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13 mars 2013

Bizerte, otage de l’histoire

Classé sous — milguerres @ 23 h 25 min

 

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La Tunisie et la Grande Guerre

La Tunisie au gré des conflits         Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8         Une histoire : Bizerte et la France

Le résident général de Tunisie, l’Amiral Esteva, collaborateur ou libre ? 
L’amiral Derrien, entre le marteau et l’enclume 

Bizerte, otage de l’histoire.

De la seconde guerre mondiale aux indépendances du Maghreb

Sébastien Abis et Damien Cordier-Féron

Décembre 2011

 

Bizerte, otage de l’histoire bizerte-otage-de-lhistoire

Cinquante ans après, deux spécialistes du monde méditerranéen et des questions stratégiques analysent les enjeux du conflit qui opposa la France et la Tunisie à Bizerte (1958-1961). Lorsque Habib Bourguiba demande l’évacuation de la base militaire de Bizerte, qui permet de contrôler tout le trafic méditerranéen, la France est engluée dans les « événements d’Algérie » et le monde est parasité par la guerre froide. En juillet 1961, Bourguiba, qui se heurte à une forte opposition intérieure, cherche un dérivatif. Soutenu par la population, il recrute des volontaires civils afin de seconder l’armée à Bizerte. C’est le pot de terre contre le pot de fer. En trois jours, l’armée française fait des milliers de victimes. Des morts pour rien car Bizerte sera évacuée en octobre 1963, après la fin de la guerre d’Algérie.

L’ouvrage apporte un éclairage original à partir du contexte géopolitique, mais il rend aussi compte de l’état des infrastructures et des projets de modernisation de la France et de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Des visions parallèles qui dévoilent les intentions de tous les acteurs du conflit, et permettent de comprendre les évolutions ultérieures.

Amélie Duhamel
source :http://www.monde-diplomatique.fr/2011/12/DUHAMEL/47076

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La Tunisie et la Grande Guerre

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L’amiral Derrien, entre le marteau et l’enclume

Classé sous — milguerres @ 23 h 13 min

Le résident général de Tunisie, l’Amiral Esteva, collaborateur ou libre ? 

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La Tunisie au gré des conflits

Une histoire : Bizerte et la France

L’amiral Derrien, entre le marteau et l’enclume

 

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L’amiral Derrien, face à des pressions !Neutralisé par l’amiral ESTEVA pour avoir encouragé ses troupes à rejoindre les Alliés afin de se battre contre l’Axe
et contradictoirement, accusé d’avoir cédé Bizerte aux nazis !!!entre le marteau et l’enclume…

À la suite de l’opération Torch, l’amiral Derrien, alors commandant en chef du camp retranché autonome de Bizerte, qui avait initialement invité ses hommes à rejoindre les forces alliés, doit accepter le 7 décembre 1942 de mettre la base à disposition des forces de l’Axe après avoir reçu un ultimatum de trois heures de la part des Allemands. 
Cette décision prise en partie sous l’influence de Jean-Pierre Esteva, résident général de France en Tunisie aux ordres du régime de Vichy, aurait été aussi motivée par la volonté de protéger les infrastructures militaires et civiles de la ville. Les Alliés en font alors une cible privilégiée de leurs bombardements qui détruisent beaucoup plus d’objectifs civils que militaires : alors que le port commandé par Lilienhoff-Zwowitzky est relativement épargné, la ville européenne est détruite à 77 % et les habitants la fuient pour se réfugier tant à Ferryville et Tunis que dans les villages alentour. Déclarée ville interdite, sa prise par les Alliés s’est faite après d’âpres combat au sol. Les Américains la reprennent le 7 mai 1943.

Bizerte, otage de l’histoire. De la seconde guerre mondiale aux indépendances du Maghreb
La nouvelle du débarquement confirmée, la base, commandée depuis 1940 par l’amiral Derrien, 
est immédiatement mise en état d’alerte. Mais une question se pose …

L'amiral Derrien, entre le marteau et l'enclume bizert11
Sébastien Abis, Damien Cordier-Féron – 2011
books.google.tn/books?isbn=2296466532

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images
http://www.leaders.com.tn/article/bizerte-otage-de-l-histoire?id=7512
books.google.tn/books?isbn=2296466532
texte
wikipedia

Le Bey déposé ?

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La Tunisie au gré des conflits

 

 

Le Bey déposé ? 

Journal des débats politiques et littéraires 

1943/05/19 (Numéro 1030)

 

Le Bey déposé ?  bey-tunis

SOURCE GALLICA

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La Tunisie au gré des conflits

 

 

 

12 mars 2013

Bizerte par Maurice Ricord

Classé sous — milguerres @ 22 h 11 min

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Une histoire : Bizerte et la France

La Tunisie au gré des conflits

Journal des débats politiques et littéraires
1943/05/06 (Numéro 1019). 


Bizerte par Maurice Ricord 
« …La Tunisie porte la marque française… »

Bizerte par Maurice Ricord  bizert10

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Une histoire : Bizerte et la France

La Tunisie au gré des conflits

11 mars 2013

Historique des compagnies de Tunisie du 16e escadron du train des équipages militaires

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La Tunisie au gré des conflits

La Tunisie et la Grande Guerre

Une histoire : Bizerte et la France

Historique des compagnies de Tunisie du 16e escadron du train des équipages militaires

Éditeur : Finzi (Tunis)

Date d’édition : 1920

Type : monographie imprimée

Langue : Français

Format : 19 p. ; in-16

Format : application/pdf

Droits : domaine public

Source : Service historique de la Défense, 2012-181337

Provenance : bnf.fr

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Provenance : bnf.fr

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Provenance : bnf.fr


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Le Front. Exclusivement illustré et rédigé par les poilus de l’avant

Classé sous — milguerres @ 11 h 25 min

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Le Front. Exclusivement illustré et rédigé par les poilus de l’avant 

1916

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Le Front. Exclusivement illustré et rédigé par les poilus de l'avant  f1_111

SOURCE GALLICA BNF

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6 mars 2013

Opération Barbarossa

Classé sous — milguerres @ 21 h 35 min

 

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

 

 

Opération Barbarossa barbarossa

 

L’opération Barbarossa (en allemand, Unternehmen Barbarossa), nommée en référence à l’empereur Frédéric Barberousse, est le nom de code désignant l’invasion par le IIIe Reich de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) pendant la Seconde Guerre mondiale. Déclenchée le 22 juin 1941, un an jour pour jour après la signature de l’armistice entre la France et le IIIe Reich, elle ouvre le front de l’Est qui devient le principal théâtre d’opérations de la guerre terrestre en Europe (de 1941 à 1945, 80 % des pertes de la Wehrmacht sont subies sur le front russe) et le facteur crucial dans le succès ou la défaite du Troisième Reich nazi. Ce front va être le théâtre des plus grandes et des plus sanglantes batailles terrestres de la Seconde Guerre mondiale. Cette invasion marque aussi un tournant dans la guerre, jusqu’alors encore assez localisée et européenne. Elle va bientôt embraser le monde entier.

La Wehrmacht possède une supériorité initiale considérable en hommes (de 2 contre 1 au minimum) et en équipements. Elle est mieux organisée, bien mieux commandée et dispose, au moins jusqu’à la gigantesque bataille de Koursk de juillet 1943, d’une incontestable supériorité tactique. Elle bénéficie de l’effet de surprise. L’Armée rouge, si elle est loin d’être préparée au choc avec l’Allemagne, décapitée par les Grandes Purges, dispose cependant d’importantes réserves humaines, d’avantages matériels certains (base industrielle, armements) et d’un patriotisme russe que Staline saura opportunément réactiver après vingt ans de répression sous la férule d’un État en guerre permanente contre sa propre société. Le nazisme, qui ne laissera aux « Untermenschen » d’autre alternative que la mort ou l’esclavage, jouera également un rôle important dans le sursaut patriotique.

Comme en 1914, l’Allemagne entend agir rapidement : le plan Barbarossa fixe à quatre mois le délai nécessaire à l’anéantissement militaire de la Russie, cœur névralgique de l’Union soviétique. En pratique, l’opération Barbarossa s’étendra de juin 1941 à janvier-février 1942, l’échec allemand de la bataille de Moscou étant le dernier épisode de la première phase du conflit sur le front russe.

Les justifications de cette invasion sont historiques (l’échec du plan Schlieffen en 1914 qui a conduit au traité de Versailles, ressenti comme une humiliation par l’Allemagne de 1919), stratégiques (la conquête du Heartland russe comme levier de la domination globale du continent européen) et idéologiques (la mise en œuvre géopolitique du nazisme), l’aboutissement affiché de la politique nazie étant la conquête d’un espace vital à l’Est : le Lebensraum.

Situation politique et diplomatique

La situation au printemps 1941 semble largement en faveur de l’Axe. La France a été vaincue en quelques semaines, le corps expéditionnaire britannique a été défait. Une partie majeure de l’Europe est occupée. À l’Est, Adolf Hitler a mis en place des régimes alliés de gré ou de force : Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Slovaquie. Le seul ennemi en guerre qui lui tienne encore tête est la Grande-Bretagne et son empire, qui résistent en grande partie grâce à une volonté collective incarnée par Winston Churchill, mais elle n’a été sauvée jusqu’alors que par son insularité. Au demeurant, la Grande-Bretagne ne constitue pas, en Europe continentale, une menace militaire terrestre suffisamment significative pour inquiéter la Wehrmacht.

Hitler connaît les risques d’attaquer l’Union soviétique, mais il estime qu’il doit agir immédiatement car, en 1941, l’Armée rouge est désorganisée et profondément affaiblie par les Grandes Purges staliniennes. Encore éloignés de la guerre, les États-Unis d’Amérique penchent cependant de plus en plus du côté des Alliés. Invaincue, la Wehrmacht, fait figure de première armée du monde en 1941. La situation semble donc favorable à la conquête du « Lebensraum ». Une seule puissance continentale peut encore empêcher cette conquête : l’Union soviétique. Depuis la signature du Pacte germano-soviétique (1939), dans lequel l’URSS voit un moyen de se protéger après les accords de Munich (Allemagne-France-Grande Bretagne) de 1938, et grâce auquel l’Allemagne et l’Union soviétique se sont partagé le territoire de la Pologne, les deux pays, malgré l’opposition inconciliable des idéologies qui les dirigent, ont ostensiblement établi des relations amicales de façade et des relations commerciales qui profiteront surtout au Troisième Reich jusqu’en juin 1941.

L’invasion crée le front stratégique majeur du second conflit mondial

En déclenchant l’opération Barbarossa, le régime nazi provoque l’ouverture d’un front auquel le Reich doit désormais consacrer l’essentiel de ses moyens militaires, de ses ressources industrielles et humaines. Engagée dans une guerre totale contre l’Union soviétique, l’industrie de guerre allemande « tournera » au maximum de ses capacités et ne cessera de se développer jusqu’au début de 1945 (ses dépenses militaires passeront de 35% de son PNB en 1940 à 65% en 1944). Non seulement l’Allemagne, première puissance industrielle du continent, affecte la totalité de ses ressources économiques à sa production de guerre, mais elle exploite également systématiquement à cette fin les ressources industrielles, économiques, démographiques de l’Europe occupée.

Du déclenchement de « Barbarossa » aux dernières étapes de la guerre, en mai 1945, la Wehrmacht consacrera l’essentiel de ses ressources en hommes et en matériels au front de l’Est, sans jamais être en mesure, à partir de l’hiver 1942-1943, de prendre l’initiative, si ce n’est dans des secteurs de plus en plus étroits du front. En juillet 1943, lors de la gigantesque bataille de Koursk, à peine sept divisions et deux brigades (2,7% des forces allemandes) étaient engagées face aux Américains et aux Britanniques dans les affrontements de la guerre du désert. Le reste (91 divisions et 3 brigades) se trouvait cantonné dans les territoires de l’Europe occupée. Les Alliés prendront pied en Afrique du Nord en novembre 1942 (débarquement de 70 000 hommes à Alger et Oran et au Maroc), en Sicile en juillet 1943 (débarquement de 160 000 hommes), en Italie à Salerne (sud de Naples) en septembre 1943 et à Anzio en janvier 1944, mais les moyens engagés pèseront de peu de poids (la Wehrmacht aura 23 divisions en Italie début 1944) comparés à la démesure des effectifs et des matériels présents depuis juin 1941 sur le front russe. Durant les quatre années que dura le conflit germano-soviétique il y eut, en permanence, une moyenne de 9 millions d’hommes simultanément impliqués dans les opérations de ce front.

Le cumul des pertes militaires de l’Union soviétique et de l’Allemagne nazie, dans sa guerre d’invasion de l’Union soviétique, se monte à 80% du total de toutes les pertes militaires enregistrées sur le théâtre d’opération européen de 1940 à 1945. C’est sur le front russe que la Wehrmacht aura les reins brisés, bien avant le débarquement des Alliés en France. Après le débarquement de Normandie d’un corps expéditionnaire en juin 1944, c’est encore à l’Est que les Allemands continueront à engager et à perdre la majorité de leurs hommes. La comparaison des pertes subies par la Wehrmacht sur les deux fronts à partir de juin 1944 montre la part presque exclusive du front russe même après ce débarquement. Du 1er juillet au 31 décembre 1944, pendant cinq mois, lors de la grande offensive soviétique contre le groupe d’armées du Centre, les Allemands perdront chaque mois en moyenne 200 000 soldats et près de 4 000 Hiwis, des auxiliaires étrangers (russes) de l’armée allemande. À l’Ouest, au cours de la même période, c’est-à-dire après le débarquement allié en France, la moyenne des pertes allemandes s’élèvera à 8 000 hommes par mois soit un rapport de 1 à 25.

Les pertes en vies humaines seront colossales et sans précédent, les conditions de vie seront effroyables pour les deux camps. En 2001, les historiens russes estimaient les pertes du conflit germano-soviétique à 26,2 millions de tués (environ 16% de la population de l’Union soviétique de 1940) dont plus de 11 millions de soldats et officiers (6,8 millions de tués directs et 3,8 millions de prisonniers de guerre décédés entre les mains de la Wehrmacht), et surtout 15,6 millions de civils puisque l’importance sans précédent des pertes civiles est d’abord la conséquence d’une guerre d’anéantissement menée en Union soviétique par le Reich nazi. 34 millions de Soviétiques furent mobilisés dans les rangs de l’Armée rouge de 1941 à 1945. L’ampleur de l’engagement allemand fut gigantesque : quelques 20 millions d’Allemands portèrent, à un moment ou à un autre, l’uniforme de la Wehrmacht sur le front russe, de sorte que c’est toute la société allemande qui fut impliquée dans l’expérience de la guerre sur le front de l’Est. Celle-ci fut voulue comme une lutte à mort, exigeant un engagement sans limites, une obéissance absolue, la destruction totale de l’ennemi. À ce titre, la guerre totale déclenchée contre l’URSS constitue non seulement le sommet du régime nazi, mais aussi l’élément essentiel de son image dans la mémoire collective des Allemands après la guerre. Pour l’écrasante majorité des soldats allemands, l’expérience de la guerre fut celle du front russe.

