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26 avril 2013

Victor Young Perez

Classé sous — milguerres @ 22 h 10 min

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La Tunisie au gré des conflits

 Ceux qui ont marqué la Tunisie      

 

Victor Young Perez

Les gants de la mémoire

Tunis 1911 – Silésie 1945

 

 

 

 Victor Young Perez French Boxer.jpg

 

Young Perez, de son vrai nom Victor Younki, né le 18 octobre 1911 à Tunis et décédé le 22 janvier 1945 à Gliwice(Pologne), est un boxeur tunisien parfois présenté à tort comme français.

Issu d’une famille modeste de la communauté juive tunisienne, il se passionne assez tôt pour la boxe, un sport alors très populaire dans son pays, et se lance sous la protection de son entraîneur Joe Guez. S’illustrant vite sur la scène locale, il part pour Paris où, devenu champion de France des poids mouches en battant Valentin Angelmann, il finit par affronter Frankie Genaro pour le titre de champion du monde de cette même catégorie. Sacré le 24 octobre 1931, à l’âge de vingt ans, il est accueilli en véritable héros à son retour à Tunis.

 

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8

Récit Coqueluche du tout-Paris au début des années 30, le Tunisien Victor Young Perez, plus jeune boxeur sacré champion du monde, a terminé sa tragique destinée comme déporté, abattu par un SS. Et oublié par la France.

Par Thomas Goubin

Les marches de la mort, janvier 1945. Devant l’avancée des Alliés, le régime nazi ordonne l’évacuation des camps. Des colonnes de déportés décharnés marchent sous la menace des fusils allemands, dans le froid, sans relâche. Ceux qui n’avancent plus sont abattus. Comme des animaux.

Lors d’une halte dans un camp, Victor Young Perez trouve l’énergie d’aller chercher un sac de pain abandonné. Le corps de l’ancienne gloire de la boxe a conservé des bribes de résistance car le commandant du camp réservait un litre de soupe moins imbuvable à ses déportés boxeurs. Trop pressé de partager sa découverte avec ses amis, le petit séfarade n’obéit pas à l’officier. Une rafale de mitraillette vient sanctionner son refus de se placer en bout de ligne. Le champion meurt sur le bord d’un chemin de Silésie… dans l’oubli. Il faudra plus de cinquante ans pour que le pays qui l’a adulé retrouve la mémoire.

1,55 mètre et un jeu de jambes extraordinaire

En octobre 1931, la France s’enorgueillit de compter le plus jeune champion du monde des poids-mouche parmi les siens. La victoire en cinq minutes chrono de Young Perez sur l’Américain Frankie Genaro ouvre les portes de la gloire à ce petit juif tunisien, né dans le quartier miséreux de la Hara, celles d’un nouveau monde aussi.

Le soir de son sacre, 16 000 personnes acclament son 1,55 mètre au Palais des sports. A Tunis, ce sont 100 000 admirateurs qui réservent un accueil triomphal à l’enfant du pays, dont les parents tiennent une modeste boutique d’artisanat.

Invité des cabarets les mieux fréquentés, des restaurants les plus select, Young Perez est entouré de toutes les attentions, et le constructeur Peugeot fait sa réclame en lui offrant une voiture. “Il faut se remettre dans le contexte, pose l’historien du noble art Jean-Philippe Lustyk,dans l’entre-deux guerres, la boxe était le sport numéro 1 dans le monde, les boxeurs, les Kaka et Ronaldo de l’époque.”

A présent, celui qui n’était qu’un vendeur de chaussures trois ans auparavant, se rend aux soirées du Tout-Paris avec Mireille Balin au bras, jeune et belle actrice en vue, qui passera à la postérité pour son rôle dans Pépé le Moko aux côtés de Jean Gabin, bandit caché dans la casbah d’Alger.

Cap sur la France, armé de coupures de presse

Comme à peu près tout dans sa vie, le boxeur gagnera son nom de scène en combattant. A 14 ans, il intègre le Maccabi de Tunis, club omnisport de la communauté juive, où un autre débutant lui conteste son identité pugilistique. Victor Younki devient Young Perez en dominant son rival entre les cordes.

A Sfax, Bizerte ou Tunis, le frêle adolescent commence rapidement à faire admirer son jeu de jambes et à se tailler une petite réputation. Armé de coupures de journaux, l’apprenti boxeur prend le bateau pour la France, où son maigre dossier de presse ne produit pas l’effet escompté. Quand il arrive à Marseille en 1927, la vie n’a pas encore fait de cadeaux à Young Perez et il doit emprunter 200 francs à un rabbin, connaissance de son père, pour rejoindre la Ville lumière et son frère Kid Perez, champion d’Afrique du Nord poids-mouche. Kid, Young, les surnoms américains sont alors prisés des pugilistes.

Young devra patienter une longue année avant de monter sur un ring parisien. Point de départ d’une ascension fulgurante. En juin 1931, il est sacré champion de France. “Et voici le crépu Young détenteur du trophée national”, commente alors l’hebdomadaire, Le Miroir des sports. Le ressortissant du protectorat français emballe par ses succès mais aussi par son style. “C’était un grand technicien, vif, pas un puncheur”, précise Lustyk.

A 20 ans, il est sacré champion du monde. Ou plutôt à 19. Car selon Jacques Toros, qui a milité avec Me Serge Klarsfeld pour la réhabilitation du boxeur dans la mémoire du sport français, il était encore plus jeune qu’on ne l’a cru : “Sur sa fiche du camp de Drancy, la date de naissance indiquée se situe en 1912 et non en 1911, celle qui était officiellement connue, explique-t-il. En arrivant en France, il avait sans doute essayé de se vieillir pour boxer plus tôt.”

A Berlin pour la nuit de Cristal

Loin de la petite poignée de combats disputés par un boxeur aujourd’hui, c’est trois à quatre fois par mois que Young Perez tente d’esquiver les coups de ses adversaires au cœur de sa carrière. Au total, il livrera 133 combats et n’en perdra que 26, pour 92 victoires et 15 matches nuls.

“Son ascension a été démente, mais il s’est égaré dans la vie parisienne”, relève Lustyk. Délesté de son titre douze mois après son sacre, sa prise de poids le conduit à boxer chez les coqs, la catégorie supérieure. Sa première carrière prend fin un soir de défaite face au Panaméen Al Brown, sa dernière opportunité de retrouver une couronne mondiale.

Nous sommes en novembre 1934 et l’Europe est entrée dans l’escalade armée quand Young entame son déclin. Mireille Balin l’abandonne pour Jean Gabin, puis Tino Rossi. Elle traversera la guerre comme compagne d’un officier de la Wehrmacht. Le destin du petit juif tunisien se cogne au fracas de l’Histoire. Le soir de la nuit de Cristal, le 9 novembre 1938, le hasard l’envoie à Berlin. Deux jours plus tard, et un mois avant de prendre définitivement sa retraite, Young Perez doit s’incliner dans une atmosphère haineuse face à un représentant du IIIe Reich. Son dernier combat, il le livrera à Auschwitz.

Juin 43, la milice le cueille à l’hôtel Brady

En juin 1943, la milice française attend Victor Young Perez à l’hôtel Brady, 10e arrondissement de Paris. Le 7 octobre, un convoi funeste part de Drancy avec le boxeur à son bord. “Young Perez n’a pas été protégé, explique

Me Serge Klarsfeld, président de l’association Fils et filles de déportés juifs de France. Cela a contribué à rendre la France longtemps amnésique sur le sort de son plus jeune champion du monde.”

“Avec l’anniversaire de la libération des camps en 1995 et la déclaration de Chirac sur la responsabilité de Vichy, le pays a accepté la participation de son Etat dans le processus génocidaire, et le nom de Young Perez est revenu à la surface”, affine Jean-Philippe Lustyk.

A Auschwitz, l’ancienne coqueluche du Tout-Paris côtoie Primo Levi et le célèbre nageur Alfred Nakache, l’un des rares rescapés du camp d’extermination. Sur les ordres d’Heinrich Schwartz, un commandant SS fou de boxe, le retraité rechausse les gants. Une quarantaine de combattants sont sélectionnés parmi les déportés. “Au cœur même de l’implacable machine à tuer, alors que les chambres à gaz et les fours crématoires fonctionnaient sans interruption, des joutes sportives de haut niveau étaient organisées comme si de rien n’était”, relate Noah Klieger, journaliste israélien, qui côtoya Perez à Auschwitz (1).

Le dimanche est le jour consacré aux tournois. Dans un combat pour “la suprématie de la race”,Young Perez met à mal un SS poids lourds ; le déporté amaigri domine l’un de ses tortionnaires. Devant la supériorité du petit séfarade, les Allemands préfèrent arrêter le combat sur un match nul. Affecté aux cuisines les premiers mois de sa déportation, Young Perez sortait tous les jours un caisson de soupe pour ses amis, au péril de sa vie. Envoyé aux inhumains travaux de terrassement par la suite, il tentera de s’évader. Quand il entame la marche de la mort, il est l’un des 31 survivants des 1 000 déportés du convoi 60.

Deux films en préparation

“L’histoire de Young Perez, c’est celle d’un homme qui donne de l’humanité là où il n’y en a plus”, analyse Jacques Ouaniche, producteur d’un film en projet, avec Saïd Taghmaoui dans le rôle du boxeur. Un autre biopic inspiré de la vie de Young Perez se trouve dans les cartons du réalisateur Steve Suissa. Nicolas Cazalé tiendrait le rôle principal aux côtés de Laura Smet, interprète de Mireille Balin. L’ex-compagne du boxeur est morte dans la misère, sa carrière brisée par sa relation trop étroite avec l’ennemi.

Longtemps, la seule trace publique de l’existence de Young Perez s’est trouvée en Tunisie. Le stade de la mythique équipe de l’Espérance sportive de Tunis célébrait l’enfant de la Hara, avant d’être reconstruit en 1967. Dans l’Hexagone, il a fallu la longue mobilisation de Jacques Toros et des Fils et filles de déportés juifs de France pour que le boxeur soit honoré. Sur le domaine de l’Insep, l’Institut de formation des athlètes français, une salle de boxe célèbre son nom depuis 1997. Oublié trop longtemps, Young Perez a fini par retrouver sa place, au cœur de l’élite du sport français.

(1) Hayom, automne 2009.

Source article : http://www.lecourrierdelatlas.com/Sport/616072010Victor-Young-PerezLes-gants-de-la-memoire/738.html

 

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8

 

 Victor Young Perez image002

Le combat en 1931 de Victor Perez contre Frankie Genaro qui lui valut le titre de champion du monde poids mouche.

 

Voici l’histoire d’un jeune Tunisien, champion de boxe, dont l’héroïsme au quotidien aida ses compagnons à supporter leurs souffrances dans les camps de la mort nazis de 1943 à 1945.

Ces dernières paroles :

« Je veux bien courir pour boxer,  mais je déteste marcher ».

Les dictionnaires sportifs français se contentent de dire sèchement ceci: « Victor Young Perez, boxeur né à Tunis le 18 octobre 1911, eut une carrière inégale, mais accéda aux plus hauts honneurs. Champion de France poids plume, aux dépens d’Angelmann en juin 1931, il obtient huit jours après son vingtième anniversaire, la chance suprême, un combat pour le titre mondial. Battant l’Américain Frankie Genaro par Ko. à la deuxième reprise à Paris, il devient champion du monde poids mouche. Un an plus tard, il est battu par J. Brown à qui il laisse le titre. Le 1er novembre 1934, il a une nouvelle chance, mais face au fabuleux Al. Brown, surnommé « l’ange du ring », le jeune coq nord-africain est battu sur le ring du belvédère de Tunis. Perez termine sa carrière en 1941. Il meurt en déportation ..

Si Victor Pérez fut certes un grand champion, les dictionnaires omettent de mentionner sa conduite héroïque jusqu’à sa fm tragique.

Le témoignage direct d’un ami de Victor Pérez, Salomon Aroch, nous permet de remédier à cette lacune. Laissons¬lui la parole:

                  »J’ai rencontré Victor Pérez surnommé Young, parce qu’à trente ans, il en paraissait toujours vingt, à Auschwitz Birkenau dès mon arrivée au camp de la mort en janvier 1943. Il continuait à s’entraîner dans une salle et était sûr de reprendre son titre mondial « dès que toutes ces petites conneries seront finies » disait-il en souriant naïvement. Le commandant du camp dirigeait à la cravache un groupe de boxeurs qu’il faisait combattre pour accroître son prestige personnel et obtenir une promotion politique. Ces sportifs-esclaves, dignes de ceux de la Rome Antique, avaient droit, lorsqu’ils avaient gagné, à un litre de plus de soupe que les autres déportés !  » Gagne ou crève nous lançaient les Allemands « . Pour nous, la boxe était un sursis avant la mort. Nous étions encouragés, protégés, par ce sacré Pérez qui se multipliait pour nous aider à tenir moralement. Il donnait l’exemple en tapant comme un fou sur le sac de sable et en faisant des projets pour lui et pour nous. De plus, Pérez s’occupait d’améliorer notre nourriture. Je le revois toujours, soulevant les énormes chaudrons de la cuisine où il développait une énergie, une abnégation incroyables. C’était vraiment la bonne étoile de tous les prisonniers, toujours souriant ou blaguant, malgré les terribles migraines qui le harcelaient, suite aux tortures qu’il avait subies, à cause de sa tentative d’évasion malheureuse. Son corps était meurtri, perdu pour le sport, mais l’âme était intacte.

Il arrivait souvent à tromper la vigilance des SS pour aller soigner ou donner à manger à un malade. Ainsi, il parvenait à préparer tous les jours, par un ingénieux système personnel, mais au péril de sa vie, un caisson de 50 litres de soupe qu’il distribuait à l’arrière des cuisines, juste avant le couvre-feu. Une manne inespérée pour des dizaines de types entre la vie et la mort. Mais je crois que c’est aussi son enthousiasme communicatif qui nous transmettait la flamme, le courage de lutter. Après la distribution de la soupe, il nous lançait gravement:  » à demain soir, même heure, même endroit, et vous avez intérêt à être là, sinon …  » Et pendant des mois et des mois, même en plein hiver, notre sauveur fut tous les soirs fidèle au rendez-vous de la fraternité totale. Hélas, en janvier 1945, fuyant l’avance des Russes, les Allemands se replient vers l’Ouest avec les prisonniers des camps. Sur les routes gelées de Silésie, commença une marche de la mort, un calvaire de jour et de nuit. Nous perdîmes de vue Pérez une nuit. A Gleiwitz, village frontalier, alors que nous étions à bout de forces, prêts à nous jeter à terre et à nous laisser mourir, nous rencontrâmes notre incroyable Victor Pérez. Il nous fit littéralement ressusciter par son apparition inespérée. Chargé comme une bête de somme, avec des airs de conspirateur génial, il nous glissa « Eh! les Marathoniens, j’ai pu avoir du pain pour tout le monde. On peut tenir plusieurs jours, ne vous faites pas de souci ! « .

Puis, il fallu reprendre la marche vers l’Ouest. Les Russes approchaient. Hélas, Victor était à bout. Il avait donné toutes ses forces pour les camarades et il n’en avait pas gardé pour lui. Il se laissa traîner en queue de la colonne. Les SS avaient pour ordre d’abattre les retardataires. Dans un ultime effort désespéré, Victor tenta de nous rejoindre, alourdi par son sac de pain qu’il ne voulait lâcher à aucun prix malgré nos exhortations. Une rafale de fusil mitrailleur le coucha dans la neige. Sur ce tapis blanc, il tomba lentement et son sang coula sur ce sac de pain qu’il n’avait pas voulu lâcher jusqu’à la dernière seconde. Je pris sa tête dans mes mains. Il souriait encore en murmurant : « Je veux bien courir pour boxer, mais je déteste marcher ».

Son visage était toujours celui d’un jeune homme, naïf et enthousiaste. C’était le 22 janvier 1945. Nous perdions notre ange gardien. Notre soleil d’Auschwitz s’éteignait, alors que le monde se libérait. En reprenant notre marche, nous levâmes tous notre regard pour découvrir si quelque chose avait changé dans le ciel noir.

Le soir, au camp, déchirés par cette fin affreuse, nous vîmes soudain entrer un soldat allemand; tête basse et sans un mot, il déposa le sac de pain… Victor Young Pérez avait ainsi gagné son ultime combat. Nous mangeâmes ce soir-là un pain à nul autre pareil. Quarante-cinq ans après, son goût est encore dans ma bouche. Nous avions enfin compris tout le sens merveilleux de la Cène du Christ et des apôtres. Depuis quarante-cinq ans, une moitié de notre âme reste glacée d’effroi, mais l’autre moitié brûle d’amour ! »

Telle fut la fin de vie émouvante et exemplaire de ce jeune Nord-Africain, que l’on ne trouve dans aucun dictionnaire, ni livre d’histoire. Elle méritait, grâce à ce témoignage vécu, d’être connue et présentée comme un magnifique exemple d’abnégation et de fraternité.

Odette Goinard,

d’après Roland Hernandez Auvray

L’Echo du Sud. Six-Fours (Var),

février 1991.

Source : http://www.memoireafriquedunord.net/biog/biog05_perez.htm

 

 Dossier: Le club Maccabi Boxe 1923.jpg

Club pugilistique du Maccabi à Tunis en 1923 avec Joe Guez en pull-over blanc

Sources

 wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Young_Perez

http://www.lecourrierdelatlas.com/Sport/616072010Victor-Young-PerezLes-gants-de-la-memoire/738.html

http://www.memoireafriquedunord.net/biog/biog05_

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La Tunisie au gré des conflits

 Ceux qui ont marqué la Tunisie       

14 avril 2013

L’affaire de Bizerte: Une crise géopolitique méconnue -Sébastien Abis

Classé sous — milguerres @ 21 h 46 min

 

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Une histoire : Bizerte et la France

 

L’affaire de Bizerte

Une crise géopolitique méconnue[1)

Sébastien Abis 

 article disponible sous format word, téléchargez…bonne lecture ! -> L’affaire de Bizerte Sébastien Abis www cairn info

 

Dans l’historiographie abondante du processus de décolonisation de l’Afrique du Nord, rarement la question de Bizerte est évoquée parmi les dossiers majeurs ayant fortement animé les relations de la France avec les nouvelles nations maghrébines indépendantes. Or Bizerte, cette ville perchée au Nord de la Tunisie, balcon de l’Afrique sur la Méditerranée, fournit à l’Histoire un témoignage supplémentaire quant au constat implacable qu’aucune indépendance ne se réalise sans douleurs.

Cette base militaire constituait un atout essentiel dans l’échiquier stratégique de la France et de l’Occident. Or pour la Tunisie, la ville de Bizerte, jusqu’en 1963, sera ce territoire manquant à la souveraineté nationale. Quand les bombes et les balles sévissent à Bizerte au cours du mois de juillet 1961, c’est la France et la Tunisie qui s’affrontent dans un rapport asymétrique mais chargé de symboles. Il s’agit pour les Tunisiens de parachever une indépendance déclarée cinq ans plus tôt et donc d’en finir pleinement avec la colonisation. Pour la France, c’est un enjeu déterminant pour sa sécurité et celle de l’Occident, sans oublier l’avantage que procurait une telle position militaire au voisinage immédiat d’une Algérie encore turbulente.

Pour autant, cette affaire franco-tunisienne de Bizerte, qui atteint son paroxysme en 1961, avec la terrible bataille qui frappe la ville du 19 au 23 juillet, s’inscrit dans une longue période de maturation. Si tragique qu’il soit, l’événement, qui est assurément la page la plus noire dans l’histoire contemporaine des relations entre la France et la Tunisie, n’est ni soudain, ni surprenant. En effet, l’historique de la crise de Bizerte remonte assez loin dans le temps, L’affaire s’étale en réalité de 1956, date de l’indépendance tunisienne, à 1963, lorsque enfin, les dernières forces françaises évacuent la base. Sept années où la question de Bizerte et l’enjeu du devenir de la base sont centraux pour les relations entre les deux pays. A force de vouloir temporiser, face à l’échec des négociations, devant la profonde dégradation des relations franco-tunisiennes, sans oublier la dynamique de tensions liées aux interférences périphériques, avec le temps, l’affaire de Bizerte s’est transformée en une crise inévitable.

L’objectif de cet article n’est pas de revenir en détails sur la chronologie de la crise et sur la progressive dégradation des relations franco-tunisiennes, mais au contraire d’essayer d’identifier les facteurs périphériques et conjoncturels ayant pesé sur cette affaire de Bizerte complexe et malheureuse. Complexe car la crise de juillet 1961 n’est pas un accident soudain mais plutôt le volet militaire d’une affaire politique où s’entrechoquent enjeux diplomatiques, manœuvres tactiques et dynamiques géostratégiques. Malheureuse, car les trois jours de combats armés à Bizerte jettent une ombre durable sur le processus de décolonisation tunisien pourtant si souvent lénifié.

BIZERTE, OTAGE DE L’ARGUMENTAIRE SUR LA DÉFENSE DU MONDE LIBRE ?

Le triple choc que constituent les conséquences de la Seconde Guerre mondiale, le début de l’affrontement Est-Ouest et le processus de décolonisation plonge la base stratégique de Bizerte dans une période assez confuse.

De deux choses l’une : la base perd en valeur intrinsèque face aux nouveaux modes opératoires émergents, mais, aux yeux des Occidentaux, son positionnement en territoire non hostile, dans un contexte de crispations internationales, lui confère une valeur géostratégique renouvelée.

Ainsi, en dépit d’une rénovation indispensable et coûteuse, et malgré l’émergence du facteur anticolonial, la France, assistée de la Communauté occidentale, décide de maintenir Bizerte au rang de pilier stratégique dans son propre concept de défense. Tandis que l’indépendance de la Tunisie devient inéluctable, Bizerte n’en constituait pas moins un maillon fort de l’Alliance atlantique en Méditerranée[2] 

Le maintien de cette position représente en effet une garantie stratégique en cas de progression soviétique sur l’ouest du continent européen. De 1949 à 1956, l’Afrique du nord, toujours française, s’impose de facto comme l’arrière-cour stratégique du bloc occidental. Le jeu des alliances, caractéristique de la guerre froide, permet ici de procéder à une extension des zones d’influence (Afrique du nord) ou de contrôle (Algérie et Bizerte). Les Etats-Unis l’avaient d’ailleurs clairement exprimé en juillet 1954[3]

Pour le camp occidental, l’impératif de se fixer à Bizerte tire sa force de cette situation de tensions internationales.

Quand surviennent les indépendances marocaine et tunisienne au printemps 1956, et que simultanément se renforce la rébellion algérienne, la donne est fatalement transformée. D’une part parce que les Etats-Unis, qui, quoiqu’on en dise, pilotaient seuls ou presque l’OTAN, récusent à l’époque la colonisation et l’occupation. D’autre part, parce qu’à partir de 1956, la présence française en Afrique du nord répond davantage pour Paris à des intérêts stratégiques nationaux qu’à des préoccupations occidentales.

Or la France va inlassablement se référer à la défense du monde libre pour tenter de légitimer son ancrage à Bizerte. Jusqu’en 1958, Paris puise dans la menace communiste pour justifier de son important maintien militaire en Tunisie. Concentrée par la suite dans la seule enceinte de Bizerte, cette présence militaire française est supposée protéger le nouvel Etat tunisien des risques de déstabilisation que peuvent causer l’idéologie soviétique ou l’idée panarabe s’exprimant alors en Egypte ou agissant déjà en Algérie.

Par ces syllogismes quelque peu réducteurs, la France obtient du jeune gouvernement tunisien la possibilité de stationner militairement sur son territoire dans le double cadre de la défense du monde libre et du besoin en sécurité d’un Etat tunisien en construction. Ainsi, dans le texte scellant l’indépendance le 20 mars 1956, mention est faite que la France et la Tunisie définissent les modalités d’une « interdépendance dans les domaines où leurs intérêts sont communs, notamment en matière de défense et de relations extérieures ».

Politiquement, cette interdépendance avait été conçue pour Paris de sorte à limiter l’indépendance de la Tunisie sur les plans sécuritaire et international. La détermination d’Habib Bourguiba à rapidement construire l’Etat tunisien l’amène cependant à dépasser les termes de cet accord. Certes, il concédait à ce que Bizerte demeure française le temps d’une période provisoire. Mais, en très peu de temps, il était parvenu à positionner la Tunisie sur la scène internationale.

La France laissait faire, tant l’attitude et les prises de position de Bourguiba allaient dans le sens d’une coopération indéfectible avec l’Occident. Ainsi, dès le 22 mars 1956, Bourguiba s’exprima dans un grand quotidien britannique, révélant son intérêt pour l’OTAN et sa méfiance pour la Ligue Arabe[4] 

Bourguiba joue ainsi la carte des démocraties, ce qui lui vaut l’estime des Américains, mais non des Français, qui mettront longtemps à comprendre que, dans le monde arabe, il représente une chance exceptionnelle d’entente avec l’Occident. En effet, n’oublions pas qu’à cette époque, l’influente Egypte nassérienne flirtait avec l’idéologie communiste tout en prônant un nationalisme pro-arabe vigoureux. Salah Ben Youssef, précisément exilé au Caire, représente non seulement une menace latente pour le régime de Bourguiba mais également une intimidation tenace pour l’Occident, soucieux par conséquent d’asseoir le pouvoir de Bourguiba à Tunis. Savoir Salah Ben Youssef réfugié en Egypte rassure ainsi tout le monde, Bourguiba comme Occidentaux. Le camp occidental parie donc sur un soutien durable de Bourguiba, leader d’une Tunisie dont l’importance stratégique semble revitalisée par le contexte de guerre froide.

La base de Bizerte symbolise ainsi la position occidentale de la Tunisie, devenue le bastion Sud-Est de la défense du monde libre. La France en fait son leitmotiv pour rester présente sur le territoire tunisien après 1956, puis à Bizerte uniquement à partir d’octobre 1958. Car, selon Paris, de son maintien militaire à Bizerte dépendrait la sécurité de l’Occident[5]  : le théâtre stratégique méditerranéen polarisant alors défis et tensions, inconnues et luttes d’influence. Diplomates et militaires français jouent donc autant sur la crainte d’un conflit ouvert entre les deux Blocs que sur le tropisme occidental de Bourguiba pour légitimer l’ancrage à Bizerte. Au final, la revendication tunisienne sur la nécessaire évacuation de la base est prise en otage par deux éléments distincts mais complémentaires : le spectre d’une troisième guerre mondiale et l’antipathie de Bourguiba pour le camp soviétique.

