.C. 119 est déclenché. Les troupes ennemies avancent et franchissent les lignes françaises en laissant derrière eux des groupes de soldats français qui ont semble-t-ils opposés aucune résistance.
Beaucoup d’officiers français tombent sous les balles de l’ennemi mais ils sont remplacés rapidement. Une contre-attaque française est enfin donnée qui permet de contenir les Allemands sur leurs positions. Finalement, au soir, les positions sont pratiquement identiques à celles du matin.

Toute la journée, l’artillerie française a répondu honorablement aux obus allemands.
Historique du 25e R.AC. :
 » Le 7 juillet, le régiment est relevé. Il a tiré 180.000 coups de canon en 17 jours ; certaines batteries ont tiré 1300 coups par pièce et en 24 heures. 30 canons sur 36 ont été plus ou moins abîmés par le tir ou le feu de l’ennemi. « 

p170

Rive gauche
R.A.S.


 

8 juillet – Préparation d’artillerie allemande en vue d’une attaque sur Souville, Fleury, Tavannes, Froideterre (rive droite)
Rive droite
Bombardement allemand incessant sur de nombreux secteurs, Souville, Fleury, Tavannes, Froideterre…

Les soldats dans les tranchées souffrent atrocement de soif.
Témoignage de Lucien MARTON, soldat au 370 R.I. :  » Nous collions notre bouche au goulot de notre bidon ; le bidon était vide, mais la fraîcheur du métal nous donnait une seconde d’illusion. « 
Témoignage de Eugène BATTEUX, soldat au 65e R.I. :  » Nous ne pouvions plus résister à la soif. Nous ouvrions des boîtes de sardines pour en boire l’huile. »

Rive gauche
R.A.S.


 

9 juillet – Préparation d’artillerie allemande en vue d’une attaque sur Souville, Fleury, Tavannes, Froideterre (rive droite)
Rive droite
Même bombardement que la veille sur les mêmes points avec en plus de nombreux obus toxiques.

La 128e D.I. (100e, 167e, 168e et 169e R.I.) vient renforcer la 131e (7e, 14e, 41e et 241e R.I.) dans la secteur de Souville-Fleury.

Témoignage de Jean LOU DE LAS BORJAS, sergent au 7e R.I. :  » Nous arrivons à la casemate B du fort de Souville. C’est un abri voûté fait en pierre solide et possédant au-dessus une couche de terre de 5 à 6 mètres d’épaisseur. Là, étaient des malheureux gravement blessés, agonisant même et qui, depuis plus de 6 jours, attendaient leur transport à l’ambulance. Ils n’avaient rien à manger et souffraient terriblement de leurs membres hachés. Ils mouraient tous les uns après les autres. C’était pitoyable de voir ces braves et d’entendre leurs supplications, et cependant, nous ne pouvions les secourir, si ce n’est en leur donnant à manger et surtout à boire. « 

Rive gauche
R.A.S.


 

10 juillet – Préparation d’artillerie allemande en vue d’une attaque sur Souville, Fleury, Tavannes, Froideterre (rive droite)
Rive droite
Dès l’aube, le secteur du fort de Souville est violemment bombardé par des obus de très gros calibres, 380 et 420. Il est occupé par la 10e compagnie du 7e R.I.
Ce bombardement se poursuit toute la journée en ne s’interrompant qu’à quelques reprises afin de permettre à des patrouilles allemandes de venir voir si les premières lignes françaises ont encore âmes qui vivent.

Témoignage du commandant, puis colonel ROMAN du 358e R.I. :  » A l’entrée de mon abri, le sol est tellement bouleversé et broyé qu’il semble une dune de sable mouvementée. A mon arrivée, un cadavre de fantassin en capote bleue émerge à demi de ce mélange de terre, de pierres et de débris innommables. Mais quelques heures après, ce n’est plus le même, il a disparu et fait place à un tirailleur en kaki. Et successivement défilent d’autres cadavres et d’autres uniformes. L’obus qui enterre le précédent en fait apparaître un autre ; on s’habitue pourtant à cette vision ; on supporte l’odeur épouvantable de ce charnier dans lequel on vit, mais la joie de vivre, après la guerre, en sera éternellement empoisonnée. « 

p264

Rive gauche
R.A.S.


 

11 juillet – Ultime effort allemande sur Souville, Fleury, Tavannes, Froideterre (rive droite)
Rive droite
Le secteur de Souville est tenu :

- à droite, du sud de Fleury au ravin des Fontaines, par les 7e et 14e R.I. ;

- à gauche, du sud de Fleury au ravin des Vignes, par les 167e et 168e R.I.

Le secteur de Tavannes, du ravin des Fontaines à la ferme de Discourt, est tenu par la 127e D.I. (19e, 25e, 26e et 29e B.C.P., 171e et 172e R.I.)

A minuit le bombardement allemand s’étend jusqu’à la station de Fleury. Un corps d’armée et trois divisions allemandes sont prêt à s’élancer sur Verdun dans une ruée désespérée. Ils savant qu’ils jouent là leur dernière carte, l’ouverture du chantier de la Somme impose cette dernière frénésie; sinon, renoncer…

A 4 h, ce bombardement devient un véritable feu roulant ou viennent s’adjoindre des obus au gaz et lacrymogènes. Un épais brouillard recouvre bientôt tout le champs de bataille et s’étend jusqu’à Verdun. La station de Fleury s’effondre, ensevelissant ses occupants.

Au même instant, l’ennemi déclenche un violent tir de mitrailleuses sur la cote de Froideterre tenue au nord par les 130e et 317e R.I. et au sud par les 247 et 248e R.I. Aucune charge n’est donnée par l’ennemi.
Cette manœuvre semble être une ruse car à 4 h 30, une première attaque importante avec lance-flammes est lancée dans le secteur de Tavannes. A 5 h, une seconde attaque avec l’effectif maximum s’élance sur l’axe Fleury-Souville.

Dans le secteur de Tavannes :
Au bois Fumin et à la Vaux-Régnier, tenu par 6 bataillons du 358e R.I., l’assaut parvient à être repoussé. Cependant, la batterie de Damloup qui est tenue par le 221e R.I. doit être évacuée et laissée à l’ennemi.
Par le repli du 221e, l’ennemi s’infiltre dans le Chênois et atteint le P.C. Montagne qui est tenu par le 217e R.I. Il enlève le P.C. en faisant de nombreux prisonniers.
Témoignage de Adrien BONFILS, sergent au 217e R.I. :
 » Sur les 35 poilus que j’avais à la relève, tous ceux de droite sont morts, gisant sous les éboulis. A gauche, quatre survivants seulement occupent encore différents points de la position…
Tenir ou mourir, nous a-t-on donné comme consigne avant de nous envoyer en lignes. Tenir, nous tenons toujours. Mais sommes-nous encore vivants?… »

Quand le 217e sera relevé, après les combats du 11 juillet, il aura perdu 33 officiers et 1 300 hommes..
Témoignage de l’aide -major Louis BAROS du 217e R.I. :  » Poste de secours du 217e R.I. – le poste, sous une pluie de fer et de feu, n’offre qu’une sécurité très relative ; on y est secoué comme dans une cabine de paquebot en perdition sur une mer démontée.
Les blessés, une fois pansés et soignés, ont encore un parcours de 200 mètres environ à franchir pour arriver au tunnel de Tavannes, sous les avalanches nombreuses et imprévues, continues ou espacées, des tonnes de fer et de feu qui se déversent dans un endroit repéré exactement où les projectiles de tous calibres, prenant en enfilade la tranchée du chemin de fer qui précède le tunnel, sont posés presque comme avec la main, tellement le tir est précis et le lieu exactement repéré.

p262

Les chaussures et les guêtres sont gluantes de boue, en partie molle en partie desséchée, formant une croûte qui nous étreint pieds et jambes comme dans un étau ; les vêtements sont également boueux et recouverts d’une terre brun clair. Nos traits tirés dans nos figures non lavées, non rasées, donnent l’impression de masques rigides, figés en un aspect grimaçant et tragique ; les mains souillées sont brunâtres ; l’au manque ; les détritus de toutes sortes et les vivres pourris, gonflés par la putréfaction, sont accumulés dans tous les coins, grouillant d’asticots et survolés par des essaims noirs de mouches attirés par le charnier immonde. Et il faut procéder à des quantités de pansements de plaie graves, de fractures ouvertes, de chais saignantes et déchiquetées. On n’ose pas faire une trop grande consommation d’eau, celle-ci étant rare ; mes doigts, brunis, sont incrustés dans chaque sillon, dans chaque rainure, autour des ongles, de sangs coagulé et noir, par couches superposées ; je me répugne moi-même et, autour de nous, on n’entend que le bourdonnement incessant et agaçant de ces innombrables mouches qui s’acharnent sur nos visages et nos mains, et sur toutes les parties découvertes de nos corps, après s’être gorgées de débris décomposés et de cadavres putréfiés. « 

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Le front du 217e ainsi enfoncé, le flanc droit du 358e est laissé à découvert. Son 4e bataillon, commandé par le commandant Roman, qui se trouvait en liaison directe avec le 217e se trouve ainsi attaqué de flanc en même temps que de front.
Sa 21e compagnie, déjà très éprouvée par le tir d’artillerie, est encerclée puis totalement anéantie.
Sa 24e compagnie au centre, recule pour ne pas se laisser cerner. Elle se ressaisit et tente une contre-attaque qui lui permet de rétablir la liaison avec la 22e compagnie, à sa gauche.
La 22e compagnie repousse victorieusement tous les assauts.
Le 4e bataillon, à gauche du 6e bataillon, tient le bois Fumin. Un formidable assaut allemand, d’environ 400 hommes, s’élance devant lui. Au prix d’un combat acharné à la grenade puis au corps à corps, il parvient à rester maître du bois. Dans cette lutte, des éléments du 7e R.I. sont venus en aide au 358e.

 

Sur l’axe Fleury-Souville :
Vers Fleury, les 128e et 131e R.I. contiennent tout d’abord la vague allemande. Mais vers 7 h, une seconde charge les déstabilise et les oblige à reculer vers le sud. L’état-major de la 255e brigade est surpris et anéanti dans son P.C. de la Poudrière. A cet instant, il n’y a plus personne devant l’ennemi, il avance dans le boyau de Thiaumont et atteint la lisière du bois de Fleury.
Là, le général Dupont qui commande la 131e D.I. ordonne à son artillerie, déjà tellement occupée à défendre les positions tenues par ses régiments, de détourner leurs tirs et de réaliser une concentration maximum sur la brèche ou s’engouffre l’ennemi. Ce barrage infranchissable va donc momentanément mais suffisamment longtemps stopper la vague allemande.
Témoignage de Gaston LEFEBVRE, soldat au 73e R.I. :  » Derrière le moindre talus ou le plus petit bosquet, des batteries de 75 ou de 155 court tirent sans arrêt, parfois jusqu’à l’éclatement des pièces, sans autre abri que leur canon, nos artilleurs subissent un feu d’enfer et sont devenus nos égaux dans le sacrifice suprême. « 

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A droite, devant le 167e R.I. qui occupe la tranchée Ladmirault, les Allemands ne parviennent pas à forcer la ligne.

Sur la croupe de Vaux-Chapitre, le 14e R.I. stoppe l’ennemi et le fait reculer.

Au nord-ouest de la Chapelle Sainte-Fine, face au 7e R.I., l’ennemi parvient à enfoncer la ligne en 2 endroits. Plusieurs actions locales sont menées pour rétablir la situation du front sur la longueur occupée par le régiment.

La 3e compagnie du 7e R.I. ne fait pas partie de ce dispositif. Montée en ligne dans la nuit, elle a subit de très lourdes pertes et n’a pu rejoindre la position qui lui était assignée. Réduite à 2 officiers, le lieutenant Dupuy et le sous-lieutenant d’Orgemont, et à une soixantaine d’hommes, elle n’a pu progresser que jusqu’aux abords du fort de Souville. Le lieutenant Dupuy décide alors d’abriter sa troupe dans le fort et le cas échéant, d’en assurer la défense.dupuy1

Kléber Dupuy est né le 28 juin 1882 à La Teste de Buch (Gironde) d’une famille d’ostréiculteurs.
Il débute sa scolarité à l’école de la Mairie et gagne le prix cantonal au certificat d’étude en 1904. Il suit ensuite le Cours Complémentaire qui s’est créé la même année et réussi son brevet en 1908. Il entre ensuite à l’Ecole Normale d’Instituteurs de la Gironde qu’il obtient en 1912. Il trouve alors une place d’instituteur à Le Teich, un village non loin de La Teste de Buch. Il joue ailier droit dans l’équipe de rugby de l’Union Sportive Testerine ou il est champion de la Cête d’ Argent en 1913.

Le 1er octobre 1913, il est appelé pour faire son service militaire et il intègre le 9e R.I.
Il devient caporal le 5 juillet 1914.
Dés le début de la guerre, il participe aux combats, notamment à la bataille de la Marne ou il est blessé le 7 septembre 1914,  » violente commotion par explosion d’obus de gros calibre « .
Le 24 décembre 1914, il devient aspirant. Le 19 février 1915, il est muté au 7e R.I. et devient sous-lieutenant à titre temporaire le 30 avril 1915.

Le 3 juin 1916, le 7e R.I. est mis sous les ordres du général Mangin et rejoint Verdun. Devenu lieutenant, Kléber Dupuy commande la 3e compagnie.
(La suite de cette biographie en présente dans la partie Thémes – Les Grands Hommes de Verdun)


Le fort de Souville n’a d’ailleurs pas cessé de subir le bombardement allemand, et n’est plus qu’un amoncellement de pierre et de terre. Il n’a plus aucune défense, son réseau de fil de fer n’existe plus, le coffre double est détruit et rares sont les casemates et les pièces de la caserne encore accessibles.

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Le fort de Souville

En pénétrant dans le fort, Dupuy retrouve une garnison très limitée composée de Territoriaux, dont le commandant est gravement blessé, et d’une poigné d’hommes de la 10e compagnie, sans officiers, intoxiqués par les gaz, et qui ont eux aussi trouvés refuge ici. Il prend aussitôt le commandement de tout l’effectif présent et signale sa position. Le coureur Henry Cabrol s’élance au poste de commandement du colonel Borius avec le message suivant :  » Souville, le 11 juillet, 6 heures du matin – Le capitaine Soucarre, intoxiqué, m’a passé le commandement de la compagnie en me donnant l’ordre de me porter aux Carrières. Après avoir franchi de nombreux barrages et des nappes de gaz asphyxiants, nous avons péniblement atteint Souville. Ici, tout est bouleversé. Le commandant du fort est intoxiqué ; la garnison est hors de combat. Sauf ordre contraire, je reste au fort et j’en assure la défense. »

Le fort de Souville
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Quelques temps plus tard, le coureur Henry Cabrol regagne le fort en compagnie du capitaine Decap qu’il guide à travers le bombardement très violent.cabrol1
Cette action lui vaudra une citation à l’ordre de la Brigade :
Ordre N° 31 du 27 juillet 1916 – CABROL Henri – soldat – 3e compagnie,  » Agent de liaison pendant les attaques s’est offert pour des missions des plus périlleuses a assuré pendant deux jours, 11 et 12 juillet 1916 , la liaison sous les plus vifs bombardements. « 

(Voir le partie « Des héros… » concernant Henry Cabrol)

Quelles mesures urgentes ordonne le lieutenant Dupuy ?  » Le lieutenant Dupuy fit d’abord ouvrir et dégager les issues des gaines souterraines et y plaça ses hommes, munis de grenades et prêts à sortir à la moindre alerte. L’issue nord-est de la gaine centrale, notamment, avait été barricadée et complétement obstruée par des sacs à terre et des barbelés. Pendant que des groupes de sentinelles surveillaient les environs du fort, il assigna aux mitrailleurs territoriaux, valides, des postes de combats et leur indiqua leur champ de tir. Il fit ensuite évacuer le plus grand nombre possible de malades et de blessés. « 

(commandant Piffre de Vaubon)  » Souville, le 11 juillet. Toute la fraction utilisable de la 3e compagnie: 35 hommes environ et 3 mitrailleuses servies par quelques territoriaux encore valides, s’installa à l’issue des souterrains, sur la face nord-ouest de l’ouvrage. Le lieutenant Dupuy dirigeait cette poignée d’hommes. Sur la superstructure même, furent placés des groupes de sentinelles. A l’entrée sud du fort, on mit quelques territoriaux avec le sous-lieutenant d’Orgemont, de la 3e compagnie. A l’intérieur, le lieutenant Barreau, revenu à lui, bien que souffrant de son intoxication, était chargé, assisté par quelques hommes valides de son peloton, de maintenir l’ordre et d’assurer les communications entre le fort et le P.C. Tourelle.
Le capitaine Decap se tenait, personnellement, avec le lieutenant Dupuy et ses poilus. »

 

A 10 h, un bataillon du 168e R.I. monte en ligne de Verdun et vient renforcer le bois de Fleury.
A 11 h, c’est un bataillon du 100e qui prend position au sud de la caserne Marceau.

En début d’après-midi, la situations française est critique. L’ennemi a percer à droite au bois du Chênois, il a percé à la Poudrière au centre et s’est rapproché du fort de Souville. Cependant, il est contenu et à stoppé sa progression.
A présent, il broie sous un déluge de feu la côte de Froideterre, le ravin des vignes, les forts de Souville, de Saint-Michel et de Belleville. Ce bombardement effroyable va duré toute l’après-midi.

A 19 h, le général Mangin improvise une contre-attaque. 2 compagnies du 217e R.I. s’élancent sur le P.C. Montagne et parviennent à le reconquérir. Dans cette action, plusieurs soldats français qui avaient été faits prisonniers le matin sont délivrés. A l’inverse, 80 soldats allemands sont capturés.
Témoignage du docteur Léon BAROS, aide-major au 217e R.I. :  » Des prisonniers boches défilent devant nous ; quelques-uns, blessés, sont pansés par nous au passage. Ils ont faim, ils ont soif, leurs traits sont tirés et leurs vêtements boueux en lambeaux. Ils réclament à boire et à manger. Et nos poilus qui viennent de subir tant de mal par eux, leur offrent du pain, du chocolat, de l’eau et oublient toute rancœur, dans un grand élan de générosité.
Les blessés boches que nous pansons pleurent et nous offrent tout ce qu’ils possèdent : Leur couteau de poche, des cigares, des boîtes d’allumettes. « 

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Dans leur élan, les 2 compagnies du 217e R.I. poursuivent leur marche en avant mais s’aventurent trop loin dans les lignes allemandes. Elles sont faites prisonnières en partie mais le P.C. Montagne reste entre nos mains.
Témoignage de Léon MAX, soldat au 217e R.I. :  » Le 217e attaque à son tour. Après avoir lancé une vingtaine de grenades, je suis blessé grièvement et je m’abats perdant mon sang en abondance. Je n’avais même pas la force de chasser les grosses mouches noires qui se posaient sur moi. Une fièvre de cheval et rien à boire. Deux brancardiers passent près de moi et me disent qu’ils vont envoyer du secours, mais ils sont tués peu après. Les Boches contre-attaquent et me piétinent en passant. De plus un Boche me donne dans le côté un coup de baïonnette qui heureusement n’atteint aucun organe essentiel. La contre-attaque a été repoussée et j’ai pu être relevé. « 

La journée s’achéve dans un effrayante confusion.

Rive gauche
R.A.S.


 

12 juillet – Ultime effort allemand sur Souville, Fleury, Tavannes, Froideterre (rive droite)
Rive droite
Toute la nuit, le bombardement est continu et intense sur le fort de Souville. A 5 h, il devient inouï. Les Allemands sont bien décidés à reprendre leur marche interrompu la veille.

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Avant le lever du jour, le 100e R.I. qui est monté en ligne la veille au sud de la caserne Marceau, doit prendre place en 1ere ligne entre la Chapelle Sainte-Fine et la Poudrière. Cependant, le bombardement est tel, qu’il ne parvient pas à atteindre cette position.
Les Allemands voyant l’espace inoccupé, s’avancent de Fleury vers la Chapelle.
Les restes de la 5e compagnie du 14e R.I. sont en ligne non loin de la Chapelle dans les trous d’obus avoisinants. La poignée d’hommes à bout de force, voyant l’ennemi déboucher, lutte avec acharnement. Cependant, que peuvent quelques soldats face à une masse compacte. les survivants se retranchent vers la fort de Souville.
A présent, l’ennemi est parfaitement placé pour tenter une attaque sur le fort de Souville.

A 6 h, des 100e d’Allemands atteignent la superstructure du fort et l’envahissent. La riposte est immédiate. Le lieutenant Dupuy s’élance avec une poignée d’hommes et un vif combat à la grenade s’engage.
Tous les poilus valides dans le fort se lèvent et participent. S’engage alors sur la superstructure, une violente lutte à la grenade, à la mitrailleuse puis au corps à corps. Au bout d’un moment, l’attaque faiblit enfin, quelques Allemands se rendent, les autres reculent.
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émoignage du lieutenant Kléber DUPUY, du 7e R.I. :  » Dans la nuit du 11 au 12 juillet, le Capitaine POPIS envoie 2 coureurs vers le fort de Souville. Tous les 2 sont tués par le bombardement. Le Capitaine POPIS fait part de ses craintes au Docteur Louis CONTE, qui, sans hésiter dit :  » J’y vais ». Et, oublieux de sa Croix Rouge, transformé en agent de liaison, il part. En marchant, en courant, en rampant, il finit par rejoindre le fort.

A la pointe du jour, je venais de rendre compte au Capitaine DECAP des dispositions que j’avais prises dans le courant de la nuit pour faire face à l’attaque prévue, venant de la Poudrière, tombée la veille aux mains de l’ennemi et où d’importants rassemblements de troupes ennemies avaient été observés.
Le capitaine DECAP approuvait, lorsqu’un médecin arrive : c’était le Docteur Louis CONTE.
- Je viens, dit-il, de l’observatoire du Capitaine POPIS d’où j’ai vu déboucher plusieurs colonnes ennemies de Sainte Fine et se diriger vers le Fort. Il faudrait envoyer sans tarder une patrouille de reconnaissance.
- De quoi se mêle t-il celui là ? Vas donc soigner tes blessés et fous nous la paix.
- Je te dis qu’il faut envoyer une patrouille de reconnaissance avant qu’il ne soit trop tard.
- Je n’ai pas d’ordre à recevoir de toi.
- Et moi je t’en donne.
- Et moi je te dis Mer.. !
- Allez voir, me dit le capitaine, à mi – voix.
- C’est bon, je vais te lancer ta patrouille de reconnaissance, mais je te préviens, si tu me fais tuer des hommes inutilement, je te casserai la gueule ….. si j’en réchappe.

J’allais donc vers la sortie Nord qui faisait face à Sainte Fine ou se trouvait le sous-lieutenant d’ORGEMONT avec 20 grenadiers et 4 territoriaux pourvoyeurs de grenades.
J’avais dans la nuit diminué de moitié la garnison de la partie Nord du fort, au profit de la partie Nord-Ouest. J’avais commis une faute grave, lourde de conséquences. « Dés mon arrivée, j’interpellais le sous-lieutenant d’ORGEMENT :
- Les postes de Buêt ne vous ont rien signalé ?
- Non mon Lieutenant.
- Il paraît que les Allemands venant se Sainte Fine montent vers le Fort !
- J’y vais.
- Oui, mais prenez 8 hommes avec vous et munissez vous tous de deux musettes de grenades. Revenez sans tarder. Je vous attends ici. Les hommes qui restaient s’équipèrent également, prêts à intervenir.

Quelques instants à peine s’étaient écoulés que le d’ORGEMONT revenait et lançait :
- Les voilà …les voilà !
- Contre attaques d’ ORGEMONT ! contre attaquez , j’arrive !

Je me précipitais vers la sortie Nord-Ouest ; les premiers éclatements de grenades avaient alerté la garnison.
- Aux mitrailleurs territoriaux, feu à volonté !

Au Sergent GUISNIER, avec son groupe de 20 hommes, ordre est donné de contre-attaquer à la grenade le flanc des Allemands aventurés sur la superstructure, de ne pas s’y accrocher, mais d’aller prêter main forte au sous-lieutenant d’ORGEMONT.
Dés la première salve, les Allemands, surpris, se couchent et se terrent dans les trous d’obus. Aux 20 hommes qu’il me reste, et à quelques territoriaux pourvoyeurs de grenades :
- En avant, direction d’ORGEMONT.

Bien moins nombreux, mais abondamment pourvus de grenades, nos hommes font face, tandis que les mitrailleurs territoriaux balaient de leurs tirs de flanquement les nouvelles vagues d’assaut.

Voilà comment débute sur le Fort et pour le Fort de Souville la bataille décisive. Il était 6 heures du matin.
A deux heures de l’après-midi, les assaillants repoussés, le secteur devenu calme, le remords me tenaillait. Je passais le commandement du reste de la compagnie au Sergent GUISNIER. Le sous-lieutenant d’ORGEMONT, vous l’avez deviné, avait été tué.
Je partais vers les souterrains à la recherche du Dr CONTE. Je le trouvais devant l’infirmerie, à proximité d’un groupe d’officiers: Le commandant CABOTTE, chef du 25e B.C.P., 2 officiers de son état major, et le capitaine DECAP, qui mettaient au point la relève de la nuit.
- Docteur, je te cherchais.
- Tu es blessé ?
- Non, je viens te faire des excuses.
- Des excuses, pour quoi ?
- Parce que je t’ai insulté ce matin.
- Je te l’ai bien rendu !
- Avec usure, docteur, ajoute le Capitaine DECAP qui s’était approché, avec usure !
- Peut être, mais sans lui, le Fort était perdu.
- De quoi s’agit-il, demanda le commandant. CABOTTE ?
En deux mots, le capitaine DECAP rappela la discute du matin et les excuses que j’étais venu faire.
- Fort bien lieutenant, dit le commandant CABOTTE, et vous Docteur, tendez lui la main et embrassez vous.

Pendant que ce geste s’accomplissait, le commandant CABOTTE avait rectifié la position et salué, imité par les officiers qui l’entouraient.
- Très bien, répéta-t-il, voilà comment font des officiers dignes de ce nom. Vous pouvez disposer.

Cette scène, quoique rapide, m’avait profondément ému. Je saluais à mon tour et détournais la tête pour cacher mes larmes qui avaient coulé malgré moi. Le capitaine DECAP vint me serrer la main, tandis que le Docteur m’accompagnait jusqu’à mon poste de commandement, en première ligne.

Voilà comment naquit notre Amitié sur le champ de bataille, à VERDUN, Amitié qui, depuis prés d’un demi-siècle, ne s’est jamais démentie. « 

Ce témoignage fut prononcé par Kléber DUPUY lors d’une réunion des anciens combattants dans le Gers. Le Docteur Louis CONTE de Sigean dans l’Aude, devais être présent, mais ce jour là, il était malade et alité.

