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25 novembre 2012

les chiens de Guerre

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Les chiens de Guerre

source : http://www.pages14-18.com/B_PAGES_HISTOIRE/chiens_de_guerre/chiens-P3.htm

1914 – 1918

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SOMMAIRE
1ère partie : Les chiens du front rentrent chez eux :
un excellent article paru dans la revue  » LECTURES POUR TOUS » en juin 1919
2e partie : Instructions officielles relatives aux chiens dans les armées .
3e partie : Flambeau chien de guerre au 149e R.I

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1ère partie
LES CHIENS DU FRONT RENTRENT CHEZ EUX

Texte et illustrations » LECTURE POUR TOUS » numéro de Juin 1919

Ils ont été les compagnons du poilu, ces braves toutous qui ont, comme lui, couru tant de dangers, et rendu tant de services à nos armées. Au moment où ils rentrent dans la vie civile, n’est-il pas juste d’envoyer un mot d’éloge à ces bons combattants ?

Voici qu’à leur tour, les chiens de guerre sont démobilisés ! Il n’est point de poilu qui, à cette nouvelle, n’évoque en sa pensée l’image d’un compagnon de mi¬sère à quatre pattes et ne lui accorde un sou¬venir ému. C’est que le chien de guerre a partagé toutes ses bonnes et mauvaises heures, vivant souvent de la même gamelle dans les tranchées » sommeillant la nuit sur la même botte de paille dans les cagnas, râlant sous les même vagues de gaz asphyxiants, mou¬rant parfois du même obus. Mais des poilus se souviendront aussi que, s’ils purent con¬tinuer à combattre, à certaine heure critique, que s’ils ne furent point fait prisonniers, que si même, ils sont encore de ce monde, ils le doivent à l’obscur dévouement d’une pauvre bonne bête que rien, cependant, ne destinait au métier de héros.
Pendant cette terrible guerre de cinquante mois, il a fallu demander en effet, au meilleur de nos frères inférieurs, l’emploi de .tous les dons, merveilleux d’intelligence, d’endurance et-de fidélité que la nature lui a si largement départis. Aussi le chien de guerre a-t-il été de toutes les tragédies, petites et grandes, qui ont eu pour théâtre le champ de bataille, et souvent on lui a demandé des sacrifices que l’homme ne pouvait accomplir.
On ne sait guère qu’au cours de ces quatre ans et demi de guerre, plus de 15 000 chiens de races différentes, mais principalement des chiens de berger de la Beauce, de la Brie et des Pyrénées, des dogues et des bouviers, des ratiers et des chiens de montagne ont été mobilisés aux armées. Presque tous ont été donnés ou prêtés par leurs propriétaires qui rarement s’en séparèrent sans chagrin.
La proportion des pertes montre que le sacrifice demandé fut loin d’être inutile. Quand, quelques semaines après l’armistice, on fit le recensement des chiens de guerre, on constata que plus de 35 p. 100 d’entre eux étaient morts ou disparus : 4 000, en chiffres ronds, étaient morts au champ d’honneur, tués par les balles, les obus, les torpilles et les bombes ou morts des suites de leurs blessures ; 1 500 étaient disparus, faits prisonniers ou perdus au cours des vicissitudes des combats ou des déplacements de troupes.

UNE IDÉE QUI FAIT SON CHEMIN.

L’idée de mobiliser les chiens est venue du souvenir des services remarquables que rendirent, en 1836, les quarante chiens éclaireurs de la compagnie franche du capitaine Blanpin, dans l’expédition de Constantine. Les surprises qu’ils évitèrent, les embuscades qu’ils déjouèrent sont demeurées légendaires et trace en a été conservée dans les archives du ministère de la Guerre.
On savait aussi que l’armée allemande, de 1885 à 1914, avait soigneusement préparé des équipes de chiens éclaireurs, destinées à accompagner les sections d’infanterie et, chez nous, plusieurs officiers, préoccupés du soin avec lequel les Allemands paraissaient préparer tout ce qui leur pouvait être utile en cas de conflit européen, tentèrent de doter l’armée française de sections de chiens de combat et de chiens sanitaires. Parmi ceux-là, il convient de citer le capitaine Lauth du 67e d’infanterie, le lieutenant Faucher du 21e bataillon de chasseurs, le lieutenant Jarry du 5e dragons et le lieutenant Buer du 19e bataillon de chasseurs. Leurs chiens furent utilisés aux manœuvres surtout comme chiens porteurs d’ordres. Des rapports élogieux suivirent ces essais, et ce fut tout. On ne croyait pas à la guerre, alors à quoi bon !
L’initiative privée, heureusement, était moins dolente. Quand éclata le coup de tonnerre de 1914, dès les premiers jours d’août, la Société nationale du chien sanitaire offrait au ministère de la Guerre une centaine de chiens dressés à la recherche des blessés. Presque tous devaient disparaître dans la tourmente de Charleroi. La plupart de nos soldats blessés gravement demeurèrent sur les champs de bataille et, comme il avait été, par suite de ces circons¬tances, à peu près impossible de se rendre compte de l’utilité réelle de ces
pauvres bêtes, une incroyable circulaire ministérielle, datée du 15 septembre 1915, supprima l’emploi des chiens sanitaires aux armées.
Cependant nombre de nos officiers furent appelés à constater que, dans l’armée allemande, l’emploi des chiens avait maintes fois déjoué des coups de mains de nos soldats. Beaucoup de nos chasseurs alpins avaient amené avec eux leurs chiens personnels, de belles bêtes de montagne, dévouées et admirablement dressées. Comme elles sauvèrent bien des sentinelles et même des petits postes, et que cela fut répété, on fut bien obligé de se rendre compte que l’utilisation des chiens sur une grande échelle, donnerait des résultats sé¬rieux. Ce ne fut cependant qu’au mois de décembre 1914 que le 12e bataillon de chasseurs fut doté d’une première équipe officielle d’une douzaine de chiens.
L’armée de l’Est était commandée par un chef ouvert à toutes les idées pouvant apporter un supplément de sécurité à ses hommes : le général de Castelnau. La proposition lui fut faite de créer un chenil militaire pour son armée : il accepta. Des chiens furent demandés un peu partout : ils arrivèrent assez nombreux et le dressage commença.
Un chenil militaire était aussi créé à l’armée des Vosges et d’Alsace et une quinzaine de dresseurs professionnels venaient en hâte instruire une soixantaine de chiens. En novembre 1915, notre IIe et notre VIIe armée avaient à Toul un chenil central, dont tous les sujets avaient donné depuis quelques mois les résultats les plus heureux. Le 25 décembre 1915, M. Millerand, alors ministre de la Guerre, reconnaissait officiellement les chenils militaires et rattachait le service des chiens de guerre à la direction de l’infanterie.
Il avait fallu un an et demi d’efforts indi¬viduels pour en arriver là, mais enfin, mieux valait tard que jamais et notre armée allait être dotée d’une organisation sérieuse dont les services n’allaient pas tarder à surprendre même les plus optimistes. Peu à peu chaque armée eut son chenil central particulier, et l’on peut dire qu’à la signature de l’armistice, les 10 000 à 11000 chiens de guerre, qui étaient en service sur les divers fronts, constituaient la sélection la plus belle qui existât au monde.

