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26 avril 2013

L’amiral Émile Lacroix

Classé sous — milguerres @ 0 h 32 min

 

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 retour à la Seconde Guerre Mondiale

Ceux que l’on maudirait !

 Une histoire : Bizerte et la France

L’amiral Émile Lacroix
(1883-1949)

Auteur
Christophe Lacroix 
Institut Pierre-Renouvin, Université de Paris 1.

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 notes L’Amiral Emile Lacroix-www cairn info

RÉSUMÉ
Né en 1883, dans les Côtes-du-Nord, l’amiral Émile Lacroix est le fils d’un gendarme. Entré à l’École navale en 1900, il fait une carrière maritime. En 1939, contre-amiral, il commande les contre-torpilleurs de l’escadre de l’Atlantique. Son navire est gravement touché à Mers el-Kébir. Promu vice-amiral et commandant de la 3e escadre à Toulon, avec autorité tactique sur la 4e escadre, il est envoyé le 21 septembre 1940 à Dakar pour prendre la tête de la Force Y, où il combat à nouveau les Britanniques. Vice-amiral d’escadre en mars 1941, il commande la 1re escadre des croiseurs à Toulon, second de l’amiral de Laborde. C’est à ce poste qu’il donne l’ordre de sabotage de ses navires. Retiré à Paris, il n’est pas touché par l’épuration et meurt le 1er août 1949.

• Aux origines de l’amiral
• L’aéronavale
• La 2e Escadre légère, la guerre et Mers el-Kébir
• Le commandement de l’Escadre de l’Armistice
• Dakar
• Toulon et le sabordage
• Le marin devient éléphant37, ou l’exil au milieu de la société

Quel parcours plus emblématique du destin tragique de la marine française durant la Seconde Guerre mondiale que celui de l’amiral Lacroix ? Emblématique au point d’avoir vécu comme siens les principaux drames endurés par la plus belle Marine depuis la fin du XVIIIe siècle : avec son navire-amiral, le Mogador, blessé à mort à Mers el-Kébir ; la réponse au défi britannique et à la nécessité de protection de l’Empire français face aux prétentions gaullistes avec le commandement en chef à Dakar ; et enfin le sabordage de ses navires à Toulon, le 27 novembre 1942. Emblématique aussi par son parcours à la fois classique, par son adhésion au gouvernement légal de Vichy et à sa politique, par sa conception intransigeante de la discipline, son amitié avec le chef de la Marine et dauphin du maréchal Pétain, l’amiral Darlan, et atypique, du moins dans les idées reçues, par son origine modeste, son caractère très marin, sa passion pour l’aéronavale, son refus de toute compromission avec les clientèles ou les politiques, son anglophilie, son désir (contenu) de faire appareiller les Forces de Haute Mer à Toulon.
2On l’aura compris, une biographie de l’amiral Lacroix est une invitation à dresser une nouvelle évaluation de l’histoire du corps des officiers de Marine, donc de la Marine en général, du conflit qui vit la disparition provisoire de cette dernière. Point de vue d’autant plus fort qu’il se constitue à partir du parangon d’un marin arrivé au sommet de la hiérarchie, au cœur des événements, à la popularité certaine, mais resté méconnu[1] 

. Mais dans cette même logique, pour bien le comprendre, il ne faut pas l’enfermer dans l’amiral de la Seconde Guerre mondiale, « l’amiral Mers el-Kébir – Dakar – Toulon », et se souvenir qu’il n’aurait pas dû devenir marin.

Aux origines de l’amiral
3Bien que né en Bretagne en 1883, ses origines ne prédisposaient pas Lacroix à embrasser la carrière d’officier de la Royale. Son grand-père, mort avant la naissance de son fils, était cultivateur à Valempoulières, situé dans les moyennes montagnes jurassiennes. Hauteurs qu’a quittées Jean-Pierre Lacroix, le père de l’amiral, pour ne plus y revenir, en s’installant dans les Côtes-du-Nord, après sept années de conscription dans la cavalerie impériale, lorsqu’on lui a proposé un emploi dans la gendarmerie à cheval, à Bégard. C’est dans ce petit village de l’intérieur des terres qu’il rencontre sa femme et installe les Lacroix dans un environnement bretonnant, simple et paysan.
4Émile Lacroix, après avoir perdu son père à l’âge de 10 ans, est pris en charge par le mari de sa sœur, Louis Le Razavet, qui lui fait découvrir, à l’occasion de vacances chez un cousin, la mer qui devient sa passion. Au point que le jeune homme profitera désormais de chaque congé pour la rejoindre, effectuant seul à pied les 25 km séparant Bégard de la ferme familiale des Le Razavet. L’adolescent sait tôt sa vocation : être marin.
5Ses brillants résultats lui permettent d’envisager la carrière d’officier de Marine. Après avoir fait sa scolarité au lycée public de Saint-Brieuc, il intègre la Flotte[2] 
de Brest, bien que son directeur ait tenté de lui faire préparer Polytechnique, ce qui lui a valu cette réponse ferme, pour 15 ans : « J’ai décidé d’être marin. Si je ne suis pas capable de devenir officier, j’en saurai toujours assez pour être matelot. »
6Après deux années de scolarité, Lacroix intègre, à la 30e place sur 101, l’École navale, sur le Borda (résumé à lui tout seul de la « vieille Marine » qui imprègne encore l’institution de la Royale à cette époque)[3] 
Cette École navale dont l’environnement est encore peu démocratisé et qui se situe entre Fachoda et l’Entente cordiale. Aspects peu anodins au sujet d’un outil de socialisation primaire au pouvoir structurant. Son entrée, permise par la politique méritocratique de la IIIe République, consacre une élévation sociale pour le jeune élève officier, « fils de simple gendarme, boursier et républicain »[4] 
. Ses camarades sont les futurs amiraux Derrien, Moreau, d’Harcourt et Marquis ; ses anciens sont Sablé, Darlan, Muselier, Le Bigot ; ses « fistots » Decoux et Godfroy. On retrouve parmi ceux-ci les principaux acteurs de la Marine du second conflit mondial. Plus particulièrement, Émile Lacroix va se lier d’amitié avec un certain nombre d’entre eux, dont François Darlan, qu’il invite chez lui à Bégard. Ces amis vont constituer le premier groupe dont s’entourera le futur amiral de la Flotte, ce que l’on appellera plus tard les Amis de Darlan, à la différence qu’ils ne lui devront pas leur carrière et qu’ils ne seront véritablement que sur le tard un relais du système Darlan.
7Du point de vue scolaire, l’École navale confirme les efforts d’Émile Lacroix. Il arrive rapidement à la 4e place et échoue au pied du podium, 5e, à cause d’un séjour d’un mois à l’hôpital. Il est durant les deux années premier en anglais. L’École d’application se passe beaucoup moins bien. Il y est sévèrement noté par son commandant, le c. v. Berryer, qui juge son intelligence « plus théorique que pratique » (ce que sa carrière démentira). Ce qui le fait chuter dans le classement et l’empêche d’être affecté, avec les meilleurs ou les mieux aidés, en Extrême-Orient. L’aspirant Lacroix embarque, en 1903, dans l’océan Indien, jusqu’en 1907, puis en Méditerranée. Il retrouve la Bretagne en 1909, comme second d’un torpilleur. En 1911, il passe une année de croisière le long des côtes américaines avec le vieux croiseur d’Estrées, affectation très maritime. Durant toute cette période où un officier prépare son premier commandement, l’enseigne de vaisseau ne fait, curieusement, pas de spécialité. Ce qui lui permettra d’avoir une carrière plus ouverte que l’ordinaire des officiers.

8En 1912, la campagne du Maroc lui offre la première occasion de se distinguer. Sur le croiseur Friant, puis sur le Du Chayla, il est ensuite détaché au port de Méhédiya, qui joue un rôle important dans le ravitaillement de Fez par la rivière du Sébou. Enfin, il est envoyé sur le croiseur Cassard, navire du commandant de la Division navale du Maroc, le c. v. Simon. En juillet 1913, il prend Forti, au nord d’Agadir. Cette action lui vaut la Légion d’honneur et la promotion au grade de lieutenant de vaisseau. Remarqué par Simon, il devient son adjoint de division, l’équivalent, pour une division, de chef d’état-major. En janvier 1914, il reçoit des félicitations du ministre pour son travail sur la prévision de la houle au Maroc et pour son étude sur les ports du même pays.
9En 1915, il obtient son premier commandement, une escadrille de chalutiers de l’Océan, qu’il est aussi chargé de mettre en état afin de les rendre aptes à la lutte anti-sous-marine dans la Manche. En 1916, il prend le commandement de la Somme, un chalutier, dans les Patrouilles de la Méditerranée orientale. Lacroix se distingue au point de recevoir cette note flatteuse du commandant des Patrouilles Fatou : « Malgré la concurrence de nombreux et excellents collègues, il s’est mis tout à fait en vedette dans la division des patrouilles, par son entrain et son mordant. Cet officier n’est heureux que quand il agit[5] et ses chefs partagent ce sentiment de satisfaction, car ils savent qu’il n’est pas une mission, pas une action de guerre qui puisse être mise entre de meilleures mains que les siennes. » En 1917, il est nommé adjoint à la base de Patrouilles de Patras et de Corinthe, avant de gagner au même poste la base de Corfou (base très importante, car point de ravitaillement des navires assurant le blocus de l’Autriche en Adriatique et point de passage de toutes les troupes rejoignant le front oriental). Ces fonctions lui valent cinq témoignages de satisfaction.

10En novembre 1918, à Bougie, en Algérie, un ami du Borda lui fait rencontrer sa future femme, Blanche Chichillianne, divorcée. Ils se marient en août de l’année suivante et Pierre (prénommé ainsi comme tous les aînés Lacroix) naît en mars 1920 à Toulon.
11En mai 1919, il est nommé capitaine de corvette et commandant de l’aviso Toul. Peu de temps après les mutineries, il est envoyé en Crimée, où il doit notamment participer à l’évacuation des troupes blanches, ce qui lui vaut des félicitations du ministre. En février 1921, il engage près d’Anapa, « faisant preuve de belles qualités militaires et de décision et de vigueur » dit la citation, le combat avec un bâtiment bolchevique qui l’avait attaqué inopinément. Il méritera durant cette campagne quatre citations.
12Après le combat d’Anapa, le Toul est en gardiennage et Lacroix est désigné pour prendre le commandement de l’aviso Du Couëdic. Mais il ne reste pas longtemps sur ce navire, lui aussi en carénage, et part à Cherbourg prendre le commandement du torpilleur Chastang. À ce poste, il s’occupe de la remise en état des torpilleurs livrés par l’Allemagne.
13Mais la Marine subit une grave crise après la guerre. De nombreux officiers doivent rester à terre, faute de pouvoir servir en mer. De bonnes appréciations lui permettent d’embarquer, mais il doit demander, pour continuer, à être maintenu comme commandant en second seulement sur le même Chastang. Cette attitude lui vaut d’être bien vu du commandant de la 2e flottille de torpilleurs, qui en fait son adjoint, sur leMécanicien Principal Lestin. Après un commandement en mer ininterrompu depuis la fin de la guerre, le capitaine de frégate Lacroix, depuis juin 1923, est obligé de travailler à la recherche d’une affectation intéressante à terre. La vacance du poste de sous-directeur du port de Brest l’amène à intervenir auprès du directeur Bréart de Boisanger, Breton franc à la brillante carrière de marin, à la Noël[6]

Cet exemple traduit la crise traversée par le métier d’officier de Marine au début des années 1920, lorsque la Marine doit accepter de se sacrifier au profit de l’Armée et de l’arme nouvelle de l’Air, prioritaires.

L’aéronavale
14Mais pour Lacroix cette période est davantage marquée par la perte de son second fils, Jacques, né le jour de Noël 1921 et mort le jour de Noël suivant. L’homme, sensible, n’arrive pas à s’en remettre (jusqu’à appeler sa fille Jacqueline et ne pas oublier Jacques dans son testament)[7] . Si les notes ne font pas apparaître une baisse de la qualité de son service (il reçoit en décembre 1923 un nouveau témoignage de satisfaction pour le concours d’honneur des torpilleurs), la famille Lacroix a suffisamment ressenti cette épreuve pour prêter à Darlan une tentative de remotivation, grâce à un nouveau centre d’intérêt : l’aéronavale[8] 

15Si l’on ne peut exactement expliquer l’origine de ce qui va constituer une de ses grandes passions et occuper le quart de sa carrière, en 1924, il s’intéresse aux essais effectués au sein du port de Brest. Le 1er décembre de la même année, il prend le commandement de l’Aéronautique maritime du 2e arrondissement (celui de Brest) et devient membre de la Commission d’études pratiques de l’aéronautique. En 1925, il crée, en prenant le premier commandement, l’École supérieure de la navigation aérienne. Le c. f. Lacroix reçoit pour cela deux lettres de félicitations du ministre. Enfin, en 1926, il est nommé commandant de l’aviation maritime de la 4e région, à la base aéronavale de Karouba (Bizerte).

16En 1928, souhaitant reprendre la mer, après avoir perdu l’habitude du commandement durant toutes ces années où il s’est occupé de l’aéronavale, il demande à être mis sur la liste des officiers désireux de servir en mer. Il est nommé commandant en second du nouveau croiseur lourd Duquesne. Promu en janvier 1930 capitaine de vaisseau, il devient auditeur au Centre des hautes études navales (CHEN), réservé aux officiers destinés à occuper les hautes fonctions de commandement. Le vice-amiral Bréart de Boisanger, commandant du CHEN depuis peu, qui avait demandé en 1925 que le c. f. Lacroix y entre, n’y est probablement pas étranger. Appréciant Lacroix, il le classe premier de sa promotion pour un commandement. Ainsi, en juillet 1930, celui-ci prend le commandement du récent et beau croiseur de 10 000 t Suffren, dans la 1re Division de croiseurs du contre-amiral Descotte-Genon. Il récupère, avec les deux autres croiseurs de la division, les élèves de l’école d’application, perdue en mer. Si pour le « pacha » le pouvoir de former l’avenir de la Marine constitue une joie réelle, l’expérience est un échec, à cause de la mauvaise volonté des officiers du bord de s’en occuper, en plus du service habituel[9] 

En juin 1931, le c.-a. Darlan succède à Descotte-Génon. En octobre, le Suffren fait partie de la représentation de la France lors des cérémonies du cent cinquantenaire de la bataille de Yorktown, aux États-Unis. Il reçoit à son bord le maréchal Pétain, représentant la France, pour la traversée de l’Atlantique. Cet embarquement laissera d’ailleurs un goût amer à la Marine, Pétain ayant tenu, en bon terrien, des propos désagréables sur un bâtiment incapable d’être constamment prêt à se battre, suite à une avarie qui l’avait immobilisé. Cependant, le c. v. Lacroix n’en gardera pas un mauvais souvenir, au point, plus tard, de faire trôner dans son salon la photographie, autographiée à l’occasion, du vainqueur de Verdun. Cet intermède maritime lui permet d’être absent de l’aéronavale pendant la période la plus vive de l’affrontement avec le ministère de l’Air. Il ne sera donc jamais vraiment inquiété par la menace d’un transfert des personnels entre les ministères.

17En juin 1932, il prend le commandement du porte-avions Béarn. Il retrouve l’aéronavale, mais en tant que commandant d’un navire cette fois-ci. Son service, prévu pour durer une année, est prolongé suite à une demande du v.-a. Dubois, commandant la 1re Escadre, au chef d’état-major général Durand-Viel, car le Béarn a bien progressé sous sa direction et Lacroix a « son bateau et ses marins bien en main »[10]. En 1934, il quitte le porte-aéronefs pour la base aéronavale de Berre, le temps d’un été. En septembre, il est à la tête de l’aviation de la 3e Région maritime, la plus importante, celle de Toulon. Promu, le 20 mai, contre-amiral, il est nommé quelques jours plus tard par Durand-Viel à ce qui sera le sommet de sa carrière dans l’aéronavale, la direction du service aéronautique à l’état-major.

18L’aéronavale, contrairement à une idée reçue, commence à être prise en considération. Lacroix succède et précède des éléments brillants de la Marine, Godfroy et Michelier, très proches des chefs d’état-major général Durand-Viel et Darlan, témoignant de leur part d’une prise de conscience plus précoce qu’on a voulu le dire. Le problème est d’ordres budgétaire, politique, industriel et stratégique. La Marine doit, dans la perspective du conflit à venir, s’orienter vers une guerre de liaison (méditerranéenne pour la France), nécessitant la construction prioritaire de navires de ligne. La crainte de voir certains projets confisqués par l’armée de l’Air l’incite à ne pas trop s’engager en avant, d’autant qu’elle n’arrive pas toujours à des résultats concluants dans sa production (à cause notamment des grèves du Front populaire, de l’échantillonnage)[11] 
Les deux années de Lacroix (favorisées par une conjoncture permettant des moyens supplémentaires et une menace de l’Air qui commence à se dissiper) entament la recherche d’une nouvelle cohérence stratégique de l’arme aéronautique, avec des armes de projection offensives (les hydravions torpilleurs lourds et les projets de porte-avions), avec l’abandon progressif du dogme de l’hydravion (avec les Dewoitine) et la prise en compte de la Défense contre avions à tir rapide (les 20 mm auront cependant besoin d’être complétés par du 37 mm). La rédaction d’un règlement de bord spécifique marque également un souci de rationalisation. Il restera toutefois de nombreuses imperfections au début de la guerre.
19Lacroix est donc, pendant ces quinze ans, présent à tous les postes de l’aéronautique maritime. Si on ne peut exactement le qualifier de pionnier, au sens où il s’est engagé dans l’aéronavale lorsque celle-ci existait déjà en tant qu’organisation, il est un des artisans les plus importants de l’élaboration de l’outil aéronaval français. Appartenance appuyée par des ailes d’observateur d’aviation, portées sur l’uniforme, fièrement affichées.

La 2e Escadre légère, la guerre et Mers el-Kébir

20Après son refus d’une promotion à l’état-major, Darlan, chef d’état-major général depuis janvier 1937, lui donne le commandement de la 2e Escadre légère (EL), constituée de contre-torpilleurs qui sont parmi les meilleurs du monde. Son navire amiral est le beau Mogador[12] 
Il est basé à Brest, avec l’escadre de l’Atlantique, sous les ordres de l’amiral Gensoul.
21À ce poste, il doit d’abord assurer à la tête de cette escadre, fierté de la Marine, un travail de représentation sur les côtes bretonnes, mais aussi sur les côtes ibériques. Il en profite pour observer le mouvement des navires allemands dans les ports espagnols. Lors de la déclaration de guerre, la 2e EL escorte les convois dans l’Atlantique et est endivisionnée avec les Anglais. Le c.-a. Lacroix participe notamment à la poursuite duGraf Spee, prenant un temps la tête d’un groupe franco-britannique. Avec la mise en application de la nouvelle répartition des forces navales alliées, la Force de Raid, constituée après la recomposition de l’escadre de l’Atlantique, gagne la Méditerranée et mouille dans le port de Mers el-Kébir, à partir du 28 avril.