Cette situation piège en quelque sorte la Tunisie. En menaçant de recourir à la force pour récupérer Bizerte et ainsi parfaire son indépendance, le gouvernement tunisien s’expose aux critiques les plus sévères de l’Occident. Comment un pays qui se dit ami du camp occidental pourrait-il fragiliser ce dernier dans une période de vives tensions internationales ? C’est exactement ce que répondra le président John Kennedy à Bahi Ladgham venu chercher le soutien diplomatique des Etats-Unis après la bataille de Bizerte[6] 

Il est révélateur que la puissance américaine opte pour une stricte neutralité dans la bataille diplomatique qui s’engage après les combats de juillet 1961 à Bizerte. Cette attitude de Washington marque tout autant l’incapacité des Américains à soutenir pleinement la Tunisie (l’alliance avec la France prime et il est impossible de condamner Paris devant les Nations-Unies) que le refus américain de cautionner la politique française en Afrique du nord.

Pour Tunis, le maintien français à Bizerte ne peut être que provisoire, même si l’antagonisme Est-Ouest devait perdurer. Prioritairement protunisien avant d’être occidental, Bourguiba cherche à diversifier ses contacts internationaux quand la France décide de suspendre en 1957 son aide économique et militaire à la Tunisie. Le refroidissement des relations franco-tunisiennes, en très grande partie lié aux péripéties du conflit algérien, favorise un renforcement puis une consolidation des liens entre la Tunisie et les Etats-Unis. Ces derniers souhaitent avant tout éviter un rapprochement tunisien avec l’Est. Peu estimé des autorités françaises, Bourguiba, se tournant vers la puissance américaine, n’en demeure pas moins ce leader arabe ouvertement acquis aux idées de l’Occident.

Dans ce cadre, la question algérienne apparaît comme un parasite, altérant considérablement les rapports de Tunis avec Paris et modifiant la perception américaine quant au maintien français à Bizerte. En effet, Washington n’approuve pas la politique française en Algérie[7]  et craint que ce conflit ne déborde sur son voisinage immédiat, c’est-à-dire en Tunisie. Dès le milieu de la décennie 1950, l’OTAN bloque ses financements à Bizerte et conditionne leurs reprises à l’arrêt des hostilités algériennes. Faute de travaux de rénovation et de modernisation, la base plonge dans l’immobilisme et l’inadaptation aux nouvelles réalités stratégiques.

En 1958, alors que la question de Bizerte se complexifie suite à la tragédie de Sakiet Sidi Youssef, l’éventualité de placer la base sous commandement de l’OTAN avait retenu l’attention et même l’approbation de Bourguiba. L’idée fut cependant écartée face au refus catégorique des dirigeants français[8]et face au faible enthousiasme des stratèges de l’Alliance atlantique[9] 

A la fin des années 1950, Bizerte, déclinante et vieillissante, n’a plus l’importance stratégique qu’elle pouvait avoir quelques années plus tôt. Le contexte international a changé, la donné régionale a évolué et les défis stratégique se sont transformés. La base française se situe désormais dans un Etat indépendant et souverain, arabe et non-couvert par l’OTAN.

Or la France persiste et signe : Bizerte donne une profondeur stratégique capitale en Méditerranée pour le camp occidental. La base est donc en 1961 otage de l’argumentaire français quant à la défense du monde libre. Si l’OTAN s’en désintéresse, si la Tunisie martèle son intention de récupérer la base pour parachever la décolonisation de son territoire, pour quelles raisons alors, autres que strictement nationales, la France entend y rester et y imposer son propre calendrier d’évacuation ?

BIZERTE, INSTRUMENT D’UNE STRATÉGIE FRANÇAISE EN MUTATION ?

L’indépendance de la Tunisie le 20 mars 1956 se fait sans Bizerte. Dès cet instant, il est clair pour les nouvelles autorités tunisiennes que tant qu’une partie du territoire tunisien demeure utilisée par une armée étrangère, l’indépendance du pays sera incomplète. En ce sens, la présence militaire française à Bizerte constitue une atteinte grave à la souveraineté du jeune Etat tunisien. De 1956 à l’évacuation de la base en octobre 1963, la question de Bizerte va progressivement cristalliser l’ensemble des contentieux qui rythment l’agenda des relations franco-tunisiennes. Sept années durant lesquelles la politique française sur le sort de la base sera en permanence conditionnée par la conjoncture internationale ou faudrait-il dire par les repositionnements géostratégiques de la France. En effet, si la France reste à Bizerte après l’indépendance de la Tunisie, c’est essentiellement pour des raisons liées à son désengagement difficile et douloureux d’Algérie et pour des considérations liées à l’opérabilité de sa nouvelle doctrine nucléaire.

Derrière le mobile de la défense du monde libre se dissimule en réalité une autre motivation pour la France, sans doute plus profonde, l’enjeu algérien. Il n’est pas nécessaire ici de revenir sur les nombreuses perturbations dans les relations franco-tunisiennes directement conséquentes de la guerre d’Algérie[10] 

Seule suffit la tragédie de Sakiet Sidi Youssef pour témoigner des pesanteurs du conflit algérien sur son voisinage.

Depuis le déclenchement de la Révolution algérienne en novembre 1954, il serait dès lors peu conseillé de nier le rôle, parfois prononcé, que la base de Bizerte a joué dans les opérations militaires françaises en Algérie. Bizerte sert à la fois de plateforme logistique, de point de ravitaillement et de centre de regroupement pour les forces françaises. On ne peut pas comprendre le maintien français à Bizerte sans considérer son intime corrélation avec la guerre d’Algérie. En octobre 1958, au plus fort des combats, les troupes françaises stationnées à Bizerte s’élèvent ainsi à 13000 hommes encore.

A ce titre, il est intéressant de remarquer que l’échec des pourparlers d’Evian en juin 1961, où de réelles perspectives semblaient se dessiner pour un règlement du conflit algérien, précède de très peu le déclenchement de la bataille de Bizerte. Si l’on ajoute à cela le putsch des généraux à Alger en avril 1961, plongeant l’armée française dans le doute ou la radicalisation, le poids du conflit algérien sur l’affaire de Bizerte ne fait que très peu de doutes.

Pour preuve, lorsqu’en 1959, Bourguiba offre à la France d’échanger Bizerte contre la paix et l’indépendance de l’Algérie[11]Paris fait la sourde oreille. Certes, par cette étonnante proposition, le président tunisien souhaitait apparaître comme l’intermédiaire et le protagoniste décisif qui serait capable d’apporter une solution au conflit algérien[12] 

Mais pour autant, la France, qui présentait son maintien de Bizerte au titre d’un impératif de sécurité pour le camp occidental, montre clairement à travers cette attitude que c’est sa présence en Algérie qui détermine son ancrage à Bizerte. Si vraiment la base était capitale dans le dispositif stratégique occidental, Paris, en théorie comme en pratique, aurait dû privilégier un maintien durable à Bizerte plutôt qu’un enlisement prévisible en Algérie, où le processus de décolonisation était viscéralement en marche. Les Etats-Unis n’ont pas manifesté de réactions particulières vis à vis de cette proposition.

Cela laisse du moins à supposer si ce n’est confirme, qu’en 1959 la base de Bizerte[13] ne revêt plus aucune importance pour l’OTAN. Inversement, dans le cadre de sa guerre en Algérie, la France a besoin de Bizerte. Tant que ce conflit durerait, l’armée française devait pouvoir disposer de la base stratégique de Bizerte, y compris par la force.

D’ailleurs, au lendemain des combats sanglants à Bizerte en juillet 1961, la position française quant à l’évacuation de la base évolue parallèlement aux avancées sur le dossier algérien. Au printemps 1962, un tournant s’opère avec les accords d’Evian qui scellent l’indépendance de l’Algérie, officiellement proclamée le 2 juillet 1962. Débarrassée d’un conflit aux douleurs multiples, la France redéfinit l’intégralité de sa politique nord africaine. Ainsi, très symboliquement, la reprise des relations diplomatiques franco-tunisiennes s’effectue le 20 juillet 1962, soit un an après la bataille de Bizerte et quelques jours après l’indépendance algérienne.

Et parce que justement disparaissait le conflit algérien, la présence française à Bizerte n’avait plus lieu d’être. Le 15 octobre 1963, la France évacuait Bizerte, dans un contexte international pourtant pas moins tendu que les années précédentes. La fin de la guerre en Algérie facilite ainsi l’abandon de Bizerte tout autant que la sénescence stratégique de la base en précipite l’évacuation[14] 

C’est ici qu’il faut souligner l’importance du dossier nucléaire dans la stratégie d’évacuation de la base de Bizerte. Les mutations techniques et tactiques opérées par la puissance française concourent à accélérer le départ des militaires de Bizerte.

Au début de la décennie 1960, la doctrine stratégique de la France bascule dans l’ère moderne. Intensifiant ses recherches en matière d’armements nucléaires, Paris vise à préserver sa place et son rôle sur la scène internationale. Facteur de crédibilité et d’indépendance stratégique, la mise au point en 1963 d’une force de dissuasion nucléaire opérationnelle bouleverse ainsi l’ancien concept militaire de la France hérité de l’époque coloniale[15] 

 A l’heure des fusées nucléaires, il s’avère inutile de conserver une base sclérosée comme celle de Bizerte, en dépit d’attentions sentimentales pour l’œuvre de la Marine française ou d’amorce de constructions anti-atomiques au nord de la ville[16] 

De Gaulle, réaliste mais cynique, confirme ainsi en avril 1963 : « Nous partirons de Bizerte parce que Bizerte ne nous servira plus à rien une fois que nous aurons une force atomique. Dès que ce sera le cas, nous évacuerons (…) Et maintenant rien ne s’oppose à ce que nous partions. Nous commençons à disposer d’engins nucléaires. Nous allons être capables de pulvériser Bizerte et Moscou à la fois[17]! »

 A partir de 1961, l’interconnexion entre l’évacuation de la base Bizerte et la mise en place de la politique nucléaire de la France constitue assurément l’une des clefs de lecture finale dans l’affaire globale de Bizerte[18]

Pour couvrir sa posture à Bizerte, la France instrumentalise donc le contexte international de guerre froide et cherche à masquer, tant bien que mal, son souci prioritaire qui est d’opérer en Algérie en s’appuyant et en profitant d’une base toujours utile pour ce conflit. En filigrane de cette motivation, une évacuation des militaires français de Bizerte conditionnée par l’élaboration d’une nouvelle architecture stratégique fondée sur la dissuasion nucléaire. En définitive, au-delà une incontestable préoccupation d’ordre internationale, Bizerte, dès la fin des années 1950, est pour Paris un outil précieux pour agir en Algérie et simultanément, une garantie nécessaire le temps de parachever sa réorientation stratégique.

 

BIZERTE, CAUTION D’UNE INFLUENCE PÉRENNE POUR BOURGUIBA ?

Jean Lacouture, mémorialiste du XXe siècle et chroniqueur avisé du monde arabe, a décrit avec des mots simples mais efficaces la figure historique d’Habib Bourguiba : « De tous les hommes d’État d’une époque qui en vit paraître beaucoup de flamboyants ou d’abusifs, Habib Bourguiba est probablement celui dont le nom se confond le plus totalement avec la fondation et les premiers développements d’un État. Créateur de la première organisation qui posât avec sérieux le problème de l’indépendance tunisienne, chef de parti et d’insurrection, négociateur, prisonnier, fondateur de l’État, « combattant suprême » et guide incontesté, il aura de 1934 à 1987 dominé de sa puissante personnalité la vie du peuple tunisien et pendant un demi-siècle imprimé sa marque, pour le meilleur et pour le pire, sur le nouvel État[19] 

La question de Bizerte constitue assurément l’un des enjeux les plus complexes que le président Bourguiba a eu à gérer dans les premières années de l’indépendance tunisienne. Convaincu que sans Bizerte son objectif de décoloniser la Tunisie n’était pas totalement atteint, Bourguiba multiplie les efforts pour trouver une solution ou un accord sur le statut de la base. Or, face à l’intransigeance française d’évacuer Bizerte, le président tunisien va peu à peu durcir sa position sur une question où finalement il joue sa crédibilité et la pérennité de son régime[20] 

Chahuté par l’opposition yousséfiste pour son alignement occidental, son refus d’entrer en guerre aux côtés des Algériens et son rejet pour le nationalisme pro-arabe, l’assise de Bourguiba sur le pouvoir tunisien reste vulnérable. D’autant plus que sa propre politique étrangère se bride. En effet, l’équilibre convoité entre pro-occidentalisme et médiation au sein du monde arabe s’avère impossible à trouver. A force de ne vouloir ni rompre avec la France et l’Occident ni compromettre les relations de son pays avec ses voisins arabes et le mouvement des non-alignés, Bourguiba finit par fragiliser la position de la Tunisie sur la scène internationale.

Il est vrai que les ambitions de Bourguiba dépassaient largement le périmètre du seul territoire tunisien. Pariant sur une Tunisie qui servirait de guide à une Afrique du nord fédérée, il estimait pouvoir être non seulement l’inspirateur mais le promoteur d’un Maghreb ouvert sur l’Occident. Son objectif majeur était de jouer un rôle de médiateur actif entre l’Occident, auquel le lient sa culture, son histoire et ses convictions, et l’Orient, auquel la Tunisie appartient. Malheureusement ni ses talents diplomatiques ni la position stratégique de son pays lui permettent de réussir dans ce rôle de médiateur régional.

Suspect aux yeux d’une partie du monde arabe pour sa proximité avec le camp occidental (illustrée par les très bons rapports de Tunis avec Washington), Bourguiba semble radicalement opposé à la figure d’un Gamal Abdel Nasser, qui, de son côté, apparaît comme un partisan de l’action immédiate et un ardent défenseur du panarabisme, séduit par l’idéologie communiste.

La faible influence alors de la Tunisie au sein de la Ligue arabe contraste avec l’audience internationale dont le pays peut parfois bénéficier auprès des occidentaux. Si le gouvernement tunisien apporte une aide non négligeable à la révolution algérienne, qui lui vaut les semonces des autorités françaises, ce soutien reste emprunt de méfiance tant Bourguiba fut considéré par les algériens comme un modéré courbant l’échine devant les pressions de l’Occident. L’affaire de Bizerte en est l’incarnation principale : beaucoup condamnent une politique des étapes sur un sujet qui pourtant déborde largement du cadre tunisien. Salah Ben Youssef le répète : Bizerte est la base des français qui attaquent les frères algériens.

Progressivement isolé ou du moins écartelé entre deux impératifs inconciliables, Bourguiba se risque à faire de Bizerte le joker de sa politique. Au début des années 1960, sa position est affaiblie. D’un côté, il subit une salve de critiques de la part du monde arabe. De l’autre, il apparaît désorienté par le refroidissement notable des relations franco-tunisiennes. En perte de vitesse, en quête de prestige, Bourguiba a besoin d’un coup d’éclat pour redorer l’image d’un Combattant suprême autrefois capable d’obtenir par le verbe et l’intimidation le résultat initialement recherché.

41Or le temps passe sans que le président tunisien n’obtienne d’avancées concrètes sur Bizerte. Devenue le vestige de l’époque coloniale, la base de Bizerte limite la portée de l’indépendance tunisienne, inachevée et imparfaite tant que la base demeurait sous tutelle militaire française. Bourguiba ne peut l’accepter.

Malgré l’enthousiasme qui prévalu au moment où le général De Gaulle revint au pouvoir en juin 1958, force est de constater que les deux chefs d’Etat éprouvent une difficulté croissante à s’entendre. Preuve en est de la tentative avortée de livrer bataille à Bizerte en février 1960, épisode au cours duquel les deux hommes se mesurent raisonnablement.

Un an plus tard, à Rambouillet, De Gaulle et Bourguiba s’entretiennent mais ne s’accordent pas. Déterminante dans le mécanisme qui déclenche la crise de Bizerte en juillet 1961, cette rencontre est un échec pour les deux hommes. Pour De Gaulle, c’est un camouflet, car à ses yeux, le président tunisien est venu à Paris pour obtenir beaucoup trop (évacuation de Bizerte, modification du tracé des frontières sud au Sahara pour mettre la main sur des champs pétrolifères[21] et statut de médiateur dans le règlement du conflit franco-algérien). Pour Bourguiba, c’est une déception, car il n’obtient rien de concret. Surtout, le président tunisien procède à une analyse inexacte de la rencontre de Rambouillet[22] 

Les désordres du printemps 1961 précipitent l’affaire de Bizerte dans sa phase critique. Devant une accumulation des difficultés, Bourguiba n’ignore plus l’impasse dans laquelle il se trouve. Il échoue à contrôler Salah Ben Youssef dans une dernière entrevue à Zurich le 3 mars, reste déçu de sa visite officielle à Washington en mai et se vexe de ne pas être convié à la prochaine conférence des pays non-alignés prévue à Belgrade en septembre 1961. Enfin, les tensions en Algérie restent vives, où la paix demeure toujours écartée.

Bourguiba doit donc agir et quitte à risquer sa politique, autant le faire sur ce qu’il s’était depuis toujours fixé comme objectif : l’indépendance complète de la Tunisie. L’évacuation de Bizerte n’est plus simplement l’enjeu de la décolonisation, c’est le défi de son régime et la caution de son avenir à la tête de l’Etat tunisien. S’il ne prétend pas comme Nasser au leadership au sein du monde arabe, en 1961, Bourguiba se trouve marginalisé et n’a pas la place qu’il souhaiterait avoir. Alors comme Nasser qui a eu son Suez, Bourguiba doit avoir son Bizerte.

46Les travaux d’allongement de la piste aérienne de Sidi Ahmed seront le casus belli que Tunis attendait. Reporte sine die, l’épreuve de forces à Bizerte éclate en juillet 1961. Le bourguibisme se dénature et, de tempéré, cède la place au bourguibisme aiguisé, qui ne recule ni devant le combat ni devant l’asymétrie du rapport de force à Bizerte[23] . La politique de Bourguiba franchit donc à Bizerte un palier qu’elle ne connaissait pas : une lutte nationale sanglante[24] 

Il est donc essentiel de distinguer entre un avant et un après Bizerte dans le parcours politique de Bourguiba. A court terme, son action à Bizerte semble payante et préjudiciable à la fois. Payante car la Tunisie obtient par l’internationalisation de l’affaire de Bizerte une victoire diplomatique et morale[25]  et parce que l’image de Bourguiba semble être galvanisée dans le monde arabe et au sein du mouvement tiers-mondiste[26] 

Préjudiciable car jamais les relations de la Tunisie n’ont été aussi altérées avec la France et l’Occident[27]  et parce que certains à Tunis commencent à fustiger la politique du président Bourguiba.

A moyen terme, la crise de Bizerte de juillet 1961 ne règle rien en réalité. Les Français ont renforcé leur contrôle de la base et entendent opérer de manière unilatérale quant au calendrier d’évacuation. La Tunisie de son côté adopte une étonnante passivité après le remous estival. Il est vrai que son leader, par une lecture optimiste et audacieuse de la conférence de presse du général De Gaulle tenue le 5 septembre 1961, apaisa sa revendication sur Bizerte. Il est peu de dire que cette volte-face de Bourguiba irrita une partie de l’opinion tunisienne et certains de ses collaborateurs politiques. Les articles parus dans le journal Afrique-Action à l’automne 1961 en sont la meilleure illustration[28]

C’est entre l’automne 1961 et l’évacuation de Bizerte en 1963 que le président Bourguiba connaît l’une des périodes les plus délicates de son mandat[29]  Des velléités d’atteinte à sa vie sont découvertes, ainsi le complot de Tunis en décembre 1962.

Le Combattant Suprême oublie sans doute alors certains de ses propos, comme ceux prémonitoires prononcés publiquement le 2 mars 1959 : « C’est au chef de l’Etat qu’il appartient de prendre ses responsabilités de juger de la valeur des solutions politiques et de leur opportunité. Quand par mon refus, j’engage le peuple dans une lutte à mort, c’est moi qui porte la responsabilité du sang versé[30] 

Toutefois, sur le plus long terme, nul doute que Bourguiba tire profit de l’évacuation de la base de Bizerte. Effectuée le 15 octobre 1963, celle-ci sera plus solennellement célébrée le 13 décembre 1963, lors d’une importante manifestation organisée à Bizerte. Ce jour-là, Bourguiba est encensé par ses compatriotes tunisiens et vivement félicité par les chefs d’Etat arabes.

Paradant dans un convoi qui traverse la ville au-dessus de Nasser, du président algérien Ahmed Ben Bella, du prince héritier du royaume de Libye Hassan Ridha et d’Abdelhadi Boutaleb représentant le roi marocain Hassan II, le président tunisien tient alors un long discours dont la symbolique finale heurte bruyamment les consciences : « Cette grandiose cérémonie consacre l’indépendance de la Tunisie, confirmée et parachevée par l’évacuation du dernier soldat des troupes d’occupation. J’ai voulu établir la preuve que les jugements quelque peu hâtifs émis à notre endroit ainsi que les nuages qui ont assombri parfois nos rapports avec les responsables du Grand Maghreb, résultaient de malentendus (…) Nous avons toujours considéré que nous faisions partie de la nation arabe (…) Bizerte, qui a lutté pour libérer son sol aura ainsi contribué à une œuvre dont les prolongements se seront fait sentir au-delà des frontières de la Tunisie. Elle aura aidé à rapprocher les arabes. De ce service que Bizerte a rendu, nous avons le droit d’être fiers (…) On ne juge pas une politique sur des propos, mais sur des résultats (…) Telle est la leçon à tirer de cette journée : les martyrs de Bizerte auront servi, au delà de la cause nationale, celle de la Nation arabe, celle de l’humanité[31]

De 1956 à 1963, Bizerte a donc puissamment incarné le processus de décolonisation de la Tunisie. La bataille de Bizerte en juillet 1961 a délesté la Tunisie de son empreinte occidentale, la réinsérant comme pays neutraliste dans le paysage international et la repositionnant au sein du monde arabe. L’évacuation définitive de la base de Bizerte en octobre 1963 consacre l’œuvre de Bourguiba qui a su donner à la Tunisie une indépendance pleine et entière, au prix d’un combat toutefois aussi douloureux que maladroit à Bizerte. Assurément, ce succès lui a permis d’asseoir son pouvoir sur la Tunisie contemporaine pendant trois longues décennies[32]

CONCLUSION

Assurément, il convient d’avoir à l’esprit la dimension plurielle de cette affaire de Bizerte, dont l’examen ne peut ignorer l’interaction permanente entre l’enjeu franco-tunisien d’évacuer la base et les dynamiques géostratégiques régionales et internationales. La crise de Bizerte ne peut être envisagée isolément de son contexte global. Et finalement, l’exemple de Bizerte prouve que le principe de maintien de bases militaires par l’ex-puissance coloniale dans un pays indépendant ne peut être qu’une source de conflits[33] 

 Mais par-dessus tout, deux enseignements fondamentaux doivent être tirés de cette affaire de Bizerte.

Premièrement, que l’indépendance complète et définitive de la Tunisie s’effectue le 15 octobre 1963 et non le 20 mars 1956. La nuance est de taille quand on s’aperçoit, encore aujourd’hui, que rares sont les manuels et les ouvrages où figure cet élément, notamment en France, parce que la décolonisation de la Tunisie y est souvent citée comme exemple.

Deuxièmement et justement, que cette décolonisation tunisienne ne fut pas exempte de tragédies et de douleurs, comme l’ont été et le seront toutes les luttes menées au nom de l’émancipation coloniale.

Bizerte est aujourd’hui devenu un lieu de mémoire nationale en Tunisie et chaque année, le jour du 15 octobre lui est consacré pour que le souvenir ne soit pas effacé par le temps. En France, le devoir de mémoire est souvent évoqué, mais jamais ou presque Bizerte ne figure dans la liste des drames ayant caractérisé le processus de décolonisation. Il importe aujourd’hui d’en donner tout l’écho que cette page d’Histoire mérite. 

 

NOTES

[ 1]Pour une analyse plus complète sur ce thème, lire Sébastien Abis, L’affaire de Bizerte (1956-1963), Tunis, Sud-Editions, 2004, 199 pages.

[ 2]Le rôle stratégique de la Tunisie avait été régulièrement rappelé depuis le début des années 1950 par certains responsables de l’Etat-Major français. Ainsi, le Général Guillaume, commandant en chef de l’armée française pour la zone Afrique du Nord écrivit en 1953 : « En raison de tous les avantages que lui procure sa position, il n’est pas exagéré de dire que l’Afrique du Nord française constitue désormais une pièce maîtresse de l’échiquier mondial (…) Mon propos appelle donc l’attention sur l’importance indéniable de nos territoires nord-africains et sur l’intérêt majeur qui s’attache en conséquence, au maintien nécessaire de la présence de la France dans des pays qui constituent son indispensable complément, et qui au demeurant, sachant qu’ils lui doivent le progrès et la paix, lui restent profondément attachés » (Général Guillaume, « L’importance stratégique de l’Afrique du nord », in Revue de Défense Nationale, Paris, novembre 1953, p 423-430).

[ 3]En juillet 1954, dans le Mémorandum Douglas Dillon, les américains avaient résumé les facilités qu’ils souhaitaient obtenir de la France en Tunisie, et particulièrement à Bizerte. Lire El-Méchat (Samya), Les Etats-Unis et la Tunisie : de l’ambiguïté à l’entente, 1945-1959, Par, l’Harmattan, 1996.

[ 4]Interview de Habib Bourguiba au quotidien londonien The Times, publié dans l’édition du 22 mars 1956, où il avoue : « Si la Tunisie avait à choisir entre l’OTAN et la Ligue Arabe, dans la mesure où cela dépendrait de moi, elle opterait pour l’OTAN… ». Le président tunisien précisera en novembre 1957 dans un discours à Tunis « La coopération avec l’Occident est un impératif qui découle de nos principes, de notre situation géographique et de nos intérêts » (in Bourguiba,Citations, Dar el Amal, Tunis, 1978, p. 492).

[ 5]A titre d’exemple, il suffit de rappeler les propos tenus par De Gaulle devant Bourguiba junior, alors ambassadeur tunisien à Paris, lorsque la Tunisie exhorta la France à évacuer Bizerte en février 1960 au moment même de l’affaire des barricades d’Alger : « Jamais le gouvernement français n’a contesté que Bizerte appartienne à la Tunisie. Ce qui est en cause, c’est un problème stratégique. Le monde est en danger de guerre (…) La France doit donc se défendre, en même temps que contribuer à la défense de l’Occident, dont Monsieur Bourguiba, a reconnu lui-même, que la Tunisie en faisait partie. La situation de la base de Bizerte impose dès lors à la France le devoir de l’entretenir et d’en disposer. Une telle intention, ne signifie nullement que la France veuille dominer la Tunisie (…) S’il devait arriver que, du côté tunisien, on en vienne à des actes hostiles à l’égard des forces françaises, elles y répondraient aussitôt ». Voir De Gaulle (Charles),Lettres, notes et carnets, juin 1958-décembre 1960, « Note sur Bizerte du 3 février 1960 », Paris, Plon, 1980, pp. 324-325.

