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14 avril 2013

Les contingents impériaux au cœur de la guerre

Classé sous — milguerres @ 17 h 02 min

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La Tunisie au gré des conflits

Les contingents impériaux au cœur de la guerre :  « Etude faite sur la présence de tous les hommes d’origine des colonies françaises ou britanniques (et autres) ayant participé aux deux conflits mondiaux. 

Pour ceux qui ignorent la présence des Nords Africains, des « Noirs », des Chinois, des gens de l’Est, des Australiens, des Canadiens,… et pardon si j’oublie d’autres origines au sein de ces deux conflits.  Les chiffres parlent d’eux-mêmes,  leur présence ne fera qu’honorer leur mémoire !  A tous ceux qui ont combattu pour une même cause … «  

à noter, selon cette étude :

« La mobilisation des «indigènes » s’est opérée selon des principes divers. En Algérie, en Tunisie et en AOF, les contingents fournis par engagements volontaires sont complétés par des conscrits recrutés par tirage au sort.  »

« En 1940, l’armée française met en ligne 640000 coloniaux et Nord-africains, dont 
176000 Algériens,
 
80000 Tunisiens,
 
80000 Marocains (360000 hommes), et
 
180000 Sénégalais.

En France, en 1918, pour un total de 350000 travailleurs étrangers présents, 200000 sont originaires des colonies françaises (78000 Algériens, 35000 Marocains, 28000 Tunisiens, 50000 Indochinois, surtout Vietnamiens, 6000 Malgaches)

Selon cette étude : 108000 Tunisiens auraient servis sous le drapeau tricolore, lors des deux conflits mondiaux, sans noter les pertes humaines, civiles ou matérielles (sans oublier la période de colonisation et la campagne de Tunisie en 1881. Une Tunisie, vraiment au gré des conflits… Hayet (auteur du blog, origine tunisienne

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8

 

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Les contingents impériaux au cœur de la guerre 

Jacques Frémeaux   lien Histoire, économie et société  lien   Année   2004   lien Volume   23   lien Numéro   23-2 

Résumé
Cette communication insiste sur un sujet trop rarement évoqué, qui est la participation des empires coloniaux, surtout français et britannique, aux deux guerres mondiales. L’apport des Dominions et des colonies en soldats et travailleurs a été important. Ces soldats ont connu des conditions de guerre analogues à celles des soldats européens. Aux souffrances subies par l’ensemble des combattants s’est ajouté un plus grand éloignement de leur pays et, pour les soldats dits «indigènes», une expérience qui a précipité l’entrée dans le monde moderne, et a contribué à encourager les nationalismes.

Abstract
This paper deals with the very important part played by the imperial armies, especiallly British and French, during the two World Wars. A great number of soldiers and workers came from the Dominions and Colonies. They had to endure similar conditions as those of their European comrades, plus, a harsher and longer severance from their mother countries. The discovery of the modern war accelerated the entry of the « native » men in the Modem World, and gave a boost to nationalisms.

Le présent programme ne fait aux Empires coloniaux qu’une place limitée. L’ambition de cette communication est de montrer que, loin de se borner à un canton périphérique de l’étude des conflits mondiaux, la participation des contingents d’outremer pourrait en constituer un vaste domaine. On voudrait suggérer ici tout ce que gagnerait une histoire des peuples en guerre à n’être pas privée d’une partie de ses réalités, trop souvent passées inaperçues lorsqu’elles ne concernent pas directement les métropoles.

1. Senghor, «Aux tirailleurs sénégalais morts pour la France», Hosties noires, 1948.
«On fleurit les tombes, on réchauffe le Soldat Inconnu, Vous mes frères obscurs, personne ne vous nomme» l

Échelle du phénomène
Les chiffres démontreraient à eux seuls qu’il ne s’agit pas d’un phénomène marginal. 
En 1914, la Grande-Bretagne et la France disposent des deux plus grands empires coloniaux du monde, vastes respectivement de trente-quatre millions et de dix millions de kilomètres carrés, peuplés de 400 millions et de 50 millions d’habitants.

Les armées impériales britanniques et françaises
• Les Britanniques

Dans les premiers mois de la guerre, les citoyens des quatre Dominions sont invités à concourir à la défense de la métropole. 
On recourt au même dispositif de mobilisation qu’en Grande-Bretagne: volontariat d’abord, puis conscription. 
Mais celle-ci ne s’applique sans difficultés qu’en Nouvelle-Zélande, où elle est votée au mois de mai 1917. 

Au Canada, la décision d’y recourir, en juin 1917, provoque des émeutes chez les Québécois. 

Les Australiens rejettent la conscription par référendum, sous la pression des habitants d’origine irlandaise, émus par la répression des «Pâques sanglantes» de 1916. 

En Afrique du Sud, la question n’est même pas discutée, étant donné les sympathies pro-allemandes de beaucoup d’Afrikaners. 

Au total, la contribution des Dominions atteint environ 1300000 hommes. 
L’Angleterre mobilise des effectifs équivalents aux Indes.
La participation africaine est notable.
La conscription a été imposée en 1915 en Afrique orientale et 1916 en Afrique occidentale. 

Le bilan est impressionnant, comme en témoigne le tableau 1.
Ainsi, l’empire a permis d’accroître d’environ un tiers le potentiel militaire britannique.

Les contingents impériaux au cœur de la guerre  les_co10
tableau 1

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tableau 2

En 1939, la déclaration de guerre des Dominions à l’Allemagne, reconnus comme États souverains et indépendants au sein du Commonwealth, suit immédiatement celle du Royaume-Uni. 
L’effort de mobilisation est globalement accru par rapport à celui de 1914-1918. 
Il faut dire que la menace japonaise a stimulé la mobilisation en Australie et Nouvelle-Zélande, mais aussi aux Indes. 

La contribution indienne est double de celle de la Grande Guerre, celle des colonies africaines sept à huit fois plus forte. 

Le nombre de mobilisés atteint cinq millions d’hommes, dont deux millions pour les seuls Dominions, soit 84 % de la mobilisation de la métropole. L’Empire britannique et le Commonwealth ont ainsi vécu comme l’avait prophétisé Churchill dans son discours du 18 juin 1940, leur «finest hour» (tab. 2).

• Les Français

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tableau 3

À ces chiffres (tab. 3), qui concernent les «indigènes » il faudrait ajouter celui des Français d’outre-mer, la majorité étant constituée de 73000 Français d’Algérie, auxquels on peut adjoindre peut-être 4000 Français des colonies, soit un total d’environ 80000 hommes.
On atteindrait ainsi environ 650000 hommes, et un total de pertes d’environ 100000 hommes

Il va de soi que, par rapport aux 7800000 mobilisés français, la proportion est faible (environ 8 %). 
Malgré tout, l’acharnement de Clemenceau en 1917 et 1918 à mobiliser les contingents coloniaux les plus nombreux possibles montre que ce nombre doit, dans son esprit, peser lourd dans la balance. 
On peut être pratiquement sûr que, en cas de prolongation du conflit, leur proportion aurait eu tendance à s’accroître. 

La mobilisation des «indigènes » s’est opérée selon des principes divers. En Algérie, en Tunisie et en AOF, les contingents fournis par engagements volontaires sont complétés par des conscrits recrutés par tirage au sort. 

Les besoins de guerre amènent à augmenter le nombre des appels. Dans le reste de l’Empire, on en reste au système d’un volontariat, souvent forcé par des pressions administratives.
Dans Г entre-deux guerres, le recours au réservoir humain des colonies paraît le seul moyen de remédier à l’insuffisance de la démographie. Des lois de 1919 étendent le système de la conscription à l’ensemble des territoires de l’Empire. 

En 1940, l’armée française met en ligne 640000 coloniaux et Nord-africains, dont 
176000 Algériens, 
80000 Tunisiens, 
80000 Marocains (360000 hommes), et 
180000 Sénégalais.

C’est à peu près 10 % de l’effectif de l’armée française. 
Ces troupes combattent courageusement, avant d’être entraînées dans la défaite commune.
Elles comptent de nombreux morts et prisonniers.
 


L’appel aux troupes coloniales ne cesse pas avec la défaite. Elles forment la majorité des contingents de l’armée coloniale de Vichy, mais aussi de ceux de la France libre. 

Après le débarquement allié en Afrique du Nord de novembre 1942, la participation des contingents d’outre-mer est déterminante lorsqu’il s’agit d’organiser en Afrique du Nord une armée française équipée de matériel américain. 
À l’été 1944, sur 633000 hommes de l’armée de terre, on compte environ 60 % de soldats «indigènes», dont certains appartenaient aux Forces françaises libres depuis 1940.

• Note additionnelle
Certes, pour être complet, ce travail devrait faire mention des troupes «coloniales» employées par l’armée russe, et recrutées notamment parmi les Musulmans du Caucase et de l’Asie centrale. Il n’est pas possible de le faire ici, faute de temps. On peut au moins citer pour mémoire les deux «divisions sauvages» recrutées dans le Caucase, qui participent à la tentative du général Lavr Kornilov contre le gouvernement provisoire de Kerenski, au mois de septembre 1917. Des unités de ce type figureront également dans l’Armée rouge en 1939-1945. Il faut noter aussi qu’on a recruté des troupes noires dans les colonies belges et portugaises, qui participent en particulier aux campagnes contre les colonies allemandes d’Afrique orientale.

Les mobilisations de travailleurs

II s’agit d’abord de travailleurs recrutés pour les besoins des armées.
Sur le front français, ce sont en majorité des Chinois (100000 pour l’armée britannique, 40000 pour l’armée française, 10000 pour le corps expéditionnaire américain).
L’Afrique du Sud fait appel à des travailleurs africains auxiliaires (environ 70000 dont 20000 en France au Labour Native Corps , qui participe à la construction des tranchées).
Les campagnes africaines sont également dévoreuses d’effectifs: 55000 à 60000 porteurs auraient été réquisitionnés en AEF pour le Cameroun, ce qui représenterait un homme adulte sur quatre.
Pour les campagnes en Afrique orientale, les Britanniques n’auraient pas recruté moins de 750000 hommes, jusqu’au Nigeria et en Gold Coast.
Un million d’autres «indigènes» sont employés pour l’entretien des lignes de communication des armées britanniques au Proche-Orient.
Les Russes tentent d’imiter leurs alliés, pas toujours avec succès: l’ordre donné en juin 1916 de mobiliser 500000 autochtones d’Asie centrale au sein de bataillons de travailleurs, entraîne des rébellions violentes, notamment chez les Kazakhs et les Kirghizes. Des colons sont massacrés.

On retrouve des cas analogues lors de la Deuxième Guerre mondiale.
À partir de 1942, 50000 «indigènes» de Papouasie et Nouvelle-Guinée sont employés par l’armée australienne comme porteurs, brancardiers, terrassiers, mais aussi éclaireurs. Des Auxiliary Groups sont recrutés en Afrique de l’Ouest et affectés aux brigades d’infanterie, pour participer aux transports.
Par ailleurs, des «coloniaux» sont recrutés pour le travail aux champs ou à l’usine.
En France, en 1918, pour un total de 350000 travailleurs étrangers présents, 200000 sont originaires des colonies françaises (78000 Algériens, 35000 Marocains, 28000 Tunisiens, 50000 Indochinois, surtout Vietnamiens, 6000 Malgaches).

Ce mouvement se prolonge après la guerre: 100000 travailleurs nord-africains, surtout algériens, sont employés en 1930. Dans les colonies, les autorités exigent un accroissement de la production des matières premières, obtenu le plus souvent par la réquisition de travailleurs. Lors de la Deuxième Guerre mondiale, le gouvernement du Tanganyika introduit ainsi la conscription pour augmenter la production des plantations de sisal et de caoutchouc; en Nigeria, on mobilise 100000 personnes, forcées à travailler dans des conditions scandaleuses pour tenter (sans beaucoup de succès) d’augmenter la production des mines d’étain du nord.

Le rôle dans la décision
• La Première Guerre mondiale

Pendant la Première Guerre mondiale, les troupes à recrutement impérial se battent sur tous les fronts. 
Leur participation est toujours importante, parfois décisive. 
Les forces des Dominions sont engagées en priorité sur le front français, comme par exemple les Canadiens à Vimy, au nord d’Arras, en avril 1917. 
Elles sont lourdement éprouvées à Passchendaele de juillet à novembre. 
Il en va de même des contingents coloniaux français, dont beaucoup se distinguent, en particulier les régiments de marche de zouaves-tirailleurs, à forte proportion de soldats algériens musulmans.
La 4e brigade marocaine, qui fait partie de la 38e division d’infanterie, associe pour la reprise du fort de Douaumont, au mois d’octobre 1916, trois bataillons à recrutement français du régiment d’infanterie coloniale du Maroc, deux compagnies du 43e bataillon de tirailleurs sénégalais et deux compagnies du bataillon somali.

Ces forces ont été aussi très largement employées pour tenter de lancer des offensives périphériques.
Les Néo-Zélandais et Australiens du général Birdwood, qui représentent le tiers des 129000 hommes débarqués, subissent à Gallipoli, d’avril à décembre 1915, des pertes voisines de 40000 hommes (8500 tués et 20000 blessés australiens). Les troupes indiennes, qui ont souffert du climat en France, en sont retirées en 1915, et affectées au front de Mésopotamie. L’armée du général Allenby, qui occupe Jérusalem, puis Damas, en 1918, compte deux divisions australiennes. Les campagnes africaines mériteraient aussi d’être évoquées. Par soldats noirs interposés, les militaires britanniques et français combattent les Allemands, au Togo (août 1914), au Sud-Ouest africain (août 1914-mai 1915), au Cameroun (août 1914-février 1916). En Afrique orientale, le lieutenant-colonel von Lettow-Vorbeck, tient tête aux troupes britanniques et sud-africaines, renforcées de troupes noires est-africaines et ouest-africaines, mais aussi fournies par les Portugais et les Belges de la Force publique du Congo.


• La Seconde Guerre mondiale
Comme dans le conflit précédent, ces contingents combattent sur tous les fronts.
Les troupes des colonies africaines de la Grande-Bretagne participent à la conquête de la Somalie italienne, puis à la campagne d’Ethiopie en 1941.
Des Australiens, des Néo-Zélandais et des Sud-Africains se battent dans le désert contre les troupes de Rommel.
Une division australienne est faite prisonnière à Singapour.
Des Indiens sont envoyés en Italie au sein de la VIIIe armée du général Alexander.
700000 participent à la campagne de Birmanie.
Les Canadiens constituent une partie importante des forces qui débarquent en Normandie en juin 1944.
Les campagnes du Pacifique engagent des Australiens, des Néo-Zélandais, mais aussi des détachements recrutés en Papouasie et en Nouvelle-Guinée, qui forment le Pacific Islands Regiment .
On note qu’une grande partie de ces troupes doivent défendre les possessions d’outre-mer, en particulier contre le Japon en Asie et dans le Pacifique. L’appoint impérial est donc moins net que lors de la Première Guerre mondiale.

Pour être peu nombreuses, les troupes coloniales françaises n’en ont pas moins un rôle peut-être plus important que lors du conflit précédent. 
Certaines d’entre elles contribuent aux campagnes de Leclerc au Tchad, puis au Fezzan, contre les troupes de Mussolini.
L’Armée d’Afrique s’illustre en 1943 dans la campagne de Tunisie contre les Germano-Italiens, puis en Italie où elle apporte une contribution décisive à la percée du front allemand sur le Garigliano et à l’entrée des Alliés à Rome (juin 1944). 

Tandis que la 2e DB de Leclerc libère Paris, la Première Armée commandée par de Lattre débarque en Provence. Ces unités participent ensuite, au printemps 1945, à la campagne d’Allemagne. Le dévouement des troupes d’outre-mer, souvent trop oublié, a puissamment contribué à la restauration du rôle international de la France. Seule la possession de l’Empire a permis la renaissance d’une armée qui, par sa participation à la «croisade en Europe», a contribué à faire admettre la métropole dans le concert des vainqueurs.

Problématique
II paraît important de montrer que ce thème des troupes d’outre-mer n’est qu’en apparence «exotique»: les problématiques de l’historiographie récente de la guerre peuvent très bien s’appliquer à ce champ de recherche, même si les réponses ne sont pas toujours identiques. Il s’agit d’hommes, de femmes et d’enfants forcés de subir des conflits, en fonction de leur situation particulière.
Il est un élément si évident qu’on ne pense pas forcément à en tenir compte: la première caractéristique des empires coloniaux est d’être des empires d’outre-mer, dont les diverses possessions sont séparées des métropoles par des centaines ou des milliers de kilomètres d’espaces océaniques.

En 1914, par exemple, si la France n’est qu’à un ou deux jours de mer de l’Afrique du Nord, ou à une dizaine de jours de Dakar, l’ordre de grandeur est d’environ trois semaines pour l’Inde, et six semaines pour la Nouvelle-Calédonie.
L’avion n’est employé que très rarement jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. Même ensuite, il n’est guère utilisé pour les transports de troupes.

Les entrées en guerre

Les conditions des entrées en guerre de 1914 ne sont pas fondamentalement différentes de celles qu’on observe dans les métropoles. 
Le comportement des habitants d’origine européenne se situe, comme en Europe, entre enthousiasme et résignation. 
Les masses indigènes mesurent mal la portée de l’affaire, que les autorités s’efforcent de minimiser, pour éviter les tentations de révolte. 
Les notables sont incités à manifester leur loyalisme. 
Pour la plupart des élites autochtones de formation occidentale, comme pour Gandhi, qui incite ses compatriotes à s’engager, combattre pour les empires signifie aspirer à se transformer de sujets en partenaires.

Lors de la Deuxième Guerre mondiale, le scénario est à peu près le même. 
Dès le 3 septembre, le jour de la déclaration de guerre de la Grande-Bretagne à l’Allemagne, les premiers ministres d’Australie et de Nouvelle-Zélande ont proclamé l’engagement de leur pays aux côtés de celle-là («où elle va, nous allons; où elle se tient, nous nous tenons»).
Au Canada, le Parlement accepte sans vote l’engagement dans la guerre.
Au même moment en Afrique du Sud, la motion de neutralité présentée par le Premier ministre Hertzog est mise en minorité face à la motion de déclaration de guerre soutenue par le maréchal Smuts, symbole, depuis le conflit précédent, du dévouement à la cause impériale, devenue celle du Commonwealth .
Au Maroc, dans une lettre lue dans les mosquées, le sultan Mohammed Ben Youssef, futur roi Mohammed V, souligne que «nous devons à la France un concours sans réserve, ne lui marchander aucune de nos ressources et ne reculer devant aucun sacrifice. Nous étions liés à elle dans les temps de tranquillité et d’opulence, et il est juste que nous soyons à ses côtés dans l’épreuve qu’elle traverse et dont elle sortira, nous en sommes convaincus, glorieuse et grande».

Bien des grincements, il est vrai, se produisent, émanant des représentants des partis nationalistes.
En Inde, les représentants du Parti du Congrès se déclarent scandalisés par le fait que, alors que les Dominions ont décidé en toute souveraineté de leur entrée en guerre, par des votes de leurs parlements », le vice-roi a proclamé l’état de belligérance de l’Inde de façon automatique à la suite du gouvernement de Londres, sans consultation des élus.
Le Parti du Congrès se déclare pourtant prêt à soutenir la cause britannique par solidarité antifasciste, mais uniquement en échange de promesses précises quant à l’octroi d’une indépendance rapide, assorties de précisions quant aux buts de guerre alliés. Dans les territoires français, les arrestations de militants ou les dissolutions de partis nationalistes se multiplient. L’effort de mobilisation humaine et économique n’en est pourtant guère entravé.

La violence de guerre
• Le mythe de la «barbarie des troupes coloniales»

Les guerres coloniales antérieures à 1914 ont été souvent empreintes d’une très grande violence. 
La poignée d’officiers européens commandant des volontaires autochtones ont dû souvent s’assurer de leur fidélité en les récompensant par des parts de butin; ils ne se sont pas toujours souciés de protéger les non-combattants des pillages et des massacres. 
Certains, comme Mangin, auteur de La Force noire , ont jugé que l’assaut brutal et sans pitié était dans la nature même des combattants africains, et ont voulu en faire des troupes de choc. Ils sont déçus: les soldats indigènes ne sont pas plus adaptés a priori à la guerre moderne que leurs homologues européens. 
Les premiers combats se traduisent par de nombreuses défaillances dans leurs rangs. 
S’ils se battent généralement bien par la suite, c’est au sein d’unités organisées selon le modèle le plus conventionnel. 
L’image du Noir armé de son terrible coupe-coupe ne persiste pas moins. 
La propagande germanique pense tenir, avec la présence des troupes noires sur le front occidental, un excellent argument pour contrer les campagnes des Alliés contre la «barbarie» dont ferait preuve l’armée allemande. 
Elle les accuse de décapiter les blessés pour se fabriquer des trophées avec leurs crânes, ou de se parer de colliers d’oreilles coupées. Elle les accuse aussi de brutaliser les prisonniers.

Ces comportements annoncent et préparent les campagnes nationalistes qui se développent après la guerre sur le thème de la «schwarze Schande » (honte noire), entendons l’emploi de troupes noires lors de l’occupation française en Rhénanie, et les abus prétendument commis par elles. 
Ce sera un des thèmes notables de la propagande nazie contre une France accusée par Rosenberg d’être «la première responsable de la souillure de l’Europe par les Nègres ». 
À titre de «vengeance », plusieurs centaines de tirailleurs du 25e RTS seront massacrés au nord de Lyon au mois de juin 1940.
Les chefs des unités de la SS ou de la Wehrmacht responsables de ces crimes de guerre n’ont voulu voir, dans la résistance héroïque des combattants noirs, autre chose que «barbarie» et «bestialité ».

En fait, rien ne vient véritablement attester l’idée d’exactions particulièrement attri- buables à des unités coloniales. On peut tout au plus citer, pendant la Deuxième Guerre mondiale, le comportement des goums marocains qui forment les unités de choc de l’armée française en Italie, accusés, non sans raison, de viol et de pillage à l’égard de civils italiens. Ce lamentable épisode, concernant quelques milliers d’hommes, et limité à quelques mois, pâlit cependant devant les horreurs du front de l’Est.

• Troupes noires et blanches
II n’est guère question de brasser indifféremment les contingents de toutes origines au sein des unités.
Les langues et les coutumes (interdits alimentaires, par exemple), mais aussi les conditions juridiques (les indigènes des colonies n’étant pas des citoyens) s’y opposent. 
Le plus souvent, on constitue des régiments ou bataillons à peu près homogènes, issus du même pays, composés respectivement de troupes blanches et de troupes de couleur. 
Dans celles-ci, ne sont en général européens que les officiers et une partie des sous-officiers. 
En Afrique du Nord, par exemple, les Européens servent aux zouaves et les musulmans aux tirailleurs et aux spahis. 
Le mélange est plus grand dans l’artillerie ou les services.

Au combat, en revanche, la juxtaposition est de règle. Dès les premières opérations de l’été 1914, des régiments mixtes juxtaposent deux bataillons de tirailleurs sénégalais avec un bataillon d’infanterie coloniale blanche. 
Par la suite, les bataillons de tirailleurs reçoivent dans leurs rangs des compagnies européennes, dans la proportion du quart de leur effectif total. 
Aucune règle ne s’impose. 
Des compagnies de tirailleurs indochinois sont réparties dans des régiments d’infanterie métropolitains. Ainsi organisées, les troupes coloniales s’illustrent dans nombre de batailles entre 1916 et 1918. 
On a vu plus haut la composition de la 4e brigade marocaine lors de la reprise du fort de Douaumont en octobre 1916.
Ces principes sont encore en vigueur lors de la Deuxième Guerre mondiale. 
Sur neuf divisions dites «coloniales» entrées en ligne, six associent deux régiments de tirailleurs sénégalais à un régiment d’infanterie coloniale européen. Trois autres sont au départ entièrement blanches, mais deux d’entre elles accueillent par la suite dans leurs rangs des Africains et des Malgaches. Dans chacune, en effet, deux régiments d’infanterie coloniale sont transformés en régiments d’infanterie mixte sénégalais, tandis que les deux régiments d’artillerie coloniale deviennent des régiments d’artillerie coloniale mixte malgaches. Une seule est à trois régiments européens. L’idée, suggérée plusieurs fois, de donner plus d’homogénéité aux régiments en créant des bataillons mixtes n’est pas retenue. Le corps d’armée dit «colonial», affecté à la IIIe armée, n’est pas exclusivement, ni même majoritairement composé de troupes de cette origine. En fait, les divisions coloniales sont éparpillées entre les différentes armées, deux d’entre elles étant affectées à l’armée des Alpes.
Le «panachage» est toujours pratiqué après 1943. Dans la lre Armée qui débarque en Provence en août 1944, le pourcentage des «indigènes» dans les grandes unités varie entre 27 % (lre DB) et 56 % (2e DIM). Les Maghrébins servent non seulement dans les régiments d’infanterie (à raison d’environ 70 % de l’effectif total) et de cavalerie, mais dans toutes les armes. Ils sont ainsi environ 30 % dans l’artillerie et 40 % dans le Génie. Ils sont aussi présents dans les services et soutiens, ainsi que dans les formations sanitaires.

Le caractère exemplaire du coudoiement entre soldats d’origines différentes a souvent été célébré par les chefs des armées. Le maréchal Juin évoque «le souvenir de l’héroïsme le plus pur et de la fraternité qui régna [entre européens et musulmans] dans les rangs de l’Armée d’Afrique, tant il est vrai que c’est dans son sein et au creuset des batailles que les deux races se sont toujours le mieux fondues, le mieux comprises, et le mieux aimées». On pourrait rapprocher ce texte de celui du maréchal britannique Lord Wavell qui évoque l’armée des Indes, «dans laquelle toutes les croyances et toutes les races de l’Inde servaient ensemble aux côtés des Britanniques, dans la confiance mutuelle et la concorde». 
Ces déclarations, sans doute excessives, n’évoquent pas moins certaines vérités.

Les combattants
• La spécificité

On a souvent à tort développé l’idée selon laquelle les contingents d’outre-mer auraient constitué la «chair à canon» destinée à épargner le sang métropolitain.
En fait, si les pertes des combattants indigènes ont été lourdes, elles sont dues au fait qu’ils ont servi avant tout dans les unités d’infanterie, les plus éprouvées.
Mais elles ne dépassent pas celles des unités européennes comparables. 

Ils vivent pareillement, de ce point de vue, l’épreuve de la peur de la blessure et de la mort. Certains aussi connaissent la captivité. 
Les nombres sont particulièrement élevés lors de la Deuxième Guerre mondiale.
En juin 1940, les Allemands ont capturé 60000 Nord- Africains, et peut-être 15000 tirailleurs sénégalais.
On évalue à près de 70000 les Indiens faits prisonniers par les Japonais à Singapour et en Birmanie.

Une première spécificité réside dans le climat. 
Les combattants venus de pays tempérés, comme l’Afrique du Nord, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande, voire froids, comme le Canada, s’adaptent sans trop de difficultés aux hivers français. 
En revanche, les «coloniaux» issus des pays situés dans les zones tropicales et intertropicales et obligées de passer l’hiver en Europe, souffrent beaucoup. 
Le froid paralyse notamment les tirailleurs sénégalais, et oblige le commandement à leur faire passer la mauvaise saison dans des camps du midi de la France. 
Á l’automne de 1944, les responsables se fondent sur la même argumentation pour procéder au «blanchiment» des unités de la lre Armée où les Noirs sont nombreux.

Une autre réalité rarement développée est celle de la rareté ou de l’inexistence des permissions permettant au soldat de rejoindre momentanément les siens.
La priorité donnée aux transports de matériels et de renforts l’explique, aussi bien que le fait qu’au séjour doit s’ajouter un très long trajet.
On avait calculé, par exemple, qu’un séjour de 30 jours au Canada signifiait l’absence de l’homme pendant trois mois à son unité. Il est possible aussi que le commandement ait craint davantage les désertions, dans la mesure où les pays d’outre-mer, vastes et sous-administrés, offraient de ce point de vue beaucoup plus de facilités que les métropoles.

Certains contingents se voient demander des sacrifices qu’ils jugent excessifs. 
Dans la lre Armée, contrainte à affronter la résistance acharnée des troupes allemandes sur les Vosges, puis dans la plaine d’Alsace, les pertes en morts, blessés, malades et disparus varient, selon les unités, entre 30 % et 109 % à la fin de 1944. 
Il ne faut pas oublier en effet que certaines d’entre elles sont passées directement des champs de bataille d’Italie à ceux de Provence, du Rhône et de l’Est de la France. 
Pourtant, les mutineries ou agitations sont rares. 
Selon un schéma assez classique, les hommes cherchent plutôt à se dérober au service militaire ou à déserter avant leur départ qu’à se révolter une fois dans l’armée.

• Pourquoi ont-ils tenu?
Dans son Étude sur le combat (1868) justement admirée par Jean-Norton Cru, le colonel Ardant du Picq énumère les techniques éprouvées depuis l’Antiquité, pour maintenir la cohésion d’un contingent au combat: un commandement solide et compétent; de bonnes armes; des passions, on dirait aujourd’hui des motivations; des formations adaptées, qui facilitent la cohésion et évitent la dislocation; une discipline rigoureuse. 
Il donne une très grande place à la «cohésion», à la «solidarité», et souligne le caractère primordial de la confiance que chaque soldat doit ressentir envers ses camarades, «sa crainte qu’ils lui puissent reprocher, faire expier de les avoir abandonnés dans le danger, son émulation d’aller où vont les autres, sans plus trembler qu’un autre, son esprit de corps en un mot» .

Tous ces éléments sont certainement intervenus pour expliquer la solidité des troupes impériales, et en particulier des troupes indigènes.
Les cadres, en général de métier, ont pour la plupart une bonne expérience du commandement de ces troupes spéciales, et en parlent la langue.
Leurs soldats sont fiers de servir dans une armée moderne, aux côtés de soldats européens, de s’initier au maniement des armes automatiques, ou à la conduite automobile. 
Ils sont mus, sinon par le patriotisme, du moins par une loyauté de type féodal envers le roi d’Angleterre ou la France (vue comme une personne).
La discipline est rigide, et n’exclut pas toujours les punitions corporelles. 
La désertion, loin du pays, est difficile. 
Les régiments cultivent un fort esprit de corps. 
Des efforts sont faits pour respecter les traditions, notamment les interdits alimentaires des soldats musulmans, et maintenir les liens avec les pays d’origine, par courriers et mandats. Des journaux spéciaux sont édités. 
Tout cela compense largement l’attachement moindre à la Patrie, dont il conviendrait d’ailleurs de relativiser l’effet sur les hommes du front.

Les contingents impériaux au cœur de la guerre 
Jacques Frémeaux Histoire, économie et société Année 2004 Volume 23 Numéro 23-2
source http://www.persee.fr

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La Tunisie au gré des conflits

12 avril 2013

Bizerte : Mouvement du Général de la Bégassière sur le Casabianca

Classé sous — milguerres @ 9 h 31 min

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La Tunisie au gré des conflits     Une histoire : Bizerte et la France

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Bizerte : Mouvement du Général de la Bégassière sur le Casabianca

Je ne sais que relate ce mouvement qui se déroule en 1900, de quelle opération il pouvait s’agir…Qui est le Général de la Bégassière ?
je n’ai pu trouvé que ceci : 
Adrien Victor Marie du Boüays, 2e marquis
romain de La Bégassière, né le 2 mai 1838 à Verdun
(Meuse), général de division, commandant en chef du
corps d’armée de Tunisie, officier de la Légion d’Honneur,
mort le 14 janvier 1904 à Nancy

Il devait appartenir aux Troupes coloniales …

Les Troupes coloniales « la Coloniale » qui dépendent d’un seul état-major général, regroupent deux grands types d’unités :
l’Infanterie coloniale française et l’Artillerie coloniale entre 1900 et 1958 appelés « Coloniale blanche » et composés en majorité d’engagés métropolitains.
les tirailleurs indigènes, hors Afrique du Nord, (tirailleurs sénégalais, tirailleurs malgaches, tirailleurs indochinois) formés de « sujets » français des colonies commandés par des officiers français. Le terme « Tirailleurs sénégalais » est un terme générique donné à toutes les unités d’infanterie recrutés en Afrique noire.
S’il est parfois utilisé, au sens large, pour désigner les troupes recrutées dans l’ensemble des colonies françaises, et par extension, inclure aussi les troupes d’Afrique (Zouaves, Chasseurs d’Afrique, Spahis, Tirailleurs algériens, marocains et tunisiens, artillerie nord-africaine, légion étrangère et services des affaires indigènes), qui trouvent leur origine dans le corps expéditionnaire de 1830 en Algérie, et qui furent réunies au sein du XIXe corps d’armée en 1873, ces dernières forment un ensemble bien distinct des Troupes coloniales et ne doivent pas être confondues avec elles.

