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1 avril 2013

Massacres perpétrés par les Allemands en France durant la Libération de 1944

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale   

 

Massacres perpétrés par les Allemands en France durant la Libération de 1944

Les troupes allemandes et leurs auxiliaires commirent de nombreux massacres en France, de l’invasion à la Libération. Les victimes de ces tueries furent de natures diverses : hommes, femmes et enfants, civils, tirailleurs sénégalais en 1940 (Chasselay), résistants blessés ou prisonniers (Mont-Mouchet, Vassieux-en-Vercors, Grotte de la Luire), otages et juifs. (Saint-Genis-Laval, Bron, Savigny-en-Septaine)

Si dans la mémoire collective et la littérature historique, le massacre d’Oradour-sur-Glane, avec ses 642 victimes, occupe une place prépondérante, il ne peut occulter l’importance et la sauvagerie d’assassinats collectifs comme ceux commis à Maillé, Tulle, Ascq, Buchères, la Saulx1 et de toutes les autres exactions des troupes allemandes qui firent plusieurs milliers de victimes.
Généralement attribués à la Waffen-SS, ces massacres furent aussi perpétrés par des unités de la Wehrmacht, de la Kriegsmarine, de la Gestapo, du SIPO-SD et par leurs auxiliaires français. Cette brutalisation s’intensifia début 1944, avec les instructions concernant la répression données, le 3 février 1944, à la suite d’une intervention personnelle d’Adolf Hitler, par le général Hugo Sperrle, puis après le débarquement de Normandie, transposant en France la sauvagerie pratiquée sur le front de l’Est et dans les Balkans.

Au total durant la Seconde Guerre mondiale, 6 000 français furent massacrés par les Allemands ou leurs alliés, 25 000 furent fusillés, 27 000 résistants moururent en déportation en plus de 76 000 déportés raciaux2.

Liste chronologique
Mai 1940
Le 24
• Hinges : 10 civils, âgés de 26 à 53 ans, sont exécutés au bord d’un trou d’obus datant de la guerre précédente et ils y sont enterrés3.
les 24 et 25
• Massacre du Quesnoy à Beuvry : civils et réfugiés sont massacrés par la 3e Panzerdivision SS Totenkopf4.
le 27
• Paradis-Lestrem : 97 soldats britanniques prisonniers issus du deuxième bataillon du Royal Norfolk Regiment sont exécutés par la 3e Panzerdivision SS Totenkopf.
le 28
• Oignies : 80 civils assassinés à la suite d’une bataille qui dure trois jours5 et un officier anglais brûlé vif.
• Courrières : 45 hommes assassinés6.
• Massacre de Wormhout : 80 soldat britanniques et français tués, 15 blessés.
Juin 1940
le 20
• Chasselay : plusieurs dizaines de soldats Sénégalais prisonniers sont exécutés par la division SS Totenkopf7
• Domptail : 28 à 33 soldats français sont fusillés par des soldats allemands8.
Août 1941[modifier]
Le 29
• Forteresse du Mont-Valérien, à Suresnes : 3 hommes du réseau Nemrod : le capitaine de corvette Honoré d’Estienne d’Orves, le lieutenant Maurice Barlier, officiers de la France libre, et Jan Doornik, officier néerlandais, sont les premiers fusillés du Mont Valérien9.
Octobre 1941
Le 22
• Représailles après la mort de Karl Hotz : 48 otages sont fusillés en représailles de l’assassinat du lieutenant-colonel allemand Karl Hotz. 27 prisonniers sont exécutés àChâteaubriant, à la carrière de la Sablière, 16 à Nantes au champ de tir du Bèle, et 5 à Paris, à la forteresse du Mont-Valérien.
Le 24
• Camp de Souge, à Martignas-sur-Jalle : 50 otages, en majorité des communistes, sont fusillés en représailles de l’assassinat d’un officier allemand. Au total 273 personnes sont fusillées au camp de Souge pendant l’occupation10.
Décembre 1941
Le 15
• Forteresse du Mont-Valérien, à Suresnes : 70 otages dont 53 Juifs, parmi lesquels 44 viennent du camp de Drancy, sont fusillés11
• Caen : 13 prisonniers communistes sont fusillés par les Allemands12,13
• Juigné-des-Moutiers : 9 prisonniers du camp de Châteaubriant (camp de Choisel) sont fusillés dans la forêt de la Blisière14.
Août 1942
Le 11
• Forteresse du Mont-Valérien, à Suresnes : 88 otages communistes sont fusillés sur ordre de la Sipo-SD, en représailles de la mort de 8 soldats de la Luftwaffe, tués par des grenades9.
Septembre 1942
Le 13
• Prison de la Santé à Paris : trois communistes, dont le député Jean Catelas, condamnés à mort par le tribunal d’État du gouvernement de Vichy, sont guillotinés9.
Le 21
• Forteresse du Mont-Valérien, à Suresnes : 46 otages sont fusillés sur ordre de la Sipo-SD, en représailles de la mort de 3 soldats allemands et de divers attentats9.
• Camp de Souge, à Martignas-sur-Jalle : 70 otages sont fusillés sur ordre de la Sipo-SD dans le cadre des mêmes représailles9.
Octobre 1942[modifier]
Le 5
• Stand de tir de Balard à Paris : 18 FTP sont fusillés9.
Novembre 1942[modifier]
Le 3
• Forteresse du Mont-Valérien, à Suresnes : 6 personnes sont fusillées9.
Le 24
• Forteresse du Mont-Valérien, à Suresnes : 8 FTP de la Seine sont fusillés9.
Décembre 1942
Le 27
• Forteresse du Mont-Valérien, à Suresnes : 16 résistants du réseau de renseignements Georges France 31 sont condamnés à mort pour espionnage et fusillés9.
Le 30
• Saint-Jacques-de-la-Lande : 25 résistants communistes sont fusillés à La Maltière15.
Janvier 1943[modifier]
Le 29
• Nantes : 9 résistants condamnés à mort sont fusillés au champ de tir du Bêle16.
Février 1943[modifier]
Le 8
• Cinq Martyrs du lycée Buffon : 5 lycéens de 17 à 20 ans sont fusillés par les Allemands au stand de tir de Balard pour attentats contre des soldats allemands.
Le 17
• Massacre de Ballersdorf (Haut-Rhin) : 18 hommes dont 12 Ballersdorfois incorporés de force décident de se soustraire à cette incorporation et sont arrêtés aussitôt dans la nuit. Trois d’entre eux seront tués, un seul s’échappera, les 14 autres seront jugés sommairement et 13 seront fusillés le 17 février 1943.
Septembre 1943[modifier]
Le 7
• Massacre du bois du Thouraud : sept maquisards sont abattus par les Allemands, sept autres et deux paysans sont déportés dans les camps où six d’entre-eux y laisseront la vie.
Le 17
• Forteresse du Mont-Valérien, à Suresnes : 19 FTP brestois sont fusillés17,18
Décembre 1943[modifier]
Le 25
• Habère-Lullin : des jeunes réfractaires au STO rassemblés dans le château pour un bal de Noël sont dénoncés et surpris par la Sipo-SD. 25 sont massacrés et leurs corps brûlés, 26 sont arrêtés dont 8 sont déportés19,20.
Janvier 1944[modifier]
Le 5
• Mérenvielle : meurtres le 5 janvier et le 2 juin 194421.
Le 14
• Lanta : exécution21.
Février 1944
Le 16
• Beyssenac : 34 maquisards sont exécutés par deux compagnies allemandes au Pont Lasveyras, et 5 autres mourront en déportation.
Le 21
• Affaire de l’Affiche rouge : 22 résistants des FTP-MOI sont fusillés à Paris, au fort du Mont-Valérien.
• Annecy : 8 prisonniers sont fusillés après jugement de la cour martiale de Vichy22.
Le 25
• Thonon-les-Bains : 6 prisonniers sont fusillés après jugement de la cour martiale de Vichy22.
Mars 1944
Le 8
• Annecy : 5 prisonniers sont fusillés après jugement de la cour martiale de Vichy22.
Le 20
• Annecy : 5 prisonniers sont fusillés après jugement de la cour martiale de Vichy. Un autre est exécuté le 8 avril22.
Le 26
• Brantôme : après des tirs de résistants contre la voiture du général Walter Brehmer, ayant causé la mort de deux policiers, des membres du Sipo-SD exécutent 25 détenus de la prison de Limoges, dont des Juifs23, ainsi qu’un jeune habitant de la commune.
• Allemans : des soldats allemands incendient une ferme dont les 3 occupants meurent carbonisés23.
• La Jemaye : les mêmes abattent un habitant et incendie sa ferme23.
• Echourgnac : les mêmes abattent une habitante et brûlent sa maison23.
• Ribérac et Mussidan : les Allemands y prennent position ; le général Walter Brehmer installe même son quartier général à Ribérac. Ils sillonnent la forêt de la Double orientale et déclenchent des incendies pour débusquer les maquisards24,25.
Le 27
• Sainte-Marie-de-Chignac : 25 autres détenus des prisons de Limoges et Périgueux, principalement des Juifs, sont fusillés au lieu-dit Rivières-Basses, par des membres du Sipo-SD 23. Deux blessés parviennent à s’enfuir 26.
Le 31
• Rouffignac : le village est entièrement détruit, 3 hommes sont exécutés, 12 civils et 4 gendarmes (qui ne survivront pas) sont déportés en Allemagne27.
Avril 1944
Le 1er et le 2
• Ascq : 86 habitants sont fusillés par des hommes de la 12e Panzerdivision SS Hitlerjugend à la suite d’un acte de sabotage contre un train28,29.
Le 6
• Tarnac : une compagnie d’une division allemande partant vers la Normandie, fusille quatre Juifs30.
• Bugeat : 4 habitants du village sont fusillés par des soldats allemands.
Le 30
• Aussonne : meurtres et destructions21.
• Cornebarrieu : meurtre21.
Mai 1944
Le 2
• Montpezat-de-Quercy : des membres de la 2e division SS Das Reich tuent 5 personnes et en déportent 15. Le village est pillé et incendié.
Le 4
• Annecy : 6 prisonniers sont fusillés après jugement de la cour martiale de Vichy22.
Le 7
• Miremont : exécutions les 7, 9 et 14 mai par des membres de la 2e division SS Das Reich puis le 2 juin21.1944).
Les 11 et 12
• Lauzès, Orniac, Blars, Grèzes, Latronquière, Sousceyrac, Cardaillac, Gorses, Molières, Le Bourg, Lacapelle-Marival, Terrou, Saint-Céré, Figeac, Lunan et Saint-Félix : dans cette même région, le Lot, les SS font plusieurs centaines de victimes et déportés.
Le 15
• Fouesnant : 15 hommes ; des résistants du groupe Vengeance, des FTPF, deux déserteurs russes de la Wehrmacht, sont fusillés par les Allemands dans le marais de Mousterlin. Deux autres exécutions ont lieu, l’une le 23 juillet, l’autre le 10 août31.
Le 17
• Urau : meurtres et arrestations21.
Le 21
• Frayssinet-le-Gélat : 3 femmes sont pendues et 11 hommes fusillés par les SS.
Le 23
• Galié : meurtres et destructions21.
Le 25
• Lantilly : 23 maquisards du groupe Henri Bourgogne sont exécutés sommairement par les Allemands9
Le 28
• Vaussujean (Saint-Sébastien) : 7 résistants sont abattus et 3 autres (dont Victor Renaud) livrés à la Milice.
Le 31
• Saint-Jacques-de-la-Lande : 9 résistants sont fusillés à La Maltière15.
Juin 1944
• Cadours : meurtre21.
Le 1er
• Limogne-en-Quercy, Cadrieu et Frontenac : 9 civils sont tués par les SS.
Le 2
• Pibrac : crimes de guerre le 2 puis le 11 juin21.
Le 3
• Linac, Viazac et Bagnac-sur-Célé : 19 habitants sont fusillés par les SS.
• Chaum : assassinat21.
Le 5
• Ugine : les SS massacrent 28 habitants32.
Le 6
• Caen : 87 prisonniers de la maison d’arrêt dont au moins une femme sont exécutés33,34.
• L’Épine (Marne) : 7 résistants condamnés à mort sont fusillés par les Allemands35.
Le 7
• Castelculier : 2 résistants sont tués et 4 otages civils exécutés. Le château de Laclotte et la ferme de la famille Afflatet sont brûlés par les Allemands.
• Saint-Pierre-de-Clairac : 11 patriotes français sont fusillés et massacrés par la Gestapo d’Agen et des éléments de la 2e division SS Das Reich36
• Saint-Germain-la-Blanche-Herbe : 11 soldats canadiens prisonniers sont exécutés ce jour et 7 autres le lendemain dans les jardins du château de l’Abbaye d’Ardenne37.
Le 8
• Issendolus : 44 personnes sont massacrées par les SS et 70 autres déportées.
• Montgueux : 15 résistants sont fusillés par l’armée allemande au Trou de Chirac38.
• Rennes : 32 résistants, dont 9 républicains espagnols, sont fusillés par les Allemands à la caserne du Colombier39.
• Rouffilhac et Carsac-Aillac : 29 habitants dont des femmes et des enfants sont massacrés par les SS.
• Saint-Floxel : un soldat tue 8 femmes et enfants cachés derrière un abreuvoir40.
Le 9
• Bretenoux : 20 civils dans la population et 18 résistants FFI de l’AS Corrrèze. 2 civils seront aussi portés disparus.
• Tulle : 99 hommes sont pendus, puis, dans les jours qui suivent 149 sont déportés dans les camps de concentration nazis. Au total, l’action de membres de la 2e panzerdivision SS Das Reich et du SD fait 213 victimes41.
• Argenton-sur-Creuse : 56 habitants dont des femmes et des enfants, et des membres des FFI sont massacrés dans les rues en fin d’après-midi par des membres d’une compagnie du régiment Der Führer de la 2e panzerdivision SS Das Reich et 11 sont fusillés le lendemain42 , 43.
• Janaillat : 31 jeunes maquisards sont exécutés au lieu-dit Poteau de Combeauvert par un bataillon du 4e régiment de Panzergrenadier Der Führer appartenant à la 2e panzerdivision Das Reich44.
Le 10
• Oradour-sur-Glane : 642 habitants, dont 247 enfants, sont abattus ou brûlés vifs par les hommes du 1e bataillon du 4e régiment Der Führer de la 2e panzerdivision SS Das Reich45.
• Issoudun : 11 personnes sont tuées.
• Marsoulas et Mazères-sur-Salat : 32 civils dont 6 femmes et 12 enfants sont tués par les SS.
• Betchat : deux civils sont tués, un FFI fait prisonnier est exécuté, plusieurs maisons sont incendiées le 10 puis dans les jours suivants46
• Bagnères-de-Bigorre, Pouzac et Trébons : du 10 au 12 juin, 57 habitants dont des femmes et des enfants, sont massacrés par un bataillon du régiment Deutschland de la 2epanzerdivision SS Das Reich47 .
• Mont-Mouchet: les 10 et 11 juin, environ 100 civils et 238 résistants sont tués par les troupes nazies.
• Ussel : 47 jeunes résistants sont abattus, les blessés étant achevés.
• Ruynes-en-Margeride, Clavières : 36 civils sont victimes des troupes d’un Sicherungsbataillon de la Wehrmacht et du 19e SS-Polizieregiment48.
• Laffite-Toupière : assassinat commis par des éléments de la 2e panzerdivision SS Das Reich21.
• Martres-Tolosane : exécutions et massacres le 10 juin commis par des éléments de la 2e panzerdivision SS Das Reich puis nouveaux assassinats les 8 et 18 août21.
• Saint-Michel : crimes de guerre, exécutions commis par des éléments de la 2e panzerdivision SS Das Reich21.
Le 11
• Mussidan : des membres du SD de Périgueux47 fusillent 52 personnes à Mussidan, parmi lesquelles Raoul Grassin, le maire de la commune, en représailles à une tentative de sabotage de la voie ferrée par la résistance49.
• Orville : 10 habitants sont fusillés.
• Fusillés de Saint-Julien-du-Verdon : 11 résistants sont fusillés par la Gestapo.
• Rostrenen : 2 otages pendus dans le bourg.
Le 12
• Valréas : des membres du groupe de combat Unger de la 9e division blindée de la Wehrmacht48 tuent 26 civils et 27 résistants.
• Jeu-les-Bois : 17 hommes sont tués.
• Murat : quatre otages sont fusillés sur le bord de la route, par le SS Hugo Geissler, qui sera mitraillé, en représailles, par des maquisards
• Saint-Lys, Bonrepos-sur-Aussonnelle et Saiguède : 9 maquisards sont tués et 12 civils exécutés par des unités de la 2e division SS Das Reich50.
• Lormes : huit otages civils fusillés à la suite de l’attaque d’un convoi allemand qui traversait la ville.
Le 13
• Revin : 105 résistants capturés après l’encerclement du maquis des Manises (encadré par Jacques Pâris de Bollardière) sont exécutés51.
• Plestan : 31 otages dont 7 Nord-Africains sont abattus par la Gestapo et la Feldgendarmerie dans le bois de Boudan.
Le 14
• Houeillès : bombardement de Houeillès par trois avions allemands tuant 2 personnes dont une femme.
Le 15
• Rieumes : meurtre21.
• Vieugy : 15 maquisards et civils sont exécutés22.
Le 16
• Lannion : plusieurs exécutions de maquisards (11 exécutions le 16 juin ; 7 le 03 juillet ; 6 le 06 juillet)
Le 18
• Vieugy : 10 maquisards et civils sont exécutés22.
Le 20
• Houeillès : 5 civils et 2 résistants alsaciens (Léon Krepper et Léon Richer) sont abattus.
• Coussay-les-Bois : trois jeunes de Coussay sont fusillés par les SS en représailles contre une attaque d’un convoi allemand52.
Le 21
• Mouleydier : le village est pillé et incendié par les SS. 22 maquisards sont fusillés.
• Boulogne-sur-Gesse : meurtres le 21 juin puis le 17 août21.
Le 23
• Dunes : à la suite d’une dénonciation les SS pendent 12 personnes et en abattent 4 autres.
• Saint-Sixte : Trois familles tziganes, soit 14 personnes, sont assassinées à 5h du matin par l’unité SS de Valence d’Agen.
• Saint-Jacques-de-la-Lande : 10 résistants, en majorité des FTP, sont fusillés à La Maltière15.
Le 24
• En représailles à l’exécution de Hugo Geissler, 115 Muratais sont raflés et déportés à Neuengamme par la Légion des Tatars de la Volga de la Brigade Jesser.
Le 25
• Thauvenay : 16 civils dont 6 jeunes et un enfant de sept ans, sont abattus et vingt-trois habitations incendiées.
Le 26
• Dun-les-Places : 27 civils sont tués par les SS. Les maisons sont ensuite pillées et incendiées les 27 et 28 juin.
Le 27
• Castelmaurou : assassinats le 27 juin puis le 16 juillet21.
• Saint-Sauvant : 27 maquisards qui viennent d’être faits prisonniers par des soldats allemands et des miliciens, sont exécutés53.
Le 28
• Villemur-sur-Tarn : meurtres, incendies, pillages et crimes de guerre le 28 juin 1944 puis le 1, 3, 7, 20, 21, 24, et 27 juillet et le 20 et 21 août 194421.
• La Magdelaine-sur-Tarn : meurtre21.
• Le Born : meurtres21.
• Montastruc-La-Conseillère : crimes de guerre21.
Le 30
• Saint-Jacques-de-la-Lande : 21 résistants, dont des membres des Corps Francs Vengeance du Morbihan et des FTP, sont fusillés à La Maltière15.
Juillet 1944[modifier]
Le 1er
• Toulouse : meurtres au cours du mois de juillet et le 22 août21.
• Donzy : 8 civils tués selon le monument commémoratif.
Le 2
• Muret : meurtres le 2 puis le 6 et le 821.
Le 3
• Estang : neuf fusillés à la suite des représailles d’un accrochage avec le maquis (les allemands ayant perdus 9 soldats au cours du combat).
Le 6
• Bazus : assassinats, incendies et vols, le 6, 7 et 15 juillet puis le 20 et 21 août21.
• Bessières : crimes de guerre21.
Le 7
• Le Cheylard : la Wehrmacht tue entre 30 et 50 civils lors d’une opération contre un centre de résistance.
• Meilhan : une colonne de la Wehrmacht (plusieurs centaines d’hommes) attaque par surprise à l’aube le maquis de Meilhan (environ 90 hommes). Après 3 heures de combat inégal, tous les survivants (même blessés) sont torturés et assassinés. Le massacre n’est pas fini : les Allemands raflent 4 hommes (qui n’étaient pas maquisards) dans des fermes voisines et les exécutent. Sur le chemin du retour à Lannemezan, les SS capturent et exécutent 3 autres hommes. Des maquisards de Meilhan, seuls 16 ont parvenu à s’échapper, 76 ont été assassinés54.
• Saint-Sauvant : 30 SAS de l’opération Bulbasket et un pilote de l’US Air Force, prisonniers de guerre, sont fusillés par la Wehrmacht dans la forêt de Saint-Sauvant, à l’aube.
• Broualan : 4 habitants sont tués ou mortellement blessés par des miliciens55.
• Saint-Rémy-du-Plain : 8 hommes du maquis de Broualan sont torturés puis abattus à la mitraillette par des miliciens56,55.
Le 8
• Portes-lès-Valence : 32 personnes sont fusillées.
• Magnac-Laval : 19 personnes sont massacrées par des miliciens.
Le 9
• Ramonville-Saint-Agne : assassinats21.
Le 10
• Bélâbre : 46 hommes dont plusieurs maquisards de Chauvigny, sont massacrés.
• Montréjeau : meurtres le 10 juillet puis le 7 août21.
• Ploumagoar : 17 résistants sont fusillés dans le bois de Malaunay, dont l’abbé Fleury, Jean Métairie, les responsables briochins du mouvement Défense de la France. Certains d’entre eux ont été enterrés encore en vie.
Le 11
• Dompierre-sur-Mont : 22 habitants sont fusillés.
Le 12
• Plumelec : 6 parachutistes SAS français, 8 maquisards et 3 paysans sont fusillés sommairement au village de Kerihuel.
Du 12 au 22
• Massacre de Dortan : 36 habitants de Dortan et d’Oyonnax furent tués ; des habitants et des résistants torturés au château de Dortan ; des femmes violées. Le village fut totalement incendié par la Wehrmacht.
Le 14
• Marcy : le 14 juillet 1944, au cours d’un accrochage avec la brigade Jesser, trois résistants (Henri Cayet, Pierre Orluc, Auguste Stein) de la 238e compagnie FTPF trouvent la mort à Marcy et six autres sont déportés. Avant de partir, les nazis incendient le village.
• Saucats : 13 Résistants installés dans La ferme de Richemont sont encerclés et massacrés au canon par une cinquantaine de miliciens et une quarantaine d’Allemands de divers corps de Bordeaux (Douaniers, SD et Gendarmerie) appuyés par une colonne d’artillerie. Un quatorzième résistant sera fusillé au fort du Hâ . Ils avaient entre 17 et 23 ans
• L’Hermitage-Lorge : massacre de 36 résistants et otages, pendus ou fusillés par la Wehrmacht. Au total, 55 corps seront extraits du charnier de la Butte-Rouge. Les corps portaient pour la plupart des marques de torture.
Le 15
• Bourg Lastic : une colonne Jesser fait 23 fusillés, 28 déportés
• Verrières : une autre colonne Jesser assassine 3 résistants (balles dans le dos)
• Alleyrat et La Rochette situés à quelques kilomètres au nord d’Aubusson sont incendiés par le groupement Coqui.
Le 16
• Vieugy : 8 maquisards et civils sont exécutés22.
Le 20
• Vif : en représailles à une embuscade, les Allemands exécutent 11 otages.
• Cormelles-le-Royal : les six membres d’une famille ayant décidé de rentrer chez eux malgré l’ordre d’évacuation allemand sont retrouvés et fusillés par les SS57.
Le 21
• Vassieux-en-Vercors : 82 habitants dont des femmes, des enfants et des vieillards, et 120 combattants des FFI, sont massacrés et le village est détruit à 97 %.
• Seyssinet-Pariset : 10 Polonais et Français, raflés à Grenoble par la milice et la Gestapo, sont fusillés58.
Le 22
• Saint-Sozy (Souillac) : 8 résistants FFI pris en embuscade et abattus par la division SS das Reich.
Le 24
• Savigny-en-Septaine : 36 Juifs de Saint-Amand-Montrond dont 8 femmes, sont jetés, vivants ou tués par balles, dans un puits par la Gestapo.
• Puits de Guerry (Soye-en-Septaine, Cher) : premier massacre, 25 hommes réfugiés juifs d’Alsace-Lorraine, jetés un à un vivants dans un puits et écrasés sous des pierres59.
Le 25
• Saint-Germain-d’Esteuil60 : 3000 Allemands attaquent une centaine de FFI du maquis de Vigne Oudide. Une quarantaine de résistants sont tués sur place, certains, faits prisonniers, sont torturés et exécutés. Plusieurs témoignages font état d’exécutions sommaires d’habitants le lendemain dans le village de Liard par les troupes allemandes.
Le 26
• Bayons : 21 résistants et 3 adolescents sont assassinés.
Le 27
• Saint-Germain-du-Salembre : 29 maquisards et la quasi-totalité des habitants du hameau sont massacrés par les nazis.
• Grotte de la Luire : 35 blessés du maquis du Vercors sont assassinés.
• La Chapelle-en-Vercors : Le village est incendié et bombardé par l’armée allemande. Seize jeunes otages sont exécutés dans la cour d’une ferme (qui s’appelle aujourd’hui la Cour des Fusillés).
• Lyon : la Gestapo fusille 5 résistants place Bellecour.
• Chard : le village est attaqué par le groupement Coqui qui tue 6 FFI et fait 17 prisonniers qu’il fusille et achève.
• Gargilesse-Dampierre (Indre) : une compagnie de la colonne Stenger massacre 12 résistants et civils61.
Le 28
• Auterive : meurtre21.
• Rouffiac-Tolosan : meurtres21.
Le 31
• Bellegarde-Sainte-Marie : assassinats et destructions 21.
Août 1944
Fonsorbes : meurtres21.
Le 3
• Erquy : 5 otages et 6 résistants fusillés.
• Pluduno : 3 civils abattus, dont 2 femmes.
Le 4
• Le Vigeant : 12 jeunes résistants de Millac sont fusillés par des nazis et des miliciens.
• Saint-Pol-de-Léon : 25 hommes, dont le maire et un adolescent de 17 ans, sont massacrés par la Wehrmacht62.
Le 5
• Quimper : les nazis incendient un commerce de Gourvily et fusillent les membres de la famille qui tentent de s’en échapper, Jean-Louis Lejeune, 67 ans ; son épouse Anna, 64 ans ; Marie-Renée Le Quillec, épouse Lejeune, 33 ans, qui attend un enfant, et Marianne Le Jeune, épouse Le Toullec, 32 ans63.
Le 7
• Gouesnou : des hommes de la 3e brigade antiaérienne de la Kriegsmarine massacrent 42 habitants, dont des femmes et des enfants, au lieu-dit de Penguerec.
• Langon : 6 maquisards sont surpris par des soldats allemands au Port-de-Roche et fusillés64,65.
• Pleubian : 21 jeunes résistants s’étant rendus sont massacrés au sémaphore de Crec’h Maout. La veille, 4 passants avaient été abattus dans la commune voisine de Lanmodez.
• Langrolay-sur-Rance : tir d’un obus sur la foule (8 victimes civiles).
Le 8
• Guipavas : Au lieu dit Creac’h Burguy, sept hommes sont rassemblés dans le village puis abattus par des parachutistes allemands dont la division commandée par le général Ramke venait d’arriver pour défendre Brest 66.
• Puits de Guerry (Soye-en-Septaine, Cher), 2e massacre : 7 femmes, 1 jeune fille et trois hommes, réfugiés juifs d’Alsace-Lorraine, sont jetés un par un vivants dans un puits et écrasés par des pierres (soit 36 victimes avec celles du premier massacre du 24 juillet67).
Le 9
• Saint-Julien-de-Crempse : 17 civils de 18 à 80 ans, ainsi que 11 maquisards, sont massacrés par les SS.
Le 10
• Saint-Gaudens : exécutions, crimes de guerre et destructions le 10 et du 19 au 21 août21.
• Vieugy : 7 maquisards et civils sont exécutés22.
Le 11
• Forteresse du Mont-Valérien, à Paris : 93 prisonniers du camp de Royallieu sont fusillés68.
• Herran : meurtres21.
Le 12
• Longny-au-Perche : 5 otages pris au hasard dans le village sont fusillés.
• Villenouvelle : vols, incendies et meurtres le 12 et du 16 au 21 août21.
Le 13
• Tourouvre : 18 habitants sont massacrés et une cinquantaine de maisons sont détruites par des SS appartenant à une unité pas clairement identifiée. Longtemps attribué à la2e panzerdivision SS Das Reich, le massacre aurait finalement peut-être été perpétré par des membres de la 12e Panzerdivision SS Hitlerjugend69.
• Montlaur : vols et massacres le 13, 15, 18, 20 et 21 août commis par des éléments de la 2e panzerdivision SS Das Reich21.
Le 14
• Prémilhat : Massacre de la Carrière des Grises (42 otages de la prison de Montluçon sont fusillés)70,71.
• Grenoble : 20 maquisards du Vercors sont fusillés.
Le 15
• Longeville : les troupes allemandes tuent 6 maquisards au combat et ils achèvent et brûlent 7 autres maquisards.
• Boussens : meurtres le 15 puis le 18 août21.
• Savignac-de-Duras : 4 jeunes maquisards sauvagement torturés, assassinés puis pendus72.
• Fusillés de l’Ariane : 21 résistants, dont 3 femmes, et 2 collaborateurs sont fusillés à la mitraillette par les Allemands à Nice. Deux autres résistants avaient été fusillés au même endroit le 22 juillet.
• Fusillés de la villa Montfleury à Cannes : 8 résistants dont une femme, sont exécutés par la Gestapo.
Le 16
• L’Isle-en-Dodon : meurtre commis par des éléments de la 2e panzerdivision SS Das Reich21.
• Fusillés de la cascade du bois de Boulogne : 35 FFI et FTP, agés de 17 à 22 ans sont fusillés par les Allemands dans la nuit du 16 au 17, peu avant les combats de laLibération de Paris.
Le 17
• Sainte-Radegonde : 30 personnes sont fusillées.
• Pointis-de-Rivière : assassinat21.
• Villefranche-de-Lauragais : meurtres, incendies et vols du 17 au 21 et le 28 août21.
Le 18
• Saint-Michel-de-Livet : une famille de 7 personnes est assassinée par des SS.
• Nérondes : une douzaine d’habitants sont massacrés et plus de trente maisons brûlées.
Le 19
• Plaisance du Touch : arrestation et assassinats le 19 et le 21 août21.
• Farges (Ain) : incendie du hameau d’Asserans ; les habitants sont brutalisés et les frères Mathieu fusillés.
Le 20
• Saint-Genis-Laval : 80 à 120 prisonniers du Fort Montluc, dont des résistants et des Juifs, sont assassinés par la Sipo-SD et la Milice française73,74,75,76.
• Saint-Astier : 21 otages sont fusillés le soir, au lieu-dit les Quatre-Routes, en représailles à des combats qui ont opposé des résistants aux allemands. 3 autres personnes sont exécutées dans les environs.
• Villaudric : assassinats et vols le 20 et 21 août21 15 civils et 4 FFI sont tués, 8 personnes sont blessées77.
• Ligueil (Indre-et-Loire) : des soldats allemands fuyant vers l’est ont pris en otage à Ligueil 3 personnes membres de la Croix Rouge : Aimé Papillault, Albert Bertrend et Jean Poulin pour protéger leur fuite. Ils ont été accrochés par le maquis au lieu-dit « la Blanchardière », en bordure d’un petit bois, sur la route de Loches. Les trois otages ont été tués. Il existe une plaque commémorative sur la place de Ligueil.
• Fort de Romainville, Les Lilas : 11 personnes, dont une femme, sont exécutés9.
Le 21
• Bron : 109 Juifs sont massacrés par les nazis.
• Comblanchien : Dans la nuit du 21 au 22 août 1944, 52 maisons sont brûlées et 8 habitants sur 530 sont tués et 9 hommes déportés.
• Bouloc: meurtres21.
• Fronton : meurtre et vols21.
• Rimont : Apres un accrochage avec des maquisards, un instituteur en vacance âgé de 28 ans et 10 habitant âgés de 44 à 78 ans, sont exécutés par des troupes allemandes et le village est détruit par incendie78,79.
Le 22
• Creney-près-Troyes : 49 détenus de la maison d’arrêt de Troyes sont exécutés par la Gestapo dont plusieurs Français de la Gestapo de Rennes80.
• Vaux et Maurens (Haute-Garonne) : meurtres et vols21.
• Charmont (Val-d’Oise) : au lieu dit La Fosse rouge, les troupes allemandes en retraite fusillent 15 otages originaires des communes d’Aincourt, d’Arthies et de Charmont.
Le 23
• Méré : 4 civils sont tués à la baïonnette par des SS revenus dans le village après sa libération par les Américains81
Le 24
• Buchères : 68 civils dont 35 femmes, 10 enfants de moins de 10 ans, des bébés de 6 à 18 mois, 5 vieillards de plus de 70 ans sont assassinés par les SS et le village est incendié par deux compagnies de la 51e brigade blindée de grenadiers SS47.
Le 25
• Maillé (Indre-et-Loire) : 124 habitants, âgés de 3 mois à 89 ans, sont massacrés, et le village est incendié (entièrement détruit, il sera reconstruit quasiment à l’identique), vraisemblablement par des hommes du Feld-Erstatz-Bataillon (bataillon de réserve) de la 17e Panzer Grenadier Division SS Götz Von Berlichingen82.
• Châtillon-sur-Indre : des maquisards et des civils sont fusillés,
• Cerizay : bombardement par une colonne allemande. 5 victimes civiles et 173 maisons incendiés.
• Tournan-en-Brie (Seine-et-Marne) : 11 jeunes résistants fusillés par les Allemands dans le bois de La Hotte83. Monument des fusillés de Villeneuve-Saint-Denis, CD 21. À la veille de la Libération, des Allemands en retraite massacrent 11 jeunes Français appartenant à la résistance de Tournan, qui furent surpris et capturés à la Bretèche d’Hermières dans la maison de l’un d’entre eux, le garde des Eaux et Forêts Jambois : René Allais, Pierre Bisson, Lucien Cotel, André Dupré, Michel Haby, Roger Havard, Henri Jambois, Claude Kieffer, Roger Marty, Christian Michel et Christophe Planté./>
• Chatou (Yvelines), l’affaire des 27 martyrs84, moment tragique de la Libération qui a vu le massacre de 27 civils et résistants.
Le 26
• Civray : la Wehrmacht en retraite commet des exactions85.
Plaque à la mémoire des maquisardsfusillés le 27 août 1944 à Ligueil
Praud
Le 27
• Col du Petit-Saint-Bernard : 28 hommes des villages de la Tarentaise sont fusillés par la Wehrmacht en repli vers l’Italie.
• Ligueil (Indre-et-Loire) : 3 maquisards faits prisonniers sont fusillés par l’armée allemande et, le lendemain, un autre maquisard prisonnier, son épouse et ses 3 enfants de 11 à 15 ans sont exécutés.
• La Celle-Guenand (Indre-et-Loire) : 10 victimes = 2 maquisards tués au bourg et 8 civils tués au lieu-dit Repinçay, sur la route deSaint-Flovier, par une colonne de la Wehrmacht qui avait fait halte la veille au Grand-Pressigny (sans victime).
• Chalautre-la-Petite : Un contingent de la Wehrmacht, stationné à Chalautre-la-Petite, prend 22 habitants du village en otages, en représailles de la capture de deux des leurs par une patrouille américaine. Les otages, emmenés hors du village sur la route deSourdun, sont fusillés ; treize d’entre eux meurent.
Le 29
• Massacre de la vallée de la Saulx : 86 hommes sont tués par des Allemands de la 3e division de Panzer-Grenadiers, une unité de la Wehrmacht lors de leur passage dans les villages de Couvonges, Robert-Espagne, Beurey-sur-Saulx, Mognéville dans ledépartement de la Meuse47.
• Bengy-sur-Craon : 8 personnes sont fusillées et des fermes sont incendiées.
• Saint-Cyr : 6 civils français, Michel Dubois, Désiré Berger, Roger Moine et ses trois fils Jean, Roger et Claude, sont exécutés par des soldats allemands après qu’ils ont été réquisitionnés pour dégager des troncs d’arbres couchés sur une route. Quelques jours plus tard, plusieurs auxiliaires féminines de l’armée allemande, sont fusillées en représailles, dans le cimetière du village, par des FFIou par des parachutistes SAS français86,87.
Le 30
• Tavaux-et-Pontséricourt : 20 habitants, femmes, vieillards, enfants, sont massacrés par les SS. 86 maisons sont pillées et incendiées88,89.
Le 31
• Plomion : 14 habitants de 16 à 72 ans sont fusillés par les SS.
Septembre 1944
Le 2
• Étreux : au hameau du Gard, à la suite d’une embuscade de la Résistance, les Allemands arrêtent et fusilllent 36 hommes et brûlent de nombreuses maisons90,91,92.
Le 3
• Lorgies : 14 habitants du village sont arrêtés par les Allemands et fusillés dans le bois Fréteur93,94.
Le 8
• Autun : 27 résistants sont fusillés par les Allemands, dans les jardins d’une école de la ville, rue aux Raz.
Le 16
• Ferrières (Charente-Maritime) : les Allemands, tuent 9 civils dont le maire du village, et 15 maquisards du régiment Ricco. Ils incendient 7 maisons du hameau de Chanteloup 95 96.
Les 20 et 21
• Basse-sur-le-Rupt : 86 maquisards sont fusillés par les nazis.
Le 27
• Étobon : 39 habitants sont fusillés par les SS et 27 autres sont emmenés puis, pour 9 d’entre eux, fusillés près de Belfort, et les 18 autres, déportés.

Références[modifier]
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2. ↑ Stéphane Simonnet, Atlas de la Libération de la France. Des débarquements aux villes libérées., Autrement, 2004, p. 68.
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5. ↑ Le Bassin Minier durant la Seconde Guerre mondiale [archive]
6. ↑ Bref historique de Courrières [archive], consulté le 1er décembre 2012.
7. ↑ Scheck, R. (2007). Une saison noire. Les massacres de tirailleurs sénégalais. Mai-juin 1940. Paris : Tallandier. pp.56-57.
8. ↑ Le massacre de Domptail [archive]
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14. ↑ Ouest-France, 11 décembre 2012
15. ↑ a, b, c et d Mémoire de guerre – Liste de 112 Résistants fusillés en Ille-et-Vilaine [archive]
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18. ↑ Ouest France – Un hommage aux fusillés brestois du Mont-Valérien – Brest [archive] Consulté le 26 novembre 2012.
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20. ↑ plaque commémorative [archive]
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23. ↑ a, b, c, d et e Carnets de guerre en Charente par Francis Cordet
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25. ↑ resistancefrancaise.blogspot.fr [archive] La Dordogne martyre de Jean Bart
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30. ↑ Jeudi Saint de Jean-Marie Borzeix
31. ↑ Jean René Canevet, La guerre 1939-1945 à Fouesnant, p.258-263 [archive]
32. ↑ Stèle des fusillés 1939-1945 [archive]
33. ↑ Plaque à la mémoire des 87 fusillés du 6 juin 1944, à la prison de Caen
34. ↑ Massacres nazis en Normandie: les fusillés de la prison de Caen par Jean Quellien, Jacques Vico [archive]
35. ↑ Cndp – Les Fusillés rémois du 6 juin 1944 [archive]
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38. ↑ Michel de la Torre : Aube, le guide complet de ses 430 communes; édition Deslogis-Lacoste, 1990.
39. ↑ Mémoire de guerre – Liste des 32 fusillés au Colombier le 8 juin 1944 [archive]
40. ↑ Actes du colloque organisé par la Fondation de la Résistance et la ville de Saint-Amand-Montrond, page 62 [archive]
41. ↑ cf., Bruno Kartheuser, Walter, SD à Tulle : la tragédie du 9 juin, t. 3,Les pendaisons de Tulle, Neundorf, Krautgarten, 2004, 560 p.
42. ↑ Mémorial du 9 juin 1944 [archive]
43. ↑ Peter Lieb, « Répression et massacres. L’occupant allemand face à la résistance française, 1943-1944 », in Gaël Eismann et Stefan Maertens (dir.), Occupation et répression militaires allemandes, 1939-1945, éd. Autrement, coll. « Mémoires/Histoire », Paris, 2006, p. 179
44. ↑ Guide des lieux de mémoire: champs de bataille, cimetières militaires par Dominique Auzias, Pascaline Ferlin, Jean-Paul Labourdette, page 165
45. ↑ cf. Jean-Jacques Fouché, Oradour, éd. Liana Levi, Paris, 2001, 288 p.(ISBN 2-86746-271-1 et 978-2867462719)
46. ↑ Rapport de la Commission de recherches des crimes de guerre pour Betchat [archive]
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48. ↑ a et b P. Lieb, op. cit.., p. 180
49. ↑ Journal Sud Ouest, édition Périgueux, du 16 juin 2009
50. ↑ Page du site de Saint-Lys [archive]
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53. ↑ Le massacre du maquis de la forêt de Saint-Sauvant (Vienne) le 27 juin 1944 [archive]
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55. ↑ a et b Histoquiz, Cugen Sous l’Occupation Nazie [archive]
56. ↑ topic-topos, patrimoine des communes de France [archive]
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62. ↑ P. Lieb, op. cit.., p. 184
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67. ↑ 1944, La région opprimée, la région libérée, La Nouvelle République, hors série, p. 44, 2004
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73. ↑ Michel Germain, Chronique de la Haute-Savoie pendant la Deuxième Guerre mondiale tome IV, p.336-337 [archive]
74. ↑ 20 minutes – Il y a 60 ans, les martyrs de Saint-Genis [archive]
75. ↑ Internés de la prison Montluc à Lyon ; Policiers, Préfets, Agents de préfecture, Gendarmes, Douaniers, Magistrats. [archive]
76. ↑ CESEGUMO [archive]
77. ↑ Page sur « la tragédie du 20 Aout 1944 à Villaudric [archive]
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81. ↑ La Libération du canton de Montfort-l’Amaury, Le massacre des civils de Méré par les SS [archive]
82. ↑ P. Lieb, op. cit.., p. 178
83. ↑ Vengeance, histoire d’un corps franc, François Wetterwald ; La Résistance en Seine-et-Marne, René Roy, édition Presses du Village
84. ↑ http://www.mairie-chatou.fr/chatou/ch060404.asp [archive]
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88. ↑ Tavaux 30-31 août 1944. Histoire d’une tragédie, d’Alain Nice
89. ↑ Page Internet Le village de Tavaux a reçu la Médaille de la Résistance [archive]
90. ↑ 2 septembre 1944 – Les martyrs du Gard d’Etreux, par Annick Morel, 1994, (ISBN 2-84126-087-9)
91. ↑ Description du monument d’Etreux [archive]
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96. ↑ http://www.plaques-commemoratives.org/plaques/poitou-charentes/plaque.2007-12-24.2436024603 [archive]


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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale   

27 mars 2013

La machine à chiffrer Enigma

Classé sous — milguerres @ 22 h 36 min

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 Quelques machines de chiffrement 

Instruments de (dé)cryptage

Enigma et le service des renseignements 

Le Converter M209: chiffreur – déchiffreur

 

La machine à chiffrer Enigma

Espionnage

Les soldats se battaient sur les champs de bataille partout dans le monde, sous les bombes et les balles. Mais les services de renseignements de chaque pays se livraient à une autre guerre, une guerre intellectuelle cachée aux yeux du monde. Dans les années 40, la cryptographie atteint de nouveaux sommets, inimaginables seulement quelques années avant. Avec l’invention de nouvelles machines d’encodage, une nouvelle génération d’encodeur vit le jour.
La Pologne surveille son voisin

Les principales découvertes en matière de décodage et d’encodage eurent lieu avant même l’ascension d’Hitler au pouvoir. Dans les années 1920, la Pologne commença à intercepter des transmissions codées allemandes, elle rassembla une équipe de mathématiciens pour les déchiffrer. A ce moment là, les Allemands encodaient leurs messages avec une machine très sophistiquée nommée Enigma. Elle fut développée par Arthur Scherbius en 1918. Cette machine utilisait le principe suivant : trois roulettes rotatives qui permutaient les lettres plusieurs fois. Même si une puissance ennemie parvenait à voler une machine Enigma et à comprendre son fonctionnement, ils ne pourraient déchiffrer les messages sans savoir séquence d’encodage choisie par l’opérateur de la machine. Grâce à ce système, il y avait environs 15 milliards de séquences d’encryptage possibles, le code émit par Enigma était donc incassable. Du moins, c’est ce que croyaient les Allemands.

La machine Enigma
La machine à chiffrer Enigma sans-titre

Ils ont cependant commis une erreur cruciale dans la politique opérationnelle d’Enigma. Pour éviter des erreurs dues aux mauvais signaux radio ou aux interférences, les opérateurs allemands devaient transmettre la séquence d’encodage deux fois. C’est ce qui manquait aux mathématiciens polonais pour déchiffrer le code. Les mathématiciens Marian Rajewski, Henryk et Jerzy Róycki étaient les principaux chercheurs au Bureau Polonais de Chiffrage. Ils permirent à la Pologne de clairement lire les messages allemands dès 1933. Rajewski accumula tellement de connaissances sur la machine qu’il put en construire une lui-même. Mais la Pologne garda ses renseignements top-secret, sachant que si les Allemands avaient des doutes sur la sécurité de leur système, ils en développeraient un nouveau, ce qui obligerait les recherchistes à tout recommencer de zéro.
Le secret est divulgué

Lorsque Hitler annula son traité de non-agression avec la Pologne en 1939, les Polonais surent qu’ils devaient partager leur secret. Ils entrèrent en contact avec les services de renseignements britannique et français, ils leur apprirent qu’ils possédaient une machine à chiffrer allemande et qu’ils savaient comment déchiffrer les messages allemands. Ils fabriquèrent donc des répliques d’Enigma pour les Britanniques et pour les Français. Lorsque les troupes allemandes envahirent la Pologne cette année là, le centre de décryptage fut déménagé en France et à Bletchley Park, en Angleterre.

Lorsque les Allemands rajoutèrent deux rotors à la machine, le décryptage des messages devint beaucoup plus ardu. Au début de la guerre, 120 personnes travaillaient à Bletchley Park, plusieurs milliers y travaillaient en 1944. En Grande-Bretagne, le programme Enigma fut baptisée « Alan Turing Spearhead Ultra » (Fer de Lance Alan Turing). En 1940, les Britanniques pouvaient décoder les messages de la Luftwaffe, ceux de la marine furent brisés dès 1941.
La prise de l’U-33

La récupération de trois rotors Enigma sur l’U-Boat U-33 en 1940 aida grandement la recherche alliée. Le H.M.S Gleaner intercepta l’U-33 alors qu’il allait poser des mines dans un chantier portuaire britannique. Le Gleaner largua des mines sous-marines sur le sous-marin allemand, ce qui le força à faire surface. Le navire britannique percuta l’U-33 ce qui força le capitaine du sous-marin à ordonner le sabordage du navire. L’un des hommes de l’U-33 ne pu suivre l’ordre de jeter les rotors à l’eau, les Britanniques purent donc mettre la main sur ces précieuses pièces.

Peu après, les chercheurs de Bletchley Park cassèrent les codes d’Enigma, les Britanniques partagèrent leurs connaissances avec leurs alliés américains (en retour, les Américains partagèrent leurs connaissances sur le cryptage japonais). En 1943, les Alliés pouvaient suivre de près les mouvements allemands sur terre, sur mer et dans les airs. Les Alliés purent garder ça secret, les Allemands continuèrent donc à croire que le code Enigma était toujours incassable.
La fin de l’histoire

Ce succès en matière de renseignements militaires influença énormément le cour de la Seconde Guerre mondiale. La capacité des Alliés à déchiffrer les transmissions de la marines italiennes, effectuées avec Enigma, leur donna l’avantage lors de la bataille de Matapan (au large de la Crête), cette victoire clef écarta la menace italienne de la Méditerranée. Les informations décodées permirent également de connaître à l’avance les mouvements des troupes de Rommel en Afrique du Nord. Cela permit aux Alliés de l’empêcher de rentrer en Égypte et de contrôler la côte méditerranéenne d’Afrique du Nord. Le décryptage permit aussi aux Alliés d’apprendre que les fusées V1 étaient fabriquées à Peenemünde en Allemagne, ce qui donna lieu à un raid sur ces usines. Cela permit de libérer la voix pour l’Opération Overlord et pour l’invasion de la France en août 1944

enigma


Arthur Scherbius
Arthur Scherbius (20 octobre 1878 – 13 mai 1929) était un ingénieur en électricité allemand. En 1918, il brevète une machine de chiffrement basé sur des rotors, elle portera plus tard le nom d’Enigma.
Scherbius est né à Francfort en 1878. Fils d’un homme d’affaires, il étudie l’électricité au collège technique de Munich et s’inscrit ensuite au collège technique de Hanovre où il termine ses études en mars 1903. L’année suivante, il écrit sa thèse sur un système de turbine et reçoit son doctorat en ingénierie.
Scherbius travaille ensuite pour plusieurs entreprises en Allemagne et en Suisse. En 1918, il fonde son entreprise, « Scherbius & Ritter » à Berlin et invente différents objets : des moteurs asynchrones, des coussins électriques ou encore des corps-chauffant en céramique. Ses contributions font que son nom est resté dans le domaine des moteurs asynchrones : on parle du principe de Scherbius pour désigner l’utilisation de machines tournantes au lieu de convertisseurs de puissance.
Le 23 février 1918, il dépose un brevet pour sa machine de chiffrement et commence à la commercialiser. Au début, la machine n’est pas destinée à un usage militaire. Scherbius achète aussi les droits d’un autre brevet, une machine de chiffrement inventée par Hugo Koch et breveté en 1919. Les affaires sont difficiles et l’entreprise est réorganisée à deux reprises durant les années 1920. En 1923, Scherbius vend la première version, l’Enigma-A. Trois autres versions commerciales vont suivre, et l’Enigma-D devient le modèle le plus répandu.
La marine allemande s’intéresse à sa machine et adopte le modèle D d’Enigma. Elle y apporte des modifications en 1926. En 1929, l’armée allemande utilise à son tour la même variante commerciale et modifie son mécanisme. Les deux machines des forces allemandes se ressemblent à quelques détails près. À partir de ce moment, son usage est étendu à toute l’organisation militaire allemande et une grande partie de la hiérarchie nazie. La marine allemande surnomme Enigma la machine M. Ces machines évolueront encore pour devenir les diverses Enigma de la Seconde Guerre mondiale avec notamment l’ajout de rotors pour renforcer la sécurité.
Scherbius n’aura pas l’occasion de voir le succès de sa machine. Il décède en 1929 dans un accident d’attelage.

Sources : http://www.secondeguerre.net/hisetpo/gu/hp_machineenigma.html
http://historizo.cafeduweb.com/lire/11988-enigma-machine-crypter-seconde-guerre-mondiale.html
Wikipedia

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 Quelques machines de chiffrement 

23 mars 2013

Messerschmitt Bf 109

Classé sous — milguerres @ 22 h 22 min

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Les avions de guerre

Messerschmitt Bf 109

 

Messerschmitt Bf 109 800px-10

Le Messerschmitt Bf 109 est un chasseur monomoteur monoplace allemand conçu dans les années 1930 par l’ingénieur allemand Willy Messerschmitt

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en réponse à un appel d’offre du Reichsluftfahrtministerium (RLM) pour la conception d’un chasseur moderne devant équiper la Luftwaffe naissante. Autour du moteur le plus puissant disponible, un Junkers Jumo 210 à 12 cylindres en V inversé, Messerschmitt dessina la cellule la plus fine possible, reprenant des techniques très novatrices qu’il avait développées pour l’avion léger Bf 108. Le prototype Bf 109, supérieur à ses concurrents, fut finalement choisi, malgré l’inimitié du ministre de l’Air, Erhard Milch, envers Messerschmitt.

Suite à sa participation à la guerre d’Espagne, le Bf 109 fut remotorisé par un moteur Daimler Benz pour pratiquer de façon encore plus efficace les nouvelles tactiques de combat aérien qu’il avait permis de mettre au point. La première partie de la Seconde Guerre mondiale vit une domination sans partage de cet avion et de sa doctrine d’emploi.

Durant la bataille de France, seul le trop petit nombre de Bloch 152 et Dewoitine D.520 (aux performances comparables mais plus maniable que le Bf 109), étaient des adversaires à sa mesure. Les Morane-Saulnier MS.406 qui représentaient l’essentiel de la chasse française avec les Curtiss H75 étaient quelque peu surclassés en de nombreux points. Seul le Supermarine Spitfire britannique put alors lui tenir tête lors de la bataille d’Angleterre. Le Bf 109 fut le chasseur préféré de nombreux pilotes allemands, y compris des as tels qu’Adolf Galland ou Hans-Joachim Marseille, et cela même après le déploiement du Focke-Wulf Fw 190 qui, dans l’absolu, était une meilleure machine.

Cependant l’avion était arrivé au bout de son potentiel d’évolution. Les versions suivantes ne parvinrent pas à maintenir l’avantage acquis et se révélèrent d’un pilotage plus difficile, réservé à des pilotes expérimentés dont la Luftwaffe ne disposait plus qu’en nombre limité. Aux mains d’un bon pilote, il resta néanmoins un adversaire redoutable jusqu’à la fin de la guerre où il fut le principal chasseur allemand ainsi que le plus produit avec plus de 33 000 exemplaires produits.

