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26 avril 2013

Victor Young Perez

Classé sous — milguerres @ 22 h 10 min

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La Tunisie au gré des conflits

 Ceux qui ont marqué la Tunisie      

 

Victor Young Perez

Les gants de la mémoire

Tunis 1911 – Silésie 1945

 

 

 

 Victor Young Perez French Boxer.jpg

 

Young Perez, de son vrai nom Victor Younki, né le 18 octobre 1911 à Tunis et décédé le 22 janvier 1945 à Gliwice(Pologne), est un boxeur tunisien parfois présenté à tort comme français.

Issu d’une famille modeste de la communauté juive tunisienne, il se passionne assez tôt pour la boxe, un sport alors très populaire dans son pays, et se lance sous la protection de son entraîneur Joe Guez. S’illustrant vite sur la scène locale, il part pour Paris où, devenu champion de France des poids mouches en battant Valentin Angelmann, il finit par affronter Frankie Genaro pour le titre de champion du monde de cette même catégorie. Sacré le 24 octobre 1931, à l’âge de vingt ans, il est accueilli en véritable héros à son retour à Tunis.

 

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8

Récit Coqueluche du tout-Paris au début des années 30, le Tunisien Victor Young Perez, plus jeune boxeur sacré champion du monde, a terminé sa tragique destinée comme déporté, abattu par un SS. Et oublié par la France.

Par Thomas Goubin

Les marches de la mort, janvier 1945. Devant l’avancée des Alliés, le régime nazi ordonne l’évacuation des camps. Des colonnes de déportés décharnés marchent sous la menace des fusils allemands, dans le froid, sans relâche. Ceux qui n’avancent plus sont abattus. Comme des animaux.

Lors d’une halte dans un camp, Victor Young Perez trouve l’énergie d’aller chercher un sac de pain abandonné. Le corps de l’ancienne gloire de la boxe a conservé des bribes de résistance car le commandant du camp réservait un litre de soupe moins imbuvable à ses déportés boxeurs. Trop pressé de partager sa découverte avec ses amis, le petit séfarade n’obéit pas à l’officier. Une rafale de mitraillette vient sanctionner son refus de se placer en bout de ligne. Le champion meurt sur le bord d’un chemin de Silésie… dans l’oubli. Il faudra plus de cinquante ans pour que le pays qui l’a adulé retrouve la mémoire.

1,55 mètre et un jeu de jambes extraordinaire

En octobre 1931, la France s’enorgueillit de compter le plus jeune champion du monde des poids-mouche parmi les siens. La victoire en cinq minutes chrono de Young Perez sur l’Américain Frankie Genaro ouvre les portes de la gloire à ce petit juif tunisien, né dans le quartier miséreux de la Hara, celles d’un nouveau monde aussi.

Le soir de son sacre, 16 000 personnes acclament son 1,55 mètre au Palais des sports. A Tunis, ce sont 100 000 admirateurs qui réservent un accueil triomphal à l’enfant du pays, dont les parents tiennent une modeste boutique d’artisanat.

Invité des cabarets les mieux fréquentés, des restaurants les plus select, Young Perez est entouré de toutes les attentions, et le constructeur Peugeot fait sa réclame en lui offrant une voiture. “Il faut se remettre dans le contexte, pose l’historien du noble art Jean-Philippe Lustyk,dans l’entre-deux guerres, la boxe était le sport numéro 1 dans le monde, les boxeurs, les Kaka et Ronaldo de l’époque.”

A présent, celui qui n’était qu’un vendeur de chaussures trois ans auparavant, se rend aux soirées du Tout-Paris avec Mireille Balin au bras, jeune et belle actrice en vue, qui passera à la postérité pour son rôle dans Pépé le Moko aux côtés de Jean Gabin, bandit caché dans la casbah d’Alger.

Cap sur la France, armé de coupures de presse

Comme à peu près tout dans sa vie, le boxeur gagnera son nom de scène en combattant. A 14 ans, il intègre le Maccabi de Tunis, club omnisport de la communauté juive, où un autre débutant lui conteste son identité pugilistique. Victor Younki devient Young Perez en dominant son rival entre les cordes.

A Sfax, Bizerte ou Tunis, le frêle adolescent commence rapidement à faire admirer son jeu de jambes et à se tailler une petite réputation. Armé de coupures de journaux, l’apprenti boxeur prend le bateau pour la France, où son maigre dossier de presse ne produit pas l’effet escompté. Quand il arrive à Marseille en 1927, la vie n’a pas encore fait de cadeaux à Young Perez et il doit emprunter 200 francs à un rabbin, connaissance de son père, pour rejoindre la Ville lumière et son frère Kid Perez, champion d’Afrique du Nord poids-mouche. Kid, Young, les surnoms américains sont alors prisés des pugilistes.

Young devra patienter une longue année avant de monter sur un ring parisien. Point de départ d’une ascension fulgurante. En juin 1931, il est sacré champion de France. “Et voici le crépu Young détenteur du trophée national”, commente alors l’hebdomadaire, Le Miroir des sports. Le ressortissant du protectorat français emballe par ses succès mais aussi par son style. “C’était un grand technicien, vif, pas un puncheur”, précise Lustyk.

A 20 ans, il est sacré champion du monde. Ou plutôt à 19. Car selon Jacques Toros, qui a milité avec Me Serge Klarsfeld pour la réhabilitation du boxeur dans la mémoire du sport français, il était encore plus jeune qu’on ne l’a cru : “Sur sa fiche du camp de Drancy, la date de naissance indiquée se situe en 1912 et non en 1911, celle qui était officiellement connue, explique-t-il. En arrivant en France, il avait sans doute essayé de se vieillir pour boxer plus tôt.”