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Au centre, le docteur Louis CONTE. A droite, Gaston COMTE, qui a participé à la défense du Fort.
A gauche, Jean GRAMOND, qui a combattu dans le secteur de Souville.
Photos prise dans les années 60 lors d’une visite du fort de Souville.

 

A 9 h, tous les ennemis ont été chassés, mais les trous d’obus environnants et les fossés en sont encore remplis.
Soudain, le bombardement allemand qui avait faibli, reprend avec violence sur le fort. Vient s’ajouter de nombreux obus français qui arrivent de Verdun, l’artillerie de Verdun croyant le fort aux mains de l’ennemi.

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Le lieutenant Dupuy se précipite alors au téléphone pour avertir que les Allemands ont été rejetés et qu’il faut absolument cesser ce tir de destruction. Cette conversation s’engage alors :
« - Allo ! Allo ! P.C. Tourelle ?
- Oui !
- Ici, Dupuy ; notre artillerie nous tire dessus. Faites allonger le tir.
- Où êtes-vous ?
- Au fort.
- Au fort ! et les Allemands !…
- Rejetés hors du fort ! quelques-uns prisonniers… Nous tenons !… allonger la tir !… allonger !…
- Allo !… allo !…  »
Le lieutenant Dupuy avait déjà rejoint ses hommes.

Vers 11 h du matin, un peloton du 14e R.I. commandé par le lieutenant Agut, arrive en renfort au fort de Souville.
Le Lieutenant Sylvain Agut devenu capitaine, ètait présent à la réunion des anciens combattants dans le Gers. Kléber DUPUY en profita pour dire :  » Personnellement je ne puis passer sous silence un inoubliable souvenir. Au moment le plus critique de la Bataille de Souville, l’arrivée du lieutenant AGUT, du 14° R.I., avec son groupe franc de 35 hommes, fit pencher la balance de notre côté. Son énergique intervention sur la superstructure du fort, purgea à la grenade, les entonnoirs et les excavations d’une centaine d’Allemands qui s’étaient embusqués et nous tiraient dans le dos. Tous furent tués ou blessés, à l’exception de 23, appartenant à la garde Royale Bavaroise, qui furent prisonniers. Je me devais de le rappeler aujourd’hui et de rendre, à tes hommes et à Toi même, l’Hommage qui vous est dû. « 

Il poursuivit :  » Lorsque le lieutenant. AGUT arriva en renfort, il m’annonça qu’un chef de pièce de mitrailleur, également du 14, le suivait à peu de distance avec tout son équipement, hommes et munitions, et qu’il ne tarderait pas à nous rejoindre.
Je dois dire, à la vérité que ce Chef de pièce, pas plus que ses hommes, je le les ai vu, ni connus, ce 12 juillet 1916. 34 ans plus tard, le 26 novembre 1964, je recevais la visite d’un ancien mitrailleur du 14e R.I. Au cours de la conversation, je lui demandais :
- Avez-vous connu au 14e R.I. un Chef de pièce de mitrailleuses dont le nom commence par les initiale J.D. ?
- C’est moi, me dit-il !

-
Alors qu’avez vous fait le 12 juillet 1916 ?
- L’entrée du fort me semblant impraticable en raison des morts, des blessés et des malades qu’on cherchait à évacuer, je suis allé me poster sur le flanc Ouest du fort pour m’opposer aux infiltrations de ce côte là ,mais aussi et surtout, pour faire face à l’attaque que tout le monde attendait, dans la brèche ouverte par les Allemands à la Poudrière, et qui constituait un grave danger pour le fort de Souville. « 

Et ce Chef de pièce de mitrailleuses étant présent à la réunion des anciens combattants. Kléber DUPUY se tourna vers lui et lui dit :  » -Mon cher Camarade, je vous félicite. Votre intelligente initiative vous fait Honneur. Elle mérite d’être tirée de l’oubli et d’être portée à la connaissance de ceux de « CEUX DE VERDUN « . Ce chef de pièce s’appelait Jean DARRIEUMERLOU.

Peu après, la 4e compagnie du 25e B.C.P. atteint également la fortification. Le commandant Cabotte (déjà cité plus haut) qui la commande met à la disposition de la garnison du fort un peloton et une compagnie de mitrailleuses.

Durant toute la journée, le bombardement allemand continue avec une extrême violence mais aucune nouvelle attaque n’est tentée.

 

A 21 h 30, le lieutenant Dupuy et ses hommes, qui viennent de se couvrir de gloire, sont relevés..
Témoignage du commandant P… :
 » Qui à sauvé le fort ? Un jeune et admirable lieutenant d’infanterie.
Souville n’a jamais été démoli ; j’y suis allé en août 1916, et il subsistait encore au milieu des ruines des parties fort utilisables. Si l’on y avait travaillé depuis la fin de février, que n’aurait-on fait de ces quatre mois de presque complète tranquillité intérieure ? Combien de tonnes de béton auraient pu en renforcer les points utiles ?
La vérité est que l’on n’a jamais cru que les Boches pourraient venir à Souville. Toujours la même chose : le haut commandement n’a pu croire à la bataille de Verdun. Et l’on s’est trouvé en juillet dans le même désordre, dans la même prévoyance ; on est surpris par l’avance des Boches sur Souville, comme en février on l’a été de la ruée sur Verdun. Après ces quatre mois de combat, sans exemple encore dans cette guerre, on pousse au feu des unités au fur et à mesure de leur arrivée dans le secteur de l’armée. C’est une succession de « pains à cacheter » collés comme on peut et où l’on peut. « 

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Le fort de Souville

Grace à Dupuy et à ses hommes, le dernier coup est porté à la ruée allemande sur Verdun. L’ennemi n’est pas passé…
Dans la soirée, le Kronprinz reçoit l’ordre, puisque les objectifs fixés n’ont pas pu être atteints,  » de se tenir désormais sur une stricte défensive « . L’Allemagne a dés lors perdue la bataille de Verdun. Cette bataille qui devait « saigner à blanc » l’armée française aura également « saignée à mort » l’armée allemande…

Elle ne s’est jamais trouvée aussi proche de Verdun et il s’en ai fallu de peu que la ligne française ne soit enfoncée.A
ujourd’hui, un monument représentant un grand lion couché, comme mortellement atteint, symbolise cette extrême limite atteinte par l’armée Allemande.

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Dans la nuit, le général Mangin décide en urgence une contre-attaque visant à dégager les abords du fort.
Ainsi, la 37e D.I. (2e et 3e Zouaves, 2e et 3e Tirailleurs) et la 33e D.I. (9e, 11e, 20e et 207e R.I.) hâtent leur acheminement vers Verdun. Dans les rangs, lors des croisements avec les gendarmes, quelques hommes de la colonne bêlent comme des moutons, exprimant ainsi un  » ras-le-bol  » qui ne va faire que croître dans les mois qui suivront.

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Entre la prise du commandement par le général Nivelle et le 12 juillet lorsque s’achève la phase essentiellement défensive pour l’armée française, le bilan a été de 86 000 blessés (1 131 par jour) et à 62 000 tués (815 par jour). Cependant, la bataille est loin d’être terminée. Nivelle écrit à ses divisions :  » L’armée de Verdun a eu le bonheur de répondre à l’appel que le pays lui avait adressé… Mais sa tâche n’est pas achevée; aucun Français n’aura droit au repos tant qu’il restera un ennemi sur le sol de France, de l’Alsace et de la Lorraine… »

Rive gauche
R.A.S.

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Front au 12 juillet 1916


 

Reconquête Française rive droite

13 juillet – Contre-attaque française pour dégager la crête de Souville et reprendre Fleury (rive droite)
Rive droite
Témoignage du colonel Marchal :  » La grande bataille offensive allemande de Verdun peut, dés lors, être considérée comme terminée.
Nous arrivons à une nouvelle phase que nous appellerons phase de transition entre l’offensive allemande et la contre-offensive française ; elle comprend la deuxième quinzaine de juillet, les mois d’août et de septembre.
Elle est marquée par quelques tentatives d’offensives allemandes, très localisées, et par toute une série de réactions françaises qui préparent notre grande offensive d’octobre.
C’est un tournant dans la bataille. Les troupes allemandes que nous trouvons devant nous n’ont plus, en général, la valeur de celles qui ont combattu précédemment à Verdun ; ce sont souvent des divisions fatiguées qui viennent du front de la Somme ; leur moral est peu élevé, et quand elles attaquent, c’est sans trop grande conviction. Notre artillerie va devenir nettement supérieure à l’artillerie allemande.
Le général Mangin, qui maintenant commande un groupement dans le secteur le plus important du champ de bataille, pousse ardemment à l’offensive… « 

C’est au général Niessel que Mangin a confiée la tâche de mettre en place la contre-attaque qui doit dégager la crête de Souville et permettre la reprise de Fleury. Il dispose de la 37e D.I. (2e et 3e Zouaves, 2e et 3e Tirailleurs), de la 128e D.I. (100e, 167e, 168e et 169e) et d’un bataillon du 115e R.I. (8e D.I.).

L’assaut est fixé pour le 15 juillet à 7 h 55. Il se décompose de la façon suivante :
- Une attaque au centre s’élançant de la tranchée Ladmirault doit détruire les organisations ennemies entre le Dépôt de Souville et Fleury inclus. Cette mission est confiée à 6 bataillons de la 74e brigade (3e Zouaves et 3e Tirailleurs).

- Une attaque partant de la zone fort de Souville-Poudrière doit barrer l’accès aux renforts allemands. Cette mission est confiée à la 73e brigade (2e zouaves et 2e tirailleurs).
-
Une attaque au nord doit reprendre le P.C. 119, la batterie C et le Dépôt. Mission confiée au 115e R.I.

Toute la journée, 417 pièces martèlent les positions allemandes ou va se dérouler l’attaque.

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14 juillet – Contre-attaque française pour dégager la crête de Souville et reprendre Fleury (rive droite)
Rive droite
La préparation d’artillerie débutée la veille se poursuit toute la journée sous une pluie battante.

Rive gauche
R.A.S.


 

15 juillet – Contre-attaque française pour dégager la crête de Souville et reprendre Fleury (rive droite)
Rive droite
A 7 h 55, les troupes françaises s’élancent sur un terrain détrempé. Rapidement la progression s’avère difficile, l’ennemi qui de toute évidence n’a pas beaucoup souffert du tir de préparation, dirige le tir de ses mitrailleuses sur les vagues qui avancent vers lui. Ses positions en hauteur en de nombreux endroits lui donnent un avantage important.

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Le 3e Tirailleur parvient à avancer quelque peu sur la crête de la Poudrière (au sud-ouest de Fleury). Cependant, il est rapidement pris de flanc par de nombreuses mitrailleuses. A 3 reprises, les unités désorganisées se reforment et à 3 reprises, elle sont fauchées à nouveau.

Le 3e Zouave, à la gauche du 3e Tirailleur, parvient à atteindre assez rapidement les abords de la cote 261, dans le ravin des Vignes. Il tente ensuite de progresser à la grenade en remontant vers le village de Fleury. Sa progression très exposée et très lente lui cause des pertes considérables.
En fin de journée, sans être parvenu à atteindre son objectif, il aura perdu son chef, tous ses officiers et la moitié de ses hommes de troupe.

Le bataillon du 115e R.I. mène dès le début une lutte acharnée. Son combat se poursuit toute la journée sans qu’il parvienne à progresser.
Témoignage de G. MARYBRASSE, soldat au 115e R.I. :  » Nous sommes dans une longue tranchée, pleine de morts ; une odeur affreuse monte de l’immense charnier. Soudain, le barrage boche se déclenche. Je vois des camarades, les yeux agrandis par l’épouvante, regarder vers le ciel, frappés de stupeur : Je regarde à mon tour, et je vois, retombant d’au moins 20 mètres, une pauvre chose inerte, bras et jambes ballantes, comme un pantin sans articulations qu’on aurait jeté d’un avion, d’un ballon. C’est un camarade qui a été soulevé comme une plume par le déplacement d’air d’un obus.
Quelques minutes plus tard, un obus éclate si près de moi (1,50 m à peine) que je vois très nettement une boule de feu. Par miracle, je ne suis que légèrement blessé, et je vais dans un petit gourbi, à flanc de ravin pour y attendre la relève. Je partage l’étroit abri avec un autre blessé. Avec quelle joie je savoure la possibilité de pouvoir m’étendre enfin, chose inespérée depuis onze jours ! Mon camarade sur le dos, moi sur le côté, nous nous endormons. Tout à coup, un tir de barrage éclate tout près et un obus tombe juste au-dessus de nous, nous ensevelissant. Alors pour nous, le bombardement devient lointain, lointain… je me rends compte du tragique de la situation ; si personne ne vient à notre secours, nous sommes perdus. Le malheureux qui partage ma tombe est étouffé par la terre ; trois fois de suite, je l’entends faire rronn, rronn, rronn, puis c’est tout ; je devine qu’il est mort ; il n’a pas souffert longtemps.
De tous mes efforts, j’essaie de me soulever, mais trois mètres de terre nous retiennent prisonniers ; par une habitude heureuse que j’avais toujours au front, j’ai toujours sur la tête mon casque avec jugulaire au menton ; la visière avant retient la terre et l’empêche de m’obstruer la bouche. La tête rabattue sur la poitrine, respirant à peine, je garde néanmoins toute ma lucidité. Je me rends parfaitement compte que tout sera bientôt fini ; alors, comme un film de cinéma, toutes sortes de souvenirs se présentent à ma mémoire, mais surtout, je pense à ma mère, à la peine qui sera la sienne lorsqu’elle saura tout ; puis j’entrevois mon père et mon frère décédés que je vais revoir, mes frères et ma sœur qui pleureront aussi à cause de moi ; alors, avec calme, avec toute ma connaissance, du plus profond de mon cœur, je fais mon acte de contrition, demandant à Dieu d’abréger au plus tôt mon martyre ; puis, des minutes s’écoulent, qui n’étaient peut-être que des secondes, mais qui m’ont paru des heures interminables. Je sens que ma tête bourdonne ; des bruits de cloches semblent sonner très fort, puis plus rien. De nouveau, je reprends connaissance, et à ce moment, je me souviens m’être fait cette réflexion : « Ce n’est pas si dur de mourir… »
Combien de temps suis-je resté ici ? c’est flou, mais assez longtemps, au moins 25 minutes, je l’ai su après. Au déclenchement du barrage, tous les camarades se sont sauvés ; quand cela s’est calmé, ils reviennent. C’est alors que le sergent Sèle s’inquiète de moi. Sèle est un camarade qui a fait notre admiration pendant les journées de Verdun par son courage et son sang-froid. « Où est Marybrasse ? » demande-t-il. C’est alors qu’il s’aperçoit de l’éboulement ; il m’appelle : « Marybrasse, Marybrasse, es-tu là ?  » Comme dans un rêve, je l’entends vaguement et ne puis répondre. Persuadé que je suis dessous, il ordonne à quelques hommes de piocher rapidement. J’entends des coups lointains qui se rapprochent ; je me dis : « Ils n’arriveront pas jusqu’à moi… » Enfin, j’entends plus distinctement les coups, j’entends même que l’on parle. Sèle dit à ses hommes : « Attention maintenant. « Je sens une main sur mon casque : « J’en tiens un ! « s’écrie Sèle, et alors, de ses mains, il me dégage vivement la tête.
Comment dire ce que j’ai ressenti à ce moment ? Retrouver la vie au moment où je croyais bien la perdre, sentir l’air pur de la nuit… Tout cela m’a ranimé, je me sens sauvé, je pleure de joie. Je remercie mon sauveur, nous nous embrassons. « 

A 18 h 30, le 115e R.I. est renforcé par une compagnie du 317e puis une seconde du 130e qui s’est jointe d’elle-même à l’attaque. A la nuit, cette nouvelle composition parvient à enlever le P.C. 119.

Le bilan de la journée est triste, les objectifs que s’était fixés le général Mangin sont loin d’être atteints. Les gains de terrain ont été minimes, et les pertes quant à elles ont été considérables. Le général Pétain, pour qui cette action était prématurée, critique Mangin à demi-mots, mais agit et prend la mesure suivante :  » Dés le 15 juillet, nous passions à l’offensive sur la rive droite de la Meuse et le général Mangin faisait exécuter par la 37e division, mise à cet effet à sa disposition, une opération visant à la reprise des positions de Fleury, avec l’appui de 400 pièces d’artillerie. Mais le commandement local avait trop précipité l’engagement de cette affaire, qui ne réussit pas et qui aurait dû être plus mûrement préparée en raison du trouble apporté dans le secteur de Souville par la dernière ruée allemande du 11.
Par une note du 18, je faisais connaître mes observations critiques à ce sujet : Nos attaques seraient à l’avenir organisées par les commandements de groupements eux-mêmes qui, en raison de leur connaissance du terrain et de l’importance des moyens dont ils disposaient en permanence, étaient le mieux qualifiés pour orienter l’infanterie et lui donner les appuis nécessaires, dans la désignation des objectifs, le contrôle des tirs et la liaison avec les troupes assaillantes.
Je revenais ainsi sur cette question capitale de la supériorité à rechercher par notre artillerie, avec la volonté d’y réussir enfin ; c’était ma préoccupation dominante depuis le commencement de la bataille et nous ne pouvions obtenir qu’à cette condition le succès final. « 

Il réclame également 2 mortiers de 400 mm pour écraser les forts de Vaux et de Douaumont qu’il faudra bien reconquérir si l’on veut dégager le secteur Verdun :  » On me promettait de me donner satisfaction pour le début de l’automne et je décidai d’attendre ce moment pour nos grandes ripostes. « 

petain4 rien2mangin5
Le général Pétain ……………………… Le général Mangin

Rive gauche
R.A.S.


 

16 juillet – Contre-attaque française pour dégager la crête de Souville et reprendre Fleury (rive droite)
Rive droite
Toutes les unités qui ont attaqués la veille sont toujours sur le terrain et leur lutte se poursuit.

A 3 h 45, le 3e Zouave se porte en direction du ravin des Vignes, sur la tranchée Fleury.

Vers 16 h, le 3e Tirailleur parvient à réaliser une faible progression en direction de la crête de la Poudrière, au sud-ouest de Fleury.

Rive gauche
Du 16 au 31 juillet, comme pour la 1ere quinzaine de juillet, l’activité sur la rive gauche est en nette décroissance.
L’artillerie allemande accentue ses bombardements de temps à autres dans certains secteurs mais l’activité première est d’organiser ses positions respectives.

Le 16, une patrouille allemande s’avance sur la cote 304. Elle ne recherche pas le combat et semble uniquement faire du repérage car dès le 1er coup de feu français, elle retourne dans ses lignes


 

17 juillet – Contre-attaque française pour dégager la crête de Souville et reprendre Fleury (rive droite)
Rive droite
Toute la journée, les troupes toujours en ligne subissent d’intenses pilonnages sur leurs positions.
Témoignage du Fernand Brantegem :  » La 1er compagnie a été anéantie par les obus. Il ne reste qu’une quinzaine d’hommes ; blottis dans un trou de marmite. Plus un seul officier. A un de ses hommes qui lui demandait ce qu’il fallait faire, le lieutenant Fayet, qui commandait la compagnie et qui était blessé à mort, répondit  » Tenir jusqu’au bout « . ce fut sa dernière parole. « 

p176

Dans la nuit, les Allemands se lancent sur le P.C. 119 mais sont repoussés.

Rive gauche
Comme pour le 16, durant la nuit, une patrouille allemande. s’avance sur la cote 304 et retourne dans sa tranchée au 1er coup de feu français.


 

18 juillet – Contre-attaque française pour dégager la crête de Souville et reprendre Fleury (rive droite)
Rive droite

Le 2e Zouaves poursuit l’action qu’avait commencée le 3e Zouaves le 16 juillet. Cependant, l’attaque n’apporte aucune amélioration, les zouaves sont fauchés par les tirs de mitrailleuses allemandes et sont contraints à rejoindre leur position initiale.

Rive gauche
R.A.S.

 

19 juillet
Rive droite

A 2 h, le 317e R.I. repousse une contre-attaque sur le P.C. 119.

A l’aube, des éléments du 169e R.I. progressent en direction de la Chapelle Sainte Fine. En profitant de l’effet de surprise, ils parviennent à nettoyer les trous d’obus environnants. Les Allemands qui les occupaient s’enfuient ou sont faits prisonniers. Au final, les hommes du 169e réoccupent la petite cave qui constitue l’unique reste de la Chapelle.
T
émoignage du soldat SUTEAU :  » Notre prisonnier nous fit comprendre qu’il était heureux d’être prisonnier, que la guerre était finie pour lui et que s’il avait tant hésité pour se faire prisonnier, c’est que de l’autre côté, on leur disait que les Français tuaient leurs prisonniers à coups de baïonnettes. « 

p177
Jeunes soldats allemands prisonniers

Le 2e Tirailleur qui à suivi le mouvement du 169e se dirige ensuite vers la route de Verdun à Vaux et parvient à l’atteindre. Il se déploie le long de la voie.

A 20 h, le 317e R.I. part à l’attaque en avant du P.C. 119. Il n’est arrêté que devant la tranchée dite « des 3 arbres », à l’ouest du Dépôt de Souville, et se fortifie sur place.

A 22 h 30, le 2e Zouaves appuyé par des grenadiers et des pionniers du 3e Tirailleur, lance une attaque sur la Poudrière. La lutte se poursuit toute la nuit.

Rive gauche
R.A.S.


 

20 juillet – Reprise de la Poudrière
Rive droite
La lutte du 2e Zouaves se poursuit. A l’aube, la Poudrière cède enfin et 8 officiers allemands ainsi que 150 soldats se rendent aux Français.
La Poudrière est investie et rappidement organisée.
Dans cet ouvrage, les zouaves se trouvent dans une position avancée dans les lignes allemandes. Le jour venant, ils s’aperçoivent qu’ils ont en vue une tranchée allemande leur tournant le dos. Cette tranchée se trouve ainsi prise en tenaille entre face à elle, le 100e R.I., et à revers, les hommes du 2e Zouaves à la Poudrière.
Quelques tirs de mitrailleuses bien ciblés contraignent les 200 Allemands qui occupent cette position critique à se rendre au 100e R.I.

Dés lors, la liaison est rétablie entre le 100e et le 2e Zouaves.

Témoignage du soldat LECLAIRE :  » Les prisonniers nous disent : « Nous ne serons pas vainqueurs, mais vous ne le serez pas non plus »"

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Les prisonniers allemands partant à l’arrière

front-verdun-juillet20
Front au 20 juillet 1916


 

21 juillet
Rive droite

Le 2e Tirailleur est toujours près de la route de Verdun à Vaux. Il tente une percée vers l’ouest et parvient jusqu’à la voie ferrée.

Le bataillon Négrier du 11e R.I. essaie de progresser vers le sud du Dépôt de Souville mais le tir nourri de l’ennemi l’empêche d’avancer.

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Tirailleurs blessés dirigé au poste de secours par 2 camarades

Rive gauche
R.A.S.


 

22 juillet
Rive droite

3 attaques Allemandes simultanées sur le bataillon Négrier du 11e R I. sont repoussées. Le reste du temps, le bombardement est très violent sur le secteur. Les hommes se terrent dans les trous.

p178

Rive gauche
R.A.S.


 

23 juillet
Rive droite et rive gauche

R.A.S.
Journée calme selon les communiqués officiels. Cela veut dire qu’il n’y a pas eu de grandes attaques, mais simplement des altercations locales. Pas de bombardement général mais des pilonnages locaux et alternés.
Tout au long de la  » Bataille de Verdun « , aucune journée ne put être qualifiée de  » journée calme « . Les meilleures d’entres elles peuvent être comparées aux plus mauvaises des autres secteurs.


 

24 juillet
Rive droite
A 3 h, les Allemands attaquent en direction de la ferme de Dicourt face au 95e R.I. Les 2 compagnies présentes (la 11e et une section de la 9e) se défendent héroïquement mais se font massacrer. Plus tard, 2 contre-attaques permettent de reprendre le terrain perdu.

Témoignage de ROBICHON, téléphoniste au 95e R.I. :  » Dans la 2e quinzaine de juillet, j’ai été téléphoniste. Nous nous tenions au poste de Tavannes. Le spectacle était terrifiant. Toutes les heures, le bombardement le plus violent que j’aie jamais vu se déclenchait et un arrosage systématique mètre par mètre, de tout le ravin, jusqu’à l’entrée du tunnel de Tavannes s’exécutait dans une vraie féerie d’enfer.
Sitôt qu’une ligne téléphonique était coupée, c’est-à-dire constamment, on partait à deux pour réparer. Je me suis toujours demandé comment il était tout de même possible de sortir vivant d’un pareil enfer. « 

p179
Téléphonistes en train de réparer une ligne

A 11 h, la 2e compagnie du 20e R.I. s’élance vers la Batterie C, aux abords nord-est du P.C. 119. Elle s’établit à 200 m à l’est, son objectif est atteint.
A 11 h 30, le bataillon Négrier du 11e R.I. s’élance à son tour, dépasse le 20e R.I. et enlève la Batterie C en faisant 40 prisonniers.

Dans l’après-midi, le 10e R.I. quitte Vavincourt et gagne par camions le village de Moulin-Brûlé, près de Nixéville. Il cantonne la nuit dans le secteur.

Rive gauche
R.A.S.


 

25 juillet
Rive droite
Vers 7 h 40, au ravin de la Folie, les Allemands sont aperçus baïonnette au canon dans leurs tranchées. Bientôt, une forte concentration s’avance face au 115e R.I. Après un âpre combat à la grenade, les Allemands sont déstabilisés et rejoignent leur point de départ.
Témoignage de Marcel RAINE, soldat au 115e R.I. :
 » Nous sommes en ligne vers Froideterre. Le pauvre Leduc, un vieux de la classe 1901 ou 1902, se met à errer dans la plaine, complètement fou de peur. Le capitaine a eu pitié de lui. Leduc avait des enfants et il n’a pas voulu le punir, car c’eût été trop grave… « 

Rive gauche
R.A.S.


 

26 juillet
Rive droite
Le 3e bataillon du 20e R.I. tente une nouvelle attaque sur le Dépôt de Souville. Une faible progression est réalisée.

p180
Départ d’une attaque française

Le 10e R.I. monte en ligne en plein jour dans le secteur Marceau. La marche est très pénible car la chaleur est grande et le terrain est complètement bouleversé. Il a reçu l’ordre de progresser tous les jours.

Rive gauche
R.A.S.


 

27 juillet
Rive droite
Le 20e R.I. subit toute la journée de fortes contre-attaques. Aucune ne le fait faiblir.

Le 2e bataillon du 10e R.I., en première ligne, organise les positions relevées la veille.

Le 115e R.I. est relevé dans la nuit ; il a perdu 24 officiers, dont 19 blessés, et 1 017 hommes tués ou blessés. Il était en ligne depuis le 13 juillet.