À la fin du mois de mars 1945, la totalité des pertes de l’Ostheer (le nom de la Wehrmacht sur le front russe) s’élevait à 6 172 373 hommes (tués, mutilés, disparus), soit près du double de ses effectifs initiaux, au 22 juin 1941. Ce chiffre représente 80 % des pertes subies par la Wehrmacht sur tous les fronts depuis le déclenchement de l’invasion de juin 1941. En mai 1945, on dénombre plus de 3 millions de prisonniers allemands détenus en Union soviétique. Tous camps confondus, les tués de l’Armée rouge, hors les 3,8 millions de prisonniers de guerre soviétiques décédés après leur capture, constituent 52 % du total des pertes militaires en Europe, ceux de la Wehrmacht 28 % (moins de 2% pour l’armée des États-Unis). Les pertes militaires de l’Union soviétique représentent 85 % du total des pertes alliées en Europe (Royaume-Uni 3,7 % – France 2,9 % – États-Unis 2,6 %). Enfin, le front ouvert en juin 1944 en France aura, militairement, environ 11 mois d’existence contre 47 mois pour le front russe ouvert en juin 1941.

Préparatifs allemands

motivations et justifications idéologiques

Dans Mein Kampf, Hitler annonce sa volonté d’en finir avec le « bolchevisme », assimilé à ses yeux au judaïsme: pour cela a été créée la figure fantsmagorique du Judéo-bolchevisme, dont la figure de proue est le Juif, « nuisible » (schädling) à la Nation allemande, rendu responsable du coup de poignard dans le dos de 1918.
Réparer l’humiliation de la défaite non reconnue de la Première Guerre mondiale face à l’alliance russo-franco-britannique de 1914 est aussi une motivation importante: En effet, sur le front russe, l’Allemagne est ses alliés ont signé une paix de victoire à Brest-Litovsk en mars 1918, mais ont dû évacuer les territoires qu’ils occupaient à l’hiver 1918-1919.
En outre, aux yeux des nationaux-socialistes, l’existence même d’un pays se réclamant du marxisme, l’Union soviétique, constitue une menace sur le Troisième Reich, état libéré de la présence juive, comme l’affirme la propagande nazie.

Objectifs territoriaux nazis

Les vastes espaces de l’Union soviétiques sont destinés, dans la direction tracée autrefois par les chevaliers Teutoniques, à être le Lebensraum, l’espace vital allemand, une fois débarrassé de ses populations. Les populations urbaines doivent être exterminées par la famine, celles rurales mises en esclavage pour fournir des surplus alimentaires destinés à l’Allemagne et à la colonisation aryenne.

L’idéologue du parti nazi Alfred Rosenberg a déjà prévu le découpage du territoire à conquérir. Quatre Reichskommissariat seront créés, à savoir : l’Ostland comprenant les pays baltes et la Biélorussie, celui d’Ukraine, le Kaukasus avec la zone autour des monts du Caucase et celui de Moskau pour le reste de la Russie européenne.

Hitler et le Parti dans la phase de préparation de Barbarossa

Du fait de son caractère éminemment politique, l’opération est principalement une création d’Hitler. L’état-major de la Wehrmacht est alors réticent car il craint de devoir combattre sur deux fronts simultanément (un front terrestre contre la Russie, un front maritime et aérien contre la Grande-Bretagne). Mais le Führer, auréolé du prestige des victoires fulgurantes en Pologne et surtout en France, croit en son génie politique et militaire et refuse de leur prêter l’oreille. Opposé, lui aussi, par principe, à la division de ses forces sur deux fronts qui fut, à ses yeux, la grande erreur du Reich lors de la Première Guerre mondiale, il finit par se convaincre lui-même que le Royaume-Uni est à bout de souffle et demandera la paix une fois l’Union soviétique vaincue et démantelée car il ne veut pas différer plus longtemps sa grande conquête à l’Est. Il surestime ses forces, prenant en compte ses victoires éclairs contre la Pologne puis la France, et sous-estime celles de la Russie soviétique, du fait des faibles performances de l’Armée rouge au cours de la guerre d’Hiver contre la Finlande (125 000 soldats soviétiques y périrent contre 48 000 hommes pour l’armée finlandaise). La préparation de l’armée allemande souffrira donc de plusieurs carences qui se révèleront fatales pour la réalisation des objectifs de l’opération Barbarossa quand il deviendra évident que la Blitzkrieg est inopérante en Russie.

La préparation: plans élaborés dès 1940

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Plan d’origine des Allemands.

La première mention d’une invasion de la Russie soviétique apparaît dans la directive n°21 du Führer, mise en circulation restreinte fin 1940. »Les armées allemandes, précisait la directive, doivent être prêtes, avant même la conclusion de la guerre contre l’Angleterre, à écraser la Russie soviétique à la faveur d’une rapide campagne ». À l’époque, la Luftwaffe n’a pas encore été mise en échec au-dessus de l’Angleterre. La directive indique déjà la date de l’invasion: le 15 mai 1941. Dès ce document, le plan de conquête et les objectifs à atteindre sont tracés, avec la séparation en deux du champ de bataille : le nord et le sud des marais du Pripet. Les deux groupes d’armées au nord doivent dans un premier temps détruire le maximum de forces soviétiques en appliquant les tactiques de la Blitzkrieg, puis prendre d’abord Léningrad et son port de guerre de Kronstadt, et seulement ensuite la capitale Moscou. Le groupe sud, lui, doit progresser vers Kiev, son flanc droit étant couvert par l’armée roumaine et quelques divisions allemandes. Par la suite, les opérations au sud ont pour objectif l’occupation du bassin du Donets (et au-delà le pétrole du Caucase). Le plan préparé par Hitler est axé sur la destruction des forces soviétiques sur la frontière grâce à des encerclements réalisés à toute vitesse par des unités blindées et à la capture des grands centres économiques. Il rencontre une certaine défiance de la part d’une partie de l’état-major de la Wehrmacht, davantage attaché à des stratégies plus conventionnelles, où la capture de la capitale politique, objectif symbolique, est prédominante. Même si Hitler considère ces préoccupations d’un autre temps, il concèdera la poursuite simultanée des objectifs que sont Moscou et Léningrad. Lors de la mise en œuvre de ce plan, le groupe Nord sera incapable de prendre Léningrad seul, malgré sa supériorité en effectifs et en artillerie sur la faible garnison qui protège la ville de Pierre le Grand et décidera de l’affamer.

Hitler décide que le premier but à atteindre est l’anéantissement de l’Armée rouge le plus tôt possible, pour l’empêcher de se replier et d’appliquer la politique russe traditionnelle de défense devant toute invasion majeure : la terre brûlée. Pour ce faire, la Wehrmacht doit encercler, chaque fois qu’il sera possible, des portions importantes des forces soviétiques pour les anéantir.

Le plan adopté est une sorte de mélange des deux stratégies. Il prévoit une attaque sur trois axes, avec du nord au sud :

* Une poussée vers Léningrad, à travers les pays baltes, menée par les 16e et 18 e armées, ainsi que le 4e groupe blindé, regroupé dans le groupe d’armée nord commandé par le maréchal Wilhelm Ritter von Leeb et appuyé par la 1re flotte aérienne du général Alfred Keller.
* L’attaque principale menée par le groupe d’armées Centre, commandé par le maréchal Fedor von Bock, et comprenant les 2e et 4e armées,ainsi que les 2e et 3e groupes blindés, le tout étant soutenu par la 2e flotte aérienne du général Albert Kesselring. L’objectif de ce groupe est Moscou, mais grâce à sa position centrale, il doit appuyer les deux autres mouvements et s’attacher à anéantir le maximum d’unités soviétiques.
* Le groupe d’armées Sud, commandé par le maréchal Gerd von Rundstedt et comprenant les 6e, 11e et 17e armées ainsi que le 1er groupe blindé, appuyé par la 4e flotte aérienne du général Alexander Löhr. Il doit bénéficier de plus, dès leur entrée en guerre, de l’appui non négligeable des 3e et 4e armées roumaines. Il a pour objectifs premiers la ville de Kiev, le port d’Odessa, puis les grandes villes industrielles de Kharkov, Dniepropetrovsk et Donetsk. Ses objectifs finaux étant les ports de Sebastopol en Crimée, Rostov-sur-le-Don et la grande ville de Stalingrad, clé du contrôle de la Volga.

La campagne doit au final établir, avant l’hiver, un front qui partant de Léningrad suivrait le cours de la Volga, jusqu’à son embouchure. D’ici là, l’Allemagne compte sur une destruction complète de l’Armée rouge, car les effectifs engagés seront incapables de mener les tâches d’occupation du pays conquis et la tenue de ce gigantesque front, long de plusieurs milliers de kilomètres. Le 12 août 1941, le maréchal Wilhelm Keitel, chef de l’Oberkommando de la Wehrmacht, indique dans sa directive 34a le principal objectif opérationnel de l’offensive: L’objet des opérations doit être de priver l’ennemi, avant la venue de l’hiver, de son gouvernement, de son armement et de son centre de communication dans la région de Moscou, et de l’empêcher ainsi de reconstituer ses forces et de faire fonctionner de façon ordonnée ses organes de gouvernement.

Initialement fixée au 15 mai 1941, l’invasion est finalement reportée au 22 juin afin de terminer les opérations de conquête de la Grèce et de la Yougoslavie, rendues nécessaires, dans l’esprit de Hitler, par le putsch de Belgrade de mars 1941 (suite aux déboires de Mussolini en Grèce).

Le manque de préparation soviétique

L’inéluctabilité d’une guerre avec une Allemagne nazie qui considère l’URSS comme son « espace vital » (en allemand Lebensraum) ne fait guère de doutes en URSS. Des efforts colossaux sont faits pour essayer de rattraper le retard industriel et militaire sur l’Allemagne (on peut ranger au titre de ces « efforts » les purges au sein de l’Armée rouge, qui l’ont pourtant, au moins à court terme, fortement affaiblie). Staline, conscient de l’infériorité militaire de l’Union soviétique, espère parvenir à combler ce retard pendant le répit accordé par le pacte germano-soviétique. En particulier, il veille à ne céder à aucune provocation allemande, comme les violations de l’espace aérien soviétique par des avions de reconnaissance allemands, ainsi qu’à ne pas provoquer lui-même l’Allemagne en engageant des préparatifs de combats. En juin 1941, malgré les risques croissants d’une attaque allemande, il refuse les mesures les plus élémentaires de préparation au combat, comme la création de fortifications de campagne, la dispersion des matériels et la mise en alerte de l’Armée rouge. C’est donc dans un relatif état d’impréparation que l’attaque allemande du 22 juin surprend l’URSS.

Vassili Grossman, témoin direct du front, raconte dans ses « Carnets de guerre » : « Au moment où la guerre a commencé, beaucoup de commandants en chef et de généraux étaient en villégiature à Sotchi. Beaucoup d’unités blindées étaient occupées à changer les moteurs, beaucoup d’unités d’artillerie n’avaient pas de munitions, pas plus que, dans l’aviation, on n’avait de carburant pour les avions…. Lorsque, depuis la frontière, on commença à avertir par téléphone les états-majors supérieurs que la guerre avait commencé, certains s’entendirent répondre : « Ne cédez pas à la provocation ». Ce fut une surprise, au sens le plus strict, le plus terrible du terme ».

La surprise ne fut pas totale pour le pouvoir soviétique puisqu’il a été établi que l’espion Richard Sorge et les analystes suédois menés par Arne Beurling avertirent Staline de la date exacte de l’invasion allemande. Plus de 80 avertissements furent transmis, d’une manière ou d’une autre, à Staline, qui préférait croire que l’Allemagne n’attaquerait que plus tard. Il semble que Staline se soit entêté dans l’idée qu’Hitler n’ouvrirait pas un second front sans en avoir fini avec l’Angleterre. Il refusa catégoriquement toute mesure risquant d’être perçue comme une provocation par le régime de Berlin.

Les unités sont cruellement handicapées par le manque d’officiers correctement formés. L’armée a perdu la plupart de ses représentants les plus compétents. Après la « Grande Terreur » communiste de 1936-1938 (près de 750 000 Russes fusillés, et sans doute 200 000 morts dans les camps du Goulag) une grande partie de l’encadrement de l’Armée rouge a disparu. Ont été fusillés : 11 000 officiers sur 70 000 (et plus de 20 000 sont internés dans les camps), 154 généraux de division sur 186 (82%), 50 généraux de corps d’armées sur 57 (88%), 13 commandants d’armées sur 15 (87%), la quasi-totalité des maréchaux (90%) et des amiraux (89%). Khroutchev devait souligner que cette épuration massive des cadres de l’armée avait été l’une des causes principales de l’état d’impréparation des forces soviétiques en juin 1941: « Tant d’hommes avaient été exécutés que le haut commandement avait été dévasté, ainsi que tous les échelons du corps des officiers ». À noter que cette épuration continuait alors même que l’invasion allemande se développait, ce qui faisait dire à Stepan Anastasovich Mikoyan: « Une grande guerre s’était engagée, notre armée souffrait de lourdes pertes et essuyait des défaites, et, dans le même temps, des chefs militaires expérimentés, au lieu d’être appelés à sauver la situation, étaient mis à mort en toute hâte… ».

Les conséquences sur la qualité du corps des officiers sont tragiques. Au moment où l’armée française s’effondre sous les coups de l’armée allemande, à peine 7,1% des officiers soviétiques possèdent une formation militaire développée ; près de 25% sont dans des cours de formation accélérée et 12% n’ont aucune formation militaire. Plus d’un tiers des officiers soviétiques est donc incapable de remplir un commandement à la veille de l’attaque allemande. Le commandement est tétanisé. En outre, beaucoup des officiers en place en 1941 ont d’abord été choisis pour leur fidélité au régime et non pour leur compétence. S’ajoutant aux consignes de modération données à l’égard des préparatifs allemands, leur incompétence favorisa la désorganisation et le déploiement hasardeux des unités chargées de la défense de la frontière. Les troupes étaient, en effet, pour la plupart placées trop près de la frontière et s’appuyaient sur une ligne de fortification encore en cours de réalisation, la Ligne Molotov. Enfin, les officiers soviétiques de 1941 sont placés sous l’autorité des commissaires politiques de l’Armée rouge. Le contrôle de ces derniers sur les ordres d’opérations ne sera levé qu’à la mi-1943 (et après Stalingrad, l’Armée rouge remet en vigueur les grades et les épaulettes de l’Armée Impériale de la monarchie).

En outre, le jour de l’invasion, beaucoup d’unités sont paralysées par des carences en matériels de guerre. Les armes individuelles ont été distribuées en quantités insuffisantes. Déjà, en mars 1941, 30% seulement des unités blindées disposaient des pièces de rechange nécessaires à leur fonctionnement. Un mois avant l’attaque allemande, les généraux signalaient que « l’exécution du plan pour la fourniture des équipements militaires dont l’Armée rouge a un besoin si aigu est extrêmement peu satisfaisante ».

