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3 avril 2013

Le bombardement de Dresde

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale  

Le bombardement de Dresde

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Le bombardement de Dresde, qui eut lieu du 13 au 15 février 1945, détruisit presque entièrement la ville allemande deDresde. La Royal Air Force (RAF) et les United States Army Air Forces (USAAF) utilisèrent principalement des bombes à fragmentation et incendiaires, provoquant plusieurs dizaines de milliers de morts.

File:Avro Lancasters flying in loose formation.jpg

Bombardiers Avro Lancaster de la RAF.

Les services de renseignements occidentaux étaient arrivés à la conclusion que la Wehrmacht allait déplacer 42 divisions (un demi-million d’hommes) vers le front de l’Est, alors proche de la ville, et les services soviétiques avaient signalé d’importants mouvements de trains sur le centre de triage de Dresde (en fait, des trains de réfugiés fuyant l’avance de l’Armée rouge qui effectuait l’offensive Vistule-Oder). Les états-majors pensèrent que la ville servirait de nœud logistique pour ce transfert1.

La stratégie allemande faisait de l’ensemble des grandes villes sur le Front de l’Est, die Festungen (« les forteresses »), un rempart. Même sans ce bombardement, la ville de Dresde aurait peut-être partagé le triste sort de Berlin et Breslau, réduites en cendres par l’artillerie et les chars soviétiques.

Une autre théorie avance que ce massacre fut délibérément conçu par les états-majors américain et britannique en vue de saper une fois pour toutes le moral des troupes allemandes2.

Il est possible aussi que les États-Unis et le Royaume-Uni aient voulu impressionner l’URSS : ce bombardement a eu lieu quelques jours après la clôture de la conférence de Yalta, et il aurait eu une force dissuasive sur Staline, dans le contexte naissant de la guerre froide. Cette thèse est notamment défendue par Jacques Pauwels 3. À l’inverse, des études de l’USAF insistent sur les demandes répétées des Soviétiques de bombardements sur les nœuds ferroviaires de l’est de l’Allemagne pour faciliter la progression de l’Armée rouge4.

Enfin la libération du camp d’Auschwitz, quinze jours plus tôt, en faisant découvrir la réalité de la Shoah aurait retiré les derniers scrupules vis-à-vis des populations civiles allemandes : il s’agirait d’un bombardement de vengeance. Cette hypothèse paraît pour d’autres d’historiens particulièrement peu crédible, dans la mesure où les Alliés connaissaient la situation dans les camps de concentration et l’usage des camps d’extermination. De plus, l’extermination des Juifs n’est jamais mise en avant dans l’immédiat après-guerre, il ne figure même pas parmi les chefs d’inculpation au procès de Nuremberg. Le génocide n’est placé au centre de l’attention qu’à partir du début des années soixante (cf. Norman Finkelstein, L’Industrie de l’Holocauste).

Les raids

En deux jours, 1 300 bombardiers au total ont largué environ 3 900 tonnes de bombes lors de quatre raids.

 

La manière de considérer ces attaques aériennes varie selon le point de vue. À l’époque déjà, le ministère de la Propagande de Joseph Goebbels avait utilisé le bombardement de Dresde pour relativiser la responsabilité de l’Allemagne dans la guerre et placer les Allemands dans un rôle de victimes. Au cours de laguerre froide, les préjugés idéologiques empêchèrent une étude objective du déroulement des événements.

Le premier maire communiste de Dresde, après la guerre, Walter Weidauer, considérait en 1946 les attaques comme évitables bien qu’ayant été provoquées par les « fascistes allemands ». Cependant trois ans plus tard, il considérait les puissances occidentales comme seules responsables du bombardement « criminel » de Dresde qui ne répondait à aucune nécessité militaire. Une hypothèse (défendue entre autres par l’Allemagne de l’Est à partir de 1949) était que les Alliés occidentaux avaient voulu laisser à l’Union soviétique une zone d’occupation détruite.

Des estimations élevées se réfèrent souvent à des déclarations de témoins oculaires qui ne peuvent plus être réexaminées, ainsi qu’à des informations de sources aux motifs divers :

  • Un document du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) de 1946 a donné le chiffre de plus de 305 000 morts. Ce nombre n’était cependant pas le résultat d’investigations propres, mais émanait de rapports basés sur des sources issues des indications de l’administration nazie. [réf. nécessaire]
  • L’ancien officier d’État-major de Dresde Eberhard Matthes, qui avait alors été chargé de travaux de déblaiement, a affirmé en 1992 que, jusqu’au 30 avril 1945, 3 500 cadavres auraient été pleinement identifiés, 50 000 en partie et 168 000 pas du tout. Ces chiffres auraient été communiqués à Adolf Hitler en sa présence. Mais il n’existe aucune preuve écrite qui pourrait confirmer cela et on doute aussi que Hitler ait demandé une telle communication le jour de son suicide. Des journaux (Süddeutsche ZeitungDie WeltFrankfurter Allgemeine) ont souvent publié des chiffres difficiles à certifier précisément variant de 60 000 à 300 000 morts.[réf. nécessaire]

La population totale de la ville était de 630 000 habitants à l’époque mais elle comptait aussi des blessés, des prisonniers ou des réfugiés dont il est impossible d’évaluer précisément le nombre. De plus, beaucoup de victimes ont disparu en fumée sous l’effet d’une température souvent supérieure à 1 000 °C[réf. nécessaire]. L’évaluation du nombre de morts a beaucoup fluctué. Ainsi, le maximum de 250 000 morts était avancé par les Soviétiques. L’écrivain négationniste britannique David Irving, quant à lui, jugeait réaliste un nombre de 135 000 victimes5. Le chercheur allemand Jörg Friedrich fait état de 40 000 morts6. L’évaluation actuelle de 25 000 morts maximum (dont 18 000 corps identifiés) est celle d’une commission d’historiens mandatée par la ville de Dresde en 2004-20107.

 

File:Bundesarchiv Bild 183-08778-0001, Dresden, Tote nach Bombenangriff.jpg

Amas de cadavres après le bombardement. La plupart des corps furent regroupés

ainsi afin d’être incinérés sur place, souvent sans même avoir été identifiés, pour éviter les épidémies.

Réactions au bombardement

Certains des leaders nazis, particulièrement Robert Ley et Joseph Goebbels, voulurent se servir du bombardement pour abandonner laconvention de Genève sur le front ouest[réf. nécessaire]. Finalement, le gouvernement nazi ne s’en servit qu’à des fins de propagande.

D’après Frederick Taylor, le ministère de la Propagande de Goebbels fit gonfler le nombre de morts par un facteur 108. Les diplomates allemands firent circuler dans les pays neutres des photographies des destructions, de morts et d’enfants grièvement brûlés. Par coïncidence, le jour précédant le raid, un document du ministère des Affaires étrangères allemandes avait été mis en circulation dans les pays neutres, critiquant Arthur Harris comme le responsable des bombardements de terreur.

Le 16 février, le ministère de la Propagande dirigé par Goebbels publiait un communiqué de presse qui dessinait la ligne générale de la propagande nazie : Dresde n’avait aucune industrie de guerre, n’était qu’une ville de culture et d’hôpitaux. Le 25 février, une nouvelle note paraissait, accompagnée de photos d’enfants brûlés, sous le titre Dresde – Massacre de Réfugiés et indiquant que 200 000 personnes étaient mortes.

D’autres bombardements sur l’Allemagne (Berlin et Hambourg lors de l’Opération Gomorrhe) furent aussi très meurtriers[évasif] mais celui de Dresde a plus profondément choqué les esprits, peut-être parce que c’était une ville d’arts et de culture et qu’elle n’avait pas d’intérêt stratégique (pouvant justifier une attaque aussi lourde) si on considère qu’Albertstadt, le fort militaire de Dresde, n’a pas été bombardé.

Survivants célèbres

  • L’écrivain Kurt Vonnegut, qui était présent comme travailleur prisonnier dans une usine de Dresde lors du bombardement, en réchappa en se réfugiant dans les caves d’un abattoir. De cette expérience éprouvante, il tire son roman Abattoir 5. Un film réalisé par George Roy Hill, Abattoir 5 (titre original :Slaughterhouse-Five) en fut tiré en 1972.
  • L’écrivain et philologue allemand Victor Klemperer est aussi un des survivants du bombardement, qu’il évoque en 1947 dans son essai LTI-Lingua Tertii Imperii: Notizbuch eines philologen.

Notes et références

  1. ↑ (en) Frederick Taylor, Dresden: Tuesday, February 13, 1945, HarperCollins, 2004, p. 196.
  2. ↑ Comme les villes japonaises d’Hiroshima et Nagasaki furent anéanties par des bombes atomiques (août 1945) par l’aviation américaine et pour la même raison (ce que le général Eisenhower laisse entendre dans ses mémoires d’après-guerre).
  3. ↑ Retour sur la destruction de Dresde du 13-14 février 1945 [archive]
  4. ↑ http://www.memoire-net.org/article.php3?id_article=268 [archive]
  5. ↑ David Irving, La destruction de Dresde, (ISBN 2-9060-2607-7) ; ce chiffre de 135 000 morts est repris dans Serge Berstein, Pierre Milza, Histoire du XXesiècle, Hatier, 1996, tome 1, p. 476[Pourquoi ?].
  6. ↑ Jörg Friedrich, Der Brand (ISBN 3-5486-0432-3)
  7. ↑ Voir Ian Kershaw, La Fin, Seuil, Paris, 2012 (ISBN 978-2-02-080301-4), note 788 ; Rolf-Dieter Müller (de), Nicole Schönherr, Thomas Widera, Die Zerstörung Dresdens 13. bis 15. Februar 1945 – Gutachten und Ergebnisse der Dresdner Historikerkommission zur Ermittlung der Opferzahl, Hannah-Arendt-Institut. Berichte und Studien 58, Göttingen, 2010, (ISBN 978-3899717730), ainsi que, sur le site de la ville de Dresde, Dresdner Historikerkommission veröffentlicht ihren Abschlussbericht [archive]
  8. ↑ « there is good reason to believe that later in March copies of — or extracts from — [an official police report] were leaked to the neutral press by Goebbels’s Propaganda Ministry … doctored with an extra zero to make [the total dead from the raid] 202,040. » ((en)Frederick Taylor, Dresden: Tuesday, 13 February 1945. éditions HarperCollins, New-York, 2004. (ISBN 0-06-000676-5)).

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale  


1 avril 2013

Massacre de Tulle

Classé sous — milguerres @ 22 h 39 min

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

Massacre de Tulle

Le massacre de Tulle désigne les crimes commis dans la ville de Tulle par la 2e division SS Das Reich le 9 juin 1944, 72 heures après le débarquement en Normandie.
Après une offensive des FTP, les 7 et 8 juin 1944, au cours de laquelle les troupes allemandes assassinent dix-huit gardes-voies, l’arrivée d’éléments de la Das Reich contraint les maquisards à évacuer la ville. Le 9 juin 1944, après avoir raflé les hommes de seize à soixante ans, les SS et des membres du Sipo-SD vouent 120 habitants de Tulle à la pendaison, dont 99 sont suppliciés.
Dans les jours qui suivent, 149 hommes sont déportés à Dachau, où 101 perdent la vie.
Au total, les crimes de la Wehrmacht, de la Waffen-SS et du Sipo-SD font 213 victimes civiles à Tulle.

Contexte historique

Au début de 1944, après avoir subi de lourdes pertes sur le front de l’Est, la 2e division blindée SS Das Reich, sous le commandement du GruppenführerHeinz Lammerding, est regroupée dans la région de Montauban, pour être reformée en prévision d’un débarquement allié quelque part sur le front Ouest. Elle est composée de 18 000 hommes appuyés de blindés légers et de chars.

Cette division présente les quatre critères déterminants pour devenir les auteurs de massacres en France, tels que définis par Peter Lieb : ses membres sont imprégnés par l’idéologie nationale-socialiste, ils ont combattu sur le front de l’Est, se perçoivent comme une unité militaire d’élite et ont déjà participé à des opérations de lutte contre les partisans1.

Au lendemain du débarquement de Normandie, elle reçoit l’ordre de se positionner dans la région entre Tulle et Limoges pour y réduire les maquis qui, depuis l’annonce du débarquement allié, ont intensifié les actions de sabotage et de harcèlement des garnisons allemandes. C’est le régiment Der Führerqui est chargé de préparer l’arrivée de la division.

La lutte contre les partisans est régie par des ordres émis début 1944, connus sous le nom d’ordonnance Sperrle, du nom du Maréchal, adjoint au haut commandement de l’Ouest. Selon ces ordres, la troupe est tenue de riposter immédiatement aux attaques terroristes en ouvrant le feu et si des civils innocents sont touchés, c’est regrettable, mais la responsabilité en incombe exclusivement aux terroristes ; les zones doivent être bouclées et tous les habitants, quels qu’ils soient, arrêtés ; les maisons qui ont abrité des partisans doivent être incendiées. L’ordonnance poursuit en précisant qu’« il ne faut punir que le chef manquant de fermeté et de résolution car il menace la sécurité des troupes qui lui sont subordonnées et l’autorité de l’armée allemande. Face à la situation actuelle, des mesures trop sévères ne peuvent entraîner de punitions pour leurs auteurs2 ». Les ordres particuliers du commandant de la division apportent des précisions tactiques : « Les forces de la Résistance doivent être anéanties par des manœuvres d’encerclement3 ». Le 5 juin 1944, le général Lammerding fait approuver par sa hiérarchie un programme répressif qui reprend les mesures mises en œuvre en Europe de l’Est et à l’arrière du front dans la lutte contre les partisans à partir de 19414. Ce programme prévoit notamment des actions de contre-propagande et de discrimination, « actions ayant pour but de monter la population contre les terroristes » ; il prévoit aussi des arrestations massives et préventives, l’occupation de localités et le ratissage de zones, la réquisition de véhicules. Il précise enfin « l’annonce et l’exécution de la disposition que, pour chaque Allemand blessé et pour chaque Allemand tombé, 10 terroristes seront pendus (et non fusillés). L’exécution par pendaison n’est pas usuelle dans la justice française. Par son application aux terroristes, ceux-ci seront discriminés et exclus de la communauté du peuple français4 ».

Entre le début mai et le 9 juin, la division, et particulièrement le régiment Der Führer effectue, sous les directives du service de renseignements, de nombreuses missions de recherche de bases et dépôts de partisans ainsi que des opérations suite aux actes de la résistance. Au cours de ces opérations, une soixantaine de maquisards est tuée et une vingtaine envoyée en déportation ; une centaine de civils est également tuée en diverses circonstances et un millier déporté en Allemagne. Plusieurs centaines de maisons sont incendiées5.

La répression allemande en Corrèze

Compte tenu de l’activité de la Résistance dans la région, la Corrèze et plus particulièrement la ville de Tulle et ses alentours font l’objet de nombreuses interventions des services de sécurité allemands.
Le 14 mars 1944, un kommando de douze membres du Sipo-SD dépendant du Kommandeur der Sicherheitspolizei und Siecherheitsdienst de Limoges, August MeierNote 1, arrive à Tulle.
Dirigés par le Hauptsturmführer Friedrich Korten, ces hommes participent à la répression des maquis avec des éléments de la Légion nord-africaine sous le commandement de Henri Lafont6. Pour le préfet Trouillé, « Tulle est en révolution : les loups de la Sicherheitspolizei et les charognards de laGestapo française arrivent de concert7. »

Ils collaborent au ratissage systématique effectué au cours du mois d’avril par la division Brehmer.
Celle-ci est une réunion temporaire d’unités composites, qui comporte notamment le 1er régiment de la 325e division de sécurité et les Géorgiens du 799e bataillon d’infanterie, recrutés parmi les prisonniers de guerre de l’Armée rouge.
Du 1er au 7 avril 1944, la division du général Brehmer arrête 3 000 personnes ; dans le village du Lonzac, 17 habitants sont abattus et 24 maisons incendiées ; à Brive, 300 personnes sont arrêtées et envoyées dans des camps de travail en Allemagne8.
Le bilan des opérations de répression de la division Brehmer se solde par 1 500 arrestations maintenues, 55 fusillades, 128 crimes ou délits dans 92 localités et 200 Juifs assassinés, sans confrontation directe avec le maquis.
La division Brehmer quitte la Corrèze en mai, après avoir également dévasté la Dordogne et la Haute-Vienne9.
Cette vague de répression explique en partie l’attaque de la ville de Tulle par la Résistance qui espère mettre fin aux souffrances de la population8.

La bataille de Tulle

La libération

L’attaque de Tulle est planifiée par le commandant des maquis FTP de Corrèze, Jacques Chapou, dit Kléber, mi-avrilNote 2 ou début mai 1944 : « à l’origine, il semble bien que cette attaque ait été envisagée sans aucun lien avec le débarquement dont la date était encore imprévisible10. » Elle poursuit plusieurs objectifs : « désarmer, et si possible, anéantir la garnison allemande ; désarmer les Gardes Mobiles et s’approprier leurs armes et véhicules ; rendre inoffensifs la Milice et les collaborateurs connus11 », mais aussi, « creuser des vides dans la garnison, inspirer une crainte salutaire à ses chefs et les amener à se retrancher dans Tulle sans en plus sortir, faisant ainsi cesser, au moins pour un temps, les expéditions contre les maquis12. » Contactés, les responsables de l’Armée secrète se montrent tout à fait opposés à une opération contre un centre urbain13.

Selon J. Delarue, Tulle est défendue par une garnison de sept cents hommes du 3e bataillon du 95e régiment de sécurité de la Wehrmacht, auxquels il faut ajouter six ou sept cents hommes des Gardes Mobiles et de la Milice française ; B. Kartheuser estime quant à lui les effectifs du 95e régiment de sécurité à 289 hommes, issus des 8e, 13ecompagnies et le (?) l’état-major, sur la base d’un relevé détaillé établi le 17 mai14. Face à eux, les résistants disposent de 1 350 combattants, dont 450 ne participent pas au déclenchement de l’opération et de 1 350 hommes en soutien15. Pour Jean-Jacques Fouché & Gilbert Beaubatie, les forces en présence s’élèvent à un peu plus de trois cents hommes du côté allemand, l’attaque étant lancée par quatre cents FTP, qui sont rejoints ensuite par cent-vingt combattants supplémentaires en milieu d’après-midi le 7 et le 8 au matin16.

L’offensive se déclenche le 7 juin 1944 à cinq heures du matin17 et un coup de bazooka tiré sur la caserne du Champ de Mars où sont cantonnées les forces de maintien de l’ordre donne le signal de l’attaque18. Dès six heures, les édifices dans lesquels se trouve la garnison allemande sont cernés ; la poste et la mairie, où les FTP établissent leur poste de commandement sont occupés vers sept heures19. À huit heures, la gare elle aussi est prise par les résistants, qui y trouvent dix-huit gardes-voies et un employé des chemins de fer, Abel Leblanc20 : invités à rejoindre le maquis, ceux-ci préfèrent attendre la fin des combats dans la salle d’attente. À 11 h 30, les forces de la Milice et des GMR hissent le drapeau blanc sur la caserne du Champ de Mars : après des négociations, ils quittent la ville vers seize heures, en emportant tout leur matériel18. Pour Elie Dupuy, dont le groupe de combat FTP n’avait pas été touché par l’ordre de repli de Chapu, ce départ est un échec, l’un des buts de l’opération étant de récupérer le matériel de guerre et de transport des forces de l’ordre ; mais avec son seul bataillon de quatre-vingt dix hommes, il n’a pas les moyens « de poursuivre l’attaque contre la garnison allemande et, en même temps, d’imposer une reddition inconditionnelle aux policiers21 ».

Pendant ce temps, vers 13 h 30, les Allemands profitent du retrait partiel des maquisards sur les hauteurs ordonné par Chapou22 et reprennent brièvement le contrôle de la gare, dans laquelle ils découvrent à leur tour les gardes-voies, porteurs d’un brassard blanc, signe distinctif de leur fonction, mais semblable à celui des FTP. Dès que les gardes-voies sortent du bâtiment, sans le moindre interrogatoire, sans même être fouillés, ils sont pris sous le feu des troupes allemandes dans la cour de la gare ou le long des voies menant au garage du chemin de fer départemental, fauchés « par des tirs croisés dont ceux d’une mitrailleuse leur tirant dans le dos », alors qu’ils s’adressent aux Allemands en leur criant « Camarades! Camarades! »23. Seul Abel Leblanc survit à la fusillade. Pour B. Kartheuser, il s’agit d’un assassinat délibéré, les Allemands étant au courant de la présence des gardes-voies et connaissant leur tenue24.