A Berlin pour la nuit de Cristal

Loin de la petite poignée de combats disputés par un boxeur aujourd’hui, c’est trois à quatre fois par mois que Young Perez tente d’esquiver les coups de ses adversaires au cœur de sa carrière. Au total, il livrera 133 combats et n’en perdra que 26, pour 92 victoires et 15 matches nuls.

“Son ascension a été démente, mais il s’est égaré dans la vie parisienne”, relève Lustyk. Délesté de son titre douze mois après son sacre, sa prise de poids le conduit à boxer chez les coqs, la catégorie supérieure. Sa première carrière prend fin un soir de défaite face au Panaméen Al Brown, sa dernière opportunité de retrouver une couronne mondiale.

Nous sommes en novembre 1934 et l’Europe est entrée dans l’escalade armée quand Young entame son déclin. Mireille Balin l’abandonne pour Jean Gabin, puis Tino Rossi. Elle traversera la guerre comme compagne d’un officier de la Wehrmacht. Le destin du petit juif tunisien se cogne au fracas de l’Histoire. Le soir de la nuit de Cristal, le 9 novembre 1938, le hasard l’envoie à Berlin. Deux jours plus tard, et un mois avant de prendre définitivement sa retraite, Young Perez doit s’incliner dans une atmosphère haineuse face à un représentant du IIIe Reich. Son dernier combat, il le livrera à Auschwitz.

Juin 43, la milice le cueille à l’hôtel Brady

En juin 1943, la milice française attend Victor Young Perez à l’hôtel Brady, 10e arrondissement de Paris. Le 7 octobre, un convoi funeste part de Drancy avec le boxeur à son bord. “Young Perez n’a pas été protégé, explique

Me Serge Klarsfeld, président de l’association Fils et filles de déportés juifs de France. Cela a contribué à rendre la France longtemps amnésique sur le sort de son plus jeune champion du monde.”

“Avec l’anniversaire de la libération des camps en 1995 et la déclaration de Chirac sur la responsabilité de Vichy, le pays a accepté la participation de son Etat dans le processus génocidaire, et le nom de Young Perez est revenu à la surface”, affine Jean-Philippe Lustyk.

A Auschwitz, l’ancienne coqueluche du Tout-Paris côtoie Primo Levi et le célèbre nageur Alfred Nakache, l’un des rares rescapés du camp d’extermination. Sur les ordres d’Heinrich Schwartz, un commandant SS fou de boxe, le retraité rechausse les gants. Une quarantaine de combattants sont sélectionnés parmi les déportés. “Au cœur même de l’implacable machine à tuer, alors que les chambres à gaz et les fours crématoires fonctionnaient sans interruption, des joutes sportives de haut niveau étaient organisées comme si de rien n’était”, relate Noah Klieger, journaliste israélien, qui côtoya Perez à Auschwitz (1).

Le dimanche est le jour consacré aux tournois. Dans un combat pour “la suprématie de la race”,Young Perez met à mal un SS poids lourds ; le déporté amaigri domine l’un de ses tortionnaires. Devant la supériorité du petit séfarade, les Allemands préfèrent arrêter le combat sur un match nul. Affecté aux cuisines les premiers mois de sa déportation, Young Perez sortait tous les jours un caisson de soupe pour ses amis, au péril de sa vie. Envoyé aux inhumains travaux de terrassement par la suite, il tentera de s’évader. Quand il entame la marche de la mort, il est l’un des 31 survivants des 1 000 déportés du convoi 60.

Deux films en préparation

“L’histoire de Young Perez, c’est celle d’un homme qui donne de l’humanité là où il n’y en a plus”, analyse Jacques Ouaniche, producteur d’un film en projet, avec Saïd Taghmaoui dans le rôle du boxeur. Un autre biopic inspiré de la vie de Young Perez se trouve dans les cartons du réalisateur Steve Suissa. Nicolas Cazalé tiendrait le rôle principal aux côtés de Laura Smet, interprète de Mireille Balin. L’ex-compagne du boxeur est morte dans la misère, sa carrière brisée par sa relation trop étroite avec l’ennemi.

Longtemps, la seule trace publique de l’existence de Young Perez s’est trouvée en Tunisie. Le stade de la mythique équipe de l’Espérance sportive de Tunis célébrait l’enfant de la Hara, avant d’être reconstruit en 1967. Dans l’Hexagone, il a fallu la longue mobilisation de Jacques Toros et des Fils et filles de déportés juifs de France pour que le boxeur soit honoré. Sur le domaine de l’Insep, l’Institut de formation des athlètes français, une salle de boxe célèbre son nom depuis 1997. Oublié trop longtemps, Young Perez a fini par retrouver sa place, au cœur de l’élite du sport français.

(1) Hayom, automne 2009.

Source article : http://www.lecourrierdelatlas.com/Sport/616072010Victor-Young-PerezLes-gants-de-la-memoire/738.html

 

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8

 

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Le combat en 1931 de Victor Perez contre Frankie Genaro qui lui valut le titre de champion du monde poids mouche.

 

Voici l’histoire d’un jeune Tunisien, champion de boxe, dont l’héroïsme au quotidien aida ses compagnons à supporter leurs souffrances dans les camps de la mort nazis de 1943 à 1945.

Ces dernières paroles :

« Je veux bien courir pour boxer,  mais je déteste marcher ».