Pourtant, l’Union soviétique de 1941 est loin d’être un pays faible : l’industrialisation forcée des années 1930 lui permet de n’être dépassée que par les États-Unis en termes de production industrielle (industrie lourde principalement). Ses matériels militaires sont souvent à la pointe de l’industrie mondiale, comme par exemple les chasseurs I-16 ou le char T-26. Cependant, depuis 1939, l’industrie d’armement du pays traverse une crise de transition, les nouveaux matériels ont beaucoup de mal à entrer en production de masse. Les décisions politiques ne sont généralement pas étrangères à ces difficultés. Le déclenchement de la guerre contraindra le système soviétique à davantage d’efficacité, comme le montre la rapide montée en puissance de nouveaux matériels de guerre performants. Considéré comme le meilleur char « tout emploi » de la Seconde Guerre Mondiale, le T-34 sera le tank le plus important des forces alliées. Il influencera nettement tous les chars conçus ultérieurement. Il sera le premier char capable de rivaliser et de surpasser ses adversaires tant par sa puissance de feu que par ses performances. Quand les premiers exemplaires de série sortirent en juin 1940, il n’avait pas d’équivalent. Produit en grand nombre dans différentes usines en fonction de l’avancée de la Wehrmacht en territoire soviétique (usines de Stalingrad, de Kharkov, de Nizhnij Tagil, d’Omsk, etc.), il pesait 32 tonnes et emportait un équipage de 4 hommes. Il existait à peine plus de 1 000 T-34 lorsque les Allemands attaquèrent la Russie. Seuls 10 % des chars soviétiques étaient alors des T-34, mais à la mi-1943 ce taux montait à 60 % avant que le T-34 n’ait totalement remplacé en 1944 les modèles les plus anciens. De 1941 à 1945, dans ses différentes versions, l’industrie russe en produisit près de 52 000 exemplaires.

L’ampleur des épreuves qu’ont subi les Russes depuis la chute du tsarisme (guerre civile, suppression de la plupart des libertés politiques et économiques, collectivisation forcée, périodes de terreur, exécutions massives, déportations) ont fini par forger un peuple dur à la souffrance et ayant, malgré tout, appris à survivre dans les conditions les plus difficiles. Enfin, l’économie soviétique vit sous un régime permanent d’économie de guerre depuis l’avènement du bolchévisme, ce qui facilitera, à partir de 1942, la mobilisation totale des ressources économiques pour faire la guerre au Troisième Reich.

Les forces en présence

Forces de l’axe

Le dispositif d’invasion de l’Axe est sans équivalent dans l’histoire militaire (excepté l’immense offensive soviétique de conquête de l’Allemagne lancée le 12 janvier 1945 avec 6,7 millions de combattants). Hitler a mobilisé 3 millions de soldats du Reich qui commencent à se déployer en février, en Prusse-Orientale, en Pologne, en Slovaquie et en Moldavie.
L’Ostheer inclut également des divisions hongroises, roumaines et finlandaises (500.000 hommes pour ces trois nationalités) et, par la suite, italiennes (l’Italie aura jusqu’à 200 000 hommes sur le front) : soit 201 divisions dont 42 de pays satellites, 3 650 chars d’assaut (85 % des disponibilités en blindés du Reich), 2 770 avions, plus de 47 000 canons et mortiers de campagne.

L’Allemagne engage 159 divisions sur les 220 dont elle dispose alors (73 % des effectifs totaux de la Wehrmacht). Ce sont pour la plupart des troupes aguerries par les campagnes précédentes, bien équipées et bien motorisées (600 000 véhicules) grâce en particulier aux prises de guerre de la bataille de France. On note cependant l’utilisation en juin 1941 de 600 000 chevaux par les équipages du train.

Si ces effectifs sont sans précédent dans une guerre de conquête, ils semblent insuffisants au regard du potentiel de l’Union soviétique et des immensités russes. L’armée d’invasion compte seulement 800 chars de plus qu’au déclenchement du Fall Weiss contre la France. Il reste que, sur les axes de pénétration et les points de percée, la supériorité de la Wehrmacht en matériels et en effectifs est écrasante, dans un rapport de 4/5 contre 1 et que l’armée allemande est remarquablement rompue au combat tactique, capacité qui fera cruellement défaut aux troupes soviétiques au moins jusqu’à la bataille de Koursk. La Blitzkrieg est donc la carte maîtresse qui décidera de l’issue du front que le Reich nazi décide d’ouvrir contre la Russie.

Forces soviétiques

L’Armée rouge dispose au total, en juin 1941, de 209 divisions d’infanterie dont 160 sont stationnées en Russie occidentale, soit en principe 2,3 millions de soldats à effectifs pleins (en 1941 la division d’infanterie allemande compte à effectif au complet 16 500 hommes contre 14 474 pour la soviétique). En réalité, 144 divisions comptent seulement la moitié de leurs effectifs et 65 un tiers. C’est donc à peine un peu plus d’un million de soldats, pris au dépourvu, qui vont devoir s’opposer à la déferlante allemande sur un front de plusieurs milliers de kilomètres. Les Soviétiques peuvent mettre en ligne 37 500 canons, 1 540 chasseurs de dernière génération, mais un nombre considérable de vieux avions (7 500) et de tanks sont déclassés. L’Armée rouge n’a plus, depuis leur dissolution par le pouvoir soviétique en 1939, de corps mécanisés à opposer à la Wehrmacht, corps blindés qui sont en grande partie une création du maréchal Mikhaïl Toukhatchevski (fusillé en juin 1937 – sa femme, sa mère et son fils, élève-officier, sont exécutés également en 1937). Enfin, l’Union soviétique doit se garder sur deux fronts : une quarantaine de divisions devront rester stationnées jusqu’en août 1945 en Extrême-Orient russe face aux armées japonaises qui occupent la Mandchourie.

L’état-major allemand entend profiter à plein de la faiblesse militaire de la Russie soviétique. Hitler devait ainsi déclarer au général Jodl :  » Nous n’avons qu’à donner un coup de pied dans la porte et toute cette structure pourrie s’effondrera ». Pourtant, d’après le rapport entre les effectifs humains engagés et le nombre d’engins de guerre, la Wehrmacht sur le front russe (l’Ostheer) était moins moderne que son adversaire direct, l’Armée rouge, même si, comme leurs alliés occidentaux, les Soviétiques et ce, malgré les enseignements de Toukhatchevski, n’avaient pas encore appris à tirer le maximum de leur puissance matérielle. En juin 1941, sur les 3 648 chars qui se ruent sur la Russie soviétique seuls 444 appartiennent à un modèle relativement récent (Panzer IV). Face à eux, se trouvent un million d’hommes, soutenus par 15 000 chars sur un stock total de 24 000, soit plus que tous les chars du reste du monde réunis. Si la grande majorité de ces engins étaient des modèles périmés, 1 861 d’entre eux étaient des chars T-34 et des chars lourds KV, supérieurs aux meilleurs engins produits à l’époque en Allemagne, mais handicapés par l’absence de radios en nombre suffisant.

L’invasion

L’attaque initiale

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Déroulement de l’opération

Les conditions sont donc très favorables pour l’Allemagne nazie. Le dimanche 22 juin 1941, le rouleau compresseur allemand s’ébranle . Les unités d’assaut franchissent la frontière et attaquent les premières lignes soviétiques. L’attaque terrestre est précédée par la plus gigantesque attaque aérienne de tous les temps, menée par la majorité des 2 770 avions engagés en appui de ce front. Cette attaque commence à 3 h 40 et vise 66 aérodromes soviétiques. Elle a des résultats désastreux pour l’Armée rouge, puisqu’elle donne à la Luftwaffe la maîtrise absolue du ciel soviétique pendant plusieurs semaines. Les bombardiers allemands trouvent les avions soviétiques alignés ailes contre ailes à leur base, généralement sans camouflage ni protection. La plupart du temps, l’alerte n’a même pas été donnée et peu d’avions de chasse peuvent décoller. Les pertes des VVS sont terribles : le soir, 1 489 appareils ont été détruits au sol et 389 autres abattus en vol. La Luftwaffe ne perd que 63 avions le 22 et 150 les deux premiers jours de l’offensive.

À 4 h 15, l’artillerie allemande se met à pilonner les positions avancées de la défense soviétique sur la frontière et, à 4 h 45, les premières unités terrestres franchissent celle-ci. La surprise chez les Soviétiques est totale, la Stavka avait bien émis un ordre qui avertit les unités frontalières de l’imminence de la guerre, mais la plupart des unités ne l’avaient pas reçu. La première opération est menée sur le front central, par un coup de main d’un corps franc de la 3e Panzerdivision, qui s’empare du pont de Koden, sur le Bug. Dans la matinée, un pont de bateaux est lancé à Drohizyn, 80 km plus au nord. La tête de pont ainsi créée fut appuyée par l’emploi de 80 chars Pz-III submersibles.

La résistance des Soviétiques est assez décousue sur la plus grande partie du front. Elle est acharnée sur quelques points, comme la citadelle de Brest-Litovsk défendue par les 6e et 42e divisions de tirailleurs, qui résistent, pratiquement sans eau, jusqu’à la fin juillet, bien qu’ayant été attaquée dès le matin du 22 juin. Sans appui d’aucune sorte, les soldats soviétiques de la citadelle sont totalement encerclés et sans espoir de secours puisque la nouvelle ligne de front est à 400 kilomètres plus à l’est. Ils continuent à se battre en dépit de la disproportion des forces et de l’emploi d’artillerie de siège lourde par les Allemands comme les mortiers de 620 mm. La seule 45e division d’infanterie affectée à la prise de la forteresse déplorera 482 tués (dont 80 officiers) et plus de 1 000 blessés. Les Russes perdront environ 2 000 à 2 500 tués et autant de prisonniers. Mais par son action, cette résistance ralentit considérablement le mouvement des unités d’infanterie qui doivent empêcher les troupes soviétiques de s’échapper de la poche de Bialystok-Minsk.

Pendant ce temps, malgré quelques contre-attaques soviétiques, les unités mécanisées du groupe d’armée centre franchissent Bug, et s’enfoncent dans les arrières des unités de l’Armée rouge. Les deux groupes blindés du centre mènent alors, à partir du 26 juin, deux percées parallèles, pour finalement converger sur Minsk, le 9 juillet, créant la poche connue sous le nom de Bialystok-Minsk, où plus de 400 000 soldats soviétiques et d’énormes quantités de blindés et de matériels sont pris au piège. Relevés par l’infanterie des 2e, 4e et 9e armées, les blindés allemands continuent leur progression en direction de Smolensk. Ils franchissent la Bérézina le 28 juin, ayant parcouru 600 kilomètres depuis la frontière.

Au Nord, le groupe d’armée de Leeb progresse très rapidement grâce à l’attaque très en profondeur du 56e corps d’armée motorisé du général Erich von Manstein, qui s’empare du pont d’Ariogala situé à 80 km dans la profondeur du dispositif soviétique, dès 19 h 00, le 22 juin et renouvela l’exploit le 26, avec celui de Dunaburg, lui à 350 kilomètres de la frontière, malgré une contre-attaque des chars du 3e corps mécanisé soviétique contre la 6e Panzerdivision au village de Rossiény. La bataille de chars qui résulte de la rencontre des forces blindées, fait rage pendant deux jours, l’Armée rouge y engage une centaine de chars de type KV-1 et KV-2, ce qui provoque une crise dans l’armée allemande, car ce char lourd est alors invulnérable aux canons des chars et aux armes antichar allemands, l’usage de pièces d’artillerie de 88 et 105 mm employées en tir direct permet néanmoins aux Allemands d’endiguer la résistance soviétique. L’offensive marque un temps d’arrêt, car Hitler et son état-major préférent que les blindés attendent l’infanterie avant de poursuivre leur progression vers Léningrad.

Le groupe d’armée sud connaît pour sa part une progression bien plus difficile. Dans ce secteur sont massés le plus gros des chars de l’Armée rouge, dont de nombreux KV-1 et T-34. Bien que manquant complètement de coordinations, les contre-attaques blindées coûtent cher aux Allemands. De plus, la Roumanie n’intervient qu’à partir du mois de juillet. Le 28 juillet, la situation empire brusquement pour les Soviétiques quand le 1er groupe blindé et la 17e armée font leur jonction, à l’est d’Uman enfermant dans une poche, la majeure partie des 6e et 12e armées soviétiques. Les troupes encerclées résistent jusqu’au 8 août, mais elles sont contraintes à la reddition. Les pertes sont terribles pour l’Armée rouge, avec environ 200 000 tués et 100 000 prisonniers.

La bataille de Smolensk

Le 10 juillet, le groupe d’armées centre a commencé une opération d’encerclement contre les troupes défendant Smolensk, jalon important sur la route de Moscou; le Dniepr est atteint et franchi le 11 juillet ; Smolensk tombe le 16, les troupes soviétiques étant coupées de leurs arrières. Mais cette fois, la réduction de la poche formée (323 000 soldats soviétiques) va se révéler problématique: les troupes russes continuent à résister malgré leur isolement. Suite à une forte contre-attaque, l’encerclement est même rompu temporairement. Les combats vont durer jusqu’au 10 septembre, l’Armée rouge ramenant constamment de nouvelles troupes fraîches. Certes, ses pertes sont là aussi très importantes, mais la progression des Allemands est enrayée, et obligée de lutter pied à pied contre des troupes déterminées, l’armée allemande subit elle aussi une véritable hécatombe avec la perte de près de 250 000 hommes (tués et blessés). 310 000 soldats et officiers soviétiques sont faits prisonniers, beaucoup seront sommairement exécutés. La bataille du chaudron de Smolensk porte à la Wehrmacht un coup dur dans sa progression vers l’est. Le général Blumentritt relève que « le comportement des troupes russes dans la défaite contrastait terriblement avec celui des Polonais ou des Occidentaux. Mêmes encerclés, les Russes s’accrochaient et combattaient ».

La bataille de Kiev

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L’encerclement de Kiev et l’opération Typhon

À la mi-septembre, l’Armée rouge, suite aux terribles pertes qu’elle a subies, a été contrainte de se replier sur une ligne de défense derrière la Divna et le Dniepr. Les armées allemandes ont regagné leur liberté de mouvement avec la fin de la liquidation de la poche de Smolensk. Les généraux réclament une attaque en direction de Moscou, désormais à 400 km du front. Il semble certain aux généraux allemands que, compte tenu de l’ampleur énorme de ses pertes, l’Armée rouge sera incapable de résister à une poussée dans cette direction. Hitler n’est pas de leur avis, il veut s’emparer de la région industrielle du Donbass. Il voit également la possibilité d’en finir avec les forces armées soviétiques qui ont mission de défendre l’Ukraine. Les arguments avancés par Hitler pour soutenir une avancée blindée vers le Sud sont que les lignes d’approvisionnement de l’armée centre seraient exposées sur un flanc de plus de 800 km si l’offensive continuait vers Moscou. En conséquence, il ordonne au 2e groupe blindé de Guderian de se porter vers le sud pour rejoindre le 1er groupe blindé du feld-maréchal von Kleist qui remonte du sud après avoir traversé le Dniepr. Le 25 août, la 3e division blindée s’empare du point stratégique qu’est le pont sur la Desna, près de Novgorod-Severski. Lorsque les officiers d’état-major soviétiques prennent conscience du danger mortel qui se rue sur les armées du Sud, il est trop tard. Les deux pointes blindées allemandes se rejoignent à Lokhvitsa. Un gigantesque encerclement est réalisé autour de la région de Kiev et des marais du Pripet dans lequel plus de 500 000 soldats soviétiques sont pris au piège. Kiev, « la mère des villes russes » dans la culture slave, tombe le 19 septembre et le reste de la poche suit dans le mois. Seuls 15 000 soldats et officiers parviennent à franchir le cordon allemand dont Nikita Khrouchtchev, le général Semyon Timochenko et le maréchal Boudienny. C’est le plus vaste encerclement militaire de l’Histoire. C’est aussi la plus grande défaite militaire ponctuelle de l’histoire soviétique. Au terme de la bataille de Kiev, l’armée allemande a encore 200 000 tués, blessés et disparus mais les Soviétiques perdent près d’un million d’hommes (400 000 tués, 500 000 prisonniers exécutés sur place ou que les Allemands laisseront mourir de faim avant de déporter les survivants dans les camps d’Europe centrale).

