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9 janvier 2013

Les ZOUAVES

Classé sous — milguerres @ 17 h 06 min

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La Tunisie et la Grande Guerre

La Tunisie au gré des conflits

Les ZOUAVES
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Les zouaves insolitement artistiques

Les zouaves étaient des unités d’infanterie appartenant à l’Armée d’Afrique qui dépendait de l’armée de terre française. Ces unités, à recrutement principalement métropolitain, ont existé de 1830 à 1962, puis de 1982 à 2006, par la garde de ses traditions au CEC-9e Zouaves de Givet (Ardennes).

Les régiments de zouaves sont, avec les régiments de tirailleurs algériens et tunisiens, parmi les plus décorés de l’armée française et viennent juste après le régiment d’infanterie coloniale du Maroc (RICM), appartenant aux troupes coloniales, et le régiment de marche de la Légion étrangère, appartenant à l’armée d’Afrique1.

D’autres pays ont également créé des corps de zouaves sur le modèle des troupes de l’armée française : Empire ottoman, États pontificaux, États-Unis lors de la guerre de Sécession.

Origines du terme « zouave »

Le terme zouave vient du berbère zwava, ou zouaoua (zouaoui au singulier), qui est le nom d’une tribu kabyle2,3. Ceux-ci fournissaient des soldats aux Turcs sous la régence d’Alger et, après la prise d’Alger (1830), ils entrent au service de la France.

Histoire des zouaves français

Conquête de l’Algérie

Le 15 août 1830, le recrutement des 500 premiers zouaves est fait par le général en chef de l’expédition d’Alger, le comte de Bourmont, sur les conseils et un Mémoire du colonel Alfred d’Aubignosc.

Le 1er octobre 1830, le général Clauzel crée le corps des zouaves, formé de deux bataillons. Deux escadrons de zouaves à cheval sont également formés, mais intégrés dès 1831 aux chasseurs d’Afrique. Il y eut une tentative de leur incorporer les « Volontaires parisiens », ce fut un échec et ces volontaires formèrent le 67e régiment d’infanterie.

D’octobre 1830 à janvier 1831, ils combattent le bey de Tittery et occupent Blida et Médéa. Leur premier succès remarqué a lieu le 3 juillet 1831 au col de Mouzaïa, lorsqu’ils couvrent la retraite de la garnison de Médéa.

Après l’euphorie des débuts, deux erreurs majeures empêchent le développement normal du corps des zouaves. En effet, les capacités de recrutement en indigènes de la région d’Alger ont été largement surestimées, et plus grave encore, aucun des cadres français n’a pensé à l’adaptation à l’activité militaire d’indigènes ayant d’autres habitudes de vie et une autre religion. Ceci provoque l’ordonnance du 7 mars 1833 qui dissout les deux bataillons pour en créer un seul, mais mixte. Ainsi on peut recruter aussi parmi les Français qui vivent à Alger. Les résultats ne se font pas attendre et, dès 1835, un deuxième bataillon mixte est levé, puis un troisième en 1837.

Le premier régiment est placé sous le commandement de Lamoricière. Ils s’illustrent encore à la bataille de l’Ouarensis (1842), à l’Isly (1844), et prennent Zaatcha en 1849.

Les ZOUAVES zouave11
Un zouave, aquarelle de 1888

L’ordonnance du 8 septembre 1841, qui réorganise la composition de l’Armée française, indique la formation d’un régiment de zouaves formé de trois bataillons constitués dorénavant presque exclusivement de Métropolitains et de Français d’Afrique du Nord avec une forte minorité de Juifs algériens (souvent près d’un quart)4. Les autochtones forment alors les tirailleurs algériens, les Turcos (7 décembre 1841).

Le 13 février 1852, Louis-Napoléon signe un décret portant à trois le nombre de régiments de zouaves, chacun des trois bataillons existants formant le noyau des nouveaux régiments ainsi créés. Et pour les distinguer entre eux, une couleur est appliquée au tombeau de la veste :

le 1er cantonne à Blidah, en Algérois, tombeau garance ;
le 2e à Oran (caserne du Château Neuf) en Oranais, tombeau blanc ;
le 3e à Philippeville (caserne de France) en Constantinois, tombeau jaune.

Campagnes du Second Empire

Par décret du 1er février 1852, Napoléon III porte leurs effectifs de trois bataillons à trois régiments, puis à quatre en 1854 (le quatrième étant affecté à la Garde impériale). Les zouaves se distinguent à plusieurs occasions lors des campagnes du Second Empire.

Guerre de Crimée

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Zouaves durant la Guerre de Crimée.

La guerre de Crimée est la première campagne des zouaves en dehors de l’Algérie. En Crimée, à la bataille de l’Alma, le 3e régiment de zouaves prend par surprise les Russes en gravissant des escarpements rocheux, en s’emparant de leur artillerie puis en la retournant contre eux. Cette action participa grandement à faire tourner la bataille en faveur des alliés.

C’est en hommage à cette victoire qu’est réalisé le zouave du pont de l’Alma, sur la Seine, à Paris. Pour sa part, le maréchal de Saint-Arnaud, qui dirigeait les forces françaises, leur rendit hommage en demandant à une de leurs compagnies d’escorter sa dépouille. Tout ceci incite l’empereur Napoléon III à créer un régiment de zouaves pour sa Garde impériale en récompense.

Ils font encore des prouesses lors des batailles de Balaklava et d’Inkerman. Et trois des sept régiments qui participent à la prise de la tour Malakoff sont des régiments de zouaves.

Campagne d’Italie

Entre plusieurs escarmouches contre des tribus sans cesse en révolte en Kabylie, la campagne d’Italie contre les Autrichiens est engagée. Et c’est aux batailles de Magenta et de Solférino que brillent les zouaves. Le Drapeau du 2e Zouaves se pare de la Légion d’Honneur le 20 juin 1859 pour la prise du drapeau du 9e R.I. autrichien à la bataille de Magenta (fait d’armes réalisé par l’adjudant Savien et le zouave Daurière).

Les zouaves se distinguent pendant toute la campagne d’Italie, de même le 3e régiment de zouaves à la bataille de Palestro, le 31 mai 1859. À la suite de cette bataille, le régiment promeut le roi de Sardaigne Victor-Emmanuel II, caporal d’honneur du régiment.

Expédition du Mexique 1861-1864

C’est pour la France la mésaventure au Mexique, où le 2e puis le 3e Zouaves se distinguent. Pour couvrir les immenses étendues mexicaines, l’idée des zouaves montés resurgit, ainsi sont recréés, de façon éphémère, des escadrons de zouaves à cheval. Le 9 novembre 1863 le drapeau du 3e Zouaves est décoré de la légion d’Honneur. En même temps des opérations au Maroc commencent.

Guerre franco-prussienne de 1870

Juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse, et malgré les infortunes des combats, les régiments de zouaves se couvrent de gloire, surtout à la bataille de Frœschwiller-Wœrth, où les trois régiments sont fort éprouvés dans des charges désespérées à la baïonnette de leurs fusils Chassepot. Le régiment des zouaves de la Garde impériale s’engage dans les combats de Rezonville. Mais, après le drame de Sedan et au lendemain de la proclamation de la République, il sera dissous. C’est alors au sein de l’armée de la Défense nationale que le 28 octobre 1870 est levé le 4e régiment de zouaves, qui participe aux batailles de Châtillon, Villiers-sur-Marne, Champigny ou encore Héricourt dans l’Est. Mais ce sera la terrible défaite pour la France qui ébranlera l’armée française et ses zouaves.

IIIe République

Après diverses péripéties (voir articles individuels sur chaque régiment), les quatre régiments de zouaves sont reconstitués en 1872. Ils participent à des opérations de maintien de l’ordre d’ampleurs diverses en Algérie et Tunisie (années 1880 et 1890), puis à la pacification du Maroc (début XXe siècle) : de 1907 à 1912, de nombreuses opérations au Maroc aboutiront à la Convention de Fès en 1912, et au Protectorat français de cette région. Les zouaves détachent au total huit bataillons au Maroc, par le biais des « régiments de marche ».

- 1881 : La Tunisie passe sous protectorat français, Tunis (caserne Saussier et La Manouba) et Bizerte (caserne Japy) deviennent les villes de garnison du 4e Zouaves. La couleur du tombeau de sa veste est le bleu foncé, couleur du fond.
Expédition du Tonkin

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caserne Japy ou Chapy (image non disponible sur wikipédia

- 1883 – 1900 : Les événements à Hanoï au Tonkin, contraignent la France à envoyer ses troupes en Indochine et les zouaves prennent tout naturellement part à cette campagne, notamment par la création d’un « régiment de marche de zouaves » pour l’expédition de Chine en 1900, dissous après cette même expédition.

Des éléments zouaves sont envoyés lutter contre les Pavillons noirs au Tonkin (1883). Le 3e occupe le Tonkin et l’Annam (1887)

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Un bataillon de zouaves embarque à Alger pour l’Expédition du Tonkin en 1885.

Suite à la loi du 9 février 1899, chaque régiment de zouaves détache un bataillon en métropole dès 1901. Le 5e bataillon des 1er et 4e vient autour de Paris (forts de Rosny, Choisy et Nogent), et pour les 2e et 3e régiments, ces bataillons cantonnent près de Lyon (camps de Sathonay et La Valbonne), ce qui rend familière et populaire la tenue des zouaves parmi la population.

Première Guerre mondiale

Suivant le plan de mobilisation, les zouaves prennent part à la Grande Guerre par « régiments de marche de zouaves » (RMZ), ce qui permet de laisser en Afrique du Nord une unité de dépôt correspondante. Quelques régiments se composent de deux bataillons tirailleurs et d’un de zouaves, ils forment alors les « régiments mixtes » (RMZT). Août 1914, arrivent au front des bataillons sortis des quatre régiments d’active. Les bataillons du 2e régiment de marche servent au Levant.

En décembre 1914 et en janvier 1915, se forment de nouveaux régiments de zouaves : Trois formés en Algérie : – le 7e (issu de bataillons des 1er et 4e Zouaves), qui deviendra mixte, puis finalement RMTA (régiment de marche de tirailleurs algériens); – le 2 bis (issu de bataillons de réserves du 2e Zouaves); – le 3 bis (issu de bataillons de réserves du 3e Zouaves). Deux formés au Maroc : – le 8e (issu des bataillons suivants : I/1er, III/2e, II/3e et IV/3e Zouaves); – le 9e (issu des bataillons suivants : II/1er, III/1er et I/4e Zouaves). Après les premières batailles, l’état-major consent à réformer la tenue du zouave (dite à l’orientale) jugée trop voyante et inadaptée pour le théâtre des opérations en métropole (de même que celle du tirailleur), en adoptant en 1915, la tenue de drap kaki (dite : « moutarde ») si caractéristique de l’armée d’Afrique et des troupes coloniales d’alors. Seules la chéchia et la ceinture de laine bleue permettent de discerner les zouaves des autres combattants, et de très près les pattes de collet de fond kaki à soutaches et numéros garance (voir tous les détails dans Militaria Magazine no 87 et 88).

