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19 avril 2013

Corsair aux portes du désert – Patrick-Charles Renaud

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Une histoire : Bizerte et la France

La Tunisie au gré des conflits

© Aérostories, 2001. Tous droits réservés.

Corsair aux portes du désert
par Patrick-Charles Renaud

Corsair aux portes du désert - Patrick-Charles Renaud

Insiqnes de F14 et F15 

Si les T-6 jaunes de l’Armée de l’Air et les Piper kaki de l’Armée de Terre ont laissé un souvenir dans la mémoire des combattants de la Guerre d’Algérie, un autre appareil légendaire de couleur bleue, qui a surtout opéré dans l’Est Algérien, s’est taillé une fameuse réputationauprès des troupes d’élite comme la Légion Étrangère et les parachutistes. 

Ses appuis très rapprochés, au point que les douilles d’obus de 20 mm pouvaient tomber sur les voltigeurs de pointe, étaient spectaculaires et très appréciés pour leur précision. Même s’ils étaient peu nombreux, les Corsair de l’Aéronavale ont été engagés sur la plupart des points chauds.

Le 9 mai 1956, en début de soirée, quatre Corsair de la 14° Flottille, se posent sur la Base Aérienne Opérationnelle 211 de Télergma, dans le Constantinois. 
Ils arrivent de Tunisie, de la base d’Aéronautique Navale de Bizerte-Karouba, où ils sont stationnés. Avec leurs ailes repliées comme sur les porte-avions et leur hélice quadripale de quatre mètres de diamètre, les Corsair bleus attirent tout de suite les curieux qui envahissent le parking. Cet appareil, qui s’est couvert de gloire durant la Seconde Guerre mondiale dans le Pacifique contre les Japonais, est un nouveau venu dans le ciel algérien où le commandement a décidé de l’engager dans les opérations de maintien de l’ordre qui s’intensifient.

Le Chance Vought F4U-7 Corsair est une version spéciale destinée à la marine française. C’est un compromis choisi par la France entre le F4U-4B, dont il a emprunté le moteur, et le AU-1 dont il a repris la cellule, ce qui en fait un avion polyvalent pour l’attaque au sol et la chasse en altitude. Équipé de blindage pour l’assaut et d’un compresseur assez lourd pour la chasse, il est pénalisé par du poids inutile, quelque que soit l’option. Néanmoins, tel quel, avec ses qualités et ses défauts, il est bien adapté aux missions de maintien de l’ordre où il excellera dans l’assaut à très basse altitude.

Au sol, son attitude assez cabrée et les 4,50 m qui séparent le pilote du capot moteur, font que la visibilité vers l’avant est nulle. Pour rouler, il faut faire des zigzags. Une des grandes qualités du Corsair est son autonomie. En réglant bien son régime moteur, il est possible d’assurer une permanence feu au-dessus d’un objectif pendant des heures. Sa plate-forme de tir est exceptionnelle, très stable. En tir air-sol, ses quatre canons de 20 mm convergent à 600 mètres. Un pilote moyen est capable de mettre un fort pourcentage dans une cible de trois mètres sur trois, permettant ainsi un appui au plus près. En bombardement, il peut emmener jusqu’à treize projectiles de 260 livres, six de 500 livres ou dix roquettes HVAR de 5 pouces. Quant à l’appontage, il se pratique selon la méthode en vigueur dans la marine américaine. Le Corsair pardonne beaucoup, sauf les vitesses trop lentes. Quant aux moyens de navigation, il n’y en a aucun, même pas de radiocompas. Tout doit se faire à l’estime.

Engagés en Indochine à partir de la deuxième quinzaine d’avril 1954, les pilotes de Corsair de la 14 F ont notamment accompli quelques missions au-dessus du camp retranché de Dien Bien Phû avec des AU-1 prêtés par les Américains. Dès leur arrivée en Algérie en mai 1956, ils sont sollicités pour diverses missions d’appui feu ou de bombardement. Les flottilles de Corsair (12 F, 14 F, 15 F puis plus tard 17 F), se relayeront à Télergma jusqu’en 1962 pour des séjours d’une durée moyenne de un à deux mois.

__________

30 août 1957: Hermine mord la poussière
Maître Kerhoas et second-maître Perraudin

Le 30 août 1957, une patrouille de deux Corsair de la 12 F (maître Kerhoas, chef de patrouille, et le second-maître Perraudin, équipier) décolle vers 7 H 30 de Télergma pour intervenir sur une opération qui se déroule au sud-ouest d’El-Kantara, aux portes du désert. Kerhoas est un pilote expérimenté, moniteur de son état, qui a déjà baroudé en Indochine sur Hellcat. Quant à Perraudin, c’est un équipier confirmé pratiquement au terme de son engagement. Il a connu un accident d’appontage le 6 décembre 1956 duquel il est sorti indemne alors que son Corsair a sombré dans les eaux de la Méditerranée. Il est remonté à la surface de six mètres de profondeur avant d’être récupéré rapidement par un hélicoptère.

A l’approche des lieux, les pilotes repèrent sans mal leur objectif, le djebel Mekrisane, isolé au milieu d’une plaine aride. Des tirailleurs du 7° R.T.A. sont aux prises avec une forte bande rebelle installée sur la crête, dans une cascade de blocs de gros cailloux. Kerhoas entre en contact radio avec un T-6 qui tournoie au-dessus du djebel :
- « Attendez, je pique sur votre objectif. Vous allez pouvoir repérer les départs des coups de feu ennemis », propose le pilote du T-6 .

Les Corsair décrivent un large virage, plongent et mitraillent la crête dans le sens sud-nord, perpendiculairement à la progression des tirailleurs. L’extrémité des ailes secrète un filet de fumée blanche qui sont des traînées de condensation de vapeur d’eau dans l’air. Facile en terrain plat, le straffing au canon de 20 mm est plus ardu dans les djebels où il faut assurer la ressource avec le sommet qui arrive rapidement. Bouton armement sur on, collimateur allumé, les pilotes basculent rapidement leur appareil sur l’axe de tir en semi-piqué (de l’ordre de trente degrés), et amènent le point central sur l’objectif qui grossit vite. A une distance variant de 300 à 600 mètres, ils lâchent d’abord des rafales courtes de une à deux secondes pour essayer de débusquer les rebelles, puis de plus longues, de trois à quatre secondes. La ressource est assez brutale pour pouvoir se replacer le plus vite possible. Quelquefois, pris par le feu de l’action, les pilotes peuvent se laisser aller à tirer trop bas, ce qui se solde par quelques trous dans la tôle.

Les obus de 20 mm rebondissent sur les rochers brûlants. Les assauts de la patrouille égratignent à peine les rebelles qui répliquent à l’arme automatique.
- « Attention, prévient le T-6, on vous tire dessus ! »
Au troisième passage, le Corsair piloté par le maître Kerhoas, dit l’Hermine, est touché.
- « J’ai pris une rafale », signale t-il à Perraudin. « Je monte pour sauter en parachute. »

De l’huile gicle abondamment du moteur qui perd de sa puissance, contraignant le pilote à se poser sur le ventre, dans la plaine aride et poussiéreuse. Le second-maître Perraudin survole le Corsair en rase-mottes et aperçoit un petit homme en train de courir sur l’aile. Il s’agit de son chef de patrouille qui s’est extrait du cockpit en emmenant le pistolet-mitrailleur coincé derrière le siège. Il s’abrite derrière un rocher. En voulant se servir de l’arme, une rafale part entre ses jambes. Prudent, Hermine pose délicatement le P.M. à côté de lui et attend les secours qui ne tardent pas.

L’affaire est sérieuse. Le général commandant la 21° Division d’Infanterie, accompagné de son colonel-adjoint, se pose en hélicoptère au P.C. de l’opération. Des renforts sont demandés, notamment des parachutistes, des hélicoptères et d’autres patrouilles de chasse. L’action de l’aviation ne s’interrompt pas. Des Mistral interviennent également. Quatre autres Corsair de la 12 F lâchent des bidons de napalm dans les anfractuosités, en vol rasant, parallèlement aux troupes amies. La précision en direction est très bonne, mais aléatoire en portée. A l’impact, les éboulis de rochers noircissent et les buissons secs roussissent. En fin d’après-midi, un hélicoptère Bell du Groupement d’Hélicoptères N° 2 venu de Biskra pour procéder à des évacuations sanitaires, est abattu d’une rafale d’arme automatique au moment où il se posait. Son pilote, le maréchal des logis Lefèvre, est tué aux commandes. Deux Bananes de l’Aéronavale (31 F) prennent alors le relais dans des conditions difficiles, un orage ayant éclaté sur la zone.

L’enlèvement du Corsair du maître Kerhoas étant impossible, les armes de bord et la radio sont récupérées avant qu’il ne soit détruit par l’aviation. Il s’agit du troisième appareil perdu par la 12 F depuis qu’elle participe aux opérations de maintien de l’ordre en Algérie. Le 19 juin, le second-maître Cousin s’est écrasé au sol au cours d’une mission de bombardement. Cinq jours plus tard, le 25 juin, l’enseigne de vaisseau Parent a trouvé la mort dans des conditions presque analogues. Mais le Corsair du maître Kerhoas sera le seul abattu du fait de l’ennemi durant toute la guerre d’Algérie.

Cinq mois plus tard, le 8 février 1958, les Corsair de la 12 F participeront au bombardement de Sakiet-Sidi-Youssef, en Tunisie, qui aura un retentissement international. Les autres flottilles s’illustreront en d’autres occasions, notamment la 14 F du lieutenant de vaisseau Richebé au cours de la bataille de Souk-Ahras en avril 1958, l’une des plus importantes de la guerre d’Algérie. On relèvera 11 impacts émanant de tirs d’armes automatiques sur l’un des Corsair de la flottille ! Quelques rares missions seront également effectuées à partir du porte-avions Bois-Belleau en février 1958 dans l’Algérois, puis en février 1959 à partir de l’Arromanches. La 15 F du lieutenant de vaisseau Belin sera durement éprouvée le 28 novembre 1958 avec la perte de deux pilotes, l’enseigne de vaisseau Patris et le second-maître Saint-Vanne, tués accidentellement au retour d’une mission alors que les sommets entourant la base de Télergma était accrochés par de nombreux nuages. 

En juillet 1961, la 17 F du lieutenant de vaisseau Campredon sera engagée dans la bataille de Bizerte pour dégager la base attaquée par l’armée tunisienne. Un détachement de la 12 F (lieutenant de vaisseau Jacobi) rappliquera de Télergma pour prêter main-forte.

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Corsair de la 17 F survolant la Grande Kabylie en 1960 au cours des grandes opérations du « Plan Challe ». La 17ème Flottille a été créée en avril 1958. Elle avait alors pour vocation d’être une flottille d’entraînement pré-opérationnel. En novembre 1959, elle est devenue une flottille opérationnelle affectée sur la Base d’aéronautique Navale de Bizerte-Karouba.
©Collection Boinot, via P-Ch. Renaud

L’article complet avec photos sur :http://aerostories2.free.fr/acrobat/AA/algerie/algerie-05.pdf 

source : http://aerostories.free.fr/events/algerie/algerie03/index.html retour page d’Accueil 

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La Tunisie au gré des conflits

10 avril 2013

Abdelaziz Thâalbi

Classé sous — milguerres @ 21 h 38 min

 

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La Tunisie au gré des conflits

 Ceux qui ont marqué la Tunisie  

 

Abdelaziz Thâalbi

 Abdelaziz Thâalbi, partisan de la réforme et de la résistance

Abdelaziz Thâalbi (عبد العزيز الثعالبي), né le 5 septembre 18761 à Tunis et décédé le 1er octobre 1944 à Tunis2, est un homme politique tunisien.

Il est le fondateur du Destour en 1920, parti politique duquel émerge le Néo-Destour du futur président de la République tunisienne Habib Bourguiba.

Biographie

Formation et débuts en politique

Né d’un père notaire descendant du saint algérois Sidi Abderrahmane Thâalbi[réf. nécessaire], il suit une éducation traditionnelle et effectue ses études à la Zitouna de Tunis. En décembre 1895, il fonde le journal Sabil Errachad où se manifeste sa tendance pour des discussions religieuses ; le journal est interdit en avril 1896. Thâalbi quitte la Tunisie et visite la Turquie, l’Arabie et l’Égypte d’où il est expulsé en 1902. Il se réinstalle à Tunis en 1904 après un voyage en Algérie et au Maroc. En juillet 1904, il mène campagne contre des prédicateurs mais se voit condamné à deux mois de prison par la Driba pour attaques contre la religion3. Il milite aussi au sein du mouvement des Jeunes Tunisiens dès 1907. À partir du 8 novembre 1908, devenu le lieutenant d’Ali Bach Hamba, il rédige l’édition arabophone du journal Le Tunisien. Il est aussi le fondateur avec d’autres leaders dumouvement national tunisien d’une association sportive, le Stade africain (1915), dissoute en 1918 et qui réapparaît en 1920 sous le nom de Club africain.

Thâalbi prend part à tous les premiers combats du mouvement national. Ainsi, il prend part en 1910 à la protestation des étudiants de la Zitouna. En 1911, il participe à l’affaire du Djellaz et, en 1912, il s’illustre lors de l’affaire du boycott des tramways tunisois. Cet activisme lui vaut d’être à nouveau expulsé avec six dirigeants nationalistes en 1912. Il retourne en Tunisie en 1914 après un passage par la France et les Indes[Quoi ?]3.

Fondation du Destour

Le 10 juillet 1919, Thâalbi quitte Tunis en état de siège pour Paris en tant que délégué des nationalistes. Il prend contact avec des militants de la gauche française et contribue à faire connaître la cause tunisienne à travers leurs journaux. Alors qu’il est à Paris, il reçoit un programme en neuf points rédigé par ses partisans à Tunis, qu’il remanie toutefois. Les revendications s’articulent autour de l’octroi d’une constitution (destour en arabe) à la Tunisie. C’est alors que naît le Parti libre constitutionnel tunisien, communément appeléDestour.

Avec Ahmed Sakka, il rédige et publie à Paris, en 1920, le manifeste La Tunisie martyre. Ses revendications4. En raison de ce manifeste, il est arrêté le 31 juillet et transféré à Tunis. Emprisonné, il passe devant le conseil de guerre pour complot contre la sûreté de l’État. Il bénéficie néanmoins d’un non-lieu et se voit amnistié le 1er mai 1921. Après sa libération, il préside le Destour à partir du 21 mai5. Menacé par des poursuites, Thâalbi quitte à nouveau la Tunisie en 1923.

Années d’exil

Durant son exil, Thâalbi se rend en Italie, en Égypte et en Irak : il prend contact avec de nombreux leaders nationalistes et participe à de nombreux congrès panarabes, dont lecongrès de Jérusalem (1931), et à de nombreux congrès panislamiques. Sa notoriété grandit et en fait l’un des leaders du mouvement panislamique. Il continue à parcourir plusieurs pays du monde musulman allant jusqu’aux Indes néerlandaises (actuelle Indonésie)6.

Ami d’Albelhamid Ben Badis, président de l’Association des oulémas musulmans algériens, il continue à présider le Destour durant son exil. En Tunisie, les militants destouriens continuent à réclamer son retour qui se fait en juillet 1937, soit 14 ans après son départ forcé.

Retour en Tunisie et confrontation avec Bourguiba

En rentrant en Tunisie, le 5 juillet 1937, son arrivée est fêtée par 10 000 personnes qui l’attendent. Thâalbi souhaite à son arrivée forger un grand parti nationaliste qui fédérerait les partisans du Destour et du Néo-Destour. En effet, le Destour avait connu en 1934 une scission qui avait fait émerger deux tendances dont la plus revendicative, celle du Néo-Destour, était conduite par Habib Bourguiba. En dépit d’une rencontre et d’une motion d’union le 5 août, les deux partis continuent à s’opposer et le projet d’union de Thâalbi échoue. Le jeune leader Bourguiba œuvre au contraire à discréditer Thâalbi lors de ses tournées de propagande. Lorsqu’il se rend au Sahel, fief de Bourguiba, Thâalbi est ainsi injurié et reçu à coups de pierres7.

Le 25 septembre, Abdelaziz Thâalbi échappe de peu à un attentat dans la ville de Mateur, au nord de la Tunisie, alors qu’il entreprend une tournée de propagande. Le même jour, des affrontements entre les deux clans ont lieu dans la ville en présence de Thâalbi et font un mort et vingt blessés. Thâalbi appelle alors à éviter les affrontements avec le Néo-Destour8.

Thâalbi a beau dénoncer les ambitions des dirigeants du Néo-Destour qu’il traite de voyous, sa notoriété est en perte de vitesse. Après de nouveaux affrontements à Béja avec les partisans de Bourguiba, souhaitant éviter une guerre fratricide, il se borne à reprendre la tête du Destour9.

Mort le 1er octobre 1944, ses obsèques sont l’occasion pour les dirigeants du Néo-Destour d’être présents comme toutes les franges du mouvement national qui lui rendent hommage en voyant en lui l’un des pères-fondateurs du nationalisme tunisien6.

Références

  1. ↑ (ar) Biographie d’Abdelaziz Thâalbi (Islam Online) [archive]
  2. ↑ Abdesslem Ben Hamida, Le syndicalisme tunisien de la Deuxième Guerre mondiale à l’autonomie interne, éd. Université de Tunis, Tunis, 1989, p. 54
  3. ↑ a et b Roger Casemajor, L’action nationaliste en Tunisie. Du Pacte fondamental de M’hamed Bey à la mort de Moncef Bey. 1857-1948, éd. Sud Éditions, Tunis, 2009, p. 266 (ISBN 978-9938-01-006-0)
  4. ↑ Samya El Mechat, Le nationalisme tunisien. Scission et conflits. 1934-1944, éd. L’Harmattan, Paris, 2002, p. 101
  5. ↑ Roger Casemajor, op. cit., pp. 66-67
  6. ↑ a et b Roger Casemajor, op. cit., p. 267
  7. ↑ Roger Casemajor, op. cit., pp. 97-99
  8. ↑ (ar) Al Chourouk [archive]
  9.  Roger Casemajor, op. cit., p. 99

Source article : Titre : Tunisie. Revue ["puis" mensuelle] illustrée Éditeur : [s.n.?] (Tunis) Date d’édition : 1932 Type : texte,publication en série imprimée

Langue : Français Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JO-42150 Provenance : bnf.fr


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La Tunisie au gré des conflits

 Ceux qui ont marqué la Tunisie  

2 avril 2013

Libération de Nice

Classé sous — milguerres @ 18 h 28 min

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 retour à la Seconde Guerre Mondiale

 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

Libération de Nice

 

La libération de Nice a lieu le 28 août 1944 suite à une insurrection armée décidée par la Résistance. Les insurgés ne sont qu’une centaine au début de la journée du 28 août, mais l’ampleur qu’a pris le soulèvement en fin de journée pousse l’occupant allemand à évacuer la ville. Les Alliés ne sont pas au courant de l’insurrection et n’aident donc pas les insurgés. Prévenus par la Résistance, quelques soldats américains arrivent de Saint-Laurent-du-Var le soir du 29 août. Une colonne blindée américaine arrive enfin le 30 août 1944. Nice est définitivement libérée.

Le bilan avancé par les historiens varie. Joseph Girard estime à 27 tués et 280 blessés le bilan des victimes de la Résistance1. Le bilan avancé par Jean-Louis Panicacci dans un article intitulé À propos de la Libération de Nice est de 31 résistants tués et de 280 blessés2 du côté des insurgés niçois. Une distinction est réalisée dans cet article entre les résistants tués directement dans les combats ou décédés de leurs blessures au nombre de 29 et les résistants tués indirectement au nombre de 6Note 1,3[réf. insuffisante]. Le bilan des pertes allemands est couramment fixé à 25 hommes2. Il s’agit des 25 corps relevés sur le terrainNote 2 et 105 prisonniers1. 4 fascistes italiens, membres du bataillon Nizza, 215e bataillon des « chemises noires », sont également tués1,2. Plusieurs collaborateurs ont également été abattus lors de l’épuration sauvage, notamment des membres des Groupes d’Action du Parti Populaire Français (G.A. – P.P.F.) et des miliciens fascistes3[réf. insuffisante], 3 le 28 août 1944 pour Jean-Louis Panicacci4 ce qui semble être un minimum. Des assassinats ou des règlements de compte se sont également produits dans la période d’instabilité provoquée par la Libération. Le bilan des victimes civiles du 28 août 1944, tuées ou décédées de leurs blessures, est très peu abordé et largement sous-estimé. Dans un ouvrage publié en 2012, Jean-Louis Panicacci l’estime à 5 tués2. Or leur nombre est d’au moins 34 civils abattus ou mortellement blessés3[réf. insuffisante].
Dans un discours prononcé le 9 avril 1945, place Masséna à Nice, le général de Gaulle évoque la libération de la ville en ces termes : « Nice, le 28 août 1944, par l’héroïque sacrifice de ses enfants, s’est libérée de l’occupant. (…) Nice libérée, Nice fière, Nice glorieuse ! »

Déroulement de l’insurrection niçoise

Le contexte du déclenchement de l’insurrection à Nice
L’avancée des Américains depuis le débarquement en Provence

Les Allemands sont bousculés depuis le 15 août et le débarquement en Provence. Initialement, les alliés ont prévu de libérer le Var, de foncer vers le nord en laissant de côté la rive est du Var et les Alpes-Maritimes. Le 15 août 1944, les FFI obtiennent la reddition de la garnison allemande (une trentaine d’hommes) de Puget-Théniers. Le nord du département est sous le contrôle des FFI et des maquis. Le capitaine FFI Lécuyer, chef régional R2 (alias Sapin), part de Puget-Théniers avec une traction avant en direction de Draguignan avec le major Gun(alias Bamboos), un officier écossais de liaison. Le matin du 16 août, à quelques kilomètres au sud de Callas, ils rencontrent les premiers soldats américains. Ils atteignent le nord de Fréjus et rencontrent le général Frederick, commandant la 1re A.B.T.F. (en) (unité aéroportée) dans la région. Ils exposent la situation : seule la zone côtière est encore sous contrôle allemand. Les alliés peuvent déborder l’occupant par le nord. Cependant le major Frederick refuse tout d’abord car sa mission consiste pour l’instant à mener les opérations de débarquement et d’établissement de la tête de pont vers le nord et l’est. Il entre en contact avec son supérieur, le général Patch qui se trouve au large sur un navire. Le général Patch autorise Frederick à élargir la zone d’action jusqu’au fleuve Var. Une colonne blindée est guidée par la traction avant jusqu’à Puget-Théniers puis au Chaudan où elle essuie des tirs allemands depuis Levens. Les Américains passent la nuit à Beuil puis retournent rendre compte au général Frederick. Le même jour, deux colonnes américaines se lancent en direction du Var.
La première atteint Grasse le 24 août puis Vence et Gattières. Elle remonte la rive droite du Var et pousse jusqu’à Gilette où elle arrive dans la nuit du 25 au 26 août. Là, le régiment de parachutistes américains entre en contact avec les maquisards qui se battent pour prendre le verrou stratégique de Levens. Le 26 août, les Américains utilisent leur artillerie, matériel qui fait défaut aux résistants. Le 27 août au soir, les Américains franchissent le Var sans l’accord du général Frederick et, guidés par les FFI, reprennent Levens et La Roquette. Les Allemands de la zone côtière sont donc menacés sur leurs arrières. De Levens, les Américains peuvent en quelques heures accéder au Paillon (La Trinité, Saint-André-de-la-Roche, quartier de l’Ariane à Nice) et couper la retraite vers l’Italie ou encore atteindre Nice par les collines de Bellet et Gairaut par Aspremont et Colomars. Depuis La-Roquette-sur-Var, les Américains se rapprochent également de Saint-Isidore à Nice.

La seconde colonne emprunte la route littorale, soutenue par l’aviation et la marine. Elle arrive le 19 août à La Napoule qu’elle ne libère que le 23 août en raison de la résistance des Allemands solidement installés sur le massif du Tanneron. Des négociations ont lieu le 23 août entre la Résistance et la Wehrmacht à CannesNote 3 pour limiter les destructions. Les Allemands acceptent de décrocher sans mener les destructions prévues. Ils partent le 24 août à 2 heures du matin. Beaucoup d’enrôlés de force (Polonais, Tchèques, Roumains) et de soldats allemands se rendent. Prévenus par les FFI, les Américains arrivent à 15 heures 15 à Cannes. Ils poursuivent jusqu’à Antibes libérée à 19 heures. Les Allemands continuent de décrocher non sans mener des combats retardateurs et abandonnent Cagnes-sur-Mer. Le 27 août, vers 18 heures, les premiers chars américains arrivent à Saint-Laurent-du-Var. Deux FFI, Gabriel Abonnel et Jean Clément Ledieu, sont tués par un nid de mitrailleuse allemande au centre-ville dans les derniers accrochages5,6.

Le climat insurrectionnel à Nice
À Nice, touchée par une forte vague de chaleur, un climat insurrectionnel s’est installé.
De nombreux Niçois veulent en effet se débarrasser de la présence allemande et venger leurs morts. La population est d’ailleurs encore sous le choc des récentes exactions allemandes.

Le 10 juin, treize résistants ont été sélectionnés dans le quartier allemand de la maison d’arrêt de Nice pour être exécutés dans des représailles. Parmi ces résistants figurent quatre jeunes Niçois, membres d’un groupe de résistants du Lycée Masséna arrêtés avec Jacques Adam le 9 juin 1944 en revenant du maquis du Férion près de Levens. Les résistants Pierre Appolin et Joseph Graffino sont exécutés sur la route le 10 juin à Bar-sur-Loup en représailles de l’attentat qui a coûté la vie au consul fasciste républicain d’Antibes le 17 mars 1944. Les onze autres (dont les quatre lycéens et Jacques Adam) sont exécutés à Saint-Julien-du-Verdon le 11 juin en représailles des actions des maquisards FTPF.

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Photographies de la pendaison de Séraphin Torrin et Ange Grassi le 7 juillet 1944 à Nice (Alpes-Maritimes). Deux stèles commémoratives rappellent aujourd’hui cette double pendaison.

Séraphin Torrin et Ange Grassi, deux résistants communistes, sont arrêtés le 4 juillet 1944 comme otages à Gattières, sur dénonciation, avec cinq autres personnes en représailles des actions du maquis. Le 7 juillet 1944, ils sont pendus en plein jour aux réverbères des arcades de l’avenue de la Victoire devant des centaines de personnes rassemblées de force par l’occupant. Leurs corps restent exposés pendant trois heures.

Le 28 juin 1944, deux cheminots allemands de la Reichsbahn sont exécutés boulevard Tzarévitch par un groupe de résistants composé de juifs et de non-juifs. Maurice Behar, membre de ce groupe, a comme petite-amie Suzy Ben Hamin qu’il fait rentrer dans leur groupe en janvier 1944. Le 9 juin 1944, il veut se séparer d’elle. Par vengeance, elle dénonce le groupe de résistants à Félix Valetti, Niçois collaborant avec la Gestapo, après l’attentat contre les cheminots allemands. Félix Valetti donne le groupe à la Gestapo et ils sont arrêtés le soir même par des agents français et allemands alors qu’ils sont réunis. Ils sont transférés aux Nouvelles-Prisons de Nice et interrogés. Le 29 juillet 1944, Nagel Engelfried de la Gestapo niçoise emmène cinq détenus dans deux voitures. Parmi eux se trouvent trois membres du groupe : Maurice Lukowski, Maurice Alouf et Maurice Behar. Ils sont fusillés mais les corps n’ont jamais été retrouvés7. Une plaque commémorative rappelle la mémoire de Maurice Lukoswki au cimetière juif du château à Nice8. La Gestapo de Nice a également exécuté vingt-et-un résistants du quartier allemand de la maison d’arrêt de Nice le 15 août à l’Ariane en représailles du débarquement de Provence. Le même jour, trois officiers de la gestapo cannoise exécutent dix résistants (huit décèdent, deux survivent à leurs blessures) dans les caves de son siège de la villa Montfleury avant de l’évacuer. Enfin, de nombreux autres résistants du département sont arrêtés, fusillés ou déportés depuis l’intensification de la guérilla provoquée par les débarquements du 6 juin 1944 et du 15 août 1944.
La ville connaît une situation de grave pénurie alimentaire. Les Azuréens ne consomment plus que 150 grammes de pain par jour depuis le 15 juillet puis 100 grammes après le 15 août9. Les Allemands tentent d’organiser un ravitaillement depuis la Ligurie mais ils peinent à trouver des camions en Italie10.

L’ambiance devient électrique. Avec le déclenchement du débarquement, les Allemands proclament l’état de siège et la loi martiale11. Le 15 août, cinq soldats allemands sont visés par des tirs place Masséna. Aucun n’est touché. Cela avait déjà été le cas le 22 janvier 194412. Le couvre-feu est établi toute la journée du 16 août13 puis de 14 à 17heures le jeudi 17 août13.
Le jeudi 17 août, vers 22h15, le préfet Ravard vient demander à la Feldkommandantur de déclarer Nice ville ouverte. Le général Fretter-Pico répond au message d’information : Pour des raisons militaires, la ville de Nice ne sera jamais déclarée ville ouverte13. Nouvelle demande le 18 août 1944 et nouveau refus13.

Le samedi 19 août, une conférence a lieu à la Feldkommandtur entre le chef de groupe administratif docteur Koechling, le capitaine Buccholz de l’état-major de la 19e armée et le SS Gerhard Keil, chef de la Gestapo de Nice. L’objectif est de réfléchir aux mesures de répression à ordonner en cas de soulèvement (exécutions, déclarations…)13.
Une série de grèves est organisée pour gêner les activités des occupants. Le personnel du journal L’Éclaireur de Nice et du Sud-Est se met en grève le 17 août suivi le lendemain par les employés de l’usine à gaz. Le 20 août, la CGT lance un ordre de grève générale. Le même jour, des résistants coupent les fils du PC allemand installé à Fabron14.
Les résistants cherchent à accroître leur stock d’armes qui demeure très insuffisant. Le 22 août, des armes sont récupérées dans une caserne annexe de la gendarmerie, quartier Saint-Roch14. Ce même 22 août, des membres des Groupes d’Assaut du PPF, des miliciens et des cadres de la Gestapo quittent la ville pour Menton puis pour Neuss en Rhénanie.
Le 24 août, la grève générale est suivie aux TNL, à la SNCF, dans la métallurgie, les transports, les journaux, le bâtiment. Le relais des communications téléphoniques est détruit14. Ce même 24 août est créé un Comité insurrectionnel présidé par René Houat (décédé en 2009). L’insurrection se prépare14. Des contact ont lieu entre les autorités allemandes (Feldkommandantur et commandement du port) et la Résistance par l’intermédiaire de la préfecture. Les Allemands souhaitent ne pas avoir à exécuter totalement le plan des destructions prévues mais demandent en échange de pouvoir évacuer la ville sans être attaqués. Les négociations échouent15.

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Photographie des ces corps des fusillés de Saint-Julien-du-Verdon (Alpes-de-Haute-Provence). Les corps des fusillés (9 tués sur le coup et deux décédés de leurs blessures) sont regroupés au cimetière de Saint-Julien-du-Verdon, adossés le long du mur et pris en photographie par la gendarmerie de Castellane, Alpes-de-Haute-Provence, afin de pouvoir les identifier. Ces deux photos (une rangée de 5 corps et une autre de 6 corps) ont été publiées avec les identités en légende dans le journal L’Ergot n°8, édition du 8 octobre 1944. Le 3e fusillé en partant de la gauche sur la seconde photographie est indiqué comme non identifié. Il s’agit d’Albin Bandini, identifié officiellement en 1994.

Toujours le 24 août, un croiseur lourd et cinq destroyers alliés sont visibles dans la rade de Nice. Ils tirent sur le fort du Mont-Alban et sur la vallée du Var16.
Un comité d’action F.F.I. est créé le 26 août par Pierre Bloch. Il regroupe les différents chef de groupe FFI17. Le 26 août 1944, le résistant Joseph Manzone, dit Joseph le fou, égorge au garage de l’hôtel Ruhl le colonel SS chargé de superviser le général Nickelmann de la Feldkommandatur18,2.
Des résistants avec armes surveillent de l’intérieur l’usine à gaz de Saint-Roch pour empêcher une éventuelle destruction de l’édifice par les Allemands. Ils attendent le déclenchement de l’insurrection17.
Depuis le 15 août 1944, des contacts ont été pris avec divers détachements polonais de l’armée allemande notamment grâce à l’aide d’un tract en polonais et d’un autre en allemand. Plusieurs détachements ont accepté de se rendre ou de changer de camp en cas d’insurrection17. Depuis juin 1944, des résistants sont cachés dans certains bâtiments de l’hôpital Pasteur à Nice, désigné depuis janvier 1944 Centre d’installation du P.C. et centre du Corps Franc d’Encadrement du groupe FTP René Canta. Dans les premiers jours d’août, un groupe spécial d’action de 47 hommes est cantonné dans le presbytère de l’hôpital et dans la maison de l’aumônier de l’établissement, l’abbé Albert Perrin, capitaine sanitaire à l’État Major du Groupe René Canta. Ils attendent en armes, clandestinement, ravitaillés par l’économe-chef de l’hôpital19.

Il faut également noter que pendant tout le mois d’août, un avion non identifié, sur lequel la D.C.A. allemande n’ouvre pas le feu, vole dans le ciel de Nice et lance des bombes légères à l’occasion. Huit bombes sont lâchées le 13 août 1944 à deux heures du matin au nord de la gare du sud et du boulevard Joseph Garnier (7 blessés), dix bombes le 14 août à 5h20 sur le même secteur notamment au 12 bis rue Miollis après avoir tourné plusieurs heures dans le ciel (au moins 6 tuésNote 4, peut-être même 9 tués selon les sources), huit bombes lâchées à 4h30 le 15 août sur le cimetière de l’avenue Saint-Laurent après plusieurs heures dans le ciel. Une grosse bombe est lâchée le 16 août boulevard Carnot dans un terrain vague après avoir rôdé plusieurs heures au-dessus de la gare P.L.M. et du quartier du Parc impérial et même mitraillé le bord de mer. Deux bombes sont lâchées le 17 août au port, évacué depuis 48 heures. Dix-huit bombes sont lâchées le 23 août avenue des Fleurs (1 tuéNote 5 et 3 blessés). 

Deux habitants sont blessés le 25 août au Mont-Boron. Cinq bombes sont larguées le 26 août à 23 heures sur le centre-ville (un blessé). Enfin, trois bombes sont larguées le 27 août rue de la Buffa et place Grimaldi (1 mort, deux blessés)20. Une fois la Libération survenue, cet avion ne revient plus. D’où venait-il ? Qui le pilotait ? Les Niçois surnomment rapidement cet avion l’avion fantôme21 ou encore le maraudeur20. Certains pensent à des bombardements réalisés par des fascistes italiens depuis une propriété ou encore à une vengeance personnelle d’un militaire italien. Le mystère est aujourd’hui levé. Pour Jean-Louis Panicacci, cet avion venu de l’est appartenait à une escadrille basée sur l’aérodrome de Villanova d’Albenga. Il s’agit probablement d’un Storch-Fieser couramment utilisé pour des missions d’observation. Il est piloté par un fasciste-républicain ou par un aviateur de la Luftwaffe. Que vient-il faire ? Il est en fait commandité par les autorités militaires allemandes de la région niçoise pour s’assurer que les prescriptions d’occultation sont bien respectées. Si la surveillance montre un non-respect des règles, la mesure de rétorsion consiste en un bombardement à basse altitude de la zone illuminée. D’ailleurs, ses apparitions cessent avec la libération de Nice20,22.
Les bombardements aveugles de cet avion fantôme stressent énormément les Niçois déjà traumatisés par les centaines de morts du bombardement allié du 26 mai 1944 sur Nice et Saint-Laurent-du-Var. De plus, les attaques aériennes des alliés s’intensifient au mois d’août, notamment sur le port et la vieille-ville. 24 civils sont tués, 30 blessés et 500 sinistrés dans ces raids des aviations anglaises et américaines, notamment le 7 août et le 21 août20.

La stratégie allemande
Suite à la percée des Alliés vers le Rhône, la liaison entre les différentes unités allemandes est coupée. Le 19 août, la 148e Infanteriedivision (en), commandée par le général Otto Fretter-Pico, et la 157. Gebirgsdivision, isolées dans le Var et les Alpes-Maritimes, reçoivent un ordre du commandement allemand en Italie qui les intègre au 75e Corps d’armée (LXXV. Armeekorps) commandé par le général Hans Schlemmer. Le général leur ordonne de se replier sur les positions de la frontière franco-italienne afin d’empêcher une percée des Alliés en Italie du Nord. Cette décision empêche la destruction de ces divisions. Pour le commandement allemand, Nice ne représente donc pas une position militaire stratégique de repli mais un point de passage stratégique et vital pour mener sa retraite vers l’Italie. Ceci explique que le 18 août, il refuse que Nice soit déclarée ville ouverte. C’est pourquoi également, les négociations avec la Résistance pour permettre une évacuation de la ville sans destructions échouent contrairement à ce qui se passe à Cannes et Antibes. Les résistants veulent en découdre et les allemands refusent de quitter Nice sans se défendre.
Les Allemands se replient mais cherchent en même temps à retarder l’avance américaine. Une première ligne de défense est mise en place le long du Var. Mais la prise de Levens le 27 août crée un risque de contournement et d’attaque par le nord de Nice. Les unités allemandes commencent à évacuer Nice dès le 26 août pour se replier sur Menton et les montagnes mais des combats retardants sont prévus.

De plus, l’insurrection niçoise n’est pas une surprise pour les Allemands : elle est évoquée à la Feldkommandantur dès le 23 août à 17 heures lorsque le responsable du SD, le docteur Keil, informe la Feldkommandantur que 5 à 7 000 résistants préparent une insurrection avec l’aide de la police23. Il est donc décidé qu’en cas de troubles, l’armée tirera avec ses trois batteries lourdes sur tout mouvement insurrectionnel23. Les autorités allemandes n’ont pas l’intention de se retirer sans combattre et ils envisagent de bombarder la ville en cas de soulèvement. Cette décision est confirmée le lendemain : la Feldkommandatur restera à Nice pour résister au mouvement insurrectionnel. Dans le même temps, elle reçoit un code de repli (Hindenburg) sur Menton pour le moment où les troupes ennemies auraient franchi la ligne défensive du Var23. Le 25 août, les Allemands prévoient toujours de résister à l’insurrection : les deux tiers des Feldgendarmes reçoivent l’ordre de rester à Nice16. Le 27 août, la Feldkommandantur prévoit son transfert à Menton pour le 28 ou le 29 août18. Le général Fretter-Pico réclame de la Feldkommandantur qu’elle maintienne le calme dans la population pendant le retrait de ses troupes18.
L’insurrection gêne donc les Allemands dans leurs plans d’évacuation. Elle les oblige au final à accélérer l’évacuation des dernières unités allemandes.

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Affiche du Comité Insurrectionnel placardée dans les rues de Nice dans la nuit du 27 au 28 août 1944 et appelant à prendre les armes.

27 août
Le comité militaire des F.T.P. – M.O.I. s’est réuni le matin du 27 août et a décédé de proposer l’insurrection pour le lendemain. Les hommes veulent en découdre24. Le même jour, deux réunions sont organisées au huitième étage du Palais Stella situé au 20 boulevard de CessoleNote 6. Celle du matin est d’ordre militaire et celle de l’après-midi d’ordre politique Sont présents Souny, chef départemental F.T.P., Armand, pour les « Milices patriotiques » des entreprises, Jean-sans-peur, pour les F.T.P.F. de Nice, Ludovic, pour la M.O.I. (Main d’œuvre immigrée), Thibaud, pour la C.G.T., Pierre Durand, Georges, responsable départemental du Parti communiste et aux F.T.P., plus un invité, Bemard, cadre régional bloqué à Nice. Brandon, du Front National, et Duchêne, du Parti communiste, sont absents pour des raisons de sécurité. Ensemble, ils forment le Comité insurrectionnel. La décision est prise de déclencher le soulèvement général pour le lendemain dès six heures en dépit de la pénurie d’hommes entraînés (100 à 200 hommes) d’armes et de munitions (des grenades, 20 mitrailleuses, 40 mousquetons et quatre mitrailleuses lourdes)24. Une plaque commémorative est aujourd’hui visible à droite de la porte d’entrée de l’immeuble et rappelle cette importante réunion.
Les divers groupes de résistants sont prévenus dans l’urgence (notamment les Corps Francs de la Libération à la caserne Filley avec le groupe Parent25) mais beaucoup ne peuvent être joints en si peu de temps notamment à cause du couvre-feu ou de la distance. Piere Bloch rencontre le docteur Sapir à la libraire Paradis en compagnie de l’avocat Brandon responsable départemental du Front National qui se dit habilité à parler au nom des F.T.P.. Ils rédigent ensemble à un texte bref qu’ils signent : Les représentants des CFL, MP, FTP de la ville de Nice, réunis le 27 août 1944, décident de porter à la connaissance de leurs troupes respectives, à la veille du combat sacré pour la libération, qu’elles ne doivent rivaliser que par l’ardeur dans la lutte contre l’ennemi et combattre au coude à coude fraternel et loyal, dans un esprit purement patriotique26. Dans la nuit, les F.T.P. placardent des affiches malgré le couvre-feu, un peu partout dans les rues de la ville pour relayer l’appel à l’insurrection. On peut y lire : Français, Françaises, le 15 août, les armées alliées, comprenant l’armée française de la libération, ont pris pied sur notre sol. Elles sont aux portes de Nice. Cannes, Antibes et Grasse sont libérées : la Wehrmacht aux abois ne sait plus où se réfugier, ses soldats ont peur ! Ils savent maintenant qu’ils sont vaincus. Mais note ville reste à libérer. Dès le débarquement, la C.G.T. a lancé l’ordre de grève générale. Les F.F.I. ont organisé les guerillas. Mais cela ne suffit pas ! Le peuple de Nice, quatrième ville de France, se doit, après l’exemple de Paris, de Marseille, de Bordeaux, de Lyon et autres villes de France, de se libérer à son tour, de faciliter l’entrée victorieuse des troupes alliées dans la capitale de la Côte d’Azur. Pour cela, le C.D.L. vous appelle au combat. Aux armes citoyens ! Partout abattez les boches, désarmez-les, entrez en masse dans les milices patriotiques. Un seul mot d’ordre : s’organiser, s’armer, se battre ! Vivent les F.F.I. ! Vive la libération de Nice ! Vive la France ! En avant, tous au combat ! Le C.D.L. (F.N., P.C., C.G.T., M.L.N.)26.

28 août, jour de l’insurrection
Les combats éclatent à partir de 6 heures simultanément en plusieurs points de la ville.
À l’aube, le groupe 6 des Francs-tireurs partisans (10 hommes) dressent une première barricade au passage à niveau. Ils doivent stopper les Allemands des collines de Gairaut. Le groupe est retranché dans une excavation de la chaussée sous les ordres de Fortuné Leonardi. Ils sont soutenus par un groupe du mouvement Combat commandé par Paul Cavenago27. Un groupe de FFI mené par Louis Brandone prend le contrôle du garage Renault, boulevard Gambetta19. Louis Sana poste 3 jeunes et une mitrailleuse à l’angle des boulevards Auguste Raynaud et Joseph Garnier. Il se rend ensuite avec des hommes place Gambetta (actuelle place du Général de Gaulle). Les maraîchers sont informés de la situation et partent vite. Les hommes sont postés face à l’avenue Malausséna. Louis Sana descend l’avenue Malausséna avec Armand Allavena et Mearelli. Ils tombent sur trois soldats allemands. L’un des Allemands est blessé mais les trois soldats sont finalement faits prisonniers27.
Le groupe F.T.P.F. René Canta s’occupe du centre-ville. Ils partent du PC à Pasteur. Une équipe commandée par Jean Calsamiglia se rend à la gendarmerie. René Canta occupe le lycée Félix Faure où les policiers rejoignent les insurgés. De là, René Canta et ses hommes investissent la préfecture. Des détachements occupent la Bourse du travail, l’imprimerie de L’Éclaireur, les locaux du Petit Niçois sont occupés par les pompiers résistants. Martini dit Pensée part prendre le commandement des combattants-traminots au dépôt TNL à Nice-Riquier. Jean Calsamiglia se rend à l’intendance de police rue Maréchal-Foch et y installe son PC. Les inspecteurs sont désarmés. Les agents de police aident les FFI à organiser la défense. L’ordre est donné de contrôler les petites rues du Vieux-Nice, d’interdire toute circulation des Allemands sur le boulevard des Italiens (actuel boulevard Jean-Jaurès) et la place Garibaldi. René Canta donne ses ordres : il faut harceler les Allemands, les attaquer partout à la fois. Le groupe Lenoir (Verdi) occupe la mairie, le groupe du capitaine Martin occupe le lycée de garçons. Les groupes francs du mouvement Combat et les F.T.P.F. occupent la caserne Filley28.

Vers 6h00, les F.F.I. de Charles Menardi se regroupent à leur QG au dépôt de journaux de l’avenue de la Californie. Ils décident d’occuper le central téléphonique de Fabron, ce qui est fait sans difficultés. Les résistants des CFL les rejoignent pour occuper le transformateur du quartier de la Vallière. Un combat a lieu. Deux FFI sont blessés. Les soldats polonais se rendent29. Roger Simon se procure une arme et veut rejoindre ses camarades du groupe Académie des CFL du capitaine François Calvin. Il est fait prisonnier par une patrouille allemande à Carras. Il est torturé toute la journée puis fusillé d’une balle de revolver le 29 août vers une heure du matin dans un blockhaus de l’avenue de la Californie30.

Vers 6 heures, une voiture montée par des gradés allemands arrive de la place Gambetta et se heurte aux groupes de résistants postés autour du passage à niveau. Elle est immobilisée par une grenade à l’angle du boulevard Auguste-Raynaud. Bilan : 3 morts et un commandant blessé et prisonnier chez les Allemands. Les résistants récupèrent leurs armes. Louis Sana s’empare de la sacoche du commandant blessé. Elle contient des documents importants sur les projets du commandement allemand27.
Vers 6h30, à Nice-Nord, une camionnette allemande descend le boulevard de Cessole vers le passage à niveau. Les sentinelles lâchent une rafale de mitrailleuse. Le chauffeur qui est seul se rend27. L’alerte est donnée dans le quartier. Des habitants se lèvent et rejoignent les résistants pour combattre27. Le lieutenant Mathis est réveillé par des coups de feu boulevard de Cessole. Il descend et tombe sur des FTP en position près de l’avenue Castellane. Il voit alors deux Allemands dans l’avenue qui s’enfuient. Ils sont poursuivis et se rendent. Il prend le commandement de plusieurs hommes à l’angle de l’avenue Cyrnos. Un fortin est organisé dans la villa « les Pipistrelles » qui domine tout le boulevard de Cessole31. Paul Cavenago se rend à la brigade mobile rue André Theuriet et somme les policiers de remettre leurs deux mitraillettes et les munitions31. Une deuxième camionnette est signalée. Une rafale de mitraillette crépite. Un pneu éclate. La camionnette ralentit alors qu’à l’intérieur un homme congestionné hurle sur le chauffeur. Nouvelle rafale. Des balles percent le moteur. La voiture est entourée par les résistants. Un commandant allemand furieux descend ainsi que deux sous-officiers et le chauffeur. Ils sont faits prisonniers. Les prisonniers sont conduits dans un garage voisin rue Georges Doublet. Les autres prisonniers allemands faits durant la journée dans le quartier y sont amenés aussi31.

Vers 7h00, trois camions allemands avec remorques débouchent dans le boulevard Joseph Garnier. Dissimulés derrière les platanes, les FFI ouvrent le feu. Surpris, les Allemands bifurquent vers la petite avenue Montclair où ils sont stoppés par des jets de grenade. Quatre Allemands sont faits prisonniers. Les camions transportent un trésor : deux mitrailleuses lourdes, un fusil-mitrailleur, une mitraillette, des fusils, des munitions. Des barricades sont érigées au débouché des rues avoisinantes. Une mitrailleuse est transporté place Gambetta, placée en batterie de façon à prendre en enfilade l’avenue Malausséna. L’autre est mise en batterie sur le carrefour du passage à niveau. Une sorte de bouclier est formé avec des traverses de chemin de fer récupérées à la Gare du Sud toute proche31.

Avec une des camionnettes récupérées conduite par Aimé Paiche, Louis Sana parcourt le quartier du passage à niveau pour arrêter des chemises noires fascistes. Quelques-uns sont exécutés dans la journée31. Louis Sana se rend ensuite à la mairie avec la même camionnette conduite par le chauffeur de taxi Marius. Ils désarment deux policiers31.
Toujours vers 7h00, le brigadier-chef de police Deguin se trouve de service au lycée. Il entend des coups de feu. Les agents l’informent que ce sont les Allemands qui sont visés. Avec quatre gardiens, ils se rendent boulevard Mac-Mahon (actuel boulevard Jean-Jaurès) et attaquent une autochenille montée par trois Allemands qui réussissent à s’enfuir. L’autochenille est emmenée par des civils à la préfecture. Ils s’emparent également de deux camions avec remorques malgré les tirs des armes automatiques et des mortiers du Château32.
Vers 7h15, Lucien Cantailloube, un des responsables des Milices Patriotiques au dépôt SNCF de Nice Saint-Roch a pu rassembler 350 hommes. La défense du dépôt est organisée par Auguste Chochoy. Un poste d’observation est installé au sommet de l’épurateur Lamy qui domine le quartier29.
À 7h30, un camion allemand tractant une arme lourde arrive par le boulevard Joseph Garnier et est lui aussi attaqué à la grenade : les assaillants s’emparent d’une mitrailleuse lourde et de Mausers. Des prisonniers sont faits mais il y a aussi des blessés et des tués côté allemand. Un deuxième camion est bientôt immobilisé : des prisonniers sont faits et des fusils capturés28.
Toujours vers 7h30, les FFI commandés par Émile Mercanti attaquent la batterie de Saint-Pierre-de-Féric sur les collines à l’ouest de Nice. Le 2e détachement attaque quelques Allemands en patrouille sur la route. Un Allemand est tué, trois sont faits prisonniers. Deux sont blessés mais parviennent à s’enfuir29.
Plus au sud de la ville, une opération est ordonnée par Jean Calsamiglia au groupe Robert mené par Barbev Odadjian (dit « Robert »). L’opération vise le siège du P.P.F., partie collaborationniste, situé rue Dalpozzo. Les F.F.I. contrôlent d’abord les immeubles environnants, rue de la Buffa et rue Maréchal Joffre. Un fusil-mitrailleur est braqué sur l’immeuble du siège du PPF. Robert pénètre dans le bâtiment avec un camarade. Ils ne rencontrent aucune résistance. Vers la fin de l’opération, à 7h30, une voiture allemande occupée par deux officiers aborde le barrage des F.F.I.. Il s’agit du lieutenant Wilhelm Hansen (né le 27 janvier 1914, son corps repose au cimetière militaire allemand de Dagneux (Ain, rang n°30, tombe individuelle n°17) et d’un sous-officier du bataillon Flak commandé par le commandant Michelis. Les occupants de la voiture sont tués sous le feu des mitraillettes au coin des rues Dalpozzo et de la Buffa29.

Plusieurs positions stratégiques sont aux mains de la Résistance : le Lycée de garçons, la Préfecture, l’Hôtel de Ville mais aussi la Poste Thiers, la gare SNCF, les Entreprises Michel, le siège de la police, puis la Gendarmerie, l’Usine à Gaz, le siège de la Milice française, le dépôt des TNL, la gare Saint-Roch, la caserne Filley. Les locaux du journal L’Éclaireur sont investis ainsi que les principales imprimeries, où l’on imprime immédiatement tracts et affiches appelant à l’insurrection.
À partir de 8h15, la Feldkommandantur est progressivement mise au courant des événements18.
La population du quartier du passage à niveau aide à réaliser une barricade boulevard Auguste Raynaud. La barricade permet d’arrêter un camion allemand. Les militaires menacent d’abord les habitants (dont la femme de Louis Sana) mais s’enfuient à l’arrivée des résistants32.
À 11h00, les Allemands avancent rue Cassini. Une fusillade se poursuit pendant deux heures33.

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Aperçu des hostilités près de la gare des chemins de fer de Provence, le 28 août 1944, à la Libération de Nice.

