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21 avril 2013

L’Algérie en 1881 – au gré de l’incursion française

Classé sous — milguerres @ 22 h 43 min

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La Tunisie au gré des conflits

 Une histoire : la Tunisie et la France

Titre : Les Tirailleurs algériens dans le Sahara, récits faits par trois survivants de la mission Flatters et recueillis par F. Patorni,…
Auteur : Patorni, Fernand (1842-1904)
Éditeur : impr. de L. Marle (Constantine)
Date d’édition : 1884
SOURCE BNF 

A CONSULTER INTEGRALEMENT EN LIGNE
162 PAGES ATTENTION !!!  Very Happy Razz

http://fr.calameo.com/read/00215275645aad7d8b7fa

 

L’Algérie en 1881 – au gré de l’incursion française 

 

La France à la même époque prenait le Fort de BIZERTE
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L’affaire de Géryville et le Sous-Lieutenant Weinbrenner
Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8TOUT L’ARTICLE CI-DESSOUS disponible sous format word à télécharger -> L’Algérie en 1881 – au gré de l’incursion française

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8

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Partie 1

L’ODYSSÉE D’UNE TRIBU SAHARIENNE : LES DJERAMNA (1881-1929)
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Pierre Boyer 
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Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée 
Année 1971 Volume 10 Numéro 10 pp. 27-54

Le 4 septembre 1928, un arrêté du Gouverneur Général de l’Algérie réintégrait dans la Tribu des Ouled Ziad Cheraga, appartenant à la Confédération des Traffi, la fraction Djeramna qui l’avait abandonnée quarante huit ans plus tôt pour se lancer dans une étonnante aventure.
Celle-ci, selon l’humeur du lecteur apparaîtra comme une sorte de western saharien au cours duquel une tribu nomade s’enfonce de plus en plus dans le désert pour sauvegarder sa liberté, avant de revenir, après un long périple, sur les terres de ses ancêtres ; ou bien il trouvera matière à tragédie grecque et se remémorera Ulysse et ses compagnons fuyant devant la colère d’Héra.

Soyons plus précis et examinons ce qui conduisit les Djeramna à assassiner un officier français, le 21 avril 1881, puis à gagner successivement le Sud-Marocain, la région d’El-Goléa, le Gourara, le Touat, Aoulef, les Touareg Ajjer, Ghadamès, le Fezzan, pour finalement revenir aux environs d’El Abiod Sidi Cheikh, en passant par le Sud Tunisien et les régions d’Ouargla et d’El Goléa.

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En 1881, le Sud Oranais échappait encore au contrôle de l’administration française. On trouvait bien un Bureau Arabe à Géryville, mais son influence ne dépassait guère soixante kilomètres à la ronde. Les postes de Méchéria, Ain Sefra, du Khreider, n’existaient pas. Une maigre garnison de disciplinaires de la Légion occupait le bordj de Sfissifa ; son rôle politique était nul. On ne disposait que d’une seule piste carrossable reliant Géryville à Saïda. Tous les transports se faisaient encore à dos de chameau.
Dans ces immenses étendues, les tribus vivaient comme elles avaient vécu à l’époque turque, estimant, l’impôt payé, pouvoir agir à leur guise.
Or, ces tribus étaient loin d’être paisibles. Sous la conduite de leurs Chefs religieux, les Ouled Sidi Cheikh, elles s’étaient révoltées en 1864 ; et si la majorité d’entr’elles, dont les Djeramna, était rentrée en 1866, quelques familles étaient encore en dissidence sur les confins Algéro-Marocains ou dans l’Extrême Sud1.

 

L'Algérie en 1881 - au gré de l'incursion française  migrat10

Les contacts fréquents avec ces insoumis entretenaient un esprit de rebellion larvé qui n’attendait que l’occasion pour s’affirmer par les armes.
A partir de l878, une série d’incidents caractéristiques se produisait.
D’abord, le jeune Si Hamza, héritier direct de la baraka des Ouled Sidi Cheikh, qui venait de rentrer dans les Territoires contrôlés par l’administration française, s’évadait vers les confins Algéro-Marocains. Ensuite, à l’annonce de l’établissement d’une voie ferrée à travers leurs territoires, les Traffï bloquaient à Tyout la mission d’étude du Transsaharien qui devait rebrousser chemin devant l’hostilité des tribus.
Mais surtout l’action d’un jeune marabout, Bou Amama, allait raviver les vieilles espérances. Ce saint personnage, né vers 1838/40 dans la région de Figuig, était d’origine très modeste. Il appartenait aux Ouled Sidi Taj, fraction des Ouled Sidi Cheikh Gharaba. Son grand-père avait joui, cependant, d’un certain prestige religieux. En 1875, il se fixait à Moghar, en territoire algérien où sa piété le fit remarquer. En 1878, il y fondait une zaouïa et commençait, selon l’usage, à envoyer des missionnaires dans les tribus.
Poursuivait-il un but religieux ou un but politique ? Les renseignements recueillis sont contradictoires car les événements qu’il déclencha servirent de prétexte à polémique dans la presse algérienne. Le parti civil en fît un agitateur sans scrupule, le parti militaire un honnête marabout qui aurait mal tourné2. De toutes façons, c’était jouer avec le feu et cette prédication religieuse glissa rapidement à l’appel à la révolte.

L’administration militaire signalait bien le danger mais le Gouverneur Général,A lbert Grevy, avait proclamé en 1879 que « l’ère des insurrections était close » et il lui était difficile de se déjuger en organisant une expédition dans le Sud-Oranais. Bou Amama put ainsi développer en toute tranquilité son action. Ses moqqadem avaient reçu un excellent accueil chez les Traffi et particulièrement chez les Djeramna des Ouled Ziad 3. Un de ces derniers, Tayeb el Djeramni, avait même été chargé d’aller à son tour porter la bonne parole chez Ouled Addou du Cercle de Tiaret.

Au début de 1881, cependant, les renseignements affluent rapportant l’imminence d’un soulèvement. Le 3 mars, 11 familles d’Ouled Sidi Cheikh Gharaba, entrées en territoire algérien en 1877, vont rejoindre Bou Amama. Survient, le 13, l’annonce du massacre de la Mission Flatters qu’apporte un Chambaa d’Ouargla.

Le 6 avril, le Bachaga de Frendah, Si Ahmed Ouled Cadi, dont la loyauté est connue, annonce que Bou Amama a envoyé des émissaires dans les tribus pour prêcher la guerre sainte.
Cette fois, on s’inquiète en haut lieu, d’autant que la prochaine campagne de Tunisie a vidé l’Oranie de ses troupes 4, On convoque les Caïds pour les inviter à secouer leur torpeur et ordre est donné aux Officiers des Bureaux Arabes d’arrêter en tribu les émissaires du Marabout.

Dans le Cercle de Géryville, l’attention se porte sur la fraction des Djeramna dont les deux chefs Eddin ben Mohammed et Dahmane ben Cheikh sont acquis à Bou Amama et dont est originaire le moqqadem Tayeb el Djeramni. L’opération est délicate et il est certain que l’envoi d’officiers sans troupes au milieu de tribus en semi rebellion frise l’inconscience 5.
Pour comble de malchance, Géryville n’asous la main qu’un jeune sous-lieutenant, affecté depuis peu aux affaires arabes, ne connaissant pas les réactions des nomades. Aussi, avant d’être envoyé le S/Lieutenant Weinbrenner est-il longuement chapitré. On lui adjoint un maréchal des logis confirmé, Lakhdar Ould bou Arfa et trois spahis. 

Pour plus de sûreté,son chef lui demande d’agir en liaison étroite avec le Caïd de la tribu.
Malheureusement, rien n’y fera. Weinbrenner, esclave de la consigne, exige la livraison d’Eddin et de Dahmane, Tayeb étant encore chez les Ouled Addou.

Ceux-ci font mine d’accepter et alors que l’officier et ses spahis goûtent aux dattes et au lait du repas de réconciliation, ils sont assaillis par leurs hôtes. Eddin assomme Weinbrenner ; deux spahis sont tués, le maréchal des logis et le Caïd des Ouled Ziad Cheraga, qui avait rejoint l’officier, sont blessés mais parviendront à s’enfuir.
Il est assez difficile d’expliquer l’attitude des Djeramna en l’occurence.
D’abord les circonstances du meurtre. On ne tue pas un hôte à qui l’on offre le lait et les dattes. On attend au moins qu’il ait quitté le campement.
D’autre part, cette initiative n’est pas conforme aux plans des conspirateurs.

Il est certain que Bou Amama n’envisageait pas de soulèvement avant que les récoltes ne soient rentrées, c’est-à-dire, la fin mai. Cette erreur le contraindra à piller en automne les silos de tribus sympathisantes, les rendant aussitôt hostiles à sa cause.
Ce fut, pensons-nous, un concours de hasards malheureux : inexpérience de Weinbrenner qui choque les Djeramna,6 exhaltation religieuse de ces derniers et refus des deux chefs d’être arrêtés avant le déclanchement de la révolte qu’ils appellent de tous leurs voeux.
Toujours est-il que sitôt les cadavres dépouillés, on rassembla les troupeaux, on démonta les tentes et bientôt Djeramna et Djeramna Aouachir, en une longue caravane, s’enfoncèrent vers l’Est, La grande aventure commençait.

Dans l’esprit des Djeramna, leur action devait être le signal de la grande insurrection victorieuse, aussi se dirigèrent-ils vers les Harrar du Cercle de Tiaret, qu’avait « travaillés » leur contribute, Tayeb el Djeramni. Mais ces derniers gardèrent une attitude expectative. Seuls, les Ouled Addou qui hébergeaient Si Tayeb les suivirent. Ils se dirigèrent alors vers le sud pour rejoindre Bou Amama.
Nous n’avons pas à faire ici l’historique de ce que l’on a appelé la révolte de Bou Amama. Disons en gros que les responsables militaires, du fait des départs de troupes pour la Tunisie, ne purent tout d’abord opposer aux insurgés que des goum assez indécis. 
Peu à peu, la situation s’améliora. Les trois incursions de Bou Amama dans les zones soumises firent long feu. Mais il put assurer le ravitaillement en grain de ses partisans, compromis par l’action prématurée des Djeramna. 
En décembre 1881, BouAmama, déconsidéré, était abandonné de ses partisans. Ceux-ci passaient au Maroc ou s’intégraient aux vieilles bandes rebelles groupées autour des deux chefs des Ouled Sidi Cheikh qui tenaient la campagne depuis 1864, Si Slimane des Ouled Sidi Cheikh Gharaba et Si Kaddour des Ouled Sidi Cheikh Cheraga.

Les Djeramna, qui appartenaient aux Ouled Ziad, rejoignirent tout naturellement Si Kaddour. Mais ils songèrent d’abord à mettre en sûreté leurs troupeaux et leurs familles dans la zone des confins marocains. Or, ils arrivaient là en intrus, d’autant que la grande tribu frontalière des Doui Menia ne portait pas les Ouled Sidi Cheikh Cheraga dans son coeur. On assista pendant toute l’année 1882 à une succession de rezzou et de contre rezzou entre Doui Menia et gens de Si Kaddour. C’est ainsi qu’en août les Djeramna participent à l’attaque d’une caravane de Doui Menia, et leur tuent 18 hommes. 

Dans cette affaire, celui qui avait déclenché tous ces événements, Eddin ben Mohammed, l’assassin de Weinbrenner, trouvait la mort 7.

Il semble que ce décès troubla les Djeramna au point de leur faire quitter Si Kaddour. La fraction décampa en direction du Touat. Mais Si Kaddour ne l’entendait pas de cette oreille. Il fit poursuivre les fugitifs par le goum de son neveu Bou Bekeur. Les Djeramna tuèrent ce dernier mais ils durent céder à la force et regagner les campements de Si Kaddour qui en fit fusiller cinq, en punition du meurtre de son neveu 8.

Il faut voir, pensons-nous, dans ce sanglant incident, un aspect de la lutte d’influence que se livraient le grand Marabout qu’était Si Kaddour, et le nouveau venu aux dents longues, Bou Amama, qui se maintenait au Gourara.
Les Djeramna reprirent donc leur existence aventureuse sur les confins marocains. En février 1883, on signale des incidents lors du partage des dépouilles d’une razzia faite sur les Ouled Djerir 9 par les gens de Si Kaddour, et bientôt la question de l’aman oppose les insurgés entr’eux. 

En gros, les Ouled Sidi Cheikh Cheraga et les Laghouat Ksel veulent retourner auprès du neveu de Si Kaddour, Si Hamza, qui négocie sa soumission aux Français. Les Traffi (dont les Djeramna) restent fidèles à Si Kaddour 10.
En effet, pendant ce temps, le Gouvernement français s’efforçait de mettre fin, par la négociation, à cette malencontreuse insurrection. Divers plans étaient étudiés. Finalement, on s’arrêta à celui du Général Thomassin, commandant la Division d’Oran, qui préconisait la reconstitution d’un grand commandement en faveur d’un représentant des Ouled Hamza, famille dominante des Ouled Sidi Cheikh, l’octroi d’une subvention de 60 000 F. aux mêmes Ouled Hamza et enfin la reconstruction solennelle de la Koubba de l’ancêtre, détruite lors des opérations militaires. Le candidat du Général Thomassin était le jeune Si Hamza ben Bou Bekeur, héritier légitime de la baraka, qui s’était enfui en 1878.

L’année 1883 se passera en négociations avec Si Hamza et Si Kaddour, pendant que les Djeramna, comme les autres tribus insurgées, nomadisent entre Hassi BouZid et le Touat * l . Finalement, un accord est conclu : Si Hamza et la majorité des dissidents regagneront le cercle de Géryville Les partisans de Si Kaddour nomadiseront au sud d’El Goléa après une soumission toute théorique.
Mais ils s’abstiendront de toute action 12. En mai, la situation s’était décantée . Les Ouled Sidi Cheikh formaient désormais trois groupes :
— dans la zone d’El Hassi, 1 500 tentes, sous le commandement de Si Hamza, attendaient l’autorisation de rentrer ;
— dans l’Oued Meguiden, les attentistes, et parmi eux les Djeramna, se regroupaient autour de Si Kaddour ;
— dans le Gourara enfin, Si Slimane, des Ouled Sidi Cheikh Gheraba, essayait de reprendre en main les irréductibles13.
On peut, naturellement, se demander pourquoi les Djeramna restaient avec Si Kaddour au lieu de rejoindre Si Slimane. Les explications sont multiples.
D’abord il est probable qu’ils restaient contraints et forcés. Ensuite, Si Slimane appartenait aux Ouled Sidi Cheikh Gharaba, des frères ennemis, alliés des Doui Menia et des Ouled Djerir. Enfin, les Djeramna espéraient sans doute pouvoir bénéficier d’un répit dans l’existence agitée qu’ils menaient depuis trois ans.
Un événement fortuit allait tout remettre en cause. En effet, en 1883, une épidémie de choléra est signalée et l’Algérie installe un cordon sanitaire entre les territoires contrôlés et les campements insoumis. Ce cordon sanitaire sépare les gens de Si Kaddour d’El Goléa et compromet, de ce fait, le ravitaillement. Les Djeramna sont les premiers à proposer alors un départ vers le Gourara, ce Gourara dont Si Kaddour leur avait brutalement interdit l’accès en décembre 1882.
En octobre, le cordon sanitaire était levé, mais Si Kaddour, suivant l’avis des Djeramna, était déjà en route pour le sud.
Les Djeramna devaient rester au Gourara pendant les années 1884 et 1885.
Leur souhait se trouvait réalisé et ils se gardent bien de remonter vers le nord, même pour l’estivage. En 1885, ils passent encore l’été au Gourara14.

Le Lieutenant Palat, parti seul en exploration vers le Touat, pour un lointain Soudan, et qui devait trouver la mort quelques jours après, mentionne dans son journal de route à la date du 21 janvier 1886 l’apparition de quelques Djeramna :
« Encore une alerte. Six hommes des Ouled Boudouïa et des Djeramna sont venus s’installer à 2 km à l’est de Semotals ». .
Ainsi, la mort du Lieutenant Palat se trouve liée, elle aussi, au destin des Djeramna, bien qu’ils n’aient été certainement pour rien dans cette affaire.
L’Administration française venait d’intimer entre temps à Si Kaddour l’ordre d’accompagner le Lieutenant Palat et de se séparer des tentes Djeramna, sur qui pesait toujours l’assassinat de 1881.

Pour Palat, il était trop tard. Mais pour les Djeramna il lui convenait de prendre une décision.
Il est difficile de savoir quelle fut la réaction intime de Si Kaddour. On doit simplement constater, à partir de mars, une remontée des tentes Djeramna vers le nord. Etait-ce l’effet de l’ordre de Si Kaddour ? Etait-ce la reprise d’un traditionriel mouvement d’estivage, légèrement anticipé, vu les circonstances ? Toujours est-il que cette incursion, en ordre dispersé, vers le nord fut, pour les Djeramna, l’occasion de constater que l’administration française n’avait pas oublié le meurtre de 1881

En effet, peu après, cinq tentes de Djeramna qui s’étaient jointes aux troupeaux des Saïd Otba, d’Ouargla, étaient enlevées par le Makhzen de Ghardaîa.
Deux tentes pouvaient s’échapper grâce à la complicité des Chambaa Brezga, mais les trois chefs de tente restant : Bou Hafs bel Arbi, Naïmi ben Cheikh et Larbi Ould Mohammed furent envoyés en Corse, au pénitencier de Calvi 16.
Un sort analogue failli être celui des neuf tentes Djeramna campées au début mai entre Sbei et Hassi Bou Zid. Comme cette zone dépendait de la Division d’Oran, le Makhzen deGhardafa demanda l’autorisation au Gouverneur Général,par télégramme du 11 mai, de procéder au coup de main. Mais le Gouverneur crut à son tour devoir prendre l’avis d’Oran. D’où un échange de télégrammes relevant de la pure tradition courtelinesque. Finalement le 17 mai, latitude était donnée à Ghardaîa d’enlever le campement à condition de s’assurer auparavant qu’il ne renfermait que des Djeramna. Le temps de s’en assurer, les Djeramna avaient évidemment décampé 17.
Finalement, il semble que les Djeramna ainsi dispersés se regroupèrent autour de Si Kaddour, qui venait à son tour en estivage dans le nord, mais en restant à une certaine distance pour sauver les apparences. Ainsi, en juin, un informateur décompte 52 tentes Djeramna à proximité des 169 tentes du campement de Si Kaddour18. D’autres détails fournis par lui permettent de constater l’état de pauvreté où sont tombés les Djeramna. Ils n’ont, avec un groupe de Chambaa dissidents, que 80 chameaux et 6 chevaux.

Cette situation allait durer encore un mois. Finalement par dépêche du 15 juillet, Si Kaddour était avisé que les subsides qui lui étaient versés depuis l’accord de 1883 seraient bloqués tant que les Djeramna resteraient avec lui.
S iKaddour fut certainement sensible à cette menace, mais il semble qu’il ait surtout cédé aux pressions des Ouled Hamza ralliés. Ceux-ci avaient vite compris que les autorités françaises ne pouvaient passer l’éponge sur le meurtre de Weinbrenner étant donné l’exploitation politique faite de la révolte de Bou Amama par le parti des « civils ».

Notes :
1. Cette Confédération maraboutique était divisée en deux tribus ; les Ouled Sidi Cheikh
Cheraga, vivant en territoire Algérien et les Ouled Sidi Cheikh Gheraba, placés, théoriquement,
sous le contrôle du Sultan du Maroc. Mais la question de nationalité n’avait guère d’importance
pour les intéressés qui nomadisaient selon leur gré. Cf. 33 JJ 15. Archives d’Outre-Mer, Aix
(A.O.M.).
Avant d’aller plus loin, nous rappelons ici l’articulation des circonscriptions administratives
Sahariennes : Poste, Cercle, Annexe et, i partir de 1903, Territoire.
2. Ces deux positions sont représentées par :
— Bezy, L ‘Insurrection du Sud Oranais — Oran, s.d., et
— Commandant Graulle, L’insurrection de Bou Amama — Paris, Lavauzelle, 1905. Ageron,
dans son ouvrage « Les Algériens et la France » se rallie à l’opinion des militaires et dénonce
l’exploitation que la presse des colons fit de cette révolte. Ce qui l’amène, par un excès
contraire, à l’assimiler à « un rezzou de vaste ampleur », reprenant ainsi l’expression d’A.
Bernard. Or, comme nous le verrons, un rezzou ne se prépare pas par trois années d’agitation
politique en tribu et ne dure pas huit mois. La justification qu’il en donne (pillage des silos de
tribus limitrophes) n’est qu’un côté secondaire de l’affaire, conséquence du fait que les tribus
insurgées n’avaient pas eu le temps de s’approvisionner en grains par suite du déclanchement
prématuré de la révolte. Les documents conservés ou publiés sont suffisamment nombreux pour
affirmer que le but poursuivi par Bou Amama n’était pas si limité.
D’autre part Weinbrenner n’était pas le chef du bureau arabe de Géryville (p. 62) mais un
jeune S/Lieutenant, nouvellement affecté.
3. Les Djeramna se composaient de 2 sous-fractions :
— Djeramna proprement dits
— Djeramna El Aouachir.
4. Les opérations commencent le 24 avril 1881.
5. Ce fut au moins l’opinion des intéressés. Cf. Cdt Graulle, op. cit.
6. C’est ainsi qu’il avait déchiré le rideau séparant la partie réservée aux femmes dans la
tente de Tayeb el Djeramni pour voir si ce dernier ne s’y cachait pas.
7. 22 H S — Correspondance du Service Central des Affaires Indigènes. Toutes les cotes
d’archives citées renvoient aux Archives d’Outre-Mer d’Aix-en-Provence.
8. 11 H 21 – Le Général Cdt la Division d’Oran au Gouverneur Général – Lettre du
13.12.1882.
9. Grande tribu marocaine dont le territoire est contigu i celui des Doui Menia.
10. 11 H 21 — Le Général Cdt la Division d’Oran au Gouverneur Général — Lettre du
14 Février.
11. 1 1 H 21 – Situation politique – Lettres du 14 février, 9 avril, 12 avriL
12. Le Général Cdt la Division d’Alger devait protester contre le choix d’El Goléa, par
crainte d’une contamination des Chambaa Cf. 22 H 5 — Lettre du 4 mars.
13. 22 H S – Lettres du 31 août et du 8 septembre.
14. 22 H 9 – Cne Pansard, Histoire des Ouled Sidi Cheikh (Mss).
15. Lieut Palat – Journal de route – Paris 1886, p. 306.
16. 22 H 8 – Lettre du 11 avril et suivantes.
17. 22 H 8 – Lettres et télégrammes du 1 1 au 20 mal
18. 22 H 7 – Lettre du 7 juin.

