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18 mai 2013

Les Italo-tunisiens

Classé sous — milguerres @ 21 h 59 min

 

Les Italo-tunisiens 

Les Italo-tunisiens ou Italiens de Tunisie sont une colonie d’Italiens émigrés en Tunisie principalement au cours des xixe et xxe siècles. Ils étaient plus de 100 000 au début des années 1900 mais ne sont plus maintenant que quelques milliers.

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Édifices de Tunis montrant des éléments architecturaux caractéristiques du style liberty italien.

Les premiers Italiens à s’installer en Tunisie sont les Génois (Tabarquins) qui occupent l’île de Tabarka, près de la côte septentrionale de la Tunisie, dans le but de pêcher le corail local et d’établir une base pour leurs activités commerciales. L’île appartient ainsi à la famille génoise des Lomellini entre 1540 et 1742.

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Vue du fort génois de Tabarka

Au xvie siècle, de nombreux Juifs émigrent de Livourne vers Tunis. Ils lancent des échanges commerciaux avec l’Italie qui dureront jusqu’à l’époque napoléonienne. À l’orée du xixe siècle, ce sont de nombreux réfugiés et exilés, au nombre desquels un certain Giuseppe Garibaldi, qui viennent grossir les rangs des Italo-tunisiens.
Une fois réalisée l’unification italienne, on enregistre une émigration notable de Siciliens à destination de la Tunisie, à tel point que ceux-ci représentent alors jusqu’à 70 % de la communauté d’origine italienne du pays et font des Italo-tunisiens l’ethnie d’origine européenne la plus importante. L’occupation de la Tunisie par la France, à compter de 1881, marque le début d’une période d’assimilation graduelle autant que forcée des populations d’origine italienne.
Les Français considèrent en effet les Italo-tunisiens comme un danger, y faisant référence par l’expression de « péril italien » en raison des visées coloniales du gouvernement italien sur la Tunisie1. La présence des Italiens au sein de la société tunisienne et dans sa réalité culturelle et commerciale était telle que Laura Davi, dans ses Mémoires italiennes en Tunisie, écrit que « la Tunisie est une colonie italienne administrée par des fonctionnaires français ».

Benito Mussolini, pour des motivations nationalistes, apporte un large soutien aux Italo-tunisiens, construisant des écoles et hôpitaux, créant également des banques et des organisations à but humanitaire à leur intention. Bien que nombre d’Italiens de Tunisie soutiennent eux-mêmes le mouvement fasciste, lorsque les forces de l’Axe occupent le pays à compter de novembre 1942, aucun d’eux n’accepte de rejoindre les unités militaires combattant les Alliés. La victoire alliée en Tunisie en mai 1943, à l’issue de la campagne de Tunisie, marque le début de la dispersion de la communauté italienne : les Français menés par Charles de Gaulle ferment immédiatement les écoles et journaux d’expression italienne. Dans les années 1950, les Italo-tunisiens subissent les conséquences de la guerre d’indépendance lancée par les Tunisiens contre la France et sont contraints d’émigrer en masse, d’une manière comparable au sort qui attendra les Français de Tunisie et d’Algérie notamment, et plus généralement les populations européens confrontées à la décolonisation.
Selon le recensement effectué par les autorités du protectorat français en 1926, les Européens sont alors au nombre de 173 281 dont 89 216 Italiens, 71 020 Français et 8 396 Maltais. En 1946, on recense 84 935 Italiens en Tunisie, 51 702 en 1959 et moins de 10 000 en 1969. En 2003, ils ne sont plus qu’environ 3 000, dont à peine 900 descendent directement des immigrants du début du xixe siècle, concentrés principalement dans la zone urbaine de Tunis.

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Manifestation d’Italiens en Tunisie rapportée en octobre 1938

La « gifle de Tunis » (schiaffo di Tunisi en italien) désigne l’humiliation subie par l’Italie en 1881 de la part des Français qui établissent un protectorat sur la Tunisie, mettant ainsi un terme aux visées coloniales de l’Italie sur le territoire.
L’Italie avait signé le 8 septembre 1868 un traité avec la Tunisie qui, pour une durée de 28 ans, régulait le régime des capitulations. L’accord international garantissait à la Tunisie des droits et privilèges et une immunité envers divers États pré-unitaires italiens.

La communauté italienne conservait sa nationalité d’origine et ne dépendait de la juridiction consulaire qu’en matières civile, commerciale et juridique et non en matière immobilière, cette dernière étant placée sous la juridiction des tribunaux du bey de Tunis. L’alliance civile assurait aux Italiens la liberté de commerce et un privilège unique d’extraterritorialité pour leurs établissements. En matière de pêche et de navigation, ils bénéficiaient du même traitement que les Tunisiens. Enfin, le bey ne pouvait modifier les tarifs douaniers sans, au préalable, consulter le gouvernement italien.

Le principal objectif de politique étrangère visé par le gouvernement de Benedetto Cairoli était la colonisation de la Tunisie que se disputaient la France et l’Italie. Cairoli, comme l’avait fait Agostino Depretis avant lui, ne se résolut pas à procéder à une occupation, étant en général hostile à une politique militariste. Il croyait en outre que la France pouvait faire face à l’opposition de la Grande-Bretagne, hostile à l’élargissement de la sphère d’influence française en Afrique du Nord. En fait, la Grande-Bretagne était d’une manière générale hostile à l’idée qu’une seule puissance puisse contrôler le canal de Sicile dans son ensemble.
C’est dans ces circonstances que le gouvernement italien se laisse surprendre, le 11 mai 1881, lorsque les Français procèdent à l’occupation de la Tunisie. Ces événements sont ultérieurement vus comme une confirmation de la faiblesse des positions internationales de l’Italie et renforcent les polémiques consécutives au Congrès de Berlin. Ils démontrent en outre la dimension velléitaire de la politique de Cairoli et Depretis, l’impossibilité d’une alliance avec les Français et la nécessité d’un rapprochement avec Berlin et, par conséquent, Vienne.

L’inversion de sa politique étrangère durant la décennie passée ne pouvant être laissée aux mains des mêmes hommes politiques, Cairoli reconnait la nécessité de sa démission qu’il remet le 29 mai 1881, évitant ainsi que la Chambre des députés ne l’évince définitivement. Il disparait malgré tout de la scène politique suite à cette crise.
L’opportunité manquée d’occupation de la part du royaume d’Italie entraîne, dans les décennies suivantes, une prédominance progressive de la communauté française au détriment de la communauté italienne en Tunisie.

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Benedetto Cairoli, le premier ministre qui subit la « gifle de Tunis » et fut contraint à la démission

La Goulette : un bourg « italien » en Tunisie 

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Vue du canal de La Goulette vers 1880

Le bourg de La Goulette, à dix kilomètres au nord-est de Tunis, est emblématique de la présence italienne en Tunisie2. Il se développe à partir du milieu du xviiie siècle en tant que quartier, par extension, de la capitale suite à l’arrivée, au départ en de faibles proportions, d’immigrés maltais et siciliens. Ces derniers sont issus en majorité des provinces de Palerme, Trapani et Agrigente. Ces nouveaux arrivants sont attirés par les opportunités de travail liées aux activités maritimes et portuaires. Le nom originel du quartier, La Goletta, est probablement dû au fait que le visiteur se trouve pris dans un petit « conduit » (gola en italien) fluvial et lui a été donné par les premiers occupants d’origine italienne avant d’être francisé en « goulette ».
À partir de 1868, année de la signature du traité tuniso-italien de La Goulette qui encourage l’immigration en Tunisie, l’arrivée des Italiens se fait de plus en plus massive jusqu’à assumer la portée d’authentiques vagues d’immigration qui changent la physionomie de la ville. En effet, durant ces années-là, les États-Unis sont encore un but trop difficile à rallier pour les Siciliens et autres Maltais à la recherche de la fortune. C’est pourquoi le flux migratoire se rabat sur la Tunisie voisine. La très grande majorité de ces colons — qui sont journaliers, artisans, mineurs et pêcheurs — arrive à La Goulette dans une situation de substantielle misère.
Toutefois, en seulement quelques décennies, les Italiens se relèvent de cette indigence et deviennent majoritaires au sein la ville3, donnant vie au quartier de La Petite Sicile (à ne pas confondre avec le quartier homonyme de Tunis).

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Entre temps est fondée une chambre de commerce (1884), la Banca Siciliana, le quotidien L’Unione et d’autres organismes culturels et d’assistance dédiés aux Italiens (théâtres, cinémas, écoles et hôpitaux). Les nouveaux venus vivent ainsi pacifiquement aux côtés de la population autochtone. Par ailleurs, les deux communautés se mélangent en partie par l’intermédiaire de mariages mixtes. Dans ce contexte de cosmopolitanisme animé, les interactions culturelles sont fréquentes, tant au niveau vestimentaire ou traditionnel que dans la solennité religieuse. Ce métissage est d’ailleurs immortalisé dans le film Un été à La Goulette de Férid Boughedir. Si les Italiens de Tunisie sont déjà près de 25 000 en 1870, ils sont 89 216 à l’occasion du recensement de 1926, parmi lesquels une partie résident à La Goulette.
En 1964, quand le président Habib Bourguiba ordonne la saisie des terres agricoles possédées par des étrangers, ces derniers prennent le chemin de l’exil. Les Italiens de La Goulette, n’ayant que des documents français, n’ont d’autre choix que de chercher une nouvelle vie en France où ils vont s’ajouter aux Pieds-Noirs en provenance d’Algérie. Les quelques vestiges du passé européen de La Goulette sont l’église Saint-Augustin et Saint-Fidèle, quelques maisons portant l’inscription liberty et quelques phrases en dialecte sicilien restées dans la mémoire des plus anciens Tunisiens. Il reste pour maintenir un lien avec la terre natale de beaucoup d’exilés, Il Corriere di Tunisi, périodique né en 1956 et diffusé outre-mer auprès de la diaspora de La Goulette dont la plus célèbre représentante est l’actrice Claudia Cardinale, qui prend la route du succès après avoir son élection en 1957 comme la plus belle Italienne de Tunis4.

Héritage italien 
La présence italienne en Tunisie a laissé de nombreuses traces, de la construction de rues et d’édifices aux domaines de la littérature, de l’industrie, du commerce, des finances et de la gastronomie5. De petites agglomérations comme La Goulette, à proximité de Tunis, ont été pratiquement intégralement construites par les Italo-tunisiens. À Tunis et Bizerte, il existe encore aujourd’hui des « quartiers siciliens ».
Bien que contraints à l’exil au cours des années 1950 et 1960, les Italiens ont laissé une empreinte importante en Tunisie. Il apparait qu’environ 10 % de la population tunisienne actuelle possède un ancêtre italien ou est apparenté, directement ou par le biais d’un autre membre de la famille proche, avec un Italo-tunisien[réf. nécessaire]. Conséquemment, la langue arabe locale a emprunté de nombreux mots ou expressions à l’italien6.

Italo-tunisiens célèbres 
Voici une liste non-exhaustive présentant quelques personnalités d’origine italo-tunisienne :
• Claudia Cardinale, actrice internationale ;
• Niccolò Converti, personnalité politique et éditeur ;
• Antonio Corpora, peintre ;
• Laura Davi, écrivain ;
• Cesare Luccio, écrivain ;
• Attilio Molco, avocat et fondateur de la société Dante Alighieri tunisienne ;
• Nicola Pietrangeli, champion de tennis, vainqueur de la Coupe Davis ;
• Mario Scalesi, poète et écrivain.

Notes et références 
1. ↑ (fr) La question italienne (Italiens de Tunisie) [archive]
2. ↑ (fr) Informations historiques et nombreux documents iconographiques sur le site La Goulette, Tunisie, Un joli petit coin [archive]
3. ↑ Entre le XVIIIe siècle et l’indépendance (1956), La Goulette est la seule ville de Tunisie où prédominent les communautés chrétienne et juive et où les musulmans sont minoritaires.
4. ↑ (fr) Claudia Cardinale (fluctuat.net) [archive]
5. ↑ (fr) Gastronomie (Italiens de Tunisie) [archive]
6. ↑ (en) Voir ce petit lexique arabo-italien [archive] donnant également quelques explications sur l’influence italienne dans le vocabulaire tunisien

comme : 
armatoura/armatura/armor/
zanzana/zanzara/bee
fartattou/farfalla/butterfly/
feeshta/festa/festivity/
jornata/giornata/daily salary/
fatcha/faccia/face/
ratsa/razza/race/
mizirya/miseria/misery
sigaro/sigaro/cigarette/
bousta/busta/postal pack/
shroubo/sciroppo/sweet drink/
trino/treno/train/
makina/macchina/car/
qwattro/quadro/frame/
cougina/cucina/kitchen/
gatt,gattous/gatto/cat
tassa/tazza/cup/
sabbat/ciabatta/shoes/
calcitta/calze/socks/
babbaghayou/pappagallo/parrot/
coubirta/coperta/cover/
carrita/carretto/carriage/
guirra/guerra/war
bala/pela/shovel
forshita/forchetta/fork/
blassa/piazza/place/
basta/basta/enough
stamba/stampa/printer/
cabbout/cappotto/coat/
soubia/seppia/octopussy/
jilat/gelato/ice cream/
rouba fikia/roba vecchia/
gazouza/gassosa/gaseous drink

15 avril 2013

Communautés méditerranéennes de Tunisie. Les Grecs de Tunisie

Classé sous — milguerres @ 22 h 56 min

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La Tunisie au gré des conflits

Culture et patrimoine 

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95-98 | avril 2002
Débats intellectuels au Moyen-Orient dans l’entre-deux-guerres

I. Études libres

Communautés méditerranéennes de Tunisie.

Les Grecs de Tunisie : du Millet-i-rum à l’assimilation française (XVIIe-XXe siècles)1

Habib Kazdaghli

p. 449-476

http://remmm.revues.org/243#ndlr

 

 

fleche-boule8 dans pour une meilleure lecture, vous pouvez télécharger les 

Notes pour Communautés méditerranéennes de Tunisie Grecs de Tunisie numérotées de 1 à 117

Plan

  • Aux origines de la présence des Grecs en Tunisie : des membres du Millet i-Rum (XVIIe-XIXe siècles)
  • De membres du Millet i-Rum à celui de protégés des Consuls européens (1830-1880)
  • Les Grecs sous la protection du Consulat Hellénique à Tunis : comment avoir sa part du gâteau (1880-1898) ?
  • Une communauté loin des regards : de 1898 à 1923
  • Les années charnières de la communauté grecque de Tunisie (1923-1933)
  • Le voyage du Patriarche d’Alexandrie Meltios II en Tunisie
  • Prolongement du voyage du Patriarche d’Alexandrie : la nomination d’un évêque orthodoxe pour l’Afrique du Nord
  • La contre-offensive des Grecs « francisés » pour la reprise en main de la direction de la communauté
  • La perte d’identité et la francisation progressive de la communauté (1933-1960)

 

Texte intégral

Au numéro 5 de la rue de Rome à Tunis, se dresse toujours une église de style byzantin qui rappelle l’existence d’une communauté grecque, qui a presque entièrement disparu aujourd’hui. Ce fut et reste un lieu de culte, bien entretenu et dirigé par un évêque grec-orthodoxe, originaire d’Egypte. Ce dernier reçoit chaleureusement ses visiteurs, il se présente sous son nom grec Irénos et se plaît à le traduire en arabe avec un accent égyptien sous le vocable d’Abou-Salama. Il évoque son affiliation à l’Eglise grecque-orthodoxe d’Alexandrie et d’Afrique et fait remarquer, qu’à ce titre, il s’occupe en même temps des fidèles de cette Église depuis Dar es-Salâm, au Kenya, jusqu’à Casablanca au Maroc. Il réserve à chacune de ces petites communautés quelques semaines par an. Il a été nommé à Tunis par le patriarche d’Alexandrie. Lorsqu’il est à Tunis, il préside la messe tous les dimanches et reçoit quotidiennement les visiteurs et curieux, qui imaginent mal aujourd’hui que les Grecs aient eu en Tunisie une présence aussi longue.

Au début de la visite, il se plaît à montrer une plaque en marbre encastrée dans le mur de l’immeuble qui se dresse sur le côté gauche du jardin ; elle porte une inscription en grec qui rappelle que la première église Saint-Georges fut construite par les Grecs de Tunis en 18472 avant de préciser que l’installation du premier noyau grec dans la Régence remonte au XVIIe siècle, lequel groupe a été reconnu par le Patriarche d’Alexandrie en 1645. Au côté droit du jardin s’élève un monument, beaucoup plus récent, sur lequel est gravée une liste des Grecs de Tunisie morts pour la libération de la France au cours de la seconde guerre mondiale3. Ces deux symboles de la mémoire résument bien tout l’itinéraire et le destin de cette communauté méditerranéenne et illustrent les mutations identitaires subies par les Grecs tout au long de leur présence en Tunisie.

Aux origines de la présence des Grecs en Tunisie : des membres du Millet i-Rum (XVIIe-XIXe siècles)

Les migrations grecques de l’époque moderne sont la conséquence de la conquête ottomane au XVe siècle et de sa poursuite pendant les deux siècles suivants avec l’occupation de Chypre en 1571 et de la Crète en 1669. À la domination étrangère, vont s’ajouter les facteurs économiques et démographiques ayant provoqué un déséquilibre entre les ressources naturelles et les effectifs humains dans les îles de la Mer d’Egée, ainsi que dans la Grèce actuelle.

Les pays d’accueil des Grecs furent surtout européens tels les États italiens, l’Autriche-Hongrie mais aussi la Russie, la Pologne, l’Allemagne. Les autres Grecs, ceux qui étaient restés aussi bien dans les Balkans que dans les provinces musulmanes de l’Empire ottoman, l’Egypte, la Tripolitaine et la Régence de Tunis, feront partie du millet grec-orthodoxe. En effet, le terme millet, au départ, désignait une confession, une communauté religieuse y compris lorsqu’il s’agissait de musulmans. Au temps de l’Empire ottoman, ce mot a connu une évolution sémantique pour devenir un terme technique et a fini par désigner « les groupes religieux antérieurement autonomes au sein de l’Empire tel que les Juifs, les Arméniens, les Grecs-orthodoxes ou Millet i-Rum » (Troupeau, 1990 : VII, 61). Accepté en tant que tel par le pouvoir central, ce terme va donner droit à la protection et à un même traitement, aux membres du Millet à travers tout l’Empire.

Le statut de membre du Millet, ainsi défini, apparaît supérieur à celui qu’accordaient les capitulations, précisant les privilèges des chrétiens établis dans les provinces de l’Empire, considérés comme « étrangers » (Soumille, 1988 : 229-239). En effet, parmi les non-musulmans qui restèrent au sein de l’Empire ottoman, la situation des grecs-orthodoxes ne fut pas difficile à supporter car ils avaient bénéficié de la qualité de second peuple de l’Empire et surtout d’une certaine autonomie au niveau de la gestion de la communauté (Kitsikis, 1985 : VIII, 1002). D’après un document émanant de l’Église grecque-orthodoxe d’Alexandrie : « C’est le Patriarche Ionnikios qui avait décidé en 1645 d’en-voyer un Pope à Tunis et que les Grecs de cette ville devaient lui payer, à cette époque, trois cents piastres par an »4. Ainsi, il semble que la petite communauté grecque-orthodoxe de Tunis avait été dirigée par un pope dépendant du patriarche d’Alexandrie, ce dernier étant lui-même placé sous l’autorité du Grand Patriarche d’Istanbul (Constantinople). Conformément aux dispositions des firman-s de la Sublime Porte, tout chrétien orthodoxe fut assimilé, par la volonté du sultan, au millet grec-orthodoxe, dont le chef, le Patriarche grec-orthodoxe, se trouvait à côté de ce dernier, à Istanbul5. Le sultan reconnaissait au Patriarche certains privilèges administratifs sur ses fidèles, même lorsqu’ils étaient dans les « provinces » de l’Empire.

Les quelques centaines de Grecs de la Régence de Tunis, établis depuis le XVIIe siècle, semblent avoir connu une situation privilégiée. En effet, les migrations grecques, à cette époque, étaient surtout le fait de familles aisées venues de Thessalie, de Macédoine, de Crète, de Chypre et d’autres petites îles de la mer d’Egée. Tous ces territoires faisaient partie intégrante de l’Empire ottoman. Ces Grecs s’adonnaient surtout au négoce entre Tunis et les divers ports de la Méditerranée orientale. Plus tard, d’autres occuperont des rôles dans l’ad-ministration et dans l’armée beylicale. De par leur rôle économique et leur statut ethno-confessionnel, ils avaient des rapports privilégiés avec les gouverneurs de la Régence. C’est ainsi qu’ils avaient pu exercer, sans difficulté, leur culte en tant que sujet (raîyd) du Sultan.

Cette communauté, dont le nombre n’a jamais dépassé quelques centaines de personnes, était bien visible au début du XVIIe siècle. Boyer de Saint Gervais, consul de France à Tunis de 1729 à 1734, notait déjà dans ses mémoires que : « Les Grecs ont une église où le service se fait tout à la grecque »6. Cette première église se trouvait dans le quartier franc, dans la partie basse de la ville de Tunis. D’après une tradition transmise par les Grecs de Tunis, elle aurait été placée sous le vocable de Saint-Georges et se trouvait rue de la Verrerie ; elle ne fut désaffectée qu’en 1901 (Kharalambis, 1926 : 153). En plus de ce lieu de culte, il semble que les Grecs aient reçu d’un des beys de Tunis la cessation, en toute propriété, d’un vaste terrain situé à l’extérieur des murailles de la ville pour servir de cimetière7. Sur ce terrain, ils devaient édifier une petite chapelle portant le nom Saint-Antoine8. L’existence d’un lieu de culte grec intra muros et d’un cimetière extra muros sont confirmées par le voyageur genevois Henry Dunant (1975 : 233)9, qui visita la Tunisie en 1856, juste une année après la mort d’Ahmed Bey. En effet, le règne de ce bey (1837-1855), fut marqué par plusieurs initiatives qui furent interprétées par les observateurs européens de l’époque comme le produit d’un esprit animé par une « grande tolérance »10. À cela, il faut ajouter les arguments avancés par Ibn Abi Dhiaf, témoin de l’époque et qui faisait partie de l’entourage du bey. En effet, cet auteur averti, avait vu dans cette politique en faveur des chrétiens l’expression d’un pragmatisme qui tient compte avant tout des intérêts économiques de la régence (Ibn Abi Dhyaf, éd. 1988 : IV, 89)11. En même temps, il faut ajouter que de pareilles mesures prises en faveur des chrétiens installés à Tunis, furent souvent le résultat de réclamations répétées de la part des représentants des puissances européennes (Chater, 1984 : 524). Cependant, nous excluons que le geste pris par Ahmed Bey, en faveur des Grecs en 184012, soit le résultat d’une quelconque pression étrangère. Car, pour le cas des Grecs dont le nombre ne dépassait guère, selon les témoins de l’époque, les deux cent cinquante personnes (Dunant, 1975 : 233 ; Ganiage, 1968 : 41)13, il s’agissait beaucoup plus d’un acte en faveur d’un groupe confessionnel endogène et non étranger. Mais il semble que ce geste était venu dans une conjoncture où les Grecs avaient déjà entamé, depuis un moment, le processus de leur détachement du système du Millet ottoman. Désormais, c’est auprès des consuls des puissances occidentales accrédités à Tunis que leurs regards vont s’orienter, pour chercher protection.

De membres du Millet i-Rum à celui de protégés des Consuls européens (1830-1880)

Faisant suite à la défaite de Mohamed Ali d’Egypte dans la Bataille de Navarin14 et à la guerre russo-turque (1828-1829), un Etat grec indépendant va naître, sur une petite partie de la péninsule, ne dépassant pas les limites de la Morée et se réclamant de la nationalité hellénique. Ce nouvel État fut vite placé sous la protection des puissances européennes et particulièrement de l’Angleterre (Traité de Londres 1830) et fut reconnu par la Sublime Porte par le traité de 1832.

Même si la création de cet Etat national hellénique ne concernait qu’une partie exiguë du territoire, ne comprenant qu’une petite fraction de la « nation grecque », cette nouvelle situation, eut des répercussions sur les Grecs de Tunis et des autres provinces ottomanes15. Mais les autorités beylicales, comme nous l’avons signalé plus haut, refusèrent de considérer les Grecs établis dans la Régence comme des ressortissants d’un quelconque Etat indépendant. Durant plus de trois siècles et jusqu’en 1827, les Grecs avaient été groupés en millet ex relevaient d’un cadi ou d’unshaykh. Le dernier qui assuma cette charge fut Theodoras Tsetses (Dessort, 1926 : 153). Même après cette date, les beys continuèrent à refuser d’accorder une représentation consulaire au nouvel Etat.

Au milieu du XIXe siècle, malgré l’arrêt définitif de la course, la cour des beys de Tunis comptait toujours un nombre important de convertis(renégats) et de mamelouks dont ceux d’origine grecque. Certains occupaient des hautes charges dans l’Etat ; les cas les plus connus sont le Premier ministre Mustafa Khaznadar16 qui aida les Grecs de Tunis à acquérir une seconde donation beylicale, comme nous le verrons plus loin et Elias Mussali17 qui avait commencé, son ascension à cette époque, mais sans être pour autant ni mamelouk, ni converti. Mais beaucoup parmi les Grecs de la petite communauté orthodoxe de Tunis avaient déjà la pensée ailleurs.

En effet, ces derniers seront de plus en plus sensibles à la nouvelle conjoncture méditerranéenne. Ils vont essayer de tirer le maximum de profit des interventions des représentants des puissances européennes dans les affaires intérieures de la Régence, pour accéder au statut de protégés d’un des consuls européens établis à Tunis. La quête de la protection européenne commence à être signalée dès 1829. Au cours de cette année, marquée par la proclamation de l’indépendance de la Grèce, les Grecs qui avaient désiré retourner dans leur pays s’adressèrent au consul de France, M. de Lesseps, pour demander son intervention auprès du bey Hassine en vue l’obtention du teskera, ou passeport, leur permettant de quitter le pays. Pour les uns, il s’agissait avant tout de s’affranchir de l’esclavage et de retrouver une liberté perdue18. Pour d’autres, la recherche de la protection des consuls était un moyen pour exiger, en guise de revanche, le châtiment d’un sujet du bey ayant agressé un Grec19. Dans la même requête qui était présentée au bey par le consul de France, ce dernier profitait de l’occasion pour s’exprimer au nom de tous les Européens installés à Tunis et demander « l’établissement définitif dans le quartier franc d’un corps de garde devenu indispensable à la sûreté des Européens, journellement menacés »20. En 1844, le consul de France Lagau, exigea un châtiment exemplaire pour l’assassin du grec Dimitri, protégé français, par un Tunisien. L’assassin fut jugé, condamné à mort et exécuté dans les quarante huit heures (Chater, 1984 : 522)21. Un autre sujet de litige, qui va pousser les Grecs à rechercher la protection des consuls européens, est l’acquittement des dettes22 contractées envers eux par des Tunisiens. Ces litiges nous renseignent sur l’état de richesse de ces Grecs — même si nous restons sur notre faim, à propos des sommes en question —, sur la place réelle occupée par les créanciers grecs dans l’économie de la Régence et sur le type de relations qu’ils entretenaient avec la population autochtone. En effet, les documents consulaires ne retiennent que les contentieux que les consuls s’empressaient23 d’exploiter pour appuyer leurs propres revendications. Mais il faut préciser que les Grecs n’étaient pas toujours des victimes innocentes. Les registres de la préfecture de police de la ville de Tunis la Zaptié24qui fut créé en 1861, nous renseignent sur des cas d’agressions meurtrières perpétrées sur des sujets du bey, par des Grecs25.

Même si les archives de police nous font apparaître les relations intercommunautaires, entre Grecs et autochtones, le plus souvent sous un prisme conflictuel et chaotique, il est à signaler, en revanche, que les autorités beylicales continuent à accorder aux Grecs une place privilégiée, surtout lorsqu’il s’agit de dispositions relatives à l’exercice du culte. C’est dans ce contexte qu’un terrain26 fut vendu par enzelkla. fin de 1863 par Mohamed-Sadok Bey (1859-1882), opération faite par l’entremise de son ministre Mustafa Khaznadar. Cette nouvelle acquisition par la communauté grecque de Tunis, se fera sous la forme d’une transaction entre le bey et un représentant des Grecs Elia Manidachi, en vue d’agrandir le cimetière et d’ériger une église orthodoxe27. L’opération relative à ce terrain « fut passée au consulat Impérial de Russie à Tunis »28, car le nommé Elia Manidachi, était à l’époque, protégé russe :

« La majorité des Grecs tunisois invoqua la protection consulaire russe à cause de la communauté de religion et aussi de la grande influence exercée sur l’esprit du bey par le consul de Russie Charles Nyssen. Ce dernier exerça les fonctions de consul de Russie pendant 60 années consécutives et mourut à Tunis en 1886 » (Khara-lambis,1926 : 153).

L’objectif de cet acte était de :

« les autoriser (les Grecs) à agrandir leur église ou à élever une construction identique consacrée à l’exercice de leur culte »29.

Mais ce nouveau geste des autorités de la Régence sera la source d’une incompréhension. Par cette dernière cession, le souverain entendait « être agréable » aux yeux des chrétiens de rite grec-orthodoxe, qui continuaient, selon lui, à être des sujets du sultan et non des nationaux hellènes. Cette bonne disposition manifestée à l’égard des Grecs de la Régence semble avoir été interprétée par certains membres de la communauté et par des fonctionnaires du nouvel État hellénique comme des signes encourageants pour relancer la question de l’établissement de relations diplomatiques directes entre Athènes et Tunis.

En effet, c’étaient les Grecs de Tunis qui avaient incité un fonctionnaire du gouvernement d’Athènes à entreprendre de pareilles démarches30. De même, en 1867, la question des décorations, à apporter d’Athènes pour le bey, est évoquée en tant que pression en vue de la récupération par un Grec de Tunis d’une dette évaluée à 15 000 piastres accordée à un sujet tunisien : le fils de Hajj Has-sine Ben Abbâs31. Le créancier grec, Basilio Kostandinis, affirmait vouloir utiliser la somme en question pour se rendre à Athènes et ramener les présents offerts par le Roi de Grèce, Grégoire, au bey de Tunis. En 1868, c’est le consul de l’État grec dans l’île de Chio, Spiridiov Logiatadios, d’où était originaire le Premier ministre tunisien, Mustafa Khaznadar, qui avait pris l’initiative d’écrire à ce dernier pour lui rappeler la nécessité de l’établissement de relations consulaires entre la Régence de Tunis et le Royaume de Grèce. Dans sa lettre, le consul prenait la précaution d’indiquer qu’il avait pris connaissance de « ses sentiments philhellènes grâce aux recommandations d’un des habitants de Chio le nommé ‘ Michel Coutsoudis »32, lequel avait des relations commerciales avec la régence de Tunis. Il lui avait également écrit qu’il avait cru important de rapporter l’information au gouvernement hellénique à Athènes tout en recommandant qu’une décoration devrait être décernée au bey de Tunis et à son Premier ministre, en signe de reconnaissance pour

« les sentiments philhellènes et le bon accueil qu’il a daigné porter aux intérêts des sujets hellènes qui se trouvent ou se rendent à Tunis »33.

Le consul grec ne laisse pas échapper une occasion de déplorer l’inexistence de traité entre le gouvernement de Tunis et celui d’Athènes ni de rappeler le vif désir exprimé, y compris par les parents du ministre qui vivaient toujours dans l’île, pour

« qu’un traité commercial soit signé respectivement… car c’est en vertu de cet (éventuel) traité que les représentants consulaires pourraient être nommés en les villes et les échelles des deux États… »34.

Ces différentes tentatives pour tisser des liens directs entre Athènes et Tunis ne pouvaient connaître un dénouement heureux dans une conjoncture méditerranéenne marquée par la persistance des tensions et des affrontements entre l’ancienne métropole ottomane et le jeune Etat gtec, lui même souvent intégré dans les diverses stratégies occidentales adoptées par les puissances à l’égard de la Sublime Porte. C’est ainsi que la situation des Grecs de Tunisie a continué à osciller entre la recherche de l’installation d’un consulat capable de les protéger et le recours individuel à la protection des consuls d’Angleterre35, de Russie36et parfois de France. L’ouverture d’un consulat de Grèce à Tunis ne se fera que quelques mois avant l’établissement du Protectorat français en Tunisie, en 1881.

Les Grecs sous la protection du Consulat Hellénique à Tunis : comment avoir sa part du gâteau (1880-1898) ?

Le premier document indiquant l’existence d’un « Consulat Royal Hellénique » à Tunis, ne remonte guère au-delà du mois d’août 1880. Les documents que j’ai pu consulter aux archives ne m’ont pas permis de savoir dans quel contexte ce consulat a été autorisé à entrer en action dans la Régence. La lettre accréditant37 le nouveau consul auprès du bey a été envoyée d’Athènes, le 11 juin 1880. Quant au premier document que nous avons pu consulter et qui atteste implicitement, la reconnaissance par le gouvernement tunisien, de cette mission et de son rôle dans la protection des Grecs, date de février 188138. Cependant, d’après Kharalambis Poulos (1926 : 153), le consulat de Grèce fut créé en 1878 et le premier consul fut M. Iscomacos qui devait présider un Tribunal consulaire qui avait fonctionné jusqu’en 1884. Aux archives nationales, plu-sieurs dossiers confirment l’activité débordante entreprise par cette institution durant les mois qui précédèrent l’entrée des troupes françaises en Tunisie. En effet, dès le mois de janvier 1881, le gérant du consulat allait procéder à la nomination de plusieurs agents consulaires dans les principales villes portuaires de la Régence : Bizerte, Sousse, Monastir39. D’un autre côté, le gérant du consulat devait s’activer pour prendre en charge la défense des Grecs de Tunisie40et prendre la relève, même dans les affaires qui avaient précédé la création du consulat, lorsque ces derniers étaient encore des protégés des consuls des puissances européennes41.

L’établissement du Protectorat français en Tunisie durant l’été 1881 ne semble pas avoir dérangé le gérant du consulat qui s’était vite adapté à la nouvelle situation. Ainsi, pour évoquer l’assassinat d’un Grec âgé de 86 ans, commis le 14 juillet 1881 par « les Arabes » insurgés, le consul s’était directement adressé aux nouvelles autorités fraîchement débarquées en Tunisie42. D’un autre côté comme si de rien n’était, il alla poursuivre l’installation d’agents consulaires dans les villes qui n’en avaient pas été pourvues, telles que Gabès43, Mahdia44, où il nomma respectivement Haï Haded, sujet français, Elia Sitbon, sujet italien. Chaque agent consulaire était secondé le plus souvent par deux courtiers tunisiens, pour lesquels il devait recevoir un accord préalable des autorités centrales. Ces dernières s’étaient donné un droit de regard sur les éventuels candidats à ces postes45. Ce contrôle rigoureux, mené par les autorités du Protectorat à l’encontre des représentations consulaires étrangères, laisse présager les nouvelles dispositions qu’elles n’ont pas tardé à prendre, en vue d’organiser la présence des différentes communautés étrangères établies en Tunisie.

C’est ainsi qu’elles promulguèrent, en septembre 1888, un décret sur les associations46. Mais la communauté grecque ne souscrivit d’une manière claire à cette loi, qu’en 1898. D’un autre côté, en 1890, suite à un accord entre les gouvernements grec et français, une décision fut prise pour la suppression47 des différentes représentations consulaires grecques installées, depuis 1880, dans plusieurs villes portuaires de la Régence. Les différents courtiers tunisiens qui y travaillaient furent appelés à arrêter toute collaboration avec ces agences et à se considérer comme soumis au même régime administratif que le reste de leurs concitoyens48.

Cette démarche s’inscrivit dans le cadre de la mise en place du régime du protectorat qui s’était concrétisée par la suppression des juridictions consulaires en vue de doter le pays d’une nouvelle organisation de la justice. En effet, la loi du 18 avril 1883 vint organiser la justice française en Tunisie. Le décret beylical du 5 mai 1883 stipulait que :

« les nationaux des puissances amies dont les tribunaux consulaires seraient supprimés, deviennent justiciables des tribunaux français dans les mêmes conditions que les Français eux-mêmes » (Mahjoubi, 1977 : 176).

Ces différentes dispositions visaient à assurer l’hégémonie de la France dans la gestion de la Régence et à écarter une éventuelle visée italienne sur la Tunisie.

En effet, la question du déséquilibre démographique en faveur de l’élément italien au sein de la population européenne de Tunisie avait constitué un sujet qui avait longtemps préoccupé les autorités françaises. Celles-ci avaient mis presqu’un demi siècle pour faire basculer la situation démographique en leur faveur. Elles utilisèrent, comme nous le verrons plus loin, les autres Européens et leurs descendants, parmi lesquels nous trouvons les Grecs, pour augmenter le nombre des membres de la colonie française. Mais, au départ, il fallait agir prudemment et essayer de régler par étapes la question de la présence italienne en Tunisie. La première phase fut la signature des conventions franco-italiennes de 1896. Une année auparavant, en 1895, le gouvernement français, agissant au nom du bey, avait dénoncé le traité tuniso-italien de 1868. Par ces nouvelles conventions, l’Italie s’était décidée à reconnaître officiellement l’établissement du Protectorat français en Tunisie. En contrepartie la France reconnaissait le principe de l’égalité de traitement dans l’exercice des droits civils entres Français, Tunisiens et Italiens (Davi, oct. 1996 : 8)49.

De leur côté, les Grecs étaient considérés comme des étrangers50, ils étaient justiciables des tribunaux français, et n’avaient pas la jouissance de droits politiques en Tunisie. En vue de pratiquer leur culte grec-orthodoxe, ils étaient autorisés à former une association cultuelle. Avant même la promulgation officielle en Tunisie de la Loi sur les associations du 15 septembre 1888, les Grecs, de leur côté, avaient soumis leur association aux lois grecques en obtenant du roi Georges Premier un décret en date 7 septembre 1888 qui les définit ainsi :

« La communauté hellénique (qui est) à Tunis, se compose de tous ceux de même origine, libres hellènes ou non (libres) qui en sont des constituants réguliers »51.

Les autorités du protectorat, qui n’avaient pas manqué de relever des incohérences dans cette définition52, s’étaient contentées, dans une première période, de suivre l’évolution de la situation. Cette attitude « tolérante » s’explique par le nombre peu important des Grecs se trouvant en Tunisie. En effet, le dénombrement des étrangers établis en Tunisie, effectué en 1906, n’a recensé que quelques 733 Grecs dans toute la Régence. Les autorités du Protectorat devaient surtout faire face à l’acuité du problème italien. Ainsi, la communauté grecque évoluera dans le cadre du Protectorat, elle saura même tirer profit de sa situation marginale et loin des regards pour accumuler une certaine richesse immobilière.

Une communauté loin des regards : de 1898 à 1923

Étant donnée la position particulière héritée de son statut de millet ottomane, la communauté grecque de Tunisie apparaissait, au début du Protectorat français, dans une situation de privilégiée. Ce qui n’a pas manqué de créer des manifestations de jalousie de la part de l’autre Église chrétienne rivale, l’évêché catholique de Tunisie. En effet, il faut rappeler que la donation par enzel, octroyée aux Grecs de Tunis en 1863, leur avait permis de mettre la main sur un terrain couvrant 3 089 mètres carrés. Une portion du terrain acheté couvrait la façade principale du cimetière catholique qui existait à l’endroit de l’actuelle cathédrale. L’évêque Sutter53, de la mission catholique, avait fait des démarches auprès du Premier ministre tunisien et avait pu obtenir le rachat de cette portion de terrain qui s’étendait sur 1 362 mètres carrés54.

Cependant, l’Église catholique, forte de la situation qu’elle avait conquise en Tunisie suite à l’établissement du Protectorat français, allait, d’une part, commencer à édifier, en 1890, sa grande cathédrale sur les lieux du cimetière chrétien et sur le terrain racheté auprès des Grecs et, d’autre part, leur intenter un procès en 1895. En effet, l’archevêché de Carthage avait contesté à l’Église grecque le droit de construire sur la rue de Rome des magasins et des logements qui auraient masqué l’une des façades de la cathédrale. À cause d’un vice de forme, la démarche auprès du tribunal n’avait pas pu aboutir55. C’est le « gouvernement tunisien » qui vola au secours de la cathédrale et prit à son compte les griefs portés par l’archevêché à l’encontre des Grecs. Dans ces conditions, la colonie grecque se trouva dans l’obligation de procéder à un arrangement à l’amiable. Elle céda les constructions, objet du litige, au gouvernement tunisien, moyennant une somme qu’elle fut obligée d’utiliser pour l’achèvement de la construction de sa propre église56.

Il est probable que ces pressions, exercées par les autorités du Protectorat, ont contribué à contraindre la communauté grecque à régulariser sa situation juridique en conformité avec la loi du 15 septembre 1888, relative aux associations. En fait, c’est seulement en 1898 que ses responsables se décidèrent à soumettre le texte au roi de Grèce57 qui l’approuva par décret, le 3 février 1898. En même temps, ces statuts furent déposés au parquet et au gouvernement tunisien qui leur donna son autorisation, par arrêté du 30 mai 1898. Dans une lettre de mise au point, le Résident général fit remarquer trente ans plus tard que :

« même s’il n’y a pas eu exactitude entre les textes français et les textes grecs, les autorités ont laissé faire vu le nombre limité de la colonie et vu qu’elle n’était effectivement constituée que par des sujets hellènes »58.

La constitution de l’association de la communauté grecque orthodoxe de Tunis a consacré une évolution du statut de ses membres qui se sont érigés, désormais, en groupement cultuel ayant pour mission de gérer des biens liés à la pratique du culte : église, école, aides aux démunis… Cette association est régie par le droit laïc puisqu’elle est dirigée par un bureau élu tous les trois ans. Cependant, ce groupe humain, constitué à son origine sur des bases confessionnelles, va connaître, au fil des années, une certaine évolution. En effet, pendant longtemps, l’identification s’est surtout basée sur une certaine affiliation, plus ou moins réelle, aux patriarches d’Alexandrie et de Constantinople. Ces derniers avaient eux-mêmes accepté, durant des siècles, de faire allégeance aux sultans ottomans. Cependant, le mouvement hellénique et l’indépendance progressive de la Grèce, à partir de 1830, n’ont pas manqué d’avoir leurs répercussions sur l’état d’esprit de la communauté grecque de Tunisie et d’ailleurs, comme nous l’avons vu plus haut. Ainsi, l’identité de cette dernière va évoluer de la base ethno-confessionnelle pour faire intégrer la dimension nationale. Les liens privilégiés qu’elle avait tissés avec le consulat de Grèce, depuis son installation à Tunis, ont été souvent avancés par les autorités françaises de Tunisie, comme une preuve « des tendances irrédentistes »59 au sein de cette communauté.

30Ces différentes mutations ne pouvaient échapper à des autorités pleinement conscientes des dangers d’un cosmopolitisme non contrôlé, surtout au cas il serait mis à profit par une autre puissance européenne, qui chercherait à rivaliser avec la France en Tunisie. Certes, au lendemain de la première guerre mondiale, c’est « du péril italien » et de « l’agitation indigène » qu’il a été souvent question, mais la surveillance a dû concerner tout le monde. En effet, même si ce fut moins spectaculaire qu’en Italie, la Grèce connut au lendemain de la guerre des évolutions politiques successives dont il importerait de voir les prolongements en Tunisie. Cependant, l’événement majeur auquel il faut prêter attention, fut la naturalisation française au sein de la communauté grecque de Tunisie, à la suite des décrets de décembre 1923 qui l’encourageaient.

Les années charnières de la communauté grecque de Tunisie (1923-1933)

  • 60  La dénonciation officielle ne se fera qu’en 1943 ; cependant des pressions indirectes furent exerc (…)

31Au lendemain de la Première Guerre mondiale, le problème relatif au déséquilibre engendré par la faiblesse en nombre de la colonie française par rapport à celle des Italiens était loin d’être résolu. Le recensement de 1921 n’avait fait que confirmer les appréhensions antérieures des autorités. Le nombre des Italiens était de 84799 alors que celui des Français était de 54476, les Maltais 12 520 et les autres étrangers 12 520. L’appel lancé aux métropolitains pour venir s’installer en Tunisie n’avait pas eu de résultats tangibles, malgré les privilèges et les encouragements qui furent prodigués. En effet, ils pouvaient aspirer à profiter d’avantages et faveurs auxquels les autres Européens ne pouvaient accéder (Kraïem, 1976 : 80). Face à cette situation, deux solutions furent envisagées : d’une part, la dénonciation progressive et de fait60, par la France, des conventions signées avec l’Italie en 1896. L’objectif était de rendre précaire la situation des Italiens de Tunisie et les inciter indirectement à se naturaliser. D’autre part, une loi sur la naturalisation, promulguée le 20 décembre 1923, était destinée à assurer la prépondérance de la colonie française dans la Régence et à contrecarrer la supériorité numérique des ressortissants italiens qui pourrait servir de prétexte pour la concrétisation des convoitises italiennes en Tunisie, depuis l’avènement de Mussolini au pouvoir en 1922 (Mahjoubi, 1982 : 346).

Certes, la nouvelle loi facilitait l’octroi de la nationalité française aux Tunisiens61, mais, surtout, elle la rendait automatique pour toute personne non Tunisienne née en Tunisie de parents qui y étaient eux-mêmes nés. Ainsi, la colonie française va s’ouvrir aux autres étrangers établis en Tunisie, tels que les Maltais, les Grecs et autres Européens, alors que les Italiens vont continuer à être régis officiellement par les conventions de 1896. À vrai dire, les nouvelles dispositions avaient pour but, avant tout, d’accroître, dans l’immédiat, le nombre des Français, par les membres des communautés « intermédiaires » qui pouvaient intégrer la communauté française sans apporter avec eux une charge identitaire marquée, comme c’était le cas des autochtones ou des Italiens.

C’est ainsi que la nouvelle législation a intégré dans la nationalité française la majorité des Maltais, malgré les réserves exprimées par la Grande Bretagne62dont relevait cette colonie. Également, plusieurs dizaines de familles grecques accédèrent automatiquement à la nationalité française. Cette nouvelle donne créa une situation inédite au sein de la communauté qui va entrer irrémédiablement dans une crise d’identité de laquelle elle ne se remettra jamais, malgré les multiples tentatives de réconciliation et de compromis.

Les premiers signes de difficulté vont commencer à apparaître en 1928. En effet, suite aux nombreuses naturalisations consenties par les Grecs,

« les nouveaux éléments (naturalisés) qui constituent désormais la communauté ne peuvent plus s’accommoder aux anciens statuts »63.

D’après le Résident général, la principale raison qui explique ces difficultés, est que l’association cultuelle est devenue, depuis 1918, multinationale puisqu’elle comprend : 32 citoyens hellènes contre 24 français, 2 gréco-albanais et 2 gréco-ottomans64. Toujours d’après le même rapport, les Grecs de Tunis

« ne demeurent unis qu’autour de l’autel orthodoxe et autour du patrimoine foncier dont l’association a hérité »65.

36En effet, l’importance de ce patrimoine va même éveiller des appétits extérieurs qui veulent le rentabiliser dans des œuvres culturelles66. À l’intérieur, la gestion des profits de cette richesse immobilière a été un facteur supplémentaire des tensions qui sont apparues entre les membres de la communauté grecque. La ligne de démarcation, réelle ou fictive, entre les deux groupes, a été la question de la naturalisation.

Après une contestation interne, déclenchée, semble-t-il, suite à l’élection d’un nouveau bureau de l’association au mois de mai 1928, un conflit est apparu au grand jour entre les membres de la communauté. Le dimanche 16 février, à la sortie de la messe, des incidents eurent lieu devant l’église de la rue de Rome, entre les membres du nouveau bureau élu au mois de mai 1928 et trois anciens membres, qui avaient fait partie de tous les bureaux qui s’étaient succédés de 1910 à 192867. Ces derniers avaient reproché aux membres du bureau leur mauvaise gestion des biens de la communauté68.

Quelques mois plus tard, la contestation connut un nouveau rebondissement. Les opposants avaient présenté un recours à l’administration par le biais d’une pétition signée par 29 Grecs, tous membres de la communauté grecque de Tunis et qui fut adressée au Résident général69. Après avoir rappelé les conditions dans lesquelles s’étaient tenues les élections de mai 1928 et les irrégularités commises

« notamment en prétendant éliminer des élections les membres naturalisés français, qui ne furent admis qu’au dernier moment »,les signataires de la pétition avaient relevé 3 faits majeurs qu’ils reprochaient au bureau directeur de la communauté :

La vente d’un vaste terrain de 9 000 mètres carrés70, faisant partie du cimetière grec situé près du quartier de Jeanne d’Arc, moyennant le prix de 16 F le mètre carré, alors que les propriétaires des terrains voisins, déclinent les offres de vente à 80 F, le mètre carré.

La vente à deux Israélites de deux immeubles, sis rue de la Kasbah et rue de la Verrerie, appartenant à la communauté grecque.

D’avoir surélevé une petite construction sise rue de Rome de deux étages et dans l’immeuble de la rue de Naples, d’un étage, au prix de 900 F le mètre carré, alors que le cours de la construction est au maximum entre 650 et 700 F.