Naissance

Willy Messerschmitt avait fondé sa société Messerschmitt Flugzeugbau GmbH en mars 1926, en partie financée par le gouvernement bavarois. Suite à des problèmes économiques, ce dernier lui demanda en septembre 1927 d’intégrer comme concepteur principal la Bayerische Flugzeugwerke (BFW) d’Augsburg, déjà existante. Après de nombreux déboires, cette association obtient enfin un succès commercial avec le Messerschmitt Bf 108 Taifun, un quadriplace léger, conçu en hâte pour participer au Challenge international des avions de tourisme de 1934. Cet avion, très en avance sur son époque, permit à Messerschmitt d’expérimenter les solutions qui allaient faire le succès de son futur chasseur : la formule monoplan à aile basse cantilever, le train d’atterrissage rentrant, une construction semi-monocoque légère en alliage d’aluminium s’articulant autour d’un unique longeron d’aile et d’une forte cloison pare-feu, ainsi que les dispositifs hyper-sustentateurs, combinant des becs à fente automatiques sur le bord d’attaque et des volets sur le bord de fuite, permettant de décoller et d’atterrir malgré une charge alaire très élevée.

Le Bf 108, très populaire, assura Messerschmitt d’un soutien inconditionnel de nombreux officiers et pilotes de la Luftwaffe. Cependant il s’était aussi trouvé un ennemi acharné en la personne d’Erhard Milch, qui venait de prendre la tête du tout nouveau Reichsluftfahrtministerium (RLM). Cet antagonisme était le résultat de la mort de l’ami personnel de Milch, Hans Hackman, au cours des essais du Messerschmitt M20 (en), mais aussi de l’exploitation désastreuse de l’avion par la suite, au sein de la Deutsche Lufthansa, dont Milch était alors directeur. Cette inimitié explique sans doute pourquoi Bayerische Flugzeugwerke n’a pas été conviée dans un premier temps à répondre au programme de chasseur monoplace Rüstungsflugzeug IV, lancé par le Technisches Amt (le département technique) du RLM en juin 1934. Finalement au début de 1935, grâce à sa popularité au sein des hautes instances de la Luftwaffe, Messerschmitt fut enfin invité à présenter un prototype, bien que Milch assurât que jamais il ne pourrait remporter le concours.

Le concours

Le programme R-IV, bien qu’issu du RLM, combinait en fait le meilleur des caractéristiques obtenues par les projet sur fonds privés d’Heinkel et Arado, réalisés au cours de l’année 1933. L’avion demandé était un monoplan monomoteur, équipé du nouveau moteur en développement chez Junkers, le Jumo 210, et était armé de trois mitrailleuses de 7,92 mm, approvisionnées chacune à mille coups. L’avion devait privilégier dans l’ordre la vitesse en palier, la vitesse ascensionnelle, et enfin la manœuvrabilité. L’objectif en termes de vitesse était de 400 km/h à 6 000 mètres que l’avion devait pouvoir soutenir pendant vingt minutes. Les performances exigées étaient en fait assez raisonnables mais Messerschmitt savait que, s’il voulait l’emporter, il devait concevoir un avion qui écrase la concurrence par ses performances. Il prit donc le risque de ne pas tenir compte de la recommandation du programme de ne pas dépasser 100 kg/m2 de charge alaire de façon à pouvoir atteindre les vitesses les plus hautes en diminuant au maximum la traînée. En contrepartie, Messerschmitt étudia des dispositifs hypersustentateurs pour garder une vitesse minimale et une manœuvrabilité acceptable. Ainsi, des becs à fente de bord d’attaque à fonctionnement automatique et de grands volets permirent à l’avion de rester contrôlable à basse vitesse.

Lorsqu’au début de 1935, la Bayerische Flugzeugwerke fut enfin admise à participer à la compétition, Willy Messerschmitt avait déjà réalisé le plus gros du travail de conception du Bf 109A, ou 8-109 selon la désignation du RLM, ce qui permit au premier prototype V1 (V pour Versuchsflugzeug) d’être prêt dès le mois de mai ; cependant les moteurs allemands ne l’étaient pas et l’avion dut être modifié pour y monter un des quatre Rolls-Royce Kestrel VI de 695 cv acquis par le RLM au Royaume-Uni en échange d’un Heinkel He 70 Blitz. L’adaptation se termina en août et, finalement, le V1 avec l’immatriculation civile D-IABI effectua son premier vol en septembre. Il fut ensuite envoyé au centre d’essai de la Luftwaffe à Rechlin pour participer à la compétition. Le V2, motorisé par un des premiers Jumo 210A donnant 610 chevaux, disponibles enfin à la fin de l’été, fut terminé en octobre et rejoignit le V1. Par contre le V3, qui était le premier exemplaire armé avec sa paire de MG 17 de 7,92 mm sur le capot moteur, dut attendre mai 1936 pour recevoir un moteur et rejoindre ses deux prédécesseurs.

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Le prototype V1

Très rapidement, Arado et Focke-Wulf, voyant leurs projets dépassés, se retirérent de la compétition ; seuls le Bf-109 et le Heinkel He 112 restèrent en lice. Outre l’hostilité de Milch, l’avion rencontra un accueil tout d’abord défavorable des pilotes qui lui reprochaient la voie étroite de son train d’atterrissage et son inclinaison élevée quand il roulait, ce qui rendait les opérations au sol difficiles voire dangereuses pour des pilotes peu expérimentés. Le comportement en l’air allait par contre finir par emporter leurs suffrages, l’avion se révélant manœuvrant une fois en l’air et surtout capable d’une vitesse exceptionnelle de 470 km/h, soit trente de plus que son concurrent, et de piquer et grimper plus vite. Cependant, le Heinkel avait encore la préférence des instances dirigeantes, le RLM commanda donc une présérie de dix appareils de chaque type. Néanmoins, début mars, la nouvelle que le Spitifire avait été mis en production obligea la Luftwaffe, dans l’urgence, à revoir sa décision et, finalement le 12, parut un document donnant la priorité au Bf-109 qui fut lancé en production alors que l’on demandait à Heinkel de revoir sa copie.

Les choix technologiques risqués de Willy Messerschmitt, avaient réussi à faire la différence, face au Heinkel, privilégié pourtant par les autorités. Comme sur le Bf 108 pour gagner du poids, il regroupait tous les efforts du moteur et du train sur un seul élément, la cloison pare-feu en arrière du moteur. De même pour l’aile, il n’employait qu’un seul longeron avant, en forme de I, suffisamment robuste pour encaisser les efforts de flexion subis par la voilure, au lieu de deux dans la construction traditionnelle. Associés à une construction semi-monocoque métallique, ces innovations lui permettaient d’obtenir une structure assez légère pour obtenir un bon rapport poids/puissance malgré la faiblesse des moteurs alors disponibles. Autres avantages, le Bf 109 était nettement moins coûteux à produire que son concurrent et il était possible de démonter ses ailes tout en gardant l’avion sur son train d’atterrissage lors des maintenances et des transports par voie de terre. Par contre, ce choix impliquait un train à voie étroite qui rendait plus difficile le roulage et les manœuvres au sol. Cela allait devenir particulièrement critique quand la puissance (et, de là, le couple de renversement) des moteurs allait augmenter.

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Bf 109 B.

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Bf 109 B.

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Bf 109 C-1 et Bf 109 D

Débuts de série

Il semble que 22 Bf-109 A-0 aient été livrés. Basés sur le V4 qui vola le 23 septembre 1936, les premiers étaient motorisés par un Jumo 210B de 640 cv qui céda rapidement la place à un Jumo 210D de 670 cv. Ces avions n’étaient pas identiques, avec de nombreuses différences parfois apparentes : les prises d’air de refroidissement de l’armement et le radiateur d’huile changèrent de position à plusieurs reprises pour éviter les phénomènes de surchauffe. Ils furent suivis par les Bf 109 B-1 qui en découlaient mais qui allaient être produits à 341 exemplaires par Messerschmitt, Fieseler et Erla. En cours de production du B-1, l’hélice bipale fixe Schwarz en bois céda la place à une bipale à pas variable VDM, copie sous licence de l’Hamilton Standard américaine, donnant par modification ou nouvelle construction les Bf 109 B-2. Les avions étaient parfois motorisés par un Jumo 210Da et son compresseur à deux vitesses, certains semblent avoir reçu des Jumo 210G à injection directe après l’essai en mars 1937 sur le Bf 109 V7. Comparé aux futurs chasseurs britanniques armés de huit mitrailleuses, l’armement du Bf 109 était cependant jugé insuffisant avec seulement deux MG-17 de 7,92 mm de capot. Plusieurs essais furent réalisés pour monter une troisième mitrailleuse (voire un canon de 20 mm MG FF) installé(e) entre les deux rang de cylindres et tirant à travers le cône d’hélice. Mais les vibrations et l’échauffement provoqués par leur tir posaient encore trop de problèmes et les armes montées à travers le moteur restèrent expérimentales, les premiers avions des séries A et B devant se contenter de l’armement du V3.

Les premiers avions funt affectés au Jagdgeschwader (escadre de chasse) JG-132 Richthofen dans le but de tester leur capacités opérationnelles et, dès le début de sa production, le Bf 109 fut engagé dans les opérations de la Guerre d’Espagne où il volait aux mains des pilotes allemands volontaires de la Légion Condor. Il semble probable que des A-0, aient servis en Espagne avec les marquages tactiques de 6-1 à 6-16, par contre l’envoi des prototypes Bf 109 V4, V5 et V6, bien que souvent cité, semble incertain. Leur apparence similaire les fit néanmoins souvent confondre avec le modèle B1 qui leur succèda. L’un d’eux, le 6-15, contraint à un atterrissage forcé suite à une panne d’essence fut capturé par les républicains, le 11 novembre 1937. Le pilote d’essais français Constantin Rozanoff eut alors l’occasion de l’évaluer, pui il fut livré aux soviétiques pour une étude plus poussée. Par la suite, au moins une cinquantaine de Bf 109B et une trentaine de Bf 109C furent envoyés combattre, l’envoi de modèles D n’étant pas certain. La pratique dura tout le long du conflit jusqu’à l’envoi d’une quarantaine de Bf 109E en 1939, le total des avions fournis aux forces nationalistes se situant au-delà de 130. Au cours des combats en Espagne, le Bf 109 fut opposé, en particulier, aux chasseurs soviétiques Polikarpov I-15 et I-16, extrêmement maniables et bien armés, qui dominaient alors le ciel espagnol. Incapables de prendre l’avantage en combat tournoyant, les pilotes allemands, mirent alors au point des tactiques mettant l’accent sur la vitesse et l’avantage d’altitude. Groupé par quatre dans des Schwärme (« essaims »), qui se subdivisent en deux Rotten (« bandes »), les Messerschmitts engageaient et rompaient le combat à leur convenance du fait de leur grande vitesse. Lorsqu’ils bénéficiaient de la supériorité en altitude, ils plongeaient alors sur leurs adversaires pour effectuer une passe, groupés en formation, puis remontaient avec la vitesse acquise pendant le piqué, restant ainsi complètement hors d’atteinte des contre-attaques de leurs adversaires. Cette nouvelle méthode de combat, connue comme combat à l’énergie, ou Boom and Zoom, inventée par des pilotes comme Adolf Galland et Werner Mölders, devint par la suite le style de combat dominant dans les airs lors du second conflit mondial. Le Bf 109 se révèla magnifiquement adapté à cette utilisation. Plus de deux cent pilotes allemands firent leurs premières armes en passant par la légion Condor, devenant par la suite le noyau de la future chasse de la Luftwaffe, la Jagdwaffe.

Le Bf 109 V8 était le premier à apporter une réponse satisfaisante au problème de la faiblesse de l’armement, ses ailes avaient été modifiées pour permettre le montage de deux mitrailleuses supplémentaires aux emplantures ; le V9 était encore mieux armé car il embarquait des canons de 20 mm MG-FF dans les ailes mais la structure de celles-ci se révèla alors trop faible pour supporter le recul, les avions de série Bf 109C devant alors se contenter de quatre mitrailleuses MG 17. Les deux prototypes et la série étaient motorisés par le Jumo 210 Ga et, pour la première fois, embarquaient une radio FuG 7 qui permettait les liaisons avec les forces terrestres. Pour Willy Messerschmitt, le principal problème de son chasseur était que, malgré les améliorations du Jumo, il n’arrivait pas à lui faire atteindre des vitesses supérieures à 480 km/h. Il était persuadé que la solution se trouvait dans l’adaptation des Daimler Benz de la série 600. Son premier essai, le Bf 109 V10, l’ancien prototype de la série C, motorisé avec un DB 600A de 900 cv, fut détruit à l’atterrissage par Ernst Udet lors d’une tentative de record en juillet 1937. Le V11 lui succéda, toujours avec un DB 600A, puis vinrent les deux V12 et V13. Le moteur de Daimler Benz manquant encore de fiabilité et le DB 601 à injection devant être bientôt disponible, on décida donc de construire une série transitoire, le Bf-109D, encore équipée des Jumo 210D et toujours armée de quatre MG 17. Cette version fut la première à être exportée vers la Suisse et la Hongrie.

Les premières productions du Bf 109
Bf 109 A-0
production basée sur le Bf 109 V4, 22 exemplaires.
présérie du Bf 109B
Bf 109 V5 2 MG-17, moteur junkers Jumo 210B, 1er vol 5 novembre 1936
Bf 109 V6 2 MG-17, moteur junkers Jumo 210B, 1er vol 11 novembre 1936.
série du Bf 109B
surnommée Bertha, 341 exemplaires, 2 MG-17 capot
|Bf 109B-1 début de série avec hélice fixe en bois Schwarz, moteur junkers Jumo 210G de 670 cv, hélice fixe en bois Schwarz
Bf 109B-2 exemplaires rééquipés de l’hélice bipale à pas variable VDM-1, moteurs Jumo 210Da.
présérie du Bf 109C et Bf 109D
Bf 109 V7 non-armé, moteur junkers Jumo 210G, 1er vol 5 novembre 1936
Bf 109 V8 armé de 2 MG-17 capot, moteur junkers Jumo 210Ga, 1er vol 11 novembre 1936
Bf 109 V9 prototype, armé de 2 MG-17 de capot et 2 MG FF dans les ailes , moteur junkers Jumo 210G, 1er vol 11 novembre 1936
Bf 109 V10 moteur Jumo 210Ga de 700 cv puis Daimler-Benz DB-600a de 900 cv pour une tentative de record.
série du Bf 109C
surnommée Clara ou Caesar, moteur Jumo 210G ou Ga, armé de 2 MG-17 de capot et de 2 dans les ailes, 58 exemplaires.
série du Bf 109D
surnommée Dora, moteur Jumo 210Da ou Ga, armé de 2 MG-17 de capot et de 2 dans les ailes, 647 exemplaires.

Le Bf 109, arme de propagande

Le nouvel avion était utilisé de façon intensive par la propagande nazie du Troisième Reich dans le but d’impressionner ses futurs alliés et adversaires. On manipula de nombreux détails techniques et caractéristiques de l’avion pour amener les services de renseignement et la presse étrangère à surévaluer l’appareil. Dans ce but on utilisait beaucoup les prototypes, dont certains transformés en machine de record, ayant peu de rapport avec les chasseurs de la production de série. Par exemple, le Bf 109V13, qui battit le record du monde de vitesse avec 610,5 km/h en novembre 1937, employait un DB-601 spécialement préparé et dépourvu de tout armement. Les services de la Luftwaffe entretenaient alors un flou sur ces avions en les classant comme prototypes du chasseur, laissant sous-entendre que la production serait basée sur ces modèles. L’influence de ces mesures se fait encore sentir de nos jours, certains croyant que les Bf-109D étaient dotés de moteurs Daimler-Benz.

Autre domaine où la Luftwaffe essayait de tromper les experts, celui de l’armement. Des manuels furent même publiés pour des avions qui n’existaient pas, ou uniquement sous forme de prototype sans avenir. Les différentes variantes d’armement des modèles C et D, outre leur côté expérimental, étaient certainement à classer dans ces tentatives de tromperie destinées à masquer la faiblesse de l’armement du Bf 109 à ses débuts. Étaient vraisemblablement à classer dans ces efforts :

* le Bf 109 C-2 avec cinq MG 17 dont une tirant à travers le cône d’hélice.
* le Bf 109 C-3 avec deux canons MG-FF d’aile.
* le Bf 109 C-4 avec un canon MG FF tirant à travers le cône d’hélice.
* le Bf 109 D-2 avec trois MG-FF (deux d’aile et un de moteur).
* le Bf 109 D-3 avec deux MG-17 de capot et deux MG-FF dans les ailes.

Les montages d’armes dans le moteur et de canon dans les ailes se révélant impraticables avant la fin de l’année 1939, nombre de ces avions n’ont vraisemblablement jamais existé autrement que sur papier, ce même si une documentation existait sur leur emploi opérationnel. Ces efforts portèrent leurs fruits, là encore même de nos jours, les premières versions du Emil étant décrites comme armées d’un canon tirant à travers le moteur voire de trois canons. Ces procédés continuèrent par la suite, présentant l’avion de record Messerschmitt Bf 209 comme une future évolution du Bf 109 en le désignant Me 109R alors qu’il était impossible de l’armer sans que ses performances ne s’effondrent.

L’arrivée des Daimler Benz, le Bf 109E Emil

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Un Bf 109E

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Bf 109 E-3.

Les expérimentations avec les Daimler Benz se poursuivent, avec les V11 et V12 et leur DB 600A. Mais le moteur encore jeune pose de nombreux problèmes, en particulier au niveau de sa suralimentation automatique et la production, insuffisante, est réservée prioritairement aux bombardiers Heinkel He 111. Le DB 601 devient enfin disponible. Messerschmitt ayant gagné une réputation internationale, le RLM suggère le changement de nom de Bayerische Flugzeugwerke en Messerschmitt AG, les avions suivants prendront alors la désignation Me, au lieu de Bf.

Deux prototypes, les V14 et V15, au début de l’été 1938, embarquent le nouveau moteur, le refroidissement n’est plus assuré par un unique radiateur, sous le nez, mais par deux placés sous les ailes et le compartiment moteur est profondément remanié pour embarquer le Daimler Benz. Les configurations d’armement qu’ils emportent, deux canons d’aile et deux mitrailleuses de capot, et un canon de moteur et deux mitrailleuses, ne seront pas retenues, car la présérie E-0, puis la série E-1, qui les suivent, ne possèdent que quatre MG 17. En janvier 1939, les premiers Bf 109 E-1 de série arrivent dans les unités de la Luftwaffe, ils sont armés de quatre MG 17 et propulsés par un DB 601 A-1 de 990 cv ; ils seront produits à 1183 exemplaires.

Les prototypes V16 et V17 servent à améliorer encore la formule en particulier par le renforcement de la structure, ce qui permet enfin de monter de façon satisfaisante un armement plus lourd. De ce travail va découler, en fin d’année, une nouvelle version de série, le Bf 109 E-3 avec deux canons d’ailes MG FF, le E-2 avec un canon de moteur n’est lui pas produit. Une variante d’exportation du E-3, le E-3a est réalisée privée des équipements sensibles pour la Luftwaffe, et vendue à plus de trois cent exemplaires, entre autres à la Suisse (80), la Bulgarie (19), l’Espagne, la Hongrie (40), l’URSS (5), la Roumanie (69), la Yougoslavie (73) et le Japon (2). Le E-3, sert aussi de base au développement du Bf-109T, destiné à l’emploi sur le futur porte-avions Graf Zeppelin de la Kriegsmarine. L’été suivant, le E-4 introduit les canons modifiés MG FF/M, dotés d’un système de retardement du recul, ce qui permet de tirer les obus mines à haute teneur en explosif, aux effets dévastateurs.

En septembre 1939, à la déclaration de guerre contre la Pologne, la Luftwaffe avait environ 850 Bf 109E et 235 Bf 109D dans ses escadres de chasse, dont un peu plus de deux cent participèrent à la guerre éclair contre ce pays. Soixante-sept d’entre eux furent abattus mais principalement par des tirs du sol. Il règne en effet en maître absolu dans les airs. Après les opérations à l’est, une des plus grande batailles aériennes fut l’annihilation d’un raid de vingt-quatre Vickers Wellington de la RAF contre Wilhelmshaven. À cette occasion, les Bf 109 descendirent douze des bombardiers pour la perte de deux d’entre eux, ce qui marqua le virage du Bomber Command vers les raids de nuit.

Après l’évaluation d’un Bf 109E posé par erreur en France, les Britanniques conclurent que seul les Spitfire Mk.I, dotés d’hélice tripale, arrivaient à avoir le dessus, et ce seulement à grande altitude. La campagne de France confirma cet état de fait, bien que les allemands commençassent à percevoir les défauts de l’avion, en particulier la faiblesse de son rayon d’action et son absence de supériorité contre le Spitfire, qu’il rencontra au-dessus de Dunkerque. Néanmoins, le début de la bataille d’Angleterre est encore nettement à son avantage, ce n’est qu’à la suite de l’ordre de protéger les bombardiers au plus près, ce qui le prive de ses avantages naturels, qu’il est réellement battu par le Spitfire.

Il possède, pourtant, de nombreux avantages sur son adversaire, comme la possibilité de piquer en G négatifs, du fait de son moteur à injection, alors que le Merlin à carburateur du Spitfire aurait calé avec la même manœuvre. Cette esquive permettait souvent aux pilotes allemands de semer leurs poursuivants assez facilement. Il grimpe aussi plus vite aux altitudes moyennes et son armement est beaucoup plus meurtrier, les obus mines de 20 mm du MG FF/M ayant un effet dévastateur sur les avions britanniques, alors que les mitrailleuses de 7,7 mm, malgré leur nombre et leur grande cadence de tir, nécessitaient des passes de tir plus longues. Le Bf 109E, pendant la bataille d’Angleterre, fut responsable de la plus grande partie des pertes de la RAF, soit 403 Spitfires, 631 Huricanes et 115 Blenheims. Mais 610 Bf 109 sont perdus, et beaucoup de pilotes tués ou fait prisonniers, alors que la plupart des pilotes britanniques peuvent reprendre le combat. L’as Werner Mölders passe à cette occasion le cap des cinquante victoires, il sera rapidement rejoint et dépassé par de nombreux autres pilotes allemands.

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Bf 109 E-4.

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109 E-4/B.

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Bf 109 E-7.

Les combats au-dessus des îles britanniques voient aussi l’emploi des premiers chasseurs-bombardiers basés sur le Bf 109, capables d’emporter des bombes de 250 et 50 kg. Ils mènent des attaques rapides, en petites formations, sur des objectifs dans le sud de l’Angleterre, à partir de la fin 1940. L’expérimentation de lance-bombes mène à la transformation des E-1 en 110 E-1/B et des Bf 109 E-4 en Bf 109 E-4/B, en montant un lance bombe ETC-250 sous le fuselage. Ils sont ainsi capables d’embarquer une bombe de deux cent cinquante kilogrammes ou quatre de cinquante. Plus généralement, pour garder une autonomie convenable, on réduisait la charge à une seule de cinquante kilogrammes. Des unités de chasse-bombardement (Jagdbomber) ou Jabo, sont alors créées et équipées de ces avions. Elles vont mener des raids rapides et ponctuels, lors de la deuxième partie de la bataille d’Angleterre. Bien qu’il ne soit pas doté de viseur de bombardement spécifique, l’avion se révèle efficace pour les bombardements en piqué, qui sont menés grâce au viseur standard Revi et des lignes peintes sur le pare-brise pour déterminer les angles.

Bf 109 E-7.

Au début 1941, le E-4/N est doté du moteur DB 601N, plus performant en altitude, grâce à l’emploi de carburant C3 d’indice d’octane 100 et d’un compresseur à entraînement hydraulique et vitesse variable. Deux versions de reconnaissance voient aussi le jour : le E-5 et le E-6, délestées de leurs canons et avec une caméra à l’arrière du fuselage ; elles sont respectivement motorisées par un DB 601Aa et un DB 601N. Le Bf 109 E-7, lui, s’attaque au problème de rayon d’action grâce à la possibilité d’emmener un réservoir largable de 300 litres sous le fuselage, il donne naissance à de nombreux dérivés : le E-7N avec un DB-601N et les E-7/U1 dotés d’un système de refroidissement blindé, les E-7/U2 employés en Afrique du nord pour des raids à basse altitude et dont le moteur est protégé par une plaque de blindage boulonnée sur le dessous et enfin le U3, un variante de reconnaissance photographique. Une modification encore plus performante en altitude est créée, le Bf 109 E-7/NZ, avec un système de surpuissance GM-1, fonctionnant par l’injection de Protoxyde d’azote qui sert d’oxydant au moteur ; le système cependant, lourd et mal placé, provoque un déséquilibre de l’appareil conduisant parfois à de dangereuses vrilles. Avec les opérations sur le front africain apparaissent aussi les E-4/Trop, E-5/Trop et E-7/Trop, versions tropicalisées par l’ajout de filtres à air plus performants et de nécessaires de survie en milieu désertique.

Pour réutiliser les cellules de Bf 109 E-1, Fiesler et Arado, reconstruisent 60 Bf 109 E-8, avec un réservoir de 300 litres et quelques E-9, où les mitrailleuses d’aile sont échangées contre une caméra. Ils seront les dernières versions du Emil, qui a commencé à montrer ses limites contre le Spitfire. La Luftwaffe a besoin d’un chasseur beaucoup plus performant et une révision importante du Bf 109 s’avère nécessaire. Environ 4000 Bf 109E ont été produits, principalement de la version E-3.

Le Bf 109E et ses dérivés (environ 4000 exemplaires)

prototypes ayant mené au Bf 109E

Bf 109 V11 et V12 prototypes avec un moteur Daimler-Benz DB-600A
Bf 109 V13 machine de record avec un moteur Daimler-Benz DB 601 gonflé
Bf 109 V14 et V15 prototypes des E-0 et E-1, moteur Daimler-Benz DB 601
Bf 109 V16 et V17 prototypes des E-3 avec une structure renforcée
présérie Bf 109 E-0, 3 exemplaires, numérotés de V18 à V20, armé de 2 MG 17 de capot et 2 dans les ailes

Bf 109 E-1

moteur Daimler-Benz DB 601A-1 de 990 cv, armé de 2 MG 17 de capot et 2 dans les ailes, 1183 exemplaires
dérivés : 110 Bf 109 E-1/B version de chasse-bombardement, avec lance-bombe ETC-250 sous le fuselage
60 Bf 109 E-8, à long rayon d’action avec lance-bombe ETC-250 sous le fuselage, capable d’emporter un réservoir de 300 litres
Bf 109 E-9, conversion pour la reconnaissance photographique du E-8 gardant seulement les MG 17 de capot

Bf 109 E-3

version la plus produite, armée de 2 MG 17 de capot et de 2 MG FF dans les ailes, moteur DB 601A-1 ou DB 601Aa de 1050 cv
dérivés : 10 Bf 109 T-0, présérie du Bf 109T (T = Träger), version destinée à servir sur les porte-avions en construction, le Graf Zeppelin et Flugzeugträger B
50 Bf 109 T-1 série du Bf 109T, reconvertie par la suite en T-2, par le retrait des équipements d’aéronavale
Bf 109 E-3a, version d’exportation, moteur Daimler-Benz DB 601Aa de 1050 cv
Bf 109 E-5, version de reconnaissance, 2 MG 17 de capot, moteur Daimler-Benz DB 601A de 990 cv

Bf 109 E-4

MG FF remplacés par des MG FF/M, verrière plus anguleuse
dérivés : /B version de chasse bombardement, avec lance-bombe ETC-250 sous le fuselage
/N moteur Daimler-Benz DB 601N de 1175 cv ; /Trop version tropicalisée, Bf 109 E-6, version de reconnaissance, moteur Daimler-Benz DB 601N de 1175 cv

Bf 109 E-7

E-4 à long rayon d’action avec lance-bombe ETC-250 sous le fuselage, capable d’emporter un réservoir de 300 litres
dérivés : /N, moteur Daimler-Benz DB 601N ; /NZ, système de surpuissance GM-1, DB 601N ; /Trop, version tropicalisée
/U1, avec un système de refroidissement blindé ; /U2, E-7/Trop avec une plaque blindage dans la partie inférieure du moteur
/U3, conversion pour la reconnaissance du E-7

La réaction au Spitfire, le Bf 109F Friedrich

Bien que la version E, soit la plus connue de cet appareil et la G la plus produite, la version F, correspond à l’apogée de la carrière du chasseur de Messerschmitt. Avec environ 2200 produits au total, cette version fut l’appareil des débuts de certains grands as allemands comme Erich Hartmann, au palmarès le plus étoffé avec ses 352 victoires. Werner Mölders atteint le premier le chiffre symbolique de 101, le 16 juillet 1941, mais rappelé en Allemagne pour superviser l’entraînement des nouveaux pilotes. Il se tua dans un accident d’avion, peu de temps après. La plupart de ces grandes séries de succès eurent pour cadre le front de l’est, où face à des avions démodés en grands nombres et mal employés, les victoires furent relativement faciles. Mais il reste que le Bf 109F, employé selon les tactiques adéquates, avec des pilotes chevronnés, domina les cieux même à l’ouest, comme le prouve l’exemple de Marseille.

Les travaux pour adapter des moteurs plus puissants à l’avion, ont commencé dès le début de l’année 1940. Le résultat de ces études, le Bf 109F, est bien mieux profilé que son prédécesseur, il a une casserole d’hélice imposante, suivit par un capot moteur très ajusté lui donnant un peu, un aspect de cigare volant. Au niveau des ailes, les radiateurs sont aussi redessinés de façon plus aérodynamique et les saumons ont été arrondis. À l’arrière la roulette de queue devient semi-rétractable et les montants du plan de profondeurs externes disparaissent. Le premier prototype, le V21 a un moteur DB 601Aa, mais les trois suivants les V22, 23 et 24 embarquent le DB 601E. La mise en production de celui-ci tardant, on revient au DB 601N pour les dix Bf 109 F-0 qui suivent. Malgré tout, du fait de l’amélioration aérodynamique, les performances font un bond en avant. Les livraisons de la version de série Bf 109 F-1, commencent au début de 1941. Ils souffrent dans un premier temps, de mystérieuses pertes de contrôle, donnant lieu à des accidents mortels. Ils sont alors interdit de vol, pendant que les ingénieurs de Messerschmitt, mènent leur enquête. La cause est découverte rapidement, le plan de profondeur privé de ses montants, se met à vibrer à certains régimes moteur, rendant l’avion ingouvernable.

Une solution provisoire est appliquée, par l’ajout de plaques de renfort sur la structure arrière. Ce problème résolu l’avion se révèle excellent avec une vitesse de pointe de 628 km/h. Son armement est peu puissant, mais bien groupé avec un canon MG FF/M qui tire à travers l’hélice et deux MG 17 de capot. La série F-2, introduit un nouveau modèle de canon le MG 151/15 de 15 mm, cette arme bien que moins puissante a une meilleure vitesse initiale et donc est plus précise, de plus elle est commandée électriquement et approvisionnée à deux cent coups au lieu de soixante. Le Bf 109 F-2 est décliné en version tropicalisée, le Bf 109 F-2/Trop. Le Bf 109 F-3, aurait dû être enfin motorisé par le DB 601E, mais il est rapidement remplacé par le Bf 109 F-4, armé du MG 151/20 avec 200 coups, mais aussi mieux protégé par des blindages supplémentaires et des réservoirs auto-obturants améliorés, qui est livré à partir de juin 1941. La fin de série du F-4, voit le problème de vibration réglé de façon plus définitive par l’adoption d’un empennage entièrement repensé. Là encore, des versions spécialisées sont produites, respectivement, les F-4/Trop et F-4/Z. Le Bf 109 F-5 et le Bf 109 F-6 en sont des dérivés de reconnaissance, ne différant que par leurs caméras, et produits à seulement quelques exemplaires.

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Bf 109 F-2.

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Bf 109 F-2/Trop.

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Bf 109 F-4.

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Bf 109 F-6.

Le Bf 109F et ses dérivés

prototypes ayant mené au Bf 109F

Bf 109 V21, moteur Daimler-Benz DB-601Aa
V22, V23 et V24 avec le moteur Daimler-Benz DB-601E

La présérie Bf 109 F-0
10 exemplaires, moteur Daimler-Benz DB-601N

Bf 109 F-1
moteur Daimler-Benz DB-601N, canon MG-FF/M de moteur, 2 MG-17 de capot

Bf 109 F-2
MG-FF/M remplacé par un canon MG-151/15

Bf 109 F-3
montage du moteur DB-601E, non produite

Bf 109 F-4
Bf 109F-3 équipé d’un canon MG-151/20 de moteur, blindage et réservoirs améliorés

Bf 109 F-5 et F-6
variantes de reconnaissance du F-4

Bf 109 H-0 et H-1
variantes de haute altitude, réalisées à partir du F-4 avec cabine pressurisée et des ailes allongées, quelques exemplaires.

Bf 109Z
Z pour Zwilling (jumelés), deux Bf-109F-4 joint par une aile centrale et un plan de profondeur commun, seul le fuselage gauche gardait son poste de pilotage, un prototype en 1943. Bf 109Z-1, version prévue de chasse au bombardier avec 5 canon de 30 mm. Bf 109Z-2, version prévue de chasse-bombardement, 2 canon de 30 mm et 1 tonne de bombe.

Bf 109TL
projet d’un biréacteur dérivé du Bf 109, alternatif au Messerschmitt Me 262, abandonné en 1943

Les derniers efforts, les Bf 109G Gustav et Bf 109K Kurfürst

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Bf 109 G-2 no Dreans of the Wings Museum in São Carlos, Brésil

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Bf 109 G-2.

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Bf 109 G-5.

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Bf 109 G-6.

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Bf 109 G-10.

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Bf 109 G-12.

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Bf 109 G-14.

À partir de 1942, les nouveaux appareils commencèrent à menacer cette supériorité absolue, l’apparition des Spitfire Mk.IX à l’Ouest et le La-5FN à l’est. Ce qui obligea à une nouvelle augmentation de la puissance sans grandes modifications sur la cellule du Messerschmitt, pour tenter de conserver l’avantage. Le nouveau modèle, Bf 109G, bien que difficile à prendre en main pour les jeunes pilotes, va néanmoins constituer l’épine dorsale de la Jagdwaffe, chargée de défendre le Reich contre les bombardiers alliés, pendant les années 1943 et 1944. Il dérive en droite ligne du Bf 109F, par le montage des moteurs de la série DB 605. Ces derniers, en fait des DB 601 améliorés par un réalésage et l’augmentation du taux de compression, ils sont plus puissants avec 1 475 cv au décollage, mais ont aussi un couple plus important et la cellule de l’avion a dû être renforcée. Le Focke-Wulf Fw 190 a commencé à équiper de nombreuses unités, mais sa production étant insuffisante, la Luftwaffe se retrouve contrainte de faire durer le Bf 109 qui commence à devenir obsolète. Cette surmotorisation a un prix, le Bf 109, bien que manœuvrable, n’a jamais été un avion facile à piloter du fait des efforts à appliquer sur les gouvernes. Avec l’augmentation de puissance et de vitesse, il devient un avion dangereux pour les pilotes inexpérimentés. Au sol, déjà peu pratique du fait de son train d’atterrissage, il devient aussi très pointu pour les novices. Dans des mains expérimentées par contre, il reste néanmoins un formidable adversaire, et la version G sera la plus produite du Bf 109 avec environ 24 000 avions. La principale différence extérieure entre les Friedrich et les premiers Gustav est la disparition de la petite vitre triangulaire sous la partie avant du cockpit.

Les exemplaires de préproduction, les 12 Bf 109 G-0, volèrent pendant l’été 1941, mais ils étaient encore motorisés par des DB 601E.

La première série Bf 109 G-1 arriva en petites quantités en mars 1942, ils étaient propulsés par des DB 605 A-1, le kit GM-1 était monté en option (kit U2) et le poste de pilotage était pressurisé. Le dérivé dépourvu d’habitacle pressurisé, le Bf 109 G-2, fut fabriqué parallèlement, mais en plus grand nombre : environ 1 600 exemplaires. On voit à cette époque l’introduction, systématique, des kits usine U pour Umrüst-Bausatz et montés en unité, R pour Rüststand. Les G-3 et G-4 remplacent respectivement les G-1 et le G-2, et s’en différenciaient par le remplacement de la radio FuG 7A par une FuG 16Z. Ils avaient des pneus de plus grand diamètre qui provoquent une petite excroissance sous chaque aile ainsi qu’une roulette de queue plus grande.

Le G-6 va être le plus produit des Gustav ; dérivé du G-4, il rend définitive l’adoption des MG 131 de capot qui nécessitent les célèbres grosses bosses sur le capot et inaugura vers la fin de la production diverses améliorations comme, par exemple, le montage en série d’un radiocompas, d’une roulette de queue rallongée pour faciliter le roulage, d’un gouvernail agrandi et de la verrière Erla qui améliorait la visibilité. Le G-5 était similaire au G-6 mais continuait lui la série impaire des chasseurs pressurisés de haute altitude. Le G-8 était la version de reconnaissance du G-6 avec une caméra à l’arrière.

Certains appareils étaient optimisés pour la destruction des quadrimoteurs américains par le montage de canons supplémentaires. Sur le G-6 par exemple, apparut le kit R6, avec deux canons MG 151/20 en gondole sous les ailes et le kit U4 avec un canon de 30 mm MK 108 qui remplaçait le MG 151/20 du moteur. Le kit BR21 qui permettait d’embarquer des roquettes WGr-210 « Dodel », que l’on utilisait pour rompre les formations de bombardiers. Des kits permettaient aussi de meilleures performance dans la stratosphère où volaient les formations de bombardiers alliés. Furent employés des systèmes, comme les injections eau-méthanol MW-50 et surtout l’injection de peroxyde d’azote GM-1. La chasse contre les bombardiers de nuit de la RAF, quand ceux-ci se mirent à faire usage du brouillage par des paillettes métalliques (window), dépendit uniquement de chasseurs opérant à vue selon les tactique dite de Wilde Sau. Cette technique bien qu’efficace, provoqua par contre beaucoup d’accidents même chez les pilotes expérimentés du fait du vol de nuit sans réel équipement d’assistance.

L’une des modifications les plus célèbres reste la verrière panoramique Galland, du nom du pilote qui l’imagina. Cette information est cependant remise en cause par des experts. La firme Erla la fabriquait d’où son autre nom d’Erla-Haube (verrière Erla). Utilisée en plusieurs versions d’apparence très similaire, elle est avec les nouvelles dérives un des éléments extérieurs marquants des dernières générations de Bf 109. Ainsi en plus de certains G6, tous les G14, G10 et K4 en étaient équipés.

La version G-14 de l’avion (antérieure à la G-10 malgré son nom) constitue l’évolution logique du développement de la série G-6. Environ la moitié des 4 000 exemplaires étaient motorisés avec des moteurs DB 605 AS optimisés pour la haute altitude. Il possède en série la verrière Erla et généralement des dérives agrandies. Les exemplaires équipés du moteur AS avaient des capots moteurs sans bosses.

L’une des conséquences de ce grand nombre de versions et sous-versions était le manque d’interchangeabilité des pièces, parfois même au sein d’une version. Pour éviter une trop grande indisponibilité d’appareils en attente de pièces, une des firmes fabriquant le Messerschmitt 109, la Erla maschinenwerk, commença à récupérer les appareils endommagés, et à les utiliser pour reconstruire des appareils « neufs ». Les Bf 109 reconstruits étaient modifiés pour permettre l’emploi des pièces disponibles sur les versions les plus récentes. Certains de ces appareils, utilisant des moteurs rénovés DB605ASB ou ASC avaient ainsi des performances égales voire supérieures aux nouvelles versions (G-10, K-4) sortant des usines !

Le Bf 109 G-12, lui était une conversion de terrain des G-6 et G-4, en biplaces d’entraînement.

La standardisation reste malgré tout insuffisante, compliquant toujours le ravitaillement et la réparation dans les unités de combat. Le RLM, ordonne donc à Messerschmitt AG, de fournir un effort supplémentaire dans ce domaine. Le résultat basé sur le Bf 109 G-14, est le Bf 109 K. la présérie K-0, ressemble fortement aux derniers G-14/G-10, mais le capot est différent, la verrière du dernier type Erla, la casserole d’hélice est rallongée et la roulette à longue jambe devient entièrement escamotable. La seule version de série produite, le Bf 109 K-4, arrive en unités en octobre 1944. Elle est motorisée par un DB605DB ou DC de 2000ch, avec une injection MW-50 et un armement comprenant un canon MK 108 de 30 mm tirant dans le moyeu d’hélice et deux MG 131 sur le capot. Le K-4 diffère extérieurement des derniers G-10 de par son antenne de gonio qui est déplacée vers l’arrière ainsi que par des trappes de train cachant les roues. C’est la version la plus rapide du Bf 109. Parmi les projets, le K-3 est un K-4 pressurisé, le K-6, est une version à armement lourd pour la lutte contre les quadrimoteurs alliés, avec trois MK 108, un à travers l’hélice et deux d’aile, et deux MG 131 sur le capot. le K-8 de reconnaissance, est dérivé du K6 avec une caméra dans l’arrière du fuselage, le K-10 est similaire au K-4, mais avec un DB 605D et un canon MK 103 axial. Le K-14 devait embarquer un DB-605L avec compresseur deux étages et une injection méthanol, il aurait été capable d’atteindre 725 km/h.

Le Bf 109 G-10 qui apparaît quelques semaines après le K-4 constitue une dernière tentative d’amélioration de l’avion existant tout en rationalisant la production et constitue l’ultime évolution de la série G. Il généralise certaines modifications qui sont désormais livrées en série, de plus il est motorisé par un nouveau moteur DB 605DB/DC identique la série K, plus performant et optimisé aux basses altitudes avec une injection d’eau et méthanol MW-50. Les G-10 furent produits en parallèle des K-4 lors des derniers mois de la guerre.

L’arrivée de chasseurs d’escorte américains à long rayon d’action, comme le P-51 Mustang, mit les pilotes de la Luftwaffe devant un dilemme à partir du début 1944 : emporter assez d’armement pour pouvoir être efficaces contre les bombardiers, mais en alourdissant leur avions être ainsi vulnérables aux chasseurs d’escorte, ou ne pas surcharger leurs avions et être incapables de détruire les bombardiers. La solution trouvée fut de spécialiser les avions dans deux rôles, certains armés très lourdement généralement des Focke-Wulf Fw 190, s’en prenaient aux bombardiers, pendant que d’autres avec l’armement standard combattaient l’escorte. Cette répartition des tâches, combinée avec l’emploi de tactiques, basées sur des passes frontales en formation, sur les box de Boeing B-17 se révéla très efficace, mais le nombre de chasseurs américains et britanniques, et bientôt le manque de pilotes expérimentés et d’essence, rendirent impossible une défense efficace du territoire allemand. À l’est, le manque d’effectif et l’apparition de nouveaux chasseurs soviétiques comme le Yakovlev Yak-3 et le Lavochkine La-7, rendirent la couverture globale des troupes terrestres totalement irréaliste, la Luftwaffe se contentant d’essayer d’obtenir une supériorité aérienne locale, lors des opérations importantes.

Les dernières versions

La présérie Bf 109 G-0
12 exemplaires, moteur Daimler-Benz DB-601E, cabine pressurisée

Bf 109 G-1
moteur Daimler-Benz DB-605A de 1475 cv, armé de 2 MG-17 de capot et MG-151/20 de moteur, habitacle pressurisé.
/R2 ; /U2

Bf 109 G-2
moteur Daimler-Benz DB-605A de 1475 cv, armé de 2 MG-17 de capot et MG-151/20 de moteur, habitacle non présurisé.
/R2, reconnaissance, caméra Rb 50/30 ;/Trop, tropicalisée

Bf 109G-3
G-1 avec radio FuG 16Z, 50 exemplaires

Bf 109 G-4
G-2 avec radio FuG 16Z, pneus de plus grand diamètre
/R2, reconnaissance, caméra Rb 50/30 ; /R3, reconnaissance, caméra Rb 50/30, emport de deux réservoirs largables de 300 litres, MG 17 remplacées par un réservoir d’huile de 15 litres
/U1 ; /U3, reconnaissance, deux caméras Rb 12,5/7×9, pas d’armement ; /Trop, tropicalisée;

Bf 109 G-5
G-6 avec cabine pressurisée
/R2 ; /U2, kit de surpuissance GM-1; /AS, moteur DB 605 AS

Bf 109 G-6
G-4 avec MG-17 remplacées par des MG-131
/AS, moteur DB 605AS ; /R1, lance-bombes ETC 500/IXb sous le fuselage ; /U1 ;/U2, kit de surpuissance GM-1;
/U4, MG-151/20 du moteur remplacé par un MK 108 ; /N, chasseur de nuit radar passif FuG 350 « Naxos Z »;/Trop, tropicalisé; /Y avec radio FuG 16ZY

Bf 109 G-8
version de reconnaissance du G-6

Bf 109 G-10
G-14 avec moteur Daimler-Benz DB-605DB
/U4, MG 151/20 du moteur remplacé par un Mk 108

Bf 109 G-12
conversion en biplace de G-1 et de G-8

Bf 109 G-14
G-6, moteur Daimler-Benz DB 605AM
/U4, MG 151/20 du moteur remplacé par un Mk 108; /AS; moteur DB 605AS

Bf 109 G-16
moteur Daimler-Benz DB-605D, 3 MG 151, non produite

Bf 109 K-0
présérie, roulette de queue escamotable, nouveau capots
Bf 109 K-2

moteur Daimler-Benz DB-605ASC ou DC, 3 MK 103/108 et 2 MG 131, non produite

Bf 109 K-3
version pressurisée du K-4, non-produite

Bf 109 K-4
Moteur DB605DC armé de 2 MG 131 de capot et MK 108 de moteur, au moins 856 exemplaires

Bf 109 K-6
K4- avec 3 MK 108 et 2 MG 131, non produite

Bf 109K-8
version de reconnaissance du K-4, non produite

Bf 109 K-10
K-4 avec MK 108 du moteur remplacé par un Mk 103M, non produite

Bf 109K-14
moteur Daimler-Benz DB-605L

L’après guerre

La fin de la guerre marqua un peu partout la fin de la production du Messerschmitt 109. La plupart des machines en service dans les armées de l’air non allemandes, essentiellement des « Gustav », furent utilisées jusqu’au début des années 50, voire des années 60 dans certains pays.

Mais l’histoire du 109 n’était pas terminée…

Lors du conflit, la Tchécoslovaquie occupée fabriquait des Bf-109-G sous licence, sous la dénomination Avia S-99. Après la fin de la guerre, les stocks de moteurs Daimler-Benz s’épuisant, Avia entrepris de greffer des moteurs Junkers JuMo 211 sur des cellule de « Gustav ». L’avion ainsi créé reçut la dénomination de Avia S-199, et équipa l’Aviation tchécoslovaque.

Mais le nouvel appareil se révéla d’un pilotage très difficile, pour des performances médiocres. Détesté des pilotes, qui le surnommèrent « Mezek » (mule), il n’eut qu’une brève carrière jalonnée de nombreux accidents. En 1948, 25 de ces avions, quasiment neufs, furent vendus à l’aviation israélienne naissante, qui ne les utilisa que moins de un an.

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Un Avia S-199 israélien

Au cours de la guerre, les Espagnols avaient également passé un contrat de licence avec la firme de Messerschmitt pour pouvoir fabriquer sous licence le Bf-109-G. La fin de la guerre entraîna celle du contrat. Plusieurs fuselages, leurs ailes et quelques machines-outils avaient déjà été livrés à l’Espagne, mais les moteurs Daimler-Benz ne furent jamais expédiés.

Les Espagnols décidèrent alors de remotoriser leurs cellules avec des moteurs Hispano-Suiza de production suisse. L’appareil obtenu vola sous la désignation HA-1112, et se révéla une bonne machine, quoique légèrement sous-motorisée. Les versions ultérieures reçurent alors un moteur Rolls-Royce Merlin, qui modifia fortement l’aspect initial du 109 (le Merlin était un 12 cylindres en V non inversé contrairement aux Daimler-Benz 601 et 605).

Très agréable à piloter, le HA-1112, surnommé affectueusement « Buchon »(une espèce locale de pigeon) par ses pilotes, fut produit jusqu’en 1961, et resta en service jusqu’en 1965.

Les Messerschmitt figurants dans le film « La bataille d’Angleterre », tourné en 1967, étaient en fait des « Buchons »…

Hispano Aviación 1112

L’Hispano Aviación 1112 buchón (sobriquet donné à cet avion signifiant pigeon) était un avion espagnol fabriqué sous licence par Hispano Aviación à partir du chasseur allemand Messerschmitt Bf 109 G.

Les premiers modèles étaient assez semblables aux modèles allemands. Certains étaient équipés avec des moteurs Hispano-Suiza.

La défaite de l’Allemagne et la destruction de ses usines aéronautiques lors de la Seconde Guerre mondiale posa un problème pour la fabrication de l’Hispano 1112. En effet, il n’y avait plus de moteurs allemands à disposition.

L’Espagne se tourna alors vers le Royaume-Uni, qui a fourni des moteurs Rolls-Royce Merlin (ces moteurs avaient équipé durant toute la guerre les Spitfires et Seafires). L’aspect du HA 1112 en fut quelque peu modifié.

Ils furent construits jusqu’à la fin des années 1950 et utilisés par l’armée de l’air espagnole jusqu’au milieu des années 1960. Les premières séries avaient une hélice tripale, qui fut ensuite changé pour une hélice quadripale sur les dernières séries. Il existait aussi une version biplace d’entraînement utilisée en école de l’air.

Certains de ces avions furent utilisés durant le tournage du film La Bataille d’Angleterre avec également le CASA 2111, version hispanique du bombardier Heinkel He 111 (équipé lui aussi de moteurs Rolls-Royce Merlin). L’Hispano 1112 figura également dans le film L’Odyssée du Hindenburg.

Certains buchón volent encore dans des meetings aériens, souvent repeints aux couleurs allemandes. Un exemplaire a été re-motorisé, en Allemagne, avec un moteur de Messerschmitt Bf 109 G d’origine (DB 605) récupéré en Italie. L’avant a également été transformé en 109 G6. Cet avion, ainsi modifié, vole de temps en temps dans certains meetings aériens en Europe.

Un autre exemplaire a également été modifié en Europe. Son cockpit et sa dérive ayant été prélevés sur un Avia S-199 (version tchèque du Bf 109) afin de lui donner l’apparence d’un BF 109 G10.

D’autres HA-1112 ont également été re-conditionnés en Bf 109 G (avec modification de la partie avant et de la motorisation) et sont exposés dans plusieurs musées en Allemagne et aux États-Unis.

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HA-1112 repeint aux couleurs d’un Me109. Le modèle est remotorisé avec un DB 605 allemand

source : http://militaires-d-hier.forumgratuit.org/t926-messerschmitt-bf-109

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Les avions de guerre

20 mars 2013

Fusiliers marins à Bir Hakeïm

Classé sous — milguerres @ 0 h 12 min

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale 

Fusiliers marins à Bir Hakeïm

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 voir également : Résistance héroïque à Bir Hakeim 

« La résistance la plus acharnée et la plus héroïque de la guerre du désert m’a été opposée par les
soldats français à Bir Hakeim ». Le maréchal Rommel évoque ainsi la bataille opposant, du 26 mai au 11
juin 1942, la 1re brigade française libre (BFL) du général Koenig, intégrée à la 8e armée britannique, aux
divisions germano-italiennes de la Panzerarmee-Afrika (PAK) plus connue sous le nom d’Afrika Korps.
Au sein de la 1re BFL, le 1er bataillon de fusiliers marins (BFM) est en charge de la défense anti-aérienne.

Fusiliers marins à Bir Hakeïm 171209 LA MARINE DANS LE DÉSERT

La création du 1er BFM est décidée le 5 juillet 1940 par l’amiral Muselier, commandant des FNFL : « je désirais
continuer la tradition de la brigade des marins de Ronarc’h dont j’avais eu l’honneur de commander une compagnie en 1915 ». Le bataillon prend corps le 17 juillet avec 250 hommes sous les ordres du LV Détroyat.
Mis à la disposition de l’armée de terre le 10 août, il participe en septembre 1940 à la tentative de reprise de
Dakar, en novembre au ralliement du Gabon puis en juin 1941 à la campagne de Syrie, au cours de laquelle il
perd 40% des effectifs engagés, dont le LV Détroyat.
Sous le commandement du CC Amyot D’Inville, le bataillon est transformé en unité de DCA, organisée en six sections équipées d’abord decanons Hotchkiss de 25mm (récupérés en Syrie), puis de Bofors de 40mm.
Chargé de la défense anti-aérienne de la 1re BFL, le bataillon participe aux batailles de Halfaya, El Mechili, Bir Hakeim et El Alamein en 1942. C’est à Bir Hakeim qu’il s’illustre particulièrement durant les 1 300 sorties de la Luftwaffe sur la position, tirant 47 200 obus, abattant sept avions et détruisant de nombreux véhicules blindés.
En septembre 1943, intégré à la 1re division française libre, le 1er BFM devient le 1er régiment de fusiliers
marins, participe à la campagne d’Italie et à la libération de la France comme régiment de blindés légers de reconnaissance. Compagnon de la Libération, son drapeau, confié à la garde de l’Ecole des fusiliers marins de Lorient, est le troisième plus décoré de France avec cinq citations à l’ordre de l’armée pour 1939-1945.

Les fusiliers marins à Bir-Hakeim
Quartier-maître Le Borgne

En ce matin du 1er juin, la situation se présente favorablement à Bir-Hakeim. Le 27 mai, la division italienne « Ariete », mal renseignée sur la profondeur de nos champs de mines, envoie à l’attaque le 132e régiment blindé du colonel Prestissimone. Après deux heures de furieux combats, les Italiens décrochent, ayant perdu une quarantaine de chars et abandonnant entre nos mains 90 prisonniers dont leur colonel qui, après avoir changé trois fois d’engin, fut grièvement blessé et mourut au P.C. du général Kœnig.