Rive gauche
R.A.S.


 

28 juillet
Rive droite
A 12 h 45, le bataillon Négrier du 11e R.I. et le 3e bataillon du 20e R.I. se lancent ensemble à l’assaut du Dépôt de Souville.
En fin de journée, après un violent corps à corps, les 1e et 2e compagnie du 11e atteignent le Dépôt. La 1ere compagnie du 20e s’établit plus à l’est. La 2e compagnie du 20e qui a progressé plus difficilement vient finalement se souder à la 1ere.

Dans la journée, le 2e bataillon du 20e R.I. en ligne à l’est du bois en T repousse brillamment une attaque dirigée sur son flanc droit.
Témoignage du caporal G. DAULNE :
 » Aucun Boche ne pouvait la franchir ; tous s’entassaient les uns sur les autres. Cette mitrailleuse était tenue par un petit gars de la classe 1916 ; il n’en ratait pas un, mais, à la fin, il était tellement fatigué qu’il pleurait en tirant. Nous l’avons fait relever pour qu’il se repose un peu, mais son remplaçant les loupait tous, aussi nous l’avons supplié de revenir et revenu aussitôt il a continué sa destruction macabre. « 

Une attaque allemande est repoussée sur le front du 10e R.I.. Les pertes ennemis sont lourdes.

Dans la nuit, le 27e R.I. lance une attaque sur la tranchée de Monbrison mais ne parvient pas à l’atteindre. Les tirs de l’ennemi lui causent de lourdes pertes.
Le 2e bataillon du 10e R.I., grenadiers en tête, se porte en direction de la voie ferrée qui va à Fleury (au nord-ouest de la chapelle Sainte-Fine). Il avance ainsi sa ligne de plus de 100 m.

Rive gauche
R.A.S.

 

29 juillet
Rive droite
R.A.S. dans la journée.

Dans la nuit, le 12e R.I. repousse 2 attaques.
Le 10e R.I. passe la journée à organiser les positions prises la veille. Lorsque la nuit est tombée, il
vient en aide à 2 reprises au 9e R.I., qui est attaqué de face et dont la position forme un angle droit sur la gauche avec le bataillon. Les tirs de flancs réalisés par le 10e R.I. dispersent rapidement l’ennemi.

Rive gauche
R.A.S.


 

30 juillet – Reprise de quelques positions au sud-ouest de la crête de Fleury
Rive droite
Dans la journée, Le 2e bataillon du 10e R.I. progresse de quelques 10e de mètres en avant de la voie férrée.

Dans la nuit, les 9e et 207e R.I. s’élancent sur le croupe sud-ouest de Fleury et réoccupent quelques positions que tenait l’ennemi.
Le 2e bataillon du 10e repousse 2 contre-attaques

Rive gauche
R.A.S.

front-verdun-juillet30
Front au 30 juillet 1916


31 juillet
Rive droite
Le 2e bataillon du 10e R.I. tient toujours ses positions. A 2 heures du matin, il repousse une violente attaque allemande.
Plus tard, il parvient à réaliser une nouvelle progression, jusqu’au coude de la voie ferrée, qui est son l’objectif théorique.

Rive gauche
En raison de la baisse d’activité sur la rive gauche, les effectifs sont diminués.
Plus que 3 D.I. occupent le secteur :
-
la 65e D.I. (203e, 311e, 312e et 341e R.I.) à l’ouest du Mort-Homme ;
- la 64e (252e, 261e, 339 et 340e R.I.) à Chattencourt ;
- la 151e (293e, 337e, 403e et 410e R.I.) à Marre-Charmy.

Témoignage du soldat Gervais MORILLON :  » Il se passe des faits à la guerre que vous ne croiriez pas. Avant-hier, et cela a duré deux jours dans les tranchées que le 90e occupe en ce moment, Français et Allemands se sont serré la main.
Voilà comment cela est arrivé : le 12 au matin, les Boches arborent un drapeau blanc et gueulent : « Kamarades ! Kamarades ! rendez-vous ! »
Ils nous demandent de nous rendre. Nous de notre côté, on leur en dit autant ; personne n’accepte. Ils sortent alors de leurs tranchées, sans armes, rien du tout, officier en tête ; nous en faisons autant et cela a été une visite d’une tranchée à l’autre, échange de cigares, cigarettes, et à cent mètres d’autres se tiraient dessus.
Si nous ne sommes pas propres, eux sont rudement sales, ils sont dégoûtants, et je crois qu’ils en ont marre eux aussi.
Depuis, cela a changé ; on ne communique plus. « 

p32
Soldat français fumant une cigarette dans une tranchée allemande
(photo censurée par l’armée française)

source : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

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Début de la Bataille – Février 1916fleche-boule8 dans Mars 1916fleche-boule8 dans Avril 1916fleche-boule8 dans Mai 1916fleche-boule8 dans Juin 1916fleche-boule8 dans Août 1916fleche-boule8 dans Septembre  Octobre Novembre 1916fleche-boule8 dans Décembre 1916

 

 

26 novembre 2012

La bataille de Verdun Juin

Classé sous — milguerres @ 23 h 48 min

 

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Période de Juin 1916

1er juin – Pression allemande sur le fort de Vaux (rive droite)

source : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm


Rive droite
Début juin, le général Falkenhayn veut frapper un grand coup pour enfin en finir avec Verdun !
Il devient en effet urgent et primordial pour l’Allemagne de dégager ce point du front ouest qui englouti tant d’hommes. Les raisons sont simples, les services de renseignement allemand prévoient l’imminence de 3 grandes offensives
:
-
dans la Somme, conjointement menée par la France et l’Angleterre ;
-
sur le front russe, sans doute en Volhynie et en Bukovine ;
-
sur le front italien.

Il faut donc rapidement désenclaver Verdun afin de disposer de forces suffisantes pout répondre au mieux aux événements qui se préparent…
Témoignage de Pétain :  » Le haut commandement allemand commençait à se rendre compte de la gravité de la situation. La logique eût alors voulu qu’il desserrât progressivement son étreinte autour de Verdun pour rechercher, comme le faisait le haut commandement des Alliés, une autre zone d’action. Cependant il s’obstinait dans son plan : on tenait l’armée française et on ne la lâcherait pas « 

Aux vues des terribles pertes que vient de subir l’armée allemande dans ses attaques sur le Mort-Homme et la cote 304, en avril et en mai, il est en effet difficile de comprendre pourquoi Falkenhayn s’obstine. Cependant, la mise en échec récente de l’offensive française sur le fort de Douaumont, du 22 au 25 mai, a semble t-il redonné espoir et réveillé des rêves de victoire…

La bataille de Verdun Juin  falkenhayn2

Falkenhayn veut lancer son attaque sur un front restreint, 5 à 6 km tout au plus, entre la cote du Poivre et Vaux-Damloup. Son plan, toujours très méthodique, se décompose en 2 phases :
- Premièrement, conquérir tous les points stratégiques du secteur d’attaque choisi, en l’occurrence : le fort de Vaux ; l’ouvrage de Thiaumont ; l’ouvrage de Froideterre ; le fort de Souville et la crête de Fleury. Y consacrer pour cela le temps nécessaire, malgré l’urgence, et y employer des forces importantes, jusqu’à 5 divisions s’il le faut ;
- Deuxièmement, solidement encré sur cette nouvelle ligne et maître des fortifications en faisant partie, s’élancer sur Verdun par l’étroit ravin des Vignes dans un suprême et violent assaut, et conquérir la ville.

La première phase va occuper l’armée allemande jusqu’au 22 juin, le point culminant étant la bataille puis le chute du fort de Vaux du 1er et 7 juin. A cette date, 2 crêtes seulement sépareront l’ennemi de la ville, la ligne Thiaumont-Souville-Tavannes et la ligne Belleville-Saint-Michel-Belrupt.
La deuxième phase lancée le 23 juin, va venir se briser le 12 juillet devant le fort de Souville, dernier rempart avant Verdun. Les Allemands ne seront plus qu’à 3 km de la ville, mais ne parviendront pas à percer.
Des 2 côtés, les pertes pour juin et juillet seront colossales.
Aujourd’hui, un monument, un grand lion couché, comme mortellement atteint, symbolise cette extrême limite atteinte par l’armée Allemande. Dans la soirée du 12, le Kronprinz recevra l’ordre, puisque les objectifs fixés n’ont pas pu être atteints,  » de se tenir désormais sur une stricte défensive « L’Allemagne aura dés lors perdue la bataille de Verdun. Cette bataille qui devait « saigner à blanc » l’armée française aura également « saignée à mort » l’armée allemande…
Débutera alors, pour les Français, la partie offensive de la bataille qui se prolongera jusqu’à la mi-décembre.

 

Le fort de Vaux se dresse à 2600 mètres au sud-est du fort de Douaumont.
Il culmine à 350 m et domine le village de Vaux et toute la plaine est de la Woëvre (voir également la partie « Fortifications », « Le fort de Vaux »).
Depuis le 24 mai, le fort est commandé par le commandant Raynal du 96e R.I.

Sylvain Eugème Raynal est né à Bordeaux (Gironde) le 7 mars 1867.raynal2
Au début de la guerre, il commande le 7e régiment de tirailleurs algériens.
En septembre, il est blessé légèrement à l’épaule par une balle de mitrailleuse. En décembre, il est blessé grièvement par un éclat d’obus et hospitalisé durant 10 mois.
Il retourne au front le 1er octobre 1915, mais quelques jours plus tard, il est blessé de nouveau par un éclat d’obus à la jambe. Cette troisième blessure lui vaut d’être promu officier de la légion d’honneur. Dés lors, la guerre semble terminée pour lui.
Au début de l’année 1916, la France est en manque d’officiers. Le ministère de la guerre annonce que les officiers ne pouvant plus servir en première ligne, de part leur blessure, peuvent se porter volontaires pour commander une forteresse.
Raynal, juste remis de sa blessure et boitant encore fortement, saute sur l’occasion et demande à servir dans le secteur de Verdun, ou l’offensive allemande vient de commencer.
Il est affecté au 96e R.I. et prend le commandement du fort de Vaux le 24 mai.

La garnison du fort est composée de 600 hommes alors qu’elle ne peu théoriquement n’en contenir que 250 : le 2e bataillon du 142e R.I., qui forme la garnison intérieur du fort et tient les abords extérieurs est ; mais également des blessés, des restes d’unités décimées, des égarés accidentellement qui naturellement sont venus s’abriter là et que l’on ne peut rejeter à la mort. Certains ont été évacués durant la nuit, mais depuis plusieurs jours, plus personne ne rentre ni ne sort ; 8000 obus tombent 22 heures sur 24 sur la fortification, à chaque ouverture, un obus toxique tombe toutes les 5 secondes. Des murs de sacs de sable ont été érigés à chaque accés afin que les gaz pénètrent le moins possible.
Dans le fort, la vie est insupportable. Témoignage du lieutenant Albert CHEREL :  » Il y en avait de tous les calibres : du 77, du 105, à l’éclatement déchirant ; du 210, du 380, que les soldats avaient surnommé le « Nord-Sud »à cause du grondement strident de son sillage dans l’air ; peut-être du 420, car on en trouva un culot près du corps de garde le lendemain. Ces obus, à certains moments, tombaient à la cadence de 6 par minute. Il nous semblait vivre au milieu d’une effroyable tempête. « 
Témoignage du lieutenant Albert CHEREL :  » Le fort de Vaux qui avait été bâti pour contenir une compagnie, en logeait maintenant 6. La circulation était devenue difficile. L’air était peu respirable, d’autant plus que, sans cesse, les obus éclatant près des fenêtres ou des entrées lançaient dans les couloirs leur fumée ou la poussière de terre et de pierre qu’ils faisaient jaillir.
La poussière avait un autre inconvénient ; elle augmentait la soif et la rendait insupportable. « 

Dans la nuit du 31 mai au 1er juin, le 3e bataillon du 28e R.I. est en ligne non loin du fort. Il est soumis au bombardement intense que les Allemands produisent sur le secteur du fort. Dans l’obscurité, blottis au font de leur tranchée, les hommes succombent les uns après les autres. Chacun attend l’éclat qui le tuera. A l’aube, le bataillon est entièrement anéanti.
Sa disparition permet à l’ennemi d’avance et de progresser ainsi jusqu’au ravin du Bazil.

Un coureur est parvenu à rallier le 1er bataillon du 28e qui est en arrière, en soutien. Le bataillon se porte aussitôt en avant pour contre-attaquer, malgré le tir de barrage allemand qui n’a pas faibli. Il est à son tour anéanti et réduit à 8 hommes en un instant. Il faut noter que de nombreux obus français tombent également, par erreur, au même endroit.

Les Allemands poursuivent leur progression et contournent les 1er et 3e bataillons du 5e R.I., déjà réduit de moitié par le bombardement des dernières heures.
Le 3e bataillon du 119e R.I. est alerté et reçoit l’ordre de monter en ligne en urgence. Il part de Verdun en plein jour et parvient à rejoindre le 5e R.I. Ensemble, ils réussissent à stopper l’ennemi, mais le ravin du Bazil est déjà fortement investi et ne peut être repris. La position des 2 régiments français reste donc très précaire.

p140

Dans la matinée, le 24e R.I. qui est en ligne au saillant d’Hardaumont, subit une 1ère attaque qu’il parvient à repousser à la grenade. Un peu plus tard, une seconde attaque plus compacte est lancée, les hommes se battent jusqu’à épuisement total. Les derniers survivants sont fait prisonniers.
Les Allemands avancent et occupent le saillant d’Hardaumont, puis bientôt, le ravin de la Fausse-Côte. Ils franchissent la digue puis, après plusieurs heures de combat, atteignent le bois Fumin et les retranchements R2 et R3.

Le 101e R.I. qui se trouve à présent face à l’ennemi alors qu’il occupait quelques heures auparavant une position retranchée, prend ses dispositions et forme un barrage compact dans le bois Fumin et devant l’ouvrage R1.
Lorsque la nuit tombe, R1 est à son tour pris d’assaut mais l’ennemi ne parvient pas à forcer le barrage de mitrailleuses qui a été mis en place. Les cadavres allemands sont très nombreux devant la ligne française.
Témoignage du capitaine Delvert, commandant du retranchement R1 :  » Jeudi 1er juin – Ce matin à 8 heures, nous avons vu, en avant de nous sur les pentes du plateau de Hardaumont, les fantassins sortir comme des fourmis quand on a frappé du pied une fourmilière.
Ils ont dévalé vers notre tranchée du Saillant (sans recevoir un coup de canon). Des nôtres se sont repliés précipitamment vers le ravin de la Fausse-Côte. Nous avons tirés sur les assaillants, sans grand résultat apparent.
Les Allemands, en colonne par un, se sont ensuite glissés le long de la voie ferrée. On a vu alors une file de capotes bleues, sans armes, remonter les pentes de Hardaumont : des prisonniers, soixante à quatre-vingts…
A tout moment passent dans la tranchée des blessés ruisselants de sang. Ils vont au poste de secours qui est à la redoute.
Et les Allemands défilent sans cesse le long de la voie ferrée et passent la Digue.
12 heures – Ils abordent R2. Vive fusillade. On résiste ! Enfin ! C’est notre 3e compagnie qui les reçoit. Je suis descendu à la redoute d’où l’on domine le ravin qui sépare le bois Fumin de R1. De la redoute et de R2, mitrailleuses et fantassins fusillent toute larve feldgrau qui rampe sur les pentes de Fumin.
14 h 30 – Ils ont pris R2. Notre gauche est menacée d’être tournée… A peine installés à R2, ils se sont mis à creuser en avant une tranchée, à la grande admiration de nos troupiers.
Maintenant, seul, le ravin nous sépare d’eux. Allons-nous être cueillis ici comme dans un souricière ? Deux mitrailleuses battent le ravin.
L’aspect de la tranchée est atroce. Partout des pierres sont ponctuées de gouttelettes rouges. Par place, des mares de sang. Sur le parados, dans le boyau, des cadavres raidis couverts d’une toile de tente. A droite, à gauche, le sol est jonché de débris sans noms : boites de conserves vides, sacs éventrés, casques troués, fusils brisés éclaboussés de sang. Une odeur insupportable empeste l’air. « 

A la droite du 101e, le 2e bataillon du 142e R.I., à l’est du fort, vie les mêmes épreuves.

Durant cette journée, tous les éléments français qui se sont trouvés face à l’ennemi ont été soit chassés, soit anéantis, soit fait prisonniers. L’ennemi a réalisé une avancé importante. De la position qu’il occupe désormais, il est bien placé pour attaquer le fort de Vaux par l’est.

p139

Durant la nuit, le 2e bataillon du 75e R.I. monte en ligne et prend position face au côté ouest du bois de la Caillette.
 » Nous étions 150 au départ des casernes Bévaux, le 1er juin ; quand nous sommes arrivés en ligne, sans avoir encore été mis en contact avec l’ennemi, il ne restait qu’une trentaine d’hommes à la compagnie. « 

Le 124e R.I. rejoint la tranchée Fumin. Son 2e bataillon lance aussitôt une attaque à la grenade qui ne donne pas de résultat sinon d’anéantir presque en totalité l’une de ses compagnies et d’affaiblir grandement les autres.

La 52e D.I. (49e et 58e B.C.P., 245e, 291e, 320e, 347e et 348e R.I.) est mise à la disposition de la 6e D.I.

Rive gauche.
Contrairement au front droit, le mois de juin est assez calme sur les champs de bataille à gauche de la Meuse.

A l’est du Mort-Homme, au nord de Chattancourt, 4 compagnies du 71e R.I. tentent d’améliorer leurs positions. Les sections de tête progressent d’abord sans difficulté, elles atteignent l’ennemi lorsqu’un violent tir de barrage et des feux croisés de mitrailleuses les arrêtent et les déciment. La 8e compagnie conserve avec peine le terrain qu’elle vient de gagner. Ses pertes sont de 20 tués (dont 3 officiers) et 60 blessés.


2 juin – Perte du village de Damloup – Siège du fort de Vaux (rive droite)
Rive droite

Depuis plusieurs heures, un intense bombardement par obus asphyxiants s’abat sur le secteur du fort de du village de Damloup.
Lorsqu’à l’aube, le bombardement s’arrête, le tir de barrage français ne prend par la relève. Les Allemands, 4 compagnies d’assaut, s’élancent sur le village de Damloup. Il est alors tenu par des éléments du 1er bataillon du 142e R.I. Le village tombe rapidement et les Allemands poursuivent leur progression en montant vers le fort de Vaux par le ravin de la Horgne.

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Ils arrivent bientôt à proximité du coffre simple nord-est (les coffres de contrescarpe sont des ouvrages autonomes défendant le fossé intérieur du fort). Il est protégé par la 7e compagnie du 142e R.I., commandée par le capitaine Tabourot, et qui occupe le coffre lui-même et les abords proches.

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Le combat s’engage aussitôt, mais bientôt, les positions avancées sont contournées par l’ennemi. Le capitaine Tabourot, les 2 jambes déchiquetées par une grenade, ordonne aux survivants de se replier dans le coffre simple. Le capitaine Tabourot parvient à se traîner sur ses moignons jusqu’à l’entrée ou il est emporté à l’infirmerie.

Le fort de Vaux
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Les Allemands tentent alors de pénétrer dans le coffre. Les Français reculent dans la galerie d’accès, 1 m 50 de haut, moins de 1 m de large, et établissent un barrage avec des havresacs. Les Allemands le font sauter, il est rétabli un peu en arrière. Ce dernier barrage parvient à être défendu durant plusieurs heures mais après 3 tentatives, les assaillants parviennent également à le faire sauter. Un 3e barrage de sacs de sable est mis en place plus en retrait, derrière le premier portail en fer.
Jusqu’au soir, l’ennemi emploiera tous les stratagèmes pour tenter de faire sauter la porte mais n’y parviendra pas.

Pendant ce temps, un petit groupe de pionniers allemands est descendu dans le fossé, large de 10 m et profond de 5, comblé en partie de blocs de béton, a escaladé le mur de contrescarpe et a atteint la superstructure du fort. Il est soumis à des tirs venant de 2 mitrailleuses installées dans des brèches ainsi que venant du coffre double nord-ouest.

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Les 2 mitrailleuses sont nettoyées à la grenade à main et quelques pionniers se dirigent en rampant vers le coffre double et parviennent à se hisser sur le toit.
Tout est prévu, ils ont emporté le matériel nécessaire. Grâce à des tuyaux coudés positionnés devant les embrasures, ils enfument le coffre avec des lance-flammes. Les mitrailleuses se taisent. Cependant, elles ne tardent pas à tirer à nouveau lorsque la fumée s’est dissipée. Il faut tenter autre chose… Ils descendent des grenades dans des sacs de terre, qu’ils font exploser au niveau des ouvertures, tuant les occupants et mettant les pièces hors de service.

A 17 h, la situation du coffre nord-ouest est devenue critique. Le commandant Raynal ordonne l’abandon du coffre et le replie dans le couloir d’accès, ou un barrage de sac de sable est mis en place.
Témoignage du commandant Raynal :  » Le sous-lieutenant Denizet de l’artillerie, qui défend le coffre double, vient me rendre compte que les Allemands, qui sont au-dessus de sa tête, ont, à l’aide de cordes, descendu des paniers de grenades juste à hauteur de nos embrasures, les ont fait exploser et ont mis des pièces hors de service.
D’autres Allemands, rencontrant sous leurs pieds le travail que j’avais fait faire pour boucher un trou de cinq mètres percé dans la voûte par l’explosion d’un 380, ont défait de travail et l’on aperçoit leurs têtes grimaçantes se dessiner sur le fond du ciel. En lançant des grenades par ce trou, l’ennemi peut couper les défenseurs du coffre double. Je décide que ce coffre, dont les pièces sont maintenant inutilisables, sera évacué et je me clôture de ce côté, par un barrage, construit avec créneaux pour grenadiers, en arrière de l’ouverture percée par le 380. « 

Dés lors, l’ennemi est maître des 2 coffres nord-ouest et nord-est ainsi qu’une partie de la superstructure. Il ne peut reculer, il va, coûte que coûte, engager une lutte à mort pour conquérir le fort. Les Français, impuissants, prisonniers dans la fortification, vont défendre chaque couloir, chaque ouverture, avec acharnement.

En début d’après-midi, la 4e et la 11e compagnies du 142e R.I. contre-attaquent le village de Damloup, elles sont anéanties par les obus avant d’atteindre le village.

Jusqu’au soir, les combats dans le secteur du fort, sur sa superstructure et dans les galeries d’accès aux coffres ont été incessants, très violents et très meurtriers.
Il va en va de même à l’ouvrage R1, ou les éléments du 101e poursuivent leur lutte Suite du témoignage du capitaine Delvert, commandant du retranchement R1 :  » Vendredi 2 juin – Nuit d’angoisse, perpétuellement alertés…
Nous n’avons pas été ravitaillés hier. La soif est pénible.
Un obus vient de faire glisser ma plume. Il n’est pas tombé loin. A en juger par la direction et l’éclatement, c’est du 75. Pièce décalibrée qui tire trop court. J’envoie une fusée éclairante et une fusée verte pour qu’on allonge le tir. Peine perdue.
13 h 30 – La lutte à coups de fusils a repris, plus ardente que jamais.
20 heures – Les Allemands d’en face sortent de leurs tranchées. Ici, tout le monde est au créneau. J’ai fait distribuer à tous des grenades, car à la distance où nous sommes le fusil est impuissant. Sortais coupe les ficelles des cuillers et nous les expédions. Ils nous répondent par des grenades à fusils, mais qui portent trop loin. Ceux qui sont sortie, surpris par notre accueil, rejoignent la tranchée Sarajevo en vitesse… on voit des ombres s’enfuir précipitamment et se diriger vers l’arrière ; sans doute la seconde vague qui se dérobe… Si nous avions un tir de 75 maintenant ce serait parfait.
22 heures – Un homme arrive du poste du colonel avec cinq bidons d’eau – d’on un vide – pour toute la compagnie. Ce sont des bidons de deux litres. Cela fait neuf litres, à peu près, pour soixante homes, huit sergents et trois officiers. L’adjudant Dubuc fait devant moi, avec une parfaite équité, la distribution de cette eau qui sent le cadavre. « 

A la nuit, un bataillon du 53e R.I. et la 63e D.I. (216e, 238e, 292e, 298e, 305e et 321e R.I.) viennent renforcer les positions françaises très précaires entre le fort et Damloup (le 298e se dirige sur Tavannes).

Durant ces 2 journées d’intenses combats, l’infanterie française totalement désorientée a soit été totalement inexistante à des moments cruciaux, comme l’assaut allemands sur le fort, soit a tiré à de nombreuses reprises sur ces propres positions.
Ces erreurs, si elles avaient pu être évitées, auraient rendues la tâche beaucoup plus dure aux assaillants.
Témoignage du major RIBELAY du 58e R.A.C. :
 » Le capitaine Tabourot, ce héros magnifique dont on ne peut écrire le nom qu’avec un frémissement de respect, a eu avant de mourir une parole atroce. Sitôt l’attaque allemande déclenchée, il avait demandé à plusieurs reprises notre tir de barrage. Pris de colère devant le silence de notre artillerie, qui avait permis l’encerclement du fort de Vaux et allait rendre inutiles tout ce courage dépensé par ses hommes et toutes ces morts, il s’écria en tombant frappé à mort lui-même :  » Ecoutez bien mon dernier ordre, vous là ! Ceux d’entre vous qui pourront s’échapper, qu’ils aillent casser la gueule aux artilleurs !  » Venant d’un tel homme, de tels propos ne peuvent être passés sous silence. Ils appellent des commentaires.
Nous avons eu l’occasion de relever des erreurs et des fautes de notre artillerie.
Le 1er juin, nos 75 ont à plusieurs reprises tiré sur nos propres tranchées. C’était là un accident presque fatal en cette bataille de Verdun où l’on demandait au matériel le même surmenage qu’aux hommes, mais cet accident n’est excusable que s’il demeure un accident et ne tend pas à devenir une règle.
Le 2 juin, à de nombreuses reprises, « l’accident » se reproduit. Il se reproduira encore le 3 juin, puis le 4, puis chaque jour, peut-on dire en ce début de juin. Mais la journée du 2 juin mérite un examen spécial car c’est au cours de cette journée que se sont accumulés accidents et erreurs d’une façon quasi systématique.

Quelques traits du tableau d’ensemble :
 » Un officier du 53e arrive à la redoute avec une horrible blessure. Un éclat très large lui a labouré latéralement toute la face avant du corps. Le front est ensanglanté, la bouche dégoutte de sang. Les bras, les mains, la poitrine, les jambes, tout ne paraît qu’une plaie. Il est hagard, fou de colère contre l ‘artillerie. Une compagnie de 90 hommes en a perdu 40 en quelques minutes. Six mitrailleuses ont été démolies et leurs servants tués. Et le tir continue toujours. Il a lancé plus de 100 fusées vertes sans résultat. Il n’y a rien à faire qu’à se terrer contre notre propre tir.  »
(D’après un récit du sous-lieutenant G. HUGUENIN du 142e R.I.)