POUR RAVITAILLER LES COMBATTANTS.

Ce ne fut qu’à la suite de tâtonnements et d’études que le service des chiens de guerre fut mis au point. Ainsi, à partir du début de 1916, on reconnut que certaines races de chiens, seules, étaient propres à un bon dressage. Il fallut presque totalement écarter les chiens de chasse, dont les fonctions furent limitées au rôle d’avertisseurs. Mais, par contre, tous nos bergers français, les bergers belges de Malines, de Grœnendael et de Tervuren, les bergers écossais, les grands loulous et les bâtards de ces races, donnèrent des résultats surprenants. Ce furent tous d’excellents chiens avertisseurs et de liaison. Les dogues, les bou¬viers, les mâtins devinrent de merveilleux patrouilleurs. Dressés à l’attaque, ils étaient lancés contre l’ennemi, et capturaient, non sans rudesse, des prisonniers. Les chiens de montagne devinrent des chiens d’attelage et des chiens porteurs. On ne saura jamais les services que rendirent ces animaux, notam¬ment pendant les opérations de 1918.
Les chasseurs à Grivesnes, les cuirassiers des 4e et 8e régiments à Moreuil, les cuirassiers du 11e régiment en Champagne qui tinrent tête pendant des journées à des forces supé¬rieures et qui furent maintes fois séparés du gros des troupes de soutien par d’épouvanta¬bles tirs de barrage, ne furent ravitaillés en première ligne, tant en vivres qu’en munitions, que par des chiens de montagne. À l’arrière, ces robustes et courageuses bêtes étaient char¬gées de douze à quinze kilos de grenades répar¬ties dans les deux poches d’une sorte de sac-posé sur leurs reins. Les dresseurs leur poin¬taient le nez dans la direction des soldats à ravitailler et — ne sourions point de ce tou¬chant élan — les lâchaient, après les avoir embrassés comme de bons amis qu’on ne reverra probablement plus. Les chiens dressaient les oreilles, rampaient un instant sur le sol, puis à toute allure filaient sous les obus. Ils étaient si parfaitement dressés, qu’on les voyait agir comme des hommes, se terrant un instant dans les trous d’obus, puis repartant jusqu’à un autre trou d’obus.
Souvent une balle de mitrailleuse jetait bas le pauvre chien qui poussait un cri plaintif et cherchait un trou pour mourir. Plus souvent encore un obus éclatait à côté de lui, un éclat venait frapper le chargement de grenades : tout sautait et la malheureuse bête était volatilisée. Mais sur cent cinquante chiens lancés, les trois quarts arrivaient à destination. Là encore les poilus les embrassaient, parfois les larmes aux yeux. Puis ils prenaient les grenades et, sous la rafale, les chiens repartaient vers l’arrière, reprendre un nouveau chargement. La section qui ravitaillait ainsi le 11e cuirassiers fut de beaucoup la plus éprouvée, mais sa vaillance et son excellent dressage furent l’objet de félicitations officielles du haut commandement, ce dont le lieutenant Hautecloque, qui la commandait, fut justement fier. Ces jours là, les chiens de guerre avaient bien mérité de la Patrie.
HÉROS A QUATRE PATTES

Le dressage des chiens durait généralement un mois Après quoi ils étaient bons pour le front et, en chemin de fer, ils rejoignaient les chenils des armées où ils étaient mis pendant quelque temps en contact avec les poilus destinés à devenir leurs conducteurs en première ligne. Dès lors la vie d’aventures, la vie infernale commençait : interminables stations au bord, d’un trou, à côté d’une sentinelle immobile, longues heures passées avec le masque contre les gaz asphyxiants sur le museau, voiturettes parfois chargées de plus de cent kilos de vivres et de munitions qu’il fallait traîner là où ni chevaux ni mulets ne pouvaient parvenir, courses à la mort sous les rafales d’obus, attaques furieuses, où, tout comme des poilus, les grands bergers malinois sautaient à la gorge des Allemands et les terrassaient.
Une balle, un obus, une bombe, un coup de baïonnette venait souvent, hélas ! mettre fin à la carrière du brave animal. Les soldats savent combien de fois nombre d’entre eux ont commis l’imprudence de risquer leur vie pour sauver leur chien blessé, tombé entre les lignes. C’est que le plus souvent ce n’était pas seulement par un sentiment de tendresse vis-à-vis du chien, mais par un véritable sentiment de reconnaissance. On ne compte plus les chiens qui ont arraché des officiers ou des soldats à une mort certaine, et si la chronique officielle n’a point gardé les noms ou les matricules de ces nobles bêtes, il n’est guère de troupier qui ne puisse conter une histoire touchante où le chien de guerre joue un rôle splendide.
SURTOUT, SOIGNEZ – LES BIEN !