Dans la nuit du 7 au 8, alors que les maquisards, toujours privés des 450 hommes du groupe A, se sont retirés sur les hauteurs, la garnison allemande se regroupe en trois lieux : l’école normale de jeunes filles au nord, la manufacture d’armes et l’école de Souilhac au sud18. Les combats reprennent à six heures trente du matin25, la principale offensive étant dirigée contre l’école normale, bastion principal des troupes allemandes. Face à la résistance des Allemands, les FTP boutent le feu à l’édifice vers quinze heures.
Vers dix-sept heures, dans des circonstances qui restent peu claires et discutées, les Allemands tentent une sortie ou essaient de se rendre : si l’un d’entre eux agite un chiffon blancNote 3, d’autres portent des grenades amorcées18. Dans la confusion la plus totale, les maquisards ouvrent le feu à l’arme automatique : certains soldats sont fauchés à bout portant, des grenades explosent, ce qui explique les blessures, terriblement mutilantes observées sur les cadavres. Après la reddition des troupes allemandes, neuf membres duSicherheitsdienst sont identifiés, notamment avec l’aide d’une trentaine de maquisards libérés, emmenés au cimetière et fusillés sans jugement26.
Les combats cessent dès ce moment, les résistants se contentant de maintenir l’encerclement de la manufacture d’armes et de l’école de Souilhac, qu’ils comptent attaquer le lendemain. Alors que les blessés allemands et français sont emmenés à l’hôpital, Kléber se rend à la préfecture et demande au préfet Trouillé de continuer à assurer la direction de l’administration. Pour la résistance, à l’exception des deux petits bastions à prendre le lendemain, Tulle est libérée18.

Les pertes allemandes sont estimées à 37 morts, 25 blessés et 35 disparus par Sarah Farmer27. Pour G. Penaud, elles s’élèvent à une cinquantaine de morts, une soixantaine de disparus, sans doute faits prisonniers et de 23 à 37 blessés. La majorité des prisonniers est vraisemblablement abattue par la suite, seuls quelques soldats d’origine polonaise ayant accepté de se joindre au maquis28.

La réoccupation

À 21 heures29, les premiers chars de la 2e division blindée SS Das Reich arrivent à Tulle par trois axes de pénétration, prenant les maquisards par surprise. Les postes de l’Armée secrète et des FTP établis à distance ayant été balayés par les blindés, aucune alerte n’ayant pu parvenir à temps à Tulle. Les maquisards quittent immédiatement la ville vers les hauteurs, sans livrer de combats, face à « une colonne de secours [...] [qui] ne comprenait que des éléments lourds et disposait d’une puissance de feu considérable » : si des tirs de bazookas depuis le plateau qui domine la ville auraient pu infliger des pertes aux éléments de la Das Reich, les résistants y renoncent par crainte de causer de lourdes pertes parmi la population civile. Les SS installent leur premier poste de commandement dans le quartier de Souilhac, près de la manufacture d’armes, avant de s’installer, le lendemain en fin de matinée, à l’hôtel Moderne. À ce moment, l’officier les plus élevé en grade est le SS-Sturmbannführer Kowatsch, officier de renseignement de l’état-major de la division. Durant toute la nuit du 8 au 9 juin, les S.S. patrouillent dans la ville et assurent l’encerclement de celle-ci.

Le 9 juin, à six heures du matin, les Allemands fouillent la préfecture et menacent d’exécuter le préfet Trouillé, après avoir découvert des armes et munitions abandonnées par lesGardes Mobiles. Alors qu’il va être fusillé par des S.S. commandés par un sous-officier, le préfet échappe à l’exécution en indiquant qu’il a un rang équivalent à celui d’un général, et en exigeant de parler à un officier supérieur avant d’être fusillé. Il parvient à convaincre l’officier qui se présente de rendre visite aux blessés allemands soignés à l’hôpital. Durant la visite, un des blessés allemands confirme à l’officier que le préfet a empêché un maquisard de les fusiller : « Cet homme nous a sauvé la vie »30.

Le massacre

La rafle

« Habitants de Tulle, vous avez suivi mes instructions et conservé pendant les dures journées que vient de traverser votre cité un calme exemplaire. Je vous en remercie. Cette attitude et la sauvegarde des militaires allemands blessés ont été les deux éléments qui m’ont permis d’obtenir du commandement allemand l’assurance que la vie normale allait reprendre dans la journée. »

— Proclamation du préfet Trouillé diffusée par haut-parleur, le 9 juin 1944, vers dix heures du matin31.

Le 9 juin, entre neuf et dix heures, le SS-Sturmbannführer Aurel Kowatsch déclare au préfet Trouillé, et au secrétaire général de la préfecture, M. Roche : « votre geste [les soins apportés aux blessés allemands] ne sera pas négligé par le commandant allemand qui en tiendra compte à la population dans la répression inévitable du crime commis contre nos camarades de la garnison de Tulle » ; il leur annonce, alors que la rafle a déjà commencé, la mise en arrestation de tous les hommes de seize à soixante ans et autorise « la libération de tous les indispensables après vérification de leur attitude32 ». Selon Trouillé et Roche, Kowatsch prend ses ordres directement auprès du général Heinz Lammerding, vraisemblablement par radio. La rafle touche une population désemparée par les événements : « par petits groupes, les SS ratissent les quartiers et les rues ; ils entrent dans les logements, examinent les hommes qu’ils font sortir ; aux femmes, ils affirment qu’il s’agit d’un contrôle d’identité, que l’absence de leur époux, fils ou frère ne sera pas longue et qu’il est inutile d’emporter des provisions33. » « Encadrés par les S.S. nous descendons le quai de Rigny. [...] Un groupe plus important s’amalgame au nôtre. [...] Nous gagnons lentement Souilhac : des auto-chenilles, des tanks sont en bon ordre, rangés le long des trottoirs. [...] Notre groupe se joint à d’autres ; d’autres groupes se joignent au nôtre ; et comme l’inquiétude rapproche, les mains se serrent. [...] Nous marchons la tête haute, dissimulant au mieux notre angoisse34. » Les membres des chantiers de Jeunesse, rassemblés dans la caserne des Enfants de troupe, sont également emmenés vers la manufacture d’armes35. Au total, près de 5 000 hommes et jeunes gens sont regroupés devant la manufacture35.

Le tri

Conformément à l’accord passé avec Kowatsch qui avait autorisé la libération des personnes indispensables à la reprise d’une activité normale dans la ville, des responsables français se rendent à la manufacture d’armes pour négocier l’élargissement d’une partie des personnes raflées. « On remarqua bientôt le maire (le colonel Bouty) accompagné de plusieurs personnages, des chefs de service, le directeur de l’énergie industrielle, le chef de gare et d’autres employés avec leurs larges casquettes dorées, l’inspecteur d’Académie – parmi nous – mais ces messieurs restèrent là-haut, sur la chaussées, en compagnie des officiers allemands… Cela sentait la collaboration36. » Les représentants des autorités françaises obtiennent la libération de 3 500 des 5 000 hommes et jeunes gens37. Parmi eux, les employés de l’État et de la préfecture, de la mairie, des PTT, du gaz, des services des eaux, financiers et des colonies de vacances, des électriciens, des chefs d’atelier et agents de maîtrise de l’usine de La Marque et de la manufacture d’armes, des électriciens, des boulangers, des épiciers, des maraîchers, les médecins… mais ni les dentistes, ni les enseignants37… « Cette première partie de la sélection des otages avait été conçue par les SS pour compromettre les autorités locales ; Lammerding s’en souviendra lorsqu’il sera interrogé en 1962, il affirmera que le maire désigna les maquisards37. »

Après l’intervention des autorités françaises une seconde sélection est effectuée parmi les otages, sélection menée par les Allemands et eux seuls. Le principal responsable de ce deuxième tri est l’interprète du kommando du Sipo-SDWalter Schmald, qui a survécu aux combats des deux jours précédents. Si Schmald n’a sans doute pas agi seul et s’il a vraisemblablement été assisté par d’autres membres du SD venus de Limoges38, sa présence et son action ont frappé tous les témoins, pour lesquels Schmald incarne le processus de désignation des victimes. Aux côtés de Schmald, « le bossu » ou « le chacal38 », Paula Geissler, interprète de la Wehrmacht attachée au directeur allemand de la manufacture d’armes, surnommée « la chienne », participe également au tri et fait libérer seize à dix-sept otages, des ingénieurs de la manufacture ou des hommes qu’elle connaissait, dont le fils d’un pharmacienNote 4,39.

L’abbé Jean Espinasse, arrêté chez lui vers neuf heures trente, décrit Schmald comme « un allemand revêtu d’une vieille capote défraîchie, sans galon ni insigne d’aucune sorte, la tête découverte, l’air fatigué » et qui s’adresse à lui « dans un excellent français » en lui déclarant : « Je suis un des quatre survivants du combat d’hier. [...] Nous étions presque tous des Rhénans catholiques. Nous aurions bien voulu avoir un prêtre pour nous assister40. » Pour Antoine Soulier, il a de longs cheveux blonds avec des reflets fauves et ramenés en arrière, le visage rasé, le teint mat, 30 ans environ, [les] yeux toujours demi-fermés pour mieux voir, et surtout la demi-lèvre supérieure droite toujours relevée, comme gonflée de venin41.

Les otages sont répartis en trois groupes, de taille et de composition variable au fur et à mesure de la sélection qui débouche sur la constitution de deux groupes de soixante hommes, suspects, selon Schmald, de participation à la Résistance en se fondant sur des éléments comme le fait qu’ils soient mal rasés ou que leurs chaussures ne soient pas cirées42. Pour J. Espinasse, si Schmald demande à vérifier certaines cartes d’identité, [il] juge les gens sur la mine et, on ne sait pourquoi, les désigne pour faire part du petit groupe de gauche [les futures victimes]43. Selon Trouillé, « les trois groupes sont constamment modifiés, soit par le jeu des libérations, soit par le choix de quelques S.S. dont Walter, le ténébreux Walter44 ». Schmald veille à maintenir le chiffre de 120 hommes destinés à l’exécution, qui n’est pas encore annoncée : lorsque diverses interventions aboutissent à faire libérer l’un de ceux-ci, Schmald en sélectionne un autre dans le groupe principal : « sauver un ami, c’était du même coup condamner un autre homme, inconnu [...] avec pour résultat de ne laisser aux mains des bourreaux que les plus vulnérables, les plus solitaires, les plus faibles ou les plus malchanceux, ceux qui avaient le plus besoin d’être défendus45. » Ce processus débouche sur la réflexion suivante de l’un des survivants, Jean-Louis Bourdelle : « Je m’étonne douloureusement d’apprendre que des Français ou des Allemands tirent vanité d’avoir fait libérer des otages, ils semblent les malheureux, ne pas se rendre compte qu’ils avouent ainsi avoir pris part aux exécutions. Je me rappelle en effet avec quelle terreur mes camarades et moi voyions, après chaque libération, le lieutenant Walter s’approcher de notre groupe et faire un nouveau choix pour compléter le peloton des futures victimes46. »
Conformément à la note de Lammerding du 5 juin et à l’ordre donné par celui-ci arrivé à Tulle en fin de matinée du 9, ces cent-vingt hommes sont voués à la mort par pendaison.

Les pendaisons

« Quarante soldats allemands ont été assassinés de la façon la plus abominable par les bandes communistes. [...] Pour les maquis et ceux qui les aident, il n’y a qu’une peine, le supplice de la pendaison. [...] Quarante soldats allemands ont été assassinés par le maquis, cent vingt maquis ou leurs complices seront pendus. Leurs corps seront jetés dans le fleuve. »

— Affiche signée par le général commandant des troupes allemandes, placardée à Tulle47.

Vers quinze heures trente48, Kowatsch en réponse à une dernière intervention du préfet qui demande que les exécutions n’aient pas lieu par pendaison, lui répond que « nous avons pris en Russie l’habitude de pendre, nous avons pendu plus de cent mille hommes à Kharkov et à Kiev, ce n’est rien pour nous. » Il demande au colonel Bouty, président de la délégation spéciale, d’annoncer au groupe principal de prisonniers qu’ils doivent assister aux exécutions. Avant que ceux-ci soient conduits sur la place de Souilhac, Bouty leur déclare : « J’ai une nouvelle bien pénible à vous annoncer : vous allez assister à une exécution. Je vous demande le plus grand calme. Ne faites pas un geste, ne dites pas une parole49. » À leur arrivée, les prisonniers découvrent, sur plusieurs centaines de mètres, des cordes terminées par un nœud coulant accrochées aux arbres, aux réverbères et aux balcons. Les préparatifs ont été assurés, dès la fin de la matinée, par le SS-Hauptsturmführer Wulf, chef du bataillon de reconnaissance et par son adjoint, l’Oberscharführer Hoff, chef de la section de pionniers, qui fait appel à des volontaires pour effectuer les pendaisons50.

Les victimes désignées pour la pendaison sont conduites sur les lieux de leur exécution par groupe de dix. « Chacun d’eux se trouva bientôt au pied d’une échelle, entre les mains de deux des bourreaux. Deux SS se tenaient près de chaque corde ; l’un d’eux gravissait les degrés d’une seconde échelle ou d’un escabeau en même temps que le condamné. Dès que celui-ci atteignait la hauteur voulue, il lui passait le nœud coulant, le serrait, et le second SS enlevait brutalement l’échelle du supplicié51. » Dans certains cas, les bourreaux, tous volontaires, se suspendent aux jambes de leur victime, le frappent ou l’achèvent à la mitraillette ou au pistolet. « Parfois, pour accélérer l’exécution, les barbares poussent leur victime à coups de crosse et avec des cris terribles donnent des coups de pied à l’échelle qui tombe52. » Suite à l’intervention du colonel Bouty auprès d’un officier allemand, l’abbé Espinasse a été autorisé à offrir son ministère à ceux qui vont mourir. Il assiste aux premières exécutions. Lors de celle du premier groupe, « dans un cas [...], la victime, mal pendue sans doute, s’agite par spasmes ; alors, je vois le soldat qui venait d’ôter l’échelle s’en servir pour frapper le supplicié jusqu’à son immobilisation complète » ; par la suite, il constate que « le peloton d’exécution presse la marche des condamnés, et non sans violence ; je vois encore le soldat brisant, d’un geste rageur, la crosse de sa mitraillette sur le dos d’une victime qui a un mouvement d’horreur et d’arrêt à la vue des pendus53. » « Pouvons-nous imaginer la scène? Des hommes immobiles sous la contrainte, des soldats en dessous des potences, des groupes d’otages conduits au supplice, et le silence50. » Pendant toute l’opération, Paula Geissler et un groupe de SS, assistent aux pendaisons en vidant de bonnes bouteilles à la terrasse du café Tivoli, au son d’un phonographe50.

99 victimes

« Pourquoi les exécutions ont-elles été arrêtées à 99 victimes? [...] 99 est un chiffre incompréhensible qu’on ne peut raccorder à rien. Par son absence de signification, le nombre des victimes restera un mystère »

— Jean-Jacques Fouché et Gilbert Beaubatie54.

Dans les versions successives de son témoignage, l’abbé Espinasse s’attribue, et à lui seul, le mérite d’avoir fait arrêter les pendaisons. Selon lui, alors que neuf groupes, soit quatre-vingt dix hommes, ont déjà été pendus, et après avoir été ramené dans la cour de la manufacture d’armes après le meurtre de vingt ou trente Tullistes, il constate que le dixième groupe comporte treize hommes. Il intervient auprès de Walter Schmald et obtient non seulement que quatre hommes soient extraits du groupe, mais aussi que celui-ci soit le dernier à marcher vers la pendaison. Le nombre des victimes s’arrête donc à quatre-vingt-dix-neuf55 ,Note 5.

Cette version, reprise par de nombreux auteurs, est radicalement remise en cause par Bruno Kartheuser, qui juge ce récit incohérent et peu plausible. Kartheuser souligne tout d’abord que l’intervention décisive que s’attribue l’abbé Jean Espinasse n’est confirmée par aucun témoin, alors que plusieurs centaines de personnes sont rassemblées dans la cour de la manufacture ; cette intervention n’est pas mentionnée dans la déclaration faite en 1948 par le président de la délégation spéciale de Tulle, le colonel Bouty, qui attribue interventions et sauvetages au directeur des Établissements Brandt – Usine de la Marque, Henri Vogel, au directeur adjoint de la Manufacture d’armes de Tulle, Laborie et à l’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, LajugieNote 6. Trouillé n’attribue à l’abbé que la grâce de trois hommes, « Vogel s’est magnifiquement débattu avec les officiers SS en vue de libérer quelques-uns de ses ouvriers condamnés au supplice [...]. De la sorte, il a obtenu quatre grâces et a permis au sous-directeur de la manufacture d’armes, Laborie, d’en réclamer et d’en enlever autant ; Lajugie, ingénieur en chef du service vicinal [...] est encore épuisé des efforts déployés en vain pour sauver du supplice un ingénieur de son service56. » L’« intervention décisive » d’Espinasse n’est également pas reprise dans la citation lors de la remise à l’abbé de la Médaille d’argent de la Croix-Rouge française, en 1945, qui n’évoque que ses mérites sacerdotaux et l’assistance matérielle qu’il a apportée aux suppliciés. Enfin, pour Kartheuser, compte tenu du strict respect de la hiérarchie en vigueur dans la SS, il n’est pas possible que Schmald ait pris la décision d’arrêter les exécutions, alors que celles-ci avaient été ordonnées par le général Lammerding (qui déclare après guerre que c’est sur son ordre que les pendaisons ont été arrêtées avant les 120 victimes prévues), que les pendaisons avaient été supervisées par Kowatsch et que l’un des supérieurs de Schmald au SD (Korten ou Butsch) était présent sur les lieux57.

Pour J.J. Fouché et G. Beaubatie, « le nombre de 99 victimes a été la conséquence d’une accumulation de données matérielles indépendantes les unes des autres [...] Mais plus encore que le nombre, la mise en scène des pendaisons devait renforcer la terreur de longue durée. L’efficacité n’était pas liée à un chiffre précis, mais bien plus encore, à la mise en spectacle de la violence destinée à humilier les hommes58. »
Les corps des suppliciés sont dépendus en début de soirée par des membres des chantiers de jeunesse, sous les ordres d’hommes de la 4e compagnie du bataillon d’éclaireurs ; malgré l’intervention des autorités locales, ils sont enterrés sur le site d’une décharge publique, à Cueille, sans aucune procédure d’identification, avec une brève cérémonie improvisée et écourtée par les Allemands, au cours de laquelle l’abbé Espinasse, en présence du préfet en uniforme et de son directeur de cabinet, bénit les corps59.

Les déportations

Le 10 juin, les otages restés à la Manufacture des armes de Tulle sont traités de la même manière que lors de la sélection, la veille, des victimes des pendaisons : négociations entre membres de la Das Reich et du SD, dont Walter Schmald, et les autorités françaises, formation de groupes promis à la déportation, libération d’otages suite à des interventionsNote 7. 311 hommes et 660 jeunes membres des Chantiers de Jeunesse sont transférés de Tulle à Limoges. Après un nouveau tri, dans lequel des membres de la Milice jouent un rôle essentiel, 162 hommes et tous les membres des Chantiers de Jeunesse sont libérés ; 149 prisonniers sont transférés à Poitiers, puis à Compiègne, d’où ils partent vers Dachau le 2 juillet : 101 ne survivent pas au voyage ou à la déportation60.

Le 11 ou le 12 juin, la division entame sa remontée vers le front de Normandie. Avec le massacre de Tulle et celui d’Oradour-sur-Glane, et de nombreuses autres tueries, elle a fait 4 000 victimes, dont de nombreux civils61.

La répression se poursuit à Tulle pendant les semaines qui suivent les pendaisons. Du 11 juin au 31 juillet, le laboratoire de la manufacture d’armes est utilisé comme centre de torture, où opèrent des miliciens en coopération avec Walter Schmald. Le 21 juin, le préfet Trouillé y voit trois miliciens âgés au plus de vingt ans, verser de l’acide sur les plaies du visage d’un homme qu’ils venaient de frapper à coups de nerf de bœuf62. Tulle connaît également une nouvelle rafle, le 21 juin, à la suite de laquelle 80 hommes sont envoyés en travail forcé en Autriche63. Les troupes allemandes en Corrèze se rendent le 16 août 194464.