[ 6]Kennedy recevant Bahi Laghdam à la fin du mois de juillet 1961, se montra fâché devant la précipitation avec laquelle Bourguiba avait déclenché la bataille : « Le moment était mal venu pour un ami de l’Occident de créer de toutes pièces un problème de cette nature », critiquant la méthode d’action employée par Bourguiba à Bizerte (pressions politiques, regroupement de population, blocus). Propos cités in Bessis (Sophie) et Belhassen (Souyhir), Bourguiba, un si long règne, tome n° 2, Paris, Jeune Afrique livres, 1989, p. 33. Il convient de rappeler par ailleurs que l’été 1961 fut une période de très haute tension internationale avec la crise de Berlin.

[ 7]Opposé aux politiques coloniales, Washington dénonçait plus concrètement les opérations françaises en Algérie parce qu’elles réduisaient les forces continentales de l’OTAN en Europe et affaiblissaient les positions diplomatiques des Etats-Unis dans le Tiers-monde.

[ 8]Le ministre français des Affaires étrangères, Maurice Couve de Murville, souligna en juillet 1958, que « le gouvernement français ne peut admettre un rattachement de la base de Bizerte au commandement de l’OTAN. Le principe du régime de Bizerte doit être celui d’une association franco-tunisienne, étant donné que Bizerte est un problème franco-tunisien ». Cité in Archives SHAT, Bob. S443, carton 2H247, d3, fiche de l’Etat-Major français sur le maintien indispensable de la position française à Bizerte, 15 juillet 1958.

[ 9]Lire Herreman (Philippe), « Bizerte et l’Occident », in Le Monde Diplomatique, avril 1960, p 6.

[ 10]Lire De La Gorce (Paul-Marie), « La France et la Tunisie à l’aune de la question algérienne », inBourguiba, La trace et l’héritage, Paris, Karthala, octobre 2004, pp. 475-482. Se reporter également à Abis (Sébastien), L’affaire de Bizerte, Tunis, Sud-Editions, mars 2004, pp. 69-80.

[ 11]Voilà ce que propose la président Bourguiba le 17 février 1959 : « Pour l’abandon de Bizerte, la seule contrepartie serait la paix et un règlement négocié du problème algérien […] Nous sommes prêts à faire ce sacrifice, si nous pouvons, avec Bizerte, grâce à Bizerte, aider nos frères algériens, et par la même la France, à mettre fin au conflit […] J’estime qu’on peut accepter une base française si cette occasion peut hâter la paix, faciliter la concorde, et ouvrir des possibilités économiques et politiques qui représenteraient pour la France en Afrique du nord une paix solide… » (in Archives ANOM, Bob. A84, carton 26H25 (2), d 3, f 185, conférence de presse de Bourguiba du 17 février 1959). Bourguiba fixe au gouvernement français une date butoir, le 17 juin 1959. Ce jour-là, il est seul à son rendez-vous et retire son offre. Sa radicalisation sur la question de Bizerte date de ce moment là.

[ 12]Dans le règlement du conflit algérien, Bourguiba aspirait à devenir le médiateur actif entre d’un côté le gouvernement français et de l’autre le Front de Libération Nationale (FLN) algérien. Convaincu de l’impossibilité d’établir une coopération véritable entre la France et les pays du Maghreb tant que duraient les combats en Algérie, Bourguiba n’a pas ménagé ses efforts pour trouver des solutions politiques à ce conflit. Ainsi en 1957 en proposant une conférence des Etats méditerranéens dans le but d’établir un accord de défense régional ou peu après, en suggérant de créer une communauté franco-nord-africaine qui pourrait faciliter le règlement de la guerre en Algérie. Cette lucidité de Bourguiba quant à l’interaction inévitable de la guerre d’Algérie sur les relations franco-tunisiennes était d’ailleurs clairement exprimé dès le mois d’avril 1956 dans une interview donnée à un quotidien français : « De son règlement rapide dépendent le rétablissement de la sécurité intérieure en Tunisie, les réformes économiques et sociales, l’établissement de liens d’interdépendance avec la France. Certes les français sont nos amis, mais les algériens sont nos frères… » (in Le Figaro, 25 avril 1956)

[ 13]Jusqu’aux derniers moments du conflit en Algérie, la fonction de Bizerte ne fait aucun doute. Ainsi, le ministre français des Armées, Pierre Messmer, dans un rapport classé « très secret » daté du 28 novembre 1961 sur l’avenir de la base stratégique de Bizerte, celui-ci écrit : « Une mission particulière de la base de Bizerte est de renseigner sur l’adversaire FLN, mission à laquelle le gouvernement attache une importance toute particulière (…) En toute hypothèse, le seul terme à employer est donc celui de reconversion de la base à l’exclusion de celui d’évacuation ». Ce rapport était adressé aux différents chefs d’Etat-major d’armées et à l’Amiral Vivier (le dernier commandant de la base, du 24 novembre 1961 au 15 octobre 1963 (in Archives SHAT, Bob. S516, carton 2H355, d1, f. 679 à 685)

[ 14]De Gaulle lui-même le souligna lors d’un Conseil des ministres à Paris le 9 octobre 1963 : « Bizerte est de moins en moins utilisable, de plus en plus vulnérable » (in Alain Peyreffite, C’était De Gaulle, Paris, Fallois-Fayard, 1997, tome 2, p. 115).

[ 15]Il convient de préciser néanmoins que la première bombe nucléaire française explosa le 13 février 1960 à Reggane dans le Sahara. Les recherches sur le programme nucléaire avaient été lancées dès 1958 au retour du général De Gaulle au pouvoir.

[ 16]Voir la communication de Damien Cordier-Féron, « L’évolution de la base stratégique de Bizerte, 1943-1961 », présentée lors du colloque annuel de l’Association de sauvegarde de la médina de Bizerte, le 29 juillet 2005.

[ 17]Propos cités in Peyrefitte (Alain), C’était De Gaulle, Paris, Fallois-Fayard, 1995, tome 1, p. 415.

[ 18]Il faut également rappeler le témoignage de Bahi Ladgham : « Je me souviens que la question du retrait des forces françaises de Bizerte a été traité dans la perspective d’une reconversion de la doctrine stratégique du général (…) c’est donc bien la conception gaullienne d’une nouvelle stratégie qui a amené la France à l’évacuation complète de la Tunisie » (in Institut Charles De Gaulle, collectif, L’aventure de la bombe, De Gaulle et la dissuasion nucléaire, Paris, Plon, 1985, pp. 68-69).

[ 19]Lacouture (Jean), « Notice biographique sur Habib Bourguiba », in Encyclopeadia Universalis, édition électronique 7.0, 2000.

[ 20]En 1960, le président tunisien l’affirmait : « Face à cette séquelle de l’ère coloniale [ndlr : Bizerte], je vais risquer ma politique et même ce régime » (Discours de Bourguiba le 8 février 1960, in Archives ANOM, Bob. A84, carton 26H25, d4, f. 415-418).

[ 21]Il convient de mentionner la question du pétrole saharien dans les négociations franco-tunisiennes sur l’évacuation de Bizerte. En effet, Bourguiba demanda à Rambouillet que soient modifier les frontières méridionales de la Tunisie vers la borne 233, de sorte à pouvoir bénéficier de terrains riches en pétrole. De Gaulle refusa logiquement car de la négociation sur les champs de pétrole du Sahara dépendait en partie celle plus large de l’indépendance algérienne. Toutefois, malgré cette requête de Bourguiba repoussée, De Gaulle ne fit aucun geste compensatoire sur la question de Bizerte. Bourguiba, au moment de la crise ouverte à Bizerte en juillet 1961, établira d’ailleurs une pression similaire au Sud autour de la borne 233.

[ 22]Sur le malentendu de la rencontre de Rambouillet du 27 février 1961, se reporter à Abis (Sébastien), op.cit., pp. 155-159. Il faut insister sur la confusion qu’entretient De Gaulle à propos de cet entretien avec Bourguiba, livrant deux témoignages contradictoires sur ce sujet, l’un en 1961, l’autre en 1970.

[ 23]En juillet 1961, il y avait 7000 militaires en poste à Bizerte, 5000 techniciens et 2000 aptes au combat. Le commandant de la base, l’amiral Amman, inquiet des débordements dans la ville et de la pression populaire armée autour des enceintes militaires, demanda que des renforts extérieurs soient acheminés sur Bizerte. Le 19 et 20 juillet, 1600 paras sont acheminés sur Bizerte, en provenance d’Algérie. Ce qui donne un effectif global de 3600 combattants (Décompte donné in Archives SHAT, Bob. S518, carton 2H357, d1, f. 17 à 21, Compte-rendu des opérations militaires entre le 19 et 23 juillet 1961). Pour une approche sur le sentiment qui animait les paras français venus à Bizerte, lire le récit sans détours de Boisseau (Philippe), Les loups sont entrés dans Bizerte, Paris, France-Empire, 1998.

[ 24]Comme le nota l’ancien ministre de la Défense tunisienne Bahi Ladgham : « C’est à Bizerte que pour la première fois du sang tunisien a fertilisé une solidarité nationale… » (Interview dans le magazine tunisien Réalités, n°318 du 11 octobre 1991, p. 31). S’il demeure impossible d’établir un bilan précis des victimes tunisiennes tuées lors des trois jours de combats à Bizerte, ce chiffre oscille vraisemblablement entre 600 et 700 morts. Cette estimation prend en compte le bilan détaillé du colonel Noureddine Boujallabia, commandant des forces tunisiennes à Bizerte à l’époque : 364 militaires, 45 gardes nationaux et 230 civils (in Actes du colloque Histoire orale et relations tuniso-françaises de 1945 à 1962, la parole aux témoins, mai 1996, Tunis, enregistrement de l’ISHMN). Autre argument, le nombre de stèles reposant aujourd’hui au cimetière des martyrs à Bizerte (environ 700). Pour finir sur le bilan des combats, il convient de rappeler que 27 soldats français ont trouvé la mort à Bizerte.

[ 25]L’Assemblée Générale des Nations-Unies adopte le 27 août 1961 la résolution dite afro-asiatique qui « reconnaît le droit souverain de la Tunisie à demander le retrait de toutes les forces armées françaises qui se trouvent sur son territoire sans son consentement ». Cette résolution, aux résonances internationales, constitue un affront diplomatique grave pour la France et un succès réel pour la cause tunisienne, soutenue par le secrétaire général de l’ONU, Dag Hammarskjöld, présent à Bizerte le 26 juillet 1961.

[ 26]Le 3 août 1961, la Tunisie renoue ses relations diplomatiques avec Le Caire et la République Arabe Unie. Le 11, Salah Ben Youssef est exécuté à Francfort sans que Nasser émette le moindre doute sur une responsabilité directe de Carthage. Enfin, Bourguiba reçoit après la bataille de Bizerte une invitation officielle à participer aux travaux de la conférence des Etats non-alignés à Belgrade début septembre. La crise de Bizerte concrétise la réorientation tunisienne en matière de politique étrangère. Autrefois accusée de complicité avec l’Occident, la Tunisie se retrouve neutraliste. Comme le clame alors Bourguiba le 11 août 1961, « La légende d’un Bourguiba indéfectiblement acquis à l’Occident ne repose sur aucun fondement, la bataille de Bizerte l’a clairement démontré ! » (in Bourguiba, Citations, Tunis, Dar-el-Amal, 1978, p. 63).

[ 27]Devant la rupture complète des relations franco-tunisiennes et face à l’immobilisme des Etats-Unis qui refusent de le soutenir, Bourguiba redessine ses alliances dès le lendemain du cessez-le-feu de Bizerte et ne s’en cache pas. Ainsi, dans une interview au magazine américain Newsweek, il déclare le 11 août 1961 : « Ma politique étrangère sera orientée différemment à l’avenir. Dans le passé, l’URSS et la Chine populaire n’ont pas offert d’aider la Tunisie à cause de notre amitié envers l’Occident. C’est le drame pour moi. Mais maintenant, nous devons envisager un nouvel alignement de nos alliances ». Chose invraisemblable auparavant, l’URSS accordera un crédit de 25 millions de dollars à la Tunisie le 5 août 1961.

[ 28]Animés par Béchir Ben Yahmed, Mohamed Ben Smaïl et Mohamed Masmoudi, ce journal fit sensation à l’époque en publiant un éditorial intitulé « Le pouvoir personnel », dans lequel l’étendue du pouvoir de Bourguiba est vivement critiquée. Les trois auteurs s’insurgeaient également contre la volte-face de Bourguiba alors que celui-ci avait engagé une bataille au coût humain terrible pour le peuple tunisien. (Sur ce sujet, lire l’interview de Mohamed Ben Smaïl inBourguiba, La trace et l’héritage, Paris, Karthala, octobre 2004, pp. 558-559, dans laquelle l’ancien rédacteur en chef d’Afrique-Action persiste et signe : « Bizerte était programmé dans la tête de Bourguiba mais il n’avait pas imaginé l’ampleur de la réaction française »).

[ 29]Très agacé par ces agitations internes, Bourguiba procède à plusieurs actions qui marquent un raidissement de sa politique en Tunisie, muselant la presse d’opposition, interdisant le parti communiste tunisien et renforçant son contrôle de l’Etat. Dans un entretien donné au quotidien français Le Monde le 19 janvier 1963, le président tunisien déclare même : « Ce pays a besoin d’une poigne. A ceux qui me disent qu’il faut laisser aller la critique, que c’est grandir Bourguiba et la Tunisie, je réponds que le fiel ne construit rien, que les Tunisiens ont besoin de croire en un homme et en un régime, qu’il ne faut pas les salir à leurs yeux ».

[ 30]Discours de Bourguiba du 2 mars 1959 (in Archives ANOM, Bob. A84, carton 26H25 (2), d3).

[ 31]Discours de Bourguiba du 13 décembre 1963, intégralement disponible in Sayah (Mohamed), La République délivrée 1959-1964, Tunis, Dar el-Amal, 1986, pp. 611-618.

[ 32]L’ancien ministre tunisien Tahar Belhodja reconnaissait récemment qu’il fut « tout à fait normal que Bourguiba ait cherché à exploiter la situation et valoriser les morts de Bizerte » (Interview inBourguiba, La trace et l’héritage, Paris, Karthala, octobre 2004, p. 566).

[ 33]Sur ce thème, se reporter à Chneguir (Abdelaziz), La politique extérieure de la Tunisie 1956-1987,Paris, L’Harmattan, mars 2004.

PLAN DE L’ARTICLE

  • Bizerte, otage de l’argumentaire sur la défense du monde libre ?
  • Bizerte, instrument d’une stratégie française en mutation ?
  • Bizerte, caution d’une influence pérenne pour Bourguiba ?
  • Conclusion

 

POUR CITER CET ARTICLE

Sébastien Abis « L’affaire de Bizerte », Confluences Méditerranée 4/2008 (N°67), p. 129-146. 
URL : www.cairn.info/revue-confluences-mediterranee-2008-4-page-129.htm
DOI : 10.3917/come.067.0129.

 

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Une histoire : Bizerte et la France

Les contingents impériaux au cœur de la guerre

Classé sous — milguerres @ 17 h 02 min

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La Tunisie au gré des conflits

Les contingents impériaux au cœur de la guerre :  « Etude faite sur la présence de tous les hommes d’origine des colonies françaises ou britanniques (et autres) ayant participé aux deux conflits mondiaux. 

Pour ceux qui ignorent la présence des Nords Africains, des « Noirs », des Chinois, des gens de l’Est, des Australiens, des Canadiens,… et pardon si j’oublie d’autres origines au sein de ces deux conflits.  Les chiffres parlent d’eux-mêmes,  leur présence ne fera qu’honorer leur mémoire !  A tous ceux qui ont combattu pour une même cause … «  

à noter, selon cette étude :

« La mobilisation des «indigènes » s’est opérée selon des principes divers. En Algérie, en Tunisie et en AOF, les contingents fournis par engagements volontaires sont complétés par des conscrits recrutés par tirage au sort.  »

« En 1940, l’armée française met en ligne 640000 coloniaux et Nord-africains, dont 
176000 Algériens,
 
80000 Tunisiens,
 
80000 Marocains (360000 hommes), et
 
180000 Sénégalais.

En France, en 1918, pour un total de 350000 travailleurs étrangers présents, 200000 sont originaires des colonies françaises (78000 Algériens, 35000 Marocains, 28000 Tunisiens, 50000 Indochinois, surtout Vietnamiens, 6000 Malgaches)

Selon cette étude : 108000 Tunisiens auraient servis sous le drapeau tricolore, lors des deux conflits mondiaux, sans noter les pertes humaines, civiles ou matérielles (sans oublier la période de colonisation et la campagne de Tunisie en 1881. Une Tunisie, vraiment au gré des conflits… Hayet (auteur du blog, origine tunisienne

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8

 

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Les contingents impériaux au cœur de la guerre 

Jacques Frémeaux   lien Histoire, économie et société  lien   Année   2004   lien Volume   23   lien Numéro   23-2 

Résumé
Cette communication insiste sur un sujet trop rarement évoqué, qui est la participation des empires coloniaux, surtout français et britannique, aux deux guerres mondiales. L’apport des Dominions et des colonies en soldats et travailleurs a été important. Ces soldats ont connu des conditions de guerre analogues à celles des soldats européens. Aux souffrances subies par l’ensemble des combattants s’est ajouté un plus grand éloignement de leur pays et, pour les soldats dits «indigènes», une expérience qui a précipité l’entrée dans le monde moderne, et a contribué à encourager les nationalismes.

Abstract
This paper deals with the very important part played by the imperial armies, especiallly British and French, during the two World Wars. A great number of soldiers and workers came from the Dominions and Colonies. They had to endure similar conditions as those of their European comrades, plus, a harsher and longer severance from their mother countries. The discovery of the modern war accelerated the entry of the « native » men in the Modem World, and gave a boost to nationalisms.

Le présent programme ne fait aux Empires coloniaux qu’une place limitée. L’ambition de cette communication est de montrer que, loin de se borner à un canton périphérique de l’étude des conflits mondiaux, la participation des contingents d’outremer pourrait en constituer un vaste domaine. On voudrait suggérer ici tout ce que gagnerait une histoire des peuples en guerre à n’être pas privée d’une partie de ses réalités, trop souvent passées inaperçues lorsqu’elles ne concernent pas directement les métropoles.

1. Senghor, «Aux tirailleurs sénégalais morts pour la France», Hosties noires, 1948.
«On fleurit les tombes, on réchauffe le Soldat Inconnu, Vous mes frères obscurs, personne ne vous nomme» l

Échelle du phénomène
Les chiffres démontreraient à eux seuls qu’il ne s’agit pas d’un phénomène marginal. 
En 1914, la Grande-Bretagne et la France disposent des deux plus grands empires coloniaux du monde, vastes respectivement de trente-quatre millions et de dix millions de kilomètres carrés, peuplés de 400 millions et de 50 millions d’habitants.

Les armées impériales britanniques et françaises
• Les Britanniques

Dans les premiers mois de la guerre, les citoyens des quatre Dominions sont invités à concourir à la défense de la métropole. 
On recourt au même dispositif de mobilisation qu’en Grande-Bretagne: volontariat d’abord, puis conscription. 
Mais celle-ci ne s’applique sans difficultés qu’en Nouvelle-Zélande, où elle est votée au mois de mai 1917. 

Au Canada, la décision d’y recourir, en juin 1917, provoque des émeutes chez les Québécois. 

Les Australiens rejettent la conscription par référendum, sous la pression des habitants d’origine irlandaise, émus par la répression des «Pâques sanglantes» de 1916. 

En Afrique du Sud, la question n’est même pas discutée, étant donné les sympathies pro-allemandes de beaucoup d’Afrikaners. 

Au total, la contribution des Dominions atteint environ 1300000 hommes. 
L’Angleterre mobilise des effectifs équivalents aux Indes.
La participation africaine est notable.
La conscription a été imposée en 1915 en Afrique orientale et 1916 en Afrique occidentale. 

Le bilan est impressionnant, comme en témoigne le tableau 1.
Ainsi, l’empire a permis d’accroître d’environ un tiers le potentiel militaire britannique.

Les contingents impériaux au cœur de la guerre  les_co10
tableau 1

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tableau 2

En 1939, la déclaration de guerre des Dominions à l’Allemagne, reconnus comme États souverains et indépendants au sein du Commonwealth, suit immédiatement celle du Royaume-Uni. 
L’effort de mobilisation est globalement accru par rapport à celui de 1914-1918. 
Il faut dire que la menace japonaise a stimulé la mobilisation en Australie et Nouvelle-Zélande, mais aussi aux Indes. 

La contribution indienne est double de celle de la Grande Guerre, celle des colonies africaines sept à huit fois plus forte. 

Le nombre de mobilisés atteint cinq millions d’hommes, dont deux millions pour les seuls Dominions, soit 84 % de la mobilisation de la métropole. L’Empire britannique et le Commonwealth ont ainsi vécu comme l’avait prophétisé Churchill dans son discours du 18 juin 1940, leur «finest hour» (tab. 2).

• Les Français

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tableau 3

À ces chiffres (tab. 3), qui concernent les «indigènes » il faudrait ajouter celui des Français d’outre-mer, la majorité étant constituée de 73000 Français d’Algérie, auxquels on peut adjoindre peut-être 4000 Français des colonies, soit un total d’environ 80000 hommes.
On atteindrait ainsi environ 650000 hommes, et un total de pertes d’environ 100000 hommes

Il va de soi que, par rapport aux 7800000 mobilisés français, la proportion est faible (environ 8 %). 
Malgré tout, l’acharnement de Clemenceau en 1917 et 1918 à mobiliser les contingents coloniaux les plus nombreux possibles montre que ce nombre doit, dans son esprit, peser lourd dans la balance. 
On peut être pratiquement sûr que, en cas de prolongation du conflit, leur proportion aurait eu tendance à s’accroître. 

La mobilisation des «indigènes » s’est opérée selon des principes divers. En Algérie, en Tunisie et en AOF, les contingents fournis par engagements volontaires sont complétés par des conscrits recrutés par tirage au sort. 

Les besoins de guerre amènent à augmenter le nombre des appels. Dans le reste de l’Empire, on en reste au système d’un volontariat, souvent forcé par des pressions administratives.
Dans Г entre-deux guerres, le recours au réservoir humain des colonies paraît le seul moyen de remédier à l’insuffisance de la démographie. Des lois de 1919 étendent le système de la conscription à l’ensemble des territoires de l’Empire. 

En 1940, l’armée française met en ligne 640000 coloniaux et Nord-africains, dont 
176000 Algériens, 
80000 Tunisiens, 
80000 Marocains (360000 hommes), et 
180000 Sénégalais.

C’est à peu près 10 % de l’effectif de l’armée française. 
Ces troupes combattent courageusement, avant d’être entraînées dans la défaite commune.
Elles comptent de nombreux morts et prisonniers.
 


L’appel aux troupes coloniales ne cesse pas avec la défaite. Elles forment la majorité des contingents de l’armée coloniale de Vichy, mais aussi de ceux de la France libre. 

Après le débarquement allié en Afrique du Nord de novembre 1942, la participation des contingents d’outre-mer est déterminante lorsqu’il s’agit d’organiser en Afrique du Nord une armée française équipée de matériel américain. 
À l’été 1944, sur 633000 hommes de l’armée de terre, on compte environ 60 % de soldats «indigènes», dont certains appartenaient aux Forces françaises libres depuis 1940.

• Note additionnelle
Certes, pour être complet, ce travail devrait faire mention des troupes «coloniales» employées par l’armée russe, et recrutées notamment parmi les Musulmans du Caucase et de l’Asie centrale. Il n’est pas possible de le faire ici, faute de temps. On peut au moins citer pour mémoire les deux «divisions sauvages» recrutées dans le Caucase, qui participent à la tentative du général Lavr Kornilov contre le gouvernement provisoire de Kerenski, au mois de septembre 1917. Des unités de ce type figureront également dans l’Armée rouge en 1939-1945. Il faut noter aussi qu’on a recruté des troupes noires dans les colonies belges et portugaises, qui participent en particulier aux campagnes contre les colonies allemandes d’Afrique orientale.

Les mobilisations de travailleurs

II s’agit d’abord de travailleurs recrutés pour les besoins des armées.
Sur le front français, ce sont en majorité des Chinois (100000 pour l’armée britannique, 40000 pour l’armée française, 10000 pour le corps expéditionnaire américain).
L’Afrique du Sud fait appel à des travailleurs africains auxiliaires (environ 70000 dont 20000 en France au Labour Native Corps , qui participe à la construction des tranchées).
Les campagnes africaines sont également dévoreuses d’effectifs: 55000 à 60000 porteurs auraient été réquisitionnés en AEF pour le Cameroun, ce qui représenterait un homme adulte sur quatre.
Pour les campagnes en Afrique orientale, les Britanniques n’auraient pas recruté moins de 750000 hommes, jusqu’au Nigeria et en Gold Coast.
Un million d’autres «indigènes» sont employés pour l’entretien des lignes de communication des armées britanniques au Proche-Orient.
Les Russes tentent d’imiter leurs alliés, pas toujours avec succès: l’ordre donné en juin 1916 de mobiliser 500000 autochtones d’Asie centrale au sein de bataillons de travailleurs, entraîne des rébellions violentes, notamment chez les Kazakhs et les Kirghizes. Des colons sont massacrés.

On retrouve des cas analogues lors de la Deuxième Guerre mondiale.
À partir de 1942, 50000 «indigènes» de Papouasie et Nouvelle-Guinée sont employés par l’armée australienne comme porteurs, brancardiers, terrassiers, mais aussi éclaireurs. Des Auxiliary Groups sont recrutés en Afrique de l’Ouest et affectés aux brigades d’infanterie, pour participer aux transports.
Par ailleurs, des «coloniaux» sont recrutés pour le travail aux champs ou à l’usine.
En France, en 1918, pour un total de 350000 travailleurs étrangers présents, 200000 sont originaires des colonies françaises (78000 Algériens, 35000 Marocains, 28000 Tunisiens, 50000 Indochinois, surtout Vietnamiens, 6000 Malgaches).