Il serait trop long de rappeler les glorieux faits d’armes des régiments, mais citons simplement que : – quatre des régiments de zouaves ont la fourragère rouge de la Légion d’honneur : les 4e 8e et 9e Zouaves : sept citations, le 3e : six citations ; – les 1er et 2e régiments la fourragère verte et jaune de la médaille militaire, cinq citations chacun, ainsi que le 3bis avec quatre citations; – et enfin le 2bis, la fourragère de la croix de guerre 1914-1918, verte et rouge avec une citation. Le 5 juillet 1919 les drapeaux des 8e et 9e Zouaves sont décorés de la Légion d’honneur et le 3e Régiment de la médaille militaire. Au vu des citations accordées, il est aisé de remarquer que les régiments de Zouaves, mais aussi et en général toutes les troupes d’Afrique, étaient souvent employés lors d’assauts désespérés et meurtriers, les hommes réduits en « chair à canon » et les régiments maintes fois anéantis, remaniés et reformés.

Les zouaves seront alors avec les tirailleurs nord-africains parmi les régiments les plus décorés5. Un site porte leur nom (la vallée des Zouaves) en souvenir des durs combats qu’ils menèrent à Souchez en 1915.

- 1919 – 1920 : Démobilisation et liquidation des régiments de marche issus de la Grande Guerre. On ne conserve que six régiments (Les quatre « vieux », ainsi que les 8e et 9e ).

- 1920 – 1927 : Le 2e Zouaves fait campagne au Maroc. Mais les autres régiments sont représentés par un ou plusieurs bataillons lors de la guerre du Rif en 1925 et 1926.

- 1927 : Le 13 juillet, une loi reconditionne la structure militaire en spécifiant que cette organisation doit en outre pourvoir, en tout temps, à la défense des colonies et pays de protectorat, et de s’adapter aux exigences nouvelles. C’est ainsi qu’une distinction rigoureuse est établie entre celles de nos forces permanentes qui ne doivent pas quitter le territoire métropolitain et celles auxquelles échoit normalement la protection de nos colonies. Les zouaves font donc normalement partie de ces forces appelées troupes d’Afrique, et couvrent nos départements d’Afrique du Nord (Algérois, Constantinois et Oranais), ainsi que la Tunisie et le Maroc, alors en statut de protectorat. Chaque régiment ayant normalement 1 580 hommes, se dispose ainsi : Trois régiments de zouaves en Algérie : – le 8e à Oran, (dissous en 1928, il prendra le numéro “2” après la reformation du 8e, motorisé, à Mourmelon en 1934) ; – le 9e à Alger, Fort-National et Aumale ; – le 3e à Constantine, Philippeville et Batna.

Un régiment en Tunisie : – le 4e à Tunis et Le Kef.
Deux régiments au Maroc : – le 1er à Casablanca et Ouezzane ; – le 2e à Oujda et Aknoul (en limite du Maroc espagnol).

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Zouaves durant la Première Guerre mondiale (1914-1918). Équipement: fusil Gras Mle 1874 avec baïonnette.

Seconde Guerre mondiale

À la mobilisation de septembre 1939, les régiments de zouaves sont renforcés par l’arrivée des réservistes qui les porte à l’effectif de guerre. Ainsi ils passent de 1 850 hommes à entre 2 400 (effectif normal d’un régiment de tirailleurs, pour mémoire) et 3 000. Observons de plus près, par exemple, le cas du 4e Zouaves : celui-ci passe à 81 officiers, 342 sous-officiers et 2 667 zouaves, dès octobre 1939.

L’armée française engage quinze régiments de zouaves en 1939 : Six régiments actifs, dont les garnisons d’origine sont : – 1er : Casablanca, Ouezzane et Albi; (LCL Fromentin) – 2e : Oran (caserne de Château Neuf), Nemours et Castelnaudary; – 3e : Constantine (caserne de la Casbah), Sétif (caserne des Zouaves) et Philippeville (caserne de France); (COL Chartier) – 4e : Tunis (caserne Saussier et de la Casbah), La Goulette et Le Kef (camps des oliviers); (COL Ablard) – 8e : Mourmelon; (LCL Anzemberger) – 9e : Alger (caserne d’Orléans), Aumale et Fort National (caserne Rullières). (LCL Tasse)

Cinq régiments formés en métropole : – 11e : Belley; (LCL Bousquet) – 12e : Avignon; (COL Tissané) – 13e : Castelnaudary; (LCL Pothuau) – 14e : Lyon; (LCL Bousquet) – 15e : Issoudun. Seuls quatre de ces régiments formés en France sont affectés à des divisions, le 15e Zouaves reste à l’état de centre mobilisateur.

Quatre régiments sont créés en Afrique du Nord, et y sont restés comme régiments de dépôt et de protection : – 21e : Meknès; – 22e : Oran et Tlemcen; – 23e : Constantine, Sétif et Philippeville; – 29e : Alger.

Pendant la campagne de France, les régiments de Zouaves sont jetés dans la bataille sans réels moyens et sont sacrifiés, comme leurs aînés de la Grande Guerre, sans le moindre profit stratégique. Ils sont bousculés, brisés, pris sous le feu de l’aviation et de l’artillerie adverse, et sont pour la plupart capturés. (voir, par exemple, Militaria Magazine no 129, historique du 9e Zouaves)

Le protocole d’armistice de 1940 prévoit leur dissolution

Ils sont familièrement appelés les zouzous

fleche21Guerre d’Indochine
AUCUNE PRECISION (en cours de recherche)

Guerre d’Algérie

.Avec l’indépendance de l’Algérie et le rapatriement des Européens en juillet 1962, le corps des zouaves est dissous2.

L’uniforme des zouaves, très élaboré, ne changera pratiquement pas de 1830 à 1962, au moins pour ce qui est de la tenue de tradition adoptée pour les cérémonies et prises d’armes après 1915. De coupe « orientale » ou encore appelée « à la turque », il se compose d’une coiffe arabe dite « chéchia », sorte de bonnet de feutre rouge, agrémenté d’un gland à franges de couleur variable juqu’au Second Empire puis bleu moyen par la suite, et d’un turban de coton blanc roulé en boudin autour de la chéchia. La « bedaïa », veste-boléro de forme arabe, en drap bleu foncé avec passepoils et tresses garance, est portée sur le « sédria », gilet arabe sans manche en drap bleu foncé à tresses garance. Le « tombô » de la veste, sorte de fausse poche dessinée par une arabesque formée par la tresse décorative, est à la couleur du régiment. Le pantalon arabe, le « sarouel » (dit aussi « saroual », « seroual » ou encore « serouel ») est d’une forme très ample et sans séparation d’entre-jambe. Une ceinture de laine bleu indigo vient s’enrouler à la jonction du bas du gilet et du haut du sarouel (cette ceinture est destinée à tenir les intestins au chaud pour lutter contre la dysenterie). La ceinture, qui mesurait 40 centimètres de large pour quatre mètres de long, était l’élément le plus difficile à mettre, le zouave devant souvent appeler à l’aide un de ses compagnons. En guise de manteau, le zouave possède un collet à capuchon, sorte de pèlerine ample mais courte, fabriquée en drap de couleur « gris de fer bleuté ». De hautes guêtres de drap bleu foncé ou de toile blanche selon la saison ou la circonstance, portées avec des souliers cloutés de cuir noir, complètent la silhouette du zouave. Les guêtres sont remplacées vers 1905 par des bandes molletières en drap de la couleur du collet. Le style de cet uniforme, partagé avec les troupes indigènes de tirailleurs et de spahis en Algérie, variant totalement de celui des autres troupes d’infanterie française, a pour origine le style vestimentaire des populations kabyles de l’époque, dont la tenue traditionnelle s’inspirait très largement de celle des envahisseurs turcs qui occupaient le pays depuis des décennies.

Cet uniforme que portent les zouaves, a une implication des plus importantes dans l’esprit de corps de ces hommes hors du commun à forte proportion d’engagés volontaires et de rengagés, ce qui explique la ténacité, la force et la cohésion au sein des divers régiments. De ce fait la tenue « à l’orientale » si remarquable ne subira pratiquement aucune modification, du moins pour la troupe, pendant toute sa période de dotation.

Une tenue aussi étrange et romantique tient plus d’une mode et d’une fascination pour les choses exotiques lors de la dernière moitié du XIXe siècle, que d’une réelle exigence bien fondée et raisonnable en termes d’habillement militaire. Ainsi l’on tente de concilier l’inconciliable, car le zouave a besoin d’une tenue chaude pour les nuits fraîches et d’une tenue fraîche pour les journées chaudes. Et ces effets comportent énormément de défaillances : son pantalon large s’accroche dans les broussailles, veste et gilet découvrent le cou, le collet à capuchon ne protège pas les jambes ni les cuisses du froid et de la pluie, et la chéchia ne protège contre rien… et pourtant, le prestige eut le dessus.

À partir de fin 1914, alors que les régiments métropolitains adoptent dans l’urgence de nouveaux effets en drap bleu « horizon », le drap kaki est octroyé en priorité aux régiments de l’armée d’Afrique et à une partie des troupes coloniales. Tout d’abord de teinte allant du marron jaune au vert caca d’oie, la nouvelle tenue des zouaves relègue l’uniforme oriental aux effets de sortie ou de prise d’armes. Le « sarouel » adopte une forme moins ample et à jambes séparées, dite « culotte cycliste » ou « culotte russe », la veste de coupe européenne remplace les effets arabes, les chéchias, lorsqu’elles ne sont pas remplacées par le casque métallique Adrian modèle 1915, sont masquées par des manchons de toile sable ou cachou.

De ces premiers essais restés sous le sobriquet de drap « moutarde » naitra la nuance « kaki », vert foncé, qui s’impose pour toute l’armée après 1922.

Les zouaves, à l’instar de leurs camarades tirailleurs et spahis, retrouveront leur tenue orientale pour les prises d’armes, les cérémonies et en tenue de sortie, à partir de 1928.
Légion d’Antibes

Notons qu’en marge de l’histoire officielle de l’Armée française, le 11 avril 1866 une circulaire du Maréchal Randon autorise la création de la “Légion d’Antibes” qui donne naissance à un bataillon de zouaves pontificaux, pour la plupart des Français (au service des États du Saint-Siège en Italie), cette création était déjà l’idée de Juchault de La Moricière (figure légendaire, ancien officier charismatique au 2e Zouaves, il devient ministre de la guerre en juin 1848, puis il choisit l’exil sous le second Empire), qui ainsi dirige un corps d’élite qui ajoute aux traditions d’héroïsme des zouaves d’Afrique l’idée chrétienne de l’abnégation et du sacrifice. Il est à noter aussi qu’aux Amériques, pendant la guerre de sécession entre Confédération et Union, le prestige de l’armée française est tel que dans les camps du Nord et du Sud sont constitués des régiments de zouaves, dans lesquels s’enrôlent de nombreux volontaires souvent d’origine française.

