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28 novembre 2012

D’autres noms pour l’exemple

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SOLDATS FUSILLES POUR L’EXEMPLE

Ils étaient bien là, ces hommes ! 

 D’autres noms pour l’exemple

source : http://moulindelangladure.typepad.fr/monumentsauxmortspacif/histoires_de_16_fusills_pour_lexemple/

 

Le caporal Albert Truton

Né au Mage (Orne) où il est cultivateur en 1914, Albert Truton a épousé en 1912 Lucienne Cellier dont il a un enfant, Suzanne, née en 1913. Lors de la mobilisation générale, il est incorporé au 103e RI. Passé au 75e RI en juin 1915, il devient caporal le 30 juin 1916. Le 6 août 1916, il est blessé par un éclat d’obus
et il est cité à l’ordre du régiment comme « bon gradé courageux ».Après la mutinerie de Pargnan, il est condamné à mort par le Conseil de guerre de la 27e DI le 10 juin 1917 pour « refus d’obéissance, étant commandé pour marcher contre l’ennemi ». Il est fusillé le 16 juin à Pargnan.

Il est aujourd’hui inhumé au cimetière militaire français de Cerny-en-Laonnois.

 

Gaston Lefèvre engagé à 17 ans et fusillé è 19 ans.

Gaston Lefèvre est né le 4 juin 1897 à Morfontaine en Meurthe-et-Moselle. A la veille de la guerre, il exerce le
métier de cantonnier. Le 7 août 1914, les Allemands prennent son père en otage et le fusillent. Son frère infirme avait été emmené, puis fusillé à son tour. Pour venger les siens, Gaston Lefèvre franchit les lignes ennemies et vient venu s’engager à la mairie de Mézières (Ardennes) le 14 août. N’ayant que 17 ans, il avait falsifié son âge pour pouvoir s’engager.

Blessé au printemps 1915, il est alors soigné à l’hôpital de Lyon.

Le 9 juin 1917, à la suite de la mutinerie de Mercin, il est condamné à la peine de mort par le Conseil de guerre de la 13e Division, pour « révolte par prise d’armes sans autorisation et agissements contre les ordres des chefs ».

Pierre Lefèvre est exécuté le 16 juin 1917 à Soissons. Il est aujourd’hui inhumé au cimetière militaire d’Ambleny.

 

Joseph Gabrielli : Un Corse, simple d’esprit, condamné à mort

Gabrielli, berger de son  état, n’avait jamais quitté la Corse, ni même son village natal près de Corte, quand il fut mobilisé au 140e régiment d’infanterie .
Bien qu’il soit illettré et arriéré mental, on l’affecte à la 6e compagnie où on a plus besoin de son corps que de son esprit. Le 8 juin 1915, au cours d’une attaque, il est légèrement blessé. Son chef l’envoie se faire penser au poste de secours.
En revenant, il s’égare et ne retrouve plus sa compagnie.
On le retrouve cinq jours plus tard, terré au fond d’une cave à Colincamps (Pas de Calais).
Interrogé il déclare (avec peine, car il parle très mal le français) aux gendarmes :
« Mon régiment est rentré dans la tranchée la nuit du 6 au 7. J’ai pris part à plusieurs combats. Dans la nuit du 12, ma compagnie est partie à l’attaque, j’ai suivi mes camarades, mais à la fin des combats, je ne les ai pas retrouvés. Je suis revenu à la tranchée, mais, comme il n’y avait plus personne de  mon régiment, je suis parti sans savoir où j’allais. Je suis arrivé à Colincamps vers quinze heures, j’ai cherché ma compagnie sans la retrouver, c’est alors, que j’ai eu l’idée de descendre dans la cave d’une maison abandonnée où je suis resté pendant deux jours. J’ai perdu mon fusil et mon sac dans la tranchée. »
Le rapport rédigé par le commandant de la prévôté donne une autre version des faits :
«  Le soldat Gabrielli a disparu de sa compagnie le 8 juin au matin et a été signalé par son caporal d’escouade comme manquant à l’appel. Dans la même journée, des soldats de la compagnie faisant le service de ravitaillement ont attesté avoir vu Gabrielli  au poste de secours du bataillon. »
D’après l’enquête faite auprès de ses chefs, et de ses camarades, il ressort que Gabrielli est considéré comme un débile profond, élevé à l’état sauvage et surtout employé à creuser des latrines ou des tranchées.
Il est néanmoins traduit devant le conseil de guerre spécial du 140e R.I.
Voici la transcription d’une partie de l’interrogatoire de l’accusé faite par le commissaire du gouvernement.
Question_Quand avez-vous quitté votre compagnie et à quelle heure ?
Réponse_Je ne m’en souviens pas…
Q_ Pourquoi l’avez-vous quittée ?
R_ J’ai reçu un obus près de moi et je ne me rappelle plus rien…
Q_Combien de jours êtes vous resté absent de votre compagnie ?
R_ Trois jours.
Q_ Pourquoi n’avez-vous pas cherché à regagner votre compagnie  le plus tôt possible ?
R_J’ai cherché partout et je n’ai pas trouvé.
Q_ Où avez-vous été trouvé ?
R_ Dans une cave.
Q_ Est-ce dans une cave que vous cherchiez votre compagnie ?
R_ Je n’y ai couché qu’une nuit.
Q_ Pourquoi avez-vous dit aux gendarmes avoir quitté votre poste le 12 courant alors qu’en réalité vous êtes porté absent depuis le 8 juin ?
R_ Les gendarmes n’ont rien compris…
Q_ Pourquoi avoir dit que vous étiez resté absent trois jours, alors que vous êtes porté manquant  de puis le 8 au matin et que vous n’avez été retrouvé que le 13 juin à 18 heures, c’est-à-dire six jours après ?
R_Je ne peux pas m’expliquer.
Q_Avez vous quelque chose à rajouter pour votre défense ?
R_ Je suis ici pour défendre la France !

C’est un interprète corse qui traduisait au fur et à mesure les questions et les réponses.
Malgré les témoignages des soldats et de son commandant de compagnie confirmant  l’irresponsabilité de l’accusé, le conseil de guerre le reconnait coupable d’abandon de poste devant l’ennemi et le condamne à mort.
Dessin_de_tardi La sentence est lue à 20 heures et Gabrielli  est fusillé une heure plus tard. Dix ans après, un témoin, M Dupommier, qui avait assuré la défense de l’accusé, raconte l’exécution.
« Au cours de ces quatre années de guerre, j’ai vu de terribles choses. Je ne crois pas avoir assisté à un plus triste spectacle que cette exécution. Gabrielli, affolé, courrait devant les fusils en criant : » Maman, maman, je ne veux pas mourir… » Il se cramponnait convulsivement, tantôt à l’aumônier, tantôt à moi ; il a fallut planter un poteau sur la tranchée de deuxième ligne pour l’y ligoter. Cela a duré une demi-heure. Les hommes du peloton d’exécution étaient terriblement émus. Un seul être demeurait impassible : c’était le commandant Poussel (tué quelques mois plus tard en Champagne). Après le coup de grâce, cet officier m’a dit  « Voila une mort qui épargnera bien des vies humaines » J’ai répondu « Vous avez mon commandant, une étrange conception de la justice et vous venez d’assumer une bien effroyable responsabilité devant DIEU(1) »

Le 4 novembre 1933, la cour spéciale militaire annule le jugement du conseil de guerre et réhabilite Gabrielli.

Les fusillés de Montauville : Chemin et Pillet

A la 20e compagnie du 37e régiment d’infanterie coloniale, on s’était aperçu que les sacs laissés dans la tranchée pendant les attaques étaient régulièrement pillés, c’est pourquoi le commandant de compagnie avait décidé de nommer deux hommes dont la mission consistait à garder les sacs des soldats qui partaient à l’assaut. Comme c’était une « plaque », on avait choisi des hommes ayant charge de famille, c’est ainsi que Chemin et Pillet avaient été désignés.
Dans la nuit du 22 au 23 juin 1915, alors que leurs camarades montent à l’attaque dans la région du Ban de Sapt, Chemin et Pillet prennent leur faction auprès des sacs.
La consigne est formelle, quels que fussent les bombardements, en aucun cas ils ne devaient s’éloigner des sacs.
Or ce jour là, la 20e compagnie venait de « toucher » un nouveau commandant, lequel ignorait complètement la consigne donnée par son prédécesseur aux gardes sacs.
Le lendemain de l’attaque, on procède à l’appel afin d’établir l’état des pertes. Evidement Chemin et Pillet ne peuvent répondrent à l’appel de leur nom puis qu’ils sont restés à l’arrière.
Comme ils ne figurent ni parmi les morts ni parmi les blessés, ils sont portés « disparus au combat ».
Trois heures plus tard, le capitaine apprend que les deux « disparus » ont été retrouvés prés des sacs. Il les convoque, les engueule, écoute leurs explications, ne leur met aucune punition, mais il fait un rapport expliquant à ses supérieurs comment il a retrouvé les deux soldats portés manquant.
Ce n’est qu’un mois plus tard, alors qu’ils remontent au front, que les deux soldats apprennent qu’une information a été ouverte contre eux à la suite d’une plainte déposée par le colonel du régiment.
Tribunal_dans_une_eglise_de_la_me_2 Le 4 août 1915, après une instruction rapide, ils sont présentés au conseil de guerre et inculpés d’abandon de poste devant l’ennemi. Au cours de la séance, l’accusation fait état de prétendus aveux verbaux et écrits des condamnés dans lesquels ils reconnaissent s’être enfuis et réfugiés à l’endroit où se trouvaient les sacs. Or les deux hommes étaient totalement illettrés…
« Comment auraient ils pu rédiger leurs déclarations sans faire de fautes d’orthographe ? » demande leur défenseur aux juges.
Pour le conseil, cela n’a aucune importance : les juges ne retiennent que les témoignages obtenus par la persuasion, auprès de soldats n’osant pas contredire leurs supérieurs. Par contre, on ne tient aucun compte des témoins qui veulent déposer pour affirmer que Chemin et Pillet avaient bien été désignés pour garder les sacs et qu’ils n’avaient fait qu’obéir à la consigne.
Le 4 août 1915, à 19 heures, les deux hommes sont condamnés à mort par la cour martiale.
G. Reau a recueilli le témoignage de l’abbé Lesjone, aumônier qui a accompagné les deux gardes sacs jusqu’au poteau d’exécution.
« C’est moi, dit il, qui fus chargé d’apprendre à Chemin et Pillet la sentence prononcée par le conseil de guerre. L’exécution devait avoir lieu à 10h 30 du matin. Les deux soldats ne s’étaient pas rendu compte de la gravité des faits qui leur étaient reprochés. Ils ne voulurent pas croire qu’ils allaient être passés par les armes. Quand ils comprirent qu’ils devaient abandonner toute espérance, ils entrèrent dans une crise d’angoisse. Chemin, qui était originaire de Tullier (Charente Inférieure), montrait la photographie de ses cinq enfants. Il embrassait leur image en disant : »Est-ce possible ? Dire que je ne les reverrai plus ! Et pourtant je n’avais pas voulu fuir…On ne sait donc pas ce que c’est que d’être couver de terre par un obus ? »
« L’autre condamné, le soldat Pillet, qui était célibataire, me demanda de faire parvenir quelques  souvenirs à sa vieille mère ».
« Devant le poteau d’exécution, Chemin, s’adressa aux douze hommes du peloton et leur cria »Mes amis, je suis père de familles, vous n’allez pas me tuer ! » Attaché au poteau, Chemin hurlait  « Grâce mon colonel, grâce pour mes enfants ! »La sentence ne put être lu complètement, car la révolte grondait dans les rangs des soldats. Craignant une mutinerie, le colonel donna l’ordre à l’adjudant qui commandait le peloton d’ouvrir le feu. »
Le 5 août 1915  Pillet et Chemin tombaient sous la salve à 10h40. On avait mis plus d’un mois pour les inculper et moins d’un jour pour les juger et les tuer.

 

François Laurent : un breton fusillé pour l’exemple.

François Laurent est blessé à la main gauche dans la nuit du 1er octobre 1914, la dernière phalange du petit doigt de sa main gauche est arrachée. Son capitaine lui demande d’aller se faire soigner à l’infirmerie.  François Laurent fut examiné par le docteur Buy à Châlons-sur-marne qui vit une présomption de mutilation volontaire . Ce soldat ne s’exprime que malhabilement en français, il sera accusé d’abandon de poste, condamné par le conseil de guerre et fusillé le 19 octobre 1914. Il est exécuté avec toute une série d’autres soldats condamnés pour le même délit (…).La contre expertise du docteur Paul en 1933 conclut que la pièce médicale du dossier n’est pas suffisante pour prouver une mutilation volontaire ».

Le docteur Buy se justifia en expliquant « si tous mes rapports étaient en partie écrits à la polycopie c’était (…) parce que nous n’avions pas le temps »En effet, il faut savoir que ce docteur utilisait un document polycopié dans lequel il n’avait plus qu’à placer le nom et la blessure. Cela montre bien que les mutilations étaient courantes, et que l’examen médical n’était pas toujours sérieux. En tous cas, ce docteur a envoyé un homme à la mort, juste parce qu’il n’avait pas le temps de bien l’examiner.

Le travail de mémoire d’un instituteur local appuyé par les anciens combattants aboutit à sa réhabilitation en 1933, et donc à l’inscription de son nom sur le monument de Millionnec. En effet le Maire fit retiré la plaque de marbre où était inscrit le nom des soldats morts de la commune, puis il fit graver les noms directement dans la pierre incluant François Laurent, qui apparaissait ainsi dans l’ordre alphabétique. Par ailleurs sa famille perçut en dédomagement une somme de 10 000 francs.

 

Joseph Dauphin : le héros fusillé pour une beuverie

Joseph Dauphin, né à Tauves dans le Puy-de-Dôme, le 10 février 1882, dans une famille de 10 enfants. Il fut l’un des 600 soldats fusillés pour l’exemple par l’armée française durant la Première Guerre mondiale.

Dauphin_j Marié, père d’un enfant, le paysan Dauphin se trouvait incorporé dès le mois d’août 1914 au 70 ème bataillon de chasseurs à pied. Vaillant soldat, il reçut, en 1915, la Croix de guerre avec palmes pour plusieurs actes héroïques, entre autres avoir ramené sur ses épaules un lieutenant gravement blessé près des barbelés de la tranchée ennemie ou bien encore avoir tenu une position jusqu’à épuisement de ses cartouches. Promu caporal, il reçut par trois fois une citation pour sa conduite exemplaire au combat.

Au printemps 1917, l’état major avec Nivelle est au summum de son incompétence. Depuis deux ans les armées piétinent, Nivelle décide d’engager massivement les troupes dans ce que l’état Major appelle la « Bataille de France« . Les allemands connaissent le projet et renforcent les défenses en abandonnant une partie du front. Nivelle n’en tient pas compte. La préparation de l’artillerie française du 10 au 16 avril est sans effet sur les abris en béton et les cavernes du plateau de Craonne. Nivelle n’en tient pas compte. L’attaque est déclenchée le 16 avril, quelques jours plus tard et 150 000 morts, disparus et blessés, la Bataille de France est devenue, afin de minimiser cet échec,  la bataille de l’aisne puis la bataille du Chemin des Dames. La presse n’évoque pas le massacre et minimise l’évennement. Le fusible Nivelle saute en mai 1917. Celui ci est envoyé en Algérie dans un obscure commandement. Pétain prend sa revanche et le remplace. La stratégie change peu mais Pétain doit faire face à une vague importante de mutinerie. Bien souvent les soldats refusent simplement de repartir à l’assaut et remettent en cause les tactiques voir les stratégies militaires. Très peu contestent le bien fondé de la guerre.

C’est dans ce contexte que se situe l’affaire du caporal Dauphin. En juin 1917 les permissions de son régiment sont annulées. Joseph Dauphin et plusieurs soldats qui l’accompagnaient ramassèrent alors une cuite mémorable. Sous l’effet de l’alcool (dont l’armée n’était pas avare, à fortiori pour envoyer sa chair à canon à l’assaut) et sans trop savoir ce qu’ils faisaient, ils auraient tiré quelques coups de fusil et lancé à la cantonade des propos séditieux. Un fois dégrisé et conscient d’avoir fauté, Dauphin s’attendait à récolter quelques jours de prison, mais à sa grande surprise et sans vraiment comprendre, ses supérieurs l’envoyèrent devant le Conseil de guerre. Ils avaient besoin d’un exemple.

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Seul gradé parmi les hommes interpellés et pour avoir chanté un peu fort J’ai deux grands bœufs dans mon étable (version contredite par l’accusation), le caporal Dauphin, considéré comme meneur dans la vague des mutineries de 1917, fut condamné à mort et fusillé le 12 juin 1917 à la ferme de Fété, près de Ventelay dans l’Aisne. François Brugière, son camarade de Tauves, vraisemblablement impliqué dans la même séance de beuverie et désigné pour faire partie du peloton d’exécution, refusa de tourner son fusil contre Joseph. Condamné à 10 ans de travaux forcés, il fut envoyé au bagne de Chief (ex-Orléanville) où il mourut d’épuisement le 12 février 1918. Joseph Dauphin, quant à lui, repose dans la nécropole de la Maison Bleue à Cormicy dans la Marne : tombe n° 884.

Malgré de nombreuses campagnes de presse, il n’a jamais été réhabilité (toute requête de demande en révision étant jugée irrecevable par la justice après 1928).

 

Les 4 fusillés de Flirey : Baudy, Prebost, Morange et Fontenaud.

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Félix BAUDY est né le 18 septembre 1881 à Royère-de-Vassivière et Henri PREBOST le 1 septembre 1884 à Saint Martin Château, deux communes creusoises voisines de Gentioux. Félix et Henri étaient maçons, obligés de s’exiler comme beaucoup d’hommes des villages creusois. Ces militants du syndicat de la Confédération Générale du Travail (fondée à Limoges en 1895), travaillaient habituellement sur les chantiers de Lyon. Antoine MORANGE était lui aussi militant de la CGT. François FONTANAUD était orignaire de Montbron en Charente.

Pendant la guerre de 1914-1918, ils ont été incorporés au 63e RI, 5e Cie. Félix BAUDY et Henri PREBOST ont été fusillés pour l’exemple le 20 avril 1915 à Flirey, suite au refus collectif de leur compagnie de remonter à l’assaut de la crête de Mort-Mare.

Le 19 avril 1915, une attaque devait avoir lieu à Mort-Mare, afin d’enlever les derniers 200 mètres de tranchée encore occupés par les Allemands au centre d’une première ligne conquise quelques jours plus tôt avec la perte de 600 hommes. Un régiment détaché dans le secteur de Flirey depuis la fin de l’offensive le 11, devait la conduire. Les troupes d’assaut avaient été tirées au sort et le hasard avait désigné l’une des compagnies fortement malmenées les 3, 4 et 5 avril lors des combats sur la route de Thiaucourt.

Au signal de l’attaque cette compagnie de 250 hommes refuse de partir à l’assaut: « ce n’est pas notre tour d’attaquer » disent-ils.

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Furieux, le général DELETOILE ordonne que les 250 soldats passent en cour martiale  pour être tous exécutés. Après l’intervention d’autres officiers, cinq hommes sont finalement désignés et comparaissent dès le 19, pour une parodie de procès. L’un d’eux est acquitté. Deux hommes ont été choisis par tirage au sort dont le soldat François FONTANAUD. Les trois autres : le caporal Antoine MORANGE et les soldats Félix BAUDY et Henri PREBOST ont été désignés par leurs supérieurs en raison de leur appartenance syndicale à la CGT.

Le 20 avril, le caporal Antoine MORANGE, les soldats Félix BAUDY, François FONTANAUD et Henri PREBOST seront fusillés à la lisière d’un bois de Manonville.

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Les Fusillés pour l’exemple de Flirey s’ajoutent à ceux de Souain, Vingré, Fontenoy, Fleury, Mouilly, Montauville… En quatre ans, 2 400 « poilus » auront été condamnés à mort et 600 exécutés, les autres voyant leur peine commuée en travaux forcés.

Trés peu, environ une quarantaine sur 600, ont été rétablis dans leur honneur dans les années 1920 ou 1930. Parmis eux, les fusillés de Flirey ont été réhabilités en 1934.

Félix BAUDY est enterré dans le cimetière communal de Royère de Vassivière et Henri PREBOST est enterré à Villeurbanne.

Ci dessous la tombe de Félix Baudy dans le cimetière de Royère de Vassivière.

 

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source : http://moulindelangladure.typepad.fr/monumentsauxmortspacif/histoires_de_16_fusills_pour_lexemple/

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SOLDATS FUSILLES POUR L’EXEMPLE

Soldat fusillé pour l’exemple

Classé sous — milguerres @ 18 h 21 min

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D’autres noms pour l’exemple

Ils étaient bien là, ces hommes !

Soldat fusillé pour l’exemple

Première Guerre mondiale

France

Source : WIKIPEDIA

Suivant la défaite de Charleroi et l’échec de la Bataille des frontières, les mêmes causes produisant souvent les mêmes effets, deux décrets du 2 août et du 6 septembre 1914 furent promulgués qui instituaient des Conseils de guerre spéciaux, s’ajoutant aux Conseils ordinaires qui continuaient de se tenir. Avec une procédure simplifiée et expéditive, s’inspirant des cours martiales de 1870, ces conseils s’exercèrent jusqu’à leur suppression en 1917.

Pendant la Première Guerre mondiale, en France 2 400 « poilus » auront été condamnés à mort et 600 fusillés pour l’exemple2,3, les autres voyant leur peine commuée en travaux forcés. Ces condamnations ont été prononcées pour refus d’obéissance, mutilations volontaires, désertion, abandon de poste devant l’ennemi, délit de lâcheté ou mutinerie (en 1917).

Les exécutions sommaires

Cette estimation de 600 fusillés pour l’exemple ne prend pas en compte les exécutions sommaires. Celles-ci sont relatées dans les carnets de guerre des soldats. Ainsi les Mémoires d’un troupier d’Honoré Coudray du 11e bataillon de chasseurs alpins explicite les exécutions sommaires auxquelles il dit avoir assisté :

  • En juillet 1916, un chasseur est accusé de dévaliser les morts ; blessé par les artilleurs, il est abattu par son commandant. Coudray commente « le taré P…. a trouvé un moyen rapide de suppléer au conseil de guerre,….aucun interrogatoire, aucune enquête ». Pour masquer son crime, le commandant inscrit la victime dans la liste des morts au champ d’honneur ;
  • En octobre 1916, un jeune chasseur de la classe 1915, paniqué, fuit le front pendant un bombardement. Le commandant le convoque : « monte sur le parapet », le commandant le suit et le tue d’une balle dans la tête.

Outre les informations d’Honoré Coudray, il est intéressant de connaître ses convictions : fervent partisan de l’ordre, il reproche aux mutins de 1917 leur attitude de rébellion. Ainsi il démontre que la critique des exactions de cet officier n’est pas liée à un parti pris contestataire4.

Les motifs des condamnations

En 1914, les condamnés sont principalement accusés de s’être volontairement mutilés un membre (main, pied). Laisser sa main traîner au-dessus de la tranchée était passible du conseil de guerre.[réf. nécessaire]

En 1915 et 1916, on assiste de plus en plus à des désertions, puis se développent deux formes de crimes :

  • le refus d’obéissance devant l’ennemi. Cette dénomination issue de la justice militaire est le prétexte à des condamnations totalement arbitraires notamment lorsque les généraux n’étaient pas satisfaits d’un repli de troupes ;
  • l’abandon de poste. Il s’agit de désertion dans la majeure partie des cas.

En 1917, les condamnations concernent des comportements collectifs. Les célèbres mutineries du Chemin des Dames restent gravées dans les mémoires tant par leur caractère exceptionnel que dans la répression qui suivit5.

Le Poilu ne refuse pas de se battre mais il refuse d’attaquer à outrance. À Craonne, lors des sanglants assauts commandés par le général Nivelle, ce sont 30 000 hommes qui meurent en 10 jours (et 100 000 sont blessés). En 1918, en France comme chez les Alliés, on constate un déclin des exécutions. En effet, les commandements militaires comprennent mieux l’état mental des soldats, les conséquences du « Shell-Shock », ce choc psychologique provoqué par les conditions de vie des soldats notamment sous les bombardements.

L’évolution de la justice militaire pendant la guerre

 

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Conseil de guerre dans une église (journal L’Illustration, octobre 1917).

Au tout début de la guerre, les militaires ont obtenu du gouvernement la présentation des prévenus devant le conseil de guerre sans instruction préalable. Début septembre 1914, le ministre de la guerre abolissait les possibilités de recours en grâce et en révision. De plus, Joffre réussit à imposer aux politiques, la constitution de cours martiales dénommées « les conseils de guerre spéciaux », qui devaient juger rapidement et durement pour l’exemple. Les prévenus était jugés par une « cour » composée en général du commandant de régiment assisté de deux officiers. Ils votaient et la majorité scellait le sort du soldat. En cas de condamnation à mort la sentence était applicable dans les 24h selon les préconisations de Joffre. Ainsi les principes d’indépendance des juges, de débats contradictoires et enfin de recours ont été abolis. Sur les 600 fusillés pour l’exemple environ 430 l’ont été en 1914 et 1915 (selon André Bach). Devant les abus révélés par la presse et les associations, le parlement tenta d’atténuer cette justice expéditive. À la fin de l’année 1915, les conseils de guerre spéciaux sont supprimés. Enfin le 27 avril 1916, une loi permet d’atténuer et de contrôler cette justice militaire.

Les réhabilitations

La famille du soldat fusillé pour l’exemple était doublement touchée du deuil. En effet la honte d’avoir eu un frère, un père, un époux condamné pour sa lâcheté était très difficile à supporter. Cela s’ajoutait inéluctablement au poids du deuil. Le frère de Henry Floch indique lors de l’inauguration du monument de Vingré en 19256 : « Nous avons vécu dans une atmosphère affreuse de la suspicion illégitime et la honte injustifiée ». Le fils de Pettelet autre fusillé de Vingré a dû être retiré de l’école, son éducation est confiée à un précepteur. La veuve Pettelet a reçu des insultes et des menaces, elle sort dans la rue avec un pistolet pour se protéger7.

Très peu, environ une quarantaine sur 600, ont été rétablis dans leur honneur dans les années 1920 ou 1930, à force d’acharnement et de courage de la part des familles de victimes soutenues par les associations d’anciens combattants et par la Ligue française pour la défense des droits de l’homme et du citoyen.

Récemment en 2006, l’affaire Léonard Leymarie a amené le sénateur de la Corrèze Georges Mouly (R.D.S.E.) à attirer l’attention d’Hamlaoui Mekachera, alors ministre délégué aux anciens combattants, sur les « fusillés pour l’exemple. » Il lui a demandé l’état de la réglementation actuelle quant à l’inscription du nom des fusillés pour l’exemple réhabilités sur les monuments aux morts des communes, où ils ne figurent pas8. En effet, jusqu’en 2008, le nom de Leymarie est demeuré absent du monument aux morts de Seilhac érigé en 1924. Mais sa réhabilitation avait échoué malgré les efforts répétés à trois reprises de la Ligue des droits de l’Homme entre 1921 et 1925. Sa fiche, visible sur le site Mémoire des hommes, mentionne pourtant une réhabilitation sans donner la moindre date. En revanche, à Seilhac, la mention « Mort pour la France » avait été ajoutée avant 1919 à son acte de décès transcrit le 29 avril 1915 sur le registre d’état civil (acte n° 12). Cette mention existait sur l’acte de décès du 305e RI (n° 99), établi à Ambleny (Aisne) le 19 décembre 1914 et contresigné par deux témoins, un caporal et le médecin aide-major du dit régiment.

Dans sa réponse, le ministre a rappelé que les noms des militaires fusillés pour l’exemple puis réhabilités peuvent être inscrits sur les monuments aux morts communaux, s’ils se sont vu attribuer la mention « mort pour la France ». Cette décision d’inscription incombe aux communes, sous la tutelle du préfet. Il n’existe toutefois aucune obligation d’inscription pour les communes.

L’article L. 4889 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de la guerre distingue cinq catégories de morts pour la France :

  • 1°) les militaires qui ont été tués à l’ennemi,
  • 2°) ceux qui sont morts de blessures de guerre,
  • 3°) les décédés de maladie contractée en service commandé en temps de guerre,
  • 4°) les victimes d’accident survenu en service,
  • 5°) ceux qui sont morts à l’occasion du service en temps de guerre 10.

Dans le monde

La France avec environ 600 fusillés se situerait en seconde position derrière l’Italie, qui a exécuté 750 de ses soldats, et devant le Royaume-Uni avec 306 fusillés dont le plus jeune exécuté durant la guerre, âgé de dix-sept ans11. L’Allemagne indique officiellement 48 fusillés (ce qui paraît cependant peu) et le Canada 25 fusillés12. Il y eut aussi de nombreuses exécutions dans l’armée russe. L’armée américaine fait état de seulement 11 exécutions et essentiellement pour des viols et des meurtres ; ce petit nombre s’expliquerait par le meilleur encadrement médical des soldats, plus au fait des questions de psychiatrie. Seules les forces d’Australie n’exécutaient leurs soldats sous aucun motif.

Le gouvernement britannique a, en 2006, par voie législative, réhabilité les 306 soldats britanniques fusillés. Les cinq fusillés néo-zélandais ont été réhabilités en 2000, et les Canadiens honorés l’année suivante.

Quelques fusillés pour l’exemple

Parmi les 600 fusillés pour l’exemple français, certains sont restés dans les mémoires, soit parce qu’ils ont été réhabilités, soit parce qu’ils sont représentatifs du traitement qu’ont subi leurs confrères. Ces exemples ne représentent toutefois que quelques cas sur des milliers, et ne doivent pas faire l’objet d’une généralisation abusive.

France, 1914

  • Le 01/09/1914, à Remenoville, Frédéric Henri Wolff est le premier fusillé pour l’exemple. Il était chef de bataillon du 36e Régiment d’infanterie coloniale.
  • Le 7 septembre 1914, 7 soldats du 327e sont exécutés : Barbieux, Clément, Caffiaux, Hubert, Delsarte, Dufour et Waterlot. Ce dernier sort indemne de la fusillade et meurt sur le front le 10/06/1915. L’affaire dite « des fusillés du 327e » a fait l’objet d’une campagne de réhabilitation très importante de la Ligue des droits de l’Homme mais qui n’a pas a abouti13.
  • Le 18/09/1914, le conseil de guerre de la 29e division d’infanterie, à Verdun, condamne à la peine de mort six hommes.
  • Le 19/09/1914, les soldats Auguste Jules Léon Odde (24e bataillon de chasseurs, né le 29/11/1892 à Six-Fours, Var) et Joseph Tomasini sont fusillés tandis que les quatre autres ont leur peine commuée en vingt ans de détention, puis annulée par la cour de Cassation le 10/03/191514.
  • Alphonse Brosse et Jean Boursaud du 238e R.I. fusillés le 10/10/1914 à Ambleny (02). Condamnés par jugement du Conseil de guerre de la 63e division tenu à Ambleny le 10/10/1914 pour abandon de poste en présence de l’ennemi
  • Arnold Maille du 1er R.I., fusillé le 22/10/1914 à Cormicy (51). Joseph Auguste Charles Henry Bonnin du 137e RI, fusillé dans la Somme le 16/10/1914. Albert Arjailles du 42e RIC fusillé le 11/09/14 à Ville devant Belrain (55). Alfred Désiré Fernand Bayard du 128e RI fusillé le 12/09/1914 à Vouillers (51). Léon Appolinaire Bazin du 16e RIT fusillé le 16/10/1914 à Bavincourt (62). Bellal Mohammed Ben Mohammed Ben Salem du 6e R tirailleurs fusillé le 31/12/1914 à Tracy le Mont (60).
  • Eugène Bouret, du 48e régiment d’artillerie, victime du « Shell-Shock » le 29 août 1914, il s’égare et erre à l’arrière du front. Il est arrêté, jugé pour abandon de poste et fusillé le 7 septembre 1914 avec cinq autres co-accusés (Claudius Urbain du 299e RI né le 01/01/1882 à Chuzelles (38), mineur à Vienne – Ernest François Macken chasseur du 53e BCA, né le 03/11/1889 à Saint-Denis (93), cultivateur à Liancourt (60), inculpé d’abandon de poste en présence de l’ennemi à Rougiville le 02/09/1914 – Benoît Manillier du 22e RI, né le 22/05/1887 à Leyrieu (38), cultivateur, inculpé d’abandon de poste en présence de l’ennemi à Rougiville le 03/09/1914 – Francisque Jean Aimé Ducarre du 30e RI, né le 04/01/1892 à St Quentin Falavier (38), voiturier, inculpé d’abandon de poste en présence de l’ennemi à Taintrux le 03/09/1914 – Francisque P. chasseur du 11e BCA, né le 01/02/1882 à La Grand Croix (42), métallurgiste à Rives de Gier, inculpé d’abandon de poste en présence de l’ennemi à Taintrux le 03/09/1914). Il sera réhabilité dès 191715.
  • Henri Bourgund a été fusillé le 8 novembre 1914 « pour avoir abandonné son poste en présence de l’ennemi » lors des combats de Saint-Laurent Blangy, près d’Arras. Il a été exécuté et enseveli dans un pré, à la lisière de Sainte-Catherine et au nord de la Scarpe 16.
  • Marcel Loiseau (voir sa biographie ci-dessous), du 106e régiment d’infanterie, blessé se rend à l’infirmerie. Il est accusé d’abandon de poste avec mutilation volontaire et fusillé le 12 octobre 1914 à Mouilly. Il est réhabilité le 17/03/1922, l’accusation étant infondée.
  • Les Martyrs de Vingré, du 298e régiment d’infanterie, le caporal Henri Floch, les soldats Jean Blanchard, Francisque Durantet, Pierre Gay, Claude Pettelet et Jean Quinault, réhabilités solennellement par la Cour de Cassation le 29 janvier 1921.
  • Léonard Leymarie (voir sa biographie ci-dessous), du 305e régiment d’infanterie, condamné pour mutilation volontaire, n’a été réhabilité mais est mentionné comme « Mort pour la France ».
  • Deux soldats du 2e R.T.M. (Régiment de Tirailleurs Marocains) sont fusillés à Tracy-le Mont (60) : Ben Abdel K. Berrafaa (fusillé le 07/10/1914, condamné le 06/10/1914 pour abandon de poste en présence de l’ennemi. Au cours du jugement fut également condamné pour la même raison M. Kiname Daoudji mais qui ne ne fut pas exécuté car il s’évada) et Ben Zineb Amar (fusillé le 11/10/1914 pour abandon de poste en présence de l’ennemi)17
  • Élie Lescop, du 336e régiment d’infanterie, fusillé le 18 octobre 1914, pour abandon de poste et mutilation volontaire, à Souain. Il est réhabilité par la Cour spéciale de justice militaire en 1934.
  • Jean-Julien Chapelant, sous-lieutenant commandant la 3e section de mitrailleuses du 98e régiment d’infanterie, a été capturé avec une poignée de survivants. Blessé, il réussit à regagner les lignes françaises. Pourtant, il sera condamné à mort pour « capitulation en rase campagne ». Le 10 octobre 1914, il sera fusillé attaché à son brancard dressé contre un pommier18. (voir dossiers :
    1. Réhabilitez le lieutenant Chapelant fusillé pour l’exemple en 1914
    2. Les crimes des Conseils de guerre : Chapelant texte de 1925
  • Sont également fusillés en 1914 dans l’Aisne : Paul Pessina (soldat du 144e RI, fusillé le 29/09/1914 à Cuiry les Chaudardes), Georges Paul Voyer (soldat du 1er Régiment de génie, fusillé le 15/11/1914 à Braine), Louis Goffin (soldat du 12e RI, fusillé le 12/12/1914 à Saint-Aubin), Jean Grateloux (soldat du 238e RI, fusillé le 12/12/1914 à Nouvron-Vingré, condamné pour mutilation volontaire par le conseil de guerre de la 63e division), Léon Georges Coulon (soldat du 1er Régiment de génie, fusillé le 15/11/1914 à Braine), Louis Abadie (soldat du 246e RI, fusillé le 24/12/1914 à Vauxbuin, inhumé au cimetière militaire de Vuaxbuin, condamné pour abandon de poste en présence de l’ennemi et vol par le conseil de guerre de la 55e division le 29/10/1914), Émile Guiraud (soldat du 42e RI, fusillé le 16/11/1914 à Nouvron-Vingré, condamné le 15/11/1914 pour abandon de poste en présence de l’ennemi), Henri Joseph Jolbert (tambour du 42e RI, né le 15/10/1889 à Luxeuil les bains, fusillé le 16/11/1914 à Nouvron-Vingré, inhumé au cimetière militaire d’Ambleny, condamné pour abandon de poste en présence de l’ennemi)19.

France, 1915

 

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La stèle sur la tombe de Félix Baudy à Royère-de-Vassivière.

  • Félix Baudy, (voir biographie ci-dessous) maçon de la Creuse a été fusillé avec le soldat François Fontanaud, le caporal Antoine Morange et le soldat Henri Prébost, suite au refus collectif de sa compagnie, du 63e régiment d’infanterie, de remonter à l’assaut. Ils ont été réhabilités en 1934 par la Cour spéciale de justice, cette dernière comprenant des anciens combattants20.
  • Les soldats Camille Chemin et Édouard Pillet, du 37e régiment d’infanterie coloniale, ont été condamnés à mort à cause d’un malentendu. Leur capitaine les a désignés pour rester à l’arrière afin de surveiller des sacs. Un nouveau capitaine est nommé, celui-ci les considère comme déserteurs. Ils sont condamnés et exécutés. Ils seront réhabilités en 193421.
  • Lucien Bersot, du 60e régiment d’infanterie, condamné à mort pour refus d’obéissance; il avait refusé de prendre un pantalon maculé de sang pour remonter au combat avec ses camarades. Il a été réhabilité en 192220.
  • Les caporaux de Souain, (voir : retour à Les crimes des Conseils de guerre : Les quatre caporaux de Suippes texte de 1925) les quatre caporaux Théophile Maupas, Louis Lefoulon, Lucien Lechat et Louis Girard, du 336e régiment d’infanterie, ont été condamnés suite au refus collectif de la compagnie de remonter à l’assaut. Ils ont été réhabilités en 1934 par la Cour spéciale de justice, cette dernière comprenant des anciens combattants.
  • Le soldat Jean-Baptiste Bachelier, né aux Sorinières (44) est fusillé le 4 juillet 1915 à 25 ans 22.
  • Auguste Gonsard, soldat du 104e régiment d’infanterie, condamné à mort et fusillé en mars, pour abandon de poste par automutilation. Il fut réhabilité en 1925.
  • Joseph Gabrielli, soldat du 140e régiment d’infanterie. Pauvre d’esprit, illettré et ne parlant que le corse, il avait perdu le contact avec sa compagnie après s’être fait soigner d’une blessure reçue lors d’une attaque. Condamné pour abandon de poste le 14 juin 1915 et fusillé le jour même, il fut réhabilité par la Cour spéciale de justice le 4 novembre 1933.
  • Louis Pardimène, né le 15 juillet 1880 à Barzun (64), fils de Pierre et de Marie Ribes, soldat du 83e régiment d’infanterie a été fusillé le 7 janvier 1915 à Châlons-sur-Marne (51)
  • Le soldat Lucien Mervelay Lucien du 174e RI est exécuté à Saint-Amand-sur-Fion (18) le 3 avril 1915 avec trois autres hommes d’autres régiments en présence de la 95e brigade.
  • Sont également fusillés dans l’Aisne en 1915 : François Bihouise (soldat du 88e RI, fusillé le 13/05/1915 à Maizy, inhumé au cimetière militaire de Pontavert), Régis Rochelimagne (soldat du 238e RI, fusillé le 21/05/1915 à Courmelles, condamné par le conseil de guerre de la 63e division pour voie de fait et outrage à supérieur), Lucien François Lequeux (soldat du 306e RI, fusillé le 07/03/1915 à Braine, Mardochée Louis Lévy (soldat du 49e RI, né le 08/08/1884 à Bayonne, fusillé le 15/01/1915 à Maizy, inhumé au cimetière militaire de Pontavert, célibataire, coiffeur, fils de David Albert Lévy), Louis Longuetaud (soldat du 249e RI, fusillé le 14/03/1915 à Bourg et Comin), Henri Louis Chassaigne (du 321e RI, fusillé le 30/07/1915 à Hartennes et Taux), Jules Émile Chipaux (du 42e RI, fusillé le 29/01/1915 à Saint-Pierre Aigle, inhumé au cimetière militaire de Crouy), Edouard Joseph André (du 24e RI, fusillé le 21/01/1915 à Berry au Bac)19.

France, 1916

En leur honneur à Reims.

  • Six soldats de Loire-Inférieure sont fusillés en 1916. Il s’agit de : caporal Joseph Bertin, né à Nozay, fusillé le 5 juin 1916 à 25 ans ; soldat Alexandre Kerfontan, né à Indre, fusillé le 24 juillet 1916 à 30 ans ; soldat Louis Legendre, né à Fégréac, fusillé le 29 novembre 1916 à 33 ans ; caporal Émile Le Pahun, né à Saint-Nazaire, passé par les armes le 1er juin 1916 à 30 ans ; soldat Joseph Porcher, né à Saint-Nazaire, passé par les armes le 24 octobre 1916 à 36 ans ; soldat Jean-Michel Suraud, né à Nantes, passé par les armes le 7 septembre 1916 à 34 ans22.
  • En même temps que Jean-Michel Suraud, sont fusillés avec lui le 7 septembre 1916 à Verderonne (Oise) : Justin Louis Lorho (soldat au 3e R.A.C., né le 12/07/1892 dans le Morbihan à Saint Pierre Quiberon) et Louis François Mathurin Chevestrier (marsouin au 8e R.I.C, né dans les Côtes d’Armor le 25/01/1880 à Saint-Juvat)23.
  • Les sous-lieutenants Henri Herduin et Pierre Millant, du 347e régiment d’infanterie. Pour s’être repliés sur Verdun alors qu’ils étaient à court de munitions et dans l’impossibilité de recevoir des renforts, avec ce qui restait de leur compagnie (une quarantaine d’hommes), ils furent exécutés sans jugement à Fleury-devant-Douaumont le 11 juin 1916. En 1921, Louis Barthou le Ministre de la guerre, écrit aux familles en indiquant, que les deux fusillés sont morts pour la France alors que ces fusillés ne sont pas réhabilités juridiquement. Ces compensations honorifiques et militaires sont complétés par des réparations financières. Ils seront réhabilités officiellement en 1926.
  • Sont fusillés le 22/05/1916 à Roucy (02) après avoir été condamnés à mort le 30/04/1916 par le Conseil de guerre de la 55e division pour avoir refusé pendant une heure de remonter aux tranchées : Émile Frédéric Lhermenier (soldat au 96e RI, né le 15/04/1894, peigneur de chanvre, célibataire, fils de Alexandre Lhermenier et de Louise Souty, inhumé au cimetière militaire de Pontavert dans l’Aisne), Lucien Baleux (soldat au 96e RI, 2e compagnie, né le 31/01/1897 à Paris (19e), célibataire, fils de Alexandre Alfred Baleux et de Victorine Henriette Croisoeufs), Félix Louis Milhau (soldat au 96e RI.), Paul Pierre Regoult (soldat au 96e RI)19.
  • Le soldat Le Dû fusillé en septembre 1916, dans l’Oise, pour rébellion.
  • Le caporal Sylvestre Marchetti et le soldat Julien Lançon, du 8e régiment d’infanterie coloniale, fusillés le 22 octobre à 6 h 30, au lieu-dit La Cavée d’Hayon à Sarcus, dans l’Oise24.
  • Sont également fusillés dans l’Asine en 1916 : Armand Désiré Gontier (du 75e RI, fusillé le 20/12/1916 à Guyencourt), Théophile Boisseau (du 246e RI, né en août 1844 à Paris, fusillé le 06/06/1916 à Maizy, inhumé au cimetière militaire de Pontavert)19.

France, 1917

  • Le caporal Joseph Dauphin, (voir biographie ci-dessous) du 70e bataillon de chasseurs à pied condamné à mort le 06/06/1917 suite à la mutinerie de Beuvardes car sous l’effet de l’alcool (les permissions avaient été refusées), il aurait tiré quelques coups de fusil et lancé à la cantonade des « propos séditieux ». Avant cette condamnation il avait reçu en 1915, la Croix de guerre avec palmes pour plusieurs actes héroïques. Promu caporal, il reçut par trois fois une citation pour sa conduite exemplaire au combat. Il n’a pas été réhabilité. Fusillé le 12/06/1917 à Ventelay (51). Cultivateur, marié, père d’un enfant. Inhumé au cimetière militaire de Cormicy (51).
  • Sont fusillés le 20/06/1917 à Chacrise (02) : Charles Vally (soldat du 60e BCP, né le 08/02/1892 à Raon les Leau (54), fils de Charles Vally et de Marie Paradis. Condamné par le Conseil de guerre de la 77e division prononcé le 12/06/1917 pour crime de refus d’obéissance en présence de l’ennemi), Victor Alexandre Norbert Degouet (soldat au 159e RI, né le 25/12/1895 à Paris, opérateur au cinématographe, fils de Alexandre Degouet et de Félicie Evrard), Louis Flourac (soldat au 60e BCP, né le 05/07/1893 à Saint Ybars (09), cultivateur, fils de Joseph Flourac et de Rose Lacoste), Joseph Célestin Bonniot (du 97e RI, né le 22/02/1884 à Celles (38), fusillé le 20/06/1917 à Chacrise, boulanger, fils de Augustin Bonniot et de Léonie Chrétien, marié)19.
  • Arthur Nicolas Renauld (du 70e B.C.P., né le 05/12/1891 à St Amand les Eaux (59) et fusillé le 12/06/1917 à Ventelay (51). Mineur, marié, père d’un enfant. Matricule 2194 au recrutement de Valencienne classe 1911 (Source AD 59 : Volume 9 page 237)19.
  • François Marie Laurent du 247e régiment d’infanterie, originaire de Mellionnec est souvent cité comme ayant été exécuté « parce que ce Breton ne savait pas le français ». N. Offenstadt produit (page 41) le certificat du médecin militaire, le docteur Buy, qui le soupçonne de mutilation volontaire, alors qu’il est blessé à la main gauche. La contre-expertise de 1933 conclut que la pièce médicale du dossier est insuffisante pour prouver une mutilation volontaire. Il est réhabilité en 193425.
  • Le soldat Jules Allard, né à Nantes, est fusillé le 13 février 1917 à 24 ans22.
  • Sont également fusillés dans l’Aisne en 1917 : Pierre Gaston Lefèvre (né le 04/06/1897 à Morfontaine (54) et fusillé le 16/06/1917 à Soissons, cantonnier, fils de Jean-Baptiste Lefèvre et de Zoé Reder, condamné à mort le 09/06/1917 suite à la mutinerie de Mercin, par le Conseil de guerre de la 13e division pour révolte par prise d’armes sans autorisation et agissements contre les ordres des chefs), Albert Emilien Truton (soldat au 75e RI, né le 07/10/1895 à Le Mage (61) et fusillé le 16/06/1917 à Pargnan, cultivateur, fils de Constant Truton et de Françoise Maintenant, marié, père d’un enfant, Croix de guerre avec étoile de bronze, condamné à mort Suite à la mutinerie de Pargnan par le Conseil de guerre de la 27e division le 10/06/1917 pour refus d’obéissance, étant commandé pour marcher contre l’ennemi, inhumé au cimetière militaire de Cerny en Laonnois), Pierre Louis Joseph Ramette (du 273e RI, fusillé le 01/05/1917 à Longueval), Joseph Louis Ruffier (du 370e RI, né le 04/05/1884 à Lachassagne (69), fusillé le 06/07/1917 à Saint Pierre Aigle, inhumé au cimetière militaire de Vauxbuin), Henri Désiré Valembras (du 323e RI, cultivateur, né en 1887 à Avernes sous Exmes (61) et fusillé le 13/06/1917 à Craonne, inhumé au cimetière militaire de Pontavert), André Alfred Vasse (du 274e RI, né le 04/01/1893 à Graville (50), fusillé le 02/07/1917 à Paars), Simon Krief (du 4e régiment de zouaves, fusillé le 14/02/1917 à Pavant), Jean-Louis Lasplacettes (du 18e RI, né le 26/08/1887 à Aydius (64), fusillé le 12/06/1917 à Maizy, cultivateur, fisl de Michal Lasplacettes et de Anne Casebonne), Jean Claude Gaillet (du 417e RI, fusillé le 02/11/1917 à Juvigny), René Louis Brunet (du 20e BCP, fusillé le 10/06/1917 à Grisolles), Émile Paul Buat (du 21e BCP, fusillé le 10/06/1917 à Grisolles), Casimir Canel (du 18e RI, né le 01/03/1896 à Avesne les Comte (62), fusillé le 12/06/1917 à Maizy), Alphonse Robert Didier (du 18e RI, né le 07/04/1884 à Vagney (88), fusillé le 12/06/1917 à Maizy, employé de commerce, fils de Félicien Didier et de Marie Lecomte), Hassan Ben Salah Ben M’Bareck (du 8e régiment de tirailleurs, fusillé le 05/10/1917 à Droizy)19.

France, 1918

  • Le soldat Gillet est exécuté le 2 juin 1918. La Ligue des droits de l’Homme va accompagner pendant plusieurs années le père du fusillé pour obtenir, sans succès, sa réhabilitation. En août 1920 est décernée une décoration militaire posthume à Gillet13.
  • Sont également fusillés dans l’Aisne en 1918 : Charles Victor Robert (du 131e RI, fusillé le 04/01/1918 à Bouconville Vauclair, inhumé au cimetière militaire de Pontavert), Georges Gaillagot (du 49e RI, fusillé le 08/10/1918 à Allemant)19.

On constate, durant cette dernière année du conflit, un déclin des exécutions. Les commandements militaires comprenant mieux l’état mental des soldats provoqué par les conditions de vie en guerre notamment sous les bombardements

Notes et références

  1. ↑ Les fusillés de Fursac [archive].
  2. ↑ Nicolas Offenstadt, Les Fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999), Odile Jacob, 1999, p. 21.
  3. ↑ Jean-Yves Le Naour, Fusillés : enquête sur les crimes de la justice militaire, 2010.
  4. ↑ Nicolas Offenstadt, Les Fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999), Odile Jacob, 1999, p. 31.
  5. ↑ chiffres officiels donnés par le gouvernement fin juin 1917, voir H. Castex, op. cit. Guy Pedroncini évalue ces condamnations à mort entre 60 et 70. Ces chiffres ont récemment fait l’objet d’une réévaluation à la baisse : selon l’historien D. Rolland il y aurait eu environ 30 exécutions.
  6. ↑ Nicolas Offenstadt, Les Fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999), Odile Jacob, 1999, p. 63.
  7. ↑ Nicolas Offenstadt, Les Fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999), Odile Jacob, 1999, p 63 : Entretien de Offenstadt avec Jean Claude Pettelet petit-fils du fusillé.
  8. ↑ Question écrite n° 25440 publiée dans le J.O. du Sénat du 30 novembre 2006, p. 2983.
  9. ↑ Article L. 488 [archive] du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de la guerre.
  10. ↑ Réponse du Ministère délégué aux anciens combattants publiée dans le J.O. du Sénat le 1er mars 2007, p. 454.
  11. ↑ Site anglais sur les fusillés [archive].
  12. ↑ Site canadien sur les fusillés [archive].
  13. a et b Nicolas Veysset, Fusillés de la grande guerre. Campagne de réhabilitation de la Ligue des droits de l’Homme 1914-1934.
  14. ↑ Fusillés de la Grande Guerre, SCÉRÉN-CNDP, 2011. http://www.cndp.fr/fileadmin/user_upload/POUR_MEMOIRE/fusilles/120106_PM-fusilles-grande-guerre.pdf [archive].
  15. ↑ D. Callabre et G. Vauclair, préface d’André Bach, Le fusillé innocent 1914-1917, Édition Autrement, octobre 2008, (ISBN 978-2-7467-1201-0).
  16. ↑ Article de Nord Éclair du 10/11/2011.
  17. ↑ Robert Attal et Denis Rolland, La justice militaire en 1914 et 1915 : le cas de la 6e armée.
  18. ↑ M. Nadaud et M. Pelletier, Il ne s’était pas rendu, Lieutenant Chapelant (1926) [archive].
  19. a, b, c, d, e, f, g, h et i La Lettre du Chemin des Dames, hors-série n°1 – « Au nom du peuple français…

 

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Quelques biographies 

 

Marcel Loiseau

Marcel Loiseau né en 1891 à Fontenelle-en-Brie et soldat au 106e RI et agent de liaison, est connu pour avoir été fusillé pour l’exemple pendant la Première Guerre mondiale

Les faits

En septembre 1914, lors d’une attaque à Vaux les Palameix (Meuse) près de Verdun, Marcel Loiseau est blessé. Il se rend à l’infirmerie quand il croise le capitaine Girard qui lui donne l’ordre de regagner les lignes malgré sa blessure. Le soldat, qui souffre, désobéit et rejoint l’infirmerie pour se faire soigner. Le capitaine Girard rédige un rapport et l’accuse de s’être mutilé volontairement. Le conseil de guerre condamne, le 11 octobre 1914, Marcel Loiseau à la peine de mort pour abandon de poste et mutilation volontaire. La sentence est exécutée le lendemain à Mouilly.

Réhabilitation

Le 17 mars 1922, la chambre criminelle de la Cour de cassation constatant qu’il n’y avait pas de charges suffisantes, réhabilitait le fusillé. Sa réhabilitation est due en partie à l’action de la Fédération de l’Aisne des associations de mutilés, veuves et anciens combattants

 

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Léonard Leymarie

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Léonard Leymarie (4 janvier 1880 à Seilhac — 12 décembre 1914 à Port-Fontenoy) est un militaire français de la Première Guerre mondiale. Cultivateur dans le civil, il était soldat de 2e classe dans le 305e régiment d’infanterie, 19e compagnie. Il est connu pour avoir été fusillé pour l’exemple pendant la Première Guerre mondiale.

Léonard Leymarie est né le 4 janvier 1880 au hameau de Champeil, commune de Seilhac, chef-lieu de canton du département de la Corrèze. Son père, Léonard Leymarie, âgé de 40 ans, et sa mère Marie dite Françoise Gaud, âgée de 37 ans, étaient cultivateurs. Il épouse, le 22 juin 1911, Marie Françoise Mialoux, cuisinière, née le 9 décembre 1884 à Chamboulive, domiciliée au Coudert, village de Chamboulive, alors résidant à Libourne (Gironde).

