Milguerres

3 avril 2015

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Quelques livres choisis

1914 Broché – 8 novembre 2012

de Jean-Yves LE NAOUR

En 1914, l’obsession de la guerre hante l’Europe. Avant même que l’attentat de Sarajevo n’allume la mèche de la poudrière balkanique, elle occupe les esprits, s’affiche à la une des journaux, s’invite dans les conversations et les discours politiques. Sans que l’on n’y croie vraiment. Pourtant, en quelques jours à peine, le monde bascule dans un engrenage qui va le broyer. La guerre s’impose comme la plus rapide des solutions pour conduire à l’émancipation des nationalités et à l’avènement d’un nouveau monde. Mais la boîte de Pandore est ouverte et la machine infernale lancée : pendant quatre longues années, la guerre deviendra mondiale, totale et terroriste. A la lumière de la recherche la plus récente, conjuguant les approches diplomatiques, militaires, sociales et culturelles, Jean-Yves Le Naour nous fait revivre l’année 1914 au plus près de la façon dont les contemporains l’ont vécue. Ce premier volume d’une série ambitieuse renouvelle en profondeur l’histoire de la Grande Guerre. Historien du XXe siècle, professeur en classes préparatoires, Jean- Yves Le Naour est l’auteur de nombreux ouvrages, dont récemment chez PerrinLes Soldats de la honte qui a reçu le Grand Prix du livre d’histoire Ouest-France-Société Générale et le prix de l’Académie de médecine Jean-Charles Sournia.

 

1914, le destin du monde Poche – 6 mars 2014

de Max GALLO

À Paris, gare de l’Est, en ce diman­che 2 août 1914, c’est la mobi­li­sa­tion géné­rale. Il y a bien­tôt cent ans, le samedi 1er août, l’Allemagne a déclaré la guerre à la Russie, l’alliée de la France. L’Empire austro-hon­grois est, dès le 28 juillet, entré en guerre contre la Serbie. L’engre­nage des allian­ces, des ulti­ma­tums, des mobi­li­sa­tions, entraîne les nations dans sa méca­ni­que san­glante. Berlin est soli­daire de Vienne. Paris, lié à Londres, sou­tient Saint-Pétersbourg. En quel­ques heures, toutes les gran­des gares euro­péen­nes res­sem­blent à la gare de l’Est. Tous ces hommes qui par­tent, inno­cents, incons­cients, n’ima­gi­nent pas que des cen­tai­nes de mil­liers d’entre eux vont mourir ou être bles­sés avant que l’année 1914 se ter­mine, et que cette guerre, qui devait être brève et locale, devien­dra la Première Guerre mon­diale.

 

Le Jour le plus meurtrier de l’histoire de France: 22 août 1914 (Anglais) Relié– 9 octobre 2013

de Jean-Michel Steg

27 000 Français sont tués le 22 août 1914, le jour le plus sanglant de l’histoire de France. C’est quatre fois plus qu’à Waterloo, autant que durant les huit années de la guerre d’Algérie. Avant même la bataille de la Marne, Verdun ou le Chemin des Dames. Où donc ces hommes ont-ils disparu ? Dans quelles circonstances ? Un nombre de tués en une seule journée, sans précédent dans l’histoire de France et sans exemple depuis, ne peut être une simple bizarrerie statistique. C’est l’ambition de ce travail d’apporter quelques explications. Ce cataclysme meurtrier au tout début du conflit traduit-il les conséquences de choix individuels et collectifs, tactiques, stratégiques ou organisationnels erronés, ou tout simplement malheureux ? Comment les militaires en viendront-ils à accepter que, face à la létalité du feu au XXe siècle, le soldat ne peut plus mener la guerre dressé sur le champ de bataille, comme il le faisait depuis l’Antiquité, mais doit désormais combattre enterré et dissimulé ? Pour le savoir, il faut suivre Jean-Michel Steg dans les Ardennes belges le matin 22 août 1914.

Étudiant à l’EHESS, Jean-Michel Steg travaille depuis trente-cinq ans dans le monde de la finance.

 

1914 Les atrocités allemandes : La vérité sur les crimes de guerre en France et en Belgique Poche – 6 octobre 2011

de John Horne  (Auteur), Alan Kramer  (Auteur), Hervé-Marie Benoît (Traduction)

D’août à octobre 1914, près de 6 500 civils belges et français ont été intentionnellement
assassinés, des centaines de villages ravagés par l’armée allemande. Comment la peur des francs-tireurs et de la résistance civile, mythe né pendant la guerre franco-prussienne de 1870, a-t-elle
conduit les soldats allemands à des crimes systématiques et de grande ampleur ? Quelle fut
l’influence des « atrocités » sur la propagande des deux camps, contribuant à donner au conflit le
sens d’une « croisade contre la barbarie » ? Comment ce thème, d’abord élément central du discours allié sur la « culpabilité allemande » et le jugement des criminels de guerre, a-t-il fini par rencontrer un scepticisme général, dès les années vingt ? Ce livre magistral sur un crime de guerre, son instrumentalisation et sa place dans la mémoire des belligérants trouve toute son actualité alors que le sort des civils en temps de guerre et la portée de la justice internationale demeurent des sujets brûlants.

Introduction à l’histoire de notre temps : Tome 3, le XXe siècle, de 1914 à nos jours Poche – 20 février 2014

de René Rémond  (Auteur)
Comprendre son temps est impossible à qui ignore tout du passé ; être un contemporain, c’est aussi avoir conscience des héritages, consentis ou contestés. Etudier hier en fonction d’aujourd’hui – et même de demain -, tel est précisément le propos de ce livre, tiré d’un cours professé à l’Institut d’études politiques. Quelle est l’importance de la guerre de 1914 ? Qu’est-ce que le fascisme ? Quelles sont les origines de la guerre froide ? Qu’est devenu le monde au XXe siècle ? A ces questions et à cent autres, ce troisième volume apporte des réponses claires et rigoureuses. Sans préoccupation érudite, cet ouvrage permettra à chacun de réviser des notions demeurées imprécises et d’acquérir les bases historiques indispensables à l’intelligence de notre époque

Putain de guerre !, Intégrale : 1914-1918 Relié – 29 janvier 2014
de Jacques Tardi (Auteur)

Le temps de respirer et de raconter notre guerre aux petits-enfants n’était pas encore venu. D’ailleurs, aurions-nous envie d’en causer de cette immonde tuerie, de ce suicide collectif, totalement à vomir ?

Paroles de poilus : Lettres et carnets du front (1914-1918) Broché – 16 octobre 2013
de Jean-Pierre Guéno
Ils avaient dix-sept ou vingt-cinq ans et étaient palefreniers, boulangers, colporteurs, ouvriers ou bourgeois. Ils devinrent soudainement artilleurs, fantassins, brancardiers… Voyageurs sans bagages, ils durent quitter leur femme et leurs enfants, revêtir l’uniforme mal coupé et chausser les godillots cloutés… Sur huit millions de mobilisés entre 1914 et 1918, plus de deux millions de jeunes hommes ne revirent jamais le clocher de leur village natal. Plus de quatre millions subirent de graves blessures. Huit mille personnes ont répondu à l’appel de Radio France visant à collecter les lettres, jusqu’ici éparpillées, de ces poilus. Cet ouvrage en présente une centaine. Des mots écrits dans la boue et qui n’ont pas vieilli d’un jour. Des mots déchirants, qui devraient inciter les générations futures au devoir de mémoire, au devoir de vigilance comme au devoir d’humanité…

15 novembre 2014

La Russie, la France et la Turquie à la veille de la campagne de Russie

Classé sous — milguerres @ 23 h 00 min

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Celles de l’Histoire, retour vers les grandes épopées

 

 

La Russie, la France et la Turquie à la veille de la campagne de Russie [Un document des archives de l'Empire ottoman présenté et traduit par C. Lemercier-Quelquejay]
Chantal Lemercier-Quelquejay    l
Cahiers du monde russe et soviétique
Année   1965    lien Volume   6
Numéro   6-2
pp. 240-244

source PERSEE.FR

Un document inédit des Archives de l’Empire Ottoman
Le curieux document dont nous publions la traduction intégrale* figure sous le n° 44418 С dans la collection des Hatt-i Hïimâyûn (rescrits impériaux) des archives de l’Empire ottoman ( Baçbakanhh Ar§ivi) à Istanbul.
Il s’agit de la version déchiffrée d’un rapport en code expédié par l’un des plénipotentiaires turcs à la Conférence de la paix de Bucarest, probablement Mehmed Said Ghalib Efendi, Kahya bey (adjoint au Grand Vizir) et président de la délégation turque au Grand Vizir, en date du 13 Rabi al-Thanî 1227 de l’ère hégirienne, soit le 26 avril 1812, c’est-à-dire 20 jours avant la signature du traité de paix de Bucarest (16 mai 1812) et 59 jours avant le passage du Niémen par la Grande Armée. Le Gouvernement de la Sublime Porte se voyait à ce moment pressé de tous côtés, par ses adversaires russes, comme par ses alliés français et anglais, et même par des neutres, notamment les Suédois, de prendre position et jeter le poids de ses armées dans le conflit imminent où le sort du monde allait se décider. Le message envoyé de Bucarest éclaire d’une lumière nouvelle la complexe conjoncture diplomatique à la veille de la campagne de Russie.
La guerre commencée à l’automne de 1806 — dont le traité de Bucarest allait être la conclusion — , est la plus longue des luttes entre la Russie et l’Empire ottoman. Les armées russes avaient franchi le Dniester et occupé assez rapidement les principautés de Moldavie et de Valachie, mais la campagne n’avait pu se conclure par une victoire décisive, la majeure partie des forces russes étant, à cette même époque, engagée contre Napoléon.
Après Tilsitt, grâce à la médiation de la France, un armistice fut signé le 24 août 1807 à Slobodzeia : les belligérants s’engageaient à évacuer les principautés roumaines. Ces promesses ne furent jamais tenues, de longues négociations n’aboutirent qu’à la reprise des hostilités au printemps de 1809, mais au bout de plusieurs mois aucun résultat spectaculaire n’était obtenu ni d’un côté ni de l’autre. En 1810, le printemps vit à nouveau la suspension des combats qui, dès le mois de mai, reprirent et furent marqués de quelques succès russes. Au mois de septembre, la Prusse offrait ses bons offices pour l’ouverture de nouvelles négociations, mais en vain, la Turquie refusant de céder la Moldavie et la Valachie.
• La traduction du document a été faite par M. Pertev Boratav, chargé de recherches au C.N.R.S.

Dès lors, la certitude d’un conflit décisif entre la France et la Russie détermina les rapports russo- turcs.
La Russie avait hâte de mettre fin à cette guerre qui immobilisait plus de cinquante mille hommes de ses troupes sur le Danube, mais elle conservait l’espoir de garder les territoires occupés, c’est-à-dire la Moldavie et la Valachie.
De son côté, Napoléon cherchait à se rapprocher de la Porte. Latour-Mau- bourg, envoyé de l’Empereur à Constantinople, s’efforça d’amener les Turcs à l’alliance française, leur promettant, en cas de leur participation au conflit, outre les deux principautés danubiennes, la Crimée.
Cependant à la fin de l’année 18 11, les deux adversaires entamèrent les pourparlers en vue de la cessation des hostilités. N’étant pas parvenus à s’entendre, les combats reprirent et enfin, au début d’octobre, Kutuzov remporta une grande victoire à Slobodzeia. La Turquie céda alors et le 13 octobre s’engagèrent de nouvelles négociations à Giurgiu, où les exigences de la Russie portaient sur la cession de la Bessarabie, de la Moldavie et une contribution de 20 millions de piastres en échange de la Yalachie. Après un nouveau refus de la Turquie, les plénipotentiaires Kutuzov et Italianski, ambassadeur de Russie à Constantinople pour la Russie, Ghalib Efendi et Ham id Efendi, officier supérieur du Corps des Janissaires pour la Porte, se rendent le 25 octobre à Bucarest où les pourparlers se poursuivirent.
Sur les négociations planait la menace de la guerre franco-russe. Napoléon conseilla au Sultan de ne pas accepter l’armistice et offrit son alliance ; les Turcs, conscients que le temps travaillait en leur faveur, firent traîner les discussions. Les Russes cherchaient à aboutir sans trop céder.
En janvier 18 12, Napoléon par l’entremise de Latour-Maubourg revint à la charge avec pour promesses à l’appui île rétablir l’indépendance de la Pologne, l’une des revendications de la diplomatie ottoman, et de rendre la Crimée à la Turquie. Mais en même temps, la Suède, à son tour, intervint et Bernadotte chargea son envoyé à Constantinople de mettre la Porte en garde contre Napoléon qui après sa victoire sur la Russie pourrait retourner ses armes contre la Turquie. La pression suédoise s’ajoutait ainsi aux résistances des plénipotentiaires russes à Bucarest qui voyaient l’armée russe immobilisée sur le Danube.
Le 24 mars 18 12, l’Autriche s’alliait à la France. L’heure était venue pour la Russie de céder.
La lettre de Ghalib Efendi est le reflet fidèle de ces pressions qui s’exerçaient de tous côtés sur les diplomates turcs : France, Russie, Angleterre, Suède… Elle révèle la traditionnelle prudence de la diplomatie ottomane et laisse transparaître la profonde méfiance des Turcs envers tous les pays d’Europe, tant envers la Russie qui demeurait l’ennemie numéro un, qu’envers Napoléon dont la puissance, alors à son apogée, apparaissait comme une menace.
Enfin la paix fut conclue le 28 mai 18 12. La Porte abandonnait la Bessarabie, mais la Russie renonçait à ses prétentions sur la Moldavie et la Valachie. La frontière était ramenée au thalweg du Prout et du Danube.
Le 24 juin suivant, la Grande Armée franchit le Niémen.
Bien que le traité de Bucarest ne satisfît personne, car la Russie comme le Sultan espérait bien marchander davantage, il dégagea tout de même l’armée russe du Danube, la laissant libre de participer aux combats de 1813-1814. La Turquie, de son côté, put garder sa neutralité dans le conflit, ce qu’espérait bien Ghalib Efendi.
Paris, mars 1965.
Chantai Lemercier-Quelquejay.