À Nice-Nord, une troupe allemande remonte le boulevard Gambetta d’arbre en arbre pour reprendre le contrôle du passage à niveau à 8h30. La fusillade dure jusqu’à 10h30. Les Allemands ne réussissent pas à passer. Plusieurs d’entre eux sont tués et blessés32. Plusieurs résistants sont grièvement blessés. Les F.T.P.F. Auguste Gouirand et Lucien Chervin, tous deux retranchés derrière le kiosque à journaux, sont chacun grièvement blessés d’une balle reçue dans la tête34. Ils sont évacués dans la clinique de la rue Mantéga. Lucien Chervin décède dans la journée et Auguste Gouirand le 1er septembre 194435[réf. insuffisante]. Alphonse Cornil est abattu par une rafale de balles tirée par les allemands alors qu’il se trouve en position avancée au niveau du 130 boulevard Gambetta36[réf. insuffisante].
La fusillade éclate également devant le garage Renault dans le boulevard Gambetta. Les Allemands attaquent à la grenade mais doivent se retirer. Vers 9h00, un groupe d’Allemands met en batterie un mortier devant le garage en direction du passage à niveau. Le mortier est soutenu par le tir du blockhaus du carrefour Thiers. Quatre coups sont tirés mais les Allemands doivent se retirer par la rue Oscar II sous le feu des mitrailleuses des résistants retranchés dans le garage Renault. Les résistants récupèrent le mortier37.
Vers 9h00, la Feldkommandantur appelle la préfecture pour qu’elle fasse cesser les attaques sur les soldats allemands et pour savoir s’il est vrai qu’elle est sous le contrôle des résistants. Le préfet du vichyste Ravard leur raconte que l’attaque des F.F.I. sur la préfecture a été repoussée par la police et la gendarmerie française, sous la menace du groupe René. Il propose aux Allemands de ne pas tirer jusqu’à midi le temps qu’il tente de ramener le calme. En fait, cela permet de donner du temps aux F.F.I. pour contrôler la ville18.
À 10h00, le général Nickelmann, commandant les forces allemandes stationnées à Nice, téléphone à la préfecture occupée par les F.F.I.. Trois membres du Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France sont présents : Cendo, Sattegna et Gatet. Cendo prend la communication. Nickelmann fait savoir que si l’insurrection ne cesse pas immédiatement, il fera bombarder la ville, qu’il la mettra à feu et à sang et que tous les combattants pris seront traités en franc-tireurs et fusillés sur place33. Cendo transmet au Comité insurrectionnel qui a quitté le 20 boulevard de Cessole pour s’installer au 1 rue Pertinax. La réponse est finalement négative. Le Comité insurrectionnel lance un ordre du jour appelant à intensifier le combat contre les Allemands, à développer une insurrection populaire et à commencer une « épuration énergique de tous les salopards connus »33. La préfecture est menacée par les attaques d’automitrailleuses allemandes provenant du cours Saleya. Une barricade a été réalisée avec des véhicules rue de la Préfecture. Les automitrailleuses sont chassées par des grenades33,38.
Avant 10h00, le lieutenant-colonel Niedlich, commandant le 239e Régiment d’infanterie tombe dans une embuscade tendue par les F.F.I. alors qu’il rejoint son régiment et est tué. Dans sa sacoche, les F.F.I. découvrent un document dans lequel les Allemands prévoient d’évacuer la ville « infestée de terroristes ». Le document est traduit dans la nuit39.

À 10h00, la plupart des gardiens de la Paix ont rejoint les insurgés40. Le chef de groupe surnommé « Loulou » se signale en tuant six Allemands en cinq minutes au PC de Jean Calsamiglia à l’intendance de police rue Maréchal Foch.
Vers 10h00 à Nice-Centre, des combats ont lieu place Masséna. Un lieutenant de Feldgendarmerie est tué. Des dix soldats allemands de garde sur cette place, un est abattu et plusieurs sont blessés sous les tirs de policiers français39.
À 11h25, le préfet Ravard demande à la Feldkommandantur que les Allemands n’occupent pas les bâtiments publics39. Les autorités préfectorales sont paniquées et ne cessent de demander à René Canta d’évacuer le bâtiment et de faire cesser les combats. Il finit par faire placer Lauvel et Ravard en état d’arrestation provisoire dans leurs bureaux respectif33. Un peu plus tard, l’artillerie du Château commence à arroser le bâtiment avec des obus de petit calibre et ce jusqu’au soir33. Comprenant en effet que l’insurrection s’étend, le général Nickelmann a mis ses menaces à exécution. De ses retranchements de Gairaut, du Mont-Alban de la caserne Auvare et du col de Villefranche, l’occupant canonne la ville, mitraillant le Vieux-Nice depuis le Château. Cependant, la mutinerie des servants Polonais gêne momentanément la défense allemande. Les Polonais refusent en effet de viser des objectifs civils. Vers 11h0037, les Allemands commencent à bombarder le quartier du passage à niveau. Le poste du passage à niveau est touché. Le F.T.P.F. Roger Boyer est tué par un éclat d’obus37. Le F.T.P.F. Jean Ballestra est grièvement blessé et décède vers 20h30 à son domicile du 27 avenue Pessicart41[réf. insuffisante]. Les blessés sont transportés dans une clinique rue Mantéga. Le support de mitrailleuse est hors d’usage mais il est réparé dans un atelier à proximité. Sous la pluie d’obus, les groupes du passage à niveau se replient vers les positions du lieutenant Mathis boulevard de Cessole, au niveau de l’avenue Cyrnos. Lorsque la canonnade cesse, les résistants du passage à niveau reprennent leurs positions et empêchent une ouverture vers Levens pour les Allemands37. De nombreux hommes et femmes des différents groupes et mouvements résistants combattent ensemble (M.O.I., F.T.P.F., Combat, C.F.L., Milices Patriotiques).
Vers 11 heures, le général Fretter-Pico ordonne aux unités de retraiter mais de prendre des otages pour traverser la ville ainsi que le désarmement des policiers. Une opération de nettoyage de la ville est cependant envisagée avec les troupes repliées depuis Grasse39.

Vers 11h30, deux soldats allemands sont blessés près de la Feldkommandatur par des policiers français. Le major Schultz ordonne de désarmer tous les policiers de la ville. Déjà un soldat de la Feldkommandtur a été tué ainsi que 3 blessés42.
Place Gambetta, le groupe Augier (16 hommes) continue le combat. Au cours de l’attaque d’une voiture allemande, Auguste Bogniot est abattu vers 14 heures devant le Crédit Lyonnais37. Augier et Perfettini sont blessés avenue Borriglione37.
À Nice-Est, les F.F.I. ont transformé le dépôt des TNL en véritable forteresse. Les soldats polonais de garde sont faits prisonniers mais décident de rejoindre les résistants. Des blockhaus sont aménagés avec des sacs de sable. Martini dit « pensée » donne l’ordre d’attaquer tout camion ou tout Allemand circulant dans le quartier32. A 11h45, les Allemands attaquent par le rue Auguste Gal. Les résistants ouvrent le feu. Trois Allemands sont abattus mais d’autres attaquent à la grenade. Les résistants se replient dans un abri qu’ils ont construit à l’entrée du dépôt. Les Allemands battent en retraite37. Le responsable des milices patriotiques, le lieutenant Antoine Suarez, est mortellement blessé par une balle reçue en pleine tête32.
Dans la journée les rangs des combattants augmentent pour atteindre plusieurs centaines, avec peu d’armes et de munitions. Les F.F.I. espèrent l’arrivée des maquisards de Levens mais ils n’arriveront que le lendemain. Des habitants prennent également les armes et rejoignent les F.F.I1.
Les premiers blessés, combattants ou civils, commencent à arriver à l’hôpital Saint-Roch à 10h00. À partir de midi, c’est une arrivée ininterrompue.

Vers 11h30, le général Fretter-Pico autorise la Feldkommandtur à évacuer la ville. Dans le même temps, il installe un chef de bataillon, le capitaine Burkhardt, commandant le Ier Bataillon du 239e Régiment, comme nouveau commandant de la place de Nice. Il a tous les pouvoirs y compris d’établir la loi martiale. Il arrive vers 13 heures avec un bataillon à bord de 5 autobus. Sa mission est de libérer par tous les moyens le passage routier ouest-est. Un commando spécial avec amres lourdes est en route pour le nettoyage de la place Masséna42.
Vers midi, Barker Odadjian reçoit l’ordre d’évacuer les locaux de L’Éclaireur et de se replier sur le lycée. À 12h30, il est sur place avec ses hommes qui s’installent sur les tours en direction de l’esplanade du Paillon. Vers 13h30, les Allemands, installés sur les toits et aux fenêtres voisines, balaient par ses tirs les fenêtres et les galeries. Des automitrailleuses passent dans les rues et mitraillent le lycée. Les résistants sont à court de munitions mais ripostent comme ils le peuvent. Vers 17h00, des tirs de mortier sont tirés sur eux depuis le Château. Ils font peu de dégâts et cessent vers 19h0043.
Vers 13h15, des soldats allemands tirent à la mitrailleuse sur la Préfecture. Une patrouille sous les ordres du lieutenant Pico pousse une batterie Flak dans le quartier de la Préfecture et essuie des tirs. Un soldat allemand est tué et 3 autres blessés. Les allemands ripostent en tirant sur la Préfecture42.
La Feldkommandatur reçoit à 13h50 l’ordre d’instaurer l’état de siège dans la ville. Le pouvoir de commandement est placé entre les mains du capitaine Burkhardt. La population civile doit être chassée des rues et rester enfermée chez elle. Toute personne se trouvant dans la rue sera abattue. Le PC du Ier Bataillon s’installe à la Feldkommandantur. Une compagnie doit occuper la mairie et la Préfecture42. Les allemands veulent toujours reprendre le contrôle de la ville même si la Feldkommandtur reçoit l’autorisation d’évacuer.
À Nice-Nord, le groupe F.F.I. dirigé par Augier monte vers 14h00 dans l’immeuble situé 2 avenue Borriglione. Une mitrailleuse servie par Dozol est installée. Vers 16h30, Dozol est blessé par des tirs venant de la villa Thiole. La mitrailleuse est montée sur le toit, d’où Pionchon atteint cinq Allemands, avant d’être lui-même blessé à la jambe et conduit à l’hôpital43.
Vers 15 heures, un accrochage a lieu à Sainte-Marguerite entre les F.T.P. – M.O.I. et une patrouille allemande venant de Saint-Isidore. Le résistance Venance Cantergiani est tué30.
Vers 16h00, une voiture allemande descend le boulevard de Cessole. Les F.F.I. dirigés par le lieutenant Mathis la laissent passer et l’attaquent par l’arrière à la mitraillette et à la grenade. En avant, elle est prise sous le feu des hommes du capitaine Paul. La voiture va buter contre un arbre avec ses quatre occupants morts ou blessés43. Un agent de liaison prévient le poste du passage à niveau de la situation. Plusieurs camions allemands essaient de forcer leur barricade sans succès43.
En haut de Pessicart, les Cauvin ont hissé le drapeau tricolore le matin à la villa « La Paix ». en entendant les coups de feu. L’après-midi, Henri Cauvin et Jacques Galand décident de descendre en ville avec leurs pistolets. Près du Righi, ils aperçoivent des Allemands au carrefour et se replient. Plus haut, une patrouille allemande leur barre la route. Ils cherchent refuge dans une maison en contrebas. Les occupants les font entrer et les pistolets sont cachés sous le lit. Les Allemands les ont vus et arrivent ; un officier ouvre la porte, mitraillette pointée, menaçant. Les deux résistants sont conduits sur la route, nez au mur. Les pistolets sont découverts. Les Allemands disent « Terroristen » et Henri Cauvin dit à son camarade : « Nous sommes perdus ». Une jeune fille qui se trouve là s’en va prévenir les FFI du lieutenant Mathis. Les jeunes soldats allemands emmènent leurs prisonniers. Ils avancent lentement en file de chaque côté de la route avec les prisonniers au milieu. Ils tirent dans les fenêtres des maisons. Ils avancent vers l’avenue Cyrnos. L’officier fait alors prendre une descente en raccourci vers le boulevard de Cessole. Au milieu du passage, des coups de feu sont tirés par les FFI par le haut et le bas du chemin. L’officier allemand est tué. Les autres soldats allemands sont également tués44. Un fusil-mitrailleur est récupéré et placé au milieu du boulevard de Cessole, entre la villa les « Pipistrelles » et la propriété du comte de Cessole, derrière une redoute puissamment organisée44.
À Nice-Lingostière, dans la plaine du Var, une unité allemande composée de Polonais stationne à la Maison rouge, vallon de Saint-Laurent. Les soldats ont tué leur commandant dans la journée. Les ouvriers de l’usine de Lingostière signalent la situation aux FFI. Les Polonais décident de se rendre aux F.F.I.. Une vingtaine sont conduits à l’usine. Ils montrent aux F.F.I. comment se servir de leurs armes et signalent que les pontets de dégagement des eaux, sous la route 202, sont minés. Le lendemain, ils déminent les pontets et le lit du Var45.
Vers 16h00, le groupe des Milices Patriotiques de la compagnie des eaux, rue Gioffredo, capture un colonel allemand porteur de documents remis à Jean Calsamiglia et envoyés à l’état-major FTP. Des agents américains en civil qui se trouvent au PC de Jean Calsamiglia, prennent également connaissance de ces documents. Traduits dans la soirée, ces documents révèlent que le Haut Commandement allemand donne l’ordre aux troupes en action autour de Nice de se replier vers l’Italie à partir de 18h00. Le repli doit se faire en contournant Nice, « infestée de terroristes ». Il y a également les plans de repli des troupes ennemies. Ces documents sont envoyés par le F.T.P.F. commandant Moreno au PC américain de Grasse46.
Vers 17h00, la Feldkommandantur apprend qu’elle doit se joindre au mouvement de retraite des troupes qui abandonnent la ligne de front de la rive est du Var. Le mouvement de retraite est prévu entre 20 et 21h0042.

Vers 17h00, le dépôt Saint-Roch est sous le tir des pièces allemandes situées l’une à la caserne Auvare, l’autre boulevard de l’Armée des Alpes. L’observatoire aménagé par les résistants, le bâtiment des mécaniciens et l’entrée sont touchés. Des unités d’infanterie attaquent vers 18h00 depuis les pentes du Mont-Alban. Vers 19h00, un groupe d’une trentaine d’Allemands lance une attaque qui est repoussée. Les Allemands cherchent encore à assurer leur repli vers L’Escarène et Sospel30.
Quartier Riquier, les Allemands mitraillent les rues. Ils fuient à pieds et en voiture par la rue Barla du Centre-ville vers la Moyenne Corniche. Ils sont sous le feu des résistants depuis les toits et les fenêtres. Un balle frôle les F.T.P.F. César Martini et son frère sous les ordres de Laurent Giaume30. Leur camarade Raymond Albin est atteint d’une balle dans le ventre. Il est transporté dans l’abri sous la place Arson et décède peu après vers 14 heures30.

Un dépôt clandestin de vivres est organisé rue Fodéré prolongée près du port. Il est gardé par Édouard Bertand, Carrara et Marie Bocchiardo (son frère a été fusillé à l’Ariane le 15 août 1944). Les combattants des différents quartiers viennent chercher des vivres et donnent en échange un papier convenu. Tout l’après-midi, les gardes du dépôt voient passer des soldats allemands à pieds et en camion boulevard Impératrice de Russie (actuel boulevard Lech Walesa). Ils suivent l’itinéraire jalonné par les blockhaus depuis la place de Riquier, la place Saluzzo (actuelle place Max Barel) et la route de Villefranche30.

L’après-midi vers 18h00, après d’âpres combats, les blockhaus du boulevard Gambetta, de l’avenue de la Victoire et de la place Saluzzo sont pris d’assaut30, mais la lutte se poursuit autour de certaines positions. Les Allemands comprennent en fin de journée qu’ils ne pourront faire face au soulèvement, et la Kriegsmarine évacue en hâte le Château, tandis que le général Nickelman informe son état-major général qu’il évacue la ville, selon lui « infestée de quatre mille terroristes »[réf. nécessaire].
Le blockhaus de Riquier est évacué dans la soirée. Martini dit « Pensée », l’occupe avec deux hommes. À peine entrés, un camion allemand passe avec une vingtaine de soldats et s’arrête devant l’entrée. Martini ouvre le feu avec son pistolet et vide le chargeur. Le camion démarre et part47.
Dans la soirée, dans le Vieux-Nice, place Garibaldi, un groupe de F.F.I. est attaqué par deux nids de mitrailleuses. Pendant le combat, alors que les F.F.I. sont sous les arcades, un convoi de six camions allemands passe sur la place. Les occupants ont ouvert le feu sur les F.F.I. qui répondent. Georges Damiot, gardien de la paix, tue trois Allemands. Paul Vallaghé, champion de tir, tue plusieurs Allemands avant d’être lui-même mortellement blessé. Vincent Joseph Boscarolo est lui aussi mortellement touché. Les servants allemands des mitrailleuses finissent par prendre la fuite. Les mitrailleuses du Château continuent à tirer47.
A 18h30, le résistant Fortuné Barralis dit René du groupe Lorraine est mortellement touché au passage à niveau par les tirs allemands en revenant d’une mission en service commandé rue Gutenberg (recherche de munitions et ramassage de blessés)48.
Vers 19h00 les artificiers allemands font sauter le port de Nice, deux môles, le phare, les grues, et coulent plusieurs navires à quai49. C’est la Kriegsmarine qui évacue le port et le château qu’elle avait commencé à fortifier50.
Toutes les unités reçoivent vers 19h00 l’ordre de rejoindre la Feldkommandantur avec leurs bagages. Une colonne de 7 camions et 14 voitures est formée. Sur chaque camion est montée une mitrailleuse. La colonne part à 19h50 et subit des tirs en provenance de l’intendance de police située avenue maréchal Foch. Les Allemands ripostent de toutes leurs armes et tirent sur toutes les fenêtres des maisons qui bordent la rue de la caserne. La colonne mitraille systématiquement les façades des habitations et grâce à sa supériorité de puissance de feu, elle parvient à quitter la ville sans pertes. La colonne arrive à Menton à 20h4051,50.
Toutes les forces allemandes se replient, mitraillant la ville au passage30 Les dernières unités allemandes stationnées sur les collines de Gairaut, Cimiez et Fabron ou en retraite depuis Levens quittent leurs positions vers 23h00. Elles descendent en convoi en mitraillant tous les immeubles de l’avenue de la Victoire avant de gagner Villefranche par la Basse Corniche49,52.
À Nice, les résistants s’organisent pour la nuit car ils craignent des attaques nocturnes. Les F.F.I. doivent monter sur les toits, ne tirer qu’à coup sûr à cause de la pénurie de munitions, renforcer les barricades, des sentinelles sont placées dans les rues53.
Dans la nuit tombante, boulevard de Cessole, des soldats polonais viennent se rendre aux F.F.I53.
Vers 21h00, la flotte alliée canonne les blockhaus du front de mer, déjà abandonnés par leurs occupants49,50.
Un drame se joue dans les jardins de la villa la Lanterne à Fabron où les allemands exécutent un par un 4 résistants arrêtés pendant la journée porteurs de brassards tricolores des F.F.I.. 2 survivent en faisant le mort (Albert Piccardo et Michel Frenkel), 2 autres sont achevés en étant égorgés à coups de couteau (Lucien Corbé et Joseph Aréna)54.
Le chiffre de 25 soldats allemands tués correspond au nombre de corps relevés par les F.F.I.. On ignore combien de morts se trouvaient dans les camions qui évacuent Nice1,2.
Quatre fascistes italiens, membres du bataillon Nizza, 215e bataillon des « chemises noires », sont également tués1,2.
Vers minuit, les insurgés niçois, handicapés par la pénurie de munitions, réalisent qu’ils sont maîtres de la ville. Ils demeurent cependant en alerte craignant une contre-attaque allemande49. Le lendemain matin, les FFI défilent victorieux dans les rues de Nice. Tout le monde attend maintenant l’arrivée des Américains49.
À Menton, les Allemands et les fascistes italiens du bataillon Nizza se vengent sur la population de la réussite de l’insurrection niçoise. Le 29 août, le maréchal des logis chef Deparday est abattu par les fascistes du bataillon Nizza dans la cour de la gendarmerie alors qu’il est en pantoufles55. Une plaque rappelle cette exécution à Menton au 21 rue de Sospel56. Le même jour, cinq civils sont accusés à tort d’avoir ouvert le feu contre des soldats allemands. Ils sont abattus au pied de leur résidence : Pierre Bonardi, Robert Marze, Jean et Antoinette Rambert, François Taglioni55. Une plaque commémorative rappelle ces exécutions impasse Mayen à Menton57.
29 et 30 août : l’arrivée des Américains[modifier]
Le 27 août, vers 18h00, les premiers chars américains ont libéré Saint-Laurent-du-Var. Il s’agit des chars de la colonne partie de la tête du pont et qui emprunte la route littorale. L’autre colonne atteint Grasse le 24 août puis Vence et gagne Gattières. Elle remonte la rive droite du Var et atteint Gilette dans la nuit du 25 au 26 août 1944. Elle rejoint là les FFI qui tentent de capturer Levens. Les Américains utilisent leur artillerie le 26 août contre les positions allemandes. Le 27 août, ils franchissent le Var et libèrent le verrou stratégique de Levens. Cependant, les Alliés s’attendent à une forte résistance allemande autour de Nice. Ils n’ont pas prévu de déclencher une attaque le 28 août. La flotte alliée bombarde les casemates allemandes installées sur la Promenade des Anglais à 23h00. Mais les casemates sont vides. Les Allemands ont déjà évacué ce secteur.
Au matin du 29 août, les FFI ne voient toujours pas arriver les Américains et craignent une contre-attaque allemande. Il faut donc les prévenir que Nice est libérée. Rottenberg, alias commandant Ro, un des chef des CFL, donne l’ordre à Joseph Arnaldi de se rendre au Pont du Var détruit par les bombardements alliés pour entrer en contact avec les Alliés à Saint-Laurent-du-Var. le résistant traverse le Var à gué au lieu-dit la Digue des Français. Joseph Arnaldi apprend aux Américains incrédules que les Allemands ont évacué la ville. Les émissaires proposent qu’un ou deux soldats américains viennent se rendre compte sur place. La proposition est acceptée. Guidés par Joseph Arnaldi, les soldats américains arrivent au Bar-Épicerie-Restaurant chez Trombetta où la population les fête. L’alcool coule à flots ! Puis Joseph Arnaldi amène les soldats au centre de la ville pour qu’ils se rendent compte que les Allemands sont effectivement partis. Il les reconduit ensuite. L’un d’eux fait son rapport à ses supérieurs : « Yes, libre, Nice… Good ! » puis il s’effondre tellement il est alcoolisé58. Dans l’après-midi, un petit détachement de soldats américains guidé par Joseph Arnaldi s’installe en ville. Il confirme par radio qu’il n’y a plus d’Allemands à Nice. Cependant le général Frederick a reçu des ordres du général Patch le soir du 28 août : interdiction de franchir le Var et attente de la relève des troupes françaises de l’armée régulière. Sur l’insistance du général Frederick qui craint des troubles, un bain de sang en cas de retour des Allemands et une mainmise communiste dans la ville, le général Patch autorise le franchissement du Var58.
Le 30 août, un convoi motorisé américain du 509e Régiment arrive par l’avenue de la Californie et la rue de France. il ne fait que passer pour éviter la dispersion des soldats dans les festivités de la libération. Les soldats continuent leur route en direction de Menton. Une foule en liesse les acclame sur leur parcours. D’ultimes coups de feu de « tireurs des toits » sont tirés sur les tout premiers parachutistes américains arrivant à pied, au carrefour du boulevard Gambetta et de la rue de France (le 29 ou le 30 août).
La visite du général De Gaulle le 9 avril 1945[modifier]

Le 9 avril 1945, le chef du Gouvernement provisoire de la République française accomplit une visite officielle dans le chef-lieu des Alpes-Maritimes59 à l’issue d’une tournée d’inspection militaire qui l’a conduit sur le Rhin et dans les Alpes (Grenoble, Saint-Pierre-d’Albigny, Beaulieu). Cette visite est assez tardive si l’on compare les visites qu’il a effectuées à Marseille et Toulon dès le 15 septembre 1944.
Cette visite a lieu la veille de l’offensive des troupes françaises sur les dernière positions allemandes tenues dans le nord du département par 600 hommes dans le massif de l’Authion.
De Gaulle se recueille au Monument aux morts de Rauba-Capeù avant de se rendre place Masséna où 60 000 à 100 000 personnes assistent à un premier discours du général tenu depuis le balcon du Casino municipal. De nombreux niçois se sont installés sur les toits et aux fenêtres. De Gaulle commence son discours par ces mots : « Nice libérée, Nice fière, Nice glorieuse, vient d’exprimer magnifiquement les sentiments de la population tout entière et ces sentiments-là, je vous le dis, ce sont ceux de toute la France. D’abord, ce que vous exprimez, c’est la fierté de la libération, tout ce qui a été souffert ici, tout ce qui a été souffert matériellement avec tant de privations et qui continue de l’être, mais surtout tout ce qui a été souffert moralement dans ces quatre années atroces où dans le fond de l’abîme, Nice comme la Patrie entière se demandait si jamais allait reparaître le soleil de la liberté.
Nice n’a jamais renoncé à elle-même, ni renoncé à la France. Ah ! qu’ils étaient naïfs en même temps qu’insolents ceux qui avaient prétendu qu’on pourrait l’arracher à la France (…)59.
Après le discours, tous chantent La Marseillaise sur la place Masséna. De Gaulle se rend ensuite à la préfecture où il fait un nouveau discours puis se rend au balcon pour faire le V de la victoire. De Gaulle se rend ensuite à l’hôtel de ville pour un troisième discours.Polémiques sur l’insurrection et la libération de Nice

En 2006, une controverse a été provoquée par la sortie du livre de Joseph Girard intitulé La Résistance et la libération de Nice, la fin d’une légende. La thèse défendue par ce dernier est que la réussite de l’insurrection niçoise n’est pas due à une victoire du peuple en arme. S’appuyant sur un rapport rédigé en captivité après la guerre par le général de la 148e Division d’infanterie, Otto Fretter Pico, Joseph Girard démontre que le 28 août 1944, début de l’insurrection, les Allemands étaient déjà en train d’évacuer la ville et ne voulaient pas s’y maintenir. L’auteur veut ainsi faire apparaître que cette insurrection n’avait pas de justification militaire. Elle servait uniquement au PCF pour imposer son pouvoir sur la ville à la Libération.
Jean-Louis Panicacci a vigoureusement répondu au livre de Joseph Girard60. Il a tout d’abord relevé un grand nombre d’erreurs factuelles dans l’ouvrage de Joseph Girard. Il souligne que le rapport du général Otto Fretter Pico n’est pas une archive inédite et que le général n’est pas sûr des dates qu’il annonce.

D’autre part, Jean-Louis Panicacci produit lui aussi des documents allemands : les compte-rendus de la Feldkommandantur 994 de Nice du mois d’août 194461. La Feldkommandantur doit réaliser la liaison entre les autorités allemandes (commandement de la XIXe armée du général Wiese, Oberfeldkommandantur 894 P.C. à Avignon, commandement de la 148e Ersatz Division du général Otto Fretter Pico P.C. à Grasse) et les autorités françaises des Alpes-Maritimes (Préfecture, Intendance de police, gendarmerie). Elle est dirigée par le général de brigade Nickelmann et siège à l’hôtel Atlantic, boulevard Victor Hugo à Nice. Elle partage ses locaux avec la Feldgendarmerie. Elle possède des antennes locales à Grasse, Cannes et Menton.

Ces documents retrouvés en 1993 montrent que les Allemands voulaient retarder l’avance des Alliés par des combats d’arrière-garde à Nice. Les Allemands refusent ainsi le 18 août la demande du préfet de déclarer Nice ville ouverte car le front à leurs yeux est solide sur la rive est du Var. Le 19 août, une conférence a lieu à la Feldkommandantur pour discuter de la répression contre les terroristes et les mesures à prendre en cas d’insurrection. De plus, l’insurrection niçoise n’est pas une surprise pour les Allemands : elle est évoquée à la Feldkommandantur dès le 23 août. Les autorités allemandes n’ont pas l’intention de se retirer sans combattre et elles envisagent de bombarder la ville en cas de soulèvement. Le 25 août, les Allemands prévoient de résister à l’insurrection : les deux tiers des Feldgendarmes reçoivent l’ordre de rester à Nice. Le 27 août, la Feldkommandantur prévoit son transfert à Menton pour le 28 ou le 29 août. Le général Fretter Pico réclame de la Feldkommandantur qu’elle maintienne le calme dans la population pendant le retrait de ses troupes. Si l’évacuation des unités allemandes a commencé le 26 août, l’insurrection niçoise a obligé les unités allemandes encore présentes à décrocher de Nice plus tôt que prévu.

Concernant le rôle du PCF, Jean-Louis Panicacci rappelle que la réunion du Comité insurrectionnel du 27 août 1944 a réuni d’autres organisations que le PCF et les groupes qui lui sont liés. Enfin, l’insurrection niçoise a permis de limiter les destructions opérées par les Allemands en retraite (infrastructures de transports, usines…) et a poussé les Américains à franchir le Var.
D’autres historiens comme Alain Otho ont de plus replacé l’insurrection niçoise dans son contexte militaire et géographique départemental62. Ce dernier souligne notamment l’importance stratégique des libérations, le 27 août 1944, de Levens (un axe de repli pour les allemands est ainsi coupé) et de Saint-Laurent-du-Var (la route est désormais ouverte pour les troupes régulières alliées). Ces critiques ont fragilisé la démonstration de Joseph Girard.
Les Allemands organisent donc une retraite ordonnée et n’ont donc pas prévu d’évacuer Nice le 28 août 1944. Ils comptent mener des combats retardateurs pour faciliter leur retraite vers l’Italie du nord. Le bilan de ces débats permet de dégager plusieurs facteurs expliquant la libération de Nice. Il faut cependant préciser qu’en fait, l’addition de ces différents facteurs relève davantage du hasard que d’un véritable plan militaire concerté comme le soulève en 1987 Jacques Lécuyer, alias Sapin, dans son ouvrage Méfiez-vous du toréador1:
– La perte du contrôle du nord du département du fait de l’intense activité des maquis enregistrée depuis juillet : La garnison allemande de Saint-Martin-Vésubie s’est ainsi rendue aux maquisards le 16 août 1944. Les résistants du groupe Morgan ne parviennent cependant pas à capturer le col de Turini fin août.
– La prise définitive de Levens le 27 août par les Américains et les FFI : La voie de retraite par le nord du département vers le Piémont (ancienne route royale sarde) est coupée. Les Allemands ont lutté avec vigueur pour conserver Levens. La commune est ainsi libérée une première fois le 17 août par des forces FTPF dont la 8e compagnie. Dès le 23 août, les Allemands lancent plusieurs contre-offensives et reprennent la position le 24. Le lendemain, des effectifs importants sont engagés par les FFI pour reprendre le plateau : les compagnies Morgan, Pyra, Pierre, César, les 8e et 27e FTPF, le groupe François. Leur armement insuffisant et leur manque d’expérience militaire les font échouer. Des forces américaines, arrivées sur la rive droite du Var dans la nuit du 25 au 26, franchissent le fleuve et prennent Levens et la Roquette le 27 au soir après avoir copieusement pilonné le secteur. À tout moment, les occupants de Nice risquent donc de voir surgir sur leurs arrières une colonne ennemie. Le quartier de l’Ariane à l’est de Nice, les villages de Contes et de l’Escarène, les collines niçoises par Aspremont sont en effet à portée de Levens62.

- La prise de Saint-Laurent-du-Var qui a lieu le 27 août 1944 en fin d’après-midi : le général Frederick reçoit cependant l’ordre de ne pas franchir le Var le soir du 28 août. Prévenu seulement le 29 août de la situation à Nice, il envoie des soldats en reconnaissance pour vérifier que la ville est sécurisée. Il convainc le général Patch de l’autoriser à franchir le Var. La première colonne américaine traverse Nice le 30 août.
– L’insécurité qui règne à Nice pour les troupes allemandes suite à l’insurrection lancée le 28 août 1944. Si cette insurrection n’est pas une surprise, les Allemands ne parviennent ni à une estimation claire de la situation (la Feldkommandantur n’est mise au courant de l’insurrection qu’à 8h15) et du nombre d’insurgés ni à reprendre le contrôle des secteurs occupées par les FFI (comme au passage à niveau).
Face à cette situation, le commandement allemand décide finalement d’évacuer la ville de Nice en fin de journée.

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Liste des résistants tués dans l’insurrection ou décédés des suites de leurs blessures
Une petite étoile indique les résistants pour lesquels il existe une plaque commémorative, un monument commémoratif ou une stèle.
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Les 29 résistants tués dans le cadre des combats
1. Raymond Albin* né le 21 février 1921 à Pignans : Sous-lieutenant F.F.I., F.T.P.F, 36e Cie de Provence, secteur Nice-Est, groupe Laurel. Chauffeur-mécanicien domicilié 4 rue de Villars à Nice. Membre de la Résistance depuis juillet 1943 (pseudo Fernand). Le 28 août 1944, il participe aux combats pour la Libération de Nice. Il organise son détachement dans le secteur ouest de la place Arson. Il est mortellement blessé au ventre à 14 heures par un membre du P.P.F. à côté de son chef Antoine Anelli (commandant Guignant) qui le porte au P.C. du quartier de Riquier, école Barla. Les pompiers le transportent à l’hôpital Saint-Roch mais il est déjà décédé. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-450463. Son nom est inscrit sur le Monument Aux Morts de Riquier à Nice, une plaque commémorative qui rappelle son décès à l’angle des rues Scaliero et Auguste Gal, sur la grille du parc place Arson, sur lecénotaphe commémorant la libération de Nice situé à l’angle du boulevard Joseph Garnier et du carrefour du 28-Août à Nice64,3065.
2. Eugène Alentchenko* né le 15 décembre 1923 à Nice : Caporal F.F.I., membre du mouvement Combat puis des Corps Francs de Libération (C.F.L.), groupe Joffre (Albert Geoffroy) de la Compagnie des Eaux de Nice et des F.T.P.F., 36e Cie de Provence, secteur de Nice. Chauffeur employé à la compagnie des eaux domicilié 19, rue de El Nouzah à Nice. Entré en résistance en juillet 1943 (distribution de tracts, transport d’armes, renseignements…) dans le mouvement Combat puis au sein des Corps Francs de la Libération (C.F.L.). Il participe aux combats pour la libération de Nice (28 août 1944. Il est présent le matin au passage à niveau (carrefour du 28 août) et est envoyé en mission auprès du groupe Mignon (G.F.R. – C.F.L.). Il prend position avec Julien Guidi sur le toit de l’immeuble du 2 rue Defly pour réduire au silence le fusil-mitrailleur allemand placé en batterie à l’angle du pont Garibaldi et du quai Saint Jean-Baptiste. Il est repéré alors qu’il tire sur les allemands et mortellement touché à la tête vers seize heures. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-461066. Son nom est inscrit sur le Monument Aux Morts du quartier Riquier à Nice et une plaque commémorative qui rappelle son décès au 2, rue Defly à Nice. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle6,6768.
3. Joseph Aréna et Lucien Corbé sont arrêtés le 28 août 1944 par les allemands après avoir franchi le fleuve Var pour rejoindre l’insurrection. Ils sont porteurs de brassards tricolores. Ils sont emmenés à la gare Saint-Augustin pour interrogatoire et regroupés avec 2 autres F.F.I. arrêtés (Albert Piccardo et Michel Frenkel). Ils sont tous les 4 emmenés à la villa la Lanterne à Fabron à Nice. Vers 21h50, ils sont exécutés chacun leur tour d’une balle de revolver par un officier allemand. Albert Piccardo et Michel Frenkel font le mort et réussissent à s’enfuir ensuite. Lucien Corbé et Joseph Aréna sont achevés en ayant la gorge tranchée au couteau. Leurs corps sont retrouvés par les F.F.I. le 29 août sur les indications d’Albert Piccardo54.
4. Joseph Aréna né le 2 août 1899 à Monaco : F.F.I.. Domicilié 75 boulevard d’Italie à Cannes. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-889469,54.
5. Lucien Corbé né le 4 octobre 1886 à Pontchâteau : F.F.I.. Domicilié 3, rue commandant André à Cannes. Son nom est inscrit sur le Monument Aux Morts de Cannes (06). Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle54.
6. Auguste Arnaudo* né le 18 mai 1923 à Saluzzo en Italie : F.F.I. Le 1er mai 1943, il rejoint les Corps Francs de la Libération (C.F.L.) et le groupe Léon (commandant Pascal FARAUT). Agent de liaison. Apprenti chauffage central domicilié 4 rue du marché à Nice. Mortellement blessé dans les combats de la libération de Nice le 28 août 1944. Touché à la tête par un éclat d’obus de mortier tiré depuis la position du château tenue par les allemands. Transporté au poste de secours de la place du palais par le commandant Léon. Il est soigné par Pierre Péraldi, médecin du Comité médical de la Résistance, lieutenant du groupe Lenoir. Il est transporté le soir même à l’hôpital Saint-Roch où il décède le 1er septembre à 10 heures. Reconnu Mort pour la France. Son nom est inscrit sur une plaque commémorative place du palais de justice inaugurée le 28 août 20127071.
7. Arisdakesse Arzoumanian né le 18 mai 1907 à Constantinople : F.F.I.. Il combat dans l’armée française à partir de janvier 1940 au 203e R.I.A. comme adjudant des transmissions. Démobilisé le 27 juillet 1940. Naturalisé en 1943. Menuisier domicilié 47 avenue Georges Clémenceau à Nice. Membre de la Résistance sous les ordres du capitaine Paul (Paul Cavénago) dès sa libération militaire. C.F.L. à partir de juillet 1943, groupe Lorraine, secteur Nice-Nord. Le 28 août 1944, il participe aux combats pour la Libération de Nice. Il commande une section de 10 hommes dans le secteur de la place Gambetta (actuelle place du général De Gaulle). Il doit interdire aux allemands l’accès de l’avenue Malausséna. Il est mortellement blessé près de la place Gambetta après une résistance de 4 heures. Décédé à 16h30 à l’hôpital saint-Roch. Il est reconnu Mort pour la France. Son nom est inscrit sous l’orthographe Aristakes Arsomanian sur le cénotaphe commémorant la libération de Nice situé à l’angle du boulevard Joseph-Garnier et du carrefour du 28-Août72,6773.
8. Jean Badino* né le 8 avril 1896 à Vicoforte) en Italie) : F.F.I., membre des C.F.L., groupe Vérola (Émile Vérola alias Véran). Garçon limonadier naturalisé en 1933 et domicilié 1 bis place du palais de justice à Nice. Il rejoint les Corps Francs de la Libération (C.F.L.) en 194. Il participe aux combats pour la libération de Nice le 28 août 1944. Tué à 17 heures par éclat d’obus de mortier allemand tiré du château devant son domicile place du palais de justice à Nice au moment où il quitte son chef de groupe Vérola. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-1184674. Son nom est inscrit sur une plaque commémorative place du palais de justice à Nice inaugurée le 28 août 20127576.
9. Jean Ballestra* né le 20 juin 1924 à Nice : F.F.I., membre des F.T.P.F., groupe Lenoir (André Verdy) sous les ordres du lieutenant René Bensaïd. Employé de la S.N.C.F. domicilié 27 avenue de Pessicart à Nice. Le 28 août 1944, il participe aux combats pour la Libération de Nice dès 6 heures au passage à niveau du boulevard Gambetta. Grièvement blessé à la tête vers 20h30 près d’un abri par des éclats d’obus au carrefour de l’avenue de pessicart et de l’avenue Buenos Ayres près de l’école Nazareth, il est transporté au poste de secours de l’école Nazareth mais il est déjà décédé. Son corps est transporté à la clinique Sainte-Marguerite rue Mantéga. Le lendemain, le groupe Bensaïd lui rend hommage en devenant le groupe Ballestra. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-1281677. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif des résistants du 4ème canton de Nice, le monument commémoratif de la Libération de Nice (nom Balestra) et la plaque commémorative au 2 boulevard de Cessole à Nice. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré militaire n°58, tombe individuelle78,677980.
10. Fortuné Barralis* né le 18 octobre 1921 à Nice : Sous-lieutenant C.F.L. – F.F.I., membre du groupe Lorraine. Pseudo René. Membre de la Croix Rouge Française. Étudiant domicilié 8 rue Palermo à Nice. Membre de la Résistance depuis mai 1943 sous les ordres du capitaine Paul (Paul Cavénago). Venu du mouvement Combat. Le 28 août 1944, il participe aux combats de la Libération de Nice autour du passage à niveau du boulevard Gambetta (actuel carrefour du 28 août) eu sein du groupe Lorraine sous les ordres du lieutenant Cyclamen (Jacques Antoine). Mortellement touché à 20 heures au passage à niveau par les tirs allemands en revenant d’une mission en service commandé rue Gutenberg (recherche de munitions et ramassage de blessés). Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-1438981. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif des résistants du 4ème canton de Nice (nom Baralis), le monument commémoratif de la Libération de Nice et la plaque commémorative au 2 boulevard de Cessole à Nice78,6782.
11. Auguste Bogniot* né le 18 août 1910 à Draguignan : F.F.I., membre du mouvement Combat (Résistance), groupe Gérôme puis Augier. Une formation de combattants isolés et de membres du groupe Gérôme attaque une voiture allemande place Gambetta. L’un des 3 occupants est tué par une grenade. Les 2 autres se réfugient dans l’immeuble de la pharmacie. Auguste BOGNIOT est abattu à 14 heures devant le Crédit Lyonnais (actuel Crédit Agricole) situé place Gambetta (actuelle place De Gaulle) à l’angle de la rue Raiberti par une rafale de mitraillette tirée depuis la gare du Sud. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-2540783. Son nom est inscrit sur une plaque commémorative située place De-Gaulle, sur le monument aux morts de Cimiez à Nice et sur le cénotaphe commémorant la libération de Nice situé à l’angle du boulevard Joseph-Garnier et du carrefour du 28-Août. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré militaire n°48, tombe individuelle78,6784.
12. Louis Maurice dit Maurice Borrelli né le 10 juillet 1904 à Nice : Agent de laboratoire domicilié 10 rue Gioffredo à Nice. Mortellement blessé en face de son domicile par un tir allemand le 28 aout 1944 dans les combats de la Libération de Nice alors qu’il se rend au lycée pour combattre. Décédé à 16 heures à l’hôpital Saint-Roch à Nice. Reconnu Mort pour la France. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 5, tombe individuelle85[réf. insuffisante].
13. Vincent Boscarolo* né le 19 mars 1908 à Verceil, en Italie : F.F.I., membre des Corps Francs de la Libération (CFL), Groupe Léon, Compagnie Julien. Surnommé Tenda. Naturalisé en 1939. Membre des Corps Francs de la Libération (C.F.L.) depuis septembre 1943, groupe Léon, Compagnie Julien. Le 28 août 1944, il participe aux combats pour la Libération de Nice. Au début de l’après-midi, les allemands réussissent à installer 2 mitrailleuses lourdes et un canon de 25mm sur la place Garibaldi. Avec son groupe, il attaque à plusieurs reprises le canon et abat 4 allemands. Au 3ème assaut vers 18 heures, il tente de ramener le canon dont les servants ont été tués mais est abattu par des tirs provenant d’un convoi allemand de 6 camions qui passe place Garibaldi. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-2748986. Son nom est inscrit sur la plaque commémorative des résistants du 1er canton à l’hôtel de ville de Nice, une plaque commémorative place Garibaldi à Nice et place commémorative sur le mur extérieur de l’église Saint-Augustin à Nice. Son est orthographié Boscarollo sur les plaques commémoratives et Boscarolo à l’état-civil87,6788.
14. Roger Boyer* né le 24 avril 1911 à Méailles : F.F.I., membre des F.T.P.F., 6e Cie de Nice. Peintre en bâtiment domicilié lotissement Lorenzi, 54 de l’avenue Saint Barthélemy à Nice. Il participe aux combats de Lambruisse et des gorges de Chabrières à Vars (05) avant d’être envoyé dans les Alpes-Maritimes. Le 28 août 1944, il participe aux combats pour la Libération de Nice au passage à niveau dès 6h30. Blessé en voulant désarmer des allemands, il refuse d’être évacué. Tué vers onze heures sous le tir d’un obus de mortier tiré par les allemands depuis la colline de Gairaut. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-3243989. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif des résistants du 4ème canton de Nice, le monument commémoratif de la Libération de Nice et la plaque commémorative au 2 boulevard de Cessole à Nice. Un square porte son nom à Nice (06) depuis 194690,6791.
15. Venance Cantergiani* né le 18 mai 1904 à Pavullo nel Frignano en Italie : F.F.I., Milice Patriotique, groupe Fiandino (François Fiandino. Le 28 août 1944, il participe aux combats pour la Libération de Nice. Tué vers 15 heures à Sainte-Marguerite dans un accrochage avec des Allemands venant de Saint-Isidore à Nice. Il abat un allemand mais est abattu à son tour par un autre allemand dans un pré de la propriété Saïssi, chemin Sainte-Marguerite. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-3781992. Une plaque commémorative située au niveau du 231, avenue Sainte-Marguerite, près du jardin public, rappelle son décès. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif des résistants du 14e canton de Nice87,6793.
16. Adolphe Carmine né le 3 octobre 1923 à Grasse : F.F.I.., membre de la Résistance depuis février 1942, C.F.L. sous les ordres du capitaine Paul (Paul Cavénago). Préparateur en pharmacie domicilié 9 bis avenue Audiffret à Nice. Il est mortellement blessé dans les combats autour du carrefour du 28-Août et décède vers minuit au 12 boulevard Tzarevitch (clinique du Belvédère). Il est reconnu Mort pour la France. Son nom est inscrit sur le cénotaphe commémorant la libération de Nice situé à l’angle du boulevard Joseph-Garnier et du carrefour du 28-Août. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle72,6794.
17. Lucien Chervin* né le 20 mai 1900 à Paris 14ème arrondissement : F.F.I., membre des F.T.P.F.. Teinturier domicilié 29 bis avenue Montclar à Nice. Membre des F.T.P.F. depuis juillet 1943. Nommé chef de détachement le 5 mai 1944. Participe aux combats pour la Libération de Nice sous les ordres du commandant Souny (Philippe Giovannini). Présent dès l’aube au passage à niveau (actuel carrefour du 28 août). À partir de 8h30 et jusque 10h30, une fusillade éclate avec des troupes allemandes qui remontent le boulevard Gambetta pour reprendre le contrôle du passage à niveau. Auguste Gouirand et Lucien Chervin sont retranchés derrière le kiosque à journaux situé à quelques dizaines de mètres du passage à niveau. Ils sont tous les deux grièvement blessés d’une balle reçue en pleine tête. Ils sont évacués vers la clinique Sainte-Marguerite rue Mantéga. Lucien Chervin y décède à 20 heures. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-4420895. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif des résistants du 4ème canton de Nice, le monument commémoratif de la Libération de Nice et la plaque commémorative au 2 boulevard de Cessole à Nice. Il est inhumé à la nécropole nationale de Luynes à Aix-en-Provence, carré E, rang n° 10, tombe individuelle n° 3878,6796.
18. Alphonse Cornil* né le 26 octobre 1879 à Mouscron (Belgique) : Adjudant-chef F.F.I., membre des F.T.P.F., groupe René. Rejoint la résistance en janvier 1942. Corps Franc d’Encadrement des F.T.P.F., groupe René (René Canta). Domicilié 19 avenue Saint-Joseph à Nice dans un immeuble de 4 étages coiffé d’une tonnelle d’où il aide la Résistance en tant que guetteur. Manœuvre à Schneider à Nice. Le 28 août 1944, il participe aux combats pour la Libération de Nice autour du passage à niveau (actuel carrefour du 28 août). Il est tué vers dix heures par une rafale de balles tirée par les allemands alors qu’il se trouve en position avancée au niveau du 130 boulevard Gambetta. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-10828297. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif des résistants du 4ème canton de Nice, sur le monument commémoratif de la Libération de Nice et la plaque commémorative située 130 boulevard Gambetta à Nice78,6798.
19. Marius Fantino* né le 30 octobre 1900 à Nice : F.F.I., adjudant-chef F.T.P.F., groupe René (René Canta), Milices Patriotiques. Membre des F.T.P.F. depuis juillet 1943. Pseudo Camille Dumont, Serge III. Interné en 1941 au fort Saint-Nicolas de Marseille lors de l’affaire des cheminots. Relâché faute de preuves. En juin 1943, il devient chef-adjoint du groupe de combat de la S.N.C.F. du lieutenant Auguste VERMEIL (sabotages, liaisons avec les maquis de Thoard, La Robine-sur-Galabre et Mont-Siron dans le 04). Conducteur d’autorail domicilié 63, boulevard de la Madeleine à Nice. Il est abattu par un groupe d’allemands vers 19 heures devant l’hôpital Pasteur à Nice. Grièvement blessé, il décède le lendemain à 15 heures à l’hôpital Pasteur. Il est reconnu Mort pour la France, au 24 de la voie romaine, à droite du portail de l’entrée de la blanchisserie de l’hôpital Pasteur, se trouve une plaque commémorative érigée en sa mémoire. Il est inscrit sur le Monument Aux Morts de Cimiez à Nice, Monument Aux Morts de la gare Saint-Roch et sur le Monument Aux Morts de la gare Saint-Charles à Marseille99,87,67>100.
20. Jean Gironne* né le 24 janvier 1922 à Bollène : F.F.I., F.T.P.F., groupe René (René Canta), section Police 78P.R., groupe Combat de Roquesteron. Gardien de la paix domicilié 17, rue Lamartine à Nice. Nombreuses missions dans le 06, le 84 et le 04. Agent du service S.R.. Posté sur la tourelle du Lycée de Garçons Félix Faure rue Désiré Niel, il mitraille les allemands qui tentent d’atteindre un des portails d’entrée. Mortellement atteint à 15 heures par une rafle de mitraillette tirée depuis un immeuble voisin. Décédé pendant son transfert au poste de secours. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-193277101. Médaille d’Or de la police avec citation. Son nom est inscrit sur une plaque commémorative au 8, rue Désiré Niel à Nice et sur la plaque commémorative 1939-1945 des policiers morts pour la France à la caserne Auvare à Nice. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 42, tombe familiale102,67103.
21. Joseph Giuge* né le 5 juin 1906 à Nice : F.F.I., C.F.L., membre du groupe Lenoir, secteur Nice, Milices Patriotiques (M.P.). Concierge à la mairie de Nice. Son frère Charles Giuge est tué dans le bombardement a&rien allié du 26 mai 1944 sur Nice. Le 28 août 1944, il participe aux combats pour la Libération de Nice. Il assure le ravitaillement du groupe Lenoir qui occupe la mairie. Il traverse à deux reprises la zone de feu. En revenant de sa seconde mission, il est abattu à 10 heures rue Saint-François-de-Paule par les allemands occupants le blockhaus du square Albert 1er. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-193362104. Son nom est inscrit sur la plaque commémorative de la Résistance à la mairie de Nice, la plaque commémorative de l’église Saint-Augustin à Nice et une plaque commémorative rue Saint-François-de-Paule à Nice. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 27, tombe familiale87,67105.
22. Jean Gordolon* né le 30 juillet 1923 à Nice : Sous-lieutenant F.F.I., membre des C.F.L., groupe Pascal. Étudiant en droit domicilié 24, rue Théodore de Banville à Nice. Membre de la Résistance depuis juin 1944. Il appartient au réseau 1942 HI-HI dont le chef de réseau est Suzanne Bertillon. Il se trouve à Nice lors du débarquement de Provence. Ne pouvant plus rejoindre sa base, il se met à la disposition de la Résistance locale. Le 28 août 1944, il participe à l’insurrection de Nice. Il assure la liaison entre les C.F.L. du groupe Pascal et les F.T.P.F. du groupe Lenoir qui occupent la mairie. Il est abattu par une rafale de mitrailleuse en traversant la rue Saint-François de Paule. Touché au ventre, il est transporté à l’hôpital Saint-Roch puis dans une clinique. Décédé à son domicile à 19h30 des suites de péritonite par perforation intestinale par projectile de guerre. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-195860106. Son nom est inscrit sur la plaque commémorative de la résistance à l’hôtel de ville de Nice et une plaque commémorative rue Saint-François-de-Paule à Nice inaugurée le 28 août 2012. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 19, tombe familiale67,107108.
23. Auguste Gouirand* né le 17 juin 1902 à Nice : F.F.I. membre des F.T.P.F. et du mouvement Combat. Domicilié 50, avenue Montplaisir à Nice. Il rejoint la Résistance en juillet 1943. Présent dès l’aube au passage à niveau (actuel carrefour du 28 août). À partir de 8h30 et jusque 10h30, une fusillade éclate avec des troupes allemandes qui remontent le boulevard Gambetta pour reprendre le contrôle du passage à niveau. Auguste Gouirand et Lucien Chervin sont retranchés derrière le kiosque à journaux situé à quelques dizaines de mètres du passage à niveau. Ils sont tous les deux grièvement blessés d’une balle reçue en pleine tête. Ils sont évacués vers la clinique rue Mantéga. Auguste Gouirand y décède le 1er septembre 1944 à 16 heures. Il est reconnu Mort pour la France. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif des résistants du 4ème canton de Nice et le monument commémoratif de la Libération de Nice et la plaque commémorative au 2 boulevard de Cessole à Nice78,67109.
24. Jean (Juan) Moralès* né le 14 janvier 1894 à Cieza en Espagne : Adjudant-chef des F.F.I., membre des F.T.P.F., groupe René. Garde-voies domicilié 27, rue de France à Nice. Membre du groupe René (René Canta) depuis janvier 1942. Agent de liaison vers les maquis du Var et des Basses-Alpes puis il participe à l’organisation du Corps-Franc René. Mortellement blessé rue de la préfecture le 28 août 1944 lors des combats pour la Libération de Nice (06). Il occupe la Préfecture Q.G. du groupe René). Il reçoit l’ordre de partir en patrouille offensive avec ses hommes. Alors qu’il regagne sa position avec son détachement, place du Palais, il attaque un puissant groupe ennemi. Il est atteint par un éclat d’obus et une balle au cerveau à 15h40 en voulant porter secours à un camarade blessé. Transporté à l’hôpital Saint-Roch où il décède à 22h15. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-97671110. Son nom est inscrit sur la plaque commémorative de la Résistance à l’hôtel de ville de Nice et une plaque commémorative inaugurée rue de la préfecture puis transférée place du Palais de Justice à Nice. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré militaire n°60, tombe individuelle111,67112.
25. Michel Ravera* né le 1er mai 1927 à Pareto) en Italie : F.F.I. membre des F.T.P.F., groupe René (René Canta) et de l’A.S., groupe Fieschi (Nicolas Fieschi). Il est domicilié quartier Sainte-Marguerite, propriété Teisseire à Nice. Il rejoint la Résistance en janvier 1944 au sein de l’Armée Secrète (A.S.) sous les ordres du chef de sous-groupe Nicolas Fieschi (Max B.801). Pseudo François/3, le plombier. Le 28 août 1944, il reçoit l’ordre de renseigner son chef de groupe sur les mouvements des troupes allemands stationnées dans la propriété de ses parents. Les allemands tirent alors des obus sur les troupes américaines stationnées sur l’autre rive du Var. Il est alors mortellement blessé par les éclats d’un obus tombé non loin de lui. Il décède peu après à 17 heures au domicile familial. Son nom est inscrit sur le Monument Aux Morts de l’école Caucade à Nice et sur une plaque commémorative rajoutée sur ce même Monument Aux Morts et inaugurée le 28 août 2012. Une plaque rappelle sa mémoire sur la tombe familiale du carré 68 du cimetière de Caucade à Nice où il est inhumé. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-139624113114.
26. Basile Rossi* né le 15 mars 1927 à Nice : F.F.I. membre des F.T.P.F., groupe Lass. Apprenti domicilié chez ses parents 6 chemin de la Bornala à Canta Galet à Nice. Membre de la Résistance depuis juillet 1943. Groupe du capitaine Lass (Albertini) sous les ordres du commandant Souny (Philippe Giovannini). Il participe aux combats pour la Libération de Nice. Mortellement blessé avenue de la Bornala dans l’attaque d’une compagnie allemande en retraite. Avec 3 camarades, il attaque une traction avant transportant 4 allemands en provenance du chemin de Canta Galet et qui s’est arrêtée à leur niveau pour leur demander la route de l’Italie. Un allemand est tué, les 3 autres sont faits prisonniers et enfermés dans le garage de Joseph Brun. Une colonne d’allemands à pieds débouche alors précédé d’une voiture hippomobile. Voyant le cadavre du soldat allemand près de la voiture, la colonne met une mitrailleuse en batterie et arrose le secteur. Les 4 résistants sont cachés dans un champ de haricots et Basile Rossi est touché par une rafale au pied d’un figuier. La colonne poursuit sa route vers l’Italie. Basile Rossi est emmené à son domicile où il décède vers 17 heures. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-139624115. Une stèle commémorative honore sa mémoire et celles de deux autres résistants devant le square Louis-Maccagno situé à l’angle des boulevards Édouard-Herriot et Carlone. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif des résistants du 14e canton de Nice. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 21, tombe familiale72,67116.
27. Roger André Simon* né le 31 mars 1925 à Nice : F.F.I.Membre des C.F.L. depuis 1943, groupe Académie du capitaine François Calvin sous les ordres de Parent (Jules Cousin). Électro-mécanicien domicilié 27 avenue de la Lanterne à Nice. Le 28 août 1944, il apprend l’insurrection et se procure une arme. Il cherche à rejoindre son groupe qui s’est emparé du central des PTT de Fabron le matin. Arrêté par une patrouille allemande à Carras. Il est torturé par les allemands dans un blockhaus de la promenade des anglais. Ils finissent par l’exécuter d’une balle de revolver avant de battre en retraite vers 23 heures. Il est reconnu Mort pour la France. Un petit square dans lequel se trouve une plaque commémorative rappelle cette exécution à l’angle des avenues de la Californie et Saint-Augustin. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif des résistants du 14e canton de Nice117,67118.
28. Antoine François Suarez* né le 3 avril 1905 à Bordeaux : F.F.I. lieutenant F.T.P.F. et responsable de la Milice patriotique au dépôt des Transports de Nice et du Littoral (T.N.L.). Militant cégétiste abattu vers 13h50 d’une balle en pleine tête par une rafale allemande à proximité du dépôt Cie T.N.L. à Riquier, 13 boulevard Sainte-Agathe (actuel Boulevard général Louis Delfino). Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-154527119. Son nom est inscrit sur le Monument Aux Morts de Riquier à Nice et sur celui de La Trinité (Alpes-Maritimes). Un square porte son nom face au 99 rue de Roquebillière. Une plaque commémorative s’y trouve. Un boulevard porte son nom à La Trinité (Alpes-Maritimes). Il est inhumé au cimetière communal de La Trinité, allée 4, tombe familiale120,37121.
29. Paul Vallaghé* né le 5 août 1920 à Menton : F.F.I., F.T.P.F. membre du groupe René (René Canta), chef adjoint du sous-groupe Corps franc d’Encadrement/1. Liaisons avec les maquis français et italiens, passages et guide de clandestins et de parachutistes alliés, instructeur. Domicilié place du marché à Saint-Martin-Vésubie puis 14 rue de Lépante à Nice. Moniteur de ski et champion de tir. Dans la soirée, Paul Vallaghé attaque à lui seul un détachement de 9 allemands qui commande le tir d’une pièce d’artillerie légère de la place Garibaldi et pilonne les positions des F.F.I.. Il abat les 9 servants puis s’élance pour s’emparer de la pièce d’artillerie. Il entreprend de la ramener vers le Lycée de garçons mais une rafale de mitrailleuse l’atteint dans les reins. Il est transporté à l’hôpital Saint-Roch où il décède à 21 heures. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-170432122. Son nom est inscrit sur une plaque commémorative située dans la basilique Saint-Michel à Menton, sur le Monument Aux Morts du cimetière du Trabuquet à Menton, sur une plaque commémorative sous les arcades de la place Garibaldi à Nice et sur le Monument Aux Morts de Saint-Martin-Vésubie. Le square dans lequel se trouve le Monument Aux Morts de Saint-Martin-Vésubie se nomme le square Paul Vallaghé87,67123.
30. Verdun Vial* né le 3 octobre 1916 à Nice : F.F.I., secteur Nice, groupe Lenoir. Gardien de la paix, membre de la Renaissance. Domicilié 13 rue François Guisol à Nice. Le 28 août 1944, il occupe volontairement une position exposée et est mortellement blessé dans la matinée alors qu’il se trouve sur les marches reliant la descente Crotti au boulevard Mac-Mahon (actuellement avenue Jean Jaurès) à Nice. Décédé le 2 septembre 1944 à 7 heures à la clinique Saint-Antoine à Nice. Il est reconnu Mort pour la France. Son nom est inscrit sur la plaque commémorative de l’église Sainte-Claire à Nice, la plaque commémorative des résistants du 1er canton à l’hôtel de ville de Nice, une plaque commémorative descente Crotti à Nice, la plaque commémorative de l’église Saint-Augustin à Nice et la plaque commémorative 1939-1945 des policiers morts pour la France à la caserne Auvare à Nice. Il est inhumé au cimetière communal du château à Nice, tombe familiale102,67124.