 Bizerte : Mouvement du Général de la Bégassière sur le Casabianca ancien10
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source : Titre : La Dépêche tunisienne DU 1900/12/29 (Numéro 3821)

Éditeur : [s.n.?] (Tunis)
Date d’édition : 18??
Description : Etat de collection : 23/01/1896-30/12/1900
Provenance : bnf.fr

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LE CASABIANCA
Un aviso-torpilleur type d’Iberville (1895 – 1915) construit à Bordeaux, aux Forges et Chantiers de la Gironde. Commencé en août 1893, il est mis à flot le 21 septembre 1895. La même année, il rejoint Rochefort pour essais. Entre 1900 et 1904, il sert comme bâtiment central de la défense mobile à Bizerte. 
Désarmé de 1904 à 1911, il est ensuite modifié en 1912 pour pouvoir servir comme mouilleur de mines, pouvant porter jusqu’à 97 mines. 
En juin 1915, il participe avec l’HMS Euryalus au mouillage de mines devant Smyrne. 
Ces manipulations ne sont pas sans risque hélas. 
Le 3 juin 1915, une explosion prématurée d’une de ses propres mines, au sud de l’île Longue entre Mitylène et le golfe de Smyrne, entraîne l’explosion de toutes les autres et de l’arrière du bâtiment. Il y a 86 tués et 66 rescapés. 
(Caractéristiques : 950 t ; 5200 cv ; 81,1 x 8,3 x 3,5 m ; Plan Marmiesse ; 8 chaudières ; 2 hélices ; 21 nds ; 140 h ; I.100 + III.65 + IV.47 + 3.T ; Symb. de coque : 1912 : CBA).

sources
wikipedia
http://www.quelen.fr/UserFiles/File/La_Begassiere.pdf
bnf.fr
http://www.netmarine.net/g/dossiers/casabianca/anciens.htm

  

8 avril 2013

Notice sur Porto Farina (Tunisie), (port corsaire et arsenal des beys) : son passé, l’esclavage / par Paul Cézilly

Classé sous — milguerres @ 1 h 20 min

 

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La Tunisie au gré des conflits

Culture et patrimoine 

 

 

Titre : Notice sur Porto Farina (Tunisie), (port corsaire et arsenal des beys) : son passé, l’esclavage / par Paul Cézilly,… ; avec une étude sur l’état actuel, par A. Canavaggio,…

Auteur : Cézilly, Paul

Auteur : Canavaggio, A.

Éditeur : impr. de Person frères (Paris)

Date d’édition : 1912

 

 Notice sur Porto Farina (Tunisie), (port corsaire et arsenal des beys) : son passé, l'esclavage / par Paul Cézilly,... ; avec une étude sur l'état actuel, par A. Canavaggio,...

Pour une meilleure lecture vous pouvez télécharger le texte ci-dessous, transcrit du document original, appartenant à la BNF

 

 Notice sur Porto Farina (Tunisie), (port corsaire et arsenal des beys) : son passé, l'esclavage / par Paul Cézilly word1 Notice sur Port Farina Tunisie 1912_BNF

 

 

NOTICE SUR PORTO FARINA (Tunisie)

Lors d’un séjour de plusieurs années dans le Nord Tunisien il m’a été donné de demeurer à plusieurs reprises dans la petite ville de Porto- Farina. Située entre Tunis et Bizerte, auprès des ruines d’Utique, ce petit port fameux dans l’antiquité, fréquenté des navigateurs, refuge des corsaires, puis arsenal des Beys, encadré par la montagne, la mer et une riche campagne que beaucoup d’auteurs autorisés considèrent comme l’endroit où Saint Louis rendit le dernier soupir ; mais tombé dans l’oubli absolu, m’a paru digne d’attirer l’attention des touristes. C’est pourquoi j’ai entrepris de redire en quelques lignes son histoire, espérant ainsi faire partager à quelques amateurs d’inédit les impressions toujours vivaces que j’ai conservé de ce joli pays.

 

Porto-Farina, cette petite ville, ou plutôt ce grand village que les Arabes appellent Rar’h el Melah (la caverne, ou la fosse au sel) est située sur le lac du même nom, à 57 kilomètres N. de Tunis et à 44 kilomètres N.-E. de Bizerte,au pied de collines pittoresques de 300 à 350m d’altitude.

Le lac, de 30 kilomètres carrés, alimenté par les débordements de la Medjerdah et communiquant avec la mer par une passe de 500^ qui, malheureusement chaque jour s’ensable davantage, a toujours été très fréquenté.

 

Une belle route bien entretenue, de création récente, rend la visite facile. Quittant à mi-chemin la route de Tunis à Bizerte le voyageur, après avoir aperçu de loin le village si bien nommé de El Alia (l’Elevée), rancienne Cotuza, juchée sur une hauteur qui domine les plaines de Bizerte, son lac et les villages du littoral, arrive peu après

à Ousdja. Il parcourt une fertile région plantée de beaux oliviers et aperçoit ensuite l’emplacement d’Utique et l’embouchure de la Medjerdah.

Traversant longuement des jardins verdoyants et bien entretenus, il longe le lac au pied de la montagne et passe devant les ruines du palais d’Abd el Moumen et le fort Génois pour arriver enfin dans la ville sur une petite place entourée par les ruines du grand palais et le vieux souk si curieux malgré son aspect délabré et l’attitude indifférente des rares vendeurs qui en occupent encore les quelques boutiques demeurées utilisables.

Puis c’est le port, l’arsenal, les casernes, la mosquée et sa fontaine, le grand fort el Oustani, le fort Nadour transformé en bagne, et au loin, blanc sur le ciel bleu, surmonté du drapeau écarlate, heureux mélange de nos trois couleurs, le marabout vénéré de Sidi Ali el Mekki,

Rien n’est plus impressionnant que l’aspect de ces forts majestueux, de ces palais dévastés, des grandes cours abandonnées, des salles aux plafonds écroulés avec leurs fenêtres béantes, leurs portes arrachées, leurs pans de muraille encore revêtus de brillantes céramiques au milieu d’un amoncellement de colonnes brisées, de poutres enchevêtrées, de fers tordus, le tout revêtu d’un fouillis de végétation et malgré les intempéries et les pillages successifs laissant apercevoir çà et là d’anciennes inscriptions ou des débris remarquables de marbres artistement sculptés.

 

En toute saison des bandes d’oiseaux migrateurs s’ébattent sur le lac et les barques des pêcheurs, cinglant vers les poissonneux barrages, évoquent des chasses et des pêches fructueuses. Les grosses ancres abandonnées sur la grève rappellent l’ancienne activité de l’arsenal et du port, cependant que les canons rouilles des forts et leurs façades incrustées de boulets redisent les visites des flottes libératrices, tandis que le bruit des fers de la chiourme qui passe évoquent les labeurs des Pères de la Rédemption. (1)

 

«Porto-Farina fut la Ruscimona ou plutôt Rusucmona punique. Ce mot signifierait en phénicien Promontoire des vivres dont le nom actuel Porto ou Capo Farina serait la traduction littérale.

Ce fut dans sa rade que la flotte carthaginoise alla passer la nuit avant d’attaquer celle de Scipion.

Rusucmona se trouvait, en effet, dans le voisinage d’Utique. Son nom indiquerait aussi qu’elle devait être placée sur ou sous un cap (Rus Esmoun. Cap d’Esmoun, Apollon ou Esculape).

D’après Maltzer, Rusucmona viendrait de Ras tsanan, le Cap Pointu.

Or, Rarh El Melah est précisément située sous le Cap Zebib (Promontorium Àpollinis

des Romains).

 

(1) Bien que le spectacle des déchéances humaines soit toujours

angoissant, le passage fréquent des forçats indigènes enchaînés

courbés nous le joug de la discipline et de la fatalité, est certainement

un des épisodes émotionnants d’une excursion à Porto-Farina.

Une visite du bagne même, redonnerait une vision rétrospective

exacte des captifs dont nous nous efforcerons, plus loin, de retracer

en quelques lignes la vie si agitée.

 

«Cette station maritime, qui ne reparaît pas dans les textes de l’époque romaine, n’était probablement qu’un mouillage dont l’importance, du moins comme centre de la population, ne s’est accru qu’après l’établissement du port d’Utique.

Rarh el Melah était encore, il y a moins d’un siècle, un des principaux arsenaux de la Régence et un centre très actif, alimenté par les exportations de blé de Mateur et de Beja. Nous pensons que les Castra Loelia, placés par Pomponius Mêla dans le golfe d’Utique, ont remplacé Rusucmona après les guerres puniques. L’ordre même dans lequel les localités sont énumérées par Mêla nous paraît justifier cette hypothèse qui explique en outre la disparition du nom de la ville punique.

 

«Inaltero sinusunt Castra Lselia (Porto-Farina).

Castra Cornelia (Kalaat el Oued), Flumen Bagradas (Medjerdah), urbs Utica.

 Le géographe romain procède de l’Ouest à l’Est. Il est à remarquer que Caius Laslius, lieutenant de Scipion, commandait la flotte romaine et avait fait, en 205, une descente heureuse sur cette partie du littoral, puisque les Castra Laelia étaient certainement des Castra Navalia. Située en face du Cap Cornélien et abritée contre les vents qui compromettaient souvent la sécurité du mouillage de Kalaat el Oued, Rusucmona avait dû être occupée, au moins momentanément, par le commandant des flottes romaines. »

 

«La tradition locale semble confirmer la correspondance que nous proposons. La plaine qui s’étend à l’ouest de Rarh el Melah porte le nom de Bahirt el Kalaa (plaine de la forteresse, et ce nom se rattache très probablement au souvenir du campement de Loelius comme celui de Kalaat el Oued (la Forteresse du fleuve) rappelle l’emplacement du camp Cornélien. » (Tissot ; province Romaine d’Afrique.)

Il est certain que Porto-Farina fut un important faubourg d’Utique et remplaça même cette ville après sa ruine. De riches villas devaient s’élever sur les bords du lac et ont dû disparaître au milieu des alluvions du fleuve. Un superbe tombeau, découvert en 1898, et des vestiges nombreux très importants, rencontrés dans les jardins du rivage, témoignent de l’opulence des habitants et de leur amour du beau. Il n’est pas douteux que des fouilles bien dirigées donneraient des résultats fructueux.

 

D’après J.-J. Marcel, membre de l’Institut d’Egypte, Saint Louis mourut à Porto-Farina en 1270 et non à Carthage. «Bientôt, dit-il, une maladie terrible, la peste, se répandit dans le camp de Saint Louis et décima l’élite de son armée. Il en fut lui-même attaqué et transporté de Carthage où il avait son quartier général à Porto-Farina. Il y mourut le 25 août.» Cette opinion est partagée par le Dv Frank, qui fut médecin du Bey de Tunis en 1806 et qui a laissé de très intéressants travaux sur la Tunisie et ses habitants.

« Porto-Farina au fond du golfe formé par le cap que les Maures ont nommé Ras Zebyb, c’est-à-dire Cap des Raisins, est une très petite ville avec un port assez profond qui peut contenir environ vingt-cinq navires.

 

 Le Bey tient toute sa marine, ou pour mieux dire sa petite escadrille, dans ce port pendant tout le temps de l’hiver. On assure que c’est en cet endroit que Saint Louis mourut de la peste à sa seconde croisade. »

Il est très probable, en effet, que la flotte du roi vint se réfugier à Porto-Farina comme le faisaient toutes les flottes qui venaient attaquer Tunis.

Lors de l’expédition de Charles-Quint, en 1535, ses forces séjournèrent dans le lac (Chroniques Belges). L’escadre était, dit encore J.-J. Marcel, composée de 400bâtiments portant 25.000hommes de troupes. Le débarquement s’opéra sans peine, et le quartier général fut établi, sur le lieu même où avait campé Saint Louis.

 

Il ne semble pas qu’à cette époque la plage fut fortifiée où qu’elle l’était en 1573 lors de l’expédition de Don Juan d’Autriche qui reçut l’ordre de raser, comme trop coûteux, les forts précédemment construits par les Espagnols dans la région.

Cet ordre, du reste, ne fut pas exécuté.

Le fondateur de la ville actuelle fut Ousta Moutad, 1637-1640, successeur de Youseff. Ce pacha, célèbre corsaire, voulant empêcher les chrétiens de chercher un refuge dans le lac, ordonna d’y construire un fort, puis, en 1640, d’y aménager un port. Il prescrivit d’y créer une ville et d’y retenir les habitants en faisant des avances et en accordant des libertés à ceux qui viendraient s’y fixer.

Les Andalous s’y établirent en grand nombre, attirés par ces avantages, de même qu’à

Raf-Raf et à Ras Djebel. Le lac, à cette époque, avait une grande profondeur.

Sous le gouvernement de Mustapha Laz, successeur de Mohammed, l’amiral anglais Blake, envoyé par Cromwell, le 8 février 1654, parut devant

Porto-Farina. Hamouda Bey, qui commandait l’armée tunisienne, se hâta d’accourir avec toutes ses forces et l’amiral leva l’ancre sans attaquer, mais il reparut le 3 avril et, le lendemain 4, vint bravement s’embosser avec ses neuf vaisseaux de ligne à une demi-portée de fusil des batteries turques.

Aussitôt elles firent rage. Les bâtiments ripostèrent à leur feu par une canonade effroyable et criblèrent de projectiles les ouvrages de l’ennemi.

L’issue de cette lutte demeurait toutefois indécise, lorsque, profitant de la fumée, l’amiral

mit à la mer quelques chaloupes remplies d’hommes déterminés et leur prescrivit de brûler cinq gros vaisseaux tunisiens dans le port.

 Les flammes de l’incendie achevèrent d’épouvanter les Turcs dont le feu était déjà éteint par celui de l’escadre anglaise. Tunis s’empressa de traiter et le prix de la victoire fut la liberté de tous les Anglais et Hollandais détenus dans les bagnes. Le lac avait alors de neuf à quinze mètres de profondeur.

 

En 1682, Mohammed Tabak est arrêté et son fils Ali Bey le fait étrangler à Porto-Farina. Cette ville, à cette époque, devait posséder une forte garnison de soldats, notamment de zouaoua qui, dotés de chevaux par Ousta Mourad, avaient pris le nom de Sbahiâs(ou spahis). De nombreux esclaves étaient occupés à l’entretien des navires. Le P. Le Vacher fonda alors, à Bizerte, une chapelle pour les chrétiens qui venaient au Cap Zebib pêcher le corail, ainsi que pour ceux détenus à Porto- Farina traités très durement par une population féroce.

Déjà, à cette époque, le fort El Oustani qui servait de nos jours de lazaret, avait la même destination.

En 1671, nous dit le Dr Guyon, « trois navires que Mourad Bey avait envoyés en Turquie pour prendre des troupes, revinrent à Porto-Farina dans les premiers jours de juillet avec un millier de soldats dont quelques-uns atteints de la peste. Le Bey donna, à cette époque, une nouvelle preuve de l’extravagance de son caractère en se rendant à bord des vaisseaux pestiférés en compagnie de plusieurs officiers qu’il contraignit de se mettre en communication avec les malades.

Mourad poussa plus loin la folie, il prit la pipe d’un pestiféré afin sans doute de mettre ses courtisans dans l’alternative d’encourir sa disgrâce ou d’imiter sa coupable témérité. »

Il semble cependant que le premier arsenal digne de ce nom ne date que de 1707.On conserve dans la région, dit le P. Anselme des Arcs, le souvenir des familles André, Cubisol, Gaspary, originaires de la Ciotat, pour la plupart maîtres des travaux et protecteurs des chrétiens.

En 1720, le P. Comelin, de l’ordre des Mathurins, envoyé sur la côte Africaine par la Rédemption des Captifs, fit escale à Porto-Farina.

Voici ce qu’il nous dit de son séjour : « Le 14 février, au matin, on reconnut la Garitte

(Galitte) et le soleil prenant le dessus ne tarda pas à faire apercevoir la côte de Barbarie, ce qui engagea de passer le reste de la nuit sans voiles et de tenir le large. Le capitaine se flattant d’arriver le lendemain à la rade de Porto-Farina fit mettre, dès le mâtin, toutes les voiles, mais le calme qui le prit vers la Tache Blanche (?) le força d’y mouiller et d’y jeter l’ancre. Le 16, au matin, on tira un coup de canon pour faire venir à l’obéissance tous les capitaines et patrons des barques françaises qui se trouvaient dans la rade, ce qui fut exécuté/Mais malgré le secours de toutes les barques et chaloupes, ce ne fut que le lendemain, à la faveur d’un petit vent et d’une sorte de marée, que l’on put remorquer le vaisseau et s’avancer à la bouche du port. Après avoir mis pied à terre et s’être délassé pendant quelques heures des fatigues de la mer, M. Dussault (l’Envoyé), avec les personnes de sa suite, fut rendre visite au gouverneur de Porto-Farina qui le reçut avec toutes les marques de distinction. Mais comme il y fut question de cérémonies ou de salut au vaisseau du Roy à son arrivée dans le port, le gouverneur n’osant saluer le premier sans ordre du Bey qui, pour lors, était au camp, demanda du temps à M. l’Envoyé pour avoir à ce sujet des ordres précis. Le Chancelier de la Nation profita de cet intervalle pour informer pareillement de l’arrivée de M. Dussault. M. Basli, consul à Tunis, qui en partit aussitôt accompagné des principaux de la Nation, pour lors résidants dans cette ville.

Le Gouverneur ne reçut réponse du Bey que le 22 et donna aussitôt les ordres pour le salut qui fut fait de toute l’artillerie des trois châteaux, chacun même par distinction ayant tiré deux coups à boulets.

Le 24, M. Dussault, accompagné du Consul, du Chancelier, 4e deux députés et plusieurs autres de la Nation, prit la route de Tunis où il arriva le soir même quoique par terre, il y ait plus de quinze lieues de Porto-Farina. M.’le Consul avait eu soin de faire porter toutes les provisions nécessaires, sans laquelle précaution ils auraient couru le risque de ne trouver dans toute la route qu’une rivière pour se désaltérer.

Le P. Bernard s’étant cru obligé de rester quelque temps à Porto-Farina pour la consolation et le soulagement des esclaves qu’il y trouva occupés à l’entretien des vaisseaux ne put y rejoindre M. Dussault que le 20 février. »

 

Peysonnel, qui vint en 1724 à Porto-Farina, écrit ; « Nous couchâmes à Porto-Farina que les Turcs appellent Gramela. C’est un petit endroit fameux par sa rade et son port très bon et très sûr, le meilleur et presque le seul qu’il y ait sur toute la côte de Barbarie. Il est situé au-dessous d’une grosse montagne qui forme le Cap Zebibe (Promontorium

Apollonis). Cette montagne le met à l’abri des vents N.-N.-O. et N.-E., les plus dangereux dans ce pays, la rade est un grand bassin, elle a environ une lieue de long sur une demi-lieue de large, l’entrée en est étroite et le devient tous les jours davantage parce que la rivière de Bagradas qui se décharge directement à son entrée, charrie beaucoup de sables et le comble peu à peu. Il est à craindre que dans quelque temps elle ne se ferme complètement. Je me suis convaincu que depuis dix ans le fond avait diminué de plus de dix pieds, de sorte que les. vaisseaux de guerre touchent presque tous en entrant aux endroits où ils passaient autrefois à l’aise. Au fond de cette rade on a posé plusieurs môles qui forment un bassin carré capable de contenir une trentaine de bâtiments en toute sûreté. Cette rade est défendue par quatre châteaux garnis de canons tournés du côté de la terre mais en état de bien défendre l’entrée de la rade. Il n’y a pas plus de soixante ans que l’on a commencé à construire quelques maisons autour de ces châteaux. L’endroit est petit, mal bâti et très irrégulier. C’est là que le Bey de Tunis entretient quatre vaisseaux de guerre et où il créa un arsenal qui n’est pas trop bien fourni ni pour les manœuvres, ni pour le bois de construction, ni même pour l’artillerie.

Le voyageur ajoute : «J’ai trouvé dans les environs de Porto-Farina plusieurs jolies plantes entre autre une très belle espèce de scrofulaires.

« Quelques jours avant mont départ (15 août 1724) le caïd ou chef me fit conduire dans un lieu où il avait découvert une mine abondante de mercure sous le règne d’Ali Bey, père de celui qui gouverne aujourd’hui. Ce prince l’ayant appris la fit boucher en disant : Si les princes chrétiens savaient qu’il y a des mines dans mon royaume je n’y vivrais plus en sûreté (Peyronnel et Desfontaines), lettres publiées en 1838, par Dure au de la Malle). Peyronnel signale des mines importantes à Métline et à Ras Djebel. »

 

L’an 1770, des difficultés éclatèrent entre la France et le Bey Ali, à propos des navires corses capturés par les corsaires tunisiens et des droits méconnus des français occupés à la pêche du corail. De plus, un corsaire fameux, El Djerbi, avait recontré en mer un navire de commerce dont il avait injurié et battu le capitaine.

M. de Broves, envoyé par le roi, vint s’établir à Porto- Farina avec son escadre qui comprenait deux vaisseaux de guerre, l’un de 74, l’autre de 50 canons, deux frégates chacune de 20 canons, deux chebeks chacun de 20 canons, deux galiottes à bombes, une flûte et autres navires fournis par Malte. Trois gros vaisseaux arrivés en mai bloquaient la Goulette. Le bombardement dura deux jours.

 

Le 1er août l’amiral alla attaquer Bizerte, qu’il bombarda un jour et une nuit. Plus de trois cents bombes furent lancées sur la ville, le port fut incendié et les habitants durent se réfugier dans l’intérieur. Un coup de vent obligea l’escadre à quitter Bizerte pour la Goulette. M. de Bjoves attaqua ensuite Sousse et Monastir. Enfin, la paix conclue le 2 juin assura pour la Corse les privilèges accordés à la France. Le droit des pêcheurs de corail français établis à la Calle fut maintenu et les esclaves corses obtinrent leur

liberté.

 

En 1784, l’amiral vénitien Emo parut devant la ville d’où il partit attaquer les autres ports de la Régence. A partir de ce moment le port ne paraît pas avoir reçu la visite de flottes ennemies. A cette époque André est maître constructeur à Porto-Farina. On le voit chargé par le Bey de sauver un navire vénitien naufragé à la Goulette, mais il en est empêché par le Chevalier Quérini, commandant une division vénitienne qui réclame ce droit. Lamarinebeylicale tombe alors en décadence et le Dr Frank, déjà nommé, vingt ans après, écrit dans ses mémoires : « J’appris cependant que la plupart des navires tunisiens étaient stationnés pendant l’hiver à Porto-Farina et je dus rester dans l’incertitude sur la nouvelle force maritime de Tunis jusqu’au jour où ces bâtiments

vinrent se réunir dans la rade devant la Goulette.

Cette escadre si vantée n’était composée que de seize voiles, savoir : une seule frégate, quelques bricks et corvettes et quelques petites pinques à peine armées qui avaient été prises sur les Napolitains.

« Si, à cette marine de l’Etat, on ajoute vingtquatre petits corsaires appartenant à des particuliers montés par quelques mauvais marins et encombrés par autant de soldats qu’il est possible d’y entasser, on aura une idée complète de la marine de la Régence. »

En 1818 par suite de l’ensablement considérable de la passe l’arsenal fut transporté à la Goulette.

Cependant, en 1819, après la destruction de la marine algérienne par Lord Exemouth (1816), le Bey se détermina à mettre sa marine de guerre à l’abri d’un coup de main* « Il résolut de rendre à Porto-Farina son ancienne destination de port militaire, les sables de la mer et ceux charriés par la Medjerdah avaient tellement encombré la passe qu’il fallut employer un nombre considérable d’ouvriers et plusieurs bateaux dragueurs. Au mois de décembre le Bey se rendit à Porto-Farina pour assister à l’entrée dans le lac de plusieurs de ses bâtiments de guerre. Une corvette, une gabarre et une goélette franchirent la barre sans difficulté et vinrent mouiller sous les forts de la place à l’abri de toute entreprise ennemie. Elles furent bientôt rejointes par le reste de la flotte tunisienne composée d’une frégate neuve construite à la Goulette, de deux gabarres, quelques bricks et goélettes et un assez grand nombre de chaloupes canonnières. » (Rousseau, Annales.)

En 1820, l’escadre tunisienne comprenait deux corvettes, deux bricks, deux goélettes et trois gabarres.

Une violente tempête, le 7 et 8 février 1821, détruisit la flotte à la Goulette. A cette époque Porto-Farina était abandonnée.

En 1834, les ateliers de Marseille fournirent au Bey une frégate et deux corvettes. La frégate fut vendue quelques années plus tard. Des deux corvettes l’une fut envoyée au Sultan, l’autre se perdit sur les côtes de France. (Lebault.)

Cet état de choses continua jusqu’en 1837. « C’est alors que le Bey Ahmed, très imbu dés idées européennes et préparant son voyage de France, résolut de créer à Porto-Farina un arsenal à l’européenne et d’établir à Tunis une école polytechnique, pépinière de futurs officiers. Malheureusement ces projets ne purent aboutir. C’est de cette époque que date le réyeil momentané de la Ville».

« Le palais du Bey et de sa suite fut construit à grands frais, les casernes, les magasins surgirent comme par enchantement, les vieux forts furent restaurés, le port nettoyé et aménagé. Une frégate, construite en 1840,ne fut lancée qu’en 1853,

car, malgré l’avis des constructeurs, elle n’avait pas été doublée en cuivre, le taret l’eut bientôt cussonnée au ras de flottaison et l’on dût la démolir en 1868 dans le port qu’elle encombrait. (Rousseau).

En 1846, le Bey Ahmed quitta Porto-Farina à bord du bateau français le Dante pour son voyage en France.

De cette époque date, l’abandon du port qui, mal entretenu, était devenu inaccessible.

Une forte garnison de 10.000 hommes avait été établie dans les casernes, mais elle fut retirée peu à peu.

En 1850, Salah Chiboub, ancien tambour favori du Bey, commandait la province. Des troupes, ainsi que l’indique Dilhau dans son Histoire de la Régence, séjournaient cependant encore en 1857 à Porto-Farina.

Il y avait alors deux régiments qui détachaient des troupes à Bizerte. Les jeunes qui composaient ces régiments n’étaient pas au service au même titre que les autres. Ils se faisaient remplacer et ne servaient que six mois de l’année. C’est vers 1853 qu’une station de missionnaires fut formée à Porto-Farina.

 

Au début de l’occupation française la Compagnie du port de Bizerte tenta de rétablir à la circulation la barre qui ferme le lac Une tempête survint qui rendit le travail inutile. Plusieurs

Compagnies se sont succédées pour exploiter la pêche si abondante et si variée. La difficulté du transport et la conservation du poisson avait rebuté les entrepreneurs. Grâce aux nouvelles routes, aux transports rapides et aux procédés pratiques de congélation il n’est pas douteux que l’on n’obtienne des résultats très satisfaisants.

Autour du Cap étaient autrefois des bancs d’huîtres estimés dont le Bey se réservait le monopole.

Daurades, mulets, loups, maquereaux, merlans, rougets, limandes, soles viennent frayer à différentes époques dans le lac ; ils varient la pêche qui se pratique aux barrages dans des bordigues fort bien installées.

 

Parlant des Etablissements Maritimes Beylicaux M. d’Estournelles de Constant s’exprime en ces termes :

« Porto-Farina n’est rien moins qu’un splendide  établissement militaire et maritime construit à l’européenne. Arsenal, casernes en pierres de taille, rien n’y manque, si ce n’est l’homme; depuis plus de trente ans l’homme et l’eau. Nous eûmes un jour l’occasion d’aller la visiter sur un de ces bateaux qui passent par tous les fonds.

Arrivés dans la baie nous nous préparions à débarquer lorsque à l’entrée même du chenal qui conduit au port nous touchâmes le sable. Il nous fallut rentrer à Tunis, n’ayant pu contempler que de loin, au-delà d’une lagune mélancolique, les grands édifices encore intacts et tous vides que devaient animer dans l’esprit d’Ahmed la présence d’une armée et d’une flotte. En construisant tous ces palais on n’avait pas songé à la Medjerdah qui se jette dans le golfe et qui, abandonnée depuis des siècles à elle-même sur presque tout son parcours dans le nord de la Tunisie, sans quais, sans barrages, sans jetées, emporte chaque année à la mer des plaines entières qu’elle devrait fertiliser.

D’immenses dépôts de limon comblent ainsi son embouchure et se déplacent incessamment, ils obstruent vite le port dont s’enorgueillissaient les Beys. 11 eut fallu, pour diriger la Medjerdah,un travail ingrat et productif, mais peu apparent, profitable surtout aux générations à venir. Ahmed aima mieux construire des édifices inutiles, mais qui lui feraient honneur de son vivant.

« Quand le Bey, dit-il plus loin, abandonne son palais et change de résidence, les fonctionnaires le suivent et déménagent. Sous prétexte d’économies, chacun enlève tout ce qui est transportable, non-seulement les meubles mais les fenêtres, les vitres de couleur, les charpentes, les toitures sont arrachées, seules les pierres ne valent pas le voyage, elles restent debout superposées en solides murailles, mais sans toit, trouées d’ouvertures béantes au travers desquelles on voit du dehors de grandes salles qui ont encore çà et là leurs corniches dorées, leurs peintures et qu’habitent les figuiers sauvages et les ronces ».

 

L’ESCLAVAGE

 

Il est difficile de retracer l’histoire de- Porto- Farina sans dire quelques mots de la piraterie et de l’esclavage puisque ce port fut le berceau de la marine corsaire tunisienne et que ses forts et ses bagnes abritèrent pendant des siècles des malheureux chrétiens dont les religieux et les voyageurs nous retracent à chaque visite la situation si misérable.

Il convient toutefois de bien établir que la piraterie fut surtout l’oeuvre des Algériens dont la marine était plus puissante que celle de Tunis.

Ces marines furent d’ailleurs pendant longtemps intimement unies, et le Maroc contribua pour une large part également aux exploits des corsaires barbaresques.

D’après quelques auteurs (La Condamine) et les récits de quelques captifs peu scrupuleux, débrouillards (d’Aranda) ou d’humeur joyeuse (Régnard) l’esclavage était très supportable, à tel point que l’on vit des captifs revenir de plein gré chez leurs anciens maîtres.

Pour d’autres, les plus nombreux, au contraire, la vie des prisonniers était intolérable.

Il ne faut pas oublier non plus que le nombre et le sort des chrétiens a été très variable. Quand les visites des flottes européennes et leurs énergiques réclamations furent fréquentes, par suite des délivrances forcées, des échanges ou des rachats, le nombre des esclaves diminua considérablement, et leur sort s’améliora ; les musulmans craignant des représailles ou espérant par leurs bons soins obtenir des rachats avantageux ou des échanges plus importants.

En 1634, à Alger, il y avait, dit-on, trente-six mille captifs, dont quinze mille femmes. A Constantinople, leur nombre était plus élevé encore, et le montant du prix représentait plus de vingt millions de livres. Avant cette époque, les corsaires célèbres, Aroudj et Kheired Din, établis à Tunis, firent de cette ville le centre de leurs expéditions.

 

C’est pour abattre leur orgueil que Charles Quint dut entreprendre sa célèbre expédition de 1535. Les vingt-cinq mille esclaves européens enfermés à Tunis lui ouvrirent les portes de cette ville, ceux-là même que Kheir ed Din avait employés à creuser le canal et le port de la Goulette.

Sous les commandements da Salah Raïs, fils de Kheir ed Din, et de Sinan, les esclaves chrétiens ne cessèrent d’encombrer les prisons.

 

En 1802, huit cents habitants de l’île Saint-Pierre, sur les côtes de Sardaigne, furent encore capturés par les Tunisiens, et, dans une lettre datée du 24 mai 1805 de Barletta, sur l’Adriatique, P.-L. Courier écrit: « On ne connaît pas ici de maisons de campagne ou de villages parce que les brigands rendent la campagne inhabitable, il n’y a de cultivé que les environs des villes, le sol est très fertile, et produit presque sans travail une grande quantité de blé qui, avec l’huile, forme tout le commerce du pays sujet à des avanies continuelles tant de la part des gouverneurs que des Barbaresques.

Quoi que ce soit un port, on ne peut y avoir de poissons parce que les pêcheurs sont enlevés jusque sur la côte ».

C’est aux religieux et notamment aux Trinitaires et aux Pères de la Merci que les esclaves doivent l’adoucissement de leur sort. Les récits de ces Rédempteurs bien placés pour connaître leur situation réelle surtout celle des vieillards, des pauvres et des infirmes, nous mettent en droit de penser que l’existence de ces détenus était abominable tant au point de vue moral qu’au point de vue matériel.

Deux ordres religieux se consacraient spécialement à secourir et racheter les esclaves.

D’abord les Trinitaires ou Mathurins, ordre fondé en 1198 par Saint Jean de Matha et Félix de Valois pour la délivrance des chrétiens. Le cheflieu de l’ordre était à Cerfroi (aux confins de la Brie et du Valois). Les frères ne pouvaient manger ni poisson ni viande, si ce n’est le dimanche, et encore fallait-il que cette nourriture eut été donnée en aumône. Ils ne devaient porter que des vêtements grossiers et dans leurs voyages ne pouvaient monter que des ânes, d’où leur nom de Pères aux Anes.