С LEMERCIER-QUELQUEJAY
DÉCHIFFREMENT DU RAPPORT EN CODE
ARRIVÉE DES DÉLÉGUÉS TURCS A LA CONFÉRENCE DE BUCAREST

Comme il nous a été communiqué de la part de Votre Ministère à la Porte (Ottomane), il est évident qu’une alliance de l’Empire ottoman avec n’importe quelle puissance chrétienne ne saurait avoir que des conséquences désastreuses. D’autre part, les raisons pour lesquelles l’Empereur de France propose maintenant avec une manifeste sincérité d’établir des liens d’amitié et de prendre ses engagements envers la Porte peuvent s’expliquer de deux façons : ou bien ses intentions sont trompeuses et il cherche à égarer l’Empire ottoman (Dieu nous en garde !), ou bien, ces propositions correspondent à la vérité. Pour le moment, on ne peut se prononcer en faveur ni de l’une ni de l’autre de ces deux possibilités. Peut-être serait-il possible de faire des prévisions d’après les comportements et les agissements (des intéressés) à Istanbul ; mais votre serviteur les ignore.
Il est certain que les événements qui se déroulent en ce moment même en Pologne, amènent la Russie à concentrer ses forces dans ce secteur, aussi ne peut-elle guère en disposer contre l’Empire ottoman ; d’ailleurs l’hiver est là qui l’empêche d’exercer ses méfaits (contre notre pays). Ces circonstances sont avantageuses pour nous. Les Russes en effet n’ont pu, jusqu’ici, que tramer quelques intrigues. D’autre part, la situation actuelle prouve que de tous les Etats chrétiens, seule la Russie peut freiner la course fougueuse de l’Empereur de France vers ses visées de conquête. Trouver une solution à l’affaire de Pologne était depuis longtemps l’une de ses préoccupations. En outre, aux termes du traité qu’il avait conclu avec la Russie, l’Empereur attendait de celle-ci une attitude hostile envers l’Angleterre et l’interdiction de toute activité commerciale (des Anglais) en Russie. Or, en raison de l’indulgence délibérée des Russes, les Anglais ont pu poursuivre leurs affaires commerciales avec la Russie ; les échanges diplomatiques se sont même effectués (entre les deux puissances) ; ce qui a entraîné l’Empereur de France à prendre des mesures récentes (contre la Russie). L’un de ses buts les plus immédiats est très probablement de réduire les Russes à l’état de soumission souhaité.
Bien qu’on ne puisse qualifier de sincères les avances (que l’Empereur de France) fait à l’Empire ottoman dans le seul but de mener à bien ses affaires et, compte tenu des expériences antérieures, peut-on ne les considérer que comme des promesses trompeuses ? Il se peut qu’il nous propose des relations amicales sans arrière-pensées malveillantes. Mais comme certains indices le laissent supposer, cette façon d’agir ne peut aussi viser que le problème des rapports de la Porte ottomane avec l’Angleterre, à savoir : interdire aux Anglais la navigation dans les eaux maritimes et fluviales de l’Empire ottoman, et toute activité commerciale, officielle ou privée sur le territoire ottoman.
Dans ces conditions, l’Empire ottoman devrait refuser d’adhérer à l’un ou à l’autre des systèmes d’alliances, de la France ou de la Russie, et rester neutre ; il devrait assumer tout seul ses fardeaux. Si on arrive enfin comme on le souhaite à conclure la paix, l’Empire ottoman aurait profit à se décharger des conflits qui le gênent par la seule voie de la négociation, et demeurer en spectateur à l’écart des événements ; il semble que ce soit la meilleure des lignes à suivre. Bien qu’il paraisse égal, dans ces conditions, que le traité de paix soit signé (par nous) tout de suite, ou plus tard, comme on ne peut guère savoir d’avance quelle couleur prendra l’étoffe tissée sur les métiers de la Russie, de la France et de l’Autriche, il me semble — ainsi qu’il en est fait mention dans l’ordonnance de mon Généreux Maître — que les avantages tangibles que nous obtiendrions en arrangeant l’affaire sans attendre de l’avenir des profits possibles, sont préférables, en raison des circonstances actuelles.
Il est incontestable qu’une prévision sur l’issue de la guerre est chose impossible pour la raison humaine, et qu’elle ne dépend pas toujours de la force apparente des belligérants ; toutefois, étant donné les antécédents et le grand potentiel militaire de la France, et des dispositions extraordinaires qu’elle a prises, on serait plutôt tenté de prévoir sa victoire sur la Russie, auquel cas, si toutes ses avances sont rejetées (par l’Empire ottoman), dès qu’elle aura réalisé ses plans concernant la Russie, elle trouvera un prétexte pour ajouter de nouvelles matières à sa vieille rancune (envers les Turcs), de sorte que, s’entendant avec la Russie, lors de la signature de paix, elle entreprendra — Dieu nous en garde ! — toutes sortes d’actes hostiles (contre la Turquie) ; ou encore, dans le cas où elle ne pourrait pas venir à bout de la Russie, elle tentera de comploter contre l’Empire ottoman lors des pourparlers de paix avec la Russie.
Il est donc indispensable (pour nous) d’éviter toutes ces conséquences fâcheuses. D’autre part — et par la nature même des choses — l’ennemi principal de l’Empire ottoman est la nation russe plus qu’une autre. Les propos malveillants (au sujet de la Turquie) attribués à la France et divulgués tout récemment par Kutuzov, ont été sûrement suggérés aux Français par les Russes ; de même, lors de la dernière rencontre des empereurs de France et de Russie à Erfurt, les projets hostiles à l’Empire ottoman, qui n’ont pu être élaborés en raison de l’opposition de l’Empereur d’Autriche, ont été probablement soumis par les Russes.
Aussi conviendrait-il pour l’Empire ottoman d’éviter de s’engager dans une alliance avec l’une ou l’autre de ces deux puissances, et de déployer tous ses efforts pour empêcher l’intervention de l’une et de l’autre dans ses affaires. Mais si, en fin de compte, tout compromis s’avère impossible pour lui et qu’il se sent forcé à choisir entre les deux camps, il (me) semble que préférer la France serait la moindre des catastrophes.
Toutefois, comme l’hostilité des Anglais qui serait une conséquence de l’alliance avec la France, nous sera en toute probabilité extrêmement préjudiciable (Dieu nous en garde !), c’est une affaire bien difficile que de trouver une solution moyenne, et de découvrir la perspective la moins lourde de conséquences.
Dans ces conditions, le plus sage serait de tout expliquer très ouvertement à l’Empereur de France en ces termes :
« L’Empire ottoman serait très content de s’allier avec un État aussi puissant que la France. Et il n’hésiterait même pas à accepter la condition posée préalablement ou en conclusion de déclarer son hostilité à l’Angleterre si l’adoption d’une telle politique était en son pouvoir. Or, vous le savez vous-même, qu’il ne peut l’adopter car les Anglais barreront le détroit des Dardanelles et ne laisseront pas même passer une barque. Bien qu’ils ne puissent forcer le détroit des Dardanelles et passer dans la mer de Marmara pour faire pression sur la capitale de l’Empire, on ne peut rien faire contre eux du côté de l’Egée et de la Méditerranée, ils priveront l’Empire de tout l’approvisionnement qui lui parvient de ce côté et on aura à subir toutes sortes de conséquences fâcheuses. En ce moment-là, la France ne pourra pas nous venir en aide pour nous débarrasser des Anglais ; car, vous le savez bien, vous-même, qu’il est impossible de venir à bout des Anglais sur mer. Ainsi provoquer l’hostilité de l’Angleterre serait une politique préjudiciable à tous égards à l’Empire ottoman qui devrait être excusé de devoir la refuser. »
Par des propos de ce genre, et en avançant à l’appui de multiples arguments, on peut lui expliquer (l’affaire), et peut-être, le convaincre que la France n’a rien à craindre de l’Empire ottoman, ni dans le présent, ni dans l’avenir et que nous sommes prêts à tout consentir excepté une rupture avec l’Angleterre. Si l’on y réussit, il n’y aura plus aucun inconvénient à s’allier à la France sous réserve de ne porter (par cette entente), aucun préjudice à nos rapports avec l’Angleterre. Cette entente, conclue par l’intermédiaire de l’Autriche, pourra même apporter certains avantages. On observe actuellement de la part de l’Autriche (une attitude de) cordialité à l’égard de l’Empire ottoman (qui s’explique) par les circonstances. Il (me) semble probable que ces considérations du gouvernement ottoman pourront être transmises à l’Empereur de France par l’intermédiaire de l’Autriche. D’un autre côté (en ce qui concerne les pourparlers avec la France) il ne sera guère opportun de les annoncer à un ambassadeur ou à un chargé d’affaires (français) à Istanbul, ni de lui faire écrire une lettre adressée à son souverain, et d’entamer une correspondance à ce sujet. Il serait préférable de désigner et d’envoyer d’urgence pourvu de pouvoirs extraordinaires et d’instructions particulières à cet effet, un autre délégué que l’ambassadeur chargé d’affaires de l’Empire ottoman auprès de la France ; une personne d’Istanbul, sage, raisonnable, éloquente, capable de riposter, honnête, qui même si elle n’est pas d’un haut grade, serait un serviteur de Votre Seigneurie, pourvue de qualités à la hauteur de la tâche à assumer et capable de représenter l’Empire auprès de l’Empereur de France. De cette façon, l’Empire ottoman serait épargné, avec l’aide de Dieu, de multiples dangers; cette mesure nous permettrait, au moins, de gagner du temps, d’attendre pour voir ce qu’il adviendra dans la suite et agir en conséquence. Telles sont les réflexions qui me viennent à l’esprit. Bien que de tels propos soient trop osés pour un humble serviteur de Votre Seigneurie, j’ai pris la liberté de formuler mon opinion encouragé en cela par le texte de votre firman où apparaît le désir de connaître les mesures à prendre dans l’état actuel des relations entre les grandes puissances. Personnellement, votre serviteur n’est guère à la hauteur de la discussion et de la résolution de ces questions, d’autant plus que les charges que je dois assumer ont profondément troublé mon esprit. Je vous prie donc humblement de me pardonner et d’accorder votre indulgence aux erreurs de jugement que je pourrais commettre. Il me reste à dire en conclusion que ni l’Autriche, ni la France ne semblent être disposées à accepter un autre traité de paix que celui qui assurera à l’Empire ottoman l’intégrité de son territoire. Il faudrait encore savoir de façon précise, si les garanties et les engagements (des deux puissances mentionnées) vis-à-vis de l’Empire ottoman — au cas où ils seraient formulés et contractés — impliqueront aussi les pays envahis récemment par les Russes. En tous cas, si la proposition de retarder (la signature du) traité étant venue de la France, on a dû s’y conformer, ceci ne constitue pas un gros inconvénient puisqu’il reste maintenant cinq ou six jours avant le début de mai, date que vous indiquez ; d’autre part, comme quelques jours passeront encore jusqu’à ce que votre réponse à la présente lettre de votre serviteur puisse parvenir ici et que nous puissions la communiquer (aux intéressés), nous verrons quelle sera l’attitude des Russes d’ici là ; nous ne pouvons la prévoir. En tous cas, je vous prie de bien vouloir me faire savoir votre volonté, et donner des instructions précises et explicites sur l’initiative à prendre, à savoir, si l’on doit, d’après les récentes réponses (des Russes) et les circonstances actuelles, conclure un traité ou le dénoncer, et plus particulièrement, si l’on doit arriver à une entente urgente ou (attendre pour) obtenir des concessions.

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Celles de l’Histoire, retour vers les grandes épopées

L’heure de vérité entre France et Prusse

Classé sous — milguerres @ 22 h 45 min

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Celles de l’Histoire, retour vers les grandes épopées

L’heure de vérité entre France et Prusse

La guerre de 1870 voit s’affronter deux armées inégalement structurées. Au cours des années 1860, la Prusse a constitué une force militaire très opérationnelle. En 1866, année de son triomphe contre l’Autriche à Sadowa, elle a ainsi été à même de mettre sur pied très rapidement une force redoutable de 750 000 hommes, s’appuyant en amont sur un service militaire universel de trois ans assorti de longues périodes de réserve. Ces troupes bien entraînées et rigoureusement encadrées ont à leur disposition des armes efficaces et modernes (canons Krupp en acier, fusils Dreysen). Dans le même temps, le second Empire peine à réformer son organisation militaire. Suite aux succès de Bismarck en 1866, une commission dite La Valette est chargée par l’empereur de rédiger un projet de refonte du service militaire. Mais l’impopularité de tout allongement de l’appel sous les drapeaux, ainsi que de la remise en cause du tirage au sort, œuvre à vider la loi Niel (1868) de la plupart des nouveaux départs envisagés. L’artillerie est en outre vétuste, et les conceptions stratégiques déficientes ne permettent pas une utilisation optimale de nouvelles armes comme les mitrailleuses. L’état-major, plus souvent désigné par faveur qu’au nom de compétences effectives, montre au feu l’étendue de sa médiocrité et de ses carences. À Sedan, quelques heures suffisent à révéler l’ampleur du décalage militaire entre les deux nations.

L’heure de vérité entre France et Prusse captur44
La mêlée furieuse, puis les ruines

Dans les dix jours qui précèdent l’affrontement, le commandement français multiplie les atermoiements. Depuis Châlons, au gré des ordres, contre-ordres, marches et contre-marches, les soldats de Napoléon III s’épuisent à marcher sur Metz, où Bazaine est encerclé, pour finalement être déviés vers Sedan. Ayant opéré leur jonction pendant ce temps, les armées prussiennes se sont tapies dans les hauteurs des environs de la ville, ainsi que le montre la gravure, et sont parées pour une attaque d’envergure de l’ennemi par le flanc. Les combats débutent le 1er septembre tôt le matin. L’artillerie allemande utilise si parfaitement ses armes que vers 6 heures, Mac Mahon, dirigeant les armées françaises, doit céder son commandement à Ducrot après avoir été atteint d’un éclat d’obus. Au cours de la journée, face au déluge de feu qui se traduit sur l’image par d’épais nuages de fumée surmontant le champ de bataille, la déroute française devient inéluctable. Les charges aussi héroïques que désespérées de la cavalerie ne peuvent inverser le cours des choses. Le document montre aussi le roi de Prusse Guillaume, juché sur une hauteur près de Frénois, au sud-est de Sedan, pour assister aux opérations : « Ah, les braves gens ! », se serait-il exclamé en observant les manœuvres offensives françaises sans espoir.

Cette image, qui donne le point de vue allemand, rend une forte impression de sérénité : l’infanterie avance en rangs serrés, passant près du roi et des officiers supérieurs, pour aller, toujours en bon ordre, rejoindre le champ de bataille où la victoire est promise. La photographie des ruines de Bazeilles, village situé au sud-ouest de Sedan, offre un tout autre point de vue. Ce lieu est en effet celui de durs affrontements, le 30 août et le 1er septembre, entre des unités bavaroises et des troupes d’infanterie de marine qui se battent jusqu’au dernier homme. L’enfilade de maisons détruites reflète l’intensité des combats. Leurs toits sont écroulés, leurs murs éventrés, et seules quelques fenêtres ont résisté au déluge de feu. L’effet produit est d’autant plus vif que les planches bien disposées et les gravats empilés montrent que les premiers travaux de déblayage ont déjà été réalisés au moment où est pris ce cliché. Placé en vis-à-vis d’une gravure héroïsante destinée à orner les salons des patriotes allemands, ce document contribue à équilibrer le regard porté sur la bataille et ses conséquences.

La guerre moderne, sa conduite et ses conséquences 

« Nous nous exposions donc à une défaite et, qui pis est, à une défaite qui ne pouvait être qu’une calamité publique, puisqu’elle allait nous priver de la seule armée organisée que nous ayons encore en rase campagne » : la phrase est du général Boulanger (in L’Invasion allemande, p. 1253) et dit bien le fond de ce qui s’est joué à Sedan ce jour-là. À partir de cette défaite, la victoire prussienne est inexorable, ce que la reddition et la captivité de Napoléon III en personne ne tardent d’ailleurs pas à révéler de façon éclatante. Sedan a ainsi partie liée avec le retour de la république en France, proclamée le 4 septembre à Paris après l’avoir été à Lyon et à Marseille. Néanmoins, le nouveau régime ne rompt pas avec tous les travers de son prédécesseur, puisque l’impréparation de la guerre de 1914 répond à celle de 1870, malgré la réforme du service militaire.

Plus largement, les ruines de Bazeilles reflètent l’intensité du pilonnage allemand, à tel point que cette photographie apparaît comme prémonitoire des guerres européennes à venir. De fait, si la victoire allemande de septembre 1870 est lourde de conséquences, ce n’est certes pas dans le sens d’un apaisement des relations internationales. Sedan, c’est aussi une redistribution des cartes de la géopolitique européenne. Le rival français terrassé, le roi de Prusse va pouvoir prétendre à la restauration de l’Empire allemand, aboli par Napoléon Ier, et prendre toute sa place dans les empoignades impérialistes des décennies suivantes, jusqu’à la Première Guerre mondiale. Un géant militaire et économique aux ambitions mondiales s’installe ainsi au cœur de l’Europe. Les répercussions de 1870 s’étendent des guerres mondiales à la construction européenne en passant par la guerre froide, jusqu’à nos jours.

Auteur : François BOULOC
http://www.histoire-image.org/pleincadre/index.php?v=1870&w=1870&d=21&i=892&id_sel=undefined

 

 

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Napoléon n’a pas été vaincu par les canons ou l’hiver russes

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Celles de l’Histoire, retour vers les grandes épopées

 

 

Napoléon n’a pas été vaincu par les canons ou l’hiver russes

 

Napoléon n'a pas été vaincu par les canons ou l'hiver russes 12121010
«La retraite de Moscou», d’Adolph NorthenSans les poux, les Russes n’auraient pas pu battre l’empereur français lors de la campagne de Russie de 1812.

Nos livres d’histoire nous ont appris que Napoléon, lors de son invasion de la Russie en 1812, avait marché sur Moscou avec une armée à peu près intacte et n’avait été forcé de battre en retraite que parce que les Moscovites avaient incendié les trois quarts de leur ville, privant ainsi son armée de nourriture et de vivres.
Le rude hiver russe avait alors décimé l’armée en retraite. La victoire russe, commémorée par l’Ouverture 1812 de Tchaïkovski, resta dans les mémoires comme l’un des grands revers de l’histoire militaire.
Mais personne n’a reconnu la véritable grande puissance de cette guerre.
A Vilnius, en Lituanie, à l’hiver 2001, des ouvriers creusèrent des tranchées pour enfouir des lignes téléphoniques et démolirent les vieux baraquements soviétiques qui se dressaient là depuis des décennies. Un jour, un bulldozer déterra un objet blanc. Le conducteur descendit de sa machine et, à sa grande surprise, découvrit un crâne et des os humains. Un autre ouvrier raconta plus tard que «les choses ne cessaient de sortir du sol—il y en avait des milliers».
Huit ans plus tôt, une fosse contenant les dépouilles de 700 personnes assassinées par le Comité pour la sécurité de l’Etat, ou KGB, avait été mise au jour. Etait-ce l’un de ces endroits secrets où le KGB disposait de ses victimes? Ou bien l’une des fosses communes où des Juifs avaient été massacrés en masse par les nazis?
Quand les archéologues de l’université de Vilnius arrivèrent, ils constatèrent que les corps étaient enfouis sur trois rangées dans des tranchées en forme de V, apparemment creusées pour servir de positions défensives. Il apparut que les squelettes étaient les dépouilles de soldats.
Deux mille d’entre eux furent exhumés, ainsi que des boucles de ceinture portant des numéros de régiment. Ils trouvèrent également des pièces de 20 francs datant du début des années 1800. Les scientifiques finirent par comprendre ce sur quoi ils étaient tombés: les vestiges de la Grande Armée. Napoléon avait conduit 600.000 hommes en Russie avec la ferme intention de conquérir le pays; pas plus de 30.000 y survécurent, et parmi eux, on dit que moins d’un millier furent capables de reprendre un jour du service.