Les 6 résistants tués indirectement

1. René Bensaïd* né le 2 décembre 1921 à Chéraga (Algérie) : Lieutenant FFI du groupe Lenoir, membre des Corps Francs de la Libération (CFL). Étudiant domicilié 6, rue de Bruxelles à Nice. Le 28 août 1944, il participe aux combats pour la Libération de Nice en commandant son groupe C.F.L. au passage à niveau. Mortellement blessé le 4 septembre 1944 à 13 heures par un résistant d’un groupe F.F.I. venu réclamer des armes à l’hôtel Terminus en face de la gare centrale de Nice. Deux coups de mitraillette sten partent accidentellement lors de cet échange animé entre les F.F.I.. René Bensaïd est évacué à l’hôpital Saint-Roch où il décède à 14h30 – Acte de décès dressé le 6 septembre 1944 à Nice. Son nom est inscrit sur une plaque commémorative située à l’angle de l’avenue Thiers et de la rue Paganini et sur le monument commémoratif des résistants du 4e canton de Nice situé dans le jardin Alsace-Lorraine. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 38, tombe familiale6,125.
2. Sauveur Bernardo* né le 26 novembre 1918 à Palazzolo (Italie) : F.F.I., membre des Milices Patriotiques (M.P.), groupe Francis Suarez. Plombier domicilié 11 rue de la Providence à Nice. Il participe le 28 août 1944 aux combats pour la libération de Nice. Le lendemain, il est abattu par son chef de groupe lors d’une dispute concernant la possession d’un revolver. Sauveur Bernardo est mortellement blessé sous le pont de la voie ferrée entre le boulevard Riquier et le boulevard de l’armée des Alpes. Il est mortellement blessé sous le pont de la voie ferrée entre le boulevard Riquier et le boulevard de l’armée des Alpes. Évacué dans un blockhaus place de Riquier où il décède à 18 heures. Son nom est inscrit sur une plaque commémorative là où il fut blessé, sur le Monument Aux Morts de Riquier à Nice, sur la plaque commémorative de l’église Sainte-Claire à Nice, la plaque commémorative de la Résistance à l’hôtel de ville de Nice et la plaque commémorative située sur la façade extérieure de l’église Saint-Augustin à Nice. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré militaire n°58, tombe individuelle. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-19533 (nom Bennardo)126,87127.
3. Maurice Charton né le 1er septembre 1919 à Purgerot : F.F.I., membre de l’A.S. et des F.T.P.F. Employé de commerce (garçon épicier) avec son beau-père domicilié 8 rue Gubernatis à Nice. Engagé volontaire en 1939 au 110e d’Aviation démobilisé en août 1942. Gaulliste. Pendant l’Occupation italienne, il rejoint l’A.S. (Armée Secrète) et le 2ème bureau sous les ordres du capitaine Guary domicilié dans la même rue au 17 dénoncé par un voisin P.P.F., Davo. Guary est arrêté en juin par l’OVRA ainsi que Maurice Charton le 24 juin. Conduit à la villa Lynwood à Nice puis déporté en Italie à Savone, Taggia et Modane. Un ami de la famille, Jooris, consul général de Belgique en France, se rend en Italie et obtient la libération de Charton. Il rentre à Nice le 10 novembre 1943. Les Allemands lui ont donné un laissez-passer qu’il garde en souvenir de sa libération. Il rejoint les F.T.P.F. niçois le 10 décembre 1943. Dénoncé, la Gestapo vient à 4 reprises avec des G.A.- P.P.F. à son domicile pour l’arrêter. Il quitte la région le 1er juin 1944 avec l’aide de Joseph Gallo et se rend le 4 juin 1944 à Dax où il se réfugie chez Jooris. Il travaille à la firme Gausin (coupe de bois pour les mines belges). Le 14 juillet 1944, il revient à Nice puis se rend à Clans avec son épouse et son fils jusqu’à la libération de Nice le 28 août 1944. Fin juillet 1944, il aide le groupe Morgan dans le secteur de Clans (renseignements et siège des Allemands stationnés à Bancairon le 10 août 1944). Il rentre à Nice après le 28 août pour se rendre disponible auprès des F.F.I. dont le siège est situé à l’hôtel Atlantic boulevard Victor Hugo. Il réalise plusieurs enquêtes comme auxiliaire du 2ème bureau et arrête plusieurs collaborateurs dont un ancien milicien portant un brassard F.F.I. Il saisit également du ravitaillement à des collaborationnistes. Il travaille seul. Le samedi 2 septembre, il est vu pour la dernière fois devant le siège de Combat avenue de la victoire à Nice. Il est ensuite arrêté par des F.T.P.F. et emprisonné dans les caves de l’hôtel Splendid, siège des F.T.P.F. niçois. Le 5 septembre 1944, vers 17 heures, un ami, Perress, venu pour un rendez-vous, le voit par une lucarne de la cave depuis la cour et échange quelques mots avec lui. Ce dernier lui demande de se rendre à l’hôtel Atlantic pour savoir quel est le motif de son arrestation qu’il ignore encore. Un F.T.P.F. interrompt alors l’échange car il est interdit de parler avec un prisonnier. 15 minutes plus tard, Perress voit sortir une automobile noire avec plusieurs hommes à bord dont des F.T.P.F. et Maurice Charton. Perress est alors arrêté par le F.T.P.F. qui l’avait empêché de parler avec le prisonnier et gardé à vue pendant 24 heures à l’hôtel Splendid. L’automobile est aperçue par des témoins boulevard de la madeleine à Nice se dirigeant vers la madeleine supérieure. 4 F.T.P.F. avec brassards tricolores et mitraillettes emmènent 2 prisonniers au vallon sabatier vers 18h. Vers 18h30, la voiture redescend sans les prisonniers. Ils ont été exécutés sans procès vers 18h30 dans un sentier longeant la colline de la costière. Un témoin assiste de loin à l’exécution et découvre les corps juste après le départ des F.T.P.F. Le corps de Maurice Charton est retrouvé face contre terre, le crâne explosé par une rafale de mitraillette. Il est identifié grâce à son alliance (avec la date du mariage gravée à l’intérieur) et sa chevalière. Son épouse vient le reconnaître le 6 septembre 1944 au reposoir du cimetière de Caucade à Nice. Le deuxième fusillé n’a pas été identifié. Un mot de Maurice Charton est reçu par un ami, le secrétaire de police Giovanelli le 6 ou le 7 septembre, transmis par une personne emprisonnée avec lui puis libérée. Il y explique qu’on prétend qu’il est un agent de la Gestapo car il a un laissez-passer allemand sur lui (celui de sa libération) mais en fait il semblait sur le point d’arrêter un F.T.P.F. Le laissez-passer aurait fourni un prétexte pour l’arrêter et ensuite l’exécuter. Personne ne se rappelle Maurice Charton parmi les responsables F.T.P.F. lors des passages de la police durant l’enquête. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-42776128. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 1, tombe familiale129[réf. insuffisante].
4. Antoine Genouillac* né le 6 février 1902 à Contes : F.F.I., membre des F.T.P.F., 30e Cie, Milices Patriotiques (M.P.). Membre de la Résistance depuis octobre 1941. Chauffeur domicilié 22, rue Scaliéro à Nice. Le 28 août 1944, il participe aux combats pour la Libération de Nice. Membre des G.C.R., il est tué le 29 août à 18h30 dans une échauffourée avenue de la république à Nice en voulant procéder à l’arrestation des frères Monti, membres d’un groupe d’une quinzaine de chemises noires des secteurs république et risso. L’un des collaborateurs, Joseph Monti, est abattu sur le pont barla. Son nom est inscrit sur le Monument Aux Morts de Riquier à Nice-Riquier et sur une plaque commémorative située 42, avenue de la République à Nice. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-192332130,87,107>131.
5. Émile Krieger* né le 20 novembre 1890 à Sarreinsming : F.F.I. membre des F.T.P.F., groupe René (René Canta). Retraité de la Gendarmerie depuis le 7 mars 1940. Domicilié villa pervenche à Cimiez à Nice. En octobre 1941, il vend des journaux sur la promenade des anglais et est arrêté par la police française pour avoir crié « Goering arrêté ». Il rejoint la Résistance en octobre 1942 (renseignements, recrutement, ravitaillement). Pseudos A0445, Jean-Louis, Lamontre, Lacroix. Il participe aux combats pour la libération de Nice le 28 août 1944. Avec un groupe de résistants, il reçoit l’ordre d’attaquer les allemands présents à la villa Paradisio à Cimiez à Nice. Il essaie mais en vain de couper les voies de circulatio. Les allemands doivent cependant décrocher mais Émile Krieger, sans doute blessé en position avancée, est capturé. Il est emmené par les allemands dans leur retraite vers l’Italie. Il est ensuite déporté au K.L. Dachau (Allemagne) et décédé le 11 janvier 1945 à Innsbruck. Son nom est inscrit sur une plaque commémorative au 24, boulevard de Cimiez et sur le Monument Aux Morts de Cimiez à Nice70132.
6. Antoine Souchon né le 8 février 1893 à Monistrol-sur-Loire : F.F.I., membre du mouvement Combat, groupe Deguin. Chauffeur domicilié 8 avenue Durante à Nice. Il est probablement abattu par une patrouille allemande le 27 août le long du Var, route de Grenoble, en relevant la position des mines dans le fleuve Var. Son corps est retrouvé le matin 28 août 1944. Il est Inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle. Il est reconnu Mort pour la France, cote AC-21P-161382133.

Les 32 civils tués à Nice

1. Jean Authement né le 13 juin 1914 à Créteil : Employé S.N.C.F. domicilié 53, boulevard de Cessole à Nice. Grièvement blessé par un tir allemand alors qu’il se rend au travail le matin de l’insurrection du 28 août 1944. Décédé à la clinique rue Mantéga vers seize heures. Son nom est inscrit sur le Monument Aux Morts de la gare Saint-Charles de Marseille 01, la plaque commémorative 1939-1945 des agents S.N.C.F. de la gare centrale de Nice et le monument commémoratif de la Libération de Nice (06) (nom Autheman). Il est reconnu Mort pour la France. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes de guerre, tombe individuelle129[réf. insuffisante].
2. Dominique Baldelli né le 25 novembre 1896 à San Giustino (Italie) : Maçon. Tué à 10 heures à Saint-Isidore dans un bombardement allemand le jour de l’insurrection du 28 août 1944 à Nice. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 41, tombe familiale134[réf. insuffisante].
3. Louise Barraya née le 21 novembre 1932 à Nice : Domiciliée 2 rue colombo à Nice. Décédée à 16 heures à son domicile le jour de l’insurrection du 28 août 1944 à Nice. Reconnue Mort pour la France. Elle est inhumée au cimetière communal de Caucade à Nice, carré K, tombe familiale135[réf. insuffisante].
4. Claire Bègue née le 27 novembre 1881 au Puy-en-Velay : Domiciliée 10 rue Puget à Nice. Décédée à 18 heures à son domicile le jour de l’insurrection du 28 août 1944 à Nice.Reconnue Mort pour la France136[réf. insuffisante].
5. Jean Bobichon* né le 6 novembre 1922 à Nice : F.F.I., membre du mouvement Libération-Sud. Surnommé Boby. Étudiant domicilié 5 rue de la préfecture à Nice. Citation à l’Ordre de la Croix rouge, Citation à l’Ordre de l’Armée, Croix de guerre avec palme. Membre des équipes d’urgence de la croix rouge française. Le 28 août 1944, il rejoint le poste de secours de la Croix Rouge française installé place du palais de justice. Au retour d’une évacuation vers l’hôpital Saint-Roch, l’équipe composée d’une infirmière avec uniforme et de deux infirmiers avec brassards de la C.R.F. est touchée près du poste de secours par un obus tiré par les allemands. Jean Bobichon est mortellement blessé. Décédé durant son transfert vers l’hôpital Saint-Roch vers 15h30. Il est reconnu Mort pour la France. Son nom est inscrit sur la plaque commémorative de la Résistance à l’hôtel de ville de Nice et sur une plaque commémorative sur la tour de la caserne Rusca, place du Palais de Justice6,67137138.
6. Gaston Bonfils né le 3 octobre 1898 à Nice : Taxi-vélo domicilié 12 rue Reine Jeanne à Nice. Tué le 28 août 1944 à 11 heures boulevard Gambetta dans les combats pour la libération de Nice. Reconnu Mort pour la France139[réf. insuffisante].
7. Laurent Calzia né le 2 juin 1898 à Nice : Représentant de commerce domicilié avenue de Cyrnos à Nice. Décédé à 17 heures à son domicile le 28 août 1944 dans les combats de la Libération de Nice. Reconnu Mort pour la France140[réf. insuffisante].
8. Antoine Simon Codaccioni né le 11 février 1901 à Bilia : Surveillant de la S.N.C.F. domicilié 15 bis avenue des diables bleus à Nice. Le 28 août 1944, le jour de l’insurrection de Nice, il se trouve au travail dans la cour de la gare S.N.C.F.. Un allemand le voit et le prend pour un F.F.I.. Il lui tire une rafale de balles explosives. Grièvement blessé, il décède des suites de ses blessures le 1er septembre 1944 à 17 heures au 31, rue de Paris à Nice. Son nom est inscrit sur la plaque commémorative 1939-1945 pour les agents S.N.C.F. de la gare centrale de Nice, le Monument Aux Morts de la gare Saint-Charles à Marseille 01 et le livre d’or de la résistance de Sartène. Il est reconnu Mort pour la France. Il est initialement inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré militaire 48, tombe individuelle. Son corps a depuis été transféré129[réf. insuffisante].
9. Amédée Degioanni né le 4 février 1872 à Aisone (Italie) : Cultivateur domicilié propriété Degioanni, quartier de l’Archet à Nice. Décédé à 16h45 à son domicile durant les combats de la Libération de Nice. Reconnu Mort pour la France141[réf. insuffisante].
10. Claude Demai né le 10 février 1888 à Sainte-Agnès : Employé à la S.N.C.F. domicilié 36 rue Reine Jeanne à Nice. Mortellement blessé par une balle allemande durant les combats pour la Libération de Nice le 28 août 1944. Il se trouve dans le square Saint-Étienne (actuel square Colonel Jeanpierre) alors qu’il vient de sortir du lieu surnommé P.V. (petite vitesse), dépendant de la gare centrale, pour rentrer à son domicile. Transporté à son domicile où il décède à 12h45. Son nom est inscrit sur la plaque commémorative 1939-1945 pour les agents S.N.C.F. de la gare centrale de Nice et le Monument Aux Morts de la gare Saint-Charles à Marseille 01 et le livre d’or de la résistance de Sartène. Il est reconnu Mort pour la France. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes de guerres, tombe individuelle129[réf. insuffisante].
11. Abel Durville né le 28 avril 1895 à Amilly : Hôtelier domicilié 45 rue de l’hôtel des postes à Nice. Mortellement blessé par un tir allemand et décédé à son domicile à 16h30 durant les combats pour la Libération de Nice le 28 août 1944. Reconnu Mort pour la France. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 41, tombe familiale142[réf. insuffisante].
12. Mathilde Faugué née le 21 novembre 1910 à Nice : Domiciliée 1 rue Marceau à Nice (06. Tuée le 28 août 1944 lors des combats de la Libération de Nice. Mortellement blessée vers 10h30 en même temps que Paulette et Jean Sénémaud par les allemands. Les soldats de passage tirent depuis la route à bord des camions. Mathilde Faugué est touchée par un balle dans la gorge. Elle est évacuée mais décède à 21 heures à la clinique Mantéga. Elle est reconnue Mort pour la France143[réf. insuffisante].
13. Guillaume Franzini né le 15 avril 1890 à Diano Marina : Plombier-zingueur domicilié 49 boulevard Joseph Garnier à Nice. Il est grièvement blessé le 28 août 1944 dans les combats pour la libération de Nice (06). Il décède des suites de ses blessures le 17 mai 1947 à 8 heures à son domicile. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif de la Libération de Nice. Il est reconnu Mort pour la France. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 11, tombe familiale72.
14. Raoul Gauthier né le 24 novembre 1907 à Marseille : Musicien domicilié 2 rue François 1er à Nice. Employé comme musicien depuis 1941 par le cabaret Plantation 34 rue Masséna à Nice. Tué par les allemands le 28 août 1944 à Nice dans les combats de la Libération de Nice (06). Sorti de son domicile dans l’après-midi pour une raison inconnue, iIl arrive à l’angle des rues Alphonse Karr et François Ier. Un groupe d’allemands stationné boulevard Victor Hugo à la Feldkommandantur le voit et tire une rafale sur lui. Il est touché par une balle qui lui traverse le corps. Il s’affaisse et est secouru par des voisins dont son employeur Jacques Chapron. Transporté à son domicile, il y décède quelques instants plus tard à 17 heures. Corps transporté le lendemain à la morgue de l’hôpital Saint-Roch à Nice. Une restitution de corps aux frais de l’État a été demandée par sa soeur Antoinette Gauthier épouse Olive au cimetière d’Arles, caveau de Zoé Ténot de Lespinois, mais n’a pas eu lieu. Il est reconnu Mort pour la France. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle129[réf. insuffisante].
15. Camille Gorlero né le 30 juillet 1876 à Nice : Cultivateur domicilié propriété la vista chemin de Bellet à Nice. Décédé à 17 heures à son domicile le 28 aout 1944 durant les combats de la Libération de Nice. Reconnu Mort pour la France144[réf. insuffisante].
16. Élise Grunheber née le 8 septembre 1917 à Fontenoy-sur-Moselle : Domiciliée 43 avenue Giacobi à Nice. Mortellement blessée dans un bombardement lors des combats de la Libération de Nice. Décédée à six heures à son domicile le 31 août 1944. Reconnue Mort pour la France. Elle est inhumée au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle (nom Muller, son nom avant son divorce)145[réf. insuffisante].
17. Romulus Ioni né le 23 mars 1892 à Apecchio (Italie) : Matelassier domicilié 4 rue du Jésus à Nice. Naturalisé en 1927. Tué le 28 août 1944 durant les combats de la Libération de Nice. Tué par un obus de mortier rue centrale à 16 heures dans le bombardement allemand. Il est reconnu Mort pour la France. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle129[réf. insuffisante].
18. Constant Jeudy né le 3 avril 1875 à Campos (Brésil) : Secrétaire administratif domicilié 15 avenue Shakespeare à Nice. Mortellement blessé par une balle de mitrailleuse allemande le 28 août 1944 durant les combats de la Libération de Nice. Il est touché alors qu’il traverse le boulevard Gambetta pour se rendre à son travail. Décédé à 16 heures à l’hôpital Saint-Roch. Il est reconnu Mort pour la France. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle129[réf. insuffisante].
19. Josette Mélia née le 31 janvier 1924 à Nice : Secrétaire dactylographe au centre de réforme de la caserne Rusca à Nice domiciliée 9 rue Michel-Ange à Nice. Tuée à 15 heures dans les bombardements allemands du 28 août 1944 à Nice durant les combats de la Libération de Nice. Un éclat de mortier l’atteint alors qu’elle se trouve dans les locaux du centre de réforme de la caserne Rusca à Nice. Elle est reconnue Mort pour la France. Elle est inhumée au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle129[réf. insuffisante].
20. Ernestine Monti née le 17 octobre 897 à Agliano Terme (Italie) : Femme de ménage domiciliée 36 boulevard Dubouchage à Nice. Elle épouse un nommé Bosca. Décédée à 18 heures à l’hôpital Sant-Roch le 28 août 1944 à Nice (06) durant les combats de la Libération de Nice (06). Reconnue Mort pour la France146[réf. insuffisante].
21. Robert Petitnicolas né le 4 septembre 1900 à Saint-CloudNice : Placier domicilié 89 boulevard de Cambrai à Nice. Décédé à 20h30 31 rue de Paris le 28 aout 1944 dans les combats de la Libération de Nice. Reconnu Mort pour la France147[réf. insuffisante].
22. Napoléon Polchi né le 24 avril 1896 à Nice : Menuisier domicilié 9 boulevard Tzarévitch à Nice. Décédé à 18 heures à son domicile le 28 aout 1944 dans les combats de la Libération de Nice. Reconnu Mort pour la France148[réf. insuffisante].
23. Lina Polidori née le 23 octobre 1909 à Nice : Domiciliée 74 avenue Saint-Barthélémy à Nice. Tuée par une balle tirée par un soldat allemand le 28 août 1944 dans les combats de la Libération de Nice. Décédée à son domicile à 15 heures. Elle est reconnue Mort pour la France. Elle est inhumée au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 4, tombe familiale149[réf. insuffisante].
24. Louis Quilico né le 24 avril 1896 à Nice : Employé de banque à la société Lyonnaise de Dépôt domicilié 4 rue du Jésus à Nice. Tué rue de la Préfecture à 8 heures par les allemands le 28 août 1944 dans les combats de la Libération de Nice. Mention Mort pour la France refusée par manque d’informations précises sur les conditions du décès. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle129[réf. insuffisante].
25. Antoine Revoul né le 2 avril 1900 à Saint-Chamond : Employé. Tué le 28 août 1944 à 14 heures quai Galliéni dans les combats pour la libération de Nice. Reconnu Mort pour la France150[réf. insuffisante].
26. Axel Robertson-Proschowsky né le 24 juillet 1904 à Nice : Domicilié chemin des grottes rue des tropiques à Fabron à Nice. Mortellement blessé le 28 août 1944 dans les combats de la Libération de Nice. Décédé à l’hôpital Saint-Roch à Nice à 19 heures le 28 août 1944. Il est reconnu Mort pour la France. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe individuelle129[réf. insuffisante].
27. Jean Sénémaud né le 5 juillet 1933 à Marseille : Domicilié 15 avenue Saint-Laurent à Nice. Tué le 28 août 1944 lors des combats de la Libération de Nice. Abattu chez lui à 10h30 avec sa petite sœur Paulette Sénémaud par les allemands. Les deux enfants se trouvent dans le jardin clôturé attenant à la demeure familiale. Les soldats de passage à bord de camions ont tiré depuis la route qui surplombe le jardin. Il est reconnu Mort pour la France. Il est inhumé au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe partagée avec sa soeur129[réf. insuffisante].
28. Paulette Sénémaud née le 4 mars 1936 à Marseille : Domiciliée 15 avenue Saint-Laurent à Nice. Tuée le 28 août 1944 lors des combats de la Libération de Nice. Abattu chez lui à 10h30 avec son grand-frère Jean Sénémaud par les allemands. Les deux enfants se trouvent dans le jardin clôturé attenant à la demeure familiale. Les soldats de passage à bord de camions ont tiré depuis la route qui surplombe le jardin. Elle est reconnue Mort pour la France. Elle est inhumée au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 68, carré des victimes civiles, tombe partagée avec son frère129[réf. insuffisante].
29. Marguerite Sirone née le 9 décembre 1881 à Fossano : Domiciliée 93 boulevard Gambetta à Nice. Nationalité italienne. Tuée le 28 août 1944 à midi dans les combats de la Libération de Nice. Retrouvée morte chez elle. Les allemands ont mis un mortier en batterie devant chez elle. Elle aurait été tuée par un éclat d’obus alors qu’elle se trouvait devant sa fenêtre. La mention Mort pour la France est refusée par manque de précisions sur les conditions de son décès. Elle est inhumée au cimetière communal de Caucade à Nice, carré 70, tombe familiale129[réf. insuffisante].
30. Charles Tua né le 15 janvier 1866 à Saluzzo (Italie) : Coiffeur domicilié 7 rue Paul Déroulède à Nice. mortellement blessé par un tir allemand le 28 aout 1944 dans les combats de la Libération de Nice. Décédé à 23 heures 7 avenue Durante (clinique Saint-Antoine). Reconnu Mort pour la France. Il est inhumé dans le cimetière communal de Caucade à Nice, carré 28, tombe familiale 151.
31. Ernest Toselli né le 4 novembre 1917 à Nice : Boucher domicilié à Nice. Décédé à 15h30 3 rue fontaine de la ville prolongée le 28 aout 1944 dans les combats de la Libération de Nice. Reconnu Mort pour la France. Inhumé cimetière communal de Caucade à Nice, carré 9, allée du canal, tombe familiale152[réf. insuffisante].
32. Marie Vives née le 28 février 1908 à Saîda (Algérie) : Secrétaire domiciliée villa Flandre avenue Brasini à Nice. Décédée à 22 heures à l’hôpital Saint-Roch durant les combats de la Libération de Nice. Reconnue Mort pour la France153.

Les 2 civils tués par les bombardements allemands à Saint-Laurent-du-Var

Eraldo Cippoli né le 3 avril 1875 à Sansepolcro (Italie) : Journalier agricole domicilié villa augustine quartier des gallinières à Saint-Laurent-du-Var. Tué par un obus allemand dans un bombardement sur le quartier des gallinières le 28 août 1944 à 20 heures à la villa Augustine Saint-Laurent-du-Var. Son nom est inscrit sur les plaques commémoratives pour les victimes civiles place Adrien Castillon à Saint-Laurent-du-Var154[réf. insuffisante].
Roger Curti né le 22 janvier 1921 à Châteaudun-du-Rhumel (Algérie) : Mécanicien domicilié villa Marie Nil quartier des gallinières à Saint-Laurent-du-Var. Tué par un obus allemand dans un bombardement sur le quartier des gallinières le 28 août 1944 à 20 heures à la villa Marie Nil Saint-Laurent-du-Var. Son nom est inscrit sur les plaques commémoratives pour les victimes civiles place Adrien Castillon à Saint-Laurent-du-Var155

 

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L’épuration à Nice

L’épuration extra-judiciaire avant la Libération
Dès 1943, les organisations de résistance ont décidé d’éliminer physiquement des collaborationnistes (cadres de la Milice française et du PPF très engagés dans la politique de collaboration) voire de délateurs (qui ont provoqué l’arrestation de résistants ou de Juifs persécutés). 57 personnes ont ainsi été abattues avant la Libération dans 21 communes des Alpes-Maritimes (27 à Nice) : 15 en 1943 (12 à Nice), 16 entre le 1er janvier et le 6 juin 1944 (8 à Nice), 26 entre le débarquement en Normandie et la Libération (7 en Nice)156.

Voici quelques-unes de ces opérations d’élimination.
Dans la nuit du 14 au 15 avril 1943, l’agent de l’OVRA à Nice, Oswaldo Angrisani, ressortissant italien, est éliminé. Oswaldo Angrisani est né le 14 novembre 1896 à Turin. Le sénateur de l’Isère, Léon Perrier, en résidence à Nice, a monté un groupe de résistants. Angrisani est jugé trop habile et les résistants décident de le supprimer. En quelques mois, cet individu brutal a arrêté une vingtaine de membres du groupe. Deux hommes sont appelés de Grenoble pour régler l’affaire. Angrizani réside au Mont-Boron, 189 boulevard Carnot, dans une petite villa niçoise appelée l’Éolienne, à une centaine de mètres de l’hôpital anglo-américain. Au bout du jardin se trouve un garage qui donne directement sur la route avec un toit en terrasse sur lequel deux gardes armés se tiennent en permanence. Angrizani aime le jeu et sort presque chaque soir au casino de Monte-Carlo et rentre à l’aube. L’objectif est de l’abattre à son retour du casino. Le sénateur et les deux tueurs se rendent sur place à deux reprises sans succès. La troisième reprise est la bonne. Vers trois heures du matin, Angrizani arrive et il est abattu. Les trois hommes parviennent à s’enfuir157.

Le 5 juin 1943 sont exécutés à 10h30 Joseph Moraglia et son épouse Séraphine Giordano, des commerçants fascistes délateurs du quartier Magnan domiciliés 9 avenue de la Californie. Joseph Moraglia est tué sur le coup. Son épouse décède de ses blessures à l’hôpital Saint-Roch à midi. Cette exécution entraîne des représailles menées par une centaine de membres des gruppi d’Azione Nizzarda. Ils se rendent dans le quartier Magnan. Ils y saccagent les appartements et les commerces de français et de naturalisés suspectés d’appartenir à la mouvance communiste158.

Le 24 novembre 1943, le docteur Adolphe Tourtou, est abattu sur les marches de l’hôpital Saint-Roch vers dix-sept heures. Adolphe Tourtou est né à Pignans dans le Var le 4 janvier 1896. Docteur en médecine, il est adjoint au maire de Nice et secrétaire fédéral du PPF. Il est marié et domicilié 45 boulevard Victor-Hugo à Nice. Le 28 novembre a lieu au Palais des Fêtes, boulevard Victor-Hugo, à Nice, un grand meeting. Joseph Darnand et Philippe Henriot prennent la parole. Avant le meeting, ils vont s’incliner devant la dépouille du docteur Tourtou. Dans leurs discours, Darnand et Henriot jurent de le venger. De nombreux miliciens sont venus de toute la région. Le soir, les miliciens mangent au restaurant de la Légion, 17, rue Pertinax. Le repas terminé, un groupe de miliciens sort du restaurant. De la rue Saint-Siagre, une main envoie une grenade sur le groupe. Cinq miliciens de l’escorte de Darnand sont tués, 6 sont blessés. En représailles de ces attaques, six résistants (dont Jean Lamy et Eugène Courbet du groupe Léon de Nice, l’opticien Octave Grandperret et le boulanger Guillaume Stuerga arrêtés par la Gestapo en novembre à Vence) détenus au quartier allemand de la Maison d’Arrêt de Nice sont exécutés le 26 décembre 1943 par le Groupe d’Action du PPF159,158.

Le cadre milicien Ernest Dausse est abattu le 6 février 1944 à Nice. Il est né le 24 octobre 1908 à Nice. Musicien, il est domicilié 15 rue de la Préfecture à Nice. Il décède à l’hôpital Saint-Roch des suites de ses blessures158.
Le 29 mai 1944, vers quinze heures, Georges Karakaïeff est exécuté. Ancien légionnaire, né à Moscou vers 1900, il est devenu un agent de la Gestapo. Il est domicilié 48 rue Rossini à Nice. Il aime la compagnie féminine. Une jolie jeune femme brune de la Résistance le rencontre un jour par hasard et il l’accoste. Elle l’a reconnu et accepte le rendez-vous. Le couple se promène le 29 mai 1944 chemin de Bellet à Nice. Prévenu du rendez-vous par la jeune femme, la résistance a envoyé un de ses hommes qui abat Karakaïeff à coups de revolver. L’agent de la Gestapo meurt sur place160.

Raoul Scaiola est exécuté et mortellement blessé. Il décède à 2h45 le 19 juillet à Nice à la clinique du parc impérial161. Il était membre d’un des trois groupes des G.A. – P.P.F. niçois162.
Charles Passeron, maire de Lantosque, est exécuté le 24 juillet 1944158.
Georges Bensa, avocat, rédacteur des discours de Darnand, est exécuté le 2 août 1944158. Il décède le 3 août 1944 à 8 heures à l’hôpital Saint-Roch à Nice163

L’épuration extra-judiciaire à la Libération
Entre la Libération et la mise en place des tribunaux épurateurs, 73 exécutions sommaires ont lieu dans 18 communes (36 à Nice) dont 10 à Antibes le 23 septembre 1944 au Fort Carré en représailles de la mort d’un jeune FTP la veille. Huit exécutions ont également eu lieu après le début de l’activité des cours de Justice. À Nice, 34 exécutions ont lieu avant le 23 septembre 1944, le premier jour du fonctionnement de la Cour de Justice de Nice et 2 après164.
Plusieurs cas d’exécutions sommaires peuvent être relevés à Nice durant l’insurrection niçoise du 28 août 1944 et dans le flottement des jours qui suivent. Le Comité insurrectionnel appelle ainsi le matin du 28 août à commencer « une épuration énergique de tous les salopard connus ».

Le 28 août 1944, vers 4 heures du matin, les FFI investissent le passage à niveau (actuel carrefour du 28-Août). Ils capturent une camionnette. Conduits par le chauffeur de taxi « Manus », Louis Sana et Aimé Paiche parcourent le quartier pour y arrêter les « chemises noires » fascistes qu’ils connaissent. Quelques-uns seront exécutés dans la journée165.
Le soir du 28 août vers 20 heures, on frappe à la porte de F., il ouvre, descend quelques marches et est abattu166.
Un sympathisant fasciste italien est exécuté à l’entrée du tunnel Pessicart, de la voie ferrée du train des Pignes. Son corps reste exposé, pour l’exemple, sur le ballast, avec défense de lui porter secours
Au dépôt de locomotives Saint-Roch, un collaborateur est poursuivi sur les voies, et mutilé d’un bras, sous la roue d’une locomotive

Gare de Riquier, un couple de collaborateurs… et leur chien sont pendus à un réverbère[réf. nécessaire].
Place Saluzzo, une famille de collaborateurs notoires accueille et séquestre littéralement un soldat américain, abreuvé, saoulé, gavé, et cajolé, pour éviter l’intrusion des justiciers résistants[réf. nécessaire].
Dans la plaine du Var, une famille de collaborateurs notoires choisit de résister les armes à la main aux épurateurs. L’escarmouche ne se prolonge guère, les justiciers ne font pas justice et vont porter leurs foudres ailleurs[réf. nécessaire].
Le 29 août, le couple Ange Baroni et Joséphine Marenghi est exécuté à son domicile du 212 boulevard du au Mont-Boron à 20 heures166.

Trois hommes domiciliés à Villefranche-sur-Mer, Félix Gautier, Georges Le Grand et Pierre Cappeletti, sont arrêtés à Villefranche-sur-Mer, jugés par un tribunal militaire improvisé de F.F.I. et fusillés le 30 août 1944 à Nice à 9 heuresaux Plâtrières, derrière les nouvelles prisons de Nice166.
Le 1er septembre à minuit, deux hommes sont jugés par un tribunal militaire improvisé de F.F.I. et fusillés au lycée de garçons à Nice : Joseph Allavena et Séraphin Cipre166. Joseph Allavena était le Responsable avec Pierre Bramardi du bureau social niçois du P.P.F.. Ce bureau s’occupait des familles des engagés de la L.V.F. et de la S.S. mais aussi d’arrestations de résistants167
Le 9 septembre, le cadavre du médecin Paul Comes est découvert vers midi au quartier de Saint-Pierre-de-Féric168. Trois autres corps sont retrouvés le même jour au quartier de la Sirole à Saint-Pancrace : Angèle Martini décédé vers 11 heures, Jean Tortarola et un inconnu décédés vers 15 heures168.
Le 11 septembre 1944, un homme d’environ 30 ans et une femme d’environ 65 ans sont exécutés vers 22 heures au lieu-dit terrain Bonfils à la hauteur du 428 boulevard de la madeleine. Les corps sont découverts enterrés à environ 10 mètres de la route le lendemain 41

Jacques Aber est agressé quelques jours avant la Libération puis transporté à l’hôpital Saint-Roch pour y être soigné. Le 12 septembre, à 13 heures, il est achevé d’une balle dans la tête à l’hôpital168. Il était membre d’un des trois groupes des G.A. – P.P.F. niçois167.
Le corps sans vie d’un inconnu est retrouvé le 22 septembre 1944 à Gairaut à Nice169.
Au moment de la Libération, entre fin août et fin septembre, des arrestations massives, sans précédent, ont lieu dans le département. Près de 2.532 personnes sont emprisonnées fin septembre dans des dizaines de centre d’internement. L’entassement et la promiscuité posent rapidement problème ainsi que la situation sanitaire (manque d’eau courante, d’hygiène, de paillasses…). Ses arrestations sont opérées dans la confusion sans que l’on sache vraiment qui est détenu et où170. Enfin libres, la crainte demeure des actions d’une 5e colonne170. Cette situation a permis plusieurs abus (libérations injustifiées, disparition de dossier et de personnes, sévices corporels, liquidations, extorsion de fonds…). La police d’épuration du Comité départemental de libération est montrée du doigt par le préfet pour des irrégularités commises à l’hôtel Scribe de Nice : tortures, extorsion de fonds… Dès le 28 septembre, le commandant Max est arrêté pour des vols et des disparitions de détenus. Sous le couvert du brassard FFI, cet aventurier avait organisé une épuration sauvage à l’hôtel Adriatic. On se rend finalement compte que 50% des membres de cette police sont des repris de justice. Cette police est dissoute le 26 décembre 1944171.
Plusieurs lieu d’internement sont utilisés à Nice et alentours : maison d’arrêt, hôtel Scribe (avenue Georges-Clemenceau) et hôtel Suisse (réquisitionné, quai Rauba-Capeu) à Nice, casernes de La Galinière à Saint-Laurent-du-Var et Saint-Jean-d’Angély à Nice170.
Plusieurs dizaines de femmes ont également été tondues, pour collaborations avec les Allemands (qui n’ont occupé Nice qu’un an) mais surtout pour les sympathisantes fascistes, militantes depuis 1940 du rattachement de Nice à l’Italie.

Les dernière exécutions sommaires
À partir du 23 septembre 1944, la cour de Justice de Nice commence à se réunir. L’épuration judiciaire et légale commence. Cependant, quelques exécutions sommaires ont lieu jusqu’au 8 octobre 1946.
Le 2 février 1945, les corps de deux femmes, Suzanne Defeu et Georgette Capitaine, exécutées par la Résistance, sont retrouvés à la Madonette-Terron, près de la statue172.
Le 18 mars 1945, un métayer italien, Settimio Carletti, 66 ans, est tué par un groupe de 8 individus à la place de ses deux fils en fuite173,164.
Le 14 mars 1946, on découvre le corps du boulanger Joseph Innocenti. dans son fournil. Le corps est criblé de balles de mitrailleuse. Ce boulanger avait été arrêté à la Libération à cause de ses opinions fascistes. On ignore cependant s’il s’agit d’un crime crapuleux ou d’un règlement de compte174.
Le 8 octobre 1946, le docteur Jacques Meyzenc, président départemental du PPF, collaborateur notoire, est exécuté à l’hôpital Pasteur. Condamné à mort, à la dégradation nationale et à la confiscation de ses biens le 25 juin 1946 par la cour de Justice de Nice, sa peine a été commuée en travaux forcés à perpétuité. Certains résistants refusent d’admettre ces décisions. Une première tentative d’exécution a lieu le 21 septembre lors du transfert du prisonnier à Marseille alors que celui-ci se trouve entre deux gendarmes dans le compartiment du train. Grièvement blessé, il est emmené à l’hôpital Pasteur à Nice, pavillon des détenus où il est finalement exécuté par des inconnus. Il s’agit de la dernière exécution extra-judiciaire connue dans les Alpes-Maritimes175,164.

Le rétablissement de la légalité républicaine
La presse résistante, notamment la presse communiste du Front National, réclame une épuration sévère et expéditive, justifiant même les exécutions sommaires et illégales comme celles du Fort Carré le 23 septembre 1944 (10 fusillés sans jugement). Les exécutions du Fort Carré sont fermement condamnées par le préfet et le Comité départemental de libération. Une polémique éclate. La presse communiste critique l’action du Comité départemental de Libération jugée trop laxiste176. La légalité républicaine parvient cependant lentement à s’imposer.
Le préfet Escande et le Comité départemental de Libération interviennent pour clarifier la situation des 2 532 personnes interpellées et toujours internées fin septembre 1944. Le préfet obtient des listes et des lieux de détention. Raymond Aubrac, commissaire régional de la République réclame également un tri dans les centres d’internement. Fin novembre, il reste 2 130 internés, 1 532 en décembre et 1 389 en février177. Au total, 4 127 personnes ont été internées à un moment donné pour fait de collaboration dans les Alpes-Maritimes. C’est deux fois plus que par exemple dans l’Hérault (2 011 personnes)156.

L’épuration judiciaire

Un tribunal militaire FFI fonctionne à Nice du 17 septembre au 18 octobre 1944, présidé par le commandant Chasuble, assisté des commandants Malherbe et Parent, des capitaines Michel, Gatti et Lorrain178. Il se prononce sur cinq cas178 
le chauffeur de taxi italien César Fiorucci impliqué dans la dénonciation des résistants Torrin et Grassi et pendus le 7 juillet 1944 à Nice. Il est né le 14 octobre 1914 à Città di Castello (Pérouse). Il est chauffeur. Il est condamné à mort le 23 septembre. Il est fusillé en public le 27 septembre 1944 à sept heures sept minutes, sur le quai des États-Unis à Nice, plage Beau Rivage, par un peloton de 12 FFI.

- trois autres hommes impliqués dans cette même dénonciation des résistants Torrin et Grassi et condamnés à des amendes.

- Le tribunal juge également le capitaine FTP Louis Pietri qui a commandé le peloton d’exécution du Fort Carré (10 fusillés illégalement). Il est acquitté le 5 octobre mais cassé de son grade.

Les tribunaux spécialisés se mettent en place.
Les Cours de Justice pour les cas graves de collaboration (intelligence avec l’ennemi, délation, participation aux combats sous uniforme ennemi) : 1re section (23 septembre 1944) et 2e section (24 janvier 1945) de Nice, cour de Justice de Grasse (9 février 1945)179.
Les chambres civiques pour les cas mineures de collaboration (délit d’appartenance à un mouvement anti-national) : 1re section (5 décembre 1944) et 2e section (25 janvier 1945) de Nice, chambre civique de Grasse (27 février 1945)179.
Les cours de Justice voient comparaître 1167 prévenus (909 hommes, 258 femmes, 686 français et 481 étrangers dont 421 italiens). 33 peines capitales sont décidées (30 hommes et 3 femmes), 223 peines de travaux forcés et 674 peines de réclusion. 237 personnes sont acquittées (27 %). Sur les 33 condamnations à mort, 22 hommes et 2 femmes sont graciés par le commissaire régional de la République ou du chef du gouvernement provisoire. 9 personnes sont exécutées179:

Liste des 9 personnes exécutées dans les Alpes-Maritimes suite à un Jugement des Cours de Justice des Alpes-Maritimes
- Yvonne Davaine, délatrice, condamnée le 16 octobre 1944 par la Cour de Justice de Nice et exécutée le 19 octobre 1944.

- Jean Garel de Koenig, gestapiste, condamné le 14 novembre 1944 par la Cour de Justice de Nice et exécuté le 23 décembre 1944.

- Félix Valetti, délateur, condamné le 13 janvier 1945 par la Cour de Justice de Nice et exécuté le 6 février 1945.

- Marius Fugairon, milicien, condamné le 22 février 1945 par la Cour de Justice de Grasse et exécuté le 15 mars 1945.

- Richard Held : Originaire de Moselle. Trois fois condamné pour vol, il rejoint la Gestapo comme interprète et devient lieutenant de la Gestapo cannoise. Surnommé lieutenant Richard. Sa maîtresse est Berthe Blanchet épouse Jaubert, domiciliée à l’époque avenue des Palmiers à Cannes. Responsable de vols, tortures et assassinats commis à Cannes notamment dans les caves de la villa Montfleury, siège de la Gestapo cannoise. Il a ainsi exécuté d’une balle dans la tête le juif Samuel Smilévitch, croix de guerre avec 7 citations, médaille militaire, invalide de guerre à 60 %, secrétaire de la maison des prisonniers de Cannes. Samuel Smilévitch est arrêté par le GAPPF de Cannes puis livré à la Gestapo le 24 juin 1944. Il refuse de donner une liste des juifs de Cannes. Son corps est retrouvé dans un chemin à Mougins près de Cannes le 25 juin 1944. Richard Held est également un des trois officiers (avec le lieutenant Willy Bauer et la capitaine Hans Josef Moser) qui fusillent le 15 août 1944, à 20 h 30, 10 résistants qui se trouvent dans les 4 cellules des caves de la villa Montfleury, juste avant d’évacuer les locaux. Malheureusement pour les assassins, sur les 11 résistants voués à la mort, trois survivent. L’inspecteur de police Edouard Negri profite de l’action courageuse de Concetta Biacca. Bauer bloque la sortie et tire une balle dans la tête de la jeune femme alors qu’elle quitte la dernière sa cellule. C’est le début de la tuerie. Mortellement blessée, elle l’agrippe et parvient à le faire tomber. Edouard Negri en profite pour foncer vers la sortie et parvient ainsi à s’échapper dans la rue malgré les tirs. Furieux, les officiers s’acharnent sur les 10 résistants qui restent et vident leurs chargeurs sur eux. Dans la folle fusillade, Bauer blesse même son complice Held d’une balle dans le pied. Leur crime accompli, ils quittent Cannes pour Nice puis partent vers l’Italie le 17 août. Cependant, deux résistants grièvement blessés vont survivre à leurs blessures : Louis Balesi et Marcel Neydorff. Blessé au pied, Richard Held doit s’arrêter le 17 août à Monte-Carlo avec sa maîtresse pour se faire soigner. Il est finalement arrêté à la Libération. Pour ses différents crimes, Richard Held est condamné à mort le 6 décembre 1945 par la Cour de Justice de Grasse et exécuté le 19 avril 1946.

- Eugène de Balintfly, gestapiste, condamné le 6 décembre 1945 par la Cour de Justice de Nice et exécuté le 12 février 1946.

- Eugène Jost, gestapiste, condamné le 26 mars 1946 par la Cour de Justice de Nice et exécuté le 28 mai 1946.

- Louis Delclève, gestapiste, condamné le 20 juin 1946 par la Cour de Justice de Nice et exécuté le 25 avril 1947.

- Félix Trucchi, GAPPF, condamné le 16 juillet 1946 par la Cour de Justice de Nice et exécuté le 23 août 1946.

Après le 31 juillet 1946, les condamnés à mort sont transférés à Aix-en-Provence ou au tribunal militaire de Marseille179. La plupart bénéficient de remises de peine puis des amnisties de 1951 et 1953180.
445 détenus sont jugés par contumace. Ce sont bien souvent les dossiers les plus lourds (tortionnaires de la Milice et du GAPPF, Waffen-SS…). 132 peines capitales et 5530 années de travaux forcés sont décidées180.
Les chambres civiques ont jugé 753 prévenus (616 hommes, 137 femmes, 748 Français, 5 étrangers dont 3 Italiens). 481 peines d’indignité nationales sont décidées avec souvent des amendes. 272 personnes sont acquittées (36 %)180.
Au total, 1 920 Azuréens dont 942 Niçois ont été jugés dans les Alpes-Maritimes entre l’automne 1944 et l’été 1946. D’autres l’ont été dans les Bouches-du-Rhône et la Seine180.

Après le 31 juillet 1946, les condamnés à mort sont transférés à Aix-en-Provence ou au tribunal militaire de Marseille179. La plupart bénéficient de remises de peine puis des amnisties de 1951 et 1953180.
445 détenus sont jugés par contumace. Ce sont bien souvent les dossiers les plus lourds (tortionnaires de la Milice et du GAPPF, Waffen-SS…). 132 peines capitales et 5530 années de travaux forcés sont décidées180.
Les chambres civiques ont jugé 753 prévenus (616 hommes, 137 femmes, 748 Français, 5 étrangers dont 3 Italiens). 481 peines d’indignité nationales sont décidées avec souvent des amendes. 272 personnes sont acquittées (36 %)180.
Au total, 1 920 Azuréens dont 942 Niçois ont été jugés dans les Alpes-Maritimes entre l’automne 1944 et l’été 1946. D’autres l’ont été dans les Bouches-du-Rhône et la Seine180.

L’épuration politique
Le Comité départemental de Libération et le préfet étudient minutieusement les cas des chefs de service, élus municipaux et départementaux. Ceux-ci risquent la suspension ou la révocation180.
Dès les premiers jours de la Libération, le préfet Moyon suspend le secrétaire général de la préfecture Lauvel, le chef du cabinet du préfet Ravard, le sous-préfet de Grasse Pierangeli, le procureur de l’État français Roman, le président du tribunal civil de Nice Pagès, l’inspecteur d’académie en fuite Davoine, les commandants des GMR Dalo (Alpes) et Teillet (Amiral de Grasse), le commandant de la légion de gendarmerie Blachère, le délégué départemental à l’information Moschetti-Giaubert, le commissaire divisionnaire Boupat (délégué de l’intendant régional au maintien de l’ordre)180.
A Nice, le magistrat municipal H. Vidal-Revel est suspendu. Les anciens conseillers généraux et départementaux P. Balestre (Nice III) et D. Ciaudo (Nice IV) sont révoqués181.