22La guerre ne s’arrête pas avec la demande d’armistice du 17 juin. La 2e Escadre légère effectue des sorties, cherchant vainement une flotte italienne. À partir du 25 juin, les navires sont immobilisés, attendant la démobilisation des réservistes. L’Amirauté a donné des consignes pour le sabordage des navires, en cas de tentative d’une puissance étrangère de s’en emparer. Les relations franco-britanniques se sont dégradées et la visite à l’amiral Gensoul de l’amiral anglais North, dans le but d’obtenir un ralliement à laRoyal Navy, accentue l’inquiétude. Nombreux sont ceux qui, comme Lacroix, croient en la possibilité d’une attaque[13] 
23Les sentiments du contre-amiral Lacroix, à ce moment, nous sont connus grâce à un déjeuner pris à bord du Mogador, le 1er juillet, par son neveu Émile Le Razavet. La conversation porte sur l’état moral des marins de Mers el-Kebir et Lacroix regrette de ne pas avoir, à cause des conditions d’armistice, de grand-garde au large ou de surveillance aérienne. Il ajoute que sa seule source d’information est le centre naval de Nemours[14
Il est obsédé par l’exemple d’Aboukir, évoqué à nombreuses reprises, et craint d’être « coincé » dans le port, sans pouvoir réagir[15] 

Et ce n’est pas l’attitude de « cet amiral [Gensoul] coincé dans son Dunkerque », avec lequel il n’a eu aucun contact depuis plus de trois jours, qui le rassure[16
24Mais il est surpris quand il reçoit, le 3 juillet à 7 h 30 GMT, l’ordre de prendre les dispositions de combat. Il semble qu’il ait alors donné la consigne de préparer l’appareillage des contre-torpilleurs (qui est l’étape suivante et qui implique de pousser les feux), une heure en avance[17] 
À 9 h 30, il participe à la réunion des amiraux autour de Gensoul et déclare : « Ces gens-là [les Anglais] considèrent tout ce qui flotte comme un ennemi en puissance… ; ils vont nous couler ! »[18] 

Vers 15 h 30, il croit que la pose de mines à l’entrée du port d’Oran, par des hydravions, est une attaque à la torpille. Si celle-ci est infirmée, le mouvement ne peut que le renforcer dans son idée[19] 
À 16 h 18, le Mogador intercepte le dernier ultimatum britannique : « Si une des propositions n’est pas acceptée pour 16 h 30, il faut que je coule vos bâtiments. » À 16 h 28, les contre-torpilleurs reçoivent la consigne « appareillez tous immédiatement », qu’ils commencent à exécuter. Le Volta retransmet aussitôt le message du commandant en chef : « Prenez poste de mouillage prévu. » Lacroix répercute l’ordre, avant de l’annuler, « jugeant préférable de ne pas les faire mouiller [jeter l’ancre] ». Il veut pouvoir sortir le plus rapidement possible. À 16 h 56, les premiers obus tombent sur la rade. Le Mogador, à toute allure, montre la voie, mais il est obligé de s’arrêter pour éviter un remorqueur, qui dégage les filets de la porte. Un obus anglais de 380 tombe sur les grenades anti-sous-marines et volatilise le quart arrière du navire. L’amiral Lacroix, qui avait été renversé, légèrement ensanglanté par la déflagration, se lève et fait signe aux autres contre-torpilleurs, des mains, de continuer sans lui. Désormais, il va s’occuper de sauvegarder le navire et d’apporter les premiers secours.
25Huit jours plus tard, il revoit son neveu à Alger, avant de gagner Toulon. Il évoque les Anglais seulement pour dire qu’il avait des amis en face et regrette d’avoir perdu, avec sa cabine, sa collection de Shakespeare !

Le commandement de l’Escadre de l’Armistice
26Mais la carrière de l’amiral Lacroix va prendre un tournant historique après Mers el-Kébir, plus précisément le 10 juillet 1940, lorsqu’il est nommé chef de la 3e Escadre, avec autorité tactique sur la 4e escadre et la 2e Escadre légère, sous les ordres théoriques de l’amiral Gensoul[20] 

Promu vice-amiral, le 29 juillet, il est confirmé à son poste le 10 août, au moment du départ de son ancien chef. Derrière cette fonction apparaît en fait un commandement unique (au statut provisoire, à cause des négociations avec la Commission d’armistice et de l’incertitude sur l’avenir de la flotte), sous les ordres directs et indirects de Lacroix, de toutes les forces navales opérationnelles de métropole et d’Afrique (une partie importante est indisponible, soit à cause du blocus britannique, soit à cause de dommages), qui auraient dû constituer l’escadre de la Flotte de l’armistice. Ce commandement ne prendra forme qu’avec la constitution, le 24 septembre, des Forces de Haute Mer[21] 

27Cette fonction récompense des qualités de commandement opérationnel. L’amiral Lacroix est un chef de guerre, à l’image et à la popularité fortes (consacrées par les surnoms « Mimile » et « Lagadec »[22] et nécessaires dans une période qui a besoin de personnalités capables de susciter l’adhésion. Elle est aussi opportuniste, à cause des relations amicales entre Darlan et Lacroix et de l’absence, pour causes diverses, de nombreux cadres qui auraient pu prétendre à cette affectation.
Dakar
28Le hasard des événements va encore rattraper le v.-a. Lacroix et l’obliger à s’affronter à nouveau avec les Alliés d’hier. Le 21 septembre, il est nommé dans l’urgence à la tête de la Force Y, qui était commandée par le c.-a. Bourragué. Celui-ci, sous la contrainte d’un affrontement en situation d’infériorité avec les Britanniques, a dû renoncer au projet de reconquérir les colonies passées à la dissidence et revenir à Dakar. L’amiral de la Flotte a pris, sur l’instant, ce geste pour un acte de faiblesse et l’a démis de ses fonctions, au profit de son supérieur hiérarchique, dont l’assurance d’un esprit ferme et dévoué au service du gouvernement français, l’autorité charismatique, maritime et guerrière sont autant de garanties pour la réussite d’une mission de guerre et de maintien du territoire au sein de l’Empire.

29Quand l’amiral Lacroix arrive à l’aéroport de Ouakam, il s’informe de la situation auprès du contre-amiral Landriau, commandant de Marine Dakar. Il rend compte à l’Amirauté de ses impressions :
30« De l’ultimatum anglais [adressé à Bourragué lorsqu’il essayait de regagner la base] se dégage notion que toute force réunie à Dakar gêne Britanniques. Stop. Logiquement cela doit conduire soit à blocus soit à attaque Dakar. Pour le moment attaque paraît aléatoire. Stop. Par contre blocus possible et conduit à étouffement complet AOF. Stop. Ce blocus ne peut être qu’accéléré par acte hostile ou attitude déloyale de notre part.Quarto. J’estime, étant donné nos moyens, que seule solution est, sur le plan gouvernemental, établir avec les Britanniques un accord au moins tacite permettant passage transports prévus en personnel et ravitaillement question vitale pour nous, et tout faire pour éviter hostilités ouvertes entre France et Angleterre. »[23]
31On voit bien que, si le diagnostic est visiblement erroné, on est loin du bouffeur deyoums[24] que des historiens britanniques ont voulu décrire en parlant de lui[25] 

On peut aussi noter l’accord parfait avec la politique de modus vivendi recherchée par le gouvernement avec la « Perfide Albion ».
32Au niveau opérationnel, le premier souci du commandant en chef des forces navales et, compte tenu du rôle de la Marine, du responsable de la défense de la base, est de rendre ses navires manœuvrables, pour éviter le piège de Mers el-Kébir, en les faisant mouiller dans la baie de Rufisque, qui deviendra le « ratodrome », lorsque les croiseurs seront encadrés des heures durant dans cet espace réduit. Incapables d’atteindre les bâtiments de la Force Y, qui empêchent tout débarquement, et touchés par le tir des batteries côtières, les navires britanniques sont obligés de se retirer. Dakar est la dernière grande bataille navale française et une victoire à l’importance stratégique, car elle permet au gouvernement français d’assurer son influence sur l’AOF. face aux visées gaullistes et d’être en meilleure posture dans les négociations avec l’Allemagne.
33Mais chaque médaille a son revers. L’Amirauté, envisageant au moment de la bataille d’employer les forces navales disponibles à Toulon contre les Anglais, a rappelé en activité l’amiral de Laborde (qui intégrait la réserve) et donné à celui-ci l’autorité qui était celle de Lacroix, constituée organiquement en Forces de Haute Mer. Il est impossible de renvoyer Laborde dans ses foyers immédiatement. Le v.-a. Lacroix doit rester à Dakar.

Toulon et le sabordage
34Le 25 mars 1941, il est promu vice-amiral d’escadre, commandant la 1re Escadre de croiseurs à Toulon, sur l’Algérie, sous les ordres de l’amiral de Laborde. On peut s’étonner du maintien de celui-ci, aux dépens d’un chef populaire, aux qualités maritimes certaines et ami, lui, du chef de gouvernement Darlan. Mais ce dernier doit composer avec les Allemands, leur donner le maximum de garanties pour obtenir des avantages, et de ce point de vue-là Laborde est bien mieux placé que Lacroix, qui ne dispose pas de relais dans les milieux de décision[26] 

De plus, le commandant des Forces de Haute Mer l’a assuré de sa fidélité[27] 
Rien n’impose donc son départ. Au contraire, Darlan veut mettre à profit ce délai pour installer aux commandes de la flotte une nouvelle génération, toute dévouée à sa personne, avec les amiraux Gouton et Bléhaut, pour l’automne 1942, juste avant un changement de situation qu’il entrevoit pour le printemps 1943. L’amiral Lacroix, qui arrive près de la limite d’âge, est sacrifié. Le destin a décidé qu’il devrait vivre sa plus grande souffrance, couler ses navires.
35Le débarquement allié en Afrique du Nord a pour première conséquence à Toulon de repousser la cérémonie de passation de commandement, qui devait avoir lieu le 13 novembre. Le commandant de la 1re Escadre de croiseurs, qui aurait dû céder sa place au c.-a. Bléhaut, vit difficilement ces jours de novembre si particuliers, où il est difficile de savoir où est son devoir. Beaucoup veulent aller au devant des Anglo-Américains pour venger leurs camarades morts à Casablanca. D’autres, probablement la majorité (mais les sentiments étaient mélangés), souhaitent un renversement d’alliances, sans autant définir une attitude politique précise, faisant confiance pour cela au Maréchal. Le désarroi prime. L’atmosphère devient difficile au sein des Forces de Haute Mer. Pour la première fois depuis les mutineries de la mer Noire, des manifestations ont lieu sur les bâtiments pour demander un appareillage, même sur l’Algérie de Lacroix, dont la personnalité imposait pourtant. Depuis la réponse négative de l’amiral de Laborde à l’appel de l’amiral Darlan de le rejoindre à Alger, les marins savent qu’ils sont dans l’impasse, coincés entre les Allemands et l’impossibilité de rejoindre les Alliés, tant qu’une solution politique n’aura pas assuré le renversement d’alliance et évité ainsi un deuxième Mers el-Kébir[28] 

Mais c’est le « Comte Jean » (de Laborde) qui tient les cartes en main.
36Laborde, avec lequel Lacroix a de mauvaises relations[29]
. Outre leurs éducations différentes, qui se retrouvent dans leurs façons de traiter les subordonnés, les « humbles », leur lecture politique des événements n’est pas la même. Le v.-a. e. Lacroix veut, sinon rejoindre Darlan (ce qui est cependant probable, mais non prouvé), du moins appareiller. L’amiral Darrieus (qui servait alors dans les Forces de Haute Mer) raconte ce souvenir d’enseigne : « Les jeunes officiers et les jeunes marins voudraient partir, certains le confient. Mais à mesure que l’on grimpe dans la hiérarchie l’ardeur combative diminue. Il y a des exceptions et je vois encore la tête de l’amiral Lacroix, furieux de rester. »[30] 
Ce témoignage est confirmé par ceux d’autres officiers de la flotte de Toulon, sans même compter l’impression qu’il a laissée dans sa famille[31] 

Le commandant de la 1re Escadre n’est pas cependant allé au-delà, jusqu’au conflit public avec l’amiral de Laborde. Son sens de la discipline, son respect du supérieur, qui l’a toujours obligé à ne pas mettre en doute ses décisions (ce qui l’amènera à ne pas participer à l’opprobre jeté sur Gensoul), sa volonté de ne pas laisser les divisions s’installer au sein de la Marine empêchaient un tel acte d’insubordination, assimilable à une mutinerie. La réalité des moyens était aussi un obstacle, même s’il était le seul à pouvoir le faire, par son élévation hiérarchique, son autorité, sa popularité[32] 

Si l’on dépasse les difficultés d’appareillage à proximité des Allemands (mais la menace n’était encore pas trop sérieuse au 13 novembre), la « vigilance » britannique qui aurait pu amener une bataille en pleine mer, à cause de la présence du vainqueur de Dakar à la tête des navires ayant appareillé, il n’est pas sûr qu’une tentative ait pu réussir, car le second de la Flotte aurait pu ne pas être suivi par tous ses marins (et la marche d’un navire ne tolère aucune défaillance) et le commandant des Forces de Haute Mer, ayant pris des dispositions pour se protéger d’une tentative de s’emparer de lui, n’aurait pas hésité à prendre des mesures préventives s’il n’avait pas eu confiance en son subordonné. Quelles que soient les tentatives de réécrire l’histoire, la tragédie était écrite pour Lacroix et la Flotte.

37Le 27 novembre 1942, à 5 heures, le v.-a. e. Lacroix est réveillé par le commandant adjoint de l’Algérie, le c. f. Bergot[33]
Il interprète d’abord l’ordre de prendre les dispositions finales lors du sabordage, accompagnées de l’allumage des feux, comme une consigne d’appareillage, qui contredit le premier élément. Il demande une confirmation écrite et donne ensuite la consigne d’évacuer les croiseurs. Un officier allemand se présente à l’échelle de coupée. Le commandant Malgouzou doit le retarder afin d’achever le sabordage du navire, pendant que l’amiral Lacroix détruit lui-même le système radar installé clandestinement[34] 
Il les rejoint, après avoir ostensiblement salué une dernière fois les couleurs, et tente lui aussi de gagner du temps. Lacroix est fait prisonnier et emmené. Daniel Jeanlebœuf, du Strasbourg, raconte :
38« J’ai vu passer la voiture bien encadrée de l’amiral Émile Lacroix. Il faisait froid, un officier allemand a voulu lui mettre une couverture sur les épaules. Il l’a rejetée d’un geste brusque. Lorsque le véhicule roula le long des quais, on entendit : “Garde-à-vous ! L’amiral !” Et plusieurs marins criaient : “Vive Mimile !” en agitant leur bonnet. Mais d’autres pleuraient. »[35] 

39Il est retenu deux jours avec certains amiraux et commandants de vaisseaux. Passé dans la 2e section, il se retire avec sa famille à Paris et quitte la Marine sur le sabordage de ses navires. Il doit tenter de démarrer une nouvelle vie, loin de ce qui a été toute sa vie[36] 

Le marin devient éléphant[37] ou l’exil au milieu de la société
40Émile Lacroix tente d’abord de diriger une entreprise de renflouement de bateaux. Mais la découverte de malversations lui fait demander un audit et démissionner. Cette affaire ne fait rien pour relever à ses yeux l’image qu’il se fait du monde civil. Cela dans une ambiance de fin de régime, de la découverte de la politique répressive visible (les milieux maritimes de Dakar et de Toulon étaient préservés) et de la dérive milicienne du gouvernement. Malheureusement, de cette confrontation avec une réalité politique, il n’est resté aucune trace, Lacroix ayant toujours gardé une grande réserve vis-à-vis des affaires politiques, correspondant trop peu aux principes simples qui ont dicté sa vie. S’il a adhéré sans réserve à la Révolution nationale, qui répondait à sa conception traditionnelle de la société, son jugement est aussi celui du fils de la IIIe République, radical devenu conservateur, soucieux d’égalité. C’est dans ce sens qu’il condamne la franc-maçonnerie, symbole pour lui du copinage méprisant la valeur, et ressent un déséquilibre de la représentation juive aux postes de responsabilité par rapport au poids démographique de la population israélite. Cet abord républicain nous oblige à ne pas avoir cette vision caricaturale de l’officier de la Royale, à l’image de la pratique religieuse de ce croyant sans foi (mais dont les enfants seront profondément religieux).

41La période est aussi difficile pour le marin dans l’âme, qui doit vivre avec le sabordage de ses navires, la brutale fin d’activité, loin de la mer. Dans une ambiance de persécution pour la Marine qu’il a connue et aimée. À la Libération, il n’est pas jugé par la Haute Cour de justice, grâce à une intervention du gouvernement britannique pour que Dakar ne soit pas évoqué et grâce à la faible insistance de son ami le président de la Commission d’épuration de la Marine, l’amiral Sablé[38] 
Mais il constitue une exception. Ses camarades sont déchus de leurs droits, jugés, voire emprisonnés dans des conditions inhumaines (Esteva et Derrien en mourront). Ce martyre des amiraux de Vichy les pousse, en plus de leur habituelle proximité sociale, à se réunir, plus particulièrement dans une action de révision du procès du maréchal Pétain, notamment par une écriture de l’histoire de Vichy (c’est ce que nous avons appelé le « complot des amiraux », qui est une partie d’une organisation très structurée plus vaste, à l’origine de la thématique du « double jeu », de l’historiographie vichyste de Vichy)[39] 

42Le crépuscule moral est également physique. Lacroix souffre d’un long et douloureux cancer. Toussant, régulièrement mal, très amaigri, il n’est plus le marin énergique, solide, capable d’affronter les pires tempêtes, qu’il était (une photographie prise lors du mariage de son fils aîné, en 1948, le montre méconnaissable). La nuit, à l’hôpital du Val-de-Grâce, il revit, rapportèrent les infirmières, ses commandements. Il attend désormais de retrouver Jacques. Ce qu’il fait le 1er août 1949. Sa femme, de chagrin, le rejoindra trois mois plus tard.