La guerre finie, il fallait songer à démobiliser l’armée canine. Les livrets de chaque animal indiquant leur origine, les propriétaires qui les avaient prêté ont été invités à les reprendre, mais c’est le petit nombre. La majorité des chiens de guerre n’a plus d’autre maître que le soldat, ce qui rendit la démobilisation assez délicate. L’administration de la guerre a jugé sage de faire revenir au chenil central militaire de Satory, que dirige le capitaine Beur, tous les chiens disséminés dans les chenils d’armée. Ils sont revenus par lots de 300 à 400. Puis là, ils ont été divisés en deux grandes catégories: les uns ayant de la race, les autres ceux qui n’en avaient pas. Ces derniers n’en sont pas moins de bons et braves chiens qui ont fait leur devoir comme les autres. Les premiers ont été vendus à des amateurs pour la somme bien modeste de cent francs. Aussi nous n’étonnerons personne en disant que cela s’est su dès les premiers jours et qu’il s’est trouvé tout de suite beaucoup plus d’amateurs qu’il n’y avait de chiens à vendre. Il serait donc inutile de chercher maintenant à s’en procurer. Ceux de la seconde catégorie ont été donnés à ceux qui les désiraient, à la seule condition que les bénéficiaires prissent l’engagement de ne point les vendre et de bien les soigner. Ces chiens méritent tous les égards et l’engagement a toujours été pris de grand cœur. A la date à laquelle paraît cet article, ce qui reste de chiens disponibles ne se trouve plus à Satory, mais au chenil-dépôt du jardin d’acclimatation. Parmi ceux qui ont demandé des chiens de guerre se sont trouvés quan¬tité de poilus qui ne regar¬daient guère à la race ; ils cherchaient surtout à retrouver un compagnon de campagne, et quand cela est arrivé, car c’est arrivé quelquefois, nulle phrase ne saurait traduire la joie du poilu et de l’animal.

LA SÉANCE CONTINUE.

L’institution de chiens de guerre ne disparaît pas du fait de la démobilisation des animaux. Le chenil central de Satory reste un dépôt central et une école où une pépinière de chiens de guerre continuera à être instruite. Maintenant, de même que des poilus restent au front, un certain nombre de chiens restent à l’armée. Des auxiliaires de sentinelles et des chiens de liaison demeurent dans les corps qui assurent la garde du Rhin. Une autre catégorie de chiens, celle des porteurs et chiens de trait, reste également mobilisée. Après avoir, fait la guerre, ces ani¬maux ont à contribuer à la renaissance de nos régions libérées, 100 voiturettes et 300 chiens notamment sont affectés au ravitaillement de la ville de Lille. Chaque attelage véhicule quotidiennement cinq à six mille kilos de marchandises diverses. Pour nos bons servi¬teurs à quatre pattes, comme pour tant d’entre nous, ce n’est point assez d’avoir donné toutes les preuves de courage : la paix exige d’autres luttes, il faut être à la place d’honneur et faire son devoir.

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2e partie
 Instructions officielles relatives aux chiens dans les armées
Bulletin officiel des ministères de la Guerre, des travaux publics et des transports, du ravitaillement général,de l’armement et des fabrications de guerre : 1er trimestre 1917 Édition chronologique année 1917  1er volume – 1er trimestre – page 139 –

Direction de l’Infanterie: cabinet du Directeur.
Instruction sur le service du ravitaillement en chiens de guerre dans les armées. (Cette instruction n’est pas applicable aux chiens sanitaires.)   Paris, le 5 janvier 1917.

         

BASES DU SERVICE

1. — Le service du ravitaillement des armées en chiens de guerre comporte la réglementation du recrutement des animaux nécessaires, de leur dressage préliminaire et de leur livraison aux armées par des sociétés qui, s’occupant des questions con¬cernant la race canine, seront, dans ce but, agréées par le Ministre.

 

 

Ière PARTIE
FONCTIONNEMENT DANS LA ZONE DE L’INTÉRIEUR

2. — Une société ne sera agréée qu’autant qu’elle possédera un chenil bien installé et pourvu d’une organisation en vue du dressage.
3. — Chaque société agréée déclarera connaître la présente instruction et en accepter les charges et attributions, en parti¬culier :
1° Qu’elle recevra de l’administration centrale (1ère Direction) toutes directives que celle-ci jugera utile de lui donner quant au dressage des animaux.
2° Qu’elle se conformera, quant à l’administration de chaque chenil agréé, aux règles posées dans la présente instruction.
4. — Ce service est rattaché à l’administration centrale de la guerre (1ère Direction). La correspondance se fera exclusivement de celle-ci au président de la société agréée et inversement.

DU RECRUTEMENT DES CHIENS

5.  — La société agréée recrutera des chiens par ses propres moyens sans que l’administration de la guerre intervienne dans ses opérations et prenne une responsabilité quelconque du fait de ses agents. II lui appartiendra, en cas d’accord avec des propriétaires de chiens, de s’entendre avec eux pour que les chiens soient amenés, au jour et à l’heure nécessaire, à une gare chemin de fer.
6.  — La société remettra au propriétaire un reçu de l’animal livré. Les propriétaires des chiens ainsi remis devront être prévenus, par les soins de la société, que l’administration de la guerre n’accepte aucune responsabilité pouvant résulter du sort subi par ces animaux, à compter de leur mise à la disposition des armées.
7.  — Pour recruter les chiens à mettre en dressage, chaque société procédera, autant que possible, par tournées de recrutement.
8.  — Pour la préparation d’une tournée de recrutement, l’agent agréé de la société pourra recevoir le parcours gratuit en 2e classe sur voie ferrée, sous réserve que l’itinéraire qu’il se propose de suivre sera au préalable approuvé par l’administration centrale (1ère Direction).
9.  — Lorsqu’une tournée de recrutement sera prête, la société en adressera le projet à cette administration. Celle-ci, en cas d’approbation, en avisera le commandement régional qui procèdera à l’organisation de la tournée par entente avec la société et donnera les ordres nécessaires à l’ouverture du droit à des convoyeurs et aux transports pour eux et les animaux recrutés. Pour l’exécution de ces transports, la contenance d’un wagon sera de 15 à 20 chiens sous la surveillance de deux hommes. Ces deux hommes seront désignés pour chaque voyage par l’au¬torité militaire régionale parmi les soldats du service auxiliaire. Toutefois, un des soldats mis en permanence à la disposition de la société en exécution du § 12 ci-dessous sera spécialement chargé du service des transports. Il sera accrédité auprès des autorités chargées de son organisation, recevra les ordres de transport et dirigera le voyage.
10.     — Pour assurer la succession régulière des tournées de recrutement, chaque société, dans les dix jours qui suivront le retour de la précédente, adressera à l’approbation de l’adminis¬tration de la guerre (1ère Direction) les projets de tournées dont elle aura terminé la préparation.
11.     — Les chiens présentés pour le service des armées de¬vront remplir les conditions suivantes :
Age : avoir plus d’un an et moins de huit ans;
Taille : de préférence 0,45m à 0,60m;
Robe : éliminer tous les sujets de robe blanche;
Race : de préférence chiens de berger ou chiens de garde;
Qualités  primordiales : tout sujet insuffisamment  attentif et vigilant doit être éliminé.

