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3 avril 2015

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Classé sous — milguerres @ 16 h 45 min

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Quelques livres choisis

1914 Broché – 8 novembre 2012

de Jean-Yves LE NAOUR

En 1914, l’obsession de la guerre hante l’Europe. Avant même que l’attentat de Sarajevo n’allume la mèche de la poudrière balkanique, elle occupe les esprits, s’affiche à la une des journaux, s’invite dans les conversations et les discours politiques. Sans que l’on n’y croie vraiment. Pourtant, en quelques jours à peine, le monde bascule dans un engrenage qui va le broyer. La guerre s’impose comme la plus rapide des solutions pour conduire à l’émancipation des nationalités et à l’avènement d’un nouveau monde. Mais la boîte de Pandore est ouverte et la machine infernale lancée : pendant quatre longues années, la guerre deviendra mondiale, totale et terroriste. A la lumière de la recherche la plus récente, conjuguant les approches diplomatiques, militaires, sociales et culturelles, Jean-Yves Le Naour nous fait revivre l’année 1914 au plus près de la façon dont les contemporains l’ont vécue. Ce premier volume d’une série ambitieuse renouvelle en profondeur l’histoire de la Grande Guerre. Historien du XXe siècle, professeur en classes préparatoires, Jean- Yves Le Naour est l’auteur de nombreux ouvrages, dont récemment chez PerrinLes Soldats de la honte qui a reçu le Grand Prix du livre d’histoire Ouest-France-Société Générale et le prix de l’Académie de médecine Jean-Charles Sournia.

 

1914, le destin du monde Poche – 6 mars 2014

de Max GALLO

À Paris, gare de l’Est, en ce diman­che 2 août 1914, c’est la mobi­li­sa­tion géné­rale. Il y a bien­tôt cent ans, le samedi 1er août, l’Allemagne a déclaré la guerre à la Russie, l’alliée de la France. L’Empire austro-hon­grois est, dès le 28 juillet, entré en guerre contre la Serbie. L’engre­nage des allian­ces, des ulti­ma­tums, des mobi­li­sa­tions, entraîne les nations dans sa méca­ni­que san­glante. Berlin est soli­daire de Vienne. Paris, lié à Londres, sou­tient Saint-Pétersbourg. En quel­ques heures, toutes les gran­des gares euro­péen­nes res­sem­blent à la gare de l’Est. Tous ces hommes qui par­tent, inno­cents, incons­cients, n’ima­gi­nent pas que des cen­tai­nes de mil­liers d’entre eux vont mourir ou être bles­sés avant que l’année 1914 se ter­mine, et que cette guerre, qui devait être brève et locale, devien­dra la Première Guerre mon­diale.

 

Le Jour le plus meurtrier de l’histoire de France: 22 août 1914 (Anglais) Relié– 9 octobre 2013

de Jean-Michel Steg

27 000 Français sont tués le 22 août 1914, le jour le plus sanglant de l’histoire de France. C’est quatre fois plus qu’à Waterloo, autant que durant les huit années de la guerre d’Algérie. Avant même la bataille de la Marne, Verdun ou le Chemin des Dames. Où donc ces hommes ont-ils disparu ? Dans quelles circonstances ? Un nombre de tués en une seule journée, sans précédent dans l’histoire de France et sans exemple depuis, ne peut être une simple bizarrerie statistique. C’est l’ambition de ce travail d’apporter quelques explications. Ce cataclysme meurtrier au tout début du conflit traduit-il les conséquences de choix individuels et collectifs, tactiques, stratégiques ou organisationnels erronés, ou tout simplement malheureux ? Comment les militaires en viendront-ils à accepter que, face à la létalité du feu au XXe siècle, le soldat ne peut plus mener la guerre dressé sur le champ de bataille, comme il le faisait depuis l’Antiquité, mais doit désormais combattre enterré et dissimulé ? Pour le savoir, il faut suivre Jean-Michel Steg dans les Ardennes belges le matin 22 août 1914.

Étudiant à l’EHESS, Jean-Michel Steg travaille depuis trente-cinq ans dans le monde de la finance.

 

1914 Les atrocités allemandes : La vérité sur les crimes de guerre en France et en Belgique Poche – 6 octobre 2011

de John Horne  (Auteur), Alan Kramer  (Auteur), Hervé-Marie Benoît (Traduction)

D’août à octobre 1914, près de 6 500 civils belges et français ont été intentionnellement
assassinés, des centaines de villages ravagés par l’armée allemande. Comment la peur des francs-tireurs et de la résistance civile, mythe né pendant la guerre franco-prussienne de 1870, a-t-elle
conduit les soldats allemands à des crimes systématiques et de grande ampleur ? Quelle fut
l’influence des « atrocités » sur la propagande des deux camps, contribuant à donner au conflit le
sens d’une « croisade contre la barbarie » ? Comment ce thème, d’abord élément central du discours allié sur la « culpabilité allemande » et le jugement des criminels de guerre, a-t-il fini par rencontrer un scepticisme général, dès les années vingt ? Ce livre magistral sur un crime de guerre, son instrumentalisation et sa place dans la mémoire des belligérants trouve toute son actualité alors que le sort des civils en temps de guerre et la portée de la justice internationale demeurent des sujets brûlants.

Introduction à l’histoire de notre temps : Tome 3, le XXe siècle, de 1914 à nos jours Poche – 20 février 2014

de René Rémond  (Auteur)
Comprendre son temps est impossible à qui ignore tout du passé ; être un contemporain, c’est aussi avoir conscience des héritages, consentis ou contestés. Etudier hier en fonction d’aujourd’hui – et même de demain -, tel est précisément le propos de ce livre, tiré d’un cours professé à l’Institut d’études politiques. Quelle est l’importance de la guerre de 1914 ? Qu’est-ce que le fascisme ? Quelles sont les origines de la guerre froide ? Qu’est devenu le monde au XXe siècle ? A ces questions et à cent autres, ce troisième volume apporte des réponses claires et rigoureuses. Sans préoccupation érudite, cet ouvrage permettra à chacun de réviser des notions demeurées imprécises et d’acquérir les bases historiques indispensables à l’intelligence de notre époque

Putain de guerre !, Intégrale : 1914-1918 Relié – 29 janvier 2014
de Jacques Tardi (Auteur)

Le temps de respirer et de raconter notre guerre aux petits-enfants n’était pas encore venu. D’ailleurs, aurions-nous envie d’en causer de cette immonde tuerie, de ce suicide collectif, totalement à vomir ?

Paroles de poilus : Lettres et carnets du front (1914-1918) Broché – 16 octobre 2013
de Jean-Pierre Guéno
Ils avaient dix-sept ou vingt-cinq ans et étaient palefreniers, boulangers, colporteurs, ouvriers ou bourgeois. Ils devinrent soudainement artilleurs, fantassins, brancardiers… Voyageurs sans bagages, ils durent quitter leur femme et leurs enfants, revêtir l’uniforme mal coupé et chausser les godillots cloutés… Sur huit millions de mobilisés entre 1914 et 1918, plus de deux millions de jeunes hommes ne revirent jamais le clocher de leur village natal. Plus de quatre millions subirent de graves blessures. Huit mille personnes ont répondu à l’appel de Radio France visant à collecter les lettres, jusqu’ici éparpillées, de ces poilus. Cet ouvrage en présente une centaine. Des mots écrits dans la boue et qui n’ont pas vieilli d’un jour. Des mots déchirants, qui devraient inciter les générations futures au devoir de mémoire, au devoir de vigilance comme au devoir d’humanité…

6 janvier 2013

Pour en finir avec le moral des combattants (André LOPEZ)

Classé sous — milguerres @ 20 h 08 min

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 voir également : Dossier sur les Mutineries de 1917

 Pour en finir avec le moral des combattants (André LOPEZ)

article extrait du document pdf -> http://www.crid1418.org/doc/textes/Loez_moral.pdf

En avril 1935, le maréchal Pétain prononçait devant l’Académie des Sciences morales et politiques une conférence intitulée « La crise morale et militaire de 1917 »1.
Il y évoquait les mutineries de l’armée française (une « maladie du moral »2) à travers le vocabulaire habituellement utilisé par l’armée, dont une des préoccupations majeures durant le premier conflit mondial fut bien de surveiller et de soutenir le « moral » des combattants. Ce même vocabulaire est encore utilisé par des historiens, qui cherchent à décrire la nature, les hauts ou les bas du « moral » durant la Grande Guerre.

Comme toute notion englobante que l’on fait parler au singulier – l’opinion, la nation, le peuple – le terme de « moral » est pourtant justiciable de sérieuses critiques. Comment définir, approcher, mesurer ce « moral », derrière l’apparente évidence du terme ? Peut-on vraiment reprendre sans distance une catégorie de la pensée militaire, et l’intégrer à des discussions scientifiques ? Ne peut-on utiliser des outils d’analyse plus pertinents, au vu de la complexité croissante des débats sur la ténacité combattante ?

Pour répondre à ces questions, on procèdera en trois temps, d’abord par une analyse des manières dont on évoque le « moral » durant la Grande Guerre, puis par un tour d’horizon des usages du terme dans l’histoire militaire, enfin par une critique des mésusages de la notion appliquée aux combattants français de 1914-1918. Comme le titre de cette contribution le suggère, on espère montrer qu’elle est artificielle et dispensable.

LE « MORAL », UNE PRÉOCCUPATION ESSENTIELLE DES MILITAIRES

Si le mot préexiste évidemment à la Grande Guerre, il devient un élément habituel du langage des combattants aux tranchées. Tout comme le « cafard » peut désigner n’importe quelle affection psychologique, la dépression, l’angoisse ou l’ennui, le « moral » est alors un terme passe-partout qui sert à qualifier l’état d’esprit de la troupe.

Un « bon moral » est alors comme l’envers du « cafard ».
Au 96e RI, l’adjudant Bellet constate ainsi en 1915 que le départ en permission « produit un merveilleux effet sur le moral des soldats »3.
Plus largement, le « moral des soldats » et celui de la nation sont des préoccupations essentielles pour ceux qui conduisent la guerre. D’abord, de façon très générale, pour les commentateurs du conflit qui n’ont de cesse d’exalter le « bon moral » des Français et d’annoncer la « démoralisation » de l’adversaire, dans leurs discours qu’ils espèrent performatifs : « Notre artillerie a des effets démoralisants foudroyants » écrit Albert de Mun dans L’Écho de Paris, le 18 août 1914. Il ajoute, un mois plus tard :
les Allemands sont abattus, les Français sont joyeux. Les blessures des Allemands sont presque toutes graves, quelques-unes terribles ; celles des Français, pour la plupart sont légères. Différence profonde, dans l’état moral et dans les effets de l’armement4.

Toute la guerre durant, les idéologues et les chefs politiques et militaires s’attachent ainsi à scruter et soutenir l’état moral de la troupe et de la nation.
Une circulaire du général Joffre se veut vigilante sur la « bonne tenue morale du pays » en octobre 1916 5.
Le député Abel Ferry écrit de même en septembre 1917 : « Le succès de Verdun raffermit le moral de la nation et de l’armée » 6.
Si le moral doit être raffermi à cette date, c’est que tous pensent avoir traversé une « crise morale » en mai-juin 1917. C’est alors que la préoccupation du « moral » est à son comble, et d’abord pour les militaires.
En effet, dans le langage de l’encadrement, le « moral » est une chose à surveiller, à mesurer, à quantifier.

Dans la foulée des mutineries, l’État-major de la IIe armée prescrit aux officiers de « suivre et surveiller d’une façon incessante les fluctuations de l’état moral de leur troupe comme ils surveillent son état matériel, son alimentation etc. »7

Dès lors les archives regorgent de dossiers sur la « situation morale de l’armée »8, « l’état moral de la troupe »9, de « comptes-rendus sur le moral »10.
Dès 1916, a été créé un service (puis Bureau) du « moral »11 chargé, entre autres, de contrôler le courrier des soldats, et perfectionnant progressivement ses instruments de saisie du « moral ».
Cette étude du moral par l’armée ne relève pas, bien sûr, de la recherche improvisée en psychologie : c’est de contrôle social qu’il s’agit.
Pour les militaires, connaître le « moral », c’est prévenir les désobéissances, et savoir si l’on dispose de troupes capables de combattre (« bon moral ») ou dont l’efficacité militaire sera plus douteuse (« mauvais moral »), quelles qu’en soient les raisons.
On note au passage que cette catégorie de pensée gomme la dimension politique de certaines dispositions d’esprit : vouloir que la guerre se termine n’est pas une opinion légitime, mais un signe ou un symptôme de « mauvais moral ».

Un mouvement politique et social comme les mutineries de 1917 est ainsi renvoyé du côté de la psychologie ou de la pathologie 12.

En dépit de ces efforts pour observer le « moral » en 1914-1918, le terme ne fait pas l’objet d’une réflexion rigoureuse. D’un usage courant et même évident pour les contemporains, il a toujours une dimension de généralité, lorsque les observateurs entendent le décrire pour tout un régiment ou pour le pays entier.

Il relève au fond des approximations psychologisantes alors en vigueur, sur le tempérament des peuples et l’excitabilité des foules.
Un général écrit au lendemain des mutineries :
Il est à remarquer que l’effervescence qui s’est produite a été très rapide. Avec la mobilité des imaginations françaises, elle peut n’être que passagère, et l’état moral peut redevenir pleinement satisfaisant 13.
Le moral, ici, n’est pas vraiment conçu comme la résultante de multiples états psychologiques eux-mêmes complexes, mais comme l’humeur fluctuante d’un organisme unique. On retrouve tout au long de la guerre de telles réductions du « moral » à un qualificatif unique (« bon », « mauvais », « haut », « bas ») pour des collectifs nombreux (armées, divisions, régiments…).
Ainsi, dès la période du conflit, on remarque l’imprécision et le caractère d’insatisfaisante généralité du terme, qui est davantage lié aux soucis pratiques et politiques de l’armée – disposer de troupes à même de combattre et non affectées par des idées subversives – qu’à une saisie fine du social et des psychologies en guerre.
On doit ajouter à ces incertitudes sémantiques les modes d’appropriation complexes du mot par les combattants. Leurs façons de concevoir le « moral » ne correspondent pas parfaitement à celles de leurs chefs.

Lors des mutineries, observatoire privilégié permettant de saisir de nombreux discours sur ce terme, deux soldats révoltés l’emploient ainsi dans un sens opposé. Le premier souscrit encore à la conception militaire qui associe l’indiscipline à un « mauvais moral » :
« Comme moral ça va très mal nous ne voulons plus rien savoir et ça braille il faut voir ça ça fait du vilain des émeutes dans toutes les rues enfin on ne demande qu’une seule chose la fin de cette guerre « 14.

Mais dans un autre extrait de courrier contrôlé, le terme est employé à fronts renversés, un combattant se félicitant de la désobéissance et y associant, à l’inverse de ce qu’écrivent alors tous les officiers, un « bon moral » :
« Je t’assure que le moral est bon on ne veut plus remonter aux tranchées;dimanche le colonel a pleuré de voir qu’il n’était plus le maître et ça va de plus en plus fort je t’assure que les officiers ne nous embêtent plus « 15.
Pour ce soldat, au moins, les mutineries ne sont en rien une « crise du moral » : plutôt un moment où on savoure le renversement des hiérarchies.
Le rétablissement de la discipline rétablit, pour finir, l’acception courante du terme, lorsqu’il faut réparer ou soutenir ce « moral » qui a semblé faillir :
Nous avons eu des conférences par le Capitaine, le lieutenant, le Chef de Bataillon.
Ils veulent remonter le moral très bas et surtout nous faire entrevoir les funestes conséquences qui pourraient résulter 16.

Au total, il apparaît bien que le « moral » en 1914-1918 est une notion extrêmement imprécise, qui relève de plusieurs registres : l’évidence d’un vocabulaire combattant qui oppose le « moral » au cafard ; l’emphase d’un discours patriotique qui exalte le « moral » français par opposition à la démoralisation adverse ; l’inquiétude des chefs militaires pour qui maintenir un « bon moral » correspond à un souci d’efficacité militaire et de lutte contre la subversion. L’ensemble dessine un schéma social simplificateur faisant alterner les « ébranlements » et les « redressements » du moral17.
Les usages historiens de cette notion sont-ils plus rigoureux ?

Il existe de fortes continuités professionnelles entre les militaires et les historiens militaires 18. C’est pourquoi ces derniers sont très nombreux à reprendre, dans leurs analyses, le vocabulaire de l’armée et de la hiérarchie sans plus de recul ou de réflexion. Le Dictionnaire d’art et d’histoire militaire comporte ainsi un article « moral », lequel ne définit jamais le terme, mais entend en suivre les incarnations à travers les âges, des armées de César aux poilus de 1914, s’attachant à la lutte « curative et préventive » contre les « crises du moral » 19. On reste, au vrai, dans le domaine de la pathologie.

Un dictionnaire anglo-saxon a le mérite de reconnaître, au début de sa notice : « Morale, an imprecise term »20. Il définit du moins la notion en indiquant qu’il s’agit d’un « état d’esprit » assurant l’efficacité militaire. Un dernier ouvrage de référence le souligne également :
Le moral, défini de façon générale, est un état d’esprit qui encourage ou empêche l’action. Les plus grands chefs militaires ont toujours compris que le moral reflète l’état mental, moral et physique
de leurs troupes. […] Des troupes au bon moral peuvent opérer et même réussir contre toute attente, dans toutes sortes de conditions. Un mauvais moral peut entraîner l’échec, même lorsque la victoire semble probable 21.

On retrouve ici deux des éléments clés préalablement mis en évidence : la saisie du « moral » vient des chefs militaires eux-mêmes, et ce « moral » est un facteur d’efficacité militaire. Il faut remarquer l’absence, une fois encore, d’éléments clairs de saisie et de définition. On ne fait que réactualiser, ici, un constat déjà dressé par un sociologue en 1944, alors que la préoccupation du « moral » était également à son comble, mais que sa définition était tout aussi peu rigoureuse :
[Il y a] peu d’accord sur la nature du moral, mais tous les auteurs semblent s’accorder sur le fait que c’est une bonne chose, à acquérir, à consolider, à promouvoir 22.

Un grand nombre de travaux consacrés à la Grande Guerre adoptent un tel mode de fonctionnement, en se donnant pour objet le « moral », entendu comme une évidence et dans l’optique du commandement, sans jamais réfléchir à la pertinence du terme en tant qu’instrument de saisie du social. Le cas est très fréquent dans l’historiographie anglophone où le « morale » fait partie des catégories bien ancrées et assez peu discutées de l’histoire militaire23. Une thèse récente sur les régiments irlandais de la Grande Guerre qui porte le « morale » dans son titre ne prend pas la peine de définir le terme ni de justifier son emploi, et utilise en lecture directe les chiffres de condamnation de la Justice militaire pour savoir si le moral est « bon » ou « mauvais ». On ne pourrait reproduire plus fidèlement les représentations des contemporains, et surtout des militaires 24.

En France, il existe une même continuité entre la préoccupation du « moral » durant la guerre, son évocation dans l’après-guerre par les mémorialistes et les commentateurs (tels Pétain en 1935), et les premiers travaux des historiens s’intéressant aux combattants. Jean-Noël Jeanneney étudiait, en 1967, « l’opinion » et le « moral » des soldats d’après les rapports du contrôle postal25. La juxtaposition de ces deux termes, sur laquelle on reviendra, se retrouve dans le titre de deux thèses de doctorat soutenues en 1986 et 2009, consacrées, l’une au « moral » d’une année (1916), et l’autre au « moral » d’une armée (la IVe)26. Ces travaux s’inscrivent pour partie dans le cadre d’une inlassable interrogation qui parcourt l’historiographie française : « Comment ont-ils tenu ? » Il n’est pas certain que la question soit bien posée27. Il est, en revanche, flagrant que l’étude du « moral » ne peut prétendre y répondre.

LE « MORAL », UN INSAISISSABLE ARTEFACT
Examinée de près, la manière dont les chercheurs entendent approcher le « moral » des soldats de la Grande Guerre présente en effet d’insurmontables faiblesses méthodologiques et conceptuelles.
Le premier problème concerne les instruments de saisie de ce « moral » supposé. C’est le contrôle postal, institution de surveillance des courriers progressivement mise en place, qui est la source fondamentale des travaux sur le « moral »28. Ils s’appuient à la fois sur les extraits de lettres cités dans les rapports, et sur les conclusions de ceux-ci, qui donneraient accès à « l’opinion » et au « moral » des soldats français, pour la période (1916-1918) où ce contrôle est établi. Ils soutiennent que cette source, en raison de la quantité des lettres lues (entre 1/40 et 1/80 du total des courriers des unités, contrôlées environ une fois par mois chacune) peut être considérée comme « représentative », dans des comparaisons explicites avec le modèle des sondages d’opinion 29.

Mais ce que masquent ces analogies30, c’est la différence de nature radicale entre des sondages, consistant en des réponses à des questions explicitement posées, et un contrôle, c’est-à-dire une surveillance, opérant par sélection d’un petit nombre d’extraits dans des écrits privés (les lettres des soldats). La visée de l’instrument n’est nullement la saisie représentative des opinions, mais le contrôle social. L’institution fournit ainsi aux contrôleurs chargés de lire le courrier des grilles de lecture très détaillées, visant à repérer les sujets de mécontentement, à déceler les signes d’antimilitarisme ou au contraire de « confiance en la victoire », et à scruter les prises de position politiques. L’ensemble doit conduire à dire si le moral d’un régiment est « Très bon, bon, neutre, médiocre ou mauvais » 31.

On mesure tout l’écart entre ce dispositif, lié à la surveillance des militaires et à la volonté de disposer de troupes fiables pour les opérations, et celui des sondages reposant sur la libre réponse (anonyme, explicite, volontaire et en temps de paix) à des questions. Au-delà, de nombreux travaux ont montré qu’il existait des biais au contrôle postal, en raison de stratégies d’écriture des combattants32. L’autocensure, répandue mais impossible à quantifier, conduit déjà à douter de sa valeur pour saisir « l’opinion ». Surtout, la structure même des échanges épistolaires influe sur leur contenu : tout comme il est évident que des soldats ne raconteront pas leurs infidélités à leurs épouses (rendant difficile d’accès l’étude de la sexualité des combattants), ils ne livrent pas nécessairement leur « opinion » sur la guerre en raison des liens sociaux et affectifs qui conduisent à se conformer publiquement, qui plus est dans des lettres susceptibles d’être lues par l’armée, à des modèles de comportement valorisant le « devoir ». Les lettres des soldats ne sont pas des réponses
à nos questions, mais des matériaux à analyser et dont il faut, à chaque fois, reconstruire le contexte33.
Mais il existe un biais plus profond de la source. Son jugement sur le « moral » repose en fait sur l’interprétation que les contrôleurs font d’un petit nombre de lettres dont la tonalité porte explicitement sur les questions politiques et sur la guerre elle-même. Ce sont ces courriers qui sont en partie reproduits dans les rapports sous forme d’extraits généralement brefs. Lorsqu’ils sont virulents ou nombreux à critiquer la guerre, le moral est dit « mauvais » ; inversement, lorsque les contrôleurs trouvent assez de lettres utilisant le vocabulaire du patriotisme, le moral est « bon » ou « très bon ». Cette construction du « moral » par les contrôleurs, et, à leur suite, par les historiens, laisse toutefois de côté un élément fondamental : la plupart des correspondances ne disent rien du « moral ».

En écrivant, en effet, les soldats n’ont pas pour but de nous livrer des matériaux sur leurs opinions et leur rapport à la guerre, ou encore les raisons pour lesquelles ils ont « tenu ». Leurs lettres sont, et c’est facilement compréhensible, souvent dénuées de réflexions et de constructions discursives abouties. De nombreux rapports des contrôleurs du courrier eux-mêmes le mentionnent et permettent de le comprendre, comme au 4e régiment d’artillerie en mai 1917, période pourtant bien agitée :
Il est impossible de donner une impression sur le moral de ces batteries, la correspondance est complètement dénuée d’intérêt, les hommes qui semblent être dans un secteur particulièrement tranquille sont silencieux sur tout ce qui concerne la guerre et se bornent à donner des nouvelles à leurs familles34.
S’agit-il d’un cas isolé ? Citons un autre contrôleur du courrier, dans l’infanterie cette fois, en octobre 1916 :
Les neuf dixièmes des lettres ne disent rien du tout et représentent la masse docile, dévouée, patiente et silencieuse. On se préoccupe toujours vivement des travaux agricoles, des vendanges, etc. [...] Dans quelle mesure de pareils textes [pacifistes] représentent-ils un état étendu des esprits, c’est ce qu’il est difficile de décider. Pour le contrôleur qui les recueille épars ça et là, entre cent ou deux cents lettres insignifiantes, ils demeurent à l’état d’exception35.
On retrouve ce problème au moment des mutineries de 1917, au 109e RI qui a connu un « incident » mais ne laisse pas pour autant saisir son « moral » :
800 lettres sur mille ne disent rien, sur 200 qui relatent l’incident une trentaine à peine donnent une appréciation, les autres s’abstiennent par crainte de la censure. Il est donc difficile de donner une idée générale exacte ; le moral peut être en réalité plus mauvais que la correspondance le laisse supposer36.
Le « moral » peut en effet être « plus bon » ou « plus mauvais » : au-delà de la minorité de courriers exploitables (suivant les grilles de lecture déjà très orientées de l’armée), on n’en sait rien et on ne peut rien en savoir.
D’une incroyable richesse apparente par la profusion d’extraits qu’il comporte sur d’innombrables rapports accumulés en denses piles sur papier pelure, le contrôle postal ne dit pourtant rien, et ne saurait rien dire, d’une « opinion » générale. Et ce d’abord parce que tout le monde n’a pas d’« opinion » au sens politisé et réfléchi que ce terme implique37 ; ensuite parce que la fonction primordiale du courrier, en particulier pour la plus grande partie des combattants issus des milieux sociaux les plus dominés, n’est pas du tout de formuler et de livrer des « opinions » mais de maintenir des liens, sociaux, matériels, affectifs. En lisant les témoignages et les extraits de lettres du contrôle postal pour y trouver des « opinions » au fondement d’un « moral », les historiens plaquent sur les hommes des tranchées un modèle, socialement situé et sociologiquement peu répandu, de l’individu libre de délibérer, de commenter et de se déterminer sur les événements qu’il traverse.

Se pose ensuite la question de la montée en généralité. Il faudrait interroger de façon détaillée les opérations par lesquelles on passe du « moral » de quelques soldats à celui d’un régiment, d’une division, d’un corps d’armée, d’une armée, puis de l’ensemble des combattants. Le singulier toujours adopté pour décrire ce « moral » ne laisse pas d’intriguer, au vu des ambiguïtés des modes de saisie qu’on a exposées. Plus étonnant encore, le moral devient une chose qu’on commente, qu’on qualifie et qu’on dissèque à l’infini, faisant exister dans une même phrase des appréciations contradictoires et ésotériques : « bon moral et moral affaibli » ; « bon moral et moral indéterminé » ; « bon moral entre vigueur apparente et fragilité sous-jacente » ; « bon moral dont la trame s’effiloche » ; « bon moral anémique » ; « poussée du moral indéterminé ». Dans un frappant mimétisme avec le langage des officiers de 1914-1918, le « moral » est évalué comme une chose à la fois multiple et unique, évoqué au singulier mais toujours pour désigner un collectif – plusieurs centaines de milliers d’hommes, au sein de la IVe armée, dans les exemples qui précèdent.