Outre les griefs reprochés au bureau, la pétition constitue un document d’une grande valeur historique. En effet, elle nous livre un échantillon représentatif qui nous donne des informations précises sur la situation professionnelle de chaque signataire. C’est ainsi que nous avons relevé l’existence de 9 commerçants, autant de propriétaires industriels et agricoles et de 4 fonctionnaires71. Le même document nous permet également de faire ressortir les mutations des membres de cette communauté par rapport à la question de la naturalisation. En effet, en cette année 1930, sur les 29 signataires, nous en remarquons quinze qui maintenaient toujours la nationalité grecque, alors que les quatorze autres ont désormais la nationalité française.

En effet, cette tendance est confirmée par le Dénombrement de la population civile européenne et indigène de Tunisie, réalisé au mois de mars 1931, et qui fait ressortir une baisse de la population grecque de Tunisie qui tombe à 463 alors qu’elle était de 646 personnes au dénombrement de 1926 et de 683, au recensement du 16 décembre 1906 qui n’avait concerné à l’époque que la population européenne civile de la Tunisie (Bulletin,1907 : 169). Cette chute du nombre se remarque dans les trois principaux centres urbains qui regroupent la majorité des Grecs. La ville de Sfax où le nombre des Grecs tombe à 224 contre 343 en 1926. La même baisse se constate également dans la ville de Tunis où le nombre de Grecs tombe à 162 alors qu’il était de 187 en 1926.À Djerba, la baisse est encore plus évidente puisque le nombre est tombé à 6 alors qu’il était de 28 en 1926. Le seul facteur qui explique cette baisse du tiers du nombre de la communauté grecque, au cours d’une période aussi courte, est le mouvement de naturalisation. Ce fait confirme le début d’une certaine fracture au niveau de l’identité collective de cette communauté, dont les membres avaient commencé à se définir par rapport à des intérêts matériels, immédiats et futurs, beaucoup plus qu’à une référence ethnique et confessionnelle.

Ainsi il est important de noter que cette mutation sociale va donner lieu à des changements de comportement et à la cristallisation de positions qui ne tardèrent pas à se manifester au sein du cadre associatif, seul espace de rencontre et d’identification des Grecs de Tunisie. La pétition citée plus haut fut le premier signal de ce changement identitaire qui était en train de se dessiner au sein de cette petite communauté. Mais, malgré la sollicitude manifestée par ce groupe contestataire, l’administration coloniale ne s’empressa pas d’intervenir, considérant que l’affaire était d’ordre privé et qu’il appartenait aux signataires de la pétition de porter plainte, s’ils le jugeaient nécessaire, devant les tribunaux compétents72. En réalité, comme nous l’avons vu plus haut, l’affaire était déjà devant les tribunaux et les autorités auraient pu exiger la tenue de l’assemblée générale de l’association à la date prévue – mai 1931 – lorsque le bureau, élu au mois de mai 1928, arriva au terme de son mandat. En ratant cette occasion, ces dernières avaient laissé la voie libre à une intervention extérieure dans les affaires de la communauté grecque de Tunisie. En effet, ce fut le Patriarche d’Alexandrie Meltios II (1926-1935), qui annonça son arrivée au mois de juillet 1931. L’objectif assigné à cette visite était d’essayer d’aider la communauté grecque de Tunis à dépasser ses dissensions et divisions et, en même temps, de faire tout ce qui était possible en vue de regrouper les fidèles autour du patriarcat grec-orthodoxe. Il semble que l’Etat grec n’ait pas été étranger à cette initiative73.

Le voyage du Patriarche d’Alexandrie Meltios II en Tunisie

Le séjour du Patriarche d’Alexandrie en Tunisie avait commencé par deux messes qui furent célébrées à Sfax le 23 juillet et àTunis le 26 juillet 1931. Le Résident général, les autorités militaires et civiles ainsi que le corps consulaire avaient assisté à la cérémonie de Tunis. Au cours de cette messe,

« le Patriarche a prodigué ses conseils à ses fidèles leur recommandant avant tout, de se montrer respectueux des autorités du Protectorat et dignes de la protection que la France leur accorde. Il s’est borné à les inviter à se montrer fidèles à l’Eglise orthodoxe »

À côté des aspects protocolaires, le Patriarche avait consacré l’essentiel de son séjour à surmonter les divergences apparues entre les Grecs de Tunisie et à obtenir la réorganisation légale de la communauté. C’était dans ce but qu’il avait présidé une assemblée générale, le 31 juillet 1931, à laquelle avaient assisté 33 notables grecs75. Cette réunion avait pour but de

« prier Sa Sainteté le Patriarche de nommer un conseil de 6 Epitropes et Ephores extraordinaires sous la présidence du délégué ecclésiastique de sa sainteté le Patriarche »76.

En effet, quelques jours après et avant son retour en Egypte, le Pape et Patriarche d’Alexandrie et d’Afrique, avait procédé à la nomination de l’Archimandrite Anthimos au poste de Président du Conseil extraordinaire de la communauté, conformément au vote de l’assemblée générale du 31 juillet 193177.

Par ses différentes démarches entreprises à Tunis, surtout au terme de son voyage, le Patriarche d’Alexandrie dévoila ses véritables intentions. Ainsi, il condamna la séparation qui s’était faite en 1888, entre le culte qui était devenu du ressort des popes et la gestion des biens de l’Église, confiée à une association dépendante d’Athènes78. Il considéra que ce mode d’organisation, adopté à partir de 1888

« était contraire à l’histoire de l’Eglise grecque de Tunis comme aux conceptions du patriarcat »79.

Il envisagea tout simplement de revenir à une gestion cléricale de

« l’église Saint-Georges qui fonctionnait depuis trois siècles et qui s’est vue rabaissée au rang d’une association civile, soumise à la législation spéciale du décret de 1888 »80.

En un mot, il demande :

« l’abrogation de l’arrêté du 30 mai 1898 et le retour à un fonctionnement conforme aux règles de notre religion »81.

Ainsi, il apparaît clairement que le véritable objectif du voyage du patriarche d’Alexandrie en Tunisie était de profiter de la crise interne de la communauté pour changer le caractère laïc de sa gestion et la mettre sous son regard direct par la cooptation de son délégué religieux comme président de la communauté.

Cette nouvelle situation va pousser les autorités du Protectorat à essayer de reprendre en main le dossier des Grecs de Tunis et surtout de faire barrage au projet du Patriarche qui vise à voir

« la communauté orthodoxe rangée sous sa dépendance directe »82.

Cependant, le tribunal, qui avait entre ses mains le contentieux relatif à la communauté, va encore compliquer les choses pour ceux qui avaient des préoccupations d’ordre public et laïc. Le tribunal, qui avait été déjà saisi, comme nous l’avons vu plus haut, par les opposants au bureau élu en 1928, crut bon de souscrire, lui aussi, aux solutions trouvées le 31 juillet 1931 en présence du Patriarche. Un jugement sur la requête fut prononcé le 30 septembre 1931. Il demandait la publication d’un arrêté qui officialise les nominations faites lors de l’assemblée de juillet en présence du Patriarche83. L’arrêté en question ne parut que le 20 février 1932 ; il stipulait que la communauté serait gérée provisoirement par une commission de 7 membres. Laquelle commission est chargée de procéder à la réforme du statut dans un délai de 6 mois84. Mais, pour assurer un suivi aux décisions prises lors de son voyage, le Patriarche désigna un représentant qui sera dépêché d’Egypte pour veiller sur ses fidèles en Afrique du Nord.

Prolongement du voyage du Patriarche d’Alexandrie : la nomination d’un évêque orthodoxe pour l’Afrique du Nord

Ce regain d’intérêt du Patriarcat d’Alexandrie pour les Grecs-orthodoxes, allait s’illustrer encore mieux, en février 1932, par la nomination d’un évêque orthodoxe pour la Tunisie, l’Algérie et le Maroc85. L’envoyé du Patriarche entendait à la fois exercer des fonctions spirituelles et veiller à l’administration du conseil de la communauté orthodoxe dont la présidence sera de sa compétence86. Ainsi, le nouveau responsable religieux arriva presque au moment de la publication de l’arrêté légitimant les décisions de l’assemblée de juillet 1931. Lors des premiers contacts de l’Évêque, les responsables du Protectorat lui rappelèrent, d’une manière ferme, que la communauté devait être maintenue dans le cadre de la législation tunisienne et du décret sur les associations du 15 septembre 188887.

Dans un premier temps, l’archevêque entendit mener pleinement son rôle de chef spirituel et temporel. Au cours de la première semaine d’avril, il se rendit à Sfax pour présider une messe solennelle dans l’Église de cette ville88 qui regroupait encore en 1932, malgré la baisse constatée plus haut, la plus forte concentration de Grecs du pays. Quelques jours plus tard, il tint à être reçu par le Résident général en sa qualité de chef spirituel des fidèles Grecs-orthodoxes de l’Afrique du Nord et lui remit « la Croix de Saint-Marc, symbole de l’Eglise grecque-orthodoxe d’Alexandrie »89. D’un autre côté, agissant en tant que Président du conseil d’administration de la communauté, Mgr Constantin Catzarakis convoqua une assemblée générale qui se tint le 29 mai 1932, en présence de 39 membres sur les 52, lesquels avaient été inscrits sur la liste ouverte spécialement, 15 jours avant cette date. La réunion avait pour objet d’approuver les nouveaux statuts qui avaient été préparés par le conseil d’administration, conformément à la mission qu’il avait reçue par l’assemblée générale du 31 juillet 193190. Les nouveaux statuts consacraient le point de vue exprimé par le patriarche lors de sa visite en Tunisie. Nous avons vu plus haut comment ce dernier avait refusé toute séparation entre les responsables du culte et ceux qui s’occupent de la gestion des biens de l’Église. Ainsi, d’après les nouveaux statuts présentés par Catzarakis, c’est l’archevêque qui deviendrait président de la communauté91.

Cette proposition ne pouvait être acceptée par l’administration car elle était en contradiction avec la loi sur les associations qui stipule que ces dernières doivent être gérées par des bureaux élus. D’un autre côté, le cumul des deux responsabilités, mettrait les Grecs de Tunisie sous la tutelle directe du patriarche d’Alexandrie, qui aurait géré la communauté par l’intermédiaire de l’archevêque qu’il avait envoyé en Tunisie. Informés du contenu du nouveau projet, quelques membres alertèrent les autorités, avant même la tenue de l’Assemblée qui devait ratifier les projets, considérant qu’il s’agissait de manœuvres qui tendaient « à mettre notre communauté sous le joug du Patriarcat d’Alexandrie… »92 Ce projet comportait également des risques politiques, car les dignitaires de cette Église et le patriarche lui-même, « étaient des sujets de S. M. Fouad Ier »93. C’est ainsi que certains membres de la communauté, en parfaite complicité avec l’administration du Protectorat, déclenchèrent une contre-offensive afin d’éviter ce qu’ils considèrent « comme ingérence du Patriarcat dans notre communauté »94.

La contre-offensive des Grecs « francisés » pour la reprise en main de la direction de la communauté

Une opposition à l’amendement des statuts s’était manifestée, sans grand succès, au cours de l’assemblée générale du 29 mai 193295. De son côté, l’administration, qui avait été mise au courant du contenu du nouveau projet de statut, allait commencer à mettre des freins pour empêcher sa concrétisation96. Cependant, ce fut vers la fin du mois d’août 1932 que la contestation arriva à s’organiser et à marquer un point ; il est difficile de ne pas y deviner la main des autorités du Protectorat. En effet, le 27 août, quatre membres97 du bureau provisoire, tous naturalisés Français mais d’origine grecque98, donnèrent leur démission. Outre les objections qu’ils firent aux autres membres du bureau,99 par leur coup de force « démocratique », les démissionnaires, mirent cette instance dans « l’impossibilité de convoquer une assemblée régulière »100.

Par cette démission en bloc, un coup sérieux avait été porté aux démarches de la tendance ecclésiastique en vue d’assurer son hégémonie sur la communauté grecque. En effet, le 3 juin 1932, au nom de cette dernière, l’archevêque Catzarakis avait déposé au Contrôle Civil un nouveau projet de statuts. Un mois plus tard, le 10 juillet, un autre groupe important de membres de la communauté, en opposition avec la première tendance, et dirigé par quatre membres du comité provisoire, déposa lui aussi un autre projet de statut101. Ainsi, une occasion en or fut offerte à l’administration pour qu’elle apparaisse dans une position de neutralité. En réalité, elle allait se baser sur la démission des quatre membres à la fin du mois d’août pour publier un nouvel arrêté sur la communauté grecque102. Ce dernier texte considère que la nouvelle situation, née de cette démission, lui impose de pourvoir aux sièges vides par la réorganisation de la commission de gestion qui sera composée des membres suivants : Alexandre Alexandroupoulos, Eustache Djivas et Dimi-tri Coyoutopoulo, Jean Manzouni, Thomas Temmos103. Avant la publication de cet arrêté les autorités avaient pris soin d’avertir Mgr Catzaralds qu’elles « ne pouvaient consentir à ce que, dans les nouveaux statuts, il fût spécifié que l’archevêque ait la présidence effective, ni même la présidence d’honneur104 ».

La commission de conciliation désignée par l’arrêté de décembre 1932 arriva à présenter de nouveaux statuts au mois de mars 1933. Le comité qui fut élu à cette date confirme la prise en main des destinées de la communauté par les éléments « réalistes » qui avaient accepté de se conformer aux dispositions de la loi sur les associations qui sépare la responsabilité du culte et la gestion des biens, cette dernière étant du ressort d’association qui doit se conformer aux lois. Cette évolution consacre définitivement la supériorité numérique des naturalisés français parmi les activistes de la communauté grecque, et une nette évolution progressive de cette dernière vers son assimilation dans la civilisation française.

La perte d’identité et la francisation progressive de la communauté (1933-1960)

À partir de mars 1933, la communauté fut présidée par Jean Manzuni. Ce dernier se présentait en septembre 1938 « comme un natif de Tunisie et d’y avoir vécu depuis sa naissance, d’avoir eu l’honneur de s’engager volontairement dans l’armée française pendant la Grande Guerre, sans aucune obligation militaire, d’accroître la famille française par mes enfants dont l’un est prêt à partir sous les drapeaux de la France comme élève sous-officier et enfin d’être administrateur et directeur commercial depuis 1922 d’une maison de commerce… »105.

Un tel autoportrait en dit long sur l’évolution d’une partie des membres de la communauté grecque et de leur désir d’assimilation dans la nation française, à tel point qu’un des détracteurs de Jean Manzuni l’accusa de ne « connaître aucun mot de grec, ni en parlé ni en écriture »106..

Hormis ces quelques petites oppositions qui surgissaient de temps à autre entre ses membres, la communauté grecque semble avoir retrouvé son calme et sa « liberté pour l’administration de ses biens ». En effet, en raison des dissensions et de la mauvaise gestion qui avaient marqué les années 1928-1931, les revenus de l’association furent placés, depuis la fin de 1931, sous séquestre, jusqu’à la fin de 1937. Dans le rapport d’activité édité en 1938, le président Manzuni, annonce avec fierté « la réouverture définitive de l’église le 6 mars »107. Cette dernière était restée sans desservant depuis le départ, au mois de décembre 1932, de l’archevêque Catzara-kis. C’est l’archimandrite Dimitrios Lancouvardos108 qui fut choisi pour le desservir. Le président annonce également la réparation de la coupole de l’église qui menace ruine, vu qu’elle était restée pendant six années consécutives sans être entretenue109.

Ainsi, à la veille de la seconde guerre, la communauté semble accepter, dans sa majorité, son intégration dans « l’œuvre française en Tunisie ». La référence à la culture grecque-orthodoxe est devenue désormais d’ordre cultuel et c’est le rôle de l’association d’assurer cette fonction tout en refusant toute ingérence extérieure dans son fonctionnement. C’est ainsi qu’après qu’il fut coupé court à toute intervention en provenance du Patriarcat d’Alexandrie, c’est le Consul de Grèce qui se vit rappeler la nouvelle réalité, c’est-à-dire que le plus grand nombre des membres de la communauté était de nationalité française110. Et par souci de garantir l’hégémonie des naturalisés français au sein du bureau directeur de la communauté, le président crut de son devoir de demander l’avis des autorités sur l’opportunité de la convocation d’une assemblée élective prévue pour le 7 mai 1939. Il lui fit remarquer qu’à « cause des événements actuels, certains membres français, qui ont droit au vote, sont mobilisés »111. Ce lien avec la France va se raffermir encore dans la conjoncture de la Seconde Guerre et celle de la Résistance. Ainsi, le sort de la communauté se joua avec celui de l’avenir de la présence française en Tunisie.

Avec l’indépendance de la Tunisie, il était devenu impossible pour la communauté grecque d’assurer la continuité d’une présence qui avait pourtant duré pendant plus de trois siècles. Les Grecs naturalisés Français et travaillant dans la fonction publique étaient les premiers appelés à partir. Les autres, commerçants, industriels et entrepreneurs, tentèrent d’assurer la continuité de leur communauté dans une Tunisie qui se préparait à l’indépendance. Ainsi, dès que l’autonomie interne fut proclamée, ils firent valider les statuts par le gouvernement tunisien112. Cependant, acquis à la culture française, ayant souvent la nationalité française, c’était en France que la majorité des Grecs avaient envoyé leurs enfants poursuivre leurs études supérieures. Ces derniers s’étaient installés en France après leurs études, et c’était ensuite aux parents de les rejoindre. Seule une infime minorité parmi les membres de la communauté était rentrée en Grèce. Enfin quelques cas isolés s’étaient intégrés, par le mariage, avec les musulmans113.

Aujourd’hui, seules les trois églises de Tunis114, de Sfax115 et de Djerba116continuent de rappeler le passé d’une communauté grecque dont les membres avaient entamé leur présence au XVIIe siècle, à Tunis et dans d’autres villes côtières, comme faisant partie du système du Milletottoman, mais au terme de trois siècles de contact, d’acculturation et de jeux d’influences, la majorité de ses descendants, avait choisi l’assimilation française, tout en gardant une belle place pour la Tunisie dans leurs mémoires et dans leurs activités professionnelles117. Enfin, il est à rappeler aussi, que beaucoup de produits qui sont, aujourd’hui, partie intégrante de l’art culinaire tunisien, ont été introduits par les Grecs : le raisin sec, les olives salées, les poissons salés, les sirops de tamarins et d’orgeat, les halwas, le rahat-loukoum, le mastic (Kharalam-bis, 1926 : 154)…

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Notes

1  Une première ébauche de cette recherche a été présentée au colloque : La Tunisie et ses étrangers, organisé les 1er et 2 novembre 1996, par le Professeur Mounira Chapoutot-Remadi, à la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis. L’actuelle version a été présentée à la 11econférence de l’American Institute of Maghrib Studies (A.I.M.S) qui s’est tenue à Tunis du 28 au 30 mai 1998.

2  Cette première église se trouvait Rue de la Verrerie, à l’intérieur des murailles de la ville, en plein quartier franc ; elle avait fonctionné jusqu’en 1901.

3  L’inscription est gravée en grec et en français : « In memoriam du bataillon sacré grec 1942-1945, combattant pour la libération de sa patrie, il a participé aux combats de Tunisie : Morts, 3 officiers ; Blessés 7 ; Disparus 2 »

4  Archives Nationales de Tunisie (ANT), Série E, C. 503, D. 5 ; Profession de foi datée de 1932, mais non signée, mais il est certain qu’il s’agit d’un document du Secrétariat général du gouvernement tunisien.

5  Il faut noter que, malgré leurs efforts, les Ottomans n’ont pas pu rester les seuls héritiers de Byzance. En effet, certains fidèles vont se diriger vers la Russie, puissance orthodoxe montante, à partir du XVe siècle. Cette dernière va prendre le flambeau de l’orthodoxie et adopter l’aigle bicéphale, symbole de l’hellénisme.

6  De Saint Gervais note qu’à la même époque, la situation meilleure des grecs, par rapport à celle des catholiques. Ces derniers, écrit-il, quoique tolérés : « sont logés dans une maison obscure, qui ressemble à une vraie prison, dont ils payent, cependant, un loyer assez considérable ».

7  Idem. L’auteur affirme l’existence d’un titre déposé aux archives du consulat de Grèce à Tunis où il est indiqué que le nommé Raftopoulos, hellène orthodoxe, originaire du Péloponnèse, obtint, ce terrain, du bey régnant (sic), en reconnaissance des services rendus.

8  Ibidem. Notre auteur remarque que cette église « était coquette, de style byzantin avec coupoles, et dont la décoration intérieure était fort originale ». Au moment de la construction de l’actuelle Eglise en 1898, cette petite chapelle a été complètement démolie et remplacée par un immeuble. C’est sur le mur de ce dernier qu’on trouve raccroché, aujourd’hui, la plaque en marbre portant l’inscription : « Eglise Saint-Georges » en mémoire du lieu de culte qui existait à la rue de la Verrerie et qui fut désaffecté, en 1901, avec l’inauguration de la nouvelle église, de la rue de Rome.

9  L’auteur mentionne que « Les Grecs-orthodoxes possèdent une chapelle dans Tunis, avec deux popes ».

10  Idem.

11  L’auteur signale l’autorisation accordée par Ahmed Bey le 10 janvier 1845 aux catholiques de Tunis pour l’extension de leur église et précise que ce geste s’explique par le désir d’approfondir les bonnes relations qui existaient entre les négociants européens et l’Etat tunisien.

12  Malheureusement cette mesure en faveur des Grecs n’a été signalée que par des sources ultérieures.

13  Ganiage signale le même chiffre sans citer de sources. D’autres part il mentionne que d’après la mission catholique de Tunisie, le chiffre des européens était estimé à 12 000. Les plus nombreux étaient les Maltais avec 7 000 âmes, les Italiens avec environ 4 000 et les Français de 50 à 60 familles.

14  Port de Grèce dans le Péloponnèse, sur la mer Ionienne. La bataille de Navarin a eu lieu le 27 octobre 1827 et s’est achevée par la défaite de la flotte turco-égyptienne par une escadre anglo-franco-russe au cours d’une guerre qui a marqué le début du processus de l’indépendance de la Grèce.

15  R. Ilbert signale (1996 : I, 70) que les Grecs d’Egypte, originaires des régions libérées de la domination ottomane, s’étaient considérés comme hellènes et que « le gouvernement d’Athènes entendait bien élargir ses prétentions à l’ensemble de la population de race grecque ». Au cours des années 1830, le nouvel État grec était représenté en Egypte par Michel Tossiza, un consul très actif et ami personnel de Mohamed Ali.

16  Khaznadar (Mustafa), mamelouk tunisien, d’origine grecque et natif de l’île grecque de Chio vers 1817, mort à Tunis en 1878. Esclave de Hussein Bey (1824-1835). Beau-frère et favoti de Ahmed Bey qui l’éleva aux fonctions de trésorier (khaznadâr), il devait se maintenit pendant plus de trente six ans à un poste ou un autre, au service de cinq beys. (Ganiage, 1968 : 595).

17  Mussalli (Elias), Grec melchite catholique romain, né au Caire en 1829 d’une famille originaire de Syrie, mort à Tunis, en 1892. Entré en 1847 au service du bey, comme second, puis premier interprète en 1854 ; sous-directeur au ministère des Affaires étrangères en 1860, il devait conserver ces fonctions jusqu’en 1872 (Ganiage, 1968 : 593).

18  A.N.T. Série H. C. 252 D. 694. Lettre, en date 22 août 1833, du consul de France A. Duval, au bey Hassine qui se base sur le traité signé le 8 août 1830 entre la France et le bey pour réclamer l’affranchissement d’une certaine Khédija, grecque d’origine et qui s’est faite protégée française. Cette femme a été réduite à l’esclavage avec son fils depuis 13 ans. Toujours d’après la même lettre, il ressort que le bey a accepté de la libérer mais n’a accepté de la laisser s’embarquer vers le Levant que dans un bateau ottoman et non dans un bateau grec comme elle l’avait demandé.

19  A.N.T, Série H. C. 252 bis, D. 6. Lettre en date du 13 mars 1839 du Consul de France au bey Ahmed dans laquelle il demande la punition du nommé Gorgab (sic) qui a porté un coup de couteau à Michel, un Grec, « protégé Français ».

20  Idem.

21  L’auteur se réfère à une lettre adressée de Tunis, le 15 nov. 1844 par le consul Lagau à Gui-zot (Archives de Affaires étrangères, Quai d’Orsay C. C. Tunis 54).

22  A.N.T. Série H. C. 252 bis, D. 1 ; l’affaire du Grec Bazil, protégé anglais, qui demande d’être acquitté de la dette qu’il a accordée à Hajj Muhammad b. Ahmad au mois de Rajab 1277H. Une autre affaire est évoquée le 10 décembre 1859 par le consul d’Angleterre, elle concerne une dette de 3 000 piastres que doit rembourser Mahmoud Ben Ammar au sieur Papa Costantino, négociant domicilié à Tunis, fondé de pouvoir de Panayotti Théodore, sujet anglais (voir A.N.T. Série H. C. 252 bis D. 1.).

23  A.N.T. Série H. C. 252 bis, D. 5. Dans une lettre date du 21 janvier 1860, adressée par les membres du clergé grec au consul de France Léon Roches, ils écrivent : « Les grecs domiciliés à Tunis, connaissent déjà l’empressement et le zèle avec lequel vous avez toujours défendu leurs intérêts… ».

24  Ben Rejab (Rida), al-sburta wa amn al-hâdira min khilâl wathâiq majlis al-dhabtyya 1861-1864, (La police et la sécurité de la capitale d’après les registres de la préfecture de police), Mémoire pour le C.A.R. (ronéotypé), sous la direction de Abdelhamid Larguèche, Faculté des Sciences Humaines et Sociales, Tunis, 1992.

25  A.N.T. Série H. C. 252 bis, D. 2. Affaire du Grec Nicolas, protégé anglais, accusé d’agression, coups et blessures à l’encontre de soldats de l’armée du bey. Toujours dans la série H. C. 252 bis, D. 7, l’affaire du Grec Andréa accusé d’avoir assassiné le laitier ‘Alî b. Ahmad Bûssen El-Ouarchafânî (Registre de la Zaptié en date du 17 Safar El Khair 1287H).

26  Le terrain en question est situé le long du boulevard de la Marine, il s’étend sur 3 089 mètres carrés. Il était limitrophe du cimetière catholique Saint-Antoine. Par la suite, il a connu des ventes et des aménagements. Seule une partie est restée à la communauté grecque, elle y construira en 1898, la nouvelle Église Saint-Georges et, plus tard, les immeubles ouvrant sur la rue de Naples (actuelle rue Mokhtar Attia) dont il sera question plus loin.

27  A.N.T, Série Historique, C. 252, D. 692/1. Lettre en date 21 février 1878 de Charles Nyssen, Consul général de Russie à Tunis à son homologue, le Consul général de l’Empire d’Allemagne à Tunis où il dresse un rappel des différentes phases de l’acquisition de ce terrain par les Grecs.

28  Idem.

29  A.N.T. Série E, C. 503, D. 5. Un rapport de 8 pages en date du 4 avril 1940, résumant l’historique de la communauté grecque de Tunisie et qui remonte jusqu’à la prise de Byzance par les Turcs en 1453.

30  A.N.T. Série H. C ; 252, D. 692. Lettre en date 17 novembre 1866 envoyée par Seigneur Felice, fonctionnaire au ministère des Affaires étrangères de la Grèce, aux Grecs de Tunis, en réponse à une lettre que ces derniers lui avaient adressée et dans laquelle ils lui avaient demandé d’envoyer des décorations au bey de Tunis « en signe de reconnaissance pour la bonne attitude qu’il exprimait à leur égard ».

31  A.N.T. Série H. C. 252, D. 692. Lettreen du 28 avril 1867, de Basilio Kostandinis au Premier ministre Mustafa Khaznadar.

32  A.N.T. Série H. C. 252, D. 692. Lettre en date du 20 novembre 1868, de Spiridiov Logiatadios, consul de Grèce à Chio, à son excellence Mustafa, Premier ministre.

33  Idem.

34  Ibidem.

35  A.N.T. Série H, C. 252 bis, D. 3. Lettre en date du 22/06/1868, du consul d’Angleterre Richard Wood, au Premier ministre Mustafa Khaznadar pour défendre les intérêts de Basilio, Grec, protégé anglais, dans une affaire de succession, suite au décès de son associé tunisien, le nommé Slimane El Fray.

36  A.N.T., Série H. C. 252 bis, D. 10. Lettre en date du 8 novembre 1877, de Charles Nys-sen, consul des intérêts russes à Tunis au Premier ministre, l’informant de l’assassinat perpétré sur la personne de Georges Hallaris, Grec, protégé russe, par le nommé Mustafa Ben Has-sen, sujet tunisien. Dans une autre lettre en date du 11 novembre 1879 (probablement après le départ du Premier ministre Kheireddine), le Consul russe confirme « … Qu’en vertu des instructions reçues du Cabinet de Saint-Pétersbourg, le consulat impérial de Russie à Tunis est autorisé à continuer d’accorder la protection aux Grecs » (A.N.T. Série H, C. 252, D. 692).

37  A.N.T. Série H. C. 252, D. 692/2. Lettre du ministère des Affaires étrangères de Grèce au ministre des Affaires étrangères du bey de Tunis dans laquelle il lui indique le nom du consul : Vasiliades.

38  A.N.T Série H, C. 252, D. 692/1. Lettre en date du 16 février 1881, du gérant du consulat hellénique à Tunis au Premier ministre Mustafa Ben Ismaïl. Il s’agit d’une lettre-réponse à un courrier qui a été adressé au consul par le Premier ministre au sujet de la vente de la maison de Basile Camellopoulos, sujet hellène, débiteur du sujet tunisien Sedli (sic).

39  A.N.T Série H. C. 252, D. 692/2. Lettre en date du 28 janvier 1881, du gérant du consulat royal hellénique à Tunis à Mustafa Ben Ismaïl, Premier ministre. Il l’informe que « le gouvernement hellénique vient de nommer, en qualité d’agents consulaires de Grèce, le sieur Vito Pellegrino à Biserte (sic), le sieur Philippe Rosso à Souse (sic) et Antoine Rosso à Monastier (sic) ».

40  A.N.T. Série H. C. 252, D. 692/1. Lettre en date 2 mars 1881, du gérant du consulat hellénique au Premier ministre Mustafa Ben Ismaïl de l’affaire de Denis Sotirpoulos sujet hellène et propriétaire d’un café à Tunis, grièvement blessé par un sujet tunisien, le nommé Haz Aly Bakkas (sic).

41  A.N.T. Série H. C. 252 bis, D. 10. Lettre en date 31 août 1880 du gérant du consulat hellénique à propos du contentieux d’Elia Manidachi, autrefois sous protection russe, avec l’ex-premier ministre, Mustafa Khaznadar, au sujet d’un terrain sis à la Marine.

42  A.N.T Série H. C. 252, D. 692/1.Lettre en date du 11 septembre 1881, du gérant du consulat hellénique au délégué par intérim à la Résidence de République française à Tunis. Après l’avoir informé du crime perpétré contre son administré, il lui demande de « faire auprès du gouvernement tunisien les démarches nécessaires afin que de sévères mesures soient prises à l’effet de découvrir les coupables et indemniser en même temps les parents de la victime ».

43  A.N.T, Série H. C. 252, D. 693/6. Lettre en date du 6 avril 1883, de l’Agent consulaire grec, au Résident général Paul Cambon.

44  A.N.T, Série H. C. 252, D. 693/9. Lettre en date du 8 août 1883, de l’Agent consulaire grec, au Chargé d’affaires de la République française, le Baron d’Estournelles.

45  A.N.T, Série H. C. 252, D. 693/8. Lettre en date 27 juillet 1885, du secrétaire général du gouvernement tunisien au consul de Grèce. Il l’informe de son refus d’agréer la nomination d’un troisième courtier à l’Agence consulaire de Djerba. Voir également, A.N.T, Série H. C. 252, D. 693/10. Lettre en date du 19 avril 1889, du vice-consul de France à Sousse, au Résident général à Tunis. Il lui suggère de refuser la nomination de Frej b. El-Hadjj Muhammad b. ‘Uthmân, proposé pour l’emploi de courtier de l’Agent consulaire grec à Monastir, car il n’a que 17 ans et n’a pas encore satisfait au service militaire.

46  AG. Journal Officiel Tunisien (J.O.T.), Loi du 9 Moharrem 1306, 15 septembre 1888, sur les associations.

47  A.N.T, Série H. C. 252, D. 693/1. Lettre en date du 20 août 1890, du secrétaire général du gouvernement tunisien au Premier ministre et aux caïds de Bizerte, Djerba, Arad (Gabès), Mahdia, Monastir et Sousse.

48  Idem.

49  Au moment de la signature de ces conventions, la population française de Tunisie ne comptait encore que 16 000 membres contre 50 000 italiens.

50  Un décret du 13 avril 1898 allait réglementer l’établissement des étrangers dans la Régence. Tout étranger qui voulait établir sa résidence en Tunisie ou y exercer une profession, un commerce ou une industrie quelconque, devait dans un délai de cinq jours à partir de son arrivée, faire devant l’autorité de police locale une déclaration de résidence en justifiant de son identité.

51  Archives diplomatiques de Nantes (Fonds de Nantes), Série Tunisie, C. 11, D. 9, (Bobine R 382, Institut Supérieur d’Histoire du Mouvement National, I.S.H.M.N.). Lettre en date du 7/08/1929, du Résident général de France à Tunis au ministre français des Affaires étrangères.

52  Fonds de Nantes, Série Tunisie, C. 11, D. 9 (Bobine R382, I.S.H.M.N.). Lettre en date du 7/08/1929, op. cit. Le Résident général relève que « le Roi des Grecs légifère, en terre de Protectorat français, à l’égard d’un groupe composé à la fois de ses sujets (Grecs libres) et de ceux qu’il aspire à délivrer du joug de l’étranger (non-libres), c’est-à-dire Grecs d’Europe, d’Asie, ou Grecs sujets tunisiens s’il en reste… ». Ilbert (1996 : 68) constate le phénomène en Egypte où le nouvel État grec avait souvent tendance à associer « orthodoxes », « grecs » et « hellènes », alors que le seul vrai point commun de ces populations était le Patriarcat grec-orthodoxe.

53  Sutter (1796-1883), né à Ferrare (Italie), entré dans les ordres en 1816, nommé à Tunis, le 21 mars 1843 (Soumille, 1994 : 197-231).

54  A.N.T Série H. C. 252, D. 692/1. Lettre en date 21 février 1878, de Charles Nyssen, consul de Russie à Tunis, au Chevalier Tulin, Consul général de l’Empire d’Allemagne à Tunis. Le consul Nyssen était au courant des détails de cette transaction, car à l’époque de son accomplissement, le bénéficiaire du terrain le Grec Elia Manidachi, était un protégé russe. De même, cette lettre nous apprend qu’un autre grec, Elias Mussalli, Interprète au Ministère tunisien des affaires étrangères et très proche du Consul français Roustan, qui mena les discussions qui eurent lieu au consulat de Russie et qui aboutirent au rachat de la portion de terrain réclamée par Mgr Sutter pour le compte de l’Église Catholique.

55  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Contrat en date du 19 décembre 1896 entre le Secrétaire du gouvernement tunisien, l’Archevêché de Carthage et le Président de la Colonie hellénique de Tunis.

56  Idem. La somme en question s’élevait à 80 000 francs, elle a été payée par le gouvernement tunisien en quatre termes et ce proportionnellement à l’évolution de l’édification de l’église orthodoxe.

57  Fonds de Nantes, Série Tun., C. 11, D. 9 (Bobine R 382,1.S.H.M.N.). Lettre en date du 7/08/1929, du Résident général de France à Tunis, au ministre des Affaires étrangères à Paris.

58  Idem

59  Ibidem.

60  La dénonciation officielle ne se fera qu’en 1943 ; cependant des pressions indirectes furent exercées sur les ouvriers italiens, de même que le renouvellement des conventions de trois mois en trois mois, rendait plus précaire la situation des Italiens, incitant certains à demander leur naturalisation (Martin, 1993 : 102).

61  Avant 1923, il existait une loi sur la naturalisation (décret du 3 octobre 1910). Comparée au précédent décret, la loi de 1923 était beaucoup moins exigeante en ce qui concernait la connaissance de la langue française et les diplômes puisque le titre universitaire n’était plus de rigueur.

62  À un certain moment, la Grande Bretagne avait même porté cette affaire devant « la cour permanente de justice internationale de La Haye ». Un compromis fut trouvé par la suite entre les deux puissances.

63  Fonds de Nantes, Série Tun., C. 11, D. 9 (Bobine R 382, I.S.H.M.N.). Lettre en date du 7/08/1929, du Résident général de France à Tunis, au ministre des Affaires étrangères à Paris. Le Résident informe le ministre qu’un procès est en cours d’instance devant le tribunal civil de Tunis, en annulation des dernière élections de mai 1928.

64  Idem.

65  Ibidem

66  Fonds de Nantes, Série Tun. C. 8, D. c (R 382,I.S.H.M.N.). Lettre en date du 4 avril 1929, de l’Ambassadeur de Grèce à Paris à André Honorat, Recteur de l’Université de Paris. L’ambassadeur de Grèce à Paris, mis au courant de l’importance de ce patrimoine, composé des loyers des immeubles et des magasins qui sont la propriété de la communauté de Tunis, demande au ministère français des Affaires étrangères la possibilité d’aliéner le produit de quelques-uns pour achever la construction de la maison de Grèce à la Cité Universitaire Internationale de Paris.

67  Fonds de Nantes, Série Tun. C. 8, D. c (R 382,I.S.H.M.N.). Lettre en date du 22 février 1930, du directeur de la Sûreté publique au Directeur général de l’Intérieur. La lettre donne les noms des trois anciens membres du bureau : Dimitri Couyotopoulo, limonadier, au 7 rue de Rome, J. Carmanis, pâtissier, rue de l’Eglise, E. Dzivas, épicier à la rue des Glacières.

68  Idem

69  Fonds de Nantes, Série Tun. C. 8, D. c (R 382,I.S.H.M.N.). Pétition en date du 3 juin 1930, adressée par 29 Grecs au Résident général de France en Tunisie.

70  Idem. Les signataires ont précisé que ce terrain fut acheté en 1890 par des fonds provenant d’une souscription des membres de la communauté, achat fait dans un but exclusifs savoir l’aménagement d’un cimetière.

71  Ibidem.

72  Fonds de Nantes, Série Tun. C. 8, D. c, (R 382, I.S.H.M.N.). Lettre-réponse en date du 21 août 1930, adressée par le Résident général à M. A. Saganakis, interprète et expert près du Tribunal de Tunis, qui semble être le porte-parole des pétitionnaires.

73  Fonds de Nantes, Série Tun. C. 8, D.2 (R 382, I.S.H.M.N.). Télégramme en date du 16 juillet 1931, du ministre français des Affaires étrangères au Résidenr général. Dans ce message, il le met au courant que l’Ambassadeur de Grèce à Paris l’a informé que le Patriarche d’Alexandrie arriverait à Sfax, venant de Tripolitaine, vers le 25 juillet 1931 et se rendrait ensuite à Tunis où il recevrait les délégués des communautés grecques d’Algérie et du Maroc.

74  Fonds de Nantes, Série Tun. C. 8, D. 2, (R 382,I.S.H.M.N.). Rapport en date du 29 juillet 1931, adressé par le Résident général au ministre de Affaires étrangères. Outre la description des cérémonies du Patriarche, le Résident informe qu’il a reçu la visite du Patriarche le 27 juillet et que ce dernier était accompagné du Consul de Grèce et de l’Archimandrite Rosemaris.

75  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Rapport du Directeur général de l’Intérieur sur le voyage du Patriarche, adressé au Résident général. Les mêmes informations se trouvent au Fonds de Nantes, Série Tun. C. 8, D.2, (R 382,I.S.H.M.N.). Lettre en date du 7 août 1931, du Directeur général de l’Intérieur au Résident général.

76  Idem

77  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Nomination de l’Archimandrite Anthimos (texte paru en langue grecque le 4 août 1931 et en langue française le 11 août 1931). Dans ce texte le Patriarche donne mandat de « faire tout ce qui est nécessaire pour ramener la paix au sein de la communauté ».

78  Le Patriarche fait allusion ici au fait que la communauté de Tunis a cherché à se faire légitimer en 1888 par le roi de Grèce, et non par le Patriarcat d’Alexandrie, comme ce fut le cas depuis le XVIIe siècle.

79  Fonds de Nantes, Série Tun. C. 21, D. 2, (R 382, in I.S.H.M.N.). Lettre en date du 6 août 1931, du Patriarche d’Alexandrie et de toute l’Afrique Melitios II au Résident général de France en Tunisie.

80  Idem.

81  Ibidem.

82  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Noteen date du 7 octobre 1931, du Secrétariat général du gouvernement tunisien. Voir également Kharalambis, 1926 ; Dessort (C.-H-Roger) : 155. L’auteur rapporte que, selon la tradition véhiculée par les Grecs de Tunis, « L’église fut placée dans le giron du Patriarcat Œcuménique d’Alexandrie d’Egypte dont le dernier représentant, dit-on, quitta Tunis en 1853 ».

83  L’arrêté en question a été promulgué le 20 février, sa publication officielle au J.O.T. date 27 février 1932.

84  J.O.T. du 27 février 1932. Arrêté Au Premier ministre du 20 février 1932. La commission de 7 membres est composée de : Charissiadis (Théodore), Couvopoulos (Constantin), Couyotoupoulos (Lycurgue), Pachis (Dr Evangelos), Rosmaris (Archimandrite Anthimos), Siganaki (Alfred), Tso-nides (Paul).

85  Fonds de Nantes, Série Tun. C. 21, D. 2 (R 382, I.S.H.M.N.). Télégramme en date du 25 février 1932 du M.A.E. au Résident général. Il l’informe de la décision prise par le synode de l’Église grecque : le titulaire de cet évêché sera Mgr Catsarakis, qui résidera alternativement à Tunis et à Casablanca. Voir également, Fonds de Nantes, Série Tun. C. 21, D. 2 (R 382, in I.S.H.M.N.). Lettre d’introduction en date du 29 février 1932, de la part de la légation de la République française en Egypte, au Résident général de France en Tunisie.

86  Fonds de Nanres, Série Tun. C. 21, D. 2 (R 382,I.S.H.M.N.). Lettre en date du 7 mars 1932 du Patriarche d’Alexandrie au Résident général Mancéron. Il l’informe que Mgr Constantin Catsarakis, « délégué par notre Église pour l’administration de ses fidèles en Tunisie, Algérie et Maroc », aura sa résidence à Tunis.

87  Fonds de Nantes, Série Tun. C. 21, D. 2, (R 382,I.S.H.M.N.). Note en date du 25 avril 1932 du Directeur général de l’Intérieur, au Résident général.

88  Fonds de Nantes, Série Tun. C. 21, D. 2 (R 382, I.S.H.M.N.). Rapport en date du 7 avril 1932 du contrôleur civil de Sfax, au Résident général. Le rapport décrit les différentes activités du Métropolite qui a séjourné à Sfax du 1er au 6 avril.

89  Dépêche Tunisienne, 9 avril 1932. Elle donne une brève information sur la rencontre qui a eu lieu le la veille, 8 avril.

90  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Procès verbalen date du 31 mai 1932, de l’Assemblée générale des membres de la communauté orthodoxe de Tunis, qui a eu lieu le 29 mai 1932.

91  Fonds de Nantes, Série Tun. C. 21, D. 2 (R 382,I.S.H.M.N.). Rapport en date du 6 juin 1932, du Directeur général de l’Intérieur, au Résident général.

92  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Lettre en date du 27 mai 1932, de Th. Carciadis, membre du Bureau provisoire de la communauté grecque, au Directeur général de l’Intérieur

93  A.N.T, Série E, C. 503, D. 5, Profession de Foi, datée de 1932 et qui retrace sommairement l’historique de la communauté grecque de Tunisie. Le texte n’est pas signé, il est probable qu’il fut rédigé par un fonctionnaire du Secrétariat général du gouvernement tunisien. À ptopos de la nationalité égyptienne des patriarches orthodoxes, voir également Ilbert (1996 : 613), « dès 1926, date de la loi sur la nationalité égyptienne, mais aussi de la mort de Mgr Photios II (1899-1926), le gouvernement égyptien tint à rappeler les règles fondamentales de la communauté. Le patriarche devait être ou devenir Égyptien, il devait être investi par le gouvernement local… C’est ainsi que Meltios II (1926-1935) dut renoncer à la nationalité grecque… »

94  Idem

95  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Procès verbal en date du 31 mai 1932. Le procès évoque deux objections qui ont été faites au cours de cette assemblée : La première, de Djivas Eustache, au sujet de la légalité de l’Assemblée générale (après refus de l’objection, il se retira). Quant à Théodore Cariciadis, il se retira sans aucun motif.

96  Fonds de Nantes, Série Tun. C. 21, D. 2 (R 382,I.S.H.M.N.), Note du Directeur général de l’Intérieur en date du 9 juin 1932. Ce responsable écrit que les statuts vont être étudiés, mais qu’ils ne seront approuvés que moyennant certaines satisfactions et garanties à obtenir du patriarche d’Alexandrie. Quant à la visite au bey, Mgr Katzarakis n’a pas à la faire actuellement puisque la question de sa reconnaissance officielle n’est pas résolue.

97  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Lettre de démission en date du 27 août 1932 des quatre membres adressée au Directeur général de l’Intérieur. Il s’agit de Caciadis Théodore, Couvopolo Constantin, Pachis Evangelos et Siganaki Alfred.

98  Nous avons pu nous assurer de ce fait en regardant la nationalité de chacun des signataires, qui a été mentionnée dans la pétition signalée plus haut et qui a été remise au Résident général le 3 juin 1930.

99  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Lettre de démission en date du 27 août 1932. Ils déclarent : « Nous n’avons pas réussi à persuader nos ministres du culte d’abandonner leurs prétentions injustifiées au sujet de l’avenir de notre communauté. Ils cherchent à nous imposer des statuts moyenâgeux, inadmissibles à notre époque ».

100  Idem.

101  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Note rédigée au mois de décembre 1932 par Charles Saumagne, à l’époque Contrôleur général des Affaires indigènes auprès du Secrétaire général du gouvernement.

102 ./. O. T. du 28 décembre 1932. Cet arrêté a été promulgué alors que l’archevêque Catzarakis était en déplacement en Egypte. Il était parti le 3 décembre pour participer aux travaux du Saint Synode.

103  Idem. La présidence du comité a été confiée à son doyen. Le comité a été chargé de la poursuite de l’élaboration des statuts et la gestion du comité qui prit fin le 1er mars 1933.

104  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Aide Mémoire en date du 2 décembre 1932, envoyé à l’archevêque (orthodoxe) de Carthage par le Directeur général de l’Intérieur.

105  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Lettre en date du 23 septembre 1938, de Jean Manzuni à Charles Saumagne, Directeur de l’Administration générale et communale.

106  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Lettre en date du 7 février 1939. De Georges Lalakis, qui se présente comme Français d’origine grecque, à Charles Saumagne.

107  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Rapport d’activité de la communauté grecque en date du 19 avril 1939. La réouverture a été solennellement célébrée le 6 mars 1938. À côté du nouveau desservant de l’église Mgr Dimitrios Langouvardos, ont assisté Georges Koumoussis, de l’église de Sfax et Mgr l’archiprêtre Constantin Michalowski, de l’église russe de Tunis.

108  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Rapport d’activité de la communauté grecque de Tunis, en date du 23 avril 1938, brochure de 16 pages. À propos du nouveau desservant le Président écrit : « l’Archimandrite Lancouvardos, qui arrive de Casablanca, n’est pas un inconnu, il a desservi la communauté de Sfax durant 18 années consécutives, il y a laissé le meilleur souvenir ».

109  Idem.

110  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Lettre en date du 23 septembre 1937, du directeur de l’Administration générale et communale au Secrétaire général du gouvernement tunisien.

111  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Lettre en date du 18 avril 1939, du Président de la communauté, au Directeur de l’Administration générale et communale. Il lui demande clairement « s’il doit convoquer cette assemblée ou surseoir en attendant que les absents mobilisés puissent prendre part aux élections ».

112  C’est le cas des Grecs de Sfax qui, dès le 25 mars 1955, déposèrent de nouveaux statuts au gouvernement Ben Ammar, qui l’autorisa par un arrêté en date du 18 juillet 1955. Cette association a été actualisée par Jean Arfaras, dernier président de la communauté, au cours de la dernière assemblée qui a eu lieu à Sfax le 17 novembre 1985. (C’est M. Arfaras qui nous a remis une copie des statuts).

113  Le meilleur exemple est l’actrice de cinéma Hélène Katzaras, née dans la communauté grecque de Djerba et mariée à un Tunisien musulman.

114  Seule l’église Saint Georges, sise au 5 rue de Rome à Tunis, demeure ouverte au public.

115  Jusqu’à la fin de 1996, c’est Jean Arfaras qui s’occupait de l’église « Les trois Hiérarques » construite vers 1892 et située au centre du quartier européen de la ville de Sfax. Au début de l’année 1998, j’ai appris par l’ambassade de Grèce à Tunis que Mr Arfaras est rentré définitivement en Grèce. Le 31 octobre 1996, j’ai enregistré avec lui un entretien, conservé à l’Unité d’Histoire Orale de l’Institut Supérieur d’Histoire du Mouvement National. Mr Arfaras est né en 1920, il a passé toute sa vie à Sfax, il garde jalousement une photo de groupe de la visite du Patriarche d’Alexandrie à Sfax au mois de juillet 1931. Dans cet entretien, il avait affirmé que, malgré la mort de sa femme et le retour de son fils à Athènes, il pense continuer à vivre à Sfax !