Ce mouvement se prolonge après la guerre: 100000 travailleurs nord-africains, surtout algériens, sont employés en 1930. Dans les colonies, les autorités exigent un accroissement de la production des matières premières, obtenu le plus souvent par la réquisition de travailleurs. Lors de la Deuxième Guerre mondiale, le gouvernement du Tanganyika introduit ainsi la conscription pour augmenter la production des plantations de sisal et de caoutchouc; en Nigeria, on mobilise 100000 personnes, forcées à travailler dans des conditions scandaleuses pour tenter (sans beaucoup de succès) d’augmenter la production des mines d’étain du nord.

Le rôle dans la décision
• La Première Guerre mondiale

Pendant la Première Guerre mondiale, les troupes à recrutement impérial se battent sur tous les fronts. 
Leur participation est toujours importante, parfois décisive. 
Les forces des Dominions sont engagées en priorité sur le front français, comme par exemple les Canadiens à Vimy, au nord d’Arras, en avril 1917. 
Elles sont lourdement éprouvées à Passchendaele de juillet à novembre. 
Il en va de même des contingents coloniaux français, dont beaucoup se distinguent, en particulier les régiments de marche de zouaves-tirailleurs, à forte proportion de soldats algériens musulmans.
La 4e brigade marocaine, qui fait partie de la 38e division d’infanterie, associe pour la reprise du fort de Douaumont, au mois d’octobre 1916, trois bataillons à recrutement français du régiment d’infanterie coloniale du Maroc, deux compagnies du 43e bataillon de tirailleurs sénégalais et deux compagnies du bataillon somali.

Ces forces ont été aussi très largement employées pour tenter de lancer des offensives périphériques.
Les Néo-Zélandais et Australiens du général Birdwood, qui représentent le tiers des 129000 hommes débarqués, subissent à Gallipoli, d’avril à décembre 1915, des pertes voisines de 40000 hommes (8500 tués et 20000 blessés australiens). Les troupes indiennes, qui ont souffert du climat en France, en sont retirées en 1915, et affectées au front de Mésopotamie. L’armée du général Allenby, qui occupe Jérusalem, puis Damas, en 1918, compte deux divisions australiennes. Les campagnes africaines mériteraient aussi d’être évoquées. Par soldats noirs interposés, les militaires britanniques et français combattent les Allemands, au Togo (août 1914), au Sud-Ouest africain (août 1914-mai 1915), au Cameroun (août 1914-février 1916). En Afrique orientale, le lieutenant-colonel von Lettow-Vorbeck, tient tête aux troupes britanniques et sud-africaines, renforcées de troupes noires est-africaines et ouest-africaines, mais aussi fournies par les Portugais et les Belges de la Force publique du Congo.


• La Seconde Guerre mondiale
Comme dans le conflit précédent, ces contingents combattent sur tous les fronts.
Les troupes des colonies africaines de la Grande-Bretagne participent à la conquête de la Somalie italienne, puis à la campagne d’Ethiopie en 1941.
Des Australiens, des Néo-Zélandais et des Sud-Africains se battent dans le désert contre les troupes de Rommel.
Une division australienne est faite prisonnière à Singapour.
Des Indiens sont envoyés en Italie au sein de la VIIIe armée du général Alexander.
700000 participent à la campagne de Birmanie.
Les Canadiens constituent une partie importante des forces qui débarquent en Normandie en juin 1944.
Les campagnes du Pacifique engagent des Australiens, des Néo-Zélandais, mais aussi des détachements recrutés en Papouasie et en Nouvelle-Guinée, qui forment le Pacific Islands Regiment .
On note qu’une grande partie de ces troupes doivent défendre les possessions d’outre-mer, en particulier contre le Japon en Asie et dans le Pacifique. L’appoint impérial est donc moins net que lors de la Première Guerre mondiale.

Pour être peu nombreuses, les troupes coloniales françaises n’en ont pas moins un rôle peut-être plus important que lors du conflit précédent. 
Certaines d’entre elles contribuent aux campagnes de Leclerc au Tchad, puis au Fezzan, contre les troupes de Mussolini.
L’Armée d’Afrique s’illustre en 1943 dans la campagne de Tunisie contre les Germano-Italiens, puis en Italie où elle apporte une contribution décisive à la percée du front allemand sur le Garigliano et à l’entrée des Alliés à Rome (juin 1944). 

Tandis que la 2e DB de Leclerc libère Paris, la Première Armée commandée par de Lattre débarque en Provence. Ces unités participent ensuite, au printemps 1945, à la campagne d’Allemagne. Le dévouement des troupes d’outre-mer, souvent trop oublié, a puissamment contribué à la restauration du rôle international de la France. Seule la possession de l’Empire a permis la renaissance d’une armée qui, par sa participation à la «croisade en Europe», a contribué à faire admettre la métropole dans le concert des vainqueurs.

Problématique
II paraît important de montrer que ce thème des troupes d’outre-mer n’est qu’en apparence «exotique»: les problématiques de l’historiographie récente de la guerre peuvent très bien s’appliquer à ce champ de recherche, même si les réponses ne sont pas toujours identiques. Il s’agit d’hommes, de femmes et d’enfants forcés de subir des conflits, en fonction de leur situation particulière.
Il est un élément si évident qu’on ne pense pas forcément à en tenir compte: la première caractéristique des empires coloniaux est d’être des empires d’outre-mer, dont les diverses possessions sont séparées des métropoles par des centaines ou des milliers de kilomètres d’espaces océaniques.

En 1914, par exemple, si la France n’est qu’à un ou deux jours de mer de l’Afrique du Nord, ou à une dizaine de jours de Dakar, l’ordre de grandeur est d’environ trois semaines pour l’Inde, et six semaines pour la Nouvelle-Calédonie.
L’avion n’est employé que très rarement jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. Même ensuite, il n’est guère utilisé pour les transports de troupes.

Les entrées en guerre

Les conditions des entrées en guerre de 1914 ne sont pas fondamentalement différentes de celles qu’on observe dans les métropoles. 
Le comportement des habitants d’origine européenne se situe, comme en Europe, entre enthousiasme et résignation. 
Les masses indigènes mesurent mal la portée de l’affaire, que les autorités s’efforcent de minimiser, pour éviter les tentations de révolte. 
Les notables sont incités à manifester leur loyalisme. 
Pour la plupart des élites autochtones de formation occidentale, comme pour Gandhi, qui incite ses compatriotes à s’engager, combattre pour les empires signifie aspirer à se transformer de sujets en partenaires.

Lors de la Deuxième Guerre mondiale, le scénario est à peu près le même. 
Dès le 3 septembre, le jour de la déclaration de guerre de la Grande-Bretagne à l’Allemagne, les premiers ministres d’Australie et de Nouvelle-Zélande ont proclamé l’engagement de leur pays aux côtés de celle-là («où elle va, nous allons; où elle se tient, nous nous tenons»).
Au Canada, le Parlement accepte sans vote l’engagement dans la guerre.
Au même moment en Afrique du Sud, la motion de neutralité présentée par le Premier ministre Hertzog est mise en minorité face à la motion de déclaration de guerre soutenue par le maréchal Smuts, symbole, depuis le conflit précédent, du dévouement à la cause impériale, devenue celle du Commonwealth .
Au Maroc, dans une lettre lue dans les mosquées, le sultan Mohammed Ben Youssef, futur roi Mohammed V, souligne que «nous devons à la France un concours sans réserve, ne lui marchander aucune de nos ressources et ne reculer devant aucun sacrifice. Nous étions liés à elle dans les temps de tranquillité et d’opulence, et il est juste que nous soyons à ses côtés dans l’épreuve qu’elle traverse et dont elle sortira, nous en sommes convaincus, glorieuse et grande».

Bien des grincements, il est vrai, se produisent, émanant des représentants des partis nationalistes.
En Inde, les représentants du Parti du Congrès se déclarent scandalisés par le fait que, alors que les Dominions ont décidé en toute souveraineté de leur entrée en guerre, par des votes de leurs parlements », le vice-roi a proclamé l’état de belligérance de l’Inde de façon automatique à la suite du gouvernement de Londres, sans consultation des élus.
Le Parti du Congrès se déclare pourtant prêt à soutenir la cause britannique par solidarité antifasciste, mais uniquement en échange de promesses précises quant à l’octroi d’une indépendance rapide, assorties de précisions quant aux buts de guerre alliés. Dans les territoires français, les arrestations de militants ou les dissolutions de partis nationalistes se multiplient. L’effort de mobilisation humaine et économique n’en est pourtant guère entravé.

La violence de guerre
• Le mythe de la «barbarie des troupes coloniales»

Les guerres coloniales antérieures à 1914 ont été souvent empreintes d’une très grande violence. 
La poignée d’officiers européens commandant des volontaires autochtones ont dû souvent s’assurer de leur fidélité en les récompensant par des parts de butin; ils ne se sont pas toujours souciés de protéger les non-combattants des pillages et des massacres. 
Certains, comme Mangin, auteur de La Force noire , ont jugé que l’assaut brutal et sans pitié était dans la nature même des combattants africains, et ont voulu en faire des troupes de choc. Ils sont déçus: les soldats indigènes ne sont pas plus adaptés a priori à la guerre moderne que leurs homologues européens. 
Les premiers combats se traduisent par de nombreuses défaillances dans leurs rangs. 
S’ils se battent généralement bien par la suite, c’est au sein d’unités organisées selon le modèle le plus conventionnel. 
L’image du Noir armé de son terrible coupe-coupe ne persiste pas moins. 
La propagande germanique pense tenir, avec la présence des troupes noires sur le front occidental, un excellent argument pour contrer les campagnes des Alliés contre la «barbarie» dont ferait preuve l’armée allemande. 
Elle les accuse de décapiter les blessés pour se fabriquer des trophées avec leurs crânes, ou de se parer de colliers d’oreilles coupées. Elle les accuse aussi de brutaliser les prisonniers.

Ces comportements annoncent et préparent les campagnes nationalistes qui se développent après la guerre sur le thème de la «schwarze Schande » (honte noire), entendons l’emploi de troupes noires lors de l’occupation française en Rhénanie, et les abus prétendument commis par elles. 
Ce sera un des thèmes notables de la propagande nazie contre une France accusée par Rosenberg d’être «la première responsable de la souillure de l’Europe par les Nègres ». 
À titre de «vengeance », plusieurs centaines de tirailleurs du 25e RTS seront massacrés au nord de Lyon au mois de juin 1940.
Les chefs des unités de la SS ou de la Wehrmacht responsables de ces crimes de guerre n’ont voulu voir, dans la résistance héroïque des combattants noirs, autre chose que «barbarie» et «bestialité ».

En fait, rien ne vient véritablement attester l’idée d’exactions particulièrement attri- buables à des unités coloniales. On peut tout au plus citer, pendant la Deuxième Guerre mondiale, le comportement des goums marocains qui forment les unités de choc de l’armée française en Italie, accusés, non sans raison, de viol et de pillage à l’égard de civils italiens. Ce lamentable épisode, concernant quelques milliers d’hommes, et limité à quelques mois, pâlit cependant devant les horreurs du front de l’Est.

• Troupes noires et blanches
II n’est guère question de brasser indifféremment les contingents de toutes origines au sein des unités.
Les langues et les coutumes (interdits alimentaires, par exemple), mais aussi les conditions juridiques (les indigènes des colonies n’étant pas des citoyens) s’y opposent. 
Le plus souvent, on constitue des régiments ou bataillons à peu près homogènes, issus du même pays, composés respectivement de troupes blanches et de troupes de couleur. 
Dans celles-ci, ne sont en général européens que les officiers et une partie des sous-officiers. 
En Afrique du Nord, par exemple, les Européens servent aux zouaves et les musulmans aux tirailleurs et aux spahis. 
Le mélange est plus grand dans l’artillerie ou les services.

Au combat, en revanche, la juxtaposition est de règle. Dès les premières opérations de l’été 1914, des régiments mixtes juxtaposent deux bataillons de tirailleurs sénégalais avec un bataillon d’infanterie coloniale blanche. 
Par la suite, les bataillons de tirailleurs reçoivent dans leurs rangs des compagnies européennes, dans la proportion du quart de leur effectif total. 
Aucune règle ne s’impose. 
Des compagnies de tirailleurs indochinois sont réparties dans des régiments d’infanterie métropolitains. Ainsi organisées, les troupes coloniales s’illustrent dans nombre de batailles entre 1916 et 1918. 
On a vu plus haut la composition de la 4e brigade marocaine lors de la reprise du fort de Douaumont en octobre 1916.
Ces principes sont encore en vigueur lors de la Deuxième Guerre mondiale. 
Sur neuf divisions dites «coloniales» entrées en ligne, six associent deux régiments de tirailleurs sénégalais à un régiment d’infanterie coloniale européen. Trois autres sont au départ entièrement blanches, mais deux d’entre elles accueillent par la suite dans leurs rangs des Africains et des Malgaches. Dans chacune, en effet, deux régiments d’infanterie coloniale sont transformés en régiments d’infanterie mixte sénégalais, tandis que les deux régiments d’artillerie coloniale deviennent des régiments d’artillerie coloniale mixte malgaches. Une seule est à trois régiments européens. L’idée, suggérée plusieurs fois, de donner plus d’homogénéité aux régiments en créant des bataillons mixtes n’est pas retenue. Le corps d’armée dit «colonial», affecté à la IIIe armée, n’est pas exclusivement, ni même majoritairement composé de troupes de cette origine. En fait, les divisions coloniales sont éparpillées entre les différentes armées, deux d’entre elles étant affectées à l’armée des Alpes.
Le «panachage» est toujours pratiqué après 1943. Dans la lre Armée qui débarque en Provence en août 1944, le pourcentage des «indigènes» dans les grandes unités varie entre 27 % (lre DB) et 56 % (2e DIM). Les Maghrébins servent non seulement dans les régiments d’infanterie (à raison d’environ 70 % de l’effectif total) et de cavalerie, mais dans toutes les armes. Ils sont ainsi environ 30 % dans l’artillerie et 40 % dans le Génie. Ils sont aussi présents dans les services et soutiens, ainsi que dans les formations sanitaires.

Le caractère exemplaire du coudoiement entre soldats d’origines différentes a souvent été célébré par les chefs des armées. Le maréchal Juin évoque «le souvenir de l’héroïsme le plus pur et de la fraternité qui régna [entre européens et musulmans] dans les rangs de l’Armée d’Afrique, tant il est vrai que c’est dans son sein et au creuset des batailles que les deux races se sont toujours le mieux fondues, le mieux comprises, et le mieux aimées». On pourrait rapprocher ce texte de celui du maréchal britannique Lord Wavell qui évoque l’armée des Indes, «dans laquelle toutes les croyances et toutes les races de l’Inde servaient ensemble aux côtés des Britanniques, dans la confiance mutuelle et la concorde». 
Ces déclarations, sans doute excessives, n’évoquent pas moins certaines vérités.

Les combattants
• La spécificité

On a souvent à tort développé l’idée selon laquelle les contingents d’outre-mer auraient constitué la «chair à canon» destinée à épargner le sang métropolitain.
En fait, si les pertes des combattants indigènes ont été lourdes, elles sont dues au fait qu’ils ont servi avant tout dans les unités d’infanterie, les plus éprouvées.
Mais elles ne dépassent pas celles des unités européennes comparables. 

Ils vivent pareillement, de ce point de vue, l’épreuve de la peur de la blessure et de la mort. Certains aussi connaissent la captivité. 
Les nombres sont particulièrement élevés lors de la Deuxième Guerre mondiale.
En juin 1940, les Allemands ont capturé 60000 Nord- Africains, et peut-être 15000 tirailleurs sénégalais.
On évalue à près de 70000 les Indiens faits prisonniers par les Japonais à Singapour et en Birmanie.

Une première spécificité réside dans le climat. 
Les combattants venus de pays tempérés, comme l’Afrique du Nord, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande, voire froids, comme le Canada, s’adaptent sans trop de difficultés aux hivers français. 
En revanche, les «coloniaux» issus des pays situés dans les zones tropicales et intertropicales et obligées de passer l’hiver en Europe, souffrent beaucoup. 
Le froid paralyse notamment les tirailleurs sénégalais, et oblige le commandement à leur faire passer la mauvaise saison dans des camps du midi de la France. 
Á l’automne de 1944, les responsables se fondent sur la même argumentation pour procéder au «blanchiment» des unités de la lre Armée où les Noirs sont nombreux.

Une autre réalité rarement développée est celle de la rareté ou de l’inexistence des permissions permettant au soldat de rejoindre momentanément les siens.
La priorité donnée aux transports de matériels et de renforts l’explique, aussi bien que le fait qu’au séjour doit s’ajouter un très long trajet.
On avait calculé, par exemple, qu’un séjour de 30 jours au Canada signifiait l’absence de l’homme pendant trois mois à son unité. Il est possible aussi que le commandement ait craint davantage les désertions, dans la mesure où les pays d’outre-mer, vastes et sous-administrés, offraient de ce point de vue beaucoup plus de facilités que les métropoles.

Certains contingents se voient demander des sacrifices qu’ils jugent excessifs. 
Dans la lre Armée, contrainte à affronter la résistance acharnée des troupes allemandes sur les Vosges, puis dans la plaine d’Alsace, les pertes en morts, blessés, malades et disparus varient, selon les unités, entre 30 % et 109 % à la fin de 1944. 
Il ne faut pas oublier en effet que certaines d’entre elles sont passées directement des champs de bataille d’Italie à ceux de Provence, du Rhône et de l’Est de la France. 
Pourtant, les mutineries ou agitations sont rares. 
Selon un schéma assez classique, les hommes cherchent plutôt à se dérober au service militaire ou à déserter avant leur départ qu’à se révolter une fois dans l’armée.

• Pourquoi ont-ils tenu?
Dans son Étude sur le combat (1868) justement admirée par Jean-Norton Cru, le colonel Ardant du Picq énumère les techniques éprouvées depuis l’Antiquité, pour maintenir la cohésion d’un contingent au combat: un commandement solide et compétent; de bonnes armes; des passions, on dirait aujourd’hui des motivations; des formations adaptées, qui facilitent la cohésion et évitent la dislocation; une discipline rigoureuse. 
Il donne une très grande place à la «cohésion», à la «solidarité», et souligne le caractère primordial de la confiance que chaque soldat doit ressentir envers ses camarades, «sa crainte qu’ils lui puissent reprocher, faire expier de les avoir abandonnés dans le danger, son émulation d’aller où vont les autres, sans plus trembler qu’un autre, son esprit de corps en un mot» .

Tous ces éléments sont certainement intervenus pour expliquer la solidité des troupes impériales, et en particulier des troupes indigènes.
Les cadres, en général de métier, ont pour la plupart une bonne expérience du commandement de ces troupes spéciales, et en parlent la langue.
Leurs soldats sont fiers de servir dans une armée moderne, aux côtés de soldats européens, de s’initier au maniement des armes automatiques, ou à la conduite automobile. 
Ils sont mus, sinon par le patriotisme, du moins par une loyauté de type féodal envers le roi d’Angleterre ou la France (vue comme une personne).
La discipline est rigide, et n’exclut pas toujours les punitions corporelles. 
La désertion, loin du pays, est difficile. 
Les régiments cultivent un fort esprit de corps. 
Des efforts sont faits pour respecter les traditions, notamment les interdits alimentaires des soldats musulmans, et maintenir les liens avec les pays d’origine, par courriers et mandats. Des journaux spéciaux sont édités. 
Tout cela compense largement l’attachement moindre à la Patrie, dont il conviendrait d’ailleurs de relativiser l’effet sur les hommes du front.

Les contingents impériaux au cœur de la guerre 
Jacques Frémeaux Histoire, économie et société Année 2004 Volume 23 Numéro 23-2
source http://www.persee.fr

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La Tunisie au gré des conflits

4 avril 2013

Révolution d’Août

Classé sous — milguerres @ 22 h 12 min

 

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

Révolution d’Août

Le nom de révolution d’Août (vietnamien: Cách mạng tháng Tám) désigne les événements faisant suite au coup de force japonais du 9 mars 1945 et allant jusqu’à la déclaration d’indépendance de la République démocratique du Viêt Nam, au matin du 2 septembre 1945. Ils se sont déroulés principalement dans le Nord du Việt Nam, de la frontière de laChine (Cao Bằng et Lạng Sơn) à Hanoï et Hải Phòng.

La révolution d’août voit la prise du pouvoir de fait par le Việt Minh, après près d’un siècle de colonisation française sur le territoire vietnamien. Cet épisode est l’un des préludes à laguerre d’Indochine.


Invasion japonaise
Contexte

En septembre 1940, l’Empire du Japon avait imposé à la France la présence de ses troupes en Indochine française. Il semble que cet accord entre le gouvernement de Vichy et le Japon ait provoqué l’embargo sur les métaux ferreux et les produits pétroliers décrété par Franklin Delano Roosevelt contre le Japon, ce qui a été l’une des causes de l’entrée de l’Empire dans la Seconde Guerre mondiale.

Le commandement japonais n’avait ni le désir ni les moyens d’assurer lui-même l’administration du pays qu’il occupait seulement comme base de départ pour l’offensive contre lesPhilippines, la Malaisie et la Birmanie à travers la Thaïlande et pour priver la Chine méridionale de la voie de ravitaillement par le chemin de fer du Yunnan.

Dans les villes, l’agitation nationaliste prend de l’ampleur, une rivalité opposant le parti Dai Viêt (nationaliste pro-japonais) au VNQDĐ (Việt Nam Quốc Dân Đảng, nationaliste prochinois, lié au Kuomintang). Le Parti communiste indochinois (PCI), créé en Chine par Nguyèn Ai Quoc, le futur Hô Chi Minh, s’est reconstitué, ses militants se regroupaient autour de leaders, comme Võ Nguyên Giáp, Phạm Văn Đồng, Hoang Van Hoang, Vu Anh et Phung Chi Kien. En mai 1941, le PCI crée la ligue Việt Minh. Dans les « hautes régions », Võ Nguyên Giáp prépare l’Armée populaire vietnamienne à partir de la brigade de propagande armée, avec l’aide du détachement 101 de l’OSS.

Coup de force de mars 1945

Après plus de quatre ans de cette coexistence franco-japonaise en Indochine, les Japonais, craignant une invasion des Alliés sur le territoire indochinois, réalisent le 9 mars 1945un coup de force, en éliminant l’administration et l’armée coloniales françaises de toute l’Indochine.

Au matin du 10 mars 1945 l’Indochine s’est retrouvée sans les Français. Les Japonais ont réussi militairement en une nuit ce que les indépendantistes vietnamiens avaient vainement tenté de faire depuis des décennies. La situation est exceptionnelle pour les nationalistes vietnamiens – qui, pour beaucoup, sont dans la clandestinité ou bien réfugiés en Chine et en Thaïlande - et leur permet d’espérer accéder au pouvoir. L’Empereur Bao Daï, après avoir reçu la visite de l’ambassadeur japonais Yokoyama, proclame le 11 mars l’indépendance de l’Annam et du Tonkin sous le nom d’Empire du Việt Nam, s’engageant dans la collaboration avec le Japon. Dès avril 1945, alors que les militaires rescapés du coup de force et les commandos français parachutés pour rejoindre les Britanniques de la Force 136 manquent de moyens pour mener des actions d’envergure, le Việt Minh reçoit l’aide des services secrets américains.

La révolution d’août 1945

Le 13 août, Hô Chi Minh décrète le soulèvement général contre les Japonais pour prendre le contrôle du pays et désarmer les Japonais avant le retour des Français : le Việt Minh réalise une série d’attaques. Le 14, les indépendantistes ont réussi à prendre un certain nombre de postes japonais dans des provinces comme Cao Bằng, Thái Nguyên ou Tuyên Quang. Le 15 août, l’Empereur Hirohito annonce officiellement la capitulation du Japon. Bao Daï tente de garder la main en déclarant vouloir maintenir l’indépendance1, mais le Việt Minh est déjà en train de prendre le contrôle de la situation. Le 17 août, les indépendantistes commencent à prendre le contrôle de Hanoi : le drapeau rouge est accroché à la fenêtre de l’opéra. Le 19, les troupes japonaises en Indochine présentent leur reddition, non pas aux Français dont les officiels sont maintenus en détention, mais au Việt Minh, livrant le lendemain aux indépendantistes les bâtiments officiels de Hanoi. Le même jour, Bao Daï lance à Charles de Gaulle « l’appel d’un ami et non d’un chef » en lui demandant de reconnaître l’indépendance; le 20, il adresse un message à Harry Truman1. Une importante manifestation manœuvrée par le Việt Minh a lieu le 19, et la population prend d’assaut le palais du gouverneur royal du Tonkin. Dirigeant une foule de 2000 à 25000 personnes, les indépendantistes parviennent à occuper les bâtiments publics, obtenant des Japonais la libération de 400 détenus et la remise des armes confisquées aux Français en mars1. En laissant au Việt Minh la maîtrise du nord du Việt Nam, les Japonais contribuent délibérément à créer une situation impossible pour la France. Des « comités populaires » indépendantistes prennent le contrôle de nombreux villages. Au sud du pays, les communistes disposent de moins d’hommes et doivent composer avec les autres partis nationalistes; les Japonais sont également plus présents militairement. Pierre Messmeret Jean Cédile sont parachutés en Indochine pour y représenter le Gouvernement provisoire de la République française, mais ils sont capturés, l’un par le Việt Minh, l’autre par les Japonais. Le 22 août, le général Leclerc, arrivé à Kandy pour préparer le débarquement de ses troupes, s’entend dire par Lord Mountbatten que Britanniques et Chinois pénètreront les premiers en Indochine2. Le même jour, le Việt Minh organise une manifestation à Saïgon, et obtient la création d’un comité provisoire exécutif du Sud Viêt Nam, où il détient sept postes sur neuf. Jean Sainteny, désigné par le GPRF pour remplacer Messmer, arrive de Chine fin août, transporté par un avion américain. Il parvient à débarquer à Hanoï, mais est rapidement isolé par les Japonais, qui pactisent avec les indépendantistes3.

Le 25 août, Bao Daï abdique et transmet le sceau impérial à un agent Việt Minh. Vo Nguyen Giap proclame la République le même jour4. Le 29 août, Hô Chi Minh fait une apparition publique à Hanoi, prenant un bain de foule et décrétant la formation d’un gouvernement dont il s’arroge la présidence et le ministère des affaires étrangères5.