Par ces montées en généralité, on postule en fait, implicitement, qu’il existerait un moral « moyen » fait d’une somme puis d’une division des « opinions » et du « moral » de milliers d’individus.
Plutôt que d’opérations de recherche et de conceptualisation, ces qualifications relèvent de procédés rhétoriques, faisant alterner, parfois immédiatement, « hésitations puis affirmation du moral » 39. On le voit nettement dans le passage qu’Annick Cochet consacre à « l’attitude générale d’acceptation des sacrifices » : après avoir cité de nombreux extraits de lettres déplorant la « boucherie » de la guerre, elle en cite d’autres qui manifestent leur compréhension ou leur acceptation des pertes en vue de la victoire40. Mais juxtaposer ces deux types d’extraits (précisément ceux, défavorables et favorables, que la grille de lecture des contrôleurs du courrier vise à produire) ne dit rien d’une opinion « moyenne » ou intermédiaire qui finirait par « accepter » les pertes. En effet, ce ne sont pas les mêmes soldats qui passent d’une attitude à une autre, mais bien deux manières de voir cet aspect de la guerre, différentes et irréconciliables, et qu’il est de plus impossible de quantifier.

Ces façons de faire, consistant à produire un « moral » moyen donnant une cohérence apparente aux discordances et aux nuances du réel, prennent en fait leur origine dans les travaux consacrés à « l’opinion publique », cette autre entité collective qu’on fait parler au singulier41. Ainsi s’explique le lien, dans les titres des travaux cités, entre le « moral » et l’opinion » : leurs méthodes sont calquées sur celles qui servent à dire quelle était « l’opinion » des Français sous Vichy ou en 191442. Or, ces travaux, à l’image des descriptions artificielles de « l’opinion » produites par les commentateurs politiques au moment des élections, ont reçu de fortes critiques, lesquelles n’ont pas été assez entendues ni discutées par les historiens43.

Il serait ainsi nécessaire de se pencher de nouveau sur les méthodes très discutables par lesquelles une enquête unanimement jugée exemplaire, celle que Jean-Jacques Becker a consacrée à l’entrée en guerre de 1914, entend reconstruire « l’opinion »44. Les notes des instituteurs décrivant la mobilisation, sur lesquelles repose le coeur de l’étude, sont écrites, au plus tôt, plus d’un mois et demi après les événements qu’elles relatent après la peur de l’invasion et le soulagement, début septembre, de la bataille de la Marne45. Loin d’une transcription directe de l’événement, n’est-on pas déjà dans une reconstruction ? De plus, leurs auteurs ne sont pas des enregistreurs neutres et passifs de la réalité mais des fonctionnaires solidaires de l’effort de guerre, acteurs directs de la mobilisation. On ne peut pas plus prendre leurs mots comme des indications de la réalité d’une « opinion » qu’on ne peut prendre les appréciations des officiers comme des évocations plausibles du « moral ».

Au-delà de ces problèmes de méthode, c’est la pertinence même d’une étude du « moral » et de l’« opinion » qu’on doit discuter. De façon assez prosaïque, d’abord, en relativisant l’importance dans la Grande Guerre de ce « moral » que chacun s’attache à découvrir. S’il suffisait d’un « bon » moral pour l’emporter, la France aurait peut-être gagné la bataille des frontières, faisant se terminer la guerre fin août 1914, et la Belgique n’aurait pas subi d’invasion. Inversement, si le « mauvais moral » était facteur de défaite, l’Italie, dont les soldats brutalisés par leurs supérieurs affichent un état d’esprit désastreux, n’aurait pas été parmi les vainqueurs ; et la Russie serait sortie de la guerre bien avant 191846. On a montré ailleurs que si les mutineries de 1917 ne débouchaient pas sur une sortie de guerre des soldats français, ce n’était pas parce que leur « moral » s’était repris ni parce qu’ils avaient voulu « tenir », mais parce que leur mouvement privé de relais s’était délité sous l’effet des stratégies de coercition et de temporisation de l’armée47.

Plus largement, de très nombreux exemples, dont les plus célèbres sont Louis Barthas ou Etienne Tanty, montrent qu’on peut faire la guerre quatre années durant sans jamais avoir un « bon moral » : en étant antimilitariste et pacifiste, pour le premier ; désespéré et dégoûté pour le second48. Il importe assez peu que ces individus soient ou non « représentatifs » : pas plus que les autres soldats, ils n’ont le choix. Leur « mauvais moral » ne se traduit pas par une moindre ténacité ni une participation plus faible à la guerre – à l’inverse d’autres combattants affichant un « moral » à toute épreuve jusqu’au moment où ils saisissent une occasion de « s’embusquer ».
Ces observations ont été formalisées et systématisées, d’abord par une immense littérature de sociologie militaire qui montre sans équivoque que les soldats combattent moins en fonction d’opinions et de représentations que de liens sociaux avec leurs camarades49 ; ensuite par des études précises sur la Première Guerre mondiale qui ont éclairé la ténacité combattante et insisté sur les structures sociales encadrant les hommes du front, assurant leur obéissance, quel que soit leur « moral » 50.
En définitive, s’il faut abandonner la notion de « moral », ce n’est pas seulement parce qu’elle est la reprise directe des catégories militaires relevant du contrôle social et de la surveillance des soldats, mais surtout parce qu’elle conduit inévitablement à une régression psychologique. Rapporter la ténacité des combattants à un « moral », c’est faire comme si la participation à la guerre était affaire d’humeur ou d’opinion. C’est faire fi de l’évidence et de l’inertie du conflit, auquel, en France du moins, nul n’a le choix de participer ou non. C’est faire fi des rapports sociaux qui relient les combattants à l’arrière et à leurs camarades, et qui assurent, qu’ils aient « bon » ou « mauvais » moral, leur ténacité. C’est faire fi de l’institution militaire qui encadre ces hommes et s’inquiète de leur « moral » avant tout pour traquer la subversion et gérer des stocks de troupes plus ou moins performantes au combat. Si l’on veut faire l’histoire des combattants de la Grande Guerre, et non reproduire les croyances de leurs chefs, il est temps de dire que le « moral » des soldats n’existe pas.

NOTES
1. Philippe Pétain, « La crise morale et militaire de 1917 », Actes et écrits, Paris, Flammarion, 1974 [1935], p. 121-182, p. 123.
2. Ibid.
3. Pierre Bellet, cité dans Rémy Cazals et André Loez, Dans les tranchées de 1914-2018, Pau, Cairn, 2008, p 51.
4. Albert de Mun, L’Écho de Paris, 16 sept 1914.
5. Emmanuelle Cronier, L’échappée belle : permissions et permissionnaires du front à Paris pendant la Première Guerre mondiale, thèse, Université de Paris-I, sous la dir. de Jean-Louis Robert, 2005, p. 105.
6. Abel Ferry, Carnets secrets 1914-1918, Paris, Grasset, 2005, 17 septembre 1917.
7. Service Historique de la Défense (SHD), 19N305, note (non datée) de la IIe armée pour les commandants de corps d’armée.
8. SHD 19N528.
9. SHD 24N364, parmi de nombreux autres exemples.
10. SHD 24N2771.
11. SHD 16N1485 et suivants.
12. Cf. André Loez, 14-18 Les refus de la guerre. Une histoire des mutins, Paris, Gallimard, coll. « Folio histoire », 2010.
13. SHD 18N37 Rapport de Maistre, commandant la VIe armée, au général commandant le Groupe d’armées nord, 18 juin 1917.
14. SHD 16N1393, contrôle postal du 298e RI, 30 juin 1917.
15. Ibid.
16. Ibid., 2 juillet 1917. Voir aussi les « causeries morales » des chefs dans de nombreuses unités comme le 217e RI (SHDT 19N672, rapport du chef de bataillon commandant le 217e RI, 6 juin 1917).
17. Les Armées Françaises dans la Grande Guerre, tome V, vol 2, chapitre IV : « L’ébranlement et le redressement du moral dans l’armée française », p. 187-221.
18. Cette continuité prend sa source dans les emplois de commentateurs et consultants de presse que trouvent, durant le conflit même, de nombreux officiers. Elle continue d’être illustrée par des auteurs issus de l’armée, dont les travaux font autorité, dans les années 1930 (le capitaine Basil Liddell Hart), 1960 (général Gambiez et colonel Suire, Histoire de la Première Guerre mondiale, Paris, Fayard, 1968, 2 vol.) ou 2000 (général André Bach, Fusillés pour l’exemple, 1914-1915, Paris, Tallandier, 2004 ; lieutenant-colonel Rémy Porte, La mobilisation industrielle : premier front de la Grande guerre ?, Saint-Cloud, 14-18 éditions, 2006).
19. André Corvisier, Dictionnaire d’art et d’histoire militaire, p. 594-598, article « Moral des troupes ».
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20. James C. Bradford (éd.), International encyclopedia of military history, New York et Londres, Routledge, 2006, vol. II, p. 902 : « Morale, an imprecise term, refers to a state of mind. Composed of courage, self-confidence, enthusiasm, and willingness to withstand adversity, morale is a key psychological factor that often offsets advantages in numbers, weapons, and even leadership. »
21. Mark K. West, « Morale, Troop », The Oxford Companion to American Military History, en ligne : http://www.mywire.com/a/Oxford-Companion-American-Military-History/Morale-Troop/9523316/ . consulté le 30 janvier 2010 : « Morale, generally defined, is a state of mind that either encourages or impedes action. The greatest combat commanders have always understood that morale reflects the mental, moral, and physical condition of their troops. These conditions, in turn, directly relate to the troops’ courage, confidence, discipline, enthusiasm, and willingness to endure the sacrifices and hardships of military duty. Troops with high morale can operate, even succeed against high odds, in all kinds of conditions. Poor morale can lead to failure, even when odds favor victory. At a basic level, good morale allows soldiers to overcome fear. »
22. Raymond L. Hightower, « A Sociological Conception of Morale », Social Forces, Vol. 22, n° 4, mai 1944, p. 410-415. L’auteur critique ensuite les usages psychologiques de la notion et en propose une définition qui cadre avec les préoccupations de la sociologie fonctionnaliste : le « moral » dépend du degré d’intégration des individus dans des institutions, dont il permet de mesurer « l’état de santé ».
23. Ainsi, dans un volume récent, on trouve trois articles qui relèvent de cette catégorie : Hew Strachan, « The Morale of the German Army 1917-18 » ; Irina Davidian, « The Russian Soldier’s Moral from the Evidence of Tsarist Military Censorship » ; John Gooch, « Morale and Discipline in the Italian Army, 1915-18 », in Hugh Hugh Cecil, Peter Liddle, Facing Armaggeddon, The First World War Experienced, Londres, Leo Cooper, 1996.
24. Timothy Bowman, Irish Regiments in the Great War : Discipline and Morale, Manchester et New York, Manchester University Press, 2003.
25. Jean-Noël Jeanneney, « Les archives du contrôle postal aux armées (1916-1918). Une source précieuse pour l’histoire contemporaine de l’opinion et des mentalités », Revue d’histoire moderne et contemporaine, t. XV, janvier-mars 1968, p. 209-233, qui prolonge un mémoire de DES consacré au « moral » des combattants.
26. Annick Cochet, L’opinion et le moral des soldats en 1916 d’après les archives du contrôle postal, Thèse de doctorat, Université Paris-X, 1986 ; François Lagrange, Moral et opinions des combattants français durant la Première Guerre mondiale d’après les rapports du contrôle postal de la IVe armée, Thèse de doctorat, Université Paris-IV, 2009.
27. André Loez, 14-18 Les refus…, op. cit., chap. I.
28. On peut savoir gré à François Lagrange (thèse citée) de proposer de très utiles éléments d’histoire de cette institution et des contrôleurs eux-
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mêmes. Le contrôle postal apparaît comme une « planque » particulièrement prisée des militaires issus des milieux les plus aisés : 60 % des lecteurs d’une commission de contrôle sont issus de la « sphère du privé (négociants, employés de banque, comptable, courtier en assurance, propriétaire) ». Ibid., p. 33.
29. J.-N. Jeanneney, art. cit. ; F. Lagrange, thèse citée, p. 38.
30. Qui surestiment manifestement le degré de crédit et de scientificité à accorder aux sondages d’opinion comme instrument de compréhension et de saisie du social, mais c’est un autre problème. Cf. Alain Garrigou, L’ivresse des sondages, Paris, La découverte, 2006, et surtout Pierre Bourdieu, « L’opinion publique n’existe pas », Les temps modernes, n° 318, janvier 1973, p. 1292-1309, repris dans Questions de sociologie, Paris, Les Éditions de Minuit, 1984, p. 222-235.
31. F. Lagrange, thèse citée, p. 27.
32. Voir Martha Hanna, « A Republic of Letters : The Epistolary Tradition in France during World War I », The American Historical Review Vol. 108, n 5, déc. 2003 ; Rémy Cazals et Frédéric Rousseau, 14-18, le cri d’une génération, Toulouse, Privat, 2003.
33. Rémy Cazals, « Non on ne peut pas dire : “à tout témoignage on peut opposer un autre” », Matériaux pour l’histoire de notre temps, n° 91, juillet-septembre 2008, p. 23-27.
34. SHD 16N1426, contrôle postal du 4e RA, 14 mai 1917.
35. Rapport de contrôle postal, 2e armée, 13 octobre 1916, cité par A. Cochet, thèse citée, p. 116 et 314-5.
36. SHD 16N1418, contrôle postal du 109e RI, 5 juin 1917.
37. Cf P. Bourdieu, art. cit.
38. F. Lagrange, thèse citée, p. 353, 527, 884, 908, 932 et 957.
39. Ibid., p. 132.
40. A. Cochet, thèse citée, p. 286 et suiv.
41. Cf. Brigitte Gaïti, « L’opinion publique dans l’histoire politique : impasses et bifurcations », Le Mouvement Social, 2007/4, n° 221, p. 95-104, et P. Bourdieu, art. cit.
42. Filiation indiquée par F. Lagrange, thèse citée, p. 50. L’auteur se livre à un énorme effort pour définir le « moral », ouvrant tous les dictionnaires et citant tous les débats doctrinaux parmi les militaires, sans pouvoir conclure autrement qu’en constatant la complète imprécision du terme, qui reste « flou » (p. 101). Ce qui ne l’empêche pas d’y consacrer ensuite des centaines de pages comme à une chose qu’on pourrait réellement étudier.
43. B. Gaïti, art. cit.
44. Jean-Jacques Becker, 1914. Comment les Français sont entrés dans la guerre, Paris, Presses de la FNSP, 1977 ; voir les remarques critiques d’Yves Pourcher, « Les clichés de la Grande Guerre. Entre histoire et fiction », Terrain, n° 34, 2000, p. 143-158, et André Loez, « Si cette putain de guerre pouvait finir ». Histoire et sociologie des mutins de 1917, Thèse, Université Montpellier-III, 2009, p. 72 et suivantes.
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45. Ces instituteurs répondent à une directive d’Albert Sarraut du 18 septembre 1914 ; certaines réponses sont en fait écrites en 1915, 1916 ou 1917. Voir les archives numérisées du département de la Charente, et la commune de Nersac, par exemple : <http://www1.arkhenum.fr/ad16_cahiers/> (consulté le 14 mars 2010).
46. Dans un article récent, Hew Strachan relativise utilement les dimensions psychologiques de la ténacité combattante, insistant sur l’importance de l’entraînement et de la répétition des gestes et des situations de danger : « Training, Morale and Modern War », Journal of Contemporary History, Vol. 41, n° 2, avril 2006, p. 211-227.
47. A. Loez, 14-18 Les refus…, op. cit.
48. Louis Barthas, Les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914-1918, Paris, La Découverte, 1997 ; Étienne Tanty, Les violettes des tranchées. Lettres d’un Poilu qui n’aimait pas la guerre, Paris, France bleu/Italiques, 2002.
49. Voir la grande enquête The American soldier, présentée par exemple dans Robin M. Williams, « The American soldier : several wars later », Public Opinion Quarterly, vol. 53, 1989, p. 155-174.
50. Frédéric Rousseau, La guerre censurée, une histoire des combattants européens de 14-18, Paris, Seuil, coll. « Points », 2003 ; François Cochet, Survivre au front. Les poilus entre contrainte et consentement, Saint-Cloud, 14-18 éditions, 2005.

 

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31 décembre 2012

Une nouvelle histoire des mutineries de 1917

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Dossier sur les Mutineries de 1917

 

Une nouvelle histoire des mutineries de 1917

vu par Romain Ducoulombier

http://www.laviedesidees.fr/Une-nouvelle-histoire-des.html

article disponible sous document pdf : http://www.laviedesidees.fr/IMG/pdf/20100421_ducoulombier.pdf

L’historiographie de la Grande Guerre est arrivée à l’heure des refus [1] : la publication de l’ouvrage d’André Loez consacré aux mutineries françaises de 1917 confirme ce basculement. Depuis le livre pionnier de l’historien Guy Pedroncini en 1967, cet événement-symbole a souvent été considéré comme marginal, éphémère et inconséquent : s’il n’était pas le fruit d’un complot pacifiste, il s’agissait, selon Guy Pedroncini, non pas d’un « refus de se battre », mais d’un « refus d’une certaine manière de le faire » [2]. Par la suite, la mémoire collective a figé les mutins dans un consensus compassionnel, vivement mis en lumière par le discours de Lionel Jospin à Craonne en 1998 [3].

Avec une rigueur et une clarté remarquables, André Loez se tient à distance de ces interprétations consacrées. Il réfute de manière convaincante les conclusions de Pedroncini et ouvre par là de nouvelles perspectives pour une socio-histoire globale des refus de guerre entre 1914 et 1918, en rupture avec l’anthropologie culturelle du conflit constituée autour de l’hypothèse du « consentement ».

La crise de désobéissance de l’armée française en 1917

Les mutineries d’avril-juin 1917 ne sont pas un événement mineur et marginal pendant le conflit. Avec la mise en évidence de vingt-sept mutineries supplémentaires – pour un total de 111 mutineries dans 61 divisions –, la portée directe de l’événement se trouve élargie : pour obtenir ce chiffre, André Loez a écarté en effet la centaine d’incidents comptabilisés par Guy Pedroncini ou Denis Rolland [4], qui renvoient à des faits dont on ne sait presque rien, pour y ajouter ces nouveaux désordres révélés par l’archive et le témoignage. On ergotera sans doute sur l’étendue du mouvement, qu’une documentation nécessairement lacunaire ne peut rendre dans toute son ampleur. Ce serait manquer le cœur de la démonstration d’André Loez : les mutineries forment en réalité le noyau d’un « halo » d’indiscipline qui traverse l’armée française au printemps 1917. Les désertions et les permissions prolongées se multiplient : dans les cinq divisions étudiées par l’auteur, le nombre des désertions a doublé à la mi-mai 1917, et même triplé à la fin mai et au mois de juin (p. 209). Dans la 77e Division d’infanterie (DI), 15 % de l’effectif a quitté « illégalement » le front : les limites de la désobéissance de la fin du printemps 1917, lors duquel s’ébauche un mouvement d’auto-démobilisation comparable à celui qu’expérimentent les armées russe ou allemande, s’en trouvent redessinées. En fait, c’est la vague des désobéissances collectives qui impose l’arrêt des offensives jusqu’à l’automne, contre le souhait de Pétain devenu généralissime à la veille des événements.

Les mutineries, par ailleurs, s’inscrivent dans un « continuum d’indiscipline » (Timothy Parsons [5]) qui traverse le conflit dès son origine. Il ne faut donc pas avoir une lecture linéaire des événements du printemps 1917 : il ne s’agit pas d’une démobilisation suivie, après son échec, d’une remobilisation patriotique. C’est le sens même du terme de « refus » qui doit en effet être repensé. Il ne s’agit pas d’entendre par là un rejet motivé, politiquement articulé du sens de la guerre : le pacifisme ne forme que l’extrémité la plus élaborée d’un vaste éventail de prises de parole. Ces refus se situent au contraire au croisement de deux logiques : une logique de réticence à la guerre, et une logique de recours illégal à l’indiscipline. Refuser la guerre, c’est bien « vouloir qu’elle se termine, ne plus vouloir y participer, mettre en pratique cette volonté » (p. 545). Le refus de guerre peut donc prendre la forme du désordre incohérent, de la manifestation bruyante et sans suite, ou au contraire devenir pétition, cortège, marche sur Paris : on ne saurait pour autant en disqualifier les formes les plus anodines.

Les mutineries : un mouvement social en temps de guerre

Les mutineries constituent, au sein de l’institution massive qu’est l’armée française de 1917, un mouvement social en temps de guerre : elles peuvent donc être pensées à l’aide d’une sociologie des mouvements sociaux improbables ou émergents, que l’auteur maîtrise avec une grande rigueur. Elles se déploient cependant dans le contexte particulier du conflit de 1914, pendant lequel les manifestations et les prises de parole publiques, qu’elles soient hostiles ou non à la guerre, sont strictement surveillées : par définition, les mutineries sont transgressives, même si leurs effets ont pu être limités. Le fait qu’elles se produisent au printemps 1917 – et non avant ou après cette date – tient néanmoins à l’accumulation précipitée d’événements qui les précède : c’est la modification cumulative de la structure des opportunités perçue par les acteurs qui leur procure le sentiment de pouvoir agir. Cette interprétation nouvelle réclame donc de reconstituer avec précision la chronologie des événements, pour en restituer l’enchaînement précis, mais aussi de dresser une sociologie de la cohorte improvisée des mutins.

Pourquoi les soldats se mutinent-ils ? Le plus souvent, les mutineries éclatent en raison de la perception d’une menace prochaine – d’attaque ou de remontée aux tranchées – ou de la contagion d’un autre mouvement transmise par la rumeur. Le « mode de raisonnement indiciaire » des soldats (p. 178) favorise la consolidation de l’inquiétude. En 1917, l’arrière est en effet devenu porteur d’angoisse dans des proportions jusque-là inédites : des rumeurs catastrophistes circulent à la faveur des grèves qui éclatent à Paris et en province, mais qui reflueront avant que les mutineries n’aient atteint leur apogée – du 30 mai au 7 juin 1917. L’inquiétude collective portée par la rumeur s’est nourrie de la série d’événements accumulés de part et d’autre de l’offensive Nivelle et de son échec au Chemin des Dames, avec lequel s’est refermé l’espoir de l’offensive « finale ». L’annonce du repli allemand de mars 1917, la publication des propositions de paix bolcheviques le 14 mai, le début de la campagne de reportages sur la Russie révolutionnaire dans Le Petit Parisien le 20 mai, les grèves parisiennes et l’attente de la conférence internationale socialiste de Stockholm, qui devait permettre à une Internationale rassemblée de formuler un vœu de paix : tous ces événements forment un faisceau qui donne aux soldats le sentiment d’une possible « fin » en faveur de laquelle prendre la parole pourrait peser. Dès lors, la nomination de Pétain comme généralissime, le 15 mai, est parfois perçue par la troupe comme un signe, non pas de rétablissement, mais de flottement dans l’armée.

Un mouvement analogue, mais inverse, préside à la rétraction des mutineries : le refus des passeports pour Stockholm, sous la pression de Pétain, et le discours du président du Conseil le 1er juin qui rejette tout compromis de paix privent le mouvement de toute issue plausible, tandis que la reprise en mains progressive de l’institution militaire étouffe sa dynamique. La fin des mutineries s’apparente au délitement ordinaire des mouvements sociaux de temps de paix, dans un contexte contraire (p. 502).

Le rôle de Pétain

La reconstitution de la chronologie précise des mutineries dissipe ce qui reste encore – peu de chose, à vrai dire – de l’aura du Pétain de 1917. Deux idées reçues continuent d’entourer le rôle de ce dernier : celui-ci aurait été nommé pour stopper les mutineries ; il aurait fait preuve, dans cette entreprise, d’une certaine mansuétude pour les soldats mutinés. En réalité, le généralissime n’a pas été appelé pour « rétablir l’ordre », puisqu’il est nommé plusieurs jours avant que le gouvernement ne soit informé du mouvement mutin, les 26 et 27 mai. La limitation du nombre d’exécutions n’est pas non plus à mettre à son actif : la répression est moins modérée qu’encadrée et freinée par le pouvoir politique (p. 516). C’est Pétain, au contraire, qui a rétabli début juin les modalités d’une justice d’exception, identique à celle qui avait régné au début de la guerre : les conseils de guerre spéciaux, supprimés en avril 1916, sont rétablis pour quelques semaines au cours desquelles 57 soldats sont exécutés [6]. Mais la répression – prison, travaux forcés – est réelle et ne saurait être réduite à ces fusillés pour l’exemple, à défaut des « meneurs » bien difficiles à identifier.

Le passage à l’action est le fait d’un nombre minoritaire de soldats : l’auteur, par conséquent, ne conteste nullement le fait que les mutins forment un groupe limité d’individus. De nombreux historiens en ont tiré argument pour conclure que les mutineries n’étaient qu’un mouvement limité et marginal de contestation ; en réalité, l’engagement et le refus sont toujours et partout l’exception numérique (p. 200). Les mutineries ne se distinguent donc pas d’autres mouvements sociaux. Reste donc à tenter de dresser une sociologie détaillée du groupe des mutins.

Une sociologie des mutins

L’auteur reconnaît que l’exercice est difficile, par manque de sources. Il s’appuie cependant sur un corpus considérable de 1 757 individus puisés dans cinq divisions [7], répartis entre 443 « mutins » (condamnés pour des manifestations contre le conflit pendant les mutineries) et 1 314 « non-mutins » (jugés pour divers faits de désobéissance tout au long de l’année 1917). La proportion d’hommes déjà condamnés dans les deux groupes est presque identique : les mutins ne sont donc pas de « fortes têtes » ou de « mauvais soldats » déjà condamnés. L’appartenance à un département occupé par l’ennemi ne prémunit nullement contre la participation au mouvement mutin. La présence des « Parisiens » y est plus forte, sans doute du fait de la possession partagée d’un savoir-faire revendicatif mieux diffusé dans la capitale. Les mutins, par contre, sont des « jeunes » : plus de 50 % d’entre eux appartiennent aux classes 1914 à 1917. Ils n’ont donc pas connu « 1914 », moment de cristallisation de l’argumentaire de la guerre défensive française, et ont été socialisés dans une troupe traversée par un discours diffus du refus. La composition socioprofessionnelle du groupe mutin est également révélatrice : les ouvriers en sont quasiment absents, de même que les professions les plus dominées socialement – charretiers, terrassiers ou journaliers. Ce sont, parmi les combattants exposés, les plus instruits et les moins dominés qui passent à l’action ; la présence d’instituteurs exclusivement parmi les mutins est elle aussi significative. La propension à la mutinerie est d’autant plus forte que le sentiment d’enfermement dans une guerre à perpétuité peut s’exprimer de manière socialement articulée.

Par le recours à la sociologie, l’auteur prend ses distances avec les interprétations qui font de la volonté et de la conscience individuelles le ressort des actes et des pratiques collectives. Une armée en guerre est une institution de masse qui demande à être étudiée comme telle. Il n’est donc pas nécessaire de vouloir la guerre pour devoir la faire : les États modernes ont en effet développé leur puissance en mobilisant leurs citoyens, plus ou moins contre leur gré. Les soldats ont donc été contraints de justifier leur présence au front, sans jamais disposer de la possibilité réelle de s’y soustraire. Être soldat est un statut involontaire, provisoire et partiel (p. 27). L’auteur, à la suite de Gérard Noiriel, se défie par conséquent de la manière avec laquelle de nombreux historiens imputent au populaire des sentiments patriotiques dont l’existence n’est pas massivement attestée par l’archive : il existe au contraire, selon André Loez, un rapport ordinaire au conflit qui ne suppose pas une adhésion volontaire et articulée au système de sens imposé, pour l’essentiel, par les élites pour justifier la guerre.