CHENIL AGRÉÉ DE SOCIÉTÉ. — SON AGENT.

12.    — Chaque société possède un ou plusieurs chenils agréés par l’administration de la guerre (1ère Direction); chacun d’eux recevra par ses soins une lettre distinctive et sera agréé pour un effectif, en principe, de soixante chiens. Il sera mis à sa dis¬position un certain nombre de soldats du service auxiliaire à raison de cinq par chenil ayant ledit effectif et, en cas de modification de celui-ci, d’un homme pour dix chiens.
13. — Chaque chenil est représenté auprès de l’administra¬tion de la guerre par un agent agréé. Cet agent peut représen¬ter plusieurs chenils de la même société.   
14. — L’agent est chargé, en ce qui concerne le chenil pour lequel il est agréé, de son administration, des relations avec l’administration de la guerre et les autorités militaires ayant qualité pour l’exécution du  fonctionnement du service.
15. — Chaque chenil sera placé, pour la discipline générale et la surveillance administrative, sous l’autorité du général commandant la région sur le territoire de laquelle il sera stationné.

DRESSAGE AU CHENIL DE L’INTÉRIEUR.
16. — Le dressage du chien de guerre comporte deux phases :
L’une préparatoire, au chenil de la société, l’autre définitive, aux chenils militaires de la zone des armées. Il importe donc, pour qu’il y ait une suite clans le travail imposé aux chiens, que le dressage exécuté au chenil de la société s’attache, avant tout, à obtenir les résultats suivants :
1° Le chien doit venir au maître au premier commandement à toutes distances, il doit venir gaiement;
2° Suivre au pied en laisse;
3° Il doit s’asseoir au geste de la main levée et au premier commandement  « assis »;
4° Il doit se coucher au geste de la main baissée et au pre¬mier commandement « couché »;
5° Il doit, une fois couché, rester en place lorsque le maître s’éloigne et attendre sans bouger son retour;
6° Il ne doit pas être peureux, il y a lieu de l’habituer aux bruits les plus variés; explosions, passages de train sous des ponts, claquements de fouet, coups de feu, etc.
7° Si un chien marquait des dispositions pour le rapport, le mettre au forcé, mais obtenir toujours un travail fait gaiement sans crainte aucune et une obéissance passive.
Nota. — Éviter le rapport fait en jouant, car il n’est jamais sûr lorsqu’on travaille sur de longues distances. Éviter la forte correction et tout ce qui peut rendre craintif, le chien de guerre ne devant pas être peureux Exploiter la gourmandise, l’incor¬ruptibilité n’étant pas nécessaire;
8° Faire perdre au chien l’habitude d’aboyer.
17. — La durée du dressage préliminaire subi au chenil de société est de trente jours au maximum, y compris le temps de recrutement et le temps de livraison aux armées.

LIVRAISON DES CHIENS AUX ARMÉES.

18. — Les chenils de l’intérieur livreront les chiens exclusivement aux chenils des armées d’après les indications données en temps utile par l’administration de la guerre (1ère Direction).
19.   — En principe, les livraisons seront mensuelles.
20. — Chaque livraison de chiens aux directeurs des chenils d’armée se fera au chenil livrancier de l’intérieur. A cet effet, Le directeur du chenil d’armée intéressé s’y rendra pour faire subir un examen éliminatoire aux animaux présentés et recevoir ceux qu’il jugera aptes à poursuivre le dressage de guerre. Il pourra se faire remplacer pour cette opération avec l’autorisation de ses chefs directs.
21. — Les chiens seront livrés munis de leur collier, d’une chaîne et d’une muselière en très bon état.
22. — Pour chacune de ces livraisons, l’agent agréé du chenil livrancier recevra du directeur du chenil des armées ou de son représentant un reçu indiquant par noms et numéros les chiens reçus.
23.— Dès que l’avis de la livraison de chiens que le chenil aura à assurer lui sera parvenu, son agent agréé prendra toutes dispositions, par accord avec les autorités compétentes, pour exécuter le transport au chenil d’armée dès que l’opération de réception prévue ci-dessus (§ 20) sera terminée. D’après cette entente, le directeur du chenil d’armée sera convoqué pour la date nécessaire par les soins du commandement. Les convoyeurs pour ces transports seront fournis par l’intérieur jusqu’à la gare régulatrice.

ALLOCATIONS ET DROITS DIVERS DES SOCIÉTÉS AGRÉÉES.

24.— Allocations en deniers. — Il est alloué :
a) A chaque chenil, pour frais généraux de recrutement : une indemnité mensuelle fixe de 100 francs.
b)  Par chien présent au chenil : une indemnité journalière d’entretien et de nourriture, due à compter du jour inclus de la réception au jour inclus du départ aux armées.
c) Par chien accepté par un chenil d’armée : une indemnité fixe de 5 francs.
25. — Transports. —
d) Pour l’agent agréé d’un chenil, le droit à la gratuité du transport en 2e classe dans le cas prévu ci-dessus (§ 8);
e) Le transport des chiens recrutés au cours des tournées de recrutement est aux frais de l’État, ainsi que leur convoiement jusqu’au chenil agréé de la société, ainsi que le transport de celui-ci au chenil de l’armée.
Il en sera de même, par la suite, des transports de rapatriement jusqu’à la gare où le chien aura été remis à la société : toutefois l’administration de la guerre ne prend aucun engage¬ment en ce qui concerne la restitution des animaux.
26. — Matériel d’instruction. — Chaque chenil agréé recevra pour permettre d’habituer les chiens aux détonations :
f) à titre de prêt : 4 fusils 1874 et 4 revolvers 1872;
g) mensuellement et à titre gratuit : 1.200 cartouches à blanc pour fusils 1874. 1.200 cartouches à blanc pour revolvers 1872.