Incorporé à compter du 10 novembre 1901 au 2e bataillon de chasseurs à pied (B.C.P.), il arrive au corps le dit jour. Il est envoyé dans la disponibilité le 20 septembre 1902 étant devenu dispensé (il a un frère au service), en attendant son passage dans la réserve. Un certificat de bonne conduite (C.B.C.) lui est accordé. Il accomplit par la suite deux périodes d’exercice à Tulle, la première au 100e R.I. et la seconde au 300e R.I.. Rappelé en tant que réserviste par le décret de mobilisation générale, il est versé, le 12 août 1914, au 305e régiment d’infanterie (Riom).

Invité par ses camarades de tranchée à aller se faire soigner pour une blessure à une main, il est traduit devant le Conseil de guerre spécial de la 63e division d’infanterie pour abandon de poste en présence de l’ennemi par « mutilation volontaire », sur les données très contestables d’un simple rapport médical, acte pour lequel il avait toujours protesté de son innocence, ayant été blessé à la main à son poste de guetteur1.

A l’unanimité du jury, il est condamné à mort et aux dépens envers l’Etat le 12 décembre 1914. La minute du jugement n° 47 du Conseil de guerre permanent de la 63e division d’infanterie, séant à Saint-Bandry (Aisne), nous donne l’identité du président, le colonel Joseph Louis Marie Andlauer (1869-1956), commandant la 126e brigade d’infanterie, et des quatre juges (Roux, Ballay, Gignoux et Boucharie), tous nommés par le général Georges Louis Edmond Jullien (1858-1933) qui se trouve lui-même sous les ordres du général Etienne Godefroy Timoléon, comte de Villaret (1854-1931), commandant le 7e Corps d’armée. L’accusé est « inculpé d’abandon de poste devant l’ennemi. » Les circonstances de cet « abandon de poste » ne sont pas indiquées ; les déclarations de l’accusé, des témoins et de son défenseur – le maréchal des logis François Guillaume, du 14e dragons (dans le civil, avocat inscrit au barreau de Clermont-Ferrand) – ne sont pas non plus rapportées. Enfin, on ne trouve pas mention de sa blessure à la main.

C’est en vain que l’abbé François Rochias (1880-1961), aumônier de la division, est venu intercéder auprès du général Jullien la clémence pour le condamné. La sentence est exécutoire le jour même à 16h30 à Port-Fontenoy, sur les bords de l’Aisne gelée. Leymarie laissera une lettre dans laquelle il clame son innocence2.

Le même tribunal de guerre condamnera, le 12 décembre 1914, et fera exécuter, à trois kilomètres de là, par un autre peloton, Jean Grataloux (né le 9 décembre 1880 à Saint-Just-sur-Loire, Loire), soldat 2e classe au 238e R.I., accusé de mutilation volontaire.

Léonard Leymarie laisse deux enfants nés à Seilhac : André Louis (16 mars 1912) et Marie-Louise (5  octobre 1913), adoptés par la Nation (pupilles de la nation) par jugement du tribunal civil de Tulle daté du 23 octobre 1919. Pour survivre, Marie Françoise Mialoux quitte Seilhac trois mois après le drame. Elle s’installe à Tulle, au n° 1, impasse Saint-Martin, où elle exerce le métier de ménagère.

Réhabilitation et mention « Mort pour la France »

Léonard Leymarie aurait été réhabilité si l’on en croit sa fiche, visible sur le site S.G.A. / Mémoire des hommes3. Mais aucune date n’est donnée. C’est qu’en fait, sa réhabilitation a échoué malgré les efforts répétés de la Ligue des droits de l’Homme (L.D.H.) dans les années 1920 :

  • rejet, le 16 janvier 1922, de sa demande de réhabilitation par la Chambre des mises en accusation de la Cour d’appel de Limoges4,
  • confirmation par la Cour de cassation, le 7 juillet 1922, de l’arrêt rendu par Limoges,
  • échec de l’ultime recours transmis au ministère de la Justice en 1925.

En revanche, Leymarie a bien eu la mention « Mort pour la France » dont la création, postérieure à sa mort, remonte à la loi du 2 juillet 1915. Son acte de décès qui porte le numéro 99 a été rédigé à Ambleny (Aisne) le 19 décembre 1914 par le lieutenant officier de l’état civil du 305e R.I.. La transcription sur le registre d’état civil de Seilhac a été effectuée le 29 avril 1915 (acte n° 12). Cette mention a été inscrite rétroactivement sur les actes cités5. C’est le cas pour tous les militaires décédés entre août 1914 et l’entrée en vigueur de la loi de juillet 1915. Son attribution suit des critères bien précis. Le décès de Léonard Leymarie répond à deux d’entre eux : la mort est survenue en zone de guerre et il a été déclaré « tué à l’ennemi ». Cette ambigüité s’est poursuivie en 1919 puisque, dans les documents constituant le dossier des enfants pupillaires6, le père est dit « tué à Fontenoy » sans autre précision7. Et les juges du tribunal civil de Tulle n’ont pas cherché à en savoir davantage sous peine d’empêcher la veuve et les enfants de bénéficier des lois aidant les familles des militaires défunts.

Le corps de Leymarie repose au cimetière militaire d’Ambleny. Pourtant, jusqu’en 2008, le nom du fusillé est demeuré absent du monument aux morts de Seilhac inauguré le dimanche 19 décembre 19268. Il a fallu attendre l’année 1994 pour que le maire de Fontenoy inaugurât, en novembre, à proximité de l’église, une stèle en l’honneur du Corrézien et d’un autre malheureux, Lucien Bersot, né le 7 juin 1881 à Authoison (Haute-Saône) et fusillé pour avoir refusé de porter le pantalon couvert de sang d’un soldat mort sur le champ de bataille.

Le discours prononcé par le Premier ministre Lionel Jospin à Craonne le 5 novembre 1998 a ouvert des perspectives sur l’amnistie à accorder aux soldats fusillés pour l’exemple en 1917. Il a exprimé le souhait que ces militaires « réintègrent pleinement notre mémoire collective nationale »9.

Michel Agnoux, secrétaire-adjoint de la section A.R.A.C. (Association républicaine des anciens combattants) de Saint-Jal, délégué à la Mémoire du Comité départemental, s’est battu sans relâche pour que la Nation répare l’outrage consécutif à la condamnation pour l’exemple du soldat Leymarie et l’outrage à sa mémoire qui s’en est suivi. Ses recherches ont commencé en 1999, après avoir lu l’ouvrage « Paroles de Poilus » où la lettre laissée par le condamné est reproduite10. Sa première évocation du sort du militaire seilhacois remonte au dimanche 9 novembre 2003 à Saint-Jal, dans le cadre des activités de l’Amicale laïque. Michel Agnoux n’a cessé, depuis, de réclamer l’inscription du nom du fusillé sur le monument de Seilhac.

2006-2008 : les mentalités évoluent

En 2006, le sénateur de la Corrèze Georges Mouly attire l’attention de M. Hamlaoui Mekachera, alors ministre délégué aux anciens combattants, sur les « fusillés pour l’exemple. » Il lui demande l’état de la réglementation actuelle quant à l’inscription du nom des fusillés pour l’exemple réhabilités sur les monuments aux morts des communes, où ils ne figurent pas11.
Dans sa réponse, le ministre rappelle que les noms des militaires fusillés pour l’exemple puis réhabilités peuvent être inscrits sur les monuments aux morts communaux, s’ils se sont vu attribuer la mention « mort pour la France ». Cette décision d’inscription incombe aux communes, sous la tutelle du préfet. Il n’existe toutefois aucune obligation d’inscription pour les communes.

L’article L. 488 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de la guerre distingue cinq catégories de morts pour la France :

  • 1°) les militaires qui ont été tués à l’ennemi,
  • 2°) ceux qui sont morts de blessures de guerre,
  • 3°) les décédés de maladie contractée en service commandé en temps de guerre,
  • 4°) les victimes d’accident survenu en service,
  • 5°) ceux qui sont morts à l’occasion du service en temps de guerre 12.

Le 16 avril 2008, jour du 91e anniversaire du déclenchement de l’offensive du Chemin des Dames, le conseil général de l’Aisne vote symboliquement et à l’unanimité, un vœu invitant « la République française à prendre dans sa générosité […] la décision de reconnaître les soldats condamnés pour l’exemple comme des soldats de la Grande Guerre à part entière […] de façon que leurs noms puissent être légitimement inscrits sur les monuments aux morts des communes de France, à la demande de leurs familles ou des associations et collectivités concernées. »13. Le 20 octobre 2008, le conseil général du Doubs délibérera dans le même sens14.

Le 11 novembre 2008, le président de la République Nicolas Sarkozy profite des célébrations du 90e anniversaire de l’armistice de la guerre de 1914-1918 pour évoquer, au fort de Douaumont, les fusillés pour l’exemple : « … Quatre-vingt-dix ans après la fin de la guerre, je veux dire au nom de notre Nation que beaucoup de ceux qui furent exécutés alors ne s’étaient pas déshonorés, n’avaient pas été des lâches mais que, simplement, ils étaient allés jusqu’à l’extrême limite de leurs forces… »15. La déclaration présidentielle est saluée, le 30 novembre suivant, par Denis Tillinac, chroniqueur à « La Montagne-Dimanche ». L’écrivain corrézien se dit satisfait qu’au nom du « devoir de mémoire », les soldats envoyés au « poteau d’infamie » soient désormais associés aux hommages publics que l’on rend aux héros anonymes de la Grande Guerre16.

La commune de Seilhac passe à l’acte en décidant de réparer l’injustice qui pèse sur son concitoyen fusillé et ses descendants. En 2008, un accord unanime du conseil municipal autorise l’inscription de Léonard Leymarie sur le monument aux morts dont la liste comptera désormais 93 noms. Une cérémonie spéciale est organisée le vendredi 12 décembre à l’initiative de la municipalité. Le maire Marc Géraudie y prononce un discours qui est suivi d’un dépôt de gerbe au nom de la commune17. Une délégation de l’Aisne participe à cet hommage. Le conseil général de ce département est représenté par le vice-président chargé de la culture, divers conseillers généraux dont ceux de Craonne et de Vic-sur-Aisne, des représentants de l’association « Soissonnais 14-18 »18.

Il faut savoir que le département compte trois autres Corréziens, tous fusillés en 1915 :

  • Mathieu Léon Gasparoux, né le 1er octobre 1886 à Meymac, fils de Louis, maçon, et de Françoise Goudenèche. Soldat 2e classe à la 21e compagnie du 300e régiment d’infanterie, il a été fusillé pour désertion à Villers-Bocage (Somme) le 30 juin 1915.
  • François Marsaleix, né le 17 novembre 1896 à Saint-Jal, fils de Martial et de Jeanne Besse, cultivateur. Chasseur à la 3e compagnie du 22e bataillon de chasseurs à pied, il a été exécuté le 22 octobre 1915 au camp de Tinfronce, près d’Aubure (Haut-Rhin) pour tentative de désertion.
  • Léon François Peyrical, né le 24 décembre 1880 à Albussac, fils de Géraud et de Marie Leymarie, cultivateur. Soldat 2e classe à la 2e compagnie du 47e régiment d’infanterie, il a été fusillé le 9 octobre 1915 à Saint-Thomas-en-Argonne (Marne) pour refus d’obéissance en présence de l’ennemi.

Seuls François Marsaleix et Léon François Peyrical ont leurs noms inscrits, dès l’origine, sur les monuments aux morts de leur commune de naissance respective. Tous trois n’ont jamais été reconnus comme « Morts pour la France ».

Depuis 2006, Seilhac a été la troisième commune en France à avoir fait inscrire, en connaissance de cause, le nom d’un soldat fusillé sur un monument aux morts. Seules deux communes l’avaient précédée dans ce devoir de mémoire :

  • Blangy-sur-Bresle (Seine-Maritime) où, le 11 novembre 2006, fut dévoilée sur le monument aux morts, une plaque du souvenir en l’honneur d’un enfant de l’assistance publique, André-Albert Lecroq, ouvrier verrier, soldat au 39e régiment d’infanterie, qui fut condamné à mort pour absence devant l’ennemi le 11 mai 1915 à Coulommes-la-Montagne (Marne) puis fusillé pour l’exemple, le 18 mai suivant, à Vrigny (même département)19.
  • Saint-Ybars (Ariège) où, le 20 juin 2007, la municipalité a fait ajouter sur son monument aux morts le nom de Louis Flourac, soldat du 60e bataillon de chasseurs à pied, fusillé 90 ans plus tôt, le 20 juin 1917 à Chacrise, dans l’Aisne, pour mutinerie organisée avec ses camarades20.

Depuis l’inscription de Léonard Leymarie sur le monument de Seilhac, trois autres communes ont suivi le mouvement :

  • Aydius (Pyrénées-Atlantiques), où, le 17 mai 2009, fut apposée, sur son monument aux morts, une plaque commémorative au nom de Jean-Louis Lasplacettes, soldat 2e classe du 18e régiment d’infanterie condamné à la peine capitale et passé par les armes le 12 juin 1917 à Maizy (Aisne) pour sa participation à une révolte de soldats survenue quelques jours plus tôt, à l’arrière du front, dans le village de Villers-sur-Fère21.
  • Saint-Michel-de-Chavaignes (Sarthe) où la municipalité fit graver sur le monument communal, le 11 novembre 2009, le nom de l’un des siens, Maurice Joubert, soldat au 115e régiment d’infanterie, fusillé à Suippes le 18 mars 1915 (Marne), deux jours après l’exécution sur les mêmes lieux de Maupas et des trois autres caporaux de Souain22.
  • Yvré l’Évêque (Sarthe) où, le 11 novembre 2010, fut ajouté sur le monument le nom d’Émile Lherminier, fusillé le 22 mai 1916 avec trois de ses camarades du 96e régiment d’infanterie, pour refus d’obéissance, à Roucy, dans l’Aisne23.

Notes et références

  1. ↑ Les Fusillés de la grande guerre, de Nicolas Offenstadt, 1999, p.127, 153, 223.
  2. ↑ Lettre publiée notamment dans Paroles de Poilus, 1998, p. 87-88.
  3. ↑ Ce site met à la disposition du public les bases de données réalisées à partir de la numérisation et de l’indexation de fiches biographiques des morts pour la France de la Grande Guerre qui sont conservées par le ministère de la Défense (http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr [archive]).
  4. ↑ Arch. dép. Haute-Vienne 3 U 919.
  5. ↑ Depuis cette loi, la mention marginale « Mort pour la France » est attribuée automatiquement à tous les combattants tués par l’ennemi.
  6. ↑ Archives départementales de la Corrèze, série U.
  7. ↑ . Il en est de même, dans son registre matricule (classe 1910, n° 1466) où est portée la mention « Tué à l’ennemi le 12 décembre 1914, à Port-Fontenoy » sans autre précision (Archives départementales de la Corrèze, série R).
  8. ↑ Annonce parue dans le journal La Croix de la Corrèze du dimanche 28 novembre 1926.
  9. ↑ Propos qui avaient fait scandale dans une partie de la classe politique à l’époque.
  10. ↑ Michel Agnoux s’est senti concerné par le sujet car il n’avait entendu parler ni de Léonard Leymarie alors qu’il avait enseigné au collège de Seilhac de 1968 à 1987, ni de sa veuve née au Coudert de Chamboulive où lui réside depuis 1958.
  11. ↑ Question écrite n° 25440 publiée dans le J.O. du Sénat du 30 novembre 2006, p. 2983.
  12. ↑ Réponse du Ministère délégué aux anciens combattants publiée dans le J.O. du Sénat le 1er mars 2007, p. 454.
  13. ↑ analyse de la session du Conseil général [archive]
  14. ↑ Délibération du conseil général du Doubs [archive]
  15. ↑ France Soir : Hommage de Nicolas Sarkozy aux fusillés [archive]
  16. ↑ « Inclinons-nous devant les innombrables héros anonymes de la Grande Guerre, ils méritent le témoignage de notre reconnaissance […] Mais n’oublions pas non plus leurs frères d’infortune, occultés, dénigrés ou méprisés par la mémoire collective. Ils ont combattu eux aussi pour la France, ils méritent sinon notre hommage, du moins notre respect… » (La Montagne-Dimanche, « Chronique du temps présent », 30 novembre 2008).
  17. ↑ Article de Jacky Durand du journal Libération [archive]
  18. ↑ Pour plus de détails, lire l’article du journal La Montagne publié le 2 décembre 2008 et un nouvel article paru article sur le blog ldh19.over-blog.com (http://ldh19.over-blog.com/article-25280615.html [archive].
  19. ↑ [1] [archive]
  20. ↑ après l’échec de l’offensive Nivelle sur le Chemin des Dames Soirée conférence à la mémoire de Louis Flourac [archive]

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Félix Baudy

Félix François Louis Baudy, né le 18 septembre 1881 à Royère-de-Vassivière, et mort le 20 avril 1915 à Flirey, est un soldat fusillé pour l’exemple pendant la Première Guerre mondiale, incorporé au 63e RI, 5e Cie.

Félix Baudy est un militant du syndicat des maçons et aides de Lyon de la Confédération générale du travail fondée à Limoges en 1895. C’est un maçon de la Creuse travaillant sur les chantiers de Lyon. Il a été fusillé pour l’exemple le 20 avril 1915 à Flirey, suite au refus collectif de sa compagnie de remonter à l’assaut de la crête de Mort-Mare1.

Circonstances de la peine

Le 19 avril 1915, une attaque devait avoir lieu à Mort-Mare (5 km sud de Thiaucourt), afin d’enlever une tranchée encore occupée par les Allemands au centre d’une première ligne conquise quelques jours plus tôt avec la perte de 600 hommes. Les troupes d’assaut avaient été tirées au sort et le hasard avait désigné l’une des compagnies fortement malmenées les 3, 4 et 5 avril lors des combats sur la route de Thiaucourt.

Au signal de l’attaque cette compagnie de 250 hommes refuse de partir à l’assaut et de quitter la tranchée : « ce n’est pas notre tour d’attaquer » disent-ils. Quelques instants auparavant, parmi les quinze hommes qui venaient de sortir de la tranchée douze avaient été tués ou blessés et restaient là, sous les yeux de leurs compagnons2.

Le général Delétoile ordonne que les 250 soldats passent en cour martiale pour délit de lâcheté afin d’être exécutés. Après l’intervention d’autres officiers, cinq hommes sont finalement désignés et comparaissent, pour une parodie de procès. L’un d’eux est acquitté. Deux hommes ont été choisis par tirage au sort dont le soldat François Fontanaud de Montbron en Charente. Les trois autres : le caporal Antoine Morange né à Champagnac-la-Rivière en Haute-Vienne, les soldats Félix Baudy de Royère-de-Vassivière et Henri Prébost né à Saint-Martin-Château dans la Creuse et lui aussi ouvrier maçon à Villeurbanne, ont été désignés par leurs supérieurs en raison de leur appartenance syndicale à la CGT. Le général Joffre de passage dans le secteur aurait refusé sa clémence exigeant la plus grande sévérité à l’égard de la compagnie.

Le 20 avril, le caporal Antoine Morange, les soldats Félix Baudy, François Fontanaud et Henri Prébost sont fusillés à la lisière d’un bois de Manonville.

Les fusillés pour l’exemple de Flirey s’ajoutent à ceux de Vingré, Fontenoy, Fleury, Mouilly, Montauville… En quatre ans, 2 400 « poilus » auront été condamnés à mort et 600 exécutés3, les autres voyant leur peine commuée en travaux forcés.

Réhabilitation

Très peu, environ une quarantaine sur 600, dont Félix Baudy et ses compagnons de malheur, ont été rétablis dans leur honneur dans les années 1920 ou 1930. Félix Baudy et ses trois compagnons ont été réhabilités en 1934.

Mémoire

La sépulture de Félix Baudy se situe dans le cimetière communal de Royère-de-Vassivière où une plaque, réalisée par ses amis maçons, y est posée avec cette inscription: « Maudite soit la guerre – Maudits soient ses bourreaux – Baudy n’est pas un lâche – Mais un martyr ». Cette plaque a été rénovée en 2005 à l’initiative du comité laïque des amis du monument de Gentioux 4. Son nom est aussi inscrit sur le monument aux morts de la commune5.

Chaque 11 novembre des militants de divers horizons viennent déposer une gerbe sur la tombe de Félix Baudy dans le cimetière de Royère-de-Vassivière, après s’être recueillis devant le monument aux morts pacifiste de Gentioux.

Notes et références

  1. ↑ Mémorial GenWeb [archive]
  2. ↑ Les crimes des conseils de guerre de RG Réau 1926 Page 324
  3. ↑ Les fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999), Nicolas Offenstadt, Odile Jacob, 1999, p. 21
  4. ↑ Information GenWeb [archive]
  5. ↑ Information GenWeb [archive]

 

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Lucien Bersot

Le cas Lucien Bersot fut l’un des plus médiatisés parmi les soldats fusillés pour l’exemple pendant la Première Guerre mondiale. Son histoire a été reprise dans de nombreux ouvrages et adaptée à la télévision.

Le soldat Bersot

Lucien Jean Baptiste Bersot naît le 7 juin 1881 à Authoison (Haute-Saône) dans une famille de petits paysans. Ses parents étant venus s’installer à Besançon, Lucien y apprend le métier de maréchal-ferrant et s’y marie en 1908 avant de devenir père d’une petite fille en 1909.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, il est mobilisé au 60e régiment d’infanterie, régiment avec lequel il se trouve pendant l’hiver 1914-1915 sur le front de l’Aisne, et qui vient de subir de lourdes pertes du côté de Soissons. Cependant, l’État-major jugeant ce régiment peu actif venait d’en confier le commandement, le 22 janvier 1915, au lieutenant-colonel Auroux, un ancien des troupes d’Afrique, chargé de lui rendre du mordant.

L’affaire

Comme il n’y avait plus en magasin de pantalon à sa taille, Lucien Bersot ne pouvait porter que celui en toile blanc fourni avec le paquetage remis lors de l’incorporation. Grelottant de froid dans les tranchées, il demanda le 11 février 1915 au sergent-fourrier un pantalon de laine identique à ceux que portaient ses camarades. Le sergent lui proposa alors un pantalon en loques et maculé de sang, pris sur un soldat mort, ce que Bersot refusa.

Pour ce refus, Lucien Bersot se vit infliger une peine de huit jours de prison par le lieutenant André. Mais le lieutenant-colonel Auroux, commandant du régiment, estima cette punition insuffisante et demanda sa comparution en Conseil de guerre spécial, véritable Cour martiale. Comme de nouvelles recrues encore non aguerries venaient d’arriver, son intention était manifestement de faire un exemple de discipline militaire.

Traduit pour « refus d’obéissance » le 12 février 1915 devant le Conseil de guerre « spécial » du régiment, présidé par Auroux, Bersot y fut condamné à mort. La peine infligée ne correspondait alors nullement au code de justice militaire car le délit avait été constaté à l’arrière et non au contact de l’ennemi. Deux compagnons du condamné (Elie Cottet-Dumoulin et Mohn André) intervinrent alors auprès du lieutenant-colonel pour tenter d’adoucir la sentence, mais ne furent pas entendus et se virent punis à leur tour de travaux forcés en Afrique du Nord. D’autres encore refusèrent de tirer sur leur camarade lors de son exécution qui eut lieu dès le lendemain (13 février 1915 à Fontenoy (Aisne1)) car les Conseils de guerre « spéciaux », contrairement aux Conseils de guerre « ordinaires », n’autorisaient aucune procédure d’appel.

Les suites

Après la guerre, une campagne de presse fut engagée par le journal Germinal sous la plume d’un jeune avocat, René Rucklin, conseiller général de Belfort. Soutenue par la Ligue des droits de l’homme, cette initiative permit d’obtenir la réhabilitation de Lucien Bersot dès le 12 juillet 1922. La Cour de cassation ne pouvait que statuer rapidement pour confirmer l’injustice dont fut victime le fusillé Bersot. Grâce à cette réhabilitation, sa veuve put prétendre à la pension de veuve de guerre et sa fille put être reconnue comme pupille de la nation.

Le colonel Auroux fut mis en cause pour avoir agi en toute illégalité, étant à la fois l’accusateur et le président du Conseil de guerre, et faisant infliger une peine sans commune mesure avec la faute (violation de l’article 24 du Code de justice militaire constatée par la Cour d’appel de Besançon, le 10 avril 1922). À l’Assemblée nationale, le député Louis Antériou, ancien combattant et futur ministre des Pensions, interpella le Gouvernement pour demander sa condamnation, mais André Maginot, ministre de la Guerre, repoussa la discussion sous le prétexte d’une campagne antimilitariste. Auroux, protégé par Maginot et par la hiérarchie militaire, échappa à tout jugement jusqu’à l’arrivée au pouvoir du Cartel des gauches, où il fut mis à la retraite en 1924 sans pouvoir obtenir le grade de général qui lui serait revenu sans ces évènements2. Il avait, auparavant, été fait Commandeur de la Légion d’honneur 3.

Lucien Bersot fut ré-inhumé en 1924 dans le cimetière de Besançon. Une stèle située à proximité de l’église de Fontenoy (Aisne), inaugurée en novembre 1994, rend hommage à Lucien Bersot et à un autre fusillé pour l’exemple : le soldat Léonard Leymarie du 305e régiment d’infanterie, exécuté le 12 décembre 1914 sous le prétexte de « mutilation volontaire » (sur les données d’un rapport médical), acte pour lequel il avait toujours protesté de son innocence (il avait été blessé à la main à son poste de guetteur ; or de nombreux cas de mutilation volontaire consistaient à tenir une cigarette allumée dans le creux de la main tendue par-dessus le parapet de la tranchée). Leymarie a été réhabilité en 1923.

La municipalité a récemment décidé d’apposer une plaque à l’entrée de la Maison du Peuple, 11, rue Battant. Cette plaque, inaugurée le 11 novembre 2009, honore la mémoire de Lucien Bersot et celle d’un autre poilu, Elie Cottet-Dumoulin, ouvrier ferblantier de Battant, condamné à dix ans de bagne pour avoir protesté contre la sanction qui frappait son camarade de régiment. Ce soldat est mort en Orient ( Serbie ) en 1917.

Une rue de Besançon porte le Nom de Bersot, mais elle honore la mémoire d’un bienfaiteur de Besançon ( François Louis Bersot ) .

Récits et adaptations

Le destin tragique de Lucien Bersot a été conté dans un livre d’Alain Scoff, Le Pantalon, paru en 1982 chez Jean-Claude Lattès et réédité en 1998.

Il donna également lieu à un téléfilm d’Yves Boisset, diffusé sur France 2 en 1999 et portant le même titre.

Notes et références

  1. Fiche Mort pour la France SGA – Mémoire des hommes – Morts pour la France [archive]
  2. Le téléfilm d’Yves Boisset prétend par erreur qu’Auroux obtint ses étoiles.
  3. R.-G. Réau, Les crimes des conseils de guerre, page 176, Éditions du Progrès Civique, Paris, 1925

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Joseph Dauphin

Joseph Dauphin, né à Tauves dans le Puy-de-Dôme le 10 février 1882, et mort le 12 juin 1917, est un soldat fusillé pour l’exemple par l’Armée française durant la Première Guerre mondiale.

Joseph Dauphin est né dans une famille de 10 enfants. Marié, père d’un enfant, le paysan Dauphin se trouvait incorporé dès le mois d’août 1914 au 70e bataillon de chasseurs à pied. Vaillant soldat, il reçut, dès 1915, la Croix de guerre avec palmes pour plusieurs actes héroïques, entre autres avoir ramené sur ses épaules un lieutenant gravement blessé près des barbelés de la tranchée ennemie ou bien encore avoir tenu une position jusqu’à épuisement de ses cartouches. Promu caporal, il reçut par trois fois une citation pour sa conduite exemplaire au combat.

Les faits

En juin 1917, après l’effoyable hécatombe de printemps sur le Chemin des Dames et les permissions étant refusées à son bataillon, Joseph Dauphin et plusieurs soldats qui l’accompagnaient ramassèrent une cuite mémorable. Sous l’effet de l’alcool (dont l’armée n’était pas avare) et sans trop savoir ce qu’ils faisaient, ils auraient tiré quelques coups de fusil et lancé à la cantonade des propos séditieux. Un fois dégrisé et conscient d’avoir fauté, Dauphin s’attendait à récolter quelques jours de prison, mais à sa grande surprise et sans vraiment comprendre, ses supérieurs l’envoyèrent devant le Conseil de guerre.

Seul gradé parmi les hommes interpellés et pour avoir chanté un peu fort J’ai deux grands bœufs dans mon étable (version contredite par l’accusation qui l’accusait d’avoir crié : A bas la guerre, vive la Révolution ! A bas Poincaré, vive la Russie !), le caporal Dauphin, considéré comme meneur dans la vague des mutineries de 1917, fut condamné à mort et fusillé le 12 juin 1917 à la ferme de Fété, près de Ventelay dans l’Aisne. François Brugière, son camarade de Tauves, vraisemblablement impliqué dans la même séance de beuverie et désigné pour faire partie du peloton d’exécution, refusa de tourner son fusil contre Joseph. Condamné à 10 ans de travaux forcés, il fut envoyé au bagne de Chief (ex-Orléanville) où il mourut d’épuisement le 12 février 1918. Joseph Dauphin, quant à lui, repose dans la nécropole de la Maison Bleue à Cormicy dans la Marne : tombe n° 8841.

Tentative de réhabilitation

Malgré de nombreuses campagnes de presse, il n’a jamais été réhabilité (toute requête de demande en révision étant jugée irrecevable par la justice après 1928). Sur les ondes de France-Inter, le journaliste Daniel Mermet a, pour sa part, consacré plusieurs émissions de Là-bas si j’y suis au cas du caporal Dauphin. C’est aussi dans la pensée de ces hommes injustement condamnés par la justice militaire que le Premier Ministre socialiste Lionel Jospin prononça, le 5 novembre 1998, son discours de Craonne, demandant qu’ils retrouvent leur place dans la mémoire collective, discours qui fit ressurgir de vieilles polémiques avec la droite française sans parvenir à trancher les désaccords sur le sujet toujours controversé des fusillés pour l’exemple.

Le nombre de soldats réhabilités pour toute la durée de la guerre, une quarantaine en tout, peut paraître relativement faible par rapport à l’ensemble des exécutions de la période 1914-1918 (environ 600, compte non tenu des exécutions sommaires sans jugement, dont un siècle de silence a maintenant effacé toute trace). Il s’explique en grande partie par le faible nombre des demandes de révision déposées, la majeure partie des familles de condamnés n’ayant pas jugé bon de donner suite pour des raisons diverses : hontes soigneusement cachées, difficultés pour constituer des dossiers solides et retrouver des témoignages, manque de moyens financiers, dépôts trop tardifs des demandes, omnipotence des autorités administratives et militaires, etc.

Notes et références

  1. Mémorial GenWeb [archive]

Source : WIKIPEDIA

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Les crimes des Conseils de guerre : Chapelant texte de 1925

Les crimes des Conseils de guerre : Les quatre caporaux de Suippes texte de 1925 

Les crimes des Conseils de guerre : Vingré texte de 1925

D’autres noms pour l’exemple

27 novembre 2012

La Bataille de Verdun sept-oct-nov

Classé sous — milguerres @ 9 h 15 min

 

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Périodes Septembre – Octobre – Novembre 1916

source : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

Rive droite :

1er septembre
En ce début du mois de septembre, 3 D.I françaises sont en ligne sur le front de Verdun :
- la 33e D.I. (59e, 83e, 88e et 209e R.I.) tient le secteur de la côte du Poivre
- plus à l’est, la 73e D.I. (346e, 356e, 367e et 369e R.I.) tient les positions du Retegnebois, du Chênois et de la Laufée
- dans sa continuité, la 28e D.I. (22e, 30e, 99e et 416e R.I.) occupe le font de Discourt et les pieds des côtes de Meuse et de la Laufée.

R.A.S durant la journée.


 

2 septembre
Bien que le Kronprinz n’envigeable plus d’offensive sur Verdun, une attaque est tout de même tentée en direction du fort de Souville.
Dès 5 h, violent bombardement allemand sur de nombreux secteurs. Les plus éprouvés sont le plateau de Souville, la station de Fleury et le ravin des Fontaines qui est tenu par le 212e R.I.

Cet intense pilonnage des lignes françaises se prolonge toute la journée. Un grand nombre d’hommes sont commotionnés, ils sont sourds, hébétés, suffoqués. Leur visage et leur main ruissellent de sang qui coule par 1000 blessures (projection de terre, de pierre et de sable) qui se mêle à la poussière et forme des caillots affreux.
Témoignage de Ed. BOUGARD :
 » Nous attendons la mort qui plane au-dessus de nos têtes ; il est huit heures du soir ; une marmite tombe en plein dans la tranchée ; je roule par terre ; je n’ai rien. Par contre, une cervelle est sur ma capote ; je suis plein de sang des copains. Mon ami Béthouart a la bouche fendue jusqu’aux oreilles et mon pauvre camarade Jules Fontain, qui ne m’avait pas quitté depuis le début de la campagne, a les deux jambes coupées. Les blessés pouvant marcher se sauvent au poste de secours ; les mourants agonisent dans la tranchée. Quand ils sont morts, on les place au-dessus du parapet. « 

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3 septembre – Attaque allemande sur les pentes de Vaux-Chapitres, Thiaumont
A 6 h 30, les Allemands lancent une attaque sur les tranchées des pentes de Vaux-Chapitres.
Le 6e bat
aillon du 212e R.I. résiste farouchement, officiers et hommes faisant ensemble le coup de feu. Néanmoins, les pertes sont très lourdes et en 1 h, le bataillon est pratiquement décimé. Les rares survivants se replient dans le ravin des Fontaines. L’ennemi s’empare de la tranchée de Montbrison et du Zouave Penit.

A 8 h, l’ennemi progresse par le ravin des Fontaines et s’approche du P.C. du 212e R.I. dans la Carrière. Aussitôt, le chef de bataillon, les officiers de l’état major et l’ordonnance prennent grenades, mitrailleuses et fusils. Cependant, ils ne peuvent tenir et sont submergées. Leur P.C. est perdu.
Aussitôt, le 4e bataillon part à la contre-attaque. Avec un magnifique courage, les hommes s’avancent et reprennent les positions qu’occupait initialement le 6e bataillon. Ils parviennent ensuite à progresser à 100 m au-delà. Ces nouvelles positions sont aussitôt organisées sous un bombardement d’une violence inouïe.

A la Haie-Renard, plus à droite, le 344e R.I. est également soumis à une violente attaque. Pratiquement tous les officiers sont tués et l’état major est fait prisonnier.
Le 6e bataillon du 206e R.I. qui est en renfort apporte son aide mais ne parvient pas à retourner la situation.

Entre 12 h et 17 h, le 234e R.I. lance une attaque en avant de la Chapelle Sainte-Fine. Par cette manœuvre, il réussit à s’emparer de l’ouvrage de Munich et de la tranchée de Bavière. 400 ennemis sont fait prisonniers avec 4 mitrailleuses.

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A 14 h, dans le secteur de Thiaumont, le 102e R.I. lance une attaque et prend un post avancé en faisant 53 prisonniers dont un officier. Cependant, il ne peut poursuivre plus avant, bloqué par le tir ennemi. Par vengeance, un furieux bombardement allemand s’abat plus tard sur cette nouvelle position.

A la nuit, dans le secteur de Retegnebois, le 214e R.I. repousse une attaque à la grenade.
Le 36e bataillon de tirailleurs Sénégalais quitte les arrières du fort de Souville et se dirige vers la Carrière.


 

4 septembre – Attaque allemande sur les pentes de Vaux-Chapitres, Thiaumont. Embrasement du Tunnel de Tavannes
A 5 h 30, le 356e R.I. qui est en ligne dans le secteur de la Laufée et de la tranchée du Chênois-La Montagne, subit une 1ère attaque qu’il parvient à repousser. Notamment par les grenadiers de la compagnie Rueff.

A 6 h 35, les Allemands lancent une seconde attaque est arrivent à s’introduire dans les lignes françaises à l’endroit défendu par le bataillon Vesque. Aussitôt, des contre-attaques sont improvisées et le terrain est repris.
Dans cette affaire, on dénombre 180 morts ou blessés dans le bataillon Vesque, dont 5 officiers.

A 7 h, une contre-attaque française doit avoir lieu devant le front de la 136e brigade (212e et 344e R.I.). Cependant, peut avant l’heure H, un ordre arrive par coureur, ordonnant le retardement de l’assaut. Les hommes qui étaient prêt à s’élancer se relâchent.

Cependant, 2 compagnies Sénégalaises n’ont pas pu être prévenues à temps, et à l’heure prescrite, elles s’élancent seules face aux tranchées adverses. Leurs progression est dynamique et rapide, un grand nombre d’Allemands quittent leur position et s’enfuient, les poches de résistances sont maîtrisées les unes après les autres.
Néanmoins, 2 nids de mitrailleuses bien positionnées restent en actions. Leurs tirent bien cadrés causent bientôt des ravages dans la ligne française.
Les soldats Sénégalais ne réalisent pas le danger ; au lieu de s’abriter en se couchant dans les trous d’obus, ils se dressent; au lieu de se disperser, ils se regroupent. Tous les officiers qui s’exposent pour tenter de faire réagir leurs hommes sont tués.
Finalement, alors que pratiquement tous les adversaires avaient fuit, seul quelques mitrailleuses ont mis en pièce les 2 compagnies. Dans le plus grand désordre, les survivants, dont un grand nombre est gravement blessé, regagnent le poste de la Carrière.

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Blessés Sénégalais à un poste de secours

L’anéantissement des 2 compagnies Sénégalaises laisse un grand espace inoccupé de plus de 600 m dans la ligne de front française. Ce vide est comblé dans l’urgence par l’étalement des unités adjacentes.

A 8 h, dans le secteur de Retegnebois, le 214e R.I. qui est soumis à un violent bombardement depuis 5 h du matin, voit les Allemands sortir des tranchées face à lui. Rapidement, la 18e compagnie est submergée et doit reculer. Cependant, les positions ne sont pas dépassées grâce à quelques mitrailleuses restées en place et toujours servies.
Une contre-attaque est ensuite menée avec le renfort du 1er bataillon du 346e R.I. Elle permet de reprendre les anciennes positions qu’occupaient la 18e compagnie et à faire environ 200 prisonniers, de très jeunes soldats.
Témoignage de X… :
 » Deux Allemands soutiennent un camarade qui agonise. Une grande amitié devait unir ces trois hommes. Les deux qui sont valides ont les yeux plein de larmes et comme le blessé agonise, l’un d’eux se penche vers lui et l’embrasse longuement.
Impressionnés par tant de malheur et en dépit de l’exaspération quelques soldats français s’arrêtent, émus. « 

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Jeune soldat allemand qui agonise dans une tranchée

A 13 h 20, la 13e compagnie du 4e bataillon du 346e R.I. attaque en direction de l’ouvrage Rond. 3 lignes de tranchées sont reprises à l’ennemi. En arrière, la 14e compagnie consolide la progression.

Toute l’après-midi et jusqu’à 19 h, les Allemands tentent de reprendre le terrain perdu la veille dans le secteur de Thiaumont, tenu par le 102e R.I. Ils sont à chaque fois repoussés et laissent de nombreux morts devant les lignes françaises.

Dans la nuit, la 67e D.I. (214e, 220e, 221e et 259e R.I.) relève la 68e (206e, 212e, 234e et 344e R.I.)

 

Le tunnel de Tavannes et la tragédie du 4 septembre :

Le tunnel de Tavannes est un tunnel ferroviaire d’une seule voie où passe le chemin de fer allant de Verdun à Metz. Situé au nord ouest du fort de Tavannes, il est long de 1400 m et large de 5.

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Entrée ouest en été 1916

Dès le début de la bataille de Verdun, le train ne circule plus. Des troupes françaises viennent tout naturellement s’y abritent pour se protéger du furieux bombardement allemand.
Petit à petit, les combats se poursuivant dans le secteur, un état-major de brigade, des services de secours, brancardiers, téléphonistes, artificiers, génie, un bataillon de réserve, etc… finissent par s’installer durablement aux extrémités du tunnel. Cet abri enterré constitue un lieu sûr et permet d’intervenir rapidement sur la zone des combats.

Plus tard, la totalité du tunnel est aménagée : un dépôt de munition est constitué, des cabanes en tôle et en bois sont construites; des couchettes ainsi que des latrines sont mises en place.
Témoignage du soldat Louis HOURTICQ :  » C’est une étrange chose que ce tunnel qui passe sous les lignes jusqu’en plein champ de bataille. Entre deux paquets de fer et de feu, des formes bondissent dans le tunnel, surgies de l’éruption, pauvres êtres hagards, haletants, titubants, qu’il faut recueillir et conduire, dans cette nuit subite.
Tout le jour, toute la nuit surtout, c’est une circulation intense : des corvées d’eau, de munitions, de vivres ; des troupes qui montent, d’autres qui descendent, des brancards de blessés qui reviennent de la bataille, puis sont évacués.
…Cette existence souterraine supprime toute distinction entre le jour et la nuit, ce jeu alterné du sommeil et de la veille qui rythme notre vie. L’activité, le mouvement, le bruit sont les mêmes, continus, sans arrêt, sans pause, de midi à minuit, de minuit à midi.
Sous cette voûte indestructible, trop d’hommes et trop de choses sont venus chercher un abri : dépôts d’eau, de grenades, de fusées, de cartouches, d’explosifs ; sous les lampes noires de mouches, des chirurgiens recousent de la chair déchirée.
Tous les bruits sont dominés par le halètement rapide du moteur de la machine électrique. Il est comme le battement de fièvre de cette artère surchauffée. « 

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Entrée est le 27 février 1916

Très rapidement, la surpopulation, l’exigüité et l’insalubrité du lieu rendent la vie très difficile dans le tunnel.
Témoignage du général ROUQUEROL du 16e D.I. :
 » … L’éclairage électrique avait été organisé avec un moteur à essence. Toutefois, on avait eu tort, dans ce travail hâtif, d ‘établir des câbles à haute tension nus à proximité immédiate des installations pour les hommes. Plusieurs cas mortels d’électrocution firent apporter les modifications nécessaires à la distribution du courant. L’éclairage n’existait d’ailleurs que sur la partie du tunnel utilisée comme logements ou dépôts ; le reste était obscur. Un puits d’aérage avait été fermé par des toiles pour parer à la pénétration éventuelle des gaz de combat.
L’organisation du tunnel comportait des rigoles d’écoulement pour les eaux de condensation et d’infiltration qui n’étaient pas négligeables ; mais, sans souci de la nécessité de prévoir l’assèchement du tunnel, le personnel chargé de cette organisation avait comblé toutes les rigoles. Le résultat ne s’était pas fait attendre et de longues portions du tunnel étaient bientôt transformées en un marécage d’une boue fétide. La plupart des immondices des occupants y étaient jetées. On y aurait trouvé même des cadavres.
Tant de causes d’infection, jointes à la suppression de l’aérage par le puits construit à cet effet, ne pouvaient manquer d’entretenir dans le tunnel des émanations malsaines qui ont donné lieu à plusieurs cas d’une jaunisse spéciale au nom suggestif de jaunisse des vidangeurs.
Le commandant d’une division occupant le secteur de Tavannes au mois de juillet voulut faire nettoyer ces écuries d’Augias. Il dut y renoncer sur l’observation du service de santé d’après laquelle l’agitation de la boue et des eaux polluées causait immanquablement de nombreuses maladies. Il fallut se contenter de répandre dans les endroits les plus malpropres de la chaux vive. « 

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Entrée ouest en été 1916

Témoignage de René le GENTIL :  » … La dynamo qu’on avait installée était trop faible et ne pouvait fournir qu’un pauvre éclairage, si bien qu’on y voyait à peine et qu’on manquait à chaque pas de glisser sur le bout des traverses de la voie ; mais chose pire, l’eau manquait absolument, car un seul robinet existait au milieu du tunnel ; et ceux qui venaient la étaient condamnés à rester des 10, voire 12 et 15 jours sans se nettoyer, malgré les pires besognes à accomplir.
C’est ainsi que j’ai vu de nos hommes, qui venaient de s’infecter les mains en transportant des cadavres délabrés, être obligés de manger sans pouvoir se laver. Et quand je demandai pour eux un désinfectant quelconque, l’aimable pharmacien, charger de ce service, me fit des reproches amers. je compliquais les choses en réclamant ainsi ! …

… Après les différents services, les hommes s’installaient comme ils pouvaient sur la voie du chemin de fer, dans le noir complet, la vermine et la saleté. Il y avait bien eu un timide essai de cadres treillagés qui avaient servi de couchettes, mais ils étaient défoncés, abîmés, et les divisions se succédant rapidement, hélas ! nul ne s’inquiétait de les remplacer ; toutefois, voulant dégager le bas, le génie du secteur avait commencé l’installation, à mi-hauteur du tunnel, d’un premier étage en plancher, là gîtaient les territoriaux ; mais comme il n’y avait pas de place pour tout le monde, cela ne faisait qu’augmenter encore, pour ceux qui étaient dessous, le grabuge infernal et la saleté qu’on n’avait plus seulement aux pieds, mais encore sur le tête; car, par les planches mal jointes, la terre tombait sur ceux qui se trouvaient là. »

Témoignage du docteur Léon BAROS, aide-major au 217e R.I. :  » Nous arrivons à l’issue est du tunnel de Tavannes.
La boue s’étale gluante, des milliards de mouches volent en tous sens et tapissent les parois du tunnel ; dans tous les coins et sur les multitudes d’immondices, accumulées partout, grouillent les asticots et les contorsions de leurs petits corps blancs amènent des nausées de dégoût ; l’air, chargé de chaleur humide et imprégnée d’odeur de cadavres, de putréfaction, de sécrétions acides, de corps en sueur et de fientes humaines, est irrespirable ; les gorges se contractent en un réflexe nauséeux.
C’est par cette issue est que le tunnel communique avec le champ de bataille, sous les avalanches nombreuses et imprévues, continues ou espacées, des tonnes de fer et de feu qui se déversent dans un endroit repéré exactement, où les projectiles de tous calibres prenant en enfilade la tranchée du chemin de fer qui précède le tunnel, sont posés presque comme avec la main, tellement le tir est précis et le lieu exactement repéré.
Et c’est un lieu de passage qu’on ne peut éviter, où défilent ravitaillent, réserves, agent de liaison, relèves, blessés. Les Boches le savent bien. Les obus, petits, moyens et gros, éclatent sans interruption, sur un parcours de 12 à 15 mètres, devant l’entrée du tunnel, soit à la cadence d’un tir de mitrailleuses lorsqu’il y a barrage, soit à l’intervalle d’une minute ou d’une demi-minute ; c’est infernal ! Que de malheureux ont été anéantis à cet endroit ! « 

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Entrée est en été 1916


Témoignage du lieutenant BENECH du 321e R.I. :  » Nous arrivons au tunnel. Serons-nous donc condamnés à vivre là ? Je préfère la lutte à l’air libre, l’étreinte de la mort en terrain découvert. Dehors, on risque une balle ; ici, on risque la folie.
Une pile de sacs à terre monte jusqu’à la voûte et ferme notre refuge. Dehors, c’est l’orage dans la nuit et le martèlement continu d’obus de tous calibres. Au-dessus de nous, sous la voûte qui sonne, quelques lampes électriques sales, jettent une clarté douteuse, et des essaims de mouches dansent une sarabande tout autour. Engourdies et irritantes, elles assaillent notre épiderme et ne partent même pas sous la menace d’un revers de main. Les visages sont moites, l’air tiède est écœurant.
Couchés sur le sable boueux, sur le rail, les yeux à la voûte ou face contre terre, roulés en boule, des hommes hébétés qui attendent, qui dorment, qui ronflent, qui rêvent, qui ne bougent même pas lorsqu’un camarade leur écrase un pied.
Par place, un ruissellement s’étend ! de l’eau ou de l’urine ? Une odeur forte, animale, où percent des relents de salpêtre et d’éther, de soufre et de chlore, une odeur de déjections et de cadavres, de sueur et d’humanité sale, prend à la gorge et soulève le cœur. Tout aliment devient impossible ; seule l’eau de café du bidon, tiède, mousseuse, calme un peu la fièvre qui nous anime. « 

Ainsi, durant toute la bataille de Verdun, des milliers d’homme vont faire une halte plus ou moins longue dans le tunnel de Tavannes. Chaque jour 1500 à 2000 hommes s’y entasseront.

 

Le 4 septembre, vers 21 h , le dépôt de grenades placé à l’entrée ouest du tunnel de Tavannes prend feu.

A 21 h 15, une formidable explosion se produit, comprimant en une instant les poitrines de tous les êtres vivants présents dans le tunnel. Les flammes qui se propagent rapidement atteignent le stock de bidons d’essence qui sert à alimenter le groupe électrogène.
En quelques minutes, les baraquements en bois où sont entassé de nombreux soldats s’embrasent. Une fumée très dense avance dans le tunnel semant la panique et la mort. Les hommes qui ne sont pas asphyxiés instantanément, s’enfuient en désordre en se marchant les un sur les autres, vers la sortie opposée. Cependant la nappe de fumée les gagne de vitesse et des 100e d’hommes tombent avant d’arriver à l’air libre. Même équipé de masque à gaz, la densité de la fumée est telle qu’aucun sauveteur ne parvient à pénétrer à l’intérieur du tunnel.

Les hommes qui sont parvenus à atteindre la sortie est se trouvent face au bombardement allemand et ne peuvent s’échapper. Cependant, il y a urgence à évacuer cet endroit irrespirable. Un colonel, révolver au poing, menace de tirer sur les malheureux. Dans l’affolement le plus complet, les premiers étant poussés par ceux qui arrivent derrière eux, s’enfuit en tentant de trouver refuge dans les trous environnants.

De plus, les Allemands qui ont aperçu la nappe de fumée qui est montée très haut dans le ciel, redoublent leur pilonnage sur les entrées du tunnel.

Jusqu’à 21 h 45, des groupes d’hommes, noirs, à demi asphyxiés, sentant la chair grillée, surgissent par la sortie est et s’enfuient sous les obus.
Durant toute la nuit, aucune manœuvre de secours ne peut être entreprise.

Le brasier continue à brûler durant 2 jours, carbonisant les 100e de cadavres jonchant le sol. Lorsque plus tard, on pénètre dans le tunnel, on ne retrouve rien que des cadavres qui partent en cendre dès qu’on les touche. Seulement 30% en moyenne peuvent être identifiés.

500 à 600 homme ont péri dans cette catastrophe : officiers et soldats du 1er et du 8e génie, des 22e, 24e et 98e régiments territoriaux ; des médecins majors et des infirmiers régimentaires des 346e, 367e, 368e et 369e R.I. ; des blessés qui, couchés sur des brancards et se sentant en sécurité, attendaient leur évacuation. Aucun journal ne parla de cette tragédie…

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Quelques victimes de la catastrophe du 4 septembre
étendues dans un fossé à l’entrée du tunnel
en attendant l’inhumation


 

5 septembrePréparation d’artillerie en vue d’une contre-attaque française sur la Carrière
Toute la journée et la nuit, il pleut.
Du côté français, on s’affaire aux préparatifs de la contre-attaque de la Carrière. Elle est prévue pour le lendemain et exécutée par 2 bataillons du 288e, le 367e et le 346e R.I.
Du côté allemand, pas de mouvement important à signaler, les hommes survivent dans les tranchées pleines de boue.

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6 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Au matin, le 288e R.I. s’élance à l’assaut de la tranchée Montbrison. La bataille est très violente et tumultueuse. Les 4e et 5e bataillons parviennent à atteindre leurs objectifs et à les dépasser.
De son côté, le 6e bataillon trouve face à lui des éléments qui n’ont pas été détruit par la préparation d’artillerie. Ne pouvant pratiquement pas progresser, les hommes tombes les uns après les autres. Il ne reste plus qu’un seul officier vivant lorsque les renforts arrivent enfin. Ce sont 3 compagnies du 6e bataillon du 220e R.I. ainsi qu’une compagnie de mitrailleuses qui sont arrivées. Cette nouvelle formation parvient cette fois ci à avancer à atteindre les abords de la tranchée de Montbrison.

Le 6e bataillon du 367e parvient à progresser de 1500 m et à reprendre dans sa course, les tranchées Hohenlohe et Blücher, à gauche de Retegnebois. 200 ennemis sont capturés avec 8 mitrailleuses. Les hommes du 367e R.I. repoussent ensuite plusieurs contre-attaques.

A droite de Retegnebois, le 346e part à l’attaque à 17 h 40 et parvient à atteindre sans grande difficulté tous ses objectifs. Le 5e bataillon les dépasse même et vient renforcer la tranchée Hohenlohe que vient de conquérir le 367e R.I., au nord de l’ouvrage Rond.


 

7 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
En avant des tranchées  » le Triangle « , le 6e bataillon du 220e repousse plusieurs contre-attaques. Il progresse ensuite d’une 100e de mètres. Durant cette attaque, il est signalé que de nombreux soldats allemands se rendent à l’approche des Français.

Témoignage du soldat LECLAIRE :  » Les prisonniers nous disent : « Nous ne serons pas vainqueurs, mais vous ne le serez pas non plus »"

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Colonne de prisonniers allemands

Le 6e bataillon du 367e repousse lui aussi plusieurs contre-attaques sur les positions qu’il a conquit la veille.
Le 228e R.I. se bat à la grenade toute la journée et toute la nuit.


 

8 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Dés le levé du jour, l’ennemi lance une attaque en avant de l’ouvrage Rond. Le 346e qui tient la tranchée Hohenlohe depuis le 6 et contraint de reculer sur ses anciennes positions. Une fois les hommes ressaisis et les munitions rassemblées, ils partent à la contre-attaque et reprennent la tranchée. Plus tard dans la journée, la même scène se reproduit, le 346e évacue sa ligne et la reprend peu de temps après sans attendre l’arrivé des renforts qu’on lui a annoncé.

L’ennemi se rend toujours en grand nombre aux éléments du 220e qui se trouvent en avant des tranchées  » le Triangle « . Ces mêmes éléments sont soumis à un violent bombardement durant toute la journée. Les morts sont très nombreux.

En avant de Fleury, le 214e R.I. repousse une attaque. Le régiment qui se trouvait à côté de lui a du reculer, de leur propre initiative, les hommes du 214e s’élancent sur les positions que tenait ce régiment et les reprend à l’ennemi.

Durant la nuit, la 74e D.I. ( 50e et 71e B.C.P., 222e, 229e, 230e et 333e R.I.) monte en première ligne du  » nez de Souville  » ou bois de la Laufée.

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Colonne de soldats qui se dirigent vers le front


 

9 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Le 5e bataillon du 220e R.I., qui est en ligne à gauche de Vaux-Chapitre, reçoit l’ordre d’attaquer à 16 h les tranchées Montbrison et Lecourt.
Toute la journée, l’artillerie française bombarde ces positions avec ténacité.

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Quelques minutes avant l’assaut, une 30e d’Allemands et un officier viennent se rendrent aux Français.