Décorations

Pour les décorations et les citations, les zouaves, avec les tirailleurs nord-africains, viennent juste après les deux régiments les plus décorés de l’armée française (le Régiment d’Infanterie Coloniale du Maroc (RICM), appartenant aux troupes coloniales, et le Régiment de marche de la Légion étrangère, appartenant à l’Armée d’Afrique)1.

Il n’y a pas de liaison directe entre le port d’une fourragère et l’attribution au drapeau de la décoration correspondante, car c’est uniquement le nombre de citations à l’ordre de l’Armée qui est pris en compte pour l’attribution de la fourragère à une unité.
Drapeaux

Drapeaux décorés de la Légion d’honneur
2e régiment de zouaves (20/06/1859)
3e régiment de zouaves (09/11/1863)
4e régiment mixte de zouaves et de tirailleurs ( 05/07/1919 )
4e régiment de zouaves (05/07/1919)
8e régiment de zouaves (05/07/1919)
9e régiment de zouaves (05/07/1919)
4e régiment mixte de zouaves et tirailleurs (13/07/1919)

Drapeaux décorés de la Médaille militaire
3e régiment de zouaves (05/07/1919)

Inscriptions portées sur les drapeaux :
1er régiment de zouaves : Constantine 1837, Sébastopol 1854-1855, Melegnano 1859, Puebla 1863, Maroc 1908-1911-1914, La Somme 1916, Les Monts 1917, L’Ailette 1918, Montagne de Reims 1940, Danube1945.
2e régiment de zouaves: Laghouat 1852, Sébastopol 1854-1855, Magenta 1859, Puebla 1863, Extrême-Orient 1884-1885, Maroc 1907-1912, Champagne 1915, Verdun-Noyon 1916-1918, Vosges 1944.
3e régiment de zouaves : Sébastopol 1854-1855, Kabylie 1857, Palestro 1859, San Lorenzo 1863, Maroc 1908-1912, Champagne 1915, Verdun 1916, Moreuil-Noyon 1918, Le Faid 1943, Danube 1945.
2e régiment bis de zouaves : l’Yser 1914, Monastir 1916, Doiran1918.
4e régiment de zouaves: Sébastopol 1854-1855, Magenta 1859, Solferino 1859, la Marne-l’Yser 1914, Verdun 1916, La Malmaison 1917, Noyon-l’Oise 1918, Soissonnais 1918, Royan 1945.
8e régiment de zouaves: Saint-Gond 1914, Artois 1915, Champagne 1915, Les Monts 1917, Verdun 1917, Soissonnais 1918, Vauxaillon 1918.
9e régiment de zouaves: l’Yser 1914, Verdun 1916, Cœuvres 1918, Saconin 1918, Breuil 1918, Montdidier 1918, Berry-au-bac 1918, Roche-les-Blamont 1944.
1er régiment mixte de zouaves et de tirailleurs: l’Yser 1914, Verdun 1916, la Somme 1916, Les Monts 1917,-l’Aisne 1918, Montdidier 1918.
2e régiment mixte de zouaves et de tirailleurs: Le Matz 1918, Soissonnais 1918, L’Ailette 1918, Somme-Py 1918.
3e régiment mixte de zouaves et de tirailleurs: Verdun 1916, Les Monts 1917.
4e régiment mixte de zouaves et de tirailleurs: Artois 1915, Verdun 1916-1917, La Malmaison 1917, Noyon 1918, Soissonnais 1918, l’Oise-l’Ailette 1918.

Première Guerre mondiale

Fourragère aux couleurs du ruban de la Légion d’honneur (6-8 citations à l’ordre de l’Armée)
3e régiment de zouaves
4e régiment de zouaves
4e régiment mixte de zouaves et de tirailleurs (futur 16e R.T.T)
8e régiment de zouaves
9e régiment de zouaves

Fourragère aux couleurs du ruban de la Médaille Militaire (4-5 citations à l’ordre de l’Armée)
1e régiment de zouaves
1e régiment mixte de zouaves et de tirailleurs (futur 43e R.T.T)
2e régiment de zouaves
3e régiment bis de zouaves

Fourragère aux couleurs du ruban de la Croix de guerre 1914-1918 (2-3 citations à l’ordre de l’Armée)
2e régiment bis de zouaves

Seconde Guerre mondiale

Fourragère aux couleurs du ruban de la Croix de Guerre 1939-1945 (2-3 citations à l’ordre de l’Armée)
4e régiment de zouaves (1947)

Citations militaires

Décret du 5 juillet 1919 portant attribution de la croix de chevalier de la Légion d’honneur au drapeau du 4e RMZ6

« Magnifique régiment animé de toutes les vertus guerrières qui a généreusement versé son sang sur les principaux champs de bataille de la grande guerre et a connu le succès chaque fois qu’il a fait revivre en l’ennoblissant encore par la constance et la ténacité de ses efforts, la tradition des Zouaves de Crimée, d’Italie, du Froeschwiller. À participé aux batailles les plus importantes de la campagne 1914-1918, s’est couvert de gloire sur la Marne et sur l’Yser en 1915, a arraché la victoire à Douaumont (24 octobre 1916), Louvemont (15 décembre 1916), Hurtebise (24 avril 1917), La Malmaison (23 octobre 1917), Longpont (18 juillet 1918), sur l’Oise (2 août au 4 septembre 1918) et en donnant tout entier et à fond, a arrêté net la ruée déjà victorieuse de l’ennemi à Orvillers-Sorel (28 mars au 1er avril 1918) et à Carlepont (29 mai au 5 juin 1918). »

— Décret du 5 juillet 1919 portant attribution de la croix de chevalier de la Légion d’honneur au drapeau du 4e RMT – Président de la République7
Liste des régiments de zouaves de l’armée française

1er régiment de zouaves : formé en 1852, dissous en 1949 et reformé pendant la période 1956-1960. Croix de guerre 1914-1918 (5 palmes et une étoile vermeille) et Croix de guerre 1939-1945 (2 palmes) ;
2e régiment de zouaves : formé en 1852 et dissous en 1962. Légion d’honneur (obtenue lors de la bataille de Magenta), Croix de guerre 1914-1918 (5 palmes et une étoile d’argent) et Croix de guerre 1939-1945 (2 palmes) ;
3e régiment de zouaves formé en 1852 et dissous en 1962. Légion d’honneur (obtenue lors de la bataille de San Lorenzo, Mexique 1863), Croix de guerre 1914-1918 (6 palmes) et Croix de guerre 1939-1945 (2 palmes) ;
Régiment de zouaves de la garde impériale : formé en 1864, devenu le 4e régiment de zouaves en 1870 et dissous en 1962. Légion d’honneur, Croix de guerre 1914-1918 (7 palmes) et Croix de guerre 1939-1945 (2 palmes)8 ;
8e régiment de zouaves : formé en 1914, dissous en 1928, reformé en 1934-1940, à nouveau dissous, il est reformé deux fois d’abord en 1946-1956, puis durant la guerre d’Algérie (1959-1962). Légion d’honneur et Croix de guerre 1914-1918 (7 palmes et une étoile d’argent) ;
9e régiment de zouaves : formé en 1914 et dissous en 1940 ; reformé en 1943 et à nouveau dissous en 1962 ; réactivé en 1982 et à nouveau dissous en 2006 au CEC (centre d’entraînement commando) de Givet (08). Légion d’honneur, Croix de guerre 1914-1918 (6 palmes et une étoile d’argent) et Croix de guerre 1939-1945 (2 palmes).
11e régiment de zouaves : formé en 1939 et dissous en 1940. Sa devise : « Œil pour œil, dent pour dent » ;
12e régiment de zouaves : formé en 1939 et dissous en 1940 ;
13e régiment de zouaves : formé en 1919 et dissous en 1940. Sa devise : « Avec le sourire »
14e régiment de zouaves : formé en 1939 et dissous en 1940 ;
21e régiment de zouaves : formé en 1939 et dissous en 1940 (régiment d’instruction) ;
22e régiment de zouaves ;
23e régiment de zouaves ;
29e régiment de zouaves.

Régiments mixtes de zouaves et tirailleurs en 1914-1918

Créés lors de la Première Guerre mondiale avec deux bataillons de Tirailleurs algériens et un bataillon de Zouaves. Ils perdent leur bataillon de Zouaves entre avril et juillet 1918 et deviennent alors entièrement composés de tirailleurs. Les 2e et 3e sont transformés respectivement en 13e RMT et 6e RMT alors que les 1er et 4e conservent leur nom de mixte jusqu’en 1920.

1er régiment mixte de zouaves et tirailleurs, il perd son bataillon de Zouaves en juillet 1918 mais conserve son nom de mixte jusqu’en octobre 1920 et devient le 43e RMT
2e régiment mixte de zouaves et tirailleurs, devient le 13e RMT en juin 1918
3e régiment mixte de zouaves et tirailleurs, devient le 6e RMT en mai 1918
4e régiment mixte de zouaves et tirailleurs, il perd son bataillon de Zouaves en avril 1918 mais conserve son nom de mixte jusqu’en octobre 1920 et devient le 16e RMT

Liste des régiments de zouaves dans d’autres pays
Zouaves pontificaux

La création des zouaves pontificaux a lieu en 1860 à l’appel du pape Pie IX ; leur organisation est confiée au général de La Moricière. Après l’entrée des troupes italiennes de Victor-Emmanuel II à Rome en 1870, ils servent le Gouvernement de Défense nationale lors de la guerre franco-prussienne, et sont dissous après l’entrée des Prussiens à Paris.

L’un des zouaves pontificaux les plus célèbres est John Surratt, impliqué dans l’assassinat d’Abraham Lincoln.
États-Unis

Plusieurs unités de zouaves furent formés par des Américains lors de la guerre de Sécession : l’Union équipe de nombreux régiments de zouaves (parfois seulement zouaves uniquement de nom), et les Confédérés n’en ont qu’une poignée, essentiellement en Louisiane (Tigers zouaves, Coppen’s Zouaves, Louisiana zouaves). Au nord les plus célèbres sont le 5e régiment de volontaires de New York, surnommés les zouaves de Duryee, le 11e régiment de volontaires de New York, surnommés les zouaves de feu’, le 9th New York (Hawkin’s zouaves), le 10th New York (national Zouaves), le 62nd New York (Anderson zouaves), le 114th pennsylvania (Collis Zouaves), le 165th New York, etc.