Au total, les crimes de la Wehrmacht, de la Waffen-SS et du Sipo-SD ont fait 218 victimes civiles à Tulle. « D’une certaine façon, le général SS a atteint son objectif : la discrimination des résistants et la terreur de la population65. »

Analyse

L’analyse des historiens

Les proclamations publiques et les explications allemandes auprès des autorités françaises font systématiquement référence aux éventuels sévices et à l’assassinat de soldats allemands désarmés. Selon la thèse allemande, les représailles sont conformes au droit militaire international, au traité d’armistice et aux conventions de La Haye. Suite aux procès menés en Belgique concernant l’exécution d’otages par les troupes allemandes et à celui mené en Italie pour le massacre des Fosses ardéatines, on peut conclure que le massacre de Tulle a bien été effectué en violation du droit des conflits armés66, notamment des articles 40, 41, 46 et 50 du règlement annexe à la 4e convention de La Haye de 1907 concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre67 ainsi que la « clause Martens » du préambule de cette conventionNote 8,68. Bruno Kertheuser conteste quant à lui l’usage même du terme représailles : « le meurtre et la déportation de quelques centaines d’habitants de Tulle les 9 et 10 juin relèvent très clairement du crime de guerre. Toute autre appellation, comme celle de représailles, d’épuration ou de mesure expiatoire, appartient au jargon des auteurs de ces crimes et participe de leur logique à eux »69.

Le massacre de Tulle avait pour but de punir une des capitales du maquis, pour terroriser d’autres régions, conformément aux pratiques mises en œuvre par la Wehrmacht et laWaffen-SS sur le front de l’est ; il résulte « de l’action et de l’inaction de beaucoup de personnes », qu’il s’agisse de membres de la Wehrmacht, de la Waffen-SS ou duSicherheitsdienst70.

La thèse révisionniste

Selon le récit auto-publié du SS-Sturmbannführer Otto Weidinger, plusieurs dizaines de soldats allemands auraient été abattus après leur reddition et de nombreux cadavres auraient porté des traces de mutilations71. Cette thèse est reprise et amplifiée par deux autres révisionnistes, Sadi Schneid72, pseudonyme d’un ancien Waffen-SS Elimar Schneider73, et Herbert Taege, ancien fonctionnaire des Jeunesses hitlériennes73,74.

Pour les historiens, le récit de Weidinger n’a aucun crédit. Eberhard Jaeckel « doute de la véracité de ces affirmations et se demande si les atrocités alléguées n’ont pas servi de justification au comportement des SS75 ». Pour G. Penaud, « divers témoignages de militaires ou de civils allemands retrouvés par Bruno Kartheuser sont assez contradictoires sur la question des mutilations dont auraient été victimes, d’après la rumeur, les victimes allemandes ; à vrai dire, à la lecture des déclarations ultérieures de SS, il n’a pas trouvé une seule qui rapporte un témoignage direct de ces atrocités : tous ceux qui exprimèrent ce reproche [...] colportèrent indirectement les dires de témoins dont il semble difficile de soutenir la crédibilité76 ».

B. Kartheuser a réfuté point par point ces thèses révisionnistes. Le seul fait contraire à l’article 23c et 23d de l’annexe à la Convention de La Haye de 1907 concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre77 qui stipule qu’«  il est notamment interdit [...] de tuer ou de blesser un ennemi qui, ayant mis bas les armes ou n’ayant plus les moyens de se défendre, s’est rendu à discrétion [ainsi que] de déclarer qu’il ne sera pas fait de quartier », consiste en l’exécution sans jugement de neuf membres du SD et Gestapistes en fin de l’après-midi du 8 juin78. Quant aux prétendues mutilations, il ne s’agit que des traces d’impact de mitrailleuse. Selon un témoin, Robert Lajugie, « dès la reddition des assiégés, j’ai vu les corps des victimes. Certains, assurément, étaient abîmés et il est exact que des crânes laissaient échapper leur cervelle, mais c’était là le résultat d’une concentration des tirs d’armes automatiques. [...] C’est dans cet état que les éléments de la 2e panzerdivision SS Das Reich trouvèrent leurs compatriotes avec, en plus, cette aggravation que les camions venus enlever les cadavres furent pris par les arrivants, fous furieux, pour les instruments dont on se fût servi pour écraser les corps ou les têtes79. » Ce récit est confirmé par le Dr. Heinz Schmidt, médecin du 3e bataillon du 95e régiment de sécurité : « Parce qu’on voulait avoir une justification présentable d’une certaine manière au niveau international pour les mesures de représailles, je fus cité en qualité de médecin de la place auprès du médecin principal de la division Das Reich. Il me demanda si j’avais constaté des mutilations sur les cadavres de nos soldats tombés la veille. Contrairement aux affirmations disant que cela avait été le cas, j’ai déclaré énergiquement que je n’avais pas constaté de mutilations sur les soixante morts que j’avais vus80. »

À propos du livre de Schneid, Kartheuser écrit qu’il « formule, de la manière la plus grossière entre toutes les versions qui ont circulé, les reproches de mutilations voulues opérées sur certains cadavres allemands. Schneider n’évoque pas ce qu’il a vu. [...] Il ne fait que colporter une version qui fut répandue dès les premiers jours, entre autres par les milieux SS et nazis d’époque mais également par la propagande officielle81. » Il remarque également que Weidinger et Taege ne se basent, eux aussi, sur aucun témoin direct81.

Les suites du massacre

Walter Schmald, du SIPO-SD est capturé par des maquisards à Brive le 15 août 1944, et exécuté par ceux-ci le 22 août, sans avoir fait l’objet d’un procès82.

Otto Weidinger, dernier commandant du régiment Der Führer est interrogé au sujet du massacre pendant sa détention de 1947 à 1951. Il ne fait l’objet de poursuites que pour son adhésion volontaire à la Waffen-SS, jugée comme organisation criminelle lors du procès de Nuremberg, et est acquitté83. Après sa libération, il écrit de nombreux ouvrages sur la2e panzerdivision SS Das Reich, considérés en France comme révisionnistes.

La première enquête, qui porte sur l’assassinat de dix-huit gardes-voies est clôturée 25 mars 1948, et fonde le procès qui s’ouvre à Bordeaux le 29 mars 1949, où comparaissent dix membres du 95e régiment de sécurité, responsable du meurtre de dix-huit gardes-voies, sous les ordres du capitaine Franz Reichmann, commandant du 3e bataillon. Les trois officiers inculpés sont condamnés à quinze (Franz Reichmann, Willi Schlewski) ou dix (Jean Retzer) ans de travaux forcés ; 4 inculpés sont reconnus coupables mais libérés sous l’excuse absolutrice d’avoir agi sur ordre et trois sont acquittés. Schlewski et Retzer sont libérés le 18 septembre 1952 et Reichmann le 25 janvier 195384

L’information judiciaire ouverte le 18 juin 1947 sur les pendaisons de Tulle débouche notamment sur un rapport provisoire rédigé par le commissaire de police criminelle Félix Hugonnaud, qui conclut que les pendaisons furent apparemment commandées par le SS-Gruppenführer Heinz Lammerding, à l’encontre duquel trois mandats d’arrêts successifs sont décernés. Le procès (affaire contre Kahn et autres. Pendaisons de Tulle) s’ouvre à Bordeaux le 4 juillet 1951 et le verdict est prononcé le lendemain. Seules cinq personnes y sont accusées : quatre officiers de la division Das Reich - Lammerding, Aurel Kowatsch, chef d’état-major de la division, Heinrich Wulf, commandant de la section de reconnaissance, Otto Hoff, commandant de la section de pionniers qui a procédé aux pendaisons, et une employée allemande de la Manufacture d’armes de Tulle, Paula Geissler. Cette dernière n’est accusée que de n’avoir pas sauvé un ingénieur de la MAT, ce qu’elle aurait pu faire sans courir de risque personnel. Curieusement, le tribunal omet de mettre en accusation la centaine d’acteurs, les membres du commando d’exécution qui auraient pu être décelés facilement.

Lammerding et Kowatsch, ce dernier tué en mars 1945 à la frontière hongroise, sont condamnés à mort par contumace ; Hoff et Wulf écopent de dix ans de travaux forcés et Paula Geissler de trois ans de prison. Après un appel devant le tribunal de Marseille, la peine de Hoff est réduite, le 27 mai 1952 à cinq ans absorbés par la détention déjà effectuée. Hoff est donc libéré au prononcé du jugement d’appel, comme l’avait été, la semaine précédente, Wulf, gracié par le président de la république Vincent Auriol. Après sa condamnation à mort, Lammerding fait l’objet d’une demande d’extradition du gouvernement français auprès des troupes d’occupation britanniques fin janvier 1953 et le Haut-Commissariat britannique décerne à son tour un mandat d’arrêt à son encontre le 27 février 1953, conformément à la loi n° 10 du Conseil de contrôle allié. Il n’y a aucune suite à ces demandes et Lammerding n’a jamais été inquiété par la justice85.

Jusqu’à sa mort, Lammerding a nié toute responsabilité dans le massacre de Tulle, en déclarant que l’initiative avait été prise par le SS-Sturmbannführer Kowatsch : « connaissant la hiérarchie rigoureuse et la discipline terriblement rigide qui régnaient dans le corps des SS, une telle affirmation ne mérite aucun crédit86. » Après avoir également nié, dans un premier temps, sa présence à Tulle, il a affirmé qu’il n’y était arrivé que tard dans l’après-midi, après les pendaisons : or l’ordre du jour de la division pour le 10 juin 1944 est rédigé par Lammerding à Tulle et daté du 9 juin à douze heures quinze ; cette mention « a été plus tard surchargée à la main en vingt-trois heures quinze86. » La présence de Lammerding à Tulle aux environs de midi le 9 juin est également attestée par le médecin militaire de la garnison allemande, le Dr Schmidt87.

Une procédure est ouverte à l’encontre de Lammerding par le Zentralstelle in Nordrhein-Westfalen en décembre 1961, procédure au cours de laquelle Lammerding est interrogé en février 1962 ; le 9 octobre 1962 le directeur du Zentralstelle des Landes NRW für die Bearbeitung nazionalsozialistischer Massenverbrechen signifie l’arrêt des poursuites en se basant sur la seule version des événements de Lammerding88.

Ce n’est qu’au détour d’une procédure au civil, intentée à Düsseldorf par Lammerding contre l’hebdomadaire communiste Die Tat, qui l’avait accusé dans son édition du17 juillet 1965 d’avoir été condamné à mort en France pour le meurtre de nombreux otages, que la justice allemande établit, sans conséquences concrètes toutefois, la responsabilité de Lammerding dans le massacre de Tulle.
Les attendus du jugement qui déboute Lammerding sont particulièrement clairs : « Un groupe de 120 hommes, la plupart jeunes, furent sélectionnés, leur groupe fut réduit sur l’intervention de plusieurs citoyens français de cette ville au chiffre de 99. Ces 99 furent tués d’une manière cruelle, sans jugement et sans qu’on leur ait prouvé leur participation à l’attaque des partisans la veille. Son affirmation [celle de Lammerding] selon laquelle il se serait agi dans le chef des 99 tués de partisans et non pas d’otages, est inexacte. Par ailleurs, il ne la maintient plus. [...] Ici, les suppliciés ont été tués en vengeance pour des attaques de partisans déjà commises et comme dissuasion pour des attaques de partisans futures. On peut à juste titre appeler la mise à mort de telles personnes civiles de meurtres d’otages, puisque ces mises à mort sont encore plus abjectes que la mise à mort de véritables otages88. »

Une dernière tentative pour traduire Lammerding devant la justice fait suite à la publication de l’ouvrage de Jacques Delarue, Trafics et crimes sous l’occupation, en 1968. À la suite de cette parution, le député-maire socialiste de Tulle, Montalat, demande le 11 octobre 1968 que le gouvernement français exige de la République fédérale allemande d’introduire une procédure en Allemagne contre Lammerding et estime cette procédure d’autant plus impérieuse que le premier volume d’une apologie de la division Das Reich vient de paraître (sous la plume d’Otto Weidinger) en Allemagne. Comme les précédentes, cette tentative reste sans suite88

En 2008, le Sénat a adopté un projet de loi portant adaptation du droit pénal français à celui de la Cour pénale internationale89. Cette adaptation, partielle, stipule entre autres laprescription des crimes de guerre par trente ans (article 462-10). Ce texte a suscité l’indignation du collectif « Maquis de Corrèze », dirigé par le député honoraire Pierre Pranchère, car son adoption aurait pour conséquence directe l’amnistie pour les responsables des massacres de Tulle, Oradour-sur-Glane et Maillé90.

Notes

  1. ↑ ancien commandant des Einsatzkommandos 5, puis 4b de l’Einsatzgruppe C
  2. ↑ Une première réunion a lieu le 17 avril 1944, selon Jean-Jacques Fouché et Gilbert Beaubatie, Tulle. Nouveaux regards sur les pendaisons et les événements de juin 1944, Éditions Lucien Souny, 2008, p. 41
  3. ↑ Ce fait n’est pas mentionné par Trouillé selon lequel les Allemands tentent une sortie en force à coups de mitraillettes et de grenades, P. Trouillé, op. cit., p. 152
  4. ↑ Elle lui rend visite en 1978 lors d’un séjour à Tulle « dans un but touristique », qui déclenche de vives protestations, J.J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 278-279
  5. ↑ Selon Élie Constans, Philomène Joutet, capurée par des éléments de la division SS Das Reich lors du massacre de Gabaudet à Issendolus et dont le fils et la fille avait été massacrés la veille,eut la corde passée au cou mais ne fut pas pendue; elle fit partie des otages libérés, Élie Constans, La tragédie de Gabaudet-Donnadieu, 1994, p. 52-53
  6. ↑ Un otage d’origine alsacienne a été libéré suite à l’intervention d’un membre de la Das Reich, Elimar (Sadi) Schneid, B. Kartheuser, op. cit., t. 3, p. 449
  7. ↑ D’après B. Kartheuser, qui est le seul à mentionner cette hypothèse, certains otages sont sauvés suite à l’action du docteur Pouget et de l’infirmière Arnal, qui leur font une piqûre provoquant une fièvre immédiate, puis les font évacuer sur un brancard en tant que malades
  8. ↑ Les représailles ne sont explicitement interdites que par les 4 Conventions de Genève de 1949 sur la protection des victimes de la guerre

Références

  1.  Peter Lieb, Répression et massacres. L’occupant allemand face à la résistance française, 1943-1944, in Gaël Eismann et Stefan Maertens (dir.), Occupation et répression militaires allemandes, 1939-1945, Autrement, coll. Mémoires/Histoire, Paris, 2006, p. 181
  2.  P. Lieb, op. cit, p.176-177
  3.  Guy Penaud, La « Das Reich » 2e SS Panzer Division, La Lauze, 2005 (ISBN 2912032768), p.65-8, 109-57, 175-231
  4. ↑ a et b Jean-Jacques Fouché, Oradour, Paris, Liana Lévi, 2001, p. 55-56
  5.  G. Penaud, op. cit., p.72-107 et 159-179
  6.  Bruno Kartheuser, Walter, SD à Tulle : la tragédie du 9 juin, t. 3, Les pendaisons de Tulle, Neundorf, Krautgarten, 2004, p. 148-152
  7.  B. Kartheuser, op. cit., t. 3, p. 33
  8. ↑ a et b J.J. Fouché, op. cit., p. 64
  9.  Sur la division Brehmer, voir notamment B. Kartheuser, op. cit., t. 3, p. 75-90
  10.  Jacques Delarue, Crimes et Trafics sous l’occupation, Paris, Fayard, Le livre de poche, 1971, p. 346
  11.  Bruno Kartheuser, op. cit., t. 3, p. 304.
  12.  J. Delarue, op. cit., p. 345.
  13.  J. Delarue, op. cit., p. 347.
  14.  B. Kartheuser, op. cit., t. 3, p. 93.
  15.  J. Delarue, op. cit., pp. 348-50.
  16.  Jean-Jacques Fouché, Gilbert Beaubatie, Tulle. Nouveaux regards sur les pendaisons et les événements de juin 1944, Éditions Lucien Souny, 2008, p. 59.
  17.  Une fusillade nourrie me fait sauter du lit. Le jour point, il est cinq heures, Pierre Trouillé, Journal d’un préfet pendant l’Occupation, Paris, Gallimard, coll. J’ai Lu, 1964, p. 137.
  18. ↑ abcd et e J. Delarue, op. cit., T. 4, pp. 350-59.
  19.  P. Trouillé, op. cit., p. 139
  20.  J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 73.
  21.  J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., pp. 79-80.
  22.  J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p.78
  23.  J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 77
  24.  B. Kartheuser, T. 3, op. cit., p. 320
  25.  P. Trouillé, op. cit., p. 146
  26.  B. Kartheuser, op. cit., t. 3, p. 342
  27.  Sarah Farmer, Oradour : arrêt sur mémoire, Paris, Calmann-Lévy, coll. Essai/histoire, 1994, p. 59
  28.  G. Penaud, op. cit., p.198
  29.  Sauf mention contraire, cette section est écrite sur la base de J. Delarue, op. cit., p.358-365
  30.   »Journal d’un préfet pendant l’occupation ; Corrèze 1944″, Pierre Trouillé, Gallimard, 1964.
  31.  .J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 137
  32.  P. Trouillé, op. cit., p. 168
  33.  J.J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 131
  34.  Jacques-Louis Bourdelle, Départs – Récits, Rougerie, s. l., s. d., p. 28
  35. ↑ a et b J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 1333-136
  36.  A. Soulier, op. cit., p.9-10
  37. ↑ ab et c J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 151-153
  38. ↑ a et b J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 154
  39.  J.J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 158-159
  40.  Jean Espinasse, Tulle le 9 juin 1944, La Table Ronde, 1994, p. 26
  41.  A. Soulier, op. cit., p.12
  42.  J.J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 155
  43.  J. Espinasse, op. cit., p.27
  44.  P. Trouillé, op. cit., p. 172
  45.  J. Delarue, op. cit. , p. 381
  46.  J.L. Bourdelle, cité par J.J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 159
  47.  J. Delarue, op. cit., p. 373-374
  48.  Sauf mention contraire, la présente section est rédigée sur la base de J. Delarue, op. cit., p.382-394
  49.  J. Espinasse, op. cit., p. 29
  50. ↑ ab et c J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 163-170
  51.  J. Delarue, op. cit., p. 385
  52.  Témoignage du colonel Bouty, cité par P. Trouillé, op. cit., p. 176
  53.  J. Espinasse, op. cit..’, p. 33-34
  54.  J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 171
  55.  J. Espinasse, op. cit.’, p. 37 et seq.
  56.  P. Trouillé, op. cit., p.176-183
  57.  Bruno Kartheuser, Walter, SD à Tulle : la tragédie du 9 juin, t. 4, Crime sans châtiment, Neundorf, Krautgarten, 2008, p.197-215
  58.  J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 174
  59.  J. J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 174-176
  60.  B. Kartheuser, op. cit., t. 3, p.454-457
  61.  P. Lieb, op.cit., p. 181
  62.  P. Trouillé, op. cit., p. 207-208
  63.  B. Kartheuser, op. cit., t. 3., p. 498-506
  64.  P. Trouillé, op. cit., p. 278-279
  65.  J.J. Fouché, op. cit., p. 65″.
  66.  Marjorie Courtoy, La question des otages en Belgique pendant la seconde guerre mondiale, in Gaël Eismann et Stefan Maertens (dir.), Occupation et répression militaires allemandes, 1939-1945, Autrement, coll. Mémoires/Histoire, Paris, 2006, p. 125-126
  67.  Texte de la convention [archive]
  68.  Éric David, Principes de droit des conflits armés, Bruxelles, Bruylant, 2008, p. 143
  69.  B. Kartheuser, T. 3, op. cit, p. 15
  70.  B. Kartheuser, T. 1, op. cit., p. 11
  71.  Otto Weidinger, Tulle et Oradour, une tragédie franco-allemande, s. l., auto-édité, s. d., 62 p.
  72.  Sadi Schneid, SS-Beutedeutscher. Weg und Wandlung eines Elsässers, Lindhorst, Askania, 1979
  73. ↑ a et b B. Kartheuser, T. 3, op. cit., p. 357
  74.  Herbert Taege, Wo ist Kain? Enthüllungen und Dokument zum Komplex Tulle+Oradour, Lindhorst, Askania
  75.  Eberhard, Jaeckel, La France dans l’Europe de Hitler, Paris, Fayard, 1968, cité par S. Farmer, op. cit., p. 59
  76.  G. Penaud, op. cit, p. 195
  77.  Voir le texte de la convention [archive]
  78.  B. Kartheuser, T. 3, op. cit., p. 341-342
  79.  B. Kartheuser, T. 3, op. cit., p.359
  80.  B. Kartheuser, T. 3, op. cit., p. 363
  81. ↑ a et b B. Kartheuser, T. 3, op. cit., p. 357-364
  82.  sauf mention contraire, la présente section est basée sur G. Penaud, op. cit, p 491-499
  83.  G. Penaud, op. cit., p.492
  84.  B. Kartheuser, op.cit., T. 4, p.262
  85.  B. kartheuser, op.cit., T. 4, p. 309-313
  86. ↑ a et b J. Delarue, op. cit., p. 368-370
  87.  J. Delarue, op. cit., p. 377
  88. ↑ ab et c B. Kartheuser, op. cit., T. 4, p. 339-343
  89.  Voir le dossier du Sénat Projet de loi portant adaptation du droit pénal français à la CPI [archive]
  90.  Voir la lettre du collectif « Maquis de la Corrèze » sur le site du PRCFPRCF / Maquis de Corrèze [archive]
  91. ↑ abcdef et g B. Kartheuser, T. 1, op. cit., p.8-10
  92.  B. Kartheuser, T. 4, op. cit., p.197-215
  93.  J. Espinasse, op. cit., p. 47
  94.  J. Espinasse, op. cit., p. 58 et73
  95.  . J. Espinasse, op. cit., p. 69 et 74
  96.  B. Kartheuser, op. cit., t. 4, p.16
  97.  B. Kartheuser, op. cit., t. 3, p. 349
  98.  J.J. Fouché, G. Beaubatie, op. cit., p. 235-243
  99.  Sur cet épisode, voir B. Kartheuser, op. cit., t. 4, p. 343 et sq
  100.  Jean-Macques Marie, Nouveaux regards et vieilles questions…, in La quinzaine littéraire, Paris, septembre 2008
  101.  Google Maps [archive] Rue du 9-Juin-1944, TulleCorrèzeLimousinFrance.