NOTES
[ 1]Méconnu, comme nous le verrons plus tard, notamment à cause de son refus (exprimé à son entourage maritime et familial) que l’on parle de lui, imputable à une réelle modestie et à une conception désintéressée du devoir. C’est ce qui explique en grande partie l’originalité de ce travail, qui ne s’appuie pas sur des archives privées (qui n’existent plus), mais sur des archives administratives du Service historique de la Marine ou sur la mémoire individuelle (écrite et orale). 
[ 2]Nom de la classe préparatoire à l’École navale. 
[ 3]Dossier personnel de l’amiral Lacroix, Service historique de la Marine (SHM), CC7 4o Moderne 1071 (2). 
[ 4]C’est ainsi que l’amiral Lacroix décrivait le jeune homme qu’il était, confronté à la morgue aristocratique d’une minorité. Une anecdote de l’amiral Decoux met dans la bouche du commandant, souhaitant mettre en avant auprès du ministre radical Pelletan un élève d’origine modeste auquel il s’intéresse « tout spécialement », l’expression de fils de « simple gendarme » ; v.-a. E. Decoux, Adieu, Marine, Paris, Plon, 1957, p. 21.
Abréviations des grades : v.-a., vice-amiral ; v.-a. e., vice-amiral d’escadre ; c.-a., contre-amiral ; c. v., capitaine de vaisseau ; c. f., capitaine de frégate. 
[ 5]Souligné par le c.-a. Fatou. 
[ 6]Dossier personnel Lacroix, op. cit. 
[ 7]Testament amiral Lacroix, archives privées. 
[ 8]Cf. partie consacrée au choix de l’aéronavale : Christophe Lacroix, L’amiral Lacroix, exemple de l’officier de Marine, mémoire de maîtrise à l’université de Paris I, sous la direction du Pr Robert Frank, 2002, p. 74-78. 
[ 9]V. A. Philippon, Le métier de la mer, Paris, France-Empire, 1971, p. 30-31 ; C. A. Auphan, L’honneur de servir, Paris, France-Empire, 1978, p. 142-144. 
[ 10]Fonds privé amiral Durand-Viel, SHM, 120 GG2, lettre de l’amiral Dubois du 5 juin 1933, p. 226. 
[ 11]Huan et Coutau-Bégarie, op. cit., p. 142-143. 
[ 12]Beau, du moins dans sa conception. En pratique, par faute d’avoir voulu insérer trop d’innovations en même temps, le Mogador n’a jamais pu atteindre son rendement théorique et a souvent dû être caréné pour réparations ; cf. Jean Lassaque, Les contre-torpilleurs de 2 880 tonnes type Mogador (1936-1945), Marines éditions, 1996. 
[ 13]Contrairement à ce qu’écrit Gensoul dans son rapport, en plus de la visite de North, les survols de la base par des avions britanniques les 28 juin et 1er juillet (pour contrôler la disposition des navires), pour les éléments dont on est sûr, suffisaient à l’installation d’une certaine méfiance. Rapport de l’amiral Gensoul, SHM, série TTO 1.
[ 14]Nemours était un centre d’espionnage secret situé à la frontière marocaine, donc près du détroit de Gibraltar et de la base éponyme. 
[ 15]Lettre d’É. Le Razavet à l’auteur, le 11 juillet 2001. 
[ 16]Entretien de l’auteur avec Michel Béguin, le 13 mars 2002. Émile Le Razavet avait dit, il y a de nombreuses années, cet élément, oublié au moment de la correspondance avec l’auteur, à Michel Béguin. 
[ 17]Pour les questions posées par l’attitude de Lacroix à Mers el-Kébir, se référer à C. Lacroix,op. cit., p. 105-109. 
[ 18]Commandant Vulliez, Mers el-Kébir, Paris, France-Empire, 1975, p. 137-138. 
[ 19]Rapport de l’amiral Lacroix à l’amiral Gensoul, le 31 juillet 1940, SHM, série TTO 1. L’action de Lacroix pendant cette journée est, sauf mention contraire, issue de ce rapport. 
[ 20]Pour le commandement intérimaire de juillet, lire les télégrammes 3577, 3590 et 3591 du 10 juillet 1940 de l’Amirauté, SHM, série TTE 87-88 Grands Commandements, Flotte de l’Atlantique. À compléter par la série TTF 82 Divisions navales, 3e escadre ; pour le commandement confirmé du 10 août, voir l’organisation définie par les Instructions générales 1496 FMF 3 (sur le commandement des forces maritimes) et 1497 FMF 3 (sur l’organisation des forces navales) dans ce même carton ; pour l’autorité tactique sur la 4e escadre en juillet, consulter la série TTF 82 4e escadre SHM. 
[ 21]Ibid., série TTE 112, télégramme FMF 3 2024. 
[ 22]L’amiral Lacroix était appelé, affectueusement, « Mimile » par les matelots, car il leur prêtait une véritable attention, due sans doute à son origine semblable. « Lagadec », qui veut dire en breton « grand œil », employé surtout par les officiers, venait d’un de ses tics de langage : « mon œil ! », le geste joignant la parole. 
[ 23]Mordal, La bataille de Dakar, Ozanne, 1956, p. 161. 
[ 24]Anglais en argot baille. 
[ 25]Le général Watson, qui était de l’expédition franco-britannique dit que « l’amiral Lacroix arriva à Dakar par avion pour prendre le commandement et qu’il était particulièrement “monté” contre les Anglais, ayant perdu un neveu à Mers el-Kébir [le c. v. Pierre Lacroix était encore bien vivant à Dakar en septembre 1940 !] » (J. A. Watson, Échec à Dakar, Paris, Robert Laffont, 1968, p. 220). L’historien Arthur Marder, lui, a sa façon de traduire : « Une source française décrit Lacroix comme un personnage ordurier “vieux loup de mer hirsute, qui paraissait taillé au couteau. Il avait la réputation d’être un Amoureux de la guerre [War lover]” » (A. Marder, Operation Menace, The Dakar Expedition and the Dudley North Affair, Londres, Oxford University Press, 1976, p. 108). Le terme de warrior aurait été tout à fait juste. 
[ 26]L’amiral de Laborde ira même, le 7 novembre 1942, jusqu’à des discussions pour tenter de monter une expédition au Tchad, avec des armes et des uniformes allemands, qu’il aurait dirigée pour reprendre les territoires perdus. Il avait donc noué des relations très proches avec les autorités occupantes. Cf. Huan et Coutau-Bégarie, op. cit., p. 569. 
[ 27]Cdt. Vulliez, Les 20 derniers jours de la Flotte, Presses de la Cité, 1963, p. 37-38. 
[ 28]Les Forces de Haute Mer étaient en effet attendues par une flotte anglaise et des sous-marins allemands. 
[ 29]Cf. partie consacrée aux rapports entre les amiraux de Laborde et Lacroix, (C. Lacroix, op. cit.,p. 109-116). 
[ 30]A. Henri Darrieus et c. v. Jean Quéguiner, Historique de la Marine française (1922-1942), L’Ancre de Marine, 1996, p. 368. 
[ 31]Lettres du c. v. Vaury à l’auteur, les 21 octobre et 10 novembre 2001, archives privées. Entretiens avec Alex Wassilieff, le 19 octobre 2001, et le cdt. Gaydon, le 28 octobre 2001. 
[ 32]Le v.-a. Marquis, préfet maritime, n’avait d’autorité que sur les bâtiments de protection du port, de faible valeur, et sur les navires en gardiennage d’armistice jusqu’à 20 milles des côtes. Au-delà elle appartenait aux FHM. 
[ 33]Rapport de l’amiral Lacroix sur le Sabordage, SHM, TTD 273. On peut noter l’abandon dans ce document administratif de son habituel silence. Signe d’émotion. 
[ 34]Lettre d’É. Le Razavet à l’auteur, le 27 juin 2001, archives privées. 
[ 35]Antier, op. cit., p. 233. 
[ 36]Il refusera désormais de remonter sur un bateau, même lors de vacances en Bretagne, se contentant de pêcher à pied. On en imagine sans peine la signification pour cet amoureux de la mer. 
[ 37]Civil en langage baille. 
[ 38]Émile Le Razavet s’est rendu au domicile de l’amiral juste après que Sablé lui a montré la lettre britannique. Lettre d’É. Le Razavet à l’auteur, le 6 mai 2000, archives privées. 
[ 39]Voir le petit développement que nous avons fait dans notre mémoire de maîtrise, op. cit., p. 171-175. 

POUR CITER CET ARTICLE
Christophe Lacroix « L’amiral Émile Lacroix », Guerres mondiales et conflits contemporains1/2004 (n° 213), p. 25-38.
URL : www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2004-1-page-25.htm.
DOI : 10.3917/gmcc.213.0025.

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Ceux que l’on maudirait !

 Une histoire : Bizerte et la France

 

 

9 avril 2013

Le service de santé de l’armée de l’Air pendant la Deuxième Guerre mondiale – Jean Timbal

Classé sous — milguerres @ 22 h 45 min

Le service de santé de l’armée de l’Air pendant la Deuxième Guerre mondiale

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Jean Timbal

p. 108-119
http://rha.revues.org/index198.html

-
Résumé
Les premiers mois de la guerre entraînent la disparition quasi-complète de l’organisation et des infrastructures dédiées à l’expertise du personnel navigant, à la recherche et à l’enseignement de la médecine aéronautique. Le secrétariat d’État à l’Aviation, créé après l’Armistice prévoit un service de santé (SSAir) commun à l’armée de l’Air et à l’Aviation civile. Constitué exclusivement de militaires sa direction est confiée au médecin général Goett. En même temps qu’il règle la question du recrutement, de la formation et de l’uniforme des médecins, infirmiers et infirmières, le médecin général Goett met en place une organisation qui résiste aux turbulences de l’époque et reste la base du développement du SSAir une fois la paix revenue. Après les évènements de novembre 1942, le SSAir privé d’une partie de ses effectifs et dépouillé de l’essentiel de ses moyens matériels continue à assurer dans des conditions difficiles, le soutien médical du personnel et des familles du secrétariat général à la défense aérienne. En Afrique du Nord, le SSAir est renforcé en effectifs et rééquipé par les américains. Après la campagne de Tunisie, où plus de 818 évacuations sanitaires aériennes sont effectuées, il débarque en Provence et accompagne les troupes françaises dans leur progression vers l’Allemagne. Après la libération de Paris, les SSAir de métropole et d’Afrique du Nord sont unifiés. L’ambulance médicochirurgicale de l’Air n° 401 intervient à Strasbourg, en décembre 1944, pour traiter 240 blessés et à Mengen, en mai 1945, pour en évacuer 1 935. Dans les derniers mois de la guerre, deux hôpitaux de campagne de l’armée de l’Air sont mis en service, ainsi qu’un centre de sélection psychophysiologique de l’Air et un Centre d’études de biologie aéronautique du service de santé de l’Air.

Plan

  • État des lieux en septembre 1939


  • Désorganisation et destructions des premiers mois de la guerre


  • Naissance du service de santé de l’armée de l’Air


  • Recrutement et formation du personnel


  • Reprise de l’activité médicale


  • Survie en métropole après novembre 1942


  • Le service de santé de l’armée de l’Air d’AFN après novembre 1942


  • Les derniers mois de la guerre


  • Conséquences


L’intégralité de l’article sur : 

http://fr.calameo.com/read/0021527564509ce46288b

 Le service de santé de l’armée de l’Air pendant la Deuxième Guerre mondiale - Jean Timbal sans_t22retour page d’Accueil retour à la Seconde Guerre Mondiale

2 avril 2013

L’opération Nordwind

Classé sous — milguerres @ 23 h 35 min

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale  

L’opération Nordwind

L’opération Nordwind était une des dernières offensives militaires de la Wehrmacht sur le front de l’Ouest durant laSeconde Guerre mondiale. Elle eut lieu du 1er au 25 janvier 1945 en Alsace du nord et en Lorraine (France).

À la fin du mois de janvier, l’offensive fut stoppée par les troupes alliées constituées d’unités américaines appuyées par des unités françaises. Les combats les plus violents eurent lieu dans les environs de Hatten et de Rittershoffen, dans le département du Bas-Rhin. Durant les batailles de chars qui se déroulèrent entre le 8 et le 20 janvier 1945, Hatten fut presque entièrement détruite.

 

L'opération Nordwind German_counter_in_northern_Alsace_Lorraine

Carte de la contre-offensive allemande en janvier 1945

L’offensive débuta, sans préparation d’artillerie pour ménager l’effet de surprise, dans la nuit du nouvel an 19451. Les soldats américains furent d’abord surpris, mais, après avoir reçu des renforts, ils accentuèrent rapidement leur résistance ce qui fit que l’offensive allemande ne progressa plus que très lentement. Par exemple la 256e division d’infanterie allemande ne progressa le premier jour que de 6 km. Dans le même temps, une offensive secondaire fut lancée au sud de Strasbourg contre les positions françaises.

Le deuxième jour, Reipertswiller et Wissembourg furent réoccupées par les troupes allemandes.

Le 4 janvier, les Américains se replièrent et établirent une ligne de front sur la Moder qui traverse le centre-ville deHaguenau.

Dans la nuit du 4 au 5 janvier, plusieurs bataillons allemands traversèrent le Rhin devant Gambsheim. Ils établirent une tête de pont composée d’éléments hétéroclites et mal nourris. Ils attaquèrent avec acharnement mais beaucoup de soldats allemands étaient prêts à déserter. Il faisait particulièrement froid, l’eau gelait dans les gourdes et le temps était défavorable à l’intervention de l’aviation.

Le lundi 8 janvier, les Allemands amenèrent des forces considérables en Alsace en traversant le Rhin en quinze endroits, en particulier entre Freistett et Gambsheim et entre Fort-Louis et Söllingen. Le XXXIXe Panzerkorps lança son attaque sur Hatten, passage obligé sur la route de Strasbourg : c’était le début de la terrible bataille de Hatten-Rittershofen qui devait durer 12 jours.

De violents combats eurent également lieu autour de la station de pompage de la Breymuhl, près de Rohrwiller. Durant plusieurs jours, du 8 au 11, elle fut la scène de combats acharnés, au corps à corps.

Le mercredi 10 janvier une longue file de réfugiés venant par la route de Wissembourg se déplaça le long du canal de dérivation de la Moder. Au moins un quart de ces gens étaient en chemise de nuit alors que le thermomètre indiquait -10° C. Ils racontaient que les Américains avaient tout anéanti devant eux avec des canons à tir rapide, pour arrêter l’attaque allemande.

 

 

 

 

 

 

Le 15 janvier, pas moins de 17 divisions allemandes étaient déployées au sein des groupes d’armées « G » et « Oberrhein ». Les Allemands réussirent encore à reconquérir d’autres villages ainsi que la forêt de Haguenau. Ils arrivèrent à la porte de cette ville le16 janvier. Au sud, la 2e armée française avait arrêté les Allemands après de durs combats. La 3e division d’infanterie algérienne vint renforcer les troupes américaines au nord.

Mais après le retrait des Américains de Hatten et de Rittershofen le 20 janvier, le front se stabilisa sur la Moder dans la nuit du 20au 21. Les habitants de Hatten qui avaient survécu purent alors sortir des caves où ils s’étaient terrés. Sur les 365 maisons que comptait le village, 350 étaient détruites et partout il y avait des cadavres qui jonchaient le sol. 2 500 soldats et 83 habitants du village y avaient trouvé la mort durant la bataille.

Le 21 janvier, alors que le temps est radieux et la neige abondante, les Allemands se réorganisèrent le long du canal de la Moder et portèrent l’effort principal sur le secteur de Haguenau. Des chars furent vus à l’est de la ville et la population fuit à nouveau.

Le 23 janvier, des avions à réaction allemands lâchèrent des bombes sur Gries, Weitbruch et Kaltenhouse mais le reflux des Américains était terminé. Les troupes allemandes étaient concentrées au nord de la forêt de Haguenau et des chars allemands étaient au Hundshof à Marxenhouse et à Schweighouse. Une patrouille de cyclistes allemands en tenue de camouflage blanche fut repoussée à l’entrée de Haguenau.

Le 24 janvier, les Allemands, conscients de leur faiblesse, n’attaquèrent pas directement Haguenau mais tentèrent de l’encercler afin de faire fuir les Américains. L’attaque fut lancée dans le secteur de Kaltenhouse, de Schweighouse et d’Ohlungen. De violents combats au corps à corps eurent lieu dans les maisons et la papeterie de Schweighouse.

Le 25 janvier, les Allemands lancèrent une ultime contre-attaque, appuyée par trois chars, à partir du Kestlerhof et réussirent à franchir la Moder à mi-chemin entre Kaltenhouse et Haguenau. Les combats les plus durs se déroulèrent dans la soirée, en particulier dans les premières maisons de la ville. La guerre de position s’installa en plein Haguenau, de part et d’autre du canal de la Moder. Le soir même, alors que les renforts américains commençaient à arriver depuis les Ardennes, l’ordre fut donné par Hitler d’abandonner l’opération Nordwind, y compris la tête de pont sur la Moder. Mais les combats ne cessèrent pas pour autant.

Enfin, le XXXIXe Panzerkorps dut se retirer de la région pour être transféré sur le front de l’Oder afin de participer à la défense de Berlin. Cela mit un terme définitif à l’offensive allemande mais une longue guerre de position débuta alors.

Épilogue

À la fin de l’opération Nordwind, les combats faisaient toujours rage dans le nord de l’Alsace et Haguenau fut bombardée quotidiennement par l’artillerie allemande durant de nombreuses semaines.

Le vendredi 2 février 1945, Colmar fut libérée et, pour la France entière, ce fut l’Alsace qui était libérée. Mais le nord de la région restait toujours aux mains de l’occupant. ÀHaguenau, 7 000 personnes restées dans la ville de front vivaient dans les caves et ne tentaient que quelques sorties pour se ravitailler, malgré le danger des obus qui tombaient.

Finalement, le 15 mars 1945, les Américains déclenchèrent la contre-offensive générale vers le nord. Oberhoffen fut attaquée et le premier pont Bailey lancé sur la Moder pour permettre à l’infanterie et aux chars de traverser le cours d’eau. Les Allemands battirent en retraite et les combats s’éloignèrent enfin de « Haguenau la Sanglante », comme l’avait nommée un journal américain. L’Alsace et la Lorraine2 ne furent finalement entièrement libérées que le 20 mars 1945.

Notes et références

  1. ↑ La poche de Colmar [archive]
  2. ↑ Forbach fut libérée le 13 mars, Bitche le 16 mars, et Sturzelbronn le 19 mars 1945.
File:US-TankmovementDrusenheim.jpg
Des blindés américains font mouvement entreBischwiller et Drusenheim.
File:Schillersdorf.jpg
Des enfants-soldats allemands appartenant à la Waffen-SS sont faits prisonniers à Schillersdorf.

 

 

L’opération « Nordwind » vue par un général allemand


Hatten, janvier 1945, la dernière grande bataille de chars :

Comme nous avons pu voir à la télévision, la ville Croate de Vukovar, qui avait subit 3 mois de combats, n’était plus que ruines. Involontairement, cela me fait penser aux 2 villages alsaciens, Hatten et Rittershoffen, qui ne sont qu’à 20 Km de Baden-Baden.

Un grand nombre d’entre nous, passe par ces 2 villages, sans savoir qu’avait lieu à cet endroit même, pendant 4 semaines, la dernière grande bataille de chars sur le front de l’Ouest en janvier 1945. Comme à Vukovar, les habitants essayèrent de survivre à cet enfer, en se réfugiant dans leur cave.

Lorsque les combats entre Allemands et Américains prirent fin, et que les civils purent à nouveau contempler le ciel glacial de janvier, 114 d’entre eux étaient morts, des centaines blessés et leurs maisons détruites, inhabitables.

La population de ces villages de la Ligne Maginot avait subit de rudes épreuves.

Dès le début de la guerre, le 1er septembre 1939, on leur apprend que toute la population doit être évacuée le lendemain.

Avec très peu de bagages, 30 Kg tout au plus, ils marchèrent 75 km avec chevaux et charrettes à boeufs en direction de Saverne, jusqu’à Marmoutier.

De là, ils poursuivirent leur route en train dans des wagons à bestiaux jusque dans le département de la Haute Vienne. L’accueil ne fut pas très chaleureux, car la préfecture de Limoges attendait 2 000 réfugiés de “ Athènes » en Grèce et non de Hatten qui se prononçait comme Athènes.

Après la défaite française en juin 1940, le gouvernement se laissa tout le temps pour organiser le retour des réfugiés, qui n’eut lieu qu’en septembre 1940. On peut se douter de l’état des maisons abandonnées pendant un an. Il n’y avait pas que les soldats français de la Ligne Maginot ou leurs successeurs, mais aussi les soldats allemands qui pillèrent les maisons, ainsi que les civils des villages voisins épargnés par l’évacuation.

La prochaine épreuve eut lieu en mai 1942, alors que les jeunes Alsaciens furent recrutés pour le service militaire allemand. 61 Hattenois tombèrent en Russie et en Italie.

Lorsque le front américain se rapprocha de Hatten et de Rittershoffen en novembre 1944, la population fut à nouveau appelée à quitter les lieux et à se réfugier à Oberseebach et Schleithal, près de Wissembourg.

Bien que toutes les bêtes durent être remises à Iffezheim, les habitants refusèrent de quitter les lieux et restèrent chez eux, ayant déjà subi les mauvaises expériences d’une évacuation en 1939.

Une fois de plus, un malheur arriva. Le 4 décembre 1944, tous les hommes valides, jusqu’à 55 ans, furent recrutés dans l’armée allemande. (Volkssturm)

Seulement 9 jours plus tard, le 13 décembre, les premières troupes américaines passèrent par Hatten en direction de la frontière palatine. La population fut soulagée et crut que la guerre était une fois pour toute finie pour elle.

Mais des jours plus sombres arrivèrent, et la contre-offensive allemande « Nordwind » débuta dès la nuit de la Saint Sylvestre 1944/45.