Le 11e fut d’abord commandé par le colonel Elmer Ellsworth, mort en 1861, puis durement entamé lors de la première bataille de Bull Run. Le 5e était considéré comme une unité d’élite de l’armée du Potomac, et incorporé dans la division de Sykes. À la seconde bataille de Bull Run, le 5e régiment de New York, accompagné du 11e régiment de New York (les zouaves nationaux), participa à l’attaque flanquante du corps de Longstreet pendant dix minutes cruciales, avant d’être mis hors de combat : sur 525 hommes, 120 furent tués et 330 blessés durant ces dix minutes.

À partir de 1863, l’uniforme de zouave est donné en récompense aux unités méritantes de l’armée du nord et il y aura davantage d’unités de zouaves à la fin de la guerre qu’à son début. dans les années 1870/80 les zouaves furent progressivement assimilés aux unités régulières de l’US Army.
Zouaves du mort

Zouaves de mort formés lors de l’Insurrection polonaise de 1861/1864; leur organisation est confiée au Lieutenant François Rochebrune.

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Insurrection polonaise de 1861/1864 Zuavo du mort – colonel François Rochebrune (1863)
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Notes, commentaires et références

↑ a et b Les troupes coloniales dans la Grande Guerre: actes du colloque organisé pour le 80e anniversaire de la bataille de Verdun, IHCC-CNSV, 1997, p.90
↑ a et b Encyclopédie Larousse [archive]
↑ « A proprement parler les Zouaoua sont les Kabyles qui habitent les contreforts les plus élevés du Djurdjura. Le premier indigène qui entra au service de la France après la conquête d’Alger, fut un Zouaoui ou homme des Zouaoua, de là le nom des Zouaves », Le Globe, Société de géographie de Genève, 1860, p.215
↑ Philippe E. Landau, Les Juifs de France et la Grande Guerre : un patriotisme républicain, 1914-1941, CNRS, 1999, p. 34.
↑ Jacques Frémeaux, Les empires coloniaux dans le processus de mondialisation, Maisonneuve & Larose, 2002, p. 64
↑ Bulletin des lois de la République française, éd. Imprimerie royale, Paris, 1919, p. 2026
↑ Le 4e zouaves avait perdu 9 351 officiers, sous-officiers et soldats pendant la guerre 1914-1918
↑ Le bataillon d’instruction et d’intendance du 4e zouave est installé au fort de Rosny-sous-Bois. En 1963, la municipalité de Rosny-sous-Bois a baptisé Rue du 4e-Zouave la rue qui relie le centre-ville au Fort de Rosny

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Document pdf :
Les Zouaves à travers des cartes postales de
Jean Marc LABOULBENE
Bibliographie : Bruno Carpentier, La légende des zouaves ED. SOPAIC
Jean -François Catteau, Militaria n° 129 & 197, Histoire & Collection
http://alger-roi.fr/Alger/armee_afrique/pdf/8_zouaves_cartes_postales_afn68.pdf

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La Tunisie et la Grande Guerre

La Tunisie et la Grande Guerre

La Tunisie au gré des conflits

3 décembre 2012

Les quatorze points de Wilson (8 janvier 1918)

Classé sous — milguerres @ 22 h 27 min

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Les quatorze points de Wilson (8 janvier 1918) drapeau-americain_1910_w2501

Les quatorze points de Wilson (8 janvier 1918)
source : http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/les-quatorze-points-de-wilson-8-janvier-1918

Les quatorze points de Wilson (8 janvier 1918) Une diplomatie pour la paix Déclaration sur les buts de guerre des Alliés faite en quatorze points par le président des Etats-Unis, W. Wilson, dans un discours prononcé le 8 janvier 1918

Lorsqu’éclate la guerre, Woodrow Wilson, déclare la neutralité des Etats-Unis. Mais avec la reprise de la guerre sous-marine à outrance et la découverte du télégramme Zimmermann dans lequel l’Allemagne aurait déclaré soutenir le Mexique pour une reconquête des Etats du sud – le Texas (intégré en 1845), l’Arizona et le Nouveau-Mexique, parmi les derniers territoires ralliés à l’union en 1912 – le Congrès l’autorise, le 6 avril 1917, à déclarer la guerre à l’Allemagne. Wilson mène alors une double politique : faire la guerre pour instaurer une paix durable. En envoyant le corps expéditionnaire en Europe sous le commandement du général Pershing, il rompt avec la politique isolationniste de la doctrine Monroe – le 2 décembre 1823, le président James Monroe déclare que l’Amérique ne pourra plus faire l’objet d’une colonisation européenne, ainsi que toute intervention d’une puissance européenne serait considérée comme une manifestation inamicale, en échange de quoi, les Etats-Unis se refusent à intervenir dans les affaires européennes – ; et conduit en politique intérieure une campagne de mobilisation de la nation : recrutement, effort économique, aide aux populations civiles. Le 8 janvier 1918, il prononce un discours en quatorze points sur les buts de guerre alliés et marque ainsi une évolution dans le règlement du conflit.

Les tentatives de médiation. Plaidoyer pour une diplomatie ouverte Dans les premiers mois de guerre en effet, lors de la première bataille de la Marne, le président américain tente vainement de se poser en médiateur auprès des chancelleries des belligérants (missions du colonel House). Il s’inscrit alors dans un courant en faveur de la paix, aux côtés du roi d’Espagne Alphonse XIII, du Pape Benoît XV, de Gustave V de Suède, et de personnalités suisses et vénézuéliennes. Conscient qu’il « n’est pas sage encore de rechercher » les conditions d’un terrain d’entente en novembre 1914, il demande aux combattants dans son message de Noël de suspendre les armes, lettre morte à l’instar de son message en juillet de l’année suivante en faveur d’une paix rapide. Les négociations, selon le code diplomatique traditionnel, demeurent secrètes et bilatérales : le marquis italien D’Adda rencontre Théophile Delcassé en décembre 1914 sur les questions levantines, Alphonse XIII suggère à Wilson de se rapprocher de Zita de Habsbourg en décembre 1915, Hugo Stinnes, un industriel allemand, rencontre en mars 1916 pour le compte du Reich, le représentant japonais à Stockhom, en vue d’une paix séparée, de même que le comte Toerring-Jettenbach, proche par mariage du roi Albert Ier de Belgique, en février 1916, tente de négocier un apaisement germano-belge. Fin 1916, le gouvernement allemand, assuré de sa supériorité militaire, fait une offre publique de négociation à l’Entente qui la rejette en raison de ses termes, notamment la demande d’évacuation française de la Haute Alsace. Woodrow Wilson saisit l’occasion pour demander à tous les belligérants, le 18 décembre 1916, de rendre publics leurs buts de guerre, condition à l’ouverture de négociations. L’Allemagne s’y refuse et dénonce l’ingérence des Etats-Unis et des neutres. L’Entente, bien qu’embarrassée par le présupposé américain – un accord entre les alliés sur les buts de son action – y donne suite dans une note du 10 janvier 1917, laquelle annonce de profonds changements en Europe tels que le respect des nationalités et leur droit à l’émancipation, qu’il faut interpréter en relation avec l’entrée en guerre des Etats-Unis à leurs côtés et la note du 12 janvier 1917 de Wilson aux Etats neutres où pointant la question des peuples « soumis » (colonies, question irlandaise, etc.)

La prise de position américaine, le retrait russe du conflit, l’intensification des mouvements de contestation et des mutineries, incitent les Empires Centraux à reprendre les négociations, timidement à l’initiative de l’Autriche-Hongrie, puis lors de rencontres à Lausanne (du 10 juin au 23 septembre 1917), entre le baron Van der Lacken, représentant de Guillaume II, et le Français Aristide Briand. Cette tentative, infructueuse cependant, montre une convergence des initiatives pour la paix en Europe et le retour de la diplomatie secrète. Les princes Sixte, officier de l’armée belge, et Xavier de Bourbon-Parme, frères de la princesse Zita, épouse du prince héritier de la couronne d’Autriche, rencontrent, à l’initiative de Paul Cambon au Quai d’Orsay, à Neuchâtel et Vienne le comte Erdoedy et le chancelier Czernin (février-mars 1917). Les propositions autrichiennes seront refusées par l’Entente lors de la conférence de Saint-Jean-de-Maurienne (19 avril), d’autant que la conférence de Londres (5 septembre 1914) établissait l’impossibilité d’une paix séparée par un des membres de l’Entente – principe battu en brèche tout de même par la Russie. D’autres initiatives de paix, la rencontre entre les comtes Revertera et Armand (7 et 22 août 1917) et la note pontificale de Benoît XV (15 août 1917), connaissent la même issue en raison des positions tranchées des Français, des Allemands et des Italiens. Des positions d’autant plus inextricables que l’année 1917 marque le tournant de la Première Guerre mondiale. Les Empires centraux ont l’avantage militaire : Nivelle échoue au Chemin des Dames, les Italiens se replient derrière la Piave, alors que le front de l’Est s’effondre dans les affres de la Révolution russe (armistice germano-russe de Brest-Litovsk, le 15 décembre 1917) ; mais l’Entente trouve un second souffle avec l’entrée en guerre des Etats-Unis. Le danger cependant est autre : blocus maritimes, renchérissement du coût de la vie, sentiment d’inutilité des combats et perte de confiance dans les dirigeants militaires et politiques forment le terreau des mouvements de contestation : les grèves et les manifestations secouent l’arrière alors que les mutineries, réprimées par des bains de sang et des procès expéditifs, ébranlent les fronts. De part et d’autre, on attend l’effondrement de l’adversaire ; les chefs sont remplacés, de nouveaux plans de guerre pointent dans les états-majors.