116  L’église grecque de l’Ile des « lotophages » est située en face du porr de Houmt-Souk, elle se trouve aujourd’hui dans le jardin de la villa d’une femme tunisienne qui s’appelle M’barka Bent Nacer Ben Aoun, elle est la veuve de Christos Mavrothalassitis, l’un des derniers Grecs de Djerba, mais qui avait la nationalité française. Cette femme fait de temps à autre des travaux d’enrretien pour sauvegarder une église qui n’a plus de fidèles.

117  Je cite le cas de mon ami et collègue Jacques Alexandroupolos, petit fils d’Alexandre Alexan-droupoulos qui fut coopté en décembre 1932 comme membre de la commission de conciliation ; il est actuellement professeur d’histoire à l’Université de Toulouse le Mirail. Il participe souvent aux fouilles archéologiques en Tunisie et ne rate aucune occasion pour développer les échanges entre son université toulousaine et ses collègues des universités tunisiennes. À ce titre il a été l’organisateur, conjointement avec son collègue Patrick Cabanel, du colloque international de Toulouse (14-17 janvier 1997), La Mosaïque Tunisie, diasporas, cosmopolitisme, archéologies de l’identité.

 

Pour citer cet article

Référence électronique

Habib Kazdaghli, « Communautés méditerranéennes de Tunisie. Les Grecs de Tunisie : du Millet-i-rum à l’assimilation française (XVIIe-XXesiècles) », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée [En ligne], 95-98 | avril 2002, mis en ligne le 12 mai 2009, consulté le 15 avril 2013. URL : http://remmm.revues.org/243

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Auteur

Habib Kazdaghli

Université de Tunis-Manouba.

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Façade de l’église orthodoxe Saint-Georges

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Communautés méditerranéennes de Tunisie. Les Grecs de Tunisie

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95-98 | avril 2002
Débats intellectuels au Moyen-Orient dans l’entre-deux-guerres

I. Études libres

Communautés méditerranéennes de Tunisie.

Les Grecs de Tunisie : du Millet-i-rum à l’assimilation française (XVIIe-XXe siècles)1

Habib Kazdaghli

p. 449-476

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pour une meilleure lecture, vous pouvez télécharger les Notes pour Communautés méditerranéennes de Tunisie Grecs de Tunisie

Plan

  • Aux origines de la présence des Grecs en Tunisie : des membres du Millet i-Rum (XVIIe-XIXe siècles)
  • De membres du Millet i-Rum à celui de protégés des Consuls européens (1830-1880)
  • Les Grecs sous la protection du Consulat Hellénique à Tunis : comment avoir sa part du gâteau (1880-1898) ?
  • Une communauté loin des regards : de 1898 à 1923
  • Les années charnières de la communauté grecque de Tunisie (1923-1933)
  • Le voyage du Patriarche d’Alexandrie Meltios II en Tunisie
  • Prolongement du voyage du Patriarche d’Alexandrie : la nomination d’un évêque orthodoxe pour l’Afrique du Nord
  • La contre-offensive des Grecs « francisés » pour la reprise en main de la direction de la communauté
  • La perte d’identité et la francisation progressive de la communauté (1933-1960)

 

Texte intégral

Au numéro 5 de la rue de Rome à Tunis, se dresse toujours une église de style byzantin qui rappelle l’existence d’une communauté grecque, qui a presque entièrement disparu aujourd’hui. Ce fut et reste un lieu de culte, bien entretenu et dirigé par un évêque grec-orthodoxe, originaire d’Egypte. Ce dernier reçoit chaleureusement ses visiteurs, il se présente sous son nom grec Irénos et se plaît à le traduire en arabe avec un accent égyptien sous le vocable d’Abou-Salama. Il évoque son affiliation à l’Eglise grecque-orthodoxe d’Alexandrie et d’Afrique et fait remarquer, qu’à ce titre, il s’occupe en même temps des fidèles de cette Église depuis Dar es-Salâm, au Kenya, jusqu’à Casablanca au Maroc. Il réserve à chacune de ces petites communautés quelques semaines par an. Il a été nommé à Tunis par le patriarche d’Alexandrie. Lorsqu’il est à Tunis, il préside la messe tous les dimanches et reçoit quotidiennement les visiteurs et curieux, qui imaginent mal aujourd’hui que les Grecs aient eu en Tunisie une présence aussi longue.

Au début de la visite, il se plaît à montrer une plaque en marbre encastrée dans le mur de l’immeuble qui se dresse sur le côté gauche du jardin ; elle porte une inscription en grec qui rappelle que la première église Saint-Georges fut construite par les Grecs de Tunis en 18472 avant de préciser que l’installation du premier noyau grec dans la Régence remonte au XVIIe siècle, lequel groupe a été reconnu par le Patriarche d’Alexandrie en 1645. Au côté droit du jardin s’élève un monument, beaucoup plus récent, sur lequel est gravée une liste des Grecs de Tunisie morts pour la libération de la France au cours de la seconde guerre mondiale3. Ces deux symboles de la mémoire résument bien tout l’itinéraire et le destin de cette communauté méditerranéenne et illustrent les mutations identitaires subies par les Grecs tout au long de leur présence en Tunisie.

Aux origines de la présence des Grecs en Tunisie : des membres du Millet i-Rum (XVIIe-XIXe siècles)

Les migrations grecques de l’époque moderne sont la conséquence de la conquête ottomane au XVe siècle et de sa poursuite pendant les deux siècles suivants avec l’occupation de Chypre en 1571 et de la Crète en 1669. À la domination étrangère, vont s’ajouter les facteurs économiques et démographiques ayant provoqué un déséquilibre entre les ressources naturelles et les effectifs humains dans les îles de la Mer d’Egée, ainsi que dans la Grèce actuelle.

Les pays d’accueil des Grecs furent surtout européens tels les États italiens, l’Autriche-Hongrie mais aussi la Russie, la Pologne, l’Allemagne. Les autres Grecs, ceux qui étaient restés aussi bien dans les Balkans que dans les provinces musulmanes de l’Empire ottoman, l’Egypte, la Tripolitaine et la Régence de Tunis, feront partie du millet grec-orthodoxe. En effet, le terme millet, au départ, désignait une confession, une communauté religieuse y compris lorsqu’il s’agissait de musulmans. Au temps de l’Empire ottoman, ce mot a connu une évolution sémantique pour devenir un terme technique et a fini par désigner « les groupes religieux antérieurement autonomes au sein de l’Empire tel que les Juifs, les Arméniens, les Grecs-orthodoxes ou Millet i-Rum » (Troupeau, 1990 : VII, 61). Accepté en tant que tel par le pouvoir central, ce terme va donner droit à la protection et à un même traitement, aux membres du Millet à travers tout l’Empire.

Le statut de membre du Millet, ainsi défini, apparaît supérieur à celui qu’accordaient les capitulations, précisant les privilèges des chrétiens établis dans les provinces de l’Empire, considérés comme « étrangers » (Soumille, 1988 : 229-239). En effet, parmi les non-musulmans qui restèrent au sein de l’Empire ottoman, la situation des grecs-orthodoxes ne fut pas difficile à supporter car ils avaient bénéficié de la qualité de second peuple de l’Empire et surtout d’une certaine autonomie au niveau de la gestion de la communauté (Kitsikis, 1985 : VIII, 1002). D’après un document émanant de l’Église grecque-orthodoxe d’Alexandrie : « C’est le Patriarche Ionnikios qui avait décidé en 1645 d’en-voyer un Pope à Tunis et que les Grecs de cette ville devaient lui payer, à cette époque, trois cents piastres par an »4. Ainsi, il semble que la petite communauté grecque-orthodoxe de Tunis avait été dirigée par un pope dépendant du patriarche d’Alexandrie, ce dernier étant lui-même placé sous l’autorité du Grand Patriarche d’Istanbul (Constantinople). Conformément aux dispositions des firman-s de la Sublime Porte, tout chrétien orthodoxe fut assimilé, par la volonté du sultan, au millet grec-orthodoxe, dont le chef, le Patriarche grec-orthodoxe, se trouvait à côté de ce dernier, à Istanbul5. Le sultan reconnaissait au Patriarche certains privilèges administratifs sur ses fidèles, même lorsqu’ils étaient dans les « provinces » de l’Empire.

Les quelques centaines de Grecs de la Régence de Tunis, établis depuis le XVIIe siècle, semblent avoir connu une situation privilégiée. En effet, les migrations grecques, à cette époque, étaient surtout le fait de familles aisées venues de Thessalie, de Macédoine, de Crète, de Chypre et d’autres petites îles de la mer d’Egée. Tous ces territoires faisaient partie intégrante de l’Empire ottoman. Ces Grecs s’adonnaient surtout au négoce entre Tunis et les divers ports de la Méditerranée orientale. Plus tard, d’autres occuperont des rôles dans l’ad-ministration et dans l’armée beylicale. De par leur rôle économique et leur statut ethno-confessionnel, ils avaient des rapports privilégiés avec les gouverneurs de la Régence. C’est ainsi qu’ils avaient pu exercer, sans difficulté, leur culte en tant que sujet (raîyd) du Sultan.

Cette communauté, dont le nombre n’a jamais dépassé quelques centaines de personnes, était bien visible au début du XVIIe siècle. Boyer de Saint Gervais, consul de France à Tunis de 1729 à 1734, notait déjà dans ses mémoires que : « Les Grecs ont une église où le service se fait tout à la grecque »6. Cette première église se trouvait dans le quartier franc, dans la partie basse de la ville de Tunis. D’après une tradition transmise par les Grecs de Tunis, elle aurait été placée sous le vocable de Saint-Georges et se trouvait rue de la Verrerie ; elle ne fut désaffectée qu’en 1901 (Kharalambis, 1926 : 153). En plus de ce lieu de culte, il semble que les Grecs aient reçu d’un des beys de Tunis la cessation, en toute propriété, d’un vaste terrain situé à l’extérieur des murailles de la ville pour servir de cimetière7. Sur ce terrain, ils devaient édifier une petite chapelle portant le nom Saint-Antoine8. L’existence d’un lieu de culte grec intra muros et d’un cimetière extra muros sont confirmées par le voyageur genevois Henry Dunant (1975 : 233)9, qui visita la Tunisie en 1856, juste une année après la mort d’Ahmed Bey. En effet, le règne de ce bey (1837-1855), fut marqué par plusieurs initiatives qui furent interprétées par les observateurs européens de l’époque comme le produit d’un esprit animé par une « grande tolérance »10. À cela, il faut ajouter les arguments avancés par Ibn Abi Dhiaf, témoin de l’époque et qui faisait partie de l’entourage du bey. En effet, cet auteur averti, avait vu dans cette politique en faveur des chrétiens l’expression d’un pragmatisme qui tient compte avant tout des intérêts économiques de la régence (Ibn Abi Dhyaf, éd. 1988 : IV, 89)11. En même temps, il faut ajouter que de pareilles mesures prises en faveur des chrétiens installés à Tunis, furent souvent le résultat de réclamations répétées de la part des représentants des puissances européennes (Chater, 1984 : 524). Cependant, nous excluons que le geste pris par Ahmed Bey, en faveur des Grecs en 184012, soit le résultat d’une quelconque pression étrangère. Car, pour le cas des Grecs dont le nombre ne dépassait guère, selon les témoins de l’époque, les deux cent cinquante personnes (Dunant, 1975 : 233 ; Ganiage, 1968 : 41)13, il s’agissait beaucoup plus d’un acte en faveur d’un groupe confessionnel endogène et non étranger. Mais il semble que ce geste était venu dans une conjoncture où les Grecs avaient déjà entamé, depuis un moment, le processus de leur détachement du système du Millet ottoman. Désormais, c’est auprès des consuls des puissances occidentales accrédités à Tunis que leurs regards vont s’orienter, pour chercher protection.

De membres du Millet i-Rum à celui de protégés des Consuls européens (1830-1880)

Faisant suite à la défaite de Mohamed Ali d’Egypte dans la Bataille de Navarin14 et à la guerre russo-turque (1828-1829), un Etat grec indépendant va naître, sur une petite partie de la péninsule, ne dépassant pas les limites de la Morée et se réclamant de la nationalité hellénique. Ce nouvel État fut vite placé sous la protection des puissances européennes et particulièrement de l’Angleterre (Traité de Londres 1830) et fut reconnu par la Sublime Porte par le traité de 1832.

Même si la création de cet Etat national hellénique ne concernait qu’une partie exiguë du territoire, ne comprenant qu’une petite fraction de la « nation grecque », cette nouvelle situation, eut des répercussions sur les Grecs de Tunis et des autres provinces ottomanes15. Mais les autorités beylicales, comme nous l’avons signalé plus haut, refusèrent de considérer les Grecs établis dans la Régence comme des ressortissants d’un quelconque Etat indépendant. Durant plus de trois siècles et jusqu’en 1827, les Grecs avaient été groupés en millet ex relevaient d’un cadi ou d’un shaykh. Le dernier qui assuma cette charge fut Theodoras Tsetses (Dessort, 1926 : 153). Même après cette date, les beys continuèrent à refuser d’accorder une représentation consulaire au nouvel Etat.

Au milieu du XIXe siècle, malgré l’arrêt définitif de la course, la cour des beys de Tunis comptait toujours un nombre important de convertis (renégats) et de mamelouks dont ceux d’origine grecque. Certains occupaient des hautes charges dans l’Etat ; les cas les plus connus sont le Premier ministre Mustafa Khaznadar16 qui aida les Grecs de Tunis à acquérir une seconde donation beylicale, comme nous le verrons plus loin et Elias Mussali17 qui avait commencé, son ascension à cette époque, mais sans être pour autant ni mamelouk, ni converti. Mais beaucoup parmi les Grecs de la petite communauté orthodoxe de Tunis avaient déjà la pensée ailleurs.

En effet, ces derniers seront de plus en plus sensibles à la nouvelle conjoncture méditerranéenne. Ils vont essayer de tirer le maximum de profit des interventions des représentants des puissances européennes dans les affaires intérieures de la Régence, pour accéder au statut de protégés d’un des consuls européens établis à Tunis. La quête de la protection européenne commence à être signalée dès 1829. Au cours de cette année, marquée par la proclamation de l’indépendance de la Grèce, les Grecs qui avaient désiré retourner dans leur pays s’adressèrent au consul de France, M. de Lesseps, pour demander son intervention auprès du bey Hassine en vue l’obtention du teskera, ou passeport, leur permettant de quitter le pays. Pour les uns, il s’agissait avant tout de s’affranchir de l’esclavage et de retrouver une liberté perdue18. Pour d’autres, la recherche de la protection des consuls était un moyen pour exiger, en guise de revanche, le châtiment d’un sujet du bey ayant agressé un Grec19. Dans la même requête qui était présentée au bey par le consul de France, ce dernier profitait de l’occasion pour s’exprimer au nom de tous les Européens installés à Tunis et demander « l’établissement définitif dans le quartier franc d’un corps de garde devenu indispensable à la sûreté des Européens, journellement menacés »20. En 1844, le consul de France Lagau, exigea un châtiment exemplaire pour l’assassin du grec Dimitri, protégé français, par un Tunisien. L’assassin fut jugé, condamné à mort et exécuté dans les quarante huit heures (Chater, 1984 : 522)21. Un autre sujet de litige, qui va pousser les Grecs à rechercher la protection des consuls européens, est l’acquittement des dettes22 contractées envers eux par des Tunisiens. Ces litiges nous renseignent sur l’état de richesse de ces Grecs — même si nous restons sur notre faim, à propos des sommes en question —, sur la place réelle occupée par les créanciers grecs dans l’économie de la Régence et sur le type de relations qu’ils entretenaient avec la population autochtone. En effet, les documents consulaires ne retiennent que les contentieux que les consuls s’empressaient23 d’exploiter pour appuyer leurs propres revendications. Mais il faut préciser que les Grecs n’étaient pas toujours des victimes innocentes. Les registres de la préfecture de police de la ville de Tunis la Zaptié24, qui fut créé en 1861, nous renseignent sur des cas d’agressions meurtrières perpétrées sur des sujets du bey, par des Grecs25.

Même si les archives de police nous font apparaître les relations intercommunautaires, entre Grecs et autochtones, le plus souvent sous un prisme conflictuel et chaotique, il est à signaler, en revanche, que les autorités beylicales continuent à accorder aux Grecs une place privilégiée, surtout lorsqu’il s’agit de dispositions relatives à l’exercice du culte. C’est dans ce contexte qu’un terrain26 fut vendu par enzelkla. fin de 1863 par Mohamed-Sadok Bey (1859-1882), opération faite par l’entremise de son ministre Mustafa Khaznadar. Cette nouvelle acquisition par la communauté grecque de Tunis, se fera sous la forme d’une transaction entre le bey et un représentant des Grecs Elia Manidachi, en vue d’agrandir le cimetière et d’ériger une église orthodoxe27. L’opération relative à ce terrain « fut passée au consulat Impérial de Russie à Tunis »28, car le nommé Elia Manidachi, était à l’époque, protégé russe :

« La majorité des Grecs tunisois invoqua la protection consulaire russe à cause de la communauté de religion et aussi de la grande influence exercée sur l’esprit du bey par le consul de Russie Charles Nyssen. Ce dernier exerça les fonctions de consul de Russie pendant 60 années consécutives et mourut à Tunis en 1886 » (Khara-lambis,1926 : 153).

L’objectif de cet acte était de :

« les autoriser (les Grecs) à agrandir leur église ou à élever une construction identique consacrée à l’exercice de leur culte »29.

Mais ce nouveau geste des autorités de la Régence sera la source d’une incompréhension. Par cette dernière cession, le souverain entendait « être agréable » aux yeux des chrétiens de rite grec-orthodoxe, qui continuaient, selon lui, à être des sujets du sultan et non des nationaux hellènes. Cette bonne disposition manifestée à l’égard des Grecs de la Régence semble avoir été interprétée par certains membres de la communauté et par des fonctionnaires du nouvel État hellénique comme des signes encourageants pour relancer la question de l’établissement de relations diplomatiques directes entre Athènes et Tunis.

En effet, c’étaient les Grecs de Tunis qui avaient incité un fonctionnaire du gouvernement d’Athènes à entreprendre de pareilles démarches30. De même, en 1867, la question des décorations, à apporter d’Athènes pour le bey, est évoquée en tant que pression en vue de la récupération par un Grec de Tunis d’une dette évaluée à 15 000 piastres accordée à un sujet tunisien : le fils de Hajj Has-sine Ben Abbâs31. Le créancier grec, Basilio Kostandinis, affirmait vouloir utiliser la somme en question pour se rendre à Athènes et ramener les présents offerts par le Roi de Grèce, Grégoire, au bey de Tunis. En 1868, c’est le consul de l’État grec dans l’île de Chio, Spiridiov Logiatadios, d’où était originaire le Premier ministre tunisien, Mustafa Khaznadar, qui avait pris l’initiative d’écrire à ce dernier pour lui rappeler la nécessité de l’établissement de relations consulaires entre la Régence de Tunis et le Royaume de Grèce. Dans sa lettre, le consul prenait la précaution d’indiquer qu’il avait pris connaissance de « ses sentiments philhellènes grâce aux recommandations d’un des habitants de Chio le nommé ‘ Michel Coutsoudis »32, lequel avait des relations commerciales avec la régence de Tunis. Il lui avait également écrit qu’il avait cru important de rapporter l’information au gouvernement hellénique à Athènes tout en recommandant qu’une décoration devrait être décernée au bey de Tunis et à son Premier ministre, en signe de reconnaissance pour

« les sentiments philhellènes et le bon accueil qu’il a daigné porter aux intérêts des sujets hellènes qui se trouvent ou se rendent à Tunis »33.

Le consul grec ne laisse pas échapper une occasion de déplorer l’inexistence de traité entre le gouvernement de Tunis et celui d’Athènes ni de rappeler le vif désir exprimé, y compris par les parents du ministre qui vivaient toujours dans l’île, pour

« qu’un traité commercial soit signé respectivement… car c’est en vertu de cet (éventuel) traité que les représentants consulaires pourraient être nommés en les villes et les échelles des deux États… »34.

Ces différentes tentatives pour tisser des liens directs entre Athènes et Tunis ne pouvaient connaître un dénouement heureux dans une conjoncture méditerranéenne marquée par la persistance des tensions et des affrontements entre l’ancienne métropole ottomane et le jeune Etat gtec, lui même souvent intégré dans les diverses stratégies occidentales adoptées par les puissances à l’égard de la Sublime Porte. C’est ainsi que la situation des Grecs de Tunisie a continué à osciller entre la recherche de l’installation d’un consulat capable de les protéger et le recours individuel à la protection des consuls d’Angleterre35, de Russie36et parfois de France. L’ouverture d’un consulat de Grèce à Tunis ne se fera que quelques mois avant l’établissement du Protectorat français en Tunisie, en 1881.

Les Grecs sous la protection du Consulat Hellénique à Tunis : comment avoir sa part du gâteau (1880-1898) ?

Le premier document indiquant l’existence d’un « Consulat Royal Hellénique » à Tunis, ne remonte guère au-delà du mois d’août 1880. Les documents que j’ai pu consulter aux archives ne m’ont pas permis de savoir dans quel contexte ce consulat a été autorisé à entrer en action dans la Régence. La lettre accréditant37 le nouveau consul auprès du bey a été envoyée d’Athènes, le 11 juin 1880. Quant au premier document que nous avons pu consulter et qui atteste implicitement, la reconnaissance par le gouvernement tunisien, de cette mission et de son rôle dans la protection des Grecs, date de février 188138. Cependant, d’après Kharalambis Poulos (1926 : 153), le consulat de Grèce fut créé en 1878 et le premier consul fut M. Iscomacos qui devait présider un Tribunal consulaire qui avait fonctionné jusqu’en 1884. Aux archives nationales, plu-sieurs dossiers confirment l’activité débordante entreprise par cette institution durant les mois qui précédèrent l’entrée des troupes françaises en Tunisie. En effet, dès le mois de janvier 1881, le gérant du consulat allait procéder à la nomination de plusieurs agents consulaires dans les principales villes portuaires de la Régence : Bizerte, Sousse, Monastir39. D’un autre côté, le gérant du consulat devait s’activer pour prendre en charge la défense des Grecs de Tunisie40et prendre la relève, même dans les affaires qui avaient précédé la création du consulat, lorsque ces derniers étaient encore des protégés des consuls des puissances européennes41.

L’établissement du Protectorat français en Tunisie durant l’été 1881 ne semble pas avoir dérangé le gérant du consulat qui s’était vite adapté à la nouvelle situation. Ainsi, pour évoquer l’assassinat d’un Grec âgé de 86 ans, commis le 14 juillet 1881 par « les Arabes » insurgés, le consul s’était directement adressé aux nouvelles autorités fraîchement débarquées en Tunisie42. D’un autre côté comme si de rien n’était, il alla poursuivre l’installation d’agents consulaires dans les villes qui n’en avaient pas été pourvues, telles que Gabès43, Mahdia44, où il nomma respectivement Haï Haded, sujet français, Elia Sitbon, sujet italien. Chaque agent consulaire était secondé le plus souvent par deux courtiers tunisiens, pour lesquels il devait recevoir un accord préalable des autorités centrales. Ces dernières s’étaient donné un droit de regard sur les éventuels candidats à ces postes45. Ce contrôle rigoureux, mené par les autorités du Protectorat à l’encontre des représentations consulaires étrangères, laisse présager les nouvelles dispositions qu’elles n’ont pas tardé à prendre, en vue d’organiser la présence des différentes communautés étrangères établies en Tunisie.

C’est ainsi qu’elles promulguèrent, en septembre 1888, un décret sur les associations46. Mais la communauté grecque ne souscrivit d’une manière claire à cette loi, qu’en 1898. D’un autre côté, en 1890, suite à un accord entre les gouvernements grec et français, une décision fut prise pour la suppression47 des différentes représentations consulaires grecques installées, depuis 1880, dans plusieurs villes portuaires de la Régence. Les différents courtiers tunisiens qui y travaillaient furent appelés à arrêter toute collaboration avec ces agences et à se considérer comme soumis au même régime administratif que le reste de leurs concitoyens48.

Cette démarche s’inscrivit dans le cadre de la mise en place du régime du protectorat qui s’était concrétisée par la suppression des juridictions consulaires en vue de doter le pays d’une nouvelle organisation de la justice. En effet, la loi du 18 avril 1883 vint organiser la justice française en Tunisie. Le décret beylical du 5 mai 1883 stipulait que :

« les nationaux des puissances amies dont les tribunaux consulaires seraient supprimés, deviennent justiciables des tribunaux français dans les mêmes conditions que les Français eux-mêmes » (Mahjoubi, 1977 : 176).

Ces différentes dispositions visaient à assurer l’hégémonie de la France dans la gestion de la Régence et à écarter une éventuelle visée italienne sur la Tunisie.

En effet, la question du déséquilibre démographique en faveur de l’élément italien au sein de la population européenne de Tunisie avait constitué un sujet qui avait longtemps préoccupé les autorités françaises. Celles-ci avaient mis presqu’un demi siècle pour faire basculer la situation démographique en leur faveur. Elles utilisèrent, comme nous le verrons plus loin, les autres Européens et leurs descendants, parmi lesquels nous trouvons les Grecs, pour augmenter le nombre des membres de la colonie française. Mais, au départ, il fallait agir prudemment et essayer de régler par étapes la question de la présence italienne en Tunisie. La première phase fut la signature des conventions franco-italiennes de 1896. Une année auparavant, en 1895, le gouvernement français, agissant au nom du bey, avait dénoncé le traité tuniso-italien de 1868. Par ces nouvelles conventions, l’Italie s’était décidée à reconnaître officiellement l’établissement du Protectorat français en Tunisie. En contrepartie la France reconnaissait le principe de l’égalité de traitement dans l’exercice des droits civils entres Français, Tunisiens et Italiens (Davi, oct. 1996 : 8)49.

De leur côté, les Grecs étaient considérés comme des étrangers50, ils étaient justiciables des tribunaux français, et n’avaient pas la jouissance de droits politiques en Tunisie. En vue de pratiquer leur culte grec-orthodoxe, ils étaient autorisés à former une association cultuelle. Avant même la promulgation officielle en Tunisie de la Loi sur les associations du 15 septembre 1888, les Grecs, de leur côté, avaient soumis leur association aux lois grecques en obtenant du roi Georges Premier un décret en date 7 septembre 1888 qui les définit ainsi :

« La communauté hellénique (qui est) à Tunis, se compose de tous ceux de même origine, libres hellènes ou non (libres) qui en sont des constituants réguliers »51.

Les autorités du protectorat, qui n’avaient pas manqué de relever des incohérences dans cette définition52, s’étaient contentées, dans une première période, de suivre l’évolution de la situation. Cette attitude « tolérante » s’explique par le nombre peu important des Grecs se trouvant en Tunisie. En effet, le dénombrement des étrangers établis en Tunisie, effectué en 1906, n’a recensé que quelques 733 Grecs dans toute la Régence. Les autorités du Protectorat devaient surtout faire face à l’acuité du problème italien. Ainsi, la communauté grecque évoluera dans le cadre du Protectorat, elle saura même tirer profit de sa situation marginale et loin des regards pour accumuler une certaine richesse immobilière.

Une communauté loin des regards : de 1898 à 1923

Étant donnée la position particulière héritée de son statut de millet ottomane, la communauté grecque de Tunisie apparaissait, au début du Protectorat français, dans une situation de privilégiée. Ce qui n’a pas manqué de créer des manifestations de jalousie de la part de l’autre Église chrétienne rivale, l’évêché catholique de Tunisie. En effet, il faut rappeler que la donation par enzel, octroyée aux Grecs de Tunis en 1863, leur avait permis de mettre la main sur un terrain couvrant 3 089 mètres carrés. Une portion du terrain acheté couvrait la façade principale du cimetière catholique qui existait à l’endroit de l’actuelle cathédrale. L’évêque Sutter53, de la mission catholique, avait fait des démarches auprès du Premier ministre tunisien et avait pu obtenir le rachat de cette portion de terrain qui s’étendait sur 1 362 mètres carrés54.

Cependant, l’Église catholique, forte de la situation qu’elle avait conquise en Tunisie suite à l’établissement du Protectorat français, allait, d’une part, commencer à édifier, en 1890, sa grande cathédrale sur les lieux du cimetière chrétien et sur le terrain racheté auprès des Grecs et, d’autre part, leur intenter un procès en 1895. En effet, l’archevêché de Carthage avait contesté à l’Église grecque le droit de construire sur la rue de Rome des magasins et des logements qui auraient masqué l’une des façades de la cathédrale. À cause d’un vice de forme, la démarche auprès du tribunal n’avait pas pu aboutir55. C’est le « gouvernement tunisien » qui vola au secours de la cathédrale et prit à son compte les griefs portés par l’archevêché à l’encontre des Grecs. Dans ces conditions, la colonie grecque se trouva dans l’obligation de procéder à un arrangement à l’amiable. Elle céda les constructions, objet du litige, au gouvernement tunisien, moyennant une somme qu’elle fut obligée d’utiliser pour l’achèvement de la construction de sa propre église56.

Il est probable que ces pressions, exercées par les autorités du Protectorat, ont contribué à contraindre la communauté grecque à régulariser sa situation juridique en conformité avec la loi du 15 septembre 1888, relative aux associations. En fait, c’est seulement en 1898 que ses responsables se décidèrent à soumettre le texte au roi de Grèce57 qui l’approuva par décret, le 3 février 1898. En même temps, ces statuts furent déposés au parquet et au gouvernement tunisien qui leur donna son autorisation, par arrêté du 30 mai 1898. Dans une lettre de mise au point, le Résident général fit remarquer trente ans plus tard que :

« même s’il n’y a pas eu exactitude entre les textes français et les textes grecs, les autorités ont laissé faire vu le nombre limité de la colonie et vu qu’elle n’était effectivement constituée que par des sujets hellènes »58.

La constitution de l’association de la communauté grecque orthodoxe de Tunis a consacré une évolution du statut de ses membres qui se sont érigés, désormais, en groupement cultuel ayant pour mission de gérer des biens liés à la pratique du culte : église, école, aides aux démunis… Cette association est régie par le droit laïc puisqu’elle est dirigée par un bureau élu tous les trois ans. Cependant, ce groupe humain, constitué à son origine sur des bases confessionnelles, va connaître, au fil des années, une certaine évolution. En effet, pendant longtemps, l’identification s’est surtout basée sur une certaine affiliation, plus ou moins réelle, aux patriarches d’Alexandrie et de Constantinople. Ces derniers avaient eux-mêmes accepté, durant des siècles, de faire allégeance aux sultans ottomans. Cependant, le mouvement hellénique et l’indépendance progressive de la Grèce, à partir de 1830, n’ont pas manqué d’avoir leurs répercussions sur l’état d’esprit de la communauté grecque de Tunisie et d’ailleurs, comme nous l’avons vu plus haut. Ainsi, l’identité de cette dernière va évoluer de la base ethno-confessionnelle pour faire intégrer la dimension nationale. Les liens privilégiés qu’elle avait tissés avec le consulat de Grèce, depuis son installation à Tunis, ont été souvent avancés par les autorités françaises de Tunisie, comme une preuve « des tendances irrédentistes »59 au sein de cette communauté.

30Ces différentes mutations ne pouvaient échapper à des autorités pleinement conscientes des dangers d’un cosmopolitisme non contrôlé, surtout au cas il serait mis à profit par une autre puissance européenne, qui chercherait à rivaliser avec la France en Tunisie. Certes, au lendemain de la première guerre mondiale, c’est « du péril italien » et de « l’agitation indigène » qu’il a été souvent question, mais la surveillance a dû concerner tout le monde. En effet, même si ce fut moins spectaculaire qu’en Italie, la Grèce connut au lendemain de la guerre des évolutions politiques successives dont il importerait de voir les prolongements en Tunisie. Cependant, l’événement majeur auquel il faut prêter attention, fut la naturalisation française au sein de la communauté grecque de Tunisie, à la suite des décrets de décembre 1923 qui l’encourageaient.

Les années charnières de la communauté grecque de Tunisie (1923-1933)

  • 60  La dénonciation officielle ne se fera qu’en 1943 ; cependant des pressions indirectes furent exerc (…)

31Au lendemain de la Première Guerre mondiale, le problème relatif au déséquilibre engendré par la faiblesse en nombre de la colonie française par rapport à celle des Italiens était loin d’être résolu. Le recensement de 1921 n’avait fait que confirmer les appréhensions antérieures des autorités. Le nombre des Italiens était de 84799 alors que celui des Français était de 54476, les Maltais 12 520 et les autres étrangers 12 520. L’appel lancé aux métropolitains pour venir s’installer en Tunisie n’avait pas eu de résultats tangibles, malgré les privilèges et les encouragements qui furent prodigués. En effet, ils pouvaient aspirer à profiter d’avantages et faveurs auxquels les autres Européens ne pouvaient accéder (Kraïem, 1976 : 80). Face à cette situation, deux solutions furent envisagées : d’une part, la dénonciation progressive et de fait60, par la France, des conventions signées avec l’Italie en 1896. L’objectif était de rendre précaire la situation des Italiens de Tunisie et les inciter indirectement à se naturaliser. D’autre part, une loi sur la naturalisation, promulguée le 20 décembre 1923, était destinée à assurer la prépondérance de la colonie française dans la Régence et à contrecarrer la supériorité numérique des ressortissants italiens qui pourrait servir de prétexte pour la concrétisation des convoitises italiennes en Tunisie, depuis l’avènement de Mussolini au pouvoir en 1922 (Mahjoubi, 1982 : 346).

Certes, la nouvelle loi facilitait l’octroi de la nationalité française aux Tunisiens61, mais, surtout, elle la rendait automatique pour toute personne non Tunisienne née en Tunisie de parents qui y étaient eux-mêmes nés. Ainsi, la colonie française va s’ouvrir aux autres étrangers établis en Tunisie, tels que les Maltais, les Grecs et autres Européens, alors que les Italiens vont continuer à être régis officiellement par les conventions de 1896. À vrai dire, les nouvelles dispositions avaient pour but, avant tout, d’accroître, dans l’immédiat, le nombre des Français, par les membres des communautés « intermédiaires » qui pouvaient intégrer la communauté française sans apporter avec eux une charge identitaire marquée, comme c’était le cas des autochtones ou des Italiens.

C’est ainsi que la nouvelle législation a intégré dans la nationalité française la majorité des Maltais, malgré les réserves exprimées par la Grande Bretagne62dont relevait cette colonie. Également, plusieurs dizaines de familles grecques accédèrent automatiquement à la nationalité française. Cette nouvelle donne créa une situation inédite au sein de la communauté qui va entrer irrémédiablement dans une crise d’identité de laquelle elle ne se remettra jamais, malgré les multiples tentatives de réconciliation et de compromis.

Les premiers signes de difficulté vont commencer à apparaître en 1928. En effet, suite aux nombreuses naturalisations consenties par les Grecs,

« les nouveaux éléments (naturalisés) qui constituent désormais la communauté ne peuvent plus s’accommoder aux anciens statuts »63.

D’après le Résident général, la principale raison qui explique ces difficultés, est que l’association cultuelle est devenue, depuis 1918, multinationale puisqu’elle comprend : 32 citoyens hellènes contre 24 français, 2 gréco-albanais et 2 gréco-ottomans64. Toujours d’après le même rapport, les Grecs de Tunis

« ne demeurent unis qu’autour de l’autel orthodoxe et autour du patrimoine foncier dont l’association a hérité »65.

36En effet, l’importance de ce patrimoine va même éveiller des appétits extérieurs qui veulent le rentabiliser dans des œuvres culturelles66. À l’intérieur, la gestion des profits de cette richesse immobilière a été un facteur supplémentaire des tensions qui sont apparues entre les membres de la communauté grecque. La ligne de démarcation, réelle ou fictive, entre les deux groupes, a été la question de la naturalisation.

Après une contestation interne, déclenchée, semble-t-il, suite à l’élection d’un nouveau bureau de l’association au mois de mai 1928, un conflit est apparu au grand jour entre les membres de la communauté. Le dimanche 16 février, à la sortie de la messe, des incidents eurent lieu devant l’église de la rue de Rome, entre les membres du nouveau bureau élu au mois de mai 1928 et trois anciens membres, qui avaient fait partie de tous les bureaux qui s’étaient succédés de 1910 à 192867. Ces derniers avaient reproché aux membres du bureau leur mauvaise gestion des biens de la communauté68.

Quelques mois plus tard, la contestation connut un nouveau rebondissement. Les opposants avaient présenté un recours à l’administration par le biais d’une pétition signée par 29 Grecs, tous membres de la communauté grecque de Tunis et qui fut adressée au Résident général69. Après avoir rappelé les conditions dans lesquelles s’étaient tenues les élections de mai 1928 et les irrégularités commises

« notamment en prétendant éliminer des élections les membres naturalisés français, qui ne furent admis qu’au dernier moment »,les signataires de la pétition avaient relevé 3 faits majeurs qu’ils reprochaient au bureau directeur de la communauté :

La vente d’un vaste terrain de 9 000 mètres carrés70, faisant partie du cimetière grec situé près du quartier de Jeanne d’Arc, moyennant le prix de 16 F le mètre carré, alors que les propriétaires des terrains voisins, déclinent les offres de vente à 80 F, le mètre carré.

La vente à deux Israélites de deux immeubles, sis rue de la Kasbah et rue de la Verrerie, appartenant à la communauté grecque.

D’avoir surélevé une petite construction sise rue de Rome de deux étages et dans l’immeuble de la rue de Naples, d’un étage, au prix de 900 F le mètre carré, alors que le cours de la construction est au maximum entre 650 et 700 F.

Outre les griefs reprochés au bureau, la pétition constitue un document d’une grande valeur historique. En effet, elle nous livre un échantillon représentatif qui nous donne des informations précises sur la situation professionnelle de chaque signataire. C’est ainsi que nous avons relevé l’existence de 9 commerçants, autant de propriétaires industriels et agricoles et de 4 fonctionnaires71. Le même document nous permet également de faire ressortir les mutations des membres de cette communauté par rapport à la question de la naturalisation. En effet, en cette année 1930, sur les 29 signataires, nous en remarquons quinze qui maintenaient toujours la nationalité grecque, alors que les quatorze autres ont désormais la nationalité française.

En effet, cette tendance est confirmée par le Dénombrement de la population civile européenne et indigène de Tunisie, réalisé au mois de mars 1931, et qui fait ressortir une baisse de la population grecque de Tunisie qui tombe à 463 alors qu’elle était de 646 personnes au dénombrement de 1926 et de 683, au recensement du 16 décembre 1906 qui n’avait concerné à l’époque que la population européenne civile de la Tunisie (Bulletin, 1907 : 169). Cette chute du nombre se remarque dans les trois principaux centres urbains qui regroupent la majorité des Grecs. La ville de Sfax où le nombre des Grecs tombe à 224 contre 343 en 1926. La même baisse se constate également dans la ville de Tunis où le nombre de Grecs tombe à 162 alors qu’il était de 187 en 1926.À Djerba, la baisse est encore plus évidente puisque le nombre est tombé à 6 alors qu’il était de 28 en 1926. Le seul facteur qui explique cette baisse du tiers du nombre de la communauté grecque, au cours d’une période aussi courte, est le mouvement de naturalisation. Ce fait confirme le début d’une certaine fracture au niveau de l’identité collective de cette communauté, dont les membres avaient commencé à se définir par rapport à des intérêts matériels, immédiats et futurs, beaucoup plus qu’à une référence ethnique et confessionnelle.

Ainsi il est important de noter que cette mutation sociale va donner lieu à des changements de comportement et à la cristallisation de positions qui ne tardèrent pas à se manifester au sein du cadre associatif, seul espace de rencontre et d’identification des Grecs de Tunisie. La pétition citée plus haut fut le premier signal de ce changement identitaire qui était en train de se dessiner au sein de cette petite communauté. Mais, malgré la sollicitude manifestée par ce groupe contestataire, l’administration coloniale ne s’empressa pas d’intervenir, considérant que l’affaire était d’ordre privé et qu’il appartenait aux signataires de la pétition de porter plainte, s’ils le jugeaient nécessaire, devant les tribunaux compétents72. En réalité, comme nous l’avons vu plus haut, l’affaire était déjà devant les tribunaux et les autorités auraient pu exiger la tenue de l’assemblée générale de l’association à la date prévue – mai 1931 – lorsque le bureau, élu au mois de mai 1928, arriva au terme de son mandat. En ratant cette occasion, ces dernières avaient laissé la voie libre à une intervention extérieure dans les affaires de la communauté grecque de Tunisie. En effet, ce fut le Patriarche d’Alexandrie Meltios II (1926-1935), qui annonça son arrivée au mois de juillet 1931. L’objectif assigné à cette visite était d’essayer d’aider la communauté grecque de Tunis à dépasser ses dissensions et divisions et, en même temps, de faire tout ce qui était possible en vue de regrouper les fidèles autour du patriarcat grec-orthodoxe. Il semble que l’Etat grec n’ait pas été étranger à cette initiative73.

Le voyage du Patriarche d’Alexandrie Meltios II en Tunisie

Le séjour du Patriarche d’Alexandrie en Tunisie avait commencé par deux messes qui furent célébrées à Sfax le 23 juillet et àTunis le 26 juillet 1931. Le Résident général, les autorités militaires et civiles ainsi que le corps consulaire avaient assisté à la cérémonie de Tunis. Au cours de cette messe,

« le Patriarche a prodigué ses conseils à ses fidèles leur recommandant avant tout, de se montrer respectueux des autorités du Protectorat et dignes de la protection que la France leur accorde. Il s’est borné à les inviter à se montrer fidèles à l’Eglise orthodoxe »

À côté des aspects protocolaires, le Patriarche avait consacré l’essentiel de son séjour à surmonter les divergences apparues entre les Grecs de Tunisie et à obtenir la réorganisation légale de la communauté. C’était dans ce but qu’il avait présidé une assemblée générale, le 31 juillet 1931, à laquelle avaient assisté 33 notables grecs75. Cette réunion avait pour but de

« prier Sa Sainteté le Patriarche de nommer un conseil de 6 Epitropes et Ephores extraordinaires sous la présidence du délégué ecclésiastique de sa sainteté le Patriarche »76.

En effet, quelques jours après et avant son retour en Egypte, le Pape et Patriarche d’Alexandrie et d’Afrique, avait procédé à la nomination de l’Archimandrite Anthimos au poste de Président du Conseil extraordinaire de la communauté, conformément au vote de l’assemblée générale du 31 juillet 193177.

Par ses différentes démarches entreprises à Tunis, surtout au terme de son voyage, le Patriarche d’Alexandrie dévoila ses véritables intentions. Ainsi, il condamna la séparation qui s’était faite en 1888, entre le culte qui était devenu du ressort des popes et la gestion des biens de l’Église, confiée à une association dépendante d’Athènes78. Il considéra que ce mode d’organisation, adopté à partir de 1888

« était contraire à l’histoire de l’Eglise grecque de Tunis comme aux conceptions du patriarcat »79.

Il envisagea tout simplement de revenir à une gestion cléricale de

« l’église Saint-Georges qui fonctionnait depuis trois siècles et qui s’est vue rabaissée au rang d’une association civile, soumise à la législation spéciale du décret de 1888 »80.

En un mot, il demande :

« l’abrogation de l’arrêté du 30 mai 1898 et le retour à un fonctionnement conforme aux règles de notre religion »81.

Ainsi, il apparaît clairement que le véritable objectif du voyage du patriarche d’Alexandrie en Tunisie était de profiter de la crise interne de la communauté pour changer le caractère laïc de sa gestion et la mettre sous son regard direct par la cooptation de son délégué religieux comme président de la communauté.

Cette nouvelle situation va pousser les autorités du Protectorat à essayer de reprendre en main le dossier des Grecs de Tunis et surtout de faire barrage au projet du Patriarche qui vise à voir

« la communauté orthodoxe rangée sous sa dépendance directe »82.

Cependant, le tribunal, qui avait entre ses mains le contentieux relatif à la communauté, va encore compliquer les choses pour ceux qui avaient des préoccupations d’ordre public et laïc. Le tribunal, qui avait été déjà saisi, comme nous l’avons vu plus haut, par les opposants au bureau élu en 1928, crut bon de souscrire, lui aussi, aux solutions trouvées le 31 juillet 1931 en présence du Patriarche. Un jugement sur la requête fut prononcé le 30 septembre 1931. Il demandait la publication d’un arrêté qui officialise les nominations faites lors de l’assemblée de juillet en présence du Patriarche83. L’arrêté en question ne parut que le 20 février 1932 ; il stipulait que la communauté serait gérée provisoirement par une commission de 7 membres. Laquelle commission est chargée de procéder à la réforme du statut dans un délai de 6 mois84. Mais, pour assurer un suivi aux décisions prises lors de son voyage, le Patriarche désigna un représentant qui sera dépêché d’Egypte pour veiller sur ses fidèles en Afrique du Nord.

Prolongement du voyage du Patriarche d’Alexandrie : la nomination d’un évêque orthodoxe pour l’Afrique du Nord

Ce regain d’intérêt du Patriarcat d’Alexandrie pour les Grecs-orthodoxes, allait s’illustrer encore mieux, en février 1932, par la nomination d’un évêque orthodoxe pour la Tunisie, l’Algérie et le Maroc85. L’envoyé du Patriarche entendait à la fois exercer des fonctions spirituelles et veiller à l’administration du conseil de la communauté orthodoxe dont la présidence sera de sa compétence86. Ainsi, le nouveau responsable religieux arriva presque au moment de la publication de l’arrêté légitimant les décisions de l’assemblée de juillet 1931. Lors des premiers contacts de l’Évêque, les responsables du Protectorat lui rappelèrent, d’une manière ferme, que la communauté devait être maintenue dans le cadre de la législation tunisienne et du décret sur les associations du 15 septembre 188887.

Dans un premier temps, l’archevêque entendit mener pleinement son rôle de chef spirituel et temporel. Au cours de la première semaine d’avril, il se rendit à Sfax pour présider une messe solennelle dans l’Église de cette ville88 qui regroupait encore en 1932, malgré la baisse constatée plus haut, la plus forte concentration de Grecs du pays. Quelques jours plus tard, il tint à être reçu par le Résident général en sa qualité de chef spirituel des fidèles Grecs-orthodoxes de l’Afrique du Nord et lui remit « la Croix de Saint-Marc, symbole de l’Eglise grecque-orthodoxe d’Alexandrie »89. D’un autre côté, agissant en tant que Président du conseil d’administration de la communauté, Mgr Constantin Catzarakis convoqua une assemblée générale qui se tint le 29 mai 1932, en présence de 39 membres sur les 52, lesquels avaient été inscrits sur la liste ouverte spécialement, 15 jours avant cette date. La réunion avait pour objet d’approuver les nouveaux statuts qui avaient été préparés par le conseil d’administration, conformément à la mission qu’il avait reçue par l’assemblée générale du 31 juillet 193190. Les nouveaux statuts consacraient le point de vue exprimé par le patriarche lors de sa visite en Tunisie. Nous avons vu plus haut comment ce dernier avait refusé toute séparation entre les responsables du culte et ceux qui s’occupent de la gestion des biens de l’Église. Ainsi, d’après les nouveaux statuts présentés par Catzarakis, c’est l’archevêque qui deviendrait président de la communauté91.

Cette proposition ne pouvait être acceptée par l’administration car elle était en contradiction avec la loi sur les associations qui stipule que ces dernières doivent être gérées par des bureaux élus. D’un autre côté, le cumul des deux responsabilités, mettrait les Grecs de Tunisie sous la tutelle directe du patriarche d’Alexandrie, qui aurait géré la communauté par l’intermédiaire de l’archevêque qu’il avait envoyé en Tunisie. Informés du contenu du nouveau projet, quelques membres alertèrent les autorités, avant même la tenue de l’Assemblée qui devait ratifier les projets, considérant qu’il s’agissait de manœuvres qui tendaient « à mettre notre communauté sous le joug du Patriarcat d’Alexandrie… »92 Ce projet comportait également des risques politiques, car les dignitaires de cette Église et le patriarche lui-même, « étaient des sujets de S. M. Fouad Ier »93. C’est ainsi que certains membres de la communauté, en parfaite complicité avec l’administration du Protectorat, déclenchèrent une contre-offensive afin d’éviter ce qu’ils considèrent « comme ingérence du Patriarcat dans notre communauté »94.

La contre-offensive des Grecs « francisés » pour la reprise en main de la direction de la communauté

Une opposition à l’amendement des statuts s’était manifestée, sans grand succès, au cours de l’assemblée générale du 29 mai 193295. De son côté, l’administration, qui avait été mise au courant du contenu du nouveau projet de statut, allait commencer à mettre des freins pour empêcher sa concrétisation96. Cependant, ce fut vers la fin du mois d’août 1932 que la contestation arriva à s’organiser et à marquer un point ; il est difficile de ne pas y deviner la main des autorités du Protectorat. En effet, le 27 août, quatre membres97 du bureau provisoire, tous naturalisés Français mais d’origine grecque98, donnèrent leur démission. Outre les objections qu’ils firent aux autres membres du bureau,99 par leur coup de force « démocratique », les démissionnaires, mirent cette instance dans « l’impossibilité de convoquer une assemblée régulière »100.