Expliquons brièvement pourquoi ce qui allait être la dernière grande bataille de chars sur le front ouest-allemand eut lieu.

Pendant qu’une partie des armées alliées avance en France sur l’aile droite de l’axe d’attaque, la 7ème armée US dépasse les Vosges.

  • A gauche, vers Metz jusqu’au  » Westwall  » près de Saarbrücken.
  • Au centre, en traversant la Ligne Maginot et jusqu’à Wissembourg,
  • A droite jusqu’à Haguenau, Strasbourg ayant été conquise entre-temps.

L’attaque de la 7ème armée américaine dut être stoppée et une partie des troupes dut se rendre à Bastogne, une ville des Ardennes belges, menacée par l’offensive allemande dite des Ardennes (à partir du 16-12-44)

L’offensive des Ardennes, débutée le 16 décembre 1944 sous la direction du Generalfeldmarchall von Rundstedt, amena les troupes allemandes jusqu’à la Meuse, au sud de Sedan, mais échoua devant la supériorité aérienne des alliés favorisée, le 24 décembre, par le retour de bonnes conditions météorologiques et à la suite d’un manque de carburant pour les chars allemands

L’attaque de 17 divisions allemandes causa une brèche de 96 km de large et plus de 100 km de profondeur dans le front américain, mais suite aux motifs vus précédemment, l’offensive dût être stoppée le 28 décembre 1944.

Hitler, ne voulant accepter cette défaite, ordonna une attaque de diversion afin d’éliminer la menace sur le flanc sud de son groupe d’armée  » B  » qui restait encore dans les Ardennes.

Cette action débuta la nuit du 1er janvier 1945, sous le nom de « Nordwind »

Les buts de l’opération de l’ OKW (Haut Commandement de la Wehrmacht) étaient:

    • la réappropriation de la basse Alsace,
  • la reprise de Strasbourg, qui pouvait avoir un fort impact psychologique,
  • la coupure de la 7ème Armée active du côté est des Vosges,
  • et, comme déjà mentionné, l’allégement du flanc sud des groupes de l’armée  » B  » dans les Ardennes.

Plan d’attaque de la 1ère armée allemande :

Avance de l’aile droite du dispositif avec attaque de Sarreguemines en passant par la Ligne Maginot, jusqu’à Bining (12 Km ouest – sud-ouest de Bitche).

Attaque sur Bitche, par un second corps de bataille, et jusqu’à la rivière Moder.

Attaque, quelques jours plus tard, par un troisième groupement dit « Alsace », du 6ème corps américain sur un axe de progression allant de Wissembourg jusqu’à la Moder, près de Haguenau, en passant par la localité de Hatten.

Le groupement d’attaque « Alsace » était constitué du 39ème corps d’armée avec :

  • 245ème  » Volksgrenadier-Division « 
  • 25ème  » Panzergrenadier-Division « 
  • 21ème  » Panzer-Division « 
  • 7ème  » Fallschirmjäger-Division « 

A l’inverse de l’armée américaine, qui disposait de toute sa force militaire et de tout son matériel de guerre, les divisions allemandes n’avaient plus que 50% de leur effectif (une division de 15 000 hommes n’en comportait plus que 7500 ) et quelques restes de leurs chars.

Les alliés avaient la maîtrise aérienne, de sorte que tout mouvement de jour des troupes allemandes était impossible.

Le retrait imprévu des Américains :

Au moment même ou s’engagea la confrontation des deux armées, une décision stratégique du haut commandement américain allait momentanément changer le cours de la bataille.

Alors que les Allemands attaquèrent, le commandement américain décida de réorganiser le front alsacien et d’abandonner Strasbourg. Pourquoi donc cela ?

Le général Eisenhower, qui commandait les forces d’invasion depuis son PC de Versailles, était un homme très prudent. Déjà, pendant l’offensive des Allemands sur les Ardennes, il se réserva le 6ème corps américain qui intervenait dans le secteur de Haguenau, afin de pouvoir le retirer en cas de danger.

Lorsque les Allemands gagnèrent du terrain grâce à leur offensive « Nordwind » entre Sarreguemines et Bitche le premier janvier 1945, il ordonna à la 7ème armée américaine de retirer petit à petit, jusqu’au 5 janvier, le 6ème corps américain sur la crête des Vosges, et de quitter la région de Strasbourg.

A la suite de cet ordre, les généraux Eisenhower et de Gaulle, (ce dernier étant le chef du gouvernement de la France libre), se disputèrent. Strasbourg, qui venait d’être reprise aux Allemands par les troupes du général Leclerc, leur serait donc à nouveau abandonnée ? Cela aurait été un outrage pour la France, c’est pourquoi de Gaulle refusa catégoriquement. Il protesta violemment contre l’abandon de la ville. Churchill vint exprès de Paris pour négocier. Eisenhower accepta, bien qu’à contre-cœur, que Strasbourg ne fut abandonnée et il ne put se retenir pour dire à de Gaulle que leur situation serait moins grave si la première armée française, qui était alors sous le commandement du général de Lattre de Tassigny, avait éliminé la tête de pont allemande près de Colmar

De Gaulle répliqua, il défendra Strasbourg, quoi qu’il en soit, même si les forces françaises étaient amenées à opérer indépendamment des ordres d’Eisenhower.

Là-dessus, Ike (Eisenhower) rétorqua que si de Gaulle s’engageait dans cette voie, les troupes françaises n’obtiendraient plus ni munitions, ni essence, pas même un litre! Sur quoi, de Gaulle répliqua, semblerait-il, qu’il empêcherait les alliés d’utiliser les chemins de fer français et toutes les fréquences de radios.

Au final, chacun des hommes restera sur ses positions, mais dans les faits, le retrait des troupes américaines sera compensé par l’installation de la 3e division d’infanterie algérienne, sous les ordres du général Guillaume.

L’avance des Allemands et le retrait des Américains :

Sans prévenir les habitants mosellans, les troupes américaines se retirèrent vers le sud, pendant la nuit du 1er au 2 janvier. Ils rendirent les forteresses fraîchement acquises de la Ligne Maginot sans livrer la moindre bataille

Les troupes de l’aile droite de la 1ère armée allemande lancèrent l’attaque et avancèrent le premier jour, de Sarreguemines vers le sud, pour arriver le deuxième jour à Philippsbourg, à 10 Km au sud-est de Bitche.

Vu ce succès, le 4 janvier, Hitler donna l’ordre aux troupes de l’aile gauche, rassemblées dans le Palatinat, d’avancer sur Hatten et Rittershoffen, en direction de Haguenau.

L’attaque du 39e corps allemand :

4 janvier 1945 : Début de l’avance du groupement d’attaque « Alsace », de Wissembourg sur Hatten et Rittershoffen. Le 3, les Américains s’étaient dérobés et avaient évité le contact.

5 janvier : Alors que le 39e corps avance vers le sud, la 553e Volksgrenadier-Division traverse le Rhin, près de Rheinau, et s’arrête de l’autre côté du fleuve pour former une tête de pont, vers Drusenheim et Gambsheim.

7 janvier : La 25e Panzergrenadier-Division et la 245e Volkgsgrenadier-Division attaquent Stundwiller et sont ainsi à 4 kilomètres de Hatten.

8 janvier : Entre-temps, la 21e Panzer-Division s’est-elle aussi activée, et venue de Seltz, attaque Hatten, défendu par le 315e régiment d’infanterie américaine ( 79e division US) 300 soldats américains sont alors faits prisonniers par les Allemands.

Mais les Allemands ne peuvent maintenir leur présence que du côté est de Hatten, car les tirs intenses de l’artillerie américaine les empêchent d’avancer plus loin dans le village.

9 janvier : Le 1er bataillon du 315e régiment d’infanterie américain est bloqué à Hatten, en raison de l’avance de la 21e Panzer-Division.

10 janvier : Les contre-attaques des Américains se soldent par un échec.

11 janvier : Les 25e Panzergrenadier-Division et 21e Panzer-Division continuent leurs attaques sur Hatten et Rittershoffen, et occupent les deux tiers de Rittershoffen.

12 janvier : A l’appui de violents tirs d’artillerie sur ces deux villages (on pense aux pauvres civils dans les caves !), les Américains essayent de repousser les Allemands hors de Hatten et Rittershoffen.

14 janvier : Les Américains introduisent de nouvelles forces dans la bataille ; la 14e division blindée et une partie de la 79e division d’infanterie .

Le bataillon d’infanterie américain est repoussé hors de Hatten. Certaines parties de Rittershoffen sont reconquises.

16 janvier : Une partie de la 21e Panzer-Division, totalement épuisée, est remplacée par la Fallschirmjägereinheit (unité parachutiste). Ses combattants, à l’aide de lance-flammes, tentent en vain de repousser les Américains hors de Rittershoffen.

17 janvier : Sous l’épaisse neige qui tombe sans arrêt, les combats de maisons à maisons se poursuivirent dans les deux villages.

19 janvier : Les troupes allemandes avancent de Solingen vers le Rhin, jusqu’à Roeschwog et Sessenheim, mais ne peuvent soulager les Allemands à Hatten et Rittershoffen.

20 janvier : Le 6e corps américain est obligé de se retirer de Hatten et de Rittershoffen, et de retraiter sur la Moder près de Haguenau. Les difficiles affrontements et les revers subis à Hatten et Rittershoffen en sont la raison, mais aussi le danger d’un éventuel encerclement par les Allemands pouvant déboucher par la tête de pont établie plus au sud, près de Sessenheim en direction de Haguenau.

22 janvier : A la suite du retrait des Américains, ordre fut donné à la 25e Panzergrenadier-Division de les poursuivre vers Betschdorf en passant par la forêt de Haguenau, jusqu’à la rivière Moder.

24 janvier : Lors de sa marche en avant, la division réussit à former une tête de pont au-delà de la Moder.

25 janvier : A 23 heures, le téléphone du poste de commandement (Gefechtsstand) de cette Division retentit :

Bien que cet endroit de la Moder fût très bien défendu contre les attaques américaines, Hitler ordonna, à l’étonnement de tous:

    • de se dégager de la tête de pont
    • de s’éloigner de l’ennemi,
  • de se retirer de l’Alsace.

Quelle était la cause de l’arrêt de l’opération  » Nordwind  » :

L’avancement des armées soviétiques sur la ligne d’arrêt de la rivière Weichsel obligea le haut commandement de retirer, sans plus attendre, les meilleures forces du front ouest afin de les lancer sur le front est où le danger se faisait de plus en plus menaçant.

C’est ainsi que la 25e Panzergrenadier-Division recula sur Wissembourg, puis se dirigea sur Germersheim, pour embarquer à bord de trains en partance pour Kustrin an der Oder.

On peut se douter de l’état de désabusement des unités et des soldats allemands qui furent impliqués dans les combats souvent endurés dans la glace et la neige, et qui avaient fait reculer l’adversaire en direction de Strasbourg. Tous leurs efforts furent anéantis d’un seul coup.

Comme l’offensive des Ardennes, l’opération Nordwind échoua également.

Les buts de l’opération, soit la coupure de la 7e armée américaine et la reprise de Strasbourg ne furent même pas partiellement atteints.

A la fin du mois de mars, les alliés atteignirent le Rhin et le traversèrent à Remagen et à Oppenheim.

Les pertes totales de l’opération Nordwind ne sont pas réellement connues. On estime que les combats pour la possession des deux villages, Hatten et Rittershoffen, coûtèrent la vie à :

  • 110 civils
  • 1 500 soldats Allemands
  • 1 500 soldats Américains.

Le nombre de blessés est d’environ 10 000. A cela s’ajoute la destruction des villages; rien qu’à Hatten sur 350 maisons, 300 n’étaient plus habitables.

Le 16 juin 1985, les maires de Hatten et de Rittershoffen inaugurèrent, à mi-chemin entre les 2 villages, un monument où apparaît un char Sherman gravé en relief. J’étais invité à cette fête. 

D’autres étaient venus :

  • 50 Américains qui appartenaient à l’époque à la 79e division d’infanterie américaine.
  • Le commandant de la 25ème Panzergrenadier-Division, le général Burmeister, avec 40 personnes de cette division qui s’était avancée jusqu’à la Moder.
  • Un cortège de militaires américains de Heidelberg.
  • Un cortège de militaires français, avec musiciens.

Une troupe de militaires allemands qui avait été invitée ne fit pas son apparition; malgré tous les efforts, le Bundesverteidigungs-ministerium (ministère de la Défense de la république fédérale allemande) refusa : l’armée n’a pas l’autorisation de participer à des manifestations de tradition, même si celles-ci la concernent directement. Sans commentaire.

Dr. Karl Schnell, général en retraite (1992).     http://www.lignemaginot.com/ligne/esch/combats/nord.htm

sources

wikipedia et http://www.lignemaginot.com/ligne/esch/combats/nord.htm

Prise de Strasbourg et sa région par la 2e DB (Division Blindée).

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

Prise de Strasbourg et sa région par la 2e DB (Division Blindée).

Début novembre 1944, la 7e armée américaine, commandée par le général Patch, a pour mission de libérer la plaine d’Alsace, de Strasbourg à Wissembourg et de rejeter les troupes allemandes de l’autre côté du Rhin. La 2e DB (Division Blindée) du général Leclerc, qui fait partie du dispositif d’attaque, doit couvrir la droite de la 79e division d’infanterie américaine et du 15e Corps d’armée américain.
Ses trois groupements tactiques, le GTL (commandé par le colonel de Langlade), le GTR (sous les ordres du colonel Rémy) et le GTV (du colonel de Guillebon), auxquels s’ajoute le GTD du colonel Dio, après un raid rapide entre Baccarat et Blâmont du 13 au 18 novembre et la prise de Saverne le 22 novembre, se trouvent aux portes de Strasbourg. L’assaut débute le 23 novembre, mais les troupes rencontrent une forte ligne de résistance allemande. Finalement, le sous-groupement Rouvillois du GTD parvient à rentrer dans la ville, suivi du GTL qui occupe la ville, et rejoint par le GTV. Le pont du petit Rhin (pont d’Anvers) est atteint, celui de Kehl pratiquement, les garnisons des casernes se rendent et le commandement allemand (général Vaterrodt) capitule le 23 novembre.

Les images prises attestent de l’entrée dans Strasbourg du sous-groupement Rouvillois avec le char “Evreux” du détachement Briot, premier à pénétrer dans la ville, de la prise du pont d’Anvers et des combats de rue (destructions, incendie). Dans les quartiers de Neudorf et du Port du Rhin, les habitants fuient pour se replier vers le centre ville, des soldats construisent un barrage antichars, des Français et des Russes sont libérés, tandis que des soldats allemands sont faits prisonniers. D’autres capturés sont rassemblés à la caserne Stirn. Sur la place Kléber, des enfants jouent avec des mitrailleuses allemandes abandonnées pendant que des prisonniers allemands déblaient les gravats. Sur des colonnes Morris, les Strasbourgeois libérés lisent la proclamation du général Leclerc, qui, avec ses hommes, a tenu le serment de Koufra.

Les images montrent également le nettoyage de la ville par le 501e RCC (Régiment de Chars de Combat) du GTV et par des éléments du RBFM (Régiment Blindé de Fusiliers Marins) dans le quartier de Neuhof, aux ponts de La Bruche et de la Montagne Verte et dans les alentours. Dans le centre ville, civils et militaires assistent aux obsèques du commandant Rasson de la sécurité militaire. Le 26 novembre, une prise d’armes présidée par le général Leclerc, sur la place Kléber, en présence du 12e RC (Régiment de Cuirassiers) et du 12e RCA (Régiment de Chasseurs d’Afrique) célèbre la libération de la ville.

Les clichés présentent en outre la progression de la 2e DB dans la région avant et après la prise de Strasbourg. Les convois, acclamés à leur passage par les habitants libérés, traversent successivement Fénétrange (Moselle), Blaesheim (Bas-Rhin), Entzheim (Bas-Rhin), Hindisheim (Bas-Rhin), occupé le 28 novembre par le sous-groupement Rouvillois. Non loin, des éléments du 13e Bataillon du Génie pose un pont brockway sur l’Andlau. Sur la route de Sarrebourg (Moselle), du matériel, détruit ou intact, a été abandonné. SOURCE ECPAD.

 

 

Prise de Strasbourg et sa région par la 2e DB (Division Blindée). TERRE-339-8034

Prise de Strasbourg et sa région par la 2e DB (Division Blindée).

Description : A Strasbourg, le maréchal des logis Gélis commandant le blindé Sherman M4 « Evreux » et le lieutenant Briot de La Crochais du 12e RC (Régiment de Cuirassiers) de la 2e DB (Division Blindée) arborent sur leur char des trophées de guerre.
Date : Novembre 1944
Lieu : France / Lorraine / Moselle / Fénétrange / Alsace / Bas-Rhin / Strasbourg / Blaesheim / Entzheim / Hindisheim
Photographe : Jacques Belin / Roland Lennad
Origine : SCA – ECPAD
Référence : TERRE-339-8034

  

TERRE-339-8058

Prise de Strasbourg et sa région par la 2e DB (Division Blindée).
Description : Proclamation du général Leclerc à la population strasbourgeoise libérée. Le commandant de la 2e DB (Division Blindée), qui a repris Strasbourg le 23 novembre 1944 avec ses hommes, rend hommage aux combattants qui ont tenu le serment de Koufra.
Date : Novembre 1944
Lieu : France / Lorraine / Moselle / Fénétrange / Alsace / Bas-Rhin / Strasbourg / Blaesheim / Entzheim / Hindisheim
Photographe : Jacques Belin / Roland Lennad
Origine : SCA – ECPAD
Référence : TERRE-339-8058
TERRE-339-8072
Prise de Strasbourg et sa région par la 2e DB (Division Blindée).
Description : L’obusier M 8 Howitzer « Anglemont » du 3e RMSM (Régiment de Marche de Spahis Marocains) lors de la libération de Strasbourg.
Date : Novembre 1944
Lieu : France / Lorraine / Moselle / Fénétrange / Alsace / Bas-Rhin / Strasbourg / Blaesheim / Entzheim / Hindisheim
Photographe : Jacques Belin / Roland Lennad
Origine : SCA – ECPAD
Référence : TERRE-339-8072
TERRE-339-8192
Prise de Strasbourg et sa région par la 2e DB (Division Blindée).
Description : Le 26 novembre 1944, une prise d’armes a lieu place Kléber à Strasbourg pour célébrer sa libération. Le général Leclerc, à la tête de la 2e DB (Division Blindée) et le colonel Rouvillois, commandant le 12e RC (Régiment de Cuirassiers) et le sous-groupement entré en premier dans la ville, passent en revue le 12e RC.
Date : Novembre 1944
Lieu : France / Lorraine / Moselle / Fénétrange / Alsace / Bas-Rhin / Strasbourg / Blaesheim / Entzheim / Hindisheim
Photographe : Jacques Belin / Roland Lennad
Origine : SCA – ECPAD
Référence : TERRE-339-8192
terre-339-l8179
Prise de Strasbourg et sa région par la 2e DB (Division Blindée).
Description : Sur la place Kléber, à Strasbourg, des prisonniers allemands dégagent les pavés qui formaient semble-t-il des barricades. Les chars Sherman du second plan appartiennent au 3e escadron du 12e RCA (Régiment de Chasseurs d’Afrique) qui prit part à la libération de la ville.
Date : Novembre 1944
Lieu : France / Lorraine / Moselle / Fénétrange / Alsace / Bas-Rhin / Strasbourg / Blaesheim / Entzheim / Hindisheim
Photographe : Jacques Belin / Roland Lennad
Origine : SCA – ECPAD
Référence : TERRE-339-L8179
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La libération de Strasbourg (septembre-novembre 1944)

Au début de septembre, avec l’accord d’Eisenhower, de Gaulle décide d’envoyer la 2e DB vers Strasbourg. Leclerc entame alors une chevauchée vers les Vosges et l’Alsace, qui sera ponctuée de plusieurs victoires spectaculaires : prise de Vittel (12 septembre), destruction de la 112e division blindée allemande à Dompaire (13 septembre), franchissement de la Moselle (21 septembre). Après quoi, durant un mois, sur les rives de la Meurthe, Leclerc – qui refuse le poste de chef d’état-major de l’armée pour se consacrer à sa division – prépare méthodiquement la marche sur Strasbourg. Le 31 octobre, il enlève Baccarat : « une de mes plus belles réussites », dira-t-il.
Au centre du dispositif américain, la 2e DB s’élance vers Strasbourg à la mi-novembre ; la capitale alsacienne tombe le 23 novembre. Le serment de Koufra est tenu. Le lendemain, Leclerc adresse une proclamation à la population : « Pendant la lutte gigantesque de quatre années menée derrière le général de Gaulle, déclare-t-il, la flèche de votre cathédrale est demeurée notre obsession. Nous avions juré d’y arborer de nouveau les couleurs nationales. C’est chose faite. « Cependant, faute de renforts et de matériels, Leclerc ne peut ni franchir le Rhin ni faire sa jonction, vers le Sud, avec la 1re armée française du général de Lattre (remontée de Provence). Ce n’est qu’à la fin de janvier 1945 que la 2e DB est mise à la disposition de la 1re armée pour participer à la réduction de la poche allemande de Colmar (3 février 1945)

Derniers combats : la poche de Royan et la prise du « Nid d’aigle » de Hitler

A la fin de février, contre son gré, Leclerc – qui souhaiterait entrer en Allemagne le plus tôt possible – fait mouvement sur Châteauroux pour aller prendre part à la réduction des poches allemandes de l’Atlantique. La 2e DB est affectée au détachement d’armée de l’Atlantique du général de Larminat et elle joue un rôle actif dans la libération de Royan (14-18 avril 1945). Puis, rattachée à la 7e armée américaine du général Patch, elle est enfin envoyée en Allemagne. Regroupée en Bavière au début de mai, elle entreprend sa dernière charge vers le « Nid d’Aigle » de Hitler à Berchtesgaden, qu’elle occupe à la veille de la capitulation allemande.