L’épuration administrative
Cette épuration est moins spectaculaire que l’épuration judiciaire mais concerne des milliers de personnes. Elle touche la carrière des fonctionnaires (révocation, rétrogradation d’échelon, déplacement d’office, mise à la retraite d’office) ou des professions qui bénéficient d’une concession de services publics (exclusion, blâme)181.
Dans la Police, dix commissaires et inspecteurs sont révoqués. Dans l’enseignement, huit fonctionnaires sont révoqués, trois mis à la retraite d’office, vingt-quatre sont déplacés et douze rétrogradés. A la chambre de commerce, douze personnes sont révoquées, deux radiées, trois mises à la retraite d’office et deux rétrogradées. Neuf membres du personnel médical ne peuvent plus pratiquer la médecine dans le chef-lieu ou dans le département, quinze sont exclus, un est blâmé. Soixante-douze employés ou cadres municipaux sont l’objet d’une enquête approfondie : trente et un sont finalement suspendus (dont le chef de bureau Francis Palmero) ou révoqués181.

L’épuration économique
Les entrepreneurs qui ont participé à la construction du « mur de la Méditerranée » ou ont réalisé des bénéfices grâce à la collaboration subissent de lourdes sanctions financières. 59 millions de francs sont confisqués et 55 millions de francs d’amende sont imposés à une vingtaine d’entreprises du BTP (Bonorvi et Cioci, Bally-Sobiesky, Ciffreo et Bona, Véran et Costamagna, Spada, Nicoletti, Thorrand), de la parfumerie (Bruno Court, Cresp) et de la métallurgie (Michel). Une dizaine de patrons passent de quelques semaines à quelques mois de prison préventive. Albert Ottina, impliqué dans la démolition du casino de la Jetée-Promenade et la construction de blockhaus, est condamné à 20 ans de travaux forcés181.
Des séquestres provisoires sont imposées à plusieurs entreprises : Compagnies du gaz et des eaux, énergie électrique du littoral méditerranéen, TNL, Descours et Cabaud, Thorrand, Petterano, Sacco, Couiteas de Faucamberge, Michel. Un séquestre définitif est infligé à l’hôtellier cannois Martinez et à des sociétés comme ‘L’éclaireur de Nice’, le ‘Petit niçois’ et les studios de la Victorine181.
Chez les taxis, trente patrons et employés sont exclus de la corporation, neuf sont suspendus et quatre sont touchés par des amendes. Aux TNL, huit cadres et employés sont licenciés181
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28 mars 2013

La deuxième DB

Classé sous — milguerres @ 15 h 32 min

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La deuxième DB

La deuxième DB 171209

19998510

La ce sont ceux de la deuxième DB, qui sont montés jusqu’à Berlin, après avoir fait la campagne d’Italie, le débarquement en Provence toute la libération du Rhône, les combats en Alsace et Ardennes et sont resté en occupation en Allemagne.
Sur le train, la photo est petite, est marqué:
A mort les fascistes
A bas les boches
Hitler on t’aura
Mon grand père est le deuxième debout avec casque américain, a partir de la gauche
Beaucoup sont morts au combat pour que la France soit libre
Pour ceux dont les familles sont restées en France elles seront des fois déportées suite a dénonciation.
Beaucoup aussi partiront en Indochine, a la création des premières unités para, ou en Algérie a la création du 1 er RCP, surtout ceux qui ont sauté en Normandie avec les SAS Britaniques

posté sur le forum  : http://militaires-d-hier.forumgratuit.org/t4400-photo-2-eme-db#30598

par Clyde84740de

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171209

Koufra passant par la Libye,la Normandie,la Sarthe,Paris ,Strasbourg,la poche de Colmar,et enfin Berchtesgaden.ou elle investit le Berghof quelques heures avant les parachutistes de la 101e division aéroportée américaine.
que de glorieux combat et quel grand chef a leurs têtes

L’unité compte 1 687 tués dont 108 officiers, 3 300 blessés et 58 tanks légers et moyens perdus tandis qu’elle cause aux forces de l’Axe la perte de 4 500 soldats tués, ainsi que 11 000 prisonniers allemands capturés à Paris, 5 000 prisonniers allemands capturés à Strasbourg, enfin 118 tanks lourds et moyens détruits.

Une autre source indique 1 224 tués et 5 257 blessés

60_Anniverssaire_Liberation_Strasbourg

Célébrations du 60e anniversaire de la libération de Strasbourg. Le 23 novembre 1944, la 2e
DB entre dans Strasbourg. La ville est libérée. Leclerc s’adresse alors
aux Alsaciens en ces termes: « La flèche de votre cathédrale est
demeurée notre obsession. Nous avions juré d’y arborer de nouveau les
couleurs nationales. C’est chose faite. »

Nous leurs devons énormément à tous ,perso j’ai un très très grand respect pour ces hommes

posté par Sylvain ( http://militaires-d-hier.forumgratuit.org/t4400-photo-2-eme-db#30598 )

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171209

Depart de France pour Setif en 46 pour la mise en place du 1 RCP

27740310

Arrivée a Setif la musique du 1 RCP en 1946

27309110

L’orchestre de jazz du 1 RCP a Setif

26977510

En 1946 a Setif au 1 RCP de retour de la campagne de libération de la France, aprés x mois d’occupation a Berlin

37203_10

171209   Adujant chef Nivelle Henri 

( Je ferai un post sur le 1 RCP, la campagne de libération de la France, le Tonkin en 1920,l’infanterie de marine avant la guerre 39/45 etc faut que je fasse un tri dans les photos de famille )
( J’ai aussi quelques photos de son pere mon arriere grand pére, pour la periode 14/18 aussi militaire de carriere, de la famille du General Georges Nivelle)
( et plein d’autre des membres de ma famille, pour le 8 RPIMA, le COS etc )

posté par  Clyde84740  http://militaires-d-hier.forumgratuit.org/t4400-photo-2-eme-db#30598 ) 

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27 janvier 2013

Poche de Lille (1940)

Classé sous — milguerres @ 16 h 09 min

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Poche de Lille (1940)

La poche de Lille a résisté du 25 mai au 31 mai 1940 à l’encerclement de l’armée allemande commandée par le général Waeger durant la bataille de France.

Poche de Lille (1940) poche_10

Le groupement de l’armée française, chargé de la défense de Lille, sous les ordres du général Molinié établit son quartier général à Haubourdin et fit placer :
• Le général Alphonse Juin avec la 15e Division d’Infanterie Motorisée au Faubourg des Postes à l’entrée de la ville.
• Loos est tenu par la 1re Division d’Infanterie Motorisée commandée par le général Léon Jenoudet,
• L’est d’Haubourdin par la 2e division Nord-Africaine du général Pierre Dame
• L’ouest d’Haubourdin par la 5e division Nord-Africaine du général Mesny.
• Les débris de la 1re division Marocaine, durement éprouvée par les combats des jours précédents se placent à Lambersart sous les ordres du général Mellier avec une poignée de soldats britanniques du génie.

Les poches de résistance regroupent 35 000 à 40 000 soldats, soit 30 bataillons, 12 groupes d’artillerie, et 5 groupes de reconnaissance.

Le 28 mai en fin de matinée, après la capture du général Kuhn, dans le Faubourg des Postes, porteur des plans d’attaques allemands qui prévoient que les trois Panzer Divisionnen (4e , 5e et 7e) attaqueront le front ouest, la 7e division le nord, la 253e le nord-est, la 217e le sud-est et la 267e division le sud, le général Molinié et ses officiers, organisent alors une tentative de sortie. C’est un carnage. Le capitaine Philippe de Hauteclocque, avec l’accord de son supérieur, réussira à traverser les lignes allemandes et à rejoindre le 4 juin les positions françaises plus au sud sur le canal Crozat.

Les munitions épuisées, des centaines de morts civils et militaires, de blessés, les points de résistance cessent le combat les uns après les autres le 31 mai.

http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gifA Haubourdin, les Allemands, sans nécessité et après la bataille, massacreront une partie des prisonniers nord africains.

Conséquences

Le général Molinié et le colonel Aizier négocient jusqu’à minuit une reddition dans l’honneur pour les défenseurs de Lille et de ses faubourgs.

Le samedi 1er juin sur la Grand Place les troupes françaises ainsi que quelques Anglais défilent en armes devant les Allemands et quelques civils sortis des abris1.

Le 2 juin, Adolf Hitler reprocha au général Waeger d’avoir marqué une pause dans sa progression vers Dunkerque et d’avoir rendu les honneurs aux Français. Il fut limogé sur le champ. Churchill dans ses mémoires estima que les défenseurs de Lille donnèrent cinq jours de répit à l’opération Dynamo (citation du livre du Colonel Rémy). « These Frenchmen, under the gallant leadership of general Molinié, had for four critical days contained no less than seven German divisions which otherwise could have joined in the assaults on the Dunkirk perimeter. This was a splendid contribution to the escape of their more fortunate comrades of the BEF » (Winston Churchill, The Second World War. vol. II. Their Finest Hour, Cassel & Co., 1949, p. 86).

note :

1 – ↑ (de) Der Spiegel, 16.05.1962 [archive]
source wikipedia

http://i14.servimg.com/u/f14/17/85/94/04/th/fleche26.gifA APPRONFONDIR : A Haubourdin, les Allemands, sans nécessité et après la bataille, massacreront une partie des prisonniers nord africains. ???

 

Je n’ai trouvé aucune trace qui relate ce massacre avec plus de précisions

 

seulement …
La honte noire (celle des Allemands…!) …
tiré de :
http://www.lyceelyautey.org/marocomb/articles.php?lng=fr&pg=70
LA RESISTANCE HEROIQUE DE LA PREMIERE DIVISION MAROCAINE A GEMBLOUX : LES 14 ET 15 MAI 1940

Christophe TOURON, professeur d’Histoire-Géographie au Lycée Lyautey de Casablanca (1995-2007) et au Collège Royal à Rabat (2003-2007). …/…

Lorsque la guerre éclate en septembre 1939, la propagande allemande se déchaîne contre les troupes coloniales françaises, présentées comme une masse de brutes conditionnées par les Français. Parallèlement un service de propagande, créé en 1934, courtise le monde arabe et surtout les mouvements nationalistes, en les encourageant à la révolte. Ce qui n’empêche pas la presse nazie de dénoncer, le 30 mai 1940, « cette sale racaille de couleur, sentant tous les parfums d’Arabie, contre laquelle doit se battre le brave soldat allemand ».

En 1940, le souvenir de la « Honte noire », entretenu par la propagande nazie, reste donc présent chez de nombreux soldats allemands. Relatant la capture de prisonniers marocains en Belgique, en mai 1940, le caporal chef Matthias, cité précédemment, conclut son témoignage, publié en 1941 dans un journal de la Wehrmacht, en disant « (…) que sur pied, les gaillards puent comme la peste ! » Manière peu respectueuse d’évoquer des hommes qui ont été aussi braves à Gembloux. Ces propos illustrent le mépris, voire le dégoût de l’ennemi pour ces combattants « indigènes », qui suscitent également peur et méfiance.

Dans ce contexte de haine raciale, de crainte et de revanche, les Allemands se montrent à plusieurs reprises sans pitié pour les combattants de l’armée française originaires d’Afrique du Nord et des colonies.

Ainsi, les premiers instants de captivité se révèlent fatals pour des centaines de tirailleurs sénégalais et quelques dizaines de combattants marocains, en dépit des protections prévues par la convention de Genève pour tout prisonnier de guerre. Le sergent Ennergis, tirailleur marocain fait prisonnier à Lille, fin mai 1940, rapporte ce témoignage poignant : « J’ai vu des Allemands fusiller sur place des Sénégalais. Beaucoup de mes camarades marocains l’ont été aussi parce que les Allemands savaient que nous étions volontaires, contrairement aux Algériens qui étaient des appelés. Je n’ai eu la vie sauve que grâce à mon jeune âge, en faisant croire aux Allemands que les Français avaient voulu enrôler de force mon père et que j’avais pris sa place pour le sauver. »

Outre le préjugé racial des Allemands, les 18 000 soldats marocains capturés doivent en effet assumer leur enrôlement volontaire, source d’hostilité supplémentaire de la part de certains militaires nazis lorsqu’ils en sont informés.

Le 30 mai 1940, à Febvin-Palfart dans le Pas-de-Calais, 32 combattants marocains prisonniers sont lâchement assassinés, dans des conditions obscures, par des soldats SS (abréviation de « Schutzstaffel », échelon de protection, les SS constituent une organisation militarisée et fanatisée du parti nazi). Ces prisonniers semblent avoir été tués alors qu’ils se trouvaient en transit. Exténués par une marche forcée et refusant peut-être d’aller plus loin, « (…) les malheureux durent creuser leur tranchée avant d’être exécutés, puis jetés pêle-mêle dans leur tombe, enchevêtrés les uns dans les autres. Ils furent recouverts par le dernier que les monstres exécutèrent, sa funèbre besogne terminée, et abandonnèrent sur le terrain face contre terre (…) Ils appartenaient au 254e régiment d’artillerie divisionnaire. 32 corps furent extraits de la tranchée et 15 seulement furent identifiés (…) Tous portaient le coup de grâce avec la nuque fracassée (…) ». C’est ainsi que le maire du village de Febvin-Palfart, rapporte ce drame, en 1971, au cours de l’inauguration d’un monument communal élevé à la mémoire de ces soldats marocains, victimes de la barbarie nazie.

Les marches qui mènent les prisonniers « indigènes » vers les camps de regroupement peuvent ainsi se révéler périlleuses, comme l’illustre aussi le témoignage d’Ousman Aliou Gadio, un tirailleur sénégalais : « On nous a capturé le 20 juin au matin, ils nous ont emmenés à Lyon, on a trouvé là-bas les Français, les Marocains, les Algériens, tout le monde dans un bâtiment, un hangar. On est resté là quatre jours et ils nous ont dirigés sur Dijon, alors on a marché à pied. Ils ont tué 7 marocains avant d’arriver à Dijon. Tous ceux qui ne pouvaient plus marcher, ils tiraient sur lui (…) ».

UNE CAPTIVITE EPROUVANTE DANS LES FRONTSTALAGS DE 1940 A 1944

Après leur victoire sur la France, les Allemands continuent de focaliser une partie de leur propagande sur les troupes « indigènes » de l’armée française, en des termes toujours aussi défavorables. C’est notamment le cas d’un reportage photos en couleurs, publié dans un numéro de la revue Signal, qui montre des prisonniers maghrébins en train d’égorger une vache selon les rites musulmans puis se partageant la viande. Gestes anodins mais mis en scène de telle sorte qu’ils doivent susciter l’aversion du lecteur, conforté par les commentaires de la revue : « Notre correspondant a pris une vue de l’abattage et du repas, qui donnent une idée des mœurs des troupes coloniales françaises. »

Redoutant les maladies tropicales et la contamination raciale, les autorités du Reich nazi décident de ne pas transférer ces soldats « indigènes » sur leur territoire, comme c’est alors le cas pour les autres détenus militaires français. Pour ne pas « souiller le sol allemand », les prisonniers maghrébins, noirs africains ou indochinois sont donc internés pour la plupart en France, dans des camps appelés Frontstalags. Ceux qui ont été envoyés initialement en Allemagne ou en Pologne sont transférés à leur tour dans ces lieux de détention, où les conditions de vie se révèlent très éprouvantes.

En effet, le ravitaillement y est souvent déplorable malgré les envois de colis postaux organisés par des œuvres caritatives comme l’œuvre des Secours aux prisonniers de Guerre qui est créée dès juillet 1940 au Maroc. Houcine Benyahia, tirailleur au 1er RTM, garde en mémoire ses « mauvais souvenirs [de captivité], comme lorsque nous étions 7 prisonniers à nous partager un seul pain au repas ! » Les hommes internés dans les Frontstalags doivent survivre dans un dénuement total, exposés aux mauvais traitements de leurs gardiens et à des travaux agricoles ou industriels exténuants. Les mauvaises conditions d’hygiène et la tuberculose aggravent les souffrances quotidiennes. Enfin, les balles allemandes s’ajoutent parfois à cette oeuvre de déshumanisation…

Au Frontstalag n° 231, à Airvault dans les Deux-Sèvres (à 50 km de Poitiers), l’un des médecins français, qui séjournent au camp, révèle le drame dont il a été le témoin : « Des tirailleurs marocains ayant tenté de s’évader s’empêtrèrent dans les barbelés. Surpris par les sentinelles, celles-ci, au lieu de les reprendre et alors qu’ils imploraient grâce, les assassinèrent sans pitié à coups de revolver et de mitraillettes. Le soir, c’est 3 ou 4 cadavres que les médecins français eurent à enlever dans les fils de fer (…) Au cours des obsèques, le rite musulman fut pour leurs gardiens, une occasion de divertissement sadique et de prises de photos. » Lorsque l’armée allemande évacue ce camp, elle laisse, enfouis sous les débris des baraquements, les corps de 26 combattants marocains morts durant leur détention ! Emue, la population locale offre à chacun de ces malheureux une sépulture décente, en attendant l’inauguration, en 1945, d’un monument et d’une nécropole nationale en leur mémoire.

Au début de l’année 1943, les prisonniers « indigènes » de l’armée française connaissent une nouvelle injure à leur statut, puisque l’Allemagne remplace leurs gardiens allemands, réquisitionnés pour combattre les Soviétiques sur le front est… par leurs anciens compagnons d’armes de l’armée française, obéissant au régime collaborateur de Vichy !

En fonction du bon vouloir des autorités allemandes, la population française offre une aide active et fraternelle à ces prisonniers, en leur apportant des vivres, des soins et un peu de réconfort. Certains facilitent même les évasions des Frontstalags.

De nombreux soldats d’Afrique du Nord et des colonies, qui ont fui leur captivité, rejoignent alors les rangs de la Résistance française intérieure contre les forces d’occupation allemande. On compte, par exemple, une cinquantaine d’Africains dans le maquis du Vercors. Forts de leur expérience militaire antérieure, ces soldats maghrébins, d’Afrique noire ou d’Indochine, sont d’un soutien précieux pour les maquis des Forces françaises intérieures (FFI). Ils s’illustrent par leur courage et leur dévouement dans les coups de force contre l’occupant, allant parfois au bout de leur destin.

C’est ainsi que le 19 août 1944, dans le sud-ouest de la France, le soldat Lahcene ben Oukrine, le sergent Mohamed ben Tayeb et le caporal Saïdi Salah, membres des FFI, tombent héroïquement sous les balles allemandes. Leurs dépouilles reposent de nos jours dans une des Nécropoles nationales dédiées à la Résistance française, à Chasseneuil-sur-Bonnieure en Charente (à 35 km d’Angoulême).

Leurs compagnons d’armes, restés prisonniers dans les Frontstalags, sont libérés pour la plupart en 1944, au fur et à mesure de l’avancée des Alliés. Ils sont alors regroupés dans des centres de transit afin de retrouver leur foyer. Mais cette libération ne marque pas toujours la fin du calvaire pour les soldats « indigènes ». En effet, les conditions sanitaires de leur hébergement provisoire demeurent souvent mauvaises, du fait de l’incurie des services qui en ont la charge. Enfin lors du retour au pays, il arrive que l’attitude de l’administration coloniale à l’égard de ces ex-captifs rappelle qu’ils restent des sujets de la France et non des citoyens français à part entière. Ce traitement inégal atteint son paroxysme dans le drame malheureux de Thiaroye au Sénégal, le 1er décembre 1944 : dans un climat houleux, des dizaines de tirailleurs sénégalais tombent alors sous les balles françaises pour avoir réclamé leur arriéré de solde, correspondant à leur période de détention dans les Frontstalags !

La captivité des 18 000 soldats marocains de « l’an 40 » et des dizaines de milliers d’autres combattants « indigènes » de l’armée française n’a pas connu d’épilogue aussi tragique.
Mais elle est restée dans son ensemble une épreuve redoutable, voire fatale, du fait des terribles souffrances morales et physiques infligées à ces « prisonniers de couleur » dans les Frontstalags.

Christophe TOURON, professeur d’Histoire-Géographie au Lycée Lyautey de Casablanca (1995-2007) et au Collège Royal à Rabat (2003-2007).

 

Réaction de  JJ

http://militaires-d-hier.forumgratuit.org/t3916-poche-de-lille-1940#27824

Attention aux manipulations, politiques ou autres, dans cette malheureuse affaire de Thiaroye. Si la France n’a pas lieu d’être fière de cet épisode, il faut quand même relativiser les choses.
Je possède un bon dossier sur ce sujet et, à sa lecture, on constate que les choses ne sont pas aussi simple que relatées dans l’exposé de Monsieur Touron.
L’administration coloniale, mais pas seulement elle, s’est certes montrée maladroite en faisant des promesses inconsidérées, mais il faut savoir que:
- cette affaire se passe en décembre 1944. A cette époque, la guerre n’est pas terminée, et la France est dans un état qui est loin d’être brillant. Elle dépend, pour ses relations maritimes, du pool de transport mis en place par les anglo-saxons. Le rapatriement des Tirailleurs n’est pas la priorité de cet organisme, c’est la raison du délai imposé à cette opération. C’est une des causes du mécontentement de ces hommes
- pour les Tirailleurs, faits prisonniers en 1940, la France a perdu la face, et ils ont pu constater la « supériorité » de l’armée allemande
- les autorités allemandes leurs ont remis des Marks, mais aussi beaucoup de Francs français. Hors ces deniers étaient faux (méthode classique chez les Allemands, voir l’affaire Cicéron). Les Marks seront changés en Métropole contre des Francs. Mais, à l’arrivée à Dakar, le trésor refuse l’échange des faux Francs contre des billets de la banque centrale de l’AOF. Ce qui provoque la fureur des Tirailleurs…
- dans un but de désorganisation de l’armée coloniale, c’était encore la guerre, les Allemands, en plus de la distribution de fausse monnaie, avaient formé des « meneurs », qui se révéleront impossible à raisonner
- beaucoup de ces hommes avaient réussi à se procurer des armes, et commencé à en faire usage
- enfin, suprême maladresse de l’administration, au lieu de faire encadrer les tirailleurs par des officiers et sous-officiers de l’armée coloniale, qui savaient leur parler, et qu’ils respectaient, on les à remis entre les mains de gendarmes.
Il ne faut donc pas s’étonner de la mauvaise tournure qu’ont pris les évènements. Il est arrivé un moment ou la situation est devenue ingérable, et ou il à fallu ouvrir le feu (limité, 500 coups ont été tirés, mitrailleuse et fusils). Bilan 35 tués, et autant de blessés. Terrible, mais bien loin des affirmations délirantes de certains, et du film « Camp de Thiaroye », ou les auteurs font un parallèle avec Dachau, et qui se termine par un bain de sang, 1280 tués…
34 mutins seront condamnés, le 5 mars 1945, à des peines de prison, mais les 12 encore enfermés seront graciés deux ans plus tard par le Président Vincent Auriol.
JJ

 

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

9 janvier 2013

Quelques photos de Tirailleurs …

Classé sous — milguerres @ 23 h 33 min

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Les nouveaux Régiments de Tirailleurs – 1914-1920

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8

Quelques photos de Tirailleurs …

Revue du 14 juillet 1913, [tirailleurs] sénégalais et cuirassiers : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1913


 Quelques photos de Tirailleurs ... revue_10

16-7-13, le général Niox remettant le drapeau sénégalais à un invalide [cérémonie au cours de laquelle les Sénégalais remettent la réplique de leur drapeau au musée de l'armée] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1913

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18-7-13, départ des tirailleurs algériens [défilant dans les rues de Paris] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1913

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12-7-13, Paris, arrivée des tirailleurs algériens [troupe au repos sous un hangard] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1913

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12-7-13, Paris, arrivée des tirailleurs algériens [troupe passant sur un pont] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1913

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18-7-13, départ des tirailleurs algériens [défilant dans les rues de Paris, la nouba en tête] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1913

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18-7-13, troupes noires à Saint-Cyr [sur la base aérienne, tirant l'armature d'un dirigeable] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1913

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18-7-13, troupes noires à Saint-Cyr [sur la base aérienne assistant au vol d'un petit dirigeable] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1913

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Tonkinois [portrait d'un soldat tonkinois à Paris] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1913

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Amiens, troupes noires : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1914

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4-1-14, Marseille, troupes sénégalaises [un soldat et une femme sénégalais] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1914

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4-1-14, Marseille, troupes sénégalaises [avec leur famille] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1914

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Soldats algériens dissimulés dans [i.e. sous] une voiture de ferme : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1914

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Algériens en reconnaissance [dans l'herbe, fusil à l'épaule] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1914

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Zouaves avançant en tirailleurs [sur un champs de bataille] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1914

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Arras, turcos partant pour le front : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1914

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Troupes d’Algérie en route pour le front : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1914

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Groupe de Turcos blessés [tirailleurs algériens] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1914

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Une infirmière donnant à boire à un Turco [tirailleur algérien] blessé : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1914

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Embarquement [sur un train] des troupes marocaines : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1915

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Embarquement [dans des wagons] de [soldats] marocains : [photographie de presse] / [Agence Rol]

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Un Africain combattant dans les rangs français [tirailleur sénégalais prêt à tirer au fusil] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1914

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Tirailleurs indigènes dans leur nouveau costume [troupe coloniale le long d'une voie ferrée] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1914

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Tirailleurs marocains près de Lorette [Notre-Dame-de-Lorette, colline en Artois] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1915

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Inauguration de l’hôpital musulman de Neuilly [soldats blessés de diverses nationalités] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1915

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Un soldat français et deux turcos restés 4 jours sans recevoir de nourriture dans des tranchées près de Sommesous [Marne] après leur premier combat : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1915

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Tirailleurs marocains montant aux tranchées, au fond à droite Aix-Noulette, à gauche une marmite [explosion d'un gros obus ennemi] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1915

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9-12-15, au camp des tirailleurs sénégalais de Fréjus [la leçon de clairon au camp Robert?] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1915

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Kabyles [3 tirailleurs algériens en train de balayer] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1915

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9-12-15, au camp des tirailleurs sénégalais de Fréjus [la corvée de linge au camp Robert ?] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1915

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9-12-15, camp des tirailleurs sénégalais à Fréjus [le coin cuisine du camp Robert ?] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1915

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9-12-15, camp de tirailleurs sénégalais à Fréjus [les soldats à l'exercice au camp Robert ?] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1915

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9-12-15, camp des tirailleurs sénégalais à Fréjus [l'entretien de la baïonnette au camp Robert] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1915

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9-12-15, au camp des tirailleurs sénégalais à Fréjus [une sentinelle du camp Robert ?] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1915

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Tombes de tirailleurs marocains tombés à Lorette [Notre-Dame-de-Lorette en Artois] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1915

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27-2-15, funérailles d’un tirailleur marocain mort pour la France [hommage rendu dans une cour intérieure] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1915

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27-2-15, funérailles d’un tirailleur marocain mort pour la France [cortège dans une rue de Paris] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1915

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Général Chamoin décorant le lieutenant Désiré du 5e tirailleur, 14-9-15, à l’hôpital Bossuet [école Bossuet de Meaux transformée en hôpital] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1915

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Sénégalais sur les boulevards : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1916

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Sénégalais ramenant des prisonniers : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1916

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Sénégalais au repos [la lessive sèche dans la tranchée] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1917

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[Soldats blessés de guerre dont des tirailleurs africains, dans le parc d'un château, près d'une église] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1920

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16/5/19, remise de la fourragère au 1er Sénégalais [aux Invalides] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1919

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[16/5/19], aux Invalides, remise de la fourragère au 1er Sénégalais, [général] Berdoulat, [Henry] Simon [ministre des Colonies] : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1919

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16/5/19, aux Invalides, M. [Henry] Simon [ministre des Colonies] remet la fourragère au drapeau du 1er Sénégalais : [photographie de presse] / [Agence Rol] –1919

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source : GALLICA

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Les nouveaux Régiments de Tirailleurs – 1914-1920

LES NOUVEAUX RÉGIMENTS DE TIRAILLEURS

Classé sous — milguerres @ 23 h 29 min

 

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Quelques photos de Tirailleurs

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8

LA GRANDE GUERRE ET LES NOUVEAUX RÉGIMENTS DE TIRAILLEURS 1914-1920
Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8 par le Colonel (E.R.) Pierre CARLES
Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8
http://lasabretache.pagesperso-orange.fr/Les%20Tirailleurs%20dans%20la%20Grande%20Guerre.htm

Au moment de la mobilisation, les neuf régiments de tirailleurs comptent 40 bataillons, dont 19 au Maroc. Certains de ces régiments ont jusqu’à neuf bataillons et, déjà, pour fournir au théâtre d’opérations marocain, il a fallu briser les liens tactiques et administratifs traditionnels et créer des régiments dits de marche, selon la zone géographique d’emploi, et ils ne regroupent pas forcément des bataillons venant du même régiment organique, ni même de la même province.

L’effort de mobilisation imposé par la guerre, et qui s’étend, en fait, de 1914 à 1920, provoquera la mise sur pied de tant de bataillons nouveaux, les pertes ou les nécessités tactiques, matérielles ou morales imposeront de tels remaniements que la plupart des historiens des tirailleurs ont hésité à aborder l’organisation des divers corps appelés à combattre dans la première guerre mondiale. Le regretté Louis Garros s’était livré à un essai de synthèse, dont le manuscrit est aux Archives de la Guerre, et dont il a donné un résumé dans Historama Hors série n° 10. Le survol de cette question terriblement complexe qui va suivre lui en est largement redevable.

On trouvera peut-être fastidieuse l’énumération de ces réorganisations. Il nous a paru toutefois nécessaire de les exposer parce qu’elles donnent une idée de l’effort de guerre consenti par les régiments de tirailleurs et parce qu’elles expliquent la profondeur du bouleversement que ces six années ont apporté à la physionomie des régiments telle qu’elle s’était dessinée dans les quatre-vingts premières années de leur existence.

Il faudrait aussi pouvoir rendre compte de la somme des sacrifices qui vont de pair avec ces transformations et, parfois, les expliquent. A la retracer, ne fut-ce que dans ses grandes lignes, un numéro spécial tout entier ne suffirait pas. Aussi ne le tenterons-nous pas: Par ailleurs, les hauts faits des tirailleurs entre 1914 et 1920 sont bien connus : Guise, l’Yser, la Champagne en 1914 et 1915, Verdun, la Somme, l’Aisne, La Malmaison en 1916 et 1917, La Champagne, Le Soissonnais, La Matz, La Serre en 1918 voisinent sur leurs drapeaux, sans parler des campagnes d’Orient. Sur 155 000 Algériens et Tunisiens mobilisés, 35 900 ont été tués, dont 4 sur 7 étaient des tirailleurs et la proportion des Français tués dans leurs rangs est supérieure à celle normale des Européens dans les régiments indigènes.

Entre août et septembre 1914, 32 bataillons d’active de tirailleurs sont envoyés en France, 6 restant au Maroc et 2 en Algérie et en Tunisie. Ils constituent 9 régiments de marche :
• le 1er R.M.T. (Régiment de marche de tirailleurs), colonel Vuillemin, I/1, II/9, III/9 avec le drapeau du ler R.T.A.
• le 2e R.M.T., lieutenant-colonel Sibra, II/2, V/2, II/5, avec le drapeau du 2e R.T.A.
• le 3e R.M.T., colonel Simon, II/3, IV/3, V/3 avec le drapeau du 3e R.T.A.
• le 4e R.M.T., colonel Muller, I/4, VI/4 (et en février le V/4), avec le drapeau du 4e R.T.A.
• le 6e R.M.T., colonel Dégot, I/6, II/6, avec le drapeau du 6e R.T.A.;
• le 8e R.M.T., lieutenant-colonel Vallet, IV/8, V/8, avec le drapeau du 8e R.T.A. ;
tous comptant à la 37e et à la 38e D.I. d’Algérie.

Avec la 45e D.I. indépendante vient :
• le R.M.T. du colonel de Bonneval, II/1, II/8, VI/2

Avec la division du Maroc arrivent :
• le R.M.T. du Maroc occidental, lieutenant-colonel Cros, I/5, IV/7, V/4
• le R.M.T. du Maroc oriental, lieutenant-colonel Fellert, I/2, IV/2, III/6 (et III/2 zouaves) ;

En décembre 1914, s’y ajoutent, avec les brigades du Maroc
• le ler R.M.Z.T. (Régiment mixte de zouaves et de tirailleurs) lieutenant-colonel Vrenière, comptant le I/3 et le I/7 avec le drapeau du 7e R.T.A.;
• le R.M.T. de Tunisie, lieutenant-colonel Delaveau, II/4, I/8, VI/8 ;
• le 2e R.M.Z.T., lieutenant-colonel Cornu, comptant le III/3 et le I/9.

Ces douze régiments paient un terrible tribut lors des premières rencontres, en particulier à Guise et à Charleroi, car ils se jettent dans la bataille, comme en 1870, sans restriction. Aussi, à la fin de décembre 1914, faut-il les réorganiser, à travers de multiples combinaisons, dont le détail alourdirait cette étude.

Les opérations de l’hiver 1914-1915, les pertes dues au feu, mais aussi à la maladie, l’extrême fatigue des unités et, souvent, le désarroi des tirailleurs devant une forme de guerre inaccoutumée, motivent une seconde réorganisation. Le service obligatoire pour les indigènes, qui ne sera rigoureusement appliqué que par le décret du 7 septembre 1916, produira, en décembre 1917, outre les renforts d’entretien, cinq bataillons de tirailleurs supplémentaires, auxquels s’en ajouteront douze autres en octobre et en novembre 1918.

La situation des régiments engagés sur le front se stabilise relativement dans l’été de 1915 et, dès lors, l’évolution de ces régiments, entre 1915 et 1920, peut se schématiser comme suit :
• le ler R.M.T. devient 3e R.M.T. en décembre 1914 et est rebaptisé 9e R.M.T., lieutenant-colonel Dericoin, en mars 1915
• le R.M.T. de Bonneval devient, en mars 1915, le 1er R.M.T. nouveau, colonel Bourgeois ;
• le 2e R.M.T., colonel Bourgue, est reconstitué en avril 1915 avec les débris des 2e et 6e R.M.T. ;
• le 3e R.M.T., lieutenant-colonel de Gouvello, conserve son titre, ainsi que le 4e R.M.T., colonel Daugan ;
• les R.M.T. du Maroc occidental et oriental avaient formé, en décembre 1914, un 7e R.M.T., lieutenant-colonel Demetz, qui conserve son titre en 1915
• le 8e R.M.T., conserve son nom;
• le 1er R.M.Z.T. garde son titre mais est anéanti en juin 1918 dans les combats sur la Matz ; avec ses débris, on forme le 13e R.M.T.
• un 4e R.M.Z.T.; lieutenant-colonel Lévêque, est formé en juin 1915 avec les I/8, VI/8 (et VI/4 zouaves).

En 1917, on constitue un régiment de marche où figurent le III/1 et le IX/2. Envoyé en Palestine, il y combattra jusqu’en 1919 et y sera appelé 3e R.M.Z.T. du Levant.

Dans le courant de 1918, on forme :
• le 5e R.M.T., lieutenant-colonel Fournié, I/5, VI/5, XI/5, en janvier ;
• le 6e R.M.T. nouveau, avec le 3e R.M.Z.T. de la 45e D.I. (rebaptisé ainsi en juin 1916) dissous, V/6, VII/6, XI/6, lieutenant-colonel Wild.

A ce moment-là, 63 bataillons divers de tirailleurs sont passés dans dix régiments. On a essayé de mettre ensemble des bataillons du même régiment organique : une seule exception, le 7e R.M.T. qui n’a aucun bataillon du 7e R.T.A.

A l’arrivée des gros renforts de 1918, et par application de la circulaire du 13 décembre 1917, on forme de nouveaux régiments de marche en prélevant sur les anciens un bataillon aguerri (remplacé par un bataillon de recrues) que l’on juxtapose à deux bataillons de jeunes tirailleurs. On voit ainsi apparaître :
• le 10e R.M.T. (III/3, XI/2, XI/3)
• le 1le R.M.T. (IV/7, IX/7, XI/7)
• le 12e R.M.T. ;
• le 13e R.M.T., pour mémoire, ex-2e R.M.T., les « Hirondelles de la Mort » ;
• le 14e R.M.T. (XVI/2, XV/5, XVI/6)
• le 15e R.M.T. (XV/7, et trois bataillons du 228e R.I. jusqu’en 1920) ;
• le 17e R.M.T. (XV/1, XVI/5, XV/9)
• le 21e R.M.T. (XII/5, XVII/5, XVI/9).

A l’armistice, il y a ainsi, sur le front de France, dix-sept régiments de marche de tirailleurs et le ler R.M.Z.T., en Palestine, le 3e R.M.Z.T. du Levant, au Maroc, six bataillons (I/1, V/2, IV/4, I1/5, IV/6, III/8), en Algérie et en Tunisie, neuf dépôts et centres d’instruction.

Pour les besoins de l’Armée d’Orient, dès mars 1919, on prélève sur les armées de France et de Rhénanie vingt-quatre bataillons pour former huit régiments de marche, qui seront numérotés en 1920 :
• 16e R.M.T., avec les bataillons du 12e R.M.T.
• I8e R.M.T., avec ceux du 6e R.M.T. ;
• 19e R.M.T., avec ceux du ler R.M.Z.T.
• 22e R.M.T., avec ceux du 14e R.M.T.
• 23e R.M.T., avec ceux du ler R.M.T.
• 27e R.M.T., avec ceux du IIe R.M.T.
• 17e et 21e R.M.T. ne changent pas d’appellation.

Simultanément, les états-majors des régiments ayant fourni des bataillons reconstituent, en France et sur le Rhin, le ler R.M.Z.T., les 6e, 10e, 11e, 12e et 14e R.M.T. Dans le courant de 1919, on envoie en renfort au Maroc les 4e, 9e, 13e, 14e et 15e R.M.T.

Une décision du 10 décembre 1919 prescrit alors de former à nouveau, en Algérie et en Tunisie, les régiments organiques, à deux ou trois bataillons, avec les dépôts et les centres d’instruction. Sont ainsi recréés ou créés les 1er, 5e R.T.A. dans la province d’Alger, les 2e, 6e et ler dans celle d’Oran, les 3e, 7e et 11e dans celle de Constantine, les 4e, 8e et 12e en Tunisie, dans le courant de 1920. Les 16e et 23e R.M.T. de l’Armée d’Orient sont dissous, les 17e et 27e R.M.T. sont envoyés au Levant. Au printemps de 1920, on forme, pour l’Armée d’Orient et le Levant, les 25e, 26e, 31e et 32e R.M.T.

Enfin, le décret du 20 juin 1920 prescrit la dissolution des unités de marche et leur remplacement par des régiments autonomes. Après mise à exécution de ces prescriptions, la situation des quelque 135 bataillons de tirailleurs existants se stabilise en 37 régiments ou 120 bataillons, savoir :

• au Maroc, 13e R.T.A. ex-13e R.M.T., 14e R.T.A. ex-14e R.M.T., 15e R.T.A. ex-15e R.M.T., 24e R.T.T. ex-4e R.M.T., 29e R.T.A. ex-9e R.M.T.

• en France ou en Rhénanie, 16e R.T.A. ex-4e R.M.Z.T., 20e R.T.A. ex-12e R.M.T., 23e R.T.A. ex-3e R.M.T., 25e R.T.A. ex-5e R.M.T., 26e R.T.A. ex-10e R.M.T., 28e R.T.A. ex-8e R.M.T., 31e R.T.A. ex-11e R.M.T.,

33e R.T.A. ex-ler R.M.T., 39e R.T.A. ex-6e R.M.T., 43e R.T.A. ex ler R.M.Z.T. ;

• à l’Armée d’Orient, 32e R.T.A. ex-32e R.M.T.

• au Levant, avec 32 bataillons appartenant à 11 unités de marche, on forme 8 régiments autonomes ou 26 bataillons, les 17e, 18e, 19e, 21e, 22e, 27e, 36e et 47e R.T.A. Sont dissous les 2e, 25e et 26e R.M.T. et le 3e R.M.Z.T. du Levant.

Après cette remise en ordre, les 35 régiments de tirailleurs sont stationnés comme suit :

ler Blida
2e Mostaganem
3e Bône
4e Sousse
5e Maison Carrée
6e Tlemcen
7e Constantine
8e Bizerte
9e Miliana
10e Oran
11e Sétif
12e La Goulette
13e Maroc
14e Maroc
15e Maroc
16e Rhénanie
17e Levant
18e Levant

19e Levant
20e Rhénanie
21e Levant
22e Levant
23e Rhénanie
24e Maroc
25e Rhénanie
26e Rhénanie
27e Levant
28e Rhénanie
29e Maroc
31e Rhénanie
35e Rhénanie
36e Levant
39e Rhénanie
43e Rhénanie
47e Levant

Mais il est évident que la filiation de ceux de ces régiments qui portent un numéro existant avant la déclaration de guerre est tout à fait problématique après un tel chassé-croisé de bataillons pendant cinq ans.

http://lasabretache.pagesperso-orange.fr/Les%20Tirailleurs%20dans%20la%20Grande%20Guerre.htm
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28 novembre 2012

D’autres noms pour l’exemple

Classé sous — milguerres @ 20 h 08 min

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Les crimes des Conseils de guerre : Vingré texte de 1925

SOLDATS FUSILLES POUR L’EXEMPLE

Ils étaient bien là, ces hommes ! 

 D’autres noms pour l’exemple

source : http://moulindelangladure.typepad.fr/monumentsauxmortspacif/histoires_de_16_fusills_pour_lexemple/

 

Le caporal Albert Truton

Né au Mage (Orne) où il est cultivateur en 1914, Albert Truton a épousé en 1912 Lucienne Cellier dont il a un enfant, Suzanne, née en 1913. Lors de la mobilisation générale, il est incorporé au 103e RI. Passé au 75e RI en juin 1915, il devient caporal le 30 juin 1916. Le 6 août 1916, il est blessé par un éclat d’obus
et il est cité à l’ordre du régiment comme « bon gradé courageux ».Après la mutinerie de Pargnan, il est condamné à mort par le Conseil de guerre de la 27e DI le 10 juin 1917 pour « refus d’obéissance, étant commandé pour marcher contre l’ennemi ». Il est fusillé le 16 juin à Pargnan.

Il est aujourd’hui inhumé au cimetière militaire français de Cerny-en-Laonnois.

 

Gaston Lefèvre engagé à 17 ans et fusillé è 19 ans.

Gaston Lefèvre est né le 4 juin 1897 à Morfontaine en Meurthe-et-Moselle. A la veille de la guerre, il exerce le
métier de cantonnier. Le 7 août 1914, les Allemands prennent son père en otage et le fusillent. Son frère infirme avait été emmené, puis fusillé à son tour. Pour venger les siens, Gaston Lefèvre franchit les lignes ennemies et vient venu s’engager à la mairie de Mézières (Ardennes) le 14 août. N’ayant que 17 ans, il avait falsifié son âge pour pouvoir s’engager.

Blessé au printemps 1915, il est alors soigné à l’hôpital de Lyon.

Le 9 juin 1917, à la suite de la mutinerie de Mercin, il est condamné à la peine de mort par le Conseil de guerre de la 13e Division, pour « révolte par prise d’armes sans autorisation et agissements contre les ordres des chefs ».

Pierre Lefèvre est exécuté le 16 juin 1917 à Soissons. Il est aujourd’hui inhumé au cimetière militaire d’Ambleny.

 

Joseph Gabrielli : Un Corse, simple d’esprit, condamné à mort

Gabrielli, berger de son  état, n’avait jamais quitté la Corse, ni même son village natal près de Corte, quand il fut mobilisé au 140e régiment d’infanterie .
Bien qu’il soit illettré et arriéré mental, on l’affecte à la 6e compagnie où on a plus besoin de son corps que de son esprit. Le 8 juin 1915, au cours d’une attaque, il est légèrement blessé. Son chef l’envoie se faire penser au poste de secours.
En revenant, il s’égare et ne retrouve plus sa compagnie.
On le retrouve cinq jours plus tard, terré au fond d’une cave à Colincamps (Pas de Calais).
Interrogé il déclare (avec peine, car il parle très mal le français) aux gendarmes :
« Mon régiment est rentré dans la tranchée la nuit du 6 au 7. J’ai pris part à plusieurs combats. Dans la nuit du 12, ma compagnie est partie à l’attaque, j’ai suivi mes camarades, mais à la fin des combats, je ne les ai pas retrouvés. Je suis revenu à la tranchée, mais, comme il n’y avait plus personne de  mon régiment, je suis parti sans savoir où j’allais. Je suis arrivé à Colincamps vers quinze heures, j’ai cherché ma compagnie sans la retrouver, c’est alors, que j’ai eu l’idée de descendre dans la cave d’une maison abandonnée où je suis resté pendant deux jours. J’ai perdu mon fusil et mon sac dans la tranchée. »
Le rapport rédigé par le commandant de la prévôté donne une autre version des faits :
«  Le soldat Gabrielli a disparu de sa compagnie le 8 juin au matin et a été signalé par son caporal d’escouade comme manquant à l’appel. Dans la même journée, des soldats de la compagnie faisant le service de ravitaillement ont attesté avoir vu Gabrielli  au poste de secours du bataillon. »
D’après l’enquête faite auprès de ses chefs, et de ses camarades, il ressort que Gabrielli est considéré comme un débile profond, élevé à l’état sauvage et surtout employé à creuser des latrines ou des tranchées.
Il est néanmoins traduit devant le conseil de guerre spécial du 140e R.I.
Voici la transcription d’une partie de l’interrogatoire de l’accusé faite par le commissaire du gouvernement.
Question_Quand avez-vous quitté votre compagnie et à quelle heure ?
Réponse_Je ne m’en souviens pas…
Q_ Pourquoi l’avez-vous quittée ?
R_ J’ai reçu un obus près de moi et je ne me rappelle plus rien…
Q_Combien de jours êtes vous resté absent de votre compagnie ?
R_ Trois jours.
Q_ Pourquoi n’avez-vous pas cherché à regagner votre compagnie  le plus tôt possible ?
R_J’ai cherché partout et je n’ai pas trouvé.
Q_ Où avez-vous été trouvé ?
R_ Dans une cave.
Q_ Est-ce dans une cave que vous cherchiez votre compagnie ?
R_ Je n’y ai couché qu’une nuit.
Q_ Pourquoi avez-vous dit aux gendarmes avoir quitté votre poste le 12 courant alors qu’en réalité vous êtes porté absent depuis le 8 juin ?
R_ Les gendarmes n’ont rien compris…
Q_ Pourquoi avoir dit que vous étiez resté absent trois jours, alors que vous êtes porté manquant  de puis le 8 au matin et que vous n’avez été retrouvé que le 13 juin à 18 heures, c’est-à-dire six jours après ?
R_Je ne peux pas m’expliquer.
Q_Avez vous quelque chose à rajouter pour votre défense ?
R_ Je suis ici pour défendre la France !

C’est un interprète corse qui traduisait au fur et à mesure les questions et les réponses.
Malgré les témoignages des soldats et de son commandant de compagnie confirmant  l’irresponsabilité de l’accusé, le conseil de guerre le reconnait coupable d’abandon de poste devant l’ennemi et le condamne à mort.
Dessin_de_tardi La sentence est lue à 20 heures et Gabrielli  est fusillé une heure plus tard. Dix ans après, un témoin, M Dupommier, qui avait assuré la défense de l’accusé, raconte l’exécution.
« Au cours de ces quatre années de guerre, j’ai vu de terribles choses. Je ne crois pas avoir assisté à un plus triste spectacle que cette exécution. Gabrielli, affolé, courrait devant les fusils en criant : » Maman, maman, je ne veux pas mourir… » Il se cramponnait convulsivement, tantôt à l’aumônier, tantôt à moi ; il a fallut planter un poteau sur la tranchée de deuxième ligne pour l’y ligoter. Cela a duré une demi-heure. Les hommes du peloton d’exécution étaient terriblement émus. Un seul être demeurait impassible : c’était le commandant Poussel (tué quelques mois plus tard en Champagne). Après le coup de grâce, cet officier m’a dit  « Voila une mort qui épargnera bien des vies humaines » J’ai répondu « Vous avez mon commandant, une étrange conception de la justice et vous venez d’assumer une bien effroyable responsabilité devant DIEU(1) »

Le 4 novembre 1933, la cour spéciale militaire annule le jugement du conseil de guerre et réhabilite Gabrielli.

Les fusillés de Montauville : Chemin et Pillet

A la 20e compagnie du 37e régiment d’infanterie coloniale, on s’était aperçu que les sacs laissés dans la tranchée pendant les attaques étaient régulièrement pillés, c’est pourquoi le commandant de compagnie avait décidé de nommer deux hommes dont la mission consistait à garder les sacs des soldats qui partaient à l’assaut. Comme c’était une « plaque », on avait choisi des hommes ayant charge de famille, c’est ainsi que Chemin et Pillet avaient été désignés.
Dans la nuit du 22 au 23 juin 1915, alors que leurs camarades montent à l’attaque dans la région du Ban de Sapt, Chemin et Pillet prennent leur faction auprès des sacs.
La consigne est formelle, quels que fussent les bombardements, en aucun cas ils ne devaient s’éloigner des sacs.
Or ce jour là, la 20e compagnie venait de « toucher » un nouveau commandant, lequel ignorait complètement la consigne donnée par son prédécesseur aux gardes sacs.
Le lendemain de l’attaque, on procède à l’appel afin d’établir l’état des pertes. Evidement Chemin et Pillet ne peuvent répondrent à l’appel de leur nom puis qu’ils sont restés à l’arrière.
Comme ils ne figurent ni parmi les morts ni parmi les blessés, ils sont portés « disparus au combat ».
Trois heures plus tard, le capitaine apprend que les deux « disparus » ont été retrouvés prés des sacs. Il les convoque, les engueule, écoute leurs explications, ne leur met aucune punition, mais il fait un rapport expliquant à ses supérieurs comment il a retrouvé les deux soldats portés manquant.
Ce n’est qu’un mois plus tard, alors qu’ils remontent au front, que les deux soldats apprennent qu’une information a été ouverte contre eux à la suite d’une plainte déposée par le colonel du régiment.
Tribunal_dans_une_eglise_de_la_me_2 Le 4 août 1915, après une instruction rapide, ils sont présentés au conseil de guerre et inculpés d’abandon de poste devant l’ennemi. Au cours de la séance, l’accusation fait état de prétendus aveux verbaux et écrits des condamnés dans lesquels ils reconnaissent s’être enfuis et réfugiés à l’endroit où se trouvaient les sacs. Or les deux hommes étaient totalement illettrés…
« Comment auraient ils pu rédiger leurs déclarations sans faire de fautes d’orthographe ? » demande leur défenseur aux juges.
Pour le conseil, cela n’a aucune importance : les juges ne retiennent que les témoignages obtenus par la persuasion, auprès de soldats n’osant pas contredire leurs supérieurs. Par contre, on ne tient aucun compte des témoins qui veulent déposer pour affirmer que Chemin et Pillet avaient bien été désignés pour garder les sacs et qu’ils n’avaient fait qu’obéir à la consigne.
Le 4 août 1915, à 19 heures, les deux hommes sont condamnés à mort par la cour martiale.
G. Reau a recueilli le témoignage de l’abbé Lesjone, aumônier qui a accompagné les deux gardes sacs jusqu’au poteau d’exécution.
« C’est moi, dit il, qui fus chargé d’apprendre à Chemin et Pillet la sentence prononcée par le conseil de guerre. L’exécution devait avoir lieu à 10h 30 du matin. Les deux soldats ne s’étaient pas rendu compte de la gravité des faits qui leur étaient reprochés. Ils ne voulurent pas croire qu’ils allaient être passés par les armes. Quand ils comprirent qu’ils devaient abandonner toute espérance, ils entrèrent dans une crise d’angoisse. Chemin, qui était originaire de Tullier (Charente Inférieure), montrait la photographie de ses cinq enfants. Il embrassait leur image en disant : »Est-ce possible ? Dire que je ne les reverrai plus ! Et pourtant je n’avais pas voulu fuir…On ne sait donc pas ce que c’est que d’être couver de terre par un obus ? »
« L’autre condamné, le soldat Pillet, qui était célibataire, me demanda de faire parvenir quelques  souvenirs à sa vieille mère ».
« Devant le poteau d’exécution, Chemin, s’adressa aux douze hommes du peloton et leur cria »Mes amis, je suis père de familles, vous n’allez pas me tuer ! » Attaché au poteau, Chemin hurlait  « Grâce mon colonel, grâce pour mes enfants ! »La sentence ne put être lu complètement, car la révolte grondait dans les rangs des soldats. Craignant une mutinerie, le colonel donna l’ordre à l’adjudant qui commandait le peloton d’ouvrir le feu. »
Le 5 août 1915  Pillet et Chemin tombaient sous la salve à 10h40. On avait mis plus d’un mois pour les inculper et moins d’un jour pour les juger et les tuer.

 

François Laurent : un breton fusillé pour l’exemple.

François Laurent est blessé à la main gauche dans la nuit du 1er octobre 1914, la dernière phalange du petit doigt de sa main gauche est arrachée. Son capitaine lui demande d’aller se faire soigner à l’infirmerie.  François Laurent fut examiné par le docteur Buy à Châlons-sur-marne qui vit une présomption de mutilation volontaire . Ce soldat ne s’exprime que malhabilement en français, il sera accusé d’abandon de poste, condamné par le conseil de guerre et fusillé le 19 octobre 1914. Il est exécuté avec toute une série d’autres soldats condamnés pour le même délit (…).La contre expertise du docteur Paul en 1933 conclut que la pièce médicale du dossier n’est pas suffisante pour prouver une mutilation volontaire ».