Article sur l’Affaire de Géryville
publié le 05 Mai 1881 sur
Journal de Fourmies : Hebdomadaire non politique ["puis" Hebdomadaire indépendant], littéraire, scientifique, industriel et commercial…

expor112

source 
Titre : Journal de Fourmies : Hebdomadaire non politique ["puis" Hebdomadaire indépendant], littéraire, scientifique, industriel et commercial…
Éditeur : [s.n.] (Fourmies)
Date d’édition : 1876
Identifiant : ISSN 21303630
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JO-85875
Description : Variante(s) de titre : Journal de Fourmies et des arrondissements d’Avesnes et de Vervins

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Partie 2 - L’Odyssée d’une tribu saharienne Les Djeramna 1881-1929
http://www.persee.fr/
suite…

…/…
D’autre part, toute compromission entre les Ouled Sidi Cheikh et les Djeramna empêchait l’aboutissement du grand projet que l’on caressait depuis longtemps à Alger, et dont les Ouled Sidi Cheikh ne pouvaient que profiter. Il s’agissait, en effet, d’utiliser l’influence des Ouled Sidi Cheikh dans certaines zones sahariennes pour amener les populations locales à se rallier à la France. Cela se traduisait par l’accroissement des Commandements, des dignités, des subsides et le rétablissement de la situation matérielle des Ouled Hamza, ruinés par la révolte de 1864.
Si Eddin, frère rallié de SiKaddour, avait déjà proposé en octobre 1885, de capturer les Djeramna, alors qu’ils étaient au Touat. Estimant que l’opération présentait plus d’inconvénients que d’avantages, Alger refusa. En 1886, Si Eddin renouvelait sa proposition et suggérait, au cas où elle ne serait pas retenue, que l’on intime fermement à Si Kaddour l’ordre de les chasser19. Ce dernier, pour son honneur, mit assez longtemps à se décider et ce n’est qu’en octobre qu’il leva ses campements d’Hassi bou Zid pour l’Oued Gharbi, tandis que les Djeramna s’enfonçaient dans le Gourara 20.
Le problème de l’avenir se posait désormais pour eux et pour eux seuls.
Qu’allaient-ils devenir ?
Ils ne pouvaient revenir sur leurs anciens territoires contrôlés par la France.
Le Gourara et le Touat, soumis aux Ouled Sidi Cheikh leurs étaient également interdits, à . l’exception peut-être de la zone de Deldoul qui reconnaissait Bou Amama. Mais leurs rapports avec ce dernier étaient, semble-t-il, médiocres depuis 1882. Il n’était pas non plus question de passer au Maroc. Les Ouled Djerir et les Doui Menia n’oubliaient pas les razzia de 1882-1883. 
Les Chambaa d’autre part étaient trop divisés entr’eux pour offrir longtemps un refuge. Ils étaient enfin dans l’orbe religieux des Ouled Sidi Cheikh.
Tout bien pesé, les Djeramna résolurent d’aller à Deldoul chez Bou Amama.
Mais pour certains, ce n’était qu’une solution provisoire. Déjà en octobre, ils envisageaient une solution beaucoup plus radicale, l’émigration chez les Touaregs.

Pourquoi les Touaregs ? Parce que dans tout le Sahara les Touaregs sont alors les seuls à apparaître comme les adversaires irréconciliables des Français. Le massacre de la mission Flatters a soulevé l’enthousiasme des irréductibles, d’autant plus qu’il a été présenté comme l’extermination d’une armée française. Ce ne sont pas, d’autre part, des inconnus. Des caravanes touarègues viennent assez régulièrement au Touat pour s’approvisionner en dattes, vendre des escla ves,etc … Seuls ils échappent à l’influence religieuse des Ouled Sid-Cheikh qui rend les Chambaa douteux et les Ksouriens hostiles.

Il semble cependant certain que si les Djeramna avaient pu s’entendre avec Bou Amama, la tribu (car ils forment désormais une tribu indépendante) serait restée dans le Gourara de Deldoul. Il n’en fut rien. Fin novembre, une partie des Djeramna quittait Deldoul pour se rendre au Touat par Sali et Bou Ali 21. Les autres restaient autour de Bou Amama, faute de mieux. Le bruit courait cependant qu’ils comptaient se rendre ultérieurement en Tripolitaine en se joignant à la caravane des pèlerins de La Mecque 22. 
Les mois passèrent. Puis en juin 1887, la majeure partie de la tribu allait se regrouper dans le Touat méridionnal à l’appel du Cheikh d’In Salah, Si El Hadj Abd-el-Kader Bajouda. Ce dernier apparaissait, au même titre que les Touaregs, comme un adversaire irréconciliable de la France 23.
Bien que la chose n’ait pas été prouvée, il est à peu près certain qu’il avait été l’instigateur de l’assassinat du Lieutenant Palat en 1886. Il est évident que cet appel s’inscrivait dans une politique de défense de l’oasis contre une attaque française. Or, les Djeramna ne tenaient pas du tout à se voir confronté aux Armées françaises, se doutant bien qu’ils feraient toujours les frais de l’accord final.

C’est à cette époque, dans le Touat méridional, que fut prise la grande décision : le passage chez les Touaregs, dont on discutait depuis plusieurs mois, fut approuvé par la majorité, mais non par la totalité des Djeramna. Ce départ n’était pas une petite affaire. Sans parler des fatigues du voyage, c’était l’entrée dans un monde saharien, bien différent de celui qu’ils connaissaient. La langue, les moeurs, les races n’étaient plus les mêmes. Aussi est-il naturel que ceux des Djeramna qui se jugeaient les moins compromis vis-à-vis de l’autorité française, et en particulier, les Djeramna el Aouachir, aient renoncé au saut dans l’inconnu et décidé de rester sous la protection lointaine de SiKaddour. C’est ainsi que les rapports de 1887 et 1888 continueront de mentionner la présence de quelques tentes Djeramna autour de lui. Celles-ci finirent d’ailleurs par rentrer sur leur ancien territoire, l’aman ayant été accordé, mais les Autorités françaises, par prudence, les rattachèrent non à leur ancienne Tribu, les Ouled Ziad Cheraga, mais aux Ouled Sidi Bou Hafs 24.

Certains, enfin, préférèrent tenter leur chance individuellement sur les confins algéro-marocains, avec Bou Amama. En 1889, un Djeramna figure dans un rezzou de dissidents Chambaa conduit par le fameux Bou Khechba qui, parti de Tabelkoza, dans le Gourara, enlève sur la piste Ghadamès-Ghat, un convoi de chameaux fezzanais conduit par des Touaregs Ajjer25. On capturera, en décembre 1896, un jeune Djeramna dont les parents avaient rejoint Si Slimane 26. Son cas fera l’objet d’un examen approfondi, mais il échappera au pénitencier étant donné qu’il n’avait que cinq ans lors de l’assassinat de Weinbrenner.

De toutes façons, le départ pour le Sahara oriental n’était pas une petite affaire. Il convenait en particulier d’avoir un cheptel camelin suffisant. Or, nous avons vu que celui des Djeramna était des plus médiocres. On peut donc supposer qu’ils firent le nécessaire pour se procurer les animaux indispensables en les prenant où ils les trouvaient. La tradition orale des Djeramna, recueillie par le Lieutenant de Bruce, lors de leur retour en 1926, semble confirmer la chose 27.
D’après celle-ci, ils furent « très mal accueillis par les gens du bas Touat où ils ne restèrent que deux mois, parlant en maîtres et razziant à l’occasion ». On peut penser que la région d’Aoulef eut spécialement à souffrir de leurs exactions. Puis, leur caravane constituée, les Djeramna prirent la piste de Messeguem, avec, comme but lointain, l’oasis de Témassinine 28.
En janvier 1888, des migrants étaient arrivés au Fezzan, chez les Ouled Boucif 29.
Jusque là les autorités françaises avaient pu suivre grosso modo les déplace ments de la Tribu. A partir de ce moment, un rideau tombe sur ses agissements.

Seule la tradition orale nous fournit quelques vagues précisions. Et il convient de l’accueillir avec réserve. Selon elle, en effet, les Touaregs auraient, au début, reçu avec cordialité les Djeramna, mais peu à peu, les choses vont se gâter : « A leur arrivée, ils s’entendent très bien avec eux, mais rapidement ceux-ci (les Touaregs) deviennent exigeants et prennent l’habitude de se servir de leurs chameaux comme s’ils leurs avaient appartenu ». A certaines fêtes, racontent les Djeramna, les Touaregs leur enlevaient leurs animaux les plus gras sans jamais parler de les payer 30.
Aussi, les Djeramna cherchent-ils à s’éloigner de ces protecteurs trop avides et finissent par se fixer dans la région de l’Oued Tarât, en bordure du Fezzan. Là ils prennent l’habitude de se ravitailler à Ghat ou dans les Oasis tripolitaines et, cédant aux avances des autorités turques, ils finissent par s’établir dans cette province.
La tradition Djeramna évoque avec émotion cette époque bénie : « Les Djeramna », écrit de Bruce, « parlent toujours avec plaisir des heureuses années qu’ils passèrent sous l’autorité toute nominale du Sultan de Constantinople. Ils vivaient alors à leur guise, sans contrainte aucune, sans impôts, sans caïd . . . Les Djeramna allaient acheter à Ghadamès quelques articles manufacturés venant d’Europe et recevaient du Soudan, par caravanes, les nègres, la poudre d’or et les étoffes dont ils pouvaient avoir besoin 31″.
Les documents dont nous disposons pour la période postérieure nous laissent assez sceptiques sur l’indépendance réelle des Djeramna. Il est également étonnant qu’à leur arrivée parmi eux, les Touaregs n’aient pas été tentés de monnayer la protection accordée. Nous pensons qu’ils affectèrent implicitement aux Djeramna le statut de tribu vassale, mais libre, ce qui expliquerait les prélèvements désinvoltes opérés sur son cheptel. Et la preuve en serait qu’on les voit par la suite continuellement marcher aux côtés des Touaregs Imanghassaten, et ce jusqu’à leur retour en territoire algérien. 
Les Imanghassaten constituaient un des trois clans nobles des Ajjer. C’était à eux qu’appartenaient, par tradition, les pâturages de l’Oued Tarât où nous voyons les Djeramna s’installer avant de passer en Tripolitaine 32. Il est donc probable que l’alliance qui semble avoir été la leur, comportait une certaine subordination de la part des Djeramna. L’attitude de ces derniers, lors de la séparation de 1926, apporte encore de l’eau à notre moulin, comme nous le verrons plus loin.

De toutes façons, les motifs d’entente étaient nombreux. D’abord ces Imanghassaten étaient fortement arabisés. On les disait d’ailleurs descendants des Megarha, arabes de l’Oued Chiatti, au Fezzan 33. Ensuite, ils apparaissaient comme les plus hostiles à la France de tous les Ajjer 34. On leur attribuait avec raison le massacre des R.P. Richard, Morat et Pouplard, à quelques kilomètres de Ghadamès en 1882. En 1924, plutôt que de se soumettre aux autorités de Fort Flatters, une partie d’entr’eux fera soumission aux Italiens de Ghadamès.

Pendant près de vingt ans Djeramna et Imanghassaten allaient partager la bonne comme la mauvaise fortune, au Fezzan et le long des confins algérotripolitains.

Néanmoins les Djeramna n’appararaissent pas dans les archives de la décennie 1887-1897, alors qu’elles signalent, lors des rezzou et contre rezzou, diverses tribus fezzanaises, sans parler des fractions touarègues sur lesquelles nous sommes désormais bien renseignés. Faut-il penser que les Djeramna, encore inquiets, préfèrent se tenir loin des zones soumises et commercer entre Mourzouk et le Soudan. Ou bien les services français ne les ont-ils pas encore identifiés ? 35 Ce n’est semble-t-il qu’à partir de 1 895/6 que la tribu glisse vers la Hamada el Homra et la frontière algéro-fezzanaise. Peut-être font-ils partie du rezzou qui, à la fin 1895, enlève 800 chameaux à une fraction Ifoghas allant faire soumission aux autorités d’Ouargla.
C’est à cette remontée vers nos postes que l’on doit de retrouver dans les Archives le nom des Djeramna après une éclipse* de près de 10 ans :
En mai 1897, ils font partie d’un rezzou au sud de Berresof, sur des tribus tunisiennes soumises 36 . Désormais nos services les suivront à la trace. En juillet de la même année, la tribu est signalée aux environs de Derdj avec les Imanghassaten et 12 tentes de dissidents Chambaa 37. En février, des Djeramna enlèvent des troupeaux au sud de Ouargla. Craignant l’incident, les autorités turques tentent de les intercepter, tandis qu’un goum français en profite pour faire une incursion au Fezzan 38.

En 1898, un groupe d’Imanghassaten et de Djeramna assassinent deux Chambaa d’El Oued qui s’étaient infiltrés près de Derdj. Ce meurtre provoquera le grand rezzou de 1 900 où les Chambaa enlèveront, sur la Hamada el Homra, les troupeaux Djeramna et Imanghassaten. La perte dut être particulièrement lourde car le Cheikh des Djeramna maudit à cette occasion les Chambaa d’El Oued et abandonna la confrérie religieuse des Qadrya, à laquelle ces derniers étaient également affiliés, par représailles 39.
Ce rezzou était d’ailleurs, en quelque sorte un rezzou officiel. Il avait été autorisé par les autorités françaises.

En effet, les exactions des tribus des confins s’intégraient peu à peu dans des querelles nationales et entraînaient immanquablement des conséquences diplomatiques.
La convention franco-anglaise du 21 mars 1899, avait laissé le Sahara Oriental à la France, tout en confirmant les droits de la Turquie sur la Tripolitaine et son hinterland. Mais qu’était cet hinterland ?

Pour les tribus jusque-là indépendantes, cela signifiait que leurs zones de sécurité allaient se rétrécir comme peau de chagrin. La prise d’In Salah, le 31 décembre 1899 avait matérialisé la menace. Les Hoggar avaient été particulièrement touchés car ils se ravitaillaient en dattes au Tidikelt. 
Mais pour tous c’était la crainte d’avoir à rendre des comptes pour les meurtres d’Européens restés impunis au cours des dernières années : Mission Flatters, Pères Blancs et plus récemment Marquis de Mores.
Aussi, un grand rassemblement réunissant Hoggar et Ajjer, se tint-il en 1901 entre Tarât et Ghat, pour décider de la conduite à venir. 
Les Djeramna participent à ce conseil de guerre, ce qui prouverait, s’il en était besoin, leur intégration à la Société Targuie 40.
A cette occasion, la lutte à mort est décidée et un appel lancé au Pacha de Tripoli. Pour la Turquie, l’hinterland de la Tripolitaine s’étend en effet sur le pays Ajjer et le Hoggar méridional qui assure la liaison avec l’Air et le Soudan et le fructueux commerce transsaharien dont Ghadames est la plaque tournante. On pouvait donc penser qu’elle s’opposerait aux ambitions françaises.

Malheureusement, le combat imprévu de Tit (7 mai 1902) entraîne la défection des Hoggar. Les Ajjer n’ont plus qu’à se réfugier en Tripolitaine. Les Djeramna et les Imanghassaten campent alors au sud de Mourzouk. Mais ce sont des voisins incommodes et devant l’hostilité des Fezzanais, ils doivent regagner leurs anciens terrains de parcours de Derjd et de la Hamada el Homra41. Puis se trouvant sans doute trop près des Chambaa d’ElOued, ils remontent chez les Ouled Zentan, dans le Djebel Tripolitain 42.

L’administration turque, pour soutenir ses prétentions, se trouve désormais dans l’obligation de les défendre. Alors qu’autrefois un rezzou n’entraînait qu’un contre rezzou, la même opération déchaîne maintenant une pluie de notes diplomatiques. 
Dans un aide mémoire destiné à fournir les éléments de réponse au Ministre des Affaires Etrangères, le Général Monnot, commandant la Division de Constantine énumère les différents groupes de dissidents réfugiés sous le pavillon Ottoman, qui sont à l’origine de la plupart des incidents. Et ne soyons pas étonnés s’il cite en premier lieu les Djeramna :
« 1) Les Djeramna de Geryville, meurtriers du Lieutenant Weinbrenner qui se sont enfuis du Territoire algérien après l’insurrection de Bou Amama. Bien que peu nombreux et par suite peu redoutables, ils ne nous en témoignent pas moins leur haine chaque fois qu’ils le peuvent. Leur dernier exploit a été l’assassinat en juillet 1900, à une journée de Ghadamès, du nommé El Hadj Mohammed Bekkar ben bou Khechime, des Achèches, qu’ils savaient être un des émissaires que nous chargions de recueillir des renseignements sur l’affaire de Mores ».

Dans le même aide-mémoire, le Général Monnot rappelait que les Iman ghassaten n’avaient aucun droit à se prétendre sujets du Sultan puisque leur territoire traditionnel relevait de la zone d’influence française 43.
Cette argumentation était reprise par le Gouverneur Général Jonnart, qui, après avoir énuméré les crimes et exactions reprochés successivement aux Djeramna, Chambaa dissidents, Zoua dissidents et Touaregs des diverses confédérations, ajoutait :
« Si la Turquie reconnaissait à ces divers malfaiteurs, la qualité de sujets ottomans nous serions en droit de lui présenter une note diplomatique au sujet de leurs agressions continues »44. Un état mentionnant six rezzou effectués par les intéressés, d’octobre 1901 à janvier 1904, était joint à la note. Il était visible que les autorités algériennes durcissaient leur position.
En mars 1905, Djeramna et Imanghassaten sont campés au Fezzan, vers Terbou, à l’est de Mourzouk. Mais l’éloignement ne les met pas à l’abri des forces françaises. Celles-ci, sous forme d’un contre rezzou Chambaa, pénètrent en Tripolitaine, puis au Fezzan, à la recherche des douars dissidents.
Au retour, elles échappent aux forces turques près d’Hassi Imoulay45. Le Gouvernement français fera rendre les chameaux appartenant aux Fezzanais, mais repoussera les réclamations présentées par les Ottomans au nom des Djeramna et des Imanghassaten. .

Au cours de ce rezzou, les Chambaa ont en effet capturé près d’El Hassy, entre Ghadamès et Mourzouk, une caravane Djeramna qui se rendait au Soudan.
Pour comble de malchance, les Turcs, campés à Hassi Imoulay, ont pris, pendant un moment, les Djeramna qui tentaient de récupérer leur bien sur les Chambaa, pour les Chambaa eux-mêmes et ils leur ont blessé trois hommes, les fils du meurtrier du Lieutenant Weinbrenner.
L’anarchie croissante régnant en Tripolitaine ne plaisait pas cependant à tous.
C’est ainsi qu’en mai 1908 une petite fraction Imanghassaten prenait contact avec les autorités françaises pour s’établir dans le Souf. Mais la chose n’eut pas de suite 46. Néanmoins, il semble que la leçon de 1905, montrant que les Chambaa pouvaient, avec l’accord des autorités françaises, pénétrer au coeur du Fezzan, calma les ardeurs pillardes des Djeramna et des Imanghassaten. Les archives françaises ne signalent aucune incursion de leur part dans les années suivantes.
D’un autre côté, la vigueur des réactions turques tempérait les ardeurs des Chambaa.
Alors qu’un modus vivendi semblait devoir s’établir, on annonçait le 9 octobre 1911, la déclaration de guerre de l’Italie à la Turquie et le début des opérations militaires en Tripolitaine. Aussitôt, la France occupait les points encore litigieux de la frontière, dont Djanet 47.
En juillet 1912, les troupes italiennes reprenaient l’offensive, stoppée après la prise de Tripoli. 
Aussitôt, des Djeramna, campant le long de la Tunisie, faisaient des ouvertures au Résident Général de France pour que la tribu soit autorisée à franchir la frontière. Les chiffres donnés alors sont de 65 tentes, 400 chameaux et 300 chèvres 48 . Tunis contacta Alger car les Djeramna, du fait de l’assassinat du Lieutenant Weinbrenner, posaient un problème. 

Finalement, après consultation de Géryville, on se mit d’accord sur une dyia (prix du sang) de 6 000 F. Moyennant quoi ils pouvaient réintégrer leur tribu d’origine, les Ouled Ziad49. Les négociations se poursuivirent mais il fallut attendre mars 1914 pour que des contacts soient repris 50 ; en juin on annonçait qu’un groupe de 195 individus et 4 négresses (sic), accompagné de 224 chameaux et de nombreux troupeaux, se mettait en marche vers la frontière 51. Il ne devait jamais l’atteindre du fait des dissentions régnant parmi les intéressés.
Ces hésitations des Djeramna s’expliquent assez bien, en fonction des événements politiques du pays. Ayant lié leur sort à ces pillards invétérés qui constituent la fraction Imanghassaten, les Djeramna vivent au milieu de tribus hostiles et ne se sentent en sécurité qu’auprès des autorités turques. Leurs campements préférés sont à Derdj, près de Ghadamès, ou sous la garnison de Mourzouk. L’arrivée des Italiens bouleverse un équilibre précaire. C’est ce qui explique, à notre avis, la demande d’aman de 1912. Puis les opérations s’enlisant, l’émigration en Algérie apparaît moins urgente. Mais la prise de Ghadamès en avril 1913 prive les Djeramna de leur base traditionnelle. Les négociations reprennent donc. 
Dès le début de l’année suivante, les bruits d’occupation de Mourzouk et de Ghat se précisent, d’où les contacts de mars 1914 qui se traduisent par le mouvement de la tribu vers le Sahara algérien en juin 1914.
L’arrêt de cette émigration eut pour cause, certainement, les dissentions entre les chefs. Mais l’abandon de Ghadamès par les Italiens, en novembre 1914, en fut sans doute la raison principale 52 . 