La « division Leclerc » quittera l’Allemagne le 23 mai pour Fontainebleau, où, après avoir descendu les Champs-Elysées à bord de son char le 18 juin 1945, Leclerc passera son commandement à son fidèle adjoint, le colonel Dio : « Quand vous sentirez votre énergie fléchir, dira-t-il alors à ses hommes, rappelez-vous Koufra, Alençon, Paris, Strasbourg. Retrouvez vos camarades, recherchez vos chefs et continuez, en répandant dans le pays le patriotisme qui a fait notre force. »

29526710

 

Sources :
ECPAD
http://www.france-libre.net/2e-db/historique/liberation-strasbourg.php
http://koufra1941.skyrock.com/2952676507-66e-anniversaire-de-la-Liberation-de-Strasbourg-par-la-2e-DB-le-23nov.html

 

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Le massacre de Wola

Classé sous — milguerres @ 20 h 23 min

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 voir L’insurection de Varsovie 

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  Le massacre de Wola

Le massacre de Wola désigne le meurtre de plusieurs milliers de Polonais du 5 au 8 août 1944, dans le district de Wola, àVarsovie, par la Wehrmacht, lors de l’insurrection de Varsovie.

Il est considéré comme le plus grand massacre de l’histoire de la Pologne, et on estime entre 40 0001 et 100 0002 le nombre de victimes, principalement des civils et des prisonniers de guerre. Les Nazis voulaient étouffer dès le départ toute tentative d’insurrection en terrorisant les habitants de Varsovie ; ils espéraient ainsi briser la volonté de se battre des Polonais et en finir sans être obligés de s’engager dans un difficile combat urbain, mais ils se rendirent compte bientôt qu’ils n’avaient fait qu’exaspérer leurs adversaires3.

Les forces allemandes, notamment les sous-unités de la Sicherheitspolizei et les forces à la réputation sinistre de laSturmbrigade SS Dirlewanger, composées de criminels amnistiés, se rassemblèrent et se mirent à exécuter sans distinction une foule de gens dans le quartier de Wola, vieillards, femmes et enfants, aussi bien que les insurgés faits prisonniers. Ces exécutions massives s’étendirent à des malades et à des membres du personnel soignant des hôpitaux du quartier dont quelques-uns furent brûlés vifs.

Le 5 août, les trois groupes commencèrent leur progression vers l’ouest le long des rues Wolska et Górczewska vers la ligne principale de communication Ouest-Est d’Aleje Jerozolimskie. Leur avance fut arrêtée, mais les régiments de Heinz Reinefarth et d’Oskar Dirlewanger commencèrent à mettre à exécution les ordres d’Heinrich Himmler : derrière les lignes, des groupes spéciaux de SS et les forces de police allaient de maison en maison, rassemblant tous les habitants et tirant sur eux. Des soldats allemands réguliers de la Wehrmacht prirent part aux massacres eux aussi.

Dans son livre The Second World War: A Complete History, à la page 565, Martin Gilbert décrit ainsi l’événement :

Le 5 août, plus de quinze mille civils polonais avaient été assassinés par les troupes allemandes à Varsovie. À 17 heures 30, le général von dem Bach Zelewski donna l’ordre d’arrêter l’exécution des femmes et des enfants. Mais on continua à massacrer tous les hommes polonais que l’on capturait, sans que personne se souciât de savoir s’il s’agissait d’insurgés ou non. Les cosaques et les criminels des brigades Kaminsky et Dirlewanger ne firent même pas attention à l’ordre de von dem Bach Zelewski : violant, massacrant, torturant et incendiant, ils avancèrent dans les quartiers deWola et d’Ochota, tuant encore trente mille civils dans cette boucherie de trois jours, y compris des centaines de malades dans chacun des hôpitaux qui se trouvaient sur leur chemin.

Dans le même temps, les bataillons d’insurgés Zośka et Wacek réussissaient à se rendre maîtres des ruines de l’ancienGhetto et du camp de concentration de Varsovie. La zone devint un des liens de communication principaux entre les insurgés qui luttaient à Wola et ceux qui défendaient la vieille ville de Varsovie. Le 7 août 1944, les forces nazies furent renforcées par des chars, tandis qu’on utilisait des femmes civiles comme boucliers humains4. Après deux jours de combats acharnés, elles réussirent à couper Wola en deux et atteindre la place Bankowy.

Le massacre s’arrêta après qu’Adolf Hitler eut ordonné que les civils capturés fussent envoyés dans des camps de concentration ou employés à des travaux forcés. UnVerbrennungskommando, composé de Polonais qu’on avait choisis, ramassa la plupart des corps de victimes avant de les brûler en plusieurs endroits.

Conséquences

Jusqu’à la mi-septembre, les Nazis abattaient sur-le-champ tous les insurgés capturés. Après l’arrivée à Varsovie du SS-Obergruppenführer Erich von dem Bach (7 août 1944), il devint évident que les atrocités ne faisaient que renforcer la résistance et qu’il fallait trouver une solution politique, du fait que le commandement allemand n’avait à sa disposition que des forces limitées. L’objectif était de remporter une victoire importante pour montrer à l’Armia Krajowa qu’il ne servait à rien de continuer à se battre et la faire capituler.

Le succès ne fut pas immédiat, mais à partir de la fin septembre, certains des combattants polonais capturés furent traités en prisonniers de guerre et on épargna les civils ; finalement les derniers quartiers de Varsovie encore tenus par les insurgés capitulèrent le 2 octobre 1944.

Les principaux responsables étaient Heinz Reinefarth et Oskar Dirlewanger, organisateurs des pires des atrocités. Dirlewanger fut torturé à mort par des gardes militaires polonais après la guerre, mais Reinefarth ne fut jamais inquiété. Une liste de plusieurs anciens soldats de Dirlewanger encore vivants et jamais poursuivis a été établie en mai 2008 par le musée de l’Insurrection de Varsovie5.

Notes et références

  1. ↑ (en) Muzeum Powstania otwarte [archive], BBC Polish edition, 2 cctobre 2004, accédé pour la dernière fois le 13 avril 2007
  2. ↑ (pl) O Powstaniu Warszawskim opowiada prof. Jerzy Kłoczowski [archive], Gazeta Wyborcza - édition locale de Varsovie, 1998-08-01. Accédé pour la dernière fois le 13 avril 2007
  3. ↑ (pl) Site dédié au [archive] musée de l’Insurrection de Varsovie (page en français illisible, page en anglais ou en allemand des plus sommaires, mieux vaut être polonophone)
  4. ↑ (en) 1944: Uprising to free Warsaw begins [archive], BBC News, 1er août
  5. ↑ [(pl) http://www.rp.pl/artykul/135379.html [archive] Odkryta kartoteka zbrodniarzy], Rzeczpospolita, 17-05-2008
File:Uprising mass graves.jpg
Les fosses communes découvertes après la guerre. Chacune d’entre elles contient les restes de dizaines de victimes du massacre de Wola, non identifiées pour la plupart.
N’oublions pas que Varsovie, comme le ghetto, s’est insurgée aussi contre les nazis
Par Élisabeth G. Sledziewski, maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Strasbourg (université Robert-Schuman).
Pendant toute une semaine, du samedi 28 juillet au dimanche 5 août, la capitale polonaise a célébré le 63e anniversaire du déclenchement de l’insurrection de Varsovie contre l’occupant nazi, le 1er août 1944. Commémoration solennelle, comme tous les ans depuis la fin du régime communiste qui l’avait si longtemps prohibé, puis toléré sur le tard : en honorant la mémoire des héros et des victimes de leur capitale insurgée, les citoyens de la Pologne démocratique ont dit non seulement leur piété envers les générations sacrifiées, mais aussi leur conscience d’avoir refermé l’abîme du malheur polonais et de s’être enfin réconciliés avec l’histoire. 
Commémoration fervente, à laquelle la présence des derniers anciens combattants, désormais octogénaires ou nonagénaires et chaque année moins nombreux, donnait une exceptionnelle gravité. Difficile, toutefois, de ne pas noter le contraste entre ces belles cérémonies et l’atmosphère politique délétère d’une Pologne en proie à des dissensions et à des scandales ubuesques… tout simplement indignes de ceux qui ont versé leur sang pour sa liberté. Contraste pénible, aussi, entre la mobilisation des Varsoviens, la multiplicité, l’intensité émotionnelle des manifestations organisées pendant huit jours dans la capitale, et l’amnésie persistante dont fait l’objet l’insurrection de l’été 1944 dans le reste du monde, en France notamment.
Ayant souvent l’occasion de présenter au public cette page d’histoire, je remarque que nombre de nos concitoyens, quoique bien informés sur la Seconde Guerre mondiale, continuent de confondre l’insurrection de la capitale polonaise (du 1er août au 2 octobre 1944), contemporaine de la libération de Paris, Lyon et Marseille, avec le soulèvement des derniers habitants du ghetto, seize mois plus tôt, (du 19 avril au 16 mai 1943). Cette confusion s’inscrit à vrai dire dans une méconnaissance plus générale de ce que fut la guerre en Pologne, beaucoup de Français n’en retenant aujourd’hui qu’une seule dimension, l’extermination du peuple juif. Ignorance qui confine au déni de la réalité historique : l’écrasement des insurgés de 1944 par les nazis après presque cinq ans d’occupation barbare, la trahison cynique de l’ex-occupant puis « allié » stalinien. Comme si les horreurs de la Shoah dans la Pologne occupée et/ou annexée par le IIIe Reich annulaient le calvaire de l’ensemble de la nation polonaise, que Hitler avait entrepris de réduire en esclavage dès le 1er septembre 1939. Les Polonais ne comprennent pas ce déni et en souffrent. À l’heure où les relations franco-polonaises se dégèlent, dans le sillage de la visite de Nicolas Sarkozy à Varsovie et des gestes de bonne volonté échangés au sommet, il est urgent de réactiver la confiance entre nos deux peuples en dissipant ce grave malentendu.
Rappelons donc que l’insurrection déclenchée le mardi 1er août 1944 à 17 heures (« l’heure W » = l’heure du combat) le fut à l’initiative des chefs de la résistance polonaise, l’AK (Armée de l’intérieur, sous les ordres du gouvernement en exil à Londres). L’objectif était la libération de la capitale par les forces nationales avant l’arrivée, imminente, de l’Armée rouge. De son côté, radio Moscou encourageait le soulèvement, enjoignant au « peuple frère » de commencer le travail et lui promettant un prompt renfort. L’AK comptait plus de 50 000 hommes dans la région de Varsovie, les autres formations de la résistance, dont une petite armée communiste (AL), un millier. Leurs moyens étaient dérisoires : surtout des grenades et des cocktails Molotov, un fusil pour 25 hommes, un pistolet pour 50 hommes, quelques dizaines d’armes automatiques. On ne distribua même pas la moitié de ce pauvre arsenal, avec trois jours de munitions. 

Après quelques succès remportés par surprise et avec le soutien massif des civils, les insurgés se sentirent trahis. L’artillerie soviétique, toute proche, s’était tue. Staline avait stoppé net le mouvement de ses troupes vers le centre-ville. Il les maintint l’arme au pied aux portes de Varsovie, fermant ses aérodromes pour empêcher tout secours des Alliés. Les nazis, eux, renforçaient leur potentiel terrestre et aérien. Dans la capitale prise au piège, le massacre dura soixante-trois jours. Les troupes SS se déchaînèrent contre les combattants et leurs blessés, mais aussi contre les civils, pratiquant des exécutions de masse comme dans le faubourg de Wola où, du 5 au 8 août, environ 60 000 personnes furent mitraillées ou brûlées dans les caves des immeubles. Sans ressources, abandonnée de tous, à l’exception de quelques héroïques pilotes de la RAF, l’insurrection capitula le 2 octobre. Ses survivants furent emmenés dans le Reich comme prisonniers de guerre. Les civils furent évacués de force puis parqués ou déportés. Sous les ruines de Varsovie détruite à 85 % et réduite, selon le voeu du Führer et au grand bénéfice de Staline, « à un point géographique », on dénombra entre 200 000 et 250 000 morts.

sources 
wikipedia 
http://www.lefigaro.fr/debats/20070809.FIG000000005_n_oublions_pas_que_varsovie_comme_le_ghetto_s_est_insurgee_aussi_contre_les_nazis.html

15 janvier 2013

Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

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Chronologie de la Seconde Guerre mondiale 

1933 /1945

 

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  • Début des lois anti-juifs en Allemagne avec le boycott des magasins juifs.
  • 30 janvier Hitler est nommé chancelier du 3 ème Reich par le président Hindenburg.
  • 28 février Incendie du Reichstag. Hitler accuse les communistes et fait interdire le parti communiste allemand (KPD).
  • 23 mars Hitler se fait accorder les pleins pouvoirs par le parlement.

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  • 30 juin Nuit des longs coûteaux où les S.A. (Section d’Assaut La Sturmabteilung) sont asssassinés par les S.S. (Sections Spéciales).
  • 2 août Suite au décès du président Hindenburg, Hitler se proclame Reichsführer, chef suprême de l’Allemagne.

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  • Les lois de Nuremberg ôtent la citoyenneté allemande aux juifs et leur interdisant tout contact sexuel avec les allemands de race pure, dite Aryenne.

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  • 7 mars  Remilitarisation de la Rhénanie.
  • Novembre L’axe Rome-Berlin unissant l’Allemagne et l’Italie est proclamé.

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  • Avril Bombardement de Guernica (Espagne) par l’armée Franco aidée de la flotte aérienne allemande (Luftwaffe). Ce bombardement est un vol d’essai pour l’armée aérienne neuve de l’Allemagne nazie.

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11 janvier 2013

Le Général GOURAUD

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 Le Général GOURAUD 446874251pxHenriGouraudMaroc
Le Général GOURAUD1867-1946

Henri Gouraud est né à Paris, rue de Grenelle, le 17 novembre 1867. Il est le fils du Docteur Xavier Gouraud, médecin des Hôpitaux et de Marie Portal.

Les Gouraud sont originaires de Vendée. Ils quittent le Pays à la Révolution pour Angers, puis Paris. Ils sont médecins de père en fils. Quant aux Portal ils sont de Rouen.

Le docteur et madame Gouraud ont six enfants. Après Henri viennent Françoise qui sera religieuse, Joseph prêtre, Pierre officier, Marie-Thérèse catéchiste et Xavier médecin.

Henri reçoit dans sa famille et au collège Stanislas, où il fait ses études, une solide éducation marquée par une foi profonde, le sens du devoir et de la discipline.

On parlait peu de l’Armée alors chez les Gouraud. La vocation militaire d’Henri est toute personnelle. Elle s’éveille avec l’occupation qui suit la défaite de 1870. Henri a quatre ans; Il écrira bien plus tard : « Je me vois encore, assis par terre dans la rue, avec au dessus de moi un immense cheval blanc monté par un Uhlan . Sa vocation coloniale remonte à la découverte qu’il fait un jour, à l’abandon dans le bûcher familial, des armes ramenées d’Afrique par son grand oncle, officier, mort des fièvres à Constantine en 1848. Plus tard le général Gouraud mettra ces armes à l’honneur parmi ses propres trophées.

Mais c’est surtout par la lecture de l’histoire que sa vocation se développe. A l’âge de douze ans, Henri fait devant sa famille étonnée, le plan de la bataille de Marengo. Plus tard il obtient le premier prix d’Histoire et de Géographie au Concours Général qui réunissait à cette époque, établissements publics et privés. Il prépare Saint Cyr à la « Corniche » de Stanislas, qui, par la suite, portera son nom. Il est reçu au Concours de 1888 avec la promotion du « Grand Triomphe ». Nom prédestiné puisqu’elle comprendra par la suite soixante officiers généraux.

A sa sortie de l’école, Gouraud espérait partir outremer; mais son père s’y oppose, craignant la mauvaise influence de l’infanterie de marine sur son fils. Gouraud respecte la volonté paternelle. Il est affecté au 21e Bataillon de Chasseur à pied à Montbéliard. C’est un heureux choix; à la tête du bataillon se trouve le Commandant Billet, admirable officier qui sait compléter sur le terrain la formation reçue à l’école.

I – L’AFRIQUE

Au bout de trois ans, le lieutenant Gouraud étouffe dans une garnison de métropole; sa vocation est toujours aussi forte; il l’a entretenue en lisant les récits des campagnes qui ont lieu en Asie et en Afrique.

En 1894, la conquête des territoires qui formeront plus tard l’Afrique Occidentale Française, est entrée dans une phase active. Gouraud demande à y partir. Il est affecté au Soudan, l’actuel Mali.

Très vite l’accord se fait entre le jeune officier et le pays. Sa santé robuste s’accommode d’un climat qui en éprouve bien d’autres. Il sympathise avec les habitants dont il apprécie la gaieté, le courage et la loyauté. Dans ses « Souvenirs d’un Africain », écrits beaucoup plus tard, il fera souvent leur éloge.

De 1894 à 1911, à l’exception de courts séjours en métropole, Gouraud est en permanence en Afrique. Il y acquiert l’expérience du combat; il s’y révèle comme un chef de guerre efficace et heureux; il s’y forme comme un administrateur et organisateur; il y connaît la gloire. Un avancement rapide et des décorations sanctionnent ses états de service. Parti comme jeune lieutenant en 1894, dix-sept ans plus tard lorsqu’il est affecté au Maroc, il a déjà quatre ans de grade de colonel et il est commandeur de la légion d’honneur.

Le premier séjour de Gouraud au Soudan (1894-1896) se déroule dans les différents postes de la ligne de communications qui unit le Sénégal au Niger.