L’ennemi microscopique
Quelles incroyables circonstances ont-elles bien pu causer la déroute de l’une des plus grandes armées du continent européen, menée par l’un des plus grands généraux de tous les temps?
Etonnamment, ce ne fut pas les soldats ennemis ou les privations que les soldats subissent d’ordinaire qui décimèrent l’armée de Napoléon. La plupart de ses soldats étaient de jeunes hommes endurcis par la guerre, normalement capables de supporter le froid, les longues marches et l’épuisement.
Non, l’armée de Napoléon et ses grands projets de conquête furent ravagés et annihilés par un organisme microscopique: le microbe du typhus, propagé lors d’une invasion de poux.
Au départ, Napoléon n’avait aucune raison valable d’envahir la Russie. Son armée avait vaincu l’armée russe à la bataille de Friedland en juin 1807, et le 7 juillet de la même année, la France et Alexandre Ier de Russie avaient signé le traité de Tilsit qui faisait des deux pays des alliés (et, entre autres choses, interdisait à la Russie toute relation commerciale avec la Grande-Bretagne). Curieusement, Napoléon ne s’empara d’aucun territoire russe ni ne demanda de réparations de guerre.
Début 1812, la plus grande partie des territoires compris entre l’Espagne et la Russie était sous son contrôle. Cependant, l’Angleterre maîtrisait les mers, et Napoléon voulait l’Inde, colonie anglaise à l’époque. Le seul espoir de s’en emparer était de la prendre par la terre, et donc de contrôler la Russie.
Depuis le traité de Tilsit, la France et la Russie étaient des alliés à couteaux tirés. La Russie avait violé le traité en faisant des affaires avec l’Angleterre, et Napoléon, lassé de cet état de choses, l’utilisa comme prétexte pour l’envahir.
En juin 1812, l’armée napoléonienne se rassembla dans l’est de l’Allemagne. Napoléon passa ses troupes en revue en grandes pompes sur la rive ouest du Niémen le 22 juin 1812. Ses ingénieurs jetèrent un pont flottant sur le fleuve et le lendemain, l’armée pénétra dans la Pologne contrôlée par la Russie.
C’est en Pologne que cela commença à se gâter
Tout se passait bien –l’été, bien que chaud et sec, permit aux soldats de marcher facilement sur les routes. Les colonnes de ravitaillement restaient un peu en avant, assurant ainsi la nourriture nécessaire, et les soldats étaient en bonne santé. Bien que des hôpitaux militaires aient été mis en place sur le chemin de la Pologne à Magdeburg, Erfurt, Poznań et Berlin, ils n’étaient que très peu nécessaires. L’armée rejoignit Vilnius en quatre jours, sans rencontrer de résistance de la part des troupes russes.
C’est en Pologne que les choses ont commencé à se gâter pour Napoléon. Il se retrouva dans une région d’une saleté incroyable. Les paysans étaient crasseux, les cheveux emmêlés, couverts de poux et de puces, et les puits étaient souillés.
Comme l’armée était à présent en territoire ennemi, les voitures de ravitaillement avaient dû se déplacer vers l’arrière. Les routes étaient couvertes d’une poussière molle ou creusées de profondes ornières après les pluies du printemps; les chariots de vivres prenaient de plus en plus de retard par rapport au principal corps de troupes, à qui il devint difficile de fournir eau et nourriture. L’armée était si gigantesque qu’il était presque impossible de garder une formation militaire intacte, et la majorité des soldats s’éparpillèrent, formant des groupes immenses et débandés.
Une forte fièvre, des plaques rouges…
Nombre de soldats pillèrent les maisons, le bétail et les champs des paysans. Presque 20.000 chevaux de l’armée moururent faute d’eau et de fourrage sur le chemin de Vilnius. Les maisons des paysans étaient si répugnantes et grouillantes de cafards qu’elles en semblaient vivantes. Les maladies typiques des champs de bataille, comme la dysenterie et autres pathologies intestinales, firent leur apparition, et bien que de nouveaux hôpitaux fussent établis à Danzig, Königsberg et Toruń, ils s’avérèrent incapables d’absorber les innombrables soldats malades renvoyés vers l’arrière.
Mais les problèmes de Napoléon ne faisaient que commencer.
Plusieurs jours après la traversée du Niémen, plusieurs soldats furent atteints de forte fièvre et virent des plaques rouges apparaître sur leur corps. Certains d’entre eux, dont le visage avait pris une teinte bleue, ne tardèrent pas à mourir. Le typhus venait de faire son apparition.
Le typhus sévissait en Pologne et en Russie depuis de nombreuses années, mais il avait gagné du terrain depuis que l’armée russe avait dévasté la Pologne en battant en retraite devant les forces napoléoniennes. Le manque d’hygiène associé à un été inhabituellement chaud avait créé les conditions idéales pour la propagation des poux.
Le typhus est provoqué par l’organisme Rickettsia prowazekii. Il faudrait attendre un siècle après la campagne de 1812 pour que les scientifiques ne découvrent que le typhus est présent dans les déjections de poux.
Saleté et sueur, l’environnement idéal
Le soldat français moyen était sale et en sueur, et ne changeait pas de linge pendant des jours; l’environnement idéal pour que des poux se nourrissent sur son corps et s’abritent dans les coutures de ses vêtements.
Une fois les habits et la peau du soldat contaminés par les excréments de poux, la plus petite égratignure ou écorchure suffisait pour que le microbe du typhus pénètre dans le corps du soldat.
Circonstance aggravante, pour des raisons de sécurité les soldats dormaient en grands nombres dans des endroits confinés, de peur que les Russes n’attaquent ou que les Polonais ne se vengent. Cette proximité permettait aux poux de contaminer rapidement les soldats encore sains.
Un mois à peine après le début de la campagne, Napoléon avait perdu 80.000 soldats, morts ou invalides, frappés par le typhus. Sous l’autorité du baron Dominique-Jean Larrey, chirurgien militaire, les mesures médicales et sanitaires de l’armée étaient les meilleures du monde mais personne n’aurait pu venir à bout d’une épidémie de cette ampleur. Voici le récit d’un témoin oculaire direct d’une invasion de poux:
«Bourgogne s’endormit sur un matelas de roseaux et ne tarda pas à être réveillé par l’activité des poux. Se découvrant littéralement couvert de bêtes, il enleva sa chemise et son pantalon et les jeta dans le feu. Ils explosèrent comme les tirs de deux rangées de fantassins. Il ne put s’en débarrasser pendant deux mois. Tous ses compagnons grouillaient de poux; beaucoup furent piqués et contractèrent la fièvre tachetée (typhus).»
Le 28 juillet, trois des officiers de Napoléon lui soumirent leur inquiétude à l’idée que la bataille contre les Russes était en train de devenir périlleuse. Les pertes causées par les maladies et les désertions avaient réduit sa force de frappe effective de moitié environ. Pour ajouter à cette difficulté, trouver des provisions en territoire hostile devenait un réel défi. Napoléon écouta leurs arguments et accepta de mettre un terme à la campagne, mais deux jours plus tard, il revint sur sa décision et affirma à ses généraux:
«C’est le danger même qui nous pousse vers Moscou. Les dés sont jetés. La victoire nous justifiera et nous sauvera.»
Napoléon et ses soldats malades et épuisés continuèrent donc d’avancer. Smolensk tomba le 17 août, rapidement suivi par Valoutina. Les Russes battaient en retraite à mesure que les Français avançaient, attirant Napoléon toujours plus profondément dans le pays. L’empereur avait divisé son armée en trois parties. Le 25 août, Napoléon avait perdu 105.000 hommes de son armée de 265.000, ce qui ne lui laissait plus que 160.000 soldats. En deux semaines, le typhus la réduisit à 103.000 têtes.

Obligé de battre en retraite
Le général russe Mikhaïl Koutouzov adopta une position défensive à Borodino, à environ 110 km à l’ouest de Moscou. Le 7 septembre, les forces françaises affrontèrent les Russes. Les deux camps subirent de lourdes pertes. Napoléon entra ensuite dans Moscou, mais ce fut une victoire à la Pyrrhus; il ne restait qu’environ 90.000 soldats français. L’empereur s’attendait à une reddition des Russes; mais ces derniers se contentèrent de lui abandonner la ville. Les trois-quarts de Moscou avaient brûlé quand la Grande Armée y pénétra, et il n’y avait plus de nourriture ni aucune sorte de provisions.
15.000 hommes en renfort rejoignirent l’empereur à Moscou, dont 10.000 furent décimés par la maladie. Devant l’imminence de l’hiver russe, Napoléon n’eut pas d’autre choix que de battre en retraite et de retourner en France. L’empereur et ce qu’il restait de son armée se réfugièrent à Smolensk, espérant y trouver abri et nourriture. En y arrivant le 8 novembre dans un froid glacial, Napoléon trouva les hôpitaux déjà débordant de malades et de blessés. La discipline se détériorait, et il reçut le coup de grâce en découvrant que les provisions sur lesquelles il comptait avaient été consommées par les troupes de réserve et de communication.

L’armée quitta Smolensk le 13 novembre et arriva à Vilnius le 8 décembre. Il ne restait plus que 20.000 soldats en état de se battre. Ayant eu vent de l’imminence d’un coup d’Etat fomenté en France par le général Claude-François Malet, Napoléon passa le commandement au général Joachim Murat et se hâta de rentrer à Paris.

La fin du grand rêve
Murat refusa de défendre Vilnius –il abandonna ses canons et le butin obtenu à Moscou aux Russes qui progressaient et battit en retraite vers le Niémen, qu’il traversa le 14 décembre avec moins de 40.000 hommes, la plupart invalides. C’est ainsi que s’acheva le grand rêve de Napoléon d’atteindre l’Inde en passant par la Russie.
Beaucoup des soldats morts furent ensevelis dans les tranchées défensives creusées pendant la retraite. C’est dans l’une de ces tranchées que, presque deux siècles plus tard, des ouvriers ont trouvé les vestiges de la Grande Armée de Napoléon.
Didier Raoult, de l’université de la Méditerranée de Marseille, a analysé la pulpe dentaire de 72 dents prélevées sur les corps de 35 des soldats découverts à Vilnius. La pulpe de sept soldats contenait de l’ADN de Bartonella quintana, organisme responsable de la fièvre des tranchées, autre maladie transmise par les poux, très répandue pendant la Première Guerre mondiale.
L’ADN de trois soldats contenait des séquences de R. prowazekii, responsable des épidémies de typhus. En tout, 29% des dépouilles portaient des preuves d’infection par R. prowazekii ou B. quintana, ce qui témoigne du rôle majeur des poux dans la défaite de Napoléon.
La plupart des Américains connaissent bien le final de L’Ouverture 1812 de Tchaïkovski, commandée par la Russie pour célébrer la défaite de Napoléon.

Le morceau s’achève par le grondement du canon et le carillon des cloches; cependant, si Tchaïkovski avait voulu retranscrire précisément le son de la défaite de Napoléon, on entendrait seulement le son doux et discret du pou qui dévore la chair humaine. Un organisme trop petit pour l’œil de l’homme, qui a changé le cours de l’histoire humaine.

Joe Knight
Spécialiste de l’histoire médicale
Traduit par Bérengère Viennot
Pour en savoir plus en anglais: The Illustrious Dead: The Terrifying Story of How Typhus Killed Napoleon’s Greatest Army de Stephen Talty.
http://www.slate.fr/story/66541/napoleon-defaite-typhus-pous-hiver-russe

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10 novembre 2013

9e Régiment de Dragons

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HISTORIQUE SUCCINCT
du 9e Régiment de Dragons
(par le Lieutenant colonel (H) Henri Azema)

http://cavaliers.blindes.free.fr/rgtdissous/9dragonsh.html

Levé le 14 septembre 1673 à partir des dragons de gentilshommes (Danjeau) par le Marquis Charles Paul de Beauffremont il prend le nom de régiment de Beauffremont-Dragons qu’il conservera jusqu’en 1685. Racheté en 1696 il devient Payrac-Dragons, du nom de son nouveau propriétaire. En 1699, repris par une branche des Beauffremont il prend le nom de Listenois-Dragons avant de devenir en 1773 Lorraine-Dragons.
Sous l’Ancien régime:
Sous les anciennes dénominations de la royauté, le régiment participe aux guerres de Hollande (1673-1678), contre la ligue d’Augsbourg (1688-1697), de la succession d’Espagne (1701-1713), de la guerre de succession de Pologne (1733-1735), d’Autriche (1740-1748), à la guerre de Sept Ans (1756-1763).
Après la révolution, en 1791, le régiment prend le nom de « 9e régiment de dragons ».

Les guerres de la révolution et de l’Empire:

   1791: Le régiment, après les massacre de la « Glacière », est envoyé à Avignon le 16 octobre pour rétablir l’ordre.
   1793: En compte à l’armée des Alpes, le 9e dragons positionné à Vienne est dirigé Lyon le 9 août où il participe au siège de la ville tenue par des dissidents fédéralistes. Après la chute de la ville, le régiment quitte le quartier Varin et réintègre l’armée de Kellermann mi-octobre 1793.
   1794-96: Il est à l’armée d’Italie de Buonaparte. Il combat à Mondovi le 21 avril 1796, ce sera ensuite Calderio, le Passage du Mincio puis, Arcole le 16 novembre 1796 où il favorise la prise du pont sur l’Alpone en prenant à revers les troupes autrichiennes.
   1797: Il participe, le 14 mars, à la bataille du Tagliamento puis au siège de Mantoue qui capitule le 31 juillet.
   1799: Le 26 mars, le 9e dragons combat à Véderio au sein de l’armée Suchet, subit un échec et est fait prisonnier. Partiellement libéré 4 mois après, les restes du 9e dragons avec son colonel rentrent en France et se reconstitue à Paris.
   Le 10 novembre 1799, le régiment sous les ordres du colonel Sebastiani est une des 3 unités qui participe au coup d’état du 18 brumaire.
   1800: Le 9e dragons fait partie de l’Armée de réserve de Dijon créée par décret en date du 8 mars pour renforcer l’armée de Masséna en difficulté en Italie. Il est à Seurre le 5 avril avant de s’installer fin avril à Saint-Jean-de-Losne. Il est avec le 8e dragons à la brigade Rivaud.
   Le 5 mai, la division de cavalerie qui comprend le 11e hussards, le 15e chasseurs, le 3 e de cavalerie et le 9e dragons fait mouvement sur Genève par Bourg, Nantua Carouge; le régiment se positionne le 14 mai à Nyons. Après la passage du col du Gand-Saint-Bernard, mené par le 1er consul Buonaparte il combat contre les autrichiens à Montebello le 9 juin . A l’armée Kellermann, 2e brigade Champeaux, il est engagé à Marengo le 14 juin où il repousse de nombreuses attaques et où ses charges forcent la victoire un moment indécise.
   1801: Le 12 juin, il combat en Toscane et se fait remarquer à Castel-Franco.
   1803: En prévision d’une action sur l’Angleterre les forces françaises se rassemblent. Les 1er, 3e, 8e et 9e dragons sont stationnés dès le 14 juin au camp de Compiègne.
   1804: Le régiment aux ordres du colonel Maupetit stationne, pour les 1er et 2e escadrons à Pont-Sainte-Maxence, l’escadron de dépôt, les 3e et 4e escadrons à Versailles.
   1805: Le 9e dragons est à la Grande Armée, à la 3e division de cavalerie il fait partie de la 1e brigade de dragons avec les 5e, 8e dragons du général Boyer. Le 27 août, il reçoit ordre de marcher sur l’Allemagne. Après avoir franchi le Rhin, il combat victorieusement le 8 octobre contre les autrichiens à Wertingen puis s’illustre à Austerlitz le 2 décembre.
   1806: Durant la campagne de Prusse, il combat à Iéna le 14 octobre puis participe le 26 octobre à la prise du village de Zehdenick, après une charge de cavalerie menée par Murat.
   1807: En campagne en Pologne, le 9e dragons, aux ordres du colonel Girardin, est engagé le 3 février à Jonkowo, le 6 à Hoff puis à Eylau le 8 février où le 9e dragons et les escadrons de Murat chargent à plusieurs reprises pour dégager l’infanterie et forcer les russes à une nouvelle retraite. Ce sera ensuite Friedland le 14 juin et Koenigsberg où il entre le 16 juin 1807.
   Les nombreux combats des guerres de la révolution et de l’Empire valent au régiment d’inscrire sur son étendard les noms de
    »Arcole 1796″ – « Marengo 1800″ – « Austerlitz 1805″- « Eylau 1807″.
   1808: Dirigé sur l’Espagne le régiment combat à Burgos le 7 novembre 1809.
   1809: Le 9e dragons est engagé à Talavera-de-la-Reina les 27 et 28 juillet et le 19 novembre à Occana.
   1810: Il participe au siège de Cadix en avril puis à la bataille de Busaco le 28 novembre.
   1811: En prévision de la campagne de Russie, l’Empereur réorganise l’Armée; le 9e régiment de dragons change d’appellation et devient le 4e régiment de lanciers.
   1812: Sous cette nouvelle dénomination le régiment se distinguera en 1812 lors de la campagne de Russie à la Moskova, Mojaisk et Winkowo.
   1813: Durant la campagne d’Allemagne il est à Leipzig et Hanau.
   1814: Il participe aux combats Champaubert et Vauchamps lors de la campagne de France.
   Après l’abdication de l’Empereur le régiment prend l’appellation de régiment de Lanciers de Monsieur titre qu’il ne conservera que dix mois.
   1815: Les cent jours:
   Le 1er mars 1815 Napoléon quitte l’île d’Elbe. Le 20 mars il entre dans la capitale. Mais les alliés reprennent les hostilités et très vite il faut réorganiser l’armée. Le 9e régiment de dragons retrouve son nom mais une ambigüité subsiste car c’est sous le nom de 4e lanciers qu’il combattra à Waterloo.
   En 1815 à bataille de Waterloo, sous le commandement du Colonel Brio, le régiment (4e lanciers) anéanti les dragons anglais du général Ponsonby, tué par le Maréchal-des-logis Orban, qui sauve également le drapeau du 45e de ligne.

Restauration:
Fin Juin 1815, peu après la seconde abdication de l’Empereur, le régiment est dissous. Les hommes sont transférés au régiment de chasseurs de Vendée qui deviendra 10e dragons en 1825.

   1816-24: Sous la IIe restauration, recréé sous le nom des dragons de la Saône, il participe en 1823 à l’expédition d’Espagne. Sous les ordres du colonel Vilatte et combat avec succès à San-Juan-Del-Puerto.
   1825: Après la dissolution des « Dragons de la Saône » le régiment retrouve son appellation de 9e régiment de dragons. Il ne gardera cette dénomination que trois mois et deviendra le 1er janvier 1826 « 9e régiment de cuirassiers ». A la même date, le 21e régiment de chasseurs à cheval dissous, prend le nom de « 9e régiment de dragon » et reste en garnison à Epernay.
   1826: Le 1er janvier il devient le 9e régiment de cuirassiers, le 21e régiment de chasseurs perdant son nom, constitue le 9e régiment de dragons actuel. Il est à cette date en garnison à Epernay.