GESTION DU CHENIL AGRÉÉ.

27.— L’organisation administrative de chaque chenil, tout en devant rester simple, devra permettre :
a) Le contrôle des allocations en deniers dues par l’État à la société;
b) Le contrôle des ordres de transport accordés;
c) Le contrôle de l’utilisation et du sort des chiens recrutés;
d) Le contrôle nominatif des militaires mis à la disposition du chenil par l’autorité militaire.
28.— La gestion administrative d’un chenil agréé est assurée par son agent agréé auprès de l’administration centrale de la guerre (1ère Direction). Elle comporte la tenue des pièces suivantes :
a) Feuille signalétique par chien;
b) Feuilles de journées;
c) Carnet de voyages;    
d) Carnet du personnel militaire;
e) Dossiers de correspondances.
Les modèles et indications pour la tenue de ces diverses pièces sont donnés aux annexes.
29.  — Le premier de chaque mois, l’agent agréé du chenil éta¬blit le relevé des droits aux différentes allocations pour le mois écoulé, le soumet pour vérification et mandatement à l’inten¬dance auprès de laquelle il est accrédité; celle-ci lui établit un mandat payable sur la caisse la plus proche.
30.  — En outre des charges normales provenant du fonctionnement de chacun des chenils et du dressage des animaux, les sociétés accepteront les charges suivantes :
a)   Les chiens seront nourris par la société pendant la durée des transports tant de recrutement que d’envoi aux armées;
b)   La société propriétaire du chenil est responsable de tous les accidents causés par les chiens ou subis par eux jusqu’à leur sortie effective du chenil pour les armées;
c)   En dehors des allocations et frais de transport accordés pour les causes, dans les formes et limites prévues par la présente instruction, l’administration de la guerre ne supportera aucune charge provenant, à un titre quelconque, de l’existence du chenil.

IIe PARTIE
DU FONCTIONNEMENT DANS LA ZONE DES ARMÉES.

31. — Le service des chiens de guerre dans la zone des armées est placé sous la direction et le contrôle du commandement.
32. — Les chiens de guerre utilisés aux armées proviennent des chenils agréés de l’intérieur. Ils sont reçus par un chenil d’armée où ils subissent un dressage définitif et d’où ils sont mis en service dans les corps de troupe.

DU  CHENIL D’ARMÉE.

Administration.
33. — Les chenils d’armée sont créés par ordre du général en chef après entente avec l’administration centrale (1ère Direction).
34. — Chacun des chenils visés au paragraphe ci-dessus perçoit une allocation journalière de 0 fr. 25 par chien à compter du jour de l’entrée de celui-ci, au jour de sa sortie pour une cause quelconque, sous la réserve que la présence d’un même chien au chenil n’ouvrira de droit à perception que pour un maximum de trente journées. Cette allocation ne sera due que pour les chiens provenant du ravitaillement régulier prévu par la présente instruction.
35. — Cette allocation journalière est destinée à donner satisfaction à toutes les dépenses faites au chenil soit pour son propre entretien, soit pour la nourriture ou l’hygiène des animaux.
36. — Chacun des chenils des armées reçoit d’un chenil agréé de l’intérieur les chiens munis d’une laisse, d’un collier et d’une muselière; lui-même les livre dans ces mêmes conditions aux corps de troupe. Ceux-ci n’ont droit à aucune allocation pour les chiens qu’ils utilisent et qui doivent être nourris sur les déchets
des ordinaires.
37. —. Chaque chenil des armées est rattaché pour l’administration à l’unité qui en a le personnel en subsistance.
38. — Pour justifier des perceptions et de l’emploi de ces allocations, il sera tenu une comptabilité spéciale constituée par les pièces suivantes :    
1° Un contrôle nominatif (nom du chien, son numéro matri¬cule, lettre du chenil fournisseur, date d’entrée, date de sortie, destination);
2° Feuille de journées;
3° Carnet d’enregistrement de recettes et dépenses diverses;
4° Carnet de correspondance.

DEMANDES ET RENVOIS DE CHIENS.

39.— Au milieu de chaque mois, chaque directeur de chenil d’armée adresse au général en chef :
1° Un état numérique des chiens qui sont nécessaires au ravitaillement de son chenil à la fin du mois suivant;
2° Un état numérique des chiens reçus lors de la dernière livrai¬son et qui sont reconnus inaptes au service des armées. Cet état indiquera la lettre du chenil agréé livrancier et la cause de l’inaptitude.
40. — Pour l’application des paragraphes 20 et 23 ci-dessus, le directeur du chenil d’armée se présentera, à la date qui lui sera indiquée, au chenil agréé qui doit lui fournir des chiens pour procéder à leur examen et à leur réception. Le transport des animaux du chenil agréé à la gare régulatrice est organisé par les services régionaux de l’intérieur, de la gare régulatrice au chenil d’armée par les services compétents de la zone des armées.
41. — Il ne sera pas renvoyé de chiens inaptes d’un chenil d’armée à un chenil de l’intérieur sans ordre de l’administration centrale (1ère Direction). En particulier, il ne sera pas organisé de service spécial de convoiement à cet effet; les convoyeurs d’un transport de chiens de guerre de l’intérieur aux armées rece¬vront, lorsqu’il y aura lieu, des instructions pour prendre les chiens inaptes et les réintégrer à leur chenil agréé d’origine.
42. — La présente instruction entre en vigueur à la date du 1er janvier 1917.

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11 avril 1918 : les chiens du 109e R.I.