Enfin, les 75 se décident à allonger leur tir, mais ils l’allongent tellement que nos obus vont frapper les objectifs anciens, bien en arrière des nouvelles lignes allemandes. Ce sont des munitions gaspillées.
Il y a plus grave encore.
Le tableau de tir, sur ce point du front, le 2 juin, se lit de la façon suivante :
A – Barrages à 0 h 45, à 1 h 45 et à 2 h 15.
B – Barrages en avant du fort à 2 h 45, à 3 h 15, à 3 h 45 et à 4 h.
C – Entre 4 h et 10 h 45, 2 tirs de barrage, l’un à 7 h 30 et l’autre à 9 h.
D – De 11 h à 17 h 40, silence. A 17 h 40, reprise de la cadence de tir.

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Reprenons les divers points de ce tableau :
A – Les barrages ont permis, avec leurs longs intervalles, tous les préparatifs de l’attaque allemande ; pourtant cette attaque n’était nullement imprévue puisqu’elle avait été précédée d’un tir de préparation de 20 heures.
B – Les barrages après l’attaque sont demeurés sans effet pour la défense du fort puisqu’ils sont tombés au-delà des tranchées que venaient d’occuper les Allemands.
C – Deux tirs de barrage seulement entre 4 heures et 10 h 45, c’est une plaisanterie hors de propos, après une attaque comme celle que vient de subir le fort. L’ennemi a eu ainsi tout loisir pour approfondir et creuser la tranchée qu’il nous avait enlevée.
 » Du fort, impuissant, la rage au cœur, nous regardions les travailleurs ennemis qui, profitant de cette tranquillité, se promenaient à découvert, fumaient tranquillement la pipe sur les parapets et faisaient même des gestes pour nous narguer.  »
(D’après un récit du sergent Henri MATHIEU du 142e R.I.)

D – Quant au silence entre 11 heures et 17 h 40, il défie tout commentaire. « 

Rive gauche
R.A.S.

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Front au 2 juin 1916


3 juin – Siège du fort de Vaux (rive droite)
Rive droite
A 2 h, le 2e bataillon du 75e R.I. tente une attaque vers la Caillette mais ne parvient pas à progresser. A 9h, une nouvelle tentative donne le même résultat.

Les 1er et 2e bataillons du 119e R.I. attaquent en haut du ravin du Bazil mais ne parviennent pas à forcer la ligne allemande. Plus tard, ils repoussent 2 violentes contre-attaques.

Le commandant Raynal envoie un pigeon à la citadelle de Verdun pour demander un tir d’artillerie sur les dessus du fort. Cependant, lorsque que l’oiseau arrive à destination, il est blessé et a perdu la bague contenant le message. Il était le suivant :  » Les pertes de l’ennemi sont effroyables, mais il reçoit sans cesse des renforts, des troupes fraîches qui escaladent le fort, travaillent sur le dessus et autour de l’ouvrage. Il occupe nos anciennes tranchées qu’il a armées de mitrailleuses ; il est même parvenu à en installer sur le dessus du fort. « 

Cependant, à 5 h, un avion français parvient à survoler l’ouvrage et à rendre compte de la situation. Peu de temps après, le tir que souhaitait le commandant Raynal s’abat sur le fort. Les pionniers allemands se réfugient dans les coffres de contrescarpes conquis la veille.

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Dans la matinée, 2 bataillons du 53e R.I. qui sont en position dans le secteur du fort, reçoivent l’ordre de se porter au nord de l’ouvrage et de tenter une attaque. Leurs actions ne donnent aucun résultat mais il fallait s’y attendre, ses hommes sont trop épuisés par plusieurs jours de bombardement. Il est prévu de réaliser une attaque de plus grande envergure le lendemain à l’aube.
Toute la journée, les combats de taupes se poursuivent dans les 2 galeries enfumées qui relient les 2 coffres nord au cœur du fort. Mais la situation reste inchangée.


Quelques détails de ces combats, témoignage du Kurt Von Raden, correspondant de guerre allemand :  » Un escalier descendait profondément, puis venait un court palier, puis un roide escalier montant jusqu’à une solide porte en chêne qui empêchait d’aller plus loin. Le lieutenant des pionniers Ruberg décida de faire sauter cette porte en y plaçant tout ce qu’il fallait de grenades à main et de mettre à profit la confusion qui s’ensuivrait pour donner l’assaut avec ses soldats. Pour n’être pas elle-même anéantie par l’explosion, il fallait que le troupe gagnât assez de temps pour pouvoir, la mèche une fois allumée, descendre l’escalier et remonter de l’autre côté, ce qui exigeait au moins un cordon brûlant vingt secondes.

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Le lieutenant Ruberg, à défaut de pétards explosifs, lia donc ensemble une douzaine de grenades ; il les assujettissait contre la lourde porte, lorsqu’il entendit, derrière celle-ci, le chuchotement des Français et le petit crépitement significatif d’un cordon Bickford. Il n’avait donc plus le temps de la réflexion car, en une demi-minute au plus, la porte allait sauter de dedans, et les Français auraient, dans ce cas, la supériorité morale de l’assaut. Il fallait donc les devancer. Le lieutenant fit signe à ses hommes de se garer, tira le détonateur normal d’une des grenades à main qui fonctionne en cinq secondes, et se jeta au bas de l’escalier pour n’être pas lis en pièces. Il était à mi-chemin quand se produisit une formidable explosion : la charge posée par les Français sautait en même temps que l’autre, sous son action. La pression de l’air lança le lieutenant à quelques mètres plus loin, et il reçut dans le dos plusieurs éclats. Ses pionniers se jetèrent en avant dans le couloir, arrivèrent jusqu’à un croisement, mais furent alors reçus par deux mitrailleuses placées à angle droit environ à dix pas en arrière, si bien qu’il devint impossible de pousser plus loin. Il fallu patienter toute la nuit. « 

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A l’ouvrage R1, le combat continu. Capitaine Delvert, commandant du retranchement R1 :  » Samedi 3 juin – Il y a près de soixante-douze heures que je ‘ai pas dormi. L’ennemi attaque à nouveau au petit jour (2 h 30).
- Du calme, les enfants ! Laissez-les bien sortir ! On a besoin d’économiser la marchandise.
Un craquement d’explosions bien ensemble ! Bravo ! On voit les groupes allemands tournoyer, s’abattre.
A 3 h 30, ils en ont assez et rentrent dans leur trou…
A 6 heures, les brancardiers allemands sortent pour ramasser leurs blessés. J’empêche de tirer dessus.
Comme les Allemands passent sans discontinuer la Digue, qu’ils occupent R2, nous sommes menacés d’encerclement. La situation est vraiment terrible. Un angoisse indicible serre le cœur. Et nous sommes toujours accablés d’obus.
A 14 heures, une rafale me démolit deux mitrailleuses, m’enterre toutes les munitions, hache un servant, en blesse deux autres. A 17 h 15, nouvelle rafale…
Ce soir, préparation d’artillerie formidable de la part des Allemands. Nous serons sûrement attaqués de nouveau. Je fais rétablir la plate-forme de mitrailleuse démolie dans la journée et mettre en batterie une des deux pièces qu’on à pu réparer…
Pour boire, comme il pleut, les hommes ont mis leurs quarts dehors et établi des toiles de tente.
A 20 h 30, ces messieurs d’en face sortent de Serajevo.
Les Allemands sont accueillis à quinze mètres d’un tel barrage à la grenade, appuyé par un tel feu de mitrailleuses, qu’ils n’insistent pas. L’attaque est arrêtée net…
Les obus se remettent à tomber. « 

Toute l’après-midi, le bombardement allemand est très violent sur les bois de Vaux-Chapitre, de la Vaux-Régnier et de la Montagne, les ouvrages de Souville et de Tavannes, la batterie de Damloup et ses abords.

Rive gauche
R.A.S.


4 juin – Siège du fort de Vaux (rive droite)
Rive droite
Dès 2 h, la contre-attaque prévue la veille par les Français est lancée. Cependant, un seul bataillon du 298e R.I. y participe. Il ne peut prétendre seul à débarrasser les éléments du fort des forces ennemis qui en sont maîtres. Il s’élance cependant avec courage et énergie, et parvient à reprendre un élément de tranchée au nord-ouest. Il ne pourra pas progresser d’avantage, soumis aux tirs des mitrailleuses allemandes venant des coffres de contrescarpe.

Le commandant Raynal qui a suivi cet assaut censé lui venir en aide, est de plus en plus inquiet. Il connaît le courage de ses hommes, il sait qu’ils se battront jusqu’au bout, mais si aucune aide lui vient de l’extérieur, comment pourra t-il remédier au manque d’air et au manque d’eau.
Le courage ne remplace pas la soif…  » Tout le monde chercher un peu de fraîcheur contre les dalles ou contre les murs. Hélas ! la pierre est chaude. Les yeux brillent de fièvre, et l’on n’à touché qu’un quart d’eau depuis vingt-quatre heures. L’air est affreusement lourd : j’ai l’impression de me remuer sous une pile d’édredons. Une poignée de braves continue de soutenir le moral aux barrages, mais la masse commence à faiblir « 

 » Enfiévrés, les hommes ne demandaient qu’à boire et ne pouvaient goûter aux aliments. L’air était empoisonné par la fumée des gaz, de la poudre et de la poussière ; la couche était telle que les lampes s’éteignaient et que les lampes électriques n’arrivaient pas à percer sa profondeur à plus de 50 centimètres. Les hommes étaient si faibles qu’à chaque instant plusieurs tombaient en syncope. Les blessés, assez nombreux, ne pouvaient être soignés, faute de médicaments. « 

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A 11 h 30, le dernier pigeon du fort, matricule 787-15, vient d’être intoxiqué par les gaz, il va mourir. Alors que l’on tient la cage le plus haut possible, le commandant Raynal rédige son dernier message :  » Nous tenons toujours, mais nous subissons une attaque par les gaz et les fumées, très dangereuse. Il y a urgence à nous dégager. Faites nous donner de suite communication optique par Souville, qui ne répond pas à nos appels. C’est notre dernier pigeon. « 
Lorsque qu’il prend son envole, il pauvre oiseaux est désorienté et vient se reposer sur l’embrasure d’une meurtrière. Il est récupéré et envoyé à nouveau, mais cette fois, saluer par les mitrailleuses allemandes, il s’envole en direction de Verdun. Quelques dizaines de minutes plus tard, il rejoint le pigeonnier militaire de la citadelle de Verdun et expire. Il a accompli sa mission. Il recevra une bague d’honneur avec cette citation :  » Malgré des difficultés énormes résultant d’une intense fumée et d’émission de gaz, a accompli la mission dont l’avait chargé le commandant Raynal. Unique moyen de communication de l’héroïque défenseur du fort de Vaux, a transmis les derniers renseignements qui aient été reçu de cet officier. Fortement intoxiqué est arrivé mourant au colombier.  »

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Plaque commémorative du pigeon mat. 787.15
(visible au fort de Vaux
)

Comme la veille, les Allemands tentent toute la journée, par tous les moyens de forcer les barrages mis en place par les Français.
Témoignage du caporal brancardier Vanier, du 101e R.I. :  » Les Allemands nous envoient du liquide enflammé ; une fumée noire entre dans les casemates, le bruit sourd des grenades nous arrive de plus en plus précis ; nous ne pouvons pas respirer ; nous sommes noirs comme des moricauds. Pour avoir de l’air, il faut ouvrir les fenêtres. Avec beaucoup de précautions, nous enlevons peu à peu les sacs de terre qui les protègent. Nous avons de la chance de ne pas voir d’Allemands dans le fossé. Quelques-uns sautent dehors pour pouvoir respirer. Mais il faut rentrer : ordre du commandant de refermer toutes issues.
Nous ne sommes pas au bout de nos épreuves : le barrage de droite vient de fléchier. Les Allemands trouvant que nous résistons trop ont pris les grands moyens : avec du pétrole enflammé, ils arrosent les défenseurs et parviennent ainsi à forcer le barrage… Quelques grenadiers nous arrivent avec diverses blessures, les cheveux, les sourcils roussis, plus rien d’humains, des êtres noirs, les yeux hagards, tout ce qui peut être brûlé et brûlé. Grosse émotion… quelques hommes commencent à perdre la tête… « 

A 22 h, Raynal convoque tous les officiers encore valides afin de faire un point sur la situation. Elle n’est pas brillante… la soif est le plus gros problème et il ne va pas s’arranger. Les hommes sont voués à s’affaiblir indéniablement, heure après heure.
Raynal décide donc de tenter une évacuation cette nuit même, à la faveur de l’obscurité, de tous les hommes non indispensables à la défense et l’intendance du fort. Tous les soldats ne faisant pas partie de la garnison, mourant déjà de soif inutilement, doivent donc s’échapper vers les lignes françaises.

A 1 h 30 (le 5 juin), la troupe constituée se regroupe sous les ordres de l’aspirant Buffet.
Témoignage du caporal Guillantou :  » Le moment du départ arrive. Il est 1 h 30. L’aspirant Buffet sort en tête. Je suis, et dès lors, me porte en avant. La mitrailleuse crépite, les fusées nous éclairent ; un violent tir de barrage nous accompagne, depuis les 305 jusqu’aux 77 ; c’est un déluge d’obus.
Qu’importe ! Notre groupe de neuf ne se rebute pas et continue son avance.
L’espace, quoique difficile et long à franchir, est bientôt parcouru.
Nous arrivons ainsi à une carrière appartenant aux lignes françaises ; le cri de  » Halte-là !  » retentit. Immédiatement, plusieurs voix répondent  » France !  »
Notre tâche était presque terminée ; l’évasion avait réussi. « 

Une 100e d’hommes parviennent ainsi à rejoindre les lignes françaises.
L’aspirant Buffet est immédiatement conduit au fort de Tavannes, afin de rendre compte au commandant du secteur sur la situation du fort de Vaux. L’état major ainsi informé, met immédiatement sur pied une contre-attaque pour le 6 au matin.
Il faut maintenant que quelqu’un connaissant le secteur, regagne le fort afin de réaliser la liaison avec le commandant Raynal :  » Tenez encore, nous allons contre-attaquer « . On propose la mission à l’aspirant
Buffet qui accepte aussitôt. Il repartira donc à la nuit vers le fort, accompagné du sergent Fretté, ayant également participé à l’évasion.

Nouvelle journée de lutte à l’ouvrage R1, résumant toutes celles des autres secteurs. Capitaine Delvert, commandant du retranchement R1 :  » Dimanche 4 juin – J’étais à la redoute à organiser la liaison avec ma gauche. Au même instant, pétarade significative. Je grimpe en vitesse l’étroite rampe qui me mène dans la tranchée et gagne mon poste de combat.
Les grenades claquent de toutes parts. A 4 heures, tout est fini.
Il fait un soleil radieux, qui rend plus que poignante encore la désolation de ce ravin.
14 h 30 – Depuis midi, bombardement par gros calibre. La terre tremble. La cagna est pleine de gravats. Ils veulent décidément démolir cette tranchée.
16 h 30 – Les Allemands grimpent toujours sur les pentes du bois Fumins, et toujours sans recevoir un coup de canon. Je fais en hâte établir une mitrailleuse à la tranchée de flanquement qui domine le ravin, au-dessus de la redoute, et y envoie le sergent Choplain avec huit hommes. Ils fauchent ce qu’ils peuvent ; mais c’est un crève-cœur de voir ces messieurs se renforcer ainsi à discrétion, en plein jour.
18 heures – Le bombardement recommence. Cette fois, ce sont les nôtres qui tirent… mais sur nos propres tranchées. Un vrai tir de démolition. Deux dans la journée, c’est beaucoup. Celui-ci est plus terrible que le premier.
L’élément de tranchée, à droite du carrefour R1-Courtine, est littéralement écrasé ; tous les défenseurs tués ou blessés. Partout ce ne sont que gémissements, courses de brancardiers qui, malgré leur dévouement, sont débordés.
Levêque, haletant, vient s’appuyer quelques instants sur le mur de mon P.C. Sa bonne figure d’honnête brave homme est creusée ; les yeux cerclés de bleu semblent sortir de la tête.
On parle toujours de héros. En voici un, et des plus authentiques. Il n’a pas la croix de guerre. C’est un brave homme, tout modeste, qui fait son devoir sans se soucier des balles et des marmites, qui fait son devoir à en crever. C’est un vrai héros.
L’effroyable canonnade dure toujours !
20 heures – Nous sommes relevés ! C’est une si grande joie que je n’y croie pas.
A 21 h 30, nous commençons la relève avec le lieutenant Claude. La nuit est calme. A peine quelques marmites.
23 heures – Arrive un courrier du colonel.  » En raison des circonstances, le 101e ne peut être relevé.  » Quelle déconvenue pour mes pauvres troupiers ! Ils font l’admiration du lieutenant Claude. Il y a de quoi. Il n’en reste plus que trente-neuf ; mais quels braves gens !
A cette note en est jointe une autre :  » Occupez-vous toujours R1 ?  » « 

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Rive gauche
R.A.S.

5 juin – Siège du fort de Vaux (rive droite)
Rive droite

C’est une nouvelle journée de lutte qui se déroule dans les coursives, les couloirs et les casemates. Mais tous les points stratégiques sont conservés au pris de souffrances inouïes.
Le bombardement allemand est très violent sur le fort et ses alentours. De nombreux obus français tirés trop court, viennent s’y ajouter.

A 4 reprises, le commandant Raynal tente l’envoi d’un message optique au fort de Souville.
A 1 h :  » L’ennemi travaille, partie ouest du fort, à constituer un fourneau pour faire sauter voûte. Taper vite avec artillerie. « 
A 8 h :  » N’entendons pas notre artillerie. Sommes attaqués par gaz et liquides enflammés. Sommes à toute extrémité. « 
A 21 h 45 puis à 23 h :  » Il faut que je sois dégagé ce soir et que du ravitaillement en eau me parvienne immédiatement. Je vais toucher au bout de mes forces. Les troupes, hommes et gradés, en toutes circonstances, ont fait leur devoir jusqu’au bout. « 

A minuit, l’aspirant Buffet et le sergent Fretté partent de Tavannes et parviennent à regagner le fort de Vaux. Ils sont accueillis très chaleureusement par le commandant Raynal auquel ils transmettent leur message d’espoir.
Ce message, bien que positif, n’est pas du tout satisfaisant. Seulement 4 compagnies (238e et 321e R.I.) sont prévues pour l’attaque, accompagnées de quelques pelotons du génie munis d’échelles spéciales, pour gravir la superstructure, comme au Moyen Age. Sans mettre en doute la valeur des combattants ni leur héroïsme, il est illusoire de croire que l’ennemi laissera avancer ces hommes équipés d’échelles. En ce qui concerne la préparation d’artillerie, aucun détail, alors qu’elle aurait du durer plusieurs jours pour être efficace, comme l’on fait les Allemands !
Le commandant Raynal est ses officiers doivent se résigner à l’action prévue par le G.Q.G., ils ferons de leur mieux…

Suite et fin du témoignage du capitaine Delvert, commandant du retranchement R1 :  » Lundi 5 juin – Je reposerais volontiers, mais les  » totos  » s’y opposent. Le contre ordre de relève fait que le compagnie n’aura pas encore d’eau aujourd’hui. Sitôt le contre ordre reçu, j’ai envoyé une corvée d’eau. Elle n’est pas revenue. Heureusement il pleut. Les hommes vont étaler des toiles de tentes. Une soif terrible me dessèche la gorge. J’ai faim ; manger du singe avec des biscuits va encore augmenter ma soif.
Dans la tranchée Serajevo, qui nous est parallèle, c’est un mouvement continu dans les deux sens. Cette tranchée doit être approfondie, tout au moins dans le boyau de circulation, à près de deux mètres…
Maintenant ils s’organisent dans les positions conquises. On les voit pelleter la terre, envoyer leurs renforts…
17 heures – L’ordre de relève est arrivé. Pourvu qu’il soit définitif !
Nous laisserons nos morts comme souvenir dans la tranchée. Leurs camarades les ont pieusement placés hors du passage. Hélas ! Que de lugubres sentinelles nous abandonnons ! Ils sont là, alignés sur le parados, raidis dans leur toile de tente dégoûtante de sang, gardes solennels et farouches de ce coin de sol français qu’ils semblent, dans la mort, vouloir encore interdire à l’ennemi.
21 heures – Relève. Ce n’est pas tout d’être aux retranchements du fort de Vaux, il faut encore en sortir.
Effroyable la marche dans la nuit vers le P.C. Fumin. Clerc guide le mouvement. Il retrouve à tâtons le chemin, de trou d’obus en trou d’obus. La plaine est bouleversée, criblée d’entonnoirs où l’on trébuche sur des cadavres… nous descendons à travers le bois dont les pentes aboutissent au tunnel. Dans le tunnel ! Enfin ! Nous respirons.
Quand je dis :  » Capitaine de la 8e compagnie ; R1 !  » je me rend compte de l’horreur de la situation dans laquelle nous nous trouvions. On nous regarde comme des rescapés. On nous offre à boire… On nous félicite… On nous embrasse…
Nous repartons, dans la nuit, le long de la voie ferrée… Ici les bois ne sont pas abattus et les branches nous accrochent au visage. Mais nous avons plus l’angoisse des marmites et l’on entend à nouveau bavarder. Notre guide nous perd à travers les pentes boisées qui nous séparent de Belrupt… Enfin, voici les casernes Chevert… La route… Nous sommes arrivés. La fin du martyre. Il est petit jour. « 

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Rive gauche
R.A.S.


6 juin – Siège du fort de Vaux (rive droite)
Rive droite

A 2 h, l’attaque française qui doit dégager le fort s’élance. Elle est composée de 2 compagnies du 321e R.I. et de 2 du 238e R.I., ainsi que de quelques pelotons du 4e Génie équipés de matériels de franchissement.

Les 2 compagnies du 321e s’élancent sur la face est du fort et parviennent à traverser une première tranchée. Ils atteignent ensuite le fossé où elles sont accueillies par un puissant barrage à la grenade. Elles tentent désespérément de forcer le passage mais en quelques instants, tous les officiers et la moitié des effectifs sont tombés. Les débris des 2 compagnies se rassemblent et rejoignent leur point de départ sous un déluge de fer.
Témoignage de Jacques FERRANDON, soldat au 321e R.I. :  » Le 6 juin, à 2 heures du matin, nous montions à l’attaque du fort de Vaux. Nous avançâmes jusqu’au moment où, ayant épuisé toutes nos munitions en grenades et, postés dans un entonnoir, nous tirions presque à bout portant sur l’ennemi, bien visible sous les fusées éclairantes.
Trop occupé à me battre, je n’entendis pas l’ordre de repli ; quand je m’aperçus que j’étais seul, je m’aplatis dans un trou. Ayant attaché mes armes et équipements à mes jambes, je pris en rampant le chemin du retour. Combien de temps m’a-t-il fallu, je ne puis le dire, mais ce que je vis fut affreux : partout des cadavres français et allemands, pêle-mêle. Je ne me détournais de l’un que pour passer sur un autre ; pas un trou qui ne contînt plusieurs morts ou mourants ; c’était épouvantable ; il faut avoir parcouru les abords du fort de Vaux pour se rendre compte d’un tel massacre. « 

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Les 2 compagnies du 238e R.I. (22e et 23e), s’élancent de la tranchée Besançon, sur la face ouest du fort.
En voyant approcher la 22e compagnie, l’ennemi évacue les tranchées en avant du fort, ce qui permet aux Français d’atteindre assez facilement le fossé et de s’étendre vers la face nord. Cependant, les mitrailleuses allemandes installées sur la superstructure ouvrent le feu et causent des ravages dans la troupe, qui est bloquée contre la paroi et qui tente désespérément de l’escalader.
A 4 h, il ne reste plus que 30 hommes, dont 17 blessés. Les Allemands s’élancent sur eux et les font prisonniers.

La 23e compagnie qui a été quelque peu retardée par l’encombrant matériel qu’elle doit charrier (échelles, mitrailleuses, munitions) atteint à son tour le fossé du fort. Elle doit cependant renoncer à y descendre, se serait une mort certaine que de tenter de traverser ce couloir pris d’enfilade par un grand nombre de mitrailleuses allemandes. La troupe se résigne à rester dans les énormes trous d’obus qui précédent le fossé.
A la nuit, la 23e compagnie du 238e R.I. regagne la tranchée Besançon qu’elle a quittée le matin.

Témoignage de Georges QUETIN, soldat au 238e R.I. :  » Le 238e d’infanterie est remonté en face du fort de Vaux au moment de l’attaque. Quelques jours plus tard, j’ai assisté à l’appel d’une compagnie : un seul caporal à répondu présent pour toute sa compagnie. J’ai vu cet homme pleurer en entrant dans le cantonnement et appeler ses camarades disparus. « 

Du fort, les assiégés torturés par la soif ont assisté impuissants à l’infortune des 4 compagnies venues les délivrer. Les réserves d’eau sont pratiquement épuisé, le commandant Raynal lance à 6 h 30 un ultime message optique au fort de Souville, déchiffré comme cela :  » … interviendrez avant complet épuisement… Vive la France ! « 
Descriptif de la distribution d’eau durant les 6 jours de siège donnée par le médecin auxiliaire Gaillard… :
 » La seule boisson en usage au fort de Vaux était l’eau de la citerne, javellisée à trois gouttes par litre, filtrée et aérée par le médecin du fort et moi.
Distribution : 1er juin, néant ; 2 juin, 1 litre par homme ; 3 juin, ¾ de litre par homme ; 4 juin, néant ; 5 juin, ½ litre par homme ; 6 juin, néant. « 

Dans les casemates ou à l’infirmerie, ou une 100e de blessés agonisent sans soin, plusieurs hommes boivent leur urine.