Partout, les unités de l’Armée rouge battent en retraite, dépassées par la rapidité de l’invasion. La plupart des habitants des zones envahies sont effondrés. « La population. Ils pleurent. Qu’ils soient en route, qu’ils soient assis, qu’ils soient debout près des palissades, à peine commencent-ils à parler qu’ils pleurent, et on a soi-même envie de pleurer malgré soi. Quel malheur! ». Vassili Grossman. Pourtant, on commence à voir, çà et là, des habitants réserver un accueil prévenant aux troupes allemandes.

La route du Donbass est ouverte pour le groupe d’armées sud, qui atteindra Rostov-sur-le-Don le 21 septembre, mais les divisions blindées et motorisées de la Wehrmacht sont très éprouvées par les deux féroces batailles de la fin de l’été, et ce n’est que le 30 septembre que la progression peut reprendre en direction de Moscou. La saison des boues, la rapoutitsa, rend les routes impraticables, et provoque alors un arrêt des opérations mobiles pendant près de quinze jours, obligeant à patienter jusqu’aux premières gelées pour reprendre le mouvement.

Au Nord, les troupes allemandes, arrivent devant les premières lignes de défense de Léningrad, au début du mois de septembre. La prise de la ville, dont la défense est organisée par Joukov, s’avère vite impossible malgré les faibles moyens de défense de l’Armée rouge. Les Allemands s’abstenant d’un assaut direct, décident de l’investir progressivement pour l’affamer, avec l’aide des Finlandais, mais la ville, malgré des pertes humaines colossales (700 000 civils périrent de faim et des bombardements), résistera en fait jusqu’à son dégagement en 1944, au cours du siège le plus long et le plus impitoyable de l’histoire moderne.

En quelques semaines à peine, les divisions allemandes ont progressé de 500 km vers le Nord, de 650 km vers l’Est, de 350 km vers le Sud-Est. De juin à octobre 1941, l’Ostheer (la Wehrmacht sur le front russe) a fait au total plus de 3 millions de prisonniers. Les premiers massacres en masse de Juifs, Russes et Tsiganes débutent quelques semaines seulement après le début de l’invasion.

L’échec de la bataille de Moscou

Les Allemands trouvent un pays las du soviétisme, mais les Einsatzgruppen massacrent systématiquement les Juifs (plus de 1 500 000 personnes, essentiellement des femmes et des enfants, seront assassinées de 1941 à 1944) et multiplient les atrocités dans le cadre de ce qui ressemble à une guerre d’anéantissement.

La population devient de plus en plus hostile à un envahisseur qui apparaît comme un ennemi venu pour anéantir et non pour libérer. Si les premières villes capturées avaient semblé accueillir favorablement l’envahisseur (en Ukraine en particulier), du fait de la lassitude face à la férocité du régime stalinien et aux problèmes des nationalités, les très nombreux massacres de civils transforment rapidement cet a priori favorable. Les massacres de civils désarmés et l’intention déclarée de réduire les Slaves en esclavage retournent vite les populations. Le traitement inhumain réservé aux prisonniers de guerre a fini par filtrer. Les Allemands éprouvent des difficultés croissantes à capturer des prisonniers, les soldats russes préférant lutter jusqu’à la mort plutôt que de mourir sommairement exécutés. Les opposants au régime se persuadent qu’il s’agit d’une lutte à mort où ils n’ont guère le choix du camp.

Les troupes allemandes traversent des régions affreusement pauvres et désertes, et l’étendue des espaces russes fait perdre tout son sens à la Blitzkrieg. Les lignes de communications de la Wehrmacht s’allongent démesurément. Assez rapidement, des groupes de partisans se forment sur les arrières de la Wehrmacht, obligeant celle-ci à consacrer un partie importante de ses forces au maintien de ses routes de ravitaillement. Ce dernier rencontre de nombreux problèmes, comme la différence d’écartement des voies de chemin de fer russes avec celles d’Europe occidentale. Après des centaines de kilomètres parcourus dans les plaines russes, le matériel est usé et en mauvais état (surtout pendant la Raspoutitsa : la période des mauvaises routes (à cause des intempéries)). Surtout, le manque d’hommes disponibles, compte tenu de ses pertes, commence à poser un problème à la Wehrmacht. Après plus d’un mois de combats, elle a déjà perdu plus d’hommes qu’au cours de toutes ses campagnes à l’Ouest, tout en étant très loin d’avoir atteint ses objectifs opérationnels. En septembre 1941, les divisions combattantes, alors au nombre de 142, déclarent avoir perdu près de 50 % de leurs forces initiales en hommes et en matériel et, en novembre, la plupart des formations d’infanterie ont perdu la moitié de leurs effectifs.

Début septembre, les Allemands, bloqués par les boues, tiennent plusieurs conseils de guerre pour prévoir la suite des opérations, dont la conférence d’Orcha, à laquelle participe Hitler. Il est désormais clair que malgré les pertes colossales infligées à l’Armée rouge, celle-ci n’a pas été détruite. Sa combativité, loin de s’écrouler, semble même s’accroître. Il apparaît que seul le groupe d’armées centre sera capable de reprendre la progression quand les routes seront de nouveau praticables. Malgré l’aide des Finlandais, le groupe nord est incapable de mener un action de vive force contre Léningrad, il arrive tout juste à maintenir un encerclement partiel et précaire, qui laisse passer le ravitaillement pour la ville par le lac Ladoga. Le groupe d’armées sud est soumis à une forte pression russe et le corps blindé de von Kleist a été contraint de passer à la défensive, voire de céder du terrain comme à Rostov-sur-le-Don, aux portes du Caucase, face aux contre-attaques de Semyon Timochenko: c’est le premier recul allemand depuis le déclenchement de l’invasion.

Devant l’échec inéluctable de Barbarossa, on prépare une opération de rechange pour essayer d’en finir avant l’hiver, l’opération Taïfun (typhon). Hitler adopte, malgré ses idées précédentes, l’idée qui veut que la prise de la capitale de l’adversaire doit briser sa volonté de résistance. Les objectifs initiaux de Barbarossa (la ligne Arkhangelsk-Kouïbychev) sont abandonnés, ce qui rend désormais impossible la destruction de l’industrie de guerre soviétique mise à l’abri derrière l’Oural. De plus, Staline a acquis la certitude, par les renseignements fournis par le réseau Orchestre rouge et Richard Sorge, mais surtout par des communications qui ont été interceptées, que la politique d’expansion japonaise n’a plus que des visées vers le Sud-Est asiatique et que le Japon s’apprête à attaquer la flotte des États-Unis à Pearl Harbor. Les troupes fraîches et expérimentées (commandée par Joukov) qui gardent la frontière extrême-orientale en Sibérie vont pouvoir être rapatriées en Russie occidentale. De fin 1941 au début de 1942, près de 400 000 « Sibériens » sont ainsi transférés vers l’ouest à bord de trains spéciaux mettant de une à deux semaines pour arriver à destination (sur ce total 250.000 soldats furent assignés à la défense de Moscou).

Fin octobre 1941, Adolf Hitler décide la bataille de Moscou, déclarant à ses généraux son intention de raser la ville jusqu’à ses fondations et d’en faire un immense lac artificiel. Il donne l’ordre le 14 octobre 1941 d’un double enveloppement de Moscou, avec pour objectif la jonction à Noginsk. Le Reich regroupe tous ses moyens disponibles en vue de l’assaut. Moscou renforce ses défenses : un demi-million d’hommes et de femmes creusent 8 000 km de tranchées, 100 km de fossés antichars.

De novembre à décembre, la Wehrmacht engage 1,8 million d’hommes dans cette bataille (80 divisions mais à effectifs incomplets), soit plus de 50 % de toutes ses divisions, 30 % de son artillerie, sur un front de 600 km de large et de 250 km de profondeur. En deux semaines de combats, l’Armée rouge perd 700 000 combattants faits prisonniers (poches de Viazma, d’Orel, de Briansk…), 1 200 chars et 5 000 canons. Le 7 novembre 1941, dans un discours resté célèbre, prononcé sur la place rouge devant les troupes qui partent au front, Staline délaisse l’idéologie et en appelle aux valeurs et aux grandes figures historiques de la nation russe. Le front (« front » ou groupe d’armées dans la terminologie soviétique) de Kalinine, au nord de Moscou, lance sa contre-attaque le 5 décembre dans une neige de plus d’un mètre d’épaisseur et par des froids de –20 °C à – 30 °C. L’offensive hitlérienne est stoppée à 30 kilomètres de Moscou (non loin du faubourg de Khimki, à proximité de l’actuel Aéroport international Cheremetievo), grâce également à un terrible hiver pour lequel elle n’est pas équipée. Une contre-offensive menée fin décembre par des bataillons sibériens casse enfin le front allemand et rejette de 100 à 200 km en arrière le groupe d’armées centre. Le 22 janvier, la bataille de Moscou est gagnée par Joukov. Guderian est contraint à une retraite précipitée, abandonnant une grande partie de son matériel. L’armée allemande perd encore 615 000 hommes. C’est le retour de balancier. Jusqu’en janvier 1942, la Wehrmacht recule partout.

Une étude récente réevalue la bataille de Moscou et fait de celle-ci « la bataille la plus importante de la Deuxième Guerre mondiale et, de façon indiscutable, le plus vaste engagement militaire de tous les temps. En additionnant les effectifs des deux camps, environ 7 millions d’hommes furent engagés, à un moment ou à un autre, dans ces combats. Sur ces 7 millions de soldats, 2,5 millions furent tués, faits prisonniers, portés disparus ou assez grièvement blessés pour être hospitalisés, avec des pertes beaucoup plus lourdes du côté soviétique que du côté allemand. Selon les archives militaires russes, 958 000 soldats soviétiques ont péri, ce qui comprend les tués, les disparus et les hommes faits prisonniers. Étant donné le traitement que leur réservaient les Allemands, la plupart des prisonniers de guerre soviétiques étaient, de fait, condamnés à mort. De plus, 938 500 de leurs camarades furent hospitalisés pour blessures (sans oublier les maladies consécutives au froid et à l’humidité), ce qui porte le total des pertes soviétiques à 1 896 500 hommes. Pour les Allemands, le total des pertes était de 615 000 hommes ».

Collaboration avec l’occupant

Près de 2 millions de Soviétiques se rangèrent du côté des Allemands (Baltes, Ukrainiens, Russes, quelques Polonais enrôlés de force entre autres) durant l’occupation de leur territoire, soit moins de 3 % de la population de la zone occupée par le Reich dans la partie ouest de l’Union soviétique. En 1943, certaines divisions allemandes comptaient plus de 20 % d’auxiliaires russes (les Hiwis). Il y eut 2 divisions SS russes, les 2 divisions de l’armée Vlassov et le 15e SS Kosaken-Kavalerie-Korps constitué de Cosaques du Don. Beaucoup agissaient par nationalisme, les pays baltes et l’est de la Pologne, qui faisaient partie de l’empire russe (monarchique) jusqu’en 1917, ayant été réannexés par l’Union soviétique en 1939.

Exemple parmi d’autres du soutien que reçurent les envahisseurs de la part de certaines populations locales à certains endroits : les milices pro-germaniques étaient assez efficaces pour rendre inutiles des représailles. Tel était le cas du district administratif autonome de Lokot, dans la région d’Orel-Koursk, au sud de Briansk. Comptant 1 700 000 habitants, ce district fut défendu par une milice intégralement russe en 1941-1942. Ici, la base de la collaboration était de nature politique (anti-communisme) et la milice de Lokot créée par le général Rudolf Schmidt de la IIe Armée Panzer conjointement avec un ingénieur russe (remplacé plus tard par le fameux Bronislaw Kaminski), fut connue sous le nom de Russkaya Osvoboditelnya Narodnaya Armiya (Armée de libération russe). Certaines de ces milices, dans les pays baltes et en Ukraine en particulier, apportèrent aux autorités d’occupation un soutien non négligeable dans la politique d’extermination des populations juives.

Un élément capital des transactions fut que les SS avaient interdiction d’opérer dans toute cette région où les Allemands acceptèrent de s’abstenir de toute action de représailles du fait des activités de la résistance qui se poursuivaient toujours. De tels arrangements, bien que généralement moins formels, étaient monnaie courante dans les régions occupées par les Allemands. Ils trouvaient des avocats fervents parmi les officiers de la Wehrmacht. Les SS s’y opposaient de façon tout aussi véhémente, car ils refusaient d’armer des « sous-hommes ». Par la suite, la situation ayant empiré pour le Reich nazi et le besoin d’effectifs devenant criant, les SS furent amenés à tempérer leur refus initial. Ils s’opposaient toujours à la création de milices, mais seulement parce qu’ils voulaient recruter tous les hommes disponibles pour leurs nombreuses unités « ethniques ».

Collaboration avec l’occupant

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Auxiliaire cosaque de l’armée allemande.

Près de 2 millions de Soviétiques se rangèrent du côté des Allemands (Baltes, Ukrainiens, Russes, quelques Polonais enrôlés de force entre autres) durant l’occupation de leur territoire, soit moins de 3 % de la population de la zone occupée par le Reich dans la partie ouest de l’Union soviétique. En 1943, certaines divisions allemandes comptaient plus de 20 % d’auxiliaires russes (les Hiwis). Il y eut 2 divisions SS russes, les 2 divisions de l’armée Vlassov et le 15e SS Kosaken-Kavalerie-Korps constitué de Cosaques du Don. Beaucoup agissaient par nationalisme, les pays baltes et l’est de la Pologne, qui faisaient partie de l’empire russe (monarchique) jusqu’en 1917, ayant été réannexés par l’Union soviétique en 1939.

Exemple parmi d’autres du soutien que reçurent les envahisseurs de la part de certaines populations locales à certains endroits : les milices pro-germaniques étaient assez efficaces pour rendre inutiles des représailles. Tel était le cas du district administratif autonome de Lokot, dans la région d’Orel-Koursk, au sud de Briansk. Comptant 1 700 000 habitants, ce district fut défendu par une milice intégralement russe en 1941-1942. Ici, la base de la collaboration était de nature politique (anti-communisme) et la milice de Lokot créée par le général Rudolf Schmidt de la IIe Armée Panzer conjointement avec un ingénieur russe (remplacé plus tard par le fameux Bronislaw Kaminski), fut connue sous le nom de Russkaya Osvoboditelnya Narodnaya Armiya (Armée de libération russe). Certaines de ces milices, dans les pays baltes et en Ukraine en particulier, apportèrent aux autorités d’occupation un soutien non négligeable dans la politique d’extermination des populations juives.