En 1267, la règle fut modifiée par Clément IV qui permit aux Trinitaires l’usage du cheval et modifia le costume. Vêtement blanc avec une croix rouge et bleue sur là poitrine. Ils étaient établis dans une ancienne aumônerie de l’ordre de Saint-Benoît, dédiée à Saint-Mathurin (sur l’emplacement des thermes de Julien, Musée de Cluny) d’où leur appellation commune. On les désignait encore en France sous le nom de Ministres.

Ensuite, les Pères de la Miséricorde ou de la Merci, ordre fondé à Barcelone à l’imitation de celui des Trinitaires (1218) et approuvé en 1235 Par Grégoire IX sous le nom de Congrégation de Notre-Dame de la Miséricorde.

Primitivement, l’ordre était composé de clercs et de chevaliers, puis ne comprit plus que des ecclésiastiques.

Ces Pères allaient pieds nus, pratiquaient la retraite, l’abstinence et la pauvreté. Il y avait quatre provinces, deux en Espagne, une en Sicile, la quatrième en France.

Les Capucins, ordre créé en 1526 par Mathieu Baschi, fondèrent en 1624 une Mission à Tunis, sous le nom de Procureurs des Esclaves et s’établirent en 1636 à Tabarka qui appartenait à la famille Lomellini, de Gênes.

Le Père Le Vacher, qui mourut en août 1682 martyrisé par le fameux corsaire Mezzo Morto qui le fit attacher à la gueule d’un canon, avait construit en 1672 une chapelle à Bizerte pour le service religieux des chrétiens pêcheurs de corail au Cap Zebib. On n’avait pu, en effet, installer des religieux à Porto- Farina tellement la population de ce port était «féroce et versatile capable de détruire en un jour le travail d’une année ». (Da Cesinale.)

Si le sort des détenus était précaire à Bizerte il n’était pas moins insupportable à Porto-

Farina. Parlant d’une visite qu’il rendit au Père Le Vacher, de\ Bizerte, un Père Capucin écrit :

« Parmi les captifs de cet endroit, autres que ceux des galères, nous avons trouvé quarante esclaves en une prison si petite et si étroite qu’ils pouvaient à peine se mouvoir. Il ne recevaient l’air que par un soupirail garni d’une grille placé au haut de la voûte. Ils étaient enchaînés deux par deux et toujours enfermés, toujours occupés à moudre le grain avec un petit moulin à bras et obligés de fournir chaque jour une quantité au-dessus de leurs forces. Il sont véritablement nourris du pain de la douleur et l’on peut littéralement dire qu’ils mangent à la sueur de leurs fronts dans ce lieu si étouffant accablés par un pareil labeur ».

Une grande partie des chrétiens étaient donc employés comme rameurs sur les navires corsaires.

D’après le récit d’un esclave les bâtiments étaient de trois sortes :

1° Les demi-galères construites en bois de sapin de soixante pieds de quille et d’une proportion mince et légère, et hors d’état, par conséquent, de supporter une longue navigation ;

2* Les galiottes, plus longues que les demi-galères et à peu près de même construction, les unes et les autres peuvent porter trois cents personnes;

3° Les chebeks, construits comme un navire à deux mâts et qui s’éloignaient pour faire des voyages en haute mer.

Les équipages étaient composés de rameurs chrétiens, enchaînés à leurs bancs nuit et jour, surveillés par un gardien qui parcourait ces bancs sur une passerelle, frappant à coups redoublés pendant les poursuites qui, souvent, duraient dix, douze et quatorze heures de suite. (Slade.) Les autres matelots pour la manoeuvre des voiles que l’on utilisait le plus possible, étaient des Algériens pour la plupart ou des Marocains de Salé.

 

Les soldats étaient surtout des montagnards de la côte.

On embarquait aussi, mais en petit nombre, des renégats dont on redoutait la trahison. Lors de la grande course un Agha commandait à tous, même au Raïs.

Le corsaire quittait le port, arborant de superbes bannières qu’ils dissimulait ensuite pour hisser le drapeau d’une puissance chrétienne de façon à s’approcher de l’ennemi. Dès qu’il était à portée de voix, un renégat de la nation en vue engageait la conversation pour bien connaître les forces et la valeur de l’adversaire que l’on n’attaquait qu’à bon escient. Quand on capturait un navire de peu de valeur il était pillé puis incendié. Dans

le cas contraire, la prise était envoyé au Dey sous la conduite des chrétiens prisonniers. A l’arrivée on hissait le pavillon du vaincu et l’on saluait le port par un nombre de coups de canon en rapport avec la capture.

Les esclaves débarqués traversaient le port pieds nus et la tête découverte pour être conduits au marché.

Pour le partage des parts, les usages assez variables pouvaient cependant se résumer de la manière suivante : Le Dey choisissait un esclave sur huit et avait droit au huitième de la cargaison (Alger). Le capitaine prenait tout ce qui se trouvait dans la chambre du navire. Le reste était partagé entre les matelots et les soldats.

A Tunis on prélevait : 10 % pour le Pacha1%  pour l’entretien du port, 1%  pour les marabouts, % dont 10, 12, 15 % pour le capitaine et 40, 38 ou 35 % pour les armateurs, soit 62 %Sur les 38 %0 restant dus, il revenait 3 % au chef des soldats,

3 %au lieutenant, 3 %aux soldats, 3 % aux maîtres canonniers (renégats), 3 % aux canonniers, 3 % au pilote, 3 %au contre-maître de manoeuvre de voiles, 3 %au chirurgien (renégat ou chrétien), 2 %au maître de hache, 2 % au calfat, « 2 % aux marins esclaves loués par des maîtres qui touchaient la part de ces esclaves et

8 % au second du navire. (Dilhau.)

Les agrès du grand mât des navires sacrifiés appartenaient aux gardiens du port (droit de caraporta) et les agrès de misaine au capteur. La carcasse du navire était vendue aux enchères. Le Dey en avait le huitième.

Les prisonniers conduits au marché (Batistan) étaient exposés. On les interrogeait sur leur âge, leurs qualités, leurs aptitudes et leurs relations qu’ils devaient s’efforcer de dissimuler, leurs maîtres futurs devant nécessairement profiter de leur fortune ou de leur naissance au cas de rachat ou d’échange. On les faisait courir, sauter, marcher, puis on annonçait à haute voix les enchères au milieu des discussions les plus violentes etles plus ridicules. Il y avait, en effet, deux enchères, la première toute de ruses, car il fallait terminer au palais cette vente, l’enchère la plus élevée du marché devenant la première au palais, car le prix de la vente au marché appartenait aux propriétaires du navire et à l’équipage tandis que l’excédent d’adjudication profitait au Trésor.

Les chrétiens esclaves étaient ensuite logés soit chez leurs maîtres soit dans les bagnes ou bains publics.

Dans quelques villes, au Maroc notamment, ils habitaient les meilleures maisons du quartier Juif. Généralement, dans les bagnes, il se faisait des groupements par nation, et chaque nation avait un chef. Nous savons qu’au lever du jour chaque nation partait au travail jusqu’à midi avec un quart d’heure de repos le matin pour  déjeuner. De midi à une heure l’esclave se reposait, puis il reprenait jusqu’à quatre heures un durlabeur bien souvent prolongé. Ces travaux étaient fort pénibles : construction de murailles et forts, arrosage des champs et des jardins, creusement de canaux et ports, travaux de menuiserie et de décoration.

En certaines régions, les esclaves étaient obligés d’aller, la nuit, garder les bestiaux dans les champs, et n’employaient pour subsister que le vol ou la corruption.

Il semble que les différentes nations n’étaient guère en accord complet. Les Français, les Anglais et les Hollandais aimaient, paraît-il, à se réunir, tandis que les Italiens et les Espagnols faisaient bande à part.

Mais ici, comme pour le reste, on ne peut généraliser. Ces malheureux ne pouvaient correspondre que par l’intermédiaire des marchands ou des religieux de leur nation et bien heureux étaient ceux qui, par leur industrie, pouvaient améliorer leur sort et adoucir leurs gardiens.

Ceux-là parvenaient, par des travaux supplémentaires, confection de chapeaux, corbeilles, coffrets, cordons, à obtenir quelque nourriture supplémentaire qu’ils partageaient avec leurs compagnons infirmes ou malades qui étaient alors complètement abandonnés.

Dans ces bagnes qui, souvent, n’étaient que d’anciennes citernes où l’on descendait de la voûte par une échelle retirée le soir, éclataient des disputes et des rixes continuelles favorisées par le droit de vendre du vin accordé contre patentes considérables aux chefs de ces prisons qui en usaient, ou plutôt en abusaient largement.

Sous l’influence et la direction des religieux la vie de ces bagnes devint parfois plus supportable.

Les Pères y résidaient pour soigner les malades.

Ils y célébraient la messe et prodiguaient les secours matériels et spirituels. Ces bagnes portaient même des noms de saints : Bagnes Sainte-Croix. Saint-Roch, Sainte-Lucie, Saint-Antoine,Saint-Léonard, etc. Chaque chapelle était même administrée par deux esclaves marguilliers. Les Pères pouvaient circuler librement, ainsi que certains esclaves qui appartenaient à des maîtres plus humains auxquels ils rendaient des services comme médecins, scribes ou architectes.

C’est ainsi que Saint-Vincent-de-Paul qui fut esclave à Tunis, de

1605 à 1607 paraît ne pas avoir trop souffert de sa captivité dont il parle fort peu. Il y eut trois maîtres dont le dernier, Savoyard renégat, fut par lui ramené à la foi, et avec lequel il revint en France en 1607.

Tous, cependant, n’obtenaient pas les mêmes traitements et nombreux étaient les. renégats que l’appât d’une vie plus douce conduisit à l’apostasie.

Pour arriver à ce résultat on employait contre les chrétiens différents procédés dont les plus communs étaient l’ivresse, les faux témoins et les femmes. Ce dernier moyen, le plus ordinaire, exposait à une mort horrible l’esclave trouvé en conversation criminelle avec une musulmane.

C’était pour se soustraire aux plus cruels tourments qu’il abandonnait sa religion. Pour abjurer, le chrétien devait prononcer publiquement la formule: « Dieu seul est Dieu et Mahomet est un prophète ». La cérémonie variait ensuite avec les régions. Ici, le renégat prononçait la formule l’index levé vers le ciel, se faisait raser la tête, subissait la circoncision et recevait le turban.

Ailleurs il était promené sur un cheval, tenant entre le pouce et l’index une flèche la pointe dirigée vers le ciel. On lui procurait vingt-cinq écus, une femme, un chien, un chat, un coq et deux poules (Maroc).

Le prix des journées qu’il touchait comme chrétien lui restait toujours alloué et s’il travaillait pour le Dey il recevait une gratification supplémentaire.

Le Juif qui apostasiait devait se faire chrétien et manger du porc.

Néanmoins les renégats était méprisés. Quelques-uns obtinrent, il est vrai, grâce à cette abjuration, une grande indépendance et même des situations élevées puisque plusieurs furent des corsaires réputés, des chefs de l’armée, et des Beys célèbres. Mais pour le plus grand nombre la situation était plutôt équivoque. Ils habitaient un quartier séparé, ne pouvaient s’éloigner sans autorisation de plus de quatre lieues de leur résidence, et les renégats d’origine juive n’étaient enterrés que dans un cimetière particulier.

Seuls les esclaves prêtres ou médecins pouvaient circuler librement. Les autres, pour leurs durs travaux, ne recevaient que deux petits pains à peine cuits, faits de grossière farine, appelés lunes et environ deux sous de notre monnaie, et encore souvent devaient-ils partager avec leurs gardiens.

Ils étaient vêtus de sacs, la tête presque toujours découverte et succombant en foule à de longues et cruelles maladies. B

eaucoup furent battus jusqu’à la mort et noyés, empalés et même livrés aux bêtes (Maroc).

A ce triste sort ils ne pouvaient échapper que par la mort, l’échange ou le rachat. L’échange était rarement employé, néanmoins il était admis à l’échange qu’il fallait deux Maures pour un chrétien, de même qu’il fallait payer 800 piastres pour un Maure tué par un chrétien, et seulement recevoir 500 piastres pour un chrétien tué par un

Maure. On voit que les intérêts matériels n’étaient pas oubliés et que les avantages n’étaient pas du côté chrétien lors des transactions.

Quand les Pères delà Merci ou les Trinitaires avaient recueilli des aumônes suffisantes ils en donnaient avis aux administrateurs des bagnes qui demandaient le passeport des religieux avec déclaration des valeurs ou marchandises qu’ils apportaient. Le Dey prélevait 3  ½  0/0 sur les espèces et 12  1/2  0/0 sur les marchandises et exigeait en outre le rachat de quelques-uns de ses esclaves trop vieux ou incapables.

Les religieux commençaient par racheter les captifs de leur nation, ne rachetant d’autres chrétiens qu’avec l’excédant de leurs ressources.

Une messe d’actions de grâces était alors chantée et les rachetés y assistaient vêtus de vêtements blancs puis partaient en procession pour s’embarquer.

Le rachat avait lieu également par les gouvernements.

C’est ainsi qu’en 1805 Napoléon envoya à Alger son frère Jérôme racheter les esclaves français, italiens et liguriens pour 400.000 frs, de même que furent rachetés en 1798, à Tunis, au prix de 500 piastres d’Espagne par tête les huit cents habitants de Santa-Piétro, soit environ 500.000 francs. Une fois débarqués en France, les captifs partaient en procession, ils avaient laissé croître leurs barbes et marchaient deux à deux vêtus de manteaux blancs portant de lourdes chaînes afin de frapper l’imagination populaire et recueillir d’abondantes aumônes en vue de nouveaux rachats.

Un rachat de chrétiens se payait en moyenne 3.000 francs, Le prix d’une chrétienne était souvent de six cents sequins, soit 7.000 francs.

On payait d’après la valeur physique de l’individu, ses aptitudes et ses relations.

 

En 1627, il y avait à Alger soixante-dix vaisseaux de course et trente-trois corsaires quittèrent le port en 1634. Il y avait alors à Tunis quatorze vaisseaux ronds et vingt-cinq galères.

On peut évaluer à cent cinquante le nombre des vaisseaux qui faisaient la course sur les côtes de la Barbarie lors de la grande période de prospérité des marines corsaires.

La flotte des pirates Tripolitains fut détruite par les Chevaliers de Malte.

Quant à la piraterie Tunisienne sa décadence commença en 1806 et elle disparut quelques années après. A cette époque, dit le Docteur Frank, les navires étaient mal armés et ne quittaient plus la rade qu’en mai pour y rentrer au mois de septembre. Quand cette escadre était en rade aucun navire étranger ne pouvait mettre à la voile avant le départ de cette flotille. Les Tunisiens n’exerçaient plus la piraterie qu’en cas de guerre et envers leurs ennemis, respectant les neutres et les traités; tout au contraire des Algériens qui, à toute époque, pillaient amis et ennemis. Les Algériens, dit le même auteur, traitaient tous les ports en pays conquis et maltraitaient les équipages des nations européennes, les obligeant à leur fournir de l’eau.

Ils vexaient les marines Sardes, Napolitaines, Toscanes, Génoises et Espagnoles et les réclamations des consuls étaient peu ou point écoutées.

En’ 1816, lord Exmouth bombarda Alger et détruisit sa marine corsaire qui avait totalement disparue lors de la conquête française.

En 1817, Moulay Soliman, sultan du Maroc, abolit la course et fit racheter par le gouverneur du Sous les chrétiens captifs retenus par les Maures.

 

En 1818, la piraterie n’était plus qu’un souvenir.

Notre visite à Porto-Farina remontant à quelques années, nous avons pensé utile d’y joindre une étude détaillée sur sa situation actuelle. Nous ne pouvions mieux faire que de reproduire ici un travail inédit de M. Canavaggîo, le sympathique instituteur de cette localité qui, mêlé à la vie intime de la population, était mieux en mesure que quiconque d’en décrire la physionomie toute spéciale.

 

PORTO-FARINA D’AUJOURD’HUI

 

« La montagne qui domine Porto-Farina est le Djebel Nadour. Du sommet du Nadour, et par temps clair, la vue embrase un vaste panorama.

Vers l’ouest, on aperçoit, au loin, le Cap Blanc, Ferryville, Metline, pittoresque village arabe accroché au flanc d’une montagne, l’île des Chiens et son phare, et, plus près, Ras el Djebel et Raf- Raf. Vers l’est et le sud, la vue s’étend sur Zirabra, le Cap Bon, Sidi Bou Saïd, Carthage, La Goulette, une partie de Tunis, Rades, Hammam-Lif,

le Bou Kournin, le Djebel Reçass et, dans le lointain, le Zaghouan.

 

L’altitude et la position du Nadour avaient été utilisées par les Arabes qui, sur son sommet, avaient établi un poste d’observation (un nadour), pour signaler le passage des vaisseaux que les pirates, cachés dans la darse de Porto-Farina, allaient attaquer. Ce Nadour, dont il reste encore des vestiges, a donné son nom à la montagne.

 

Il y a une vingtaine d’années, le génie militaire y construisit un poste optique. Ce poste, occupé chaque année pendant 45 jours, correspond avec ceux du Cap Blanc et de Sidi Bou Saïd. Plnfin, en 1901, la Marine y a fait construire un sémaphore relié télégraphiquement à Bizerte.

Il serait en outre question d’y installer un poste de télégraphie sans fil.

Une piste de près de trois kilomètres de longueur, conduit au sémaphore en côtoyant des ravins très profonds. L’ascension, pas trop pénible, peut se faire en une heure ; vingt minutes suffisent pour redescendre.

Sur les flancs du Djebel Nadour poussent, en abondance, le thym, le romarin, la bruyère, etc.

Ces plantes, continuellement battues par le vent, ne s’élèvent guère au-dessus du sol et forment un immense tapis de verdure qu’émaillent de nombreuses fleurs pendant une grande partie de l’année.

Une seule source jaillit de la montagne, sur le versant de Porto-Farina. Malheureusement son niveau est trop bas et son eau, quoique abondante et de bonne qualité, ne peut être utilisée et se perd dans le lac. Située à plus de deux kilomètres du village elle ne sert qu’à abreuver les nombreuses bêtes de somme des indigènes et des Maltais qui se rendent, les premiers au pèlerinage de Sidi el Mekki, les seconds, dans les jardins qui bordent le lac. Cette source dénommée  » El Aïoun  » pourrait rendre de grands services si elle était captée quelques mètres plus haut.

Quant à l’eau qui alimente Porto-Farina, elle provient d’une source située à 7 kilomètres et jaillissant sur les hauteurs qui dominent le village de Aousdja. De récents travaux, exécutés pour la réfection de la conduite, ont fait découvrir les traces de 7 à 8 anciennes canalisations en maçonnerie, ce qui porte à croire que cette source avait été captée par les Romains.

Pour expliquer la rareté de l’eau dans la montagne, une légende locale veut qu’un cours d’eau souterrain traverse, dans toute sa longueur la chaîne de montagnes dont fait partie le Nadour?

Ce cours d’eau, qui n’existe que dans l’imagination de la population, irait se jeter à la mer à la Pointe Farina en face l’île Plane, où il produirait un fort courant ; la vérité est que la montagne est formée de couches rocheuses, presque verticales, qui ne laissent aucun passage à l’eau. Celle-ci s’en va jaillir sur l’autre versant, qui n’est pas rocheux, et forme plusieurs sources au-dessus de Raf-Raf. Une de ces sources, captée, alimente ce village ; les autres, dont quelques unes à débit très important, servent à irriguer les nombreux vergers qui, avec la vigne, constituent là principale culture de Raf-Raf.

Si la région de Porto-Farina n’a pas beaucoup de sources, elle est, du moins, une des plus favorisées de la Tunisie, sous le rapport de la pluie, qui y tombe régulièrement, et à intervalles assez rapprochés, de fin Septembre à fin Avril. Dans le dernier trimestre 1905, la station météorologique de l’école a enregistré 488 millimètres d’eau.

Enfin, dans les environs du village, la nappe souterraine n’est pas trop difficile à atteindre, et dans quelques propriétés, il a été creusé des puits peu profonds, qui fournissent en grande abondance, de l’eau d’excellente qualité.

Le climat de Porto-Farina est tempéré, la montagne abritant le village contre les vents du nord.

Sa plus basse température enregistrée dans le dernier trimestre 1905 a été de 5 degrés. Pendant l’été de la même année le thermomètre est monté jusqu’à 40 degrés.

Le vent dominant sur la contrée est le vent du nord-ouest qui y souffle, quelque fois, avec une violence extrême.

Pendant l’hiver 1902, une grande statue en marbre qui se trouvait sur l’église, fut renversée par un ouragan du nord-ouest et les caroubiers, brisés par cette tempête, se comptèrent par centaines.

Une barque, ancrée au bord du lac, fut soulevée comme un fétu de paille, lancée à une

vingtaine de mètres, dans un champ d’orge, et réduite en miettes.

Les Romains avaient fondé une colonie à Porto-Farina. A trois kilomètres avant d’arriver au village actuel, on trouve des vestiges d’importantes constructions; si des foirilles bien dirigées, y étaient pratiquées, on ferait certainement des découvertes intéressantes. En 1895, un propriétaire maltais, M. Carmelo Camilleri, faisait creuser un puits dans son jardin. Ses ouvriers découvrirent presque à fleur de terre, un tombeau en marbre entouré des statues des neuf muses. Ce tombeau est au musée du Bardo depuis le mois de Mai 1898.

Non loin du jardin de M. Camilleri, le nommé M’hamed Ksiba a trouvé une base de colonne qui n’a pas moins de 85 centimètres de hauteur et dont la plinthe a 75 centimètres de côté ; cette base supportait une colonne ayant 60 centimètres de diamètre et le monument dont elle faisait partie ne pouvait être que grandiose.

Au pied de la montagne, et au-dessus de Porto-Farina, on remarque des ruines qui semblent provenir d’anciens barrages. Plus bas* dans le village, on trouve, assez fréquemment des traces de canalisations, ce qui fait supposer que les Romains avaient suppléé au manque de sources en créant des réservoirs d’eau de pluie au pied

du Nadour.

Avec les Arabes, Porto-Farina devint un des centres les plus actifs des opérations des corsaires qui y trouvaient, dans la darse et sous la protection de ses trois forts, un refuge contre les vaisseaux qui pouvaient leur donner la chasse. Ces trois forts et la darse, construits, dit-on par des ingénieurs génois, existent encore. L’un d’eux a été transformé en bagne. Des deux autres, l’un servit de lazaret au moment où les pèlerins, au retour de la Mecque, débarquaient à Porto-Farina et y subissaient une quarantaine. Plus tard et jusqu’en Octobre 1904, on y installa une colonie de jeunes détenus indigènes. Enfin, le troisième fort fût transformé en infirmerie pour les forçats : l’humidité qui y règne le fit évacuer et, ainsi que l’ancien lazaret, il ne tardera pas à tomber en ruines. Ce fort, appelé « Borg ËlOustani »0) (le fort du milieu), est encore armé de ses vieux canons et on y voyait, il n’y a pas bien longtemps, une catapulte et son approvisionnement de gros boulets et pierre. La catapulte fut détruite par un agent du service pénitentiaire qui en fit du bois à brûler, quant aux boulets, ils furent enlevés en

1903, par le garde-côte Phlégéton » et transportés à l’arsenal de Sidi Abdallah. Quelques-uns furent envoyés au musée du Bardo, ainsi qu’une grande plaque en marbre qui était placée au-dessus de la porte principale de l’arsenal.

 

(1)  Le Bordj El Oustanï «et occupa actuellement par le poste de police.

 

Cette plaque était couverte d’inscriptions arabes que les plus fins lettrés de Porto-Farina n’ont jamais su déchiffrer.

Quand Ahmed bey résolut de créer un port de guerre à Porto-Farina, d’immenses casernes furent construites autour de la darse. De nombreux ouvriers, tailleurs de pierre, maçons, menuisiers, forgerons, furent employés aux travaux de l’arsenal.

Pour les empêcher de se sauver on prenait, le soir, la précaution de les enchaîner et de les enfermer dans un souterrain qui existe encore.

Dans la journée ils étaient surveillés par des féroces spahis dont le bâton avait vite fait de faire rentrer sur le chantier, celui des ouvriers ou mieux des esclaves, qui auraient voulu le quitter.

Mohamed Badria, maçon, encore vivant, a travaillé dans ces conditions pendant plusieurs années, et les souvenirs qu’il a gardés de cette période de sa vie sont loin d’être gais.

Les travaux terminés, le bey envoya une garnison de vingt mille hommes à Porto-Farina. Un jeune docteur français, le docteur Sorba, originaire de la Corse, remplissait les fonctions de médecin major. Il se maria avec une italienne dont le père, maître de port, était établi dans le pays depuis une vingtaine d’années. Le docteur Sorba est décédé à Porto-Farina à l’âge de 33 ans, ne laissant aucune fortune à sa veuve qui est morte dans la misère.

Le commandement de la garnison de Porto- Farina fut confiée au général Salah Cheboud qui fit édifier de nombreuses constructions pour son usage personnel et pour celui de sa suite.

Quand Ahmed Bey eut résolu d’abandonner Porto-Farina, toutes les constructions qui avaient été édifiées furent abandonnées et, faute d’entretien, ne tardèrent pas à tomber en ruines. Les matériaux utilisables furent, en grande partie, utilisés par les habitants; le gouvernement de son côté, en fit prendre pour construire le Contrôle civil de Bizerte ; le reste fut vendu et, à l’heure qu’il est, tout est détruit.

Seules, des arcades qui longent un côté de la darse, sont encore debout. Ces arcades, derrière lesquelles se trouvent d’immenses magasins, sont dénommées ( » La Kechla  » la caserne).

Comme il a été dit au commencement de cette notice, Porto-Farina se trouve à 57 kilomètres de Tunis et à 44 kilomètres de Bizerte. Des routes carrossables, construites par les forçats, le relient à ces deux villes et à Ras el Djebel. Une diligence et un service d’automobiles assurent quotidiennement les communications avec Tunis et Bizerte et transportent le courrier.

La population de Porto-Farina se compose d’environ 1500 indigènes, de près de 400 maltais, de quelques familles italiennes et d’une quarantaine de français (exactement 49).

Les indigènes descendent, en grande partie, d’anciens forçats chrétiens qui, convertis à l’islamisme, se marièrent dans le pays et y firent

souche. Les descendants de ces Européens ont conservé les noms et les traits de leurs ancêtres.

Il n’est pas rare en effet, de rencontrer un individu blond, souvent roux, au nez aquilin, aux yeux bleus, aux longues moustaches blondes, a qui l’on adresserait volontiers la parole en français ou en italien, en italien plutôt, s’il n’était habillé en arabe. Si on lui demande son nom, on peut être certain qu’il s’appelle ou .*’ Kristôu  » ou « Zénouïze » (le génois), ou  » Forçadou (le forçat), ou  » Blancou  » (le blanc), ou  » El Malti  » (le maltais), ou  » Zarrouk  » dont l’ancêtre était napolitain.

 Le type européen se voit mieux chez les femmes qui ont presque toutes, paraît-il, le

teint blanc, les cheveux blonds et les yeux bleus.

A propos de ces musulmans d’origine chrétienne, il n’est peut-être pas sans intérêt de remarquer qu’ils sont beaucoup plus croyants, ou tout au moins plus pratiquants que les arabes n’ayant aucun lien de parenté avec les Européens. Peut-être,

par cet excès de ferveur religieuse, veulent-ils faire oublier ce qu’ils considèrent comme leur péché originel.

Les indigènes de Porto-Farina sont presque tous jardiniers. Quelques-uns pourtant, sont épiciers, boulangers, maçons, menuisiers, marins, barbiers.

Un de ces derniers est en même temps « tebib » (médecin) et les remèdes qu’il prescrit à ses malades, en plus de la saignée obligatoire, ne sont ni bien difficiles à préparer, ni bien difficiles à prendre : des tisanes simples, de la « dendouna » (teinture d’iode), etc. Mais le remède qui a fait sa réputation est l’eau de « Janos » qu’il appelle tout simplement « El ma mtaâ el kerkedan » (l’eau de rhinocéros), un interprète facétieux lui ayant traduit « eau de Janos » par « eau de rhinocéros ».

Et le brave « tebib » a tellement confiance en son « eau de rhinocéros » qu’il n’hésite jamais à l’employer dans les cas qu’il considère comme désespérés!

De tous les indigènes qui exercent un métier, aucun ne se désintéresse complètement de son lopin de terre, et au moment des semailles des pommes de terre, semailles qui se font deux fois par an, en Octobre et en Janvier, magasins et ateliers sont désertés, et ouvriers e.t marchands redeviennent jardiniers.

Les jardiniers de Porto-Farina cultivent surtout la pomme de terre, qui est justement réputée dans toute la Tunisie et dont la production annuelle atteint une moyenne de 25 à 30.000 quintaux.

Les principales variétés cultivées sont: la rouge, la rose, la rouge et la blanche de Naples et une variété indigène nommée  » Kechelef » du nom de celui qui l’a cultivée le premier. Depuis deux ans on a essayé la culture de la pomme de terre de Hollande ; on verra dans le passage sur les primeurs les résultats de cet essai.

Un dicton populaire dit que Porto-Farina n’a que  » El Djebel ou El Bahar » (la montagne et la mer) Les habitants ne disposent en effet, comme terrain cultivable que de la bande de terre qui se trouve entre le pied de la montagne et le lac. Dans certains endroits, cette bande est tellement étroite qu’il a fallu prendre, sur la montagne, l’espace nécessaire au passage de la route de Sidi Ali El Mekki. Il n’est pas étonnant que, dans ces conditions, le terrain soit cultivé avec un soin minutieux et qu’aucune parcelle n’en soit laissée inculte. Quelques propriétaires se sont attaqués à la montagne et, à l’aide de nombreux murs de soutènement, ont réussi à agrandir leurs jardins.

D’autres ont transporté du sable à dos d’âne et, grâce à d’abondantes fumures, ont pu constituer des jardins là où ne poussaient auparavant que quelques maigres buissons de romarin ou de câpriers.

Enfin, la langue de sable qui sépare le lac de la langue de Sidi El Mekki a été transformée en jardins. C’est dans ce sable, toujours humide et abondamment fumé, que l’on récolte, outre des pommes de terre et des tomates, des melons, recherchés sur le marché de Tunis, et dont la vente laisse, entre les mains des producteurs, un bénéfice appréciable.

Pour garantir, pommes de terre, tomates et melons contre le vent, on entoure chaque planche d’une épaisse rangée de  » Zenzesfoura », variété de saule épineux dont les petites fleurettes jaunes répandent une odeur très pénétrante.

Quelques jardiniers commencent à cultiver les choux-fleurs et les choux dont ils achètent la graine à Tunis; lé choux coeur de beuf a toutes leurs préférences. Enfin tous cultivent le pavot dont ils tirent l’opium. Mais ces cultures, qui demandent beaucoup de soins et surtout beaucoup de temps, ne sont plus rémunératrices, le prix de l’opium étant tombé de 80 frs à 30 frs le kilogramme.

La culture des arbres fruitiers est très prospère à Porto-Farina. Outre l’amandier et le caroubier, que l’on plante dans les terrains rocailleux et de mauvaises qualité, les arabes cultivent, non sans succès, le figuier, le poirier, le pommier, le prunier, l’abricotier, le pêcher, le mandarinier, l’oranger.

Les caroubes et les amandes de Porto-Farina sont très renommées. Les amandes cassées sont vendues à Tunis de 180 à 190 frs le quintal. Les caroubes sont surtout vendues à Souk el Arba et même à Souk Ahras. Leur prix, sur place, varie entre 11 et 15 frs. le quintal. Ce prix est d’autant plus rémunérateur que le caroubier ne demande aucun soin de culture. Enfin, les figues constituent un bon revenu, qu’elles soient vendues fraîches ou sèches. Pour hâter leur maturité, on emploie le procédé suivant: avec un morceau de bois effilé, on perce la figue dans le sens de la longueur; puis, à l’aide de ce même morceau de bois, on y introduit une goutte d’huile. Deux jours après avoir été soumise à cette opération, la figue est mûre. Elle ne vaut pas, il est vrai, la figue qui a mûri naturellement, mais venant plus tôt elle se vend mieux.

Quelques indigènes sont réputés comme bons greffeurs ; la seule greffe pratiquée par eux est la greffe en écusson.

La culture des primeurs est pratiquée depuis longtemps à Porto-Farina et laisse des bénéfices appréciables à ceux qui s’y livrent. Elle serait plus rémunératrice si les jardiniers employaient des procédés de culture plus modernes, et s’ils semaient des variétés améliorées.

Dans chaque jardin on trouve une petite planche de terre, préparée d’une façon spéciale. Sous l’anfractuosité d’un rocher, derrière une haie ou le long d’un mur, le jardinier a disposé une couche de bon terreau; c’est là qu’au mois d’août, il fera son semis de tomates dont les plants, repiqués de bonne heure,donneront des primeurs.