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La nouvelle attaque sur Vaux venant d’échouer à son tour, le général Nivelle réitère en formant sur le champ une brigade composée du 2e Zouave et du R.I.C.M. (Régiment d’Infanterie Colonial du Maroc).
Sa mission est de nouveau de reconquérir entièrement le fort. Elle est fixée pour le 8 à 4 h 30.
Témoignage du commandant P… :
 » L’histoire de la formation de cette brigade mérite d’être relatée en détail, non à cause de son importance propre, mais à cause de la connaissance qu’elle donne de la mentalité d’un chef qui s’est cru et à qui l’on a voulu faire croire qu’il était un grand chef.
Le général avait exposé son idée de secourir à tout prix le fort de Vaux à son chef d’état-major sous prétexte que « l’honneur était engagé ». Celui-ci avait fortement cherché à dissuader le général, mais sans succès et le général décida de se rendre à R., sur la rive gauche, en y convoquant tous les chefs de groupement et de division. Le chef d’état-major, désireux de tout tenter pour arrêter le général me désigna, pour l’accompagner (j’avais déjà commandé au front un bataillon d’infanterie et un bataillon de chasseurs, et je possédais la pleine confiance du général comme fantassin) en me priant de faire tout ce qu’il serait possible pour amener le général à renoncer à cette fantaisie. « Du reste, ajoutait-il, le général vous mettra lui-même au courant pendant le trajet… »
En voiture, voyant que le général ne disait rien, je lui demandais : -Mon général, le chef d’état-major m’a prié de vous rappeler que vous deviez au cours de la route me mettre au courant de vos intentions.
- Ah ! oui, répondit le général, mais je n’ai pas encore pris de décision. Le chef d’état-major avait pensé qu’on pourrait former une brigade de marche en prélevant des troupes sur la rive gauche, et la transporter sur la rive droite pour reprendre le fort de Vaux la nuit prochaine.
- Mais, mon général, m’écriais-je, c’est insensé ! Comment une pareille idée a-t-elle pu venir à un homme comme votre chef d’état-major ? Ce n’est pas possible. C’est là, au point de vue fantassin, une de ces erreurs qui coûtent cher, et sans jamais avoir de résultats. Comment peut-on espérer obtenir d’une brigade de marche, composée de régiments ou de bataillons venus de partout, sous la conduite d’un chef inconnu d’eux, sans la moindre cohésion, dans un secteur qui ne représente qu’un chaos lunaire et tout à fait nouveau pour eux, avec les marmitages que vous connaissez, ce qu’une division fraîche, bien encadrée, avec toute son artillerie, n’a pu réussir il y a quelques jours ?
- L’honneur militaire exige que l’on fasse quelque chose.
- Oui, mon général, si quelque chose est possible, mais pas si ce quelque chose n’a comme effet que la destruction de nouvelles unités, sans résultat. Le fort me paraît à bout de forces. J’ai vu hier l’aspirant Buffet au moment où il arrivait du fort, et je sais par lui que la situation dans le fort semble assez trouble. Je connais Raynal, il est énergique, il fera tout ce qu’il pourra, et vraiment qui oserait dire que l’honneur n’est pas satisfait ?
Le général se tut ; et le silence dure jusqu’à R.
A R. une vingtaine de généraux attendaient.
Ce fut une stupeur quand le général Nivelle eût exposé son projet, qui était bien le sien, bien qu’il eût semblé vouloir en donner la paternité à son chef d’état-major.
Le général N… protesta hautement. Le général de M… ancien commandant d’une Armée, qui avait accepté ensuite le commandement d’un Corps d’Armée venu du Midi, exposa au général Nivelle, que bien entendu, l’ordre serait exécuté s’il était donné, mais qu’il estimait ce projet voué d’avance à l’insuccès, que vraiment une formation de marche, aussi hétérogène que celle que l’on pourrait former dans un secteur où n’existaient plus de réserves, n’avait pas la moindre chance de réussite, que les pertes seraient élevées et qu’on pouvait se demander si la reconquête du fort valait un tel sacrifice.
Le général Nivelle maintint son point du vue, et demanda à chacun des chefs présents de mettre à sa disposition ses unités disponibles. Il fut convenu enfin que le général Savy, désigné pour prendre le commandement de la brigade de marche, aurait sous ses ordres le régiment colonial du Maroc et un régiment mixte venu d’une autre division. Les troupes étaient en 2e ligne et devaient entrer en 1er ligne dans la nuit suivante (du 6 au 7). On les ferait redescendre, transporter par camions, et elles monteraient (dans la nuit du 7 au 8) dans le secteur de Souville-Tavannes pour attaquer le 8 au matin soit 2 jours successifs passés en camion et 3 nuits à monter en secteur où à redescendre. C’est ce qu’on appelait des troupes « fraîches ».
Le général Nivelle me dit : « Maintenant que tout est d’accord, écrivez l’ordre, je signerai votre original. »
Je m’inclinais et fit l’ordre que le général signa aussitôt et qui fut remis immédiatement au général commandant le groupement.
Le général de M…, qui m’avait eu comme élève à l’Ecole de guerre, se rapprocha de moi et me dit : « Mon pauvre P…, quel métier on vous fait faire ! Mais vous ne pouviez pas ne pas obéir.  »
Si j’ai relaté ces faits, c’est que pour moi ils sont infiniment précieux pour déceler le caractère d’un homme. Le général Nivelle, venu de l’Afrique, n’était en rien préparé au rôle qu’il eut à jouer. Très brillant soldat, celui de Quennevières, il ignorait tout de la conduite des Armées. L’immense confiance en soi, l’entêtement orgueilleux, le goût de la flatterie, une vanité enfantine qui se gonflait du moindre éloge, venant de n’importe qui, tout cela s’est développé, amplifié à Souilly dans d’immenses proportions et appelait une catastrophe.
On comprend mieux les événements d’avril 1917 (remplacement de Nivelle par Pétain) à la lumière de petits incidents comme celui que je viens de raconter.  »

Rive gauche
Une nouvelle attaque menée par le 71e R.I. sur le boyau de Valence ne donne pas plus de résultat que le 1er juin.


7 juin – Capitulation du fort de Vaux (rive droite)
Rive droite

A 3 h du matin, le commandant Raynal décide d’envoyer un émissaire pour parlementer avec l’ennemi, le sous-lieutenant Farges, de la 6e compagnie du 142e R.I. Mais comment approcher de l’ennemi sans être accueilli à coup de fusils ou de grenades ?

Témoignage du commandant P… :  » De quelle façon le fort de Vaux a capitulé : Dans la nuit du 6 au 7 juin, le sous-lieutenant Fargues de la 6e compagnie du 142e R.I., a fait effort pour parlementer avec l’ennemi vers la casemate sud-ouest de l’ouvrage. Le jour arrive sans aucune réponse et pourtant les Allemands veillent de toutes parts. Vers 6 heures du matin, l’adjudant Benazet obtient une réponse au barrage qui ferme le coffre double. Immédiatement, le lieutenant allemand Muller-Verner est introduit à l’intérieur auprès du commandant Raynal (commandant en chef du fort). Toutes les conditions étant acceptées et signées, il faut évacuer la place.
Les hommes déposent les armes, bien des larmes coulent, pas un mot, un silence de mort plane sur ce morceau de France.

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L’ennemi présente les armes et puis, bien lentement, les héros du fort de Vaux descendent vers l’exil.
Les Allemands entraient au milieu d’un grand silence, écrit le caporal-brancardier Edmond Patry : on entendait le bruit de leurs bottes, ils montaient l’escalier de pierre à la file indienne, l’officier en tête, coiffé d’une casquette, suivi des téléphonistes, pionniers, tous s’éclairant de leurs lampes électriques.
Les Français étaient rangés de chaque côté de l’allée centrale du fort ; les Allemands passaient au milieu et les saluaient. Ils appartenaient au 39e régiment d’infanterie prussien.
L’évacuation se fit par la brèche nord-ouest. Au pied des pentes du fort de Vaux, la plaine marécageuse et les trous d’obus contenaient de l’eau. Tous se jetèrent sur cette eau pourtant pleine de vase…

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Le commandant Raynal fut conduit au Kronprinz (le prince héritier allemand), puis emmené à Mayence.

Récit du commandant RAYNAL : « Le Kronprinz est debout, il m’accueille avec une courtoisie très franche. Il n’est pas laid ; ce n’est pas le singe qu’on fait de lui les crayons qui l’ont caricaturé ; c’est un cavalier mince et souple, élégant et non sans grâce, qui n’a rien de la raideur boche.
Le Kronprinz parle, il s’exprime avec facilité, dans un français assez pur.
Il reconnaît et vante comme il sied la ténacité de nos hommes, leur admirable vaillance. « Admirable » : il répète plusieurs fois ce mot. Le Kronprinz me remet la copie du message par lequel notre général en chef envoyait ses félicitations au fort de Vaux.
Maintenant l’héritier du kaiser arrive au geste noble :
- Désireux d’honorer votre vaillance, mon commandant, j’ai fait rechercher votre épée que je me dois de vous rendre ; malheureusement, on n’a pu le retrouver… Et pour cause, suis-je tenté de glisser : je n’ai eu pour toute arme personnelle que ma canne de blessé et mon revolver.
Il poursuit, en me présentant le coupe-choux d’un sapeur du génie :
- Je n’ai pu me procurer que cette arme modeste d’un simple soldat, et je vous prie de l’accepter.
Mon premier mouvement est de me hérisser ; mais le Kronprinz ne se moque pas de moi, c’est très sérieusement qu’il accomplit son geste, et comme l’effet ne lui en échappe pas, il insiste sur l’intention qui donne à ce geste sa véritable portée :
- L’arme est modeste, mais glorieuse, mon commandant, et j’y vois, comme dans l’épée la plus fière, le symbole de la valeur française…
Je ne peux plus refuser :
- Ainsi présenté, j’accepte cette arme et remercie Votre Altesse de l’hommage qu’elle rend à la grandeur de mes humbles camarades.
C’est tout, je salue militairement et m’en vais en emportant mon coupe-choux. Nous n’avons pas fait cent mètres que :
- Herr major, Son Altesse Impérial vous prie de revenir.
Je regagne le quartier général du Kronprinz. Comme je pénètre dans le bureau par une porte, il sort d’une autre pièce et vient à moi, tout épanoui : il tient une épée à deux mains, un sabre-épée d’officier français :
- J’ai trouvé, mon commandant. Je vous prie d’accepter cette arme plus digne de vous, en échange de celle que je vous ai offerte, à défaut d’une autre. « 

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Commandant Raynal prisonnier

Ce n’est que par le communiqué allemand fait le soir, que la France apprend la chute du fort.
Aussi, le général Nivelle maintient son ordre d’attaque prévu pour le lendemain.

Bilan du siège du fort de Vaux :
Lorsque que l’on étudie de plus près la capitulation du fort de Vaux, dû principalement à la soif et non à la conquête des organes principaux du fort par l’ennemi, on ne peut s’empêcher de penser qu’elle aurait été l’issue si au 1er juin, les citernes avaient été pleines et la défense du fort correctement menée.
En effet, durant les mois précédents, rien n’avait été fait pour redonner au fort sa puissance de feu, et l’on mourrait de soif déjà bien avant le mois de juin.
Le lieutenant Borgoltz, qui avait fait une reconnaissance au fort le 6 mars, avait relevé de nombreuses malveillances qu’il avait remontées à sa hiérarchie. Cependant, aucune mesure n’a été prise.
Voici les grandes lignes du compte rendu établi par le lieurenant Borgoltz :  » … nous gagnons la tourelle qui est désarmée de ses pièces de 75… Telle qu’elle est, on pourrait y mettre des mitrailleuses en batterie destinées à balayer les glacis en cas d’attaque. « 

 » … les deux casernes de Bourges et les coffres flanquants, sont intacts. Nous sommes très surpris de trouver ces organes sans défenseurs, les casemates de Bourges étant d’ailleurs désarmées de leur 75 et remplie d’explosifs. Etrange conception de l’utilisation d’un ouvrage fortifié qui consiste à préparer tout pour le détruire et rien pour le défendre. Quelle lourde responsabilité pour le chef qui a donné l’ordre de prendre de pareilles mesures ! « 


 » … Par les embrasures des coffres de flanquement, nous voyons des partions entières de contrescarpe renversées dans les fossés. Le flanquement par les coffres est rendu plus difficile en raison de ces éboulements. Il faudrait une section du génie pour diriger et faire exécuter les travaux de déblaiement ainsi que pour mettre en place des réseaux Brun barbelés afin de rétablir l’obstacle et obstruer les brèches. « 


 » Les communications à découvert avec le plateau en arrière du fort sont précaires et très périlleuses en raison de l’arrosage constant de tous calibres, entretenu par les Allemands, qui gênent les ravitaillements. Pourquoi, depuis que l’on est fixé sur cette façon de procéder des Allemands, l’ordre n’a-t-il pas été donné de creuser une galerie suffisamment profonde du 350 à 400 mètres de longueur, pourvue à ses deux extrémités de deux ou trois sorties, vers la lisière nord des bois de la Vaux-Régnier. Ainsi seraient assurés, en tout temps, en toute sécurité, malgré le bombardement, la relève du personnel ainsi que le ravitaillement en vivres, eau, matériel et munitions de la garnison de défense. D’où possibilité de prolonger la résistance en limitant les fatigues et réduisant les pertes. « 


 » Les chambrées étaient bondées, les couloirs, les escaliers, les latrines, tout était encombré de soldats qui dormaient, somnolaient, causaient, fumaient, en attendant leur tour d’aller risquer leur vie au parapet.  »  » Les citernes baissaient rapidement, car les tuyaux qui leur amenaient l’eau des sources de Tavannes avaient été crevés par les gros obus. A partir du 11, la ration fut fixée à un quart par homme et par jour. Le 13, déjà, les citernes étaient presque vides ; ce jour-là, pour puiser et distribuer l’eau, ou plutôt la boue, un soldat descendait dans la citerne, grattait le fond avec son quart et versait ce qu’il pouvait recueillir dans le bidon qu’on lui tendait. Dés lors, il fallut que les hommes de corvée allassent, au prix des pires dangers, chercher à Tavannes l’eau indispensable. « 

L’ouvrage R1 est maintenant tenu par des éléments du 128e R.I. A 4 h, ils subissent une violente attaque qu’ils parviennent à repousser grâce à leurs mitrailleuses.

Rive gauche
R.A.S.

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Front au 7 juin 1916


8 juin – Pression allemande sur Thiaumont, Froideterre et le bois de Nawé – Perte de l’ouvrage R1 (rive droite)
Rive droite

Durant la nuit, le 2e Zouave part pour prendre ses positions de départ. Ne connaissant pas du tout le secteur, il doit être guidé depuis le fort de Tavannes par des hommes du 298e R.I. revenus spécialement du secteur du fort de Vaux. Cependant, aucun de ces hommes ne parvient à traverser le barrage d’artillerie allemand. C’est donc seul et avec du retard, que le 2e Zouave prend la direction du fort.
Quand il arrive sur ses bases de départ sous une pluie battante, il ne reste que très peu de temps avant l’heure H. Les hommes sont trempés et complètement épuisés.
Au moment de l’assaut, les obus de 210 allemands font des ravages dans les rangs qui avancent. Bientôt, tous les officiers les plus gradés sont tués. C’est sur l’ordre d’un sous-lieutenant, que les survivants, à bout de force, retournent vers l’arrière.

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De son côté, le R.I.C.M. est arrivé comme prévu sur ses positions de départ. A 4 h, il part à l’assaut et atteint le fossé du fort où il engage une sévère lutte à la grenade. Cependant, les Allemands ont installé de nombreuses mitrailleuses sur la superstructure et leurs tirs causent des ravages dans le groupe français.

vaux19

Ce n’est que lorsqu’il ne reste plus qu’un officier et 25 hommes par compagnies que le R.I.C.M. cesse sa progression désespérée et se terre sur place.

L’attaque sur laquelle le général Nivelle fondait tous ses espoirs a donc échoué comme toutes les précédentes. Les pertes qu’ont subi le 2e Zouave et le R.I.C.M. ont été cruelles, les Marocains ont perdu 95% de leur effectif.

Désormais maîtres du fort de Vaux, les Allemands portent maintenant toutes leurs forces sur les secteurs de Thiaumont, de la côte de Froideterre et du bois de Nawé.
A partir de 9 h, une offensive générale s’abat sur tous les fronts tenus par la 52e D.I. (49e et 58e B.C.P., 245e, 291e, 320e, 347e et 348e R.I.), la 63e D.I. (216e, 238e, 292e, 298e, 305e et 321e R.I.) et la 151e D.I. (293e, 337e, 403e et 410e R.I.).

Devant la 151e D.I. positionnée du bois de Nawé à la ferme de Thiaumont inclus, l’ennemi est repoussé par les 293e et 337e R.I., mais les pertes françaises sont très sévères. Durant plusieurs heures, plusieurs tranchées sont successivement perdues puis reprises. Un bataillon du 293e particulièrement éprouvé doit abandonner ses positions et se replier sur le bois des Vignes.

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Devant la 52e D.I., des abords de la ferme de Thiaumont au ravin des Fontaines, les combats sont très confus. A gauche, les 291e, 347e (5e bataillon) et 348e R.I. sont presque en totalité submergés par l’ennemi. Ils doivent reculer jusqu’au bois Triangulaire (291e) et aux abris 320 (347e). Le 291e a eu dans la journée 68 tués, 105 blessés et 483 disparus.
Témoignage :  » Ce que je vois est affreux. Les cadavres sont légion ; ils ne se comptent plus ; on marche sur les morts. Des mains, des jambes, des têtes et des cuisses coupées émergent de la boue et on est contraint de patauger là-dedans, car c’est encore dans ce méchant fossé à moitié comblé par endroits qu’on peut espérer se dissimuler un peu. Ici, un soldat est tombé à genoux ; il bouche le passage ; on lui grimpe sur le dos pour avancer ; à force de passer sur lui, on a usé ses vêtements, on marche sur sa peau. « 

Vers 16 h, plus à l’ouest, les Allemands se rendent maîtres de l’ouvrage de Thiaumont mais l’évacuent peu de temps après pour concentrer leurs efforts au nettoyage des abords du fort de Vaux, alors tenus par la 63e D.I. (17e, 18e et 20e compagnies du 298e R.I., 22e et 23e compagnies du 238e R.I.).
A la tombée de la nuit, après de violents combats, l’ouvrage R1 est perdu ainsi que la tranchée de Besançon. Le 1er bataillon du 2e Zouave doit relever le 298e à la tranchée Besançon. Quand il y arrive, vers 21 h, il y trouve l’ennemi mais parvient à s’organiser face à cette tranchée.

Durant la nuit, le général Nollet renforce la 151e D.I. par le 137e R.I. qui se positionne dans le secteur de Thiaumont.
L’ouvrage de Thiaumont est réoccupé par un peloton du 403e et à l’inverse, la ferme de Thiaumont évacuée par les Français est investie par les Allemands.

En plus des nombreux combats qui ont eu lieu durant cette journée, tous les secteur énoncés plus haut ont été soumis à un bombardement intense par l’artillerie allemande.
Témoignage du soldat Jules SERGENT :  » En ces terribles jours de juin, l’artillerie ennemie répondait coup pour coup à la nôtre et envoyait des 210, comme nous nous envoyons des 75. Ce fut le plus formidable duel d’artillerie que j’ai pu voir.
Partout, il y avait des blessés, des morts, des morceaux de chair humaine épars. Nous n’avions jamais rien vu de pareil. Un capitaine de chasseurs qui était devenu fou dans cet enfer cherchait la moindre petite touffe d’herbe qu’il pouvait découvrir pour la peigner avec un peigne de poche qu’il avait sur lui. « 

Les morts ont encore été très nombreux. De toutes parts, retentissent les cris des centaines de blessés qui agonisent sans soin, abandonnés à leur sort sur le champ de bataille.

Rive gauche
R.A.S.

front-verdun-juin8
Front au 8 juin 1916


9 juin
Rive droite

 » Journée calme  » selon les communiqués.

Rive gauche
Dans le secteur de la cote 304, une nouvelle attaque allemande précédée d’un violent tir de préparation est repoussée.

Le 1er bataillon du 412e R.I. en ligne à la droite de la cote 304 subit le bombardement interrompu à 4 reprises pour permettre aux vagues d’assaut ennemies d’attaquer. Plusieurs Allemands sont équipés de lance-flammes.
Les 4 attaques sont repoussées mais en fin de journée, le bataillon est pratiquement anéanti. Il ne reste qu’une 50e d’hommes sans officier.

Le 8e tirailleur et le 4e zouaves subissent eux aussi le même bombardement et les mêmes attaques. Dans une lutte exemplaire, ils empêchent l’ennemi de passer. Leurs pertes sont également très lourdes.

Ce jour, les 2 brigades en ligne dans le secteur de 304 ont eu ensemble un total de 1100 tués et blessés.

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Cadavres français entassés dans une tranchées


10 juin
Rive droite

 » Journée calme  » selon les communiqués.

Rive gauche
R.A.S.


11 juin
Rive droite

 » Journée calme  » selon les communiqués.
Dans la nuit, le 21e D.I. (64e, 65e, 93e et 137e R.I.) relève la 151e D.I. sur ses positions.

Rive gauche
R.A.S.


12 juin – Pression allemande sur le secteur du bois de Nawé
Rive droite

Depuis la veille au soir, le bombardement allemand est très violent sur le ravin de la Mort et Thiaumont, positions que l’ennemi projette d’enlever dans la martinée.

A 6 h, l’ennemi lance une attaque entre le bois de Nawé et les abris 320. Ce front est tenu par les 93e, 137e et 410e R.I.

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Les 93e et 410e R.I. en position à l’ouest du boyau Le Nan, parviennent à repousser tous les assauts.

Le 137e qui occupe le boyau Le Nan et ses alentours a été très éprouvé par le bombardement de la nuit.
Quand les troupes allemandes s’élancent devant les 2 bataillons du 137e, elles sont tout d’abord contenues par une âpre résistance à la grenade. Mais très vite, les Français sont encerclés et tués jusqu’au dernier. En 48 h, le 137e R.I. a perdu 37 officiers et 1500 hommes. C’est durant cette matinée que c’est déroulé l’épisode de « la Tranchée des Baïonnettes » décrit plus bas.

L’ennemi s’empresse de combler l’espace laissé vide suite à la disparition du 137e. Il renforce le boyau Le Nan puis poursuit sa progression vers la tranchée Sapeur, ou il parvient à déborder le 93e R.I. par la droite. A lui seul, avec un courage et une opiniâtreté magnifique, le 93e parvient non seulement à rester maître de ses positions mais à reprendre toutes les positions que tenait le 137e. Dans cette action, il a tout de même perdu la moitié de son effectif.

Dans la nuit, les positions au sud du boyau Le Nan sont renforcées par 2 compagnies du 348e R.I.
Un bataillon du 239e R.I. s’est placé à l’ouest du village de Fleury.
La 257e D.I. (106e et 120e B.C., 359e R.I.) est mise à la disposition du général Nollet.
Témoignage de J. LEFEUVRE, adjudant au 65e R.I. :  » Le 11 juin 1916, nous arrivons à la citadelle de Verdun. Le régiment est littéralement entassé dans des bâtiments dépendant de la citadelle. Les abords sont d’une saleté repoussante : des monticules énormes d’immondices dégagent une odeur épouvantable ; les vers grouillent sur ces débris de viande ; on se demande comment aucune épidémie n’éclate. Triste impression d’arrivée. « 

La Tranchée des Baïonnettes :
Plusieurs hypothèses ont été écrites sur la  » Tranchée des Baïonnettes « , des plus exaltés aux plus réalistes.

Il y a la version officielle, que l’on a concervé dans nos mémoires, que l’on raconte dans nos écoles et aux  » touristes « . Des soldats attendant debout au créneaux, prêt à partir à l’assaut sous un bombardement incroyable. Soudain, un gros obus tombe tout proche, une immense vague de terre se soulève et recouvre instantanément les pauvres soldats.
Cette hypothèse est la plus séduisante, car elle cadre parfaitement avec les horreurs et la violence que l’on imagine des combats de Verdun. On sait de plus qu’il y a eu de nombreux enterrés vivant, et certains témoignages dignes de fois nous le prouvent.
Témoignage d’Emile HUET :
 » En montant à l’attaque, j’ai vu des choses horribles ; des hommes d’un régiment qui était sur notre gauche, au nombre d’une compagnie environ, se trouvaient dans un bout de tranchée qui avait été épargné. Au moment où nous passions, le bombardement était épouvantable. Le tir de barrage est tombé juste sur cette tranchée et a recouvert tous les hommes qui étaient dedans. On pouvait voir la terre se soulever par l’effort de tous ces malheureux. J’ai toujours cette vision devant les yeux. « 

Témoignage de G. MARYBRASSE :  » Nous sommes dans une longue tranchée, pleine de morts ; une odeur affreuse monte de l’immense charnier. Soudain, le barrage boche se déclenche. Je vois des camarades, les yeux agrandis par l’épouvante, regarder vers le ciel, frappés de stupeur : Je regarde à mon tour, et je vois, retombant d’au moins 20 mètres, une pauvre chose inerte, bras et jambes ballantes, comme un pantin sans articulations qu’on aurait jeté d’un avion, d’un ballon. C’est un camarade qui a été soulevé comme une plume par le déplacement d’air d’un obus.
Quelques minutes plus tard, un obus éclate si près de moi (1,50 m à peine) que je vois très nettement une boule de feu. Par miracle, je ne suis que légèrement blessé, et je vais dans un petit gourbi, à flanc de ravin pour y attendre la relève. Je partage l’étroit abri avec un autre blessé. Avec quelle joie je savoure la possibilité de pouvoir m’étendre enfin, chose inespérée depuis onze jours ! Mon camarade sur le dos, moi sur le côté, nous nous endormons. Tout à coup, un tir de barrage éclate tout près et un obus tombe juste au-dessus de nous, nous ensevelissant. Alors pour nous, le bombardement devient lointain, lointain… je me rends compte du tragique de la situation ; si personne ne vient à notre secours, nous sommes perdus. Le malheureux qui partage ma tombe est étouffé par la terre ; trois fois de suite, je l’entends faire rronn, rronn, rronn, puis c’est tout ; je devine qu’il est mort ; il n’a pas souffert longtemps.
De tous mes efforts, j’essaie de me soulever, mais trois mètres de terre nous retiennent prisonniers ; par une habitude heureuse que j’avais toujours au front, j’ai toujours sur la tête mon casque avec jugulaire au menton ; la visière avant retient la terre et l’empêche de m’obstruer la bouche. La tête rabattue sur la poitrine, respirant à peine, je garde néanmoins toute ma lucidité. Je me rends parfaitement compte que tout sera bientôt fini ; alors, comme un film de cinéma, toutes sortes de souvenirs se présentent à ma mémoire, mais surtout, je pense à ma mère, à la peine qui sera la sienne lorsqu’elle saura tout ; puis j’entrevois mon père et mon frère décédés que je vais revoir, mes frères et ma sœur qui pleureront aussi à cause de moi ; alors, avec calme, avec toute ma connaissance, du plus profond de mon cœur, je fais mon acte de contrition, demandant à Dieu d’abréger au plus tôt mon martyre ; puis, des minutes s’écoulent, qui n’étaient peut-être que des secondes, mais qui m’ont paru des heures interminables. Je sens que ma tête bourdonne ; des bruits de cloches semblent sonner très fort, puis plus rien. De nouveau, je reprends connaissance, et à ce moment, je me souviens m’être fait cette réflexion : « Ce n’est pas si dur de mourir… »
Combien de temps suis-je resté ici ? c’est flou, mais assez longtemps, au moins 25 minutes, je l’ai su après. Au déclenchement du barrage, tous les camarades se sont sauvés ; quand cela s’est calmé, ils reviennent. C’est alors que le sergent Sèle s’inquiète de moi. Sèle est un camarade qui a fait notre admiration pendant les journées de Verdun par son courage et son sang-froid. « Où est Marybrasse ? » demande-t-il. C’est alors qu’il s’aperçoit de l’éboulement ; il m’appelle : « Marybrasse, Marybrasse, es-tu là ?  » Comme dans un rêve, je l’entends vaguement et ne puis répondre. Persuadé que je suis dessous, il ordonne à quelques hommes de piocher rapidement. J’entends des coups lointains qui se rapprochent ; je me dis : « Ils n’arriveront pas jusqu’à moi… » Enfin, j’entends plus distinctement les coups, j’entends même que l’on parle. Sèle dit à ses hommes : « Attention maintenant. « Je sens une main sur mon casque : « J’en tiens un ! « s’écrie Sèle, et alors, de ses mains, il me dégage vivement la tête.
Comment dire ce que j’ai ressenti à ce moment ? Retrouver la vie au moment où je croyais bien la perdre, sentir l’air pur de la nuit… Tout cela m’a ranimé, je me sens sauvé, je pleure de joie. Je remercie mon sauveur, nous nous embrassons. « 