Les dictionnaires sportifs français se contentent de dire sèchement ceci: « Victor Young Perez, boxeur né à Tunis le 18 octobre 1911, eut une carrière inégale, mais accéda aux plus hauts honneurs. Champion de France poids plume, aux dépens d’Angelmann en juin 1931, il obtient huit jours après son vingtième anniversaire, la chance suprême, un combat pour le titre mondial. Battant l’Américain Frankie Genaro par Ko. à la deuxième reprise à Paris, il devient champion du monde poids mouche. Un an plus tard, il est battu par J. Brown à qui il laisse le titre. Le 1er novembre 1934, il a une nouvelle chance, mais face au fabuleux Al. Brown, surnommé « l’ange du ring », le jeune coq nord-africain est battu sur le ring du belvédère de Tunis. Perez termine sa carrière en 1941. Il meurt en déportation ..

Si Victor Pérez fut certes un grand champion, les dictionnaires omettent de mentionner sa conduite héroïque jusqu’à sa fm tragique.

Le témoignage direct d’un ami de Victor Pérez, Salomon Aroch, nous permet de remédier à cette lacune. Laissons¬lui la parole:

                  »J’ai rencontré Victor Pérez surnommé Young, parce qu’à trente ans, il en paraissait toujours vingt, à Auschwitz Birkenau dès mon arrivée au camp de la mort en janvier 1943. Il continuait à s’entraîner dans une salle et était sûr de reprendre son titre mondial « dès que toutes ces petites conneries seront finies » disait-il en souriant naïvement. Le commandant du camp dirigeait à la cravache un groupe de boxeurs qu’il faisait combattre pour accroître son prestige personnel et obtenir une promotion politique. Ces sportifs-esclaves, dignes de ceux de la Rome Antique, avaient droit, lorsqu’ils avaient gagné, à un litre de plus de soupe que les autres déportés !  » Gagne ou crève nous lançaient les Allemands « . Pour nous, la boxe était un sursis avant la mort. Nous étions encouragés, protégés, par ce sacré Pérez qui se multipliait pour nous aider à tenir moralement. Il donnait l’exemple en tapant comme un fou sur le sac de sable et en faisant des projets pour lui et pour nous. De plus, Pérez s’occupait d’améliorer notre nourriture. Je le revois toujours, soulevant les énormes chaudrons de la cuisine où il développait une énergie, une abnégation incroyables. C’était vraiment la bonne étoile de tous les prisonniers, toujours souriant ou blaguant, malgré les terribles migraines qui le harcelaient, suite aux tortures qu’il avait subies, à cause de sa tentative d’évasion malheureuse. Son corps était meurtri, perdu pour le sport, mais l’âme était intacte.

Il arrivait souvent à tromper la vigilance des SS pour aller soigner ou donner à manger à un malade. Ainsi, il parvenait à préparer tous les jours, par un ingénieux système personnel, mais au péril de sa vie, un caisson de 50 litres de soupe qu’il distribuait à l’arrière des cuisines, juste avant le couvre-feu. Une manne inespérée pour des dizaines de types entre la vie et la mort. Mais je crois que c’est aussi son enthousiasme communicatif qui nous transmettait la flamme, le courage de lutter. Après la distribution de la soupe, il nous lançait gravement:  » à demain soir, même heure, même endroit, et vous avez intérêt à être là, sinon …  » Et pendant des mois et des mois, même en plein hiver, notre sauveur fut tous les soirs fidèle au rendez-vous de la fraternité totale. Hélas, en janvier 1945, fuyant l’avance des Russes, les Allemands se replient vers l’Ouest avec les prisonniers des camps. Sur les routes gelées de Silésie, commença une marche de la mort, un calvaire de jour et de nuit. Nous perdîmes de vue Pérez une nuit. A Gleiwitz, village frontalier, alors que nous étions à bout de forces, prêts à nous jeter à terre et à nous laisser mourir, nous rencontrâmes notre incroyable Victor Pérez. Il nous fit littéralement ressusciter par son apparition inespérée. Chargé comme une bête de somme, avec des airs de conspirateur génial, il nous glissa « Eh! les Marathoniens, j’ai pu avoir du pain pour tout le monde. On peut tenir plusieurs jours, ne vous faites pas de souci ! « .

Puis, il fallu reprendre la marche vers l’Ouest. Les Russes approchaient. Hélas, Victor était à bout. Il avait donné toutes ses forces pour les camarades et il n’en avait pas gardé pour lui. Il se laissa traîner en queue de la colonne. Les SS avaient pour ordre d’abattre les retardataires. Dans un ultime effort désespéré, Victor tenta de nous rejoindre, alourdi par son sac de pain qu’il ne voulait lâcher à aucun prix malgré nos exhortations. Une rafale de fusil mitrailleur le coucha dans la neige. Sur ce tapis blanc, il tomba lentement et son sang coula sur ce sac de pain qu’il n’avait pas voulu lâcher jusqu’à la dernière seconde. Je pris sa tête dans mes mains. Il souriait encore en murmurant : « Je veux bien courir pour boxer, mais je déteste marcher ».

Son visage était toujours celui d’un jeune homme, naïf et enthousiaste. C’était le 22 janvier 1945. Nous perdions notre ange gardien. Notre soleil d’Auschwitz s’éteignait, alors que le monde se libérait. En reprenant notre marche, nous levâmes tous notre regard pour découvrir si quelque chose avait changé dans le ciel noir.

Le soir, au camp, déchirés par cette fin affreuse, nous vîmes soudain entrer un soldat allemand; tête basse et sans un mot, il déposa le sac de pain… Victor Young Pérez avait ainsi gagné son ultime combat. Nous mangeâmes ce soir-là un pain à nul autre pareil. Quarante-cinq ans après, son goût est encore dans ma bouche. Nous avions enfin compris tout le sens merveilleux de la Cène du Christ et des apôtres. Depuis quarante-cinq ans, une moitié de notre âme reste glacée d’effroi, mais l’autre moitié brûle d’amour ! »

Telle fut la fin de vie émouvante et exemplaire de ce jeune Nord-Africain, que l’on ne trouve dans aucun dictionnaire, ni livre d’histoire. Elle méritait, grâce à ce témoignage vécu, d’être connue et présentée comme un magnifique exemple d’abnégation et de fraternité.