Notes
19. 22 H 8 – Lettre du 26 août 1886.
20. 22 H 7 — Lettre du 1/11/1886. – Si Kaddour fera d’ailleurs toujours preuve de la plus
grande réserve vis-à-vis des autorités françaises. Il continuera de protéger les Djeramna Aouachir
et devra attendre plusieurs années le rétablissement de sa subvention.
21. 22 H 7 – Lettre du 21 novembre 1886.
22. 22 H 8 – Lettre du 5 janvier 1887.
23. 11 H 39 – Situation politique de juin 1887.
24. Sa 30 — Rapport du Commandant Gautier, Chef d’annexé de Géryville (s.d.).
25. 34 H 2 – Correspondance du 27 janvier 1890.
26. 22 H 53 – Lettre du 18 décembre 1896.
27. Sa 30 — Les Djeramna en dissidence, par le Lieutenant de Bruce, mss. 1.12.1926.
28. Sa 30 – Lieut, de Bruce, op. cit.
29. 11 H 39.
30. Sa 30 – de Bruce, op. cit.
31. Sa 30 – de Bruce, op. cit.
32. G. Gardel, Les Touaregs Ajjer. – Alger, 1962, p. 136.
33. G. Gardel, op. cit. p. 49.
34. Foureau, Rapport sur ma mission au Sahara – Paris, 1894, p. 21 S.
35. Voir note 38.
36. 22 H 43 – Correspondance du 21 mai 1897.
37. Derdj est une oasis fezzanaise i l’est de Ghadames. — 22 H 43 — Correspondance du
5 juillet.
38. Martel, Les confins Saharo-Tripolitains de la Tunisie. – P.U.F., 1965, p. 740. Les Djeramna
sont donnés pour Chambaa dissidents ; l’administration française ayant, en dix ans, oublié leur
filiation exacte.
39. de Bruce, op. cit. — Sa 30.
40. Gardel, op. cit., p. 198.
41. Martel, op. cit., T. II, p. 220.
42. 23 H 1 — Rapport mensuel des Territoires du Sud, 1904.
43. 34 H 2 – Correspondance du 13 avril 1904.
44. 34 H 2 — Correspondance du 7 mai
45. Martel, op. cit., T. II, p. 237.
46. Gardel, op. cit., p. 303.
47. Gardel, op. cit., p. 315.
48. Sa 30 — Rapport du Commandant Supérieur du Cercle de Géryville, non daté. (Août
1924 ? ).
49. Sa 30 — Rapport du Commandant Supérieur du Cercle de Géryville, non daté (août
1924 ? )
50. 23 H 1 — Correspondance.
51. Sa 30 — Rapport du Commandant supérieur du Cercle de Géryville.

Partie 3 – L’Odyssée d’une tribu saharienne Les Djeramna 1881-1929
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suite …

Nouveau coup de théâtre, l’Italie entre en 1915 dans la guerre européenne.
Rapidement, elle abandonne les postes de l’intérieur. Mourzouk, Ghat, Ghadamès deviennent l’enjeu d’une compétition entre Turcs et Senoussistes. Les Djeramna, après avoir un moment rallié le camp des Turcs qui tentent de retrouver leur influence, passent, avec les Imanghassaten, sous la bannière du Senoussi, qui permet de fructueux rezzou. Il semble qu’à partir de cette période de troubles, la tribu, jusque là bien groupée, se divise en plusieurs fractions qui tentent chacune leur chance. On trouve ainsi des Djeramna, en avril 1916, dans la Harka d’Ahmed Zerroug, Caïmakan de Ghadamès pour le compte des Senoussistes, en compagnie d’Ifoghas-53. C’est ce même groupement sans doute qui est signalé en février 1917 (Djeramna et Ifoghas) campant au puits de Nahia54.
Une autre fraction suit le Sultan Ahmoud, l’ex-maître de Djanet, qui livre de sanglants combats sous Fort Flatters en mai 19 17 55.
Mais la suzeraineté des Senoussistes pèse de plus en plus aux Djeramna.

D’abord ils doivent l’impôt : 1 chamellon pour 20 chameaux et une chèvre pour 5 chameaux. Ensuite ils les voient avec irritation se mêler de leurs affaires personnelles. A la suite d’un meurtre commis par un Djeramni sur un de ses cousins, une amende de 180 chameaux est imposée, ce qui diminue d’autant le patrimoine de la tribu.
Il est difficile de dire dans quelles conditions les Djeramna abandonnèrent les Senoussistes. Leur tradition orale déclare que ce fut à la suite du décès de Si Ali Lecheb, oncle de Si Labed. Ce dernier, frère cadet du chef de la Senoussyia, contrôlait le Fezzan et le sud Tripolitain. En décembre 1917, les Djeramna se retirent vers la frontière tunisienne, à Ouezzen, à 200 km au nord de Ghadamès, dans une région échappant à l’emprise Senoussiste. Quelqu’ait été le motif de la volte face, dès septembre 1917 des contacts sont pris avec un Caïd du Territoire de Touggourt en vue d’une éventuelle soumission aux Autorités Françaises.
Mais en février 1918, on les signale au Fezzan. Sans doute n’est-ce qu’une fraction de la tribu et son isolement la met à la merci de ses nombreux ennemis : 200 chamelles lui sont enlevées à Hassi Nehaîa par des Ajjer et des Fezzanais.
Trois des siens sont tués à cette occasion56. Cette hostilité amène les Djeramna à se regrouper sous les murs de Ghadamès, en se rapprochant encore plus des fractions Ifoghas que commande Hadj Ahmed Ben Ahmed.

L’avenir apparaît si sombre aux Djeramna qu’ils renouvellent en avril leur demande d’aman 57. Alger et Ouargla étudient à nouveau la question, ce qui nous vaut un rapport assez complet sur la tribu58. Celle-ci comprend à cette époque 90 tentes. Elle dispose de 150 fusils, chiffre qui peut être porté â 200 si on arme les bergers et les nègres. Elle possède 800 chameaux et 8 000 moutons. Elle s’est scindée en deux fractions ; celle du Fezzan, les Ouled Sidi Slimane (razziée à Hassi Nehaîa), comprend 30 tentes, 70 fusils, 300 chameaux et 3 000 moutons. Elle est commandée par le vieux SiTayeb, un survivant des événements de 1881. La seconde, celle des Ouled Maamar, commandée par El Hadj Abderrahmane, vit autour de Ghadamès, et plus particulièrement à Derdj. Elle compte 60 tentes,80 fusils, 500 chameaux et 5 000 moutons.
Les Autorités françaises, désireuses de régler une fois pour toutes la question, font des propositions avantageuses : le prix du sang (6 000 F), fixé en 1914, est abandonné. C’est le pardon pur et simple. Les Djeramna peuvent rentrer lorsqu’ils le désirent. On leur promet également de respecter leur cadre de tribu indépen dante et de leur conserver leurs chefs. Bien mieux, pour leur faciliter le passage, le Ministre français des Affaires Etrangères obtient de son collègue italien l’assurance que les autorités locales ne s’opposeront pas au transfert, à condition que ce dernier s’effectue en bloc 59.

Alors que tout semblait réglé, les Djeramna font traîner les négociations.
Cette versatilité des Djeramna n’allait pas sans susciter de vigoureuses critiques chez certains officiers. L’attitude du Commandant Fournier, Commandant supé rieur du Cercle de Touggourt est nette. Le 7 octobre 19 19, il écrit : « Les Djeramna se moquent de nous », et de relever les quatre tentatives de 1906, 1910, 1914 et 1918, accompagnées, chaque fois, de concessions plus larges de notre part. Pour lui, les Djeramna étaient irrécupérables et leurs instincts pillards ne feraient que jeter la perturbation dans les tribus tranquilles60. Mais il reconnaissait lui-même que l’administration supérieure était loin de partager son point de vue. Il devait, lors des négociations de 1923, répéter sans succès cette mise en garde.

Les faits semblaient, pour l’instant, lui donner raison. Le danger passé et les chameaux reposés, les Djeramna retrouvent leur existence de naguère. En octobre 1919, les hommes partent en caravane pour Ghat et le Soudan, reprenant le rythme du commerce saharien interrompu par les hostilités. Bien mieux, il semble que la belle vie doive reprendre comme avant. Les Djeramna font à nouveau équipe avec les Imanghassaten et en septembre 1919 ils razzient quatre troupeaux de chameaux appartenant aux Chambaa d’El Oued et aux Achèche.
Et c’est le contre rezzou dont font les frais les troupeaux de l’Oued Chiatti, appartenant à des Fezzanais et des gens de Ghadamès. Ceux-ci en demanderont vainement la restitution aux autorités françaises de Fort Flatters, puis d’Ouargla 61. L’année suivante 26 Djeramna des Ouled Sidi Slimane font partie de la harka de 700 fusils qui attaque le Goum d’El Oued, tuant 26 mokhazni à Ghourd Loucif62.

Néanmoins, la belle période est bien finie. Le retour annoncé des Italiens et sans doute l’hostilité croissante des tribus fezzanaises, victimes indirectes de leurs exactions, amènent des groupements tenus pour irréconciliables à négocier avec les autorités françaises.
En juillet 1921, Ifoghas et Imanghassaten s’approchent de l’annexe des Ajjer et entament des pourparlers. Le Chef Djeramni El Hadj Abderrahmane, qui devait y prendre part, s’égare dans le désert et meurt de soif. Mais en août, de nouveaux délégués sont réunis à Djanet autour du chef d’annexé. Une fois de plus les pourparlers tirent en longueur, mais sans qu’il soit question de rompre 63.
En mars 1923, un goum français en nomadisation rencontre à Messaouda, dans l’Erg, au Nord-ouest de Ghadamès, des tentes Djeramna et Imanghassaten, qui l’assurent de leurs sentiments pacifiques 64.

En réalité, l’arrivée des Italiens à Ghadamès, réoccupé au début 1924, rend plus urgente une décision de leur part. Mais il est non moins évident que les Djeramna hésitent toujours à franchir le pas. Ils se ralient donc à une solution d’attente.
Les Ouled Maamar, qui nomadisent autour de Ghadamès font soumission aux Italiens. Certains passent même à leur service. L’un d’eux, Maamar el Haïdoug, devient l’homme de confiance du Commandant de la place. Les Ouled Sidi Slimane, de leur côté, continuent au Fezzan leur existence indépendante. En
novembre, les Italiens occupent Derdj, ce qui met désormais les Ouled Maamar à leur merci. Leur chef est intronisé Moudir (Caïd) par les autorités de Ghadamès,
qui lui accordent une solde mensuelle de 500 lires. En revanche, les siens doivent
fournir des chameaux pour les transports et payer l’impôt (8 lires par chameau, 2 par mouton, 1,5 par chèvre).
Mais un concours de circonstances dû à l’inconfortable position de la tribu, dont une fraction est ralliée aux Italiens et l’autre, celle des Ouled Sidi Slimane, indépendante, va obliger les Djeramna à prendre la décision définitive. En 1925, un rezzou de dissidents tripolitains avait enlevé des troupeaux sous le nez de la garnison de Ghadamès. Celle-ci organisa aussitôt un contre rezzou, auquel prirent part des Djeramna ralliés. Ce contre rezzou atteignit la zone du Fezzan où nomadisaient des tribus insoumises, et en particulier les Imanghassaten et les Djeramna Ouled Sidi Slimane, et y razzia 300 chamelles, en évitant soigneusement d’enlever celles qui appartenaient aux Ouled Sidi Slimane. Ce ménagement fit naturellement accuser ces derniers de connivence avec les Italiens et ils furent mis en demeure de remplacer les bêtes volées. Certains étaient d’avis de le faire, mais la majorité préféra cette fois passer en Territoire algérien, étant donné que la situation respective des deux fractions ne pouvait que multiplier les incidents de cet ordre.

Il fallait toutefois opérer dans le secret et éviter d’alerter l’attention de ceux qui se considéraient comme leurs créanciers. Les Djeramna firent mine de reconnaître la dette et donnèrent à la fraction Imanghassaten qu’ils suivaient depuis près de 20 ans, victime elle aussi du rezzou, cinquante chameaux pour lui permettre de partir à la recherche de nouveaux pâturages. 
Sitôt les derniers trainards disparus â l’horizon, la tribu leva précipitamment le camp et à marches forcées prit la direction du Sud-Ouest.
Le 29 juillet 1925, l’adjudant-chef, commandant Fort Polignac, voyait arriver deux mehara montés par des Djeramna, envoyés en avant garde, qui lui demandaient l’autorisation pour leur fraction de passer en Territoire français. Les parlementaires avaient en main la lettre du Lieutenant Gieu, du Territoire d’Ouargla, leur accordant l’aman en 1919. Une trentaine de tentes comprenant 200 personnes et conduisant 1 000 chameaux attendaient leur retour. Djanet, contacté, envoya un Officier sur place et ce dernier put constater l’impatience manifestée par les messagers et leur désir de s’abriter assez profon dément en Territoire Français pour échapper au ressentiment, disaient-ils, de leurs anciens alliés, Zentanes, Rejbanes, etc …
Satisfaction leur fut donnée, bien que l’argument n’ait guère été pris au sérieux, car on ignorait encore l’affaire du contre rezzou italien. 

Les autorités françaises crurent à un vol de chameaux, mais s’étonnèrent de ne recevoir aucune plainte des Fezzanais par la suite.
Les Djeramna Ouled Sidi Slimane furent donc regroupés à Ed-Ihan, à 60 km à l’ouest de Fort Polignac. Selon une statistique, aussitôt dressée, la fraction comprenait :
— 37 tentes,
— 44 hommes,
— 50 femmes,
— 80 enfants,
— 8 « domestiques », probablement des esclaves noirs.
Elle possédait 44 fusils italiens. Son cheptel se composait de 920 chameaux, 180 moutons et chèvres et d’un cheval. La médiocrité du troupeau d’ovins et de caprins provenait à la fois d’une consommation abusive, faute d’autres ressources, et des pertes subies pendant l’expédition de retour.
Le problème du ravitaillement de cette population se posait, mais sans présenter de caractère angoissant. Une caravane fut envoyée à Djanet, une autre à Tatahouine, pour acheter des dattes. C’étaient les marchés les plus proches de ceux auxquels elle avait l’habitude de se rendre puisque Ghat et Ghadamès lui étaient désormais interdits. Mais le choix de Tatahouine avait semble-t-il d’autres raisons.
L’alimentation quotidienne réglée, des questions d’un autre ordre se posèrent.
D’abord le cas de trois membres de la fraction, encore à Ghadamès. Les Djeramna demandèrent aux autorités françaises d’intervenir auprès des Italiens pour qu’il leur soit permis de rejoindre les leurs, ce qui fut fait. Ensuite, car il faut bien qu’un élément comique se glisse dans les affaires les plus sérieuses, on évoqua le cas d’Abd el Kader Fromage. Ce dernier était un Mekhadma déserteur, d’où son surnom récolté lors de son passage au Makhzen d’Ouargla ; il avait épousé une Djeramnia et tous le considéraient désormais comme un des leurs. A ce titre, il devait avoir droit à l’aman pensaient-ils. Une correspondance officielle s’engagea donc. Notes confidentielles, voire télégrammes chiffrés, rappelèrent aux hautes autorités françaises, l’existence de Fromage et ses malheurs. Nous ignorons la décision finale, mais des suggestions émises, on peut préjuger que Fromage put continuer à vivre en paix au sein des Djeramna 65.