Le docteur Buy se justifia en expliquant « si tous mes rapports étaient en partie écrits à la polycopie c’était (…) parce que nous n’avions pas le temps »En effet, il faut savoir que ce docteur utilisait un document polycopié dans lequel il n’avait plus qu’à placer le nom et la blessure. Cela montre bien que les mutilations étaient courantes, et que l’examen médical n’était pas toujours sérieux. En tous cas, ce docteur a envoyé un homme à la mort, juste parce qu’il n’avait pas le temps de bien l’examiner.

Le travail de mémoire d’un instituteur local appuyé par les anciens combattants aboutit à sa réhabilitation en 1933, et donc à l’inscription de son nom sur le monument de Millionnec. En effet le Maire fit retiré la plaque de marbre où était inscrit le nom des soldats morts de la commune, puis il fit graver les noms directement dans la pierre incluant François Laurent, qui apparaissait ainsi dans l’ordre alphabétique. Par ailleurs sa famille perçut en dédomagement une somme de 10 000 francs.

 

Joseph Dauphin : le héros fusillé pour une beuverie

Joseph Dauphin, né à Tauves dans le Puy-de-Dôme, le 10 février 1882, dans une famille de 10 enfants. Il fut l’un des 600 soldats fusillés pour l’exemple par l’armée française durant la Première Guerre mondiale.

Dauphin_j Marié, père d’un enfant, le paysan Dauphin se trouvait incorporé dès le mois d’août 1914 au 70 ème bataillon de chasseurs à pied. Vaillant soldat, il reçut, en 1915, la Croix de guerre avec palmes pour plusieurs actes héroïques, entre autres avoir ramené sur ses épaules un lieutenant gravement blessé près des barbelés de la tranchée ennemie ou bien encore avoir tenu une position jusqu’à épuisement de ses cartouches. Promu caporal, il reçut par trois fois une citation pour sa conduite exemplaire au combat.

Au printemps 1917, l’état major avec Nivelle est au summum de son incompétence. Depuis deux ans les armées piétinent, Nivelle décide d’engager massivement les troupes dans ce que l’état Major appelle la « Bataille de France« . Les allemands connaissent le projet et renforcent les défenses en abandonnant une partie du front. Nivelle n’en tient pas compte. La préparation de l’artillerie française du 10 au 16 avril est sans effet sur les abris en béton et les cavernes du plateau de Craonne. Nivelle n’en tient pas compte. L’attaque est déclenchée le 16 avril, quelques jours plus tard et 150 000 morts, disparus et blessés, la Bataille de France est devenue, afin de minimiser cet échec,  la bataille de l’aisne puis la bataille du Chemin des Dames. La presse n’évoque pas le massacre et minimise l’évennement. Le fusible Nivelle saute en mai 1917. Celui ci est envoyé en Algérie dans un obscure commandement. Pétain prend sa revanche et le remplace. La stratégie change peu mais Pétain doit faire face à une vague importante de mutinerie. Bien souvent les soldats refusent simplement de repartir à l’assaut et remettent en cause les tactiques voir les stratégies militaires. Très peu contestent le bien fondé de la guerre.

C’est dans ce contexte que se situe l’affaire du caporal Dauphin. En juin 1917 les permissions de son régiment sont annulées. Joseph Dauphin et plusieurs soldats qui l’accompagnaient ramassèrent alors une cuite mémorable. Sous l’effet de l’alcool (dont l’armée n’était pas avare, à fortiori pour envoyer sa chair à canon à l’assaut) et sans trop savoir ce qu’ils faisaient, ils auraient tiré quelques coups de fusil et lancé à la cantonade des propos séditieux. Un fois dégrisé et conscient d’avoir fauté, Dauphin s’attendait à récolter quelques jours de prison, mais à sa grande surprise et sans vraiment comprendre, ses supérieurs l’envoyèrent devant le Conseil de guerre. Ils avaient besoin d’un exemple.

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Seul gradé parmi les hommes interpellés et pour avoir chanté un peu fort J’ai deux grands bœufs dans mon étable (version contredite par l’accusation), le caporal Dauphin, considéré comme meneur dans la vague des mutineries de 1917, fut condamné à mort et fusillé le 12 juin 1917 à la ferme de Fété, près de Ventelay dans l’Aisne. François Brugière, son camarade de Tauves, vraisemblablement impliqué dans la même séance de beuverie et désigné pour faire partie du peloton d’exécution, refusa de tourner son fusil contre Joseph. Condamné à 10 ans de travaux forcés, il fut envoyé au bagne de Chief (ex-Orléanville) où il mourut d’épuisement le 12 février 1918. Joseph Dauphin, quant à lui, repose dans la nécropole de la Maison Bleue à Cormicy dans la Marne : tombe n° 884.

Malgré de nombreuses campagnes de presse, il n’a jamais été réhabilité (toute requête de demande en révision étant jugée irrecevable par la justice après 1928).

 

Les 4 fusillés de Flirey : Baudy, Prebost, Morange et Fontenaud.

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Félix BAUDY est né le 18 septembre 1881 à Royère-de-Vassivière et Henri PREBOST le 1 septembre 1884 à Saint Martin Château, deux communes creusoises voisines de Gentioux. Félix et Henri étaient maçons, obligés de s’exiler comme beaucoup d’hommes des villages creusois. Ces militants du syndicat de la Confédération Générale du Travail (fondée à Limoges en 1895), travaillaient habituellement sur les chantiers de Lyon. Antoine MORANGE était lui aussi militant de la CGT. François FONTANAUD était orignaire de Montbron en Charente.

Pendant la guerre de 1914-1918, ils ont été incorporés au 63e RI, 5e Cie. Félix BAUDY et Henri PREBOST ont été fusillés pour l’exemple le 20 avril 1915 à Flirey, suite au refus collectif de leur compagnie de remonter à l’assaut de la crête de Mort-Mare.

Le 19 avril 1915, une attaque devait avoir lieu à Mort-Mare, afin d’enlever les derniers 200 mètres de tranchée encore occupés par les Allemands au centre d’une première ligne conquise quelques jours plus tôt avec la perte de 600 hommes. Un régiment détaché dans le secteur de Flirey depuis la fin de l’offensive le 11, devait la conduire. Les troupes d’assaut avaient été tirées au sort et le hasard avait désigné l’une des compagnies fortement malmenées les 3, 4 et 5 avril lors des combats sur la route de Thiaucourt.

Au signal de l’attaque cette compagnie de 250 hommes refuse de partir à l’assaut: « ce n’est pas notre tour d’attaquer » disent-ils.

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Furieux, le général DELETOILE ordonne que les 250 soldats passent en cour martiale  pour être tous exécutés. Après l’intervention d’autres officiers, cinq hommes sont finalement désignés et comparaissent dès le 19, pour une parodie de procès. L’un d’eux est acquitté. Deux hommes ont été choisis par tirage au sort dont le soldat François FONTANAUD. Les trois autres : le caporal Antoine MORANGE et les soldats Félix BAUDY et Henri PREBOST ont été désignés par leurs supérieurs en raison de leur appartenance syndicale à la CGT.

Le 20 avril, le caporal Antoine MORANGE, les soldats Félix BAUDY, François FONTANAUD et Henri PREBOST seront fusillés à la lisière d’un bois de Manonville.

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Les Fusillés pour l’exemple de Flirey s’ajoutent à ceux de Souain, Vingré, Fontenoy, Fleury, Mouilly, Montauville… En quatre ans, 2 400 « poilus » auront été condamnés à mort et 600 exécutés, les autres voyant leur peine commuée en travaux forcés.

Trés peu, environ une quarantaine sur 600, ont été rétablis dans leur honneur dans les années 1920 ou 1930. Parmis eux, les fusillés de Flirey ont été réhabilités en 1934.

Félix BAUDY est enterré dans le cimetière communal de Royère de Vassivière et Henri PREBOST est enterré à Villeurbanne.

Ci dessous la tombe de Félix Baudy dans le cimetière de Royère de Vassivière.

 

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source : http://moulindelangladure.typepad.fr/monumentsauxmortspacif/histoires_de_16_fusills_pour_lexemple/

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SOLDATS FUSILLES POUR L’EXEMPLE

27 novembre 2012

La Bataille de Verdun sept-oct-nov

Classé sous — milguerres @ 9 h 15 min

 

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Périodes Septembre – Octobre – Novembre 1916

source : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

Rive droite :

1er septembre
En ce début du mois de septembre, 3 D.I françaises sont en ligne sur le front de Verdun :
- la 33e D.I. (59e, 83e, 88e et 209e R.I.) tient le secteur de la côte du Poivre
- plus à l’est, la 73e D.I. (346e, 356e, 367e et 369e R.I.) tient les positions du Retegnebois, du Chênois et de la Laufée
- dans sa continuité, la 28e D.I. (22e, 30e, 99e et 416e R.I.) occupe le font de Discourt et les pieds des côtes de Meuse et de la Laufée.

R.A.S durant la journée.


 

2 septembre
Bien que le Kronprinz n’envigeable plus d’offensive sur Verdun, une attaque est tout de même tentée en direction du fort de Souville.
Dès 5 h, violent bombardement allemand sur de nombreux secteurs. Les plus éprouvés sont le plateau de Souville, la station de Fleury et le ravin des Fontaines qui est tenu par le 212e R.I.

Cet intense pilonnage des lignes françaises se prolonge toute la journée. Un grand nombre d’hommes sont commotionnés, ils sont sourds, hébétés, suffoqués. Leur visage et leur main ruissellent de sang qui coule par 1000 blessures (projection de terre, de pierre et de sable) qui se mêle à la poussière et forme des caillots affreux.
Témoignage de Ed. BOUGARD :
 » Nous attendons la mort qui plane au-dessus de nos têtes ; il est huit heures du soir ; une marmite tombe en plein dans la tranchée ; je roule par terre ; je n’ai rien. Par contre, une cervelle est sur ma capote ; je suis plein de sang des copains. Mon ami Béthouart a la bouche fendue jusqu’aux oreilles et mon pauvre camarade Jules Fontain, qui ne m’avait pas quitté depuis le début de la campagne, a les deux jambes coupées. Les blessés pouvant marcher se sauvent au poste de secours ; les mourants agonisent dans la tranchée. Quand ils sont morts, on les place au-dessus du parapet. « 

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3 septembre – Attaque allemande sur les pentes de Vaux-Chapitres, Thiaumont
A 6 h 30, les Allemands lancent une attaque sur les tranchées des pentes de Vaux-Chapitres.
Le 6e bat
aillon du 212e R.I. résiste farouchement, officiers et hommes faisant ensemble le coup de feu. Néanmoins, les pertes sont très lourdes et en 1 h, le bataillon est pratiquement décimé. Les rares survivants se replient dans le ravin des Fontaines. L’ennemi s’empare de la tranchée de Montbrison et du Zouave Penit.

A 8 h, l’ennemi progresse par le ravin des Fontaines et s’approche du P.C. du 212e R.I. dans la Carrière. Aussitôt, le chef de bataillon, les officiers de l’état major et l’ordonnance prennent grenades, mitrailleuses et fusils. Cependant, ils ne peuvent tenir et sont submergées. Leur P.C. est perdu.
Aussitôt, le 4e bataillon part à la contre-attaque. Avec un magnifique courage, les hommes s’avancent et reprennent les positions qu’occupait initialement le 6e bataillon. Ils parviennent ensuite à progresser à 100 m au-delà. Ces nouvelles positions sont aussitôt organisées sous un bombardement d’une violence inouïe.

A la Haie-Renard, plus à droite, le 344e R.I. est également soumis à une violente attaque. Pratiquement tous les officiers sont tués et l’état major est fait prisonnier.
Le 6e bataillon du 206e R.I. qui est en renfort apporte son aide mais ne parvient pas à retourner la situation.

Entre 12 h et 17 h, le 234e R.I. lance une attaque en avant de la Chapelle Sainte-Fine. Par cette manœuvre, il réussit à s’emparer de l’ouvrage de Munich et de la tranchée de Bavière. 400 ennemis sont fait prisonniers avec 4 mitrailleuses.

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A 14 h, dans le secteur de Thiaumont, le 102e R.I. lance une attaque et prend un post avancé en faisant 53 prisonniers dont un officier. Cependant, il ne peut poursuivre plus avant, bloqué par le tir ennemi. Par vengeance, un furieux bombardement allemand s’abat plus tard sur cette nouvelle position.

A la nuit, dans le secteur de Retegnebois, le 214e R.I. repousse une attaque à la grenade.
Le 36e bataillon de tirailleurs Sénégalais quitte les arrières du fort de Souville et se dirige vers la Carrière.


 

4 septembre – Attaque allemande sur les pentes de Vaux-Chapitres, Thiaumont. Embrasement du Tunnel de Tavannes
A 5 h 30, le 356e R.I. qui est en ligne dans le secteur de la Laufée et de la tranchée du Chênois-La Montagne, subit une 1ère attaque qu’il parvient à repousser. Notamment par les grenadiers de la compagnie Rueff.

A 6 h 35, les Allemands lancent une seconde attaque est arrivent à s’introduire dans les lignes françaises à l’endroit défendu par le bataillon Vesque. Aussitôt, des contre-attaques sont improvisées et le terrain est repris.
Dans cette affaire, on dénombre 180 morts ou blessés dans le bataillon Vesque, dont 5 officiers.

A 7 h, une contre-attaque française doit avoir lieu devant le front de la 136e brigade (212e et 344e R.I.). Cependant, peut avant l’heure H, un ordre arrive par coureur, ordonnant le retardement de l’assaut. Les hommes qui étaient prêt à s’élancer se relâchent.

Cependant, 2 compagnies Sénégalaises n’ont pas pu être prévenues à temps, et à l’heure prescrite, elles s’élancent seules face aux tranchées adverses. Leurs progression est dynamique et rapide, un grand nombre d’Allemands quittent leur position et s’enfuient, les poches de résistances sont maîtrisées les unes après les autres.
Néanmoins, 2 nids de mitrailleuses bien positionnées restent en actions. Leurs tirent bien cadrés causent bientôt des ravages dans la ligne française.
Les soldats Sénégalais ne réalisent pas le danger ; au lieu de s’abriter en se couchant dans les trous d’obus, ils se dressent; au lieu de se disperser, ils se regroupent. Tous les officiers qui s’exposent pour tenter de faire réagir leurs hommes sont tués.
Finalement, alors que pratiquement tous les adversaires avaient fuit, seul quelques mitrailleuses ont mis en pièce les 2 compagnies. Dans le plus grand désordre, les survivants, dont un grand nombre est gravement blessé, regagnent le poste de la Carrière.

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Blessés Sénégalais à un poste de secours

L’anéantissement des 2 compagnies Sénégalaises laisse un grand espace inoccupé de plus de 600 m dans la ligne de front française. Ce vide est comblé dans l’urgence par l’étalement des unités adjacentes.

A 8 h, dans le secteur de Retegnebois, le 214e R.I. qui est soumis à un violent bombardement depuis 5 h du matin, voit les Allemands sortir des tranchées face à lui. Rapidement, la 18e compagnie est submergée et doit reculer. Cependant, les positions ne sont pas dépassées grâce à quelques mitrailleuses restées en place et toujours servies.
Une contre-attaque est ensuite menée avec le renfort du 1er bataillon du 346e R.I. Elle permet de reprendre les anciennes positions qu’occupaient la 18e compagnie et à faire environ 200 prisonniers, de très jeunes soldats.
Témoignage de X… :
 » Deux Allemands soutiennent un camarade qui agonise. Une grande amitié devait unir ces trois hommes. Les deux qui sont valides ont les yeux plein de larmes et comme le blessé agonise, l’un d’eux se penche vers lui et l’embrasse longuement.
Impressionnés par tant de malheur et en dépit de l’exaspération quelques soldats français s’arrêtent, émus. « 

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Jeune soldat allemand qui agonise dans une tranchée

A 13 h 20, la 13e compagnie du 4e bataillon du 346e R.I. attaque en direction de l’ouvrage Rond. 3 lignes de tranchées sont reprises à l’ennemi. En arrière, la 14e compagnie consolide la progression.

Toute l’après-midi et jusqu’à 19 h, les Allemands tentent de reprendre le terrain perdu la veille dans le secteur de Thiaumont, tenu par le 102e R.I. Ils sont à chaque fois repoussés et laissent de nombreux morts devant les lignes françaises.

Dans la nuit, la 67e D.I. (214e, 220e, 221e et 259e R.I.) relève la 68e (206e, 212e, 234e et 344e R.I.)

 

Le tunnel de Tavannes et la tragédie du 4 septembre :

Le tunnel de Tavannes est un tunnel ferroviaire d’une seule voie où passe le chemin de fer allant de Verdun à Metz. Situé au nord ouest du fort de Tavannes, il est long de 1400 m et large de 5.

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Entrée ouest en été 1916

Dès le début de la bataille de Verdun, le train ne circule plus. Des troupes françaises viennent tout naturellement s’y abritent pour se protéger du furieux bombardement allemand.
Petit à petit, les combats se poursuivant dans le secteur, un état-major de brigade, des services de secours, brancardiers, téléphonistes, artificiers, génie, un bataillon de réserve, etc… finissent par s’installer durablement aux extrémités du tunnel. Cet abri enterré constitue un lieu sûr et permet d’intervenir rapidement sur la zone des combats.

Plus tard, la totalité du tunnel est aménagée : un dépôt de munition est constitué, des cabanes en tôle et en bois sont construites; des couchettes ainsi que des latrines sont mises en place.
Témoignage du soldat Louis HOURTICQ :  » C’est une étrange chose que ce tunnel qui passe sous les lignes jusqu’en plein champ de bataille. Entre deux paquets de fer et de feu, des formes bondissent dans le tunnel, surgies de l’éruption, pauvres êtres hagards, haletants, titubants, qu’il faut recueillir et conduire, dans cette nuit subite.
Tout le jour, toute la nuit surtout, c’est une circulation intense : des corvées d’eau, de munitions, de vivres ; des troupes qui montent, d’autres qui descendent, des brancards de blessés qui reviennent de la bataille, puis sont évacués.
…Cette existence souterraine supprime toute distinction entre le jour et la nuit, ce jeu alterné du sommeil et de la veille qui rythme notre vie. L’activité, le mouvement, le bruit sont les mêmes, continus, sans arrêt, sans pause, de midi à minuit, de minuit à midi.
Sous cette voûte indestructible, trop d’hommes et trop de choses sont venus chercher un abri : dépôts d’eau, de grenades, de fusées, de cartouches, d’explosifs ; sous les lampes noires de mouches, des chirurgiens recousent de la chair déchirée.
Tous les bruits sont dominés par le halètement rapide du moteur de la machine électrique. Il est comme le battement de fièvre de cette artère surchauffée. « 

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Entrée est le 27 février 1916

Très rapidement, la surpopulation, l’exigüité et l’insalubrité du lieu rendent la vie très difficile dans le tunnel.
Témoignage du général ROUQUEROL du 16e D.I. :
 » … L’éclairage électrique avait été organisé avec un moteur à essence. Toutefois, on avait eu tort, dans ce travail hâtif, d ‘établir des câbles à haute tension nus à proximité immédiate des installations pour les hommes. Plusieurs cas mortels d’électrocution firent apporter les modifications nécessaires à la distribution du courant. L’éclairage n’existait d’ailleurs que sur la partie du tunnel utilisée comme logements ou dépôts ; le reste était obscur. Un puits d’aérage avait été fermé par des toiles pour parer à la pénétration éventuelle des gaz de combat.
L’organisation du tunnel comportait des rigoles d’écoulement pour les eaux de condensation et d’infiltration qui n’étaient pas négligeables ; mais, sans souci de la nécessité de prévoir l’assèchement du tunnel, le personnel chargé de cette organisation avait comblé toutes les rigoles. Le résultat ne s’était pas fait attendre et de longues portions du tunnel étaient bientôt transformées en un marécage d’une boue fétide. La plupart des immondices des occupants y étaient jetées. On y aurait trouvé même des cadavres.
Tant de causes d’infection, jointes à la suppression de l’aérage par le puits construit à cet effet, ne pouvaient manquer d’entretenir dans le tunnel des émanations malsaines qui ont donné lieu à plusieurs cas d’une jaunisse spéciale au nom suggestif de jaunisse des vidangeurs.
Le commandant d’une division occupant le secteur de Tavannes au mois de juillet voulut faire nettoyer ces écuries d’Augias. Il dut y renoncer sur l’observation du service de santé d’après laquelle l’agitation de la boue et des eaux polluées causait immanquablement de nombreuses maladies. Il fallut se contenter de répandre dans les endroits les plus malpropres de la chaux vive. « 

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Entrée ouest en été 1916

Témoignage de René le GENTIL :  » … La dynamo qu’on avait installée était trop faible et ne pouvait fournir qu’un pauvre éclairage, si bien qu’on y voyait à peine et qu’on manquait à chaque pas de glisser sur le bout des traverses de la voie ; mais chose pire, l’eau manquait absolument, car un seul robinet existait au milieu du tunnel ; et ceux qui venaient la étaient condamnés à rester des 10, voire 12 et 15 jours sans se nettoyer, malgré les pires besognes à accomplir.
C’est ainsi que j’ai vu de nos hommes, qui venaient de s’infecter les mains en transportant des cadavres délabrés, être obligés de manger sans pouvoir se laver. Et quand je demandai pour eux un désinfectant quelconque, l’aimable pharmacien, charger de ce service, me fit des reproches amers. je compliquais les choses en réclamant ainsi ! …

… Après les différents services, les hommes s’installaient comme ils pouvaient sur la voie du chemin de fer, dans le noir complet, la vermine et la saleté. Il y avait bien eu un timide essai de cadres treillagés qui avaient servi de couchettes, mais ils étaient défoncés, abîmés, et les divisions se succédant rapidement, hélas ! nul ne s’inquiétait de les remplacer ; toutefois, voulant dégager le bas, le génie du secteur avait commencé l’installation, à mi-hauteur du tunnel, d’un premier étage en plancher, là gîtaient les territoriaux ; mais comme il n’y avait pas de place pour tout le monde, cela ne faisait qu’augmenter encore, pour ceux qui étaient dessous, le grabuge infernal et la saleté qu’on n’avait plus seulement aux pieds, mais encore sur le tête; car, par les planches mal jointes, la terre tombait sur ceux qui se trouvaient là. »

Témoignage du docteur Léon BAROS, aide-major au 217e R.I. :  » Nous arrivons à l’issue est du tunnel de Tavannes.
La boue s’étale gluante, des milliards de mouches volent en tous sens et tapissent les parois du tunnel ; dans tous les coins et sur les multitudes d’immondices, accumulées partout, grouillent les asticots et les contorsions de leurs petits corps blancs amènent des nausées de dégoût ; l’air, chargé de chaleur humide et imprégnée d’odeur de cadavres, de putréfaction, de sécrétions acides, de corps en sueur et de fientes humaines, est irrespirable ; les gorges se contractent en un réflexe nauséeux.
C’est par cette issue est que le tunnel communique avec le champ de bataille, sous les avalanches nombreuses et imprévues, continues ou espacées, des tonnes de fer et de feu qui se déversent dans un endroit repéré exactement, où les projectiles de tous calibres prenant en enfilade la tranchée du chemin de fer qui précède le tunnel, sont posés presque comme avec la main, tellement le tir est précis et le lieu exactement repéré.
Et c’est un lieu de passage qu’on ne peut éviter, où défilent ravitaillent, réserves, agent de liaison, relèves, blessés. Les Boches le savent bien. Les obus, petits, moyens et gros, éclatent sans interruption, sur un parcours de 12 à 15 mètres, devant l’entrée du tunnel, soit à la cadence d’un tir de mitrailleuses lorsqu’il y a barrage, soit à l’intervalle d’une minute ou d’une demi-minute ; c’est infernal ! Que de malheureux ont été anéantis à cet endroit ! « 

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Entrée est en été 1916


Témoignage du lieutenant BENECH du 321e R.I. :  » Nous arrivons au tunnel. Serons-nous donc condamnés à vivre là ? Je préfère la lutte à l’air libre, l’étreinte de la mort en terrain découvert. Dehors, on risque une balle ; ici, on risque la folie.
Une pile de sacs à terre monte jusqu’à la voûte et ferme notre refuge. Dehors, c’est l’orage dans la nuit et le martèlement continu d’obus de tous calibres. Au-dessus de nous, sous la voûte qui sonne, quelques lampes électriques sales, jettent une clarté douteuse, et des essaims de mouches dansent une sarabande tout autour. Engourdies et irritantes, elles assaillent notre épiderme et ne partent même pas sous la menace d’un revers de main. Les visages sont moites, l’air tiède est écœurant.
Couchés sur le sable boueux, sur le rail, les yeux à la voûte ou face contre terre, roulés en boule, des hommes hébétés qui attendent, qui dorment, qui ronflent, qui rêvent, qui ne bougent même pas lorsqu’un camarade leur écrase un pied.
Par place, un ruissellement s’étend ! de l’eau ou de l’urine ? Une odeur forte, animale, où percent des relents de salpêtre et d’éther, de soufre et de chlore, une odeur de déjections et de cadavres, de sueur et d’humanité sale, prend à la gorge et soulève le cœur. Tout aliment devient impossible ; seule l’eau de café du bidon, tiède, mousseuse, calme un peu la fièvre qui nous anime. « 

Ainsi, durant toute la bataille de Verdun, des milliers d’homme vont faire une halte plus ou moins longue dans le tunnel de Tavannes. Chaque jour 1500 à 2000 hommes s’y entasseront.

 

Le 4 septembre, vers 21 h , le dépôt de grenades placé à l’entrée ouest du tunnel de Tavannes prend feu.

A 21 h 15, une formidable explosion se produit, comprimant en une instant les poitrines de tous les êtres vivants présents dans le tunnel. Les flammes qui se propagent rapidement atteignent le stock de bidons d’essence qui sert à alimenter le groupe électrogène.
En quelques minutes, les baraquements en bois où sont entassé de nombreux soldats s’embrasent. Une fumée très dense avance dans le tunnel semant la panique et la mort. Les hommes qui ne sont pas asphyxiés instantanément, s’enfuient en désordre en se marchant les un sur les autres, vers la sortie opposée. Cependant la nappe de fumée les gagne de vitesse et des 100e d’hommes tombent avant d’arriver à l’air libre. Même équipé de masque à gaz, la densité de la fumée est telle qu’aucun sauveteur ne parvient à pénétrer à l’intérieur du tunnel.

Les hommes qui sont parvenus à atteindre la sortie est se trouvent face au bombardement allemand et ne peuvent s’échapper. Cependant, il y a urgence à évacuer cet endroit irrespirable. Un colonel, révolver au poing, menace de tirer sur les malheureux. Dans l’affolement le plus complet, les premiers étant poussés par ceux qui arrivent derrière eux, s’enfuit en tentant de trouver refuge dans les trous environnants.

De plus, les Allemands qui ont aperçu la nappe de fumée qui est montée très haut dans le ciel, redoublent leur pilonnage sur les entrées du tunnel.

Jusqu’à 21 h 45, des groupes d’hommes, noirs, à demi asphyxiés, sentant la chair grillée, surgissent par la sortie est et s’enfuient sous les obus.
Durant toute la nuit, aucune manœuvre de secours ne peut être entreprise.

Le brasier continue à brûler durant 2 jours, carbonisant les 100e de cadavres jonchant le sol. Lorsque plus tard, on pénètre dans le tunnel, on ne retrouve rien que des cadavres qui partent en cendre dès qu’on les touche. Seulement 30% en moyenne peuvent être identifiés.

500 à 600 homme ont péri dans cette catastrophe : officiers et soldats du 1er et du 8e génie, des 22e, 24e et 98e régiments territoriaux ; des médecins majors et des infirmiers régimentaires des 346e, 367e, 368e et 369e R.I. ; des blessés qui, couchés sur des brancards et se sentant en sécurité, attendaient leur évacuation. Aucun journal ne parla de cette tragédie…

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Quelques victimes de la catastrophe du 4 septembre
étendues dans un fossé à l’entrée du tunnel
en attendant l’inhumation


 

5 septembrePréparation d’artillerie en vue d’une contre-attaque française sur la Carrière
Toute la journée et la nuit, il pleut.
Du côté français, on s’affaire aux préparatifs de la contre-attaque de la Carrière. Elle est prévue pour le lendemain et exécutée par 2 bataillons du 288e, le 367e et le 346e R.I.
Du côté allemand, pas de mouvement important à signaler, les hommes survivent dans les tranchées pleines de boue.

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6 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Au matin, le 288e R.I. s’élance à l’assaut de la tranchée Montbrison. La bataille est très violente et tumultueuse. Les 4e et 5e bataillons parviennent à atteindre leurs objectifs et à les dépasser.
De son côté, le 6e bataillon trouve face à lui des éléments qui n’ont pas été détruit par la préparation d’artillerie. Ne pouvant pratiquement pas progresser, les hommes tombes les uns après les autres. Il ne reste plus qu’un seul officier vivant lorsque les renforts arrivent enfin. Ce sont 3 compagnies du 6e bataillon du 220e R.I. ainsi qu’une compagnie de mitrailleuses qui sont arrivées. Cette nouvelle formation parvient cette fois ci à avancer à atteindre les abords de la tranchée de Montbrison.

Le 6e bataillon du 367e parvient à progresser de 1500 m et à reprendre dans sa course, les tranchées Hohenlohe et Blücher, à gauche de Retegnebois. 200 ennemis sont capturés avec 8 mitrailleuses. Les hommes du 367e R.I. repoussent ensuite plusieurs contre-attaques.

A droite de Retegnebois, le 346e part à l’attaque à 17 h 40 et parvient à atteindre sans grande difficulté tous ses objectifs. Le 5e bataillon les dépasse même et vient renforcer la tranchée Hohenlohe que vient de conquérir le 367e R.I., au nord de l’ouvrage Rond.


 

7 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
En avant des tranchées  » le Triangle « , le 6e bataillon du 220e repousse plusieurs contre-attaques. Il progresse ensuite d’une 100e de mètres. Durant cette attaque, il est signalé que de nombreux soldats allemands se rendent à l’approche des Français.

Témoignage du soldat LECLAIRE :  » Les prisonniers nous disent : « Nous ne serons pas vainqueurs, mais vous ne le serez pas non plus »"

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Colonne de prisonniers allemands

Le 6e bataillon du 367e repousse lui aussi plusieurs contre-attaques sur les positions qu’il a conquit la veille.
Le 228e R.I. se bat à la grenade toute la journée et toute la nuit.


 

8 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Dés le levé du jour, l’ennemi lance une attaque en avant de l’ouvrage Rond. Le 346e qui tient la tranchée Hohenlohe depuis le 6 et contraint de reculer sur ses anciennes positions. Une fois les hommes ressaisis et les munitions rassemblées, ils partent à la contre-attaque et reprennent la tranchée. Plus tard dans la journée, la même scène se reproduit, le 346e évacue sa ligne et la reprend peu de temps après sans attendre l’arrivé des renforts qu’on lui a annoncé.

L’ennemi se rend toujours en grand nombre aux éléments du 220e qui se trouvent en avant des tranchées  » le Triangle « . Ces mêmes éléments sont soumis à un violent bombardement durant toute la journée. Les morts sont très nombreux.

En avant de Fleury, le 214e R.I. repousse une attaque. Le régiment qui se trouvait à côté de lui a du reculer, de leur propre initiative, les hommes du 214e s’élancent sur les positions que tenait ce régiment et les reprend à l’ennemi.

Durant la nuit, la 74e D.I. ( 50e et 71e B.C.P., 222e, 229e, 230e et 333e R.I.) monte en première ligne du  » nez de Souville  » ou bois de la Laufée.

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Colonne de soldats qui se dirigent vers le front


 

9 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Le 5e bataillon du 220e R.I., qui est en ligne à gauche de Vaux-Chapitre, reçoit l’ordre d’attaquer à 16 h les tranchées Montbrison et Lecourt.
Toute la journée, l’artillerie française bombarde ces positions avec ténacité.

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Quelques minutes avant l’assaut, une 30e d’Allemands et un officier viennent se rendrent aux Français.

Le bombardement préparatoire semble avoir été efficace car de nombreuses défenses ennemies sont détruites, à l’exception d’une mitrailleuse qui cause des pertes sensibles. Elle fini néanmoins par être maîtrisée et la progression peu se poursuivre.
Sur la droite du dispositif, l’ennemi offre cependant plus de résistance et c’est avec l’aide du 283e R.I. progressant à la lisière ouest du bois de Vaux-Chapitre que ce secteur fini tout de même par se rendre.

A la nuit, après plusieurs heures de combat, la progression a été sensible. Cependant, l’objectif final, à savoir les 2 tranchées Montbrison et Lecourt, n’ont pas été atteinte et restent aux mains de l’ennemi.

Les brancardiers, à la faveur de l’obscurité, commencent leur longue nuit à la recherche des blessés.


10 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
La lutte continue dans les secteurs de la Carrière, de la Haie-Renard et du Chênois. L’artillerie allemande pilonne sans interruption les lignes françaises.


 

11 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Une forte attaque allemande est repoussée par la 19e compagnie du 5e bataillon du 220e R.I.


 

12 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Dans le secteur de Thiaumont-Ravin des Vignes, le 315e R.I. lance une attaque. Toute la journée, il progresse lentement en faisant reculer l’ennemi à la grenade. Ce n’est que vers 19 h 45 que les Allemands se replient en cessant le combat.


 

13 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Dès 5 h du matin, le 5e bataillon du 220e R.I. toujours aidé par quelques éléments du 283e, reçoit l’ordre d’attaquer les tranchées de Montbrison et Lecourt, tant disputées ses derniers jours. Sans préparation d’artillerie, profitant ainsi de l’effet de surprise, les hommes du 220e s’élancent et parviennent à s’emparer de la tranchée Montbrison et à poursuivre vers la tranchée Lecourt.

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Cette dernière position n’est cependant pas atteinte, mais un groupe de grenadier composé de 6 hommes parvient à s’établir dans le boyau qui relit les 2 tranchées entre elles.
Vers 18 h, une première contre-attaque allemande est repoussée puis une seconde à 22 h 30 sur la tranchée Montbrison.

La progression du 315e commencé la veille reprend par petits groupes. Une 20e de mètres sont conquis.

Durant cette journée, la ville de Verdun a reçu la croix de la Légion d’honneur et diverses décorations décernées par les pays alliés.
La cérémonie s’est déroulée dans la citadelle en présence du président de la République, M. Poincaré, du ministre de la guerre, de plusieurs représentants des nations alliées : Grande-Bretagne, Russie, Italie, Serbie, et des grands généraux français : Pétain, Joffre, Nivelle et Mangin.


 

14 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Les éléments du 220e et du 283e, entre la tranchée Montbrison et Lecourt ne faiblissent pas et tiennent bon devant plusieurs contre-attaques allemandes.

De son côté, le 315e R.I. progresse à nouveau de 40 m toujours en forçant la passage à la grenade.


 

15 septembreContre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
La lutte du 220e et du 315e se poursuit.

Durant toute la journée, la caserne Marceau est soumise à un tir de très gros calibres.

Durant la nuit, la 133e D.I. (32e, 102e, 107e et 116e B.C.P., 321e R.I. et 401e R.T.) vient renforcer la 67e dans le secteur de Souville.


16 septembre au 15 octobre – Préparatifs de la grande offensive française rive droite
Les généraux affectés au secteur de Verdun pensent à présent qu’il est temps de passer à l’offensive. Cependant, ils n’ont pas oublié les erreurs qu’ils avaient commis en mai, lors de la tentative de reprise du fort de Douaumont.
Durant cette action, la préparation d’artillerie française n’avait pas du tout été suffisante, laissant intactes des organisations ennemies qu’il aurait été indispensable de détruire ; Au moment de l’attaque, l’artillerie allemande continuait inexorablement à être 2 fois plus puissante que la notre ; Les effectifs mobilisés pour mener l’attaque étaient trop insuffisants ; La préparation du terrain, parallèles de départ, boyaux de communication vers l’arrière, liaisons téléphoniques… avait été négligés.

Afin de corriger ces erreurs, le générale Pétain, organisateur incomparable, emploie toute son énergie pour obtenir des batteries et des munitions. Il obtient 2 obusiers de 400 mm qu’il compte utiliser, l’un sur le fort de Douaumont, l’autre sur le fort de Vaux.

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Mortier de 400 mm monté sur rails

Témoignage du général Pétain :  » A Verdun, notre heure sonnait. Au début d’octobre, nous avions convenu, le général Nivelle et moi, de procéder à la reprise des forts, pour rétablir la place dans son intégrité.
Le général Mangin, nommé au commandement des secteurs de la rive droite, dirigeait l’opération et sous l’impulsion d’un tel chef, dont la vigueur était proverbiale dans l’armée, nous escomptions un succès complet.
Le Grand Quartier Général avait envoyé les deux mortiers de 400 millimètres demandés qui, joints aux quelques pièces de 370 millimètres que nous possédions déjà, permettaient d’exécuter sur les ouvrages une puissante action de démolition… « 

Avec le concours du général Mangin, qui a aménager les gares de Baleycourt et de Landremont où s’effectue le déchargement des trains, il parvient à stocker au rythme de 4 à 5 trains par jour, plus de 500 000 tonnes de matériels et de projectiles aux alentours proches de Verdun.

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Il stimule et renforce l’aviation qui, petit à petit, commence à prendre le dessus sur l’aviation allemande.

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Aidées par plusieurs unités d’aérostiers, les aviateurs quadrillent méthodiquement, durant plusieurs semaines, chaque mètre carré du camp allemand, sur un front de 7 km de large et 3 km de profondeur. Chaque batterie, abris, tranchée, réseau de fil de fer, nid de mitrailleuses, point d’observation, voie d’accès, est minutieusement cartographié. Les informations sont centralisées et étudiées afin que le jour de l’attaque l’artillerie soit parfaitement réparti suivant les secteurs et les endroits stratégiques, et que les coordonnées des objectifs soient parfaitement connues. C’est une entreprise titanesque menée avec brio, qui démontre pour une fois le savoir faire français.

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Ballon « saucisse » en cours de repérage

 

De son côté, le général Mangin a la mission d’aménager le terrain.
Il fait approfondir les lignes et les fait transformer en parallèles de départ ; restaurer d’anciens blockhaus et creuser de nouveaux abris pour les postes de commandement ; établir des liaisons téléphoniques par câbles enterrés entre ces abris et les premières lignes.
Afin de faciliter l’acheminement des troupes d’assaut, il fait reconstruire la piste reliant le ravin du Pied-du-Gravier à la région de Thiaumont ; fait remettre en état la route du Faubourg Pavé à la chapelle Sainte-Fine, ainsi que les chemins du fort de Souville et du bois des Essarts.

Partout, la pioche s’enfonce dans les cadavres, les travailleurs se mettent des gousses d’ail dans les narines pour échapper à l’odeur épouvantable. De plus la pluie tombe en permanence, ce qui rend les travaux très pénibles.
Témoignage du sous-lieutenant Albert TEXIER :  » Quelquefois, un travailleurs, bouleversé, écoeuré, se relève à demi ; sa pelle ou sa pioche lui tombre des mains ; le sol est formé de cadavres.
- Mon lieutenant, on creuse dans la viande !….
- Ne t’occupe pas, creuse ! « 

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Témoignage de Fernand DUCON, sergent à la 19/2 compagnie du Génie :  » Les sapeurs du génie peuvent être comptés parmi les combattants les plus méritants et parmi les plus méconnus. On a trop tendance à ne voir dans ce corps d’élite, ou que les spécialistes souvent héroïques de l’effroyable guerre de mines, ou que les sapeurs plus favorisés de compagnies de chemin de fer, de télégraphistes ou de pontonniers.
En réalité, les compagnies divisionnaires groupèrent la majorité des hommes du génie, à la fois sapeurs et fantassins. Dans les divisions d’attaque notamment, ils vécurent en contact intime avec leurs camarades de l’infanterie, dirigeant leurs travaux de préparation, les accompagnant à l’assaut, le fusil ou le mousqueton à la main, la pioche passée dans le ceinturon lorsque l’heure H avait sonné, s’efforçant ensuite d’organiser le mieux possible l’effroyable chaos du terrain conquis. « 

 

Pour finir, le général Nivelle a la charge des troupes qui vont participer à l’offensive, soit 8 divisions.
3 d’entres elles vont attaquer en première ligne, sur un front de 7 km.

A gauche, la 38e D.I. (général Guyot de Salins) (8e Tirailleur, 4e Zouave, 4e Mixte Z.T. et R.I.C.M.), renforcée par le 11e R.I., partira depuis la carrière d’Haudromont et aura pour objectif d’atteindre la contre-pente nord du ravin de la Couleuvre, de s’organiser dans le village de Douaumont et de reconquérir le fort de Douaumont. Ce dernier objectif, le plus glorieux, est confié au R.I.C.M. (Régiment d’Infanterie Colonial du Maroc), commandé par le lieutenant-colonel Regnier ;

Au centre, la 133e D.I. (général Passaga) (32e, 102e, 116e et 107e B.C.P., 401e R.T., 321e R.I.) aura pour mission de s’emparer à la hauteur de Fleury, du ravin de Brazil, des pentes de la Caillettes et du ravin de la Fausse-Cote ;

A droite enfin, la 74e D.I. (général de Lardemelle) (50e et 71e B.C.P., 222e, 229e, 230e, 299e et 333e R.I.), renforcée par le 30e R.I., partira de la Haie-Renard au fond de Beauprè et aura pour objectifs de reprendre le Chênois, la Vaux-Régnier, le bois Fumin, le Fond de la Horgne puis le fort de Vaux.

De part et d’autre, les régiments d’aile des divisions voisines auront la tâche d’appuyer l’attaque et d’éviter un contournement des troupes.

3 autres divisions vont intervenir en deuxième ligne, la 7e D.I. (102e, 103e, 104e et 315e R.I.), la 9e D.I. (66e B.C.P, 4e, 82e, 113e et 313e R.I.) et la 36e D.I. (18e, 34e, 49e R.I. et 218e R.I.).

Les 2 dernières resterons en soutient, la 22e D.I.(19e, 62e, 118e et 116e R.I.) et la 37e D.I. (2e et 3e zouaves, 2e et 3e tirailleurs).

Depuis 1 mois, toutes les compagnies formant ces bataillons qui vont attaquer, sont venues cantonner entre Bar-le-Duc et Saint-Dizier.

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Chaque jour, les troupes s’entrainent sur des terrains aménagés pour ressembler aux différents champs de bataille de Verdun. Les soldats qui vont assaillir le fort de Douaumont par exemple, étudient par coeur à l’aide de plans, la topologie du fort. De tel sorte que le jour J, ils puissent s’y déplacer sans aucune hésitation.

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Cantonnement à l’arrière du front

 

Sur tous les fronts de Verdun, mise à part quelques engagements locaux dans le secteur de Thiaumont, la bataille qui dure depuis 7 mois s’atténue. Cette accalmie relative permet aux Français de réaliser plus facilement leurs grands préparatifs. Cependant, les pluies abondantes sapent le moral des combattants et la lassitude est très grande de part est d’autre.
Témoignage du colonel DESPIERRES, du 239e R.I. :  » Je vais faire la tournée du secteur en suivant la première ligne. Je ressens une impression inimaginable ; des deux côtés, boche et français, les tranchées sont envahies par l’eau. Il y a une profondeur de près d’un mètre. C’est dire que ces tranchées ne peuvent plus être occupées par les éléments de première ligne. Tout le monde est sur le parapet. Les Boches à dix mètres nous regardent avec indifférence. C’est une véritable trêve qui paraît être conclue entre les deux partis. On ne cherche qu’une seule chose, c’est vivre comme on peut et surtout échapper à cette humidité croissante qui, par les froids qui commencent, devient impossible à supporter. « 

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Témoignage du Capitaine André GUILLAUMIN du 102e R.I. :  » Mon P.C. se composait d’un vague trou dans la boue où nous nous tenions, mon ordonnance et moi, mi-assis, mi-recroquevillés. Le sol était si mou que les obus faisaient fougasse projetant un geyser de boue…
L’un d’eux me frôla, s’enfonça presque à mes pieds, et dans l’éclatement, au milieu d’une auréole de boue, se dressa un officier allemand à demi décomposé, la figure verte dans un uniforme vert. Je vois toujours ce cadavre, face à face avec moi pendant une seconde, puis la masse de boue retomba et il disparut.

Cette situation de stagnation pesante dure jusqu’au 15 octobre. A cette date, le général Nivelle rend compte au général Pétain que tous les préparatifs sont prêts. Il ne reste plus, à présent, qu’à définir le jour et l’heure de l’offensive…

Le 9 octobre, le général Nivelle a reçu le maréchal Joffre à la mairie de Souilly. Ce dernier est venu s’enquérir de l’avancement des préparatifs.

Le 12, c’est au tour de Georges Clemenceau, alors président de la commission de l’Armée au Sénat, de faire le voyage depuis Paris.p55
Lorsqu’il descend de sa voiture devant les marches de la mairie, tous les soldats présents l’applaudissent et l’acclament.
Témoignage du commandant P… :  » Le Président, M. Clemenceau, ne jouissait dans l’armée d’aucune popularité, mais on savait quel profond amour il portait à son pays, on connaissait sa loyauté, son intéressement, sa générosité, sa haute conscience, et peut-être était-il, de tous « les maîtres de l’heure », l’homme le plus estimé et le plus respecté des poilus. « 

Après un court exposé par Nivelle, conférencier hors pair, sur les grands points de l’offensive, Clemenceau demande à être conduit sur la ligne de front. Tous les officiers présents lui déconseillent ce déplacement mettant en avant la dangerosité des lieux, mais le Président l’exige et le cortège de voitures part pour Verdun.
Témoignage de Joseph MORELLET, agent de liaison au 407e R.I. :  » Le deuxième échelon du 407 était à la tourelle de Souville quand Clemenceau est arrivé, accompagné par quelques officiers. A un moment donné, près de la tourelle, un des officiers lui dit : « Monsieur le Président, là, il faut être très prudent et faire vite ; c’est très dangereux ». Il répondit : « Quelle est la plus belle mort pour moi que de la faire ici ? ».
Il est peu de divisions qui n’aient à raconter sur Clemenceau une anecdote semblable. En ce qui concerne celle-ci, nous avons vu Clemenceau en première ligne à trois reprises, au Bois-Brûlé en 1915, à Verdun en octobre 1916 et à la Main de Massives en 1918, et dans les secteurs qui n’étaient pas choisis d’ordinaire par les Parlementaires et les journalistes pour leurs visites au front.
C’était un homme ! « 

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20 et 21 octobre – Début de la préparation d’artillerie française sur la rive droite
A l’aube, la préparation d’artillerie française commence, elle va s’intensifier jusqu’au 24 octobre.

Elle est constituée de 654 pièces : 20 pièces de calibre 270 à 400 ; 300 pièces du 120 au 220 ; 334 pièces du 65 au 105.
Le front allemand est constitué alors de 7 divisions, soit 22 bataillons mais très échelonnées en profondeur. Les hommes de premières lignes sont totalement abrutis par la puissance du tir français. Chaque position et élément stratégique, préalablement repéré,
n’est épargné. C’est un déluge de fer et d’acier.
Les plus gros calibres sont réservés pour les forts de Douaumont et de Vaux qui sont les 2 points stratégiques à reconquérir.

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L’artillerie allemande ne reste pas pour autant inactive, et toutes les batteries françaises connues sont contrebattues avec violence.


 

22 octobrePréparation d’artillerie française sur la rive droite
Une attaque française est simulée par l’allongement subit du tir d’artillerie et par des mouvements dans les tranchées françaises. Cette ruse permet le repérage de 158 batteries ennemies nouvellement mises en place et qui étaient restées muettes jusqu’à présent.

Toutes ses batteries ainsi repérées sont systématiquement pilonnées et seulement 90 seront signalées en action le jour de l’attaque. Ces tirs ont été ajustés avec l’aide de l’aviation française qui domine largement le ciel de Verdun.


23 octobrePréparation d’artillerie française sur la rive droite
Vers 8 h, la préparation d’artillerie française s’intensifie.

A 12 h 30, la superstructure du fort de Douaumont est transpercée par un obus de 400 mm.
Pour tous les hommes présents dans le fort, le bruit incessant et assourdissant du bombardement extérieur a été soudain dominé par un déflagration gigantesque et un tremblement plus important du sol. Tous les cœurs ont fait un bon dans leur poitrine : « On a été touché ?!« .
L’obus a exploser au milieu de l’infirmerie, tuant sur le coup la 50e de blessés et personnel sanitaire qui occupaient le lieu. Rapidement, un important incendie se déclare avec beaucoup de fumée, qui interdit tout accès.
10 minutes plus tard, un second obus de 400 perce la voute de la casemate 8, ensevelissant tous les occupants.
Chaque quart d’heure en moyenne, un nouvel obus s’abat sur le fort dans une explosion énorme qui secoue tout l’édifice. Les dégâts causés sur la voute sont importants et le bombardement extérieur semble beaucoup plus prêt et dangereux avec les trous béants ainsi formés. La panique commence à gagner les hommes.
Le 5e obus, perce la voute du couloir principal, au niveau de la casemate 10, en ensevelissant une escouade.

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Casemate effondrée par un obus de 400 mm
(photo prise le 25 octobre, lorsque le fort a été repris par les Français)

Dés lors, ce couloir devient impraticable. Le commandant du fort, le chef de bataillon Rosendahl, du 90e R.I. donne l’ordre à toute la garnison de gagner l’étage inférieur du fort.
Lorsque le 6e obus explose, il est suivit d’une série de « coups de pétards » et de grosses explosions. Passant par le trou de la voute du couloir principal, l’obus est venu explosé tout en bas, dans le dépôt de grenades et de munissions, tuant une 50e de sapeurs du génie.
Un incendie très important propage des fumées opaques qui avancent rapidement dans les couloirs. Chaque hommes se précipite et met son masque à gaz, ceux qui n’y parviennent pas assez tôt meurent dans des convulsions atroces. Certains soldats deviennent fous et veulent sortir de cette souricière, mais les 2 issues sont violemment bombardées par des obus toxiques.
A 14 h, la lumière s’éteint plongeant la fort dans les ténèbres. A cette instant, continuer à tenir l’enceinte devint difficile.
A 17 h, l’évacuation du fort par tous les hommes « non indispensables » est ordonné. Seul un petit groupe du génie, d’une 100e d’hommes commandée par le capitaine Soltan du 84e R.I. reste avec la mission d’éteindre l’incendie du dépôt à munissions.
Chaque homme devant évacuer, la peur au ventre mais avec une discipline impressionnante, s’élance à l’extérieur à travers les obus. Les 400 ont ralenti mais tous les autres calibres jusqu’au 220 se déchainent encore sur le fort. A 18 h, l’ordre d’évacuation est exécuté.
Débute alors pour les hommes de Soltan une lutte à mort contre la fournaise. Il n’y a plus d’eau pour éteindre les flammes et beaucoup d’hommes, à bout de force, sont déjà intoxiqués par les fumés et vomissent sans cesse. Le capitaine Soltan envoie des coureurs pour demander un retrait en urgence, mais aucun ne revient.
A 23 h, dans un dernier élan, Soltan ordonne de mettre une mitrailleuse en position à la sortir nord-ouest. Mais plusieurs équipes de mitrailleurs succombent successivement à cette place en raison du bombardement par obus toxique qu’infligent des Français.
Entre 4 et 5 h, les hommes de Soltan évacuent enfin le fort, titubants, vomissant, portant les malades sur des ciliaires, pas un ne fût abandonné.

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Durant la journée, les généraux Pétain, Nivelle et Mangin se réunissent. Aux vues des résultats positifs qu’a donné la simulation d’attaque de la veille, des prévisions météo des jours à venir et des derniers rapports concernant les préparatifs des régiments d’infanterie qui attendent derrière le front, la décision est enfin prise. Le jour J sera le lendemain, le 24 octobre, l’heure H, 11 h 40.

Dans la nuit, les hommes des régiments des 38e, 74e et 133e D.I stationnés entre Bar-le-Duc et Saint-Dizier, font leur paquetage et gagnent Verdun pour prendre position dans les parallèles de départ.
Chacun a reçu un équipement spécial. En plus du chargement habituel (outils individuels, toile de tente, couverture, habits de rechange, ustensiles de cuisine et d’entretient, etc.) (voir la partie « Uniforme » « L’équipement ») et des 3 cartouchières bourrées à craquer, chaque homme doit emporter en plus 2 musettes contenant plusieurs rations fortes et rations de réserves (voir la partie « Uniforme » « L’équipement »), une musette à grenades, un second masque à gaz, un second bidon contenant du vin ou de l’eau et 2 sacs à terre. Un fardeau démesuré d’au mois 40 kg, pour des hommes qui doivent rester frais au moment de l’assaut.