Après cet échec de l’ennemi, la garnison, complètement encerclée, repoussera assez facilement les incursions de blindés qui tâtent nos champs de mines et cherchent le point faible tout autour du périmètre de défense.

Depuis l’investissement, les fusiliers marins ont brillamment défendu le ciel de Bir-Hakeim, et les 12 Bofor crachent sans arrêt dès qu’apparaissent les avions à croix gammée. Hier soir, à la tombée de la nuit, six JU. 88, sérieusement encadrés par nos obus, ont largué précipitamment leur chargement de bombes et se sont vite dérobés vers le Nord-Ouest.

Depuis l’aube, les marins s’activent à leurs pièces c’est qu’il est fort question que la brigade appareille pour poursuivre l’ennemi qui a desserré son étreinte ; on a rappelé, paraît-il, l’échelon lourd qui campe quelque part entre Bir-Bou Mafes et Bardia et, sitôt nos camions rentrés, on quittera cette citadelle du désert pour exploiter le succès.

Rassemblant tous les véhicules disponibles, le colonel Broche, avec son bataillon du Pacifique, a déjà reçu l’ordre d’aller occuper Rotonda Segnali, à 80 km dans l’Ouest de Bir-Hakeim.

Un message envoyé par la 7e brigade motorisée anglaise (les fameux « rats du désert ») signale que les Italo-boches abandonneraient cette position si souvent harcelée par les jock-colonnes sorties de Bir-Hakeim.

C’est la batterie de l’enseigne de vaisseau Bauche et du maître-fusilier Le Goffic qui est chargée d’assurer la D.C.A. du bataillon du Pacifique, et c’est sous nos regards envieux qu’ils franchissent la porte du fort vers 9 heures, tandis qu’à l’autre extrémité du camp le quartier-maître Audren, avec sa quadruple 13,2, va escorter le commandant Puchois qui, dit-on, va faire une liaison vers les Britanniques.

En prévision d’un départ possible, on travaille ferme à la pièce Le Borgne. Les pointeurs Guitton et Bertin graissent et astiquent tandis que Choquer et Moniot gréent des lames-chargeur avec les obus calibrés par Daviault et Giorgy. Genovini, le chauffeur, qui a servi le thé matinal, fait tourner le moteur de son camion en chantant à pleine voix. Carnet en main, Le Borgne compte les munitions, les vivres et l’essence et pousse un coup de gueule quand quelque chose ne va pas à son idée.

Le quartier-maître de 1re classe Le Borgne est un fusilier issu de Lorient. Trapu et solide comme un roc, il est d’un extérieur froid et maussade. Homme de devoir dans toute l’acception du terme, il a déjà démontré de belles qualités de courage et d’entraîneur d’hommes. Travailleur infatigable, sévère mais juste, il est animé d’une flamme patriotique ardente qui le conduit à tous les dévouements. Pour nous c’est un camarade et pour ses hommes un chef reconnu et estimé.

Vers 11 heures, Daviault, qui est de cuisine, appelle ses camarades « à la soupe » et ceux-ci, affamés, se précipitent dans l’abri-popote, très bien protégé des rayons du soleil par la bâche du camion tendue sur ses arceaux. Soudain, alors qu’on commente ironiquement l’ultimatum envoyé hier par le général Rommel, un ronronnement bien connu attire l’attention, et un « chut » énergique de Le Borgne fait taire tout le monde.

- Alerte ! crie le chef de pièce au moment où, déjà bien convaincus de la chose, les sept marins, bousculant table, sièges et gamelles, foncent à leur poste de combat.

Gymnastiquée 100 fois à l’exercice et appliquée au combat depuis quatre jours, la manoeuvre s’accomplit en 30 secondes et le Bofor est prêt à tirer au moment où Bernier et Charpentier, en position en bordure nord-ouest du camp, ouvrent le feu pour que leurs traçants servent aux camarades des autres pièces à repérer la direction des avions ennemis.

D’un coup de rein, Le Borgne fait tourner sa plate-forme et oriente sa volée en direction des petits nuages noirs formés par l’éclatement des obus. Et tout à coup les avions apparaissent au moment où, pris à partie, par Fremeaux, Canard et Laporte, ils sont obligés de rompre la belle formation serrée qu’ils avaient adopté, jusqu’ici. Ce sont les JU. 87, les fameux Stuka, spécialistes du bombardement en piqué, reconnaissables à leur train d’atterrissage non escamotable. Ils sont une douzaine et leur sarabande effrénée emplit bientôt le ciel de Bir-Hakeim, ce ciel qui se tache de centaines de flocons noirs, car, aux 12 Bofor des marins viennent de se joindre les six autres, armés par les Anglais.

Après le « vu » de ses pointeurs, Le Borgne a ouvert le feu et hurlé des corrections de tir. Le bruit est infernal et aux gerbes de sable soulevées par les explosions se joignent des nuages de poussière produits par le recul de la pièce sur ses vérins ; bientôt les avions n’apparaissent plus qu’à travers une sorte de halo brumeux qui fatigue les yeux et augmente les difficultés de pointage. Les marins ont vite compris que l’alerte allait être sérieuse, car les Stuka semblent viser particulièrement les emplacements de D.C.A., emplacements ceinturés par plusieurs centaines de sacs de sable et de caisses vides de munitions, et que l’on consolide et améliore après chaque bombardement.

Il va donc falloir s’évertuer à empêcher plusieurs avions de se grouper pour choisir leur objectif. Piquant à mort de 1.500 à 2.000 mètres, les JU lâchent une bombe à 2 ou 300 mètres, puis remontent en chandelle pendant que le mitrailleur arrière arrose le point visé.

Cet avion qui, dans un hurlement sinistre, pique sur chaque pièce en donnant l’impression qu’il va tout pulvériser, fait trembler les cœurs et courber les épaules mais, debout à leur pièce comme à bord, nus jusqu’à la ceinture et casque plat sur la tête, les marins tirent toujours. À chaque explosion, les torses sont douloureusement cinglés par les jets de gravier. Dans ce décor hallucinant, de nombreux points rouges apparaissent ; ce sont des camions qui brûlent… et qui sautent.

Le départ de la batterie Bauche a créé un trou dans la défense D.C.A. et c’est Le Borgne qui en subit déjà les conséquences, plusieurs fois pris à partie. Les bombes ont explosé tout près et, malgré les secours que lui prêtent Lesant et la batterie anglaise, les Stuka s’acharnent sur lui. Sans arrêt, le chargeur alimente sa pièce qui tire à cadence accélérée, et il va bientôt falloir changer le tube rougi. Les corrections de tir sont inutiles et Le Borgne pare au plus pressé en virant lui-même pièce et pointeurs du côté de l’assaillant le plus dangereux.

Mais de là-haut un oiseau à croix gammée qui, sans doute, menait la danse car il possède encore son chargement de bombes, se décide à intervenir. Il a choisi soigneusement son objectif : ce sera ce petit point noir d’où partent des langues de feu et qui, plusieurs fois, a été loupé par plusieurs de ses camarades. Brutalement, le pilote bascule son avion et celui-ci, volets ouverts, pointe son nez vers le sol en amorçant un piqué vertical en direction de la pièce. Le Borgne a vu, et il va se défendre :

- Feu !… Feu ! hurle-t-il… Moniot écrase la pédale sous son pied et, les yeux exorbités, enfile les chargeurs dans le Bofor surchauffé… Les obus de 40, en un trait de feu continu, filent en direction du Stuka qui ne dévie pas d’un pouce. Déjà, dans un vrombissement du tonnerre, l’engin de mort remonte en chandelle car il a largué ses trois bombes et toutes trois explosent en plein centre de l’emplacement où tout est balayé. La pièce est tordue et culbutée, les sacs de sable éventrés et volatilisés, les corps déchiquetés et broyés…

Là où, tout à l’heure, se dressait un canon servi par huit garçons magnifiques, huit marins qui avaient préféré le combat à la servitude, il n’existe plus qu’un chaos innommable qui soulève le cœur et dont l’approche même nous est interdite par l’explosion des munitions et le feu qui se dégage du camion de Genovini. Tout à l’heure, on sortira de ce charnier un blessé qui ne saura jamais par quel miracle il est encore vivant. C’est Daviault, atteint grièvement aux jambes et qui, sitôt guéri, reprendra sa place parmi nous pour finalement se faire tuer sous Radicofani, en Italie. À 15 heures, entre deux alertes, une délégation de chaque batterie assistera à l’enterrement des morts de la pièce Le Borgne, qui sont ensevelis auprès du groupe sanitaire divisionnaire. Le soir même, le commandant diffuse l’ordre du jour suivant :

Bir-Hakeim, le 1er juin 1942
« Premier bataillon de fusiliers marins,
« Fusiliers marins,
« Sept des vôtres ont été tués ce matin à leur poste de combat. Le coup est rude, mais nous ne devons pas faiblir une seconde. L’aviation ennemie fait tout ce qu’elle peut pour dégager son armée qui sait la bataille perdue pour elle. Ces diversions ne changent en rien l’avance des forces amies. Le moment n’est pas de s’attendrir, mais de combattre.
« Vos camarades sont morts pour la France Libre.
« Vive la France. »

Le capitaine de corvette Amyot d’Inville, commandant le 1er bataillon de fusiliers marins
À cet ordre du jour un autre succédait le lendemain :

Bir-Hakeim, le 2 juin 1942
« Les morts, de la pièce Le Borgne sont déjà vengés par les Bofor de la 1re batterie qui attaqués pendant plusieurs heures ont descendu hier quatre avions ennemis.
« Trois mille tonnes de bombes ont été versées en quatre-vingt-dix minutes par mille deux cent cinquante avions anglais sur Cologne.
« Une couverture de chasseurs anglais est attendue aujourd’hui sur Bir-Hakeim et El-Telim. »
Amyot d’Inville

Mais les Alliés s’étaient trompés… Rommel n’était pas battu… La colonne… La colonne Broche rentra précipitamment… et le siège continua… et d’autres moururent.
Mais ceci est une autre histoire.
Officier des équipages principal Colmay, ancien du 1er B.F.M.
Extrait de la Revue de la France Libre, n° 62, novembre 1953.

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sources 
document pdf : BM 148 Marine à Bir Hakeim – CESM – cesm.marine.defense.gouv.fr/
http://www.france-libre.net/temoignages-documents/temoignages/fusiliers-marins-bir-hakeim.php

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 retour à la Seconde Guerre Mondiale

 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

 

 

13 mars 2013

Le résident général de Tunisie, l’Amiral Esteva, collaborateur ou libre ?

Classé sous — milguerres @ 21 h 14 min

 

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 retour à la Seconde Guerre Mondiale

La Tunisie au gré des conflits

Ceux que l’on maudirait !

L’amiral Derrien, entre le marteau et l’enclume 

Le résident général de Tunisie, l’Amiral Esteva, collaborateur ou libre ?

Journal des débats politiques et littéraires
1943/05/20 (Numéro 1031)
Le résident général de Tunisie, l'Amiral Esteva, collaborateur ou libre ? reside10

qui est-il ? qu’a t-il fait de grandiose à part faire partie des VI-CHYiens
anti-allemand malgré tout… selon Roger Maudhuy dans «Vichy, les procès de la collaboration» ?

Nous allons le découvrir 

______________________
Jean-Pierre Esteva, né le 14 septembre 1880 à Reims et décédé le 11 janvier 1951 à Reims, est un militaire, amiral et homme politique français.
Engagé dans la Marine nationale, il intègre l’École navale dès 1898 et en sort enseigne de vaisseau en 1900.
Lieutenant de vaisseau, le jeune officier participe à la Première Guerre mondiale. Affecté à l’escadre de Méditerranée, il participe entre autres opérations à la bataille des Dardanelles à l’occasion de laquelle il se distingue tout particulièrement
De 1927 à 1932, nommé capitaine de vaisseau, Esteva décide de suivre une voie pionnière dans l’aéronavale naissante, choix original pour un officier de ce rang. Promu contre-amiral en 1929, il est directeur de l’aviation maritime, puis sous-chef d’état-major des forces aériennes (1930) avant de devenir vice-amiral en 1935. En 1936, il part pour l’Extrême-Orient où il commande plusieurs unités navales depuis son croiseur. Son séjour dans le Pacifique l’amène à régulièrement visiter les bases britanniques de Hong Kong et Singapour ainsi qu’à pleinement prendre la mesure de la montée en puissance de la flotte impériale nippone. À son retour en métropole, sa polyvalence et ses compétences le désignent pour occuper la fonction d’inspecteur des forces maritimes. Par la suite, en 1939, il prend le commandement des forces navales françaises du Sud.

Avec les VI-CHYiens

En 1940, après la débâcle des armées françaises et l’armistice de juin 1940 dans la clairière de Rethondes, Esteva, comme de nombreux autres amiraux dont François Darlan, choisit de servir le régime de Vichy.
Homme de confiance du maréchal Pétain, il embarque pour l’Afrique française du Nord. Le 26 juillet, il devient résident général de France en Tunisie. À ce poste, il succède à Marcel Peyrouton appelé à prendre ses nouvelles fonctions ministérielles à Vichy. En novembre 1942, lorsque les Anglo-américains déclenchent l’opération Torch, l’amiral est toujours en poste. Débute alors une série d’atermoiements qui se conclut par une collaboration avec les Italo-Allemands. Le 9 novembre 1942, il commence par condamner l’arrivée sur le terrain d’El Aouina des appareils de la Luftwaffe envoyés sur place par le maréchal Albert Kesselring. Mais très vite, par fidélité à Pétain et sous la pression des consignes de Pierre Laval, Esteva est amené à changer de position. 

Il met à la disposition des pilotes allemands plusieurs bases françaises sur le territoire tunisien ainsi que des stocks de carburant. 
Dans la foulée, il neutralise l’amiral Derrien qui avait encouragé ses troupes à rejoindre les Alliés afin de se battre contre l’Axe.  voir -> L’amiral Derrien, entre le marteau et l’enclume

En mai 1943, au moment où les troupes alliées entrent à Tunis, Esteva est rapatrié en France par les Allemands. 
L’amiral est évacué le 7 mai en avion et en même temps que le consul général du Troisième Reich en Tunisie. Débarqué à Paris, il est conduit au Ritz afin d’y être mis en résidence surveillée en attendant que les autorités allemandes statuent sur son sort. Consigné dans sa chambre, il est gardé par des sentinelles allemandes. 

Finalement remis en liberté le 18 mai, il gagne Vichy où il est chaudement accueilli et félicité par Pétain pour sa fidélité aux ordres reçus. Joachim von Ribbentrop lui fait parvenir un message de sympathie et le remercie pour avoir « facilité la conduite de la guerre par les puissances de l’Axe1. » Esteva répond : « Cette lettre ne m’intéresse pas. Je suis fonctionnaire français. Je n’ai rien à voir avec von Ribbentrop. »

En Afrique du Nord, cependant, un Conseil de guerre, présidé par le général [b]Henri Giraud le 15 mai, condamne Esteva à la peine de mort par contumace.[/b]

Arrestation et procès

Le 22 septembre 1944, il est finalement arrêté par la police française à Paris puis incarcéré à la prison de Clairvaux. 
Un nouveau procès est organisé. Accusé d’avoir livré du blé à l’armée italienne en Libye, accordé des facilités aux troupes de l’Axe pour s’établir sur la côte et les aérodromes tunisiens après le débarquement allié de 1942, recruté des travailleurs et combattants dans une Phalange africaine au service de l’Allemagne, manifesté à plusieurs reprises sa sympathie pour la cause allemande, il esquisse la défense dite du « double jeu », souvent reprise par la suite. Ainsi, il affirme qu’en dépit de sa fidélité à Pétain, ce n’est pas une discipline aveugle qui l’a guidé, qu’il n’a composé avec l’ennemi que pour sauver l’essentiel : son départ aurait fait passer la Tunisie sous le contrôle italien, la livraison de blé aux Italiens en Libye a été compensée par des envois identiques aux populations françaises, il a saboté le recrutement de la Phalange africaine, il ne disposait pas assez de troupes, avec 12 000 hommes, pour s’opposer aux forces de l’Axe, les Alliés étant encore trop loin. L’amiral Muselier a témoigné en sa faveur lors de ce procès. Il n’en est pas moins reconnu coupable de trahison le 15 mars 1945. Militairement dégradé par la Haute Cour de Justice, il est condamné aux travaux forcés à perpétuité2. 

Claude Morgan, résistant communiste fondateur des Lettres françaises, prend cette peine à témoin, dans un article intitulé: « La vérole », pour dénoncer l’indulgence de la justice, qui ne l’a pas condamné à mort, et les complicités dont bénéficierait Vichy, affirmant : « Si Esteva n’est pas un traître, c’est qu’il n’existe pas de traître3.»

Malade, Esteva est grâcié le 11 août 1950. Il décède quelques mois plus tard.
Se penchant, dans Les Grands procès de la collaboration sur le parcours d’Esteva, et notamment sa période tunisienne et son procès, Roger Maudhuy considère, sur la base de plusieurs témoignages, qu’Esteva a aidé la Résistance locale et fourni de faux documents d’identité à des membres de la communauté juive, des militants communistes, des évadés d’Allemagne et des réfugiés alsaciens4.

Le général de Gaulle, dans ses Mémoires de Guerre, a commenté ce procès en ces termes : « L’amiral Esteva fut condamné à la réclusion. Au terme d’une carrière qui, jusqu’à ces événements, avait été exemplaire, ce vieux marin, égaré par une fausse discipline, s’était trouvé complice, puis victime, d’une néfaste entreprise5. » 

De son côté, Pierre Messmer a confié à Roger Maudhuy : « Que voulez-vous ? La Haute Cour ne pouvait pas commencer par un acquittement. Esteva n’a pas mérité un tel sort, j’en conviens. Deux ou trois ans plus tard, il aurait sans doute été acquitté. Mais c’était la guerre… Pétain, Laval, tous les responsables, les gros, étaient hors de portée. 

Lui, il était là. Il n’a pas eu de chance, voilà tout6 ».

Notes et références

↑ Raymond Ruffin, La Vie des français au jour le jour – De la Libération à la victoire, 1944-1945, Éditions Cheminements, 2004, 331 p. (ISBN 2844782884), p. 62.
↑ Yves-Frédéric Jaffré, Les Tribunaux d’exception, 1940-1962, Nouvelles Éditions Latines, Paris, 1962, p. 100-101.
↑ Fred Kupferman, Le Procès de Vichy – Pucheu, Pétain, Laval, Éditions Complexe, 2006, 233 p. (ISBN 2804800679), p. 81.
↑ Roger Maudhuy, Les Grands procès de la collaboration, éd. Lucien Souny, coll. « Histoire », 2009, 378 p. (ISBN 2848862289 et 978-284886228)
↑ Charles de Gaulle, Mémoires de guerre – Le Salut : 1944-1946 (tome III), éd. Plon, Paris, 1959 , 656 p., p. 130. ; rééd. Pocket, 1999 (nouvelle édition 2006), 567 p. (texte intégral) (ISBN 2-266-16750-2 et 978-2266167505), p. 135-136.
↑ Roger Maudhuy, op. cit., p. 134.

amiral10
L’amiral Estéva, “ le saint de la Marine ”, est reçu par le maréchal Pétain à son retour de Tunisie, le 20 mai 1943.
Du “ saint de la marine ”, on ne sait qu’admirer le plus : sa vigueur dans la défense de l’intérêt français ou l’élévation spirituelle de cet homme qui offrit sa vie et sacrifia son honneur par fidélité à sa vocation de fils de Dieu.

L’amiral Sud, chargé des opérations en Méditerranée en 1939-1940, se retrouve à Tunis après la défaite, nommé Résident général de Tunisie par le maréchal Pétain. Pendant deux ans, à force de maîtrise et de persuasion, il réussit à maintenir la France en Tunisie, une France qu’il fit respecter et qui était à l’image de cet homme digne, toujours prêt à se dévouer et à se sacrifier.

Il conserve son poste après l’invasion du protectorat par les forces de l’Axe le 9 novembre 1942, les Alliés ayant négligé ou pas osé débarquer des troupes en Tunisie. Estéva se trouve alors dans la même position que le chef de l’État en France. Obligé de recevoir les Allemands, il fait tout pour se jouer d’eux en les trompant. Ce faisant, il laisse l’opinion publique française se tromper. (…)

Admirable figure, si proche du Maréchal, qui éprouvait pour lui une grande affection. (…)

pour citer également 

dans ce celèbre ouvrage 
«Vichy, les procès de la collaboration», Roger Maudhuy, Ixelles éditions, 412 pages, 22,90 euros

vichy10

« ….Cette clémence ne profitera pas à l’amiral Esteva, chef de la France de Vichy en Tunisie, notoirement antiallemand mais sans doute pas assez que pour rejoindre la France Libre. Roger Maudhuy parle à son sujet d’«erreur judiciaire», estimant «bien surprenant de voir la Haute Cour délivrer un brevet de résistance à Schuman, planqué dans des abbayes, tandis qu’elle oublie qu’Esteva aida la Résistance, protégeant juifs, communistes et évadé »».

sources : 
wikipedia 
Gallica Bnf 
http://blogs.lecho.be/lupourvous/2011/11/l%C3%A9tonnant-parcours-de-robert-schuman-sous-vichy.html

http://www.crc-resurrection.org/707-honneur-et-sacrifice-de-la-royale.html

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La Tunisie au gré des conflits

Ceux que l’on maudirait !

L’amiral Derrien, entre le marteau et l’enclume

10 mars 2013

Siège de Léningrad

Classé sous — milguerres @ 20 h 02 min

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

Les légendes du siège de Leningrad

Siège de Léningrad 

 

 

File:Anti aircraft Leningrad 1941.JPG
Batteries de défense aérienne tirant à proximité de lacathédrale Saint-Isaac, siège de Léningrad, 1941.
Siège de Léningrad stalingrad
Siège de Léningrad désigne le siège de la ville de Saint Petersburg , appelée Leningrad de 1924 à 1991, en Russie, par les Allemands au cours de la Seconde Guerre mondiale 

Débutée le 8 septembre 1941, le siège fut levé par les Soviétiques le 27 janvier 1944 marquant l’échec allemand, malgré des pertes humaines colossales (1 800 000 hommes, dont plus d’un million de civils). Avec 872 jours, ce siège est le plus long de l’histoire moderne jusqu’à celui de Sarajevo au début des années 1990.


L’invasion des Pays Baltes

Offensive vers Léningrad

Du début de l’opération Barbarossa, le 22 juin 1941, jusqu’à la fin de juillet, les troupes Allemandes du Heeresgruppe Nord sous la direction du maréchal von Leeb, ont avancé rapidement, bousculant les troupes Soviétiques placées en 1religne.
Le 22 juin à 3h15, l’opération Barbarossa débute. À midi les avant-gardes blindées du Heeresgruppe Nord ont avancé de 65 kilomètres.
Le 24 juin, les troupes allemandes continuent à progresser rapidement à l’intérieur des territoires soviétiques si bien que la 16.Armee s’empare de Kaunas, et sur sa droite, le Panzergruppe 3 (dépendant lui, du Heeresgruppe Mitte) de Vilnius.
Le 26 juin, le 4e Panzergruppe du général Hoepner prend Daugavpils, sur la Dvina, et établit des têtes de pont.
Le 29 juin, les forces allemandes qui continuent leur avance, sont aidées par les attaques conjointes germano-finlandaises dans l’isthme de Carélie et plus au nord vers Petsamo.
Les russes commencent la construction de ligne de la Louga (ru). Plus de 300 000 civils de Pskov et de Novgorodfuient devant l’avancée des troupes allemandes et se dirigent en direction de Léningrad.
Le 1er juillet, Riga tombe aux mains des troupes allemandes.
Le 2 juillet, après s’être regroupées, les troupes du 4e Panzergruppe de Hoepner enfoncent les fortifications soviétiques de la ligne fortifiée Staline2 à Ostrov au sud-est du lac Peipous.
Le 3 juillet, le temps clair permet à la Luftwaffe de soutenir activement la progression des troupes. Le 41e Corps blindé avance rapidement face à des unités relativement faibles du Front du Nord-Ouest de Sobennikov.
Le 4 juillet, le 41e corps blindé s’empare d’Ostrov et établit des têtes de pont sur la rive droite de la Velikaïa
Le 8 juillet, 4e Panzergruppe prend Pskov puis avance en direction de Novgorod et de Leningrad.
Le 14 juillet, les troupes allemandes atteignent le fleuve Louga et menacent Leningrad.
Le 15 juillet, le maréchal Vorochilov nommé depuis le 11 juillet commandant en chef du Front du Nord-Ouest, déclenche une contre-offensive devant Leningrad, entre le lac Ilmen et Soltsy pour gagner du temps et permettre la fortification de Leningrad, pour laquelle la totalité de la population est mobilisée.
Le 16 juillet, les troupes finlandaises occupent Sortavala, à l’extrême nord du lac Ladoga encerclant les troupes soviétiques dont une partie s’échappe par la mer.
Le 27 juillet le Heeresgruppe Nord est constitué de 16 divisions.

Le 31 juillet la 16e armée allemande, atteint le lac Ilmen.
Le 8 août les 93. et 291. Infanterie-Divisionen arrivent en ligne, permettant de remplacer les nombreuses pertes et de reprendre l’offensive.
Le 17 août, à la suite d’une habile manœuvre de flanc, la 291. Infanterie Division capture Narva.

Les pays baltes sont désormais entièrement sous le joug nazi à l’exception de Tallin que les Allemands ont isolé des restes des troupes soviétiques. Toutefois les envahisseurs doivent réduire cette poche afin de marcher avec l’ensemble de leurs troupes sur Léningrad.
20 000 civils ont exécuté les travaux de fortification, de terrassement et de minage dans le secteur de Tallin. Les Soviétiques disposent du 12e corps d’armée, des 16e et 22edivisions d’infanterie, de la 10e division d’infanterie motorisée, de 14 bataillons de fusiliers marins et de la milice des chantiers navals pour défendre la ville.
Le 18 août, les 61e 217e et 254. Infanterie-Divisionen arrivent devant Tallinn.
Du 20 au 24 août, les combats font rage. Malgré une défense acharnée des Soviétiques, l’avance est régulière. Le 24 août, les faubourgs de la capitale estonienne sont atteints.
Le 27 août dans la soirée, les Soviétiques commencent l’évacuation par mer des défenseurs la ville, en direction de Léningrad, avec 2 grands convois maritimes. Le 1er qui comprend le croiseur Kirov (en), 18 destroyers, 6 torpilleurs, 28 dragueurs de mines, 6 sous-marins, 1 pétrolier et 25 cargos et un second qui comprend 6 dragueurs de mines, 12escorteurs et 60 autres navires.
Le 28 août l’armada qui fait mouvement à travers le golfe de Finlande est attaquée sans relâche par les Ju-88 allemands qui coulent 5 navires avant de passer le cap Juminda (à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Tallin). Les eaux de ce cap ayant été fortement minées par la flotte, plusieurs navires sautent et le convoi est ensuite attaqué par l’artillerie côtière Finlandaise, des flottilles de torpilleurs allemands et finlandais et des bombardiers Ju-88. Dans la tentative de forcer le passage, la Marine soviétique perd 33 navires et 5 autres navires sont endommagés. Dans la soirée Tallinn, vidée de ses défenseurs, tombe aux mains du général Walter Kuntze qui capture seulement 11 432 Soviétiques.
Le 29 août, les convois, de nouveaux attaqués, atteignent Kronstadt. L’évacuation soviétique de Tallinn réussit à évacuer 165 navires, 28 000 passagers et 66 000 tonnes de matériel qui seront utilisés lors du siège de Léningrad.

Marche sur Léningrad

Alors qu’une partie des troupes allemandes se dirige sur l’Estonie, les troupes situées plus au sud atteignent le 2 juillet, les fortifications soviétiques de la ligne Staline à Ostrov, au sud-est du lac Peipous. Le 8 juillet, le 4e Panzergruppe qui a pris Pskov avance en direction de Novgorod et de Leningrad, alors que d’autres forces, situées plus au sud, partant d’Ostrov et d’Opotchka, se dirigent sur Kholm, Staraïa Roussa, le lac Ilmen et Tchoudovo en direction de Volkhov et du lac Ladoga dans le but d’isoler puis de prendre Léningrad. Le14 juillet, les troupes allemandes atteignent le fleuve Louga. Le 15 juillet, le maréchal Vorochilov déclenche une contre-offensive entre le lac Ilmen et Soltsy. Le 31 juillet, la 16earmée allemande atteint le lac Ilmen. Une pause dans la marche est alors observée jusqu’au 8 août, où des renforts permettent la poursuite de l’offensive.

 

File:German advance into USSR.png

L’avance des troupes Allemandes duHeeresgruppe Nord.
En corail l’avance au 9 juillet
En rose l’avance au 1er septembre
En vert l’avance au 5 décembre

Le 8 août, sous une pluie battante, les troupes allemandes se lancent à l’attaque de la ligne de la Louga (ru). Si la 1re Panzerdivisionparvient à percer les défenses soviétiques, ses voisines, les 6e Panzerdivision et 36.Infanterie-Division (mot), ne progressent que de3 à 5 km avec de grandes difficultés avant d’être obligées de s’immobiliser, tandis que la 1.ID reste littéralement clouée sur place par la défense de fer soviétique. Les pertes allemandes sont considérables3. Le 9 août la 1re Panzerdivision poursuit son avance et oblique pour prendre de flanc les troupes soviétiques qui bloquent la 6e Panzerdivision. Sous les coups de boutoir des Panzerdivisionnen, les troupes du général Markian Popov commencent à lâcher prise et le 11 août, après deux jours de lutte acharnée, les chars allemands réussissent à percer la défense de la ligne de la Louga à certains endroits, puis se dirigent sur Kingisepp.

Le 12 août, après avoir contourné le lac Ilmen, les Soviétiques lancent une attaque dans la région de Staraïa Roussa, une région sauvage totalement dépourvue de routes, de villages. La 34e armée4, composée des 257e, 259e et 262e divisions d’infanterie, attaque sur le flanc droit de la 16e armée allemande ; c’est la bataille de Staraïa Roussa (1941) (ru). Les forces soviétiques enfoncent les défenses des30e, 126e, et 290e divisions d’infanterie allemandes et pénètrent de 40 km dans la défense allemande. Le maréchal von Leeb, inquiet de la tournure que prenait cette attaque soviétique, ordonne le 13 août au 56e Armee Korps d’abandonner son offensive et de se diriger contre les troupes soviétiques. Le 14 août, la 3.ID et la SS Totenkopf font alors mouvement vers Staraïa Roussa.

Le 15 août, la 21e division d’infanterie allemande, renforcée du 424e régiment d’infanterie, arrive en vue de Novgorod et prend la ville dans la soirée. Les Soviétiques, afin de sauver les richesses de la ville, ont établi leurs défenses au nord de la ville, sur les rives de la Volkhov. Le 17 août, les Allemands établissent une tête de pont sur la Volkhov, puis poussent vers Léningrad. Le 18 août, les troupes du 56e Armee Korps arrivent dans la zone des combats de Staraïa Roussa, après avoir parcouru 250 km depuis leur point de départ et contre-attaque. Dans la zone de Novgorod la 11e division d’infanterie allemande conforte la tête de pont. Le 19 août, les chars d’avant garde de la 8e Panzerdivision sont àKrasnogvardeisk, située à 45 km au sud de Léningrad, où ils se heurtent à la [[1re division blindée soviétique]]. Le combat est rude et l’avance allemande est stoppée. Le 20 août, laligne de la Louga (ru) résiste toujours malgré les coups de boutoir de la 1re Panzerdivision.

Le 21 août, contournant vers l’est les défenses soviétiques, la 8e Panzerdivision s’empare de Tchoudovo, coupant ainsi la principale route et voie ferrée reliant Léningrad à Moscou. Le 22 août, le 50.Armee Korps, composé de la 21e division d’infanterie et de la SS Polizei Division se lancent de nouveau à l’attaque de la ligne fortifiée avec comme objectif la prise ou la destruction de 115 blockhaus puis la prise de Louga. Chaque bunker doit être pris, les Soviétiques se font tuer sur place et lancent une contre-attaque de chars. De part et d’autre, les pertes sont énormes. Il faudra trois jours de réorganisation à la SS Polizei Division, avant qu’elle reprenne le combat. Le 24 août, Louga est prise par la division SS et les Soviétiques se replient vers le nord.

Pendant trois semaines les troupes soviétiques de ligne de la Louga (ru) ont réussi à arrêter la progression allemande sur Léningrad, permettant à l’Armée rouge de créer une défense plus solide à l’approche de la ville. Sous une pluie battante, le maréchal von Leeb lance alors la 96e division d’infanterie pour leur couper la retraite. Le 25 août, au sud dulac Ilmen, les 11e et 34e armées soviétiques sont repoussées sur la rivière Lovat. Le 27 août, la 96e division d’infanterie termine son mouvement enveloppant et piège trois divisions soviétiques dans la poche de Louga. Cette poche tiendra jusqu’au 15 septembre et 20 000 Soviétiques y seront fait prisonniers. À partir du 28 août, les troupes allemandes se mettent en ordre de marche pour investir Léningrad. Quelques divisions ont déjà tenté de percer, sans succès, les premières ceintures défensives de la ville. L’encerclement est donc fait à distance, de 50 à 100 km de la ville dans un mouvement enveloppant en direction du lac Ladoga.

Front finlandais

 

File:Finnish advance in Karelia during the Continuation War.png
La limite maximale de l’avance de l’armée finlandaise en Carélie lors de la guerre de continuation. La ligne grise marque la frontière après la guerre d’Hiver

Le 29 juin, les forces germano-finlandaises lancent des attaques dans l’isthme de Carélie et plus au nord vers Petsamo.
Le 16 juillet, l’armée finlandaise passe à l’offensive dans l’isthme de Carélie entre les lacs Ladoga et Onéga afin d’isoler Léningrad au Nord et au Nord-Est et se heurte à la 23e armée du général Mikhaïl Nikanorovitch Guerassimov (ru). Les combats sont violents et les russes défendent pied à pied leurs positions. L’avance des troupes finlandaises est lente, mais elles parviennent à isoler plusieurs divisions soviétiques dans les secteurs de Sortavala et Priozersk. Acculées au lac Ladoga, celles-ci continuent tout de même de se battre. Pendant cette résistance, les Soviétiques en profitent pour consolider le secteur de Carélie sur l’ancienne frontière séparant l’URSS et la Finlande avant la guerre d’hiver.
Le 31 juillet, lorsque cette ligne défensive est terminée, les débris des troupes russes de la 23e armée se replient, évacués par la flottille du lac Ladoga ou par voie terrestre en engageant des combats retardateurs.
Début septembre, les troupes finlandaises arrivent sur la ligne fortifiée de Carélie qu’ils ne pourront jamais prendre et sur laquelle le front se stabilise jusqu’à l’été 1944.

L’encerclement de Léningrad

Le 19 août, les chars d’avant garde de la 8e Panzerdivision sont à Krasnogvardeisk, située à 45 km au sud de Léningrad, ou ils se heurtent à la 1re division blindée soviétique. Le combat est rude et l’avance allemande est stoppée5
Le 21 août, contournant vers l’Est les défenses soviétiques, la 8e Panzerdivision s’empare de Chudovo coupant ainsi la principale route et voie ferrée reliant Léningrad à Moscou.
Le 30 août, la ville de Mga est prise isolant ainsi totalement Léningrad du reste du pays par voie routière et ferroviaire. Il ne reste qu’une étroite bande terrestre du Nord de Mga àSchlüsselburg et aux rives du lac Ladoga aux mains des soviétiques
Au début de septembre, les troupes de l’Armée rouge sont déployées en deux ceintures défensives. Cette force de défense est complétée par des divisions de défense populaire, formées de volontaires civils de la ville même de Léningrad ou de la région de Léningrad et qui n’ont qu’une valeur de combat très limitée.
Le 4 septembre, les bombes commencent à tomber sur Léningrad.
Le 6 septembre, les allemands lancent les premières attaques en direction du lac Ladoga avec deux kampfgruppen dans une zone couverte de forêts et de landes, terrains défavorables aux chars et à l’artillerie. À la fin de la journée, les assaillants ne progressent que de 500 mètres.
Le 7 septembre, les kampfgruppen continuent et l’action et en fin de journée, une compagnie parvient à ouvrir une brèche dans le dispositif de défense.
Le 8 septembre, au petit matin la brèche s’élargie et la 20.Infanterie-Division (mot) perce les lignes de défenses russes et atteint Schlüsselburg puis l’embouchure de la Neva face à Jérémétievka6 et la rive Sud du lac Ladoga. Léningrad est définitivement coupée du reste de la Russie par voie terrestre. Cette petite bande de terre sera désormais l’enjeu de combats et batailles furieuses. Les Allemands disposent d’une mince portion du lac Ladoga, sur lequel les Russes entretiennent une flottille navale importante. Le ravitaillement parviendra désormais aux Russes par bateaux pendant une partie de l’année et chaque hiver, ils seront ravitaillés par le lac Ladoga gelé, par la « route de la vie », ce qui leur a permis de tenir mais un million de civils sont morts de faim pendant le siège.
Le 9 septembre, les nazis lancent une attaque plus à l’Ouest en direction de Léningrad même afin de s’approcher le plus près possible de la ville. La prise de la ville, dont la défense est organisée par Joukov, se révèle vite impossible. Les Allemands renoncent à un assaut direct, décident de l’investir progressivement.

L’offensive allemande débute à 9h30:
la 6e Panzerdivision doit détruire 32 bunkers et plusieurs positions antichars avant de pouvoir espérer avancer. Les SS de la Polizei sont stoppés devant Krasnogvardeisk.
Le 41. Armee Korps (mot) se heurte à la première ligne de défense de Léningrad, notamment sur les hauteurs fortifiées de Duderhof (en). La 36.ID (mot) et la 1re Panzerdivisionpassent à l’attaque des hauteurs dont les points culminants sont la cote 143 et la cote 1677 qui sont truffées de tranchées, de blockhaus et de nids de mitrailleuses, le tout protégé par un fossé antichar. Les combats sont rudes et sanglants, les Soviétiques ripostent avec leur artillerie et par des contre-attaques de chars KV1 qui sortent tout neuf des usines Kirov de Léningrad. Toutefois malgré une défense opiniâtre, dans la soirée, la cote 143 tombe aux mains des Allemands.
La 18e Armée attaque dans le secteur de Krasnoe Selo
Le 11 septembre Duderhof puis la cote 167 tombent ce qui fait dire par radio au lieutenant Darius commandant de la 6e compagnie du 1er panzer régiment « Je vois Pertersbourg et la mer! »
Le 12 septembre, la 18. Armee prend Krasnoe Selo et avance vers la côte. Le 209e régiment d’infanterie entre dans Urizk, un faubourg de Léningrad ou se trouve le terminus d’untramway et un panneau indiquant : « Leningrad, 10 kilomètres ». Toutefois, les Allemands ne poussent pas en direction de cette ville mais en direction de la mer Baltique, afin d’isoler les défenseurs d’Oranienbaum8,9.
Le 13 septembre Krasnogvardeisk est prise après un mois de combat par la SS Polizei Division et la 269e DI.
Le 14 septembre, la 1.Infanterie Division, parvient à atteindre la mer Baltique isolant Oranienbaum de Léningrad. Cette poche8,9 ne sera jamais réduite, les russes la ravitailleront par mer jusqu’à la fin du siège de Léningrad.
Le 17 septembre, Pouchkine et le palais des tsars sont pris. Ce même jour des troupes quittent le Heeresgruppe Nord et partent vers Moscou ou la bataille décisive doit se jouer.
En septembre 1941, les secteurs défensifs de Léningrad sont tenus par quatre armées:

  • 23e armée dans le secteur Nord,
  • 42e armée sur le secteur Ouest,
  • 55e armée du secteur Sud,
  • 67e armée le secteur oriental.

D’autre part, la 8e Armée du Front Volkhov a la responsabilité de maintenir voie de ravitaillement en coordination avec la flottille du lac Ladoga.
Le front se stabilise et le siège de Léningrad commence

Le siège

1941

 

File:RIAN archive 216 The Volkovo cemetery.jpg

Trois hommes transportent des cadavres jusqu’au cimetière de Volkovo, en octobre 1942.

File:RIAN archive 1000 Soldiers carrying a wounded soldier.jpg

1er octobre 1941 : des soldats russes improvisés ambulanciers transportent un blessé dans une civière.

File:RIAN archive 178610 Moscow Avenue in Leningrad led to the front during the 1941-1945 Great Patriotic War.jpg

Décembre 1941 : une unité militaire marche vers la ligne de front le long de l’avenue de Moscou à Léningrad

File:RIAN archive 323 Sailors going to the front.jpg

Octobre 1941 : Marins montant au front dans les rues deLéningrad.

File:RIAN archive 286 Homecoming.jpg

Soldats soviétiques sur le front de Léningrad, le 1ernovembre 1941.

Siège

Évacuation

Avant l’invasion allemande de l’URSS il n’y a pas de plan prévu pour l’évacuation de la population de Leningrad, car la possibilité que les Allemands atteignent la ville est minime. Toutefois, les premières personnes évacuent Leningrad par train à partir du 29 juin, soit une semaine après le début de la guerre.
Du 29 juin au 28 août 1941, environ 490 000 personnes sont évacuées principalement par train.
À partir du 28 août, l’encerclement de la ville par les troupes allemandes ne permet plus l’évacuation par voie terrestre. L’évacuation, de 35 000 personnes, se poursuit par voie aérienne et navale à travers le lac Ladoga.
Entre décembre 1941, et le 21 janvier 1942 l’évacuation, de 36 000 personnes, continue à marche forcée et par camion, à travers le lac Ladoga gelé, dans une totale inorganisation.
Du 22 janvier au 15 avril 1942, une organisation d’évacuation est mise en place, permettant l’évacuation de 554 000 personne principalement par la route de la vie dont les travaux sont terminés.

De mai à octobre 1942, 403 000 personnes sont évacuées portant le nombre total à 1,5 million de personnes évacuées depuis le début du blocus.

La vie durant le siège

La ville qui est encerclée depuis septembre 1941 est unie contre l’envahisseur. Des milices ont été créées, elle forment les divisions d’infanterie de la milice de Leningrad, et les habitants ont largement aidé à construire les défenses de la ville.
La chute de Léningrad et de la poche d’Oranienbaum 8,9 permettrait aux Allemands de mettre hors de combat une quarantaine de divisions, ainsi que la disparition d’un centre de fabrication très important d’armement. Pendant toute la durée de la guerre, ses usines de chars et ses arsenaux de munitions et de canons fonctionnèrent sans discontinuer, fournissant aux troupes de l’Armée rouge les armes nécessaires. D’autre part, la prise de Léningrad aurait libéré un grand nombre de troupes allemandes, alors que la 18e Armée monta la garde devant la ville jusque 1944.
Toutefois, lorsque les Allemands terminent le blocus de Léningrad, les autorités russes se rendent compte qu’elles ont commis une grave erreur : personne n’a pensé à évacuer la population civile avant l’arrivée de l’ennemi. Il y a donc de très nombreuses « bouches inutiles » sur les 3 000 000 d’habitants qui se trouvent dans la ville.
Le 12 septembre, un décompte des vivres est fait :

  • Blé et farine : stock pour 35 jours
  • Céréales et pâtes : stock pour 30 jours
  • Viande ainsi que bétail sur pied : : stock pour 33 jours
  • Matières grasses : stock pour 45 jours
  • Sucres et conserves : stock pour 300 jours

Un rationnement est mis en place immédiatement et des cartes d’alimentation sont distribuées.
Les habitants sont confrontés à une multitude de problèmes. La nourriture rationnée, l’électricité est coupée, les tramways cessent de fonctionner en novembre 1941, il n’y a plus de chauffage et plus de lumière.
Le lac Ladoga sert de voie de ravitaillement, mais le 15 novembre, avec l’arrivée de l’hiver et de l’embâcle, les navires ne peuvent plus passer, ni les camions, la glace n’étant pas assez solide pour supporter leur poids. À partir du 20 novembre 1941, le ravitaillement parviendra désormais aux Russes par convoi de traîneaux tirés par des chevaux jusque mi-avril àtravers le lac gelé. Pendant l’hiver de 1942-1943, la « route de la vie », recommença à fonctionner, d’abord avec un trafic de chevaux. Les véhicules à moteur purent être utilisés à partir du 24 décembre 1942. On commença la construction d’une voie ferrée sur la glace en décembre 1942.

Mi-novembre 1941, le froid et la faim font des ravages terribles dans la population. Les rations alimentaires sont encore réduites, pour la cinquième fois depuis le début du siège. Les ouvriers et le personnel spécialisé ne perçoivent plus que225 g de pain et 1 067 calories par jour. Les enfants 150 g de pain et 644 calories.
La terre est tellement gelée par le froid et la neige, que les morts ne sont plus inhumés mais abandonnés près des cimetières, enveloppés dans des draps, et généralement enterrés dans des fosses communes creusées à la dynamite. Au printemps 1942, après le dégel, on découvrira des milliers de cadavres demeurés tout l’hiver conservés sous la neige.
Le 20 novembre 11 000 civils sont déjà morts de faim.
En décembre 1941 52 000 civils meurent de faim.
En janvier 1942 3 500 à 4 000 civils meurent de faim quotidiennement.
D’après les chiffres officiels russes fournis au tribunal de Nuremberg, la famine causa la mort de 632 000 habitants de Léningrad. Les soldats sont nourris correctement le plus longtemps possible, mais durant les dernières semaines de l’année 1941, les rations sont à peine suffisantes.
Les Allemands sont eux-mêmes dans une situation précaire, en particulier en raison du froid et du manque de vêtements chauds.

Opérations

Le 21 septembre, la Luftwaffe déclenche des raids contre la flotte soviétique de la Baltique mouillée dans le port deKronstadt.
Le 24 septembre, 4e jour de raid contre Kronstadt, la Luftwaffe coule le cuirassé Marat, et endommage le cuirasséRévolution d’Octobre par 6 coups au but ainsi que 2 croiseurs.
Le 1er octobre, les troupes finlandaises s’emparent de Petrozavodsk situé sur les bords du lac Onega. Le commandement du siège de Léningrad est confié au général von Küchler Le 10 octobre, le général Joukov quitte Leningrad pour prendre la direction du front de défense de Moscou.
Le 15 octobre, afin de colmater la brèche du lac Ladoga permettant le ravitaillement de Léningrad, le 39e corps blindé allemand, composé des 21. et 126.Infanterie Division et 4 divisions rapides, les 18.(mot) et 20.Infanterie Division (mot) ainsi que des 8e et12e Panzerdivisions commandées par le général Rudolf Schmidt passe la Volkhov en direction de Tikhvine, dans une région à peu près inexplorée, dépourvue de route et couverte par la taïga. L’objectif de cette attaque est de couper la dernière liaison ferroviaire de Léningrad avec Vologda puis de poursuivre l’avance jusqu’au Svir pour établir un front commun avec les Finlandais et encercler totalement Léningrad.

Le 3 novembre, les Allemands coupent la voie ferrée Leningrad-Vologda à 160 kilomètres à l’Est de Leningrad et avancent sur Tikhvine, mais échouent à conquérir le nœud ferroviaire de Volkhov. Les combats sont féroces, les contre-attaques soviétiques infructueuses.
Le 8 novembre, les 18. Infanterie Division (mot) et 12e Panzerdivision s’emparent de Tikhvine après des combats longs et sanglants. En se portant à l’est de Léningrad, les Allemands ont non seulement pour objectif de l’encercler, mais également d’opérer leur jonction avec les Finlandais, toutefois ce dernier objectif ne sera jamais atteint. Le GQG du Führer demanda au corps blindé s’il ne pouvait pas pousser jusqu’à Vologda située à… 400 km…
La « chaussée » Moscou-Léningrad, nom donné au pont aérien qui reliait les deux cités, est alors coupée par les Allemands à Tikhvine. Il était vital pour les Soviétiques de trouver un moyen de ravitailler Léningrad. Le 15 novembre, les Soviétiques abandonnent Volkhov. Plus à l’Est une division sibérienne toute fraîche renforcée par une brigade blindée de T34sortant des usines contre-attaque. Un déluge de feu déchaîné par les orgues de Staline, s’abat sur les défenseurs qui répliquent avec l’artillerie de la 18. ID qui détruit une cinquantaine de chars. Les bataillons de tirailleurs sibériens attaquent sans relâche tout au long de la journée, toutefois la ville, qui n’est plus qu’un tas de décombres fumants, reste aux mains des Allemands.
Le 16 novembre, Staline ordonne l’envoi de nouvelles troupes sibériennes pour contrecarrer le projet d’encerclement nazi. Le général Meretskov commandant de la 4e armée prépare une contre-attaque en tenaille afin d’encercler les troupes allemandes qui se trouve dans Tikhvine
Le 20 novembre 11 000 civils sont déjà morts de faim.

Article détaillé : Ordre de bataille des forces russes et allemandes autour de Léningrad en décembre 1941.

Le 1er décembre, par -40 °C, l’offensive russe pour reprendre Tikhvine commence. Rapidement la 61. ID, qui a été envoyée en renfort, qui occupe la ville est rapidement coupées de ses arrières. L’Infanterie-Regiment (mot.) 30 est envoyé à son secours.

Article détaillé : Forces de défense de Léningrad début décembre 1941.

Le 6 décembre, de nouvelles routes de ravitaillement passant par Zaborie, Novaïa Ladoga et par le lac Ladoga (alors gelé) entrèrent en service pour ravitailler Léningrad.
Le 8 décembre le général Siegfried Haenicke commandant la 61. Infanterie Division, dans la ville de Tikhvine décide d’abandonner la ville devenue une position intenable. L’arrière garde composée de l’Infanterie-Regiment 151 et du Pionier-Bataillon 161 font sauter les ponts, la voie ferrée et le matériel militaire qui ne peut pas être transporté (42 canons, 46 mortiers, 190 mitrailleuses et 102 camions).
Le 9 décembre, malgré un ordre contraire de Hitler le maréchal von Leeb, ordonne l’abandon complet de la poche de Tikhvine et le retour sur la ligne de position de la Volkhov. C’est le premier repli important du Groupe d’armées Nord.
Le 22 décembre par une température de -52 °C, les restes du 39e corps arrive dans leurs lignes, derrière la Volkhov, poursuivi, harcelé, durant les 15 jours de repli, par les troupes sibériennes et l’aviation russe. Il ne reste plus que 741 combattants à la 18. ID, qui a perdu 9 000 hommes. Après le repli le calme revient sur le front du Groupe d’armées Nord
En décembre 52 000 civils meurent de faim.

1942

Siège

 

File:RIAN archive 2153 After bombing.jpg
Population de Leningrad après un bombardement aérien, en décembre 1942.

En particulier durant l’hiver de 1941-1942, les civils qui étaient restés dans la ville ont extrêmement souffert de lafamine. Par exemple, à partir de novembre 1941 à février 1942, la seule nourriture disponible pour le citoyen était 125 grammes de pain, dont 50-60% se composait de sciure et autres adjuvants non comestibles, et distribués par des cartes de rationnement. En janvier, la famine sévit. 3 500 à 4 000 civils meurent de faim quotidiennement.

Rationnement par catégorie de population (en grammes)
Date
du début du rationnement
Troupes de
1re ligne
Troupes de sécurité paramilitaires
Pompiers
Unités de combat10
Employés Personnes à charge Enfants
de – de 12ans
16 juillet 1941 1000 800 600 400 400
2 septembre 1941 800 600 400 300 300
11 septembre 1941 700 500 300 250 300
1 octobre 1941 600 400 200 200 200
13 novembre 1941 450 300 150 150 150
20 novembre 1941 375 250 125 125 125
25 décembre 1941 500 350 200 200 200
24 janvier 1942 575 400 300 250 250
11 février 1942 700 500 400 300 300
23 février 1943 700 600 500 400 400

Le commandement russe, prend alors la décision d’évacuer une grande partie de la population civile, tout d’abord par camions à travers le lac Ladoga gelé, puis par bateaux. 951 000 personnes seront ainsi évacuées durant l’année 1942.
La flottille soviétique du lac Ladoga, qui rassemble environ 200 bateaux, permet, outre l’évacuation de la population, l’acheminement du ravitaillement et des renforts. Ils s’élèveront respectivement à un million de tonnes de ravitaillement et 250 000 soldats.

 

File:Control Ice.jpg

Défense de la route de la vie sur le lac Ladoga glacé, année 1942.

Opérations

File:Demjansk Einkesselung.png

Offensive d’hiver 1942, entre le lac Ilmen et le lac Seliger

File:Defensive pincers in battle of Volkhov.png

Carte de l’opération Lyubanégalement appelée bataille du Volkhov.
Les flèches blanches indiquent les attaques russes, qui utilisent des unités blindées comme une réserve mobile.
Les flèches noires indiquent les contre-attaques des troupes allemandes.

File:Bundesarchiv Bild 121-1467, Bei Leningrad, Kampfgruppe Jeckeln, LKW.jpg

1942 : Une colonne du Kampfgruppe Jeckeln près deKrasnogvardeisk

File:RIAN archive 594303 The anti-aircraft gun crew of Sergeant Fyodor Konoplyov shooting at enemy planes.jpg

Mitrailleuse anti-aérienne soviétique, Leningrad, 9 octobre 1942.

File:Leningrad Siege May 1942 - January 1943.png

Carte du siège de Leningrad de mai 1942 à janvier 1943.

File:RIAN archive 633054 Starting attack in Leningrad battlefront.jpg
Assaut de l’Armée rouge le 21décembre 1943.