Odette Goinard,

d’après Roland Hernandez Auvray

L’Echo du Sud. Six-Fours (Var),

février 1991.

Source : http://www.memoireafriquedunord.net/biog/biog05_perez.htm

 

 Dossier: Le club Maccabi Boxe 1923.jpg

Club pugilistique du Maccabi à Tunis en 1923 avec Joe Guez en pull-over blanc

Sources

 wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Young_Perez

http://www.lecourrierdelatlas.com/Sport/616072010Victor-Young-PerezLes-gants-de-la-memoire/738.html

http://www.memoireafriquedunord.net/biog/biog05_

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La Tunisie au gré des conflits

 Ceux qui ont marqué la Tunisie       

11 janvier 2013

Amiral GUEPRATTE

Classé sous — milguerres @ 10 h 03 min
Amiral GUEPRATTE geprat10

Émile, Paul, Aimable Guépratte

Émile, Paul, Aimable Guépratte est né le 30 août 1856 à Granville (50), et mort le 21 novembre 1939 à Brest (29). Il est inhumé aux Invalides dans le caveau des gouverneurs. Grand-croix de la Légion d’honneur (12 décembre 1924), Croix de Saint Georges (28 décembre 1916 ; ordre russe) et Grand-cordon de l’Aigle blanc, par décret du roi de Serbie Alexandre Karadjordjevic (3 septembre 1917).

Amiral français, dit « point d’honneur » ou surnommé par les britanniques « le cracheur de feu » (fire eater).

« Personnage hors du commun, célèbre dans la Marine par ses façons de grand seigneur, son mépris des contingences et son goût du panache, il s’illustra de manière éclatante par son énergie inlassable et son courage exceptionnel au cours de l’affaire des Dardanelles ». Un jour, où tout son équipage était au garde-à-vous sur le pont de son bâtiment, un coup de canon provoque l’envol de centaines de goélands ; très grave, Guépratte laisse tomber ces mots : « Messieurs, je vous présente la Chambre des députés ».

Troisième de 6 enfants ; petit-fils de l’amiral Jéhenne. Élève au Lycée impérial de Brest en 1868 ; l’un des livres reçus à la distribution des prix en classe de 4e en 1868, « Les gloires maritimes de la France », décide de sa vocation. Entré à l’École navale le 1er octobre 1871, aspirant de 1e classe le 5 octobre 1874, il embarqua en 1875 sur la corvette cuirassée la Reine-Blanche dans l’escadre d’évolutions et, en 1876, sur l’aviso à hélice le D’Estaing. Enseigne de vaisseau le 1er décembre 1877, instructeur des aspirants sur la corvette-école la Favorite, que commandait son père en 1880, il fit la campagne de Tunisie de 1881 sur le cuirassé Marengo, participa au bombardement de Sfax et à la prise de Gabès. Lieutenant de vaisseau le 15 janvier 1883, il suivit en 1884 les cours de l’École des défenses sous-marines, en sortit avec le brevet de torpilleur et fut affecté en cette qualité sur le cuirassé Amiral Duperré, de l’escadre d’évolutions ; il reçut son premier commandement en 1889 sur le contre-torpilleur 23.

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Campagne de Tunisie

Le Général Boyer, M. Alapetite, résident général à Tunis et l’amiral Guepratte et leur état-major (Editeur : ? – 829)

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Campagne de Tunisie

Le résident général M. Alapetite l’amiral Guepratte et les officiers des spahis marocains (Editeur : ? – 836)

source image : http://www.abcdelacpa.com/30819.jpg

 

Second du croiseur Forfait en 1891, il commanda la canonnière Caronade de la division navale d’Indochine et participa aux opérations contre le Siam de mai à octobre 1893. Capitaine de frégate le 10 mai 1897, sous-directeur des défenses sous-marines de Brest en 1900, commandant du contre-torpilleur Vautour de la station du Bosphore en 1901-1902, il fut en mai 1902 chef de la 2e section de l’état-major de l’arrondissement maritime de Brest, passa capitaine de vaisseau le 05 février 1904 et prit le commandement du croiseur porte-torpilleurs Foudre, avec lequel il transporta de Cherbourg à Saigon (Vietnam) deux sous-marins et quatre petits torpilleurs.

Il commanda en 1905, dans l’escadre de la Méditerranée, le croiseur cuirassé Jeanne-d’Arc et le croiseur Marseillaise et, de nouveau, en tant que capitaine de pavillon, la Jeanne-d’Arc, fin 1906. Commandant du 2e dépôt des équipages en 1908, il suivit à Brest, en 1909, l’achèvement du croiseur cuirassé Edgar-Quinet sur lequel il conduisit le président Fallières en Hollande, réalisant à cette occasion le premier passage par un grand navire de guerre des écluses d’Ijmuiden et du Nordsee Kanal conduisant à Amsterdam.

Contre-amiral le 2 septembre 1912, il reçut le 16 septembre 1912 le commandement du front de mer à Brest. Au début des hostilités, en 1914, il fut mis à la tête de la division navale de complément rattachée à la 1e armée navale en Méditerranée. Il assura la protection des convois de troupes entre l’Algérie et la métropole ainsi que la surveillance du détroit de Sicile.
Cloche de l’escorteur d’escadre Guépratte
(Photo Thierry David).