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24 octobre – Grande offensive française rive droite. Reconquête du fort de Douaumont

(Voir « Le fort de Douaumont » dans la partie « Fortifications »)

Ordre du jour du général Passaga, commandant la 133e D.I. :  » Officiers, sous-officiers, soldats, il y a près de huit mois que l’ennemi exécré, le Boche, voulut étonner le monde par un coup de tonnerre en s’emparant de Verdun. L’héroïsme des  » poilus  » de France lui a barré la route et a anéanti ses meilleures troupes.
Grâce aux défenseurs de Verdun, la Russie a pu infliger à l’ennemi une sanglante défaite et lui capturer près de quarante mille prisonniers.
Grâce aux défenseurs de Verdun, l’Angleterre et le France le battent chaque jour sur la somme, où elles lui ont déjà fait près de soixante mille prisonniers.
Grâce aux défenseurs de Verdun, l’armée de Salonique celle des Balkans battent les Bulgares et les Turcs.
Le Boche tremble maintenant devant nos canons et nos baïonnettes, il sent que l’heure du châtiment est proche pour lui.
A nos divisions revient l’honneur insigne de lui porter un coup retentissant qui montrera au monde la déchéance de l’armée allemande. Nous allons lui arracher un lambeau de cette terre où tant de nos héros dorment dans leur linceul de gloire.
A notre gauche combattra une division, déjà illustre, composée de zouaves, de marsouins, de Marocains et d’Algériens ; on s’y dispute l’honneur de reprendre le fort de Douaumont. Que ces fiers camarades sachent bien qu’ils peuvent compter sur nous pour les soutenir, leur ouvrir la porte et partager leur gloire !
Officiers, sous-officiers, soldats, vous saurez accrocher la croix de guerre à vos drapeaux et à vos fanions ; du premier coup vous hausserez votre renommée au rang de celle de nos régiments et de nos bataillons les plus fameux. La Patrie vous bénira. « 

A 7 h, une petite section allemande formée d’une 20e d’hommes, sous les ordres du capitaine Prollius, retourne à l’intérieur du fort de Douaumont pour y faire une inspection. Bien que le dépôt du génie flambe toujours et que l’infirmerie soit toujours inaccessible par l’odeur qui y règne, l’air est plus ou moins respirable dans les autres parties du fort. Bien que 6 casemates soient totalement détruites et que le couloir supérieur soit percé en 3 endroits, il existe toujours une liaison entre la partie ouest et la partie est par le couloir inférieur. Les issues des coffres simples ouest et est sont encore partiellement utilisables.
Le capitaine Prollius tire la conclusion que le fort peu encore être défendu si des forces suffisantes équipés de mitrailleuses regagnent la forteresse.
Il envoie aussitôt un message par coureur stipulant l’envoie de renfort.

 

Dans la matinée, un certain nombre de soldat allemands sortent de leur tranchée et viennent se porter prisonnier dans les lignes françaises. Ils sont à bout de force en raison du bombardement qu’ils subissent depuis 4 jours.
Témoignage du général DOREAU, de la 213e Brigade :  » Ceci ce passait le 24 octobre 1916. Mon P.C. était installé au bas du glacis de Souville, à 300 ou 400 mètres, pas plus, de la ligne de trous d’obus qui servait au 401e R.I. de tranchée de première ligne.
Il ne comportait, étant donné la nature du terrain, que quelques mauvaises sapes, à sol horizontal, creusées les unes à côté des autres, larges chacune de moins de deux mètres. Outre mes deux officiers d’état-major, j’avais avec moi, ce jour-là, un officier d’artillerie et un officier (de liaison) de chacun de mes trois corps: 401e R.I., 32e et 107e B.C.P
.
Donc, pressés les uns contre les autres, casqués, vêtus de capotes de troupe maculées de boue, et éclairés par deux bougies fichées dans des pommes de terre coupées, sept êtres humains, pas du tout décoratifs, dans un cadre qui ne l’était pas non plus.

Le premier prisonnier qu’on m’amena fut un oberleutnant. Priè de me remettre ses papiers, il s’exécute. Interrogé sur sa qualité, il déclare être officier de réserve, instituteur dans la vie civile. Puis, un peu rassurè et se ressaisissant au bout de quelques minutes, il essaie de regimber, et ce dialogue s’angage :
- Mais enfin, qui êtes-vous pour me questionner ?

- Je suis un commandant de brigade, et ces messieurs sont les officiers de mon état-major.

- Un commandant de brigade ?… Ici ?…

- Oui, ici ; et dés demain matin, il ira plus loin vers le nord.

Un ahurissement inexprimable se paignit sur sa physionomie. Evidemment, dans l’armée allemande, les officiers généraux ou ceux qui en tenaient le rôle, n’avaient pas coutume de se loger dans des sapes inconfortables, situées à 300 mètres des tranchées de première ligne … »

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11 h 30, 10 minutes avant l’heure H.
Depuis l’aube, un brouillard assez dense s’est rependu sur tout le front. Bien que chacun espérait qu’il se dissipe avant l’assaut, il est toujours aussi épais et empêche de voir à plus de 10 mètres. Si d’un côté il empêche les mitrailleurs allemands à bien ajuster leurs tirs, de l’autre, il sera dangereux aux soldats français de s’y engager et surtout de s’y perdre.
Témoignage de Edouard BOURGINE du 3e bis Zouaves :  » Ce matin, un épais brouillard estompait uniformément chaque chose, impossible de voir à deux pas devant soi.
Brusquement, des patrouilleurs boches trouèrent le brouillard devant nous. Ils allaient paisiblement, les mains dans les poches, l’arme à la bretelle. Stupéfaits, nous eûmes un instant d’indécision. C’est alors que le gradé boche proféra d’un ton lamentable  » triste guerre messieurs, triste guerre…  » puis le brouillard l’enveloppa. « 


11 h 40, l’heure H.
Une clameur se soulève soudain dans le camps français, d’un même élan,
des milliers d’hommes sortent des tranchées est s’élancent vers l’avant sur un terrain lourd et glissant.

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Chaque unité se dirige à la boussole en direction du nord-est à la vitesse de 100 mètres toutes les 4 minutes. Elles sont précédées d’un formidables barrage roulant qui interdit aux Allemands de sortir de leurs abris.

 

Voici en détail, les unes après les autres, toutes les actions menées :

La gauche du plan d’attaque est tenue par la 38e D.I. (8e Tirailleur, 4e Zouave, 4e Mixte Z.T., R.I.C.M.) et renforcée par le 11e R.I. Mission : atteindre la contre-pente nord du ravin de la Couleuvre et la carrière d’Haudraumont, s’organiser dans le village de Douaumont et reconquérir le fort de Douaumont :

Le 11e R.I. (lieutenant-colonel de Partouneaux), à l’extrême gauche du dispositif, se porte à 11 h 38 (en raison d’une montre mal rêglée), à l’assaut de la tranchée Balfourier et de la carrière d’Haudraumont.
S’il trouve la tranchée Balfouquier inoccupée, la carrière est quant à elle fortement défendue. Après un dur combat à la grenade, il parvient à capturer tous les occupants de la carrière. Il repousse ensuite d’incessantes contre-attaques jusqu’à la fin de la journée.

Le 8e Tirailleur (lieutenant-colonel Dufoulon) et le 4e Zouaves (lieutenant-colonel Richaud) s’élancent à l’heure H en poussant des hurlements.

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Ils atteignent rapidement les tranchées allemandes qu’ils ont en face d’eux. L’ennemi qui attendait pourtant l’assaut français est totalement surpris par la rapidité du mouvement et se rend sans combattre.
Témoignage de X :  » Un officier supérieur sorti en hâte de son abri à l’appel de l’Adjudant Caillard, apparaît en culotte, sans ses molletières qu’il tient à la main et qu’il offre à l’Adjudant Caillard en criant  » Chef de Corps ! , Chef de Corps ! « . Un vaguemestre était en train de procéder au triage des lettres, il sort de son trou les yeux hagards, les deux bras levés, brandissant d’une main sa boite aux lettres, de l’autre une liasse d’enveloppes et s’écrie d’une voix suppliante :  » Pardon, pardon, Monsieur ! « . Il est à remarquer que la plupart criaient :  » Pardon « , plus encore que  » Kamarade « . Nous les encouragions de notre mieux, leur disant dans leur langue qu’on ne leur ferait pas de mal s’ils se rendaient. « 
Les prisonniers sont conduits en direction du ravin des Trois-Cornes où se trouve le P.C. du régiment.
A 12 h, le bois de Nawé et la contre-pente nord du ravin de la Dame sont reconquis.
A 14 h, la contre-pente nord du ravin de la Couleuvre est atteinte. Les hommes s’y déploient et poursuivent en direction du village de Douaumont.
Les ruines du village sont reprises à
14 h 45 par le 4e Zouave qui s’y fortifie. Deux patrouilles poursuivent ensuite en direction du fort de Douaumont pour tenter de le contourner.
A 15 h, une patrouille de la 17e compagnie du 8e Tirailleur part faire une reconnaissance en avant des lignes. Elle descend dans le ravin de la Goulotte, puis dans le ravin de Helley ou elle attaque plusieurs abris ennemis et fait plusieurs prisonniers.

Le 4e Mixte Z.T. (lieutenant-colonel Vernois) subit peu de temps avant l’heure H, un tir bien ajusté de l’artilleries allemandes. Les blessées et les morts sont nombreux, 200 hommes environs.
A 11 h 39, il s’élance tout de même et parvient à atteindre la ferme de Thiaumont et à la reprendre.
A 12 h 25, ayant poursuivit sa progression, il se trouve face au bois Morchée.
A 14 h 45, il aborde le village de Douaumont et le réoccupe avec le 4e Zouave. Il s’établie finalement à 60 m en avant du village.

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Le R.I.C.M. (Régiment d’Infanterie Colonial de Maroc) (lieutenant-colonel Regnier) part du ravin des Vignes:
- le 4e bataillon (commandant Modat) doit s’emparer de la 1ère ligne ennemie et s’y organiser défensivement.
- le 1er bataillon (commandant Croll) doit dépasser le 4e, encercler le fort de Douaumont et s’organiser en avant.
- le 8e bataillon
(commandant Nicolay) doit pour finir prendre et nettoyer le fort.

A 11 h 40, le 4e bataillon s’élance vigoureusement mais se heurte rapidement à un tir de mitrailleuse imprévu. Cette mitrailleuse allemande s’est infiltrée à la faveur du brouillard dans les premières lignes françaises. Ces dernières avaient été évacuées pour ne pas risquer que leurs occupants subissent le tir de l’artillerie française. Tous les hommes sautent aussitôt dans les trous pour se mettre à l’abri. Dans cet élan, le commandant Modat est blessé.
Un certain « flottement » se produit alors dans la troupe, composée de Sénégalais. Il devient urgent que cette mitrailleuse soit maitrisée si l’on ne veut pas réduire à néant l’entrain qui avait été manifesté au départ.
Le capitaine Alexandre, qui a pris le commandement, prend aussitôt l’initiative et s’élance en hurlant en direction de la mitrailleuse. Electrisés, ses hommes le suivent et en quelques minutes, les servants de la mitrailleuse sont tués à coup de grenade.

La troupe peut enfin poursuivre sa progression. Elle occupe bientôt les tranchées allemandes de premières lignes et s’y fortifie.

Comme cela est convenu, le 1er bataillon dépasse alors le 4e bataillon à travers le brouillard. Il s’avance vers le fort afin de le contourner par la gauche et la droite et s’établir au-delà. Cependant, à quelques 300 m des fossés, le brouillard se déchire brusquement et le bataillon s’aperçoit qu’il est seul dans la plaine. Il doit théoriquement, avant de continuer plus avant, attendre le 8e bataillon qui à la mission d’investir le fort et qui est le seul outillé pour !

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Quelques temps plus tard, ne voyant toujours pas le 8e bataillon et trépiniant d’impatience, le capitaine Dorey, sous les ordres du commandant Croll, décide, puisque personne ne vient l’aider, de poursuivre son élan et de prendre le fort seul.
Témoignage du sergent Gaston GRAS du R.I.C.M :  » Il commande l’attaque immédiate, sans perdre une secondes !
Les ordres s’envolent, frémissants, martiaux !
- Compagnie Brunet ! Courez à la face sud-ouest, et attaquez !
- Compagnie Mazeau ! Attaquer la gorge du fort ! et dare-dare !
- Compagnie Fredaigne ! Rester en arrière pour recueillir la bataillon, s’il tombe sur un bec !…
- Goubeaux ! suivez-moi avec les mitrailleuses de réserve ! Nous allons, entre Brunet et Mazeau, prendre notre part de l’attaque !
Alors, transfigurées, au pas de course, les compagnies obéissent.
En tête de la compagnie Brunet, une patrouille de combat, commandée par un humble mais héroïque caporal, Béranger, saute hardiment dans le fossé du fort, se précipite sur le coffre de contrescarpe : déjà des mitrailleurs ennemis s’assoient précipitamment à leurs pièces, engagent des bandes souples, vont tirer ; à coup de crosses, la patrouille Béranger les assomme à leurs postes…
Désormais, le fossé ne sera plus balayé par la Maxims, mise à la raison…
De son côté, la compagnie Mazeau se rue dans la gorge, s’en empare.
La compagnie Fredaigne les suit, commandée par un simple adjudant, tous les officiers ayant été tués au cours de l’attaque…
Alors un torrent d’hommes se jette dans les fossés, grimpe sur le fort, envahit les superstructures : c’est un calvaire, mais un calvaire triomphal. « 

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Qu’est devenu de le 8e bataillon ? Il s’est élancé dans la brume à la suite des 2 autres bataillons. Boussole à la main, le commandant Nicolay progresse droit devant mais s’étonne de ne pas rencontrer les obstacles qu’il a sur son plan. Au bout d’un moment, alors qu’il aurait déjà dû rencontrer le fort, il stoppe son bataillon dans l’incertitude la plus complète.

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Soudain, un soldat allemand qui hère entre les lignes s’approche. Il est mené au commandant et questionné hâtivement. Puis il donne la bonne direction pour atteindre le fort… Il s’avère que Nicolay avait dirigé son bataillon trop à l’est car l’aiguille de la boussole était déviée par l’acier de son revolver. Le bataillon reprend sa marche rapidement. Il arrive enfin devant les fossés du fort et retrouve le 1er bataillon qui vient juste d’occuper les superstructures.

La relève se déroule, le 8e bataillon fortifie les superstructures et commence à pénètre à l’intérieur du fort pour le nettoyer petit à petit de ses occupants.
Le 1er bataillon, quant à lui, reprend sa marche vers le nord et va s’établir devant le fort, sur les emplacements qui constituent son objectif final.
Témoignage de Fernand DUCOM de la compagnie divisionnaire 19/2 du Génie, mise à disposition du 8e bataillon du R.I.C.M. :  » Nous passons près de l’abri Adalbert, ruiné, au sud-ouest du fort ; puis dans un ultime élan, nous atteignons le fossé de Douaumont. Contemplant notre proie, hésitant sur le bit à atteindre, nous marquons un temps d’arrêt. Mais le sous-lieutenant Huguet, qui a aperçu la tourelle de 155, notre objectif, de s’écrier :  » Allons ! en avant, génie ou coloniaux !  » Nous partons trois en tête, la baïonnette haute, le doigt sur la détente ; il me semble que je suis invulnérable. Nous défilons devant de nombreux créneaux aménagés sur la face du fort ; pas un coup de feu n’en sort. Quelques grenades sont lancées dans les cheminées d’aération. Dans un suprême effort, nous grimpons sur la tourelle de 155…
Mais les Allemands, repliés dans une carrière, à 300 mètres de là, nous ont aperçus. Des obus de petit calibre, ceux d’un canon-revolver, qui doit faire mouche à chaque coup, commencent à tomber…

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Les projectiles éclatent sans interruption, de tous côtés ; des blessés, des morts jonchent le sol. La mitrailleuse des coloniaux, en position à quelques mètres devant nous, a un grand nombre de ses servants hors de combat. Quelques-uns ont des blessures affreuses ; et il est singulièrement émouvant de voir avec quel empressement les indemnes prennent leur place.
Maurice Daney, le plus cher de mes amis de guerre, tombe dans les bras, le crâne ouvert, frappé à mort. Je ressens moi-même un choc violent au bras, un autre au cou, ma capote est criblée d’éclat et cependant je n’ai aucune blessure…
Venant du chaos du champ de bataille et pénétrant dans le fort par l’entrée principale… Errant dans les couloirs, je tombe enfin sur mon capitaine, tout heureux de me savoir vivant. Son premier lieutenant est blessé, quatre des sous-lieutenants seulement sont indemnes, les autres sont tués, blessés ou disparu.
Chargés de trouver un logement pour les survivants de la compagnie, je découvre plusieurs locaux près de la chambre du commandant allemand, le hauptmann Prollius. Ce dernier est là et l’honneur de sa capture revient à l’un de nos hommes, le maître-ouvrier Dumont, un petit gars débrouillard de la banlieue parisienne. Pénétrant le premier dans le fort, avec un seul colonial, il sut en imposer aux quatre officiers et aux vingt-quatre hommes, des pionniers, qui en constituaient, au moment de l’attaque, toute la garnison. Quelle ne fut pas la surptise du gros des attaquants lorsque, descendant un grand moment après dans l’ouvrage, ils trouvèrent nos deux gaillards en compagnie d’une bande d’Allemands, avec qui ils faisaient déjà bon ménage…
L’état-major allemand est présenté au commandant Nicolaï. Les quatre officiers, d’une correction extrême, paraissent ahuris de notre succès. S’adressant en bon français au chef du 8e bataillon :  » Monsieur, dit le commandant allemand, je suppose que vous serez heureux de vous installer dans ma propre chambre ; elle est à votre disposition « .  » Monsieur, lui répond Nicolaï, en le toisant de haut, le commandant français couchera cette nuit à la porte du fort, avec ses hommes… « . J’ai entendu cela… « 

 

 

Voyons maintenant les autres actions du plan d’attaque français.
Le centre est tenu par la 133e D.I. (32e, 102e, 116e et 107e B.C.P., 401e R.T., 321e R.I.). Mission : s’emparer à la hauteur de Fleury, du ravin de Brazil, des pentes de la Caillettes et du ravin de la Fausse-Cote.

A 11 h 40, le 116e B.C.P. (commandant Raoult) s’élance de Fleury et des abords de la station. En 58 minutes, il atteint le bas de la croupe nord du ravin de Bazil, entre le ravin de la Caillette et celui de la Fausse-Côte. Son objectif est atteint.

A 11 h 40, le 102e B.C.P. (commandant Florentin) suit le 116e B.C.P. jusqu’au ravin de Bazil. Il passe ensuite devant lui et atteint le ravin de la Fausse-Côte, après avoir dispersé à la baïonnette un bataillon ennemi.

A 11 h 40, le 107e B.C.P. (commandant Pintiaux) sort des tranchées au nord de la chapelle Sainte Fine, franchit sans grande résistance le bois de Vaux-Chapitre et le ravin du Bazil. Il arrive enfin dans la région nord de l’étang de Vaux. Son objectif est atteint.

A 11 h 40, le 401e R.I. (lieutenant-colonel Bouchez) s’avance dans le ravin des Fontaines.
Ses éléments de gauche atteignent assez vite le débouché du couloir de la Fausse-Cote et peuvent s’y organiser. Par contre, ceux de droite se heurtent à une forte résistance dans le ravin des Fontaines et au « Nez de Souville ».
Après un dur combat, le régiment parvient tout de même jusqu’à l’étang de Vaux. Son objectif est atteint.

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A 11 h 40, le 321e R.I. (lieutenant-colonel Picard) débouche de la tranchée de Pauly et Vidal, au nord-ouest de Fleury. Il part vers le nord-est pour atteindre à 12 h 35 la croupe du bois de la Caillette.
A 13 h 30, la 19e et 23e compagnie et la 5e compagnie de mitrailleuses, toutes trois commandées par le commandant Megemont, reprennent leur marche et arrivent en vue du fossé sud-est du fort de Douaumont. Leur mission est de s’emparer de la batterie à l’est du fort, ce qu’elles parviennent à faire rapidement car la batterie est sans défenseur.
Le commandant Megemont se trouve ensuite dans le même embarras que va l’être le capitaine Dorey, du 1er bataillon du R.I.C.M. dans 30 minutes : Il se trouve seul face au fort de Douaumont qui semble à porté de main… Il va alors réagir avec la même audace que le fera Dorey, laissant le gros de la troupe aux abords immédiats du fort, il traverse le fossé sud-est avec 3 hommes.
Il atteint rapidement l’observatoire et la petite tourelle est, puis, alors que quelques hommes sont venus grossir la troupe, capture un sous-officier allemand et 7 hommes.
Une demi heure plus tard, le commandant Megemont et ses hommes retrouvent sur la superstructure du fort les éléments du 1er bataillon du R.IC.M. puis du 8e bataillon.
Le 321e R.I. est donc, en cette journée historique, sous la forme d’une poignée d’homme, le premier à avoir escaladé les remparts du fort de Douaumont.
Témoignage du colonel PICARD, du 31e R.I. :  » Le régiment colonial du Maroc devait, le 24 octobre, prendre le fort : il l’a pris: ça, c’est de l’histoire. Mais il pourra impartialement ajouter que ce sont les vieux du 321e régiment d’infanterie qui, les premiers, ont grimpé sur le fort : ça aussi, c’est de l’histoire. « 

 

La droite est tenue par la 74e D.I. (50e et 71e B.C.P., 222e, 229e, 230e, 299e et 333e R.I.) renforcée par le 30e R.I. Ses positions vont de la Haie-Renard au font de Beaupré. Mission : s’emparer du Chênois, de la Vaux-Régnier, du bois Fumin, du Fond de la Horgne puis du fort de Vaux.

A 11 h 40, le 230e R.I. (lieutenant-colonel Viotte) s’élance des tranchées Claudel et Garrand et conquiert en 10 minutes les 1ere positions ennemies.
A peine reparti vers son 2e objectif, le régiment est pris sous le feu des mitrailleuses allemandes qui, devant le bois Fumin, sortent des trous d’obus et de l’ouvrage de la Sablière. Les pertes sont lourdes. Il doit stopper sa marche dans la tranchée Gotha-Siegen. Il est bloqué à cet endroit tout le reste de la journée.

A 11 h 40, le 333e R.I. (lieutenant-colonel Franchet d’Esperey) s’élance vers les tranchées de Moltke et Fulda et parvient à les enlever malgré la violence du feu allemand.
Il s’élance ensuite vers la Vaux-Régnier et aborde l’ouvrage des Grandes-Carrières et s’en empare à 12 h 15.
Cette avancée lui a coûté de nombreuses pertes et c’est avec des forces réduites qu’il tente d’atteindre les Petites-Carrières nord. Son but et de contourner le fort de Vaux par l’ouest.
Malgré l’aide du 50e B.C.P., il ne peut exécuter ce mouvement. Les compagnies se fortifient sur place.
S’abat alors sur ses positions un violent bombardement de l’artillerie française qui n’est pas au courant des nouvelles positions de son infanterie. Il est contraint de reculer et de laisser le terrain qu’il vient de conquérir.

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A 11 h 40, le 299e R.I. (lieutenant-colonel Vidal) au centre de la division, s’élance des parallèles de départ et tombent sur les tranchées Clausewitz et Seydlitz protégées par des barbelés intact et fortement occupés.
9 h durant, il se bat à la grenade sans pourvoir prendre le dessus sur l’ennemi.
A 18 h, il reçoit le renfort d’éléments des 50e et 71e B.C.P. et envisage un nouvel assaut.
Il s’élance à 20 h et parvient enfin à enfoncer les îlots de résistances ennemis. Il reprend la tranchée de la Horgne, dépasse ensuite le petit Dépôt et achèvent son encerclement vers minuit.
Les pertes sanglantes qu’il a subit ne lui permettent pas de continuer la lutte. Certaines compagnies ont perdu les ¾ de leurs effectifs.
Le général de Lardemelle, qui commande la 74e D.I., déçu de ne pas avoir ou reconquérir le fort de Vaux, est contraint à demander au bataillon de se fortifier sur place.

A 11 h 40, le 50e B.C.P. sort des tranchées au nord de la chapelle Sainte Fine, franchit sans grande résistance le bois de Vaux-Chapitre et le ravin du Bazil. Il arrive enfin dans la région nord de l’étang de Vaux.
Des éléments se joignent au 333e R.I. pour tenter d’atteindre les Petites-Carrières nord, afin de pouvoir contourner le fort de Vaux par l’ouest. Cependant, ce mouvement ne peut être exécuté. Les éléments se fortifient sur place.
A 18 h, d’autres éléments se joignent au 229e R.I. qui tente d’enlever les tranchées Clausewitz et Seydlitz.
A 20 h, ses éléments lancent avec le 229e un assaut qui permet d’enfoncer les îlots de résistances. Les 2 tranchées, puis leurs arrières sont reconquises vers minuit.

A l’heure H, le bataillon Baillods du 30e R.I. s’élance et enlèvent les tranchées Werber et Von Kluck au sud de Damloup. De nombreux soldats allemandes sont capturés.
Témoignage du sous-lieutenant MARTIN, du 30e R.I. :  » Soudain, des coups de feu dans le dos. Derrière nous, à gauche, à cant cinquante mètres, la batterie de Damloup émerge du sol ; la compagnie du régiment voisin (222e R.I.) qui devait l’occuper se sera égarée dans le brouillard. Quelques Boches, le déluge d’obus passé, ont commencé à sortir de leurs profonds abris. Effarés sans doute de voir les Français derrière eux, ils tiraillent déjà. Un frisson d’angoisse. Que faire ? Quelle décision prendre ? Mon capitaine n’est pas là est les secondes sont précieuses. A la grâce de Dieu ! Je crie de toutes mes forces : demi-tour ; à la batterie… au pas de course !…
Nous courrons comme des fous. Il s’agit d’arriver avant que tous les Allemands, sortis de leur abris bétonnés, ne soient installés. J’ai demandé à un camarade, officier mitrailleur, qui nous accompagne, de tirer quelques bandes par-dessus nos têtes, pour effrayer l’ennemi. Il s’arrête vite, craignant de nous atteindre. Mais déjà nous voilà en haut de l’ouvrage, criant comme des démons.  » Feu !  » les grenades voltigent. Il était temps. Déjà une mitrailleuse boche s’installait, dont les servants sont immédiatement descendus et je hurle :  » Hände hoch ! (haut les mains !) Désemparés par cette attaque qui leur arrive dans le dos, affolés. Quelques Boches ont levé les bras, un officier en tête ; les autres les imitent, et en voilà qui sortent de leur abris. Il en vient, il en vient encore ; trente, cinquante, quatre-vingts, tous levant frénétiquement les bras. Et nous ne sommes qu’une cinquantaines de Français, le fusil prêt, des grenades à la main ; ne laissant libre que le côté français, je leur indique la direction avec mon bras tendu, tandis que dans ma poitrine, mon cœur bondit de joie et de fierté… Les Boches courent vers l’arrière, où les territoriaux qui les attendent agitent leur casque à bout de bras pour nous acclamer. Dans les abris de la batterie, nous avons ramassé quatre Minnenwerfer et six mitrailleuses…
Nous sommes retournés à nos emplacements. Stupéfait et ravi, mon capitaine téléphone le succès au colonel tandis qu’arrivent nos voisins de gauche (222e R.I.), assez étonnés d’occuper la batterie sans coup férir… »

A 11 h 40, le bataillon Desbrochers des Loges du 222e R.I. saute hors des tranchées Mudra et Steinmetz au bois de la Lauffée. Il s’empare de l’abri dit « du combat » après un fort combat à la grenade. Il poursuit sa marche et occupe la batterie de Damloup prise par le 30e R.I. Il ne peut progresser plus avant.

 

Le bilan de la journée est très satisfaisant.
En ce qui concerne la 133e D.I., tous les objectifs sont atteints à 16 h 30 : le ravin du Bazil (116e B.C.P.), le ravin de la Fausse-Côte (102e B.C.P.),
la moitié ouest du bois de Vaux-Chapitre et la région nord de l’étang de Vaux (107e B.C.P.), le ravin des Fontaines et le « Nez de Souville » (401e R.I.), le bois de la Caillette et la batterie à l’est du fort de Douaumont (321e R.I.).

En ce qui conerne la 38e D.I., tous les objectifs sont atteints à 20 h : la carrière d’Haudraumont (11e R.I.), le bois de Nawé, le ravin de la Couleuvre et le village de Douaumont (8e Tirailleur et 4e Zouaves), la ferme de Thiaumont (4e Miste Z.T.), le fort de Douaumont et ses abords (R.I.C.M.).

En ce qui concerne la 74e D.I., malgré une lutte acharnée toute l’après-midi et une bonne partie de la nuit, les objectifs n’ont pas put tous être atteints. Ont été repris : la moitié est du bois de Vaux-Chapitre (50e B.C.P.), une partie du bois Fumin (230e R.I.), la Vaux-Régnier (333e R.I.), le Fond de la Horgne (299e R.I.). Les troupes n’ont pas pu aborder le plateau du ford de Vaux et le fort lui même.

Malgré ces quelques échecs, le 24 octobre est une journée glorieuse pour les combattants de Verdun. Le fort de Douaumont est définitivement repris et le fort de Vaux est de nouveau très proche des 1ere lignes françaises.
Les gains ont été de 6000 prisonniers, 164 mitrailleuses et 15 canons.

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Témoignage de Fernand DUCOM de la compagnie divisionnaire 19/2 du Génie, mise à disposition du 8e bataillon du R.I.C.M. :  » On a écrit que le fort, en cette soirée du 24, était dans un état de saleté repoussante, qu’une odeur nauséabonde y régnait. J’avoue n’avoir pas du tout vu Douaumond sous cet aspect peu engageant. En réalité, les Allemands avaient admirablement organisé leur conquête. Des lampes électriques à réflecteurs répandent partout une brillante lumière ; des lits confortables ont été placés dans tous les locaux ; toutes sortes d’appareils (téléphones, T.S.F., appareils à oxigène contre les gaz, tous de marque allemande), ont été installés ; les couloirs sont propres, l’atmosphère nullement empuantie, contrairement à ce qu’on écrit. Le fort possède une centrale électriqu, un « lazarett » (hôpital) bien organisé et même un « kasino ». Visiblement, l’ennemi s’était installé de façon définitive; notre arrivée foudroyante l’a surpris, ne lui laissant pas le temps d’organiser une défence sérieuse. Quelques Allemands ont essayé de résister ; leurs cadavres gisent de-ci-de-là, complétement carbonisés par les lance-flammes de notre compagnie Schilt…

Un incendie a été allumé par nos obus dans une casemate effondrée ; le commandant allemand, qui ne doit être évacué vers l’arrière en tant que prisonnier qu’à l’aube, offre de l’éteindre avec ses hommes ; on le lui accorde et je suis chargé de le surveiller. Muni, ainsi que ses pionniers, d’appareils Draeger à oxygène, il s’emploie très activement à l’extinction du feu, fort menaçant. Il faut voir avec quelle promptitude ses hommes obéissent aux ordres qu’il leur donne.
Ainsi, pendant cette nuit du 24 au 25 octobre, le fort de Douaumont posséda deux commandants : un Allemand, un Français.
Revolver au poing, isolé pendant plusieurs heures avec mes Boches, j’ai pu causer longuement avec leur commandant, le Hauptmann Prolius, nullement arrogant, quoi qu’on en ait dit, et qui parle assez correctement le français. C’est un capitaine d’artillerie d’active, âgé de 32 ans, au front depuis le début de la guerre et décoré de la Croix de fer. Le véritable commandant du fort ayant été blessé, il exerçait ses fonctions depuis trois semaines.
Il admire en connaisseur le travail de notre artillerie ; il reste pensif quand on lui parle de Verdun ; beau joueur, il reconnaît notre succès, mais il croit malgré tout à un coup prochain et décisif de l’Allemagne.
En attendant, il m’annonce la prise de Bucarest, et il me donne son opinion sur les principaux alliés : le soldat français est le meilleur de tous (c’est aussi mon avis, mais dans sa position, il ne pouvait guère me dire le contraire) ; l’Anglais ne vaut rien comme guerrier, il est, de plus, cordialement détesté ; le Russe, ordinairement brave, attaque en masses compactes et subit des terribles pertes. La guerre sur le front oriental est beaucoup moins dure que chez nous… « 

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Les Allemands quittent le fort, repris par les Français
(photo prise le 25 octobre)

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Front au 24 octobre 1916


 

25 octobre – Organisation des positions conquises la veille et poursuite de la lutte
Les succès de la veille ont donné un grand espoir aux soldats et aux officiers. Le général Mangin ordonne la poursuite de l’offensive avec la reprise du fort de Vaux le jour même.

Dans la nuit, le 113e R.I. monte en ligne dans le secteur qui s’étend du fort de Douaumont au ravin de la Fausse-Cote. Il occupe le ravin de la Caillette, du Bazil et de Chambouillat et notamment, la tranchée du chemin de fer.
Le 102e R.I. releve le 1er bataillon du R.I.C.M. Dans l’attaque de Douaumont, le R.I.C.M. a perdu 829 hommes et 23 officiers.

Au matin, les unités qui occupent le fort de Douaumont organisent la défense.
Témoignage de Fernand DUCOM de la compagnie divisionnaire 19/2 du Génie, mise à disposition du 8e bataillon du R.I.C.M. :  » Au petit matin, mon capitaine me charge d’organiser la défence du fort ; obstruction des entrées, aménagement de créneaux de tir et d’emplacements de mitrailleuses, avec tous les sapeurs disponibles. La compagnie a également pour mission la surveillance des issues et la police intérieure. Cela vaut au simple sergent que je suis une altercation violente avec un commandant du 102e R.I., venu relever le 1er bataillon du R.I.C.M. et qui s’obtine à encombrer les couloirs de Douaumont, au lieu d’aller occuper ses positions, en avant du fort. Devant mon attitude énergique, il se décide enfin à évacuer la place. »

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Une entrée obstruer et une mitrailleuse allemandes retrouvée dans le fort de Douaumont

A 10 h, 2 bataillons du 216e R.I., en ligne dans le secteur de la Vaux-Regnier, s’avancent des carrières vers le fort de Vaux. Ils sont fauchés par les mitrailleuses allemandes et ne peuvent progresser.

Le 230e R.I. continue sa lutte en s’efforcant d’avancer par petites fractions dans le bois Fumin. Il est bloqué sur ses positions par le bombardement allemand.

Les 233e et 333e R.I. tentent de reprendre le terrain qu’ils ont dut quitter la veille, mais sans succès.

Finalement, à la fin de la journée, aucun régiment n’est parviennu à améliorer ses positions. Le bombardement allemand a été très violent, surtout dans le secteur de Vaux.


 

26 au 31 octobre – Nouvelle préparation d’artillerie française sur le fort de Vaux
Aucune nouvelle progression n’est réalisée. De part et d’autre, chaque camp reste sur ses positions, à bout de force, sous une pluie qui ne cesse.
Témoignage de L. CHEVRIER, du 113e R.I. :  » Dans la nuit noire, sans lune, sous la pluie, nous descendons les pentes du ravin de la Fausse-Côte. Tout à coup, un hurlement terrible et sinistre ; instinctivement, nous nous couchons ; aussitôt après, nous sommes environnés de feu, un fracas épouvantables, des sifflements aigus, tout vole autour de nous.
Une odeur terrible se fait sentir ; il faut continuer notre chemin vers l’avant ; c’est à peine si nous avons la force de nous relever ; cette odeur nouséabonde nous donne envie de vomir
.
Ce n’est qu’au matin brumeux, que cherchant de nos observatoires, à mi-pente du ravin, le chemin par où nous sommes venus sur cette mer de boue sans nom, nous nous rendons compte que, surpris par une rafale, nous nous sommes couchés au milieu d’un grand cimetière allemand. Les obus sont venu sortir les cadavres de leurs tombes pour les déchiqueter, les projeter en l’air, puis les rejeter à nouveau, avec la glaise immonde, sur nos capotes détrempées par la pluie. »

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Le 28, le général Mangin relance l’offensive sur le fort de Vaux et commence par relever les divisions qui ont attaqué le 24, épuisées par 4 jours de combats. Une nouvelle préparation d’artillerie est engagée sur Vaux et ses alentours.

Au 31 octobre, le front français est composé de la façon suivante :
- la 7e D.I. (102e, 103e, 104e et 315e R.I.) est en ligne du bois d’Haudraumont au village de Douaumont ;
- la 37e D.I. (2e et 3e Zouaves, 2e et 3e Tirailleurs) est en ligne du village de Douaumont à la Tourelle est, en avant du fort ;
- la 9e D.I. (66e B.C.P., 4e, 82e, 113e et 313e R.I.) est de la Tourelle est du fort de Douaumont à l’étang de Vaux ;
- la 63e D.I. (216e, 238e, 292e, 298e, 305e et 321e R.I.) se trouve dans le secteur de Vaux ;
- la 22e D.I. (19e, 62e, 116e, 188e R.I.) monte en ligne pour renforcer la 63e dans le secteur de Vaux.

 


1er novembre – Evacuation du fort de Vaux par l’armée allemande
La préparation d’artillerie française débutée la veille, s’intensifie toute la journée.

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Mise en place d’un canon de 105 mm


 

2 novembrePréparation d’artillerie française sur le fort de Vaux
Dans la nuit, les Allemands évacuent le fort de Vaux. Ils sont tout a fait conscient que les Français entament la reprise de l’offensive débutée le 24 octobre. Se rendant compte que le fort est intenable, en raison du pilonnage par gros calibres qui a repris, ils se résignent à leur défaite.

Vers 17 h, une conversation allemande par radio est interceptée par les Français. Elle révéle l’évacuation du fort de Vaux.
Une compagnie du 118e R.I. et une du 298e R.I. sont chargées d’aller vérifier l’exactitude de l’information. Le 118e doit aborder le fort par les faces ouest et est alors que le 298e doit approcher par la face sud. La mission doit s’exécuter dans la nuit. Elle débute le 3 novembre vers 1 h.


 

3 novembre – Reconquête du fort de Vaux.
Témoignage du sergent abbé CHEYLAN, du 118e R.I. :  » Vers 1 heure du matin, notre commandant de compagnie, le capitaine Fouache (3e compagnie du 118e R.I.) vient nous trouver et nous désigne, l’adjudant Lelé et moi (sergent Cheylan), pour aller reconnaître le fort :
- Prenez 10 hommes, nous dit-il, et parter en patrouille, l’adjudent Lelé face à la corne ouest, le sergent Cheylan, face à la corne est. Comme consigne : faire beaucoup de bruit pour qu’on vous tire dessus, si le fort est encore occupé
.
Les hommes acceptent la mission sans enthousiasme. Cepandant, ils suivent. Je marche en tête avec deux volontaires. Nous approchons de la masse énorme. Des trous d’obus formidables nous engloutissent tous les dix.

Voici le fossé ; on hésite à y descendre. Partout le silence. Enfin, nous nous laissons glisser le long de la pente et nous nous rencontrons avec la patrouille du 298e qui devait reconnaître la face sud du fort.

Je découvre à droite de la porte d’entrée à la gorge du fort, un éboulement qui permet au capitaine Fouache, au lieutenant Mathelier et à une dizaine d’hommes du 118e d’escalader le fort. Ils parcourent la superstructure, notamment vers la tourelle de 75, sans trouver d’issue. Le lieutenant Mathelier trouve près de la porte de la gorge un trou bouché par des sacs de terre ; ce trou est ouvert à coup de pioche.

J’y pénètre en rampant à la suite du lieutanant Dio (298e). Une fumée âcre et une odeur pestilentielle nous prennent à la gorge. Nous inspectons l’intérieur et nous ne découvrons que les traces de la fuite précipitée de l’ennemi : armes, munitions, eau minérale, etc…

Il est environ 2 h 30. Après le fort de Douaumont, le fort de Vaux est à son tour définitivement délivré. « 

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Le fort de Vaux reconquis (la superstructure)

Dans la journée, des éléments du 82e R.I. en ligne vers l’étang de Vaux, se portent en avant. Ils parviennent à atteindre à gauche, la tranchée de Ralisbonne, et à droite, le village de Vaux. La partie est du villaget repris ainsi que le village de Damloup.

A 21 h 30, le 62e R.I. se place sur les positions du 299e R.I. qu’il relève (à l’est du fort de Vaux reconquis).

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Front au 3 novembre 1916


 

4 novembre
Le nouveau front français domine à présent les positions allemandes.
En 10 jours seulement, les Allemands ont perdu le terrain qu’ils ont mis plus de six mois à conquérir, et qui leur à coûté tant de vie.

Dans les autres secteurs du champs de bataille de Verdun, les lignes n’ont pas bougé, il n’y a pas eu de victoires. Les hommes qui n’ont pas pris part aux événements des 24 octobre et 3 novembre, n’ont perçu que de manière très estompé l’élan d’espoir qui vient d’animer la France entière. Leur quotidien n’a pas changée, leurs souffrances et leurs misères sont les mêmes.
Témoignage de Robert TERREAU, caporal au 203e R.I., en ligne au Mort-Homme fin octobre :  » Je me suis attardé cette nuit au P.C. du capitaine à qui j’ai porté des renseignements.
Je jour est venu et il me faut rejoindre ma section en première ligne. Le boyau a été comblé par le bombardement et je n’ai d’autre ressource que de me glisser de trous d’obus en trous d’obus.
J’ai une centaine de mètres à parcourir. La tranchée allemande de Feuillères domine légèrement la nôtre sur la gauche.
D’abord, tout va bien et j’ai déjà franchi la moitié du parcours. Au moment où je vais sortir d’un entonnoir, une balle claque et soulève un peu de terre près de moi. Un guetteur ennemi m’a vu. Je reste au fond de mon trou pendant quelques secondes, puis je me précipite d’un bond vers un autre entonnoir. Deux coups de feu sont partis du poste sans m’atteindre.
Je me suis jeté à plat ventre. Ma main s’est accrochée dans un barbelé et saigne. Je n’ose plus faire un mouvement. Je suis devenu le gibier que guette le chasseur.
Je reste un long moment immobile, pesant ainsi lasser mon adversaire. Puis je m’écarte dans une autre direction pour tromper le tireur. Il tire tout de même mais me manque encore.
Je suis essoufflé et je me colle au sol. Une odeur épouvantable m’assaille aussitôt. Je suis blotti contre une forme humaine à moitié enfouie dans la boue. Le drap de la vareuse a pris la couleur de la terre et seuls quelques détails de l’équipement m’indiquent que c’est un cadavre allemand. Je rampe pour éviter l’affreux contact, mais partout la terre est jonchée de débris horribles. Je passe près d’un cadavre français dont les mains crispées, noires, décharnées, se dressent vers le ciel comme si le mort implorait encore la pitié divine.

p291

Aussi loin que mon regard peut porter, le sol est couvert de cadavres, amis ou ennemis, restés figés dans les poses les plus invraisemblables. Le sommet du Mort-Homme ressemble par endroits à un dépôt d’ordures où s’amoncellent des lambeaux de vêtements, des armes mutilées, des casques déchiquetés, des vivres qui pourrissent, des os blanchissants, des chairs putréfiées.
Enfin, je saute dans notre tranchées. Mes mains, ma capote, tout sent le cadavre, mais mon optimiste reprend le dessus.
L’odeur de mort nous est devenue si familières dans ce secteur de Verdun, qu’elle ne m’empêche pas de manger avec mes mains souillées un croûton de pain que réclame mon estomac affamé.
Habillement endiguée par l’ennemi et dirigée vers nos lignes, l’eau à envahi bientôt notre tranchée. Grossi par les pluies, le fleuve s’insinue entre nos remparts de terre et mine nos parapets qui s’effondrent.. la tranchée n’est plus maintenant qu’une mare de boue d’où monte une odeur intolérable.
On se réfugie sur les rares banquettes qui tiennent encore. Les caisses de grenades constituent des perchoirs sur lesquels on s’agrippe et où l’on cherche à grouper les couvertures, les musette, les grenades et les armes.
Toute tête qui dépasse le parapet est une cible pour le guetteur d’en face. Il faut reste accroupi sur son socle pour ne pas s’enfoncer dans la boue jusqu’au ventre ou rester enlisé.
Au bout de quelques heures, cette position cause une souffrance atroce.
Il est impossible de communiquer entre nous pendant le jour. Tout objet qui échappe des mains est irrémédiablement perdu dans la boue liquide. Le moral est plus bas que je ne l’ai jamais vu devant de telles misères physiques. La pluie tombe sans arrêt et traverse nos vêtements. Le froid nous pénètre, les poux nous sucent ; tout le corps est brisé.
La pluie et la boue décomposent les cadavres d’où s’exalte une odeur écœurante. Nous ne mangeons plus. Je vois des hommes de 40 ans pleurer comme des enfants. Certains voudraient mourir.
Les grenades, les cartouches, les fusées sont noyées. La boue pénètres dans les canons et le mécanisme des fusils, les rendant hors d’usage. Nous serions incapable de résister à une attaque allemande.
Seule la nuit nous permet de quitter une position que nous avons dû garder pendant douze heures. « 

p288

source : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

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26 novembre 2012

La bataille de Verdun Juin

Classé sous — milguerres @ 23 h 48 min

 

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Période de Juin 1916

1er juin – Pression allemande sur le fort de Vaux (rive droite)

source : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm


Rive droite
Début juin, le général Falkenhayn veut frapper un grand coup pour enfin en finir avec Verdun !
Il devient en effet urgent et primordial pour l’Allemagne de dégager ce point du front ouest qui englouti tant d’hommes. Les raisons sont simples, les services de renseignement allemand prévoient l’imminence de 3 grandes offensives
:
-
dans la Somme, conjointement menée par la France et l’Angleterre ;
-
sur le front russe, sans doute en Volhynie et en Bukovine ;
-
sur le front italien.

Il faut donc rapidement désenclaver Verdun afin de disposer de forces suffisantes pout répondre au mieux aux événements qui se préparent…
Témoignage de Pétain :  » Le haut commandement allemand commençait à se rendre compte de la gravité de la situation. La logique eût alors voulu qu’il desserrât progressivement son étreinte autour de Verdun pour rechercher, comme le faisait le haut commandement des Alliés, une autre zone d’action. Cependant il s’obstinait dans son plan : on tenait l’armée française et on ne la lâcherait pas « 

Aux vues des terribles pertes que vient de subir l’armée allemande dans ses attaques sur le Mort-Homme et la cote 304, en avril et en mai, il est en effet difficile de comprendre pourquoi Falkenhayn s’obstine. Cependant, la mise en échec récente de l’offensive française sur le fort de Douaumont, du 22 au 25 mai, a semble t-il redonné espoir et réveillé des rêves de victoire…

La bataille de Verdun Juin  falkenhayn2

Falkenhayn veut lancer son attaque sur un front restreint, 5 à 6 km tout au plus, entre la cote du Poivre et Vaux-Damloup. Son plan, toujours très méthodique, se décompose en 2 phases :
- Premièrement, conquérir tous les points stratégiques du secteur d’attaque choisi, en l’occurrence : le fort de Vaux ; l’ouvrage de Thiaumont ; l’ouvrage de Froideterre ; le fort de Souville et la crête de Fleury. Y consacrer pour cela le temps nécessaire, malgré l’urgence, et y employer des forces importantes, jusqu’à 5 divisions s’il le faut ;
- Deuxièmement, solidement encré sur cette nouvelle ligne et maître des fortifications en faisant partie, s’élancer sur Verdun par l’étroit ravin des Vignes dans un suprême et violent assaut, et conquérir la ville.

La première phase va occuper l’armée allemande jusqu’au 22 juin, le point culminant étant la bataille puis le chute du fort de Vaux du 1er et 7 juin. A cette date, 2 crêtes seulement sépareront l’ennemi de la ville, la ligne Thiaumont-Souville-Tavannes et la ligne Belleville-Saint-Michel-Belrupt.
La deuxième phase lancée le 23 juin, va venir se briser le 12 juillet devant le fort de Souville, dernier rempart avant Verdun. Les Allemands ne seront plus qu’à 3 km de la ville, mais ne parviendront pas à percer.
Des 2 côtés, les pertes pour juin et juillet seront colossales.
Aujourd’hui, un monument, un grand lion couché, comme mortellement atteint, symbolise cette extrême limite atteinte par l’armée Allemande. Dans la soirée du 12, le Kronprinz recevra l’ordre, puisque les objectifs fixés n’ont pas pu être atteints,  » de se tenir désormais sur une stricte défensive « L’Allemagne aura dés lors perdue la bataille de Verdun. Cette bataille qui devait « saigner à blanc » l’armée française aura également « saignée à mort » l’armée allemande…
Débutera alors, pour les Français, la partie offensive de la bataille qui se prolongera jusqu’à la mi-décembre.

 

Le fort de Vaux se dresse à 2600 mètres au sud-est du fort de Douaumont.
Il culmine à 350 m et domine le village de Vaux et toute la plaine est de la Woëvre (voir également la partie « Fortifications », « Le fort de Vaux »).
Depuis le 24 mai, le fort est commandé par le commandant Raynal du 96e R.I.

Sylvain Eugème Raynal est né à Bordeaux (Gironde) le 7 mars 1867.raynal2
Au début de la guerre, il commande le 7e régiment de tirailleurs algériens.
En septembre, il est blessé légèrement à l’épaule par une balle de mitrailleuse. En décembre, il est blessé grièvement par un éclat d’obus et hospitalisé durant 10 mois.
Il retourne au front le 1er octobre 1915, mais quelques jours plus tard, il est blessé de nouveau par un éclat d’obus à la jambe. Cette troisième blessure lui vaut d’être promu officier de la légion d’honneur. Dés lors, la guerre semble terminée pour lui.
Au début de l’année 1916, la France est en manque d’officiers. Le ministère de la guerre annonce que les officiers ne pouvant plus servir en première ligne, de part leur blessure, peuvent se porter volontaires pour commander une forteresse.
Raynal, juste remis de sa blessure et boitant encore fortement, saute sur l’occasion et demande à servir dans le secteur de Verdun, ou l’offensive allemande vient de commencer.
Il est affecté au 96e R.I. et prend le commandement du fort de Vaux le 24 mai.

La garnison du fort est composée de 600 hommes alors qu’elle ne peu théoriquement n’en contenir que 250 : le 2e bataillon du 142e R.I., qui forme la garnison intérieur du fort et tient les abords extérieurs est ; mais également des blessés, des restes d’unités décimées, des égarés accidentellement qui naturellement sont venus s’abriter là et que l’on ne peut rejeter à la mort. Certains ont été évacués durant la nuit, mais depuis plusieurs jours, plus personne ne rentre ni ne sort ; 8000 obus tombent 22 heures sur 24 sur la fortification, à chaque ouverture, un obus toxique tombe toutes les 5 secondes. Des murs de sacs de sable ont été érigés à chaque accés afin que les gaz pénètrent le moins possible.
Dans le fort, la vie est insupportable. Témoignage du lieutenant Albert CHEREL :  » Il y en avait de tous les calibres : du 77, du 105, à l’éclatement déchirant ; du 210, du 380, que les soldats avaient surnommé le « Nord-Sud »à cause du grondement strident de son sillage dans l’air ; peut-être du 420, car on en trouva un culot près du corps de garde le lendemain. Ces obus, à certains moments, tombaient à la cadence de 6 par minute. Il nous semblait vivre au milieu d’une effroyable tempête. « 
Témoignage du lieutenant Albert CHEREL :  » Le fort de Vaux qui avait été bâti pour contenir une compagnie, en logeait maintenant 6. La circulation était devenue difficile. L’air était peu respirable, d’autant plus que, sans cesse, les obus éclatant près des fenêtres ou des entrées lançaient dans les couloirs leur fumée ou la poussière de terre et de pierre qu’ils faisaient jaillir.
La poussière avait un autre inconvénient ; elle augmentait la soif et la rendait insupportable. « 

Dans la nuit du 31 mai au 1er juin, le 3e bataillon du 28e R.I. est en ligne non loin du fort. Il est soumis au bombardement intense que les Allemands produisent sur le secteur du fort. Dans l’obscurité, blottis au font de leur tranchée, les hommes succombent les uns après les autres. Chacun attend l’éclat qui le tuera. A l’aube, le bataillon est entièrement anéanti.
Sa disparition permet à l’ennemi d’avance et de progresser ainsi jusqu’au ravin du Bazil.

Un coureur est parvenu à rallier le 1er bataillon du 28e qui est en arrière, en soutien. Le bataillon se porte aussitôt en avant pour contre-attaquer, malgré le tir de barrage allemand qui n’a pas faibli. Il est à son tour anéanti et réduit à 8 hommes en un instant. Il faut noter que de nombreux obus français tombent également, par erreur, au même endroit.

Les Allemands poursuivent leur progression et contournent les 1er et 3e bataillons du 5e R.I., déjà réduit de moitié par le bombardement des dernières heures.
Le 3e bataillon du 119e R.I. est alerté et reçoit l’ordre de monter en ligne en urgence. Il part de Verdun en plein jour et parvient à rejoindre le 5e R.I. Ensemble, ils réussissent à stopper l’ennemi, mais le ravin du Bazil est déjà fortement investi et ne peut être repris. La position des 2 régiments français reste donc très précaire.

p140

Dans la matinée, le 24e R.I. qui est en ligne au saillant d’Hardaumont, subit une 1ère attaque qu’il parvient à repousser à la grenade. Un peu plus tard, une seconde attaque plus compacte est lancée, les hommes se battent jusqu’à épuisement total. Les derniers survivants sont fait prisonniers.
Les Allemands avancent et occupent le saillant d’Hardaumont, puis bientôt, le ravin de la Fausse-Côte. Ils franchissent la digue puis, après plusieurs heures de combat, atteignent le bois Fumin et les retranchements R2 et R3.