Bombardements de Nuremberg

Classé sous — milguerres @ 12 h 45 min

 

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     Chronologie de la Seconde Guerre mondiale   

Bombardements de Nuremberg

Bombardement du 30 au 31 mars 1944

Le bombardement effectué dans la nuit du 30 au 31 mars 1944 fut une des missions de bombardement stratégique par la Royal Air Force pendant la Seconde Guerre mondiale sur cette ville qui a subi plusieurs dizaines d’attaques aériennes au cours de ce conflit, principalement en 1944 et 1945.
Celle du 31 mars 1944 se soldera par les plus importantes pertes que l’aviation britannique a subi depuis le début de ce conflit en une seule nuit.

La mission

898 appareils britanniques étaient prévus au départ soit la presque totalité des bombardiers du Royal Air Force Bomber Command escorté par environ 80 De Havilland Mosquito ainsi que 10 avions de l’USAAF.
La formation commença à décoller à 22 heures. 55 appareils rebroussèrent chemin pour défaillances techniques, les 843 restant se dirigeant vers l’Allemagne. La flotte occupait dans le ciel un espace de 105 km de long, 16 de large et 1 600 m de profondeur progressant à la vitesse de 6,5 km par minute.

La route suivie consistait à regrouper la flotte sur la Naze, un promontoire de la côte Est de l’Angleterre d’où elle décollerait, lui faire traverser la côte belge près de Bruges et piquer directement sur Charleroi en Belgique. A Charleroi, la flotte de bombardiers poursuivrait en droite ligne sur 430 kilomètres jusqu’à Fulda. Là, elle changerait de cap et volerait directement sur Nuremberg.
Cette route passait non loin des principales bases de chasseurs de nuit de la Luftwaffe et survolait une zone près de Cologne surnommée la Flak Valley en raison d’une DCA particulièrement efficace ; cette tactique d’une seule grande formation était inhabituelle, le maréchal Arthur Travers Harris avait lui même récemment ordonné, en raison des lourdes pertes subies lors des raids précédents provoquées par la Défense du Reich, que dorénavant les formations se diviseraient afin d’approcher leur cible de différentes directions et fragmenter la défense ennemie. De plus les conditions météorologiques étaient en faveur de la défense.
La formation qui approchait de Nuremberg à 01h10 ne comprenait plus que 643 bombardiers, 20 % de la flotte ayant été mis hors de combat par les pertes et les défaillances techniques. En raison d’un mauvais balisage, des zones industrielles périphériques furent bombardées par 910 tonnes d’explosifs et 1 176 tonnes de bombes incendiaires.
L’aller et le retour furent un cauchemar pour les équipages alliés harcelés par la Luftwaffe qui avait rassemblé tous ses chasseurs basés en Europe de l’Ouest.

Quatre missions de diversion furent effectuées lors cette opération pour tenter de distraire l’aviation allemande sans succès.
Il semble que l’objectif principal fut de provoquer la chasse de la Luftwaffe afin de la détruire au sol et en vol par l’escorte de Mosquitos qui accompagnait les bombardiers. Mais les mesures de guerre électronique et de brouillage alliés furent inefficaces, tandis que la chasse de nuit allemande équipée de nouveaux radars déjouait les tentatives d’interception.
Les Allemands étaient-ils au courant de cette attaque ? Très probablement selon diverses sources officielles. Était-ce une ruse très risquée des services de renseignements britanniques destinée à l’opération Fortitude ? Cela fait toujours l’objet de spéculations.

Pertes
Pertes du Bomber Command :
108 avions détruits
71 endommagés
745 hommes d’équipages tués ou blessés
159 prisonniers de guerre
une source semi-officielle parle de 66 avions écrasés en Angleterre sur le chemin du retour contre 10 officiellement et un total de 178 avions perdus

Pertes allemandes :
5 avions détruits
8 endommagés
129 morts civils et militaires
zones industrielles de Nuremberg endommagées
130 maisons détruites, 879 endommagées modérément et 2 505 légèrement

Bombardement du 2 janvier 1945

Le bombardement de Nuremberg le plus important, dans la nuit du 2 janvier 1945, effectué en 40 minutes par 521 avions anglais, fit 1 794 morts, plus de 3 000 blessés, 100 000 sans abris.

source 
wikipedia 

Nuremberg vu par
Le Matin (Paris. 1884) JOURNAL COLLABO !!! 
1944/04/01 (Numéro 21757)-1944/04/02 source gallica bnf 

Bombardements de Nuremberg nuremb10

 

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Chronologie de la Seconde Guerre mondiale   

27 mars 2013

Hermann Göring

Classé sous — milguerres @ 17 h 36 min

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Ceux que l’on maudirait !

Incendie du Reichstag

 

 Hermann Wilhelm Göring ou Goering  (né le 12 janvier 1893 à Rosenheim ; mort par suicide le 15 octobre 1946 à Nuremberg) était un militaire et un homme politique allemand de premier plan du Parti national-socialiste et du gouvernement du Troisième Reich.

Commandant en chef de la Luftwaffe et ministre de l’Air, il fut condamné à mort à l’issue du procès de Nuremberg en raison de son implication dans les crimes du régime nazi.

Incendie du Reichstag :  Le Reichstag est incendié pendant la nuit du 27 au 28 février 1933 par un militant communiste hollandais, Marinus Van der Lubbe ; selon certaines sources, les pistes remonteraient à Göring comme organisateur du complot, bien qu’aucune preuve formelle ne puisse être avancée, et provoque une vague d’assassinats. Si Göring s’est parfois vanté en privé d’être le responsable de l’incendie, à en croire Hermann Rauschning (auteur tenu en suspicion par plusieurs historiens), des historiens comme Ian Kershaw pensent qu’il s’agit là de ses fanfaronnades habituelles, et que les nazis ont exploité l’incendie du Reichstag par un déséquilibré communiste sans l’avoir organisé eux-mêmes

Hermann Göring

File:Bundesarchiv Bild 102-13805, Hermann Göring.jpg
Hermann Göring en août 1932.

Fonctions

Ministre de l’Air

mars 1933 – avril 1945

Gouvernement Cabinet Hitler
Prédécesseur Paul Bis von Hingenr
Successeur Robert Ritter von Greim

Ministre de l’Économie

1937 – 1938

Prédécesseur Hjalmar Schacht
Successeur Walther Funk

Ministre-président de Prusse

11 avril 1933 – 24 avril 1945

Prédécesseur Franz von Papen
Successeur Suppression de la Prusse

Reichsstatthalter de Prusse

1935 – 1945

Prédécesseur Adolf Hitler
Successeur Suppression de la Prusse

Président du Reichstag

30 août 1932 – 24 avril 1945

Président Paul von Hindenburg
Adolf Hitler
Chancelier Heinrich Brüning
Franz von Papen
Kurt von Schleicher
Adolf Hitler
Prédécesseur Paul Löbe
Successeur Aucun

Ministre des Forêts

1934 – 1945

Prédécesseur Poste créé
Successeur Poste supprimé

Député
représentant la 4e circonscription de Potsdam

20 mars 1928 – 24 avril 19451

Élection 20 mars 1928
Réélection 20 mars 1928 • 14 sept. 1930
31 juillet 1932 • 6 novembre 1932
5 mars 1933 • 12 novembre 1933
29 mars 1936 • 10 avril 1938

Biographie

Date de naissance 12 janvier 1893
Lieu de naissance Rosenheim (Empire allemand)
Date de décès 15 octobre 1946 (à 53 ans)
Lieu de décès Nuremberg (Allemagne sous occupation alliée)
Parti politique NSDAP
Conjoint Carin von Kantznow (1923-1931, décédée)
Emmy Sonnemann (1935-1946)
Profession Aviateur
Homme politique

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Incendie du Reichstag

Classé sous — milguerres @ 9 h 53 min


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Incendie du Reichstag

File:Reichstagsbrand.jpg


L’incendie du Reichstag, ou Reichstagsbrand en allemand, est l’incendie criminel du palais du Reichstag, siège du parlement allemand à Berlin, dans la nuit du 27 au 28 février 1933.

Immédiatement exploité par les nazis à des fins politiques, il est suivi par la proclamation de la Reichstagsbrandverordnung qui suspendsine die les libertés individuelles et par une campagne de répression dirigée contre les communistes allemands.

L’identité du ou des incendiaires a fait l’objet de nombreux débats. Les historiens sont toujours partagés entre la thèse l’attribuant au seulcommuniste conseilliste néerlandais Marinus van der Lubbe, et celle l’imputant aux nazis. À des fins de propagande, le nazi Hermann Göring présenta l’évènement comme le « début de la révolte communiste ».

File:Bundesarchiv Bild 146-1977-148-19A, Berlin, Reichstagsbrand.jpg

File:Marinus-van-der-lubbe.jpg

Lorsqu’il accepte le poste de chancelier du Reich, le 30 janvier 1933, Adolf Hitler exige que de nouvelles élections législatives soient organisées1, afin de renforcer le poids du parti nazi : celui-ci ne dispose que de deux ministres au sein du gouvernement2,N 1 et le résultat des élections législatives de novembre 1932 a confirmé la chute du vote en faveur des nazis par rapport au deuxième tour de l’élection présidentielle du 10 avril 1932 ou aux élections législatives de juillet 19323,N 2. Le 1er février, le président du Reich, Paul von Hindenburg signe le décret de dissolution des chambres, qui fixe la date des élections au 5 mars4.

La campagne électorale se déroule dans un climat d’intimidation. Utilisant les nouveaux pouvoirs dont il dispose en tant que chancelier, Hitler fait cesser la parution de journaux qui critiquent le gouvernement et les rassemblements publics sont prohibés dans plusieurs localités par les autorités ; les membres de la SA perturbent les réunions des adversaires politiques des nazis et passent à tabac nombre d’opposants5. Cette « brutalisation » de la campagne électorale est favorisée par le décret présidentiel du 4 février 1933 pour la protection du peuple allemand qui donne pleins pouvoirs au gouvernement pour interdire réunions et publications, et qui est largement utilisé par Hitler contre les communistes, les socialistes et les membres du Zentrum4 ; elle est également facilitée par la décision d’Hermann Göring, en tant que ministre de l’Intérieur de Prusse, de recruter 50 000 membres de la SA, de la SS et du Stahlhem comme auxiliaires de police, ce qui leur assure une totale impunité6.

Une intense campagne de propagande, soutenue par un apport de fonds considérable venant des milieux industriels7, est orchestrée par Joseph Goebbels. Un de ses points culminants est le discours prononcé par Hitler au palais des sports de Berlin, le 10 février, devant une foule immense et enthousiaste, discours rediffusé à travers toute l’Allemagne par la radio8.

File:Bundesarchiv Bild 102-14367, Berlin, Reichstag, ausgebrannte Loge.jpg

L’incendie et l’incendiaire[modifier]

Même la description factuelle de l’incendie est influencée par la thèse que soutiennent les auteurs qui relatent le sinistre, à savoir un acte individuel de Marinus van der Lubbe ou une mise en scène orchestrée par les nazis. Si les aveux de van der Lubbe sont repris par tous les spécialistes, leur interprétation suscite, elle aussi, de profondes divergences.

L’incendie[modifier]

Selon Richard J. Evans, partisan de la thèse de l’acte individuel, van der Lubbe s’introduit seul dans le Reichstag vers 21 h 00 ; il tente tout d’abord, sans succès, de bouter le feu au mobilier du restaurant avant de pénetrer dans la salle des débats, dont les tentures et les boiseries s’enflamment rapidement. Sous l’effet de la chaleur, la coupole qui surmonte la salle explose, créant un appel d’air qui transforme le départ de feu en brasier ; pendant ce temps, van der Lubbe tente d’allumer de nouveaux foyers dans d’autres pièces du Reichstag9.

Vers 21h15, un étudiant en théologie passant devant le Reichstag entend le bruit d’une vitre brisée10. Il alerte le gardien du parlement qui aperçoit une silhouette courant à l’intérieur du bâtiment en y boutant le feu10. Les pompiers et la police arrivent rapidement sur les lieux où ils constatent de nombreux départs de feu10. « Dans la salle Bismarck, située au nord de l’édifice, un homme jaillit soudain, torse nu, ruisselant de sueur, l’air égaré, avec un regard halluciné10. ».

Incendie du Reichstag ELS-093_Marinus-van-der-Lubbe-on-trial

Marinus van der Lubbe on trial for the Reichstag fire of February 27, 1933 
Stefan Lorant Collection 
Elson, p. 93

L’incendiaire

Cet homme, Marinus van der Lubbe, se laisse arrêter sans résistance et passe immédiatement aux aveux, affirmant que l’incendie est un geste de protestation et qu’il a agi seul11.

Exploitation politique par les nazis

« C’est un signe de Dieu, Herr Vice-Chancelier ! Si ce feu, comme je le crois, est l’œuvre des communistes, nous devons écraser cette peste meurtrière d’une main de fer ! »

— Hitler au vice-chancelier von Papen, le 28 février 193312.

Rudolf Diels, chef de la police prussienne, arrivé immédiatement sur les lieux est alors persuadé que Marinus van der Lubbe a agi seul.

Les nazis décident d’exploiter immédiatement l’évènement, et présentent l’incendie comme le signe avant-coureur d’un vaste « complot communiste ». Dès l’annonce de l’incendie et avant tout début d’enquête, la radio affirme que les communistes ont mis le feu au Reichstag13. Cette thèse est immédiatement reprise par Hermann Göring et Adolf Hitler ; elle sert de prétexte pour suspendre, via une législation d’exception, les libertés individuelles et elle constitue une base au procès qui s’ouvre à Leipzig le 21 septembre 1933.

La Reichstagsbrandverordnung

Dès le lendemain de l’incendie, le 28 février, Hindenburg, farouche opposant au communisme tombe dans le piège de la manipulation des nazis[réf. nécessaire] et signe un décret présidentiel « pour la protection du peuple et de l’État » : le Reichstagsbrandverordnung, qui suspend sine die les libertés individuelles et lance la chasse aux communistes. Dans la foulée, le gouvernement fait arrêter plus de 4 000 militants du Parti communiste d’Allemagne (KPD), dont son président Ernst Thälmann, ainsi que plusieurs dirigeants socialistes et intellectuels de gauche, au total plusieurs dizaines de milliers de personnes. Le journaliste vedette Egon Erwin Kisch est aussi arrêté. Ces opposants sont internés dans les premiers camps de concentration nazis, essentiellement à Dachau. La peine de mort est introduite avec effet rétroactif. Ce décret qui marque la fin de la démocratie reste en vigueur jusqu’en 1945.

Le procès

Le procès s’ouvre le 21 septembre 1933 à Leipzig. Sur le banc des accusés figurent, outre Marinus van der Lubbe, l’ancien chef de groupe du parti communiste allemand, Ernst Torgler, et trois communistes bulgares, dont Georgi Mikhailov Dimitrov14, futur secrétaire général du Komintern et futur premier ministre du gouvernement communiste bulgare. Marinus van der Lubbe innocente ses co-accusés, et répète qu’il a agi seul.

Pugnace, luttant pied à pied, tenant tête par sa rhétorique à Goebbels et à Göring à qui il fait perdre son calme, Dimitrov, qui a appris l’allemand durant les mois de prisons précédant la condamnation, fait voler en éclat la thèse officielle et transforme le procès en tribune antinazie14. Marinus van der Lubbe est condamné à mort et décapité le 10 janvier 1934, les quatre autres accusés sont acquittés14. Ce verdict, qui ôte toute base à la thèse officielle des nazis, ne les empêchera pas de maintenir leur interprétation.

Le 21 avril 1967, un tribunal de Berlin, à titre posthume et symbolique, transforme la condamnation à mort de van der Lubbe à huit ans de prison pour « tentative d’incendie avec effraction ». En 1980, Robert Kempner, un des procureurs américains des procès de Nuremberg, convaincu de l’innocence de Marinus van der Lubbe, obtient son acquittement, mais ce verdict est cassé un an plus tard en appel. Finalement, le 10 janvier 2008, les services du procureur fédéral allemand, jugeant la condamnation officiellement « illégale » annulent le verdict soixante-quinze ans après15.

Controverses

Une manœuvre des nazis

La version officielle est immédiatement contredite, au cours même du procès, par l’accusé Georgi Mikhailov Dimitrov, ce qui lui vaut une renommée mondiale, Allemagne comprise16. Puis Willi Münzenberg dans son Livre brun17 attribue la responsabilité de l’incendie aux nazis, ayant voulu par là se créer un prétexte pour déclencher une vague de répression. La parution du Livre brun est suivie, en septembre 1933, par un procès organisé à Londres par un comité antifasciste international, qui s’affirme selon les mots duprocureur comme « un simulacre de procès [qui] ne saurait avoir de validité juridique et n’avait d’autre but que de servir la vérité que les circonstances empêchaient d’éclater en Allemagne »18.

« Quel était à Berlin, le 27 février au soir, l’homme qui détenait les clés du Reichstag ?
Quel était l’homme qui en commandait la police ?
Quel était l’homme qui pouvait en activer ou en arrêter la surveillance ?
Quel était l’homme qui détenait la clé du souterrain par lequel on semble avoir pénétré ?
Cet homme, c’était à la fois le ministre de l’Intérieur de Prusse et le président du Reichstag : c’était Hermann Göring »

— Me de Moro-Giafferi, Londres, 11 septembre 193319.

Pour Pierre Milza, Marinus van der Lubbe aurait été manipulé par les nazis20 : « Utilisant le délire pyromane d’un jeune chômeur d’origine hollandaise, Marinus van der Lubbe, qui se dit communiste, les hommes de Göring l’ont laissé allumer un petit incendie dans le palais du Reichstag, tandis qu’eux-mêmes inondaient les sous-sols d’essence21. »François Delpla penche lui aussi pour une manipulation de Marinus van der Lubbe par les nazis, par le biais d’un agent infiltré dans les milieux de l’ultra-gauche, lui faisant croire que l’incendie allait créer un soulèvement populaire contre Hitler. Il reproche aux tenants de la thèse de l’incendiaire isolé de croire que l’absence de preuves de complicités prouve l’absence de complicités22.

Jacques Delarue estime que l’incendie a été perpétré par un commando de membres de la SA, dirigé par Karl Ernst et Edmund Heines, à l’initiative d’ Hermann Göring23. PourFrançois Kersaudy, Göring n’y est pas mêlé, et seuls Goebbels et Karl Ernst ont commandité l’incendie24. Pour Gilbert Badia, il est impossible qu’un homme isolé comme van der Lubbe, dépourvu de tout soutien ait seul perpétré l’incendie, notamment compte tenu du fait qu’ « on trouva dans le Reichstag assez de matériel incendiaire pour remplir un camion » et d’une déclaration de Göring au général Hadler lors de laquelle il affirme que « le seul qui connaisse bien le Reichstag, c’est moi ; j’y ai mis le feu »25.