Le bombardement préparatoire semble avoir été efficace car de nombreuses défenses ennemies sont détruites, à l’exception d’une mitrailleuse qui cause des pertes sensibles. Elle fini néanmoins par être maîtrisée et la progression peu se poursuivre.
Sur la droite du dispositif, l’ennemi offre cependant plus de résistance et c’est avec l’aide du 283e R.I. progressant à la lisière ouest du bois de Vaux-Chapitre que ce secteur fini tout de même par se rendre.

A la nuit, après plusieurs heures de combat, la progression a été sensible. Cependant, l’objectif final, à savoir les 2 tranchées Montbrison et Lecourt, n’ont pas été atteinte et restent aux mains de l’ennemi.

Les brancardiers, à la faveur de l’obscurité, commencent leur longue nuit à la recherche des blessés.


10 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
La lutte continue dans les secteurs de la Carrière, de la Haie-Renard et du Chênois. L’artillerie allemande pilonne sans interruption les lignes françaises.


 

11 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Une forte attaque allemande est repoussée par la 19e compagnie du 5e bataillon du 220e R.I.


 

12 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Dans le secteur de Thiaumont-Ravin des Vignes, le 315e R.I. lance une attaque. Toute la journée, il progresse lentement en faisant reculer l’ennemi à la grenade. Ce n’est que vers 19 h 45 que les Allemands se replient en cessant le combat.


 

13 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Dès 5 h du matin, le 5e bataillon du 220e R.I. toujours aidé par quelques éléments du 283e, reçoit l’ordre d’attaquer les tranchées de Montbrison et Lecourt, tant disputées ses derniers jours. Sans préparation d’artillerie, profitant ainsi de l’effet de surprise, les hommes du 220e s’élancent et parviennent à s’emparer de la tranchée Montbrison et à poursuivre vers la tranchée Lecourt.

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Cette dernière position n’est cependant pas atteinte, mais un groupe de grenadier composé de 6 hommes parvient à s’établir dans le boyau qui relit les 2 tranchées entre elles.
Vers 18 h, une première contre-attaque allemande est repoussée puis une seconde à 22 h 30 sur la tranchée Montbrison.

La progression du 315e commencé la veille reprend par petits groupes. Une 20e de mètres sont conquis.

Durant cette journée, la ville de Verdun a reçu la croix de la Légion d’honneur et diverses décorations décernées par les pays alliés.
La cérémonie s’est déroulée dans la citadelle en présence du président de la République, M. Poincaré, du ministre de la guerre, de plusieurs représentants des nations alliées : Grande-Bretagne, Russie, Italie, Serbie, et des grands généraux français : Pétain, Joffre, Nivelle et Mangin.


 

14 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Les éléments du 220e et du 283e, entre la tranchée Montbrison et Lecourt ne faiblissent pas et tiennent bon devant plusieurs contre-attaques allemandes.

De son côté, le 315e R.I. progresse à nouveau de 40 m toujours en forçant la passage à la grenade.


 

15 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
La lutte du 220e et du 315e se poursuit.

Durant toute la journée, la caserne Marceau est soumise à un tir de très gros calibres.

Durant la nuit, la 133e D.I. (32e, 102e, 107e et 116e B.C.P., 321e R.I. et 401e R.T.) vient renforcer la 67e dans le secteur de Souville.


16 septembre au 15 octobre – Préparatifs de la grande offensive française rive droite
Les généraux affectés au secteur de Verdun pensent à présent qu’il est temps de passer à l’offensive. Cependant, ils n’ont pas oublié les erreurs qu’ils avaient commis en mai, lors de la tentative de reprise du fort de Douaumont.
Durant cette action, la préparation d’artillerie française n’avait pas du tout été suffisante, laissant intactes des organisations ennemies qu’il aurait été indispensable de détruire ; Au moment de l’attaque, l’artillerie allemande continuait inexorablement à être 2 fois plus puissante que la notre ; Les effectifs mobilisés pour mener l’attaque étaient trop insuffisants ; La préparation du terrain, parallèles de départ, boyaux de communication vers l’arrière, liaisons téléphoniques… avait été négligés.

Afin de corriger ces erreurs, le générale Pétain, organisateur incomparable, emploie toute son énergie pour obtenir des batteries et des munitions. Il obtient 2 obusiers de 400 mm qu’il compte utiliser, l’un sur le fort de Douaumont, l’autre sur le fort de Vaux.

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Mortier de 400 mm monté sur rails

Témoignage du général Pétain :  » A Verdun, notre heure sonnait. Au début d’octobre, nous avions convenu, le général Nivelle et moi, de procéder à la reprise des forts, pour rétablir la place dans son intégrité.
Le général Mangin, nommé au commandement des secteurs de la rive droite, dirigeait l’opération et sous l’impulsion d’un tel chef, dont la vigueur était proverbiale dans l’armée, nous escomptions un succès complet.
Le Grand Quartier Général avait envoyé les deux mortiers de 400 millimètres demandés qui, joints aux quelques pièces de 370 millimètres que nous possédions déjà, permettaient d’exécuter sur les ouvrages une puissante action de démolition… « 

Avec le concours du général Mangin, qui a aménager les gares de Baleycourt et de Landremont où s’effectue le déchargement des trains, il parvient à stocker au rythme de 4 à 5 trains par jour, plus de 500 000 tonnes de matériels et de projectiles aux alentours proches de Verdun.

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Il stimule et renforce l’aviation qui, petit à petit, commence à prendre le dessus sur l’aviation allemande.

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Aidées par plusieurs unités d’aérostiers, les aviateurs quadrillent méthodiquement, durant plusieurs semaines, chaque mètre carré du camp allemand, sur un front de 7 km de large et 3 km de profondeur. Chaque batterie, abris, tranchée, réseau de fil de fer, nid de mitrailleuses, point d’observation, voie d’accès, est minutieusement cartographié. Les informations sont centralisées et étudiées afin que le jour de l’attaque l’artillerie soit parfaitement réparti suivant les secteurs et les endroits stratégiques, et que les coordonnées des objectifs soient parfaitement connues. C’est une entreprise titanesque menée avec brio, qui démontre pour une fois le savoir faire français.

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Ballon « saucisse » en cours de repérage

 

De son côté, le général Mangin a la mission d’aménager le terrain.
Il fait approfondir les lignes et les fait transformer en parallèles de départ ; restaurer d’anciens blockhaus et creuser de nouveaux abris pour les postes de commandement ; établir des liaisons téléphoniques par câbles enterrés entre ces abris et les premières lignes.
Afin de faciliter l’acheminement des troupes d’assaut, il fait reconstruire la piste reliant le ravin du Pied-du-Gravier à la région de Thiaumont ; fait remettre en état la route du Faubourg Pavé à la chapelle Sainte-Fine, ainsi que les chemins du fort de Souville et du bois des Essarts.

Partout, la pioche s’enfonce dans les cadavres, les travailleurs se mettent des gousses d’ail dans les narines pour échapper à l’odeur épouvantable. De plus la pluie tombe en permanence, ce qui rend les travaux très pénibles.
Témoignage du sous-lieutenant Albert TEXIER :  » Quelquefois, un travailleurs, bouleversé, écoeuré, se relève à demi ; sa pelle ou sa pioche lui tombre des mains ; le sol est formé de cadavres.
- Mon lieutenant, on creuse dans la viande !….
- Ne t’occupe pas, creuse ! « 

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Témoignage de Fernand DUCON, sergent à la 19/2 compagnie du Génie :  » Les sapeurs du génie peuvent être comptés parmi les combattants les plus méritants et parmi les plus méconnus. On a trop tendance à ne voir dans ce corps d’élite, ou que les spécialistes souvent héroïques de l’effroyable guerre de mines, ou que les sapeurs plus favorisés de compagnies de chemin de fer, de télégraphistes ou de pontonniers.
En réalité, les compagnies divisionnaires groupèrent la majorité des hommes du génie, à la fois sapeurs et fantassins. Dans les divisions d’attaque notamment, ils vécurent en contact intime avec leurs camarades de l’infanterie, dirigeant leurs travaux de préparation, les accompagnant à l’assaut, le fusil ou le mousqueton à la main, la pioche passée dans le ceinturon lorsque l’heure H avait sonné, s’efforçant ensuite d’organiser le mieux possible l’effroyable chaos du terrain conquis. « 

 

Pour finir, le général Nivelle a la charge des troupes qui vont participer à l’offensive, soit 8 divisions.
3 d’entres elles vont attaquer en première ligne, sur un front de 7 km.

A gauche, la 38e D.I. (général Guyot de Salins) (8e Tirailleur, 4e Zouave, 4e Mixte Z.T. et R.I.C.M.), renforcée par le 11e R.I., partira depuis la carrière d’Haudromont et aura pour objectif d’atteindre la contre-pente nord du ravin de la Couleuvre, de s’organiser dans le village de Douaumont et de reconquérir le fort de Douaumont. Ce dernier objectif, le plus glorieux, est confié au R.I.C.M. (Régiment d’Infanterie Colonial du Maroc), commandé par le lieutenant-colonel Regnier ;

Au centre, la 133e D.I. (général Passaga) (32e, 102e, 116e et 107e B.C.P., 401e R.T., 321e R.I.) aura pour mission de s’emparer à la hauteur de Fleury, du ravin de Brazil, des pentes de la Caillettes et du ravin de la Fausse-Cote ;

A droite enfin, la 74e D.I. (général de Lardemelle) (50e et 71e B.C.P., 222e, 229e, 230e, 299e et 333e R.I.), renforcée par le 30e R.I., partira de la Haie-Renard au fond de Beauprè et aura pour objectifs de reprendre le Chênois, la Vaux-Régnier, le bois Fumin, le Fond de la Horgne puis le fort de Vaux.

De part et d’autre, les régiments d’aile des divisions voisines auront la tâche d’appuyer l’attaque et d’éviter un contournement des troupes.

3 autres divisions vont intervenir en deuxième ligne, la 7e D.I. (102e, 103e, 104e et 315e R.I.), la 9e D.I. (66e B.C.P, 4e, 82e, 113e et 313e R.I.) et la 36e D.I. (18e, 34e, 49e R.I. et 218e R.I.).

Les 2 dernières resterons en soutient, la 22e D.I.(19e, 62e, 118e et 116e R.I.) et la 37e D.I. (2e et 3e zouaves, 2e et 3e tirailleurs).

Depuis 1 mois, toutes les compagnies formant ces bataillons qui vont attaquer, sont venues cantonner entre Bar-le-Duc et Saint-Dizier.

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Chaque jour, les troupes s’entrainent sur des terrains aménagés pour ressembler aux différents champs de bataille de Verdun. Les soldats qui vont assaillir le fort de Douaumont par exemple, étudient par coeur à l’aide de plans, la topologie du fort. De tel sorte que le jour J, ils puissent s’y déplacer sans aucune hésitation.

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Cantonnement à l’arrière du front

 

Sur tous les fronts de Verdun, mise à part quelques engagements locaux dans le secteur de Thiaumont, la bataille qui dure depuis 7 mois s’atténue. Cette accalmie relative permet aux Français de réaliser plus facilement leurs grands préparatifs. Cependant, les pluies abondantes sapent le moral des combattants et la lassitude est très grande de part est d’autre.
Témoignage du colonel DESPIERRES, du 239e R.I. :  » Je vais faire la tournée du secteur en suivant la première ligne. Je ressens une impression inimaginable ; des deux côtés, boche et français, les tranchées sont envahies par l’eau. Il y a une profondeur de près d’un mètre. C’est dire que ces tranchées ne peuvent plus être occupées par les éléments de première ligne. Tout le monde est sur le parapet. Les Boches à dix mètres nous regardent avec indifférence. C’est une véritable trêve qui paraît être conclue entre les deux partis. On ne cherche qu’une seule chose, c’est vivre comme on peut et surtout échapper à cette humidité croissante qui, par les froids qui commencent, devient impossible à supporter. « 

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Témoignage du Capitaine André GUILLAUMIN du 102e R.I. :  » Mon P.C. se composait d’un vague trou dans la boue où nous nous tenions, mon ordonnance et moi, mi-assis, mi-recroquevillés. Le sol était si mou que les obus faisaient fougasse projetant un geyser de boue…
L’un d’eux me frôla, s’enfonça presque à mes pieds, et dans l’éclatement, au milieu d’une auréole de boue, se dressa un officier allemand à demi décomposé, la figure verte dans un uniforme vert. Je vois toujours ce cadavre, face à face avec moi pendant une seconde, puis la masse de boue retomba et il disparut.

Cette situation de stagnation pesante dure jusqu’au 15 octobre. A cette date, le général Nivelle rend compte au général Pétain que tous les préparatifs sont prêts. Il ne reste plus, à présent, qu’à définir le jour et l’heure de l’offensive…

Le 9 octobre, le général Nivelle a reçu le maréchal Joffre à la mairie de Souilly. Ce dernier est venu s’enquérir de l’avancement des préparatifs.

Le 12, c’est au tour de Georges Clemenceau, alors président de la commission de l’Armée au Sénat, de faire le voyage depuis Paris.p55
Lorsqu’il descend de sa voiture devant les marches de la mairie, tous les soldats présents l’applaudissent et l’acclament.
Témoignage du commandant P… :  » Le Président, M. Clemenceau, ne jouissait dans l’armée d’aucune popularité, mais on savait quel profond amour il portait à son pays, on connaissait sa loyauté, son intéressement, sa générosité, sa haute conscience, et peut-être était-il, de tous « les maîtres de l’heure », l’homme le plus estimé et le plus respecté des poilus. « 

Après un court exposé par Nivelle, conférencier hors pair, sur les grands points de l’offensive, Clemenceau demande à être conduit sur la ligne de front. Tous les officiers présents lui déconseillent ce déplacement mettant en avant la dangerosité des lieux, mais le Président l’exige et le cortège de voitures part pour Verdun.
Témoignage de Joseph MORELLET, agent de liaison au 407e R.I. :  » Le deuxième échelon du 407 était à la tourelle de Souville quand Clemenceau est arrivé, accompagné par quelques officiers. A un moment donné, près de la tourelle, un des officiers lui dit : « Monsieur le Président, là, il faut être très prudent et faire vite ; c’est très dangereux ». Il répondit : « Quelle est la plus belle mort pour moi que de la faire ici ? ».
Il est peu de divisions qui n’aient à raconter sur Clemenceau une anecdote semblable. En ce qui concerne celle-ci, nous avons vu Clemenceau en première ligne à trois reprises, au Bois-Brûlé en 1915, à Verdun en octobre 1916 et à la Main de Massives en 1918, et dans les secteurs qui n’étaient pas choisis d’ordinaire par les Parlementaires et les journalistes pour leurs visites au front.
C’était un homme ! « 

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20 et 21 octobre – Début de la préparation d’artillerie française sur la rive droite
A l’aube, la préparation d’artillerie française commence, elle va s’intensifier jusqu’au 24 octobre.

Elle est constituée de 654 pièces : 20 pièces de calibre 270 à 400 ; 300 pièces du 120 au 220 ; 334 pièces du 65 au 105.
Le front allemand est constitué alors de 7 divisions, soit 22 bataillons mais très échelonnées en profondeur. Les hommes de premières lignes sont totalement abrutis par la puissance du tir français. Chaque position et élément stratégique, préalablement repéré,
n’est épargné. C’est un déluge de fer et d’acier.
Les plus gros calibres sont réservés pour les forts de Douaumont et de Vaux qui sont les 2 points stratégiques à reconquérir.

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L’artillerie allemande ne reste pas pour autant inactive, et toutes les batteries françaises connues sont contrebattues avec violence.


 

22 octobrePréparation d’artillerie française sur la rive droite
Une attaque française est simulée par l’allongement subit du tir d’artillerie et par des mouvements dans les tranchées françaises. Cette ruse permet le repérage de 158 batteries ennemies nouvellement mises en place et qui étaient restées muettes jusqu’à présent.

Toutes ses batteries ainsi repérées sont systématiquement pilonnées et seulement 90 seront signalées en action le jour de l’attaque. Ces tirs ont été ajustés avec l’aide de l’aviation française qui domine largement le ciel de Verdun.


23 octobrePréparation d’artillerie française sur la rive droite
Vers 8 h, la préparation d’artillerie française s’intensifie.

A 12 h 30, la superstructure du fort de Douaumont est transpercée par un obus de 400 mm.
Pour tous les hommes présents dans le fort, le bruit incessant et assourdissant du bombardement extérieur a été soudain dominé par un déflagration gigantesque et un tremblement plus important du sol. Tous les cœurs ont fait un bon dans leur poitrine : « On a été touché ?!« .
L’obus a exploser au milieu de l’infirmerie, tuant sur le coup la 50e de blessés et personnel sanitaire qui occupaient le lieu. Rapidement, un important incendie se déclare avec beaucoup de fumée, qui interdit tout accès.
10 minutes plus tard, un second obus de 400 perce la voute de la casemate 8, ensevelissant tous les occupants.
Chaque quart d’heure en moyenne, un nouvel obus s’abat sur le fort dans une explosion énorme qui secoue tout l’édifice. Les dégâts causés sur la voute sont importants et le bombardement extérieur semble beaucoup plus prêt et dangereux avec les trous béants ainsi formés. La panique commence à gagner les hommes.
Le 5e obus, perce la voute du couloir principal, au niveau de la casemate 10, en ensevelissant une escouade.

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Casemate effondrée par un obus de 400 mm
(photo prise le 25 octobre, lorsque le fort a été repris par les Français)

Dés lors, ce couloir devient impraticable. Le commandant du fort, le chef de bataillon Rosendahl, du 90e R.I. donne l’ordre à toute la garnison de gagner l’étage inférieur du fort.
Lorsque le 6e obus explose, il est suivit d’une série de « coups de pétards » et de grosses explosions. Passant par le trou de la voute du couloir principal, l’obus est venu explosé tout en bas, dans le dépôt de grenades et de munissions, tuant une 50e de sapeurs du génie.
Un incendie très important propage des fumées opaques qui avancent rapidement dans les couloirs. Chaque hommes se précipite et met son masque à gaz, ceux qui n’y parviennent pas assez tôt meurent dans des convulsions atroces. Certains soldats deviennent fous et veulent sortir de cette souricière, mais les 2 issues sont violemment bombardées par des obus toxiques.
A 14 h, la lumière s’éteint plongeant la fort dans les ténèbres. A cette instant, continuer à tenir l’enceinte devint difficile.
A 17 h, l’évacuation du fort par tous les hommes « non indispensables » est ordonné. Seul un petit groupe du génie, d’une 100e d’hommes commandée par le capitaine Soltan du 84e R.I. reste avec la mission d’éteindre l’incendie du dépôt à munissions.
Chaque homme devant évacuer, la peur au ventre mais avec une discipline impressionnante, s’élance à l’extérieur à travers les obus. Les 400 ont ralenti mais tous les autres calibres jusqu’au 220 se déchainent encore sur le fort. A 18 h, l’ordre d’évacuation est exécuté.
Débute alors pour les hommes de Soltan une lutte à mort contre la fournaise. Il n’y a plus d’eau pour éteindre les flammes et beaucoup d’hommes, à bout de force, sont déjà intoxiqués par les fumés et vomissent sans cesse. Le capitaine Soltan envoie des coureurs pour demander un retrait en urgence, mais aucun ne revient.
A 23 h, dans un dernier élan, Soltan ordonne de mettre une mitrailleuse en position à la sortir nord-ouest. Mais plusieurs équipes de mitrailleurs succombent successivement à cette place en raison du bombardement par obus toxique qu’infligent des Français.
Entre 4 et 5 h, les hommes de Soltan évacuent enfin le fort, titubants, vomissant, portant les malades sur des ciliaires, pas un ne fût abandonné.

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Durant la journée, les généraux Pétain, Nivelle et Mangin se réunissent. Aux vues des résultats positifs qu’a donné la simulation d’attaque de la veille, des prévisions météo des jours à venir et des derniers rapports concernant les préparatifs des régiments d’infanterie qui attendent derrière le front, la décision est enfin prise. Le jour J sera le lendemain, le 24 octobre, l’heure H, 11 h 40.

Dans la nuit, les hommes des régiments des 38e, 74e et 133e D.I stationnés entre Bar-le-Duc et Saint-Dizier, font leur paquetage et gagnent Verdun pour prendre position dans les parallèles de départ.
Chacun a reçu un équipement spécial. En plus du chargement habituel (outils individuels, toile de tente, couverture, habits de rechange, ustensiles de cuisine et d’entretient, etc.) (voir la partie « Uniforme » « L’équipement ») et des 3 cartouchières bourrées à craquer, chaque homme doit emporter en plus 2 musettes contenant plusieurs rations fortes et rations de réserves (voir la partie « Uniforme » « L’équipement »), une musette à grenades, un second masque à gaz, un second bidon contenant du vin ou de l’eau et 2 sacs à terre. Un fardeau démesuré d’au mois 40 kg, pour des hommes qui doivent rester frais au moment de l’assaut.

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24 octobre – Grande offensive française rive droite. Reconquête du fort de Douaumont

(Voir « Le fort de Douaumont » dans la partie « Fortifications »)

Ordre du jour du général Passaga, commandant la 133e D.I. :  » Officiers, sous-officiers, soldats, il y a près de huit mois que l’ennemi exécré, le Boche, voulut étonner le monde par un coup de tonnerre en s’emparant de Verdun. L’héroïsme des  » poilus  » de France lui a barré la route et a anéanti ses meilleures troupes.
Grâce aux défenseurs de Verdun, la Russie a pu infliger à l’ennemi une sanglante défaite et lui capturer près de quarante mille prisonniers.
Grâce aux défenseurs de Verdun, l’Angleterre et le France le battent chaque jour sur la somme, où elles lui ont déjà fait près de soixante mille prisonniers.
Grâce aux défenseurs de Verdun, l’armée de Salonique celle des Balkans battent les Bulgares et les Turcs.
Le Boche tremble maintenant devant nos canons et nos baïonnettes, il sent que l’heure du châtiment est proche pour lui.
A nos divisions revient l’honneur insigne de lui porter un coup retentissant qui montrera au monde la déchéance de l’armée allemande. Nous allons lui arracher un lambeau de cette terre où tant de nos héros dorment dans leur linceul de gloire.
A notre gauche combattra une division, déjà illustre, composée de zouaves, de marsouins, de Marocains et d’Algériens ; on s’y dispute l’honneur de reprendre le fort de Douaumont. Que ces fiers camarades sachent bien qu’ils peuvent compter sur nous pour les soutenir, leur ouvrir la porte et partager leur gloire !
Officiers, sous-officiers, soldats, vous saurez accrocher la croix de guerre à vos drapeaux et à vos fanions ; du premier coup vous hausserez votre renommée au rang de celle de nos régiments et de nos bataillons les plus fameux. La Patrie vous bénira. « 

A 7 h, une petite section allemande formée d’une 20e d’hommes, sous les ordres du capitaine Prollius, retourne à l’intérieur du fort de Douaumont pour y faire une inspection. Bien que le dépôt du génie flambe toujours et que l’infirmerie soit toujours inaccessible par l’odeur qui y règne, l’air est plus ou moins respirable dans les autres parties du fort. Bien que 6 casemates soient totalement détruites et que le couloir supérieur soit percé en 3 endroits, il existe toujours une liaison entre la partie ouest et la partie est par le couloir inférieur. Les issues des coffres simples ouest et est sont encore partiellement utilisables.
Le capitaine Prollius tire la conclusion que le fort peu encore être défendu si des forces suffisantes équipés de mitrailleuses regagnent la forteresse.
Il envoie aussitôt un message par coureur stipulant l’envoie de renfort.

 

Dans la matinée, un certain nombre de soldat allemands sortent de leur tranchée et viennent se porter prisonnier dans les lignes françaises. Ils sont à bout de force en raison du bombardement qu’ils subissent depuis 4 jours.
Témoignage du général DOREAU, de la 213e Brigade :  » Ceci ce passait le 24 octobre 1916. Mon P.C. était installé au bas du glacis de Souville, à 300 ou 400 mètres, pas plus, de la ligne de trous d’obus qui servait au 401e R.I. de tranchée de première ligne.
Il ne comportait, étant donné la nature du terrain, que quelques mauvaises sapes, à sol horizontal, creusées les unes à côté des autres, larges chacune de moins de deux mètres. Outre mes deux officiers d’état-major, j’avais avec moi, ce jour-là, un officier d’artillerie et un officier (de liaison) de chacun de mes trois corps: 401e R.I., 32e et 107e B.C.P
.
Donc, pressés les uns contre les autres, casqués, vêtus de capotes de troupe maculées de boue, et éclairés par deux bougies fichées dans des pommes de terre coupées, sept êtres humains, pas du tout décoratifs, dans un cadre qui ne l’était pas non plus.

Le premier prisonnier qu’on m’amena fut un oberleutnant. Priè de me remettre ses papiers, il s’exécute. Interrogé sur sa qualité, il déclare être officier de réserve, instituteur dans la vie civile. Puis, un peu rassurè et se ressaisissant au bout de quelques minutes, il essaie de regimber, et ce dialogue s’angage :
- Mais enfin, qui êtes-vous pour me questionner ?

- Je suis un commandant de brigade, et ces messieurs sont les officiers de mon état-major.

- Un commandant de brigade ?… Ici ?…

- Oui, ici ; et dés demain matin, il ira plus loin vers le nord.

Un ahurissement inexprimable se paignit sur sa physionomie. Evidemment, dans l’armée allemande, les officiers généraux ou ceux qui en tenaient le rôle, n’avaient pas coutume de se loger dans des sapes inconfortables, situées à 300 mètres des tranchées de première ligne … »

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11 h 30, 10 minutes avant l’heure H.
Depuis l’aube, un brouillard assez dense s’est rependu sur tout le front. Bien que chacun espérait qu’il se dissipe avant l’assaut, il est toujours aussi épais et empêche de voir à plus de 10 mètres. Si d’un côté il empêche les mitrailleurs allemands à bien ajuster leurs tirs, de l’autre, il sera dangereux aux soldats français de s’y engager et surtout de s’y perdre.
Témoignage de Edouard BOURGINE du 3e bis Zouaves :  » Ce matin, un épais brouillard estompait uniformément chaque chose, impossible de voir à deux pas devant soi.
Brusquement, des patrouilleurs boches trouèrent le brouillard devant nous. Ils allaient paisiblement, les mains dans les poches, l’arme à la bretelle. Stupéfaits, nous eûmes un instant d’indécision. C’est alors que le gradé boche proféra d’un ton lamentable  » triste guerre messieurs, triste guerre…  » puis le brouillard l’enveloppa. « 


11 h 40, l’heure H.
Une clameur se soulève soudain dans le camps français, d’un même élan,
des milliers d’hommes sortent des tranchées est s’élancent vers l’avant sur un terrain lourd et glissant.

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Chaque unité se dirige à la boussole en direction du nord-est à la vitesse de 100 mètres toutes les 4 minutes. Elles sont précédées d’un formidables barrage roulant qui interdit aux Allemands de sortir de leurs abris.

 

Voici en détail, les unes après les autres, toutes les actions menées :

La gauche du plan d’attaque est tenue par la 38e D.I. (8e Tirailleur, 4e Zouave, 4e Mixte Z.T., R.I.C.M.) et renforcée par le 11e R.I. Mission : atteindre la contre-pente nord du ravin de la Couleuvre et la carrière d’Haudraumont, s’organiser dans le village de Douaumont et reconquérir le fort de Douaumont :

Le 11e R.I. (lieutenant-colonel de Partouneaux), à l’extrême gauche du dispositif, se porte à 11 h 38 (en raison d’une montre mal rêglée), à l’assaut de la tranchée Balfourier et de la carrière d’Haudraumont.
S’il trouve la tranchée Balfouquier inoccupée, la carrière est quant à elle fortement défendue. Après un dur combat à la grenade, il parvient à capturer tous les occupants de la carrière. Il repousse ensuite d’incessantes contre-attaques jusqu’à la fin de la journée.

Le 8e Tirailleur (lieutenant-colonel Dufoulon) et le 4e Zouaves (lieutenant-colonel Richaud) s’élancent à l’heure H en poussant des hurlements.

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Ils atteignent rapidement les tranchées allemandes qu’ils ont en face d’eux. L’ennemi qui attendait pourtant l’assaut français est totalement surpris par la rapidité du mouvement et se rend sans combattre.
Témoignage de X :  » Un officier supérieur sorti en hâte de son abri à l’appel de l’Adjudant Caillard, apparaît en culotte, sans ses molletières qu’il tient à la main et qu’il offre à l’Adjudant Caillard en criant  » Chef de Corps ! , Chef de Corps ! « . Un vaguemestre était en train de procéder au triage des lettres, il sort de son trou les yeux hagards, les deux bras levés, brandissant d’une main sa boite aux lettres, de l’autre une liasse d’enveloppes et s’écrie d’une voix suppliante :  » Pardon, pardon, Monsieur ! « . Il est à remarquer que la plupart criaient :  » Pardon « , plus encore que  » Kamarade « . Nous les encouragions de notre mieux, leur disant dans leur langue qu’on ne leur ferait pas de mal s’ils se rendaient. « 
Les prisonniers sont conduits en direction du ravin des Trois-Cornes où se trouve le P.C. du régiment.
A 12 h, le bois de Nawé et la contre-pente nord du ravin de la Dame sont reconquis.
A 14 h, la contre-pente nord du ravin de la Couleuvre est atteinte. Les hommes s’y déploient et poursuivent en direction du village de Douaumont.
Les ruines du village sont reprises à
14 h 45 par le 4e Zouave qui s’y fortifie. Deux patrouilles poursuivent ensuite en direction du fort de Douaumont pour tenter de le contourner.
A 15 h, une patrouille de la 17e compagnie du 8e Tirailleur part faire une reconnaissance en avant des lignes. Elle descend dans le ravin de la Goulotte, puis dans le ravin de Helley ou elle attaque plusieurs abris ennemis et fait plusieurs prisonniers.

Le 4e Mixte Z.T. (lieutenant-colonel Vernois) subit peu de temps avant l’heure H, un tir bien ajusté de l’artilleries allemandes. Les blessées et les morts sont nombreux, 200 hommes environs.
A 11 h 39, il s’élance tout de même et parvient à atteindre la ferme de Thiaumont et à la reprendre.
A 12 h 25, ayant poursuivit sa progression, il se trouve face au bois Morchée.
A 14 h 45, il aborde le village de Douaumont et le réoccupe avec le 4e Zouave. Il s’établie finalement à 60 m en avant du village.

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Le R.I.C.M. (Régiment d’Infanterie Colonial de Maroc) (lieutenant-colonel Regnier) part du ravin des Vignes:
- le 4e bataillon (commandant Modat) doit s’emparer de la 1ère ligne ennemie et s’y organiser défensivement.
- le 1er bataillon (commandant Croll) doit dépasser le 4e, encercler le fort de Douaumont et s’organiser en avant.
- le 8e bataillon
(commandant Nicolay) doit pour finir prendre et nettoyer le fort.

A 11 h 40, le 4e bataillon s’élance vigoureusement mais se heurte rapidement à un tir de mitrailleuse imprévu. Cette mitrailleuse allemande s’est infiltrée à la faveur du brouillard dans les premières lignes françaises. Ces dernières avaient été évacuées pour ne pas risquer que leurs occupants subissent le tir de l’artillerie française. Tous les hommes sautent aussitôt dans les trous pour se mettre à l’abri. Dans cet élan, le commandant Modat est blessé.
Un certain « flottement » se produit alors dans la troupe, composée de Sénégalais. Il devient urgent que cette mitrailleuse soit maitrisée si l’on ne veut pas réduire à néant l’entrain qui avait été manifesté au départ.
Le capitaine Alexandre, qui a pris le commandement, prend aussitôt l’initiative et s’élance en hurlant en direction de la mitrailleuse. Electrisés, ses hommes le suivent et en quelques minutes, les servants de la mitrailleuse sont tués à coup de grenade.

La troupe peut enfin poursuivre sa progression. Elle occupe bientôt les tranchées allemandes de premières lignes et s’y fortifie.

Comme cela est convenu, le 1er bataillon dépasse alors le 4e bataillon à travers le brouillard. Il s’avance vers le fort afin de le contourner par la gauche et la droite et s’établir au-delà. Cependant, à quelques 300 m des fossés, le brouillard se déchire brusquement et le bataillon s’aperçoit qu’il est seul dans la plaine. Il doit théoriquement, avant de continuer plus avant, attendre le 8e bataillon qui à la mission d’investir le fort et qui est le seul outillé pour !

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Quelques temps plus tard, ne voyant toujours pas le 8e bataillon et trépiniant d’impatience, le capitaine Dorey, sous les ordres du commandant Croll, décide, puisque personne ne vient l’aider, de poursuivre son élan et de prendre le fort seul.
Témoignage du sergent Gaston GRAS du R.I.C.M :  » Il commande l’attaque immédiate, sans perdre une secondes !
Les ordres s’envolent, frémissants, martiaux !
- Compagnie Brunet ! Courez à la face sud-ouest, et attaquez !
- Compagnie Mazeau ! Attaquer la gorge du fort ! et dare-dare !
- Compagnie Fredaigne ! Rester en arrière pour recueillir la bataillon, s’il tombe sur un bec !…
- Goubeaux ! suivez-moi avec les mitrailleuses de réserve ! Nous allons, entre Brunet et Mazeau, prendre notre part de l’attaque !
Alors, transfigurées, au pas de course, les compagnies obéissent.
En tête de la compagnie Brunet, une patrouille de combat, commandée par un humble mais héroïque caporal, Béranger, saute hardiment dans le fossé du fort, se précipite sur le coffre de contrescarpe : déjà des mitrailleurs ennemis s’assoient précipitamment à leurs pièces, engagent des bandes souples, vont tirer ; à coup de crosses, la patrouille Béranger les assomme à leurs postes…
Désormais, le fossé ne sera plus balayé par la Maxims, mise à la raison…
De son côté, la compagnie Mazeau se rue dans la gorge, s’en empare.
La compagnie Fredaigne les suit, commandée par un simple adjudant, tous les officiers ayant été tués au cours de l’attaque…
Alors un torrent d’hommes se jette dans les fossés, grimpe sur le fort, envahit les superstructures : c’est un calvaire, mais un calvaire triomphal. « 

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Qu’est devenu de le 8e bataillon ? Il s’est élancé dans la brume à la suite des 2 autres bataillons. Boussole à la main, le commandant Nicolay progresse droit devant mais s’étonne de ne pas rencontrer les obstacles qu’il a sur son plan. Au bout d’un moment, alors qu’il aurait déjà dû rencontrer le fort, il stoppe son bataillon dans l’incertitude la plus complète.

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Soudain, un soldat allemand qui hère entre les lignes s’approche. Il est mené au commandant et questionné hâtivement. Puis il donne la bonne direction pour atteindre le fort… Il s’avère que Nicolay avait dirigé son bataillon trop à l’est car l’aiguille de la boussole était déviée par l’acier de son revolver. Le bataillon reprend sa marche rapidement. Il arrive enfin devant les fossés du fort et retrouve le 1er bataillon qui vient juste d’occuper les superstructures.

La relève se déroule, le 8e bataillon fortifie les superstructures et commence à pénètre à l’intérieur du fort pour le nettoyer petit à petit de ses occupants.
Le 1er bataillon, quant à lui, reprend sa marche vers le nord et va s’établir devant le fort, sur les emplacements qui constituent son objectif final.
Témoignage de Fernand DUCOM de la compagnie divisionnaire 19/2 du Génie, mise à disposition du 8e bataillon du R.I.C.M. :  » Nous passons près de l’abri Adalbert, ruiné, au sud-ouest du fort ; puis dans un ultime élan, nous atteignons le fossé de Douaumont. Contemplant notre proie, hésitant sur le bit à atteindre, nous marquons un temps d’arrêt. Mais le sous-lieutenant Huguet, qui a aperçu la tourelle de 155, notre objectif, de s’écrier :  » Allons ! en avant, génie ou coloniaux !  » Nous partons trois en tête, la baïonnette haute, le doigt sur la détente ; il me semble que je suis invulnérable. Nous défilons devant de nombreux créneaux aménagés sur la face du fort ; pas un coup de feu n’en sort. Quelques grenades sont lancées dans les cheminées d’aération. Dans un suprême effort, nous grimpons sur la tourelle de 155…
Mais les Allemands, repliés dans une carrière, à 300 mètres de là, nous ont aperçus. Des obus de petit calibre, ceux d’un canon-revolver, qui doit faire mouche à chaque coup, commencent à tomber…

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Les projectiles éclatent sans interruption, de tous côtés ; des blessés, des morts jonchent le sol. La mitrailleuse des coloniaux, en position à quelques mètres devant nous, a un grand nombre de ses servants hors de combat. Quelques-uns ont des blessures affreuses ; et il est singulièrement émouvant de voir avec quel empressement les indemnes prennent leur place.
Maurice Daney, le plus cher de mes amis de guerre, tombe dans les bras, le crâne ouvert, frappé à mort. Je ressens moi-même un choc violent au bras, un autre au cou, ma capote est criblée d’éclat et cependant je n’ai aucune blessure…
Venant du chaos du champ de bataille et pénétrant dans le fort par l’entrée principale… Errant dans les couloirs, je tombe enfin sur mon capitaine, tout heureux de me savoir vivant. Son premier lieutenant est blessé, quatre des sous-lieutenants seulement sont indemnes, les autres sont tués, blessés ou disparu.
Chargés de trouver un logement pour les survivants de la compagnie, je découvre plusieurs locaux près de la chambre du commandant allemand, le hauptmann Prollius. Ce dernier est là et l’honneur de sa capture revient à l’un de nos hommes, le maître-ouvrier Dumont, un petit gars débrouillard de la banlieue parisienne. Pénétrant le premier dans le fort, avec un seul colonial, il sut en imposer aux quatre officiers et aux vingt-quatre hommes, des pionniers, qui en constituaient, au moment de l’attaque, toute la garnison. Quelle ne fut pas la surptise du gros des attaquants lorsque, descendant un grand moment après dans l’ouvrage, ils trouvèrent nos deux gaillards en compagnie d’une bande d’Allemands, avec qui ils faisaient déjà bon ménage…
L’état-major allemand est présenté au commandant Nicolaï. Les quatre officiers, d’une correction extrême, paraissent ahuris de notre succès. S’adressant en bon français au chef du 8e bataillon :  » Monsieur, dit le commandant allemand, je suppose que vous serez heureux de vous installer dans ma propre chambre ; elle est à votre disposition « .  » Monsieur, lui répond Nicolaï, en le toisant de haut, le commandant français couchera cette nuit à la porte du fort, avec ses hommes… « . J’ai entendu cela… « 

 

 

Voyons maintenant les autres actions du plan d’attaque français.
Le centre est tenu par la 133e D.I. (32e, 102e, 116e et 107e B.C.P., 401e R.T., 321e R.I.). Mission : s’emparer à la hauteur de Fleury, du ravin de Brazil, des pentes de la Caillettes et du ravin de la Fausse-Cote.

A 11 h 40, le 116e B.C.P. (commandant Raoult) s’élance de Fleury et des abords de la station. En 58 minutes, il atteint le bas de la croupe nord du ravin de Bazil, entre le ravin de la Caillette et celui de la Fausse-Côte. Son objectif est atteint.

A 11 h 40, le 102e B.C.P. (commandant Florentin) suit le 116e B.C.P. jusqu’au ravin de Bazil. Il passe ensuite devant lui et atteint le ravin de la Fausse-Côte, après avoir dispersé à la baïonnette un bataillon ennemi.

A 11 h 40, le 107e B.C.P. (commandant Pintiaux) sort des tranchées au nord de la chapelle Sainte Fine, franchit sans grande résistance le bois de Vaux-Chapitre et le ravin du Bazil. Il arrive enfin dans la région nord de l’étang de Vaux. Son objectif est atteint.

A 11 h 40, le 401e R.I. (lieutenant-colonel Bouchez) s’avance dans le ravin des Fontaines.
Ses éléments de gauche atteignent assez vite le débouché du couloir de la Fausse-Cote et peuvent s’y organiser. Par contre, ceux de droite se heurtent à une forte résistance dans le ravin des Fontaines et au « Nez de Souville ».
Après un dur combat, le régiment parvient tout de même jusqu’à l’étang de Vaux. Son objectif est atteint.

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A 11 h 40, le 321e R.I. (lieutenant-colonel Picard) débouche de la tranchée de Pauly et Vidal, au nord-ouest de Fleury. Il part vers le nord-est pour atteindre à 12 h 35 la croupe du bois de la Caillette.
A 13 h 30, la 19e et 23e compagnie et la 5e compagnie de mitrailleuses, toutes trois commandées par le commandant Megemont, reprennent leur marche et arrivent en vue du fossé sud-est du fort de Douaumont. Leur mission est de s’emparer de la batterie à l’est du fort, ce qu’elles parviennent à faire rapidement car la batterie est sans défenseur.
Le commandant Megemont se trouve ensuite dans le même embarras que va l’être le capitaine Dorey, du 1er bataillon du R.I.C.M. dans 30 minutes : Il se trouve seul face au fort de Douaumont qui semble à porté de main… Il va alors réagir avec la même audace que le fera Dorey, laissant le gros de la troupe aux abords immédiats du fort, il traverse le fossé sud-est avec 3 hommes.
Il atteint rapidement l’observatoire et la petite tourelle est, puis, alors que quelques hommes sont venus grossir la troupe, capture un sous-officier allemand et 7 hommes.
Une demi heure plus tard, le commandant Megemont et ses hommes retrouvent sur la superstructure du fort les éléments du 1er bataillon du R.IC.M. puis du 8e bataillon.
Le 321e R.I. est donc, en cette journée historique, sous la forme d’une poignée d’homme, le premier à avoir escaladé les remparts du fort de Douaumont.
Témoignage du colonel PICARD, du 31e R.I. :  » Le régiment colonial du Maroc devait, le 24 octobre, prendre le fort : il l’a pris: ça, c’est de l’histoire. Mais il pourra impartialement ajouter que ce sont les vieux du 321e régiment d’infanterie qui, les premiers, ont grimpé sur le fort : ça aussi, c’est de l’histoire. « 

 

La droite est tenue par la 74e D.I. (50e et 71e B.C.P., 222e, 229e, 230e, 299e et 333e R.I.) renforcée par le 30e R.I. Ses positions vont de la Haie-Renard au font de Beaupré. Mission : s’emparer du Chênois, de la Vaux-Régnier, du bois Fumin, du Fond de la Horgne puis du fort de Vaux.

A 11 h 40, le 230e R.I. (lieutenant-colonel Viotte) s’élance des tranchées Claudel et Garrand et conquiert en 10 minutes les 1ere positions ennemies.
A peine reparti vers son 2e objectif, le régiment est pris sous le feu des mitrailleuses allemandes qui, devant le bois Fumin, sortent des trous d’obus et de l’ouvrage de la Sablière. Les pertes sont lourdes. Il doit stopper sa marche dans la tranchée Gotha-Siegen. Il est bloqué à cet endroit tout le reste de la journée.

A 11 h 40, le 333e R.I. (lieutenant-colonel Franchet d’Esperey) s’élance vers les tranchées de Moltke et Fulda et parvient à les enlever malgré la violence du feu allemand.
Il s’élance ensuite vers la Vaux-Régnier et aborde l’ouvrage des Grandes-Carrières et s’en empare à 12 h 15.
Cette avancée lui a coûté de nombreuses pertes et c’est avec des forces réduites qu’il tente d’atteindre les Petites-Carrières nord. Son but et de contourner le fort de Vaux par l’ouest.
Malgré l’aide du 50e B.C.P., il ne peut exécuter ce mouvement. Les compagnies se fortifient sur place.
S’abat alors sur ses positions un violent bombardement de l’artillerie française qui n’est pas au courant des nouvelles positions de son infanterie. Il est contraint de reculer et de laisser le terrain qu’il vient de conquérir.

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A 11 h 40, le 299e R.I. (lieutenant-colonel Vidal) au centre de la division, s’élance des parallèles de départ et tombent sur les tranchées Clausewitz et Seydlitz protégées par des barbelés intact et fortement occupés.
9 h durant, il se bat à la grenade sans pourvoir prendre le dessus sur l’ennemi.
A 18 h, il reçoit le renfort d’éléments des 50e et 71e B.C.P. et envisage un nouvel assaut.
Il s’élance à 20 h et parvient enfin à enfoncer les îlots de résistances ennemis. Il reprend la tranchée de la Horgne, dépasse ensuite le petit Dépôt et achèvent son encerclement vers minuit.
Les pertes sanglantes qu’il a subit ne lui permettent pas de continuer la lutte. Certaines compagnies ont perdu les ¾ de leurs effectifs.
Le général de Lardemelle, qui commande la 74e D.I., déçu de ne pas avoir ou reconquérir le fort de Vaux, est contraint à demander au bataillon de se fortifier sur place.

A 11 h 40, le 50e B.C.P. sort des tranchées au nord de la chapelle Sainte Fine, franchit sans grande résistance le bois de Vaux-Chapitre et le ravin du Bazil. Il arrive enfin dans la région nord de l’étang de Vaux.
Des éléments se joignent au 333e R.I. pour tenter d’atteindre les Petites-Carrières nord, afin de pouvoir contourner le fort de Vaux par l’ouest. Cependant, ce mouvement ne peut être exécuté. Les éléments se fortifient sur place.
A 18 h, d’autres éléments se joignent au 229e R.I. qui tente d’enlever les tranchées Clausewitz et Seydlitz.
A 20 h, ses éléments lancent avec le 229e un assaut qui permet d’enfoncer les îlots de résistances. Les 2 tranchées, puis leurs arrières sont reconquises vers minuit.

A l’heure H, le bataillon Baillods du 30e R.I. s’élance et enlèvent les tranchées Werber et Von Kluck au sud de Damloup. De nombreux soldats allemandes sont capturés.
Témoignage du sous-lieutenant MARTIN, du 30e R.I. :  » Soudain, des coups de feu dans le dos. Derrière nous, à gauche, à cant cinquante mètres, la batterie de Damloup émerge du sol ; la compagnie du régiment voisin (222e R.I.) qui devait l’occuper se sera égarée dans le brouillard. Quelques Boches, le déluge d’obus passé, ont commencé à sortir de leurs profonds abris. Effarés sans doute de voir les Français derrière eux, ils tiraillent déjà. Un frisson d’angoisse. Que faire ? Quelle décision prendre ? Mon capitaine n’est pas là est les secondes sont précieuses. A la grâce de Dieu ! Je crie de toutes mes forces : demi-tour ; à la batterie… au pas de course !…
Nous courrons comme des fous. Il s’agit d’arriver avant que tous les Allemands, sortis de leur abris bétonnés, ne soient installés. J’ai demandé à un camarade, officier mitrailleur, qui nous accompagne, de tirer quelques bandes par-dessus nos têtes, pour effrayer l’ennemi. Il s’arrête vite, craignant de nous atteindre. Mais déjà nous voilà en haut de l’ouvrage, criant comme des démons.  » Feu !  » les grenades voltigent. Il était temps. Déjà une mitrailleuse boche s’installait, dont les servants sont immédiatement descendus et je hurle :  » Hände hoch ! (haut les mains !) Désemparés par cette attaque qui leur arrive dans le dos, affolés. Quelques Boches ont levé les bras, un officier en tête ; les autres les imitent, et en voilà qui sortent de leur abris. Il en vient, il en vient encore ; trente, cinquante, quatre-vingts, tous levant frénétiquement les bras. Et nous ne sommes qu’une cinquantaines de Français, le fusil prêt, des grenades à la main ; ne laissant libre que le côté français, je leur indique la direction avec mon bras tendu, tandis que dans ma poitrine, mon cœur bondit de joie et de fierté… Les Boches courent vers l’arrière, où les territoriaux qui les attendent agitent leur casque à bout de bras pour nous acclamer. Dans les abris de la batterie, nous avons ramassé quatre Minnenwerfer et six mitrailleuses…
Nous sommes retournés à nos emplacements. Stupéfait et ravi, mon capitaine téléphone le succès au colonel tandis qu’arrivent nos voisins de gauche (222e R.I.), assez étonnés d’occuper la batterie sans coup férir… »

A 11 h 40, le bataillon Desbrochers des Loges du 222e R.I. saute hors des tranchées Mudra et Steinmetz au bois de la Lauffée. Il s’empare de l’abri dit « du combat » après un fort combat à la grenade. Il poursuit sa marche et occupe la batterie de Damloup prise par le 30e R.I. Il ne peut progresser plus avant.

 

Le bilan de la journée est très satisfaisant.
En ce qui concerne la 133e D.I., tous les objectifs sont atteints à 16 h 30 : le ravin du Bazil (116e B.C.P.), le ravin de la Fausse-Côte (102e B.C.P.),
la moitié ouest du bois de Vaux-Chapitre et la région nord de l’étang de Vaux (107e B.C.P.), le ravin des Fontaines et le « Nez de Souville » (401e R.I.), le bois de la Caillette et la batterie à l’est du fort de Douaumont (321e R.I.).

En ce qui conerne la 38e D.I., tous les objectifs sont atteints à 20 h : la carrière d’Haudraumont (11e R.I.), le bois de Nawé, le ravin de la Couleuvre et le village de Douaumont (8e Tirailleur et 4e Zouaves), la ferme de Thiaumont (4e Miste Z.T.), le fort de Douaumont et ses abords (R.I.C.M.).

En ce qui concerne la 74e D.I., malgré une lutte acharnée toute l’après-midi et une bonne partie de la nuit, les objectifs n’ont pas put tous être atteints. Ont été repris : la moitié est du bois de Vaux-Chapitre (50e B.C.P.), une partie du bois Fumin (230e R.I.), la Vaux-Régnier (333e R.I.), le Fond de la Horgne (299e R.I.). Les troupes n’ont pas pu aborder le plateau du ford de Vaux et le fort lui même.

Malgré ces quelques échecs, le 24 octobre est une journée glorieuse pour les combattants de Verdun. Le fort de Douaumont est définitivement repris et le fort de Vaux est de nouveau très proche des 1ere lignes françaises.
Les gains ont été de 6000 prisonniers, 164 mitrailleuses et 15 canons.

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Témoignage de Fernand DUCOM de la compagnie divisionnaire 19/2 du Génie, mise à disposition du 8e bataillon du R.I.C.M. :  » On a écrit que le fort, en cette soirée du 24, était dans un état de saleté repoussante, qu’une odeur nauséabonde y régnait. J’avoue n’avoir pas du tout vu Douaumond sous cet aspect peu engageant. En réalité, les Allemands avaient admirablement organisé leur conquête. Des lampes électriques à réflecteurs répandent partout une brillante lumière ; des lits confortables ont été placés dans tous les locaux ; toutes sortes d’appareils (téléphones, T.S.F., appareils à oxigène contre les gaz, tous de marque allemande), ont été installés ; les couloirs sont propres, l’atmosphère nullement empuantie, contrairement à ce qu’on écrit. Le fort possède une centrale électriqu, un « lazarett » (hôpital) bien organisé et même un « kasino ». Visiblement, l’ennemi s’était installé de façon définitive; notre arrivée foudroyante l’a surpris, ne lui laissant pas le temps d’organiser une défence sérieuse. Quelques Allemands ont essayé de résister ; leurs cadavres gisent de-ci-de-là, complétement carbonisés par les lance-flammes de notre compagnie Schilt…

Un incendie a été allumé par nos obus dans une casemate effondrée ; le commandant allemand, qui ne doit être évacué vers l’arrière en tant que prisonnier qu’à l’aube, offre de l’éteindre avec ses hommes ; on le lui accorde et je suis chargé de le surveiller. Muni, ainsi que ses pionniers, d’appareils Draeger à oxygène, il s’emploie très activement à l’extinction du feu, fort menaçant. Il faut voir avec quelle promptitude ses hommes obéissent aux ordres qu’il leur donne.
Ainsi, pendant cette nuit du 24 au 25 octobre, le fort de Douaumont posséda deux commandants : un Allemand, un Français.
Revolver au poing, isolé pendant plusieurs heures avec mes Boches, j’ai pu causer longuement avec leur commandant, le Hauptmann Prolius, nullement arrogant, quoi qu’on en ait dit, et qui parle assez correctement le français. C’est un capitaine d’artillerie d’active, âgé de 32 ans, au front depuis le début de la guerre et décoré de la Croix de fer. Le véritable commandant du fort ayant été blessé, il exerçait ses fonctions depuis trois semaines.
Il admire en connaisseur le travail de notre artillerie ; il reste pensif quand on lui parle de Verdun ; beau joueur, il reconnaît notre succès, mais il croit malgré tout à un coup prochain et décisif de l’Allemagne.
En attendant, il m’annonce la prise de Bucarest, et il me donne son opinion sur les principaux alliés : le soldat français est le meilleur de tous (c’est aussi mon avis, mais dans sa position, il ne pouvait guère me dire le contraire) ; l’Anglais ne vaut rien comme guerrier, il est, de plus, cordialement détesté ; le Russe, ordinairement brave, attaque en masses compactes et subit des terribles pertes. La guerre sur le front oriental est beaucoup moins dure que chez nous… « 

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Les Allemands quittent le fort, repris par les Français
(photo prise le 25 octobre)

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Front au 24 octobre 1916


 

25 octobre – Organisation des positions conquises la veille et poursuite de la lutte
Les succès de la veille ont donné un grand espoir aux soldats et aux officiers. Le général Mangin ordonne la poursuite de l’offensive avec la reprise du fort de Vaux le jour même.

Dans la nuit, le 113e R.I. monte en ligne dans le secteur qui s’étend du fort de Douaumont au ravin de la Fausse-Cote. Il occupe le ravin de la Caillette, du Bazil et de Chambouillat et notamment, la tranchée du chemin de fer.
Le 102e R.I. releve le 1er bataillon du R.I.C.M. Dans l’attaque de Douaumont, le R.I.C.M. a perdu 829 hommes et 23 officiers.

Au matin, les unités qui occupent le fort de Douaumont organisent la défense.
Témoignage de Fernand DUCOM de la compagnie divisionnaire 19/2 du Génie, mise à disposition du 8e bataillon du R.I.C.M. :  » Au petit matin, mon capitaine me charge d’organiser la défence du fort ; obstruction des entrées, aménagement de créneaux de tir et d’emplacements de mitrailleuses, avec tous les sapeurs disponibles. La compagnie a également pour mission la surveillance des issues et la police intérieure. Cela vaut au simple sergent que je suis une altercation violente avec un commandant du 102e R.I., venu relever le 1er bataillon du R.I.C.M. et qui s’obtine à encombrer les couloirs de Douaumont, au lieu d’aller occuper ses positions, en avant du fort. Devant mon attitude énergique, il se décide enfin à évacuer la place. »

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Une entrée obstruer et une mitrailleuse allemandes retrouvée dans le fort de Douaumont

A 10 h, 2 bataillons du 216e R.I., en ligne dans le secteur de la Vaux-Regnier, s’avancent des carrières vers le fort de Vaux. Ils sont fauchés par les mitrailleuses allemandes et ne peuvent progresser.