Le 8 janvier 1942, par une température de -45 °C, l’Armée rouge attaque, avec 19 divisions d’infanterie, 9 brigades et plusieurs bataillons indépendants de chars et de skieurs, dans le secteur occupé par les 2e et 10e Armeekorps de la 16e armée allemande. Dès le début de l’offensive la 290. ID, qui encaisse, à Vzvad11 le choc principal, chancelle.
Le général Eremenko lance sa 4e armée de choc à la jonction du Heeresgruppe Nord et du Heeresgruppe Mitte ouvrant une profonde brèche entre les 2 groupes d’armées allemands.

Le 9 janvier, la 290e DI est totalement débordée. Une partie du 502e DI se réfugie dans Vzvad, et une partie des 501 et 503. IR, positionnées plus au Sud, occupent et fortifient Tulitovo et Beglovo alors qu’une autre partie parvient
Le 10 janvier, elle parvient à se replier vers l’Ouest afin d’éviter l’encerclement total. Un peu partout sur l’immense front attaqué, les premières lignes allemandes, se désagrègent, mais conformément aux ordres de Hitler, elles ne reculent pas et luttent jusqu’au bout. Il s’ensuit alors, la « création » de multiples points d’appui. Des villages et d’autres positions défensives se trouvent alors isolées, encerclées, mais leurs défenseurs continuent la lutte, sur place, à l’extrême limite, faisant perdre à l’offensive russe son effet de surprise, son poids et sa vigueur forçant ainsi les troupes assaillantes à se disperser pour réduire une à une les poches de résistance.
Le 11 janvier les Russes pilonnent et attaquent12 sans relâche, mais sans succès,Vzvad qui n’est plus qu’un tas de ruine et de cendre.

Le 13 janvier, au Nord du lac Ilmen, les Russes lancent, l’opération Lyuban, qui consistent à effectuer en un double mouvement une percée de Novgorod sur Leningrad et une attaque du Sud du lac Ladoga sur Lyuban afin d’isoler les troupes allemandes situées à l’Est cette ville. Les 4e 8e, 52e, 54e, 59e armées et la 2e armée de choc, qui pénètre de plusieurs dizaines de kilomètres dans les lignes allemandes, attaquent au Nord de Novgorod. Les armées du front du Volkhov composées des 4e, 52e et 59e armées, attaquent à partir du Sud du lac Ladoga.

Le 20 janvier, les défenseurs de Vzvad reçoivent le message de l’OKH : « Évacuez si vous le pouvez ».
Le 21 janvier, après avoir parcouru 25 kilomètres, en 14 heures ils rejoignent leurs lignes et sont accueillis par les skieurs espagnols de la division Azul.
Le 23 janvier, la 3e armée de choc encercle la ville de Kholm qui résistera jusqu’au 5 mai.

Le 25 janvier, le 501. Infanterie Regiment, encerclé à Tulitovo est ravitaillé par air.
Le 8 février, à Demiansk, l’Armée rouge referme son encerclement sur les troupes allemandes. La poche ainsi constituée mesure 3 000 km2, ce qui représente un périmètre de 300 km contenant 96 000 combattants allemands, environ 10 000 paramilitaires et 20 000 chevaux qui se retrouvent piégés jusqu’au 1er mai.

Le 12 février, après avoir subi 146 assauts en 5 semaines, le 501. Infanterie Regiment assiégée à Tulitovo, tente une sortie qui échoue.
Le 13 février le 501e RI renouvelle son attaque et parvient à s’extirper de la poche. Le 503. Infanterie Regiment abandonne la ville de Pola et son importante voie ferrée.
Fin avril les 5 000 Allemands assiégés dans Kholm sont entourés par la 33e division d’infanterie soviétique et 3 brigades d’infanterie indépendantes.
Le 15 février, la 2e armée de choc, qui est en pointe de l’opération Lyuban qui a progressé de 100 km depuis son point de départ, est à mi-chemin de Leningrad, mais l’avance russe s’essouffle.
Le 15 mars, sur le front du Volhkof la SS Polizei Division, à partir du Nord, et la 58. Infanterie Division, à partir du Sud, lancent une contre-offensive afin de couper de leurs bases les troupes de la 2e armée de choc soviétique.
Le 19 mars, sur le front du Volhkof la SS Polizei Division et la 58. Infanterie Division, font leur jonction refermant la poche du Volkhov sur 180 000 soldats russes.
Le 20 mars, le kampfgruppe Seydlitz lance une reconnaissance au sud de Staraïa Roussa. Le 21 mars, après avoir, les jours précédents, lancé 6 000 parachutistes, dont certains ont sauté au cœur même de la poche de Demiansk vers Lytschkovo, tandis que d’autres s’infiltraient dans les lignes allemandes vers Vereteïka, sur le marais de Niévy gelé et entre Poustynia et Nory, les Russes lancent à l’attaque de la poche de Demiansk le 54e bataillon de skieurs sur Dobrossli et les 1re et 204e brigades de parachutistes sur l’aérodrome et les alentours de Demiansk. Le même jour, les Allemands lancent l’opération Brückenschlag afin de délivrer les six divisions encerclées dans la poche de Demiansk.

Article détaillé : Opération Brückenschlag.

Le 27 mars, n’ayant aucune envie d’abandonner le terrain conquis, les Soviétiques lancent une contre-offensive afin de secourir la 2e armée de choc.
Le 30 mars, la contre-attaque permet d’ouvrir un corridor de 3 km de large, qui est consolidé par la construction de deux voies ferrées.
Le 4 avril, la Luftwaffe débute l’opération Eis Stoß consistant à couler les navires soviétiques de flotte de la Baltique pris dans les glaces. Le 7 avril, les derniers soldats du 54e bataillon de skieurs et des 1re et 204e brigades de parachutistes sont totalement éliminés par les défenseurs de la poche de Demiansk.
Le 14 avril, les troupes encerclées dans Demiansk lancent une offensive, conjointement aux troupes de secours de l’opération Brückenschlag afin de percer la poche.
Le 19 avril, les Waffen SS du Kampfgruppe Seydlitz établissent le contact avec la 5e Leichte Division sur la rivière Lovat.
Le 29 avril, sur le front du Volkhov, les Russes tentent d’élargir le corridor, large de 3 km, mais les Allemands les attendent. Malgré de nombreuses attaques et contre-attaques, les positions ne bougeront pas jusqu’au 13 mai.
30 avril, fin de l’opération Eis Stoß, qui se solde par un échec, mais laisse la ville sous les décombres.
Le 1er mai, les Russes lancent une nouvelle attaque pour prendre Kholm mais ils sont obligés de se replier. La 218. Infanterie Division attaquant depuis le Sud-Ouest. Ce même jour, la poche de Demiansk est définitivement sauvée. Toutefois elle n’est pas évacuée et restera telle quelle jusqu’à l’hiver suivant, formant un incroyable saillant, relié au front allemand par le mince couloir de Ramouchevo, large de 4 km et long de 12 km.
Le 5 mai l’attaque allemande parvient à briser l’encerclement et à libérer les troupes Allemandes de Kholm, malgré les contre-attaques deT34 soviétiques arrêtés par les Sturmgeschütz du StuG Abteilung 184.
Le 22 mai sur le front du Volkhov, les Allemands lancent une offensive visant à réduire le saillant, afin d’empêcher la retraite des troupes et de l’artillerie russe.
Le 31 mai, la poche du front du Volkhov se referme une seconde fois sur les troupes de la 2e armée de choc soviétique. Les combats font rage, la poche résistera jusqu’au 21 juin.
De juin à septembre, l’artillerie de siège allemande bombarde sans relâche la ville avec des obus de 800 kilos.
Les Russes manquent de tout : munitions, armes, vivres et matériel en tout genre. La famine fait son apparition chez les civils comme chez les soldats soviétiques, forçant les autorités à produire des ersatz.
Le 21 juin, les troupes de la 2e armée de choc soviétique tentent avec l’énergie du désespoir de sortir de la nasse dans laquelle ils sont enfermés depuis la mi-février. La sortie, effectuée en masse, réussie malgré de lourdes pertes, mais les troupes allemande parviennent à refermer la porte dès le lendemain.
Le 28 juin, l’OKW publie un communiqué dans lequel il indique que les Russes ont perdu 33 000 prisonniers, 650 canons, 170 chars et 2 900 mitrailleuses. Il n’indiquent pas le nombre de morts mais estiment que 120 000 soldats russes auraient réussi à s’échapper. Legénéral Vlassov est activement recherché par les troupes allemandes.
Le 30 juin, le général von Küchler reçoit l’ordre, de Hitler, de renforcer les positions à Demiansk et de durcir l’encerclement de Leningrad, afin d’établir un contact avec les Finlandais en contournant le lac Ladoga pour isoler totalement la ville. Hitler fait transporter la 11e armée de von Manstein qui s’est distinguée lors du Siège de Sébastopol et lui confie l’opération Nordlicht, qui doit commencer le 14 septembre, dont l’objectif principal est la prise de Leningrad. Le 11 juillet, le général Vlassov commandant en chef de la 2e armée de choc est capturé par le Hauptmann von Schwerdter suite à la dénonciation d’un maire d’un petit village.
Durant l’été, sur le front du Volkhov, la bataille est continuelle mais sans l’intensité des combats de l’hiver et du printemps.
Le 9 août 1942 la Symphonie n° 7 « Leningrad » de Dmitri Chostakovitch est jouée par l’orchestre de la radio de Léningrad sous la direction de Carl Eliasberg13. La partition de l’œuvre avait préalablement franchi les lignes allemandes, par avion, une nuit de mars 1942. Le concert fut retransmis sur des haut-parleurs disposés dans toute la ville et également braqués vers les lignes ennemies. Cette date14, initialement choisie par Hitler pour célébrer la prise de Leningrad, peut symboliser le renversement de la dynamique en faveur des Soviétiques.
14 août, début des opérations du Détachement naval K (en)15 pour empêcher l’approvisionnement de Leningrad par le lac Ladoga.
Le 24 août, les Russes lancent une attaque afin de réduire le Col de bouteille qui offre aux Allemands une tête de pont sur le lac Ladoga. C’est le début de la première bataille du lac Ladoga, connue également sous le nom d’offensive de Siniavino. Les Soviétiques ont devancé les Allemands.
La 2e armée de choc reconstituée est lancée en pointe de l’attaque en direction de Leningrad avec la mission de couper ce fameux Col de bouteille, suppléée par la 8e armée. C’est la 223e division d’infanterie qui reçoit le premier coup de boutoir soviétique, reculant de 3 km.
Le 29 août, malgré une forte résistance allemande, le front s’effondre mais von Manstein, qui a pris le commandement de toutes les unités se trouvant entre la mer Baltique etKirichi, lance les 12e Panzerdivision et 223e division d’infanterie plusieurs contre-attaques permettant de stopper l’avance soviétique. la 96e ID en contre-attaque permettant de stabiliser le front.
Du 30 août au 9 septembre, la percée soviétique la plus avancée atteint 9 km. Toutefois l’attaque s’essouffle et les succès de la Luftwaffe permettent de diminuer la pression sur les forces terrestres allemandes.
Du 10 au 21 septembre, C’est l’impasse. Chacun des camps campe sur ses positions attendant des renforts.

 

File:Sinyavin offensive 10 09.JPG

L’avancée maximale du front soviétique lors de l’offensive de Siniavino.

Le 22 septembre, les Allemands lancent une contre-attaque décisive avec en pointe la 132e division d’infanterie qui bouscule les premières lignes soviétiques qui se défendent avec acharnement. Au soir la 132e DI a perdu 16 officiers et 494 soldats.
Le 23 septembre, l’avance allemande ne progresse que d’une centaine de mètres.
Le 25 septembre, la 347e division d’infanterie parvient à briser la ligne de défense soviétique permettant d’encercler, de nouveau, 2earmée de choc.

Le 15 octobre la poche qui contenait 5 divisions d’infanterie, 2 divisions de la Garde et 6 brigades d’infanterie indépendantes sont détruite ou capturées. Au total les Allemands font 12 400 prisonniers, et capturent 193 canons et 244 chars. Si l’offensive de Siniavino est un échec soviétique et une incontestable victoire allemande, l’opération à obligé les Allemands à reporter l’opération Nordlicht. Celle-ci sera de nouveau reportée suite à la défection des troupes finlandaises, puis du siège de Stalingrad. En novembre, Hitler fait transporter la 11earmée de von Manstein sur Stalingrad afin de briser l’encerclement.
Le front de Leningrad, devient alors un secteur secondaire jusque janvier 1943.
Le 27 décembre, le général soviétique Vlassov, prisonnier des Allemands, forme le comité de Smolensk pour organiser l’opposition àStaline, sous le contrôle allemand. Plus tard, son groupe prendra le nom de Armée de libération de la Russie.

1943

Siège

En 1938, environ 171 000 bébés étaient nés à Léningrad et sa banlieue et en 1939, on dénombrait plus de 175 000 naissances. Durant l’année 1943, seulement 700 enfants, environ, sont nés vivants à Léningrad. La plupart sont morts soit pendant le siège, soit sur la route lors de l’évacuation.
En janvier, la population de Léningrad, y compris la banlieue, est passée d’environ 4 millions à moins de 800 000, civils et militaires. La plupart des civils inutiles sont évacués vers la Sibérie, où beaucoup y mourront. En février 1943, le chemin de fer est temporairement rétabli, mais bientôt il est à nouveau détruite par l’aviation allemande.
En mars et avril une épidémie de typhus et de fièvre paratyphoïde touche un grand nombre de survivants mais elle est contenue par les efforts mutuels des médecins et des citoyens.
Le siège s’éternise et Léningrad devient une ville fantôme.

Opérations

File:Sxema operatsya iskra 1943.jpg

Carte de l’opération Iskra

File:Bundesarchiv Bild 146-1981-071-07A, Russland, Panzer VI "Tiger I".jpg
Char Tigre allemand de la Schwere Panzer Abteilung 502 à proximité de Leningrad, 1942 ou 1943.

Le 12 janvier 1943, après un calme relatif d’environ 2 mois, les russes lancent l’opération Iskra également connue sous le nom de 2ebataille du lac Ladoga.

Articles détaillés : Opération Iskra et Ordre de bataille lors de l’opération Iskra.

À l’aube, l’aviation russe attaque les aérodromes, les gares et les centres de communication. A 9h30, 4 500 pièces d’artillerie russes ouvrent le feu sur les tranchées de 1re ligne allemandes. Après cette préparation d’artillerie, partant du front du Volkhov, la2e armée de choc se rue à l’assaut se heurtant au Prussiens de la 1re division d’infanterie. Les combats font rage toute la journée et la 327e division d’infanterie soviétique s’épuise en des attaques incessantes contre le kampfgruppe Wengler réfugié dans une forêt. L’arrivée de la 64e division de la garde contraint Wengler à reculer. Pour cette première journée l’avance russe du côté du front du Volkhov atteint une profondeur de 12 km mais sur largeur 2 km seulement.

Au même moment, mais du côté de Léningrad, la 67e armée, lance les 136e et 268e divisions d’infanterie à travers la Néva gelée. De ce côté également les combats sont violents, les russes perdent 3 000 hommes sur la Néva gelée. En fin de journée le front allemand est très affaibli mais il tient toujours. Afin de consolider le front le général Lindemann fait transporter un régiment de la 61. ID à Mga et ordonne à la 96. ID d’envoyer des éléments à Schlüsselburg et Lipski tandis que le reste de la division prépare une contre-attaque.

Le 13 janvier la 45e division de la garde et la 268e division d’infanterie s’élancent sur la Néva gelée. La défense allemande brise leurs assauts, mais un peu plus loin, la 61e brigade blindée et la 136e division d’infanterie16 réussissent à installer une tête de pont sur la rive Est du fleuve, malgré la défense de fer de la 227 ID.

Le 14 janvier les russes concentrent leurs attaques à partir du front du Volkhov. 3 divisions d’infanteries et la 98e brigade blindée de la 2earmée de choc attaquent en direction du point d’appui N°5 17 ou s’accrochent les allemand du 284e régiment d’infanterie de la 96. ID venu renforcer les défenseurs.
Du côté du front de Léningrad, les 4 chars restant de la 1.Kompanie de la Schwere Panzer Abteilung 502 repoussent l’assaut, à travers laNéva gelée, d’une trentaine de chars T-34.

Le 15 janvier les assauts répétés des forces russes, font craquer les défenses allemandes. La 136e division d’infanterie (URSS) (ru) et la 61e brigade blindée de la 55e armée venant de l’Ouest et la 18e DI et la 16e brigade blindée de la 2e armée de choc venant de l’Est font leur jonction au Nord du point d’appui N°517, encerclant ainsi la 227. ID et 2 bataillons de la 96. ID dans Schlüsselburg.

Les russes concentrent alors tout leurs efforts pour réduire la poche. Toutefois une contre-attaque de la 61. ID parvient à rompre l’encerclement et deux régiments rejoignent les troupes assiégées mais les Russes contre-attaquant également referment l’ouverture. Le général Werner Hühner, commandant la 61e division prenant le commandement des forces de la poche Schlüsselburg organise la défense avec des kampfgruppen. Les combats autour de Poselok N°517 font rage entre les défenseurs et la 136e division d’infanterie soviétique.

Le 16 janvier, la 18e division d’infanterie soviétique lance 3 assauts, Poselok N°517, qui sont tous repoussés.

Le 17 janvier, 18e division d’infanterie soviétique appuyée par la 61e brigade blindée, encerclent le point d’appui après des combats d’une violence inouïe, mais les défenseurs tiennent toujours bon.

Le 18 janvier, les combats reprennent avec la même intensité. La 136e division d’infanterie soviétique appuyée par la 61e brigade blindée entrent enfin dans la cité mais en sont délogés par un barrage d’artillerie allemand qui permet au Kampfgruppe Hühner d’abandonner la poche de Schlüsselburg, après de terribles combats au corps à corps, et de rejoindre les lignes allemandes plus au Sud.
Du 19 janvier au 9 février, les Soviétiques ayant obtenu, en partie, ce qu’ils souhaitaient, un « contact terrestre avec Léningrad », un léger répit intervient permettant aux troupes Russes d’établir des défenses telles que les Allemands ne puissent plus le leur disputer.

L’opération Iskra est une victoire stratégique pour les forces soviétiques. Du point de vue militaire, l’opération a éliminé la possibilité de la capture de la ville. D’autre part le front de Léningrad sera désormais très bien ravitaillé, renforcé et capable de coopérer plus étroitement avec le front du Volkhov.

Pour la population civile, l’opération Iskra permet, le ravitaillement en nourriture, ainsi que la possibilité d’évacuer plus de civils de la ville. La fin du blocus a également eu un effet stratégique, bien qu’il ait été éclipsé par la reddition de la 6e armée allemande à Stalingrad quelques jours plus tard.
Toutefois le haut commandement soviétique souhaitant consolider le passage le long du lac Ladoga décide de relancer une attaque avec comme objectif la ville de Mga nœud routier et ferroviaire très important. La prise de la ville par les soviétiques permettant le rétablissement du chemin de fer de Kirov entre Léningrad et Mourmansk.

Durant cette période le front allemand, désormais entre la Néva et le Volkhov se restructure.

Article détaillé : Ordre de bataille lors de l’opération Iskra.

Le 29 janvier les Russes repartent à l’attaque avec 35 bataillons d’infanterie et de chars de la 2e armée de choc] depuis le Nord sur un front de 2 5 km.
Les 30 et 31 janvier les Allemands contiennent les vagues assauts répétées des troupes soviétiques.
Le 1er février, les combats font rage, la défense craque et les Russes pénètrent dans Sinyavo. La 11e DI contre-attaque et repousse les troupes Russes, la ville est de nouveau allemande. La 2e armée de choc ayant subi des pertes terribles, elle n’est plus en état de poursuivre l’offensive et un calme, très relatif règne jusqu’au 9 février ou les deux armées renforcent leurs positions.

 

File:Map 3rd Ladoga-Battle.png

Opération Polyarnaya Zvezda

File:Opasna eta storona.jpg

1944 : les survivants de Léningrad exultent alors que le siège est levé. Sur le mur on peut lire : « Citoyens ! Cette partie de la rue est la plus dangereuse pendant les tirs de barrage ».

Le 10 février, les Russes attaquent à nouveau, mais cette fois au lieu d’attaquer de front, ils attaquent en tenaille, cherchant à isoler la ville de Sinyavo C’est l’Opération Polyarnaya Zvezda également appelée 3e bataille du lac Ladoga. La 55e armée partant deLéningrad et les 4e et 54e armées partant du Volkhov débutent l’offensive, mais l’attaque bloque sur une défense de fer. La 55earmée forte de 44 000 soldats se lance à l’assaut des positions de Krasny Bor défendues par la 250e division d’infanterie dite « division Azul » forte de 4 500 soldats et d’éléments allemands divers de l’ordre de 1 400 soldats. C’est la bataille de Krasny Bor.
L’offensive soviétique marque le pas dès le 1er jour. La Stavka lance alors ses chars lourds qui pénètrent les premières lignes allemandes, sans pouvoir avancer plus. Dans le secteur de la 55e armée les Espagnols de la division Azul résistent superbement et l’attaque soviétique est également stoppée. Au final, l’opération Polyarnaya Zvezda, qui est un nouvel échec pour les soviétiques, aura coûtée pour le seul secteur de Krasny Bor de 11 000 à 14 000 hommes et un nombre identique de blessés. Côté allemand, dans ce même secteur la division Azul perd 3 645 tués ou blessés et 300 disparus ou faits prisonniers soit un taux de pertes de 75 %.
Sachant désormais que Mga ne serait pas prise, les autorités de Léningrad, ordonne la construction d’une voie ferrée sur le terrain conquis au Sud de Schlüsselburg.
Au 23 février, les allemands ont grignotés la totalité du terrain perdu.
La nouvelle voie de chemin de fer de 36 km, construite par des milliers de civils et de prisonniers de guerre, est mise en service 14 jours après le premier coup de pioche. En février la ligne sera empruntée par 69 trains, 157 en avril et 369 en juillet 1943. Léningrad n’est désormais plus isolée.
Le 28 février, au Sud du lac Ilmen, les allemands réussissent le retrait du couloir de Ramouchevo18, large de 4 km, seulement et long de12 km, et de la poche de Demiansk, de l’ensemble de leurs 10 divisions, afin de raccourcir le front de plusieurs centaines de kilomètres. La ville sera libérée par l’Armée rouge le 1er mars.
Le 19 mars, dans le secteur du col de la Bouteille les russes tentent un nouvel assaut qui se solde par un échec.
Début avril, après plusieurs autres tentatives de petites envergures, l’opération Polyarnaya Zvezda prend fin, Mga reste au mains des allemands. Les allemands qui estiment les pertes soviétiques à 270 000 hommes sont bien inférieures aux leurs. Toutefois la destruction de 4 divisions, font défaut car ils manquent désormais cruellement de soldats sur le front de l’Est. Si cette opération est un succès, tactique, allemand, c’est également un succès, stratégique, pour les soviétiques qui ouvrent une liaison terrestre avec Léningrad.

À la fin de 1943, les Russes reçoivent d’importantes quantités d’armes en provenance des nouvelles usines de l’ouest de l’Oural ainsi que des T-34 qui leur permettent de lutter contre les Panzer III et IV allemands. Ils reçoivent également des camions surmontés de lance-roquettes, appelés « Orgues de Staline » par les Allemands et Katiouchas par les Russes. Avec ce nouveau matériel, une offensive est maintenant envisageable pour les Soviétiques.

1944

File:Leningradsko Novgorodskaya operatsya 1944 1 polozhenie storon.jpg

L’opération Novgorod-Luga du 14 janvier-1er mars 1944

File:Krasnoe Selo-Ropsha.JPG

L’opération Tonnerre de Janvier également appelée opération Krasnoselsk-Ropshinsk du 14 au 30 janvier 1944

Siège[modifier]

En janvier 1944, avant leur retraite, les Allemands partirent avec un énorme butin. Ils détruirent ensuite les palais les plus précieux destsars, tels que le Palais Catherine à Pouchkine , le Palais de Pierre le Grand à Peterhof, le Palais de Gatchina à Gatchina, le Palais Constantin à Strelna.
De nombreux autres monuments historiques et des maisons situées dans la banlieue de Saint-Pétersbourg ont été pillées et détruites, et des quantités incalculables de précieuses collections d’art volées par l’Allemagne nazie.
Le siège prend fin le 27 janvier 1944.

Opérations

Une ultime réunion de préparation se tient à Smolny le 11 janvier. Le début des opérations est fixé pour le 14 à partir du secteur d’Oranienbaum, l’attaque à partir des hauteurs de Poulkovo devant être lancée le 15 c’est l’opération Tonnerre de Janvier (ru). Le même jour, 14 janvier 1944, quatre armées russes réparties entre le lac Ilmen et le lac Ladoga soit un front de 18 km) attaquent les positions allemandes, c’est l’offensive Novgorod-Luga (ru). La résistance est vive mais les généraux Kirill Meretskov, commandant du Front de Volkhov, et Leonid Govorov, commandant du Front de Léningrad, effectuent leur jonction le 25 janvier.

Le siège prend fin le 27 janvier 1944.
En mars, les troupes allemandes sont repoussées à 250 km de Léningrad.
Ce blocus, le plus long de la guerre avec ses 28 mois (872 jours), a entraîné la mort de 1 800 000 soviétiques (dont plus d’un million de civils). Quant aux forces de l’Axe, elles ont enregistré la perte de 200 000 de leurs soldats.

Notes, sources et références

  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Effect of the Siege of Leningrad on the city » (voir la liste des auteurs)
  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Siege of Leningrad » (voir la liste des auteurs)
  • (ru) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en russe intitulé « Блокада Ленинграда » (voir la liste des auteurs)
  1. ↑ Wykes, Alan (1972), The Siege of Leningrad, Ballantines Illustrated History of WWII, p.9-11
    Brinkley, Douglas & Mickael E. Haskey (2004), The World War II. Desk Reference, Grand Central Press, p.210
  2. ↑ Le tracé de la ligne Staline part de Pskov et suivant le cours de la rivière Velikaïa elle passe par Ostrov, Opochka et rejoint la Dvina dans les environs dePolotsk
  3. ↑ Selon l’historien allemand Werner Haupt.
  4. ↑ L’armée avait 54 912 hommes et disposait de 83 chars et 748 canons et mortiers.
  5. ↑ La position fortifiée de Krasnogvardeisk [archive]
  6. ↑ Écrit également Sheremet’evka et Шереметьевxa en russe. Ce village est situé à l’embouchure de la Neva large à cet endroit de 1 000 mètres
  7. ↑ La cote 167 est également appelée « le mont chauve »
  8. ↑ a, b et c The Oranienbaum Pocket 1944 [archive]
  9. ↑ a, b et c Carte de la poche d’Oranienbaum en 1941 [archive]
  10. ↑ Qui sont en réserve, en seconde ligne ou au repos
  11. ↑ Vzvad également écrit Vsvad est située au bord [archive] du lac Ilmen à environ 20 km au Nord-Nord-Est de Staraïa Roussa
  12. ↑ C’est le 140e régiment d’infanterie soviétique qui attaque
  13. ↑ Orchestral manœuvres (part two). From the Observer [archive]
  14. ↑ Orchestral manœuvres (part one). From the Observer [archive]
  15. ↑ Détachement naval K [archive]
  16. ↑ La 136e division d’infanterie sera rebaptisée 63e division d’infanterie de la Garde après ses exploits lors de l’opération Iskra
  17. ↑ a, b, c et d Sous le nom de WS N°5 ou celui Paselok 5 ou Poselok 5. Il est indiqué que Poselok 5 est une cité ouvrière
  18. ↑ Ecrit Ramushevo ou Ramouchevo
  19. ↑ [1] [archive]

 

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Opération Barbarossa

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Opération Barbarossa barbarossa

 

L’opération Barbarossa (en allemand, Unternehmen Barbarossa), nommée en référence à l’empereur Frédéric Barberousse, est le nom de code désignant l’invasion par le IIIe Reich de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) pendant la Seconde Guerre mondiale. Déclenchée le 22 juin 1941, un an jour pour jour après la signature de l’armistice entre la France et le IIIe Reich, elle ouvre le front de l’Est qui devient le principal théâtre d’opérations de la guerre terrestre en Europe (de 1941 à 1945, 80 % des pertes de la Wehrmacht sont subies sur le front russe) et le facteur crucial dans le succès ou la défaite du Troisième Reich nazi. Ce front va être le théâtre des plus grandes et des plus sanglantes batailles terrestres de la Seconde Guerre mondiale. Cette invasion marque aussi un tournant dans la guerre, jusqu’alors encore assez localisée et européenne. Elle va bientôt embraser le monde entier.

La Wehrmacht possède une supériorité initiale considérable en hommes (de 2 contre 1 au minimum) et en équipements. Elle est mieux organisée, bien mieux commandée et dispose, au moins jusqu’à la gigantesque bataille de Koursk de juillet 1943, d’une incontestable supériorité tactique. Elle bénéficie de l’effet de surprise. L’Armée rouge, si elle est loin d’être préparée au choc avec l’Allemagne, décapitée par les Grandes Purges, dispose cependant d’importantes réserves humaines, d’avantages matériels certains (base industrielle, armements) et d’un patriotisme russe que Staline saura opportunément réactiver après vingt ans de répression sous la férule d’un État en guerre permanente contre sa propre société. Le nazisme, qui ne laissera aux « Untermenschen » d’autre alternative que la mort ou l’esclavage, jouera également un rôle important dans le sursaut patriotique.

Comme en 1914, l’Allemagne entend agir rapidement : le plan Barbarossa fixe à quatre mois le délai nécessaire à l’anéantissement militaire de la Russie, cœur névralgique de l’Union soviétique. En pratique, l’opération Barbarossa s’étendra de juin 1941 à janvier-février 1942, l’échec allemand de la bataille de Moscou étant le dernier épisode de la première phase du conflit sur le front russe.

Les justifications de cette invasion sont historiques (l’échec du plan Schlieffen en 1914 qui a conduit au traité de Versailles, ressenti comme une humiliation par l’Allemagne de 1919), stratégiques (la conquête du Heartland russe comme levier de la domination globale du continent européen) et idéologiques (la mise en œuvre géopolitique du nazisme), l’aboutissement affiché de la politique nazie étant la conquête d’un espace vital à l’Est : le Lebensraum.

Situation politique et diplomatique

La situation au printemps 1941 semble largement en faveur de l’Axe. La France a été vaincue en quelques semaines, le corps expéditionnaire britannique a été défait. Une partie majeure de l’Europe est occupée. À l’Est, Adolf Hitler a mis en place des régimes alliés de gré ou de force : Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Slovaquie. Le seul ennemi en guerre qui lui tienne encore tête est la Grande-Bretagne et son empire, qui résistent en grande partie grâce à une volonté collective incarnée par Winston Churchill, mais elle n’a été sauvée jusqu’alors que par son insularité. Au demeurant, la Grande-Bretagne ne constitue pas, en Europe continentale, une menace militaire terrestre suffisamment significative pour inquiéter la Wehrmacht.

Hitler connaît les risques d’attaquer l’Union soviétique, mais il estime qu’il doit agir immédiatement car, en 1941, l’Armée rouge est désorganisée et profondément affaiblie par les Grandes Purges staliniennes. Encore éloignés de la guerre, les États-Unis d’Amérique penchent cependant de plus en plus du côté des Alliés. Invaincue, la Wehrmacht, fait figure de première armée du monde en 1941. La situation semble donc favorable à la conquête du « Lebensraum ». Une seule puissance continentale peut encore empêcher cette conquête : l’Union soviétique. Depuis la signature du Pacte germano-soviétique (1939), dans lequel l’URSS voit un moyen de se protéger après les accords de Munich (Allemagne-France-Grande Bretagne) de 1938, et grâce auquel l’Allemagne et l’Union soviétique se sont partagé le territoire de la Pologne, les deux pays, malgré l’opposition inconciliable des idéologies qui les dirigent, ont ostensiblement établi des relations amicales de façade et des relations commerciales qui profiteront surtout au Troisième Reich jusqu’en juin 1941.

L’invasion crée le front stratégique majeur du second conflit mondial

En déclenchant l’opération Barbarossa, le régime nazi provoque l’ouverture d’un front auquel le Reich doit désormais consacrer l’essentiel de ses moyens militaires, de ses ressources industrielles et humaines. Engagée dans une guerre totale contre l’Union soviétique, l’industrie de guerre allemande « tournera » au maximum de ses capacités et ne cessera de se développer jusqu’au début de 1945 (ses dépenses militaires passeront de 35% de son PNB en 1940 à 65% en 1944). Non seulement l’Allemagne, première puissance industrielle du continent, affecte la totalité de ses ressources économiques à sa production de guerre, mais elle exploite également systématiquement à cette fin les ressources industrielles, économiques, démographiques de l’Europe occupée.

Du déclenchement de « Barbarossa » aux dernières étapes de la guerre, en mai 1945, la Wehrmacht consacrera l’essentiel de ses ressources en hommes et en matériels au front de l’Est, sans jamais être en mesure, à partir de l’hiver 1942-1943, de prendre l’initiative, si ce n’est dans des secteurs de plus en plus étroits du front. En juillet 1943, lors de la gigantesque bataille de Koursk, à peine sept divisions et deux brigades (2,7% des forces allemandes) étaient engagées face aux Américains et aux Britanniques dans les affrontements de la guerre du désert. Le reste (91 divisions et 3 brigades) se trouvait cantonné dans les territoires de l’Europe occupée. Les Alliés prendront pied en Afrique du Nord en novembre 1942 (débarquement de 70 000 hommes à Alger et Oran et au Maroc), en Sicile en juillet 1943 (débarquement de 160 000 hommes), en Italie à Salerne (sud de Naples) en septembre 1943 et à Anzio en janvier 1944, mais les moyens engagés pèseront de peu de poids (la Wehrmacht aura 23 divisions en Italie début 1944) comparés à la démesure des effectifs et des matériels présents depuis juin 1941 sur le front russe. Durant les quatre années que dura le conflit germano-soviétique il y eut, en permanence, une moyenne de 9 millions d’hommes simultanément impliqués dans les opérations de ce front.

Le cumul des pertes militaires de l’Union soviétique et de l’Allemagne nazie, dans sa guerre d’invasion de l’Union soviétique, se monte à 80% du total de toutes les pertes militaires enregistrées sur le théâtre d’opération européen de 1940 à 1945. C’est sur le front russe que la Wehrmacht aura les reins brisés, bien avant le débarquement des Alliés en France. Après le débarquement de Normandie d’un corps expéditionnaire en juin 1944, c’est encore à l’Est que les Allemands continueront à engager et à perdre la majorité de leurs hommes. La comparaison des pertes subies par la Wehrmacht sur les deux fronts à partir de juin 1944 montre la part presque exclusive du front russe même après ce débarquement. Du 1er juillet au 31 décembre 1944, pendant cinq mois, lors de la grande offensive soviétique contre le groupe d’armées du Centre, les Allemands perdront chaque mois en moyenne 200 000 soldats et près de 4 000 Hiwis, des auxiliaires étrangers (russes) de l’armée allemande. À l’Ouest, au cours de la même période, c’est-à-dire après le débarquement allié en France, la moyenne des pertes allemandes s’élèvera à 8 000 hommes par mois soit un rapport de 1 à 25.

Les pertes en vies humaines seront colossales et sans précédent, les conditions de vie seront effroyables pour les deux camps. En 2001, les historiens russes estimaient les pertes du conflit germano-soviétique à 26,2 millions de tués (environ 16% de la population de l’Union soviétique de 1940) dont plus de 11 millions de soldats et officiers (6,8 millions de tués directs et 3,8 millions de prisonniers de guerre décédés entre les mains de la Wehrmacht), et surtout 15,6 millions de civils puisque l’importance sans précédent des pertes civiles est d’abord la conséquence d’une guerre d’anéantissement menée en Union soviétique par le Reich nazi. 34 millions de Soviétiques furent mobilisés dans les rangs de l’Armée rouge de 1941 à 1945. L’ampleur de l’engagement allemand fut gigantesque : quelques 20 millions d’Allemands portèrent, à un moment ou à un autre, l’uniforme de la Wehrmacht sur le front russe, de sorte que c’est toute la société allemande qui fut impliquée dans l’expérience de la guerre sur le front de l’Est. Celle-ci fut voulue comme une lutte à mort, exigeant un engagement sans limites, une obéissance absolue, la destruction totale de l’ennemi. À ce titre, la guerre totale déclenchée contre l’URSS constitue non seulement le sommet du régime nazi, mais aussi l’élément essentiel de son image dans la mémoire collective des Allemands après la guerre. Pour l’écrasante majorité des soldats allemands, l’expérience de la guerre fut celle du front russe.

À la fin du mois de mars 1945, la totalité des pertes de l’Ostheer (le nom de la Wehrmacht sur le front russe) s’élevait à 6 172 373 hommes (tués, mutilés, disparus), soit près du double de ses effectifs initiaux, au 22 juin 1941. Ce chiffre représente 80 % des pertes subies par la Wehrmacht sur tous les fronts depuis le déclenchement de l’invasion de juin 1941. En mai 1945, on dénombre plus de 3 millions de prisonniers allemands détenus en Union soviétique. Tous camps confondus, les tués de l’Armée rouge, hors les 3,8 millions de prisonniers de guerre soviétiques décédés après leur capture, constituent 52 % du total des pertes militaires en Europe, ceux de la Wehrmacht 28 % (moins de 2% pour l’armée des États-Unis). Les pertes militaires de l’Union soviétique représentent 85 % du total des pertes alliées en Europe (Royaume-Uni 3,7 % – France 2,9 % – États-Unis 2,6 %). Enfin, le front ouvert en juin 1944 en France aura, militairement, environ 11 mois d’existence contre 47 mois pour le front russe ouvert en juin 1941.

Préparatifs allemands

motivations et justifications idéologiques

Dans Mein Kampf, Hitler annonce sa volonté d’en finir avec le « bolchevisme », assimilé à ses yeux au judaïsme: pour cela a été créée la figure fantsmagorique du Judéo-bolchevisme, dont la figure de proue est le Juif, « nuisible » (schädling) à la Nation allemande, rendu responsable du coup de poignard dans le dos de 1918.
Réparer l’humiliation de la défaite non reconnue de la Première Guerre mondiale face à l’alliance russo-franco-britannique de 1914 est aussi une motivation importante: En effet, sur le front russe, l’Allemagne est ses alliés ont signé une paix de victoire à Brest-Litovsk en mars 1918, mais ont dû évacuer les territoires qu’ils occupaient à l’hiver 1918-1919.
En outre, aux yeux des nationaux-socialistes, l’existence même d’un pays se réclamant du marxisme, l’Union soviétique, constitue une menace sur le Troisième Reich, état libéré de la présence juive, comme l’affirme la propagande nazie.

Objectifs territoriaux nazis

Les vastes espaces de l’Union soviétiques sont destinés, dans la direction tracée autrefois par les chevaliers Teutoniques, à être le Lebensraum, l’espace vital allemand, une fois débarrassé de ses populations. Les populations urbaines doivent être exterminées par la famine, celles rurales mises en esclavage pour fournir des surplus alimentaires destinés à l’Allemagne et à la colonisation aryenne.

L’idéologue du parti nazi Alfred Rosenberg a déjà prévu le découpage du territoire à conquérir. Quatre Reichskommissariat seront créés, à savoir : l’Ostland comprenant les pays baltes et la Biélorussie, celui d’Ukraine, le Kaukasus avec la zone autour des monts du Caucase et celui de Moskau pour le reste de la Russie européenne.

Hitler et le Parti dans la phase de préparation de Barbarossa

Du fait de son caractère éminemment politique, l’opération est principalement une création d’Hitler. L’état-major de la Wehrmacht est alors réticent car il craint de devoir combattre sur deux fronts simultanément (un front terrestre contre la Russie, un front maritime et aérien contre la Grande-Bretagne). Mais le Führer, auréolé du prestige des victoires fulgurantes en Pologne et surtout en France, croit en son génie politique et militaire et refuse de leur prêter l’oreille. Opposé, lui aussi, par principe, à la division de ses forces sur deux fronts qui fut, à ses yeux, la grande erreur du Reich lors de la Première Guerre mondiale, il finit par se convaincre lui-même que le Royaume-Uni est à bout de souffle et demandera la paix une fois l’Union soviétique vaincue et démantelée car il ne veut pas différer plus longtemps sa grande conquête à l’Est. Il surestime ses forces, prenant en compte ses victoires éclairs contre la Pologne puis la France, et sous-estime celles de la Russie soviétique, du fait des faibles performances de l’Armée rouge au cours de la guerre d’Hiver contre la Finlande (125 000 soldats soviétiques y périrent contre 48 000 hommes pour l’armée finlandaise). La préparation de l’armée allemande souffrira donc de plusieurs carences qui se révèleront fatales pour la réalisation des objectifs de l’opération Barbarossa quand il deviendra évident que la Blitzkrieg est inopérante en Russie.

La préparation: plans élaborés dès 1940

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Plan d’origine des Allemands.

La première mention d’une invasion de la Russie soviétique apparaît dans la directive n°21 du Führer, mise en circulation restreinte fin 1940. »Les armées allemandes, précisait la directive, doivent être prêtes, avant même la conclusion de la guerre contre l’Angleterre, à écraser la Russie soviétique à la faveur d’une rapide campagne ». À l’époque, la Luftwaffe n’a pas encore été mise en échec au-dessus de l’Angleterre. La directive indique déjà la date de l’invasion: le 15 mai 1941. Dès ce document, le plan de conquête et les objectifs à atteindre sont tracés, avec la séparation en deux du champ de bataille : le nord et le sud des marais du Pripet. Les deux groupes d’armées au nord doivent dans un premier temps détruire le maximum de forces soviétiques en appliquant les tactiques de la Blitzkrieg, puis prendre d’abord Léningrad et son port de guerre de Kronstadt, et seulement ensuite la capitale Moscou. Le groupe sud, lui, doit progresser vers Kiev, son flanc droit étant couvert par l’armée roumaine et quelques divisions allemandes. Par la suite, les opérations au sud ont pour objectif l’occupation du bassin du Donets (et au-delà le pétrole du Caucase). Le plan préparé par Hitler est axé sur la destruction des forces soviétiques sur la frontière grâce à des encerclements réalisés à toute vitesse par des unités blindées et à la capture des grands centres économiques. Il rencontre une certaine défiance de la part d’une partie de l’état-major de la Wehrmacht, davantage attaché à des stratégies plus conventionnelles, où la capture de la capitale politique, objectif symbolique, est prédominante. Même si Hitler considère ces préoccupations d’un autre temps, il concèdera la poursuite simultanée des objectifs que sont Moscou et Léningrad. Lors de la mise en œuvre de ce plan, le groupe Nord sera incapable de prendre Léningrad seul, malgré sa supériorité en effectifs et en artillerie sur la faible garnison qui protège la ville de Pierre le Grand et décidera de l’affamer.

Hitler décide que le premier but à atteindre est l’anéantissement de l’Armée rouge le plus tôt possible, pour l’empêcher de se replier et d’appliquer la politique russe traditionnelle de défense devant toute invasion majeure : la terre brûlée. Pour ce faire, la Wehrmacht doit encercler, chaque fois qu’il sera possible, des portions importantes des forces soviétiques pour les anéantir.

Le plan adopté est une sorte de mélange des deux stratégies. Il prévoit une attaque sur trois axes, avec du nord au sud :

* Une poussée vers Léningrad, à travers les pays baltes, menée par les 16e et 18 e armées, ainsi que le 4e groupe blindé, regroupé dans le groupe d’armée nord commandé par le maréchal Wilhelm Ritter von Leeb et appuyé par la 1re flotte aérienne du général Alfred Keller.
* L’attaque principale menée par le groupe d’armées Centre, commandé par le maréchal Fedor von Bock, et comprenant les 2e et 4e armées,ainsi que les 2e et 3e groupes blindés, le tout étant soutenu par la 2e flotte aérienne du général Albert Kesselring. L’objectif de ce groupe est Moscou, mais grâce à sa position centrale, il doit appuyer les deux autres mouvements et s’attacher à anéantir le maximum d’unités soviétiques.
* Le groupe d’armées Sud, commandé par le maréchal Gerd von Rundstedt et comprenant les 6e, 11e et 17e armées ainsi que le 1er groupe blindé, appuyé par la 4e flotte aérienne du général Alexander Löhr. Il doit bénéficier de plus, dès leur entrée en guerre, de l’appui non négligeable des 3e et 4e armées roumaines. Il a pour objectifs premiers la ville de Kiev, le port d’Odessa, puis les grandes villes industrielles de Kharkov, Dniepropetrovsk et Donetsk. Ses objectifs finaux étant les ports de Sebastopol en Crimée, Rostov-sur-le-Don et la grande ville de Stalingrad, clé du contrôle de la Volga.

La campagne doit au final établir, avant l’hiver, un front qui partant de Léningrad suivrait le cours de la Volga, jusqu’à son embouchure. D’ici là, l’Allemagne compte sur une destruction complète de l’Armée rouge, car les effectifs engagés seront incapables de mener les tâches d’occupation du pays conquis et la tenue de ce gigantesque front, long de plusieurs milliers de kilomètres. Le 12 août 1941, le maréchal Wilhelm Keitel, chef de l’Oberkommando de la Wehrmacht, indique dans sa directive 34a le principal objectif opérationnel de l’offensive: L’objet des opérations doit être de priver l’ennemi, avant la venue de l’hiver, de son gouvernement, de son armement et de son centre de communication dans la région de Moscou, et de l’empêcher ainsi de reconstituer ses forces et de faire fonctionner de façon ordonnée ses organes de gouvernement.

Initialement fixée au 15 mai 1941, l’invasion est finalement reportée au 22 juin afin de terminer les opérations de conquête de la Grèce et de la Yougoslavie, rendues nécessaires, dans l’esprit de Hitler, par le putsch de Belgrade de mars 1941 (suite aux déboires de Mussolini en Grèce).

Le manque de préparation soviétique

L’inéluctabilité d’une guerre avec une Allemagne nazie qui considère l’URSS comme son « espace vital » (en allemand Lebensraum) ne fait guère de doutes en URSS. Des efforts colossaux sont faits pour essayer de rattraper le retard industriel et militaire sur l’Allemagne (on peut ranger au titre de ces « efforts » les purges au sein de l’Armée rouge, qui l’ont pourtant, au moins à court terme, fortement affaiblie). Staline, conscient de l’infériorité militaire de l’Union soviétique, espère parvenir à combler ce retard pendant le répit accordé par le pacte germano-soviétique. En particulier, il veille à ne céder à aucune provocation allemande, comme les violations de l’espace aérien soviétique par des avions de reconnaissance allemands, ainsi qu’à ne pas provoquer lui-même l’Allemagne en engageant des préparatifs de combats. En juin 1941, malgré les risques croissants d’une attaque allemande, il refuse les mesures les plus élémentaires de préparation au combat, comme la création de fortifications de campagne, la dispersion des matériels et la mise en alerte de l’Armée rouge. C’est donc dans un relatif état d’impréparation que l’attaque allemande du 22 juin surprend l’URSS.

Vassili Grossman, témoin direct du front, raconte dans ses « Carnets de guerre » : « Au moment où la guerre a commencé, beaucoup de commandants en chef et de généraux étaient en villégiature à Sotchi. Beaucoup d’unités blindées étaient occupées à changer les moteurs, beaucoup d’unités d’artillerie n’avaient pas de munitions, pas plus que, dans l’aviation, on n’avait de carburant pour les avions…. Lorsque, depuis la frontière, on commença à avertir par téléphone les états-majors supérieurs que la guerre avait commencé, certains s’entendirent répondre : « Ne cédez pas à la provocation ». Ce fut une surprise, au sens le plus strict, le plus terrible du terme ».

La surprise ne fut pas totale pour le pouvoir soviétique puisqu’il a été établi que l’espion Richard Sorge et les analystes suédois menés par Arne Beurling avertirent Staline de la date exacte de l’invasion allemande. Plus de 80 avertissements furent transmis, d’une manière ou d’une autre, à Staline, qui préférait croire que l’Allemagne n’attaquerait que plus tard. Il semble que Staline se soit entêté dans l’idée qu’Hitler n’ouvrirait pas un second front sans en avoir fini avec l’Angleterre. Il refusa catégoriquement toute mesure risquant d’être perçue comme une provocation par le régime de Berlin.

Les unités sont cruellement handicapées par le manque d’officiers correctement formés. L’armée a perdu la plupart de ses représentants les plus compétents. Après la « Grande Terreur » communiste de 1936-1938 (près de 750 000 Russes fusillés, et sans doute 200 000 morts dans les camps du Goulag) une grande partie de l’encadrement de l’Armée rouge a disparu. Ont été fusillés : 11 000 officiers sur 70 000 (et plus de 20 000 sont internés dans les camps), 154 généraux de division sur 186 (82%), 50 généraux de corps d’armées sur 57 (88%), 13 commandants d’armées sur 15 (87%), la quasi-totalité des maréchaux (90%) et des amiraux (89%). Khroutchev devait souligner que cette épuration massive des cadres de l’armée avait été l’une des causes principales de l’état d’impréparation des forces soviétiques en juin 1941: « Tant d’hommes avaient été exécutés que le haut commandement avait été dévasté, ainsi que tous les échelons du corps des officiers ». À noter que cette épuration continuait alors même que l’invasion allemande se développait, ce qui faisait dire à Stepan Anastasovich Mikoyan: « Une grande guerre s’était engagée, notre armée souffrait de lourdes pertes et essuyait des défaites, et, dans le même temps, des chefs militaires expérimentés, au lieu d’être appelés à sauver la situation, étaient mis à mort en toute hâte… ».

Les conséquences sur la qualité du corps des officiers sont tragiques. Au moment où l’armée française s’effondre sous les coups de l’armée allemande, à peine 7,1% des officiers soviétiques possèdent une formation militaire développée ; près de 25% sont dans des cours de formation accélérée et 12% n’ont aucune formation militaire. Plus d’un tiers des officiers soviétiques est donc incapable de remplir un commandement à la veille de l’attaque allemande. Le commandement est tétanisé. En outre, beaucoup des officiers en place en 1941 ont d’abord été choisis pour leur fidélité au régime et non pour leur compétence. S’ajoutant aux consignes de modération données à l’égard des préparatifs allemands, leur incompétence favorisa la désorganisation et le déploiement hasardeux des unités chargées de la défense de la frontière. Les troupes étaient, en effet, pour la plupart placées trop près de la frontière et s’appuyaient sur une ligne de fortification encore en cours de réalisation, la Ligne Molotov. Enfin, les officiers soviétiques de 1941 sont placés sous l’autorité des commissaires politiques de l’Armée rouge. Le contrôle de ces derniers sur les ordres d’opérations ne sera levé qu’à la mi-1943 (et après Stalingrad, l’Armée rouge remet en vigueur les grades et les épaulettes de l’Armée Impériale de la monarchie).

En outre, le jour de l’invasion, beaucoup d’unités sont paralysées par des carences en matériels de guerre. Les armes individuelles ont été distribuées en quantités insuffisantes. Déjà, en mars 1941, 30% seulement des unités blindées disposaient des pièces de rechange nécessaires à leur fonctionnement. Un mois avant l’attaque allemande, les généraux signalaient que « l’exécution du plan pour la fourniture des équipements militaires dont l’Armée rouge a un besoin si aigu est extrêmement peu satisfaisante ».

Pourtant, l’Union soviétique de 1941 est loin d’être un pays faible : l’industrialisation forcée des années 1930 lui permet de n’être dépassée que par les États-Unis en termes de production industrielle (industrie lourde principalement). Ses matériels militaires sont souvent à la pointe de l’industrie mondiale, comme par exemple les chasseurs I-16 ou le char T-26. Cependant, depuis 1939, l’industrie d’armement du pays traverse une crise de transition, les nouveaux matériels ont beaucoup de mal à entrer en production de masse. Les décisions politiques ne sont généralement pas étrangères à ces difficultés. Le déclenchement de la guerre contraindra le système soviétique à davantage d’efficacité, comme le montre la rapide montée en puissance de nouveaux matériels de guerre performants. Considéré comme le meilleur char « tout emploi » de la Seconde Guerre Mondiale, le T-34 sera le tank le plus important des forces alliées. Il influencera nettement tous les chars conçus ultérieurement. Il sera le premier char capable de rivaliser et de surpasser ses adversaires tant par sa puissance de feu que par ses performances. Quand les premiers exemplaires de série sortirent en juin 1940, il n’avait pas d’équivalent. Produit en grand nombre dans différentes usines en fonction de l’avancée de la Wehrmacht en territoire soviétique (usines de Stalingrad, de Kharkov, de Nizhnij Tagil, d’Omsk, etc.), il pesait 32 tonnes et emportait un équipage de 4 hommes. Il existait à peine plus de 1 000 T-34 lorsque les Allemands attaquèrent la Russie. Seuls 10 % des chars soviétiques étaient alors des T-34, mais à la mi-1943 ce taux montait à 60 % avant que le T-34 n’ait totalement remplacé en 1944 les modèles les plus anciens. De 1941 à 1945, dans ses différentes versions, l’industrie russe en produisit près de 52 000 exemplaires.

L’ampleur des épreuves qu’ont subi les Russes depuis la chute du tsarisme (guerre civile, suppression de la plupart des libertés politiques et économiques, collectivisation forcée, périodes de terreur, exécutions massives, déportations) ont fini par forger un peuple dur à la souffrance et ayant, malgré tout, appris à survivre dans les conditions les plus difficiles. Enfin, l’économie soviétique vit sous un régime permanent d’économie de guerre depuis l’avènement du bolchévisme, ce qui facilitera, à partir de 1942, la mobilisation totale des ressources économiques pour faire la guerre au Troisième Reich.