En 2001, en se basant à la fois sur les circonstances matérielles de l’incendie et sur des archives de la Gestapo conservées à Moscou et accessibles aux chercheurs depuis 1990, Bahar et Kugel reprennent la thèse selon laquelle le feu a été mis au Reichstag par un groupe de SA agissant sous les ordres directs de Göring26.

Un acte isolé

En 1933 un « Comité International Van der Lubbe » est créé pour défendre l’incendiaire. Selon le Comité, Marinus van der Lubbe a agi seul pour dénoncer l’arrivée au pouvoir des nazis par la voie légale. Dans cette logique, Van der Lubbe est vu comme un des premiers résistants anti-nazis, qui « affirmait à sa façon l’urgente nécessité d’une insurrection contre le fascisme meurtrier »27.

En 1960, dans le Spiegel, puis en 1962, dans son livre Der Reichsbrand. Legende und Wirklichkeit 28, Fritz Tobias affirme que la thèse du complot nazi est aussi infondée que celle du complot communiste. Il qualifie de fallacieux les documents du Livre brun qui servait de base au dossier antinazi29. Selon Ian Kershaw, les conclusions de Tobias sont désormais largement acceptées30. Selon lui, la surprise et l’hystérie qui s’emparent des plus hauts dirigeants nazis la nuit de l’incendie, à commencer par Hitler lui-même, est un signe du caractère inattendu de l’évènement et du fait que l’incendie est bien le fait du seul Marinus van der Lubbe31.

« Les premiers membres de la police à interroger van der Lubbe, aussitôt appréhendé et clamant haut et fort sa « protestation », n’avaient aucun doute : il avait agi seul, personne d’autre n’était impliqué dans l’incendie. Mais Göring, dont la première réaction en apprenant l’incendie semble avoir été pour s’inquiéter des précieuses tapisseries du bâtiment, se laissa facilement convaincre par les autorités sur place que l’incendie était le fruit d’un complot communiste. Hitler, qui arriva vers 22 h 30, soit une heure environ après Göring, se laissa rapidement persuader de tirer la même conclusion. Göring lui expliqua que l’incendie était sans conteste l’œuvre des communistes. L’un des incendiaires avait déjà été arrêté, tandis que plusieurs députés communistes se trouvaient dans le bâtiment quelques minutes à peine avant l’embrasement32. »

L’analyse de Kershaw est vigoureusement contestée par Lionel Richard33. Pour Richard, « les analyses de Tobias, déjà fortement mises en cause par un groupe d’historiens quand elles ont été publiées, ne jouissent plus d’aucun crédit. Il a été démontré que son information documentaire n’était pas fiable. En l’occurrence, Kershaw aurait pu, au moins, prendre sérieusement en considération les travaux d’Alexander Bahar34. »

Notes

  1. ↑ Wilhelm Frick à l’Intérieur et Hermann Göring, ministre sans portefeuille.
  2. ↑ 36,8 % en avril, 37,3 % en juillet, et 33,1 % en novembre.
File:-VO zum Schutz von Volk und Staat 1933 2.JPG
sources
wikipedia

22 mars 2013

Défaite allemande à Stalingrad

Classé sous — milguerres @ 23 h 23 min

 

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

 

 Défaite allemande à Stalingrad stalingrad-4319

Défaite allemande à Stalingrad

 

stalingrad_libre18

Le 24 janvier, Von Paulus demanda à Hitler l’autorisation de capituler, qui lui fut refusée. Le 25 janvier 1943, les Allemands ne détenaient plus qu’une zone de 100 kilomètres carrés.
Le 26 janvier, à la suite d’une attaque de Rokossovski, la VIème armée dut se scinder en deux parties, un groupement Sud, dans le centre de la ville, sous les ordres directs de Paulus, et un groupement Nord, dans le secteur de l’usine Barricade et de l’usine de tracteurs, sous les ordres du général Strecker. 

Les Russes déclenchèrent alors l’opération « Cercle ». Le 27 janvier 1943, les Russes commençèrent à nettoyer les poches de résistance Allemandes. Les troupes allemandes étaient alors affamées et décimées.
Le 31 janvier 1943, le groupement Sud capitula.
Le 2 février 1943, Paulus(groupement Nord) se rendit au Haut Commandement Soviétique. 

La Bataille de Stalingrad était finie. Les Soviétiques s’emparèrent de 60 000 véhicules, de 1 500 chars, et de 6 000 canons. 
Les Russes firent 94 000 prisonniers(à peine 5% reviendront vivants après la guerre), dont 2 500 officiers, 24 généraux et Von Paulus lui-même, qui avait été récemment promu maréchal par Hitler. La bataille avait fait 140 000 tués, blessés et gelés. Les Russes avaient perdu 200 000 hommes.

 

 

 

 

LES CONSEQUENCES
La défaite de la bataille de Stalingrad marque pour les Allemands le début de la fin. Même si le général Paulus tenait les neuf dixièmes de la ville les forces de l’Axe n’ont rien pu faire contre l’extraordinaire force morale russe. À partir du 2 février 1943, les forces allemandes commencèrent à reculer et jamais ne reprirent l’avantage.

 paulus

Il avait déposé les armes la veille. Prisonnier, il devint même un critique du régime nazi, servant la propagande de guerre soviétique.

Il fut ensuite un témoin à charge lors des procès de Nuremberg.

source :

http://www.mosaique.levillage.org/miroirs/stalingrad.htm

http://www.lessignets.com/signetsdiane/calendrier/janvier/31.htm 

 

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Opération Frankton

Classé sous — milguerres @ 21 h 36 min

 

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

 

Opération Frankton operation-franktonL’opération Frankton est une opération militaire de la Seconde Guerre mondiale, menée par un groupe de dix hommes de la Royal Marines Boom Patrol Detachment, un détachement de commando de marine. L’opération qui commence le7 décembre 1942 par la mise à l’eau de cinq kayaks (dix hommes) au large de Montalivet a pour but l’attaque des navires de l’Axe, basés dans le port de Bordeaux.

 

Contexte

L’opération Frankton est conçue pour répondre aux désirs de Lord Selborne, ministre de la Guerre économique du gouvernement de Winston Churchill, qui demande, en mai 1942, qu’on prenne des mesures pour attaquer les navires de l’Axe, basés dans le port de Bordeaux, dont on sait qu’ils forcent le blocus entre la France et l’Extrême-Orient. Ces convois transportent des armes à destination du Japon et reviennent d’Extrême-Orient avec du caoutchouc.

Cette opération audacieuse par sa conception, par le soin de sa préparation et le courage de son exécution ne fut dépassée par aucune autre du même genre. Un officier allemand l’a décrite comme « le plus remarquable raid de commando de la guerre »[réf. nécessaire].

Le plan

Le plan consiste, en bref, à ce qu’un officier et onze autres hommes des Royal Marines remontent la Gironde dans de petits canots, ne circulant que pendant la nuit, et placent des mines limpets ou bâtons d’explosifs aimantés sur la ligne de flottaison des navires qu’ils trouveront dans le port de Bordeaux. Les canots seront amenés jusqu’à moins de neuf milles de l’embouchure de la Gironde dans un sous-marin effectuant son service normal de patrouille et n’auront pas besoin d’être spécialement conçus.

La mission

Dans la soirée du 7 décembre 1942, le sous-marin britannique HMS Tuna met cinq kayaks à l’eau (Catfish, Coalfish, Crayfish, Cuttlefish, Conger) et ses dix hommes d’équipage au large de Montalivet-Soulac (département de la Gironde). Le sixième kayak (Cachalot) ayant été déchiré lors de la mise à l’eau, l’équipage (William Ellery et Eric Fisher) rentre enAngleterre à bord du sous-marin. L’ensemble du commando devait remonter l’estuaire en se cachant le jour, poser des mines sur les navires qu’il trouverait et abandonner leurs canots arrivés à Bordeaux. Une des cinq embarcations (Conger) disparaît en passant les remous de l’embouchure, une seconde (Coalfish) chavire peu après, abandonnant les deux membres de l’équipage à leur sort. Les trois autres kayaks (Catfish, Cuttlefish, Crayfish) sont portés par la marée près du Verdon et obligés de se glisser entre le môle et quatre navires ennemis à l’ancre. Peu après, l’un des trois kayaks (Cuttlefish) disparaît. Les deux kayaks restants, le Catfish (Hasler/Sparks) et le Crayfish (Laver/Mills), ne peuvent naviguer que de nuit et avec une marée favorable. Il leur faut passer la journée cachés dans les broussailles de la berge. La nuit du 11 décembre 1942 vers 21 heures, les deux kayaks se préparent à exécuter la dernière phase de leur mission. Le Catfish se dirige vers les quais de la rive gauche du port de Bordeaux et réussit à fixer des mines magnétiques sur trois grands navires amarrés. Le Crayfish reste sur Bassens et pose ses mines sur deux navires amarrés dans le môle. La mission accomplie, les quatre hommes ont seulement quelques heures pour s’enfuir de la région. Les explosions commencent le 12 décembre 1942 à partir de 7 heures du matin.

Le repli

Les quatre hommes descendent la Gironde jusqu’à Saint-Genès-de-Blaye en profitant de la marée descendante et du courant, coulent leurs embarcations et s’enfoncent dans les terres pour entreprendre un voyage de 160 km en zone occupée à pied jusqu’à Ruffec (Charente). Pour plus de sécurité les deux équipes se séparent. Le 14 décembre 1942, l’un des deux groupes (Laver et Mills) est repéré et dénoncé, près de Montlieu la Garde. Ils sont arrêtés et malgré leur uniforme de l’armée britannique seront considérés comme des terroristes (et non des militaires). Ils sont fusillés en mars 1943 à Paris.

L’autre groupe (Hasler et Sparks), aidé par la Résistance Française puis les réseaux Catalans et Républicains espagnols, rejoignent Gibraltar le 1er avril 1943, en passant parBlaye, Donnezac, Saint Germain de Vibrac, Saint Même les Carrières, Saint-Preuil, Ruffec (18 décembre 1942), bois de Benest, Marvaux (où ils restent cachés 42 jours),Roumazières, Limoges, Lyon, Marseille, Perpignan, Bañolas, Barcelone, Madrid et enfin Gibraltar.

Bilan de l’opération

Les mines ont explosé, quatre cargos, le Tannenfels, le Dresden, l’Alabama et le Portland, sont très sévèrement endommagés. Un sperrbrecher et le pétrolier Cap Hadid sont également touchés. Les pompiers français du port, sous l’autorité de l’ingénieur Raymond Brard alias colonel Raymond du Réseau Triangle-Phidias, sont immédiatement appelés, et selon un rapport français, ils ont contribué délibérément à aggraver les dommages en inondant les navires avec leurs lances afin de les faire chavirer.

État des navires

Le cargo Tannenfels donne fortement de la bande et ne tarde pas à sombrer. L’arrière du cargo Dresden, dont le blindage et l’arbre porte-hélice ont été transpercés, coule par le fond. Le cargo Alabama fut troué par les cinq limpets collés. Le cargo Portland est sérieusement endommagé, le feu causant beaucoup de dégâts. Ultérieurement, le Tannenfels, l’Alabama et le Portland seront écopés avec l’aide de plongeurs, remontés et mis en cale sèche pour subir d’importantes réparations. On ne sait pas avec précision ce qui arriva ausperrbrecher et au pétrolier Cap Hadid.

Le destin des hommes du commando

Des dix hommes qui ont participé à la mission, seul le Major H.G. « Blondie » Hasler et le caporal William Sparks en ont réchappé. Sur les huit autres 2 sont morts noyés, 6 sont capturés, puis fusillés. Ils faisaient partie des Royal Marines Boom Patrol Detachment, un des groupe des Commandos britanniques.

  • Kayak Catfish (Poisson-chat) :
    • Major H.G. « Blondie » Hasler (chef du commando),
    • Marine William E. Sparks londonien.

La mission accomplie, ils descendent la Gironde jusqu’à Saint-Genès-de-Blaye, coulent leur embarcation et s’enfoncent dans les terres et entreprennent un voyage, en zone occupée, à pied jusqu’à Ruffec (Charente). Aidés par la Résistance Française puis les réseauxCatalans et Républicains espagnols, ils rejoignent Gibraltar le 1er avril 1943.

  • Kayak Coalfish (Morue noire) :
    • Sergent Samuel Wallace, soldat de métier qui avait 12 ans de services. Célibataire irlandais originaire de Dublin.
    • Marine Robert Ewart, Écossais ayant habité Scone, Alloa puis Glasgow, était employé dans une usine de textiles. Lorsque la guerre éclata, il s’engagea dans les Royal Marines Boom Patrol Detachment.

Le Sergent Wallace et le Marine Ewart sont capturés le 8 décembre 1942 à la Pointe de Grave et fusillés sur ordre de l’Amiral Julius Bachmann dans la nuit du 11 au 12 décembreaprès de longs interrogatoires sans avoir parlé. Leur exécution a eu lieu à Blanquefort (Gironde, à proximité du château de Dehez servant aujourd’hui de lieu de commémoration. Le lieu de l’exécution est à situer dans l’enceinte du lycée jouxtant le domaine Dehez mais n’a rien à voir avec ce dernier alors occupé par un détachement italien. Le bunker servant de commémoration de nos jours est un dépôt de munitions italien.

  • Kayak Crayfish (Écrevisse) :
    • Caporal Albert Frédéric Laver, soldat de métier qui avait servi sur le Rodney l’année précédente contre le Bismarck, torturé et fusillé en mars 1943 à Paris.
    • Marine W.N. Mills, 21 ans, originaire de Kettering, employé dans un magasin d’article de sport, servit dans la défense civile avant de s’engager dans les Royal Marines. Torturé et fusillé en mars 1943 à Paris.

Le repli de Laver et Mills s’est achevé près de Montlieu La Garde où ils sont dénoncés, arrêtés par la gendarmerie qui les remet aux autorités d’occupation. Enfermés à Bordeaux avec Mackinnon et Conway, puis transférés à Paris au début de janvier, tous les quatre sont torturés et exécutés le 23 mars 1943. Gardés en vie pendant trois mois, sans doute parce que les services de renseignement allemands cherchaient à savoir par qui ils avaient été aidés durant leur repli, le Caporal Laver, le Marine Mills, le lieutenant Mackinnon et le Marine Conway sont morts sans avoir parlé.

  • Kayak Cuttlefish (Seiche) :
    • Lieutenant John MacKinnon (commandant en second),
    • Marine James Conway, 20 ans, originaire de Stockport dans le Cheshire, livreur de lait.

Le Lieutenant Mackinnon et le Marine Conway, ayant poursuivi seuls leur route sur la Gironde atteignent l’Ile Cazeau puis le Bec d’Ambès où leur embarcation coule, après avoir éperonné un obstacle sous-marin. Ils se replient à travers l’Entre-Deux-Mers jusqu’à Cessac où un couple de Français, M. et Mme Jaubert les hébergent trois jours à la métairie deSeguin. Après avoir quitté leurs hôtes, ils cherchent à gagner l’Espagne. Capturés par la gendarmerie française près de La Réole, le 28 décembre 1942, ils sont remis aux autorités allemandes qui les emmènent à Bordeaux où ils retrouvent Laver et Mills, puis transférés à Paris au début de janvier. Tous les quatre sont exécutés le 23 mars 1943.

  • Kayak Conger (Congre) :
    Le kayak chavire en traversant la barre au large de Soulac.

    • Caporal George Sheard, disparu dans la nuit du 7 au 8 décembre 1942, son corps n’a jamais été retrouvé.
    • Marine David Moffatt, né à Belfast, élevé dans le Yorkshire. Noyé, le corps de David Moffatt est découvert le 17 décembre 1942 près de La Pallice, sur Le Bois-Plage-en-Ré(ile de Ré) avec le kayak.
  • Kayak Cachalot (Cachalot) :
    • Marine William Ellery, londonien,
    • Marine Eric Fisher, originaire de West Bromwich dans la banlieue de Birmingham, réparateur de machine d’imprimerie,

Ils sont rentrés en Angleterre à bord du sous-marin HMS Tuna après que leur kayak a été déchiré lors de la mise à l’eau.

L’exécution des six Royal Marines pris en uniforme, en application de la directive secrète d’Hitler du 18 octobre 1942 concernant les commandos, constitue un crime de guerre dont l’Amiral Raeder eut à répondre au procès de Nuremberg en 1946 et l’Amiral Julius Bachmann au procès de Hambourg en 1948.

Commémorations

Le souvenir des héros de l’Opération Frankton est commémoré chaque année en France, notamment à Bordeaux, à Blanquefort, à Saint Georges de Didonne et à Ruffec.

Des plaques commémoratives ont été posées en Entre-Deux-Mers à Baigneaux et à Cessac. Hélas celle de Cessac, implantée au bord d’une piste cyclable, en vue de la métairie des Jaubert, a été vandalisée. Dans le cadre d’un projet de déplacement du monument aux morts de la guerre de 14-18, la municipalité de 2011, propose de poser une seconde plaque contre le mur de la mairie, au nouvel emplacement des commémorations.

 

File:Monument opération Frankton.JPG

Monument rendant hommage aux participants de l’opération Frankton à Saint-Georges-de-Didonne (Charente-Maritime).

File:Operation Frankton plaque 02 20060401.JPG.JPG

Text on public display describing the British Royal Navy’s World War II Operation Frankton of December 1942. St-Georges-de-Didonne, France.

File:Mark 2 canoe Cockle.jpg

Mark 2 Cockle canoe as used in Operation Frankton identified as Cachalot

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

19 mars 2013

Anne Frank

Classé sous — milguerres @ 23 h 32 min

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Anne Frank
Née à Francfort-sur-le-Main (Allemagne) le 12/06/1929
Morte à Bergen-Belsen (Allemagne) le 12/03/1945

Anne Frank sans_t14

Lors de l’arrivée au pouvoir d’Hitler en 1933, Anne Frank s’exile avec sa famille juive en Hollande. A partir de 1942, ils sont contraints à se cacher dans une arrière salle pour échapper aux rafles nazies. Dans cette « annexe », Anne tient un journal, qu’elle rédige en néerlandais, du 12 juin 1942* au 1er août 1944. Le 4 août, elle et sa famille sont arrêtées et déportées suite à une dénonciation. Anne est alors transportée au camp de concentration de Bergen-Belsen, en Allemagne, où elle meurt en 1945. Son père, rescapé d’Auschwitz, publiera le journal de sa fille en 1947. Le Journal d’Anne Frank, témoignage des souffrances endurées par les opprimés du nazisme, restera un récit poignant qui sera lu par des millions de personnes à travers le monde.

*1942 12 juin
Anne Frank reçoit un cahier à carreaux
C’est pour son treizième anniversaire, qu’Anne Frank reçoit son fameux petit cahier intime à carreaux rouges et blancs. 

Le Journal d’Anne Frank
Publication du journal

Otto Frank survécut au camp d’Auschwitz et fut libéré par l’Armée rouge le 27 janvier 1945. Il revint à Amsterdam et chercha à savoir ce qu’étaient devenues sa femme et ses filles. Il gardait espoir de les retrouver. Il fut informé que sa femme était morte et que ses filles avaient été transférées à Bergen-Belsen. Bien qu’il ait espéré qu’elles aient pu survivre, la Croix-Rouge lui confirma en juin 1945 les décès d’Anne et Margot. C’est seulement à ce moment que Miep Gies lui donna le journal d’Anne qu’elle avait réussi à sauver. Otto le lut et expliqua plus tard qu’il ne s’était pas rendu compte qu’Anne avait conservé une trace aussi précise et bien écrite du temps qu’ils avaient passé ensemble. Sachant qu’Anne désirait devenir écrivain, il commença à envisager de le publier. Quand on lui demanda plusieurs années plus tard quelle avait été sa première réaction, il dit simplement : « Je ne savais pas que ma petite Anne était aussi profonde15. »
Le journal d’Anne débute avec l’expression privée de ses pensées et elle y écrit plusieurs fois qu’elle n’autoriserait jamais personne à le lire. Il décrit sa vie de manière candide, ses familles et ses compagnons, leur situation, tout en commençant à reconnaître les ambitions de son auteure d’écrire et publier des œuvres de fiction. Au printemps 1944, suite à l’émission de Radio Londres au cours de laquelle elle entendit le ministre de l’Éducation du gouvernement néerlandais en exil dire que lorsque la guerre serait terminée, il rendrait publics les témoignages de l’oppression du peuple néerlandais sous l’occupation allemande, elle commença à corriger ses écrits, supprimant des sections, en réécrivant d’autres, dans le but de les publier. Son journal original fut agrémenté de plusieurs autres carnets de notes et feuilles volantes. Elle créa des pseudonymes pour les membres de l’Annexe et les personnes qui les avaient aidés. La famille van Pels devint Hermann, Petronella, et Peter van Daan, et Fritz Pfeffer devint Albert Düssell. Otto Frank utilisa son journal original, connu sous le nom de « version A », et la version corrigée, connue sous le nom de « version B », pour produire la première publication du journal. Il supprima certains passages, principalement ceux parlant de sa femme dans des termes peu flatteurs, ainsi que des sections décrivant l’évolution de la sexualité d’Anne. Bien qu’il ait restauré les identités véritables des membres de sa famille, il ne modifia pas les autres pseudonymes.