On ne saurait oublier, cependant, que la mise en œuvre par les États de techniques de mobilisation collective s’est précisément opérée, jusqu’à la veille de la guerre de 1914, sous la forme de la nationalisation des masses. La structuration par l’État d’une population diverse au moyen d’une identité nationale qui permet à un peuple inventé de se percevoir comme un sujet de l’histoire est un processus institutionnel et symbolique extrêmement puissant qui enserre les individus. Sans le nommer explicitement, André Loez en rappelle à plusieurs reprises les principaux dispositifs : l’institution scolaire et une théologie nationale formulée par les intellectuels et les détenteurs du pouvoir culturel. Certes, les formes d’adhésion qu’il suscite ne peuvent être réduites à un consentement volontaire et explicite : on ne divorce pas d’une armée en guerre. Mais cette nationalisation des masses ne saurait rester entièrement impensée, quand bien même il s’agirait d’échapper à une conception réductrice de celle-ci. C’est le mystère de la mobilisation de 1914 : les individus reconnaissent, pour l’avoir trop méconnue et tacitement acceptée, l’existence d’une entité qui légitime l’acte de tuer et réclame le sacrifice anticipé de soi. Il en reste quelque chose, en 1917, quand avorte ce mouvement social inachevé.

Si la guerre est un secret que seuls les combattants connaissent, la paix n’est pas leur affaire : selon André Loez, ce ne sont pas eux, ni en Russie ni ailleurs en Europe, qui ont décidé de l’issue du conflit – ni d’aucun autre d’ailleurs –, quelles que soient la radicalité de leur mouvement et l’ampleur de leur indiscipline. La légitimité écrasante de la guerre défensive française les a condamnés à attendre la victoire, pour que soit remboursée une dette incommensurable exigée d’un État sur lequel, en vérité, leurs « droits » magnifiés par Clemenceau en 1919 étaient bien faibles.

 

Pour citer cet article :
Romain Ducoulombier, « Une nouvelle histoire des mutineries de 1917 », La Vie des idées, 21 avril 2010. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Une-nouvelle-histoire-des.html

Notes

[1] Romain Ducoulombier, « La guerre des profiteurs et des embusqués », La Vie des Idées, 11 novembre 2008.

Temps d’héroïsme et de sacrifice des combattants, la Grande Guerre est aussi l’occasion pour d’autres citoyens de s’enrichir ou de se soustraire à leur devoir patriotique. Deux livres récents se penchent sur la place des profiteurs et des embusqués dans l’imaginaire social du temps de guerre et sur la répression de ces pratiques jugées scandaleuses.
pour en savoir plus , téléchargez document pdf : http://www.laviedesidees.fr/IMG/pdf/20081111_ducoulombier.pdf

 

 

[2] Guy Pedroncini, Les Mutineries de 1917, Paris, PUF, 1967, p. 312-313.

[3] Philippe Olivera, « Le mutin derrière le fusillé, ou le silence durable de l’acteur », in André Loez, Nicolas Mariot (dir.), Obéir/Désobéir. Les mutineries de 1917 en perspective, Paris, La Découverte, 2008, p. 416-432.

[4] Denis Rolland, La Grève des tranchées. Les mutineries de 1917, Paris, Imago, 2005.

[5] Timothy Parsons, The 1964 Army Mutinies and the Making of Modern East Africa, Londres, Praeger, 2003.

[6] 26 soldats sont condamnés pour des manifestations « collectives » de désobéissance, les autres à titre seulement « individuel ». On peut débattre par conséquent de l’appartenance des seconds au groupe des fusillés pour actes de mutinerie.

[7] L’annexe de la thèse d’André Loez relative à cette sociologie des mutins est disponible  dans :  Les mutins de 1917  André LOPEZ   (page créée à partir de  http://www.crid1418.org/doc/mutins. )

http://www.laviedesidees.fr/Une-nouvelle-histoire-des.html

—-

L’année 1917 et ses mutineries

 vu par :


 

1-    Les causes

 

Une nouvelle histoire des mutineries de 1917 Carte

 

 

1917, imaginez ces soldats, dans la boue, le froid, sous les bombardements des obus ! La même routine incessante et horrible, en quatre ans les terrains d’affrontements ont changés, les équipements également mais pas leurs conditions de vie. De plus, les permissions sont suspendues : le soldat n’a plus aucun lien avec l’arrière, mêmes les lettres sont ouvertes et censurées. Les soldats se trouvent livrés à eux mêmes avec un commandement défectueux qui ne contribue pas a remonter le moral des troupes, un sentiment d’oubli vis-à-vis de l’arrière naît. Par-dessus cela s’ajoute l’échec désastreux de l’attaque du chemin des dames, la troupe n’y voit plus que massacre et attaques inutiles : les soldats n’ont plus aucune perspective de voir la guerre s’arrêter.

Tous ces facteurs s’additionnaient, provoquant une montée de la grogne parmi les hommes au front.

 

 

 affiche

2-    Les différentes formes de mutineries

 

La principale forme de mutinerie observée est le refus par la troupe de monter au front malgré les ordres émanant de l’état major.  Les soldats acceptaient de conserver les positions, mais refusaient obstinément de participer à de nouvelles attaques vouées à l’échec ou ne permettant pas de gagner que quelques centaines de mètres de terrain sur l’adversaire.

Nous trouvons également des contestations notamment sous formes de chansons : les soldats se manifestèrent à plusieurs reprises en chantant l’internationale ou en brandissant des drapeaux rouges. D’autres désertent ou se mutilent dans l’espoir d’échapper au front.

 

 

Le premier de ces actes d’indiscipline collectifs éclata dans un régiment engagé devant les monts de Champagne, le 17 Avril 1917. Puis, douze jours plus tard, sur le même front, un nouvel incident toucha une autre unité. Cependant, l’incident le plus grave se déroula dans la 41eme division, où, les 1er et 2 juin 1917, 2000 hommes insultèrent le général qui tenait de les calmer et lui arrachèrent ses étoiles aux cris de « Assassin ! Buveur de sang ! A mort ! Vive la révolution» !

 

Exemple de désertion rencontré dans le journal de marche de la 88e Brigade d’infanterie :

 

 

 mutineries

 

Extrait du Journal de Marche Officiel de la 88e Brigade d’infanterie :

« Le Bataillon DENOYER relève en 2e ligne  un bataillon du 42e RI ; 111 Hommes du bataillon SERGENT manquent au rassemblement du bataillon.

Dans la nuit, violent bombardement des boyaux d’accès et des premières lignes.

Pertes : 1 officier tué, (Ss lieutenant Tajasque)

            11 tués, 26 blessés, 3 disparus »

 

 

3-    Les moyens de répression

 mutineries5

Dès la fin de l’offensive du chemin des dames, Nivelle est remplacé par Pétain. Ce dernier parvient à calmer en partie ces contestations : Il améliore le sort des soldats en rétablissant les permissions et adopte une stratégie défensive ce qui limite les pertes en Hommes. Pétain ordonne l’arrêt des coûteuses attaques de consolidation qui avaient suivi l’offensive nivelle. Dans le même temps il s’appliquait à améliorer la vie quotidienne du soldat.

Cependant afin de réprimer ces mutineries, de nombreux poilus furent sanctionnés : 3,500  condamnations dont 1381 condamnations aux travaux forcés ou à de longues peines de prison et 554 condamnations à mort dont une cinquantaine furent effectives.

Pétain usa de pragmatisme afin de calmer ces mouvements revendicatifs : il se rendit lui-même au sein des régiments afin de parler aux Hommes et de leur redonner courage comme en atteste cet extrait du Journal de Marche officiel de la 18eme division d’Infanterie :

 

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« 2 Juillet. Le général Pétain voit à Fismes les officiers de la DI. Le mouvement de relève commence. La 18e DI devient relever »

Des émissaires furent envoyés dans les différents régiments afin de s’assurer du bon déroulement des opérations de guerre et de la discipline des Hommes. Comme en atteste ce document :

Extrait du Journal de Marche Officiel du 3e corps d’armée :

«Le 3 Juin 1917. Un peloton de gendarmes a cheval sous les ordres du commandant PAIRETTE se rend à Berzy-le-sec (Aisne) où il passa la nuit ; il est chargé de prendre le contact des mutins des 370e régiments d’infanterie près de Missy au bois, et de limiter le mouvement pacifiste »

sources :
http://www.laviedesidees.fr/Une-nouvelle-histoire-des.html
http://laguerre14-18.webnode.fr/les-dossiers/les-mutineries-de-1917/

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Dossier sur les Mutineries de 1917

30 décembre 2012

Lettres, carnets, journaux, récits de guerre

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 Lettres, carnets, journaux, récits de guerre

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Lettres et carnets : témoignages des « poilus »

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Carnets, journaux, récits de guerre

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Lettres, carnets, journaux, récits de guerre

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« Les carnets de guerre de louis Barthas , tonnelier,1914-1918″


Ce jour, 5 juin, fut un des plus sanglants de cette stérile bataille d’Artois.
Le communiqué français du lendemain affirmait que notre artillerie avait lancé cinq cent mille projectiles et, j’en appelle à ceux qui se trouvaient dans cet enfer, l’artillerie allemande nous en envoya bien autant.
Un million de coups de canon dans vingt-quatre heures! et sur une surface de quelques kilomètres carrés seulement.
Sur ce chiffre fantastique d’obus lancés de tout calibre, cinquante, cent mille peut-être tombèrent dans le bois où nous nous trouvions.
Sans arrêt des éclats sifflaient dans les airs avec des miaulements bizarre, aigus, plaintifs, bourdonnant, s’abattant parfois en pluie de fer. Nous restâmes toute cette journée étouffante de juin blottis les uns contre les autres, hébétés, l’esprit engourdi, le cerveau serré par une extrême tension nerveuse ; de temps en temps, d’un abri à l’autre nous nous appelions, nous demandant réciproquement si personne n’était blessé. C’est vraiment un miracle qu’au milieu de cette avalanche de ferraille aucun de nous n’ait eu une égratignure.
Si sceptique que l’on soit, on est obligé de se demander si en certaines circonstances on n’est pas protégé par des forces mystérieuses, surnaturelles, qui veillent sur nous.

Edition La découverte

http://tnhistoiredocuments.tableau-noir.net/pages/les_carnets_de_guerre.html

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Extrait d’un journal de guerre d’un soldat en 1914

 « A 7 heures, la relève arrive ! Mais en sortant des tranchées, nous sommes fusillés comme des lapins. Notre camarade Fersit est tué raide. Revenons en arrière. Toute la journée, ça tire et à la tombée de la nuit surtout où l’ennemi nous reprend sa tranchée. Canons, mitrailleuses, charges à la baïonnette, rien ne manque et nous perdons environ une compagnie. Cinq des copains ont été faits prisonniers. A la nuit, tout cesse et on entend au loin les plaintes des blessés impossibles à secourir […]. »

Journal de guerre, 4 décembre 1914, front des Vosges.


http://tnhistoiredocuments.tableau-noir.net/pages/extrait_d_un_journal_de_guerre.html

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Le baptême du feu

 « Soudain les sifflements stridents nous précipitent face contre terre, épouvantés. La rafale vient d’éclater au-dessus de nous. Les hommes à genoux, recroquevillés, le sac sur la tête, se soudent les uns contre les autres.

La tête sous le sac, je jette un coup d’œil sur mes voisins : haletants, secoués de tremblements nerveux, la bouche contractée par un affreux rictus, tous claquent des dents. Cette attente de la mort est terrible. Le caporal, qui a perdu son képi me dit :

« Ah ! ben, vieux, si j’avais pensé que c’était ça la guerre, si ça doit être tous les jours comme ça, j’aime mieux être tué tout de suite… »

Notre premier contact avec la guerre a été une surprise rude. Dans leur riante insouciance, la plupart de mes camarades n’avaient jamais réfléchi aux horreurs de la guerre. »

Galtier-Boissière, cité par Marc Ferro, « La Grande Guerre », NRF.

http://tnhistoiredocuments.tableau-noir.net/pages/le_bapteme_du_feu.html

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Carnets, journaux, récits de guerre lmimginvPaul Meunier. Verdun
Sur les nouvelles, relevées dans la presse. Est-ce ce que l’on peut mentir à ce point là ? Ici le soldat était tellement trompé, qu’il lit les journaux avec la conviction que ce qu’on lui raconte est faux. Situation stabilisée, l’attaque boche a échouée piteusement, leurs colonnes sont bourrées d’enthousiasme, de récits de combat, de ces ineptes bons mots de poilus inventés par des spécialistes.
Ils lisent au grand cœur les exploits de nos héros, la joie de mourir, l’ivresse exquise du corps à corps.
Les innombrables bienfaits de la guerre régénératrice, leur bourrage de crâne apparaît insensé à ceux qui savent.
Leurs lecteurs sont-ils des nouveaux-nés légèrement arrièrés où des vieillards débiles ?
La guerre n’est point telle qu’on la voie sur les couvertures des revues et les affiches de cinéma.
J’ai vu brûler Verdun, J’ai vu les batailles sanglantes, horribles, les blessés qui râlaient, des morts sur lesquels on marchait. J’ai vu des souffrances sans nom , des hommes jour et nuit sous le soleil et sous la pluie, J’ai vu partout la désolation, la ruine, la boue, le sang des copains souffrir de tout, fatigue, faim, soif, blessure.
Vous trouvez ça beau vous ?
Verdun c’est l’enfer.
Çà ne se raconte pas. Ca se vit.
On aura tout vu, c’est l’antre béant où le rat mort, ces visages livides, et ces corps gelés. Sur les cadavres, la vermine, une odeur épouvantable que nous ne connaissions pas.
Toutes ces horreurs sans nom qui nous environnent ne sont rien à côté de celles qui se préparent.
Quelle atmosphère d’affolement, d’inouï et de jamais vu.
Où sommes nous?
Paul Meunier. Verdun
http://tnhistoiredocuments.tableau-noir.net/pages/paul_meunier.html
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L’enfer de Verdun (1916)

Voici ce que raconte le capitaine d’infanterie Charles Delvert qui défendit Verdun en juin 1916:

1er juin. L’aspect de la tranchée est atroce. Partout les pierres sont ponctuées de gouttelettes rouges. Par places, des mares de sang. Dans le boyau, des cadavres raidis couverts d’une toile de tente. Une plaie s’ouvre dans la cuisse de l’un deux. La chair, déjà en putréfaction sous le grand soleil, s’est boursouflée hors de l’étoffe et un essaim de grosses mouches bleues s’y presse.

A droite, à gauche, le sol est jonché de débris sans nom. Boîtes à conserve vides, sacs éventrés, casques troués, fusils brisés, éclaboussés de sang. Une odeur insupportable empeste l’air. Pour comble, les Boches nous envoient quelques obus lacrymogènes qui achèvent de rendre l’air irrespirable. Et les lourds coups de marteau des obus ne cessent de frapper autour de nous.

Samedi 3 juin. Il y a près de soixante-douze heures que je n’ai pas dormi. Les Boches attaquent de nouveau au petit jour (2 h 30). Nouvelle distribution de grenades. Hier, on m’en a vidé vingt caisses, il faudra être plus modéré.

Du calme, les enfants ! Laissez-les bien sortir ! On a besoin d’économiser la marchandise. A vingt-cinq pas ! Tapez-leur dans la g… ! A mon commandement. Feu!

Et allez donc !

Un craquement d’explosions. Bien ensemble, bravo ! Une fumée noire s’élève. On voit les groupes boches tournoyer, s’abattre. Un, deux se lèvent sur les genoux et s’esquivent en rampant. Un autre se laisse rouler dans la tranchée, tant il est pressé.

Quelques-uns progressent cependant vers nous, pendant que leurs camarades restés      dans la tranchée et leurs mitrailleurs nous criblent de balles. En rampant, un Boche arrive même jusqu’à mon réseau. On lui envoie une grenade en pleine tête.

A 3 h 30 ils en ont assez et rentrent dans leur trou.

Cité par A. Ducasse, J. Meyer et G. Perreux, Vie et mort des Français, 1914-1918, Hachette.        
http://tnhistoirexx.tableau-noir.net/pages12/enferverdun.html
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Un survivant de Verdun témoigne

 « Mardi 29 février 1916.

L’attaque allemande de Verdun a continué, formidable. C’est la grande offensive tant annoncée (…). Le carnage est immense. La débauche des projectiles d’artillerie est incroyable : 80 000 obus en quelques heures, sur un espace de 1 000 mètres de long et 3 à 400 mètres de profondeur. Trois millions d’obus en quelques jours. On se demande comment des êtres vivants arrivent à se maintenir et à combattre dans pareil enfer (…).

Vendredi 21 août.

Près d’un million d’hommes sont tombés là, sur ce front minime. Des centaines de milliers de tonnes d’acier et d’explosifs ont été déversées sur ce sol. Le résultat est nul (…). »

Le journal de guerre du docteur Marcel Poisot.

http://tnhistoiredocuments.tableau-noir.net/pages/un_survivant_de_verdun.html
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La peur avant l’attaque
 « Il est 10 heures : à l’heure H… (11 heures moins dix), le commandant vient d’envoyer aux officiers sa montre et l’ordre écrit. La compagnie attaquera l’élément de tranchée dit tranchée des Hongrois compris entre les points A et C sur le plan directeur. Et voilà, c’est fini, l’ordre d’attaque est arrivé ; les hommes taillent des gradins dans le parapet pour sauter tout à l’heure. Je sais bien que nous sommes venus ici pour prendre Douaumont[1] ; ce n’est un mystère pour personne qu’il va falloir une fois de plus exposer sa chair ; on le sait, les hommes le savent tous. Et pourtant, pourtant jusqu’à maintenant, jusqu’au passage de cette montre, de ce pli que j’ai eu dans les mains, que j’ai donné à l’agent de liaison pour qu’il le porte au lieutenant, ma pauvre tête a douté, a espéré… Quoi ? je n’en sais rien moi-même : un contrordre, une relève, l’opération remise, que sais-je, un tas de folies que ma volonté rejette à mesure qu’elles se présentent, que je ne veux pas croire, auxquelles je ne veux pas penser, tout entier à ce sentiment qu’il faut avoir : se tenir correctement devant la mort ! Ce n’est pas bien difficile de dire cette petite phrase ; mais quel effrayant effort il faut faire, mon Dieu ! »

Sous-lieutenant Guy Hallé, Là-bas avec ceux qui souffrent, Paris, Garnier, 1917.

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                   Karl Gorzel la Somme 1-10-1916.

L’attaque anglaise a commencé [le 12 septembre]… A l’aube, j’ai jeté un coup d’œil à la ronde . Quel spectacle effarant ! Plus trace de tranchée ; rien que des trous d’obus, aussi loin que porte le regard – des trous comblés à leur tour par de nouvelles explosions, réexplosés puis recomblés… Les blessés allongés gémissent, impuissants. La réserve d’eau s’épuise… Le feu augmente pour atteindre une intensité tellement ahurissante qu’on ne distingue plus une détonation de la suivante. Nos bouches et nos oreilles sont emplies de terre. Trois fois enterrés et trois fois déterrés, nous attendons. Nous attendons la nuit, ou l’ennemi ! Et la danse macabre des obus qui explosent devient encore plus folle – on ne voit rien, sauf de la fumée, du feu, des jaillissements de terre…
Soudain, le barrage se lève… et là, juste devant, nous distinguons la première vague de l’ennemi , …. Enfin la délivrance! Tous ceux qui ne sont pas blessés, qui sont encore capables de lever un bras, se lèvent et nos bombes, comme une averse de grêlons, pleuvent sur l’ennemi qui nous attaque. La première vague gît face contre terre devant nos trous, mais déjà la deuxième est sur nous. Derrière, d’autres Anglais arrivent en rangs serrés. Tous ceux qui parviennent jusqu’à nos lignes sont éliminés au terme d’un combat singulier à la baïonnette. Mais nos bombes volent avec une puissance redoublée vers les rangs ennemis. Elles y accomplissent leur œuvre terrible et les colonnes anglaises qui nous attaquent tombent comme les épis de maïs mûrs sous la faux. Quelques-uns, rares, s’échappent et fuient à toutes jambes par les boyaux. Nous tombons, hébétés, sur la terre torturée et soignons les blessés du mieux que nous le pouvons, en attendant la seconde attaque, ou la nuit… J’allume une cigarette et m’efforce de penser – de penser à nos morts et à nos blessés, aux souffrances de l’humanité ;de projeter mes pensées vers chez moi. Mais foin de ces pensées ! Le présent revendique ses droits – il exige un homme, non un rêveur… Les renforts arrivent, tout est nettoyé, les morts sont enterrés et une nouvelle journée commence, plus horrible encore que la précédente. Telle est la bataille de la Somme – combat sanglant de l’Allemagne pour la victoire. Cette semaine, nous avons atteint les limites ultimes de l’ endurance humaine – ce fut l’enfer !

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Les mutineries de 1917

 « Ce n’est plus une guerre, c’est un massacre complet.

Je te dirai qu’en ce moment tous les combattants en ont marre de l’existence.

Il y en a beaucoup qui désertent. »

Cité par Guy Pedroncini, Les mutineries de l’armée française, 1968.

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La fin de la guerre

 « L’armistice est signé. Les canons et les cloches l’ont annoncé hier matin à toute la France. Le carnage finit par l’éclatante victoire de nos armes et par la défaite de ceux qui l’avaient prémédité, organisé, voulu. Les morts vengés par la victoire, voilà ce qui est digne d’être appelé la justice. Les morts sont vengés, les crimes seront châtiés durement ! Quant à l’Allemagne vaincue, les rapports que le monde civilisé entretiendra désormais avec elle dépendront de la façon dont elle saura accepter la défaite et le châtiment, régler ses comptes, expier. »

D’après Alfred Capus, Le Figaro, 12 novembre 1918.

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29 décembre 2012

Les marraines de guerre

Classé sous — milguerres @ 23 h 15 min

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 Les femmes et la Guerre

Les marraines de guerre

http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/les-marraines-de-guerre

Les marraines de guerre l’autre famille des soldats Soutenir le moral des soldats : telle fut la mission des marraines de guerre. Cette institution populaire née durant la Première Guerre mondiale a laissé un souvenir marquant qui explique sa réapparition en 1939. Pourtant, les circonstances de sa création restent largement ignorées, et l’on a oublié depuis longtemps que l’armée s’en était défiée et que les moralistes les avaient traînées dans la boue. Pourquoi les marraines ont-elles fait peur et, paradoxalement, comment s’explique leur popularité ?

 

La vicomtesse Benoist d'Azy, au PC du fort de Douaumont

La vicomtesse Benoist d’Azy, au PC du fort de Douaumont.
Source : ECPAD

La guerre devant être courte, rien n’avait été prévu en 1914 pour soutenir le moral des soldats. Mais les fronts se figent, la guerre s’enlise dans la boue des tranchées et la question commence naturellement à se poser. Elle se pose de façon plus aiguë pour les mobilisés originaires des régions envahies qui sont coupés de toutes nouvelles de leurs familles et qui par là-même sont privés de soutien affectif, de mandats, de colis et de toutes les attentions qui permettent de tenir en donnant un sens au combat. Cela n’a l’air de rien, mais les semaines passant, le moral est gravement atteint. « Je suis dans mon escouade seul de ma condition, écrit l’un d’entre eux. Les autres reçoivent de belles et longues lettres en bas desquelles je vois quelquefois : tes parents qui t’embrassent. J’ai beau faire, je vous avoue que je suis jaloux de leur bonheur et, pourtant fort de caractère, j’ai déjà eu souvent envie de pleurer. J’ai bien fait des efforts pour ne pas me plaindre ». « Il n’y a pas pour moi de moments plus durs que la distribution des lettres », confie un autre (1). Livrés à eux-mêmes, ces soldats sont secourus par diverses oeuvres et associations qui ne peuvent toutefois remplacer l’affection d’une mère, d’une épouse ou d’une soeur. C’est pour eux qu’est conçue à la fin de l’année 1914 la généreuse idée des marraines de guerre.

La vicomtesse Benoist d'Azy, marraine du fort de Douaumont

La vicomtesse Benoist d’Azy, marraine du fort de Douaumont. Source : ECPAD

La Famille du soldat est la première association à voir le jour en janvier 1915. Créée par Mlle de Lens, elle bénéficie du patronage de hauts personnages et de la publicité gratuite de L’Écho de Paris, qui ne tarde pas à fonder sa propre officine devant l’afflux des lettres des soldats en souffrance, tout comme d’autres journaux (L’Homme enchaîné, La Croix, Le Journal…). L’œuvre Mon soldat apparaît ensuite, fondée par Mme Bérard et soutenue par le ministre de la Guerre, Alexandre Millerand, avant qu’une myriade de journaux et d’associations diverses se proposent à leur tour de jouer les intermédiaires. Ces premières œuvres sont hautement morales et patriotiques, dirigées par des dames patronnesses conservatrices qui veulent rappeler que les Français forment une famille solidaire et unie. Le terme de « marraine » lui-même n’est d’ailleurs pas innocent. Appartenant au vocabulaire religieux, il évoque l’engagement devant Dieu de suppléer les parents si ceux-ci viennent à disparaître et démontre que les correspondantes remplissent une mission naturelle de secours à un membre de la communauté nationale. Pour certaines femmes, cet engagement familial prend un sens concret, comme pour cette mère en deuil qui écrit à la Famille du soldat : « Je n’ai plus de fils, je l’ai donné à la France. Rendez-m’en un autre dans la personne d’un soldat séparé des siens« .

Du filleul au prince charmant L’invention de la marraine participe ainsi au thème de l’Union sacrée et de la soi-disant disparition des barrières sociales et autres distinctions qui ont empêché les Français d’être solidaires avant 1914. Une pièce d’Abel Hermant et André Reuze, La marraine inconnue, jouée à la salle Hoche en décembre 1916, exploite ce terrain de la réunion des classes sociales en proposant une histoire qui allie le mythe du prince charmant à celui de l’unité des classes (2) : l’affection que porte Philippe, le filleul aisé, à Renée, fille d’une femme de ménage, débouche naturellement sur le mariage. Moins aveugle sur la possibilité de surmonter les clivages, une chanson sur les amours d’un jeune poilu sans fortune et d’une riche marraine, parue dans Le Canard poilu du 19 janvier 1916, se termine tout de même par un happy end :

« Or voici qu’un jour le papa dit à sa fille : il ne faut pas poursuivr’ cet amour qui commence ton âme en ressent trop d’émoi et puis c’jeune homme n’est pas pour toi, cessez donc toute correspondance. [...] Il vint en permission avec une belle décoration vit sa marraine et dit au père : Monsieur, si j’me suis bien battu c’est pour défendre vos écus, sans nous vous n’en auriez plus guère C’est pourquoi j’ai l’honneur De vous demander l’coeur Et la main de votr’ fille. Et le papa charmé Lui dit : c’est accordé Vous êtes de la famille ».