La guerre de 1870:

   Le 1er août, le 9e dragons est en compte à l’armée du Rhin du général Barrail. Il est commandé par le colonel Reboul, et fait partie, avec le 1er dragons, de la 1èrebrigade.
   Le 16 août, il se distingue à la bataille de Rezonville (Division Forton); le régiment surpris par une attaque prussienne, se débande avant de se reformer et de s’illustrer en chargeant la brigade Bredoww.
   Après la capitulation de l’Empereur Napoléon III à Sedan le 2 Septembre, il retrouve sa garnison d’Epernay. Il restera en champagne jusqu’en 1914 avec un intermède en 1896 à Lunéville.

La guerre 1914–1918:

   Le 9e régiment de dragons, en garnison à Epernay, appartient à la 7e brigade de dragons, 1er corps de cavalerie (Général Sordet), 5e division (avec le 29e dragons), Ve armée, pour une période s’étalant du mois d’août au mois de novembre 1918.
   Il est composé de quatre escadrons.
   1914:
   Le 31 juillet, le régiment est placé en couverture à Boulzicourt dans les Ardennes jusqu’au 4 août, puis il est envoyé en opérations dans les Ardennes belges/ Martelange, Bastogne, Huy, Hotton, sur la frontière luxembourgeoise, face aux escadrons de hulans. Il participe ensuite à la retraite générale de la Marne et de la Somme du 23 au 27 août 1914. Transporté par VF à Nantueil le Houdain le 12 septembre, il participe à la bataille de l’Ourcq , patrouille sur les arrières ennemis en forêt de Compiègne et Villers Cotteret, puis est engagé à Templeux le 15 et Bohain le 16 septembre.
   La course à la mer:
   Engagé dans la bataille Picardie : il combat à Nurlu le 23, Péronne le 25, puis glissant en Artois ce sera les combats de Noyelles le 28 et de Lens le 4 octobre. La bataille des Flandres le voit combattre du 7 au 9 novembre à Lestrem, Gorgues, Vieille Capelle, Ypres avant d’être engagé sur l’Yser à partir du 17 puis à Steenstraate, Boesinghe, Langemarck.
   Retiré du front il s’installe en réserve vers Hertzeele le 9 novembre 1914 avant d’être placé en repos du 13 décembre au 5 février 1915 à Wermhoult.
   1915:
   Le 7 février, le régiment fait mouvement sur Auxi le Château pour une période de repos et d’instruction. En mai des éléments à pied sont employés dans les tranchées à Wailly et Perles au Bou.
   Du 4 au 29 août, il fait mouvement sur Avesne le Comte; non engagé il retourne à Auxi le Château où il est aux tranchées à Notre-Dame-de-Lorette et Neuville-Saint-Waast.
   Le 21 septembre par VF le régiment fait mouvement vers Sézanne où il est en repos avant de rejoindre la région de Chalons où il est engagé le 2 octobre à Souain.
   Le 23 octobre, placé en repos à Esternay il retourne aux tranchées le 17 juillet à la ferme des Marquises.
   1916:
   Retiré du front et transporté par VF dans le secteur de Lunéville, il est placé dans le secteur situé entre Embermenil et la Saône.
   1917:
   Placé en couverture sur la frontière Suisse, il rejoint le camp du Valdahon en janvier 1917 jusqu’en avril puis, celui de Villersexel. Il retrouve les tranchées de Coucy-le-Château, d’avril 1917 à mars 1918.
   1918:
   Pendant la grande offensive allemande de 1918 et la contre-offensive française et alliée, le régiment est en position sur la Somme, à Roye et Montdidier du 26 mars au 27 mai. Retiré du front il se reconstitue à Montmirail du 6 juin au 2 juillet. A partir du 15 juillet il est engagé dans la région d’Epernay reprend Montvoisin et Oeuilly les 17 et 18 juillet.
   Retiré du front le 22 juillet, il est déplacé en Argonne le 21 septembre 1918. Le 22 octobre il est positionné à Vitry le François. C’est à Gondrecourt que l’armistice le trouve le 11 Novembre 1918.
   Les noms de « L’Yser 1914″ – « L’Avre 1918″ – « Reims 1918″ viendront s’ajouter à l’étendard.

Guerre 1939–1945:

   1939:
   A la déclaration de guerre le régiment est dissous à Epernay. Il donne naissance le 23 août 1939 à deux groupes de reconnaissance d’infanterie: le 3e et 92e GRDI et un groupe de reconnaissance de corps d’armée: la 10e GRCA.
   1944:
   Il est recréé à partir des éléments de la résistance (Le 5eescadron entre autres est constitué de volontaires du maquis des Chênes de la Marne); il se nomme alors « 9e régiment de dragons FFI » et participe à la protection des arrières alliés en décembre 1944 dans la région de Soissons, lors de l’offensive de Von Rundstedt dans les Ardennes.
   Existant de fait dans le soissonnais il est de droit reconstitué à Paris le 1er janvier 1945.
   1945:
   Le 16 janvier, du 3e escadron FFI nait le 1er escadron. Dirigé sur Tarbes, il s’installe au Quartier Larrey. Ayant reçu des renforts en personnel après le 8 mai, il se prépare à un départ pour l’Indochine et devient « Régiment de Marche de Chars de la 2e D.B. ». Il est commandé par le lieutenant-colonel Divary.

L’Indochine:
Le régiment embarque le 10 octobre 1945 sur le paquebot « l’Oronte » à Marseille et débarque à Saigon le 3 novembre 1945 sous le nom de « Régiment de marche du 9e dragons ».
Il combat dans la province de Tay-Ninh au nord-ouest de Saigon près de la frontière du Cambodge et a quelques accrochages avec le Viet-Minh à Go Dau HA entre Saigon et Tay-Ninh.
Le 1er avril 1946, il fait partie de la 1ère brigade d’Extrême-Orient et devient « Groupement d’unités d’armes lourdes » (GUAL/BEO) commandé par le lieutenant-colonel Divary.
Le 1eraoût 1946, il est basé au Tonkin où le régiment est une nouvellement fois dissous. Ses personnels sont mutés au 1er régiment de chasseurs à cheval.

9e Régiment de Dragons bauffr10
Bauffremont_Dragons_9e_regiment_quartiers_Epernay_1914_.jpg ‎(500 × 319 pixels, file size: 33 KB, MIME type: image/jpeg)
Français : Quartiers du 9e regiment de dragons à Epernay en 1914. Le nom de tradition de ce régiment est Bauffremont Dragons.

source texte : http://cavaliers.blindes.free.fr/rgtdissous/9dragonsh.html
source image : wikipedia

http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gif

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http://military-photos.com/9drag.htm

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http://military-photos.com/9drag.htm

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http://military-photos.com/9drag.htm

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Historique du 9e régiment de dragons depuis son entrée en campagne,


le 1er août 1914, jusqu’au 11 novembre 1918,


date de la signature de l’armistice ,


rédigé par M. le lieutenant-colonel Picaud

http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gif

a lire intégralement et télécharger sur

http://fr.calameo.com/read/0021527569c3c430aef13

n6246310

Titre : Historique du 9e régiment de dragons depuis son entrée en campagne, le 1er août 1914, jusqu’au 11 novembre 1918, date de la signature de l’armistice , rédigé par M. le lieutenant-colonel Picaud
Auteur : Picaud, Lieutenant-Colonel
Éditeur : H. Charles-Lavauzelle (Paris)
Provenance : bnf.fr

 

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22 septembre 2013

La Campagne de Tunisie et le 15°RTS

Classé sous — milguerres @ 18 h 39 min

 

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La Tunisie au gré des conflits

LA CAMPAGNE DE TUNISIE

 

La Campagne de Tunisie et le 15°RTS 

 http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gifsource : http://15emerts-75emerima.weebly.com/historique.html  

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Le 15°RTS, stationné en Algérie, ne quitta pas l’Afrique du Nord durant la seconde guerre mondiale. Par contre, il prit une part active à la campagne de Tunisie (19e Corps d’Armée français, Général Koeltz) où il s’illustra sous le commandement du Colonel Morlière.

Cet épisode, le plus glorieux vécu par le régiment, est malheureusement peu connu. Et pourtant, le 15°RTS a été l’un des premiers régiments français à reprendre le combat.

Dès le 9 novembre 1942, lendemain du débarquement des Alliés en Afrique du Nord, le 2eme Bataillon quitte Constantine pour le front du Nord Tunisien alors que le même jour, les premiers avions allemands se sont posés à Tunis El-Aouïna.

Son action, au cours de cette campagne, comporte 3 phases:

    – le Sud Tunisien (novembre 1942-fin février 1943)

    – la défensive (mars et avril 1943

    – l’offensive (avril-mai 1943)

La campagne terminée, les ordres suivants sont diffusés:

     Ordre de la Division n°6

     Ordre Général n°134

     Ordre Général, en date du 13 mai, du Général Juin

     Ordre du régiment n°74, en date du 19 mai

Pertes

      3 officiers

      4 sous-officiers européens

      3 soldats européens

      4 sous-officiers indigènes

      4 caporaux indigènes   

      31 tirailleurs

« Soit au total, 51 militaires dont les tombes, qui s’échelonnent de la région de Gafsa à celle du Djebel Mansour ou du Zaghouan, constituent la trace glorieuse suivie par la 15°RTS dans les combats de Tunisie. »

(Ce total, qui sera repris dans les correspondances futures relatives à l’inscription « Tunisie » au drapeau du régiment, est différente du détail ci-dessus (49 et 51). Cela est probablement dû à 2 morts supplémentaires suite blessures, non comptabilisés dans le premier bilan. (ndlr)

Citations 

        16 à l’ordre de l’Armée

         7 à l’ordre du Corps d’Armée

         25 à l’ordre de la Division

         49 à l’ordre de la Brigade

         136 à l’ordre du Régiment

Soit un total de 233 citations

Néanmoins, le rôle et les mérites du Régiment ne seront reconnus que tardivement, et avec réticence. Il suffira pour s’en convaincre de se reporter à l’historique de son drapeau.

 

REPUBLIQUE FRANCAISE

GUERRE 1939-1945

Citation Décision n°7 Le Secrétaire d’Etat aux Forces Armées « Guerre » cite: à l’Ordre du Corps d’Armée

15eme Régiment de Tirailleurs Sénégalais

 » Magnifique unité de combat (qui, sous les ordres du Colonel Morlière,) lançé contre les forces de l’Axe dès le début de la campagne de Tunisie, y a montré une ardeur et une ténacité dignes d’éloges. distingué au combat de Sidi N’Sir le 21 novembre 1942, mettant l’ennemi en fuite par unebrillante contre-attaque, lui détruisant 4 chars et s’emparant de matériel et de prisonniers. Le 22 février 1943, à Aïn-El-Amara a interdit à l’adversaire le débouché du plateau de Bouchebka, rétablissant la situation et faisant, par son attitude résolue, la plus grande impression sur les forces américaines prêtes à la retraite.

A treminé la campagne avec l’attaque victorieuse du Djebel Mansour le 25 avril 1943 et, du 7 au 13 mai,  du Massif du Zaghouan, capturant plusieurs centaines de prisonniers et s’emparant d’un matériel considérable. »

 

Cette citation comporte l’attribution de la Croix de Guerre avec Etoile de Vermeil, mais ne donne pas droit au bénéfice de la Croix de Guerre au Colonel Morlière déjà cité pour les mêmes faits.

Fait à Paris, le 30 janvier 1950

Signé: Max Lejeune

La Campagne de Tunisie et le 15°RTS  sans_t11

Témoignage d’un ancien

http://15emerts-75emerima.weebly.com/historique.html

« (…) Fin novembre (1942), après une instruction sommaire et quelques manœuvres, nous sommes envoyés dans le Sud-Tunisien après quelques incidents avec l’aviation allemande à Tebessa où sont entreposées d’énormes quantités de munitions anglo-américaines.
Arrivé à Gafsa, le 15°RTS prend position.
(…) Nous sommes là pour établir un front puisque Rommel commence à reculer en Libye devant les assauts des Anglais, mais aussi devant la remontée du Tchad du Général Leclerc.
Les Allemands attaquent la ligne Marret pour remonter vers Tunis. La ligne cède devant l’Afrika Korps, quelque 200 chars et l’aviation.
Nous sommes constamment en alerte. L’armement français est dérisoire; nous avons encore de vieux fusils Lebel et des Mas 36, mais peu de cartouches. Les mitrailleuses Hotchkiss tiennent malgré leur grand âge, mais il y a surtout nos poitrines de Blancs et de Noirs. Les Américains, à 5 km au nord de Gafsa, sont bien armés mais pas assez nombreux pour le cas où nous serions écrasés.
Le 15°RTS tient le sud en direction de Tozeur. C’est évidemment le coin le plus dangereux. Nous avons l’avantage de tenir aussi la jolie palmeraie. Nous minons routes et pistes; malheureusement, quelques fois, un des nôtres rentrant de patrouille de nuit saute.
L’aviation-mouchard des Allemands, qui savaient certainement que nous étions dans le sud, cherchait à connaître notre force. Nous étions tapis dans nos tranchées qui nous servaient de dortoir, salle à manger, lieu de marche, en compagnie d’araignées noires et souvent de scorpions.
Il semble que le 15°RTS soit là pour faire croire à Rommel qu’une très importante force française les attend au sud, vu l’importante longueur des tranchées, dont une partie est inutile mais impressionnante; mais le Général de Montsabert sait ce qu’il fait.
Le 15°RTS est seul à faire des incursions risquées plus au sud afin de tromper le Commandement allemand, et ceci de jour comme de nuit. Nous minons les ponts importants sur les grands oueds, qui sont généralement secs mais profonds, et ce sur des kilomètres.
(…) Nous rencontrons des gens qui fuient Tozeur et qui nous donnent des informations; Rommel avance. Nous détruisons les gares et lignes de chemin de fer. Nous apprenons que Gabès vient de tomber et commençons à nous préparer.
Les Américains arrivent, venant renforcer ceux qui tiennent Gafsa Nord, tous bien armés, mais ils manquent de préparation et se croient en vacances…Voyant Rommel avancer vite, ils se replient, nous laissent un bataillon avec de l’artillerie, et partent rejoindre les régiments franco-alliés dans la plaine de Kasserine.
Il semble que Rommel, croyant à l’importance des troupes en face de lui secteur de Gafsa, se dirige, en nous contournant, vers la frontière algéro-tunisienne peu protégée à cet endroit. Il prend Makansky plus à l’est de Gafsa.
(…) il faut se replier sur Ferriana, à la frontière…Pour nous, se replier, Français et Américains, prend l’allure d’une fuite.
Le pauvre 15°RTS part à pieds après avoir fait sauter tout ce qui ne pouvait être emmené. Les Américains eux, ont des camions, nous, nos mulets qui étaient cachés dans la palmeraie. Depuis notre arrivée ils sont chargés de mitrailleuses et de munitions; nous aussi devenons des mulets. Le gros matériel est chargé sur trois gros camions dont un est américain. Notre popote fumante, qui elle, est mécanisée, marche à notre cadence pour nous donner le café du matin et un quignon de pain que nous mangeons en marchant; mais pour la nourriture…De plus, il pleut à torrents ce mois de février 43. 
 Au passage, nous voyons des Américains faire sauter des avions sur la route. Ils nous doublent avec leurs camions. De temps en temps, ils nous jettent de quoi boire et des biscuits qui tombent dans la boue sablonneuse.
A un moment, mes croquenots me font tellement mal que je m’assieds sur le bord de la route pour me panser le pied. Un Américain, par gentillesse, me crie: « Hello Ginger (le blond) et me lance une paire de chaussures. Hélas ! c’était les deux mêmes pieds…
Il faut marcher de nuit pour tromper les avions mouchards. Nous sommes dans une région boisée, ce qui est bien pour nous cacher le jour, car nous allons bientôt arriver au col de Feriana (avec la neige), seul passage, parmi ces kilomètres de hauteurs, pour atteindre l’Algérie.
Le 15°RTS, seul dans le coin, doit tenir ses positions. Cette fois, nous sommes mieux armés, toujours avec nos vieux fusils, mais avec une importante artillerie et des chars, en bas dans la plaine tenue par les Américains. Nos mulets sont cachés à 3 km dans la forêt…avec la soupe qu’il faut aller chercher la nuit tombée et qui arrive souvent froide.
Nous recommençons à creuser des casemates pour nos nids de mitrailleuses entre deux alertes aériennes. La nuit, défense de fumer et de faire trop de bruit. Nous restons le plus possible dans nos trous; très pratique quand vous avez des douleurs intestinales et qu’il faut aller tout de même aller poser culotte dans la neige, la nuit…La soupe arrive de temps en temps, mais froide.
L’aviation allemande de reconnaissance de ce point stratégique n’a pas idée de notre importance. Cependant, des avances larvées de Rommel se heurtent à nos chars et canons pendant une dizaine de jours. Rommel s’éloigne ensuite de cette région pour porter secours à ses divisions dans la plaine de Kasserine, et c’est l’hécatombe en deux jours pour nos alliés. Rommel passe malgré d’énormes pertes et rejoint la côte. De nombreux camions viennent chercher le 15°RTS et, par des chemins ou pistes détournés, nous fonçons vers Sfax où nous rejoignons le reste de nos troupes.
Le 15°RTS arrive avant les Allemands qui nous contournent vers l’est et engage la poursuite jusqu’à Kairouan. Mieux motorisés, ces derniers n’y sont déjà plus.
Le régiment est à nouveau dévié vers la côte, à Sousse. Les Allemands remontent toujours vers le nord jusqu’au port d’Afidavil où l’aviation alliée les attend et où ils subissent de très lourdes pertes. Leurs troupes se regroupent et fonçent vers Fath et Zaghouan (haute montagne); le 15°RTS et les alliés également. A Zaghouan les Allemands opposent une formidable résistance. Il paraît qu’ils avaient construit un terrain d’aviation pour 4 ou 5 avions au sommet de la montagne, laquelle était truffée de casemates, de positions d’artillerie, de galeries…à croire qu’ils croyaient passer le restant de leur vie dans cette cité naturelle, alors que leurs divisions se replient partout.
Nous nous apprêtions à en baver pour monter à l’assaut de ces collines environnantes où nous pouvions apercevoir des dizaines de chars; cela promettait de lourdes pertes. Mais l’ordre d’attaquer est suspendu, le Commandement ayant probablement tenu compte de l’importance des défenses ennemies. Pendant toute la journée, l’aviation anglo-américaine a pilonné provoquant d’énormes explosions. Nous ne sommes pas loin et nos oreilles n’en peuvent plus; alors là-haut…cela devait être pire !
Le lendemain, le 15°RTS monte à l’assaut, comme la Légion 2 km plus loin. Nos attaques se transforment en promenade furieuse sous l’effet d’une délicieuse gnôle puant l’essence dont on nous avait abreuvés. Manquant de récipients à la roulante derrière notre ligne d’attaque, ils avaient mis l’alcool dans des jerricans…
L’aviation anglaise nous aide beaucoup en pilonnant à 500 m devant nous qui montons sur les flancs de la montagne. Nos Africains s’affolent. Je fais uriner mes hommes dans le réservoir de nos mitrailleuses américaines avant que le canon ne devienne rouge…Nous voyons sur les hauteurs des hommes qui s’enfuient.
Nos assauts successifs nous amènent aux premières casemates où nous ne trouvons que peu de morts. Ces casemates sont presque confortables et bien armées. Nous aurons peu de pertes; l’aviation ayant fait un sacré nettoyage, il ne sera pas nécessaire de continuer la montée. De là-haut nous voyons brûler ces chars vus la veille. Nous apprendrons que c’était un trompe-l’oeil, car ils étaient en bois, grossièrement confectionnés.
Nous redescendrons l’autre flanc. Les Allemands fuient vers Tunis où les attendent de nombreux bateaux. Ils font encore des dégâts mais subiront de lourdes pertes. Néanmoins, beaucoup pourront embarquer vers la Sicile où commencera la campagne d’Italie. Nous voyons de nombreux avions anglais exploser en vol.
Pendant ce temps, le 15°RTS revient dans la plaine du Fath où il prend ses quartiers de police pour la garde de 6000 prisonniers regroupés là pendant notre attaque; en particulier 4000 hommes de la division italienne du Général Badoglio et 2000 allemands particulièrement arrogants, lesquels provoquent quelques réflexes violents de notre part. Nos rapports seront plus humains avec les Italiens, nos traîtres cousins. Les distributions d’eau, par 35° à l’ombre, sont souvent à l’origine de scènes dures et « ça pue ». Les prisonniers font sans cesse des latrines…nous mêmes ne sommes guère à l’aise, plus loin sous nos tentes, mais nous sommes au moins à l’abri du soleil et bien ravitaillés. Quelques prisonniers mourront sous ce climat et nos Noirs les enterrent…(…)
Le 15°RTS retournera à Philippeville par le train et prendra la dénomination de troupe de souveraineté, mais en réalité de police, car des émeutes commencent un peu partout, notamment à Sétif et Constantine où le 15°RTS et la Légion seront amenés à remettre de l’ordre… »