Pour garantir les jeunes plants contre la chaleur de la fin de l’été, le jardinier établit au-dessus du semis, une toiture de branchages, d’herbes, de joncs ou de feuilles de palmier. Cette toiture servira aussi, plus tard, à protéger le semis contre le froid et l’humidité de la nuit. Enfin, des branches d’olivier ou des roseaux, plantés verticalement sur les côtés de la planche, mettent, relativement, les plants de tomates à l’abri des vents.

Grâce à des arrosages judicieusement dosés, ces plants ne tardent pas à atteindre dix à quinze centimètres de hauteur ; ils sont, à ce moment, gros comme des plumes d’oie et n’ont pas de branches latérales. Pour faire pousser ces branches, le jardinier éclaircit son semis, Rince les plants qu’il laisse en terre et, pour les rendre plus robustes, supprime les arrosages pour quelques jours. Lorsqu’il juge que les plants sont assez forts, il les repique en pépinière et toujours dans un endroit bien abrité et bien exposé. Enfin, au mois de Novembre, ces plants sont définitivement mis en place. Le terrain qui doit les recevoir est copieusement fumé et bien préparé d’avance. Il est ordinairement divisé en 7 planches assez étroites et entouré d’une haie de palmiers, de roseaux ou de branches d’olivier entrelacées.

Chaque planche est en outre séparée de sa voisine par une haie brise-vent, formée par une épaisse rangée de zenszesfouras. Les jeunes tomates sont plantées au fond de trous, peu profonds, que le jardinier a creusé à environ un mètre 50 l’un de l’autre. Sur les bords de ces trous, et du côté d’où vient ordinairement le vent, on dispose quatre ou cinq branches de palmier, de façon à former un éventail. Ce sera le seul abri qui garantira la plante, pourtant très délicate, contre les froids de l’hiver. Ceux-ci ne sont pas, heureusement, bien rigoureux et c’est ce qui explique que, malgré cette installation rudimentaire, peu de tomates périssent.

Les tomates mises en place, il ne reste plus grand chose à faire au jardinier qui se contente de les biner légèrement une fois ou deux, d’arracher les mauvaises herbes et de les arroser quelque fois, si l’hiver n’est pas trop pluvieux.

Les premières tomates sont récoltées fin Avril et se vendent, à Tunis et à Bizerte, entre 5 et 6 francs le panier de cinq kilogrammes. Ce prix baisse sensiblement à partir du 15 ou 20 mai, époque à laquelle la récolte est plus abondante.

En prenant quelques précautions on pourrait arriver à récolter des tomates bien avant le mois de Mai. Sur un pied que j’ai soigné spécialement dans mon petit jardin, j’ai pu avoir trois tomates bien mûres, le 10 Mars.

A la culture des tomates les jardiniers devraient joindre celle des petits pois qui viennent très bien à Porto-Farina. L’automne dernier, le gardien chef du bagne en a semé un petit carré sous les fenêtres de l’école : il a pu récolter des petits pois la veille de la Noël. Cette culture, ainsi que celle des haricots verts, procureraient certainement de beaux bénéfices à celui qui voudrait les pratiquer sur une assez grande échelle.

Enfin la nature du terrain de Porto-Farina se prêterait très bien à la culture des asperges.

Mais de toutes les cultures qui pourraient être avantageusement pratiquées à Porto-Farina, celle de la pomme de terre donnerait certainement les meilleurs résultats.

En 1904, la Société des Primeuristes tunisiens engagea les jardiniers à semer la pomme de terre de Hollande et, à cet effet, elle leur livra une certaine quantité de semence. L’essai fut tenté dans de mauvaises conditions: la semence qui n’était pas, paraît-il, de première qualité, ne put être mise en terre que très tardivement ; d’un autre côté, l’hiver fut assez rigoureux et les froids des premiers jours de Janvier firent beaucoup souffrir les pommes de terre. Bref, le résultat fut négatif et la Société des Primeuristes renonça à poursuivre l’expérience.

Sur les conseils d’un Français, qui lui procura la semence, le nommé Mohamed Belhadj Othman reprit l’idée pour son propre compte et il sema, cette année, des pommes de terre de Hollande.

Il y a tout lieu de croire qu’il n’a pas eu à le regretter puisque, vers le 15 Décembre dernier, il a pu récolter deux quintaux environ de belles pommes de terre. La Société des Primeuristes tunisiens s’est chargée de les expédier et de les vendre. Le prix rémunérateur qu’il ne peut manquer d’en avoir tiré, l’engagera à recommencer et son exemple sera suivi par d’autres.

La culture des primeurs deviendrait ainsi une source de bénéfices pour la laborieuse population de Porto-Farina. A ce point de vue elle mérite d’être encouragée.

Enfin, les arabes cultivent les oeillets dont ils sont grands amateurs et dont ils tirent un grand profit. La variété la plus recherchée est le  » marchouch « , oeillet blanc panaché de rose, dont le plant, en pot, se vend couramment 2 fr. à 2 fr. 50. Les plus beaux pieds atteignent quelquefois 5 francs. Mais l’oeilletle plus rare est l’œillet blanc panaché de vert créé par « El Hedi Roustan » qui assure avoir obtenu cette variété en greffant un oeillet blanc sur du persil ! J’ai hâte d’ajouter que ce fameux oeillet n’a jamais existé que dans la très fertile imagination de ElJHedi. Pour s’en convaincre, il suffit de lui en demander une bouture; il ne manque jamais de bonnes raisons pour la refuser.

El Hedi est mon ami depuis que j’ai eu l’air de croire à son oeillet vert. Comme il me racontait de quelle façon il s’y prenait pour greffer son pied de persil, je lui fis la remarque, qu’en effet, les racines de l’oeillet avaient beaucoup de ressemblance dans celles du persil. Le brave El Hedi, croyant avoir trouvé quelqu’un qui prenait son histoire au sérieux, était transporté de joie et ne cessait de me répéter:  » Rihit? Rihit? » (Tu as vu? Tu as vu?). Depuis ce jour il est plus persuadé qu’il a créé l’oeillet vert. Cela ne l’empêche pas, du reste, et pour cause, de m’en refuser la moindre bouture ou la plus petite fleur. La région de Porto-Farina étant très florifère, les habitants élèvent beaucoup d’abeilles. Les ruches sont formées d’un simple panier en paille et les moyens d’extraction de miel sont des plus rudimentaires.

Aussi le rendement est-il peu appréciable.

Comme il a été dit plus haut, la population maltaise se compose d’environ 400 âmes. La première famille maltaise établie à Porto-Farina est la famille Baldacchino qui est dans le pays depuis près d’un siècle. Plus tard vinrent les Muscat, les Crima, les Camilleri, les Bugeia, les Spiteri, les Meylak. Les premiers maltais vivaient de la pêche et surtout de la contrebande de tabac et de, poudre. Quand la contrebande fut sévèrement réprimée, ils se tournèrent vers l’agriculture et prenant exemple sur les indigènes, ils devinrent d’excellents jardiniers. En général, le maltais de Porto-Farina est travailleur et sobre. Ses procédés de culture sont les mêmes que ceux des indigènes dont il a pris, du reste, les coutumes, les moeurs et un peu le costume. La femme maltaise ne sort que très rarement, si ce n’est que pour aller à l’église ; dans ce cas, elle est couverte d’un grand châle qui lui cache presque complètement la figure. Si elle est obligée d’aller chez une parente, elle fera un long détour pour ne pas passer sous le souk ou dans une rue exclusivement habitée par des indigènes. Cette peur des arabes n’a pourtant pas empêché quelques maltaises de se marier avec des musulmans. Une de celles-ci passe pour être sorcière et vit aux dépens des naïfs, qui vont consulter la  » déguezr » (devineresse) pour toutes les affaires de quelque importance.

Et ce qu’il y a de plus curieux c’est que ses anciens correligionnaires, les maltais, ou plutôt les maltaises constituent le plus clair de sa

clientèle.

La population française de Porto-Farina comprend quelques pécheurs et quelques fonctionnaires et leurs familles.

A environ 6 kilomètres du village, et non loin de la pointe Farina, se trouve le marabout (tombeau) de sidi Ali el Mekki, Bâti sur le flanc de la montagne qui, à cet endroit, est presque taillée à pic, on y Accède par mi sentier très raide qui surplombe

la mer.

Sidi el Mekki est un lieu de pèlerinage très fréquenté, surtout par les femmes, qui y viennent de Mateur, de Bizerte, de Tunis et même de plus loin. Chaque pèlerin, ou tout au moins chaque chef de famille qui y amène femme (ou femmes) et enfants, apporte

une bête, mouton, chèvre ou même poule, qui est égorgée en l’honneur du saint marabout et surtout pour le grand profit de l’Oukil, qui prélève le quart sur toutes les offrandes.

La réputation de sainteté de Si el Mekki est tellement bien établie qu’il n’y a pas de forçat libéré qui ne lui consacre sa première journée de liberté.

Les Djerbiens établis dans le nord de la Régence, font de Sidi el Mekki leur lieu de pèlerinage préféré.

Chaque année» au mois d’août* ils se réunissent en grand nombre et, en voiture, en charrette, à çhévâl, à dos d’âne et même à pied, se rendent à Sidi el Mekkii étendards déployés et musique en tête. Arrivés le lundi matin, ils repartent le

•jeudi soir. Pendant quatre jours ce ne sont que chants, danses, fantasias coups de fusils, couscous monstres. Il n’est pas rare que ces fêtes soient troublées par des accidents : c’est ainsi qu’un Djerbien a été tué net par un tromblon qui, chargé jusqu’à la gueule, lui a éclaté dans la main.

 

Un vieil italien qui a embrassé la religion musulmane et qui habite Porto-Farina depuis

une soixantaine d’années, m’a raconté la légende suivante :

« Il y a bon nombre d’années, un ermite chrétien, nommé Michel, venu on ne sait d’où, s’établit dans une grotte de la montagne. Il partageait son temps entre l’étude et la contemplation. Les coquillages qu’il allait ramasser au bord de la mer étaient sa seule nourriture. La vie austère qu’il menait ne tarda pas à attirer l’attention des arabes, et à lui gagner leur sympathie. Pendant toute sa vie il fut entouré de respect et, à sa mort, il fut enterré dans sa grotte par les soins des arabes qui, depuis, le vénèrent comme un saint sous le nom de Sidi el Mekki (Saint Michel). »

D’après la légende, les livres du saint marabout existeraient encore, de même que son cadavre qui serait conservé d’une façon surprenante. Nul n’ayant été appelé à vérifier cette assertion, il y a lieu de la reléguer dans le domaine de la fantaisie.

Toujours est-il que les arabes attribuent à Sidi el Mekki le pouvoir de faire des miracles: une semaine passée au tombeau du célèbre marabout guérit un malade aussi bien, sinon mieux que pourrait le faire le plus grand médecin, et quelques glissades sur une pierre ad hoc suffisent pour rendre féconde une femme stérile. Il faut croire que bien nombreuses sont les femmes arabes qui se trouvent dans ce cas, car la pierre magique a tellement servi que sa surface en est devenue unie comme une glace. Enfin Sidi el Mekki aurait une influence considérable sur le sexe des enfants à naître. L’enfant sera du sexe masculin ou du sexe féminin suivant l’importance du cadeau offert.

Les habitants de Porto-Farina sont très jaloux de leur saint marabout. D’après mon vieux conteur italien, au moment de l’occupation française, ils n’auraient pas été loin de prendre les armes pour le défendre ; un mauvais plaisant ayant fait courir le bruit que la campagne de Tunisie n’avait pas d’autre but que celui d’enlever le tombeau de Saint Michel aux infidèles ! Les autorités durent déployer beaucoup d’éloquence pour prouver à leurs naïfs administrés que nous nous étions dérangés pour autre chose.

A Sidi el Mekki se trouve un plage superbe qui s’étend jusqu’à la Marsa. Sans fond dangereux, cette plage est, l’été, le rendez-vous de tous les pêcheurs à l’épervier de Porto-Farina et de Raf-Raf. C’est, en effet, à cette époque qu’a lieu le passage des mulets dont la femelle porte une boutague (oeufs) très estimée. Cette pêche fournit l’occasion de nombreuses parties de plaisirs qui, malheureusement se terminent, la plupart du temps, par une orgie dont l’anisette et l’absinthe font tous les frais.

Les mulets péchés dans la journée sont vendus à Porto-Farina. Le pêcheur en garde quelques-uns parmi les plus gros pour son repas du soir et celui de ses invités. Ces mulets, grillés sur des charbons ardents, constituent un mets assez agréable.

Le plus renommé de ces pêcheurs est El Hedi Roustan, le même qui prétend avoir créé l’œillet vert. Pendant un séjour que je fis sur la plage avec ma famille aux dernières grandes vacances, j’avais pour voisin mon ami El Hedi. Le soir il venait volontiers causer avec moi, et il m’arrivait souvent, si la lune le permettait, de l’accompagner à la pêche. Que nous fussions à la maison, à déguster notre café ou sur la plage à guetter le poisson, El Hedi avait toujours une nouvelle du soir à me raconter. Il est vrai que souvent l’histoire m’avait été déjà racontée deux ou trois fois par lui-même ; mais comme il avait soin d’y introduire de nombreuses variations et que, d’un autre côté, je ne voulais pas lui faire de la peine, je l’acceptais comme si je l’entendais pour la première fois. Un jour, il avait capturé quatre canards sauvages d’un coup d’épervier, une autre fois il avait un énorme loup (poisson de mer à chair très délicate) qu’il avait eu toutes les peines du monde à tirer sur la plage et qu’il avait été obligé de tuer d’un coup de fusil ! Enfin, un soir, alors qu’il était employé à la pêcherie, il était tellement rentré de daurades dans les bordigues qu’il surveillait qu’il ne voyait plus l’eau. « Les daurades, me disait-il, étaient entassées dans les bordigues comme les sardines dans un baquet. »

Mais là où El Hedi n’a pas son pareil, c’est dans la confection d’une Mechoua (grillade de mulet).

A Tunis même on le connaît et il y a quelques années il fut prié d’en préparer une pour un Ministre dont il a oublié le nom. « En un tour de main, me disait El Hedi, les mulets étaient péchés et nettoyés. Ramasser le bois et préparer la braise fut l’affaire d’un instant et au bout d’un temps relativement court, la Mechoua cuite à point était soigneusement emballée et chargée sur une mule qui partit à francs étriers. Deux heures plus tard la Mechoua était sur la table du Ministre : le poisson était arrivé chaud.»

Par retour du courrier El Hedi reçut les félicitations du Ministre et une somme de 100 piastres ? ? »

Les pêches de El Hedi Rôustan feraient mauvaise figure à côté de celles que l’on fait dans la pêcherie installée dans le lac de Porto-Farina.

Jusqu’en 1898, la pêche était libre dans le lac. A cette époque, elle fut concédée à M. Lisbonis, ancien Secrétaire général de la Municipalité de Tunis, moyennant une redevance annuelle de 500 francs. Cette concession était valable pour une durée de douze années, M. Lisbonis exploita lui-même sa pêcherie pendant six mois, puis il la céda à M. Démange. Ce dernier s’en dessaisit à son tour, en 1903, en faveur de MM, Bonello et Pisani, de Tunis, qui l’exploitent encore.

La pêche est pratiquée au moyen de bordigues, de verveux et de filets flottants.

Un barrage fait de panneaux en grillage de fer; ferme » la seule passe qui permettrait au poisson de gagner la mer. Ce barrage forme une ligne brisée de près de un kilomètre de longueur.

C’est au sommet des angles sortants de cette ligne brisée, que sont installées les bordigues.

Une flottille d’une dizaine d’embarcations et de nombreux filets complètent le matériel d’exploitation.

Un nombreux personnel est employé à la pêcherie. Outre un comptable français, il comprend un « raïs » (maître pêcheur), une vingtaine de pêcheurs italiens, quatre inscrits maritimes, qui sont spécialement affectés à la pêche aux filets, et quelques gardiens. Ces derniers ne sont pas moins nécessaires que les pêcheurs, car les braconniers sont légion et réussissent souvent à tromper leur vigilance.

La pêche aux filets est pratiquée par des barques françaises commandées par des inscrits maritimes.

Une partie du poisson péché par ces inscrits est exporté et ne paie pas de droits à sa sortie de Tunisie.

Les bordigues sont des espèces de grandes nasses en grillage de fer. La pêche par les bordigues se fait automatiquement et ne demande qu’un personnel très restreint, souvent même un seul homme suffit. Sa tâche consiste à surveiller la bordigue et à en fermer la porte lorsqu’il juge suffisante la quantité de poisson qui s’est laissée prendre. Cette surveillance ne s’exerce, du reste, qu’à certaines heures de la journée. Le lac de Porto-Farina est, en effet, soumis à l’influence du flux et du reflux. Pendant six heures consécutives l’eau de la mer rentre dans le lac avec assez de violence pour rendre pénible la sortie d’une barque ; pendant les six heures qui suivent c’est, au contraire, l’eau du lac qui sort Or, le poisson marche toujours contre le courant: c’est donc au moment où celui-ci rentre dans le lac que le poisson cherche à en sortir. En bancs serrés, il se dirige vers la passe, pour gagner la mer ; mais il est vite arrêté par le barrage qu’il se met alors à longer, avec l’espoir de trouver une issue. La moindre déchirure dans le grillage peut laisser passer un quantité considérable de poisson.

Aussi, le barrage est-il soigneusement et fréquemment visité par le personnel de la pêcherie.

Si le barrage çst intact, le poisson continue sa marche et, arrivé devant la porte d’une bordigue, il s’y introduit et n’en peut plus sortir. Armé d’une épuisette à mailles très solides, le pêcheur a vite fait de le faire passer de la bordigue dans la barque qui le transportera à terre.

Pendant l’été, au moment de la pêche du mulet, l’épuisette est abandonnée et les pêcheurs prennent le poisson à la main. Cette pêche n’est pas sans danger. Le mulet peut, en effet, sautera plus d’un mètre de hauteur au-dessus de l’eau. Lorsqu’il se voit acculé contre le grillage de la bordigue, il s’élance comme une flèche et essaie de sauter par dessus les parois de sa prison. Il n’est pas rare, dans ce cas, que le pêcheur le reçoive en pleine figure et avec assez de force pour que le sang coule. Afin d’éviter les accidents il ne descend dans la bordigue que le visage protégé par un masque d’escrime.

Le poisson péché par les bordigues, ou par les filets, est transporté à Porto-Farina, dans l’après-midi et mis en caisses. A l’aide de casiers mobiles et disposés horizontalement, ces caisses sont divisées en compartiment. Dans chacun de ces compartiments on dispose une rangée de poissons que l’on recouvre d’une couche de glace pilée.

Afin que le poisson ne soit pas en contact direct avec la glace, on l’isole avec une feuille de papier glacé. Dans la soirée, ces caisses, hermétiquement fermées, sont chargées sur des charrettes qui les transportent à Tunis et où, pour éviter la chaleur, elles doivent arriver le lendemain à la première heure.

Les principales espèces de poissons péchés dans le lac de Porto-Farina sont : le loup, la sole, la daurade, le marbré, l’anguille, le spars et les différentes variétés de mulet. On y pêche aussi quelques rougets et quelques goujons, Ces deux dernières espèces ont presque disparu depuis qu’un bras de la Medjerdah se déverse dans le lac.

Chaque espèce de poisson est pêchée a une époque différente.

Ainsi la pêche de la sole se fait en Mai et Juin ; la daurade, qui ne sort que par les fortes chaleurs, est pêchée surtout en Juin et Juillet; on-la pêche aussi beaucoup en Octobre qui est le mois de sa passe régulière.

Comme la daurade, le mulet sort au moment des fortes chaleurs ; les pêches de mulet les plus abondantes se font en Août et Septembre. Cette pêche est alors d’autant plus rémunératrice que les femelles portent des boutargues (oeufs) qui, une fois séchées, se vendent 5 à 6 francs le kilogramme.

L’anguille se pêche en Février, Mai et Juin et le spars en Octobre et Novembre. Enfin le loup, se pêche surtout de Décembre à fin Février.

Pour permettre l’empoissonnement du lac, le barrage qui ferme la passe est enlevé à la fin de Février et n’est rétabli qu’à la fin d’Avril.

En 1907, M. Dulucq, comptable de la pêcherie, découvrit un banc d’huîtres dans la partie sud-est du lac. Ce banc fournit une quantité considérable d’excellentes huîtres qui n’ont que le défaut d’être de forme irrégulière. Ce défaut disparaîtra lorsqu’elles seront élevées dans le parc à huîtres qu’un spécialiste, venu de France, est en train d’installer dans la passe.

Pendant les mois de Décembre, Janvier et Février, le lac est continuellement sillonné par des vols considérables de canards sauvages et de nacreuses. On peut aussi y chasser le flamant, le héron, l’aigrette, la mouette, l’hirondelle de mer, etc..

La chasse étant libre sur le lac, les nemrods, qui ne craignent pas trop le froid, peuvent s’en donner à coeur joie.

Qu’il nous soit permis d’ajouter que Porto-Farina, digne d’un meilleur sort, grâce à ses pêcheries, à ses chasses abondantes et à sa population laborieuse, n’a pas perdu tout espoir de résurrection.

Il est question, comme il a été dit, d’y établir un poste de télégraphie sans fil et le projet d’y entretenir une station de torpilleurs ne paraît pas abandonné. Le pays mérite mieux qu’une visite.

Un véritable séjour s’impose. Promeneurs, chasseurs, pêcheurs, archéologues pourront y satisfaire leurs goûts.

C’est cet ensemble de ruines imposantes, cet aspect dé ville endormie sur les rives d’un beau lac entouré de montagnes verdoyantes au milieu de fertiles jardins qui donne à Porto-Farina un caractère si particulier à la fois mélancolique et attachant.

Cette petite ville, qu’elle soit aperçue dorée par le grand soleil ou baignée par les rayons argentés de la lune, m’a laissé une impression que plusieurs années d’éloignement n’ont pu atténuer. Mon but sera atteint si ces quelques lignes donnent à des voyageurs amateurs d’inédit l’heureuse inspiration de faire, loin des sentiers tracés, une visite à la cité morte de Porto-Farina. M Coye (Oise).

P. CÉZILLY.

 

(1) Un service quotidien d’autobus fonctionne entre Tunis et Porto-Farina. Le voyageur peut trouver logement et nourriture dans deux hôtels à peu près confortables. La localité est pourvue d’un bureau dos postée et des télégraphes, église, marché, école, etc.

 

 

 

 

source

Titre : Notice sur Porto Farina (Tunisie), (port corsaire et arsenal des beys) : son passé, l’esclavage / par Paul Cézilly,… ; avec une étude sur l’état actuel, par A. Canavaggio,…

Auteur : Cézilly, Paul

Auteur : Canavaggio, A.

Éditeur : impr. de Person frères (Paris)

Date d’édition : 1912

Type : monographie imprimée

Langue : Français

Format : 1 vol. (62 p.) : carte ; in-8

Droits : domaine public

Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l’homme, 8-O3I-869

Provenance : bnf.fr

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1 avril 2013

Bataille du Monte Cassino

Classé sous — milguerres @ 17 h 31 min

 

 

 

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Bataille du Monte Cassino

 Bataille du Monte Cassino cassin10

 

Le terme bataille du Monte Cassino couvre en fait une série de quatre batailles de la Seconde Guerre mondiale, livrées, autour du Monte Cassino, de janvier à mai 1944, par les Alliés contre les forces allemandes pour percer la ligne Gustave afin de faire la jonction avec les forces débarquées à Anzio et d’occuper Rome.
Durant cet épisode, des centaines de bombardiers anéantirent l’abbaye du Mont-Cassin.

Contexte et géopolitique
Après l’opération Husky (débarquement et prise de la Sicile par les Alliés) en septembre 1943, puis le débarquement enCalabre et la prise de Naples, le front d’Italie s’est enlisé. Certes les Allemands ne peuvent aligner qu’une armée réduite face aux Alliés, mais le front lui-même se réduit à la largeur de la botte italienne, qui est bien plus facile à défendre que les immensités de l’espace russe.
L’Italie a théoriquement rejoint le camp allié, mais la plupart des troupes italiennes ont été désarmées ou froidement exécutées par les Allemands, comme la division Acqui sur l’île grecque de Céphalonie2. Les Allemands ont installé une république fasciste fantoche dans le nord de la botte, la république de Salò, dirigée par Mussolini. Si les Allemands disposent de troupes moins nombreuses que les Alliés, celles-ci sont solidement retranchées sur un solide dispositif de défense couvrant toute la largeur de la péninsule italienne, qui atténue leur infériorité numérique : échelonné sur plusieurs lignes, ce dispositif est constitué par une série de fortifications plus ou moins denses, qui utilisent les sommets desApennins comme un véritable rempart. Les quelques vallées ou plaines littorales permettant les communications du sud vers le nord sont, quant à elles, entièrement minées et parsemées de réseaux de barbelés. La plus redoutable de ces rangées défensives est la ligne Gustav, qui s’appuie sur la région montagneuse des Abruzzes et dont le verrou est constitué du massif fortifié du Monte Cassino.
Le maréchal allemand Kesselring barre ainsi fermement la route de Rome aux Alliés, tandis qu’après la conférence de Téhéran, fin 1943 avec les Soviétiques, un autre front doit être ouvert en Europe occidentale. Le théâtre de laMéditerranée et des Balkans est relégué au second rang, au grand dam de la Grande-Bretagne, qui a bien du mal à influer sur le cours des événements entre les deux grandes superpuissances : l’Union soviétique et les États-Unis.

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Du point de vue géopolitique, Winston Churchill voulait contrer directement et immédiatement l’avancée soviétique déjà amorcée dans les Balkans. Du point de vue militaire, la topographie montagneuse de la région favorise la défense et les combats auraient été très coûteux. Mais, après la campagne d’Afrique du Nord, les États-Unis mènent de plus en plus les affaires militaires par la valeur relative de leurs engagements, et l’URSS n’a aucun intérêt à voir ses ambitions en Méditerranée contrariées. Pour ces deux puissances, le débarquement en Sicile n’est que le préambule à la campagne d’Italie, qui elle-même n’est que le prélude à l’opération Overlord (nom anglo-saxon de la bataille de Normandie débutant par le débarquement en Normandie), en attendant que le renforcement en matériel et troupes destinés à cette dernière soit prêt en Grande-Bretagne.
Début 1944, les Alliés ont donc finalement choisi la Normandie comme axe d’attaque principal, et le gros de leurs efforts se concentre sur la préparation de cette opération gigantesque. Dans ces conditions, les opérations alliées en Italie n’ont pas la priorité. De plus, les Allemands ne semblent pas prêts à abandonner Rome sans en faire payer le prix fort.

Chronologie
Janvier – mars 1944 : échec des attaques frontales anglo-américaines sur Cassino
Les Alliés veulent rompre la ligne Gustav pour pouvoir atteindre Rome, tandis que les Allemands essayent de freiner au maximum l’avance alliée. Le général Eisenhower, commandant suprême des forces alliées, le général Clark de la Ve armée américaine, et le général Leese de la VIIIe armée britannique, sont opposés au feld-maréchal Albert Kesselring, commandant en chef, et au général Heinrich von Vietinghoff, commandant de la Xe armée allemande.
Kesselring va définir la situation de la bataille autour du mont en tenant une coupe de vin d’Asti en présence de ses officiers : « Les Anglo-Américains et leurs alliés français occupent le fond de ce verre. Et nous, nous sommes assis sur le bord ! »
Les Alliés engagent à l’origine une division blindée et six divisions d’infanterie, puis, par la suite, trois divisions blindées et treize divisions d’infanterie, soit 300 000 hommes. Les Allemands ont au début quatre divisions de Panzers et cinq divisions d’infanterie, auxquelles s’ajoutent par la suite une division de Panzergrenadiere et cinq divisions d’infanterie, soit 100 000 hommes.
Il faut quatre opérations aux Alliés pour qu’ils parviennent à s’emparer du Monte Cassino et de son monastère, pour dégager la vallée du Liri, seule voie pour prendre Rome. La hauteur sur laquelle se trouve le monastère (516 mètres) est la clef du dispositif défensif allemand. Elle surplombe la ville de Cassino, ainsi que la route nationale, et domine les vallées du Rapido au sud-est et du Liri au sud-ouest. Durant trois mois, le général Von Senger und Etterlin renforce ses défenses. La première division parachutiste d’élite des Fallschirmjägersoutenue par des bataillons d’infanterie et le 14e Panzerkorps sont chargés de sa défense.
Au début du mois de janvier, les Alliés lancent une succession de raids de 3 000 bombardiers contre les voies de communication allemandes. Le 15 janvier 1944, le 2e corps américain du général Keyes prend le mont Trocchio avec le soutien du corps expéditionnaire français (CEF). Cette unité française, composée essentiellement de troupes de l’Armée d’Afrique et commandée par le général Alphonse Juin, est en effet engagée sur le front d’Italie aux côtés des Américains depuis le mois de décembre 1943.

 

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Le 17 janvier 1944 commence la première bataille du Monte Cassino. Initialement, le plan prévoyait que le CEF opère une attaque de diversion visant à déborder Cassino par la montagne, au nord-est, en atteignant Atina par le mont Santa Croce et le Carella ; tandis que le 2e corps américain, avec une partie de la 1re division de chars, marche sur les villes de Cassino et de Sant’Angelo, et que le 10e corps britannique progresse vers Minturno. Toutes ces opérations doivent préparer l’opération Shingle, qui consiste en un débarquement à Anzio-Nettuno, prévu pour le 22 janvier 1944, sur les arrières du flanc droit de la ligne Gustav. Lors de la première phase des opérations, le 10e corps britannique du général McCreery parvient à franchir le fleuve Garigliano, près de son embouchure. Il arrive le 19 janvier près de Castelforte. À partir du 20 janvier, les Allemands lancent des contre-attaques qui sont repoussées au bout de douze jours. Dans une seconde phase, le 2e corps américain du général Keyes lance la 36e division contre Sant’Angelo, appuyée par la 34edivision qui attaque Cassino. La tentative de franchissement du fleuve Rapido par la 36e division échoue toutefois le 20 janvier 1944. La 34e division réussit presque à prendre Cassino et le monastère : ils approchent à 300 mètres seulement de l’objectif. Lorsque la 4e division indienne vient relever les Américains, la division ne compte plus que 840 hommes sur les 3 200 présents au début de l’attaque.
Au début du mois de février, les Allemands ont reconquis la majeure partie du terrain perdu. Le 6 février 1944, la 36e division américaine est relevée par la 2e division néo-zélandaise. Les troupes débarquées à Anzio sont, quant à elles, immobilisées par les forces allemandes.

 

 

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Soldats italiens

 

De son côté, si le CEF n’a pu s’emparer du mont Santa Croce et du Carella, faute de réserves, il a enregistré de nombreux succès sur un terrain escarpé particulièrement difficile : la prise de La Selva, de la Costa San Pietro (1 450 mètres d’altitude), d’Acquafondata et de la Monna Casale (dont les deux sommets jumeaux culminent à 1 220 et 1 225 mètres) ont constitué souvent autant d’exploits sportifs que militaires. En deux mois, la 2e DIM puis la 3e division d’infanterie algérienne (3e DIA), appuyées par deux groupements de tabors marocains (GTM), ont obtenu des résultats significatifs : une avance de plus de 15 kilomètres à certains endroits en pays montagneux, la capture de 1 200 prisonniers, la mise hors de combat d’une division allemande en entier. Au cours de l’offensive de janvier 1944, les tirailleurs nord-africains ont été les seuls à menacer sérieusement la ligne Gustav, réussissant même à la rompre au Belvédère lors de l’incroyable assaut du 4e régiment de tirailleurs tunisiens (4e RTT). Plus tard, dans ses mémoires, le général de Gaulle écrira que lors de cette bataille, « le 4e régiment de tirailleurs tunisiens accomplit un des faits d’armes les plus brillants de la guerre au prix de pertes énormes »3. Mais ces opérations sur le flanc nord-est de Cassino ne constituent pas la priorité de l’état-major anglo-américain, qui persiste à vouloir enfoncer le verrou du Monte Cassino par une attaque frontale.
Du 15 au 18 février 1944 se déroule ainsi la deuxième bataille du Monte Cassino. La 4e division indienne et la 2e division néo-zélandaise se préparent à prendre d’assaut le Monte Cassino, en passant par la crête de la Tête de Serpent, et à s’emparer également de la gare du chemin de fer de Cassino. Le 15 février 1944, le commandement allié ordonne le bombardement du monastère du Monte Cassino. 224 appareils larguent 420 tonnes de bombes qui rasent le monastère : les Alliés pensaient que des observateurs allemands se trouvaient sur les toits, ce qui était faux. La destruction du monastère permet toutefois aux Allemands d’en faire une véritable forteresse. L’attaque terrestre est déclenchée le 16 février. Les Néo-Zélandais prennent la gare de Cassino, mais doivent peu après s’en retirer. Le 17 février, la 78e division britannique se joint au corps néo-zélandais, mais le lendemain, l’opération est suspendue. Le mauvais temps neutralise les mouvements durant 3 semaines. Du 14 au 22 mars, la bataille reprend. Le général néo-zélandais Freyberg attaque en direction du sud, le long des deux rives du fleuve Rapido, après des bombardements intensifs. Les Alliés veulent s’emparer de la ville de Cassino, mais après 6 jours de combat, le corps néo-zélandais est obligé de se retirer. La situation s’enlise et la propagande allemande s’en donne à cœur joie : sur les murs de l’Europe occupée une affiche compare l’avancée des armées alliées en Italie à celle d’un escargot !
Mai 1944 : succès de la manœuvre française de débordement au sud de Cassino (bataille du Garigliano, opération Diadem)
Du 11 au 19 mai ont lieu simultanément les troisième et quatrième batailles du Monte Cassino : la bataille des Français et celle des Polonais.
Au printemps 1944, les Alliés opèrent un repositionnement de leurs unités en vue de leur nouvelle offensive. La VIIIe armée britannique et le Corps expéditionnaire français sont ainsi redéployés en secret. L’offensive alliée qui se prépare s’appuie sur les plans audacieux du général Juin, qui a réussi à imposer ses vues à l’état-major anglo-américain. Juin veut éviter toute nouvelle attaque frontale contre Monte Cassino, dont les défenses ont été encore renforcées et d’où les troupes allemandes d’élite paraissent impossibles à déloger. C’est au contraire par la montagne, là où l’ennemi ne s’y attend pas, qu’il faut porter l’effort principal : à travers les monts Aurunci, à 25 kilomètres au sud-ouest de Cassino, considérés par les Allemands comme « impénétrables aux armées », .
Dans le plan d’attaque4, le plus gros effort incombait à la 8e armée qui devait tâcher de « briser les lignes de défenses ennemies dans la vallée du Liri et avancer en direction de Rome ». La 5e armée avait reçu l’ordre d’attaquer et de pénétrer dans la vallée du Liri, par les monts Aurunci, ainsi que d’opérer le long de la route côtière n° 7, pour se diriger ver Minturno.