Il donna le journal à l’historienne Annie Romein-Verschoor, qui essaya sans succès de le publier. Elle le donna alors à son mari Jan Romein, qui écrivit un article au sujet du journal intitulé « Kinderstem » (« La Voix d’un Enfant »), publié dans le quotidien Het Parool le 3 avril 1946. Il écrivit que le journal « bégayé par la voix d’un enfant, incarne toute la cruauté du fascisme, plus que toutes les preuves que le procès de Nuremberg ait pu réunir16. » Son article attira l’attention d’éditeurs, et le journal fut publié en 1947, suivi d’une seconde publication en 1950. La première version américaine fut publiée en 1952 sous le titre Anne Frank: The Diary of a Young Girl (Anne Frank : Le Journal d’une Jeune Fille). Une pièce basée sur le journal, par Frances Goodrich et Albert Hackett, fut présentée en première à New York le 5 octobre 1955 avant de gagner plus tard le prix Pulitzer dans la catégorie Drames. Elle fut suivie en 1959 par le film The Diary of Anne Frank (Le Journal d’Anne Frank), qui fut un succès critique et commercial. Au fil des années la popularité du journal grandit et dans plusieurs écoles, en particulier aux États-Unis, il fut intégré dans le programme scolaire, faisant ainsi découvrir Anne Frank à de nouvelles générations de lecteurs.
En 1986, l’Institut national des documents de guerre des Pays-Bas publia une édition critique du journal. Elle incluait des comparaisons de toutes les versions connues, publiées. Il incluait aussi des commentaires certifiant l’authenticité du journal ainsi que des informations historiques supplémentaires sur la famille Frank et le journal lui-même.
En 1999, Cornelis Suijk, un ancien directeur de la fondation Anne-Frank et président du centre américain pour l’éducation sur la Shoah, annonça qu’il était en possession de cinq pages qui avaient été enlevées du journal par M. Frank avant sa publication ; Suijk déclara qu’Otto Frank lui avait donné ces pages avant sa mort en 1980. Les passages manquants du journal contenaient des remarques critiques d’Anne par rapport aux tensions entre ses parents, et montre le peu d’affection d’Anne envers sa mère17.
Une controverse apparut quand Suijk réclama ses droits de publication sur les cinq pages et voulut les vendre pour collecter de l’argent pour sa fondation américaine. L’Institut National des Documents de Guerre des Pays-Bas, le précédent propriétaire du manuscrit, réclama la restitution des pages en question. En 2000, le ministre hollandais de l’Éducation, de la Culture et des Sciences conclut un accord avec la fondation de Suijk en lui versant 300 000 USD et les pages furent rendues en 2001. Depuis lors, elles ont été incluses dans les nouvelles éditions du journal.

Éloges d’Anne Frank et de son journal
Dans son introduction de la première publication américaine du journal, Eleanor Roosevelt le décrivit comme « un des plus sages et bouleversants témoignages sur la guerre et son impact sur les êtres humains que j’aie jamais lu ». L’écrivain russe Ilya Ehrenbourg dit plus tard : « une voix parle pour six millions d’autres – la voix non pas d’un sage ou d’un poète mais d’une petite fille ordinaire. » À mesure que la stature d’Anne Frank en tant qu’écrivain et humaniste s’affirmait, on parla d’elle de manière spécifique comme de l’un des symboles de la Shoah et plus généralement comme le symbole de la persécution. Hillary Clinton, dans le discours qu’elle prononça lorsqu’elle reçut le prix humanitaire Elie-Wiesel en 1994, lut le journal d’Anne Frank et parla d’elle comme « nous éveillant à la folie de l’indifférence et au terrible prix qu’elle faisait peser sur notre jeunesse », que Clinton reliait aux événements alors en cours à Sarajevo en Somalie et au Rwanda18.

Après avoir reçu un prix humanitaire de la Fondation Anne-Frank en 1994, Nelson Mandela, s’adressant à la foule à Johannesbourg, déclara qu’il avait lu le journal d’Anne Frank pendant son emprisonnement et que celui-ci lui avait donné beaucoup de courage. Il compara la lutte d’Anne Frank contre le nazisme avec sa lutte contre l’Apartheid, décrivant un parallélisme entre les deux philosophies avec le commentaire « parce que ces croyances sont évidemment fausses, et parce qu’elles étaient, et seront toujours, défiées par des personnes semblables à Anne Frank, elles sont vouées à l’échec19 ».
Le journal a aussi été reconnu pour ses qualités littéraires. Commentant le style d’écriture d’Anne Frank, le dramaturge Meyer Levin, qui travailla avec Otto Frank sur la mise au point d’un drame basé sur le journal peu de temps après sa publication20, loua sa capacité à « entretenir la tension d’une nouvelle bien construite », tandis que le poète John Berryman écrivit qu’il s’agissait d’une description unique, non seulement de l’adolescence mais aussi « du processus mystérieux et fondamental d’un enfant devenant adulte comme si cela était en train de se dérouler ». Sa biographe Melissa Müller dit qu’elle écrivait « dans un style précis, économique et confiant époustouflant d’honnêteté ». Son écriture est principalement une étude de caractères et elle examine chaque personne de son cercle avec un regard judicieux et intransigeant. Elle est parfois cruelle et souvent biaisée, en particulier dans sa description de Fritz Pfeffer et de sa propre mère. Müller explique qu’elle canalisa les sautes d’humeur normales de l’adolescence par ses écrits. Son examen personnel et celui de son entourage est soutenu pendant une longue période de manière très critique, analytique et introspective, et dans des moments de frustration elle dépeint la bataille intérieure dont elle fait l’objet entre la « bonne Anne » qu’elle voudrait être, et la « mauvaise Anne » qu’elle pense incarner. Otto Frank rappela plus tard son éditeur pour lui expliquer la raison pour laquelle il pensait que le journal avait été lu par tant de monde ; selon lui « le journal aborde tant d’étapes de la vie que chaque lecteur peut y trouver quelque chose qu’il l’émouvra personnellement ».
En juin 1999, Time Magazine publia une édition spéciale intitulée TIME 100 : Heroes & Icons of the 20th century ; une liste des politiciens, artistes, innovateurs, scientifiques et personnalités les plus influentes du xxe siècle. Anne Frank fut choisie pour en faire partie. L’écrivain Roger Rosenblatt, auteur de Children of War, écrivit le passage consacré à Anne Frank21 dans lequel il décrit son héritage :
« Les passions déchaînées par ce livre suggèrent qu’Anne Frank appartient à tous, qu’elle s’est élevée au-dessus de la Shoah, du Judaïsme, de la féminité et du bien, pour devenir une icône du monde moderne – la moralité individuelle assaillie par le mécanisme de la destruction, insistant sur le droit de vivre, questionnant et espérant pour le futur de la condition humaine. »

Démentis et action judiciaire
Certains ont tenté de discréditer le journal depuis sa publication et depuis les années 1970 le négationniste David Irving a affirmé de manière régulière que le journal n’était pas authentique22. Les constantes déclarations publiques de ces négationnistes incitèrent Teresien da Silva à commenter au nom d’Anne Frank en 1999 : « Pour beaucoup de mouvements politiques d’extrême droite, Anne s’avère être un obstacle. Son témoignage personnel de la persécution des Juifs et sa mort dans un camp de concentration empêchent la réhabilitation du national socialisme. »
Depuis les années 1950, la négation de la Shoah constitue un crime dans plusieurs pays d’Europe, dont l’Allemagne, et la loi a été utilisée pour prévenir une recrudescence des activités néo-nazies. À Lübeck en 1959, Otto Frank attaqua en justice Lothar Stielau, un professeur d’école, ancien membre des Jeunesses hitlériennes, qui avait publié un prospectus scolaire décrivant le journal comme une contrefaçon. La Cour de justice examina le journal et, en 1960, le déclara comme étant authentique. Stielau rétracta ses précédentes déclarations et Otto Frank arrêta la procédure judiciaire.
En 1958, Simon Wiesenthal fut défié par un groupe de manifestants lors de la représentation théâtrale du Journal d’Anne Frank à Vienne, qui affirmait qu’Anne n’avait jamais existé. Ces manifestants demandèrent à Wiesenthal de prouver l’existence d’Anne en retrouvant l’homme qui l’avait arrêtée. Il commença à chercher Karl Silberbauer et le trouva en 1963. Lors de son interview, Silberbauer admit directement son rôle, et identifia Anne Frank à partir d’une photographie comme étant l’une des personnes arrêtées. Il fournit un compte rendu complet des événements et se rappela qu’il avait vidé une valisette pleine de papiers sur le sol. Ses déclarations corroborèrent la version des événements qui avait précédemment été présentée par des témoins oculaires comme Otto Frank. Aucune charge ne put être retenue contre Silberbauer, qui n’avait fait que suivre les ordres. Les informations qu’il donna ne permirent pas à Wiesenthal de trouver le dénonciateur de la famille Frank, qui reste une énigme pour les historiens.
En 1976, M. Frank engagea une autre procédure contre Heinz Roth de Francfort, qui avait également publié des pamphlets proclamant que le journal était une contrefaçon. Le juge statua que s’il publiait de nouveaux écrits de ce type, il serait passible de 500 000 Deutsche Mark d’amende et d’une peine de six mois de prison. Deux autres plaintes furent rejetées par des tribunaux allemands en 1978 et 1979 sur base de la liberté d’expression, car la plainte n’avait pas été déposée par une des parties visées par les écrits. La cour statua dans les deux cas que si la plainte avait été déposée par une partie concernée, comme Otto Frank, une charge pour calomnie aurait pu être retenue.
La controverse atteignit son sommet avec l’arrestation et le jugement de deux néo-nazis, Ernst Römer et Edgar Geiss, qui furent jugés coupables de produire et de distribuer de la littérature dénonçant le Journal d’Anne Frank comme étant une contrefaçon, sur la plainte d’Otto Frank. Quand ils firent appel de leur condamnation, une équipe d’historiens étudia les documents en collaboration avec Otto Frank, et conclut qu’ils étaient authentiques. En 1978, durant la procédure d’appel des jugements Römer et Geiss, le laboratoire du tribunal criminel allemand (Bundeskriminalamt, BKA) eut pour tâche d’examiner le type de papier et les types d’encres utilisées dans le manuscrit du journal. Bien que ses conclusions aient indiqué que l’encre avec laquelle le journal avait été écrit était utilisée pendant la guerre, le BKA conclut que « les corrections subséquentes appliquées sur les pages volantes ont été écrites avec des stylos à bille noirs, verts et bleus ». Bien que le BKA n’ait pas donné plus de précisions à propos de ces supposées corrections au stylo à billes, les négationnistes dénonçant l’authenticité du journal se sont focalisés sur cette phrase, car les stylos à bille ne sont devenus populaires qu’après la Seconde Guerre mondiale.
Le BKA publia en juillet 2006 un communiqué de presse dans lequel il déclara que les recherches effectuées en 1980 ne peuvent en aucune manière être utilisées pour remettre en cause l’authenticité du Journal d’Anne Frank23.
En 1986, le Laboratoire national de sciences légales néerlandais de Rijswijk exécuta une autre expertise technique exhaustive du manuscrit. Bien que le BKA fût invité par ce laboratoire à indiquer sur quelles pages volantes il avait détecté des corrections au stylo à bille, celui-ci fut incapable de présenter un seul exemple. Le laboratoire lui-même trouva seulement deux pages de manuscrits rédigés avec de l’encre de stylo à bille, qui avait été ajoutée dans les pages volantes du manuscrit. L’Édition Critique Révisée du Journal d’Anne Frank (publiée en 2003) fournit des images (pages 167-171) de ces deux pages du manuscrit et dans le chapitre résumant les découvertes faites par le Laboratoire National de Sciences Légales hollandais, H.J.J. Hardy écrit à ce sujet :
« Le seul passage au stylo à bille fut découvert sur deux morceaux de papier inclus parmi les feuilles volantes. Les figures VI-I-I et 3 montrent la manière dont ces morceaux de papier avaient été insérés dans le dossier plastique concerné. En tout état de cause, ces écrits au stylo à bille n’ont aucune influence sur le contenu factuel du journal. De plus, l’écriture observée sur ces morceaux de papier diffère de façon saisissante de celle du journal. »
— page 167
Une note de bas de page ajoute :
« Le psychologue et expert en graphologie d’Hambourg Hans Ockleman déclare dans une lettre à la Fondation Anne Frank datée du 27 septembre 1987 que sa mère, Dorothea Ockleman, est l’auteur de ces morceaux de papier écrits au stylo à bille. Elle les écrivit quand elle collabora à l’étude des journaux avec Minna Becker. »
Avec la mort d’Otto en 1980, le journal original, ainsi que les lettres et les feuilles volantes, furent réclamés par l’Institut national des documents de guerre des Pays-Bas, qui demanda une étude légale du journal au ministère de la Justice des Pays-Bas en 1986. Ils comparèrent le manuscrit et plusieurs exemplaires connus. Ils conclurent qu’ils concordaient mais aussi que le papier, la colle et l’encre utilisés étaient disponibles à l’époque à laquelle le journal est supposé avoir été écrit. Leur conclusion finale confirma l’authenticité du journal comme le fit également la Cour régionale de Hambourg le 23 mars 1990.
Néanmoins, certains négationnistes ont persisté dans leurs affirmations selon lesquelles le journal est une contrefaçon. En 1991, Robert Faurisson et Siegfried Verbeke produisent un livret intitulé : Le Journal d’Anne Frank : une approche critique. Ils déclarent qu’Otto Frank était l’auteur du journal, basé sur le fait que le journal contient plusieurs contradictions, que se cacher dans l’Annexe aurait été impossible et que le style et l’écriture d’Anne Frank ne seraient pas ceux d’une adolescente24.
En décembre 1993, la Maison Anne Frank à Amsterdam et la Fondation Anne Frank de Bâle déclenchèrent une action au civil de manière à interdire la poursuite de la distribution du livret Le Journal d’Anne Frank : une Approche Critique aux Pays-Bas. Le 9 décembre 1998, la Cour du District d’Amsterdam statua en faveur des plaignants, rendant hors la loi tout déni concernant l’authenticité du journal, toute distribution des publications de même nature et imposa une amende de 25 000 florins par contravention constatée25.

Héritage 
Le 3 mai 1957, un groupe de citoyens, parmi lesquels Otto Frank, créa la fondation de la Maison d’Anne Frank dans le but initial de sauvegarder l’immeuble Prinsengracht menacé de démolition et de le rendre accessible au public26. Otto Frank insista sur le fait que l’objectif de la fondation serait de promouvoir les contacts et la communication entre les jeunes de différentes origines, cultures et religions, mais aussi de lutter contrer l’intolérance et la discrimination raciale27.
La Maison d’Anne Frank ouvrit ses portes le 3 mai 1960. Elle comprend l’entrepôt et les bureaux de la société Opekta ainsi que l’Annexe, le tout non meublé de manière à ce que les visiteurs puissent circuler librement dans les pièces. Certains effets personnels des précédent occupants sont restés, comme une affiche d’une star de cinéma collée au mur par Anne, un morceau de papier peint sur lequel Otto Frank marquait la taille de ses filles à mesure qu’elles grandissaient et une carte sur le mur où il notait l’avance des forces alliées, le tout étant protégé par du papier Perspex (Plexiglas). Depuis la petite pièce qui fut celle de Peter van Pels, une allée relie l’immeuble aux bâtiments voisins, également rachetés par la Fondation. Ces autres immeubles sont utilisés pour héberger le journal mais aussi des expositions qui présentent différents aspects de la Shoah et des études plus contemporaines sur l’intolérance raciale dans différentes parties du globe. La Maison d’Anne Frank est devenue l’attraction touristique la plus fréquentée d’Amsterdam avec plus d’un million et demi de visiteurs chaque année.
En 1963, Otto et sa seconde femme Elfriede Geiringer-Markovits établissent la Fondation Anne-Frank en tant qu’organisation caritative, basée à Bâle en Suisse. La Fondation collecte l’argent pour le donner à des causes qui lui semblent louables. Jusqu’à sa mort, Otto légua ses droits sur le journal à la Fondation, à la condition que les premiers 80 000 francs suisses de revenus annuels soient distribués à ses héritiers, le reste étant crédité à la Fondation à destination des projets que ses administrateurs jugent valables. Cela a permis de soutenir tous les ans le traitement médical des Justes parmi les nations, d’éduquer les jeunes contre le racisme et de prêter certains écrits d’Anne Frank au musée américain dédié au mémorial de l’Holocauste de Washington pour une exposition en 2003. Le rapport annuel de la même année permet de se faire une idée des efforts réalisés pour contribuer à un niveau plus global, avec le support de l’Allemagne, d’Israël, de l’Inde, de la Suisse, de l’Angleterre et des États-Unis28.
Des dizaines d’écoles à travers le monde ont été baptisées « Anne Frank », en souvenir de la jeune fille29. Son nom a également été donné à un astéroïde, peu après la Seconde Guerre mondiale ((5535) Annefrank).
La vie et les écrits d’Anne Frank ont inspiré divers groupes d’artistes et commentateurs populaires, faisant référence à elle en littérature, musique populaires, télévision, et d’autres formes de média.
En 1959, son journal a été adapté pour le cinéma par George Stevens ; il a fait l’objet ensuite de plusieurs téléfilms et d’une adaptation japonaise en dessin animé (Anne no nikki, 1995).
Le 30 juillet 2009, le journal est ajouté avec d’autres documents au Registre de la Mémoire du monde de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO)30.
Le 30 septembre 2009, le musée Anne Frank annonce la publication des vidéos31 montrant des images de la jeune fille32.
En 2007, le châtaignier situé devant la maison où Anne Frank se cachait, et dont elle parle plusieurs fois dans son fameux journal, est sauvé provisoirement de l’abattage. L’arbre, âgé de 150 ans, était malade et jugé dangereux, mais le conseil municipal décida de surseoir à la décision33. Le châtaignier est finalement renversé par une tempête34 le 23 août 2010 ; les volontaires d’une fondation protégeant l’arbre tenteront de le faire repousser, grâce à l’accord du propriétaire du terrain35.