Le 101e R.I. qui se trouve à présent face à l’ennemi alors qu’il occupait quelques heures auparavant une position retranchée, prend ses dispositions et forme un barrage compact dans le bois Fumin et devant l’ouvrage R1.
Lorsque la nuit tombe, R1 est à son tour pris d’assaut mais l’ennemi ne parvient pas à forcer le barrage de mitrailleuses qui a été mis en place. Les cadavres allemands sont très nombreux devant la ligne française.
Témoignage du capitaine Delvert, commandant du retranchement R1 :  » Jeudi 1er juin – Ce matin à 8 heures, nous avons vu, en avant de nous sur les pentes du plateau de Hardaumont, les fantassins sortir comme des fourmis quand on a frappé du pied une fourmilière.
Ils ont dévalé vers notre tranchée du Saillant (sans recevoir un coup de canon). Des nôtres se sont repliés précipitamment vers le ravin de la Fausse-Côte. Nous avons tirés sur les assaillants, sans grand résultat apparent.
Les Allemands, en colonne par un, se sont ensuite glissés le long de la voie ferrée. On a vu alors une file de capotes bleues, sans armes, remonter les pentes de Hardaumont : des prisonniers, soixante à quatre-vingts…
A tout moment passent dans la tranchée des blessés ruisselants de sang. Ils vont au poste de secours qui est à la redoute.
Et les Allemands défilent sans cesse le long de la voie ferrée et passent la Digue.
12 heures – Ils abordent R2. Vive fusillade. On résiste ! Enfin ! C’est notre 3e compagnie qui les reçoit. Je suis descendu à la redoute d’où l’on domine le ravin qui sépare le bois Fumin de R1. De la redoute et de R2, mitrailleuses et fantassins fusillent toute larve feldgrau qui rampe sur les pentes de Fumin.
14 h 30 – Ils ont pris R2. Notre gauche est menacée d’être tournée… A peine installés à R2, ils se sont mis à creuser en avant une tranchée, à la grande admiration de nos troupiers.
Maintenant, seul, le ravin nous sépare d’eux. Allons-nous être cueillis ici comme dans un souricière ? Deux mitrailleuses battent le ravin.
L’aspect de la tranchée est atroce. Partout des pierres sont ponctuées de gouttelettes rouges. Par place, des mares de sang. Sur le parados, dans le boyau, des cadavres raidis couverts d’une toile de tente. A droite, à gauche, le sol est jonché de débris sans noms : boites de conserves vides, sacs éventrés, casques troués, fusils brisés éclaboussés de sang. Une odeur insupportable empeste l’air. « 

A la droite du 101e, le 2e bataillon du 142e R.I., à l’est du fort, vie les mêmes épreuves.

Durant cette journée, tous les éléments français qui se sont trouvés face à l’ennemi ont été soit chassés, soit anéantis, soit fait prisonniers. L’ennemi a réalisé une avancé importante. De la position qu’il occupe désormais, il est bien placé pour attaquer le fort de Vaux par l’est.

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Durant la nuit, le 2e bataillon du 75e R.I. monte en ligne et prend position face au côté ouest du bois de la Caillette.
 » Nous étions 150 au départ des casernes Bévaux, le 1er juin ; quand nous sommes arrivés en ligne, sans avoir encore été mis en contact avec l’ennemi, il ne restait qu’une trentaine d’hommes à la compagnie. « 

Le 124e R.I. rejoint la tranchée Fumin. Son 2e bataillon lance aussitôt une attaque à la grenade qui ne donne pas de résultat sinon d’anéantir presque en totalité l’une de ses compagnies et d’affaiblir grandement les autres.

La 52e D.I. (49e et 58e B.C.P., 245e, 291e, 320e, 347e et 348e R.I.) est mise à la disposition de la 6e D.I.

Rive gauche.
Contrairement au front droit, le mois de juin est assez calme sur les champs de bataille à gauche de la Meuse.

A l’est du Mort-Homme, au nord de Chattancourt, 4 compagnies du 71e R.I. tentent d’améliorer leurs positions. Les sections de tête progressent d’abord sans difficulté, elles atteignent l’ennemi lorsqu’un violent tir de barrage et des feux croisés de mitrailleuses les arrêtent et les déciment. La 8e compagnie conserve avec peine le terrain qu’elle vient de gagner. Ses pertes sont de 20 tués (dont 3 officiers) et 60 blessés.


2 juin – Perte du village de Damloup – Siège du fort de Vaux (rive droite)
Rive droite

Depuis plusieurs heures, un intense bombardement par obus asphyxiants s’abat sur le secteur du fort de du village de Damloup.
Lorsqu’à l’aube, le bombardement s’arrête, le tir de barrage français ne prend par la relève. Les Allemands, 4 compagnies d’assaut, s’élancent sur le village de Damloup. Il est alors tenu par des éléments du 1er bataillon du 142e R.I. Le village tombe rapidement et les Allemands poursuivent leur progression en montant vers le fort de Vaux par le ravin de la Horgne.

p143

Ils arrivent bientôt à proximité du coffre simple nord-est (les coffres de contrescarpe sont des ouvrages autonomes défendant le fossé intérieur du fort). Il est protégé par la 7e compagnie du 142e R.I., commandée par le capitaine Tabourot, et qui occupe le coffre lui-même et les abords proches.

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Le combat s’engage aussitôt, mais bientôt, les positions avancées sont contournées par l’ennemi. Le capitaine Tabourot, les 2 jambes déchiquetées par une grenade, ordonne aux survivants de se replier dans le coffre simple. Le capitaine Tabourot parvient à se traîner sur ses moignons jusqu’à l’entrée ou il est emporté à l’infirmerie.

Le fort de Vaux
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Les Allemands tentent alors de pénétrer dans le coffre. Les Français reculent dans la galerie d’accès, 1 m 50 de haut, moins de 1 m de large, et établissent un barrage avec des havresacs. Les Allemands le font sauter, il est rétabli un peu en arrière. Ce dernier barrage parvient à être défendu durant plusieurs heures mais après 3 tentatives, les assaillants parviennent également à le faire sauter. Un 3e barrage de sacs de sable est mis en place plus en retrait, derrière le premier portail en fer.
Jusqu’au soir, l’ennemi emploiera tous les stratagèmes pour tenter de faire sauter la porte mais n’y parviendra pas.

Pendant ce temps, un petit groupe de pionniers allemands est descendu dans le fossé, large de 10 m et profond de 5, comblé en partie de blocs de béton, a escaladé le mur de contrescarpe et a atteint la superstructure du fort. Il est soumis à des tirs venant de 2 mitrailleuses installées dans des brèches ainsi que venant du coffre double nord-ouest.

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Les 2 mitrailleuses sont nettoyées à la grenade à main et quelques pionniers se dirigent en rampant vers le coffre double et parviennent à se hisser sur le toit.
Tout est prévu, ils ont emporté le matériel nécessaire. Grâce à des tuyaux coudés positionnés devant les embrasures, ils enfument le coffre avec des lance-flammes. Les mitrailleuses se taisent. Cependant, elles ne tardent pas à tirer à nouveau lorsque la fumée s’est dissipée. Il faut tenter autre chose… Ils descendent des grenades dans des sacs de terre, qu’ils font exploser au niveau des ouvertures, tuant les occupants et mettant les pièces hors de service.

A 17 h, la situation du coffre nord-ouest est devenue critique. Le commandant Raynal ordonne l’abandon du coffre et le replie dans le couloir d’accès, ou un barrage de sac de sable est mis en place.
Témoignage du commandant Raynal :  » Le sous-lieutenant Denizet de l’artillerie, qui défend le coffre double, vient me rendre compte que les Allemands, qui sont au-dessus de sa tête, ont, à l’aide de cordes, descendu des paniers de grenades juste à hauteur de nos embrasures, les ont fait exploser et ont mis des pièces hors de service.
D’autres Allemands, rencontrant sous leurs pieds le travail que j’avais fait faire pour boucher un trou de cinq mètres percé dans la voûte par l’explosion d’un 380, ont défait de travail et l’on aperçoit leurs têtes grimaçantes se dessiner sur le fond du ciel. En lançant des grenades par ce trou, l’ennemi peut couper les défenseurs du coffre double. Je décide que ce coffre, dont les pièces sont maintenant inutilisables, sera évacué et je me clôture de ce côté, par un barrage, construit avec créneaux pour grenadiers, en arrière de l’ouverture percée par le 380. « 

Dés lors, l’ennemi est maître des 2 coffres nord-ouest et nord-est ainsi qu’une partie de la superstructure. Il ne peut reculer, il va, coûte que coûte, engager une lutte à mort pour conquérir le fort. Les Français, impuissants, prisonniers dans la fortification, vont défendre chaque couloir, chaque ouverture, avec acharnement.

En début d’après-midi, la 4e et la 11e compagnies du 142e R.I. contre-attaquent le village de Damloup, elles sont anéanties par les obus avant d’atteindre le village.

Jusqu’au soir, les combats dans le secteur du fort, sur sa superstructure et dans les galeries d’accès aux coffres ont été incessants, très violents et très meurtriers.
Il va en va de même à l’ouvrage R1, ou les éléments du 101e poursuivent leur lutte Suite du témoignage du capitaine Delvert, commandant du retranchement R1 :  » Vendredi 2 juin – Nuit d’angoisse, perpétuellement alertés…
Nous n’avons pas été ravitaillés hier. La soif est pénible.
Un obus vient de faire glisser ma plume. Il n’est pas tombé loin. A en juger par la direction et l’éclatement, c’est du 75. Pièce décalibrée qui tire trop court. J’envoie une fusée éclairante et une fusée verte pour qu’on allonge le tir. Peine perdue.
13 h 30 – La lutte à coups de fusils a repris, plus ardente que jamais.
20 heures – Les Allemands d’en face sortent de leurs tranchées. Ici, tout le monde est au créneau. J’ai fait distribuer à tous des grenades, car à la distance où nous sommes le fusil est impuissant. Sortais coupe les ficelles des cuillers et nous les expédions. Ils nous répondent par des grenades à fusils, mais qui portent trop loin. Ceux qui sont sortie, surpris par notre accueil, rejoignent la tranchée Sarajevo en vitesse… on voit des ombres s’enfuir précipitamment et se diriger vers l’arrière ; sans doute la seconde vague qui se dérobe… Si nous avions un tir de 75 maintenant ce serait parfait.
22 heures – Un homme arrive du poste du colonel avec cinq bidons d’eau – d’on un vide – pour toute la compagnie. Ce sont des bidons de deux litres. Cela fait neuf litres, à peu près, pour soixante homes, huit sergents et trois officiers. L’adjudant Dubuc fait devant moi, avec une parfaite équité, la distribution de cette eau qui sent le cadavre. « 

A la nuit, un bataillon du 53e R.I. et la 63e D.I. (216e, 238e, 292e, 298e, 305e et 321e R.I.) viennent renforcer les positions françaises très précaires entre le fort et Damloup (le 298e se dirige sur Tavannes).

Durant ces 2 journées d’intenses combats, l’infanterie française totalement désorientée a soit été totalement inexistante à des moments cruciaux, comme l’assaut allemands sur le fort, soit a tiré à de nombreuses reprises sur ces propres positions.
Ces erreurs, si elles avaient pu être évitées, auraient rendues la tâche beaucoup plus dure aux assaillants.
Témoignage du major RIBELAY du 58e R.A.C. :
 » Le capitaine Tabourot, ce héros magnifique dont on ne peut écrire le nom qu’avec un frémissement de respect, a eu avant de mourir une parole atroce. Sitôt l’attaque allemande déclenchée, il avait demandé à plusieurs reprises notre tir de barrage. Pris de colère devant le silence de notre artillerie, qui avait permis l’encerclement du fort de Vaux et allait rendre inutiles tout ce courage dépensé par ses hommes et toutes ces morts, il s’écria en tombant frappé à mort lui-même :  » Ecoutez bien mon dernier ordre, vous là ! Ceux d’entre vous qui pourront s’échapper, qu’ils aillent casser la gueule aux artilleurs !  » Venant d’un tel homme, de tels propos ne peuvent être passés sous silence. Ils appellent des commentaires.
Nous avons eu l’occasion de relever des erreurs et des fautes de notre artillerie.
Le 1er juin, nos 75 ont à plusieurs reprises tiré sur nos propres tranchées. C’était là un accident presque fatal en cette bataille de Verdun où l’on demandait au matériel le même surmenage qu’aux hommes, mais cet accident n’est excusable que s’il demeure un accident et ne tend pas à devenir une règle.
Le 2 juin, à de nombreuses reprises, « l’accident » se reproduit. Il se reproduira encore le 3 juin, puis le 4, puis chaque jour, peut-on dire en ce début de juin. Mais la journée du 2 juin mérite un examen spécial car c’est au cours de cette journée que se sont accumulés accidents et erreurs d’une façon quasi systématique.

Quelques traits du tableau d’ensemble :
 » Un officier du 53e arrive à la redoute avec une horrible blessure. Un éclat très large lui a labouré latéralement toute la face avant du corps. Le front est ensanglanté, la bouche dégoutte de sang. Les bras, les mains, la poitrine, les jambes, tout ne paraît qu’une plaie. Il est hagard, fou de colère contre l ‘artillerie. Une compagnie de 90 hommes en a perdu 40 en quelques minutes. Six mitrailleuses ont été démolies et leurs servants tués. Et le tir continue toujours. Il a lancé plus de 100 fusées vertes sans résultat. Il n’y a rien à faire qu’à se terrer contre notre propre tir.  »
(D’après un récit du sous-lieutenant G. HUGUENIN du 142e R.I.)

Enfin, les 75 se décident à allonger leur tir, mais ils l’allongent tellement que nos obus vont frapper les objectifs anciens, bien en arrière des nouvelles lignes allemandes. Ce sont des munitions gaspillées.
Il y a plus grave encore.
Le tableau de tir, sur ce point du front, le 2 juin, se lit de la façon suivante :
A – Barrages à 0 h 45, à 1 h 45 et à 2 h 15.
B – Barrages en avant du fort à 2 h 45, à 3 h 15, à 3 h 45 et à 4 h.
C – Entre 4 h et 10 h 45, 2 tirs de barrage, l’un à 7 h 30 et l’autre à 9 h.
D – De 11 h à 17 h 40, silence. A 17 h 40, reprise de la cadence de tir.

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Reprenons les divers points de ce tableau :
A – Les barrages ont permis, avec leurs longs intervalles, tous les préparatifs de l’attaque allemande ; pourtant cette attaque n’était nullement imprévue puisqu’elle avait été précédée d’un tir de préparation de 20 heures.
B – Les barrages après l’attaque sont demeurés sans effet pour la défense du fort puisqu’ils sont tombés au-delà des tranchées que venaient d’occuper les Allemands.
C – Deux tirs de barrage seulement entre 4 heures et 10 h 45, c’est une plaisanterie hors de propos, après une attaque comme celle que vient de subir le fort. L’ennemi a eu ainsi tout loisir pour approfondir et creuser la tranchée qu’il nous avait enlevée.
 » Du fort, impuissant, la rage au cœur, nous regardions les travailleurs ennemis qui, profitant de cette tranquillité, se promenaient à découvert, fumaient tranquillement la pipe sur les parapets et faisaient même des gestes pour nous narguer.  »
(D’après un récit du sergent Henri MATHIEU du 142e R.I.)

D – Quant au silence entre 11 heures et 17 h 40, il défie tout commentaire. « 

Rive gauche
R.A.S.

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Front au 2 juin 1916


3 juin – Siège du fort de Vaux (rive droite)
Rive droite
A 2 h, le 2e bataillon du 75e R.I. tente une attaque vers la Caillette mais ne parvient pas à progresser. A 9h, une nouvelle tentative donne le même résultat.

Les 1er et 2e bataillons du 119e R.I. attaquent en haut du ravin du Bazil mais ne parviennent pas à forcer la ligne allemande. Plus tard, ils repoussent 2 violentes contre-attaques.

Le commandant Raynal envoie un pigeon à la citadelle de Verdun pour demander un tir d’artillerie sur les dessus du fort. Cependant, lorsque que l’oiseau arrive à destination, il est blessé et a perdu la bague contenant le message. Il était le suivant :  » Les pertes de l’ennemi sont effroyables, mais il reçoit sans cesse des renforts, des troupes fraîches qui escaladent le fort, travaillent sur le dessus et autour de l’ouvrage. Il occupe nos anciennes tranchées qu’il a armées de mitrailleuses ; il est même parvenu à en installer sur le dessus du fort. « 

Cependant, à 5 h, un avion français parvient à survoler l’ouvrage et à rendre compte de la situation. Peu de temps après, le tir que souhaitait le commandant Raynal s’abat sur le fort. Les pionniers allemands se réfugient dans les coffres de contrescarpes conquis la veille.

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Dans la matinée, 2 bataillons du 53e R.I. qui sont en position dans le secteur du fort, reçoivent l’ordre de se porter au nord de l’ouvrage et de tenter une attaque. Leurs actions ne donnent aucun résultat mais il fallait s’y attendre, ses hommes sont trop épuisés par plusieurs jours de bombardement. Il est prévu de réaliser une attaque de plus grande envergure le lendemain à l’aube.
Toute la journée, les combats de taupes se poursuivent dans les 2 galeries enfumées qui relient les 2 coffres nord au cœur du fort. Mais la situation reste inchangée.


Quelques détails de ces combats, témoignage du Kurt Von Raden, correspondant de guerre allemand :  » Un escalier descendait profondément, puis venait un court palier, puis un roide escalier montant jusqu’à une solide porte en chêne qui empêchait d’aller plus loin. Le lieutenant des pionniers Ruberg décida de faire sauter cette porte en y plaçant tout ce qu’il fallait de grenades à main et de mettre à profit la confusion qui s’ensuivrait pour donner l’assaut avec ses soldats. Pour n’être pas elle-même anéantie par l’explosion, il fallait que le troupe gagnât assez de temps pour pouvoir, la mèche une fois allumée, descendre l’escalier et remonter de l’autre côté, ce qui exigeait au moins un cordon brûlant vingt secondes.

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Le lieutenant Ruberg, à défaut de pétards explosifs, lia donc ensemble une douzaine de grenades ; il les assujettissait contre la lourde porte, lorsqu’il entendit, derrière celle-ci, le chuchotement des Français et le petit crépitement significatif d’un cordon Bickford. Il n’avait donc plus le temps de la réflexion car, en une demi-minute au plus, la porte allait sauter de dedans, et les Français auraient, dans ce cas, la supériorité morale de l’assaut. Il fallait donc les devancer. Le lieutenant fit signe à ses hommes de se garer, tira le détonateur normal d’une des grenades à main qui fonctionne en cinq secondes, et se jeta au bas de l’escalier pour n’être pas lis en pièces. Il était à mi-chemin quand se produisit une formidable explosion : la charge posée par les Français sautait en même temps que l’autre, sous son action. La pression de l’air lança le lieutenant à quelques mètres plus loin, et il reçut dans le dos plusieurs éclats. Ses pionniers se jetèrent en avant dans le couloir, arrivèrent jusqu’à un croisement, mais furent alors reçus par deux mitrailleuses placées à angle droit environ à dix pas en arrière, si bien qu’il devint impossible de pousser plus loin. Il fallu patienter toute la nuit. « 

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A l’ouvrage R1, le combat continu. Capitaine Delvert, commandant du retranchement R1 :  » Samedi 3 juin – Il y a près de soixante-douze heures que je ‘ai pas dormi. L’ennemi attaque à nouveau au petit jour (2 h 30).
- Du calme, les enfants ! Laissez-les bien sortir ! On a besoin d’économiser la marchandise.
Un craquement d’explosions bien ensemble ! Bravo ! On voit les groupes allemands tournoyer, s’abattre.
A 3 h 30, ils en ont assez et rentrent dans leur trou…
A 6 heures, les brancardiers allemands sortent pour ramasser leurs blessés. J’empêche de tirer dessus.
Comme les Allemands passent sans discontinuer la Digue, qu’ils occupent R2, nous sommes menacés d’encerclement. La situation est vraiment terrible. Un angoisse indicible serre le cœur. Et nous sommes toujours accablés d’obus.
A 14 heures, une rafale me démolit deux mitrailleuses, m’enterre toutes les munitions, hache un servant, en blesse deux autres. A 17 h 15, nouvelle rafale…
Ce soir, préparation d’artillerie formidable de la part des Allemands. Nous serons sûrement attaqués de nouveau. Je fais rétablir la plate-forme de mitrailleuse démolie dans la journée et mettre en batterie une des deux pièces qu’on à pu réparer…
Pour boire, comme il pleut, les hommes ont mis leurs quarts dehors et établi des toiles de tente.
A 20 h 30, ces messieurs d’en face sortent de Serajevo.
Les Allemands sont accueillis à quinze mètres d’un tel barrage à la grenade, appuyé par un tel feu de mitrailleuses, qu’ils n’insistent pas. L’attaque est arrêtée net…
Les obus se remettent à tomber. « 

Toute l’après-midi, le bombardement allemand est très violent sur les bois de Vaux-Chapitre, de la Vaux-Régnier et de la Montagne, les ouvrages de Souville et de Tavannes, la batterie de Damloup et ses abords.

Rive gauche
R.A.S.


4 juin – Siège du fort de Vaux (rive droite)
Rive droite
Dès 2 h, la contre-attaque prévue la veille par les Français est lancée. Cependant, un seul bataillon du 298e R.I. y participe. Il ne peut prétendre seul à débarrasser les éléments du fort des forces ennemis qui en sont maîtres. Il s’élance cependant avec courage et énergie, et parvient à reprendre un élément de tranchée au nord-ouest. Il ne pourra pas progresser d’avantage, soumis aux tirs des mitrailleuses allemandes venant des coffres de contrescarpe.

Le commandant Raynal qui a suivi cet assaut censé lui venir en aide, est de plus en plus inquiet. Il connaît le courage de ses hommes, il sait qu’ils se battront jusqu’au bout, mais si aucune aide lui vient de l’extérieur, comment pourra t-il remédier au manque d’air et au manque d’eau.
Le courage ne remplace pas la soif…  » Tout le monde chercher un peu de fraîcheur contre les dalles ou contre les murs. Hélas ! la pierre est chaude. Les yeux brillent de fièvre, et l’on n’à touché qu’un quart d’eau depuis vingt-quatre heures. L’air est affreusement lourd : j’ai l’impression de me remuer sous une pile d’édredons. Une poignée de braves continue de soutenir le moral aux barrages, mais la masse commence à faiblir « 

 » Enfiévrés, les hommes ne demandaient qu’à boire et ne pouvaient goûter aux aliments. L’air était empoisonné par la fumée des gaz, de la poudre et de la poussière ; la couche était telle que les lampes s’éteignaient et que les lampes électriques n’arrivaient pas à percer sa profondeur à plus de 50 centimètres. Les hommes étaient si faibles qu’à chaque instant plusieurs tombaient en syncope. Les blessés, assez nombreux, ne pouvaient être soignés, faute de médicaments. « 

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A 11 h 30, le dernier pigeon du fort, matricule 787-15, vient d’être intoxiqué par les gaz, il va mourir. Alors que l’on tient la cage le plus haut possible, le commandant Raynal rédige son dernier message :  » Nous tenons toujours, mais nous subissons une attaque par les gaz et les fumées, très dangereuse. Il y a urgence à nous dégager. Faites nous donner de suite communication optique par Souville, qui ne répond pas à nos appels. C’est notre dernier pigeon. « 
Lorsque qu’il prend son envole, il pauvre oiseaux est désorienté et vient se reposer sur l’embrasure d’une meurtrière. Il est récupéré et envoyé à nouveau, mais cette fois, saluer par les mitrailleuses allemandes, il s’envole en direction de Verdun. Quelques dizaines de minutes plus tard, il rejoint le pigeonnier militaire de la citadelle de Verdun et expire. Il a accompli sa mission. Il recevra une bague d’honneur avec cette citation :  » Malgré des difficultés énormes résultant d’une intense fumée et d’émission de gaz, a accompli la mission dont l’avait chargé le commandant Raynal. Unique moyen de communication de l’héroïque défenseur du fort de Vaux, a transmis les derniers renseignements qui aient été reçu de cet officier. Fortement intoxiqué est arrivé mourant au colombier.  »

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Plaque commémorative du pigeon mat. 787.15
(visible au fort de Vaux
)

Comme la veille, les Allemands tentent toute la journée, par tous les moyens de forcer les barrages mis en place par les Français.
Témoignage du caporal brancardier Vanier, du 101e R.I. :  » Les Allemands nous envoient du liquide enflammé ; une fumée noire entre dans les casemates, le bruit sourd des grenades nous arrive de plus en plus précis ; nous ne pouvons pas respirer ; nous sommes noirs comme des moricauds. Pour avoir de l’air, il faut ouvrir les fenêtres. Avec beaucoup de précautions, nous enlevons peu à peu les sacs de terre qui les protègent. Nous avons de la chance de ne pas voir d’Allemands dans le fossé. Quelques-uns sautent dehors pour pouvoir respirer. Mais il faut rentrer : ordre du commandant de refermer toutes issues.
Nous ne sommes pas au bout de nos épreuves : le barrage de droite vient de fléchier. Les Allemands trouvant que nous résistons trop ont pris les grands moyens : avec du pétrole enflammé, ils arrosent les défenseurs et parviennent ainsi à forcer le barrage… Quelques grenadiers nous arrivent avec diverses blessures, les cheveux, les sourcils roussis, plus rien d’humains, des êtres noirs, les yeux hagards, tout ce qui peut être brûlé et brûlé. Grosse émotion… quelques hommes commencent à perdre la tête… « 

A 22 h, Raynal convoque tous les officiers encore valides afin de faire un point sur la situation. Elle n’est pas brillante… la soif est le plus gros problème et il ne va pas s’arranger. Les hommes sont voués à s’affaiblir indéniablement, heure après heure.
Raynal décide donc de tenter une évacuation cette nuit même, à la faveur de l’obscurité, de tous les hommes non indispensables à la défense et l’intendance du fort. Tous les soldats ne faisant pas partie de la garnison, mourant déjà de soif inutilement, doivent donc s’échapper vers les lignes françaises.

A 1 h 30 (le 5 juin), la troupe constituée se regroupe sous les ordres de l’aspirant Buffet.
Témoignage du caporal Guillantou :  » Le moment du départ arrive. Il est 1 h 30. L’aspirant Buffet sort en tête. Je suis, et dès lors, me porte en avant. La mitrailleuse crépite, les fusées nous éclairent ; un violent tir de barrage nous accompagne, depuis les 305 jusqu’aux 77 ; c’est un déluge d’obus.
Qu’importe ! Notre groupe de neuf ne se rebute pas et continue son avance.
L’espace, quoique difficile et long à franchir, est bientôt parcouru.
Nous arrivons ainsi à une carrière appartenant aux lignes françaises ; le cri de  » Halte-là !  » retentit. Immédiatement, plusieurs voix répondent  » France !  »
Notre tâche était presque terminée ; l’évasion avait réussi. « 

Une 100e d’hommes parviennent ainsi à rejoindre les lignes françaises.
L’aspirant Buffet est immédiatement conduit au fort de Tavannes, afin de rendre compte au commandant du secteur sur la situation du fort de Vaux. L’état major ainsi informé, met immédiatement sur pied une contre-attaque pour le 6 au matin.
Il faut maintenant que quelqu’un connaissant le secteur, regagne le fort afin de réaliser la liaison avec le commandant Raynal :  » Tenez encore, nous allons contre-attaquer « . On propose la mission à l’aspirant
Buffet qui accepte aussitôt. Il repartira donc à la nuit vers le fort, accompagné du sergent Fretté, ayant également participé à l’évasion.

Nouvelle journée de lutte à l’ouvrage R1, résumant toutes celles des autres secteurs. Capitaine Delvert, commandant du retranchement R1 :  » Dimanche 4 juin – J’étais à la redoute à organiser la liaison avec ma gauche. Au même instant, pétarade significative. Je grimpe en vitesse l’étroite rampe qui me mène dans la tranchée et gagne mon poste de combat.
Les grenades claquent de toutes parts. A 4 heures, tout est fini.
Il fait un soleil radieux, qui rend plus que poignante encore la désolation de ce ravin.
14 h 30 – Depuis midi, bombardement par gros calibre. La terre tremble. La cagna est pleine de gravats. Ils veulent décidément démolir cette tranchée.
16 h 30 – Les Allemands grimpent toujours sur les pentes du bois Fumins, et toujours sans recevoir un coup de canon. Je fais en hâte établir une mitrailleuse à la tranchée de flanquement qui domine le ravin, au-dessus de la redoute, et y envoie le sergent Choplain avec huit hommes. Ils fauchent ce qu’ils peuvent ; mais c’est un crève-cœur de voir ces messieurs se renforcer ainsi à discrétion, en plein jour.
18 heures – Le bombardement recommence. Cette fois, ce sont les nôtres qui tirent… mais sur nos propres tranchées. Un vrai tir de démolition. Deux dans la journée, c’est beaucoup. Celui-ci est plus terrible que le premier.
L’élément de tranchée, à droite du carrefour R1-Courtine, est littéralement écrasé ; tous les défenseurs tués ou blessés. Partout ce ne sont que gémissements, courses de brancardiers qui, malgré leur dévouement, sont débordés.
Levêque, haletant, vient s’appuyer quelques instants sur le mur de mon P.C. Sa bonne figure d’honnête brave homme est creusée ; les yeux cerclés de bleu semblent sortir de la tête.
On parle toujours de héros. En voici un, et des plus authentiques. Il n’a pas la croix de guerre. C’est un brave homme, tout modeste, qui fait son devoir sans se soucier des balles et des marmites, qui fait son devoir à en crever. C’est un vrai héros.
L’effroyable canonnade dure toujours !
20 heures – Nous sommes relevés ! C’est une si grande joie que je n’y croie pas.
A 21 h 30, nous commençons la relève avec le lieutenant Claude. La nuit est calme. A peine quelques marmites.
23 heures – Arrive un courrier du colonel.  » En raison des circonstances, le 101e ne peut être relevé.  » Quelle déconvenue pour mes pauvres troupiers ! Ils font l’admiration du lieutenant Claude. Il y a de quoi. Il n’en reste plus que trente-neuf ; mais quels braves gens !
A cette note en est jointe une autre :  » Occupez-vous toujours R1 ?  » « 

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Rive gauche
R.A.S.

5 juin – Siège du fort de Vaux (rive droite)
Rive droite

C’est une nouvelle journée de lutte qui se déroule dans les coursives, les couloirs et les casemates. Mais tous les points stratégiques sont conservés au pris de souffrances inouïes.
Le bombardement allemand est très violent sur le fort et ses alentours. De nombreux obus français tirés trop court, viennent s’y ajouter.

A 4 reprises, le commandant Raynal tente l’envoi d’un message optique au fort de Souville.
A 1 h :  » L’ennemi travaille, partie ouest du fort, à constituer un fourneau pour faire sauter voûte. Taper vite avec artillerie. « 
A 8 h :  » N’entendons pas notre artillerie. Sommes attaqués par gaz et liquides enflammés. Sommes à toute extrémité. « 
A 21 h 45 puis à 23 h :  » Il faut que je sois dégagé ce soir et que du ravitaillement en eau me parvienne immédiatement. Je vais toucher au bout de mes forces. Les troupes, hommes et gradés, en toutes circonstances, ont fait leur devoir jusqu’au bout. « 

A minuit, l’aspirant Buffet et le sergent Fretté partent de Tavannes et parviennent à regagner le fort de Vaux. Ils sont accueillis très chaleureusement par le commandant Raynal auquel ils transmettent leur message d’espoir.
Ce message, bien que positif, n’est pas du tout satisfaisant. Seulement 4 compagnies (238e et 321e R.I.) sont prévues pour l’attaque, accompagnées de quelques pelotons du génie munis d’échelles spéciales, pour gravir la superstructure, comme au Moyen Age. Sans mettre en doute la valeur des combattants ni leur héroïsme, il est illusoire de croire que l’ennemi laissera avancer ces hommes équipés d’échelles. En ce qui concerne la préparation d’artillerie, aucun détail, alors qu’elle aurait du durer plusieurs jours pour être efficace, comme l’on fait les Allemands !
Le commandant Raynal est ses officiers doivent se résigner à l’action prévue par le G.Q.G., ils ferons de leur mieux…

Suite et fin du témoignage du capitaine Delvert, commandant du retranchement R1 :  » Lundi 5 juin – Je reposerais volontiers, mais les  » totos  » s’y opposent. Le contre ordre de relève fait que le compagnie n’aura pas encore d’eau aujourd’hui. Sitôt le contre ordre reçu, j’ai envoyé une corvée d’eau. Elle n’est pas revenue. Heureusement il pleut. Les hommes vont étaler des toiles de tentes. Une soif terrible me dessèche la gorge. J’ai faim ; manger du singe avec des biscuits va encore augmenter ma soif.
Dans la tranchée Serajevo, qui nous est parallèle, c’est un mouvement continu dans les deux sens. Cette tranchée doit être approfondie, tout au moins dans le boyau de circulation, à près de deux mètres…
Maintenant ils s’organisent dans les positions conquises. On les voit pelleter la terre, envoyer leurs renforts…
17 heures – L’ordre de relève est arrivé. Pourvu qu’il soit définitif !
Nous laisserons nos morts comme souvenir dans la tranchée. Leurs camarades les ont pieusement placés hors du passage. Hélas ! Que de lugubres sentinelles nous abandonnons ! Ils sont là, alignés sur le parados, raidis dans leur toile de tente dégoûtante de sang, gardes solennels et farouches de ce coin de sol français qu’ils semblent, dans la mort, vouloir encore interdire à l’ennemi.
21 heures – Relève. Ce n’est pas tout d’être aux retranchements du fort de Vaux, il faut encore en sortir.
Effroyable la marche dans la nuit vers le P.C. Fumin. Clerc guide le mouvement. Il retrouve à tâtons le chemin, de trou d’obus en trou d’obus. La plaine est bouleversée, criblée d’entonnoirs où l’on trébuche sur des cadavres… nous descendons à travers le bois dont les pentes aboutissent au tunnel. Dans le tunnel ! Enfin ! Nous respirons.
Quand je dis :  » Capitaine de la 8e compagnie ; R1 !  » je me rend compte de l’horreur de la situation dans laquelle nous nous trouvions. On nous regarde comme des rescapés. On nous offre à boire… On nous félicite… On nous embrasse…
Nous repartons, dans la nuit, le long de la voie ferrée… Ici les bois ne sont pas abattus et les branches nous accrochent au visage. Mais nous avons plus l’angoisse des marmites et l’on entend à nouveau bavarder. Notre guide nous perd à travers les pentes boisées qui nous séparent de Belrupt… Enfin, voici les casernes Chevert… La route… Nous sommes arrivés. La fin du martyre. Il est petit jour. « 

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R.A.S.


6 juin – Siège du fort de Vaux (rive droite)
Rive droite

A 2 h, l’attaque française qui doit dégager le fort s’élance. Elle est composée de 2 compagnies du 321e R.I. et de 2 du 238e R.I., ainsi que de quelques pelotons du 4e Génie équipés de matériels de franchissement.

Les 2 compagnies du 321e s’élancent sur la face est du fort et parviennent à traverser une première tranchée. Ils atteignent ensuite le fossé où elles sont accueillies par un puissant barrage à la grenade. Elles tentent désespérément de forcer le passage mais en quelques instants, tous les officiers et la moitié des effectifs sont tombés. Les débris des 2 compagnies se rassemblent et rejoignent leur point de départ sous un déluge de fer.
Témoignage de Jacques FERRANDON, soldat au 321e R.I. :  » Le 6 juin, à 2 heures du matin, nous montions à l’attaque du fort de Vaux. Nous avançâmes jusqu’au moment où, ayant épuisé toutes nos munitions en grenades et, postés dans un entonnoir, nous tirions presque à bout portant sur l’ennemi, bien visible sous les fusées éclairantes.
Trop occupé à me battre, je n’entendis pas l’ordre de repli ; quand je m’aperçus que j’étais seul, je m’aplatis dans un trou. Ayant attaché mes armes et équipements à mes jambes, je pris en rampant le chemin du retour. Combien de temps m’a-t-il fallu, je ne puis le dire, mais ce que je vis fut affreux : partout des cadavres français et allemands, pêle-mêle. Je ne me détournais de l’un que pour passer sur un autre ; pas un trou qui ne contînt plusieurs morts ou mourants ; c’était épouvantable ; il faut avoir parcouru les abords du fort de Vaux pour se rendre compte d’un tel massacre. « 

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Les 2 compagnies du 238e R.I. (22e et 23e), s’élancent de la tranchée Besançon, sur la face ouest du fort.
En voyant approcher la 22e compagnie, l’ennemi évacue les tranchées en avant du fort, ce qui permet aux Français d’atteindre assez facilement le fossé et de s’étendre vers la face nord. Cependant, les mitrailleuses allemandes installées sur la superstructure ouvrent le feu et causent des ravages dans la troupe, qui est bloquée contre la paroi et qui tente désespérément de l’escalader.
A 4 h, il ne reste plus que 30 hommes, dont 17 blessés. Les Allemands s’élancent sur eux et les font prisonniers.

La 23e compagnie qui a été quelque peu retardée par l’encombrant matériel qu’elle doit charrier (échelles, mitrailleuses, munitions) atteint à son tour le fossé du fort. Elle doit cependant renoncer à y descendre, se serait une mort certaine que de tenter de traverser ce couloir pris d’enfilade par un grand nombre de mitrailleuses allemandes. La troupe se résigne à rester dans les énormes trous d’obus qui précédent le fossé.
A la nuit, la 23e compagnie du 238e R.I. regagne la tranchée Besançon qu’elle a quittée le matin.

Témoignage de Georges QUETIN, soldat au 238e R.I. :  » Le 238e d’infanterie est remonté en face du fort de Vaux au moment de l’attaque. Quelques jours plus tard, j’ai assisté à l’appel d’une compagnie : un seul caporal à répondu présent pour toute sa compagnie. J’ai vu cet homme pleurer en entrant dans le cantonnement et appeler ses camarades disparus. « 

Du fort, les assiégés torturés par la soif ont assisté impuissants à l’infortune des 4 compagnies venues les délivrer. Les réserves d’eau sont pratiquement épuisé, le commandant Raynal lance à 6 h 30 un ultime message optique au fort de Souville, déchiffré comme cela :  » … interviendrez avant complet épuisement… Vive la France ! « 
Descriptif de la distribution d’eau durant les 6 jours de siège donnée par le médecin auxiliaire Gaillard… :
 » La seule boisson en usage au fort de Vaux était l’eau de la citerne, javellisée à trois gouttes par litre, filtrée et aérée par le médecin du fort et moi.
Distribution : 1er juin, néant ; 2 juin, 1 litre par homme ; 3 juin, ¾ de litre par homme ; 4 juin, néant ; 5 juin, ½ litre par homme ; 6 juin, néant. « 

Dans les casemates ou à l’infirmerie, ou une 100e de blessés agonisent sans soin, plusieurs hommes boivent leur urine.

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La nouvelle attaque sur Vaux venant d’échouer à son tour, le général Nivelle réitère en formant sur le champ une brigade composée du 2e Zouave et du R.I.C.M. (Régiment d’Infanterie Colonial du Maroc).
Sa mission est de nouveau de reconquérir entièrement le fort. Elle est fixée pour le 8 à 4 h 30.
Témoignage du commandant P… :
 » L’histoire de la formation de cette brigade mérite d’être relatée en détail, non à cause de son importance propre, mais à cause de la connaissance qu’elle donne de la mentalité d’un chef qui s’est cru et à qui l’on a voulu faire croire qu’il était un grand chef.
Le général avait exposé son idée de secourir à tout prix le fort de Vaux à son chef d’état-major sous prétexte que « l’honneur était engagé ». Celui-ci avait fortement cherché à dissuader le général, mais sans succès et le général décida de se rendre à R., sur la rive gauche, en y convoquant tous les chefs de groupement et de division. Le chef d’état-major, désireux de tout tenter pour arrêter le général me désigna, pour l’accompagner (j’avais déjà commandé au front un bataillon d’infanterie et un bataillon de chasseurs, et je possédais la pleine confiance du général comme fantassin) en me priant de faire tout ce qu’il serait possible pour amener le général à renoncer à cette fantaisie. « Du reste, ajoutait-il, le général vous mettra lui-même au courant pendant le trajet… »
En voiture, voyant que le général ne disait rien, je lui demandais : -Mon général, le chef d’état-major m’a prié de vous rappeler que vous deviez au cours de la route me mettre au courant de vos intentions.
- Ah ! oui, répondit le général, mais je n’ai pas encore pris de décision. Le chef d’état-major avait pensé qu’on pourrait former une brigade de marche en prélevant des troupes sur la rive gauche, et la transporter sur la rive droite pour reprendre le fort de Vaux la nuit prochaine.
- Mais, mon général, m’écriais-je, c’est insensé ! Comment une pareille idée a-t-elle pu venir à un homme comme votre chef d’état-major ? Ce n’est pas possible. C’est là, au point de vue fantassin, une de ces erreurs qui coûtent cher, et sans jamais avoir de résultats. Comment peut-on espérer obtenir d’une brigade de marche, composée de régiments ou de bataillons venus de partout, sous la conduite d’un chef inconnu d’eux, sans la moindre cohésion, dans un secteur qui ne représente qu’un chaos lunaire et tout à fait nouveau pour eux, avec les marmitages que vous connaissez, ce qu’une division fraîche, bien encadrée, avec toute son artillerie, n’a pu réussir il y a quelques jours ?
- L’honneur militaire exige que l’on fasse quelque chose.
- Oui, mon général, si quelque chose est possible, mais pas si ce quelque chose n’a comme effet que la destruction de nouvelles unités, sans résultat. Le fort me paraît à bout de forces. J’ai vu hier l’aspirant Buffet au moment où il arrivait du fort, et je sais par lui que la situation dans le fort semble assez trouble. Je connais Raynal, il est énergique, il fera tout ce qu’il pourra, et vraiment qui oserait dire que l’honneur n’est pas satisfait ?
Le général se tut ; et le silence dure jusqu’à R.
A R. une vingtaine de généraux attendaient.
Ce fut une stupeur quand le général Nivelle eût exposé son projet, qui était bien le sien, bien qu’il eût semblé vouloir en donner la paternité à son chef d’état-major.
Le général N… protesta hautement. Le général de M… ancien commandant d’une Armée, qui avait accepté ensuite le commandement d’un Corps d’Armée venu du Midi, exposa au général Nivelle, que bien entendu, l’ordre serait exécuté s’il était donné, mais qu’il estimait ce projet voué d’avance à l’insuccès, que vraiment une formation de marche, aussi hétérogène que celle que l’on pourrait former dans un secteur où n’existaient plus de réserves, n’avait pas la moindre chance de réussite, que les pertes seraient élevées et qu’on pouvait se demander si la reconquête du fort valait un tel sacrifice.
Le général Nivelle maintint son point du vue, et demanda à chacun des chefs présents de mettre à sa disposition ses unités disponibles. Il fut convenu enfin que le général Savy, désigné pour prendre le commandement de la brigade de marche, aurait sous ses ordres le régiment colonial du Maroc et un régiment mixte venu d’une autre division. Les troupes étaient en 2e ligne et devaient entrer en 1er ligne dans la nuit suivante (du 6 au 7). On les ferait redescendre, transporter par camions, et elles monteraient (dans la nuit du 7 au 8) dans le secteur de Souville-Tavannes pour attaquer le 8 au matin soit 2 jours successifs passés en camion et 3 nuits à monter en secteur où à redescendre. C’est ce qu’on appelait des troupes « fraîches ».
Le général Nivelle me dit : « Maintenant que tout est d’accord, écrivez l’ordre, je signerai votre original. »
Je m’inclinais et fit l’ordre que le général signa aussitôt et qui fut remis immédiatement au général commandant le groupement.
Le général de M…, qui m’avait eu comme élève à l’Ecole de guerre, se rapprocha de moi et me dit : « Mon pauvre P…, quel métier on vous fait faire ! Mais vous ne pouviez pas ne pas obéir.  »
Si j’ai relaté ces faits, c’est que pour moi ils sont infiniment précieux pour déceler le caractère d’un homme. Le général Nivelle, venu de l’Afrique, n’était en rien préparé au rôle qu’il eut à jouer. Très brillant soldat, celui de Quennevières, il ignorait tout de la conduite des Armées. L’immense confiance en soi, l’entêtement orgueilleux, le goût de la flatterie, une vanité enfantine qui se gonflait du moindre éloge, venant de n’importe qui, tout cela s’est développé, amplifié à Souilly dans d’immenses proportions et appelait une catastrophe.
On comprend mieux les événements d’avril 1917 (remplacement de Nivelle par Pétain) à la lumière de petits incidents comme celui que je viens de raconter.  »

Rive gauche
Une nouvelle attaque menée par le 71e R.I. sur le boyau de Valence ne donne pas plus de résultat que le 1er juin.


7 juin – Capitulation du fort de Vaux (rive droite)
Rive droite

A 3 h du matin, le commandant Raynal décide d’envoyer un émissaire pour parlementer avec l’ennemi, le sous-lieutenant Farges, de la 6e compagnie du 142e R.I. Mais comment approcher de l’ennemi sans être accueilli à coup de fusils ou de grenades ?

Témoignage du commandant P… :  » De quelle façon le fort de Vaux a capitulé : Dans la nuit du 6 au 7 juin, le sous-lieutenant Fargues de la 6e compagnie du 142e R.I., a fait effort pour parlementer avec l’ennemi vers la casemate sud-ouest de l’ouvrage. Le jour arrive sans aucune réponse et pourtant les Allemands veillent de toutes parts. Vers 6 heures du matin, l’adjudant Benazet obtient une réponse au barrage qui ferme le coffre double. Immédiatement, le lieutenant allemand Muller-Verner est introduit à l’intérieur auprès du commandant Raynal (commandant en chef du fort). Toutes les conditions étant acceptées et signées, il faut évacuer la place.
Les hommes déposent les armes, bien des larmes coulent, pas un mot, un silence de mort plane sur ce morceau de France.

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L’ennemi présente les armes et puis, bien lentement, les héros du fort de Vaux descendent vers l’exil.
Les Allemands entraient au milieu d’un grand silence, écrit le caporal-brancardier Edmond Patry : on entendait le bruit de leurs bottes, ils montaient l’escalier de pierre à la file indienne, l’officier en tête, coiffé d’une casquette, suivi des téléphonistes, pionniers, tous s’éclairant de leurs lampes électriques.
Les Français étaient rangés de chaque côté de l’allée centrale du fort ; les Allemands passaient au milieu et les saluaient. Ils appartenaient au 39e régiment d’infanterie prussien.
L’évacuation se fit par la brèche nord-ouest. Au pied des pentes du fort de Vaux, la plaine marécageuse et les trous d’obus contenaient de l’eau. Tous se jetèrent sur cette eau pourtant pleine de vase…

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Le commandant Raynal fut conduit au Kronprinz (le prince héritier allemand), puis emmené à Mayence.

Récit du commandant RAYNAL : « Le Kronprinz est debout, il m’accueille avec une courtoisie très franche. Il n’est pas laid ; ce n’est pas le singe qu’on fait de lui les crayons qui l’ont caricaturé ; c’est un cavalier mince et souple, élégant et non sans grâce, qui n’a rien de la raideur boche.
Le Kronprinz parle, il s’exprime avec facilité, dans un français assez pur.
Il reconnaît et vante comme il sied la ténacité de nos hommes, leur admirable vaillance. « Admirable » : il répète plusieurs fois ce mot. Le Kronprinz me remet la copie du message par lequel notre général en chef envoyait ses félicitations au fort de Vaux.
Maintenant l’héritier du kaiser arrive au geste noble :
- Désireux d’honorer votre vaillance, mon commandant, j’ai fait rechercher votre épée que je me dois de vous rendre ; malheureusement, on n’a pu le retrouver… Et pour cause, suis-je tenté de glisser : je n’ai eu pour toute arme personnelle que ma canne de blessé et mon revolver.
Il poursuit, en me présentant le coupe-choux d’un sapeur du génie :
- Je n’ai pu me procurer que cette arme modeste d’un simple soldat, et je vous prie de l’accepter.
Mon premier mouvement est de me hérisser ; mais le Kronprinz ne se moque pas de moi, c’est très sérieusement qu’il accomplit son geste, et comme l’effet ne lui en échappe pas, il insiste sur l’intention qui donne à ce geste sa véritable portée :
- L’arme est modeste, mais glorieuse, mon commandant, et j’y vois, comme dans l’épée la plus fière, le symbole de la valeur française…
Je ne peux plus refuser :
- Ainsi présenté, j’accepte cette arme et remercie Votre Altesse de l’hommage qu’elle rend à la grandeur de mes humbles camarades.
C’est tout, je salue militairement et m’en vais en emportant mon coupe-choux. Nous n’avons pas fait cent mètres que :
- Herr major, Son Altesse Impérial vous prie de revenir.
Je regagne le quartier général du Kronprinz. Comme je pénètre dans le bureau par une porte, il sort d’une autre pièce et vient à moi, tout épanoui : il tient une épée à deux mains, un sabre-épée d’officier français :
- J’ai trouvé, mon commandant. Je vous prie d’accepter cette arme plus digne de vous, en échange de celle que je vous ai offerte, à défaut d’une autre. « 

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Commandant Raynal prisonnier

Ce n’est que par le communiqué allemand fait le soir, que la France apprend la chute du fort.
Aussi, le général Nivelle maintient son ordre d’attaque prévu pour le lendemain.

Bilan du siège du fort de Vaux :
Lorsque que l’on étudie de plus près la capitulation du fort de Vaux, dû principalement à la soif et non à la conquête des organes principaux du fort par l’ennemi, on ne peut s’empêcher de penser qu’elle aurait été l’issue si au 1er juin, les citernes avaient été pleines et la défense du fort correctement menée.
En effet, durant les mois précédents, rien n’avait été fait pour redonner au fort sa puissance de feu, et l’on mourrait de soif déjà bien avant le mois de juin.
Le lieutenant Borgoltz, qui avait fait une reconnaissance au fort le 6 mars, avait relevé de nombreuses malveillances qu’il avait remontées à sa hiérarchie. Cependant, aucune mesure n’a été prise.
Voici les grandes lignes du compte rendu établi par le lieurenant Borgoltz :  » … nous gagnons la tourelle qui est désarmée de ses pièces de 75… Telle qu’elle est, on pourrait y mettre des mitrailleuses en batterie destinées à balayer les glacis en cas d’attaque. « 

 » … les deux casernes de Bourges et les coffres flanquants, sont intacts. Nous sommes très surpris de trouver ces organes sans défenseurs, les casemates de Bourges étant d’ailleurs désarmées de leur 75 et remplie d’explosifs. Etrange conception de l’utilisation d’un ouvrage fortifié qui consiste à préparer tout pour le détruire et rien pour le défendre. Quelle lourde responsabilité pour le chef qui a donné l’ordre de prendre de pareilles mesures ! « 


 » … Par les embrasures des coffres de flanquement, nous voyons des partions entières de contrescarpe renversées dans les fossés. Le flanquement par les coffres est rendu plus difficile en raison de ces éboulements. Il faudrait une section du génie pour diriger et faire exécuter les travaux de déblaiement ainsi que pour mettre en place des réseaux Brun barbelés afin de rétablir l’obstacle et obstruer les brèches. « 


 » Les communications à découvert avec le plateau en arrière du fort sont précaires et très périlleuses en raison de l’arrosage constant de tous calibres, entretenu par les Allemands, qui gênent les ravitaillements. Pourquoi, depuis que l’on est fixé sur cette façon de procéder des Allemands, l’ordre n’a-t-il pas été donné de creuser une galerie suffisamment profonde du 350 à 400 mètres de longueur, pourvue à ses deux extrémités de deux ou trois sorties, vers la lisière nord des bois de la Vaux-Régnier. Ainsi seraient assurés, en tout temps, en toute sécurité, malgré le bombardement, la relève du personnel ainsi que le ravitaillement en vivres, eau, matériel et munitions de la garnison de défense. D’où possibilité de prolonger la résistance en limitant les fatigues et réduisant les pertes. « 


 » Les chambrées étaient bondées, les couloirs, les escaliers, les latrines, tout était encombré de soldats qui dormaient, somnolaient, causaient, fumaient, en attendant leur tour d’aller risquer leur vie au parapet.  »  » Les citernes baissaient rapidement, car les tuyaux qui leur amenaient l’eau des sources de Tavannes avaient été crevés par les gros obus. A partir du 11, la ration fut fixée à un quart par homme et par jour. Le 13, déjà, les citernes étaient presque vides ; ce jour-là, pour puiser et distribuer l’eau, ou plutôt la boue, un soldat descendait dans la citerne, grattait le fond avec son quart et versait ce qu’il pouvait recueillir dans le bidon qu’on lui tendait. Dés lors, il fallut que les hommes de corvée allassent, au prix des pires dangers, chercher à Tavannes l’eau indispensable. « 

L’ouvrage R1 est maintenant tenu par des éléments du 128e R.I. A 4 h, ils subissent une violente attaque qu’ils parviennent à repousser grâce à leurs mitrailleuses.

Rive gauche
R.A.S.

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Front au 7 juin 1916


8 juin – Pression allemande sur Thiaumont, Froideterre et le bois de Nawé – Perte de l’ouvrage R1 (rive droite)
Rive droite

Durant la nuit, le 2e Zouave part pour prendre ses positions de départ. Ne connaissant pas du tout le secteur, il doit être guidé depuis le fort de Tavannes par des hommes du 298e R.I. revenus spécialement du secteur du fort de Vaux. Cependant, aucun de ces hommes ne parvient à traverser le barrage d’artillerie allemand. C’est donc seul et avec du retard, que le 2e Zouave prend la direction du fort.
Quand il arrive sur ses bases de départ sous une pluie battante, il ne reste que très peu de temps avant l’heure H. Les hommes sont trempés et complètement épuisés.
Au moment de l’assaut, les obus de 210 allemands font des ravages dans les rangs qui avancent. Bientôt, tous les officiers les plus gradés sont tués. C’est sur l’ordre d’un sous-lieutenant, que les survivants, à bout de force, retournent vers l’arrière.

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De son côté, le R.I.C.M. est arrivé comme prévu sur ses positions de départ. A 4 h, il part à l’assaut et atteint le fossé du fort où il engage une sévère lutte à la grenade. Cependant, les Allemands ont installé de nombreuses mitrailleuses sur la superstructure et leurs tirs causent des ravages dans le groupe français.

vaux19

Ce n’est que lorsqu’il ne reste plus qu’un officier et 25 hommes par compagnies que le R.I.C.M. cesse sa progression désespérée et se terre sur place.