Dans le courant des mois d’août et de septembre, le Việt Minh s’emploie à liquider la concurrence politique et commet de multiples assassinats, visant notamment le Parti Constitutionnaliste Indochinois, dont le chef Bùi Quang Chiêu est tué, et la secte néo-bouddhique Hoa Hao. La répression vise particulièrement les trotskistes vietnamiens, dont des dizaines sont traqués et abattus. Le 25 août, un service de Sécurité d’État est organisé à Saïgon, sur le modèle soviétique, et multiplie les arrestations. Le Việt Minh crée également un « Comité d’assassinat d’assaut », en grande partie recruté dans les rangs de la pègre, qui pratique intimidations et assassinats. Les exactions commises par des indépendantistes vietnamiens sont souvent d’initiative locale, mais l’appareil du mouvement pousse à la violence6.

Le 2 septembre, Hô Chi Minh proclame l’indépendance du pays au nom du Gouvernement provisoire de la République démocratique du Viêt Nam.

Après-coup

La situation demeure extrêmement tendue dans les mois qui suivent tandis que les troupes japonaises, encore présentes sur le territoire, demeurent l’arme au pied. Les troupes de la République de Chine investissent le Tonkin, le Việt Minh s’abstenant de résister à leur incursion. Hô Chi Minh tente sans succès de faire reconnaître son gouvernement par lesÉtats-Unis7. Une division de l’Armée des Indes britanniques pénètre fin septembre dans Saïgon et autorise ensuite les Français du 5e régiment d’infanterie coloniale à y entrer. Les Français, encore peu nombreux, ne reprennent que progressivement et imparfaitement le contrôle du pays. Des négociations complexes débutent entre Français et indépendantistes, dans un contexte de très grande tension politique. A Saïgon, le Việt Minh impose son autorité par la terreur : des personnes arrêtées sont jugées par des tribunaux populaires et exécutées d’une balle dans la nuque, ou bien ligotées en brochettes et jetées dans le Mékong8. Le général britannique Gracey tente de ramener l’ordre àSaïgon, décrétant un couvre-feu, suspendant les journaux en langue locale, ordonnant aux troupes vietnamiennes de rendre leurs fusils, et faisant réarmer les prisonniers français à l’instigation de Jean Cédile9. Dans la nuit du 22 au 23 septembre, Cédile fait reprendre manu militari les bâtiments administratifs, mettant en fuite les comités révolutionnaires. Le Việt Minh réagit en ordonnant une grêve générale.

Massacres de Saïgon

Les 24, 25 et 26 septembre 1945, des émeutes anti-françaises ont lieu à Saïgon, des éléments se réclamant du Việt Minh traquant les Blancs et les métis Eurasiens10. Des dizaines de cadavres mutilés sont retrouvés dans les rues de la ville11. A la Cité Hérault, résidence habitée par de petits fonctionnaires français, environ 150 personnes sont massacrées dans la nuit du 24 au 25 septembre : l’implication directe du Việt Minh n’est pas certaine, d’aucuns incriminant des criminels de droit commun libérés par les Japonais, ou bien des membres du Binh Xuyen, une secte liée au Việt Minh. Environ 200 personnes sont enlevées12; seuls quelques dizaines d’otages seront retrouvés, grâce à une opération commando du Corps Léger d’Intervention13. Les Britanniques s’efforcent ensuite de ramener le calme en augmentant leurs effectifs militaires, contraignant également les troupes japonaises à sortir de leur inactivité et à reprendre leurs patrouilles. Avec l’aide de volontaires, l’administration française et ses forces de police recommencent progressivement à fonctionner14.

Les accrochages se poursuivent avec le Việt Minh, jusqu’à ce que Gracey obtienne une trêve le 2 octobre. Leclerc et le gros des troupes du Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient ne débarquent en Indochine que début octobre15.

Selon Jacqueline Denier, « le nombre des victimes de ces journées des 24-25-26 septembre a pu être estimé à près de 300 Français et à peu près autant de Vietnamiens »10. Un monument dédié aux victimes des 24-25-26 septembre 1945 « Morts pour la France » à Saïgon est érigé au cimetière de Nogent-sur-Marne.

Les accords Hô-Sainteny

Un coup de force communiste est redouté par les autres partis politiques vietnamiens, mais le PCI les prend de court en annonçant son auto-dissolution le 11 novembre 1945, tout en demeurant actif dans les faits sous les traits de la ligue Việt Minh. Hô Chi Minh garde ainsi la maîtrise du jeu, en évitant momentanément un conflit ouvert avec ses adversaires politiques. En mars 1946, les accords Hô-Sainteny reconnaissent le Việt Nam indépendant, au sein de l’Union française; mais ils sont rendus caducs dès le mois de juin, par la proclamation de la République de Cochinchine, sur l’instigation de l’amiral d’Argenlieu. À l’été 1946, la conférence de Fontainebleau échoue à régler le contentieux entre le gouvernement français et le Việt Minh. La situation politique débouche à l’hiver 1946 sur la guerre d’Indochine.

Notes et références

  1. ↑ a, b et c Jacques Valette, La Guerre d’Indochine 1945-1954, Armand Colin, 1994, p. 20
  2. ↑ Jacques Dalloz, La Guerre d’Indochine, Seuil, 1987, page 79
  3. ↑ Philippe Franchini, Les Guerres d’Indochine, tome 1, Pygmalion-Gérard Watelet, 1988, page 204 et 225
  4. ↑ Jacques Valette, La Guerre d’Indochine 1945-1954, Armand Colin, 1994, p. 21
  5. ↑ Pierre Montagnon, La France coloniale, t.2 : retour à l’Hexagone, Pygmalion-Gérard Watelet, 1990, p. 128-129
  6. ↑ Jean-Louis Margolin, in Le Livre noir du communisme, Robert Laffont, 2002, pp. 619-620
  7. ↑ Jacques Valette, La Guerre d’Indochine 1945-1954, Armand Colin, 1994, p. 31
  8. ↑ Jacques Valette, La Guerre d’Indochine 1945-1954, Armand Colin, 1994, p. 44
  9. ↑ Jacques Dalloz, La Guerre d’Indochine, Seuil, 1987, pages 81-82
  10. ↑ a et b Les massacres de septembre 1945 à Saïgon [archive]
  11. ↑ Jean-Louis Margolin, in Le Livre noir du communisme, Robert Laffont, 2002, pp. 620
  12. ↑ Christiane d’Ainval, Les Belles heures de l’Indochine française, Perrin, 2001, p. 291
  13. ↑ Jacques Valette, La Guerre d’Indochine 1945-1954, Armand Colin, 1994, p. 45
  14. ↑ Philippe Franchini, Les Guerres d’Indochine, tome 1, Pygmalion-Gérard Watelet, 1988, page 243
  15. ↑ Jacques Dalloz, La Guerre d’Indochine, Seuil, 1987, page 85

La tragédie du « Cap Arcona », du « Thielbek », de l’« Athen » et du « Deutschland ».

Classé sous — milguerres @ 18 h 45 min

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    Chronologie de la Seconde Guerre mondiale  

La tragédie du « Cap Arcona », du « Thielbek », de l’« Athen » et du « Deutschland ».

Alain Vancauwenberghe

http://www1.uni-hamburg.de/rz3a035//alain.html

 

Contrairement à la croyance générale, le plus grand désastre maritime mondial ne s’est pas produit sur l’Océan Atlantique et le bateau n’était pas le « Titanic ». La plus grande catastrophe maritime mondiale est survenue le 3 mai 1945 dans la baie de Lübeck, sur la Mer Baltique, et les navires étaient le « Cap Arcona » et le « Thielbek ». Quatre bateaux étaient impliqués : le « Cap Arcona », le « Thielbek », l’« Athen » et le « Deutschland ». Trois de ces navires furent bombardés et mitraillés par les chasseurs-bombardiers Hawker « Typhoons » de l’escadrille 263 de la Royal Air Force basée à Ahlhorn, de l’escadrille 197 basée à Celle et par ceux de l’escadrille 198 basée à Plantlünne.

Le « Cap Arcona », « la Reine de l’Atlantique Sud », un vapeur rapide d’une jauge de 27 571 tonneaux, était le vaisseau amiral de la flotte des transatlantiques de la HSDG, « Hamburg-Südamerikanische Dampfschifffahrts-Gesellschaft », de Hambourg. C’était un paquebot de très grand luxe, élancé, à propulsion jumelée avec trois cheminées rouges et blanches.

 

File:Cap Arcona 1.JPG

File:Cap Arcona.JPG

Le vapeur rapide « Cap Arcona » de la compagnie maritime de navigation à vapeur Hambourg-Amérique du Sud.Construit dans les chantiers navals « Blohm & Voss » de Hambourg et lancé le 14 mai 1927, le « Cap Arcona » navigua entre Hambourg et Rio de Janeiro pendant douze ans, jusqu’au 25 août 1939, date à laquelle il fut réquisitionné pour service de guerre. Après l’invasion de la Pologne, le transatlantique fut accouplé au quai dans le port de Gdañsk, à partir du 29 novembre 1939 jusqu’au 31 janvier 1945, en tant que logement flottant de la Kriegsmarine, peint en gris et battant pavillon hitlérien. Un film nazi intitulé « Titanic » y fut tourné en 1942. Comme les troupes soviétiques avançaient, le « Cap Arcona » fut utilisé pour transporter des civils, des nazis et des soldats entre Gdañsk et Copenhague. Ses turbines se cassèrent pendant sa dernière traversée. Le navire fut dirigé alors vers un chantier naval où ses moteurs furent réparés pour qu’il soit capable de retourner en Allemagne. Quand il jeta l’ancre dans la baie de Lübeck, le 14 avril 1945, le « Cap Arcona » n’était plus beaucoup manœuvrable. N’étant plus d’aucune utilité pour la Kriegsmarine, il s’en retourna à la compagnie maritime « Hamburg-Süd ».
Le « Thielbek » était un cargo de 2 815 tonneaux. Au cours du raid aérien sur le fleuve Elbe de l’été 1944, il fut touché par plusieurs bombes. Les dommages furent réparés dans le chantier naval « Maschinenbau-Gesellschaft » de Lübeck quand le Gauleiter de Hambourg, Karl Kaufmann, à présent, en plus, Commissaire à la Défense de l’Allemagne du Nord et Commissaire du Reich à la Marine Marchande, ordonna qu’il parte pour Lübeck avant que les réparations soient terminées. Il fut amené au port industriel de Lübeck.
L’« Athen », un autre cargo de 1 936 tonneaux, fut, lui aussi, amené au port industriel de Lübeck, étant endommagé mais capable de naviguer.
Le « Deutschland », un transatlantique de 21 046 tonneaux ayant transporté en 1945, de l’est vers l’ouest de l’Allemagne, 70 000 réfugiés en sept passages, était aménagé en navire-hôpital.
Dans la Mer Baltique, face à l’avancée de l’Armée Rouge, les Allemands avaient concentré des bateaux pour transporter leurs armées vaincues qui s’enfuyaient. Le « Cap Arcona » et le « Thielbek » étaient ancrés à l’ouest et au large de Neustadt, dans la baie de Lübeck. L’« Athen » était heureusement resté dans le port de Neustadt. On leur avait ordonné d’embarquer des déportés de camps de concentration avec l’intention de les massacrer puis de couler les bateaux. Les déportés venaient des camps de concentration de Neuengamme, de Stutthof et de Dora-Mittelbau. Il y avait 4 500 prisonniers à bord du « Cap Arcona », 2 800 prisonniers sur le « Thielbek » et 1 998 sur l’« Athen ». 350 personnes furent rescapées du « Cap Arcona », 50 le furent du « Thielbek » et la totalité des 1 998 déportés de l’« Athen » survécut. Au total, 7 500 prisonniers de guerre, de 24 nationalités différentes, furent tués au cours de ce raid aérien. Les Anglais qui étaient considérés comme des sauveurs potentiels par les prisonniers des camps de concentration se sont avérés être leurs meurtriers.

 

 

La fin de la guerre pour les Anglais.
Après qu’Hitler s’était suicidé, le 30 avril 1945, l’Amiral de la Flotte Karl Dönitz lui succéda comme commandant suprême. Il fut faussement rapporté que la direction nazie avait planifié de partir en Norvège et de se battre à partir de ce pays, en ayant rassemblé à dessein, à peu près 500 bateaux dans les baies de Lübeck et de Kiel. Cette inexactitude n’est toujours pas corrigée dans les publications anglaises jusqu’à aujourd’hui.
A partir du 16 avril 1945, le Fighter Command eut comme mission la surveillance du ciel de l’Allemagne et le Coastal Command, celle de la côte. Winston Churchill avait donné cet ordre à la suite du bombardement de Dresde qui avait été critiqué et qualifié d’acte délibéré de terreur et de destruction. Cette décision, remplaçant le Bomber Command par le Fighter Command, a eu de graves conséquences et, comme résultat, le bombardement de ces bateaux-prisons. La reconnaissance aérienne du Bomber Command était mieux informée en ce qui concerne les événements et changements sur le sol allemand. Elle connaissait la position exacte des camps de concentration et ainsi, où il ne fallait pas bombarder. Par exemple, aucune bombe ne fut lancée sur le camp de concentration de Neuengamme, près de Hambourg. En fait, des avions avaient survolé le camp à basse altitude, agitant leurs ailes, donnant de l’espoir aux déportés qui étaient sur la Place d’Appel. A Süchteln, le Quartier Général du Second Tactical de la RAF en savait peu sur les transports de déportés des camps de concentration en direction du nord. Suivit l’ordre d’opération n° 73 du 3 mai 1945 indiquant : « Destruction de la concentration de la flotte ennemie dans la baie de Lübeck à l’ouest de l’île de Poël et vers le nord à la limite de la zone de sécurité ». L’escadrille 263 basée à Ahlhorn, sous le commandement du capitaine Martin Rumbold, avec comme pilotes Mark Hamilton, Ronnie Proctor, Dave Morgan, Eric Coles, Mike Luck, Larry Saunders et J.A. Smith, attaqua le « Cap Arcona » à 14 h. 30, le 3 mai 1945. Chacun des huit « Typhoons » avait huit roquettes incendiaires qui furent tirées par salve. La totalité des soixante-quatre roquettes atteignirent leur cible. L’escadrille 197 basée à Celle, sous l e commandement du Lieutenant J. Harding, attaqua alors. Les huit « Typhoons » avait, chacun, deux bombes de 500 livres. Quinze des seize bombes atteignirent leur but. Le paquebot s’embrasa.
Entre les deux attaques sur le « Cap Arcona », l’escadrille 198 basée à Plantlünne, sous le commandement du capitaine Johnny Baldwin, attaqua, avec neuf chasseurs-bombardiers « Typhoons », le « Thielbek » et le « Deutschland ». Cinq chasseurs tirèrent leurs roquettes sur le « Deutschland », et les quatre autres « Typhoons » tirèrent sur le « Thielbek ». Le « Deutschland » s’embrasa violemment, se renversa la quille en l’air, avant de sombrer quatre heures plus tard. En feu à bâbord, le « Thielbek » gîta avec un angle de 30° à tribord et coula vingt minutes après avoir été attaqué.

La fin de la guerre pour les Allemands.
Le Reichsführer SS Heinrich Himmler avait émis un décret secret à destination de tous les commandants de camp de concentration indiquant qu’une reddition était inacceptable, que les camps de concentration devaient être immédiatement évacués et qu’aucun déporté ne devait tomber vivant entre les mains de l’ennemi. Himmler projetait que tous les déportés devaient être tués. Au camp de concentration de Neuengamme, l’ordre fut reçu par le SS-Obersturmführer Karl Totzauer, adjudant-major du commandant Max Pauly. Cet ordre initia les Marches de la Mort à partir de Neuengamme, le plus grand camp de concentration en Allemagne du Nord avec ses 96 camps extérieurs dont plus de 20 étaient des camps de femmes et, où près de 56 000 des 106 000 détenus moururent sous les coups ou par pendaison, exécution, gazage, injection mortelle ou transfert vers les camps de la mort d’Auschwitz et de Majdanek. Les SS menèrent les prisonniers, parfois au hasard, vers le nord, à pied ou en train, sans nourriture ou sans boisson. Des centaines de déportés en moururent de faim ou de soif, ou furent abattus là où ils tombaient, étant trop épuisés pour continuer. Les déportés du camp extérieur de Neuengamme Hannover-Stöcken furent d’abord évacués par rail vers Bergen-Belsen puis furent déviés en direction de Berlin, Bergen-Belsen étant surpeuplé. Trois jours après, le reste des prisonniers fut débarqué à Mieste, marcha vers le camp militaire de Gardelegen, puis deux jours plus tard, jusqu’au village d’Isenschnibbe dans les faubourgs de Gardelegen. Ils y furent assassinés. Le commandant NSDAP du district Gerhard Thiele avait préparé un piège mortel. Sous prétexte que les déportés devaient être enlevés de la zone de guerre et de Gardelegen, et protégés de l’avance des troupes américaines, les 1 038 prisonniers restants furent conduits dans l’énorme grange du village. Auparavant, les SS avaient répandu de l’essence et du pétrole sur la paille. Le SS-Scharführer Braun lança alors une torche enflammée à travers la porte et les SS commencèrent immédiatement à tirer dans chacune des quatre portes fermées de la grange. Ceux qui rampaient sous les murs latéraux furent abattus. 1 016 personnes furent assassinées, 22 en réchappèrent.

File:Cap Arcona 10.86422E 54.04183N.jpg

Baie de Lübeck, à trois kilomètres de Neustadt (en haut à gauche): Position du Cap Arcona au moment de son naufrage.

Pendant que les Marches de la Mort avançaient vers le nord, le chef du district de Hambourg Karl Kaufmann cherchait des bateaux dans lesquels mettre les déportés pour prendre la mer. Les quelques bateaux restants, y compris des ferry-boat et des péniches, furent déployés à l’Est, sauvant des civils et des troupes allemandes qui reculaient devant la progression de l’armée soviétique. Comme Commissaire à la Défense de l’Allemagne du Nord et Commissaire du Reich à la Marine Marchande, il avait le droit de disposer de toute embarcation civile. Etant informé au sujet du « Cap Arcona », il ordonna aux transports de déportés du camp de concentration de Neuengamme et de ses camps extérieurs, d’être dirigés vers Lübeck et d’embarquer les déportés. 11 000 prisonniers de guerre arrivèrent sur les quais du port de Lübeck. La ville avait souffert de graves dommages dus aux bombes. Les premiers déportés du camp de Neuengamme arrivèrent en wagons à bestiaux dans le port de Lübeck, le 19 avril 1945. Entre le 19 et le 26 avril, de nouveaux transports arrivèrent. Presque la moitié des déportés ne survécut pas à ces Marches de la Mort.

Le 17 avril 1945, le « Thielbek » fut informé qu’il devait se préparer pour une opération spéciale. Le 18 avril, des SS vinrent à bord, le capitaine du « Thielbek », John Jacobsen, et le capitaine du « Cap Arcona », Bertram, furent appelés à une conférence. Le capitaine Jacobsen retourna informer son équipage qu’on leur donnait l’ordre d’embarquer des déportés et que, lui et le capitaine Bertram, avaient refusé. Le jour suivant, Jacobsen revint défait, ayant perdu le commandement de son propre navire. Peu de temps après, le premier train arriva. Des toilettes temporaires furent installées sur le pont du « Thielbek » et l’embarquement commença le 20 avril. La Croix Rouge suédoise était présente et tous les déportés, sauf les prisonniers russes, reçurent un colis de nourriture qui, en association avec la sous-alimentation et la soif, causèrent de terribles douleurs. L’eau provenant de la citerne du navire était totalement insuffisante. Vingt à trente déportés mourraient chaque jour et étaient enlevés par camion. Tous les déportés, à l’exception des déportés politiques, restèrent un ou deux jours à bord, avant d’être transférés sur le « Cap Arcona » via l’« Athen ». Le nombre de SS fut graduellement réduit et remplacé par des membres de l’armée territoriale, âgés de 55 à 60 ans, et de l’infanterie de marine. Il y avait de la paille sur le pont alors que, dans les cales, il n’y avait aucun couchage. Sur ce pont, il y avait aussi de grands stocks de provisions sous une bâche de protection mais la distribution était désorganisée. Les déportés malades et les prisonniers soviétiques en obtinrent très peu. Les latrines étaient insuffisantes. Des seaux furent descendus dans les cales et remontés quand ils étaient pleins. La puanteur était terrible. Le nombre de dysenteries augmentait toujours plus.

Le 20 avril 1945 au matin, le SS-Sturmbannführer Christoph-Heinz Gehrig, à la tête de l’administration du camp de concentration de Neuengamme, fut envoyé à Lübeck par le Commandant Max Pauly. Gehrig avait été responsable du meurtre de vingt enfants juifs de l’école Janusz-Korczak au 92 Bullenhuser Damm, dans le district hambourgeois de Rothenburgsort. Ces enfants avaient été utilisés pour des expériences sur la tuberculose dans le camp de Neuengamme. Gehrig devait escorter les déportés vers leur mort à bord du « Cap Arcona ». Il ordonna au capitaine de l’« Athen », Nobmann, de prendre 2 300 déportés et 280 gardes SS à bord et de les transporter vers le « Cap Arcona ». Le capitaine Nobmann initialement refusa mais obéit quand il fut menacé d’être fusillé à la suite d’un procès devant une cour prévôtal. Les SS et les Kapos amenèrent les déportés à bord, sous les hurlements et sous les coups. Ils devaient descendre, à l’aide d’échelles de corde, dans les profondeurs des cales du navire. Dans la hâte, beaucoup de déportés tombaient et étaient sérieusement blessés. Il était difficile de se faire une place, de se déplacer dans les cales sombres, froides et humides. Il n’y avait ni toilettes ni eau. Quelques heures après, le cargo, chargé à ras bord, quitta le port pour le « Cap Arcona » ancré au large de Neustadt. Le capitaine Bertram refusa d’embarquer les déportés, même après que les SS soient venus à bord. L’« Athen » resta au large de Neustadt, toute la nuit, et retourna à Lübeck le matin suivant, le 21 avril, les déportés n’ayant rien à manger ni à boire.

 

Le SS-Sturmbannführer Gehrig informa le commandant de camp Pauly, du refus du capitaine Bertram de prendre des déportés à bord puis Pauly informa le Général SS, Chef de la Gestapo de Hambourg, le Comte Bassewitz-Behr qui le rapporta au Gauleiter Kaufmann. Le soir du 21 avril, Kaufmann envoya son conseiller personnel, le SS-Hauptsturmführer Horn, à John Egbert, président du conseil d’administration de la compagnie maritime « Hamburg-Süd », pour l’informer que le capitaine Bertram devait obéir à l’ordre SS d’embarquer des prisonniers de guerre, sinon il serait tué. Egbert téléphona à Bertram qui, à son tour, appela l’amiral Engelhardt qui avait la direction du transport naval de la Kriegsmarine. Il était clair pour tous que le « Cap Arcona » devait être coulé avec les prisonniers à bord. Engelhardt envoya le capitaine Rössing à Kaufmann pour se plaindre, et élever une protestation formelle de la Kriegsmarine contre la confiscation du « Cap Arcona ». Mais il fut le seul à aller aussi loin contre le SS-Hauptsturmführer Horn qui ordonna au Lieutenant-Commandant Lewinski et au SS-sturmbannführer Gehrig de confisquer le paquebot manu militari. Dans l’intervalle, cinq jours étaient passés et, le 26 avril, Lewinski et Gehrig se rencontrèrent à Lübeck et voyagèrent ensemble vers Neustadt d’où ils furent transportés vers le « Cap Arcona » à l’aide d’un canot automobile de la base-école des Sous-mariniers, escortés par un commando SS armé. Le capitaine Bertram essaya, sans succès, de négocier avec Lewinski et Gehrig. Ils lui proposèrent l’ultimatum suivant : soit donner immédiatement la permission à l’« Athen » de s’amarrer bord à bord et transférer ses prisonniers dans le « Cap Arcona », soit être fusillé sans procès devant une cour martiale. Bertram capitula. Avant que l’« Athen » s’amarre à son côté, une seconde fois, une chaloupe apporta des SS qui, sous le commandement du SS-Untersturmführer Kirstein, enlevèrent toutes les ceintures et tous les gilets de sauvetage, ainsi que tous les bancs et banquettes qui pouvaient être utilisés comme radeaux et les enfermèrent à clé dans la salle des entrepôts.

Pendant trois jours, l’« Athen » fit la navette entre le port de Lübeck et le « Cap Arcona ». Finalement, 6 500 déportés et 600 gardes SS étaient à bord. Il y avait à peine de quoi manger et boire, et des prisonniers continuaient de mourir. Chaque jour, une chaloupe apportait de l’eau potable et retournait à Neustadt avec les morts. Les prisonniers russes reçurent le plus mauvais traitement, étant enfermés à clé dans la cale la plus basse, sans air, sans lumière et sans nourriture. Le nombre de morts augmentait toujours plus. L’« Athen » effectua son dernier trajet vers le « Cap Arcona » le 30 avril mais, cette fois, pour enlever des prisonniers du « Cap Arcona » qui était si surpeuplé que, même les SS, ne pouvaient endurer plus longtemps les déportés faméliques, la puanteur et les morts qui s’entassaient.

Les déportés avaient appris, le 1er mai 1945, qu’Hitler s’était suicidé, que la majeure partie de Berlin était occupée par les troupes russes et que la guerre était pratiquement finie.

 

Le 2 mai, les barges « Wolfgang » halée par l’« Adler » et « Vaterland » halée par le « Bussard », et plusieurs péniches de débarquement, apportant un demi-millier de déportés faméliques du camp de concentration de Stutthof, près de Gdañsk en Pologne, arrivèrent à Neustadt. Beaucoup moururent pendant ce trajet, ils furent balancés par-dessus bord. Ces déplacements avaient commencé le 17 avril. Les barges reçurent l’ordre par signal lumineux de la base-école des Sous-mariniers et du commandant du port Kastenbauer qu’elles devaient être remorquées le long du « Thielbek », qui lui-même, avait été remorqué du port industriel de Lübeck à la baie de Lübeck, tandis que des chars britanniques traversaient le pont Herrenbrücke. Ce soir-là, les gardes SS commencèrent à tirer sur les prisonniers qui étaient sur les barges. Les barges, la mer et la plage étaient remplies de cadavres. Ceux qui atteignaient la plage furent abattus par l’infanterie de marine venue de la base-école des Sous-mariniers. Environ 400 déportés du camp de Stutthof furent tués. Le jour suivant, le reste des prisonniers fut mené au stade de Neustadt. A 15 heures, le 3 mai, les prisonniers devaient former une colonne et commençaient à quitter le stade quand, soudainement, les Allemands disparurent et des chars britanniques apparurent devant eux. Ils étaient libres. Les survivants du camp de Stutthof libérés furent alors cantonnés dans la caserne de la marine, près du stade.