notes
1. ↑ « L’Annexe » [archive], page 3 [archive], sur le site officiel de la Maison d’Anne Frank.
2. ↑ Voir le site Anne Frank [archive].
3. ↑ Cf. par exemple, pour l’ensemble de ce passage, l’analyse du journal d’Anne Frank par Françoise Chatel de Brancion (« http://www.forumuniversitaire.com/CONFONLINE/confonline-litterature07.asp » (Archive • Wikiwix • Que faire ?))
4. ↑ Article du Figaro sur « le marronnier d’Anne Frank » [archive].
5. ↑ Voir par exemple la vision de l’avenir du peuple juif qu’elle développe dans son journal, et qui est repris en conclusion de la conférence de Françoise Chatel de Brancion («http://www.forumuniversitaire.com/CONFONLINE/confonline-litterature07.asp » (Archive • Wikiwix • Que faire ?))
6. ↑ Avant-propos au Journal d’Anne Frank, Calmann-Lévy, 1992 (trad. Nicolette Oomes), p. 9.
7. ↑ Différentes hypothèses ont été formulées à ce sujet. On les trouvera résumées sur le dossier qui est consacré à cette question sur le site officiel de la maison d’Anne Frank [archive] (« Qui a dénoncé les clandestins ? » [archive])
8. ↑ « Le jour de l’arrestation » [archive], sur le site officiel de la maison d’Anne Frank
9. ↑ « Départ pour Westerbork » [archive], sur le site de la maison d’Anne Frank.
10. ↑ Carol Ann Lee, Anne Frank, Les secrets d’une vie, Paris, 1999, p. 237.
11. ↑ Rijksinstituut voor Oorlogsdocumentatie, Les Journaux d’Anne Frank, Calmann-Lévy, 1989, p. 64 et p. 72, note 8.
12. ↑ Voir par exemple Melissa Müller, La vie d’Anne Frank, tr. fr., Paris, Perrin, 2000, p. 254 et p. 265.
13. ↑ Rijksinstituut voor Oorlogsdocumentatie, Les Journaux d’Anne Frank, Calmann-Lévy, 1989, p. 66 et p. 72, note 14.
14. ↑ Pour le lieu et la date, voir Rijksinstituut voor Oorlogsdocumentatie, Les Journaux d’Anne Frank, Calmann-Lévy, 1989, p. 67 et p. 72, note 15.
15. ↑ « Le Journal » [archive], pages 2 [archive] et 3 [archive], sur le site officiel de la Maison d’Anne Frank.
16. ↑ AnneFrank.org – La publication du journal [archive] reproduction de l’article du Het Parool, avec les commentaires de Jan Romein.
17. ↑ (en) annefrank.org – Publicité à propos d’Anne Frank et de son journal, cinq pages précieuses relancent la controverse sur Anne Frank [archive], source attribuée à l’article de Ralph Blumenthal, The New York Times, le 10 septembre 1998.
18. ↑ (en) La Maison Blanche – Le prix Elie-Wiesel [archive] – Remarques de la première dame des États-Unis à la remise du prix humanitaire Elie-Wiesel à New York le 14 avril 1994.
19. ↑ (en) Discours du président sud-africain Nelson Mandela à l’occasion de l’ouverture de l’exposition Anne Frank au Musée africain de Johannesbourg [archive] le 15 août 1994.
20. ↑ (en) Souvenirs d’Anne Frank [archive] par Jacob B. Michaelsen, 1997.
21. ↑ (en) Time Magazine « TIME 100 : Heroes & Icons of the 20th century » publié le 14 juin 1999.
22. ↑ (en) Le projet Nizkor [archive]
23. ↑ « Remise en cause de l’authenticité par les néonazis réfutée » [archive], sur le site officiel de la maison d’Anne Frank. ((de) Communiqué de presse du BKA [archive])
24. ↑ Lire à ce sujet le chapitre ‘Le’ Journal d’Anne Frank ‘est-il authentique’, dans le livre de Serge Thion ‘Vérité historique ou vérité politique’(ISBN 978-2-90327902-8).
25. ↑ (en) « Dix questions sur l’authenticité du journal d’Anne Frank » [archive], article de Jaap Tanja, maison d’Anne Frank, 2007
26. ↑ « La Maison d’Anne Frank » [archive], sur le site de la maison d’Anne Frank.
27. ↑ Cf. La présentation des activités de la fondation Anne Frank (« http://www.annefrank.org/content.asp?pid=4&lid=5&flashid=4 »(Archive • Wikiwix • Que faire ?))
28. ↑ Fondation Anne-Frank [archive], résumé du rapport annuel 2003.
29. ↑ « Qu’est-ce qu’une école Anne Frank ? » [archive], sur le site officiel de la Maison d’Anne Frank.
30. ↑ Le Journal d’Anne Frank ajouté au Registre de la Mémoire du Monde [archive], centre d’actualité de l’ONU.
31. ↑ The only existing film images of Anne Frank [archive]
32. ↑ Des vidéos consacrées à Anne Frank visibles sur internet [archive]
33. ↑ Sursis pour le châtaignier, sur Alliance [archive], le21 novembre 2007.
34. ↑ L’arbre d’Anne Frank renversé par une tempête, sur Branchez-vous.com [archive], 24 août 2010.
35. ↑ Le châtaignier d’Anne Franck reprendra vie [archive], sur Guysen International News, le 25 août 2010.

source
http://www.linternaute.com/biographie/anne-frank-1/date/48365/anne-frank-recoit-un-cahier-a-carreaux/
wikipedia

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 retour à la Seconde Guerre Mondiale

 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

17 mars 2013

Les nazis adoptent la solution finale

Classé sous — milguerres @ 19 h 19 min

 

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

 

1942
20 janvier

Les nazis adoptent la solution finale

 

La conférence de Wannsee près de Berlin réunit quinze hauts responsables nazis et des officiers SS sous la présidence de Reinhard Heydrich, chef des services secrets allemands. La réunion a pour objectif de débattre sur « la solution finale de la question juive ». Il est décidé que les juifs d’Europe en état de travailler seront transférés dans des camps de travaux forcés. Pour ceux incapables de travailler, l’élimination pure et simple est décrétée. Certains camps seront bientôt essentiellement consacrés à cette extermination de masse : Belzec, Sobibor, Treblinka puis Auschwitz. Le génocide du peuple juif est clairement amorcé. Plus de 6 millions d’entre eux périront dans les camps de la mort.

La conférence de Wannsee

 

 

La conférence de Wannsee réunit dans une villa de Berlin, le 20 janvier 1942, quinze hauts responsables du Troisième Reich, pour débattre de l’organisation administrative, technique et économique de la solution finale à la question juive, voulue par Adolf Hitler et mise en œuvre, sur ses instructions, par Hermann Göring, Heinrich Himmler, Reinhard Heydrich et Adolf Eichmann.
Au moment où la conférence se tient, la Shoah a débuté depuis déjà plusieurs mois : la déportation des Juifs du Reich a commencé, les Einsatzgruppen assasinent les Juifs par centaines de milliers en URSS, le Camp d’extermination de Chełmno est en activité et les autres centres de mise à mort sont en construction ou en projet.
Présidée par Reinhard Heydrich, la conférence dure moins de deux heures. Si elle est brève et n’est pas marquée par des décisions fondamentales, elle constitue une étape décisive dans la réalisation de la Shoah, en entérinant d’une part le contrôle total de la SS sur la mise en œuvre de l’extermination du peuple juif, d’autre part le rôle de Heydrich en tant que maitre-d’œuvre dans le processus destructeur puis en exigeant la collaboration sans entraves et le soutien sans failles de l’ensemble de l’appareil d’État.
La villa Marlier où eut lieu la conférence est depuis 1992 un lieu de mémoire.

Contexte

Mesures antisémites du régime nazi avant-guerre

La conférence de Wannsee ne peut être isolée de la volonté d’exclure la population juive de la société allemande, qui se traduit dans les faits, dès l’arrivée des nazis au pouvoir, et s’amplifie de l’année 1933 au déclenchement de la Seconde Guerre mondialeN 1.
Dès le 7 avril 1933, les Juifs sont, à quelques exceptions près, exclus de la fonction publique via le décret sur la restauration du fonctionnariat et son règlement d’application1,N 2. Avec l’adoption des Lois de NurembergN 3, le 15 septembre 1935 et les décrets d’application lui faisant suite, les Juifs ou demi-Juifs (Mischling) sont catégorisés sur une base légale, privés de leur citoyenneté, déchus de la plupart de leurs droits et chassés d’un nombre croissant de professions ; mariages et relations sexuelles entre Juifs et « citoyens de sang allemand ou apparenté » sont interdits et deviennent des délits2. Le durcissement de cette politique se poursuit en 1937 et 1938, avec la confiscation des passeports des Juifs allemands, les débuts de l’élimination des Juifs de la sphère économique, l’imposition de prénoms « juifs » et l’exclusion de sphères de plus en plus larges de la vie publique, économique et socialeN 4,3.

La Nuit de Cristal des 9 et 10 novembre 1938 marque une étape cruciale dans la radicalisation antisémite : outres les violences physiques et les destructions matérielles à grande échelle sur tout le territoire du Reich, elle est suivie, fin 1938 et courant 1939, par toute une série de mesures qui excluent de jure et de facto les Juifs de la société civileN 5,4 et par l’aryanisation forcée des entreprises et commerces Juifs5. Pour Raul Hilberg, à la veille du déclenchement du conflit, la population juive du ReichN 6 et du protectorat de Bohème-Moravie est soumise à des conditions de vie qui correspondent à une ghetthoïsation, même s’il ne s’agit pas encore d’une concentration dans des quartiers enclos de murs, selon un processus en cinq étapes : « rupture imposée des relations de sociabilité entre Juifs et Allemands ; limitations de résidence ; réglementation des déplacements ; mesures d’identification spécifique ; enfin, institution de procédures administratives distinctes6 ».

Déportations, ghettoïsation et assassinats de masse

Avec l’invasion de la Pologne, deux millions7 de Juifs tombent aux mains des Allemands dont la politique et les actions antisémites se durcissent. Dans le sillage des troupes de combat, les Einsatzgruppen constitués par Reinhard Heydrich procèdent au massacre systématique des francs-maçons, des Juifs, des communistes et des membres de l’intelligentsia, du clergé et de l’aristocratie »8. Comme l’indique Heydrich, en réaction aux protestations de certains généraux de la Wehrmacht, « nous voulons bien protéger les petites gens, mais les aristocrates, les curetons et les Juifs doivent être supprimés9. » Les tueries s’accompagnent d’un vaste processus de déportation, de concentration et de ghettoïsation : à partir du 1er décembre 1939 débute un vaste mouvement forcé de la population juive : les Juifs des territoires polonais incorporées au Reich, mais aussi les Juifs et Tziganes du Reich sont déportés vers le Gouvernement général, ce qui finit par susciter de vives protestations du gouverneur de Pologne Hans Frank, débordé par l’ampleur des déportations10. Les ghettosN 7 se mettent en place tout d’abord dans les territoires incorporés dès l’hiver 1939-1940, et se multiplient au cours des mois suivants (Lodz en avril 1940, Varsovie en octobre, Cracovie en mars 1941, Lublin en avril, etc.)11.

Au cours de l’invasion de l’Union Soviétique, 2 500 00012 Juifs se retrouvent, au fil des avancées des armées allemandes, sous la domination nazie. Formés dès le printemps 1941, soit avant l’invasion, quatre Einsatsgruppen suivent la progression de la Wehrmacht et commettent des massacres à grande échelle qui visent, selon Heydrich « tous les fonctionnaires du Komintern, la plupart de ceux-ci devant être des politiciens de carrière ; les fonctionnaires de haut rang et de rangs intermédiaires ainsi que les extrémistes du parti communiste, du comité central et des comités régionaux et locaux ; les commissaires du peuple ; les Juifs occupant des fonctions au sein du parti communiste ou du gouvernement, ainsi que tous les autres éléments extrémistes, saboteurs, propagandistes, francs-tireurs, assassins, agitateurs13… » Les tueries se concentrent rapidement sur les Juifs, tout d’abord sur les adultes de sexe masculin, puis à partir d’août 1941N 8, à l’ensemble de la population juive, sans distinction de sexe ou d’âge et sans aucun lien avec une éventuelle fonction au sein du parti communiste14.
Les adjoints immédiats d’Hitler, Göring et Heinrich Himmler, SS-Reichsführer, considèrent cette déclaration, comme d’autres propos tenus à la même époque par le Führer, et dont la plupart n’ont été rapportés que lors des procès d’après-guerre, comme une autorisation de procéder à une solution finale de la question juive plus radicale, incluant notamment la déportation de tous les Juifs présents dans les territoires occupés par l’Allemagne.
Göring est à cette époque le personnage le plus puissant du régime nazi après Adolf Hitler ; il a reçu le grade spécifique de Reichsmarschall et est désigné comme le successeur du Führer15. Pour Heydrich, toute instruction de Göring est soutenue par l’autorité de Führer ; Heydrich sait également que son supérieur immédiat, Himmler, est en faveur de l’extermination des Juifs. De plus, à cette époque, il a mis en place et commande les Einsatzgruppen qui ont entrepris l’assassinat en masse de la population juive des territoires récemment conquis en Union soviétique. Selon Rudolf Lange, commandant de l’Einsatzkommando 2 qui opère en Lettonie, ses ordres portent sur une solution radicale du problème juif, via l’exécution de tous les Juifs16. En octobre commence la déportation vers l’Est des Juifs d’Allemagne, d’Autriche et de Tchécoslovaquie ; lorsque les trains chargés de déportés arrivent en Lettonie, Lange fait abattre tous les passagers. Mais cette méthode d’assassinat par fusillade s’avère rapidement impraticable pour le massacre de millions de personnes : le coût en munitions est inacceptable, et les SS éprouvent des problèmes psychologiquesN 9.

Planification de la conférence

Le 31 juillet 1941, Göring signe un document qui lui est soumis par Reinhard Heydrich, numéro deux de la SS et chef du RSHA, qui étend les pouvoirs confiés à ce dernier depuis le 24 janvier 1939 pour résoudre le problème juif par l’émigration ou l’évacuation. Heydrich se voit chargé de faire tous les préparatifs nécessaires pour la solution totale de la question juive dans tous les territoires sous contrôle allemand, de coordonner la participation des organisations dont les juridictions sont concernées et de soumettre un projet global pour la solution finale de la question juive (Endlösung der Judenfrage)17.
Au cours de la seconde moitié de l’année 1941, Heydrich et son état-major travaillent sur des projets d’évacuation des Juifs de tous les territoires occupés par l’Allemagne vers des camps de travail en Pologne ou plus à l’Est, en Union soviétique, dont il pense que la conquête sera bientôt terminée : ceux qui sont incapables de travailler seront assassinés, les autres exterminés par le travail. La défaite allemande devant Moscou au cours des mois de novembre et décembre conduit à une large révision des priorités : l’euphorie cède la place à la perspective d’une guerre de longue durée et au constat que les réserves de nourriture ne suffiront pas à alimenter la population de l’Allemagne et de l’Europe occupéeN 10.
Dès novembre 1941, il devient clair que les responsables nazis savent que Adolf Hitler a l’intention d’expulser tous les Juifs d’Europe vers les territoires de l’Est et de les y faire assassinerN 11.
Mener à bien une telle entreprise impliquant l’enregistrement et le transport de millions de personnes, à un moment où les ressources matérielles et humaines nécessaires sont déjà gravement compromises, est un formidable défi logistique. Afin d’éviter que certains éléments de l’appareil d’État ne fassent obstacle ou refusent de coopérer à la solution « finale de la question juive », il est décidé d’inviter à une réunion les représentants de tous les ministères concernés afin de leur exposer les projets en cours et la méthode à mettre en œuvre pour leur exécution, en précisant qu’il s’agit d’une décision de la plus haute autorité du Reich.
Le 29 novembre 1941, Reinhard Heydrich, représentant d’Himmler en son absence18, envoie une invitation pour une réunion prévue le 9 décembre 194118 au siège de la Commission internationale de police criminelle — une sorte de précurseur de l’Interpol dont Heydrich est à l’époque le président —, au 16 Am Kleinen Wannsee, dans le cadre confortable d’une villa, au bord du lac à l’extrémité ouest de Berlin. Il joint à cette invitation une copie de la lettre de Hermann Göring du 31 juillet pour souligner son autorité en la matière.
Les développements du début de décembre 1941, perturbent les plans initiaux18. Le 5 décembre, l’Armée rouge lance une contre-offensive à Moscou, mettant fin à la perspective d’une conquête rapide de l’Union des républiques socialistes soviétiques ; le 7 décembre, les Japonais attaquent les États-Unis à Pearl Harbor, ce qui provoque, le lendemain, l’entrée en guerre des États-Unis contre le Japon. Pour s’acquitter de ses obligations en vertu de son pacte tripartite avec l’Italie et le Japon, le gouvernement du Troisième Reich prépare immédiatement une déclaration de guerre aux États-Unis, le 11 décembre. Certains invités de la réunion participent à ces préparatifs, et le 8 décembre, Heydrich reporte la réunion, sans déterminer de nouvelle date. Au début du mois de janvier 1942, Heydrich envoie de nouvelles invitations à une réunion fixée au 20 janvier. Pour l’historien allemand Christian Gerlach, le report de la réunion par Heydrich a pour but d’en élargir l’objectif initial. Selon Götz Aly, par contre, il est causé par la confusion qui suit l’attaque japonaise sur Pearl Harbor. Toujours selon Gerlach, l’objectif initial de la conférence de Wannsee ne portait que sur la déportation des Juifs du Reich ; ce n’est qu’après le discours d’Adolf Hitler du 21 décembre 1941 qu’Heydrich peut élargir le thème de la réunion pour la consacrer à la solution finale de la question juive19.
Le lieu de la conférence est changé pour une villa au 56-58 Am Grossen Wannsee, une rue résidentielle tranquille, à Wannsee. La villa Marlier, construite en 1914, a été acquise par la SS en 1940 pour l’utiliser comme un centre de conférence20,N 12.

 

 Les nazis adoptent la solution finale 458px-10
Lettre de Reinhard Heydrich à Martin Luther, l’invitant à la conférence de Wannsee.

Participants

Comme il s’agit d’une réunion destinée à discuter de la mise en œuvre d’une politique déjà décidée au niveau politique, les invités sont des exécutants, mais de haut niveau : « pas moins de huit participants sur quinze sont titulaires d’un doctorat21. »
Reinhard Heydrich, SS-Obergruppenführer, chef du RSHA, qui préside de la réunion
Adolf Eichmann, SS-Obersturmbannführer, chef du département B-4 (Affaires juives) de la Gestapo, qui rédige les notes de la conférence.
Dr Josef Bühler, StaatssekretärN 13, Gouvernement général (Dr. Hans Frank)
Dr Roland Freisler, Staatssekretär, ministère de la Justice (Franz Schlegelberger)
Otto Hofmann, SS-Gruppenführer, RuSHA (bureau pour la race et le peuplement)
Dr Gerhard Klopfer, SS-Oberführer, chancellerie du Parti (Martin Bormann)
Friedrich Wilhelm Kritzinger, chancellerie du Reich (Hans Lammers)
Dr Rudolf Lange, SS-Sturmbannführer, commandant du SD en Lettonie.
Dr Georg Leibbrandt, Staatssekretär, ministère des Territoires occupés de l’Est (Alfred Rosenberg)
Martin Luther, Unterstaatssekretär, ministère des Affaires étrangères (Joachim von Ribbentrop)
Dr Alfred Meyer, Staatssekretär, ministère des Territoires occupés de l’Est
Heinrich Müller, SS-Gruppenführer, chef de la Gestapo
Erich Neumann, Staatssekretär, Plan quadriennal (Hermann Göring)
Dr Karl Eberhard Schöngarth, SS-Oberführer, commandant du SD dans le Gouvernement Général
Dr Wilhelm Stuckart, Staatssekretär, ministère de l’Intérieur (Wilhelm Frick)

Déroulement de la conférence

Reinhard Heydrich ouvre la conférence en rappelant les mesures antisémites prises en Allemagne depuis l’arrivée des nazis au pouvoir en 1933. Il souligne qu’entre 1933 et 1941, 530 000 Juifs ont émigré d’Allemagne et d’AutricheN 14 ; cette information est tirée d’un document préparatoire rédigé la semaine précédente par Adolf Eichmann, qui fort de son expérience dans l’organisation de l’émigration forcée des Juifs autrichiens en 1938, est devenu le principal expert en ce qui concerne la mise en œuvre de la solution de la question juive22. Heydrich chiffre le nombre de Juifs vivant en Europe et dans l’empire colonial francais en Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie – mentionnés comme vivant dans « France /territoires non-occupés ») à approximativement onze millions de personnes, dont un peu plus de la moitié vivent dans des pays ou des territoires qui ne sont pas sous contrôle allemandN 15,23. Et Heydrich de poursuivre : « désormais, à la place de l’émigration, la prochaine solution à envisager, avec l’aval préalable du Führer, est l’évacuation des Juifs vers l’est. Ces actions sont toutefois à considérer uniquement comme des solutions transitoires, mais qui nous permettront d’acquérir des expériences pratiques qui seront très précieuses pour la solution finale à venir de la question juive. »

Pour les négationnistes, la conférence n’a porté que sur l’évacuation des Juifs vers l’Est et non sur leur extermination ; les propos de Heydrich sur le sort qui attend les personnes évacuées sont pourtant clairs.
« Au cours de la solution finale, les Juifs de l’Est devront être mobilisés pour le travail avec l’encadrement voulu. En grandes colonnes de travailleurs, séparés par sexe, les Juifs aptes au travail seront amenés à construire des routes dans ces territoires, ce qui sans doute permettra une diminution naturelle substantielle de leur nombre.
Pour finir, il faudra appliquer un traitement approprié à la totalité de ceux qui resteront, car il s’agira évidemment des éléments les plus résistants, puisque issus d’une sélection naturelle, et qui seraient susceptibles d’être le germe d’une nouvelle souche juive, pour peu qu’on les laisse en liberté. »
Aucun des participants n’a pu ne pas comprendre la teneur des propos d’Heydrich. Comme le souligne Christopher Browning, « ce ne sont pas des gens incultes incapables de comprendre ce qu’on leur dit ; ils ne vont pas non plus être dépassés par la surprise ou le choc parce que Heydrich ne parle pas à des non-initiés ou à des personnes délicates21. » Toujours selon Heydrich, au cours de l’exécution pratique de la solution finale, l’Europe sera passée au peigne fin d’ouest en est. L’opération débutera sur le territoire du Reich, y compris les protectorats de Bohême et de Moravie, à cause de la situation du logement et de la spécificité sociopolitique du Reich. Les Juifs évacués seront d’abord envoyés dans des ghettos de transit dans le Gouvernement général, avant d’être déportés plus à l’Est. Cette priorité découle des pressions croissantes exercées par les autorités locales nazies, dont les Gauleiters, qui insistent pour que les Juifs soient retirés de leurs territoires, pour permettre le logement des familles devenues sans abri, suite aux bombardements alliés et celui des travailleurs forcés provenant des pays occupés.
Afin d’éviter de nombreuses interventions, les Juifs âgés de plus de soixante-cinq ans, grands invalides de guerre ou décorés de la croix de fer, seront déportés vers le ghetto de TheresienstadtN 16.
Heydrich aborde ensuite assez longuement la situation des Mischling, soit les personnes considérées selon les théories racistes nazies, comme des demi- Juifs ou quart de Juifs, ainsi que celle des personnes juives mariées à des personnes non juives. Les Lois de Nuremberg étant assez floues sur ces différentes catégories, Heydrich précise clairement le sort qui leur est réservé avec beaucoup de détails, et en prévoyant de nombreuses exceptionsN 17.
Il faut en outre observer que ces mesures détaillées et ces exemptions ne s’appliquent qu’aux Juifs du Reich et ne sont que partiellement observées. Dans la plupart des pays occupés et surtout à l’Est, les Juifs sont arrêtés, déportés et exterminés en masse. La situation en France constitue une exception : en échange de sa collaboration le régime de Vichy est autorisé à appliquer ses propres règles, qui s’appliquent plus durement aux réfugiés et immigrés récents qu’aux Juifs de nationalité française ; de ce fait, pour Heydrich, l’enregistrement des Juifs pour leur déportation ne devrait pas soulever de grandes difficultés, qu’il s’agisse de la zone occupé ou de celle contrôlée par Vichy24.