que devait se faire la liaison entre les Djeramna Ouled Sidi Slimane, déjà rentrés, et leurs frères, les Ouled Maamar, toujours campés vers Ghadamès. Le 17 octobre, le Goum Saharien de Tunisie y recevait la visite de huit Djeramna Ouled Maamar, convoyant 94 chameaux. Ils se présentaient comme les précurseurs de la fraction. Les animaux vendus, ils repartirent munis de tous les renseignements nécessaires 66.
Entre temps, le commandant italien de Ghadamès, qui n’avait guère apprécié le départ subit des Djeramna Ouled Slimane, avait pris des mesures, sinon pour interdire, puisque les deux Gouvernements étaient d’accord, mais au moins pour freiner les velléités de retour des Djeramna de Ghadamès. D’abord la fraction avait été désarmée, ce qui n’était d’ailleurs guère habile ; ensuite on lui avait interdit les pâturages d’Hassi Imoulay, jugés trop proches de la frontière. La fraction nomadisait donc dans la région de Bir Zoghar, attendant une occasion67. Par la suite, elle fut consignée dans la région de Derdj. Si l’on en croit leurs plaintes, les Djeramna passèrent alors des mois pénibles. Gardés par des Ascaris « Ethiopiens »,en butte aux réquisitions administratives abusives, condamnés systématiquement lors de leurs conflits avec d’autres tribus, ils furent, au printemps 1926, rejetés vers le Nord, dans la région de Nabout, au milieu de populations hostiles. Là, les Djeramna, tout en protestant de leurs bonnes intentions, préparèrent leur fuite.
D’abord ils se débarassèrent de tous les chameaux razziés en territoire algérien, qui auraient pu leur créer des difficultés avec les Chambaa. Puis ils vendirent la majeure partie du petit chaptel, chèvres et moutons, incapable de suivre un train soutenu.
Une maladresse italienne (réquisition abusive de chameaux) les décida définitivement. Profitant de l’absence momentanée de ses gardes éthiopiens, la fraction levait le camp et gagnait à marches forcées la frontière tunisienne qu’elle franchissait le 3 mai 1926.
Cette fraction fut aussitôt désarmée. Mais elle ne possédait plus que quatre fusils, échappés aux contrôles italiens. Composée de 28 tentes, elle groupait 45 hommes, 32 femmes et 81 enfants. Son cheptel comprenait 700 chameaux et 150 moutons ou chèvres68; elle n’était malheureusement pas au complet. Trois des siens engagés au Makhzen de Ghadamès, avaient pu déserter à temps et la rejoindre. Mais un quatrième avait été aussitôt jeté en prison. Enfin, la famille du nommé Maamar, soit quatre hommes, huit femmes et neuf enfants, était retenue par les Italiens qui l’avaient frappée d’une amende de 4 000 lires. Là encore l’administration française devait intervenir et finalement les choses s’arrangèrent 69.
Les Ouled Maamar ne pouvaient, pour de multiples raisons, rester en Territoire Tunisien. Il leur fut accordé 25 jours pour procéder aux préparatifs de départ en vue du long voyage qui devait les conduire dans le territoire des Oasis.
L’itinéraire retenu avait été Bordj Leboeuf — Bir Aouin — Larache. Heureusement une reconnaissance faite à temps prouva que les points d’eau étaient insuffisants pour cette masse de gens et de chameaux. On lui en substitua un autre, plus long, qui contournait l’Erg par le nord, mais plus sûr : Bir Amir, Bir Touil, Bir Choueya, Chabet Hennia Khechba, où ils arrivèrent du 7 au 10 août. Là un repos de trois semaines leur fut accordé; la fraction avait couvert près de 400 km depuis Nalout, sans perte d’animaux 70.
II ne restait plus qu’à regrouper la tribu, lui assigner des terrains de parcours, l’affecter à une annexe ou à un cercle et lui donner enfin un chef officiellement investi par nous.
Lors des premiers contacts de 1912, le voeu émis par les Djeramna était de revenir sur les lieux que leurs pères avaient dû quitter en 1881, c’est-à-dire la région d’El Abiod Sidi Cheikh dans l’annexe de Geryville. Mais depuis les jeunes, nés en Tripolitaine, avaient grandi et le retour au pays des ancêtres les laissait assez froids.
La tribu préférait, semblait-il, vivre dans le Sahara Oriental. D’ailleurs certains faisaient remarquer, à juste titre, que les chameaux, habitués à la Hamada, s’acclimateraient mal dans l’Erg. Les Djeramna ne tenaient pas non plus à séjourner dans l’annexe des Ajjer, car ils déclaraient mal s’entendre avec ces derniers, ce qui était compréhensible étant donné le tour qu’ils avaient joués à leurs amis Imanghassaten.
De son côté, le Chef du Territoire des Oasis proposait leur affectation à l’annexe d’Ouargla, et ce pour des raisons économico-administratives. Une tribu possédant un tel cheptel camelin arrivait à point. En effet, de mauvaises conditions atmosphériques avaient sérieusement éprouvé les troupeaux locaux. Les services officiels (courriers, transports de ravitaillement) n’étaient assurés qu’avec beaucoup de difficultés. Les 4 000 chameaux des Djeramna devaient permettre de régler pas mal de problèmes.
Arrêtons-nous un moment sur ce chiffre. Il figure dans trois rapports successifs de l’annexe de Ouargla. Or, si nous nous en tenons au dénombrement de 1925 (rapport du 16 septembre) effectué par le Lieutenant Habert, de Fort Polignac, nous voyons que les Djeramna Sidi Slimane du Fezzan possèdent 920 chameaux et les Ouled Maamar de Ghadamès 500 (approximation sur renseignements). Ce dernier chiffre de 500 pour les Ouled Maamar est porté à 700 dans les rapports d’Ouargla de 1926. C’est donc que le cheptel des Ouled Slimane serait passé de 920 à plus de 3 000 en moins d’un an ? 71 Si le chiffre donné de 4 000 chameaux paraît quelque peu gonflé, il est certain que les Djeramna possédaient un cheptel important. D’où le premier problème : où faire pâturer ces chameaux ? L’administration française pensa qu’il serait possible de les regrouper dans l’annexe d’Ouargla, entre Fort Lallemand et Gassi Touil, dans l’Oued Igharghar et l’Oued Seoudi.
La réalisation de tous ces projets allait dépendre naturellement de la façon dont les Djeramna envisageaient leurs rapports avec l’Administration Française. Un demi siècle d’indépendance avait évidemment conditionné les mentalités. Cependant les premiers contacts parurent satisfaisants, les Djeramna prenant volontiers contact avec nos officiers et n’étant pas avares de promesses.
En réalité, ils continuaient de n’en faire qu’à leur tête, d’autant plus que la paix régnant en zone française, les dispensait d’avoir à se regrouper pour se défendre. Un rapport d’octobre 1926 montre que la fraction des Ouled Sidi Slimane s’est déjà singulièrement éparpillée : 5 tentes à Ain Belda, 6 tentes à Rouissat, 3 tentes chez les Mekhadma dans la région d’Ouargla, 8 tentes à Ghourd Zina au N.E. de Fort Lallemand, 10 tentes à Hassi Khellal, 5 à 6 près de Fort Polignac, en territoire Aijer. Quant aux Ouled Maamar, encore dans l’annexe d’El Oued, et de ce fait directement contrôlés, ils ne cessaient de solliciter des autorisations de changer d’emplacements, voire de se rendre à Ouargla72.
En février, le Chef de l’annexe des Ajjer faisait entendre le premier son de cloche défavorable : Les Djeramna circulent d’Ouargla sur In Salah ou Tatahouine, sans la moindre autorisation. Ils font preuve de mauvaise volonté pour les convois et opposent la force d’inertie. Bref ce sont des « indésirables » 73. Ils n’abandonnaienptas non plus leur attitude guerrière. C’est ainsi que les Ouled Maamar, bien que deux fois désarmés, une fois par les Italiens, au moment du départ, une seconde fois par les autorités françaises, à leur entrée en Tunisie, se retrouvaient six mois après, tous pourvus d’un fusil italien, bien approvisionnés en munitions74.
Le problème de leur organisation administrative restait posé. Dès 1926, le Commandant Supérieur de l’annexe d’Ouargla avait suggéré qu’ils soient constitués en une tribu de deux fractions. Le Gouverneur Général répondit favorablement le 7 janvier 1927 à cette proposition et félicita par la même occasion les autorités locales qui avaient permis de mettre un point final à l’émigration des Djeramna75.
Ceux-ci furent reconnus comme tribu indépendante et soumis à un Caïd Djeramni selon leurs voeux. Le choix, faute d’autre candidat valable, se porta sur Tex- Mouidir des Italiens, Mohammed ben Naïmi. Les deux fractions furent également conservées, mais on en changea les noms. Les Ouled Maamar devinrent les Ouled Cheikh et les Ouled Sidi Slimane, les Ouled el Hadj.
D’autre part, le problème des terrains de parcours allait recevoir une solution inattendue. En effet, entre temps, le commandement du Territoire des Oasis était passé en d’autres mains. Un premier projet, qui consistait à installer les Djeramna autour d’Hassi Mey, fut abandonné ; peut-être parce que les Chambaa d’Ouargla, si souvent razziés naguère par les Djeramna, voyaient d’un mauvais oeil leur installation parmi eux. Toujours est-il que le nouveau responsable des Oasis leur fit quitter les régions de l’Oued Igharghar et d’Hassi Berkane, où se trouvaient respectivement les deux fractions et leur assigna des pâturages à l’Ouest d’El Goléa, poste qui, à cette époque, dépendait encore d’Ouargla. Cette mesure avait l’avantage de les éloigner des frontières tripolitaines. Elle devait être très bien comprise à Alger où il semble que l’on avait accepté avec réticence le maintien des Djeramna dans le Territoire des Oasis. Dans sa lettre du 18 mars 1927, officialisant l’organisation des Djeramna, le Gouverneur Général rappelait qu’il ne verrait qu’avantages au retour des Djeramna dans l’annexe des Geryville et soulignait que leur établissement à l’Ouest d’El Goléa lui paraissait être un premier pas dans ce sens 76.
La question des impôts allait hâter ce processus. En effet, la dispersion des tentes Djeramna pendant l’année 1927, dispersion qui s’était accentuée puisque l’on trouvait des Djeramna aussi bien dans l’annexe des Ajjer que dans celle d’Ouargla, dans l’annexe d’ElGoléa comme dans le cercle de Géryville, avait fourni un bon prétexte au Caïd pour retarder sa tournée de perception. Ce dernier ne semblait d’ailleurs pas conscient du caractère inéluctable de l’opération.
Rendant compte le 8 avril 1927 de ses contacts avec les différents campements, il écrivait au Capitaine, Chef d’annexé d’Ouargla : « Lorsque nous leur avons parlé du recensement de l’impôt et des convois, nous avons constaté qu’ils n’étaient pas satisfaits » (sic). Le mois suivant, en réponse à la demande de prêt de 216 chameaux pour les convois, il poursuivait : « Vous savez que mes gens ne sont pas encore familiarisés avec les questions de service et qu’il importe de les mener avec tact 77″.
Coïncidence ou conséquence, les Djeramna, pour échapper aux exigences de leur Caïd contraint de résider dans l’Annexe d’Ouargla, se dirigèrent peu à peu vers l’Ouest et quittèrent El Goléa pour le Cercle de Géryville. D’où une correspondance entre les Chefs d’annexé d’Ouargla et de Géryville qui aboutit à la conférence d’Hassi Bouzid, le 20 janvier 1928, rassemblant un Officier de chaque annexe et les responsables de la tribu. Il apparu que le Caïd nommé par nous n’avait aucune autorité et suscitait même la défiance de ses contributes. Ceux-ci acceptèrent, en effet, moyennant uti délai de trois mois, de payer les impôts dus pour 1927, mais entre les mains des Caïds des Ouled Sidi Cheikh78. Cette exigence fut interprétée par l’Administration française comme la preuve que les Djeramna ne tenaient plus tellement à constituer une tribu séparée, mais souhaitaient, au contraire, revenir à leur statut de 1881.
Un second argument, d’ordre politique, allait travailler dans le même sens.
Malgré les avertissements répétés de certains chefs d’annexés, la Direction des Territoires du Sud avait accordé crédit aux bonnes intentions manifestées par les Djeramna, et plus récemment elle avait pensé que Féloignement de la frontière Tripolitaine suffirait à transformer ces razzieurs quasi professionnels en paisibles nomades. Il fallut déchanter.
Le 6 novembre 1926, alors que la tribu venait juste de se regrouper en territoire français, deux Djeramna, nomadisant entre la frontière Algéro-Tunisienne et Ghadamès, capturaient 5 chamelles appartenant à des Ghadamsi. L’affaire n’eut pas de suite, malgré les protestations italiennes, faute de preuves suffisantes.
En juin 1928, le Territoire des Oasis signalait que six Djeramna avaient été aperçus faisant route vers le Fezzan. On pensait qu’ils allaient y razzier quelques bêtes. Un renforcement des postes frontières fut prévu pour les arrêter à leur retour. Or, ces Djeramna venaient des régions de l’Oued Zergoum et de Ba Messaoud, dans l’annexe de Géryville. C’est-à-dire à plus de 1 000 kilomètres à vol d’oiseau. La suite des événements se passa comme prévue. Les Djeramna furent repérés alors qu’ils rentraient en Territoire Algérien et conduits à Fort Polignac.

Ils ramenaient 39 chamelles, prises sur les Ouled Zentane. Dix, qui leur avaient été précédemment enlevées par les mêmes Zentanes, leur furent laissées. Les 29 autres confisquées en attendant que leurs légitimes propriétaires viennent les réclamer.
Les 6 Djeramna de leur côté furent consignés au bordj.
La réaction des Zentanes ne se fit pas attendre. Un contre rezzou de 60 méhari razziait, en août, des troupeaux de l’Oued Tarât et parvenait à regagner le Fezzan au prix de quelques pertes.
Mais les conséquences du rezzou de juin ne s’arrêtèrent pas là. En effet, le 14 septembre, cinq des six Djeramna s’évadèrent de Fort Polignac et n’eurent rien de plus pressé que de repartir vers Ghadamès en quête d’un second coup de main.
Le 4 octobre ils rencontraient quatre méharistes italiens, sous les murs de l’agglomération, tuaient le brigadier-chef qui les commandait, et s’enfuyaient avec son mousqueton et les 24 chameaux de l’armée qu’il convoyait.

Une fois de plus, les exactions des Djeramna débouchaient sur des complications internationales. L’Italie protestait et demandait l’extradition des coupables.
Nous la refusions, avec arguments juridiques à l’appui. Mais tout était fait pour s’emparer de ces individus trop compromettants. Le Goum d’Ouargla, sous les ordres du Caïd M’hammed ben Kaddour, entama une poursuite de 550 kilomètres en cinq jours et finit par rejoindre les fuyards à 1 50 km au N.O d’El Goléa. Deux d’entre eux furent tués, un troisième grièvement blessé, les autres capturés lors de leur retour à Géryville.

Cette dramatique aventure allait mettre le point final à l’épopée des Djeramna. Ils étaient déjà retournés dans la région de leurs ancêtres, ils allaient maintenant y retrouver leur statut de 1881. En effet, il apparut à l’Administration .française que l’affaire n’avait pu se dérouler sans que les Chefs Djeramna, déjà incapables de faire rentrer l’impôt, n’aient été au courant. Il y avait donc de leur part, sinon complicité, tout au moins complaisance. La sanction fut leur révocation et la suppression administrative de la tribu. Les deux fractions Djeramna reprirent place après une absence de près d’un demi siècle, dans la tribu des Ouled Ziad Cheraga, après avoir perdu, avec leur caïd, leur autonomie 79. Les survivants du rezzou, en revanche, devaient s’en tirer à bon compte. Leur cas posait en effet un problème de procédure criminelle quasi insoluble, étant donné que le meurtre avait été commis en territoire étranger et que, pour des raisons également valables, nous avions refusé à l’Italie leur extradition. Successivement le Conseil de Guerre, le Tribunal militaire, puis les Assises furent récusés.
Finalement les prisonniers, internés à El Goléa, furent remis en liberté à la fin de l’année 1929.

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II serait naturellement tentant de chercher à savoir comment les Djeramna avaient supporté ces longues aventures, et en particulier quelles en avaient été les conséquences sur l’économie interne de la tribu. Faute de statistiques valables, on ne peut tenter que des approximations.
Lors du départ en dissidence, les deux fractions Djeramna et Djeramna El Aouachir comprennent 67 tentes. Mais rapidement les El Aouachir moins compromis abandonnent la lutte ; 7 tentes font soumission la même année80. De 1885 à 1888 le chiffre le plus souvent avancé est celui de 52 tentes en dissidence.
Compte tenu de l’éclatement partiel de la tribu lors du grand départ pour le Fezzan, on peut penser que ce chiffre dut encore diminuer. Certaines tentes restent avec Si Kaddour. D’autres passent au Maroc. Finalement il est peu probable que plus de 40 tentes soient passées au Fezzan, tentes misérables, pauvres en cheptel. Que deviennent les Djeramna pendant les 10 années suivantes, nous l’ignorerons toujours. Il faut attendre la reprise des contacts avec nos postes.
A partir de ce moment-là, les statistiques dont nous disposons sont plus précises, quoique tardives. Mais elles confirment l’opinion rapportée par la tradition orale sur l’euphorie du séjour tripolitain. En 1912, les Djeramna comptaient déjà 65 tentes et possédaient 400 chameaux et 300 moutons ou chèvres.

En 1918, ils atteignent 90 tentes, 800 chameaux et 8 000 moutons et chèvres. Les chiffres valent ce qu’ils valent. On peut néanmoins en déduire que la tribu sut profiter au mieux de l’anarchie provoquée par la main mise italienne sur le pays.
En revanche, les états de 1925 et 1926 montrent un déclin démographique.
Les tentes passent de 90 à 73, puis à 67. Faut-il y voir les conséquences des opérations militaires italiennes, des règlements de compte après l’effondrement senoussiste, d’une épidémie 81 ?

Le cheptel camelin, lui, ne cesse au contraire de croître : 1 420 chameaux en 1925, 4 000 en 1926. Mais nous avons déjà dit ce que nous pensions de cette dernière estimation. L’effondrement parallèle du petit cheptel : 8 000 têtes en 1918, 330 en 1925, laisse penser à une conversion motivée par l’exode envisagé, vers l’Algérie.
Cette richesse est assez inégalement répartie. D’abord déséquilibre entre les deux fractions : 700 chameaux pour 32 tentes chez les Ouled Maamar, soit grosso modo 22 chameaux par tente ; 3 000 chameaux pour les Ouled Sidi Slimane pour 35 tentes, soit presque 86 par tente.
La répartition interne est également inégale. Chez les premiers, le nommé Maamar, l’homme de confiance des Italiens de Ghadamès, est réputé posséder seulement 35 animaux. La fortune du Mouidir, Ben Naïmi semble plutôt composée d’argent liquide. Il est en effet permis de supposer que, plus intégrés que les autres dans la vie citadine, les chefs de la fraction de Ghadamès ne convertissaient pas tous leurs biens en chameaux. Nous avons des détails plus précis sur les Ouled Slimane. Les troupeaux les plus médiocres y sont de 50 bêtes. On signale trois possesseurs de plus de 500 chameaux. La tradition nomade est là, strictement respectée.
En 1929, lorsqu’ils ont « bouclé la boucle », les Djeramna sont estimés par Géryville à une soixantaine de tentes. C’est pratiquement le chiffre de 1926, étant donné que 5 tentes sont à Fort Polignac ; mais on ne nous fournit pas d’évaluation du cheptel.
En résumé, nous constatons donc d’abord une période de déclin entre 1881 et 1888. Cause ou conséquence, la Tribu ne présente pas alors de front commun.
Certaines tentes se rallient, d’autres vont au Maroc, d’autres Dieu sait où. Au contraire, la période faste coïncide avec une tribu faisant bloc. Tous les rapports insistent sur la solidarité absolue des deux fractions. Celle-ci apparaît dans les interminables négociations pour le retour. Le fléchissement constaté en 1925 pourrait alors s’expliquer par la rupture partielle de l’unité. La fraction de Ghadamès se soumettant aux Italiens tandis que celle du Fezzan reste indépendante.
Coïncidence ? la fraction Ghadamsienne des Ouled Maamar, jadis la plus riche, voit alors son cheptel camelin se stabiliser tandis que celui des Ouled Sidi
Slimane du- Fezzan s’accroît très rapidement :
— Ouled Maamar: 500 chameaux en 1918; 500 chameaux en 1925; 700 chameaux en 1926.
- Ouled Sidi Slimane : 300 chameaux en 1918 ; 920 en 1925 ; 3 200 en 1926.
Une explication vient naturellement sous la plume. Les Ouled Maamar, en zone soumise, ne pouvaient plus razzier à leur gré, alors que les Ouled Sidi Slimane continuaient de s’en donner à coeur joie. La chose est probable quoiqu’une autre raison puisse être avancée à propos des Ouled Maamar. Mais les razzieurs étaient eux-mêmes exposés à des contre rezzou. En revanche il est certain que la possibilité de choisir librement les pâturages hors des circuits imposés améliorait le rendement du cheptel. Tribu d’éleveurs à l’origine, les Djeramna avaient en effet certainement poursuivi cette activité, avec d’autant plus de profit peut-être que leurs alliés traditionnels, les Imanghassaten, tribu noble, durent leur confier plus d’une fois la surveillance de leurs troupeaux.
Enfin, troisième source de profits, le commerce caravanier. Plusieurs mentions font état de caravanes Djeramna allant de Ghadamès au Soudan et retour. Il est probable que ce fut là source de bénéfice non négligeable. Leurs bonnes relations avec les autorités turques d’une part, leur intégration à certains clans Ajjer contrôlant l’itinéraire d’autre part, (Imanghassaten et Ifoghas) les mettaient certainement en situation privilégiée. Il faut croire aussi que le sens commercial ne leur faisait pas défaut. Dès leur rentrée en territoire algérien, nous les voyons lancer des caravanes sur In Salah parce que les dattes y sont moins chères qu’ailleurs et louer leurs bêtes à des convoyeurs chambaa, faute de pouvoir sans doute prendre immédiatement leur place. Et l’on peut penser qu’au commerce traditionnel, poudre d’or, plumes d’autruche, esclaves, contre objets manufacturés, s’ajouta rapidement la contrebande des armes. Les rapports de la période 1895 — 1919 font fréquemment allusion à un trafic régulier vers le Ouadal.
Quelle fut d’autre part l’évolution des sentiments « politiques » de la tribu ? Comment la « haine » manifestée vis à vis des autorités françaises évolue-t-elle en quelques années vers une demande d’aman ? Le problème paraît complexe. On peut avancer que les jeunes générations nées en Tripolitaine, n’héritent point de ces ressentiments. Malheureusement on constate que ce sont les « vieux » c’està- dire les adolescents de 1881, qui souhaitent le retour ayant gardé du pays des ancêtres une vision peut-être enjolivée par les souvenirs d’enfance. El Hadj’ Abderrahmane qui engage les pourparlers de 1918 et 1921 avait entre 10 et 20 ans lors de l’entrée en dissidence.

Pour eux, la rentrée en zone française signifie le retour à Géryville, les retrouvailles avec l’ancienne tribu 82. On efface les cinquante ans de dissidence et l’on repart en 1881. Le plus âgé des Ouled Sidi Slimane, Tayeb ben Cheikh réclame même le commandement de la fraction pour avoir, avant de déserter, servi 7 ans au makhzen de Géryville. Simplement, par délicatesse, il déclare n’avoir rej’oint les révoltés de 1881 que huit jours après les meurtres, alors qu’il était prouvé qu’il y participa.
Mais en 1925, c’est la nouvelle génération qui est au pouvoir (le Moudir, Mohammed ben Naïmi, est qualifié de « jeune, l’esprit ouvert . . . *’83.) Le retour à Géryville l’intéresse peu. Elle préfère ne pas s’éloigner de la zone qu’elle connaît et n’est poussée à rentrer par aucun argument sentimental.

L’évolution des Djeramna est finalement très simple. La génération compromise dans le meurtre de 1881 a disparu, ou n’est plus majoritaire en 1912, date des premiers contacts. L’arrivée en Tripolitaine d’un colonisateur mal connu, l’Italien, et les premières difficultés qui naissent, provoquent chez les Djeramna, tribu nomade, le réflexe classique : aller ailleurs. Malheureusement, toutes les issues sont bouchées. Le Soudan septentrional qui les aurait certainement tenté est sous contrôle français. Là-dessus, les nostalgies des adolescents de 1881 emportent la décision et ce sont les premiers contacts avec Ouargla. Puis les choses évoluent de telle façon que le péril redouté s’estompe. Les Djeramna restent en Tripolitaine et la jeune génération s’accomode tant bien que mal avec les Italiens (nominationde Ben Naîmi comme Moudir).

L’éventualité d’un départ est mise en réserve au cas d’une aggravation de la situation. Les contacts ne sont jamais rompus. Mais les Djeramna qui, en bons nomades, se préoccupent avant tout de l’intérêt immédiat de leur tribu, ont été amenés à abandonner successivement les Italiens, les Senoussistes et les Turcs. Le règlement de comptes risque d’être pénible. 
Un concours de circonstances fortuit pousse la fraction du Fezzan à sauter le pas. La solidarité tribale joue alors automatiquement et la fraction de Ghadamès n’aura de cesse de passer à son tour la frontière.
La majorité des Djeramna n’envisage pas d’aller plus loin et pense pouvoir s’installer dans l’annexe d’Ouargla. Mais sans doute n’y trouve-t-elle pas de la part des autres tribus l’accueil souhaité. Aussi prête-t-elle l’oreille à l’avis des anciens qui ne cessent de décrire l’annexe de Géryville avec les couleurs que l’on sait.
L’administration locale de son côté est revenue de ses premières illusions et pousse au départ. Les embarras nés des rezzou de 1928 décident enfin le Gouvernement Général à sanctionner l’évolution constatée.
De nos jours, les Djeramna nomadisent encore dans le Sud Oranais. Ils n’ont pas oublié leur histoire et peut-être certains vieillards regrettent-ils, à leur tour, le temps de leur adolescence, les folles méharées vers des troupeaux mal gardés, les lentes caravanes qui revenaient du Soudan, riches de poudre d’or et d’esclaves.