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L’équipe téléphonique du 4e bataillon du 300e R.I. à Crugny (Marne) : 25 septembre 1916

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http://www.pages14-18.com/B_PAGES_HISTOIRE/chiens_de_guerre/chiens-P2.htm

IIIe PARTIE

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Flambeau, chien de guerre au 149e R.I.

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Flambeau 29 mai 1917

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Flambeau et les grenadiers de la 1ère compagnie : 29 mai 1917

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Capitaine Guilleminot et Flambeau : carrières du sourd 7 juin 1917

Le capitaine Pierre Guilleminot , Saint-cyrien de la promotion de Fès (1909-1912) a été tué le 4 août 1918 à la ferme de la Grange (Aisne) .

Après un passage au 4e B.C.P., il était en 1918, capitaine au 70e R.I.

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En soutien – Les Vervins 27 juin 1917 – Sous-lieutenant Soulignac et Flambeau

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Vaudoncourt décembre 1917

source : http://www.pages14-18.com/B_PAGES_HISTOIRE/chiens_de_guerre/chiens-P3.htm

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24 novembre 2012

Combat de Dinant

Classé sous — milguerres @ 1 h 25 min
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le Sac du 23 Août 1914

Combat de Dinant drapeau-belgique2
source : http://www.dinant.be/index.html?lg=1&m1=5&m2=86&m3=330

Dinant, cité martyre

Paisible centre de villégiature, fréquenté par une clientèle cosmopolite, Dinant croit vivre une saison touristique, en toute quiétude, quand l’entrée en guerre des grandes nations européennes ruine toutes ses espérances.

A l’annonce des premières escarmouches aux confins du royaume, la plupart des citadins, excités par les nouvelles alarmantes, s’agitent mais sans ferveur patriotique inconsidérée. Seule une poignée de volontaires s’enrôlent dans l’armée, ayant à l’esprit l’image romantique, inexacte mais inspirée par l’indignation, d’une guerre courte, glorieuse et juste. Malgré la gravité de la situation, les autorités communales se veulent rassurantes et résolues. A plusieurs reprises, le bourgmestre Arthur Defoin ordonne par voie d’affichage aux habitants de faire preuve de retenue. Pour éviter tout geste de provocation, les détenteurs d’armes à feu, de munitions et d’appareils T.S.F. doivent déposer leur matériel au bureau de police, sous peine d’arrestation. Personne ne critique ces sages précautions. Et, pour cause, personne n’ose imaginer le pire …

Convoitée par sa position stratégique, le ville se retrouve très vite au coeur d’une brutale confrontation entre les Allemands et les Français. Le 23 août 1914, les Saxons, obnubilés par le souvenir des agissements des francs-tireurs lors du conflit franco-prussien de 1870, perdent leur sang-froid et commenttent l’irréparable. En quelques heures, la localité, investie sans ménagement, sombre dans le chaos. Son nécrologue (près de sept cents civils), plus impressionnant qu’ailleurs, lui confère le statut fort peu enviable de première ville martyre dans le pays. Cette tragédie, souvent comparée à la mise à sac commise par les Bourguignons en 1466, n’a jamais été oubliée. Chaque année, à la date anniversaire, la cité des Copères se souvient avec émotion des circonstances qui en ont fait, un jour d’été, « une des stations de la voie sanglante par où l’humanité s’est élevée, dans la douleur, à la justice » (extrait du discours du Français Paul Deschanel, président de la Chambre des Députés, en visite à Dinant, le 23 août 1919. Lors de cette manifestation, le général chef de la mission française à Bruxelles remit, au nom du gouvernement de la République, la Croix de Guerre au bourgmestre Bribosia).

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Un verrou stratégique

Le 4 août 1914, au mépris des règles du droit international, les armées de l’empereur Guillaume II violent les frontières de notre pays, resté sourd à l’ultimatum du gouvernement du Reich d’accorder le libre passage à ses troupes. Par respect de leurs engagement diplomatiques mais aussi pour des raisons tactiques, la France et le Royaume-Uni, puisances garantes de la neutralité de leur voisin, secourent leur modeste allié incapable de supporter trop longtemps le choc frontal inévitable.

Retranché dans les places fortes d’Anvers, de Liège et de Namur, le gros des forces militaires belges, réunies à grande peine par la mobilisation générale et sous-équipée, ne peut espérer au mieux que ralentir la progression de l’adversaire. Un ennemi pressé d’entrer à Paris avant l’automne afin de se retourner à l’est contre la Russie tsariste.

Le 15 août, l’avant-garde de la IIIe armée saxonne, placée sous les ordres du général en chef le baron von Hausen, se dirige, à marche forcée, vers la vallée de la Meuse. Sa mission est de seconder le gigantesque mouvement tournant par l’aile droite destiné à envelopper les corps de la Ve armée française commandée par le général Lanrezac et le British Expeditionary Force du maréchal French stationné dans la région de Mons. Comme le temps leur est compté, les Allemands n’ont d’autre choix que de forcer au plus vite les différents points de passage verouillés par les brigades du colonnel Cadoux relevant du Ier corps d’armée du général Franchet d’Esperey, déployées le long du fleuve, entre Namur et Givet.

Un déluge de feu s’abat sur Dinant. Dans les casemates et sur les glacis de la citadelle, les assaillants se livrent, sous une chaleur accablante, à de sauvages corps à corps aussi héroïques qu’inutiles. Ce jour-là, aux abords du pont métallique enjambant la Meuse, un jeune lieutenant du 33e régiment d’infanterie d’Arras, Charles de Gaulle, reçoit le baptême du feu et échappe de peu à la mort.