Dans le cadre de ce plan les rôles furent distribués ainsi :
• pour la 8e armée :
• Le 2e corps polonais doit « conquérir le mont Cassin et opérer contre Piedimonte ».
• Le 13e corps britannique doit traverser le Gari et attaquer dans la vallée du Liri
• Le 1er corps canadien doit avancer par la vallée du Liri à la suite du 13e corps
• Le 10e corps britannique, ayant une tâche défensive, dans le secteur nord-est du Monte Cairo, c’est-à-dire à droite du 2e corps polonais, doit simuler sur son aile gauche une attaque en direction d’Atina.
• Pour la 5e armée :
• Le corps français doit opérer contre la massif des monts Aurunci et ensuite sur le cours supérieur du Liri.
• Le 2e corps américain doit opérer le long de la route côtière n° 7.

Ce plan doit permettre de couper les positions arrières de l’ennemi, enveloppant ainsi toute la ligne Gustav. Pour Juin, seul le CEF est capable de mener à bien cette opération, grâce à l’aptitude au combat en montagne des tirailleurs et des goumiers du général Guillaume, ainsi que leurs trains muletiers.
Le plan prévoit une attaque du 2e corps polonais contre le monastère par le nord, tandis que le 13e corps britannique doit franchir le fleuve Rapido pour couper la route nationale et isoler la ville.
Tout en acceptant ce plan, Anglais et Américains doutent néanmoins que les Français puissent réussir à accomplir la manœuvre de débordement qui permettrait d’ouvrir enfin les portes de Rome. La date et les objectifs de cette offensive restent inconnus des Allemands, comme en témoigne l’envoi de leurs réserves vers Anzio, où ils prévoient une tentative de percée des Alliés. Une autre inconnue inquiète Kesselring : « savoir où et comment le CEF avec ses divisions entraînées pour la montagne et ses solides combattants marocains allait être engagé. »5.

L’opération de rupture de la ligne Gustav est initialement confiée à la 2e division d’infanterie marocaine (2e DIM), « le bélier du CEF » selon l’expression de Juin, qui doit s’emparer pour cette mission des monts Faito et Majo. L’offensive générale des Alliés se déclenche le soir du 11 mai 1944, à 23 heures, sur l’ensemble du front italien. Une intense préparation d’artillerie de 2 000 canons précède l’attaque. Mais dans le secteur de la 2e DIM ce bombardement n’arrose que les crêtes, sans détruire le dispositif de défense allemand (blockhaus, barbelés, mines…), qui sillonne les pentes que doivent gravir les tirailleurs marocains avant de pouvoir s’emparer des sommets. Dans les autres secteurs d’attaque du CEF, comme celui de la 4e division marocaine de montagne (4e DMM), aucune préparation d’artillerie n’a lieu. Cet assaut va s’avérer redoutable. Les régiments de la 2eDIM se lancent ainsi dans une attaque de nuit aux combats souvent confus et très meurtriers, mais la ligne Gustav tient toujours. Juin décide la reprise de l’offensive pour la nuit suivante, après une préparation d’artillerie plus importante et mieux ciblée. Très tôt dans la matinée du 13 mai, c’est la ruée des tirailleurs marocains sur les positions allemandes, ravagées par le « rouleau de feu » des canons français, qui finissent par céder. La prise du mont Majo par les troupes marocaines de la 2e DIM est saluée par un drapeau français de 30 m² hissé à son sommet (940 mètres) et visible à des kilomètres à la ronde, par les troupes du CEF comme par les Allemands..

L’exploitation est maintenant possible vers les monts Aurunci puis, plus à l’ouest, les monts Lépins. C’est la 4e DMM et les trois Groupes de Tabors Marocains, formant le corps de montagne du CEF, qui s’en chargent dès le 14 mai, à « un train d’enfer ». « Les Français avancent si rapidement, que les communiqués ne peuvent suivre leur rythme », rapporte un journaliste américain6. Suite à cet assaut des goumiers marocains dans les monts Aurunci, les Britanniques prirent l’habitude de qualifier toute attaque audacieuse de « goumisation »7. Les combattants marocains prennent par la suite le mont Fammera (1 175 mètres) et le mont Revole (1 307 mètres).
Parallèlement, le 4e régiment de spahis marocains (4e RSM) incorporé temporairement à la 3e DIA œuvre à la prise de Castelforte, sur le Garigliano, qui ouvre la route d’Ausonia dans la vallée de l’Ausente ; ce qui permet de déboucher sur la vallée du Liri, au sud-ouest de Cassino, derrière les lignes allemandes. De son côté, le 3e régiment de spahis marocains (3e RSM), mis provisoirement à la disposition de la 1re division de la France libre (1re DFL), participe au mouvement général de cette division qui s’engage dans la haute vallée du Liri via San Apollinare (6 kilomètres au sud de Cassino), en débordant également Cassino par le sud.
Tandis qu’une attaque aérienne détruit le quartier général de la Xe armée allemande, l’avancée du CEF, tant en montagne que dans les vallées, entame le dispositif défensif allemand de la ligne Gustav et facilite la progression des Britanniques et des Américains. Ces derniers atteignent ainsi rapidement Spigno, sur l’axe Minturno – Cassino. Le 17 mai 1944, Kesselring ordonne à ses troupes de laisser Cassino de côté, de crainte de se voir enveloppé par la manœuvre française. Le même jour, la route nationale est coupée par le 13e corps.

18 mai 1944 : victoire polonaise sur le Monte Cassino
Dans le même temps, les Polonais du 2e corps polonais du général Anders mènent la quatrième et ultime bataille. Ils ont commencé le 11 mai 1944 leur assaut sur le monastère, et, au terme de combats acharnés prennent le monastère du Monte Cassino qui tombe le 18.
Débarqués en Sicile en juillet 1943, 50 000 soldats du 2e corps polonais du général Władysław Anders, sous le commandement du général Eisenhower ont participé à la campagne d’Italie. Alors que la progression des Alliés était arrêtée au pied du Monte Cassino, ils prirent part de manière décisive à une bataille parmi les plus dures de toute la campagne d’Europe.
L’assaut avait été précédé de préparatifs, courts et discrets pour ne pas alerter l’adversaire : les sapeurs polonais ont aménagé, de nuit, chemins et routes pour acheminer en secret équipements et munitions le plus près possible du sommet et de l’abbaye. Ce chemin conserva longtemps son appellation de « Chemin du génie (ou des sapeurs) polonais »8.
Participèrent à la bataille la 5e Division des Confins, commandée par le général Nikodem Sulik, et la 3e Division de chasseurs des Carpates, commandée par le général Duch.

La partie sommitale, complètement à découvert, offrait peu d’abris naturels. Les Polonais s’accrochèrent néanmoins au terrain sous le feu allemand.
Mettant un terme à deux mois d’infructueux assauts alliés contre le rocher du monastère bénédictin et au prix d’énormes sacrifices, le 18 mai 1944 à 10 h 20, les soldats polonais du général Anders eurent l’honneur de hisser sur les ruines du monastère du Monte Cassino, le drapeau du 12e régiment de lanciers Podolski, faute de drapeau national polonais disponible. Un clairon fit sonner le hejnal mariacki, la mélodie jouée chaque heure à la Basilique Sainte-Marie de Cracovie. Un chant polonais intitulé Les Coquelicots rouges du Mont Cassin dit que « là-bas », au Monte Cassino, les coquelicots seront toujours plus rouges car ils se sont abreuvés du sang des Polonais. La victoire était chèrement acquise, mais la route de Rome était ouverte.

Les pertes polonaises s’élevèrent à :
• tués : 72 officiers, 788 sous-officiers et hommes de troupe ;
• blessés : 204 officiers, 2 618 sous-officiers et hommes de troupe ;
• disparus : 5 officiers, 97 hommes de troupe.

Le 18 mai 2004, le Pape Jean-Paul II dit dans un discours s’adressant au Président de la République polonaise :
« Chaque Polonais se souvient avec orgueil de cette bataille qui, grâce à l’héroïsme de l’armée commandée par le général Anders, ouvrit aux Alliés la route de la libération de l’Italie et de la défaite des envahisseurs nazis. Au cimetière militaire du Monte Cassino, se trouvent des tombes surmontées de croix latines et grecques, ainsi que des pierres tombales portant l’étoile de David. Là-bas reposent les héros tombés au feu, unis par l’idéal de lutter pour « votre liberté et pour la nôtre », qui inclut non seulement l’amour pour sa propre patrie, mais également la sollicitude pour l’indépendance politique et spirituelle d’autres nations. »

Bilan
Les Alliés ont perdu environ 115 000 hommes (tués et blessés). Les Français, ou plus précisément les goumiers marocains et lestirailleurs tunisiens subirent des pertes effroyables. Les Allemands perdirent 60 000 hommes. Le 19 mai, Kesselring écrit « Les Français et surtout les Marocains ont combattu avec furie et exploité chaque succès en concentrant immédiatement toutes les forces disponibles sur les points qui faiblissaient »9.

Le 20 mai, les Allemands – qui battent en retraite – voient leur situation s’aggraver : le 23, la percée des troupes alliées les encercle dans Anzio. Le 25 mai Piedimonte, extémité est de la Ligne Hitler, est pris par les Polonais. Le 26 mai, spahis et tirailleurs marocains s’emparent de la ville de Pastena, tandis que la 3e DIA occupe la localité de San Giovanni, après une lutte très violente et le plus grand combat de chars de la campagne d’Italie, au cours duquel se sont illustrés les tankistes français. La bataille du Garigliano est terminée, l’ensemble des monts Aurunci est alors aux mains de l’armée française, qui a réussi où ses alliés avaient échoué durant des mois : faire sauter le verrou de Cassino et ouvrir la route de Rome. Le 4 juin 1944, la capitale italienne est libérée. Le colonel allemand Böhmler, l’un des défenseurs de Cassino, confie dans ses mémoires : « La grande surprise fut l’attitude au combat du Corps expéditionnaire français. C’est Juin qui, en s’emparant du mont Majo et en faisant irruption dans la vallée du Liri, a réduit en miettes la porte de Rome. ». Le 29 mai, Kesselring note dans son rapport quotidien : « Spécialement remarquable est la grande aptitude tout terrain des troupes marocaines, qui franchissent même les terrains réputés impraticables, avec leurs armes lourdes chargées sur des mulets, et qui essaient toujours de déborder nos positions par des manœuvres et de percer par derrière »10. La plupart des analystes militaires considèrent la manœuvre des goumiers comme la victoire critique qui a finalement ouvert la route de Rome aux alliés11.

Après la libération de Rome, les Alliés continuent leur avancée en direction du nord de l’Italie avant de s’embourber de nouveau, au cours de l’automne 1944, face à une nouvelle ligne de défense allemande, la ligne gothique, au nord du fleuve Arno. Auparavant, plusieurs de leurs unités, dont celles du CEF, sont retirées d’Italie durant l’été pour participer à l’opération Anvil : le débarquement allié qui se prépare en Provence, programmé le 15 août 1944. Celui-ci constitue le deuxième acte de la priorité stratégique anglo-américaine définie en 1943 pour le front Ouest, après le débarquement du 6 juin 1944. Malgré l’intensité des combats pour s’emparer de Cassino, le courage et les sacrifices des troupes alliées engagées dans cette bataille, les exploits de l’armée française permettant une libération de Rome fort prometteuse, la campagne d’Italie reste donc reléguée à un rôle secondaire : « L’une des tragédies de la campagne d’Italie fut que le triomphe des armées alliées coïncida avec le début du débarquement en Normandie »12. Suite au retrait du CEF d’Italie, le général Clarke dans une lettre au général Juin soulignera « combien la part vitale prise par les troupes françaises de la Ve Armée pendant toute la campagne d’Italie contre l’ennemi commun a été universellement reconnue. »13.

Crimes de guerre et polémique après la bataille
Les accusations

Les Goumiers du Corps expéditionnaire français ont été accusés de nombreux crimes de guerre qui auraient été perpétrés au cours de cette campagne, notamment dans les environs de la région de la Ciociarie. Destruction de villages, vols et violences, mais surtout viols de masse (et assassinat de ceux qui essayaient de s’interposer)14 se seraient multiplié autour du Monte Cassino. Si en 1950, l’Union des Femmes Italiennes, organisation communiste féminine, parle d’environ 12 000 victimes15 et tente d’obtenir des indemnités pour celles-ci16, un rapport du sénat italien de 1996 fait état de 2 000 femmes violées, de 700 hommes tués17.
Ces viols commis autour de Montecassino sont mis en relief pour leur gravité et pour le nombre de victimes : perpétrés en deux jours seulement, ils sont comparables en intensité à d’autres épisodes similaires, notamment les crimes soviétiques lors de la bataille de Berlin.
De ces événements viennent les expressions populaires italiennes « marocchinate » (littéralement « marocanisés », dans le sens de « violé(e)s par des Marocains »18) et « marocchinare » (« marocaniser »). Ces événements servent de toile à un roman d’Alberto Moravia, La Ciociara, adapté en film par Vittorio de Sica : La Paysanne aux pieds nus.
Les archives et les travaux d’historiens
Les archives du S.H.A.T19. établies à partir de documents émanant du QG de la Ve armée américaine, où furent enregistrées les plaintes des victimes ou des parents des victimes, font état de 160 informations judiciaires concernant 360 individus. Il y eut 125 condamnations pour des affaires de viol, 12 pour attentats à la pudeur et 17 pour homicide volontaire. Les affaires les plus graves furent selon ces archives commises du 29 au 31 mai.
À titre de comparaison, l’historien américain J. Robert Tilly dans son ouvrage La Face cachée des GIs, rend compte de 379 dossiers archivés, de 879 cas dénombrés officiellement, et extrapolant sur ces bases pour tenir compte des affaires n’ayant jamais donné lieu à des plaintes, estime que plus de 17 000 viols auraient été commis par les GIs pendant les campagnes de France et d’Allemagne entre 1942 et 194520. Les viols commis par l’Armée soviétique sont quant à eux estimés à plus de deux millions en 1944-1945 (dont 100 000 pendant la seule bataille de Berlin, cf. l’ouvrage Une femme à Berlin)21.
L’historien Jean-Christophe Notin22 apporte d’autres explications :
• sorte de « coupables passe-partout », les Marocains sont loin d’avoir été les auteurs de toutes les atrocités de cette campagne. Certains journalistes anglais ont reconnu que les seuls incidents dont ils se souviennent n’impliquèrent pas des Marocains, mais des GI’s23. Une enquête de 1946 constatera que le gouvernement italien versait 15 000 liresau plaignant à chaque dépôt de plainte, ce qui aurait pu encourager certaines dérives ;
• selon le général Guillaume, la campagne de dénigrement est probablement née dans les milieux diplomatiques de l’Axe en poste dans les pays neutres ;
• le Reich avait également tout intérêt à diffuser les pires rumeurs sur le Corps expéditionnaire français. Une grande partie des prisonniers allemands se sont déclarés surpris du bon traitement accordé par les Français après tout ce que leurs chefs leur avaient dit sur la cruauté des Alliés. En mettant au pilori les Marocains, les Allemands auraient également tenté de leur faire endosser la responsabilité d’une partie de leurs propres crimes. De nombreux villages ont été massacrés par des éléments de la Wehrmacht ;
• pour les Italiens, faire passer les nouveaux conquérants pour les pires démons permet sans doute d’effacer une part de l’humiliation nationale et de la déchéance du fascisme.
Jean-Claude Notin conclut « que les regrettables exactions avérées, débarrassées des élucubrations de ceux qui ont voulu faire porter aux Marocains le chapeau de leurs propres turpitudes, ne fassent toutefois jamais oublier que ce même idéal guerrier les fera libérer la France et conquérir le Reich. »

Notes et références
1. ↑ (it) Gli Uomini della RSI : EDOARDO SALA [archive]
2. ↑ (fr) La tragédie de Céphalonie [archive]
3. ↑ Charles de Gaulle, Mémoires de guerre. L’unité. 1942-1944, vol. II, éd. Plon, Paris, 1960, p. 267
4. ↑ Mémoires du général Anders, op. cit. p.252
5. ↑ « Kesselring’s answers to questionnaire events in the Italian campaign » cité dans Jean-Christophe Notin, La campagne d’Italie. Les victoires oubliées de la France (1943-1945), éd. Perrin, 2002, p.378
6. ↑ Un correspondant de guerre américain remarque : « Les Français ont une haine froide, implacable de l’ennemi qui est presque effrayante ; ils sont guidés par un tel désir féroce [...] de regagner leur honneur qu’on sait qu’ils ne seront arrêtés que par la mort, et que, dans la victoire, ils ne montreront aucune merci. [...] Ils avancent si rapidement que les communiqués ne peuvent suivre leur rythme. » Voir François Broche, Georges Caïtucoli et Jean-François Muracciole (dir.), La France au combat, Paris, Perrin, SCÉRÉN-CNDP, 2007, seconde époque, première partie, p.197 : « Vers la Libération (juin 1943-mai 1944) », chapitre 3 : « Le corps expéditionnaire français en Italie »
7. ↑ « In the widely seen British television documentary The « World at War », the work of the Tabors was also lauded. A british officer commented that after Diadem the Goums were held in awe, and British troops would often refer to any particulat audacious attack as « gouming it » « , Edward L. Bimberg, The morocaan goums, Greenwood press, 1999, p.68
8. ↑ Tiré des mémoires du général Anders, le vainqueur de Monte Cassino, op. cit.
9. ↑ Georges Spillmann, Souvenirs d’un colonialiste, Presses de la cité, 1968, p.171
10. ↑ Pierre Le Goyet, La participation française à la campagne d’Italie, 1943-1944Impr. nationale, 1969, p.182
11. ↑ « Most military analysts consider the Goumiers’ manœuvre as the critical victory that finally opened the way to Rome » — Edward Bimberg, The Moroccan Goums: Tribal Warriors in a Modern War [archive], Greenwood Press, 1999 (ISBN 0-3133-0913-2)
12. ↑ général W.G.F. Jackson, officier d’État-Major du général Alexander
13. ↑ Général Juin, Mémoires du général Juin, Fayard, 1959, vol. 1, p. 355.
14. ↑ (en) Massacres and Atrocities of World War II [archive]
15. ↑ (fr) Le corps expéditionnaire français en Italie [archive] – Cairn.info, 2007
16. ↑ (it) Seduta notturna di lunedì 7 aprile 1952 [archive] – Site de la Chambre des députés italienne, séance du 7 avril 1952 [PDF]
17. ↑ (it) Norme in favore delle vittime di violenze carnali in tempo di guerra [archive] – (« Mesures en faveur des victimes de viols en temps de guerre »), site du Sénat italien, Acte no 1081 du 25 juillet 1996[PDF]
18. ↑ La Stampa, « Guerra mondiale al centro di nueve ricerche – La ciociara e le altre [archive] », 25 novembre 2002. Consulté le 26 novembre 2009
19. ↑ cote 10P11
20. ↑ (de) Sebastian Ullrich: Rezension zu: Lilly, J. Robert: La Face cachée des GIs. Les Viols commis par des Soldats Américains en France, Angleterre et en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale 1942-1945, Paris, 2003. In: H-Soz-u-Kult, 10 décembre 2003, sur hsozkult.geschichte.hu-berlin.de [archive].
21. ↑ (en) « They raped every German female from eight to 80 », The Guardian [archive]
22. ↑ Jean-Christophe Notin, La campagne d’Italie. Les victoires oubliées de la France (1943-1945), éd. Perrin, 2002, 629 pages (ISBN 2-2620-1734-4 et 978-2-2620-1734-7)
23. ↑ « le seul incident dont je me souvienne n’impliqua pas les Marocains aux cagoules mais des GI’s » – Marsland Gander, After these Many quests, MacDonald, 1949

 

 

 

 

Commentaire : commandoair40" http://militaires-d-hier.forumgratuit.org/t4486-bataille-du-monte-cassino#31371
Dure Bataille ..............que de morts pour un si petit morceau de terre .
Viols ...................qui osera jeter la première pierre .
D'après certaines personnes , les premiers au HIT PARADE ..........sont les RUSSES (plein de haine et de vodka , ont même violés des cadavre de femmes Allemandes )
Les US sont les deuxième .............le chemin est long ............Angleterre ..........France ..........Allemagne ; a leur arrivée les chiffre du nombre de viols augmentaient en flèche et ce dans chaque pays cités ci-devant , de plus les noirs , comme nos marocains , avaient bon dos .( Le racisme Allemand et Américain)
J'en arrête là .
Ceci hélas est un fait de notre Histoire

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 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

 

 

 

30 mars 2013

Une histoire, la Tunisie et la France

Classé sous — milguerres @ 23 h 17 min

 

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La Tunisie au gré des conflits

 

 

Une histoire, la Tunisie et la France 

TUN.gif (10151 bytes)              Une histoire, la Tunisie et la France  171209

Choses et gens de la vie : Dictionnaire illustré de la Tunisie par Paul Lambert – 1912

 

 

 

 

 

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La Tunisie au gré des conflits

26 mars 2013

Les soldats oubliés de la Seconde Guerre Mondiale

Classé sous — milguerres @ 21 h 30 min

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Les soldats oubliés de la Seconde Guerre Mondiale

1944-1945. Les libérations de l’Italie, de la Provence, des Alpes , de la vallée du Rhône , des Vosges , de l’Alsace on été essentielles à la victoire des Alliés …. Et à la place que la France a pu prendre en leur sein après l’armistice.

Les Articles qui suivent sont consacrés à ses Indigènes , un hommage merité à des hommes trop souvent oubliés…

Armée d’Afrique : Unités recrutées en Afrique du Nord

Goum : Un Goum est une unité de soldats marocains de l’armée française forte de près de 200 militaires ou goumiers .

Spahi : Cavalier des corps auxiliaires indigènes de l’armée française recrutée en Afrique du Nord.

Tirailleurs : Contingents de soldats indigènes recrutés dans les nouvelles colonies de la IIIème République , notamment en Afrique occidentale française ( A-OF) et en 
Afrique équatoriale française ( A-Ef )

Troupes coloniales : Au sens large troupe servant dans les Territoires d’Outre-Mer et sur d’autres théâtres lors des deux guerres mondiales .

Les coloniaux hormis les métropolitains de l’infanterie marine sont recrutés principalement en afrique mais aussi en Indochine et même des volontaires venant des antilles sont engagés dans les forces françaises libres ! 

BTS : Bataillon de tirailleurs sénégalais 

BMA : Bataillon de marche antillais

BFM : Bataillon de fusiliers marins

RTA : Régiment de tirailleurs algériens

RTT 
: Régiment de tirailleurs tunisiens 

RTM : Régiment de tirailleurs marocains 

DFL : Division française libre

DI : Division d’infanterie

DIA : Division d’infanterie algérienne 

DIC : Division d’infanterie coloniale

DIM : Division d’infanterie marocaine

DINA : Division d’infanterie nord africaine

DMI : Division de marche d’infanterie

DMI : Division motorisée d’infanterie

DMM : Division marocaine de montagne 

EM : Etat-Major

CA : Corps d’armée

CEF : Corps expeditionnaire français

CEFI : Corps expeditionnaire français en Italie

Cie : compagnie

BCM : bureau central militaire

BCP : Bataillon de chasseurs à pied

DCA
 :Défense contre avions

Des victoires africaines

Les premières victoires de la France Libre sont en partie dues aux forces indigènes .
Le 1er Mars 1941 , le colonel Philippe Leclerc s’empare de l’oasis de Koufra, en Libye située à 1000 Killomères de ses bases. La garnison Italienne est défaite . En tout 400 soldats, 150 Européens et 250 africains . Des tirailleurs sénégalais recrutés principalement dans le pays Sara , forment le gros des fantassins . Cette victoire est saluée avec enthousiasme dans tous les territoires de l’Empire ralliés à la France Libre . Comme annoncé par la BBC , le premier acte offensif mené contre l’ennemi par des forces français partant de territoires français , aux ordres d’un commandement uniquement français, est une : » victoire africaine » .

Avec cette armée disposant d’un pauvre matériel , Leclercl continue à harceler les postes italiens du Fezzan et effecture la jonction avec la 8ème armée britannique de Montgomery le 23 Janvier 1943 . Ainsi renforcée la colonne de Leclerc prend le nom de : » Force L » , se bat contre les Allemands dans le sud tunisien et victorieuse , défile à Tunis le 20 Mai 1943.

Equipée finalement de Materiel americain , la Force L devient le 24 Août 1943, la 2ème division blindées ( 2ème DB ) . Ses effectifs atteignent alors 14 000 homme .

Aux côtés de Corses, d’Alsaciens , d’évadés de France, d’anciens républicains espagnoles, se tiennnent quelques 3600 soldats indigènes provenant d’Afrique Noire , d’Afrique du Nord et du Moyent-Orient témoignant ainsi de la contribution à l’effort de Guerre de l’Empire .

Les soldats oubliés de la Seconde Guerre Mondiale spahis

source : http://militaires-d-hier.forumgratuit.org/t174-les-soldats-oublies-de-la-seconde-guerre-mondiale

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16 janvier 2013

PRESENTATION DE L’ARMEE FRANCAISE 2ème partie 1934

Classé sous — milguerres @ 9 h 37 min

 

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PRESENTATION DE L’ARMEE FRANCAISE 2ème partie

 

VOIR : Première Partie : La composition des Armées à partir de 1914

source :http://www.atf40.fr/ATF40/documents/chapitre%201.pdf

 