Mariage ? Amour ? Il ne s’agissait pas de cela quand les premières associations ont vu le jour mais seulement d’un devoir patriotique à caractère familial. Très vite cependant, les marraines de guerre sortent du cadre moral qui avait présidé à leur fondation. Le bouleversement est de trois ordres : non seulement le « marrainage » s’étend très largement au-delà des soldats privés de famille et échappe au contrôle des œuvres fondées en 1915, mais il se transforme en un flirt épistolaire, une relation sentimentale entre jeunes hommes et jeunes femmes. Henriette de Vismes, qui participe à la fondation de La Famille du soldat, ne parle des marraines que sous la figure de la mère ou de la sœur et refuse absolument d’envisager la sentimentalisation des relations et l’amour qui peut en résulter : « Les vraies marraines et les vrais filleuls, la vraie pitié et le vrai malheur ont d’autres sollicitudes et des visées plus hautes. [...] Et si parfois dans les heures immobiles au fond de la tranchée où la nuit triste peu à peu descend, un jeune filleul se prend à rêver plus ému à sa jeune marraine, c’est pour l’apercevoir au-dessus de lui, parée de toutes les grâces mais aussi de toutes les vertus, intangible et presque sacrée, sous les traits d’un ange ou d’une sainte descendue du Ciel pour le secourir ». Pourtant, la réalité est tout autre ; des relations sentimentales se sont nouées, des rencontres ont eu lieu lors des permissions où des marraines ont offert, selon l’expression des poilus, « bon repas, bon gîte et le reste », et des mariages ont bien eu lieu. Le fantasme de la marraine légère court les tranchées ; et puis ouvrir son cœur et son lit, n’est-ce pas « un autre devoir patriotique » ? (3)

Ce glissement du patriotique vers le sentimental est identifié dès 1915 quand la revue légère Fantasio invente l’oeuvre du « Flirt sur le front » le 1er mai de cette année-là. Ce bimensuel illustré s’inquiète de la solitude amoureuse des jeunes combattants et se propose de servir d’intermédiaire entre les deux sexes. Mais très vite les demandes des soldats dépassent les offres des demoiselles et le « Flirt sur le front » est victime de son succès. Le 15 août 1915, il se targue d’avoir déjà accordé 6 000 soldats et marraines, un chiffre que l’association Mon soldat n’atteindra qu’en 1917 ! Le 15 novembre, submergé de demandes militaires, Fantasio annonce qu’il met un terme à son initiative. Mais le flambeau du courrier du coeur est repris par la principale revue grivoise illustrée de l’époque : La Vie parisienne. Le 4 décembre 1915, elle ouvre ses colonnes aux petites annonces des mobilisés. Ils ne sont que deux à lancer une bouteille à la mer ce jour-là, mais six mois plus tard la revue hebdomadaire fait paraître deux pleines pages d’annonces de filleuls en quête d’adoption.

Devant la demande, La Vie parisienne en profite pour faire monter les prix de la ligne publiée, de deux francs en 1916 à quatre francs en 1918. Dans ce flot, il faut se distinguer par tous les moyens : « Il pleut ! nos abris sont inondés. Vite, petites marraines, un mot et nous sommes sauvés« , écrit le lieutenant Raoul Denys, du 155e régiment d’infanterie. On ne cache pas ce que l’on recherche, allant droit au but : « Deux jeunes sous-officiers dem. Corresp. Avec gentilles parisiennes, très affectueuses« , écrivent deux artilleurs tandis que le maréchal des Logis Heufel fait paraître cette annonce : « La guerre est infiniment longue et je voudrais bien avoir, moi aussi, une petite marraine affectueuse et sentimentale qui me ferait oublier les jours qui s’écoulent si lentement. Discrétion de gentilhomme« .

Populaires malgré les critiques Pour les « pères-la-pudeur », la marraine de guerre devient alors un péril social scandaleux, le reflet du délabrement des mœurs : « D’un mot où s’abrita tant de pieuse et patriotique bienfaisance, des gens couvrent leur cauteleux proxénétisme« , s’étrangle l’Œuvre française, le 25 janvier 1917. Et La Vie parisienne se voit traitée d’agence de prostitution ! Progressivement, les marraines de guerre ne sont plus vantées dans la presse comme l’incarnation du patriotisme mais dénigrées, présentées comme des vieilles filles qui se lancent dans le jeu de la séduction en profitant des circonstances. Dans L’École des marraines, la romancière Jeanne Landre se moque d’une quinquagénaire ronde et « basse sur pattes » qui se « rattrape à distance ». Ce thème de la vieille fille catastrophée par la venue du filleul en permission devient même un sujet de pièces de théâtre telles Cœur de marraines, Son filleul ou encore Parrains-marraines. On encensait hier les marraines, on s’en moque aujourd’hui. La pièce de boulevard Nénette a un filleul touche le fond en présentant une femme frivole qui se réjouit de la venue de son filleul en permission avant qu’elle ne découvre qu’il s’agit d’un prêtre ! Cette image dégradée est à l’origine de la crise de vocation qui se constate dès 1916. La lassitude, la longueur du conflit, la déception des rencontres, la mort des filleuls vécue douloureusement y sont aussi pour quelque chose. Il n’y aura jamais tout à fait d’adéquation entre la demande des soldats et celle des jeunes femmes : « Est-ce que par hasard je n’aurais pas de lectrices ? » s’étonne en janvier 1916 une journaliste de La Bataille, qui réclame des marraines pour les poilus qui lui écrivent. Le 9 février 1917, elle reconnaissait son échec : « Marraines, marraines, si vous n’avez pas pitié, je vais bientôt être ensevelie sous la pyramide de lettres des aspirants filleuls. Entendez mon cri de détresse, volez à mon secours« . La marraine n’est-elle pas morte de son succès ?

L’armée, pour sa part, n’apprécie guère l’initiative du « marrainage ». Elle redoute que des espions ne se glissent dans la peau des correspondantes pour tester le moral des soldats, connaître le déplacement des troupes, les préparatifs en cours et d’autres informations qui pourraient être utiles à l’ennemi. Dès le 18 mai 1915, le ministre de la Guerre Alexandre Millerand – qui donne en même temps son soutien à Mon soldat - écrit au ministre de l’Intérieur pour lui demander de surveiller les postes restantes. Après accord avec le ministre des PTT, les correspondances adressées sous chiffres ou sous initiales ne sont plus distribuées mais jetées au rebut. Parmi les agences de poste restantes privées, l’entreprise Iris subit les foudres des patriotes et La Tribune de Paris mène contre elle une campagne virulente, l’accusant d’être le relais du proxénétisme et de l’espionnage allemand. Les annonces seraient codées ou bien des espions se cacheraient derrière, fantasment les moralistes. Une note du 2e bureau, c’est-à-dire le service de renseignement militaire, invite en juin 1917 à combattre les annonces des marraines dans la presse qui peuvent cacher « des agents de l’ennemi empruntant le langage des demi-vierges, sachant bien qu’en correspondant avec certains officiers, ceux-ci ne manqueront pas tôt ou tard de commettre certaines indiscrétions d’ordre militaire » (4). Le journal conservateur L’Intransigeant ne voit pas d’autre explication à l’échec de l’offensive du Chemin des Dames en avril 1917 : la France a été vaincue par les petites annonces « pornographiques » derrière lesquelles se dissimule l’espionnage allemand. Selon Gabriel Perreux, le 2e bureau aurait répondu à de nombreuses annonces pour sonder les motivations des marraines et s’assurer qu’on n’y trouvait pas un relais de Berlin. Les Britanniques ont, pour leur part, opté pour la manière forte, interdisant à leurs hommes les marraines françaises.

Certains généraux français auraient bien aimé adopter cette fermeté, le commandant des armées du nord et de l’est demandant solennellement au ministre de la Guerre, le 28 juin 1917, d’interdire les filleuls et les marraines. Sans succès. Même critiquées, les marraines sont trop populaires pour que l’on puisse jeter l’opprobre sur elles. La seule tentative d’interdiction n’a concerné que les marraines suisses en février 1916, mais l’initiative du 2e bureau a été désavouée le mois suivant par le gouvernement qui ne voulait pas de complication diplomatique en incriminant les femmes suisses. En fait, la marraine de guerre fait peur aux militaires comme aux moralistes parce qu’elle incarne la libéralisation des mœurs, parce qu’elle est une femme libre qui écrit à des hommes, sans tutelle ni surveillance. Pire, l’existence de la marraine rappelle que les héros sont des êtres de chair et de sang, qu’ils souffrent et ont besoin d’affection, qu’ils sont fragiles et malheureux. Mais où est le héros stoïque, chaste et déterminé que dépeint la propagande ?

En 1918 et 1919, alors que la guerre s’achève et que des unions ont lieu entre d’anciens filleuls et marraines, l’idée ne disparaît pas et ressurgit sous la forme des adoptions de villes et villages dévastés par les cités de l’intérieur qui ont été épargnées matériellement. À l’instar de Marseille qui adopte la ville éprouvée d’Arras le 15 octobre 1918 et lui offre une somme de 900 000 F pour relever ses murs, la France qui n’a pas connue la dévastation devient marraine des régions ruinées. Même les anciens alliés se mettent de la partie et rejoignent le mouvement, comme Londres qui fait de Verdun sa filleule. Au 1er janvier 1921, vingt millions ont été collectés dans toute la France créant un mouvement de solidarité qui prend modèle, à une échelle collective, sur celui qui vit le jour en 1915 autour des soldats privés d’affection. La marraine, oui, a bien mérité de la patrie !

Notes : (1) Henriette de Vismes, Histoire authentique et touchante des marraines et des filleuls de guerre, Paris, Perrin, 1918, 298 p., p. 60-63. (2) Archives de la préfecture de police, B/A 772, pièce visée n° 2562. (3) Gabriel Perreux, La vie quotidienne des civils en France pendant la Grande Guerre, Paris, Hachette, 1966, 351 p., p. 41. (4) Service historique de la défense 16 N 1554

Source : Jean-Yves Le Naour, Historien. Revue « Les Chemins de la Mémoire n° 181″ – mars 2008 pour MINDEF/SGA/DMPA
http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/les-marraines-de-guerre

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 Les femmes et la Guerre

Lettres et carnets : témoignages des « poilus »

Classé sous — milguerres @ 18 h 05 min

 

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 Lettres, carnets, journaux, récits de guerre

 

Lettres et carnets : témoignages des « poilus »

Restés plusieurs mois dans les tranchées, les soldats ont, dans des carnets personnels ou dans des lettres,

largement décrit la réalité de la guerre.

http://tnhistoirexx.tableau-noir.net/pages12/premiereguerretemoignage.html

L’héroïsme

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8À deux heures et demie, un aéroplane allemand survole nos positions. Nous étions repérés et vingt minutes après, le premier obus éclatait à six pas de moi. J’ai été soulevé, projeté à cinq mètres, tout le corps anéanti, couvert de sang. Je me suis levé, abruti, incapable d’articuler un son et j’ai marché. Des hommes étaient couchés sur la route, morts. J’ai couru. Quelle grêle d’obus ! J’en entends un au-dessus de moi, je me lance dans la tranchée, il éclate à un mètre, je me relève, je pars de nouveau. Je me disais : jamais je n’arriverai à l’ambulance. Ah ! Mon ami, que c’est laid la guerre moderne.

Lettre de Jean de Pierrefeu à un ami, 1914, Anovi, www.grande-guerre.org

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8Tu ne saurais croire l’héroïsme de nos soldats. Hier devait avoir lieu l’attaque d’une tranchée allemande. Au signal, les lieutenants s’élancent en criant : « En avant ! », « A l’assaut ! », « Pour la France » ; et l’un d’eux entonne La Marseillaise. Derrière eux, toute la section. Quel élan, quel enthousiasme pour ces hommes qui savent pourtant qu’ils n’ont aucune chance. Les lieutenants meurent, frappés à la tête. Les soldats tombent à leur tour impossible d’avancer. Les vivants se couchent et tentent d’amonceler de la terre devant leur tête pour se protéger des balles. Le commandant leur fait dire de se replier. Hélas, on ne peut ni avancer, ni reculer. Il faut attendre la nuit. Au soir, un blessé me dit : « Ce qu’il faut souffrir pour la France.»

Lettre du Dr Martin-Laval à sa sœur,  Paroles de poilus.

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8Mon général, je me permets de demander à passer dans l’infanterie. Je considère que ma place est là où les risques sont les plus nombreux. Je fais partie d’une famille israélite naturalisée française. Je veux après la guerre, si je reste en vie, avoir la satisfaction d’avoir fait le maximum de mon devoir. Je veux que personne ne puisse me contester le titre de Français, de vrai et de bon Français. Je veux, si je meurs, que ma famille puise être fière de moi, et que personne ne puisse lui reprocher ses origines étrangères. De toute mon âme et de tout mon cœur, je suis décidé à servir la France le plus vaillamment possible.

Lettre du soldat Henry Lange, 1917, Paroles de poilus.

 

La dure réalité des tranchées

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8Notre tranchée a une longueur de 100 mètres. Elle est profonde d’un mètre et la terre a été jetée devant, si bien que l’on peut passer debout sans être vu. Elle est très étroite et par endroits, on a creusé plus largement pour pouvoir se croiser quand on se rencontre. Dans le fond, on creuse de petites caves où un homme peut se coucher pour se protéger des obus.

Lettre d’Adolphe Wegel, 1915, Paroles de poilus.

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8Je viens de déjeuner, mais qu’est-ce qu’une demi-boule de pain pour une journée ! J’en ai mangé la moitié et j’ai encore plus faim. Rien que le matin, il me faudrait la boule entière ! Le froid aiguise terriblement l’appétit et, ne pouvant le satisfaire, on est obligé de se recoucher.

Lettre d’Etienne Tanty, 1914, Anovi, www.grande-guerre.org

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8Voilà près d’un mois que je ne me suis ni déshabillé, ni déchaussé ; je me suis lavé deux fois : dans une fontaine et dans. Un ruisseau près d’un cheval mort ; je n’ai jamais approché un matelas ; j’ai passé toutes mes nuits sur la terre. On dort un quart d’heure de temps en temps. On dort debout, à genoux, assis, accroupis et même couché. On dort le jour ou la nuit, à midi ou le soir. On dort sur les chemins, dans les taillis, dans les tranchées, dans les arbres, dans la boue. On dort même sous la fusillade. Le silence seul réveille.

Lettre d’André Fribourg au journal l’Opinion, 1915, Anovi, www.grande-guerre.org

 

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8La pluie approche. Une goutte tombe sur mon képi. Après une heure, la pluie redouble : c’est l’averse. Accroupis dans la tranchée, nous attendons. L’uniforme s’imprègne brin à brin. Après trois heures, je sens comme un doigt froid sur ma chair. C’est l’eau qui pénètre. Manteau, veste, chandails, chemise ont été traversés. Après quinze heures, il pleut. La nuit froide glace l’eau dont nous sommes revêtus. Après vingt-quatre heures, il pleut. La canonnade redouble. Je me baisse, je me couche au fond de la tranchée, dans l’eau. Après deux jours, il pleut.

Lettre d’André Fribourg au journal l’Opinion, 1915, Anovi, www.grande-guerre.org

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8Voici comment se passent nos nuits. À 8 heures 1/2, la canonnade s’arrête peu à peu. Le silence règne enfin. On entend les pas des soldats, les roulements des caissons de ravitaillement. Défense d’allumer des feux. On mange froid et l’on se couche, à même le sol. On dort tout équipé. Pas de couverture. Des loques humaines couchées en désordre. Une heure du matin. Bing ! Un coup de feu. Bing ! Un autre coup. Une fusillade éclate. L’ennemi attaque comme toutes les nuits, pour nous fatiguer. Quel réveil de cauchemar.

Lettre de Jean de Pierre feu à un ami, 1914, Anovi, www.grande-guerre.org

Le désespoir

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8J’ai le cafard. Voilà six mois que ça dure, six mois, une demi-année qu’on traîne entre la vie et la mort, cette misérable existence qui n’a plus rien d’humain ; six mois sans espoir. Pourquoi tout ce massacre ? Est-ce la peine de faire attendre la mort si longtemps à tant de milliers de malheureux, après les avoir privés de vie pendant des mois. Nous devenons des brutes. Je le sens chez les autres, je le sens chez moi. Je deviens indifférent, sans goût, j’erre, je ne sais quoi faire.

Lettre d’Etienne Tanty, 1915, Anovi, www.grande-guerre.org

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8On nous ordonne : « Allez là ! » Et nous y allons. On nous ordonne : « Attaquez ! » Et nous attaquons. Puis les mouvements recommencent, des marches errantes, avance, recul, des haltes, des manœuvres qu’on ne comprend pas. Une seule fois, le capitaine nous a exposé ce que nous allions faire. Il ne nous a pas révélé quelle bataille décisive allait s’engager. Pourtant, ce fut assez : une lumière était en nous. On nous disait : « Nous comptons sur vous. »

Carnet de M. Genevoix, 1914, Anovi, www.grande-guerre.org

 

 

Etudes de lettres de poilus

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8Les Frères Bouchet

http://crdp.ac-amiens.fr/cddpoise/oise14_18/lettres_de_poilus.html

http://crdp.ac-amiens.fr/cddpoise/oise14_18/AD60_52J_5_309_001.jpghttp://crdp.ac-amiens.fr/cddpoise/oise14_18/AD60_52J_5_310_001.jpg

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Les frères Bouchet

Originaires de Creil, les six frères Bouchet, Paul, Jean, André, Pierre, Marc et Henri, ont durant la guerre adressé à leurs parents et à leur sour 1100 lettres. L’ensemble de cette collection a été acquise par les Archives départementales de l’Oise (sous-série 52J) en 2003 à Bruxelles.

Son intérêt réside dans son exceptionnel volume, dans la qualité d’expression de ces jeunes hommes et la diversité des sujets qu’ils traitent.

A la veille de la commémoration de l’armistice, voici  cinq lettres de Marc, Henri et Jean  Bouchet datant de novembre 1918. A cette date, Marc est incorporé au 41éme bataillon de chasseurs, il est envoyé à partir du 7 novembre en Belgique. Il décrit donc Bruxelles dans sa lettre du 22 novembre. Henri, âgé de 20 ans en 1918, cadet de la famille, est depuis août à l’école d’artillerie de Fontainebleau. La seule lettre de Jean parlant de la victoire, et donc de sa libération, date du 25 décembre. Jean avait été fait prisonnier en avril 1915 dans la Meuse.

Seuls Marc, Henri et Jean ont pu témoigner à travers leur correspondance de l’armistice.
Paul a été porté disparu des le 29 août 1914, son corps n’a jamais été retrouvé. André, blessé dès son deuxieme jour de combat, a été fait prisonnier en septembre 1914 puis rapatrié en France pour invalidité. Pierre engagé en décembre 1914 et a été tué lors d’un combat aérien le 14 août 1918.

sources :

textes :

http://tnhistoirexx.tableau-noir.net/pages12/premiereguerretemoignage.html

http://crdp.ac-amiens.fr/cddpoise/oise14_18/lettres_de_poilus.html

images :

http://crdp.ac-amiens.fr/cddpoise/oise14_18/lettres_de_poilus.html

 

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Lettres, carnets, journaux, récits de guerre

26 décembre 2012

Le rôle des femmes durant la Première Guerre mondiale

Classé sous — milguerres @ 23 h 35 min

 

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 Les femmes et la Guerre

 

Le rôle des femmes françaises

durant la Première Guerre mondiale

http://suite101.fr/article/le-role-des-femmes-durant-la-premiere-guerre-mondiale-a18698#axzz2GBuxabhk
La Grande Guerre pointe le bout de son nez et voici que l’on a besoin des femmes pour remplacer les millions d’hommes envoyés au front.

Alors que les femmes n’ont toujours pas le droit de vote et que le code civil les assujettit à leur mari, la guerre va leur ouvrir la porte de métiers jusque-là réservés aux hommes. Outre le rôle d’infirmière, la femme fabrique des munitions, conduit des ambulances, revêt la casquette de chef de gare, et tant d’autres. Une conversion dont s’empare la presse, publiant par millions des cartes postales à l’effigie de ces « nouvelles » femmes.

Aujourd’hui usées, essoufflées, ces cartes sortent de leur boîte poussiéreuse et nous apparaissent comme les témoins de la Grande Guerre. Nous sommes en 1914…

À la ville, dans les usines et ailleurs

Une femme qui fabrique des obus et des casques – elle qui, jusqu’alors, fréquentait les usines de textiles et les bonneteries –, voilà quelque chose de nouveau! C’est que les usines d’armement qui contestaient jusqu’alors la capacité des femmes doivent se faire à cette raison: ils ont besoin des femmes, ces « munitionnettes ». L’homme est au front, il faut maintenir l’économie et ravitailler nos valeureux soldats.

Ces usines ne sont pas les seules à convoiter la femme; dans bien des domaines elle remplace l’époux, le père, le fils parti combattre. Ainsi, elles sont nombreuses à conduire des ambulances, des véhicules militaires mais aussi des tramways. Chefs d’équipes dans les chemins de fer, gardes-voies, porteuses de journaux, bagagistes, livreuses de magasins… tant de postes dans lesquels elles s’illustrent, manifestant cette capacité autrefois contestée.

À la campagne

Tout comme en ville, la paysanne prend en charge le travail de l’homme absent. Elle manœuvre la charrue, laboure le champ, récolte les pommes de terre, le blé, elle répare le hangar tout en tenant son rôle de mère, puis soigne ses mains usées par l’ouvrage.

La mobilisation de ces paysannes se fait par l’appel de Viviani, l’inventeur de l’impôt sur le revenu, le 7 août 1914. En voici un passage : « Debout, femmes françaises, jeunes enfants, filles et fils de la patrie. Remplacez sur le champ de travail ceux qui sont sur le champ de bataille [...] Debout! À l’action! À l’œuvre! »

À la ville, à la campagne, mais pas sur le champ de bataille!

Si l’engagement de la femme dans la guerre est irrévocable, la France ne préconise en rien son enrôlement sous le drapeau tricolore. Oui, ils se sont trompés – la femme peut effectivement occuper certains postes traditionnellement masculins –, mais la guerre c’est une affaire d’hommes!

Alors qu’en Angleterre, des bataillons féminins sont créés, deux jeunes françaises écrivent au journal Le Matin à ce sujet, le 26 février 1915: « Cette mesure gracieuse nous remplit de joie car elle nous fait espérer qu’aucune raison ne s’oppose à ce que l’on fasse autant ici… Les femmes revendiquent à leur tour le droit de contribuer à la défense du sol… Hélas, pourquoi tant de bonnes volontés sont-elles inutilisées? Partout où elles se sont adressées, elles ont été renvoyées à leur soupe. » Puis de conclure: « Pour notre père, vétéran de 70 qui depuis le début de la guerre se lamente de n’avoir que des filles, quel bonheur ne serait-ce pas! »

Le soutien féminin

La guerre sur le champ de bataille leur est refusée, certes, mais il est évident que leur soutien aux soldats durant ces quatre longues années a joué un rôle important sur le dénouement des événements. Que ce soit l’infirmière, par son soutien à la fois physique et moral aux blessés, les marraines de guerre qui écrivent et envoient des colis aux soldats du front, ou ces femmes qui ont revêtu la toge du père, du mari absent, tout en lui remontant le moral par le biais d’une correspondance… toutes se sont enrôlées, chacune à leur manière, dans cette terrible guerre qui fit 18 millions de morts.

 

 

Le rôle des femmes durant la Première Guerre mondiale femme-francaise-1914
Femmes dans une usine d’armement

Les marraines de guerre

Durant la Grande Guerre, les marraines de guerre vont entretenir une correspondance avec les soldats esseulés en leur envoyant des lettres et des colis.

Installées derrière leur pupitre, des femmes rédigent les lettres et remplissent les colis qui, demain matin, partiront pour le front. Dans quelques jours, les vivres parviendront aux soldats coupés de toutes nouvelles de leur famille, leur rappelant un instant qu’ils ne sont pas seuls et que quelqu’un à l’arrière pense à eux. Ce quelqu’un, ce sont les marraines de guerre: une figure féminine populaire de la Première Guerre mondiale.

Les marraines de guerre voient le jour en janvier 1915

Il s’agit d’une œuvre de bienséance à l’initiative de catholiques conservateurs: donner aux soldats esseulés un soutien et une présence de substitution. En effet, ils sont de nombreux soldats à ne plus pouvoir écrire ni avoir de nouvelles de leur famille – et ce, notamment, parce que leur région est envahie par l’ennemi.

C’est pour ces hommes que Marguerite de Lens fonde, le 11 janvier 1915, la première association des marraines de guerre: La Famille du Soldat. En adressant lettres et colis, les marraines prennent ainsi le rôle de la mère ou de la sœur, et redonnent le moral aux «filleuls» infortunés. Et le moral, c’est bien connu: c’est bon pour les troupes et, donc, pour la guerre! Très vite, d’autres associations vont lui succéder, et de nombreux journaux vont, à leur tour, jouer les intermédiaires: L’Écho de Paris, L’Homme enchaîné, Le Journal, La Croix, etc

Carte postale de marraine de guerre, Domaine public

 

Carte postale de Marraine de guerre

 

 

Les marraines de guerre: du soutien moral au flirt épistolaire

«Oh! Cela s’est fait bien simplement. Un jour, un copain a donné son adresse, là-bas, à Paris. Pour rigoler, quoi! Mais une lettre est venue [...] Joli papier mauve, enveloppe doublée, format d’oiseau. À l’intérieur, quatre pages d’une écriture élégante, longue comme la main qui l’écrivit, une écriture de matin et d’avril. [...] Puis ce furent les colis, les colis où les durs doigts se perdent dans les tiédeurs. Colis, lettres, lettres, colis: voilà la Marraine!» Joseph Delteil, Les Poilus : épopée (1925)

N’en déplaise aux conservateurs, l’œuvre morale et patriotique est victime de son propre succès: très vite, les soldats se débrouillent pour trouver eux-mêmes une marraine. Ils passent une annonce dans un journal ou se font adopter par la sœur ou une amie d’un camarade. Il ne s’agit plus seulement des soldats des régions envahies mais tous les hommes qui voient là l’occasion d’un flirt épistolaire. Petit à petit, la marraine de guerre passe ainsi du soutien moral à la relation amoureuse entre poilus esseulés et jeunes filles au cœur à prendre. Bien souvent, à la suite de ces échanges, s’esquisse une belle romance, et nombre de couples se formeront lors des permissions et après la victoire.

Petites annonces des poilus aux marraines de guerre

En mai 1915, le journal Fantasio lance une opération baptisée «le flirt sur le front» et propose de servir d’intermédiaire entre les jeunes hommes de l’avant et les jeunes femmes de l’arrière. Six mois plus tard, submergé de demandes militaires, le journal met un terme à son initiative.

Le 4 décembre 1915, la revue La Vie Parisienne prend le relais et ouvre à son tour ses colonnes aux petites annonces des mobilisés. Le succès est tel que six mois plus tard, la revue hebdomadaire fait paraître deux pleines pages d’annonces de filleuls en quête d’adoption – et ce malgré la pression des bien pensants qui voient cela d’un mauvais, très mauvais œil.

Les annonces, elles, sont aussi éclectiques que nombreuses: «Jeune aviateur, perdu dans le bleu ciel d’Orient, attend encore la blonde, jolie, charmante marraine qui viendra gentiment, par son gai gazouillement, lui rappeler Paris et son bon temps. Discrétion absolue» écrit Henri Hardzan. Ou encore «Poilu, peu de barbe, désire câliner petite marraine pour triompher des rongeurs moraux du front» d’un certain Jean de la Valvoline (1).

Les marraines de guerre, décriées, détestées et soupçonnées de trahison

Vantées et désignées autrefois comme les exemples de patriotisme par excellence, les marraines de guerre ne sont désormais plus que les «vieilles filles profiteuses», le reflet du délabrement décrié par les institutions. L’œuvre française du 25 janvier 1917 n’y va pas par quatre chemins: «D’un mot où s’abrita tant de pieuse et patriotique bienfaisance, des gens couvrent leur cauteleux proxénétisme».

Même l’armée s’en méfie: les marraines – celles là même qui ont mis du baume au cœur de ses soldats – pourraient bien être des espionnes chargées de relayer les mouvements des régiments, et des infiltrations sont organisées. Bien sûr, rien de suspect n’a jamais pu être trouvé, puisqu’on vous le dit: ces femmes n’étaient ni plus ni moins que «des petites marraines aux yeux doux» qui, à leur manière, accompagnèrent les hommes éreintés par quatre longues et pénibles années de conflits.