Les combats avec les armes légères et les duels d’artillerie tournent, en fin de journée, à l’avantage des « pantalons rouges » ovationnés par une foule en liesse qui a préféré s’abstenir, conformément aux instructions officielles, de toute participation active sur le théâtre des opérations. Des actions isolées menées par des gardes civiques (en cas de conflit, la garde civique était censée contribuer à la défense du territoire nationalaux côtés de l’armée régulière. Elle n’était organisée que dans les villes où elle constituait une milice bourgeoise, désignant elle-même la plupart de ses officiers et n’ayant d’autre instruction militaire que quelques exercices dominicaux. Elle se bornait à parader dans les cérémonies publiques et, en temps d’émeute, à maintenir l’ordre tant bien que mal.) toujours en armes (A Dinant, la garde civique, particulièrement entrainée au combat de rue, avait reçu la délicate mission de contrôler les accès du pont. Selon la déposition de son commandant, le major Mouton, la milice bourgeoise, déchargée de sa tâche de surveillance le lundi 17 août, remis ses armes deux jours plus tard.) n’ont vraisemblablement pu être évitées. A l’issue de la bataille, les pertes militaires enregistrées dans les deux camps témoignent de la dureté de l’engagement: près de 2300 cadavres, parfois atrocement mutilés, jonchent le sol.

Soulagés, les habitants, qui n’ont pas trop souffert des dégâts matériels, ne doutent pas de la détermination de leurs vaillants défenseurs et libérateurs pour la suite des événements. Tout à leur joie, ils ne mesurent pas assez les risques d’une vigoureuse contre-offensive des Allemands qui, repliés dans les campagnes environnantes, n’ont pas dit leur dernier mot. Contrarié par ce fâcheux contretemps, le haut commandement de la IIIe armée, installé au château de Taviet près d’Achêne, programme l’anéantissement de la ville de manière méthodique en guise de réprésailles. Dans plusieurs villages, des soldats et des officiers hargneux profèrent de lourdes menaces. L’un ou l’autre notable recueillent leurs criminelles intentions de châtier les civils accusés de connivence avec les troupes républicaines.

Les hautes autorités du Reich, mises en cause plus tard par l’opinion internationale, justifieront cette volonté destructrice par la thèse des prétendus bandes de francs-tireurs déchaînés, embusquées dans des maisons. Une légende de guerre à l’origine d’une vive controverse littéraire.

Des signes avant-coureurs du désastre

Le survol de la vallée par des aéroplanes, de même que des incursions de patrouilles de uhlans se poursuivent les jours suivants non loin de l’église collégiale; les unités françaises alertées par une concentration des détachements ennemis se retirent sur la rive gauche prêts à intervenir.

Dans la nuit du 21 au 22 août, la rue Saint-Jacques, dépourvues d’un dispositif défensif, reçoit la visite d’une colonne d’éclaireurs très énervés, appuyée par des automobiles blindées venant de Sorinnes. L’expédition se solde par l’assassinat de quelques civils, l’incendie délibéré d’une vingtaine de bâtiments et une terrible méprise.

Au cours de cette équipée, les forcenés, complètement ivres, croient avoir affaire à des tireurs à l’affût. Les plus crispés, convaincus d’être tombés dans un piège, s’affolent et déchargent leurs armes sur tout ce qui bouge, y compris sur des compagnons d’armes en position de repli. L’incident, ou plutôt la bavure, est aussitôt exploité pour accréditer la rumeur de francs-tireurs. Effrayées par ces reconnaissances en force et redoutant un nouveau désastre, plus de 2500 personnes se décident, au lever du jour, à s’abriter derrière les lignes françaises de l’autre côté du fleuve. Hélas! pour eux, l’accès à l’ouvrage d’art miné et hérissé de fils barbelés leur est interdit. Sur les quais régne la confusion la plus extrême. Les fuyards priés de décliner leur identité se bousculent pour grimper sur des barges.

A midi, le Quartier Général français établi à Rosée, informé de ce début d’exode, s’oppose, à la stupéfaction générale, aux manoeuvres de transbordement qui risquent de perturber les travaux de fortification de la rive gauche. Quelques heures plus tard, les sapeurs du génie reçoivent l’ordre de faire sauter l’une des arches de la passerelle de Bouvignes, de même que le grand pont ferroviaire d’Anseremme. Bloquée sur la rive droite encombrée de barricades de fortune, la population, terrée dans les caves, attend dans l’angoisse la reprise des hostilités.

Fusillez-les

Le dimanche 23 août, un peu avant six heures, le général von Elsa donne le signal tant redouté. L’artillerie du XIIe corps saxon et les mitrailleuses entrent en action. Les fantassins allemands, dépités par leur récent revers et persuadés de la duplicité des Dinantais, reçoivent un implacable mot d’ordre : piller, incendier, massacrer sans égard à l’âge, au sexe et aux infirmités. Leurs effectifs renforcés, des régiments d’infanterie résolus s’élancent au pas de charge sur la ville par tois voies de pénétration, avant d’emprunter la quatrième plus au sud (la route de Neufchâteau dite du Froidvau), au début de l’après-midi.

 

Simultanément, ils pénètrent dans le centre ville par la rue Saint-Jacques et les bois du Casino, ainsi que dans les faubourgs du quartier Saint-Nicolas (par la Montagne de la Croix) et de Leffe. Aussitôt arrivés dans ce quartier populeux, ils se livrent à une chasse à l’homme et inaugurent les scènes de tueries collectives aux abords de l’abbaye norbertine. En quelques heures, les habitants, délogés de leur cave à coups de crosse et de baïonnette, subissent les pires exactions. En plus de vingt endroits de l’agglomération, des hommes, accusés de tous les maux, sont molestés et fusillés sans autre forme de procès.

Le long du mur du jardin de M. Tschoffen (quartier Saint-Nicolas), des éléments du 101e régiment des grenadiers de la garde, commandés par le lieutenant-colonnel Kielmannsegg, disposent sur quatre rangées une centaine de suspects arrachés à leurs familles (fig. 2). Après un moment d’hésitations, le peloton d’exécution improvisé s’acquitte de sa basse besogne. Il tire à bout portant sur les prisonniers achevés impitoyablement à coups de revolver.

 

 

 

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Trop exposés aux salves françaises, d’autres soudards se distinguent ailleurs avec la même cruauté. Ignorant superbement les lois et les usages de la guerre, ils se servent de captifs comme boucliers humains pour gagner le quartier des Rivages.