Par cette démission en bloc, un coup sérieux avait été porté aux démarches de la tendance ecclésiastique en vue d’assurer son hégémonie sur la communauté grecque. En effet, le 3 juin 1932, au nom de cette dernière, l’archevêque Catzarakis avait déposé au Contrôle Civil un nouveau projet de statuts. Un mois plus tard, le 10 juillet, un autre groupe important de membres de la communauté, en opposition avec la première tendance, et dirigé par quatre membres du comité provisoire, déposa lui aussi un autre projet de statut101. Ainsi, une occasion en or fut offerte à l’administration pour qu’elle apparaisse dans une position de neutralité. En réalité, elle allait se baser sur la démission des quatre membres à la fin du mois d’août pour publier un nouvel arrêté sur la communauté grecque102. Ce dernier texte considère que la nouvelle situation, née de cette démission, lui impose de pourvoir aux sièges vides par la réorganisation de la commission de gestion qui sera composée des membres suivants : Alexandre Alexandroupoulos, Eustache Djivas et Dimi-tri Coyoutopoulo, Jean Manzouni, Thomas Temmos103. Avant la publication de cet arrêté les autorités avaient pris soin d’avertir Mgr Catzaralds qu’elles « ne pouvaient consentir à ce que, dans les nouveaux statuts, il fût spécifié que l’archevêque ait la présidence effective, ni même la présidence d’honneur104 ».

La commission de conciliation désignée par l’arrêté de décembre 1932 arriva à présenter de nouveaux statuts au mois de mars 1933. Le comité qui fut élu à cette date confirme la prise en main des destinées de la communauté par les éléments « réalistes » qui avaient accepté de se conformer aux dispositions de la loi sur les associations qui sépare la responsabilité du culte et la gestion des biens, cette dernière étant du ressort d’association qui doit se conformer aux lois. Cette évolution consacre définitivement la supériorité numérique des naturalisés français parmi les activistes de la communauté grecque, et une nette évolution progressive de cette dernière vers son assimilation dans la civilisation française.

La perte d’identité et la francisation progressive de la communauté (1933-1960)

À partir de mars 1933, la communauté fut présidée par Jean Manzuni. Ce dernier se présentait en septembre 1938 « comme un natif de Tunisie et d’y avoir vécu depuis sa naissance, d’avoir eu l’honneur de s’engager volontairement dans l’armée française pendant la Grande Guerre, sans aucune obligation militaire, d’accroître la famille française par mes enfants dont l’un est prêt à partir sous les drapeaux de la France comme élève sous-officier et enfin d’être administrateur et directeur commercial depuis 1922 d’une maison de commerce… »105.

Un tel autoportrait en dit long sur l’évolution d’une partie des membres de la communauté grecque et de leur désir d’assimilation dans la nation française, à tel point qu’un des détracteurs de Jean Manzuni l’accusa de ne « connaître aucun mot de grec, ni en parlé ni en écriture »106..

Hormis ces quelques petites oppositions qui surgissaient de temps à autre entre ses membres, la communauté grecque semble avoir retrouvé son calme et sa « liberté pour l’administration de ses biens ». En effet, en raison des dissensions et de la mauvaise gestion qui avaient marqué les années 1928-1931, les revenus de l’association furent placés, depuis la fin de 1931, sous séquestre, jusqu’à la fin de 1937. Dans le rapport d’activité édité en 1938, le président Manzuni, annonce avec fierté « la réouverture définitive de l’église le 6 mars »107. Cette dernière était restée sans desservant depuis le départ, au mois de décembre 1932, de l’archevêque Catzara-kis. C’est l’archimandrite Dimitrios Lancouvardos108 qui fut choisi pour le desservir. Le président annonce également la réparation de la coupole de l’église qui menace ruine, vu qu’elle était restée pendant six années consécutives sans être entretenue109.

Ainsi, à la veille de la seconde guerre, la communauté semble accepter, dans sa majorité, son intégration dans « l’œuvre française en Tunisie ». La référence à la culture grecque-orthodoxe est devenue désormais d’ordre cultuel et c’est le rôle de l’association d’assurer cette fonction tout en refusant toute ingérence extérieure dans son fonctionnement. C’est ainsi qu’après qu’il fut coupé court à toute intervention en provenance du Patriarcat d’Alexandrie, c’est le Consul de Grèce qui se vit rappeler la nouvelle réalité, c’est-à-dire que le plus grand nombre des membres de la communauté était de nationalité française110. Et par souci de garantir l’hégémonie des naturalisés français au sein du bureau directeur de la communauté, le président crut de son devoir de demander l’avis des autorités sur l’opportunité de la convocation d’une assemblée élective prévue pour le 7 mai 1939. Il lui fit remarquer qu’à « cause des événements actuels, certains membres français, qui ont droit au vote, sont mobilisés »111. Ce lien avec la France va se raffermir encore dans la conjoncture de la Seconde Guerre et celle de la Résistance. Ainsi, le sort de la communauté se joua avec celui de l’avenir de la présence française en Tunisie.

Avec l’indépendance de la Tunisie, il était devenu impossible pour la communauté grecque d’assurer la continuité d’une présence qui avait pourtant duré pendant plus de trois siècles. Les Grecs naturalisés Français et travaillant dans la fonction publique étaient les premiers appelés à partir. Les autres, commerçants, industriels et entrepreneurs, tentèrent d’assurer la continuité de leur communauté dans une Tunisie qui se préparait à l’indépendance. Ainsi, dès que l’autonomie interne fut proclamée, ils firent valider les statuts par le gouvernement tunisien112. Cependant, acquis à la culture française, ayant souvent la nationalité française, c’était en France que la majorité des Grecs avaient envoyé leurs enfants poursuivre leurs études supérieures. Ces derniers s’étaient installés en France après leurs études, et c’était ensuite aux parents de les rejoindre. Seule une infime minorité parmi les membres de la communauté était rentrée en Grèce. Enfin quelques cas isolés s’étaient intégrés, par le mariage, avec les musulmans113.

Aujourd’hui, seules les trois églises de Tunis114, de Sfax115 et de Djerba116continuent de rappeler le passé d’une communauté grecque dont les membres avaient entamé leur présence au XVIIe siècle, à Tunis et dans d’autres villes côtières, comme faisant partie du système du Millet ottoman, mais au terme de trois siècles de contact, d’acculturation et de jeux d’influences, la majorité de ses descendants, avait choisi l’assimilation française, tout en gardant une belle place pour la Tunisie dans leurs mémoires et dans leurs activités professionnelles117. Enfin, il est à rappeler aussi, que beaucoup de produits qui sont, aujourd’hui, partie intégrante de l’art culinaire tunisien, ont été introduits par les Grecs : le raisin sec, les olives salées, les poissons salés, les sirops de tamarins et d’orgeat, les halwas, le rahat-loukoum, le mastic (Kharalam-bis, 1926 : 154)…

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Notes

1  Une première ébauche de cette recherche a été présentée au colloque : La Tunisie et ses étrangers, organisé les 1er et 2 novembre 1996, par le Professeur Mounira Chapoutot-Remadi, à la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis. L’actuelle version a été présentée à la 11e conférence de l’American Institute of Maghrib Studies (A.I.M.S) qui s’est tenue à Tunis du 28 au 30 mai 1998.

2  Cette première église se trouvait Rue de la Verrerie, à l’intérieur des murailles de la ville, en plein quartier franc ; elle avait fonctionné jusqu’en 1901.

3  L’inscription est gravée en grec et en français : « In memoriam du bataillon sacré grec 1942-1945, combattant pour la libération de sa patrie, il a participé aux combats de Tunisie : Morts, 3 officiers ; Blessés 7 ; Disparus 2 »

4  Archives Nationales de Tunisie (ANT), Série E, C. 503, D. 5 ; Profession de foi datée de 1932, mais non signée, mais il est certain qu’il s’agit d’un document du Secrétariat général du gouvernement tunisien.

5  Il faut noter que, malgré leurs efforts, les Ottomans n’ont pas pu rester les seuls héritiers de Byzance. En effet, certains fidèles vont se diriger vers la Russie, puissance orthodoxe montante, à partir du XVe siècle. Cette dernière va prendre le flambeau de l’orthodoxie et adopter l’aigle bicéphale, symbole de l’hellénisme.

6  De Saint Gervais note qu’à la même époque, la situation meilleure des grecs, par rapport à celle des catholiques. Ces derniers, écrit-il, quoique tolérés : « sont logés dans une maison obscure, qui ressemble à une vraie prison, dont ils payent, cependant, un loyer assez considérable ».

7  Idem. L’auteur affirme l’existence d’un titre déposé aux archives du consulat de Grèce à Tunis où il est indiqué que le nommé Raftopoulos, hellène orthodoxe, originaire du Péloponnèse, obtint, ce terrain, du bey régnant (sic), en reconnaissance des services rendus.

8  Ibidem. Notre auteur remarque que cette église « était coquette, de style byzantin avec coupoles, et dont la décoration intérieure était fort originale ». Au moment de la construction de l’actuelle Eglise en 1898, cette petite chapelle a été complètement démolie et remplacée par un immeuble. C’est sur le mur de ce dernier qu’on trouve raccroché, aujourd’hui, la plaque en marbre portant l’inscription : « Eglise Saint-Georges » en mémoire du lieu de culte qui existait à la rue de la Verrerie et qui fut désaffecté, en 1901, avec l’inauguration de la nouvelle église, de la rue de Rome.

9  L’auteur mentionne que « Les Grecs-orthodoxes possèdent une chapelle dans Tunis, avec deux popes ».

10  Idem.

11  L’auteur signale l’autorisation accordée par Ahmed Bey le 10 janvier 1845 aux catholiques de Tunis pour l’extension de leur église et précise que ce geste s’explique par le désir d’approfondir les bonnes relations qui existaient entre les négociants européens et l’Etat tunisien.

12  Malheureusement cette mesure en faveur des Grecs n’a été signalée que par des sources ultérieures.

13  Ganiage signale le même chiffre sans citer de sources. D’autres part il mentionne que d’après la mission catholique de Tunisie, le chiffre des européens était estimé à 12 000. Les plus nombreux étaient les Maltais avec 7 000 âmes, les Italiens avec environ 4 000 et les Français de 50 à 60 familles.

14  Port de Grèce dans le Péloponnèse, sur la mer Ionienne. La bataille de Navarin a eu lieu le 27 octobre 1827 et s’est achevée par la défaite de la flotte turco-égyptienne par une escadre anglo-franco-russe au cours d’une guerre qui a marqué le début du processus de l’indépendance de la Grèce.

15  R. Ilbert signale (1996 : I, 70) que les Grecs d’Egypte, originaires des régions libérées de la domination ottomane, s’étaient considérés comme hellènes et que « le gouvernement d’Athènes entendait bien élargir ses prétentions à l’ensemble de la population de race grecque ». Au cours des années 1830, le nouvel État grec était représenté en Egypte par Michel Tossiza, un consul très actif et ami personnel de Mohamed Ali.

16  Khaznadar (Mustafa), mamelouk tunisien, d’origine grecque et natif de l’île grecque de Chio vers 1817, mort à Tunis en 1878. Esclave de Hussein Bey (1824-1835). Beau-frère et favoti de Ahmed Bey qui l’éleva aux fonctions de trésorier (khaznadâr), il devait se maintenit pendant plus de trente six ans à un poste ou un autre, au service de cinq beys. (Ganiage, 1968 : 595).

17  Mussalli (Elias), Grec melchite catholique romain, né au Caire en 1829 d’une famille originaire de Syrie, mort à Tunis, en 1892. Entré en 1847 au service du bey, comme second, puis premier interprète en 1854 ; sous-directeur au ministère des Affaires étrangères en 1860, il devait conserver ces fonctions jusqu’en 1872 (Ganiage, 1968 : 593).

18  A.N.T. Série H. C. 252 D. 694. Lettre, en date 22 août 1833, du consul de France A. Duval, au bey Hassine qui se base sur le traité signé le 8 août 1830 entre la France et le bey pour réclamer l’affranchissement d’une certaine Khédija, grecque d’origine et qui s’est faite protégée française. Cette femme a été réduite à l’esclavage avec son fils depuis 13 ans. Toujours d’après la même lettre, il ressort que le bey a accepté de la libérer mais n’a accepté de la laisser s’embarquer vers le Levant que dans un bateau ottoman et non dans un bateau grec comme elle l’avait demandé.

19  A.N.T, Série H. C. 252 bis, D. 6. Lettre en date du 13 mars 1839 du Consul de France au bey Ahmed dans laquelle il demande la punition du nommé Gorgab (sic) qui a porté un coup de couteau à Michel, un Grec, « protégé Français ».

20  Idem.

21  L’auteur se réfère à une lettre adressée de Tunis, le 15 nov. 1844 par le consul Lagau à Gui-zot (Archives de Affaires étrangères, Quai d’Orsay C. C. Tunis 54).

22  A.N.T. Série H. C. 252 bis, D. 1 ; l’affaire du Grec Bazil, protégé anglais, qui demande d’être acquitté de la dette qu’il a accordée à Hajj Muhammad b. Ahmad au mois de Rajab 1277H. Une autre affaire est évoquée le 10 décembre 1859 par le consul d’Angleterre, elle concerne une dette de 3 000 piastres que doit rembourser Mahmoud Ben Ammar au sieur Papa Costantino, négociant domicilié à Tunis, fondé de pouvoir de Panayotti Théodore, sujet anglais (voir A.N.T. Série H. C. 252 bis D. 1.).

23  A.N.T. Série H. C. 252 bis, D. 5. Dans une lettre date du 21 janvier 1860, adressée par les membres du clergé grec au consul de France Léon Roches, ils écrivent : « Les grecs domiciliés à Tunis, connaissent déjà l’empressement et le zèle avec lequel vous avez toujours défendu leurs intérêts… ».

24  Ben Rejab (Rida), al-sburta wa amn al-hâdira min khilâl wathâiq majlis al-dhabtyya 1861-1864, (La police et la sécurité de la capitale d’après les registres de la préfecture de police), Mémoire pour le C.A.R. (ronéotypé), sous la direction de Abdelhamid Larguèche, Faculté des Sciences Humaines et Sociales, Tunis, 1992.

25  A.N.T. Série H. C. 252 bis, D. 2. Affaire du Grec Nicolas, protégé anglais, accusé d’agression, coups et blessures à l’encontre de soldats de l’armée du bey. Toujours dans la série H. C. 252 bis, D. 7, l’affaire du Grec Andréa accusé d’avoir assassiné le laitier ‘Alî b. Ahmad Bûssen El-Ouarchafânî (Registre de la Zaptié en date du 17 Safar El Khair 1287H).

26  Le terrain en question est situé le long du boulevard de la Marine, il s’étend sur 3 089 mètres carrés. Il était limitrophe du cimetière catholique Saint-Antoine. Par la suite, il a connu des ventes et des aménagements. Seule une partie est restée à la communauté grecque, elle y construira en 1898, la nouvelle Église Saint-Georges et, plus tard, les immeubles ouvrant sur la rue de Naples (actuelle rue Mokhtar Attia) dont il sera question plus loin.

27  A.N.T, Série Historique, C. 252, D. 692/1. Lettre en date 21 février 1878 de Charles Nyssen, Consul général de Russie à Tunis à son homologue, le Consul général de l’Empire d’Allemagne à Tunis où il dresse un rappel des différentes phases de l’acquisition de ce terrain par les Grecs.

28  Idem.

29  A.N.T. Série E, C. 503, D. 5. Un rapport de 8 pages en date du 4 avril 1940, résumant l’historique de la communauté grecque de Tunisie et qui remonte jusqu’à la prise de Byzance par les Turcs en 1453.

30  A.N.T. Série H. C ; 252, D. 692. Lettre en date 17 novembre 1866 envoyée par Seigneur Felice, fonctionnaire au ministère des Affaires étrangères de la Grèce, aux Grecs de Tunis, en réponse à une lettre que ces derniers lui avaient adressée et dans laquelle ils lui avaient demandé d’envoyer des décorations au bey de Tunis « en signe de reconnaissance pour la bonne attitude qu’il exprimait à leur égard ».

31  A.N.T. Série H. C. 252, D. 692. Lettreen du 28 avril 1867, de Basilio Kostandinis au Premier ministre Mustafa Khaznadar.

32  A.N.T. Série H. C. 252, D. 692. Lettre en date du 20 novembre 1868, de Spiridiov Logiatadios, consul de Grèce à Chio, à son excellence Mustafa, Premier ministre.

33  Idem.

34  Ibidem.

35  A.N.T. Série H, C. 252 bis, D. 3. Lettre en date du 22/06/1868, du consul d’Angleterre Richard Wood, au Premier ministre Mustafa Khaznadar pour défendre les intérêts de Basilio, Grec, protégé anglais, dans une affaire de succession, suite au décès de son associé tunisien, le nommé Slimane El Fray.

36  A.N.T., Série H. C. 252 bis, D. 10. Lettre en date du 8 novembre 1877, de Charles Nys-sen, consul des intérêts russes à Tunis au Premier ministre, l’informant de l’assassinat perpétré sur la personne de Georges Hallaris, Grec, protégé russe, par le nommé Mustafa Ben Has-sen, sujet tunisien. Dans une autre lettre en date du 11 novembre 1879 (probablement après le départ du Premier ministre Kheireddine), le Consul russe confirme « … Qu’en vertu des instructions reçues du Cabinet de Saint-Pétersbourg, le consulat impérial de Russie à Tunis est autorisé à continuer d’accorder la protection aux Grecs » (A.N.T. Série H, C. 252, D. 692).

37  A.N.T. Série H. C. 252, D. 692/2. Lettre du ministère des Affaires étrangères de Grèce au ministre des Affaires étrangères du bey de Tunis dans laquelle il lui indique le nom du consul : Vasiliades.

38  A.N.T Série H, C. 252, D. 692/1. Lettre en date du 16 février 1881, du gérant du consulat hellénique à Tunis au Premier ministre Mustafa Ben Ismaïl. Il s’agit d’une lettre-réponse à un courrier qui a été adressé au consul par le Premier ministre au sujet de la vente de la maison de Basile Camellopoulos, sujet hellène, débiteur du sujet tunisien Sedli (sic).

39  A.N.T Série H. C. 252, D. 692/2. Lettre en date du 28 janvier 1881, du gérant du consulat royal hellénique à Tunis à Mustafa Ben Ismaïl, Premier ministre. Il l’informe que « le gouvernement hellénique vient de nommer, en qualité d’agents consulaires de Grèce, le sieur Vito Pellegrino à Biserte (sic), le sieur Philippe Rosso à Souse (sic) et Antoine Rosso à Monastier (sic) ».

40  A.N.T. Série H. C. 252, D. 692/1. Lettre en date 2 mars 1881, du gérant du consulat hellénique au Premier ministre Mustafa Ben Ismaïl de l’affaire de Denis Sotirpoulos sujet hellène et propriétaire d’un café à Tunis, grièvement blessé par un sujet tunisien, le nommé Haz Aly Bakkas (sic).

41  A.N.T. Série H. C. 252 bis, D. 10. Lettre en date 31 août 1880 du gérant du consulat hellénique à propos du contentieux d’Elia Manidachi, autrefois sous protection russe, avec l’ex-premier ministre, Mustafa Khaznadar, au sujet d’un terrain sis à la Marine.

42  A.N.T Série H. C. 252, D. 692/1.Lettre en date du 11 septembre 1881, du gérant du consulat hellénique au délégué par intérim à la Résidence de République française à Tunis. Après l’avoir informé du crime perpétré contre son administré, il lui demande de « faire auprès du gouvernement tunisien les démarches nécessaires afin que de sévères mesures soient prises à l’effet de découvrir les coupables et indemniser en même temps les parents de la victime ».

43  A.N.T, Série H. C. 252, D. 693/6. Lettre en date du 6 avril 1883, de l’Agent consulaire grec, au Résident général Paul Cambon.

44  A.N.T, Série H. C. 252, D. 693/9. Lettre en date du 8 août 1883, de l’Agent consulaire grec, au Chargé d’affaires de la République française, le Baron d’Estournelles.

45  A.N.T, Série H. C. 252, D. 693/8. Lettre en date 27 juillet 1885, du secrétaire général du gouvernement tunisien au consul de Grèce. Il l’informe de son refus d’agréer la nomination d’un troisième courtier à l’Agence consulaire de Djerba. Voir également, A.N.T, Série H. C. 252, D. 693/10. Lettre en date du 19 avril 1889, du vice-consul de France à Sousse, au Résident général à Tunis. Il lui suggère de refuser la nomination de Frej b. El-Hadjj Muhammad b. ‘Uthmân, proposé pour l’emploi de courtier de l’Agent consulaire grec à Monastir, car il n’a que 17 ans et n’a pas encore satisfait au service militaire.

46  AG. Journal Officiel Tunisien (J.O.T.), Loi du 9 Moharrem 1306, 15 septembre 1888, sur les associations.

47  A.N.T, Série H. C. 252, D. 693/1. Lettre en date du 20 août 1890, du secrétaire général du gouvernement tunisien au Premier ministre et aux caïds de Bizerte, Djerba, Arad (Gabès), Mahdia, Monastir et Sousse.

48  Idem.

49  Au moment de la signature de ces conventions, la population française de Tunisie ne comptait encore que 16 000 membres contre 50 000 italiens.

50  Un décret du 13 avril 1898 allait réglementer l’établissement des étrangers dans la Régence. Tout étranger qui voulait établir sa résidence en Tunisie ou y exercer une profession, un commerce ou une industrie quelconque, devait dans un délai de cinq jours à partir de son arrivée, faire devant l’autorité de police locale une déclaration de résidence en justifiant de son identité.

51  Archives diplomatiques de Nantes (Fonds de Nantes), Série Tunisie, C. 11, D. 9, (Bobine R 382, Institut Supérieur d’Histoire du Mouvement National, I.S.H.M.N.). Lettre en date du 7/08/1929, du Résident général de France à Tunis au ministre français des Affaires étrangères.

52  Fonds de Nantes, Série Tunisie, C. 11, D. 9 (Bobine R382, I.S.H.M.N.). Lettre en date du 7/08/1929, op. cit. Le Résident général relève que « le Roi des Grecs légifère, en terre de Protectorat français, à l’égard d’un groupe composé à la fois de ses sujets (Grecs libres) et de ceux qu’il aspire à délivrer du joug de l’étranger (non-libres), c’est-à-dire Grecs d’Europe, d’Asie, ou Grecs sujets tunisiens s’il en reste… ». Ilbert (1996 : 68) constate le phénomène en Egypte où le nouvel État grec avait souvent tendance à associer « orthodoxes », « grecs » et « hellènes », alors que le seul vrai point commun de ces populations était le Patriarcat grec-orthodoxe.

53  Sutter (1796-1883), né à Ferrare (Italie), entré dans les ordres en 1816, nommé à Tunis, le 21 mars 1843 (Soumille, 1994 : 197-231).

54  A.N.T Série H. C. 252, D. 692/1. Lettre en date 21 février 1878, de Charles Nyssen, consul de Russie à Tunis, au Chevalier Tulin, Consul général de l’Empire d’Allemagne à Tunis. Le consul Nyssen était au courant des détails de cette transaction, car à l’époque de son accomplissement, le bénéficiaire du terrain le Grec Elia Manidachi, était un protégé russe. De même, cette lettre nous apprend qu’un autre grec, Elias Mussalli, Interprète au Ministère tunisien des affaires étrangères et très proche du Consul français Roustan, qui mena les discussions qui eurent lieu au consulat de Russie et qui aboutirent au rachat de la portion de terrain réclamée par Mgr Sutter pour le compte de l’Église Catholique.

55  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Contrat en date du 19 décembre 1896 entre le Secrétaire du gouvernement tunisien, l’Archevêché de Carthage et le Président de la Colonie hellénique de Tunis.

56  Idem. La somme en question s’élevait à 80 000 francs, elle a été payée par le gouvernement tunisien en quatre termes et ce proportionnellement à l’évolution de l’édification de l’église orthodoxe.

57  Fonds de Nantes, Série Tun., C. 11, D. 9 (Bobine R 382,1.S.H.M.N.). Lettre en date du 7/08/1929, du Résident général de France à Tunis, au ministre des Affaires étrangères à Paris.

58  Idem

59  Ibidem.

60  La dénonciation officielle ne se fera qu’en 1943 ; cependant des pressions indirectes furent exercées sur les ouvriers italiens, de même que le renouvellement des conventions de trois mois en trois mois, rendait plus précaire la situation des Italiens, incitant certains à demander leur naturalisation (Martin, 1993 : 102).

61  Avant 1923, il existait une loi sur la naturalisation (décret du 3 octobre 1910). Comparée au précédent décret, la loi de 1923 était beaucoup moins exigeante en ce qui concernait la connaissance de la langue française et les diplômes puisque le titre universitaire n’était plus de rigueur.

62  À un certain moment, la Grande Bretagne avait même porté cette affaire devant « la cour permanente de justice internationale de La Haye ». Un compromis fut trouvé par la suite entre les deux puissances.

63  Fonds de Nantes, Série Tun., C. 11, D. 9 (Bobine R 382, I.S.H.M.N.). Lettre en date du 7/08/1929, du Résident général de France à Tunis, au ministre des Affaires étrangères à Paris. Le Résident informe le ministre qu’un procès est en cours d’instance devant le tribunal civil de Tunis, en annulation des dernière élections de mai 1928.

64  Idem.

65  Ibidem

66  Fonds de Nantes, Série Tun. C. 8, D. c (R 382,I.S.H.M.N.). Lettre en date du 4 avril 1929, de l’Ambassadeur de Grèce à Paris à André Honorat, Recteur de l’Université de Paris. L’ambassadeur de Grèce à Paris, mis au courant de l’importance de ce patrimoine, composé des loyers des immeubles et des magasins qui sont la propriété de la communauté de Tunis, demande au ministère français des Affaires étrangères la possibilité d’aliéner le produit de quelques-uns pour achever la construction de la maison de Grèce à la Cité Universitaire Internationale de Paris.

67  Fonds de Nantes, Série Tun. C. 8, D. c (R 382,I.S.H.M.N.). Lettre en date du 22 février 1930, du directeur de la Sûreté publique au Directeur général de l’Intérieur. La lettre donne les noms des trois anciens membres du bureau : Dimitri Couyotopoulo, limonadier, au 7 rue de Rome, J. Carmanis, pâtissier, rue de l’Eglise, E. Dzivas, épicier à la rue des Glacières.

68  Idem

69  Fonds de Nantes, Série Tun. C. 8, D. c (R 382,I.S.H.M.N.). Pétition en date du 3 juin 1930, adressée par 29 Grecs au Résident général de France en Tunisie.

70  Idem. Les signataires ont précisé que ce terrain fut acheté en 1890 par des fonds provenant d’une souscription des membres de la communauté, achat fait dans un but exclusifs savoir l’aménagement d’un cimetière.

71  Ibidem.

72  Fonds de Nantes, Série Tun. C. 8, D. c, (R 382, I.S.H.M.N.). Lettre-réponse en date du 21 août 1930, adressée par le Résident général à M. A. Saganakis, interprète et expert près du Tribunal de Tunis, qui semble être le porte-parole des pétitionnaires.

73  Fonds de Nantes, Série Tun. C. 8, D.2 (R 382, I.S.H.M.N.). Télégramme en date du 16 juillet 1931, du ministre français des Affaires étrangères au Résidenr général. Dans ce message, il le met au courant que l’Ambassadeur de Grèce à Paris l’a informé que le Patriarche d’Alexandrie arriverait à Sfax, venant de Tripolitaine, vers le 25 juillet 1931 et se rendrait ensuite à Tunis où il recevrait les délégués des communautés grecques d’Algérie et du Maroc.

74  Fonds de Nantes, Série Tun. C. 8, D. 2, (R 382,I.S.H.M.N.). Rapport en date du 29 juillet 1931, adressé par le Résident général au ministre de Affaires étrangères. Outre la description des cérémonies du Patriarche, le Résident informe qu’il a reçu la visite du Patriarche le 27 juillet et que ce dernier était accompagné du Consul de Grèce et de l’Archimandrite Rosemaris.

75  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Rapport du Directeur général de l’Intérieur sur le voyage du Patriarche, adressé au Résident général. Les mêmes informations se trouvent au Fonds de Nantes, Série Tun. C. 8, D.2, (R 382,I.S.H.M.N.). Lettre en date du 7 août 1931, du Directeur général de l’Intérieur au Résident général.

76  Idem

77  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Nomination de l’Archimandrite Anthimos (texte paru en langue grecque le 4 août 1931 et en langue française le 11 août 1931). Dans ce texte le Patriarche donne mandat de « faire tout ce qui est nécessaire pour ramener la paix au sein de la communauté ».

78  Le Patriarche fait allusion ici au fait que la communauté de Tunis a cherché à se faire légitimer en 1888 par le roi de Grèce, et non par le Patriarcat d’Alexandrie, comme ce fut le cas depuis le XVIIe siècle.

79  Fonds de Nantes, Série Tun. C. 21, D. 2, (R 382, in I.S.H.M.N.). Lettre en date du 6 août 1931, du Patriarche d’Alexandrie et de toute l’Afrique Melitios II au Résident général de France en Tunisie.

80  Idem.

81  Ibidem.

82  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Noteen date du 7 octobre 1931, du Secrétariat général du gouvernement tunisien. Voir également Kharalambis, 1926 ; Dessort (C.-H-Roger) : 155. L’auteur rapporte que, selon la tradition véhiculée par les Grecs de Tunis, « L’église fut placée dans le giron du Patriarcat Œcuménique d’Alexandrie d’Egypte dont le dernier représentant, dit-on, quitta Tunis en 1853 ».

83  L’arrêté en question a été promulgué le 20 février, sa publication officielle au J.O.T. date 27 février 1932.

84  J.O.T. du 27 février 1932. Arrêté Au Premier ministre du 20 février 1932. La commission de 7 membres est composée de : Charissiadis (Théodore), Couvopoulos (Constantin), Couyotoupoulos (Lycurgue), Pachis (Dr Evangelos), Rosmaris (Archimandrite Anthimos), Siganaki (Alfred), Tso-nides (Paul).

85  Fonds de Nantes, Série Tun. C. 21, D. 2 (R 382, I.S.H.M.N.). Télégramme en date du 25 février 1932 du M.A.E. au Résident général. Il l’informe de la décision prise par le synode de l’Église grecque : le titulaire de cet évêché sera Mgr Catsarakis, qui résidera alternativement à Tunis et à Casablanca. Voir également, Fonds de Nantes, Série Tun. C. 21, D. 2 (R 382, in I.S.H.M.N.). Lettre d’introduction en date du 29 février 1932, de la part de la légation de la République française en Egypte, au Résident général de France en Tunisie.

86  Fonds de Nanres, Série Tun. C. 21, D. 2 (R 382,I.S.H.M.N.). Lettre en date du 7 mars 1932 du Patriarche d’Alexandrie au Résident général Mancéron. Il l’informe que Mgr Constantin Catsarakis, « délégué par notre Église pour l’administration de ses fidèles en Tunisie, Algérie et Maroc », aura sa résidence à Tunis.

87  Fonds de Nantes, Série Tun. C. 21, D. 2, (R 382,I.S.H.M.N.). Note en date du 25 avril 1932 du Directeur général de l’Intérieur, au Résident général.

88  Fonds de Nantes, Série Tun. C. 21, D. 2 (R 382, I.S.H.M.N.). Rapport en date du 7 avril 1932 du contrôleur civil de Sfax, au Résident général. Le rapport décrit les différentes activités du Métropolite qui a séjourné à Sfax du 1er au 6 avril.

89  Dépêche Tunisienne, 9 avril 1932. Elle donne une brève information sur la rencontre qui a eu lieu le la veille, 8 avril.

90  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Procès verbalen date du 31 mai 1932, de l’Assemblée générale des membres de la communauté orthodoxe de Tunis, qui a eu lieu le 29 mai 1932.

91  Fonds de Nantes, Série Tun. C. 21, D. 2 (R 382,I.S.H.M.N.). Rapport en date du 6 juin 1932, du Directeur général de l’Intérieur, au Résident général.

92  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Lettre en date du 27 mai 1932, de Th. Carciadis, membre du Bureau provisoire de la communauté grecque, au Directeur général de l’Intérieur

93  A.N.T, Série E, C. 503, D. 5, Profession de Foi, datée de 1932 et qui retrace sommairement l’historique de la communauté grecque de Tunisie. Le texte n’est pas signé, il est probable qu’il fut rédigé par un fonctionnaire du Secrétariat général du gouvernement tunisien. À ptopos de la nationalité égyptienne des patriarches orthodoxes, voir également Ilbert (1996 : 613), « dès 1926, date de la loi sur la nationalité égyptienne, mais aussi de la mort de Mgr Photios II (1899-1926), le gouvernement égyptien tint à rappeler les règles fondamentales de la communauté. Le patriarche devait être ou devenir Égyptien, il devait être investi par le gouvernement local… C’est ainsi que Meltios II (1926-1935) dut renoncer à la nationalité grecque… »

94  Idem

95  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Procès verbal en date du 31 mai 1932. Le procès évoque deux objections qui ont été faites au cours de cette assemblée : La première, de Djivas Eustache, au sujet de la légalité de l’Assemblée générale (après refus de l’objection, il se retira). Quant à Théodore Cariciadis, il se retira sans aucun motif.

96  Fonds de Nantes, Série Tun. C. 21, D. 2 (R 382,I.S.H.M.N.), Note du Directeur général de l’Intérieur en date du 9 juin 1932. Ce responsable écrit que les statuts vont être étudiés, mais qu’ils ne seront approuvés que moyennant certaines satisfactions et garanties à obtenir du patriarche d’Alexandrie. Quant à la visite au bey, Mgr Katzarakis n’a pas à la faire actuellement puisque la question de sa reconnaissance officielle n’est pas résolue.

97  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Lettre de démission en date du 27 août 1932 des quatre membres adressée au Directeur général de l’Intérieur. Il s’agit de Caciadis Théodore, Couvopolo Constantin, Pachis Evangelos et Siganaki Alfred.

98  Nous avons pu nous assurer de ce fait en regardant la nationalité de chacun des signataires, qui a été mentionnée dans la pétition signalée plus haut et qui a été remise au Résident général le 3 juin 1930.

99  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Lettre de démission en date du 27 août 1932. Ils déclarent : « Nous n’avons pas réussi à persuader nos ministres du culte d’abandonner leurs prétentions injustifiées au sujet de l’avenir de notre communauté. Ils cherchent à nous imposer des statuts moyenâgeux, inadmissibles à notre époque ».

100  Idem.

101  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Note rédigée au mois de décembre 1932 par Charles Saumagne, à l’époque Contrôleur général des Affaires indigènes auprès du Secrétaire général du gouvernement.

102 ./. O. T. du 28 décembre 1932. Cet arrêté a été promulgué alors que l’archevêque Catzarakis était en déplacement en Egypte. Il était parti le 3 décembre pour participer aux travaux du Saint Synode.

103  Idem. La présidence du comité a été confiée à son doyen. Le comité a été chargé de la poursuite de l’élaboration des statuts et la gestion du comité qui prit fin le 1er mars 1933.

104  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Aide Mémoire en date du 2 décembre 1932, envoyé à l’archevêque (orthodoxe) de Carthage par le Directeur général de l’Intérieur.

105  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Lettre en date du 23 septembre 1938, de Jean Manzuni à Charles Saumagne, Directeur de l’Administration générale et communale.

106  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Lettre en date du 7 février 1939. De Georges Lalakis, qui se présente comme Français d’origine grecque, à Charles Saumagne.

107  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Rapport d’activité de la communauté grecque en date du 19 avril 1939. La réouverture a été solennellement célébrée le 6 mars 1938. À côté du nouveau desservant de l’église Mgr Dimitrios Langouvardos, ont assisté Georges Koumoussis, de l’église de Sfax et Mgr l’archiprêtre Constantin Michalowski, de l’église russe de Tunis.

108  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Rapport d’activité de la communauté grecque de Tunis, en date du 23 avril 1938, brochure de 16 pages. À propos du nouveau desservant le Président écrit : « l’Archimandrite Lancouvardos, qui arrive de Casablanca, n’est pas un inconnu, il a desservi la communauté de Sfax durant 18 années consécutives, il y a laissé le meilleur souvenir ».

109  Idem.

110  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Lettre en date du 23 septembre 1937, du directeur de l’Administration générale et communale au Secrétaire général du gouvernement tunisien.

111  A.N.T. Série E. C. 503, D. 5. Lettre en date du 18 avril 1939, du Président de la communauté, au Directeur de l’Administration générale et communale. Il lui demande clairement « s’il doit convoquer cette assemblée ou surseoir en attendant que les absents mobilisés puissent prendre part aux élections ».

112  C’est le cas des Grecs de Sfax qui, dès le 25 mars 1955, déposèrent de nouveaux statuts au gouvernement Ben Ammar, qui l’autorisa par un arrêté en date du 18 juillet 1955. Cette association a été actualisée par Jean Arfaras, dernier président de la communauté, au cours de la dernière assemblée qui a eu lieu à Sfax le 17 novembre 1985. (C’est M. Arfaras qui nous a remis une copie des statuts).

113  Le meilleur exemple est l’actrice de cinéma Hélène Katzaras, née dans la communauté grecque de Djerba et mariée à un Tunisien musulman.

114  Seule l’église Saint Georges, sise au 5 rue de Rome à Tunis, demeure ouverte au public.

115  Jusqu’à la fin de 1996, c’est Jean Arfaras qui s’occupait de l’église « Les trois Hiérarques » construite vers 1892 et située au centre du quartier européen de la ville de Sfax. Au début de l’année 1998, j’ai appris par l’ambassade de Grèce à Tunis que Mr Arfaras est rentré définitivement en Grèce. Le 31 octobre 1996, j’ai enregistré avec lui un entretien, conservé à l’Unité d’Histoire Orale de l’Institut Supérieur d’Histoire du Mouvement National. Mr Arfaras est né en 1920, il a passé toute sa vie à Sfax, il garde jalousement une photo de groupe de la visite du Patriarche d’Alexandrie à Sfax au mois de juillet 1931. Dans cet entretien, il avait affirmé que, malgré la mort de sa femme et le retour de son fils à Athènes, il pense continuer à vivre à Sfax !

116  L’église grecque de l’Ile des « lotophages » est située en face du porr de Houmt-Souk, elle se trouve aujourd’hui dans le jardin de la villa d’une femme tunisienne qui s’appelle M’barka Bent Nacer Ben Aoun, elle est la veuve de Christos Mavrothalassitis, l’un des derniers Grecs de Djerba, mais qui avait la nationalité française. Cette femme fait de temps à autre des travaux d’enrretien pour sauvegarder une église qui n’a plus de fidèles.

117  Je cite le cas de mon ami et collègue Jacques Alexandroupolos, petit fils d’Alexandre Alexan-droupoulos qui fut coopté en décembre 1932 comme membre de la commission de conciliation ; il est actuellement professeur d’histoire à l’Université de Toulouse le Mirail. Il participe souvent aux fouilles archéologiques en Tunisie et ne rate aucune occasion pour développer les échanges entre son université toulousaine et ses collègues des universités tunisiennes. À ce titre il a été l’organisateur, conjointement avec son collègue Patrick Cabanel, du colloque international de Toulouse (14-17 janvier 1997), La Mosaïque Tunisie, diasporas, cosmopolitisme, archéologies de l’identité.

 

Pour citer cet article

Référence électronique

Habib Kazdaghli, « Communautés méditerranéennes de Tunisie. Les Grecs de Tunisie : du Millet-i-rum à l’assimilation française (XVIIe-XXe siècles) », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée [En ligne], 95-98 | avril 2002, mis en ligne le 12 mai 2009, consulté le 15 avril 2013. URL : http://remmm.revues.org/243

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Auteur

Habib Kazdaghli

Université de Tunis-Manouba.

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Droits d’auteur

© Tous droits réservés 

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14 avril 2013

Les contingents impériaux au cœur de la guerre

Classé sous — milguerres @ 17 h 02 min

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La Tunisie au gré des conflits

Les contingents impériaux au cœur de la guerre :  « Etude faite sur la présence de tous les hommes d’origine des colonies françaises ou britanniques (et autres) ayant participé aux deux conflits mondiaux. 

Pour ceux qui ignorent la présence des Nords Africains, des « Noirs », des Chinois, des gens de l’Est, des Australiens, des Canadiens,… et pardon si j’oublie d’autres origines au sein de ces deux conflits.  Les chiffres parlent d’eux-mêmes,  leur présence ne fera qu’honorer leur mémoire !  A tous ceux qui ont combattu pour une même cause … «  

à noter, selon cette étude :

« La mobilisation des «indigènes » s’est opérée selon des principes divers. En Algérie, en Tunisie et en AOF, les contingents fournis par engagements volontaires sont complétés par des conscrits recrutés par tirage au sort.  »

« En 1940, l’armée française met en ligne 640000 coloniaux et Nord-africains, dont 
176000 Algériens,
 
80000 Tunisiens,
 
80000 Marocains (360000 hommes), et
 
180000 Sénégalais.

En France, en 1918, pour un total de 350000 travailleurs étrangers présents, 200000 sont originaires des colonies françaises (78000 Algériens, 35000 Marocains, 28000 Tunisiens, 50000 Indochinois, surtout Vietnamiens, 6000 Malgaches)

Selon cette étude : 108000 Tunisiens auraient servis sous le drapeau tricolore, lors des deux conflits mondiaux, sans noter les pertes humaines, civiles ou matérielles (sans oublier la période de colonisation et la campagne de Tunisie en 1881. Une Tunisie, vraiment au gré des conflits… Hayet (auteur du blog, origine tunisienne

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8

 

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Les contingents impériaux au cœur de la guerre 

Jacques Frémeaux   lien Histoire, économie et société  lien   Année   2004   lien Volume   23   lien Numéro   23-2 

Résumé
Cette communication insiste sur un sujet trop rarement évoqué, qui est la participation des empires coloniaux, surtout français et britannique, aux deux guerres mondiales. L’apport des Dominions et des colonies en soldats et travailleurs a été important. Ces soldats ont connu des conditions de guerre analogues à celles des soldats européens. Aux souffrances subies par l’ensemble des combattants s’est ajouté un plus grand éloignement de leur pays et, pour les soldats dits «indigènes», une expérience qui a précipité l’entrée dans le monde moderne, et a contribué à encourager les nationalismes.

Abstract
This paper deals with the very important part played by the imperial armies, especiallly British and French, during the two World Wars. A great number of soldiers and workers came from the Dominions and Colonies. They had to endure similar conditions as those of their European comrades, plus, a harsher and longer severance from their mother countries. The discovery of the modern war accelerated the entry of the « native » men in the Modem World, and gave a boost to nationalisms.

Le présent programme ne fait aux Empires coloniaux qu’une place limitée. L’ambition de cette communication est de montrer que, loin de se borner à un canton périphérique de l’étude des conflits mondiaux, la participation des contingents d’outremer pourrait en constituer un vaste domaine. On voudrait suggérer ici tout ce que gagnerait une histoire des peuples en guerre à n’être pas privée d’une partie de ses réalités, trop souvent passées inaperçues lorsqu’elles ne concernent pas directement les métropoles.

1. Senghor, «Aux tirailleurs sénégalais morts pour la France», Hosties noires, 1948.
«On fleurit les tombes, on réchauffe le Soldat Inconnu, Vous mes frères obscurs, personne ne vous nomme» l

Échelle du phénomène
Les chiffres démontreraient à eux seuls qu’il ne s’agit pas d’un phénomène marginal. 
En 1914, la Grande-Bretagne et la France disposent des deux plus grands empires coloniaux du monde, vastes respectivement de trente-quatre millions et de dix millions de kilomètres carrés, peuplés de 400 millions et de 50 millions d’habitants.

Les armées impériales britanniques et françaises
• Les Britanniques

Dans les premiers mois de la guerre, les citoyens des quatre Dominions sont invités à concourir à la défense de la métropole. 
On recourt au même dispositif de mobilisation qu’en Grande-Bretagne: volontariat d’abord, puis conscription. 
Mais celle-ci ne s’applique sans difficultés qu’en Nouvelle-Zélande, où elle est votée au mois de mai 1917. 

Au Canada, la décision d’y recourir, en juin 1917, provoque des émeutes chez les Québécois. 

Les Australiens rejettent la conscription par référendum, sous la pression des habitants d’origine irlandaise, émus par la répression des «Pâques sanglantes» de 1916. 

En Afrique du Sud, la question n’est même pas discutée, étant donné les sympathies pro-allemandes de beaucoup d’Afrikaners. 

Au total, la contribution des Dominions atteint environ 1300000 hommes. 
L’Angleterre mobilise des effectifs équivalents aux Indes.
La participation africaine est notable.
La conscription a été imposée en 1915 en Afrique orientale et 1916 en Afrique occidentale. 

Le bilan est impressionnant, comme en témoigne le tableau 1.
Ainsi, l’empire a permis d’accroître d’environ un tiers le potentiel militaire britannique.

Les contingents impériaux au cœur de la guerre  les_co10
tableau 1

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tableau 2

En 1939, la déclaration de guerre des Dominions à l’Allemagne, reconnus comme États souverains et indépendants au sein du Commonwealth, suit immédiatement celle du Royaume-Uni. 
L’effort de mobilisation est globalement accru par rapport à celui de 1914-1918. 
Il faut dire que la menace japonaise a stimulé la mobilisation en Australie et Nouvelle-Zélande, mais aussi aux Indes. 

La contribution indienne est double de celle de la Grande Guerre, celle des colonies africaines sept à huit fois plus forte. 

Le nombre de mobilisés atteint cinq millions d’hommes, dont deux millions pour les seuls Dominions, soit 84 % de la mobilisation de la métropole. L’Empire britannique et le Commonwealth ont ainsi vécu comme l’avait prophétisé Churchill dans son discours du 18 juin 1940, leur «finest hour» (tab. 2).

• Les Français

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tableau 3

À ces chiffres (tab. 3), qui concernent les «indigènes » il faudrait ajouter celui des Français d’outre-mer, la majorité étant constituée de 73000 Français d’Algérie, auxquels on peut adjoindre peut-être 4000 Français des colonies, soit un total d’environ 80000 hommes.
On atteindrait ainsi environ 650000 hommes, et un total de pertes d’environ 100000 hommes

Il va de soi que, par rapport aux 7800000 mobilisés français, la proportion est faible (environ 8 %). 
Malgré tout, l’acharnement de Clemenceau en 1917 et 1918 à mobiliser les contingents coloniaux les plus nombreux possibles montre que ce nombre doit, dans son esprit, peser lourd dans la balance. 
On peut être pratiquement sûr que, en cas de prolongation du conflit, leur proportion aurait eu tendance à s’accroître. 

La mobilisation des «indigènes » s’est opérée selon des principes divers. En Algérie, en Tunisie et en AOF, les contingents fournis par engagements volontaires sont complétés par des conscrits recrutés par tirage au sort. 

Les besoins de guerre amènent à augmenter le nombre des appels. Dans le reste de l’Empire, on en reste au système d’un volontariat, souvent forcé par des pressions administratives.
Dans Г entre-deux guerres, le recours au réservoir humain des colonies paraît le seul moyen de remédier à l’insuffisance de la démographie. Des lois de 1919 étendent le système de la conscription à l’ensemble des territoires de l’Empire. 

En 1940, l’armée française met en ligne 640000 coloniaux et Nord-africains, dont 
176000 Algériens, 
80000 Tunisiens, 
80000 Marocains (360000 hommes), et 
180000 Sénégalais.

C’est à peu près 10 % de l’effectif de l’armée française. 
Ces troupes combattent courageusement, avant d’être entraînées dans la défaite commune.
Elles comptent de nombreux morts et prisonniers.
 


L’appel aux troupes coloniales ne cesse pas avec la défaite. Elles forment la majorité des contingents de l’armée coloniale de Vichy, mais aussi de ceux de la France libre. 

Après le débarquement allié en Afrique du Nord de novembre 1942, la participation des contingents d’outre-mer est déterminante lorsqu’il s’agit d’organiser en Afrique du Nord une armée française équipée de matériel américain. 
À l’été 1944, sur 633000 hommes de l’armée de terre, on compte environ 60 % de soldats «indigènes», dont certains appartenaient aux Forces françaises libres depuis 1940.

• Note additionnelle
Certes, pour être complet, ce travail devrait faire mention des troupes «coloniales» employées par l’armée russe, et recrutées notamment parmi les Musulmans du Caucase et de l’Asie centrale. Il n’est pas possible de le faire ici, faute de temps. On peut au moins citer pour mémoire les deux «divisions sauvages» recrutées dans le Caucase, qui participent à la tentative du général Lavr Kornilov contre le gouvernement provisoire de Kerenski, au mois de septembre 1917. Des unités de ce type figureront également dans l’Armée rouge en 1939-1945. Il faut noter aussi qu’on a recruté des troupes noires dans les colonies belges et portugaises, qui participent en particulier aux campagnes contre les colonies allemandes d’Afrique orientale.

Les mobilisations de travailleurs

II s’agit d’abord de travailleurs recrutés pour les besoins des armées.
Sur le front français, ce sont en majorité des Chinois (100000 pour l’armée britannique, 40000 pour l’armée française, 10000 pour le corps expéditionnaire américain).
L’Afrique du Sud fait appel à des travailleurs africains auxiliaires (environ 70000 dont 20000 en France au Labour Native Corps , qui participe à la construction des tranchées).
Les campagnes africaines sont également dévoreuses d’effectifs: 55000 à 60000 porteurs auraient été réquisitionnés en AEF pour le Cameroun, ce qui représenterait un homme adulte sur quatre.
Pour les campagnes en Afrique orientale, les Britanniques n’auraient pas recruté moins de 750000 hommes, jusqu’au Nigeria et en Gold Coast.
Un million d’autres «indigènes» sont employés pour l’entretien des lignes de communication des armées britanniques au Proche-Orient.
Les Russes tentent d’imiter leurs alliés, pas toujours avec succès: l’ordre donné en juin 1916 de mobiliser 500000 autochtones d’Asie centrale au sein de bataillons de travailleurs, entraîne des rébellions violentes, notamment chez les Kazakhs et les Kirghizes. Des colons sont massacrés.