Les forces en présence

Forces de l’axe

Le dispositif d’invasion de l’Axe est sans équivalent dans l’histoire militaire (excepté l’immense offensive soviétique de conquête de l’Allemagne lancée le 12 janvier 1945 avec 6,7 millions de combattants). Hitler a mobilisé 3 millions de soldats du Reich qui commencent à se déployer en février, en Prusse-Orientale, en Pologne, en Slovaquie et en Moldavie.
L’Ostheer inclut également des divisions hongroises, roumaines et finlandaises (500.000 hommes pour ces trois nationalités) et, par la suite, italiennes (l’Italie aura jusqu’à 200 000 hommes sur le front) : soit 201 divisions dont 42 de pays satellites, 3 650 chars d’assaut (85 % des disponibilités en blindés du Reich), 2 770 avions, plus de 47 000 canons et mortiers de campagne.

L’Allemagne engage 159 divisions sur les 220 dont elle dispose alors (73 % des effectifs totaux de la Wehrmacht). Ce sont pour la plupart des troupes aguerries par les campagnes précédentes, bien équipées et bien motorisées (600 000 véhicules) grâce en particulier aux prises de guerre de la bataille de France. On note cependant l’utilisation en juin 1941 de 600 000 chevaux par les équipages du train.

Si ces effectifs sont sans précédent dans une guerre de conquête, ils semblent insuffisants au regard du potentiel de l’Union soviétique et des immensités russes. L’armée d’invasion compte seulement 800 chars de plus qu’au déclenchement du Fall Weiss contre la France. Il reste que, sur les axes de pénétration et les points de percée, la supériorité de la Wehrmacht en matériels et en effectifs est écrasante, dans un rapport de 4/5 contre 1 et que l’armée allemande est remarquablement rompue au combat tactique, capacité qui fera cruellement défaut aux troupes soviétiques au moins jusqu’à la bataille de Koursk. La Blitzkrieg est donc la carte maîtresse qui décidera de l’issue du front que le Reich nazi décide d’ouvrir contre la Russie.

Forces soviétiques

L’Armée rouge dispose au total, en juin 1941, de 209 divisions d’infanterie dont 160 sont stationnées en Russie occidentale, soit en principe 2,3 millions de soldats à effectifs pleins (en 1941 la division d’infanterie allemande compte à effectif au complet 16 500 hommes contre 14 474 pour la soviétique). En réalité, 144 divisions comptent seulement la moitié de leurs effectifs et 65 un tiers. C’est donc à peine un peu plus d’un million de soldats, pris au dépourvu, qui vont devoir s’opposer à la déferlante allemande sur un front de plusieurs milliers de kilomètres. Les Soviétiques peuvent mettre en ligne 37 500 canons, 1 540 chasseurs de dernière génération, mais un nombre considérable de vieux avions (7 500) et de tanks sont déclassés. L’Armée rouge n’a plus, depuis leur dissolution par le pouvoir soviétique en 1939, de corps mécanisés à opposer à la Wehrmacht, corps blindés qui sont en grande partie une création du maréchal Mikhaïl Toukhatchevski (fusillé en juin 1937 – sa femme, sa mère et son fils, élève-officier, sont exécutés également en 1937). Enfin, l’Union soviétique doit se garder sur deux fronts : une quarantaine de divisions devront rester stationnées jusqu’en août 1945 en Extrême-Orient russe face aux armées japonaises qui occupent la Mandchourie.

L’état-major allemand entend profiter à plein de la faiblesse militaire de la Russie soviétique. Hitler devait ainsi déclarer au général Jodl :  » Nous n’avons qu’à donner un coup de pied dans la porte et toute cette structure pourrie s’effondrera ». Pourtant, d’après le rapport entre les effectifs humains engagés et le nombre d’engins de guerre, la Wehrmacht sur le front russe (l’Ostheer) était moins moderne que son adversaire direct, l’Armée rouge, même si, comme leurs alliés occidentaux, les Soviétiques et ce, malgré les enseignements de Toukhatchevski, n’avaient pas encore appris à tirer le maximum de leur puissance matérielle. En juin 1941, sur les 3 648 chars qui se ruent sur la Russie soviétique seuls 444 appartiennent à un modèle relativement récent (Panzer IV). Face à eux, se trouvent un million d’hommes, soutenus par 15 000 chars sur un stock total de 24 000, soit plus que tous les chars du reste du monde réunis. Si la grande majorité de ces engins étaient des modèles périmés, 1 861 d’entre eux étaient des chars T-34 et des chars lourds KV, supérieurs aux meilleurs engins produits à l’époque en Allemagne, mais handicapés par l’absence de radios en nombre suffisant.

L’invasion

L’attaque initiale

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Déroulement de l’opération

Les conditions sont donc très favorables pour l’Allemagne nazie. Le dimanche 22 juin 1941, le rouleau compresseur allemand s’ébranle . Les unités d’assaut franchissent la frontière et attaquent les premières lignes soviétiques. L’attaque terrestre est précédée par la plus gigantesque attaque aérienne de tous les temps, menée par la majorité des 2 770 avions engagés en appui de ce front. Cette attaque commence à 3 h 40 et vise 66 aérodromes soviétiques. Elle a des résultats désastreux pour l’Armée rouge, puisqu’elle donne à la Luftwaffe la maîtrise absolue du ciel soviétique pendant plusieurs semaines. Les bombardiers allemands trouvent les avions soviétiques alignés ailes contre ailes à leur base, généralement sans camouflage ni protection. La plupart du temps, l’alerte n’a même pas été donnée et peu d’avions de chasse peuvent décoller. Les pertes des VVS sont terribles : le soir, 1 489 appareils ont été détruits au sol et 389 autres abattus en vol. La Luftwaffe ne perd que 63 avions le 22 et 150 les deux premiers jours de l’offensive.

À 4 h 15, l’artillerie allemande se met à pilonner les positions avancées de la défense soviétique sur la frontière et, à 4 h 45, les premières unités terrestres franchissent celle-ci. La surprise chez les Soviétiques est totale, la Stavka avait bien émis un ordre qui avertit les unités frontalières de l’imminence de la guerre, mais la plupart des unités ne l’avaient pas reçu. La première opération est menée sur le front central, par un coup de main d’un corps franc de la 3e Panzerdivision, qui s’empare du pont de Koden, sur le Bug. Dans la matinée, un pont de bateaux est lancé à Drohizyn, 80 km plus au nord. La tête de pont ainsi créée fut appuyée par l’emploi de 80 chars Pz-III submersibles.

La résistance des Soviétiques est assez décousue sur la plus grande partie du front. Elle est acharnée sur quelques points, comme la citadelle de Brest-Litovsk défendue par les 6e et 42e divisions de tirailleurs, qui résistent, pratiquement sans eau, jusqu’à la fin juillet, bien qu’ayant été attaquée dès le matin du 22 juin. Sans appui d’aucune sorte, les soldats soviétiques de la citadelle sont totalement encerclés et sans espoir de secours puisque la nouvelle ligne de front est à 400 kilomètres plus à l’est. Ils continuent à se battre en dépit de la disproportion des forces et de l’emploi d’artillerie de siège lourde par les Allemands comme les mortiers de 620 mm. La seule 45e division d’infanterie affectée à la prise de la forteresse déplorera 482 tués (dont 80 officiers) et plus de 1 000 blessés. Les Russes perdront environ 2 000 à 2 500 tués et autant de prisonniers. Mais par son action, cette résistance ralentit considérablement le mouvement des unités d’infanterie qui doivent empêcher les troupes soviétiques de s’échapper de la poche de Bialystok-Minsk.

Pendant ce temps, malgré quelques contre-attaques soviétiques, les unités mécanisées du groupe d’armée centre franchissent Bug, et s’enfoncent dans les arrières des unités de l’Armée rouge. Les deux groupes blindés du centre mènent alors, à partir du 26 juin, deux percées parallèles, pour finalement converger sur Minsk, le 9 juillet, créant la poche connue sous le nom de Bialystok-Minsk, où plus de 400 000 soldats soviétiques et d’énormes quantités de blindés et de matériels sont pris au piège. Relevés par l’infanterie des 2e, 4e et 9e armées, les blindés allemands continuent leur progression en direction de Smolensk. Ils franchissent la Bérézina le 28 juin, ayant parcouru 600 kilomètres depuis la frontière.

Au Nord, le groupe d’armée de Leeb progresse très rapidement grâce à l’attaque très en profondeur du 56e corps d’armée motorisé du général Erich von Manstein, qui s’empare du pont d’Ariogala situé à 80 km dans la profondeur du dispositif soviétique, dès 19 h 00, le 22 juin et renouvela l’exploit le 26, avec celui de Dunaburg, lui à 350 kilomètres de la frontière, malgré une contre-attaque des chars du 3e corps mécanisé soviétique contre la 6e Panzerdivision au village de Rossiény. La bataille de chars qui résulte de la rencontre des forces blindées, fait rage pendant deux jours, l’Armée rouge y engage une centaine de chars de type KV-1 et KV-2, ce qui provoque une crise dans l’armée allemande, car ce char lourd est alors invulnérable aux canons des chars et aux armes antichar allemands, l’usage de pièces d’artillerie de 88 et 105 mm employées en tir direct permet néanmoins aux Allemands d’endiguer la résistance soviétique. L’offensive marque un temps d’arrêt, car Hitler et son état-major préférent que les blindés attendent l’infanterie avant de poursuivre leur progression vers Léningrad.

Le groupe d’armée sud connaît pour sa part une progression bien plus difficile. Dans ce secteur sont massés le plus gros des chars de l’Armée rouge, dont de nombreux KV-1 et T-34. Bien que manquant complètement de coordinations, les contre-attaques blindées coûtent cher aux Allemands. De plus, la Roumanie n’intervient qu’à partir du mois de juillet. Le 28 juillet, la situation empire brusquement pour les Soviétiques quand le 1er groupe blindé et la 17e armée font leur jonction, à l’est d’Uman enfermant dans une poche, la majeure partie des 6e et 12e armées soviétiques. Les troupes encerclées résistent jusqu’au 8 août, mais elles sont contraintes à la reddition. Les pertes sont terribles pour l’Armée rouge, avec environ 200 000 tués et 100 000 prisonniers.

La bataille de Smolensk

Le 10 juillet, le groupe d’armées centre a commencé une opération d’encerclement contre les troupes défendant Smolensk, jalon important sur la route de Moscou; le Dniepr est atteint et franchi le 11 juillet ; Smolensk tombe le 16, les troupes soviétiques étant coupées de leurs arrières. Mais cette fois, la réduction de la poche formée (323 000 soldats soviétiques) va se révéler problématique: les troupes russes continuent à résister malgré leur isolement. Suite à une forte contre-attaque, l’encerclement est même rompu temporairement. Les combats vont durer jusqu’au 10 septembre, l’Armée rouge ramenant constamment de nouvelles troupes fraîches. Certes, ses pertes sont là aussi très importantes, mais la progression des Allemands est enrayée, et obligée de lutter pied à pied contre des troupes déterminées, l’armée allemande subit elle aussi une véritable hécatombe avec la perte de près de 250 000 hommes (tués et blessés). 310 000 soldats et officiers soviétiques sont faits prisonniers, beaucoup seront sommairement exécutés. La bataille du chaudron de Smolensk porte à la Wehrmacht un coup dur dans sa progression vers l’est. Le général Blumentritt relève que « le comportement des troupes russes dans la défaite contrastait terriblement avec celui des Polonais ou des Occidentaux. Mêmes encerclés, les Russes s’accrochaient et combattaient ».

La bataille de Kiev

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L’encerclement de Kiev et l’opération Typhon

À la mi-septembre, l’Armée rouge, suite aux terribles pertes qu’elle a subies, a été contrainte de se replier sur une ligne de défense derrière la Divna et le Dniepr. Les armées allemandes ont regagné leur liberté de mouvement avec la fin de la liquidation de la poche de Smolensk. Les généraux réclament une attaque en direction de Moscou, désormais à 400 km du front. Il semble certain aux généraux allemands que, compte tenu de l’ampleur énorme de ses pertes, l’Armée rouge sera incapable de résister à une poussée dans cette direction. Hitler n’est pas de leur avis, il veut s’emparer de la région industrielle du Donbass. Il voit également la possibilité d’en finir avec les forces armées soviétiques qui ont mission de défendre l’Ukraine. Les arguments avancés par Hitler pour soutenir une avancée blindée vers le Sud sont que les lignes d’approvisionnement de l’armée centre seraient exposées sur un flanc de plus de 800 km si l’offensive continuait vers Moscou. En conséquence, il ordonne au 2e groupe blindé de Guderian de se porter vers le sud pour rejoindre le 1er groupe blindé du feld-maréchal von Kleist qui remonte du sud après avoir traversé le Dniepr. Le 25 août, la 3e division blindée s’empare du point stratégique qu’est le pont sur la Desna, près de Novgorod-Severski. Lorsque les officiers d’état-major soviétiques prennent conscience du danger mortel qui se rue sur les armées du Sud, il est trop tard. Les deux pointes blindées allemandes se rejoignent à Lokhvitsa. Un gigantesque encerclement est réalisé autour de la région de Kiev et des marais du Pripet dans lequel plus de 500 000 soldats soviétiques sont pris au piège. Kiev, « la mère des villes russes » dans la culture slave, tombe le 19 septembre et le reste de la poche suit dans le mois. Seuls 15 000 soldats et officiers parviennent à franchir le cordon allemand dont Nikita Khrouchtchev, le général Semyon Timochenko et le maréchal Boudienny. C’est le plus vaste encerclement militaire de l’Histoire. C’est aussi la plus grande défaite militaire ponctuelle de l’histoire soviétique. Au terme de la bataille de Kiev, l’armée allemande a encore 200 000 tués, blessés et disparus mais les Soviétiques perdent près d’un million d’hommes (400 000 tués, 500 000 prisonniers exécutés sur place ou que les Allemands laisseront mourir de faim avant de déporter les survivants dans les camps d’Europe centrale).

Partout, les unités de l’Armée rouge battent en retraite, dépassées par la rapidité de l’invasion. La plupart des habitants des zones envahies sont effondrés. « La population. Ils pleurent. Qu’ils soient en route, qu’ils soient assis, qu’ils soient debout près des palissades, à peine commencent-ils à parler qu’ils pleurent, et on a soi-même envie de pleurer malgré soi. Quel malheur! ». Vassili Grossman. Pourtant, on commence à voir, çà et là, des habitants réserver un accueil prévenant aux troupes allemandes.

La route du Donbass est ouverte pour le groupe d’armées sud, qui atteindra Rostov-sur-le-Don le 21 septembre, mais les divisions blindées et motorisées de la Wehrmacht sont très éprouvées par les deux féroces batailles de la fin de l’été, et ce n’est que le 30 septembre que la progression peut reprendre en direction de Moscou. La saison des boues, la rapoutitsa, rend les routes impraticables, et provoque alors un arrêt des opérations mobiles pendant près de quinze jours, obligeant à patienter jusqu’aux premières gelées pour reprendre le mouvement.

Au Nord, les troupes allemandes, arrivent devant les premières lignes de défense de Léningrad, au début du mois de septembre. La prise de la ville, dont la défense est organisée par Joukov, s’avère vite impossible malgré les faibles moyens de défense de l’Armée rouge. Les Allemands s’abstenant d’un assaut direct, décident de l’investir progressivement pour l’affamer, avec l’aide des Finlandais, mais la ville, malgré des pertes humaines colossales (700 000 civils périrent de faim et des bombardements), résistera en fait jusqu’à son dégagement en 1944, au cours du siège le plus long et le plus impitoyable de l’histoire moderne.

En quelques semaines à peine, les divisions allemandes ont progressé de 500 km vers le Nord, de 650 km vers l’Est, de 350 km vers le Sud-Est. De juin à octobre 1941, l’Ostheer (la Wehrmacht sur le front russe) a fait au total plus de 3 millions de prisonniers. Les premiers massacres en masse de Juifs, Russes et Tsiganes débutent quelques semaines seulement après le début de l’invasion.

L’échec de la bataille de Moscou

Les Allemands trouvent un pays las du soviétisme, mais les Einsatzgruppen massacrent systématiquement les Juifs (plus de 1 500 000 personnes, essentiellement des femmes et des enfants, seront assassinées de 1941 à 1944) et multiplient les atrocités dans le cadre de ce qui ressemble à une guerre d’anéantissement.

La population devient de plus en plus hostile à un envahisseur qui apparaît comme un ennemi venu pour anéantir et non pour libérer. Si les premières villes capturées avaient semblé accueillir favorablement l’envahisseur (en Ukraine en particulier), du fait de la lassitude face à la férocité du régime stalinien et aux problèmes des nationalités, les très nombreux massacres de civils transforment rapidement cet a priori favorable. Les massacres de civils désarmés et l’intention déclarée de réduire les Slaves en esclavage retournent vite les populations. Le traitement inhumain réservé aux prisonniers de guerre a fini par filtrer. Les Allemands éprouvent des difficultés croissantes à capturer des prisonniers, les soldats russes préférant lutter jusqu’à la mort plutôt que de mourir sommairement exécutés. Les opposants au régime se persuadent qu’il s’agit d’une lutte à mort où ils n’ont guère le choix du camp.

Les troupes allemandes traversent des régions affreusement pauvres et désertes, et l’étendue des espaces russes fait perdre tout son sens à la Blitzkrieg. Les lignes de communications de la Wehrmacht s’allongent démesurément. Assez rapidement, des groupes de partisans se forment sur les arrières de la Wehrmacht, obligeant celle-ci à consacrer un partie importante de ses forces au maintien de ses routes de ravitaillement. Ce dernier rencontre de nombreux problèmes, comme la différence d’écartement des voies de chemin de fer russes avec celles d’Europe occidentale. Après des centaines de kilomètres parcourus dans les plaines russes, le matériel est usé et en mauvais état (surtout pendant la Raspoutitsa : la période des mauvaises routes (à cause des intempéries)). Surtout, le manque d’hommes disponibles, compte tenu de ses pertes, commence à poser un problème à la Wehrmacht. Après plus d’un mois de combats, elle a déjà perdu plus d’hommes qu’au cours de toutes ses campagnes à l’Ouest, tout en étant très loin d’avoir atteint ses objectifs opérationnels. En septembre 1941, les divisions combattantes, alors au nombre de 142, déclarent avoir perdu près de 50 % de leurs forces initiales en hommes et en matériel et, en novembre, la plupart des formations d’infanterie ont perdu la moitié de leurs effectifs.

Début septembre, les Allemands, bloqués par les boues, tiennent plusieurs conseils de guerre pour prévoir la suite des opérations, dont la conférence d’Orcha, à laquelle participe Hitler. Il est désormais clair que malgré les pertes colossales infligées à l’Armée rouge, celle-ci n’a pas été détruite. Sa combativité, loin de s’écrouler, semble même s’accroître. Il apparaît que seul le groupe d’armées centre sera capable de reprendre la progression quand les routes seront de nouveau praticables. Malgré l’aide des Finlandais, le groupe nord est incapable de mener un action de vive force contre Léningrad, il arrive tout juste à maintenir un encerclement partiel et précaire, qui laisse passer le ravitaillement pour la ville par le lac Ladoga. Le groupe d’armées sud est soumis à une forte pression russe et le corps blindé de von Kleist a été contraint de passer à la défensive, voire de céder du terrain comme à Rostov-sur-le-Don, aux portes du Caucase, face aux contre-attaques de Semyon Timochenko: c’est le premier recul allemand depuis le déclenchement de l’invasion.

Devant l’échec inéluctable de Barbarossa, on prépare une opération de rechange pour essayer d’en finir avant l’hiver, l’opération Taïfun (typhon). Hitler adopte, malgré ses idées précédentes, l’idée qui veut que la prise de la capitale de l’adversaire doit briser sa volonté de résistance. Les objectifs initiaux de Barbarossa (la ligne Arkhangelsk-Kouïbychev) sont abandonnés, ce qui rend désormais impossible la destruction de l’industrie de guerre soviétique mise à l’abri derrière l’Oural. De plus, Staline a acquis la certitude, par les renseignements fournis par le réseau Orchestre rouge et Richard Sorge, mais surtout par des communications qui ont été interceptées, que la politique d’expansion japonaise n’a plus que des visées vers le Sud-Est asiatique et que le Japon s’apprête à attaquer la flotte des États-Unis à Pearl Harbor. Les troupes fraîches et expérimentées (commandée par Joukov) qui gardent la frontière extrême-orientale en Sibérie vont pouvoir être rapatriées en Russie occidentale. De fin 1941 au début de 1942, près de 400 000 « Sibériens » sont ainsi transférés vers l’ouest à bord de trains spéciaux mettant de une à deux semaines pour arriver à destination (sur ce total 250.000 soldats furent assignés à la défense de Moscou).

Fin octobre 1941, Adolf Hitler décide la bataille de Moscou, déclarant à ses généraux son intention de raser la ville jusqu’à ses fondations et d’en faire un immense lac artificiel. Il donne l’ordre le 14 octobre 1941 d’un double enveloppement de Moscou, avec pour objectif la jonction à Noginsk. Le Reich regroupe tous ses moyens disponibles en vue de l’assaut. Moscou renforce ses défenses : un demi-million d’hommes et de femmes creusent 8 000 km de tranchées, 100 km de fossés antichars.

De novembre à décembre, la Wehrmacht engage 1,8 million d’hommes dans cette bataille (80 divisions mais à effectifs incomplets), soit plus de 50 % de toutes ses divisions, 30 % de son artillerie, sur un front de 600 km de large et de 250 km de profondeur. En deux semaines de combats, l’Armée rouge perd 700 000 combattants faits prisonniers (poches de Viazma, d’Orel, de Briansk…), 1 200 chars et 5 000 canons. Le 7 novembre 1941, dans un discours resté célèbre, prononcé sur la place rouge devant les troupes qui partent au front, Staline délaisse l’idéologie et en appelle aux valeurs et aux grandes figures historiques de la nation russe. Le front (« front » ou groupe d’armées dans la terminologie soviétique) de Kalinine, au nord de Moscou, lance sa contre-attaque le 5 décembre dans une neige de plus d’un mètre d’épaisseur et par des froids de –20 °C à – 30 °C. L’offensive hitlérienne est stoppée à 30 kilomètres de Moscou (non loin du faubourg de Khimki, à proximité de l’actuel Aéroport international Cheremetievo), grâce également à un terrible hiver pour lequel elle n’est pas équipée. Une contre-offensive menée fin décembre par des bataillons sibériens casse enfin le front allemand et rejette de 100 à 200 km en arrière le groupe d’armées centre. Le 22 janvier, la bataille de Moscou est gagnée par Joukov. Guderian est contraint à une retraite précipitée, abandonnant une grande partie de son matériel. L’armée allemande perd encore 615 000 hommes. C’est le retour de balancier. Jusqu’en janvier 1942, la Wehrmacht recule partout.

Une étude récente réevalue la bataille de Moscou et fait de celle-ci « la bataille la plus importante de la Deuxième Guerre mondiale et, de façon indiscutable, le plus vaste engagement militaire de tous les temps. En additionnant les effectifs des deux camps, environ 7 millions d’hommes furent engagés, à un moment ou à un autre, dans ces combats. Sur ces 7 millions de soldats, 2,5 millions furent tués, faits prisonniers, portés disparus ou assez grièvement blessés pour être hospitalisés, avec des pertes beaucoup plus lourdes du côté soviétique que du côté allemand. Selon les archives militaires russes, 958 000 soldats soviétiques ont péri, ce qui comprend les tués, les disparus et les hommes faits prisonniers. Étant donné le traitement que leur réservaient les Allemands, la plupart des prisonniers de guerre soviétiques étaient, de fait, condamnés à mort. De plus, 938 500 de leurs camarades furent hospitalisés pour blessures (sans oublier les maladies consécutives au froid et à l’humidité), ce qui porte le total des pertes soviétiques à 1 896 500 hommes. Pour les Allemands, le total des pertes était de 615 000 hommes ».

Collaboration avec l’occupant

Près de 2 millions de Soviétiques se rangèrent du côté des Allemands (Baltes, Ukrainiens, Russes, quelques Polonais enrôlés de force entre autres) durant l’occupation de leur territoire, soit moins de 3 % de la population de la zone occupée par le Reich dans la partie ouest de l’Union soviétique. En 1943, certaines divisions allemandes comptaient plus de 20 % d’auxiliaires russes (les Hiwis). Il y eut 2 divisions SS russes, les 2 divisions de l’armée Vlassov et le 15e SS Kosaken-Kavalerie-Korps constitué de Cosaques du Don. Beaucoup agissaient par nationalisme, les pays baltes et l’est de la Pologne, qui faisaient partie de l’empire russe (monarchique) jusqu’en 1917, ayant été réannexés par l’Union soviétique en 1939.

Exemple parmi d’autres du soutien que reçurent les envahisseurs de la part de certaines populations locales à certains endroits : les milices pro-germaniques étaient assez efficaces pour rendre inutiles des représailles. Tel était le cas du district administratif autonome de Lokot, dans la région d’Orel-Koursk, au sud de Briansk. Comptant 1 700 000 habitants, ce district fut défendu par une milice intégralement russe en 1941-1942. Ici, la base de la collaboration était de nature politique (anti-communisme) et la milice de Lokot créée par le général Rudolf Schmidt de la IIe Armée Panzer conjointement avec un ingénieur russe (remplacé plus tard par le fameux Bronislaw Kaminski), fut connue sous le nom de Russkaya Osvoboditelnya Narodnaya Armiya (Armée de libération russe). Certaines de ces milices, dans les pays baltes et en Ukraine en particulier, apportèrent aux autorités d’occupation un soutien non négligeable dans la politique d’extermination des populations juives.

Un élément capital des transactions fut que les SS avaient interdiction d’opérer dans toute cette région où les Allemands acceptèrent de s’abstenir de toute action de représailles du fait des activités de la résistance qui se poursuivaient toujours. De tels arrangements, bien que généralement moins formels, étaient monnaie courante dans les régions occupées par les Allemands. Ils trouvaient des avocats fervents parmi les officiers de la Wehrmacht. Les SS s’y opposaient de façon tout aussi véhémente, car ils refusaient d’armer des « sous-hommes ». Par la suite, la situation ayant empiré pour le Reich nazi et le besoin d’effectifs devenant criant, les SS furent amenés à tempérer leur refus initial. Ils s’opposaient toujours à la création de milices, mais seulement parce qu’ils voulaient recruter tous les hommes disponibles pour leurs nombreuses unités « ethniques ».

Collaboration avec l’occupant

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Auxiliaire cosaque de l’armée allemande.

Près de 2 millions de Soviétiques se rangèrent du côté des Allemands (Baltes, Ukrainiens, Russes, quelques Polonais enrôlés de force entre autres) durant l’occupation de leur territoire, soit moins de 3 % de la population de la zone occupée par le Reich dans la partie ouest de l’Union soviétique. En 1943, certaines divisions allemandes comptaient plus de 20 % d’auxiliaires russes (les Hiwis). Il y eut 2 divisions SS russes, les 2 divisions de l’armée Vlassov et le 15e SS Kosaken-Kavalerie-Korps constitué de Cosaques du Don. Beaucoup agissaient par nationalisme, les pays baltes et l’est de la Pologne, qui faisaient partie de l’empire russe (monarchique) jusqu’en 1917, ayant été réannexés par l’Union soviétique en 1939.

Exemple parmi d’autres du soutien que reçurent les envahisseurs de la part de certaines populations locales à certains endroits : les milices pro-germaniques étaient assez efficaces pour rendre inutiles des représailles. Tel était le cas du district administratif autonome de Lokot, dans la région d’Orel-Koursk, au sud de Briansk. Comptant 1 700 000 habitants, ce district fut défendu par une milice intégralement russe en 1941-1942. Ici, la base de la collaboration était de nature politique (anti-communisme) et la milice de Lokot créée par le général Rudolf Schmidt de la IIe Armée Panzer conjointement avec un ingénieur russe (remplacé plus tard par le fameux Bronislaw Kaminski), fut connue sous le nom de Russkaya Osvoboditelnya Narodnaya Armiya (Armée de libération russe). Certaines de ces milices, dans les pays baltes et en Ukraine en particulier, apportèrent aux autorités d’occupation un soutien non négligeable dans la politique d’extermination des populations juives.

Un élément capital des transactions fut que les SS avaient interdiction d’opérer dans toute cette région où les Allemands acceptèrent de s’abstenir de toute action de représailles du fait des activités de la résistance qui se poursuivaient toujours. De tels arrangements, bien que généralement moins formels, étaient monnaie courante dans les régions occupées par les Allemands. Ils trouvaient des avocats fervents parmi les officiers de la Wehrmacht. Les SS s’y opposaient de façon tout aussi véhémente, car ils refusaient d’armer des « sous-hommes ». Par la suite, la situation ayant empiré pour le Reich nazi et le besoin d’effectifs devenant criant, les SS furent amenés à tempérer leur refus initial. Ils s’opposaient toujours à la création de milices, mais seulement parce qu’ils voulaient recruter tous les hommes disponibles pour leurs nombreuses unités « ethniques ».

Bilan de l’opération Barbarossa

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L’épuisement et le 1e recul allemand à Rostov sur le Don.

Les Allemands réussissent à stabiliser la ligne de front de la Baltique à l’Ukraine au prix de pertes énormes en hommes et en matériels (l’essentiel des 3 500 chars engagés est resté sur le terrain – 50 % du matériel roulant est hors d’état de marche). Les divisions aériennes ne disposent plus que de 25 à 50 % de leurs appareils de combat. La Luftwaffe se voit disputer la maîtrise du ciel avec la montée en ligne de nouveaux chasseurs russes (Mikoyan-Gourevitch MiG-1, Sturmovik « tueur de chars »). L’infanterie d’invasion ne parvient pas à maintenir le contact avec ses fers de lance blindés sur de longues distances. Compte tenu de ses pertes et de l’étendue des espaces russes, l’armée allemande doit donc renoncer à la Blitzkrieg tout en devant faire face à un adversaire qui ne cesse de se moderniser. À ce moment, il apparaît que c’est à l’impréparation des armées soviétiques de juin 1941, à l’effet de surprise, que le Reich doit d’avoir évité de graves difficultés dans ses combats contre l’Armée rouge lors de l’invasion de juin 1941.

Pour l’Allemagne, si déjà les pertes avaient été lourdes pendant la bataille de France avec près de 1 500 tués par jour du 10 mai au 22 juin 1940, c’est en Russie que la Seconde Guerre Mondiale commence vraiment avec une campagne qui du 22 juin 1941 au 22 janvier 1942 voit tomber en moyenne 3 200 soldats allemands par jour. Alors que pendant les deux premières années de la guerre (1939 et 1940), 1 253 officiers seulement étaient morts au combat, entre juin 1941 et mars 1942, 15 000 officiers furent tués, ce qui indique un changement radical dans l’évolution des pertes. Au cours des six premiers mois de l’invasion, les pertes de l’Ostheer (la Wehrmacht sur le front russe) s’élevèrent à 750 000 hommes, qui furent portées à un million à la fin de mars 1942 dont plus d’un tiers de tués ou de disparus. Au total, lors de la première année de la campagne de Russie, le Reich perd 1,3 million d’hommes, sans compter les malades, soit 40 % des 3,2 millions d’hommes de l’Ostheer. Le manque général d’hommes dans le Reich ne permet pas d’assurer les remplacements à une pareille échelle.

À la fin de 1941, la Wehrmacht s’est enfoncée de 800 km en Union soviétique et a conquis plus d’un million cinq cent mille kilomètre-carrés de territoire soviétique, comptant 65 millions d’habitants (17 millions de personnes sont parvenues à fuir). En 1942, la longueur du front russe, de la Finlande au Caucase, passe à 6 200 km. L’Allemagne occupe alors l’Ukraine, la Biélorussie, une grande partie du nord de la Russie, soit plus de la moitié de la Russie d’Europe (qui concentre 80 % des industries lourdes et de la population), acculant les Russes sur des zones moins peuplées et les privant d’une grande partie de leur potentiel économique (de 60 à 70 %). Mais le Reich a perdu ses meilleures troupes.

Les pertes de l’Armée rouge sont colossales : 1,5 million de tués, 4 millions de prisonniers dont 2 millions au moins seront anéantis. Fin 1941, les Allemands estiment avoir détruit plus de 20 000 blindés et 35 000 canons soviétiques.

C’est pourtant à ce moment que la société soviétique se lance dans une mobilisation de ses forces et de ses ressources, totale et éperdue, dans le cadre d’une économie de guerre d’une extrême rigueur. Le 3 septembre 1941, le pouvoir soviétique décrète la mobilisation de tous les hommes de plus de 18 ans. Dès l’automne 1941, plus de 2 000 groupes de partisans se constituent en territoire occupé. « Tout pour le front ! Tout pour la victoire ! », « Encore plus d’armes pour le front » deviennent les slogans dans les usines. Les bureaux de recrutement de l’Armée rouge sont submergés par les volontaires désireux de se battre pour « la défense du sol natal ». De nombreuses jeunes filles s’engagent dans l’Armée rouge (de 1941 à 1945 plus de 800 000 femmes ont combattu comme volontaires sur le front). La journée de travail monte à 12 heures par jour, voire davantage. Les décès par épuisement au travail ne sont pas rares dans les usines. La législation, déjà très dure, du 26 juin 1940 est encore aggravée par la loi du 26 décembre 1941, qui assimile tout changement de travail non autorisé, tout départ ou toute absence injustifiée à une désertion, passible des tribunaux militaires et sanctionnée d’une peine de 5 à 10 ans de camp (plus de 900 000 personnes furent condamnées en vertu de la loi du 26 décembre 1941). Un décret de février 1942 instaure la mobilisation totale des femmes âgées de 15 à 45 ans, femmes dont la part dans la main-d’œuvre industrielle passa de 37 à 60% entre 1941 et 1945 (alors que Hitler était réticent à faire travailler les femmes allemandes dans les usines d’armement).

Entre juillet 1941 et janvier 1942, en Russie d’Europe, 17 millions de personnes participent dans des conditions exténuantes au démontage et au transfert de plus de 1 500 grandes entreprises industrielles dans l’Oural, la Volga, l’Asie centrale (Kazakhstan surtout) et la Sibérie; transfert nécessitant la construction en quelques mois de plus de 10 000 km de voies ferrées. Plus de 2 600 usines auront été évacuées et reconverties dans l’industrie de guerre. Leur remise en route, en plein hiver, n’exigera pas un effort moins gigantesque. Au terme d’opérations titanesques d’une grande complexité logistique, plus de 10 millions d’ouvriers prennent le chemin de l’Oural et, dès le début de 1942, après cet effort pharaonique dont il n’existe aucun équivalent dans l’histoire industrielle de l’Europe, la production de guerre est remontée à 48 % de son niveau de 1940. Alors qu’en 1940, 358 chars de dernier modèle avaient été construits, au cours des six premiers mois de 1941 seulement leur nombre s’éleva à 1 503 et dans les six derniers mois de cette année-là, malgré l’occupation par les Allemands du cœur industriel de la Russie, 4 740 chars dernier modèle supplémentaires furent produits. Dès la fin de 1942, la Russie dépasse l’Allemagne dans sa production d’armements alors que la Wehrmacht occupe plus de 50 % de la Russie d’Europe. La production de blindés et d’avions est alors le double (50 000) de la production allemande, en 1944 celle de canons usinés est trois fois supérieure (122 000) (et depuis le 7 décembre 1941 l’Union soviétique pouvait compter sur l’aide américaine).

L’opération Barbarossa se solde, fin 1941/début 1942, par une défaite stratégique considérable pour l’Allemagne puisqu’il apparaît, dès ce moment, que le Troisième Reich n’avait peut-être pas les moyens de vaincre l’Union soviétique en juin 1941. En mai 1945, les fantassins soviétiques planteront leur drapeau au sommet du Reichstag, au terme d’une bataille de Berlin, qui fera 78 000 tués dans leurs rangs.

Le général Volkogonov, biographe de Staline, pouvait écrire en 1996 « Il serait difficile de trouver pire début à une guerre que ce mois de juin 1941. Toutes les autorités politiques et militaires majeures ont pensé que l’URSS ne pourrait pas survivre plus de trois mois. Mais le peuple soviétique leur a finalement donné tort. Pourtant, le mérite de cette incroyable capacité de résistance allait être attribué à la « sage direction » de Staline, la personne même la plus directement responsable de la catastrophe ». Et Stepan Mikoyan de préciser: « Nous avons gagné la guerre en dépit de la dictature de Staline ».

source :

http://militaires-d-hier.forumgratuit.org/t1081-operation-barbarossa?highlight=Barbarossa et wikipedia

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 retour à la Seconde Guerre Mondiale

 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

5 mars 2013

24 mai 1941 Le « Bismarck » coule le « Hood »

Classé sous — milguerres @ 23 h 05 min

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

24 mai 1941
Le « Bismarck » coule le « Hood »

24 mai 1941 Le « Bismarck » coule le « Hood » schlac10

Le Bismarck est un cuirassé allemand de la Seconde Guerre mondiale, fleuron de la Kriegsmarine du IIIe Reich et qui porte le nom du chancelier Otto von Bismarck (1815-1898). Il est célèbre pour avoir coulé le HMS Hood et pour avoir été pris en chasse par les navires britanniques à la suite du naufrage du Hood, jusqu’à ce qu’il sombre lors de l’engagement du 27 mai 1941. Il fut, avec son navire-jumeau le Tirpitz, le bâtiment le plus puissant du régime nazi et la fierté de son pays.

La menace

La conception du navire commence en 1934. Pendant cette période le déplacement passa de 35 000 à 42 600 tonnes, bien au-dessus des 10 000 tonnes autorisées par le traité de Versailles3. Sa quille fut installée à la cale sèche Blohm & Voss de Hambourg le 1er juillet 1936. Il fut lancé le 14 février 1939 et entra en service le 24 août 1940 sous les ordres du capitaine de vaisseau Ernst Lindemann.

Plutôt que de rechercher un combat frontal contre la Royal Navy et ses quinze cuirassés, la Kriegsmarine conçut ses grands navires de surface pour mener une « guerre de course » contre les navires de transport britanniques, en particulier les convois assurant son ravitaillement en provenance d’Amérique du Nord. Cette tactique, connue sous le nom d’opération Rheinübung (en), s’apparentait à une guerre de course : le Bismarck, associé au Scharnhorst et au Gneisenau, ces deux derniers déjà à Brest, et ravitaillés par des pétroliers positionnés dans l’Atlantique, auraient constitué un danger insupportable pour la Grande-Bretagne. Commandé par Günther Lütjens (nommé amiral en 1940 à l’âge de 51 ans), le Bismarck appareilla pour sa première mission quittant le port de Gotenhafen (maintenant Gdynia) le 19 mai 1941, escorté par le SMS Prinz Eugen, croiseur lourd de classe Admiral Hipper.

Mais d’emblée, l’amiral Lütjens commit des erreurs tactiques fondamentales. Tout d’abord les soutes à mazout du Bismarck ne furent pas totalement remplies : il y manquait 200 tonnes de carburant. Puis, au lieu d’emprunter de nuit de préférence le canal de Kiel pour rejoindre la mer du Nord, la force navale (Bismarck, Prinz Eugen et deux destroyers) emprunta en plein jour les détroits du Kattegat et du Skagerrak, où les navires furent repérés par un croiseur suédois, puis par des observateurs norvégiens. Le gouvernement suédois fut donc prévenu, et les informateurs britanniques qui s’y trouvaient transmirent l’information. Parmi les Norvégiens, deux d’entre eux espionnaient pour le compte du Royaume-Uni. Cette double information fut transmise à l’amiral John Tovey, commandant la Home Fleet à Scapa Flow.

L’erreur suivante de Lütjens fut de relâcher dans le fjord de Bergen le 22 mai, face à l’Écosse, où il fut repéré par un avion de reconnaissance du Coastal Command. Et, là encore, alors que le Prinz Eugen ravitaillait en mazout, Lütjens négligea cette précaution, se privant de 1 500 tonnes de mazout. Les Britanniques lancèrent le lendemain un raid aérien, mais les navires avaient quitté le fjord, profitant d’une très mauvaise météo.
L’amiral Tovey se trouvait face à un dilemme difficile : pour rejoindre l’Atlantique, le Bismarck et le Prinz Eugen pouvaient emprunter le détroit de Danemark, entre l’Islande et le Groenland, passer entre l’Islande et les îles Féroé, ou même entre les îles Féroé et l’Écosse, soit 3 vastes zones à surveiller. Il disposait pour cela de nombreux croiseurs et destroyers, mais de seulement 4 bâtiments de ligne pouvant s’opposer au Bismarck : son navire amiral, le tout récent cuirassé HMS King George V, son sister ship le HMS Prince of Wales, le croiseur de bataille HMS Repulse et le croiseur de bataille HMS Hood, le plus grand navire de guerre de l’époque et l’orgueil « affectif » de la Royal Navy.

La réalité était plus contrastée : le Prince of Wales, bien qu’en service depuis quelques semaines, présentait des problèmes de mise au point de ses tourelles, et des équipes civiles du chantier naval travaillaient encore à bord. Le Hood était un croiseur de bataille, non un cuirassé et sa mise en service remontait à la fin de la Première Guerre mondiale. Le concept du croiseur de bataille était celui d’un navire doté d’un armement lourd, semblable à un cuirassé mais plus faiblement protégé afin de lui donner un avantage significatif en vitesse. Son rôle n’était pas d’affronter des cuirassés mais d’attaquer les croiseurs ennemis sur lesquels son armement lui donnait un avantage significatif. Leur vulnérabilité avait toutefois été démontrée lors de l’affrontement du Jutland en 1916, où deux d’entre eux avaient littéralement explosé sous le feu ennemi. Consciente de cette faiblesse, la Royal Navy avait programmé un renforcement du blindage du Hood en 1938, remis à plus tard vu l’imminence du conflit.

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Le croiseur de bataille Hood (1932).

Face à la menace, l’amiral Tovey réagit avec une grande intelligence stratégique : avant même que l’escadre allemande ait fait relâche à Bergen, il envoyait les croiseurs lourds HMS Suffolk et HMS Norfolk (78) patrouiller dans le détroit du Danemark tandis que les croiseurs légers HMS Arethusa, HMS Birmingham (en) et HMS Manchester (en) patrouillaient dans l’espace séparant l’Islande des îles Féroé. Dès qu’il eut confirmation que le Bismarck avait appareillé de Bergen, il envoya le HMS Hood et le HMS Prince of Wales, escortés par des destroyers, pour qu’ils soient en position d’intercepter les navires allemands au débouché du détroit du Danemark, s’ils empruntaient cette route. Puis il appareilla à bord du HMS King George V, accompagné du HMS Repulse, du porte-avions HMS Victorious et d’une escadre de croiseurs et une flottille de destroyers pour fermer le passage Islande-Féroé.

Premier succès allemand

L’amiral Lütjens avait finalement décidé de gagner l’Atlantique par le détroit du Danemark après être remonté dans le nord, négligeant à nouveau son ravitaillement auprès du pétrolier Wissemburg positionné dans ces eaux à cet effet. Le 23 mai 1941, les deux navires allemands sont repérés par le croiseur HMS Suffolk puis par le HMS Norfolk ; les deux croiseurs suivirent l’escadre allemande à distance respectable, après avoir signalé sa position. Les calculs de Tovey se révélaient pertinents : le HMS Hood et le HMS Prince of Wales se trouvaient alors à 300 nautiques au sud-ouest sur une route convergente. Tovey, lui, obliqua vers le sud-ouest pour préparer une seconde phase d’interception potentielle.

La rencontre eut lieu le 24 mai au petit matin. L’amiral Holland sur le HMS Hood qui commandait l’escadre britannique commit l’erreur de ne pas laisser le HMS Prince of Wales en tête de l’attaque : il aurait ainsi attiré le feu ennemi contre lequel il était mieux protégé. Son autre erreur fut de ne pas laisser sa liberté d’action au HMS Prince of Wales et de ne pas combiner le combat avec une attaque des croiseurs HMS Suffolk et HMS Norfolk sur l’arrière des Allemands. Arrivant en outre à angle droit face au Bismarck et à contre-vent, les navires britanniques se privaient de leur supériorité en artillerie lourde, leurs 2 tourelles doubles arrière ne pouvant intervenir alors qu’un des canons avant du Prince of Wales n’était pas encore au point. Lors des premiers échanges, le HMS Hood et le HMS Prince of Wales furent touchés, tout comme le Bismarck. Holland ordonna alors à deux des bâtiments de ligne d’obliquer sur la gauche pour avoir la totalité de son artillerie battante ; c’est pendant cette manœuvre que le HMS Hood fut atteint par un obus du Bismarck. Le projectile traversa la faible cuirasse du pont et explosa dans une soute à munitions : le navire explosa et, en quelques dizaines de secondes, coula. Seuls 3 survivants furent recueillis ultérieurement par le destroyer HMS Electra (en), sur les 1 429 membres d’équipage.

Le combat était loin d’être terminé, car il restait toujours le cuirassé britannique, plus moderne. Mais le HMS Prince of Wales, qui suivait le HMS Hood, évitant celui-ci qui coulait, passa à proximité de l’endroit où il avait été mis hors de combat. Les canonniers allemands du Bismarck et du Prinz Eugen n’eurent pas besoin d’attendre longtemps pour constater leurs coups au but : la passerelle du cuirassé britannique fut pratiquement détruite par un obus de 380 mm qui tua la plupart des marins qui s’y trouvaient. Une voie d’eau s’ouvrit à l’avant. Les tourelles, qui avaient rencontré auparavant plusieurs problèmes de jeunesse, virent leur capacité de combat devenir insuffisante pour faire face, par suite des coups encaissés. Le cuirassé britannique n’eut d’autre choix que de rompre le combat en se protégeant derrière un écran de fumée afin de couvrir sa fuite. Moins rapide que le Bismarck qui avait pris un net ascendant sur l’Anglais, tout portait à croire que ce dernier allait le poursuivre afin de couronner de victoire cet engagement. Pourtant, Lütjens, exaspéré par cette rencontre imprévue, n’avait d’autre idée en tête que de gagner l’immensité atlantique, là où il serait en sécurité, au plus vite : les ordres étaient de ne pas engager de navire de force égale ou supérieure sauf en cas de nécessité. Bien que Lindermann tentât de le convaincre de poursuivre l’engagement, Lütjens ne voulait pas perdre de temps. Le Prince Of Wales était pourtant dans un tel état qu’une victoire aurait été assurée, les ordres n’auraient donc pas été contournés, et la victoire apportée aurait justifié la prise de risque.

Lütjens pouvait supposer que si le Hood et le Princes Of Wales étaient là, alors que la Luftwaffe signalait la veille que rien n’avait bougé à Scapa Flow, d’autres navires pouvaient être également en route pour l’affronter. Il fallait donc quitter les lieux au plus vite, le Prince Of Wales s’en sortant donc. Une fois les réparations nécessaires effectuées, il ne manqua pas d’échanger quelques tirs sporadiques avec l’Allemand dans les jours qui suivirent, mais il fut à chaque fois repoussé par la précision du Bismarck.
La perte du Hood fut ressentie comme une immense défaite et une humiliation pour la Royal Navy dont il avait été le symbole dans l’entre-deux-guerres. En quelques minutes, le Bismarck avait détruit un de ses adversaires et forcé un navire de ligne des plus modernes à rompre le combat. Tout reposait désormais sur l’escadre de l’amiral Tovey pour qu’il ne s’échappe pas dans le vaste océan Atlantique. C’est à ce moment que Winston Churchill lança son mot d’ordre : « Coulez le Bismarck, à tout prix ! »

La poursuite 

L’amiral Tovey ordonna au Prince of Wales de se regrouper avec le Suffolk et le Norfolk et de suivre le Bismarck. En même temps, l’Amirauté britannique donnait l’ordre à l’amiral Sommerville, basé à Gibraltar avec la force H, de quitter son mouillage et de faire route plein Nord afin de barrer la route de l’Atlantique Sud, et éventuellement de la France, au Bismarck. Cette force se composait du porte-avions moderne Ark Royal, du croiseur de bataille Renown, sister ship du Repulse, et du croiseur léger Sheffield. Le cuirassé Rodney, qui se rendait à Boston pour un carénage court en escortant un convoi, reçut quant à lui l’ordre de rejoindre le King George V. Puis Tovey lui-même se mit en position d’intercepter le Bismarck au Sud-Ouest. Il détacha tout d’abord le porte-avions Victorious qui lança une attaque, par un temps exécrable, d’avions torpilleurs Fairey Swordfish menés par des équipages inexpérimentés. Une torpille toucha le Bismarck au centre de la cuirasse, sans dégâts autres que de provoquer la mort d’un officier marinier à l’aplomb de l’impact.

Lütjens peu auparavant avait libéré le Prinz Eugen : faisant demi-tour, le Bismarck avait surpris le Suffolk qui le suivait ; un nouvel et bref engagement avait eu lieu avec le Prince of Wales et, pendant l’escarmouche, le croiseur allemand s’était éclipsé pour gagner l’Atlantique, seul. En effet, le combat contre les deux navires de ligne n’avait pas laissé le Bismarck indemne : un des obus du Prince of Wales avait mis hors d’usage une chaudière et un autre avait percé la proue et inondé un réservoir de carburant, le privant de près de 200 tonnes de combustible. Lütjens prit la décision de ne pas se lancer dans une guerre de course en plein Atlantique après un rendez-vous avec un pétrolier, mais de regagner au plus vite un port français, Brest en l’occurrence, à une vitesse limitée de vingt nœuds environ, tant en raison de la chaudière défectueuse que pour économiser un précieux carburant. L’amiral était également impressionné par la réaction britannique : il avait rencontré deux navires de ligne lui barrant la route, et l’attaque en pleine mer d’avions torpilleurs présumait que d’autres forces étaient à l’affût. L’opération Rheinübung avait clairement été éventée, l’effet de surprise qu’aurait provoqué le géant à l’attaque d’un convoi était perdu ; pour Lütjens il était préférable de laisser le croiseur lourd seul, et de repartir. Cette décision fut mal comprise par l’équipage. En effet, les avaries, pour importantes qu’elles fussent, ne nuisaient pas réellement à la capacité de combat du cuirassé. Une mauvaise interprétation de cette décision provoqua chez l’équipage des inquiétudes quant à la nature réelle des avaries, d’où une baisse de son moral pourtant très élevé après la victoire sur le Hood.

La chance était quand même de son côté : peu de temps après l’attaque du Victorious, les navires qui le suivaient perdirent le contact, laissant la Royal Navy dans l’incertitude quant à sa course, alors qu’il n’avait pas encore obliqué au sud-est en direction de Brest. La Royal Air Force lança immédiatement des patrouilles de reconnaissance. Tovey coupa plusieurs fois sa route mais sans le rencontrer. Les services de renseignement britanniques reçurent un message d’un officier de marine français, expliquant que des préparatifs étaient en cours à Brest pour l’arrivée d’une grosse unité. Puis Lütjens commit la grossière erreur de rompre le silence radio et d’envoyer un message annonçant sa décision de rejoindre un port français, ceci alors qu’il pensait qu’il était impossible de tromper la vigilance des appareils de détection britanniques ; il faut dire qu’une première tentative de séparation d’avec le Prinz Eugen s’était soldée par un échec peu avant.

Les Britanniques en déduisirent sa direction bien que, dans un premier temps, des erreurs de calculs les conduisirent dans une mauvaise direction. Le Bismarck ne filant plus qu’à un peu plus de vingt nœuds, il était toutefois encore temps de le rattraper lorsque la méprise fut découverte. Tovey obliqua lui aussi vers l’ouest, mais l’amiral, rejoint entretemps par le Rodney (et détachant de ce fait le Repulse) ignorait toujours la position exacte du navire allemand par rapport à lui. Le 26 mai 1941 à 10 h 30, un hydravion Catalina en patrouille finit par repérer le Bismarck, donna sa position et échappa au tir nourri des batteries anti-aériennes du navire.

Malheureusement pour Tovey, le Bismarck était devant les King George V et Rodney, et les chances pour ces derniers de le rattraper étaient minces, malgré la vitesse réduite du navire allemand pour économiser le carburant. De plus, pour assurer sa protection, des sous-marins étaient rameutés à l’ouest de Brest, et dès qu’il serait parvenu à quelques centaines de kilomètres des côtes françaises, il se trouverait sous la protection aérienne de la Luftwaffe.

Restait à l’amiral anglais un espoir : Sommerville et la force H remontaient de la Méditerranée et pouvaient encore l’intercepter. Pourtant, le croiseur lourd Sheffield n’était pas de taille face aux canons du Bismarck, et Sommerville hésitait à engager le Renown, qui, comme le Hood, était un croiseur de bataille et, tout comme le Repulse, n’était armé que de 6 canons de 380 mm, donc sujet aux mêmes faiblesses que ces deux navires pour sa protection. Restait l’Ark Royal et ses Swordfish, ainsi qu’un écran de sous-marins britanniques postés devant Brest.

L’attaque décisive

L’Ark Royal lança sans succès une première attaque, le 26 mai 1941 après-midi : certains pilotes d’avions confondirent le Sheffield avec le Bismarck et lâchèrent leurs torpilles qui, munies d’un nouveau détonateur magnétique non encore testé, explosèrent dès l’impact avec la mer. Le Bismarck parvint enfin à atteindre la limite de couverture aérienne assurée par les Focke-Wulf Fw 200 Condor de la Luftwaffe, mais cela ne lui fut d’aucune aide en raison des mauvaises conditions météo. Les antiques Swordfish, quant à eux, décollèrent pourtant de leur porte-avions dans des conditions bien pires, mais il est vrai que la motivation des équipages britanniques était renforcée par ces échecs répétés. Cette fois, les torpilles étaient munies de « vieux » détonateurs de contact, plus sûrs mais nécessitant un impact direct avec la coque ennemie.