Témoignage de Jack Charpentier, engagé en février 1943, d’après les notes prises à l’époque. (Extraits).
Source: « Un soldat d’occasion raconte…le 15eme RTS »
  (Jacques Martin)
 

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La Tunisie au gré des conflits

LA CAMPAGNE DE TUNISIE

 

10 septembre 2013

SELVES (CASIMIR, GERMAIN, Justin de)

Classé sous — milguerres @ 21 h 10 min

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La Tunisie au gré des conflits

 Ceux qui ont marqué la Tunisie 

Culture et patrimoine

SELVES (CASIMIR, GERMAIN, Justin de)

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1889-1940

SELVES (CASIMIR, GERMAIN, Justin de), né le 19 juillet 1848 à Toulouse (Haute-Garonne), mort le 13 janvier 1934 à Paris.

Sénateur du Tarn-et-Garonne de 1909 à 1927.

Ministre des Affaires étrangères du 27 juin 1911 au 9 janvier 1912.

Ministre de l’Intérieur du 29 mars au 1er juin et du 9 au 13 juin 1924.

Justin de Selves fit ses études au collège de Montauban et au lycée d’Alger. Pendant la guerre de 1870, il servit comme lieutenant au 1er bataillon de mobiles du Lot-et-Garonne et fut nommé capitaine après les combats de Chartres. Peu après, il fut appelé à la direction des services administratifs du ministère de la Guerre à Tours où son oncle, Charles de Freycinet était délégué par le gouvernement de la Défense nationale. Il suivit le gouvernement à Bordeaux puis fut chargé de la direction de la sous-intendance de Toulouse, Montauban et Aurillac.

Devenu docteur en droit, il s’inscrivit au barreau de Montauban où il réussit fort bien et fut choisi comme bâtonnier par ses confrères. Il reçut alors son premier mandat électif, celui de conseiller municipal de Montauban. Mais il entreprit alors une brillante carrière administrative. Préfet du Tarn-et-Garonne en 1880, de l’Oise en 1882, de la Meurthe-et-Moselle en 1884, de la Gironde en 1885, il fut nommé en 1890 directeur général des Postes et télégraphes. En cette qualité, il présida la conférence internationale de Paris et représenta la France, en 1891, au congrès postal universel de Vienne. Le 23 avril 1896, il était nommé préfet de la Seine par le cabinet Méline, en remplacement de Poubelle. Demeuré quinze ans à ce poste, il s’y montra, sous de nombreux gouvernements et en collaboration avec des conseils municipaux aux majorités changeantes, un administrateur particulièrement habile et avisé et réalisa une oeuvre importante, notamment dans le domaine des transports (métropolitain, tramways), des concessions d’eau et d’électricité, ainsi qu’en matière artistique (création de la commission du Vieux Paris, développement et installation des collections du Petit Palais).

Le 3 janvier 1909, il était élu au premier tour sénateur du Tarn-et-Garonne, par 324 voix sur 433 votants, en même temps que Rolland, 277 voix. Il fut réélu le 11 janvier 1920, également au premier tour, avec 332 voix sur 418 votants. Il siégeait sur les bancs de l’union républicaine.

En 1911, il démissionna de ses fonctions de préfet de la Seine pour accepter le portefeuille des Affaires étrangères dans le ministère Caillaux constitué le 27 juin. Aussitôt après, ce fut l’affaire d’Agadir. Le 1er juillet, l’ambassadeur d’Allemagne venait annoncer à de Selves que son gouvernement envoyait un navire de guerre devant Agadir pour surveiller les côtes du Maroc. Obligé d’accompagner en Hollande le président Fallières, de Selves ne put s’expliquer devant la Chambre que le 11 juillet ; ce fut pour demander l’ajournement des interpellations qui avaient été déposées et qu’il obtint par 476 voix contre 73.

Après des consultations avec l’Angleterre et la Russie, une convention franco-allemande, par laquelle la reconnaissance des droits de la France au Maroc était échangée contre celle des droits de l’Allemagne au Congo, fut signée à Berlin le 4 novembre. Seule, la partie de cet accord qui modifiait les territoires coloniaux de la France fut soumise au parlement et donna lieu à un long débat à la Chambre, au début duquel Albert de Mun déposa une motion préjudicielle. De Selves se borna d’abord à une très courte intervention, mais, devant les protestations des députés, remonta à la tribune pour des explications plus détaillées qui furent accueillies sans chaleur. Cependant la motion fut repoussée par 448 voix contre 98, et après une intervention du président du Conseil, la convention fut finalement approuvée le 20 décembre par 393 voix contre 36.

Le Sénat, saisi à son tour, nomme pour examiner le texte, une commission spéciale composée en grande partie d’anciens ministres et présidents du Conseil, présidée par Léon Bourgeois et ayant Poincaré comme rapporteur. Au cours de la séance du 9 janvier 1912, Caillaux, à la suite d’une question posée par Pichon au sujet de l’affaire de la N’Goko-Sangha et du chemin de fer Cameroun-Congo, donna sa parole qu’il ne s’était jamais mêlé de transactions politiques ou financières d’aucune sorte et qu’il n’y avait jamais eu de négociations en dehors des négociations diplomatiques officielles. Clemenceau demanda alors à de Selves : « M. le ministre des Affaires étrangères peut-il nous confirmer cette déclaration ? Peut-il nous dire s’il n’existe pas des pièces établissant que notre représentant à Berlin s’est plaint de l’intrusion de certaines personnes dans les relations franco-allemandes ? » Le ministre des Affaires étrangères répondit : « J’ai toujours eu un double souci : la vérité, d’une part et, de l’autre, le devoir que m’impose ma fonction. Je demande à ne pas répondre à la question que vient de m’adresser M. Clemenceau ». Ce dernier déclara que cette réponse ne pouvait le satisfaire car il avait « reçu des confidences qu’il n’avait pas sollicitées ». Cet échange de répliques ayant causé quelque émoi, la séance fut levée et une conversation eut lieu entre Caillaux, de Selves et Clemenceau. Puis celui-ci partit laissant en tête à tête le président du Conseil et son ministre. On apprit ensuite par Caillaux que de Selves était démissionnaire, ce qu’il confirma en quittant le Sénat. Dans la soirée, il remettait sa démission au Président de la République, déclarant : « je ne saurais assumer plus longtemps la responsabilité d’une politique extérieure à laquelle font défaut l’unité de vues et l’unité d’action solidaire ». Caillaux essaya de remplacer de Selves par Delcassé mais celui-ci, après avoir accepté, revient sur sa décision et Caillaux démissionna le 11 janvier.

L’affaire n’eut pas de suites immédiates mais on apprit plus tard que Caillaux avait effectivement engagé des conversations à l’insu de Selves qui s’en était aperçu grâce au déchiffrement de dépêches allemandes faisant allusion à ces négociations. Il s’en était plaint au Président de la République et à Clemenceau, d’où intervention de ce dernier.

Redevenu simple sénateur, de Selves rapporta notamment au nom de la commission des affaires étrangères, en 1913, le projet de loi approuvant la convention conclue à Madrid entre la France et l’Espagne « en vue de préciser la situation respective des deux pays à l’égard de l’empire chérifien ».

Le 11 octobre 1919, en tant que président de cette même commission, il invita le Sénat, dans une intervention très applaudie, à ratifier le traité de Versailles qui « constituait, disait-il, l’affirmation d’une morale internationale nouvelle et permettait toutes les espérances pour l’avenir, à condition de faire preuve de vigilance ».

De Selves fut ensuite ministre de l’Intérieur dans le 2e cabinet Poincaré (29 mars au 1er juin 1924) et conserva le poste dans le cabinet François-Marsal, à la vie brève (9 au 13 juin 1924). Elu président du Sénat le 19 juin 1924, de Selves conserva cette fonction en 1925 et 1926. Il eut ainsi à présider, le 10 août 1926, la réunion mouvementée de l’Assemblée nationale, au cours de laquelle il fut faire face aux vifs incidents provoqués par les parlementaires communistes, et notamment par Jacques Doriot. L’autorité et l’habileté dont il fit preuve en cette circonstance lui valurent, à la fin de la séance, les « acclamations prolongées » de la gauche, du centre et de la droite.

Il ne retrouva pas ce succès aux élections sénatoriales du 9 janvier 1927. Arrivé en deuxième position au premier tour, avec 188 voix sur 419 votants, il fut battu au second tour par Delthil, n’obtenant que 177 voix sur 420 votants contre 242 à son adversaire.

Justin de Selves avait été élu en 1910 membre de l’Académie des beaux- arts en reconnaissance de l’action qu’il avait menée, comme préfet de la Seine, dans le domaine artistique. Il était officier de l’Instruction publique et grand officier de la Légion d’honneur.

Il mourut à Paris le 13 janvier 1934, à l’âge de 85 ans.

Extrait du « Dictionnaire des Parlementaires français », Jean Jolly (1960/1977)

source : http://www.senat.fr/senateur-3eme-republique/de_selves_justin1727r3.html

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La Tunisie au gré des conflits

 Ceux qui ont marqué la Tunisie 

Culture et patrimoine

5 mai 2013

Ibn Khaldoun

Classé sous — milguerres @ 15 h 29 min

 

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La Tunisie au gré des conflits

 Ceux qui ont marqué la Tunisie 

Culture et patrimoine

 

Ibn Khaldoun

(732-808 de l’hégire, 1332-1406 de J.C.)

Historien, philosophe, sociologue, juge, enseignant, poète, aussi bien qu’homme politique.

________________________________________

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Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8Extraits de l’autobiographie.

« La famille Khaldoun est originaire de Séville ; elle se transporta à Tunis vers le milieu du VIIe siècle (de l’hégire), lors de l’émigration qui eut lieu après la prise de Séville par Ibn Adfonch, roi des Galiciens…

Nous tirons notre origine de Hadramaout, tribu arabe du Yémen, et nous nous rattachons à ce peuple dans la personne de Ouaïl Ibn Hodjr, chef arabe qui fut un des Compagnons du Prophète….

maison-i-khaldoun

Je naquis à Tunis, le premier jour du mois de ramadan 732, et je fus élevé sous les yeux de mon père jusqu’à l’époque de mon adolescence. J’appris à lire le saint Coran sous un maître d’école nommé Abou Abd Allah Mohammed Ibn Saad Ibn Boral el Ansari, originaire de Djaïala, lieu de la province de Valence (en Espagne)… Je cultivai l’art de la grammaire sous la direction de mon père, et avec l’aide de plusieurs émi¬nents maîtres de la ville de Tunis…… J’étudiai le droit à Tunis sous plusieurs maîtres, savoir … Je pourrais citer encore les noms de divers cheïkhs tunisiens sous lesquels je fis des études, et desquels je tiens de bons certificats et des idjaza. Ils moururent tous à l’époque de la grande peste.

 

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Statue d’Ibn Khaldoun sur la place de l’Indépendance à Tunis

(Je suis nommé écrivain de l’alama par le gouvernement de Tunis ; je passe ensuite dans le Maghreb, où je deviens secrétaire du sultan Abou Eïnan).

…J’acceptai donc la charge d’écrivain de l’alama, mais avec l’espoir de pouvoir accomplir mon projet et passer dans le Maghreb….

…Je partis alors de Biskera avec l’intention de me rendre auprès du sultan Abou Eïnan, qui se trouvait à Tlemcen, et, arrivé à El-Bat’ha, je rencontrai Ibn Abi Amr. Cet officier me donna tant de marques d’honneur que j’en fus surpris, et me ramena avec lui à Bougie, dont je le vis prendre possession….

Quand le sultan Abou Eïnan fut rentré à Fez et que les savants eurent commencé à se réunir chez lui, on parla de moi dans une de ces assemblées,…

Vers la fin de l’année 756, le sultan Abou Eïnan m’attacha à son service en me nommant à un emploi dans son secrétariat. Il m’accorda aussi un haut témoignage de sa faveur en me permettant de prendre part aux discussions dont on s’occupait dans les réunions littéraires qui se tenaient chez lui, et en me choisissant pour écrire, sur chaque pièce et document soumis à son examen, la réponse qu’il jugeait convenable. Ceci souleva bien des jalousies… Il me fit donc arrêter, maltraiter et em-prisonner… ma détention se prolongea jusqu’à la mort du sultan, événement qui eut lieu environ deux années plus tard.

(Le sultan Abou Salem me nomme secrétaire d’État et directeur de la chancellerie).

Abou Salem, ayant passé d’Espagne en Afrique avec l’intention de prendre possession du trône, s’établit dans le Safiha, montagne du pays des Ghomara. Pendant ce temps le khatîb  Ibn Merzouc agis¬sait secrètement à Fez afin de lui procurer des partisans, et, connaissant les liaisons d’amitié qui m’attachaient aux principaux chefs Mérinides, il eut recours à mes services dans l’espoir de gagner ces officiers ; et, en effet, je décidai la plupart d’entre eux à promettre leur appui au prince.

Il y avait seulement quinze jours que je m’étais rallié à lui, et maintenant je me trouvais faisant partie de son cortège. Il me sut bon gré de l’empressement que j’avais mis à embrasser sa cause, et je devins son secrétaire privé, chargé de rédiger et d’écrire sa correspondance. Je rédigeais la plupart de ces pièces dans un style simple et facile, bien que je fusse alors sans rival dans l’art de donner aux phrases le tour cadencé qui caractérise la prose rimée.

Je me mis alors à cultiver la poésie, et je composai un grand nombre de pièces qui étaient, du reste, assez médiocres

Vers la fin de son règne, Abou Salem me chargea du redressement des griefs, et me procura ainsi l’occasion de faire droit aux justes réclamations de bien du monde ; j’espère que Dieu m’en tiendra compte !

Le vizir Omar, s’étant mis à la tête des affaires, me confirma dans mes fonctions et m’accorda une augmentation d’ictâ et de traitement. Mais l’imprudence de la jeunesse me porta à viser plus haut, et à compter sur l’amitié d’Omar pour en user très familièrement avec lui.