28 novembre 2012

D’autres noms pour l’exemple

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Les crimes des Conseils de guerre : Vingré texte de 1925

SOLDATS FUSILLES POUR L’EXEMPLE

Ils étaient bien là, ces hommes ! 

 D’autres noms pour l’exemple

source : http://moulindelangladure.typepad.fr/monumentsauxmortspacif/histoires_de_16_fusills_pour_lexemple/

 

Le caporal Albert Truton

Né au Mage (Orne) où il est cultivateur en 1914, Albert Truton a épousé en 1912 Lucienne Cellier dont il a un enfant, Suzanne, née en 1913. Lors de la mobilisation générale, il est incorporé au 103e RI. Passé au 75e RI en juin 1915, il devient caporal le 30 juin 1916. Le 6 août 1916, il est blessé par un éclat d’obus
et il est cité à l’ordre du régiment comme « bon gradé courageux ».Après la mutinerie de Pargnan, il est condamné à mort par le Conseil de guerre de la 27e DI le 10 juin 1917 pour « refus d’obéissance, étant commandé pour marcher contre l’ennemi ». Il est fusillé le 16 juin à Pargnan.

Il est aujourd’hui inhumé au cimetière militaire français de Cerny-en-Laonnois.

 

Gaston Lefèvre engagé à 17 ans et fusillé è 19 ans.

Gaston Lefèvre est né le 4 juin 1897 à Morfontaine en Meurthe-et-Moselle. A la veille de la guerre, il exerce le
métier de cantonnier. Le 7 août 1914, les Allemands prennent son père en otage et le fusillent. Son frère infirme avait été emmené, puis fusillé à son tour. Pour venger les siens, Gaston Lefèvre franchit les lignes ennemies et vient venu s’engager à la mairie de Mézières (Ardennes) le 14 août. N’ayant que 17 ans, il avait falsifié son âge pour pouvoir s’engager.

Blessé au printemps 1915, il est alors soigné à l’hôpital de Lyon.

Le 9 juin 1917, à la suite de la mutinerie de Mercin, il est condamné à la peine de mort par le Conseil de guerre de la 13e Division, pour « révolte par prise d’armes sans autorisation et agissements contre les ordres des chefs ».

Pierre Lefèvre est exécuté le 16 juin 1917 à Soissons. Il est aujourd’hui inhumé au cimetière militaire d’Ambleny.

 

Joseph Gabrielli : Un Corse, simple d’esprit, condamné à mort

Gabrielli, berger de son  état, n’avait jamais quitté la Corse, ni même son village natal près de Corte, quand il fut mobilisé au 140e régiment d’infanterie .
Bien qu’il soit illettré et arriéré mental, on l’affecte à la 6e compagnie où on a plus besoin de son corps que de son esprit. Le 8 juin 1915, au cours d’une attaque, il est légèrement blessé. Son chef l’envoie se faire penser au poste de secours.
En revenant, il s’égare et ne retrouve plus sa compagnie.
On le retrouve cinq jours plus tard, terré au fond d’une cave à Colincamps (Pas de Calais).
Interrogé il déclare (avec peine, car il parle très mal le français) aux gendarmes :
« Mon régiment est rentré dans la tranchée la nuit du 6 au 7. J’ai pris part à plusieurs combats. Dans la nuit du 12, ma compagnie est partie à l’attaque, j’ai suivi mes camarades, mais à la fin des combats, je ne les ai pas retrouvés. Je suis revenu à la tranchée, mais, comme il n’y avait plus personne de  mon régiment, je suis parti sans savoir où j’allais. Je suis arrivé à Colincamps vers quinze heures, j’ai cherché ma compagnie sans la retrouver, c’est alors, que j’ai eu l’idée de descendre dans la cave d’une maison abandonnée où je suis resté pendant deux jours. J’ai perdu mon fusil et mon sac dans la tranchée. »
Le rapport rédigé par le commandant de la prévôté donne une autre version des faits :
«  Le soldat Gabrielli a disparu de sa compagnie le 8 juin au matin et a été signalé par son caporal d’escouade comme manquant à l’appel. Dans la même journée, des soldats de la compagnie faisant le service de ravitaillement ont attesté avoir vu Gabrielli  au poste de secours du bataillon. »
D’après l’enquête faite auprès de ses chefs, et de ses camarades, il ressort que Gabrielli est considéré comme un débile profond, élevé à l’état sauvage et surtout employé à creuser des latrines ou des tranchées.
Il est néanmoins traduit devant le conseil de guerre spécial du 140e R.I.
Voici la transcription d’une partie de l’interrogatoire de l’accusé faite par le commissaire du gouvernement.
Question_Quand avez-vous quitté votre compagnie et à quelle heure ?
Réponse_Je ne m’en souviens pas…
Q_ Pourquoi l’avez-vous quittée ?
R_ J’ai reçu un obus près de moi et je ne me rappelle plus rien…
Q_Combien de jours êtes vous resté absent de votre compagnie ?
R_ Trois jours.
Q_ Pourquoi n’avez-vous pas cherché à regagner votre compagnie  le plus tôt possible ?
R_J’ai cherché partout et je n’ai pas trouvé.
Q_ Où avez-vous été trouvé ?
R_ Dans une cave.
Q_ Est-ce dans une cave que vous cherchiez votre compagnie ?
R_ Je n’y ai couché qu’une nuit.
Q_ Pourquoi avez-vous dit aux gendarmes avoir quitté votre poste le 12 courant alors qu’en réalité vous êtes porté absent depuis le 8 juin ?
R_ Les gendarmes n’ont rien compris…
Q_ Pourquoi avoir dit que vous étiez resté absent trois jours, alors que vous êtes porté manquant  de puis le 8 au matin et que vous n’avez été retrouvé que le 13 juin à 18 heures, c’est-à-dire six jours après ?
R_Je ne peux pas m’expliquer.
Q_Avez vous quelque chose à rajouter pour votre défense ?
R_ Je suis ici pour défendre la France !

C’est un interprète corse qui traduisait au fur et à mesure les questions et les réponses.
Malgré les témoignages des soldats et de son commandant de compagnie confirmant  l’irresponsabilité de l’accusé, le conseil de guerre le reconnait coupable d’abandon de poste devant l’ennemi et le condamne à mort.
Dessin_de_tardi La sentence est lue à 20 heures et Gabrielli  est fusillé une heure plus tard. Dix ans après, un témoin, M Dupommier, qui avait assuré la défense de l’accusé, raconte l’exécution.
« Au cours de ces quatre années de guerre, j’ai vu de terribles choses. Je ne crois pas avoir assisté à un plus triste spectacle que cette exécution. Gabrielli, affolé, courrait devant les fusils en criant : » Maman, maman, je ne veux pas mourir… » Il se cramponnait convulsivement, tantôt à l’aumônier, tantôt à moi ; il a fallut planter un poteau sur la tranchée de deuxième ligne pour l’y ligoter. Cela a duré une demi-heure. Les hommes du peloton d’exécution étaient terriblement émus. Un seul être demeurait impassible : c’était le commandant Poussel (tué quelques mois plus tard en Champagne). Après le coup de grâce, cet officier m’a dit  « Voila une mort qui épargnera bien des vies humaines » J’ai répondu « Vous avez mon commandant, une étrange conception de la justice et vous venez d’assumer une bien effroyable responsabilité devant DIEU(1) »

Le 4 novembre 1933, la cour spéciale militaire annule le jugement du conseil de guerre et réhabilite Gabrielli.

Les fusillés de Montauville : Chemin et Pillet

A la 20e compagnie du 37e régiment d’infanterie coloniale, on s’était aperçu que les sacs laissés dans la tranchée pendant les attaques étaient régulièrement pillés, c’est pourquoi le commandant de compagnie avait décidé de nommer deux hommes dont la mission consistait à garder les sacs des soldats qui partaient à l’assaut. Comme c’était une « plaque », on avait choisi des hommes ayant charge de famille, c’est ainsi que Chemin et Pillet avaient été désignés.
Dans la nuit du 22 au 23 juin 1915, alors que leurs camarades montent à l’attaque dans la région du Ban de Sapt, Chemin et Pillet prennent leur faction auprès des sacs.
La consigne est formelle, quels que fussent les bombardements, en aucun cas ils ne devaient s’éloigner des sacs.
Or ce jour là, la 20e compagnie venait de « toucher » un nouveau commandant, lequel ignorait complètement la consigne donnée par son prédécesseur aux gardes sacs.
Le lendemain de l’attaque, on procède à l’appel afin d’établir l’état des pertes. Evidement Chemin et Pillet ne peuvent répondrent à l’appel de leur nom puis qu’ils sont restés à l’arrière.
Comme ils ne figurent ni parmi les morts ni parmi les blessés, ils sont portés « disparus au combat ».
Trois heures plus tard, le capitaine apprend que les deux « disparus » ont été retrouvés prés des sacs. Il les convoque, les engueule, écoute leurs explications, ne leur met aucune punition, mais il fait un rapport expliquant à ses supérieurs comment il a retrouvé les deux soldats portés manquant.
Ce n’est qu’un mois plus tard, alors qu’ils remontent au front, que les deux soldats apprennent qu’une information a été ouverte contre eux à la suite d’une plainte déposée par le colonel du régiment.
Tribunal_dans_une_eglise_de_la_me_2 Le 4 août 1915, après une instruction rapide, ils sont présentés au conseil de guerre et inculpés d’abandon de poste devant l’ennemi. Au cours de la séance, l’accusation fait état de prétendus aveux verbaux et écrits des condamnés dans lesquels ils reconnaissent s’être enfuis et réfugiés à l’endroit où se trouvaient les sacs. Or les deux hommes étaient totalement illettrés…
« Comment auraient ils pu rédiger leurs déclarations sans faire de fautes d’orthographe ? » demande leur défenseur aux juges.
Pour le conseil, cela n’a aucune importance : les juges ne retiennent que les témoignages obtenus par la persuasion, auprès de soldats n’osant pas contredire leurs supérieurs. Par contre, on ne tient aucun compte des témoins qui veulent déposer pour affirmer que Chemin et Pillet avaient bien été désignés pour garder les sacs et qu’ils n’avaient fait qu’obéir à la consigne.
Le 4 août 1915, à 19 heures, les deux hommes sont condamnés à mort par la cour martiale.
G. Reau a recueilli le témoignage de l’abbé Lesjone, aumônier qui a accompagné les deux gardes sacs jusqu’au poteau d’exécution.
« C’est moi, dit il, qui fus chargé d’apprendre à Chemin et Pillet la sentence prononcée par le conseil de guerre. L’exécution devait avoir lieu à 10h 30 du matin. Les deux soldats ne s’étaient pas rendu compte de la gravité des faits qui leur étaient reprochés. Ils ne voulurent pas croire qu’ils allaient être passés par les armes. Quand ils comprirent qu’ils devaient abandonner toute espérance, ils entrèrent dans une crise d’angoisse. Chemin, qui était originaire de Tullier (Charente Inférieure), montrait la photographie de ses cinq enfants. Il embrassait leur image en disant : »Est-ce possible ? Dire que je ne les reverrai plus ! Et pourtant je n’avais pas voulu fuir…On ne sait donc pas ce que c’est que d’être couver de terre par un obus ? »
« L’autre condamné, le soldat Pillet, qui était célibataire, me demanda de faire parvenir quelques  souvenirs à sa vieille mère ».
« Devant le poteau d’exécution, Chemin, s’adressa aux douze hommes du peloton et leur cria »Mes amis, je suis père de familles, vous n’allez pas me tuer ! » Attaché au poteau, Chemin hurlait  « Grâce mon colonel, grâce pour mes enfants ! »La sentence ne put être lu complètement, car la révolte grondait dans les rangs des soldats. Craignant une mutinerie, le colonel donna l’ordre à l’adjudant qui commandait le peloton d’ouvrir le feu. »
Le 5 août 1915  Pillet et Chemin tombaient sous la salve à 10h40. On avait mis plus d’un mois pour les inculper et moins d’un jour pour les juger et les tuer.

 

François Laurent : un breton fusillé pour l’exemple.

François Laurent est blessé à la main gauche dans la nuit du 1er octobre 1914, la dernière phalange du petit doigt de sa main gauche est arrachée. Son capitaine lui demande d’aller se faire soigner à l’infirmerie.  François Laurent fut examiné par le docteur Buy à Châlons-sur-marne qui vit une présomption de mutilation volontaire . Ce soldat ne s’exprime que malhabilement en français, il sera accusé d’abandon de poste, condamné par le conseil de guerre et fusillé le 19 octobre 1914. Il est exécuté avec toute une série d’autres soldats condamnés pour le même délit (…).La contre expertise du docteur Paul en 1933 conclut que la pièce médicale du dossier n’est pas suffisante pour prouver une mutilation volontaire ».

Le docteur Buy se justifia en expliquant « si tous mes rapports étaient en partie écrits à la polycopie c’était (…) parce que nous n’avions pas le temps »En effet, il faut savoir que ce docteur utilisait un document polycopié dans lequel il n’avait plus qu’à placer le nom et la blessure. Cela montre bien que les mutilations étaient courantes, et que l’examen médical n’était pas toujours sérieux. En tous cas, ce docteur a envoyé un homme à la mort, juste parce qu’il n’avait pas le temps de bien l’examiner.

Le travail de mémoire d’un instituteur local appuyé par les anciens combattants aboutit à sa réhabilitation en 1933, et donc à l’inscription de son nom sur le monument de Millionnec. En effet le Maire fit retiré la plaque de marbre où était inscrit le nom des soldats morts de la commune, puis il fit graver les noms directement dans la pierre incluant François Laurent, qui apparaissait ainsi dans l’ordre alphabétique. Par ailleurs sa famille perçut en dédomagement une somme de 10 000 francs.

 

Joseph Dauphin : le héros fusillé pour une beuverie

Joseph Dauphin, né à Tauves dans le Puy-de-Dôme, le 10 février 1882, dans une famille de 10 enfants. Il fut l’un des 600 soldats fusillés pour l’exemple par l’armée française durant la Première Guerre mondiale.

Dauphin_j Marié, père d’un enfant, le paysan Dauphin se trouvait incorporé dès le mois d’août 1914 au 70 ème bataillon de chasseurs à pied. Vaillant soldat, il reçut, en 1915, la Croix de guerre avec palmes pour plusieurs actes héroïques, entre autres avoir ramené sur ses épaules un lieutenant gravement blessé près des barbelés de la tranchée ennemie ou bien encore avoir tenu une position jusqu’à épuisement de ses cartouches. Promu caporal, il reçut par trois fois une citation pour sa conduite exemplaire au combat.

Au printemps 1917, l’état major avec Nivelle est au summum de son incompétence. Depuis deux ans les armées piétinent, Nivelle décide d’engager massivement les troupes dans ce que l’état Major appelle la « Bataille de France« . Les allemands connaissent le projet et renforcent les défenses en abandonnant une partie du front. Nivelle n’en tient pas compte. La préparation de l’artillerie française du 10 au 16 avril est sans effet sur les abris en béton et les cavernes du plateau de Craonne. Nivelle n’en tient pas compte. L’attaque est déclenchée le 16 avril, quelques jours plus tard et 150 000 morts, disparus et blessés, la Bataille de France est devenue, afin de minimiser cet échec,  la bataille de l’aisne puis la bataille du Chemin des Dames. La presse n’évoque pas le massacre et minimise l’évennement. Le fusible Nivelle saute en mai 1917. Celui ci est envoyé en Algérie dans un obscure commandement. Pétain prend sa revanche et le remplace. La stratégie change peu mais Pétain doit faire face à une vague importante de mutinerie. Bien souvent les soldats refusent simplement de repartir à l’assaut et remettent en cause les tactiques voir les stratégies militaires. Très peu contestent le bien fondé de la guerre.

C’est dans ce contexte que se situe l’affaire du caporal Dauphin. En juin 1917 les permissions de son régiment sont annulées. Joseph Dauphin et plusieurs soldats qui l’accompagnaient ramassèrent alors une cuite mémorable. Sous l’effet de l’alcool (dont l’armée n’était pas avare, à fortiori pour envoyer sa chair à canon à l’assaut) et sans trop savoir ce qu’ils faisaient, ils auraient tiré quelques coups de fusil et lancé à la cantonade des propos séditieux. Un fois dégrisé et conscient d’avoir fauté, Dauphin s’attendait à récolter quelques jours de prison, mais à sa grande surprise et sans vraiment comprendre, ses supérieurs l’envoyèrent devant le Conseil de guerre. Ils avaient besoin d’un exemple.

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Seul gradé parmi les hommes interpellés et pour avoir chanté un peu fort J’ai deux grands bœufs dans mon étable (version contredite par l’accusation), le caporal Dauphin, considéré comme meneur dans la vague des mutineries de 1917, fut condamné à mort et fusillé le 12 juin 1917 à la ferme de Fété, près de Ventelay dans l’Aisne. François Brugière, son camarade de Tauves, vraisemblablement impliqué dans la même séance de beuverie et désigné pour faire partie du peloton d’exécution, refusa de tourner son fusil contre Joseph. Condamné à 10 ans de travaux forcés, il fut envoyé au bagne de Chief (ex-Orléanville) où il mourut d’épuisement le 12 février 1918. Joseph Dauphin, quant à lui, repose dans la nécropole de la Maison Bleue à Cormicy dans la Marne : tombe n° 884.

Malgré de nombreuses campagnes de presse, il n’a jamais été réhabilité (toute requête de demande en révision étant jugée irrecevable par la justice après 1928).

 

Les 4 fusillés de Flirey : Baudy, Prebost, Morange et Fontenaud.

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Félix BAUDY est né le 18 septembre 1881 à Royère-de-Vassivière et Henri PREBOST le 1 septembre 1884 à Saint Martin Château, deux communes creusoises voisines de Gentioux. Félix et Henri étaient maçons, obligés de s’exiler comme beaucoup d’hommes des villages creusois. Ces militants du syndicat de la Confédération Générale du Travail (fondée à Limoges en 1895), travaillaient habituellement sur les chantiers de Lyon. Antoine MORANGE était lui aussi militant de la CGT. François FONTANAUD était orignaire de Montbron en Charente.

Pendant la guerre de 1914-1918, ils ont été incorporés au 63e RI, 5e Cie. Félix BAUDY et Henri PREBOST ont été fusillés pour l’exemple le 20 avril 1915 à Flirey, suite au refus collectif de leur compagnie de remonter à l’assaut de la crête de Mort-Mare.

Le 19 avril 1915, une attaque devait avoir lieu à Mort-Mare, afin d’enlever les derniers 200 mètres de tranchée encore occupés par les Allemands au centre d’une première ligne conquise quelques jours plus tôt avec la perte de 600 hommes. Un régiment détaché dans le secteur de Flirey depuis la fin de l’offensive le 11, devait la conduire. Les troupes d’assaut avaient été tirées au sort et le hasard avait désigné l’une des compagnies fortement malmenées les 3, 4 et 5 avril lors des combats sur la route de Thiaucourt.

Au signal de l’attaque cette compagnie de 250 hommes refuse de partir à l’assaut: « ce n’est pas notre tour d’attaquer » disent-ils.

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Furieux, le général DELETOILE ordonne que les 250 soldats passent en cour martiale  pour être tous exécutés. Après l’intervention d’autres officiers, cinq hommes sont finalement désignés et comparaissent dès le 19, pour une parodie de procès. L’un d’eux est acquitté. Deux hommes ont été choisis par tirage au sort dont le soldat François FONTANAUD. Les trois autres : le caporal Antoine MORANGE et les soldats Félix BAUDY et Henri PREBOST ont été désignés par leurs supérieurs en raison de leur appartenance syndicale à la CGT.

Le 20 avril, le caporal Antoine MORANGE, les soldats Félix BAUDY, François FONTANAUD et Henri PREBOST seront fusillés à la lisière d’un bois de Manonville.

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Les Fusillés pour l’exemple de Flirey s’ajoutent à ceux de Souain, Vingré, Fontenoy, Fleury, Mouilly, Montauville… En quatre ans, 2 400 « poilus » auront été condamnés à mort et 600 exécutés, les autres voyant leur peine commuée en travaux forcés.

Trés peu, environ une quarantaine sur 600, ont été rétablis dans leur honneur dans les années 1920 ou 1930. Parmis eux, les fusillés de Flirey ont été réhabilités en 1934.

Félix BAUDY est enterré dans le cimetière communal de Royère de Vassivière et Henri PREBOST est enterré à Villeurbanne.

Ci dessous la tombe de Félix Baudy dans le cimetière de Royère de Vassivière.

 

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SOLDATS FUSILLES POUR L’EXEMPLE

27 novembre 2012

La Bataille de Verdun sept-oct-nov

Classé sous — milguerres @ 9 h 15 min

 

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Périodes Septembre – Octobre – Novembre 1916

source : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

Rive droite :

1er septembre
En ce début du mois de septembre, 3 D.I françaises sont en ligne sur le front de Verdun :
- la 33e D.I. (59e, 83e, 88e et 209e R.I.) tient le secteur de la côte du Poivre
- plus à l’est, la 73e D.I. (346e, 356e, 367e et 369e R.I.) tient les positions du Retegnebois, du Chênois et de la Laufée
- dans sa continuité, la 28e D.I. (22e, 30e, 99e et 416e R.I.) occupe le font de Discourt et les pieds des côtes de Meuse et de la Laufée.

R.A.S durant la journée.


 

2 septembre
Bien que le Kronprinz n’envigeable plus d’offensive sur Verdun, une attaque est tout de même tentée en direction du fort de Souville.
Dès 5 h, violent bombardement allemand sur de nombreux secteurs. Les plus éprouvés sont le plateau de Souville, la station de Fleury et le ravin des Fontaines qui est tenu par le 212e R.I.

Cet intense pilonnage des lignes françaises se prolonge toute la journée. Un grand nombre d’hommes sont commotionnés, ils sont sourds, hébétés, suffoqués. Leur visage et leur main ruissellent de sang qui coule par 1000 blessures (projection de terre, de pierre et de sable) qui se mêle à la poussière et forme des caillots affreux.
Témoignage de Ed. BOUGARD :
 » Nous attendons la mort qui plane au-dessus de nos têtes ; il est huit heures du soir ; une marmite tombe en plein dans la tranchée ; je roule par terre ; je n’ai rien. Par contre, une cervelle est sur ma capote ; je suis plein de sang des copains. Mon ami Béthouart a la bouche fendue jusqu’aux oreilles et mon pauvre camarade Jules Fontain, qui ne m’avait pas quitté depuis le début de la campagne, a les deux jambes coupées. Les blessés pouvant marcher se sauvent au poste de secours ; les mourants agonisent dans la tranchée. Quand ils sont morts, on les place au-dessus du parapet. « 

La Bataille de Verdun sept-oct-nov p204


 

3 septembre – Attaque allemande sur les pentes de Vaux-Chapitres, Thiaumont
A 6 h 30, les Allemands lancent une attaque sur les tranchées des pentes de Vaux-Chapitres.
Le 6e bat
aillon du 212e R.I. résiste farouchement, officiers et hommes faisant ensemble le coup de feu. Néanmoins, les pertes sont très lourdes et en 1 h, le bataillon est pratiquement décimé. Les rares survivants se replient dans le ravin des Fontaines. L’ennemi s’empare de la tranchée de Montbrison et du Zouave Penit.

A 8 h, l’ennemi progresse par le ravin des Fontaines et s’approche du P.C. du 212e R.I. dans la Carrière. Aussitôt, le chef de bataillon, les officiers de l’état major et l’ordonnance prennent grenades, mitrailleuses et fusils. Cependant, ils ne peuvent tenir et sont submergées. Leur P.C. est perdu.
Aussitôt, le 4e bataillon part à la contre-attaque. Avec un magnifique courage, les hommes s’avancent et reprennent les positions qu’occupait initialement le 6e bataillon. Ils parviennent ensuite à progresser à 100 m au-delà. Ces nouvelles positions sont aussitôt organisées sous un bombardement d’une violence inouïe.

A la Haie-Renard, plus à droite, le 344e R.I. est également soumis à une violente attaque. Pratiquement tous les officiers sont tués et l’état major est fait prisonnier.
Le 6e bataillon du 206e R.I. qui est en renfort apporte son aide mais ne parvient pas à retourner la situation.

Entre 12 h et 17 h, le 234e R.I. lance une attaque en avant de la Chapelle Sainte-Fine. Par cette manœuvre, il réussit à s’emparer de l’ouvrage de Munich et de la tranchée de Bavière. 400 ennemis sont fait prisonniers avec 4 mitrailleuses.

p206

A 14 h, dans le secteur de Thiaumont, le 102e R.I. lance une attaque et prend un post avancé en faisant 53 prisonniers dont un officier. Cependant, il ne peut poursuivre plus avant, bloqué par le tir ennemi. Par vengeance, un furieux bombardement allemand s’abat plus tard sur cette nouvelle position.

A la nuit, dans le secteur de Retegnebois, le 214e R.I. repousse une attaque à la grenade.
Le 36e bataillon de tirailleurs Sénégalais quitte les arrières du fort de Souville et se dirige vers la Carrière.


 

4 septembre – Attaque allemande sur les pentes de Vaux-Chapitres, Thiaumont. Embrasement du Tunnel de Tavannes
A 5 h 30, le 356e R.I. qui est en ligne dans le secteur de la Laufée et de la tranchée du Chênois-La Montagne, subit une 1ère attaque qu’il parvient à repousser. Notamment par les grenadiers de la compagnie Rueff.

A 6 h 35, les Allemands lancent une seconde attaque est arrivent à s’introduire dans les lignes françaises à l’endroit défendu par le bataillon Vesque. Aussitôt, des contre-attaques sont improvisées et le terrain est repris.
Dans cette affaire, on dénombre 180 morts ou blessés dans le bataillon Vesque, dont 5 officiers.

A 7 h, une contre-attaque française doit avoir lieu devant le front de la 136e brigade (212e et 344e R.I.). Cependant, peut avant l’heure H, un ordre arrive par coureur, ordonnant le retardement de l’assaut. Les hommes qui étaient prêt à s’élancer se relâchent.

Cependant, 2 compagnies Sénégalaises n’ont pas pu être prévenues à temps, et à l’heure prescrite, elles s’élancent seules face aux tranchées adverses. Leurs progression est dynamique et rapide, un grand nombre d’Allemands quittent leur position et s’enfuient, les poches de résistances sont maîtrisées les unes après les autres.
Néanmoins, 2 nids de mitrailleuses bien positionnées restent en actions. Leurs tirent bien cadrés causent bientôt des ravages dans la ligne française.
Les soldats Sénégalais ne réalisent pas le danger ; au lieu de s’abriter en se couchant dans les trous d’obus, ils se dressent; au lieu de se disperser, ils se regroupent. Tous les officiers qui s’exposent pour tenter de faire réagir leurs hommes sont tués.
Finalement, alors que pratiquement tous les adversaires avaient fuit, seul quelques mitrailleuses ont mis en pièce les 2 compagnies. Dans le plus grand désordre, les survivants, dont un grand nombre est gravement blessé, regagnent le poste de la Carrière.

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Blessés Sénégalais à un poste de secours

L’anéantissement des 2 compagnies Sénégalaises laisse un grand espace inoccupé de plus de 600 m dans la ligne de front française. Ce vide est comblé dans l’urgence par l’étalement des unités adjacentes.