Un élément capital des transactions fut que les SS avaient interdiction d’opérer dans toute cette région où les Allemands acceptèrent de s’abstenir de toute action de représailles du fait des activités de la résistance qui se poursuivaient toujours. De tels arrangements, bien que généralement moins formels, étaient monnaie courante dans les régions occupées par les Allemands. Ils trouvaient des avocats fervents parmi les officiers de la Wehrmacht. Les SS s’y opposaient de façon tout aussi véhémente, car ils refusaient d’armer des « sous-hommes ». Par la suite, la situation ayant empiré pour le Reich nazi et le besoin d’effectifs devenant criant, les SS furent amenés à tempérer leur refus initial. Ils s’opposaient toujours à la création de milices, mais seulement parce qu’ils voulaient recruter tous les hommes disponibles pour leurs nombreuses unités « ethniques ».

Bilan de l’opération Barbarossa

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L’épuisement et le 1e recul allemand à Rostov sur le Don.

Les Allemands réussissent à stabiliser la ligne de front de la Baltique à l’Ukraine au prix de pertes énormes en hommes et en matériels (l’essentiel des 3 500 chars engagés est resté sur le terrain – 50 % du matériel roulant est hors d’état de marche). Les divisions aériennes ne disposent plus que de 25 à 50 % de leurs appareils de combat. La Luftwaffe se voit disputer la maîtrise du ciel avec la montée en ligne de nouveaux chasseurs russes (Mikoyan-Gourevitch MiG-1, Sturmovik « tueur de chars »). L’infanterie d’invasion ne parvient pas à maintenir le contact avec ses fers de lance blindés sur de longues distances. Compte tenu de ses pertes et de l’étendue des espaces russes, l’armée allemande doit donc renoncer à la Blitzkrieg tout en devant faire face à un adversaire qui ne cesse de se moderniser. À ce moment, il apparaît que c’est à l’impréparation des armées soviétiques de juin 1941, à l’effet de surprise, que le Reich doit d’avoir évité de graves difficultés dans ses combats contre l’Armée rouge lors de l’invasion de juin 1941.

Pour l’Allemagne, si déjà les pertes avaient été lourdes pendant la bataille de France avec près de 1 500 tués par jour du 10 mai au 22 juin 1940, c’est en Russie que la Seconde Guerre Mondiale commence vraiment avec une campagne qui du 22 juin 1941 au 22 janvier 1942 voit tomber en moyenne 3 200 soldats allemands par jour. Alors que pendant les deux premières années de la guerre (1939 et 1940), 1 253 officiers seulement étaient morts au combat, entre juin 1941 et mars 1942, 15 000 officiers furent tués, ce qui indique un changement radical dans l’évolution des pertes. Au cours des six premiers mois de l’invasion, les pertes de l’Ostheer (la Wehrmacht sur le front russe) s’élevèrent à 750 000 hommes, qui furent portées à un million à la fin de mars 1942 dont plus d’un tiers de tués ou de disparus. Au total, lors de la première année de la campagne de Russie, le Reich perd 1,3 million d’hommes, sans compter les malades, soit 40 % des 3,2 millions d’hommes de l’Ostheer. Le manque général d’hommes dans le Reich ne permet pas d’assurer les remplacements à une pareille échelle.

À la fin de 1941, la Wehrmacht s’est enfoncée de 800 km en Union soviétique et a conquis plus d’un million cinq cent mille kilomètre-carrés de territoire soviétique, comptant 65 millions d’habitants (17 millions de personnes sont parvenues à fuir). En 1942, la longueur du front russe, de la Finlande au Caucase, passe à 6 200 km. L’Allemagne occupe alors l’Ukraine, la Biélorussie, une grande partie du nord de la Russie, soit plus de la moitié de la Russie d’Europe (qui concentre 80 % des industries lourdes et de la population), acculant les Russes sur des zones moins peuplées et les privant d’une grande partie de leur potentiel économique (de 60 à 70 %). Mais le Reich a perdu ses meilleures troupes.

Les pertes de l’Armée rouge sont colossales : 1,5 million de tués, 4 millions de prisonniers dont 2 millions au moins seront anéantis. Fin 1941, les Allemands estiment avoir détruit plus de 20 000 blindés et 35 000 canons soviétiques.

C’est pourtant à ce moment que la société soviétique se lance dans une mobilisation de ses forces et de ses ressources, totale et éperdue, dans le cadre d’une économie de guerre d’une extrême rigueur. Le 3 septembre 1941, le pouvoir soviétique décrète la mobilisation de tous les hommes de plus de 18 ans. Dès l’automne 1941, plus de 2 000 groupes de partisans se constituent en territoire occupé. « Tout pour le front ! Tout pour la victoire ! », « Encore plus d’armes pour le front » deviennent les slogans dans les usines. Les bureaux de recrutement de l’Armée rouge sont submergés par les volontaires désireux de se battre pour « la défense du sol natal ». De nombreuses jeunes filles s’engagent dans l’Armée rouge (de 1941 à 1945 plus de 800 000 femmes ont combattu comme volontaires sur le front). La journée de travail monte à 12 heures par jour, voire davantage. Les décès par épuisement au travail ne sont pas rares dans les usines. La législation, déjà très dure, du 26 juin 1940 est encore aggravée par la loi du 26 décembre 1941, qui assimile tout changement de travail non autorisé, tout départ ou toute absence injustifiée à une désertion, passible des tribunaux militaires et sanctionnée d’une peine de 5 à 10 ans de camp (plus de 900 000 personnes furent condamnées en vertu de la loi du 26 décembre 1941). Un décret de février 1942 instaure la mobilisation totale des femmes âgées de 15 à 45 ans, femmes dont la part dans la main-d’œuvre industrielle passa de 37 à 60% entre 1941 et 1945 (alors que Hitler était réticent à faire travailler les femmes allemandes dans les usines d’armement).

Entre juillet 1941 et janvier 1942, en Russie d’Europe, 17 millions de personnes participent dans des conditions exténuantes au démontage et au transfert de plus de 1 500 grandes entreprises industrielles dans l’Oural, la Volga, l’Asie centrale (Kazakhstan surtout) et la Sibérie; transfert nécessitant la construction en quelques mois de plus de 10 000 km de voies ferrées. Plus de 2 600 usines auront été évacuées et reconverties dans l’industrie de guerre. Leur remise en route, en plein hiver, n’exigera pas un effort moins gigantesque. Au terme d’opérations titanesques d’une grande complexité logistique, plus de 10 millions d’ouvriers prennent le chemin de l’Oural et, dès le début de 1942, après cet effort pharaonique dont il n’existe aucun équivalent dans l’histoire industrielle de l’Europe, la production de guerre est remontée à 48 % de son niveau de 1940. Alors qu’en 1940, 358 chars de dernier modèle avaient été construits, au cours des six premiers mois de 1941 seulement leur nombre s’éleva à 1 503 et dans les six derniers mois de cette année-là, malgré l’occupation par les Allemands du cœur industriel de la Russie, 4 740 chars dernier modèle supplémentaires furent produits. Dès la fin de 1942, la Russie dépasse l’Allemagne dans sa production d’armements alors que la Wehrmacht occupe plus de 50 % de la Russie d’Europe. La production de blindés et d’avions est alors le double (50 000) de la production allemande, en 1944 celle de canons usinés est trois fois supérieure (122 000) (et depuis le 7 décembre 1941 l’Union soviétique pouvait compter sur l’aide américaine).

L’opération Barbarossa se solde, fin 1941/début 1942, par une défaite stratégique considérable pour l’Allemagne puisqu’il apparaît, dès ce moment, que le Troisième Reich n’avait peut-être pas les moyens de vaincre l’Union soviétique en juin 1941. En mai 1945, les fantassins soviétiques planteront leur drapeau au sommet du Reichstag, au terme d’une bataille de Berlin, qui fera 78 000 tués dans leurs rangs.

Le général Volkogonov, biographe de Staline, pouvait écrire en 1996 « Il serait difficile de trouver pire début à une guerre que ce mois de juin 1941. Toutes les autorités politiques et militaires majeures ont pensé que l’URSS ne pourrait pas survivre plus de trois mois. Mais le peuple soviétique leur a finalement donné tort. Pourtant, le mérite de cette incroyable capacité de résistance allait être attribué à la « sage direction » de Staline, la personne même la plus directement responsable de la catastrophe ». Et Stepan Mikoyan de préciser: « Nous avons gagné la guerre en dépit de la dictature de Staline ».

source :

http://militaires-d-hier.forumgratuit.org/t1081-operation-barbarossa?highlight=Barbarossa et wikipedia

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 retour à la Seconde Guerre Mondiale

 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

5 mars 2013

24 mai 1941 Le « Bismarck » coule le « Hood »

Classé sous — milguerres @ 23 h 05 min

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 retour à la Seconde Guerre Mondiale

 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

24 mai 1941
Le « Bismarck » coule le « Hood »

24 mai 1941 Le « Bismarck » coule le « Hood » schlac10

Le Bismarck est un cuirassé allemand de la Seconde Guerre mondiale, fleuron de la Kriegsmarine du IIIe Reich et qui porte le nom du chancelier Otto von Bismarck (1815-1898). Il est célèbre pour avoir coulé le HMS Hood et pour avoir été pris en chasse par les navires britanniques à la suite du naufrage du Hood, jusqu’à ce qu’il sombre lors de l’engagement du 27 mai 1941. Il fut, avec son navire-jumeau le Tirpitz, le bâtiment le plus puissant du régime nazi et la fierté de son pays.

La menace

La conception du navire commence en 1934. Pendant cette période le déplacement passa de 35 000 à 42 600 tonnes, bien au-dessus des 10 000 tonnes autorisées par le traité de Versailles3. Sa quille fut installée à la cale sèche Blohm & Voss de Hambourg le 1er juillet 1936. Il fut lancé le 14 février 1939 et entra en service le 24 août 1940 sous les ordres du capitaine de vaisseau Ernst Lindemann.

Plutôt que de rechercher un combat frontal contre la Royal Navy et ses quinze cuirassés, la Kriegsmarine conçut ses grands navires de surface pour mener une « guerre de course » contre les navires de transport britanniques, en particulier les convois assurant son ravitaillement en provenance d’Amérique du Nord. Cette tactique, connue sous le nom d’opération Rheinübung (en), s’apparentait à une guerre de course : le Bismarck, associé au Scharnhorst et au Gneisenau, ces deux derniers déjà à Brest, et ravitaillés par des pétroliers positionnés dans l’Atlantique, auraient constitué un danger insupportable pour la Grande-Bretagne. Commandé par Günther Lütjens (nommé amiral en 1940 à l’âge de 51 ans), le Bismarck appareilla pour sa première mission quittant le port de Gotenhafen (maintenant Gdynia) le 19 mai 1941, escorté par le SMS Prinz Eugen, croiseur lourd de classe Admiral Hipper.

Mais d’emblée, l’amiral Lütjens commit des erreurs tactiques fondamentales. Tout d’abord les soutes à mazout du Bismarck ne furent pas totalement remplies : il y manquait 200 tonnes de carburant. Puis, au lieu d’emprunter de nuit de préférence le canal de Kiel pour rejoindre la mer du Nord, la force navale (Bismarck, Prinz Eugen et deux destroyers) emprunta en plein jour les détroits du Kattegat et du Skagerrak, où les navires furent repérés par un croiseur suédois, puis par des observateurs norvégiens. Le gouvernement suédois fut donc prévenu, et les informateurs britanniques qui s’y trouvaient transmirent l’information. Parmi les Norvégiens, deux d’entre eux espionnaient pour le compte du Royaume-Uni. Cette double information fut transmise à l’amiral John Tovey, commandant la Home Fleet à Scapa Flow.

L’erreur suivante de Lütjens fut de relâcher dans le fjord de Bergen le 22 mai, face à l’Écosse, où il fut repéré par un avion de reconnaissance du Coastal Command. Et, là encore, alors que le Prinz Eugen ravitaillait en mazout, Lütjens négligea cette précaution, se privant de 1 500 tonnes de mazout. Les Britanniques lancèrent le lendemain un raid aérien, mais les navires avaient quitté le fjord, profitant d’une très mauvaise météo.
L’amiral Tovey se trouvait face à un dilemme difficile : pour rejoindre l’Atlantique, le Bismarck et le Prinz Eugen pouvaient emprunter le détroit de Danemark, entre l’Islande et le Groenland, passer entre l’Islande et les îles Féroé, ou même entre les îles Féroé et l’Écosse, soit 3 vastes zones à surveiller. Il disposait pour cela de nombreux croiseurs et destroyers, mais de seulement 4 bâtiments de ligne pouvant s’opposer au Bismarck : son navire amiral, le tout récent cuirassé HMS King George V, son sister ship le HMS Prince of Wales, le croiseur de bataille HMS Repulse et le croiseur de bataille HMS Hood, le plus grand navire de guerre de l’époque et l’orgueil « affectif » de la Royal Navy.

La réalité était plus contrastée : le Prince of Wales, bien qu’en service depuis quelques semaines, présentait des problèmes de mise au point de ses tourelles, et des équipes civiles du chantier naval travaillaient encore à bord. Le Hood était un croiseur de bataille, non un cuirassé et sa mise en service remontait à la fin de la Première Guerre mondiale. Le concept du croiseur de bataille était celui d’un navire doté d’un armement lourd, semblable à un cuirassé mais plus faiblement protégé afin de lui donner un avantage significatif en vitesse. Son rôle n’était pas d’affronter des cuirassés mais d’attaquer les croiseurs ennemis sur lesquels son armement lui donnait un avantage significatif. Leur vulnérabilité avait toutefois été démontrée lors de l’affrontement du Jutland en 1916, où deux d’entre eux avaient littéralement explosé sous le feu ennemi. Consciente de cette faiblesse, la Royal Navy avait programmé un renforcement du blindage du Hood en 1938, remis à plus tard vu l’imminence du conflit.

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Le croiseur de bataille Hood (1932).

Face à la menace, l’amiral Tovey réagit avec une grande intelligence stratégique : avant même que l’escadre allemande ait fait relâche à Bergen, il envoyait les croiseurs lourds HMS Suffolk et HMS Norfolk (78) patrouiller dans le détroit du Danemark tandis que les croiseurs légers HMS Arethusa, HMS Birmingham (en) et HMS Manchester (en) patrouillaient dans l’espace séparant l’Islande des îles Féroé. Dès qu’il eut confirmation que le Bismarck avait appareillé de Bergen, il envoya le HMS Hood et le HMS Prince of Wales, escortés par des destroyers, pour qu’ils soient en position d’intercepter les navires allemands au débouché du détroit du Danemark, s’ils empruntaient cette route. Puis il appareilla à bord du HMS King George V, accompagné du HMS Repulse, du porte-avions HMS Victorious et d’une escadre de croiseurs et une flottille de destroyers pour fermer le passage Islande-Féroé.