Le 230e R.I. continue sa lutte en s’efforcant d’avancer par petites fractions dans le bois Fumin. Il est bloqué sur ses positions par le bombardement allemand.

Les 233e et 333e R.I. tentent de reprendre le terrain qu’ils ont dut quitter la veille, mais sans succès.

Finalement, à la fin de la journée, aucun régiment n’est parviennu à améliorer ses positions. Le bombardement allemand a été très violent, surtout dans le secteur de Vaux.


 

26 au 31 octobre – Nouvelle préparation d’artillerie française sur le fort de Vaux
Aucune nouvelle progression n’est réalisée. De part et d’autre, chaque camp reste sur ses positions, à bout de force, sous une pluie qui ne cesse.
Témoignage de L. CHEVRIER, du 113e R.I. :  » Dans la nuit noire, sans lune, sous la pluie, nous descendons les pentes du ravin de la Fausse-Côte. Tout à coup, un hurlement terrible et sinistre ; instinctivement, nous nous couchons ; aussitôt après, nous sommes environnés de feu, un fracas épouvantables, des sifflements aigus, tout vole autour de nous.
Une odeur terrible se fait sentir ; il faut continuer notre chemin vers l’avant ; c’est à peine si nous avons la force de nous relever ; cette odeur nouséabonde nous donne envie de vomir
.
Ce n’est qu’au matin brumeux, que cherchant de nos observatoires, à mi-pente du ravin, le chemin par où nous sommes venus sur cette mer de boue sans nom, nous nous rendons compte que, surpris par une rafale, nous nous sommes couchés au milieu d’un grand cimetière allemand. Les obus sont venu sortir les cadavres de leurs tombes pour les déchiqueter, les projeter en l’air, puis les rejeter à nouveau, avec la glaise immonde, sur nos capotes détrempées par la pluie. »

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Le 28, le général Mangin relance l’offensive sur le fort de Vaux et commence par relever les divisions qui ont attaqué le 24, épuisées par 4 jours de combats. Une nouvelle préparation d’artillerie est engagée sur Vaux et ses alentours.

Au 31 octobre, le front français est composé de la façon suivante :
- la 7e D.I. (102e, 103e, 104e et 315e R.I.) est en ligne du bois d’Haudraumont au village de Douaumont ;
- la 37e D.I. (2e et 3e Zouaves, 2e et 3e Tirailleurs) est en ligne du village de Douaumont à la Tourelle est, en avant du fort ;
- la 9e D.I. (66e B.C.P., 4e, 82e, 113e et 313e R.I.) est de la Tourelle est du fort de Douaumont à l’étang de Vaux ;
- la 63e D.I. (216e, 238e, 292e, 298e, 305e et 321e R.I.) se trouve dans le secteur de Vaux ;
- la 22e D.I. (19e, 62e, 116e, 188e R.I.) monte en ligne pour renforcer la 63e dans le secteur de Vaux.

 


1er novembre – Evacuation du fort de Vaux par l’armée allemande
La préparation d’artillerie française débutée la veille, s’intensifie toute la journée.

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Mise en place d’un canon de 105 mm


 

2 novembrePréparation d’artillerie française sur le fort de Vaux
Dans la nuit, les Allemands évacuent le fort de Vaux. Ils sont tout a fait conscient que les Français entament la reprise de l’offensive débutée le 24 octobre. Se rendant compte que le fort est intenable, en raison du pilonnage par gros calibres qui a repris, ils se résignent à leur défaite.

Vers 17 h, une conversation allemande par radio est interceptée par les Français. Elle révéle l’évacuation du fort de Vaux.
Une compagnie du 118e R.I. et une du 298e R.I. sont chargées d’aller vérifier l’exactitude de l’information. Le 118e doit aborder le fort par les faces ouest et est alors que le 298e doit approcher par la face sud. La mission doit s’exécuter dans la nuit. Elle débute le 3 novembre vers 1 h.


 

3 novembre – Reconquête du fort de Vaux.
Témoignage du sergent abbé CHEYLAN, du 118e R.I. :  » Vers 1 heure du matin, notre commandant de compagnie, le capitaine Fouache (3e compagnie du 118e R.I.) vient nous trouver et nous désigne, l’adjudant Lelé et moi (sergent Cheylan), pour aller reconnaître le fort :
- Prenez 10 hommes, nous dit-il, et parter en patrouille, l’adjudent Lelé face à la corne ouest, le sergent Cheylan, face à la corne est. Comme consigne : faire beaucoup de bruit pour qu’on vous tire dessus, si le fort est encore occupé
.
Les hommes acceptent la mission sans enthousiasme. Cepandant, ils suivent. Je marche en tête avec deux volontaires. Nous approchons de la masse énorme. Des trous d’obus formidables nous engloutissent tous les dix.

Voici le fossé ; on hésite à y descendre. Partout le silence. Enfin, nous nous laissons glisser le long de la pente et nous nous rencontrons avec la patrouille du 298e qui devait reconnaître la face sud du fort.

Je découvre à droite de la porte d’entrée à la gorge du fort, un éboulement qui permet au capitaine Fouache, au lieutenant Mathelier et à une dizaine d’hommes du 118e d’escalader le fort. Ils parcourent la superstructure, notamment vers la tourelle de 75, sans trouver d’issue. Le lieutenant Mathelier trouve près de la porte de la gorge un trou bouché par des sacs de terre ; ce trou est ouvert à coup de pioche.

J’y pénètre en rampant à la suite du lieutanant Dio (298e). Une fumée âcre et une odeur pestilentielle nous prennent à la gorge. Nous inspectons l’intérieur et nous ne découvrons que les traces de la fuite précipitée de l’ennemi : armes, munitions, eau minérale, etc…

Il est environ 2 h 30. Après le fort de Douaumont, le fort de Vaux est à son tour définitivement délivré. « 

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Le fort de Vaux reconquis (la superstructure)

Dans la journée, des éléments du 82e R.I. en ligne vers l’étang de Vaux, se portent en avant. Ils parviennent à atteindre à gauche, la tranchée de Ralisbonne, et à droite, le village de Vaux. La partie est du villaget repris ainsi que le village de Damloup.

A 21 h 30, le 62e R.I. se place sur les positions du 299e R.I. qu’il relève (à l’est du fort de Vaux reconquis).

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Front au 3 novembre 1916


 

4 novembre
Le nouveau front français domine à présent les positions allemandes.
En 10 jours seulement, les Allemands ont perdu le terrain qu’ils ont mis plus de six mois à conquérir, et qui leur à coûté tant de vie.

Dans les autres secteurs du champs de bataille de Verdun, les lignes n’ont pas bougé, il n’y a pas eu de victoires. Les hommes qui n’ont pas pris part aux événements des 24 octobre et 3 novembre, n’ont perçu que de manière très estompé l’élan d’espoir qui vient d’animer la France entière. Leur quotidien n’a pas changée, leurs souffrances et leurs misères sont les mêmes.
Témoignage de Robert TERREAU, caporal au 203e R.I., en ligne au Mort-Homme fin octobre :  » Je me suis attardé cette nuit au P.C. du capitaine à qui j’ai porté des renseignements.
Je jour est venu et il me faut rejoindre ma section en première ligne. Le boyau a été comblé par le bombardement et je n’ai d’autre ressource que de me glisser de trous d’obus en trous d’obus.
J’ai une centaine de mètres à parcourir. La tranchée allemande de Feuillères domine légèrement la nôtre sur la gauche.
D’abord, tout va bien et j’ai déjà franchi la moitié du parcours. Au moment où je vais sortir d’un entonnoir, une balle claque et soulève un peu de terre près de moi. Un guetteur ennemi m’a vu. Je reste au fond de mon trou pendant quelques secondes, puis je me précipite d’un bond vers un autre entonnoir. Deux coups de feu sont partis du poste sans m’atteindre.
Je me suis jeté à plat ventre. Ma main s’est accrochée dans un barbelé et saigne. Je n’ose plus faire un mouvement. Je suis devenu le gibier que guette le chasseur.
Je reste un long moment immobile, pesant ainsi lasser mon adversaire. Puis je m’écarte dans une autre direction pour tromper le tireur. Il tire tout de même mais me manque encore.
Je suis essoufflé et je me colle au sol. Une odeur épouvantable m’assaille aussitôt. Je suis blotti contre une forme humaine à moitié enfouie dans la boue. Le drap de la vareuse a pris la couleur de la terre et seuls quelques détails de l’équipement m’indiquent que c’est un cadavre allemand. Je rampe pour éviter l’affreux contact, mais partout la terre est jonchée de débris horribles. Je passe près d’un cadavre français dont les mains crispées, noires, décharnées, se dressent vers le ciel comme si le mort implorait encore la pitié divine.

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Aussi loin que mon regard peut porter, le sol est couvert de cadavres, amis ou ennemis, restés figés dans les poses les plus invraisemblables. Le sommet du Mort-Homme ressemble par endroits à un dépôt d’ordures où s’amoncellent des lambeaux de vêtements, des armes mutilées, des casques déchiquetés, des vivres qui pourrissent, des os blanchissants, des chairs putréfiées.
Enfin, je saute dans notre tranchées. Mes mains, ma capote, tout sent le cadavre, mais mon optimiste reprend le dessus.
L’odeur de mort nous est devenue si familières dans ce secteur de Verdun, qu’elle ne m’empêche pas de manger avec mes mains souillées un croûton de pain que réclame mon estomac affamé.
Habillement endiguée par l’ennemi et dirigée vers nos lignes, l’eau à envahi bientôt notre tranchée. Grossi par les pluies, le fleuve s’insinue entre nos remparts de terre et mine nos parapets qui s’effondrent.. la tranchée n’est plus maintenant qu’une mare de boue d’où monte une odeur intolérable.
On se réfugie sur les rares banquettes qui tiennent encore. Les caisses de grenades constituent des perchoirs sur lesquels on s’agrippe et où l’on cherche à grouper les couvertures, les musette, les grenades et les armes.
Toute tête qui dépasse le parapet est une cible pour le guetteur d’en face. Il faut reste accroupi sur son socle pour ne pas s’enfoncer dans la boue jusqu’au ventre ou rester enlisé.
Au bout de quelques heures, cette position cause une souffrance atroce.
Il est impossible de communiquer entre nous pendant le jour. Tout objet qui échappe des mains est irrémédiablement perdu dans la boue liquide. Le moral est plus bas que je ne l’ai jamais vu devant de telles misères physiques. La pluie tombe sans arrêt et traverse nos vêtements. Le froid nous pénètre, les poux nous sucent ; tout le corps est brisé.
La pluie et la boue décomposent les cadavres d’où s’exalte une odeur écœurante. Nous ne mangeons plus. Je vois des hommes de 40 ans pleurer comme des enfants. Certains voudraient mourir.
Les grenades, les cartouches, les fusées sont noyées. La boue pénètres dans les canons et le mécanisme des fusils, les rendant hors d’usage. Nous serions incapable de résister à une attaque allemande.
Seule la nuit nous permet de quitter une position que nous avons dû garder pendant douze heures. « 

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source : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

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26 novembre 2012

La Bataille de Verdun mai

Classé sous — milguerres @ 23 h 00 min

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Période Mai

source : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

 

1er mai
Rive droite
Au début de mai, le front français sur la rive droite se dispose de la façon suivante :
- la 24e D.I. est en ligne à Marre-Charny ;
-
la 23e D.I. à la cote du Poivre ;
-
la 28e D.I. (22e, 30e, 99e et 416e R.I.) dans le ravin de la Mort ;
-
la 48e D.I. (170e, 174e R.I., 1er mixte Z.T.) dans le secteur de Souville ;
-
la 6e D.I. dans celui de Tavannes et enfin ;
-
la 27e D.I. (52e,75e, 140e et 415e R.I.) de Damloup à Eix.

A 18 h, dans le secteur de la Caillette-Souville, le 170e R.I. qui est en position à la tranchée Driant, part à l’assaut.
Le 1er bataillon est repoussé 3 fois de suite. A la 4e tentative, ses hommes parviennent à repousser les Allemands et à prendre pied dans leur 1ère ligne.
Les 2 autres bataillons sont soumis aux feux nourris des mitrailleuses allemandes. Leur progression est beaucoup moins significative. Ils parviennent néanmoins à prendre quelques positions à l’ennemi.

Durant cet assaut du 1er bataillon., 2 officiers allemands et 130 hommes ont été fait prisonniers.

Rive gauche
Depuis le 8 avril, les Allemands ont réalisé un gros effort pour tenter de percer en direction de la côte 304 et du Mort-Homme. Le gain de terrain a été important mais la résistance française a été acharné.

A
la date du 1er mai, au prix de pertes humaines colosales, les Français peuvent enfin dire que le front du 8 avril est rétabli. Cependant, une nouvelle pression allemande sur la côte 304 est imminente…

Témoignage du soldat Romain DARCHY :  » L’orage passé, nous n’avons retrouvé dans une mare rouge qu’une tête, quelques restes de membres au fond du trou d’obus et des lambeaux sans noms plaqués contre la boue. C’est tout ce qu’il restait de nos pauvres camarades. La violence de l’explosion les avait enfoncés en pleine terre, trois étaient entrés presque complètement dans les parois de la fosse, tassés comme des chiffons.
Je vois ce qui tout à l’heure étaient deux êtres vivants et qui ne sont plus maintenant qu’un amas de boue et de sang. On a rassemblé leurs restes à la hâte au clair de lune et le soir, nous leur avons dit adieu.
On en a tant vu que le sang s’émousse, que le cœur se blase. L’inhumaine cuirasse nous protége de sentiments trop humains, et l’on n’y pense plus une minute après. Et pourtant, nous avions tout partagé, marché ensemble, souffert aux mêmes endroits, été enterrés par la même mine, enlisés dans la même boue. Nous avions courbé la tête sous les mêmes rafales. On a la gorge serrée et comme une envie de pleurer. C’est fini.
Ce soir la loterie recommence, heureux ceux qui ramèneront les bons numéros. « 

La Bataille de Verdun mai  p86


 

2 mai
Rive droite
Les 3 bataillons du 170e R.I. répondent à plusieurs ripostes allemandes sur les positions prises la veille… les lignes tiennent.

Témoignage du soldat Lecuellé du 170e R.I. :  » Nous étions brûlés par la soif. Nous cherchions partout de l’eau, personne n’en avait. Un trou rempli d’une eau verte qui sentait le cadavre était l’objet de nos convoitises, mais les mitrailleuses ennemies le tenaient sous leurs feux. Ceux qui s’en approchaient en rampant lui formèrent bientôt une couronne de cadavres…
Chose étrange, sans souci de l’averse de fer et d’acier, des explosions et des éclatements, des alouettes planaient au-dessus de cette horreur, s’élevaient et s’abaissaient en chantant au soleil. « 

Rive gauche
R.A.S.


 

3 mai – Intense bombardement allemand sur la cote 304 (rive gauche)
Rive droite
Sur front du 170e R.I. (tranchée Driant), les attaques allemandes continuent avec beaucoup plus de violence que la veille.

Rive gauche
Le 157e R.I. part à l’attaque des ouvrages de la Guitoune et du Trapèze. Bien que puissamment défendus, il l’enlève en faisant 150 prisonniers allemands.

Dans une action concertée, les 150e, 287e et 332e R.I. partent à l’assaut cote à cote sur leur front respectif et avancent leur ligne sur la crête du Mort-Homme.

Le 251e R.I. prend position dans le village de Cumières.

Dans l’après-midi, un bombardement d’une violence peu connue dans le secteur s’abat sur la cote 304. Plus de 600 pièces d’artilleries allemandes de gros calibre transforment la colline en un véritable enfer de feu, de fer et d’acier. De grosses colonnes de fumée, hautes de 800 m, forment un brouillard opaque qui empêche de voir devant soi. Ce terrible pilonnage se prolonge toute la nuit avec la même intensité.
Témoignage du lieutenant ARMEILLA du 17e D.I. :  » Les Boches viennent de déclencher une attaque sur la cote 304 et le Mort-Homme. Je n’ai jamais vu pareille avalanche de projectiles ; la fumée s’élève à des hauteurs incalculables et forme un rideau tellement épais que le soleil ne le traverse pas. « 

p6


 

4 mai – Attaque allemande sur la cote 304 (rive gauche)
Rive droite
La lutte que mène le 170e R.I. aux abords de la tranchée Driant, dans le secteur de la Caillette, se poursuit inexorablement.

Rive gauche
A cette date, dans ce secteur, le front français se compose de la façon suivante :
-
le 32e R.I. tient le saillant de la cote 287 ;
-
le 66e R.I. occupe le secteur du bois d’Avocourt au bois Camard ;
-
le 68e R.I. tient les pentes nord de la cote 304 et enfin ;
-
le 90e R.I. les pentes nord-est.

Dès l’aube, le bombardement allemand commencé la veille sur la cote 304 redouble d’intensité. Notamment entre le ravin de la Hayette et la route d’Esnes à Haucourt. Les pertes françaises sont très lourdes.
Dans la matinée, il est interrompu quelques minutes pour permettre à des reconnaissances allemandes de vérifier si les tranchées françaises ont encore âme qui vive. Comme elles sont accueillies par des tirs de mitrailleuses, elles retournent dans leurs lignes et le bombardement reprend aussitôt.

Vers 16 h 15, l’artillerie allemande allonge subitement le tir et l’infanterie part à l’attaque entre les boyaux de la Joliette et des Serbes, au nord de la cote 304. .
Les vagues d’assaut allemandes gravissent les pentes nord et submergent la défense française.
De nombreux coureurs partent avec la mission d’avertir le lieutenant-colonel Odent qui commande le secteur mais beaucoup tombent en route. Aucun renfort n’arrive et après une résistance désespérée, 2 bataillons du 68e R.I. et 1 du 90e sont contraints à se replier en laissant sur place de nombreux blessés et morts.

p241
Coureurs partant vers l’arrière

Les forces allemandes prennent alors pied sur le sommet de la cote 304.

Témoignage de l’adjudant Jacques SALVAT, du 3e R.M. Z.T. :  » Les Allemands ne « regrettaient » pas les gros calibres qui enlevaient des montagnes pour un seul homme, si c’est homme était manifestement un coureur.
Il nous fut donné un jour de voir un homme seul, sans doute allant vers le P.C. arrière ; il ne faisait pas trois pas sans qu’il fût obligé de se terrer à l’approche d’un obus de gros calibre. Nous assistions de la tranchée à l’horrible drame d’un héros.
Il courait vite, couché :
 » Ah ! il est mort ! Non, pas encore… « 
Trois pas de plus et il se recouchait ; l’obus éclatait, soulevait une immense gerbe :
 » Il y est à présent ! Non !… « 
Vite, trois pas de plus, un autre obus ; finalement, nous ne vîmes plus rien que de la fumée. Etait-il mort, faisait-il semblant de l’être ? Avait-il trouvé un boyau ? Qui pourra le dire ? « 

Ce n’est que vers 21 h 15 que le lieutenant-colonel Odent apprend la situation. Il ordonne aussitôt à 1 bataillon du 77e R.I. et à 1 du 290e de se porter sur place et de se fortifier face à l’ennemi.

A 22 h 15, le commandant de la 17e DI, ordonne une contre-attaque générale, qui, si elle ne peut avoir lieu dans la nuit, sera reprise aux premières lueurs du jour. Elle doit être exécutée simultanément par les lieutenants-colonels Carlier (commandant le 90e RI), Eggenspieler (commandant le 290e RI), et Odent (commandant le 68e RI).
A l’est, 1 bataillon du 90e R.I. partant du bois de Béthelainville doit renforcer la défense déjà en place par ce même régiment et contre-attaquer sur son flanc gauche avec 2 compagnies.
Au centre, 1 bataillon du 290e R.I. doit se porter au nord et attaquer en partant du boyau du Prado.
A l’ouest, les éléments déjà rassemblés sur le cote 304 (68e R.I.) doivent attaquer face au nord-est, dans le flanc droit de l’ennemi.
Les mouvements préparatoires s’exécutent de nuit sous le bombardement. Cependant, peu parviennent à franchir le barrage que l’ennemi maintient, et seule les éléments déjà sur place (68e R.I. du lieutenant-colonel Odent) sont prêt pour attaquer.

Après avoir rassemblé non sans peine 250 hommes environ, le lieutenant-colonel Odent part à l’assaut à 3 h du matin, au cri de : « Allons, c’est le moment d’avoir du courage »
Accueillie rapidement par des tirs de mitrailleuses venant de la droite, la vague d’assaut se couche ; un deuxième bond lui permet d’atteindre le bord du plateau face au nord-est ; un troisième la porte sur la pente descendante. Là, elle est arrêtée par les barrages de l’artillerie et le feu des fantassins. Le lieutenant-colonel Odent, resté debout, est frappé par une balle en plein front au moment où il entraîne ses hommes. Sur l’ordre de son capitaine adjoint, la troupe regagne alors ses tranchées de départ, où elles est recueille par les éléments qui n’ont pas participé à l’attaque.
Témoignage du commandant P. :
 » Le cas du lieutenant-colonel Odent est un exemple frappant des dangers que présentent pour la troupe les officiers d’état-major qui ont été obligés de prendre un commandement de trois mois, sous l’impulsion d’un sentiment équitable des parlementaires, mais avec une application défectueuse. Comment peut-on confier à un débutant au feu la conduite d’une unité comme un régiment et à Verdun !
Odent était un officier remarquable, fort intelligent et vraiment de premier ordre. Voyant sa position enlevée, il décide une contre-attaque – très bien – mais comment mener cette contre-attaque ? Il l’a menée comme aux manœuvres qu’il avait vues avant 1914, les compagnies en colonne serrée. Résultat inévitable : leur anéantissement sous le feu.
Conclusion à tirer : il est parfait de vouloir que les officiers d’état-major connaissent la troupe et sachent la manier à toutes les étapes du commandement, je dirai même que c’est une nécessité absolue. Mais, vraiment, n’est-il pas complètement stupide de leur faire faire leurs premiers pas, leurs premières éducations à la tête d’une unité ? Est-ce que trois mois suffisent pour cet apprentissage ? Pour conduire une troupe au feu, la bravoure ne suffit pas, il faut connaître son métier.  »

front-verdun-mai4
Front au 4 mai 1916


 

5 mai – Attaque allemande sur la cote 304 – Violents combats au bois Camard (rive gauche)
Rive droite
Au soir, le 170e R.I. est relevé.
Depuis le 22 avril, il a perdu 812 hommes tous secteurs confondus. Il est récompensé d’une citation officielle, mais il se trouve récompensé plus encore par le nom « d’Hirondelles de la Mort » que l’ennemi a décerné à ses hommes.

Pendant la nuit, dans le secteur de la Caillette, une ½ compagnie du 174e lance une contre-attaque sur la tranchée Condé et le boyau Vigoureux. La tranchée Condé est reprise entièrement, le boyau Vigoureux est réoccupé sur une longueur de 50 m. Une contre-attaque allemande est ensuite repoussée sur ces 2 positions.

Rive gauche
Le bombardement allemand reprend avec force, particulièrement sur le bois Camard, tenu par le 66e R.I.
Témoignage de Emile TAVEAU, infirmier au 125e R.I. :  » Le 5 mai, nous montons à la cote 304. Des téléphonistes, des agent de liaison essaient en vain, de s’orienter dans ce secteur qu’ils connaissaient parfaitement il y a quelques jours seulement. Aujourd’hui, ces hommes sont perdus. En quarante-huit heures, les obus ennemis ont rendu  » la cote terrible  » méconnaissable. « 

Plus tard, le 66e repousse plusieurs attaques. Les hommes qui participèrent à ces combats au bois Camard firent preuve d’un courage et d’un héroïsme remarquables. La 6e compagnie qui comptait 143 hommes au matin fût réduite à 11 hommes en fin d’après-midi.
Témoignage de l’infirmier brancardier Pierre RUAL, du 66e R.I. :  » Qu’on essaie de se figurer des pièces de 105, de 150, de 210 faisant à l’allure du 75 des tirs de barrage. L’abri dans lequel je me trouvais était solidement construit dans un bac de roc et cependant il dansait comme une barque sur un lac agité.
A 15 h 30, les vagues ennemis débouchent. A cette vue, tous les soldats valides, ayant préparé comme ils pouvaient leurs fusils pleins de terre, se dressent dans les trous d’obus et ouvrent le feu. Les mitrailleuses entrent en action. Les premiers rangs allemands sont fauchés. Un flottement se produit dans les autres. L’occasion est belle d’en finir avec l’agresseur. Malgré la fatigue et les souffrances endurées, un vent d’héroïsme passe sur le régiment. Les débris des compagnies bondissent hors des trous et chargent à la baïonnette. L’ennemi s’enfuit, laissant des prisonniers entre nos mains. « 

p127
Mai 1916 cote 304, tranchée française de 1ere ligne

Vers 17 h, les Allemands cessent enfin leurs actions offensives sur le bois, se rendant compte qu’ils ne passeront pas aujourd’hui.

Devant la cote 287, d’autres attaques allemandes sont également repoussées.


 

6 mai – Violents combats sur la cote 304 (rive gauche)
Rive droite
R.A.S. duel d’artillerie.

Rive gauche
La 152e D.I. (114e, 125e et 296e R.I. , 249e R.A.C.) et la 18e (32e, 66e, 77e et 135e R.I.) reçoivent l’ordre de monter immédiatement sur la ligne de front. Leur mission est simple, reprendre les tranchées perdues les jours précédents. Chaque homme rassemble son paquetage avec la pensée oppressante: Ca y est cette fois, c’est à notre tour de partir à Verdun !
Extrait d’un discours de François DUHOURCAU, grand mutilé de guerre, dit lors d’une conférence faite en 1939 :  » Camarades, vous souvient-il du Tourniquet, sur la Voie sacrée, la route de Bar-le-Duc à Verdun, cordon ombilical de tous les organes de la résistance ? Ainsi les poilus dénommaient-ils le point terminus où les déposaient les camions, au soleil du royaume de la mort.
C’était quelque chose comme la rive du pays souterrain où Charon avec sa barque attend les trépassés. Là aurait pu être gravée, en lettres sanglantes, l’inscription que Dante met au seuil de son Enfer :  » Vous qui entrez ici, laissez toute espérance « . Oui toute espérance de vivre, car ceux qui repasseront ce seuil-là seront vraiment des miraculés, des revenants, qui demeureront marqués de l’épouvante subie chez les morts.
Là, tout poilu, dans son cœur, même s’il ne retournait la tête vers le cher pays qu’il pensait ne plus revoir, lui disait secrètement le dernier salut des gladiateurs, ou mieux des Martyrs, pénétrant dans le cirque du Colisée :  » Adieu ! ceux qui vont mourir te saluent !  » A ce Tourniquet chacun payait pour passer dans l’enceinte réservée : il payait du sacrifice accepté de sa vie ; il remettait, en vérité, son ticket de vivant. Il le reprendrait à la sortie su Dieu lui prêtait vie jusqu’à une autre fois…
… Alors commençait les boyaux d’accès, ces canaux de l’enfer, où maints blessés, épaves de la bataille, s’étaient réfugiés, n’en pouvant plus, blessés que trop souvent, hélas ! achevait l’aveugles piétinement des relèves nocturnes.
Puis, c’était l’innommable… Sous la cataracte de flamme et d’acier, le champs de bataille de Verdun, celui que nul autre n’a jamais égalé, au dire de tous les combattants qui connurent les autres terrains de morts, ce paysage de planète foudroyée et submergée tout ensemble, où les chicots des arbres et les vestiges du matériel détruit imposait l’idée d’un fantastique naufrage, d’un engloutissement à la fois par le déluge et par l’incendie, d’une fin atroce dans un cataclysme indicible…
… Là, à la pointe de ce môle de Verdun qu’assaillait l’océan concentré des forces de l’ennemi, la France jetait tous ses fils, régiment par régiment, comme des blocs de granit destinés à briser les flots germaniques déchaînés.
Là, le barrage fut consolidé à force de cadavres. Il a tenu, il devait tenir.  » Dût la France entière s’engloutir là, ils ne passeront pas.  » Telle fut la résolution que signifia au monde glacé d’effroi le dramatique holocauste de Verdun… « 

p1

Le 135e R.I. relève le 66e au bois Camard ; le 32e se place vers le bois d’Avocourt ; le 114e sur la crête de la cote 304 et 2 bataillons du 125e R.I. s’étendent jusqu’au Crochet.
L’attaque est prévue pour le lendemain…


7 mai – Perte du bois Camard (rive gauche) – Forte pression allemande (rive droite)
Rive droite
Dès 4 h 30, le bombardement allemand sévit avec violence entre Haudromont et Thiaumont. Il s’étend ensuite jusqu’à Damloup en redoublant d’intensité.
Les forts de Souville et de Tavannes sont pilonnés avec rage. Un obus de 380 explose dans un dépôt de munitions à la Poudrière de Tavannes qui est occupé par le 57e R.I. Les pertes sont très lourdes en vies et en matériel.

A 9 h 30, les Allemands partent à l’assaut entre la carrière d’Haudromont et la tranchée Morchée, au nord de Thiaumont. Ils sont repoussés mais sur leur droite, ils parviennent à prendre les tranchées Chomel, Multier et les abords de la tranchée Tardy.

Sur tout le front du 22e R.I., dans le secteur de Froideterre, des corps à corps s’engagent mais l’ennemi ne parvient pas à prendre pied dans le camp français.
En représailles, tous les ouvrages français de la cote de Froideterre sont méthodiquement bombardés. L’observatoire de Thiaumont s’effondre, ensevelissant la moitié de la 1ère compagnie du 2e bataillon du 22e R.I. 60 hommes sont tués.
Ce jour au 22e, 5 officiers et 100 hommes sont morts, 4 officiers et 80 hommes sont blessés.

p128

Sur le front du 174e R.I., dans le secteur de Fleury, 3 assauts allemands sont stoppés en début d’après-midi. Ils sont chacun suivis d’un violent pilonnage de la ligne française.
Idem pour le 123e R.I. en ligne du bois de la Caillette au ravin de la Fausse-Cote qui repousse une tentative allemande.
Le 99e R.I. qui tient la ferme de Thiaumont est violemment attaqué par toute une division mais ne cède pas un pouce de terrain.

A 18 h, une attaque sur le 57e est avortée par l’artillerie française avant d’avoir pu s’élancer.

Dans la nuit, le 174e R.I. repousse à nouveau 2 attaques.

Ce jour-là, le commandement allemand envisageait d’enlever le village de Thiaumont et le fort de Vaux. Leur entreprise a complètement échoué et leurs pertes ont été importantes.

Rive gauche
Devançant les projets d’attaque français mis en place la veille, les Allemands reprennent l’offensive.
Dès 3 h 30 du matin, toutes les positions tenues par la 152e et 18e D.I. sont violemment attaquées.
Le 135e R.I. au bois Camard est rapidement débordé, les autres régiments parviennent non sans mal à tenir leurs positions.
Débute ensuite un furieux tir de barrage allemand pour empêcher tout renfort français.

Vers 10 h 30, les Français tentent une contre-attaque qui ne donne pas de résultat tant le pilonnage allemand est violent.

A 15 h 30, le bombardement cesse et l’ennemi reprend ses attaques allant du bois Camard au Crochet (135e, 32e, 77e, 114e, 290e et 125e R.I.).
Les positions sur la cote 304, tenue par le 114e, sont complètement isolées et résistent avec un courage exemplaire. Certaines compagnies partent à la charge en chantant la Marseillaise; Les cartouches des morts sont ramassées; Les canons des fusils sont brûlants; Les hommes tirent comme des démons enivrés par le bruit, la poudre. L’ennemi ne passe pas.

Le 290e R.I. également en ligne sur la cote 304 est contraint à reculer, ce qui permet aux Allemands d’avancer et d’encercler 2 compagnies du 3e bataillon du 125e R.I. 2 compagnies du 1er bataillon et tout le 2e bataillon sont immédiatement envoyés en renfort. Quand ils arrivent, il ne reste rien du 3e bataillon, les hommes se sont défendus jusqu’à la mort.
La contre-attaque est immédiate et l’ennemi est repoussé à 50 m derrière la crête de la cote 304.

En fin de journée, la situation sur le front de la 152e D.I. a été rétablie de justesse. A sa gauche, sur les positions de la 18e D.I., le bois Camard a été perdu (135e R.I.).
Mis au courant dans la nuit, le général Nivelle, qui commande alors le 3e corps d’armée, ordonne de réoccuper immédiatement l
a lisière nord du bois. La 45e D.I. (3e bis de zouave, 3e mixte Z.T., 1er tirailleur, 1er et 3e bataillons d’Afrique) prend la route de Verdun.


 

8 mai
Rive droite
R.A.S.

Rive gauche
La 45e D.I. vient s’enterrer devant le bois Camard, aux abords des cotes 287 et 304. Le bombardement allemand empêche toute sortie.


 

9 mai
Rive droite
Le bois de la Caillette est soumis toute la journée à d’incessantes attaques allemandes qui sont toutes repoussées.

Rive gauche
Dans tous les secteurs, bombardement allemand très violent dès 10 h et toute la journée. Les Français redoutent une attaque allemande de grande envergure, la nervosité est palpable dans les tranchées.

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10 mai
Rive droite
La 56e D.I. (294e, 350e, 354e, 355e et 361e R.I., 65e et 69 e B.C.P.) relève la 28e dans le bois de la Caillette.
Le bombardement allemand est toujours très actif sur tous les secteurs.
Témoignage :  » Aujourd’hui, depuis 18 heures, les pentes de Vaux disparaissent sous nos obus. On les voit d’ici tomber juste sur les lignes blanches que font dans la terre les tranchées et les boyaux ennemies. La nuit, sous les étoiles, de nos premières lignes au fond du ravin, montent des fusées vertes :  » Allongez le tir !  » crient nos pauvres camarades. Et d’autres appels s’élèvent de tous côtés. Fusées rouges sur le plateau d’Hardaumont !… Fusées rouges du fort de Vaux ! Fusées rouges, là-bas au loin, derrière Fumin ! Que d’appels désespérés sur cette terre sombre ! « 

Rive gauche
Au Mort-Homme, des attaques locales à la grenade permettent aux Français d’améliorer plusieurs de leurs positions.
De 12 h à 21 h, le bombardement allemand est ininterrompu. La fatigue est extrême des 2 côtés.


 

11 mai – Reconquête de la lisière du bois Camard (rive gauche)
Rive droite
L’ennemi tente de gravir les pentes sud du ravin de la Mort, le 30e R.I. organise la défense et le repousse.
Du bois de la Caillette au ravin de la Fausse-Cote, le 123e R.I. repousse une attaque et parvient à progresser légèrement dans un ensemble de boyaux.

Rive gauche
Le bombardement allemand reprend dés l’aube et dure toute la journée causant comme chaque jour de très nombreuses victimes
Entre les cadavres et les blessés qui agonisent sans soins, les hommes souffrent de la soif et de la fain. Ils sont recroquevillés dans leur trou sans pouvoir se déplacer ni même se lever. Certains jeunes, à bout de force physique et morale, s’enfuient en direction de l’arrière pour quitter cet enfer.p17

Témoignage du caporal MALECOT du 152e R.I. :  » Depuis cinq jours, nous ne mangeons que du singe ; notre estomac proteste. Nous avons faim, nous sommes las, nous avons la fièvre.
Dans une compagnie où se trouve une grande majorité de jeunes soldats, le découragement s’installe à la suite de pertes causées par les obus. A bout de forces physiques et morales, un certain nombre de ces jeunes sortent de leurs tranchées pour s’enfuir de ces lieux maudits. Le colonel Oudry, aussitôt avisé, se précipite hors de son P.C., se porte au devant d’eux et, debout sous les éclatements, sans une arme à la main, sans une menace à la bouche, leur parle, les réconforte, et les reconduit, dociles comme des moutons derrière leur berger, à leur tranchée de première ligne. « 

 

Cloué au sol devant le bois Camard depuis le 8 mai, le 3e bataillon d’Afrique prend l’initiative et organise une avancée vers l’ennemi à l’arme blanche. Trous d’obus après trous d’obus, les fantassins progressent et avant la nuit, la lisière du bois est reconquise.


 

12 mai
Rive droite
Dès 8 h, l’habituel bombardement allemand reprend mais avec une violence rarement vue dans ce secteur. Les 1eres lignes sont écrasées sous les obus de très gros calibre et les 2emes lignes sous les obus asphyxiants.

A 11 h, le bombardement s’intensifie du bois de Nawé au bois de la Caillette. Un grand nombre d’hommes sont commotionnés, ils sont sourds, hébétés, suffoqués. Leur visage et leurs mains ruissellent de sang qui coule par 1000 blessures (projection de terre, de pierre et de sable) qui se mêle à la poussière et forme des caillots affreux.

A 15 h 30, l’ennemi se lance à l’assaut au sud du fort de Douaumont devant le 249e R.I. Les mitrailleuses françaises qui entrent aussitôt en action obligent les vagues allemandes à faire demi-tour en laissant de nombreux morts sur le terrain.

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Dans le sous-secteur des carrières, le 123e R.I. repousse durement plusieurs assauts allemands entrecoupés de pilonnage de gros calibres. Tous les officiers tombent durant ces attaques.

Le combat que mène le 30e R.I. aux abords du ravin de la Mort se poursuit toute la journée.

Rive gauche
La 45e D.I. améliore ses positions sur la cote 287 mais doit reculer au nord-est de la cote 304. Ce repli permet à l’ennemi d’avoir des vues sur l’arrière du Mort-Homme.

 

13 mai
Rive droite
Le 30e R.I. lutte toujours au ravin de la Mort sans se laisser déborder.
Dans le secteur du fort de Douaumont, l’ennemi cesse ses opérations offensives et renforce la sécurité du fort (voir 20 mai).

Rive gauche
R.A.S.


 

14 mai
Rive droite et rive gauche
Violent bombardement toute la journée.


15 mai
Rive droite
Violent bombardement toute la journée.

Rive gauche
Violent bombardement toute la journée.

A la 8e compagnie du 3e mixte Z.-T., il ne reste, le soir, que 19 hommes sur les 180 présents le matin.

Sur front du 296e R.I., un canon de 75 mal renseigné tire trop court et fait des victimes dans ses lignes.
Témoignage du commandant, puis colonel ROMAN du 358e R.I. :  » L’artillerie allemande a une puissance formidable ; son artillerie lourde est incomparable ; sa précision surtout est aussi parfaite que possible. Il en est tout autrement de son artillerie de campagne qui semble-t-il, n’a pas encore fait de progrès.
Chez nous, c’est l’inverse, et c’est plus triste. Pendant plus d’un an de séjour en Lorraine, j’avais entendu la même rengaine : « C’est vrai, il n’y a pas d’artillerie lourde ici, parce que c’est un front peu important, mais si vous voyiez ailleurs ! »Ailleurs ? Sans doute à Verdun, par conséquent, car si le front présente un point capital, c’est bien Verdun. Eh bien ! non, c’était encore un bluff. L’artillerie de campagne à Verdun est formidable, fantastique, « roue à roue », elle fait une besogne admirable, mais la lourde ?… Il n’y en a pour ainsi dire pas et quand il y en a, c’est pis. Elle ne règle rien, ne vérifie rien, tire sur nous et s’entête !…
Voici un fait précis. Mes tranchées me signalent : Artillerie de 155 tire trop court. Si court, en effet, qu’à intervalles réguliers, un obus de 155 tombe en plein sur mon abri qui est à environ 250 mètres derrière ma première ligne. Je rends compte par coureur, car je n’ai pas d’autre liaison possible. Pas de changement. Je rends compte une deuxième, une troisième, une quatrième fois, en numérotant mes comptes rendus : rien n’y fait ; on me sert régulièrement mes obus de 155.
Mais le lendemain, la réponse de la division m’arrive sous forme de note à communiquer à tout le monde. Cette note dit en substance : « C’est à tort que l’infanterie se plaint de recevoir des obus trop courts de notre artillerie ; c’est inexact. On devrait réfléchir avant de propager de pareilles accusations. On oublie que l’ennemi lui-même a des canons et des obus de 155 qu’il nous a pris ; ce sont ces obus qu’on prend par erreur pour les nôtres. »
A ceux qui se récrieront et ne pourront croire ce que j’écris ici, j’affirme sur l’honneur que je n’exagère pas. Voilà la réponse qu’on fait aux comptes rendus successifs et pressants d’un chef de bataillon !
Je réponds : « je considère la note que je viens de recevoir comme une insulte personnelle ; que c’est en effet m’insulter que de me supposer capable, après deux ans de guerre, de me tromper aussi grossièrement sur la direction des obus que je reçois. »"

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A la nuit tombée, le 1er Tirailleur, en ligne vers la cote 287, reçoit des renforts du 268e R.I.


16 – 17 – 18 mai – Préparations d’artillerie simultanées de part et d’autre en vue de grandes offensives (rive droite)
Rive droite
Un violent duel d’artillerie s’engage entre les canons français et allemands, allant croissant de jours en jours. En effet, les Français préparent l’attaque du fort de Douaumont pour tenter de le reprendre et les Allemands préparent l’attaque du fort de Vaux.

Rive gauche
Chaque jour, le canon français tire trop court et massacre ses fantassins, la 4e compagnie du 296e R.I. le 16 mai, les 21e et 24e compagnies du 296e le 17, les Zouaves qui montent en ligne le 18.

Le 18 au matin, le 3e mixte Z.T. part à l’attaque au nord-est de la cote 304. Il parvient à reprendre la crête à 11 h.
A 11 h 30, l’artillerie allemande déclenche en représaille un violent pilonnage des positions qu’elle vient de perdre.
A 17 h, une importante contre-attaque allemande est lancée mais elle est repoussée. Le 3e mixte est parvenu à tenir ses positions mais ses pertes ont été très lourdes. Les compagnies ont été hachées, l’une d’entre elles qui comptait 180 hommes le matin, n’a plus que 19 combattants le soir.


 

19 mai
Rive droite
Le bombardement de tous les secteurs est encore très violent des 2 côtés. Plus de 8000 obus allemands tombent chaque jour sur le fort de Vaux. La vie à l’intérieur est insoutenable.
Témoignage de L. LAURENT, caporal à la 7/51 compagnie de génie :  » Nous avons vécu au fort de Vaux pendant 15 jours, du 2 au 17 mai. Huit mille obus tombaient chaque jour sur le fort et ses environs, et ceci par journée calme. On vivait dans la crasse, barbe de 15 jours, couverts de poux, au milieu d’une âcre odeur de sang venant de l’infirmerie, simple casemate où l’on entassait les blessés et où les morts attendaient qu’on les jette comme l’on pouvait, la nuit, dans une fosse. On pataugeait dans l’urine aux W.C. où l’ammoniaque rendait l’air irrespirable. Partout, dans les couloirs, les hommes étaient entassés, couchant pêle-mêle dans les positions les plus diverses. Le degré de fatigue de tous était tel, qu’il suffisait de s’asseoir ou de se coucher quelques secondes pour dormir, dormir comme jamais nous ne dormirons plus. « 

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Le couloir central du fort de Vaux

Rive gauche
Au matin, l’attaque allemande reprend sur la ligne bois Camard, nord-est de la cote 304.
Le 1er Tirailleur est contraint à reculer ce qui permet à l’ennemi d’accéder à la route Esnes-Haucourt entre le bois Camard et la tranchée de Champigneulles, tenue par le bataillon d’Afrique.

A 13 h, 2 bataillons du 3e bis de Zouaves ont ordre de se joidre au côté du bataillon d’Afrique à la tranchée de Champigneulles. Leur déplacement est très lent car ils doivent progresser en terrain découvert.
Une fois la position renforcée, l’ennemi parvient à être contenu.

Le 1er tirailleurs est relevé dans la nuit après avoir perdu en 9 jours d’occupation 1 945 hommes et 33 officiers. La 45e D.I. épuisée est également relevée.

Témoignage de l’adjudant SALVAT du 3e Mixte Z.-T. :  » Le 19 mai, le général Nivelle signale l’état sanitaire, très défectueux de certaines des divisions retirées de la bataille et écrit : « Toute division, pour laquelle la fatigue dépasse un certain niveau, subit une dépression physique et même morale qui la rend inutilisable pour un mois au minimum. »
Une division a été relevée à la suite d’un fait qui semble à première vue insignifiant. Un officier d’E.-M. étant entré dans un abri de seconde ligne où se trouvaient une vingtaine d’hommes, s’aperçut avec stupeur qu’un homme était pendu au milieu de l’abri et que ses camarades ne s’étaient pas préoccupés de le dépendre. Nivelle, prévenu, estima fort justement qu’une pareille dépression morale rendait la division inapte au combat. « 


20 mai – Préparation d’artillerie française pour reprendre le fort de Douaumont (rive droite) – Percée allemandes sur le Mort-Homme (rive gauche)
Rive droite
Depuis la perte du fort de Douaumont, le 25 février, le G.Q.G. n’a jamais cessé d’imaginer un plan pour le reprendre. Le général Joffre a inlassablement réclamé cette offensive au général Pétain, mais ce dernier, conscient de l’infériorité de l’artillerie française sur l’artillerie allemande, a toujours tenté d’en reculer l’échéance.
Le 12 avril, le général Nivelle, qui commande alors le 3e corps d’armée, a tout de même été missionné par Pétain pour mettre sur pied un plan d’attaque. Mission qu’il a lui même confié à son subordonné direct, le général Mangin.
Joffre, agacé par les réserves émisses en permanence par Pétain, parvient très subtilement à s’en débarrasser. Il ne peut pas limoger un tel chef, qui a tant œuvré pour Verdun depuis 2 mois et dont toutes les entreprises ont été un succès. Il éloigne donc Pétain du champs de bataille de Verdun par une manœuvre très habille, en l’élevant en grade. De commandant de la 2e armée, il devient commandant des Armées du centre, ou Verdun n’est plus qu’un élément.

Pétain installe donc son Q.G. à Bar-le-Duc et nomme le général Nivelle au commande de la bataille de Verdun.
Témoignage du général Pétain :  » Ma tristesse était profonde lorsque je passai au général Nivelle le commandement de la 2e Armée. J’installais mon nouveau quartier général à Bar-le-Duc et me mettais en mesure d’interpréter au mieux l’ordre donné par le commandant en chef :  » La mission du général Pétain est d’assurer sur tout le front du groupe des armées du centre, l’inviolabilité des positions et, en ce qui concerne le front de Verdun, de prendre possession du fort de Douaumont.  »
On me prescrivait en outre d’alimenter l’armée de Verdun à 24 divisions avec les seules ressources du groupe des armées du centre. Je devais même m’efforcer de réduire ce nombre. « 

nivelle2
Le général Nivelle

Témoignage du commandant P. :  » Il est sans doute superflu de redire que la nomination de Pétain le 25 février au soir au commandement de l’armée de Verdun avait été bien accueillie de la troupe. Tout nouveau chef reçoit toujours de la troupe un sympathique accueil : les journaux se chargent de la publicité nécessaire.
Cependant, en ce qui concerne Pétain, le bon accueil s’appuyait sur deux raisons qui ne devaient rien au Bureau de Presse officiel. En premier lieu, on l’estimait pour son avancement foudroyant, mais tardif : le soldat, dont chaque seconde de vie est une injustice, réelle on imaginée, a pour la justice un amour qui touche à la passion. En second lieu, on l’aimait pour son humanité, encore qu’il manquât à cette humanité un peu de la spontanéité qui peut seule la rendre irrésistible.

La popularité de Pétain, bien supérieure à celle de Joffre, bien inférieure à celle de Foch, ne fut jamais aussi forte qu’on a essayé de le faire croire, aussi forte qu’elle l’eut été quelques mois plus tard si on l’avait laissé à son P.C. de Souilly. Pétain a été contraint, par des événements inouïs, d’imposer à ses hommes des sacrifices inouïs, et quand il les a quittés, l’Allemand n’avait pas cessé un seul jour de grignoter notre terre de Verdun. Comment exiger d’eux des larmes ?
Les soldats n’aiment vraiment, au sens absolu du mot, que deux sortes de chefs : ceux qui les mènent à la victoire et ceux qui risquent leur vie à leurs côtés.

On comprend très bien les jugements très divers portés sur le général Pétain suivant que l’on a approché plus ou moins près cet homme d’un froid et d’un calme déconcertants, que l’on a vécu ou non près de lui, et pu surprendre les indices d’une sensibilité profonde.
Le général est un grand timide, il le sait et il en souffre. Pour éviter l’emprise des autres et protéger sa personnalité, il s’est créé une façade, une cuirasse de glace, et il attaque. Sa parole mordante, quelquefois brutale ou cruelle, arrête son interlocuteur, le rend timide, lui aussi, et le général se trouve à égalité. Cependant, si l’on a la bonne fortune de vivre dans son sillage, de le voir dans les multiples incidents de la vie journalière, la façade se lézarde, et laisse apercevoir un cœur profondément humain, une sensibilité touchante. Mais combien peu nombreux ceux qui ont pu apercevoir ces éclairs ? Il en imposait au soldat par sa majesté et aussi parce que celui-ci savait que les états-majors « en prenaient pour leur grade » chaque fois que le bien-être de l’homme était en jeu.
Connaissant admirablement notre soldat, il s’est préoccupé de lui assurer un ravitaillement ample et varié. Il a ordonné ses plaisirs en arrière du front, réglé ses permissions à l’intérieur. Il a sauvé la France parce qu’il connaissait et aimait l’homme, notre admirable soldat français. Personne en dehors de lui ne pouvait reconstruire une armée comme il l’a fait en 1917. Foch n’aurait pas pu vaincre, si Pétain ne lui avait auparavant reforgé son outil. C’est pour cela qu’on ne peut les séparer.
Si, à Verdun, le soldat et surtout l’officier de troupe ne lui ont pas rendu toute la justice qu’il méritait, c’est qu’il s’est trouvé dans des conditions exceptionnelles. Qu’a-t-il constamment demandé aux hommes, exigé d’eux : « Mourir s’il le faut, mais arrêter le Boche ». Et cela pendant des semaines et des semaines. Il est difficile de devenir populaire dans ces conditions. Le général se bat contre le Boche, mais surtout avec l’arrière, et jamais il n’a pu entrevoir d’autre possibilité que « d’arrêter le Boche », c’est tout ce qu’il peut faire avec les moyens dont il dispose. Par la suite, le général doit résister aux conseils d’attaque qui lui parviennent de tous côtés. Au G.Q.G., un bureau refuse de donner satisfaction à ses demandes ou les sert à retardement ; un autre bureau du même G.Q.G. s’étonne que l’on n’ai pas déjà repris tout le terrain. – Mais qu’est-ce que fait Pétain, pourquoi est-ce qu’il n’attaque pas ?
Un antagonisme profond n’a cessé d’exister entre l’armée de Verdun et le G.Q.G. ; le général Pétain ne tarissait pas en réclamations de tout genre : personnel, matériel, ravitaillement, transport ; c’est toujours en rechignant que satisfaction lui fut donnée et dans quelle mesure ! avec quelle lenteur !

Avec son beau calme, Pétain laisse dire, mais il agit : il arrête le Boche. Quand des parlementaires viennent lui demander si le Boche passera, il répond : – J’espère que non. Son prédécesseur à la IIe Armée, le général Nivelle, aux même questions, répond : – Jamais il ne passera. Cette belle confiance nous a valu les tristes aventures d’avril 1917. « 

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Le général Pétain visite les soldat

Robert Georges Nivelle prend donc le commandement des opérations à Verdun, tout en restant sous la dépendance de Pétain au niveau supérieur.nivelle3
Il est né le 15 octobre 1856 à Tulle (Corrèze) d’un père français et d’un mère anglaise. Il étudie à l’Ecole Polytechnique pour être officier d’artillerie et il en sort diplômé en 1878.
Il sert tout d’abord en Indochine puis est envoyé en Chine en 1900 pour réprimer la révolte des Boxers. Il commande ensuite le IVe régiment d’artillerie en 1911 puis sert en Algérie.
Lorsqu’éclate la première guerre mondiale, il a 58 ans, il est devenu colonel et commande le 65e régiment d’artillerie. Il s’illustre en septembre 1914 lors de la bataille de l’Ourcq où ses canon mette en déroute le 4e corps de la 1e armée du général Von Kluck.
Cette victoire lui vaut d’être promu général de brigade octobre 1914.
En avril 1916, il commande de 3e corps d’armée à Verdun.

 

Tout les mois de mars et avril, le général Mangin reconsidère et repense ce plan d’attaque.mangin2
Charles Marie Emmanuel Mangin est né le 6 juillet à Sarrebourg (Moselle) en 1866. Le 17 août 1885, il s’engage au 77e Régiment de ligne. Le 30 octobre 1886, il est admis à l’Ecole militaire de Saint-Cyr ou il suis des études de fantassin.
De 1891 à 1899, il sert au Sénégal, au Soudan puis au Congo à la tête d’un bataillon de tirailleurs sénégalais. C’est un fervent défenseur de l’armée d’Afrique, plus importante et plus puissante. Courageux, infatigable, robuste, meneur d’homme et homme d’action, il incarne le type même de l’officier colonial. Blessé à 4 reprises, il est fait officier de la légion d’honneur
En 1899, le devient capitaine puis chef de bataillon d’état-major en Indochine. Il rejoint ensuite le 8e Régiment de Tirailleur Tonkinois puis le 6e Régiment d’Infanterie Coloniale.
En 1905, il devint lieutenant-colonel et commande l’état-major du commandement supérieur du Soudan Français.
De 1907 à 1913, il participe à la Campagne du Maroc avec le grade de colonel. Il se distingue entre autre lors de la prise de Marrakech..
Lorsqu’éclate la première guerre mondiale, il a 48 ans, il est devenu général de brigade et est affecté à l’état major de l’armée.
Dés août 1914, il prend de commandement de la 8e Brigade d’Infanterie. Un mois plus tard, il devient commandant de la 5e D.I. de Rouen. Il y obtient sa première citation à l’ordre de l’armée.
En 1915, durant la bataille des frontières, il remporte la victoire de Charleroi, puis combat sur la Marne et en Artois.
En mai 1916, il passe sous les ordres du général Nivelle à Verdun.

C’est le 13 mai qu’il fixe définitivement le projet d’attaque et en arrête les objectifs.
Ils sont : la reconquête de la tranchée Morchée ; l’enveloppement du fort de Douaumont par le nord ; la reprise de la batterie et de la tourelle 3.212 à l’est du fort, puis le fort lui même.