Pierre BOYER
Conservateur en Chef des Archives d’Outre-Mer Aix-en-Provence

Notes
52. Ghadamès devait être réoccupé en février 19 15 puis abandonné i nouveau en juillet de
la même année.
53. 16 H 70 — Répertoire des Chefs Senoussis en Tripolitaine.
54. 23 H 1 – Rapport mensuel des Territoires du Sud, février 1917.
55. 23 H 1 – Rapport mensuel des T.D.S. – Mai 1917.
A leur rentrée, les Djeramna devaient nier toute participation à cette opération, et
reconnaître uniquement deux rezzou contre les Chambaa.
56. 23 H 1 — Rapport mensuel des Territoires du Sud — Décembre 1917 et Sa 30 —
Rapport du Capitaine Thraen (Touggourt) du 14 octobre 1918.
57. De la part du Cheikh El Hadj Abderrahmane des Djeramna à Monsieur le Commandant
Supérieur d’Ouargla.
Après les compliments d’usage . . .
Nous nous trouvons ici dans une situation extrêmement pénible car les habitants du pays
ayant appris que nous, Tribu des Djeramna, avions l’intention de retourner dans votre région,
nous avons à endurer beaucoup de mal et de dommage de la part de nos voisins immédiats et
de toute la population de l’endroit Ces gens, en effet, sont toujours dans l’agitation.
Précédemment les Djeramna n’étaient pas disposés à revenir vers vous, mais quand ils m’on vu
déterminé et résolu, ils se sont à leur tour décidés à me suivre.
Nous faisons en ce moment nos préparatifs de départ, et, s’il plait à Dieu, d’ici peu nous
arriverons. Salut.
Sachez que nous sommes capables de tenir ce pays, Territoire et habitants, [comme on tient un cheval par la bride].
Salut. A la date du 28 Djoumada second.
El Hadj Abderrahmane des Djeramna.
58. Sa 30 – Rapport du Capitaine Thraen, op. cit.
59. Sa 30 – Rapport de Bruce.
61. 23 H 1 — Rapport mensuel de la D.T.S., septembre et novembre 1919.
62. Sa 47.
63. S23 H 1 – Rapports mensuels.
64. 23 H 1 — Rapports mensuels — Peut-être ces tentes sont-elles celles qu’un rapport de
juin 1924 présente comme réfugiées en Territoire algérien. Notons i ce propos la réflexion du
Commandant Fournier, de Touggourt : « Djeramna, Imanghassaten et autres, viennent annoncer
des négociations, soit de paix, soit de soumission, périodiquement, lorsque la nécessité les chasse
de l’arrière-pays et les oblige i vivre quelque temps i notre portée. Ils se sont rendus compte de
longue date que pendant ces pourparlers nous observons scrupuleusement la neutralité la plus
bienveillante, leur donnant ainsi la tranquillité d’esprit dont ils ont besoin pendant cette période
difficile. Puis lorsque l’arrière-pays est devenu habitable, ils reprennent le large, rompant toute
négociation et parfois emmenant le butin de quelque razzia d’adieu faite chez nous ». Sa 44.
65. Sa 30.
66. 34 H 8 B.R. du Commandant de Tatahouine.
67. 34 H 8 B.R. du Goum Saharien de Tunisie.
68. Les chiffres de ces estimations varient d’un rapport i l’autre. Nous en reparlerons plus
loin.
69. Sa 30 – 2e rapport de Bruce.
70. Sa 30 – Rapport du Lieutenant de Bellenet du 13.8.1926
71. S.A. 30
72. S,A. 30
73. S.A. 30
74. S.A. 30 – Rapport de Bruce du 25.11.1926.
75. H.H. 7.1.27
76. H.H. 18.3.1927
77. Sa 30 – 3 mai 1927.
78. Sa 30 – Rapport Carbillet du 4.2.1928.
79. Arrêté du 4 septembre 1929.
80. 33 JJ 15 – rapport annuel 1882.
81. Peut être y eut-il aussi une sédentarisation qui échappa aux observateurs.
En effet, il est signalé, en 1952, un village Jeramna, i l’écart des autres quartiers formant
l’oasis de Ghat. Il est bien précisé que ces Jeramna sont des Arabes, originaire de Geryville. Or,’
il est peu probable que ces Djeramna soient venus s’installer i Ghat après leur retour dans
l’annexe de Geryville ; la chose aurait été relevée. Il faut donc conclure i une sédentarisation de
certaines familles antérieurement i 1926. Cf. Rapport de stage des A.L 1952.
82. Sa 30/ Ie rapport de Bruce.
83. Sa 30/2e rapport de Bruce.

 Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8

Recherche concernant l’Affaire de Géryville.
L’assassinat du Sous-Lieutenant au 2° Zouaves. Weinbrenner (François-Xavier) 1881 en explique la raison de cette affaire !

_________
Articles évoquant des faits autour de son assassinat …

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source
1881/04/28. Note : édition de Paris (matin)
Titre : Journal des débats politiques et littéraires
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d’édition : 1814-1944
Identifiant : ISSN 1770619X
Source : Bibliothèque nationale de France
Description : Variante(s) de titre : Journal des débats, politique et littéraire
Description : Variante(s) de titre : Journal de l’Empire
Provenance : bnf.fr

Sous-Lieutenant au 2° Zouaves Weinbrenner
Journal des débats politiques et littéraires 1881/05/02.

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autre évènement évoqué… à quelques kilomètres … dans une ville qui m’est chère : 

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source
Titre : Journal des débats politiques et littéraires 1881/05/02. Note : édition de Paris (matin). 
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d’édition : 1814-1944
Identifiant : ISSN 1770619X
Source : Bibliothèque nationale de France
Description : Etat de collection : 01/04/1814-
Provenance : bnf.fr

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Journal des débats politiques et littéraires 1881/06/06-1881/06/07. Note : édition de Paris (matin
…Le massacre du brigadier Bringard et de son escorte venant
s’ajouter à si bref délai, à celui du lieutenant Weinbrenner et
à celui de la mission du Colonnel Patters, porterait une atteinte sérieuse au respect
du nom français et à son prestige dans tout le Sahara…

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Transcription complète de l’article illisible (impossible d’obtenir une meilleure qualité)

Les contingens révoltés des Trafis, sous la conduite de Bou-Amema ont supris, il y a deux jours
le brigader Bringard, surveillant de la ligne télégraphique qui relie Géryville à Frendah, et l’ont 
massécré avec 25 hommes de son escorte. 
Les autres plus ou moins grièvement blessés, on put gagner Frendah, où ils ont apporté la triste 
nouvelle. Les colonnes qui poursuivainet Bou-Amea ont dû, comme on sait, arrêter leur marche
sans dépasser Chellala par suite de la chaleur et du manque d’eau.
Elles ont même remonté vers le nord, laissant Géryville à ses propres forces.
Bou-Amema en a profité aussitôt pour suivre ce mouvement, et il y a cinq ou six jours il passait
à portée de canon de Géryville, dont le commandant faisait faire feu à longue distance sur ses 
contingens*. Peut-être était-ce la même cause, c’est-à-dire le manque d’eau qui forçait les tribus
révoltées à revenir également vers le nord ; peut-être Bou-Amema a-t-il voulu essayer à nouveau de
soulever les tribus restées sourdes jusqu’ici à ses excitations. 
Toujours est-il qu’il est venu audacieusement se placer entre Géryville et Frendah, interrompant
les communications entre ces deux cilles et massacrant tout ce qu’il trouvait sur son chemin. 
Sa situation, entre les quatre colonnes dont il est actuellement l’objectif, devrait être désespérée, 
et il ne devrait pouvoir s’échapper d’aucun côté.
Cependant, on semble avoir encore quelque doute à Alger sur ce résultat, et l’on considère comme possible
qu’il parvienne à se ravitailler et à filer par le nort-est avant d’être cerné. Si les tribus dissidentes
parvenaient à éviter nos colonnes et si le sévère châtiment que méritent leurs actes criminels ne leur était 
pas infligé, il y aurait là un précédent absolument déplorable, et dont les effets se feraient certainement 
sentir longtemps dans le sud de nos possessions africaines. 
Le massacre du brigadier Bringard et de son escorte venant s’ajouter à si bref délai à celui du
lieutenant Weinbrenner et à celui de la mission du colonel Flatters, porterait une atteinte sérieuse
au respect du nom français et à son prestige dans tout le Sahara.
Il est donc absolument nécessaire que les opérations contre Bou-Amema soient menées de telle façon
qu’elles donnent un prompt résultat. On dit le général Détrie énergique et très résolu.
Il faut alors espérer qu’il n’y aura plus de temps perdu et que les premières fautes commises
soient prochainement réparées.

Titre : Journal des débats politiques et littéraires
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d’édition : 1814-1944
Identifiant : ISSN 1770619X
Description : Variante(s) de titre : Journal des débats, politique et littéraire
Description : Variante(s) de titre : Journal de l’Empire
Description : Etat de collection : 01/04/1814-
Provenance : bnf.fr

ps : contingens* écrit sous cette forme dans l’article scratch

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La Tunisie au gré des conflits

Une histoire : la Tunisie et la France


14 avril 2013

Les contingents impériaux au cœur de la guerre

Classé sous — milguerres @ 17 h 02 min

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La Tunisie au gré des conflits

Les contingents impériaux au cœur de la guerre :  « Etude faite sur la présence de tous les hommes d’origine des colonies françaises ou britanniques (et autres) ayant participé aux deux conflits mondiaux. 

Pour ceux qui ignorent la présence des Nords Africains, des « Noirs », des Chinois, des gens de l’Est, des Australiens, des Canadiens,… et pardon si j’oublie d’autres origines au sein de ces deux conflits.  Les chiffres parlent d’eux-mêmes,  leur présence ne fera qu’honorer leur mémoire !  A tous ceux qui ont combattu pour une même cause … «  

à noter, selon cette étude :

« La mobilisation des «indigènes » s’est opérée selon des principes divers. En Algérie, en Tunisie et en AOF, les contingents fournis par engagements volontaires sont complétés par des conscrits recrutés par tirage au sort.  »

« En 1940, l’armée française met en ligne 640000 coloniaux et Nord-africains, dont 
176000 Algériens,
 
80000 Tunisiens,
 
80000 Marocains (360000 hommes), et
 
180000 Sénégalais.

En France, en 1918, pour un total de 350000 travailleurs étrangers présents, 200000 sont originaires des colonies françaises (78000 Algériens, 35000 Marocains, 28000 Tunisiens, 50000 Indochinois, surtout Vietnamiens, 6000 Malgaches)

Selon cette étude : 108000 Tunisiens auraient servis sous le drapeau tricolore, lors des deux conflits mondiaux, sans noter les pertes humaines, civiles ou matérielles (sans oublier la période de colonisation et la campagne de Tunisie en 1881. Une Tunisie, vraiment au gré des conflits… Hayet (auteur du blog, origine tunisienne

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8

 

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Les contingents impériaux au cœur de la guerre 

Jacques Frémeaux   lien Histoire, économie et société  lien   Année   2004   lien Volume   23   lien Numéro   23-2 

Résumé
Cette communication insiste sur un sujet trop rarement évoqué, qui est la participation des empires coloniaux, surtout français et britannique, aux deux guerres mondiales. L’apport des Dominions et des colonies en soldats et travailleurs a été important. Ces soldats ont connu des conditions de guerre analogues à celles des soldats européens. Aux souffrances subies par l’ensemble des combattants s’est ajouté un plus grand éloignement de leur pays et, pour les soldats dits «indigènes», une expérience qui a précipité l’entrée dans le monde moderne, et a contribué à encourager les nationalismes.

Abstract
This paper deals with the very important part played by the imperial armies, especiallly British and French, during the two World Wars. A great number of soldiers and workers came from the Dominions and Colonies. They had to endure similar conditions as those of their European comrades, plus, a harsher and longer severance from their mother countries. The discovery of the modern war accelerated the entry of the « native » men in the Modem World, and gave a boost to nationalisms.

Le présent programme ne fait aux Empires coloniaux qu’une place limitée. L’ambition de cette communication est de montrer que, loin de se borner à un canton périphérique de l’étude des conflits mondiaux, la participation des contingents d’outremer pourrait en constituer un vaste domaine. On voudrait suggérer ici tout ce que gagnerait une histoire des peuples en guerre à n’être pas privée d’une partie de ses réalités, trop souvent passées inaperçues lorsqu’elles ne concernent pas directement les métropoles.

1. Senghor, «Aux tirailleurs sénégalais morts pour la France», Hosties noires, 1948.
«On fleurit les tombes, on réchauffe le Soldat Inconnu, Vous mes frères obscurs, personne ne vous nomme» l

Échelle du phénomène
Les chiffres démontreraient à eux seuls qu’il ne s’agit pas d’un phénomène marginal. 
En 1914, la Grande-Bretagne et la France disposent des deux plus grands empires coloniaux du monde, vastes respectivement de trente-quatre millions et de dix millions de kilomètres carrés, peuplés de 400 millions et de 50 millions d’habitants.

Les armées impériales britanniques et françaises
• Les Britanniques

Dans les premiers mois de la guerre, les citoyens des quatre Dominions sont invités à concourir à la défense de la métropole. 
On recourt au même dispositif de mobilisation qu’en Grande-Bretagne: volontariat d’abord, puis conscription. 
Mais celle-ci ne s’applique sans difficultés qu’en Nouvelle-Zélande, où elle est votée au mois de mai 1917. 

Au Canada, la décision d’y recourir, en juin 1917, provoque des émeutes chez les Québécois. 

Les Australiens rejettent la conscription par référendum, sous la pression des habitants d’origine irlandaise, émus par la répression des «Pâques sanglantes» de 1916. 

En Afrique du Sud, la question n’est même pas discutée, étant donné les sympathies pro-allemandes de beaucoup d’Afrikaners. 

Au total, la contribution des Dominions atteint environ 1300000 hommes. 
L’Angleterre mobilise des effectifs équivalents aux Indes.
La participation africaine est notable.
La conscription a été imposée en 1915 en Afrique orientale et 1916 en Afrique occidentale. 

Le bilan est impressionnant, comme en témoigne le tableau 1.
Ainsi, l’empire a permis d’accroître d’environ un tiers le potentiel militaire britannique.

Les contingents impériaux au cœur de la guerre  les_co10
tableau 1

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tableau 2

En 1939, la déclaration de guerre des Dominions à l’Allemagne, reconnus comme États souverains et indépendants au sein du Commonwealth, suit immédiatement celle du Royaume-Uni. 
L’effort de mobilisation est globalement accru par rapport à celui de 1914-1918. 
Il faut dire que la menace japonaise a stimulé la mobilisation en Australie et Nouvelle-Zélande, mais aussi aux Indes. 

La contribution indienne est double de celle de la Grande Guerre, celle des colonies africaines sept à huit fois plus forte. 

Le nombre de mobilisés atteint cinq millions d’hommes, dont deux millions pour les seuls Dominions, soit 84 % de la mobilisation de la métropole. L’Empire britannique et le Commonwealth ont ainsi vécu comme l’avait prophétisé Churchill dans son discours du 18 juin 1940, leur «finest hour» (tab. 2).

• Les Français

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tableau 3

À ces chiffres (tab. 3), qui concernent les «indigènes » il faudrait ajouter celui des Français d’outre-mer, la majorité étant constituée de 73000 Français d’Algérie, auxquels on peut adjoindre peut-être 4000 Français des colonies, soit un total d’environ 80000 hommes.
On atteindrait ainsi environ 650000 hommes, et un total de pertes d’environ 100000 hommes

Il va de soi que, par rapport aux 7800000 mobilisés français, la proportion est faible (environ 8 %). 
Malgré tout, l’acharnement de Clemenceau en 1917 et 1918 à mobiliser les contingents coloniaux les plus nombreux possibles montre que ce nombre doit, dans son esprit, peser lourd dans la balance. 
On peut être pratiquement sûr que, en cas de prolongation du conflit, leur proportion aurait eu tendance à s’accroître. 

La mobilisation des «indigènes » s’est opérée selon des principes divers. En Algérie, en Tunisie et en AOF, les contingents fournis par engagements volontaires sont complétés par des conscrits recrutés par tirage au sort. 

Les besoins de guerre amènent à augmenter le nombre des appels. Dans le reste de l’Empire, on en reste au système d’un volontariat, souvent forcé par des pressions administratives.
Dans Г entre-deux guerres, le recours au réservoir humain des colonies paraît le seul moyen de remédier à l’insuffisance de la démographie. Des lois de 1919 étendent le système de la conscription à l’ensemble des territoires de l’Empire. 

En 1940, l’armée française met en ligne 640000 coloniaux et Nord-africains, dont 
176000 Algériens, 
80000 Tunisiens, 
80000 Marocains (360000 hommes), et 
180000 Sénégalais.

C’est à peu près 10 % de l’effectif de l’armée française. 
Ces troupes combattent courageusement, avant d’être entraînées dans la défaite commune.
Elles comptent de nombreux morts et prisonniers.
 


L’appel aux troupes coloniales ne cesse pas avec la défaite. Elles forment la majorité des contingents de l’armée coloniale de Vichy, mais aussi de ceux de la France libre. 

Après le débarquement allié en Afrique du Nord de novembre 1942, la participation des contingents d’outre-mer est déterminante lorsqu’il s’agit d’organiser en Afrique du Nord une armée française équipée de matériel américain. 
À l’été 1944, sur 633000 hommes de l’armée de terre, on compte environ 60 % de soldats «indigènes», dont certains appartenaient aux Forces françaises libres depuis 1940.

• Note additionnelle
Certes, pour être complet, ce travail devrait faire mention des troupes «coloniales» employées par l’armée russe, et recrutées notamment parmi les Musulmans du Caucase et de l’Asie centrale. Il n’est pas possible de le faire ici, faute de temps. On peut au moins citer pour mémoire les deux «divisions sauvages» recrutées dans le Caucase, qui participent à la tentative du général Lavr Kornilov contre le gouvernement provisoire de Kerenski, au mois de septembre 1917. Des unités de ce type figureront également dans l’Armée rouge en 1939-1945. Il faut noter aussi qu’on a recruté des troupes noires dans les colonies belges et portugaises, qui participent en particulier aux campagnes contre les colonies allemandes d’Afrique orientale.

Les mobilisations de travailleurs

II s’agit d’abord de travailleurs recrutés pour les besoins des armées.
Sur le front français, ce sont en majorité des Chinois (100000 pour l’armée britannique, 40000 pour l’armée française, 10000 pour le corps expéditionnaire américain).
L’Afrique du Sud fait appel à des travailleurs africains auxiliaires (environ 70000 dont 20000 en France au Labour Native Corps , qui participe à la construction des tranchées).
Les campagnes africaines sont également dévoreuses d’effectifs: 55000 à 60000 porteurs auraient été réquisitionnés en AEF pour le Cameroun, ce qui représenterait un homme adulte sur quatre.
Pour les campagnes en Afrique orientale, les Britanniques n’auraient pas recruté moins de 750000 hommes, jusqu’au Nigeria et en Gold Coast.
Un million d’autres «indigènes» sont employés pour l’entretien des lignes de communication des armées britanniques au Proche-Orient.
Les Russes tentent d’imiter leurs alliés, pas toujours avec succès: l’ordre donné en juin 1916 de mobiliser 500000 autochtones d’Asie centrale au sein de bataillons de travailleurs, entraîne des rébellions violentes, notamment chez les Kazakhs et les Kirghizes. Des colons sont massacrés.

On retrouve des cas analogues lors de la Deuxième Guerre mondiale.
À partir de 1942, 50000 «indigènes» de Papouasie et Nouvelle-Guinée sont employés par l’armée australienne comme porteurs, brancardiers, terrassiers, mais aussi éclaireurs. Des Auxiliary Groups sont recrutés en Afrique de l’Ouest et affectés aux brigades d’infanterie, pour participer aux transports.
Par ailleurs, des «coloniaux» sont recrutés pour le travail aux champs ou à l’usine.
En France, en 1918, pour un total de 350000 travailleurs étrangers présents, 200000 sont originaires des colonies françaises (78000 Algériens, 35000 Marocains, 28000 Tunisiens, 50000 Indochinois, surtout Vietnamiens, 6000 Malgaches).

Ce mouvement se prolonge après la guerre: 100000 travailleurs nord-africains, surtout algériens, sont employés en 1930. Dans les colonies, les autorités exigent un accroissement de la production des matières premières, obtenu le plus souvent par la réquisition de travailleurs. Lors de la Deuxième Guerre mondiale, le gouvernement du Tanganyika introduit ainsi la conscription pour augmenter la production des plantations de sisal et de caoutchouc; en Nigeria, on mobilise 100000 personnes, forcées à travailler dans des conditions scandaleuses pour tenter (sans beaucoup de succès) d’augmenter la production des mines d’étain du nord.

Le rôle dans la décision
• La Première Guerre mondiale

Pendant la Première Guerre mondiale, les troupes à recrutement impérial se battent sur tous les fronts. 
Leur participation est toujours importante, parfois décisive. 
Les forces des Dominions sont engagées en priorité sur le front français, comme par exemple les Canadiens à Vimy, au nord d’Arras, en avril 1917. 
Elles sont lourdement éprouvées à Passchendaele de juillet à novembre. 
Il en va de même des contingents coloniaux français, dont beaucoup se distinguent, en particulier les régiments de marche de zouaves-tirailleurs, à forte proportion de soldats algériens musulmans.
La 4e brigade marocaine, qui fait partie de la 38e division d’infanterie, associe pour la reprise du fort de Douaumont, au mois d’octobre 1916, trois bataillons à recrutement français du régiment d’infanterie coloniale du Maroc, deux compagnies du 43e bataillon de tirailleurs sénégalais et deux compagnies du bataillon somali.

Ces forces ont été aussi très largement employées pour tenter de lancer des offensives périphériques.
Les Néo-Zélandais et Australiens du général Birdwood, qui représentent le tiers des 129000 hommes débarqués, subissent à Gallipoli, d’avril à décembre 1915, des pertes voisines de 40000 hommes (8500 tués et 20000 blessés australiens). Les troupes indiennes, qui ont souffert du climat en France, en sont retirées en 1915, et affectées au front de Mésopotamie. L’armée du général Allenby, qui occupe Jérusalem, puis Damas, en 1918, compte deux divisions australiennes. Les campagnes africaines mériteraient aussi d’être évoquées. Par soldats noirs interposés, les militaires britanniques et français combattent les Allemands, au Togo (août 1914), au Sud-Ouest africain (août 1914-mai 1915), au Cameroun (août 1914-février 1916). En Afrique orientale, le lieutenant-colonel von Lettow-Vorbeck, tient tête aux troupes britanniques et sud-africaines, renforcées de troupes noires est-africaines et ouest-africaines, mais aussi fournies par les Portugais et les Belges de la Force publique du Congo.