On retrouve des cas analogues lors de la Deuxième Guerre mondiale.
À partir de 1942, 50000 «indigènes» de Papouasie et Nouvelle-Guinée sont employés par l’armée australienne comme porteurs, brancardiers, terrassiers, mais aussi éclaireurs. Des Auxiliary Groups sont recrutés en Afrique de l’Ouest et affectés aux brigades d’infanterie, pour participer aux transports.
Par ailleurs, des «coloniaux» sont recrutés pour le travail aux champs ou à l’usine.
En France, en 1918, pour un total de 350000 travailleurs étrangers présents, 200000 sont originaires des colonies françaises (78000 Algériens, 35000 Marocains, 28000 Tunisiens, 50000 Indochinois, surtout Vietnamiens, 6000 Malgaches).

Ce mouvement se prolonge après la guerre: 100000 travailleurs nord-africains, surtout algériens, sont employés en 1930. Dans les colonies, les autorités exigent un accroissement de la production des matières premières, obtenu le plus souvent par la réquisition de travailleurs. Lors de la Deuxième Guerre mondiale, le gouvernement du Tanganyika introduit ainsi la conscription pour augmenter la production des plantations de sisal et de caoutchouc; en Nigeria, on mobilise 100000 personnes, forcées à travailler dans des conditions scandaleuses pour tenter (sans beaucoup de succès) d’augmenter la production des mines d’étain du nord.

Le rôle dans la décision
• La Première Guerre mondiale

Pendant la Première Guerre mondiale, les troupes à recrutement impérial se battent sur tous les fronts. 
Leur participation est toujours importante, parfois décisive. 
Les forces des Dominions sont engagées en priorité sur le front français, comme par exemple les Canadiens à Vimy, au nord d’Arras, en avril 1917. 
Elles sont lourdement éprouvées à Passchendaele de juillet à novembre. 
Il en va de même des contingents coloniaux français, dont beaucoup se distinguent, en particulier les régiments de marche de zouaves-tirailleurs, à forte proportion de soldats algériens musulmans.
La 4e brigade marocaine, qui fait partie de la 38e division d’infanterie, associe pour la reprise du fort de Douaumont, au mois d’octobre 1916, trois bataillons à recrutement français du régiment d’infanterie coloniale du Maroc, deux compagnies du 43e bataillon de tirailleurs sénégalais et deux compagnies du bataillon somali.

Ces forces ont été aussi très largement employées pour tenter de lancer des offensives périphériques.
Les Néo-Zélandais et Australiens du général Birdwood, qui représentent le tiers des 129000 hommes débarqués, subissent à Gallipoli, d’avril à décembre 1915, des pertes voisines de 40000 hommes (8500 tués et 20000 blessés australiens). Les troupes indiennes, qui ont souffert du climat en France, en sont retirées en 1915, et affectées au front de Mésopotamie. L’armée du général Allenby, qui occupe Jérusalem, puis Damas, en 1918, compte deux divisions australiennes. Les campagnes africaines mériteraient aussi d’être évoquées. Par soldats noirs interposés, les militaires britanniques et français combattent les Allemands, au Togo (août 1914), au Sud-Ouest africain (août 1914-mai 1915), au Cameroun (août 1914-février 1916). En Afrique orientale, le lieutenant-colonel von Lettow-Vorbeck, tient tête aux troupes britanniques et sud-africaines, renforcées de troupes noires est-africaines et ouest-africaines, mais aussi fournies par les Portugais et les Belges de la Force publique du Congo.


• La Seconde Guerre mondiale
Comme dans le conflit précédent, ces contingents combattent sur tous les fronts.
Les troupes des colonies africaines de la Grande-Bretagne participent à la conquête de la Somalie italienne, puis à la campagne d’Ethiopie en 1941.
Des Australiens, des Néo-Zélandais et des Sud-Africains se battent dans le désert contre les troupes de Rommel.
Une division australienne est faite prisonnière à Singapour.
Des Indiens sont envoyés en Italie au sein de la VIIIe armée du général Alexander.
700000 participent à la campagne de Birmanie.
Les Canadiens constituent une partie importante des forces qui débarquent en Normandie en juin 1944.
Les campagnes du Pacifique engagent des Australiens, des Néo-Zélandais, mais aussi des détachements recrutés en Papouasie et en Nouvelle-Guinée, qui forment le Pacific Islands Regiment .
On note qu’une grande partie de ces troupes doivent défendre les possessions d’outre-mer, en particulier contre le Japon en Asie et dans le Pacifique. L’appoint impérial est donc moins net que lors de la Première Guerre mondiale.

Pour être peu nombreuses, les troupes coloniales françaises n’en ont pas moins un rôle peut-être plus important que lors du conflit précédent. 
Certaines d’entre elles contribuent aux campagnes de Leclerc au Tchad, puis au Fezzan, contre les troupes de Mussolini.
L’Armée d’Afrique s’illustre en 1943 dans la campagne de Tunisie contre les Germano-Italiens, puis en Italie où elle apporte une contribution décisive à la percée du front allemand sur le Garigliano et à l’entrée des Alliés à Rome (juin 1944). 

Tandis que la 2e DB de Leclerc libère Paris, la Première Armée commandée par de Lattre débarque en Provence. Ces unités participent ensuite, au printemps 1945, à la campagne d’Allemagne. Le dévouement des troupes d’outre-mer, souvent trop oublié, a puissamment contribué à la restauration du rôle international de la France. Seule la possession de l’Empire a permis la renaissance d’une armée qui, par sa participation à la «croisade en Europe», a contribué à faire admettre la métropole dans le concert des vainqueurs.

Problématique
II paraît important de montrer que ce thème des troupes d’outre-mer n’est qu’en apparence «exotique»: les problématiques de l’historiographie récente de la guerre peuvent très bien s’appliquer à ce champ de recherche, même si les réponses ne sont pas toujours identiques. Il s’agit d’hommes, de femmes et d’enfants forcés de subir des conflits, en fonction de leur situation particulière.
Il est un élément si évident qu’on ne pense pas forcément à en tenir compte: la première caractéristique des empires coloniaux est d’être des empires d’outre-mer, dont les diverses possessions sont séparées des métropoles par des centaines ou des milliers de kilomètres d’espaces océaniques.

En 1914, par exemple, si la France n’est qu’à un ou deux jours de mer de l’Afrique du Nord, ou à une dizaine de jours de Dakar, l’ordre de grandeur est d’environ trois semaines pour l’Inde, et six semaines pour la Nouvelle-Calédonie.
L’avion n’est employé que très rarement jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. Même ensuite, il n’est guère utilisé pour les transports de troupes.

Les entrées en guerre

Les conditions des entrées en guerre de 1914 ne sont pas fondamentalement différentes de celles qu’on observe dans les métropoles. 
Le comportement des habitants d’origine européenne se situe, comme en Europe, entre enthousiasme et résignation. 
Les masses indigènes mesurent mal la portée de l’affaire, que les autorités s’efforcent de minimiser, pour éviter les tentations de révolte. 
Les notables sont incités à manifester leur loyalisme. 
Pour la plupart des élites autochtones de formation occidentale, comme pour Gandhi, qui incite ses compatriotes à s’engager, combattre pour les empires signifie aspirer à se transformer de sujets en partenaires.

Lors de la Deuxième Guerre mondiale, le scénario est à peu près le même. 
Dès le 3 septembre, le jour de la déclaration de guerre de la Grande-Bretagne à l’Allemagne, les premiers ministres d’Australie et de Nouvelle-Zélande ont proclamé l’engagement de leur pays aux côtés de celle-là («où elle va, nous allons; où elle se tient, nous nous tenons»).
Au Canada, le Parlement accepte sans vote l’engagement dans la guerre.
Au même moment en Afrique du Sud, la motion de neutralité présentée par le Premier ministre Hertzog est mise en minorité face à la motion de déclaration de guerre soutenue par le maréchal Smuts, symbole, depuis le conflit précédent, du dévouement à la cause impériale, devenue celle du Commonwealth .
Au Maroc, dans une lettre lue dans les mosquées, le sultan Mohammed Ben Youssef, futur roi Mohammed V, souligne que «nous devons à la France un concours sans réserve, ne lui marchander aucune de nos ressources et ne reculer devant aucun sacrifice. Nous étions liés à elle dans les temps de tranquillité et d’opulence, et il est juste que nous soyons à ses côtés dans l’épreuve qu’elle traverse et dont elle sortira, nous en sommes convaincus, glorieuse et grande».

Bien des grincements, il est vrai, se produisent, émanant des représentants des partis nationalistes.
En Inde, les représentants du Parti du Congrès se déclarent scandalisés par le fait que, alors que les Dominions ont décidé en toute souveraineté de leur entrée en guerre, par des votes de leurs parlements », le vice-roi a proclamé l’état de belligérance de l’Inde de façon automatique à la suite du gouvernement de Londres, sans consultation des élus.
Le Parti du Congrès se déclare pourtant prêt à soutenir la cause britannique par solidarité antifasciste, mais uniquement en échange de promesses précises quant à l’octroi d’une indépendance rapide, assorties de précisions quant aux buts de guerre alliés. Dans les territoires français, les arrestations de militants ou les dissolutions de partis nationalistes se multiplient. L’effort de mobilisation humaine et économique n’en est pourtant guère entravé.

La violence de guerre
• Le mythe de la «barbarie des troupes coloniales»

Les guerres coloniales antérieures à 1914 ont été souvent empreintes d’une très grande violence. 
La poignée d’officiers européens commandant des volontaires autochtones ont dû souvent s’assurer de leur fidélité en les récompensant par des parts de butin; ils ne se sont pas toujours souciés de protéger les non-combattants des pillages et des massacres. 
Certains, comme Mangin, auteur de La Force noire , ont jugé que l’assaut brutal et sans pitié était dans la nature même des combattants africains, et ont voulu en faire des troupes de choc. Ils sont déçus: les soldats indigènes ne sont pas plus adaptés a priori à la guerre moderne que leurs homologues européens. 
Les premiers combats se traduisent par de nombreuses défaillances dans leurs rangs. 
S’ils se battent généralement bien par la suite, c’est au sein d’unités organisées selon le modèle le plus conventionnel. 
L’image du Noir armé de son terrible coupe-coupe ne persiste pas moins. 
La propagande germanique pense tenir, avec la présence des troupes noires sur le front occidental, un excellent argument pour contrer les campagnes des Alliés contre la «barbarie» dont ferait preuve l’armée allemande. 
Elle les accuse de décapiter les blessés pour se fabriquer des trophées avec leurs crânes, ou de se parer de colliers d’oreilles coupées. Elle les accuse aussi de brutaliser les prisonniers.

Ces comportements annoncent et préparent les campagnes nationalistes qui se développent après la guerre sur le thème de la «schwarze Schande » (honte noire), entendons l’emploi de troupes noires lors de l’occupation française en Rhénanie, et les abus prétendument commis par elles. 
Ce sera un des thèmes notables de la propagande nazie contre une France accusée par Rosenberg d’être «la première responsable de la souillure de l’Europe par les Nègres ». 
À titre de «vengeance », plusieurs centaines de tirailleurs du 25e RTS seront massacrés au nord de Lyon au mois de juin 1940.
Les chefs des unités de la SS ou de la Wehrmacht responsables de ces crimes de guerre n’ont voulu voir, dans la résistance héroïque des combattants noirs, autre chose que «barbarie» et «bestialité ».

En fait, rien ne vient véritablement attester l’idée d’exactions particulièrement attri- buables à des unités coloniales. On peut tout au plus citer, pendant la Deuxième Guerre mondiale, le comportement des goums marocains qui forment les unités de choc de l’armée française en Italie, accusés, non sans raison, de viol et de pillage à l’égard de civils italiens. Ce lamentable épisode, concernant quelques milliers d’hommes, et limité à quelques mois, pâlit cependant devant les horreurs du front de l’Est.

• Troupes noires et blanches
II n’est guère question de brasser indifféremment les contingents de toutes origines au sein des unités.
Les langues et les coutumes (interdits alimentaires, par exemple), mais aussi les conditions juridiques (les indigènes des colonies n’étant pas des citoyens) s’y opposent. 
Le plus souvent, on constitue des régiments ou bataillons à peu près homogènes, issus du même pays, composés respectivement de troupes blanches et de troupes de couleur. 
Dans celles-ci, ne sont en général européens que les officiers et une partie des sous-officiers. 
En Afrique du Nord, par exemple, les Européens servent aux zouaves et les musulmans aux tirailleurs et aux spahis. 
Le mélange est plus grand dans l’artillerie ou les services.

Au combat, en revanche, la juxtaposition est de règle. Dès les premières opérations de l’été 1914, des régiments mixtes juxtaposent deux bataillons de tirailleurs sénégalais avec un bataillon d’infanterie coloniale blanche. 
Par la suite, les bataillons de tirailleurs reçoivent dans leurs rangs des compagnies européennes, dans la proportion du quart de leur effectif total. 
Aucune règle ne s’impose. 
Des compagnies de tirailleurs indochinois sont réparties dans des régiments d’infanterie métropolitains. Ainsi organisées, les troupes coloniales s’illustrent dans nombre de batailles entre 1916 et 1918. 
On a vu plus haut la composition de la 4e brigade marocaine lors de la reprise du fort de Douaumont en octobre 1916.
Ces principes sont encore en vigueur lors de la Deuxième Guerre mondiale. 
Sur neuf divisions dites «coloniales» entrées en ligne, six associent deux régiments de tirailleurs sénégalais à un régiment d’infanterie coloniale européen. Trois autres sont au départ entièrement blanches, mais deux d’entre elles accueillent par la suite dans leurs rangs des Africains et des Malgaches. Dans chacune, en effet, deux régiments d’infanterie coloniale sont transformés en régiments d’infanterie mixte sénégalais, tandis que les deux régiments d’artillerie coloniale deviennent des régiments d’artillerie coloniale mixte malgaches. Une seule est à trois régiments européens. L’idée, suggérée plusieurs fois, de donner plus d’homogénéité aux régiments en créant des bataillons mixtes n’est pas retenue. Le corps d’armée dit «colonial», affecté à la IIIe armée, n’est pas exclusivement, ni même majoritairement composé de troupes de cette origine. En fait, les divisions coloniales sont éparpillées entre les différentes armées, deux d’entre elles étant affectées à l’armée des Alpes.
Le «panachage» est toujours pratiqué après 1943. Dans la lre Armée qui débarque en Provence en août 1944, le pourcentage des «indigènes» dans les grandes unités varie entre 27 % (lre DB) et 56 % (2e DIM). Les Maghrébins servent non seulement dans les régiments d’infanterie (à raison d’environ 70 % de l’effectif total) et de cavalerie, mais dans toutes les armes. Ils sont ainsi environ 30 % dans l’artillerie et 40 % dans le Génie. Ils sont aussi présents dans les services et soutiens, ainsi que dans les formations sanitaires.

Le caractère exemplaire du coudoiement entre soldats d’origines différentes a souvent été célébré par les chefs des armées. Le maréchal Juin évoque «le souvenir de l’héroïsme le plus pur et de la fraternité qui régna [entre européens et musulmans] dans les rangs de l’Armée d’Afrique, tant il est vrai que c’est dans son sein et au creuset des batailles que les deux races se sont toujours le mieux fondues, le mieux comprises, et le mieux aimées». On pourrait rapprocher ce texte de celui du maréchal britannique Lord Wavell qui évoque l’armée des Indes, «dans laquelle toutes les croyances et toutes les races de l’Inde servaient ensemble aux côtés des Britanniques, dans la confiance mutuelle et la concorde». 
Ces déclarations, sans doute excessives, n’évoquent pas moins certaines vérités.

Les combattants
• La spécificité

On a souvent à tort développé l’idée selon laquelle les contingents d’outre-mer auraient constitué la «chair à canon» destinée à épargner le sang métropolitain.
En fait, si les pertes des combattants indigènes ont été lourdes, elles sont dues au fait qu’ils ont servi avant tout dans les unités d’infanterie, les plus éprouvées.
Mais elles ne dépassent pas celles des unités européennes comparables. 

Ils vivent pareillement, de ce point de vue, l’épreuve de la peur de la blessure et de la mort. Certains aussi connaissent la captivité. 
Les nombres sont particulièrement élevés lors de la Deuxième Guerre mondiale.
En juin 1940, les Allemands ont capturé 60000 Nord- Africains, et peut-être 15000 tirailleurs sénégalais.
On évalue à près de 70000 les Indiens faits prisonniers par les Japonais à Singapour et en Birmanie.

Une première spécificité réside dans le climat. 
Les combattants venus de pays tempérés, comme l’Afrique du Nord, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande, voire froids, comme le Canada, s’adaptent sans trop de difficultés aux hivers français. 
En revanche, les «coloniaux» issus des pays situés dans les zones tropicales et intertropicales et obligées de passer l’hiver en Europe, souffrent beaucoup. 
Le froid paralyse notamment les tirailleurs sénégalais, et oblige le commandement à leur faire passer la mauvaise saison dans des camps du midi de la France. 
Á l’automne de 1944, les responsables se fondent sur la même argumentation pour procéder au «blanchiment» des unités de la lre Armée où les Noirs sont nombreux.

Une autre réalité rarement développée est celle de la rareté ou de l’inexistence des permissions permettant au soldat de rejoindre momentanément les siens.
La priorité donnée aux transports de matériels et de renforts l’explique, aussi bien que le fait qu’au séjour doit s’ajouter un très long trajet.
On avait calculé, par exemple, qu’un séjour de 30 jours au Canada signifiait l’absence de l’homme pendant trois mois à son unité. Il est possible aussi que le commandement ait craint davantage les désertions, dans la mesure où les pays d’outre-mer, vastes et sous-administrés, offraient de ce point de vue beaucoup plus de facilités que les métropoles.

Certains contingents se voient demander des sacrifices qu’ils jugent excessifs. 
Dans la lre Armée, contrainte à affronter la résistance acharnée des troupes allemandes sur les Vosges, puis dans la plaine d’Alsace, les pertes en morts, blessés, malades et disparus varient, selon les unités, entre 30 % et 109 % à la fin de 1944. 
Il ne faut pas oublier en effet que certaines d’entre elles sont passées directement des champs de bataille d’Italie à ceux de Provence, du Rhône et de l’Est de la France. 
Pourtant, les mutineries ou agitations sont rares. 
Selon un schéma assez classique, les hommes cherchent plutôt à se dérober au service militaire ou à déserter avant leur départ qu’à se révolter une fois dans l’armée.

• Pourquoi ont-ils tenu?
Dans son Étude sur le combat (1868) justement admirée par Jean-Norton Cru, le colonel Ardant du Picq énumère les techniques éprouvées depuis l’Antiquité, pour maintenir la cohésion d’un contingent au combat: un commandement solide et compétent; de bonnes armes; des passions, on dirait aujourd’hui des motivations; des formations adaptées, qui facilitent la cohésion et évitent la dislocation; une discipline rigoureuse. 
Il donne une très grande place à la «cohésion», à la «solidarité», et souligne le caractère primordial de la confiance que chaque soldat doit ressentir envers ses camarades, «sa crainte qu’ils lui puissent reprocher, faire expier de les avoir abandonnés dans le danger, son émulation d’aller où vont les autres, sans plus trembler qu’un autre, son esprit de corps en un mot» .

Tous ces éléments sont certainement intervenus pour expliquer la solidité des troupes impériales, et en particulier des troupes indigènes.
Les cadres, en général de métier, ont pour la plupart une bonne expérience du commandement de ces troupes spéciales, et en parlent la langue.
Leurs soldats sont fiers de servir dans une armée moderne, aux côtés de soldats européens, de s’initier au maniement des armes automatiques, ou à la conduite automobile. 
Ils sont mus, sinon par le patriotisme, du moins par une loyauté de type féodal envers le roi d’Angleterre ou la France (vue comme une personne).
La discipline est rigide, et n’exclut pas toujours les punitions corporelles. 
La désertion, loin du pays, est difficile. 
Les régiments cultivent un fort esprit de corps. 
Des efforts sont faits pour respecter les traditions, notamment les interdits alimentaires des soldats musulmans, et maintenir les liens avec les pays d’origine, par courriers et mandats. Des journaux spéciaux sont édités. 
Tout cela compense largement l’attachement moindre à la Patrie, dont il conviendrait d’ailleurs de relativiser l’effet sur les hommes du front.

Les contingents impériaux au cœur de la guerre 
Jacques Frémeaux Histoire, économie et société Année 2004 Volume 23 Numéro 23-2
source http://www.persee.fr

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La Tunisie au gré des conflits

3 avril 2013

la Mort d’Il Duce , Benito Mussolini et de sa compagne Clara Petacci

Classé sous — milguerres @ 23 h 56 min

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la Mort d'Il Duce , Benito Mussolini et de sa compagne Clara Petacci 1720947650

la Mort d’Il Duce , Benito Mussolini et de sa compagne Clara Petacci

Le 27 avril 1945, des résistants Italiens arrêtent une colonne allemande (troupes anti-aérienne), et jettent un œil dans les camions allemands retournant vers l’Allemagne. Ces partisans sont à la recherche de fascistes qui tentent de s’enfuir, ils ne recherchent pas à retenir les Allemands.

Lorsque un partisan italien (Urbano Lazzaro) regarde dans un camion, il ne vit rien de suspect, c’est seulement en se rabaissant qu’il vit de belles bottes noires bien cirées, à ce moment là, il appela « l’Allemand aux belles bottes », il le fit descendre du camion, cet allemand était vêtu d’un manteau de sous-officier. Urbano lui demanda de retirer son casque ….C’est alors qu’il reconnu Benito Mussolini ! Les Italiens fouillèrent touts les camions et y arrêtèrent quelques fascistes qui furent tous exécutés après que la colonne ait repris la route.

Mussolini lui, sera brièvement jugé et exécuté le 28 avril 1945 avec 16 autres personnes et sa compagne Clara Petacci à Gulino di Mezzegra. Les corps seront transférés à Milan et seront pendus par les pieds sur la Place Loreto (pendu à la balustrade d’une pompe à essence), où la foule se déchaina à coup de point et de cracha sur les corps… Les corps des 16 fascistes seront décrochés par des MP américains.

http://de1940a1945.skyrock.com/1720947650-la-Mort-d-Il-Duce-Benito-Mussolini-et-de-sa-compagne-Clara-Petacci.html

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1 avril 2013

Bataille du Monte Cassino

Classé sous — milguerres @ 17 h 31 min

 

 

 

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Bataille du Monte Cassino

 Bataille du Monte Cassino cassin10

 

Le terme bataille du Monte Cassino couvre en fait une série de quatre batailles de la Seconde Guerre mondiale, livrées, autour du Monte Cassino, de janvier à mai 1944, par les Alliés contre les forces allemandes pour percer la ligne Gustave afin de faire la jonction avec les forces débarquées à Anzio et d’occuper Rome.
Durant cet épisode, des centaines de bombardiers anéantirent l’abbaye du Mont-Cassin.

Contexte et géopolitique
Après l’opération Husky (débarquement et prise de la Sicile par les Alliés) en septembre 1943, puis le débarquement enCalabre et la prise de Naples, le front d’Italie s’est enlisé. Certes les Allemands ne peuvent aligner qu’une armée réduite face aux Alliés, mais le front lui-même se réduit à la largeur de la botte italienne, qui est bien plus facile à défendre que les immensités de l’espace russe.
L’Italie a théoriquement rejoint le camp allié, mais la plupart des troupes italiennes ont été désarmées ou froidement exécutées par les Allemands, comme la division Acqui sur l’île grecque de Céphalonie2. Les Allemands ont installé une république fasciste fantoche dans le nord de la botte, la république de Salò, dirigée par Mussolini. Si les Allemands disposent de troupes moins nombreuses que les Alliés, celles-ci sont solidement retranchées sur un solide dispositif de défense couvrant toute la largeur de la péninsule italienne, qui atténue leur infériorité numérique : échelonné sur plusieurs lignes, ce dispositif est constitué par une série de fortifications plus ou moins denses, qui utilisent les sommets desApennins comme un véritable rempart. Les quelques vallées ou plaines littorales permettant les communications du sud vers le nord sont, quant à elles, entièrement minées et parsemées de réseaux de barbelés. La plus redoutable de ces rangées défensives est la ligne Gustav, qui s’appuie sur la région montagneuse des Abruzzes et dont le verrou est constitué du massif fortifié du Monte Cassino.
Le maréchal allemand Kesselring barre ainsi fermement la route de Rome aux Alliés, tandis qu’après la conférence de Téhéran, fin 1943 avec les Soviétiques, un autre front doit être ouvert en Europe occidentale. Le théâtre de laMéditerranée et des Balkans est relégué au second rang, au grand dam de la Grande-Bretagne, qui a bien du mal à influer sur le cours des événements entre les deux grandes superpuissances : l’Union soviétique et les États-Unis.

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Du point de vue géopolitique, Winston Churchill voulait contrer directement et immédiatement l’avancée soviétique déjà amorcée dans les Balkans. Du point de vue militaire, la topographie montagneuse de la région favorise la défense et les combats auraient été très coûteux. Mais, après la campagne d’Afrique du Nord, les États-Unis mènent de plus en plus les affaires militaires par la valeur relative de leurs engagements, et l’URSS n’a aucun intérêt à voir ses ambitions en Méditerranée contrariées. Pour ces deux puissances, le débarquement en Sicile n’est que le préambule à la campagne d’Italie, qui elle-même n’est que le prélude à l’opération Overlord (nom anglo-saxon de la bataille de Normandie débutant par le débarquement en Normandie), en attendant que le renforcement en matériel et troupes destinés à cette dernière soit prêt en Grande-Bretagne.
Début 1944, les Alliés ont donc finalement choisi la Normandie comme axe d’attaque principal, et le gros de leurs efforts se concentre sur la préparation de cette opération gigantesque. Dans ces conditions, les opérations alliées en Italie n’ont pas la priorité. De plus, les Allemands ne semblent pas prêts à abandonner Rome sans en faire payer le prix fort.

Chronologie
Janvier – mars 1944 : échec des attaques frontales anglo-américaines sur Cassino
Les Alliés veulent rompre la ligne Gustav pour pouvoir atteindre Rome, tandis que les Allemands essayent de freiner au maximum l’avance alliée. Le général Eisenhower, commandant suprême des forces alliées, le général Clark de la Ve armée américaine, et le général Leese de la VIIIe armée britannique, sont opposés au feld-maréchal Albert Kesselring, commandant en chef, et au général Heinrich von Vietinghoff, commandant de la Xe armée allemande.
Kesselring va définir la situation de la bataille autour du mont en tenant une coupe de vin d’Asti en présence de ses officiers : « Les Anglo-Américains et leurs alliés français occupent le fond de ce verre. Et nous, nous sommes assis sur le bord ! »
Les Alliés engagent à l’origine une division blindée et six divisions d’infanterie, puis, par la suite, trois divisions blindées et treize divisions d’infanterie, soit 300 000 hommes. Les Allemands ont au début quatre divisions de Panzers et cinq divisions d’infanterie, auxquelles s’ajoutent par la suite une division de Panzergrenadiere et cinq divisions d’infanterie, soit 100 000 hommes.
Il faut quatre opérations aux Alliés pour qu’ils parviennent à s’emparer du Monte Cassino et de son monastère, pour dégager la vallée du Liri, seule voie pour prendre Rome. La hauteur sur laquelle se trouve le monastère (516 mètres) est la clef du dispositif défensif allemand. Elle surplombe la ville de Cassino, ainsi que la route nationale, et domine les vallées du Rapido au sud-est et du Liri au sud-ouest. Durant trois mois, le général Von Senger und Etterlin renforce ses défenses. La première division parachutiste d’élite des Fallschirmjägersoutenue par des bataillons d’infanterie et le 14e Panzerkorps sont chargés de sa défense.
Au début du mois de janvier, les Alliés lancent une succession de raids de 3 000 bombardiers contre les voies de communication allemandes. Le 15 janvier 1944, le 2e corps américain du général Keyes prend le mont Trocchio avec le soutien du corps expéditionnaire français (CEF). Cette unité française, composée essentiellement de troupes de l’Armée d’Afrique et commandée par le général Alphonse Juin, est en effet engagée sur le front d’Italie aux côtés des Américains depuis le mois de décembre 1943.

 

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Le 17 janvier 1944 commence la première bataille du Monte Cassino. Initialement, le plan prévoyait que le CEF opère une attaque de diversion visant à déborder Cassino par la montagne, au nord-est, en atteignant Atina par le mont Santa Croce et le Carella ; tandis que le 2e corps américain, avec une partie de la 1re division de chars, marche sur les villes de Cassino et de Sant’Angelo, et que le 10e corps britannique progresse vers Minturno. Toutes ces opérations doivent préparer l’opération Shingle, qui consiste en un débarquement à Anzio-Nettuno, prévu pour le 22 janvier 1944, sur les arrières du flanc droit de la ligne Gustav. Lors de la première phase des opérations, le 10e corps britannique du général McCreery parvient à franchir le fleuve Garigliano, près de son embouchure. Il arrive le 19 janvier près de Castelforte. À partir du 20 janvier, les Allemands lancent des contre-attaques qui sont repoussées au bout de douze jours. Dans une seconde phase, le 2e corps américain du général Keyes lance la 36e division contre Sant’Angelo, appuyée par la 34edivision qui attaque Cassino. La tentative de franchissement du fleuve Rapido par la 36e division échoue toutefois le 20 janvier 1944. La 34e division réussit presque à prendre Cassino et le monastère : ils approchent à 300 mètres seulement de l’objectif. Lorsque la 4e division indienne vient relever les Américains, la division ne compte plus que 840 hommes sur les 3 200 présents au début de l’attaque.
Au début du mois de février, les Allemands ont reconquis la majeure partie du terrain perdu. Le 6 février 1944, la 36e division américaine est relevée par la 2e division néo-zélandaise. Les troupes débarquées à Anzio sont, quant à elles, immobilisées par les forces allemandes.

 

 

cassin14
Soldats italiens

 

De son côté, si le CEF n’a pu s’emparer du mont Santa Croce et du Carella, faute de réserves, il a enregistré de nombreux succès sur un terrain escarpé particulièrement difficile : la prise de La Selva, de la Costa San Pietro (1 450 mètres d’altitude), d’Acquafondata et de la Monna Casale (dont les deux sommets jumeaux culminent à 1 220 et 1 225 mètres) ont constitué souvent autant d’exploits sportifs que militaires. En deux mois, la 2e DIM puis la 3e division d’infanterie algérienne (3e DIA), appuyées par deux groupements de tabors marocains (GTM), ont obtenu des résultats significatifs : une avance de plus de 15 kilomètres à certains endroits en pays montagneux, la capture de 1 200 prisonniers, la mise hors de combat d’une division allemande en entier. Au cours de l’offensive de janvier 1944, les tirailleurs nord-africains ont été les seuls à menacer sérieusement la ligne Gustav, réussissant même à la rompre au Belvédère lors de l’incroyable assaut du 4e régiment de tirailleurs tunisiens (4e RTT). Plus tard, dans ses mémoires, le général de Gaulle écrira que lors de cette bataille, « le 4e régiment de tirailleurs tunisiens accomplit un des faits d’armes les plus brillants de la guerre au prix de pertes énormes »3. Mais ces opérations sur le flanc nord-est de Cassino ne constituent pas la priorité de l’état-major anglo-américain, qui persiste à vouloir enfoncer le verrou du Monte Cassino par une attaque frontale.
Du 15 au 18 février 1944 se déroule ainsi la deuxième bataille du Monte Cassino. La 4e division indienne et la 2e division néo-zélandaise se préparent à prendre d’assaut le Monte Cassino, en passant par la crête de la Tête de Serpent, et à s’emparer également de la gare du chemin de fer de Cassino. Le 15 février 1944, le commandement allié ordonne le bombardement du monastère du Monte Cassino. 224 appareils larguent 420 tonnes de bombes qui rasent le monastère : les Alliés pensaient que des observateurs allemands se trouvaient sur les toits, ce qui était faux. La destruction du monastère permet toutefois aux Allemands d’en faire une véritable forteresse. L’attaque terrestre est déclenchée le 16 février. Les Néo-Zélandais prennent la gare de Cassino, mais doivent peu après s’en retirer. Le 17 février, la 78e division britannique se joint au corps néo-zélandais, mais le lendemain, l’opération est suspendue. Le mauvais temps neutralise les mouvements durant 3 semaines. Du 14 au 22 mars, la bataille reprend. Le général néo-zélandais Freyberg attaque en direction du sud, le long des deux rives du fleuve Rapido, après des bombardements intensifs. Les Alliés veulent s’emparer de la ville de Cassino, mais après 6 jours de combat, le corps néo-zélandais est obligé de se retirer. La situation s’enlise et la propagande allemande s’en donne à cœur joie : sur les murs de l’Europe occupée une affiche compare l’avancée des armées alliées en Italie à celle d’un escargot !
Mai 1944 : succès de la manœuvre française de débordement au sud de Cassino (bataille du Garigliano, opération Diadem)
Du 11 au 19 mai ont lieu simultanément les troisième et quatrième batailles du Monte Cassino : la bataille des Français et celle des Polonais.
Au printemps 1944, les Alliés opèrent un repositionnement de leurs unités en vue de leur nouvelle offensive. La VIIIe armée britannique et le Corps expéditionnaire français sont ainsi redéployés en secret. L’offensive alliée qui se prépare s’appuie sur les plans audacieux du général Juin, qui a réussi à imposer ses vues à l’état-major anglo-américain. Juin veut éviter toute nouvelle attaque frontale contre Monte Cassino, dont les défenses ont été encore renforcées et d’où les troupes allemandes d’élite paraissent impossibles à déloger. C’est au contraire par la montagne, là où l’ennemi ne s’y attend pas, qu’il faut porter l’effort principal : à travers les monts Aurunci, à 25 kilomètres au sud-ouest de Cassino, considérés par les Allemands comme « impénétrables aux armées », .
Dans le plan d’attaque4, le plus gros effort incombait à la 8e armée qui devait tâcher de « briser les lignes de défenses ennemies dans la vallée du Liri et avancer en direction de Rome ». La 5e armée avait reçu l’ordre d’attaquer et de pénétrer dans la vallée du Liri, par les monts Aurunci, ainsi que d’opérer le long de la route côtière n° 7, pour se diriger ver Minturno.

Dans le cadre de ce plan les rôles furent distribués ainsi :
• pour la 8e armée :
• Le 2e corps polonais doit « conquérir le mont Cassin et opérer contre Piedimonte ».
• Le 13e corps britannique doit traverser le Gari et attaquer dans la vallée du Liri
• Le 1er corps canadien doit avancer par la vallée du Liri à la suite du 13e corps
• Le 10e corps britannique, ayant une tâche défensive, dans le secteur nord-est du Monte Cairo, c’est-à-dire à droite du 2e corps polonais, doit simuler sur son aile gauche une attaque en direction d’Atina.
• Pour la 5e armée :
• Le corps français doit opérer contre la massif des monts Aurunci et ensuite sur le cours supérieur du Liri.
• Le 2e corps américain doit opérer le long de la route côtière n° 7.

Ce plan doit permettre de couper les positions arrières de l’ennemi, enveloppant ainsi toute la ligne Gustav. Pour Juin, seul le CEF est capable de mener à bien cette opération, grâce à l’aptitude au combat en montagne des tirailleurs et des goumiers du général Guillaume, ainsi que leurs trains muletiers.
Le plan prévoit une attaque du 2e corps polonais contre le monastère par le nord, tandis que le 13e corps britannique doit franchir le fleuve Rapido pour couper la route nationale et isoler la ville.
Tout en acceptant ce plan, Anglais et Américains doutent néanmoins que les Français puissent réussir à accomplir la manœuvre de débordement qui permettrait d’ouvrir enfin les portes de Rome. La date et les objectifs de cette offensive restent inconnus des Allemands, comme en témoigne l’envoi de leurs réserves vers Anzio, où ils prévoient une tentative de percée des Alliés. Une autre inconnue inquiète Kesselring : « savoir où et comment le CEF avec ses divisions entraînées pour la montagne et ses solides combattants marocains allait être engagé. »5.

L’opération de rupture de la ligne Gustav est initialement confiée à la 2e division d’infanterie marocaine (2e DIM), « le bélier du CEF » selon l’expression de Juin, qui doit s’emparer pour cette mission des monts Faito et Majo. L’offensive générale des Alliés se déclenche le soir du 11 mai 1944, à 23 heures, sur l’ensemble du front italien. Une intense préparation d’artillerie de 2 000 canons précède l’attaque. Mais dans le secteur de la 2e DIM ce bombardement n’arrose que les crêtes, sans détruire le dispositif de défense allemand (blockhaus, barbelés, mines…), qui sillonne les pentes que doivent gravir les tirailleurs marocains avant de pouvoir s’emparer des sommets. Dans les autres secteurs d’attaque du CEF, comme celui de la 4e division marocaine de montagne (4e DMM), aucune préparation d’artillerie n’a lieu. Cet assaut va s’avérer redoutable. Les régiments de la 2eDIM se lancent ainsi dans une attaque de nuit aux combats souvent confus et très meurtriers, mais la ligne Gustav tient toujours. Juin décide la reprise de l’offensive pour la nuit suivante, après une préparation d’artillerie plus importante et mieux ciblée. Très tôt dans la matinée du 13 mai, c’est la ruée des tirailleurs marocains sur les positions allemandes, ravagées par le « rouleau de feu » des canons français, qui finissent par céder. La prise du mont Majo par les troupes marocaines de la 2e DIM est saluée par un drapeau français de 30 m² hissé à son sommet (940 mètres) et visible à des kilomètres à la ronde, par les troupes du CEF comme par les Allemands..

L’exploitation est maintenant possible vers les monts Aurunci puis, plus à l’ouest, les monts Lépins. C’est la 4e DMM et les trois Groupes de Tabors Marocains, formant le corps de montagne du CEF, qui s’en chargent dès le 14 mai, à « un train d’enfer ». « Les Français avancent si rapidement, que les communiqués ne peuvent suivre leur rythme », rapporte un journaliste américain6. Suite à cet assaut des goumiers marocains dans les monts Aurunci, les Britanniques prirent l’habitude de qualifier toute attaque audacieuse de « goumisation »7. Les combattants marocains prennent par la suite le mont Fammera (1 175 mètres) et le mont Revole (1 307 mètres).
Parallèlement, le 4e régiment de spahis marocains (4e RSM) incorporé temporairement à la 3e DIA œuvre à la prise de Castelforte, sur le Garigliano, qui ouvre la route d’Ausonia dans la vallée de l’Ausente ; ce qui permet de déboucher sur la vallée du Liri, au sud-ouest de Cassino, derrière les lignes allemandes. De son côté, le 3e régiment de spahis marocains (3e RSM), mis provisoirement à la disposition de la 1re division de la France libre (1re DFL), participe au mouvement général de cette division qui s’engage dans la haute vallée du Liri via San Apollinare (6 kilomètres au sud de Cassino), en débordant également Cassino par le sud.
Tandis qu’une attaque aérienne détruit le quartier général de la Xe armée allemande, l’avancée du CEF, tant en montagne que dans les vallées, entame le dispositif défensif allemand de la ligne Gustav et facilite la progression des Britanniques et des Américains. Ces derniers atteignent ainsi rapidement Spigno, sur l’axe Minturno – Cassino. Le 17 mai 1944, Kesselring ordonne à ses troupes de laisser Cassino de côté, de crainte de se voir enveloppé par la manœuvre française. Le même jour, la route nationale est coupée par le 13e corps.

18 mai 1944 : victoire polonaise sur le Monte Cassino
Dans le même temps, les Polonais du 2e corps polonais du général Anders mènent la quatrième et ultime bataille. Ils ont commencé le 11 mai 1944 leur assaut sur le monastère, et, au terme de combats acharnés prennent le monastère du Monte Cassino qui tombe le 18.
Débarqués en Sicile en juillet 1943, 50 000 soldats du 2e corps polonais du général Władysław Anders, sous le commandement du général Eisenhower ont participé à la campagne d’Italie. Alors que la progression des Alliés était arrêtée au pied du Monte Cassino, ils prirent part de manière décisive à une bataille parmi les plus dures de toute la campagne d’Europe.
L’assaut avait été précédé de préparatifs, courts et discrets pour ne pas alerter l’adversaire : les sapeurs polonais ont aménagé, de nuit, chemins et routes pour acheminer en secret équipements et munitions le plus près possible du sommet et de l’abbaye. Ce chemin conserva longtemps son appellation de « Chemin du génie (ou des sapeurs) polonais »8.
Participèrent à la bataille la 5e Division des Confins, commandée par le général Nikodem Sulik, et la 3e Division de chasseurs des Carpates, commandée par le général Duch.

La partie sommitale, complètement à découvert, offrait peu d’abris naturels. Les Polonais s’accrochèrent néanmoins au terrain sous le feu allemand.
Mettant un terme à deux mois d’infructueux assauts alliés contre le rocher du monastère bénédictin et au prix d’énormes sacrifices, le 18 mai 1944 à 10 h 20, les soldats polonais du général Anders eurent l’honneur de hisser sur les ruines du monastère du Monte Cassino, le drapeau du 12e régiment de lanciers Podolski, faute de drapeau national polonais disponible. Un clairon fit sonner le hejnal mariacki, la mélodie jouée chaque heure à la Basilique Sainte-Marie de Cracovie. Un chant polonais intitulé Les Coquelicots rouges du Mont Cassin dit que « là-bas », au Monte Cassino, les coquelicots seront toujours plus rouges car ils se sont abreuvés du sang des Polonais. La victoire était chèrement acquise, mais la route de Rome était ouverte.

Les pertes polonaises s’élevèrent à :
• tués : 72 officiers, 788 sous-officiers et hommes de troupe ;
• blessés : 204 officiers, 2 618 sous-officiers et hommes de troupe ;
• disparus : 5 officiers, 97 hommes de troupe.

Le 18 mai 2004, le Pape Jean-Paul II dit dans un discours s’adressant au Président de la République polonaise :
« Chaque Polonais se souvient avec orgueil de cette bataille qui, grâce à l’héroïsme de l’armée commandée par le général Anders, ouvrit aux Alliés la route de la libération de l’Italie et de la défaite des envahisseurs nazis. Au cimetière militaire du Monte Cassino, se trouvent des tombes surmontées de croix latines et grecques, ainsi que des pierres tombales portant l’étoile de David. Là-bas reposent les héros tombés au feu, unis par l’idéal de lutter pour « votre liberté et pour la nôtre », qui inclut non seulement l’amour pour sa propre patrie, mais également la sollicitude pour l’indépendance politique et spirituelle d’autres nations. »

Bilan
Les Alliés ont perdu environ 115 000 hommes (tués et blessés). Les Français, ou plus précisément les goumiers marocains et lestirailleurs tunisiens subirent des pertes effroyables. Les Allemands perdirent 60 000 hommes. Le 19 mai, Kesselring écrit « Les Français et surtout les Marocains ont combattu avec furie et exploité chaque succès en concentrant immédiatement toutes les forces disponibles sur les points qui faiblissaient »9.

Le 20 mai, les Allemands – qui battent en retraite – voient leur situation s’aggraver : le 23, la percée des troupes alliées les encercle dans Anzio. Le 25 mai Piedimonte, extémité est de la Ligne Hitler, est pris par les Polonais. Le 26 mai, spahis et tirailleurs marocains s’emparent de la ville de Pastena, tandis que la 3e DIA occupe la localité de San Giovanni, après une lutte très violente et le plus grand combat de chars de la campagne d’Italie, au cours duquel se sont illustrés les tankistes français. La bataille du Garigliano est terminée, l’ensemble des monts Aurunci est alors aux mains de l’armée française, qui a réussi où ses alliés avaient échoué durant des mois : faire sauter le verrou de Cassino et ouvrir la route de Rome. Le 4 juin 1944, la capitale italienne est libérée. Le colonel allemand Böhmler, l’un des défenseurs de Cassino, confie dans ses mémoires : « La grande surprise fut l’attitude au combat du Corps expéditionnaire français. C’est Juin qui, en s’emparant du mont Majo et en faisant irruption dans la vallée du Liri, a réduit en miettes la porte de Rome. ». Le 29 mai, Kesselring note dans son rapport quotidien : « Spécialement remarquable est la grande aptitude tout terrain des troupes marocaines, qui franchissent même les terrains réputés impraticables, avec leurs armes lourdes chargées sur des mulets, et qui essaient toujours de déborder nos positions par des manœuvres et de percer par derrière »10. La plupart des analystes militaires considèrent la manœuvre des goumiers comme la victoire critique qui a finalement ouvert la route de Rome aux alliés11.

Après la libération de Rome, les Alliés continuent leur avancée en direction du nord de l’Italie avant de s’embourber de nouveau, au cours de l’automne 1944, face à une nouvelle ligne de défense allemande, la ligne gothique, au nord du fleuve Arno. Auparavant, plusieurs de leurs unités, dont celles du CEF, sont retirées d’Italie durant l’été pour participer à l’opération Anvil : le débarquement allié qui se prépare en Provence, programmé le 15 août 1944. Celui-ci constitue le deuxième acte de la priorité stratégique anglo-américaine définie en 1943 pour le front Ouest, après le débarquement du 6 juin 1944. Malgré l’intensité des combats pour s’emparer de Cassino, le courage et les sacrifices des troupes alliées engagées dans cette bataille, les exploits de l’armée française permettant une libération de Rome fort prometteuse, la campagne d’Italie reste donc reléguée à un rôle secondaire : « L’une des tragédies de la campagne d’Italie fut que le triomphe des armées alliées coïncida avec le début du débarquement en Normandie »12. Suite au retrait du CEF d’Italie, le général Clarke dans une lettre au général Juin soulignera « combien la part vitale prise par les troupes françaises de la Ve Armée pendant toute la campagne d’Italie contre l’ennemi commun a été universellement reconnue. »13.