La fin de vie des déportés des camps de concentration de Neuengamme, de Dora-Mittelbau et de Stutthof.
Le 3 mai au matin, des avions anglais effectuèrent une reconnaissance en survolant la baie de Lübeck et observèrent le « Cap Arcona ». Les déportés faisaient des signes de la main, croyant qu’ils étaient sauvés. Pour éviter les tirs des canons des batteries anti-aériennes des bateaux, les avions volèrent alors à 10 000 pieds. De plus, le plafond nuageux était si bas qu’on ne distinguait pas les prisonniers. A 12 h. 30, on ordonna à l’« Athen » de retourner à Neustadt pour embarquer les déportés du camp de Stutthof survivants du massacre des barges. Le capitaine Nobmann refusa. Ce qui sauva 1 998 déportés de la mort, l’« Athen » restant dans le port quand l’attaque débutait. A 14 h. 30, le capitaine Rumbold revint avec son escadrille. La visibilité s’était améliorée. Ils attaquèrent.

File:Cap Arcona burning.jpg

Le Cap Arcona embrasé peu après les attaques aériennes.

Le « Cap Arcona » était en feu. L’équipement de sauvetage, en cas d’inondation ou d’incendie, était aux standards les plus élevés mais commandé à partir du pont. Le capitaine Bertram quitta ce pont, se frayant un chemin avec une machette à travers la masse de prisonniers, pour abandonner son navire. Les SS maintenaient les prisonniers au-dessous de l’entrepont du navire incendié et rempli de fumée, et les menaçaient avec le tir de leurs mitrailleuses. Parmi ceux-là, presque tous les prisonniers y furent tués. Beaucoup de canots de sauvetage étaient percés et, de toute façon, les prisonniers ne savaient pas comment les descendre. Un seul canot de sauvetage fut mis à la mer. Dans une panique indescriptible, les déportés qui ne furent pas tués durant l’attaque ni brûlés ni noyés dans leur prison renversée, se ruèrent sur le pont, se jetèrent à l’eau, tentèrent de s’accrocher à une planche flottante ou aux canots allemands de la base-école des Sous-mariniers, mais la plupart se noyèrent. Quelques prisonniers furent récupérés dans un canot en dépit de l’ordre donné par le commandant de garnison de Neustadt, le capitaine de frégate Heinrich Schmidt et de son quartier général de la base-école des Sous-mariniers, de ne pas secourir de prisonniers. Les autres déportés nageant dans la Mer Baltique glaciale furent mitraillés par les canons de 20 mm des chasseurs-bombardiers « Typhoons » qui, volant au ras des flots, revinrent à plusieurs reprises. Sur la plage, ils subirent le tir des mitrailleuses des Verdammten SS. En atteignant Neustadt, les derniers rescapés prièrent les troupes britanniques d’envoyer d’urgence des canots de sauvetage. Des 4 500 déportés de camps de concentration à bord, 350 survécurent. Des 600 gardes, SS et infanterie de marine, des 24 femmes SS et des 70 membres d’équipage, approximativement 490 furent sauvés dont, parmi eux, le capitaine Bertram et son officier en second Dommenget.

L’attaque sur le « Thielbek » arriva environ une heure après l’attaque du « Cap Arcona ». Son pavillon blanc flottait. Seuls quelques prisonniers furent capables de s’échapper des cales. Les canots de sauvetage étaient troués. L’équipage donna de l’aide aux prisonniers. Le bateau gîtait à 50° et était prêt à sombrer, quand le capitaine Jacobsen dit à son équipage de quitter le navire. Des 2 800 déportés de camps de concentration à bord du navire, seulement 50 survécurent. Pratiquement tous les gardes SS et ceux de l’infanterie de marine furent tués, ainsi que le capitaine Jacobsen, le premier officier Andresenet le premier ingénieur Lau. L’officier en second Walter Felgner, le troisième officier Schotmann et trois matelots de la marine marchande furent rescapés. Les avions britanniques mitraillaient les canots de sauvetage et les déportés dans l’eau…

Le lendemain, les troupes anglaises pénétrèrent dans le camp de Neuengamme complètement vide et Montgomery reçut la reddition des troupes de l’Allemagne du Nord. Quatre jours plus tard, la guerre prit fin en Europe.

Aucune acceptation de responsabilité ni d’honorer les morts.
Aucun gouvernement britannique n’a jamais fait référence à la mort des 7 500 prisonniers de guerre de la baie de Lübeck. Il n’y a jamais eu de couronne déposée ni aucun discours prononcé en leur mémoire. Des fosses communes furent creusées le long de la plage entre Neustadt et Pelzerhaken. Des survivants firent construire un cénotaphe en pierre sur lequel est écrit en grandes lettres noires :
A la mémoire éternelle des prisonniers du camp de concentration de Neuengamme. Ils périrent avec le naufrage du Cap Arcona le 3 mai 1945.
Le 6 mai 1945, un déporté norvégien avait indiqué l’endroit du drame à des soldats britanniques qui, sous le commandement du capitaine Pratt, tirèrent une salve au-dessus des tombes.
Pendant des années, la Mer Baltique rejeta des cadavres et des morceaux de squelette dont les derniers jusque dans les années 70.
Aujourd’hui, il y un mémorial pour ceux qui furent tués sur le « Cap Arcona » dans le cimetière de Grömitz et un musée à Neustadt en Holstein depuis 1990.

Dans le procès dit « procès du Curio-Haus », Max Pauly, le commandant du camp de Neuengamme, le chef de camp Thumann ainsi que le docteur SS Alfred Trzebinski, furent jugés, convaincus de crimes de guerre et pendus dans le pénitencier d’Hameln. De nombreux officiers SS du commandement du camp de Neuengamme furent jugés de 1945 à 1948 par des tribunaux militaires anglais. Mais aucun des nombreux autres allemands, coupable des meurtres des déportés à bord du « Cap Arcona » et du « Thielbek », n’a été jugé ni par une cour britannique ni par une cour allemande. Ceux qui furent responsables du meurtre des 400 déportés du camp de concentration de Stutthof n’ont jamais été dans un tribunal pour être jugés.

Epilogue.
Le « Cap Arcona » resta échoué dans la baie de Lübeck jusqu’en 1950 puis fut démonté par des plongeurs pendant une période de plusieurs années pour être réduit en ferraille. Sur cette jetée de Neustadt, l’épave fut étudiée et photographiée en détail pour Rolls-Royce qui avait fabriqué les roquettes, afin d’évaluer leur efficacité. 
Quatre ans après son naufrage, le « Thielbek » fut remis à flot, réparé et retourna au service sous le nom de « Reinbek ». Les restes des cadavres encore à bord furent placés dans 49 cercueils et déposés pour reposer enfin en paix, dans le cimetière « Cap Arcona » de Neustadt. En 1961, la compagnie maritime « Knöhr & Burchard » vendit le cargo qui navigua alors sous pavillon panaméen avec comme nom « Magdelène », et plus tard « Old Warrior ». En 1974, il fut démonté à Split en ex-Yougoslavie. 
L’Union Soviétique acquit l’« Athen » comme réparation de guerre et le renomma « Général Brusilow ». Le 27 mai 1947, le bateau fut offert à la Pologne. Renommé « Warynski », il navigua beaucoup d’années encore, entre Gdañsk et Buenos Aires, via Hambourg. En 1973, il fut mis hors service et servit d’entrepôt flottant dans la ville de Stettin avec la désignation « NP-ZPS 8 ».
Le « Deutschland » fut déséchoué et démonté en 1948.

Réunion commémorative.
Une commémoration des bombardements du « Cap Arcona », du « Thielbek » et du « Deutschland » eut lieu à Neustadt, le 3 mai 1995, cinquante ans après l’événement. Parmi les survivants, L.H. Intres (Bert Intres) qui survécut au bombardement et au naufrage du « Cap Arcona » en sortant par un hublot. Il se maintint sur le côté du paquebot jusqu’à ce qu’il chavire, puis resta sur la quille d’où les Britanniques le sauvèrent, comme 314 déportés et 2 membres d’équipage.

 

Alain Vancauwenberghe
 

http://www1.uni-hamburg.de/rz3a035//alain.html 

images : wikipedia

 

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1 avril 2013

2 juillet Débarquement de la Force Expéditionnaire Brésilienne

Classé sous — milguerres @ 23 h 44 min

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2 juillet Débarquement de la Force Expéditionnaire Brésilienne

Force expéditionnaire brésilienne

 

 

File:Distintivo da FEB 1.PNG

Insigne d’épaule de la FEB.

 

 

 

La Force expéditionnaire brésilienne (Força Expedicionària Brasileira ou FEB) est un corps de 23 500 soldats de l’armée de l’air, de terre et la Marine brésilienne qui partit combattre durant la Seconde Guerre mondiale au sein de la 5e armée britannique dans la campagne d’Italie

 

Peu de temps après la déclaration de guerre, le président brésilien enjoint la population à soutenir l’effort de guerre. En deux ans, il enverra 25 000 hommes en Europe sur un total de 100 000 prévus.

C’est au début de juillet 1944 que les 5 000 premiers soldats brésiliens arrivent en Italie, plus précisément à Naples. Ils sont incorporés à la Task Force 45 de l’armée américaine. Fin juillet, de nouveaux soldats arrivent, rejoints en novembre 1944 puis en février 1945 par de nouveaux renforts. Au début, les Brésiliens doivent changer leurs uniformes à cause du climat italien. Ensuite, ils rejoignent Tarquinia à 350 kilomètres au nord de Naples où ils intègrent l’armée de Clark. En novembre 1944, la 1° Divisao de infanteria expedicionaria enfin au complet est finalement incorporée au IVe corps US du général Crittenberger.

 

File:Rubem Braga e a FEB.jpg

Le correspondant de guerre Rubem Braga et des hommes de la FEB.

Les premières opérations des troupes brésiliennes sont des opérations de reconnaissance effectuées à la fin du mois d’août. Les Brésiliens devaient remplacer les troupes françaises parties pour servir dans l’opération Dragoon(le débarquement en Provence). Le 16 septembre, ils occupent Massarosa puis le 18 septembre la ville de Camaiore puis d’autres villes. La FEB avait déjà conquis auparavant le Monte Prano qui contrôlait la vallée de Serchio et celle de Castelnuovo. Les Brésiliens avaient jusqu’à maintenant subi relativement peu de pertes. La FEB se dirigea vers les Apennins où ils durent durant un hiver rigoureux faire face à la résistance de la Ligne Gothique. Le 29 novembre 1944 une attaque frontale contre des positions fortifiées, dirigée contre l’avis de ses officiers, par le général Mascarenhas de Morais, laisse 300 morts sur le champ de bataille pour aucun gain.

Dans le nord de l’Italie, les Brésiliens apportèrent aux Alliés une contribution importante que reconnurent les Allemands. En février 1945, les troupes de la FEB de conserve avec celle de la 10e division de montagne américaine devaient réduire les dernières positions allemandes dans les Apennins. Ces positions comprenait notamment une puissante artillerie, très gênante pour la progression des Alliés notamment par ses tirs sur la route 64 en direction de Bologne.

Suite à l’offensive, Brésiliens et Américains ont pris position dans les Apennins du 18 février au 5 mars. Suite à l’offensive d’avril, les Allemands sont forcés à battre en retraite et Bologne est prise le 21 avril par les troupes polonaises et américaines. Ensuite, les Allemands continuent à se replier et les Alliés sont soutenus par les mouvements de résistance italiens. Ainsi, les Américains parviennent à conquérir Parme, Modène et Gênes. La VIIe armée britannique capture elle les villes de Venise et Trieste. Les forces brésiliennes capturent un grand nombre d’Allemands à Collecchio et doivent ensuite briser une résistance allemande dans la région de Taro. Encerclées près de Fornove, les forces allemandes doivent se rendre le 28 avril. Plus de 20 000 hommes dont une partie de la 148e division d’infanterie, de la 90e division légère et d’autres unités fascistes italiennes. Le 2 mai, les Brésiliens arrivent aux portes de Turin et rencontrent les troupes françaises qui ont franchi la frontière. D’autres troupes brésiliennes continuaient de leur côté à poursuivre les unités allemandes en retraite dans les Alpes. La nouvelle de la mort de Hitler mit définitivement fin aux combats en Italie et les troupes de l’Axe se rendirent aux Alliés.

L’armée de l’air

Les premières troupes aériennes brésiliennes à partir en guerre est le 1er GAVCA qui appartient au 1st Fighter Group américain. Il est formé le 18 décembre 1943. Il est constitué d’aviateurs expérimentés de l’armée de l’air brésilienne. Parmi les pilotes, il y avait Alberto Torres qui coula au large des côtes brésiliennes l’U-199 allemand. Le groupe (350 hommes dont 43 pilotes) subit une courte formation à Panama. C’est le 11 mai 1944 que les Brésiliens sont déclarés comme unité active. Le 22 juin, le groupe est envoyé auxÉtats-Unis où les pilotes reçoivent des P-47d Thunderbolt. Enfin, le 19 septembre, le 1er GAVCA part pour l’Italie où elle arrive le 6 octobre à proximité de Livourne. Il devint alors membre du 350e Fighter Group de l’USAAF. Cette unité étant subordonnée au XII Tactical Air Command lui-même membre de la 12th USAAF.

Après quelques vols, les Brésiliens reçoivent leurs premières missions à partir du 11 novembre en partant de sa base de Tarquinia. Le groupe était divisé en quatre (Red, Green, Blue et Yellow). Chacune de ces unités comptait 12 avions. Elle commença alors des missions de reconnaissance, de bombardement et de soutien envers la 5e armée américaine à laquelle appartenait la force expéditionnaire brésilienne. Le 16 avril 1945, la 5e armée lance une offensive dans la région du Pô. À cette époque, le groupe ne comprend plus que 25 pilotes, certains avaient été tués, d’autres abattus, avaient été faits prisonniers. Certains mêmes furent retirés du service actif pour raison de santé. On supprima donc le groupe Yellow. Chaque pilote effectuait deux missions par jour. Le 22 avril, l’ensemble de la force aérienne brésilienne prit part à une attaque sur San Benedetto où elle détruisit des ponts, des barges et des véhicules motorisés. A 10h, des pilotes brésiliens sont envoyés en mission de reconnaissance à proximité de Mantoue où ils détruisirent près de 80 chars, camions et autres véhicules divers. Le bilan à la fin de la journée et après 44 missions fut la destruction de plusieurs centaines de véhicules ennemis ainsi que des chalands. Ce fut le jour le plus fructueux pour l’armée de l’Air brésilienne et il est depuis commémoré chaque année comme la journée aérienne de l’armée de l’Air brésilienne.

À la fin de la guerre, le GAVCA totalisait 445 missions et 5 465 heures de vol entre le 11 novembre 1944 et le 6 mai 1945. Le XXIIe Tactical Air Command reconnut l’efficacité du groupe qui en effectuant seulement 5 % des missions de l’unité détruisit :

  • 85 % des dépôts de munitions ;
  • 36 % des dépôts de carburants ;
  • 28 % des ponts (plus 19 % endommagés) ;
  • 15 % des véhicules à moteur (plus 13 % endommagés) ;
  • 10 % des véhicules hippomobiles.

Conclusion

Au cours des huit mois de campagnes, la FEB a capturé 20 573 prisonniers (2 généraux, 893 officiers et 19 678 hommes du rang) et eut 443 tués.

Les soldats brésiliens tués au combat furent enterrés au cimetière militaire brésilien de Pistoia avant d’être transférés à Rio de Janeiro où un mausolée a été construit en leur honneur. Il a été inauguré en 1960 et couvre une surface de 6 850 m².

Le général Clark leur rendit hommage dans ses Mémoires en ces termes : « les Brésiliens ne se plaignirent jamais et voulurent toujours porter leur part de nos fardeaux. »

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Famine de 1944-1945 au Viêt Nam

Classé sous — milguerres @ 11 h 04 min

 

 

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Chronologie de la Seconde Guerre mondiale 

Famine de 1944-1945 au Viêt Nam

 

 

La famine vietnamienne de 1945 (Vietnamien : Nạn đói năm Ất Dậu - la famine de l’année de Ất Dậu) s’est produite en Indochine française, au Tonkin (nord du Viêt Nam actuel), d’octobre 1944 à mai 1945, pendant l’occupation japonaise du pays. On estime entre 400 000 et 2 millions le nombre de personnes mortes de faim pendant cette période.

Causes

Il y a beaucoup de causes à cette famine. Après la grande dépression des années 1930, la France revient à sa politique de protectorat économique et monopolise l’exploitation des ressources naturelles en Indochine française. Les personnes en Indochine augmentent la valeur économique du secteur[Quoi ?], mais seuls les Français, une petite minorité de Vietnamiens et de Hoa (chinois) et certaines villes en bénéficient.

Quand la guerre commence, la France est affaiblie. À l’est de l’Asie, Le Japon commence à s’étendre et considère l’Indochine comme pont vers le sud de l’Asie et la domination de la Chine. Au milieu de 1940, la France est occupée par l’Allemagne, le Japon accroit sa pression sur la France et entre en Indochine l’année suivante.

Durant la Seconde Guerre mondiale en Indochine française. Les interventions de la France, de l’Empire du Japon, et des États-Unis au Vietnam ont été néfastes aux activités économiques vietnamiennes. Les changements militaires et économiques ont plongé la partie nord du pays dans la famine.

Indirectement, la mauvaise gestion de l’administration française au Vietnam a joué un rôle. Les Français ont reformé l’économie afin de servir l’administration et satisfaire les besoins de la guerre, parce qu’ils étaient eux-mêmes envahis. Les causes naturelles incluent des désastres tels que des inondations détruisant les récoltes au nord (Tonkin). Une période de sècheresse couplée à des parasites fait diminuer la récolte de 1944-1945, qui ne rapporte que de 800 000 à 850 000 tonnes, pour des besoins courants de 1 100 000 tonnes. Une inondation pendant la saison des moissons entraîne la crise. L’administration française ne s’en alarme pas, jugeant le fait banal en pays de mousson1.

L’Indochine est entrainée dans une économie de guerre, avec la France et le Japon en concurrence dans l’administration. Beaucoup de gens mettent la famine sur le compte des troupes japonaises qui, en accaparant les produits alimentaires des paysans et en les forçant à cultiver la jute au lieu du riz, les privent de la nourriture nécessaire, mais la France appliquait déjà cette politique. Ils avaient diminué la terre réservée aux cultures vivrières essentielles telles que le maïs et les pommes de terre pour faire place au coton, à la jute, et à d’autres plantes industrielles. De ce fait, les récoltes alimentaires diminuent considérablement.

Famine, exode et épidémies

Tandis que le Tonkin est occupé par le Japon, les Alliés, particulièrement les États-Unis, bombardent souvent les routes, attaquant cargos, trains, ponts et même charrettes à bœuf1, rendant le transport du riz à partir du sud vers le nord extrêmement difficile.

La France et le Japon réquisitionnent la nourriture des fermiers pour l’alimentation de leurs troupes, tandis que l’administration française désorganisée ne peut pas fournir et distribuer la nourriture. Les approvisionnements alimentaires insatisfaisants causent la famine, dès le début de 1944.

En janvier et février 1945, une partie de la population des provinces maritimes s’affole et entame, dans des conditions désastreuses, une migration vers des provinces où la récolte est censée avoir été meilleure : environ 50 000 personnes périssent durant cet exode. Des camps de migrations accueillent les voyageurs imprudents1.

En mars 1945, Le Japon prend le pouvoir par un coup de force contre les Français et établit un gouvernement dirigé par Trần Trọng Kim. Tandis que ce gouvernement essaie d’alléger la souffrance, le Japon en reste à sa politique de réquisitions de nourriture. Dès le 10 mars, au lendemain de leur prise du pouvoir, les Japonais saisissent toutes les jonques et les convois de riz, s’emparant des stocks de riz de Hanoï, Vinh et Bắc Giang2. Faute de réels moyens alloués au gouvernement vietnamien, la famine continue après mars de ravager le nord du pays. Du fait des bombardements américains, les communications sont presque totalement interrompues entre le Tonkin et la Cochinchine. A Hanoï, des personnes meurent de faim sur les trottoirs. Des épidémies de typhus et de choléra se déclenchent en ville3. En raison de la guerre et de la paralysie du gouvernement, le prix des marchandises essentielles, particulièrement les produits alimentaires, monte en flèche.

Bilan

Il y a aucune donnée exacte concernant le nombre de victimes de la famine, tout particulièrement en ce qui concerne le second trimestre 1945, mais diverses sources évaluent entre 400 000 à 2 millions de victimes de la faim au nord Vietnam pendant cette période.

En mai 1945, le délégué du gouvernement vietnamien à Hanoï a demandé aux provinces du nord de faire un état du nombre de victimes. Vingt provinces rapportent un total de 380 000 personnes mortes de faim, et 20 000 en raison de maladie, 400 000 au total.

En octobre, un rapport d’un fonctionnaire militaire français a estimé les décès à un demi-million. Le Gouverneur Général Jean Decoux a écrit dans ses mémoires, À la barre de l’Indochine, qu’environ un million d’habitants du nord sont morts de faim.

Des historiens vietnamiens évaluent entre 1 et 2 millions le nombre de victimes.

Plus tard, des historiens indiquent 1 million tandis que des personnes ayant vécu dans le nord pendant cette période évoquent le nombre de 2 millions. Hô Chi Minh, dans sa proclamation d’indépendance vis-à-vis de la France le 2 septembre 1945 a également évoqué le nombre de 2 millions.

Le mouvement Việt Minh porte également une part de responsabilité, ayant toléré que des villages restent bien pourvus tandis que d’autres connaissent la pire disette. Entre août et décembre 1945, sous le gouvernement de la République démocratique du Viêt Nam, proclamé par Hô Chi Minh, plusieurs digues se rompent, faute d’entretien et de main-d’œuvre (la population étant mobilisée), inondant les rizières et aggravant encore la famine au nord du territoire vietnamien4.

Liens externes

  • Images of the famine (in Vietnamese)
  • Famine fed farmers’ fight for freedom (recounting of story with a communist bent)

Notes et références

  1. ↑ a, b et c Jacques Valette, La Guerre d’Indochine, Armand Colin, 1994, page 23
  2. ↑ Jacques Valette, La Guerre d’Indochine, Armand Colin, 1994, page 24
  3. ↑ Jacques Dalloz, La Guerre d’Indochine, Seuil, 1987, pages 65-66
  4. ↑ Jacques Valette, La Guerre d’Indochine, Armand Colin, 1994, pages 23-24

 

 

 http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gif

Images rares de la grande famine au Tonkin 1944-45

 [ndlr] Le grand photographe vietnamien Vo An Ninh (1907-2009) a été le témoin direct de la grande famine qui a ravagé une partie du Tonkin l’hiver 1944-1945. Le site Giao Duc.net (Education.net) a mis en ligne le 11 juin 2012 dix neuf clichés rares de cet événement capital qui fit des centaines de milliers de morts (entre 400.000 et deux millions). Un bilan très lourd puisqu’il “représente 10% de la population des provinces touchées en l’espace de cinq mois”, selon Pierre Brocheux, qui souligne qu’il paraît incalculable.

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sources 

wikipedia 

 http://indomemoires.hypotheses.org/816  

http://giaoduc.net.vn/Ban-doc/Tan-mat-xem-19-buc-anh-ve-nan-doi-nam-1945-cua-co-nghe-si-Vo-An-Ninh/177089.gd?i=7  

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Chronologie de la Seconde Guerre mondiale 

 

 

26 mars 2013

Pays impliqués dans la Seconde Guerre mondiale

Classé sous — milguerres @ 21 h 26 min

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Pays impliqués dans la Seconde Guerre mondiale

Les pays impliqués dans la Seconde Guerre mondiale peuvent être classés en deux grandes catégories : les puissances de l’Axe et les puissances Alliées.

Puissances de l’Axe

Signataires du Traité tripartite

  • Le Reich allemand
  • Le Royaume d’Italie
  • L’Empire du Japon

Cosignataires du Traité tripartite

  • Le Royaume de Hongrie (Le 20 novembre 1940)
  • Le Royaume de Roumanie (Le 23 novembre 1940)
  • La République slovaque1 (Le 24 novembre 1940)
  • Le Royaume de Bulgarie (Le 1er mars 1941)

Non signataires, mais co-belligérants

  • Le Royaume de Thaïlande : traité d’alliance militaire avec l’Empire du Japon le 21 décembre 1941, déclaration de guerre contre les alliés (le 25 janvier 1942)
  • Le Royaume d’Irak
  • La Finlande

Pays annexés ou déjà en guerre avant le début de ce conflit

  • L’Autriche (annexée par l’Allemagne, lors de l’Anschluss, le 13 mars 1939)
  • L’Empire d’Éthiopie (partiellement occupée par l’Italie de 1936 à 1941)
  • Le Gouvernement national réorganisé de la République de Chine 2
  • L’Albanie, en guerre avec l’Italie depuis le 5 avril 1939 et transformé en protectorat italien.

Gouvernements collaborateurs créés après 1940

  • L’État français (ou régime de Vichy)3
  • L’État indépendant de Croatie
  • Le Gouvernement de salut national serbe4
  • Le Royaume du Monténégro
  • Le Gouvernement national norvégien

Puissances Alliées

Les Alliés

  • L’Union d’Afrique du Sud (Dominion du Commonwealth britannique)
  • L’Australie (Dominion du Commonwealth britannique)
  • La Belgique5
  • Le Brésil (à partir du novembre 1942)
  • Le Canada (Dominion du Commonwealth britannique)
  • La République de Chine
  • Le Danemark
  • Les États-Unis (à partir de décembre 1941)
  • La France6 et ses colonies7 jusqu’à l’armistice du 22 juin 1940.
  • Le Mexique (à partir de mai 1942)
  • La Norvège (le pays fut envahi par l’Allemagne en 1940, mais le gouvernement s’exila à Londres pour poursuivre la guerre.)
  • La Nouvelle-Zélande (Dominion du Commonwealth britannique)
  • Les Pays-Bas (le pays fut envahi par l’Allemagne en 1940, mais le gouvernement s’exila à Londres pour poursuivre la guerre et combattit les Japonais dans le Pacifique, depuis les Indes orientales néerlandaises envahies.)
  • La Pologne (le pays fut envahi par l’Allemagne en 1939, mais le gouvernement s’exila à Londres avec des soldats polonais pour poursuivre la guerre.)
  • Le Royaume-Uni et ses colonies (principalement les Indes, mais aussi le Kenya, la Birmanie, la Malaisie, le Soudan, le Nigeria, la Rhodésie, la Palestine, la Transjordanie, etc.)
  • L’Union soviétique (à partir de juin 1941)
  • Le Royaume de Yougoslavie (à partir du 27 mars 1941. Le pays fut envahi, mais une guerre de résistance s’ensuivit.)