Les Quatorze points de Wilson Conscient de l’impréparation des troupes américaines et de la position particulière des Etats-Unis, non-signataires du traité de l’Entente (septembre 1914), entrés en guerre tardivement et avec des buts de guerre différents de ses « alliés », Wilson continue ardemment son offensive internationale pour mettre fin à ce conflit que certains n’hésiteront pas à qualifier de « guerre civile européenne ». Il charge, à la fin d’octobre 1917, la Chambre des Représentants de demander aux Européens de formuler leurs buts de guerre. Déçu par l’attitude des nations en guerre, il en conclut qu’il faut substituer au système européen, vieux de trois siècles d’équilibre des forces où se mêlent allègrement les rivalités dynastiques et territoriales aux frustrations nationales dans une masse de négociations et de traités secrets, un nouvel ordre international capable d’éviter les guerres. Dans un discours prononcé le 8 janvier 1918, le président Wilson présente en quatorze points une déclaration des buts de guerre des Etats-Unis, qui deviendra bientôt celle des Alliés. Il s’agit dans un premier temps, pour les Etats-Unis, de prendre position face à l’Entente, convaincue de la divergence de leurs buts de guerre, en particulier au sortir de la première réunion du Conseil supérieur interallié, en novembre 1917, où Italiens et Français se sont montrés réservés sur cette question. S’alliant aux courants libéraux, il se pose alors en promoteur d’une diplomatie ouverte et de la création d’une Société des Nations – premier et dernier points de son discours – en relation avec un libéralisme économique : liberté des mers et limitation des barrières douanières, réduction des armements nationaux (troisième et quatrième points). En héritier des « Pères fondateurs » des Etats-Unis, Wilson consacre le dernier point de son projet de création d’un « nouveau monde » au droit des peuples colonisés de disposer d’eux-mêmes, objet d’un différend avec les Anglo-Français décidés à se partager les anciens territoires coloniaux et zones d’influence allemands (Turquie, Perse, Chine). Le président américain traite ensuite des questions relatives à la fin de la guerre, lesquelles figuraient dans les buts de guerre des membres de l’Entente : [list]L’évacuation de la Russie, promue par Lloyd George, montre l’évolution de la politique étrangère britannique qui, jusqu’à l’effondrement de l’empire tsariste, était son principal concurrent, en Perse notamment. Il s’agit désormais d’empêcher les Allemands d’imposer leur domination à l’Est. [list]L’évacuation, la restauration de la Belgique et son droit à indemnisation, est au premier chef des buts de guerre britanniques exposés par leur Premier ministre devant le congrès des Trade Unions dans un long discours, le 4 janvier 1918.

En plus de ces buts de guerre qualifiés d’obligatoires, Wilson ajoute six autres points dits conditionnels, jugés non-indispensables selon lui pour le rétablissement de la paix. La restitution de l’Alsace-Lorraine à la France figure parmi les préoccupations de la Grande-Bretagne, qui se pose en un indéfectible allié. Le gouvernement anglais cependant justifie sa position non par rapport au traditionnel « tribut » dû au vainqueur mais en raison d’une injustice de 1871 : le rattachement des Alsaciens et Lorrains « sans la moindre attention portée aux voeux de la population ». Le retour sans condition da la « ligne bleu horizon », la réparation du « tort fait à la France en 1871″ sont les principales motivations françaises annoncées publiquement par le ministre des Affaires étrangères, Stephen Pichon, en janvier 1918, qui préfère mener une politique commerciale offensive à l’égard de l’Allemagne à partir des territoires retrouvés que de « faire la guerre », objectif affiché (et ultime) du gouvernement Clemenceau et de l’état-major français. La modification des frontières italiennes selon les limites des nationalités prouve l’écart de vues entre l’Entente et les Etats-Unis.

Victor-Emmanuel III avait en effet négocié son entrée en guerre aux côtés des Anglo-Français en échange de positions dans les Balkans (Tyrol du Sud, côte dalmate) lors du traité de Londres (avril 1915). L’ indépendance des peuples de l’empire austro-hongrois, entité multiethnique (Autrichiens, Magyars, Allemands, Italiens Slovènes, Tchèques, Slovaques, Polonais, etc.), en raison du droit des peuples à disposer d’eux mêmes, présente le même hiatus. Les Britanniques, alors qu’ils affichent publiquement leurs buts de guerre, conduisent en secret, des négociations, en Suisse, avec des émissaires autrichiens et turcs, afin d’isoler diplomatiquement l’Allemagne, qui se verrait bien jouer un rôle au sein d’une Mitteleuropa, et de créer une zone de stabilité et de contre-poids à l’Est où, depuis décembre 1917, une guerre civile oppose les Bolcheviks aux contre-révolutionnaires. Le gouvernement britannique est alors favorable au maintien de la Double Monarchie, sur un mode fédératif auquel viendrait s’adjoindre la Pologne, en contradiction avec les 11e et 13e points wilsoniens concernant l’évacuation de la Roumanie, de la Serbie et du Monténégro, les alliés de la première heure, et la création d’un Etat polonais avec libre accès à la mer, le « corridor de Dantzig ». Finalement, W.Wilson ne fait que déplacer et multiplier le problème des Etats-nations et des minorités nationales : la Roumanie des traités de paix comptera des millions de Hongrois et la Pologne des Allemands.

La question ottomane met à nouveau en évidence les divergences de vue entre les partenaires. Alors que Wilson, dans son douzième point, entend limiter la souveraineté ottomane aux seules régions turques, selon le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et garantir le libre usage des Dardanelles, Anglais, Français et Italiens avaient, dès le Traité de Londres, établi un plan de partage de l’empire ottoman. Les Britanniques reviennent sur leurs positions, allant jusqu’à proposer de reconnaître les droits particuliers des peuples de l’empire dans le cadre d’une suzeraineté turque purement formelle qui leur permettrait de renforcer leur présence dans ces régions. Le président Wilson termine son discours par un appel à l’Allemagne, au nom de l’esprit de conciliation avec lequel l’Amérique aborderait la construction du nouvel ordre international : « Nous ne voulons pas la blesser ni faire obstacle en aucune façon à son influence ou à sa puissance légitimes. Nous ne voulons pas la combattre par les armes ou par des accords commerciaux hostiles [...] Nous voulons seulement qu’elle accepte une place d’égale parmi les peuples du monde ».

Les « Quatorze Points », pierre angulaire des négociations de paix 1918 : année des révolutions Jusqu’à l’été 1918 la situation est incertaine pour chacun des belligérants. Les contours d’une paix semblent vouloir se dessiner dans chaque camp où l’on mobilise ses ressources humaines et technologiques pour prendre l’avantage. Le 3 mars 1918, la paix germano-russe est signée, les empires centraux sont libérés du front de l’Est et peuvent ainsi concentrer leurs efforts sur le front occidental. Hindenburg et Ludendorff renouent avec la guerre de mouvement et conduisent quatre attaques sur le territoire français : secteur de Saint-Quentin (mars-avril), sur le front d’Armentières (avril), autour du Chemin des Dames (mai), en Champagne (juillet). Peu concluantes et fort coûteuses en hommes et matériels, les attaques allemandes sont abandonnées, alors qu’à partir du 18 juillet s’enclenche la contre-offensive alliée en deux temps (plan Foch) : dégagement des poches allemandes de Picardie et d’Argonne, puis offensive générale sur l’ensemble du front. Parallèlement, les troupes alliées l’emportent à Salonique, sur le front italien, en terre ottomane et en Asie avec l’entrée en guerre de la Chine. Les empires centraux sont aussi minés de l’intérieur par des mouvements de grèves dans les usines et des mutineries (Wilhelmshaven, Brême), des manifestations révolutionnaires de gauche (Cologne, Berlin, Budapest, Vienne, Sofia, en Bavière, en Rhénanie) et les revendications indépendantistes des Polonais, Tchèques, Croates, Serbes, Roumains. Le 9 novembre 1918, une ultime révolution à Berlin provoquera la chute du gouvernement de Guillaume II. Le gouvernement social-démocrate Ebert-Scheidemann nomme une délégation pour demander un armistice.

1918 : l’année Wilson A force de ténacité et porté par les événements, Wilson finit par rallier les membres de l’Entente à ses vues, nonobstant les réserves du gouvernement britannique concernant la liberté des mers et les demandes françaises de condamnation de l’Allemagne à verser des réparations aux populations civiles. Les « Quatorze points » seront ainsi complétés, au cours de l’année 1918, par d’autres exposés et notes du président américain et de ses partenaires qui s’y réfèrent alors, le 4 juillet 1918, dans la déclaration « Quatre Buts de Guerre » des Alliés : l’anéantissement de la domination autocratique qui ne repose pas sur la volonté du peuple ; la convention de tous les Etats de régler, à l’avenir, leurs conflits dans la négociation et dans le respect du droit des peuples ; la reconnaissance du droit des peuples par tous les peuples ; l’institution d’une organisation internationale pour la paix. Le président américain apparaît alors au niveau international comme une personnalité incontournable. Il est sollicité dès le 5 octobre par les gouvernements allemands, autrichiens et turcs pour conclure un armistice général sur la base des « Quatorze Points » : Max de Bade demande la paix dans un message au président américain (nuit du 3 au 4 octobre 1918) et Charles Ier, le 7 octobre. Les négociations sont ponctuées par quatre échanges de notes. Dans les deux premières, le gouvernement allemand doit préciser ses intentions (échanges des 8/9 et 12 octobre), les Alliés craignant une manoeuvre pour gagner du temps en vue de reprendre les combats. Les troisièmes courriers concernent les conditions de paix (20 et 23 octobre) ; dans le dernier échange, l’Allemagne accepte de capituler dans le cadre des conditions de l’armistice, de ne pas reprendre les armes et de mettre en place un gouvernement démocratique (24-26 octobre). Pendant ce temps, en habile et ferme médiateur, Wilson laisse aux militaires l’initiative de mettre un terme aux combats. Le conseil interallié réuni à Senlis (Foch, Pétain, Haig et Pershing) accepte les conditions militaires d’un armistice le 25 octobre. C’est sur cette base que le gouvernement allemand, et avec lui ses alliés, acceptera de cesser les combats et d’entamer les négociations de paix. En ce sens, on peut dire du discours de Wilson que « jamais encore on n’avait formulé des buts aussi révolutionnaires en les assortissants d’aussi peu de directives sur la manière de les mettre en oeuvre. Le monde auquel songeait Wilson se fondait sur le principe et non la force, sur le droit et non l’intérêt, et chacun, vainqueur ou vaincu, devait y trouver sa place. » (H. Kissinger, Diplomatie, p. 206).

Les « Quatorze Points » de Wilson, vers un nouvel ordre international : naissance de la Société des nations (S.D.N.) Fidèle à son principe que la démocratie génère la paix par l’égalité et la concertation, Wilson entend instaurer un nouvel ordre international dont la Société des Nations serait le moteur, garante de l’indépendance territoriale et politique de tous les Etats sans distinction aucune. Quatorzième point de son texte, la création d’une organisation internationale pour la paix en constitue le point d’orgue. Le « Pacte de la Société des Nations », mis au point par les Quatre Alliés, se retrouve dans les vingt-six articles de la première partie de chacun des traités qui rétablissent officiellement la paix : le traité de Versailles (28 juin 1919), le traité de Saint-Germain (10 septembre 1919), le traité de Neuilly (27 novembre 1919), le traité de Trianon (4 juin 1920), le traité de Sèvres (10 août 1920) remplacé par le traité de Lausanne (24 juillet 1923).