J’obtins l’autorisation d’aller où je voudrais, excepté à Tlemcen. Je me décidai pour l’Espagne, et, au commencement de l’an 764, j’envoyai ma femme et mes enfants à Constantine, pour y rester auprès de leurs oncles maternels. Ensuite je me mis en route pour Ceuta.

J’écrivis à Ibn el-Ahmer, sultan de Grenade, et à son vizir Ibn el-Khatîb, pour les informer de ce qui m’était arrivé, et je partis ensuite pour Grenade. Le huitième jour du premier rebiâ 764, je m’approchai de la ville, et le sultan, qui s’était empressé de faire tapisser et meubler un de ses pavillons pour ma réception, envoya au-devant de moi une cavalcade d’hon¬neur, composée des principaux officiers de la cour. Dès ce moment le sultan me plaça au premier rang parmi les personnes de sa société, et me fit son confident, le compagnon de ses promenades et de ses plaisirs.

L’année suivante il m’envoya en mission auprès de Pierre, fils d’Alphonse et roi de Castille… Le roi Pierre voulut alors me garder auprès de lui ; il offrit même de me faire rendre l’héritage de mes ancêtres à Séville, lequel se trouvait alors dans la possession de quelques grands de son empire ; mais je m’excusai d’accepter sa proposition.

…Mes ennemis secrets et de vils calomniateurs parvinrent, dans la suite, à éveiller les soupçons du vizir… Je reçus des lettres du sultan Abou Abd Allah (Mohammed), seigneur de Bougie, par lesquelles il m’apprit qu’il avait obtenu possession de cette ville dans le mois de ramadan 765, et qu’il désirait m’a¬voir auprès de lui. Je demandai aussitôt au sultan Ibn el-Ahmer la permission d’aller joindre ce prince… Il consentit avec un vif regret à mon départ… je m’embarquai au port d’Almeria, et, après quatre jours de navigation, j’arrivai à Bougie, où le sultan Abou Abd Allah avait fait de grands préparatifs pour me recevoir. Tous les fonctionnaires de l’État vinrent à cheval au-devant de moi ; les habitants de la ville se précipitèrent de tous les côtés pour me toucher et me baiser la main ; c’était vraiment un jour de fête !

(Bougie, où je deviens hadjeb avec une autorité absolue).

…. Peu de temps après, je m’aperçus qu’on travaillait à me desservir auprès du sultan, en me représentant comme un homme très dangereux, et je me décidai à demander mon congé.

(Je passe au service du sultan Abou Hammou, seigneur de Tlemcen).

… Le sultan Abou Hammou, ayant pris la résolution de marcher contre Bougie, m’écrivit d’aller le joindre, car il avait appris mon départ de cette ville… il m’informa qu’il m’avait choisi pour remplir auprès de lui les fonctions de hadjeb et d’écrivain de l’alama.

Mon frère Yahya, qui avait effectué son évasion de Bône, vint alors à Biskera me rejoindre, et je l’envoyai auprès d’Abou Hammou comme mon lieutenant, ne voulant pas affronter moi-même les périls de cet office. D’ailleurs j’étais revenu des séductions du pouvoir, et, comme j’avais négligé depuis longtemps la culture des sciences, je désirais m’abstenir de la politique pour m’appliquer à l’étude et à l’enseignement 

(J’embrasse le parti du sultan Abd el Aziz, souverain du Maghreb (Maroc)).

…. Quand Abou Hammou reçut la nouvelle de l’occupation de Tlemcen par le sultan Abd el-Azîz, il se hâta de quitter El-Bat’ha avec sa famille et ses partisans, les Beni Amer. Le sultan … se rappelant alors l’influence que j’exerçais sur les chefs des tribus rîahides, se décida à m’envoyer auprès d’elles afin de les gagner à sa cause. J’étais alors installé dans le couvent de Bou Medîn, avec l’intention de renoncer au monde, et j’avais déjà commencé un cours d’enseignement quand je reçus du sultan l’invitation de me rendre auprès de lui. Il m’accueillit avec tant de bonté que je ne pus refuser la mis-sion dont il voulait me charger….

… J’appris que le sultan était mort de maladie et que son fils, Abou Bekr es Saîd, enfant en bas âge, avait été proclamé par Ibn Ghazi… J’allai tout de suite me présenter au vizir Ibn Ghazi. Le vizir me fit l’accueil le plus honorable et le plus amical ; il surpassa même mon attente dans les traitements et les ictâ qu’il m’ac¬corda. Je conservai ainsi ma position à la cour ; je jouissais de la considération publique, et j’occupais une place élevée dans le con¬seil du gouvernement…. Je restais à l’ombre tutélaire du gouvernement, et je m’adonnais à l’é¬tude et à l’enseignement.

(Je fais un second voyage en Espagne, ensuite je retourne à Tlemcen, d’où je passe chez les Arabes nomades).

… Je fixai mon séjour chez eux, et ils envoyèrent à Tlemcen chercher ma famille et mes enfants. Ils promirent aussi de représenter au sultan que j’étais dans l’impossibilité de remplir la mission dont il m’avait chargé ; en effet ils lui firent agréer mes excuses. Je m’établis alors avec ma famille à Calât Ibn Selama, château fort situé dans le pays des Beni Toudjîn et que les Douaouïda tenaient du sultan comme ictâ. J’y demeurai quatre ans, tout à fait libre de soucis, loin du tra¬cas des affaires, et j’y commençai la composition de mon ouvrage (sur l’histoire universelle). Ce fut dans cette retraite que j’achevai les Prolé¬gomènes, ouvrage dont le plan était tout à fait original, et pour l’exécution duquel j’avais pris la crème d’une énorme masse de renseignements.

Autographe d’Ibn Khaldoun

En me fixant à Calât Ibn Selama, je m’installai dans un grand et solide pavillon qu’Abou Bekr Ibn Arîf y avait fait bâtir. Pendant le long séjour que je fis dans ce château, j’avais oublié complètement le royaume de Maghreb et celui de Tlemcen pour m’occuper unique¬ment du présent ouvrage. Lorsque je passai à l’Histoire des Arabes, des Berbers et des Zenata, après avoir terminé les Prolégomènes, je désirai beaucoup consulter plusieurs livres et recueils qui se trouvent seulement dans les grandes villes ; j’avais à corriger et à mettre au net un travail presque entièrement dicté de mémoire ; mais vers ce temps je fis une maladie tellement grave, que, sans la faveur spéciale de Dieu, j’y aurais succombé.

Poussé par le désir de me rendre auprès du sultan Abou ’l-Abbas et de revoir Tunis, la demeure de mes pères, ville qui montre encore plusieurs traces de leur existence et qui renferme leurs tombeaux, je me mis à solliciter de ce prince la permission de rentrer sous l’auto¬rité du gouvernement hafside. Peu de temps après, je reçus des lettres de grâce et l’invitation d’aller le trouver sans retard.

J’arrivai à Tunis au mois de châban de la même année (nov. déc. 1378 de J. C.), et, m’y étant installé sous la protection du sultan, je jetai le bâton de voyage. Ma famille étant venue m’y rejoindre, nous nous trouvâmes enfin réunis dans le champ de bonheur que ce prince nous avait ouvert.

Aussitôt que je fus arrivé à Tunis, les étudiants et même les propres élèves d’Ibn Arefa vinrent me prier de leur donner des leçons, et, comme je cé¬dai à leur demande, ce docteur en fut profondément blessé. Il en¬voya même des sommations formelles à la plupart d’entre eux pour les obliger à me quitter ; mais ils n’y firent aucune attention, ce qui ajouta encore à la haine qu’il me portait. …Vers le même temps, les courtisans tâchèrent d’indisposer le sultan contre moi ; ils travaillèrent, d’un commun accord, à me calomnier et à me nuire ; mais le prince ne fit aucune attention à leurs paroles. Comme il recherchait toujours de nouvelles connaissances dans les sciences et dans l’histoire, il m’avait chargé de travailler à l’achève¬ment de mon ouvrage ; aussi, lorsque j’eus terminé l’histoire des Berbers et des Zenata, et mis par écrit tous les renseignements que je pus recueillir au sujet des deux dynasties et des temps anté isla¬miques, j’en fis une copie pour sa bibliothèque.

…. Sachant qu’il y avait dans le port un navire apparte¬nant à des négociants d’Alexandrie et chargé de marchandises pour cette destination, j’implorai le sultan afin qu’il me laissât partir pour la Mecque. Ayant obtenu son consentement, je me rendis au port, suivi d’une foule d’étudiants, et des personnages les plus éminents de la cour et de la ville. Après leur avoir fait mes adieux, je m’embarquai, le 15 du mois de chaban (25 octobre 1382)… Le 1er du mois de chouwal, nous arrivâmes au port d’Alexandrie, après une traversée d’environ quarante jours… Je passai un mois à Alexandrie dans les pré¬paratifs pour le pèlerinage ; mais des circonstances m’ayant empêché, cette année-ci, de me mettre en route, je me rendis au Caire.

Le 1er du mois de dou ’l-hiddja (5 février 1383) j’entrai dans la métropole de l’univers, le jardin du monde, la fourmilière de l’espèce humaine, le portique de l’islamisme, le trône de la royauté, ville embellie de châteaux et de palais, ornée de couvents de derviches et de collèges, éclairée par des lunes et des étoiles d’érudition. Sur chaque bord du Nil s’étendait un paradis ; le courant de ses eaux rem¬plaçait, pour les habitants, les eaux du ciel, pendant que les fruits et les biens de la terre leur offraient des salutations. Je traversai les rues de cette capitale, encombrées par la foule, et ses marchés, qui regorgeaient de toutes les délices de la vie.

Peu de jours après mon arrivée, les étudiants vinrent en foule me prier de leur donner des leçons. Malgré mon peu de savoir, il me fallut consentir à leur désir. On me présenta ensuite au sultan, qui m’accueillit avec beaucoup d’affabilité et m’assigna une pension sur les fonds de ses aumônes, selon sa manière habituelle d’agir envers les savants. J’espérais alors que ma famille viendrait me rejoindre ; mais le sultan de Tunis l’empêcha de partir, dans l’espoir de me ramener auprès de lui. Pour lui faire changer d’avis, il me fallut avoir recours à la mé-diation du sultan égyptien.

… En l’an 786 (1384 de J. C.), le sultan déposa le cadi malékite, et me fit l’honneur de me désigner pour remplir la place vacante…. Pour ne laisser aucune prise à la malignité des cen¬seurs, je m’appliquai à rendre la plus exacte justice à tout le monde, sans me laisser influencer par le rang ni par la puissance de qui que ce fût ; je protégeai le faible contre le fort ; je repoussai toute dé¬marche, toute sollicitation, soit d’une des parties, soit de l’autre, pour m’en tenir uniquement à l’audition des preuves testimoniales. … Je marchais droit mon chemin, avec la résolution ferme et décidée de maintenir le bon droit, d’éviter toutes les vanités du monde, et de me montrer inflexible aux personnes en crédit qui voulaient m’influencer. Tels n’étaient pas, cependant, les principes des cadis mes con-frères ; aussi blâmèrent-ils mon austérité, en me conseillant de suivre le système qu’ils s’étaient accordés à adopter, savoir : de plaire aux grands, de montrer de la déférence pour les gens haut placés.

A cette même époque, un coup funeste vint me frapper : toute ma famille s’était embarquée dans un port du Maghreb pour me rejoindre ; mais le vaisseau sombra dans un ouragan et tout le monde périt. Ainsi un seul coup m’enleva à jamais richesses, bonheur et en-fants. Accablé de mon malheur, je cherchai des consolations dans la prière, et je pensai à me démettre de ma charge ; mais, craignant de mécontenter le sultan, j’écoutai les conseils de la prudence et je la gardai.

… Bientôt la faveur divine vint me tirer de cet état pénible : le sultan, puisse Dieu le protéger ! mit le comble à ses bontés en me permettant de déposer un fardeau que je ne pouvais plus porter et à quitter une place dont, à ce qu’on prétendait, je ne connaissais pas les usages.

… Trois années venaient de s’écouler depuis ma destitution quand je me décidai à faire le pèlerinage….Depuis mon re¬tour, j’ai continué jusqu’à ce moment, c’est à dire au commence¬ment de l’an 797 (fin d’octobre 1394), à vivre dans la retraite, jouissant d’une bonne santé et uniquement occupé de l’étude et de l’enseignement. Puisse Dieu nous accorder ses grâces, étendre sur nous son ombre tutélaire et regarder nos œuvres comme méritoires !

————————

Ibn Khaldoun vécut encore près de douze années, se retrouvant un temps prisonnier de Tamerlan à Damas, exerçant à nouveau périodiquement une charge de cadi. Il reprit une dernière fois cette charge

‘au milieu du mois de ramadan 808 (5 mars 1406) ; mais il mourut le 25 du même mois (15 mars 1406), âgé de soixante et quatorze ans’.

 

File:Ibn Chaldun.JPG

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8 Couverture d’une copie du Lubab al-Muhassal

Le premier livre d’Ibn Khaldoun, Lubab al-Muhassal (La Quintessence de la théologie), est un commentaire condensé de la théologie deFakhr ad-Dîn ar-Râzî, rédigé sous la surveillance de son professeur Al-Abuli à Tunis. Le manuscrit autographe, datant de 1351, est conservé à la bibliothèque de l’Escurial. Ar-Râzî est disciple de l’école acharite et Ibn Khaldoun s’en rapproche également.

Comme il l’indique dans son autobiographie, Ibn Khaldoun écrit cinq autres manuscrits de 1351 à 1364. Ceux-ci consistent en un commentaire du poème Qasidat al-Burda de Bousiri101, un traité sur l’arithmétique, un commentaire d’un poème d’Ibn al-Khatib et plusieurs résumés sur la pensée d’Averroès99. L’un de ces commentaires résumés des œuvres d’Averroès est rédigé pour Mohammed V al-Ghani pendant son séjour à la cour de ce dernier48. Le dernier des cinq manuscrits est un précis de logique également rédigé pour Mohammed V al-Ghani. Ces travaux, qui s’inscrivent tous dans la plus pure tradition théologique et philosophique de l’époque, sont aujourd’hui perdus.

Ibn Khaldoun écrit également un texte sur le soufisme, Schifa al-sa’il li tandhib al masa’il (traduit de l’arabe par René Perez sous le titreLa Voie et la Loi, ou le Maître et le Juriste), vers 1373 à Fès ; c’est plus précisément une étude de sociologie religieuse. Il répond en fait à une controverse dans les cercles religieux d’Andalousie qui pose la question de savoir si un novice (murid) doit se diriger lui-même ou s’il a besoin d’un guide spirituel (cheikh) pour atteindre la béatitude

Mais ses travaux les plus importants sont ceux qu’il a écrits lors de sa retraite à la forteresse des Beni Salama  Il s’agit de son autobiographie (Târif) qui tire son intérêt du fait de l’éclairage qu’elle donne sur les conditions de la réalisation de ses autres travaux, son Livre des exemples et surtout sa Muqaddima

 

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8 

voir également les Théories de Ibn Khaldoun  sous document word à télécharger !

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Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8A lire intégralement sous forme de livre en ligne -> Les prolégomènes. Première partie (1863).

Traduits en Français et commentés par William MAC GUCKIN, Baron DE SLANE, membre de l’Institut. (1801-1878). Reproduction photomécanique de la première partie des tomes XIX, XX et XXI des Notices et Extraits des Manuscrits de la Bibliothèque Nationale publiés par l’Institut de France (1863). Paris: Librairie orientaliste Paul Geuthner, 1934 (réimpression de 1996), CXVI + 486 pages. Une édition numérique réalisée par Pierre Palpant, bénévole, Paris.

 

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8A lire intégralement sous forme de livre en ligne -> Les prolégomènes. Deuxième partie (1863).

Traduits en Français et commentés par William MAC GUCKIN, Baron DE SLANE, membre de l’Institut. (1801-1878). Reproduction photomécanique de la deuxième partie des tomes XIX, XX et XXI des Notices et Extraits des Manuscrits de la Bibliothèque Nationale publiés par l’Institut de France (1863). Paris: Librairie orientaliste Paul Geuthner, 1936, 494 pages. Une édition numérique réalisée par Pierre Palpant, bénévole, Paris.


Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8A lire intégralement sous forme de livre en ligne -> Les prolégomènes. Troisième partie (1863).

Traduits en Français et commentés par William MAC GUCKIN, Baron DE SLANE, membre de l’Institut. (1801-1878). Reproduction photomécanique de la troisième partie des tomes XIX, XX et XXI des Notices et Extraits des Manuscrits de la Bibliothèque Nationale publiés par l’Institut de France (1863). Paris. Librairie orientaliste Paul Geuthner, Paris, 1938, 574 pages. Une édition numérique réalisée par Pierre Palpant, bénévole.

sources 

http://classiques.uqac.ca/classiques/Ibn_Khaldoun/Ibn_Khaldoun_photo/Ibn_Khaldoun_photo.html 

Wikipedia

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La Tunisie au gré des conflits

 Ceux qui ont marqué la Tunisie 

Culture et patrimoine

 

29 avril 2013

De Carthage à Jérusalem : la communauté juive de Tunis

Classé sous — milguerres @ 23 h 30 min

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La Tunisie au gré des conflits

Culture et patrimoine

De Carthage à Jérusalem : la communauté juive de Tunis

 

 

Par Robert Attal et Claude Sitbon

Les juifs de Tunisie ont constitué pendant des siècles l’une des plus anciennes communautés de la diaspora, jouant un rôle de carrefour, attirant et assimilant les apports ethniques de tous les horizons. L’écrivain Albert Memmi, originaire de cette communauté, écrit :  » Quand je sus un peu d’histoire, j’en eus le vertige ; Phéniciens, Romains, Vandales, Byzantins, Berbères, Arabes, Espagnols, Turcs, Italiens, Français, j’en oublie et je dois en confondre. Cinq cents pas de promenade et l’on change de civilisation. »

Les origines

On ne peut dater avec certitude les premiers établissements juifs à l’est du Maghreb. Peut-on les faire remonter à l’époque où la flotte du roi Salomon s’associait à celle de Hiram, roi de Tyr, pour entreprendre de lointaines expéditions vers le pays de Tarshish ? Peut-on attribuer leur installation à la destruction, en 586 av. J.-C. du Premier Temple par Nabuchodonosor qui força les juifs à prendre le chemin de l’exil et à s’établir en Babylonie, et Égypte et ailleurs ? Doit-on plutôt la rattacher au mouvement d’émigration qui se développa au lendemain de la conquête de la Judée par Alexandre, à la faveur de l’hellénisation du monde antique ?