De 1894 à 1899 Gouraud est affecté au sud du Niger, dans la région qui constitue maintenant la Guinée, la Haute-Volta, la côte d’Ivoire, le Ghana et le Bénin.

De 1900 à 1902 il est au Niger, appelé alors le territoire de Zinder.

De 1904 à 1906 il commande le territoire du Tchad et de 1907 à 1910 la Mauritanie.

Retracer les étapes de la carrière de Gouraud tout au long de ces années d’Afrique dépasserait le cadre de cette biographie. Le général Gouraud l’a fait lui-même dans ses « Souvenirs d’un Africain ». Mais il faut mentionner ici la prise de Samory qui l’a rendu célèbre et la campagne de la Mauritanie, dont il disait lui-même qu’elle avait été la plus dure de toutes ses campagnes.
Samory

Samory était le fils d’un marchand. Par bravoure, sa vigueur physique et morale, par ses qualités d’intelligence et de ruse, il était parvenu à conquérir, au sud Niger, un empire comme la moitié de la France..

En 1898 malgré plusieurs engagements victorieux avec ses lieutenants, l’Almamy Samory reste insaisissable. Il dispose de forces nombreuses, estimées à 4000 « sofas » armés de fusils à tir rapide. Pour échapper aux forces françaises qui le traquent, il se réfugie dans la forêt vierge où il est poursuivi. Le 21 septembre 1898 un premier accrochage l’affaiblit. Le commandant de Lartigue qui dirige les opérations, concentre ses forces disponibles à Nzo, petit village situé à l’extrémité sud-est de la Guinée; mais un gros détachement ne peut subsister longtemps dans la forêt : Le commandant de Lartigue envoie, sous les ordres du capitaine Gouraud, une reconnaissance forte de 200 combattants, avec une mission de poursuivre Samory et de le rejeter de préférence vers le sud ou l’ouest où l’attend le reste des forces.

Sous une pluie continuelle, Gouraud s’enfonce dans la forêt vierge. Il retrouve la trace de Samory; Gouraud décide de remonter cette piste qui le mènera à son adversaire. Le 28 septembre il parvient en vue du campement de Samory; il semble bien que celui-ci ignore la présence des français; il n’imagine pas qu’on puisse le poursuivre par ce chemin.

« Peu à peu s’est formée dans mon esprit l’idée que l’occasion s’offre de porter à Samory un coup suprême et ma résolution est prise … L’étoile de l’Almamy semble pâlir, mais son prestige ne peut finir que par sa mort ou sa capture. S’il est tué au fond de la forêt vierge, personne ne le croira et un beau jour un autre Samory surgira… Il faut donc le ramener vivant… Il ne faut donc pas de combat, ce qu’il faut c’est la surprise totale. »

Gouraud donne ses ordres. Le 29 septembre 1898, à 7 heures du matin, sans un coup de feu, ses tirailleurs capturent Samory et neutralisent son armée, forte de 600 fusils à tir rapide et de 1000 fusils à pierre, sans compter les 50 000 personnes qui l’accompagnent.

Ce fait d’arme, qui met fin à seize années des luttes cruelles, a un grand retentissement en France où le capitaine Gouraud reçoit un accueil enthousiaste lorsqu’il rentre en 1899.

Campagne de l’Adrar

En novembre 1907, promu Colonel, Gouraud est nommé Commissaire du Gouvernement Général en Mauritanie, avec résidence à Saint-Louis du Sénégal.

Entre le Sénégal et le Maroc, la Mauritanie constitue une vaste zone aride peuplée d’éleveurs, de commerçants et de guerriers qui lancent des « razzia ». Dans la seule année 1908, trois officiers, cinq sous-officiers et cent trente-quatre tirailleurs sont tués par les guerriers dans la partie sud de la Mauritanie. La clé de la situation est au nord dans l’Adrar, où ces guerriers se réfugient entre deux raids; longtemps le Gouvernement français se refuse de les y poursuivre: il s’y décide enfin en septembre 1908.

Depuis un an qu’il est là, Gouraud a longuement réfléchit à cette campagne; il a parcouru le sud de la Mauritanie; il s’est familiarisé avec les conditions très dures du combat dans ces régions. Sa mission est difficile et périlleuse; le pays est immense et inconnu; les points d’eau y sont rares et le climat hostile. Les guerriers mauritaniens sont nombreux et très mobiles; ils disposent de fusils à tir rapide.

La colonne est lourde et lente: 800 fantassins et seulement 200 hommes montés; elle est tributaire, pour ses ravitaillements, de bases situées à plus de quatre cent kilomètres avec lesquelles les communications ne se font que par coureurs.

La colonne quitte la basse Mauritanie en décembre 1908; elle doit livrer trois combats sérieux avant de pénétrer dans Atar, la capitale de l’Adrar, qui fait sa soumission le 9 janvier 1909. Le printemps et l’été sont occupés à pacifier la région par une combinaison d’actions politiques et d’actions militaires souvent meurtrières. Mais, vers le nord, les guerriers continuent à menacer. En septembre 1909, Gouraud les poursuit jusqu’à la Koudiat d’Idjil, l’actuel site de la Miferma et les dispersent dans le désert.

Au Maroc

Après avoir suivi les cours du centre des Hautes Etudes Militaires, le colonel Gouraud part en 1911 au Maroc où il débarque le 2 mai. Fez est alors bloquée par des tribus révoltées contre le Sultan. Chargé de conduire à la colonne Moinier ses convois de ravitaillement, le colonel Gouraud doit livrer trois combats avant de le rejoindre.

En 1912, il accompagne à Fez le général Lyautey, nommé Résident Général au Maroc; il reçoit le commandement de la ville après l’attaque de nuit du 25 mai au cours de laquelle les rebelles ont pénétré jusqu’au coeur de la cité. Le 1er juin, il sauve à nouveau Fez investie par les tribus au combat d’Hadjera et Kohila qui lui vaut quelques jours après les étoiles de général de brigade. Il est alors chargé du commandement de la région de Fez.

Nommé en mai 1914 au commandement des troupes du Maroc occidental, le général Gouraud doit livrer plusieurs combats pour assurer la liberté des communications avec l’Algérie par la trouée de Taza.

II – LA GUERRE
L’Argonne

Mais la guerre éclate en Europe. Gouraud ne peut rester au Maroc; s’il est militaire c’est pour effacer la défaite de 1870. Il rentre en France à la tête de la 4e brigade marocaine envoyée en renfort sur le front français. Il est nommé général de division et reçoit le 15 septembre le commandement de la 10e D.I.

C’est une tâche difficile. Au contact de l’ennemi dans la région de Vauquois, cette division a subi de violentes attaques. Ses pertes sont importantes; son moral est ébranlé; son chef a été tué le 6 septembre. Par son activité incessante, Gouraud redonne une âme à cette troupe désemparée. Par la suite le 10e D.I. est engagé 10 Km plus à l’ouest au « Four de Paris » ; elle est violemment attaquée le 7 janvier 1915. Gouraud a l’épaule traversée par une balle en allant visiter des unités en ligne; il refuse de se faire évacuer.

Le 23 janvier 1915, le général Gouraud est nommé au commandement du Corps d’Armée Colonial, en secteur dans la région de Beauséjour-Massiges. Il participe avec cette grande unité aux nombreux combats de cette première bataille de Champagne.
Aux Dardanelles

Au début de 1915, les gouvernements de l’Entente ouvrent un nouveau front en orient. Les troupes françaises et britanniques débarquent à l’extrémité de la presqu’île de Gallipoli mais se trouvent bloquées dans un triangle de 5 km de côté.

Au printemps, à la demande des Anglais, la France envoie de nouveaux renforts. Le 15 mai 1915, le général Gouraud est nommé au commandement du Corps Expéditionnaire Français aux Dardanelles. Les troupes alliées livrent à l’armée turque des combats les 4, 21 et 30 juin sur un terrain très difficile. Au soir du combat du 30 juin, en allant visiter à l’ambulance les blessés de la journée, Gouraud est à son tour grièvement blessé par un obus de gros calibre qui tombe à ses pieds. Le souffle le projette en l’air; par chance il retombe sur un figuier; on le ramasse inanimé; un bras broyé, les jambes et le bassin brisés.

Sur le navire hôpital qui le ramène en France, la gangrène se déclare; il faut l’amputer du bras droit. Il ne le dira à sa mère , venue l’accueillir à la gare de Lyon, qu’au moment où, allongé sur son brancard, il l’embrassera en la serrant très fort avec le seul bras qui lui reste. Monsieur Poincaré, président de la République, le décore de la Médaille Militaire sur son lit d’hôpital.

Grâce à sa robuste constitution Gouraud se rétablit rapidement. A peine sur pied, il se rend en Italie remettre la Grand Croix de la légion d’honneur au Général Cadorna, commandant en chef de l’armée italienne. Le 11 décembre 1915, il est nommé au commandement de la IVe Armée en Champagne.
En Champagne

1916, c’est l’année où se concentrent à Verdun les efforts des deux adversaires. Ailleurs c’est le calme; mais il faut maintenir en condition les unités pour des opérations qui peuvent reprendre d’un jour à l’autre.

Le général Gouraud se consacre entièrement à cette tâche. Il impose à son état-major de satisfaire en priorité les demandes de toute nature des unités combattantes, notamment celles des unités de réserve générale qui changent fréquemment d’Armée et dont on s’occupe peu ailleurs. Il crée sur les arrières de son armée des écoles où sont étudiées les armes nouvelles, corrigées les mauvaises habitudes et perfectionnées les méthodes de combats. Par une série de coups de main soigneusement préparés, il maintient l’intégrité du front et entretient l’agressivité des combattants. Par des visites incessantes dans les tranchées et dans les camps d’instructions, il est en prise directe avec le soldat et l’officier et leur communique sa foi.

Ainsi pendant cette année 1916 « Gouraud va créer un outil de premier ordre et acquérir la confiance du soldat » .

Hélas! l’épreuve n’épargne pas sa famille. Le 14 octobre 1916, pendant la bataille de la Somme, son jeune frère, le commandant Pierre Gouraud , cavalier passé dans l’infanterie pour prendre une part plus active au combat, tombe glorieusement au Champ d’Honneur dans les rangs du 67e régiment d’infanterie.

Intérim au Maroc

Ce n’est pas sans regret que Gouraud quitte la Champagne pour partir au Maroc. Pressenti pour le Ministère de la Guerre, Lyautey subordonne son acceptation au fait qu’il sera remplacé à Rabat par son « cher Gouraud ». Celui-ci ne peut que s’incliner. Mais Lyautey ne peut s’habituer aux « parlotes » de la vie politique. Il revient au Maroc. Gouraud reprend avec joie en juin 1917 le commandement de la IVe Armée et continue à préparer celle-ci aux futurs combats.
Bataille du 15 juillet 1918

La Révolution russe d’Octobre 1917 donne aux Allemands une chance de terminer la guerre en 1918 avant l’arrivée massive en Europe des troupes américaines. Ils ont mis au point une tactique nouvelle : écraser la première ligne adverse sous des feux massifs d’artillerie, puis accompagner les troupes d’assaut par un barrage roulant se déplaçant selon un horaire fixe.

Cette tactique se révèle efficace au cours des offensives de printemps. La parade, conçue par le général Pétain, comporterait l’abandon temporaire de la première ligne en cas de sérieuse menace d’attaque. Ainsi le bombardement initial tomberait dans le vide. Mais cette manoeuvre se heurte à la mentalité de l’époque d’après laquelle la défense de chaque pouce de terrain est un dogme sacré.

Seul de tous les commandants d’Armée, Gouraud, convaincu par le colonel Prételat, son chef d’état-major, met en oeuvre l’idée du Général Pétain. Cette manoeuvre qui paraît simple aujourd’hui, est en réalité délicate et complexe. Si les indices d’attaque sont sérieux, la grande masse des combattants doit, à la tombée de la nuit, se replier de 3 à 5 km sans alerter l’ennemi pour remonter en ligne avant le jour si rien ne s’est produit.

Alors que son état-major en met au point l’exécution, Gouraud parcourt inlassablement les unités, explique la manoeuvre et communique à tous la confiance qu’il a dans son succès. Au début de juillet, la IVe Armée accueille dans ses rangs la 42e Rainbow Division, l’une des premières grandes unités Américaines arrivées en France, dont le chef d’état major est le Général Mac Arthur.

Les indices d’attaque se multiplient; par deux fois les premières lignes se replient sans que l’attaque ait lieu. Certains commencent à douter de son imminence tant le front est calme. Gouraud doit dissiper les doutes et ranimer les courages. Il le fait si bien que lorsque l’attaque Allemande se déclenche enfin, les soldats l’attendent avec une mentalité de vainqueurs.

Le 15 juillet 1918 à 4 heures 15 du matin, l’infanterie allemande sort de ses tranchées. Alertées par des prisonniers pris la veille, les troupes ont pris leurs dispositions de combat sur la position arrière prévue. Les vagues d’assaut rencontrent d’abord l’énergique résistance de groupe de combat isolés, laissés sur place en enfants perdus. Le barrage roulant allemand n’en continue pas moins son avance et décolle peu à peu son infanterie. Celle-ci est obligée de descendre dans le dédale des boyaux sous la violence des feux. Lorsqu’elle parvient au contact du gros des forces, l’attaque allemande est déjà désunie est n’est plus précédée par le masque protecteur de son barrage. Elle vient de briser contre le mur de nos troupes; les réserves allemandes n’en continuent pas moins à progresser et viennent buter contre les premières vagues. Le désordre s’installe chez l’ennemi.

Sur son observatoire du Blanc Mont (là où se trouve à l’heure actuelle le monument Américain) Guillaume II, l’empereur d’Allemagne, venu spécialement assister au déferlement victorieux du « friedensturm » (l’assaut de la paix), se morfond et s’impatiente. Dès 4 heures du soir, l’offensive allemande est définitivement brisée avec de lourdes pertes. Le soir même Gouraud écrit à sa soeur : « Dans les regards des soldats j’ai senti vibrer l’âme de l’Armée ».

Cette bataille est le tournant de la guerre. Trois jours plus tard, le 18 juillet, les armées alliées prennent l’offensive et la conservent jusqu’à la victoire.

L’offensive du 26 septembre 1918

Le 26 septembre 1918, la IVe Armée prend à son tour à l’offensive générale. Le Général Gouraud dira par la suite avec quelle inquiétude il lançait ses soldats, installés depuis quatre ans dans la boue de Champagne, à l’assaut des positions allemandes fortifiées sur une profondeur de 17 km.

La bataille est très dure jusqu’au 10 octobre. Les 2e et 36e divisions américaines s’illustrent dans la conquête du blanc Mont : Les Allemands décrochent pour se rétablir sur l’Aisne, dont la vallée est inondée. Nous en forçons les passages. L’armistice du 11 novembre 1918 arrête la IVe Armée à Sedan.

Celle-ci est alors désignée pour s’installer dans la partie nord de l’Alsace libérée; le général Gouraud a l’honneur d’entrer à Strasbourg le 22 novembre 1918 : la population fait un accueil délirant au premier général français qu’elle voit depuis près de cinquante ans.

Au milieu de la joie générale. Gouraud garde pour lui sa tristesse. Le jour même de son entrée à Strasbourg sa mère s’éteint à Meudon. Il avait avec elle une grande intimité; c’est à elle que, d’Afrique, il envoyait fidèlement de longues lettres. Il dispose sur son cercueil les fleurs de son triomphe.

En décembre 1918 le général Pétain remet au général Gouraud la Grand Croix de la légion d’Honneur sur la place Kléber, à Strasbourg.

Gouraud reste en Alsace jusqu’en octobre 1919.

III – AU MOYEN ORIENT

Le général Gouraud est alors envoyé par Monsieur Clemenceau, Président du Conseil, comme Haut Commissaire de la République en Syrie et en Cilicie et Commandant en Chef de l’Armée du Levant.

En acceptant de la société des Nations le Mandat pour la Syrie, la France assumait une mission éloignée de sa politique traditionnelle de protection des Chrétiens des Echelles du Levant. C’était en outre une mission difficile; conduire à l’indépendance une population très divisée du point de vue ethnique et religieux, impatiente de secouer le joug de plusieurs siècles de servitude. En outre cette région était l’enjeu de convoitises multiples que soulevait le démantèlement de l’Empire Ottoman.

Action militaire et politique

Le général Gouraud débarque à Beyrouth le 21 novembre 1919; il y reçoit un accueil chaleureux. Mais la situation politique est confuse. En Turquie, Mustapha Kemal s’empare peu à peu d’un pouvoir que le Sultan laisse échapper; un sursaut de patriotisme réveille l’armée turque, que l’armistice de Moudros n’a pas désarmée.

Face aux agressions venant de part et d’autres, une puissante action militaire s’imposerait; mais au début nos forces sont très insuffisantes. Gouraud aborde ces problèmes avec méthode et détermination.

Après avoir longtemps cherché à s’entendre avec Fayçal, Gouraud le met hors de cause le 21 juillet 1920, au combat de Khan Meisseloun.

Il est possible d’amorcer l’organisation politique de la plus grande partie des territoires sous mandat français. L’Etat du bilan est créé le 1er septembre 1920. Quelques semaines plus tard, les Etats de Damas et d’Alep et le territoire des Alaouites sont crées à leur tour.

Mais l’opposition à la présence française au levant reste violente; le 23 juin 1921 la voiture du Haut Commissaire tombe dans une embuscade sur la route de Damas à Kenitra; le commandant Branet est tué à côté du chauffeur; le Gouverneur de Damas est blessé à côté du Général dont la manche vide est traversée par une balle; les agresseurs s’enfuient en Transjordanie.

Au nord, face à la Turquie, une guerre meurtrière se déroule depuis le début de 1920 en Cilicie et sur les « confins militaires ». Celle-ci est jalonnée par les noms douloureux et glorieux de Marache, Ourfa, Ain Tab… A Beyrouth le Haut Commissaire met en oeuvre la politique décidée à Paris. En octobre 1921, par l’accord d’Angora, la Turquie s’engage à respecter la frontière de la Syrie et récupère la Cilicie dont le statut politique n’avait pas encore été fixé.
Action administrative et culturelle

Le général Gouraud n’avait pas attendu la solution des problèmes militaires et politiques pour entreprendre la réorganisation du pays. Celle-ci progresse de façon continue pendant les trois années de sa présence au levant.

L’administration locale, guidée initialement par des conseillers français, se met en place. Les services judiciaires sont réformés; une cour de cassation est créée; l’ordre des avocats est constitué; le casier judiciaire est établi; la douane est réorganisée; le cadastre est créé…

Les oeuvres d’instruction et d’assistance sont développées; depuis le début de 1920 jusqu’à la fin 1921, le nombre des écoles passe de 300 à plus de 950; de nombreux dispensaires, orphelinats et ateliers sociaux sont créés. L’Hôtel Dieu de Beyrouth est construit.

Un service archéologique est créé; l’armée lui prête souvent son concours; les premières fouilles donnent des résultats intéressants. Un institut d’Archéologie et d’Art Musulman est installé à Damas, dans le palais Azem. Plus tard à Paris , l’Académie des inscriptions et belles lettres recevra le général Gouraud parmi ses membres.

L’infrastructure du pays est remise en état; de nombreuses routes sont refaites; d’autres sont ouvertes; 70 ponts et 200 aqueducs sont reconstruits; le port de Beyrouth est dégagé de ses épaves; celui de Tripoli reçoit un appontement; les travaux du port d’Alexandrette sont commencés. La vie économique prend un nouvel essor ce qui permet l’organisation à Beyrouth d’une foire exposition au printemps de 1921.