A 8 h, dans le secteur de Retegnebois, le 214e R.I. qui est soumis à un violent bombardement depuis 5 h du matin, voit les Allemands sortir des tranchées face à lui. Rapidement, la 18e compagnie est submergée et doit reculer. Cependant, les positions ne sont pas dépassées grâce à quelques mitrailleuses restées en place et toujours servies.
Une contre-attaque est ensuite menée avec le renfort du 1er bataillon du 346e R.I. Elle permet de reprendre les anciennes positions qu’occupaient la 18e compagnie et à faire environ 200 prisonniers, de très jeunes soldats.
Témoignage de X… :
 » Deux Allemands soutiennent un camarade qui agonise. Une grande amitié devait unir ces trois hommes. Les deux qui sont valides ont les yeux plein de larmes et comme le blessé agonise, l’un d’eux se penche vers lui et l’embrasse longuement.
Impressionnés par tant de malheur et en dépit de l’exaspération quelques soldats français s’arrêtent, émus. « 

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Jeune soldat allemand qui agonise dans une tranchée

A 13 h 20, la 13e compagnie du 4e bataillon du 346e R.I. attaque en direction de l’ouvrage Rond. 3 lignes de tranchées sont reprises à l’ennemi. En arrière, la 14e compagnie consolide la progression.

Toute l’après-midi et jusqu’à 19 h, les Allemands tentent de reprendre le terrain perdu la veille dans le secteur de Thiaumont, tenu par le 102e R.I. Ils sont à chaque fois repoussés et laissent de nombreux morts devant les lignes françaises.

Dans la nuit, la 67e D.I. (214e, 220e, 221e et 259e R.I.) relève la 68e (206e, 212e, 234e et 344e R.I.)

 

Le tunnel de Tavannes et la tragédie du 4 septembre :

Le tunnel de Tavannes est un tunnel ferroviaire d’une seule voie où passe le chemin de fer allant de Verdun à Metz. Situé au nord ouest du fort de Tavannes, il est long de 1400 m et large de 5.

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Entrée ouest en été 1916

Dès le début de la bataille de Verdun, le train ne circule plus. Des troupes françaises viennent tout naturellement s’y abritent pour se protéger du furieux bombardement allemand.
Petit à petit, les combats se poursuivant dans le secteur, un état-major de brigade, des services de secours, brancardiers, téléphonistes, artificiers, génie, un bataillon de réserve, etc… finissent par s’installer durablement aux extrémités du tunnel. Cet abri enterré constitue un lieu sûr et permet d’intervenir rapidement sur la zone des combats.

Plus tard, la totalité du tunnel est aménagée : un dépôt de munition est constitué, des cabanes en tôle et en bois sont construites; des couchettes ainsi que des latrines sont mises en place.
Témoignage du soldat Louis HOURTICQ :  » C’est une étrange chose que ce tunnel qui passe sous les lignes jusqu’en plein champ de bataille. Entre deux paquets de fer et de feu, des formes bondissent dans le tunnel, surgies de l’éruption, pauvres êtres hagards, haletants, titubants, qu’il faut recueillir et conduire, dans cette nuit subite.
Tout le jour, toute la nuit surtout, c’est une circulation intense : des corvées d’eau, de munitions, de vivres ; des troupes qui montent, d’autres qui descendent, des brancards de blessés qui reviennent de la bataille, puis sont évacués.
…Cette existence souterraine supprime toute distinction entre le jour et la nuit, ce jeu alterné du sommeil et de la veille qui rythme notre vie. L’activité, le mouvement, le bruit sont les mêmes, continus, sans arrêt, sans pause, de midi à minuit, de minuit à midi.
Sous cette voûte indestructible, trop d’hommes et trop de choses sont venus chercher un abri : dépôts d’eau, de grenades, de fusées, de cartouches, d’explosifs ; sous les lampes noires de mouches, des chirurgiens recousent de la chair déchirée.
Tous les bruits sont dominés par le halètement rapide du moteur de la machine électrique. Il est comme le battement de fièvre de cette artère surchauffée. « 

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Entrée est le 27 février 1916

Très rapidement, la surpopulation, l’exigüité et l’insalubrité du lieu rendent la vie très difficile dans le tunnel.
Témoignage du général ROUQUEROL du 16e D.I. :
 » … L’éclairage électrique avait été organisé avec un moteur à essence. Toutefois, on avait eu tort, dans ce travail hâtif, d ‘établir des câbles à haute tension nus à proximité immédiate des installations pour les hommes. Plusieurs cas mortels d’électrocution firent apporter les modifications nécessaires à la distribution du courant. L’éclairage n’existait d’ailleurs que sur la partie du tunnel utilisée comme logements ou dépôts ; le reste était obscur. Un puits d’aérage avait été fermé par des toiles pour parer à la pénétration éventuelle des gaz de combat.
L’organisation du tunnel comportait des rigoles d’écoulement pour les eaux de condensation et d’infiltration qui n’étaient pas négligeables ; mais, sans souci de la nécessité de prévoir l’assèchement du tunnel, le personnel chargé de cette organisation avait comblé toutes les rigoles. Le résultat ne s’était pas fait attendre et de longues portions du tunnel étaient bientôt transformées en un marécage d’une boue fétide. La plupart des immondices des occupants y étaient jetées. On y aurait trouvé même des cadavres.
Tant de causes d’infection, jointes à la suppression de l’aérage par le puits construit à cet effet, ne pouvaient manquer d’entretenir dans le tunnel des émanations malsaines qui ont donné lieu à plusieurs cas d’une jaunisse spéciale au nom suggestif de jaunisse des vidangeurs.
Le commandant d’une division occupant le secteur de Tavannes au mois de juillet voulut faire nettoyer ces écuries d’Augias. Il dut y renoncer sur l’observation du service de santé d’après laquelle l’agitation de la boue et des eaux polluées causait immanquablement de nombreuses maladies. Il fallut se contenter de répandre dans les endroits les plus malpropres de la chaux vive. « 

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Entrée ouest en été 1916

Témoignage de René le GENTIL :  » … La dynamo qu’on avait installée était trop faible et ne pouvait fournir qu’un pauvre éclairage, si bien qu’on y voyait à peine et qu’on manquait à chaque pas de glisser sur le bout des traverses de la voie ; mais chose pire, l’eau manquait absolument, car un seul robinet existait au milieu du tunnel ; et ceux qui venaient la étaient condamnés à rester des 10, voire 12 et 15 jours sans se nettoyer, malgré les pires besognes à accomplir.
C’est ainsi que j’ai vu de nos hommes, qui venaient de s’infecter les mains en transportant des cadavres délabrés, être obligés de manger sans pouvoir se laver. Et quand je demandai pour eux un désinfectant quelconque, l’aimable pharmacien, charger de ce service, me fit des reproches amers. je compliquais les choses en réclamant ainsi ! …

… Après les différents services, les hommes s’installaient comme ils pouvaient sur la voie du chemin de fer, dans le noir complet, la vermine et la saleté. Il y avait bien eu un timide essai de cadres treillagés qui avaient servi de couchettes, mais ils étaient défoncés, abîmés, et les divisions se succédant rapidement, hélas ! nul ne s’inquiétait de les remplacer ; toutefois, voulant dégager le bas, le génie du secteur avait commencé l’installation, à mi-hauteur du tunnel, d’un premier étage en plancher, là gîtaient les territoriaux ; mais comme il n’y avait pas de place pour tout le monde, cela ne faisait qu’augmenter encore, pour ceux qui étaient dessous, le grabuge infernal et la saleté qu’on n’avait plus seulement aux pieds, mais encore sur le tête; car, par les planches mal jointes, la terre tombait sur ceux qui se trouvaient là. »

Témoignage du docteur Léon BAROS, aide-major au 217e R.I. :  » Nous arrivons à l’issue est du tunnel de Tavannes.
La boue s’étale gluante, des milliards de mouches volent en tous sens et tapissent les parois du tunnel ; dans tous les coins et sur les multitudes d’immondices, accumulées partout, grouillent les asticots et les contorsions de leurs petits corps blancs amènent des nausées de dégoût ; l’air, chargé de chaleur humide et imprégnée d’odeur de cadavres, de putréfaction, de sécrétions acides, de corps en sueur et de fientes humaines, est irrespirable ; les gorges se contractent en un réflexe nauséeux.
C’est par cette issue est que le tunnel communique avec le champ de bataille, sous les avalanches nombreuses et imprévues, continues ou espacées, des tonnes de fer et de feu qui se déversent dans un endroit repéré exactement, où les projectiles de tous calibres prenant en enfilade la tranchée du chemin de fer qui précède le tunnel, sont posés presque comme avec la main, tellement le tir est précis et le lieu exactement repéré.
Et c’est un lieu de passage qu’on ne peut éviter, où défilent ravitaillent, réserves, agent de liaison, relèves, blessés. Les Boches le savent bien. Les obus, petits, moyens et gros, éclatent sans interruption, sur un parcours de 12 à 15 mètres, devant l’entrée du tunnel, soit à la cadence d’un tir de mitrailleuses lorsqu’il y a barrage, soit à l’intervalle d’une minute ou d’une demi-minute ; c’est infernal ! Que de malheureux ont été anéantis à cet endroit ! « 

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Entrée est en été 1916


Témoignage du lieutenant BENECH du 321e R.I. :  » Nous arrivons au tunnel. Serons-nous donc condamnés à vivre là ? Je préfère la lutte à l’air libre, l’étreinte de la mort en terrain découvert. Dehors, on risque une balle ; ici, on risque la folie.
Une pile de sacs à terre monte jusqu’à la voûte et ferme notre refuge. Dehors, c’est l’orage dans la nuit et le martèlement continu d’obus de tous calibres. Au-dessus de nous, sous la voûte qui sonne, quelques lampes électriques sales, jettent une clarté douteuse, et des essaims de mouches dansent une sarabande tout autour. Engourdies et irritantes, elles assaillent notre épiderme et ne partent même pas sous la menace d’un revers de main. Les visages sont moites, l’air tiède est écœurant.
Couchés sur le sable boueux, sur le rail, les yeux à la voûte ou face contre terre, roulés en boule, des hommes hébétés qui attendent, qui dorment, qui ronflent, qui rêvent, qui ne bougent même pas lorsqu’un camarade leur écrase un pied.
Par place, un ruissellement s’étend ! de l’eau ou de l’urine ? Une odeur forte, animale, où percent des relents de salpêtre et d’éther, de soufre et de chlore, une odeur de déjections et de cadavres, de sueur et d’humanité sale, prend à la gorge et soulève le cœur. Tout aliment devient impossible ; seule l’eau de café du bidon, tiède, mousseuse, calme un peu la fièvre qui nous anime. « 

Ainsi, durant toute la bataille de Verdun, des milliers d’homme vont faire une halte plus ou moins longue dans le tunnel de Tavannes. Chaque jour 1500 à 2000 hommes s’y entasseront.

 

Le 4 septembre, vers 21 h , le dépôt de grenades placé à l’entrée ouest du tunnel de Tavannes prend feu.

A 21 h 15, une formidable explosion se produit, comprimant en une instant les poitrines de tous les êtres vivants présents dans le tunnel. Les flammes qui se propagent rapidement atteignent le stock de bidons d’essence qui sert à alimenter le groupe électrogène.
En quelques minutes, les baraquements en bois où sont entassé de nombreux soldats s’embrasent. Une fumée très dense avance dans le tunnel semant la panique et la mort. Les hommes qui ne sont pas asphyxiés instantanément, s’enfuient en désordre en se marchant les un sur les autres, vers la sortie opposée. Cependant la nappe de fumée les gagne de vitesse et des 100e d’hommes tombent avant d’arriver à l’air libre. Même équipé de masque à gaz, la densité de la fumée est telle qu’aucun sauveteur ne parvient à pénétrer à l’intérieur du tunnel.

Les hommes qui sont parvenus à atteindre la sortie est se trouvent face au bombardement allemand et ne peuvent s’échapper. Cependant, il y a urgence à évacuer cet endroit irrespirable. Un colonel, révolver au poing, menace de tirer sur les malheureux. Dans l’affolement le plus complet, les premiers étant poussés par ceux qui arrivent derrière eux, s’enfuit en tentant de trouver refuge dans les trous environnants.

De plus, les Allemands qui ont aperçu la nappe de fumée qui est montée très haut dans le ciel, redoublent leur pilonnage sur les entrées du tunnel.

Jusqu’à 21 h 45, des groupes d’hommes, noirs, à demi asphyxiés, sentant la chair grillée, surgissent par la sortie est et s’enfuient sous les obus.
Durant toute la nuit, aucune manœuvre de secours ne peut être entreprise.

Le brasier continue à brûler durant 2 jours, carbonisant les 100e de cadavres jonchant le sol. Lorsque plus tard, on pénètre dans le tunnel, on ne retrouve rien que des cadavres qui partent en cendre dès qu’on les touche. Seulement 30% en moyenne peuvent être identifiés.

500 à 600 homme ont péri dans cette catastrophe : officiers et soldats du 1er et du 8e génie, des 22e, 24e et 98e régiments territoriaux ; des médecins majors et des infirmiers régimentaires des 346e, 367e, 368e et 369e R.I. ; des blessés qui, couchés sur des brancards et se sentant en sécurité, attendaient leur évacuation. Aucun journal ne parla de cette tragédie…

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Quelques victimes de la catastrophe du 4 septembre
étendues dans un fossé à l’entrée du tunnel
en attendant l’inhumation


 

5 septembrePréparation d’artillerie en vue d’une contre-attaque française sur la Carrière
Toute la journée et la nuit, il pleut.
Du côté français, on s’affaire aux préparatifs de la contre-attaque de la Carrière. Elle est prévue pour le lendemain et exécutée par 2 bataillons du 288e, le 367e et le 346e R.I.
Du côté allemand, pas de mouvement important à signaler, les hommes survivent dans les tranchées pleines de boue.

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6 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Au matin, le 288e R.I. s’élance à l’assaut de la tranchée Montbrison. La bataille est très violente et tumultueuse. Les 4e et 5e bataillons parviennent à atteindre leurs objectifs et à les dépasser.
De son côté, le 6e bataillon trouve face à lui des éléments qui n’ont pas été détruit par la préparation d’artillerie. Ne pouvant pratiquement pas progresser, les hommes tombes les uns après les autres. Il ne reste plus qu’un seul officier vivant lorsque les renforts arrivent enfin. Ce sont 3 compagnies du 6e bataillon du 220e R.I. ainsi qu’une compagnie de mitrailleuses qui sont arrivées. Cette nouvelle formation parvient cette fois ci à avancer à atteindre les abords de la tranchée de Montbrison.

Le 6e bataillon du 367e parvient à progresser de 1500 m et à reprendre dans sa course, les tranchées Hohenlohe et Blücher, à gauche de Retegnebois. 200 ennemis sont capturés avec 8 mitrailleuses. Les hommes du 367e R.I. repoussent ensuite plusieurs contre-attaques.

A droite de Retegnebois, le 346e part à l’attaque à 17 h 40 et parvient à atteindre sans grande difficulté tous ses objectifs. Le 5e bataillon les dépasse même et vient renforcer la tranchée Hohenlohe que vient de conquérir le 367e R.I., au nord de l’ouvrage Rond.


 

7 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
En avant des tranchées  » le Triangle « , le 6e bataillon du 220e repousse plusieurs contre-attaques. Il progresse ensuite d’une 100e de mètres. Durant cette attaque, il est signalé que de nombreux soldats allemands se rendent à l’approche des Français.

Témoignage du soldat LECLAIRE :  » Les prisonniers nous disent : « Nous ne serons pas vainqueurs, mais vous ne le serez pas non plus »"

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Colonne de prisonniers allemands

Le 6e bataillon du 367e repousse lui aussi plusieurs contre-attaques sur les positions qu’il a conquit la veille.
Le 228e R.I. se bat à la grenade toute la journée et toute la nuit.


 

8 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Dés le levé du jour, l’ennemi lance une attaque en avant de l’ouvrage Rond. Le 346e qui tient la tranchée Hohenlohe depuis le 6 et contraint de reculer sur ses anciennes positions. Une fois les hommes ressaisis et les munitions rassemblées, ils partent à la contre-attaque et reprennent la tranchée. Plus tard dans la journée, la même scène se reproduit, le 346e évacue sa ligne et la reprend peu de temps après sans attendre l’arrivé des renforts qu’on lui a annoncé.

L’ennemi se rend toujours en grand nombre aux éléments du 220e qui se trouvent en avant des tranchées  » le Triangle « . Ces mêmes éléments sont soumis à un violent bombardement durant toute la journée. Les morts sont très nombreux.

En avant de Fleury, le 214e R.I. repousse une attaque. Le régiment qui se trouvait à côté de lui a du reculer, de leur propre initiative, les hommes du 214e s’élancent sur les positions que tenait ce régiment et les reprend à l’ennemi.

Durant la nuit, la 74e D.I. ( 50e et 71e B.C.P., 222e, 229e, 230e et 333e R.I.) monte en première ligne du  » nez de Souville  » ou bois de la Laufée.

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Colonne de soldats qui se dirigent vers le front


 

9 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Le 5e bataillon du 220e R.I., qui est en ligne à gauche de Vaux-Chapitre, reçoit l’ordre d’attaquer à 16 h les tranchées Montbrison et Lecourt.
Toute la journée, l’artillerie française bombarde ces positions avec ténacité.

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Quelques minutes avant l’assaut, une 30e d’Allemands et un officier viennent se rendrent aux Français.

Le bombardement préparatoire semble avoir été efficace car de nombreuses défenses ennemies sont détruites, à l’exception d’une mitrailleuse qui cause des pertes sensibles. Elle fini néanmoins par être maîtrisée et la progression peu se poursuivre.
Sur la droite du dispositif, l’ennemi offre cependant plus de résistance et c’est avec l’aide du 283e R.I. progressant à la lisière ouest du bois de Vaux-Chapitre que ce secteur fini tout de même par se rendre.

A la nuit, après plusieurs heures de combat, la progression a été sensible. Cependant, l’objectif final, à savoir les 2 tranchées Montbrison et Lecourt, n’ont pas été atteinte et restent aux mains de l’ennemi.

Les brancardiers, à la faveur de l’obscurité, commencent leur longue nuit à la recherche des blessés.


10 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
La lutte continue dans les secteurs de la Carrière, de la Haie-Renard et du Chênois. L’artillerie allemande pilonne sans interruption les lignes françaises.


 

11 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Une forte attaque allemande est repoussée par la 19e compagnie du 5e bataillon du 220e R.I.


 

12 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Dans le secteur de Thiaumont-Ravin des Vignes, le 315e R.I. lance une attaque. Toute la journée, il progresse lentement en faisant reculer l’ennemi à la grenade. Ce n’est que vers 19 h 45 que les Allemands se replient en cessant le combat.


 

13 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Dès 5 h du matin, le 5e bataillon du 220e R.I. toujours aidé par quelques éléments du 283e, reçoit l’ordre d’attaquer les tranchées de Montbrison et Lecourt, tant disputées ses derniers jours. Sans préparation d’artillerie, profitant ainsi de l’effet de surprise, les hommes du 220e s’élancent et parviennent à s’emparer de la tranchée Montbrison et à poursuivre vers la tranchée Lecourt.

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Cette dernière position n’est cependant pas atteinte, mais un groupe de grenadier composé de 6 hommes parvient à s’établir dans le boyau qui relit les 2 tranchées entre elles.
Vers 18 h, une première contre-attaque allemande est repoussée puis une seconde à 22 h 30 sur la tranchée Montbrison.

La progression du 315e commencé la veille reprend par petits groupes. Une 20e de mètres sont conquis.

Durant cette journée, la ville de Verdun a reçu la croix de la Légion d’honneur et diverses décorations décernées par les pays alliés.
La cérémonie s’est déroulée dans la citadelle en présence du président de la République, M. Poincaré, du ministre de la guerre, de plusieurs représentants des nations alliées : Grande-Bretagne, Russie, Italie, Serbie, et des grands généraux français : Pétain, Joffre, Nivelle et Mangin.


 

14 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Les éléments du 220e et du 283e, entre la tranchée Montbrison et Lecourt ne faiblissent pas et tiennent bon devant plusieurs contre-attaques allemandes.

De son côté, le 315e R.I. progresse à nouveau de 40 m toujours en forçant la passage à la grenade.


 

15 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
La lutte du 220e et du 315e se poursuit.

Durant toute la journée, la caserne Marceau est soumise à un tir de très gros calibres.

Durant la nuit, la 133e D.I. (32e, 102e, 107e et 116e B.C.P., 321e R.I. et 401e R.T.) vient renforcer la 67e dans le secteur de Souville.


16 septembre au 15 octobre – Préparatifs de la grande offensive française rive droite
Les généraux affectés au secteur de Verdun pensent à présent qu’il est temps de passer à l’offensive. Cependant, ils n’ont pas oublié les erreurs qu’ils avaient commis en mai, lors de la tentative de reprise du fort de Douaumont.
Durant cette action, la préparation d’artillerie française n’avait pas du tout été suffisante, laissant intactes des organisations ennemies qu’il aurait été indispensable de détruire ; Au moment de l’attaque, l’artillerie allemande continuait inexorablement à être 2 fois plus puissante que la notre ; Les effectifs mobilisés pour mener l’attaque étaient trop insuffisants ; La préparation du terrain, parallèles de départ, boyaux de communication vers l’arrière, liaisons téléphoniques… avait été négligés.

Afin de corriger ces erreurs, le générale Pétain, organisateur incomparable, emploie toute son énergie pour obtenir des batteries et des munitions. Il obtient 2 obusiers de 400 mm qu’il compte utiliser, l’un sur le fort de Douaumont, l’autre sur le fort de Vaux.

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Mortier de 400 mm monté sur rails

Témoignage du général Pétain :  » A Verdun, notre heure sonnait. Au début d’octobre, nous avions convenu, le général Nivelle et moi, de procéder à la reprise des forts, pour rétablir la place dans son intégrité.
Le général Mangin, nommé au commandement des secteurs de la rive droite, dirigeait l’opération et sous l’impulsion d’un tel chef, dont la vigueur était proverbiale dans l’armée, nous escomptions un succès complet.
Le Grand Quartier Général avait envoyé les deux mortiers de 400 millimètres demandés qui, joints aux quelques pièces de 370 millimètres que nous possédions déjà, permettaient d’exécuter sur les ouvrages une puissante action de démolition… « 

Avec le concours du général Mangin, qui a aménager les gares de Baleycourt et de Landremont où s’effectue le déchargement des trains, il parvient à stocker au rythme de 4 à 5 trains par jour, plus de 500 000 tonnes de matériels et de projectiles aux alentours proches de Verdun.

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Il stimule et renforce l’aviation qui, petit à petit, commence à prendre le dessus sur l’aviation allemande.

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Aidées par plusieurs unités d’aérostiers, les aviateurs quadrillent méthodiquement, durant plusieurs semaines, chaque mètre carré du camp allemand, sur un front de 7 km de large et 3 km de profondeur. Chaque batterie, abris, tranchée, réseau de fil de fer, nid de mitrailleuses, point d’observation, voie d’accès, est minutieusement cartographié. Les informations sont centralisées et étudiées afin que le jour de l’attaque l’artillerie soit parfaitement réparti suivant les secteurs et les endroits stratégiques, et que les coordonnées des objectifs soient parfaitement connues. C’est une entreprise titanesque menée avec brio, qui démontre pour une fois le savoir faire français.

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Ballon « saucisse » en cours de repérage

 

De son côté, le général Mangin a la mission d’aménager le terrain.
Il fait approfondir les lignes et les fait transformer en parallèles de départ ; restaurer d’anciens blockhaus et creuser de nouveaux abris pour les postes de commandement ; établir des liaisons téléphoniques par câbles enterrés entre ces abris et les premières lignes.
Afin de faciliter l’acheminement des troupes d’assaut, il fait reconstruire la piste reliant le ravin du Pied-du-Gravier à la région de Thiaumont ; fait remettre en état la route du Faubourg Pavé à la chapelle Sainte-Fine, ainsi que les chemins du fort de Souville et du bois des Essarts.

Partout, la pioche s’enfonce dans les cadavres, les travailleurs se mettent des gousses d’ail dans les narines pour échapper à l’odeur épouvantable. De plus la pluie tombe en permanence, ce qui rend les travaux très pénibles.
Témoignage du sous-lieutenant Albert TEXIER :  » Quelquefois, un travailleurs, bouleversé, écoeuré, se relève à demi ; sa pelle ou sa pioche lui tombre des mains ; le sol est formé de cadavres.
- Mon lieutenant, on creuse dans la viande !….
- Ne t’occupe pas, creuse ! « 

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Témoignage de Fernand DUCON, sergent à la 19/2 compagnie du Génie :  » Les sapeurs du génie peuvent être comptés parmi les combattants les plus méritants et parmi les plus méconnus. On a trop tendance à ne voir dans ce corps d’élite, ou que les spécialistes souvent héroïques de l’effroyable guerre de mines, ou que les sapeurs plus favorisés de compagnies de chemin de fer, de télégraphistes ou de pontonniers.
En réalité, les compagnies divisionnaires groupèrent la majorité des hommes du génie, à la fois sapeurs et fantassins. Dans les divisions d’attaque notamment, ils vécurent en contact intime avec leurs camarades de l’infanterie, dirigeant leurs travaux de préparation, les accompagnant à l’assaut, le fusil ou le mousqueton à la main, la pioche passée dans le ceinturon lorsque l’heure H avait sonné, s’efforçant ensuite d’organiser le mieux possible l’effroyable chaos du terrain conquis. « 

 

Pour finir, le général Nivelle a la charge des troupes qui vont participer à l’offensive, soit 8 divisions.
3 d’entres elles vont attaquer en première ligne, sur un front de 7 km.

A gauche, la 38e D.I. (général Guyot de Salins) (8e Tirailleur, 4e Zouave, 4e Mixte Z.T. et R.I.C.M.), renforcée par le 11e R.I., partira depuis la carrière d’Haudromont et aura pour objectif d’atteindre la contre-pente nord du ravin de la Couleuvre, de s’organiser dans le village de Douaumont et de reconquérir le fort de Douaumont. Ce dernier objectif, le plus glorieux, est confié au R.I.C.M. (Régiment d’Infanterie Colonial du Maroc), commandé par le lieutenant-colonel Regnier ;

Au centre, la 133e D.I. (général Passaga) (32e, 102e, 116e et 107e B.C.P., 401e R.T., 321e R.I.) aura pour mission de s’emparer à la hauteur de Fleury, du ravin de Brazil, des pentes de la Caillettes et du ravin de la Fausse-Cote ;

A droite enfin, la 74e D.I. (général de Lardemelle) (50e et 71e B.C.P., 222e, 229e, 230e, 299e et 333e R.I.), renforcée par le 30e R.I., partira de la Haie-Renard au fond de Beauprè et aura pour objectifs de reprendre le Chênois, la Vaux-Régnier, le bois Fumin, le Fond de la Horgne puis le fort de Vaux.

De part et d’autre, les régiments d’aile des divisions voisines auront la tâche d’appuyer l’attaque et d’éviter un contournement des troupes.

3 autres divisions vont intervenir en deuxième ligne, la 7e D.I. (102e, 103e, 104e et 315e R.I.), la 9e D.I. (66e B.C.P, 4e, 82e, 113e et 313e R.I.) et la 36e D.I. (18e, 34e, 49e R.I. et 218e R.I.).

Les 2 dernières resterons en soutient, la 22e D.I.(19e, 62e, 118e et 116e R.I.) et la 37e D.I. (2e et 3e zouaves, 2e et 3e tirailleurs).

Depuis 1 mois, toutes les compagnies formant ces bataillons qui vont attaquer, sont venues cantonner entre Bar-le-Duc et Saint-Dizier.

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Chaque jour, les troupes s’entrainent sur des terrains aménagés pour ressembler aux différents champs de bataille de Verdun. Les soldats qui vont assaillir le fort de Douaumont par exemple, étudient par coeur à l’aide de plans, la topologie du fort. De tel sorte que le jour J, ils puissent s’y déplacer sans aucune hésitation.