L’expédition des Dardanelles

Demandant avec insistance un commandement plus proche de l’action, il fut envoyé à Port-Saïd (Égypte) pour collaborer à la protection des convois britanniques de l’armée des Indes puis affecté, avec sa division, à la force navale britannique de l’amiral Hamilton Carden qui bloquait le détroit des Dardanelles où s’étaient réfugiés les croiseurs allemands, Goeben et Breslau, qui venaient d’accomplir plusieurs actions surprises en Méditerranée occidentale, dont le bombardement de Bône et de Philippeville. Le 3 novembre 1914, avec les cuirassés Suffren et Vérité, appuyés de croiseurs anglais, il bombarda une première fois les forts de l’entrée du détroit. À l’instigation des Britanniques fut décidé le forcement du passage afin d’atteindre la mer de Marmara et d’attaquer Constantinople. L’amiral John de Robeck succéda le 17 mars 1915 à Carden et prit le commandement en chef de la flotte alliée. Le 18 mars 1915 eut lieu l’attaque principale. Guépratte avait demandé l’honneur de commander l’avant-garde (« Si vous le voulez bien, je choisirai l’avant-garde ») et il le fit avec une folle audace, pénétrant le premier dans le détroit à la tête de ses vieux cuirassés. On sait comment la journée aboutit à un échec : trois cuirassés coulés, dont deux anglais et le Bouvet qui avait sauté sur une mine, le Suffren, navire amiral, et le Gaulois gravement endommagés avec plusieurs autres navires. John de Robeck porta à la connaissance des lords de l’Amirauté la manière splendide dont l’escadre française s’était comportée et souligna la grande bravoure avec laquelle son chef l’avait menée au feu dans une action rapprochée : « Splendide malgré l’âge de ses bâtiments, l’escadre française n’est aucunement troublée par ses lourdes pertes. L’Amiral (Guépratte) l’a conduite au feu avec la plus grande bravoure ». Les Anglais qui restèrent ses plus fidèles admirateurs, lui avaient décerné le surnom de Fire-Eater (mangeur de feu) qui lui resta. Le forcement du détroit abandonné, une opération combinée fut mise sur pied et Guépratte y prit part avec la même énergie pendant les combats des 27 mars 1915, 25 et 26 avril 1915 : bataille des Cinq-Plages, débarquements de Sedd-Ull-Bahr et de Koum-Kaleh. Le 13 avril 1915, il écrivit : « Je regrette que la République soit si pauvrement représentée dans une opération de guerre aussi belle.

Il y a une convenance urgente à nous renforcer par de véritables unités de combat ». Partisan obstiné du franchissement de vive force des détroits, mais critiqué du côté français – on alla jusqu’à taxer son impétuosité de folie et sa tactique d’absurde – on se débarrassa de lui en le nommant vice-amiral le 10 octobre 1915 et préfet maritime de l’arrondissement algéro-tunisien à Bizerte (Tunisie).

Il y maintint, grâce à son influence personnelle, la plus stricte discipline malgré les difficultés du moment et, notamment, l’agitation anti-juive de 1917, joua un rôle important dans l’entraînement des troupes serbes (c’est pourquoi Belgrade a une rue de l’Amiral Guépratte), et fit de Bizerte un centre de lutte contre les sous-marins.

À Bizerte, le chef de la musique militaire crée une Marche de l’Amiral Guépratte. Atteint par la limite d’âge en 1918, il fut placé le 30 août 1918 dans la section de réserve, après 47 années de services effectifs, dont plus de 32 à la mer. Il se présenta à la députation sur la liste de concentration républicaine et fut élu le 16 novembre 1919. Il adhéra au groupe de la gauche républicaine démocratique, devint membre des commissions de la marine marchande, de la marine militaire, des régions libérées et d’Alsace-Lorraine, et se consacra aux questions intéressant la marine. Il écrivit : « À toute nation, il faut un chef. La constitution de 1875 a proclamé irresponsable le Président de la République ! C’est un tort ! Dix ans de présidence, non renouvelable, voilà l’idéal ! ». Il fut président du groupe des députés des ports et président de l’association amicale des croix de guerre. N’ayant pas renouvelé son mandat en 1924, il se retira à Brest et continua d’apporter son aide aux oeuvres de la mer et aux campagnes de propagande pour le développement de la marine. Il vint à Ancy-sur-Moselle le 24 mai 1924 (« Je viens dire bonjour à mes cousins d’Ancy »). Il était membre de l’Académie de marine depuis 1921. Les années qui suivirent apportèrent d’éclatants témoignages en sa faveur. Sir Winston Churchill lui écrivit le 24 septembre 1930, à propos du combat des Dardanelles : « Pour votre part vous avez fait honneur à une opération de guerre qui aurait changé l’histoire du monde si elle avait été menée avec une résolution égale à la vôtre ».
Il a publié en 1935 : L’expédition des Dardanelles, 1914-1915. Il avait épousé le 20 août 1883 Thérèse Marie Virginie Gourdan, née le 16 janvier 1865, morte le 7 février 1890, fille d’un capitaine de vaisseau. Ils eurent trois enfants.
http://www.netmarine.net/bat/flf/gueprat/celebre.htm
L’Amiral Guépratte toujours à l’avant …lisez ci-dessous l’article que je viens de traiter dans sa totalité pour une meilleure lecture … __________________________________________________________________________________________________
Le petit Parisien
1933/03/29 (Numéro 20483)  article de Léon Faraut

Les hommes du Jour

L’Amiral Guépratte

Devenir du jour au lendemain, une figure de légende, c’est là un sort rare.
Et quand, le 18 mars 1915, l’Amiral Guépratte accomplissait simplement, bravement, les gestes qui allaient, imposer à l’admiration et faire de lui un de nos héros nationaux, parmi les plus grands et les plus purs, le chef de la division française des Dardanelles était loin de penser qu’il inscrivait son nom dans l’histoire avec un si puissant relief.
Présidant, lundi soir, au Cercle militaire, la fête émouvante que les Bretons de Paris, les anciens combattants des Dardanelles, les Croix de guerre, avaient organisée en l’honneur du héros, M. Georges Leygeus n’eut nul besoin, pour magnifier notre héros, de recourir aux extraordinaires ressources de son lyrisme. Il se borna à rappeler l’exploit dans la forme même dont usa le journal du bord.