Crimes de guerre et polémique après la bataille
Les accusations

Les Goumiers du Corps expéditionnaire français ont été accusés de nombreux crimes de guerre qui auraient été perpétrés au cours de cette campagne, notamment dans les environs de la région de la Ciociarie. Destruction de villages, vols et violences, mais surtout viols de masse (et assassinat de ceux qui essayaient de s’interposer)14 se seraient multiplié autour du Monte Cassino. Si en 1950, l’Union des Femmes Italiennes, organisation communiste féminine, parle d’environ 12 000 victimes15 et tente d’obtenir des indemnités pour celles-ci16, un rapport du sénat italien de 1996 fait état de 2 000 femmes violées, de 700 hommes tués17.
Ces viols commis autour de Montecassino sont mis en relief pour leur gravité et pour le nombre de victimes : perpétrés en deux jours seulement, ils sont comparables en intensité à d’autres épisodes similaires, notamment les crimes soviétiques lors de la bataille de Berlin.
De ces événements viennent les expressions populaires italiennes « marocchinate » (littéralement « marocanisés », dans le sens de « violé(e)s par des Marocains »18) et « marocchinare » (« marocaniser »). Ces événements servent de toile à un roman d’Alberto Moravia, La Ciociara, adapté en film par Vittorio de Sica : La Paysanne aux pieds nus.
Les archives et les travaux d’historiens
Les archives du S.H.A.T19. établies à partir de documents émanant du QG de la Ve armée américaine, où furent enregistrées les plaintes des victimes ou des parents des victimes, font état de 160 informations judiciaires concernant 360 individus. Il y eut 125 condamnations pour des affaires de viol, 12 pour attentats à la pudeur et 17 pour homicide volontaire. Les affaires les plus graves furent selon ces archives commises du 29 au 31 mai.
À titre de comparaison, l’historien américain J. Robert Tilly dans son ouvrage La Face cachée des GIs, rend compte de 379 dossiers archivés, de 879 cas dénombrés officiellement, et extrapolant sur ces bases pour tenir compte des affaires n’ayant jamais donné lieu à des plaintes, estime que plus de 17 000 viols auraient été commis par les GIs pendant les campagnes de France et d’Allemagne entre 1942 et 194520. Les viols commis par l’Armée soviétique sont quant à eux estimés à plus de deux millions en 1944-1945 (dont 100 000 pendant la seule bataille de Berlin, cf. l’ouvrage Une femme à Berlin)21.
L’historien Jean-Christophe Notin22 apporte d’autres explications :
• sorte de « coupables passe-partout », les Marocains sont loin d’avoir été les auteurs de toutes les atrocités de cette campagne. Certains journalistes anglais ont reconnu que les seuls incidents dont ils se souviennent n’impliquèrent pas des Marocains, mais des GI’s23. Une enquête de 1946 constatera que le gouvernement italien versait 15 000 liresau plaignant à chaque dépôt de plainte, ce qui aurait pu encourager certaines dérives ;
• selon le général Guillaume, la campagne de dénigrement est probablement née dans les milieux diplomatiques de l’Axe en poste dans les pays neutres ;
• le Reich avait également tout intérêt à diffuser les pires rumeurs sur le Corps expéditionnaire français. Une grande partie des prisonniers allemands se sont déclarés surpris du bon traitement accordé par les Français après tout ce que leurs chefs leur avaient dit sur la cruauté des Alliés. En mettant au pilori les Marocains, les Allemands auraient également tenté de leur faire endosser la responsabilité d’une partie de leurs propres crimes. De nombreux villages ont été massacrés par des éléments de la Wehrmacht ;
• pour les Italiens, faire passer les nouveaux conquérants pour les pires démons permet sans doute d’effacer une part de l’humiliation nationale et de la déchéance du fascisme.
Jean-Claude Notin conclut « que les regrettables exactions avérées, débarrassées des élucubrations de ceux qui ont voulu faire porter aux Marocains le chapeau de leurs propres turpitudes, ne fassent toutefois jamais oublier que ce même idéal guerrier les fera libérer la France et conquérir le Reich. »

Notes et références
1. ↑ (it) Gli Uomini della RSI : EDOARDO SALA [archive]
2. ↑ (fr) La tragédie de Céphalonie [archive]
3. ↑ Charles de Gaulle, Mémoires de guerre. L’unité. 1942-1944, vol. II, éd. Plon, Paris, 1960, p. 267
4. ↑ Mémoires du général Anders, op. cit. p.252
5. ↑ « Kesselring’s answers to questionnaire events in the Italian campaign » cité dans Jean-Christophe Notin, La campagne d’Italie. Les victoires oubliées de la France (1943-1945), éd. Perrin, 2002, p.378
6. ↑ Un correspondant de guerre américain remarque : « Les Français ont une haine froide, implacable de l’ennemi qui est presque effrayante ; ils sont guidés par un tel désir féroce [...] de regagner leur honneur qu’on sait qu’ils ne seront arrêtés que par la mort, et que, dans la victoire, ils ne montreront aucune merci. [...] Ils avancent si rapidement que les communiqués ne peuvent suivre leur rythme. » Voir François Broche, Georges Caïtucoli et Jean-François Muracciole (dir.), La France au combat, Paris, Perrin, SCÉRÉN-CNDP, 2007, seconde époque, première partie, p.197 : « Vers la Libération (juin 1943-mai 1944) », chapitre 3 : « Le corps expéditionnaire français en Italie »
7. ↑ « In the widely seen British television documentary The « World at War », the work of the Tabors was also lauded. A british officer commented that after Diadem the Goums were held in awe, and British troops would often refer to any particulat audacious attack as « gouming it » « , Edward L. Bimberg, The morocaan goums, Greenwood press, 1999, p.68
8. ↑ Tiré des mémoires du général Anders, le vainqueur de Monte Cassino, op. cit.
9. ↑ Georges Spillmann, Souvenirs d’un colonialiste, Presses de la cité, 1968, p.171
10. ↑ Pierre Le Goyet, La participation française à la campagne d’Italie, 1943-1944Impr. nationale, 1969, p.182
11. ↑ « Most military analysts consider the Goumiers’ manœuvre as the critical victory that finally opened the way to Rome » — Edward Bimberg, The Moroccan Goums: Tribal Warriors in a Modern War [archive], Greenwood Press, 1999 (ISBN 0-3133-0913-2)
12. ↑ général W.G.F. Jackson, officier d’État-Major du général Alexander
13. ↑ Général Juin, Mémoires du général Juin, Fayard, 1959, vol. 1, p. 355.
14. ↑ (en) Massacres and Atrocities of World War II [archive]
15. ↑ (fr) Le corps expéditionnaire français en Italie [archive] – Cairn.info, 2007
16. ↑ (it) Seduta notturna di lunedì 7 aprile 1952 [archive] – Site de la Chambre des députés italienne, séance du 7 avril 1952 [PDF]
17. ↑ (it) Norme in favore delle vittime di violenze carnali in tempo di guerra [archive] – (« Mesures en faveur des victimes de viols en temps de guerre »), site du Sénat italien, Acte no 1081 du 25 juillet 1996[PDF]
18. ↑ La Stampa, « Guerra mondiale al centro di nueve ricerche – La ciociara e le altre [archive] », 25 novembre 2002. Consulté le 26 novembre 2009
19. ↑ cote 10P11
20. ↑ (de) Sebastian Ullrich: Rezension zu: Lilly, J. Robert: La Face cachée des GIs. Les Viols commis par des Soldats Américains en France, Angleterre et en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale 1942-1945, Paris, 2003. In: H-Soz-u-Kult, 10 décembre 2003, sur hsozkult.geschichte.hu-berlin.de [archive].
21. ↑ (en) « They raped every German female from eight to 80 », The Guardian [archive]
22. ↑ Jean-Christophe Notin, La campagne d’Italie. Les victoires oubliées de la France (1943-1945), éd. Perrin, 2002, 629 pages (ISBN 2-2620-1734-4 et 978-2-2620-1734-7)
23. ↑ « le seul incident dont je me souvienne n’impliqua pas les Marocains aux cagoules mais des GI’s » – Marsland Gander, After these Many quests, MacDonald, 1949

 

 

 

 

Commentaire : commandoair40" http://militaires-d-hier.forumgratuit.org/t4486-bataille-du-monte-cassino#31371
Dure Bataille ..............que de morts pour un si petit morceau de terre .
Viols ...................qui osera jeter la première pierre .
D'après certaines personnes , les premiers au HIT PARADE ..........sont les RUSSES (plein de haine et de vodka , ont même violés des cadavre de femmes Allemandes )
Les US sont les deuxième .............le chemin est long ............Angleterre ..........France ..........Allemagne ; a leur arrivée les chiffre du nombre de viols augmentaient en flèche et ce dans chaque pays cités ci-devant , de plus les noirs , comme nos marocains , avaient bon dos .( Le racisme Allemand et Américain)
J'en arrête là .
Ceci hélas est un fait de notre Histoire

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

 

 

 

21 mars 2013

La seconde bataille d’El-Alamein

Classé sous — milguerres @ 22 h 33 min

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

La seconde bataille d'El-Alamein alamei11

La seconde bataille d’El-Alamein est un épisode de la guerre du désert durant la Seconde Guerre mondiale. Elle se déroula fin octobre, début novembre 1942.
Elle fut décisive dans le sens où elle permit aux Britanniques de repousser les Allemands qui menaçaient depuis plus de six mois la ville d’Alexandrie et le canal de Suez. Si les Allemands avaient réussi, ils auraient envahi une grande partie de l’Empire britannique. Mais la supériorité en chars de l’armée britannique et la domination de la mer Méditerranée par laRoyal Navy empêcha l’Afrikakorps (DAK) d’être ravitaillé de manière efficace. Perdant de fait l’initiative, Rommel dut se résoudre à la défensive, chose dans laquelle il excellait moins que dans l’offensive. De fait, Montgomery, après avoir repoussé en septembre la dernière offensive du « Renard du désert » à Alam el Halfa, put préparer la grande offensive pour chasser les Germano-Italiens d’Afrique.

Prélude
Le 22 septembre, Rommel, trop malade pour continuer à assurer le commandement du DAK, confie celui-ci au généralGeorg Stumme. Le lendemain, Rommel décolle de Derna à destination de Rome où il doit rencontrer Mussolini. Après cette escale romaine, Rommel s’envole pour Berlin où il s’entretient cette fois avec le Führer, puis, part pour le centre d’hospitalisation du Semmering à proximité de Wiener Neustadt. À ce moment-là, Hitler ne pense aucunement renvoyer Rommel en Libye mais plutôt sur le front russe.
Début octobre, Rommel se rend à Berlin pour répondre à plusieurs interviews pour la presse allemande à laquelle il annonce que l’Afrika Korps atteindra bientôt Alexandrie sans toutefois cacher les difficultés de ravitaillements et l’avance de plus en plus difficile. Son moral est d’ailleurs remonté à la suite de la promesse d’Hitler de lui envoyer très rapidement des chars Tigre I dont Rommel vient de voir le prototype. Rommel sera ensuite acclamé lors d’un meeting en son honneur dans le palais des sports de Berlin, où tous les dignitaires nazis sont là pour le féliciter. À la tribune, Rommel fera un discours très optimiste sur la suite des opérations, puis, raconte des anecdotes sur les victoires au quotidien qu’il remporte à la tête de ses troupes.

En Afrique pendant ce temps-la, l’armée alliée renforce ses positions et en particulier celle d’El-Alamein. De plus, les combats continuent et ce sont en grande partie les Italiens qui en supportent le poids. Ainsi, le 2 octobre, le 10ebataillon, du commandant Grossi, de la Folgore repousse à lui seul une attaque de la 6e brigade néo-zélandaise en détruisant 20 chars Grant mais perd son commandant. Le 12, c’est le groupement Ruspoli, qui relève des troupes de la Division Trieste dans l’Himeimat et en particulier les côtes 103 et 125. Là, le groupement fait face à deux ennemis, la chaleur intenable et la maladie provoquée par celle-ci, dysenterie, insolations, scorbut… et qui font des ravages dans les rangs italiens et les armées alliées, qui ne cessent d’attaquer la position. Malgré tout, à la suite des pertes provoquées par les hommes du colonel Ruspoli, mais aussi aux conditions de vie dans l’armée britannique, plusieurs mutineries ont lieu, dont celle des troupes australiennes qui refusent tout simplement de retourner à l’assaut.

L’opération Lightfoot
À la suite de l’échec allemand, Montgomery peut enfin se préparer à lancer une offensive qui aura pour objectif de repousser les Allemands d’Égypte. Le nom de l’opération est Lightfoot.

Forces en présence
Du côté italo-allemand

Sur le front, les forces de l’Axe, contrairement à leurs habitudes (surtout pour les Allemands) doivent se préparer à défendre leurs positions face aux Britanniques. Rommel, peu avant son départ s’est efforcé de mêler les forces allemandes et italiennes entre elles. Les positions défensives de la Panzerarmee sont les suivantes, la 94e Infanterie Division et la division Trento tiennent le front nord, ensuite, la division Bologna soutenue par deux Kampfgruppen de la 22eFallschirmjäger Brigade tient la crête de Ruweisat. Les deux autres Kampfgruppen sont en soutien des divisions Brescia et Pavia. La Division Folgore était mêlée avec le 33e bataillon de reconnaissance allemand. Plus au sud encore, la 15ePanzerdivision et la division blindée(DB) Littorio sont ensemble. L’extrême sud du front au niveau de la Dépression de Qattara étant tenu par la 21e Panzerdivision et la division blindée Ariete. La 90e division légère et la division d’infanterie Trieste sont gardées en réserve.
Cette disposition montre très clairement que les Allemands craignent une attaque au sud. Ils comptent sur la lenteur des Britanniques pour pouvoir ramener leurs blindés au nord en cas d’attaque. Rommel dispose sa défense en profondeur pour rendre les tirs de barrage anglais inefficaces. Nehring blessé est remplacé par von Thoma. À la tête de la 21ePanzerdivision, le général von Randow remplace von Bismarck mort. Dans l’état-major, Gause a été blessé et von Mellenthin est transféré en Europe.
L’Afrikakorps et le corps italien ne sont pas au mieux de leur forme. L’insuffisance du ravitaillement italien fit que les rations étaient diminuées de moitié, et les hommes n’avaient reçu aucun aliment gras ou légume les jours précédant l’offensive. De plus, le climat entraînait un nombre important de malades parmi les rangs des combattants. Les Allemands disposent donc en octobre de 54 000 soldats, les Italiens de 62 000. La Luftwaffe et la Kriegsmarine disposent eux de 15 000 hommes. Il y a en tout 90 000 hommes dont 69 000 combattants. Les Italiens, eux, sur l’ensemble du territoire africain disposent de 146 000 hommes dont la moitié seulement sont des combattants. 

L’effectif en hommes et matériels des divisions allemandes est le suivant :
• 15e Panzerdivision : 223 officiers, 3 294 hommes (sur un effectif théorique de 9178), 47 canons anti-char, 36 canons de campagne, 65 Panzer (de tous types, y compris Panzer II), 16 voitures blindées et 1 604 camions ;
• 21e Panzerdivision : 290 officiers, 8 706 hommes, 53 canons anti-char, 47 canons de campagne, 68 Panzer de tous types, 16 voitures blindées et 1 805 camions ;
• 90e Leichte Division : 133 officiers, 4 679 hommes, 18 canons anti-char, 19 canons de campagne, 5 voitures blindées, 1 441 camions ;
• 164e Leichte Division : 236 officiers, 6 708 hommes, 45 canons anti-char, 10 canons de campagne. L’appellation « légère » est provisoire, l’unité étant en cours de transfert depuis la Crète ;
• Troupes organiques : 236 officiers, 6 912 hommes, 85 canons légers de Flak, 29 canons lourds de Flak, 51 canons lourds de campagne, 1 108 camions3.
Ces effectifs datent du 1er août ; en octobre, avec l’arrivée des renforts, ils ont grossi et la 22° Fallschrimjager Brigade « Ramcke » est arrivée. En tout, il y a 242 chars (173 Panzer III, 38 Panzer IV dont 30 F2, 31 Panzer II). Les Italiens possèdent de leur côté 323 chars, ce qui fait un total pour l’Axe de 565 chars. 22 chars sont en réparation.

Du côté britannique
Montgomery, quant à lui, dispose de 1 029 chars, 200 sont en réserve et près de 1 000 en réparation. La différence avec les Allemands est considérable, mais cela a toujours été ainsi. Ses chars sont répartis en 3 divisions complètes et deux brigades. Contrairement aux précédentes batailles, les Britanniques n’ont plus de Matilda II (à part 12 démineurs) et peu de Crusader à canons de 2 Pdr. 422 chars sont des Grant. Les Sherman M4 qui rivalisent avec le Panzer IV aussi bien pour le canon, le blindage ou la vitesse. 
Le reste est composé de Stuart et de Churchill mk II. L’ensemble des chars est disposé comme suit :
• Troupes organiques d’armée :
• Escadron de protection du QG : 7 Grant plus des voitures blindées ;
• 1st Army Tank Brigade : 12 Matilda Scorpions ;
• 74th Armoured Brigade : 39th, 118th, 124th régiments royaux de tanks composés de chars factices.
• 10th Corps :
• QG du Corps : 2 Crusader 2 Pdr ;
• 1st Armoured Division :
• QG divisionnaire : 8 Crusader 2 Pdr ;
• 12th Lancers : voitures blindées ;
• Kingforce : 6 Churchill Mk II.
• 2nd Armoured Brigade :
• The Queen’s Bay, 9th Lancers et 10th Hussars : 1 Grant, 92 Sherman, 38 Crusader 2 Pdr, 29 Crusader 6 Pdr ;
• 10th Armoured Division :
• QG divisionnaire : 7 Crusader 2 Pdr ;
• The Royal Dragoons : voitures blindées.
• 8th Armoured Brigade :
• 3e Régiment Royal de Tank, Sherwood Foresters Yeomanry, Staffordshire Yeomanry : 57 Grant, 31 Sherman, 33 Crusader 2 Pdr, 12 Crusader 6 Pdr.
• 24th Armoured Brigade :
• 41e Régiment Royal de Tanks, 4e régiment royal de tanks, 47e régiment royal de tanks : 2 Grant, 93 Sherman, 28 Crusader 2 Pdr, 17 Crusader 6 Pdr.
• 13th Corps :
• 7th Armoured Division :

• The Household Cavalry Regiment, 11th Hussars, 2nd Derbyshire Yeomanry : voitures blindées.
• 4th Light Armoured Brigade :
• 4th et 8th Hussars, The Royal Scots Greys : 14 Grant, 67 Stuart.
• 2nd Armoured Brigade :
• 1st et 5th Régiment Royal de Tanks, 4th Country of London Yeomanry : 57 Grant, 19 Stuart, 42 Crusader 2 Pdr, 8 Crusader 6 Pdr.
• 30th Corps :
• 9th Armoured Brigade :
• 3rd king’s Own Hussars, Royal Wiltshire Yeomanry, Warwickshire Yeomanry : 37 Grant, 36 Sherman, 37 Crusader 2 Pdr, 12 Crusader 6 Pdr.
• 23rd Armoured Brigade :
• 8th, 40th, 46th et 50th Régiment Royal de tanks : 194 Calentine 2 Pdr.
• 2e régiment de cavalerie divisionnaire néo-zélandais : 29 Stuart.
• 9e régiment de cavalerie divisionnaire de la 9e division australienne : 15 Crusader 2 Pdr et 4 Stuart.
À ce nombre, il faut rajouter les canons automoteurs M7 Priest et Bishop. Concernant les effectifs, la 8th Army aligne 220 000 hommes contre 110 000 à la Panzerarmee Afrika. L’artillerie comporte 2 000 canons contre 550 canons de campagne et 850 canons anti-char pour les Allemands.

Le plan d’attaque
Pour percer le front de l’Axe, Montgomery prévoit une attaque au nord du 30th Corps avec pour objectif notamment l’ouverture d’un passage dans les champs de mines pour permettre au 10th Corps d’y pénétrer. Le 13th Corps situé au sud développera une attaque vers le plateau de Taqa et une autre au niveau du Djebel Kalakh pour faire diversion et fixer des forces adverses4. Les Britanniques veulent faire subir aux Germano-Italiens des pertes bien supérieures aux leurs, ce qui depuis le début de la guerre du désert ne s’est quasiment jamais produit. Enfin, la victoire de l’infanterie sera un préalable à l’engagement des chars. On le voit, alors que les Allemands craignent pour leur front sud, l’effort anglais va se diriger au nord du front. Cependant, les champs de mines du nord sont extrêmement profonds et vont donc constituer un obstacle de taille pour les Britanniques et leurs alliés.

La bataille
L’infanterie à l’attaque

L’offensive commence le 23 octobre. Des centaines d’avions attaquent les positions de l’Axe. À 21h40, c’est au tour de l’artillerie de bombarder les positions germano-italiennes durant 15 minutes avant de laisser la place à 22 heures à un tir de barrage qui permet aux fantassins de quatre divisions de sortir de leurs positions. Très vite, le génie s’attelle à ouvrir des passages dans les champs de mines. Cela permettra à la 23rd Armoured Brigade de progresser et de soutenir l’infanterie.
Tout au nord, les Australiens malgré des pertes parfois élevées, réussissent à progresser de manière correcte. Sur leur flanc gauche, la 51st Highland Division a bien du mal à avancer. L’ancienne unité d’élite est totalement changée et les charges se font à l’écossaise, bagpiper en tête. La division a comme objectif la Red Line qui doit impérativement être atteinte à 2h45. Ensuite, d’autres unités doivent prendre la relève pour continuer l’assaut. Mais les fantassins éprouvent les pires difficultés à avancer et ceux qui atteignent la ligne ont déjà un fort retard. Seule une compagnie atteint ses objectifs au matin du 24 octobre. Pour les Néo-Zélandais situés plus au sud, le barrage d’artillerie est très efficace et les fantassins atteignent sans trop de mal la Red Line. Le 23rd Battalion décide même de continuer avant de se replier. On attend que les artilleurs britanniques règlent leur tir pour pouvoir de nouveau progresser et atteindre la crête de Miteiriya. À 4 heures du matin, les Néo-Zélandais qui ont réussi à atteindre leurs objectifs s’enterrent. Plus au sud, la quatrième nation de l’offensive, les Sud-Africains ont plus de mal. Certaines unités réussissent à atteindre la Red Line, mais la deuxième vague ne peut atteindre ses objectifs. Les Allemands ont mis en place un feu très efficace. Avec l’aide de l’artillerie, ils réussissent à atteindre leur objectif mais l’aube est déjà là. Sur les autres parties du front tenues par les Sud-Africains, la 164e division d’infanterie allemande est bien retranchée et empêche toute avance. Les fantassins sont de plus bloqués par un champ de mines non indiqué. À l’aube, après avoir forcé les positions adverses, les Sud-Africains sont encore à deux kilomètres de leurs objectifs. Le Frontier Force Battalion qui a mené l’assaut a perdu 189 hommes. Tout au sud, la 3rd Brigade réussit à prendre ses objectifs. À l’aube, les Australiens ont atteint 80 % de leurs objectifs, les Néo-Zélandais 90 %, les Sud-Africains+/-30 % et les Écossais seulement 25 %.

Les chars arrivent
Dès 3 heures du matin, la 9th Armoured Brigade commence à avancer mais est très vite bloquée par un champ de mines et par les Matilda Scorpions qui, ironie du sort, sautent sur les mines qu’ils doivent détruire. D’autres blindés sont détruits et la confusion règne au sein de la brigade. Certains chars arrivent néanmoins à conquérir la crête de Miteiriya avant de perdre 6 Sherman à cause des mines. Le Wiltshire Yeomanry, qui était bloqué par les mines, réussit enfin à avancer en perdant neuf chars de plus et finit par croiser le chemin de la 15e Panzerdivision. Les blindés se replient alors aux abords de la crête toujours tenue par le Warwickshire Yeomanry.
De son côté, la 1st Armoured Division doit avancer jusqu’aux objectifs de l’infanterie (Oxalic Line), puis, progresser de 2 kilomètres vers l’ouest pour empêcher une réaction de l’adversaire face aux Australiens et Écossais. Les Sud-Africains et Néo-Zélandais sont eux soutenus par la 10th Armoured Division. Bien sûr, sur le front écossais, les chars ne peuvent atteindre leurs objectifs et tentent de traverser le champ de mines à travers des couloirs de 8 mètres de large battus par l’artillerie allemande. Se déployant hors des couloirs, des chars sont la cible de canons anti-chars. On le voit, les Alliés sont déjà en difficulté.
Pour la 10th Armoured Division, sur le front néo-zélandais, la progression est au début assez aisée au travers des champs de mines dégagés. Mais, un autre champ qui n’apparaît pas sur les cartes britanniques est repéré et le génie à bien des difficultés à y ouvrir des passages face aux mitrailleuses allemandes. Il est de toute façon trop tard pour espérer que les chars britanniques se faufilent sur les arrières des forces de l’Axe, ils devront affronter à la lumière du jour, les positions défensives très bien placées des Germanos-Italiens. Ainsi, les Sherwood Rangers subissent le feu nourri des batteries anti-char italiennes et dans la confusion du repli, des blindés sautent sur les mines. 16 chars seront ainsi perdus. Le 47th RTR (Royal Tank Regiment) subit, lui aussi, tant de pertes (du fait notamment des88 mm allemands) qu’il est dissous.

Au soir du 24 octobre, les généraux britanniques sont conscients du fait que les objectifs de l’opération Lightfoot sont loin d’être atteints et que l’opération en elle-même n’a aucune chance de déboucher sur un succès. En fait, il n’y a qu’au sud où le 13th Corps réussit sa mission, immobiliser des troupes ennemies. En fin de compte, le front allemand n’a été nullement percé et les pertes des Britanniques et de leurs alliés commencent à être lourdes.

Du côté allemand, la situation n’est pas non plus des meilleures. En effet, alors que le général Stumme cherchait à prendre contact avec les unités en première ligne, il serait mort d’une crise cardiaque à la suite d’un bombardement qui l’aurait propulsé en dehors du véhicule qui l’emmenait au front sans pour autant que son chauffeur s’en aperçoive. Von Thoma prend alors l’intérim en attendant le retour imminent de Rommel. Il est alors ordonné à la 15e Panzerdivision de reprendre le terrain cédé à l’ennemi. De plus, il va s’avérer possible de rappeler la 21e Panzerdivision et la division blindée Ariete qui était retenues au sud, l’effort britannique n’étant plus très important.

La contre-attaque allemande
Dès la fin du 24 octobre, la 15e division blindée allemande contre-attaque dans le secteur australien où les blindés du 40th RTR subissent de lourdes pertes. Il faut ajouter à la contre-attaque, le fait qu’un raid aérien anglais a par erreur lâché ses bombes sur les troupes australiennes. Chez les Écossais, les Panzer ont fort à faire avec les chars de la 2nd Armoured Brigade et perdent 26 de leurs blindés. À 22 heures, la 10e division blindée britannique attaque avec la 24ebrigade à droite et la 8e brigade à gauche. Le but est la crête de Whiska située en face de la crête de Miteiriya. Une nouvelle fois, les sapeurs sont surpris par la profondeur des champs de mines et subissant le feu allemand, ils n’arrivent pas à ouvrir avec suffisamment de rapidité un chemin. Pendant ce temps, bombardiers allemands et canons anti-char tirent sur les blindés britanniques qui ne peuvent avancer. Après des hésitations, le général Gatehouse, commandant la division, demande à Montgomery l’autorisation de replier ses blindés. Le chef de la 8th Army convoque alors Lumdsen, le chef du Xe Corps à 3 heures du matin et lui demande de faire continuer l’attaque ou alors d’accepter que les chefs de l’arme blindée soient changés5. Les blindés tiennent leurs positions, mais c’est un massacre, des dizaines de Grant et Sherman sont détruits. À la suite de cet échec, les Britanniques doutent, comment a-t-on pu échouer avec une telle supériorité numérique ?

L’opération Supercharge
Les derniers combats de Lightfoot
Le 25 octobre marque le retour de Rommel en Afrique. Le 26 octobre, voici un état des pertes :
• 148 Allemands et 195 Italiens ont été tués ;
• 495 Allemands et 424 Italiens ont été blessés ;
• 1 057 Allemands et 1 372 Italiens sont portés disparus (soit prisonniers, soit tués et blessés situés chez les Britanniques).
La 15e Panzerdivision compte 31 chars en état (119 au départ), la 21e Panzerdivision qui a combattu au sud, compte 98 Panzer sur 106 le 23 octobre. La division Ariete n’a perdu que 2 chars et la Littorio en a perdu 56.
Pour les Britanniques, les pertes en blindés s’élèvent à 215 unités et 38 véhicules blindés sont aussi perdus, ce qui est largement supérieur aux pertes de l’Axe. Cependant, ils peuvent compter sur de substantiels renforts. Une nouvelle fois, le 26, les Britanniques échouent face à la 164e division d’infanterie à percer le front allemand. Dans les airs, la RAF a définitivement pris le contrôle. À cette date, c’en est fini de la légendaire domination aérienne de la Luftwaffe. L’arrivée de l’USAAF va changer la donne à l’ouest avec les bombardements stratégiques, et, en URSS, la formidable machine industrielle soviétique va permettre aux avions russes de dominer les airs.
Rommel, malgré les échecs des Britanniques décide néanmoins de rappeler la 21e Panzerdivision au nord et de lancer la90e division légère dans une contre-attaque qui va s’avérer un échec. Dans ses carnets, Rommel semble pessimiste et évoque même à demi-mots sa propre mort : « Durant ces brèves semaines passées à la maison, j’ai vraiment senti ce que vous et Manfred représentez pour moi. Ma dernière pensée est pour vous deux »6.

Création du plan

Pendant ce temps, Montgomery met en place un nouveau plan ressemblant à Lightfoot mais baptisé Supercharge (Ce changement a pour but de renforcer le moral des troupes). Une nouvelle fois, l’offensive aura lieu au nord. Sur le front, à l’exception des Australiens, plus personne ne se bat et la 2e division d’infanterie néo-zélandaise, la 1st Armoured Division et 9th Armoured Brigade sont retirées du front. Pour combler ces départs, on étend les positions des Sud-africains et de la 4e division d’infanterie indienne. De plus, le front sud est de plus en plus déserté, la 7th Armoured Division ainsi que les 151e, 152e et 131e brigades d’infanterie appartenant aux 50e et 44e division d’infanterie sont envoyées au nord pour renforcer notamment les Néo-zélandais qui ont perdu beaucoup d’hommes. C’est aux hommes du général Pierre Kœnigde tenir l’extrême sud du front, face aux parachutistes de la brigade Ramcke.

Au départ, le plan consistait à frapper au nord, là où sont postés les Australiens qui mènent une guerre d’usure, mais l’arrivée massive de renforts allemands dans cette zone incite Montgomery à abandonner ce plan initial. Il préfère attaquer un peu plus au sud, au niveau des positions tenues par les divisions d’infanterie italiennes, dont la faible valeur combative est encore diminuée par le départ des Allemands pour le nord. En outre, une fois la ligne percée, le 10th Corps pourra envelopper les unités allemandes présentes plus au nord grâce notamment à la piste de Sidi Abd el Rahman. Au tout début, les Australiens devront attaquer le saillant existant dans le front britannique à la suite de l’opération Lighfoot, là où se situait l’ancien objectif des forces écossaises. Cela confortera Rommel dans son idée que c’est bien l’extrême nord qui est menacé.

Ensuite, après cette attaque préliminaire, pour lancer l’assaut sur les positions italiennes, trois brigades de la 51e division plus trois autres de la 50e d’infanterie sont chargées de percer sur 4 kilomètres les défenses adverses afin d’atteindre la piste de Rahman et la crête d’Aqaqir. Au sud, la 133rd Brigade et au nord le 22e bataillon maori attaqueront sur les flancs. 38 chars sont gardés en réserve pour soutenir l’infanterie en cas de problème. De nombreuses pièces d’artillerie sont concentrées sur le front d’attaque et commenceront leurs tirs à 1h05. De plus, des bombardiers auront pilonné les Italiens durant 7 heures. À 4h00 précises, l’objectif doit être atteint, la première vague sera alors relevée par la 9ebrigade blindée qui aura pour but la prise de la crête d’Aqaqir. La 1st Armoured Division et 8th Armoured Brigade seront alors lancées à l’assaut du terrain libre, une fois le front percé, pour empêcher les Germano-Italiens de se rétablir. Contrairement à Lightfoot, les blindés seront engagés plus tôt car l’infanterie a déjà subi des pertes substantielles. Ainsi, la 9th Brigade devra attaquer les positions d’artillerie adverses, ce qui risque d’engendrer des pertes énormes, mais Montgomery se dit prêt à accepter des pertes de 100 %7.

L’attaque australienne
L’offensive australienne constitue en quelque sorte la passerelle entre Lightfoot et Supercharge, elle doit gommer les imperfections de la première et assurer le bon développement de la seconde. Elle commence par l’assaut d’un poste défensif allemand appelé Thompson Post. Il est composé de tranchées abritant des nids de mitrailleuses et couvertes par un champ de mines. La défense du poste est assurée par le 125e régiment d’infanterie allemand et le 11e bataillon de Bersaglieri. Le plan d’attaque australien prévoit la prise par la 20th Brigade de deux collines à proximité du poste lui-même, la 26th Brigade devant pour sa part capturer la redoute pour accéder à la route côtière et isoler des unités allemandes. Des chars Valentine provenant de la 23rd Brigade devront les soutenir. L’assaut a lieu à 22h le 28 octobre. Les Australiens ne rencontrent aucun ennemi, mais les blindés ont fort à faire avec un champ de mines. Une des collines est capturée peu avant le lever du jour, ce qui interrompt l’offensive.

Il faut attendre la nuit du 30 au 31 pour revoir les Australiens attaquer. Ils arrivent avec l’aide de l’artillerie au pied de Thompson Post, mais subissent le feu de l’artillerie allemande. À 1 heure du matin, les Britanniques déclenchent un tir de barrage sur les canons allemands. Les fantassins tentent d’avancer, mais ils sont tués par les obus de mortiers, les mitrailleuses et les mines. Devant la confusion qui s’ensuit, le repli est ordonné. Des dizaines d’hommes ont été perdus. Les Australiens ne sont pas parvenus à atteindre la mer, Rommel continue pour tenir le saillant à y envoyer des armes anti-char. À 12h30, le 31 octobre, les Allemands lancent une contre-attaque à l’aide de la 21e division blindée qui ravage les chars de la 23rd Brigade avant de se retirer. Durant la nuit, les Allemands réussiront finalement à repousser les Australiens plus au sud. Mais le gros de l’attaque va bientôt arriver et cette offensive a déporté une grande partie des forces allemandes au nord8.

La bataille
Le début de l’attaque se passe sans difficultés, les défenses adverses ayant été terriblement affaiblies par le pilonnage de l’aviation et de l’artillerie. Sur les côtés, les troupes progressent sans trop de difficultés, les pertes les plus lourdes ont lieu au centre, les unités allemandes et italiennes ne se repliant pas. Mais les objectifs sont atteints à l’heure et la 9th Armoured Brigade est prête à attaquer. Cependant, il règne une certaine confusion dans l’unité, ce qui fait que seuls 94 chars sur 132 arrivent à attaquer9. Le retard pris sur l’horaire fait que la nuit se termine et bientôt, les chars vont être repérables. Progressant légèrement en arrière du barrage d’artillerie, les Britanniques approchent de la Piste du Télégraphe. Les Allemands réussissent néanmoins à faire subir des pertes sensibles aux Britanniques en détruisant leurs camions, ce qui empêche l’infanterie de soutenir les blindés. Peu après 6 h, les Britanniques ont entamé les positions allemandes malgré (comme toujours) la présence de mines. Dès que le jour fait son apparition, les Allemands peuvent régler leurs tirs et causent une hécatombe de différents chars anglais. Les Crusader au canon de 40 mm sont les premiers à succomber, leur armement étant bien trop léger. Devant le feu des canons antichars allemands et italiens (il y a des 88 mm), la brigade blindée subit très vite des pertes importantes et doit, de plus, encaisser la contre-offensive des blindés des 15e et 21e divisions de Panzer. Pris de flanc, les rares survivants britanniques se replient ; sur les 94 chars de l’attaque, 75 sont détruits10.
Pour ce qui est de la 2nd Armoured Brigade qui doit conquérir la crête d’Aqaqir, l’affaire se présente plutôt mal, elle est en retard. Le chemin qui mène à la crête est de plus encombré de véhicules en tout genre. Les quelques survivants de la 9th brigade les informent du massacre qu’ils ont subi, massacre inutile car l’état-major britannique, devant la réaction de Rommel qui envoie ses blindés, ne peut se résoudre à lancer une bataille trop tôt. De son côté, Rommel n’est pas optimiste, la percée de l’infanterie lui a causé du souci, il estime que sa contre-attaque n’est pas suffisante et il craint une bataille à l’est de la crête d’Aqaqir, seul endroit où la brèche anglaise possède encore une certaine profondeur. Montgomery voulait cette bataille à l’ouest de la crête.

Le 2 novembre 1942
Après une longue hésitation due au tir de barrage allemand, au massacre qu’a subi la 9e brigade et à l’amas des troupes blindées allemandes, les Britanniques décident de ne pas lancer à l’assaut la 2nd Armoured Brigade contrairement aux ordres de Montgomery et de son état-major. Lumsden, chef du 10e Corps ne peut se résoudre à accepter un nouveau massacre. Fisher, le chef de la brigade, reste sur ses positions dans la brèche, ce qui empêche la 8th Brigade d’avancer. Devant cet amoncèlement de véhicules, Rommel va tenter de contre-attaquer pour causer un massacre en réunissant ses derniers blindés et en demandant l’aide de l’aviation, notamment des bombardiers en piqué Stuka. Mais la supériorité de la RAF est depuis longtemps acquise et la Luftwaffe ne peut attaquer les troupes au sol qui subissent néanmoins le tir des canons de 88 mm toujours aussi efficaces jusqu’à ce que les aviateurs britanniques les contraignent à cesser le feu. Les blindés italiens attaquent aussi, mais ils subissent de lourdes pertes, que ce soit face à l’artillerie, aux chars ou aux avions. Pour défendre le front en danger, Rommel rappelle la division Ariete et le 125erégiment de PanzerGrenadier. Les Germano-Italiens tiennent, les Britanniques n’avancent pas et subissent de lourdes pertes mais, dans cette guerre d’usure, le gagnant n’est pas celui qui perce ou qui résiste mais bien celui qui a le plus de réserves. Or, les Allemands se retrouvent bientôt à court de munitions et d’essence, le ravitaillement par voie maritime est très faible, la Royal Navy est maîtresse des mers. De plus, à force d’être engagés, les Panzer ont des pertes, il n’en reste plus à la fin du 2 novembre que 35 disponibles11, plus ceux en réparation.

Chez les Britanniques, malgré la perte de plus de 150 chars, les réserves sont importantes et les 8th et 22nd Brigade (appartenant à la 7e division blindée) ont des effectifs quasi-complets qui excèdent de loin les effectifs allemands. En cumulant tous les chars, la 8th Army en a plus de 300 contre guère plus de 50 aux Germano-Italiens (100 avec les chars médiocres de la division Ariete). De plus, des automitrailleuses britanniques ont réussi à se faufiler sur les arrières des forces de l’Axe au sud-ouest du saillant11. Les Italiens les prennent pour des Allemands et ces derniers pour des Italiens, voici comment un chef de char décrit la situation :
« Ils nous regardent de très près, aperçoivent nos bérets, puis se retirent vivement de quelques mètres, marquent une pause comme s’ils ne croyaient pas leurs yeux et s’approchent à nouveau pour vérifier12 »
Les Britanniques profitent de la situation pour désorganiser le système de communications de l’adversaire. Pour les soutenir, Montgomery envoie de l’infanterie qui capture de nombreux prisonniers parmi la division italienne Trieste. Le général Lumsden prévoit une attaque de chars en direction de la crête d’Aqadir mais un ordre de « Monty » l’oblige à lancer à l’aube du 3 novembre l’infanterie (2e et 7e brigades de fusiliers ainsi que le 2e Corps Royal des fusiliers). Les 2e et 7e brigades de fusiliers se font repousser par des mitrailleuses ; le 2e Corps Royal tient malgré sa position inconfortable.

La percée
Mais, Rommel n’a plus de réserves, il ne peut contre-attaquer et doit maintenant penser à se replier en comptant sur la lenteur de réaction des Britanniques. Il ordonne donc à ses troupes de commencer à se replier notamment au nord. Il voulait battre en retraite jusqu’à Fouka. L’infanterie était transférée vers l’ouest en camion sous le couvert des Italiens. Ces derniers faute de moyens de transport devaient se replier à pied. Pour le chef de l’Afrikakorps, il faut non seulement abandonner la position d’El Alamein, mais s’il veut sauver l’Afrikakorps, il commence à penser qu’il doit se replier enEurope. Pour Hitler, une telle proposition est inacceptable. Il ordonne à Rommel de tenir ses positions. Hésitant, il obéit finalement.
Face à ce début de repli, l’aviation allemande fait tout son possible pour empêcher les bombardiers de la RAF de bombarder les colonnes en repli. À terre, il est ordonné aux 1er et 7e divisions blindées de s’engouffrer dans le saillant ouvert par les automitrailleuses et de foncer vers la mer pour encercler une partie des forces de Rommel. Auparavant, l’infanterie et des Valentine tentent d’élargir le passage mais subissent des lourdes pertes. Finalement, l’arrivée de la 11ebrigade indienne permet de capturer 200 soldats allemands retranchés sur la crête d’Aqaqir. Mais il est trop tard, les Allemands ont commencé à se replier.

La poursuite
Pour l’Afrikakorps c’est la fin, le repli est inévitable et l’ordre de Hitler de résister ne peut empêcher la fin de l’Afrikakorps. Certains veulent résister, mais, Rommel sait que rien ne peut arrêter les Britanniques8. Il envoie son aide de camp, le lieutenant Berndt à Berlin pour faire changer Hitler d’avis. Pendant, ce temps (nuit du 3 au 4 novembre), l’Afrikakorps est placé en arc de cercle autour du saillant britannique, la division blindée Ariete italienne avec ses 100 chars M13/40 sont les derniers blindés de Rommel, mais ils sont déjà trop vieux. Les Britanniques, malgré des pertes avoisinant les 500 chars, conservent encore 600 chars. À l’aube du 4 novembre, la 2e brigade blindée et les survivants de la 7e brigade motorisée s’avancent vers les défenses allemandes à l’ouest de la crête d’Aqaqir. Les troupes allemandes sont commandées par le général von Thoma qui use de ses derniers 88 pour détruire quelques chars adverses. Les Britanniques décident d’utiliser l’artillerie pour détruire les positions adverses. Les troupes de la 1st Armoured Division s’avancent sur le champ de bataille. Les blindés rencontrent alors la résistance d’un Panzer III qui finit par se rendre. Les Anglais découvrent avec surprise qu’il abrite le général von Thoma. Il est amené au général Montgomery13. Les Écossais et les Indiens peuvent percer avec l’aide de blindés, bientôt suivis par les Néo-zélandais14. Le front est percé, les chars alliés vont pouvoir surgir sur les arrières de l’Axe.

Pendant ce temps, les Italiens de la division Ariete voient arriver les unités de la 7e division blindée, les Deserts Rats qui avancent avec l’aide de l’artillerie. La 22nd Armoured Brigade détruit un par un les chars survivants. Les Britanniques percent au sud de la position italienne, ces derniers sont tournés et anéantis. Le XXe Corps Italien est détruit, c’est un nouveau coup dur pour Rommel. Malgré la résistance le long de la côte de la 90e division légère, les Germano-Italiens sont vaincus et leur centre est percé. Cette brèche de 20 kilomètres menace de destruction les troupes situées au sud. Rommel ne peut se résoudre à tenir, il ordonne à 15 h 30 le 4 novembre à l’ensemble des forces de l’Axe de se replier. Au nord, on s’enfuit par camions, mais, au sud, les éléments motorisés sont rares. Coupées du reste de l’Afrikakorps, les troupes de la brigade Ramcke et de la division Folgore (seules unités restantes du XXe Corps) et les divisions Pavia et Brescia (Xe Corps) doivent s’enfuir par leurs propres moyens. Rommel va tenter de les incorporer à Fouka à 100 kilomètres à l’ouest d’El Alamein. Une nouvelle fois, il compte sur la lenteur des Britanniques. Ainsi, au soir du 4 novembre, les troupes alliées bivouaquent au lieu de poursuivre leur adversaire. Lorsque des renseignements arrivent au QG de la 8e Armée, l’état-major décide de poursuivre l’Afrikakorps à partir du 5 novembre en direction de la côte pour capturer les troupes allemandes.

De Fouka à Solloum en passant par Marsa Matruh
La 2nd Armoured Brigade avance le lendemain en direction d’El Daba pour foncer ensuite vers Fouka, mais, elle est bloquée par un canon de 88 mm qui tue notamment le capitaine Singer qui avait capturé von Thoma. La brigade attaque par le sud tandis que la 7e brigade motorisée attaquera par l’est. 150 hommes et le canon sont capturés. Il est déjà plus de midi. La seule unité à intercepter des ennemis est la 8e brigade blindée qui atteint Galal. Des troupes disparates sont capturées. Peu après, une colonne importante arrive et, au terme d’un combat intense, les Britanniques détruisent 14 Panzer et 29 chars italiens. 1 000 hommes sont capturés15. Arrivé à Fouka, Rommel n’y trouve aucune position défensive et les Germano-Italiens sont désorganisés ; il décide de battre en retraite jusqu’à Marsa Matrouh.
Au matin du 6 novembre, la situation de la Panzerarmee est tragique. Depuis les combats de la veille, il n’y a plus que 12 Panzer en état de se battre. Les Italiens mènent des combats d’arrière-garde, mais certains se font capturer par les Britanniques et beaucoup d’unités sont dispersées. Les Allemands, par contre, gardent un semblant d’ordre. L’essence vient à manquer et la 21e Panzerdivision tombe en panne de carburant durant sa fuite vers Marsa Matruh. Poursuivis par les chars de la 22nd Armoured Brigade, les derniers Panzer sont immobilisés. Ils sont sauvés par le Kampfgruppe Voss chargé de protéger l’arrière-garde et qui tombe sur les arrières britanniques ; surpris, ceux-ci doivent battre en retraite. Mais le problème de l’essence restant, les Panzer sont sabordés et seuls les véhicules légers peuvent continuer de se replier. À Marsa Matruh c’est une lutte entre Allemands pour savoir qui aura de l’essence mais à Benghazi, 4 000 tonnes de carburants viennent d’arriver par mer (un exploit). Malgré des pertes dues à l’aviation, la moitié arrive à Solloum. Seuls quatre Panzer sont encore là avec une dizaine de M13/40. Le 7 novembre, Ramcke et 600 de ses parachutistes, venus des confins du sud, arrivent à la rencontre des troupes de Rommel. 450 hommes ont été perdus en route. Ils avaient dû capturer des camions de ravitaillement aux Britanniques. Belle action de cette troupe d’élite, mais sans grande utilité pour Rommel, eux aussi voudraient leur part d’essence.
Le 8 novembre 1942, la Panzerarmee Afrika se replie vers Solloum en passant par les cols de Halfaya, ce qui signifie un ralentissement dans le retrait. Les Britanniques ont décidé de ne pas contourner la position par le sud, mais, ils peuvent réaliser un massacre si les Allemands sont surpris pendant leur traversée des cols. Ainsi, le XXe corps italien soutenu par les quatre Panzer survivants doivent garder la passe de Halfaya et la 90e division légère continue à mener des combats de retardement à l’arrière des troupes germano-italiennes. À son arrivée à Solloum, Rommel ne compte plus que sur 2 000 soldats allemands, à peine plus d’Italiens, 15 canons antichars, même pas 50 canons de campagne. La réserve se compose de 3 500 soldats dont 500 Italiens. Les forces blindées se composent de 11 Panzer et 10 chars italiens. Enfin, la réserve en artillerie se compose de 75 canons de tous types. Voilà ce qui reste de la glorieuse armée d’Afrique. Elle ne doit son salut qu’à la lenteur des Britanniques qui ne pourront surprendre les troupes de Rommel dans le passage de Halfaya. À l’aube du 9 novembre, l’ensemble des troupes est passé, la 90e division légère s’y engouffre et en débouche à midi. Les sapeurs du général Büllowius sont les derniers à passer et font sauter la route16. À la fin de la journée, les avants-gardes britanniques arrivent, elles appartiennent à la 4e brigade blindée, mais, tombent sur une route impraticable et quelques mines détruisent des chars. Plusieurs jours seront nécessaires pour remettre en état la route. Mais Rommel doit déjà penser à battre en retraite en Tunisie, l’opération Torch a été mise en place, les Anglo-saxons arriveront bientôt de l’ouest pour bloquer la route aux dernières troupes.

Bilan
Au terme d’une longue bataille et malgré des pertes excédant les 500 chars, Montgomery a pu, grâce à ses réserves, percer le front de Rommel qui ne disposait pas de plus de 100 Panzer. Le ravitaillement étant coupé par le « porte-avions » maltais, la logistique ne pourra suivre Rommel dans son ultime tentative de résistance.
Le temps était fini où l’OKW rêvait de voir le drapeau à croix gammée flotter sur Alexandrie, les blindés du Renard du Désert pénétrer dans le Moyen-Orient riche en pétrole, les troupes allemandes venant du Caucase les rejoindre pour se diriger à travers l’Iran et l’Afghanistan vers l’Inde et faire la jonction avec l’Empire du Soleil Levant.
En quelques mois, les Allemands vont être écrasés à Stalingrad et repoussés d’Égypte. Comble du désastre, le 8 novembre 1942, Américains et Anglais débarquent en Algérie et au Maroc.
Certaines colonies françaises rejoindront de Gaulle dans sa lutte contre l’Allemagne nazie et l’Italie mussolinienne agonisante qui verra sa dernière possession africaine, la Libye, être envahie. Bientôt, le régime fasciste sera renversé, les Allemands perdront leur principal allié qui les avait entraînés en Afrique.
Mais, Hitler avait une vision trop continentale, il n’a pas vu en cette guerre du Désert les profits que pourraient en tirer les Allemands et le génie de Rommel ne put faire la différence. Le temps des défaites et de la retraite avait commencé pour les Allemands ; ils verront deux ans plus tard les troupes britanniques aux frontières du Troisième Reich.

Notes et références
1. ↑ Les Grandes batailles, Richard Holmes,p.210
2. ↑ LEs Grandes Batailles, Richard Holmes, p.210
3. ↑ Hanns Gert von Esebeck, Afrikanische Schicksalsjahre, p.278
4. ↑ La Seconde Guerre mondiale, campagnes et batailles, Philippe Masson,p. 195
5. ↑ Opération Supercharge, HS Militaria Magazine, Yves Buffetaut
6. ↑ La guerre sans haine, Erwin Rommel, p.62
7. ↑ Opération Supercharge, HS Militaria Magazine, p.124, Yves Buffetaut
8. ↑ a et b Traduction automatique de la page ‘The battle of El Alamein’ [archive] (V.O. (en)accessible).
9. ↑ Barr, Niall. pg. 387
10. ↑ Militaria n°16, Yves Buffetaut, p.128
11. ↑ a et b Les Grandes Batailles, Richard Holmes, p.209
12. ↑ El Alamein, Lord Carver, Bastford, p. 168
13. ↑ James Lucas, War in The Désert, p. 255
14. ↑ La Seconde Guerre mondiale, Pierre Miquel, p. 364
15. ↑ Militaria, Hors Série n°16, Yves Buffetaut, p.156
16. ↑ Militaria, Hors Série n° 16, Yves Buffetaut, p. 161

 

Bataille d’El-Alamein en images 
source ECPAD

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, un événement a marqué l’année 1942 et est devenu une bataille décisive de la campagne d’Afrique : c’est la bataille d’El-Alamein en Egypte. Il existe plus exactement deux batailles d’El-Alamein.

La première, désignée également bataille d’Al Mata, se déroule du 1er au 27 juillet 1942 et oppose les forces de l’Axe (l’Afrika Korps commandé par le maréchal Erwin Rommel et l’armée italienne) aux forces alliées (principalement la 8e armée britannique commandée par le général Claude Auchinleck) dans le désert libyque en Egypte. Elle permet de stopper l’avancée allemande en Egypte.