 

Mais il y a aussi d’autres versions qui ont été émises par des personnes connaissant parfaitement les conditions de combats de cette époque, pour les avoir vécu et s’y être intéressé après la guerre. Leurs versions s’écartent quelque peu de la version officielle, elles sont moins sensationnelles et tragiques mais méritent toutes fois que l’on s’y arrête.
L
a tranchée aurait été comblée volontairement plus tard, par des Français ou des Allemands, afin de recouvrir des cadavres en décomposition. Partant de cette idée, la suite n’est que formalité… le numéro du régiment… les circonstances exactes…

Jacques Péricard, après une étude sérieuse, pense pouvoir affirmé que se sont des hommes du 137e R.I. qui sont enterrés dans la tranchée. Son témoignage est l’un des plus reconnu :  » Contrairement à certaines hypothèses, de bonne foi celle-là, la Tranchée des Baïonnettes est bien celle qu’occupaient les soldats du 137e en juin 1916 et les cadavres qu’elle renferme sont bien les cadavres de soldats de ce régiment, non des cadavres quelconques ramassés aux alentours. En janvier 1919, le 137e se trouvant dans le secteur de Verdun, le colonel Collet, qui commandait alors ce régiment, fit faire des recherches aux lieux où s’était battu le régiment. On découvrit une ligne de fusils qui jalonnait l’ancienne tranchée et émergeaient de l’herbe drue ; les fouilles permirent de reconnaître que les fusils appartenaient bien à des hommes du 137e.
Le colonel ordonna une prise d’armes pour rendre honneurs aux anciens du régiment, et par ses soins, on éleva à leur mémoire un petit monument en bois. C’est ce monument en bois qui devait bientôt céder la place au monument actuel. « 

Ensuite, que la tranchée est été marquée volontairement à l’aide de vielles baïonnettes trouvées sur la champs de bataille, afin de permettre une inhumation futur des corps. Où tout simplement, que les baïonnettes n’aient jamais existées ? La encore, plusieurs versions existent.
Reprenons la suite du témoignage de Jacques Péricard :  » Les fusils découverts par le colonel Collet ne portaient pas de baïonnettes. Y avait-il, sur un autre point de la tranchée, des fusils avec des baïonnettes, ou les baïonnettes actuelles ont-elles été ajoutées après coup ? Nous l’ignorons. Mais que la tranchée en question doive être appelée Tranchée des Fusils, premier nom que lui donnèrent les journaux et l’Illustration notamment, plutôt que Tranchée des Baïonnettes, voilà qui laisse intact le fond de la question. « 

Voici la version du colonel Marchal :  » Que s’est-il passé après le départ des survivants ? Le fait est que, de longs mois après, on a retrouvé la tranchée comblée et une trentaine de baïonnettes qui émergeaient du sol. Il est probable que les Allemands se sont contentés de rejeter de la terre sur les nombreux cadavres français qui remplissaient la tranchée et qu’ils n’ont pas touché aux fusils restés appuyés contre la paroi de la tranchée. « 

Voici enfin le ressenti du commandant P., plusieurs fois cité dans ce site, et qui donne toujours un point de vue des plus intéressants :  » Deux ans après la guerre, des étrangers visitent le champ de bataille de Verdun et remarquent une ligne de fusils dressés, quelques-uns avec leur baïonnette. Ils auraient pu observer de semblables lignes de fusils sur de nombreux points du front, car c’était l’habitude des Français et des Allemands de jalonner ainsi les vieilles tranchées qu’ils avaient comblées après avoir entassé dans le fond des cadavres sans sépulture. Comme ces étrangers ne connaissent rien à la guerre, ils croient à des hommes enterrés debout à leur poste ; ils ne savent pas que les obus ne peuvent fermer des tranchées, qu’au contraire, ils disloquent, éparpillent les parois des tranchées et les corps des occupants.
Leur imagination s’enflamme. Ils voient des hommes sous un bombardement en pluie, submergés peu à peu par les éboulis et attendant, stoïques, que la terre montante recouvre leur poitrine, leurs épaules, leur bouche, leurs yeux… Ils érigent un monument.
Si ces étrangers ne méritent aucun blâme, il n’en est pas de même des Français qui, connaissant la fausseté de la légende, ont essayé de lui donner une consécration historique. La Tranchée des Baïonnettes, qui n’était au début qu’une innocente naïveté, est devenue, par suite de certaines complicités, une imposture.
Néanmoins, si l’on me demandait quels titres spéciaux possède la Tranchée des Baïonnettes, je répondrais : pas plus de titres que n’importe quelle autre tranchée de Verdun, mais pas moins non plus. Si ce monument, qui symbolise la ténacité française, n’existait pas, s’il était question, aujourd’hui seulement, de choisir l’emplacement où il dût s’élever un jour, on pourrait discuter des titres de telle ou telle partie du champ de bataille à cette gloire insigne. Car c’est tout le champ de bataille de Verdun qui a été le théâtre d’héroïsme inouï, de Vauquois à Calonne qu’il conviendrait de recouvrir d’un vaste monument, car tout ce champ de bataille n’est qu’une vaste Tranchée des Baïonnettes. Mais le monument existe, il a déjà reçu les hommages, il a déjà vu les prières et les larmes des foules pèlerines ; nous pouvons l’honorer en toute tranquillité. « 

Voila les données que nous possédons aujourd’hui, je vous laisse vous faire votre propre opinion.

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La Tranchée des Baïonnettes en 1920 – La Tranchée des Baïonnettes aujourd’hui

Rive gauche
R.A.S.


13 juin
Rive droite

A 1 h 30, une attaque française est lancée sur le ravin de la Mort mais sans succès.
R.A.S. pour le reste de la journée.

Rive gauche
R.A.S.


14 juin
Rive droite

Le 65e R.I. relève le 95e au nord-ouest de la ferme de Thiaumont.
Témoignage du soldat LOUVART du 65e R.I. :  » Le 14 juin, au nord-ouest de la ferme de Thiaumont, nous relevons le 93e R.I. Deux jours après, nous retrouvons en ligne des gars du 93e qui ne savaient pas que leur régiment avait été relevé. « 

R.A.S. pour le reste de la journée.

Rive gauche
R.A.S.


15 juin
Rive droite

Sur le front du 65e R.I., le bombardement allemand qui est perpétuel a été très meurtrier.
Dans la matinée, une attaque allemande avec liquides enflammés s’empare d’une tranchée que tenait le 65e.
A la nuit tombeé, avec l’aide d’une compagnie du 106e B.C.P., le 65e R.I. part à la contre-attaque et reprend la tranchée qu’il a perdue le matin.

Rive gauche
Dès l’aube, l’artillerie française bombarde le sommet du Mort-Homme.

A 15 h, le 311e R.I. appuyé des 22e et 23e compagnies du 312e R.I. s’élance à l’assaut de la cote.
Aussitôt, les Allemands sortent de leurs tranchées de 1ère ligne et se rendent. Le sommet du Mort-Homme est assez vite reconquis.

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Soldats allemands qui se rendent

Les 22e et 23e compagnies du 312e tentent de poursuivre leur progression sur la 2e ligne allemande, mais elles se heurtent à un feu assez nourri et doivent se replier sur la crête au côté du 311e.


16 juin
Rive droite

R.A.S.

Rive gauchee
A 1 h, le
311e R.I. tente un nouvel assaut sur les tranchées allemandes de 2e ligne. Cependant, l’ennemi a eu le temps d’acheminer des renforts et la résistance est plus vigoureuse. Les Français retournent dans leurs tranchées.

Le reste de la journée, en plus du bombardement allemand, l’artillerie française qui n’est pas au courant de l’avance réalisée la veille, bombarde sans répit les positions françaises au sommet du Mort-Homme.


17 juin
Rive droite

Une attaque française sur les tranchées d’Ypres et des Chasseurs échoue.

Rive gauche
A 2 h, l’ennemi déclenche une violente contre-attaque sur le crête du Mort-Homme. Le combat dure 1 h mais pas un pouce de terrain n’est perdu.
Le bombardement allemand reprend avec encore plus de violence, pendant 12 h d’affilée. Les pertes sont sévères. Un grand nombre d’hommes sont commotionnés, ils sont physiquement et moralement à bout de force.

A 23 h, un nouvel assaut allemand avec liquide enflammé oblige les survivants des 2 compagnies du 312e R.I. à se replier dans les positions qu’elles tenaient le 15 juin.
A minuit, malgré l’extrème fatigue des hommes, une contre-attaque rétablit la situation. Les 1eres lignes allemandes sont reconquises..
A 1 h, les éléments du 311e et 312e R.I. sont relevés de la crête du Mort-Homme.
Témoignage d’un officier du 312e R.I. :  » Du 15 juin au petit jour jusqu’au 17 juin au soir, le total des pertes est, pour la compagnie, de 67 hommes et de 800 à peu près pour le régiment. Le 311e est littéralement fauché.
Les deux régiments ont enlevé aux Boches plus de mille mètres de tranchée, on fait 200 prisonniers et se sont emparés de plusieurs mitrailleuses. Ils étaient composés de Provençaux et de Parisiens. « 

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18 juin
Rive droite

R.A.S.
Dans la nuit, la 12e D.I. (54e, 67e, 106e et 132e R.I.) relève la 63e D.I. et monte en ligne du ravin des Fontaines à la Laufée.

Rive gauche
R.A.S.


19 juin
Rive droite et rive gauche

R.A.S.


20 juin
Rive droite
Certains points du front connaissent un calme relatif. Tous les autres subissent le bombardement habituel de l’artillerie allemande.

Les effectifs du 1er juin sur le front de Verdun était de 14 948 officiers et de 568 523 hommes de troupe. A la date du 20 juin, la 2e Armée compte 9 E.-M. de Corps d’Armée et 29 divisions représentant 15 842 officiers et 586 443 hommes de troupe.

Rive gauche
Les Allemands tentent de rejeter les Français des pentes du Mort-Homme. Des combats locaux ne donnent pas de résultat.


 

21 juin – Préparation d’artillerie allemande sur tous les fronts de la rive droite
Rive droite
A partir de 8 h, le bombardement allemand s’étend à tous les fronts de la rive droite. Toute la matinée, des obus de gros calibres tombent sans relache du bois de Nawé à la ferme de Dicourt. L’artillerie française tente de répondre mais avec beaucoup moins de force et d’ampleur.

Dans l’après-midi, l’ennemi lance une attaque entre le ravin des Fontaines et les abords sud-est du fort de Vaux, que tient la 12e D.I. Le 67e R.I. en ligne dans le bois Fumin repousse 3 vagues d’assaut successives.
Le 1er bataillon du 54e R.I., également en position dans le bois, est quant à lui submergé. Ses 3e et 4e compagnies sont anéanties. L’ennemi s’engouffre immédiatement dans l’espace et contourne les 1er et 2e compagnies. La lutte est âpre mais rapidement, les Français sont maîtrisés et faits prisonniers.
Ce 1er bataillon qui comptait 18 officiers et 950 hommes, rentrera avec seulement 9 officiers dont 4 blessés et 203 hommes dont 33 blessés.

Le 67e R.I. voyant que l’ennemi a ouvert une brèche, tente alors de reprendre le terrain qu’occupait le 54e R.I. Deux de ses compagnies lancent une contre-attaque et parviennent à reprendre un élément de tranchée. Quelques survivants du 54e qui s’étaient réfugiés dans les trous d’obus avoisinants se rallient aux hommes du 67e.

Cependant, la brèche n’est pas totalement refermée et l’ennemi continue son enfoncement dans les lignes françaises. A la nuit, il tente de contourner le 3e bataillon du 132e R.I. qui a beaucoup souffert du bombardement durant la journée et n’est pas du tout en état de subir cette attaque. Les hommes du 3e bataillon, n’ayant plus rien à perdre, décident de devancer l’ennemi et de s’élancer vers lui de manière imposante, faisant ainsi croire qu’ils sont très nombreux, bien armés et determinés à se battre. La ruse fonctionne car l’ennemi stoppe sa manoeuvre et s’enterre sur place. Le 3e bataillon fait de même face à lui.

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A 22 h, des éléments du 106e et du 132e R.I. viennent renforcer le 3e bataillon.
La brèche n’est pas refermée mais l’ennemi est contenu et les positions face à lui sont renforcées.

Rive gauche
Les Allemands tentent de rejeter les Français des pentes du Mort-Homme. Des combats locaux ne donnent pas de résultat.


 

22 juin – Pression allemande sur tous les fronts de la rive droite
Rive droite

A l’aube, à l’est des Carrières, une reconnaissance allemande est repoussée par le 67e R.I.

A midi, nouvelle attaque est également repoussée. En représailles, un furieux bombardement s’abat sur les positions françaises, et plus particulièrement celle tenue par le 67e.

A 13 h, une contre-attaque par les 2e et 3e bataillons du 54e R.I. est décidée vers la cote 349, à l’ouest du fort de Vaux. Le 2e bataillon, renforcé par 3 compagnies du 106e et 2 compagnies du 132e doit partir à droite, alors que le 3e bataillon doit se diriger sur la gauche. Le 245e R.I. reste en soutien.
A l’heure prévue, plusieurs compagnies sont déjà anéanties par le bombardement qui est très violent. D’autres sont bloquées devant les lignes allemandes, prises sous le feu des mitrailleuses. D’autres encore se déportent en avançant et n’atteignent pas leur objectif.
Finalement, cette attaque n’apporte aucun résultat, sinon de faire tuer des hommes.

Ce jour, il est décidé par le commandement Français d’évacuer le Tunnel de Tavannes en raison de la proximité croissante de la ligne de front.
Ce tunnel situé au nord ouest du fort de Tavannes, long de 1400 m et large de 5, est un ancien t
unnel ferroviaire d’une seule voie, sur la ligne Verdun-Metz. Dès le début de la bataille, il sert d’abri aux troupes françaises, aux services de secours, aux brancardiers, téléphonistes, artificiers, génie… (Voir la partie « Fortifications », « Le tunnel de Tavannes »). Il est prévue d’effectuer l’évacuation par la sortie est. De plus, les dispositions sont prises pour faire sauter le tunnel si les Allemands parvenaient à s’y introduire.

Le Tunnel de Tavanne
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Entrée est du tunnel de Tavannes

 

Le soir, le bombardement allemand est toujours très violent. De Haudaumont à Discourt, de nombreux obus toxiques sont signalés. Des nuages de gaz compacts s’étalent jusqu’à Verdun.
Les relèves qui doivent s’effectuer durant la nuit sont lentes et difficiles. Le port du masque à gaz rendu obligatoire ralentit considérablement la progression. De nombreux soldats et officiers surpris par les gaz durant la nuit, ou trop longtemps exposés sous leur masque mal étanche, meurent après une terrible agonie. La panique s’empare de beaucoup d’autres…
Témoignage de Léon Rogez, du 39e R.I. :  » Pour arriver sur son emplacement, entre l’abri 320 et Fleury, où il devait remplacer le 1er bataillon, passé en première ligne, le 3e bataillon, pris par les gaz dès la sortie de Verdun, fit preuve d’une énorme volonté. Les masques, ou trop serrés congestionnaient les hommes, ou mal ajustés ne les préservaient pas de l’empoisonnement. La chute dans un trou était fatale, le choc déplaçait le masque, l’air vicié arrivait aux bronches et, malgré les tentatives de ses camarades, le soldat supliait de le laisser mourir. « 
Témoignage du capitaine Gagneur :  » Les malheureux qui, soit insouciance, soit affolement, ajustèrent mal leurs masques, succombèrent dans d’indicibles tortures. Rien n’est poignant comme ces agonies ! J’ai vu des visages marbrés, aux bouches baveuses d’une écume rosée, tordus de convulsions exaspérées, des doigts crispés labourant des poitrines, j’ai entendu des quintes affreuses, et des ahanements, et des cris de coq enroué qui amenaient des flots de sang aux lèvres décolorées. »

Cette nuit du 22 au 23 juin fut une nuit de cauchemar pour les Poilus.

Rive gauche
Deux attaques allemandes massives sont lancées sur la cote 304 mais elles sont repoussées.

Durant la nuit, un violent bombardement alllemand par obus toxiques s’abat sur la région Bois-Bourrus. Les batteries françaises subissent d’importantes pertes.

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23 juin – Pression allemande vers Verdun (de Froideterre-Thiaumont à Vaux-Chapitre) (rive droite)
Rive droite

A 7 h 35, après une nuit sans accalmie, le bombardement baisse soudain d’intensité. Aussitôt, 50 000 Allemands s’élancent avec lance-flammes et fumigènes. Ils s’étalent de la côte de Froideterre à celle de Vaux-Chapitre, soit un front de 6 km de large. Ils ont face à eux des régiments français à bout de force.

S’engage alors sur ces 6 km de front une multitude d’actions locales qu’il serait fastidieux de vouloir décrire, tant elles sont subites, imprévues, sans ordres préalables et menées, du côté français tout du moins, dans un élan de désespoir.
Ce chaos qui règne entre les lignes, le désordre et le manque de communications fait que dés le début, le gouvernement français pert tout contrôle et ne peut ébaucher aucune tactique.
Chaque régiment, perdu et isolé sur son secteur, tente désespérément de repousser les assaillants qui se présentent face à lui. Cette lutte acharné qu’il mène pour sa survie, l’empêche de s’intéresser ni prendre part aux évènements qui se déroulent directement à sa gauche ou à sa droite.

Voici les grandes actions de la journée :
Très tôt, l’ouvrage de Thiaumont tombe aux mains de l’ennemi, faisant 50 prisonniers français.

L’ennemi poursuit sa marche et atteint les abords du boyau des Caurettes en progressant entre la cote de Froidetette et le bois des Trois Cornes.

Entre le village de Fleury et l’abris 320, et la poudrière de Fleury, les 1er et 2e bataillons du 39e R.I. sont anéantis. L’abri 320 est contourné puis pris. L’ennemi poursuit ensuite sa progression en direction de Verdun.
Témoignage de Léon Rogez, du 39e R.I. :  » Dans l’abri 320, les hommes, depuis cinq jours en ligne, harassés, mourant de faim, de soif, tombaient de sommeil. Pas de secours possible, la liaison avec l’arrière n’existait plus depuis la veille ; à droite, à gauche, que peut-il rester ?
A 7 heures, quelques coups de fusil. Puis le barrage se met en marche et derrière lui, si près qu’ils en subissent les atteintes, des groupes ennemis surgissent et se butent à nos survivants.
Nos survivants ! Noirs de poussière, de poudre et de sang, saoulés par le carnage, brandissant leurs armes comme des possédés, ils jaillissent du sol au milieu des cadavres et des blessés implorants. Eperdus de colère, ils ne connaissent plus que leur vengeance. Où ils se dressent, l’Allemands n’avance pas. Mais bientôt, il apparaît derrière eux, s’étant infiltré entre nos fractions, à la faveur des nuages de poussière et de fumée… Les rares survivants sont capturés et dirigés aussitôt vers l’arrière des lignes ennemies. « 

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Le 121e B.C.P., en position sur la côte de Froideterre, résiste énergiquement sur sa partie gauche et parvient à repousser l’ennemi. Cependant, son centre et sa droite sont submergés et de nombreux chasseurs sont faits prisonniers. Sur un effectif initial de 1150 hommes, 561 sont morts, 260 sont blessés et 250 sont faits prisonniers.

L’ennemi s’avance ensuite sur les positions que tenait le 121e B.C.P., et se présente sur la ligne Fleury-Abri des Quatre Cheminées.
Le secteur du village de Fleury est tenu par 2 compagnies du 239e. Elles resistent tant bien que mal, mais que peuvent telles prétendrent dans leur état d’épuisement. Elles sont totalement anéanties.

L’abri des 4 Cheminées est l’un des 3 abris de troupe qui existent dans le secteur de Verdun. Il se trouve dans la pente sud du ravin des Vignes, dans le secteur de Froideterre, à environ 1 km au sud-est de l’ouvrage de Froideterre. Il se présente sous la forme d’une longue galerie voûtée creusée à 12 m de profondeur et faisant 60 m de long. Deux entrées prolongées par un long escalier permettent l’accès. L’aération est assurée par 4 cheminées, ce qui à donné son nom à l’abri. A l’origine , l’ouvrage est prévu pour loger des troupes de réserve et constituer une étape pour les relèves montantes. Cependant, avec la bataille de Verdun, il est rapidement réquisitionné pour servir de poste de secours et d’état-major. Il sert notamment de poste de transition dans le rapatriement des blessés durant la nuit, vers le village de Bras (voir également la partie « Fortifications », « L’abri des Quatre Cheminées »).

L’abri des Quatre Cheminés
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Depuis l’abri des Quatre Cheminés, on a suivit la progression des Allemands et l’on se prépare au combat. Mais la supériorité numérique de l’ennemi et sa puissance de feu sont trop importantes.
Témoignage du capitaine Paul Ginisy :  » Déjà de petits groupes grimpaient, au sud, les pentes de Fleury et abordaient le village ; nous suivions leur mouvement, tirant de toutes nos armes disponibles… mais des mitrailleuses, braquées sur nos deux entrées, nous interdirent bien vite la plate-forme ; on reflua dans l’abri et les hommes que nous tentâmes de placer sur les premières marches furent régulièrement abattus…
Ce fût, dans l’abri, un indescriptible émoi, des allées et venue épouvantées parmi les plaintes des blessés et les hoquets des asphyxiés, et des sacs à terre qui s’étaient enflammés répandaient une fumée âcre qui obscurcissait l’abri et empuantissait l’atmosphère irrespirable déjà.
Soudain deux explosions fulgurantes (de grenades) dans les descentes firent trembler l’abri, des éclats ricochèrent. Il y eu un remous d’hommes éperdus, se ruant dans l’ombre avec une grande clameur insensée… un silence mortel succéda… Figés, nous attendions, impuissants, n’espérant plus qu’une mort rapide et pas trop douloureuse… « 

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L’abri des Quatre Cheminées

 

En poursuivant plus au sud-ouest sur 1 km, par la crête Fleury-Thiaumont, l’ennemi atteint à 9 h 30, l’ouvrage de Froideterre.
Cet ouvrage a été construit entre 1887-1888. Bien qu’au départ, il devait être un simple poste d’infanterie, il fut complètement réorganisé de 1902 à 1904. De nouveaux abris et une caserne pour 142 hommes couchés ont été construits ; deux postes d’observation cuirassés ainsi qu’une casemate de Bourge à gauche ont été ajoutée ; une tourelle rotative de 75 équipée de 2 canons courts et que 2 tourelles de 2 mitrailleuses sont venues compléter l’armement ; un fossé de 10 m de largeur sur 5 m de profondeur a été creusé tout autour de l’ouvrage ainsi qu’un réservoir à eau. En temps normal, l’ouvrage peut accueillir 140 hommes, mais à présent, c’est plus de 200 hommes qui occupent les lieux (voir également la partie « Fortifications », « L’ouvrage de Froideterre »).

L’ouvrage de Froideterre
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Déjà, toutes les liaisons de l’ouvrage ont été coupées par le bombardement, les coureurs ne peuvent plus passer, les signaux optiques n’obtiennent aucune réponse.
L’ennemi encerclent l’ouvrage et gravit la superstructure. La tourelle de mitrailleuse est aussitôt levée mais des débris l’empêchent de tourner. Au même instant, une grenade à main lancée dans une crevasse enflamme le stock de fusées de signalisation. A l’intérieur, l’air devient irrespirable et la panique gagne les hommes. Cependant, équipés de leur masque, ils parviennent à éteindre les flammes et à poursuivre le combat.
Jusqu’à 11 h, la résistance est âpre autour de l’ouvrage. A ce moment, la tourelle panoramique de mitrailleuse parvient à être décoincée, elle arrose tout autour d’elle est contraint les Allemands et se terrer sur place.

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L’ouvrage de Froideterre

 

Dans les autres secteurs, la bataille ne faiblie pas. Les Allemands tentent une percée à la côte 321 et à la lisière sud-ouest du bois de Nawè. Ces positions sont tenue par les 359e R.I., 106e et 120e B.C.P. Sur ces 2 points, la progression des Allemands est brisée mais au prix de quel effort ?
Témoignage du canonnier servant FOURMOND, 115e batterie, 44e R.A.C. :
 » Je me dois de signaler l’héroïsme d’un soldat du 359e R.I. qui, blessé lui-même, transporta sur son dos, des hauteur de Thiaumont à la route de Verdun à Bras, c’est-à-dire sur un parcours de plusieurs kilomètres, un camarade affreusement mutilé, en traversant des tirs de barrage de pièces lourdes sans jamais s’arrêter. Ils perdaient tellement de sang, l’un et l’autre, qu’on les eut dits vêtus de capotes écarlates ; ils passèrent près de nous et le porteur avait une expression empreinte d’une énergie tellement farouche que son visage en était effrayant. « 

A lisière ouest du bois de Nawé, les éléments des 405e et 407e R.I. sont débordés et doivent se replier vers la carrière du ravin des Fontaines

 

Il est à présent urgent et impératif aux forces françaises de réagir et de contre-attaquer. Le 106e B.C.P. qui est positionné vers le flanc nord-ouest de la cote de Froideterre est le premier à passer à l’action. Il contre-attaque face à lui et parvient à réoccuper le retranchement X et la batterie C.