Une seconde attaque eut lieu le même jour à 21 h 30. C’était la dernière possible : la nuit empêcherait toute nouvelle attaque et le lendemain, le cuirassé allemand serait trop proche des côtes françaises. Le Bismarck, malgré des manœuvres qui lui permirent d’éviter de nombreuses torpilles, en reçut néanmoins deux : l’une explosa au centre de la cuirasse, sans faire de dégâts, mais l’autre heurta la poupe et bloqua la barre ; le navire prit alors un cap nord-ouest malgré les efforts de son équipage, en direction de l’escadre de Tovey qui s’approchait. Les Anglais étaient persuadés qu’ils avaient raté leur dernière occasion, mais le Sheffield eut la surprise de voir surgir le Bismarck se dirigeant droit sur lui. Le croiseur lourd, tout en se mettant rapidement à couvert, signala à Tovey la route inattendue suivie par le cuirassé allemand.

Le Sheffield manœuvra pour éviter un engagement avant le lendemain matin (27 mai), mais donna libre champ au capitaine Vian et à son escadre de destroyers pour harceler le navire allemand durant toute la nuit, alors qu’il régnait un temps épouvantable. Vian était simplement chargé de ne pas perdre de nouveau la trace du Bismarck, mais ses destroyers combatifs enchaînèrent les attaques. Les tirs du Bismarck, toujours d’une grande précision, les tinrent cependant à une distance suffisante pour leur interdire d’ajuster leurs attaques : aucune torpille n’atteignit, semble-t-il, son but. Bien que Vian crût percevoir une explosion, celle-ci n’eut aucun effet sur le comportement du Bismarck. Pendant ces opérations de harcèlement, de nombreux Britanniques trouvèrent la mort en raison des répliques du Bismarck. Si le cuirassé allemand ne reçut apparemment pas de nouvelle torpille, son équipage passa une nuit épouvantable et, à 8 h 43 le 27 mai, le Bismarck se trouva face à deux cuirassés faisant route directement sur lui : le Rodney et le King George V.

Le combat final
Le Rodney fut le premier à ouvrir le feu avec ses 9 pièces de 406 mm, suivi du King George V avec ses 10 pièces de 356 mm. Si les toutes premières salves du Bismarck encadrèrent dangereusement le King George V, le navire allemand fut très vite touché par plusieurs obus qui détruisirent ses organes de pointage et de direction de tir : un obus de 203 mm du croiseur lourd Dorsetshire ayant détruit, dès le début du combat, son système radar. Le cuirassé allemand, déjà en situation difficile du fait de l’impossibilité de manœuvrer correctement, vit dès lors son tir devenir peu à peu erratique et imprécis. La passerelle fut détruite, puis les tourelles mises hors de combat les unes après les autres. Les superstructures furent la proie de nombreux incendies, mais le Bismarck restait tout de même à flot, aucun obus n’ayant entamé sa coque au-dessous de la ligne de flottaison. Tovey ordonna la fin des tirs après deux heures de combat : le Rodney (qui avait déjà tiré de nombreuses torpilles pendant le combat) tira encore quelques salves à très courte distance. Le croiseur Dorsetshire (en) essaya également d’achever le bâtiment à la torpille. Il en lança une vers chaque bord du cuirassé, qui finit par chavirer à 10 h 40.
L’équipage soutint que le Bismarck fut coulé par sabordage après en avoir reçu l’ordre. Cette version fut contestée par les Britanniques qui n’appréciaient pas d’être ainsi privés d’une victoire. Lors de son inspection des déchirures le long de la coque dans le documentaire Expedition: « Bismarck », le réalisateur canadien James Cameron conclut que les torpilles n’ont pas causé assez de dégâts au navire sous la ligne de flottaison pour qu’il coule.

Sur un équipage de plus de 2 000 hommes, seuls 115 survivants4 furent recueillis, dont 110 par le Dorsetshire qui stoppa ses recherches lorsqu’il fut informé d’un danger d’attaque par des U-Boote : en effet, ils étaient des centaines (peut-être un millier) encore à l’eau, lorsqu’ils furent abandonnés sous les yeux effarés des matelots britanniques, le croiseur anglais ayant cru repérer un sous-marin allemand tout proche. Les Allemands, quant à eux, parvinrent sur les lieux bien après, mais ne trouvèrent que quelques rares survivants : 3 furent recueillis par un U-Boot, le U-74, et 2 par un navire météo, le Sachsenwald. Le navire-hôpital espagnol Canarias qui, à la demande du gouvernement allemand, s’était porté sur le lieu présumé du combat rentra bredouille. Il faut noter que ni les U-boote ni la Luftwaffe ne sont parvenus à sauver le Bismarck car les deux seuls U-Boote à portée étaient à court de torpilles, et aussi de carburant. Un chat, Oscar, surnommé Unsinkable Sam par les Britanniques, a survécu à ce naufrage. Embarqué par la suite sur deux autres navires de la Royal Navy, dont le HMS Cossack il survivra à deux autres naufrages.

Epilogue
La fin du Bismarck 
eut le même retentissement en Allemagne que celle du Hood en Grande-Bretagne, car la propagande nazie en avait fait le symbole du challenge contre la marine britannique. Toutefois, si au-delà des pertes humaines la perte du Hood n’affaiblissait pas la Royal Navy, celle du Bismarck modifia totalement la stratégie du Haut Commandement allemand. Si le Prinz Eugen, après avoir ravitaillé auprès d’un pétrolier au large des Canaries, réussit à regagner Brest début juin, le concept de guerre de course dans l’Atlantique avec des croiseurs isolés fut abandonné, d’autant plus que la capture d’une machine Enigma par les Britanniques leur permit de connaitre les positions des pétroliers ravitailleurs, qui furent tous détruits dans les semaines suivantes. Le Prinz Eugen, le Scharnhorst et le Gneisenau réussirent peu après à regagner l’Allemagne par la Manche, où ils furent endommagés par des mines. Ils ne s’aventurèrent plus en mer, à l’exception du Scharnhorst qui menaça peu après Noël 1943 un convoi ravitaillant l’URSS, et qui fut coulé pendant l’attaque (bataille du cap Nord) par le Duke of York (un autre sister ship du King George V et du Prince Of Wales).

Quant au sister ship du Bismarck, le Tirpitz, il ne s’écarta pas de l’abri des fjords norvégiens et fut coulé par la RAF lors d’un raid aérien. Comme en 1914-1918, la marine de surface allemande fut mise hors de combat sans avoir joué de rôle déterminant à la fin de la guerre.

Le retentissement de l’épisode du Bismarck est dû à plusieurs facteurs :
tout d’abord le danger qu’il représentait pour la Grande-Bretagne qui, en mai 1941, se battait encore seule contre les nazis ;
ensuite l’importance des moyens mis en œuvre pour le détecter, le poursuivre et le combattre : 8 cuirassés et croiseurs de bataille, 2 porte-avions, 11 croiseurs, 21 destroyers et 6 sous-marins. 300 sorties aériennes eurent lieu et près de 60 torpilles furent tirées. Entre Gdynia et le lieu où il sombra, le navire avait parcouru près de 4 000 nautiques. Les rebondissements de l’action et les retournements de situation, ainsi que le professionnalisme des Britanniques opposé aux nombreuses erreurs tactiques et stratégiques commises par les Allemands ont également contribué à l’impact auprès du public.
Ce fut aussi un des derniers combats navals entre des navires de ligne (l’avant-dernier en Europe). L’épisode de l’Ark Royal fit apparaître la vulnérabilité des grandes unités aux attaques aériennes et provoqua progressivement leur remplacement par le porte-avions en tant que capital ship, ce qui fut confirmé par la guerre du Pacifique de manière éclatante. Les Britanniques n’en tirèrent néanmoins pas immédiatement toutes les conclusions car, en décembre 1941, les cuirassés Prince of Wales et Repulse furent encore envoyés sans couverture aérienne à l’attaque des convois de débarquement japonais en Malaisie. Ils furent surpris par une attaque de bombardiers et d’avions torpilleurs japonais, et tous deux coulés. Ironie du sort, le Prince of Wales fut endommagé comme le Bismarck par une torpille à l’arrière. L’arbre de transmission d’une hélice fut tordu dans l’explosion, détruisit les cloisons étanches en continuant de tourner, et fit entrer dans la chambre des machines des tonnes d’eau.

Postérité

Avec les années, le navire entra dans la légende. Son histoire fut popularisée par un film en 1960, Coulez le « Bismarck » !, puis par une chanson homonyme de Johnny Horton la même année.

Robert Ballard à la conférence TED 2008, présentant son travail d’exploration des océans.
L’épave fut découverte le 8 juin 1989 par une expédition menée par Robert D. Ballard, également découvreur de l’épave du Titanic, à une profondeur d’environ 4 700 m, 650 km au nord-ouest de Brest. L’analyse de l’épave montre des dommages nombreux sur la superstructure, causés par les obus et quelques dégâts mineurs causés par les tirs de torpilles mais suggéra dans un premier temps que les Allemands aient pu saborder le navire pour hâter son naufrage. Cela n’avait jamais été prouvé auparavant par des investigations marines mais toujours affirmé par les marins survivants. Ballard garda secret l’emplacement exact de l’épave pour prévenir d’autres plongées et d’éventuels prélèvements sur l’épave, pratiques qu’il considère comme une forme de vol aggravé[réf. souhaitée].

Plus tard, une autre plongée identifia l’épave et ramena des images pour un documentaire sponsorisé par la chaine britannique Channel 4 sur le Bismarck et le Hood.
Une troisième plongée sur l’épave fut réalisée en 2002 à l’initiative du réalisateur canadien James Cameron pour la réalisation d’un film documentaire, Expedition: « Bismarck », sorti la même année. Ce film raconte l’histoire du cuirassé allemand, en associant les images de la plongée sur et dans l’épave et une reconstitution numérique de la bataille, du naufrage jusqu’à son glissement sur le fond de l’océan. Ses découvertes permettaient d’affirmer qu’il n’y avait pas eu de dommages sous la ligne de flottaison pour affirmer que le Bismarck avait été coulé par les obus ou les torpilles britanniques, confirmant même, après une inspection à l’intérieur du navire, qu’aucun obus ou torpille n’avait pénétré la partie blindée de la coque, renforçant ainsi la thèse allemande de sabordage du navire. Cette thèse fut définitivement admise quand on découvrit d’autres images de la coque, qui montrèrent sans contestation possible que c’étaient les Allemands qui avaient sabordé leur navire.

Notes et références
↑ a et b Erich Gröner, German Warships: 1815–1945, 1990, Annapolis, MD: Naval Institute Press, p.33. (ISBN 0-87021-790-9).
↑ Robert Jackson, The « Bismarck », 2002, London: Weapons of War, p.24 (ISBN 1-86227-173-9).
↑ Traité de Versailles, article 190 [archive]
↑ (en) Les survivants du Bismarck [archive]

source 
YOUTUBE
WIKIPEDIA 
http://www.linternaute.com/histoire/categorie/evenement/57/1/a/48339/le_bismarck_coule_le_hood.shtml

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

 

27 janvier 2013

La Campagne des 18 jours

Classé sous — milguerres @ 13 h 47 min

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

La Campagne des 18 jours

http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gifLa Bataille de la Lys

La Campagne des 18 jours 851120

tdg00110

Georges Romain : télégraphiste au 13ème régiment de ligne raconte …

Au matin du 10 mai 1940, les troupes allemandes du führer Adolf Hitler envahissent la Belgique. Toute résistance est balayée du canal Albert à la Meuse, forçant l’armée belge à se replier derrière l’Escaut puis la Lys. Du 23 au 28 mai les Belges se battront avec acharnement, ne concédant que quelques kilomètres de terrain jusqu’à la capitulation décidée par le roi Léopold III.

à voir dans : http://www.tvcom.be/index.php/emissions/temoins-de-guerre/4806

851120

 

 

Un soldat wallon à la bataille de la Lys (23/27 mai 1940)
José Fontaine
Toudi mensuel n°69, octobre-décembre 2005

http://www.larevuetoudi.org/fr/story/un-soldat-wallon-%C3%A0-la-bataille-de-la-lys-2327-mai-1940De Waalse regimenten die hier aan de Leie dapper vochten spreken dan ook vaak en terecht over.
La Lys sanglante (http://users.pandora.be/Historia_Belgica/leieslag.htm)

Les sources flamandes sur la bataille de la Lys, comme celle que nous mettons en exergue soulignent le plus souvent la vaillance des régiments wallons sur la Lys, tout en insistant et ajoutant (ce qui indique bien la réalité des choses), le fait que plusieurs régiments flamands se battirent, eux aussi, courageusement. On sait que sur la totalité de la campagne des dix-huit jours Hervé Hasquin a montré que plus de la moitié des 6000 soldats qui périrent, étaient des soldats wallons alors que la Wallonie ne formait en 1940 qu’un tiers de la population belge1 Francis Balace estime que ce décompte a quelque chose de morbide2. Il ne devrait cependant pas ignorer que le nombre de morts d’un régiment, pour les techniciens de l’histoire militaire, c’est tout simplement un indice de la volonté de combattre de l’unité considérée. Le soldat de Jemappes auquel il est fait allusion dans ce titre, est mon père, Ferdinand Fontaine (1916-1966), dont je tente de resituer l’itinéraire durant la campagne des dix-huit jours. Si sa figure est présente dans les lignes qui suivent, son personnage n’est étudié que marginalement : on y essaye de situer sa place dans un contexte général qui retient principalement l’attention. Contexte qui a été étudié aussi pour comprendre une personne dont j’ignorais bien des «détails» de son insertion dans la grande histoire de la Wallonie et de l’Europe. En particulier le régime qu’il a subi du fait de sa capture le 26 mai 1940 à la bataille de la Lys qu’on est tenté de nommer une bataille wallonne, ce que la phrase néerlandaise en exergue peut suggérer: «Les régiments wallons qui ici, à la Lys, combattirent avec vaillance» (et le reste de la citation est: «parlent souvent et à juste titre de la Lys sanglante.», les derniers mots en français dans le texte).

Les troupes sur le front de la Lys

Le Professeur Henri Bernard estime que l’Etat-major belge aurait dû choisir, le 21 mai, un autre site que celui de la Lys pour mener la batailLe d’arrêt qu’il était dans son intention de mener face à l’avance des troupes allemandes3. Nous y reviendrons. On pourrait dire que dès la prise d’Eben-Emael le 11mai 1940, le premier dispositif belge de défense est bousculé gravement et qu’il y a lieu de se retirer sur la ligne K-W (approximativement d’Anvers à Wavre), ligne qui se prolonge jusqu’à la position fortifiée de Namur, des troupes françaises étant planifiées pour boucher les trous entre Wavre et Namur. Ce dispositif comme le montre F. Balace (op.cit.), abandonne d’emblée une grande partie du territoire wallon à l’ennemi puisque l’armée belge est retirée derrière la Meuse dès le 10 mai. La chute d’Eben-Emael oblige à un nouveau recul par rapport au premier retrait effectué dès le déclenchement des hostilités

Les troupes de la Position fortifiée de Liège se replient effectivement vers la Position Fortifiée de Namur qu’occupe Ferdinand Fontaine le 10 mai (Floriffoux puis Marchovelette). Les autres troupes cantonnées derrière le Canal Albert font retraite vers Gand et l’Escaut. Du 10 au 15 mai, la Position Fortifiée de Namur attend l’ennemi. De durs combats ont lieu à Temploux engageant une première fois les Chasseurs ardennais qui déplorent de nombreux morts dès le 12 mai.

Mais la Position Fortifiée de Namur est rapidement obligée, dès le 15 mai, de faire également retraite vers l’Escaut parce que l’armée française n’a pu empêcher le franchissement de la Meuse quelques kilomètres plus au sud à Houx (Leffe, Bouvignes, Dinant) et en France à Sedan4. Seules les garnisons des forts comme à Liège resteront sur place, capables de gêner les mouvements des troupes allemandes au loin et livrant un combat héroïque, parfois même au-delà de la capitulation.

Ferdinand Fontaine quitte Marchovelette (près de Namur), le 15 au soir en camion. Il gagne Mons le 16 où il peut encore embrasser ses parents (à Jemappes), mais la famille de ma mère, alors sa fiancée (résidant à Nimy à l’autre bout de Mons), a déjà pris la route de l’exode5. Le 17, il est à Deinze, le 18 à Vinkt, le 19, il rejoint la 4e Compagnie du 13e de Ligne à Sint-Eloïs-Vijve (le village voisin de Wielsbeke, mais sur l’autre rive de la Lys où parviendront les Allemands). Il y demeure jusqu’au 21. Le 22, dès Midi, il s’installe à Wielsbeke sur la gauche de la Lys ou sa rive ouest (les Allemands attaquent par l’est ou la rive droite). Ferdinand Fontaine, vu la réorganisation du Régiment, est affecté à la 1ère Compagnie du Ier Bataillon du 13e de Ligne sous les ordres d’un homonyme sans lien de parenté, le lieutenant Fontaine. Cette compagnie de 150 hommes se divise en trois pelotons, le premier occupant en partie le très grand parc de Wielsbeke et la route qui mène à Sint-Baafs-Vijve, tout au long de la Lys sous les ordres de l’adjudant Lambert où se trouve F. Fontaine, le second un peu en retrait sous les ordres du sous-lieutenant Majoie, le troisième retranché dans Sint-Baafs-Vijve proprement dit, sur la Lys également, sous les ordres du sous-lieutenant d’Aspremont-Lynden6. Les bombardements commencent le 23 et se poursuivent le 24, le 25, avec surtout un bombardement intensif le matin du 26 mai.7

La défaite de la France se dessine

Sur le front général, les divisions blindées allemandes dès le franchissement de la Meuse le 13 et le 14 se ruent sur Abbeville qu’elles atteindront le 21 mai, coupant ainsi les armées alliées en deux. Le sentiment existe dans les rangs du commandement français, dès le 13 ou le 14, que la bataille de France est perdue8. Le 16, Gamelin déclarera qu’il ne peut plus assurer la sécurité de Paris. C’est le 15 mai que la 8e Division (13e de Ligne, 19e de Ligne et 21e de Ligne), fait retraite vers l’Escaut dans des conditions relativement difficiles, non en camion comme Ferdinand Fontaine (qui accompagne des unités de défense des forteresses), mais à pied (en passant par Charleroi, Soignies…)9. Elle finira par s’installer derrière la Lys le 22 mai. Cette Division est une Division wallonne comme celle qui est à sa droite, la 3e Division (1er Régiment de Ligne, 12e Régiment de Ligne, et 25e Régiment de Ligne). Comme celle qui est à sa gauche également, soit la 2e Division de chasseurs ardennais (4e, 6e et 5e chasseurs ardennais)10. À la gauche de la 2e Division ardennaise se situe la 4e Division, une Division flamande qui se rendra quasiment sans combattre le 25 mai, sous «l’impulsion» du 15e Régiment de Ligne. Plus loin encore vers Deinze, Nevele, Landegem, la 1ère Division de Chasseurs ardennais prendra en quelque sorte le relais de cette division flamande et livrera un violent combat à Vinkt, resté célèbre11.

[Notons qu'un Régiment de Ligne compte 4.000 hommes, une Division 3 Régiments plus un Régiment d'artillerie et un Bataillon du génie.]
Juste en aval de Coutrai, et en amont

En aval de Coutrai la 1ère Division (flamande) est submergée par l’attaque allemande le 23 mai, en combattant courageusement. La 3e Division (wallonne) résiste aussi très courageusement, mais doit se retirer le 24 tard le soir (un monument à Kuurne, non loin de Coutrai honore cette unité, et en particulier le 12e de Ligne, toujours célébré localement chaque année). Elle est relevée par la 10e Division composée de soldats recrutés en Hainaut et commandés par le général Pire. Pire tiendra la ligne Ledegem-Isegem (un peu en retrait de la Lys) énergiquement12. Elle est relevée aussi par la 9e Division et aussi par une autre unité (wallonne aussi, sauf erreur de notre part), le 2e Corps de Cavalerie, enfin par la 15e Division. La 9e Division et la 10e Division se tiennent à partir du 25 mai sur la rive droite du canal de Roulers à la Lys (qui rejoint la Lys un peu en-dessous de Wielsbeke). De l’autre côté du canal se tient le 13e de Ligne bombardé dès le 23 mai. Une attaque lancée par les Allemands contre ce régiment échoue le 25 mai13. Le lendemain, les Divisions allemandes attaquent en force le 13e de Ligne. Le centre du Régiment avec les pelotons commandés par les sous-lieutenants Ruhwedel , Laperches et Maquestiau est attaqué par le IIe Bataillon du 475e Régiment d’infanterie allemande14. Les combats sont d’une rare violence dans le centre de Wielsbeke, mais, vers 11h15, ces pelotons du Régiment wallon sont submergés (les Allemands sont huit fois plus nombreux). Il y aura près de soixante morts dans le 13e de Ligne le 26 mai (dont une quarantaine à l’endroit où se battent les trois pelotons nommés). Le IIe Bataillon poursuit sa route vers le centre de Wielsbeke, suivi par le IIIe puis, en un mouvement tournant, revient vers la Lys où combat encore la 1ère Cie du 13e Régiment avec les trois pelotons commandés respectivement par l’adjudant Lambert, le sous-lieutement Majoie et le sous-lieutenant d’Aspremont Lynden15. Le peloton Lambert commandé aussi par le CSLR (Candidat Sous-Lieutenant de réserve), Ferdinand Fontaine est pris à revers, ses rangs sont disloqués et la compagnie est en partie capturée16. Le CSLR F. Fontaine se rend «avec tous ses hommes»17, mais une autre partie du peloton parvient à s’échapper pour se retrancher avec les débris du régiment derrière la rivière Mandel, un peu en retrait de la Lys18. Le peloton d’Aspremont Lynden ne recevra jamais l’ordre de retraite et reste dans St Baafs-Vijve, la localité en aval de Wielsbeke où il sera vraisemblablement fait prisonnier. Plus loin sur la Lys en allant vers Gand (notamment à Oeselgem), plusieurs éléments du 19e de Ligne sont également faits prisonniers. Au soir du 26 mai une contre-attaque du major Leclercq avec des éléments du 21e Régiment de Ligne notamment, repousse les Allemands sur la rive droite du Canal de Roulers-Coutrai19. Mais ces troupes (de la 8e Division) sont arrivées à la limite de leurs possibilités de résistance, et leurs rangs sont fort clairsemés (nombreux morts, blessés ou prisonniers).

Les chasseurs ardennais et les chasseurs à pied

La résistance des chasseurs ardennais sur la Lys au-delà des positions du 19e de Ligne est aussi forte, le 396e Régiment d’infanterie allemande est repoussé par le 4e Régiment de Chasseurs ardennais. Le 27 mai, tandis que le 4e Régiment de Carabiniers, le 1er Régiment de Chasseurs à Cheval prouvent leur courage sur le Canal de la Dérivation à Knesselaere, les 1er et le 3e Régiments de chasseurs ardennais re­poussent 3 Régiments allemands et contre-attaquent à plusieurs reprises à Vinkt. Il y a près de 200 morts dans les rangs allemands et, malheureusement, les troupes allemandes, en proie à la psychose du franc-tireur, fusillent une centaine d’habitants de ce petit village flamand.

Faisant parler le commandant Hautecler, Philippe Destatte20 souligne que de Nevele à Arsele, le front est tenu uniquement tenu par des unités wallonnes. En fait c’est de Nevele à Menin que la Lys a été tenue majoritairement par des régiments wallons, du 23 au 27 mai, sur une soixantaine de km, en remontant la Lys de Menin à Nevele : les 1er, 12e et 25e de Ligne (3e Division) [Courtrai/Wielsbeke], les 13e, 19e et 21e de Ligne (8e Division) [Wielsbeke-Zulte], les 1ers, 2e et 3e Chasseurs ardennais (1ère Division de Chasseurs ardennais) [Zulte-Deinze] les 4, 5e et 6e Régiments de Chasseurs ardennais (2e Division de chasseurs ardennais) [un peu en retrait de la Lys de Nevele à Aarsele], les 3e, 5e et 6e Chasseurs à pied (10e Division) [puis en retrait après l'effondrement de la 1ère et de la 3e Division, de Ledegem à Isegem], les régiments wallons du 2e Corps de Cavalerie et du 1er Corps de Cavalerie (aussi en aval de Courtrai). Cette vingtaine de Régiments wallons étirés sur 50 kilomètres, firent face, tour à tour, mais toujours inférieurs en nombre, à l’assaut de 7 divisions allemandes21 se dirigeant principalement sur la Lys proprement dite entre Nevele (un peu au sud de Gand) et Menin (où commence le front anglais).

Une mise en cause de la conduite belge des opérations

Quand on lit le récit des combats (notamment des récits dactylographiés, des notes brèves prises sur le vif, par exemple celles de F.Fontaine), on éprouve très fort le sentiment que ces soldats ne se battaient pas « pour l’honneur » (comme le dit Francis Balace), mais pour gagner. Ces soldats n’ont rien non plus de militaristes, les textes pacifiques et pacifistes du merveilleux Francis Walder se retrouvent en beaucoup de ces témoignages (F. Walder était lui-même un officier supérieur, il obtint le prix Goncourt pour son roman Saint-Germain ou la négociation qui est un plaidoyer pacifiste). Mais ces gens ne pouvaient supporter l’invasion allemande. Il y a toute une réflexion du Professeur Henri Bernard sur la conduite de la guerre en 1940. Le Professeur Henri Bernard, qui fit la campagne des dix-huit jours, qui entra dans la Résistance, qui est un monarchiste convaincu, regrette cependant la manière dont la politique de neutralité a été appliquée jusque sur le terrain des opérations militaires. Pour ce Professeur à l’Ecole Royale Militaire, la bataille d’arrêt décidée sur la Lys n’était pas une bonne décision22, et elle était dictée par la politique de neutralité adoptée par la Belgique sous la pression du roi et de la Flandre en 1936. Elle n’était pas une bonne décision car la Lys n’est pas une coupure suffisante. Cette rivière n’est pas très large (vingt mètre, trente tout au plus), ses berges ne la surplombent pas, il arrive qu’elle soit bordée d’habitations dans lesquelles l’assaillant peut se mettre à couvert avant de passer sur la rive gauche. Pour Henri Bernard, la raison d’être du choix de la Lys plutôt que l’Yser avec ses inondations, son front moins étendu, comme en 1914, c’est la volonté de ne pas se lier trop aux alliés. (voir également la note 21)

Il tente d’ailleurs d’excuser Léopold III en soutenant que celui-ci, obsédé par l’exemple de son père, n’a jamais voulu que l’armée belge puisse combattre autre part que sur le sol belge en raison du principe de la neutralité. Alors que la France en 1914-1918 – le territoire français – a servi de mille manières aux opérations de l’armée belge, et qu’Albert Ier envisageait favorablement de s’y replier23. Il estime même que, étroitement liée aux Alliés, l’armée belge aurait pu combattre plus longtemps et rembarquer, au moins en partie, avec les Anglais. Il évalue à 100.000 hommes l’armée belge que l’on aurait pu former en Angleterre.

Patriote belge, il a aussi le courage de considérer que la bataille de la Lys n’a pas joué un rôle immense dans le rembarquement à Dunkerque24. L’armée belge aurait pu en jouer un bien plus utile en se retirant sur l’Yser en coordination avec les Français et les Anglais, ce qui fut à un moment envisagé et même accepté. (voir note 21) Il combat l’idée qu’Hitler aurait permis la retraite par Dunkerque pour «ménager l’Angleterre» en vue d’une éventuelle paix séparée. Sur terre, les Français et les Anglais résistèrent encore une semaine après la capitulation belge. Dans les airs et sur mer, sur la Manche, l’Angleterre n’était pas du tout dans la même situation que sur le Canal Albert ou sur la Meuse à Sedan25. Simplement parce que l’aviation anglaise était bien plus proche de ses bases que l’aviation allemande. Le rembarquement de Dunkerque démontre bien des défauts dans l’armée allemande de 1940 dont Bernard dit même qu’elle n’était pas si bien préparée, qu’elle n’avait pas de plans affinés pour l’Ouest etc. Homme d’honneur attaché à Léopold III, le Professeur Henri Bernard estime aussi que, réellement, la capitulation de l’armée belge a mis les Alliés devant le fait accompli et a été décidée aussi parce que l’on ne désirait plus agir en coordination avec les armées française et anglaises qui se sont battues encore six jours après la capitulation belge. L’argument souvent utilisé selon lequel le réduit national (derrière la Lys ou derrière l’Yser), était à ce point encombré de réfugiés qu’il devenait impossible d’y manœuvrer lui semble spécieux. En effet, plusieurs divisions belges ont traversé ce territoire (après le 24 ou le 25 mai), et ont pu rapidement gagner le front sur la Lys de même d’ailleurs qu’une division française, c’est-à-dire, au total, des dizaines de milliers d’hommes.
Une réflexion historique

La réflexion d’Henri Bernard va plus loin. Il estime qu’il y avait dans les démocraties une faiblesse profonde de la volonté de résistance à Hitler. Il se fonde d’ailleurs pour l’appuyer sur certaines remarques de Walthère Dewez avant le déclenchement du conflit, ce grand résistant chrétien finalement tué par les nazis à la fin de l’Occupation, qui n’admettait pas que les démocraties et en particulier celle de son pays traitent avec un régime niant l’humain. Il cite aussi Bonhoeffer comparant Hitler avec le monstre de l’Apocalyspe, et cela dès 193926. Henri Bernard met en cause aussi la littérature patriotique belge qui soutient que la défaite de l’armée belge a été occasionnée par l’impuissance française à endiguer le passage de la Meuse par les divisions blindées allemandes les 13 (Houx, près de Dinant) et 14 mai (Sedan). En effet, la première victoire allemande le 10 mai 1940, c’est la prise du Fort d’Eben-Emael, prise qui aurait pu être évitée selon Henri Bernard qui témoigne d’une remarque qui lui fut adressée par un officier suisse en 1939, faisant remarquer que la superstructure du Fort était une très belle piste d’atterrissage pour planeurs, ce qui se produisit et explique le chute du fort. Cette observation fut transmise en haut-lieu où elle fut dédaignée.

Il signale aussi, cette fois en pensant au passage de la Meuse par les blindés allemands, à Houx (Dinant) et Sedan, qu’une poignée de chasseurs ardennais parvinrent à arrêter les divisions blindées allemandes de manière étonnante : pendant six heures à Bodange, devant la Sûre (à la frontière luxembourgeoise à la hauteur de Saint-Hubert), les 60 (soixante) hommes du commandant Bricart; pendant trois heures à Chabrehez, plus au nord, entre Vielsalm et l’Ourthe, 90 hommes du 3e Régiment de chasseurs ardennais. Ces divisions blindées se dirigeaient vers Sedan et Dinant. Étant donné ce que 150 hommes dépourvus d’artillerie et d’armes antichars ont pu faire, qu’auraient pu faire les deux divisions ardennaises avec leur artillerie? Et en coordination avec les armées françaises? En outre, il fallut que l’armée allemande déploie trois bataillons (trois mille hommes) et un groupe d’artillerie pour venir à bout des 60 hommes de Bodange. Or la rapidité avec laquelle les Allemands parvinrent sur la rive est de la Meuse à Sedan et Dinant est l’élément décisif qui leur permit de franchir ce fleuve et de gagner la bataille de France dès les premiers jours du conflit.27

Il ne s’agit pas d’écrire l’histoire avec des «si». Il faut peut-être plutôt combattre un certain fatalisme ou déterminisme. La victoire allemande des premiers jours de mai 1940 n’était pas une chose assurée. Par exemple, les chasseurs ardennais avaient été créés pour défendre le pays à la frontière. La stratégie de l’armée belge prescrivait leur retrait complet, et les 150 hommes dont nous venons de parler, n’avaient tout simplement pas reçu cet ordre de repli. Or ils ont effectivement ralenti considérablement l’armée allemande, la disproportion des forces étant à ce point démesurée que les éléments allemands en contacts avec la Compagnie Bricart à Bodange (3 bataillons, soit 3000 hommes et un groupe d’artillerie), s’efforcèrent de cacher la faiblesse numérique de leurs adversaires ardennais à leurs chefs. Une série d’erreurs ont été commises, côté français, dans l’utilisation des blindés comme l’avait prédit le général de Gaulle.

L’histoire n’a pas à se refaire avec des «si». Mais puisque la défaite de 1940 n’avait rien d’inévitable, on ne peut pas tout à fait admettre non plus le raisonnement de Jo Gérard-Libois et José Gotovitch qui, lorsqu’ils parlent des passages à l’ennemi de certaines troupes flamandes, ajoutent aussitôt, pour dédramatiser l’affaire, que ces comportements n’auraient rien modifié à la suite des événements, ce qui est nier leur gravité. Et toute la question soulevée de la résistance et de l’esprit de résistance à Hitler.
La détermination des troupes wallonnes

Dans Pages d’Histoire (sans lieu ni date mais on peut obtenir ce texte au musée du 12e de Ligne à Spa), Georges Ernotte, secrétaire de la Fraternelle du 12e de Ligne cite longuement des notes rédigées par le colonel commandant le 12e de Ligne qui tient le front sur la Lys entre Coutrai et Wielsbeke, ce régiment étant le plus proche de Coutrai avec le 25e puis le 1er de Ligne jusqu’à Wielsbeke où se tient le 13e de Ligne (de la 8e Division). Dans la nuit du 24 au 25 mai, cet officier supérieur, profondément admiratif de la conduite de ses hommes, qui ne dort plus depuis plusieurs jours, est invité à se reposer derrière le front. Il ne parvient pas à trouver le sommeil et passe en revue les erreurs tactiques qu’il a commises, notamment de rester sur la rive opposé aux Allemands en terrain nu face aux bâtiments occupés par l’ennemi sur la rive droite de la Lys, de ne pas faire assez intervenir l’artillerie etc. Il est assez curieux d’opposer ces réflexions à une série de notes prises par des témoins ou historiens civils locaux de Kuurne et Wielsbeke notamment qui estiment au contraire, de leurs points de vue de civils, que si les régiments wallons avaient su les capacités militaires de l’armée allemande, ils n’auraient tout simplement pas combattu : «Hadden onze soldaten geweten dat ze met twee povere divisies de mokerslagen van vijf in zegeroes verkerende Wehrmacht Divisionen zouden moeten opvangen, dans was de moed hen zeker in de schoenen gezonken.»28

Pour l’ensemble de ces régiments wallons qui vont être capturés par l’armée allemande ou qui le sont déjà, va alors commencer cinq années de longue captivité, les prisonniers flamands étant, eux, assez rapidement libérés. La France clairement blessée à mort dès le 14 mai, reçoit le coup de grâce quand les blindés allemands coupent les Alliés en deux le 21 mai à Abbeville. Après le rembarquement des Anglais à Dunkerque et de beaucoup de Français (en tout près de 370.000 hommes), achevé le 4 juin, la France ne tiendra plus que 13 jours. Les Allemands y pénètrent profondément, débordant la Somme, puis la Loire. Le 17 juin, le nouveau président du Conseil, le Maréchal Pétain, demande un armistice aux Allemands qui sera signé quelques jours plus tard. L’esprit de Résistance se réfugie à Londres et prend la voix d’un général de brigade fraîchement promu et qui va être dégradé par les autorités de son pays puis condamné à mort : le général de Gaulle, qui lance son fameux appel le 18 juin.

Léopold III demeure à Laeken, en principe sans activités politiques, mais tentant plusieurs projets avec les forces politiques, sociales et intellectuelles restées au pays, rencontrant Hitler avec qui il souhaite publier un communiqué commun ce que le chef allemand refuse. Pour certains prisonniers wallons la captivité pourra être très rude psychologiquement, mais physiquement supportable sauf lorsque, comme pour le CSLR Ferdinand Fontaine, tombe une condamnation (pour insubordination), à être envoyé à un camp de punis comme ce fut son cas début 44. Il fut interné à Graudenz (forteresse allemande au nord de la Pologne actuelle sur la gauche de la Vistule et qui se dit maintenant Griudzatz), dont Pierre Gascar a pu écrire: «Le régime dans la forteressse de Graudenz comme dans ses filiales, est à peu près le même que dans les camps de concentration. La nourriture quotidienne consiste en 200 grammes de pain et une écuelle de soupe claire. Les prisonniers n’ont pas le droit de recevoir des colis individuels et les vivres de la Croix-Rouge ne sont pas distribués (Quelques distributions espacées auront lieu à partir de 1943). Le courrier se réduit le plus souvent à une seule lettre par mois.»29 Après avoir effectué durant toute l’année 44 de lourds travaux de terrassements, Ferdinand Fontaine, alors à Blechhammer, à 30 km d’Auschwitz, est emmené par les Allemands 500 km en arrière devant l’avance des troupes russes, une marche qui durera un petit mois (21 janvier/17 février), sous la neige et le vent, par des t° qui peuvent descendre jusqu’à – 30°. Le 17 février 1945, il parvient à Pirna (près de Dresde) et à partir de là son régime s’adoucit. Mais ses compagnons et un médecin français diagnostiquent un état général extrêmement mauvais, tant sur le plan physique que psychologique, caractérisé par un oedème de carence, symptôme de dénutrition. Et c’est dans les environs de Dresde qu’il sera libéré par les Russes, le lendemain de la capitulation allemande, le 9 mai. Les quelques lignes que j’ai voulu écrire ci-dessus se veulent un geste de fidélité au souvenir de mon père, mort il y a près de quarante ans, qui – combat et captivité – ne me dit jamais rien de tout ceci (ou quasiment): fait courant qui attise le désir de savoir.

Et un hommage à l’engagement des régiments wallons sur la Lys qui préfigure la Résistance en Wallonie, cette Résistance qui, chez nous – ou ailleurs – est la plus belle page de toute l’histoire humaine.
On se reportera à l’article Régiments flamands et wallons en mai 1940 qui revoit toute l’étude ci-dessus d’une manière plus large, complète et achevée.

1. Hervé Hasquin, Historiographie et politique en Belgique, Editions de l’ULB et IJD, Bruxelles-Charleroi, 1996, p.203, note 46.
2. Francis Balace dans Histoire de la Wallonie, Privat Toulouse, p.297.
3. Henri Bernard, Panorama d’une défaite, Duculot, Gembloux, 1984.
4. Paul Berben et Bernard Isselin, Les panzers passent la Meuse, Laffont, Paris, 1967.
5. Archives familiales, notamment une lettre de F.Fontaine du 31 mai 1940 datée de Saint-Trond et parvenue à sa fiancée fin août 1940.
6. Colonel BEM, A. Massart, Historique du 13e de Ligne, Centre de documentation historique des forces armées, Bruxelles, 1982, voir le Croquis XI, p. 362.
7. Agenda 1940 de F.Fontaine et A.Massart, op. cit.
8. Les Panzers pasent la Meuse, op.cit.
9. A.Massart, op. cit. Ferdinand Fontaine fit cette retraite en camion comme il l’indique dans sa lettre du 31 mai 1940.
10. Henri Bernard, Panorama d’une défaite, p. carte n° 5, p. 121. De Fabribeckers, La campagne de l’armée belge en 1940, Rossel, Bruxelles, 1978, carte n°12. Une carte qui figure les positions du 23 mai est consultable aussi sur le site flamand : http://users.pandora.be/Historia_Belgica/leieslag.htm.
11. Cette défection est signalée par Hervé Hasquin qui ne parle que d’un bataillon (op.cit. p.203), par Jo Gérard-Libois et Jo Gotovitch, L’an 40, CRISP, 1970, p. 97. parle d’un régiment (le 15e de Ligne). Henri Bernard, Panorama d’une défaite, Duculot, Gembloux, 1984 note 7, p. 94, accuse « deux régiments » de Ligne de cette Division. Des défections graves eurent lieu aussi sur le Canal Albert et dans la défense de Gand impliquant deux divisions, la 16e et la 18e Division de Ligne. Le général van Overstraten dans Léopold III prisonnier, Didier-Hattier, Bruxelles, 1986 accuse non seulement le 15e de Ligne mais aussi le 7e et le 11e de Ligne de la 4e Division (p. 27). Il met aussi en cause des unités combattant sur le canal de la dérivation qui prolonge la Lys et la ligne de la défense de la Lys vers le nord puis vers la mer et estime que les Allemands ont choisi d’attaquer en des points où ils pouvaient compter sur des sympathisant flamands (voyez p.36), comme à Zommergem (la 12e Division), au sud d’Eekloo sur le canal de la dérivation. Les défections, en particuliers de certains régiments flamands, ne sont pas douteuses.
12. Henri Bernard, op.cit.
13. A.Massart, op. cit., p.129.
14. A. Massart, p. 135, croquis XI et XVI
15. A. Massart, pp. 139 et suivantes. Les archives familiales permettent de dire que le le CSLR F.Fontaine servait dans la 1ère Compagnie et la lettre du 31 mai 1940 (j’ai été fait prisonnier «le long de la Lys à Wielsbeke»), indiquent qu’il combattait dans le peloton commandé par l’adjudant Lambert.
16. Le fait que le peloton de F.Fontaine ait été pris à revers est une information qui est attestée par la tradition familiale, mais confortée par le récit de Frans Taelman ancien professeur à l’Institut supérieur pédagogique de Courtrai dans son article Mei 1940 : de eerste Duitsers in Sint-Baafs-Vijve, in Leie Sprokkels, Jaarboek 1991, édité par le Juliaan Claerhout-kring, Wielsbeke, 1991, pp.103. Taelman explique que dans le parc d’Enghien, derrière les positions du peloton Lambert, dans l’un des premiers coudes de la Waterstraat, il a aperçu soudain (il voyage en vélo le lendemain des combats soit le 27 mai), «enkele gesneuvelede Belgische soldaten liggen», quelques cadavres de soldats belges et explique (ce qui nous paraît logique) que « Hun dekkingsposten waren naar het zuiden, naar de Leie, gericht en de vijand was uit het westen opgedoke.» : «Leurs positions étaient orientées vers le sud et vers la Lys et l’ennemi surgit de l’ouest » (c’est-à-dire du Parc de Wielsbeke et sur les arrières du peloton de l’adjudant Lambert).
17. Lettre de F.Fontaine du 31 mai 1940, déjà citée.
18. A.Massart, op. cit.
19. A. Massart, op. cit., p.141. Philippe Destatte, Ceux-ci se sont battus vaillamment, pp. 9-16 in Les combatants de 40, Hommage de la Wallonie aux prisonniers de guerre, IJD, Namur, 1995, p. 13. Voir aussi de Fabribeckers, op. cit.
20. Philippe Destatte, op. cit. pp. 13-14.
21. Ibidem pour ce chiffre.
22. Henri Bernard, Panorama d’une défaite, pp. 117-123.
23. Ibidem, p. 99.
24. Ibidem, p. 155.
25. Ibidem, p. 153.
26. Ibidem, p. 47, Bonhoeffer était un théologien protestant qui mourra dans les geôles nazies.
27. Ibidem pp. 90-91.
28. Marie-Christine Martens, Mei 1940, de zware beproeving, in Leie Sprokkels, Jaarboek 1991, pp. 51-82. Je traduis ainsi la phrase : «Si nos soldats avaient su qu’avec deux pauvres divisions, ils allaient devoir recevoir les coups de massue de cinq divisions allemandes marchant avec l’ivresse de la victoire, leur courage se serait enfoncé dans leurs souliers.»
29. Pierre Gascar, L’histoire de la captivité des Français en Allemagne, 1939-1945, Gallimard, Paris 1967, cité par Jean-Chlarles Lheureux, Graudenz la forteresse de la mort lente, UIPFGA, Capendu, 1985. Préface de Jacques Chaban-Delmas.

http://www.larevuetoudi.org/fr/story/un-soldat-wallon-%C3%A0-la-bataille-de-la-lys-2327-mai-1940

 

 

Régiments flamands et wallons en mai 1940
José Fontaine
Toudi mensuel n°70, janvier-février-mars 2006
http://www.larevuetoudi.org/de/node/252

Histoire de Belgique et de Wallonie

Un événement qui n’est pas raconté n’a pas eu lieu (Hannah Arendt)

Léopold III et Albert Ier [...] s’en tiennent strictement à l’idée que les devoirs de la Belgique l’obligent non à se survivre comme telle, mais à s’acquitter de ses devoirs envers ses garants, devoirs considérés comme limités à la défense militaire de son territoire, dans le sens le plus étroit du terme. Il faut d’ailleurs noter que, dans les deux cas, cette interprétation limitée de l’indépendance nationale ne concordait pas avec les réactions d’une partie importante de l’opinion publique. (Robert Devleeshouwer, Critique Politique, 1979)

Il y a la mémoire qui accuse. Celle qui veut rétablir la vérité, mais n’est pas vengeresse. (L’histoire est à nous, Rossignol, 2005)

Les deux guerres mondiales ont à ce point marqué l’Europe qu’elles continuent à déterminer son destin et le destin de ses nations. Il ne faut pas non plus oublier qu’en ce qui nous concerne, les deux guerres ont très profondément déchiré l’histoire de la Belgique.

« Très profondément » parce que la monarchie a voulu deux fois diriger l’effort de la nation en guerre en prenant le commandement de son armée. L’affaire royale consécutive à la capitulation de mai 1940 marque en un sens tout notre 20e siècle. Certes, Léopold III a abdiqué en juillet 1951. Mais il a conservé quelques parts de pouvoir dans l’ombre de son fils, au moins jusqu’en 1961, année durant laquelle il est encore dans l’entourage de Baudouin Ier qui trempe dans l’assassinat de Lumumba1. Le silence auquel s’étaient engagés les partis politiques après l’insurrection wallonne de 1950 dure au moins jusqu’en 1975, année durant laquelle Jean Duvieusart, Premier Ministre lors des événements les plus graves de notre histoire intérieure, publie une série de notes compilées sur sa présence à la tête du gouvernement durant les troubles2.

La BRT lance une série d’émissions De Nieuwe Orde en 1982. A travers une interview de Robert Poulet diffusée en avril, Léopold III est mis en cause. Il écrit alors au Premier Ministre pour lui demander si l’accord pour ne pas rallumer les polémiques sur l’affaire, accord signé en 1950 par les partis politiques, tient toujours. Le Premier Ministre lui en donne acte. Il y a eu une petite crise politique. Un journaliste de la RTBF demanda à Francis Delpérée si l’émission de la BRT était « légale » (sic). La publication du livre posthume de Léopold III Pour l’histoire ne clôture pas les polémiques même si, à la télévision, beaucoup d’historiens plaident en faveur de la sagesse des hommes politiques capables d’éviter le pire à la fin du mois de juillet 19503. Même si la Belgique se défait, même si la monarchie a perdu bien de son influence depuis la mort de Baudouin Ier la structuration de la nation belge autour de ses rois demeure un fait de longue durée capital.

Un premier point d’incandescence : le gouvernement wallon de 1950

En 1979, j’avais tenté de voir clair dans la tentative de former à Liège un gouvernement wallon provisoire en 1950 4. Il me semblait que cette tentative permettait de se saisir de certains éléments de la crise nationale belge en l’un de ses plus hauts points d’incandescence, instants où, intuitivement, nous sentons bien que les structures historiques et sociologiques profondes des nations se donnent à voir. Les études que j’ai pu faire sur ce thème ont été publiées en 1979 dans La Cité, en 1980 dans De Morgen. J’ai pu en témoigner à la BRT en 1982, émission qui a été traduite à la RTBF en 1984. Dans Les faces cachées de la monarchie belge (1991), André Schreurs m’a donné la permission de publier des écrits de son père qui attestent de la tentative séparatrice de juillet 1950. Enfin l’Encyclopédie du mouvement wallon parue en 2001 comporte un article intitulé Gouvernement wallon de 1950.5 Jusqu’à présent, c’est davantage le côté politique de l’affaire royale – la rupture de Wijnendaele, la réunion de Limoges, les activités du roi pendant la guerre bien révélées par Velaers et Van Goethem6, la rupture de l’opinion de gauche avec Léopold III dès 1945, bien sûr aggravée en juillet 1950 – qui avait retenu mon attention.

Un deuxième point d’incandescence : les régiments flamands de mai 40

Le simple fait de travailler sur la vie de mon père m’a amené à tenter de comprendre les combats très courts sur la Lys auxquels il a été mêlé du 23 au 26 mai. De là, j’ai tenté d’y voir un peu plus clair sur la bataille de la Lys. Philippe Destatte a mis en évidence en 1995 et en 1997 la vaillance des régiments wallons et s’est étendu quelque peu sur certaines défections de régiments flamands7. Il note aussi, en 1997, qu’il n’y a pas d’étude d’ensemble du comportement des différents régiments durant la courte campagne de mai 1940. C’est peut-être cela qui m’a amené à chercher de plus en plus passionnément la manière d’en réaliser une. Je me contenterai dans le texte qui va suivre de synthétiser le comportement de l’infanterie des grandes divisions de cette arme du 10 au 28 mai. De cette analyse que j’ai pu réaliser en lisant une grande partie de la littérature la plus conformément belge sur les dix-huit jours, je conclus qu’une majorité des divisions flamandes a fait défection ou, du moins, manqué gravement de combativité. Ce sont ces défections qui ont été à l’origine de la capitulation du 28 mai 1940 ou à tout le moins du caractère hâtif de cette capitulation qui découvrait les armées alliées en train de tenter le rembarquement de Dunkerque. Ces faits ne sont nullement niés par la littérature historique la plus conforme et même par des documents approuvés par Léopold III : « dans les dernières heures, des unités se rendirent à l’ennemi sans ordre… »8 Pourtant dans toute la discussion sur l’affaire royale, il n’est que peu question de l’aspect militaire de la controverse. A vrai dire, depuis mai 1940, soit en 66 ans, si, à maintes reprises, en ordre dispersé, dans maints ouvrages (en fait : tous en parlent mais à mots couverts, en le repoussant dans les notes, en minimisant les choses (etc.) comme Jean Vanwelkenhuyzen9), il est question de ces défections, elles ne sont réellement traitées que dans un seul texte parmi tous ceux auxquels j’aie eu accès. Il y a en effet deux pages de la Revue des chasseurs ardennais signée par le Commandant Hautecler dans son premier numéro de 1980 Le manque de combativité des régiments flamands. En 2001 encore, Serge Moureaux (Léopold III, la tentation autoritaire, Luc Pire, Bruxelles, 2002), expliquait la difficulté d’y voir clair en cette période de notre histoire pourtant si cruciale, nous essayerons aussi de dire pourquoi.

Première réponse brève à deux objections

Avant d’en venir aux faits que nous voudrions traiter ici, je voudrais prévenir plusieurs objections.

Il n’entre nullement dans mes intentions d’aborder ce sujet délicat pour mettre en balance le « courage » des soldats wallons et la « lâcheté » des soldats flamands.

La capitulation de mai 1940 a souvent été justifiée par des raisons humanitaires ou pacifistes : Léopold III aurait songé à « épargner » le sang de ses soldats « à l’exemple de son père ». A cela il faut répondre que l’intention royale (si elle est celle qu’on dit !) procède d’une vision moins pacifiste ou « humanitaire » qu’égoïste ou nationaliste : elle reporte sur d’autres que nous la nécessité de combattre l’hitlérisme et elle est une sorte d’insulte aux 14.000 résistants fusillés et tués, principalement wallons. En plus, il n’est pas si évident que cela que ce roi ou son père aient été si soucieux « d’épargner la vie de leurs soldats » : les morts dans l’armée anglaise de 1914-1918 sont équivalents à ceux de l’armée belge (10% des mobilisés), ceux des armées allemande et française ont des pertes supérieures (15 et 17%). Il suffit de consulter à ,cet égard l’Encyclopédie de la Grande Guerre. Quel démenti simple à l’idée d’un Albert Ier soucieux d’épargner le sang de ses soldats !

La question de l’influence de ces défections sur les événements est à discuter. José Gotovitch et Jo-Gérard-Libois (L’an 40, Crisp, Bruxelles, 1970, p.97) estiment qu’ils n’ont eu aucune influence, estimant inévitable la défaite, notamment à cause de la supériorité technique de l’armée allemande – ce qu’Eric Simon conteste dans cette même revue. En outre, si la défection des régiments flamands pourrait ne pas avoir eu d’influence sur la bataille de mai 40 à l’ouest, cette défection a déterminé aux dernières heures si cruciales, la conduite de la guerre en Belgique. Et même si ce n’était pas le cas (mais nous pensons que si !), le comportement de ces régiments mérite d’être interrogé dans la perspective de la question nationale en Belgique.

Une question cruciale

Les Wallons sont dans un rapport assez faux à leur propre histoire, leur mémoire, leur identité. On pourrait dire que l’histoire à travers laquelle on juge souvent de l’actualité dans notre pays, est l’histoire des injustices commises à l’égard de la Flandre sur le plan culturel ou linguistique. Combien de fois n’entend-on pas dire que les Wallons auraient dû « accepter » le bilinguisme en 1932 ou que seuls les Flamands font « l’effort » de connaître « les deux langues » ? Il a même pu arriver que le Plan Marshall de redressement wallon soit jugé à l’aune de sa crédibilité en Flandre. Encore tout récemment Francis Van De Woestijne, dans La Libre Belgique du 6 février 2006, p.21 pense que le redressement wallon a comme tâche de « freiner les ardeurs séparatistes » de la Flandre ! Ce qui voudrait dire que si les tendances séparatistes n’existaient pas, les chômeurs wallons n’auraient plus qu’à subir leur sort ? Dont d’ailleurs, une certaine Flandre se délecta de les rendre longtemps coupables, par vaine revanche ? Que des journaux francophones obéissent à cette logique stupéfie.