La seconde bataille d’El Alamein oppose les mêmes belligérants (le général Montgomery est à partir du mois d’août à la tête de la 8e armée britannique et le maréchal Rommel, malade, est remplacé par le général Georg Stumme), du 23 octobre au 4 novembre 1942. Elle se solde par un recul de l’armée allemande, qui menaçait de prendre le canal de Suez, en raison de la supériorité en chars de l’armée britannique et de la domination de la mer Méditerranée par la Royal Navy qui empêche l’Afrika Korps d’être ravitaillé de manière efficace.

La participation des Français libres consiste en une attaque de diversion au sud dans le secteur de l’Himeimat par la 1re division légère française libre. Mais celle-ci est un échec qui coûte la vie notamment au chef de la 1re brigade française libre, le lieutenant-colonel Amilakvari.

Ces combats trouvent une illustration dans les fonds d’archives conservés à l’ECPAD, exclusivement dans le fonds dit allemand. Les images prises par les reporters des compagnies de propagande allemandes montrent les troupes armées allemandes et italiennes, notamment dans leurs positions défensives au niveau de la dépression de Qattara. Elles s’attachent à montrer les prisonniers britanniques et les nombreuses prises de guerre, en particulier les chars anglais. Enfin, les abondants portraits du maréchal Rommel (jusqu’en septembre 1942) permettront d’entretenir la légende du « renard du désert ».

Les images françaises relatives à ces épisodes sont inexistantes et seul le portrait du lieutenant-colonel Amilakvari, pris probablement le 10 août 1942 lors d’une cérémonie durant laquelle le général de Gaulle lui remet la croix de la Libération au camp de El Tahag en Egypte, rappelle la part prise par les Français dans ce tournant de la guerre.

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Bataille d’El Alamein
Description : Durant la seconde bataille d’El-Alamein, une pièce Pak 36 (r) de 76,2 mm d’origine soviétique en action.
Date : Entre le 30/10 et le 04/11/1942
Lieu : El-Alamein
Photographe : inconnu
Origine : ECPAD-ECPAD
dak-1011
Référence : DAK-101-L14
Bataille d’El Alamein
Description : Mise en batterie d’un canon Pak 38 de 5cm lors de la bataille d’El-Alamein
Date : Entre le 30/10 et le 04/11/1942
Lieu : El-Alamein
Photographe : inconnu
Origine : ECPAD-ECPAD
Référence : DAK-101-L37

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Bataille d’El Alamein
Description : Lors de la seconde bataille d’El-Alamein, le maréchal (Generalfeldmarschall) Erwin Rommel à bord d’une voiture Horch Kfz-15 ou Kfz.21, avec des officiers.
Date : Entre le 25/10 et le 04/11/1942
Lieu : El-Alamein
Photographe : inconnu
Origine : ECPAD-ECPAD
Référence : DAK-104-L1

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Bataille d’El Alamein
Description : Durant la première bataille d’El-Alamein, des soldats allemands et des prisonniers alliés près d’un chasseur de chars Panzerjäger (Pz-jäger-I). Les prisonniers alliés sont peut-être issus du 28e bataillon néo-zélandais.
Date : Entre le 27/05 et le 10/06/1942
Lieu : El-Alamein
Photographe : inconnu
Origine : ECPAD-ECPAD
Référence : DAK-71-L15

dak-1110
Bataille d’El Alamein
Description : Durant la seconde bataille d’El-Alamein, une colonne de véhicules se porte vers le col d’Halfaya pendant le repli des troupes italo-allemandes.
Date : Entre le 31/10 et le 10/11/1942
Lieu : El-Alamein
Photographe : inconnu
Origine : ECPAD-ECPAD
Référence : DAK-110-L32

dak-1013
Bataille d’El Alamein
Description : Le maréchal (Generalfeldmarschall) Erwin Rommel et le colonel (Oberst) Fritz Bayerlein. L’officier à droite semble être le commandant (Major) Ziegler.
Date : Entre le 31/10 et 01/11/1942
Lieu : El-Alamein
Photographe : inconnu
Origine : ECPAD-ECPAD
Référence : DAK-109-L3

 

ournal des débats politiques et littéraires
1942/10/27 (Numéro 856).
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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

La première bataille d’El-Alamein

Classé sous — milguerres @ 19 h 44 min

 

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

La première bataille d'El-Alamein alamein1

 

La première bataille d’El-Alamein, ou bataille d’Al Mata, est un épisode de la guerre du désert durant la Seconde Guerre mondiale. Elle se déroule du premier au 27 juillet 1942 entre les forces de l’Axe, (l’Afrika Korps commandé parErwin Rommel et l’armée italienne) et les forces Alliées principalement britanniques commandées par Claude Auchinleck, près d’El-Alamein, à une centaine de kilomètres d’Alexandrie. Cette bataille a pour résultat de stopper la seconde et dernière avancée des forces de l’Axe en Égypte. Cet avantage se verra confirmé trois mois plus tard par la victoire du général Bernard Montgomery lors de la Seconde bataille d’El Alamein.

 

Contexte historique

Le 20 juin, l’Afrika Korps atteint Tobrouk, qui capitule le lendemain. Rommel fait à cette occasion 35 000 prisonniers appartenant aux unités suivantes :
2e division d’infanterie sud-africaine
29e brigade hindoue
201e brigade de la garde
32e brigade blindée

Ainsi que la prise de :
70 chars
2 000 véhicules
2 000 tonnes d’essence (prise d’une valeur incalculable pour l’Afrika Korps constamment en manque de carburant)
5 000 tonnes de vivres (prise elle aussi essentielle dans le désert)
une grande quantité de munitions

L’attaque de Tobrouk a été menée par le général italien Enea Navarrini à la tête des divisions germano-italiennes :
Littorio (fraîchement débarquée en Afrique)
Ariete
Trieste
15e Panzerdivision
Soit un total de 30 000 hommes dont 20 000 Italiens.

L’attaque est lancée à l’aube et dès 9 h 40, le général Klopper, commandant la place, se rend avec sa garnison.

Rommel raconte :
« Vers 5 heures, le 21 juin, j’entrais dans la ville de Tobrouk. Elle offrait un spectacle lugubre. Presque toutes les habitations étaient rasées ou ne formaient plus qu’un monceau de gravats. La plupart des destructions remontaient au siège de l’année précédente. Par la via Balbia, je me dirigeai à l’ouest. Toute la 32e brigade blindée déposa les armes, et 30 chars en état de marche nous furent remis. Des deux côtés de la via Balbia, de nombreux véhicules continuaient à se consumer et, partout, ce n’étaient que des scènes de destruction. À 6 km à l’ouest de Tobrouk, je rencontrais ensuite le général Klopper qui m’annonça la capitulation de la forteresse de Tobrouk. Il n’avait pu enrayer la défaite. »

L’ordre du jour de victoire de Rommel est rédigé quant à lui de la manière suivante :
« Soldats ! La grande bataille de Marmarique a eu pour couronnement votre conquête de la forteresse de Tobrouk. Nous avons fait plus de 45 000 prisonniers et détruit ou capturé 1 000 véhicules blindés et environ 400 canons depuis le début de notre offensive du 26 mai. Au cours de l’âpre lutte des dernières semaines, votre vaillance et votre endurance nous ont alors permis de porter de terribles coups aux forces alliées. Grâce à vous, l’adversaire a perdu le noyau de son armée, qui s’apprêtait à passer à l’offensive, et, surtout, ses forces blindées ont été détruites. Au cours des prochains jours, je vous demanderai le grand effort final. »
Le soir même de la victoire Hitler téléphone à Rommel pour l’informer de sa promotion en tant que généralfeldmarshal de la Wehrmacht. Après ce combat, le général italien Cavallero et le maréchal allemand Kesselring, soutenus par Mussolini, demandent à Hitler le feu vert pour lancer l’opération C3 visant à la prise de Malte. Le corps de débarquement italien, basé en Sicile, attend l’ordre de départ, mais Rommel demande à Hitler d’avoir la priorité et de pouvoir marcher dès maintenant avec des renforts sur Alexandrie. Il semblerait que Rommel n’ait pas perçu l’importance que pouvait avoir Malte vis-à-vis des ravitaillements tant alliés qu’allemands. Rommel pour convaincre Hitler lui promet une marche rapide sur le Canal de Suez ainsi que sa prise. Hitler tranche en faveur de son tout nouveau maréchal et demande à Mussolini de repousser l’opération C3. Mussolini fera mieux en mettant le corps de débarquement à disposition de Rommel, qui a, il est vrai, bien besoin de renfort. Ce renfort c’est la division d’élite Folgore (une unité de parachutistes). Le quartier général italien est pour sa part consterné par cette décision.

Voici la lettre qu’Hitler adressa au Duce pour le convaincre :
« Le destin, Duce, nous offre une occasion unique qui ne se représentera plus dans le cadre de cette guerre. La 8e armée britannique est pour ainsi dire détruite, mais les installations portuaires de l’Égypte sont, elles, presque intactes. Si nous ne poursuivons pas tout de suite sans relâche les restes de la 8e armée, il risque de nous arriver ce qui est arrivé aux Anglais lorsqu’ils s’arrêtèrent en vue des portes de Tripoli pour envoyer des renforts en Grèce, en février 1941. Nous pouvons enfin, sous certaines conditions, arracher l’Égypte à l’Angleterre. Mon conseil est le suivant : ordonnez la poursuite des opérations jusqu’à l’anéantissement total des troupes britanniques. La chance au combat ne sourit qu’une fois aux condottieri : celui qui ne la saisit pas la perd pour toujours. »

Le 25 juin, le général Ritchie est remercié par l’armée britannique. Au Caire, les autorités britanniques commencent déjà à brûler les archives.
Le 29 juin, le 7e régiment de bersaglieri capture 6 000 Britanniques et prend la ville de Marsa-Matruh, qui est située à 150 km de Tobrouk. Mussolini, en apprenant cela, s’envole pour l’Afrique. Le commandement italien, et en particulier Batico, avertit Rommel de ne pas avancer trop vite, le ravitaillement ne pouvant être assuré sur de si longues distances sans être réorganisé, mais Rommel n’en tient pas compte et continue l’offensive. Cela est relativement téméraire étant donné l’état des divisions de l’Afrikakorps.

Les unités italiennes sont alors dans l’état suivant :
Division Ariete : elle ne compte plus qu’une quinzaine de chars, une quinzaine de pièces d’artillerie et 600 bersaglieri ;
Division Trieste : elle ne compte plus que 1 500 hommes et 4 chars ;
Division Littorio : 1 000 bersaglieri et une trentaine de chars ;
Division Brescia : elle ne compte plus que deux bataillons ;
Division Pavia : elle ne compte plus qu’un seul bataillon ;

Le reste des troupes, réuni au sein du groupe de soutien Navarrini, n’est guère en meilleur état.
Les unités allemandes (15e et 21e panzerdivision et 90e motorisée) ne comptent plus qu’une soixantaine de chars.
Déroulement[modifier]

Entre le 26 mai et le 3 juillet 1942 les germano-italiens ont capturé 60 000 britanniques ainsi que détruit ou pris plus de 2 000 blindés.
Churchill, en connaissant l’état des troupes allemandes est littéralement consterné des échecs britanniques :
« Nos forces étaient supérieures à celles de l’Axe. Nous avions plus de 100 000 hommes, eux moins de 90 000. Notre artillerie était plus forte dans une proportion de trois contre un, de même que pour les chars, et nous avions en ligne de nouveaux obusiers. Malgré cela, Tobrouk est tombé au bout d’une petite journée de combat. C’est un désastre. Nous nous sommes ensuite repliés jusqu’à Marsa-Matruh, mettant 190 km de désert entre notre 8e armée et les forces ennemies. À peine cinq jours plus tard, les Germano-italiens arrivaient devant notre nouvelle position, et il nous faut décrocher, pénétrer toujours plus en Égypte, reculer encore. El-Alamein devra être tenu jusqu’à la mort. »

La 8e armée britannique reçoit pour tenir El-Alamein de sérieux renforts, notamment la 9e division australienne, la 2e division néo-zélandaise (retirée du Proche-Orient où elle était en garnison), ainsi que la 51e division métropolitaine et la 8e division blindée qui ont quitté le Royaume-Uni vers la fin mai. En outre la 4e division hindoue vient d’être envoyée de Chypre.

 

Quant aux Germano-Italiens, leur seul renfort est la division Folgore qui n’arrive qu’à la mi-juillet.

 

  • Le général Frattini qui commandait la Folgore raconte dans ses mémoires :

 

« En juillet 1942, la Folgore était prête. En Afrique du Nord, il fallait de toute urgence des renforts ; c’est alors que me parvint l’ordre inattendu de nous transporter immédiatement par voie aérienne sur le front égyptien. La nouvelle fut accueillie dans mes bataillons avec un enthousiasme délirant. Ces parachutistes étaient tous volontaires, tous soldats dans cette armée depuis plus de deux ans. Ils avaient déjà combattu sur plusieurs fronts ; ils étaient fascinés par leurs nouvelles responsabilités, par le fait merveilleux de se distinguer, par le rôle exceptionnel qu’ils étaient appelés à jouer. Il faut ajouter que les épreuves auxquelles ils avaient été soumis avaient été dures, effrayantes.
Ainsi sur 1 000 volontaires arrivés à l’école parachutiste de Tarquina, 500 en général renonçaient au bout de quinze jours et abandonnaient le cours d’entraînement au saut. Ceux qui restaient étaient des hommes exceptionnels, vraiment choisis, des hommes qui ne craignaient aucun risque et qui plus tard au combat, ne furent obsédés que par une seule pensée : se comporter de façon telle que le compagnon d’armes qui est à vos côtés ne puisse jamais penser que vous avez peur. Tous, dans la division qui volait vers l’Afrique, s’imaginaient qu’en Égypte, ils allaient sauter sur les arrières des Anglais. Ils furent très déçus ! À peine débarqués, ils reçurent l’ordre de déposer les parachutes, et furent enrôlés dans les unités normales d’infanterie, retranchées dans le sable, derrière des champs de mines. La déception fut grande, mais elle fut vite surmontée. »

 

  • Le général Frattini dans un autre écrit :

 

« Les soldats britanniques étaient sûrement des combattants courageux, bien entraînés. Mais nos parachutistes avaient acquis dans les combats quotidiens la certitude de leur propre supériorité guerrière, ils savaient que leur combativité, leur audace, leur intelligence stratégique avaient fait naître chez l’adversaire un sentiment de crainte et de prudence. Supériorité psychologique, morale donc, poussée jusqu’à la conviction que, dans cet affrontement des qualités humaines, même le blindage des chars — instrument guidés par les hommes — ne comptait pas beaucoup. Tous portaient leur patrie et son drapeau dans leur cœur, tous étaient parfaitement préparés au combat et à la mort. Chacun était fébrile dans l’épreuve et les cœurs battaient à l’unisson. Tous étaient de la même trempe, sûrs de la solidarité absolue de leurs camarades, animés par la même volonté obstinée de résister à l’adversaire, quel qu’en fût le prix. Ils étaient constamment sur le qui-vive, rapides à répondre à l’attaque brutale, toujours prêts à la contre-attaque, s’approchant de l’ennemi le plus possible, lançant des grenades à main. »

 

Ces 6 000 hommes de la Folgore sont placés au sud de la position germano-italienne. La Folgore a la charge d’une ligne de front d’environ 15 km alors qu’elle ne possède que 80 canons et qu’elle a en face d’elle trois divisions d’infanterie et une division blindée ce qui représente environ 60 000 soldats britanniques et surtout 400 canons, 400 chars et 150 automitrailleuses. La Folgore se sert du dispositif de défense que les Britanniques avaient établi autour de la position avant que celle-ci ne soit prise par les forces de l’Axe. Au nord du dispositif, les alliés sûrs de leur supériorité numérique et technologique suite aux différents renforts arrivés avec du matériel moderne se lancent à l’attaque, le 10 juillet, de la position tenue par la division Sabratha, celle-ci perd 1 500 hommes dans cette seule journée mais l’intervention de la 15e Panzerdivision et de la division Littorio rétablit l’équilibre des forces et permet de repousser l’attaque. Rommel, qui lui aussi a reçu des renforts en matériel entretemps, tente aussi une offensive, le 13 juillet, mais se heurte à une défense solide et doit renoncer. Malgré tout, la résistance de l’Axe qui se bat à un contre trois contre les hommes du général Auchinleck est un cuisant échec pour celui-ci.

 

Le général Auchinleck se rend finalement compte que le point faible du dispositif de l’axe est le secteur italien au nord. Il va concentrer ses efforts sur ce secteur et mettre les Italiens en déroute le 17 juillet. Rommel réussit à colmater le front avec ses réserves.

 

File:Alamein1st1942 07.svg

Théâtre des opérations, juillet 1942

Conséquences

  • Fin juillet, le professeur Horster est préoccupé par la santé du maréchal Rommel :
« Le maréchal Rommel souffre d’un catarrhe de l’estomac et des intestins, de diphtérie nasale et de troubles circulatoires. Il n’est pas en état d’exercer son commandement au cours de la prochaine offensive. »

Ce constat de son médecin personnel, ne convaincra pas Rommel qui, le 30 août, lance une attaque d’envergure mais tous les assauts sont repoussés, Rommel ne parvient pas à avancer sur El-Alamein. Les Italiens du groupement Ruspoli (appartenant à la division Folgore) ont repris à leur compte la méthode des Français de Bir-Hakeim, ils creusent des trous individuels qui rendent les bombardements peu efficaces puisqu’un tir au but ne tue qu’un ou deux hommes. Le 31 août, le 19e régiment d’infanterie italien (appartenant à la division Brescia) est envoyé en renfort au groupement Ruspoli. Les combats se déroulent sous un soleil de plomb, la température atteint régulièrement les 55° C. Dans la soirée, c’est au tour de la 3e brigade néo-zélandaise de tenter un nouvel assaut des positions italiennes, mais celles-ci défendues avec ténacité brisent l’attaque. Les Italiens – à court d’obus et les autres munitions étant épuisées – attaquaient les chars en sortant de leurs trous, puis lançant leurs grenades à main avant de retourner dans leurs trous. Cette attaque coûte environ une quarantaine de chars aux Britanniques.

Le 5 août, une patrouille de la division Folgore, sous les ordres du lieutenant Stasi, réussit à capturer deux blindés britanniques ainsi qu’une vingtaine de soldats. Le 30 août, le colonel Ruspoli, à la tête de son groupement, réussit à s’emparer de la côte 78 dans la dépression Kattara, il y fera une trentaine de prisonniers.

  • Un officier allemand lui suggérant de les achever plutôt que de les soigner Ruspoli lui répond :
« Monsieur ! Vous déshonorez l’uniforme. Sachez que ces hommes sont prisonniers de l’Armée italienne. À ce titre, ils recevront tous les soins nécessaires. Vous pouvez disposer ! »
  • Le général Frattini décrit les conditions de vie de la division :
« En tant qu’unité parachutiste, la Folgore n’avait pas de véhicules. Comme nous étions massés dans la zone la plus éloignée des bases de ravitaillement, qui se trouvaient toutes sur la côte, nous étions ravitaillés par les autres divisions. Celles-ci faisaient de leur mieux pour nous aider. Mais, souvent, elles ne pouvaient nous apporter plus d’un demi-litre d’eau par personne, pour toute la journée. Eau rare et saumâtre, nourriture en conserve, soleil brûlant, vie dans les trous creusés dans le sable, intermèdes de bombardement le jour et la nuit, patrouilles nocturnes : voilà quelle était notre vie dans les tranchées du désert égyptien. Trois mois de cette vie avaient infligé à nos hommes de dures souffrances, avaient diminué leur résistance physique, mais n’avaient absolument pas entamé leur moral. Et, lorsque l’attaque ennemie se déchaîna contre les hommes de la Folgore, ils résistèrent. L’ennemi arrivait pourtant avec des troupes neuves, bien supérieures aux nôtres en nombre et en moyens. »

Journal des débats politiques et littéraires 
1942/07/09 (Numéro 764).
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Journal des débats politiques et littéraires 
1942/07/18(Numéro 771)-1942/07/19.

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Journal des débats politiques et littéraires 
1942/07/23 (Numéro 775). 

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Journal des débats politiques et littéraires 
1942/07/24 (Numéro 776)

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Journal des débats politiques et littéraires 
1942/07/28 (Numéro 779).

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Journal des débats politiques et littéraires 
1942/07/31 (Numéro 782).

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 retour à la Seconde Guerre Mondiale

 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

6 mars 2013

Opération Barbarossa

Classé sous — milguerres @ 21 h 35 min

 

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 retour à la Seconde Guerre Mondiale

 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

 

 

Opération Barbarossa barbarossa

 

L’opération Barbarossa (en allemand, Unternehmen Barbarossa), nommée en référence à l’empereur Frédéric Barberousse, est le nom de code désignant l’invasion par le IIIe Reich de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) pendant la Seconde Guerre mondiale. Déclenchée le 22 juin 1941, un an jour pour jour après la signature de l’armistice entre la France et le IIIe Reich, elle ouvre le front de l’Est qui devient le principal théâtre d’opérations de la guerre terrestre en Europe (de 1941 à 1945, 80 % des pertes de la Wehrmacht sont subies sur le front russe) et le facteur crucial dans le succès ou la défaite du Troisième Reich nazi. Ce front va être le théâtre des plus grandes et des plus sanglantes batailles terrestres de la Seconde Guerre mondiale. Cette invasion marque aussi un tournant dans la guerre, jusqu’alors encore assez localisée et européenne. Elle va bientôt embraser le monde entier.

La Wehrmacht possède une supériorité initiale considérable en hommes (de 2 contre 1 au minimum) et en équipements. Elle est mieux organisée, bien mieux commandée et dispose, au moins jusqu’à la gigantesque bataille de Koursk de juillet 1943, d’une incontestable supériorité tactique. Elle bénéficie de l’effet de surprise. L’Armée rouge, si elle est loin d’être préparée au choc avec l’Allemagne, décapitée par les Grandes Purges, dispose cependant d’importantes réserves humaines, d’avantages matériels certains (base industrielle, armements) et d’un patriotisme russe que Staline saura opportunément réactiver après vingt ans de répression sous la férule d’un État en guerre permanente contre sa propre société. Le nazisme, qui ne laissera aux « Untermenschen » d’autre alternative que la mort ou l’esclavage, jouera également un rôle important dans le sursaut patriotique.

Comme en 1914, l’Allemagne entend agir rapidement : le plan Barbarossa fixe à quatre mois le délai nécessaire à l’anéantissement militaire de la Russie, cœur névralgique de l’Union soviétique. En pratique, l’opération Barbarossa s’étendra de juin 1941 à janvier-février 1942, l’échec allemand de la bataille de Moscou étant le dernier épisode de la première phase du conflit sur le front russe.

Les justifications de cette invasion sont historiques (l’échec du plan Schlieffen en 1914 qui a conduit au traité de Versailles, ressenti comme une humiliation par l’Allemagne de 1919), stratégiques (la conquête du Heartland russe comme levier de la domination globale du continent européen) et idéologiques (la mise en œuvre géopolitique du nazisme), l’aboutissement affiché de la politique nazie étant la conquête d’un espace vital à l’Est : le Lebensraum.

Situation politique et diplomatique

La situation au printemps 1941 semble largement en faveur de l’Axe. La France a été vaincue en quelques semaines, le corps expéditionnaire britannique a été défait. Une partie majeure de l’Europe est occupée. À l’Est, Adolf Hitler a mis en place des régimes alliés de gré ou de force : Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Slovaquie. Le seul ennemi en guerre qui lui tienne encore tête est la Grande-Bretagne et son empire, qui résistent en grande partie grâce à une volonté collective incarnée par Winston Churchill, mais elle n’a été sauvée jusqu’alors que par son insularité. Au demeurant, la Grande-Bretagne ne constitue pas, en Europe continentale, une menace militaire terrestre suffisamment significative pour inquiéter la Wehrmacht.

Hitler connaît les risques d’attaquer l’Union soviétique, mais il estime qu’il doit agir immédiatement car, en 1941, l’Armée rouge est désorganisée et profondément affaiblie par les Grandes Purges staliniennes. Encore éloignés de la guerre, les États-Unis d’Amérique penchent cependant de plus en plus du côté des Alliés. Invaincue, la Wehrmacht, fait figure de première armée du monde en 1941. La situation semble donc favorable à la conquête du « Lebensraum ». Une seule puissance continentale peut encore empêcher cette conquête : l’Union soviétique. Depuis la signature du Pacte germano-soviétique (1939), dans lequel l’URSS voit un moyen de se protéger après les accords de Munich (Allemagne-France-Grande Bretagne) de 1938, et grâce auquel l’Allemagne et l’Union soviétique se sont partagé le territoire de la Pologne, les deux pays, malgré l’opposition inconciliable des idéologies qui les dirigent, ont ostensiblement établi des relations amicales de façade et des relations commerciales qui profiteront surtout au Troisième Reich jusqu’en juin 1941.

L’invasion crée le front stratégique majeur du second conflit mondial

En déclenchant l’opération Barbarossa, le régime nazi provoque l’ouverture d’un front auquel le Reich doit désormais consacrer l’essentiel de ses moyens militaires, de ses ressources industrielles et humaines. Engagée dans une guerre totale contre l’Union soviétique, l’industrie de guerre allemande « tournera » au maximum de ses capacités et ne cessera de se développer jusqu’au début de 1945 (ses dépenses militaires passeront de 35% de son PNB en 1940 à 65% en 1944). Non seulement l’Allemagne, première puissance industrielle du continent, affecte la totalité de ses ressources économiques à sa production de guerre, mais elle exploite également systématiquement à cette fin les ressources industrielles, économiques, démographiques de l’Europe occupée.

Du déclenchement de « Barbarossa » aux dernières étapes de la guerre, en mai 1945, la Wehrmacht consacrera l’essentiel de ses ressources en hommes et en matériels au front de l’Est, sans jamais être en mesure, à partir de l’hiver 1942-1943, de prendre l’initiative, si ce n’est dans des secteurs de plus en plus étroits du front. En juillet 1943, lors de la gigantesque bataille de Koursk, à peine sept divisions et deux brigades (2,7% des forces allemandes) étaient engagées face aux Américains et aux Britanniques dans les affrontements de la guerre du désert. Le reste (91 divisions et 3 brigades) se trouvait cantonné dans les territoires de l’Europe occupée. Les Alliés prendront pied en Afrique du Nord en novembre 1942 (débarquement de 70 000 hommes à Alger et Oran et au Maroc), en Sicile en juillet 1943 (débarquement de 160 000 hommes), en Italie à Salerne (sud de Naples) en septembre 1943 et à Anzio en janvier 1944, mais les moyens engagés pèseront de peu de poids (la Wehrmacht aura 23 divisions en Italie début 1944) comparés à la démesure des effectifs et des matériels présents depuis juin 1941 sur le front russe. Durant les quatre années que dura le conflit germano-soviétique il y eut, en permanence, une moyenne de 9 millions d’hommes simultanément impliqués dans les opérations de ce front.

Le cumul des pertes militaires de l’Union soviétique et de l’Allemagne nazie, dans sa guerre d’invasion de l’Union soviétique, se monte à 80% du total de toutes les pertes militaires enregistrées sur le théâtre d’opération européen de 1940 à 1945. C’est sur le front russe que la Wehrmacht aura les reins brisés, bien avant le débarquement des Alliés en France. Après le débarquement de Normandie d’un corps expéditionnaire en juin 1944, c’est encore à l’Est que les Allemands continueront à engager et à perdre la majorité de leurs hommes. La comparaison des pertes subies par la Wehrmacht sur les deux fronts à partir de juin 1944 montre la part presque exclusive du front russe même après ce débarquement. Du 1er juillet au 31 décembre 1944, pendant cinq mois, lors de la grande offensive soviétique contre le groupe d’armées du Centre, les Allemands perdront chaque mois en moyenne 200 000 soldats et près de 4 000 Hiwis, des auxiliaires étrangers (russes) de l’armée allemande. À l’Ouest, au cours de la même période, c’est-à-dire après le débarquement allié en France, la moyenne des pertes allemandes s’élèvera à 8 000 hommes par mois soit un rapport de 1 à 25.

Les pertes en vies humaines seront colossales et sans précédent, les conditions de vie seront effroyables pour les deux camps. En 2001, les historiens russes estimaient les pertes du conflit germano-soviétique à 26,2 millions de tués (environ 16% de la population de l’Union soviétique de 1940) dont plus de 11 millions de soldats et officiers (6,8 millions de tués directs et 3,8 millions de prisonniers de guerre décédés entre les mains de la Wehrmacht), et surtout 15,6 millions de civils puisque l’importance sans précédent des pertes civiles est d’abord la conséquence d’une guerre d’anéantissement menée en Union soviétique par le Reich nazi. 34 millions de Soviétiques furent mobilisés dans les rangs de l’Armée rouge de 1941 à 1945. L’ampleur de l’engagement allemand fut gigantesque : quelques 20 millions d’Allemands portèrent, à un moment ou à un autre, l’uniforme de la Wehrmacht sur le front russe, de sorte que c’est toute la société allemande qui fut impliquée dans l’expérience de la guerre sur le front de l’Est. Celle-ci fut voulue comme une lutte à mort, exigeant un engagement sans limites, une obéissance absolue, la destruction totale de l’ennemi. À ce titre, la guerre totale déclenchée contre l’URSS constitue non seulement le sommet du régime nazi, mais aussi l’élément essentiel de son image dans la mémoire collective des Allemands après la guerre. Pour l’écrasante majorité des soldats allemands, l’expérience de la guerre fut celle du front russe.

À la fin du mois de mars 1945, la totalité des pertes de l’Ostheer (le nom de la Wehrmacht sur le front russe) s’élevait à 6 172 373 hommes (tués, mutilés, disparus), soit près du double de ses effectifs initiaux, au 22 juin 1941. Ce chiffre représente 80 % des pertes subies par la Wehrmacht sur tous les fronts depuis le déclenchement de l’invasion de juin 1941. En mai 1945, on dénombre plus de 3 millions de prisonniers allemands détenus en Union soviétique. Tous camps confondus, les tués de l’Armée rouge, hors les 3,8 millions de prisonniers de guerre soviétiques décédés après leur capture, constituent 52 % du total des pertes militaires en Europe, ceux de la Wehrmacht 28 % (moins de 2% pour l’armée des États-Unis). Les pertes militaires de l’Union soviétique représentent 85 % du total des pertes alliées en Europe (Royaume-Uni 3,7 % – France 2,9 % – États-Unis 2,6 %). Enfin, le front ouvert en juin 1944 en France aura, militairement, environ 11 mois d’existence contre 47 mois pour le front russe ouvert en juin 1941.

Préparatifs allemands

motivations et justifications idéologiques

Dans Mein Kampf, Hitler annonce sa volonté d’en finir avec le « bolchevisme », assimilé à ses yeux au judaïsme: pour cela a été créée la figure fantsmagorique du Judéo-bolchevisme, dont la figure de proue est le Juif, « nuisible » (schädling) à la Nation allemande, rendu responsable du coup de poignard dans le dos de 1918.
Réparer l’humiliation de la défaite non reconnue de la Première Guerre mondiale face à l’alliance russo-franco-britannique de 1914 est aussi une motivation importante: En effet, sur le front russe, l’Allemagne est ses alliés ont signé une paix de victoire à Brest-Litovsk en mars 1918, mais ont dû évacuer les territoires qu’ils occupaient à l’hiver 1918-1919.
En outre, aux yeux des nationaux-socialistes, l’existence même d’un pays se réclamant du marxisme, l’Union soviétique, constitue une menace sur le Troisième Reich, état libéré de la présence juive, comme l’affirme la propagande nazie.

Objectifs territoriaux nazis

Les vastes espaces de l’Union soviétiques sont destinés, dans la direction tracée autrefois par les chevaliers Teutoniques, à être le Lebensraum, l’espace vital allemand, une fois débarrassé de ses populations. Les populations urbaines doivent être exterminées par la famine, celles rurales mises en esclavage pour fournir des surplus alimentaires destinés à l’Allemagne et à la colonisation aryenne.

L’idéologue du parti nazi Alfred Rosenberg a déjà prévu le découpage du territoire à conquérir. Quatre Reichskommissariat seront créés, à savoir : l’Ostland comprenant les pays baltes et la Biélorussie, celui d’Ukraine, le Kaukasus avec la zone autour des monts du Caucase et celui de Moskau pour le reste de la Russie européenne.

Hitler et le Parti dans la phase de préparation de Barbarossa

Du fait de son caractère éminemment politique, l’opération est principalement une création d’Hitler. L’état-major de la Wehrmacht est alors réticent car il craint de devoir combattre sur deux fronts simultanément (un front terrestre contre la Russie, un front maritime et aérien contre la Grande-Bretagne). Mais le Führer, auréolé du prestige des victoires fulgurantes en Pologne et surtout en France, croit en son génie politique et militaire et refuse de leur prêter l’oreille. Opposé, lui aussi, par principe, à la division de ses forces sur deux fronts qui fut, à ses yeux, la grande erreur du Reich lors de la Première Guerre mondiale, il finit par se convaincre lui-même que le Royaume-Uni est à bout de souffle et demandera la paix une fois l’Union soviétique vaincue et démantelée car il ne veut pas différer plus longtemps sa grande conquête à l’Est. Il surestime ses forces, prenant en compte ses victoires éclairs contre la Pologne puis la France, et sous-estime celles de la Russie soviétique, du fait des faibles performances de l’Armée rouge au cours de la guerre d’Hiver contre la Finlande (125 000 soldats soviétiques y périrent contre 48 000 hommes pour l’armée finlandaise). La préparation de l’armée allemande souffrira donc de plusieurs carences qui se révèleront fatales pour la réalisation des objectifs de l’opération Barbarossa quand il deviendra évident que la Blitzkrieg est inopérante en Russie.

La préparation: plans élaborés dès 1940

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Plan d’origine des Allemands.

La première mention d’une invasion de la Russie soviétique apparaît dans la directive n°21 du Führer, mise en circulation restreinte fin 1940. »Les armées allemandes, précisait la directive, doivent être prêtes, avant même la conclusion de la guerre contre l’Angleterre, à écraser la Russie soviétique à la faveur d’une rapide campagne ». À l’époque, la Luftwaffe n’a pas encore été mise en échec au-dessus de l’Angleterre. La directive indique déjà la date de l’invasion: le 15 mai 1941. Dès ce document, le plan de conquête et les objectifs à atteindre sont tracés, avec la séparation en deux du champ de bataille : le nord et le sud des marais du Pripet. Les deux groupes d’armées au nord doivent dans un premier temps détruire le maximum de forces soviétiques en appliquant les tactiques de la Blitzkrieg, puis prendre d’abord Léningrad et son port de guerre de Kronstadt, et seulement ensuite la capitale Moscou. Le groupe sud, lui, doit progresser vers Kiev, son flanc droit étant couvert par l’armée roumaine et quelques divisions allemandes. Par la suite, les opérations au sud ont pour objectif l’occupation du bassin du Donets (et au-delà le pétrole du Caucase). Le plan préparé par Hitler est axé sur la destruction des forces soviétiques sur la frontière grâce à des encerclements réalisés à toute vitesse par des unités blindées et à la capture des grands centres économiques. Il rencontre une certaine défiance de la part d’une partie de l’état-major de la Wehrmacht, davantage attaché à des stratégies plus conventionnelles, où la capture de la capitale politique, objectif symbolique, est prédominante. Même si Hitler considère ces préoccupations d’un autre temps, il concèdera la poursuite simultanée des objectifs que sont Moscou et Léningrad. Lors de la mise en œuvre de ce plan, le groupe Nord sera incapable de prendre Léningrad seul, malgré sa supériorité en effectifs et en artillerie sur la faible garnison qui protège la ville de Pierre le Grand et décidera de l’affamer.

Hitler décide que le premier but à atteindre est l’anéantissement de l’Armée rouge le plus tôt possible, pour l’empêcher de se replier et d’appliquer la politique russe traditionnelle de défense devant toute invasion majeure : la terre brûlée. Pour ce faire, la Wehrmacht doit encercler, chaque fois qu’il sera possible, des portions importantes des forces soviétiques pour les anéantir.

Le plan adopté est une sorte de mélange des deux stratégies. Il prévoit une attaque sur trois axes, avec du nord au sud :

* Une poussée vers Léningrad, à travers les pays baltes, menée par les 16e et 18 e armées, ainsi que le 4e groupe blindé, regroupé dans le groupe d’armée nord commandé par le maréchal Wilhelm Ritter von Leeb et appuyé par la 1re flotte aérienne du général Alfred Keller.
* L’attaque principale menée par le groupe d’armées Centre, commandé par le maréchal Fedor von Bock, et comprenant les 2e et 4e armées,ainsi que les 2e et 3e groupes blindés, le tout étant soutenu par la 2e flotte aérienne du général Albert Kesselring. L’objectif de ce groupe est Moscou, mais grâce à sa position centrale, il doit appuyer les deux autres mouvements et s’attacher à anéantir le maximum d’unités soviétiques.
* Le groupe d’armées Sud, commandé par le maréchal Gerd von Rundstedt et comprenant les 6e, 11e et 17e armées ainsi que le 1er groupe blindé, appuyé par la 4e flotte aérienne du général Alexander Löhr. Il doit bénéficier de plus, dès leur entrée en guerre, de l’appui non négligeable des 3e et 4e armées roumaines. Il a pour objectifs premiers la ville de Kiev, le port d’Odessa, puis les grandes villes industrielles de Kharkov, Dniepropetrovsk et Donetsk. Ses objectifs finaux étant les ports de Sebastopol en Crimée, Rostov-sur-le-Don et la grande ville de Stalingrad, clé du contrôle de la Volga.

La campagne doit au final établir, avant l’hiver, un front qui partant de Léningrad suivrait le cours de la Volga, jusqu’à son embouchure. D’ici là, l’Allemagne compte sur une destruction complète de l’Armée rouge, car les effectifs engagés seront incapables de mener les tâches d’occupation du pays conquis et la tenue de ce gigantesque front, long de plusieurs milliers de kilomètres. Le 12 août 1941, le maréchal Wilhelm Keitel, chef de l’Oberkommando de la Wehrmacht, indique dans sa directive 34a le principal objectif opérationnel de l’offensive: L’objet des opérations doit être de priver l’ennemi, avant la venue de l’hiver, de son gouvernement, de son armement et de son centre de communication dans la région de Moscou, et de l’empêcher ainsi de reconstituer ses forces et de faire fonctionner de façon ordonnée ses organes de gouvernement.

Initialement fixée au 15 mai 1941, l’invasion est finalement reportée au 22 juin afin de terminer les opérations de conquête de la Grèce et de la Yougoslavie, rendues nécessaires, dans l’esprit de Hitler, par le putsch de Belgrade de mars 1941 (suite aux déboires de Mussolini en Grèce).

Le manque de préparation soviétique

L’inéluctabilité d’une guerre avec une Allemagne nazie qui considère l’URSS comme son « espace vital » (en allemand Lebensraum) ne fait guère de doutes en URSS. Des efforts colossaux sont faits pour essayer de rattraper le retard industriel et militaire sur l’Allemagne (on peut ranger au titre de ces « efforts » les purges au sein de l’Armée rouge, qui l’ont pourtant, au moins à court terme, fortement affaiblie). Staline, conscient de l’infériorité militaire de l’Union soviétique, espère parvenir à combler ce retard pendant le répit accordé par le pacte germano-soviétique. En particulier, il veille à ne céder à aucune provocation allemande, comme les violations de l’espace aérien soviétique par des avions de reconnaissance allemands, ainsi qu’à ne pas provoquer lui-même l’Allemagne en engageant des préparatifs de combats. En juin 1941, malgré les risques croissants d’une attaque allemande, il refuse les mesures les plus élémentaires de préparation au combat, comme la création de fortifications de campagne, la dispersion des matériels et la mise en alerte de l’Armée rouge. C’est donc dans un relatif état d’impréparation que l’attaque allemande du 22 juin surprend l’URSS.

Vassili Grossman, témoin direct du front, raconte dans ses « Carnets de guerre » : « Au moment où la guerre a commencé, beaucoup de commandants en chef et de généraux étaient en villégiature à Sotchi. Beaucoup d’unités blindées étaient occupées à changer les moteurs, beaucoup d’unités d’artillerie n’avaient pas de munitions, pas plus que, dans l’aviation, on n’avait de carburant pour les avions…. Lorsque, depuis la frontière, on commença à avertir par téléphone les états-majors supérieurs que la guerre avait commencé, certains s’entendirent répondre : « Ne cédez pas à la provocation ». Ce fut une surprise, au sens le plus strict, le plus terrible du terme ».

La surprise ne fut pas totale pour le pouvoir soviétique puisqu’il a été établi que l’espion Richard Sorge et les analystes suédois menés par Arne Beurling avertirent Staline de la date exacte de l’invasion allemande. Plus de 80 avertissements furent transmis, d’une manière ou d’une autre, à Staline, qui préférait croire que l’Allemagne n’attaquerait que plus tard. Il semble que Staline se soit entêté dans l’idée qu’Hitler n’ouvrirait pas un second front sans en avoir fini avec l’Angleterre. Il refusa catégoriquement toute mesure risquant d’être perçue comme une provocation par le régime de Berlin.

Les unités sont cruellement handicapées par le manque d’officiers correctement formés. L’armée a perdu la plupart de ses représentants les plus compétents. Après la « Grande Terreur » communiste de 1936-1938 (près de 750 000 Russes fusillés, et sans doute 200 000 morts dans les camps du Goulag) une grande partie de l’encadrement de l’Armée rouge a disparu. Ont été fusillés : 11 000 officiers sur 70 000 (et plus de 20 000 sont internés dans les camps), 154 généraux de division sur 186 (82%), 50 généraux de corps d’armées sur 57 (88%), 13 commandants d’armées sur 15 (87%), la quasi-totalité des maréchaux (90%) et des amiraux (89%). Khroutchev devait souligner que cette épuration massive des cadres de l’armée avait été l’une des causes principales de l’état d’impréparation des forces soviétiques en juin 1941: « Tant d’hommes avaient été exécutés que le haut commandement avait été dévasté, ainsi que tous les échelons du corps des officiers ». À noter que cette épuration continuait alors même que l’invasion allemande se développait, ce qui faisait dire à Stepan Anastasovich Mikoyan: « Une grande guerre s’était engagée, notre armée souffrait de lourdes pertes et essuyait des défaites, et, dans le même temps, des chefs militaires expérimentés, au lieu d’être appelés à sauver la situation, étaient mis à mort en toute hâte… ».

Les conséquences sur la qualité du corps des officiers sont tragiques. Au moment où l’armée française s’effondre sous les coups de l’armée allemande, à peine 7,1% des officiers soviétiques possèdent une formation militaire développée ; près de 25% sont dans des cours de formation accélérée et 12% n’ont aucune formation militaire. Plus d’un tiers des officiers soviétiques est donc incapable de remplir un commandement à la veille de l’attaque allemande. Le commandement est tétanisé. En outre, beaucoup des officiers en place en 1941 ont d’abord été choisis pour leur fidélité au régime et non pour leur compétence. S’ajoutant aux consignes de modération données à l’égard des préparatifs allemands, leur incompétence favorisa la désorganisation et le déploiement hasardeux des unités chargées de la défense de la frontière. Les troupes étaient, en effet, pour la plupart placées trop près de la frontière et s’appuyaient sur une ligne de fortification encore en cours de réalisation, la Ligne Molotov. Enfin, les officiers soviétiques de 1941 sont placés sous l’autorité des commissaires politiques de l’Armée rouge. Le contrôle de ces derniers sur les ordres d’opérations ne sera levé qu’à la mi-1943 (et après Stalingrad, l’Armée rouge remet en vigueur les grades et les épaulettes de l’Armée Impériale de la monarchie).

En outre, le jour de l’invasion, beaucoup d’unités sont paralysées par des carences en matériels de guerre. Les armes individuelles ont été distribuées en quantités insuffisantes. Déjà, en mars 1941, 30% seulement des unités blindées disposaient des pièces de rechange nécessaires à leur fonctionnement. Un mois avant l’attaque allemande, les généraux signalaient que « l’exécution du plan pour la fourniture des équipements militaires dont l’Armée rouge a un besoin si aigu est extrêmement peu satisfaisante ».

Pourtant, l’Union soviétique de 1941 est loin d’être un pays faible : l’industrialisation forcée des années 1930 lui permet de n’être dépassée que par les États-Unis en termes de production industrielle (industrie lourde principalement). Ses matériels militaires sont souvent à la pointe de l’industrie mondiale, comme par exemple les chasseurs I-16 ou le char T-26. Cependant, depuis 1939, l’industrie d’armement du pays traverse une crise de transition, les nouveaux matériels ont beaucoup de mal à entrer en production de masse. Les décisions politiques ne sont généralement pas étrangères à ces difficultés. Le déclenchement de la guerre contraindra le système soviétique à davantage d’efficacité, comme le montre la rapide montée en puissance de nouveaux matériels de guerre performants. Considéré comme le meilleur char « tout emploi » de la Seconde Guerre Mondiale, le T-34 sera le tank le plus important des forces alliées. Il influencera nettement tous les chars conçus ultérieurement. Il sera le premier char capable de rivaliser et de surpasser ses adversaires tant par sa puissance de feu que par ses performances. Quand les premiers exemplaires de série sortirent en juin 1940, il n’avait pas d’équivalent. Produit en grand nombre dans différentes usines en fonction de l’avancée de la Wehrmacht en territoire soviétique (usines de Stalingrad, de Kharkov, de Nizhnij Tagil, d’Omsk, etc.), il pesait 32 tonnes et emportait un équipage de 4 hommes. Il existait à peine plus de 1 000 T-34 lorsque les Allemands attaquèrent la Russie. Seuls 10 % des chars soviétiques étaient alors des T-34, mais à la mi-1943 ce taux montait à 60 % avant que le T-34 n’ait totalement remplacé en 1944 les modèles les plus anciens. De 1941 à 1945, dans ses différentes versions, l’industrie russe en produisit près de 52 000 exemplaires.

L’ampleur des épreuves qu’ont subi les Russes depuis la chute du tsarisme (guerre civile, suppression de la plupart des libertés politiques et économiques, collectivisation forcée, périodes de terreur, exécutions massives, déportations) ont fini par forger un peuple dur à la souffrance et ayant, malgré tout, appris à survivre dans les conditions les plus difficiles. Enfin, l’économie soviétique vit sous un régime permanent d’économie de guerre depuis l’avènement du bolchévisme, ce qui facilitera, à partir de 1942, la mobilisation totale des ressources économiques pour faire la guerre au Troisième Reich.

Les forces en présence

Forces de l’axe

Le dispositif d’invasion de l’Axe est sans équivalent dans l’histoire militaire (excepté l’immense offensive soviétique de conquête de l’Allemagne lancée le 12 janvier 1945 avec 6,7 millions de combattants). Hitler a mobilisé 3 millions de soldats du Reich qui commencent à se déployer en février, en Prusse-Orientale, en Pologne, en Slovaquie et en Moldavie.
L’Ostheer inclut également des divisions hongroises, roumaines et finlandaises (500.000 hommes pour ces trois nationalités) et, par la suite, italiennes (l’Italie aura jusqu’à 200 000 hommes sur le front) : soit 201 divisions dont 42 de pays satellites, 3 650 chars d’assaut (85 % des disponibilités en blindés du Reich), 2 770 avions, plus de 47 000 canons et mortiers de campagne.

L’Allemagne engage 159 divisions sur les 220 dont elle dispose alors (73 % des effectifs totaux de la Wehrmacht). Ce sont pour la plupart des troupes aguerries par les campagnes précédentes, bien équipées et bien motorisées (600 000 véhicules) grâce en particulier aux prises de guerre de la bataille de France. On note cependant l’utilisation en juin 1941 de 600 000 chevaux par les équipages du train.

Si ces effectifs sont sans précédent dans une guerre de conquête, ils semblent insuffisants au regard du potentiel de l’Union soviétique et des immensités russes. L’armée d’invasion compte seulement 800 chars de plus qu’au déclenchement du Fall Weiss contre la France. Il reste que, sur les axes de pénétration et les points de percée, la supériorité de la Wehrmacht en matériels et en effectifs est écrasante, dans un rapport de 4/5 contre 1 et que l’armée allemande est remarquablement rompue au combat tactique, capacité qui fera cruellement défaut aux troupes soviétiques au moins jusqu’à la bataille de Koursk. La Blitzkrieg est donc la carte maîtresse qui décidera de l’issue du front que le Reich nazi décide d’ouvrir contre la Russie.

Forces soviétiques

L’Armée rouge dispose au total, en juin 1941, de 209 divisions d’infanterie dont 160 sont stationnées en Russie occidentale, soit en principe 2,3 millions de soldats à effectifs pleins (en 1941 la division d’infanterie allemande compte à effectif au complet 16 500 hommes contre 14 474 pour la soviétique). En réalité, 144 divisions comptent seulement la moitié de leurs effectifs et 65 un tiers. C’est donc à peine un peu plus d’un million de soldats, pris au dépourvu, qui vont devoir s’opposer à la déferlante allemande sur un front de plusieurs milliers de kilomètres. Les Soviétiques peuvent mettre en ligne 37 500 canons, 1 540 chasseurs de dernière génération, mais un nombre considérable de vieux avions (7 500) et de tanks sont déclassés. L’Armée rouge n’a plus, depuis leur dissolution par le pouvoir soviétique en 1939, de corps mécanisés à opposer à la Wehrmacht, corps blindés qui sont en grande partie une création du maréchal Mikhaïl Toukhatchevski (fusillé en juin 1937 – sa femme, sa mère et son fils, élève-officier, sont exécutés également en 1937). Enfin, l’Union soviétique doit se garder sur deux fronts : une quarantaine de divisions devront rester stationnées jusqu’en août 1945 en Extrême-Orient russe face aux armées japonaises qui occupent la Mandchourie.