Soutiens des alliés

  • L’Argentine
  • La Bolivie
  • Le Chili
  • La Colombie
  • Le Costa Rica
  • Cuba
  • La République dominicaine
  • L’Équateur
  • Le Royaume d’Égypte8
  • Le Salvador
  • Le Guatemala
  • Haïti
  • Le Honduras
  • Le Royaume d’Irak (après la guerre anglo-irakienne de 1941)
  • L’Islande
  • Le Liban
  • Le Liberia
  • Le Protectorat français du Maroc
  • La République populaire mongole
  • Le Nicaragua
  • Le Panama
  • Le Paraguay
  • Le Pérou
  • L’Arabie saoudite
  • La Turquie
  • L’Uruguay
  • Le Venezuela
  • Le Népal

Pays attaqués, occupés, ou ayant changé de camp, pendant la guerre

Bulgarie

Le Royaume de Bulgarie est signataire du pacte tripartite mais ne combat qu’en Yougoslavie et en Grèce dont il annexe des territoires en Macédoine et en Thrace (il s’agrandit aussi en Roumanie). Le pays n’est pas engagé sur le Front de l’Est. Envahi en septembre 1944 par l’Armée rouge, et obligé de changer de camp, il se retire de Grèce et de Yougoslavie, et combat les troupes allemandes présentes sur son territoire aux côtés de l’Armée rouge.

Roumanie

Le Royaume de Roumanie est neutre au début de la guerre, mais le roi Carol II réprime violemment le fascisme roumain et fait transiter par son territoire les forces polonaises, que la flotte roumaine amène à Alexandrie, en territoire britannique. Hitler le considère comme hostile et procède au dépeçage du pays (URSS, Hongrie et Bulgarie s’accroissent à ses dépens)9. Après le coup d’état pro-nazi qui renverse le roi et met au pouvoir les fascistes, la Roumanie est occupée en octobre 1940, devient une puissance de l’Axe et attaque l’URSS aux côtés de l’Allemagne en juin 1941. Pour les Allemands, la Roumanie était importante à cause de ses réserves en pétrole très importantes à l’époque. Deux divisions roumaines cependant combattent en URSS du côté allié.

Le 23 août 1944, la Roumanie connaît un coup d’État pro-allié dirigé par le fils de Carol II, jeune roi encore adolescent qui renverse les fascistes. Le pays déclare la guerre à l’Allemagne et combat les forces allemandes présentes sur son territoire : les troupes soviétiques y entrent sans rencontrer de résistance. Trois semaines plus tard, l’URSS accepte enfin l’armistice : durant ce laps de temps, elle continue à se considérer en pays ennemi et à déporter un grand nombre de prisonniers roumains vers la Sibérie. Par la suite, ce jour est considéré comme fête nationale pendant la période communiste. L’armée roumaine poursuit la guerre contre l’Allemagne jusqu’en Tchécoslovaquie.

Philippines

Envahies par le Japon en 1942 et occupées jusqu’à 1945, le Commonwealth des Philippines a été intégré officiellement à la Sphère de coprospérité de la grande Asie orientale, après la proclamation de la République des Nouvelles Philippines. Le président en titre José P. Laurel participa notamment en 1943 à la Conférence de la Grande Asie orientale tenue à Tokyo en novembre 1943.

En marge de cette occupation, la résistance à l’occupant fut menée par de nombreux groupes qui reçurent le soutien des Alliés dans leur lutte contre l’Empire du Japon.

Birmanie

Envahie par le Japon en janvier 1942, puis par la Thaïlande en mai, la Birmanie, alors colonie britannique fut dans les faits divisée en deux alors que les Britanniques et les Chinois étaient refoulés au nord et qu’au sud était instauré par le Japon l’État de Birmanie, un régime fantoche avec à sa tête le président Ba Maw. Ce dernier fut l’un des invités de la Conférence de la Grande Asie orientale de 1943.

Indes néerlandaises

Les Indes orientales néerlandaises ont été envahies et occupées par l’Empire du Japon à compter de mars 1942.

Irak

Soutien de l’Axe, le Royaume d’Irak est battu et occupé par les Alliés, qui renversent le gouvernement nationaliste et utilisent le pays comme base arrière à compter de 1941.

Indochine française

L’Indochine française (regroupant les actuels Viêt Nam, Cambodge et Laos) est envahie et partiellement occupée en 1940 par l’Empire du Japon, qui en prend totalement le contrôle en mars 1945.

Pays neutres

La plupart des pays ci-dessous ont proclamé leur neutralité avant d’être assaillis.

  • L’Albanie (occupée par l’Italie le 7 avril 1939, transformée en protectorat italien, puis occupée par l’Allemagne le 26 septembre 1943)
  • La Belgique (envahie par l’Allemagne le 10 mai 1940)
  • La Tchécoslovaquie1 (la Bohême et la Moravie occupées par l’Allemagne le 15 mars 1939 pour devenir le Protectorat de Bohême-Moravie, la Slovaquie devient un État indépendant allié avec l’Allemagne)
  • Le Danemark (occupé par l’Allemagne le 9 avril 1940, Groenland occupé par les États-Unis le 9 avril 1941)
  • L’Estonie, envahie et annexée par l’Union soviétique en juin 1940, envahie par l’Allemagne le 5 septembre 1941, à nouveau annexée par l’Union soviétique en 1944)
  • La Finlande (attaquée par l’Union soviétique le 30 novembre 1939, puis alliée militairement à l’Allemagne à partir de 1941, signataire enfin d’un traité de paix avec l’URSS à la fin1944)
  • Le Royaume de Grèce (envahie par l’Italie le 28 octobre 1940, occupée par les Allemands à partir du 6 avril 1941)
  • L’Islande (occupé par le Royaume-Uni le 10 mai 1940, par les États-Unis à partir de juillet 1941)
  • L’État impérial d’Iran (envahie par le Royaume-Uni et l’URSS le 25 août 1941)
  • La Lettonie envahie et annexée par l’Union soviétique en juin 1940, envahie par l’Allemagne le 25 juin 1941, à nouveau annexée par l’Union soviétique en 1944)
  • La Lituanie, envahie et annexée par l’Union soviétique en juin 1940, envahie par l’Allemagne le 22 juin 1941, à nouveau annexée par l’Union soviétique en 1944)
  • Le Luxembourg (envahi par l’Allemagne le 10 mai 1940)
  • Les Pays-Bas (envahies par l’Allemagne le 10 mai 1940)
  • Monaco (occupée en septembre 1943)
  • La Norvège (envahie par l’Allemagne le 9 avril 1940)
  • Saint-Marin, politiquement proche de l’Italie fasciste, demeure neutre durant le conflit. Son territoire est envahi par les troupes alliées en 1944.
  • La Syrie (sous autorité française, est envahie par les Alliés le 8 juin 1941)
  • Le Protectorat français de Tunisie (base de l’Axe pour attaquer l’Égypte. Plus tard occupé par des forces alliées)
  • Le Royaume de Yougoslavie10 (attaque de l’Axe du 6 avril 1941)

Pays demeurés nominalement neutres

  • L’Afghanistan
  • L’Espagne franquiste est officiellement non-belligérante, mais soutient l’Axe par l’envoi de la división Azul; le pays est ensuite neutre
  • L’Irlande (interdisant même officiellement au Royaume-Uni l’usage militaire de ses ports et aéroports)
  • Le Portugal (Le Portugal reste neutre, mais permet au Royaume-Uni et aux États-Unis d’utiliser ses bases aériennes des Açores, tout en maintenant des relations commerciales avec l’Allemagne. Quelques volontaires portugais participent à la división Azul. La colonie portugaise du Timor oriental est envahie par les deux camps – Alliés, puis Japonais – lors de la bataille de Timor)
  • La Suède (à l’exception de la guerre entre la Finlande et l’Union soviétique; voir Guerre d’Hiver)
  • La Suisse resta neutre mais défendit son espace aérien contre les avions allemands tout en permettant aux bombardiers américains, à partir de 1944, d’utiliser l’espace aérien de la Suisse pour aller bombarder l’Europe occupée.
  • L’Andorre
  • Le Liechtenstein (donna refuge à des soldats allemands d’origine russe en 1945 face à l’avancée des Soviétiques)
  • Le Tibet (pays indépendant à l’époque)
  • Le Vatican

Aucun autre conflit n’a jamais laissé aussi peu de pays neutres.

Notes et références

  1. ↑ a et b La Slovaquie est déclarée indépendante de la Tchécoslovaquie le 14 mars 1939. Sous l’égide de Mgr. Jozef Tiso, l’influence nazie et la présence de la Wehrmacht y étaient considérables jusqu’en septembre 1944. Le reste de la Tchécoslovaquie, des provinces Bohême et Moravie, ont été occupés par l’Allemagne le 15 mars 1939, et ont été proclamés protectorats allemands.
  2. ↑ Envahie par l’Empire du Japon depuis 1937, la Chine voit sa partie orientale placée sous contrôle nippon. Un régime fantoche, celui de Nankin, est créé pour donner une apparence d’indépendance à ce territoire, mais dans les faits il n’a aucune autonomie.
  3. ↑ En France le gouvernement provisoire dirigé par le maréchal Pétain signe un armistice le 22 juin 1940. Ce gouvernement s’installe à Vichy et y instaure un nouveau régime, l’État français, qui se subordonnera étroitement à l’occupant Allemand jusqu’à la libération, et même au-delà (Commission gouvernementale de Sigmaringen).
  4. ↑ Le pays fut envahi, mais une guerre de résistance s’ensuivit.
  5. ↑ La Belgique est envahie en 1940 par les Allemands mais quelques hommes politiques s’exilent à Paris puis exil à Londres pour poursuivre la guerre. Les forces belges, devenues les Forces belges libres, continueront également le combat contre l’Italie en Afrique depuis le Congo, colonie belge.
  6. ↑ Quelques forces françaises ont continué à combattre en s’exilant (Forces françaises libres)dans les colonies pour recréer une armée et une autorité, tandis que d’autres éléments, restés clandestinement sur le sol français, y ont constitué, en liaison avec les premiers, les premiers réseaux de la résistance intérieure. Le général de Gaulle est celui qui organisa et dirigea les Forces françaises libres et qui dirigea le gouvernement en exil de la France libre.
  7. ↑ Les colonies françaises sauf celles ralliées à la France libre, sont restées contrôlées par le gouvernement de Vichy, jusqu’à l’intervention des alliés (opération Torch).
  8. ↑ L’Égypte était techniquement neutre, mais Le Caire est bientôt devenu une base militaire importante des forces britanniques. En raison d’un traité de 1936 par lequel le Royaume-Uni avait le droit de poster des troupes sur le sol égyptien, afin de protéger le canal de Suez. L’Égypte a donc servi de base à la 8e armée britannique qui a tenu le front libyen jusqu’au refoulement complet des forces de l’Axe.
  9. ↑ Grigore Gafencu, Préliminaires de la guerre à l’est : de l’accord de Moscou (21.08.1939) aux hostilités de Russie (22.06.1941). Egloff, Fribourg/Suisse 1944
  10. ↑ Le Royaume de Yougoslavie a commencé la guerre comme neutre, mais son régent a signé le Traité tripartite le 25 mars 1941. À son retour le 27 mars un coup d’État anti-nazi l’attendait, ce qui entraina l’intervention allemande du 6 avril 1941. La Yougoslavie a été dépecée par les Germano-Italiens et le régime oustachi croate, mais la résistance des Tchetniks serbes de Draža Mihailović et des Partisans communistes de Tito a été si forte qu’elle a réussi à immobiliser une vingtaine de divisions allemandes jusqu’à la fin du conflit.

24 mars 2013

Arado AR 234:

Classé sous — milguerres @ 14 h 55 min

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Les avions de guerre

Arado AR 234: un bombardier à réaction en 1945.

 

 

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L’Arado Ar.234 représentait l’un des derniers espoirs de la Luftwaffe, essentiellement en matière de reconnaissance aérienne, tâche pour laquelle il fut conçu et où il excella.

 

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Un Arado « Blitz » décolle en utilisant son chariot tricycle. Ce système sera abandonné au profit d’un train rétractable classique.

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Avec une vitesse de 740 km/h en palier, le « Blitz » était en mesure d’échapper à n’importe quel poursuivant éventuel, emportant sa moisson de photographies

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L’arrière du modèle Ar.234-B1 fut doté de deux canons de 20mm destinés à se défendre contre d’éventuels (et très improbables) poursuivants.
La surveillance de l’arrière et la visée s’effectuaient à l’aide d’un périscope installé sur la verrière.

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La transformation du Ar.234 en bombardier ayant amené un surcroît de poids, il n’aurait pas pu décoller par vent trop faible. On l’équipa donc de fusées d’appoint largables (visibles sous les ailes) destinées à donner une poussée importante au décollage. Cette technique RATO (Rocket Assisted Take-Off, décollage assisté par fusées) sera encore en vigueur en 2000 pour les Mirage IV stratégiques.

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L’un des projets les plus originaux concernant cet appareil fut celui de lui adjoindre un appareil parasite, le E.381 « Julia ». L’intercepteur monoplace dans lequel le pilote était couché à plat ventre aurait été amené à proximité des bombardiers alliés et largué à proximité. Sa mission terminée, il aurait regagné le sol en planant. (maquette Revell)

 

Le 20 juillet 1944, un biréacteur Arado Ar 234 « Blitz » (éclair) effectuait sa première mission de reconnaissance dans le ciel de Normandie. Il réussit à collecter en une demi-heure davantage de renseignements que toutes les unités d’observation de la Luftwaffe n’en avaient réuni dans les deux mois précédents.

Le projet de l’Ar.234 « Blitz » commença dans les bureaux de la société Arado au printemps 1941, à une époque où l’on savait que les réacteurs Jumo 004 seraient bientôt opérationnels.

Il s’agissait d’un biréacteur à aile haute, à l’aérodynamique particulièrement soignée. En raison de l’étroitesse du fuselage et pour gagner tant du poids que de l’espace à bord pour y loger des réservoirs accroissant le rayon d’action, on décida dans un premier temps de se passer de train d’atterrissage, selon une pratique fréquente chez les avionneurs allemands de l’époque.

Les premiers modèles décollaient à partir d’un chariot qui, largué juste après le décollage, redescendait au bout d’un parachute. L’atterrissage s’effectuait sur des patins.

Comme pour le Me.262, il fallut attendre que les réacteurs soient au point et l’Ar.234 fit son premier vol le 30 juin 1943. Tout se passa fort bien, si ce n’est que le parachute du chariot ne s’ouvrit pas.

Conçu comme appareil de reconnaissance, il excella dans cette mission en échappant aux services de renseignements alliés pendant la campagne de France, se glissant derrière les lignes pour ses prises de vues.

 

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Une version « Nachtjäger » de chasse nocturne fut développée, utilisant un radar embarqué

 

Devant les évidentes qualités de ce biréacteur monoplace, on s’ingénia à en extrapoler de nombreuses versions. On chercha en particulier à en faire un bombardier rapide, les bombes étant fixées sous les ailes en raison de l’exiguïté du fuselage, lequel contenait par ailleurs des réservoirs de carburant.

Dans les derniers temps du conflit, une version fut équipée de quatre turboréacteurs. Ainsi donc, l’Ar.234 ne se contenta pas d’être le premier bombardier à réaction: il fut également le premier quadriréacteur.

 

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source : http://aerostories.free.fr/reaction/page10.html
___________________________________________________________

Arado 234, juillet – août 1944: des missions pas ordinaires

par Philippe Bauduin
Téléchargement article sous pdf : 

http://aerostories2.free.fr/acrobat/events/aradojuvin.pdf
ar234-10
Les premiers Ar 234 de reconnaissance n’étaient pas encore équipés d’un train d’atterrissage. L’envol s’effectuait à partir d’un chariot tricycle largué au décollage et freiné ensuite par parachute. L’appareils devait, à son retour se poser sur une piste en herbe en glissant sur des patins rétractables. Il était à son tour freiné par un parachute.
Il est probable que cette photo ait été prise à Juvincourt.
Document Deutsche Bundesarchiv Koblenzarrom10

2 Août 1944, 16h32. Erich Sommer, depuis son Ar 234, photographie le port artificiel d’Arromanches depuis une altitude de 11 000 mètres. Cette photographie, vraisemblablement transmise au haut état-major allemand par bélinographe, révèle le présence des pontons flottants et de plus de trois cents navires.
Document Erich Sommer / US National Archives

Voir fiche interprétation :

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Le 28 septembre 1944, Juvincourt est un terrain militaire allié. Erich Sommer survole à bord de son Ar 234 la base qui fut celle dont il partit au-dessus de la Normandie. Désormais, au sol, ce sont 165 Thunderbolt et un Lancaster. Un camp de toile est installé. Ce fragment laisse apparaître, cerclés de pointillé, les abris où étaient stationnés les Arado deux mois plus tôt.
Document Erich Sommer/US National Archives

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La cabine pressurisée d’un Ju 86R. La petite manivelle sert au réglage du système de visée de précision.
Collection privée Erich Somme


Avant-propos

L’été 1944, un jeune Normand de quatorze ans regarde avec curiosité passer dans le ciel un bien étrange appareil. Plus tard, il sera interprétateur de photographies aériennes pour l’escadron 2/33 (celui de Saint-Exupéry). Ceci explique sans doute pourquoi Philippe Bauduin a dépensé tant d’énergie pour partir à la recherche des photos disparues prises par l’Arado 234 de la Luftwaffe, l’un des premiers appareils à réaction réellement opérationnels, au-dessus du théâtre d’opérations de la Normandie de l’été 44. La publication d’un ouvrage écrit en collaboration avec Eric Charon n’a pas été pour lui la fin de cette aventure, bien au contraire. De nouveaux éléments lui ont été communiqués, et en particulier il a pu retrouver et rencontrer les pilotes de ces missions pas ordinaires effectuées à bord d’un appareil tout aussi exceptionnel.

La mission

Le 2 août 1944, la météo est clémente et l’ordre est donné d’effectuer une première reconnaissance. Une météo qui doit être parfaite au-dessus des objectifs, en l’occurrence le port d’Arromanches et les aérodromes. La qualité des photos en dépend. Sommer grimpe dans son appareil par la verrière avant droit. L’avion a été hissé sur son chariot de décollage. Les techniciens vérifient les ultimes détails. Autour de l’Arado, on referme les dernières trappes. Auparavant hissé par un tracteur sur le Rollstrasse (piste d’accès aux pistes d’envol, « taxiway ») de son hangar souterrain, il est dirigé vers la piste d’envol en béton. De leur côté, les chasseurs à hélice Bf 109 et Focke-Wulf 190 du IV/JG 27 et du I/JG Il font chauffer leur moteur. Ils ont pour rôle d’accompagner au départ et à l’arrivée l’Arado. Ce sont les deux moments où cet appareil peut être abattu par un chasseur allié. Dans son cockpit, une fois arrivé à son point de départ, en bout de piste, Sommer, toujours aidé des derniers techniciens, démarre les réacteurs à l’aide d’un moteur auxiliaire « Riedel » chargé, lui, de lancer les pales des réacteurs.

Des hommes, munis de lances d’incendie, sont prêts à intervenir en cas de problème. Sommer a peu de place dans ce biréacteur pour se mouvoir. Sur sa gauche, les deux manettes à manipuler avec une « main d’ange » qui servent au contrôle des moteurs qu’il laisse monter en régime. Il vérifie une dernière fois ses volets, son gouvernail et sa commande de profondeur. Un bref coup d’œil à l’extérieur lui indique que tout est OK. La radio une fois branchée, il suit les instructions de la tour de contrôle. Paré pour le décollage, doucement l’avion s’ébranle dans un curieux sifflement. Les habitants de Juvincourt, plutôt habitués aux bruits des hélices, regardent de loin l’appareil qui s’élance en direction de l’ouest. Une brève secousse, le chariot s’est décroché et tombe, ralenti par le parachute. Par sécurité, en cas de décollage raté, les trois patins d’atterrissage sont restés sortis. Le temps de les remonter et Sommer aperçoit les chasseurs allemands qui l’encadrent. Tout en vérifiant les multiples instruments de contrôles, il prend de l’altitude pour arriver enfin à douze mille mètres, là où il sera invulnérable, là où ni la Flak (FLugAbwehrKanonen, D.C.A.), ni aucun chasseur, sauf quelques appareils réservés à la surveillance de l’Angleterre, comme les Spitfire stratosphériques, ne peut monter. A huit cents – neuf cents kilomètres/heure, il faut peu de temps pour se rendre au-dessus de la Normandie. Avant d’être sur son objectif, le pilote prépare ses appareils photo (caméras RB 50/30). Devant lui, un périscope lui permet dans ce cas précis essentiellement de surveiller les traînées de condensation. Trop importantes, elles ne manqueraient pas d’attirer vers lui l’attention des servants de DCA. Sommer regarde sa carte et commence ses prises de vues. En bas, c’est la guerre ou presque puisque la zone d’Arromanches n’est plus qu’une base logistique, mais essentielle. Méticuleusement, il photographie tout en trois passes: aérodromes où sont basés les fameux avions « Typhoon » tueurs de chars, transports de troupes, bateaux et même les quelques vergers qui ont résisté à l’assaut du mois de juin. Il est temps de rejoindre la base. Un virage très long, pour ne pas fatiguer la structure de l’avion soumise à de fortes contraintes à cette altitude, et c’est le retour vers l’est, vers Juvincourt.

Tout s’est déroulé sans difficulté. Au-dessus de Soissons, l’Arado, qui a commencé à perdre de l’altitude, rejoint les chasseurs venus le protéger. Juvincourt est en vue. Sommer abaisse le long patin d’atterrissage central et les autres, sous les réacteurs. Il réduit sa vitesse, sort ses volets. Il est parti depuis une heure et demie. Doucement, sans doute en contact radio avec l’opérateur chargé de le guider vers la piste en herbe, il descend régulièrement : deux cents, cent, cinquante mètres puis vingt, dix, il coupe les réacteurs. Grâce à un film des archives de la Luftwaffe, on se rend compte que le choc est énorme, l’appareil glisse vite. 
Le pilote sort son parachute de freinage, puis la longue course sur l’herbe verte prend fin. Les trois patins ont tenu! Des hommes accourent vers lui. Dans sa cabine, l’officier-pilote Sommer dégrafe son masque à oxygène, respire un bon coup tout en restant assis sur son siège. Il voit ses camarades lui sourire à travers la verrière. Aidé d’un des techniciens affectés à l’Arado, il enlève les courroies qui l’ont maintenu solidement attaché pendant tout le vol. 
A l’extérieur de l’avion, le soleil l’éblouit un instant. Quelques personnes se pressent pour lui serrer la main. Après tout, il s’agit du premier vol au monde de reconnaissance aérienne en avion à réaction.

Extrait de « Normandie 44, les photos de l’avion espion »
© Maison d’édition Maît’ Jacques.1997. http://aerostories.free.fr/events/juvin/retour page d’Accueil

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Les avions de guerre

23 mars 2013

Mitsubishi Zero-Yasukuni

Classé sous — milguerres @ 22 h 52 min

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Les avions de guerre

 

 

Mitsubishi A6M

Mitsubishi Zero-Yasukuni.

 Mitsubishi Zero-Yasukuni dyn00310

Constructeur : Japon .
Rôle Avion de chasse
Premier vol 1er avril 1939
Nombre construit 10 425
Équipage 1 pilote
Motorisation Moteur Nakajima Sakae 12
Nombre 1 Type Moteur en étoile
Puissance unitaire 925 ch
Dimensions Envergure 11 m Longueur 9,12 m Hauteur 3,51 m Surface alaire 22,44 m²
Masses À vide 1 680 kg Maximale 2 500 kg
Performances Vitesse maximale 561 km/h (Mach 0,45)
Plafond 10 000 m
Vitesse ascensionnelle 1 377 m/min
Rayon d’action 1 680 km
Armement Interne 2 canons type 99 de 20 mm et 2 mitrailleuses type 97 de 7,7 mm Externe 2 bombes de 30 ou 60 kg

Le Mitsubishi A6M était un chasseur bombardier embarqué léger utilisé par la Marine impériale japonaise de 1940 à 1945. Alors que le nom de code officiel utilisé du côté allié pour cet avion était Zeke, il était mieux connu sous le nom de Zero à cause de sa désignation dans la Marine impériale japonaise, chasseur embarqué de type 0, c’est-à-dire Rei shiki Kanjo sentoki (零式艦上戦闘機), officiellement abrégé en Rei-sen du côté japonais. L’abréviation la plus populaire parmi les pilotes japonais de l’époque (comme parmi le public japonais actuel) reste tout de même celle de Zero-sen, car les mots anglais zero et français « zéro » furent introduits au Japon dès la fin du XIXe siècle par les ingénieurs anglais et français que le Japon se plaisait à recevoir en vue de se constituer une industrie et une armée modernes. L’appareil était donc populairement connu comme Zero parmi les Alliés et comme Zero-sen parmi les Japonais.

Conception .
Conçu à partir de 1937 sous le règne de l’empereur Shōwa par l’équipe de l’ingénieur en chef de Mitsubishi, Jiro Horikoshi, déjà conceptrice du premier chasseur embarqué monoplan japonais, le Mitsubishi A5M Claude, l’un des deux premiers prototypes du Mitsubishi A6M vola dès le 1er avril 1939. Doté d’une excellente manœuvrabilité et d’un très long rayon d’action, grâce à son aérodynamique, à la structure de sa voilure, et sa conception sacrifiant toute forme de protection pour en diminuer le poids, il surpassa ses premiers concurrents américains, mais ses forces étant aussi ses faiblesses, sa construction légère et son manque de puissance le condamnèrent face aux chasseurs américains de seconde génération apparaissant à partir de la bataille de Guadalcanal, tels le Republic P-47 Thunderbolt, le Grumman F6F Hellcat, le Chance Vought F4U Corsair et le Lockheed P-38 Ligthning plus fiables, plus rapides, plus robustes, bénéficiant d’un carburant de meilleure qualité, plus riche en octane et surtout d’une méthode de formation plus efficace pour former de nombreux nouveaux pilotes.