L’attaque sur laquelle le général Nivelle fondait tous ses espoirs a donc échoué comme toutes les précédentes. Les pertes qu’ont subi le 2e Zouave et le R.I.C.M. ont été cruelles, les Marocains ont perdu 95% de leur effectif.

Désormais maîtres du fort de Vaux, les Allemands portent maintenant toutes leurs forces sur les secteurs de Thiaumont, de la côte de Froideterre et du bois de Nawé.
A partir de 9 h, une offensive générale s’abat sur tous les fronts tenus par la 52e D.I. (49e et 58e B.C.P., 245e, 291e, 320e, 347e et 348e R.I.), la 63e D.I. (216e, 238e, 292e, 298e, 305e et 321e R.I.) et la 151e D.I. (293e, 337e, 403e et 410e R.I.).

Devant la 151e D.I. positionnée du bois de Nawé à la ferme de Thiaumont inclus, l’ennemi est repoussé par les 293e et 337e R.I., mais les pertes françaises sont très sévères. Durant plusieurs heures, plusieurs tranchées sont successivement perdues puis reprises. Un bataillon du 293e particulièrement éprouvé doit abandonner ses positions et se replier sur le bois des Vignes.

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Devant la 52e D.I., des abords de la ferme de Thiaumont au ravin des Fontaines, les combats sont très confus. A gauche, les 291e, 347e (5e bataillon) et 348e R.I. sont presque en totalité submergés par l’ennemi. Ils doivent reculer jusqu’au bois Triangulaire (291e) et aux abris 320 (347e). Le 291e a eu dans la journée 68 tués, 105 blessés et 483 disparus.
Témoignage :  » Ce que je vois est affreux. Les cadavres sont légion ; ils ne se comptent plus ; on marche sur les morts. Des mains, des jambes, des têtes et des cuisses coupées émergent de la boue et on est contraint de patauger là-dedans, car c’est encore dans ce méchant fossé à moitié comblé par endroits qu’on peut espérer se dissimuler un peu. Ici, un soldat est tombé à genoux ; il bouche le passage ; on lui grimpe sur le dos pour avancer ; à force de passer sur lui, on a usé ses vêtements, on marche sur sa peau. « 

Vers 16 h, plus à l’ouest, les Allemands se rendent maîtres de l’ouvrage de Thiaumont mais l’évacuent peu de temps après pour concentrer leurs efforts au nettoyage des abords du fort de Vaux, alors tenus par la 63e D.I. (17e, 18e et 20e compagnies du 298e R.I., 22e et 23e compagnies du 238e R.I.).
A la tombée de la nuit, après de violents combats, l’ouvrage R1 est perdu ainsi que la tranchée de Besançon. Le 1er bataillon du 2e Zouave doit relever le 298e à la tranchée Besançon. Quand il y arrive, vers 21 h, il y trouve l’ennemi mais parvient à s’organiser face à cette tranchée.

Durant la nuit, le général Nollet renforce la 151e D.I. par le 137e R.I. qui se positionne dans le secteur de Thiaumont.
L’ouvrage de Thiaumont est réoccupé par un peloton du 403e et à l’inverse, la ferme de Thiaumont évacuée par les Français est investie par les Allemands.

En plus des nombreux combats qui ont eu lieu durant cette journée, tous les secteur énoncés plus haut ont été soumis à un bombardement intense par l’artillerie allemande.
Témoignage du soldat Jules SERGENT :  » En ces terribles jours de juin, l’artillerie ennemie répondait coup pour coup à la nôtre et envoyait des 210, comme nous nous envoyons des 75. Ce fut le plus formidable duel d’artillerie que j’ai pu voir.
Partout, il y avait des blessés, des morts, des morceaux de chair humaine épars. Nous n’avions jamais rien vu de pareil. Un capitaine de chasseurs qui était devenu fou dans cet enfer cherchait la moindre petite touffe d’herbe qu’il pouvait découvrir pour la peigner avec un peigne de poche qu’il avait sur lui. « 

Les morts ont encore été très nombreux. De toutes parts, retentissent les cris des centaines de blessés qui agonisent sans soin, abandonnés à leur sort sur le champ de bataille.

Rive gauche
R.A.S.

front-verdun-juin8
Front au 8 juin 1916


9 juin
Rive droite

 » Journée calme  » selon les communiqués.

Rive gauche
Dans le secteur de la cote 304, une nouvelle attaque allemande précédée d’un violent tir de préparation est repoussée.

Le 1er bataillon du 412e R.I. en ligne à la droite de la cote 304 subit le bombardement interrompu à 4 reprises pour permettre aux vagues d’assaut ennemies d’attaquer. Plusieurs Allemands sont équipés de lance-flammes.
Les 4 attaques sont repoussées mais en fin de journée, le bataillon est pratiquement anéanti. Il ne reste qu’une 50e d’hommes sans officier.

Le 8e tirailleur et le 4e zouaves subissent eux aussi le même bombardement et les mêmes attaques. Dans une lutte exemplaire, ils empêchent l’ennemi de passer. Leurs pertes sont également très lourdes.

Ce jour, les 2 brigades en ligne dans le secteur de 304 ont eu ensemble un total de 1100 tués et blessés.

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Cadavres français entassés dans une tranchées


10 juin
Rive droite

 » Journée calme  » selon les communiqués.

Rive gauche
R.A.S.


11 juin
Rive droite

 » Journée calme  » selon les communiqués.
Dans la nuit, le 21e D.I. (64e, 65e, 93e et 137e R.I.) relève la 151e D.I. sur ses positions.

Rive gauche
R.A.S.


12 juin – Pression allemande sur le secteur du bois de Nawé
Rive droite

Depuis la veille au soir, le bombardement allemand est très violent sur le ravin de la Mort et Thiaumont, positions que l’ennemi projette d’enlever dans la martinée.

A 6 h, l’ennemi lance une attaque entre le bois de Nawé et les abris 320. Ce front est tenu par les 93e, 137e et 410e R.I.

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Les 93e et 410e R.I. en position à l’ouest du boyau Le Nan, parviennent à repousser tous les assauts.

Le 137e qui occupe le boyau Le Nan et ses alentours a été très éprouvé par le bombardement de la nuit.
Quand les troupes allemandes s’élancent devant les 2 bataillons du 137e, elles sont tout d’abord contenues par une âpre résistance à la grenade. Mais très vite, les Français sont encerclés et tués jusqu’au dernier. En 48 h, le 137e R.I. a perdu 37 officiers et 1500 hommes. C’est durant cette matinée que c’est déroulé l’épisode de « la Tranchée des Baïonnettes » décrit plus bas.

L’ennemi s’empresse de combler l’espace laissé vide suite à la disparition du 137e. Il renforce le boyau Le Nan puis poursuit sa progression vers la tranchée Sapeur, ou il parvient à déborder le 93e R.I. par la droite. A lui seul, avec un courage et une opiniâtreté magnifique, le 93e parvient non seulement à rester maître de ses positions mais à reprendre toutes les positions que tenait le 137e. Dans cette action, il a tout de même perdu la moitié de son effectif.

Dans la nuit, les positions au sud du boyau Le Nan sont renforcées par 2 compagnies du 348e R.I.
Un bataillon du 239e R.I. s’est placé à l’ouest du village de Fleury.
La 257e D.I. (106e et 120e B.C., 359e R.I.) est mise à la disposition du général Nollet.
Témoignage de J. LEFEUVRE, adjudant au 65e R.I. :  » Le 11 juin 1916, nous arrivons à la citadelle de Verdun. Le régiment est littéralement entassé dans des bâtiments dépendant de la citadelle. Les abords sont d’une saleté repoussante : des monticules énormes d’immondices dégagent une odeur épouvantable ; les vers grouillent sur ces débris de viande ; on se demande comment aucune épidémie n’éclate. Triste impression d’arrivée. « 

La Tranchée des Baïonnettes :
Plusieurs hypothèses ont été écrites sur la  » Tranchée des Baïonnettes « , des plus exaltés aux plus réalistes.

Il y a la version officielle, que l’on a concervé dans nos mémoires, que l’on raconte dans nos écoles et aux  » touristes « . Des soldats attendant debout au créneaux, prêt à partir à l’assaut sous un bombardement incroyable. Soudain, un gros obus tombe tout proche, une immense vague de terre se soulève et recouvre instantanément les pauvres soldats.
Cette hypothèse est la plus séduisante, car elle cadre parfaitement avec les horreurs et la violence que l’on imagine des combats de Verdun. On sait de plus qu’il y a eu de nombreux enterrés vivant, et certains témoignages dignes de fois nous le prouvent.
Témoignage d’Emile HUET :
 » En montant à l’attaque, j’ai vu des choses horribles ; des hommes d’un régiment qui était sur notre gauche, au nombre d’une compagnie environ, se trouvaient dans un bout de tranchée qui avait été épargné. Au moment où nous passions, le bombardement était épouvantable. Le tir de barrage est tombé juste sur cette tranchée et a recouvert tous les hommes qui étaient dedans. On pouvait voir la terre se soulever par l’effort de tous ces malheureux. J’ai toujours cette vision devant les yeux. « 

Témoignage de G. MARYBRASSE :  » Nous sommes dans une longue tranchée, pleine de morts ; une odeur affreuse monte de l’immense charnier. Soudain, le barrage boche se déclenche. Je vois des camarades, les yeux agrandis par l’épouvante, regarder vers le ciel, frappés de stupeur : Je regarde à mon tour, et je vois, retombant d’au moins 20 mètres, une pauvre chose inerte, bras et jambes ballantes, comme un pantin sans articulations qu’on aurait jeté d’un avion, d’un ballon. C’est un camarade qui a été soulevé comme une plume par le déplacement d’air d’un obus.
Quelques minutes plus tard, un obus éclate si près de moi (1,50 m à peine) que je vois très nettement une boule de feu. Par miracle, je ne suis que légèrement blessé, et je vais dans un petit gourbi, à flanc de ravin pour y attendre la relève. Je partage l’étroit abri avec un autre blessé. Avec quelle joie je savoure la possibilité de pouvoir m’étendre enfin, chose inespérée depuis onze jours ! Mon camarade sur le dos, moi sur le côté, nous nous endormons. Tout à coup, un tir de barrage éclate tout près et un obus tombe juste au-dessus de nous, nous ensevelissant. Alors pour nous, le bombardement devient lointain, lointain… je me rends compte du tragique de la situation ; si personne ne vient à notre secours, nous sommes perdus. Le malheureux qui partage ma tombe est étouffé par la terre ; trois fois de suite, je l’entends faire rronn, rronn, rronn, puis c’est tout ; je devine qu’il est mort ; il n’a pas souffert longtemps.
De tous mes efforts, j’essaie de me soulever, mais trois mètres de terre nous retiennent prisonniers ; par une habitude heureuse que j’avais toujours au front, j’ai toujours sur la tête mon casque avec jugulaire au menton ; la visière avant retient la terre et l’empêche de m’obstruer la bouche. La tête rabattue sur la poitrine, respirant à peine, je garde néanmoins toute ma lucidité. Je me rends parfaitement compte que tout sera bientôt fini ; alors, comme un film de cinéma, toutes sortes de souvenirs se présentent à ma mémoire, mais surtout, je pense à ma mère, à la peine qui sera la sienne lorsqu’elle saura tout ; puis j’entrevois mon père et mon frère décédés que je vais revoir, mes frères et ma sœur qui pleureront aussi à cause de moi ; alors, avec calme, avec toute ma connaissance, du plus profond de mon cœur, je fais mon acte de contrition, demandant à Dieu d’abréger au plus tôt mon martyre ; puis, des minutes s’écoulent, qui n’étaient peut-être que des secondes, mais qui m’ont paru des heures interminables. Je sens que ma tête bourdonne ; des bruits de cloches semblent sonner très fort, puis plus rien. De nouveau, je reprends connaissance, et à ce moment, je me souviens m’être fait cette réflexion : « Ce n’est pas si dur de mourir… »
Combien de temps suis-je resté ici ? c’est flou, mais assez longtemps, au moins 25 minutes, je l’ai su après. Au déclenchement du barrage, tous les camarades se sont sauvés ; quand cela s’est calmé, ils reviennent. C’est alors que le sergent Sèle s’inquiète de moi. Sèle est un camarade qui a fait notre admiration pendant les journées de Verdun par son courage et son sang-froid. « Où est Marybrasse ? » demande-t-il. C’est alors qu’il s’aperçoit de l’éboulement ; il m’appelle : « Marybrasse, Marybrasse, es-tu là ?  » Comme dans un rêve, je l’entends vaguement et ne puis répondre. Persuadé que je suis dessous, il ordonne à quelques hommes de piocher rapidement. J’entends des coups lointains qui se rapprochent ; je me dis : « Ils n’arriveront pas jusqu’à moi… » Enfin, j’entends plus distinctement les coups, j’entends même que l’on parle. Sèle dit à ses hommes : « Attention maintenant. « Je sens une main sur mon casque : « J’en tiens un ! « s’écrie Sèle, et alors, de ses mains, il me dégage vivement la tête.
Comment dire ce que j’ai ressenti à ce moment ? Retrouver la vie au moment où je croyais bien la perdre, sentir l’air pur de la nuit… Tout cela m’a ranimé, je me sens sauvé, je pleure de joie. Je remercie mon sauveur, nous nous embrassons. « 

 

Mais il y a aussi d’autres versions qui ont été émises par des personnes connaissant parfaitement les conditions de combats de cette époque, pour les avoir vécu et s’y être intéressé après la guerre. Leurs versions s’écartent quelque peu de la version officielle, elles sont moins sensationnelles et tragiques mais méritent toutes fois que l’on s’y arrête.
L
a tranchée aurait été comblée volontairement plus tard, par des Français ou des Allemands, afin de recouvrir des cadavres en décomposition. Partant de cette idée, la suite n’est que formalité… le numéro du régiment… les circonstances exactes…

Jacques Péricard, après une étude sérieuse, pense pouvoir affirmé que se sont des hommes du 137e R.I. qui sont enterrés dans la tranchée. Son témoignage est l’un des plus reconnu :  » Contrairement à certaines hypothèses, de bonne foi celle-là, la Tranchée des Baïonnettes est bien celle qu’occupaient les soldats du 137e en juin 1916 et les cadavres qu’elle renferme sont bien les cadavres de soldats de ce régiment, non des cadavres quelconques ramassés aux alentours. En janvier 1919, le 137e se trouvant dans le secteur de Verdun, le colonel Collet, qui commandait alors ce régiment, fit faire des recherches aux lieux où s’était battu le régiment. On découvrit une ligne de fusils qui jalonnait l’ancienne tranchée et émergeaient de l’herbe drue ; les fouilles permirent de reconnaître que les fusils appartenaient bien à des hommes du 137e.
Le colonel ordonna une prise d’armes pour rendre honneurs aux anciens du régiment, et par ses soins, on éleva à leur mémoire un petit monument en bois. C’est ce monument en bois qui devait bientôt céder la place au monument actuel. « 

Ensuite, que la tranchée est été marquée volontairement à l’aide de vielles baïonnettes trouvées sur la champs de bataille, afin de permettre une inhumation futur des corps. Où tout simplement, que les baïonnettes n’aient jamais existées ? La encore, plusieurs versions existent.
Reprenons la suite du témoignage de Jacques Péricard :  » Les fusils découverts par le colonel Collet ne portaient pas de baïonnettes. Y avait-il, sur un autre point de la tranchée, des fusils avec des baïonnettes, ou les baïonnettes actuelles ont-elles été ajoutées après coup ? Nous l’ignorons. Mais que la tranchée en question doive être appelée Tranchée des Fusils, premier nom que lui donnèrent les journaux et l’Illustration notamment, plutôt que Tranchée des Baïonnettes, voilà qui laisse intact le fond de la question. « 

Voici la version du colonel Marchal :  » Que s’est-il passé après le départ des survivants ? Le fait est que, de longs mois après, on a retrouvé la tranchée comblée et une trentaine de baïonnettes qui émergeaient du sol. Il est probable que les Allemands se sont contentés de rejeter de la terre sur les nombreux cadavres français qui remplissaient la tranchée et qu’ils n’ont pas touché aux fusils restés appuyés contre la paroi de la tranchée. « 

Voici enfin le ressenti du commandant P., plusieurs fois cité dans ce site, et qui donne toujours un point de vue des plus intéressants :  » Deux ans après la guerre, des étrangers visitent le champ de bataille de Verdun et remarquent une ligne de fusils dressés, quelques-uns avec leur baïonnette. Ils auraient pu observer de semblables lignes de fusils sur de nombreux points du front, car c’était l’habitude des Français et des Allemands de jalonner ainsi les vieilles tranchées qu’ils avaient comblées après avoir entassé dans le fond des cadavres sans sépulture. Comme ces étrangers ne connaissent rien à la guerre, ils croient à des hommes enterrés debout à leur poste ; ils ne savent pas que les obus ne peuvent fermer des tranchées, qu’au contraire, ils disloquent, éparpillent les parois des tranchées et les corps des occupants.
Leur imagination s’enflamme. Ils voient des hommes sous un bombardement en pluie, submergés peu à peu par les éboulis et attendant, stoïques, que la terre montante recouvre leur poitrine, leurs épaules, leur bouche, leurs yeux… Ils érigent un monument.
Si ces étrangers ne méritent aucun blâme, il n’en est pas de même des Français qui, connaissant la fausseté de la légende, ont essayé de lui donner une consécration historique. La Tranchée des Baïonnettes, qui n’était au début qu’une innocente naïveté, est devenue, par suite de certaines complicités, une imposture.
Néanmoins, si l’on me demandait quels titres spéciaux possède la Tranchée des Baïonnettes, je répondrais : pas plus de titres que n’importe quelle autre tranchée de Verdun, mais pas moins non plus. Si ce monument, qui symbolise la ténacité française, n’existait pas, s’il était question, aujourd’hui seulement, de choisir l’emplacement où il dût s’élever un jour, on pourrait discuter des titres de telle ou telle partie du champ de bataille à cette gloire insigne. Car c’est tout le champ de bataille de Verdun qui a été le théâtre d’héroïsme inouï, de Vauquois à Calonne qu’il conviendrait de recouvrir d’un vaste monument, car tout ce champ de bataille n’est qu’une vaste Tranchée des Baïonnettes. Mais le monument existe, il a déjà reçu les hommages, il a déjà vu les prières et les larmes des foules pèlerines ; nous pouvons l’honorer en toute tranquillité. « 

Voila les données que nous possédons aujourd’hui, je vous laisse vous faire votre propre opinion.

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La Tranchée des Baïonnettes en 1920 – La Tranchée des Baïonnettes aujourd’hui

Rive gauche
R.A.S.


13 juin
Rive droite

A 1 h 30, une attaque française est lancée sur le ravin de la Mort mais sans succès.
R.A.S. pour le reste de la journée.

Rive gauche
R.A.S.


14 juin
Rive droite

Le 65e R.I. relève le 95e au nord-ouest de la ferme de Thiaumont.
Témoignage du soldat LOUVART du 65e R.I. :  » Le 14 juin, au nord-ouest de la ferme de Thiaumont, nous relevons le 93e R.I. Deux jours après, nous retrouvons en ligne des gars du 93e qui ne savaient pas que leur régiment avait été relevé. « 

R.A.S. pour le reste de la journée.

Rive gauche
R.A.S.


15 juin
Rive droite

Sur le front du 65e R.I., le bombardement allemand qui est perpétuel a été très meurtrier.
Dans la matinée, une attaque allemande avec liquides enflammés s’empare d’une tranchée que tenait le 65e.
A la nuit tombeé, avec l’aide d’une compagnie du 106e B.C.P., le 65e R.I. part à la contre-attaque et reprend la tranchée qu’il a perdue le matin.

Rive gauche
Dès l’aube, l’artillerie française bombarde le sommet du Mort-Homme.

A 15 h, le 311e R.I. appuyé des 22e et 23e compagnies du 312e R.I. s’élance à l’assaut de la cote.
Aussitôt, les Allemands sortent de leurs tranchées de 1ère ligne et se rendent. Le sommet du Mort-Homme est assez vite reconquis.

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Soldats allemands qui se rendent

Les 22e et 23e compagnies du 312e tentent de poursuivre leur progression sur la 2e ligne allemande, mais elles se heurtent à un feu assez nourri et doivent se replier sur la crête au côté du 311e.


16 juin
Rive droite

R.A.S.

Rive gauchee
A 1 h, le
311e R.I. tente un nouvel assaut sur les tranchées allemandes de 2e ligne. Cependant, l’ennemi a eu le temps d’acheminer des renforts et la résistance est plus vigoureuse. Les Français retournent dans leurs tranchées.

Le reste de la journée, en plus du bombardement allemand, l’artillerie française qui n’est pas au courant de l’avance réalisée la veille, bombarde sans répit les positions françaises au sommet du Mort-Homme.


17 juin
Rive droite

Une attaque française sur les tranchées d’Ypres et des Chasseurs échoue.

Rive gauche
A 2 h, l’ennemi déclenche une violente contre-attaque sur le crête du Mort-Homme. Le combat dure 1 h mais pas un pouce de terrain n’est perdu.
Le bombardement allemand reprend avec encore plus de violence, pendant 12 h d’affilée. Les pertes sont sévères. Un grand nombre d’hommes sont commotionnés, ils sont physiquement et moralement à bout de force.

A 23 h, un nouvel assaut allemand avec liquide enflammé oblige les survivants des 2 compagnies du 312e R.I. à se replier dans les positions qu’elles tenaient le 15 juin.
A minuit, malgré l’extrème fatigue des hommes, une contre-attaque rétablit la situation. Les 1eres lignes allemandes sont reconquises..
A 1 h, les éléments du 311e et 312e R.I. sont relevés de la crête du Mort-Homme.
Témoignage d’un officier du 312e R.I. :  » Du 15 juin au petit jour jusqu’au 17 juin au soir, le total des pertes est, pour la compagnie, de 67 hommes et de 800 à peu près pour le régiment. Le 311e est littéralement fauché.
Les deux régiments ont enlevé aux Boches plus de mille mètres de tranchée, on fait 200 prisonniers et se sont emparés de plusieurs mitrailleuses. Ils étaient composés de Provençaux et de Parisiens. « 

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18 juin
Rive droite

R.A.S.
Dans la nuit, la 12e D.I. (54e, 67e, 106e et 132e R.I.) relève la 63e D.I. et monte en ligne du ravin des Fontaines à la Laufée.

Rive gauche
R.A.S.


19 juin
Rive droite et rive gauche

R.A.S.


20 juin
Rive droite
Certains points du front connaissent un calme relatif. Tous les autres subissent le bombardement habituel de l’artillerie allemande.

Les effectifs du 1er juin sur le front de Verdun était de 14 948 officiers et de 568 523 hommes de troupe. A la date du 20 juin, la 2e Armée compte 9 E.-M. de Corps d’Armée et 29 divisions représentant 15 842 officiers et 586 443 hommes de troupe.

Rive gauche
Les Allemands tentent de rejeter les Français des pentes du Mort-Homme. Des combats locaux ne donnent pas de résultat.


 

21 juin – Préparation d’artillerie allemande sur tous les fronts de la rive droite
Rive droite
A partir de 8 h, le bombardement allemand s’étend à tous les fronts de la rive droite. Toute la matinée, des obus de gros calibres tombent sans relache du bois de Nawé à la ferme de Dicourt. L’artillerie française tente de répondre mais avec beaucoup moins de force et d’ampleur.

Dans l’après-midi, l’ennemi lance une attaque entre le ravin des Fontaines et les abords sud-est du fort de Vaux, que tient la 12e D.I. Le 67e R.I. en ligne dans le bois Fumin repousse 3 vagues d’assaut successives.
Le 1er bataillon du 54e R.I., également en position dans le bois, est quant à lui submergé. Ses 3e et 4e compagnies sont anéanties. L’ennemi s’engouffre immédiatement dans l’espace et contourne les 1er et 2e compagnies. La lutte est âpre mais rapidement, les Français sont maîtrisés et faits prisonniers.
Ce 1er bataillon qui comptait 18 officiers et 950 hommes, rentrera avec seulement 9 officiers dont 4 blessés et 203 hommes dont 33 blessés.

Le 67e R.I. voyant que l’ennemi a ouvert une brèche, tente alors de reprendre le terrain qu’occupait le 54e R.I. Deux de ses compagnies lancent une contre-attaque et parviennent à reprendre un élément de tranchée. Quelques survivants du 54e qui s’étaient réfugiés dans les trous d’obus avoisinants se rallient aux hommes du 67e.

Cependant, la brèche n’est pas totalement refermée et l’ennemi continue son enfoncement dans les lignes françaises. A la nuit, il tente de contourner le 3e bataillon du 132e R.I. qui a beaucoup souffert du bombardement durant la journée et n’est pas du tout en état de subir cette attaque. Les hommes du 3e bataillon, n’ayant plus rien à perdre, décident de devancer l’ennemi et de s’élancer vers lui de manière imposante, faisant ainsi croire qu’ils sont très nombreux, bien armés et determinés à se battre. La ruse fonctionne car l’ennemi stoppe sa manoeuvre et s’enterre sur place. Le 3e bataillon fait de même face à lui.

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A 22 h, des éléments du 106e et du 132e R.I. viennent renforcer le 3e bataillon.
La brèche n’est pas refermée mais l’ennemi est contenu et les positions face à lui sont renforcées.

Rive gauche
Les Allemands tentent de rejeter les Français des pentes du Mort-Homme. Des combats locaux ne donnent pas de résultat.


 

22 juin – Pression allemande sur tous les fronts de la rive droite
Rive droite

A l’aube, à l’est des Carrières, une reconnaissance allemande est repoussée par le 67e R.I.

A midi, nouvelle attaque est également repoussée. En représailles, un furieux bombardement s’abat sur les positions françaises, et plus particulièrement celle tenue par le 67e.

A 13 h, une contre-attaque par les 2e et 3e bataillons du 54e R.I. est décidée vers la cote 349, à l’ouest du fort de Vaux. Le 2e bataillon, renforcé par 3 compagnies du 106e et 2 compagnies du 132e doit partir à droite, alors que le 3e bataillon doit se diriger sur la gauche. Le 245e R.I. reste en soutien.
A l’heure prévue, plusieurs compagnies sont déjà anéanties par le bombardement qui est très violent. D’autres sont bloquées devant les lignes allemandes, prises sous le feu des mitrailleuses. D’autres encore se déportent en avançant et n’atteignent pas leur objectif.
Finalement, cette attaque n’apporte aucun résultat, sinon de faire tuer des hommes.

Ce jour, il est décidé par le commandement Français d’évacuer le Tunnel de Tavannes en raison de la proximité croissante de la ligne de front.
Ce tunnel situé au nord ouest du fort de Tavannes, long de 1400 m et large de 5, est un ancien t
unnel ferroviaire d’une seule voie, sur la ligne Verdun-Metz. Dès le début de la bataille, il sert d’abri aux troupes françaises, aux services de secours, aux brancardiers, téléphonistes, artificiers, génie… (Voir la partie « Fortifications », « Le tunnel de Tavannes »). Il est prévue d’effectuer l’évacuation par la sortie est. De plus, les dispositions sont prises pour faire sauter le tunnel si les Allemands parvenaient à s’y introduire.

Le Tunnel de Tavanne
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Entrée est du tunnel de Tavannes

 

Le soir, le bombardement allemand est toujours très violent. De Haudaumont à Discourt, de nombreux obus toxiques sont signalés. Des nuages de gaz compacts s’étalent jusqu’à Verdun.
Les relèves qui doivent s’effectuer durant la nuit sont lentes et difficiles. Le port du masque à gaz rendu obligatoire ralentit considérablement la progression. De nombreux soldats et officiers surpris par les gaz durant la nuit, ou trop longtemps exposés sous leur masque mal étanche, meurent après une terrible agonie. La panique s’empare de beaucoup d’autres…
Témoignage de Léon Rogez, du 39e R.I. :  » Pour arriver sur son emplacement, entre l’abri 320 et Fleury, où il devait remplacer le 1er bataillon, passé en première ligne, le 3e bataillon, pris par les gaz dès la sortie de Verdun, fit preuve d’une énorme volonté. Les masques, ou trop serrés congestionnaient les hommes, ou mal ajustés ne les préservaient pas de l’empoisonnement. La chute dans un trou était fatale, le choc déplaçait le masque, l’air vicié arrivait aux bronches et, malgré les tentatives de ses camarades, le soldat supliait de le laisser mourir. « 
Témoignage du capitaine Gagneur :  » Les malheureux qui, soit insouciance, soit affolement, ajustèrent mal leurs masques, succombèrent dans d’indicibles tortures. Rien n’est poignant comme ces agonies ! J’ai vu des visages marbrés, aux bouches baveuses d’une écume rosée, tordus de convulsions exaspérées, des doigts crispés labourant des poitrines, j’ai entendu des quintes affreuses, et des ahanements, et des cris de coq enroué qui amenaient des flots de sang aux lèvres décolorées. »

Cette nuit du 22 au 23 juin fut une nuit de cauchemar pour les Poilus.

Rive gauche
Deux attaques allemandes massives sont lancées sur la cote 304 mais elles sont repoussées.

Durant la nuit, un violent bombardement alllemand par obus toxiques s’abat sur la région Bois-Bourrus. Les batteries françaises subissent d’importantes pertes.

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23 juin – Pression allemande vers Verdun (de Froideterre-Thiaumont à Vaux-Chapitre) (rive droite)
Rive droite

A 7 h 35, après une nuit sans accalmie, le bombardement baisse soudain d’intensité. Aussitôt, 50 000 Allemands s’élancent avec lance-flammes et fumigènes. Ils s’étalent de la côte de Froideterre à celle de Vaux-Chapitre, soit un front de 6 km de large. Ils ont face à eux des régiments français à bout de force.

S’engage alors sur ces 6 km de front une multitude d’actions locales qu’il serait fastidieux de vouloir décrire, tant elles sont subites, imprévues, sans ordres préalables et menées, du côté français tout du moins, dans un élan de désespoir.
Ce chaos qui règne entre les lignes, le désordre et le manque de communications fait que dés le début, le gouvernement français pert tout contrôle et ne peut ébaucher aucune tactique.
Chaque régiment, perdu et isolé sur son secteur, tente désespérément de repousser les assaillants qui se présentent face à lui. Cette lutte acharné qu’il mène pour sa survie, l’empêche de s’intéresser ni prendre part aux évènements qui se déroulent directement à sa gauche ou à sa droite.

Voici les grandes actions de la journée :
Très tôt, l’ouvrage de Thiaumont tombe aux mains de l’ennemi, faisant 50 prisonniers français.

L’ennemi poursuit sa marche et atteint les abords du boyau des Caurettes en progressant entre la cote de Froidetette et le bois des Trois Cornes.

Entre le village de Fleury et l’abris 320, et la poudrière de Fleury, les 1er et 2e bataillons du 39e R.I. sont anéantis. L’abri 320 est contourné puis pris. L’ennemi poursuit ensuite sa progression en direction de Verdun.
Témoignage de Léon Rogez, du 39e R.I. :  » Dans l’abri 320, les hommes, depuis cinq jours en ligne, harassés, mourant de faim, de soif, tombaient de sommeil. Pas de secours possible, la liaison avec l’arrière n’existait plus depuis la veille ; à droite, à gauche, que peut-il rester ?
A 7 heures, quelques coups de fusil. Puis le barrage se met en marche et derrière lui, si près qu’ils en subissent les atteintes, des groupes ennemis surgissent et se butent à nos survivants.
Nos survivants ! Noirs de poussière, de poudre et de sang, saoulés par le carnage, brandissant leurs armes comme des possédés, ils jaillissent du sol au milieu des cadavres et des blessés implorants. Eperdus de colère, ils ne connaissent plus que leur vengeance. Où ils se dressent, l’Allemands n’avance pas. Mais bientôt, il apparaît derrière eux, s’étant infiltré entre nos fractions, à la faveur des nuages de poussière et de fumée… Les rares survivants sont capturés et dirigés aussitôt vers l’arrière des lignes ennemies. « 

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Le 121e B.C.P., en position sur la côte de Froideterre, résiste énergiquement sur sa partie gauche et parvient à repousser l’ennemi. Cependant, son centre et sa droite sont submergés et de nombreux chasseurs sont faits prisonniers. Sur un effectif initial de 1150 hommes, 561 sont morts, 260 sont blessés et 250 sont faits prisonniers.

L’ennemi s’avance ensuite sur les positions que tenait le 121e B.C.P., et se présente sur la ligne Fleury-Abri des Quatre Cheminées.
Le secteur du village de Fleury est tenu par 2 compagnies du 239e. Elles resistent tant bien que mal, mais que peuvent telles prétendrent dans leur état d’épuisement. Elles sont totalement anéanties.

L’abri des 4 Cheminées est l’un des 3 abris de troupe qui existent dans le secteur de Verdun. Il se trouve dans la pente sud du ravin des Vignes, dans le secteur de Froideterre, à environ 1 km au sud-est de l’ouvrage de Froideterre. Il se présente sous la forme d’une longue galerie voûtée creusée à 12 m de profondeur et faisant 60 m de long. Deux entrées prolongées par un long escalier permettent l’accès. L’aération est assurée par 4 cheminées, ce qui à donné son nom à l’abri. A l’origine , l’ouvrage est prévu pour loger des troupes de réserve et constituer une étape pour les relèves montantes. Cependant, avec la bataille de Verdun, il est rapidement réquisitionné pour servir de poste de secours et d’état-major. Il sert notamment de poste de transition dans le rapatriement des blessés durant la nuit, vers le village de Bras (voir également la partie « Fortifications », « L’abri des Quatre Cheminées »).

L’abri des Quatre Cheminés
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Depuis l’abri des Quatre Cheminés, on a suivit la progression des Allemands et l’on se prépare au combat. Mais la supériorité numérique de l’ennemi et sa puissance de feu sont trop importantes.
Témoignage du capitaine Paul Ginisy :  » Déjà de petits groupes grimpaient, au sud, les pentes de Fleury et abordaient le village ; nous suivions leur mouvement, tirant de toutes nos armes disponibles… mais des mitrailleuses, braquées sur nos deux entrées, nous interdirent bien vite la plate-forme ; on reflua dans l’abri et les hommes que nous tentâmes de placer sur les premières marches furent régulièrement abattus…
Ce fût, dans l’abri, un indescriptible émoi, des allées et venue épouvantées parmi les plaintes des blessés et les hoquets des asphyxiés, et des sacs à terre qui s’étaient enflammés répandaient une fumée âcre qui obscurcissait l’abri et empuantissait l’atmosphère irrespirable déjà.
Soudain deux explosions fulgurantes (de grenades) dans les descentes firent trembler l’abri, des éclats ricochèrent. Il y eu un remous d’hommes éperdus, se ruant dans l’ombre avec une grande clameur insensée… un silence mortel succéda… Figés, nous attendions, impuissants, n’espérant plus qu’une mort rapide et pas trop douloureuse… « 

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L’abri des Quatre Cheminées

 

En poursuivant plus au sud-ouest sur 1 km, par la crête Fleury-Thiaumont, l’ennemi atteint à 9 h 30, l’ouvrage de Froideterre.
Cet ouvrage a été construit entre 1887-1888. Bien qu’au départ, il devait être un simple poste d’infanterie, il fut complètement réorganisé de 1902 à 1904. De nouveaux abris et une caserne pour 142 hommes couchés ont été construits ; deux postes d’observation cuirassés ainsi qu’une casemate de Bourge à gauche ont été ajoutée ; une tourelle rotative de 75 équipée de 2 canons courts et que 2 tourelles de 2 mitrailleuses sont venues compléter l’armement ; un fossé de 10 m de largeur sur 5 m de profondeur a été creusé tout autour de l’ouvrage ainsi qu’un réservoir à eau. En temps normal, l’ouvrage peut accueillir 140 hommes, mais à présent, c’est plus de 200 hommes qui occupent les lieux (voir également la partie « Fortifications », « L’ouvrage de Froideterre »).

L’ouvrage de Froideterre
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Déjà, toutes les liaisons de l’ouvrage ont été coupées par le bombardement, les coureurs ne peuvent plus passer, les signaux optiques n’obtiennent aucune réponse.
L’ennemi encerclent l’ouvrage et gravit la superstructure. La tourelle de mitrailleuse est aussitôt levée mais des débris l’empêchent de tourner. Au même instant, une grenade à main lancée dans une crevasse enflamme le stock de fusées de signalisation. A l’intérieur, l’air devient irrespirable et la panique gagne les hommes. Cependant, équipés de leur masque, ils parviennent à éteindre les flammes et à poursuivre le combat.
Jusqu’à 11 h, la résistance est âpre autour de l’ouvrage. A ce moment, la tourelle panoramique de mitrailleuse parvient à être décoincée, elle arrose tout autour d’elle est contraint les Allemands et se terrer sur place.

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L’ouvrage de Froideterre

 

Dans les autres secteurs, la bataille ne faiblie pas. Les Allemands tentent une percée à la côte 321 et à la lisière sud-ouest du bois de Nawè. Ces positions sont tenue par les 359e R.I., 106e et 120e B.C.P. Sur ces 2 points, la progression des Allemands est brisée mais au prix de quel effort ?
Témoignage du canonnier servant FOURMOND, 115e batterie, 44e R.A.C. :
 » Je me dois de signaler l’héroïsme d’un soldat du 359e R.I. qui, blessé lui-même, transporta sur son dos, des hauteur de Thiaumont à la route de Verdun à Bras, c’est-à-dire sur un parcours de plusieurs kilomètres, un camarade affreusement mutilé, en traversant des tirs de barrage de pièces lourdes sans jamais s’arrêter. Ils perdaient tellement de sang, l’un et l’autre, qu’on les eut dits vêtus de capotes écarlates ; ils passèrent près de nous et le porteur avait une expression empreinte d’une énergie tellement farouche que son visage en était effrayant. « 

A lisière ouest du bois de Nawé, les éléments des 405e et 407e R.I. sont débordés et doivent se replier vers la carrière du ravin des Fontaines

 

Il est à présent urgent et impératif aux forces françaises de réagir et de contre-attaquer. Le 106e B.C.P. qui est positionné vers le flanc nord-ouest de la cote de Froideterre est le premier à passer à l’action. Il contre-attaque face à lui et parvient à réoccuper le retranchement X et la batterie C.

Quatre compagnies du 114e B.C.P., en réserve au bois des Vignes, se portent en toute urgence à l’ouvrage des Quatre Cheminés pour le renforcer. En chemin, de nombreux soldats tombent foudroyés par les obus toxiques. Mais les hommes tiennent bon.
Dès leur arrivée, l’ouvrage et toujours encerclé par les Allemands qui tentent vainement d’y pénétrer. Aussitôt, les chasseurs contre-attaquent à la baïonnette et réussissent à faire reculer l’ennemi et à dégager l’ouvrage.
Témoignage du lieutenant Remlinger :  » L’ennemi se trouvait aux abords de notre abri des Quatre Cheminées. Ses mitrailleuses battaient les entrées de notre poste-ambulance.
Soudain surgit le commandant Desoffy avec le 114e bataillon de chasseurs alplins qui avait réussi à traverser la nappe empoisonnée.  » Mon colonel, voici le 114e. – Dieu soit loué ! Desoffy, reconduisez sans tarder les Allemands à la baïonnettes !  »
La conversation ne dépassa pas ces deux phrases. Quelques minutes plus tard, des cris de charge, des hurlements d’hommes retentirent. C’était l’exécution de l’ordre. « 

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Les chasseurs du 114e B.C.P. poursuivent ensuite leur progression vers l’ouvrage de Froideterre qu’ils trouvent dans la même situation. Ils chargent aussitôt et refoulent les Allemands vers le village Fleury. Ils sont rejoint ensuite par 2 compagnies du 297e R.I.
Le 114e B.C.P a repris un front de plus de 1500 m (700 m en avant de l’ouvrage de Froideterre).

Ce repli subit de l’armée allemande permet à 2 compagnies du 239e et 2 autres du 39e de se porter en renfort au sud de Fleury et à l’ouest de la Poudrière.

Comme la veille, il s’en est fallu de peu que l’ordre de faire sauter le tunnel de Tavannes ne soit donné, comme nous le raconte le colonel Bagès, commandant la 24e brigade :  » Il y eu dans la soirée du 23 juin, un moment où je crus que tout allait craquer. Le lieutenant-colonel Maurel me faisait savoir qu’au Chênoir, c’était une boucherie. Des blessés saisis d’épouvante arrivaient en criant que les Allemands étaient tout proches. Il y avait même des blessés ennemis.
L’air était empesté ; plus de liaisons possibles. Seuls, les pigeons voyageurs pouvaient passer. C’était un vacarme infernal et l’on eût dit que tout allait s’effondrer.
Nous étions ahuris ou presque fou.
Un moment je crus que l’heure de faire sauter le tunnel était venue… J’étais résolu à me faire sauter moi-même au besoin. « 

Durant cette terrible journée, le front français à failli céder. L’ennemi s’est emparé de toute la crête allant du village de Fleury à l’ouvrage de Thiaumont. Puis, à poursuivit sa progression vers les bois au sud de Fleury et sur la crête de Froideterre, au sud ouest de Thiaumont.
Cependant, l’ordre était de  » tenir jusqu’au bout. « , et les soldats français l’ont fait, la vague allemande a été une fois de plus stoppée ! Mais ils ne sont plus, désormais, qu’à 3 km de la ville.
Témoignage du colonel Bagès, commandant la 24e brigade :  » Nous fûmes sur le point d’être balayés, submergés, sachant que, derrière nous, il n’y avait pas de fantassin disponible. Des barrages intenses, surtout dans le fond de Vaux et dans le ravin de la Horgne où venaient se rassembler des unités d’attaque, des contre-attaques menées sans relâche, avec des unités épuisées conduites par des cadres admirables, nous sauvèrent du péril d’être jetés à la Meuse…
Le jour où la 24e brigade quitta Verdun pour aller au repos, je passai dans les rangs des survivants. En voyant la faiblesse des effectifs, les larmes vinrent à mes yeux et j’étais cependant bien endurci. Les hommes étaient encore tout tremblants de cette fièvre nerveuse que nous avons tous connue.
Chers camarades des 54e, 106e, 132e, 245e broyés dans cette lutte sans merci ou rescapés, je vous ai aimés, admirés, soutenus dans ces heures si graves. C’est avec un orgueil plein de tendresse et d’affection que j’écris ces lignes pour que ne périsse pas dans l’oubli le souvenir de votre gloire. « 

Dans la soirée, le général Pétain a téléphoné au général de Castelnau, relayant la demande insistante du général Nivelle de pourvoir Verdun en renforts immédiats. Il obtient 4 divisions fraîches disponibles dés le lendemain.
De plus, dès le matin, le général Nivelle avait fait venir sur Verdun la 60e D.I . (202, 225e, 247e et 248e R.I.) et la 131e D.I. (7e, 14e, 41e et 241e R.I.). Mais ces renforts n’arrivèrent aux tranchées qu’en fin d’après midi, et ne participèrent donc pas aux combats du 23.

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Rive gauche
De 4 h 30 à 8 h, le bombardement allemand s’intensifie sur la région Bois-Bourrus.

Deux attaques allemandes sont repoussées aux abords est et ouest de la cote 304. Une 3e plus importante entre le ravin de la Hayette et le Mort-Homme est également mise en échec.

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Front au 23 juin 1916


 

24 juin – Tentative française pour reprendre Thiaumont-Fleury (rive droite)
Rive droite

A 3 h 30, le 19e B.C.P. en ligne au bois Fumin lance une attaque en direction du ravin des Fontaines et de la croupe de Vaux-Chapitre mais cette action ne donne aucun résultat.

A 5 h, 2 bataillons du 63e et 1 bataillon du 297e R.I. se portent en avant vers Froideterre-Thiaumont. Ils ne peuvent dépasser le retranchement Y et la batterie B.

A 10 h 30, le 171e R.I. lance une attaque à la Vaux-Régnier mais ne parvient pas à progresser.

Dans l’après-midi, les 2 bataillons du 63e et celui du 297e tentent un nouvel assaut vers Froideterre-Thiaumont mais qui là aussi, ne donne pas de résultat.

Témoignage de J.-B.-André CHAROY, soldat au 9e Génie, compagnie 6/1 :  » En haut du tunnel de Tavannes, un spectacle horrible nous attend avec les premières lueurs de l’aube ; une section de mitrailleuses, peut-être plus, est là, anéantie, broyée sur une longueur de 50 mètres de boyau. Je reconnais l’uniforme bleu foncé des chasseurs à pied, l’écusson 26, je distingue les corps tourmentés, crispés dans d’affreuses convulsions, par endroits projetés les uns sur les autres ou massés par une commune terreur ; des flaques rouges et fraîches, des mitrailleuses tordues, fracassées… Quelle atroce agonie ont-ils dû subir cette nuit sous le barrage allemand ? Je retiens à peine mes larmes et dans une prière fervente, je salue mes pauvres camarades !… « 

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Rive gauche
R.A.S.


 

25 juin – Tentative française pour reprendre Thiaumont-Fleury (rive droite)
Rive droite

Dans la nuit, le général Mangin demande une amélioration des lignes dans les secteurs de Thiaumont et Fleury.

Dès 2 h, le 340e R.I. en ligne derrière Thiaumont, part à l’attaque face à lui et progresse par les pentes sud du ravin des Trois Cornes. A 3 h, il a atteint le retranchement Z près de l’ouvrage de Thiaumont.

Au même moment, le 63e R.I. s’élance des pentes de Froideterre en direction du l’abri 119. Arrivé devant l’abri, un tir de mitrailleuse meurtrier oblige les hommes à se terrer dans les trous d’obus. Ils y resteront jusqu’au soir.

De même, le 348e R.I. qui a pour mission de dépasser le village de Fleury et tenter d’atteindre les abris 320, ne parvient qu’à progresser que très faiblement.

A 8 h, le général Mangin réitère sa demande de progression impérative sur Thiaumont et Fleury.

Toute la journée, de nouvelles attaques sont menées tandis que celles en cours se poursuivent. Mais aucunes ne parvient à forcer les lignes ennemies.

Rive gauche
Nouvelle attaque allemande sur les pentes sud-ouest du Mort-Homme. Les Français perdent un peu de terrain.


 

26 juin – Tentative française pour reprendre Thiaumont-Fleury (rive droite)
Rive droite

Les attaques commencées la veille vers les secteurs de Thiaumont et Fleury se poursuivent mais sans plus de succès.
Une attaque concentrée de plus grande envergure, visant à reprendre l’ouvrage de Thiaumont, la cote 321 et la crête Thiaumont-Fleury est envisagée pour le lendemain.
Toute la journée, l’artillerie française martèle ces positions avec force et les fantassins se préparent.
Témoignage de Frédéric BAYON, soldat au 126e R.I. :  » Il y avait derrière nous, à gauche du fortin des Quatre-Cheminées, trois ou quatre batteries de 155 qui nous cassaient les oreilles tous les matins pendant quatre heures d ‘affilée et remettaient ça bien souvent dans l’après-midi. Mais un jour, elles furent repérées et les 210 commencèrent à pleuvoir.
A la relève, nous passâmes à cet endroit et l’on nous dit qu’il y était tombé plus de 1200 obus de 210 pour réduire ces pièces au silence. Nous le crûmes facilement en voyant le terrain ravagé, les pièces enterrées, les « cagnas » démolies et les caissons éventrés. Comme elles avaient l’ordre de tenir, elles avaient tenu jusqu’au dernier servant. « 

p11

Rive gauche
Des éléments du 312e R.I. lancent une contre-attaque sur les pentes sud-ouest du Mort-Homme et reprennent le terrain perdu la veille.


 

27 juin – Tentative française pour reprendre Thiaumont-Fleury (rive droite)
Rive droite

A 4 h 30, le 261e et 340e R.I. s’élancent de la croupe nord-ouest du bois des Trois Cornes. Les 2 régiments avancent sous un feu nourri et doivent stopper face à la batterie C et au PC 119. Certains éléments sur la gauche parviennent jusqu’à la cote 321.

Les 41e et 241e R.I. s’élancent quant à eux en direction de Fleury mais ne peuvent aborder le village dont les caves sont fortement gardé par l’ennemi. Les pertes sont très lourdes, le 241e perd les 2/3 de son effectif..
Le 6e bataillon du 241e R.I. forme une ligne de défense à la lisière sud du village.

Au soir, aucune avancée marquante n’a été réalisée et les positions allemandes sont pratiquement les mêmes qu’au 23 juin au soir.
Depuis 5 jours, les pertes du côté français mais aussi du côté allemand ont été très lourdes.
- Le 39e R.I. : 48 officiers et 1.633 homme ;
- Le 261e R.I. : 28 officiers et 1.200 hommes ;
- Le 202e R.I. n’a plus que 200 hommes ;
- Le 239e R.I. n’a plus que 6 officers et 150 hommes ;.
- Des 3 divisions en ligne, 12e, 129e et 130e D.I., ont perdu respectivement 4.832, 4.167 et 3.974 officiers et hommes de troupes. L’épuisement des hommes en ligne est intense.

Témoignage de Georges FERET, soldat au 172e R.I.:  » Le 27 au soir, le 172e relève le 106e. Le terrain est bouleversé par les trous d’obus ; nous cherchons notre route à l’éclair des éclatements. C’est alors que je me trouve face à face avec un gars du 106e. Je lui demande en criant de toutes mes forces, à cause du bruit des éclatements, des renseignements sur les emplacements.
Il répond à ma question péniblement, la voix rauque, la gorge en feu. C’est à peine s’il peut articuler ses mots, tellement il a soif. Alors, je lui offre un peu d’eau de mon bidon, il me répond : « Ah ! non, garde-la, tu en auras besoin. »
Ce souvenir ne m’a jamais quitté. Ce brave type savait ce qui m’attendait et ne voulait pas distraire une goutte de cette eau qui m’allait être si utile. Puisse ce frère d’armes lire ces quelques lignes ; ce serait une joie pour moi de pouvoir lui serrer la main. »

En 2 jours de combat, le 106e R.I. a eu 224 tués dont 7 officiers, 644 blessés dont 11 officiers, 82 disparus.

Rive gauche
R.A.S.


 

28 et 29 juin – Tentative française pour reprendre Thiaumont-Fleury (rive droite)
Rive droite

Les attaques françaises sur Fleury et Thiaumont se poursuivent toute la journée mais sans grand résultat.
La 129e D.I. (106e, 114e, 120e et 121e B.C.P., 297e et 359e R.I) est relevée par la 60e (202e, 225e, 247e et 248e R.I.) dans le secteur de la Marguerite (de la tranchée d’Ypres au P.C. 119 et au ravin des Vignes).

p257

Rive gauche
R.A.S.


 

30 juin – Tentative française pour reprendre Thiaumont-Fleury (rive droite)
Rive droite

Les 4e et 5e bataillons du 248e R.I. ont reçu l’ordre de se porter sur Thiaumont et d’attaquer face à eux, sous les ordres de leur chef de corps, le lieutenant-colonel Marchand. Cependant, ce n’est qu’au levé du jour qu’ils parviennent au retranchement Z et ses abords, qui constituent leur base de départ.
Leur placement n’est pas achevé que l’artillerie française, non renseignée sur les mouvements des lignes, déclenche un formidable tir de barrage et leur inflige de lourdes pertes au point de les désorganiser en partie. En conséquence, le lieutenant-colonel Marchand propose de remettre l’attaque au lendemain. Cependant, sa demande est rejetée.
Témoignage du commandant P… :  » Sur quoi s’est basé le chef en 2e lignes pour ne pas écouter le commandant du régiment qui demande que l’attaque soit remise au lendemain ? Celui-ci seul connaît la vraie situation ; et il est seul à même de juger si son attaque peut ou non réussir.
Sauf dans le cas très particulier où la situation générale le commanderait d’une façon absolue, et où l’on est obligé de consentir le sacrifice d’une troupe pour sauver le reste, sauf ce cas très spécial, on doit toujours écouter le chef de la 1ere ligne. Certains petits états-majors se sont montrés ardents pour des attaques sans but, sans préparation, « pour la gloire ». Ils auraient dû avoir le courage de dire à leur grand chef : « Non, l’attaque, dans les conditions du moment actuel, n’est pas possible ». Et le grand chef se serait rangé à leur avis. « 

A 10 h, les restes des 2 bataillons s’élancent donc en direction de l’ouvrage de Thiaumont. Assez rapidement, les hommes en sous-effectifs sont fauchés par les tirs des mitrailleuses ennemies qui battent la pente.

Les hommes se rassemblent dans les trous d’obus et attendent la nuit. Une nouvelle tentative est ordonnée pour le lendemain.

Témoignage de l’adjudant VIDAL, aujourd’hui capitaine, du 4e Zouaves :  » Dans cette lutte incroyable de résistance, j’ai vécu auprès de mes hommes, que j’aimais par dessus tout, des heures d’héroïsme d’une magnifique beauté, exaltées par un pur sentiment de patriotisme.
A ce moment-là, j’étais encore adjudant, de sorte que je me trouvais en contact immédiat avec mes hommes. Tous se montrèrent les dignes successeurs de leurs devanciers, les fameux zouaves de la Garde de 1870. Dans les moments les plus critiques où j’étais plus que jamais leur ultime conseiller de tous les instants, ils comprenaient très bien que le salut de la patrie était entre leurs mains ; c’est pourquoi ils me disaient toujours, après chaque marmitage particulièrement violent : « Mon adjudant, on va rire, ils vont sortir, attention… » et je vous assure que les Allemands étaient reçus de telle façon qu’ils rebroussaient chemin immédiatement.
J’ai crispé dans mon souvenir ces fameuses et simples paroles d’un mourant : « Mon adjudant, nous les avons eus quand même ; que je suis content… » Le malheureux expirait ensuite avec un léger sourire qui me fit frissonner jusqu’au fond de mon être, et je n’ai pu m’empêcher de l’embrasser. « 

p166

Rive gauche
R.A.S.

 

source : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

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