Le Pacte de la S.D.N. se veut être le garant de la sécurité collective. Il repose alors sur un double contrat « garantir la paix et la sécurité internationales en prévenant ou réprimant les guerres et développer la coopération entre les nations dans tous les domaines pour favoriser les progrès culturel et social » ; l’engagement est ainsi individuel car chaque membre s’engage à privilégier l’arbitrage sur la force, et collectif puisque le recours à la force est issu d’une décision collective : « le droit de se fonder sur la force commune, non sur la force individuelle, des nations dont dépendra la paix générale » (Discours de Woodrow Wilson au Sénat, 1917). La S.D.N. comprend trente-deux membres fondateurs, au premier rang desquels les quatre vainqueurs et les Etats neutres. Le siège de cette organisation internationale est domicilié à Genève (Suisse). Chaque Etat dispose d’une et une seule voix à l’Assemblée générale, lieu de négociation pour une action commune, qui se réunit pour débattre des menaces sur la paix. Un Conseil, composé de cinq membres de droit (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Italie, Japon) et de quatre autres élus par l’Assemblée, assure la direction des actions de sauvegarde de la paix. Il propose ainsi à l’Assemblée les juges de la Cour de Justice (quinze juges élus pour neuf ans, siégeant à La Haye) ainsi que le Secrétaire général en charge de la permanence de l’institution. L’initiative de W. Wilson, bien qu’à l’origine d’une transformation du droit international et de sa pratique, laquelle produira l’Organisation des Nations Unies en 1945, porte en elle sa propre contradiction : les Etats-Unis n’ont jamais pu adhérer à la S.D.N., le Sénat américain s’étant opposé à la ratification du traité de Versailles.

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25 novembre 2012

les chiens de Guerre

Classé sous — milguerres @ 20 h 48 min

 

 

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Les chiens de Guerre

source : http://www.pages14-18.com/B_PAGES_HISTOIRE/chiens_de_guerre/chiens-P3.htm

1914 – 1918

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SOMMAIRE
1ère partie : Les chiens du front rentrent chez eux :
un excellent article paru dans la revue  » LECTURES POUR TOUS » en juin 1919
2e partie : Instructions officielles relatives aux chiens dans les armées .
3e partie : Flambeau chien de guerre au 149e R.I

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1ère partie
LES CHIENS DU FRONT RENTRENT CHEZ EUX

Texte et illustrations » LECTURE POUR TOUS » numéro de Juin 1919

Ils ont été les compagnons du poilu, ces braves toutous qui ont, comme lui, couru tant de dangers, et rendu tant de services à nos armées. Au moment où ils rentrent dans la vie civile, n’est-il pas juste d’envoyer un mot d’éloge à ces bons combattants ?

Voici qu’à leur tour, les chiens de guerre sont démobilisés ! Il n’est point de poilu qui, à cette nouvelle, n’évoque en sa pensée l’image d’un compagnon de mi¬sère à quatre pattes et ne lui accorde un sou¬venir ému. C’est que le chien de guerre a partagé toutes ses bonnes et mauvaises heures, vivant souvent de la même gamelle dans les tranchées » sommeillant la nuit sur la même botte de paille dans les cagnas, râlant sous les même vagues de gaz asphyxiants, mou¬rant parfois du même obus. Mais des poilus se souviendront aussi que, s’ils purent con¬tinuer à combattre, à certaine heure critique, que s’ils ne furent point fait prisonniers, que si même, ils sont encore de ce monde, ils le doivent à l’obscur dévouement d’une pauvre bonne bête que rien, cependant, ne destinait au métier de héros.
Pendant cette terrible guerre de cinquante mois, il a fallu demander en effet, au meilleur de nos frères inférieurs, l’emploi de .tous les dons, merveilleux d’intelligence, d’endurance et-de fidélité que la nature lui a si largement départis. Aussi le chien de guerre a-t-il été de toutes les tragédies, petites et grandes, qui ont eu pour théâtre le champ de bataille, et souvent on lui a demandé des sacrifices que l’homme ne pouvait accomplir.
On ne sait guère qu’au cours de ces quatre ans et demi de guerre, plus de 15 000 chiens de races différentes, mais principalement des chiens de berger de la Beauce, de la Brie et des Pyrénées, des dogues et des bouviers, des ratiers et des chiens de montagne ont été mobilisés aux armées. Presque tous ont été donnés ou prêtés par leurs propriétaires qui rarement s’en séparèrent sans chagrin.
La proportion des pertes montre que le sacrifice demandé fut loin d’être inutile. Quand, quelques semaines après l’armistice, on fit le recensement des chiens de guerre, on constata que plus de 35 p. 100 d’entre eux étaient morts ou disparus : 4 000, en chiffres ronds, étaient morts au champ d’honneur, tués par les balles, les obus, les torpilles et les bombes ou morts des suites de leurs blessures ; 1 500 étaient disparus, faits prisonniers ou perdus au cours des vicissitudes des combats ou des déplacements de troupes.

UNE IDÉE QUI FAIT SON CHEMIN.

L’idée de mobiliser les chiens est venue du souvenir des services remarquables que rendirent, en 1836, les quarante chiens éclaireurs de la compagnie franche du capitaine Blanpin, dans l’expédition de Constantine. Les surprises qu’ils évitèrent, les embuscades qu’ils déjouèrent sont demeurées légendaires et trace en a été conservée dans les archives du ministère de la Guerre.
On savait aussi que l’armée allemande, de 1885 à 1914, avait soigneusement préparé des équipes de chiens éclaireurs, destinées à accompagner les sections d’infanterie et, chez nous, plusieurs officiers, préoccupés du soin avec lequel les Allemands paraissaient préparer tout ce qui leur pouvait être utile en cas de conflit européen, tentèrent de doter l’armée française de sections de chiens de combat et de chiens sanitaires. Parmi ceux-là, il convient de citer le capitaine Lauth du 67e d’infanterie, le lieutenant Faucher du 21e bataillon de chasseurs, le lieutenant Jarry du 5e dragons et le lieutenant Buer du 19e bataillon de chasseurs. Leurs chiens furent utilisés aux manœuvres surtout comme chiens porteurs d’ordres. Des rapports élogieux suivirent ces essais, et ce fut tout. On ne croyait pas à la guerre, alors à quoi bon !
L’initiative privée, heureusement, était moins dolente. Quand éclata le coup de tonnerre de 1914, dès les premiers jours d’août, la Société nationale du chien sanitaire offrait au ministère de la Guerre une centaine de chiens dressés à la recherche des blessés. Presque tous devaient disparaître dans la tourmente de Charleroi. La plupart de nos soldats blessés gravement demeurèrent sur les champs de bataille et, comme il avait été, par suite de ces circons¬tances, à peu près impossible de se rendre compte de l’utilité réelle de ces
pauvres bêtes, une incroyable circulaire ministérielle, datée du 15 septembre 1915, supprima l’emploi des chiens sanitaires aux armées.
Cependant nombre de nos officiers furent appelés à constater que, dans l’armée allemande, l’emploi des chiens avait maintes fois déjoué des coups de mains de nos soldats. Beaucoup de nos chasseurs alpins avaient amené avec eux leurs chiens personnels, de belles bêtes de montagne, dévouées et admirablement dressées. Comme elles sauvèrent bien des sentinelles et même des petits postes, et que cela fut répété, on fut bien obligé de se rendre compte que l’utilisation des chiens sur une grande échelle, donnerait des résultats sé¬rieux. Ce ne fut cependant qu’au mois de décembre 1914 que le 12e bataillon de chasseurs fut doté d’une première équipe officielle d’une douzaine de chiens.
L’armée de l’Est était commandée par un chef ouvert à toutes les idées pouvant apporter un supplément de sécurité à ses hommes : le général de Castelnau. La proposition lui fut faite de créer un chenil militaire pour son armée : il accepta. Des chiens furent demandés un peu partout : ils arrivèrent assez nombreux et le dressage commença.
Un chenil militaire était aussi créé à l’armée des Vosges et d’Alsace et une quinzaine de dresseurs professionnels venaient en hâte instruire une soixantaine de chiens. En novembre 1915, notre IIe et notre VIIe armée avaient à Toul un chenil central, dont tous les sujets avaient donné depuis quelques mois les résultats les plus heureux. Le 25 décembre 1915, M. Millerand, alors ministre de la Guerre, reconnaissait officiellement les chenils militaires et rattachait le service des chiens de guerre à la direction de l’infanterie.
Il avait fallu un an et demi d’efforts indi¬viduels pour en arriver là, mais enfin, mieux valait tard que jamais et notre armée allait être dotée d’une organisation sérieuse dont les services n’allaient pas tarder à surprendre même les plus optimistes. Peu à peu chaque armée eut son chenil central particulier, et l’on peut dire qu’à la signature de l’armistice, les 10 000 à 11000 chiens de guerre, qui étaient en service sur les divers fronts, constituaient la sélection la plus belle qui existât au monde.

POUR RAVITAILLER LES COMBATTANTS.

Ce ne fut qu’à la suite de tâtonnements et d’études que le service des chiens de guerre fut mis au point. Ainsi, à partir du début de 1916, on reconnut que certaines races de chiens, seules, étaient propres à un bon dressage. Il fallut presque totalement écarter les chiens de chasse, dont les fonctions furent limitées au rôle d’avertisseurs. Mais, par contre, tous nos bergers français, les bergers belges de Malines, de Grœnendael et de Tervuren, les bergers écossais, les grands loulous et les bâtards de ces races, donnèrent des résultats surprenants. Ce furent tous d’excellents chiens avertisseurs et de liaison. Les dogues, les bou¬viers, les mâtins devinrent de merveilleux patrouilleurs. Dressés à l’attaque, ils étaient lancés contre l’ennemi, et capturaient, non sans rudesse, des prisonniers. Les chiens de montagne devinrent des chiens d’attelage et des chiens porteurs. On ne saura jamais les services que rendirent ces animaux, notam¬ment pendant les opérations de 1918.
Les chasseurs à Grivesnes, les cuirassiers des 4e et 8e régiments à Moreuil, les cuirassiers du 11e régiment en Champagne qui tinrent tête pendant des journées à des forces supé¬rieures et qui furent maintes fois séparés du gros des troupes de soutien par d’épouvanta¬bles tirs de barrage, ne furent ravitaillés en première ligne, tant en vivres qu’en munitions, que par des chiens de montagne. À l’arrière, ces robustes et courageuses bêtes étaient char¬gées de douze à quinze kilos de grenades répar¬ties dans les deux poches d’une sorte de sac-posé sur leurs reins. Les dresseurs leur poin¬taient le nez dans la direction des soldats à ravitailler et — ne sourions point de ce tou¬chant élan — les lâchaient, après les avoir embrassés comme de bons amis qu’on ne reverra probablement plus. Les chiens dressaient les oreilles, rampaient un instant sur le sol, puis à toute allure filaient sous les obus. Ils étaient si parfaitement dressés, qu’on les voyait agir comme des hommes, se terrant un instant dans les trous d’obus, puis repartant jusqu’à un autre trou d’obus.
Souvent une balle de mitrailleuse jetait bas le pauvre chien qui poussait un cri plaintif et cherchait un trou pour mourir. Plus souvent encore un obus éclatait à côté de lui, un éclat venait frapper le chargement de grenades : tout sautait et la malheureuse bête était volatilisée. Mais sur cent cinquante chiens lancés, les trois quarts arrivaient à destination. Là encore les poilus les embrassaient, parfois les larmes aux yeux. Puis ils prenaient les grenades et, sous la rafale, les chiens repartaient vers l’arrière, reprendre un nouveau chargement. La section qui ravitaillait ainsi le 11e cuirassiers fut de beaucoup la plus éprouvée, mais sa vaillance et son excellent dressage furent l’objet de félicitations officielles du haut commandement, ce dont le lieutenant Hautecloque, qui la commandait, fut justement fier. Ces jours là, les chiens de guerre avaient bien mérité de la Patrie.
HÉROS A QUATRE PATTES