• La Seconde Guerre mondiale
Comme dans le conflit précédent, ces contingents combattent sur tous les fronts.
Les troupes des colonies africaines de la Grande-Bretagne participent à la conquête de la Somalie italienne, puis à la campagne d’Ethiopie en 1941.
Des Australiens, des Néo-Zélandais et des Sud-Africains se battent dans le désert contre les troupes de Rommel.
Une division australienne est faite prisonnière à Singapour.
Des Indiens sont envoyés en Italie au sein de la VIIIe armée du général Alexander.
700000 participent à la campagne de Birmanie.
Les Canadiens constituent une partie importante des forces qui débarquent en Normandie en juin 1944.
Les campagnes du Pacifique engagent des Australiens, des Néo-Zélandais, mais aussi des détachements recrutés en Papouasie et en Nouvelle-Guinée, qui forment le Pacific Islands Regiment .
On note qu’une grande partie de ces troupes doivent défendre les possessions d’outre-mer, en particulier contre le Japon en Asie et dans le Pacifique. L’appoint impérial est donc moins net que lors de la Première Guerre mondiale.

Pour être peu nombreuses, les troupes coloniales françaises n’en ont pas moins un rôle peut-être plus important que lors du conflit précédent. 
Certaines d’entre elles contribuent aux campagnes de Leclerc au Tchad, puis au Fezzan, contre les troupes de Mussolini.
L’Armée d’Afrique s’illustre en 1943 dans la campagne de Tunisie contre les Germano-Italiens, puis en Italie où elle apporte une contribution décisive à la percée du front allemand sur le Garigliano et à l’entrée des Alliés à Rome (juin 1944). 

Tandis que la 2e DB de Leclerc libère Paris, la Première Armée commandée par de Lattre débarque en Provence. Ces unités participent ensuite, au printemps 1945, à la campagne d’Allemagne. Le dévouement des troupes d’outre-mer, souvent trop oublié, a puissamment contribué à la restauration du rôle international de la France. Seule la possession de l’Empire a permis la renaissance d’une armée qui, par sa participation à la «croisade en Europe», a contribué à faire admettre la métropole dans le concert des vainqueurs.

Problématique
II paraît important de montrer que ce thème des troupes d’outre-mer n’est qu’en apparence «exotique»: les problématiques de l’historiographie récente de la guerre peuvent très bien s’appliquer à ce champ de recherche, même si les réponses ne sont pas toujours identiques. Il s’agit d’hommes, de femmes et d’enfants forcés de subir des conflits, en fonction de leur situation particulière.
Il est un élément si évident qu’on ne pense pas forcément à en tenir compte: la première caractéristique des empires coloniaux est d’être des empires d’outre-mer, dont les diverses possessions sont séparées des métropoles par des centaines ou des milliers de kilomètres d’espaces océaniques.

En 1914, par exemple, si la France n’est qu’à un ou deux jours de mer de l’Afrique du Nord, ou à une dizaine de jours de Dakar, l’ordre de grandeur est d’environ trois semaines pour l’Inde, et six semaines pour la Nouvelle-Calédonie.
L’avion n’est employé que très rarement jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. Même ensuite, il n’est guère utilisé pour les transports de troupes.

Les entrées en guerre

Les conditions des entrées en guerre de 1914 ne sont pas fondamentalement différentes de celles qu’on observe dans les métropoles. 
Le comportement des habitants d’origine européenne se situe, comme en Europe, entre enthousiasme et résignation. 
Les masses indigènes mesurent mal la portée de l’affaire, que les autorités s’efforcent de minimiser, pour éviter les tentations de révolte. 
Les notables sont incités à manifester leur loyalisme. 
Pour la plupart des élites autochtones de formation occidentale, comme pour Gandhi, qui incite ses compatriotes à s’engager, combattre pour les empires signifie aspirer à se transformer de sujets en partenaires.

Lors de la Deuxième Guerre mondiale, le scénario est à peu près le même. 
Dès le 3 septembre, le jour de la déclaration de guerre de la Grande-Bretagne à l’Allemagne, les premiers ministres d’Australie et de Nouvelle-Zélande ont proclamé l’engagement de leur pays aux côtés de celle-là («où elle va, nous allons; où elle se tient, nous nous tenons»).
Au Canada, le Parlement accepte sans vote l’engagement dans la guerre.
Au même moment en Afrique du Sud, la motion de neutralité présentée par le Premier ministre Hertzog est mise en minorité face à la motion de déclaration de guerre soutenue par le maréchal Smuts, symbole, depuis le conflit précédent, du dévouement à la cause impériale, devenue celle du Commonwealth .
Au Maroc, dans une lettre lue dans les mosquées, le sultan Mohammed Ben Youssef, futur roi Mohammed V, souligne que «nous devons à la France un concours sans réserve, ne lui marchander aucune de nos ressources et ne reculer devant aucun sacrifice. Nous étions liés à elle dans les temps de tranquillité et d’opulence, et il est juste que nous soyons à ses côtés dans l’épreuve qu’elle traverse et dont elle sortira, nous en sommes convaincus, glorieuse et grande».

Bien des grincements, il est vrai, se produisent, émanant des représentants des partis nationalistes.
En Inde, les représentants du Parti du Congrès se déclarent scandalisés par le fait que, alors que les Dominions ont décidé en toute souveraineté de leur entrée en guerre, par des votes de leurs parlements », le vice-roi a proclamé l’état de belligérance de l’Inde de façon automatique à la suite du gouvernement de Londres, sans consultation des élus.
Le Parti du Congrès se déclare pourtant prêt à soutenir la cause britannique par solidarité antifasciste, mais uniquement en échange de promesses précises quant à l’octroi d’une indépendance rapide, assorties de précisions quant aux buts de guerre alliés. Dans les territoires français, les arrestations de militants ou les dissolutions de partis nationalistes se multiplient. L’effort de mobilisation humaine et économique n’en est pourtant guère entravé.

La violence de guerre
• Le mythe de la «barbarie des troupes coloniales»

Les guerres coloniales antérieures à 1914 ont été souvent empreintes d’une très grande violence. 
La poignée d’officiers européens commandant des volontaires autochtones ont dû souvent s’assurer de leur fidélité en les récompensant par des parts de butin; ils ne se sont pas toujours souciés de protéger les non-combattants des pillages et des massacres. 
Certains, comme Mangin, auteur de La Force noire , ont jugé que l’assaut brutal et sans pitié était dans la nature même des combattants africains, et ont voulu en faire des troupes de choc. Ils sont déçus: les soldats indigènes ne sont pas plus adaptés a priori à la guerre moderne que leurs homologues européens. 
Les premiers combats se traduisent par de nombreuses défaillances dans leurs rangs. 
S’ils se battent généralement bien par la suite, c’est au sein d’unités organisées selon le modèle le plus conventionnel. 
L’image du Noir armé de son terrible coupe-coupe ne persiste pas moins. 
La propagande germanique pense tenir, avec la présence des troupes noires sur le front occidental, un excellent argument pour contrer les campagnes des Alliés contre la «barbarie» dont ferait preuve l’armée allemande. 
Elle les accuse de décapiter les blessés pour se fabriquer des trophées avec leurs crânes, ou de se parer de colliers d’oreilles coupées. Elle les accuse aussi de brutaliser les prisonniers.

Ces comportements annoncent et préparent les campagnes nationalistes qui se développent après la guerre sur le thème de la «schwarze Schande » (honte noire), entendons l’emploi de troupes noires lors de l’occupation française en Rhénanie, et les abus prétendument commis par elles. 
Ce sera un des thèmes notables de la propagande nazie contre une France accusée par Rosenberg d’être «la première responsable de la souillure de l’Europe par les Nègres ». 
À titre de «vengeance », plusieurs centaines de tirailleurs du 25e RTS seront massacrés au nord de Lyon au mois de juin 1940.
Les chefs des unités de la SS ou de la Wehrmacht responsables de ces crimes de guerre n’ont voulu voir, dans la résistance héroïque des combattants noirs, autre chose que «barbarie» et «bestialité ».

En fait, rien ne vient véritablement attester l’idée d’exactions particulièrement attri- buables à des unités coloniales. On peut tout au plus citer, pendant la Deuxième Guerre mondiale, le comportement des goums marocains qui forment les unités de choc de l’armée française en Italie, accusés, non sans raison, de viol et de pillage à l’égard de civils italiens. Ce lamentable épisode, concernant quelques milliers d’hommes, et limité à quelques mois, pâlit cependant devant les horreurs du front de l’Est.

• Troupes noires et blanches
II n’est guère question de brasser indifféremment les contingents de toutes origines au sein des unités.
Les langues et les coutumes (interdits alimentaires, par exemple), mais aussi les conditions juridiques (les indigènes des colonies n’étant pas des citoyens) s’y opposent. 
Le plus souvent, on constitue des régiments ou bataillons à peu près homogènes, issus du même pays, composés respectivement de troupes blanches et de troupes de couleur. 
Dans celles-ci, ne sont en général européens que les officiers et une partie des sous-officiers. 
En Afrique du Nord, par exemple, les Européens servent aux zouaves et les musulmans aux tirailleurs et aux spahis. 
Le mélange est plus grand dans l’artillerie ou les services.

Au combat, en revanche, la juxtaposition est de règle. Dès les premières opérations de l’été 1914, des régiments mixtes juxtaposent deux bataillons de tirailleurs sénégalais avec un bataillon d’infanterie coloniale blanche. 
Par la suite, les bataillons de tirailleurs reçoivent dans leurs rangs des compagnies européennes, dans la proportion du quart de leur effectif total. 
Aucune règle ne s’impose. 
Des compagnies de tirailleurs indochinois sont réparties dans des régiments d’infanterie métropolitains. Ainsi organisées, les troupes coloniales s’illustrent dans nombre de batailles entre 1916 et 1918. 
On a vu plus haut la composition de la 4e brigade marocaine lors de la reprise du fort de Douaumont en octobre 1916.
Ces principes sont encore en vigueur lors de la Deuxième Guerre mondiale. 
Sur neuf divisions dites «coloniales» entrées en ligne, six associent deux régiments de tirailleurs sénégalais à un régiment d’infanterie coloniale européen. Trois autres sont au départ entièrement blanches, mais deux d’entre elles accueillent par la suite dans leurs rangs des Africains et des Malgaches. Dans chacune, en effet, deux régiments d’infanterie coloniale sont transformés en régiments d’infanterie mixte sénégalais, tandis que les deux régiments d’artillerie coloniale deviennent des régiments d’artillerie coloniale mixte malgaches. Une seule est à trois régiments européens. L’idée, suggérée plusieurs fois, de donner plus d’homogénéité aux régiments en créant des bataillons mixtes n’est pas retenue. Le corps d’armée dit «colonial», affecté à la IIIe armée, n’est pas exclusivement, ni même majoritairement composé de troupes de cette origine. En fait, les divisions coloniales sont éparpillées entre les différentes armées, deux d’entre elles étant affectées à l’armée des Alpes.
Le «panachage» est toujours pratiqué après 1943. Dans la lre Armée qui débarque en Provence en août 1944, le pourcentage des «indigènes» dans les grandes unités varie entre 27 % (lre DB) et 56 % (2e DIM). Les Maghrébins servent non seulement dans les régiments d’infanterie (à raison d’environ 70 % de l’effectif total) et de cavalerie, mais dans toutes les armes. Ils sont ainsi environ 30 % dans l’artillerie et 40 % dans le Génie. Ils sont aussi présents dans les services et soutiens, ainsi que dans les formations sanitaires.

Le caractère exemplaire du coudoiement entre soldats d’origines différentes a souvent été célébré par les chefs des armées. Le maréchal Juin évoque «le souvenir de l’héroïsme le plus pur et de la fraternité qui régna [entre européens et musulmans] dans les rangs de l’Armée d’Afrique, tant il est vrai que c’est dans son sein et au creuset des batailles que les deux races se sont toujours le mieux fondues, le mieux comprises, et le mieux aimées». On pourrait rapprocher ce texte de celui du maréchal britannique Lord Wavell qui évoque l’armée des Indes, «dans laquelle toutes les croyances et toutes les races de l’Inde servaient ensemble aux côtés des Britanniques, dans la confiance mutuelle et la concorde». 
Ces déclarations, sans doute excessives, n’évoquent pas moins certaines vérités.

Les combattants
• La spécificité

On a souvent à tort développé l’idée selon laquelle les contingents d’outre-mer auraient constitué la «chair à canon» destinée à épargner le sang métropolitain.
En fait, si les pertes des combattants indigènes ont été lourdes, elles sont dues au fait qu’ils ont servi avant tout dans les unités d’infanterie, les plus éprouvées.
Mais elles ne dépassent pas celles des unités européennes comparables. 

Ils vivent pareillement, de ce point de vue, l’épreuve de la peur de la blessure et de la mort. Certains aussi connaissent la captivité. 
Les nombres sont particulièrement élevés lors de la Deuxième Guerre mondiale.
En juin 1940, les Allemands ont capturé 60000 Nord- Africains, et peut-être 15000 tirailleurs sénégalais.
On évalue à près de 70000 les Indiens faits prisonniers par les Japonais à Singapour et en Birmanie.

Une première spécificité réside dans le climat. 
Les combattants venus de pays tempérés, comme l’Afrique du Nord, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande, voire froids, comme le Canada, s’adaptent sans trop de difficultés aux hivers français. 
En revanche, les «coloniaux» issus des pays situés dans les zones tropicales et intertropicales et obligées de passer l’hiver en Europe, souffrent beaucoup. 
Le froid paralyse notamment les tirailleurs sénégalais, et oblige le commandement à leur faire passer la mauvaise saison dans des camps du midi de la France. 
Á l’automne de 1944, les responsables se fondent sur la même argumentation pour procéder au «blanchiment» des unités de la lre Armée où les Noirs sont nombreux.

Une autre réalité rarement développée est celle de la rareté ou de l’inexistence des permissions permettant au soldat de rejoindre momentanément les siens.
La priorité donnée aux transports de matériels et de renforts l’explique, aussi bien que le fait qu’au séjour doit s’ajouter un très long trajet.
On avait calculé, par exemple, qu’un séjour de 30 jours au Canada signifiait l’absence de l’homme pendant trois mois à son unité. Il est possible aussi que le commandement ait craint davantage les désertions, dans la mesure où les pays d’outre-mer, vastes et sous-administrés, offraient de ce point de vue beaucoup plus de facilités que les métropoles.

Certains contingents se voient demander des sacrifices qu’ils jugent excessifs. 
Dans la lre Armée, contrainte à affronter la résistance acharnée des troupes allemandes sur les Vosges, puis dans la plaine d’Alsace, les pertes en morts, blessés, malades et disparus varient, selon les unités, entre 30 % et 109 % à la fin de 1944. 
Il ne faut pas oublier en effet que certaines d’entre elles sont passées directement des champs de bataille d’Italie à ceux de Provence, du Rhône et de l’Est de la France. 
Pourtant, les mutineries ou agitations sont rares. 
Selon un schéma assez classique, les hommes cherchent plutôt à se dérober au service militaire ou à déserter avant leur départ qu’à se révolter une fois dans l’armée.

• Pourquoi ont-ils tenu?
Dans son Étude sur le combat (1868) justement admirée par Jean-Norton Cru, le colonel Ardant du Picq énumère les techniques éprouvées depuis l’Antiquité, pour maintenir la cohésion d’un contingent au combat: un commandement solide et compétent; de bonnes armes; des passions, on dirait aujourd’hui des motivations; des formations adaptées, qui facilitent la cohésion et évitent la dislocation; une discipline rigoureuse. 
Il donne une très grande place à la «cohésion», à la «solidarité», et souligne le caractère primordial de la confiance que chaque soldat doit ressentir envers ses camarades, «sa crainte qu’ils lui puissent reprocher, faire expier de les avoir abandonnés dans le danger, son émulation d’aller où vont les autres, sans plus trembler qu’un autre, son esprit de corps en un mot» .

Tous ces éléments sont certainement intervenus pour expliquer la solidité des troupes impériales, et en particulier des troupes indigènes.
Les cadres, en général de métier, ont pour la plupart une bonne expérience du commandement de ces troupes spéciales, et en parlent la langue.
Leurs soldats sont fiers de servir dans une armée moderne, aux côtés de soldats européens, de s’initier au maniement des armes automatiques, ou à la conduite automobile. 
Ils sont mus, sinon par le patriotisme, du moins par une loyauté de type féodal envers le roi d’Angleterre ou la France (vue comme une personne).
La discipline est rigide, et n’exclut pas toujours les punitions corporelles. 
La désertion, loin du pays, est difficile. 
Les régiments cultivent un fort esprit de corps. 
Des efforts sont faits pour respecter les traditions, notamment les interdits alimentaires des soldats musulmans, et maintenir les liens avec les pays d’origine, par courriers et mandats. Des journaux spéciaux sont édités. 
Tout cela compense largement l’attachement moindre à la Patrie, dont il conviendrait d’ailleurs de relativiser l’effet sur les hommes du front.

Les contingents impériaux au cœur de la guerre 
Jacques Frémeaux Histoire, économie et société Année 2004 Volume 23 Numéro 23-2
source http://www.persee.fr

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La Tunisie au gré des conflits

12 avril 2013

Livre d’or du 4e régiment de zouaves

Classé sous — milguerres @ 23 h 13 min

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La Tunisie et la Grande Guerre

La Tunisie au gré des conflits

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Livre d’or du 4e régiment de zouaves

Livre d'or du 4e régiment de zouaves 4_zoua124_zoua114_zoua13
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Titre : Livre d’or du 4e régiment de zouaves
Éditeur : Weber (Tunis)
Date d’édition : 19..
Type : monographie imprimée
Langue : Français
Format : 19 p. ; in-8
Droits : domaine public
Source : Service historique de la Défense, 2012-179966
Provenance : bnf.fr

10 avril 2013

Face à l’Allemagne vaincue, les services de renseignement français – Olivier Lahaie

Classé sous — milguerres @ 14 h 43 min

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Dossier

Face à l’Allemagne vaincue, les services de renseignement français (novembre 1918-avril 1919) 

Olivier Lahaie

p. 61-71

Résumé

Si la signature de l’Armistice fait cesser l’horrible tuerie, elle suscite chez les alliés nombre d’interrogations sur la conduite future de l’Allemagne vaincue. Pour la France, en effet, les temps sont particulièrement incertains entre novembre 1918 et le début de juin 1919. Celle-ci doit faire face aux réticences allemandes devant les clauses de l’Armistice, mesurer la portée de la révolution spartakiste et déjouer les intrigues des Corps francs sur la Baltique… Or avec la paix et la démobilisation qui s’ensuit, les services de renseignement français redéfinissent leurs axes de recherche en prenant en compte l’évolution de la menace ; ils doivent aussi réinventer une autre façon de travailler, en fonction de la situation du moment. Tandis qu’ils exécutent quotidiennement leur mission traditionnelle de renseignement au profit du 2e bureau de l’EMA, sur le long terme, les organes de renseignement contribuent, grâce au réalisme de leurs synthèses, à l’élaboration d’une nouvelle doctrine de sécurité européenne.

Plan

La suspension des hostilités et son cortège d’interrogations chez les alliés

Au milieu des troubles révolutionnaires de Berlin : la MMF du général Dupont aux avant-postes de la collecte du renseignement

Quand une partie de l’armée allemande « invaincue » se bat sur la Baltique…

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Pour en savoir plus, téléchargez le document word ci-dessous : 

Face à l’Allemagne vaincue, les services de renseignement français – Olivier Lahaie   

    

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7 avril 2013

Les zouaves insolitement artistiques

Classé sous — milguerres @ 1 h 29 min

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La Tunisie et la Grande Guerre

La Tunisie au gré des conflits

Les Zouaves

INSOLITEMENT ARTISTIQUE 
Magnifiques photos ! 

Les zouaves insolitement artistiques expor102
expor103
Titre : Le Panorama de la guerre de 1914
Auteur : Levêque, Henri (02)
Éditeur : J. Tallandier (Paris)
Date d’édition : 1914-1919
Contributeur : Rousset, Léonce (1850-1938). Préfacier
Type : texte,publication en série imprimée
source gallica bnf  

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UN AUTRE ZOUAVE CELEBRE 

Sous le pont de l’Alma à Paris il y a une statue d’un zouave, dans le
temps elle servait d’indiquer le niveau de la seine pour alerter les
inondations

Zouave1

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6 avril 2013

La lettre du 4 septembre 1917 relative au classement des vestiges de guerre dans la Somme – Gwladys Longeard

Classé sous — milguerres @ 1 h 19 min

 

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La lettre du 4 septembre 1917 relative au classement
des vestiges de guerre dans la Somme

Cote du document : Service historique de la Défense,
département de l’armée de Terre, 17 N 305

Gwladys Longeard
p. 94-97

Entre juin et novembre 1916, la bataille de la Somme laisse dans les zones française et britannique un paysage dévasté par des bombardements et des combats violents et meurtriers. Des villages entiers ont disparu, les sols sont retournés et truffés d’obus et d’amas de pierres. Les Allemands n’ont reculé que de quelques kilomètres. À partir de mars 1917, le front se déplace, après que les Allemands ont abandonné le saillant Arras-Noyon-Roye et se sont repliés sur la ligne Hindenburg.

Dès le mois de mai 1917, la question du devenir des vestiges de guerre se pose avec une acuité toute particulière dans cette région fortement sinistrée, récemment libérée, qui n’est pas définitivement à l’abri d’un nouveau recul du front.

En liaison avec le ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, le ministère de la Guerre participe à une commission instituée par le gouvernement « pour reconnaître les terrains et certaines portions des anciens fronts qui méritent d’être conservés dans l’état où ils se trouvent, soit pour le souvenir de faits d’armes dont ils ont été le théâtre, soit en raison de leur aspect ou de leur organisation particulièrement typique »1. Cette commission chargée du classement des vestiges et souvenirs de guerre doit veiller à ce que le retour de la population civile ne fasse pas disparaître « ces navrants souvenirs de la Grande Guerre ».