Mais la Syrie est loin de Paris où le Gouvernement est confronté à des problèmes vitaux : La reconstruction du pays au lendemain de la guerre; les réparations et les garanties à obtenir de l’Allemagne. Outre-mer, le Maroc, plus proche et mieux connu, intéresse plus l’opinion française que la Syrie. Chaque année le général Gouraud doit se rendre à Paris pour plaider la cause du Mandat; il le fait avec prestige; pendant la discussion du budget de 1922, assis au banc des Commissaires du Gouvernement, il est applaudi par les députés. Mais l’année suivante la politique d’austérité s’accentue; le général Gouraud estime alors que les moyens qui lui sont accordés, les moyens militaires notamment, ne lui permettent pas de remplir sa mission en face d’une armée Turque qui se concentre sur la frontière de la Syrie. Il demande à être remis à la disposition du ministre de la guerre.

Lorsqu’il rentre à Paris en octobre 1922, Il peut être fier de l’oeuvre accomplie pendant trois ans. Monsieur Poincaré, Président du conseil, salue en lui  » le pacificateur et l’organisateur de la Syrie ».


IV – PARIS

Le général Gouraud est alors nommé membre du conseil Supérieur de la guerre. Au cours de l’été 1923, les anciens combattants de la Rainbow Division l’invitent à présider conjointement avec le général Pershing, leur congrès qui a lieu le 15 juillet, jour anniversaire de la bataille victorieuse à laquelle la Rainbow Division a pris part cinq ans plus tôt. Le général Gouraud visite à cette occasion une grande partie des Etats-Unis. Il apprend au cours de son voyage sa nomination au poste de gouvernement Militaire de Paris. Le président des Etats-Unis étant mort, il représente à ses obsèques le Gouvernement de la République en tant qu’Ambassadeur Extraordinaire.
Gouvernement militaire de Paris

Le 3 septembre 1923, le général Gouraud prend possession du gouvernement militaire de Paris, poste qu’il conservera pendant quatorze ans.

Dans ces hautes fonctions, il reste pénétré de la reconnaissance due aux simple soldats qui sont, avait-il écrit un jour, « les principaux ouvriers de la victoire ». Il n’est pas de la semaine où il n’assiste en plus des cérémonies officielles, à un grand nombre de manifestations d’Anciens Combattants. Lorsqu’il rencontre dans la rue, parfois dans le métro un médaillé militaire il va vers lui, lui serre la main et lui demande où il a gagné sa médaille. Il propose au Ministre une sonnerie aux Morts analogue à celles qui existent dans les armées américaines et britanniques; celle-ci sera adoptée. En 1922 étant encore en Syrie, il s’était préoccupé de matérialiser la reconnaissance de la nation envers ses Combattants de Champagne. Il recueille les fonds nécessaires pour faire élever le Monument de Navarin, dont il pose la première pierre le 4 novembre 1923, avec Monsieur Myron T.Herrick, Ambassadeur des Etats-Unis et qu’il inaugure le 28 septembre de l’année suivante. Par la suite il vient chaque année en pèlerinage en Champagne. Les anciens parmi nous se souviennent encore de la belle cérémonie nocturne du 15 juillet 1928, dixième anniversaire de la bataille. Pour assurer la pérennité de ces manifestations, il crée en 1928 l’Association du Souvenir aux Morts des Armées de Champagne et en 1933 la Fondation de Monument aux Morts des Armées de Champagne et Ossuaire de Navarin.

Le peuple de Paris lui témoigne une véritable vénération; il aime sa nature chevaleresque, la franchise et la simplicité de son attitude, l’intransigeance de son patriotisme. Au cours des défilés du 14 juillet et du 11 novembre, dès que le Général Gouraud apparaît, monté sur son cheval gris, malgré les anciennes blessures qui le font cruellement souffrir, il est acclamé avec enthousiasme. Dans les moments difficiles où s’affrontent les idéologies différentes, dans un Paris passionné où retentissent des manifestations contraires, son bon sens, son patriotisme, son loyalisme pèsent d’un grand poids pour le maintient de l’ordre.
Voyages

La notoriété du général Gouraud est telle que de nombreux pays souhaitent sa visite. Il n’est pas d’année où il ne fasse un ou plusieurs voyages à l’étranger.

En 1925, il représente l’Armée française aux premières grandes manoeuvres de l’Armée polonaise. En 1929, il visite les Indes et retourne aux Etats-Unis. En 1930, il se rend en Turquie où Mustapha Kemal, son ancien adversaire de 1920, lui réserve le meilleur accueil. Puis il va encore une fois aux Etats-Unis représenter le Gouvernement français à la convention de l’Américan Legion. Pendant l’hiver 1933-34, il parcourt l’Afrique Occidentale Française à l’occasion de la célébration du cinquantenaire de la conquête; il rentre en voiture à travers le Sahara. L’année suivante il assiste à Dakar à la consécration de la cathédrale que la France a dédiée à ses Morts. Au retour, il ouvre la route automobile du Sénégal au Maroc par la Mauritanie et l’Adrar, revivant sur place sa campagne de 1909. Il passe une nuit au poste qu’il avait créé non loin de la Koudiat d’Idjil qui porta longtemps le nom de fort Gouraud.
Dernières années

Le 17 novembre 1937, âgé de soixante-dix ans, le général Gouraud quitte le Gouvernement militaire de Paris après avoir reçu de la garnison de Paris et des Anciens Combattants les marques d’affection les plus touchantes. Il s’installe rue de Varenne, à deux pas des invalides, dans un appartement qu’il transforme en musée par le grand nombre de trophées et de souvenirs qu’il y rassemble. Il se consacre à la rédaction de ses « Mémoires d’un Africain ».

L’invasion de la France en 1940 l’affecte profondément. Il quitte Paris pour Royat où il vit jusqu’à la libération dans la dignité et la tristesse. Il doit lutter contre les atteintes de l’âge et les séquelles de ses blessures.

Il rentre à Paris le 1er mai 1945. Il y meurt le 16 septembre 1946. Le Gouvernement lui rend un dernier hommage par des obsèques solennelles. Le peuple de Paris défile longuement devant son cercueil avec ce recueillement et cette émotion qu’il sait manifester à ceux qui ont conquis son estime par leur manière de servir la Patrie.

Conformément à ses dernières volontés, le général Gouraud est inhumé dans la crypte du Monument de Navarin « au milieu des soldats qu’il a tant aimés ».

http://www.lyceefr.org/aaegd/gouraud1.htm

 

 

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24 novembre 2012

Les opérations en Alsace

Classé sous — milguerres @ 9 h 33 min

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Les opérations en Alsace

Août 1914

 récit : http://www.chtimiste.com/

LA PREMIERE OFFENSIVE  7 au 13/08/1914

 

Il n’entrait ni dans le plan stratégique, ni dans les intérêts tactiques de l’armée allemande, de porter la guerre sur la frontière alsacienne.

Il apparut utile au Commandement français d’accrocher sur ce front la gauche ennemie, et de prendre dans la plaine d’Alsace, dés le début des opérations, une position qui nous assurât le débouché des Vosges sur un large front.

Notre plan de campagne prévoyait donc une offensive qui flanquerait, à droite, le mouvement général de nos armées, avec des forces dont la mission serait de pénétrer brusquement en Alsace par le sud, de se porter en hâte sur Colmar et Schlestadt, de détruire les ponts du Rhin, et de masquer Neuf-Brisach

Ultérieurement et successivement, les unités appartenant au 1e groupe de divisions d’infanterie de réserve et les divisions de réserve des Alpes devaient garder la Haute-Alsace et investir Strasbourg.

Depuis le 2 août, l’état-major allemand avait concentré, de la Suisse à la Fecht, son XIVe Corps d’Armée, et de la Fecht au Donon son XVe

Le commandant de ces troupes, le général von Deimling, fameux « mangeur d’Alsaciens »,opérait sur un terrain qui lui était familier.

 Nos premières patrouilles, notamment celle du 11e Dragons, avaient convaincu notre État-Major que les effectifs allemands étaient de peu d’importance entre la frontière et Mulhouse.

Le gros des forces ennemies campait sur la rive droite du Rhin. Il fut décidé que nous prendrions immédiatement l’offensive pour rejeter en arrière ces effectifs et nous rendre maître des ponts sur le Rhin.

Un détachement d’armée fut organisé et placé sous les ordres du général Bonneau. Ce détachement comprenait le 7e CA., la 8e division de cavalerie, une brigade d’infanterie et une batterie attelée de 155 court, empruntées à la garnison de Belfort.

Cette brigade fut formée en hâte par les 371e et 372e régiments d’infanterie, qui furent respectivement complétés par un bataillon actif du 171e et du 172e régiments d’infanterie. La batterie fut prélevée sur le 9e régiment d’artillerie à pied.

Le colonel Quais, commandant de cette brigade, rejoignit le 6 août la 14e division du général Curé, qui faisait partie du détachement d’armée du général Bonneau, détachement dont l’effectif total était de 19000 hommes.

L’ordre d’offensive parvint le 6 août.

Il fut exécuté le 7, au matin. Le général Bonneau devait d’abord s’emparer du front Thann-Mulhouse, ensuite atteindre le Rhin par sa droite, en couper les ponts, puis se porter sur Colmar.

 

 

 

Les opérations en Alsace operation-detachement-bonneau

 

Opération du détachement d’armée Bonneau 7-13 août 1914 (http://vestiges.1914.1918.free.fr/Carte_003.htm)

 

L’armée d’attaque fut divisée en trois colonnes

**A droite, la 27e brigade d’infanterie (44e et 60e régiments d’infanterie) appuyée par les 2e et 3e groupes du 47e régiment d’artillerie et la 8e brigade de dragons, devait se porter par la trouée de Belfort sur Dannemarie et Altkirch.

** Au centre, la 14e division (brigade Quais, et 28e brigade (42e et 35e régiments d’infanterie) qu’appuyait le 1e groupe du 47e régiment d’artillerie, devait marcher sur Cernay.

**A gauche, la 41e division du général Superbie, éclairée par le 15e  bataillon de chasseurs, composée de beaux régiments d’infanterie comme les 23e,152e, 373e, appuyée par les batteries du régiment d’artillerie de montagne, devait se porter sur Thann par le col d’Oderen et la vallée de la Thur

Le front d’attaque d’Altkirch à Thann couvrait une étendue de 24 kilomètres.

Le général Bonneau, dans le mouvement de conversion qu’il devait décrire autour de Thann pour se redresser le long du Rhin, allait se heurter à des forces égales en nombre, mais retranchées, dont les contre-attaques risquaient de menacer son flanc droit.

Les colonnes de gauche et du centre progressèrent assez facilement. A gauche, la 41e division descendit sans désemparer la vallée de la Thur dans les journées des 6 et 7 août.

Le 15e bataillon de chasseurs, sous les ordres du commandant Duchet, bousculait les patrouilles ennemies et traversait ,rapidement Urbès, Wesserling, Saint Amarin, véritables étapes de la « Terre Promise », pour s’installer dans le village de Moosch.

Le 7 août, Willer et Bitschwiller étaient dépassés par les fantassins du 133e et du 23e  et dès quatre heures de l’après-midi nous pénétrions dans Thann, d’où le général von Deimling se retirait précipitamment.

La population enthousiaste fit fête aux chasseurs du 15e bataillon et aux fantassins de la 41e division.

Les pointes d’avant‑garde des chasseurs furent alors lancées vers Cernay, et dès le lendemain le 15e bataillon s’établissait à Reiningen, à 4 kilomètres de Mulhouse.

Au centre, la 14e division franchissait le 6 août la frontière; les fantassins du 35e et du 42e , appuyés par le feu des batteries du 47e régiment d’artillerie, progressaient malgré les mitrailleuses, bousculaient l’ennemi au pont d’Aspach dans la journée du 7,et le 35e régiment d’infanterie enlevait brillamment Burnhaupt‑le‑Bas. La division occupaitalors le front Aspach-Pont-d’Aspach-Burnhaupt-Ammertzwiller.

A droite, la 8e division de cavalerie, qui devait couvrir le flanc vulnérable de notre attaque, avait lié son mouvement à celui de la 14e division. La frontière étant franchie le 7 août à six heures, le 11e Dragons, à l’avant‑garde, se portait vers Altkirch. Une brigade allemande, pourvue d’artillerie, défendait la place. Les nôtres pénétrèrent dans Altkirch malgré la vive fusillade .qui partait des maisons. Mais ils ne purent dépasser la gare; nos escadrons durent se replier sous le couvert des bois. L’artillerie allemande leur causa quelques pertes. Le colonel du 11e Dragons fut grièvement blessé, le capitaine Dérémetz fut tué. A la faveur de l’obscurité, l’ennemi évacua la place.

 La prise d’Alkirch nous coûtait une centaine de tués et blessés. Mais notre 14e division y entrait le soir même, triomphalement.

Au matin du 8 août, la 14e division reçut l’ordre de poursuivre sa marche sur Mulhouse, la 41e division devant s’avancer à gauche, jusqu’à Lutterbach. Les 41e  et 60e régiments d’infanterie restaient à Altkirch

Vers midi, la 14e division se forma en deux colonnes, convergeant sur Mulhouse. Les patrouilles ennemies fuyaient devant nous; des équipements abandonnés jonchaient les routes. Les derniers soldats allemands quittaient Mulhouse quand nous arrivions aux portes de la ville.

Le 18e  Dragons ne trouvait pas un uniforme ennemi dans la place. Le général Curé envoya une forte avant-garde prendre position au-delà de la ville, entre Modenheim et Rixheim; puis il fit son entrée dans Mulhouse, musique en tête, drapeaux dé ployés.

La population couvrit de fleurs nos soldats. Pendant ce temps, le général Bonneau s’installait à Niedermorschwillcr.

La prise de Mulhouse, vaste centre industriel d’Alsace qui compte 100000 habitants, eut une répercussion énorme dans toute la France. Notre victoire ne paraissait plus douteuse. Le généralissime adressait la proclamation ci-dessus à nos frères retrouvés.

Ce document passait de main en main avec ferveur. L’enthousiasme atteignait son paroxysme.

M. Messimy, Ministre de la Guerre, télégraphiait au général en chef :

Mon général, l’entrée des troupes françaises à Mulhouse, aux acclamations des Alsaciens, a fait tressaillir d’enthousiasme toute la France. La suite de la campagne nous apportera, j’en ai la ferme conviction, des succès dont la portée militaire dépassera celle de la journée d’aujourd’hui. Mais, au début de la guerre, l’énergique et brillante offensive que vous avez prise en Alsace nous apporte un précieux réconfort. le suis profondément heureux, au note du Gouvernement, de vous exprimer toute ma gratitude.

Hélas !! cette confiance était prématurée.

Les Allemands en fuite avaient bien incendié les magasins militaires de vivres, de matériel et de fourrages ; mais ils laissaient derrière eux une horde d’espions. Leurs officiers, avant de partir,avaent promis de se venger dès le lendemain des Français.

Le général Curé apprenait, en effet, dans la soirée du 8 août, que de gros détachements ennemis apparaissaient en direction de Mülheim et de Neufbrisach. La forêt de la Hardt, impénétrable et méthodiquement organisée, fourmillait de casques à pointe.

Il était impossible à une brigade d’infanterie de défendre victorieusement Mulhouse contre des forces importantes venant du nord et de l’Est.

Le général Curé se rendit compte de cette situation, et  pour éviter une catastrophe évacuer Mulhouse à 5 heures du matin, puis s’installa sur les hauteurs, au sud de la ville. Les Allemands, assurés de trouver nos soldats en pleine orgie, comptaient les bousculer sans coup férir, et pénétrer à leur suite par la trouée de Belfort. La rapidité de notre offensive les avait surpris. La faiblesse de nos effectifs les rassura.

Au matin du 9, notre 28e brigade (35e et 42e régiments d’infanterie) était rassemblée, avec le 1e groupe du 47e régiment d’artillerie, face au nord, sur le plateau de Riedisheim, et la 114e brigade (moins les deux bataillons actifs des 117e et 172e régiments d’infanterie, en réserve à Galfingen) se retranchait au nord de Dornach.

La 8e division de cavalerie était chargée de patrouiller dans la Hardt.

Durant toute la matinée, du côté ennemi, un train blindé de huit wagons fit la navette entre Müllheim et l’île Napoléon, où il amenait, à chaque voyage, des unités d’infanterie. Nos artilleurs ne parvinrent pas à l’atteindre. Le XIVe Corps allemand achevait, pendant ce temps, sa concentration à Neuenberg, sur la rive droite du Rhin.

Au cours de l’après midi, une importante colonne fut signalée au nord de Mulhouse.

Vers 5 heures du soir, l’action générale s’engagea. A la nuit tombante, la bataille faisait rage. Le XIVe Corps et une division du XVe Corps allemands prononcèrent une double attaque, leurs troupes surgissant de la forêt de la Hardt, et descendant par Neufbrisach, Colmar et Soultz sur Cernay.

Notre retraite était bientôt menacée en direction de Cernaypar des forces supérieures. Notre centre à son tour allait courir les plus gros dangers. Vainement les 3e et 42e régiments d’infanterie firent des prodiges, refoulant à plusieurs reprises les Allemands sur Rixheim et l’île Napoléon. Mais la 41e division subissait un bombardement par obusiers à Lutterbach et devait battre en retraite.

Le 15e bataillon de chasseurs évacuait bientôt Cernay. Toutes ces unités refluaient par la route de Bussang, vers 8 heures du soir.

Notre 14e division restait en flèche, sans aucune réserve pour la soutenir. Le général Curé prescrivit alors la retraite, qui s’effectua dans un ordre parfait, en direction de NiedermorschWviller.

Au matin du 10 août, notre gauche était à Thann, notre centre et notre droite sur la ligne Reiningen

Nos forces, d’ailleurs épuisées, qui se trouvaient à Reiningen, pouvaient, d’un moment à l’autre, se trouver compromises. Le moral des troupes ayant subi une rude atteinte, le Commandement décida l’accentuation de notre repli sur les  hautes Vosges.

Vieux-Thain, puis Thann furent évacués. La retraite était reprise en direction de l’Ouest. Les Allemands, eux, marchaient en direction du Sud. Ils se heurtèrent, le 10 août, à la 57e division de réserve, qui appartenait à la garnison de Belfort.

 

Que s’était-il donc passé en arrière de notre front d’attaque?

La 113e brigade (235e 242e 260e régiments d’infanterie) avait été dirigée dès le 9 août sur la frontière, pour surveiller la direction de Dannemarie ; elle se porta le 10 sur les contreforts de la rive gauche de l’Ill et sur les hauteurs du Spechbach, où elle fut rejointe par la brigade Quais, qui retraitait avec la 14e division.

Grâce aux hésitations de la poursuite ennemie, les éléments de la 57edivision se trouvaient rassemblés le 11août sous les ordres du général Frédéric Bernard, et purent couvrir la droite du 7e Corps d’Armée, puis engager le combat et bri

ser l’effort ennemi. Ainsi, le 11août, le détachement d’armée Bonneau réussissait à se fixer derrière le ruisseau de Saint-Nicolas.

Les 44e et 60e régiments d’infanterie rejoignaient les autres éléments de la 14e division et bivouaquaient là jusqu’au 17 août

Le 47e d’artillerie s’établissait le 12 et le 13 en cantonnement bivouac à La Collonge, laissant ses 5e et 6e batteries soutenir nos avant postes vers Vauthiermont et Reppe.

Le 7e Corps d’Armée se trouvait dégagé par l’intervention de la 57e division en avant du col de Valdieu; cette division s’établissait le 12 août

entre Montreux-Jeune et Chavannes-sur-l’Étang, afin de couvrir les routes qui permettaient de tourner Belfort par le Sud.

Le 13 août, après maints tâtonnements, l’ennemi se décidait à l’offensive.