Ces façons de présenter les choses sont dommageables, parce qu’elles n’instruisent qu’à charge en ce qui concerne les Wallons. On pourrait montrer que des indices sérieux existent du fait que les Wallons ont pu penser que le vote de la loi imposant l’unilinguisme en Flandre en 1921 (obtenue par un vote Flamands/Wallons), était aussi, quelle que soit la légitimité du combat flamand, une manière de rompre un contrat national portant sur une langue commune que les Wallons ne possédaient pas tous (loin de là !), en 1830. La loi sur la flamandisation de l’armée en 1938 a pareillement été imposée par la loi du nombre10. Imposer l’unilinguisme en Flandre, la population la plus nombreuse, impliquait d’imposer aux Wallons la connaissance d’une autre langue encore que celle qu’ils s’efforçaient de parler, le français. Mais les Wallons ne parlaient pas encore tous le français, et beaucoup usaient d’une autre langue (le wallon), dont ils n’ont pas songé à imposer l’existence, ce à quoi ils ne seraient pas parvenus (Bovesse a tenté de légiférer à cet égard sans succès), pas plus que les Flamands ne seraient parvenus à le faire de leur côté s’ils avaient été, comme nous, minoritaires. Sur les champs de bataille, deux ans plus tard, le pacte, à notre sens, s’est bien plus gravement déchiré.
Une autre objection : histoire, guerre, paix

Il est clair que ces événements sont vieux de 66 ans. Mais il est clair aussi que, selon le mot d’Arendt, ces événements, jusqu’ici, n’ont pas existé parce qu’ils n’ont jamais été vraiment racontés. Kapferer a montré que la Guerre est l’épreuve à laquelle se mesure mieux la profondeur de l’angoisse humaine devant la Mort, non seulement la Mort individuelle, mais aussi la Mort collective. Il le montre à travers la fameuse rumeur dite du « cadavre dans l’auto » où se colportent ces histoires où l’on lit une sorte d’adhésion inconsciente de ceux qui les racontent à l’idée barbare du meurtre rituel. La voici. Un autostoppeur arrête une voiture sur la route d’Orléans à l’été 1938 et dit au conducteur qu’il peut lui donner la preuve qu’Hitler mourra à l’automne : l’automobiliste arrêté va rencontrer plus loin un accident, devoir charger un blessé pour l’emmener à l’hôpital. Quelques kilomètres plus loin, le blessé mourra dans l’auto. Ceux qui colportent cette rumeur précisent ensuite que tout se passe selon les dires de l’autostoppeur. La même histoire est racontée en Allemagne et partout. Avant 1914, il ne s’agit plus d’une voiture, mais d’une calèche.

Au fond de ce récit, il y a la structure et la réalité du sacrifice humain : le plus grand sacrifice à offrir aux dieux pour obtenir d’eux en échange, la faveur suprême : ici que la guerre n’ait pas lieu par supposition que la mort du Chef ennemi l’empêcherait. Cette rumeur mesure bien le profond désarroi face à la Guerre pour que l’esprit humain en arrive à régresser à ce point vers la religion la plus barbare, celle qui admet les sacrifices humains.Mettons-nous en tête que, dans des circonstances semblables, voir des personnes sur qui l’on comptait pour résister à la Mort, s’effondrer, voir trahir, a traumatisé l’opinion de Wallonie, indépendamment de l’héroïcité ou non des choses.

Le souvenir de 1914

John Horne et Alan Kramer ont parlé dans un livre, récemment traduit en français, du mythe des francs-tireurs en août 1914 dont rien ne fonde la réalité, mais dont toute l’armée allemande finit par se convaincre sincèrement, phénomène que les deux auteurs rapprochent de la Grande peur dans la France révolutionnaire. En moins d’un mois, avec leur peur à eux au ventre, les soldats de l’armée impériale, exécuteront dans une centaine de villes et villages en Wallonie (autant vaut dire : partout), plus de 5000 civils, dont des femmes, des enfants en bas âge et des vieillards. 15.000 maisons seront détruites, des villages et des villes (comme Dinant) rasés. Les atrocités débordent aussi sur la Flandre et la France, mais c’est la Wallonie qui – cela est peu souvent souligné – en subit l’essentiel (70% des 7000 morts civils et des 20.000 maisons détruites ou incendiées tous pays confondus, cela en quatre semaines, les massacres se poursuivant à un rythme plus lent en septembre et octobre).11

Cette peur s’enracine côté allemand, dans les souvenirs des francs-tireurs français de la guerre de 1870, dans la phobie conservatrice des insurrections populaires, idéologie du commandement de l’armée impériale. Et les massacres de 1914 déterminent l’un des phénomènes les plus troublants de mai 1940 : l’exode massif des populations civiles vers la France, entraînant des millions d’hommes et de femmes vers la Méditerranée. J’avoue que, né pourtant après la guerre, conscient de l’obligation des hommes à y aller, j’étais persuadé, avec l’inconscience historique des petits enfants, que je devrais moi aussi me plier à cette épreuve où l’on affronte la Mort. Il se fait que scolarisé à Dinant – 674 civils massacrés, avec un grand-père paternel à Jemappes – 10 civils fusillés – et à Nimy – 13 civils fusillés mais aussi des simulacres d’exécutions auxquels fut soumis mon grand-père -, j’ai cru aussi à cette inéluctabilité de la guerre broyeuse de civils innocents, croyance en partie fondée, puisque en 1914 toute la Wallonie souffrit des exactions (une centaine de localités – dont la plupart des grandes villes – réparties sur l’ensemble du territoire). Ce fut, je crois, ma première angoisse de la Mort. La gravité des défections flamandes doit se lire dans ce contexte. De nombreux officiers et soldats wallons en eurent conscience. J’avoue que, jusqu’ici, tout en sachant ces défections, je ne m’imaginais pas leur ampleur, me sentant incapable de croire à des événements aussi graves, partageant le scepticisme de maints contemporains à l’égard de ces faits semblant sortir de l’imagination wallingante de François Simon au Congrès national wallon de 1945. Et pourtant…

Mais revoyons bien ceci : l’événement n’ayant quasiment pas été raconté n’existe pas. N’existant pas au niveau de la conscience claire, il demeure cependant présent dans une sorte d’inconscient collectif qui, avec mille autres facteurs (les prisonniers, la Résistance etc.), détermine sans doute l’âpreté des événements de juillet 1950. Des événements qui sont eux-mêmes ensuite censurés. Il est peut-être donc temps d’essayer de sortir tout cela de l’ombre où se débat et s’asphyxie peu à peu notre mémoire collective. Nous n’avons même pas la possibilité d’avoir une histoire nationale (wallonne), autocritique puisque nous n’en avons pas. Ou peu. Comment nouer de vrais rapports avec les Flamands si gisent au fond de nous tant de reproches non formulés sur des événements dont le fil conducteur court jusqu’à aujourd’hui?
Composition des divisions d’infanterie le 10 mai 1940

Pour simplifier l’exposé, nous mettrons ici l’accent sur les divisions d’infanterie, signalant éventuellement l’intervention d’autres armes. Francis Balace qui ne nie pas les défections flamandes de l’infanterie ni leur gravité, souligne qu’un grand nombre de régiments d’artillerie divisionnaire étaient des régiments flamands et que l’artillerie a joué un rôle important dans la campagne des 18 jours de même que les deux Divisions de cavalerie comprenant tant des régiments wallons que flamands. C’est une nuance importante que nous tenons à souligner avant de commencer.

Une division est composée de trois régiments d’environ 4000 hommes, d’un régiment d’artillerie et d’un bataillon du génie, soit 17.000 hommes. Les régiments d’artillerie sont en général des régiments flamands et l’artillerie a joué le rôle que nous venons de dire. Avec ces 20 divisions et les deux divisions de cavalerie, nous avons à peu près les deux tiers de l’armée belge, soit un peu moins de 400.000 hommes sur les 600.000 hommes de 1940. Il existe aussi des troupes d’armée, artillerie ou génie, l’aviation, la marine, les régiments wallons d’artillerie de forteresse dans les forts de Liège et de Namur, les Unités spéciales de défense de forteresse (USF), à Liège, Namur et Anvers les régiments légers (gendarmerie), la DTCA (Défense terrestre contre aéronefs), les régiments cyclistes, d’autres troupes. Les régiments wallons de forteresse combattront vaillamment, parfois même au-delà de la capitulation.

Sur les 20 Divisions d’infanterie, neuf sont uniquement composées de régiments flamands : 1ère DI, 2e DI, 4e DI, 11e DI, 12e DI, 13e DI, 14e DI, 16e DI.

Trois autres sont composées de deux régiments flamands et d’un régiment wallon : la 6e DI, la 7e DI, la 18e DI. La 6e DI est constituée par le 1er Grenadiers et le 9e de Ligne (flamands) et le 1er Carabiniers (wallon), la 7e DI est constituée des 2e Grenadiers et 18e de Ligne (flamand), du 2e Carabiniers (wallon), la 18e DI des 3e Grenadiers et 39e de Ligne (flamands), et du 3e Carabiniers (wallon).

Les huit divisions wallonnes sont la 3e DI, la 5e DI, la 8e DI, la 10e DI, la 15e DI, la 17e DI, la 1ère et la 2e Division de Chasseurs ardennais (Cha). Pour résumer d’une autre façon: 12 divisions flamandes (dont 3 avec un régiment wallon soit l’équivalent de 11 divisions), huit divisions wallonnes (+ l’équivalent d’une division). Ou encore, dans l’infanterie : 33 régiments flamands, 27 régiments wallons.
1ère DI+2e DI+ 4e DI + 11e DI+12eDI +13eDI +14eDI +16eDI Neuf Divisions flamandes
6e DI + 7e DI + 18e DI Trois Divisions flamandes avec 1 régiment wallon sur les 3
3e DI+5eDI+8eDI+10eDI+15eDI+17eDI+1ère+2eDCha Huit Divisions wallonnes

Les Divisions numérotées de 1 à 6 sont des Divisions de soldats professionnels (« d’active »), les Divisions de 7 à 12 sont des Divisions dites de première réserve, les Divisions de 13 à 18 sont des divisions de deuxième réserve, moins bien équipées, dont la formation militaire est moins bonne, dont les soldats appartiennent à des classes plus anciennes. Les deux Divisions restantes sont les Divisions de chasseurs ardennais dont la 1ère est motorisée et dont le fonctionnement diffère quelque peu des autres divisions. Les chasseurs ardennais feront preuve d’une extraordinaire combativité du début à la fin de la campagne.12

Position de ces divisions le 9 mai au soir

Le 10 mai la position de ces Divisions d’infanterie est la suivante : la 17e DI, la 13e DI, la 12e DI, la 15e DI, la 9e DI, la 6e DI, la 14e DI, la 1ère DI, la 4e DI, la 7e DI, la 3e DI – soit 11 Divisions – sont en position derrière le Canal Albert et du Canal antichars d’Anvers (au sud de ceux-ci) et s’échelonnent dans cet ordre d’Anvers à Liège.

Il y a deux autre Divisions en position au nord du Canal Albert, l’une à l’est d’Anvers (la 18e DI), l’autre au nord d’Hasselt (la 11e DI).
Trois autres divisions sont en position à l’ouest de Gand (16e DI), à l’ouest de Bruxelles (5e DI) et l’est (10e DI) de Bruxelles.
Trois au sud de Liège : entre l’Ourthe et la Meuse (2e DI), entre la Méhaigne et la Meuse ou entre Andenne et Namur (la 2e Cha), à Namur (la 8e DI).
Une division stationne tout au long de la frontière avec le Grand-Duché, la 1èreDivision de Chasseurs ardennais13.

Pour le résumer encore sommairement, 13 divisions sont à la garde du Canal Albert (et Canal antichars d’Anvers),
17 DI + 13 DI + 12 DI + 15 DI + 9 DI + 6 DI + 14 DI + 1 DI + 4 DI + 7 DI + 3 DI + 18 DI + 11 DI
trois à l’intérieur du pays entre Gand, Bruxelles et Louvain :
16 DI + 5 DI + 10 DI
trois entre Liège et Namur et à Namur
2 DI + 2Cha + 8DI
une à l’ouest du Grand-Duché de Luxembourg (au long de toute sa frontière)
1 Cha

Combats du 10 mai, première défection d’une division flamande

Le 10 mai au matin l’armée allemande attaque les positions belges sur le Canal Albert et à Eben -Emael. Ce fort réputé imprenable est détruit par des soldats allemands parvenus en planeurs sur sa superstructure et qui le font sauter en y introduisant des charges creuses : il se rend le 11 mai. La 7e DI qui occupe des positions de part et d’autre du fort est en grande partie détruite : le 2e Grenadiers, par exemple, régiment flamand est pratiquement anéanti, son chef le Colonel Herbiet est capturé. Dix officiers sont tués dont deux chefs de bataillon, en tout 207 soldats. Le reste est capturé ou blessé, seuls 600 hommes peuvent être évacués vers la France. Le régiment flamand du 18e de Ligne subit un sort aussi sévère de même que le 2eCarabiniers, régiment wallon. Ensemble, les trois régiments ont 7000 prisonniers, des morts, des blessés : la 7e DI a quasiment disparu. Nous suivons ici principalement Eric Simon dans Le rapport des forces entre la Heer et l’Armée belge en, mai 1940, mais aussi quelques autres ouvrages outre ceux déjà cités (Bernard, Michiels, de Fabriebeckers etc.)14

Il faut distinguer cet anéantissement de la 7e DI de celui de la 14e DI flamande dont 5.000 hommes se rendent à Paal le 13 mai lors du retrait vers la ligne KW, le reste étant jugé inapte au combat et parqué sur l’Yser. Eric Simon explique cette première reddition de troupes flamandes par un retrait trop rapide de la 6e DI, mais considère cette reddition comme différente d’autres captures et par exemple de celles de la 7eDI. D’autres auteurs (Bernard, Michiels) sont tout aussi sévères à l’égard de la conduite ou de la valeur de cette 14e DI flamande.

Face au Luxembourg, l’opération de planeurs allemands à Nives et Witry permet de faire quelques prisonniers dans les deux divisions ardennaises (des permissionnaires), mais empêche aussi que l’ordre de repli touche les compagnies ardennaises stationnées à Bodange et Chabrehez qui, sans artillerie, sans armes anti-chars vont arrêter très longuement, avec quelques dizaines d’hommes, 4 Divisions blindées allemandes. La Compagnie du Commandant Bricart à Bodange tiendra pendant huit heures et il faudra trois bataillons allemands soit 3.000 hommes plus un groupe d’artillerie pour la réduire. Les combats de Bodange et Chabrehez confirment le sentiment d’Eric Simon sur la prétendue supériorité de l’armée allemande en 1940. Si quelques dizaines d’hommes ont arrêté l’un des principaux efforts allemands qui allait être décisif sur la bataille à l’ouest (les 4 Divisions blindées franchissent la Meuse les 13 et 14 mai à Sedan annonçant la défaite française), qu’aurait accompli la 1ère Division ardennaise toute entière avec sa mobilité, son artillerie, ses armes antichars ? Or la vitesse de la progression des quatre divisions allemandes traversant le Luxembourg a déterminé l’effondrement français de Sedan. Certes l’usage des planeurs et des parachutistes à Eben-Emael et aux ponts de Vroenhoven et Veldvezelt a donné à bien des combattants l’impression inverse d’une invincibilité de l’armée allemande, non sans raisons, mais des raisons qui à notre sens n’infirment cependant pas la thèse d’Eric Simon.15

Retrait sur la ligne KW

Les régiments en place sur le canal Albert vont donc se retirer progressivement derrière la principale ligne de défense, la fameuse ligne KW (Koningshoyckt-Louvain-Wavre – Koningshoyckt est un village près de Lierre soit à une bonne dizaine de km d’Anvers). Luc Devos écrit : « La ligne KW avait rendu à l’armée belge la confiance que beaucoup d’unités avaient perdue après la percée rapide du canal Albert. Flanquées par les armées alliées et protégées par d’excellentes formations d’artillerie, les troupes étaient prêtes, au matin du 16 mai, à s’opposer à une attaque allemande massive. Mais celle-ci ne se produisit pas ; au lieu de cela, les soldats eurent à entendre qu’ils devaient quitter leurs positions et se retirer vers l’ouest… »16 Sur la ligne KW elle-même, les Anglais combattaient aux côtés de l’armée belge, et au nord de Wavre, entre cette ville et Namur, les Français. Dès le 15 au soir, cependant, les troupes belges stationnées dans la Position fortifiée de Namur (PFN), qui y avaient été rejointes par les troupes de la Position Fortifiée de Liège (PFL), déjà abandonnée, durent à leur tour l’abandonner, les Allemands ayant franchi la Meuse avec l’infanterie puis les blindés au sud de Namur, à Houx, Leffe et Dinant ainsi que plus au sud encore à Sedan. Cette brèche dans le front français ne pouvait plus être colmatée. Comme les divisions stationnées derrière la ligne KW, les troupes belges stationnées à Namur durent faire mouvement vers la ligne Canal de Terneuzen—Gand—Escaut en amont de Gand (soit vers Audenarde). La rupture du font français à Dinant et Sedan donna à maintes personnes le sentiment que la bataille de France était perdue, les blindés allemands se ruant vers la mer (qu’ils atteindraient le 20 mai coupant ainsi les troupes alliées du Nord des troupes alliées du sud). Ces deux replis successifs (du Canal Albert à la ligne KW puis de celle-ci à la position « Escaut »), allaient affaiblir les soldats contraints à de longues marches et entraîner de lourdes pertes de matériels ou une grande fatigue notamment pour les 4e DI et 2e DI flamandes, mais aussi pour les régiments wallons venant de Namur vers la position « Escaut ». « Le 20 mai » écrit Luc Devos « après dix jours de guerre, l’armée belge s’était entièrement retirée derrière l’Escaut de Gand à Audenarde et le canal Gand-Terneuzen. Des grandes villes belges, seules Gand et Bruges n’étaient pas encore occupées. »17

Sur la Lys et le canal de la dérivation : quatre autres défections flamandes

croqui10
Légende: Lille/Calais est tenu par les Alliés (voir la carte + haut.). La ligne Menin-Courtrai-Deinze (Deynse sur la carte)-Ecklo (Eecloo)-Mer du Nord, par l’armée belge, sur la Lys puis le canal de la dérivation, puis au Nord par des divisions de cavalerie plus au nord et à l’est du canal Léopold II. L’armée belge est composée de D.I. (divisions d’infanterie et leur numéro), de Ch.A.( deux divisions de chasseurs ardennais et leur numéro), des divisions de cavalerie à l’est du canal Léopold II.

Le 21 mai, lors d’une conférence entre les chefs des armées alliées, il fut question de retirer l’armée belge sur l’Yser. Mais finalement elle s’établit pour une bataille d’arrêt derrière la Lys et le Canal de la Dérivation, formant de Menin à Heist sur le littoral flamand, un arc de cercle d’environ 90 km. Durant le retrait de la position, « Escaut » , le 23 mai, de nombreux soldats de la 13e DI flamande se rendent en masse. Cette grande unité ne sera quasiment plus alignée. Elle disparaît ce jour-là comme unité combattante puisqu’elle ne sera plus vraiment mise en contact avec l’ennemi par le commandement18. Le 23 mai, à Gand, sous la pression de la population, d’étranges événements se produisent qui voient certaines avant-gardes allemandes pénétrer jusqu’au cœur de la ville. La population fait pression sur les troupes de la 16e DI et de la 18e DI pour se rendre. La 16e DI se composent de trois régiments flamands, le 37e de Ligne, le 41e de Ligne et le 44e de Ligne. Les trois-quarts du 41e de Ligne se rendent aux Allemands (soit environ trois mille hommes), le 44e de Ligne semble demeurer plus consistant et sera remis en ligne plus tard. Le 37e de Ligne est submergé dans des combats cette journée-là et ce régiment de faible combativité ne réapparaîtra plus. La 18e DI est composée du 3e Carabiniers (régiment wallon), dont certains éléments sont désarmés également, du 3e Grenadiers et du 39e de Ligne (régiments flamands). On ne voit plus guère apparaître le 3e Grenadiers après le 23 mai. Les auteurs (Bernard, Taghon), parlent de 8 à 10.000 prisonniers dans les rues de Gand. Eric Simon (toujours dans Le rapport des forces entre la Heer et l’Armée belge…), évalue le nombre de soldats de la reddition massive des régiments de la 16e DI, des 39e de Ligne et 3e C (mais ne cite pas le 3e Grenadiers), à 6.000 hommes, mais ne dit rien de la 18e DI. Disons qu’en présence de ces chiffres divers, on a le sentiment qu’après la défection des régiments flamands de la 14e DI, de la 13e DI, on assiste à nouveau à des redditions en masse de régiments flamands (ou de parties de ceux-ci), qui nous semblent quasiment équivaloir aux effectifs d’une Division, de plus de deux régiments au minimum. De toute façon, il ne sera plus désormais question dans les combats ni de la 14e DI, ni de la 13e DI ni vraiment de la 16e DI, un peu plus de la 18e DI. A noter que les archives de lieutenant André Deplanque, que nous publions à la suite de cet article donnent aussi une version de cette reddition de Gand.19

La reddition en masse la plus grave se produit deux jours plus tard, le 25 mai, dans le secteur de la 4e DI composée des 7e, 11e et 15e de Ligne face à Deinze sur le canal de la dérivation en prolongement de la Lys. Henri Bernard et le Général Van Overstraeten expliquent que la reddition du 15e de Ligne a entraîné pratiquement celle du 11e de Ligne et même celle du 7e de Ligne. Eric Simon évalue à 7.000 les prisonniers résultant de cette reddition en masse, mais ce sont 7000 soldats sur les 12.000 fantassins que compte une Division d’Infanterie20. Félicien Rousseaux dans Ma deuxième guerre, éditions de Belgique, 1941, témoin contesté par JO Gérard-Libois et José Gotovitch, donne une version de cette reddition que ne contredit nullement la version de Van Overstraeten ni celle des témoignages consignés par André Delplanque. Sur la base de ces trois témoins (les officiers Rousseaux et Delplanque, le Conseiller militaire du roi), on peut avoir le sentiment que la 4e DI a disparu. Il est à noter aussi que lors de cette reddition, selon André Delplanque, un officier flamand et un officier wallon tirèrent en direction des soldats passant à l’ennemi, officiers ensuite abattus par les soldats flamands : Peter Taghon dans Mai 40, La campagne des dix-huit jours, Duculot, Paris et Louvain-la-neuve, 1989, pp.177-178 écrit ceci : « Le 15e de Ligne n’existe pratiquement plus. Le Cap-Cdt Locks veut encore déclencher une contre-attaque, avec sa 7e Cie, mais il est abattu ainsi que le lieutenant Mutsaert, dans des circonstances particulièrement suspectes. » Cette remarque nous semble confirmer la version du Lieutenant Delplanque, au moins en partie.

Bilan au 25 mai, nouvelles défections

On peut donc considérer qu’avec la disparition quasi complète de cette division, nous avons ce 25 mai, sur les 20 divisions d’infanterie que compte l’armée belge, 4 Divisions flamandes (14e, 13e, 16e et 4e Division), qui ont fait défection ou qui ne combattront plus par inaptitude. Le 26 mai, lors d’une attaque plus au nord sur le canal de la dérivation, 2000 hommes du 23e de Ligne de la 12e DI vont se rendre massivement (Eric Simon Le rapport des forces… op.cit. ). Et, dans les heures qui suivent, les autres régiments de cette division vont se débander de telle façon (déserter la nuit notamment), que le chef de l’EMG considère que le 27 mai, la 12e DI « n’a pratiquement plus d’infanterie » (O.Michiels op. cit. p. 235 ).

Dès le 25 mai des éléments du 16e de Ligne de la 9e DI vont se rendre sans combattre selon le Colonel Massart, qui parle d’une seule compagnie (la 5e du 16)21. Selon le témoignage du Lieutenant Delplanque que nous reproduisons en annexe de cet article, il s’agirait en fait de tout un bataillon dès le 25 mai. Par la suite (voir Oscar Michiels), le 16e de Ligne va s’effilocher au fur et à mesure que d’autres compagnies se rendent également. Le Commandant Hautecler (dans le numéro de la Revue des chasseurs ardennais, n° 1, 1980 déjà cité) estime qu’un autre régiment de cette 9e DI flamande – le 17e de Ligne – a fait preuve de peu de combativité. L’Historique de l’Armée belge écrit, pour le matin du 26 mai : « A la 9e DI, tôt dans la matinée, l’ennemi précédé de drapeaux blancs franchit en force le canal de la Mandel » (op. cit. p.140), ce qui laisse penser que ces soldats flamands, cette fois, ne se rendent certes pas, mais reculent sans combattre.

Au total on a donc vu se défaire par manque de combativité, inaptitude au combat ou « trahison » (au sens technique du vocabulaire militaire), 6 divisions flamandes sur les 9 divisions composées seulement de régiments flamands.

Ce sont les divisions flamandes suivantes : la 14e DI le 13 mai, la 13e DI le 23 mai, la 16e DI le 23 mai, la défection totale de la 4e DI le 25 mai, la débandade totale de la 12e DI les 26 et 27 mai, la débandade progressive de la 9e DI du 25 au 27 mai. Soit six divisions flamandes sur les neuf :

4e DI + 12e DI + 13e DI + 14e DI + 16e DI Six Divisions flamandes sur Neuf

A cela doivent s’ajouter les redditions partielles observées à Gand dans la 18e DI. Il faut rappeler en outre que deux divisions flamandes ont été détruites en combattant héroïquement : la 1ère DI et la 7e DI. Les régiments flamands de la 6e DI sont jugés peu combatifs par Eric Simon dans un article à paraître dans le Bulletin d’information du CLHAM en mars 2006.
L’armée du 27 mai : une infanterie belge devenue wallonne

Il reste donc en ligne le 27 mai au soir une division partiellement flamande en ordre (la 6e DI qui compte un régiment wallon), de même que deux autres divisions flamandes (2e et 11e DI). Plusieurs divisions wallonnes – certaines fortement usées – combattent toujours : les deux divisions de Chasseurs ardennais, la 5e DI de chasseurs à pied, la 10e DI de chasseurs à pied et 2 régiments de chasseurs à pied de la 17e DI, enfin la 15e DI. En outre, il demeure encore quelques éléments au combat de la 8e DI et même de la 3e DI, soit l’équivalent, pour l’infanterie en tout cas, de plus de 6 DI wallonnes et de moins de 3 DI flamandes. Compte non tenu d’autres unités que les unités des DI proprement dites, on a l’impression que lorsque Léopold III décide d’envoyer un parlementaire aux Allemands dans l’après-midi du 27 mai, il est à la tête d’une armée principalement wallonne. Car, tandis que la plupart des régiments wallons luttent encore, même s’ils sont en partie détruits pour certains, les 2/3 des fantassins flamands ne sont plus là, soit parce que leur unité a été détruite en combattant, soit parce qu’ils sont inaptes au combat, soit parce qu’ils se sont rendus massivement, soit parce qu’ils ne tirent plus tout en restant en ligne.
La défection des régiments flamands hâtent la capitulation belge, leur nature

La capitulation belge s’imposait-elle à la date où elle a eu lieu ? Beaucoup d’auteurs estiment que la continuation des combats était impossible comme le Général Michiels par exemple ou Jean Van Welkenhuyzen. D’autres comme Henri Bernard estiment qu’il y aurait eu lieu de se lier plus intimement aux alliés anglais et de se retirer sur l’Yser (d’ailleurs dès le 22 mai), que les Français et les Anglais tinrent encore 7 jours dans le réduit de Dunkerque. Le Général Wanty imagine une autre possibilité: « Peut-être l’initiative de la reddition aurait-elle pu être laissée aux commandants de la division ou du corps, voire de petites unités, et non pas être imposée en bloc à l’ensemble de l’armée par un acte solennel. L’impact psychologique et politique eût été bien moins défavorable au pays, avec des conséquences en chaîne incalculables. »22. Le Général Van Overstraeten pense lui qu’il aurait encore fallu tenir un jour encore au moins. On sait que le 27 encore, à Knesselaere, le 1er et 4e Régiment de Cyclistes (des régiments wallons, mais notre article ici ne visent que les 20 DI proprement dits), renforcés de quelques petites unités flamandes de cavalerie, infligèrent une défaite grave aux Allemands (plus de 100 prisonniers), de même que les Chasseurs ardennais à Vinkt (près de 200 morts allemands, plus de 1600 blessés).

Henri Bernard met en cause également les clauses de la capitulation qui prévoyaient en fait une série de conditions qui sont contraires à l’honneur militaire comme d’ouvrir les routes aux Allemands jusqu’à la mer et de livrer le matériel sans le détruire. Le soulagement des militaires à qui cette capitulation épargna la mort pose problème, car c’était reporter sur d’autres les sacrifices nécessaires pour vaincre l’hitlérisme. Mais il y a au fond de cette réaction tout l’esprit néfaste de la politique de neutralité, politique de repli sur soi, et d’une certaine couardise. En outre, le roi Léopold III a confié à son secrétaire particulier le Comte Capelle, à son Conseiller militaire Van Overstraeten , la démoralisation causée chez lui et à l’intérieur de l’Etat-Major de l’Armée par les défections de régiments flamands. C’est une des raisons avancées par Léopold III dans son livre blanc pour hâter la capitulation. Francis Balace écrit qu’elle repose sur la crainte que le roi avait que la conduite contrastée des régiments flamands et wallons ne pousse les Allemands à la même politique séparatiste qu’en mai 1940. « Ce qui est également important dans la pensée du roi » affirme-t-il « c’est de ne pas permettre à l’ennemi de tirer argument des défections de certaines unités, on aura compris qu’il s’agissait de certains bataillons de régiments flamands, pour mener une politique favorisant le séparatisme et niant le fait belge. »23 F.Balace, Fors l’honneur. Ombres et clartés sur la capitulation belge, in Jours de Guerre, t. 4, Jours de défaite, II, pp. 23-24, Crédit Communal, Bruxelles, 1991. Balace estime que Léopold III a décrit au Compte Capelle, non pas seulement la défection de petites unités, mais de régiments : « des régiments entiers se rendaient, l’armée belge devait demeurer dans l’ordre » (le Livre Blanc du secrétariat du roi Léopold III, déjà cité p.24, s’exprime presque de la même manière). Van Overstraeten décrit un Léopold III démoralisé dont la confiance a été sapée par les tergiversations des alliés, mais aussi « les défections d’unités flamandes ». (Van Overstraeten Dans L’étau, op. cit. p.350). La consultation de trois juristes Devèze, Pholien, Hayoit de Termicourt signale que « durant les dernières heures des unités se rendirent à l’ennemi sans ordre et que, hélas, certains officiers même manquèrent à leur devoir », termes que cite F.Balace, mais que l’on retrouve dans Le Livre blanc publié par Léopold III en 1946.

 

Autocensure, censure

Si par exemple, Hervé Hasquin a publié dès 198024 des chiffres chiffres globaux démontrant le manque de combativité des troupes flamandes, il n’en va pas de même d’autres auteurs. Par exemple, Jean Vanwelkenhuyzen dans Quand les chemins se séparent (op.cit.), cite des « notes inédites » du Comte Capelle rapportant que le roi lui avait dit : « Déclarer qu’il fallait se faire tuer jusqu’au dernier, c’est de la folie. Un soldat consent à mourir quand il est soutenu et quand son sacrifice peut servir le pays. Mais, dans les conditions indiquées, continuer à se battre c’eût été insensé : des régiments entiers se rendaient à l’ennemi. L’armée belge devait demeurer dans l’ordre, elle ne pouvait mourir dans la débandade. » Nous avons déjà parlé de son extrême discrétion dans le même ouvrage concernant les redditions de troupes flamandes dont « l’impression du moment » tend à exagérer la portée. Mais il y a aussi un autre aspect: censurer de tels événements (ou s’autocensurer à leur propos).

Il n’existe pas un seul texte un peu continu, prenant comme sujet le manque de combativité ou la reddition volontaire d’une bonne moitié sinon même des fantassins flamande regroupés dans les 20 DI (ni ouvrage ni article, sauf un seul à notre connaissance, celui de G.Hautecler en 1980, 2 pages dans la Revue des chasseurs ardennais).

La question de savoir s’il s’agit de simples bataillons ou de régiments est oiseuse. La reddition en masse de trois bataillons sur les 4 du 41e de Ligne à Gand, le 23 mai, ne constitue pas effectivement « un régiment entier », mais c’est presque cela. De même le nombre de soldats désarmés à Gand la même journée et que Peter Taghon évalue à 8 ou 10.000, c’est celui équivalent à la composition de 2 ou 3 régiments d’infanterie au moins. Le passage à l’ennemi du 15e de Ligne le 25 mai au matin est bien celui d’un « régiment entier » entraînant par son mouvement les deux autres (et quasiment toute la 4e DI). Quant au 23e de Ligne de la 12e DI, c’est la moitié du régiment qui se rend le 26 mai, mais peu à peu les soldats de toute cette division désertent les combats pendant la nuit à un tel point que, bien longtemps après les événements, le Chef d’Etat-Major Général, O.Michiels, estime que sinon le 26, en tout cas le 27, cette Division « n’a plus d’infanterie ». Nous avons parlé des problèmes de la 14e Division dont un des colonels, le colonel Dothée estime que les deux autres régiments ne se sont pas battus. On a aussi évoqué la 13e DI qui, après les problèmes rencontrés le 23 mai, ne réapparaît plus vraiment dans les combats. G.Hautecler ou Eric Simon parlent, l’un, de plus de 25.000 soldats flamands se rendant en masse, l’autre de plus de 21.000. Certes ces redditions correspondent, en nombre, à l’équivalent de moins de 7 régiments (sur les 33 régiments flamands intégrés dans les DI que comptent l’armée belge).

Mais ces défections en entraînent d’autres, cette réticence à combattre rendent en fait non opérationnelles, à coup sûr (du 13 au 27) : six DI flamandes (la 14e, la 13e, la 4e, la 12e, la 16e), avec une partie de la 18e DI et surtout la 9e DI (elle se rend ou ne se bat plus).
Défection et manque de combativité

On peut évaluer la combativité des différentes DI de l’armée belge en mai 1940. 6 DI flamandes ont fait preuve d’une combativité nulle ou très faible, celles pour lesquelles on peut parler de défection quasiment complète (reddition ou inaptitude au combat) :

4e DI + 12e DI + 13e DI + 14e DI + 16e DI + 9e DI Six Divisions flamandes sur Neuf

La combativité de la 18e DI (partiellement flamande sauf son régiment wallon) est médiocre, de même que celle de la 6e DI partiellement flamande (sauf son régiment wallon). Trois divisions flamandes peuvent être jugées avoir combattu courageusement : la 11e DI, la 1ère DI et la 2e DI. La 11e DI et la 2e DI ont tenu le canal de la dérivation pendant la bataille de la Lys, contre-attaquant plusieurs fois. La 1ère DI a défendu la Lys au sud de Courtrai.

1ère DI, 2e DI, 11e DI Trois Divisions flamandes sur 9

Les régiments wallons de chasseurs à pied des 5e DI et 10e DI ont tous et toujours tenu fermement le front qu’ils avaient reçu l’ordre de défendre de même évidemment que les deux Divisions ardennaises qui ont été citées plusieurs fois à l’ordre du jour de l’armée : les 1er et 3e Chasseurs ardennais ont même obtenu une lourde victoire le 27 mai contre les Allemands à Vinkt. Les régiments de la 8e DI (13e – cité à l’Ordre du Jour de l’armée le 26 mai – les 21e et 19e), ont tenu solidement la Lys du 23 au 26 mai. Même éreintée par les combats, largement affectée par les morts, les blessés et les captures notamment du 26 mai, durant le franchissement de la Lys, et alors qu’elle était déjà usée par sa retraite de 90 km depuis Namur, la 8e DI a continué à se battre pour ne vraiment fléchir qu’aux dernières heures du 27 mai. La 3e DI, fortement éprouvée par sa retraite depuis Liège et par les combats terribles au nord dc Courtrai le long de la Lys, parvient encore à former des dizaines de groupes de combat (de 1500 à 2000 hommes), qui seront incorporés à des divisions en ligne. La 15e DI, pourtant division de deuxième réserve (donc mal équipée), se bat bien mieux que certaines divisions d’active ou de première réserve. Certaines de ces divisions continueront à combattre même après l’heure fixée pour la capitulation sans condition par le général allemand le 28 mai à 4h. du matin. Il est bien sûr inutile de rappeler la combativité des 1ère et 2e Divisions de Chasseurs ardennais. On a donc huit divisions wallonnes sur 8 qui ont fait front aux Allemands jusqu’au bout :
3e DI+5e DI+8eDI+10e DI+15eDI+17eDI+1èreCha+2eCha Huit divisions wallonnes sur huit [Cha = Chasseurs ardennais]

Rappelons que la 18e DI, la 7e DI et la 6e DI ont deux régiments flamands sur 3. Les comportements de leurs 6 régiments flamands mais aussi de plusieurs des 3 régiments wallons sont considérés comme moyens par Eric Simon (article à paraître en mars)

Luc Devos pense qu’il faut invoquer la question de la langue (à côté d’autres déficiences comme le ravitaillement, le camouflage, la dotation en munitions), pour certains régiments un peu déficients de la 7e DI : « Les gradés étaient principalement d’origine francophone, tandis que la majorité de la troupe était néerlandophone. Les contacts n’en étaient donc pas facilités, mauvaise compréhension, et interprétation erronée faisaient partie du quotidien. »25

Il y a eu aussi l’idée – typique de la politique de neutralité – que l’armée belge ne faisait pas la guerre comme les Alliés, mais uniquement pour défendre son territoire et rien d’autre, ce qui est une exacerbation des sentiments d’Albert Ier en 1914. Jean Stengers estime avec beaucoup d’autres que les Alliés français et anglais n’ont pas été clairement et préalablement mis au courant de la capitulation du 28 mai. Elle a bien failli hypothéquer le rembarquement des Alliés à Dunkerque auquel Henri Bernard aurait voulu voir les troupes belges participer (mais l’armée belge en Angleterre aurait été à 70% wallonne ?). L’argument selon lequel une résistance de l’armée belge aurait nui aux réfugiés encombrant l’arrière du front est contredit par Henri Bernard. Il estime que la mobilité des unités de l’armée à l’arrière du front n’a pas été vraiment entravée par la présence de ces réfugiés. Après la percée allemande de part et d’autre de Courtrai, réalisée le 24 mai au soir, on a vu monter en ligne, dans les trois jours qui restaient, un grand nombre de Divisions de l’arrière et traverser avec rapidité ce territoire prétendument encombré. Soit de 70 à 100.000 hommes : la 10e DI, la 9e DI (certes proches de Courtrai), la 2e Division de Cavalerie (venant de la Flandre zélandaise), la 15e DI (venue du littoral), une partie de la 6e DI (venue du canal de la dérivation) et enfin la 60e DI française qui traversa toute la Flandre occidentale le long du littoral du 27 mai au 28 mai. Enfin, Hitler avait interdit le bombardement des villes flamandes.
Les causes des redditions et faiblesses flamandes

Autant de très nombreux officiers et soldats wallons ne pouvaient que s’indigner des redditions ou de la mollesse des combattants flamands, autant nous devons tenter de comprendre – sans juger – les raisons des comportements flamands. Mais il faut à la fois comprendre les raisons des comportements flamands et … les raisons pour lesquelles les Wallons ne pouvaient pas les comprendre. C’est la seule façon d’être vraiment autocritique.

Certes, comme Eric Simon l’écrit, la 14e DI a été mal employée, la 13e DI était épuisée (lors de son écroulement), par une marche forcée depuis Anvers. Mais des divisions wallonnes ont été soumises aux mêmes efforts et à des aléas analogues. Pour expliquer les raisons des comportements flamands, par contraste avec la vaillance de la plupart des divisions wallonnes, il faut évoquer la mémoire de 1914. Il faut le faire tant en ce qui concerne les combats sur l’Yser que les atrocités allemandes d’août 1914 qui ont durement et principalement frappé les habitants de la Wallonie, les plongeant dans l’horreur, même si les Wallons n’étaient pas alors visés en tant que tels (contrairement aux bombardements allemands de 1940 qui ne visèrent que les villes wallonnes, selon l’ordre exprès d’Hitler, mais les soldats n’en eurent sans doute que peu ou pas connaissance). On pourrait dire que les Wallons ont gardé la mémoire de l’Yser et des massacres d’août 1914, ce qui ne les dispose pas bien à l’égard des Allemands et les stimule à la Résistance. Les Flamands ont moins de souvenirs atroces de 1914 et par ailleurs, la mémoire de la guerre est chez eux la mémoire d’un mépris de leur langue par l’autorité militaire, le souvenir des tristes conditions de vie du soldat, ce qui lie le tout à la montée d’un nationalisme flamand au départ démocrate et émancipateur. Certes, le pacifisme et la condamnation de la guerre existent aussi côté wallon. Mais il ne contredit pas nécessairement le patriotisme et cela sera encore plus vrai en mai 1940. D’autant que l’idéologie qui se déploie derrière l’armée allemande n’est pas ignorée de tous.

Georges Hautecler, l’auteur du seul article sur cette question que nous ayons pu trouver, met l’accent de manière progressiste et sociale sur la dureté du régime des soldats mobilisés en 1940, ainsi que des sous-officiers, mal payés, dont les ménages ne bénéficient que d’indemnités dérisoires. Alors que les officiers réservistes sont payés comme leurs homologues de l’active. Il insiste aussi sur la propagande allemande qui a travaillé selon lui la 4e DI et la 9e DI. Mis en face du chiffre donné par G.Hautecler de « plus de 25.000 soldats flamands s’étant rendus », Richard Boijen dans De taalwetgeving in het belgische leger met en cause : la Dynastie, la direction de l’armée, le Parti libéral et le mouvement wallon qui ont tout fait pour freiner la flamandisation de l’appareil militaire.26

On peut accepter l’explication de Richard Boijen, mais il faut admettre aussi que les soldats et officiers wallons, qui ont pu percevoir ces redditions, n’y ont pas compris grand-chose. Il leur est plus que probablement apparu qu’un combat linguistique ne pouvait interférer dans la résistance à un agresseur comme l’Allemagne, tant celle de 1914 que celle de 1940, même compte non tenu des atrocités connues de 1914 et de celles qui se révéleraient après 1940, mais dont beaucoup n’ignoraient quand même pas la possibilité : ce régime raciste était connu. IL ya plus : l’Allemagne impériale ou hitlérienne, par ses deux agressions injustifiables contre la Belgique, ne pouvait-elle apparaître, aux yeux des Wallons de 1940 (mais aussi des Flamands ?), comme coupable d’atteintes aux droits de l’homme et des peuples infiniment plus graves que les vexations linguistiques ? Certes, ces vexations, le peuple flamand y lisait, liée à l’humiliation nationale, l’humiliation des dominés, en général, alors que, en Wallonie, la condition de dominés (d’ouvriers, de paysans ou de soldats selon la formule célèbre), était perçue non à travers le prisme nationaliste, mais à travers l’analyse sociale ou socialiste en général. Ajoutons à cela que l’unilinguisme voté en 1921 par la Flandre ou la flamandisation de l’armée en 1938 s’imposèrent à la faveur de la majorité numérique détenue par les Flamands au Parlement national belge. On ne le dit jamais assez : le fait que les Flamands aient choisi de défendre leur langue propre était sans doute légitime, mais était aussi une manière d’imposer aux Wallons, encore mal francisés, la connaissance, au-delà du français, qu’ils commençaient à peine à pratiquer, du wallon, dont ils usaient encore largement, d’une langue, le flamand ou le néerlandais, dont on ne savait pas qu’elle allait être au programme national, dont on ne voyait pas pourquoi elle devait y figurer. De plus cette langue fut imposée sans le consentement wallon (1921, 1938, 1962). Le prix payé par les Wallons à cet égard ne cesse de grossir, pour des injustices qu’ils n’ont pas commises ou dont on peut relativiser la gravité.

Les Wallons – et pas seulement les cadres comme on le dit souvent – ont pu anticiper sur les conséquences de cette obligation et s’en irriter comme d’une vexation inutile, s’en effrayer aussi. Même si c’est la bourgeoisie qui imposa le français comme seule langue officielle en 1830, on peut estimer que le choix de cette langue faisait partie d’un contrat national implicite que les votes – Flamands contre Wallons – de 1921 (unilinguisme en Flandre), et de 1938 (flamandisation de l’armée), venaient déchirer. Les Wallons étaient à l’époque (le demeurent ?), des « nationalistes belges » (au sens neutre du mot « nationalisme »), par conséquent dans l’attente logique que se maintienne une langue commune (qui n’était pas leur langue à tous loin de là en 1830 et même longtemps après), pour se parler au sein d’un même pays.

Ce « nationalisme belge » des Wallons peut expliquer que les visites du roi aux armées avant 1940, même dans les régions très à gauche comme la région liégeoise, n’aient pas créé d’incidents, alors qu’ils n’en alla pas de même lors de la visite à certaines unités flamandes comme, précisément, la 4e DI. Face à l’Allemagne hitlérienne, et malgré la politique de neutralité, en raison de tous les souvenirs de 1914 (atrocités et Yser), il nous semble juste de dire que la Wallonie voulait résister, ce que prouve d’ailleurs ensuite sa participation majoritaire à la Résistance militaire et intellectuelle (la presse clandestine). Nous n’admettons pas bien le doute de Francis Balace sur la volonté de se battre en Belgique en général, doute qu’il émet souvent. Ou même l’idée (qui vient du général Michiels), que les Wallons se battirent « pour l’honneur ». Cela, c’est une idée de militaire de carrière. Les soldats wallons sur la Lys se battirent parce qu’ils avaient l’espoir ou la rage d’arrêter les Allemands. Tout ce que nous venons de rappeler et la conduite des régiments wallons en mai 1940 prouve bien la volonté de résistance de la population en Wallonie, comme l’enthousiasme au moment de l’entrée des armées françaises les 10 et 11 mai.

Ce qui est grave, c’est le peu de cas que Léopold III a fait de cette volonté de résistance en capitulant à la fois militairement, le 28 mai 1940 – décision hâtive – et politiquement ensuite durant les années d’occupation.
La fausse leçon du passé figé

Nous ne savons si l’histoire « donne des leçons », mais il y a au moins une fausse leçon que donne la perception du passé, figé, par essence, c’est l’idée d’un déterminisme absolu de l’histoire, le sentiment que les choses qui se sont produites ne pouvaient se dérouler autrement et que l’avenir est à considérer également comme écrit d’avance.

L’intérêt de l’article d’Eric Simon qui précède celui-ci est de venir briser une des premières lignes de défense des apologètes du chef de l’armée belge, Léopold III. On prétend qu’il aurait vu clair dès avant même la guerre et en tout cas avec le franchissement de la Meuse par les blindés allemands à Dinant et Sedan les 13 et 14 mai. A-t-il vu clair ou n’était-il que sceptique et défaitiste comme son père ? Les prévisions qu’il faisait n’étaient-elles pas réalisées aussi en fonction de la volonté de s’exposer le moins possible à la nécessité d’une résistance en général, et d’une résistance à Hitler en particulier, ce qu’illustre évidemment la politique de neutralité qu’il avait choisie en 1936 ?

Eric Simon va même plus loin et s’étonne que, en mai 1940, l’armée belge n’ait pas pris l’initiative de contre-attaques sur le flanc allemand des divisions se ruant vers la France. D’autant plus que la doctrine belge, élaborée par le général Nuyten, lui prescrivait d’opérer ces contre-attaques en cas de supériorité numérique sur l’adversaire, ce qui a été le cas durant plusieurs jours du mois de mai27. Il y a là sans doute une volonté de ne pas mécontenter l’Allemagne qu’on retrouve lors de la capitulation ou lors du placement de ces pancartes par des officiers de l’Etat-Major, le 27 mai à la frontière franco-belge, derrière l’Yser, ICI BELGIQUE, dans l’espoir d’éviter une charge de blindés allemands, soulignant que la « Belgique » n’était pas indissolublement jointe aux alliés28.
Plus grave que la divergence entre Wallons et Flamands

Il y a plus que le contraste entre le manque de combativité des régiments flamands et la vaillance des régiments wallons, c’est le fait que l’état d’esprit des soldats wallons était vraiment antithétique du pessimisme et du défaitisme de l’Etat-Major de l’armée et du roi, son commandant en chef. Déjà en 1914, le roi Albert Ier ne fit pas la guerre dans le même état d’esprit que l’opinion publique. Car il estimait qu’il ne devait se battre que par respect des engagements internationaux et non par ce réflexe patriotique qui est le fait des gueux selon Péguy (« Depuis les cités grecques et même avant, les Cités sont défendues par les gueux et livrées par les riches, car les riches n’ont que des biens temporels à perdre tandis que les gueux ont à perdre ce bien : l’amour de la patrie. »). C’est ici qu’il faut rappeler la citation en exergue de Robert Devleeshouwer.29

Le désaccord profond entre le roi et le gouvernement à Wijnendaele en découle. Il est possible que les ministres se faisaient des illusions sur la capacité de résistance de la France, mais on se fait parfois aussi des « illusions » (le mot est-il même bien choisi ?), par volonté de résister et de combattre. Cette volonté existait chez les soldats wallons. On peut comprendre qu’une majorité des soldats flamands ne la partageaient pas ou moins, mais ce n’était pas nécessairement pour les mêmes raisons que celles du roi…

Si le monde populaire en Flandre n’avait guère de sympathie pour une résistance de l’armée (la reddition de Gand le montre), pour des raisons directement pacifistes, sociales et flamandes, la réticence du roi à résister à l’hitlérisme et à l’Allemagne relevait de l’inquiétude pour son pouvoir. Les raisons avancées de type humanitaires (ménager les soldats, songer aux réfugiés qui pouvaient pâtir des combats), ou militaires (l’armée allait se disloquer), cachent le fait que le roi poursuivait une politique de neutralité liée à son maintien au pouvoir. On le voit bien aussi au fait qu’il ait eu si peur que la conduite contrastée des régiments flamands et wallons n’entraîne les Allemands à une politique favorable à un séparatisme qui l’aurait exclu.

Ce sont des raisons différentes qui ont poussé les Wallons à accepter l’autorité des cadres de l’armée et les Flamands à la rejeter peu ou prou. Mais derrière cela, il est absurde de considérer que les Wallons pouvaient se trouver mieux que les Flamands d’une armée demeurée d’esprit francophone. Parce que la flamandisation de l’armée entraînait aussi sa wallonisation et ne présentait aucun avantage pour les soldats wallons. Chantal Kesteloot estime absurdement que les Flamands ont bâti leur identité sur des souvenirs de dominés, et les Wallons sur des souvenirs de dominants.

C’est faux. Les Wallons ont pu éprouver en 1921 et 1938 la rupture d’un contrat national. En mai 1940, ils ont été vaincus dans des circonstances rendues plus pénibles encore parce qu’ils pensaient pouvoir compter sur un partenaire flamand qui démontra de graves défaillances face à la plus terrible expérience de l’humanité qu’est la guerre, surtout quand, après l’angoisse et la peur, on est du côté des vaincus et par quel barbare ennemi ! Et quand les quolibets des camarades de combats flamands, même officiers, en rajoutent à une défaite humiliante (voir plus loin le témoignage d’André Delplanque).

Les cris séparatistes du Congrès National Wallon d’octobre 1945 n’expriment pas la joie honteuse de vainqueurs ni la revanche de dominants. Ils expriment la détresse de ceux qui au pire moment de la vie d’une Nation s’aperçoivent qu’elle n’existe plus parce que ceux sur qui ils croyaient pouvoir compter s’esquivent. On s’interroge sur les traces que laisse encore aujourd’hui en France la défaite de juin sans voir que les Wallons – en tout cas eux – ont bu à la même coupe de l’humiliation, de la peur et de la trahison (celle du roi, celle des Flamands, car elle fut perçue comme cela). Il y eut cette amertume de ne pas pouvoir partager l’épreuve de la défaite avec une partie des Flamand. A tout cela s’ajoutera une Résistance menée par le petit peuple de Wallonie encore une fois en contradiction avec le roi des Belges et les dominants de ce pays. Qui fut une autre rupture du contrat national. Et le maintien des prisonniers de guerre en Allemagne, la libération des Flamands, nouveau sentiment de trahison en défaveur de singuliers « dominants », étrangers par leur classe à la bourgeoise francophone flamande et bilingue.

Refoulement, autocensure et mensonges : dire la vérité, toute la vérité

Tant la rupture de 1921 et de 1938 (l’imposition du néerlandais comme langue nationale), que la rupture de mai 1940 – l’opposition dans la conduite face à l’ennemi des régiments flamands et wallons – font partie d’un refoulé de l’histoire. Hannah Arendt a dit à juste titre qu’un « événement qui n’est pas raconté n’a pas eu lieu ». La rupture avec Léopold III est plus éclatante, elle n’a pas été oubliée, mais, d’une part, elle est sans cesse contrariée par les thuriféraires omniprésents de la Dynastie et, par ailleurs, l’une de ses sources en est largement ignorée : l’étrange campagne des dix-huit jours.

L’histoire, comme toute science, est la recherche des causes des phénomènes. Quand ces causes nous échappent, nous ne comprenons plus le passé ni le présent ni l’avenir. Ulcérés par le retour du roi en 1950, les Wallons parvinrent à le chasser en reprenant les armes morales et matérielles de mai 1940 et de la résistance. Mais les Flamands furent à leur tour ulcérés de voir leur majorité contredite par un peuple insurgé, dont ils assimilèrent la victoire à celle de la bourgeoisie francophone, étrangement.

En ce sens, les grèves de 1960-1961, qui reproduisent à certains égards, mais pour d’autres motifs, le schéma de l’insurrection de juillet 1950, parce qu’elles furent réprimées et n’aboutirent pas vraiment, peuvent être considérées comme la revanche de la Flandre sur 1950. C’est après 1961 que celle-ci va parfaire ses conquêtes linguistiques et à nouveau en les imposant (vote des lois de 1962, Flamands contre Wallons, annexion des Fourons, Walen Buiten de 1968). La logique que la Flandre va imprimer à ce combat va peu à peu inciter ses adversaires à faire prévaloir sur les revendications économiques et sociales de la Wallonie, une solidarité francophone mal définie et qui semble avoir la préséance sur l’affirmation wallonne.