Quatre compagnies du 114e B.C.P., en réserve au bois des Vignes, se portent en toute urgence à l’ouvrage des Quatre Cheminés pour le renforcer. En chemin, de nombreux soldats tombent foudroyés par les obus toxiques. Mais les hommes tiennent bon.
Dès leur arrivée, l’ouvrage et toujours encerclé par les Allemands qui tentent vainement d’y pénétrer. Aussitôt, les chasseurs contre-attaquent à la baïonnette et réussissent à faire reculer l’ennemi et à dégager l’ouvrage.
Témoignage du lieutenant Remlinger :  » L’ennemi se trouvait aux abords de notre abri des Quatre Cheminées. Ses mitrailleuses battaient les entrées de notre poste-ambulance.
Soudain surgit le commandant Desoffy avec le 114e bataillon de chasseurs alplins qui avait réussi à traverser la nappe empoisonnée.  » Mon colonel, voici le 114e. – Dieu soit loué ! Desoffy, reconduisez sans tarder les Allemands à la baïonnettes !  »
La conversation ne dépassa pas ces deux phrases. Quelques minutes plus tard, des cris de charge, des hurlements d’hommes retentirent. C’était l’exécution de l’ordre. « 

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Les chasseurs du 114e B.C.P. poursuivent ensuite leur progression vers l’ouvrage de Froideterre qu’ils trouvent dans la même situation. Ils chargent aussitôt et refoulent les Allemands vers le village Fleury. Ils sont rejoint ensuite par 2 compagnies du 297e R.I.
Le 114e B.C.P a repris un front de plus de 1500 m (700 m en avant de l’ouvrage de Froideterre).

Ce repli subit de l’armée allemande permet à 2 compagnies du 239e et 2 autres du 39e de se porter en renfort au sud de Fleury et à l’ouest de la Poudrière.

Comme la veille, il s’en est fallu de peu que l’ordre de faire sauter le tunnel de Tavannes ne soit donné, comme nous le raconte le colonel Bagès, commandant la 24e brigade :  » Il y eu dans la soirée du 23 juin, un moment où je crus que tout allait craquer. Le lieutenant-colonel Maurel me faisait savoir qu’au Chênoir, c’était une boucherie. Des blessés saisis d’épouvante arrivaient en criant que les Allemands étaient tout proches. Il y avait même des blessés ennemis.
L’air était empesté ; plus de liaisons possibles. Seuls, les pigeons voyageurs pouvaient passer. C’était un vacarme infernal et l’on eût dit que tout allait s’effondrer.
Nous étions ahuris ou presque fou.
Un moment je crus que l’heure de faire sauter le tunnel était venue… J’étais résolu à me faire sauter moi-même au besoin. « 

Durant cette terrible journée, le front français à failli céder. L’ennemi s’est emparé de toute la crête allant du village de Fleury à l’ouvrage de Thiaumont. Puis, à poursuivit sa progression vers les bois au sud de Fleury et sur la crête de Froideterre, au sud ouest de Thiaumont.
Cependant, l’ordre était de  » tenir jusqu’au bout. « , et les soldats français l’ont fait, la vague allemande a été une fois de plus stoppée ! Mais ils ne sont plus, désormais, qu’à 3 km de la ville.
Témoignage du colonel Bagès, commandant la 24e brigade :  » Nous fûmes sur le point d’être balayés, submergés, sachant que, derrière nous, il n’y avait pas de fantassin disponible. Des barrages intenses, surtout dans le fond de Vaux et dans le ravin de la Horgne où venaient se rassembler des unités d’attaque, des contre-attaques menées sans relâche, avec des unités épuisées conduites par des cadres admirables, nous sauvèrent du péril d’être jetés à la Meuse…
Le jour où la 24e brigade quitta Verdun pour aller au repos, je passai dans les rangs des survivants. En voyant la faiblesse des effectifs, les larmes vinrent à mes yeux et j’étais cependant bien endurci. Les hommes étaient encore tout tremblants de cette fièvre nerveuse que nous avons tous connue.
Chers camarades des 54e, 106e, 132e, 245e broyés dans cette lutte sans merci ou rescapés, je vous ai aimés, admirés, soutenus dans ces heures si graves. C’est avec un orgueil plein de tendresse et d’affection que j’écris ces lignes pour que ne périsse pas dans l’oubli le souvenir de votre gloire. « 

Dans la soirée, le général Pétain a téléphoné au général de Castelnau, relayant la demande insistante du général Nivelle de pourvoir Verdun en renforts immédiats. Il obtient 4 divisions fraîches disponibles dés le lendemain.
De plus, dès le matin, le général Nivelle avait fait venir sur Verdun la 60e D.I . (202, 225e, 247e et 248e R.I.) et la 131e D.I. (7e, 14e, 41e et 241e R.I.). Mais ces renforts n’arrivèrent aux tranchées qu’en fin d’après midi, et ne participèrent donc pas aux combats du 23.

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Rive gauche
De 4 h 30 à 8 h, le bombardement allemand s’intensifie sur la région Bois-Bourrus.

Deux attaques allemandes sont repoussées aux abords est et ouest de la cote 304. Une 3e plus importante entre le ravin de la Hayette et le Mort-Homme est également mise en échec.

front-verdun-juin23
Front au 23 juin 1916


 

24 juin – Tentative française pour reprendre Thiaumont-Fleury (rive droite)
Rive droite

A 3 h 30, le 19e B.C.P. en ligne au bois Fumin lance une attaque en direction du ravin des Fontaines et de la croupe de Vaux-Chapitre mais cette action ne donne aucun résultat.

A 5 h, 2 bataillons du 63e et 1 bataillon du 297e R.I. se portent en avant vers Froideterre-Thiaumont. Ils ne peuvent dépasser le retranchement Y et la batterie B.

A 10 h 30, le 171e R.I. lance une attaque à la Vaux-Régnier mais ne parvient pas à progresser.

Dans l’après-midi, les 2 bataillons du 63e et celui du 297e tentent un nouvel assaut vers Froideterre-Thiaumont mais qui là aussi, ne donne pas de résultat.

Témoignage de J.-B.-André CHAROY, soldat au 9e Génie, compagnie 6/1 :  » En haut du tunnel de Tavannes, un spectacle horrible nous attend avec les premières lueurs de l’aube ; une section de mitrailleuses, peut-être plus, est là, anéantie, broyée sur une longueur de 50 mètres de boyau. Je reconnais l’uniforme bleu foncé des chasseurs à pied, l’écusson 26, je distingue les corps tourmentés, crispés dans d’affreuses convulsions, par endroits projetés les uns sur les autres ou massés par une commune terreur ; des flaques rouges et fraîches, des mitrailleuses tordues, fracassées… Quelle atroce agonie ont-ils dû subir cette nuit sous le barrage allemand ? Je retiens à peine mes larmes et dans une prière fervente, je salue mes pauvres camarades !… « 

p256

Rive gauche
R.A.S.


 

25 juin – Tentative française pour reprendre Thiaumont-Fleury (rive droite)
Rive droite

Dans la nuit, le général Mangin demande une amélioration des lignes dans les secteurs de Thiaumont et Fleury.

Dès 2 h, le 340e R.I. en ligne derrière Thiaumont, part à l’attaque face à lui et progresse par les pentes sud du ravin des Trois Cornes. A 3 h, il a atteint le retranchement Z près de l’ouvrage de Thiaumont.

Au même moment, le 63e R.I. s’élance des pentes de Froideterre en direction du l’abri 119. Arrivé devant l’abri, un tir de mitrailleuse meurtrier oblige les hommes à se terrer dans les trous d’obus. Ils y resteront jusqu’au soir.

De même, le 348e R.I. qui a pour mission de dépasser le village de Fleury et tenter d’atteindre les abris 320, ne parvient qu’à progresser que très faiblement.

A 8 h, le général Mangin réitère sa demande de progression impérative sur Thiaumont et Fleury.

Toute la journée, de nouvelles attaques sont menées tandis que celles en cours se poursuivent. Mais aucunes ne parvient à forcer les lignes ennemies.

Rive gauche
Nouvelle attaque allemande sur les pentes sud-ouest du Mort-Homme. Les Français perdent un peu de terrain.


 

26 juin – Tentative française pour reprendre Thiaumont-Fleury (rive droite)
Rive droite

Les attaques commencées la veille vers les secteurs de Thiaumont et Fleury se poursuivent mais sans plus de succès.
Une attaque concentrée de plus grande envergure, visant à reprendre l’ouvrage de Thiaumont, la cote 321 et la crête Thiaumont-Fleury est envisagée pour le lendemain.
Toute la journée, l’artillerie française martèle ces positions avec force et les fantassins se préparent.
Témoignage de Frédéric BAYON, soldat au 126e R.I. :  » Il y avait derrière nous, à gauche du fortin des Quatre-Cheminées, trois ou quatre batteries de 155 qui nous cassaient les oreilles tous les matins pendant quatre heures d ‘affilée et remettaient ça bien souvent dans l’après-midi. Mais un jour, elles furent repérées et les 210 commencèrent à pleuvoir.
A la relève, nous passâmes à cet endroit et l’on nous dit qu’il y était tombé plus de 1200 obus de 210 pour réduire ces pièces au silence. Nous le crûmes facilement en voyant le terrain ravagé, les pièces enterrées, les « cagnas » démolies et les caissons éventrés. Comme elles avaient l’ordre de tenir, elles avaient tenu jusqu’au dernier servant. « 

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Rive gauche
Des éléments du 312e R.I. lancent une contre-attaque sur les pentes sud-ouest du Mort-Homme et reprennent le terrain perdu la veille.


 

27 juin – Tentative française pour reprendre Thiaumont-Fleury (rive droite)
Rive droite

A 4 h 30, le 261e et 340e R.I. s’élancent de la croupe nord-ouest du bois des Trois Cornes. Les 2 régiments avancent sous un feu nourri et doivent stopper face à la batterie C et au PC 119. Certains éléments sur la gauche parviennent jusqu’à la cote 321.

Les 41e et 241e R.I. s’élancent quant à eux en direction de Fleury mais ne peuvent aborder le village dont les caves sont fortement gardé par l’ennemi. Les pertes sont très lourdes, le 241e perd les 2/3 de son effectif..
Le 6e bataillon du 241e R.I. forme une ligne de défense à la lisière sud du village.

Au soir, aucune avancée marquante n’a été réalisée et les positions allemandes sont pratiquement les mêmes qu’au 23 juin au soir.
Depuis 5 jours, les pertes du côté français mais aussi du côté allemand ont été très lourdes.
- Le 39e R.I. : 48 officiers et 1.633 homme ;
- Le 261e R.I. : 28 officiers et 1.200 hommes ;
- Le 202e R.I. n’a plus que 200 hommes ;
- Le 239e R.I. n’a plus que 6 officers et 150 hommes ;.
- Des 3 divisions en ligne, 12e, 129e et 130e D.I., ont perdu respectivement 4.832, 4.167 et 3.974 officiers et hommes de troupes. L’épuisement des hommes en ligne est intense.

Témoignage de Georges FERET, soldat au 172e R.I.:  » Le 27 au soir, le 172e relève le 106e. Le terrain est bouleversé par les trous d’obus ; nous cherchons notre route à l’éclair des éclatements. C’est alors que je me trouve face à face avec un gars du 106e. Je lui demande en criant de toutes mes forces, à cause du bruit des éclatements, des renseignements sur les emplacements.
Il répond à ma question péniblement, la voix rauque, la gorge en feu. C’est à peine s’il peut articuler ses mots, tellement il a soif. Alors, je lui offre un peu d’eau de mon bidon, il me répond : « Ah ! non, garde-la, tu en auras besoin. »
Ce souvenir ne m’a jamais quitté. Ce brave type savait ce qui m’attendait et ne voulait pas distraire une goutte de cette eau qui m’allait être si utile. Puisse ce frère d’armes lire ces quelques lignes ; ce serait une joie pour moi de pouvoir lui serrer la main. »

En 2 jours de combat, le 106e R.I. a eu 224 tués dont 7 officiers, 644 blessés dont 11 officiers, 82 disparus.

Rive gauche
R.A.S.


 

28 et 29 juin – Tentative française pour reprendre Thiaumont-Fleury (rive droite)
Rive droite

Les attaques françaises sur Fleury et Thiaumont se poursuivent toute la journée mais sans grand résultat.
La 129e D.I. (106e, 114e, 120e et 121e B.C.P., 297e et 359e R.I) est relevée par la 60e (202e, 225e, 247e et 248e R.I.) dans le secteur de la Marguerite (de la tranchée d’Ypres au P.C. 119 et au ravin des Vignes).

p257

Rive gauche
R.A.S.


 

30 juin – Tentative française pour reprendre Thiaumont-Fleury (rive droite)
Rive droite

Les 4e et 5e bataillons du 248e R.I. ont reçu l’ordre de se porter sur Thiaumont et d’attaquer face à eux, sous les ordres de leur chef de corps, le lieutenant-colonel Marchand. Cependant, ce n’est qu’au levé du jour qu’ils parviennent au retranchement Z et ses abords, qui constituent leur base de départ.
Leur placement n’est pas achevé que l’artillerie française, non renseignée sur les mouvements des lignes, déclenche un formidable tir de barrage et leur inflige de lourdes pertes au point de les désorganiser en partie. En conséquence, le lieutenant-colonel Marchand propose de remettre l’attaque au lendemain. Cependant, sa demande est rejetée.
Témoignage du commandant P… :  » Sur quoi s’est basé le chef en 2e lignes pour ne pas écouter le commandant du régiment qui demande que l’attaque soit remise au lendemain ? Celui-ci seul connaît la vraie situation ; et il est seul à même de juger si son attaque peut ou non réussir.
Sauf dans le cas très particulier où la situation générale le commanderait d’une façon absolue, et où l’on est obligé de consentir le sacrifice d’une troupe pour sauver le reste, sauf ce cas très spécial, on doit toujours écouter le chef de la 1ere ligne. Certains petits états-majors se sont montrés ardents pour des attaques sans but, sans préparation, « pour la gloire ». Ils auraient dû avoir le courage de dire à leur grand chef : « Non, l’attaque, dans les conditions du moment actuel, n’est pas possible ». Et le grand chef se serait rangé à leur avis. « 

A 10 h, les restes des 2 bataillons s’élancent donc en direction de l’ouvrage de Thiaumont. Assez rapidement, les hommes en sous-effectifs sont fauchés par les tirs des mitrailleuses ennemies qui battent la pente.

Les hommes se rassemblent dans les trous d’obus et attendent la nuit. Une nouvelle tentative est ordonnée pour le lendemain.

Témoignage de l’adjudant VIDAL, aujourd’hui capitaine, du 4e Zouaves :  » Dans cette lutte incroyable de résistance, j’ai vécu auprès de mes hommes, que j’aimais par dessus tout, des heures d’héroïsme d’une magnifique beauté, exaltées par un pur sentiment de patriotisme.
A ce moment-là, j’étais encore adjudant, de sorte que je me trouvais en contact immédiat avec mes hommes. Tous se montrèrent les dignes successeurs de leurs devanciers, les fameux zouaves de la Garde de 1870. Dans les moments les plus critiques où j’étais plus que jamais leur ultime conseiller de tous les instants, ils comprenaient très bien que le salut de la patrie était entre leurs mains ; c’est pourquoi ils me disaient toujours, après chaque marmitage particulièrement violent : « Mon adjudant, on va rire, ils vont sortir, attention… » et je vous assure que les Allemands étaient reçus de telle façon qu’ils rebroussaient chemin immédiatement.
J’ai crispé dans mon souvenir ces fameuses et simples paroles d’un mourant : « Mon adjudant, nous les avons eus quand même ; que je suis content… » Le malheureux expirait ensuite avec un léger sourire qui me fit frissonner jusqu’au fond de mon être, et je n’ai pu m’empêcher de l’embrasser. « 

p166

Rive gauche
R.A.S.

 

source : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

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Les crimes des Conseils de guerre : Les quatre caporaux de Suippes texte de 1925

Classé sous — milguerres @ 10 h 14 min

 

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SOLDATS FUSILLES POUR L’EXEMPLE

D’autres noms pour l’exemple

 

Les crimes des Conseils de guerre

(Le texte semble daté de 1925)

Les quatre caporaux de Suippes

Les crimes des Conseils de guerre : Les quatre caporaux de Suippes texte de 1925  fussiles-de-suippes-conseil-de-crimes-de-guerre

source : http://www.ville-sartilly.com/uploads/media/quatrecaporauxsouain.pdf

En février 1915, le 336e régiment d’infanterie avait pris part aux violents combats de Perthes. En mars, on le retrouve néanmoins en première ligne au moulin de Souain.

7 mars 1915
Le 7, après une préparation d’artillerie insuffisante – suivant le témoignage du commandant Jadé, ancien officier du 336e et actuellement député du Finistère (en 1925) – on lance en avant la 24e compagnie, dont les effectifs sont très réduits.
Elle est aussitôt rejetée dans ses tranchées avec des pertes sérieuses.
Cet échec ne décourage pas à l’état-major.
Deux heures plus tard, après une brève canonnade, on fait sortir la 21e compagnie, commandée par le commandant Dubois.
Celle-ci est à son tour également repoussée.
Dans la nuit, le capitaine Jadé, de la 18e compagnie, reçoit l’ordre d’attaquer par surprise à 4h30 du matin les tranchées ennemies, qui, la veille, n’ont pu être prises.
Mais la compagnie de première ligne qui doit relever la 18e n’a pas été prévenue à temps. Un certain flottement se produit au moment de son arrivée, et le capitaine Jadé, qui avait donné l’ordre d’attaque pour 5 heures est obligé de le reporter à 5 h 30.
À 5 heures cependant, l’artillerie française commence à tirer contre les tranchées ennemies.
À 5 h 30, à l’instant où la 18e compagnie essaye de sortir de sa tranchée, les compagnies voisines, ignorant le coup de main qui allait être tenté, lancent des fusées.
Dès lors, l’opinion du capitaine Jadé est faite. Il recommande à ses hommes de ne pas bouger, va trouver à quelque distance en arrière le commandant de bataillon.
« Vous m’avez donné l’ordre d’attaquer par surprise, lui dit-il, j’estime que la surprise était en effet la condition de l’attaque. Attaquer maintenant n’est plus possible. Ce serait faire tuer peut-être 50 hommes de ma compagnie. J’ai pris sur moi de ne pas sortir.
Mais comme je ne veux pas que vous puissiez considérer cela comme une lâcheté, je suis prêt, si vous me l’ordonnez, à monter sur le tremplin. »
Le commandant se rend aux raisons du capitaine Jadé.
Il n’insiste pas.
9 mars 1915
Le surlendemain, 9 mars, l’ordre est donné à une autre compagnie, la 21e, de se préparer à sortir.

Quant à la 18e compagnie, elle devra suivre la première vague d’assaut, se placer entre la tranchée de départ et les tranchées allemandes éventuellement prises, puis, là, AU MILIEU DE LA PLAINE, AU GRAND JOUR, commencer des travaux, amorcer des boyaux vers l’avant et l’arrière.
La 21e compagnie quitte les tranchées de réserve à 4 h du soir pour gagner les tranchées de départ.
Pendant de longues heures, les hommes ont sous les yeux les cadavres de leurs camarades tombés dans les attaques précédentes, les uns deux jours plus tôt, les autres il y a six mois. Nul spectacle n’est plus démoralisant.
Lorsque vient l’heure d’une sortie que les combattants savent d’avance condamnée à l’insuccès, des protestations s’élèvent.
« Nous préférons être fusillés, disent-ils, mais enterrés que de rester là-bas à pourrir sur le bled. Au moins nous aurons sauvé du massacre les camarades de la 22e, qui doivent marcher derrière nous. »
Le capitaine pour les entraîner crie : en avant !
Il est suivi seulement de l’aspirant Germain et de quelques sous-officiers qui, d’ailleurs, ne tardent pas, sous la violence du feu ennemi, à revenir dans la tranchée.
À l’arrière, où l’on s’est rendu compte de ce qui se passe, mais où l’on ne veut pas se rendre compte de l’impossibilité où se trouvent les malheureux soldats de faire mieux, le général commandant la 60e division donne l’ordre à l’artillerie de tirer sur la tranchée, de tuer tous ceux qui ont obéi et ceux qui n’ont pas obéi.
Cet ordre sauvage, le colonel Bérubé, commandant l’artillerie divisionnaire, refuse de l’exécuter.
« Que le général de division le signe » répond-t-il à l’officier qui est venu le lui transmettre de vive voix.
Le général n’a pas le courage de prendre cette responsabilité, mais il fait prévenir que l’attaque devra être reprise par la 21e compagnie.
Après quoi, prenant le nom d’un caporal et de quatre soldats par section, on leur demande de se porter en avant – il fait encore jour – pour couper les fils de fer barbelés.
Les caporaux Maupas, Girard, Lefoulon et Lechat, se trouvent au nombre des victimes ainsi sacrifiées, car c’est à une mort inutile et certaine qu’on les envoie. Toute la compagnie, qui s’en rend compte, est en proie à une indicible émotion. Lechat avait été volontaire la veille pour une mission périlleuse.
Plusieurs de ses camarades, révoltés de l’injustice qui lui est faite, s’offrent pour le remplacer.
Vain héroïsme.
Les quatre caporaux et leurs hommes se révoltent-ils ? Point ; ils essayent d’obéir ; ils se portent en avant. Mais les fils de fer sont à 150 mètres. L’impossibilité d’y arriver est manifeste.
Ils se terrent dans des trous d’obus.
L’aspirant Germain court jusqu’à l’endroit où se trouvent blottis les quatre hommes et le caporal de sa section. Il les exhorte à un effort dernier. Mais ce ne sont plus, suivant son expression même, que de « véritables loques ». Ils ont atteint la limite de l’endurance humaine. Ils ne peuvent bouger.
À la nuit, caporaux et soldats regagnent la tranchée.
10 mars 1915
Dans l’après-midi du 10 mars, la 21e compagnie est relevée et dirigée sur Suippes, où, aussitôt, on incarcère les caporaux Maupas, Girard, Lefoulon, Lechat et une trentaine de soldats, en les informant qu’ils sont inculpés de refus d’obéissance devant l’ennemi.
Le régiment est consterné.
——
16 mars 1915
Le 16, la Cour martiale se réunit. Seul, le colonel président est un combattant. Ses assesseurs, bien qu’officiers de carrière, appartiennent à des services de l’arrière.
Quelques officiers ont été appelés à témoigner. Mais systématiquement, on a refusé d’entendre ceux qui ont demandé à déposer.
Le commandant du bataillon auquel appartient la 21e compagnie plaide chaleureusement la cause des accusés.
Il est à chaque instant interrompu. Il est injurié. Peu s’en faut qu’on ne le rende responsable.
Un témoin, avocat d’un barreau de province, qui, officier de complément au 336e, assistait à cette hideuse comédie judiciaire, a écrit avant de mourir glorieusement sur le champ de bataille :
« Ces hommes, pris presque au hasard, furent simplement traduits en Conseil de Guerre. Trente-deux furent acquittés sur la déclaration d’un adjudant, d’après laquelle il ne croyait pas qu’ils aient entendu l’ordre de : en avant ! Et quatre furent condamnés à mort (les caporaux).
L’adjudant a été pris en grippe par le général de division qui a interdit formellement une proposition faite précisément pour lui, paraît-il, pour le grade de sous lieutenant.
Les témoins furent pris parmi les chefs qui avaient passé les trois jours dans les caves. Mais on s’est bien gardé de faire appeler les quatre seuls officiers dont j’étais, qui avaient passé les trois jours auprès des hommes, et qui seuls auraient pu dire la vérité. L’affaire a été truquée d’un bout à l’autre.
Je le dis en toute conscience : LES QUATRE CAPORAUX SONT MORTS ASSASSINÉS
Ce témoignage n’est pas unique.
Le capitaine R., qui assistait à l’audience présidée – il faut retenir ce nom pour l’exécration des honnêtes gens – par le colonel MARTHENET, en fait le récit suivant :
« Je me rendis à la séance et j’entendis déposer le capitaine Equilbey qui commandait un bataillon aux 336e. Le capitaine Equilbey exposait au Conseil combien l’attaque se présentait mal et faisait valoir les difficultés d’exécution. Il faisait sa déposition en homme loyal et droit, et avec d’autant plus d’indépendance que le bataillon incriminé n’était pas le sien.
Je remarquai que, presque à chaque mot, il était interrompu par le président du Conseil de guerre et qu’il avait grand peine à faire sa déposition. Je ne voulus pas rester plus longtemps dans cette salle, où les témoins avaient tant de difficultés à déposer, et sortis. »
M.L. dit à son tour :
« C’est en conversant avec le capitaine Equilbey, de l’état-major du régiment, que j’appris la mise en accusation. Je ne pus, à mon grand regret, assister à l’audience du Conseil de guerre où s’était rendu le capitaine Equilbey pour défendre la cause du caporal Maupas, qu’il connaissait particulièrement et estimait beaucoup.
C’est en termes indignés et douloureusement sympathiques qu’il m’apprit la fatale nouvelle. Rien n’avait pu sauver Maupas et ses trois malheureux compagnons, ni la défense du capitaine Equilbey, ni la déclaration du colonel Bérubé, commandant l’artillerie divisionnaire, dont la conscience se révoltait à l’idée de s’associer à une infamie et qui s’écria : ce ne sont pas là les vrais coupables. Il faut chercher plus haut. »
(Par contre, il y eut un réquisitoire impitoyable, très favorablement écouté. Au sujet du lieutenant Morvan, l’accusateur initial, M.L. s’exprime ainsi : « le lieutenant Morvan, l’accusateur de Maupas, poursuivi par la vindicte de ses camarades, s’enferma dans sa chambre pour y cacher sa honte »)

M.M. dépose :
« il m’a été affirmé que le colonel Bérubé, commandant le 7e R.A.C., aurait dit au général Reveilhac, à l’issue du Conseil de guerre : C’EST UN ASSASSINAT. Cette parole fut la cause de son limogeage immédiat. Le témoignage de ce colonel, s’il vit encore, serait précieux. »
M.Q. dit enfin :
« J’assistai à une partie des débats : j’en sortis avec l’impression que tous les juges, presque tous ignorants de ce que pouvait être une tranchée de première ligne, OBÉISSAIENT À UN ORDRE EN CONDAMNANT QUATRE CAPORAUX À LA PEINE DE MORT. »
À la vérité, quelques instants après son impitoyable arrêt, le Conseil de guerre, pour couvrir sa responsabilité, signa un recours en grâce. Mais il ne fut pas suivi d’effet.
(À Suippes où eut lieu l’exécution, on dit que celle-ci fut pressée par le général Reveilhac qui craignait de voir arriver la grâce. « En effet, l’ordre de surseoir à l’exécution arriva quelques instants après que les quatre malheureux caporaux fussent tombés » — lettre de M.Ch.F. à la Ligue des Droits de l’homme.)
L’exécution était fixée au lendemain.
——
Le 10 mars, avant sa comparution devant la Cour martiale, le caporal Maupas avait adressé à sa femme la lettre suivante, dont nous voulons que l’on dise si elle mérite mépris ou respect :
« Me voilà réveillé encore une fois, ayant plutôt l’air d’un mort que d’un vivant. Mon coeur déborde, tu sais; je ne me sens pas la force de réagir. C’est inutile, c’est impossible.
J’ai pourtant reçu hier les deux boîtes que tu m’as envoyées, contenant sardines, beurre, réglisse, figues, pommes et mon beau petit sac, et les belles cartes, j’étais heureux ; mais je me suis tourné vers la muraille et de grosses gouttes, grosses comme mon amour pour les miens, ont roulé, abondantes et bien amères.
Dans ces moments où je songe à tout ce qui se passe d’horrible et d’injuste autour de moi, sans avoir une ombre d’espoir, eh bien, tu sais, je suis entièrement déprimé.
Je n’ai plus la force ni de vouloir, ni d’espérer quoi que ce soit.
Je ne vais pas continuer, ma pauvre Blanche, je ne vais pas continuer, je te ferais de la peine et je pleurerais encore.
Aujourd’hui je vais savoir le résultat de l’affaire.
Comme c’est triste. Comme c’est pénible. Mais je n’ai rien à me reprocher, je n’ai ni volé, ni tué ; je n’ai sali ni l’honneur, ni la réputation de personne. Je puis marcher la tête haute.
Ne t’en tracasse pas, ma petite Blanchette. Il y a bien assez de moi à penser à ces tristes choses. C’est pénible, attendu qu’à mon âge, ni dans la vie civile, ni dans la vie militaire, je n’ai dérogé à mon devoir.
Pour quiconque n’a pas d’amour propre, ce n’est rien, absolument rien, moins que rien.
Moi qui ai du caractère, qui m’abats, qui me fait du mauvais sang pour rien, eh bien, tu sais ma bonne petite, j’en ai gros sur le coeur.
Il me semblait pourtant que depuis mon enfance, j’avais eu assez de malheur pour espérer quelques bons jours. C’est ça la vie ? Eh bien ce n’est pas grand-chose ! Que de gens comme moi ont un foyer et ne sont plus ! Des petits-enfants appelleront souvent leur papa, une femme adorée qui se rappellera un mari dévoué ! C’est bien quand je songe à ces tristes choses !
Allons courage ! Courage, mon petit bonhomme ! Soutenons-nous ! Aimons-nous !
J’embrasse ton beau petit sac, ta bonne lettre, ta carte, tes cheveux. Tout cela est là dans un petit coin de mon sac. Je l’ouvre souvent ce vieux sac pour y voir mes objets chers qui sont une partie de toi et de mon petit Jean. Pauvre petite !
Allons, courage mon petit soldat !
Je me serre bien dur contre toi !
Ne me quitte pas et veille bien sur moi !
Embrasse bien fort ma Jeannette !