L’amiral britannique de Robeck qui commande devant les Dardanelles a décidé de pénétrer de vive force dans la mer Noire et de s’emparer de Constantinople. Avant l’attaque, il demande à l’amiral Guépratte :
- Quel poste choisissez-vous dans le combat ?
- Le premier au danger : l’avant-garde.

Les quatre cuirassés de Guépratte se sont engagés dans les détroits et ripostent comme ils peuvent au feu nourri des canons et des mitrailleuses dont les Turcs et les Allemands ont abondamment garni les rives.
Leur mission accomplie, nos cuirassés se retirent pour céder la place aux navires anglais qui les suivent.
C’est à ce moment que le Bouvet est touché par une mine.
Cependant qu’il coule en quelques secondes, un autre de nos vaisseaux, le Gaulois, est atteint à l’avant.
Une énorme voie d’eau se déclare. Le cuirassé est désemparé et en perdition. A bord, pourtant, chacun garde son calme. L’équipage, en tenue blanche est rangé sur le pont, comme à la parade. La fin s’annonce proche et toute cette activité des torpilleurs, des sous-marins, des chalutiers, des bateaux de sauvetage empressés autour du navire prêt à s’engloutir l’indique assez.
Mais que se passe-t-il ?
Une chaloupe a abordé l’épave.
Cependant qu’à la coupe, le poste rend les honneurs, « la sonnerie » Aux champs retentit. C’est l’amiral Guépratte qui a réussi à rallier le Gaulois. Il entend être avec ses hommes pour partager avec eux le sort du bâtiment.
Il faut lire le télégramme que l’amiral de Robeck envoya à l’Amirauté pour célébrer la bravoure de l’amiral Guépratte et de la Marine française.
Pour nos marins, qui les connaissaient, ce que Guépratte avait fait là n’avait rien de surprenant.
Entré dans la marine à l’âge de quinze ans, Guépratte y avait conquis tous ses grades et sa haute réputation par sa seule valeur, comme jadis les Jean Bart, les Suttren, les Duguay-Trouin.
Mais pour les Anglais, qui le voyaient pour la première fois, l’impression qu’il leur laissa fut extraordinaire.
Ils ne pouvaient comprendre qu’un chef demeurât constamment exposé aux coups de l’ennemi avec son uniforme blanc. Et quand ils eurent constaté que, bien qu’il s’offrît comme une cible, l’amiral Français n’était jamais touché, ils se mirent à l’appeler le « mangeur de feu » et ils donnèrent ce titre à une chanson qui obtint aussitôt la plus grande vogue et qu’ils fredonnent encore
En 1918, l’amiral Guépratte atteignait sa soixante deuxième année et passait au cadre de réserve.
Ce héros allait désormais vivre modestement et simplement.
Peu de temps avant de quitter le service actif, il a été fait grand-croix de la Légion d’honneur.
On m’assur qu’il n’a pas la médaille militaire.
Ce ne peut être là que le fait d’un oubli.
Pourquoi ne le réparerait-on pas ?
Léon Faraut

le_pet12
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6276820.r=GUEPRATTE.langFR
fleche-boule8 dans
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L’amiral Guépratte adresse à la Chambre un appel à la clémence en faveur des mutins de la mer Noire……
nota : j’ai essayé au maximum de transcrire le texte de l’article mot à mot en espérant ne pas avoir écorché certains noms.
Bonne lecture !
fleche-boule8 dans
Le Petit Parisien du 09 Juillet 1922Pendant un an encore le gouvernement pourra user de la grâce amnistiante
AINSI EN ONT DÉCIDÉ LES CHAMBRES AVANT LA CLOTURE DE LA SESSION
Marty et Badina pourront bénéficier de mesures de clémence, de même que les petits commerçants et les petits producteurs condamnés pour des faits de spéculation illicite

Les Chambres ont tenu à se prononcer,avant la clôture de la session parlementaire, sur la question de l’amnistie. Ainsi que nous l’avions fait prévoir, N. Barthou, ministre de la Justice, a déposé hier mâtiné sur le bureau de la Chambre, d’accord avec MM. Maginot et Haiberti. un projet de loi prorogeant pour une période d’un an la faculté accordée au gouvernement d’user de la grâce amnistiante prévue! par la loi du avril 1921.Aux termes de cette loi, les ministres intéressés (Guerre et Marine) auront la faculté pendant un an encore d’examiner les cas d’espèce et de faire bénéficier de mesures gracieuses entraînant l’amnistie tous les condamnés qui leur auront paru dignes d’une remise de l’entier restant de la peine.
Marty et Badina pourront, par conséquent, faire l’objet de propositions de remise de la peine qui leur reste à faire et bénéficier ainsi de l’aministie.

Au cours de la séance de l’après-midi la Chambre, le garde des Sceaux a demandé d’interrompre le débat eu cours pour permettre l’examen immédiat de ce texte.
M.. René Lafarge a donné lecture de son rapport. Puis le débat s’est engagé.