Premier succès allemand

L’amiral Lütjens avait finalement décidé de gagner l’Atlantique par le détroit du Danemark après être remonté dans le nord, négligeant à nouveau son ravitaillement auprès du pétrolier Wissemburg positionné dans ces eaux à cet effet. Le 23 mai 1941, les deux navires allemands sont repérés par le croiseur HMS Suffolk puis par le HMS Norfolk ; les deux croiseurs suivirent l’escadre allemande à distance respectable, après avoir signalé sa position. Les calculs de Tovey se révélaient pertinents : le HMS Hood et le HMS Prince of Wales se trouvaient alors à 300 nautiques au sud-ouest sur une route convergente. Tovey, lui, obliqua vers le sud-ouest pour préparer une seconde phase d’interception potentielle.

La rencontre eut lieu le 24 mai au petit matin. L’amiral Holland sur le HMS Hood qui commandait l’escadre britannique commit l’erreur de ne pas laisser le HMS Prince of Wales en tête de l’attaque : il aurait ainsi attiré le feu ennemi contre lequel il était mieux protégé. Son autre erreur fut de ne pas laisser sa liberté d’action au HMS Prince of Wales et de ne pas combiner le combat avec une attaque des croiseurs HMS Suffolk et HMS Norfolk sur l’arrière des Allemands. Arrivant en outre à angle droit face au Bismarck et à contre-vent, les navires britanniques se privaient de leur supériorité en artillerie lourde, leurs 2 tourelles doubles arrière ne pouvant intervenir alors qu’un des canons avant du Prince of Wales n’était pas encore au point. Lors des premiers échanges, le HMS Hood et le HMS Prince of Wales furent touchés, tout comme le Bismarck. Holland ordonna alors à deux des bâtiments de ligne d’obliquer sur la gauche pour avoir la totalité de son artillerie battante ; c’est pendant cette manœuvre que le HMS Hood fut atteint par un obus du Bismarck. Le projectile traversa la faible cuirasse du pont et explosa dans une soute à munitions : le navire explosa et, en quelques dizaines de secondes, coula. Seuls 3 survivants furent recueillis ultérieurement par le destroyer HMS Electra (en), sur les 1 429 membres d’équipage.

Le combat était loin d’être terminé, car il restait toujours le cuirassé britannique, plus moderne. Mais le HMS Prince of Wales, qui suivait le HMS Hood, évitant celui-ci qui coulait, passa à proximité de l’endroit où il avait été mis hors de combat. Les canonniers allemands du Bismarck et du Prinz Eugen n’eurent pas besoin d’attendre longtemps pour constater leurs coups au but : la passerelle du cuirassé britannique fut pratiquement détruite par un obus de 380 mm qui tua la plupart des marins qui s’y trouvaient. Une voie d’eau s’ouvrit à l’avant. Les tourelles, qui avaient rencontré auparavant plusieurs problèmes de jeunesse, virent leur capacité de combat devenir insuffisante pour faire face, par suite des coups encaissés. Le cuirassé britannique n’eut d’autre choix que de rompre le combat en se protégeant derrière un écran de fumée afin de couvrir sa fuite. Moins rapide que le Bismarck qui avait pris un net ascendant sur l’Anglais, tout portait à croire que ce dernier allait le poursuivre afin de couronner de victoire cet engagement. Pourtant, Lütjens, exaspéré par cette rencontre imprévue, n’avait d’autre idée en tête que de gagner l’immensité atlantique, là où il serait en sécurité, au plus vite : les ordres étaient de ne pas engager de navire de force égale ou supérieure sauf en cas de nécessité. Bien que Lindermann tentât de le convaincre de poursuivre l’engagement, Lütjens ne voulait pas perdre de temps. Le Prince Of Wales était pourtant dans un tel état qu’une victoire aurait été assurée, les ordres n’auraient donc pas été contournés, et la victoire apportée aurait justifié la prise de risque.

Lütjens pouvait supposer que si le Hood et le Princes Of Wales étaient là, alors que la Luftwaffe signalait la veille que rien n’avait bougé à Scapa Flow, d’autres navires pouvaient être également en route pour l’affronter. Il fallait donc quitter les lieux au plus vite, le Prince Of Wales s’en sortant donc. Une fois les réparations nécessaires effectuées, il ne manqua pas d’échanger quelques tirs sporadiques avec l’Allemand dans les jours qui suivirent, mais il fut à chaque fois repoussé par la précision du Bismarck.
La perte du Hood fut ressentie comme une immense défaite et une humiliation pour la Royal Navy dont il avait été le symbole dans l’entre-deux-guerres. En quelques minutes, le Bismarck avait détruit un de ses adversaires et forcé un navire de ligne des plus modernes à rompre le combat. Tout reposait désormais sur l’escadre de l’amiral Tovey pour qu’il ne s’échappe pas dans le vaste océan Atlantique. C’est à ce moment que Winston Churchill lança son mot d’ordre : « Coulez le Bismarck, à tout prix ! »

La poursuite 

L’amiral Tovey ordonna au Prince of Wales de se regrouper avec le Suffolk et le Norfolk et de suivre le Bismarck. En même temps, l’Amirauté britannique donnait l’ordre à l’amiral Sommerville, basé à Gibraltar avec la force H, de quitter son mouillage et de faire route plein Nord afin de barrer la route de l’Atlantique Sud, et éventuellement de la France, au Bismarck. Cette force se composait du porte-avions moderne Ark Royal, du croiseur de bataille Renown, sister ship du Repulse, et du croiseur léger Sheffield. Le cuirassé Rodney, qui se rendait à Boston pour un carénage court en escortant un convoi, reçut quant à lui l’ordre de rejoindre le King George V. Puis Tovey lui-même se mit en position d’intercepter le Bismarck au Sud-Ouest. Il détacha tout d’abord le porte-avions Victorious qui lança une attaque, par un temps exécrable, d’avions torpilleurs Fairey Swordfish menés par des équipages inexpérimentés. Une torpille toucha le Bismarck au centre de la cuirasse, sans dégâts autres que de provoquer la mort d’un officier marinier à l’aplomb de l’impact.

Lütjens peu auparavant avait libéré le Prinz Eugen : faisant demi-tour, le Bismarck avait surpris le Suffolk qui le suivait ; un nouvel et bref engagement avait eu lieu avec le Prince of Wales et, pendant l’escarmouche, le croiseur allemand s’était éclipsé pour gagner l’Atlantique, seul. En effet, le combat contre les deux navires de ligne n’avait pas laissé le Bismarck indemne : un des obus du Prince of Wales avait mis hors d’usage une chaudière et un autre avait percé la proue et inondé un réservoir de carburant, le privant de près de 200 tonnes de combustible. Lütjens prit la décision de ne pas se lancer dans une guerre de course en plein Atlantique après un rendez-vous avec un pétrolier, mais de regagner au plus vite un port français, Brest en l’occurrence, à une vitesse limitée de vingt nœuds environ, tant en raison de la chaudière défectueuse que pour économiser un précieux carburant. L’amiral était également impressionné par la réaction britannique : il avait rencontré deux navires de ligne lui barrant la route, et l’attaque en pleine mer d’avions torpilleurs présumait que d’autres forces étaient à l’affût. L’opération Rheinübung avait clairement été éventée, l’effet de surprise qu’aurait provoqué le géant à l’attaque d’un convoi était perdu ; pour Lütjens il était préférable de laisser le croiseur lourd seul, et de repartir. Cette décision fut mal comprise par l’équipage. En effet, les avaries, pour importantes qu’elles fussent, ne nuisaient pas réellement à la capacité de combat du cuirassé. Une mauvaise interprétation de cette décision provoqua chez l’équipage des inquiétudes quant à la nature réelle des avaries, d’où une baisse de son moral pourtant très élevé après la victoire sur le Hood.

La chance était quand même de son côté : peu de temps après l’attaque du Victorious, les navires qui le suivaient perdirent le contact, laissant la Royal Navy dans l’incertitude quant à sa course, alors qu’il n’avait pas encore obliqué au sud-est en direction de Brest. La Royal Air Force lança immédiatement des patrouilles de reconnaissance. Tovey coupa plusieurs fois sa route mais sans le rencontrer. Les services de renseignement britanniques reçurent un message d’un officier de marine français, expliquant que des préparatifs étaient en cours à Brest pour l’arrivée d’une grosse unité. Puis Lütjens commit la grossière erreur de rompre le silence radio et d’envoyer un message annonçant sa décision de rejoindre un port français, ceci alors qu’il pensait qu’il était impossible de tromper la vigilance des appareils de détection britanniques ; il faut dire qu’une première tentative de séparation d’avec le Prinz Eugen s’était soldée par un échec peu avant.

Les Britanniques en déduisirent sa direction bien que, dans un premier temps, des erreurs de calculs les conduisirent dans une mauvaise direction. Le Bismarck ne filant plus qu’à un peu plus de vingt nœuds, il était toutefois encore temps de le rattraper lorsque la méprise fut découverte. Tovey obliqua lui aussi vers l’ouest, mais l’amiral, rejoint entretemps par le Rodney (et détachant de ce fait le Repulse) ignorait toujours la position exacte du navire allemand par rapport à lui. Le 26 mai 1941 à 10 h 30, un hydravion Catalina en patrouille finit par repérer le Bismarck, donna sa position et échappa au tir nourri des batteries anti-aériennes du navire.

Malheureusement pour Tovey, le Bismarck était devant les King George V et Rodney, et les chances pour ces derniers de le rattraper étaient minces, malgré la vitesse réduite du navire allemand pour économiser le carburant. De plus, pour assurer sa protection, des sous-marins étaient rameutés à l’ouest de Brest, et dès qu’il serait parvenu à quelques centaines de kilomètres des côtes françaises, il se trouverait sous la protection aérienne de la Luftwaffe.

Restait à l’amiral anglais un espoir : Sommerville et la force H remontaient de la Méditerranée et pouvaient encore l’intercepter. Pourtant, le croiseur lourd Sheffield n’était pas de taille face aux canons du Bismarck, et Sommerville hésitait à engager le Renown, qui, comme le Hood, était un croiseur de bataille et, tout comme le Repulse, n’était armé que de 6 canons de 380 mm, donc sujet aux mêmes faiblesses que ces deux navires pour sa protection. Restait l’Ark Royal et ses Swordfish, ainsi qu’un écran de sous-marins britanniques postés devant Brest.

L’attaque décisive

L’Ark Royal lança sans succès une première attaque, le 26 mai 1941 après-midi : certains pilotes d’avions confondirent le Sheffield avec le Bismarck et lâchèrent leurs torpilles qui, munies d’un nouveau détonateur magnétique non encore testé, explosèrent dès l’impact avec la mer. Le Bismarck parvint enfin à atteindre la limite de couverture aérienne assurée par les Focke-Wulf Fw 200 Condor de la Luftwaffe, mais cela ne lui fut d’aucune aide en raison des mauvaises conditions météo. Les antiques Swordfish, quant à eux, décollèrent pourtant de leur porte-avions dans des conditions bien pires, mais il est vrai que la motivation des équipages britanniques était renforcée par ces échecs répétés. Cette fois, les torpilles étaient munies de « vieux » détonateurs de contact, plus sûrs mais nécessitant un impact direct avec la coque ennemie.

Une seconde attaque eut lieu le même jour à 21 h 30. C’était la dernière possible : la nuit empêcherait toute nouvelle attaque et le lendemain, le cuirassé allemand serait trop proche des côtes françaises. Le Bismarck, malgré des manœuvres qui lui permirent d’éviter de nombreuses torpilles, en reçut néanmoins deux : l’une explosa au centre de la cuirasse, sans faire de dégâts, mais l’autre heurta la poupe et bloqua la barre ; le navire prit alors un cap nord-ouest malgré les efforts de son équipage, en direction de l’escadre de Tovey qui s’approchait. Les Anglais étaient persuadés qu’ils avaient raté leur dernière occasion, mais le Sheffield eut la surprise de voir surgir le Bismarck se dirigeant droit sur lui. Le croiseur lourd, tout en se mettant rapidement à couvert, signala à Tovey la route inattendue suivie par le cuirassé allemand.

Le Sheffield manœuvra pour éviter un engagement avant le lendemain matin (27 mai), mais donna libre champ au capitaine Vian et à son escadre de destroyers pour harceler le navire allemand durant toute la nuit, alors qu’il régnait un temps épouvantable. Vian était simplement chargé de ne pas perdre de nouveau la trace du Bismarck, mais ses destroyers combatifs enchaînèrent les attaques. Les tirs du Bismarck, toujours d’une grande précision, les tinrent cependant à une distance suffisante pour leur interdire d’ajuster leurs attaques : aucune torpille n’atteignit, semble-t-il, son but. Bien que Vian crût percevoir une explosion, celle-ci n’eut aucun effet sur le comportement du Bismarck. Pendant ces opérations de harcèlement, de nombreux Britanniques trouvèrent la mort en raison des répliques du Bismarck. Si le cuirassé allemand ne reçut apparemment pas de nouvelle torpille, son équipage passa une nuit épouvantable et, à 8 h 43 le 27 mai, le Bismarck se trouva face à deux cuirassés faisant route directement sur lui : le Rodney et le King George V.

Le combat final
Le Rodney fut le premier à ouvrir le feu avec ses 9 pièces de 406 mm, suivi du King George V avec ses 10 pièces de 356 mm. Si les toutes premières salves du Bismarck encadrèrent dangereusement le King George V, le navire allemand fut très vite touché par plusieurs obus qui détruisirent ses organes de pointage et de direction de tir : un obus de 203 mm du croiseur lourd Dorsetshire ayant détruit, dès le début du combat, son système radar. Le cuirassé allemand, déjà en situation difficile du fait de l’impossibilité de manœuvrer correctement, vit dès lors son tir devenir peu à peu erratique et imprécis. La passerelle fut détruite, puis les tourelles mises hors de combat les unes après les autres. Les superstructures furent la proie de nombreux incendies, mais le Bismarck restait tout de même à flot, aucun obus n’ayant entamé sa coque au-dessous de la ligne de flottaison. Tovey ordonna la fin des tirs après deux heures de combat : le Rodney (qui avait déjà tiré de nombreuses torpilles pendant le combat) tira encore quelques salves à très courte distance. Le croiseur Dorsetshire (en) essaya également d’achever le bâtiment à la torpille. Il en lança une vers chaque bord du cuirassé, qui finit par chavirer à 10 h 40.
L’équipage soutint que le Bismarck fut coulé par sabordage après en avoir reçu l’ordre. Cette version fut contestée par les Britanniques qui n’appréciaient pas d’être ainsi privés d’une victoire. Lors de son inspection des déchirures le long de la coque dans le documentaire Expedition: « Bismarck », le réalisateur canadien James Cameron conclut que les torpilles n’ont pas causé assez de dégâts au navire sous la ligne de flottaison pour qu’il coule.

Sur un équipage de plus de 2 000 hommes, seuls 115 survivants4 furent recueillis, dont 110 par le Dorsetshire qui stoppa ses recherches lorsqu’il fut informé d’un danger d’attaque par des U-Boote : en effet, ils étaient des centaines (peut-être un millier) encore à l’eau, lorsqu’ils furent abandonnés sous les yeux effarés des matelots britanniques, le croiseur anglais ayant cru repérer un sous-marin allemand tout proche. Les Allemands, quant à eux, parvinrent sur les lieux bien après, mais ne trouvèrent que quelques rares survivants : 3 furent recueillis par un U-Boot, le U-74, et 2 par un navire météo, le Sachsenwald. Le navire-hôpital espagnol Canarias qui, à la demande du gouvernement allemand, s’était porté sur le lieu présumé du combat rentra bredouille. Il faut noter que ni les U-boote ni la Luftwaffe ne sont parvenus à sauver le Bismarck car les deux seuls U-Boote à portée étaient à court de torpilles, et aussi de carburant. Un chat, Oscar, surnommé Unsinkable Sam par les Britanniques, a survécu à ce naufrage. Embarqué par la suite sur deux autres navires de la Royal Navy, dont le HMS Cossack il survivra à deux autres naufrages.