Le fort de Douaumont
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(Voir la description du fort dans la partie « Fortifications », « Le fort de Douaumont »)

 

L’offensive est prévue pour le 22 mai. La 5e D.I. (36e, 74e, 129e et 274e R.I.) appuyée par la 36e (18e, 34e, 49e et 218e R.I.) et une puissante artillerie doivent attaquer simultanément dans un même élan. L’artillerie doit embraser les lignes allemandes durant les 7 jours qui précèdent l’attaque afin de désorganiser l’artillerie et miner le moral de l’ennemi.
Cependant, dès le 13 mai, jour où le général Nivelle rend public le projet d’attaque, la 5e D.I. allemande alors en position dans le secteur du fort de Douaumont reçoit « bizarrement » l’ordre de stopper toute opération offensive et de renforcer la défense du fort. Manifestement, l’ennemi a été renseigné du projet français. Par ailleurs, il déclenche le 20 mai une contre-préparation d’artillerie qui très vite surpasse la notre.
Témoignage du général Pétain :  » les troupes d’assaut subissaient, à partir du 20 mai, des pertes sensibles du fait que nous ne possédions par la supériorité du feu… « 

Rive gauche
Les Allemands reprennent leurs attaques commencées la veille. Elles se portent sur le 296e R.I. en ligne dans le fond de la Hayette ; les éléments de la 69e D.I. (251e, 254e, 267e, 287e, 306e et 332e R.I.) disposés de part et d’autre du Mort-Homme et en avant des bois des Caurettes et de Cumières ; sur le 94e R.I. et le 16e B.C.P. à droite du Mort-Homme et les 151e, 162e et 287e R.I. à gauche du Mort-Homme.

Partout, les attaques sont contenues, sauf sur le front du 287e R.I. qui vers 14 h, est contraint à reculer sur la Hayette. Ce retrait permet à l’ennemi d’ouvrir une brèche vers le Mort-Homme et d’occuper le sommet des 2 collines du Mort-Homme. Un formidable tir de barrage vient ensuite interdire toutes ripostes françaises.

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Vers 17 h 30, le mouvement allemand s’étend sur les tranchées Lecointe et Marescot mais vient butter sur la tranchée des abris Netter. Dans cette progression vers l’avant, les Allemands ont eu de lourdes pertes qui les ont petit à petit affaiblis.

Sur la cote 304, les Français reprennent l’ouvrage 15. Le 3e bis des Zouaves lutte toujours au bois Camard.

 

21 mai – Préparation d’artillerie française pour reprendre le fort de Douaumont (rive droite)
Rive droite
La préparation d’artillerie précèdent l’attaque du fort de Douaumont se poursuit.

Le général Mangin, depuis son Q.G. à Neuville-Saint-Vaast recueille les rapports des généraux d’artillerie qui lui affirment que le fort de Douaumont n’est plus qu’une ruine et que l’attaque ne va être qu’une formalité. mangin5Enthousiasme, il néglige d’envoyer des patrouille pour vérifier l’exactitude des propos.
Témoignage de Lefebvre-Dibon, chef de bataillon du 74e R.I. :  » A la réunion qui précéda l’attaque du fort à à laquelle prirent part les officiers supérieurs de la division, le général Mangin nous avait affirmé que la préparation d’artillerie nous permettrait d’arriver au fort l’arme à la bretelle, car le fort serait complètement anéanti. « 

Mangin rédige son ordre du jour :  » Vous aller reformer vos rangs éclaircis. Beaucoup d’entre vous iront porter au sein de leur famille l’ardeur guerrière et la soif de vengeance qui vous animent. Mais il n’est point de repos pour les Français tant que le sauvage ennemi foule le sol sacrè de la Partrie ; point de paix pour le monde tant que le monstre du militarisme prussien n’est pas abattu.
Donc, vous vous préparerez à de nouveaux combats, où vous apporterez la certitude absolue de votre supériorité sur l’ennemi, que vous avez vu si souvent fuir ou lever les bras devant vos baïonnettes et vos grenades. Vous en êtes sûrs maintenant : tout Allemand qui pénètre dans une tranchée de la 5e Division est mort ou prisonnier, toute position méthodiquement attaquée par la 5e Division est une position prise !
Vous marchez sous l’aile de la victoire ! « 

 

Par ailleur, le 69e B.C.P. en ligne dans le bois de Nawé reprend la tranchée Balfouquier. Le 124e R.I. en ligne en avant des ouvrages R1 et R2 dans le secteur de Vaux lance une attaque à 2 h du matin et s’empare de la tranchée Sarajevo.

Rive gauche
Pour dégager les hauteurs du Mort-Homme perdues la veille, 3 contre-attaques sont mises sur pied par les 112e, 287e, 306e R.I. et le 16e B.C.P. Cependant, elles ne rencontrent pas le succès escompté car les Allemands ont eu le temps de renforcer leurs nouvelles positions.

A défaut de reconquérir le Mort-Homme, la nouvelle ligne française est renforcée. Elle passe maintenant par la tranchée Sennois, la ligne 1 bis, contourne le sommet sud du Mort-Homme, passe par la tranchée des Zouaves et rejoint la tranchée dite  » du Chapeau-Chinois « 


 

22 mai – Grande offensive française pour tenter de reprendre le fort de Douaumont (rive droite)
Rive droite
Le jour se lève sur un ciel sans nuage, présageant une magnifique journée de printemps.
Vers 11 h, le général Mangin se rend à l’observatoire de Souville d’ou il domine la pleine. A l’horizon, le fort de Douaumont disparaît dans la fumé des éclatements. Les secteurs de chaque côté du fort sont également en ébullition, quoi que le feu soit un peu moins nourri à l’est.

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Mangin est serein, tout semble se dérouler comme prévue.

Subitement, à 11 h 40, dans un tonnerre assourdissant, le barrage de 75 se déclenche et vient s’abattre juste devant les positions françaises, au point voulu, sur l’étendu voulu, comme un rideau magique. Le bombardement allemand n’a pas cessé pour autant.

A 11 h 50, l’attaque est lancée, toute la première ligne française sort de ses tranchés et s’élance à travers les obus allemands. Les premiers combattants tombent, mais le barrage roulant de 75 et parfaitement ajusté et progresse exactement à la vitesse voulu (particulièrement sur la droite du dispositif).

Voyons les différentes actions les unes après les autres :

Sur le front à l’extrême gauche :
Le 3e bataillon du 36e R.I. s’élance à l’heure H en direction de son objectif, la tranchée Morchée. Il recule une fois mais renforcé de sa 8e compagnie restée en renfort, il repart à l’assaut à 13 h et s’empare des tranchées Morchée et du Bonnet d’Evêque. 150 prisonniers allemands sont envoyés vers l’arrière et de nombreux autres tentant de rejoindre le fort de Douaumont sont abattus.
Cette réussite n’a pas été sans dommage pour le 3e bataillon et les pertes ont été cruelles. A peu près tous les officiers et sous-officiers ont été tués ou grièvement blessés.

Sur le front gauche :
A l’heure H, 2 bataillons du 129e R.I. et quelques éléments du Génie, s’élancent au pas de charge. Leurs objectifs sont les abords immédiats du fort. Sur ce point, la préparation d’artillerie a eu des conséquences bénéfiques car les premières lignes allemandes, les secondes et les troisièmes sont totalement dévastées. Les soldats allemands sont complètement abrutis, ils sont tués ou fait prisonniers sans résistance.
A 12 h 01, soit 11 minutes après le commencement de l’assaut, l’objectif est atteint et même dépassé. L’angle nord du fort est occupé ainsi que la face nord-ouest jusqu’à l’angle nord, le boyau Fontaine est repris, ainsi que les tranchées qui défendent la face sud.
Témoignage du capitaine COUMES du 129e R.I. :  » Les sapeurs étaient si ardents à la lutte qu’ils se trouvaient dans la flot de tête du 129e au moment de descendre dans les fossés du fort.
Pendant ce temps, la première sections du génie qui comprenait au départ deux sergents et vingt-sept hommes, atteignait le fossé ouest. L’un des sergents, Lateur, était blessé au bras, mais n’avait pas voulu abandonner ses hommes. C’est l’autre sergent Piau, qui commandait la troupe.
Une fois dans le fossé, la section courut au coffre de contrescarpe nord-ouest et y entra. Le coffre était intact et vide. Il restait alors treize sapeurs autour de Piau. « 

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Les fossés du fort

A leur droite, d’autres éléments Du 129e qui ont pour objectif la face nord, nord-est et le flanc est du fort ne rencontrent pas la même facilité. Le bombardement allemand qui a précédé l’attaque leur a causé de lourdes pertes. Ils s’élancent néanmoins et atteignent le fossé sud-est. Une fois à cet endroit, ils sont soumis aux tirs des mitrailleuses ennemies venant du fort. Ils sont pris au piège, acculés contre la paroi.

Au bout d’une heure de combat, le 1er bilan n’est pas reluisant. Toutes les unités du 129e qui ont marché sur le fort sont stoppées, bloquées sur place. Comme les troupes allemandes sont toujours à l’abri dans le fort, l’artillerie allemande déclenche un furieux bombardement par obus fusant sur l’édifice. Cela cause des ravages dans les troupes françaises. Des renforts sont demandés en urgence.

A 13 h, la 8e compagnie du 36e R.I. est envoyée au secours du 129e R.I. D’un mouvement rapide elle parvient à franchir les 600 m qui la séparent des 1eres lignes et ne subit que peu de pertes par le tir de barrage allemand.
Aussitôt sur ses positions de départ, elle est envoyée vers le 129e dans les fossés du fort.
Témoignage du capitaine de PERCIN, du 36e R.I. :  » Nous arrivâmes, un peu après 14 h 30, dans le fossé sud-ouest du fort, sous un bombardement terrible, que notre mouvement, visible de l’ennemi, avait eu sans doute pour effet d’intensifier, et qui nous fit subir de lourdes pertes.
A l’entrée de la brèche sud-ouest, à côté de l’entrée du fort que des combattants du 129e et du 3e génie tentaient de forcer à coup de grenades, je trouvai le lieutenant de Mussy qui s’était porté au-devant de ma compagnie. Nous nous donnâmes une chaleureuse accolade. « 

Mais plusieurs mitrailleuses ennemies bien placées rende la tâche très périlleuse.
Tous les hommes encore valides se mettent à creuser des éléments de tranchée allant du saillant nord-est, longeant la paroi et s’arrêtant vers l’entrée du fort (soit 200 m).

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Photo prise le 22 mai à 15 h montrant les éléments du 129e R.I.
dans la tranchée qu’ils ont ébauchée (photo prise au X rouge)

Dans la soirée, plusieurs attaques allemandes sortant du fort sur cette tranchée improvisée sont repoussées.
A 23 h, une section de la 5e compagnie du 34e R.I. parvient à atteindre la tranchée et vient la renforcer.


Sur le front droit (à la Caillette) :
A l’heure H, les hommes du 74e R.I. s’élancent et franchissent toutes les tranchées ennemies. Les Allemands qui s’y trouvent se rendent instantanément. La crête du fort est atteinte sans trop de difficulté et les hommes s’afférent maintenant à reconquérir un petit élément bétonné appelé  » le dépôt  » qui semble fortement gardée. Après un sanglant corps à corps, l’ennemi recule et l’ouvrage est repris. Cependant, la situation est précaire et le dépôt est soumis aux feux croisés venant des cornes sud-est et nord-est du fort. Le commandant Lefebvre-Dibon décide néanmoins d’y installer son P.C.
Témoignage du commandant Lefebvre-Dibon, chef de bataillon du 74e R.I. :  » En y arrivant un spectacle effroyable s’offrit à mes yeux. Des blessés s’y étaient traînés et se trouvaient couchés au milieu de caisses en morceaux, de paillasses déchirées, de bouteilles cassées, de fusils. Les cadavres allemands y étaient nombreux et mêlés aux débris. Tout un côté du dépôt se trouvait complètement ouvert dans la direction d’une hauteur toute proche, d’où tirait les mitrailleuses ennemies de droite, c’est-à-dire de la position que le 2e bataillon devait enlever. Aussi, les pointeurs de ces mitrailleuses, apercevant des Français se précipiter dans le dépôt dont ils voyaient le fond, commencèrent-ils à tirer dedans. Les balles ricochent sur les murs et nous frôlent quand elles ne nous atteignent pas. Avec quelques hommes qui ont pu me suivre nous nous aplatissons et, ramassant tous les matériaux que nous trouvons à portée de la main, nous élevons une barricades provisoire pour masquer l’ouverture.
Aussitôt après je commence à mettre un peu d’ordre dans l’intérieur, je fais jeter dehors tout ce qui est inutile, à commencer par les cadavres ; j’arrange des planches en lits de camp, je les garnis avec des morceaux de paillasse et j’y étends les blessés.
Toutes les grenades et munitions sont empilées à l’entrée pour former une réserve. Des sacs à terre, des enveloppes de traversins rapidement ouvertes, sont remplis de gravois pour la barricade qui s’élève et sur laquelle les Allemands continuent à tirer.
Toute liaison est rompue avec les unités à gauche et à droite. De tous les côtés, les blessés affluent au  » dépôt  » et nombreux sont ceux à qui les mitrailleuses allemandes infligent une nouvelle blessure, définitive celle-là. « 

Jusqu’au soir la situation reste précaire.


Sur le front à l’extrême droite :
Le 274e a pour mission d’appuyer l’attaque du 74e R.I. et d’enlever la tranchée 333-334. A l’heure H, il est bloqué sur ses points de départ en raison du bombardement allemand qui est d’une puissance telle que toute sortie est impossible.


A la nuit, le bilan est triste :
Toute la partie est du fort a échappé aux Français. Par ce côté, de nouveaux effectifs très importants et de nombreux autres qui avaient quitté le fort pour ne pas être faits prisonniers regagnent la forteresse. D’importants ravitaillements en matériel sont également acheminés.

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Le secteur de la Caillette et plus particulièrement le ravin de la Mort est un véritable charnier.
Partout, les hommes qui ont attaqués aujourd’hui luttent désespérément et de façon précaire pour conserver les maigres positions qu’ils sont parvenus à conquérir.
La fatigue, la soif, la faim, la douleur physique, la désolation, l’impuissance, voilà l’enfer des combattants de Verdun.

Durant toute la nuit, le bombardement se poursuit de part et d’autre. Du côté allemand, il est beaucoup plus violent et étendu.
Sur ordre du général Lebrun, le reste de la 36e D.I. monte en ligne.

Rive gauche
Toute la journée, le 3e bis des Zouaves poursuit sa lutte au Bois Camard.
Le soir, l’ouvrage 15 en ruine ne semble être plus tenu par personne.
Durant la nuit, les Allemands lancent une attaque dans le fond de la Hayette et parviennent à occuper la tranchée d’Aix.


23 mai – Grande offensive française (rive droite)
Rive droite
A 7 h, le commandant de Vulpillières du 34e R.I., sous les ordres du général Mangin, prend le commandement du secteur de Douaumont. Il a sous ses ordres les survivants de tous les régiments qui ont attaqué la veille.

Dès 9 h, les Allemands bombardent avec force les nouvelles positions tenues par les Français et le fort lui-même. Les pertes continuent à s’accroître de manière inquiétante. Dès lors, la reprise du fort de Douaumont paraît impossible.

Plusieurs attaques allemandes sont tentées sur le dépôt et la tranchée construite le long de la superstructure du fort. Elles ne donnent aucun résultat mais les unités françaises qui défendent sont à bout de force.

Témoignage du sergent Piau, du 129e R.I. :  » A 4 h 30 du matin, une dizain d’Allemands s’avancent par le couloir de la tourelle et nous attaquent à la grenade, mais nous en avons aussi et ils sont facilement repoussés.
A 5 h 30, nous les voyons, en grand nombre cette fois, avancer sur toute la ligne, par infiltration, à travers les trous d’obus… presque tous nos coups portent et je suis certain que beaucoup d’Allemands ont été tués ; ils sont tellement nombreux que, jusqu’à 8 h 30, ils arrivent par trois fois jusqu’à 25 mètres de notre ligne, mais là, des volées de grenade leur font rebrousser chemin.
Vers 7 heures, nous avons reçu quelques obus asphyxiants que j’ai cru envoyés par notre artillerie, mais je ne pourrais l’affirmer. Il à fallut mettre les masque à gaz à trois reprises.

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A 8 h 45, les Allemands reviennent, ils sont au moins 600 hommes ; j’envoie un coureur au commandant Mangin lui demandant et du renfort et un tir de barrage sur le nord du fort, sans quoi je ne pourrai plus tenir.
Quelques minutes plus tard, le tir de barrage commence avec une précision merveilleuse ; alors que les Allemands étaient à 40 ou 50 mètres de nous, les obus leur tombent en plein dessus et le résultat ne se fait pas attendre, les Allemands reculent.
Vers 9 h 30, une compagnie s’avance pour me renforcer, mais elle a été signalée à l’artillerie allemande, car, au moment où elle aborde le fort, les Allemands déclenchent un effroyable tir de 105 percutants sur les abords et la partie du fort que nous tenons et cette compagnies, la 6e du 34e, est presque anéantie. Ce tir dure une heure, j’ai aussi plusieurs tués et blessés, et je suis blessé de nouveau moi-même à la figure et à la main gauche, peu grièvement, mais je perds beaucoup de sang. Je suis à bout de forces. « 

Toute l’après-midi, les éléments des 129e, 36e et 34e tentent de se maintenir dans le chaos, écrasé sous le feu des fantassins et de l’artillerie allemande, l’épuisement et la soif venant accroître leur calvaire.

Au soir, du côté français, les pertes de la journée ont été terribles. Partout, devant et derrière, les sifflets des blessés retentissent mais malheureusement, personne ne peut leur venir en aide.
Témoignage de Alfred SALABELLE, soldat au 74e R.I. :  » Le 22 mai, engagé volontaire à 17 ans, je pars avec le 74e à l’attaque du fort de Douaumont. Bientôt, je suis blessé par un éclat d’obus qui me fracasse la hanche gauche ; je suis mis à l’abri dans un trou d’obus et reste là jusqu’au soir. La soif commence.
Au matin du 23 mai, je suis relevé et porté au ravin de la Caillette. Là, on me remet dans un trou en me disant qu’il y a un poste de secours tout près et que d’autres brancardiers viendront me chercher. Effectivement, dans la matinée du 23, un major vient constater ma blessure et repart en disant qu’il reviendra dans quelques instants faire le pansement. Jamais je ne le reverrai.
Je demeure ainsi pendant trois jours sans manger ni boire. Le troisième jour, on met à mes côtés un deuxième soldat blessé aux jambes de plusieurs balles de mitrailleuses, et un troisième qui meurt aussitôt. Mais aucun secours ne vient. Le quatrième jour, le 26 mai, le bombardement est terrible. L’aumônier Etcheber qui passe par-là, se jette dans le trou pour se garer des éclats. Il se trouve qu’il est du même pays que le blessé aux jambes et ils parlent en patois des Pyrénées. Le pauvre diable se confesse et reçoit l’absolution. Se tournant ensuite vers moi, l’aumônier me demande si je veux son secours. Je ne peux accepter, n’étant pas baptisé. L’aumônier me baptise puis s’en va en me laissant sa gourde.
Ce n’est que le sixième jour, au matin, que deux brancardiers passant par-là, me relèvent et m’évacuent sur Landrecourt. Donc pendant ces six jours, je suis resté sans pansement sans nourriture, avec à peine de quoi boire. Pour calmer ma fièvre, je mettais des sacs vides sur la terre et ensuite m’en couvrais la figure afin de me rafraîchir. « 

Rive gauche
La 40e D.I. (150e, 154e, 155e et 161e R.I.) est à son tour lancé dans le brasier.
Dans la soirée, les 150e et 161e R.I. sont envoyés au sud-ouest du Mort-Homme ; les 154e et 155e R.I. s’installent dans le sous-secteur de Cumières.


 

24 mai – Grande offensive française (rive droite) – Perte du village de Cumière (rive gauche)
Rive droite

Dès 7 h, l’artillerie ennemie s’acharne avec force sur tout le plateau de Douaumont.
Les éléments restant des 2e et 3e bataillons du 34e R.I., qui ont subi des pertes considérables ces 2 derniers jours, sont arrivés à la limite de leur force. Ils tentent de se replier vers les lignes françaises pour rejoindre les éléments des 18 et 49e R.I. qui sont arrivé dans la nuit.
Témoignage du capitaine Monneret, du 34e R.I. :  » Au petit jour, en ce matin du 24 mai, la situation nous apparaît avec une netteté effrayante ; nous sommes entourés.
Nous faisons feu partout ; et alors, commence un de ces duels tragiques, trop souvent ignorés dans cette guerre, duel où l’un des partis, condamné d’avance, n’a plus que la suprême ressource de bien mourir !…
Exposés à tous les coups, mes hommes tombent les uns après les autres. Ils meurent silencieusement. Je reçois une balle dans le bras droit.
Les Allemands, trouvant encore que cela ne va pas assez vite, ont installé des minenwerfer à 400 mètres de là, et à chaque instant, d’énormes torpilles ouvrent des cratères sur toutes les faces.
Seuls me restent quelques hommes perdus dans les trous d’obus et qui n’ont plus de munitions. Il doit être midi. Les Allemands, pressentant que nous sommes à bout, s’élancent de tous côtés.
Une mêlée atroce se produit. Rassemblant mes dernières forces, suivi d’un petit groupe, je tente de percer vers les lignes françaises. Nous roulons dans le fossé. Mon bras me refuse tout secours… j’ai perdu mes armes. Des mitrailleurs brandebourgeois se précipitent et nous font prisonniers.
Nous pleurons de rage ! nous avions résisté plus de trente heures. « 

Le dépôt est toujours soumis aux assauts allemands. A 12 h, l’ennemis sort du fort et se lancent à l’attaque. A 13 h 30, le 3e bataillon du 74e R.I. est complètement encerclé, mais tient toujours. A la fin de la journée, sans minutions, sans vivre ni eau, harassés par 2 jours de combats incessants, sans espoir de secours, les hommes du 3e bataillon se rendent.

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Leur honneur est sauf, ils ont tenu jusqu’à la limite des forces humaines. En 2 jours, ils ont perdu 72.2% de leur effectif.
Témoignage :  » Parvenu au dépôt déjà cerné de toutes parts, j’y trouvai le spectacle suivant : le commandant se rendant parfaitement compte de la situation, assisté de son adjudant, était en train de brûler ses ordres et ses situations pour que ses papiers ne tombassent pas entre les mains des Allemands. Dans le font du P.C. ainsi qu’au poste de secours, à côté, les blessés entassés les uns sur les autres hurlaient de douleur et dans leurs souffrances et leur délire, criaient à tue-tête :  » Mon commandant, ayez pitié de nos femmes et nos enfant. Mon commandant, rendez-vous !  »
Le commandant Lefebvre-Dibon qui s’était porté du côté des Allemands, son revolver levé, eut un geste de profond accablement. Il jeta son revolver et fit signe aux Allemands qu’il se rendait. « 

Sur le front du 1er bataillon du 49e R.I., à la Caillette, le bombardement allemand. est très violent depuis 3 h 45. A 7 h, les Français tentent une attaque qui leur permet de progresser de 200 m. Mais les pertes sont telles que bientôt, l’élan se brise et les hommes se terrent sur place dans les trous d’obus.
La contre-attaque allemande ne se fait pas attendre mais les mitrailleuses françaises rapidement mises en place la font échouer.
A 13 h, les Allemands s’élancent une nouvelle fois mais cette tentative connaît le même sort que la précédente.

Le 2e bataillon du 49e R.I. qui occupe les tranchées de Douaumont et Boneff et les carrières est sévèrement attaqué. Il résiste jusqu’au bout de ses capacités et succombe.

A 14 h, l’ennemi débouche en grand nombre du fort de Douaumont mais il est arrêté net par les mitrailleuses françaises.

Sur le front des 107e et 138e R.I., du bois franco-boche au bois d’Haudraumont, le pilonnage allemand est également très dense.
Plus tard, par une série d’actions offensives, les Allemands. parviennent à s’infiltrer dans le bois de Nawé. Le 350e qui tient la ligne allant de la tranchée des Caurettes au ravin de la Mort doit reculer. Il parvient néanmoins à contenir la progression de l’ennemi par une contre-attaque des 21e et 22e compagnies de son 5e bataillon.
A sa droite, le 355e R.I. en ligne au ravin de la Mort et sur le versant sud-nord du bois de Nawé (cote 321) tient fermement ses positions.

Vers 15 h 30, le général Mangin passe le commandement du secteur de Douaumont au général Lestoquoi du 36e R.I.
Témoignage du commandant P… :  » A 11 h 30, le général Mangin rend compte au général Nivelle qu’il a absolument besoin de 2 bataillons supplémentaires pour tenter une nouvelle attaque.
A 15 heures, vive altercation au téléphone entre le général Lebrun et le général Mangin. Le premier ordonne d’attaquer à nouveau, et le second répond : « Avec quoi ? » Le général Lebrun insiste, devint nerveux : « Il n’est pas admissible de laisser replier nos troupes, il faut garder le fort. Attaquez ! » Le général Mangin : « Moi je ne fais pas d’attaque numéro 2, je n’attaque pas sans attaquer, tout en attaquant. « C’en était trop ! Le général Lebrun exaspéré lui crie : « Ah ! vous ne voulez pas attaquer, passez le commandement au général Lestoquoi. » Celui-ci était déjà arrivé au P.C., la relève normale du général Mangin étant prévue pour la nuit suivante. Voilà ce qui explique ce passage inhabituel de commandement à 15 h 30. « 

Dans la nuit, la 6e D.I. monte en ligne et se place à droite de la 36e au bois de la Caillette. Le commandant Raynal du 96e R.I. prend commandement du fort de Vaux.

Bilan de l’offensive française :
L’attaque du fort de Douaumont a donc totalement échoué. Les raisons sont multiples :
- Les Allemands étaient parfaitement au courant du projet français. Dès le 13 mai, jour où le général Nivelle a rendu public le projet d’attaque, les opérations offensive dans le secteur de Douaumont ont stoppées et la défense du fort a été renforcée.

- La préparation d’artillerie française a été trop insuffisante.
Bien que le pilonnage des lignes allemandes ait débuté le 16 mai, ce n’est que le 20 mai, que le bombardement français a atteint une cadence soutenue. Soit seulement 2 jours avant la date prévue pour l’assaut au lieu des 6 prévus initialement.
De plus, il fut loin d’atteindre la force qu’il devait avoir en pareille circonstance ; il ne couvrit qu’une petite partie du secteur qu’il aurait fallu toucher avant une telle attaque ; il laissa intactes des organisations ennemies qu’il aurait été indispensable de détruire. Bien que le fort et ses abords soit pilonnés avec force, l’ensemble de la structure resta en partie intacte.mangin4
Témoignage du commandant P… :  » Mangin savait qu’on ne pourrait s’emparer du fort de Douaumont tant que le fort demeurerait intact et il voulait que le fort fût anéanti. Il n’en a rien été. Il semble bien d’ailleurs qu’il avait été trompé sur les effets de notre artillerie.
Le 21 mai, le colonel Estienne qui se trouvait à Bévaux avait dit à l’un des officiers du général Mangin, le lieutenant Brunet : « Allez dire à votre général que le fort de Douaumont n’est plus qu’une écumoire !  »
Pétain remarque dans sa « Bataille de Verdun » que nos tirs de destruction de cinq jours n’avaient pas réussi à dominer nettement l’adversaire, que le temps manquait pour aménager suffisamment les 12 kilomètres de tranchées et de boyaux et qu’il fallait recommencer chaque nuit ce travail de Pénélope car les bombardements allemands le démolissaient régulièrement pendant le jour. De plus, les troupes d’assaut subissaient, à partir du 20, des pertes sensibles du fait que nous ne possédions pas la supériorité du feu.
Mais voici qui est aussi grave :
Dans ses « Souvenirs de guerre sur Verdun », Le Kronprinz (le prince héritier) insiste sur la préoccupation du commandement allemand de créer, avant toute attaque, une position de départ solide et des communications vers l’arrière afin que les troupes puissent être lancées à l’attaque en pleine possession de leurs moyens et sans avoir été dissociées avant l’assaut.
Cette préoccupation a-t-elle été la même de notre côté ?
Hélas !…
Un chef de bataillon, qui, peu de temps avant l’attaque, reprenait dans un des secteurs de Douaumont des emplacements déjà tenus par lui un mois auparavant, s’étonnait que rien n’eût été fait pour améliorer les communications entre le fort de Souville et le bois de la Caillette, que le secteur lui-même de la Caillette fût demeuré dans le même état au cours de ces trente jours : « Le chef de bataillon que je remplaçais me montra son « topo » et les nouvelles limites du secteur. Il n’avait pu y travailler, ayant sans cesse, suivant les ordres reçus, fait faire des reconnaissances et lancer des grenades pour tâcher d’avancer de quelques mètres. Il regrettait, comme moi, qu’on ne lui eût pas laissé plus de temps pour améliorer la position.
Et pourquoi ? Pour gratter un peu de terrain à l’ennemi et avoir un secteur qualifié d’ « actif »…  »
L’aberration a été pareille, non seulement sur toute l’étendue du front de Verdun, mais sur tous les fronts pendant toute la durée de la guerre.
Trois ans après la fin de la guerre, au cours d’un pèlerinage en forêt d’Apremont, je fus stupéfait de ne pouvoir retrouver des emplacements où je m’étais battu pendant plus d’un an, alors qu’à vingt mètres plus loin, dans les lignes allemandes, tranchées, sape, boyaux, postes de secours, tout était demeuré intact. Chez nous, la terre nue où l’on se cachait comme l’on pouvait ; chez les Allemands, du ciment à profusion. « 

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A gauche, tranchée allemande – A droite, tranchée française

De plus, l’artillerie allemandes continuait à être supérieure à la nôtre. Même avec toute la bonne volonté, notre puissance de feu restait 2 fois mois forte que celle de l’ennemi. L’armée de Verdun disposait de 1777 canons, dont 1184 pièces de campagne (1073 pièces de 78 mm, 8 de 65 mm, 26 de 80 mm et 77 de 90 mm), 593 pièces lourdes (174 de courte porté, 400 de longue porté et 19 de grande puissance) ;
Les Allemands possédaient 2200 canons dont 1730 lourdes et 470 de petit calibre. Cette infériorité signifiait dans une opération comme celle de Douaumont, d’être dans l’impossibilité d’empêcher une contre-préparation d’artillerie lourde allemande plus puissante que notre propre préparation.

- Les effectifs mobilisés pour menée l’attaque ont été trop insuffisante.
Dans son projet initiale, le général Mangin avait prévue 4 Divisions. Le G.Q.G lui avait répondu qu’il devrait faire avec 2 car il n’était pas envisageable de mobilisé 4 D.I. pour un  » objectif local  » :  » Et l’offensive de la Somme alors ! « . Tout le monde à Paris s’accordait à dire que reprendre Douaumont était très important pour le moral de la nation, mais aussitôt que les effectifs nécessaires était réclamé, ce que fit Mangin à plusieurs reprises, le fort de Douaumont redevenait un  » objectif local « .
Mangin avait donc revue sa copie à la baisse en demandant 3 Divisions…
Témoignage du commandant P… :  » Lorsque, pour la première fois, des études ont commencé pour mettre sur pied la reprise du fort de Douaumont, les projets ont envisagé la nécessité de disposer en ligne 4 divisions, mais le G.Q.G. y mit bon ordre : « Et pour la Somme, qu’est-ce qu’il resterait si l’on employait encore tant de monde pour cet objectif local ? » Les études furent reprises avec 2 divisions accolées, une 3e pour les relever après le succès.
« Impossible », dit encore le G.Q.G. Il fallut se rabattre sur une division en 1er ligne, et une 2e en arrière. « La peau de chagrin ! », se lamentait le général Mangin désigné pour mener l’attaque avec sa division. Il aurait fallu déjà une division de travailleurs pour creuser les boyaux nécessaires et les parallèles de départ ! « 

Finalement, impuissant, le général Pétain et le général Nivelle avait approuvé le plan d’attaque préparé par le général Mangin.
Témoigne du général Pétain :  » …les conditions dans lesquelles allait se dérouler l’action étaient en somme peu favorables, car nous restions bridés au point de vue de l’emploi des forces et nous ne pouvions pas, faute de disponibilités, étendre le front de nos assauts. « 

- Enfin, pas assez de préparation du terrain.
Témoigne du général Pétain
in : (à propos des boyaux et des parallèles de départ) » … Le temps manquait pour que l’on pût les approfondir suffisamment et il fallait recommencer chaque nuit ce travail de Pénelope, car les bombardements allemands le démolissait régulièrement pendant le jour…
Je me voyais obligé d’approuver le plan du général Mangin sans lui donner l’extension souhaitée… « 

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Du 18 au 24 mai, la 5e D.I du général Mangin a perdu 130 officiers et 5 507 hommes, soit la moitié de ses effectifs…

Rive gauche
A 2 h 30, les Allemands lancent une attaque sur le village de Cumières tenu par le 5e bataillon du 254e R.I. et parviennent à y pénétrer par le nord et par l’est. Le 5e bataillon est fait prisonnier à l’exception de quelques hommes qui parviennent à s’échapper et à rejoindre le 267e R.I. non loin.

Vers 6 h 15, le 267e R.I. se lance à la contre-attaque du village mais il est stoppé à la lisière sud par les tirs des mitrailleuses allemandes. Cumières est dès lors perdu.


 

25 mai
Rive droite
Le 355e R.I. continue sa lutte acharnée devant les attaques répétées de l’ennemi. Pas moins de 11 assauts allemands viennent se briser sur sa ligne.

Au début de la nuit, un ultime assaut parvient tout de même à faire fléchir les hommes du 355e et permet à l’ennemi d’atteindre le sommet de la cote 321, devant le 5e bataillon. Peu de temps après, les Français repartent à la contre-attaque et parviennent à chasser l’ennemi mais les pertes sont sérieuses.

Même combat au 294e R.I. à la ferme de Thiaumont qui repousse l’ennemi à 4 reprises au cours de la journée. Ainsi que le 34e R.I. replié avec les 18e et 49e R.I. qui met en échec plusieurs assauts.

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Pour finir, les Allemands attaquent durant plusieurs heures et à plusieurs reprises devant le fort de Vaux mais comme ailleurs, ils ne parviennent pas à percer les lignes françaises.

Rive gauche
Le 155e R.I. qui occupe la station de Chattancourt reçoit l’ordre de contre-attaque sur le village de Cumières perdu la veille. Cette opération est fixée pour le lendemain.


 

26 mai – Reprise du village de Cumières (rive gauche)
Rive droite

Tôt le matin, une contre-attaque est menée par le 3e bataillon du 63e R.I. à la lisière ouest du bois de Nawé (secteur très actif ces derniers jours). Sur la gauche, la 10e compagnie parvient à reconquérir 2 tranchées. Sur la droite, aucune progression n’est possible, les tirs de mitrailleuses allemandes sont trop soutenus et le réseau de barbelé est trop dense.

Au sud-ouest du fort de Douaumont, le 218e R.I. repousse 2 attaques.
Dans le secteur de la Caillette, le 1er bataillon du 49e R.I. toujours en place, repousse 1 attaque.
Témoignage de Jean GALLON, sergent au 139e R.I. :  » La confusion était si grande, au cours de ces combats du mois de mai, les deux lignes étaient tellement emmêlées que j’ai vu des Allemands se mettre en position à côté de nous et tirer sur les Allemands qui étaient devant nous en croyant tirer sur les Français. « 

Vers 18 h, le 6e bataillon du 326e R.I. s’élance devant le bois de Nawé et atteint la tranchée Rémy. Il parvient à s’y tenir.

Dans la nuit, les débris du 34e R.I. sont relevés. Il a perdu à lui seul 390 officiers dont 2 chefs de bataillon et 1381 hommes de troupe.

Rive gauche
Toute la journée, R.A.S.

A 21 h, la contre-attaque du 155e R.I. sur le village de Cumières prévue la veille est engagée. Elle permet de reconquérir le village.


 

27 mai
Rive droite

La 151e D.I. (293e, 337e, 403e et 410e R.I.) est mise à la disposition du général Nollet.

Rive gauche
R.A.S toute la journée.

Dans la soirée, les Allemands lancent une contre-attaque sur le village de Cumières repris la veille par le 155e R.I. Elle ne donne pas de résultat.


 

28 mai
Rive droite

La 151e D.I. commence à relever la 56e. Les régiments qui la composent ont la lourde mission de reprendre le terrain perdu.
Témoignage du soldat Armand ROQUEPLAVE :  » Les gars qu’on relève sont fous, ils se sauvent à notre arrivée sans nous donner aucun renseignement sur les Boches. « 

Rive gauche
Le 155e R.I. repousse 2 contre-attaques aux abords de Cumières.
Le 154e R.I. en avant du bois des Caurettes, subit un violent bombardement qui lui cause de lourdes pertes.


 

29 mai
Rive droite

R.A.S.

Rive gauche
De 2 h à 6 h, le bombardement que subit le 154e R.I. prend encore plus d’intensité.

A 7 h, les Allemands partent à l’assaut et parviennent à s’infiltrer entre 2 bataillons du 154e. La situation est rapidement rétablie par une contre-attaque.

A 9 h, le bombardement allemand reprend sur les 1e et 2e lignes.

Dans la journée, le 2e bataillon du 173e R.I. en ligne sur la cote 304, repousse à la grenade 2 violentes attaques précédées et suivies chacune de forts pilonnages du secteur.

Les positions des 154e et 155e R.I. sont également violemment bombardées toute la journée.

Dans une lettre au général Joffre, le général Pétain signale que : « La lutte d’artillerie devant Verdun devient chaque jour plus difficile. »
Il ajoute : « A supposer même qu’il y ait égalité entre le nombre des pièces françaises et le nombre des pièces ennemies, il n’en subsiste pas moins une sensible disproportion des moyens, due à la plus grande rapidité du tir et à la supériorité de calibre et de portée de ces dernières. »
Après plus de 3 mois de combats, la disproportion entre les deux artilleries est encore très forte. Le moment n’est pas venu encore où les poitrines françaises cesseront de lutter contre les obus.

p137

A 18 h 30, les 154e et 155e R.I. subissent plusieurs attaques du haut du ravin des Caurettes jusqu’à Cumières. Les 1eres lignes du 154e sont enfoncées mais les hommes résistent comme ils le peuvent pendant plusieurs heures.
A minuit, à bout de force, ils sont encerclés et faits prisonniers. Cette résistance acharnée dont ils ont fait preuve jusqu’à la fin a permis de limiter la progression de l’ennemi qui n’a été que de 300 m seulement.

Pendant ce temps, le 1er bataillon du 154e R.I. s’est positionné en retrait sur le plateau du bois des Caurettes et en travers du ravin qui descend à Chattancourt. Une 2e ligne est ainsi créée qui repousse une ultime attaque allemande lancée un peu plus tard.


 

30 mai
Rive droite

A 3 h, les 403e et 410e R.I. attaquent par surprise le ravin de la Mort et parviennent à contrôler à nouveau quelques points des berges ouest.

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Le ravin de la mort (ou ravin des Vignes)
Par ce pli du terrain, passait les relèves montantes et descendantes, les coureurs, les corvées d’eau ou de munitions.
Et ce point était clairement repéré sur les cartes des artilleurs Allemands. De tel sorte qu’ils y consacraient en permanence une
attention toute particulière. Lors des bombardements les plus violents, il était impossible de traverser tellement les éclatements
étaient proches et nombreux et les nombreux malheureux qui ont eut pourtant l’ordre de passer y dorment d’un sommeil éternel. Il faut noter que sur cette photo, où le ravin de la Mort ressemble déjà à un sol lunaire, il n’a pas encore subit la dévastation suprême, qui finira de hacher tous les troncs calcinés que l’on distingue encore de si de là. A la fin de l’année, pas un ne restera debout.

Toute la journée, l’ennemi tente de reprendre ces positions sans y parvenir.

Les Français en 1ere ligne sont globalement à bout de forces physiques et morales. Le général Lebrun ordonne la relève de la 36e D.I. (18e, 34e, 49e et 218e R.I.) par la 6e qui part occuper le secteur de Souville. La 124e D.I. (53e, 101e, 124e et 142e R.I.) occupant toujours le secteur de Tavannes.
Témoignage du soldat René PIGEAD :  » Se retrouver ainsi à la vie, c’est presque de la folie : être des heures sans entendre un sifflement d’obus au-dessus de sa tête… pouvoir s’étendre de tout son long, sur de la paille même… Avoir de l’eau propre à boire, après s’être vus, comme des fauves, une dizaine autour d’un trou d’obus à nous disputer un quart d’eau croupie, vaseuse et sale ; pouvoir manger quelque chose de chaud à sa suffisance, quelque chose où il n’y ait pas de terre dedans, quand encore nous avions quelque chose à manger… Pouvoir se débarbouiller, pouvoir se déchausser, pouvoir dire bonjour à ceux qui restent… Tout ce bonheur d’un coup, c’est trop. J’ai été une journée complètement abruti. Naturellement toute relève se fait de nuit, quelle impression d’avoir quitté un ancien petit bois où il ne reste pas un arbre vivant, pas un arbre qui ai encore trois branches, et le matin suivant après deux ou trois heures de repos tout enfiévré voir soudain une rangée de marronniers tout verts, pleins de vie, pleins de sève, voir enfin quelque chose qui crée au lieu de voir quelque chose qui détruit ! « 

p252
Permissionnaires qui attendent les camions qui les ramèneront vers l’arrière

Rive gauche
Dès l’aube, l’ennemi tente dans le brouillard de poursuive l’élan commencé la veille au soir.
Une attaque entre le bois des Caurettes et la Meuse lui permet tout au long de la journée de faire reculer les Français jusqu’à la station de Chattancourt et l’ouvrage des Zouaves (800 m au nord de Chattancourt)

Ce jour, fait inhabituel, l’artillerie allemande a été très peu active.


31 mai
Rive droite
Les mouvements de relèves ordonnés la veille par le général Lebrun s’exécutent.

Rive gauche
Dans la nuit, la 19e D.I. (48e, 70e, 71e et 270e R.I.) vient renforcer la 40e (150e, 154e, 155e et 161e R.I.)

A 11 h 30, les 150e et 161e R.I. partent à l’assaut sur les pentes sud-ouest du Mort-Homme et s’emparent des abris Netter en faisant 250 prisonniers.

Les 71e et 306e partent à leur tour en direction du bois des Caurettes mais leurs efforts sont brisés.
En fin de journée, la ligne française passe à 500 m au nord de Chattancourt et part vers l’ouest en passant à 100 m de l’ouvrage des Zouaves.

Sur ordre de Nivelle, la 38e D.I. (4e mixte Z.T., régiment colonial du Maroc, 4e zouaves et 8e tirailleurs) vient renforcer le secteur.

En cette fin du mois de mai, sur la rive gauche, l’ennemi a pris le Mort-Homme mais ne parvient pas à poursuivre. Il a débordé la cote 304 par l’ouest et s’est accroché à ses pentes nord.
Les positions qu’il tient dorénavant, mis à part des gains et des pertes de terrain locaux et minimes, sont les positions les plus avancées qu’il parviendra à conquérir sur la rive gauche. Il n’ira jamais plus loin et cette ligne restera inchangée durant les mois à venir.

 

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La Bataille de Verdun Février

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Période février 1916

1916 – La bataille de Verdun

L’avancée allemande sur la Rive Droite

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Fin 1915 et jusqu’au 20 février – Etat du front Français, préparatifs Allemands, forces en présence

Pourquoi les Allemands ont-ils choisi d’attaquer à Verdun ?La Bataille de Verdun Février  falkenhayn
Début 1916, l’Allemagne a besoin d’une victoire militaire marquante.
Le général von Falkenhayn, commandant en chef du front de l’ouest songe à frapper un grand coup.

Erich von Falkenhayn est né le 11 septembre 1861 à Burg Belchau en Pologne.
En 1913, il est nommé ministre de la guerre.
En septembre 1914, il devient général d’infanterie et succède à von Moltke à la tête de l’état-major général allemand du front de l’Ouest. D’un caractère hautain et arogant, tenant des propos acerbes, il gagne rapidement l’hostilité de la plupart des autres généraux de l’armée allemande. Cependant, il a la confiance du Kaiser qui voit en lui l’homme de la victoire.
En 1915, il prépare l’offensive russe. A la fin de l’année, il prépare l’offensive de Serbie.
En 1916, il est chargé de conçevoir la grande offensive sur Verdun qui doit « saigner à blanc » l’armée française.

Les raisons qui imposent cette victoire de l’Allemagne sont les suivantes :
- ses ressources en hommes et en matériels ne sont pas inépuisables, contrairement aux alliés ;
- les Allemands commencent à douter de l’issue du conflit et subissent les effets de la guerre lisibles à travers la presse, il y a donc nécessité à remonter le moral national ;
- l’Allemagne a besoin d’un élément de négociation pour imposer sa paix.

Or toutes les hypothèses d’attaque sur le front oriental semblent présenter peu d’intérêt ou trop d’inconvénients ; de plus, l’Angleterre est très dangereuse par sa puissance navale et parce qu’elle instaurera tôt ou tard le service national et pourra jeter dans la bataille des forces neuves, d’où la volonté de décourager cette dernière en saignant à blanc « sa meilleure épée », la France.

Ce choix aurait également l’avantage de mettre la Russie (en la privant du soutien occidental) dans l’incapacité de maintenir son effort de guerre. En conséquence, le front français apparaît comme la seule solution.

Pour cela, le général Falkenhayn prévoit une offensive écrasante sur un secteur limité, afin de ne pas trop dégarnir les autres points. L’objectif territorial importe peu, il ne s’agit pas d’occuper, mais de tuer.
Sa tactique est d’attaquer en tenaille un saillant du front français et d’employer intensément l’artillerie avec une technique de hachoir ou « Trommelfeuer ». L’artillerie lamine en profondeur les lignes ennemies et permet à l’infanterie d’occuper le terrain, ainsi détruit, quasiment sans combattre. En outre, cette tactique favorise la suppression des traditionnels combats d’infanterie.

Deux villes offrent cette caractéristique, Belfort et Verdun. Falkenhayn retient finalement Verdun car les forces françaises, acculées à la Meuse qui coupe en 2 le saillant, seront contraintes de se battre le dos au fleuve. Mal reliées à leurs arrières, elles seront comme prises dans une nasse.

p161
Verdun

Les collines entourant la place de Verdun offrent des positions idéales pour contrôler le secteur et bombarder la ville. La présence de forêts profondes et de bois permet d’acheminer, dans une relative discrétion, hommes et matériels, notamment en Woëvre. Du reste, d’excellents observatoires naturels sont déjà aux mains des Allemands : Crête de Romagne, Jumelles d’Ornes…
Falkenhayn n’ignore pas non plus, grâce à ses réseaux de renseignement, que la place forte de Verdun est très affaiblie par le désarmement des forts et le retrait de garnisons décidés en août 1915 par l’Etat-major français…

L’offensive doit permettre de réduire le saillant. C’est de là qu’une attaque française pourrait être déclenchée afin de « rendre intenable le front allemand ». De plus, le saillant de Verdun menace les voies de communications allemandes proches d’à peine 20 km et semble présenter « un danger d’une grande importance militaire ».

L’état-major allemand ne pense pas devoir redouter une contre-attaque française en raison de la faiblesse des communications de Verdun avec l’arrière. Les liaisons ferrées avec Chalons et Nancy sont coupées, de même que la voie reliant Verdun à Sainte-Menehould, coupée à hauteur d’Aubréville. Il existe encore l’étroite voie ferrée, mal entretenue, tracée entre Bar-le-Duc et Verdun : le Meusien. En revanche, les Allemands disposent de 14 voies ferrées (dont 11 construites par leur soin), ce qui facilite l’acheminement rapide des soldats et des matériels. En outre, ils peuvent s’appuyer sur l’arrière-pays industriel de Moselle, du Luxembourg ainsi que sur les bassins miniers du haut-pays lorrain.

Enfin Verdun a une signification affective particulière pour les Allemands. C’est là qu’en 843 a été partagé l’empire de Charlemagne, commune référence de l’histoire française et allemande. Depuis les 2 pays se sont bien souvent disputé la place (en 1792 et en 1870). Verdun est l’avant-poste de la France face à la forteresse allemande de Metz.
Aussi, estime Falkenhayn, les Français défendront ce lieu symbolique jusqu’au dernier homme et que l’état-major français y engagera ses réserves. Une fois prise dans la nasse, leur armée y sera saignée à blanc, exterminée à un point où elle ne pourra pas se relever.
En cas de succès retentissant, le prestige de la famille impériale s’en trouvera renforcé.

 

La place forte de Verdun :
Le polytechnicien Séré de Rivières fut chargé de la fortification du Nord-Est de la France après la guerre de 1870. Il construisit des régions fortifiées linéaires intégrant les obstacles naturels et ponctuées de camps retranchés. Verdun, pôle nord privilégié dans le nouveau réseau défensif, retrouva alors son rôle historique de forteresse.

En effet, c’est une base offensive : tête de pont de la France sur la Meuse pouvant contrebalancer Metz, alors annexée, et un nœud de communication Nord/Sud et Est/Ouest. De 1875 à 1914, une double ceinture fortifiée fut créée autour de Verdun qui apparaissait, à la veille de la guerre, comme la place la plus moderne et la plus puissante de l’Est de la France.

cartefort

L’état du front français à Verdun :
Au début de l’année 1916, l’état du front français dans la région de Verdun est pitoyable :

- Les 1ère lignes ne sont qu’une suite de tranchées en grande partie éboulées et ne formant pas une ligne continue. Leurs parapets sont étroits et leurs créneaux trop espacés.
Le réseau de fil de fer barbelé est peu dense et en très mauvais état. En certains endroits, il est remplacé par de simples haies en bois, à d’autres, il n’y a rien du tout. Par exemple, l’espace entre le bois d’Haumont et le bois des Caures est pratiquement libre, en cas d’attaque subite, l’ennemi n’aura même pas à réaliser une brèche.
Les postes d’observation sont trop peu nombreux, mal placés, ils n’offrent pas une vision suffisante et efficace.
Les abris et les sapes sont peux profonds et ne protégent que des éclats d’obus. Ils ne peuvent en aucun cas supporter un violent et puissant bombardement. Quelques cavernes ont été creusées mais elles ne sont pas volumineuses et ne disposent que d’une seule issus ;

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- Les secondes lignes sont un peu mieux réfléchies et dessinées, mais elles sont trop espacées et totalement laissées à l’abandon. Un gros travail est nécessaire pour les remettre en état ;

- En arrière, les villages sont quant à eux organisés assez logiquement mais insuffisamment. Les liaisons entre chacun d’eux et vers les lignes de front sont dérisoires.
Un seul boyau étroit relit le village de Forge à la côte de l’Oie. Quelques boyaux seulement, ne bénéficiant d’aucune protection, partent de Forge vers l’avant. C’est un espace totalement libre entre le village de Brabant et le village de Consenvoye.
Les jumelages (2 tranchées parallèles pour la montée des renforts et l’évacuation des troupes et blessés) sont inexistants.
Les postes de commandement solidement organisés et placés à des endroits stratégiques font cruellement défaut.

driant2Ces manquements aux règles élémentaires de la guerre de tranchée, qui dure déjà depuis un an, ne passent pas inaperçu pour tout le monde.
Le général Chrétien (commandant du 30e Corps), dès que la région fortifiée de Verdun lui est confiée, visite ses lignes et envoi une lettre à Paris fin 1915, faisant état de ces graves malveillances. De son coté, le général Becher, adjoint du général Chrétien, constate et signale les même imperfections.
Enfin, le colonel Driant, défenseur du bois des Caures, ne cesse en janvier et février 1916 de demander des troupes et du matériel pour remettre en état et renforcer son secteur.
Toutes ces réclamations resteront sans suite, la raison invoquée est qu’il n’est pas nécessaire de renforcer ce secteur puisqu’il est calme et que les Allemands n’attaqueront pas ici.

 

Le désarmement des forts de Verdun – le décret du 5 août 1915 :
Le 5 août 1915 est signé un décret stipulant le démantèlement en garnison et en armement des forts de la région fortifiée de Verdun. En effet, au ministère, on considère que :

- Comme les forts de Verdun bénéficient d’un puissant armement non utilisé, ils sont les mieux placés pour fournir rapidement une artillerie lourde qui fait défaut pour la grande offensive de Champagne en cours de préparation ;

- En raison de la puissance de l’artillerie mobile moderne, les défenses d’une place fixe sont vouées à une destruction certaine. Pourquoi alors laisser des canons se faire détruire ? On prend en exemple les forts de Maubeuge, Liège, Namur, Anvers ;

- Le renfort en munition est trop important et trop difficile à réaliser. Surtout si les abords de l’ouvrage fortifié sont tenus par l’ennemi ;

- En cas d’invasion, la défense ne peut venir que des fantassins sur le terrain et non du fort lui-même. Une garnison complète n’est donc pas nécessaire. De plus, elle risque tôt ou tard d’être faite prisonnière, d’où la nécessité d’en réduire au maximum l’effectif.

Si ces remarques se tiennent sur le papier, il n’en va pas de même sur te terrain. Tout généraux imaginant une forte offensive allemande sur Verdun, refuserait catégoriquement d’appliquer un tel décret. Cependant, en août 1915, le théâtre des opérations est ailleurs et personne n’imagine un instant une attaque en ce point du front.
Si bien que sur un désarmement ordonné le 12 août 1915 par le général Dubail (commandant le groupe d’armée de l’Est), conformément au décret, il aura été retiré de Verdun au 15 octobre 1915, 43 batteries lourdes avec 128 000 coups et 11 batteries à pied.

Il est intéressant de se demander si les 1er jours de l’offensive auraient été identiques avec les forts en pleine possession de leurs moyens. Et même plus, si le haut commandement allemands, qui était parfaitement au courant de ce décret, aurait choisi Verdun pour sa grande offensive. Le maréchal Pétain, dans ses mémoires, pense que les Allemands, auraient porté leur attaque vers un autre secteur. Nous somme ici dans les hypothèses, mais il est certain qu’occupé, armé et approvisionné normalement, le fort de Douaumont aurait joué son rôle dans les 1ère journées de l’offensive. Il aurait pu répondre efficacement et puissamment aux obus allemands et perturber l’avancer des troupes d’assaut. Et peu être, les décourager…

 

Le commandement français prend conscience de l’imminence de l’attaque allemande sur Verdun :
Plusieurs événements successifs ont permit au commandement français d’acquérir un grand pressentiment qu’une offensive allemande de très grande ampleur se préparait dans le secteur de Verdun. Cependant, il était trop tard pour réagir efficacement :

- Fin 1915, les avions d’observation françaises remarquent que les réseaux de chemin de fer au nord de Verdun se font plus dense. En novembre, 3 nouvelles voies apparaissent qui relient la vois ferrée de la vallée de la Meuse. Permettant ainsi de rejoindre l’Allemagne par Metz, Thionville ou Luxembourg.
Peu à peu, ces voies s’étendent vers Verdun en ramifications de voies étroites (0.60 m) pour finalement s’approcher à 300 m derrière les 1ère lignes allemandes.
En même temps, l’activité des gares des principales villes du nord traversées par ces voies (Romanche, Vilosnes, Chamblay, etc.) s’accroît de manière importante.
En janvier 1916, l’activité ferroviaire est 3 fois plus importante qu’en été 1915. Des trains entiers de fil barbelés, de poutres, de pieux, de planches, de gravier, de sable, de ciment, de sac de sable, de rails, de traverse pour voies étroites (de quoi réaliser des 100e de km), de munition, de canons de tous calibres, d’hommes, convergent vers Verdun… des milliers de convois…

p160

- Le 16 janvier 1916, un déserteur allemand du 28e régiment de réserve, recueilli à Béthincourt, signale qu’une importante concentration d’artillerie lourde est en position dans le ravin entre Vilosnes et Haraucourt. Les ordres sont d’économiser les munitions afin de pouvoir assurer un bombardement continu de 100 heures pour les 1er jours de février.