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Cantonnement à l’arrière du front

 

Sur tous les fronts de Verdun, mise à part quelques engagements locaux dans le secteur de Thiaumont, la bataille qui dure depuis 7 mois s’atténue. Cette accalmie relative permet aux Français de réaliser plus facilement leurs grands préparatifs. Cependant, les pluies abondantes sapent le moral des combattants et la lassitude est très grande de part est d’autre.
Témoignage du colonel DESPIERRES, du 239e R.I. :  » Je vais faire la tournée du secteur en suivant la première ligne. Je ressens une impression inimaginable ; des deux côtés, boche et français, les tranchées sont envahies par l’eau. Il y a une profondeur de près d’un mètre. C’est dire que ces tranchées ne peuvent plus être occupées par les éléments de première ligne. Tout le monde est sur le parapet. Les Boches à dix mètres nous regardent avec indifférence. C’est une véritable trêve qui paraît être conclue entre les deux partis. On ne cherche qu’une seule chose, c’est vivre comme on peut et surtout échapper à cette humidité croissante qui, par les froids qui commencent, devient impossible à supporter. « 

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Témoignage du Capitaine André GUILLAUMIN du 102e R.I. :  » Mon P.C. se composait d’un vague trou dans la boue où nous nous tenions, mon ordonnance et moi, mi-assis, mi-recroquevillés. Le sol était si mou que les obus faisaient fougasse projetant un geyser de boue…
L’un d’eux me frôla, s’enfonça presque à mes pieds, et dans l’éclatement, au milieu d’une auréole de boue, se dressa un officier allemand à demi décomposé, la figure verte dans un uniforme vert. Je vois toujours ce cadavre, face à face avec moi pendant une seconde, puis la masse de boue retomba et il disparut.

Cette situation de stagnation pesante dure jusqu’au 15 octobre. A cette date, le général Nivelle rend compte au général Pétain que tous les préparatifs sont prêts. Il ne reste plus, à présent, qu’à définir le jour et l’heure de l’offensive…

Le 9 octobre, le général Nivelle a reçu le maréchal Joffre à la mairie de Souilly. Ce dernier est venu s’enquérir de l’avancement des préparatifs.

Le 12, c’est au tour de Georges Clemenceau, alors président de la commission de l’Armée au Sénat, de faire le voyage depuis Paris.p55
Lorsqu’il descend de sa voiture devant les marches de la mairie, tous les soldats présents l’applaudissent et l’acclament.
Témoignage du commandant P… :  » Le Président, M. Clemenceau, ne jouissait dans l’armée d’aucune popularité, mais on savait quel profond amour il portait à son pays, on connaissait sa loyauté, son intéressement, sa générosité, sa haute conscience, et peut-être était-il, de tous « les maîtres de l’heure », l’homme le plus estimé et le plus respecté des poilus. « 

Après un court exposé par Nivelle, conférencier hors pair, sur les grands points de l’offensive, Clemenceau demande à être conduit sur la ligne de front. Tous les officiers présents lui déconseillent ce déplacement mettant en avant la dangerosité des lieux, mais le Président l’exige et le cortège de voitures part pour Verdun.
Témoignage de Joseph MORELLET, agent de liaison au 407e R.I. :  » Le deuxième échelon du 407 était à la tourelle de Souville quand Clemenceau est arrivé, accompagné par quelques officiers. A un moment donné, près de la tourelle, un des officiers lui dit : « Monsieur le Président, là, il faut être très prudent et faire vite ; c’est très dangereux ». Il répondit : « Quelle est la plus belle mort pour moi que de la faire ici ? ».
Il est peu de divisions qui n’aient à raconter sur Clemenceau une anecdote semblable. En ce qui concerne celle-ci, nous avons vu Clemenceau en première ligne à trois reprises, au Bois-Brûlé en 1915, à Verdun en octobre 1916 et à la Main de Massives en 1918, et dans les secteurs qui n’étaient pas choisis d’ordinaire par les Parlementaires et les journalistes pour leurs visites au front.
C’était un homme ! « 

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20 et 21 octobre – Début de la préparation d’artillerie française sur la rive droite
A l’aube, la préparation d’artillerie française commence, elle va s’intensifier jusqu’au 24 octobre.

Elle est constituée de 654 pièces : 20 pièces de calibre 270 à 400 ; 300 pièces du 120 au 220 ; 334 pièces du 65 au 105.
Le front allemand est constitué alors de 7 divisions, soit 22 bataillons mais très échelonnées en profondeur. Les hommes de premières lignes sont totalement abrutis par la puissance du tir français. Chaque position et élément stratégique, préalablement repéré,
n’est épargné. C’est un déluge de fer et d’acier.
Les plus gros calibres sont réservés pour les forts de Douaumont et de Vaux qui sont les 2 points stratégiques à reconquérir.

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L’artillerie allemande ne reste pas pour autant inactive, et toutes les batteries françaises connues sont contrebattues avec violence.


 

22 octobrePréparation d’artillerie française sur la rive droite
Une attaque française est simulée par l’allongement subit du tir d’artillerie et par des mouvements dans les tranchées françaises. Cette ruse permet le repérage de 158 batteries ennemies nouvellement mises en place et qui étaient restées muettes jusqu’à présent.

Toutes ses batteries ainsi repérées sont systématiquement pilonnées et seulement 90 seront signalées en action le jour de l’attaque. Ces tirs ont été ajustés avec l’aide de l’aviation française qui domine largement le ciel de Verdun.


23 octobrePréparation d’artillerie française sur la rive droite
Vers 8 h, la préparation d’artillerie française s’intensifie.

A 12 h 30, la superstructure du fort de Douaumont est transpercée par un obus de 400 mm.
Pour tous les hommes présents dans le fort, le bruit incessant et assourdissant du bombardement extérieur a été soudain dominé par un déflagration gigantesque et un tremblement plus important du sol. Tous les cœurs ont fait un bon dans leur poitrine : « On a été touché ?!« .
L’obus a exploser au milieu de l’infirmerie, tuant sur le coup la 50e de blessés et personnel sanitaire qui occupaient le lieu. Rapidement, un important incendie se déclare avec beaucoup de fumée, qui interdit tout accès.
10 minutes plus tard, un second obus de 400 perce la voute de la casemate 8, ensevelissant tous les occupants.
Chaque quart d’heure en moyenne, un nouvel obus s’abat sur le fort dans une explosion énorme qui secoue tout l’édifice. Les dégâts causés sur la voute sont importants et le bombardement extérieur semble beaucoup plus prêt et dangereux avec les trous béants ainsi formés. La panique commence à gagner les hommes.
Le 5e obus, perce la voute du couloir principal, au niveau de la casemate 10, en ensevelissant une escouade.

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Casemate effondrée par un obus de 400 mm
(photo prise le 25 octobre, lorsque le fort a été repris par les Français)

Dés lors, ce couloir devient impraticable. Le commandant du fort, le chef de bataillon Rosendahl, du 90e R.I. donne l’ordre à toute la garnison de gagner l’étage inférieur du fort.
Lorsque le 6e obus explose, il est suivit d’une série de « coups de pétards » et de grosses explosions. Passant par le trou de la voute du couloir principal, l’obus est venu explosé tout en bas, dans le dépôt de grenades et de munissions, tuant une 50e de sapeurs du génie.
Un incendie très important propage des fumées opaques qui avancent rapidement dans les couloirs. Chaque hommes se précipite et met son masque à gaz, ceux qui n’y parviennent pas assez tôt meurent dans des convulsions atroces. Certains soldats deviennent fous et veulent sortir de cette souricière, mais les 2 issues sont violemment bombardées par des obus toxiques.
A 14 h, la lumière s’éteint plongeant la fort dans les ténèbres. A cette instant, continuer à tenir l’enceinte devint difficile.
A 17 h, l’évacuation du fort par tous les hommes « non indispensables » est ordonné. Seul un petit groupe du génie, d’une 100e d’hommes commandée par le capitaine Soltan du 84e R.I. reste avec la mission d’éteindre l’incendie du dépôt à munissions.
Chaque homme devant évacuer, la peur au ventre mais avec une discipline impressionnante, s’élance à l’extérieur à travers les obus. Les 400 ont ralenti mais tous les autres calibres jusqu’au 220 se déchainent encore sur le fort. A 18 h, l’ordre d’évacuation est exécuté.
Débute alors pour les hommes de Soltan une lutte à mort contre la fournaise. Il n’y a plus d’eau pour éteindre les flammes et beaucoup d’hommes, à bout de force, sont déjà intoxiqués par les fumés et vomissent sans cesse. Le capitaine Soltan envoie des coureurs pour demander un retrait en urgence, mais aucun ne revient.
A 23 h, dans un dernier élan, Soltan ordonne de mettre une mitrailleuse en position à la sortir nord-ouest. Mais plusieurs équipes de mitrailleurs succombent successivement à cette place en raison du bombardement par obus toxique qu’infligent des Français.
Entre 4 et 5 h, les hommes de Soltan évacuent enfin le fort, titubants, vomissant, portant les malades sur des ciliaires, pas un ne fût abandonné.

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Durant la journée, les généraux Pétain, Nivelle et Mangin se réunissent. Aux vues des résultats positifs qu’a donné la simulation d’attaque de la veille, des prévisions météo des jours à venir et des derniers rapports concernant les préparatifs des régiments d’infanterie qui attendent derrière le front, la décision est enfin prise. Le jour J sera le lendemain, le 24 octobre, l’heure H, 11 h 40.

Dans la nuit, les hommes des régiments des 38e, 74e et 133e D.I stationnés entre Bar-le-Duc et Saint-Dizier, font leur paquetage et gagnent Verdun pour prendre position dans les parallèles de départ.
Chacun a reçu un équipement spécial. En plus du chargement habituel (outils individuels, toile de tente, couverture, habits de rechange, ustensiles de cuisine et d’entretient, etc.) (voir la partie « Uniforme » « L’équipement ») et des 3 cartouchières bourrées à craquer, chaque homme doit emporter en plus 2 musettes contenant plusieurs rations fortes et rations de réserves (voir la partie « Uniforme » « L’équipement »), une musette à grenades, un second masque à gaz, un second bidon contenant du vin ou de l’eau et 2 sacs à terre. Un fardeau démesuré d’au mois 40 kg, pour des hommes qui doivent rester frais au moment de l’assaut.

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24 octobre – Grande offensive française rive droite. Reconquête du fort de Douaumont

(Voir « Le fort de Douaumont » dans la partie « Fortifications »)

Ordre du jour du général Passaga, commandant la 133e D.I. :  » Officiers, sous-officiers, soldats, il y a près de huit mois que l’ennemi exécré, le Boche, voulut étonner le monde par un coup de tonnerre en s’emparant de Verdun. L’héroïsme des  » poilus  » de France lui a barré la route et a anéanti ses meilleures troupes.
Grâce aux défenseurs de Verdun, la Russie a pu infliger à l’ennemi une sanglante défaite et lui capturer près de quarante mille prisonniers.
Grâce aux défenseurs de Verdun, l’Angleterre et le France le battent chaque jour sur la somme, où elles lui ont déjà fait près de soixante mille prisonniers.
Grâce aux défenseurs de Verdun, l’armée de Salonique celle des Balkans battent les Bulgares et les Turcs.
Le Boche tremble maintenant devant nos canons et nos baïonnettes, il sent que l’heure du châtiment est proche pour lui.
A nos divisions revient l’honneur insigne de lui porter un coup retentissant qui montrera au monde la déchéance de l’armée allemande. Nous allons lui arracher un lambeau de cette terre où tant de nos héros dorment dans leur linceul de gloire.
A notre gauche combattra une division, déjà illustre, composée de zouaves, de marsouins, de Marocains et d’Algériens ; on s’y dispute l’honneur de reprendre le fort de Douaumont. Que ces fiers camarades sachent bien qu’ils peuvent compter sur nous pour les soutenir, leur ouvrir la porte et partager leur gloire !
Officiers, sous-officiers, soldats, vous saurez accrocher la croix de guerre à vos drapeaux et à vos fanions ; du premier coup vous hausserez votre renommée au rang de celle de nos régiments et de nos bataillons les plus fameux. La Patrie vous bénira. « 

A 7 h, une petite section allemande formée d’une 20e d’hommes, sous les ordres du capitaine Prollius, retourne à l’intérieur du fort de Douaumont pour y faire une inspection. Bien que le dépôt du génie flambe toujours et que l’infirmerie soit toujours inaccessible par l’odeur qui y règne, l’air est plus ou moins respirable dans les autres parties du fort. Bien que 6 casemates soient totalement détruites et que le couloir supérieur soit percé en 3 endroits, il existe toujours une liaison entre la partie ouest et la partie est par le couloir inférieur. Les issues des coffres simples ouest et est sont encore partiellement utilisables.
Le capitaine Prollius tire la conclusion que le fort peu encore être défendu si des forces suffisantes équipés de mitrailleuses regagnent la forteresse.
Il envoie aussitôt un message par coureur stipulant l’envoie de renfort.

 

Dans la matinée, un certain nombre de soldat allemands sortent de leur tranchée et viennent se porter prisonnier dans les lignes françaises. Ils sont à bout de force en raison du bombardement qu’ils subissent depuis 4 jours.
Témoignage du général DOREAU, de la 213e Brigade :  » Ceci ce passait le 24 octobre 1916. Mon P.C. était installé au bas du glacis de Souville, à 300 ou 400 mètres, pas plus, de la ligne de trous d’obus qui servait au 401e R.I. de tranchée de première ligne.
Il ne comportait, étant donné la nature du terrain, que quelques mauvaises sapes, à sol horizontal, creusées les unes à côté des autres, larges chacune de moins de deux mètres. Outre mes deux officiers d’état-major, j’avais avec moi, ce jour-là, un officier d’artillerie et un officier (de liaison) de chacun de mes trois corps: 401e R.I., 32e et 107e B.C.P
.
Donc, pressés les uns contre les autres, casqués, vêtus de capotes de troupe maculées de boue, et éclairés par deux bougies fichées dans des pommes de terre coupées, sept êtres humains, pas du tout décoratifs, dans un cadre qui ne l’était pas non plus.

Le premier prisonnier qu’on m’amena fut un oberleutnant. Priè de me remettre ses papiers, il s’exécute. Interrogé sur sa qualité, il déclare être officier de réserve, instituteur dans la vie civile. Puis, un peu rassurè et se ressaisissant au bout de quelques minutes, il essaie de regimber, et ce dialogue s’angage :
- Mais enfin, qui êtes-vous pour me questionner ?

- Je suis un commandant de brigade, et ces messieurs sont les officiers de mon état-major.

- Un commandant de brigade ?… Ici ?…

- Oui, ici ; et dés demain matin, il ira plus loin vers le nord.

Un ahurissement inexprimable se paignit sur sa physionomie. Evidemment, dans l’armée allemande, les officiers généraux ou ceux qui en tenaient le rôle, n’avaient pas coutume de se loger dans des sapes inconfortables, situées à 300 mètres des tranchées de première ligne … »

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11 h 30, 10 minutes avant l’heure H.
Depuis l’aube, un brouillard assez dense s’est rependu sur tout le front. Bien que chacun espérait qu’il se dissipe avant l’assaut, il est toujours aussi épais et empêche de voir à plus de 10 mètres. Si d’un côté il empêche les mitrailleurs allemands à bien ajuster leurs tirs, de l’autre, il sera dangereux aux soldats français de s’y engager et surtout de s’y perdre.
Témoignage de Edouard BOURGINE du 3e bis Zouaves :  » Ce matin, un épais brouillard estompait uniformément chaque chose, impossible de voir à deux pas devant soi.
Brusquement, des patrouilleurs boches trouèrent le brouillard devant nous. Ils allaient paisiblement, les mains dans les poches, l’arme à la bretelle. Stupéfaits, nous eûmes un instant d’indécision. C’est alors que le gradé boche proféra d’un ton lamentable  » triste guerre messieurs, triste guerre…  » puis le brouillard l’enveloppa. « 


11 h 40, l’heure H.
Une clameur se soulève soudain dans le camps français, d’un même élan,
des milliers d’hommes sortent des tranchées est s’élancent vers l’avant sur un terrain lourd et glissant.

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Chaque unité se dirige à la boussole en direction du nord-est à la vitesse de 100 mètres toutes les 4 minutes. Elles sont précédées d’un formidables barrage roulant qui interdit aux Allemands de sortir de leurs abris.

 

Voici en détail, les unes après les autres, toutes les actions menées :

La gauche du plan d’attaque est tenue par la 38e D.I. (8e Tirailleur, 4e Zouave, 4e Mixte Z.T., R.I.C.M.) et renforcée par le 11e R.I. Mission : atteindre la contre-pente nord du ravin de la Couleuvre et la carrière d’Haudraumont, s’organiser dans le village de Douaumont et reconquérir le fort de Douaumont :

Le 11e R.I. (lieutenant-colonel de Partouneaux), à l’extrême gauche du dispositif, se porte à 11 h 38 (en raison d’une montre mal rêglée), à l’assaut de la tranchée Balfourier et de la carrière d’Haudraumont.
S’il trouve la tranchée Balfouquier inoccupée, la carrière est quant à elle fortement défendue. Après un dur combat à la grenade, il parvient à capturer tous les occupants de la carrière. Il repousse ensuite d’incessantes contre-attaques jusqu’à la fin de la journée.

Le 8e Tirailleur (lieutenant-colonel Dufoulon) et le 4e Zouaves (lieutenant-colonel Richaud) s’élancent à l’heure H en poussant des hurlements.

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Ils atteignent rapidement les tranchées allemandes qu’ils ont en face d’eux. L’ennemi qui attendait pourtant l’assaut français est totalement surpris par la rapidité du mouvement et se rend sans combattre.
Témoignage de X :  » Un officier supérieur sorti en hâte de son abri à l’appel de l’Adjudant Caillard, apparaît en culotte, sans ses molletières qu’il tient à la main et qu’il offre à l’Adjudant Caillard en criant  » Chef de Corps ! , Chef de Corps ! « . Un vaguemestre était en train de procéder au triage des lettres, il sort de son trou les yeux hagards, les deux bras levés, brandissant d’une main sa boite aux lettres, de l’autre une liasse d’enveloppes et s’écrie d’une voix suppliante :  » Pardon, pardon, Monsieur ! « . Il est à remarquer que la plupart criaient :  » Pardon « , plus encore que  » Kamarade « . Nous les encouragions de notre mieux, leur disant dans leur langue qu’on ne leur ferait pas de mal s’ils se rendaient. « 
Les prisonniers sont conduits en direction du ravin des Trois-Cornes où se trouve le P.C. du régiment.
A 12 h, le bois de Nawé et la contre-pente nord du ravin de la Dame sont reconquis.
A 14 h, la contre-pente nord du ravin de la Couleuvre est atteinte. Les hommes s’y déploient et poursuivent en direction du village de Douaumont.
Les ruines du village sont reprises à
14 h 45 par le 4e Zouave qui s’y fortifie. Deux patrouilles poursuivent ensuite en direction du fort de Douaumont pour tenter de le contourner.
A 15 h, une patrouille de la 17e compagnie du 8e Tirailleur part faire une reconnaissance en avant des lignes. Elle descend dans le ravin de la Goulotte, puis dans le ravin de Helley ou elle attaque plusieurs abris ennemis et fait plusieurs prisonniers.

Le 4e Mixte Z.T. (lieutenant-colonel Vernois) subit peu de temps avant l’heure H, un tir bien ajusté de l’artilleries allemandes. Les blessées et les morts sont nombreux, 200 hommes environs.
A 11 h 39, il s’élance tout de même et parvient à atteindre la ferme de Thiaumont et à la reprendre.
A 12 h 25, ayant poursuivit sa progression, il se trouve face au bois Morchée.
A 14 h 45, il aborde le village de Douaumont et le réoccupe avec le 4e Zouave. Il s’établie finalement à 60 m en avant du village.

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Le R.I.C.M. (Régiment d’Infanterie Colonial de Maroc) (lieutenant-colonel Regnier) part du ravin des Vignes:
- le 4e bataillon (commandant Modat) doit s’emparer de la 1ère ligne ennemie et s’y organiser défensivement.
- le 1er bataillon (commandant Croll) doit dépasser le 4e, encercler le fort de Douaumont et s’organiser en avant.
- le 8e bataillon
(commandant Nicolay) doit pour finir prendre et nettoyer le fort.

A 11 h 40, le 4e bataillon s’élance vigoureusement mais se heurte rapidement à un tir de mitrailleuse imprévu. Cette mitrailleuse allemande s’est infiltrée à la faveur du brouillard dans les premières lignes françaises. Ces dernières avaient été évacuées pour ne pas risquer que leurs occupants subissent le tir de l’artillerie française. Tous les hommes sautent aussitôt dans les trous pour se mettre à l’abri. Dans cet élan, le commandant Modat est blessé.
Un certain « flottement » se produit alors dans la troupe, composée de Sénégalais. Il devient urgent que cette mitrailleuse soit maitrisée si l’on ne veut pas réduire à néant l’entrain qui avait été manifesté au départ.
Le capitaine Alexandre, qui a pris le commandement, prend aussitôt l’initiative et s’élance en hurlant en direction de la mitrailleuse. Electrisés, ses hommes le suivent et en quelques minutes, les servants de la mitrailleuse sont tués à coup de grenade.

La troupe peut enfin poursuivre sa progression. Elle occupe bientôt les tranchées allemandes de premières lignes et s’y fortifie.

Comme cela est convenu, le 1er bataillon dépasse alors le 4e bataillon à travers le brouillard. Il s’avance vers le fort afin de le contourner par la gauche et la droite et s’établir au-delà. Cependant, à quelques 300 m des fossés, le brouillard se déchire brusquement et le bataillon s’aperçoit qu’il est seul dans la plaine. Il doit théoriquement, avant de continuer plus avant, attendre le 8e bataillon qui à la mission d’investir le fort et qui est le seul outillé pour !

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Quelques temps plus tard, ne voyant toujours pas le 8e bataillon et trépiniant d’impatience, le capitaine Dorey, sous les ordres du commandant Croll, décide, puisque personne ne vient l’aider, de poursuivre son élan et de prendre le fort seul.
Témoignage du sergent Gaston GRAS du R.I.C.M :  » Il commande l’attaque immédiate, sans perdre une secondes !
Les ordres s’envolent, frémissants, martiaux !
- Compagnie Brunet ! Courez à la face sud-ouest, et attaquez !
- Compagnie Mazeau ! Attaquer la gorge du fort ! et dare-dare !
- Compagnie Fredaigne ! Rester en arrière pour recueillir la bataillon, s’il tombe sur un bec !…
- Goubeaux ! suivez-moi avec les mitrailleuses de réserve ! Nous allons, entre Brunet et Mazeau, prendre notre part de l’attaque !
Alors, transfigurées, au pas de course, les compagnies obéissent.
En tête de la compagnie Brunet, une patrouille de combat, commandée par un humble mais héroïque caporal, Béranger, saute hardiment dans le fossé du fort, se précipite sur le coffre de contrescarpe : déjà des mitrailleurs ennemis s’assoient précipitamment à leurs pièces, engagent des bandes souples, vont tirer ; à coup de crosses, la patrouille Béranger les assomme à leurs postes…
Désormais, le fossé ne sera plus balayé par la Maxims, mise à la raison…
De son côté, la compagnie Mazeau se rue dans la gorge, s’en empare.
La compagnie Fredaigne les suit, commandée par un simple adjudant, tous les officiers ayant été tués au cours de l’attaque…
Alors un torrent d’hommes se jette dans les fossés, grimpe sur le fort, envahit les superstructures : c’est un calvaire, mais un calvaire triomphal. « 

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Qu’est devenu de le 8e bataillon ? Il s’est élancé dans la brume à la suite des 2 autres bataillons. Boussole à la main, le commandant Nicolay progresse droit devant mais s’étonne de ne pas rencontrer les obstacles qu’il a sur son plan. Au bout d’un moment, alors qu’il aurait déjà dû rencontrer le fort, il stoppe son bataillon dans l’incertitude la plus complète.

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Soudain, un soldat allemand qui hère entre les lignes s’approche. Il est mené au commandant et questionné hâtivement. Puis il donne la bonne direction pour atteindre le fort… Il s’avère que Nicolay avait dirigé son bataillon trop à l’est car l’aiguille de la boussole était déviée par l’acier de son revolver. Le bataillon reprend sa marche rapidement. Il arrive enfin devant les fossés du fort et retrouve le 1er bataillon qui vient juste d’occuper les superstructures.

La relève se déroule, le 8e bataillon fortifie les superstructures et commence à pénètre à l’intérieur du fort pour le nettoyer petit à petit de ses occupants.
Le 1er bataillon, quant à lui, reprend sa marche vers le nord et va s’établir devant le fort, sur les emplacements qui constituent son objectif final.
Témoignage de Fernand DUCOM de la compagnie divisionnaire 19/2 du Génie, mise à disposition du 8e bataillon du R.I.C.M. :  » Nous passons près de l’abri Adalbert, ruiné, au sud-ouest du fort ; puis dans un ultime élan, nous atteignons le fossé de Douaumont. Contemplant notre proie, hésitant sur le bit à atteindre, nous marquons un temps d’arrêt. Mais le sous-lieutenant Huguet, qui a aperçu la tourelle de 155, notre objectif, de s’écrier :  » Allons ! en avant, génie ou coloniaux !  » Nous partons trois en tête, la baïonnette haute, le doigt sur la détente ; il me semble que je suis invulnérable. Nous défilons devant de nombreux créneaux aménagés sur la face du fort ; pas un coup de feu n’en sort. Quelques grenades sont lancées dans les cheminées d’aération. Dans un suprême effort, nous grimpons sur la tourelle de 155…
Mais les Allemands, repliés dans une carrière, à 300 mètres de là, nous ont aperçus. Des obus de petit calibre, ceux d’un canon-revolver, qui doit faire mouche à chaque coup, commencent à tomber…

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Les projectiles éclatent sans interruption, de tous côtés ; des blessés, des morts jonchent le sol. La mitrailleuse des coloniaux, en position à quelques mètres devant nous, a un grand nombre de ses servants hors de combat. Quelques-uns ont des blessures affreuses ; et il est singulièrement émouvant de voir avec quel empressement les indemnes prennent leur place.
Maurice Daney, le plus cher de mes amis de guerre, tombe dans les bras, le crâne ouvert, frappé à mort. Je ressens moi-même un choc violent au bras, un autre au cou, ma capote est criblée d’éclat et cependant je n’ai aucune blessure…
Venant du chaos du champ de bataille et pénétrant dans le fort par l’entrée principale… Errant dans les couloirs, je tombe enfin sur mon capitaine, tout heureux de me savoir vivant. Son premier lieutenant est blessé, quatre des sous-lieutenants seulement sont indemnes, les autres sont tués, blessés ou disparu.
Chargés de trouver un logement pour les survivants de la compagnie, je découvre plusieurs locaux près de la chambre du commandant allemand, le hauptmann Prollius. Ce dernier est là et l’honneur de sa capture revient à l’un de nos hommes, le maître-ouvrier Dumont, un petit gars débrouillard de la banlieue parisienne. Pénétrant le premier dans le fort, avec un seul colonial, il sut en imposer aux quatre officiers et aux vingt-quatre hommes, des pionniers, qui en constituaient, au moment de l’attaque, toute la garnison. Quelle ne fut pas la surptise du gros des attaquants lorsque, descendant un grand moment après dans l’ouvrage, ils trouvèrent nos deux gaillards en compagnie d’une bande d’Allemands, avec qui ils faisaient déjà bon ménage…
L’état-major allemand est présenté au commandant Nicolaï. Les quatre officiers, d’une correction extrême, paraissent ahuris de notre succès. S’adressant en bon français au chef du 8e bataillon :  » Monsieur, dit le commandant allemand, je suppose que vous serez heureux de vous installer dans ma propre chambre ; elle est à votre disposition « .  » Monsieur, lui répond Nicolaï, en le toisant de haut, le commandant français couchera cette nuit à la porte du fort, avec ses hommes… « . J’ai entendu cela… « 

 

 

Voyons maintenant les autres actions du plan d’attaque français.
Le centre est tenu par la 133e D.I. (32e, 102e, 116e et 107e B.C.P., 401e R.T., 321e R.I.). Mission : s’emparer à la hauteur de Fleury, du ravin de Brazil, des pentes de la Caillettes et du ravin de la Fausse-Cote.