M. Evain.

« Je viens demander au gouvernement la portée du geste qu’il vient d’accomplir.
MM. Marty et Badina seront-ils appelés à bénéficier de la grâce amnistiante ? Je rappellerai à la Chambre, que de très nombreux petits commerçants ont été gravement condamnés par Iras tribunaux sans raison suffisante. Si vous voulez la paix civile, il faut prendre une mesure de clémence envers eux

M. Barthou.

Le projet déposé ne fait que proroger pour un an les dispositions de la dernière loi d’amnistie. Le gouvernement, usant du droit de grâce amnistiante, a largement usé de la. faculté qui lui était donnée.
Ne pouvant faire aboutir une nouvelle loi d’amnistie à cette heure tardive de la session. nous avons pensé nécessaire de proroger les pouvoirs de grâce amnistiante suspendus depuis avril, car le gouvernement n’a pas épuisé les mesures à prendre en vertu de cette disposition.
Nous vous demandons de pouvoir appliquer la grâce à tous les cas qui le mériteraient, après un examen individuel. (Applaudissements rà gauche, bruit.)
Je vous demande d’examiner la question en elle-même. nous sommes prêts à prendre ces responsabilités. Quand nous aurons agi vous nous jugerez. Dans la commission, certains membres se sont intéressés aux petits commerçants et aux petits producteurs.
Le projet en discussion a un but limité, il reste devant la Chambre un projet plus complet que l’on pourra étudier et. compléter.

M. Tardieu.
Vous auriez pu soutenir ce texte il y a six mois.

M. Barthou.

Et j’aurais de même rencontré votre hostilité. Nous allons partir en vacances.
Il faut prendre une décision pour les petits commerçants et les petits producteurs, vous vous prononcerez sans tarder.

M. Thomson.
N’oublions pas que les petits producteurs et que les petits commerçants ne sont pas tous poursuivis pour spéculation illicite. lls ont droit a la grâce amnistiante.

M. Barthou.
Il faut également se préoccuper de la loi sur la spéculation illicite, dont l’effet disparait avec le mois d’octobre. Un projet de, prorogation est également nécessaire, à ce point de vue, pour continuer les poursuites
C’est à l’occasion de ce dernier projet qu’il sera possible de prendre les mesures demandées par M. Evain et d’accorder la grâce amnistiante pour les petits commerçants et les petits producteurs (Exclamations sur divers bancs. )
Je suis ici pour soutenir le projet que M. le ministre de la Guerre serait le premier à défendre, s’il pouvait être ici.

M. Balanant.
Peut-être pas.

M. Barthou.
Je parle ici au nom du gouvernement et si M. le président du Conseil n’était pas là, je dirais le gouvernement en a décidé ainsi.
M. Balanant.
Je vous demande d’expliquer l’origine de ce projet. On veut gracier tous les mutins Ide la mer Noire. Je fais une distinction entre les simples marins et les meneurs nous voulons savoir à quoi nous allons aboutira {Applaudissements sur divers bancs. Bruit.)
M. Barthou.
Pourquoi cette question n’est-elle pas venue plus lot ? me demandet-on. Parce que l’ordre du jour de la Chambre ne l’a pas permis.
Quant à la seconde question de M. Balanant. je réponds franchement Je ne vous répondrai pas. » Nous vous demandons la faculté d’user de la grâce amnistiante. Faites confiance au gouvernement. Je n’ai pas à examiner ici des cas particuliers. (Exclamations à droite.)
J’abdiquerais la prérogative même du gouvernement si je vous répondais.
Le gouvernement reste Mêle à la pensée qui l’avait inspiré en soutenant le projet d’amnistie il vous demande de lui maintenir la faculté de grâce amnistiante.

M. André Lefèvre.
Je ne demande pas sur qui portera la grâce amnistiante, mais J’estime que, faisant une loi, nous pouvons y inscrire qui nous voulons.
Vous aviez déjà, il y a un mois, la faculté de grâce amnistiante. Pourquoi l’avoir laissée mourir sans avoir le temps d’examiner les dossiers; un mois a passé depuis son expiration. Je demande pourquoi on revient maintenant sur
la question? Si nous vous rendons ce droit, il faudrait au moins l’élargir. (Applaudissements sur certaina bancs.)

M. Barthou
Le projet d’amnistie a été déposé par. M. Briand en janvier dernier.
Depuis, on a usé de la grâce amnistiante, dans 2 095 cas.
M. Lefèvre a été ministre de la Guerre et il sait que certaines affaires exigent un examen long et attentif en même temps que des délais. On semble indiquer qu’il ne reste que drux ou trois affaires à examiner; en réalité, il y en a des milliers. (Applaudissements.)

M. Ringuier.
Depuis un mois, il y a eu le vote du Sénat, voilà la raison du projet actuel.

M. Lefèvre.
Pourquoi n’avoir rien fait depuis un mois ?

M. Barthou.
Parce que la commission de la Chambre était saisie de l’amnistie et que nous espérions voir aboutir ce texte. Je dois ajouter que si des amendements sont présentés pour élargir la grâce amnistiante, le gouvernement les acceptera dans toute la mesure du possible.

M. Rollin.
Je voterai le projet. J’ajouterai que j’aurais déjà voté l’amnistie des mutins de la mer Noire, si on n’avait pas voulu a l’extrême gauche en faire une apothéose (Applaudlssemcnts.)
mais je demande qu’on ajoute au texte une mesure en faveur des petits commerçants et des petits producteurs.

M. Poincaré.
Tout d’abord pour les petits commerçants et pour les petits producteurs, on avait proposé un amendement comportant amnistie ; le gouvernement ne pouvait accepter cela, puisqu’il y a un projet sur l’amnistie différent de celui-ci.
Mais pour donner satisfaction à la préoccupation de nombreux membres de l’ Assemblée qui désirent régler immédiatement cette question, le débat sur l’amnistie ne pouvant se produire avant la séparation des Chambres, le président du Conseil accepte d’introduire dans le projet en discussion une disposition pour étendre le bénéfice de- la grâce amnistiante aux petits commerçants et petits producteurs poursuivis pour spéculation illicite.