- Le 8 février, 2 déserteurs du 98e régiment de réserve rapportent un témoignage similaire. Le village de Romagne est devenu une puissante position d’artillerie de tous calibres (210, 305,380 longue portée, 420). Il arrive de nouvelles pièces toutes les nuits.
Dans les campagnes en arrière, d’immenses camps de baraques en bois permettent le stockage d’un nombre invraisemblable de munition. Chacun de ces camps abrite plus de 5000 hommes et 3000 chevaux. Une rivière a été captée et redirigée vers un immense réservoir en haut d’une colline pour fournir de l’eau courante à tous ces camps. Une entreprise démesurée est en place.

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Plus près des lignes, d’immenses abris souterrains (stollens), à plusieurs étages, de 15 m de profondeur, à l’épreuve des bombes, pouvant abriter chacun 1000 hommes ont été creusés dans le plus grand secret.
Ils possèdent des souterrains permettant aux troupes de rejoindre directement les tranchées de 1ère lignes. Le stollens du bois de Consenvoye, à 1200 m des positions françaises peut contenir 1200 hommes. D’autres stollens sont creusés à Ormont, au bois de Moirey, à la croupe du coup, également très important.

Regroupant toutes ces informations, il ne fait plus de doute au commandement français sur ce que prépare l’ennemi.
Malheureusement, alors qu’il aurait fallu augmenter de manière importante le nombre de batterie, afin de rééquilibrer les forces, prévoir un approvisionnement en munition important, des abris plus solides, des liaisons téléphoniques systématiques avec les P.C. et l’aviation, rien n’est mis en place. Les pièces d’artillerie enlevées d’autres secteurs et acheminées vers Verdun sont très insuffisantes, aucune réparations ni consolidations d’abris d’artillerie ne sont ordonnées. Au niveau des liaisons, alors que 160 km de fil téléphonique sont nécessaires pour rétablir des liaisons convenables, seulement 100 km sont envoyés à Verdun. Lorsqu’est demandé des lanternes et des projecteurs pour établir des signaux optiques, aucune suite. Ils devront continuer à se faire avec les fanions de couleurs.
Au final, un grand nombre de pièces d’artilleries demeurent totalement isolées.

En ce qui concerne l’infanterie, des divisions sont tout de même mises en alerte à partir du 11 février. Les 51e et 67e D.I. sont envoyées en renfort en arrière du front (51e rive droite et 67e rive gauche). Les 14e et 37e D.I. sont rattachées à la région fortifiée de Verdun et rapprochées du secteur. La 48e D.I. se dirige sur Chaumont-Sur-Aise et la 16e sur Pierrefitte.


Situation à J – 1 (20 février 1916) :
Du coté allemand, toutes les batteries d’artillerie et les bataillons d’assaut sont en position :

- Le 18e C.A. (112 pièces légères et 110 pièces lourdes) a quitté St Laurent-Sur-Othain ou il cantonnait, et a pris position en face du bois des Caures ;

- Le 3e C.A. (96 pièces légères et 213 pièces lourdes) est venu du Rouvois-Sur-Othain et a pris place en face du bois de Ville et de l’Herbebois ;

- Le 7e C.A. (100 pièces légères et 100 pièces lourdes) a quitté Damviller pour s’installer en face du village d’Haumont ;

- Le 15e C.R. venu de la région de Spincourt a pris position dans la forêt de Gremilly et ses abords ;

- Le 4e C.R. est installé sur la rive ouest de la Meuse et le 5e C.R. en Woëvre.

A cela, s’ajoute 152 lance-mines.
Les abords de ce dispositif sont appuyés sur la rive ouest par 80 pièces de campagne et 136 pièces lourdes (placées derrière le 4e C.R.) et en Woëvre, par 136 pièces de campagne et 60 pièces lourdes (placées derrière le 5e C.R.). Leur mission est de pilonner les hauts de Meuse.

Chacune de ces pièces dispose de 3 jours de munition, soit 3000 coups par batterie de campagne, 2100 par obusier léger et 1200 par obusier lourd (3 autres jours de munitions sont stockés et rapidement disponible en arrière des 1ère lignes). Chacune a déjà ajusté son tir durant les jours précédent, mais avec prudence afin de ne pas éveiller les soupons.

Le Kronprinz dirige les opérations depuis son Q.G. à Spincourt. Depuis le 12 février, il est contraint à repousser l’assaut en raison du temps exécrable.

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Le Kronprinz visitant ses troupes


Du coté français, en 1ère ligne :

- La 14e D.I. (12 bataillons, 89 pièces légères et 20 pièces lourdes) tient le secteur d’Ornes à la route d’Etain ;

- La 51e D.I. (10 bataillons, 70 pièces légères et 20 pièces lourdes) occupe le secteur du bois de Villes-Ornes ;

- La 72e D.I. (12 bataillons, 70 pièces légères et 12 pièces lourdes) tient le secteur entre la rivière et la lisière est du bois des Caures ;

- Les 29e et 67e D.I. tiennent le secteur de la rive gauche de la Meuse, jusqu’à Avocourt.

En seconde ligne, plus au sud, les 3e, 4e et 132e D.I. sont stationnées en Woëvre.
En arrière, à 20 km au sud de Verdun, les 37e, 48e et la moitié de la 16e D.I. sont en cantonnement et peuvent rapidement intervenir.
Encore plus loin, les 153e et 39e D.I. sont stationnés autour de Bar-Le-Duc, et le 1er C.A., à Epernay, est prêt à se mettre en marche vers Verdun.

En résumé, au 20 février, 34 bataillons français et 270 canons mal appropriés (à tir tendu et étant du matériel assez vieux), vont devoir faire face à 72 batteries allemandes soutenus par 870 canons dont 540 lourds. De plus, le secteur français est mal fortifié, sans boyaux de raccordement, sans abris solides ni liaisons.

Le commandement allemand est persuadé d’une percé fulgurante et écrasante.

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C’est sans compter sur l’âme, la valeur, la courage et la ténacité du soldat Français…

front-verdun-fevrier20-detail
Front au 20 février 1916


 

21 février – Bombardement allemand sans précédent puis violent combats au bois des Caures, au bois d’Haumont, au bois de Ville et à l’Herbebois
Il a neigé la veille et à l’aube, le gel est venu. Tous les hommes s’éveillant dans les tranchées tentent de se réchauffer du mieux qu’ils le peuvent, le corps, les mains et les pieds gelés.

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Soudain, à 7 h 15, un obus déchire le calme du petit jour, puis un second, puis 10, puis 1000…

En quelques secondes, les positions françaises, soit un grand arc de cercle de 12 km au nord de Verdun, deviennent un véritable enfer. Chaque instant, un obus tombe dans un bruit assourdissant, faisant trembler le sol et soulevant des vagues énormes de terre. Tous ce qui est autour est projeté dans les airs, des troncs d’arbres déchiquetés, des branches, des pierres, des poutres, des éléments de tranchées, des morceaux de canons et de fusils, des corps humains en lambeaux. Une épaisse fumé mélanger à une poussière irrespirable a remplacée l’air.
Chaque homme s’est violement et instinctivement jeté au sol, les genoux ramenés sur le ventre, la tête rentré dans les épaules et les bras sur le visage, sans défense, dans une position de terreur animal, anéanti par la violence du choc. La mort est partout autour d’eux et peut les prendre à chaque instant.
Très rapidement, des blessés hurlent, mais tout est devenu inaudible. Seul le fracassement des obus, le claquement des dents et la respiration saccadée demeure perceptible. L’esprit est saoul, embrouillé, passif, impossible de penser.

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Témoignage du général NAYRAL De BOURGON :  » L’émotion inévitable sous le feu produit chez beaucoup une stupeur où disparaît l’intelligence, où la vue même s’obscurcit par la dilatation des pupilles ; les traits du visage se contractent, les yeux deviennent hagards, l’homme agit par réflexes au milieu d’une sorte de brouillard psychique et même physique où il perd conscience de lui-même « 

Durant 1 h, le bombardement ne touche que la ligne de front (bois des Caures, bois de Herbebois, bois d’Haumont, bois de Ville, cap de Bonne Espérance), et les positions directement en arrières (bois de la Wavrille, bois de Fosses, bois de Louvemont, massif de d’Hardaumont, villages de Bezonvaux et de Vaux). Mais à 8 h du matin, il s’étend subitement plus en profondeur jusqu’à Avocourt sur la rive gauche et jusqu’aux Paroches sur la rive droite. Les canons de gros calibres battent méthodiquement chaque abris, carrefours, ponts, voies d’accès, le but étant d’empêcher les renforts de pouvoir approcher.

Les aviateurs français qui rentrent de mission d’observation rapportent n’avoir vu d’un bout à l’autre du front qu’une large bande de fumé et une ligne de feu ininterrompu au raz du sol, tellement la cadence du tir allemand est intense et que les pièces sont reprochées.

Le général Passaga, dans son P.C. au Lac Noir, dans les Vosges, à 160 km, écrit dans son journal :  » …je perçois nettement par le sol de mon abri un roulement de tambour incessant, ponctué de rapides coups de grosse caisse. « 

Que sait le commandement français ? Pas grand-chose… que des obus tombent sur Verdun. Quant aux lieux précis, aux dégâts, aux pertes, aux positions exactes à communiquer à l’artillerie pour tenter un tir de contre barrage ??? Rien en somme… Toutes les communication téléphoniques sont coupées et la fumé opaque empêche tout tir à vu. Aucune riposte n’est possible pour le moment.

Subitement, à 16 h, le tir s’allonge, 2 millions d’obus sont tombés depuis 7 h 15, soit 3800 par minute.

Aussitôt, 8 divisions allemandes, avec de nombreux lance-flamme, sortent de leurs tranchées et s’avancent sur une bande de 6 km. Contrairement aux assauts « habituels », ces hommes en lignes ne courent pas, ils progressent lentement, l’arme à la bretelle pour certain, subjugués par le spectacle qu’ils ont devant les yeux ; les bois n’existent plus, seuls des troncs d’arbres calcinés demeurent verticaux ; la terre labourée fume encore ; d’innombrables cratères immenses parsèment le sol, on dirait qu’une mer de boue agitée c’est subitement figé. La neige tombe lentement sur ce paysage désolé.

Les 300 à 1500 m qui séparent les lignes allemandes des lignes françaises, selon les endroits, sont parcourus de ce pas calme.

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Les troupes allemandes partant à l’assaut

Ensuite, certaines unités traversent les premières positions françaises sans s’en apercevoir, le terrain est tellement bouleversé qu’aucun détail visuel ne permet de savoir qu’il y avait une tranchée à cet endroit (ni rondins de bois, ni sacs de sable, ni êtres humains).

A d’autres endroits, les fantassins allemands. trouvent des hommes qu’ils croient morts. En faite, ces soldats sont endormis, leur fatigue nerveuse était telle que lorsque le bombardement s’est allongé et qu’un calme relatif et survenu, leurs nerfs ont lâché et ils sont tombés dans un profond sommeil. Ils sont là, immobiles au milieu des cadavres de leurs camarades.

Mais en d’autres endroits, les unités allemandes voient quant à elles, avec stupeur, des hommes se dresser devant elles. Ce sont de véritables loques humaines, titubantes, sourdes, noires de poussière et de boue, les yeux hagards et injectés de sang, à demi-fou. Et ces hommes, lorsqu’ils ne sont pas blessés, dans un réflexe de désespoir, trouvent la force de chercher et de réarmer un fusil, de mettre une mitrailleuse en batterie, de tirer et de lancer des grenades.

Sur les 12 km de front, ce même scénario se reproduit. A la lisière nord du bois de Caures, au bois d’Haumont, au bois de Ville, à l’Herbebois, des soldats français trouvent la volonté de se défende, retrouve leur devoir de soldat et ouvrent le feu sur les lignes allemandes qui s’avancent vers eux.
Des poches de résistance s’organisent alors avec les moyens du bord, ne comptant souvent que quelques hommes qui se sont regroupés pour tenir.

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Au bois des Caures, tenu par les 56e et 59e B.C.P. commandés par le colonel Driant, 300 à 400 hommes sont encore en vie sur un effectif de 1300. Le jeune lieutenant Robin, commandant la 9e compagnie, parvient à tenir durant plusieurs heures, avec une poignet d’homme, un minuscule ouvrage à demi effondré. Lorsque les Allemands sont parvenu à encercler l’ouvrage et arrivent de 3 directions en même temps, l’affrontement se poursuit au corps à corps.
Témoignage du colonel GRASSER :  » Le colonel Driant est dans le bois. Il visite ses postes. A minuit, il est à la grand’garde n°2. Il félicite le lieutenant Robin pour sa belle conduite, puis lui explique la situation. Elle n’est pas brillante, cette situation. Les chasseurs sont en flèche, sérieusement menacés de front et sur leurs deux flancs. Les Allemands ont des effectifs énormes.
- Mais alors, demande Robin, qu’est-ce que je fais là, avec mes 80 hommes ?
Le colonel le regarde longuement, comme s’il voulait peser son âme et savoir s’il pouvait tout dire à un si jeune officier. Puis : – Mon pauvre Robin, la consigne est de rester là… Robin a compris. Il s’incline… « 

A la lisière du même bois, les survivants de la 7e compagnie, aux ordres du capitaine Seguin, repoussent successivement 4 assauts.
Au bois de Ville et à l’Herbebois, la résistance est la même. Les directives sont de tenir coûte que coûte.
La partie sud du bois Carré et le bois d’Haumont (tenu par le 5e bataillon du 326e et le 1er du 165e R.I.) sont qu’en à eux déjà aux mains de l’ennemi. Les éléments qui s’y trouvaient et qui se sont défendu ont été décimés.

La nuit tombe sous la neige et les combats désespérés se poursuivent. Le bombardement qui déchaîne à présent les secondes lignes empêche tout renfort de porter secours.

Les pertes françaises ont été cruelles, les hommes du 30e corps se sont battus non à 1 contre 3, mais à 1 contre 10 et parfois à 1 contre 20.

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Front au 21 février 1916


 

22 février – Perte du village d’Haumont, du bois des Caures, du bois de Brabant, du bois de Ville et du bois en E
Durant la nuit, tout le terrain perdu la veille est méthodiquement occupé par les fantassins allemands..
De leur coté, les Français acheminent en urgence des renforts, le 208e R.I. au bois de Fosses, le 324e sur Samogneux, le 365e sur la ferme de Mormont et la cote 344.

A 4 h 40, le bombardement allemands. reprend de l’intensité.

A 7 h 30, armé de lance-flammes, l’ennemi attaque la partie sud du bois de Brabant, tenue par le 351e. En peu de temps, le bois est perdu.

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Attaque aux lance-flammes

Les lance-flammes (Accessible également dans la partie Thèmes)

Le pilonnage allemands qui sévit se fait particulièrement intense sur le village d’Haumont. De quart d’heure en quart d’heure, les ruines changent d’aspect, s’enfonçant dans la terre.
A 8 h 30, le bombardement cesse sur le village et une reconnaissance allemandes s’en approche. Lorsque des coups de fusils se font entendre (8 compagnies du 362e R.I.), elle rebrousse chemin et le bombardement reprend.

A 9 h, c’est le bois en E qui tombe. Sur ce point du front, l’ennemi est stoppé devant le bois de Samogneux (324e R.I.)

A 11 h, le bois de Ville tenu par le 233e R.I. est perdu. Le régiment se replie sur le bois de Wavrille. L’ennemi est stoppé sur le centre de la Wavrille (233e et 310e R.I.).

Au bois des Caures, le bombardement est également assez violent toute la matinée. Les chasseurs de Driant, en entendant les points de départ des obus, savent qu’ils sont lancés de 3 directions à la fois, signifiant que le bois est pratiquement encerclé. La seule issus désormais et de se replier par le bois de Fays et le village de Beaumont. Mais cette retraite n’est pas encore envisagée.
A 12 h, lorsque le bombardement cesse enfin, tous les Chasseur de Driant se relèvent, prêt à en découdre avec l’ennemi, préférant mourir plutôt que de se rendre.
A 12 h 10, c’est l’assaut allemand. Rapidement, le combat devient très violent, les balles sifflent et les grenades explosent. Cependant, les forces sont inégales, et alors que le nombre d’ennemi ne cesse d’augmenter, les rangs français s’éclaircissent inexorablement.

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En début d’après-midi, le lieutenant Robin et ses hommes sont fait prisonniers. Ils se sont battu jusqu’aux limites de leurs forces.
Peu à peu, toutes les positions françaises aux bois des Caures sont tournées et perdues.
A 16 h, Driant est contraint à contre cœur d’ordonner la retraite, afin de poursuivre la lutte plus efficacement en arrière. Une balle l’atteint mortellement durant cette manœuvre.
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Emile Driant est né le 11 septembre 1855 à Neufchâtel-sur-Aisne (Picardie) dans une famille bourgeoise. Son père est notaire et juge de paix.
Il fait ses études au lycée de Reins ou il est très bon élève. Il obtient le premier prix d’histoire au concours général.
Il se dirige ensuite vers des études militaires et entre à Saint-Cyr en 1875, au grand désarroi de son père qui aurait voulu le voir prendre sa succession.
En 1877, il sort quatrième de sa promotion et débute une carrière militaire au grade de sous-lieutenant d’infanterie. Cette dernière s’annonce prometteuse, un de ses supérieurs écrira de lui :
 » Petit, mais solide, santé à toute épreuve, très actif et toujours prêt ; monte fort bien à cheval et a un goût très prononcé pour l’équitation, très intelligent a devant lui le plus bel avenir « .
En mai 1884, il part en Tunisie et devient officier d’ordonnance du général Georges Bou
langer. Le 29 octobre 1887, très proche du général Boulanger, il épouse sa fille.
En 1896, il est nommé chef de bataillon et en juillet 1899, chef de corps du 1er bataillon de chasseur à pied en garnison à Troyes. En quelques années, il fera de ce bataillon un bataillon d’élite reconnu dans tout le pays.
Lorsqu’éclate la première guerre mondiale, il a 59 ans, il est devenu député de Nancy et écrivain sous le pseudonyme de Danrit. Son âge et ses fonctions ne l’obligent en aucun cas à des obligations militaires, mais sur sa demande, il prend le commandement de 56e et 59e bataillons de chasseurs à pieds le 14 août 1914.
En automne 1915, il prend en charge la défense d’un secteur calme, le bois des Caures à Verdun.

A 17 h, le bois des Caures est perdu mais la résistance française a été sévère. 110 chasseurs rentreront sur 1200.
Témoignage du colonel GRASSER :
 » Personne n’est revenu non plus de la compagnie Vigneron, assaillie de front par tout un bataillon, tournée à gauche par une compagnie et à droite par un bataillon. Mais ces braves avaient des munitions et des grenades ; leurs abris ayant été moins éprouvés par le bombardement, leurs fusils étaient encore en bon état. Assez tard dans la soirée, alors que tout le bois était occupé par l’ennemi, on se battait encore de ce côté. »

 » Descendirent seuls, ce 22 février au soir, du bois des Caures en petites fractions qui se rassemblèrent peu à peu à Vaucheville :
Du 56e bataillon : le capitaine Vincent, atteint de deux blessures et réservé pour une mort glorieuse sur un autre champ de bataille ; le capitaine Hamel, le capitaine Berveiller, le lieutenant Raux et le sous-lieutenant Grasset, avec une soixantaine de chasseurs. Du 59e bataillon : le lieutenant Simon, les sous-lieutenants Leroy et Malavault, avec cinquante chasseurs. C’est tout ce qui restait de douze cents combattants. « 

A 15 h, le bombardement a cessé de nouveau sur le village d’Haumont et à 16 h, les troupes allemandes sont parties à l’assaut de 3 côtés à la fois.
Témoignage du colonel GRASSET :  » Les ruines d’Haumont changeaient d’aspect à chaque instant ; le village s’effondrait et s’enfonçait dans la terre. Le réduit bétonné s’est écroulé, lui aussi, ensevelissant quatre-vingts hommes, le dépôt de munitions et deux mitrailleuses.
A 15 heures, les éléments des huit compagnies du 362e, terrés dans Haumont, ne présentaient pas un effectif de plus de cinq cents hommes. La plupart des officiers étaient tués, blessés ou avaient disparu, ensevelis sans doute. De tous côtés, parmi le fracas des explosions, des cris déchirants, des plaintes sourdes et des râles sortaient des gravats. Terrassés par la fatigue, privés de sommeil et de nourriture depuis plus de quarante-huit heures, sachant qu’aucun secours ne pourrait leur parvenir, ne disposant, comme munitions, que des cartouches restées dans leurs cartouchières ou dans celles des morts, leurs fusils d’ailleurs tordus ou remplis de terre pour la plupart, les survivants étaient bien, dans ce cataclysme, hors d’état de résister à une attaque sérieuse. Cette attaque se déclencha à 16 heures… « 

Cette fois ci, les survivants des 8 compagnies du 362e R.I. , soit 300 hommes environs, ne peuvent tenir. Ils sont fait prisonniers mais une 50e d’entre eux parvient tout de même à s’échapper et à rejoindre le village de Samogneux par le ravin du bois des Caures.

A 23 h, l’ennemi est bloqué au bois des Caures et ne peut continuer sa progression.
Le front suit alors la ligne du sud du bois de Samogneux, du ravin d’Haumont, du sud-est du bois des Caures, du bois de Fays, de la Wavrille, du bois de la Montagne et de Herbebois.

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Front au 22 février 1916

Durant cette journée, les Allemands ont souvent cru trouver face à eux des troupes fraîches, tellement la riposte était énergique. Cependant, très peu de renforts, ordonné la nuit précédente par le général Chrétien depuis sont Q.G. de Souilly, sont parvenus à leur position, le bombardement allemand étant trop violent.
Ce sont bien les soldats français en ligne depuis la veille au matin qui ont menée une lutte surhumaine et désespérée. Beaucoup feront l’objet d’un grand respect de la part des fantassins et officiers allemands, lorsque en colonne, ils partiront prisonnier dans les secondes lignes.

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Colonne de prisonniers français

 

23 février – Perte de la Wavrille
Dans la nuit, le massif de Wavrille ainsi que les villages de Brabant et Samogneux, sont soumis à un tir incessant.

Brabant, tenu par les restes d’un bataillon du 351e R.I., est en flamme. A 1 h moins le quart, craignant l’encerclement, le général Bapst signe un ordre stipulant le repli de ce bataillon sur le village de Samogeux, 3 km au sud. Cette manœuvre s’exécute entre 3 h et 6 h par une nuit glacées.
Dés son arrivé dans Samogneux, en ruine et en feu, le 351e R.I. s’abrite dans des abris précaires, ne sachant pas combien de temps il va pouvoir tenir. Cependant, les ordres sont clairs, tenir à tout prix.
Par ailleurs, l’abandon de Brabant par le 351e n’a pas du tout été apprécié par le commandant du 30e Corps. Il ordonne aussitôt au 1er bataillon du 60e R.I. de se mettent en route pour rejoindre Samogneux, puis de partir à la contre-attaque sur Brabant. Mais la manoeuvre ne peut aboutir, le bombardement allemand étant si violent, que le 60e R.I. pert une grande partie des ses effectifs rien qu’en tentant de rejoindre Samogneux. Il est clair qu’il n’est plus en état de contre-attaquer, il se fortifie au sud de Samogneux.

Au sud-ouest du bois des Caures, 4 assauts allemands sur le bois le Fays sont successivement repoussés par les 60e, 165e et 365e R.I. et le 56e B.C.P. A la fin de la journée, le bois le Fays est toujours aux mains des Français.

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Une section creuse une tranchée en plein bois

A la Wavrille, l’ennemi attaque en force et parvient à contourner la 1ère ligne française. Toutes les unités en ligne du 327e R.I. sont capturées. Les éléments du 243e (3 bataillons) qui s’y trouvent doivent se replier en direction du bois des Fosses. La Wavrille est perdue.

A l’est de la Wavrille, de 11 h 30 à la nuit, la lutte est acharnée sur l’Herbebois. A 16 h, le lieutenant-colonel Hepp ordonne le repli sur le bois des Chaumes des éléments qui s’y trouvent (164e, 243e et 327e R.I.)

Enfin, le village de Ornes, à gauche de l’Herbebois, est soumis toute la journée à la pression allemande. Le soir, la lisière nord du village est tenue par l’ennemi, mais le centre résiste toujours.

Toute la journée, le bombardement allemand a été très fort sur tous les secteurs et les combats très violents. De nombreux blessés, sans soins depuis 2 jours pour certains, agonisent dans le froid.
Le front suit maintenant la ligne nord de Samogneux, lisière sud du bois des Caures, bois le Fays, village de Beaumont, nord du bois des Fosses, le bois des Chaumes et village de Ornes.

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Front au 23 février 1916

Depuis le 21 février, la ville de Verdun est sans cesse bombardée. Les habitants se sont réfugiés dans les caves ou dans la citadelle. Les mères serrent entre leurs bras leurs enfants apeurés.
Le 23 au soir, la décision est prise d’évacuer la population et chacun doit prendre dans le plus bref délai la route de Bar le Duc.

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Immeuble bombardé

D‘un coté de la route, ces gens partent vers l’inconnu sous la neige en abandonnant leur foyer, le visage triste et le coeur en peine. Ils poussent des charrettes de toutes sortes chargées de tout ce qu’ils ont pu emmener, des tas hétéroclites embarqués dans la précipitation, la cohue et l’angoisse du lendemain.
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e l’autre coté de la route, dans l’autre sens, un flot incessant de véhicules militaires se dirige vers la bataille. Des camions à roues pleines bondés de soldats, de canons, de munition et de matériel. Ces hommes, inquiets qui ne savent pas se qu’ils vont trouver et vers quoi on les envoie, passent le cœur serré devant ce spectacle de désolation, de population en déroute.
Témoignage du soldat René NAEGELEN :  » Les compagnies paraissaient squelettiques. Les hommes dans leur capote avaient perdu leur couleur et avaient ce regard de ceux qui en reviennent.
En me voyant passer, l’un de ces fantômes que ramenaient les camions, se dressant sur son siège, la bouche contractée, les yeux étincelant dans leur orbite, agite un bras décharné qui montre l’horizon. Et l’on sent que ce geste muet exprime une indicible horreur…
Parfois, d’un camion, un poilu se dresse, boueux, défait, terrible, et d’une voix rauque, lance aux camarades qui vont vers la bataille ces mots sinistres « n’allez pas là-bas. « . Nous étions sur le chemin de Verdun et l’imagination travaillait… « 

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En entrant dans Verdun déserté, bombardé, en feu, beaucoup ne se doute pas que dans quelques jours, lorsqu’ils redescendront des 1ère lignes sain et sauf, cette ville sera pour eux comme un paradis.

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Verdun


 

24 février – Samogneux est encerclé puis perdu – Perte des villages de Beaumont et de Ornes, du bois des Fosses – Violent combat sur la cote 344
Comme le 21 février, les Allemands entendent réaliser une nouvelle percé. Le bombardement, qui n’a pas cessé depuis 3 jours, doit très tôt monter en intensité pour égaler celui des 1ère heures du 21, et s’étendre jusqu’à la pleine de la Woëvre. Il doit ensuite s’allonger brusquement pour permettre aux troupes de reprendre leur mouvement général vers l’avant, d’un bout à l’autre du front.

Dès 1 h du matin, le bombardement s’intensifie sur Samogneux, déjà pratiquement intenable. S’ajoute le pilonnage en gros calibre (155 mm) des canons du fort de Vacherauville qui est mal renseigné et croit le village aux mains de l’ennemi.
Subitement, dans l’obscurité, l’ennemi par à l’assaut et écrase le 351e R.I. Samogneux et encerclé.
Vers 4 h 15, le 1er bataillon du 60e R.I., tout proche, tente une contre-attaque sur le village mais sans succès. Il se replis sur la cote 344.

A 9 h 45, malgré le bombardement allemand très intense, 2 bataillons de la 51e D.I. se portent à l’assaut du massif de la Wavrille mais ne peuvent l’atteindre.

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Vers midi, d’un bout à l’autre du front qui ne fait maintenant plus 8 km de large, le tir allemand s’allonge et les troupes équipées de lances flamme, s’élancent vers l’avant.

Celles qui sont maître de Samogneux poursuivre leur marche en direction de la cote 344 précédée par un gigantesque barrage roulant.
Là, se trouve les restes du 365e et du 1er bataillon 60e R.I. Les hommes sont à bout, fatigué et exténués, mais déterminés à ne pas laisser passer l’adversaire. 3 attaques sont successivement repoussées. Une charge à la baïonnette est même entreprise par la compagnie Montandon.
Cependant, le courage ne suffit plus, la fatigue, le manque de munition et l’écrasante infériorité ont raison des forces françaises. Au 4e assauts allemand, les survivants sont trop peu nombreux pour tenir la ligne. La retraite est ordonnée et le repli se fait dans la confusion. L’ennemi est alors stoppé face le bois le Fays.
Témoignage de D. SCHLATTER, soldat au 60e R.I. : « Le 24 février, les blessés commencent à affluer au poste de secours, en arrière de la cote 344. Quel moral chez ces combattants ! Un sergent, pendant qu’on lui coupait la cuisse, broyée par un éclat, chantait la Marseillaise !… « 

Rapidement, les débris de 2 bataillons du 35e R.I. sont rassemblés et reçoivent l’ordre de contre-attaquer la cote 344. En gravissant les pentes de la colline, les pertes sont très lourdes, mais 180 hommes environs parviennent à atteindre le sommet. Toute l’après-midi, des combats sporadiques ont lieux et le soir, les Allemands sont repoussés. Les positions reprises sont très précaires, il n’y a plus de vivre et de munition, mais les ordres sont de rester sur place à tout prix.

Plus à l’est, Beaumont est tenu par les 208e et 327e et le bois des Chaumes est tenu par le 243e R.I. Attaqués de toutes parts, les Français doivent se replier sur Louvemont.

Le bois des Fosses qui depuis la matin est soumis à un bombardement par obus lacrymogènes, est intenable. Les Français doivent se replier et abandonner le bois à l’ennemi.

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Bombardement par obus toxiques

Au bois le Fays, les unités françaises (débris des 60e, 365e et 35e R.I.) sont maintenant isolées mais luttent toujours.

De nombreuses batteries françaises, en ligne depuis 3 jours, cessent le combat et se replient vers l’arrière, arrivées à bout de force et de munition.
Témoignage du lieutenant Jacques Péricard du 95e R.I. :  » Sur la route, un canon apparaît, fuyant la bataille, puis un autre, puis un autre encore, et bientôt les caissons, les voitures, les ridelles, les cuisines roulantes se succèdent en une interminable file.
Les conducteurs sont nerveux ; les bêtes sont épuisées ; les véhicules eux-mêmes paraissent exténués. C’est un fracas de jurons, de coup de fouets, d’essieux grinçants. Beaucoup de fuyards vont tête nue. Dans les yeux se lit une épouvante animale et certains regards furtifs, jetés en arrière, disent la peur de la poursuite possible.
Anxieusement, je quête des nouvelles :
- Des nouvelles ? me répond un conducteur de roulante à l’uniforme indécis. Ah ! elles sont jolies, les nouvelles ! les Allemands ont rompu nos lignes. On se bat en rase campagne.
Des caissons d’artillerie passent. Je demande à un maréchal des logis où sont les pièces de ces caissons :
- Là-bas, me répond-il sans se retourner, en pointant un doigt derrière son épaule. « 

Le village de Ornes, qui subit des attaques incessantes depuis plusieurs heures, tient toujours. Cependant, à 17 h 30, l’ennemi parvient à réaliser une percée et se déploie sur la route d’Ornes aux Chambrettes. A 19 h, les unités françaises se voyant serrées de 3 côtés, évacuent le village et rallient Bezonvaux. Dès lors, le village de Ornes est perdu.

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Au bois le Fays, les 60e et 365e R.I. atteignent le bout de leurs forces. A 19 h, ils décident de se replier sur la cote du Poivre.

Au soir, le village de Louvement tient toujours (156e et 273e R.I.). Il tiendra toute la nuit.

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Front au 24 février 1916

Depuis 16 h et toute la nuit qui suit, des renforts arrivent enfin et forment du mieux qu’ils le peuvent une ligne d’arrêt entre Louvemont et la cote 347.
La tâche de ces nombreux régiments arrivant dans la région de Verdun et montant en ligne la nuit venu, n’est pas aisée. Les officiers ne connaissent pas le secteur, ne trouvent pas leurs guides dans la confusion qui rêgne, n’ont aucun ordre précis sur leur affectation et ignorent tout sur les positions tenues par l’ennemi.

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Témoignage du général Pétain :  » D’abord en camion-auto par la route Souilly-Verdun, pied à pied par petites colonnes utilisant tous les itinéraires qui, du nord de la place, s’élèvent vers Saint-Michel et Souville, les éléments prélevés sur les deux divisions de réserves générale se rapprochaient des lignes.
Mais dés leur débouché au-delà de la Meuse, ils étaient saisis, ralentis et désarticulés par le bombardement, entravés par les évacuations des blessés et par les convois de ravitaillement, engourdis par le froid au cours de longs arrêts que leur imposait de brusque engorgement des arrières. Aux rendez-vous indiqués, à l’entrée de leurs secteurs d’engagement, les unités montantes cherchaient les chefs de fractions déjà au feu et les guides désignés pour les conduire ; or ceux-ci, pourchassés de place en place par les explosions et les gaz, errant eux-mêmes dans la bagarre, faisaient souvent défaut… Alors les sections et les compagnies de renforts marchaient à l’aventure, droit au nord, progressaient sous la fumée et parmi les bruits assourdissants de la bataille et soudain, se heurtaient à l’adversaire, l’accrochaient, lui opposaient en attendant mieux, le rempart de leurs corps.
Sans contacts à droite et à gauche, sans liaison avec l’artillerie, sans mission précise, sans tranchées pour s’abriter, sans boyaux pour assurer leurs communications, elles formaient barrage là où le sort les amenait. « 

Témoignage du caporal MARQUOT du 156e R.I.:  » Partis de Charmes, nous avons marché toute une journée et toute une nuit et nous sommes arrivés à la côte du Poivre le 25 février au début du jour. On nous avait dit : « Nous ne savons pas où est l’ennemi, allez de l’avant jusqu’à ce que vous le rencontriez et là, fortifiez-vous sur place. »"

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Dans la nuit du 24 au 25 février, la situation française est donc tragique. Du coté allemand, l’infanterie se fortifie sur les positions conquises, alors que derrière elle, l’artillerie qui ralentie ses tirs durant la nuit, vient occuper de nouvelles positions conquises plus au sud, lui permettant au matin de reprendre sont tir infernal plus en profondeur dans les lignes françaises.

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Cette journée est sans doute la plus désastreuse de toute la bataille de Verdun. L’ennemi a gagné sur les Hauts-de-Meuse, presque autant de terrain qu’au cours des 3 jours précédents.
Durant ces 4 jours, les pertes ont été très lourdes. Les 51e et 72e D.I. comptaient 533 officiers et 26 000 hommes. Le 24 au soir, la 51e a perdu 140 officiers et 6256 hommes ; la 72e, 192 officiers et 9639 hommes ; soit un total de 332 officiers et 15 892 hommes. C’est-à-dire que les pertes se sont élevées à 62% pour les officiers et 61% pour la troupe.

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Le général de Langle de Cary, commandant le groupe des armées du centre dont reléve le 30e corps d’armée, est informé continuellement de la gravité de la situation. Après hésitation, il ordonne l’abandon des positions de la Woëvre mais en revanche, de tenir coûte que coûte sur la rive droite face au nord entre Meuse et Woëvre. Pour cela, il engage immédiatement le 20ème corps dans la bataille. Il faut, quoi qu’il en coûte, sauver Verdun dont la chute représenterait une grave atteinte morale, mais aussi une perte de prestige face aux Alliés.
En prenant cette décision, imagine-t-il l’ampleur du sacrifice qu’il demande aux soldats, qui vont très vite eux-mêmes parler de  » l’enfer de Verdun  » ?

Pour clore ces 4 journées d’intenses combats, voici le témoignage de Marcel LELONG, jeune médecin auxiliaire de 24 ans au 164 R.I.
En ligne dans le secteur de l’Herbebois depuis le 15 janvier, il nous livre un récit poignant et détaillé des premiers jours de la bataille et des conditions de combats du côté français. (Merci à Vincent LELONG, petit-fils de Marcel LELONG, de m’avoir permis ce lien).
Carnets de captivité de Marcel LELONG 1916


 

25 févrierPerte du fort de DouaumontLe général Pétain prend le commandement de la région de Verdun
La méthode allemande, qui a fait ses preuves depuis 4 jours reprend inexorablement ; dés 8 h, le bombardement s’intensifie sur les positions françaises. Il doit anéantir, écraser l’ennemi avant de violents et brusques assauts sur toute la largeur du front. L’objectif étant de pouvoir avancer uniformément et suffisamment afin de pouvoir, dans la journée, lancer une attaque à la fois par l’ouest et l’est sur le fort de Douaumont.

Le fort de Douaumont est en effet devenu un objectif essentiel pour le commandement allemand, et il compte mettre tout en œuvre pour le conquérir. Il représente un refuge sûr au milieu du champs de bataille ; un abri parfait pour stocker des munitions, reposer les troupes, soigner les blessés les plus urgents et mettre les autres à l’abris avant leur évacuation ; un point d’appui important et stratégique pour la poursuite du mouvement en direction de Verdun.
Cependant, l’ouvrage est important et fait peur aux hommes de troupes comme aux officiers :
 » La vue de Douaumont était imposante pour les voyageurs venant du nord. Elle a vivement impressionné les troupes allemandes arrivant dans la région au commencement de février 1916 pour donner l’assaut à la forteresse de Verdun. Cette masse dominante, disaient les nouveaux venus, devait contenir une nombreuse garnison, être pourvue d’un armement puissant. Son attaque serait une grosse affaire pleine d’incertitude ; les pertes seraient lourdes. Les officiers allemands entendaient ces propos dans la troupe et s’efforçaient de réagir contre leurs effets déprimants. « 

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Le fort de Douaumont

Dés 8 h, le bombardement allemand reprend donc très violemment. Sur plusieurs points du front, l’artillerie française, mal renseignée, tire sur ses positions.
Témoignage de l’aspirant BOURDILLAT, sous-lieutenant au 2e B.C.P :
 » D’une minute à l’autre, dans notre tranchée, le déluge de fer s’accentue. Les arbres sont fauchés, la terre vole de toutes parts. Une âcre fumée prend à la gorge. A chaque rafale qui passe, le corps se resserre, les nerfs se contractent, et la respiration se fait plus courte, plus saccadée… A côté de moi, le lieutenant Fleury se lève : « Bourdillat me dit-il, je vais voir ce qui se passe ; j’ai tellement les nerfs à bout que je préfère remuer. « C’est d’une imprudence inouïe !… « Ne quittez pas votre trou, mon lieutenant, lui dis-je, les obus nous rasent de si près que c’est folie.  » « Tant pis, me répond-il, je préfère marcher un peu… » Il est à peine sur le rebord de la tranchée qu’un éclat d’obus lui arrache la tête… Je regarde stupidement le morceau de mâchoire inférieure qui reste seul attaché au corps, tandis que son cou béant déverse dans la tranchée un mélange de sang, de moelle… C’est quelque chose d’affreux… « 

Au village de Louvemont, le pilonnage est démesuré. Etre maître de Louvement ouvre l’accès à la côte du Poivre. Et qui tient la côte du Poivre, peut aborder le fort de Douaumont par l’ouest, qui se trouve à 800 m à droite. L’état major allemand l’a bien compris.

Selon le processus habituel, le bombardement s’allonge plusieurs fois dans la matinée pour permettre aux troupes d’assaut de s’élancer.

A Louvemont, elles sont accueillies par des coups de fusils. Elles se replis et le bombardement reprend aussitôt.
Au bois des Fosses, les lignes françaises cèdent et d’importants mouvements d’infiltrations s’opèrent.
Sur la cote de Talou, les tentatives allemandes parviennent à être repoussées.

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A midi, nouvelle attaque entre Louvemont et la cote 347. L’ennemi parvient à prendre pied dans quelques maisons du village, défendu par le 85e R.I. Mais il doit rapidement les évacuer devant la force du tir français. Le bombardement reprend jusqu’à la côte du Poivre.

Vers 13 h, le 85e R.I. a atteint ses limites. Le colonel Theuriet qui commande les restes du régiment décide dans un suprême élan, de réaliser une charge à la baïonnette. La situation est si tragique qu’il n’y a plus rien à perdre. Lorsque les Allemands voient s’avancer les Français face à eux, ils croient tout abord qu’ils se rendent. Mais bientôt, alors que les dernières cartouches françaises sont tirées, ils répliquent à la mitrailleuse. En peu de temps, les 2 bataillons du 85e n’existe plus.
Le 1er bataillon resté en réserve au ravin de Bras, à 3 km en arrière, est soumis lui aussi au bombardement très violent. Dans ce secteur, il ne dispose d’aucune protection, aucune tranchée ni boyau. Il est livré aux obus et subit d’effroyables pertes.

A 14 h, une nouvelle attaque allemande devant la cote de Talou ne donne pas de résultats.

A 15 h, l’ennemi a investi le village de Louvemont. Aussitôt, il poursuit vers la côte du Poivre en lançant plusieurs attaque simultanés sur la ligne Louvemont – bois de la Vauche. A 16 h, il s’est emparé des tranchées autour de la route de Louvemont, du village de Ornes et de la cote 378. Il n’est arrêté qu’au ravin de la carrière d’Haudraumont.

Plus à l’est, entre la cote 378 et Bezonvaux (au bois Hassoule), l’ennemi surprend le 208e R.I. et en capture une grande partie, ainsi que les restes du 2e B.C.P. Les hommes qui sont parvenus à reculer, se replient en désordre vers l’arrière.

 

Perte du fort de Douaumont (Voir également la partie « Fortifications », « Le fort de Douaumont ») :
A 17 h, alors que le soleil se couche, la 8e compagnie du 21e régiment d’infanterie allemande, commandée par le lieutenant Brandis, se trouve à 700 m du fort de Douaumont. De ses positions, elle aperçoit à l’horizon, la silhouette imposante du fort. Aucune activité ne semble l’animer, aucun obus n’est lancé de ses canons, il semble complètement inerte au milieu de la bataille. Par contre, autour, dans la plaine, de nombreux soldats français se replis, complètement dépassés par l’avancé allemande de la journée.

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Alors, électrisée par cette déroute française, Brandis décide avec quelques hommes de s’avancer vers le fort. La petite troupe arrive sans encombre au réseau de barbelés, ouvre une brèche à la cisaille, descende dans le fossé à l’aide d’un tronc d’arbre.

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Les troupes allemandes descendant dans le fossé du fort

Puis, voyant les tourelles du fort vide de défenseurs, qu’aucun coup de feu ne part de la tranchée de tir du rempart, les soldats gravissent la superstructure de l’édifice. Le seul danger vient des percutants allemands, la fumée est si dense que l’artillerie ne voit pas les fusées demandant l’allongement du tir.

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Les fossés du fort

Peu de temps après, les hommes y pénètrent par plusieurs entrées et courent bientôt dans les couloirs sombres. En débouchant dans la cour centrale, ils tombent nez à nez avec une 50e de Territoriaux, sans armes et complètement ébahis. Les territoriaux sont aussitôt fait prisonnier.
Un peu plus tard, un régiment allemand commandé par le capitaine Haupt, qui est entré par l’accés principal du fort, porte ouverte, pont-levis baissé, pénètre à son tour dans la cour. Le fort de Douaumont est dès lors aux mains des Allemands. Dans la soirée, plus de 300 autres viennent s’y installer et renforcer ainsi l’ouvrage.

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L’entrèe du fort et la court intérieure

Pour comprendre comment un tel événement a pu se produire, il est important d’apporter quelques précisions :

1 – Le front de Verdun se trouvait à plusieurs kilomètres au nord du fort de Douaumont, et il n’avait pas bougé depuis plus de 18 mois. De plus, comme nous l’avons vu au chapitre  » Le désarmement des forts de Verdun « , en haut de cette page, la garnison du fort avait été supprimée et ses approvisionnements réduits. Ceci explique qu’il n’y ait eu qu’un si petit nombre d’homme dans le fort le 25 février à 17 h.
Nous pouvons trouver étonnant que les troupes françaises arrivées très récemment dans le voisinage du fort, dans la nuit du 24 au 25 par exemple, et étant soumis à un très violent bombardement, n’ont pas d’elles-mêmes prisent la décision d’aller se réfugier dans l’ouvrage. Ce qui aurait fait plus de défenseurs à l’arrivé des Allemands à 17h
Cependant, chaque troupe qui se battait en campagne à proximité du fort était soumise comme les autres, depuis l’aurore, à de durs combats inégaux. Les officiers étaient trop occupés à défendre le secteur qui leurs avait été affecté, et ne songeaient pas à aller renforcer le fort.
De plus, ces officiers avaient appris dans les écoles militaires que les troupes de campagne et les ouvrages permanents devaient rester indépendants. Ils n’étaient pas psychologiquement formés pour aller s’enfermer dans un ouvrage.

2 – L’avance allemande ayant été si importante et si subite depuis le 21, les occupants du fort n’étaient pas du tout au courant de la proximité de l’ennemi. Dans la tumulte de ces 4 derniers jours, personne au commandement français n’a pensé, pris le temps ou même jugé bon de les en avertir. Aucun préparatif défensif n’a donc été fait en prévision de l’arrivée des Allemands.
On peut également trouver étonnant que violemment bombardé depuis 4 jours et disposant d’un si bel observatoire, les occupants du fort ne se soit pas rendu compte ni ai pris la peine de s’informer sur l’avancé allemande. De violents combats se déroulaient devant et autours d’eux, il était tout de même clair qu’il se passait quelque chose dehors…

Témoignage du général ROUQUEROL :  » La nuit n’était pas encore tombée sur les plateaux glacées de la rive droite de la Meuse, le 25 février 1916, que la nouvelle de la prise du fort de Douaumont se propageait en traînée de poudre parmi les troupes allemandes massées dans le voisinage pour une attaque devenu inutile.
Les trois mots magiques : Douaumont ist gefangen, passaient de bouche à oreille et portaient rapidement la grande nouvelle dans les cantonnements les plus éloignés. Elle y provoquait l’explosion d’un enthousiasme indescriptible.
Le bulletin allemand du 26 février annonçait pompeusement la prise d’assaut par le 24e régiment de Brandebourg du fort de Douaumont, la pierre angulaire de la forteresse de Verdun. L’Allemagne entière pavoisait et voyait luire l’espoir d’une fin prochaine de la guerre…
Dès le 25 février au soir, le fort de Douaumont reprenait, sous ses nouveaux maîtres, une activité et une conscience pour ceux qui n’ont cessé avant et pendant la guerre de dénigrer la fortification permanente jusqu’à la négation de son utilité par le décret du 5 août 1915 et ses fâcheuses applications.
L’abandon du fort de Douaumont équivaut dans l’ensemble de la guerre à la perte d’une centaine de mille hommes « .

Le fort de Douaumont
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(Voir la description du fort dans la partie « Fortifications », « Le fort de Douaumont »)

 

A 18 h, le fort de Douaumont est tombé mais le village de Douaumont tient toujours. Les combats y sont très violents. Les troupes françaises ont été chassées de la côte du Poivre et des hauteurs d’Haudromont.

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Les ruines du village de Douaumont

A 18 h 30, sur ordre du général Balfourier qui craint l’encerclement, toute la 37e D.I. (2e et 3e zouaves, 2e et 3e tirailleurs) se replie sur Froideterre et Belleville, sur les dernières hauteurs au nord de Verdun, à 3 km de la Ville.

A 22 h, la 39e D.I. commence à relever la 37e avec l’ordre de tenir coûte que coûte. Elle prend position devant le village de Bras. La 51e D.I. tient quant à elle les positions entre le village de Douaumont et le fort de Vaux.

La nuit met un terme aux attaques allemandes, mais le bombardement reprend.
Il est très violent sur le village de Douaumont et ses alentours qui sont maintenant au centre de la ligne de front droit. Les positions sont tenues par les hommes du 95e R.I.
Témoignage du lieutenant Jacques Péricard du 95e R.I. :  » « Vous devez tenir coûte que coûte, ne reculer à aucun prix et vous faire tuer jusqu’au dernier plutôt que de céder un pouce de terrain.  »
« Comme ça, disent les hommes, on est fixé. » C’est la deuxième nuit que nous allons passer sans sommeil. En même temps que l’obscurité, le froid tombe. Nos pieds sont des blocs de glace. Encore avons-nous la chance, à la compagnie, que notre tranchée soit à peu près sèche. Des hommes du 1er bataillon occupent, à notre droite, une tranchée étroite où ils ont de l’eau jusqu’à mi-jambes : « L’eau gelait autour de nos jambes, devait me dire plus tard l’un de ces hommes, Giraud, et chaque fois que nous voulions lever le pied, il nous fallait briser une enveloppe de glace.  »
Les hommes qui n’ont pas à monter la garde s’assoient dans la tranchée tapissée de boue et y dorment d’un sommeil lourd, la toile de tente rabattue par-dessus la tête.
Je n’ai jamais, je le crois bien, éprouvé l’amertume de la guerre autant que cette nuit-là. La faim, la soif, le froid, l’insomnies, l’incertitude… »

A ce moment, avec la journée du 24 ou les pertes de terrain ont été énorme, ou la retraite a été importante et que le fort de Douaumont est tombé, le moral de l’armée française est ont plus bas. Le désastre de la perte de Verdun est pressenti par tous…

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Front au 25 février 1916

Prise de pouvoir du général Pétain :
Le général de Castelnau, qui a reçu les pleins pouvoirs du général Joffre, confie au général Pétain le commandement de la région fortifiée de Verdun et des forces arrivant sur les deux rives. Il a une liberté complète de mouvement, et autant que possible, tous les moyens qu’il demandera.petain2

Philippe Henri Benoni Omer Joseph Pétain est né le 24 avril 1856 à Cauchy-la-Tour (Pas-de-Calais) dans une famille modeste.
Il a fait ses premières études chez les Dominicains, puis est entré à Saint-Cyr en 1876. Il en est sorti avec un niveau modeste, et s’est dirigé naturellement vers une carrière militaire qui s’annonçait très simple. Lieutenant de chasseur à pied, il fut affecté à des garnisons secondaires et ne participa à aucune des grandes campagnes coloniales.
En 1904, il devient capitaine et est nommé professeur adjoint d’infanterie à l’École de guerre par le général Bonnal. Là, Pétain prend toute sa dimension en se faisant le défenseur de la guerre de position, théories peu conformes aux conceptions tactiques de l’état-major qui prônent la guerre à outrance.
Le général Bonnal écrit de lui :
 » Capitaine remarquable, aussi bien comme officier d’état-major que comme officier de troupe. Réunit les qualités de vigueur, de coup d’œil, de décision et d’intelligence dans la juste proportion désirable chez un futur grand chef. « 

Lorsqu’éclate la guerre, il a 58 ans, il est devenu colonel et s’apprêteà prendre sa retraite. Cependant, il prend la tête d’une brigade d’infanterie et après s’y être distingué, notamment en Belgique, il est promu général de brigade. Plus tard, il est nommé général de corps d’armée et remporte de brillants succès dans les batailles de l’Artois. Il se distingue, en particulier, par sa prudence et le souci qu’il témoigneà épargner la vie de ses hommes.

 

Dés 8 h du matin ce 25 février, Pétain se présente à Chantilly devant le général en chef. Lui et son état major doivent très rapidement se mettre en route vers Bar-le-Duc et s’installer dans le quartier général qui se trouve dans la mairie de Souilly, petit village sur la route entre Bar-le-Duc et Verdun.
Ce n’est qu’à la nuit qu’il arrive enfin à Souilly. Il a appris dans la soirée la chute du fort de Douaumont. Aussitôt, il prend ses fonctions et organise un entretient avec le colonel Barescut, chef d’état-major de la IIe armée. Cette réunion dure une bonne partie de la nuit.

Témoignage du général Pétain :  » A 11 heures du soir, dès mon retour à Souilly, le général de Castelnau transcrivait mon ordre de mission sur une feuille de son calepin de poche, la détachait et me la passait  » pour exécution immédiate « .
A 11 heures, je prenais donc la direction de la défense de Verdun, déjà responsable de tout et n’ayant encore aucun moyen d’action…
Dans la salle vide de la mairie, je me mettais en communication téléphonique avec le général Balfourier, commandant les forces engagées dans le secteur d’attaque.
Allo ! C’est moi, général Pétain. Je prends le commandement. Faites-le dire à vos troupes. Tenez ferme. J’ai confiance en vous – C’est bien, mon général. On tiendra ! Vous pouvez compter sur nous comme nous comptons sur vous.
Aussitôt après, j’appelais le général de Bazelaire, commandant les secteurs de la rive gauche, et je lui donnai les mêmes avertissements, en lui indiquant le prix exceptionnel que j’attachais à la conservation de nos positions à l’ouest de la Meuse. Il me répondait, comme venait de la faire le général Balfourier, sur le ton d’une confiance affectueuse et absolue.
La liaison morale, du chef aux exécutants, était assurée.
Un peu plus tard, vers minuit, arrivait le colonel de Barescut, mon chef d’état-major. Sur une carte à grande échelle plaquée au mur, je marquais au fusain les secteurs des corps d’armée en position, ainsi que le front à occuper, et je dictais l’ordre que l’on devrait faire parvenir à toutes les unités le lendemain matin.
Tels furent, à Verdun, mes premiers actes de commandement. « 

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La mairie de Souilly

 


 

26 février – Lutte pour le village de Douaumont – Perte de la côte de Talou et du Poivre – La situation parvient néanmoins à se stabiliser
Avec les événements de la veille, le mot d’ordre est plus que jamais de tenir coûte que coûte et à tout prix, de stopper impérativement l’avancée allemande et de ne pas lâcher un mètre carré de terrain.

Avant l’aube, les Allemands lancent une nouvelle attaque sur côte de Talou et cette fois-ci, parvienne chasser les unités françaises qui reflue vers l’arrière. La côte est prise.