Epilogue
La fin du Bismarck 
eut le même retentissement en Allemagne que celle du Hood en Grande-Bretagne, car la propagande nazie en avait fait le symbole du challenge contre la marine britannique. Toutefois, si au-delà des pertes humaines la perte du Hood n’affaiblissait pas la Royal Navy, celle du Bismarck modifia totalement la stratégie du Haut Commandement allemand. Si le Prinz Eugen, après avoir ravitaillé auprès d’un pétrolier au large des Canaries, réussit à regagner Brest début juin, le concept de guerre de course dans l’Atlantique avec des croiseurs isolés fut abandonné, d’autant plus que la capture d’une machine Enigma par les Britanniques leur permit de connaitre les positions des pétroliers ravitailleurs, qui furent tous détruits dans les semaines suivantes. Le Prinz Eugen, le Scharnhorst et le Gneisenau réussirent peu après à regagner l’Allemagne par la Manche, où ils furent endommagés par des mines. Ils ne s’aventurèrent plus en mer, à l’exception du Scharnhorst qui menaça peu après Noël 1943 un convoi ravitaillant l’URSS, et qui fut coulé pendant l’attaque (bataille du cap Nord) par le Duke of York (un autre sister ship du King George V et du Prince Of Wales).

Quant au sister ship du Bismarck, le Tirpitz, il ne s’écarta pas de l’abri des fjords norvégiens et fut coulé par la RAF lors d’un raid aérien. Comme en 1914-1918, la marine de surface allemande fut mise hors de combat sans avoir joué de rôle déterminant à la fin de la guerre.

Le retentissement de l’épisode du Bismarck est dû à plusieurs facteurs :
tout d’abord le danger qu’il représentait pour la Grande-Bretagne qui, en mai 1941, se battait encore seule contre les nazis ;
ensuite l’importance des moyens mis en œuvre pour le détecter, le poursuivre et le combattre : 8 cuirassés et croiseurs de bataille, 2 porte-avions, 11 croiseurs, 21 destroyers et 6 sous-marins. 300 sorties aériennes eurent lieu et près de 60 torpilles furent tirées. Entre Gdynia et le lieu où il sombra, le navire avait parcouru près de 4 000 nautiques. Les rebondissements de l’action et les retournements de situation, ainsi que le professionnalisme des Britanniques opposé aux nombreuses erreurs tactiques et stratégiques commises par les Allemands ont également contribué à l’impact auprès du public.
Ce fut aussi un des derniers combats navals entre des navires de ligne (l’avant-dernier en Europe). L’épisode de l’Ark Royal fit apparaître la vulnérabilité des grandes unités aux attaques aériennes et provoqua progressivement leur remplacement par le porte-avions en tant que capital ship, ce qui fut confirmé par la guerre du Pacifique de manière éclatante. Les Britanniques n’en tirèrent néanmoins pas immédiatement toutes les conclusions car, en décembre 1941, les cuirassés Prince of Wales et Repulse furent encore envoyés sans couverture aérienne à l’attaque des convois de débarquement japonais en Malaisie. Ils furent surpris par une attaque de bombardiers et d’avions torpilleurs japonais, et tous deux coulés. Ironie du sort, le Prince of Wales fut endommagé comme le Bismarck par une torpille à l’arrière. L’arbre de transmission d’une hélice fut tordu dans l’explosion, détruisit les cloisons étanches en continuant de tourner, et fit entrer dans la chambre des machines des tonnes d’eau.

Postérité

Avec les années, le navire entra dans la légende. Son histoire fut popularisée par un film en 1960, Coulez le « Bismarck » !, puis par une chanson homonyme de Johnny Horton la même année.

Robert Ballard à la conférence TED 2008, présentant son travail d’exploration des océans.
L’épave fut découverte le 8 juin 1989 par une expédition menée par Robert D. Ballard, également découvreur de l’épave du Titanic, à une profondeur d’environ 4 700 m, 650 km au nord-ouest de Brest. L’analyse de l’épave montre des dommages nombreux sur la superstructure, causés par les obus et quelques dégâts mineurs causés par les tirs de torpilles mais suggéra dans un premier temps que les Allemands aient pu saborder le navire pour hâter son naufrage. Cela n’avait jamais été prouvé auparavant par des investigations marines mais toujours affirmé par les marins survivants. Ballard garda secret l’emplacement exact de l’épave pour prévenir d’autres plongées et d’éventuels prélèvements sur l’épave, pratiques qu’il considère comme une forme de vol aggravé[réf. souhaitée].

Plus tard, une autre plongée identifia l’épave et ramena des images pour un documentaire sponsorisé par la chaine britannique Channel 4 sur le Bismarck et le Hood.
Une troisième plongée sur l’épave fut réalisée en 2002 à l’initiative du réalisateur canadien James Cameron pour la réalisation d’un film documentaire, Expedition: « Bismarck », sorti la même année. Ce film raconte l’histoire du cuirassé allemand, en associant les images de la plongée sur et dans l’épave et une reconstitution numérique de la bataille, du naufrage jusqu’à son glissement sur le fond de l’océan. Ses découvertes permettaient d’affirmer qu’il n’y avait pas eu de dommages sous la ligne de flottaison pour affirmer que le Bismarck avait été coulé par les obus ou les torpilles britanniques, confirmant même, après une inspection à l’intérieur du navire, qu’aucun obus ou torpille n’avait pénétré la partie blindée de la coque, renforçant ainsi la thèse allemande de sabordage du navire. Cette thèse fut définitivement admise quand on découvrit d’autres images de la coque, qui montrèrent sans contestation possible que c’étaient les Allemands qui avaient sabordé leur navire.

Notes et références
↑ a et b Erich Gröner, German Warships: 1815–1945, 1990, Annapolis, MD: Naval Institute Press, p.33. (ISBN 0-87021-790-9).
↑ Robert Jackson, The « Bismarck », 2002, London: Weapons of War, p.24 (ISBN 1-86227-173-9).
↑ Traité de Versailles, article 190 [archive]
↑ (en) Les survivants du Bismarck [archive]

source 
YOUTUBE
WIKIPEDIA 
http://www.linternaute.com/histoire/categorie/evenement/57/1/a/48339/le_bismarck_coule_le_hood.shtml

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

 

3 mars 2013

Le dégagement de la base de Bizerte

Classé sous — milguerres @ 14 h 31 min

Dès les premiers mois de l’année 1961, alors que dans l’ombre se prépare ce qui sera le putsch des généraux, le président tunisien Habib Bourguiba cherche à consolider son pouvoir contesté, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de son pays.

Profitant des difficultés que rencontre la France avec l’Algérie et ses négociations avec le FLN qui viennent d’être interrompues, Bourguiba renouvelle ses exigences au sujet d’une modification de la frontière Algéro-Tunisienne.
Par cela il conteste l’option « Sahara tout algérien », du même coup il exige avec force la restitution de la base stratégique de Bizerte à l’état Tunisien.

La crise se développe à partir du 7 juillet 1961 par des déclarations agressives et surtout les préparatifs d’un blocus de la base par l’armée et la garde nationale tunisienne.

Au soir du 17 juillet, la France à préparé sa riposte.
A Paris, l’État major à envisagé un plan qui vise à renforcer la base de Bizerte par des moyens aéroportés, le porte avion « Arromanche » appareille et va croiser au large des cotes tunisiennes.

A Alger, un groupement d’intervention est constitué, il est sous les ordres du colonel Lalande, l’officier Légionnaire , héros du PA « Isabelle » à Dien Bien Phu. Son groupement est composé des régiments paras 2ème et 3ème Régiment parachutistes d’infanterie de Marine, des légionnaires du 3ème Régiment Étranger d’infanterie, d’une section du Génie et des cavaliers du 8ème régiment de hussards.
La flotte de transport des Nords 2501 est mise en alerte maximum et un élément naval d’assaut est ancré dans le port de Bougie.

Sur la base de Bizerte, le vice amiral Aman, commandant la base, dispose d’une force aérienne stationnée sur l’aérodrome de Sidi Ahmed qui lui assure une supériorité aérienne absolue, en revanche, son 8ème Régiment Inter Arme est disséminé et réparti à la garde des postes militaires dans un rayon de 10 km.
Sur le plan naval, 4 LCT sont prêts à dégager le goulet barré par un câble tendu entre les rives.
Toute la base est en alerte maximum, les familles qui logent en ville sont très inquiètes car Bourguiba à déclaré qu’à partir du 19 juillet, la base serait isolée par des barrages dressés sur les voies de communication.

En conséquence, l’état major des armées décide de riposter en aéro-transportant un régiment de parachutistes pour renforcer la base assiégée.
La réaction des forces tunisiennes ne fait qu’aggraver la situation, ils ouvrent le feu sur des appareils de transports lors des atterrissages.
La décision est prise d’intervenir militairement, le colonel Lalande et son groupement, d’intervention se mettent en route.

Les dés sont jetés, l’opération Bizerte est inéluctable, elle va se dérouler selon 3 phases principales du 19 au 23 juillet.

pour en savoir plus -> http://www.histoquiz-contemporain.com/Histoquiz/Lesdossiers/guerrealgerie/bizerte/Dossiers.htm

Paras du 2ème RPIMa avant le saut (DR)

Le dégagement de la base de Bizerte paras_11

 

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Une histoire : Bizerte et la France

La Tunisie et la Grande Guerre

La Tunisie au gré des conflits

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File:Monument des martyrs Bizerte.jpg

Monument du cimetière des martyrs de Bizerte

Bibliographie

  • Sébastien Abis, L’Affaire de Bizerte (1956-1963), éd. Sud Éditions, Tunis, 2004
  • Sébastien Abis et Damien Cordier-Féron, Bizerte, otage de l’histoire : De la Seconde Guerre mondiale aux indépendances du Maghreb, coll. Histoire et perspectives méditerranéennes, éd. L’Harmattan, Paris, 2011 (ISBN 9782296554009)
  • Philippe Boisseau, Les loups sont entrés dans Bizerte, éd. France-Empire, Paris, 1998 (ISBN 2704808422)
  • Noureddine Boujellabia, La Bataille de Bizerte : telle que je l’ai vécue, éd. Sud Éditions, Tunis, 2004 (préface de Habib Boularès) (ISBN 9973844416)
  • Omar Khlifi, Bizerte. La guerre de Bourguiba, éd. MC-Editions, Carthage, 2001 (ISBN 9973807197)
  • Bahi Ladgham, « Deux entretiens avec le général de Gaulle », Espoirno 83, juin 1992 (ISSN 02235994)
  • Abdellatif Menaja, La Bataille de Bizerte, éd. Imprimerie Artypo, Tunis, 1984 (ASIN B0000EA67X)
  • Patrick-Charles Renaud, La Bataille de Bizerte (Tunisie). 19 au 23 juillet 1961, éd. L’Harmattan, Paris, 2000 (ISBN 2738442862)

Les sections d’éclaireurs de montagne en Tunisie

Classé sous — milguerres @ 13 h 58 min

 

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La Tunisie au gré des conflits

Une histoire : Bizerte et la France

 

Les sections d’éclaireurs de montagne en Tunisie

par André SOUYRIS-ROLLAND ; extrait du Carnet n° 95

 

 

 

Parler de sections d’éclaireurs de montagne en Tunisie dans un dossier consacré aux troupes de montagne peut paraître incongru si l’on tient compte des caractéristiques des troupes alpines et pyrénéennes, et pourtant… quoi de plus normal si l’on se réfère à l’histoire militaire de notre pays.

Après la guerre de 1870… bien que nos yeux restent fixés sur la ligne bleue des Vosges… la France, en 1881, place la Tunisie sous son protectorat par le traité du Bardo (12 mai 1881). Les Italiens, qui ont près de dix mille colons dans ce pays et ont espéré en faire une colonie, en sont très irrités.

Aussi, un an après, dès le 20 mai 1882, Rome fait alliance avec l’Allemagne(notre ennemi héréditaire) et l’Autriche (son ennemi héréditaire) qui devient l’alliance connue sous le nom de la Triplice.
Cette alliance est d’autant plus inquiétante pour nous que depuis quinze années (1872) les Italiens se sont dotés d’une troupe d’élite spécialisée dans le combat en montagne : les Alpini.
D’où la création, en 1888, de nos premiers bataillons de chasseurs alpins bientôt suivie de celle de régiments d’artillerie de montagne et de régiments d’infanterie alpine.
Ainsi donc, l’organisation française des troupes de montagne peut être considérée comme une conséquence de l’établissement du protectorat tunisien.

Les circonstances
La création de ces unités de montagne, en 1947, revient au général Duval, commandant supérieur des troupes de Tunisie (C.S.T.T.) 
Le général a commandé récemment la division de Constantine et a eu à faire face au soulèvement insurrectionnel de Sétif, en 1945, dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale.
Il a constaté que ce mouvement subversif a éclaté principalement dans les zones montagneuses et démunies de troupes.
Ce sont, d’ailleurs, les postes forestiers et les fermes isolées de colons qui en ont été les cibles et leurs habitants les principales victimes.
Avec son énergie coutumière, le général s’est rendu sur place, a rameuté ses quelques troupes et s’est livré à des manœuvres de déplacement permanent pour remplir le vide et, quelquefois même, à des opérations de représailles rapides et violentes.

Le calme est revenu.
Dès sa prise de fonction en Tunisie il constate qu’il se trouve dans des conditions identiques à celles du Constantinois :
o des troupes peu nombreuses,
o des zones montagneuses dont les plus élevées sont situées sur la frontière algéro-tunisienne, au nord et au centre,
o dans lesquelles se trouvent de nombreuses maisons forestières (une trentaine en Kroumirie et dans les monts de la Medjerdah) des postes douaniers et des fermes de colons très isolés,
o un parti nationaliste agressif : le Néo-Destour dont le chef : Bourguiba, bien que sous contrôle, réside en Tunisie.

Sa première idée directive devient, dès lors :
o faire sortir et circuler au maximum ses troupes de façon à les montrer le plus loin et le plus souvent possible (d’où des manœuvres dans toutes les subdivisions).
Mais la guerre est finie et les crédits militaires sont réduits ou réservés en priorité à l’Indochine, à Madagascar, etc..
D’où une deuxième idée :
o implanter dans les zones montagneuses isolées de petits détachements dont les frais de déplacements seront peu coûteux.