…/…

B – Organisation hiérarchique du commandement militaire de l’armée de terre .
En août 1939, l’armée de terre sur le territoire métropolitain se trouve sous les ordres du chef d’état-major de la
défense nationale, le Général Maurice Gamelin. Il est lui-même aux ordres du président du Conseil et ministre de la
défense nationale, Monsieur Edouard Daladier.
Le chef des armées selon les lois constituantes de 1875 est le Président de la République. C’est Monsieur
Albert Lebrun qui est alors en poste depuis 1932.
Mais c’est en fait le Parlement qui décide de déclarer la guerre ou des options à prendre puisque le
gouvernement est responsable devant les députés et sénateurs.
35
C – L’organisation de l’armée de terre en août 1939 en métropole.
Comme nous avons pu le voir dans le premier chapitre de cette partie, l’articulation de la France métropolitaine
en dix-huit régions militaires est instituée par la loi du 24 juillet 1873.
Le 22 décembre 1913 sont créées deux régions militaires supplémentaires par réorganisation des régions
existantes. Ces régions s’articulent en subdivisions placées sous l’autorité d’un officier général.
Le corps d’armée n’existe pas en tant qu’unité constituée, c’est la région militaire qui gère les troupes placées
sur son domaine, elle est apte à mettre sur pied à la mobilisation des états-majors de corps d’armées et leurs éléments de
soutien ainsi que des troupes de réserve destinées à renforcer les grandes unités d’active.
Le 20 octobre 1919, une partie des régions se réorganise suite au retour de l’Alsace-Lorraine dans le giron
français. La région militaire de Paris est créée en 1923.
En 1935, la France métropolitaine s’ordonne en dix huit régions militaires suite à la dissolution des 10ème, 12ème
et 21ème régions militaires1. Fin août 1939, il existe vingt régions métropolitaines comprenant en globalité deux sortes
de forces :
® des forces de territoire destinées à la défense du territoire métropolitain :
– vingt divisions d’infanterie :
. dix divisions d’infanterie de type nord-est,
. sept divisions d’infanterie de type nord-est motorisé,
. trois divisions d’infanterie de type montagne,
– deux brigades de défense contre avions,
– trois divisions de cavalerie mixte,
– deux divisions légères mécaniques,
– trois groupements de cavalerie,
– six brigades blindées,
– un groupement tactique d’expérience.
® des forces mobiles aptes à défendre à la fois le territoire métropolitain et les possessions
d’outre-mer :
– quatre divisions d’infanterie nord-africaine,
– quatre divisions d’infanterie coloniale,
– deux brigades de Spahis.
Chaque région militaire gère plusieurs états-majors et diverses troupes métropolitaines sur son territoire, on
peut dénombrer ainsi :
® un état-major réduit de corps d’armée et ses services,
® un état-major de division d’infanterie d’active (de type nord-est – nord-est motorisé ou de montagne),
® trois régiments d’infanterie de divers types ou demi-brigades de chasseurs à pied,
® un régiment d’artillerie de campagne (à cinq groupes),
® une compagnie mixte du train des équipages,
® un régiment de cavalerie montée, mécanisée ou une unité de cavalerie motorisée.
1 Les 10ème, 12ème et 21ème régions militaires sont dissoutes en 1935. La première est absorbée par les 4ème et 11ème régions militaires, la deuxième par
la 9ème région militaire et la troisième par les 6ème, 7ème et 20ème régions militaires. Les 10ème et 12ème régions militaires sont récréées en mai 1939 par
réorganisation des 6ème et 20ème régions militaires.
36
Il faut cependant ajouter à ces premières troupes les états-majors et les unités d’infanterie et d’artillerie des
huit divisions coloniales et nord-africaines et des cinq divisions de la cavalerie, des six brigades de chars d’infanterie,
de l’artillerie de réserve générale et de toutes les troupes de soutien, sans oublier toutes les unités de la Ligne Maginot :
® les quatre divisions coloniales
® les quatre divisions nord-africaines,
® les trois divisions de cavalerie
® les deux divisions légères mécaniques,
® les six brigades de chars de combat comprenant douze régiments de chars de combat,
® les deux brigades de Spahis,
® les douze régiments et trois demi-brigades d’infanterie des troupes de forteresse,
® les deux bataillons de chasseurs portés du « groupement tactique d’expérience »,
® toutes les unités d’artillerie servant dans la Ligne Maginot et à la réserve générale,
® les treize régiments de génie,
® les différents types de compagnies de soutien et les diverses troupes de service.
A niveau des effectifs sur le territoire métropolitain, l’état-major de l’armée de terre se renforce depuis 1935 et
voit ses effectifs augmenter d’années et années. Les troupes de l’empire colonial sont en renfort conséquent car elles
représentent près du dixième des troupes basées en métropole.
1935 1936 1937 1938 1939
– Sous-officiers et
hommes de troupe
français appelés
208 222 268 197 281 431 276 408 289 528
– Sous-officiers et
hommes de troupe
français A.D.L
71 960 69 418 83 345 86 479 89 979
– Sous-officiers et
hommes de troupe
indigènes
49 278 44 424 48 761 52 776 58 948
– Officiers 20 502 21 130 22 314 22 426 23 569
Total 349 962 403 169 435 851 438 089 462 024
37
1 – Répartition des régions militaires métropolitaines.
® 1ère Région militaire : Lille
( E.M : 1ère D.I.M)
– Nord
– Pas de Calais
® 3ème Région militaire : Rouen
(E.M : 5ème D.I.M)
– Calvados
– Eure
– Seine inférieure
® 5ème Région militaire : Orléans
(E.M : 9ème D.I.M + 1ère D.C)
– Cher
– Loiret
– Loir et Cher
– Nièvre
® 7ème Région militaire : Besançon
(E.M : 13ème et 14ème D.I)
– Doubs
– Haute – Marne (Partie)
– Haute – Saône
– Haut – Rhin
– Jura
– Territoire de Belfort
® 9ème Région militaire : Tours
(E.M : 23ème D.I + 3ème D.I.N.A + 5ème B.B)
– Deux Sèvres
– Indre
– Indre et Loire
– Maine et Loire
– Vienne
® 11ème Région militaire : Nantes
(E.M : 21ème D.I)
– Finistère
– Loire inférieure
– Morbihan
– Vendée
® 13ème Région militaire : Clermont-Ferrand
(E.M : 25ème D.I.M)
– Allier
– Cantal
– Corrèze (Partie)
– Creuse
® 2ème Région militaire : Amiens
(E.M : 3ème D.I.M + 1ère B.S + 3ème G.C)
– Aisne
– Ardennes (Partie)
– Oise
– Somme
® 4ème Région militaire : Le Mans
(E.M : 19ème D.I)
– Eure et Loir
– Mayenne
– Orne
– Sarthe
® 6ème Région militaire : Metz
(E.M : 42ème D.I + 2ème D.I.N.A + 3ème B.B + 1er G.C)
– Meurthe et Moselle (Partie)
– Moselle (Partie)
® 8ème Région militaire : Dijon
(E.M : 15ème D.I.M + 32ème B.D.C.A)
– Aube
– Côte d’Or
– Yonne
– Saône et Loire
® 10ème Région militaire : Strasbourg
(E.M : 43ème D.I)
– Bas – Rhin
– Vosges
® 12ème Région militaire : Reims
(E.M : 12ème D.I.M + 1ère D.L.M + 6ème B.B)
– Marne
– Meuse
® 14ème Région militaire : Lyon
(E.M : 27ème D.I.A + 1ère D.I.N.A + 2ème B.S
+ 1ère B.B)
– Ain
– Drôme
– Hautes – Alpes
38
– Haute – Loire
– Loire
– Puy de Dôme
® 15ème Région militaire : Marseille
(E.M : 29ème D.I.A + 2ème D.I.C + 2ème G.C)
– Alpes Maritimes
– Ardèche
– Basses – Alpes
– Bouches du Rhône
– Corse
– Gard
– Var
– Vaucluse
® 17ème Région militaire : Toulouse
(E.M : 4ème D.I.C)
– Ariège
– Haute Garonne
– Gers
– Lot
– Lot et Garonne
– Tarn et Garonne
® 20ème Région militaire : Nancy
(E.M : 11ème D.I + 4ème D.I.N.A + 2ème D.C + 2ème B.B
+ G.T.E)
– Haute – Marne (Partie)
– Meurthe et Moselle (Partie)
– Moselle (Partie)
– Haute – Savoie
– Isère
– Rhône
– Savoie
® 16ème Région militaire : Montpellier
(E.M : 31ème D.I.A)
– Aude
– Aveyron
– Hérault
– Lozère
– Pyrénées Orientales
– Tarn
® 18ème Région militaire : Bordeaux
(E.M : 36ème D.I + 1ère D.I.C)
– Charente Inférieure
– Gironde
– Landes
– Basses Pyrénées
– Hautes Pyrénées
® Région militaire de Paris : Paris
(E.M : 10ème D.I + 3ème D.I.C +2ème D.L.M + B.T + 3ème
D.C + 4ème B.B + 31ème B.D.C.A + B.C.F)
– Seine
– Seine et Marne
– Seine et Oise
Sans rentrer dans les détails de son fonctionnement, on peut rattacher à l’organisation de l’armée de terre, le
corps de la gendarmerie nationale qui regroupe en France métropolitaine :
® Gendarmerie départementale :
– vingt et une légions métropolitaines,
– une compagnie autonome de la Corse.
® Garde républicaine mobile :
– quatorze légions métropolitaines,
– un groupe spécial blindé (Versailles-Satory)1.
® Garde républicaine :
– une légion de la garde républicaine à Paris.
1 Le groupe spécial blindé est une unité composée d’un escadron d’automitrailleuses (onze automitrailleuses de combat P16), d’un escadron de chars
légers (dix neuf chars légers FT) et d’une escorte motocycliste de la Présidence de la république).
39
2 – Les commandants de régions militaires.
® 1ère Région militaire : Général de corps d’armée Sicard
® 2ème Région militaire : Général de corps d’armée Corap
® 3ème Région militaire : Général de corps d’armée Fornel de la Laurencie
® 4ème Région militaire : Général de corps d’armée Boris
® 5ème Région militaire : Général de corps d’armée Bloch
® 6ème Région militaire : Général de corps d’armée Loizeau
® 7ème Région militaire : Général de corps d’armée Champon
® 8ème Région militaire : Général de corps d’armée Gransard
® 9ème Région militaire : Général de corps d’armée Laure
® 10ème Région militaire : Général de corps d’armée Frère
® 11ème Région militaire : Général de corps d’armée Martin
® 12ème Région militaire : Général de corps d’armée Flavigny
® 13ème Région militaire : Général de corps d’armée Misserey
® 14ème Région militaire : Général de corps d’armée Touchon
® 15ème Région militaire : Général de corps d’armée Olry
® 16ème Région militaire : Général de corps d’armée Falgade
® 17ème Région militaire : Général de corps d’armée Noël
® 18ème Région militaire : Général de corps d’armée Rochard
® 20ème Région militaire : Général de corps d’armée Hubert
® Région militaire de Paris : Général de corps d’armée Montagne
40
3 – Les forces de défense du territoire métropolitain.
Ces forces militaires métropolitaines d’infanterie destinées à la sauvegarde du territoire national ne peuvent
quitter la métropole.
Elles comprennent dans une large proportion des troupes métropolitaines, mais on trouve soit des régiments
coloniaux, soit des régiments nord-africains dans les corps divisionnaires. Ceci est la conséquence de la réduction du
service militaire et de la dénatalité.
a – Les unités d’infanterie, d’artillerie et de génie.
La loi du 13 juillet 1927, sur l’organisation générale de l’armée et la loi des cadres et effectifs du 28 mars
1928, fixent le nombre des divisions d’infanterie métropolitaines à vingt
Ces dernières sont considérées comme des forces de territoire affectées à la défense du sol métropolitain.
Ces grandes unités d’infanterie sont de trois types, voyons tout d’abord les dix divisions d’infanterie de type
« nord-est » :
® 10ème division d’infanterie : Paris Général Sisteron
– 5ème régiment d’infanterie : Courbevoie
– 24ème régiment d’infanterie : Paris
– 46ème régiment d’infanterie : Paris
– 32ème régiment d’artillerie divisionnaire : Paris
® 11ème division d’infanterie : Nancy Général Arlabosse
– 26ème régiment d’infanterie : Jarville la Malgrange
– 170ème régiment d’infanterie : Epinal
– 1ère demi-brigade de Chasseurs à pied1 : Sarrebourg
– 8ème régiment d’artillerie divisionnaire : Nancy
® 13ème division d’infanterie : Besançon Général Desmazes
– 21ème régiment d’infanterie : Chaumont
– 60ème régiment d’infanterie : Lons le Saunier
– 8ème régiment de tirailleurs marocains : Belfort
– 28ème régiment d’artillerie divisionnaire : Chaumont
® 14ème division d’infanterie : Colmar Général Bouffet
– 35ème régiment d’infanterie : Belfort
– 152ème régiment d’infanterie : Chaumont
– 3ème demi-brigade de Chasseurs à pied 2 : Belfort
– 4ème régiment d’artillerie divisionnaire : Colmar
® 19ème division d’infanterie : Rennes Général d’Arbonneau
– 41ème régiment d’infanterie : Rennes
– 71ème régiment d’infanterie : Mamers
– 117ème régiment d’infanterie : Le Mans
– 10ème régiment d’artillerie divisionnaire : Rennes
1 La 1er demi-brigade de chasseurs à pied est composée des 8ème, 16ème et 30ème bataillons de chasseurs à pied.
2 La 3ème demi-brigade de chasseurs à pied est composée des 2ème, 4ème et 31ème bataillons de chasseurs à pied.
41
® 21ème division d’infanterie : Nantes Général Pigeaud
– 48ème régiment d’infanterie : Fontenay le Comte
– 65ème régiment d’infanterie : Nantes
– 137ème régiment d’infanterie : Lorient
– 35ème régiment d’artillerie divisionnaire : Issoire
® 23ème division d’infanterie : Tours Général Jeannel
– 32ème régiment d’infanterie : Angers
– 107ème régiment d’infanterie : Angoulême
– 126ème régiment d’infanterie : Brive
– 41ème régiment d’artillerie divisionnaire : Angoulême
® 36ème division d’infanterie : Bayonne Général Aublet
– 14ème régiment d’infanterie : Toulouse
– 18ème régiment d’infanterie : Bayonne
– 57ème régiment d’infanterie : Bordeaux
– 24ème régiment d’artillerie divisionnaire : Tarbes
® 42ème division d’infanterie : Metz Général de la Porte du Theil
– 80ème régiment d’infanterie alpine : Metz
– 94ème régiment d’infanterie : Bar le Duc
– 151ème régiment d’infanterie : Commercy
– 61ème régiment d’artillerie divisionnaire : Metz
® 43ème division d’infanterie : Strasbourg Général Vernillat
– 158ème régiment d’infanterie : Obernai
– 4ème demi-brigade de Chasseurs à pied1 : Obernai
– 3ème régiment de tirailleurs marocains : Saint-Dié
– 12ème régiment d’artillerie divisionnaire : Haguenau
Ces dix divisions d’infanterie d’active comprennent chacune trois régiments d’infanterie ou demi-brigades de
Chasseurs à pied (trois bataillons) de 1 580 hommes et un régiment d’artillerie (cinq groupes) de 950 hommes.
Elles regroupent vingt-cinq régiments métropolitains d’infanterie, trois demi-brigades de chasseurs à pied,
deux régiments de tirailleurs marocains et dix régiments d’artillerie.
Les trente régiments ou demi-brigades d’infanterie sont composées de trois bataillons à trois compagnies et une
compagnie d’accompagnement, ils ne sont pas à effectif complet puisque chaque bataillon doit comprendre un millier
d’hommes, soit environ trois mille hommes pour le régiment.
Le régiment d’artillerie de campagne est à cinq groupes à traction hippomobile, trois sont des groupes légers à
canons de 75 mm modèle 1897 et deux sont des groupes lourds à canons de 155 mm modèle 1917.
A la mobilisation ces cinq groupes se séparent en un régiment léger à trois groupes de canons de 75 mm et un
régiment lourd à deux groupes de canons de 155 mm.
Passons maintenant aux sept divisions d’infanterie motorisées :
® 1ère division d’infanterie motorisée : Lille Général Malivoire Filhol de Camas
– 1er régiment d’infanterie : Cambrai
– 43ème régiment d’infanterie : Lille
– 110ème régiment d’infanterie : Dunkerque
– 15ème régiment d’artillerie divisionnaire : Douai
1 La 4ème demi-brigade de chasseurs à pied est composée des 1er, 10ème et 29ème bataillons de chasseurs à pied.
42
® 3ème division d’infanterie motorisée : Amiens Général Bertin – Boussus
– 51ème régiment d’infanterie : Amiens
– 67ème régiment d’infanterie : Soissons
– 91ème régiment d’infanterie : Mézières
– 42ème régiment d’artillerie divisionnaire : La Fère
® 5ème division d’infanterie motorisée : Caen Général Boucher
– 8ème régiment d’infanterie : Cherbourg
– 39ème régiment d’infanterie : Rouen
– 129ème régiment d’infanterie : Le Havre
– 11ème régiment d’artillerie divisionnaire : Vernon
® 9ème division d’infanterie motorisée : Bourges Général Didelet
– 13ème régiment d’infanterie : Nevers
– 95ème régiment d’infanterie : Bourges
– 131ème régiment d’infanterie : Orléans
– 30ème régiment d’artillerie divisionnaire : Orléans
® 12ème division d’infanterie motorisée : Châlons sur Marne Général Janssen
– 106ème régiment d’infanterie : Châlons-sur-Marne
– 150ème régiment d’infanterie : Verdun
– 8ème régiment de Zouaves : Mourmelon
– 25ème régiment d’artillerie divisionnaire : Châlons-sur-Marne
® 15ème division d’infanterie motorisée : Dijon Général Juin
– 4ème régiment d’infanterie : Auxerre
– 27ème régiment d’infanterie : Dijon
– 134ème régiment d’infanterie : Châlons-sur-Saône
– 1er régiment d’artillerie divisionnaire : Auxonne
® 25ème division d’infanterie motorisée : Clermont-Ferrand Général Molinié
– 38ème régiment d’infanterie : Saint-Etienne
– 92ème régiment d’infanterie : Clermont-Ferrand
– 121ème régiment d’infanterie : Montluçon
– 16ème régiment d’artillerie divisionnaire : Clermont-Ferrand
Ces sept divisions d’infanterie motorisées d’active comprennent chacune trois régiments d’infanterie (trois
bataillons) de 2 300 hommes et un régiment d’artillerie (cinq groupes) de 1 550 hommes.
Elles regroupent vingt régiments métropolitains d’infanterie, un régiment de Zouaves et sept régiments
d’artillerie tractés.
Les vingt et un régiments d’infanterie sont composées de trois bataillons à trois compagnies et une compagnie
d’accompagnement, tout comme les dix divisions citées au-dessus, eux-mêmes ne sont pas à effectif complet puisqu’ils
leur manquent plus de sept cent hommes.
Les régiments n’ont pas de véhicules de transport en propre, ils doivent compter sur le soutien des compagnies
de transport automobile de l’arme du Train.
Le régiment d’artillerie tracté est à cinq groupes de douze canons, trois sont des groupes légers à canons de 75
mm modèle 1897 tractés par trente-six tracteurs semi-chenillés Citroën Unic P107BU ou Laffly S15T, s’ajoutent un
groupe lourd à canons de 105 mm modèle 1936 tractés par les mêmes véhicules que les groupes légers et un autre
groupe lourd à canons de 155 mm modèle 1917 tracté par vingt-quatre tracteurs semi-chenillés Somua MCG.
43
A la mobilisation, tout comme les dix régiments d’artillerie précités, ces cinq groupes se séparent en un
régiment léger à trois groupes de douze canons tractés de 75 mm et un régiment lourd à deux groupes de douze canons
tractés de 105 mm et de 155 mm.
Penchons nous à présent sur les trois divisions d’infanterie alpine :
® 27ème division d’infanterie alpine : Grenoble Général Doyen
– 53ème brigade d’infanterie alpine : Général Cartier
. 99ème régiment d’infanterie alpine : Lyon
. 5ème demi-brigade de Chasseurs alpins1 : Chambéry
– 54ème brigade d’infanterie alpine : Général Boell
. 159ème régiment d’infanterie alpine : Briançon
. 7ème demi-brigade de Chasseurs alpins2 : Gap
– 93ème régiment d’artillerie de montagne
3
Grenoble
® 29ème division d’infanterie alpine : Nice Général Gérodias
– 57ème brigade d’infanterie alpine : Général Vergez
. 3ème régiment d’infanterie alpine : Sospel
. 6ème demi-brigade de Chasseurs alpins4 : Nice
– 58ème brigade d’infanterie alpine : Général Mollard
. 141ème régiment d’infanterie alpine : Nice
. 2ème demi-brigade de Chasseurs alpins5 : Antibes
– 94ème régiment d’artillerie de montagne Nice
® 31ème division d’infanterie alpine : Montpellier Général Ilher
– 15ème régiment d’infanterie alpine : Albi
– 81ème régiment d’infanterie alpine : Montpellier
– 56ème régiment d’artillerie divisionnaire : Montpellier
Les deux premières divisions organisées à la manière des unités de 1914, comprennent chacune deux régiments
d’infanterie alpins (à trois bataillons) de 1 580 hommes et deux demi-brigades de chasseurs alpins (trois bataillons) de
2 335 hommes.
La 31ème division d’infanterie ne compte seulement que deux régiments d’infanterie (à trois bataillons) de 1580
hommes.
Ces régiments ont les mêmes effectifs et la même organisation que les régiments d’infanterie de type « Nord-
Est », les douze bataillons de Chasseurs alpins sont à effectif plein.
Les deux régiments d’artillerie de montagne ne comprennent que deux groupes légers à deux batteries de
canons de 75 mm de montagne Schneider modèle 1928 et un groupe lourd à deux batteries de canons de 155 mm
modèle 1917.
Les pièces d’artillerie légères sont décomposables en sept fardeaux. Le régiment de la 31ème division
d’infanterie est composé de la même manière qu’un régiment d’artillerie classique à cinq groupes, mais possède
cependant un groupe de canons de 75 mm de montagne.
Il existe, dans les quarante bataillons d’infanterie alpins (en comptant les demi-brigades alpines de forteresse
comptées dans les rangs des troupes de forteresse), une section d’éclaireur skieur (S.E.S) apte à patrouiller et
reconnaître sur de longues distances, assurer les liaisons entre les vallées, tenir les cols et effectuer des embuscades ou
des coups de mains.
1 La 5e demi-brigade de chasseurs alpins est composée des 7ème, 13ème et 27ème bataillons de chasseurs alpins.
2 La 7e demi-brigade de chasseurs alpins est composée des 6ème, 15ème et 23ème bataillons de chasseurs alpins.
3 Le XIème groupe du 93ème régiment d’artillerie de montagne est en réserve générale d’artillerie.
4 La 6e demi-brigade de chasseurs alpins est composée des 22ème, 24ème et 25ème bataillons de chasseurs alpins.
5 La 2e demi-brigade de chasseurs alpins est composée des 9ème, 18ème et 20ème bataillons de chasseurs alpins.
44
Outre les vingt régiments d’artillerie divisionnaires ou de montagne équipant les vingt divisions d’infanterie,
deux brigades de défense contre avions rassemblent six régiments d’artillerie anti-aériens . On dénombre également
nombreuses unités d’artillerie rassemblés dans la réserve générale. Pour de nombreuses d’entre-elles, ce sont des appuis
et des soutiens aux corps d’armées et divisions, on y dénombre un régiment d’artillerie de montagne, quatre régiments
d’artillerie légère hippomobiles, deux régiments d’artillerie portée (à canons de 105 mm C), sept régiments d’artillerie
lourde tractée, sept régiments d’artillerie lourde hippomobile et deux régiment d’artillerie lourde portée.
® Les régiments d’artillerie anti-aériens :
– 31ème brigade de défense contre avions1
: Paris
. 401ème régiments d’artillerie anti-aériens : Paris
. 404ème régiments d’artillerie anti-aériens : Tours
. 406ème régiments d’artillerie anti-aériens : Laon
– 32ème brigade de défense contre avions : Dijon
. 402ème régiments d’artillerie anti-aériens : Metz
. 403ème régiments d’artillerie anti-aériens : Toul
. 405ème régiments d’artillerie anti-aériens : Sathonay
® Régiments de réserve générale2
:
– Artillerie légère :
. 2ème régiment d’artillerie de montagne : Grenoble
. 17ème régiment d’artillerie légère : Sedan
. 34ème régiment d’artillerie légère : Rouen
. 36ème régiment d’artillerie légère : Issoire
. 43ème régiment d’artillerie légère : Caen
– Artillerie lourde :
. 103ème régiment d’artillerie lourde tractée : Rouen
. 107ème régiment d’artillerie lourde tractée : Belfort
. 108ème régiment d’artillerie lourde tractée : Dijon
. 182ème régiment d’artillerie lourde tractée : Commercy
. 184ème régiment d’artillerie lourde tractée : Valence
. 188ème régiment d’artillerie lourde tractée : Belfort
. 196ème régiment d’artillerie lourde tractée : Bordeaux
. 105ème régiment d’artillerie lourde hippomobile : Bourges
. 106ème régiment d’artillerie lourde hippomobile : Le Mans
. 109ème régiment d’artillerie lourde hippomobile : Châteaudun
. 112ème régiment d’artillerie lourde hippomobile : Limoges
. 113ème régiment d’artillerie lourde hippomobile : Nîmes
. 115ème régiment d’artillerie lourde hippomobile : Castres
. 117ème régiment d’artillerie lourde hippomobile : Toulouse
. 305ème régiment d’artillerie tractée tout terrain : Besançon
. 309ème régiment d’artillerie tractée tout terrain : Strasbourg
. 355ème régiment d’artillerie lourde portée : Nantes
. 363ème régiment d’artillerie lourde portée : Draguignan
. I/372e régiment d’artillerie lourde sur voie ferrée : Châlons sur Marne
. I/373e régiment d’artillerie lourde sur voie ferrée : Saint-Eulien
1 Le commandement supérieur de l’artillerie antiaérienne est assuré par le Général Marescaux.
2 Plus dix bataillons d’ouvriers d’artillerie.
45
® Les régiments de génie non endivisionnés :
– Brigade des chemins de fer : Versailles
. 5ème régiment de sapeurs de chemin de fer Versailles
. 15ème régiment de sapeurs de chemin de fer Toul
– Brigade des télégraphistes : Paris Général Jullien
. 8ème régiment de sapeurs-télégraphistes Versailles
. 18ème régiment de sapeurs-télégraphistes Nancy
. 28ème régiment de sapeurs-télégraphistes Montpellier
. 38ème régiment de sapeurs-télégraphistes Montargis
– Régiments de réserve générale :
. 1er régiment de sapeurs-mineurs Strasbourg
. 2ème régiment de sapeurs- mineurs Metz
. 3ème régiment de sapeurs- mineurs Arras
. 4ème régiment de sapeurs- mineurs Grenoble
. 6ème régiment de sapeurs- mineurs Angers
. 7ème régiment de sapeurs- mineurs Avignon
. 10ème régiment de sapeurs- mineurs Besançon
46
b – Les unités de cavalerie.
Au sortir de la 1ère guerre mondiale, la cavalerie est confrontée à un changement de cap sans précédent. Les
charges épiques à cheval ne sont plus d’actualité, les automitrailleuses ont fait leur apparition. Il faut désormais se poser
la question de l’utilité de la cavalerie montée face à l’augmentation de la puissance de feu, et de la place des véhicules à
moteur dans une unité composée essentiellement de chevaux et de trains hippomobiles.
La réforme de 1932 va permettre à la cavalerie de voir ses corps de troupe évoluer, on assiste à de multiples
tentatives d’intégration des véhicules à moteur dans les unités. Cependant, il subsiste un problème. La coexistence entre
les unités montées et motorisées dans la même grande formation génère des disfonctionnements qui ne trouvent pas de
solution.
Il existe trois division de cavalerie en août 1939.
® 1ère division de cavalerie1 : Orléans Général d’Arras
– 1ère brigade de cavalerie : Général Gaillard
. 1er régiment de Hussards Orléans
. 8ème régiment de Chasseurs : Orléans
– 2ème brigade de cavalerie : Général d’Humières
. 1er régiment de Chasseurs : Alençon
. 19ème régiment de Dragons : Lyon
– 1er groupe d’automitrailleuses : Orléans
– 5ème bataillon de Dragons Portés : Lyon
– 75ème régiment d’artillerie tractée tout-terrain : Lyon
® 2ème division de cavalerie2 : Lunéville Général Berniquet
– 3ème brigade de cavalerie : Colonel du Bessay de Contenson
. 18ème régiment de Chasseurs : Sarreguemines
. 5ème régiment de Cuirassiers Haguenau
– 4ème brigade de cavalerie : Colonel Marteau
. 8ème régiment de Dragons : Lunéville
. 31ème régiment de Dragons : Lunéville
– 2ème groupe d’automitrailleuses : Strasbourg
– 3ème bataillon de Dragons Portés : Lunéville
– 73ème régiment d’artillerie tractée tout-terrain : Lunéville
® 3ème division de cavalerie : Paris Général Petiet
– 5ème brigade de cavalerie : Général Maillard
. 4ème régiment de Hussards : Senlis
. 6ème régiment de Dragons : Vincennes
– 6ème brigade de cavalerie : Général Brown De Costoun
. 11ème régiment de Cuirassiers : Saint-Germain-en-Laye
. 12ème régiment de Chasseurs : Saint-Mihiel
– 3ème groupe d’automitrailleuses : Paris
– 2ème bataillon de Dragons Portés : Paris
– 72ème régiment d’artillerie tractée tout-terrain : Paris
Nous pouvons voir que ces trois divisions de cavalerie ont à la fois des éléments montés et motorisés, ce qui
leurs valent le surnom de « pétrole picotin ».
Outre un régiment d’artillerie tractée tout-terrain (à deux groupes de canons portés de 75 mm et un groupe de
canons courts portés de 105 mm) par cent quinze tracteurs d’artillerie de type UNIC P107, les trois unités disposent
de deux brigades de cavalerie montée comprenant chacune deux régiments de cavalerie montée (quatre escadrons
montés et un escadron de mitrailleuses et engins par régiment) et de troupes de soutien motorisées3 :
1 La division se voit attribuer le 30ème régiment de Dragons en renfort de cavalerie.
2 La division se voit attribuer le 20ème régiment de Dragons en renfort de cavalerie.
3 En 1939, les automitrailleuses de combat Panhard Schneider Kégresse P16 sont remplacés par des chars légers Hothkiss H35. Les automitrailleuses
de combat Panhard Schneider Kégresse P16 vont servir comme automitrailleuses de reconnaissance dans les 1er, 3ème, 4ème, 6ème et 7ème groupes de
reconnaissance de division d’infanterie « type motorisé avec automitrailleuses ».
47
® un groupe d’automitrailleuses de reconnaissance à quatre escadrons d’automitrailleuses et deux escadrons de
mitrailleuses et engins, soit seize automitrailleuses de combat de type Panhard Schneider Kégresse P16, seize
automitrailleuses de découverte de type Panhard AMD35 et trente-deux automitrailleuses de reconnaissance
de type Renault VM33,
® un bataillon de Dragons Portés transporté par quatre-vingt-dix neuf véhicules tout terrain de type Citroën
Kégresse P19.
En 1935, au moment où l’Allemagne créée ses premières divisions blindées (Panzer Divisionen), l’armée
française transforme la 5ème division de cavalerie (D.C) en 2ème division légère mécanique (D.L.M). Avec la 1ère division
légère mécanique (ex – 4ème division de cavalerie), ces unités sont de véritables divisions blindées au sens moderne du
terme avec des véhicules mécanisés et motorisés. C’est ainsi qu’on trouve en septembre 1939 sur le territoire
métropolitain :
® 1ère division légère mécanique : Reims Général Picard
– 1ere brigade légère mécanique : Colonel De Brauer
. 4ème régiment de Cuirassiers : Reims
. 18ème régiment de Dragons : Reims
– 2ème brigade légère mécanique : Colonel De Beauchesne
. 6ème régiment de Cuirassiers : Verdun
. 4ème régiment de Dragons portés : Verdun
– 74ème régiment d’artillerie tractée tout-terrain : Verdun
® 2ème division légère mécanique : Melun Général Bougrain
– 3ème brigade légère mécanique : Général Testard
. 13ème régiment de Dragons : Melun
. 29ème régiment de Dragons : Provins
– 4ème brigade légère mécanique : Colonel Lacroix
. 8ème régiment de Cuirassiers : Saint-Germain-en-Laye
. 1er régiment de Dragons portés : Pontoise
– 71ème régiment d’artillerie tractée tout-terrain : Fontainebleau
Ces deux divisions légères mécaniques regroupent trois cent-sept chars et automitrailleuses, soit une dotation
équivalente à ses homologues d’outre-Rhin. Cependant, alors que les chars français se limitent aux calibres 37 mm
antichars et 47 mm antichars pour leurs automitrailleuses de combat1, les chars allemands vont de la mitrailleuse lourde
au canon de 75 mm.
Outre un régiment d’artillerie tractée tout-terrain (à deux groupes de canons portés de 75 mm et un groupe de
canons courts portés de 105 mm) par des tracteurs d’artillerie de type Laffly S35T, ces unités se composent en
septembre 1939 d’une première brigade légère mécanique comprenant deux régiments de cavalerie mécanisée soit six
escadrons de chars dotés de quarante six chars moyens Somua S35 et quatre-vingt douze chars légers Hotchkiss H352 et
d’une seconde brigade légère mécanique comprenant :
® un régiment de découverte à deux escadrons de vingt-trois automitrailleuses de découverte Panhard 178 et
deux escadrons motocyclistes sur moto René Gillet K1 ou L1,
® un régiment de Dragons Portés
3
(à deux bataillons de Dragons portés sur soixante véhicules tout terrain de
Laffly S20TL et quarante six automitrailleuses de reconnaissance Renault AMR 35ZT1 pour les deux
bataillons),
A côté de ces divisions, la cavalerie a gardé sept régiments semi-motorisés et deux groupes d’automitrailleuses
voués à la reconnaissance des grandes unités d’infanterie.
A la mobilisation, ces unités sont destinées à être dissoute pour mettre sur pied des groupes de reconnaissance.
En temps de paix, elles se regroupent en trois groupements de cavalerie
1 La terminologie « automitrailleuses de combat » désigne le char de combat dans la cavalerie.
2 En temps de guerre, les deux régiments de combat comprennent deux escadrons de 23 chars légers Hotchkiss H35 et deux escadron de 23 chars
moyens Somua S35, soit avec les chars de commandement 96 Somua S35 et 94 Hotchkiss H35.
3 Le régiment de Dragons portés sera doté d’un troisième bataillon transporté par camion à la mobilisation.
48
® 1er groupement de cavalerie : Metz
– 3ème régiment de Hussards : Strasbourg
– 9ème régiment de Dragons : Epernay
– 11ème régiment de Chasseurs : Vesoul
® 2ème groupement de cavalerie : Marseille
– 2ème régiment de Hussards : Tarbes
– 9ème régiment de Cuirassiers : Lyon
– 10ème régiment de Dragons : Orange
® 3ème groupement de cavalerie : Amiens
– 7ème régiment de Chasseurs : Evreux
– 6ème groupe d’automitrailleuses : Compiègne
– 7ème groupe d’automitrailleuses : Saint-Omer
Les sept régiments de cavalerie ont une structure différente des régiments de cavalerie métropolitaine
composant les divisions de cavalerie. Ils comprennent un groupe d’escadrons à deux escadrons montés, un groupe
d’escadrons à deux escadrons mixte motorisé utilisant des automitrailleuses et des side-cars et un escadron de
mitrailleuses et engins par régiment.
Les deux groupes d’automitrailleuses constituant le 3ème groupement de cavalerie en compagnie du 7ème
régiment de Chasseurs d’Evreux ont une organisation différente. On dénombre, outre l’état-major et l’escadron de
commandement, un premier escadron doté de seize automitrailleuses de combat de type Panhard Schneider Kégresse
P16, un deuxième escadron doté de seize automitrailleuses de découverte de type Panhard AMD35 et un troisième
escadron doté de canons de 25 mm et de mitrailleuses.
49
c – Les chars de combat.
Dès 1917, les unités de chars d’infanterie se réorganisent, les régiments « d’artillerie spéciale », numérotés
dans la série des « 300 » disparaissent et donnent naissance aux régiments de chars de combat (R.C.C). Ces régiments
sont au nombre de neuf au sortir de la guerre et sont désormais numérotés dans la série des « 500 » puisqu’ils dépendent
de l’infanterie.
Chaque régiment se compose de trois bataillons de chars légers (B.C.L). Au fur et à mesure des campagnes qui
suivent la Grande Guerre, on voit se désorganiser les régiments qui ne sont équipés que de chars légers FT. En 1935, les
régiments de chars de combats se réorganisent d’une manière cohérente. Dix régiments de chars (501ème à 510ème
R.C.C) se répartissent en cinq brigades de chars (1ère à 5ème) auxquels vient s’adjoindre une sixième brigade créée en
1938 (511ème et 512ème R.C.C)
® 1ère brigade de chars de combat : Lyon
– 504ème régiment de chars de combat : Valence
(2 x 45 chars légers R351
)
– 506ème régiment de chars de combat : Besançon
(2 x 45 chars légers R35)
® 2ème brigade de chars de combat : Nancy Général Keller
– 508ème régiment de chars de combat : Lunéville
(45 chars légers R35 + 45 chars légers D12
puis 34 chars lourds B1 Bis)
– 510ème régiment de chars de combat : Nancy
(45 chars légers R35 + 45 chars légers D1 puis 34 chars lourds B1 Bis)
® 3ème brigade de chars de combat : Metz Général Bruneau
– 507ème régiment de chars de combat : Metz
(45 chars légers R35 + 45 chars légers D1 puis 45 chars moyens D2)
– 509ème régiment de chars de combat : Maubeuge
(2 x 45 chars légers H39)
® 4ème brigade de chars de combat : Versailles
– 503ème régiment de chars de combat : Versailles
(45 chars légers R35 + 45 chars légers FCM36)
– 505ème régiment de chars de combat : Vannes
(2 x 45 chars légers H39)
® 5ème brigade de chars de combat : Tours Général Bourguignon
– 501ème régiment de chars de combat : Tours
(2 x 45 chars légers R35)
– 502ème régiment de chars de combat : Angoulême
(45 chars légers R35 + 45 chars légers FCM36)
® 6ème brigade de chars de combat : Verdun
– 511ème régiment de chars de combat : Verdun
(45 chars légers R35 + 34 chars lourds B1 + 3 chars lourds FCM 2C3
)
– 512ème régiment de chars de combat : Châlons-sur-Marne
(34 chars lourds B1 Bis)
1 Effectif théorique.
2 Trois bataillons des 508ème, 510ème et 507ème régiments de chars de combat et équipés en chars légers D1, quittent leurs unités respectives pour
rejoindre la Tunisie en mars 1938 (61ème BCC), avril 1938 (65ème BCC) et janvier 1939 (67ème BCC).
3 S’y ajoutent 07 chars lourds FCM 2C tenus en réserve à Bourges)
50
En 1938, apparaît le « groupement tactique d’expérience » basé à Nancy. Ce n’est pas une unité de chars à
proprement parler, c’est un amalgame d’unités détachées de leurs commandements organiques et regroupées en vue
d’établir un nouveau concept d’utilisation des chars.
En septembre 1939, le Général Gamelin donne l’ordre d’organiser deux brigades de chars en utilisant les
chasseurs et les chars du groupement tactique, ces brigades sont à la base des 1ère et 2ème divisions cuirassées. Ce
groupement comprend :
® quatre bataillons de trente-quatre chars lourds Renault B1 et B1Bis :
– un bataillon du 508ème régiment de chars de combat : Lunéville
– un bataillon du 510ème régiment de chars de combat : Nancy
– un bataillon du 511ème régiment de chars de combat : Verdun
– un bataillon du 512ème régiment de chars de combat : Châlons-sur-Marne
® deux bataillons de Chasseurs Portés :
– 5ème bataillon de Chasseurs Portés : Remiremont
– 17ème bataillon de Chasseurs Portés1 : Rambervilliers
® un régiment d’artillerie à trois groupes de douze canons tractés de 105 mm :
– 305ème régiment d’artillerie tractée tout-terrain : Besançon
d – La Ligne Maginot.
La ligne Maginot regroupe en temps de paix douze régiments d’infanterie de forteresse (dans le nord-est), trois
demi-brigades alpines de forteresse (dans les Alpes) pour la défense du territoire ainsi qu’un nombre variable de
groupes d’artillerie issus de régiments d’artillerie de forteresse ou de position et des unités de génie2 assurant le
maintien en condition des installations (la répartition dans les ouvrages est de 50% de troupe d’artillerie, 30%
d’infanterie et 20% de troupes du génie).
Cette ligne, s’étendant de la Flandre à Nice, est divisée en deux régions fortifiées, trois secteurs de nouveaux
fronts (Maubeuge, Valenciennes et Rohrbach) ainsi que cinq barrages dans les Alpes et en Corse, elle est composée de
cent huit ouvrages d’infanterie et d’artillerie de valeurs et d’importances inégales, elle est d’un bloc des Alpes aux
Ardennes mais elle ne continue pas jusqu’à la Mer du Nord.
® douze régiments d’infanterie de forteresse :
– 23ème régiment d’infanterie de forteresse : Haguenau
– 37ème régiment d’infanterie de forteresse : Bitche
– 42ème régiment d’infanterie de forteresse : Colmar
– 69ème régiment d’infanterie de forteresse : Morhange
– 146ème régiment d’infanterie de forteresse : Metz
– 149ème régiment d’infanterie de forteresse : Longuyon
– 153ème régiment d’infanterie de forteresse : Bitche
– 155ème régiment d’infanterie de forteresse : Stenay
– 162ème régiment d’infanterie de forteresse : Metz
– 168ème régiment d’infanterie de forteresse : Thionville
– 171ème régiment d’infanterie de forteresse : Mulhouse
– 172ème régiment d’infanterie de forteresse : Strasbourg
® trois demi-brigades alpines de forteresse :
– 30ème demi-brigade alpine de forteresse
3
: Modane
– 58ème demi-brigade alpine de forteresse
4
: Nice
1 Ces deux bataillons dissous à la fin du premier conflit mondial sont recréés en 1937 sur le mode porté.
2 Eclatés dans la répartition des troupes occupant les ouvrages.
3 La 30ème demi-brigade alpine de forteresse est composée des 70ème et 71ème bataillons alpins de forteresse.
4 La 58ème demi-brigade alpine de forteresse est composée des 72ème et 73ème bataillons alpins de forteresse.
51
– 157ème demi-brigade alpine de forteresse
1
: Jausiers
® trois régiments d’artillerie de région fortifiée :
– 39ème régiment d’artillerie de région fortifiée : Metz
– 46ème régiment d’artillerie de région fortifiée : Thionville
– 59ème régiment d’artillerie de région fortifiée : Sarrebourg
® six régiments d’artillerie de position :
– 151ème régiment d’artillerie de position : Thionville
– 154ème régiment d’artillerie de position : Grenoble
– 155ème régiment d’artillerie de position : Haguenau
– 157ème régiment d’artillerie de position : Nice
– 163ème régiment d’artillerie de position : Metz
– 166ème régiment d’artillerie de position : Morhange
La Ligne Maginot s’étend sur toute la longueur des frontières du nord face à la Belgique, du nord-est face au
Luxembourg et à l’Allemagne et du sud-est de la métropole face à la Suisse et à l’Italie :
– 1ère région militaire : Lille
. Secteur défensif des Flandres
. Secteur fortifié de Lille
. Secteur fortifié de l’Escaut
. Secteur fortifié de Maubeuge
– 2ème région militaire : Amiens
. Secteur défensif des Ardennes
. Secteur fortifié de Montmédy
. Secteur défensif de Marville
– 6ème région militaire : Metz
. Secteur fortifié de Crusnes
. Secteur fortifié de Thionville
. Secteur fortifié de Boulay
. Secteur fortifié de Faulquemont
– 20ème région militaire : Nancy
. Secteur défensif de la Sarre
. Secteur fortifié de Rohrbach
. Secteur fortifié des Vosges
. Secteur fortifié de Haguenau
. Secteur fortifié du Bas Rhin
– 7ème région militaire : Besançon
. Secteur fortifié de Colmar
. Secteur fortifié de Mulhouse
. Secteur fortifié de Altkirch
. Secteur fortifié de Montbéliard
. Secteur défensif du Jura
1 La 157ème demi-brigade alpine de forteresse est composée des 74ème, 75ème et 76ème bataillons alpins de forteresse.
Région fortifiée de Metz
Région fortifiée de la Lauter
52
– 14ème région militaire : Lyon
. Secteur défensif du Rhône
. Secteur fortifié de Savoie
. Secteur fortifié du Dauphiné
– 15ème région militaire : Marseille
. Secteur fortifié des Alpes maritimes
. Secteur défensif de Nice
. Secteur défensif de Corse
Zone des Alpes
53
4 – Les forces mobiles stationnées sur le territoire métropolitain.
Ces forces sont destinées à assurer à la fois l’intégrité du sol métropolitain en complément des forces du
territoire métropolitain et à intervenir dans notre empire colonial.
Elles se composent de quatre divisions d’infanterie coloniale, de quatre divisions d’infanterie nord-africaine, de
deux brigades de cavalerie et de troupes diverses non endivisionnées. Les régiments d’infanterie et d’artillerie sont
coloniaux ou nord-africains mais la globalité des services sont métropolitains.
a – Les unités d’infanterie.
® 1ère division d’infanterie coloniale : Bordeaux Général Germain
– 3ème régiment d’infanterie coloniale : Bordeaux
– 12ème régiment de tirailleurs sénégalais : La Rochelle
– 14ème régiment de tirailleurs sénégalais : Mont-de-Marsan
– 1er régiment d’artillerie coloniale : Libourne
® 2ème division d’infanterie coloniale : Toulon Général Maignan
– Régiment d’infanterie coloniale du Maroc : Aix
– 4ème régiment de tirailleurs sénégalais : Toulon
– 8ème régiment de tirailleurs sénégalais : Toulon
– 2ème régiment d’artillerie coloniale : Nîmes
® 3ème division d’infanterie coloniale : Paris Général Barreau
– 1er régiment d’infanterie coloniale : Paris
– 21ème régiment d’infanterie coloniale : Paris
– 23ème régiment d’infanterie coloniale : Paris
– 3ème régiment d’artillerie coloniale : Joigny
® 4ème division d’infanterie coloniale : Toulouse Général De Bazelaire de Ruppierre
– 2ème régiment d’infanterie coloniale : Brest
– 16ème régiment de tirailleurs sénégalais : Montauban
– 24ème régiment de tirailleurs sénégalais : Perpignan
– 12ème régiment d’artillerie coloniale : Agen
Les 1ère, 2ème et 4ème divisions d’infanterie coloniale comprennent chacune un régiment d’infanterie coloniale
(à trois bataillons) de 1 500 hommes à recrutement métropolitain, deux régiments de tirailleurs sénégalais (à trois
bataillons) de 1 500 hommes à recrutement africain en provenance plus particulièrement de l’Afrique équatoriale
française et de l’Afrique occidentale française et un régiment d’artillerie colonial (à cinq groupes) de 950 hommes.
La structure régimentaire est identique au norme d’infanterie métropolitaine, les régiments d’infanterie
coloniaux et les régiments de tirailleurs sont composées de trois bataillons à trois compagnies et une compagnie
d’accompagnement.
Les régiments d’artillerie coloniale sont en tout point comparable aux régiments métropolitains. Ils sont à cinq
groupes à traction hippomobile, trois sont des groupes légers à canons de 75 mm modèle 1897 et deux sont des groupes
lourds à canons de 155 mm modèle 1917.
A la mobilisation ces cinq groupes se séparent en un régiment d’artillerie coloniale à trois groupes de 75 mm et
un régiment d’artillerie coloniale lourd à deux groupes de 155 mm.
La 3ème division d’infanterie coloniale est comparable en tout point à une division d’infanterie métropolitaine
puisque son recrutement est en totalité métropolitain. Ses trois régiments d’infanterie coloniale et son régiment
d’artillerie coloniale sont donc en tout point semblable au point de vue de la structure est de l’organisation.
54
® 1ère division d’infanterie nord-africaine : Lyon Général Libaud
– 5ème régiment de tirailleurs marocains : Bourg
– 27ème régiment de tirailleurs algériens : Avignon
– 28ème régiment de tirailleurs tunisiens : Montélimar
– 54ème régiment d’artillerie nord-africain : Lyon
® 2ème division d’infanterie nord-africaine: Toul Général Lescanne
– 6ème régiment de tirailleurs marocains : Verdun
– 13ème régiment de tirailleurs algériens : Metz
– 22ème régiment de tirailleurs algériens : Toul
– 40ème régiment d’artillerie nord-africain : Verdun
® 3ème division d’infanterie nord-africaine: Poitiers Général Chapouilly
– 14ème régiment de tirailleurs algériens : Châteauroux
– 15ème régiment de tirailleurs algériens : Périgueux
– 24ème régiment de tirailleurs tunisiens : La Roche-sur-Yon
– 20ème régiment d’artillerie nord-africain
1
: Poitiers
® 4ème division d’infanterie nord-africaine: Epinal Général Sancelme
– 21ème régiment de tirailleurs algériens : Epinal
– 23ème régiment de tirailleurs algériens : Morhange
– 25ème régiment de tirailleurs algériens : Sarrebourg
– 33ème régiment d’artillerie nord-africain : Epinal
Ces quatre divisions d’infanterie nord-africaine comprennent en matière d’unités d’infanterie huit régiments de
tirailleurs algériens, deux régiments de tirailleurs marocains2 et deux régiments de tirailleurs tunisiens de 2 400
hommes.
La structure régimentaire est identique aux divisions métropolitaines et coloniales, elle s’articule en trois
bataillons à trois compagnies et une compagnie d’accompagnement.
Les régiments d’artillerie nord-africains composés de 1550 hommes sont à recrutement mixte puisqu’ils
regroupent des éléments nord-africains et métropolitains. L’organisation régimentaire s’ordonne en cinq groupes
d’artillerie à traction hippomobile, trois sont des groupes légers à canons de 75 mm modèle 1897 et deux sont des
groupes lourds à canons de 155 mm modèle 1917.
A la mobilisation ces cinq groupes se séparent en un régiment d’artillerie nord-africain à trois groupes de 75
mm et un régiment d’artillerie lourd nord-africain à deux groupes de 155 mm.
b – Les unités de cavalerie.
Les deux brigades de Spahis stationnées en métropole comprennent chacune deux régiments de cavalerie à
quatre escadrons montés et un escadron de mitrailleuses et engins.
– 1ère brigade de Spahis : Compiègne Colonel Jouffrault
. 4ème régiment de Spahis marocains, Senlis
. 6ème régiment de Spahis algériens. Compiègne
– 2ème brigade de Spahis : Orange Colonel Peillon
. 7ème régiment de Spahis algériens, Orange
. 9ème régiment de Spahis algériens. Vienne
1 Le VIIème/20ème régiment d’artillerie nord-africain est en réserve générale.
2 Ce qui fait treize bataillons d’infanterie marocains présents en France en comptant outre ces deux régiments les 3ème et 8ème régiments endivisionnés
dans des unités métropolitaines et le 4ème bataillon du 7ème régiment stationné en Corse.
55
c – Les régiments d’infanterie et d’artillerie non endivisionnés.
® Les unités d’infanterie :
– IVème/7ème régiment de tirailleurs marocains : Bastia
– 41ème régiment de mitrailleurs d’infanterie coloniale : Sarralbe/Putelange
– 52ème bataillon de mitrailleurs indochinois : Carcassonne
® Les unités d’artillerie :
– 6ème régiment d’artillerie nord-africain : Lyon
– 10ème régiment d’artillerie coloniale tractée tout-terrain : Rueil
– 11ème régiment d’artillerie lourde coloniale hippomobile : Lorient
– détachement autonome d’artillerie coloniale de Corse
1
: Bastia
1 Détachement fourni par le 2ème régiment d’artillerie coloniale.
56
D – Répartition des forces stationnées dans le bassin méditerranéen.
Ces forces sont affectées à la défense et à l’occupation permanente de nos possessions extérieures. Elles
comprennent de nombreuses forces autochtones organisées sur le modèle métropolitain (division – brigade – régiment)
ou selon un mode plus ouvert selon les orientations militaires. L’armée française place un encadrement européen pour
diriger les troupes du crue. D’autres forces s’ajoutent aux premières citées, ce sont les régiments nés des conquêtes
coloniales et à recrutement métropolitain ou européen.
1 – Organisation militaire.
® 19ème Région militaire : Alger (commandement supérieur des troupes)
– Subdivisions : Alger
Batna
Constantine
Mascara
Médéa
Oran
– Territoires militaires : Aïn-Séfra
Ghardaïa
Des Oasis
Touggourt
® Protectorat de Tunisie : Tunis (commandement supérieur des troupes)
– Subdivisions : Bizerte
Sousse-Kairouan
Tunis
– Territoires militaires : Sud-tunisien
® Protectorat du Maroc : Rabat (commandement supérieur des troupes)
– Subdivisions : Agadir
Atlas central
Fès
Marrakech
Mekhnès
Ouarzazate
Talifalet
Taza-Oujda
– Territoires militaires : Algéro-marocains
® Mandat du Levant : Beyrouth (commandement supérieur des troupes)
– Subdivisions : Beyrouth
Damas
Deir-ez-Zor
57
2 – Les unités d’infanterie.
Les trois divisions du 19ème corps d’armée d’Alger sont organisées sur un mode binaire, à savoir l’infanterie
divisionnaire comprenant deux brigades d’infanterie algérienne avec un nombre variable de régiments de tirailleurs.
® Division d’Alger :
– 1ère brigade d’infanterie algérienne : Alger
. 9ème régiment de Zouaves : Alger
. 13ème régiment de tirailleurs sénégalais : Alger
– 5ème brigade d’infanterie algérienne : Blida
. 1er régiment de tirailleurs algériens : Blida
. 5ème régiment de tirailleurs algériens : Maison-Carrée
. 9ème régiment de tirailleurs algériens : Miliana
– 65ème régiment d’artillerie d’Afrique : Blida
® Division d’Oran :
– 2ème brigade d’infanterie algérienne : Oran
. 1er régiment étranger d’infanterie : Saïda
. 2ème régiment de Zouaves : Oran
. 4ème/13ème régiment de tirailleurs sénégalais : Oran
– 4ème brigade d’infanterie algérienne : Tlemcen
. 2ème régiment de tirailleurs algériens : Mostaganem
. 6ème régiment de tirailleurs algériens : Tlemcen
– 66ème régiment d’artillerie d’Afrique : Tlemcen
® Division de Constantine : Général Vergez
– 3ème brigade d’infanterie algérienne : Constantine
. 3ème régiment de Zouaves : Constantine
. 15ème régiment de tirailleurs sénégalais : Philippeville
– 7ème brigade d’infanterie algérienne : Constantine
. 3ème régiment de tirailleurs algériens : Bône
. 7ème régiment de tirailleurs algériens : Constantine
. 11ème régiment de tirailleurs algériens : Sétif
– 67ème régiment d’artillerie d’Afrique : Constantine
On peut ainsi répertorier huit régiments de tirailleurs algériens, trois régiments de zouaves, deux régiments de
tirailleurs sénégalais et un régiment étranger d’infanterie.
La plupart des régiments « indigènes » sont à quatre bataillons1 tandis que les régiments de Zouaves et de la
Légion étrangère sont à trois bataillons.
Les trois régiments d’artillerie d’Afrique, à effectif de 1 010 hommes, sont à trois groupes légers de 65 mm de
montagne ou 75 mm modèle 1897.
Lors de la mobilisation, seul le 66ème régiment d’artillerie de la division d’Oran va se dédoubler à l’image des
régiments métropolitains, il recevra un ou deux groupes lourds de 155 mm de réserve. Les deux autres resteront dans la
plénitude de leurs moyens.
® Division de Tunis : Général Bessière
– 4ème régiment de Zouaves : Tunis
– 4ème régiment de tirailleurs tunisiens : Sousse
– 8ème régiment de tirailleurs tunisiens : Bizerte
– 62ème régiment d’artillerie d’Afrique : Tunis
1 Les quatrième bataillons des 6ème et 7ème régiments de tirailleurs algériens se trouvent au Levant.
58
® Division de Sousse : Général Ardant du Pic
– 5ème régiment de tirailleurs sénégalais : Monastir
– 10ème régiment de tirailleurs sénégalais : Bizerte
– 18ème régiment de tirailleurs sénégalais : Gabès
– Groupement d’artillerie autonome colonial de Tunisie : Sousse
La division d’infanterie de Tunis est une division basée sur le mode ternaire avec deux régiments de tirailleurs
tunisiens d’active à quatre bataillons et un régiment de Zouaves à trois bataillons. Elle reçoit en complément le 1er
bataillon d’infanterie légère d’Afrique. La division de Sousse est en fait une division coloniale comprenant en matière
d’infanterie trois régiments de tirailleurs sénégalais à quatre bataillons chacun.
Le 62ème régiment d’artillerie d’Afrique, à effectif de 1 010 hommes, est à trois groupes légers de 65 mm de
montagne ou 75 mm modèle 1897. Il ne se dédouble pas à la mobilisation et ne reçoit pas de groupe lourd. Idem pour le
groupement d’artillerie autonome colonial de Tunisie qui, à la mobilisation, se transforme en 1er régiment d’artillerie
coloniale de Tunisie.1
® Au Maroc :
– dix régiments de composition variable et un bataillon autonome :
. 1er régiment de zouaves (trois bataillons), : Casablanca
. 1er régiment de tirailleurs marocains (quatre bataillons) : Meknès
. 2ème régiment de tirailleurs marocains (quatre bataillons) : Marrakech
. 4ème régiment de tirailleurs marocains (quatre bataillons) : Taza
. 7ème régiment de tirailleurs marocains (trois bataillons) : Meknès
. 2ème régiment étranger d’infanterie (trois bataillons) : Meknès
. 3ème régiment étranger d’infanterie (trois bataillons) : Fès
. 4ème régiment étranger d’infanterie (trois bataillons) : Marrakech
. 3ème régiment de tirailleurs sénégalais (quatre bataillons) : Fès
. 6ème régiment de tirailleurs sénégalais (quatre bataillons) : Casablanca
. Bataillon autonome d’infanterie coloniale : Ouezzan
– un groupement autonome et deux régiments d’artillerie :
. Groupement autonome d’artillerie coloniale du Maroc (à cinq groupes hippomobiles de 65
ou 75 mm)2 : Marrakech
. 63ème régiment d’artillerie d’Afrique (à cinq groupes hippomobiles de 65 ou 75 mm) : Fès
. 64ème régiment d’artillerie d’Afrique (à cinq groupes hippomobiles de 65 ou 75 mm) :
Casablanca
® Au Levant :
– quatre régiments ou demi-brigades de composition variable et un bataillon autonome :
. Demi-brigade algéro-marocaine :
. IVème /6ème régiment de tirailleurs algériens : Alep
. IVème /7ème régiment de tirailleurs algériens : Alep
. Vème /1er régiment de tirailleurs marocains : Damas
. 16ème régiment de tirailleurs tunisiens : Soueïda
. 17ème régiment de tirailleurs sénégalais : Beyrouth
. Bataillon de marche d’infanterie coloniale du Levant3 : Soueïda
. Groupement de la Légion étrangère du Levant
4
:
. Ier/1er régiment étranger d’infanterie : Baalbek
. IVème/1er régiment étranger d’infanterie : Soueïda
. VIème/1er régiment étranger d’infanterie : Homs
. IIème/2ème régiment étranger d’infanterie : Damas
1 Un 2ème régiment d’artillerie coloniale de Tunisie est également mis sur pied.
2 Le groupement autonome d’artillerie coloniale du Maroc devient le régiment d’artillerie colonial du Maroc à la mobilisation.
3 Le bataillon de marche d’infanterie coloniale du Levant se transforme en 24ème régiment de marche d’infanterie coloniale pendant la drôle de guerre.
4 Le Groupement de la Légion étrangère du Levant est dissous le 01 octobre 1939 et prend la dénomination de 6ème régiment étranger d’infanterie.
59
– un régiment d’artillerie :
. Régiment d’artillerie coloniale du Levant (à trois groupes de 65 ou 75 mm)
1
: Damas
3 – Les unités de cavalerie.
® En Algérie :
– 1ère brigade de cavalerie d’Afrique : Médéa
. 5ème régiment de chasseurs d’Afrique
2
: Alger
. 1er régiment de Spahis algériens : Médéa
– 2ème brigade de cavalerie d’Afrique : Mascara
. 2ème régiment de chasseurs d’Afrique
3
: Mascara
. 2ème régiment de Spahis algériens : Tlemcen
– 3ème brigade de cavalerie d’Afrique : Batna
. 3ème régiment de chasseurs d’Afrique
4
: Constantine
. 3ème régiment de Spahis algériens : Batna
– cinq compagnies montées sahariennes.
® En Tunisie :
– 4ème brigade de cavalerie d’Afrique : Tunis
. 4ème régiment de chasseurs d’Afrique
5
: Tunis
. 4ème régiment de Spahis tunisiens : Zarzis
– 1er régiment étranger de cavalerie : Sousse
® Au Maroc :
– 1er régiment de chasseurs d’Afrique
6
: Rabat
– 2ème régiment de Spahis marocains : Marrakech
– 3ème régiment de Spahis marocains : Meknès
– 8ème régiment de Spahis algériens : Fès
– 2ème régiment étranger de cavalerie : Midelt
– une compagnie montée saharienne.
® Au Levant :
– 1er régiment de Spahis marocains : Alep
– 8ème groupe d’automitrailleuses
7
: Damas
– 3ème groupe d’escadrons du 4ème régiment de Spahis tunisiens : Damas
4 – Les chars de combat.
® En Algérie :
– 64ème bataillon de chars de combat : Alger
(64ème B.C.C – 45 chars légers FT)
1 Le régiment d’artillerie coloniale du Levant se transforme en 41ème régiment d’artillerie coloniale pendant la drôle de guerre.
2 Le 5ème régiment de chasseurs d’Afrique est partiellement motorisé.
3 Le 2ème régiment de chasseurs d’Afrique est partiellement motorisé.
4 Le 3ème régiment de chasseurs d’Afrique est partiellement motorisé.
5 Le 4ème régiment de chasseurs d’Afrique est motorisé.
6 Le 1er régiment de chasseurs d’Afrique est motorisé.
7 Le 8ème groupe d’automitrailleuses est motorisé.
60
® En Tunisie1 :
– 61ème bataillon de chars de combat : Bizerte
(61ème B.C.C – 45 chars légers D1)
– 65ème bataillon de chars de combat : Sousse
(65ème B.C.C – 45 chars légers D1)
– 67ème bataillon de chars de combat : Tunis
(67ème B.C.C – 45 chars légers D1)
® Au Maroc :
– 62ème bataillon de chars de combat : Meknès
(62ème B.C.C – 15 chars légers FT + 30 chars légers R35)
– 66ème bataillon de chars de combat : Meknès
(66ème B.C.C – 45 chars légers FT)
® Au Levant :
– 63ème bataillon de chars de combat : Beyrouth
(63ème B.C.C – 30 chars légers FT + 15 chars légers R35)
5 – Les troupes de service.
Le 19ème régiment de génie à Alger, le 31ème bataillon de génie stationné au Maroc et le 34ème bataillon de génie
de Tunis regroupent sous leurs autorités les éléments du génie et des transmissions présents sur leurs territoires. Le
mandat du Levant est doté également de ces troupes de servitude. Ces unités sont calquées sur le modèle des troupes de
soutien métropolitaines et remplissent les mêmes missions. Il existe en septembre 1939 :
® sept compagnies de cavaliers de remonte,
® huit escadrons du train,
® un bataillon d’ouvrier d’artillerie,
® cinq compagnies autonomes d’ouvriers d’artillerie,
® trois bataillons de sapeurs mineurs,
® deux compagnies autonomes de sapeurs mineurs,
® trois bataillons de sapeurs télégraphistes,
® deux compagnies autonomes de sapeurs télégraphistes,
® deux bataillons de sapeurs de chemins de fer.
1 Ces trois bataillons de chars de combat, initialement stationnés en métropole (respectivement aux 508ème, 510ème et 507ème régiments de chars de
combat), sont envoyés en Tunisie en mars 1938 (61ème) avril 1938 (65ème) et janvier 1939 (67ème) afin de renforcer les capacités blindées limitées de
l’armée d’Afrique face aux prétentions italiennes. Dix sept chars moyens Renault D1 supplémentaires seront affectés dans les dépôts et les écoles de
conduite de Tunisie.
61
6 – La gendarmerie.
Ce corps est également présent dans nos possessions du bassin méditerranéen, il se répartit de la manière
suivante :
® Gendarmerie départementale :
– une légion en Algérie,
– une légion au Maroc,
– une légion en Tunisie.
® Garde républicaine mobile :
– une légion en Algérie,
– une compagnie autonome au Maroc,
– une compagnie autonome en Tunisie.
® Gendarmerie prévôtale :
– une prévôté du Levant.
62
E – Répartition des forces stationnées dans les colonies et territoires d’outre-mer.
1 – Organisation militaire.
® colonie d’Indochine1 : Saigon (commandement supérieur des troupes)
– Subdivisions : Hanoi
Hué
Saigon
® Corps expéditionnaire de Chine2 : Tien-Tsin (commandement supérieur des troupes)
– Positions : Tien-Tsin
Shangaï-Hankéou
® colonie d’Afrique Equatoriale Française3 : Brazzaville (commandement supérieur des troupes)
– Subdivisions : Congo français
Gabon
Tchad
Cameroun
® colonie d’Afrique Occidentale Française4 : Dakar (commandement supérieur des troupes)
– Subdivisions : Sénégal
Soudan français
Mauritanie
Niger
Guinée
Côte d’Ivoire
Haute Volta
Dahomey
® colonie et possessions de l’océan indien5 : Tananarive (commandement supérieur des troupes)
– Subdivisions : Côte des Somalies
6
Madagascar
Ile de la Réunion
Etablissements français de l’Océan Indien
® territoires des Antilles7 : Fort-de-France (commandement supérieur des troupes)
® territoires du Pacifique8 : Nouméa (commandement supérieur des troupes)
1 On compte 28 496 militaires métropolitaines et 29 300 auxiliaires indochinois dans les trois protectorats d’Indochine en 1939.
2 En vue de protéger nos concessions en Chine, la France déploie des unités issues des territoires de l’Indochine. Composé exclusivement de troupes
de l’arme coloniale, ce corps expéditionnaire, sous les ordres du Général Casseville, sera présent dans ce pays jusqu’à la fin des années 30. L’effectif
global des troupes s’élève à 2697 officiers, sous-officiers et hommes de troupes en septembre 1939. Les chiffres passeront à environ 4 000 en mai
1940.
3 Les effectifs des troupes des unités coloniales en Afrique Equatoriale Française au 03 septembre 1939 s’élèvent à 5 062 officiers, sous officiers et
hommes de troupes (métropolitains et troupes sénégalaises).
4 A l’instar des effectifs ci-dessus, ceux de l’Afrique Occidentale française se montent à 21 376 officiers, sous officiers et hommes de troupes
(métropolitains et troupes sénégalaises).
5 Les troupes de l’Océan Indien se montent à 6 769 sous officiers et hommes de troupes (métropolitains et malgaches).
6 Sous les ordres de Général Germain Georges.
7 Les troupes coloniales s’élèvent à 1 035 sous officiers et hommes de troupes.
8 On dénombre principalement 216 hommes en Nouvelle – Calédonie et 71 hommes pour les îles de l’océanie.
63
2 – Les unités d’infanterie et d’artillerie.
® L’Afrique Équatoriale Française :
– Congo et Gabon :
. Bataillon de tirailleurs sénégalais de l’Afrique Equatoriale Française
– Tchad :
. Régiment de tirailleurs sénégalais du Tchad
. Bataillon de tirailleurs sénégalais de l’Oubangui-Chari
. Compagnie portée de Largeau
. Section portée de Largeau
– Cameroun :
. Régiment de tirailleurs sénégalais du Cameroun
® L’Afrique Occidentale Française :
– Sénégal :
. 1er régiment mobile de tirailleurs sénégalais
. 7ème régiment mobile de tirailleurs sénégalais
. 6ème régiment d’artillerie coloniale
. Bataillon d’infanterie coloniale de l’Afrique Occidentale Française
. Bataillon de tirailleurs sénégalais n°7
– Soudan français :
. 2ème régiment mobile de tirailleurs sénégalais
. Bataillon de tirailleurs sénégalais n°2 (dissous le 30/09/1939)
– Mauritanie :
. Bataillon de tirailleurs sénégalais n°1
– Niger :
. Bataillon de tirailleurs sénégalais n°3 (dissous le 01/09/1939)
– Guinée:
. Bataillon de tirailleurs sénégalais n°4
– Côte d’Ivoire :
. Bataillon de tirailleurs sénégalais n°5
– Haute Volta :
. Bataillon de tirailleurs sénégalais n°6
– Dahomey :
. Bataillon de tirailleurs sénégalais n°8
. Bataillon de tirailleurs sénégalais n°9
® L’océan indien :
– Côte des Somalis :
. Bataillon de tirailleurs sénégalais de la côte française des Somalies
– Madagascar :
. 1er régiment de tirailleurs malgaches
. 2ème régiment de tirailleurs malgaches
. Bataillon de tirailleurs malgaches
. Groupe autonome d’artillerie coloniale de Diego-Suarez
. Groupe autonome d’artillerie coloniale de l’Emyne
64
® L’Indochine :
– 9ème régiment d’infanterie coloniale
– 11ème régiment d’infanterie coloniale
– 10ème régiment mixte d’infanterie coloniale
– 19ème régiment mixte d’infanterie coloniale
– 1er régiment de tirailleurs tonkinois
– 2ème régiment de tirailleurs tonkinois
– 3ème régiment de tirailleurs tonkinois
– 4ème régiment de tirailleurs tonkinois
– 1er régiment de tirailleurs annamites
– 1er régiment de tirailleurs cambodgiens
– 5ème régiment étranger d’infanterie
– 4ème bataillon de tirailleurs montagnards
– 4ème régiment d’artillerie coloniale
– 5ème régiment d’artillerie coloniale
® La Chine :
– 16ème régiment d’infanterie coloniale,
– 103ème bataillon de marche d’infanterie coloniale,
– 104ème bataillon de marche d’infanterie coloniale,
– 108ème bataillon de marche d’infanterie coloniale,
– un groupe mixte d’artillerie coloniale,
® Les Antilles, les Indes françaises et le Pacifique :
– quatre compagnies mixtes d’infanterie coloniale (Fort de France, Camp Jacob, Cayenne et Papeete)
– une compagnie de cipayes (Pondichéry)
– une batterie mixte d’artillerie coloniale (Fort de France)
3 – Les unités de cavalerie.
® Un escadron d’automitrailleuses à Hanoi
(automitrailleuses de cavalerie White Laffly modèle 50 et modèle 18),
® Un peloton d’automitrailleuses à Saigon
(automitrailleuses de cavalerie White Laffly modèle 50 et modèle 18),
4 – Les chars de combat.
® Section de chars légers à Madagascar
(chars légers FT)
® Compagnie de chars légers de l’Annam Tonkin à Hanoi
(chars légers FT)
® Compagnie de chars légers de Cochinchine à Saigon
(chars légers FT)
® Détachement motorisé de Cochinchine
(chars légers FT)
® Deux sections de chars légers à Tien-Tsin,
(chars légers FT)
® Une compagnie de chars légers à Shangaï-Hankéou.
(chars légers FT)
65
5 – Les troupes de service.
® une compagnie de cavalier de remonte.
® huit compagnies autonomes d’ouvriers d’artillerie.
® trois compagnies de sapeurs-mineurs.
® quatre compagnies de sapeurs télégraphistes.
® un détachement de télégraphistes coloniaux (Chine).
® deux compagnies de sapeurs de chemins de fer.
® trois groupes de transport automobile (Dakar, Hanoi et Saigon)
6 – La Gendarmerie.
Les forces de gendarmerie se divisent en quinze détachements coloniaux répartis dans les possessions d’outremer
et les colonies :
® colonie d’Afrique Equatoriale Française :
– Dakar
® colonie d’Afrique Occidentale Française :
– Douala
– Brazzaville
– Djibouti
– Tananarive
® possessions d’Outre-mer :
– Saint Denis de la réunion
– Saint-Claude
– Fort-de-France
– Cayenne
– Saint Pierre et Miquelon
– Nouméa
– Papeete
– Pondichéry
® colonies d’Indochine :
– Saigon
– Hanoi