Dans la matinée, le général de Castelnau, mal informé, croit que les Allemands n’ont pas encore eu le temps de s’installer dans le fort de Douaumont. Il donne l’ordre d’attaquer et de reprendre l’ouvrage. Cependant, le fort a été puissamment occupé durant la nuit et son armement a été remis en état de tirer. Nos vagues d’assaut viennent se briser les unes derrière les autres.

En fin de matinée, l’attaque allemande reprend d’un bout à l’autre des 10 km de front, de la côte du Poivre à gauche jusqu’au bois d’Hardaumont à droite.
Des 2 côtés, les hommes sont épuisés par 5 jours de combats incessants. Et si les Allemands n’ont pas baissé la pression jusque là, cette fatigue commence à se faire sentir dans leurs rangs.

A l’extrême gauche, les unités françaises qui occupent encore une partie de la côte du Poivre sont soumises à de violent assauts répétés. Très affaiblies par le bombardement du matin, elles sont incapables de refouler les troupes allemandes.

Témoignage de Frédéric GERMAIN, caporal au 146e R.I. : » Combien de temps dura ce bombardement en bas de la côte du Poivre ? Pour moi, il dura des années. Nous étions isolés ; plus de liaison ni de ravitaillement puisque tout autour de nous était bouleversé, la terre retournée, les arbres pulvérisés.
Il y avait plus qu’à attendre la mort que l’on jugeait inévitable dans cette atmosphère de feu. Quand un instant d’accalmie nous permettait de pouvoir nous entendre, nous nous appelions de trou en trou, mais, hélas, combien ne répondaient pas ! « 

Le soir, la crête de la côte du Poivre est perdue mais les troupes françaises s’accrochent à la contre pente. La violence du bombardement français venant des forts de la rive gauche empêche ensuite les Allemands de poursuivre leurs attaques.
C’est sur ordre du général Pétain qui a pris le commandement la veille, que les forts de la rive gauche tirent à présent par dessus la rivière et jouent enfin leur rôle dans la bataille.

A droite, sur la ligne Haudraumont-village de Douaumont, le 1er bataillon du 85e R.I. s’étale sur 2 km. Il est réduit de moitié depuis la veille et sans soutient d’artillerie. Le combat qu’il livre est terrible. L’ennemi, beaucoup plus nombreux tente désespérément de le contourner. L’ouvrage de Louvemont est perdu mais la ligne tient.

Plus à droite, sur les pentes au sud de la ferme d’Haudraumont, les Allemands se heurtent aux 8e et 110e R.I. Après plusieurs tentatives sanglantes, ils sont stoppés.

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Encore plus à droite, les ruines du village de Douaumont sont toujours tenues par le 3e bataillon du 95e R.I. Plus une maison n’a de toit, se sont plus de 1000 pièces d’artillerie qui se sont acharnées sur le village toute la nuit.
L’attaque débute à 16 h 30 et 3 assauts consécutifs parviennent à être repoussés.
Témoignage de Henri BOZONNET, agent de liaison au 95e R.I. : » L’abbé Bedu, aumônier du régiment, prodigue ses encouragements, mais ses paroles de réconforts ne peuvent guère percer le vacarme épouvantable.
Les Allemands débouchent ; nous les voyons avancer crânement par petits groupes de dix à quinze hommes, derrière lesquels se trouve une colonne et par derrière encore, une autre colonne plus dense. Et partout ça fourmille, Nous tirons, tirons sans perdre une seconde.
L’artillerie ennemie allonge son tir ; déjà, les premiers groupes arrivent tout près de nous, ô bonheur ! une mitrailleuse sur notre gauche, qui n’avait pas encore tirés, se met de la partie. Là, c’est toute l’horreur de la guerre ; il tombe des groupes entiers, les uns en avant, les autres en arrière, levant les bras ; d’autres s’écroulent à genoux. Presque au même instant, deux pièces de 75, arrivées par je ne sais quel miracle, mettent en batterie en première ligne et ouvrent le feu sur les vagues de l’arrière ; seuls quelques rescapés de ces vagues arrivent jusqu’à nous ; nous constatons qu’ils sont ivres. « 

Plus tard, vers 14 h, l’aile gauche du 95e R.I. flanche et l’ennemi parvient à occuper quelques maisons du village. Il ne peut cependant pas poursuivre.
Témoignage de Ch. CAUTAIN, soldat au 95e R.I. :  » Brochard court dans la tranchée, soutenant de sa main valide son bras à moitié déchiqueté. Le sang coule comme l’eau d’un robinet. Il va, sans un mot, sans une plainte. Aura-t-il la force d’aller au poste de secours ? où est-il d’ailleurs, ce poste de secours ? Personne ne le sait. « 

Le 95e R.I. sera relevé à la nuit par les 8e et 110e R.I. qui prendront sa place dans la village. Il aura perdu 800 hommes.

Plus à droite du fort de Douaumont, à l’est du village, l’ennemi a face à lui le 418e R.I. Il est également maintenu sur ces positions initiales.

Enfin, à l’extrême droite, une avancé est réalisées au bois d’Hardaumont. L’ouvrage du même nom tombe aux mains de l’ennemi. Ce dernier est néanmoins stoppé à la lisière du bois par le bombardement français.

Finalement, le centre du dispositif, s’étalant de la côte du Poivre exclus jusqu’au bois d’Hardaumont exclu est en partie maintenu. Seules les 2 ailes ont été forcés mais l’avancée à été contenue.
Contrairement à la veille au soir où le moral était au plus bas, un léger signe d’espoir semble se profiler au haut commandement français :
Télégramme de Castelneau aux côtés de Pétain, à Joffre le 26 au soir : » La situation n’est pas encore suffisamment éclaircie pour que le général Pétain et moi puissions formuler une appréciation précise. Je crois toutefois que, si nous pouvons gagner les deux ou trois jours qui permettront au général commandant la 2e Armée de remettre les choses en ordre et de faire sentir son action, tout danger de perdre Verdun sera définitivement écarté. « 

En ce qui concerne les pertes françaises du 21 au 26, l’ensemble de la région de Verdun a perdu 25.000 hommes environ.

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Front au 26 février 1916

Il est très important à ce stade du récit, afin de ne pas tomber dans la monotonie par la suite, de bien garder à l’esprit les conditions de combat et l’état dans lequel se trouvent maintenant les soldats de premières lignes.
Nous avons vu que depuis 6 jours, si nous ramenons le champs de bataille à un espace réduit, ce n’est qu’attaques et contre-attaques consécutives, et cette réalité ne va faire qu’empirer pendant les mois suivants. Cependant, il est simple et rapide d’employer ces thermes d’attaque et de contre-attaque pour résumer les nombreux affrontements qui ont lieux chaque jour. Puisque en somme, c’est ce qui ce passe, les Allemands attaques, les Français reculent puis contre-attaque et reprennent leur position initiale. Toutefois, il ne faut pas oublier les conditions extrêmes dans lesquels ces événements se déroulent.

Du côté allemand, bien que la supériorité numérique et l’action offensive soient incontestables depuis le début de la bataille, les pertes ont été importantes. La résistance française bien que longue à se mettre en place a été acharnée.p323
Sur les 18 divisions dont disposait le Kronprinz, toutes ont été lancées dans la bataille sans aucunes relèves depuis le 21. Certains bataillons étaient en position depuis le début du mois.
S’ils sont partis le 21 au soir de tranchées profondes et confortables, ils vives depuis dans les tranchées bombardés par eux le jour d’avant, pleine de cadavres français gelés, de boue et de neiges.
Le froid, les nuits sans sommeil, les ravitaillements difficiles, la tension nerveuse commencent peu à peu à épuiser les hommes.
Pour cette raison, le commandement allemand va suspendre ses attaques frontales massives jusqu’au 5 mars inclus, afin de calmer un peu le rythme qu’il a imposer à ses troupes jusqu’à lors. Débutera alors l’attaque allemande sur les 2 rives.
De plus, bien que l’avancée aie été fulgurante, le commandement allemand commence à se rendre compte que son attaque éclair sur Verdun a échoué. Il faut maintenant se donner quelques jours de réflexion et de réorganisation pour frapper de nouveau un grand coup.

 

Du coté français, les difficultés sont les mêmes mais multipliées.p324
En plus des conditions de vie épouvantables, s’ajoute l’écrasante infériorité numérique, l’angoisse des échecs des derniers jours et le bombardement allemand incessant.
Les hommes vivent abandonnés, encerclés, ne sachant plus ou est l’avant et l’arrière. Le ravitaillement est pratiquement inexistant et les combattants n’ont rien de chaud dans le ventre depuis plusieurs jours. L’eau fait également cruellement défaut. Recroquevillés dans leur trou d’obus, ils sont à demi fous par l’insomnie, l’épuisement moral et physique. Ils sont trempés, boueux de la tête aux pieds, crasseux et plein de poux.
Lorsque les bombardements s’allongent, et qu’un calme relatif survient, ils sont incapables de parler, la gorge brûlée d’avoir trop crié, sourds par le bruit trop intense qu’ils viennent de subir.
Tout autour d’eux, les cadavres sont omniprésents, ils les piétines, s’aplatissent à coté d’eux, vive avec eux.
Lorsque que l’assaut allemand est donné et que les vagues s’avancent, ils tirent désespérément dans un sursaut de rage, les doigts gelés crispés sur leur fusil. Sachant que pertinemment, dans 1 minute, 10 ou 1 heure, ils seront mort ou blessé.

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Témoignage de C. CORNEVIN, soldat au 160e R.I. : » … La nuit, cependant, un blessé se révèle parmi tous ces morts. Il appelle, il réclame à boire. Nous lui donnons le peu d’eau boueuse que nous trouvons. Nous voulons le transporter au poste de secours, mais le moindre mouvement lui arrache des cris de douleur ; les brancardiers appelés le laisseront là. Rien à faire ! Nous couvrons de couvertures ses jambes brisées, tout son misérable corps, nous relevons sa tête et, la mort dans l’âme, le laissons en proie au délire. Nous revenons apaiser sa soif de temps en temps.
Le lendemain, il nous appelle par nos noms qu’il a entendus. Parfois sa voix déchirante articule ceux des siens, il pleure ; c’est poignant.
Le bombardement commence et l’épargne.
La nuit suivante, il n’est pas encore mort, mais ses appels sont moins fréquents, sa voix bien faible. Au petit jour, il n’est plus. « 


27 février – Lutte pour le village de Douaumont
Comme cela a été indiqué plus haut, les Allemands suspendent leurs attaques massives jusqu’au 5 mars inclus afin de reposer un peu leurs troupes. Cependant, le pilonnage d’artillerie et les attaques locales en cours se
poursuivent.

Pendant la nuit, le bombardement allemand est continu. Au matin, il devient plus violent sur le front de Bras – Douaumont, et s’étend jusqu’aux forts de Souville et de Tavannes, au village de Belleville et Verdun.

A 8 h, le général Guillaumat prend le commandement du secteur allant de la Meuse au village de Douaumont exclu.

A 16 h, les Allemands attaquent de chaque côté du fort de Douaumont. A gauche, ils se heurtent aux 8e et 110e R.I. dans le village de Douaumont et devant le bois d’Haudraumont et ne parviennent pas à percer.
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émoignage de Louis BRAYELLE, soldat au 110e R.I. :  » Par une fin d’après-midi, sous la neige qui tombait, le bombardement cessa enfin. Nous fûmes tirés de notre léthargie par la voix mâle et fière de notre brave chef de peloton qui nous apparut comme un spectre au sortir d’une tombe et nous cria : « Allons, les enfants, debout, les Boches attaquent ! »
Electrisés par cet appel, les demi-morts rescapés du bombardement se dressèrent et, utilisant les quelques rares revolvers et mousquetons en état de tirer, firent, en poussant des cris de rage, leur devoir de soldats. Et l’Histoire dit que le Boche ne passa pas.
Quelque temps auparavant, notre colonel était passé rapidement près de nous, couvert de débris, de plâtras, et, nous fixant l’espace d’une seconde, d’un regard émouvant que je n’oublierai jamais, nous avait dit ces simples mots : « Courage, mes enfants ! »"

A droite, à l’est du village de Douaumont, ils se retrouvent de nouveau face au 418e R.I. et sont également stoppés.

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28 février – Lutte pour le village de Douaumont
Durant la nuit, sur ordre du général Pétain, le 174e R.I. monte en ligne au bois Feuilla. Il part ensuite à l’attaque et parvient à s’emparer de la ferme de Souppleville et de la station d’Eix-Abaucourt. Il parvient finalement aux tranchées du mamelon 254 où il s’installe.

Sur le reste du front, le bombardement allemand est assez violent toute la nuit et toute la matinée.
Les blessés sont nombreux. Ils affluent vers les petits postes de secours des bataillons, creusés à même la terre, qui ont été aménagés un peu en arrières des premières lignes. Les blessés les plus légers arrivent à pieds, pour les autres, ils sont transportés sur un brancard ou roulés dans une toile de tente enfilée sur un bâton.

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Rapidement, chaque poste de secours est tellement bondé, qu’il est difficile aux médecins de mettre un genou au sol pour déshabiller ou soigner un blessé.
Les diagnostiques sont des plus diverses : plaies pénétrantes de poitrine avec perforation du poumon, plaies du ventre, plaies pénétrantes par balle au crane, carotide sectionné, jambes arrachées avec de nombreux fragment d’os, hémorragie importante, plaies de la face.
Une odeur de sang, de vomi et d’excrément, parce que de nombreux blessés graves ont le corps que se vident, emplie la pièce minuscule.
Les moyens sont très sommaires. Alors que plusieurs blessés sont très choqués, certains hurlent de douleur, d’autres sont pris de convulsions, il n’y a rien comme antichocs. Les transfusions sanguines sont impensables dans un lieu si exigu et mal propre. De toute façon, les groupes sanguins des hommes sont inconnus.
La seule chose à faire est de nettoyer les plaies le mieux possible, souvent à la teinture d’iode, pour fixer le sang, car il n’y a pas d’eau, les médecins n’en n’ont même pas assez pour nettoyer leurs mains pleines de sang et de boue. Puis, faire un solide pansement et activer le rapatriement vers l’arrière, quand les brancardiers sont disponibles et encore en vie.
Au milieu de toutes cette souffrance, des centaines de mouches dansent et se posent sur les plaies, les visages, les mains. Les hommes qui agonisent n’ont pas la force de les faire fuir.
Dehors, le bombardement continue, les parois du poste de secours ne cessent de trembler, produisant une épaisse poussière.

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Témoignage de X :  » Notre poste de secours regorge de blessés. Nous faisons des pansements sans discontinuer et nous disons par signes ce que nous avons à dire : impossible de placer un mot ; on ne peut même pas s’entendre. Je soigne ceux qui sont étendus sur leur brancard, devant le poste de secours devenu beaucoup trop petit pour les recevoir tous. Un malheureux à qui j’essaie de garrotter la fémorale est blessé d’un éclat profond dans la poitrine pendant que je le panse. Un tout jeune caporal m’arrive, tout seul, avec les deux mains arrachées au ras des poignets. Il regarde ses deux moignons rouges et horribles avec des yeux exorbités. Je tâche de trouver un mot qui le console et lui crie : « Que fais-tu dans le civil ? « j’ai alors la réponse navrante qui me serre le cœur et m’empêche de rien ajouter : « Sculpteur », dit-il ! « 

Témoignage de Gaston GRAS : » A la tombée de la nuit, des voix lugubres se font entendre :  » Brancardier !… Brancardier !…  » appellent longuement des hommes disséminés dans les entonnoirs.
 » Maman ! « gémit un autre que l’on devine, ensanglanté, dans l’ombre.
Alors, méprisant les coups de fusils, des brancardiers accourent à l’appel des mourant : leurs longs brancards pliés sur les épaules, ils vont de trou en trou, se penchent, et parfois se relèvent en emportant avec précaution un camarade qui agonise.

… (Au début de la guerre, dans chaque régiment, les gradés avaient l’habitude de désigner les futurs brancardiers parmi des hommes qui n’estimaient pas capable de se battre. Cependant, ils se rendirent vite compte que s’était l’inverse qu’il fallait faire. En effet, les brancardiers, à la recherche de blessés entres les lignes, agissaient de manière autonome et en dehors de tout contrôle. Leur rendement était entièrement dépendant de leur sens du devoir, leur dévouement, leur résistance physique et morale, leur courage…
Ils furent alors sélectionnés parmi les meilleurs éléments. ) …
.

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Leur besogne se continuera toute la nuit : toute la nuit, à la faveur de l’obscurité, ils recueilleront les blessés transportables, ceux que l’on à quelques chances de sauver en les soignant à temps.
Ceux-là sont amenés dans les postes de secours des bataillons : les petits majors à un galon, les Ichon, les Duval, les Bonnet, vaillants médecins auxiliaires, étudiants improvisés chirurgiens, leur feront le premier et rudimentaire pansement. Travail immense que celui d’établir un premier appareil dans des conditions dénuées de confort et d’hygiène.

Dans les longs couloirs étroits qui précédent les abris, les blessés s’entassent; claquent des dents, pâlis par les hémorragies, grelottant de fièvre. Pas un gémissement, mais un lourd silence où chacun évalue ses misères et ses chances d’en revenir. Parfois, l’un d’entre eux plus valide, pouvant encore marcher, s’en va vers l’arrière, nanti d’une fiche de carton rouge passée dans la boutonnière de sa capote.

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Pour celui-ci, le problème reste tout entier : il ne faut pas se faire prendre dans la barrage en descendant vers l’arrière, vers les petite autos sanitaires qui l’emporteront loin de la ligne de feu.

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… ( Ensuite, dans les hôpitaux de campagne, les blessés sont pris en charge mais, il n’y a quasiment rien pour déchoquer les malades. On ne peut que les réchauffer avec des rampes de lampes électriques.
Un progrès tout de même qui n’en est qu’à ses débuts, les transfusions sanguines commencent à se faire avec l’appareil de Jeanbrau. Mais cet appareil reste d’un maniement assez difficile. Malheureusement, le sang manque. La connaissance des groupes sanguins en est à ses débuts, et l’on ne connait pas les groupes Rhèsus. Cinquante grammes de sang sont prélevés à des volontaires de l’ambulance. Uniquement ! pour ne pas trop les affaiblir, mais ce n’est pas suffisant. Par ailleurs, on ne connait ni les sulfamides ni les antibiotiques. Le plasma injectable non plus n’est pas inventé. ) …

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Malheureusement, les brancardiers des bataillons, du régiments, de la division même, ne sauraient suffire au dégagement du champ de bataille : un blessé exige au moins deux hommes pour le transporter sur un brancard, et les brancardiers ont eux aussi été décimés pendant l’attaque qu’ils ont suivie comme les autres. « 

A 15 h, l’ennemi attaque le calvaire de Douaumont et les abords du fort (73e et 110e R.I.). Il est repoussé et laisse sur le terrain de nombreux cadavres.

A 16 h, nouvelle tentative d’attaque. Des corps à corps locaux s’engagent mais globalement, l’ennemi est de nouveau renvoyé dans ses lignes. Il ne parvient qu’à enlever un élément de tranchée qui était tenu par des unités du 110e.

Sur les pentes sud de la ferme d’Haudraumont (8e R.I.) et à droite (418e R.I.), le combat se poursuit et se prolonge tard dans la nuit.

 

source récit : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

verdun-carte

soure : http://www.encyclopedie.bseditions.fr/article.php?pArticleId=113&pChapitreId=34344&pArticleLib=1916+%5BNazisme%A0%3A+au+fil+des+jours+%282i%E8me+guerre+mondiale%29%5D

Carte de la bataille de Verdun (21 février – 21 juillet 1916)


 

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Les crimes des Conseils de guerre Vingré texte 1925

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SOLDATS FUSILLES POUR L’EXEMPLE

D’autres noms pour l’exemple

 

Les crimes des Conseils de guerre
(Le texte semble daté de 1925)
Vingré

Vingré !
Ce nom évoque un des crimes les plus effroyables de la guerre.
En novembre 1914, le 298e d’infanterie se trouvait dans l’Aisne.
Le 27, on laisse dans une tranchée de première ligne, en avant du village de Vingré, avec mission de surveiller l’ennemi à droite, un poste de cinq sentinelles doubles commandées par le caporal de Voguë. À sa gauche sont placées deux escouades, la 5e et la 6e, commandées respectivement par les caporaux Floch et Venat.

Tout semble calme.
Soudain, vers cinq heures du soir, sans qu’un coup de fusil ait été tiré, le poste du caporal de Voguë est surpris et enlevé. Les Allemands pénètrent brusquement dans les tranchées des 5e et 6e escouades.
Un cri retentit : « voilà les boches »
Instinctivement, nos soldats reculent dans le boyau. Ils arrivent ainsi jusqu’à l’abri de leur chef de section, le lieutenant Paulaud.
« Allons vers la tranchée de résistance » crie ce dernier.
L’ordre est aussitôt exécuté.
Paulaud y parvient un des premiers. Le commandant de compagnie l’y accueille mal.
« Eh bien, Paulaud, que signifie ? C’est du joli ! Allez immédiatement reprendre votre position ».
Officier et soldats obéissent.
Les deux escouades rebroussent chemin et regagnent sans coup férir l’emplacement qu’elles occupaient.
L’incident était banal. Rien ne permettait de penser qu’il dût avoir des suites tragiques.

Cependant le colonel croit devoir signaler à la division l’enlèvement du poste commandé par le caporal de Voguë.
Le général de division Julien et le général de Villaret, commandant le corps d’armée, demandent des détails complémentaires. On les informe alors du mouvement de retraite exécutée par les 5e et 6e escouades.
Aussitôt un officier, le commandant Guignot, est chargé de procéder à une enquête. Mais on a soin de lui dire, ou de lui faire entendre ce que l’on désire : un exemple.
Ainsi préparé, il entend tout d’abord le lieutenant Paulaud, qui lui raconte les faits sans s’attribuer l’honneur d’avoir déterminé les hommes à remonter en ligne.
Auparavant, pour s’éviter toute contradiction, celui-ci avait d’ailleurs eu soin de prendre à part ses soldats et de leur recommander de ne pas le mettre en cause et d’alléguer une panique : « de toute façon, tout s’arrangera » concluait-il.
Les malheureux lui firent confiance.
Mais au surplus, ils n’eurent pas de grandes explications à donner, car le commandant Guignot, qui savait ce que l’on attendait de lui en haut lieu, ne s’attarda pas à leur demander des explications minutieuses.
Son rapport, dont l’original se trouve entre les mains de la veuve d’une de ses victimes, fut d’autant plus formel que son enquête avait été plus légèrement faite.
On y lisait entre autres choses ceci :

« Le lieutenant Paulaud, qui se trouvait dans l’abri de sa section, vit apparaître un groupe d’hommes descendants en désordre et en tumulte des tranchées de première ligne, par le boyau de communication. Il dut user de toute son autorité, appuyée par celle du lieutenant Paupier, commandant de compagnie, pour faire remonter les hommes et occuper la tranchée.

Ce texte mettait l’officier hors de cause, mais accablait les soldats.
C’était précisément ce que le commandant Guignot voulait, ainsi qu’il résulte du fait suivant : un sous-officier de la compagnie, le sergent Grenier, informé de la tournure grave que prenait l’affaire, se présenta à lui pour déposer.
« Qui vous demande quelque chose ? Interrogea rudement le commandant.
- Mais, mon commandant…
- Si vous insistez, je vais prendre des sanctions contre vous. »
Grenier dut se retirer.
Cette intervention du sergent, Guignot l’a niée, il est vrai, à l’audience du Conseil de guerre de Clermont-Ferrand où fut jugé Paulaud. Mais de nombreux témoignages établissent qu’il a menti.
Il y a du reste, sur la manière dont cet officier procéda à son information, un autre témoignage que personne n’osera mettre en doute.

Dans son carnet de route (que j’ai feuilleté avec émotion ! ) le malheureux caporal Floch écrivait à la date du 28 novembre :
« J’ai été appelé par le commandant du 5e bataillon, qui m’a interrogé. Je n’ai pu lui dire que la vérité. Il m’a dit à plusieurs reprises de me taire, me disant que je comparaîtrais devant le Conseil de guerre parce que je m’étais sauvé. Je lui ai dit que j’avais été pris dans une bousculade et forcé de suivre. Il n’a rien voulu entendre »
Il n’a rien voulu entendre !
Résultat :
Cinq jours plus tard, le caporal Floch et ses camarades tombaient sous des balles françaises.
Pendant que le commandant Guignot se livre à ce simulacre d’enquête, les généraux Julien et Villaret, avec le précieux concours du lieutenant commissaire rapporteur Achalme, préparent le crime !
Et quel crime !
Ils décident que la Cour martiale devra condamner à mort les vingt-quatre hommes qui se sont repliés.
Aujourd’hui on cherche à nier le fait.
Mais trop de témoignages – que l’on ne saurait prétendre inspirés par l’esprit de parti – ne leur permettent pas.

L’abbé Dubourg, actuellement directeur des oeuvres de diocèse de Besançon, était aumônier de la division. Deux jours avant la réunion du Conseil de guerre, il rencontre sur une route un groupe d’officiers. Parmi eux se trouvait le colonel Pinoteau, commandant le 98e.
Celui-ci s’avance vers le prêtre :
« Monsieur l’aumônier, lui dit-il, prenez vos mesures. Nous allons avoir vingt-quatre exécutions.
- vingt-quatre !
- peut-être douze. »

Un peu plus tard, le même jour, le colonel Pinoteau aborde le lieutenant Paupier :
« Lieutenant, on va fusiller une escouade.
- Une escouade ! Mais non colonel, c’est douze hommes !
- On en fusillera au moins six », réplique le colonel.
Ces variations dans le chiffre des condamnés d’avance, s’expliquent par le fait que, depuis deux jours, une discussion se poursuivait entre le général de Villaret, qui voulait, en exemple, sacrifier les deux escouades, et quelques officiers soucieux de limiter le nombre des victimes. Ces derniers, finalement, l’emportèrent.
On s’arrêta au chiffre de six, et des ordres en conséquence furent donnés à la Cour martiale.

La Cour se réunit dans une salle d’école.
Président : le colonel Pinoteau ; deux juges : le lieutenant Diot et un adjudant tué depuis; commissaire du gouvernement : le lieutenant Achalme ; défenseur : le sous-lieutenant Bodé, que l’on avertit seulement deux heures avant l’audience de la mission qu’il doit remplir.
Il n’a le temps ni d’interroger les accusés, ni d’examiner les pièces du dossier.
Qu’importe !
Les auteurs de ce crime militaire s’efforcent aujourd’hui avec un déconcertant cynisme, de tirer argument de la plaidoirie prononcée le 2 décembre 1914 par le sous-lieutenant Bodé.
« À aucun moment, disent-ils, le défenseur n’a parlé d’ordre de repli. Il s’est borné à montrer que la peur était quelque chose d’indépendant avec la volonté, à quoi tout le monde peut succomber, et qu’il ne fallait pas tenir grief aux accusés de la panique qui s’était produite le 28 novembre ».
Il ne dit rien de plus parce que l’on s’était arrangé pour qu’il ne sache rien de plus. »
Et, de même qu’il n’y avait pas eu d’instruction, il n’y eut pas de débat.
Le lieutenant Achalme demanda pour tous les accusés la peine de mort.
Mais la Cour martiale avait reçu l’ordre d’appliquer le châtiment suprême à six seulement d’entre eux. Elle désigne Floch, Gay, Pettelet, Quinault, Blanchard et Durandet.
Pourquoi ? Nul ne sait. Ce fut l’oeuvre du hasard. Les juges eux-mêmes n’y attachèrent évidemment aucune importance.
L’exemple était aussi bon avec ceux-là qu’avec d’autres, n’est-ce pas ?
——
L’arrêt rendu, on demande, dans la compagnie des condamnés, à un homme de bonne volonté pour les prévenir.
Le sergent Moncoudiol s’en charge.
Quand il pénètre dans la cave où les malheureux sont enfermés, une telle émotion l’étreint qu’il ne peut parler. D’un geste, il leur tend une feuille de papier, un crayon, une enveloppe.
« C’est pour apprendre à nos familles qu’on va nous fusiller demain, dit Gay. Pourtant on nous avait assuré que le jugement serait une simple formalité. »
Quinault prend la parole à son tour :
« Enfin, Moncoudiol, toi qui nous connais, toi qui nous as vu à l’œuvre, avec qui nous avons combattu, crois-tu que nous méritions la mort ?
- mais non, mon vieux Quinault. Et tous les copains jugent comme moi. D’ailleurs, on ne peut pas vous fusiller comme cela, bien que ce soit la guerre. Il y a une justice et d’un moment à l’autre votre grâce arrivera.
- C’est vrai, répond Quinault ; pour les assassins il en est ainsi. Mais, pour nous, l’aube viendra avant. Vois-tu Moncoudiol, ce n’est pas la mort qui nous effraie. Elle nous attend tous les jours. Nous l’avons frôlée souvent. Pettelet a été blessé. Moi aussi. Mais ce qui est cruel, c’est de songer que nous allons mourir fusillés par nos camarades, tués par ceux dont nous partagions les dangers, la vie. Cela, vois-tu, c’est horrible ! »
Moncoudiol, immobile, pleure. Il cherche des mots qui consolent et ne trouve pas.
« Nous, demain, nous n’existerons plus, poursuit Quinault. Mais nos familles, nos femmes, nos enfants, comment vont-ils apprendre cela ? Quelle honte pour nous de songer que nos gosses devront rougir de leur père ! »
Le sergent n’en peut plus. Les sanglots l’étouffent. Il quitte en chancelant la cave qui a déjà l’apparence d’un tombeau.
Les condamnés, restés seuls, écrivent leur dernière lettre.
Le caporal Floch qui, avant d’être mobilisé, exerçait les fonctions de greffier de paix à Breteuil, est le seul à posséder quelque instruction. Ses adieux à sa femme sont aussi son éclatante justification :

Vingré, le 4 décembre 1914.
Ma bien chère Lucie,
Quand cette lettre te parviendra, je serai mort fusillé.
Voici pourquoi :
Le 27 novembre, vers cinq heures du soir, après un violent bombardement de deux heures, dans une tranchée, et alors que nous finissions la soupe, des Allemands se sont amenés dans la tranchée, m’ont fait prisonnier avec deux autres camarades. J’ai profité d’un moment de bousculade pour m’échapper des mains des Allemands.
J’ai suivi mes camarades, et ensuite j’ai été accusé d’abandon de poste en présence de l’ennemi.
Nous sommes passés vingt-quatre hier soir au Conseil de guerre. Six ont été condamnés à mort, dont moi. Je ne suis pas plus coupable que les autres, mais il faut un exemple. Mon portefeuille te parviendra et ce qu’il y a dedans.
Je te fais mes derniers adieux à la hâte, les larmes aux yeux, l’âme en peine. Je te demande, à deux genoux, humblement pardon pour toute la peine que je vais te causer et l’embarras dans lequel je vais te mettre…
Ma petite Lucie, encore une fois, pardon.
Je vais me confesser à l’instant, et j’espère te revoir dans un monde meilleur.
Je meurs innocent du crime d’abandon de poste qui m’est reproché. Si, au lieu de m’échapper des Allemands, j’étais resté prisonnier, j’aurais encore la vie sauve. C’est la fatalité.
Ma dernière pensée à toi jusqu’au bout.
Henri Floch

Et voici les adieux de Gay :

Ma chère femme,
Le 27 novembre, à trois heures du soir, l’artillerie allemande s’est mise à bombarder les tranchées pendant deux heures. La première section, qui était à notre droite, a évacué sa tranchée sans qu’on le sache.
Vers 5h 30 du soir, nous mangeons la soupe en veillant devant nos créneaux, quand tout à coup, les Allemands viennent par la tranchée de la première section. On nous croise la baïonnette en disant : « Rendez-vous ! Haut les mains ! On vous fusille ! »
Je me suis vu prisonnier avec un autre de mon escouade. Je saisis un moment d’inattention pour m’échapper. Il y avait un pare-éclats en face de moi. Je me suis jeté en face, au risque de me faire tuer par les balles, et comme je n’ai plus vu de camarades, je suis descendu par la tranchée rejoindre ma section et nous sommes remontés pour réoccuper la tranchée.
Le lendemain, tous les officiers et chefs étaient bien à leurs postes et nous, pour ne pas être restés prisonniers des Allemands, nous avons passé en Conseil de guerre, toute la demi-section.
Tous les autres ont été acquittés et nous avons été six condamnés qui ne sont pas plus coupables que les autres, mais si nous mourons pour les autres, nous serons vengés par Dieu.
Pardonne-moi bien de la peine que je vais te faire, ainsi qu’à mes pauvres parents. Je n’ai pas peur de la mort, puisque je suis innocent du fait qu’on me rapproche.

La lettre de Quinault est peut-être plus émouvante encore dans son naïf langage :

Ma chère femme,
Je t’écris mes dernières nouvelles. C’est fini pour moi. C’est bien triste. Je n’ai pas le courage. Je me (ici sont quelques mots illisibles). Pour toi tu ne me verras plus.
Il nous est arrivé une histoire dans la compagnie. Nous sommes passés vingt-quatre en Conseil de guerre. Nous sommes six condamnés à mort. Moi je suis dans les six et je ne suis pas plus coupable que les camarades, mais notre vie est sacrifiée pour les autres.
Ah ! Autre chose : si vous pouviez m’emmener à Vallon. Je suis enterré à Vingré.
Dernier adieu, chère petite femme. C’est fini pour moi. Adieu à tous, pour la vie.
Dernière lettre de moi, décédé au 298e régiment d’infanterie, 19e compagnie, pour un motif dont je ne sais pas la raison. Les officiers ont tous les torts et c’est nous qui sommes condamnés pour eux. Ceux qui s’en tireront pourront te raconter. Jamais j’aurais cru finir mes jours à Vingré et surtout d’être fusillé pour si peu de chose et n’être pas coupable.
Ça ne s’est jamais vu, une affaire comme cela.
Je suis enterré à Vingré !… Ah ! Autre chose, si vous pouvez m’emmener à Vallon ! »

À cette heure suprême, sa pensée se tournait vers le petit cimetière de son village de l’Allier, où il lui semblait que l’éternel sommeil serait plus paisible.

S’il avait su !

S’il avait su que lorsque « l’affaire » serait connue à Vallon, le curé refuserait de célébrer un service funèbre à sa mémoire, que les boutiques des marchands se fermeraient devant sa femme, que son fils serait mis en quarantaine à l’école, qu’on lui jetterait la pierre, et enfin que ses êtres si chers devraient fuir devant cette haine sauvage…

La nuit vient, passe.
Voici le matin du 4 décembre.

Les condamnés ont gardé une lueur d’espoir. Le sergent Moncoudiol leur a dit : « on ne peut pas fusiller comme cela, bien que ce soit la guerre ».
Le lieutenant Paulaud leur a assuré que : « tout ça s’arrangera ».
Un cliquetis d’armes les arrache de leur torpeur. La porte s’ouvre. Un adjudant s’avance. Mais ce n’est pas leur grâce qu’il apporte. Il vient leur dire que l’heure est venue, qu’ils vont mourir.
Résignation ou stupeur, aucune plainte…
Ils se lèvent, sortent, tête nue, en manche de chemise, sous le vent glacial et marchent, le front haut vers le terrain où doit avoir lieu l’exécution, au bas du village de Vingré, à 400 m des lignes ennemies.
Le haut commandement a décidé de donner à cette tragédie le caractère d’une grande solennité militaire. Ne s’agit-il pas d’un exemple ? Toutes les compagnies disponibles forment le carré ; on a placé la compagnie à laquelle appartenaient ceux qui vont mourir au premier rang.
Pendant la nuit six poteaux ont été dressés. D’un pas ferme les six condamnés vont s’y adosser.
On les attache.
Un commandement. Le crépitement des balles. Les six hommes sont morts.

Alors se produit ceci : tous les hommes de la 19e compagnie éclatent en sanglots. L’émotion gagne de proche en proche, si vite que les officiers sont impuissants à la réprimer. Devant cette manifestation unanime, le colonel Pinoteau ne sait quelle attitude prendre.
Seul le commandant Guignot va et vient, satisfait.
Apercevant le lieutenant Paupier, qui baisse la tête pour ne pas voir l’affreux spectacle, il lui donne un coup section le menton : « Paupier, relevez la tête ! »

Au cours de mon enquête sur l’affaire de Vingré, j’ai tenu à entendre celui qui, dans l’ordre des responsabilités, partage la première place avec le général de Villaret : M. le substitut Achalme.
Je l’ai trouvé dans son cabinet de Saint-Étienne, examinant un dossier :
« Monsieur le Substitut, en novembre 1914, au Conseil de guerre de Vingré, qui condamna à mort six soldats dont l’innocence a été par la suite reconnue, vous avez occupé les redoutables fonctions de commissaire du gouvernement. C’est à ce sujet que je voudrais vous interroger ».

M.Achalme parut me demander un instant s’il parlerait ou s’il se tairait.
« Substitut à Bourg, dit-il enfin, mobilisé comme lieutenant dans un régiment de la 63e division d’infanterie, le général me fit appeler un jour pour me demander de bien vouloir suivre les affaires du Conseil de guerre. J’acceptai étant entendu que ce ne serait qu’à titre provisoire. Je ne me sentais aucun goût pour cette besogne.
- Comme je vous comprends !
- Le 30 novembre dans l’après-midi, j’ai reçu du général de division…
- Le général Julien.
- Ne mettons pas de nom si vous le voulez bien… l’ordre de réunir, pour le lendemain, le Conseil de guerre ; il s’agissait de juger les hommes qui avaient abandonné une tranchée. Je me rendis à Vingré où j’arrivai à six heures du soir. Vingt-quatre hommes étaient inculpés. Bien que ce ne fût pas pour moi une obligation, je passai la nuit à les interroger tous. Aucun d’eux ne me parla de l’ordre de repli donné par le lieutenant Paulaud.
- Avez-vous entendu des témoins ?
- Non, mais j’ai dit aux inculpés et aux défenseurs que je me mettais à leur disposition pour faire entendre à l’audience tous les officiers, sous-officiers et soldats dont il considéreraient le témoignage utile.
- On ne vous en indiqua pas ?
- Aucun.
- Sur quoi vous êtes-vous appuyé pour requérir devant la Cour martiale ?
- Je me suis appuyé sur les pièces du dossier, sur les rapports du commandant de compagnie et du chef de bataillon. Je n’avais rien d’autre à ma disposition. Ces documents établissaient clairement le crime d’abandon de poste.
- Vous aviez devant vous vingt-quatre inculpés. Six seulement ont été condamnés à mort. Quelles ont été vos réquisitions ?
- J’ai laissé le Conseil libre de prononcer les peines.
- Sur quoi les juges se sont-ils basés pour condamner le caporal Floch, les soldats Quinault, Blanchard, Pettelet, Durandet et Pierre Gay ?
- Le Conseil s’est trouvé dans une situation fort embarrassante. Les juges ont estimé qu’il était inadmissible que les vingt-quatre hommes fussent au même titre responsables de la panique. Ils ont cherché à s’éclairer. Après la plaidoirie même, on a fait revenir à la barre le sergent Diot et le sous lieutenant Paulaud. Le président leur a demandé une dernière fois de renseigner les juges. Ces témoins ont conservé une attitude impassible. Aucun d’eux n’a dit mot pour sauver les accusés. Le Conseil, dans ces conditions, a condamné les hommes qui se trouvaient le plus près des Allemands.
- Pourquoi ce chiffre de six ? »

M. le Substitut Achalme ne peut dissimuler l’embarras que lui cause ma question. Je me décide à lui venir en aide.
« Est-ce que le nombre de six n’avait pas été fixé par le général de division ? »
Je regarde dans les yeux M. le Substitut. Il n’ose nier. Il cherche une formule.
« Je ne sais si le haut commandement avait donné des ordres secrets au président de la Cour martiale. Moi, je n’en ai reçu aucun.
- Vous ne pouvez ignorer ce fait : il a été établi par l’enquête de révision. Vous ne pouvez ignorer non plus la déclaration du général Linder : « Paulaud a manqué de caractère au cours de l’instruction. Pour décharger sa responsabilité, il a cru devoir charger les hommes qui étaient sous ses ordres et abonder dans le sens de ses chefs qui voulaient une condamnation. »

À cette question, M. Achalme se garde de répondre.

« Si j’avais connu, me dit-il, la phrase prononcée par Paulaud après l’arrêt : « on vient de condamner des innocents » je vous jure que j’aurais immédiatement adressé un rapport à mes chefs et que l’exécution n’aurait pas eu lieu… On nous accable aujourd’hui, mais on nous juge sans tenir compte des circonstances dans lesquelles les faits se sont passés il y a sept ans.
En novembre 1914, les chefs prenaient encore à la lettre l’ordre de Joffre du 5 septembre : « il faut se faire tuer sur place plutôt que de perdre un pouce de terrain ». Nous étions à ce moment la seule division ayant réussi à traverser l’Aisne. Nos chefs ne comprenaient pas la guerre. Ils imaginaient que la perte d’une tranchée constituait un désastre.

- Tout cela n’était pas une raison suffisante pour fusiller des innocents.
- Je suis le premier à reconnaître que l’arrêt de réhabilitation a été une mesure de justice, surtout après l’abandon des poursuites contre le caporal de Voguë. Voyez-vous, l’institution des Cours martiales a été une lourde faute. La responsabilité en incombe une bonne part au pouvoir civil qui a eu le tort d’abandonner ses droits aux mains de l’autorité militaire. »

Telle est fidèlement reproduite la conversation que j’eus avec le commissaire du gouvernement à Vingré.

Examinons maintenant ses déclarations.
Non sans quelque timidité, M. Achalme dit avoir ignoré que le commandement, avant l’audience, avait fixé le nombre des hommes à condamner.
Ce n’est pas exact. Un parlementaire, plaidant sa cause, ma affirmé : « S’il n’y a eu que six condamnations, c’est surtout grâce à M. Achalme qui, avant l’audience, est intervenu auprès des généraux Julien et de Villaret pour que l’on ne maintint pas le chiffre de 12 hommes qui semblait définitivement arrêté ».
Au surplus, comment M. Achalme eût-il pu ignorer ce que tant d’autres moins bien placés que lui pour être renseignés, savaient ?
Devant le général Linder, le docteur Raymond, de Vichy, aide-major au 298e, a déposé devant l’enquête de révision :
« Apprenant un soir que plusieurs hommes de la 19e compagnie du 298e allaient être jugés par le Conseil de guerre, je me rendis au centre du village de Vingré. J’étais fort étonné de cette nouvelle, car je n’avais pas entendu dire que des hommes s’étaient rendus coupables d’un délit passible du Conseil de guerre. Mais mon étonnement devint de la stupéfaction quand, voyant s’avancer sur la route de Vic sur Aisne un aumônier militaire, et lui demandant ce qui l’amenait, il me répondit que le lendemain six au moins de ces hommes allaient être fusillés, peut-être douze.
J’affirme que ce propos a été tenu avant l’ouverture du Conseil de guerre, et je me souviens de l’émotion douloureuse que j’ai ressentie en voyant passer, quelques minutes après, les malheureux inculpés qui se rendaient vers la maison du colonel, sans se douter du sort qui les attendait ».

M. Achalme prétend avoir laissé le Conseil libre de juger. Est-ce vrai ?
« Non » répond le témoin C.H. Viellay, ex sergent-major à la compagnie à laquelle appartenaient les six victimes et qui assista à l’audience. « Pour ne pas se tromper, a-t-il écrit, le commissaire du gouvernement a requis la peine de mort contre tous les accusés, plus de vingt ».
——
La vérité est que le lieutenant Achalme n’a rempli ni son devoir de soldat, ni son devoir de magistrat.

Après avoir reçu le rapport du commandant Guignot, le général Julien avait délivré contre les hommes des 5e et 6e escouades un ordre d’informer qui les rendait justiciables du Conseil de guerre prévu par le décret Millerand, où ils eussent bénéficié de quelques garanties : instruction préalable, délai de vingt-quatre heures entre la citation et l’audience, nombre de juges : 5 au lieu de 3. Cet ordre d’informer, le général de Villaret, dans sa hâte de faire un exemple, le déchira pour y substituer, bien qu’ il n’y eut pas flagrant délit, un ordre de mise en jugement direct devant une Cour martiale.

Mais c’était précisément le rôle des magistrats mobilisés dans les Conseils de guerre de redresser les erreurs commises par les généraux ignorants, insouciants ou inhumains.

Ce rôle, M. Achalme ne l’a pas rempli. Il s’est servilement prêté à une fantaisie sanguinaire. Il est complice.
——
Au surplus, pour apprécier les responsabilités, on possède un document si net, si terrible dans sa modération, qu’il ne permettra pas à la justice de se dérober indéfiniment à son devoir, lequel n’est pas seulement de réhabiliter les innocents, mais aussi de frapper les coupables.
Ce document, on le trouve au Journal Officiel du 18 février 1921, et c’est l’arrêt de la Cour de Cassation dans l’affaire des martyres de Vingré :
Attendu que par jugement du Conseil de guerre spécial de la 63e division d’infanterie, en date du 3 décembre 1914, le caporal Floch (Paul), et les soldats Gay (Pierre), Pettelet (Claude), Quinault (Jean), Durandet (Jean) et Blanchard (Jean-Marie), tous du 298e R.I., ont été condamné à la peine de mort pour abandon de poste devant l’ennemi ; que ce jugement a reçu son exécution le lendemain à l’égard de tous les condamnés qui ont été passés par les armes.
Attendu qu’il résultait du rapport dressé en vertu de l’article 108 du code de justice militaire que le 27 novembre 1914, une tranchée de première ligne, située en avant du village de Vingré (secteur de la Maison détruite), et à laquelle on accédait par un boyau central, était occupée dans sa partie gauche par une demi section du 298e R.I. (5e et 6e escouades), et dans sa partie droite par une autre demi section du même régiment (3e et 4e escouades) ; que cette partie droite, ayant été violemment bombardée par l’artillerie allemande, avait dû être évacuée dans l’après-midi, et qu’on n’y avait laissé qu’un caporal et quatre sentinelles doubles ; que vers 5 heures du soir, les Allemands s’étaient brusquement emparés de ce petit poste sans qu’un coup de fusil ait été tiré ; que, grâce à cette surprise, ils avaient pu s’infiltrer dans la partie gauche de la tranchée et tomber à l’improviste sur les hommes des 5e et 6e escouades qui, pris de panique, s’étaient enfuis par le boyau central jusqu’à la tranchée de deuxième ligne, d’où les officiers avaient éprouvé de grandes difficultés pour les faire remonter en première ligne.
Que vainement, le sous-lieutenant Paulaud, chef de section, leur avait crié d’avancer ; qu’ils n’avaient pas exécuté cet ordre, et que cet officier, quand il s’était précipité pour aller réoccuper la tranchée, n’avait été suivi que par un seul soldat.
Attendu que cette dernière partie du rapport précité était empruntée à la déposition faite par le sous-lieutenant Paulaud, le 1er décembre 1914, devant le commissaire rapporteur, que cette déposition avait été sévère pour les inculpés et lui-même l’a reconnu dans l’enquête de révision. Que cet officier peut donc être considéré comme ayant été un des principaux témoins de l’accusation.
Attendu que l’autorité de son témoignage – qui N’A PAS ÉTÉ CONTRÔLÉ DANS L’INFORMATION DE 1914 et qui n’a pas été confirmé par aucun témoin ou inculpé alors entendus par le lieutenant rapporteur – a été contestée par les dépositions de plusieurs témoins au cours des deux enquêtes de révision ; que, notamment, les caporaux Lafloque, Bardet, le sergent Rimaud et le soldat Darlet, ayant appartenus en cette qualité au 298e R.I., les trois premiers non entendus dans les instructions préalables et définitives, ont déclaré :
« que les hommes des 5e et 6e escouades, surpris par les Allemands, avaient reflué de la tranchée de première ligne vers le boyau de communication où ils s’étaient heurtés aux hommes des 7e et 8e escouades qui, aux cris de : « Voilà les Boches ! », étaient sortis de leurs abris situés à 60 mètres de ladite tranchée ; qu’il s’en était résulté une confusion et QU’À CE MOMENT LE CHEF DE SECTION, le sous-lieutenant Paulaud, sortit de son abri voisin, LEUR AVAIT DONNÉ L’ORDRE DE SE REPLIER SUR LA TRANCHÉE DE RÉSISTANCE ; QUE CET OFFICIER ÉTAIT PARTI LUI-MÊME PRÉCIPITAMMENT ET L’UN DES PREMIERS DANS CETTE DIRECTION.
Attendu que le lieutenant Paupier qui commandait la compagnie et se trouvait dans la tranchée de résistance, a déclaré QU’ EN EFFET LE SOUS-LIEUTENANT PAULAUD ÉTAIT ARRIVÉ L’UN DES PREMIERS DANS CETTE TRANCHÉE, QU’Il LUI AVAIT DRESSÉ UNE OBSERVATION À CE SUJET ET QUE, quelques instants après, TOUS LES HOMMES, sur l’ordre que lui-même leur avait donné, ÉTAIENT REMONTÉS EN PREMIÈRE LIGNE, à la suite de leur chef de section.
Attendu que le sous-lieutenant Paulaud a, dans les deux enquêtes de révision, protesté contre ces dépositions et nié spécialement avoir donné un ordre de repli ; mais en admettant même que l’ordre de repli n’ait pas été donné par lui, il n’en demeure pas moins constant que cet ordre a été proféré et entendu par les hommes comme s’il émanait d’un supérieur, et qu’on ne serait dans ces conditions leur faire un grief de l’avoir exécuté.
Attendu que le dit ordre, inconnu du Conseil de guerre, constitue un fait nouveau de nature à établir l’innocence des condamnés dans les termes de l’article 443, 4e, du Code d’instruction criminelle ; que le sous-lieutenant Paulaud lui-même a exprimé sa conviction de l’innocence des condamnés quelques instants après leur exécution, dans des conditions de sincérité qui ont été rapportées par un témoin de l’enquête et qu’il a affirmé de nouveau cette conviction à diverses reprises dans ces dernières dépositions.
Attendu qu’en l’état des constatations qui précèdent, et sans qu’il soit besoin d’examiner les deux autres faits invoqués comme nouveaux, il y a lieu d’accueillir la demande en révision dont la Cour est saisie.
Et vu l’article 445, paragraphe 8, du Code d’instruction criminelle ;
Attendu qu’en raison du décès des condamnés, il y a impossibilité de procéder à de nouveaux débats ; qu’il appartient en conséquence à la Cour de Cassation de statuer au fond sans renvoi, en présence des parties civiles et du curateur nommé par elles à la mémoire des morts.
Par ces motifs :
Casse et annule le jugement du Conseil de guerre spécial de la 63e division d’infanterie en date du 3 décembre 1914, qui a condamné le caporal Floch et les soldats Gay, Pettelet, Quinault, Blanchard et Durandet à la peine de mort.
Décharge leur mémoire de cette condamnation.
Ordonne l’affichage du présent arrêt dans les lieux déterminés par l’article 446 du Code d’instruction criminelle et son insertion au Journal Officiel ; ordonne également que le présent arrêt sera imprimé ; qu’il sera transmis sur les registres du Conseil de guerre de la 63e division d’infanterie, et que mention en sera faite en marge du jugement annulé.
L’arrêt, statuant sur les conclusions des parties civiles, alloue ensuite, à titre de réparation :
1 – à chacune des dames Rose Meuchard (veuve Floch) ; Marie Pettelet (veuve Pettelet) ; Marie Minard (veuve Gay) ; Nathalie Greuzat (veuve Quinault), Michelle Destage (veuve Blanchard) ; Claudine Drizard (veuve Durandet), une pension annuelle et viagère de 1000 francs.
2 – à chacun des trois mineurs Pettelet et Durandet une pension annuelle de 1000 francs, le payement de cette pension devant cesser à leur majorité.
——
C’est là un commencement de justice. Ce n’est pas toute la justice. On veut bien enfin reconnaître l’innocence des condamnés.
Mais les autres ?
Mais ceux qui ont donné l’ordre de les condamner ?
Mais ceux qui ont obéi ?
Mais le commandant Guignot qui, ayant mission de procéder à une enquête, n’a entendu aucun témoin, a refusé d’entendre ceux qui s’offraient, qui a accepté sans examen une version suspecte parce qu’il savait que le haut commandement voulait un exemple, qui n’a pas daigné écouter les explications des accusés, et par sa déshonorante servilité, les a envoyés à la mort ?
Mais le lieutenant rapporteur Achalme, qui n’a pas même contrôlé ainsi que le reconnaît l’arrêt de la Cour de Cassation le témoignage intéressé du sous-lieutenant Paulaud et, dans une affaire capitale, s’est borné à un simulacre d’instruction ?

Mais les généraux Julien et de Villaret qui, d’avance, ont ordonné l’exécution de tous les soldats des 5e et 6e escouades et ne se sont résignés au chiffre de six victimes qu’à titre de transaction ?
Mais le colonel Pinoteau, président de la Cour Martiale qui a accepté de condamner par ordre et poussé son infâme obéissance jusqu’à priver les accusés de moyens de défense ?

 

 Est-ce la main de la justice ne s’abattra pas sur ces hommes ?

Les crimes des Conseils de guerre Vingré texte 1925 vingre-lettre

SOURCE : http://chtimiste.com/batailles1418/combats/vingre.htm

 

 

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Les fusillés de Vingré sur 

http://vestiges.1914.1918.free.fr/Aisne_Vingre.htm

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REPRODUCTION DU PANNEAU D’INFORMATION

 

 

L’AFFAIRE DE VINGRÉ

 

Art. 6- Les jugements rendus par les conseils de guerre spéciaux ne sont susceptibles ni de recours en révision, ni de pourvoi en cassation.

 

« Ne pas hésiter à faire usage des conseils de guerre spéciaux. […] Il importe en effet que la procédure soit expéditive, pour qu’une répression immédiate donne, par d’exemples salutaires, l’efficacité à attendre d’une juridiction d’exception. » (Note du général de Villaret datée du 20 octobre 1914)

 

Le 27 novembre, le 298ème régiment d’infanterie avait pris position devant le village de Vingré, dans l’Aisne. Lors d’une attaque, les Allemands enlèvent un poste un poste de 1ère ligne et font prisonnier la dizaine d’hommes qui l’occupaient. Deux autres escouades, menacées, refluent vers l’abri du chef de section, le sous-lieutenant Paulaud, qui donne l’ordre de repli. Le commandant de compagnie, le lieutenant Paupier, reproche au sous-lieutenant Paulaud d’avoir abandonné son poste et lui ordonne de ramener ses hommes en première ligne.  Au cours de l’enquête, ce dernier tait son ordre de repli.

Le général de Villaret, commandant le corps d’armée, décida de faire un exemple : il avait d’abord parlé de fusiller les deux escouades qui avaient exécuté le repli, à la suite d’interventions de divers officiers, la décimation fut réduite à six hommes et des ordres furent donnés en conséquence à la Cour Martiale. La Cour les désigna au hasard : le caporal Floch, les soldats Gay, Pettelet, Quinaud, Blanchard et Durantet.