En juin 1917, la zone de la 3e armée française est visitée par deux membres de la commission 2. Ensuite c’est dans la zone britannique située au nord de la Somme, entre Gommecourt, Albert et Bapaume, que le 3e bureau I (intérieur) de l’état-major de l’armée, le Grand Quartier général et la mission militaire française près l’armée britannique doivent faciliter le travail de la commission.

Dans un premier temps, la mission militaire française est chargée de sauvegarder la physionomie des lieux en attendant le passage de la commission : elle obtient des autorités militaires britanniques la parution d’un routine order interdisant les travaux et protégeant par une clôture les environs immédiats de Gommecourt. Elle identifie ensuite les lieux méritant d’être soumis à l’examen de la commission. Il s’agit de l’ancien front de la IIIe armée britannique, comprenant le village de Gommecourt, qui « fut le théâtre de violents combats en juillet 1916 et présente à l’heure actuelle un aspect de chaos qui en fait un témoin précieux de l’âpreté des luttes qui s’y livrèrent », et de l’ancien front de la Ve armée britannique, notamment le long de l’ancienne voie romaine d’Albert à Bapaume, qui vit passer les tanks anglais lors de l’assaut lancé en septembre 1916.

En août-septembre 1917, différents organes préparent le travail de la commission. L’analyse diplomatique de la lettre en date du 4 septembre 1917, adressée par le ministre de la Guerre à la mission militaire française attachée à l’armée britannique, permet de reconstituer le cheminement du document et rend compte de la multiplicité des intervenants dans cette mission interministérielle et interarmées. Le 3e bureau I de l’EMA, qui a dans ses attributions les opérations et l’instruction, demande au lieutenant-colonel Reynaud, directeur des services de la mission militaire française, d’informer l’état-major britannique de la visite prochaine dans la zone britannique de deux membres de la commission : le commandant Viel, appartenant au 3e bureau I de l’EMA et délégué par le général Savatier, président de la commission, et M. André Ventre, architecte en chef des Monuments historiques. Signé par le général Duport, major général de l’armée, ce document transite par le Grand Quartier général le jour même : il est vu par le chef du service des relations avec les administrations civiles. Ce dernier est en contact avec le ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts pour organiser la mission, mais aussi avec le ministère de l’Intérieur, auquel il a demandé de différer la reconstruction des villages récupérés. La direction des services de la mission militaire française à Montreuil-sur-Mer reçoit le courrier le 6 septembre et en adresse une copie conforme à l’État-Major général britannique, afin de les prévenir du déroulement de cette mission dans la zone se trouvant sous leur contrôle. Le ministère de la Guerre leur propose de signaler les vestiges qu’ils souhaiteraient voir conservés, mais, contrairement aux Français qui prévoient déjà la visite de « masses de touristes » sur les champs de bataille de la Somme, les autorités militaires britanniques n’estiment pas utile de présenter des propositions pour le moment.

Il est prévu que les deux représentants français militaire et civil soient accompagnés par un opérateur de la Section photographique de l’armée 3. La reconnaissance doit durer 4 ou 5 jours, au terme desquels l’architecte procèdera à l’étude des terrains et constructions retenus et fera prendre croquis et photographies, que les Britanniques acceptent de dispenser de l’examen par la censure.

Le classement des vestiges de guerre est régi par des critères historiques (rendre honneur aux hommes qui se sont battus en ces lieux), militaires (garder la trace des constructions ou de l’utilisation militaire de l’environnement) et éducatifs (impressionner, émouvoir). La commission doit cependant concilier ce souci patrimonial avec les impératifs économiques et financiers : il ne faut pas entraver la reconstruction des villages et priver l’agriculture de vastes terrains fertiles, et il faut veiller à ne pas grever le budget annuel des Monuments historiques par l’entretien d’organisations construites avec des matériaux périssables. On décide donc tantôt de conserver l’aspect des ruines uniquement par la documentation graphique, tantôt de classer comme monument historique. Les organisations d’ensemble, comme les systèmes de tranchées et les entonnoirs de mines, sont privilégiées par rapport aux éléments isolés, mais il arrive que la commission retienne des arbres observatoires, des pavillons d’officiers construits par les Allemands, des fermes.

Cependant, l’offensive allemande lancée par Ludendorff en 1918 sur ce que les Britanniques appellent « le vieux champ de bataille de la Somme » vient remettre en cause cet effort pour conserver des témoignages physiques des combats. Bien que certains éléments du paysage aient pu être conservés et valorisés dans la Somme, la documentation écrite et graphique constituée en 1917 demeure une source précieuse 4.

Notes
1 Un dossier relatif à la commission est conservé dans les archives de la mission militaire française près l’armée britannique, au Service historique de la Défense, armée de Terre, 17 N 305.
2 Le rapport rédigé à cette occasion met en exergue, au titre des vestiges de guerre, le cimetière de Tracy-le-Val, la ferme de Quennevières, les entonnoirs de mines entre les deux villages de Beuvraignes et du Cessier, la position du Plémont et le bois d’Orval.
3 La section photographique de l’armée a été créée en 1915 conjointement par les ministères de la Guerre, de l’Instruction publique et des Beaux-Arts et des Affaires étrangères, précisément pour « prendre tous clichés intéressants : au point de vue historique (destructions, ruines…), au point de vue de la propagande par l’image à l’étranger, au point de vue des opérations militaires, par la constitution d’archives documentaires ».
4 Outre les archives conservées au Service historique de la Défense, on peut consulter plaques de verre, registres de légende et documentation écrite à la Médiathèque du Patrimoine (archives photographiques, fort de Saint-Cyr), à l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense et à la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine
.

_____________________
Référence électronique
Gwladys Longeard , « La lettre du 4 septembre 1917 relative au classement des vestiges de guerre dans la Somme », Revue historique des armées, 242 | 2006, [En ligne], mis en ligne le 05 novembre 2008. URL : http://rha.revues.org/index4272.html.

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5 avril 2013

Les journaux de marches et opérations (JMO) des unités de la mission française près des forces américaines RHA REVUES

Classé sous — milguerres @ 22 h 45 min

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Les journaux de marches et opérations (JMO) des unités de la mission française

près des forces américaines : une mémoire partagée (1917-1919)

Michel Roucaud
http://rha.revues.org/index2263.html
Après la rupture des relations diplomatiques entre l’Allemagne et les États-Unis, le 3 février 1917, les Américains entrent en guerre aux côtés des alliés le 2 avril 1. Près de deux millions de sammies débarqueront en France de 1917 à 1919. La 1re division d’infanterie américaine (DIA ou DIUS) est la première à arriver à Saint-Nazaire le 26 juin 1917. Une mission militaire française près l’armée américaine, sous les ordres du général Ragueneau, est alors mise en place. Composée d’officiers de liaison, d’ordonnances, d’interprètes et d’officiers d’artillerie, cette mission détache des éléments à chaque échelon (armée, corps d’armée et divisions). Le 13 septembre 1917, sous l’impulsion du général Ragueneau, est créée au sein de la mission une prévôté avec à sa tête le capitaine Soum. Ce dernier, dans le but d’encadrer les troupes américaines, développe des unités prévôtales qui forment laMilitary Police. Celle-ci est composée de soldats sans expérience ni formation en matière prévôtale 2.
Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8
A lire intégralement en téléchargeant ce document :
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française près des forces américaines RHA REVUES
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 source : http://rha.revues.org/index2263.html
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1 avril 2013

Le Débarquement du 6 juin 1944

Classé sous — milguerres @ 20 h 32 min

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 retour à la Seconde Guerre Mondiale

 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale  

Le Débarquement du 6 juin 1944

L’opération Neptune

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L’opération Neptune est le nom de code donné au débarquement en Normandie des troupes alliées en juin 1944 lors de la Seconde Guerre mondiale. Il précède la bataille de Normandie.

C’est la phase d’assaut de l’opération Overlord qui vise à créer une tête de pont alliée de grande échelle dans le nord-ouest de l’Europe et l’ouverture d’un nouveau front à l’Ouest.

Cette opération incluait de nombreux mouvements :

  • la traversée de la Manche par plusieurs milliers de navires ;
  • les opérations aéroportées la nuit précédente ;
  • les bombardements préparatoires aériens et navals des défenses côtières allemandes ;
  • le parachutage de milliers d’Américains au matin du 6 juin ;
  • le débarquement des troupes sur les plages (d’ouest en est) de Utah Beach et Omaha Beach (plus la prise de lapointe du Hoc) pour les Américains et Gold Beach, Juno Beach pour les Canadiens et Sword Beach pour les Anglo-Canadiens et Français libres du Commando Kieffer

Une fois les plages prises, l’opération se poursuit par la jonction des forces de débarquement et l’établissement d’une tête de pont sur la côte normande puis l’acheminement d’hommes et de matériels supplémentaires. Les jours suivants voient la mise en place des structures logistiques (ports, oléoduc) pour le ravitaillement du front et le débarquement de troupes supplémentaires. L’opération cesse officiellement le 30 juin 1944. Bien qu’il soit quelquefois affirmé que l’opération Neptune ne fut que la partie navale de l’opération Overlord, elle-même souvent limitée au seul débarquement Allié et à l’établissement des têtes de pont sur la côte normande, les sources historiques établissent clairement que l’opération Neptune est la partie débarquement et établissement d’une tête de pont côtière au sein de la plus vaste opération Overlord qui visait quant à elle à l’établissement d’une tête de pont de plus grande échelle dans le Nord-Ouest de l’Europe.

Avant et durant l’opération Neptune eut lieu l’opération Fortitude, nom de code collectif des opérations de désinformation et de diversion des Alliés dont le but était double :

  • d’abord dissimuler à l’état-major allemand le lieu réel du débarquement en Europe du Nord-ouest ;
  • ensuite, une fois le débarquement de Normandie effectué, faire croire qu’il ne s’agissait que d’un débarquement secondaire de diversion. Le premier objectif tactique était d’éviter un renforcement des défenses, ainsi qu’une concentration de troupes en Normandie. Il s’agissait ensuite d’éviter une arrivée trop rapide des renforts allemands dans les premiers jours suivants le débarquement. En particulier, il fallait tenir à l’écart les unités blindées de la XVearmée stationnées dans le Pas-de-Calais avant que les Alliés n’aient pu établir une tête de pont suffisamment solide.

L’opération Fortitude comprit deux volets :

  • l‘opération Skye (britannique) British Fourth Army, armée fictive basée à Édimbourg et en Irlande du Nord pour faire croire à un débarquement en Norvège ;
  • l’opération Quicksilver (américaine) : First United States Army Group (FUSAG), groupe d’armées fictif commandé par le général Patton pour faire croire à un débarquement dans le nord de la France.

Buts de l’opération Neptune

L’opération Neptune doit répondre à deux objectifs successifs : établir une tête de pont sur la côte normande puis y acheminer renforts et ravitaillement. Pour cela Neptune va s’articuler en plusieurs opérations :

  • Dans la nuit du 5 au 6 juin : actions aéroportées et traversée de la Manche par la flotte
    • Opérations aéroportées pour sécuriser le flanc est sur l’Orne et le flanc ouest ainsi que la sortie de plage à l’ouest dans le Cotentin.
      • Opération Tonga : parachutage et arrivée par planeur de la 6e division aéroportée britannique sur le flanc est du canal de Caen à la mer et à Ranville, près de la rivière Orne. Le but est de tenir le flanc gauche du secteur de débarquement, particulièrement les ponts pour empêcher les blindés allemands de rejoindre les plages mais permettre par la suite aux blindés britanniques de les utiliser. En effet la zone du débarquement était bordée à l’Est par le canal de Caen à la mer et par l’Orne. Le contrôle des deux ponts les plus proches de la zone de débarquement, le Pegasus Bridge et le pont de Ranville s’avérait un objectif stratégique.
      • Opérations Albany et Boston: parachutages de régiment des 101e et 82e divisions aéroportées américaines dans le nord-est du Cotentin. Elles furent précédées par la mise en place des pathfinders et suivies par l’atterrissage de planeurs de ces mêmes divisions (opération Chicago, Keokuk, Detroit et Elmira). Elles seront suivies par d’autres opérations parachutées le 7 juin. Leur but est de protéger le flanc ouest de la zone de débarquement et surtout de contrôler les sorties de plages d’Utah Beach. En effet, celle-ci, contrairement aux autres plages se trouvent sur un cordon littoral isolé par des marais et n’est reliée que par quelques routes à la péninsule du Cotentin.
    • Opération Dingsonopération Samwest : parachutages en Bretagne de 36 parachutistes français en 4 groupes.
    • Traversée de la Manche de la flotte de débarquement et des bâtiments d’appui naval avec préalablement les :
      • Opération gambit : positionnement de 2 sous-marins de poche pour baliser les plages Est
      • Opération maple : déminage des chenaux à travers la Manche
  • Jour J : Assaut et débarquement
    • Bombardement aérien puis naval des défenses allemandes sur la côte devant les plages de débarquement et des batteries de canons plus à l’intérieur des terres
    • Assaut sur les 5 plages de la côte normande : Utah Beach, Omaha Beach pour les Américains et Sword Beach, Juno Beach et Gold Beach pour les Anglo-Canadiens. S’y rajoutent l’escalade et la prise de la pointe du Hoc par les Rangers américains.
    • Une fois les plages et ses abords pris, elles doivent être nettoyées et des chenaux dégagées afin de permettre un débarquement de plus grande ampleur de troupes et de matériels
  • Jours suivants : Mise en place des structures de ravitaillement
    • 2 ports artificiels, projet Mulberry : Les alliés ont renoncé à prendre directement un port en eaux profondes. Pour pouvoir acheminer le ravitaillement, armements et troupes, ils vont mettre en place deux ports artificiels devant deux des plages prises.
    • Un oléoduc à travers la Manche, l’opération PLUTO

 File:Hms arethusa map.png

Déclenchement de l’opération

Message d’Eisenhower aux troupes d’assaut, le 5 juin 1944

Grand Quartier Général des Forces Expéditionnaires Alliées,

Soldats, Marins et Aviateurs des Forces Expéditionnaires Alliées ! Vous êtes sur le point de vous embarquer pour la grande croisade vers laquelle ont tendu tous nos efforts pendant de longs mois. Les yeux du monde sont fixés sur vous. Les espoirs, les prières de tous les peuples épris de liberté vous accompagnent. Avec nos valeureux alliés et nos frères d’armes des autres fronts, vous détruirez la machine de guerre Allemande, vous anéantirez le joug de la tyrannie que les nazis exercent sur les peuples d’Europe et vous apporterez la sécurité dans un monde libre.

Votre tâche ne sera pas facile. Votre ennemi est bien entraîné, bien équipé et dur au combat. Il luttera sauvagement.

Mais nous sommes en 1944 ! Beaucoup de choses ont changé depuis le triomphe nazi des années 1940-41. Les Nations-Unies ont infligé de grandes défaites aux Allemands, dans des combats d’homme à homme. Notre offensive aérienne a sérieusement diminué leur capacité à faire la guerre sur terre et dans les airs. Notre effort de guerre nous a donné une supériorité écrasante en armes et munitions, et a mis à notre disposition d’importantes réserves d’hommes bien entraînés. La fortune de la bataille a tourné ! Les hommes libres du monde marchent ensemble vers la Victoire !

J’ai totalement confiance en votre courage, votre dévouement et votre compétence dans la bataille. Nous n’accepterons que la Victoire totale !

Bonne chance ! Implorons la bénédiction du Tout-Puissant sur cette grande et noble entreprise.

Dwight D. Eisenhower

___________

Flotte en présence

Le commandement général de la Force navale expéditionnaire alliée, incluant le transport des troupes et l’appui feu naval sur les côtes est assuré par l’amiral britannique SirBertram Ramsay qui a été le responsable de la planification du débarquement en Afrique du Nord en 1942 et dont l’une des deux flottes participa au débarquement en Sicile l’année suivante. Cette force navale était divisée en deux Naval Task Forces :

  • une occidentale commandée par le contre-amiral américain Alan Kirk
  • une orientale commandée par le contre-amiral britannique Sir Philip Vian, vétéran du débarquement en Italie.

La flotte d’invasion était composée de 6 939 navires (1 213 navires de guerre, 4 126 navires de transport et 1 600 navires de soutien dont de nombreux navires marchands) provenant de huit marines différentes (principalement l’US Navy et la Royal Navy mais également plusieurs navires des flottes de pays du Commonwealth, de l’Armée française de la Libération, de la marine royale norvégienne, des navires polonais, néerlandais ou danois).

Traversée de la Manche

Le Débarquement du 6 juin 1944 600px-Allied_Invasion_Force

plan de la traversée

 

La mise en place de cette énorme flotte s’effectua dans tous les ports de la côte sud de l’Angleterre, de Plymouth jusqu’à Newhaven, dont il a fallu compléter les installations par 130 embarcadères supplémentaires.

Déplacer cette armada exigea la définition de quatre passages maritimes depuis les ports britanniques jusqu’à un carrefour au centre de la Manche appelé Spout ou Piccadilly Circus. De cette zone d’un diamètre de 10 milles marins, dix chenaux (2 par plage d’assaut) nettoyés par des dragueurs de mines et balisés de bouées lumineuses permettent aux bateaux (navires de ligne, chalands) d’arriver jusqu’aux 5 plages de débarquement. Les navires se positionnent à environ 10 milles au large des plages entre 2h00 et 3h00 du matin le 6 juin.

Couverture navale

Une part importante de l’opération Neptune était la protection des voies utilisées par les navires alliés et des plages contre la Kriegsmarine. Cela fut confié à la Royal Navy Home Fleet. Les Alliés percevaient deux menaces maritimes allemandes importantes :

  • L’attaque par de gros navires de surface stationnés en Norvège et en mer Baltique. Cette menace était sans doute surévaluée par les Alliés qui ne réalisaient pas, avant juin 1944, la grande faiblesse de la marine de surface allemande dont certains navires n’étaient pas en état de combattre, manquaient de carburant et les équipages d’entraînement, ces gros navires ne s’aventurant plus guère en mer (le Tirpitz réfugié dans un fjord de Norvège, un croiseur de bataille, le Gneisenau, hors d’état de combattre en réalité, les cuirassés de poche Admiral Scheer et Lützow et à cinq croiseurs). Le gros de la Home Fleet était rassemblé en mer du Nord, avec des navires de ligne récents et les porte-avions que l’Amirauté n’avait pas voulu engager dans la Manche à cause de la menace des mines. Elle devait s’opposer le cas échéant à une éventuelle sortie des forces navales de surface allemandes. Le canal de Kiel en mer du Nord avait aussi été miné préventivement (opération Bravado).
  • La seconde menace était les U-boots en provenance de l’Atlantique. Une surveillance aérienne fut mise en place à partir de trois petits porte-avions d’escorte et par le Costal Command de la RAF maintenant un cordon de sécurité jusqu’à très à l’ouest de la pointe des Cornouailles (Land’s End). Quelques U-boots furent repérés mais sans représenter de réels dangers.
  • Une troisième menace existait toutefois avec les unités de S-Boot, mais avec 20 vedettes lance torpilles opérationnelles en Manche et 9 en mer du Nord, c’était bien peu devant l’armada alliée.

D’autres efforts furent faits pour sécuriser l’approche occidentale de la Manche contre des forces navales allemandes venant de Bretagne ou de la côte atlantique. Des champs de mines furent posés (opération Maple) pour forcer les navires ennemis à sortir hors de leur zone de protection aérienne et à se trouver dans des zones où les destroyers alliés pouvaient les attaquer. L’activité navale ennemie fut mineure mais le 4 juillet, quatre destroyers allemands furent coulés ou forcés de rejoindre Brest.

Le Pas-de-Calais fut fermé par des champs de mines, des patrouilles navales et aériennes, des contrôles radar et des bombardements efficaces des ports ennemis de la zone réduisant les risques de raids allemands. Les forces navales allemandes de la zone étaient d’ailleurs assez faibles mais pouvaient être renforcées depuis la mer Baltique. Mais cette flotte devait surtout servir à protéger le Pas-de-Calais où les Allemands attendaient le débarquement et aucune tentative de forcer le blocus allié ne se produisit dans ce secteur.

La couverture navale fut un succès, plus de 300 destroyers et escorteurs étaient chargés à l’entrée de la Manche de refouler les bâtiments légers et les U-boots Allemands. Il n’y eut pas d’attaque par ces derniers et seulement quelques tentatives par des navires allemands de surface, sans conséquences sur la flotte alliée. Les seules pertes de navires en mer furent le fait de mines ou de rares excursions aériennes allemandes après le 6 juin.

Appui naval

Il était assuré par les deux Task forces (Forces opérationnelles) :

  • La Western Task Force (occidentale) de l’US Navy. Elle réunissait 1 700 navires de débarquement, appuyés par 3 cuirassés, 9 croiseurs, dont ceux de l’Armée française de la Libération, le Georges Leygues et le Montcalm, 1 canonnière, 19 destroyers et plusieurs dizaines d’escorteurs et dragueurs.
  • L’Eastern Task Force (orientale) de la Royal Navy. Elle alignait 2426 navires de débarquement, 2 cuirassés, 11 croiseurs, 1 canonnière et 37 destroyers dont La Combattantedes ex-forces navales françaises libres et plusieurs dizaines de bâtiments légers.

Les forces alliées réservèrent à l’appui feu direct des plages de débarquement un ensemble impressionnant de 5 cuirassés, 20 croiseurs, 148 destroyers et près de 350 chalands de débarquement équipés pour la circonstance de roquettes, de canons ou de pièces antiaériennes pour le soutien direct et l’appui feu des troupes au plus près des plages de débarquements.

Cet appui-feu des bâtiments alliés se poursuivit les jours suivants, même une fois les plages prises, principalement pour réduire des batteries, de l’artillerie ou des unités allemandes situées plus à l’intérieur des terres, le feu étant alors déclenché sur demande des troupes alliées au sol.