 

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12 janvier 2013

Le premier soldat qui a franchi le Rhin

Classé sous — milguerres @ 17 h 13 min

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La Tunisie et la Grande Guerre
La Tunisie au gré des conflits
Les Spahis

Le 4e Régiment de Spahis libère Quierzy

Historique du 4e Régiment de Spahis

4e Régiment de Spahis en Tunisie
Fatima, l’unique Spahi

Le premier soldat qui a franchi le Rhin pour libérer l’Allemagne était tunisien

Le premier soldat qui a franchi le Rhin heros-de-tunisie-201x300

Héros de Tunisie

Spahis et Tirailleurs d’Ahmed Bey 1er à M. Lamine Bey  1837 – 1957

Eric Deroo, Pascal Le Pautremat

Éditeur: Cérès éditions
Parution : 2006
Grand format cartonné: 21 x 26 cm
186 pages- 224 illustrations

fleche-boule8 dans Un livre d’histoire :

Héros de Tunisie retrace l’histoire, peu ou mal connue, de plus de 100,000 Tunisiens qui, de la campagne de Crimée à la guerre d’Indochine, vont contribuer vaillamment à écrire une page essentielle de l’histoire mondiale. Leur destin va accompagner celui de l’Europe et de la France en particulier dans un 20ème siècle marqué par deux guerres mondiales. Dans les régions rudes de l’Europe et de l’Asie, au cœur d’hivers rigoureux, et dans des conditions souvent inhumaines, les combattants tunisiens firent constamment preuve d’une grandeur et d’un courage sans faille devant l’adversité.
fleche-boule8 dans Un livre d’hommage :

Cet ouvrage rend hommage et honneur à ces hommes qui, témoins et acteurs d’une époque mouvementée, ont aujourd’hui quasiment tous disparu. Leur parcours et leurs précieux témoignages font mieux entendre les tumultes de l’histoire.