 

 

 

 

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Journal de marche et des opérations du 298ème régiment d’infanterie.

« 27 novembre.
Vingré – A 16 heures, l’artillerie allemande démolit une partie des tranchées de la Maison détruite. La ½ section qui l’occupait est obligée de se retirer dans les boyaux. Après le bombardement, lorsqu’elle veut retourner dans la tranchée elle la trouve occupée par la patrouille allemande qu’elle délogea immédiatement et put reprendre ses emplacements.
Pertes : 5 blessés, 9 disparus. »

« 3 décembre.
Vingré – A 17 jeures réunion du Conseil de Guerre du 298ème sous la présidence du lieutenant-colonel Pinoteau. Juges : MM le lieutenant Diot et l’adjudant Pothonnier. L’avocat désigné est m. le lieutenant Bodé ; la séance est terminée à 19h30 ; 6 des accusés prévenus d’abandon de poste en présence de l’ennemi ; le caporal Floch, les soldats : Gay, Pettelet, Quinaud, Blanchard et Durantet sont condamnés à la peine de mort, les autres sont acquittés.
Pertes : 2 blessés. »

« 4 décembre.
Vingré – L’exécution des six condamnés à mort a lieu à 7h30, à 200 mètres à l’ouest du calvaire de Vingré, situé à l’embranchement des deux chemins allant à Nouvron. Assistent à la parade d’excution : les 4 compagnies de réserve du 298ème ; 2 compagnies du 216ème et une compagnie du 238ème. Les troupes sont commandées par le lieutenant-colonel Pinoteau. Les condamnés qui ont passé la nuit dans la prison du poste de police sont amenés à 7h30 par un piquet de 50 hommes et fusillés. Après l’exécution qui se passe sans incident, les troupes défilent devant les cadavres et rentrent dans leur cantonnement.
La nuit est employée à l’aménagement des tranchées, principalement à la pose des créneaux.
Pertes : 6 morts, 2 blessés. »    

Le 298ème R.I. est formé de deux bataillons du 98ème R.I., stationnés à Roanne. Il fait partie de la 63ème division de réserve.

Le 11 août 1914, il quitte Roanne pour le front d’Alsace. Il franchit le 14 août la frontière dans la région de Thann et Cernay.

Le régiment participe à la victoire de la Marne du 6 au 10 septembre 1914. Il se couvre de gloire le 7 septembre à la ferme de Nogeons en prenant le drapeau du 36ème régiment de Fusilliers allemand. Pour ce fait d’arme, le drapeau du régiment sera décoré de la légion d’honneur à Ambleny le 11 novembre 1914.

Dès le 12 septembre, le régiment passe l’Aisne à Fontenoy pour se retrancher sur le plateau de Confrécourt devant Vingré. Il y restera toute la fin de l’année 1914 et participera à des offensives meurtrières devant Nouvron. Les pertes sont considérables. Parmi celles-ci, deux personnalités : Jean Giraudoux (sergent au 298ème), blessé à l’aine le 16 septembre en défendant une entrée du village de Vingré et le capitaine Joseph Déchelette,célèbre archéologue, tué le 3 octobre en entraînant ses hommes sur le plateau de Berry.
Le soldat Jean Dumont note dans son journal en date du 20 octobre que son régiment, le 298ème, a perdu plus de mille deux cents hommes sur deux mille.

LE PROCÈS

Le sous-lieutenant Bodé, chargé de la défense des accusés, témoigne :

« 3 décembre. On m’apprit que le conseil de guerre se tiendrait vers 17 heures et que j’étais désigné pour la défense des 24 accusés. Il était 15 heures environ et lorsque les dossiers me furent remis, je les parcourus en hâte puis je me rendis auprès des accusés avec lesquels je n’eus que quelques minutes d’entretien. A 17 heures, le conseil entrait en séance. Les accusés répétèrent les déclarations qu’ils avaient déjà faites. Puis je suppliais le conseil de ne pas retenir l’accusation d’abandon de poste devant l’ennemi. »

Un lieutenant, Achalme, en qualité de commissaire du gouvernement requit contre les 24 accusés la peine de mort.
Le jugement est vite rendu. On dit aux accusés « placez-vous comme vous étiez dans la tranchée. » Puis on ordonna « les six premiers, sortez » et on leur apprit qu’ils étaient condamnés à mort.

L’EXÉCUTION

Abbé Dubourg, aumonier militaire du groupe B :
« J’étais à 7h avec un de mes confrères auprès des six malheureux qui allaient mourir. Ils étaient tous les six ensemble dans une petite cave qui leur servait de prison. C’est là que je vis votre mari. Il se confessa admirablement…
Puis nous avons quitté la petite cave et nous nous sommes acheminés vers le lieu de l’exécution… »

J.B. Grousson de St-Etienne, 238ème régiment d’infanterie :
« Avec Jules, je fais partie du peloton qui les encadre, baïonnette au canon, pour les mener au lieu d’exécution où le régiment est réuni. Les aumôniers leur parlent et les embrassent, on leur lie les mains qu’on attache ensuite à un poteau. On leur bande les yeux, l’adjudant Delmotte qui commande le peloton d’exécution abaisse son sabre ; 72 fusils partent à la fois et les 6 martyrs tombent sans un cri. Un sous-officier vient leur donner le coup de grâce… »

Jean Dumont du 238ème régiment d’infanterie :
« Ensuite toutes les compagnies ont défilé devant les cadavres renversés au pied des poteaux. Quel spectacle horrible ! Je n’ai pu m’empêcher de pleurer. Moi et les autres. Tous, officiers, sous-officiers et soldats étaient atterrés. »

C. Lafloque du 298ème régiment d’infanterie :
« A ce moment, le commandant du 5ème bataillon paradant, s’avance vers le lieutenant commandant la 19ème compagnie, baissant la tête et ayant des larmes, il lui dit : « P…, relevez la tête ». La compagnie rentra à son cantonnement dans une grotte de Vingré. Le silence régna toute la journée. Nous étions les grands muets forcés d’obéir à des officiers qui s’étaient solidarisés pour éviter leur responsabilité, en faisant retomber toutes les fautes sur les soldats »

Sergent Grenier du 298ème régiment d’infanterie :
« C’est honteux, honteux, et c’est pour nous donner une leçon, nous remonter le moral, nous donner du courage. Pour le moment on ne peut rien dire, mais quand je pourrai parler, je dirai ce que j’ai sur le cœur, et puisque nous n’avons pas pu sauver leur vie, nous sauverons leur honneur. »

LA RÉHABILITATION

Arrêt de la Cour de Cassation

(Journal officiel du 18 février 1921)

« Attendu que le sous lieutenant Paulaud… peut-être considéré comme ayant été un des principaux témoins de l’accusation » qu’au moment de la panique « le chef de section, sous-lieutenant Paulaud, sorti de son abri voisin, leur avait donné l’ordre de se replier sur la tranchée de résistance ; que cet officier était parti lui-même précipitamment et l’un des premiers dans cette direction ».

« Attendu que le lieutenant Paupier, qui commandait la compagnie et se trouvait dans la tranchée de résistance a déclaré qu’en effet le sous-lieutenant Paulaud était arrivé l’un des premiers au moment de la panique de cette tranchée…

« Attendu qu’il importe de constater que le sous-lieutenant Paulaud lui-même a exprimé sa conviction de l’innocence des condamnés, quelques instants après leur exécution, et qu’il a affirmé à nouveau cette conviction à diverses reprises dans ces dernières dépositions

« Pour ces motifs :
« CASSE et ANNULE le jugement du Conseil de Guerre spécial de la 53ème division d’infanterie, en date du 3 décembre 1914, qui a confirmé le caporal Floch, les soldats Gay, Pettelet, Quinault, Blanchard et Durantet à la peine de mort.

« Décharge leur mémoire de cette condamnation ; » 

 

 

 

 vingre-tombes

L’INAUGURATION

 

 Intervention de M. Floch, frère d’un fusillé :

« Mesdames, Messieurs, mes chers camarades,

[…] En présence de cette imposante manifestation, comment pourrais-je rester, moi frère du caporal Floch sans venir vous témoigner ma reconnaissance ?

Au nom de toutes les familles, je vous dis un profond merci. Vous comprendrez, j’en suis certain, l’émotion qui m’étreint, après tant de souffrances morales, que nous n’osons plus penser au passé sans que l’angoisse nous monte à la gorge.

Songez un instant à ce que fut pour nous cette guerre, atroce. D’autres à nos côtés connaissaient aussi des deuils douloureux, ils les pouvaient du moins porter avec fierté, tandis que nous […]

Pendant des années entières nous avons vécu dans cette atmosphère affreuse de la suspicion  illégitime et la honte injustifiée car nous savions nous, qu’ils étaient innocents ces martyrs de Vingré […] De tout notre cœur, de toute notre piété, nous remercions ceux qui ont vengé la mémoire des infortunés poilus du 298ème. […] C’est grâce à leurs efforts que nos familles peuvent à présent marcher la tête haute, c’est grâce aux anciens du 298ème que ce monument explatoire a pu être élevé. A tous, aux souscripteurs, nous disons merci […] L 3 février 1922 nous venions en ce coin de terre de Vingré reconnaître nos morts. Je me souviendrai toujours la part prise à notre peine par les habitants.

Et maintenant, toi mon frère, vous, mes camarades infortunés du 298ème qui en ce soir de décembre nous faisiez vos adieux, en hâte l’ame en peine. Vous qui, d’une main déjà glacée, écriviez encore votre protestation d’innocence à l’heure ou le peloton fatal se réunissait […]

Vous n’êtes plus à présent les fusillés de Vingré, vous en êtes les martyrs, vous en êtes les héros.

Comme vos camarades, vous êtes tombés au Champ d’honneur et c’est le même drapeau qui vous sert de linceul. »

Quatrain lu par Antoinette Floch (Madame Barthélemy) le 5 avril 1925, jour de l’inauguration du monument des fusillés à Vingré :

« Là-bas sur leur calvaire, il faut construire un Temple

où nous irons draper la pourpre de leur sang.

Ils sont morts sans comprendre, ils sont morts pour l’exemple,

Et l’exemple est divin quand on est innocent. »

 

 

 

  vingre-inauguration

http://vestiges.1914.1918.free.fr/Aisne_Vingre.htm

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SOLDATS FUSILLES POUR L’EXEMPLE

D’autres noms pour l’exemple

25 novembre 2012

les chiens de Guerre

Classé sous — milguerres @ 20 h 48 min

 

 

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Les chiens de Guerre

source : http://www.pages14-18.com/B_PAGES_HISTOIRE/chiens_de_guerre/chiens-P3.htm

1914 – 1918

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SOMMAIRE
1ère partie : Les chiens du front rentrent chez eux :
un excellent article paru dans la revue  » LECTURES POUR TOUS » en juin 1919
2e partie : Instructions officielles relatives aux chiens dans les armées .
3e partie : Flambeau chien de guerre au 149e R.I

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1ère partie
LES CHIENS DU FRONT RENTRENT CHEZ EUX

Texte et illustrations » LECTURE POUR TOUS » numéro de Juin 1919

Ils ont été les compagnons du poilu, ces braves toutous qui ont, comme lui, couru tant de dangers, et rendu tant de services à nos armées. Au moment où ils rentrent dans la vie civile, n’est-il pas juste d’envoyer un mot d’éloge à ces bons combattants ?

Voici qu’à leur tour, les chiens de guerre sont démobilisés ! Il n’est point de poilu qui, à cette nouvelle, n’évoque en sa pensée l’image d’un compagnon de mi¬sère à quatre pattes et ne lui accorde un sou¬venir ému. C’est que le chien de guerre a partagé toutes ses bonnes et mauvaises heures, vivant souvent de la même gamelle dans les tranchées » sommeillant la nuit sur la même botte de paille dans les cagnas, râlant sous les même vagues de gaz asphyxiants, mou¬rant parfois du même obus. Mais des poilus se souviendront aussi que, s’ils purent con¬tinuer à combattre, à certaine heure critique, que s’ils ne furent point fait prisonniers, que si même, ils sont encore de ce monde, ils le doivent à l’obscur dévouement d’une pauvre bonne bête que rien, cependant, ne destinait au métier de héros.
Pendant cette terrible guerre de cinquante mois, il a fallu demander en effet, au meilleur de nos frères inférieurs, l’emploi de .tous les dons, merveilleux d’intelligence, d’endurance et-de fidélité que la nature lui a si largement départis. Aussi le chien de guerre a-t-il été de toutes les tragédies, petites et grandes, qui ont eu pour théâtre le champ de bataille, et souvent on lui a demandé des sacrifices que l’homme ne pouvait accomplir.
On ne sait guère qu’au cours de ces quatre ans et demi de guerre, plus de 15 000 chiens de races différentes, mais principalement des chiens de berger de la Beauce, de la Brie et des Pyrénées, des dogues et des bouviers, des ratiers et des chiens de montagne ont été mobilisés aux armées. Presque tous ont été donnés ou prêtés par leurs propriétaires qui rarement s’en séparèrent sans chagrin.
La proportion des pertes montre que le sacrifice demandé fut loin d’être inutile. Quand, quelques semaines après l’armistice, on fit le recensement des chiens de guerre, on constata que plus de 35 p. 100 d’entre eux étaient morts ou disparus : 4 000, en chiffres ronds, étaient morts au champ d’honneur, tués par les balles, les obus, les torpilles et les bombes ou morts des suites de leurs blessures ; 1 500 étaient disparus, faits prisonniers ou perdus au cours des vicissitudes des combats ou des déplacements de troupes.

UNE IDÉE QUI FAIT SON CHEMIN.

L’idée de mobiliser les chiens est venue du souvenir des services remarquables que rendirent, en 1836, les quarante chiens éclaireurs de la compagnie franche du capitaine Blanpin, dans l’expédition de Constantine. Les surprises qu’ils évitèrent, les embuscades qu’ils déjouèrent sont demeurées légendaires et trace en a été conservée dans les archives du ministère de la Guerre.
On savait aussi que l’armée allemande, de 1885 à 1914, avait soigneusement préparé des équipes de chiens éclaireurs, destinées à accompagner les sections d’infanterie et, chez nous, plusieurs officiers, préoccupés du soin avec lequel les Allemands paraissaient préparer tout ce qui leur pouvait être utile en cas de conflit européen, tentèrent de doter l’armée française de sections de chiens de combat et de chiens sanitaires. Parmi ceux-là, il convient de citer le capitaine Lauth du 67e d’infanterie, le lieutenant Faucher du 21e bataillon de chasseurs, le lieutenant Jarry du 5e dragons et le lieutenant Buer du 19e bataillon de chasseurs. Leurs chiens furent utilisés aux manœuvres surtout comme chiens porteurs d’ordres. Des rapports élogieux suivirent ces essais, et ce fut tout. On ne croyait pas à la guerre, alors à quoi bon !
L’initiative privée, heureusement, était moins dolente. Quand éclata le coup de tonnerre de 1914, dès les premiers jours d’août, la Société nationale du chien sanitaire offrait au ministère de la Guerre une centaine de chiens dressés à la recherche des blessés. Presque tous devaient disparaître dans la tourmente de Charleroi. La plupart de nos soldats blessés gravement demeurèrent sur les champs de bataille et, comme il avait été, par suite de ces circons¬tances, à peu près impossible de se rendre compte de l’utilité réelle de ces
pauvres bêtes, une incroyable circulaire ministérielle, datée du 15 septembre 1915, supprima l’emploi des chiens sanitaires aux armées.
Cependant nombre de nos officiers furent appelés à constater que, dans l’armée allemande, l’emploi des chiens avait maintes fois déjoué des coups de mains de nos soldats. Beaucoup de nos chasseurs alpins avaient amené avec eux leurs chiens personnels, de belles bêtes de montagne, dévouées et admirablement dressées. Comme elles sauvèrent bien des sentinelles et même des petits postes, et que cela fut répété, on fut bien obligé de se rendre compte que l’utilisation des chiens sur une grande échelle, donnerait des résultats sé¬rieux. Ce ne fut cependant qu’au mois de décembre 1914 que le 12e bataillon de chasseurs fut doté d’une première équipe officielle d’une douzaine de chiens.
L’armée de l’Est était commandée par un chef ouvert à toutes les idées pouvant apporter un supplément de sécurité à ses hommes : le général de Castelnau. La proposition lui fut faite de créer un chenil militaire pour son armée : il accepta. Des chiens furent demandés un peu partout : ils arrivèrent assez nombreux et le dressage commença.
Un chenil militaire était aussi créé à l’armée des Vosges et d’Alsace et une quinzaine de dresseurs professionnels venaient en hâte instruire une soixantaine de chiens. En novembre 1915, notre IIe et notre VIIe armée avaient à Toul un chenil central, dont tous les sujets avaient donné depuis quelques mois les résultats les plus heureux. Le 25 décembre 1915, M. Millerand, alors ministre de la Guerre, reconnaissait officiellement les chenils militaires et rattachait le service des chiens de guerre à la direction de l’infanterie.
Il avait fallu un an et demi d’efforts indi¬viduels pour en arriver là, mais enfin, mieux valait tard que jamais et notre armée allait être dotée d’une organisation sérieuse dont les services n’allaient pas tarder à surprendre même les plus optimistes. Peu à peu chaque armée eut son chenil central particulier, et l’on peut dire qu’à la signature de l’armistice, les 10 000 à 11000 chiens de guerre, qui étaient en service sur les divers fronts, constituaient la sélection la plus belle qui existât au monde.

POUR RAVITAILLER LES COMBATTANTS.

Ce ne fut qu’à la suite de tâtonnements et d’études que le service des chiens de guerre fut mis au point. Ainsi, à partir du début de 1916, on reconnut que certaines races de chiens, seules, étaient propres à un bon dressage. Il fallut presque totalement écarter les chiens de chasse, dont les fonctions furent limitées au rôle d’avertisseurs. Mais, par contre, tous nos bergers français, les bergers belges de Malines, de Grœnendael et de Tervuren, les bergers écossais, les grands loulous et les bâtards de ces races, donnèrent des résultats surprenants. Ce furent tous d’excellents chiens avertisseurs et de liaison. Les dogues, les bou¬viers, les mâtins devinrent de merveilleux patrouilleurs. Dressés à l’attaque, ils étaient lancés contre l’ennemi, et capturaient, non sans rudesse, des prisonniers. Les chiens de montagne devinrent des chiens d’attelage et des chiens porteurs. On ne saura jamais les services que rendirent ces animaux, notam¬ment pendant les opérations de 1918.
Les chasseurs à Grivesnes, les cuirassiers des 4e et 8e régiments à Moreuil, les cuirassiers du 11e régiment en Champagne qui tinrent tête pendant des journées à des forces supé¬rieures et qui furent maintes fois séparés du gros des troupes de soutien par d’épouvanta¬bles tirs de barrage, ne furent ravitaillés en première ligne, tant en vivres qu’en munitions, que par des chiens de montagne. À l’arrière, ces robustes et courageuses bêtes étaient char¬gées de douze à quinze kilos de grenades répar¬ties dans les deux poches d’une sorte de sac-posé sur leurs reins. Les dresseurs leur poin¬taient le nez dans la direction des soldats à ravitailler et — ne sourions point de ce tou¬chant élan — les lâchaient, après les avoir embrassés comme de bons amis qu’on ne reverra probablement plus. Les chiens dressaient les oreilles, rampaient un instant sur le sol, puis à toute allure filaient sous les obus. Ils étaient si parfaitement dressés, qu’on les voyait agir comme des hommes, se terrant un instant dans les trous d’obus, puis repartant jusqu’à un autre trou d’obus.
Souvent une balle de mitrailleuse jetait bas le pauvre chien qui poussait un cri plaintif et cherchait un trou pour mourir. Plus souvent encore un obus éclatait à côté de lui, un éclat venait frapper le chargement de grenades : tout sautait et la malheureuse bête était volatilisée. Mais sur cent cinquante chiens lancés, les trois quarts arrivaient à destination. Là encore les poilus les embrassaient, parfois les larmes aux yeux. Puis ils prenaient les grenades et, sous la rafale, les chiens repartaient vers l’arrière, reprendre un nouveau chargement. La section qui ravitaillait ainsi le 11e cuirassiers fut de beaucoup la plus éprouvée, mais sa vaillance et son excellent dressage furent l’objet de félicitations officielles du haut commandement, ce dont le lieutenant Hautecloque, qui la commandait, fut justement fier. Ces jours là, les chiens de guerre avaient bien mérité de la Patrie.
HÉROS A QUATRE PATTES

Le dressage des chiens durait généralement un mois Après quoi ils étaient bons pour le front et, en chemin de fer, ils rejoignaient les chenils des armées où ils étaient mis pendant quelque temps en contact avec les poilus destinés à devenir leurs conducteurs en première ligne. Dès lors la vie d’aventures, la vie infernale commençait : interminables stations au bord, d’un trou, à côté d’une sentinelle immobile, longues heures passées avec le masque contre les gaz asphyxiants sur le museau, voiturettes parfois chargées de plus de cent kilos de vivres et de munitions qu’il fallait traîner là où ni chevaux ni mulets ne pouvaient parvenir, courses à la mort sous les rafales d’obus, attaques furieuses, où, tout comme des poilus, les grands bergers malinois sautaient à la gorge des Allemands et les terrassaient.
Une balle, un obus, une bombe, un coup de baïonnette venait souvent, hélas ! mettre fin à la carrière du brave animal. Les soldats savent combien de fois nombre d’entre eux ont commis l’imprudence de risquer leur vie pour sauver leur chien blessé, tombé entre les lignes. C’est que le plus souvent ce n’était pas seulement par un sentiment de tendresse vis-à-vis du chien, mais par un véritable sentiment de reconnaissance. On ne compte plus les chiens qui ont arraché des officiers ou des soldats à une mort certaine, et si la chronique officielle n’a point gardé les noms ou les matricules de ces nobles bêtes, il n’est guère de troupier qui ne puisse conter une histoire touchante où le chien de guerre joue un rôle splendide.
SURTOUT, SOIGNEZ – LES BIEN !

La guerre finie, il fallait songer à démobiliser l’armée canine. Les livrets de chaque animal indiquant leur origine, les propriétaires qui les avaient prêté ont été invités à les reprendre, mais c’est le petit nombre. La majorité des chiens de guerre n’a plus d’autre maître que le soldat, ce qui rendit la démobilisation assez délicate. L’administration de la guerre a jugé sage de faire revenir au chenil central militaire de Satory, que dirige le capitaine Beur, tous les chiens disséminés dans les chenils d’armée. Ils sont revenus par lots de 300 à 400. Puis là, ils ont été divisés en deux grandes catégories: les uns ayant de la race, les autres ceux qui n’en avaient pas. Ces derniers n’en sont pas moins de bons et braves chiens qui ont fait leur devoir comme les autres. Les premiers ont été vendus à des amateurs pour la somme bien modeste de cent francs. Aussi nous n’étonnerons personne en disant que cela s’est su dès les premiers jours et qu’il s’est trouvé tout de suite beaucoup plus d’amateurs qu’il n’y avait de chiens à vendre. Il serait donc inutile de chercher maintenant à s’en procurer. Ceux de la seconde catégorie ont été donnés à ceux qui les désiraient, à la seule condition que les bénéficiaires prissent l’engagement de ne point les vendre et de bien les soigner. Ces chiens méritent tous les égards et l’engagement a toujours été pris de grand cœur. A la date à laquelle paraît cet article, ce qui reste de chiens disponibles ne se trouve plus à Satory, mais au chenil-dépôt du jardin d’acclimatation. Parmi ceux qui ont demandé des chiens de guerre se sont trouvés quan¬tité de poilus qui ne regar¬daient guère à la race ; ils cherchaient surtout à retrouver un compagnon de campagne, et quand cela est arrivé, car c’est arrivé quelquefois, nulle phrase ne saurait traduire la joie du poilu et de l’animal.

LA SÉANCE CONTINUE.

L’institution de chiens de guerre ne disparaît pas du fait de la démobilisation des animaux. Le chenil central de Satory reste un dépôt central et une école où une pépinière de chiens de guerre continuera à être instruite. Maintenant, de même que des poilus restent au front, un certain nombre de chiens restent à l’armée. Des auxiliaires de sentinelles et des chiens de liaison demeurent dans les corps qui assurent la garde du Rhin. Une autre catégorie de chiens, celle des porteurs et chiens de trait, reste également mobilisée. Après avoir, fait la guerre, ces ani¬maux ont à contribuer à la renaissance de nos régions libérées, 100 voiturettes et 300 chiens notamment sont affectés au ravitaillement de la ville de Lille. Chaque attelage véhicule quotidiennement cinq à six mille kilos de marchandises diverses. Pour nos bons servi¬teurs à quatre pattes, comme pour tant d’entre nous, ce n’est point assez d’avoir donné toutes les preuves de courage : la paix exige d’autres luttes, il faut être à la place d’honneur et faire son devoir.

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2e partie
 Instructions officielles relatives aux chiens dans les armées
Bulletin officiel des ministères de la Guerre, des travaux publics et des transports, du ravitaillement général,de l’armement et des fabrications de guerre : 1er trimestre 1917 Édition chronologique année 1917  1er volume – 1er trimestre – page 139 –

Direction de l’Infanterie: cabinet du Directeur.
Instruction sur le service du ravitaillement en chiens de guerre dans les armées. (Cette instruction n’est pas applicable aux chiens sanitaires.)   Paris, le 5 janvier 1917.

         

BASES DU SERVICE

1. — Le service du ravitaillement des armées en chiens de guerre comporte la réglementation du recrutement des animaux nécessaires, de leur dressage préliminaire et de leur livraison aux armées par des sociétés qui, s’occupant des questions con¬cernant la race canine, seront, dans ce but, agréées par le Ministre.

 

 

Ière PARTIE
FONCTIONNEMENT DANS LA ZONE DE L’INTÉRIEUR

2. — Une société ne sera agréée qu’autant qu’elle possédera un chenil bien installé et pourvu d’une organisation en vue du dressage.
3. — Chaque société agréée déclarera connaître la présente instruction et en accepter les charges et attributions, en parti¬culier :
1° Qu’elle recevra de l’administration centrale (1ère Direction) toutes directives que celle-ci jugera utile de lui donner quant au dressage des animaux.
2° Qu’elle se conformera, quant à l’administration de chaque chenil agréé, aux règles posées dans la présente instruction.
4. — Ce service est rattaché à l’administration centrale de la guerre (1ère Direction). La correspondance se fera exclusivement de celle-ci au président de la société agréée et inversement.

DU RECRUTEMENT DES CHIENS

5.  — La société agréée recrutera des chiens par ses propres moyens sans que l’administration de la guerre intervienne dans ses opérations et prenne une responsabilité quelconque du fait de ses agents. II lui appartiendra, en cas d’accord avec des propriétaires de chiens, de s’entendre avec eux pour que les chiens soient amenés, au jour et à l’heure nécessaire, à une gare chemin de fer.
6.  — La société remettra au propriétaire un reçu de l’animal livré. Les propriétaires des chiens ainsi remis devront être prévenus, par les soins de la société, que l’administration de la guerre n’accepte aucune responsabilité pouvant résulter du sort subi par ces animaux, à compter de leur mise à la disposition des armées.
7.  — Pour recruter les chiens à mettre en dressage, chaque société procédera, autant que possible, par tournées de recrutement.
8.  — Pour la préparation d’une tournée de recrutement, l’agent agréé de la société pourra recevoir le parcours gratuit en 2e classe sur voie ferrée, sous réserve que l’itinéraire qu’il se propose de suivre sera au préalable approuvé par l’administration centrale (1ère Direction).
9.  — Lorsqu’une tournée de recrutement sera prête, la société en adressera le projet à cette administration. Celle-ci, en cas d’approbation, en avisera le commandement régional qui procèdera à l’organisation de la tournée par entente avec la société et donnera les ordres nécessaires à l’ouverture du droit à des convoyeurs et aux transports pour eux et les animaux recrutés. Pour l’exécution de ces transports, la contenance d’un wagon sera de 15 à 20 chiens sous la surveillance de deux hommes. Ces deux hommes seront désignés pour chaque voyage par l’au¬torité militaire régionale parmi les soldats du service auxiliaire. Toutefois, un des soldats mis en permanence à la disposition de la société en exécution du § 12 ci-dessous sera spécialement chargé du service des transports. Il sera accrédité auprès des autorités chargées de son organisation, recevra les ordres de transport et dirigera le voyage.
10.     — Pour assurer la succession régulière des tournées de recrutement, chaque société, dans les dix jours qui suivront le retour de la précédente, adressera à l’approbation de l’adminis¬tration de la guerre (1ère Direction) les projets de tournées dont elle aura terminé la préparation.
11.     — Les chiens présentés pour le service des armées de¬vront remplir les conditions suivantes :
Age : avoir plus d’un an et moins de huit ans;
Taille : de préférence 0,45m à 0,60m;
Robe : éliminer tous les sujets de robe blanche;
Race : de préférence chiens de berger ou chiens de garde;
Qualités  primordiales : tout sujet insuffisamment  attentif et vigilant doit être éliminé.

CHENIL AGRÉÉ DE SOCIÉTÉ. — SON AGENT.

12.    — Chaque société possède un ou plusieurs chenils agréés par l’administration de la guerre (1ère Direction); chacun d’eux recevra par ses soins une lettre distinctive et sera agréé pour un effectif, en principe, de soixante chiens. Il sera mis à sa dis¬position un certain nombre de soldats du service auxiliaire à raison de cinq par chenil ayant ledit effectif et, en cas de modification de celui-ci, d’un homme pour dix chiens.
13. — Chaque chenil est représenté auprès de l’administra¬tion de la guerre par un agent agréé. Cet agent peut représen¬ter plusieurs chenils de la même société.   
14. — L’agent est chargé, en ce qui concerne le chenil pour lequel il est agréé, de son administration, des relations avec l’administration de la guerre et les autorités militaires ayant qualité pour l’exécution du  fonctionnement du service.
15. — Chaque chenil sera placé, pour la discipline générale et la surveillance administrative, sous l’autorité du général commandant la région sur le territoire de laquelle il sera stationné.

DRESSAGE AU CHENIL DE L’INTÉRIEUR.
16. — Le dressage du chien de guerre comporte deux phases :
L’une préparatoire, au chenil de la société, l’autre définitive, aux chenils militaires de la zone des armées. Il importe donc, pour qu’il y ait une suite clans le travail imposé aux chiens, que le dressage exécuté au chenil de la société s’attache, avant tout, à obtenir les résultats suivants :
1° Le chien doit venir au maître au premier commandement à toutes distances, il doit venir gaiement;
2° Suivre au pied en laisse;
3° Il doit s’asseoir au geste de la main levée et au premier commandement  « assis »;
4° Il doit se coucher au geste de la main baissée et au pre¬mier commandement « couché »;
5° Il doit, une fois couché, rester en place lorsque le maître s’éloigne et attendre sans bouger son retour;
6° Il ne doit pas être peureux, il y a lieu de l’habituer aux bruits les plus variés; explosions, passages de train sous des ponts, claquements de fouet, coups de feu, etc.
7° Si un chien marquait des dispositions pour le rapport, le mettre au forcé, mais obtenir toujours un travail fait gaiement sans crainte aucune et une obéissance passive.
Nota. — Éviter le rapport fait en jouant, car il n’est jamais sûr lorsqu’on travaille sur de longues distances. Éviter la forte correction et tout ce qui peut rendre craintif, le chien de guerre ne devant pas être peureux Exploiter la gourmandise, l’incor¬ruptibilité n’étant pas nécessaire;
8° Faire perdre au chien l’habitude d’aboyer.
17. — La durée du dressage préliminaire subi au chenil de société est de trente jours au maximum, y compris le temps de recrutement et le temps de livraison aux armées.

LIVRAISON DES CHIENS AUX ARMÉES.

18. — Les chenils de l’intérieur livreront les chiens exclusivement aux chenils des armées d’après les indications données en temps utile par l’administration de la guerre (1ère Direction).
19.   — En principe, les livraisons seront mensuelles.
20. — Chaque livraison de chiens aux directeurs des chenils d’armée se fera au chenil livrancier de l’intérieur. A cet effet, Le directeur du chenil d’armée intéressé s’y rendra pour faire subir un examen éliminatoire aux animaux présentés et recevoir ceux qu’il jugera aptes à poursuivre le dressage de guerre. Il pourra se faire remplacer pour cette opération avec l’autorisation de ses chefs directs.
21. — Les chiens seront livrés munis de leur collier, d’une chaîne et d’une muselière en très bon état.
22. — Pour chacune de ces livraisons, l’agent agréé du chenil livrancier recevra du directeur du chenil des armées ou de son représentant un reçu indiquant par noms et numéros les chiens reçus.
23.— Dès que l’avis de la livraison de chiens que le chenil aura à assurer lui sera parvenu, son agent agréé prendra toutes dispositions, par accord avec les autorités compétentes, pour exécuter le transport au chenil d’armée dès que l’opération de réception prévue ci-dessus (§ 20) sera terminée. D’après cette entente, le directeur du chenil d’armée sera convoqué pour la date nécessaire par les soins du commandement. Les convoyeurs pour ces transports seront fournis par l’intérieur jusqu’à la gare régulatrice.

ALLOCATIONS ET DROITS DIVERS DES SOCIÉTÉS AGRÉÉES.

24.— Allocations en deniers. — Il est alloué :
a) A chaque chenil, pour frais généraux de recrutement : une indemnité mensuelle fixe de 100 francs.
b)  Par chien présent au chenil : une indemnité journalière d’entretien et de nourriture, due à compter du jour inclus de la réception au jour inclus du départ aux armées.
c) Par chien accepté par un chenil d’armée : une indemnité fixe de 5 francs.
25. — Transports. —
d) Pour l’agent agréé d’un chenil, le droit à la gratuité du transport en 2e classe dans le cas prévu ci-dessus (§ 8);
e) Le transport des chiens recrutés au cours des tournées de recrutement est aux frais de l’État, ainsi que leur convoiement jusqu’au chenil agréé de la société, ainsi que le transport de celui-ci au chenil de l’armée.
Il en sera de même, par la suite, des transports de rapatriement jusqu’à la gare où le chien aura été remis à la société : toutefois l’administration de la guerre ne prend aucun engage¬ment en ce qui concerne la restitution des animaux.
26. — Matériel d’instruction. — Chaque chenil agréé recevra pour permettre d’habituer les chiens aux détonations :
f) à titre de prêt : 4 fusils 1874 et 4 revolvers 1872;
g) mensuellement et à titre gratuit : 1.200 cartouches à blanc pour fusils 1874. 1.200 cartouches à blanc pour revolvers 1872.

GESTION DU CHENIL AGRÉÉ.

27.— L’organisation administrative de chaque chenil, tout en devant rester simple, devra permettre :
a) Le contrôle des allocations en deniers dues par l’État à la société;
b) Le contrôle des ordres de transport accordés;
c) Le contrôle de l’utilisation et du sort des chiens recrutés;
d) Le contrôle nominatif des militaires mis à la disposition du chenil par l’autorité militaire.
28.— La gestion administrative d’un chenil agréé est assurée par son agent agréé auprès de l’administration centrale de la guerre (1ère Direction). Elle comporte la tenue des pièces suivantes :
a) Feuille signalétique par chien;
b) Feuilles de journées;
c) Carnet de voyages;    
d) Carnet du personnel militaire;
e) Dossiers de correspondances.
Les modèles et indications pour la tenue de ces diverses pièces sont donnés aux annexes.
29.  — Le premier de chaque mois, l’agent agréé du chenil éta¬blit le relevé des droits aux différentes allocations pour le mois écoulé, le soumet pour vérification et mandatement à l’inten¬dance auprès de laquelle il est accrédité; celle-ci lui établit un mandat payable sur la caisse la plus proche.
30.  — En outre des charges normales provenant du fonctionnement de chacun des chenils et du dressage des animaux, les sociétés accepteront les charges suivantes :
a)   Les chiens seront nourris par la société pendant la durée des transports tant de recrutement que d’envoi aux armées;
b)   La société propriétaire du chenil est responsable de tous les accidents causés par les chiens ou subis par eux jusqu’à leur sortie effective du chenil pour les armées;
c)   En dehors des allocations et frais de transport accordés pour les causes, dans les formes et limites prévues par la présente instruction, l’administration de la guerre ne supportera aucune charge provenant, à un titre quelconque, de l’existence du chenil.

IIe PARTIE
DU FONCTIONNEMENT DANS LA ZONE DES ARMÉES.

31. — Le service des chiens de guerre dans la zone des armées est placé sous la direction et le contrôle du commandement.
32. — Les chiens de guerre utilisés aux armées proviennent des chenils agréés de l’intérieur. Ils sont reçus par un chenil d’armée où ils subissent un dressage définitif et d’où ils sont mis en service dans les corps de troupe.

DU  CHENIL D’ARMÉE.

Administration.
33. — Les chenils d’armée sont créés par ordre du général en chef après entente avec l’administration centrale (1ère Direction).
34. — Chacun des chenils visés au paragraphe ci-dessus perçoit une allocation journalière de 0 fr. 25 par chien à compter du jour de l’entrée de celui-ci, au jour de sa sortie pour une cause quelconque, sous la réserve que la présence d’un même chien au chenil n’ouvrira de droit à perception que pour un maximum de trente journées. Cette allocation ne sera due que pour les chiens provenant du ravitaillement régulier prévu par la présente instruction.
35. — Cette allocation journalière est destinée à donner satisfaction à toutes les dépenses faites au chenil soit pour son propre entretien, soit pour la nourriture ou l’hygiène des animaux.
36. — Chacun des chenils des armées reçoit d’un chenil agréé de l’intérieur les chiens munis d’une laisse, d’un collier et d’une muselière; lui-même les livre dans ces mêmes conditions aux corps de troupe. Ceux-ci n’ont droit à aucune allocation pour les chiens qu’ils utilisent et qui doivent être nourris sur les déchets
des ordinaires.
37. —. Chaque chenil des armées est rattaché pour l’administration à l’unité qui en a le personnel en subsistance.
38. — Pour justifier des perceptions et de l’emploi de ces allocations, il sera tenu une comptabilité spéciale constituée par les pièces suivantes :    
1° Un contrôle nominatif (nom du chien, son numéro matri¬cule, lettre du chenil fournisseur, date d’entrée, date de sortie, destination);
2° Feuille de journées;
3° Carnet d’enregistrement de recettes et dépenses diverses;
4° Carnet de correspondance.

DEMANDES ET RENVOIS DE CHIENS.

39.— Au milieu de chaque mois, chaque directeur de chenil d’armée adresse au général en chef :
1° Un état numérique des chiens qui sont nécessaires au ravitaillement de son chenil à la fin du mois suivant;
2° Un état numérique des chiens reçus lors de la dernière livrai¬son et qui sont reconnus inaptes au service des armées. Cet état indiquera la lettre du chenil agréé livrancier et la cause de l’inaptitude.
40. — Pour l’application des paragraphes 20 et 23 ci-dessus, le directeur du chenil d’armée se présentera, à la date qui lui sera indiquée, au chenil agréé qui doit lui fournir des chiens pour procéder à leur examen et à leur réception. Le transport des animaux du chenil agréé à la gare régulatrice est organisé par les services régionaux de l’intérieur, de la gare régulatrice au chenil d’armée par les services compétents de la zone des armées.
41. — Il ne sera pas renvoyé de chiens inaptes d’un chenil d’armée à un chenil de l’intérieur sans ordre de l’administration centrale (1ère Direction). En particulier, il ne sera pas organisé de service spécial de convoiement à cet effet; les convoyeurs d’un transport de chiens de guerre de l’intérieur aux armées rece¬vront, lorsqu’il y aura lieu, des instructions pour prendre les chiens inaptes et les réintégrer à leur chenil agréé d’origine.
42. — La présente instruction entre en vigueur à la date du 1er janvier 1917.

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11 avril 1918 : les chiens du 109e R.I.

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L’équipe téléphonique du 4e bataillon du 300e R.I. à Crugny (Marne) : 25 septembre 1916

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http://www.pages14-18.com/B_PAGES_HISTOIRE/chiens_de_guerre/chiens-P2.htm

IIIe PARTIE

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Flambeau, chien de guerre au 149e R.I.

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Flambeau 29 mai 1917

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Flambeau et les grenadiers de la 1ère compagnie : 29 mai 1917

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Capitaine Guilleminot et Flambeau : carrières du sourd 7 juin 1917

Le capitaine Pierre Guilleminot , Saint-cyrien de la promotion de Fès (1909-1912) a été tué le 4 août 1918 à la ferme de la Grange (Aisne) .

Après un passage au 4e B.C.P., il était en 1918, capitaine au 70e R.I.

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En soutien – Les Vervins 27 juin 1917 – Sous-lieutenant Soulignac et Flambeau

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Vaudoncourt décembre 1917

source : http://www.pages14-18.com/B_PAGES_HISTOIRE/chiens_de_guerre/chiens-P3.htm

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Les chevrons de présence et blessures

Classé sous — milguerres @ 16 h 59 min

 

 

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Les chevrons de présence et blessures

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Les chevrons de présence et blessures chevrons2

Fiche consacrée aux chevrons préparée par : Joël H.
source : http://www.pages14-18.com/C_PAGES_DOCUMENTS/chevrons.htm

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De nombreuses photographies d’époque montrent des soldats français qui portent sur les manches des insignes en forme de  » V  » renversés. Ces  »chevrons » indiquent la durée de présence au front ainsi que le nombre des blessures de guerre.

Les chevrons de présence cousus sur le bras gauche : le premier chevron indique une année effective de présence dans la zone des armées, et chaque chevron supplémentaire une période de six mois de plus ( y compris le temps passé dans les hôpitaux de l’intérieur pour blessure de guerre, blessure en service commandé ou maladie ayant nécessité l’évacuation de la zone des armées)

Les chevrons de blessures cousus sur le bras droit : Il est accordé un chevron par blessure de guerre, c’est-à-dire qui résulte d’une ou plusieurs lésions occasionnées par une même action extérieure au cours d’évènements de guerre en présence ou du fait de l’ennemi, à l’exclusion des blessures en service commandé.

Circulaires et instructions officielles relatives aux chevrons de présence & de blessures

Bulletin Officiel du ministère de la Guerre édition méthodique volume N°303 : » décorations et récompenses diverses  » (circulaire avec mises à jour du 28 octobre 1918)
Circulaire relative aux insignes de distinction : fourragère et chevrons

Chevrons

Il est, d’autre part, créé, pour les officiers et hommes de troupe de toutes armes et services ayant un temps déterminé de présence aux armées ou ayant reçu des blessures de guerre, des insignes constitués par des chevrons en forme de V renversé, de la couleur du galon (sauf sur les vêtements de combat, où ils sont, quel que soit le grade, de la couleur des galons de caporaux et soldats de lre classe), dans les conditions ci après :

A. — Chevrons de présence
1e) Il est accordé un chevron, porté au bras gauche, pour une année effective de présence dans la zone des armées, et un chevron supplémentaire pour chaque nouvelle période de six mois.

2e) Ont droit aux chevrons tous les officiers ou assimilés et hommes de troupe en service dans la zone des armées, qu’ils soient ou non à la disposition du général commandant en chef.

3e) La première limite de la zone des armées admise pour la détermination du droit au chevron est celle qui avait été fixée par l’arrêté du 13 février 1915.

4e) Il y a lieu de compter, pour l’attribution des chevrons de présence, le temps passé :
a) Dans les hôpitaux de l’intérieur pour blessure de guerre, blessure en service commandé ou maladie ayant nécessité l’évacuation de la zone des armées. (La convalescence et l’inaptitude ne doivent pas être comptées);
b) En activité pour tous les militaires évadés ou rapatriés. (Le temps d’internement en Suisse ne compte pas);
c) Au Maroc, dans le Sud algérien (territoire des Oasis tout entier et fractions de territoire d’Aïn-Sefra limitées au nord par la ligne déterminée par la note du 4 septembre 1897 (B. 0., E. M., vol. 63, p. 402) et fraction de l’annexe d’El-Oued limitée au nord par la ligne Hassi-Ney-Berreçof, Bir-Bomane) et dans le Sud tunisien (région saharienne limitée par la ligne déterminée par la note du 4 septembre 1897. plus les cercles, annexes et postes de Médine, Tatahouine, Déhibiat, Ben-Gardanne et Zarzis) depuis le 2 août 1914;
d) En Afrique occidentale française, aux bataillons n° 2 (Tombouctou), n° 3 (Zinder), et en Mauritanie (à l’exception de Saint-Louis), depuis le 2 août 1914.

Aux opérations :
Dans le Togo, du 7 août au 27 août 1914;
Dans le Beledougou, du 23 février au 10 avril 1915;
Dans La Bani-Volta du 14 février au 19 juillet 1915, et du.24 avril au 25 mai 1916;
Dans la région de Dori, du 3 janvier au 20 août 1916;
Dans le territoire du Niger (colonne Loyer) du 9 avril au 2 juin 1916;
Dans le Hollidge et l’Atacora, du 18 janvier 1915 au 8 mai 1916 et du 4 novembre 1916 au 18 juillet 1917;
Dans le territoire du Niger (colonne Mourin), du 7 décembre 1916 au 1er août 1917;
En Afrique équatoriale française et au Cameroun (à l’excep¬tion de Brazzaville), depuis le 2 août 1914;
En Indochine dans le 4e territoire militaire (défini par l’arrêté de création n° 174 du 21 janvier 1915 du gouverneur général), depuis le 2 août 1914; dans le 5e territoire militaire (défini par l’arrêté de création n° 891, du 27 mars 1916 du gouverneur général), depuis le 2 août 1914.

Aux opérations :
Dans la province de Son-La (colonne Sourisseau), du 6 dé¬cembre 1914 au 25 avril 1915;
Dans le Haut-Laos (colonne Friquegnon), du 2 septembre 1915 au 29 mars 1916;
Contre les révoltés de Thaï-Nguyen du 31 août 1917 au 20 jan¬vier 1918;
e) En Russie, tous les militaires qui y ont servi depuis mars 1917.
5e) Les séjours interrompus dans la zone des armées s’additionnent pour le décompte du temps de service exigé.

B. — Chevrons de blessures.

1° Il est accordé un chevron porté au bras droit par blessure de guerre, c’est-à-dire celle qui résulte d’une ou plusieurs lésions occasionnées par une même action extérieure au cours d’événements de guerre en présence et du fait de l’ennemi, à l’exclusion des blessures en service commandé;

2° Les blessures de guerre reçues antérieurement à la guerre actuelle et régulièrement inscrites sur le livret matricule donnent droit au port du chevron;

3° Les brûlures par liquides enflammés et les accidents graves dus aux gaz asphyxiants sont considérés comme blessures de guerre pour le droit au chevron;

4° Les blessures multiples produites simultanément par un même projectile, quel que soit le nombre des atteintes, ne donnent droit qu’à un seul chevron.

C. — Port des chevrons.

Le port des chevrons de présence et de blessures est obligatoire.

D. — Dispositions spéciales aux troupes

de la gendarmerie et de la garde républicaine (1)
Pour les troupes de la gendarmerie, les chevrons sont : pour les gendarmes ne portant pas le galon de sous-officier, en laine ou coton de nuance blanche; pour les autres gendarmes, les chefs de brigade et officiers, en argent.
Pour les troupes de la garde républicaine, les chevrons sont : pour les gardes républicains ne portant pas le galon de sous-officier, en laine ou coton de nuance orange foncé; pour le personnel troupe autre que ces derniers et pour les officiers, en or.

(1) Alinéa ajouté par circulaire du 28 octobre 1918.

24ri
Cette photographie prise le 14 octobre 1916 dans la région de Verdun montre un poilu du 24e R.I. qui porte sur le bras gauche
3 chevrons de présence qui indiquent qu’il a déjà passé deux années dans la zone des armées

1920

Bulletin Officiel du ministère de la Guerre édition méthodique volume N°303  » décorations et récompenses diverses « 
Instruction relative au port des chevrons et au temps de présence au front
Paris, le 30 juillet 1920.

source : http://www.pages14-18.com/C_PAGES_DOCUMENTS/chevrons.htm
____

Le port des chevrons dans l’armée française

http://grande-guerre.org/?p=1134

L’utilisation de chevrons (écussons en forme de V renversé) dans l’armée française est une pratique qui remonte à l’Ancien Régime. Ce symbole désigne en principe les vieux soldats (« brisques » d’ancienneté, qui ont donné le surnom de « briscards » aux militaires expérimentés), les soldats ayant subi une ou plusieurs blessures, ou bien les soldats d’élite. Suivant leur signification, les chevrons sont cousus sur la manche droite ou sur la manche gauche de l’uniforme, plus ou moins près de l’emmanchure ou du parement aussi. Il n’est donc pas surprenant que la Grande Guerre s’accompagne d’une remise au goût du jour de ces écussons lourds de signification et de prestige.

Les documents ci-dessous sont des extraits de textes et circulaires officiels, qui réglementent le port des chevrons en 1916.

*****

A – Circulaire du 25 juillet 1916, insérée au Journal Officiel du 28 juillet, page 6700 :

Le Ministre de la Guerre a fait connaître que le port des chevrons de présence et de blessures étaient obligatoire. Messieurs les commandants des grandes unités et les chefs de service donneront donc des ordres, pour que tous les militaires sous leurs ordres soient pourvus sans retard des chevrons qui leur sont attribués par les prescriptions ministérielles rappelées ci-après :

1) Chevrons d’ancienneté de présence. (Portés au bras gauche).

Il est attribué un chevron pour une année effective de présence dans la zone des armées, et un chevron supplémentaire pour chaque nouvelle période de six mois. Les chevrons sont attribués dans les conditions de présence ci-dessus à tous les officiers ou assimilés et hommes de troupe en service dans la zone des armées, qu’ils soient ou non à la disposition du Général en Chef. Il y a lieu de comprendre dans le temps de présence dans la zone des armées le temps passé :

1° ) Dans les hôpitaux de l’intérieur pour blessure de guerre, blessure en service commandée, ou maladie ayant nécessité l’évacuation de la zone des armées ;
2° ) En captivité pour tous les militaires évadés ou rapatriés ;
3° ) Au Maroc et dans le Sud Tunisien depuis le 2 août 1914, au Togo entre le 7 et 27 août 1914 et au Cameroun entre le 7 août 1914 et le 1er mars 1916.

Les séjours interrompus dans la zone des armées s’additionnant pour le décompte du temps de présence exigé.

2) Chevrons de blessures. (Portés au bras droit).

Il est attribué un chevron par blessure de guerre, un seul chevron représentant des blessures multiples. Les blessures de guerre reçues antérieurement à la guerre actuelle et régulièrement inscrites sur le livret matricule donnent droit au port du chevron. Les brûlures par liquides enflammées et les accidents graves dus aux gaz asphyxiants sont assimilées aux blessures de guerre. On doit entendre par blessures multiples celles produites simultanément par un même projectile, quel que soit le nombre des atteints. Les blessures en service commandées qui ne sont pas des blessures de guerre ne donnent pas droit aux chevrons de blessure.

3) Nature des insignes.

Les chevrons sont en forme de V renversé et consistent pour les officiers et sous-officiers en un galon de grade or ou argent selon l’arme ; pour les caporaux ou soldats, en un galon « cul de dé » de 12mm de largeur, en laine ou coton bleu foncé, placé sur le milieu du haut de la manche de l’effet, le galon forme un angle droit, dont le sommet tourné vers le haut est à 100 mm environ de la couture d’emmanchure.

La longueur totale du galon, rempli du sommet compris, est au maximum de 120 mm. Chaque chevron supplémentaire est placé au-dessus du précédent à intervalle de 3 mm environ.

*****

B – Lettre du ministre de la Guerre, du 4 août 1916 :

Ministère de la Guerre. Cabinet du Ministre (n° 5185-D)

Paris le 4 août 1916.

Le Ministre de la Guerre à monsieur le Général Commandant en Chef.

En réponse à votre lettre n° 21832 du 30 juillet 1916, j’ai l’honneur de vous adresser ci-joint copie de la décision que j’ai prise relativement à la description des insignes de distinction. J’ai estimé qu’il était suffisant de limiter aux vêtements portés pour le combat, le remplacement des chevrons en or et en argent des officiers et sous-officiers par des insignes en drap, laine ou coton de couleur bleu foncé.

Signé : Roques.

Pour copie conforme, au G.Q.G ; 1er bureau, n° 4447 en date du 7 août 1916.

Pour exécution, notifié à monsieur le général commandant l’armée à Remiremont.

*****

C – Lettre du ministre de la Guerre, du 13 août 1916 :

Le 13 août 1916.

Ministre de la Guerre. N° 5349-D.

 

L’addition à la note descriptive des nouveaux uniformes, relative aux chevrons à porter sur les vêtements de combat, et que je vous ai transmise en date du 4 août 1916, sous le n° 5185-D, doit-être modifiée de la façon suivante : au lieu de « couleur bleu foncé », lire « de la couleur des galons des caporaux et soldats de 1re classe ».

Signé : Roques

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20 novembre 2012

La Grande Guerre 1914-1918

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La Grande Guerre 1914-1918 171209

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  2. Le Traité de Brest-Litovsk
  3. Organisation et Chronologie
  4. Les Uniformes de la Grande Guerre
  5. fleche-boule2Historiques des Unités de l’Armée Françaises
  6. Historique du 8e bataillon de Chasseurs à pied, pendant la guerre 1914-1918
  7. La composition des Armées à partir de 1914
  8. Emplacement des troupes françaises en 1913 – 1914
  9. Les nouveaux Régiments de Tirailleurs – 1914-1920
  10. Le 9ème Régiment de Dragons et leur Historique de 1914 à 1918 
  11. L’empire colonial allemand
  12. La présence navale française dans le Pacifique
  13. Le partage du Pacifique en 1914
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  15. L’armée blindée
  16. L’évolution des armes portatives-1916
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  18. Collection Cartes Grande Guerre
  19. Les Grands Noms de la Grande Guerre
  20. Ils étaient bien là, ces hommes ! (en cours de mise à jour)
  21. Ceux que l’on pourrait damner ! (en cours de mise à jour)
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  23. Le front d’Orient : 1915 – 1919
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  33. fleche-boule2Dossier sur les Mutineries de 1917
  34. fleche-boule2L’Empire Ottoman : un conflit pour des accords
  35. fleche-boule2Les Zouaves          Le livre d’or des Zouaves       
  36. Nos zouaves : historique, organisations, faits d’armes, les régiments, vie intime (BNF)
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  38. De l’Enfer au Paradis, les hôpitaux de l’arrière en 1916
  39. Les représailles contre les civiles et la déportation
  40. Les chiens de Guerre
  41. Les pigeons au combat
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  43. C’est arrivé le 15 août 1914 (bombes sur le hangar de Zeppelins)
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  45. Ça c’était De Lattre ! ! !
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