L’état-major allemand entend profiter à plein de la faiblesse militaire de la Russie soviétique. Hitler devait ainsi déclarer au général Jodl :  » Nous n’avons qu’à donner un coup de pied dans la porte et toute cette structure pourrie s’effondrera ». Pourtant, d’après le rapport entre les effectifs humains engagés et le nombre d’engins de guerre, la Wehrmacht sur le front russe (l’Ostheer) était moins moderne que son adversaire direct, l’Armée rouge, même si, comme leurs alliés occidentaux, les Soviétiques et ce, malgré les enseignements de Toukhatchevski, n’avaient pas encore appris à tirer le maximum de leur puissance matérielle. En juin 1941, sur les 3 648 chars qui se ruent sur la Russie soviétique seuls 444 appartiennent à un modèle relativement récent (Panzer IV). Face à eux, se trouvent un million d’hommes, soutenus par 15 000 chars sur un stock total de 24 000, soit plus que tous les chars du reste du monde réunis. Si la grande majorité de ces engins étaient des modèles périmés, 1 861 d’entre eux étaient des chars T-34 et des chars lourds KV, supérieurs aux meilleurs engins produits à l’époque en Allemagne, mais handicapés par l’absence de radios en nombre suffisant.

L’invasion

L’attaque initiale

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Déroulement de l’opération

Les conditions sont donc très favorables pour l’Allemagne nazie. Le dimanche 22 juin 1941, le rouleau compresseur allemand s’ébranle . Les unités d’assaut franchissent la frontière et attaquent les premières lignes soviétiques. L’attaque terrestre est précédée par la plus gigantesque attaque aérienne de tous les temps, menée par la majorité des 2 770 avions engagés en appui de ce front. Cette attaque commence à 3 h 40 et vise 66 aérodromes soviétiques. Elle a des résultats désastreux pour l’Armée rouge, puisqu’elle donne à la Luftwaffe la maîtrise absolue du ciel soviétique pendant plusieurs semaines. Les bombardiers allemands trouvent les avions soviétiques alignés ailes contre ailes à leur base, généralement sans camouflage ni protection. La plupart du temps, l’alerte n’a même pas été donnée et peu d’avions de chasse peuvent décoller. Les pertes des VVS sont terribles : le soir, 1 489 appareils ont été détruits au sol et 389 autres abattus en vol. La Luftwaffe ne perd que 63 avions le 22 et 150 les deux premiers jours de l’offensive.

À 4 h 15, l’artillerie allemande se met à pilonner les positions avancées de la défense soviétique sur la frontière et, à 4 h 45, les premières unités terrestres franchissent celle-ci. La surprise chez les Soviétiques est totale, la Stavka avait bien émis un ordre qui avertit les unités frontalières de l’imminence de la guerre, mais la plupart des unités ne l’avaient pas reçu. La première opération est menée sur le front central, par un coup de main d’un corps franc de la 3e Panzerdivision, qui s’empare du pont de Koden, sur le Bug. Dans la matinée, un pont de bateaux est lancé à Drohizyn, 80 km plus au nord. La tête de pont ainsi créée fut appuyée par l’emploi de 80 chars Pz-III submersibles.

La résistance des Soviétiques est assez décousue sur la plus grande partie du front. Elle est acharnée sur quelques points, comme la citadelle de Brest-Litovsk défendue par les 6e et 42e divisions de tirailleurs, qui résistent, pratiquement sans eau, jusqu’à la fin juillet, bien qu’ayant été attaquée dès le matin du 22 juin. Sans appui d’aucune sorte, les soldats soviétiques de la citadelle sont totalement encerclés et sans espoir de secours puisque la nouvelle ligne de front est à 400 kilomètres plus à l’est. Ils continuent à se battre en dépit de la disproportion des forces et de l’emploi d’artillerie de siège lourde par les Allemands comme les mortiers de 620 mm. La seule 45e division d’infanterie affectée à la prise de la forteresse déplorera 482 tués (dont 80 officiers) et plus de 1 000 blessés. Les Russes perdront environ 2 000 à 2 500 tués et autant de prisonniers. Mais par son action, cette résistance ralentit considérablement le mouvement des unités d’infanterie qui doivent empêcher les troupes soviétiques de s’échapper de la poche de Bialystok-Minsk.

Pendant ce temps, malgré quelques contre-attaques soviétiques, les unités mécanisées du groupe d’armée centre franchissent Bug, et s’enfoncent dans les arrières des unités de l’Armée rouge. Les deux groupes blindés du centre mènent alors, à partir du 26 juin, deux percées parallèles, pour finalement converger sur Minsk, le 9 juillet, créant la poche connue sous le nom de Bialystok-Minsk, où plus de 400 000 soldats soviétiques et d’énormes quantités de blindés et de matériels sont pris au piège. Relevés par l’infanterie des 2e, 4e et 9e armées, les blindés allemands continuent leur progression en direction de Smolensk. Ils franchissent la Bérézina le 28 juin, ayant parcouru 600 kilomètres depuis la frontière.

Au Nord, le groupe d’armée de Leeb progresse très rapidement grâce à l’attaque très en profondeur du 56e corps d’armée motorisé du général Erich von Manstein, qui s’empare du pont d’Ariogala situé à 80 km dans la profondeur du dispositif soviétique, dès 19 h 00, le 22 juin et renouvela l’exploit le 26, avec celui de Dunaburg, lui à 350 kilomètres de la frontière, malgré une contre-attaque des chars du 3e corps mécanisé soviétique contre la 6e Panzerdivision au village de Rossiény. La bataille de chars qui résulte de la rencontre des forces blindées, fait rage pendant deux jours, l’Armée rouge y engage une centaine de chars de type KV-1 et KV-2, ce qui provoque une crise dans l’armée allemande, car ce char lourd est alors invulnérable aux canons des chars et aux armes antichar allemands, l’usage de pièces d’artillerie de 88 et 105 mm employées en tir direct permet néanmoins aux Allemands d’endiguer la résistance soviétique. L’offensive marque un temps d’arrêt, car Hitler et son état-major préférent que les blindés attendent l’infanterie avant de poursuivre leur progression vers Léningrad.

Le groupe d’armée sud connaît pour sa part une progression bien plus difficile. Dans ce secteur sont massés le plus gros des chars de l’Armée rouge, dont de nombreux KV-1 et T-34. Bien que manquant complètement de coordinations, les contre-attaques blindées coûtent cher aux Allemands. De plus, la Roumanie n’intervient qu’à partir du mois de juillet. Le 28 juillet, la situation empire brusquement pour les Soviétiques quand le 1er groupe blindé et la 17e armée font leur jonction, à l’est d’Uman enfermant dans une poche, la majeure partie des 6e et 12e armées soviétiques. Les troupes encerclées résistent jusqu’au 8 août, mais elles sont contraintes à la reddition. Les pertes sont terribles pour l’Armée rouge, avec environ 200 000 tués et 100 000 prisonniers.

La bataille de Smolensk

Le 10 juillet, le groupe d’armées centre a commencé une opération d’encerclement contre les troupes défendant Smolensk, jalon important sur la route de Moscou; le Dniepr est atteint et franchi le 11 juillet ; Smolensk tombe le 16, les troupes soviétiques étant coupées de leurs arrières. Mais cette fois, la réduction de la poche formée (323 000 soldats soviétiques) va se révéler problématique: les troupes russes continuent à résister malgré leur isolement. Suite à une forte contre-attaque, l’encerclement est même rompu temporairement. Les combats vont durer jusqu’au 10 septembre, l’Armée rouge ramenant constamment de nouvelles troupes fraîches. Certes, ses pertes sont là aussi très importantes, mais la progression des Allemands est enrayée, et obligée de lutter pied à pied contre des troupes déterminées, l’armée allemande subit elle aussi une véritable hécatombe avec la perte de près de 250 000 hommes (tués et blessés). 310 000 soldats et officiers soviétiques sont faits prisonniers, beaucoup seront sommairement exécutés. La bataille du chaudron de Smolensk porte à la Wehrmacht un coup dur dans sa progression vers l’est. Le général Blumentritt relève que « le comportement des troupes russes dans la défaite contrastait terriblement avec celui des Polonais ou des Occidentaux. Mêmes encerclés, les Russes s’accrochaient et combattaient ».

La bataille de Kiev

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L’encerclement de Kiev et l’opération Typhon

À la mi-septembre, l’Armée rouge, suite aux terribles pertes qu’elle a subies, a été contrainte de se replier sur une ligne de défense derrière la Divna et le Dniepr. Les armées allemandes ont regagné leur liberté de mouvement avec la fin de la liquidation de la poche de Smolensk. Les généraux réclament une attaque en direction de Moscou, désormais à 400 km du front. Il semble certain aux généraux allemands que, compte tenu de l’ampleur énorme de ses pertes, l’Armée rouge sera incapable de résister à une poussée dans cette direction. Hitler n’est pas de leur avis, il veut s’emparer de la région industrielle du Donbass. Il voit également la possibilité d’en finir avec les forces armées soviétiques qui ont mission de défendre l’Ukraine. Les arguments avancés par Hitler pour soutenir une avancée blindée vers le Sud sont que les lignes d’approvisionnement de l’armée centre seraient exposées sur un flanc de plus de 800 km si l’offensive continuait vers Moscou. En conséquence, il ordonne au 2e groupe blindé de Guderian de se porter vers le sud pour rejoindre le 1er groupe blindé du feld-maréchal von Kleist qui remonte du sud après avoir traversé le Dniepr. Le 25 août, la 3e division blindée s’empare du point stratégique qu’est le pont sur la Desna, près de Novgorod-Severski. Lorsque les officiers d’état-major soviétiques prennent conscience du danger mortel qui se rue sur les armées du Sud, il est trop tard. Les deux pointes blindées allemandes se rejoignent à Lokhvitsa. Un gigantesque encerclement est réalisé autour de la région de Kiev et des marais du Pripet dans lequel plus de 500 000 soldats soviétiques sont pris au piège. Kiev, « la mère des villes russes » dans la culture slave, tombe le 19 septembre et le reste de la poche suit dans le mois. Seuls 15 000 soldats et officiers parviennent à franchir le cordon allemand dont Nikita Khrouchtchev, le général Semyon Timochenko et le maréchal Boudienny. C’est le plus vaste encerclement militaire de l’Histoire. C’est aussi la plus grande défaite militaire ponctuelle de l’histoire soviétique. Au terme de la bataille de Kiev, l’armée allemande a encore 200 000 tués, blessés et disparus mais les Soviétiques perdent près d’un million d’hommes (400 000 tués, 500 000 prisonniers exécutés sur place ou que les Allemands laisseront mourir de faim avant de déporter les survivants dans les camps d’Europe centrale).

Partout, les unités de l’Armée rouge battent en retraite, dépassées par la rapidité de l’invasion. La plupart des habitants des zones envahies sont effondrés. « La population. Ils pleurent. Qu’ils soient en route, qu’ils soient assis, qu’ils soient debout près des palissades, à peine commencent-ils à parler qu’ils pleurent, et on a soi-même envie de pleurer malgré soi. Quel malheur! ». Vassili Grossman. Pourtant, on commence à voir, çà et là, des habitants réserver un accueil prévenant aux troupes allemandes.

La route du Donbass est ouverte pour le groupe d’armées sud, qui atteindra Rostov-sur-le-Don le 21 septembre, mais les divisions blindées et motorisées de la Wehrmacht sont très éprouvées par les deux féroces batailles de la fin de l’été, et ce n’est que le 30 septembre que la progression peut reprendre en direction de Moscou. La saison des boues, la rapoutitsa, rend les routes impraticables, et provoque alors un arrêt des opérations mobiles pendant près de quinze jours, obligeant à patienter jusqu’aux premières gelées pour reprendre le mouvement.

Au Nord, les troupes allemandes, arrivent devant les premières lignes de défense de Léningrad, au début du mois de septembre. La prise de la ville, dont la défense est organisée par Joukov, s’avère vite impossible malgré les faibles moyens de défense de l’Armée rouge. Les Allemands s’abstenant d’un assaut direct, décident de l’investir progressivement pour l’affamer, avec l’aide des Finlandais, mais la ville, malgré des pertes humaines colossales (700 000 civils périrent de faim et des bombardements), résistera en fait jusqu’à son dégagement en 1944, au cours du siège le plus long et le plus impitoyable de l’histoire moderne.

En quelques semaines à peine, les divisions allemandes ont progressé de 500 km vers le Nord, de 650 km vers l’Est, de 350 km vers le Sud-Est. De juin à octobre 1941, l’Ostheer (la Wehrmacht sur le front russe) a fait au total plus de 3 millions de prisonniers. Les premiers massacres en masse de Juifs, Russes et Tsiganes débutent quelques semaines seulement après le début de l’invasion.

L’échec de la bataille de Moscou

Les Allemands trouvent un pays las du soviétisme, mais les Einsatzgruppen massacrent systématiquement les Juifs (plus de 1 500 000 personnes, essentiellement des femmes et des enfants, seront assassinées de 1941 à 1944) et multiplient les atrocités dans le cadre de ce qui ressemble à une guerre d’anéantissement.

La population devient de plus en plus hostile à un envahisseur qui apparaît comme un ennemi venu pour anéantir et non pour libérer. Si les premières villes capturées avaient semblé accueillir favorablement l’envahisseur (en Ukraine en particulier), du fait de la lassitude face à la férocité du régime stalinien et aux problèmes des nationalités, les très nombreux massacres de civils transforment rapidement cet a priori favorable. Les massacres de civils désarmés et l’intention déclarée de réduire les Slaves en esclavage retournent vite les populations. Le traitement inhumain réservé aux prisonniers de guerre a fini par filtrer. Les Allemands éprouvent des difficultés croissantes à capturer des prisonniers, les soldats russes préférant lutter jusqu’à la mort plutôt que de mourir sommairement exécutés. Les opposants au régime se persuadent qu’il s’agit d’une lutte à mort où ils n’ont guère le choix du camp.

Les troupes allemandes traversent des régions affreusement pauvres et désertes, et l’étendue des espaces russes fait perdre tout son sens à la Blitzkrieg. Les lignes de communications de la Wehrmacht s’allongent démesurément. Assez rapidement, des groupes de partisans se forment sur les arrières de la Wehrmacht, obligeant celle-ci à consacrer un partie importante de ses forces au maintien de ses routes de ravitaillement. Ce dernier rencontre de nombreux problèmes, comme la différence d’écartement des voies de chemin de fer russes avec celles d’Europe occidentale. Après des centaines de kilomètres parcourus dans les plaines russes, le matériel est usé et en mauvais état (surtout pendant la Raspoutitsa : la période des mauvaises routes (à cause des intempéries)). Surtout, le manque d’hommes disponibles, compte tenu de ses pertes, commence à poser un problème à la Wehrmacht. Après plus d’un mois de combats, elle a déjà perdu plus d’hommes qu’au cours de toutes ses campagnes à l’Ouest, tout en étant très loin d’avoir atteint ses objectifs opérationnels. En septembre 1941, les divisions combattantes, alors au nombre de 142, déclarent avoir perdu près de 50 % de leurs forces initiales en hommes et en matériel et, en novembre, la plupart des formations d’infanterie ont perdu la moitié de leurs effectifs.

Début septembre, les Allemands, bloqués par les boues, tiennent plusieurs conseils de guerre pour prévoir la suite des opérations, dont la conférence d’Orcha, à laquelle participe Hitler. Il est désormais clair que malgré les pertes colossales infligées à l’Armée rouge, celle-ci n’a pas été détruite. Sa combativité, loin de s’écrouler, semble même s’accroître. Il apparaît que seul le groupe d’armées centre sera capable de reprendre la progression quand les routes seront de nouveau praticables. Malgré l’aide des Finlandais, le groupe nord est incapable de mener un action de vive force contre Léningrad, il arrive tout juste à maintenir un encerclement partiel et précaire, qui laisse passer le ravitaillement pour la ville par le lac Ladoga. Le groupe d’armées sud est soumis à une forte pression russe et le corps blindé de von Kleist a été contraint de passer à la défensive, voire de céder du terrain comme à Rostov-sur-le-Don, aux portes du Caucase, face aux contre-attaques de Semyon Timochenko: c’est le premier recul allemand depuis le déclenchement de l’invasion.

Devant l’échec inéluctable de Barbarossa, on prépare une opération de rechange pour essayer d’en finir avant l’hiver, l’opération Taïfun (typhon). Hitler adopte, malgré ses idées précédentes, l’idée qui veut que la prise de la capitale de l’adversaire doit briser sa volonté de résistance. Les objectifs initiaux de Barbarossa (la ligne Arkhangelsk-Kouïbychev) sont abandonnés, ce qui rend désormais impossible la destruction de l’industrie de guerre soviétique mise à l’abri derrière l’Oural. De plus, Staline a acquis la certitude, par les renseignements fournis par le réseau Orchestre rouge et Richard Sorge, mais surtout par des communications qui ont été interceptées, que la politique d’expansion japonaise n’a plus que des visées vers le Sud-Est asiatique et que le Japon s’apprête à attaquer la flotte des États-Unis à Pearl Harbor. Les troupes fraîches et expérimentées (commandée par Joukov) qui gardent la frontière extrême-orientale en Sibérie vont pouvoir être rapatriées en Russie occidentale. De fin 1941 au début de 1942, près de 400 000 « Sibériens » sont ainsi transférés vers l’ouest à bord de trains spéciaux mettant de une à deux semaines pour arriver à destination (sur ce total 250.000 soldats furent assignés à la défense de Moscou).

Fin octobre 1941, Adolf Hitler décide la bataille de Moscou, déclarant à ses généraux son intention de raser la ville jusqu’à ses fondations et d’en faire un immense lac artificiel. Il donne l’ordre le 14 octobre 1941 d’un double enveloppement de Moscou, avec pour objectif la jonction à Noginsk. Le Reich regroupe tous ses moyens disponibles en vue de l’assaut. Moscou renforce ses défenses : un demi-million d’hommes et de femmes creusent 8 000 km de tranchées, 100 km de fossés antichars.

De novembre à décembre, la Wehrmacht engage 1,8 million d’hommes dans cette bataille (80 divisions mais à effectifs incomplets), soit plus de 50 % de toutes ses divisions, 30 % de son artillerie, sur un front de 600 km de large et de 250 km de profondeur. En deux semaines de combats, l’Armée rouge perd 700 000 combattants faits prisonniers (poches de Viazma, d’Orel, de Briansk…), 1 200 chars et 5 000 canons. Le 7 novembre 1941, dans un discours resté célèbre, prononcé sur la place rouge devant les troupes qui partent au front, Staline délaisse l’idéologie et en appelle aux valeurs et aux grandes figures historiques de la nation russe. Le front (« front » ou groupe d’armées dans la terminologie soviétique) de Kalinine, au nord de Moscou, lance sa contre-attaque le 5 décembre dans une neige de plus d’un mètre d’épaisseur et par des froids de –20 °C à – 30 °C. L’offensive hitlérienne est stoppée à 30 kilomètres de Moscou (non loin du faubourg de Khimki, à proximité de l’actuel Aéroport international Cheremetievo), grâce également à un terrible hiver pour lequel elle n’est pas équipée. Une contre-offensive menée fin décembre par des bataillons sibériens casse enfin le front allemand et rejette de 100 à 200 km en arrière le groupe d’armées centre. Le 22 janvier, la bataille de Moscou est gagnée par Joukov. Guderian est contraint à une retraite précipitée, abandonnant une grande partie de son matériel. L’armée allemande perd encore 615 000 hommes. C’est le retour de balancier. Jusqu’en janvier 1942, la Wehrmacht recule partout.

Une étude récente réevalue la bataille de Moscou et fait de celle-ci « la bataille la plus importante de la Deuxième Guerre mondiale et, de façon indiscutable, le plus vaste engagement militaire de tous les temps. En additionnant les effectifs des deux camps, environ 7 millions d’hommes furent engagés, à un moment ou à un autre, dans ces combats. Sur ces 7 millions de soldats, 2,5 millions furent tués, faits prisonniers, portés disparus ou assez grièvement blessés pour être hospitalisés, avec des pertes beaucoup plus lourdes du côté soviétique que du côté allemand. Selon les archives militaires russes, 958 000 soldats soviétiques ont péri, ce qui comprend les tués, les disparus et les hommes faits prisonniers. Étant donné le traitement que leur réservaient les Allemands, la plupart des prisonniers de guerre soviétiques étaient, de fait, condamnés à mort. De plus, 938 500 de leurs camarades furent hospitalisés pour blessures (sans oublier les maladies consécutives au froid et à l’humidité), ce qui porte le total des pertes soviétiques à 1 896 500 hommes. Pour les Allemands, le total des pertes était de 615 000 hommes ».

Collaboration avec l’occupant

Près de 2 millions de Soviétiques se rangèrent du côté des Allemands (Baltes, Ukrainiens, Russes, quelques Polonais enrôlés de force entre autres) durant l’occupation de leur territoire, soit moins de 3 % de la population de la zone occupée par le Reich dans la partie ouest de l’Union soviétique. En 1943, certaines divisions allemandes comptaient plus de 20 % d’auxiliaires russes (les Hiwis). Il y eut 2 divisions SS russes, les 2 divisions de l’armée Vlassov et le 15e SS Kosaken-Kavalerie-Korps constitué de Cosaques du Don. Beaucoup agissaient par nationalisme, les pays baltes et l’est de la Pologne, qui faisaient partie de l’empire russe (monarchique) jusqu’en 1917, ayant été réannexés par l’Union soviétique en 1939.

Exemple parmi d’autres du soutien que reçurent les envahisseurs de la part de certaines populations locales à certains endroits : les milices pro-germaniques étaient assez efficaces pour rendre inutiles des représailles. Tel était le cas du district administratif autonome de Lokot, dans la région d’Orel-Koursk, au sud de Briansk. Comptant 1 700 000 habitants, ce district fut défendu par une milice intégralement russe en 1941-1942. Ici, la base de la collaboration était de nature politique (anti-communisme) et la milice de Lokot créée par le général Rudolf Schmidt de la IIe Armée Panzer conjointement avec un ingénieur russe (remplacé plus tard par le fameux Bronislaw Kaminski), fut connue sous le nom de Russkaya Osvoboditelnya Narodnaya Armiya (Armée de libération russe). Certaines de ces milices, dans les pays baltes et en Ukraine en particulier, apportèrent aux autorités d’occupation un soutien non négligeable dans la politique d’extermination des populations juives.

Un élément capital des transactions fut que les SS avaient interdiction d’opérer dans toute cette région où les Allemands acceptèrent de s’abstenir de toute action de représailles du fait des activités de la résistance qui se poursuivaient toujours. De tels arrangements, bien que généralement moins formels, étaient monnaie courante dans les régions occupées par les Allemands. Ils trouvaient des avocats fervents parmi les officiers de la Wehrmacht. Les SS s’y opposaient de façon tout aussi véhémente, car ils refusaient d’armer des « sous-hommes ». Par la suite, la situation ayant empiré pour le Reich nazi et le besoin d’effectifs devenant criant, les SS furent amenés à tempérer leur refus initial. Ils s’opposaient toujours à la création de milices, mais seulement parce qu’ils voulaient recruter tous les hommes disponibles pour leurs nombreuses unités « ethniques ».

Collaboration avec l’occupant

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Auxiliaire cosaque de l’armée allemande.

Près de 2 millions de Soviétiques se rangèrent du côté des Allemands (Baltes, Ukrainiens, Russes, quelques Polonais enrôlés de force entre autres) durant l’occupation de leur territoire, soit moins de 3 % de la population de la zone occupée par le Reich dans la partie ouest de l’Union soviétique. En 1943, certaines divisions allemandes comptaient plus de 20 % d’auxiliaires russes (les Hiwis). Il y eut 2 divisions SS russes, les 2 divisions de l’armée Vlassov et le 15e SS Kosaken-Kavalerie-Korps constitué de Cosaques du Don. Beaucoup agissaient par nationalisme, les pays baltes et l’est de la Pologne, qui faisaient partie de l’empire russe (monarchique) jusqu’en 1917, ayant été réannexés par l’Union soviétique en 1939.

Exemple parmi d’autres du soutien que reçurent les envahisseurs de la part de certaines populations locales à certains endroits : les milices pro-germaniques étaient assez efficaces pour rendre inutiles des représailles. Tel était le cas du district administratif autonome de Lokot, dans la région d’Orel-Koursk, au sud de Briansk. Comptant 1 700 000 habitants, ce district fut défendu par une milice intégralement russe en 1941-1942. Ici, la base de la collaboration était de nature politique (anti-communisme) et la milice de Lokot créée par le général Rudolf Schmidt de la IIe Armée Panzer conjointement avec un ingénieur russe (remplacé plus tard par le fameux Bronislaw Kaminski), fut connue sous le nom de Russkaya Osvoboditelnya Narodnaya Armiya (Armée de libération russe). Certaines de ces milices, dans les pays baltes et en Ukraine en particulier, apportèrent aux autorités d’occupation un soutien non négligeable dans la politique d’extermination des populations juives.

Un élément capital des transactions fut que les SS avaient interdiction d’opérer dans toute cette région où les Allemands acceptèrent de s’abstenir de toute action de représailles du fait des activités de la résistance qui se poursuivaient toujours. De tels arrangements, bien que généralement moins formels, étaient monnaie courante dans les régions occupées par les Allemands. Ils trouvaient des avocats fervents parmi les officiers de la Wehrmacht. Les SS s’y opposaient de façon tout aussi véhémente, car ils refusaient d’armer des « sous-hommes ». Par la suite, la situation ayant empiré pour le Reich nazi et le besoin d’effectifs devenant criant, les SS furent amenés à tempérer leur refus initial. Ils s’opposaient toujours à la création de milices, mais seulement parce qu’ils voulaient recruter tous les hommes disponibles pour leurs nombreuses unités « ethniques ».

Bilan de l’opération Barbarossa

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L’épuisement et le 1e recul allemand à Rostov sur le Don.

Les Allemands réussissent à stabiliser la ligne de front de la Baltique à l’Ukraine au prix de pertes énormes en hommes et en matériels (l’essentiel des 3 500 chars engagés est resté sur le terrain – 50 % du matériel roulant est hors d’état de marche). Les divisions aériennes ne disposent plus que de 25 à 50 % de leurs appareils de combat. La Luftwaffe se voit disputer la maîtrise du ciel avec la montée en ligne de nouveaux chasseurs russes (Mikoyan-Gourevitch MiG-1, Sturmovik « tueur de chars »). L’infanterie d’invasion ne parvient pas à maintenir le contact avec ses fers de lance blindés sur de longues distances. Compte tenu de ses pertes et de l’étendue des espaces russes, l’armée allemande doit donc renoncer à la Blitzkrieg tout en devant faire face à un adversaire qui ne cesse de se moderniser. À ce moment, il apparaît que c’est à l’impréparation des armées soviétiques de juin 1941, à l’effet de surprise, que le Reich doit d’avoir évité de graves difficultés dans ses combats contre l’Armée rouge lors de l’invasion de juin 1941.

Pour l’Allemagne, si déjà les pertes avaient été lourdes pendant la bataille de France avec près de 1 500 tués par jour du 10 mai au 22 juin 1940, c’est en Russie que la Seconde Guerre Mondiale commence vraiment avec une campagne qui du 22 juin 1941 au 22 janvier 1942 voit tomber en moyenne 3 200 soldats allemands par jour. Alors que pendant les deux premières années de la guerre (1939 et 1940), 1 253 officiers seulement étaient morts au combat, entre juin 1941 et mars 1942, 15 000 officiers furent tués, ce qui indique un changement radical dans l’évolution des pertes. Au cours des six premiers mois de l’invasion, les pertes de l’Ostheer (la Wehrmacht sur le front russe) s’élevèrent à 750 000 hommes, qui furent portées à un million à la fin de mars 1942 dont plus d’un tiers de tués ou de disparus. Au total, lors de la première année de la campagne de Russie, le Reich perd 1,3 million d’hommes, sans compter les malades, soit 40 % des 3,2 millions d’hommes de l’Ostheer. Le manque général d’hommes dans le Reich ne permet pas d’assurer les remplacements à une pareille échelle.

À la fin de 1941, la Wehrmacht s’est enfoncée de 800 km en Union soviétique et a conquis plus d’un million cinq cent mille kilomètre-carrés de territoire soviétique, comptant 65 millions d’habitants (17 millions de personnes sont parvenues à fuir). En 1942, la longueur du front russe, de la Finlande au Caucase, passe à 6 200 km. L’Allemagne occupe alors l’Ukraine, la Biélorussie, une grande partie du nord de la Russie, soit plus de la moitié de la Russie d’Europe (qui concentre 80 % des industries lourdes et de la population), acculant les Russes sur des zones moins peuplées et les privant d’une grande partie de leur potentiel économique (de 60 à 70 %). Mais le Reich a perdu ses meilleures troupes.

Les pertes de l’Armée rouge sont colossales : 1,5 million de tués, 4 millions de prisonniers dont 2 millions au moins seront anéantis. Fin 1941, les Allemands estiment avoir détruit plus de 20 000 blindés et 35 000 canons soviétiques.

C’est pourtant à ce moment que la société soviétique se lance dans une mobilisation de ses forces et de ses ressources, totale et éperdue, dans le cadre d’une économie de guerre d’une extrême rigueur. Le 3 septembre 1941, le pouvoir soviétique décrète la mobilisation de tous les hommes de plus de 18 ans. Dès l’automne 1941, plus de 2 000 groupes de partisans se constituent en territoire occupé. « Tout pour le front ! Tout pour la victoire ! », « Encore plus d’armes pour le front » deviennent les slogans dans les usines. Les bureaux de recrutement de l’Armée rouge sont submergés par les volontaires désireux de se battre pour « la défense du sol natal ». De nombreuses jeunes filles s’engagent dans l’Armée rouge (de 1941 à 1945 plus de 800 000 femmes ont combattu comme volontaires sur le front). La journée de travail monte à 12 heures par jour, voire davantage. Les décès par épuisement au travail ne sont pas rares dans les usines. La législation, déjà très dure, du 26 juin 1940 est encore aggravée par la loi du 26 décembre 1941, qui assimile tout changement de travail non autorisé, tout départ ou toute absence injustifiée à une désertion, passible des tribunaux militaires et sanctionnée d’une peine de 5 à 10 ans de camp (plus de 900 000 personnes furent condamnées en vertu de la loi du 26 décembre 1941). Un décret de février 1942 instaure la mobilisation totale des femmes âgées de 15 à 45 ans, femmes dont la part dans la main-d’œuvre industrielle passa de 37 à 60% entre 1941 et 1945 (alors que Hitler était réticent à faire travailler les femmes allemandes dans les usines d’armement).

Entre juillet 1941 et janvier 1942, en Russie d’Europe, 17 millions de personnes participent dans des conditions exténuantes au démontage et au transfert de plus de 1 500 grandes entreprises industrielles dans l’Oural, la Volga, l’Asie centrale (Kazakhstan surtout) et la Sibérie; transfert nécessitant la construction en quelques mois de plus de 10 000 km de voies ferrées. Plus de 2 600 usines auront été évacuées et reconverties dans l’industrie de guerre. Leur remise en route, en plein hiver, n’exigera pas un effort moins gigantesque. Au terme d’opérations titanesques d’une grande complexité logistique, plus de 10 millions d’ouvriers prennent le chemin de l’Oural et, dès le début de 1942, après cet effort pharaonique dont il n’existe aucun équivalent dans l’histoire industrielle de l’Europe, la production de guerre est remontée à 48 % de son niveau de 1940. Alors qu’en 1940, 358 chars de dernier modèle avaient été construits, au cours des six premiers mois de 1941 seulement leur nombre s’éleva à 1 503 et dans les six derniers mois de cette année-là, malgré l’occupation par les Allemands du cœur industriel de la Russie, 4 740 chars dernier modèle supplémentaires furent produits. Dès la fin de 1942, la Russie dépasse l’Allemagne dans sa production d’armements alors que la Wehrmacht occupe plus de 50 % de la Russie d’Europe. La production de blindés et d’avions est alors le double (50 000) de la production allemande, en 1944 celle de canons usinés est trois fois supérieure (122 000) (et depuis le 7 décembre 1941 l’Union soviétique pouvait compter sur l’aide américaine).

L’opération Barbarossa se solde, fin 1941/début 1942, par une défaite stratégique considérable pour l’Allemagne puisqu’il apparaît, dès ce moment, que le Troisième Reich n’avait peut-être pas les moyens de vaincre l’Union soviétique en juin 1941. En mai 1945, les fantassins soviétiques planteront leur drapeau au sommet du Reichstag, au terme d’une bataille de Berlin, qui fera 78 000 tués dans leurs rangs.

Le général Volkogonov, biographe de Staline, pouvait écrire en 1996 « Il serait difficile de trouver pire début à une guerre que ce mois de juin 1941. Toutes les autorités politiques et militaires majeures ont pensé que l’URSS ne pourrait pas survivre plus de trois mois. Mais le peuple soviétique leur a finalement donné tort. Pourtant, le mérite de cette incroyable capacité de résistance allait être attribué à la « sage direction » de Staline, la personne même la plus directement responsable de la catastrophe ». Et Stepan Mikoyan de préciser: « Nous avons gagné la guerre en dépit de la dictature de Staline ».

source :

http://militaires-d-hier.forumgratuit.org/t1081-operation-barbarossa?highlight=Barbarossa et wikipedia

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 retour à la Seconde Guerre Mondiale

 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

3 mars 2013

Pierre Laval

Classé sous — milguerres @ 16 h 01 min

 

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 retour à la Seconde Guerre Mondiale

Ceux que l’on maudirait !

Pierre Laval (1883 – 1945)
Du socialisme à la collaboration

« Je souhaite la victoire de l’Allemagne… » – Discours de Pierre Laval le 22 juin 1942 
http://www.youtube.com/watch?v=sHAwGQoAN3A

Douze Balles Dans La Peau Pour Pierre Laval
http://www.dailymotion.com/video/xm5g8n_douze-balles-dans-la-peau-pour-pierre-laval_school 
d’autres vidéos disponibles également sur la même page …
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Né à Châteldon (Puy-de-Dôme) le 28 juin 1883, dans la famille d’un modeste cafetier, Pierre Laval est un homme de contradictions.

Autodidacte aux manières frustes, il acquiert une immense fortune grâce à son cabinet d’avocat. Réformé pendant la Grande Guerre, il se fait ensuite le champion du pacifisme ; entré dans la politique à l’extrême-gauche, il devient pour finir, aux côtés du maréchal Pétain, le principal acteur de la collaboration avec l’occupant pendant la Seconde Guerre mondiale.
André Larané
Socialiste et pacifiste

Avocat après des études d’autodidacte, Pierre Laval brille néanmoins dans les rangs de l’extrême-gauche révolutionnaire avant d’être élu en 1914 député socialiste d’Aubervilliers. Proche des humbles et habile manoeuvrier, il devient maire de cette cité ouvrière des environs de Paris et le restera presque sans discontinuer jusqu’à sa chute.

Réformé pendant la Grande Guerre, il ne cesse de militer en faveur d’une paix de compromis. Après le conflit, il quitte la SFIO (le parti socialiste de l’époque) et se fait réélire sous l’étiquette de socialiste indépendant en 1924, lors des élections qui voient la victoire du Cartel des Gauches.

Habile manoeuvrier, il est plusieurs fois ministre, notamment ministre de la Justice dans le gouvernement de gauche de Briand, en 1926, et ministre du Travail dans celui de Tardieu en 1930. À ce poste, il promulgue la loi sur les assurances sociales, à l’origine de la Sécurité Sociale.
Manoeuvrier avant tout

Président du Conseil une première fois du 27 janvier 1931 au 16 février 1932, sous la présidence de Gaston Doumergue, Pierre Laval est le premier chef du gouvernement français depuis la Grande Guerre à se rendre en république allemande, où il reçoit un accueil enthousiaste.

Mais c’est lui, aussi, qui s’oppose au projet d’union douanière entre l’Autriche et l’Allemagne, destiné à sauver l’industrie autrichienne. Le veto du gouvernement français débouche le 11 mai 1931 sur la faillite retentissante de la Kreditanstalt Bank, principale banque autrichienne, et l’irruption à grand fracas en Europe de la crise économique issue du krach de Wall Street, à un moment où celle-ci semblait en voie de résorption.

Sous la présidence d’Albert Lebrun, Laval occupe différents ministères dont celui des Affaires étrangères, qu’il prend suite à l’assassinat de Louis Barthou et conserve jusqu’en mai 1935. En cette qualité, soucieux de protéger la France contre la menace allemande, il négocie une alliance avec l’Italie de Mussolini ainsi qu’avec l’URSS de Staline. Mais l’invasion de l’Éthiopie par l’Italie signe son échec.

Réinstallé à la présidence du Conseil de juin 1935 à janvier 1936, Pierre Laval tente de remédier à la crise économique par une politique de «déflation» ; autrement dit une baisse autoritaire des salaires. Catastrophe ! Il s’ensuit une chute de la production industrielle de l’ordre de 30%, plus de 500.000 chômeurs secourus… et une victoire électorale du Front populaire en mai 1936.

De retour dans l’ombre pendant près de quatre ans, Laval, pacifiste invétéré, est l’un des très rares parlementaires à s’opposer à la déclaration de guerre à l’Allemagne en septembre 1939. La défaite de l’année suivante semble lui donner raison et lui vaut d’entrer dans le gouvernement du maréchal Pétain deux jours plus tard comme ministre d’État dès le 23 juin 1940.

Il se dépense sans compter pour obtenir des parlementaires réunis à Vichy qu’ils votent les pleins pouvoirs constitutionnels au vieux Maréchal le 10 juillet 1940. Ce succès lui vaut deux jours plus tard la vice-présidence du Conseil. Il devient de facto la cheville ouvrière du gouvernement.
La collaboration par calcul

Intimement convaincu de l’inéluctable victoire de l’Allemagne, Laval prend le parti d’en atténuer le prix pour la France et s’engage ce faisant dans une collaboration de plus en plus équivoque avec l’occupant.

Mais Pétain, qui souffre de son arrogance, le renvoie brutalement le 13 décembre 1940. Il le fait même arrêter mais l’ambassadeur allemand à Paris Otto Abetz, qui l’a en estime, obtient sa libération.

Laval, écarté du pouvoir, reste néanmoins présent dans la sphère publique. Le 27 août 1941, il assiste dans une caserne de Versailles à la remise du drapeau au premier contingent de la Légion des Volontaires Français (LVF), qui a reçu mission de se battre sur le front de l’Est contre les Soviétiques, au côté des Allemands.

Tout d’un coup, plusieurs coups de feu claquent. Pierre Laval et Marcel Déat sont touchés. L’auteur des coups de feu, un légionnaire, est arrêté. Comme un officier allemand dit à Laval qu’on s’apprête à le fusiller, celui-ci répond : «Je vous en supplie, ne faites pas ça. Ce serait une grave erreur». Le légionnaire sera jugé, condamné à mort et grâcié sur les instances de l’ancien vice-président du Conseil.

L’attentat vaut à Laval une moindre impopularité dans l’opinion française et un regain d’estime de la part des Allemands.

Ceux-ci, las des tergiversations du gouvernement de Vichy, imposent au maréchal Pétain de le rappeler le 17 avril 1942 avec des pouvoirs quasiment illimités. Il veut de la sorte obtenir un soutien sans équivoque de l’administration française. La Collaboration se confond désormais avec Pierre Laval.

Le nouvel homme fort de Vichy assume tout à la fois la direction du gouvernement et les ministères de l’Information, des Affaires étrangères et de l’Intérieur. S’arrogeant la réalité du pouvoir, dans les limites très étroites accordées par les Allemands, il relègue pour de bon le maréchal Pétain au rôle de «potiche» et met au placard l’ancien ministre de l’Intérieur Pierre Pucheu et les autres ambitieux de la banque Worms (le «Groupe» ou la «Synarchie»).

Le 22 juin 1942 (un an après l’invasion de l’URSS), Pierre Laval tient un discours radiodiffusé dans lequel il célèbre l’Allemagne, «rempart contre le bolchevisme». Il a cette formule qui révulse l’opinion : «Je souhaite la victoire de l’Allemagne, parce que, sans elle, le bolchevisme, demain, s’installerait partout».

Fuite en avant

L’occupation de la «zone libre» par la Wehrmacht le 11 novembre 1942, en violation des accords d’armistice, réduit considérablement les marges de manoeuvre du gouvernement de Vichy.

Dès lors, Laval va pratiquer un double jeu déshonorant en devançant les désirs de l’occupant allemand pour tenter de lui arracher des concessions, par exemple sur la libération des prisonniers de guerre. Il institue d’abord la «relève», autrement dit l’envoi de travailleurs volontaires en Allemagne en contrepartie de la libération de prisonniers. Puis, comme celle-ci ne suffit pas aux besoins de l’Allemagne, il institue le16 février 1943 le Service du Travail Obligatoire (STO). C’est pour beaucoup de jeunes gens un motif supplémentaire de rejoindre les maquis de la Résistance.

Contraint à une «collaboration» de moins en moins nuancée avec l’occupant allemand, Laval fait entrer dans son gouvernement, le 30 décembre 1943, Joseph Darnand. Le chef de la Milice, groupe paramilitaire pronazi, haï de la population, devient secrétaire général au Maintien de l’ordre en remplacement de René Bousquet. Le 16 mars 1944, c’est au tour de Marcel Déat. Cet intellectuel socialiste et pacifiste, auteur d’un article retentissant en 1939 (Mourir pour Dantzig?), converti à l’idéologie nazie, devient ministre du Travail et de la Solidarité nationale…

À l’arrivée des troupes alliées, Laval est évacué par les Allemands vers la forteresse de Sigmaringen. Il réussit à gagner l’Espagne de Franco mais ce dernier le livre aux nouvelles autorités françaises. Haï de tous, il est condamné à mort au terme d’un procès bâclé. Malgré des demandes de grâce adressées au général de Gaulle par des personnalités aussi diverses que Léon Blum et François Mauriac, il est fusillé le 15 octobre 1945, sur un sentier le long de la prison de Fresnes.

 

 

 

 

 

Pierre LAVAL… au procès du Maréchal Pétain 

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Les défenseurs sont inquiets de cette arrivée inopinée : le bâtonnier Payen, dans beaucoup de ses interventions, a déplacé certaines des responsabilités du maréchal sur Laval absent. Laval présent ne risque-t-il pas de remettre tout en question ?
Quand, le 3 août, il pénètre dans la salle bondée de la 11eme chambre, un grand silence se fait. Qui oubliera, raconte Jacques Isorni, l’entrée de cet homme ravagé, les cheveux blanchis, au teint plus marron que jaune, le cou décharné, les yeux battus sous les paupières lourdes, avec le costume pauvre et fripé de quelqu’un qui a dormi tout habillé la nuit entière, dans un compartiment de troisième classe. Il y avait en lui de la misère et de l’inquiétude. On le regardait. On suivait chacun de ses pas, chacun de ses gestes. Il serrait contre sa poitrine une serviette toute plate qui ne devait pas contenir grand-chose, comme s’il avait tenu là des documents sau¬veurs et les secrets de sa politique. Au milieu des éclairs de magnésium, il s’avan¬çait hésitant, cherchant peut-être une tête aimée. Il était seul…
Vis-à-vis de ce pestiféré de la collaboration, Mongibeaux a une attitude méprisante :
Je ne vous fais pas prêter serment, lui dit-il. Je ne vous entends qu’à titre de renseignements.
L’homme qui a cristallisé tous les malheurs et toutes les haines des Français parlera pendant deux audiences : « mauvais génie » de Pétain, selon le mot du général Weygand. « traître intégral », selon celui d’un autre officier français, Pierre Laval livre, sans doute, le fond de sa pensée quand il explique pourquoi, après l’armistice, il s’est lancé dans la collaboration avec le vainqueur du moment. Et le mot clef de l’entrevue Pétain-Hitler à Montoire apparaît enfin dans le débat. Pourquoi cette entrevue ? Pierre Laval le dit :
Je voudrais que chacun mette les pieds sur la terre solide. Au mois d’octobre 1940, où était l’Angleterre ? L’Amérique n’était pas entrée dans la guerre. Les Russes étaient aux côtés des Allemands… Croyez-vous qu’en 1940 un homme de bon sens pouvait imaginer autre chose que la victoire de l’Allemagne ?… (Protestations.) En octobre 1940, je vous dis… (Protestations.) J’entends bien… Je m’excuse si je dis quelque chose qui vous blesse, je parle avec les faits du moment…
M. LE PREMIER PRESIDENT. – Vous acceptiez, le maréchal acceptait de changer de camp ?
M. PIERRE LAVAL. – Mais nous ne changions pas de camp. Nous n’avions plus de camp, l’armistice était signé…
M. LE PREMIER PRÉSIDENT. – Vous êtes un juriste. Vous savez que l’armistice est une suspension d’armes, ce n’est pas la paix.
M. PIERRE LAVAL.- Je le sais. L’armistice était signé. Je sais bien que ce que je dis peut choquer ou blesser, mais je voudrais tout de même qu’on juge avec l’impression non pas du mois d’août 1945, mais du mois d’octobre 1940. L’intérêt de la France à ce moment-là eût été d’évidence de trouver avec l’Allemagne une formule qui nous fasse échapper aux conséquences de la défaite. Qu’est-ce que nous désirions ? Qu’est-ce que je voulais ? Qu’est-ce que voulait le maréchal ? Ne pas perdre un mètre carré de notre territoire. Pouvions-nous le prétendre ? Oui, monsieur le Président, parce que l’Allemagne était impuissante à faire l’Europe sans le concours actif de la France.
Si l’Allemagne avait voulu faire une Europe et molester la France, écraser la France, la résistance se serait organisée à ce moment dans tous les pays de l’Europe, parce que l’Allemagne était incapable d’avoir une hégémonie sur l’Europe: le prestige de la France en Europe centrale, en Europe orientale, partout, me faisait croire, à moi, que la politique que je faisais n’était pas dangereuse car j’étais sûr que, le jour où l’Allemagne aurait mis bas les armes, la France retrouverait sa place.Voilà la position que j’ai prise et voilà pourquoi je l’ai prise.
M. LE PREMIER PRÉSIDENT. – Dans cette période-là, vous aviez envisagé de faire une politique de collaboration avec l’Allemagne, considérant que c’était la seule politique qui permît à la France de jouer son jeu…
M. PIERRE LAVAL. – Qui permît à la France de ne pas être meurtrie. Il s’agissait du début de l’occupation. Nous sommes en octobre 1940, et il faut situer un fait au moment où il s’est passé. Plus tard, il y a eu d’autres choses pénibles, dures, c’est entendu, je m’en expliquerai le moment venu, mais je parle d’octobre 1940.
Mais quand, le 5 juin 1942, Laval a prononcé la célèbre phrase «Je souhaite la victoire de l’Allemagne, parce que sans elle le communisme demain s’installerait partout en Europe », le maréchal était-il totalement d’accord avec son chef de gouvernement ? Laval donne de longues explications sur la genèse de cette phrase, rédigée ainsi par lui dans une première mouture : Je crois à la victoire de l’Allemagne et je la souhaite parce que, etc., puis modifiée après un conciliabule entre Rochat, secrétaire général des Affaires étrangères, et Pétain. Étrange affaire que celle de cette phrase, à propos de laquelle l’accusé demande à prendre la parole, après s’être concerté avec Payen : 
M. LE MARÉCHAL PÉTAIN. — J’ai eu une réaction très violente quand j’ai entendu, dans le discours, cette phrase de M. Laval : «Je souhaite la victoire de l’Allemagne. »
Il a dit, tout à l’heure, qu’il était venu me trouver avec M. Rochat, qui représentait le ministre des Affaires étrangères, pour me montrer cette phrase. Eh bien, jamais M. Rochat n’aurait accepté de maintenir cette phrase, et j’étais d’accord avec lui.
Et puis, alors, quand je l’ai entendue à la radio — je croyais que c’était fait, qu’il avait arrangé l’affaire — quand j’ai entendu que cette phrase était répétée à la radio, j’ai bondi. Je ne me suis pas rendu compte. Je croyais que c’était supprimé et je suis navré qu’elle soit restée.

Au fil des heures ensuite, Laval égrène ses souvenirs du temps de l’occupation : la relève, les déportations, les arrestations, la Milice, la L.V.F., la lutte contre les résistants et les maquisards. Il traite de tous les chapitres, explique sa position personnelle et l’on a l’impression que sur le procès Pétain se greffe un procès Laval. Laval présente un système de défense sinon cohérent, du moins détaillé. Au fond, il fournit ses explications de chef de gouvernement d’un territoire occupé: et ses explications tiennent en une formule : éviter le pire. Avant de finir, Laval jette ces derniers mots :
Il n’en reste pas moins que le maréchal était au courant de tout ce que je faisais d’important. J’avais avec lui des contacts tous les matins, que je lui rendais compte. Dans la mesure où je pouvais, je tenais compte de ses avis. Mais le maréchal était naturellement au courant.
Ce sont peut-être les moments les plus importants de sa déposition


Compléments et Sources :

 http://www.herodote.net/Pierre_Laval_1883_1945_-synthese-85.php

http://www.histoire-en-questions.fr/proces%20et%20affaire/proces%20petain%20accueil.html

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