Le dressage des chiens durait généralement un mois Après quoi ils étaient bons pour le front et, en chemin de fer, ils rejoignaient les chenils des armées où ils étaient mis pendant quelque temps en contact avec les poilus destinés à devenir leurs conducteurs en première ligne. Dès lors la vie d’aventures, la vie infernale commençait : interminables stations au bord, d’un trou, à côté d’une sentinelle immobile, longues heures passées avec le masque contre les gaz asphyxiants sur le museau, voiturettes parfois chargées de plus de cent kilos de vivres et de munitions qu’il fallait traîner là où ni chevaux ni mulets ne pouvaient parvenir, courses à la mort sous les rafales d’obus, attaques furieuses, où, tout comme des poilus, les grands bergers malinois sautaient à la gorge des Allemands et les terrassaient.
Une balle, un obus, une bombe, un coup de baïonnette venait souvent, hélas ! mettre fin à la carrière du brave animal. Les soldats savent combien de fois nombre d’entre eux ont commis l’imprudence de risquer leur vie pour sauver leur chien blessé, tombé entre les lignes. C’est que le plus souvent ce n’était pas seulement par un sentiment de tendresse vis-à-vis du chien, mais par un véritable sentiment de reconnaissance. On ne compte plus les chiens qui ont arraché des officiers ou des soldats à une mort certaine, et si la chronique officielle n’a point gardé les noms ou les matricules de ces nobles bêtes, il n’est guère de troupier qui ne puisse conter une histoire touchante où le chien de guerre joue un rôle splendide.
SURTOUT, SOIGNEZ – LES BIEN !

La guerre finie, il fallait songer à démobiliser l’armée canine. Les livrets de chaque animal indiquant leur origine, les propriétaires qui les avaient prêté ont été invités à les reprendre, mais c’est le petit nombre. La majorité des chiens de guerre n’a plus d’autre maître que le soldat, ce qui rendit la démobilisation assez délicate. L’administration de la guerre a jugé sage de faire revenir au chenil central militaire de Satory, que dirige le capitaine Beur, tous les chiens disséminés dans les chenils d’armée. Ils sont revenus par lots de 300 à 400. Puis là, ils ont été divisés en deux grandes catégories: les uns ayant de la race, les autres ceux qui n’en avaient pas. Ces derniers n’en sont pas moins de bons et braves chiens qui ont fait leur devoir comme les autres. Les premiers ont été vendus à des amateurs pour la somme bien modeste de cent francs. Aussi nous n’étonnerons personne en disant que cela s’est su dès les premiers jours et qu’il s’est trouvé tout de suite beaucoup plus d’amateurs qu’il n’y avait de chiens à vendre. Il serait donc inutile de chercher maintenant à s’en procurer. Ceux de la seconde catégorie ont été donnés à ceux qui les désiraient, à la seule condition que les bénéficiaires prissent l’engagement de ne point les vendre et de bien les soigner. Ces chiens méritent tous les égards et l’engagement a toujours été pris de grand cœur. A la date à laquelle paraît cet article, ce qui reste de chiens disponibles ne se trouve plus à Satory, mais au chenil-dépôt du jardin d’acclimatation. Parmi ceux qui ont demandé des chiens de guerre se sont trouvés quan¬tité de poilus qui ne regar¬daient guère à la race ; ils cherchaient surtout à retrouver un compagnon de campagne, et quand cela est arrivé, car c’est arrivé quelquefois, nulle phrase ne saurait traduire la joie du poilu et de l’animal.

LA SÉANCE CONTINUE.

L’institution de chiens de guerre ne disparaît pas du fait de la démobilisation des animaux. Le chenil central de Satory reste un dépôt central et une école où une pépinière de chiens de guerre continuera à être instruite. Maintenant, de même que des poilus restent au front, un certain nombre de chiens restent à l’armée. Des auxiliaires de sentinelles et des chiens de liaison demeurent dans les corps qui assurent la garde du Rhin. Une autre catégorie de chiens, celle des porteurs et chiens de trait, reste également mobilisée. Après avoir, fait la guerre, ces ani¬maux ont à contribuer à la renaissance de nos régions libérées, 100 voiturettes et 300 chiens notamment sont affectés au ravitaillement de la ville de Lille. Chaque attelage véhicule quotidiennement cinq à six mille kilos de marchandises diverses. Pour nos bons servi¬teurs à quatre pattes, comme pour tant d’entre nous, ce n’est point assez d’avoir donné toutes les preuves de courage : la paix exige d’autres luttes, il faut être à la place d’honneur et faire son devoir.

les chiens de Guerre  chiens007

2e partie
 Instructions officielles relatives aux chiens dans les armées
Bulletin officiel des ministères de la Guerre, des travaux publics et des transports, du ravitaillement général,de l’armement et des fabrications de guerre : 1er trimestre 1917 Édition chronologique année 1917  1er volume – 1er trimestre – page 139 –

Direction de l’Infanterie: cabinet du Directeur.
Instruction sur le service du ravitaillement en chiens de guerre dans les armées. (Cette instruction n’est pas applicable aux chiens sanitaires.)   Paris, le 5 janvier 1917.

         

BASES DU SERVICE

1. — Le service du ravitaillement des armées en chiens de guerre comporte la réglementation du recrutement des animaux nécessaires, de leur dressage préliminaire et de leur livraison aux armées par des sociétés qui, s’occupant des questions con¬cernant la race canine, seront, dans ce but, agréées par le Ministre.

 

 

Ière PARTIE
FONCTIONNEMENT DANS LA ZONE DE L’INTÉRIEUR

2. — Une société ne sera agréée qu’autant qu’elle possédera un chenil bien installé et pourvu d’une organisation en vue du dressage.
3. — Chaque société agréée déclarera connaître la présente instruction et en accepter les charges et attributions, en parti¬culier :
1° Qu’elle recevra de l’administration centrale (1ère Direction) toutes directives que celle-ci jugera utile de lui donner quant au dressage des animaux.
2° Qu’elle se conformera, quant à l’administration de chaque chenil agréé, aux règles posées dans la présente instruction.
4. — Ce service est rattaché à l’administration centrale de la guerre (1ère Direction). La correspondance se fera exclusivement de celle-ci au président de la société agréée et inversement.

DU RECRUTEMENT DES CHIENS

5.  — La société agréée recrutera des chiens par ses propres moyens sans que l’administration de la guerre intervienne dans ses opérations et prenne une responsabilité quelconque du fait de ses agents. II lui appartiendra, en cas d’accord avec des propriétaires de chiens, de s’entendre avec eux pour que les chiens soient amenés, au jour et à l’heure nécessaire, à une gare chemin de fer.
6.  — La société remettra au propriétaire un reçu de l’animal livré. Les propriétaires des chiens ainsi remis devront être prévenus, par les soins de la société, que l’administration de la guerre n’accepte aucune responsabilité pouvant résulter du sort subi par ces animaux, à compter de leur mise à la disposition des armées.
7.  — Pour recruter les chiens à mettre en dressage, chaque société procédera, autant que possible, par tournées de recrutement.
8.  — Pour la préparation d’une tournée de recrutement, l’agent agréé de la société pourra recevoir le parcours gratuit en 2e classe sur voie ferrée, sous réserve que l’itinéraire qu’il se propose de suivre sera au préalable approuvé par l’administration centrale (1ère Direction).
9.  — Lorsqu’une tournée de recrutement sera prête, la société en adressera le projet à cette administration. Celle-ci, en cas d’approbation, en avisera le commandement régional qui procèdera à l’organisation de la tournée par entente avec la société et donnera les ordres nécessaires à l’ouverture du droit à des convoyeurs et aux transports pour eux et les animaux recrutés. Pour l’exécution de ces transports, la contenance d’un wagon sera de 15 à 20 chiens sous la surveillance de deux hommes. Ces deux hommes seront désignés pour chaque voyage par l’au¬torité militaire régionale parmi les soldats du service auxiliaire. Toutefois, un des soldats mis en permanence à la disposition de la société en exécution du § 12 ci-dessous sera spécialement chargé du service des transports. Il sera accrédité auprès des autorités chargées de son organisation, recevra les ordres de transport et dirigera le voyage.
10.     — Pour assurer la succession régulière des tournées de recrutement, chaque société, dans les dix jours qui suivront le retour de la précédente, adressera à l’approbation de l’adminis¬tration de la guerre (1ère Direction) les projets de tournées dont elle aura terminé la préparation.
11.     — Les chiens présentés pour le service des armées de¬vront remplir les conditions suivantes :
Age : avoir plus d’un an et moins de huit ans;
Taille : de préférence 0,45m à 0,60m;
Robe : éliminer tous les sujets de robe blanche;
Race : de préférence chiens de berger ou chiens de garde;
Qualités  primordiales : tout sujet insuffisamment  attentif et vigilant doit être éliminé.

CHENIL AGRÉÉ DE SOCIÉTÉ. — SON AGENT.

12.    — Chaque société possède un ou plusieurs chenils agréés par l’administration de la guerre (1ère Direction); chacun d’eux recevra par ses soins une lettre distinctive et sera agréé pour un effectif, en principe, de soixante chiens. Il sera mis à sa dis¬position un certain nombre de soldats du service auxiliaire à raison de cinq par chenil ayant ledit effectif et, en cas de modification de celui-ci, d’un homme pour dix chiens.
13. — Chaque chenil est représenté auprès de l’administra¬tion de la guerre par un agent agréé. Cet agent peut représen¬ter plusieurs chenils de la même société.   
14. — L’agent est chargé, en ce qui concerne le chenil pour lequel il est agréé, de son administration, des relations avec l’administration de la guerre et les autorités militaires ayant qualité pour l’exécution du  fonctionnement du service.
15. — Chaque chenil sera placé, pour la discipline générale et la surveillance administrative, sous l’autorité du général commandant la région sur le territoire de laquelle il sera stationné.