Que je t’aime mon Dieu ! Et que je pleure ! »

Cette lettre, d’une si émouvante simplicité, est-ce la lettre d’un lâche ?
——

Le capitaine Jean Jadé, auquel il a été fait allusion au cours de ce tragique récit, a précisé devant la Chambre des Députés les conditions dans lesquelles l’ordre d’attaque avait été donné et les condamnations prononcées :
« Le 7 mars, dit-il, on donne l’ordre à la 21e compagnie de prendre la première ligne et de se préparer à sortir.
Ici commence le drame ; la 21e compagnie prend les tranchées de départ à huit heures du matin. Les hommes sont exténués par les combats de Perthes, par les séjours en première ligne au moulin de Souin. Ils ont devant eux la plaine immense, un glacis remontant vers les lignes allemandes, semé de cadavres en tenue bleue, des camarades tués dans les attaques de septembre.
Dans cet état de fatigue et de tension nerveuse, ils attendent jusqu’à quatre heures du soir l’ordre d’attaquer.
À quatre heures du soir, l’ordre d’attaquer est donné. Les hommes à ce moment-là, – nous ne pouvons pas les empêcher de se rendre compte de ce qu’ils ont devant les yeux – jugent l’inutilité de l’attaque.
Les officiers de la compagnie franchissent le parapet criant : en avant ! Les hommes refusent de sortir. Ils disent : « nous préférons être fusillés, mais être enterrés, que de rester à pourrir là-bas, sur le bled. Ainsi, nous aurons au moins sauvé du massacre les camarades de la 22e, qui doivent attaquer après nous. »

On en rend compte à l’arrière.
À ce moment, le général qui commandait la 60e division donne l’ordre, vous entendez bien, de tirer dans la tranchée française, de tuer par conséquent les hommes qui étaient sortis, les gradés qui étaient sortis, en même temps que ceux qui avaient refusé.
Le colonel Bérubé, qui commandait l’artillerie divisionnaire, a refusé d’exécuter cet endroit (Applaudissements). Il a exigé un ordre écrit que le général de division n’a pas eu le courage de signer. »
M. Ferdinand Buisson : « le colonel Bérubé a déclaré plus tard que ce qui s’était passé là était un assassinat. »
M. Jean Jadé : « c’est l’unanimité des hommes, des sous-officiers et des officiers du régiment qui vous diront que CETTE AFFAIRE A ÉTÉ UN VÉRITABLE ASSASSINAT. Mon camarade, le sous-lieutenant Bordy, qui avait pris à ma place le commandement de la compagnie, car, dans la matinée, j’avais été blessé grièvement, a été blessé grièvement en effectuant une reconnaissance, puisqu’il a subi une amputation en allant porté aux premières lignes la menace de cet ordre de faire tirer l’artillerie française.
Par suite, le commandement prévient la 21e compagnie que les pertes n’étant pas suffisantes, il y aura lieu de recommencer l’attaque. À ce moment, on fait prendre à la compagnie le nom d’un caporal et de quatre hommes par section auxquels on donne l’ordre formel de se porter en avant, d’aller couper les fils de fer. »
M. Balanant : « en plein jour ? » (Exclamations)
M. Jean Jadé : « en plein jour ! »
M. Pierre Deyris : « c’est formidable ! »
M. Jean Jadé : « ces hommes étaient des braves ! Le Caporal Lechat, qui est parmi les fusillés, avait été, la veille, volontaire pour une mission périlleuse. Et quand il reçut cet ordre, ses camarades, les autres caporaux, sont intervenus auprès du commandant de compagnie en disant : « Lechat a effectué une mission périlleuse la nuit dernière, nous demandons de le remplacer. »
Vous le voyez, nous avons affaire non seulement à des braves, mais à des hommes de coeur.
Ces hommes reçoivent l’ordre de se porter en avant, d’aller couper les fils de fer en plein jour.
Nous devinons immédiatement les mobiles qui ont inspiré cet ordre. On n’osait pas faire comparaître toute une compagnie devant le Conseil de guerre, alors on a donné un ordre formel à quelques hommes, de façon à pouvoir justifier l’inculpation de refus d’obéissance.
Ces hommes auraient pu rester dans la tranchée ; ils ont essayé d’obéir. Ils se sont portés en avant, ils ont vu les fils de fer à 150 mètres, ils ont compris l’impossibilité d’aller les couper. Ils savaient que c’était la mort certaine. Il y a tout de même quelquefois un instinct de conservation qui empêche les hommes d’aller au-delà de la limite de leurs forces (Applaudissements).
Ils se sont terrés dans un trou d’obus.
On les fait comparaître devant un Conseil de guerre.
Au Conseil de guerre, constitué par des officiers de l’arrière, dans lequel le colonel président était seul combattant, un certain nombre d’officiers ont été appelés.
Quelques officiers du régiment ont demandé à être entendus.
Refus formel du président du Conseil de guerre d’entendre ces officiers.
Le commandant du bataillon, officiers de l’active, a été entendu. Il a apporté un témoignage loyal. Il a essayé d’innocenter les inculpés en exposant les conditions dans lesquelles avaient été commandées les attaques.
Sa déposition a été hachée d’injures et d’interruptions.
Le sous-lieutenant Germain, de la 21e, dont la conduite cependant dans cette affaire avait été magnifique, a vu aussi sa déposition hachée d’interruptions, et l’on a essayé de le mettre en contradiction avec ses propres déclarations.
Le Conseil de guerre a impitoyablement condamné à mort les caporaux Maupas, Lefoulon, Gérard et Lechat.
Puis il a signé un recours en grâce.
Malgré cela, l’exécution a été fixée au lendemain. Elle a eu lieu dans les vingt-quatre heures et je crois savoir, sans pouvoir l’affirmer, que l’ordre de surseoir à l’exécution est arrivé un jour ou deux après.
L’exécution a eu lieu dans des conditions abominables.
Le régiment tout entier y a assisté. L’officier qui commandait les officiers de la compagnie et tous les hommes pleuraient.
Le régiment était entouré de dragons dans la crainte d’une révolte. »
——
Ce serait mentir de dire que ces faits n’ont pas causé à la Chambre une émotion d’autant plus vive qu’ils lui étaient exposés par un ancien combattant dont il n’était possible de mettre en doute ni la sincérité, ni le courage.
Mais ce serait mentir aussi de ne pas dire que cette émotion s’est vite apaisée, de sorte que ce débat tragique s’est grotesquement terminé sur quelques propos du gluant M. Ignace, une lourde pirouette de Bonnevay, et une impudente déclaration de Barthou, à cette date Ministre de la Guerre : « je ne peux pas promettre de sanctions ».
Donc, contre les officiers incapables qui, de l’arrière, envoyaient les soldats à une mort inutile, le représentant de l’armée au gouvernement ne peut pas promettre de sanctions. Pourquoi ? Sont-ils trop ?
Dans tous les cas, il y a un fait précis qui exigerait un châtiment sévère si l’autorité supérieure avait en quelque mesure le sentiment de son devoir : c’est l’ordre donné par le général de division de tirer sur la tranchée.
Que cet ordre fut criminel en soi, ce n’est pas ce que je veux discuter ici. Je dis seulement : ou il était justifié où il ne l’était pas.

S’IL N’ÉTAIT PAS JUSTIFIÉ, LE GÉNÉRAL, EN LE DONNANT, A COMMIS UNE TENTATIVE D’ASSASSINAT.
S’IL ÉTAIT JUSTIFIÉ, LE GÉNÉRAL, EN REFUSANT DE PRENDRE LA RESPONSABILITÉ DE L’ÉCRIRE, A FORFAIT À SON DEVOIR.
Se réservait-il donc, si des comptes lui étaient demandés plus tard, de nier son ordre qu’il refusait de le signer ?
Le colonel Bérubé a très noblement désobéi. Par quelle lâcheté suprême ne l’a-t-on pas poursuivi ?
N’est-il pas manifeste qu’on ne l’a pas osé parce qu’il était plus difficile de faire fusiller un colonel que d’humbles soldats, et parce que les débats auraient montré la misère intellectuelle et morale du chef ?
La Chambre, cependant, n’a pas même demandé le nom du général qui, en mars 1915, commandait la 60e division.
Et la Chambre non plus n’a pas fait la remarque que dans l’odieux Conseil de guerre qui a envoyé quatre braves à la mort, tout s’est passé comme si le Conseil, cette fois aussi, avait CONDAMNÉ PAR ORDRE.
Mais, plus révoltante encore que l’assassinat, est la ruse par laquelle on s’est efforcé de le justifier : cette épouvantable et basse rouerie qui consiste à exiger l’inexécutable pour avoir prétexte à frapper.
« Nous devinons immédiatement », a dit, on s’en souvient, le capitaine Jadé.
Ils devinent quoi, ces combattants ?
Eh bien, que l’on donne à d’autres combattants une mission au-dessus des forces humaines, en escomptant qu’elle ne sera pas remplie et que l’on trouvera prétexte, dans leur impuissance, à les assassiner également.
OR, C’EST UN PROCÉDÉ D’AGENT PROVOCATEUR.
Le chef qui a eu cette pensée et l’a exécutée a atteint le dernier degré d’ignominie.
« Je ne peux pas promettre de sanctions » a déclaré cependant Barthou…

Et la Chambre, unanime, ne s’est pas levée pour les exiger !
Cette même Chambre, qui, l’avant-veille, malgré les supplications ardentes d’officiers mutilés, avait refusé d’amnistier l’abandon de poste dans un moment où tout le front était un poste, a permis à un ministre de découvrir des crimes irrémissibles.
Quel spectacle !

Au 336e d’infanterie, il y avait des braves gens et des misérables. Ce sont les braves gens que l’on a fusillés.
La Cour Suprême allait-elle au moins réhabiliter la mémoire des victimes ? On l’aurait pu croire à la lecture de l’arrêt de renvoi, rendu par la Chambre des Mises en Accusation de la Cour d’appel de Rennes le 1er octobre 1921.
Après avoir reconnu que la 21e compagnie du 336e n’était pas sortie de la tranchée et n’avait pas exécuté l’ordre d’attaque qui lui avait été donné, la Cour s’est posée cette question : « l’ordre donné à cette malheureuse unité était-il matériellement exécutable  » ? Dans la négative, le crime de refus d’obéissance apparaît comme impossible et ne saurait être retenu contre des hommes de la compagnie. C’est dans ce sens que, courageusement, la Chambre des Mises en Accusation n’a pas hésité à se prononcer.
Il est également certain, dit la Cour, que le 10 mars 1915 les hommes de la 21e compagnie, qui devaient se porter en avant, étaient très fatigués par quatre journées de tranchées, en première ligne ; ils étaient découragés par les attaques récentes dont ils avaient constaté et regretté l’insuccès ; ils avaient sous les yeux les cadavres de leurs camarades tombés dans les sorties récentes ou remontant à novembre et décembre ; ils voyaient intacts les fils de fer allemands. Ils savaient que l’ennemi était en éveil ; ils recevaient dans leur tranchée quelques obus français par suite d’un tir mal réglé ou de défectuosité de munitions. Bref, il est incontestable qu’ils devaient se trouver dans un état de dépression physique et morale très accentué et le fait est attesté par le plus qualifié pour en témoigner, par le lieutenant Morvan qui commandait leur compagnie.

Ce lieutenant a dit à l’instruction :
« A ce moment-là, aucun de mes hommes n’avait plus la force morale voulue pour une attaque ».

Puis il a maintenu qu’il avait déclaré devant le Conseil de guerre :
« Mes hommes étaient fatigués ; ils étaient comme des sacs ou des cadavres. Ils étaient démoralisés par les attaques précédentes qui avaient échoué ; mes hommes n’avaient plus de volonté ». Et il ajoute :
« mes hommes étaient tellement inertes et hébétés que, quand j’ai donné l’ordre en avant, j’en ai hissé quelques-uns sur le parapet, ils retombaient tous comme des masses dans la tranchée ».

Cette appréciation a été confirmée à l’instruction par le témoignage du sous-lieutenant Gracy :
« Les hommes n’avaient plus le ressort moral suffisant pour faire le sacrifice de leur vie, et du premier coup d’oeil, nous vîmes qu’aucune puissance au monde ne ferait sortir la 21e compagnie »

Appréciant le courage des quatre condamnés, la Cour reconnaît que :
« Les renseignements fournis sur les quatre condamnés sont excellents à tous égards, et ils avaient antérieurement donné des preuves de bravoure. Ils n’étaient animés d’aucun esprit calculé d’indiscipline. Ils ont failli dans un moment d’abattement qu’ils n’ont pu surmonter, et que les circonstances ambiantes expliquent trop. »

Et le magistrat de Roanne de conclure :
« La mémoire des quatre fusillés de Suippes émerge de la tombe sous un jour favorable. Un de leurs juges du Conseil de Guerre souhaite leur réhabilitation. Dans ces conditions précipitées, il importe, en invoquant le motif suivant, de ne pas arrêter le cours de la justice, ni la marche vers la vérité.

Considérant que la volonté, intelligente et libre, est un élément essentiel de toute infraction à la loi pénale, qu’il ne semble pas que, dans leur état de dépression physique et morale, les quatre caporaux Girard, Lefoulon, Lechat et Maupas, aient eu la volonté nécessaire, pour obéir le 10 mars 1915 à l’ordre reçu de leur commandant de compagnie de marcher contre l’ennemi ; qu’à cet égard, il existe tout au moins un doute dont ils auraient à bénéficier, qu’impressionnés vraisemblablement par le souci de faire des exemples dans une période critique de la guerre, et peu familiarisés avec le droit pénal, les juges du Conseil de guerre apparaissent avoir été dominés par le fait de non obéissance alors qu’ils devaient s’attacher en outre à l’élément intentionnel du crime ; que, dans ces conditions, la sentence rendue est sujette à faire l’objet d’un nouvel examen au point de vue de réformation :

Par ces motifs :
La Chambre des mises en accusation reconnaît qu’il y a lieu de décision nouvelle au sujet de l’affaire sus-visée.
Ordonne en conséquence, le renvoi du recours et de la procédure à la Chambre Criminelle de la Cour de Cassation pour qu’il soit statué définitivement sur le fond par cette juridiction de jugement. »
Qu’allait faire dans ces conditions la plus haute juridiction du pays ? Reprendre purement et simplement ces attendus présentant sous son véritable jour l’affaire des quatre caporaux de Suippes ? Du tout.

M. le conseiller Lecherbonnier, chargé du rapport, s’était cependant déclaré favorable à la révision.

Les conclusions de Monsieur l’avocat général Wattine paraissaient devoir entraîner la cassation des scandaleuses condamnations. Il disait, ce haut magistrat :
 » La disposition exceptionnelle de l’article 20 de la loi du 29 avril 1921, permet d’envisager le point de fait sous toutes ses faces. C’est ainsi qu’à la faveur de cette disposition, on est amené à rechercher quelle était la situation morale des condamnés au moment où ils ont refusé le service qui leur a été imputé. Avaient-ils alors une conscience suffisante de leurs actes pour qu’on doive les considérer comme pleinement responsables ?

Non, répond sans hésitation aucune l’avocat général Wattine, s’appuyant sur les dépositions des chefs des pauvres victimes, les représentant au lendemain de l’attaque, exténués, découragés, démoralisés. « 

« En présence de ces témoignages, écrit-il, on est autorisé semble-t-il, à demander à la Chambre Criminelle de décider que les quatre fusillés de Souin n’avaient plus conscience de leurs actes au moment où ils ont opposé une résistance passive aux ordres de leurs chefs et de réformer pour ce motif la décision qui les a condamnés.

C’est dans cet ordre d’idées que nous demandons à la Cour de tenir compte, autrement que ne l’on fait les juges du Conseil de guerre, de l’état de dépression allant jusqu’à l’inconscience dans laquelle se trouvaient les condamnés dans la fatale journée du 10 mars 1915. Il est, du reste, constaté que jusque-là ils avaient été de bons soldats. Lorsqu’ils ont failli, c’est dans un moment d’abattement qu’ils n’ont pu surmonter. Il n’est pas excessif de considérer qu’à ce moment ils étaient irresponsables. »

En conséquence, le Procureur général requiert qu’ il plaise à la cour de :

 » Réformer la décision du conseil de guerre de la 60e division d’infanterie en date du 16 mars 1915 « 

La Cour de Cassation n’en a pas tenu compte. Tant pis pour la justice ! Mais ce qui reste, c’est l’arrêt de Rennes : « La mémoire des quatre fusillés de Suippes émerge de la tombe sous un jour favorable ». Il faut s’en souvenir !

—–

Dix ans ont passé. Aucune des quatre victimes n’a été réhabilitée.
Cependant
- La veuve de Sicard a reçu le titre de médaille militaire conférée à son mari à titre posthume. La citation est la suivante, datée du 24 décembre 1922 :
 » Sicard Louis — Victor — François, caporal, brave, dévoué, tombé le 17 mars 1915 en accomplissant brillamment sans devoir devant Suippes « 
- La famille Lechat a reçu le diplôme attribué aux familles des soldats morts au champ d’honneur.
- M. Lefoulon a obtenu le transport gratuit des restes de son fils.
- Mme Maupas et les trois autres familles des fusillés ont bénéficié pendant plusieurs années des avantages qui, en fait, supposent l’innocence des fusillés et exigent, en droit, leur réhabilitation officielle.

Enfin, le Conseil Général de la Manche, dans sa séance du 5 septembre 1923, a émis le voeu que le nom de Maupas figurât sur le monument élevé à l’École Normale de Saint-Lô à la mémoire des instituteurs morts pour la France.
Pour différentes raisons, ce dernier hommage a été différé. Pourtant, tout permet de penser que la réparation prochaine n’en sera que plus éclatante.
La loi du 3 janvier 1925 autorise, en effet, la Cour de Cassation à reprendre, toutes Chambres réunies, les affaires précédemment rejetées par la Chambre criminelle.

Le Garde des Sceaux a transmis à la Cour le dossier des quatre fusillés, établi de nouveau par la Ligue des Droits de l’Homme.

Souhaitons que cette fois justice sera faite !

———————–

Les 4 hommes furent finalement réhabilités en mars 1934
Les crimes des Conseils de guerre
Les quatre caporaux de Suippes- Document
suippe11

source récit  : http://chtimiste.com/batailles1418/combats/suippes.htm

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version : source : http://www.ville-sartilly.com/uploads/media/quatrecaporauxsouain.pdf

LES 4 CAPORAUX DE SOUAIN

FUSILLÉS POUR L’EXEMPLE

Des tranchées au poteau d’exécution
La 21ème Compagnie du 336ème Régiment d’Infanterie de Saint-Lô avait prouvé sa bravoure lors des premiers combats de Champagne. Depuis septembre 1914, elle est dans les tranchées, à Souain, face aux Allemands et elle attaque, baïonnette au canon, pour déloger un ennemi situé sur les hauteurs et
fortement armé de mitrailleuses
Une attaque est prévue le 9 mars 1915. Ceux qui essaient de sortir sont immédiatement tués, les autres ne sortent pas. Autre attaque le 10 mars 1915 : mêmes conditions, mêmes résultats, la 21ème
Compagnie ne sort pas. Le lieutenant Morvan, commandant la Compagnie, porte plainte pour « refus d’obéissance ».
La Compagnie est relevée et dirigée vers Suippes où siège le Commandement qui considère que cette défection est « un refus d’obéissance en présence de l’ennemi », passible de l’article 218 du code de Justice Militaire. Le général Réveilhac, commandant de la 60ème division, donne l’ordre de « désigner six
hommes dans chaque section de la 21ème Cie parmi ceux qui ne sont pas sortis, en choisissant dans les
plus jeunes classes, et six caporaux ».
- Le 15 mars 1915, 6 caporaux et 18 soldats sont mis aux arrêts.
- Le 16 mars, le conseil de guerre est réuni.
- Les 18 soldats sont relaxés, 2 caporaux sont disculpés grâce au témoignage de leur sergent qui affirme n’avoir ni reçu, ni donné l’ordre de sortir.
- Les sergents des caporaux Maupas, Lefoulon, Girard et Lechat ne peuvent témoigner : l’un est blessé et l’autre a été tué. Les 4 caporaux sont condamnés à mort.
- Le 17 mars, à 13 heures, les 4 hommes tombent sous les balles françaises devant leurs camarades à Suippes.

Le 1er avril 1915, le lieutenant Chapey commandant de la 17ème Cie du même régiment écrit au sujet du conseil de guerre « Les témoins furent
pris parmi les chefs qui avaient passé les 3 jours dans les caves. Mais on prit bien garde de faire appeler les 4 seuls officiers, dont j’étais, qui
avaient passé les 3 jours auprès des hommes et qui, seuls, auraient pu dire la vérité. L’affaire a été truquée d’un bout à l’autre, je le dis en toute
conscience : les 4 caporaux sont morts assassinés ».
Les 4 caporaux Louis Girard, Lucien Lechat, Louis Lefoulon et Théophile Maupas seront réhabilités le 3 mars 1934 par une Cour spéciale de Justice Militaire.

Sartilly, lieu de mémoire

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Mme MAUPAS

Cette réhabilitation est le résultat d’un combat de 19 ans, mené par Blanche Maupas, veuve du caporal Maupas. Avec courage et obstination,
aidée par la soeur du caporal Lechat, Eulalie, et soutenue par de nombreuses associations dont la Ligue des droits de l’Homme, Blanche
Maupas surmontera tous les obstacles.
Le hasard fait que Blanche Maupas qui avait commencé, dès 1915, un dossier en vue de la révision du conseil de guerre du 16 mars, est
nommée directrice de l’école des filles de Sartilly en septembre 1922. Elle pense terminer sa carrière dans ce bourg. Elle le quittera le 1er février
1926 mais ces trois années suffiront pour que ce chef-lieu de canton bien tranquille devienne l’un des rares lieux qui maintiennent le souvenir des
exactions commises par les conseils de guerre du conflit 1914-1918.
Son passage à Sartilly est marqué par plusieurs événements d’importance :
- 9 août 1923 : réinhumation de son mari dans le cimetière de Sartilly.
- 16 décembre 1923 : accord du conseil municipal pour l’inscription de Théophile Maupas sur le monument aux morts de Sartilly.
- 16 octobre 1924 : réinhumation du caporal Lechat à Le Ferré (35).
- 20 septembre 1925 : inauguration du mémorial dédié aux 4 caporaux de Souain, sur la tombe du caporal Maupas.

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Blanche Maupas et sa fille Jeanne au
cimetière de Sartilly en 1923

Les réinhumations de Maupas et Lechat et l’inauguration du mémorial donnent lieu à d’imposantes manifestations (5 000
personnes en 1925) dont la presse se fait largement l’écho.
Ce soutien populaire ne suffira pas à rendre rapidement justice aux 4 caporaux. En 1926, une troisième requête de révision est rejetée. Il faudra attendre le 3 mars 1934 pour que la mémoire des
caporaux Girard, Lechat, Lefoulon et Maupas soit réhabilitée par la Cour spéciale de Justice Militaire.
En 1962, Blanche Maupas meurt à Avranches. Elle est enterrée à Sartilly près du Mémorial aux caporaux de Souain. Ce lieu de mémoire, hautement symbolique, est chaque année un lieu de
recueillement lors des cérémonies commémoratives du 8 mai et du 11 novembre.
Nous vous invitons à saluer la mémoire de Blanche et des 4 caporaux au cimetière de Sartilly en passant devant l’école Blanche Maupas et en empruntant la rue Théophile Maupas.
Sartilly n’a pas oublié ceux qui ont eu le courage de lutter pour la Justice et la Réhabilitation. En janvier 2006, son conseil municipal a demandé à l’unanimité l’inscription du Mémorial aux
fusillés de Souain à l’inventaire supplémentaire des Monuments

Historiques.
Pour en savoir plus
Jacqueline LAISNE
· Pour l’honneur de Théo et des caporaux de Souain fusillés le 17 mars 1915. Ed. Isoète 1996
· Fusillés pour l’exemple, les caporaux de Souain, le 17 mars 1915. Ed. Alan Sutton 2002

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http://www.ville-sartilly.com/uploads/media/quatrecaporauxsouain.pdf

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SOLDATS FUSILLES POUR L’EXEMPLE

D’autres noms pour l’exemple

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