Cette supériorité initiale du Zéro, vers la fin de 1941, face aux modestes aéronefs américains de l’époque pesa lourd dans la balance lors du choix des Japonais de lancer l’offensive contre Pearl Harbor.

Systèmes de désignation du Mitsubishi A6M
Le code de désignation du projet

Ce système de désignation, utilisé par l’Armée impériale comme par la Marine et établi dès 1931, était utilisé pour les avions qui étaient en phase de projet, ceux qui n’étaient encore que couchés sur les papiers d’un bureau d’études. Pour chaque type d’appareil (chasseur embarqué, chasseur terrestre, torpilleur embarqué, hydravion de reconnaissance etc) on attribuait un nombre, connu comme le nombre Shi, nombre correspondant à l’année de règne de l’Empereur Hiro-Hito (nom posthume Shōwa), année où le projet avait été lancé. Le projet du sixième chasseur embarqué japonais (le Mistubishi A6M) fut lancé dans la douzième année du règne de l’Empereur Shōwa et son nom de projet fut donc chasseur embarqué 12 Shi.
Le code de désignation du type d’appareil .

Ce système de désignation, utilisé par l’Armée impériale comme par la Marine et établi dès 1927, attribuait un nombre à deux chiffres aux avions produits en série et mis en service, une fois que le projet était approuvé par les intéressés, la Marine ou l’Armée. Ce nombre à deux chiffres était basé sur les deux derniers chiffres de l’année du calendrier impérial où l’appareil était mis en service. Pour un avion entré en service en 2598 du calendrier impérial japonais (1938 dans le calendrier grégorien) le type d’appareil était donc le Type 98. Dans le cas du Mitsubishi A6M l’année de mise en service fut 1940, c’est-à-dire l’année 2600 du calendrier impérial japonais. En ignorant le double zéro les appareils de cette année furent simplement appelés de type 0 et le Mitsubishi reçut ainsi le nom de Chasseur embarqué de type 0. C’est suite à ce système de désignation que le Zéro reçut son nom le plus populaire, autant parmi ses pilotes que parmi ses adversaires.

Le code de désignation de la Marine .

Quand un nouvel appareil lui était livré et mis en service dans ses rangs la Marine impériale lui donnait son propre code de désignation. Il était constitué d’une suite de quatre caractères : une lettre correspondant à un type d’appareil (« A » dans le cas d’un chasseur embarqué), un chiffre correspondant au nombre d’appareils mis en service jusqu’à la date (le sixième chasseur embarqué dans le cas du Mitsubishi A6M), la première lettre du nom de l’avionneur (le « M » de Mitsubishi dans le cas du Mitsubishi A6M). Et finalement à nouveau un chiffre, celui qui correspondait aux versions dérivées du même modèle (dans le cas du Mitsubishi A6M : A6M1, A6M2, A6M3, A6M4, A6M5, A6M6, A6M7, A6M8). Les versions A6M1, A6M4, A6M6 et A6M8 ne furent jamais fabriquées en série, elles restèrent à l’état de prototypes. Comme la première lettre de ce code correspondait au type d’appareil, si une extrapolation se faisait vers un autre type d’appareil la première lettre était conservée et celle correspondant au nouveau type d’appareil était ajoutée à la fin du code. Par exemple le A6M2 fut extrapolé en avion d’entraînement biplace mais aussi en hydravion de chasse. La version d’entraînement reçut le nom de code A6M2-K (« K » pour avion d’entraînement) et la version extrapolée en hydravion de chasse reçut le nom de code A6M2-N (« N » pour hydravion de chasse).

Le code d’identification allié .

En cours de l’année 1942, et pour que les avions japonais pussent être identifiés par leurs pilotes, les alliés (notamment les Américains) mirent en place un code d’identification qui d’une manière générale attribuait des prénoms de garçon aux avions de chasse et des prénoms de fille aux avions de bombardement. Les chasseurs terrestres Kawanishi N1K1-J et N1K2-J furent ainsi connus par les pilotes américains comme le « George », le bombardier bimoteur Mitsubishi G4M était le « Betty », etc. Le Mitsubishi A6M étant un appareil de chasse il fallut lui choisir un prénom de garçon. Ce fut celui de « Zeke » (prononcé Zik). « Zeke » est une abréviation, en anglais, du prénom Ezekiel (« Ézéchiel » en français). L’origine de ce nom de code est incertaine, mais il est possible que le choix de « Zeke » comme nom de code pour le Mitsubishi A6M se doive à celui d’un personnage de dessin animé des studios Walt Disney. En 1933, Walt Disney gagnait son deuxième Oscar pour un court-métrage animé : The three little pigs (« Les Trois Petits Cochons »). Dans ce dessin animé le Grand Méchant Loup (Big Bad Wolf, seul nom officiel du personnage en 1933) tentait par tous les moyens de dévorer les trois petits cochons, mais sans jamais y parvenir. Le film eut un tel succès que le public demandait sans arrêt de nouvelles aventures pour le loup et les cochons. Disney sortit donc au long des années trente jusqu’à trois autres court-métrages, mais aussi une série de bandes dessinées qui commença en 1936 et dans laquelle on donna un prénom et un nom de famille au « Grand Mechant Loup » : Zeke Midas. Quand les pilotes américains entrèrent pour la première fois en contact avec le zéro (en 1941 et tout au long de 1942), ils se faisaient systématiquement abattre, ce nouvel adversaire des airs semblait invincible. Pendant la première année de la guerre la seule vision d’un zéro japonais dans le ciel pouvait plonger les pilotes américains dans la panique, c’est pourquoi ils surnommèrent cet avion Big Bad wolf (« le grand méchant loup »), car ils avaient été enfants quand en 1933 le court-métrage de Disney avait été projeté dans le cinéma du quartier et le souvenir de ce dessin animé était encore très vif dans leur esprit. Suite au surnom déjà donné au chasseur zéro par les pilotes américains (« le grand méchant loup ») et compte tenu que les jeunes soldats, marins et pilotes américains étaient de férus lecteurs de bandes dessinées, le nom de code « Zeke » aurait semblé tout approprié pour le chasseur embarqué japonais A6M aux yeux du bureau américain chargé d’attribuer ces noms de code. Cependant, en l’état, nous n’avons pas de preuves que le personnage de Walt Disney soit réellement à l’origine de ce nom de code.

Deux versions de Zero-sen furent pourtant suffisamment différentes de la forme générale de l’avion pour que les Américains les prissent pour de nouveaux modèles d’avion japonais, en leur donnant leur propre nom de code. La version d’hydravion de chasse (A6M2-N) fut baptisée Rufe et le A6M3-32 (dont les saumons d’ailes étaient droits et non pas arrondis, ce qui fut à l’origine de la confusion) fut appelé Hamp. Il y eut deux variantes de la version A6M3, la 32 (3e type de cellule, 2ème type de moteur) et la 22 (retour au 2e type de cellule, 2e type de moteur). Pour ce qui est de sa cellule le A6M3-22 n’était pas essentiellement différent d’un A6M2-21 (2e type de cellule) et il fut toujours identifié par les alliés comme étant un « Zeke ». Mais il arriva que le modèle précédent, le A6M3-32, avait les saumons d’aile droits et raccourcis (« à ailes coupées », 3e type de cellule) et les Américains le prirent pour un nouveau type d’avion japonais auquel ils considérèrent qu’il fallait attribuer un nouveau nom de code. Le service qui attribuait ces noms de code avait d’abord baptisé ce prétendu nouvel appareil japonais « Hap » en honneur du commandant en chef de l’USAAF, le général Henry Harley Arnold. Arnold avait plusieurs surnoms mais « Hap » lui était resté depuis son enfance. Une de ses tantes avait d’abord eu l’habitude de l’appeler « happy » (« content ») mais son surnom devint vite tout simplement « Hap ». Le général n’apprécia pas ce nom de code pour un appareil ennemi puisque les pilotes américains pouvaient désormais faire des blagues du genre « je viens de descendre un Hap » en faisant en réalité référence à leur commandant en chef. Il demanda à que le nom de code de ce prétendu nouvel avion japonais fût changé. On rajouta alors un « m » au milieu du mot et le A6M3-32 devint le « Hamp », ce qui en anglais ne veut rien dire. Ce n’est qu’ensuite que les Américains réalisèrent qu’il s’agissait en réalité d’un « Zeke », mais le nom de code « Hamp » pour le A6M3-32 lui était déjà resté et persista dans le jargon des pilotes alliés.

Variantes et sous-variantes .

Dans le système de désignation de la Marine impériale et dans le système de désignation du type d’appareil, exposés précédemment, les variantes de chaque version étaient exprimées selon deux chiffres. Le premier correspondaient au type de cellule, le deuxième au type de moteur. La première version du Mitsubishi A6M à entrer en service (A6M2) fut donc le « chasseur embarqué de type zéro modèle 11 » selon le système de désignation de type d’appareil et le « A6M2-11 » selon le système de désignation de la Marine. Le premier « 1 » correspondaient au premier type de cellule et le deuxième « 1 » correspondait au premier type de moteur à équiper la production en série. Lorsqu’en 1941 les ailes de l’avion furent modifiées pour pouvoir se replier et occuper ainsi moins d’espace dans les hangars des porte-avions, la cellule avait changé et l’appareil reçut la désignation « chasseur embarqué de type zéro modèle 21 » dans le système de désignation de type d’appareil et « A6M2-21 » dans le système de désignation de la Marine. Ceci valait pour les variantes, lorsqu’une sous-variante dérivait d’une variante la Marine ajoutait un caractère kana, dans un ordre qui équivaut plus ou moins à l’ordre alphabétique de l’alphabet latin. C’est pourquoi les A6M5-52, A6M5-52 Ko, A6M5-52 Otsu et A6M5-52 Hei sont connus parmi les Occidentaux respectivement comme des A6M5, A6M5a, A6M5b et A6M5c. Parfois les Occidentaux ont aussi utilisé les lettres de l’alphabet latin pour désigner les variantes elles-mêmes et pas seulement les sous-variantes. Par exemple les A6M2-11 et A6M2-21 sont parfois cités comme des A6M2a et A6M2b respectivement. Exemple de lecture de la nomenclature d’un chasseur Mitsubishi A6M5-52 Otsu : sous-variante Otsu de la variante 52 (deuxième type de moteur, cinquième type de cellule) de la cinquième version, fabriquée par Mitsubishi, du sixième chasseur embarqué de la Marine impériale japonaise.

Productions et différentes versions de l’appareil .

Un total de 10 425 appareils construits a été comptabilisé : 3 880 par Mitsubishi et 6 545 par la compagnie Nakajima[1].
A6M1 .

Au mois d’avril 1938, les bureaux d’études de l’Arsenal aéronaval de Yokosuka approuvent le projet de chasseur embarqué 12 Shi et la construction de deux prototypes est attribuée à l’avionneur Mitsubishi. Commence alors, dans le courant de l’été 1938 la construction des deux prototypes, dénommés A6M1/12 Shi. Ils furent dotés chacun d’un moteur Mitsubishi Zuisei 13 de 780 ch. entraînant une hélice bipale à pas variable, mais le moteur ne donna pas entière satisfaction et cette version, la première de l’appareil, ne fut jamais fabriquée en série. La Marine suggéra alors de monter sur deux nouveaux prototypes le tout nouveau moteur Nakajima Sakae 12 (NK1C) de 940 ch. Ce moteur était l’équivalent du ha.25 de l’Armée et porta également l’appellation de Type 99/950 ch. L’arrivée du nouveau moteur satisfit de loin les conditions du cahier des charges initial et le modèle A6M2 était mûr pour la fabrication en série.

Production : 4 prototypes
A6M2 modèle 11 .

Les 15 premiers exemplaires de pré-série furent envoyés en Chine en juillet 1940 pour évaluation en conditions réelles. Alors que l’appareil avait été conçu pour être embarqué ce premier modèle n’allait être que basé sur le continent, c’est pourquoi il fut fabriqué sans sa crosse d’arrêt. Le résultat ne se fit pas attendre, et les A6M2 balayèrent du ciel tout ce qui leur était opposé, au point que les Chinois évitaient soigneusement de se battre contre les Zéros avec leurs I-15 et I-16. Les Occidentaux qui avaient pourtant la possibilité de s’intéresser au Zéro continuèrent à croire à l’indigence de l’aéronautique nippone. Ils allaient le regretter.

Production : 64
A6M2 modèle 21 .
A6M2 modèle 21 sur le porte-avions Akagi, 1941

Les marins avaient des problèmes avec les saumons des modèles 11 dans les porte-avions. La première évolution du Zéro consista donc à modifier l’aile pour que les saumons soient repliables. Ce sera l’A6M2 modèle 21 (comprendre 2e type de cellule, 1er type de moteur). Quelques détails évolueront sur le modèle 21 tels que l’apparition d’un contrepoids d’aileron pour soulager l’effort à haute vitesse, un problème récurrent sur le Zéro qui ne sera jamais vraiment corrigé. Ce modèle, et la plupart des modèles suivants, fut fabriqué avec sa crosse d’arrêt. Située sous l’empennage, elle était destinée à immobiliser l’appareil en accrochant un brin d’arrêt lors des appontages sur les porte-avions.

Production : 740
A6M2-K .

Première version d’entraînement, biplace. La cellule fut modifiée pour que l’habitacle et la verrière pussent héberger un instructeur et un apprenti pilote. La motorisation resta la même que celle des autres versions de A6M, dans l’armement les canons d’aile de 20 mm furent retirés et seulement les deux mitrailleuses de capot de 7,7 mm furent conservées. Des bombes de 60Kg pouvaient être portées sous les ailes lors des entraînements, mais au moment où ces appareils furent utilisés comme Kamikazes, en 1945, les bombes de 60 kg furent remplacées par une bombe ventrale de 250 kg. La production fut répartie entre 236 exemplaires fabriqués par Dai-Nijuichi Kaigun Kokusho à Omura (Sasebo) entre novembre 1943 et août 1945 et 272 exemplaires fabriqués par Hitachi Kokuki K. K. entre mai 1944 et août 1945.

Production : 508[2].
A6M2-N .
Nakajima A6M2-N

Extrapolation en hydravion de chasse. Un flotteur contenant un réservoir supplémentaire de carburant fut ajouté sous le fuselage et chaque aile en portait un autre, de taille plus réduite, sous son intrados. Le Rufe, nom de code que lui donnèrent les Alliés, avait le même armement et emport de munitions que les variantes des versions A6M2, A6M3, A6M5 et A6M5a : deux mitrailleuses de 7,7 mm sur le capot et deux canons de 20 mm, un dans chaque aile.

Production : 327 exemplaires
A6M3 modèle 32 .
L’épave d’un Mitsubishi A6M3 Zéro abandonné à l’aérodrome de Munda, au centre des Salomon, 1943

L’A6M3 modèle 32 fut introduit au printemps 1942 pendant la bataille des îles Salomon (Guadalcanal). Modification importante : le moteur Nakajima Sakae 12 de 940 ch fut remplacé par un NK1F Sakae 21 ou Ha-35-21 équipé d’un compresseur à 2 vitesses délivrant 1 130 ch au décollage. L’implantation de cette nouvelle mécanique plus longue nécessita le déplacement de la cloison pare-feu de 20 cm (8 pouces) au détriment de la capacité en carburant. Le capotage moteur changea de forme et la prise d’air du compresseur fut disposée en haut au lieu du « tunnel » en bas. Les canons disposaient de 100 obus chacun au lieu des 60 initiaux. Mais le changement le plus visible est la disparition des saumons d’ailes repliables pour améliorer le taux de roulis mais aussi la production. Les américains crurent avoir affaire à un nouvel avion qu’ils baptisèrent Hamp au lieu de Zeke, mais ils réalisèrent rapidement leur erreur. La vitesse maximum passa de 288 kt à seulement 294 kt

Production : au moins 343
A6M3 modèle 22 .
A6M3 modèle 22 au-dessus des îles Salomon, 1943

Pour essayer de retrouver une autonomie comparable au modèle 21 suite à l’augmentation de la consommation du Sakae 21 et de la diminution du volume du réservoir, les ingénieurs de Mitsubishi installèrent 2 nouveaux réservoirs de 45l dans chaque aile. Pour maintenir la charge alaire équivalente au type 32, les saumons repliables furent restaurés. D’où le type 2-2 (cellule 2, moteur 2). Il est donc normal que l’A6M3 modèle 22 apparaisse après le modèle 32 ! Quelques modèles 22a reçurent le canon 20 mm type 99 modèle 2 mk 3 à long tube des futures versions. Quelques modèles expérimentaux basés à Rabaul utilisèrent des canons de 30 mm (cette information n’est toutes fois pas avérée).

Production : 560
A6M4 .

Il n’y eut pas de série 4, l’A6M4 utilisait un turbocompresseur qui ne fut jamais mis au point. Les Japonais eurent beaucoup de déboires avec les turbocompresseurs durant toute la guerre. De plus, il semblerait que le chiffre 4 homophone du kanji Shi signifiant « mort », ait une symbolique proche de notre 13.

Certaines sources le citent comme étant la série de prototype ou les premiers exemplaires du modèle 52 basés sur la cellule du modèle 22a pendant la phase de transition.
A6M5 modèle 52 .

N’arrivant toujours pas à mettre au point l’A7M Reppu (et surtout peinant à prendre des décisions), la Marine demanda un appareil amélioré pour faire une jonction qui n’eut jamais lieu. En août 1943, un modèle 22a fut modifié en augmentant l’épaisseur du revêtement des ailes et des saumons de taille réduite furent installés de manière fixe. De plus, le moteur reçut des pipes d’échappement séparées propulsives. Bien que plus lourd de 70 kg, le nouveau modèle 52 était plus rapide de 11kt en palier par rapport au modèle 32, mais surtout sa vitesse maximale en piqué fut augmentée à 660 km/h. Mais ces améliorations ne suffirent pas et les Zéro 52 furent massacrés par les Hellcat.

En mars 1944, le modèle 52a apparut en première ligne. L’épaisseur encore augmentée du revêtement permit une vitesse en piqué de 740 km/h (le Corsair piquait à 790 km/h). Les canons mk4 reçurent 125 obus chacun (au lieu de 100) par substitution des tambours par des bandes.

Le modèle 52b vit une réelle amélioration de la capacité à encaisser les coups et à en rendre. Un pare-brise blindé de 50 mm ainsi que des extincteurs de réservoirs furent installés. Et une mitrailleuse de capot Type 3 de 13,2 mm remplaça une de celles de 7,7 mm. C’est probablement la meilleure version menée au combat en aptitudes générales.

Le modèle 52c fut lancé dans l’urgence après le massacre des Philippines. Malgré l’obsolescence de la cellule, il fallait améliorer le Zéro car la production du J2M Raiden ne démarrait pas. L’A6M5c incorporait un blindage dorsal pour le pilote, un réservoir central auto-obturant et 2 mitrailleuses de 13,2 mm d’ailes à l’extérieur des canons. La mitrailleuse de 7,7 mm de capot disparaissait. Les ingénieurs réclamèrent à la Marine le droit d’installer le plus gros Mitsubishi Kinsei pour parer à l’augmentation prévisible du poids. Encore une fois, la Marine par un incroyable immobilisme refusa encore et imposa le Sakae 21 en attendant la disponibilité du Sakae 31 dont la puissance devait être supérieure grâce à l’injection d’eau et de méthanol. Les performances s’effondrèrent.

Un chasseur de nuit fut développé à partir du modèle 52 en ajoutant un canon à tir oblique dans le fuselage. C’était l’A6M5d-S, S étant le suffixe des chasseurs de nuit (exemple J1N1-S Gekko).

Production : modèle 52 : 747+, modèle 52a : 391+, modèle 52b : 470, modèle 52c : 93
A6M5-K .

Deuxième version d’entraînement, fabriquée à seulement sept exemplaires par Hitachi Kokuki K. K. entre mars et août 1945. Même motorisation que le A6M5 et même armement que la précédente version d’entraînement (A6M2-K) : deux mitrailleuses de 7,7 mm et deux bombes de 60 kg.

Production : 7 .
A6M6 modèle 53 .

Le prototype du A6M6c (Zéro 53c) vola en novembre 1944. En plus du moteur Sakae 31a (dont la puissance supérieure aux 1130 ch du Sakae 21 n’apparaît dans aucun ouvrage), les réservoirs d’ailes de 45l reçurent un revêtement auto-obturant. La vitesse maxi de 300 kt (5 de moins que le 52) en utilisant l’injection d’eau n’était que théorique car la qualité de fabrication des moteurs et des cellules baissait dangereusement par manque de matières premières de qualité et par déficit de compétence de la main d’œuvre. Les ouvriers qualifiés étant embrigadés dans l’armée. De plus, les raids des B-29 sur les usines de moteurs n’allaient rien arranger.

Production : pas de chiffres, ce qui est certain, très peu. Un seul prototype selon certaines sources.
A6M7 modèle 63 .

Les unités combattantes modifiaient les support de réservoirs centraux pour y accrocher une bombe de 250 kg sur les versions précédentes. Ce sera fait de série sur l’A6M7 modèle 63.

Destiné à être utilisé comme un bombardier en piqué, le modèle 63 avait un support de bombe et des points d’ancrage pour deux réservoirs externes de 350l d’ailes et un plan arrière au revêtement épaissi pour résister aux efforts. La production démarra en mai 1945.

Production : pas de chiffres, et comme pour l’A6M6c, peu.
A6M8 modèle 54/64 .

Comme Nakajima se concentrait sur la production du puissant moteur 18 cylindres 2000 ch Homare devenu prioritaire, il fallait arrêter lentement la production du Sakae. Mitsubishi fut alors enfin autorisé à utiliser le fiable et performant moteur Mitsubishi 14 cylindres MK8P Kinsei 62 [Ha-33]-62 de 1560ch. Cette mécanique éprouvée avait été efficacement adaptée sur le Ki-61 de l’armée (d’où le Ki-100) et les D4Y de la marine. Comme le Kinsei était plus gros, il nécessita un nouveau capotage et la mitrailleuse de capot disparut. Depuis le début du programme, le rapport poids-puissance augmenta enfin. Le premier prototype fut fini en avril 1945 et les résultats encourageants poussèrent la Marine à commander pas moins de 6 300 A6M8 ! Aucun cependant ne verra le combat car le marasme provoqué par les bombardements et la pénurie de matériaux avait totalement désorganisé la production. Les prototypes de l’A6M8 ont utilisé des cellules de 52c d’où l’appellation Zéro 54, mais les exemplaires de série devaient utiliser la cellule du modèle 63, d’où l’appellation Zéro 64.

Production : 6 300 prévus, pas d’exemplaire de série

Engagements .

Le Mitsubishi A5M Claude entrait juste en service au début de l’année 1937 lorsque la Marine impériale japonaise se mit à la recherche d’un éventuel successeur. En mai, elle avait mis au point un certain nombre de spécifications pour un nouveau chasseur embarqué qui fut envoyé à Nakajima et à Mitsubishi. Les deux entreprises commencèrent leur travail tout en attendant des détails supplémentaires.

Se fondant sur l’expérience de l’A5M en Chine, la marine japonaise envoya ces informations complémentaires en octobre et demanda ainsi une vitesse de 500 km/h à 4 000 m et une vitesse ascensionnelle de 3 000 m en 3,5 min. Ils avaient besoin d’un rayon d’action de 2 heures à puissance normale qui devait monter jusqu’à 6 ou 8 heures en vitesse économique avec des réservoirs supplémentaires. L’armement devait comporter deux canons de 20 mm et deux mitrailleuses de 7,7 mm, et l’avion devait pouvoir emporter deux bombes de 30 ou 60 kg. Tous les futurs Zéro devaient être pourvus d’un équipement radio. Enfin, la manœuvrabilité devait être au moins aussi bonne qu’avec l’A5M, tandis que l’envergure devait être inférieure à 12 m pour pouvoir tenir sur les porte-avions.
Chasseur Zéro

Nakajima trouva les nouvelles spécifications ridicules tandis que le chef de l’équipe de Mitsubishi convint qu’elles pouvaient être respectées mais seulement si l’on fabriquait l’avion aussi léger que possible. Ainsi tout fut mis en œuvre pour gagner en poids, les concepteurs firent un usage intensif du nouvel alliage duraluminium.

À l’heure de Pearl Harbor, il y avait seulement 420 Zéros actifs dans le Pacifique. Ils furent supérieurs à leurs homologues américains jusqu’en 1943 mais restèrent mortels entre de bonnes mains jusqu’à la fin de la guerre. Plus de 11 000 exemplaires en furent produits grâce à sa facilité de construction.

Conçu pour l’attaque, le Zéro était un modèle de manœuvrabilité, de puissance de feu au détriment de la protection car seules les dernières versions furent munies d’un blindage, malheureusement bien dérisoire. De ce fait, beaucoup de Zéros furent perdus au combat dès que les alliés abandonnèrent le dogfight (combat tournoyant) privilégiant l’appareil le plus maniable, pour le yoyo (manœuvre horizontale ou verticale, consistant à s’éloigner puis revenir pour compenser un taux de virage ou de montée insuffisant ), le dive and zoom ou attaque en piqué puis ressource en binômes favorables aux appareils plus puissants et présentant une plus grande inertie par leur blindage. Un seul coup au but était en général suffisant pour le détruire.

Lorsque les États-Unis maîtrisèrent la technique d’attaque du Zéro, en partie grâce au Zero d’Akutan, de nouveaux avions comme le F6F Hellcat ou le Chance Vought F4U Corsair furent construits, qui surpassèrent le Zéro sur tous les points, sauf en ce qui concernait la manœuvrabilité (aucun chasseur allié contemporain, peut-être à l’exception des soviétiques, n’était plus maniable que lui. Même le Spitfire, probablement le meilleur chasseur moderne dans ce domaine qui lui fut opposé, lui était inférieur). Mais pour corriger ce défaut, il suffisait aux pilotes américains de se rappeler les tactiques efficaces. Ainsi, le rapport de 1 avion japonais abattu pour 1 avion américain passa à 10 pour 1. Le gouvernement japonais ne resta cependant pas statique et de nouveaux avions comme le Kawanishi N1K1-J Shiden (Eclair Violet) « George » et surtout le Nakajima Ki-84 Hayate « Frank » furent d’excellents chasseurs et firent face aux modèles plus tardifs des États-Unis dans un rapport de force désespéré.

 

 

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source : http://militaires-d-hier.forumgratuit.org/t437-zero

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