Dans le courant de l’après-midi, le 101e régiment d’infanterie, débouchant sur la route du Froidvau, projette de jeter un pont provisoire sur la Meuse mais se heurte à une poche de résistance établie sur les hauteurs de Neffe (Ce faubourg s’étend, sur une longueur de près de quinze cents mètres, sur la rive gauche de la Meuse, vis-à-vis du quartier Saint-Nicolas, des Rivages et de la commune d’Anseremme, à laquelle il appartient en partie.), soumis à des bombardements intensifs. Excédés, les Allemands capturent une partie des habitants et les contraignent à traverser le fleuve en barque pour grossir les rangs des otages regroupés, à quelques pas du Rocher Bayard, près d’un mur, propriété de la famille Bourdon. Près de quatre-vingt personnes dont de nombreuses femmes portant leurs enfants sur les bras et des adolescents sont mis en joue et passés par les armes. Un bébé de trois semaines, Mariette Fivet, subit les pires outrages. Percés d’un coup de baïonnette, son corps pantelant est exhibé comme trophée par son tortionaire aviné sous le regard amusés de ses frères d’armes.

 

 

 

 

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Les auteurs de cette infamie, qui ont franchi le fleuve, gagnent ensuite le Charreau (Ce charreau prend naissance au bord de la Meuse, à la limite des deux territoires de Dinant et d’Ansermme. Cette rue étroite et escarpée, coupant la ligne ferroviaire au passage à niveau, mène à la ferme de Rond-Chêne.) de Nefe et s’acharnent avec des grenades sur des civils tapis au fond d’un petit aqueduc aménagé sous la voie ferrée, à proximité du passage à niveau. Leur crime accompli, ils évacuent les blessés agonisants. Ils ordonneront, quelques jours plus tard, de carboniser le monceau de cadavres déchiquetés en putréfaction. Mises sous pression de toutes parts, les compagnies de couverture françaises, incapables d’offrir une riposte efficace, mettent fin, dans l’avant-soirée, à leurs manoeuvres de retardement. Elles détruisent le pont métallique dans le quartier Saint-Médard et décrochent en direction de Philippeville et de Charleroi.

Désormais maître du terrain, l’ennemi épuisé pavoise. Après la chute des forts de Liège et de Namur, la vallée de la Meuse est sous contrôle et le pays d’Entre-Sambre-et-Meuse assiste impuissant à la ruée des hordes sanguinaires enhardies par leur succès. Pendant toute la nuit, « la furie teutonne » ne connaît aucune limite. D’innombrables foyers d’incendie, allumés pour éclairer les convois de ravitaillement, se propagent partout. Les rescapés sont conduits sous bonne escorte vers divers lieux de sequestration; l’église Saint-Paul aux Rivages, l’école régimentaire, l’église paroissiale et le couvent des Prémontrés de Leffe. Au lendemain de la déroute française, les scènes de brutalité continuent mais avec moins d’intensité. Des patrouilles, accompagnées de chiens policiers, fouillent les immeubles calcinés et, au gré de leur humeur, tuent ou emprisonnent ceux qui, au péril de leur vie, cherchent désespérement à retrouver des parents et des amis disparus dans cet univers apocalyptique.Le spectacle est dantesque. Plus de deux tiers du territoire bâti sont réduits en cendre. Depuis la Place d’Armes jusqu’à la Place Patenier, sur un parcours de près de quinze cents mètres, il ne reste debout que vingt habitations affectées aux besoins des premières troupes d’occupation. Il ne subsiste rien de la Manufacture de Tissus à Leffe (qui a vu périr son directeur, Remy Himmer, vice-consul de la République d’Argentine, et son personnel), de l’Hôtel de ville avec ses précieuses archives et ses oeuvres du peintre Antoine Wiertz (fig. 4), de la Poste, des hôtels de première catégorie, du Grand Institut Hydrothérapique, fleuron du thermalisme local, des églises Saint-Pierre et Saint-Nicolas, des maisons de commerce, etc.

 

 

 

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Si l’ampleur des dégâts matériels  » est affligeante, ce n’est rien à côté du bilan humain. La ville ressemble à un vaste charnier : 674 morts », privés d’obsèques, ont été jetés hâtivement dans les fosses communes.Près de 10% de la population civile a payé le plus lourd tribut qui puisse être exigé ! Une population, dépossédée de ses biens et humiliée par la déportation immédiate de plus de 400 innocents à Cassel, en Hesse.Dans toute la région, la IIIe armée saxonne s’est rendue coupable des mêmes excès. Lors de leur traversée, les XIIe et XIXe corps se sont illustrés par le saccage des villages de Hastière-par-delà, Hastière-Lavaux, Hermeton-sur-Meuse, Spontin, Evrehailles, Yvoir, Houx et Sorinnes.Le triomphe des « casques à pointe », convaincus de leur invincibilité, ne sera toutefois que de courte durée. Au début du mois de septembre, les Alliés stopperont, dans un ultime sursaut, leur folle avancée. Ce sera le « miracle de la Marne » et l’enlisement d’une terrifiante « machine de guerre » qui s’était crue indestructible.

 

Michel Coleau

 Professeur d’histoire,conservateur des archives de l’Hôtel de ville de Dinant

Bibliographie :

Jean SCHMITZ et Norbert NIEUWLAND, Documents pour servir à l’histoire de l’invasion allemande dans les provinces de Namur et de Luxembourg, quatrième partie. Le Combat de Dinant. Le sac de la ville, t. IV, Bruxelles, Paris, 1922, 340 pp.

Aurore FRANCOIS et Frédéric VESENTINI, Origines des massacres d’août à Tamines et à Dinant, in Cahiers d’histoire du temps présent, n° 7, mai 2000.

Bruno BERNAERTS, Desctruction et reconstruction de la ville de Dinant (1914-1926), mémoire présenté à l’U.L.B. en 1984-1985.

Axel TIXHON, Les souvenirs des massacres du 23 août 1914 à Dinant. Etudes des commémorations durant l’entre-deux-guerres, mémoire présenté à Louvain-la-Neuve en 1994-1995.

G. SOMVILLE, Les crimes de l’Allemagne. Dinant. Massacres et destruction, Paris, 1919, 350 pp.

 (extrait du Bulletin d’informations communales n°26, bimestriel mai 2001, pp. 28-31)

 

source : http://www.dinant.be/index.html?lg=1&m1=5&m2=86&m3=330

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