L’attaque, menée par des troupes badoises et wurtembergeoises, se déclencha sur le front Montreux Jeune Chavannes l’Étang. La 115e brigade, qui formait l’aile droite de la 57e division, défendit vaillamment le moulin de la Caille et  le village de Montreux-jeune.

Par crainte d’enveloppement, elle se replia dans Montreux-Vieux, derrière le canal du Rhône au Rhin. L’ennemi bombarda Montreux-Vieux, mais ses attaques se brisèrent sur le canal. Il dut renoncer à sa marche sur Montbéliard. Cette affaire nous coûta 800 tués ou blessés. L’ennemi perdit presque 2000 hommes. Il se vengea de son échec en incendiant Romagny

La 57e division organisa immédiatement ses positions pour couvrir la route du Sud-Est et nous assurer les voies de communication débouchant du col de Valdieu.

Le combat de Montreux marque la fin de notre première pointe offensive sur Mulhouse ; opération téméraire sans doute, mais qui n’aboutit pas à une catastrophe, et qui laissa intacte notre frontière.

L’Allemagne cria au triomphe, insolemment.

La France fut péniblement affectée, et le Journal Officiel enregistra la mise à la retraite, pour raison de santé, du général Bonneau.

 

 

LA SECONDE OFFENSIVE  14 au 22/08/1914

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Opérations en Haute-Alsace (général Pau) 14-22 août 1914 (http://vestiges.1914.1918.free.fr/Carte_004.htm)

L’armée française ne pouvait rester sur cet échec. Trop d’espoirs étaient nés soudain au delà des Vosges. Nous leurs devions une réparation morale. Et d’autre part une nouvelle poussée, bien conduite, ne pouvait manquer d’assurer des positions meilleures à l’aile droite de nos armées.

Afin de pouvoir agir avec plus de sécurité, nos troupes opérant en Lorraine avaient besoin d’être sérieusement couvertes en direction du Sud par l’occupation des points de passage du Rhin, de Huningue à Neufbrisach. Cette mission de flanc garde, non réalisée par le détachement d’armée Bonneau, ne pouvait être abandonnée sans danger. L’occupation du Sundgau nous était nécessaire, car des colonnes ennemies débouchant par là mettraient en péril notre 10e Armée.

Dés le 10 août, le général Joffre ordonnait la constitution d’une armée plus importante, qui rétablirait la situation en Haute-Alsace, et qui serait confiée au général Pau, le plus populaire de nos généraux.

Le rassemblement des forces commença le 11 août.

Le général Pau prit pour chef d’état-major le lieutenant-colonel Buat, officier supérieur unanimement apprécié. L’effectif devait être porté à 115000 combattants.

Le 7e Corps d’Armée fut reconstitué et repris en main par un nouveau commandant, le général Vauthier.

Il lui fut adjoint la 8e division de cavalerie et la 57e division d’infanterie de réserve, cette dernière étant toutefois allégée des 235e et 260e régiments d’infanterie, qui avaient combattu à Montreur et devaient, pour se refaire, cantonner à Belfort.

 

 

 

 

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source : http://www.delcampe.fr/page/item/id,0067672882,language,F.html

 

Des éléments des 171e et 172e régiments d’infanterie furent accolés au 242e dans la 113e brigade, et complétèrent les effectifs de la 57e division, qui comptait à la 114e brigade : Les 371e, 372e et 244e régiments d’infanterie, trois groupes d’artillerie montée de 75, une compagnie du génie et deux escadrons de réserve de dragons.

Le 1e groupe de division d’infanterie de réserve, commandé par le général Archinard, des troupes coloniales, entrait dans l’armée d’Alsace, à laquelle il apportait un renfort de trois divisions, constituées chacune par deux brigades de trois régiments à deux bataillons. C’est ainsi que la 66e division du général Woirhange était composée de la 131e brigade du général Sauzéde (280e, 281e et 296e régiments d’infanterie) et de la 132e brigade du général Sarrade (215e 253e et 343e régiments d’infanterie).

La 63e division de réserve était constituée de façon identique, ainsi que la 58e; cette dernière, commandée parle général Lombard, laissait toutefois une de ses brigades à la disposition de la 1e Armée.

La 44e division d’infanterie alpine, commandée parle général Soyer, apportait son appoint à l’armée nouvelle :Les 97e, 157e,159e et 163e régiments d’infanterie, tous à trois bataillons.

Quant à la brigade active de Belfort, elle était formée des six bataillons des 171e 172e régiments d’infanterie. Deux de ces bataillons avaient déjà vu le feu avec la brigade Quais.

Deux batteries lourdes furent improvisées et mises à la disposition du général Pau, qui reçut en outre les cinq groupes alpins de la XIVe région, rattachés pour ordre au 7e C. A.

Le général Pau avait ainsi sous ses ordres 11500 hommes pour mener à bien la tâche que le général Bonneau n’avait pu accomplir avec ses 19000 combattants. Il ne s’agissait plus d’une reconnaissance, mais d’un effort décisif en direction du Rhin : offensive méthodique de l’Ouest à l’Est, notre gauche avançant vers le Nord-Est pour couper la retraite aux Allemands dans cette direction, afin que l’adversaire n’eût d’autre issue que la frontière suisse ou le passage du fleuve.

La gauche de l’armée du général Pau (véritable aile droite de notre 1e Armée) fut, en conséquence, composée d’éléments particulièrement solides et entraînés: les cinq groupes alpins de la XIV région commandés par le général Bataille. Le général Pau les engagea même avant d’avoir achevé la formation de son armée. Ces groupes, qui débarquaient le 12 août dans la région Remiremont Gérardmer-Saint-Maurice, furent immédiatement affectés à la garde de la crête des Vosges, du ballon de Servance jusqu’au col de la Schlucht.

Ils devaient descendre par les routes du versant oriental pour tenir solidement les débouchés de ces routes sur la plaine d’Alsace. Le Louchbach marquait leur jonction avec les 70e,11e,14e,bataillons de chasseurs, qui constituaient l’extrême gauche de la 1e Armée.

Dés le 14 août, le 28e bataillon reçut l’ordre de descendre sur Massevaux et Lawv, pour éclairer la 41e division. Commandé par le lieutenant colonel Brissaud-Desmaillet, ce bataillon arriva sans encombres à Massevaux vers midi, et repartit sur Rodern. Sa marche était surveillée par quatre cavaliers ennemis du 14e dragons. Le lieutenant Ayme, reconnaissant soudain des ennemis, tua d’un coup de feu le sous-officier, chef de patrouille. Les trois autres cavaliers prirent la fuite.

Pendant ce temps, les 12e et 22e bataillons descendaient de Bussang sur Thann. Ils entrèrent dans Thann à sept heures du soir, les Bavarois ayant précipitamment évacué la ville.

Le 30e bataillon du lieutenant-colonel Goybet descendait du Hohneck et menait l’attaque en en direction de Munster. Le 13e bataillon restait en réserve de la 81e brigade, à laquelle il était provisoirement rattaché.

Le 15 août, les groupes alpins qui avaient mené ces trois offensives divergentes se reconstituèrent en deux groupements.

Au Nord, les 30e et 13e bataillons demeurèrent avec la 81e brigade, momentanément arrêtée devant Munster. Au sud, les groupes des 12e, 22e et 28e bataillons se réunirent autour de Cernay, sous les ordres du lieutenant colonel Gratier, liant leur mouvement à la gauche du 7e Corps d’Armée.

Cette couverture de gauche était assez solide pour que l’offensive en Haute Alsace fût déclenchée.

Notre droite, appuyée sur le canal du Rhône au Rhin, était forte de deux divisions ; la 66e (280e, 281e et 296e, 215e, 253e et 343e régiments d’infanterie de réserve) et la 44e (157e, 159e, 163e et 97e régiments d’infanterie alpine).

Le 7e Corps d’Armée se trouvait à cheval sur la route de Belfort à Mulhouse, assignée comme axe de mouvement

A l’extrême gauche, deux autres divisions, la 58e et la 4e, devaient marcher en liaison avec les groupements alpins, dont l’axe de mouvement serait SentheimAspach Wittelsheim.

La progression sur Mulhouse devait se faire, cette fois, en quatre bonds successifs, jalonnés au centre par Soppe, Burnhaupt et Heimsbrunn.

Le 16 août l’Armée d’Alsace passait à l’attaque. Elle atteignait facilement le front Buettwiller Guewenheim Burbach. Surpris, les Allemands se retirèrent en désordre vers le Nord et vers l’Est, abandonnant munitions, vivres et matériel. Seule, la possession de Danemarie fut chèrement disputée.

Le 17 août, l’ennemi hâta sa retraite vers la Haute Alsace. Nous enlevions Munster par une manœuvre habile au sud de la ville : l’ennemi fuyait vers Turckheim.

Le 18 août, tout le terrain était balayé au sud des Vosges, et jusqu’au Donon. L’Armée d’Alsace tenait le front Tagsdorf Oberinorschwiller Zillisheim Hochstatt Niedermorschwiller Reiningén Wittelsheim.

Au soir de ce jour, le général Pau donnait à ses troupes l’ordre d’attaquer, pour enlever Mulhouse, la ligne de l’Ill, autour de laquelle s’étaient regroupées les forces ennemies. L’aile gauche avait mission de se redresser vers le Nord, en direction de Colmar et de Neufbrisach, l’aile droite devait se porter sur Altkirch.

La bataille générale fut ainsi livrée du 19 au 22 août.

Le 19 août, après un combat acharné, le 7e Corps d’Armée enleva Mulhouse. II fallut d’abord courir à l’assaut de masses ennemies concentrées entre Lutterbach, Pfastadt et Richwiller. Notre artillerie fit merveille dans la préparation.

A Dornach se cristallisa la résistance allemande.

Dornach est la banlieue de Mulhouse: partout des villas, des jardins, des murs, des haies. L’ennemi avait tendu des fils électrifiés, chaque maisonnette était un fortin. La 14e division dut livrer un assaut en règle, dans lequel se distinguèrent les 35e, 42e, 44e et 60e régiments d’infanterie, ainsi que les sapeurs du 4e génie.

Six pièces de 77 furent prises à la baïonnette par le 42e régiment d’infanterie. Les Badois subirent des pertes cruelles. Un millier de prisonniers tomba entre nos mains. La 8e division de cavalerie pourchassa l’ennemi jusqu’à la région, d’Ensisheim, à 20 kilomètres au nord de Mulhouse. Durant la bataille se distingua le colonel Nivelle, commandant du 5e régiment d’artillerie de campagne.

Pour la seconde fois, en quinze jours, les Français entrèrent à Mulhouse à quatre heures de l’après midi.

Mais ils ne firent que traverser la ville pour aller se retrancher à Lütterbach et dans la région de Modenheim. Seuls, les 35e et 42e régiments d’infanterie, qui s’étaient distingués à Dornach, restèrent en réserve à Mulhouse, et le 3e groupe du 47e régiment d’artillerie se mit en batterie sur la cote 266 et sur les croupes sud est de la ville.

A droite du 7e Corps, l’attaque de Mulhouse fut bordée par la 66e division, dont l’objectif était Brunstatt, sur l’Ill, et à l’extrême droite par la 44e division qui se rabattait sur Altkirch. Ces deux divisions maîtrisèrent toutes les réactions ennemies et atteignirent leurs objectifs.

La 66e division dépassa, le 19 août, les avant postes que ses régiments de la 131e brigade (280e,281e, 296e régiments d’infanterie) et de la 132e brigade (215e,253e et 343′ régiments d’infanterie) avaient installés sur le front Ammertzwiller Hagenbach. L’ennemi tenta de résister sur la ligne Brunstatt Flachslanden. Il dut battre en retraite devant l’attaque du 215e régiment d’infanterie (colonel Gadel, des troupes coloniales) et du 343e régiment d’infanterie (lieutenant colonel Prudhomme). Le 215e progressa pourtant avec beaucoup de peine : deux fossés rendaient sa marche quasi impossible : le canal du Rhône au Rhin et l’Ill.

Les sections de tête refluèrent en désordre sous le tir des mitrailleuses allemandes. Le terrain sur lequel elles s’étaient engagées était plat et dénudé. Notre artillerie balaya aussitôt de son feu les bords du canal et les emplacements des mitrailleuses. A la nuit tombante, l’ennemi s’empressa d’évacuer Brunstatt, et le 215e régiment d’infanterie put prendre possession du village.

La brigade de droite attaquait Zillisheim et Flaxhenden; les 296e et 280e régiments d’infanterie brisaient définitivement la résistance allemande.

Le 21 août, le 215e régiment d’infanterie s’installait à Heinsbrunn, et le 343e régiment d’infanterie à Galfingen ; ces villages étaient mis aussitôt en état de défense.

La mission de la 66e division était remplie

 

 

 

 

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A l’extrême droite, la 44e division, qui couvrait notre flanc, était violemment prise à partie par une division allemande, venue de la rive droite du Rhin. Après un àpre combat, l’ennemi était rejeté, et sur le carnet d’un officier allemand on lisait quelques jours plus tard les lignes suivantes :

 « Notre infanterie est écrasée ; batteries et fantassins fuient en désordre, suivis du général von Bodungen qui marche à pied derrière ses troupes battues et désemparées… »

 La 41e division refoulait l’adversaire sur Emlingen et sur Tagolsheim, puis se rabattait sur AAltkirch. Devant cette place, le général Plessier était mortellement frappé, à la tête de la 88e brigade. Ses troupes s’emparèrent de la ville au prix de gros sacrifices.

La 44e division fut alors relevée par la 57e, dont les régiments purent occuper en toute sécurité les hauteurs de la rive droite de l’Ill, depuis Altkirch jusqu’à Mulhouse. Nos reconnaissances atteignaient la Hardt.

Au nord de Mulhouse, l’ennemi ne fut pas plus heureux

Notre aile gauche avait pour objectif général Colmar, et pour mission (le progresser en liaison étroite avec la Ire Armée, dont elle couvrait le flanc droit.

Le groupement de chasseurs alpins remplit cette tâche difficile avec intrépidité. Grâce au dévouement des chasseurs, la, 1e armée et l’Armée d’Alsace purent accélérer leur avance ou limiter leur recul.

L’offensive fut prise le 19 août. Le groupe du nord (13e et 30e bataillons) marchait sur Colmar en descendant la Fecht. Le groupe du Sud (28e, 22e et 12e bataillons du lieutenant colonel Gratier) agissait en direction du Nord par la rive gauche de l’ Ill. Ce dernier groupe trouva la route de la plaine solidement tenue par les Allemands. Il prit, plus à l’ouest, la route du col d’Osenbach. Le 28e bataillon se dirigeait ainsi d’Uffholtz sur Guebwiller.

Ce dernier village fit fête aux chasseurs. Ils continuèrent leur route, et atteignirent la région de Westhalten Orschwihr, fourmillante d’ennemis Le lieutenant colonel Brissaud-Desmaillet, commandant du 28e bataillon, envoya dans l’après-midi une reconnaissance offensive, dirigée par le lieutenant d’Armau de Pouydraguin, sur le village de Pfaffenheim.

 L’officier ne découvrit rien de suspect dans le village; mais un habitant s’enfuyant vers une ferme isolée, il lui donna la chasse, et se trouva soudain devant une sentinelle allemande, avec laquelle il engagea un furieux combat corps à corps. Les chasseurs arrivèrent à temps pour dégager leur lieutenant, malgré une vive fusillade partie de la ferme.

La patrouille, fortement éprouvée, put regagner nos lignes. Nous nous trouvions au contact immédiat de l’ennemi.

Pendant ce temps, le 30e bataillon, qui se portait sur Walbach, se heurta à une brigade wurtembergeoise. Le capitaine Banelle chargea intrépidement une batterie qui dut s’enfuir, abandonnant ses projectiles. Un régiment ennemi, lancé à l’attaque, reflua en désordre sous le feu de nos mitrailleuses et de nos batteries de montagne. Le 30e bataillon subit des pertes sensibles, mais la route Turckheim nous était ouverte, et les trois bataillons du lieutenant colonel Gratier pouvaient progresser.

Le 13e bataillon était aussitôt détaché dans la région Orbey Zell, où il couvrait face au nord le flanc gauche des chasseurs.

Le 21 août, le 30e alpins enlevait Turckheim. Les bataillons glissaient vers la région de Kaisersberg et d’Ammerschwihr.

Le 22 août, ils livraient le sanglant combat d’Ingersheim.

Ce dernier village, situé à 3 kilomètres de Colmar, est protégé au sud par le cours de la Fecht. La route de Colmar à Ingersheim franchit la rivière sur un pont de pierre. Puis elle longe la rive sud de la Fecht, bordée par une sapinière. Ensuite, des vignes touffues s’étendent jusqu’à Logelbach, faubourg de Colmar.

Dès 7h heures du matin, une batterie allemande de 210 bombarda le front d’Ingersheim et les rives de la Fecht.

A 11 heures, les colonnes allemandes débouchèrent de Colmar par la route clé Kaiserberg. Elles se heurtèrent devant Turckheim aux 2e et 3e compagnies du 30e bataillon, et ne purent forcer le barrage. Mais l’attaque gagna par le nord. L’ennemi, sous le couvert des sapins, s’infiltra jusqu’à Ingersheim.

La lutte fut meurtrière. Les 12e, 5e et 28e bataillons contre-attaquèrent furieusement les troupes bavaroises.

Ingersheim fut pris et repris à trois reprises. Les 5e et 28e bataillons culbutaient enfin l’aile droite ennemie et la rejetaient sur Colmar. Ingersheim flambait. A l’aube, le 28e bataillon atteignait la barrière de l’octroi de Colmar. Nous organisions défensivement la vallée de la Fecht.

Ainsi, à l’extrême gauche, nous nous trouvions aux abords mêmes de Colmar; à l’extrême droite, au sud d’Altkirch, les cavaliers de la 14e brigade de dragons et les fantassins du 242e régiment d’infanterie étaient installés à Hirsingen et à Ilirtzbach. De lIll au Rhin, la voie semblait ouverte à l’Armée d’Alsace.

Malheureusement, le 22 août, la 2e Armée brisait ses efforts sur les défenses de Morhange; sa retraite entraînait le repli de la 1e Armée, qui abandonnait le 23 août le Donon et le col de Saales. L’Armée d’Alsace ne pouvait plus rester en flèche. La bataille des frontières était finie ; nous l’avions perdue.

 Une autre bataille se préparait, pour laquelle le général en chef avait besoin de toutes ses forces. L’Armée du général Pau fut disloquée au profit de nouveaux théâtres d’opérations.

Le 22 août, la 8e division de cavalerie (qui laissait cependant sa 14e brigade de dragons à l’Alsace) et la 44e division étaient rattachées à la 1e Armée.

Le 24 août, la 63e division de réserve et le gros du 7e Corps d’Armée étaient transportés sur la Somme, puis sur Paris, à la disposition de la 6e Armée.

Une telle dislocation entraînait l’abandon du terrain conquis.

Les troupes françaises abandonnaient non seulement Mulhouse, que le général Pau évacuait le 24 août, mais Altkirch, Cernay, Logelbach, le Sundgau.

A l’Armée d’Alsace furent substitués deux groupements : celui de Belfort au sud, celui des Vosges au nord. Le premier devait garder l’accès de la trouée, le second tenait notre frontière d’Alsace, et couvrait le flanc de la 1e Armée.

Certes, on a pu reprocher au général en chef d’avoir dispersé ses efforts au début de la plus sanglante des guerres. Mais eût-il été juste de négliger les impondérables ? Le point de vue moral eut la plus large place, au cours du tragique conflit.

 

sources :

cartes : http://vestiges.1914.1918.free.fr

récit et photo : http://www.chtimiste.com/

photo : http://www.delcampe.fr/page/item/id,0067672882,language,F.html

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