Après la conquête romaine en 146 av. J.-C., la population juive de la province d’Afrique se fit plus nombreuse. À ceux déjà implantés dans le pays s’ajoutèrent ceux venus de Rome où une colonie juive est attestée depuis la fin du IIe siècle avant l’ère chrétienne et ceux de Judée après la prise de Jérusalem par Titus en 70 ou de Cyrénaïque après l’écrasement de la révolte juive de 115-117. La population juive s’accrut encore par la conversion d’autochtones de race berbère, parmi lesquels les juifs de souche avaient déployé un vigoureux effort de prosélytisme.

La présence de juifs dans l’Afrique romaine est évoquée par des auteurs comme Tertullien et Saint Augustin ; par les inscriptions juives ou judaïsantes que l’on a retrouvées dans plusieurs endroits ; par les vestiges de la nécropole juive de Carthage et de la synagogue de Naro ; ou encore par le Talmud de Babylone et celui de Jérusalem qui rapportent les opinions de rabbins de Carthage, R. Abba et R. Hanina.

Les juifs jouirent longtemps dans l’Afrique romaine d’un statut favorable qui leur reconnaissait des droits égaux à ceux des païens et leur permettait de se conformer en tous points aux prescriptions de leur religion. Il n’en fut plus de même lorsque le christianisme fut érigé en religion d’État. Ils firent alors l’objet de diverses mesures discriminatoires, furent exclus de toutes les fonctions publiques, leur prosélytisme puni de lourdes peines et la construction de nouvelles synagogues interdite.

Sous la domination vandale au Ve siècle, toutes ces mesures furent abrogées. Mais la reconquête byzantine fut suivie d’une politique d’intolérance : les anciennes mesures discriminatoires furent remises en vigueur, les synagogues transformées en églises, le culte juif proscrit et les juifs contraints de se convertir au christianisme. Persécutés dans les territoires sous hégémonie byzantine, ils quittèrent alors les grandes villes pour aller s’établir dans les régions montagneuses et aux confins du désert, au milieu des populations berbères, et firent parmi elles de nouvelles conversions au judaïsme.

Après la conquête arabe

La conquête arabe du VIIe siècle se heurta longtemps à la résistance farouche des Berbères. À la lutte contre les envahisseurs prirent une part active des tribus berbères judaïsées avec, à leur tête, la reine de l’Aurès, la Kahéna, dont l’historien Ibn Khaldoun affirme qu’elle était juive. Les conquérants arabes finirent par se rendre maîtres du pays. Ils contraignirent par la force des armes les populations païennes locales à se convertir à l’islam, mais reconnurent aux  » Hommes du Livre « , adeptes du monothéisme – juifs et chrétiens – le droit de pratiquer leur religion à condition de verser une capitation, la jezya, en retour de la protection ou dhimma, et d’un statut inférieur à celui des musulmans.

Les juifs de l’ancienne province romaine d’Afrique – l’Ifriqiya – bénéficièrent de conditions de vie clémentes sous les dynasties aghlabite, fatimide et ziride. Ils vivaient dans la capitale, Kairouan – où des textes font mention d’une hara al-yehoud – mais aussi à Sousse, Mahdia et Gabès. Les innombrables documents de la Geniza du Caire, qui ont renouvelé nos connaissances du monde musulman au Moyen Age, témoignent du rôle que jouaient les juifs dans l’économie de l’Ifriqiya et plus particulièrement dans ses échanges par terre et par mer avec Erets-Israël, l’Espagne et la Sicile, ‘Egypte et l’Inde. Les études talmudiques s’épanouirent sous l´impulsion de Houshiel b. lhanan ; le médecin et philosophe Itzhak b. Sulayman Israeli, né au Caire mais établi à Kairouan, attacha son nom à des traités médicaux qui firent longtemps autorité et à des œuvres philosophiques d’inspiration néo-platonicienne. Son disciple, Dounash ben Tamim, grammairien et philosophe, composa un important commentaire du Sefer Hayetsira, l´un des plus anciens monuments de la Kabbale ; le savant Nissim b. Jacob a laissé, entre autres, un recueil de contes édifiants intitulé Hibbur yaffe meha-yeshua (ou  » Livre de la consolation « ) qui constitue le premier livre de contes de la littérature juive médiévale.

Vers le milieu du XIe siècle, l’Ifriqiya fut secouée par l’invasion hilalienne. Les tribus des Bani-Hilal, cantonnées jusque-là en Basse-Egypte, s’abattirent sur l’Ifriqiya, dévastant tout sur leur passage. Les Arabes hilaliens parvinrent en 1057 à s’emparer de Kairouan en forçant la plupart de ses habitants juifs et musulmans à se réfugier dans les villes côtières : Mahdia, Sousse et Tunis. C’est alors, semble-t-il, que la communauté juive de Tunis qui, selon la tradition orale, s’était formée à l’époque du jurisconsulte Sidi Mahrez (c. 1022), s’épanouit à la faveur de la paix relative dont jouissait la ville tandis que le reste du pays était en proie à l’anarchie.

Vers le milieu du XIIe siècle, le souverain marocain Abd el-Moumen gagné à la doctrine intransigeante almohade et décidé à la faire triompher, entreprit la conquête de tout le Maghreb. Ayant franchi les frontières de l’Ifriqiya, il n’eut pas de peine à s’en rendre maître en 1160.Dans toutes les villes soumises à son autorité il invita les juifs comme les chrétiens à choisir entre la mort et la conversion à l’islam.

Des additions à une élégie du poète Abraham Ibn Ezra font état des épreuves que traversèrent alors les communautés de Tunis, Sousse, Mahdia, Sfax, Gafsa, Gabès et Djerba. Partout les juifs furent contraints de se convertir et tout en professant extérieurement l’islam, ils restèrent fidèles au judaïsme qu’ils continuèrent d’observer en secret. Les Almohades imposèrent à tous les juifs du Maghreb un signe distinctif, la shikla, et des vêtements de forme et de couleur spéciales permettant de les reconnaître.

Maïmonide qui traversa la Méditerranée vers 1165 pour se rendre en Egypte, fit escale à Djerba. Il mentionnera brièvement la communauté juive résidant dans l’île et en dira peu de bien. Aux XIIIe et XIVe siècles, la dynastie des Hafsides présida aux destinées du pays, faisant de Tunis leur capitale. Ses souverains revinrent à une conception plus libérale de l’islam. Juifs comme chrétiens furent de nouveau soumis au statut traditionnel des dhimmis : astreints à la capitation et objets de discriminations vestimentaires, mais ne subissant pas d’entraves à leurs activités professionnelles. Ils exerçaient les métiers d’orfèvres, de teinturiers, de tailleurs, comme en témoigne l’onomastique juive; ils jouaient un rôle notable dans les relations avec l’étranger ; ils étaient appelés à exercer certaines charges officielles, telle celle de  » grand douanier  » généralement confiée à un juif. Ils pouvaient en toute liberté exercer leur culte. Comme aux premiers siècles de l’islam, les communautés juives bénéficiaient d’une relative autonomie qui leur permettait de s’administrer et de satisfaire leurs besoins en matière cultuelle et sociale. Les études talmudiques furent favorisées par les contacts qui s’établirent avec les savants rabbins d’Alger, consultés par les communautés tunisiennes sur de nombreux points de droit. Ce sont d’ailleurs les «  responsa  » des décisionnaires d’Alger qui constituent l’une des meilleures sources d’information sur les juifs de Tunisie sous les Hafsides.

A la fin du XVe siècle, les juifs chassés d’Espagne et du Portugal par les rois chrétiens furent nombreux à trouver un refuge dans le Maghreb musulman. Mais les judéo-espagnols se portèrent davantage vers le Maghreb oriental. Le petit nombre de ceux qui vinrent s’établir en Tunisie expliquent qu’ils n’aient pas tardé à se fondre dans la masse des juifs indigènes.

Au XVIe siècle, Turcs et Espagnols se disputèrent la possession de la Berbérie orientale. Les juifs furent éprouvés au cours des combats que se livrèrent les deux puissances ennemies, mais ni plus ni moins que les autres segments de la population locale. Lors de la prise de Tunis par les Espagnols en 1535, de nombreux juifs furent faits prisonniers et vendus comme esclaves dans plusieurs pays chrétiens. Cependant, durant les quelque quarante ans que dura l’occupation espagnole, il ne semble pas qu’elle ait donné lieu à la persécution systématique des juifs.

Les deys et les beys

Après la victoire des Turcs sur les Espagnols en 1574, la Tunisie devint une province de L’Empire ottoman qui accéda peu à peu à une autonomie de fait sous les premiers deys, les beys de la dynastie mouradite et ceux de la dynastie husseinite.

Sous les deys et les beys les juifs jouèrent un grand rôle dans les échanges commerciaux avec l’étranger. En relation d’affaires avec l’Europe, ils sont des intermédiaires efficaces dans la rédemption des chrétiens capturés par les corsaires barbaresques et réduits en esclavage. Ils sont les seuls à exercer les métiers d’orfèvre, de bijoutier et de joaillier, mais exercent aussi, comme les musulmans, ceux de tailleur, teinturier, cordonnier ou menuisier. Les souverains font souvent appel à eux, leur confient même le monnayage de l’or et de l’argent.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les juifs faisaient toujours l’objet de mesures discriminatoires : la chechia qui leur servait de coiffe devait être de couleur noire à la différence de celle des musulmans, rouge. Les juifs italiens qui s’habillaient à l’européenne, portaient des chapeaux ronds comme les marchands chrétiens mais au début du XIXe un bey leur imposa le port d’une calotte blanche. Les juifs étaient toujours astreints au paiement de la capitation. Ils devaient s’acquitter d’impositions supplémentaires chaque fois que le Trésor du prince était en difficulté. De plus, ils étaient périodiquement requis d’accomplir des travaux d’utilité publique et se voyaient imposer des corvées. A la fin du XVIIIe Hammouda Bey alla jusqu´à leur dénier le droit d’acquérir et de posséder des propriétés immobilières.

De nombreux juifs d’origine espagnole ou portugaise établis à Livourne entretenaient des relations commerciales avec la Tunisie, où certains venaient résider et faire souche. Ces  » Livournais  » ou Grana se firent de plus en plus nombreux au cours du XVIIe siècle et prirent une large part aux activités de la population juive. Comme dans le passé ils pouvaient professer leur religion sans entraves, s’organiser en communautés pour faire face à toutes leurs dépenses en matière de culte et d’assistance. Cependant, confinés avec les juifs indigènes dans les venelles étroites de la hara de unis, les Livournais supportent mal cette promiscuité. La méfiance des autochtones à leur endroit et les incompatibilités de mœurs seront à la source d’une séparation de fait des deux communautés en présence, les Twansa (ou Tunisiens) d’un côté, les Grana (ou Livournais) de l’autre. Véritable schisme qui aura lieu en 1741 : chaque communauté aura désormais ses synagogues, ses écoles, ses boucheries rituelles, son tribunal rabbinique, sa caisse de secours et son cimetière. Dans les autres villes de Tunisie, toutefois, les mêmes institutions communautaires continuèrent à servir l’ensemble de tous les fidèles.

Le XVIIIe siècle vit l’essor des études talmudiques dans toutes les communautés de Tunisie, et plus particulièrement à Tunis. C’est alors que les juifs de Tunis se rendront à Livourne pour faire imprimer, parrainés par des mécènes tels les Roa et les Chemama, les oeuvres manuscrites de leurs maîtres. Plus de cent ouvrages verront le jour du XVIIIe au XIXe siècle, à une cadence annuelle de deux à trois volumes.

Lorsque les imprimeries juives locales commencèrent à fonctionner, on imprima sur place des œuvres traitant pour la plupart avec maîtrise et érudition, de commentaires talmudiques et de casuistique. De savants rabbins, tels Itszhak Lumbroso (mort en 1752), Messaoud El Fassi (mort en 1774) et Uziel el-Haïk (mort en 1810) ont attaché leur nom à des œuvres qui furent imprimées à Livourne bien après leur mort. Rappelons que c’est en 1768 que fut imprimé à Tunis le premier livre hébraïque, Zera Itshak du rabbin Itshak Lumbroso. A la fin du XVIIIe, le rabbin émissaire de Hébron, Haïm Yossef David Azoulay, qui séjourna dans le pays des beys, rendra hommage à la science des rabbins de Tunis,  » grande ville de savants et d’écrivains. »

Au XIXe siècle, la Tunisie des beys s’ouvre de plus en plus largement aux influences européennes. Le souverain Ahmed Bey (1837-1855) entreprend de moderniser son administration et son armée et inaugure une politique de réformes. En vertu d’un accord signé au cours de l’année 1846, les juifs de Toscane qui se sont établis en Tunisie à une date récente ou qui viendront s’y établir à l’avenir, obtiennent le droit de conserver la qualité de Toscans sans limitation de temps. Cette disposition encourage nombre de juifs de Livourne à venir s’installer en Tunisie où ils constituent, à la différence des Livournais arrivés au XVIIe siècle, une minorité étrangère placée sous la protection du consul de Toscane. La presque totalité des juifs du pays n’en continue pas moins à faire partie des sujets du Bey et à être soumise au statut de dhimmis.

C’est ce statut qui allait être mis en question par ce qu’il faut bien appeler une manifestation de fanatisme. Un cocher juif du nom de Batou Sfez, en état d’ivresse, eut une altercation avec un musulman. Celui-ci l’accusa d’avoir maudit la religion du Prophète. Il n’en fallut pas davantage pour que le cocher juif malmené par une foule fanatisée, fût arrêté, jugé et, conformément au droit musulman qui punit de mort le blasphème, condamné à la peine capitale et exécuté le 24 juin 1857. La rigueur de la peine, sans commune mesure avec la faute imputée, soulève une vive émotion au sein de la population juive. Les consuls de France et d’Angleterre à Tunis en tirent argument pour demander à Mohamed Bey de s’engager dans la voie de réformes libérales, analogues à celles décrétées dans l’Empire ottoman. Des pressions de plus en plus vives amènent Mohamed Bey à proclamer le 10 septembre 1857, sous le nom de Pacte Fondamental, une déclaration de principes accordant de larges garanties à tous : nationaux et étrangers, qu’ils soient musulmans, juifs ou chrétiens. Son successeur, Mohamed es-Sadok Bey y ajoute une constitution en date du 26 avril 1861 qui fit du pays une manière de monarchie parlementaire. Ces textes novateurs mettent fin à toutes les mesures discriminatoires officielles dont les juifs pâtirent dans le passé, en leur reconnaissant les mêmes droits et les mêmes devoirs qu’aux musulmans.

Les réformes introduites par ces beys ne tardèrent pas à grever les finances publiques. Pour y faire face, les beys furent amenés à majorer les impôts en vigueur, en exaspérant les masses. La révolte de 1864 amena le pouvoir à suspendre l’application de la constitution et à donner un coup d’arrêt aux réformes. Mais les juifs n’eurent pas à souffrir d’une remise en vigueur des anciennes discriminations. Pour venir à bout de la révolte populaire, le bey avait dû contracter un certain nombre d’emprunts dont les arrérages pesaient lourdement sur le budget. Ne pouvant plus honorer ses engagements, la Tunisie se vit imposer en 1869 la création d’une Commission financière internationale. Dès lors le pays devint le théâtre de la lutte d’influence des puissances et la pénétration économique de la France, de l’Angleterre et de l’Italie s’intensifia. Un certain nombre de juifs tunisiens qui entretenaient des relations commerciales avec les puissances européennes obtinrent leur protection, ce qui leur permettait, tout en conservant la nationalité tunisienne et le statut ersonnel défini par le droit mosaïque, de devenir justiciables des juridictions consulaires, à l’égal des ressortissants étrangers, échappant ainsi à l’arbitraire de l’administration beylicale. L’influence de l’Europe s’exerçait également sur le plan culturel. Les enfants des familles de la bourgeoisie tunisoise fréquentaient des écoles protestantes. L’école ouverte à Tunis par l’Alliance israélite universelle en 1878 permit aux familles juives de toutes les classes sociales d’y envoyer leurs enfants. Tout en faisant une place à l’histoire juive et à l’enseignement de l’hébreu, celle-ci dispensait les programmes des écoles françaises. Dès lors s’amorça une évolution de la population juive qui devait s’amplifier sous le Protectorat français institué le 12 mai 1881 par le traité du Bardo.