DRESSAGE AU CHENIL DE L’INTÉRIEUR.
16. — Le dressage du chien de guerre comporte deux phases :
L’une préparatoire, au chenil de la société, l’autre définitive, aux chenils militaires de la zone des armées. Il importe donc, pour qu’il y ait une suite clans le travail imposé aux chiens, que le dressage exécuté au chenil de la société s’attache, avant tout, à obtenir les résultats suivants :
1° Le chien doit venir au maître au premier commandement à toutes distances, il doit venir gaiement;
2° Suivre au pied en laisse;
3° Il doit s’asseoir au geste de la main levée et au premier commandement  « assis »;
4° Il doit se coucher au geste de la main baissée et au pre¬mier commandement « couché »;
5° Il doit, une fois couché, rester en place lorsque le maître s’éloigne et attendre sans bouger son retour;
6° Il ne doit pas être peureux, il y a lieu de l’habituer aux bruits les plus variés; explosions, passages de train sous des ponts, claquements de fouet, coups de feu, etc.
7° Si un chien marquait des dispositions pour le rapport, le mettre au forcé, mais obtenir toujours un travail fait gaiement sans crainte aucune et une obéissance passive.
Nota. — Éviter le rapport fait en jouant, car il n’est jamais sûr lorsqu’on travaille sur de longues distances. Éviter la forte correction et tout ce qui peut rendre craintif, le chien de guerre ne devant pas être peureux Exploiter la gourmandise, l’incor¬ruptibilité n’étant pas nécessaire;
8° Faire perdre au chien l’habitude d’aboyer.
17. — La durée du dressage préliminaire subi au chenil de société est de trente jours au maximum, y compris le temps de recrutement et le temps de livraison aux armées.

LIVRAISON DES CHIENS AUX ARMÉES.

18. — Les chenils de l’intérieur livreront les chiens exclusivement aux chenils des armées d’après les indications données en temps utile par l’administration de la guerre (1ère Direction).
19.   — En principe, les livraisons seront mensuelles.
20. — Chaque livraison de chiens aux directeurs des chenils d’armée se fera au chenil livrancier de l’intérieur. A cet effet, Le directeur du chenil d’armée intéressé s’y rendra pour faire subir un examen éliminatoire aux animaux présentés et recevoir ceux qu’il jugera aptes à poursuivre le dressage de guerre. Il pourra se faire remplacer pour cette opération avec l’autorisation de ses chefs directs.
21. — Les chiens seront livrés munis de leur collier, d’une chaîne et d’une muselière en très bon état.
22. — Pour chacune de ces livraisons, l’agent agréé du chenil livrancier recevra du directeur du chenil des armées ou de son représentant un reçu indiquant par noms et numéros les chiens reçus.
23.— Dès que l’avis de la livraison de chiens que le chenil aura à assurer lui sera parvenu, son agent agréé prendra toutes dispositions, par accord avec les autorités compétentes, pour exécuter le transport au chenil d’armée dès que l’opération de réception prévue ci-dessus (§ 20) sera terminée. D’après cette entente, le directeur du chenil d’armée sera convoqué pour la date nécessaire par les soins du commandement. Les convoyeurs pour ces transports seront fournis par l’intérieur jusqu’à la gare régulatrice.

ALLOCATIONS ET DROITS DIVERS DES SOCIÉTÉS AGRÉÉES.

24.— Allocations en deniers. — Il est alloué :
a) A chaque chenil, pour frais généraux de recrutement : une indemnité mensuelle fixe de 100 francs.
b)  Par chien présent au chenil : une indemnité journalière d’entretien et de nourriture, due à compter du jour inclus de la réception au jour inclus du départ aux armées.
c) Par chien accepté par un chenil d’armée : une indemnité fixe de 5 francs.
25. — Transports. —
d) Pour l’agent agréé d’un chenil, le droit à la gratuité du transport en 2e classe dans le cas prévu ci-dessus (§ 8);
e) Le transport des chiens recrutés au cours des tournées de recrutement est aux frais de l’État, ainsi que leur convoiement jusqu’au chenil agréé de la société, ainsi que le transport de celui-ci au chenil de l’armée.
Il en sera de même, par la suite, des transports de rapatriement jusqu’à la gare où le chien aura été remis à la société : toutefois l’administration de la guerre ne prend aucun engage¬ment en ce qui concerne la restitution des animaux.
26. — Matériel d’instruction. — Chaque chenil agréé recevra pour permettre d’habituer les chiens aux détonations :
f) à titre de prêt : 4 fusils 1874 et 4 revolvers 1872;
g) mensuellement et à titre gratuit : 1.200 cartouches à blanc pour fusils 1874. 1.200 cartouches à blanc pour revolvers 1872.

GESTION DU CHENIL AGRÉÉ.

27.— L’organisation administrative de chaque chenil, tout en devant rester simple, devra permettre :
a) Le contrôle des allocations en deniers dues par l’État à la société;
b) Le contrôle des ordres de transport accordés;
c) Le contrôle de l’utilisation et du sort des chiens recrutés;
d) Le contrôle nominatif des militaires mis à la disposition du chenil par l’autorité militaire.
28.— La gestion administrative d’un chenil agréé est assurée par son agent agréé auprès de l’administration centrale de la guerre (1ère Direction). Elle comporte la tenue des pièces suivantes :
a) Feuille signalétique par chien;
b) Feuilles de journées;
c) Carnet de voyages;    
d) Carnet du personnel militaire;
e) Dossiers de correspondances.
Les modèles et indications pour la tenue de ces diverses pièces sont donnés aux annexes.
29.  — Le premier de chaque mois, l’agent agréé du chenil éta¬blit le relevé des droits aux différentes allocations pour le mois écoulé, le soumet pour vérification et mandatement à l’inten¬dance auprès de laquelle il est accrédité; celle-ci lui établit un mandat payable sur la caisse la plus proche.
30.  — En outre des charges normales provenant du fonctionnement de chacun des chenils et du dressage des animaux, les sociétés accepteront les charges suivantes :
a)   Les chiens seront nourris par la société pendant la durée des transports tant de recrutement que d’envoi aux armées;
b)   La société propriétaire du chenil est responsable de tous les accidents causés par les chiens ou subis par eux jusqu’à leur sortie effective du chenil pour les armées;
c)   En dehors des allocations et frais de transport accordés pour les causes, dans les formes et limites prévues par la présente instruction, l’administration de la guerre ne supportera aucune charge provenant, à un titre quelconque, de l’existence du chenil.

IIe PARTIE
DU FONCTIONNEMENT DANS LA ZONE DES ARMÉES.

31. — Le service des chiens de guerre dans la zone des armées est placé sous la direction et le contrôle du commandement.
32. — Les chiens de guerre utilisés aux armées proviennent des chenils agréés de l’intérieur. Ils sont reçus par un chenil d’armée où ils subissent un dressage définitif et d’où ils sont mis en service dans les corps de troupe.

DU  CHENIL D’ARMÉE.

Administration.
33. — Les chenils d’armée sont créés par ordre du général en chef après entente avec l’administration centrale (1ère Direction).
34. — Chacun des chenils visés au paragraphe ci-dessus perçoit une allocation journalière de 0 fr. 25 par chien à compter du jour de l’entrée de celui-ci, au jour de sa sortie pour une cause quelconque, sous la réserve que la présence d’un même chien au chenil n’ouvrira de droit à perception que pour un maximum de trente journées. Cette allocation ne sera due que pour les chiens provenant du ravitaillement régulier prévu par la présente instruction.
35. — Cette allocation journalière est destinée à donner satisfaction à toutes les dépenses faites au chenil soit pour son propre entretien, soit pour la nourriture ou l’hygiène des animaux.
36. — Chacun des chenils des armées reçoit d’un chenil agréé de l’intérieur les chiens munis d’une laisse, d’un collier et d’une muselière; lui-même les livre dans ces mêmes conditions aux corps de troupe. Ceux-ci n’ont droit à aucune allocation pour les chiens qu’ils utilisent et qui doivent être nourris sur les déchets
des ordinaires.
37. —. Chaque chenil des armées est rattaché pour l’administration à l’unité qui en a le personnel en subsistance.
38. — Pour justifier des perceptions et de l’emploi de ces allocations, il sera tenu une comptabilité spéciale constituée par les pièces suivantes :    
1° Un contrôle nominatif (nom du chien, son numéro matri¬cule, lettre du chenil fournisseur, date d’entrée, date de sortie, destination);
2° Feuille de journées;
3° Carnet d’enregistrement de recettes et dépenses diverses;
4° Carnet de correspondance.

DEMANDES ET RENVOIS DE CHIENS.

39.— Au milieu de chaque mois, chaque directeur de chenil d’armée adresse au général en chef :
1° Un état numérique des chiens qui sont nécessaires au ravitaillement de son chenil à la fin du mois suivant;
2° Un état numérique des chiens reçus lors de la dernière livrai¬son et qui sont reconnus inaptes au service des armées. Cet état indiquera la lettre du chenil agréé livrancier et la cause de l’inaptitude.
40. — Pour l’application des paragraphes 20 et 23 ci-dessus, le directeur du chenil d’armée se présentera, à la date qui lui sera indiquée, au chenil agréé qui doit lui fournir des chiens pour procéder à leur examen et à leur réception. Le transport des animaux du chenil agréé à la gare régulatrice est organisé par les services régionaux de l’intérieur, de la gare régulatrice au chenil d’armée par les services compétents de la zone des armées.
41. — Il ne sera pas renvoyé de chiens inaptes d’un chenil d’armée à un chenil de l’intérieur sans ordre de l’administration centrale (1ère Direction). En particulier, il ne sera pas organisé de service spécial de convoiement à cet effet; les convoyeurs d’un transport de chiens de guerre de l’intérieur aux armées rece¬vront, lorsqu’il y aura lieu, des instructions pour prendre les chiens inaptes et les réintégrer à leur chenil agréé d’origine.
42. — La présente instruction entre en vigueur à la date du 1er janvier 1917.

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11 avril 1918 : les chiens du 109e R.I.

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L’équipe téléphonique du 4e bataillon du 300e R.I. à Crugny (Marne) : 25 septembre 1916

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http://www.pages14-18.com/B_PAGES_HISTOIRE/chiens_de_guerre/chiens-P2.htm

IIIe PARTIE

——–

Flambeau, chien de guerre au 149e R.I.

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Flambeau 29 mai 1917

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Flambeau et les grenadiers de la 1ère compagnie : 29 mai 1917

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Capitaine Guilleminot et Flambeau : carrières du sourd 7 juin 1917

Le capitaine Pierre Guilleminot , Saint-cyrien de la promotion de Fès (1909-1912) a été tué le 4 août 1918 à la ferme de la Grange (Aisne) .

Après un passage au 4e B.C.P., il était en 1918, capitaine au 70e R.I.

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En soutien – Les Vervins 27 juin 1917 – Sous-lieutenant Soulignac et Flambeau

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Vaudoncourt décembre 1917

source : http://www.pages14-18.com/B_PAGES_HISTOIRE/chiens_de_guerre/chiens-P3.htm

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