Si un nationalisme belge mal assumé et mal dépassé a fini par éteindre en nous la mémoire de ce que François Simon nomma à la tribune du Congrès National wallon de 1945 « [les] choses effroyables que nous avons vécues en 1940 [...] [les] trahisons de la Lys et du Canal Albert », c’est parce que nous n’arrivons pas à nous assumer et que la propagande belge nous y aide. Mais pas seulement. Il y a aussi l’autocensure. J’avoue que ce qu’il reste en moi de nationalisme belge a longtemps hésité à parler de la contradiction entre les régiments flamands et wallons de mai 1940, alors que, tout bien réfléchi, croire que faire le silence sur cela c’est ménager les Flamands est faux.

On ne bâtit rien sur les refoulements et les mensonges. Ne substituons pas au mensonge belge un mensonge francophone accroché à une solidarité qui n’est pas assez définie. Il n’y aura de Wallonie ouverte et réconciliée avec elle-même et avec Bruxelles et la Flandre que si nous nous disons la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. C’est ce que j’ai essayé de faire ici même pourtant en rappelant une vérité déplaisante : le fait que les troupes flamandes de mai 1940 ont, non pas toutes certes, mais en grand nombre, et majoritairement, sans savoir ce qu’elles provoquaient chez l’autre peuple, en estimant que ni la Guerre, ni la Belgique n’en valaient la peine, laissé tomber leurs compatriotes wallons face à la Mort, face à Hitler.

« Un événement qui n’est pas raconté n’a pas eu lieu. » Il n’était pas trop tard d’essayer qu’il le soit. Souvent, pour les questions de langue, pour leurs difficultés sociales, pour le fait qu’on ait passé outre à leur avis en 1950 et maintenant parce que nous sommes en difficulté économique, les Flamands nous reprochent nos « injustices », voire même, comme, récemment, un éditorialiste flamand dans Le Soir, nous reprochent de « ne pas connaître leur histoire ». Il y a trop de gens qui considèrent comme acquis le fait que la domination du français en Belgique a été purement et seulement une « injustice ». Il y a trop de gens qui, encore plus absurdement, considèrent que ce sont les Wallons qui l’ont commise. Ecoutez les raisonneurs : pour eux tout cela serait acquis. Cela ne l’est pas !Tant de Wallons croient juste de leur emboîter le pas ! Ils ne savent rien des vraies et claires raisons pour lesquelles les Wallons n’ont pas à se culpabiliser. Ni de ne pas connaître le néerlandais. Ni de subir des difficultés économiques. Ni d’avoir été les principaux « injustes » vis-à-vis des Flamands. Ils ne voient pas que c’est se comporter de manière coupable, comme des vaincus, de n’admettre que les raisons des autres et donc leur pouvoir à la manière pétainiste de juin 1940. Se réconcilier, n’est pas se soumettre, mais se confronter. Cela manque aux Wallons comme aux Flamands. Le 28 mai 1940 (défection des régiments flamands), et le 31 juillet 1950 (tentative de formation d’un gouvernement wallon au cœur de l’émeute), la crise nationale belge se lit bien en deux moments paroxystiques.

Il faudra se serrer la main, mais après une vraie explication.

1. Comme le montre le livre de Ludo De Witte, L’assassinat de Lumumba, Karthala, Paris, 2000.
2. Jean Duvieusart, La question royale, crise et dénouement, Bruxelles, 1975.
3. Léopold III, Pour l’histoire, Racines, Bruxelles, 2001.
4. Le gouvernement provisoire wallon de 1950
5. José Fontaine, Le gouvernement wallon de 1950, in La Cité, mai 1979, Toen Wallonië bijna een Republiek was, in De Morgen, juin 1980, in La Cité, juillet 1990, sous ce même titre dans Les faces cachées de la monarchie belge, TOUDI n° 5, Contradictions n° 65-66, Quenast-Walhain, 1991et l’article Gouvernement wallon de 1950 in l’Encyclopédie du mouvement wallon, Institut Destrée, Namur, 2000, pp. 740-742.
6. Velaers et Van Goethem, Leopold III. Het Land. De Koning, De Oorlog, Lannoo-Tielt, 1994.
7. Philippe Destatte, Ceux-ci se sont battus vaillamment in Les combattants de 40. Hommage de la Wallonie aux Prisonniers de Guerre, Institut Destrée, Namur 1995, pp.9-16, L’identité wallonne, Institut Destrée, Namur 1997, pp. 193-195.
8. Jean Stengers dans Léopold III et le Gouvernement, Duculot, Gembloux, 1980 le souligne fortement, voyez pp.30-31. Il cite le Général Van Overstraeten, Dans l’étau, Paris, Paris, 1960, p.351. Nous reviendrons à plusieurs reprises sur cette appréciation. Livre Blanc publié par le Secrétariat du roi, Bruxelles, 1946 p.144.
9. Jean Van Welkenhuyzen, Quand les chemins se séparent, Duculot Gembloux, 1988, 2e Partie La Vérité Inverse, note 40, p. 395. Il conteste que ce soit des « régiments entiers » comme on le dit en 1940 (voir infra), et parle de batillons. Mais les bataillons constituent des régiments, les régiments des divisions etc.
10. Richard Boijen, De taalwetgeving in het Belgische Leger, Musée royal de l’armée, Bruxelles, 1992. Il estime, p.316 que les lois linguistiques ont toujours été votées à une large majorité par la Chambre et que la différence entre votes wallons et flamands atteint rarement plus que 10% alors que le vote de l’unilinguisme flamand en 1921 comme les lois linguistqiues de 1962 ont, au contraire, votées par une majorité de parlementaires flamands contre pratiquement tous les députés wallons.
11. John Horn, Alan Kramer, 1914, atrocités allemandes, Tallandier, Paris, 2005. Les auteurs donnent un relevé précis de ces atrocités et en particulier celles commises en Wallonie du 5 août au 5 septembre pp. 477-484, calculs qu’il faut corriger par les remarques des auteurs p.96, plusieurs incidents de meurtres de civils ou de destruction de leurs maisons pouvant être plus isolés.
12. Des renseignements à ce sujet peuvent être trouvés dans plusieurs ouvrages comme ceux de Raoul van Overstraeten (sur lesquels nous reviendrons), Henri Bernard, Jean Van Welkenhuyzen, Léopold III, Peter Taghon, Philippe Destatte etc. Mais plus précisément sur l’ordre de bataille de l’armée belge et l’appartenance linguistique des régiments, nous avons consulté Histoire de l’armée belge de 1830 à nos jours, Centre de documentation historique des forces armées, Bruxelles, 198, Tome II De 1920 à nos jours. On y découvre en particulier l’ordre de bataille, p.61, et l’appartenance linguistique de 21 des 60 régiments regroupés dans les 20 Divisions d’infanterie – DI -) p.61, régiments d’active ou de première réserve. Nous avons consulté aussi André L’Hoist La guerre 1940 et le rôle de l’armée belge, Ignis, Bruxelles, 1940, qui donne un aperçu de l’appartenance linguistique des 6 DI d’actives (de 1à 6), des 6 DI de première réserve (de 7 à 12), et des deux divisions de Chasseurs ardennais, soit 42 des 60 régiments d’active. Francis Balace dans Quelle armée pour la Belgique ? in Jours de guerre, ajoute des éléments comme la composition des divisions mixtes (comptant 2 régiments flamands et 1 régiment wallon), telles la 6e DI, la 7e DI et la 18e DI (où les trois régiments de carabiniers sont des régiments wallons). Il fait aussi des remarques sur certains problèmes linguistiques comme ceux du 15e de Ligne ou du 23e de ligne, la conduite honorable des régiments flamands d’artillerie etc. Ces renseignements accumulés sont regroupés aussi par Luc A.Lecleir, L’infanterie, filiations et traditions, Bruxelles, 1973, qui indique l’origine des régiments versés dans les DI en 1940. Nous avons aussi pu vérifier ces informations auprès de l’historien Eric Simon que nous citons dans cet article et qui en signe un autre dans cette revue.
13. Ces positions sont décrites dans plusieurs ouvrages. Celui d’Oscar Michiels (Chef de l’Etat Major Général en mai 1940), 18 jours de guerre en Belgique, Berger-Levrault, Paris 1947, décrit pp. 17-46 diverses positions de l’armée belge avant 1940 et en fin de compte (pp. 40-46) les positions de l’ensemble des troupes de l’armée belge le 9 mai au soir (croquis p. 41). De Fabriebeckers décrit ces positions dans La campagne de l’armée belge en 1940, pp. 70 et suivantes (avec des cartes et schémas à la fin du volume). De même qu’Henri Bernard, Panorama d’une défaite, Duculot, Gembloux, 1984, ouvrage abondamment cité dans l’article sur la bataille de la Lys que nous avons publié dans le numéro précédent de la revue. Enfin Eric Simon dans Coup d’œil sur la campagne de l’ouest (Partie III), évalue Le rapport des forces entre la Heer et l’Armée belge en mai 1940 (la « Heer » est l’armée de terre allemande) dans le Bulettin d’information du Centre Liégeois d’Histoire et d’Archéologie Militaire, Octobre-Dcémebre 2005, Tome IX, fascicule 8, pp. 25-44.
14. Un site internet consacré au 2e Régiment de Grenadiers (7e DI) : http://home.tiscali.be/mertense/gm2.htm, André Vandersande, Les carabiniers au cœur du combat, Collet, Bruxelles, 1985, P.Joseph Schaumans, Oorlogsbevelnissen. De eerste meidagen 1940 – Bruggehoodfd Velwezelt, Itterbeek, 1995 (ce livre est écrit par un sous-officier du 18e régiment de ligne).
15. On lira aussi les réflexions d’Henri Bernard (op.cit.), de de Fabriebeckers (op.cit.), de Philippe Destatte (op.cit.) et les réflexions de Lucien Champion, La guerre du sanglier, Coillet, Bruxelles, 1990, pp.34-35.
16. Luc Devos, La Belgique et la Deuxième Guerre Mondiale, Racine, Bruxelles, 2004, p.79.
17. Luc Devos, ibidem, p.80. Pour ces événements, voir aussi Oscar Michiels, Henri Bernard et Paul Berben et Bernard Isselin, Les panzers passent la Meuse, Laffont, Paris, 1967.
18. Eric Simon ne donne pas de chiffres sur le nombre de soldats qui se rendent mais les considèrent comme appartenant au 33e et 34e de Ligne (13e DI). Le Général Van Overstraten estime que ces deux régiments sont responsables du franchissemnt du canal de Terneuzen par l’ennemi le 23 mai, voir Dans l’étau, Plon, Paris, 1960, p.307 (il ne cite pas le numéro de la division mais par recoupement on peut comprendre qu’il s’agit de la 13e DI). La 13e DI n’est plus signalée par Oscar Michiels (op.cit.), comme participant aux combats.
19. On peut consulter, outre Oscar Michiels (op. cit. p.149), Henri Bernard (op.cit.) Peter Taghon, La reddition de Gand, légende et vérité in Jours de Guerre, n°2, 1991, pp. 115-123 et (ouvrage non consulté) Peter Taghon Gent, mei 1940, Historica, Gand, 1986.
20. Outre Henri Bernard, on doit citer ici le général van Overstraten dans Léopold III prisonnier, Didier-Hattier, Bruxelles, 1986, p. 27 qui accuse non seulement le 15e de Ligne mais aussi le 7e et le 11e de Ligne de la 4e Division.
21. Le Colonel BEM, A. Massart, Historique du 13e de Ligne, Centre de documentation historique des forces armées, Bruxelles, 1982, signale (p.118), la reddition de la 5e Compagnie du 16e de Ligne sur le flanc droit du 13e de Ligne.
22. Général Emile Wanty, Le milieu militaire belge de 1914 à nos jours, Tome II, Musée royal de l’armée et de l’histoire militaire, Bruxelles, 1999, p.255.
23. F.Balace, Fors l’honneur. Ombres et clartés sur la capitulation belge, in Jours de Guerre, t. 4, Jours de défaite, II, pp. 23-24, Crédit Communal, Bruxelles, 1991.
24. Hervé Hasquin, Historiographie et politique en Belgique, Editions de l’ULB et IJD, Bruxelles-Charleroi, 1996, p.203, note 46. Van Welkenhuyzen, op. cit. Duculot, Gembloux, 1988, p.131
25. Luc Devos, op. cit., p. 51.
26. Richard Boijen, De taalwetgeving in het belgische leger, op. cit.
27. Eric Simon, Coup d’œil sur la campagne de l’ouest (Partie III), Le rapport des forces entre la Heer et l’Armée belge en mai 1940, op. cit., p.38
28. C’est ainsi qu’Henri Bernard interprète cet étrange comportement.
29. Robert Devlesshouwer, a écrit : « En 1830, les forces politiques qui font la Belgique n’imposeront sa survie qu’à la condition que l’Europe y consente. Et les puissances finissent par y consentir, à condition que la Belgique soit à nouveau aliénée en partie. Avant son indépendance, elle (si elle était destinée à être) est aliénée par sa soumission à des pouvoirs étrangers qui la gouvernent. Après, elle n’existe que dans la mesure où elle est dépossédée de ses initiatives extérieures. C’est à cette composante négative de son existence qu’Albert Ier (lors de la première guerre mondiale) et Léopold III (lors de la seconde) répondent quand ils s’en tiennent strictement à l’idée que les devoirs de la Belgique l’obligent non à se survivre comme telle, mais à s’acquitter de ses devoirs envers ses garants, devoirs considérés comme limités à la défense militaire de son territoire, dans le sens le plus étroit du terme. Il faut d’ailleurs noter que dans les deux cas, cette interprétation limitée de l’indépendance nationale ne concordait pas avec les réactions d’une partie importante de l’opinion publique. » Quelques questions sur l’histoire de Belgique, in Critique Politique n° 2, Bruxelles, 1979, pages 5-38, p. 24.

Une publication du Centre d’études wallonnes et de République

 

 

 

http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gifLa campagne des 18 jours

source wikipedia

http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gif

La campagne des 18 jours débuta le 10 mai 1940 avec l’invasion de la Belgique par les troupes allemandes. Elle aboutit à la capitulation du 28 mai 1940.

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Les six premiers jours de la campagne : les panzers passent la Meuse

Campagne des 18 jours
Date 10 – 28 mai 1940

Lieu Belgique
Issue Victoire allemande
Belligérants
Reich allemand
Royaume de Belgique
République française
Royaume-Uni
Pays-Bas
Commandants
Fedor von Bock
Léopold III

 

 

 

La prise d’Ében-Émael et la Résistance des Chasseurs ardennais

En mai 1940, le conflit entre la France et l’Angleterre contre l’Allemagne dure depuis septembre 1939. L’écrasement de la Pologne par l’Allemagne, consommée dès octobre 1939, a entraîné l’alliance du Commonwealth britannique avec l’Empire français. Ces deux puissances engagées dans la campagne de Norvège font de cette guerre ce que l’on appelle déjà la Deuxième Guerre mondiale, alors que, le 9 mai 1940, le Danemark est occupé par l’Allemagne.
Depuis 1936, la Belgique, restée neutre, a profité de sa situation de non-belligérance pour bâtir une défense militaire aussi forte que possible contre l’Allemagne dont on appréhende l’attaque.

La 10 mai 1940, au moment de l’attaque allemande, la Belgique est parvenue à mobiliser un total de 17% de la population masculine de 18 à 40 ans, soit 8% de la population totale du pays. Il s’agit de pourcentages supérieurs à ceux des mobilisations de la France et de l’Angleterre. L’armée belge compte alors 650 000 mobilisés sur pied de guerre depuis septembre 1939 auxquels doivent s’ajouter 50 000 miliciens (conscrits) de la classe de 1940 plus les 40 000 espérés pour 1941 et plus de 200 000 jeunes de 16 à 20 ans dont les sursitaires pour 1939 et 1940 ainsi que 89 000 sursitaires et ajournés des années précédant 1939. Mais la précipitation des événements militaires qui allaient se produire à partir du 10 permit seulement de concrétiser une partie de cette levée en masse dont plusieurs dizaines de milliers de recrues sont envoyées en France avec l’accord du gouvernement de ce pays.

En plus 10 000 gendarmes sur pied militaire viennent s’ajouter aux mobilisés effectifs. En fait, un peu moins de 700 000 hommes sont répartis le long d’un grand arc de cercle qui s’étend de l’Escaut à l’Ardenne sur 500 kilomètres. L’armée belge se compose alors de :
• 6 divisions actives d’infanterie,
• 6 divisions d’infanterie de première réserve,
• 6 divisions d’infanterie de deuxième réserve,
• 2 divisions de Chasseurs ardennais, dont une division motorisée,
• 2 divisions de cavalerie motorisée,
• 5 régiments d’artillerie d’armée,
• 1 brigade de cyclistes frontière,
• 1 brigade de cavalerie portée,
• 2 régiments légers de gendarmerie,
• 3 régiments d’aéronautique,
• 2 régiments de défense terrestre contre avions,
plus les formations de troupes des services d’armée, des services territoriaux et des civils au service de la défense (fonctionnaires du ministère de la Défense nationale, personnel infirmier réquisitionné mais non mobilisé, policiers chargés du maintien de l’ordre à l’arrière).
Au début de ce qui sera la campagne des 18 jours de l’armée belge, se produisent deux faits contrastés qui relèvent des surprises de la guerre. Tout d’abord, le Fort d’Ében-Émael, réputé imprenable est pris le 11 mai, après 24 heures de résistance, grâce à l’emploi de charges creuses utilisées par des parachutistes déposés sur la superstructure du fort par des planeurs remorqués par avion depuis l’Allemagne. La nouvelle de la chute du fort porte un coup terrible au moral de l’armée belge.

À l’autre extrémité du pays, la division des Chasseurs Ardennais manifeste une combativité qui surprend les Allemands. Les Chasseurs ont été créés seulement depuis quelques années par conversion du 10e régiment de ligne considéré comme une des meilleures troupes de l’armée belge, déjà en 1830 et, surtout en 1914-18.

Surprenante résistance : Bodange, Martelange, Léglise, Witry, Chabrehez, Bastogne.

Le 10 mai, dans la nuit, sur la base de renseignements venus des attachés militaires belges et hollandais à Berlin, on sait que l’Allemagne va attaquer les Pays-Bas et la Belgique. L’alerte est donnée. Dans le Luxembourg belge, des mouvements inquiétants à la frontière et au Grand-Duché de Luxembourg confirment le bien fondé de l’état d’alerte. Aussi, le général Keyaerts, commandant en chef des Chasseurs ardennais, donne-t-il l’ordre de procéder, dans toute la province de Luxembourg, aux destructions prévues de longue date pour enrayer toute attaque. À 3 heures 45 du matin, les ponts sautent et les obstacles s’abattent sur les routes, complétant les chicanes construites en des points cruciaux du réseau de communication. En vertu d’une large délégation de pouvoirs qui donne aux Chasseurs ardennais la capacité d’entamer les opérations de la défense avancée de la province s’ils l’estiment nécessaire, le général n’a pas attendu l’ordre du grand quartier général belge. En plus de cette résistance, les Allemands doivent éliminer des barrages érigés par le génie belge, contourner des ponts détruits et construire des passerelles1. Un seul pont, celui de Butgenbach, près de Malmedy, échappe à la destruction à cause de citoyens belges d’origine allemande ralliés à l’Allemagne nazie qui guident un commando allemand qui parvient à désamorcer la charge explosive 2. L’offensive allemande débute alors que l’ambassadeur d’Allemagne à Bruxelles n’a même pas encore présenté l’ultimatum allemand au gouvernement belge.

Quand le jour se lève à Martelange, Chabrehez et Bodange, les Allemands tentent de passer sur des routes sinueuses à deux bandes de largeur parsemées de ponts sautés, d’épais murs et d’entonnoirs et environnées de champs de mines qui rendent dangereuses les tentatives de contournement des obstacles3. A la frontière belgo-luxembourgeoise, une petite compagnie de 50 chasseurs ardennais applique la consigne qui est de tenir la position à la condition de ne pas se laisser encercler. Les chasseurs s’opposent à des blindés précédés par une infanterie d’assaut. Ils résistent4, bloquant la masse des blindés qui accomplissent de ce côté la véritable offensive allemande visant le secteur de Sedan. Les canons des chars n’ont pas raison des massives fermes ardennaises et, pendant huit heures, le commandant Bricard et ses hommes résistent en appliquant la consigne en vertu de laquelle il était ordonné de résister tant qu’on ne recevait pas d’ordre de repli. Et cela même si le silence téléphonique pouvait faire craindre que les lignes soient coupées par l’ennemi. Cependant, les commandants locaux pouvaient prendre sur eux d’autoriser le repli de toute troupe qui se trouverait en risque majeur d’être faite prisonnière. Mais ce n’est qu’après la mort du commandant Bricard que les chasseurs rescapés de Bodange décrocheront pour rejoindre les lignes belges campées en deuxième échelon, au sortir des forêts. De fait, la 1re Division de chasseurs ardennais stationnait tout le long de la frontière, entre la Belgique et le Grand-Duché de Luxembourg, avec des détachements d’artillerie étalés en deuxième échelon en avant de la Meuse. À Martelange, la résistance des Chasseurs sera commémorée, après la guerre, par un monument représentant un sanglier, l’emblème des Chasseurs Ardennais, en position d’attaque.

L’état major allemand, constatant la résistance, pour lui, inattendue, des Chasseurs ardennais, ainsi que les difficultés de franchissement du dédale ardennais parsemé d’embûches (ponts sautés, chicanes sur les routes, etc…) 5 décida d’improviser un raid sur les arrières belges, décision prise par Hermann Göring maréchal de la Luftwaffe dès le 10 mai6. Ce genre d’improvisation -dans le style qu’illustreront les commandos anglais- ne correspondant pas à l’esprit de planification rigoureuse de l’attaque du 10 mai 1940, il en résultera un manque de rigueur face aux imprévus qui empêchera l’opération de réussir à cent pour cent7. Cent avions légers Fieseler Storch sont rassemblés dans des brefs délais. Ce sont des appareils de liaison capables d’atterrir sur des terrains accidentés, comme des champs, mais non prévus pour des missions de transport de troupes en zone de combats. Ils transportent chacun deux combattants en plus du pilote. Il s’agit de prendre les Belges à revers. La manœuvre est baptisée Niwy du nom des localités prévues pour les atterrissages, Nives et Witry. Mais l’opération va échouer partiellement car les avions ne sont pas armés et ne peuvent affronter le feu ennemi.

Aussi, confrontés à des tirs belges venus du sol, plusieurs appareils se déroutent-ils par des manœuvres d’évitement à basse altitude. Il en résulte que plusieurs pilotes sont désorientés et que quelques avions s’écrasent au sol et brûlent en dehors des terrains prévus qui avaient été sélectionnés en étudiant les cartes belges d’état-major que les Allemands possédaient depuis l’avant-guerre. Les rescapés coupent des lignes téléphoniques et arraisonnent des voitures civiles dans le but de se déplacer vers Witry, comme prévu, à l’origine8. Surgissent alors des troupes belges de second échelon de la ligne de défense Libramont-Neufchâteau accompagnées de chars T-15. Les Allemands fuient vers Witry. C’est là qu’arrive une deuxième vague de Fieseler Storch grâce à laquelle les « commandos » allemands peuvent repousser une deuxième attaque belge. Mais le but originel du raid n’est pas atteint, n’ayant pu entraver les itinéraires par lequel les Belges allaient faire retraite. Les « commandos » allemands foncent alors vers Fauvillers pour y joindre les troupes de la Wehrmacht qui venaient de vaincre la résistance des Chasseurs Ardennais de Bodange.

Pendant ce temps, les Français venus du Sud pourront s’installer, les 10 et 11 mai, le long de la Meuse, en territoire belge. Mais ils ne pourront empêcher la traversée du fleuve les 11 et 12 mai. Dans le reste de la province du Luxembourg, les Chasseurs ardennais appliquent la tactique qui leur a été enseignée. Ainsi, dans le sud de la province, après avoir détruit les ponts et créé des obstacles de toutes sortes, ils avaient l’ordre de se retirer en effectuant des tirs de couverture, laissant la place à des unités françaises, en accord avec l’état-major français. À Chabrehez, la résistance ardennaise utilise les fermes et des fortins en béton tout comme à Bastogne où le caporal de réserve Cadi se fait tuer dans son fortin bien qu’un blindé léger des chasseurs soit parvenu à mettre hors de combat quatre chars allemands avec son canon de 74. Dans les autres parties du Luxembourg belge, les feux d’interdiction et les destructions préparées à l’avance retardent l’avance allemande dont les troupes ne pourront se regrouper devant Sedan que les 11 et 12 mai en vue de la percée décisive. Les blindés légers français, étant entrés en Ardenne belge, dès le 10 ont pu reculer en bon ordre, mais en perdant la moitié de leur effectif, devant des panzers supérieurs par le nombre et la qualité de leurs cuirasses.
Finalement, les Allemands ne pourront attaquer vers Sedan que le 12. La résistance des Chasseurs Ardennais et l’échec partiel de l’opération Niwy (Nives-Witry) avaient accordé un léger répit aux Français du général Huntziger du secteur de Sedan.

Les panzers passent la Meuse, la bataille de la Lys

La surprenante résistance de Bodange obligea les allemands, pour réduire cette poignée d’hommes, à mettre en ligne trois mille soldats appuyés par un groupe d’artillerie et cela durant huit heures de combat, alors que les 50 soldats ardennais ne disposaient ni d’armes antichars, ni de leur artillerie divisionnaire (motorisée) qui servait en fait d’appui à la 7e DI en place sur le Canal Albert9. Cette résistance inattendue entraîna un retard d’une journée dans l’application du plan allemand d’attaque des Français à Sedan. Ce n’est que les 12 mai que la Wehrmacht put réussir à pénétrer les défenses de l’armée française des Ardennes qui, pourtant, avait eu deux jours pour se préparer. Aussi, l’attaque des Allemands vers la Meuse (en direction de Sedan et Dinant) leur permettra, en raison de la défense médiocre des divisions françaises en Ardenne et sur la Meuse à Sedan et Dinant de couper les forces alliées en deux en parvenant à Abbeville, sur l’Atlantique, le 21 mai.

Pendant la percée victorieuse des Allemands à Sedan, sur le front belge, le fort d’Ében-Émael tombait après 24 heures à la suite d’une attaque de commandos déposés par des planeurs et utilisant un nouveau type d’explosif. Le sacrifice d’escadrilles belges et anglaises bombardant les ponts du canal Albert ne suffit pas à enrayer l’avance allemande, un pont ayant échappé à la destruction et les Allemands ayant édifié un pont préfabriqué. D’autre part, un pont était tombé intact entre les mains de la Wehrmacht dans le Limbourg hollandais à la suite de la retraite précipitée de l’armée néerlandaise, ce qui découvrait l’armée belge sur sa gauche. Les Chasseurs ardennais participent à ces combats du canal Albert avec leurs propres unités d’artillerie. À ce moment, le plan belge était, depuis l’arrivée du général Champon, envoyé militaire du général Gamelin à l’État-major belge, d’obéir au plan du commandant en chef français. Et celui-ci donne l’ordre d’avoir à se retirer derrière une ligne de défense allant d’Anvers à Wavre où l’armée belge pourrait faire face avec les alliés franco-anglais. Le trou entre Wavre et Namur avec sa position fortifiée, était à combler par des troupes françaises. Une importante bataille de blindés est menée du 12 au 14 mai à Hannut, puis dans les environs de Gembloux. Mais depuis que les panzers ont passé la Meuse en perçant les défenses françaises, il n’y a pas moyen de reconstituer un front continu allié et les Belges se retrouvent isolés à Namur dont la position fortifiée doit être abandonnée par le VII CA belge le 15 mai à la suite du retrait du V CA français commencé le 12 sans prévenir l’État-major belge qui sera mis devant le fait le 1510. Ensuite, les armées française, anglaise et belge ne peuvent tenir la ligne Anvers-Wavre. L’armée belge tient trois jours sur la Dendre, puis effectue le repli vers l’Escaut avec les Français. Il est alors décidé que l’armée belge doit mener une bataille d’arrêt que l’on appellera la bataille de la Lys, (mais certains auteurs militaires belges estiment, comme le fit le général Weygand le 21 mai, qu’il aurait mieux valu se battre sur l’Yser (comme en 1914), coupure plus facile à défendre).

La capitulation du 28 mai, la bataille de Dunkerque

La faiblesse au combat de certaines divisions d’infanterie flamandes et la reddition de certaines d’entre elles expliquent, a posteriori, la crainte de commandement belge de voir la combattivité de l’armée belge se caractériser sur une base wallons-flamands car on pouvait identifier l’appartenance flamande des unités depuis la réforme de 1938 qui scindait l’armée belge selon des critères linguistiques. Il y a aussi, pour expliquer la dureté de la pression de la Wehrmacht, la volonté des généraux allemands pressés de prouver qu’ils peuvent faire aussi bien que leurs collègues du sud avec le « coup de faucille » à travers l’Ardenne.
Le front belge de la Lys est percé au milieu de la journée du 27 mai, au bout de cinq jours de combats. D’autre part, les troupes anglaises abandonnent la droite de l’armée belge pour retraiter précipitamment en vue de se rembarquer à Dunkerque. Dès ce moment, le roi et l’État-major belges se sentent abandonnés, ainsi que le relatera l’attaché militaire anglais auprès du roi Léopold III, l’amiral sir Roger Keyes. Celui-ci attestera qu’il s’est agit d’une manœuvre imposée au général en chef, lord Gort par une décision du gouvernement anglais. Et Keyes de citer une phrase de lord Gort qui mérite d’être appelée une parole historique : « Les Belges vont-ils nous prendre pour des salauds ? »11
Dès ce moment, Léopold III, qui s’estime trahi, envisage de capituler malgré l’opposition de son conseiller militaire, le général Raoul Van Overstraeten (cf. bataille de la Lys). Le roi prévient le roi d’Angleterre par une lettre personnelle qu’il fait porter à Londres et avise le général en chef français de l’armée du nord, le général Jean Blanchard que l’armée belge est au bord de l’effondrement, isolée et bientôt à court de munitions. Le message est capté par le service français d’écoute radio du colonel Thierry12. Paul Reynaud, premier ministre français prétendra plus tard que le roi Léopold III ne prévint pas ses alliés. (Mais c’est Reynaud qui n’était pas au courant de la réalité comme l’a prouvé sa stupeur, le 15 mai, quand il dû reconnaître, devant Churchill qu’il ignorait que le haut commandement français n’avait plus de réserves). Les forts de l’Est de la Belgique, dont certains continuent à combattre, (le dernier – le fort de Tancrémont- Pépinster résiste même jusqu’au 29 mai, par ignorance de l’acte de reddition du 28), seront inclus dans les exigences allemandes par un ordre spécial du roi Léopold III. Celui-ci décide de rester en Belgique, se considérant prisonnier comme ses soldats, contre l’avis du gouvernement qui fait retraite en France (après la défaite française, il gagnera Londres). L’armée belge cesse le combat le 28 mai à 4h. du matin après que le roi ait donné son accord au général Raoul Van Overstraeten pour soustraire à l’emprise allemande les soldats français de la 60e division en les faisant conduire dans des camions belges vers le 16e corps français, à Dunkerque.
Ce qui reste de l’armée belge est capturé en sa quasi totalité, un peu plus de 500 000 hommes. Mais les Français et les Britanniques vont défendre un périmètre autour de Dunkerque jusqu’au 4 juin et gagner cette bataille de Dunkerque qui permettra le rembarquement d’une partie des troupes britanniques et de nombreux Français. Mais les prisonniers seront tout de même au nombre d’un million avec un nombreux matériel. Pour le professeur Henri Bernard, une meilleure liaison avec les Alliés aurait permis à l’armée belge de tenir plus longtemps et de faire passer au Royaume-Uni jusqu’à l’équivalent de 5 ou 6 divisions13.
Bilan
Côté belge, la campagne des dix-huit jours a coûté la vie à environ 6 300 militaires belges, sans compter les blessés négligés par les Allemands et qui décéderont plus tard dans des hôpitaux belges. Le sort des militaires belges ne fut pas certain dès la capitulation, car les Allemands ne savaient pas encore ce qu’ils allaient faire d’eux. Des hommes qui avaient été faits prisonniers pendant les combats étaient parqués dans des camps provisoires mal gardés et éparpillés à travers la Belgique et une notable partie d’entre eux parvint à fuir, surtout tout au début de leur incarcération, 150 000 approximativement. Le reste fit l’objet d’un tri opéré par les Allemands pour sélectionner les hommes qu’ils considéraient comme des spécialistes nécessaires pour faire fonctionner l’industrie, l’administration et les transports en commun du pays occupé qu’ils comptaient bien utiliser à leur profit. À ce titre, un peu plus de 300 000 hommes furent libérés. Parmi eux, un certain nombre d’officiers qui allaient être obligés de pointer régulièrement au siège d’un office de contrôle nommé « OTAD ». Le reste des militaires belges, plus ou moins 215 000, fut transporté en Allemagne, en train ou en bateau. Les officiers furent internés dans les Oflags (Offizierslager), principalement à Prenzlau, Tibor et Luckenwalde. Les autres militaires furent envoyés dans les stalags (Stamm-lager camp de base).
Dans le cadre de la Flamenpolitik, Hitler décida la libération des miliciens, sous-officiers et officiers de réserve néerlandophones. De nombreux miliciens francophones, dont pratiquement tous les Bruxellois, réussirent à passer le test linguistique et perçurent le Entlassungsschein leur permettant de regagner leur foyer. Au total, cette sélection à base ethnique entraîna la libération de 79 114 prisonniers selon un décompte allemand. Mais 30 000 militaires de carrière néerlandophones, y compris des officiers qui manifestaient un patriotisme qui heurtait les Allemands, restèrent prisonniers jusqu’à la fin de la guerre. Il resta donc un peu plus de 105 000 militaires belges dans les camps jusqu’à la fin de la guerre. D’autre part, 770 prisonniers parvinrent à s’évader au fur et à mesure des années et 12 476 malades graves furent rapatriés dans le cadre d’accords patronnés par la Croix-Rouge internationale, mais 1 698 prisonniers moururent en cours d’internement.

source wikipedia

 

 

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Opération Weserübung

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L’Allemagne touche Le Danemark et la Norvège

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Opération Weserübung

L’opération Weserübung était le nom de code allemand désignant l’attaque par l’Allemagne nazie du Danemark et de la Norvège, marquant le début de la campagne de Norvège. Weserübung signifie « exercice sur la Weser » au sens propre ou, dans le domaine militaire, « opération Weser ». La Weser est une rivière allemande.
Aux petites heures du 9 avril 1940 – Wesertag (« Jour Weser ») – l’Allemagne envahissait le Danemark et la Norvège, opération menée ouvertement comme une manœuvre préventive allant à l’encontre de l’occupation planifiée et ouvertement discutée de ces deux pays par une force franco-britannique. Juste avant l’arrivée de leurs troupes, des envoyés allemands informèrent les gouvernements des deux pays que la Wehrmacht devait venir « protéger la neutralité de leurs pays » contre l’agression franco-britannique. Dans les faits, les nombreuses différences de climat, de localisation et de géographie entre les deux pays rendirent leurs invasions très différentes.
L’heure prévue de débarquement fixée à la flotte d’invasion – le Weserzeit (l’« Heure Weser ») – était de 5 h 15 du matin heure allemande, 4 h 15 à l’heure norvégienne.

 

 

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Au début du printemps 1939, l’amirauté britannique commença à considérer la Scandinavie comme un théâtre potentiel d’opérations dans l’optique d’un conflit armé avec l’Allemagne. Le gouvernement britannique était réticent à s’engager dans un conflit terrestre à nouveau sur le continent, pensant qu’il s’agirait alors d’une réédition de la Première Guerre mondiale. Il commença donc à échafauder un projet de stratégie de blocus afin d’affaiblir indirectement l’Allemagne. L’industrie allemande était fortement dépendante des importations de minerai de fer provenant des régions minières au nord de la Suède, et une grande partie de ce minerai était expédié en Allemagne par le port norvégien de Narvik. Le contrôle de la côte norvégienne permettrait ainsi de resserrer le blocus autour de l’Allemagne.

En octobre 1939, le chef de la Kriegsmarine allemande, le grand-amiral Erich Raeder, discuta avec Hitler des dangers causés par la présence éventuelle de bases anglaises en Norvège et la possibilité pour l’Allemagne de se saisir de ces bases avant que le Royaume-Uni ne soit en mesure de le faire. La Marine appuyait sur le fait que l’occupation de la Norvège permettrait le contrôle des espaces maritimes attenants et qu’elle pourrait servir de base de départ pour de futures opérations contre l’Angleterre. Néanmoins, à ce moment-là les autres entités de la Wehrmacht n’étaient pas intéressées par le projet, et Hitler publia seulement une directive dans laquelle il faisait état que l’effort principal serait produit lors d’une offensive terrestre sur les Pays-Bas.

Vers fin novembre, Winston Churchill, en tant que nouveau membre du British War Cabinet, proposa de miner les eaux norvégiennes. Cela forcerait les convois de minerai à venir naviguer dans les eaux internationales de la mer du Nord, où la Royal Navy était en mesure de leur barrer la route. Toutefois, sa proposition fut repoussée par Neville Chamberlain et Lord Halifax, du fait de leur crainte d’une réaction adverse à l’encontre des pays neutres comme les États-Unis. Après le déclenchement de la guerre d’Hiver entre l’Union soviétique et la Finlande en novembre 1939, la situation diplomatique fut changée, Churchill proposa à nouveau son plan de minage, mais il fut encore rejeté.

En décembre, le Royaume-Uni et la France commencèrent sérieusement à envisager de l’aide en Finlande. Leur plan consistait en l’envoi d’une force, devant débarquer à Narvik au nord de la Norvège, et à traverser la Suède et la Finlande. Évidemment, ce plan leur aurait permis par là même d’occuper les gisements de fer en Suède. Le plan reçut le soutien tant de Chamberlain que d’Halifax. Ils comptaient dans ce cas sur le soutien et la coopération de la Norvège, qui faciliterait sans doute les clauses de droit international. Néanmoins, les sévères avertissements qu’avait auparavant envoyés le Royaume-Uni tant à la Norvège qu’à la Suède résulta en de fortes réactions négatives de la part des deux pays. Les plans d’expédition se poursuivirent, mais sa justification tomba à l’eau en mars, lorsque cessèrent les hostilités entre la Finlande et l’Union soviétique.

Planning de l’opération

Conscient de la menace que les Alliés faisaient planer sur son approvisionnement en minerai de fer, Hitler ordonna à l’OKW de se lancer dans un plan préliminaire concernant l’invasion de la Norvège dès le 14 décembre 1939. Le plan préliminaire avait pour nom de code Studie Nord et ne faisait appel qu’à une seule division.

Entre le 14 et le 19 janvier 1940, la Kriegsmarine étudia une version étendue de ce plan. Elle mit en avant deux facteurs essentiels de l’assaut à venir. D’abord, que l’effet de surprise serait un facteur très important pour le succès de l’opération, afin de limiter la menace d’une résistance organisée de la part d’une résistance norvégienne (et d’interventions britanniques). Le second élément consistait en l’utilisation des navires de guerre allemands les plus rapides plutôt que de simples bateaux de la marine marchande, relativement lents, pour le transport des troupes. Cela permettrait d’occuper tous les objectifs rapidement et simultanément, alors que les navires de transport n’avaient qu’un rayon d’action limité.

Ce nouveau plan faisait appel quant à lui à un corps d’armée entier, comprenant une division de montagne, une division aéroportée, une brigade d’infanterie mécanisée et deux divisions d’infanterie. Les objectifs des débarquements de ces forces seraient :
• la capitale norvégienne, Oslo, ainsi que les centres de population attenants, Bergen, Narvik, Tromsø, Trondheim et Stavanger.
Ce plan comprenait également la capture rapide des rois du Danemark et de Norvège, dans l’espoir que cela contribuerait à une reddition rapide des deux pays.
Le 21 février 1940, le commandement des opérations fut confié au général von Falkenhorst. Il avait combattu en Finlande durant la Première Guerre mondiale et, de ce fait, était conscient des particularités de la guerre dans le froid polaire. Néanmoins, il n’aurait sous ses ordres que les troupes terrestres, malgré le désir émis par Hitler d’un commandement unifié de toutes les armes.

Le plan d’attaque final fut baptisé du nom de code opération Weserübung (« Exercice sur la Weser ») le 27 janvier 1940. [/L’opération serait menée sous le commandement de la 21e armée et la force d’attaque comprendrait la 3e division d’infanterie de montagne et 5 divisions d’infanterie, dont aucune de ces dernières n’avaient connu leur baptême du feu. La première vague consisterait en trois divisions, les autres devant suivre dans une deuxième vague. Trois compagnies de parachutistes auraient pour mission d’occuper les terrains d’aviation. La décision d’envoyer également la 2e division d’infanterie de montagne ne sera prise que par la suite.

À l’origine, le plan prévoyait d’envahir la Norvège et de prendre le contrôle des terrains d’aviation danois par la voie diplomatique.
Toutefois, Hitler fit paraître une nouvelle directive le 1er mars 1940 ordonnant l’invasion pure et simple des deux pays. Cette décision fut inspirée suite aux demandes répétées de la part de la Luftwaffe relatives à ses besoins de capturer les bases de chasseurs danois et les sites de surveillance aérienne. Le XXIe corps fut constitué pour l’invasion du Danemark, composé de deux divisions d’infanterie et la 11e brigade motorisée. L’opération complète serait sous la garde du Xe corps aérien, composé de quelque 1 000 avions de types variés.

Invasion du Danemark

 

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Stratégiquement parlant, le Danemark ne revêtait pas une grande importance aux yeux des Allemands, hormis comme base de départ pour leurs opérations ultérieures en Norvège, ainsi qu’évidemment comme pays frontalier de l’Allemagne qui devait être contrôlé d’une manière ou d’une autre.
Petit et relativement plat, le pays constituait un terrain idéal pour les opérations militaires allemandes, et la petite armée danoise n’avait que peu d’espoir en cas de résistance armée. Néanmoins, aux petites heures du 9 avril, quelques troupes danoises engagèrent le combat avec les Allemands, ce qui leur occasionna quelques dizaines de victimes.

Après qu’un millier d’hommes eurent débarqué dans le port de Copenhague, un détachement de la garde royale engagea le combat avec les assaillants.
Juste après les premiers coups de feu, plusieurs formations de bombardiers Heinkel He 111 et Dornier Do 17 survolèrent la ville. Face à la menace explicite de la Luftwaffe bombardant la population civile, le gouvernement danois capitula en échange de l’assurance qu’il garderait une indépendance politique pour ce qui était des questions de politique intérieure. Cela déboucha sur l’unique occupation relativement clémente de la part des Allemands, tout particulièrement jusqu’à l’été 1943, ainsi que par un début des arrestations et déportations de Juifs danois relativement tardif (seulement une fois que la majorité d’entre eux avaient été avertis des menaces qui pesaient sur eux, et se trouvaient en chemin pour trouver asile en Suède). Finalement, moins de 500 Juifs danois furent déportés, et moins de 50 d’entre eux perdirent la vie en camp de concentration, sur une population d’avant-guerre évaluée à 8 000.

Bien que le Danemark et le reste de la Scandinavie n’aient que peu d’importance militaire, ces pays avaient une grande importance selon les plans économique, stratégique et idéologique. Ainsi, le docteur Werner Best, second plénipotentiaire allemand, déclara : « Le Danemark apporta un soutien économique substantiel à l’Allemagne grâce à son agriculture. Il constituait également un intermédiaire important avec la Suède ».

 

 

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Les sites de débarquement des troupes allemandes pendant la phase initiale de l’opération Weserübung

Invasion de la Norvège
Motivations – Ordre de bataille

La Norvège était importante pour l’Allemagne, et ce pour deux raisons principales : elle pouvait constituer une importante base pour ses unités navales, y compris ses U-boots, lui permettant ainsi de harceler les convois alliés dans l’Atlantique Nord d’une part et, d’autre part, de protéger ses cargaisons de minerai de fer en provenance de Suède via le port de Narvik. La longue et sinueuse ligne côtière du nord constituait en outre un terrain parfait pour le lancement d’attaques de U-boots à l’encontre de la marine marchande britannique. L’Allemagne était en effet fortement dépendante des livraisons de minerai suédois et s’inquiétait à juste titre de la menace que les Alliés faisaient peser sur cette voie d’approvisionnement.

L’invasion de la Norvège fut confiée au XXIe corps d’armée du général Nikolaus von Falkenhorst, disposant des unités principales suivantes :
• la 136e DI, la 69e DI, la 169e DI, la 181e DI et la 214e DI.
• deux régiments de la 3ème division de montagne.
La force d’invasion initiale fut transportée par différents groupes de navires (Kampfgruppen) de la Kriegsmarine :
1. Les croiseurs de bataille Scharnhorst et Gneisenau en couverture éloignée, accompagnés de dix destroyers transportants 2 000 hommes des troupes de montagne sous le commandement du général Eduard Dietl à destination de Narvik ;
2. Le croiseur lourd Admiral Hipper et quatre destroyers avec à leurs bords 1 700 hommes à destination de Trondheim ;
3. Les croiseurs légers Köln et Königsberg, le navire d’exercice pour l’artillerie Bremse, le transport de troupes Karl Peters, deux torpilleurs et cinq vedettes lance-torpilles, transportant 1 900 hommes de troupe pour Bergen ;
4. Le croiseur léger Karlsruhe, trois torpilleurs, sept vedettes lance-torpilles avec 1 100 hommes à destination de Kristiansand ;
5. Le croiseur lourd Blücher, le croiseur lourd (précédemment cuirassé de poche) Lützow, le croiseur léger Emden, trois torpilleurs et 8 dragueurs de mines transportant 2 000 hommes pour Oslo ;
6. Quatre dragueurs de mines avec 150 hommes pour Egersund.

 

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Navires de la Kriegsmarine à Narvik en 1940.

Brève chronologie

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Carte du fjord d’Oslo indiquant la position d’Oscarsborg

• En fin d’après-midi du 8 avril 1940, le Kampfgruppe 5 est repéré par le navire de gardes-côtes norvégien Pol III. Pol III est mis hors de combat. Son capitaine, tué dans l’opération, constitue la première victime norvégienne de la guerre.
• Ironiquement ou presque, le croiseur lourd allemand Blücher est coulé dans le fjord d’Oslo le 9 avril par des canons allemands de la marque Krupp de 280 mm, vieux de 48 ans (dénommés Moses et Aron), installés dans la forteresse d’Oscarsborg en mai 1893, et par des torpilles tout aussi anciennes :
• Les vaisseaux allemands remontaient le fjord menant à Oslo, atteignant le resserrement de Drøbak (Drøbaksundet). Tôt le matin du 9 avril, les canonniers de la forteresse d’Oscarsborg tirèrent sur le bateau de tête, le Blücher, qui avait été pris dans le feu des projecteurs vers 5 h 15. En deux heures, le vaisseau, incapable de manœuvrer du fait de l’étroitesse du fjord, fut coulé avec 600 à 1 000 hommes. La menace désormais avérée que constituait la forteresse retarde suffisamment longtemps la flotte d’invasion pour permettre de prendre des mesures d’urgence, qui se traduiront par la fuite relatée plus bas.
• Les parachutistes allemands atterrissent près des aéroports d’Oslo Fornebu, de Kristiansand Kjevik et de Stavanger Sola, cette dernière constituant la première attaque de parachutistes de l’histoire. À noter que l’un des pilotes de la Luftwaffe à Kjevik était Reinhard Heydrich.
• Du fait du naufrage du Blücher dans les resserrements du fjord d’Oslo, la famille royale ainsi que le Parlement (y compris le gouvernement) échappent aux forces d’invasion allemandes. Le roi Haakon refuse de déposer les armes ; il s’ensuit la bataille de Midtskogen, protégeant la fuite du roi ; bombardements de Elverum et de Nybergsund. La famille royale, les membres du Parlement et le trésor national fuient vers le Nord afin d’échapper aux Allemands.
• Les villes de Bergen, Stavanger, Egersund, Kristiansand S, Arendal, Horten, Trondheim et Narvik sont attaquées et occupées dans un délai de 24 heures.
• Baroud d’honneur héroïque, mais absolument inefficace, des frégates de gardes-côtes norvégiens Norge et Eidsvold à Narvik. Les deux bateaux sont torpillés et envoyés par le fond avec de nombreux hommes d’équipage.
• Première et seconde batailles navales de Narvik opposant la Royal Navy à la Kriegsmarine.
• Quisling annonce son coup d’État à la radio. Son gouvernement restera non reconnu par le Parlement et par le roi. Cela justifie pleinement le rattachement au côté allié de la Norvège durant la Seconde Guerre mondiale. L’hostilité de la population norvégienne conduira Hitler à renvoyer Quisling une semaine plus tard.
• Les Allemands capturent Narvik et y font débarquer les 2 000 hommes des troupes d’infanterie de montagne, mais une contre-attaque navale britannique menée pendant plusieurs jours par le vieux cuirassé HMS Warspite accompagné d’une flottille de destroyers permit de couler dix destroyers allemands après qu’ils eurent été à court de munitions et de carburant.
• Bombardements dévastateurs des villes d’Åndalsnes, Molde, Kristiansund N, Steinkjer, Namsos, Bodø, Narvik ; ces bombardements avaient soit un but stratégique, soit un but psychologique (semer la terreur parmi les populations civiles).
• Campagne principale des Allemands au nord d’Oslo, menée avec du matériel dernier cri ; face à eux, les soldats norvégiens, équipés d’un armement datant du tournant du siècle, aux côtés de troupes britanniques et françaises, arrêtent momentanément leur avance à Namsos en avril 1940 avant de se rendre. Ces faits constituent les « premiers combats terrestres opposant l’armée de terre britannique et la Wehrmacht durant la seconde Guerre mondiale ».
• Combats terrestres à Narvik : les Norvégiens et les troupes alliées (Français, Polonais) sous le commandement du général Carl Gustav Fleischer accomplissent la « première opération tactique victorieuse contre la Wehrmacht durant la Seconde Guerre mondiale » mais les Alliés opèrent une retraite malencontreuse (cf. infra) ; combats à Gratangen.
• Le « dernier bastion » : la forteresse d’Hegra (Hegra festning, ou fort Ingstadkleiven) soutient le siège imposé par les Allemands jusqu’au 5 mai. Ce fait est d’une grande importance pour les besoins de la propagande alliée, tout comme les opérations de Narvik.
• Le roi Haakon, le prince héritier Olav et le Parlement appareillent de Tromsø le 7 juin (à bord du croiseur britannique HMS Devonshire) à destination du Royaume-Uni afin de représenter la Norvège en exil (le roi rentrera à Oslo cinq ans après, à la même date) ; la princesse royale Märtha et ses enfants, s’étant vus refuser l’asile par leur Suède natale, quitteront plus tard Petsamo en Finlande afin de vivre leur exil aux États-Unis.
• La Norvège capitule (bien que les forces armées norvégiennes continuèrent à combattre les Allemands jusqu’à leur capitulation en Norvège le 8 avril 1945) le 10 juin 1940, deux mois après le Wesertag.

Dans le grand Nord, les troupes norvégiennes, françaises et polonaises, soutenues par la Royal Navy et la RAF, poursuivirent le combat contre les Allemands pour le contrôle de Narvik (seul port norvégien d’importance permettant les envois de minerai de fer suédois durant toute l’année, le port suédois de Luleå étant bloqué par les glaces pendant les mois d’hiver).

Les Allemands furent repoussés hors de la ville le 28 mai, mais du fait de la dégradation de la situation dans le reste du continent européen, les troupes alliées furent rembarquées durant l’opération Alphabet et les Allemands reprirent le contrôle de la ville le 9 juin, alors également vide d’habitants suite aux bombardements massifs effectués par la Luftwaffe.

L’opération Weserübung n’impliquait pas d’assaut militarisé à l’encontre de la Suède (pratiquement neutre) – il n’y en avait pas besoin. En contrôlant la Norvège, le détroit du Danemark et la plus grande partie du littoral de la mer Baltique, le Troisième Reich encerclait la Suède par le nord, le sud et l’ouest.

À l’est, l’Union soviétique, héritière de l’ennemi héréditaire russe de la Suède comme de la Finlande, était encore à cette époque en bons termes avec Hitler depuis le Pacte germano-soviétique. Concernant la Finlande, seul un petit nombre de Finlandais prirent part à la lutte contre les Allemands au sein d’unités d’ambulance. Enfin, le commerce maritime de la Suède et de la Finlande était totalement sous le contrôle de la Kriegsmarine.

De ce fait, l’Allemagne fit pression sur la Suède afin qu’elle lui permit de faire transiter par son territoire du matériel militaire et des permissionnaires. Le 18 juin 1940, les deux parties parvinrent à un accord. Les soldats devaient circuler non armés, et leurs déplacements ne devaient pas contribuer à un mouvement d’unité. Au total, 2,14 millions de soldats allemands et plus de 100 000 convois militaires allemands traversèrent la Suède jusqu’à l’arrêt officiel de ces voyages le 20 août 1943.
En août 1940, la Finlande accepta de garantir l’accès de la Wehrmacht à son territoire. Initialement destinés au transit de troupes et de matériel militaire vers l’extrême nord de la Norvège, ces convois eurent bientôt pour but des bases allemandes mineures installées le long de la voie de transit, qui pourraient bientôt grossir en vue de la préparation de l’opération Barbarossa.

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Le minerai de fer était extrait à Kiruna et à Malmberget et acheminé par le rail aux ports de Luleå et de Narvik.
(Frontières de 1920-1940.)

source wikipedia

 

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