 

wannse10
Dénombrement de la population juive selon le protocole de Wannsee

Les Allemands craignent des difficultés avec certains de leurs alliés, la Roumanie et la Hongrie. Selon Heydrich, le gouvernement roumain vient de se doter d’une commission aux affaires juives ; dans les faits, et malgré le fort antisémitisme de la population, la déportation des Juifs roumains sera lente et inefficace. En ce qui concerne la Hongrie, Heydrich préconise de forcer rapidement son gouvernement à accepter un conseiller allemand pour y régler la question juive ; jusqu’à sa mise à l’écart en 1944, le gouvernement dirigé par Miklós Horthy continuera à s’opposer à toute ingérence allemande dans sa politique juive ; Horty mis à l’écart, 500 000 Juifs hongrois seront envoyés à la mort sur l’ordre direct d’Eichmann25.
L’exposé d’Heydrich dure près d’une heure. Suivent ensuite une trentaine de minutes de questions et de commentaires, suivis par quelques conversations informelles. Le représentant du ministère des Affaires étrangères, Luther, insiste sur la prudence à observer dans les pays scandinaves, dont la population n’a pas de sentiment d’hostilité à l’égard des petites communautés juives et qui risque de réagir face à des scènes déplaisantes. Au Danemark, grâce à la ferme opposition du roi et de la population, peu de Juifs seront déportésN 18.
Hofmann et Stuckart soulignent les difficultés juridiques et administratives dans le cas des mariages mixtes, plaidant pour une annulation d’office de ceux-ci et pour un usage à grande échelle de la stérilisation comme alternative à la déportation. Neumann, représentant de Göring pour le Plan de quatre ans, demande l’exemption des Juifs qui travaillent dans des industries vitales pour l’effort de guerre et dont le remplacement n’est pas possible : Heydrich qui ne souhaite pas offenser Göring assure Neumann que ces travailleurs ne seront pas déportés26. Les questions plus détaillées sur le sort des Mischling et des mariages mixtes sont renvoyées à des réunions ultérieures.
Selon les notes prises par Eichmann, la dernière intervention fut celle du secrétaire d’État, Dr. Bühler, représentant du Gouverneur général Hans Frank. Il déclare : « Le Gouvernement général serait heureux de voir commencer sur son territoire la solution finale de cette question. Là en effet le problème des transports ne présente pas de difficultés excessives et le déroulement de l’opération ne serait pas gêné par des considérations de main-d’oeuvre. Il faut éliminer le plus vite possible les Juifs de cette région : le Juif en tant qu’agent de contagion y représente un danger particulier et la continuation de son commerce interlope apporte un élément constant de désordre dans la situation économique du pays. De plus sur les deux millions et demi de Juifs en question, la majorité est inapte au travail. Il faut que l’on résolve le plus vite possible la question juive dans cette région »27.
La conférence de Wannsee sera suivie par plusieurs autres réunions auxquelles participent des responsables de rang inférieur28. Une réunion est organisée aux ministère des Territoires occupés de l’Est, le 29 janvier 1942, au cours de laquelle il est décidé que quiconque ayant eu la citoyenneté russe ou ayant été apatride soit défini comme Juif s’il admet l’être, s’il est reconnu comme Juif par la communauté juive, si son appartenance au judaïsme résulte d’autres circonstances ou s’il a un parent défini comme Juif par l’un des trois critères définis ci-dessus. Cette réunion est suivie par dix-sept autres, qui concernent la totalité de l’appareil administratif et répressif nazi, à l’exception du ministère de la Propagande28.
« En mars 1942, la connaissance de la Solution finale a pénétré profondément, bien que de manière inégale, au sein de la bureaucratie allemande où cette information suscite une volonté de contribuer – selon les termes de Rosenberg – à la « tâche historique » que « le destin a confiée » à l’Allemagne nazie28 ».

Objectifs

La conférence de Wannsee ne dure que quatre-vingt-dix minutes, et, pour la plupart des participants, il ne s’agit que d’une réunion parmi d’autres au cours d’une semaine chargée. L’énorme importance accordée à celle-ci par des auteurs d’après-guerre n’est pas comprise par ses participants de l’époque. Aucune décision fondamentale concernant l’extermination des Juifs n’est prise lors de cette conférence, de telles décisions ne dépendant que de Hitler, éventuellement en concertation avec ses principaux adjoints comme Göring et Himmler, et non avec de hauts fonctionnaires, comme le savent les personnes présentes à Wannsee. Elles savent également qu’une telle décision a déjà été prise et que Heydrich, en tant que représentant de Himmler, est là pour le leur faire savoir. De plus, la conférence ne débouche pas non plus sur l’élaboration d’une planification logistique détaillée, ce qui aurait été par ailleurs difficile en l’absence d’un représentant du ministère des Transports ou des chemins de fer.

Selon l’un des biographes d’Eichmann, David Cesarini, le but principal de la réunion est de permettre à Heydrich d’asseoir son autorité sur les différents ministères et institutions impliqués dans la politique à l’égard des Juifs, pour éviter la répétition des problèmes causés par l’assassinat de Juifs allemands à Riga en octobre 1941. « La manière la plus simple et la plus décisive par laquelle Heydrich pourrait assurer le flux régulier des déportations était d’affirmer son total contrôle sur le destin des Juifs du Reich et de l’Est en intimidant les autres parties concernées pour qu’elle suivent la ligne fixée par le RSHA29 ». Cette analyse explique pour quelle raison la plus grande partie de la conférence se réduit à un long monologue d’Heydrich, dont le contenu n’est pas nouveau pour la majorité des participants, et pourquoi si peu de temps est consacré aux questions pratiques. Un autre objectif consiste en l’obtention de l’accord des représentants des ministères des Affaires étrangères et du Plan de quatre ans, qui étaient les plus susceptibles de soulever des objections à l’assassinat en masse des Juifs, pour des raisons économiques ou diplomatiques
L’historien allemand Peter Longerich adhère à ces hypothèses, mais y ajoute un objectif supplémentaire : rendre les principaux ministères complices des projets de Heydrich. « Du point de vue de Heydrich, les principaux objectifs de la conférence étaient, premièrement, d’établir le contrôle total du programme de déportation par le RSHA sur de nombreuses et importantes autorités du Reich, et ensuite, de faire des hauts responsables de la bureaucratie des différents ministères des complices, des auxiliaires et des coresponsables du plan qu’il poursuivait. Pour rappel : le plan consistait à déporter les Juifs des zones sous contrôle allemand, vers l’Est, où ils seraient exposés à des conditions de vie extrêmement sévères et fatalement morts d’épuisement ou assassinés. Heydrich poursuivait ce plan depuis début 1941 ; en juillet 1941, Göring lui donna l’autorité nécessaire pour le mener à bien, et, avec les premières déportations de Juifs d’Europe centrale en octobre, la première phase de ce plan fut réalisée. Lors de la première invitation à la conférence, Heydrich avait attendu jusqu’à ce que la seconde vague de déportation vers Riga, Minsk et Kovno ait débuté. Il voulait clairement placer les représentants des plus hautes autorités du Reich devant un fait accompli30. »

SOURCE
 

Le procès-verbal d’Adolf Eichmann, dont des copies sont envoyées par Eichmann à tous les participants après la réunion31 est le document sur lequel s’organise la réflexion à propos de la conférence. La plupart de ces exemplaires sont détruits à la fin de la Seconde Guerre mondiale quand les participants et d’autres responsables cherchent à dissimuler leurs actes. Ce n’est qu’en 1947 qu’une copie du procès-verbal, aussi connu comme le « Protocole de Wannsee », est retrouvé dans les archives de Martin Luther, mort en mai 1945. À ce moment, les participants les plus importants à la réunion, tels que Reinhard Heydrich, Heinrich Müller ou Eichmann sont morts ou disparus ; la plupart des autres participants nient avoir eu connaissance de l’évènement ou font valoir qu’ils ne pouvaient pas se rappeler ce qui s’est passé là-bas. Seul Friedrich Wilhelm Kritzinger montrera de véritables remords pour son rôle dans la préparation de la Solution finale.
Le procès-verbal comporte d’importantes omissions, qui ne sont mises en évidence qu’au cours du procès d’Eichmann en Israël en 1962. Eichmann y affirme que, vers la fin de la réunion du cognac a été servi, et que la conversation est devenue moins retenue32. Il explique : « Ces Messieurs étaient debout ensemble, ou assis, et discutaient du sujet sans mettre de gants, d’une manière très différente du langage que j’ai dû utiliser plus tard dans le rapport. [...] Ils ont parlé de méthodes pour tuer, de liquidation, d’extermination33. »
Eichmann souligne que Heydrich a été heureux de la façon dont se déroulait la réunion. Il exprima sa grande satisfaction, et s’est accordé à lui-même un verre de cognac, bien qu’il buvait rarement. Il avait prévu des écueils et des difficultés, rappelle Eichmann, mais il avait trouvé un climat propice à l’accord de la part des participants, et plus que cela, l’accord a pris une forme inattendue34. À l’issue de la réunion Heydrich donne à Eichmann des instructions strictes sur ce qui doit figurer dans le procès-verbal, qui ne doit pas être verbatim. Eichmann doit nettoyer le texte, afin que rien ne semble trop explicite. Il dit à son procès : « Comment aurais-je pu rendre dans le vocabulaire officiel qui était le mien, des conversations plus que franches et des expressions relevant du jargon ». En conséquence, les vingt dernières minutes de la séance, durant lesquelles furent utilisés librement des mots comme « liquidation » et « extermination », sont résumées par la phrase : « En conclusion, les différents types de solutions possibles ont été discutés »35. Le procès-verbal doit donc être lu en conjonction avec le témoignage de Eichmann pour obtenir une vision aussi proche que possible des propos réellement tenus.

Historiographie : la conférence de Wannsee dans le processus décisionnel de la Shoah

Le 16 juillet 1941, lors d’une réunion à laquelle participent notamment Hermann Göring, Martin Bormann, Alfred Rosenberg, Wilhelm Keitel et Hans Lammers, Hitler évoque ses projets pour l’avenir des territoires occupés à l’Est : pour le Führer, ces territoires doivent devenir « un jardin d’Éden germanique » et « naturellement, les vastes zones doivent être pacifiées au plus vite ; la meilleure manière d’atteindre ce résultat est d’abattre quiconque ose nous regarder de traversN 19. » Cette réunion peut être interprétée comme le premier tournant dans le processus de décision qui a mené au génocide36. Le 25 octobre 1941, lors d’un entretien avec Himmler et Heydrich, Hitler déclare : « ne laissez personne me dire : nous ne pouvons pas les envoyer dans les marais ! Qui se soucie alors de notre propre peuple ? Il est bon lorsque la terreur est devant nous que nous exterminions les Juifs. [...] Nous réécrivons l’histoire, d’un point de vue racial37 ».

Notes
1↑ Pour le détail des mesures d’exclusion, voir notamment Hilberg, 1, p. 114-331.
2↑ Est considérée comme d’ascendance non aryenne, toute personne qui compte parmi ses ascendants au premier ou second degré, une personne ou plus appartenant à la religion judaïque.
3↑ Contrairement au décret du 7 avril 1933, la définition utilisée n’est plus celle de non-aryens mais de Juifs.
4↑ Décret sur les entreprises de service du 6 juillet 1938, sur la profession médicale le 25 juillet, sur les avocats, le 27 septembre…
5↑ Exclusion du système scolaire en novembre 1938, retrait du permis de conduire en décembre, couvre-feu spécifique en septembre 1939…
6↑ 233 810 personnes selon le recensement du 17 mai 1939
↑ Au sens strict du terme, à savoir des quartiers enceints de murs où est concentrée le population juive, qui ne peut en sortir
7↑ Survla date de l’ordre génocidaire intégral, voir notamment, Husson, p. 447-451
8↑ Breitman, Architect of Genocide, 220, aborde les réflexions d’Himmler à propos de l’effet sur le moral de ses hommes du meurtre de masse de Juifs allemands à Riga et en d’autres endroits.
9↑ Adam Tooze, The Wages of Destruction: The Making and Breaking of the Nazi Economy, Allen Lane, 2006, p. 538–549, examine les impératifs économiques qui sous-tendent l’extermination des Juifs. Selon lui, en 1941, le manque criant de main d’œuvre dans l’industrie d’armement allemande rend nécessaire le recours à des millions de travailleurs forcés provenant des territoires occupés ; nourrir de manière satisfaisante ces travailleurs, ainsi que la population allemande et celle des pays occupés à l’Ouest, plus privilégiés comme la France et les Pays-Bas, nécessite une réduction drastique des bouches inutiles, dont les millions de Juifs sont, aux yeux de l’idéologie nazie, l’exemple le plus caractéristique.
10↑ Selon l’historien allemand Christian Gerlach, Adolf Hitler a clairement approuvé la politique d’extermination lors d’un discours à des officiers supérieurs à Berlin, le 12 décembre 1941 (Christian Gerlach, « The Wannsee Conference, the Fate of German Jews, and Hitler’s Decision in Principle to Exterminate All European Jews », Journal of Modern History, December 1998, 759–812). Si cette hypothèse n’est pas acceptée par tous, une décision a vraisemblablement été prise dans cette période. Le 18 décembre, Heinrich Himmler rencontre Hitler et note dans son carnet de rendez-vous : « question juive – à exterminer comme partisans » (Christoph Browning, The Origins of the Final Solution, 410). Le 19, Wilhelm Stuckart, Secrétaire d’État au Ministère de l’Intérieur, déclare à l’un de ses fonctionnaires que « les mesures prises contre les Juifs évacués sont fondées sur une décision de la plus haute autorité. Vous devez l’accepter. » (Browning, The Origins of the Final Solution, 405).
11↑ L’histoire et la description de la villa son présentées dans le dépliant « House of the Wannsee Conference Memorial Berlin », Stadtvandel Verlag, disponible au Memorial.
12↑ En Allemagne, le titre de secrétaire d’État est le plus haut rang dans une administration et non une fonction gouvernementale
13↑ Le compte rendu de la conférence est disponible en français sur Wikisource, d’où proviennent les citations dans la suite de l’article. Les questions autour de la fidélité du compte rendu par rapport à la teneur réelle des propos tenus lors de la conférence sont évoquées plus loin.
14↑ Le chiffre de 11 000 000 reprend l’ensemble de la population juive d’Union soviétique, estimée à cinq millions de personnes ; une grande partie de celle-ci vit dans des zones qui n’ont pas été envahies ou a été évacuées avant l’invasion allemande
15↑ Dans les faits, l’exception mise en place pour les Juifs de plus de soixante-cinq n’a été observée que sporadiquement et la situation alimentaire à Theresienstadt était telle que beaucoup de déportés y moururent rapidement. Par la suite, nombre d’entre eux furent transférés à Auschwitz pour y être assassinés.
16↑ Comme pour le point précédent, le détail de ces mesures ne fut que rarement appliqué, et elles furent généralement durcies par les responsables nazis locaux, de manière aléatoire.
17↑ « En fait, contrairement aux Juifs des autres pays sous l’occupation nazie, les Juifs du Danemark ne furent jamais forcés de porter une marque d’identification telle qu’une étoile jaune. [...] le roi et la population danoise apportèrent leur soutien à leurs concitoyens juifs et jouèrent un rôle crucial dans les opérations de sauvetage qui permirent à la grande majorité d’entre eux d’échapper à la persécution nazie et à la mort ». ushmm.org [archive]
18↑ La citation est tirée des notes de Martin Bormann, présentées en tant que preuve lors du procès de Nuremberg.

 

sources

wikipédia

http://www.linternaute.com/histoire/categorie/evenement/57/1/a/48359/les_nazis_adoptent_la_solution_finale.shtml

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Déclaration du palais de Saint-James

Classé sous — milguerres @ 18 h 14 min

 

 

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Déclaration du palais de Saint-James

La déclaration de Saint-James est une déclaration signée le 12 juin 1941 1 par les membres d’une conférence ayant lieu durant la Seconde Guerre mondiale, à Londres, entre 1941 et 1942. Elle pose les bases de l’idée d’une juridiction internationale, idée qui sera concrétisée par la création du Tribunal de Nuremberg et du Tribunal de Tōkyō.

La conférence de Saint-James

Les représentants de huit gouvernements en exil, ainsi que ceux du Comité national français, se réunissent au Palais St. James, à Londres, pour une « conférence interalliée pour la punition des crimes de guerre ».
Lors de cette conférence, ils affirment « leur volonté de poursuivre, de rechercher, de juger et de condamner les criminels, sans distinction d’origine, et de veiller à l’exécution des sentences dans le cadre d’une juridiction internationale » 2. Ils demandent que « la guerre ait pour but principal, entre autres, de châtier les coupables, de ces crimes contre l’humanité, quel que soit le degré de responsabilité des auteurs ».
Suite à la Première Guerre mondiale, on avait exprimé, dans le Traité de Versailles notamment, la volonté de juger les criminels de guerre. Les membres de la conférence, reprenant l’idée du jugement, veulent également s’assurer de la réalisation de cette volonté. Ils ont donc dans l’idée de mettre au point la « juridiction internationale », élaborant le cadre des futurs procès, durant la guerre elle-même, et non à la fin.
À la fin de la conférence, le 13 janvier 1942, les représentants signent une déclaration reprenant leurs souhaits et volontés à ce sujet-là : c’est la déclaration de Saint-James.
Le 8 août 1942, les gouvernements des États-unis et de la Grande Bretagne proposent la création de la Commission des crimes de guerre des Nations unies, afin de permettre la réalisation des objectifs de la déclaration qu’ils ont entretemps adoptée3.

SignatairesBelgique
France libre
Royaume de Grèce
Luxembourg
Norvège
Pays-Bas
État secret de Pologne
Gouvernement provisoire tchécoslovaque
Royaume de Yougoslavie

Notes et références

1↑ La Déclaration du palais de Saint-James [archive]. Consulté le 2 février 2012
2↑ Cité par Gerhard E. Gründler et Arnim von Manikowsky, dans « Nuremberg, la justice des vainqueurs », traduit de l’allemand, Paris, Laffont, 1969, p.38.
3↑ [PDF](en) The Australian War Crimes Trials and Investigations (1942-51) [archive]

source Wikipedia

 

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