Le protectorat français

Le protectorat français fut accueilli avec un certain enthousiasme par des juifs de Tunisie, convaincus que leur condition s’améliorerait sous l’égide d’une France qui avait été la première nation à émanciper les juifs. Et de fait, la situation économique de la communauté juive prospéra à la faveur de l’économie coloniale. À la première école de l’Alliance israélite s’en ajoutèrent de nouvelles à Tunis, Sousse et Sfax. Mais la jeunesse juive fut aussi de plus en plus nombreuse à fréquenter les écoles publiques ouvertes dans les villes de Tunisie. La scolarisation des nouvelles générations engendra l’acculturation de la population juive. Les familles juives aisées abandonnèrent la hara pour s’installer dans les nouveaux quartiers  » européens « . Des imprimeries juives furent créées qui permirent l’impression de livres de prière et de traités talmudiques composés par des rabbins tunisiens, mais aussi de publications en judéo-arabe.

Une littérature populaire en judéo-arabe (rédigée en caractères hébraïques) se développa vers 1860 avant de s’éteindre complètement en 1960. Comme toute littérature naissante, elle était composée d’œuvres d’emprunts, de traductions ou d’imitations de l’arabe, de l’hébreu et du français. Près de 1200 écrits verront le jour durant cette période : nouvelles, contes, élégies, chansons bédouines ou égyptiennes, polémiques, faits divers et problèmes d’actualité. À cette production, il faut ajouter plus de soixante journaux quotidiens, hebdomadaires ou bulletins éphémères. À son apogée, cette littérature locale dont le but était de divertir et d’instruire les masses dépassera les frontières de la Tunisie et sera lue dans tout le Maghreb, de Benghazi à Casablanca.

Les liens entretenus par la communauté juive de Tunisie avec celle de Palestine ne se démentirent jamais. L’émergence du mouvement sioniste en Europe inspira la formation de plusieurs organismes sionistes : Agoudat Sion, Yoshevet Sion, Terahem Sion qui, en 1920, s’unifièrent en une Fédération sioniste officielle. Des cours d’hébreu moderne sont dispensés, et un grand intérêt est manifesté pour les problèmes sociaux, économiques et politiques vécus par la communauté juive de Palestine. Dès 1929 est créé en Tunisie le mouvement pionnier Hashomer Hatsaïr, suivi, en 1933 du mouvement révisionniste Betar qui sera appelé à devenir la base de l’impulsion sioniste future en Tunisie.

L’adoption des mœurs et de la culture françaises s’intensifie. L’occidentalisation se traduit encore par l’adoption de nouveaux modèles familiaux et l’affaiblissement des pratiques religieuses dans les classes dites  » évoluées « . Désormais les publications en judéo-arabe sont délaissées pour les journaux et revues en français, langue dans laquelle les écrivains juifs tunisiens d’après la Première Guerre mondiale publient leurs propres œuvres.

La loi française du 20 décembre 1923 ayant rendu plus aisées les conditions d’accès à la nationalité française, des juifs tunisiens demandent et obtiennent leur naturalisation. Prônée par les assimilationnistes, la naturalisation est combattue par les traditionalistes parce qu’elle leur semble accélérer la déjudaïsation, par les sionistes qui militent en faveur d’une solution nationale de la question juive et par les marxistes qui souhaitent que les juifs lient leur destin à celui de leurs compatriotes musulmans.

Si les juifs tunisiens mettent moins d’empressement à vouloir devenir Français, c’est sans doute parce que leur condition juridique s’est améliorée : au lendemain de la Première Guerre mondiale en effet la communauté juive avait été dotée d’un conseil d’administration élu au suffrage universel avec représentation proportionnelle des  » Livournais  » et des  » Tunisiens « , par le décret beylical du 20 août 1921. Dans toutes les villes la population juive était en mesure de pourvoir à ses besoins en matière de culte et d’assistance. Le statut personnel des juifs de nationalité tunisienne était réglementé par le droit mosaïque et les tribunaux rabbiniques étaient les seuls compétents dans ce domaine. De plus, la population juive se trouvait représentée dans toutes les assemblées consultatives du pays : chambres économiques, conseils de caïdats, Grand Conseil. Si elle ne constituait qu’une faible minorité de la population totale de Tunisie – moins de 2,5 % en 1936 – elle possédait néanmoins tous les droits d’une minorité. Cette période portera en germe tous les signes des mutations futures de cette communauté que la Deuxième Guerre mondiale viendra perturber.

 

La deuxième guerre mondiale

Après la défaite de juin 1940 et l’établissement du régime de Vichy, les juifs de nationalité tunisienne comme ceux qui avaient acquis la nationalité française firent l’objet de toutes les mesures discriminatoires édictées en France : exclus de toutes les fonctions publiques, les professions d’avocats et de médecins limitées par le numerus clausus. La gestion de leurs entreprises leur fut retirée et confiée à des administrateurs provisoires  » aryens « . En pleine application de ces mesures, la Tunisie fut occupée par les armées de l’Axe, suite au débarquement allié du 8 novembre 1943. Pendant six mois, de novembre 1942 à mai 1943, les juifs de Tunisie furent considérés par les forces d’occupation comme des ennemis et traités en ennemis. Ayant pris en otages une centaine de notables juifs qu’il menaçait d’exécuter, le Haut Commandement allemand força la communauté juive de Tunis à fournir 3000 hommes qui furent dirigés vers les camps de travail obligatoire. Outre les pénuries alimentaires et les bombardements intensifs des armées alliées, lot de toute la population tunisienne, la population juive supporta le poids de toutes les réquisitions militaires et fut frappée

D’exorbitantes amendes collectives pour indemniser les victimes d’une guerre dont la responsabilité était attribuée à la  » juiverie internationale « . Des exécutions sommaires et des déportations individuelles dans des camps de concentration européens punirent les contraventions à l’ordre allemand, mais la victoire des alliés empêcha les nazis d’appliquer aux juifs de Tunisie leur «  solution finale « . Peu de temps après la libération du pays par les armées alliées, le 7 mai 1943, les dispositions édictées contre les juifs furent peu à peu abrogées et les juifs bénéficièrent alors de conditions favorables à leur essor. En 1946 ils étaient 70 000 de nationalité tunisienne sans compter les 20 à 25 000 juifs de nationalités française, italienne ou autre.

La communauté de Tunis, réorganisée par un décret du 13 mars 1947, et celles de «  l’intérieur  » secondées par des œuvres sociales telles l’OSE, le JOINT et de nombreux organismes locaux font reculer d’année en année le paupérisme juif. Certes, il reste à l’intérieur du pays des communautés qui ont conservé dans de nombreux domaines leur mode de vie traditionnel, mais la diffusion quasiment généralisée de la langue et de la culture françaises contribuent à la modernisation d’une part croissante de la population juive.

Désormais, l’émancipation passe aussi par le sionisme, défendu par des journaux comme La Voix juive et la Gazette d’Israël. Dès 1945 des jeunes émigrent pour aller grossir les effectifs des pionniers d’Israël. Après l’Indépendance de l’État d’Israël, l’émigration devient massive : quelque 25 000 juifs partiront pour Israël entre 1948 et 1955, surtout les éléments traditionalistes de la population juive tunisienne. Les plus occidentalisés des classes aisées se dirigeront vers la France.

Depuis l’indépendance

Après l’indépendance proclamée le 20 mars 1956, les dirigeants du pays, avec Habib Bourguiba à leur tête, s’attachent à intégrer les juifs dans la nation tunisienne en abrogeant tout ce qui pouvait les séparer de leurs compatriotes musulmans.

Quelques jours plus tard les citoyens tunisiens juifs et musulmans sont appelés à élire la première Assemblée constituante. Le premier gouvernement tunisien compte un ministre juif. Le 25 juillet 1957, l’abolition du beylicat est votée à l’unanimité et Bourguiba proclamé président de la République. Les réformes entreprises touchent aussi la population juive : le 27 septembre 1957, le tribunal rabbinique est supprimé et remplacé par une Chambre de statut personnel intégrée dans les juridictions civiles. Onze magistrats juifs sont nommés qui occupent, pour la première fois, de hautes fonctions judiciaires.

Dans l’ensemble, la politique de la République tunisienne sera libérale, mais la situation (la constitution tunisienne édictant que la Tunisie est un pays musulman, les discriminations positives qui excluaient les jeunes juifs du service militaire, des passe-droits de plus en plus fréquents, ajoutés au marasme économique notamment) mènera au départ de la plupart des juifs qui avaient choisi de rester dans leur pays après l’indépendance.

La crise de Bizerte, en 1961, provoquée par le maintien de troupes françaises dans cette base navale sans l’assentiment de la Tunisie, cinq ans après l’indépendance, donne lieu à de sanglants incidents qui, curieusement, engendrent une brutale flambée d’antisémitisme chez une partie de la population musulmane. Elle fut suivie lors de la guerre de Six-Jours (1967) par la mise à sac de boutiques juives et l’incendie de la grande synagogue de Tunis. En 1971, l’assassinat d’un rabbin en plein cœur de la capitale déclenche une nouvelle vague d’émigration.

La population juive de Tunisie se réduit à quelque 3 000 âmes à l’heure actuelle. Les originaires de ce pays se sont dirigés les uns vers Israël (50 000), les autres vers la France (35 000). Partagés entre ces deux pays où ils se sont donné une nouvelle vie, ils sont restés liés à la Tunisie par 2000 ans d’histoire.

Robert A. Attal, né à Paris en 1927, Claude Sitbon, né à Tunis en 1943.

 http://www.chemla.org/Tunisie.html  

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Tant qu’il y aura des Amazighs – Rachid RIDOUANE ZIRI

Classé sous — milguerres @ 23 h 02 min

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Tant qu’il y aura des Amazighs

 

 

Fichier: COLLECTIE Tropenmuseum Berbervrouw dans feestkledij uit Zuid-Tafraoute Marokko TMnr 60033850.jpg

Jeune femme chleuh de l’Anti Atlas avec des tatouages et des bijouxtraditionnels. Début du xxe siècle

Être ou ne pas être, telle est la solution. La solution pour une crise identitaire dont tous les Nord-Africains souffrent. Être ce que nous sommes, quoi de plus logique ? Et pourtant, dans notre pays, notre grand pays le Maghreb, être ne peut être qu’arabe ou disparaître. Dans notre grand pays, le Tamazgha, être amazigh est équivalent à ne pas être : Je suis amazigh donc je ne suis pas. Aujourd’hui, tout le monde ou presque ignore que la population de Tamazgha est presque exclusivement formée d’Imazighen. Ceux qu’on qualifie, à tort d’Arabes, sont en réalité (historique, culturelle et linguistique) des Imazighen plus ou moins arabisés. Gabriel Camps, une des figures scientifiques spécialisées sur notre région, affirme qu’« il n’y a pas, pas plus dans le Tell que dans le Sahara, des Arabes et des Berbères, mais des Berbères berbérophones et des Berbères arabophones et arabisés ».

Je n’existe pas officiellement, je n’existe qu’officieusement. Je n’existe qu’entre moi et moi-même. Je suis Log1 par la volonté de mes dirigeants : mon existence ne figure dans aucun texte fondamental de mon pays. Je ne suis pas à cause d’un mythe créé par des panarabistes qui veulent que tout le monde soit arabe, alors que tout le monde n’est pas et ne peut pas être arabe. Ce n’est qu’après avoir pris conscience de cette réalité, de ma dignité et de mon existence que je trouve la force de dire NON à une idéologie panarabiste ou occidentale, peu importe, qui veut me déraciner. Je ne suis pas arabe. Je ne suis pas français, non plus. Je suis ce que je suis : amazigh. Amazigh par la goutte du sperme, par le destin. Amazigh par la terre de mes ancêtres, cinq fois millénaire. Amazigh par la langue que j’ai soigneusement tétée de ma mère, elle aussi tamazight par la décision de l’histoire. Et, c’est tout naturellement qu’un panarabiste nommé Abid El Jabiri ordonna « l’assassinat » pur et simple de cette langue : « Il faut extirper ces dialectes berbères… » disait-il. Et que M. Abdelhamid Hadjar alerte que « tout Algérien qui refuse de s’arabiser se sentira seul dans son propre pays ».

 

Plus drôle encore, M. Ottoman Saadi, de l’ex-parti panarabiste algérien. Pour lui, tamazight est un dialecte arabe, le lexique amazigh n’est qu’une variation métamorphosique de cette langue sacrée, la langue de Dieu ! Pour résoudre cette énigme, M. Ottoman se métamorphose en linguiste. D’un coup de baguette magique, il nous fait comprendre que Yan (un en Tamazight) n’est qu’une variation, phonétique ou phonologique ? on n’en sait rien, de Wahid (un en arabe). Lisons son analyse : Le w est devenu y/Le h est devenu n/Le i est tombé/Le d est tombé, aussi ! Sorry Chomsky ! Pour ces gens, il fallait éduquer ces Berbères/barbares et leur apprendre la poésie, l’histoire et l’art, tels qu’ils devraient être appris, chacun devant savoir que ses ancêtres buvaient du lait avec des dattes, enterraient les filles… Aujourd’hui, techniques et moyens de communication de masse ont accéléré avantageusement les procédés de déculturation de notre peuple. Aujourd’hui, c’est l’école qui déracine les Imazighen, une école qui incite l’enfant, inconscient et innocent, à jeter, à marginaliser et surtout à mépriser sa langue maternelle. Ce n’est pas étonnant, puisqu’il se rend compte que « tafounast » ne sert plus à rien et que « baqaratun » est le seul terme correct pour désigner une « vache ». C’est aussi les médias. Tout ce qui bouge et informe officiellement « savate » l’identité amazighe.

« La langue en tant qu’outil, en dehors de tout jugement, reste ce que la communauté décide d’en faire ». Aujourd’hui la communauté Amazigh doit décider. Mais cette communauté, malheureusement, est loin d’être consciente du danger que court son existence même. Un Amazigh qui répète, conscient (!?) à son frère Amazigh : Nkni Aarabn ! (Nous les Arabes, en berbère) qu’attendre de ces gens qui ne savent même pas qu’ils existent ? Comment ne pas nier « les Berbères qui auront pour du fric ou des espoirs inutiles trahi la fonction de ce monde » ? Comment ne pas « …faire le procès de mon propre sang car il n’arrive pas à se dépêtrer de lui-même et à se transformer » ? Mais, surtout, comment expliquer une telle auto-négation ? Quel a été ce processus machiavélique qui a fait de nous ce que nous ne sommes pas, ce que nous n’avons jamais été ? Les pouvoirs politiques, l’idéologie panarabiste, les médias, la naïveté, la religion… ? La religion, est-elle vraiment ce qui a fait de nous des Arabes ? Être musulman, est-il synonyme d’être arabe ? NON. Prenant l’exemple des Perses, ces exportateurs de la « révolution islamique », les Perses ne peuvent entendre le mot arabe sans que la rage les envahisse. Pour eux, le Golf est perse et non pas arabe.

Les Turques, les Pakistanais, les Kurdes, les Talibans, les Tchétchènes…sont tous des musulmans  ils ne sont pas arabes.

Pour ces peuples, il leur paraît fondamental pour le maintien de leur identité culturelle qu’ils puissent, en toute liberté, développer leurs modes d’expression sans subir d’entraves.

Pour imazighen, ils ne seront eux-mêmes que lorsqu’ils disposeront des moyens d’exprimer totalement et sans contrainte leur identité culturelle et assurer la maîtrise de la diffusion de cette culture. Pourquoi devrons-nous défendre l’usage de Tamazight ? La raison est simple : Parce que « les mots sont aussi des idées » (J. Polhan) et parce que toute langue est à la fois moyen de communication et symbole d’identité. Pour Jacques Berque, la langue ne sert pas à communiquer mais à être. Être amazigh, c’est écrire et parler tamazight. C’est aussi et à la fois préserver et enrichir la culture nord-africaine. Tamazight est le pivot de cette identité culturelle, et en tant que telle, elle doit bénéficier des aides des états concernés, des gouvernements et des institutions. Imazighen, on ne le répétera jamais assez, payent des impôts. L’argent de ces contribuables, Tamazight en a tellement besoin. Comment montrer à ces pouvoirs politiques que nous adorons notre langue, notre identité, que nous ne sommes pas prêts à laisser tomber une partie de nous ? Comment attirer l’attention du voleur et du volé, du crocodile et de la victime, des nouveaux sorciers de l’Afrique et des hypnotisés ? Ce Berbère hypnotisé, volé, trahi, comment le faire bouger ? Comment casser ce complexe d’infériorité ? Comment faire de ce Berbère un Amazigh ? Il nous semble cependant qu’il n’y a pas lieu de se désespérer. Les conditions favorables pour le développement de Tamazight sont entre nos mains. Il n’est pas question de les lâcher. C’est donc en tant qu’Imazighen que nous devons agir et réagir : créer des associations, publier des revues, organiser des conférences, crier notre existence… pour le bien-être de Tamazgha. Le chemin est long, mais comme disait H. Id Belkacem : Imazighen avancent tandis que les autres reculent. On avance, c’est évident. La preuve : la question tamazight n’a pratiquement jamais été posée d’une telle façon, aussi forte et aussi revendicative. À nous de continuer dans ce chemin, fiers, égoïstes et acharnés. Le jour viendra sûrement où Tamazight regagnera la place qui est la sienne, tant qu’il y aura des AMAZIGHS !

 

Rachid RIDOUANE ZIRI

Références

  • Gabriel CAMPS, Les Berbères, mémoire et identité. Éditions Errance, Paris 1984.
  • Abid EL JABIRI, Lumières sur les problèmes de l’enseignement au Maroc. 1974.
  • Ottoman SAADI, Arabité de l’Algérie à travers l’histoire.
  • Mohammed KHAÏR EDDINE, Une vie, un rêve, un peuple toujours errants. 1978 p. 81.
  • Mohammed KHAÏR EDDINE, Interview. Algérie actualité. Mai 1968
source : http://www.mondeberbere.com/PARImazigh/tant_quil.htm

image : wikipedia

 à litre également sur : http://fr.calameo.com/read/002152756e2bdaa1fdd43 

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