WESTERN TASK FORCEForces U et ONavire amiral : croiseur AUGUSTA13 navires de ligne + 19 destroyers + 56 dragueurs de mines + 62 petits dragueurs + 12 frégates + 4 corvettes + 113 navires de mines

Liste des navires de ligne de la Force U – Utah Beach1
Nom Erebus Black prince Tuscaloosa Quincy Nevada Hawkins Enterprise Soemba
Nationalité anglais anglais américain américain américain anglais anglais hollandais
Type monitor croiseur croiseur croiseur cuirassé croiseur croiseur canonnière
Classe Erebus Bellona New orleans Baltimore Nevada Cavendish Emerald Flores
Fin fabrication 1916 1943 1934 1943 1918 1919 - 1926
Déplacement normal 8 000 5 600 10 136 14 472 27 500 9 750 7 300 1 475
Long. en m 123,4 147,8 179,2 205,2 175,3 184,4 173,7 45,5
Larg. en m 26,9 15,4 18,8 21,6 29,1 19,8 16,6 11,5
Tirant en m 3,6 5,1 6,9 7,3 8,7 5,9 5,6 3,5
Vitesse 14 32 32,7 33 20,5 30 33 15
Armement 2 x 381 mm 4 x 155 mm 9 x 203 mm 9 x 203 mm 10 x 356 mm 7 x 190 mm 4 x 105 mm 3 x 150 mm
- 2 x 152 mm 8 x 127 mm 12 x 127 mm 21 x 127 mm 6 x 76 mm 4 x 20 mm
Equipage 204 480 868 1039 864 712 850 132
Objectif Gatteville + La Pernelle Morsalines Quinéville Saint-Marcouf Azeville St-Martin Madeleine Utah beach
Liste des navires de ligne de la Force O – Omaha Beach1
Nom Texas Glasgow Leygues Montcalm Arkansas
Nationalité américain anglais français français américain
Type cuirassé croiseur croiseur croiseur cuirassé
Classe New York Town Galissonnière Galissonnière Wyoming
Fin fabrication 1914 1936 1937 1937 1912
Déplacement normal 27 000 9 100 8 214 8 214 26 000
Long. en m 172,3 170,1 179,5 179,5 169,9
Larg. en m 29,1 18,8 17,4 17,4 28,4
Tirant en m 8,7 6,5 5,3 5,3 8,7
Vitesse 21 32 31 31 20,5
Armement 10 x 356 mm 12 x 152 mm 9 x 152 mm 9 x 152 mm 12 x 305 mm
- 21 x 127 mm 8 x 102 mm 8 x 90 mm 8 x 90 mm 21 x 127 mm
Equipage 1042 748 764 764 1063
Objectif Pointe du Hoc Omaha beach Omaha beach Port en Bessin Omaha beach

EASTERN TASK FORCEForces G, J et SNavire amiral : Croiseur SCYLLA15 navires de ligne + 37 destroyers + 42 dragueurs de mines + 87 petits dragueurs + 19 frégates + 17 corvettes + 90 navires de mines + 2 sous-marins de poche

Liste des navires de ligne de la Force J – Gold Beach1
Nom Ajax Argonaut Emerald Orion Flores Belfast Diadem
Nationalité anglais anglais anglais anglais hollandais anglais anglais
Type croiseur croiseur croiseur croiseur canonnière croiseur croiseur
Classe Leander Dido Emerald Leander Flores Town Bellona
Fin fabrication NC NC 1926 NC 1926 1939 1944
Déplacement normal 7 270 5 600 7 300 7 270 1 475 10 055 5 600
Long. en m 159,1 147,8 173,7 159,1 45,5 176,5 147,8
Larg. en m 16,9 15,4 16,6 16,9 11,5 19,3 15,4
Tirant en m 6 5,1 5,6 6 3,5 6,5 5,1
Vitesse 32,5 32 33 32,5 15 32,5 32
Armement 8 x 152 mm 8 x 112 mm 7 x 152 mm 8 x 152 mm 3 x 150 mm 12 x 152 mm 8 x 112 mm
- 4 x 102 mm 5 x 102 mm 4 x 102 mm 4 x 20 mm 12 x 102 mm
Equipage 570 480 850 570 132 850 480
Objectif Longues Vaux Arromanches Mont Fleury Arromanches Ver Moulineaux

Force G – Soutien naval de JUNO BEACH assuré par les 11 destroyers de la zone. Pas de navire de ligne.

Liste des navires de ligne de la Force S – Sword Beach1
Nom Danae Dragon Frobisher Arethusa Mauritius Roberts Ramillies Warspite
Nationalité anglais anglais anglais anglais anglais anglais anglais anglais
Type croiseur croiseur croiseur croiseur croiseur monitor cuirassé cuirassé
Classe Danae Danae Cavendish Arethusa Fiji Erebus Royal Sovereign Queen Elizabeth
Fin fabrication 1918 1918 1920 1935 1941 1941 1916 1915
Déplacement normal 4 970 4 970 9 750 5 220 8 530 7 973 28 000 27 500
Long. en m 143,6 143,6 184,4 146,3 164 113,8 190,3 196,8
Larg. en m 13,9 13,9 19,8 15,6 18,9 27,4 27 27,6
Tirant en m 5 5 5,9 5 6 4,1 8,7 8,8
Vitesse 29 29 30,5 32,3 31,5 12,5 13 23
Armement 6 x 152 mm 6 x 152 mm 7 x 190 mm 6 x 152 mm 12 x 152 mm 2 x 381 mm 8 x 381 mm 8 x 381 mm
- 2 x 76 mm 2 x 76 mm 6 x 76 mm 4 x 100 mm 8 x 100 mm 8 x 100 mm 14 x 152 mm 14 x 152 mm
Equipage 450 450 712 500 920 442 908 925
Objectif Ouistreham Graye Riva bella Merville Houlgate Houlgate Bénerville Villerville

HOME COMMANDflotte de commandement1 navire de ligne + 20 destroyers + 50 corvettes + 292 navires de mines + 58 groupes anti-ss-marins


Appui aérien

L’aviation alliée apportait aussi son appui à l’opération Neptune. En assurant une couverture constante au-dessus de la flotte de débarquement et des plages, et surtout en complétant la préparation navale par un tapis de 4 000 tonnes de bombes sur les principaux sites de débarquement (avec plus ou moins de succès, très efficaces à Utah Beachmais un échec à Omaha Beach).

Pour le jour J, l’Air Chief Marshall Robert Mallory disposait de 7 500 avions de reconnaissance, chasseurs et bombardiers légers, qui, le cas échéant, pouvaient être renforcés par 3 500 avions de l’aviation de bombardement stratégique du Bomber Command.

Les Alliés ne disposeront de leur première piste d’aviation en Normandie que le 12 juin près d’Utah Beach, la prise de Caen et de l’aérodrome de Carpiquet dans les premiers jours de la bataille ayant échoué (Voir bataille de Caen).

Assaut sur les plages

Au début de l’opération Neptune, se déroula l’opération Gambit quand les sous-marins miniatures britanniques, les 2 X-Craft, vinrent se mettre en position près des plages pour guider la flotte d’invasion.

Les troupes d’assaut débarquèrent sur les 5 plages, désignées par les noms de code devenus célèbres : SWORD BEACH, JUNO BEACH, GOLD BEACH, OMAHA BEACH, etUTAH BEACH.

L’ordre de bataille était approximativement le suivant :

  • Le 1st Special Service Brigade comprenant les commandos britanniques No.3, No.4, No.6 et No.45 (RM) débarquent à Ouistreham dans le secteur Queen Red (à l’extrême gauche). Les hommes du No.Commando 4 sont renforcées par le 1st Troop et le 8e Troop (dont les 177 fusiliers marins français du commandant Kieffer) des 10e commandos interalliés.
  • La 3e division d’infanterie britannique et la 27e brigade cuirassée à Sword Beach, de Ouistreham à Lion-sur-Mer.
  • 41e (RM) commando (de la 4e Special Service Brigade avec les 46e (RM), 47e (RM) et 48 e(RM) commandos), débarque à la droite de Sword Beach.
  • La 3e division d’infanterie et la 2e brigade blindée de l’armée Canadienne, la 2de brigade cuirassée et le 48e (RM) commando à Juno Beach, entre Saint-Aubin-sur-Mer etCourseulles-sur-Mer.
  • Le 46e (RM) commando à Juno doit escalader la falaise à gauche de l’estuaire de l’Orne et y détruire une batterie (la puissance de feu de cette batterie étant apparue comme négligeable, le 46e commando est mis de côté comme une réserve flottante et débarque à Jour J+1).
  • La 50e division britannique et la 8e brigade cuirassée à Gold Beach, de La Rivière à Arromanches.
  • Le 47e (RM) commando sur le flanc Ouest de Gold beach.
  • Le 5e Corps US (1re division d’infanterie et 29e division d’infanterie) de l’US Army à Omaha Beach, de Sainte-Honorine-des-Pertes à Vierville-sur-Mer.
  • Le 2e bataillon de rangers US à la pointe du Hoc.
  • Le 7e corps US (4e division d’infanterie plus d’autres éléments) à Utah Beach, autour de Pouppeville et La Madeleine.

Logistique

L’opération Neptune ne se limita pas seulement au transport des troupes d’assaut. Elle assura le ravitaillement des têtes de pont. Ce qui était une source d’ennui pour l’état-major allié à cause de l’absence de port en eau profonde disponible dans les premiers jours de la bataille de Normandie. Les Alliés ne pouvaient disposer que des petits ports de pêche de Port-en-Bessin et Courseulles dont la capacité d’accueil était minime, ce qui limitait l’ampleur du débarquement.

Ports artificiels

Pour résoudre ce problème, les Alliés conçurent d’« apporter leur port avec eux ». Quinze jours après le débarquement, débuta la mise en place de deux ports artificiels, lesMulberries face aux plages de Saint-Laurent-sur-Mer (Mulberry A, port américain) et d’Arromanches (Mulberry B, port britannique). Ces deux ports devaient être capables de permettre le débarquement de 6 500 véhicules et 40 000 tonnes d’approvisionnement par semaine. Une tempête détruisit le Mulberry A américain et endommagea le Mulberry B britannique et dans les faits, la majeure partie du débarquement du matériel et des troupes continua à se faire par les plages et par l’utilisation intensive et plus qu’initialement prévu des petits ports côtiers et ce jusqu’à la prise et la remise en marche du port de Cherbourg pour pouvoir acheminer du carburant, des munitions et des soldats en renfort.

Approvisionnement en carburant

L’approvisionnement en carburant était un des éléments vitaux de la réussite de l’opération Overlord. Les Alliés avaient estimé leurs besoins à 15 000 tonnes à J+41 (soit le 15 juillet) pour approvisionner en essence les 200 000 véhicules qui auraient déjà été débarqués2 mais également le kérozène des avions ou le mazout des navires de la zone. Pendant les 10 premiers jours, les Alliés faisaient échouer sur les plages des LCT remplis de jerricans d’essence2. En parallèle, deux points d’ancrage pour pétroliers étaient installés au large de Sainte-Honorine-des-Pertes et reliés à la côte et au mont Cauvin par des tuyaux souples2. Un terminal pétrolier sommaire était installé le long des jetées dePort-en-Bessin et relié lui aussi au Mont-Cauvin par un oléoduc2.

À partir du 15 juillet, ces systèmes d’approvisionnement dit mineurs devaient être remplacés par des systèmes de plus grand échelle à partir du port de Cherbourg reconquis. Le terminal pétrolier d’avant-guerre de la marine nationale de la digue de Querqueville devait être remis en marche avec l’accostage de gros pétroliers mais surtout avec la mise en place d’un oléoduc sous la Manche. Mais les importantes destructions allemandes du port ne permirent au premier pétrolier allié de n’accoster à Querqueville que le 25 juillet et la mise en place de l’oléoduc fut elle aussi retardée2.

Article détaillé : Opération PLUTO.

Il s’agissait de dérouler entre l’île de Wight et Querqueville, soit une centaine de kilomètres, dix tuyaux souples sous la mer (Pipe-Lines Under The Ocean ou PLUTO), ce qui n’avait encore jamais été fait dans l’Histoire2. Initialement, le premier tuyau devait entrer en fonctionnement le 18 juin, soit 12 jours après le débarquement. Mais la prise de Cherbourg plus tardive, le long nettoyage des eaux du port et le mauvais temps retardèrent sa mise en service de 6 semaines et il ne put rentrer en fonction qu’au début du mois d’août. Néanmoins, le manque de carburant ne se fit pas trop sentir, le front ne progressant pas ou peu2.

Le fonctionnement de PLUTO se révéla également insuffisant, chaque tuyau ne fournissant pas les 300 tonnes/jour initialement prévues2, obligeant les Alliés à poursuivre des débarquement de carburant sur les plages, à décharger dans le port de Courseulles-sur-Mer et à continuer de faire fonctionner le terminal de Port-en-Bessin2. Par la suite, avec l’avancée des Américains, PLUTO fut prolongé par un oléoduc terrestre jusqu’à Avranches2. Au mois d’aout, il sera redirigé vers la Seine et Paris. 7500 sapeurs américains aidés de 1500 prisonniers de guerre allemands participeront aux travaux de cet oléoduc2.

Notes et références

  1. ↑ a, b, c et d Yves Buffetaut, Navires du débarquement, Marines Editions, p. 55-66
  2. ↑ a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Rémi Dequesnes, Normandie 1944 – le débarquement et la bataille de Normandie, Éditions Ouest-France, 2009, p. 178-181. Chap. Le Ravitaillement des armées en carburant

31 mars 2013

Crise de la conscription (1944)

Classé sous — milguerres @ 23 h 39 min

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Chronologie de la Seconde Guerre mondiale 

 

Crise de la conscription (1944)
Crise de la conscription (1944) 729207

La Crise de la conscription de 1944 est une crise politique et militaire survenue au Canada durant la Deuxième Guerre mondiale. Suite à une mauvaise gestion des soldats francophones dans l’armée canadienne, la population francophone s’est activement opposée aux menées du gouvernement canadien pour augmenter les effectifs de l’armée canadienne.
Semblable à la Crise de la conscription de 1917, elle fut moins dommageable politiquement.

Contexte
Le Canada, avec le reste de l’Empire britannique, déclare la guerre à l’Allemagne le 10 septembre 1939 et envoie une division en Europe, qui ne peut combattre avant que la Francene soit complètement envahie par l’Allemagne. En 1940, le premier ministre King promet de limiter la participation canadienne au conflit. La plupart des Canadiens appuient cette position de King, même s’il devenait de plus en plus évident que la guerre continuerait pour plusieurs années. Le 8 décembre 1941, le Canada suit encore le Royaume-Uni et déclare la guerre à l’Empire du Japon. Les hommes et les femmes s’enrôlent, mais en nombre insuffisant pour remplacer ceux tués en Europe et en Extrême-Orient, particulièrement dans l’infanterie et les forces blindées.

Tout comme pendant la Première Guerre mondiale, les jeunes Canadiens-français qui cherchent l’aventure ou à fuir l’ennui de la vie de ferme, se dirigent vers les quelques régiments traditionnels francophones de l’armée canadienne, comme le Royal 22e Régiment, et plusieurs régiments de réserve qui sont mobilisés pour la guerre. La vie dans les quartiers d’infanterie et l’entraînement se déroulaient en français. Seuls le commandement et les échanges radio étaient en anglais.

Dans le reste des forces militaires, toutefois, les unités fonctionnent en anglais à cause de la prédominance de la radio, ainsi que l’instruction technique intense qui se faisait dans des centres d’entraînement exclusivement anglophones.
Le gaspillage de talent des soldats, des marins et des pilotes canadiens-français est démontré par la carrière d’un des officiers francophones du Three Rivers, Jean-Victor Allard. Frustré par l’anglicisation de son unité et la marginalisation des Canadiens-Français (y compris lui-même), il mute vers l’infanterie, où il gravit rapidement les échelons pour commander un bataillon et une brigade pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les unités comme le Royal 22e Régiment, les Fusiliers Mont-Royal, le Régiment de la Chaudière et le Régiment de Maisonneuve ont tous des bilans exceptionnels durant la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, tout comme pendant la Première Guerre mondiale, la tradition militaire canadienne quelque peu francophobe :
• refuse l’usage du français pour le commandement,
• fait des efforts inadéquats pour placer les recrues francophones dans les unités francophones
• limite l’expansion du secteur francophone de l’armée.

Certains estiment que s’ils avaient été concentrés dans la même brigade (ce que les Canadiens-Français réclamaient et qui existe aujourd’hui dans les Forces armées canadiennes), elle aurait été un sujet de fierté pour le Canada français, encourageant l’effort de guerre et l’appui politique au Québec. Toutefois, les unités sont plutôt distribuées dans les différentes divisions anglophones de l’Armée canadienne outre-mer. Dans son livre The Generals, le Dr Jack Granatstein note que toute tentative de créer une brigade entièrement francophone se serait soldée par un échec suite à une pénurie d’officiers francophones de formation.

La perception d’une culture militaire anti-française fait renaître les souvenirs du mauvais traitement réservé aux soldats canadiens-français pendant la guerre de 1914-1918. Dans l’infanterie du moins, on acceptait depuis le début de la Seconde Guerre mondiale des unités entièrement francophones. Ceci constitue une différence majeure avec la guerre précédente, quand la création du 22e bataillon d’infanterie (canadien-français) a nécessité de grandes manifestations de la part des Canadiens-Français, ainsi qu’une énorme pression politique, afin de venir à bout de la haine que vouait le ministre de la Défense Sam Hughes à cette idée. Cette plus grande acceptation des unités canadiennes-française sous leurs propres chefs, ainsi que l’acceptation de l’usage informel de la langue, a sans doute grandement contribué à diminuer la résistance du Québec envers l’effort de guerre.

En juin 1940, le gouvernement canadien adopte la conscription pour le service au pays par la Loi sur la mobilisation des ressources nationales (anglais : National Ressources Mobilization Act), qui permet au gouvernement d’enrôler hommes et femmes et de les placer dans des emplois considérés comme nécessaires à l’effort de guerre, mais n’autorise pas la conscription pour le service militaire outre-mer.

Le plébiscite de 1942
En 1941 il y a suffisamment de volontaires pour maintenir cinq divisions outre-mer. Pendant ce temps, les conservateurs font pression sur King pour qu’il adopte la conscription. En avril 1942, King tient un plébiscite, qui demande à la population non pas d’appuyer la conscription immédiate, mais plutôt de permettre au gouvernement de revenir sur sa promesse faite durant l’élection de 1940. La phrase célèbre de King sur cette question, « la conscription si nécessaire, mais pas nécessairement la conscription », reflétait la nature ambiguë du plébiscite.

Sans surprise, le plébiscite reçoit l’appui de la plupart des Canadiens-Anglais, qui votent pour à 83 %, mais est massivement rejeté par les Canadiens-Français, surtout au Québec, où les groupes anti-conscription (dont un mené par Henri Bourassa, un des plus importants opposants de la conscription en 1917) contribuent à ce que 76 % de la population vote contre la conscription.
Le gouvernement canadien adopte alors la Loi 80, abrogeant les sections de la Loi sur la mobilisation des ressources nationales qui interdisent la conscription pour le service outre-mer. Toutefois, la plupart des Canadiens n’appuient toujours pas la conscription immédiate. Il y a quelques émeutes à Montréal, quoique n’approchant pas la même échelle que lesémeutes survenues en 1917 et 1918. Même à Toronto, une région fortement pro-conscription, le conservateur Arthur Meighen est défait lors d’une élection partielle après avoir promis d’aider à introduire la conscription.

Adoption de la conscription
Après des campagnes en Italie en 1943 et le Débarquement de Normandie en 1944, faute de volontaires, le Canada fait face à une pénurie de troupes. Les ministres canadiens-français de King, et le Québec en général, ne font pas confiance au ministre de la défense James Ralston, et King juge politiquement sensible de le remplacer par le général anti-conscription Andrew McNaughton en novembre 1944. Cependant, ce dernier est incapable de produire un grand nombre de volontaires pour l’infanterie, bien qu’il y ait un grand nombre de volontaires pour la marine et l’aviation. Le cabinet de King menace de démissionner et de faire tomber le gouvernement. King accepte finalement la conscription en novembre.

Lorsqu’en 1943, une brigade est envoyée aux Îles Aléoutiennes, alors occupées par l’empire du Japon, il y avait des centaines de conscrits dans les rangs (les îles étant techniquement en terre nord-américaine, le déploiement n’était donc pas considéré comme « outre-mer ») et des désertions avant l’embarquement sont notées. Toutefois, aucun autre déploiement n’est fait avant 1945, quand 12 908 hommes sont envoyés à l’étranger. La plupart proviennent des conscrits pour le service domestique recrutés sous la Loi sur la mobilisation des ressources nationales, et non dans la population en général. Peu participent aux combats en Europe : seuls 2 463 hommes atteignent les unités en première ligne. De ceux-ci, 79 conscrits perdent la vie. Politiquement, il s’agit d’un pari réussi pour King, qui évite de s’embourber dans une crise politique et demeure au pouvoir jusqu’à sa retraite en 1948.
Les hommes conscrits sous la Loi sur la mobilisation des ressources nationales qui refusent de devenir « actifs » sont affublés du surnom dérisoire de « Zombis », autant au Canada qu’à l’étranger. Farley Mowat raconte, dans ses mémoires de guerre, la haine sauvage qu’il entretenait face à ceux qui portaient l’uniforme, mais refusaient de faire les mêmes sacrifices que lui et ses camarades furent appelés à faire en Italie et dans le nord-ouest de l’Europe.

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30 mars 2013

Une histoire, la Tunisie et la France

Classé sous — milguerres @ 23 h 17 min

 

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La Tunisie au gré des conflits

 

 

Une histoire, la Tunisie et la France 

TUN.gif (10151 bytes)              Une histoire, la Tunisie et la France  171209

Choses et gens de la vie : Dictionnaire illustré de la Tunisie par Paul Lambert – 1912

 

 

 

 

 

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