L’occasion (octobre 1946)
Le général, commandant supérieur des troupes de Tunisie dispose outre son poste de commandement et son logement de fonction au Dar Hussein, dans la vieille ville de Tunis, de deux résidences plus modestes.
L’une, est  » celle de la mer « , construite par le général de Lattre de Tassigny en 1941 à Salambo, en bordure des anciens ports de Carthage.
L’autre,  » celle de la forêt « , est construite sur un piton au-dessus du camp d’Aïn Draham qui sert de centre d’instruction aux recrues du bataillon de Tabarka.
En octobre 1946, lors du séjour à Aïn Draham, le général Duval questionne sur ses activités le lieutenant A. Souyris-Rolland, commandant provisoirement l’unité.
Celui-ci lui fait part des sorties effectuées dans le massif de Kroumirie tout en regrettant le style purement militaire de ces marches qui correspondent au programme d’instruction des contingents d’appelés.
ouhaite pouvoir disposer d’une unité d’anciens et d’engagés pour effectuer des reconnaissances dans ce massif montagneux peu perméable. En effet, les seules routes carrossables sont limitées aux pistes forestières liées à l’exploitation des zones de chêne-liège.
Or, le Caidat d’Aïn Draham regroupe une quinzaine de tribus relativement isolées qui vivent de petit élevage, d’une agriculture sommaire et d’une sorte de contrebande avec l’Algérie.
De retour à Tunis, le général prescrit au colonel du régiment de former à Aïn Draham une  » section de reconnaissance  » chargée de sillonner la région frontalière.
L’appellation de  » section kroumirienne d’éclaireur de montagne  » est rapidement adoptée, ce qui donne l’abréviation S.K.E.M. Et la S.K.E.M. devient rapidement une unité connue du fait de l’intérêt que lui porte le général Duval.

La S.K.E.M., unité expérimentale
Deux mois après, le 1er janvier 1947, la S.K.E.M. est dotée d’un tableau d’effectif et d’équipement de type unité de montagne.
Un échelon composé d’une douzaine de mulets et de deux chevaux de selle lui permet une autonomie d’action dans sa zone d’implantation.
En dehors de son groupe de commandement (doté en sus, d’un mortier de 60 et d’une mitrailleuse de 7,6) les trois groupes de combat sont structurés en deux patrouilles de six éclaireurs.
Chaque patrouille de six hommes, commandée par un caporal-chef, comprend donc cinq éclaireurs et dispose d’un mulet d’allégement.
Chaque éclaireur reçoit un entraînement aux appareils de liaison et transmission et des notions d’hippologie, d’alimentation de survie et, pour les plus doués, une formation d’orienteur et de topographe.
Ainsi la patrouille devient l’unité de base dotée de son poste radio et de son mulet. Le caporal-chef, qui est chef de patrouille, dispose d’une équipe de deux éclaireurs, signaleur, orienteur et topographe qui marche en reconnaissance et d’une deuxième équipe composée d’un conducteur muletier, d’un éclaireur chargé du matériel et cuisinier et d’un transmetteur, qui constitue son appui.
Bien entendu, les fonctions sont interchangeables dans chaque équipe.
Cette organisation, rodée au cours de plusieurs opérations d’une durée variant de cinq à quinze jours, est déclarée satisfaisante.

La S.K.E.M., unité d’instruction
Le général Duval décide, alors, de créer une  » section d’éclaireurs de montagne  » dans les trois unités d’infanterie de Tunisie :
o au 1er bataillon d’infanterie légère d’Afrique (1er B.I.L.A. de Médenine),
o au 1er bataillon du 1er régiment étranger d’infanterie (1/1er R.E.I. au Kef.),
o au 4e régiment de tirailleurs tunisiens (4e R.T.T. à Sousse).
Il prescrit, aussi, que ces sections seront mises sur pied après un stage d’entraînement et de formation auprès de la S.K.E.M. à Aïn Draham.
C’est ainsi qu’au cours de l’année 1947 quatre sections d’éclaireurs de montagne (type Tunisie) sont formées.
Cette année 1947 peut être considérée comme une période d’expérimentation tant au niveau des dotations en personnel, armement, équipements divers, que sur le plan instruction de base de l’éclaireur, de la patrouille, du groupe et de la section.
Les enseignements font apparaître qu’une S.E.M. peut :
o être autonome dans sa zone d’action grâce à son échelon muletier,
o se déplacer rapidement dans une autre zone, pour combiner son action avec d’autres S.E.M., si elle dispose d’un échelon autocomposé : d’une jeep, de 5 Dodge 6×6 avec remorques pour son personnel et son matériel, de 2 GMC de 2,5 t avec remorques pour son échelon muletier (une rampe d’accès démontable est prévue à cet effet).

La S.K.E.M. dans l’Aurès
En outre, le général veut vérifier les possibilités de déplacement et d’adaptation dans une zone nouvelle. Après entente avec son voisin de la division de Constantine, il met en état d’alerte la S.K.E.M. et lui prescrit d’aller se mettre à la disposition du commandant de la subdivision de Batna pour recevoir une mission dans la massif de l’Aurès.
En juin 1947, la S.K.E.M. motorisée quitte sa montagne de Kroumirie (1 000 m) pour se rendre dans le grand massif montagneux de l’Algérie méridionale au pied du Djebel Chélia culminant à 2328 mètres.
Durant six semaines, les six patrouilles de la S.K.E.M. arpentent les deux vallées de l’Oued Abid et l’Oued Abiob, tout en reconnaissant les pistes forestières et de montagne et en mettant à jour la carte d’état-major. Elles prennent contact avec les montagnards berbères qui n’ont pas vu de troupe depuis une dizaine d’années environ.
Cette opération se termine par le défilé du 14 Juillet à Batna avec le 3e régiment de chasseurs d’Afrique, son unité support du moment.

L’implantation des S.E.M. (fin 1947)
A la fin de 1947, les quatre S.E.M. de Tunisie sont réparties dans la zone occidentale la plus escarpée des massifs montagneux deTunisie.
Du nord au sud, on trouve :
o la S.K.E.M. des zouaves à Aïn Draham, dans le massif de Kroumirie ;
o la S.E.M. des légionnaires au Kef, dans le massif de la Medjerdah ;
o la S.E.M. des joyeux à proximité de Maktar (Ras et Mâ) dans la Grande Dorsale ;
o la S.E.M. des tirailleurs à Hadjeb El Aïoun à proximité du Djebel Chambi (1 500 m).

Un stage d’entraînement (juin 1948)
L’équipement et l’instruction étant mis au point dans chaque S.E.M., le commandement supérieur des troupes de Tunisie décide d’organiser une période d’instruction commune.
Ce stage d’entraînement est placé sous la direction du lieutenant-colonel Le Gouvello de la 21e brigade d’intervention. Il se déroule dans la Dorsale tunisienne dans la zone du Djebel Bargou durant un mois, du 18 mai au 19 juin 1948.
Le thème choisi, qui se développe tout au long des quatre semaines, passe en revue toutes les situations du combat en montagne.
Les S.E.M. agissent tantôt isolément, tantôt regroupées, soit par deux, soit les quatre ensemble, sous le commandement du chef de section le plus ancien. Et pour aider à la vraisemblance, des unités de la légion et des tirailleurs servent de plastron.
Certaines phases reproduisent même les combats qui ont eu lieu en 1943 aux mêmes endroits durant la campagne de Tunisie, cinq ans plus tôt. Car la prise, la perte et la reprise de certains cols ou observatoires sont inévitablement imposées par la disposition des compartiments du terrain.
Et le général Duval, qui tient à faire approuver l’existence de ses unités de montagne, obtient du 3e bureau de l’état-major de l’armée qu’un observateur, le colonel Craplet, spécialiste des troupes de montagne, suive le déroulement de ce stage d’entraînement.

L’emploi des S.E.M. de 1948 à 1950
Comme prévu les S.E.M. de Tunisie, durant les trois années de 1948 à 1950, s’emploient à :
o sillonner leurs zones d’affectation tout en combinant leur entraînement militaire et une politique de présence dans les tribus montagnardes du nord et du centre de la Tunisie.
Elles reçoivent aussi, chaque année, une mission originale qui est le contrôle de la transhumance des tribus du sud qui vont passer l’été dans les territoires du nord.
Ce mouvement annuel, appelé la Chaaba, provoque le déplacement de plusieurs centaines de milliers de personnes et d’animaux à l’intérieur de la Tunisie. Ces déplacements s’effectuent suivant des axes traditionnels que suivent les tribus et fractions de tribus. Leurs terrains de pâturage sont aussi les mêmes car il y a des accords ancestraux entre les tribus du sud et celles du nord (y compris avec les colons européens).
Le paiement s’effectue en têtes de moutons…
Les gens du sud peuvent ainsi sauvegarder leurs troupeaux durant la période de sécheresse intense et récolter du grain pour l’hiver car leurs femmes ont le droit de glanage sur les terres à blé moissonnées.
La traversée de la Grande Dorsale s’effectue par des itinéraires jalonnés par des points d’eau et quelques dépôts de fourrage que l’administration a aménagés pour porter assistance aux troupeaux et aux nomades en détresse.
La présence des patrouilles des S.E.M. sert à régulariser les caravanes des tribus, a leur apporter des secours médicaux (un médecin avec pharmacie est adjoint à chaque section) et à rassurer les sédentaires qui voient souvent avec appréhension l’arrivée de ces colonnes affamées.
Inutile d’ajouter qu’aux reconnaissances des pistes les patrouilles d’éclaireurs ajoutent la connaissance des tribus et fractions de tribus, qu’ils retrouvent, chaque année, lors de leur traversée de la Dorsale, à des points de passage obligés.

La dissolution des S.E.M. (1er mars 1951)
Cette connaissance des tribus et des hommes à laquelle s’ajoute celle des massifs montagneux frontaliers constitue un atout important pour les troupes de Tunisie.
Et l’on peut considérer que le général, commandant supérieur des troupes de Tunisie, dispose dans les S.E.M. d’un outil de reconnaissance et de combat dans les zones les plus difficiles du pays.
Mais, le général Duval est appelé, en 1950, au comman-dement supérieur des troupes du Maroc par le maréchal Juin alors résident général à Rabat.
Son successeur, le général Molle, se trouve en butte aux prélèvements que lui imposent les renforts pour le corps expéditionnaire d’Extrême-Orient. Un bataillon de marche est constitué au 4e régiment de tirailleurs tunisiens, tandis que les officiers et sous-officiers des autres corps suivent le plan de relève qui pertube la vie des unités.
Et le 30 octobre 1950 le général pose au nouveau colonel commandant l’infanterie la question : Y a-t-il lieu de maintenir les quatre S.E.M. ?
Le 25 novembre, le colonel de Widerspach-Thor répond que  » pour des raisons d’effectifs et surtout d’encadrement, les chefs de corps ont été amenés progressivement à réduire leurs S.E.M… certains l’ont même supprimée (4e R.T.T.) « .
En conséquence, le colonel émet un avis défavorable à la poursuite de l’expérience des S.E.M. :
o d’une part, parce que de telles unités ne peuvent se concevoir que si  » elles sont richement encadrées « … ce qu’il n’est pas possible de faire actuellement…
o d’autre part, l’utilité de telles unités ne paraît pas évidente car toute unité d’infanterie… doit être à même d’opérer dans les Djebels tunisiens sans pour cela avoir été spécialisée à cet effet…
Devant une telle prise de position, reposant d’ailleurs sur l’opinion des chefs de corps, le général Molle prend le 8 février 1951 la décision de dissoudre les sections d’éclaireurs de montagne, dès le mois suivant.
Créées en novembre 1947, organisées définitivement en mai 1948, ces quatre unités de montagne sont supprimées le 1er mars 1951, après trois années d’existence.

Si l’on se réfère aux arguments qui ont amené cette dissolution on peut constater que :
Le premier paraît étonnant car il ne s’agit que de deux cent vingt hommes encadrés par quatre lieutenants, et vingt sous-officiers.
Quand au second, il montre surtout que le commandement n’a plus la compréhension du rôle spécifique de telles unités : qui joignent à la mobilité, la connaissance profonde de deux secteurs d’action et apportent une présence quasi permanente dans des zones peu peuplées mais pouvant servir de lieux de refuge et de base à des groupes subversifs.
C’est d’ailleurs ce qui arrive quelques mois plus tard.
En effet, les fellagas tunisiens font leur apparition principalement dans le centre montagneux de la Tunisie.
Et leurs zones de recueil se situent dans les secteurs des anciennes sections d’éclaireurs de montagne (à l’exception de la frontière du nord que tient la légion) : principalement le Djebel Chambi, la région du Maktar et du Djebel Serdj.
Et, chaque, année, les transhumants servent au transport clandestin des armes et des explosifs du sud (Libye) vers le nord de la Tunisie.
Et c’est par les zones frontalières tunisiennes que l’insurrection algérienne est préparée et approvisionnée.
Mais, il n’y a plus d’outil de lutte adapté à des activités de reconnaissance et de contre-guérilla.

BIBLIOGRAPHIE
- Archives du S.H.A.T. – Sous série Tunisie : 2H168;
-  » Le Mouvement Fellaga en Tunisie  » par l’auteur (Revue Défense Nationale, oct. 1957);
-  » La Transhumance en Tunisie  » par l’auteur (Bulletin Réalités Tunisiennes, mai 1956);
- L’Histoire Traditionnelle des tribus de Kroumirie par l’auteur (Institut des Belles Lettres Arabes, Tunis, 1950) ;
- Archives personnelles.

INSIGNES

Dès la création des S.E.M., les éclaireurs de montagne se distinguèrent par un insigne en tissu cousu sur le haut du bras gauche et composé d’une étoile verte sur fond noir. La S.K.E.M. portait en surcharge un K brodé en fil jaune.

Par la suite, à la fin de 1948, un insigne métallique fut fabriqué par Drago. Cet insigne, qui n’est pas homologué, est constitué par une étoile émaillée de vert avec une bordure dorée. Celle-ci porte, au centre, l’arc de triomphe de Sbeitla, symbole des troupes de Tunisie avec, dans les cinq pointes de l’étoile, les lettres : S.E.M. CSTT. Cet insigne n’a eu qu’une durée limitée aux années 1949-1950 (l’effectif total des quatre S.E.M. était de deux cent quarante officiers et troupe).

 Les sections d'éclaireurs de montagne en Tunisie duval10
Général DUVAL
Naissance 19 septembre 1894
Montpellier, France
Décès 22 août 1955 (à 60 ans)
Kasba Tadla, Maroc
Origine France
Allégeance Armée française – FFL
Grade Général d’armée (1954)
Années de service 1914 – 1955
Conflits
Première Guerre mondiale
Guerre civile russe
Seconde Guerre mondiale
Commandement
159éme RIA (Octobre 1942),
infanterie divisionnaire de la 3éme DIA (Mai 1944),
division de Constantine (Mars 1945),
commandant supérieur des troupes de Tunisie (1945-1949),
commandant supérieur des troupes du Maroc (1949-1955)
Faits d’armes Bataille des frontières (Septembre 1914)
Bataille de la Marne (Septembre 1914)
Bataille de Champagne
Bataille de Verdun
Bataille de la Somme (Novembre 1916)
campagne du haut-Atlas
Bataille de France (1940)
Débarquement en Italie
Libération de Sienne (Juillet 1944)
Débarquement en Provence (Août 1944)
Bataille des Vosges (Décembre 1944)
Distinctions Général d’Armée
Grand Croix de la Légion d’honneur

sources :

http://lasabretache.pagesperso-orange.fr/skem.htm

wikipedia

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