M. Brousse
L’amnistie sera-elle appliquée aux déserteurs et aux insoumis ?

M. Barthou.
Le gouvernement. en aucun cas, n’appliquera le droit de grâce ni aux déserteurs, ni aux insoumis.

L’amiral Guépratte adresse à la Chambre un appel à la clémence en faveur des mutins de !a mer Noire.
Soumis, dit-il, à des influences délétères, ces hommes méritent de la pitié. Marty, ce malheureux officier a été sous mes ordres quand j’étais enseigne de vaisseau, je l’ai vu dans le service, il avait des qualités qui m’inclinent à la clémence.
L’amiral Guépratte, applaudi à gauche, lit une lettre reçue par lui d’un officier camarade de Marty, qui plaide sa cause et réclame pour lui la pitié.

La Chambre adopte l’article unique qui accorde au gouvernement une prorogation de droit de grâce amnistiante
et y ajoute une disposition qui étend Le bénéfice de la grâce amnistiante aux petits commerçants et petits producteurs
condamraés par application de la loi sur la spéculation illicite. Puis elle se trouve en présence d’un amendement de M. Balanant qui propose que soient exclus du bénéfice de la grâce amnistiante les condamnés ayant rang d’officier.

Il ne faut pas que ce projet, dit-il, puisse bénéficier à un homme qui, ses lettres l’ont prouvé, n’a aucun repentir de son crime.
Je ne veux pas que la grâce soit accordée sous la menace de certains je ne veux pas d’un gage aux communistes. Je demande à la Chambre de prendre ses responsabilités. (Applaudissements sur certains bancs.)

M. Bahthou.
Je ne pensais pas que ce projet d’apaisement susciterait une aussi vive attaque J’ai signé le projet sur l’amnistie et j’en revendique la responsabilité.
J’ai été ministre de la Guerre aux heures les plus graves. J’ai connu dans ce poste des dossiers bien graves. Notre jeune collègue ne connaît pas cela. Je ne m’inspire que de ma conscience et je ne joue pas ce jeu de bascule que l’on prétend.
Le gouvernement s’est prêté à ce qui pouvait raisonnablement améliorer le projet, mais il faut s’en tenir là.
Serait-il admissible qu’ayant coté le principe de l’amnistie, on lui oppose aussitôt une exception ?

M. Le Prince Murat.
Oui!

M. Bahthou.
Si vous vouiez faire une véritable amnistie, laissez au gouvernement sa liberté d’appréciation. Je vous demande, au nom du gouvernement, de voler le projet.

M. Le Prince Murat..
J’ai servi pendant quinze ans, et je vous dis Vous faites une mauvaise action. » (Exclamations, bruit.)

M. Barthou.
Qui que vous soyez, Monsieur, je ne vous permets pas de dire que je commets une mauvaise action. (Vifs applaudissements.)

M. Tardieu.
Depuis mars vous n’avez rien fait pour faire voter l’amnistie et brusquement vous trouvez le temps de ce débat libérateur.
(Bruit.) Le gouvernement a varié d’attitude à propos du projet de loi sur l’amnistie. Ce que nous avons entendu nous fait craindre que cette manoeuvre ait un but.
Au lendemain d’un débat qui nous a montré l’extrême gauche peu encline à l’apaisement vous vous tournez vers ce côté e l’Assemblée. le n’accepte pas votre projet car vous aviez !e temps de nous apporter autre chose. (Applaudissements sur certains bancs)

M.. Balanant.
On nous demande ce projet, uniquement pour amnistier un officier et faire plaisir aux communistes. (Bruit.)

M. Barthou.
Je déclare qu’après en avoir reçu mandat du président du Conseil et du gouvernement, je repousse l’amendement de
M. Balanant au nom du gouvernement.

fleche-boule8 dans Après pointage, l’amendement Balanant
est repoussé par 312 voix contre 212
L’ensemble du projet est adopté.

n0605010

 

 

 

 

L’Amiral Guépratte accueille les Serbes à Bizerte

La Presse (Paris. 1836)
1916/01/15 (Numéro 8554)
Voir la page complète au bas du post

L’article :
si des erreurs de transcription sont notées, elles sont dues à la mauvaise qualité de l’image.
guepra13

Transcription de l’article ci-dessus :

Un second convoi débarque à Corfou
La fureur allemande

Amsterdam 13 janvier
Les nouvelles du débarquement à Corfou des Français a causé une violente colère en Allemagne.
Un télégramme d’Athènes à la Frankfurter Zeitung ( journal allemand ) déclare que cela a soulevé l’indignation allemande au plus haut point.
Le kaiser a donne l’ordre d’envoyer au roi Constantin sa prostestation personnelle et rend la Grèce responsable (Daliy mail)

Bizerte, 13 janvier
Un second convoi de Serbes a débarqué ce matin à 5 heures 30 au milieu de l’enthousiasme général ; les troupes rendaient les honneurs.
L’amiral Guépratte a réçu les officiers au cercle militaire.
Les Serbes sont casernés au quartier (Farre -> sans doute à Ferryville près de Bizerte???? je ne veux rien confirmer

selon les articles trouvés retraçant leur présence à l’hôpital de Ferryville, article à consulter dans  Les Serbes, la France et …Bizerte…)
où ils sont l’objet de soins attentifs

(plus de détails sur :     Les Serbes, la France et …Bizerte… )

guepra12

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