A 11 h 40, le 116e B.C.P. (commandant Raoult) s’élance de Fleury et des abords de la station. En 58 minutes, il atteint le bas de la croupe nord du ravin de Bazil, entre le ravin de la Caillette et celui de la Fausse-Côte. Son objectif est atteint.

A 11 h 40, le 102e B.C.P. (commandant Florentin) suit le 116e B.C.P. jusqu’au ravin de Bazil. Il passe ensuite devant lui et atteint le ravin de la Fausse-Côte, après avoir dispersé à la baïonnette un bataillon ennemi.

A 11 h 40, le 107e B.C.P. (commandant Pintiaux) sort des tranchées au nord de la chapelle Sainte Fine, franchit sans grande résistance le bois de Vaux-Chapitre et le ravin du Bazil. Il arrive enfin dans la région nord de l’étang de Vaux. Son objectif est atteint.

A 11 h 40, le 401e R.I. (lieutenant-colonel Bouchez) s’avance dans le ravin des Fontaines.
Ses éléments de gauche atteignent assez vite le débouché du couloir de la Fausse-Cote et peuvent s’y organiser. Par contre, ceux de droite se heurtent à une forte résistance dans le ravin des Fontaines et au « Nez de Souville ».
Après un dur combat, le régiment parvient tout de même jusqu’à l’étang de Vaux. Son objectif est atteint.

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A 11 h 40, le 321e R.I. (lieutenant-colonel Picard) débouche de la tranchée de Pauly et Vidal, au nord-ouest de Fleury. Il part vers le nord-est pour atteindre à 12 h 35 la croupe du bois de la Caillette.
A 13 h 30, la 19e et 23e compagnie et la 5e compagnie de mitrailleuses, toutes trois commandées par le commandant Megemont, reprennent leur marche et arrivent en vue du fossé sud-est du fort de Douaumont. Leur mission est de s’emparer de la batterie à l’est du fort, ce qu’elles parviennent à faire rapidement car la batterie est sans défenseur.
Le commandant Megemont se trouve ensuite dans le même embarras que va l’être le capitaine Dorey, du 1er bataillon du R.I.C.M. dans 30 minutes : Il se trouve seul face au fort de Douaumont qui semble à porté de main… Il va alors réagir avec la même audace que le fera Dorey, laissant le gros de la troupe aux abords immédiats du fort, il traverse le fossé sud-est avec 3 hommes.
Il atteint rapidement l’observatoire et la petite tourelle est, puis, alors que quelques hommes sont venus grossir la troupe, capture un sous-officier allemand et 7 hommes.
Une demi heure plus tard, le commandant Megemont et ses hommes retrouvent sur la superstructure du fort les éléments du 1er bataillon du R.IC.M. puis du 8e bataillon.
Le 321e R.I. est donc, en cette journée historique, sous la forme d’une poignée d’homme, le premier à avoir escaladé les remparts du fort de Douaumont.
Témoignage du colonel PICARD, du 31e R.I. :  » Le régiment colonial du Maroc devait, le 24 octobre, prendre le fort : il l’a pris: ça, c’est de l’histoire. Mais il pourra impartialement ajouter que ce sont les vieux du 321e régiment d’infanterie qui, les premiers, ont grimpé sur le fort : ça aussi, c’est de l’histoire. « 

 

La droite est tenue par la 74e D.I. (50e et 71e B.C.P., 222e, 229e, 230e, 299e et 333e R.I.) renforcée par le 30e R.I. Ses positions vont de la Haie-Renard au font de Beaupré. Mission : s’emparer du Chênois, de la Vaux-Régnier, du bois Fumin, du Fond de la Horgne puis du fort de Vaux.

A 11 h 40, le 230e R.I. (lieutenant-colonel Viotte) s’élance des tranchées Claudel et Garrand et conquiert en 10 minutes les 1ere positions ennemies.
A peine reparti vers son 2e objectif, le régiment est pris sous le feu des mitrailleuses allemandes qui, devant le bois Fumin, sortent des trous d’obus et de l’ouvrage de la Sablière. Les pertes sont lourdes. Il doit stopper sa marche dans la tranchée Gotha-Siegen. Il est bloqué à cet endroit tout le reste de la journée.

A 11 h 40, le 333e R.I. (lieutenant-colonel Franchet d’Esperey) s’élance vers les tranchées de Moltke et Fulda et parvient à les enlever malgré la violence du feu allemand.
Il s’élance ensuite vers la Vaux-Régnier et aborde l’ouvrage des Grandes-Carrières et s’en empare à 12 h 15.
Cette avancée lui a coûté de nombreuses pertes et c’est avec des forces réduites qu’il tente d’atteindre les Petites-Carrières nord. Son but et de contourner le fort de Vaux par l’ouest.
Malgré l’aide du 50e B.C.P., il ne peut exécuter ce mouvement. Les compagnies se fortifient sur place.
S’abat alors sur ses positions un violent bombardement de l’artillerie française qui n’est pas au courant des nouvelles positions de son infanterie. Il est contraint de reculer et de laisser le terrain qu’il vient de conquérir.

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A 11 h 40, le 299e R.I. (lieutenant-colonel Vidal) au centre de la division, s’élance des parallèles de départ et tombent sur les tranchées Clausewitz et Seydlitz protégées par des barbelés intact et fortement occupés.
9 h durant, il se bat à la grenade sans pourvoir prendre le dessus sur l’ennemi.
A 18 h, il reçoit le renfort d’éléments des 50e et 71e B.C.P. et envisage un nouvel assaut.
Il s’élance à 20 h et parvient enfin à enfoncer les îlots de résistances ennemis. Il reprend la tranchée de la Horgne, dépasse ensuite le petit Dépôt et achèvent son encerclement vers minuit.
Les pertes sanglantes qu’il a subit ne lui permettent pas de continuer la lutte. Certaines compagnies ont perdu les ¾ de leurs effectifs.
Le général de Lardemelle, qui commande la 74e D.I., déçu de ne pas avoir ou reconquérir le fort de Vaux, est contraint à demander au bataillon de se fortifier sur place.

A 11 h 40, le 50e B.C.P. sort des tranchées au nord de la chapelle Sainte Fine, franchit sans grande résistance le bois de Vaux-Chapitre et le ravin du Bazil. Il arrive enfin dans la région nord de l’étang de Vaux.
Des éléments se joignent au 333e R.I. pour tenter d’atteindre les Petites-Carrières nord, afin de pouvoir contourner le fort de Vaux par l’ouest. Cependant, ce mouvement ne peut être exécuté. Les éléments se fortifient sur place.
A 18 h, d’autres éléments se joignent au 229e R.I. qui tente d’enlever les tranchées Clausewitz et Seydlitz.
A 20 h, ses éléments lancent avec le 229e un assaut qui permet d’enfoncer les îlots de résistances. Les 2 tranchées, puis leurs arrières sont reconquises vers minuit.

A l’heure H, le bataillon Baillods du 30e R.I. s’élance et enlèvent les tranchées Werber et Von Kluck au sud de Damloup. De nombreux soldats allemandes sont capturés.
Témoignage du sous-lieutenant MARTIN, du 30e R.I. :  » Soudain, des coups de feu dans le dos. Derrière nous, à gauche, à cant cinquante mètres, la batterie de Damloup émerge du sol ; la compagnie du régiment voisin (222e R.I.) qui devait l’occuper se sera égarée dans le brouillard. Quelques Boches, le déluge d’obus passé, ont commencé à sortir de leurs profonds abris. Effarés sans doute de voir les Français derrière eux, ils tiraillent déjà. Un frisson d’angoisse. Que faire ? Quelle décision prendre ? Mon capitaine n’est pas là est les secondes sont précieuses. A la grâce de Dieu ! Je crie de toutes mes forces : demi-tour ; à la batterie… au pas de course !…
Nous courrons comme des fous. Il s’agit d’arriver avant que tous les Allemands, sortis de leur abris bétonnés, ne soient installés. J’ai demandé à un camarade, officier mitrailleur, qui nous accompagne, de tirer quelques bandes par-dessus nos têtes, pour effrayer l’ennemi. Il s’arrête vite, craignant de nous atteindre. Mais déjà nous voilà en haut de l’ouvrage, criant comme des démons.  » Feu !  » les grenades voltigent. Il était temps. Déjà une mitrailleuse boche s’installait, dont les servants sont immédiatement descendus et je hurle :  » Hände hoch ! (haut les mains !) Désemparés par cette attaque qui leur arrive dans le dos, affolés. Quelques Boches ont levé les bras, un officier en tête ; les autres les imitent, et en voilà qui sortent de leur abris. Il en vient, il en vient encore ; trente, cinquante, quatre-vingts, tous levant frénétiquement les bras. Et nous ne sommes qu’une cinquantaines de Français, le fusil prêt, des grenades à la main ; ne laissant libre que le côté français, je leur indique la direction avec mon bras tendu, tandis que dans ma poitrine, mon cœur bondit de joie et de fierté… Les Boches courent vers l’arrière, où les territoriaux qui les attendent agitent leur casque à bout de bras pour nous acclamer. Dans les abris de la batterie, nous avons ramassé quatre Minnenwerfer et six mitrailleuses…
Nous sommes retournés à nos emplacements. Stupéfait et ravi, mon capitaine téléphone le succès au colonel tandis qu’arrivent nos voisins de gauche (222e R.I.), assez étonnés d’occuper la batterie sans coup férir… »

A 11 h 40, le bataillon Desbrochers des Loges du 222e R.I. saute hors des tranchées Mudra et Steinmetz au bois de la Lauffée. Il s’empare de l’abri dit « du combat » après un fort combat à la grenade. Il poursuit sa marche et occupe la batterie de Damloup prise par le 30e R.I. Il ne peut progresser plus avant.

 

Le bilan de la journée est très satisfaisant.
En ce qui concerne la 133e D.I., tous les objectifs sont atteints à 16 h 30 : le ravin du Bazil (116e B.C.P.), le ravin de la Fausse-Côte (102e B.C.P.),
la moitié ouest du bois de Vaux-Chapitre et la région nord de l’étang de Vaux (107e B.C.P.), le ravin des Fontaines et le « Nez de Souville » (401e R.I.), le bois de la Caillette et la batterie à l’est du fort de Douaumont (321e R.I.).

En ce qui conerne la 38e D.I., tous les objectifs sont atteints à 20 h : la carrière d’Haudraumont (11e R.I.), le bois de Nawé, le ravin de la Couleuvre et le village de Douaumont (8e Tirailleur et 4e Zouaves), la ferme de Thiaumont (4e Miste Z.T.), le fort de Douaumont et ses abords (R.I.C.M.).

En ce qui concerne la 74e D.I., malgré une lutte acharnée toute l’après-midi et une bonne partie de la nuit, les objectifs n’ont pas put tous être atteints. Ont été repris : la moitié est du bois de Vaux-Chapitre (50e B.C.P.), une partie du bois Fumin (230e R.I.), la Vaux-Régnier (333e R.I.), le Fond de la Horgne (299e R.I.). Les troupes n’ont pas pu aborder le plateau du ford de Vaux et le fort lui même.

Malgré ces quelques échecs, le 24 octobre est une journée glorieuse pour les combattants de Verdun. Le fort de Douaumont est définitivement repris et le fort de Vaux est de nouveau très proche des 1ere lignes françaises.
Les gains ont été de 6000 prisonniers, 164 mitrailleuses et 15 canons.

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Témoignage de Fernand DUCOM de la compagnie divisionnaire 19/2 du Génie, mise à disposition du 8e bataillon du R.I.C.M. :  » On a écrit que le fort, en cette soirée du 24, était dans un état de saleté repoussante, qu’une odeur nauséabonde y régnait. J’avoue n’avoir pas du tout vu Douaumond sous cet aspect peu engageant. En réalité, les Allemands avaient admirablement organisé leur conquête. Des lampes électriques à réflecteurs répandent partout une brillante lumière ; des lits confortables ont été placés dans tous les locaux ; toutes sortes d’appareils (téléphones, T.S.F., appareils à oxigène contre les gaz, tous de marque allemande), ont été installés ; les couloirs sont propres, l’atmosphère nullement empuantie, contrairement à ce qu’on écrit. Le fort possède une centrale électriqu, un « lazarett » (hôpital) bien organisé et même un « kasino ». Visiblement, l’ennemi s’était installé de façon définitive; notre arrivée foudroyante l’a surpris, ne lui laissant pas le temps d’organiser une défence sérieuse. Quelques Allemands ont essayé de résister ; leurs cadavres gisent de-ci-de-là, complétement carbonisés par les lance-flammes de notre compagnie Schilt…

Un incendie a été allumé par nos obus dans une casemate effondrée ; le commandant allemand, qui ne doit être évacué vers l’arrière en tant que prisonnier qu’à l’aube, offre de l’éteindre avec ses hommes ; on le lui accorde et je suis chargé de le surveiller. Muni, ainsi que ses pionniers, d’appareils Draeger à oxygène, il s’emploie très activement à l’extinction du feu, fort menaçant. Il faut voir avec quelle promptitude ses hommes obéissent aux ordres qu’il leur donne.
Ainsi, pendant cette nuit du 24 au 25 octobre, le fort de Douaumont posséda deux commandants : un Allemand, un Français.
Revolver au poing, isolé pendant plusieurs heures avec mes Boches, j’ai pu causer longuement avec leur commandant, le Hauptmann Prolius, nullement arrogant, quoi qu’on en ait dit, et qui parle assez correctement le français. C’est un capitaine d’artillerie d’active, âgé de 32 ans, au front depuis le début de la guerre et décoré de la Croix de fer. Le véritable commandant du fort ayant été blessé, il exerçait ses fonctions depuis trois semaines.
Il admire en connaisseur le travail de notre artillerie ; il reste pensif quand on lui parle de Verdun ; beau joueur, il reconnaît notre succès, mais il croit malgré tout à un coup prochain et décisif de l’Allemagne.
En attendant, il m’annonce la prise de Bucarest, et il me donne son opinion sur les principaux alliés : le soldat français est le meilleur de tous (c’est aussi mon avis, mais dans sa position, il ne pouvait guère me dire le contraire) ; l’Anglais ne vaut rien comme guerrier, il est, de plus, cordialement détesté ; le Russe, ordinairement brave, attaque en masses compactes et subit des terribles pertes. La guerre sur le front oriental est beaucoup moins dure que chez nous… « 

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Les Allemands quittent le fort, repris par les Français
(photo prise le 25 octobre)

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Front au 24 octobre 1916


 

25 octobre – Organisation des positions conquises la veille et poursuite de la lutte
Les succès de la veille ont donné un grand espoir aux soldats et aux officiers. Le général Mangin ordonne la poursuite de l’offensive avec la reprise du fort de Vaux le jour même.

Dans la nuit, le 113e R.I. monte en ligne dans le secteur qui s’étend du fort de Douaumont au ravin de la Fausse-Cote. Il occupe le ravin de la Caillette, du Bazil et de Chambouillat et notamment, la tranchée du chemin de fer.
Le 102e R.I. releve le 1er bataillon du R.I.C.M. Dans l’attaque de Douaumont, le R.I.C.M. a perdu 829 hommes et 23 officiers.

Au matin, les unités qui occupent le fort de Douaumont organisent la défense.
Témoignage de Fernand DUCOM de la compagnie divisionnaire 19/2 du Génie, mise à disposition du 8e bataillon du R.I.C.M. :  » Au petit matin, mon capitaine me charge d’organiser la défence du fort ; obstruction des entrées, aménagement de créneaux de tir et d’emplacements de mitrailleuses, avec tous les sapeurs disponibles. La compagnie a également pour mission la surveillance des issues et la police intérieure. Cela vaut au simple sergent que je suis une altercation violente avec un commandant du 102e R.I., venu relever le 1er bataillon du R.I.C.M. et qui s’obtine à encombrer les couloirs de Douaumont, au lieu d’aller occuper ses positions, en avant du fort. Devant mon attitude énergique, il se décide enfin à évacuer la place. »

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Une entrée obstruer et une mitrailleuse allemandes retrouvée dans le fort de Douaumont

A 10 h, 2 bataillons du 216e R.I., en ligne dans le secteur de la Vaux-Regnier, s’avancent des carrières vers le fort de Vaux. Ils sont fauchés par les mitrailleuses allemandes et ne peuvent progresser.

Le 230e R.I. continue sa lutte en s’efforcant d’avancer par petites fractions dans le bois Fumin. Il est bloqué sur ses positions par le bombardement allemand.

Les 233e et 333e R.I. tentent de reprendre le terrain qu’ils ont dut quitter la veille, mais sans succès.

Finalement, à la fin de la journée, aucun régiment n’est parviennu à améliorer ses positions. Le bombardement allemand a été très violent, surtout dans le secteur de Vaux.


 

26 au 31 octobre – Nouvelle préparation d’artillerie française sur le fort de Vaux
Aucune nouvelle progression n’est réalisée. De part et d’autre, chaque camp reste sur ses positions, à bout de force, sous une pluie qui ne cesse.
Témoignage de L. CHEVRIER, du 113e R.I. :  » Dans la nuit noire, sans lune, sous la pluie, nous descendons les pentes du ravin de la Fausse-Côte. Tout à coup, un hurlement terrible et sinistre ; instinctivement, nous nous couchons ; aussitôt après, nous sommes environnés de feu, un fracas épouvantables, des sifflements aigus, tout vole autour de nous.
Une odeur terrible se fait sentir ; il faut continuer notre chemin vers l’avant ; c’est à peine si nous avons la force de nous relever ; cette odeur nouséabonde nous donne envie de vomir
.
Ce n’est qu’au matin brumeux, que cherchant de nos observatoires, à mi-pente du ravin, le chemin par où nous sommes venus sur cette mer de boue sans nom, nous nous rendons compte que, surpris par une rafale, nous nous sommes couchés au milieu d’un grand cimetière allemand. Les obus sont venu sortir les cadavres de leurs tombes pour les déchiqueter, les projeter en l’air, puis les rejeter à nouveau, avec la glaise immonde, sur nos capotes détrempées par la pluie. »

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Le 28, le général Mangin relance l’offensive sur le fort de Vaux et commence par relever les divisions qui ont attaqué le 24, épuisées par 4 jours de combats. Une nouvelle préparation d’artillerie est engagée sur Vaux et ses alentours.

Au 31 octobre, le front français est composé de la façon suivante :
- la 7e D.I. (102e, 103e, 104e et 315e R.I.) est en ligne du bois d’Haudraumont au village de Douaumont ;
- la 37e D.I. (2e et 3e Zouaves, 2e et 3e Tirailleurs) est en ligne du village de Douaumont à la Tourelle est, en avant du fort ;
- la 9e D.I. (66e B.C.P., 4e, 82e, 113e et 313e R.I.) est de la Tourelle est du fort de Douaumont à l’étang de Vaux ;
- la 63e D.I. (216e, 238e, 292e, 298e, 305e et 321e R.I.) se trouve dans le secteur de Vaux ;
- la 22e D.I. (19e, 62e, 116e, 188e R.I.) monte en ligne pour renforcer la 63e dans le secteur de Vaux.

 


1er novembre – Evacuation du fort de Vaux par l’armée allemande
La préparation d’artillerie française débutée la veille, s’intensifie toute la journée.

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Mise en place d’un canon de 105 mm


 

2 novembrePréparation d’artillerie française sur le fort de Vaux
Dans la nuit, les Allemands évacuent le fort de Vaux. Ils sont tout a fait conscient que les Français entament la reprise de l’offensive débutée le 24 octobre. Se rendant compte que le fort est intenable, en raison du pilonnage par gros calibres qui a repris, ils se résignent à leur défaite.

Vers 17 h, une conversation allemande par radio est interceptée par les Français. Elle révéle l’évacuation du fort de Vaux.
Une compagnie du 118e R.I. et une du 298e R.I. sont chargées d’aller vérifier l’exactitude de l’information. Le 118e doit aborder le fort par les faces ouest et est alors que le 298e doit approcher par la face sud. La mission doit s’exécuter dans la nuit. Elle débute le 3 novembre vers 1 h.


 

3 novembre – Reconquête du fort de Vaux.
Témoignage du sergent abbé CHEYLAN, du 118e R.I. :  » Vers 1 heure du matin, notre commandant de compagnie, le capitaine Fouache (3e compagnie du 118e R.I.) vient nous trouver et nous désigne, l’adjudant Lelé et moi (sergent Cheylan), pour aller reconnaître le fort :
- Prenez 10 hommes, nous dit-il, et parter en patrouille, l’adjudent Lelé face à la corne ouest, le sergent Cheylan, face à la corne est. Comme consigne : faire beaucoup de bruit pour qu’on vous tire dessus, si le fort est encore occupé
.
Les hommes acceptent la mission sans enthousiasme. Cepandant, ils suivent. Je marche en tête avec deux volontaires. Nous approchons de la masse énorme. Des trous d’obus formidables nous engloutissent tous les dix.

Voici le fossé ; on hésite à y descendre. Partout le silence. Enfin, nous nous laissons glisser le long de la pente et nous nous rencontrons avec la patrouille du 298e qui devait reconnaître la face sud du fort.

Je découvre à droite de la porte d’entrée à la gorge du fort, un éboulement qui permet au capitaine Fouache, au lieutenant Mathelier et à une dizaine d’hommes du 118e d’escalader le fort. Ils parcourent la superstructure, notamment vers la tourelle de 75, sans trouver d’issue. Le lieutenant Mathelier trouve près de la porte de la gorge un trou bouché par des sacs de terre ; ce trou est ouvert à coup de pioche.

J’y pénètre en rampant à la suite du lieutanant Dio (298e). Une fumée âcre et une odeur pestilentielle nous prennent à la gorge. Nous inspectons l’intérieur et nous ne découvrons que les traces de la fuite précipitée de l’ennemi : armes, munitions, eau minérale, etc…

Il est environ 2 h 30. Après le fort de Douaumont, le fort de Vaux est à son tour définitivement délivré. « 

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Le fort de Vaux reconquis (la superstructure)

Dans la journée, des éléments du 82e R.I. en ligne vers l’étang de Vaux, se portent en avant. Ils parviennent à atteindre à gauche, la tranchée de Ralisbonne, et à droite, le village de Vaux. La partie est du villaget repris ainsi que le village de Damloup.

A 21 h 30, le 62e R.I. se place sur les positions du 299e R.I. qu’il relève (à l’est du fort de Vaux reconquis).

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Front au 3 novembre 1916


 

4 novembre
Le nouveau front français domine à présent les positions allemandes.
En 10 jours seulement, les Allemands ont perdu le terrain qu’ils ont mis plus de six mois à conquérir, et qui leur à coûté tant de vie.

Dans les autres secteurs du champs de bataille de Verdun, les lignes n’ont pas bougé, il n’y a pas eu de victoires. Les hommes qui n’ont pas pris part aux événements des 24 octobre et 3 novembre, n’ont perçu que de manière très estompé l’élan d’espoir qui vient d’animer la France entière. Leur quotidien n’a pas changée, leurs souffrances et leurs misères sont les mêmes.
Témoignage de Robert TERREAU, caporal au 203e R.I., en ligne au Mort-Homme fin octobre :  » Je me suis attardé cette nuit au P.C. du capitaine à qui j’ai porté des renseignements.
Je jour est venu et il me faut rejoindre ma section en première ligne. Le boyau a été comblé par le bombardement et je n’ai d’autre ressource que de me glisser de trous d’obus en trous d’obus.
J’ai une centaine de mètres à parcourir. La tranchée allemande de Feuillères domine légèrement la nôtre sur la gauche.
D’abord, tout va bien et j’ai déjà franchi la moitié du parcours. Au moment où je vais sortir d’un entonnoir, une balle claque et soulève un peu de terre près de moi. Un guetteur ennemi m’a vu. Je reste au fond de mon trou pendant quelques secondes, puis je me précipite d’un bond vers un autre entonnoir. Deux coups de feu sont partis du poste sans m’atteindre.
Je me suis jeté à plat ventre. Ma main s’est accrochée dans un barbelé et saigne. Je n’ose plus faire un mouvement. Je suis devenu le gibier que guette le chasseur.
Je reste un long moment immobile, pesant ainsi lasser mon adversaire. Puis je m’écarte dans une autre direction pour tromper le tireur. Il tire tout de même mais me manque encore.
Je suis essoufflé et je me colle au sol. Une odeur épouvantable m’assaille aussitôt. Je suis blotti contre une forme humaine à moitié enfouie dans la boue. Le drap de la vareuse a pris la couleur de la terre et seuls quelques détails de l’équipement m’indiquent que c’est un cadavre allemand. Je rampe pour éviter l’affreux contact, mais partout la terre est jonchée de débris horribles. Je passe près d’un cadavre français dont les mains crispées, noires, décharnées, se dressent vers le ciel comme si le mort implorait encore la pitié divine.

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Aussi loin que mon regard peut porter, le sol est couvert de cadavres, amis ou ennemis, restés figés dans les poses les plus invraisemblables. Le sommet du Mort-Homme ressemble par endroits à un dépôt d’ordures où s’amoncellent des lambeaux de vêtements, des armes mutilées, des casques déchiquetés, des vivres qui pourrissent, des os blanchissants, des chairs putréfiées.
Enfin, je saute dans notre tranchées. Mes mains, ma capote, tout sent le cadavre, mais mon optimiste reprend le dessus.
L’odeur de mort nous est devenue si familières dans ce secteur de Verdun, qu’elle ne m’empêche pas de manger avec mes mains souillées un croûton de pain que réclame mon estomac affamé.
Habillement endiguée par l’ennemi et dirigée vers nos lignes, l’eau à envahi bientôt notre tranchée. Grossi par les pluies, le fleuve s’insinue entre nos remparts de terre et mine nos parapets qui s’effondrent.. la tranchée n’est plus maintenant qu’une mare de boue d’où monte une odeur intolérable.
On se réfugie sur les rares banquettes qui tiennent encore. Les caisses de grenades constituent des perchoirs sur lesquels on s’agrippe et où l’on cherche à grouper les couvertures, les musette, les grenades et les armes.
Toute tête qui dépasse le parapet est une cible pour le guetteur d’en face. Il faut reste accroupi sur son socle pour ne pas s’enfoncer dans la boue jusqu’au ventre ou rester enlisé.
Au bout de quelques heures, cette position cause une souffrance atroce.
Il est impossible de communiquer entre nous pendant le jour. Tout objet qui échappe des mains est irrémédiablement perdu dans la boue liquide. Le moral est plus bas que je ne l’ai jamais vu devant de telles misères physiques. La pluie tombe sans arrêt et traverse nos vêtements. Le froid nous pénètre, les poux nous sucent ; tout le corps est brisé.
La pluie et la boue décomposent les cadavres d’où s’exalte une odeur écœurante. Nous ne mangeons plus. Je vois des hommes de 40 ans pleurer comme des enfants. Certains voudraient mourir.
Les grenades, les cartouches, les fusées sont noyées. La boue pénètres dans les canons et le mécanisme des fusils, les rendant hors d’usage. Nous serions incapable de résister à une attaque allemande.
Seule la nuit nous permet de quitter une position que nous avons dû garder pendant douze heures. « 

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source : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

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