Les nombreuses illustrations, souvent inédites, sont là pour donner voix à ces héros demeurés trop longtemps dans l’oubli, de part et d’autre de la Méditerranée.
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L’histoire des plus de 100.000 tunisiens, qui ont combattus durant les grands conflits du 20ème siècle, aux côtés des Ottomans, des Anglais et des Français de 1837 à 1957

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Classé sous — milguerres @ 17 h 06 min

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Les ZOUAVES
-
Les zouaves insolitement artistiques

Les zouaves étaient des unités d’infanterie appartenant à l’Armée d’Afrique qui dépendait de l’armée de terre française. Ces unités, à recrutement principalement métropolitain, ont existé de 1830 à 1962, puis de 1982 à 2006, par la garde de ses traditions au CEC-9e Zouaves de Givet (Ardennes).

Les régiments de zouaves sont, avec les régiments de tirailleurs algériens et tunisiens, parmi les plus décorés de l’armée française et viennent juste après le régiment d’infanterie coloniale du Maroc (RICM), appartenant aux troupes coloniales, et le régiment de marche de la Légion étrangère, appartenant à l’armée d’Afrique1.

D’autres pays ont également créé des corps de zouaves sur le modèle des troupes de l’armée française : Empire ottoman, États pontificaux, États-Unis lors de la guerre de Sécession.

Origines du terme « zouave »

Le terme zouave vient du berbère zwava, ou zouaoua (zouaoui au singulier), qui est le nom d’une tribu kabyle2,3. Ceux-ci fournissaient des soldats aux Turcs sous la régence d’Alger et, après la prise d’Alger (1830), ils entrent au service de la France.

Histoire des zouaves français

Conquête de l’Algérie

Le 15 août 1830, le recrutement des 500 premiers zouaves est fait par le général en chef de l’expédition d’Alger, le comte de Bourmont, sur les conseils et un Mémoire du colonel Alfred d’Aubignosc.

Le 1er octobre 1830, le général Clauzel crée le corps des zouaves, formé de deux bataillons. Deux escadrons de zouaves à cheval sont également formés, mais intégrés dès 1831 aux chasseurs d’Afrique. Il y eut une tentative de leur incorporer les « Volontaires parisiens », ce fut un échec et ces volontaires formèrent le 67e régiment d’infanterie.

D’octobre 1830 à janvier 1831, ils combattent le bey de Tittery et occupent Blida et Médéa. Leur premier succès remarqué a lieu le 3 juillet 1831 au col de Mouzaïa, lorsqu’ils couvrent la retraite de la garnison de Médéa.

Après l’euphorie des débuts, deux erreurs majeures empêchent le développement normal du corps des zouaves. En effet, les capacités de recrutement en indigènes de la région d’Alger ont été largement surestimées, et plus grave encore, aucun des cadres français n’a pensé à l’adaptation à l’activité militaire d’indigènes ayant d’autres habitudes de vie et une autre religion. Ceci provoque l’ordonnance du 7 mars 1833 qui dissout les deux bataillons pour en créer un seul, mais mixte. Ainsi on peut recruter aussi parmi les Français qui vivent à Alger. Les résultats ne se font pas attendre et, dès 1835, un deuxième bataillon mixte est levé, puis un troisième en 1837.

Le premier régiment est placé sous le commandement de Lamoricière. Ils s’illustrent encore à la bataille de l’Ouarensis (1842), à l’Isly (1844), et prennent Zaatcha en 1849.

Les ZOUAVES zouave11
Un zouave, aquarelle de 1888

L’ordonnance du 8 septembre 1841, qui réorganise la composition de l’Armée française, indique la formation d’un régiment de zouaves formé de trois bataillons constitués dorénavant presque exclusivement de Métropolitains et de Français d’Afrique du Nord avec une forte minorité de Juifs algériens (souvent près d’un quart)4. Les autochtones forment alors les tirailleurs algériens, les Turcos (7 décembre 1841).

Le 13 février 1852, Louis-Napoléon signe un décret portant à trois le nombre de régiments de zouaves, chacun des trois bataillons existants formant le noyau des nouveaux régiments ainsi créés. Et pour les distinguer entre eux, une couleur est appliquée au tombeau de la veste :

le 1er cantonne à Blidah, en Algérois, tombeau garance ;
le 2e à Oran (caserne du Château Neuf) en Oranais, tombeau blanc ;
le 3e à Philippeville (caserne de France) en Constantinois, tombeau jaune.

Campagnes du Second Empire

Par décret du 1er février 1852, Napoléon III porte leurs effectifs de trois bataillons à trois régiments, puis à quatre en 1854 (le quatrième étant affecté à la Garde impériale). Les zouaves se distinguent à plusieurs occasions lors des campagnes du Second Empire.

Guerre de Crimée

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Zouaves durant la Guerre de Crimée.

La guerre de Crimée est la première campagne des zouaves en dehors de l’Algérie. En Crimée, à la bataille de l’Alma, le 3e régiment de zouaves prend par surprise les Russes en gravissant des escarpements rocheux, en s’emparant de leur artillerie puis en la retournant contre eux. Cette action participa grandement à faire tourner la bataille en faveur des alliés.

C’est en hommage à cette victoire qu’est réalisé le zouave du pont de l’Alma, sur la Seine, à Paris. Pour sa part, le maréchal de Saint-Arnaud, qui dirigeait les forces françaises, leur rendit hommage en demandant à une de leurs compagnies d’escorter sa dépouille. Tout ceci incite l’empereur Napoléon III à créer un régiment de zouaves pour sa Garde impériale en récompense.

Ils font encore des prouesses lors des batailles de Balaklava et d’Inkerman. Et trois des sept régiments qui participent à la prise de la tour Malakoff sont des régiments de zouaves.

Campagne d’Italie

Entre plusieurs escarmouches contre des tribus sans cesse en révolte en Kabylie, la campagne d’Italie contre les Autrichiens est engagée. Et c’est aux batailles de Magenta et de Solférino que brillent les zouaves. Le Drapeau du 2e Zouaves se pare de la Légion d’Honneur le 20 juin 1859 pour la prise du drapeau du 9e R.I. autrichien à la bataille de Magenta (fait d’armes réalisé par l’adjudant Savien et le zouave Daurière).

Les zouaves se distinguent pendant toute la campagne d’Italie, de même le 3e régiment de zouaves à la bataille de Palestro, le 31 mai 1859. À la suite de cette bataille, le régiment promeut le roi de Sardaigne Victor-Emmanuel II, caporal d’honneur du régiment.

Expédition du Mexique 1861-1864

C’est pour la France la mésaventure au Mexique, où le 2e puis le 3e Zouaves se distinguent. Pour couvrir les immenses étendues mexicaines, l’idée des zouaves montés resurgit, ainsi sont recréés, de façon éphémère, des escadrons de zouaves à cheval. Le 9 novembre 1863 le drapeau du 3e Zouaves est décoré de la légion d’Honneur. En même temps des opérations au Maroc commencent.

Guerre franco-prussienne de 1870

Juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse, et malgré les infortunes des combats, les régiments de zouaves se couvrent de gloire, surtout à la bataille de Frœschwiller-Wœrth, où les trois régiments sont fort éprouvés dans des charges désespérées à la baïonnette de leurs fusils Chassepot. Le régiment des zouaves de la Garde impériale s’engage dans les combats de Rezonville. Mais, après le drame de Sedan et au lendemain de la proclamation de la République, il sera dissous. C’est alors au sein de l’armée de la Défense nationale que le 28 octobre 1870 est levé le 4e régiment de zouaves, qui participe aux batailles de Châtillon, Villiers-sur-Marne, Champigny ou encore Héricourt dans l’Est. Mais ce sera la terrible défaite pour la France qui ébranlera l’armée française et ses zouaves.

IIIe République

Après diverses péripéties (voir articles individuels sur chaque régiment), les quatre régiments de zouaves sont reconstitués en 1872. Ils participent à des opérations de maintien de l’ordre d’ampleurs diverses en Algérie et Tunisie (années 1880 et 1890), puis à la pacification du Maroc (début XXe siècle) : de 1907 à 1912, de nombreuses opérations au Maroc aboutiront à la Convention de Fès en 1912, et au Protectorat français de cette région. Les zouaves détachent au total huit bataillons au Maroc, par le biais des « régiments de marche ».

- 1881 : La Tunisie passe sous protectorat français, Tunis (caserne Saussier et La Manouba) et Bizerte (caserne Japy) deviennent les villes de garnison du 4e Zouaves. La couleur du tombeau de sa veste est le bleu foncé, couleur du fond.
Expédition du Tonkin

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caserne Japy ou Chapy (image non disponible sur wikipédia

- 1883 – 1900 : Les événements à Hanoï au Tonkin, contraignent la France à envoyer ses troupes en Indochine et les zouaves prennent tout naturellement part à cette campagne, notamment par la création d’un « régiment de marche de zouaves » pour l’expédition de Chine en 1900, dissous après cette même expédition.

Des éléments zouaves sont envoyés lutter contre les Pavillons noirs au Tonkin (1883). Le 3e occupe le Tonkin et l’Annam (1887)

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Un bataillon de zouaves embarque à Alger pour l’Expédition du Tonkin en 1885.

Suite à la loi du 9 février 1899, chaque régiment de zouaves détache un bataillon en métropole dès 1901. Le 5e bataillon des 1er et 4e vient autour de Paris (forts de Rosny, Choisy et Nogent), et pour les 2e et 3e régiments, ces bataillons cantonnent près de Lyon (camps de Sathonay et La Valbonne), ce qui rend familière et populaire la tenue des zouaves parmi la population.

Première Guerre mondiale

Suivant le plan de mobilisation, les zouaves prennent part à la Grande Guerre par « régiments de marche de zouaves » (RMZ), ce qui permet de laisser en Afrique du Nord une unité de dépôt correspondante. Quelques régiments se composent de deux bataillons tirailleurs et d’un de zouaves, ils forment alors les « régiments mixtes » (RMZT). Août 1914, arrivent au front des bataillons sortis des quatre régiments d’active. Les bataillons du 2e régiment de marche servent au Levant.

En décembre 1914 et en janvier 1915, se forment de nouveaux régiments de zouaves : Trois formés en Algérie : – le 7e (issu de bataillons des 1er et 4e Zouaves), qui deviendra mixte, puis finalement RMTA (régiment de marche de tirailleurs algériens); – le 2 bis (issu de bataillons de réserves du 2e Zouaves); – le 3 bis (issu de bataillons de réserves du 3e Zouaves). Deux formés au Maroc : – le 8e (issu des bataillons suivants : I/1er, III/2e, II/3e et IV/3e Zouaves); – le 9e (issu des bataillons suivants : II/1er, III/1er et I/4e Zouaves). Après les premières batailles, l’état-major consent à réformer la tenue du zouave (dite à l’orientale) jugée trop voyante et inadaptée pour le théâtre des opérations en métropole (de même que celle du tirailleur), en adoptant en 1915, la tenue de drap kaki (dite : « moutarde ») si caractéristique de l’armée d’Afrique et des troupes coloniales d’alors. Seules la chéchia et la ceinture de laine bleue permettent de discerner les zouaves des autres combattants, et de très près les pattes de collet de fond kaki à soutaches et numéros garance (voir tous les détails dans Militaria Magazine no 87 et 88).

Il serait trop long de rappeler les glorieux faits d’armes des régiments, mais citons simplement que : – quatre des régiments de zouaves ont la fourragère rouge de la Légion d’honneur : les 4e 8e et 9e Zouaves : sept citations, le 3e : six citations ; – les 1er et 2e régiments la fourragère verte et jaune de la médaille militaire, cinq citations chacun, ainsi que le 3bis avec quatre citations; – et enfin le 2bis, la fourragère de la croix de guerre 1914-1918, verte et rouge avec une citation. Le 5 juillet 1919 les drapeaux des 8e et 9e Zouaves sont décorés de la Légion d’honneur et le 3e Régiment de la médaille militaire. Au vu des citations accordées, il est aisé de remarquer que les régiments de Zouaves, mais aussi et en général toutes les troupes d’Afrique, étaient souvent employés lors d’assauts désespérés et meurtriers, les hommes réduits en « chair à canon » et les régiments maintes fois anéantis, remaniés et reformés.

Les zouaves seront alors avec les tirailleurs nord-africains parmi les régiments les plus décorés5. Un site porte leur nom (la vallée des Zouaves) en souvenir des durs combats qu’ils menèrent à Souchez en 1915.

- 1919 – 1920 : Démobilisation et liquidation des régiments de marche issus de la Grande Guerre. On ne conserve que six régiments (Les quatre « vieux », ainsi que les 8e et 9e ).

- 1920 – 1927 : Le 2e Zouaves fait campagne au Maroc. Mais les autres régiments sont représentés par un ou plusieurs bataillons lors de la guerre du Rif en 1925 et 1926.

- 1927 : Le 13 juillet, une loi reconditionne la structure militaire en spécifiant que cette organisation doit en outre pourvoir, en tout temps, à la défense des colonies et pays de protectorat, et de s’adapter aux exigences nouvelles. C’est ainsi qu’une distinction rigoureuse est établie entre celles de nos forces permanentes qui ne doivent pas quitter le territoire métropolitain et celles auxquelles échoit normalement la protection de nos colonies. Les zouaves font donc normalement partie de ces forces appelées troupes d’Afrique, et couvrent nos départements d’Afrique du Nord (Algérois, Constantinois et Oranais), ainsi que la Tunisie et le Maroc, alors en statut de protectorat. Chaque régiment ayant normalement 1 580 hommes, se dispose ainsi : Trois régiments de zouaves en Algérie : – le 8e à Oran, (dissous en 1928, il prendra le numéro “2” après la reformation du 8e, motorisé, à Mourmelon en 1934) ; – le 9e à Alger, Fort-National et Aumale ; – le 3e à Constantine, Philippeville et Batna.

Un régiment en Tunisie : – le 4e à Tunis et Le Kef.
Deux régiments au Maroc : – le 1er à Casablanca et Ouezzane ; – le 2e à Oujda et Aknoul (en limite du Maroc espagnol).

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Zouaves durant la Première Guerre mondiale (1914-1918). Équipement: fusil Gras Mle 1874 avec baïonnette.

Seconde Guerre mondiale

À la mobilisation de septembre 1939, les régiments de zouaves sont renforcés par l’arrivée des réservistes qui les porte à l’effectif de guerre. Ainsi ils passent de 1 850 hommes à entre 2 400 (effectif normal d’un régiment de tirailleurs, pour mémoire) et 3 000. Observons de plus près, par exemple, le cas du 4e Zouaves : celui-ci passe à 81 officiers, 342 sous-officiers et 2 667 zouaves, dès octobre 1939.

L’armée française engage quinze régiments de zouaves en 1939 : Six régiments actifs, dont les garnisons d’origine sont : – 1er : Casablanca, Ouezzane et Albi; (LCL Fromentin) – 2e : Oran (caserne de Château Neuf), Nemours et Castelnaudary; – 3e : Constantine (caserne de la Casbah), Sétif (caserne des Zouaves) et Philippeville (caserne de France); (COL Chartier) – 4e : Tunis (caserne Saussier et de la Casbah), La Goulette et Le Kef (camps des oliviers); (COL Ablard) – 8e : Mourmelon; (LCL Anzemberger) – 9e : Alger (caserne d’Orléans), Aumale et Fort National (caserne Rullières). (LCL Tasse)

Cinq régiments formés en métropole : – 11e : Belley; (LCL Bousquet) – 12e : Avignon; (COL Tissané) – 13e : Castelnaudary; (LCL Pothuau) – 14e : Lyon; (LCL Bousquet) – 15e : Issoudun. Seuls quatre de ces régiments formés en France sont affectés à des divisions, le 15e Zouaves reste à l’état de centre mobilisateur.

Quatre régiments sont créés en Afrique du Nord, et y sont restés comme régiments de dépôt et de protection : – 21e : Meknès; – 22e : Oran et Tlemcen; – 23e : Constantine, Sétif et Philippeville; – 29e : Alger.

Pendant la campagne de France, les régiments de Zouaves sont jetés dans la bataille sans réels moyens et sont sacrifiés, comme leurs aînés de la Grande Guerre, sans le moindre profit stratégique. Ils sont bousculés, brisés, pris sous le feu de l’aviation et de l’artillerie adverse, et sont pour la plupart capturés. (voir, par exemple, Militaria Magazine no 129, historique du 9e Zouaves)

Le protocole d’armistice de 1940 prévoit leur dissolution

Ils sont familièrement appelés les zouzous

fleche21Guerre d’Indochine
AUCUNE PRECISION (en cours de recherche)

Guerre d’Algérie

.Avec l’indépendance de l’Algérie et le rapatriement des Européens en juillet 1962, le corps des zouaves est dissous2.

L’uniforme des zouaves, très élaboré, ne changera pratiquement pas de 1830 à 1962, au moins pour ce qui est de la tenue de tradition adoptée pour les cérémonies et prises d’armes après 1915. De coupe « orientale » ou encore appelée « à la turque », il se compose d’une coiffe arabe dite « chéchia », sorte de bonnet de feutre rouge, agrémenté d’un gland à franges de couleur variable juqu’au Second Empire puis bleu moyen par la suite, et d’un turban de coton blanc roulé en boudin autour de la chéchia. La « bedaïa », veste-boléro de forme arabe, en drap bleu foncé avec passepoils et tresses garance, est portée sur le « sédria », gilet arabe sans manche en drap bleu foncé à tresses garance. Le « tombô » de la veste, sorte de fausse poche dessinée par une arabesque formée par la tresse décorative, est à la couleur du régiment. Le pantalon arabe, le « sarouel » (dit aussi « saroual », « seroual » ou encore « serouel ») est d’une forme très ample et sans séparation d’entre-jambe. Une ceinture de laine bleu indigo vient s’enrouler à la jonction du bas du gilet et du haut du sarouel (cette ceinture est destinée à tenir les intestins au chaud pour lutter contre la dysenterie). La ceinture, qui mesurait 40 centimètres de large pour quatre mètres de long, était l’élément le plus difficile à mettre, le zouave devant souvent appeler à l’aide un de ses compagnons. En guise de manteau, le zouave possède un collet à capuchon, sorte de pèlerine ample mais courte, fabriquée en drap de couleur « gris de fer bleuté ». De hautes guêtres de drap bleu foncé ou de toile blanche selon la saison ou la circonstance, portées avec des souliers cloutés de cuir noir, complètent la silhouette du zouave. Les guêtres sont remplacées vers 1905 par des bandes molletières en drap de la couleur du collet. Le style de cet uniforme, partagé avec les troupes indigènes de tirailleurs et de spahis en Algérie, variant totalement de celui des autres troupes d’infanterie française, a pour origine le style vestimentaire des populations kabyles de l’époque, dont la tenue traditionnelle s’inspirait très largement de celle des envahisseurs turcs qui occupaient le pays depuis des décennies.

Cet uniforme que portent les zouaves, a une implication des plus importantes dans l’esprit de corps de ces hommes hors du commun à forte proportion d’engagés volontaires et de rengagés, ce qui explique la ténacité, la force et la cohésion au sein des divers régiments. De ce fait la tenue « à l’orientale » si remarquable ne subira pratiquement aucune modification, du moins pour la troupe, pendant toute sa période de dotation.

Une tenue aussi étrange et romantique tient plus d’une mode et d’une fascination pour les choses exotiques lors de la dernière moitié du XIXe siècle, que d’une réelle exigence bien fondée et raisonnable en termes d’habillement militaire. Ainsi l’on tente de concilier l’inconciliable, car le zouave a besoin d’une tenue chaude pour les nuits fraîches et d’une tenue fraîche pour les journées chaudes. Et ces effets comportent énormément de défaillances : son pantalon large s’accroche dans les broussailles, veste et gilet découvrent le cou, le collet à capuchon ne protège pas les jambes ni les cuisses du froid et de la pluie, et la chéchia ne protège contre rien… et pourtant, le prestige eut le dessus.

À partir de fin 1914, alors que les régiments métropolitains adoptent dans l’urgence de nouveaux effets en drap bleu « horizon », le drap kaki est octroyé en priorité aux régiments de l’armée d’Afrique et à une partie des troupes coloniales. Tout d’abord de teinte allant du marron jaune au vert caca d’oie, la nouvelle tenue des zouaves relègue l’uniforme oriental aux effets de sortie ou de prise d’armes. Le « sarouel » adopte une forme moins ample et à jambes séparées, dite « culotte cycliste » ou « culotte russe », la veste de coupe européenne remplace les effets arabes, les chéchias, lorsqu’elles ne sont pas remplacées par le casque métallique Adrian modèle 1915, sont masquées par des manchons de toile sable ou cachou.

De ces premiers essais restés sous le sobriquet de drap « moutarde » naitra la nuance « kaki », vert foncé, qui s’impose pour toute l’armée après 1922.

Les zouaves, à l’instar de leurs camarades tirailleurs et spahis, retrouveront leur tenue orientale pour les prises d’armes, les cérémonies et en tenue de sortie, à partir de 1928.
Légion d’Antibes

Notons qu’en marge de l’histoire officielle de l’Armée française, le 11 avril 1866 une circulaire du Maréchal Randon autorise la création de la “Légion d’Antibes” qui donne naissance à un bataillon de zouaves pontificaux, pour la plupart des Français (au service des États du Saint-Siège en Italie), cette création était déjà l’idée de Juchault de La Moricière (figure légendaire, ancien officier charismatique au 2e Zouaves, il devient ministre de la guerre en juin 1848, puis il choisit l’exil sous le second Empire), qui ainsi dirige un corps d’élite qui ajoute aux traditions d’héroïsme des zouaves d’Afrique l’idée chrétienne de l’abnégation et du sacrifice. Il est à noter aussi qu’aux Amériques, pendant la guerre de sécession entre Confédération et Union, le prestige de l’armée française est tel que dans les camps du Nord et du Sud sont constitués des régiments de zouaves, dans lesquels s’enrôlent de nombreux volontaires souvent d’origine française.

Décorations

Pour les décorations et les citations, les zouaves, avec les tirailleurs nord-africains, viennent juste après les deux régiments les plus décorés de l’armée française (le Régiment d’Infanterie Coloniale du Maroc (RICM), appartenant aux troupes coloniales, et le Régiment de marche de la Légion étrangère, appartenant à l’Armée d’Afrique)1.

Il n’y a pas de liaison directe entre le port d’une fourragère et l’attribution au drapeau de la décoration correspondante, car c’est uniquement le nombre de citations à l’ordre de l’Armée qui est pris en compte pour l’attribution de la fourragère à une unité.
Drapeaux

Drapeaux décorés de la Légion d’honneur
2e régiment de zouaves (20/06/1859)
3e régiment de zouaves (09/11/1863)
4e régiment mixte de zouaves et de tirailleurs ( 05/07/1919 )
4e régiment de zouaves (05/07/1919)
8e régiment de zouaves (05/07/1919)
9e régiment de zouaves (05/07/1919)
4e régiment mixte de zouaves et tirailleurs (13/07/1919)

Drapeaux décorés de la Médaille militaire
3e régiment de zouaves (05/07/1919)

Inscriptions portées sur les drapeaux :
1er régiment de zouaves : Constantine 1837, Sébastopol 1854-1855, Melegnano 1859, Puebla 1863, Maroc 1908-1911-1914, La Somme 1916, Les Monts 1917, L’Ailette 1918, Montagne de Reims 1940, Danube1945.
2e régiment de zouaves: Laghouat 1852, Sébastopol 1854-1855, Magenta 1859, Puebla 1863, Extrême-Orient 1884-1885, Maroc 1907-1912, Champagne 1915, Verdun-Noyon 1916-1918, Vosges 1944.
3e régiment de zouaves : Sébastopol 1854-1855, Kabylie 1857, Palestro 1859, San Lorenzo 1863, Maroc 1908-1912, Champagne 1915, Verdun 1916, Moreuil-Noyon 1918, Le Faid 1943, Danube 1945.
2e régiment bis de zouaves : l’Yser 1914, Monastir 1916, Doiran1918.
4e régiment de zouaves: Sébastopol 1854-1855, Magenta 1859, Solferino 1859, la Marne-l’Yser 1914, Verdun 1916, La Malmaison 1917, Noyon-l’Oise 1918, Soissonnais 1918, Royan 1945.
8e régiment de zouaves: Saint-Gond 1914, Artois 1915, Champagne 1915, Les Monts 1917, Verdun 1917, Soissonnais 1918, Vauxaillon 1918.
9e régiment de zouaves: l’Yser 1914, Verdun 1916, Cœuvres 1918, Saconin 1918, Breuil 1918, Montdidier 1918, Berry-au-bac 1918, Roche-les-Blamont 1944.
1er régiment mixte de zouaves et de tirailleurs: l’Yser 1914, Verdun 1916, la Somme 1916, Les Monts 1917,-l’Aisne 1918, Montdidier 1918.
2e régiment mixte de zouaves et de tirailleurs: Le Matz 1918, Soissonnais 1918, L’Ailette 1918, Somme-Py 1918.
3e régiment mixte de zouaves et de tirailleurs: Verdun 1916, Les Monts 1917.
4e régiment mixte de zouaves et de tirailleurs: Artois 1915, Verdun 1916-1917, La Malmaison 1917, Noyon 1918, Soissonnais 1918, l’Oise-l’Ailette 1918.

Première Guerre mondiale

Fourragère aux couleurs du ruban de la Légion d’honneur (6-8 citations à l’ordre de l’Armée)
3e régiment de zouaves
4e régiment de zouaves
4e régiment mixte de zouaves et de tirailleurs (futur 16e R.T.T)
8e régiment de zouaves
9e régiment de zouaves

Fourragère aux couleurs du ruban de la Médaille Militaire (4-5 citations à l’ordre de l’Armée)
1e régiment de zouaves
1e régiment mixte de zouaves et de tirailleurs (futur 43e R.T.T)
2e régiment de zouaves
3e régiment bis de zouaves

Fourragère aux couleurs du ruban de la Croix de guerre 1914-1918 (2-3 citations à l’ordre de l’Armée)
2e régiment bis de zouaves

Seconde Guerre mondiale

Fourragère aux couleurs du ruban de la Croix de Guerre 1939-1945 (2-3 citations à l’ordre de l’Armée)
4e régiment de zouaves (1947)

Citations militaires

Décret du 5 juillet 1919 portant attribution de la croix de chevalier de la Légion d’honneur au drapeau du 4e RMZ6

« Magnifique régiment animé de toutes les vertus guerrières qui a généreusement versé son sang sur les principaux champs de bataille de la grande guerre et a connu le succès chaque fois qu’il a fait revivre en l’ennoblissant encore par la constance et la ténacité de ses efforts, la tradition des Zouaves de Crimée, d’Italie, du Froeschwiller. À participé aux batailles les plus importantes de la campagne 1914-1918, s’est couvert de gloire sur la Marne et sur l’Yser en 1915, a arraché la victoire à Douaumont (24 octobre 1916), Louvemont (15 décembre 1916), Hurtebise (24 avril 1917), La Malmaison (23 octobre 1917), Longpont (18 juillet 1918), sur l’Oise (2 août au 4 septembre 1918) et en donnant tout entier et à fond, a arrêté net la ruée déjà victorieuse de l’ennemi à Orvillers-Sorel (28 mars au 1er avril 1918) et à Carlepont (29 mai au 5 juin 1918). »

— Décret du 5 juillet 1919 portant attribution de la croix de chevalier de la Légion d’honneur au drapeau du 4e RMT – Président de la République7
Liste des régiments de zouaves de l’armée française

1er régiment de zouaves : formé en 1852, dissous en 1949 et reformé pendant la période 1956-1960. Croix de guerre 1914-1918 (5 palmes et une étoile vermeille) et Croix de guerre 1939-1945 (2 palmes) ;
2e régiment de zouaves : formé en 1852 et dissous en 1962. Légion d’honneur (obtenue lors de la bataille de Magenta), Croix de guerre 1914-1918 (5 palmes et une étoile d’argent) et Croix de guerre 1939-1945 (2 palmes) ;
3e régiment de zouaves formé en 1852 et dissous en 1962. Légion d’honneur (obtenue lors de la bataille de San Lorenzo, Mexique 1863), Croix de guerre 1914-1918 (6 palmes) et Croix de guerre 1939-1945 (2 palmes) ;
Régiment de zouaves de la garde impériale : formé en 1864, devenu le 4e régiment de zouaves en 1870 et dissous en 1962. Légion d’honneur, Croix de guerre 1914-1918 (7 palmes) et Croix de guerre 1939-1945 (2 palmes)8 ;
8e régiment de zouaves : formé en 1914, dissous en 1928, reformé en 1934-1940, à nouveau dissous, il est reformé deux fois d’abord en 1946-1956, puis durant la guerre d’Algérie (1959-1962). Légion d’honneur et Croix de guerre 1914-1918 (7 palmes et une étoile d’argent) ;
9e régiment de zouaves : formé en 1914 et dissous en 1940 ; reformé en 1943 et à nouveau dissous en 1962 ; réactivé en 1982 et à nouveau dissous en 2006 au CEC (centre d’entraînement commando) de Givet (08). Légion d’honneur, Croix de guerre 1914-1918 (6 palmes et une étoile d’argent) et Croix de guerre 1939-1945 (2 palmes).
11e régiment de zouaves : formé en 1939 et dissous en 1940. Sa devise : « Œil pour œil, dent pour dent » ;
12e régiment de zouaves : formé en 1939 et dissous en 1940 ;
13e régiment de zouaves : formé en 1919 et dissous en 1940. Sa devise : « Avec le sourire »
14e régiment de zouaves : formé en 1939 et dissous en 1940 ;
21e régiment de zouaves : formé en 1939 et dissous en 1940 (régiment d’instruction) ;
22e régiment de zouaves ;
23e régiment de zouaves ;
29e régiment de zouaves.

Régiments mixtes de zouaves et tirailleurs en 1914-1918

Créés lors de la Première Guerre mondiale avec deux bataillons de Tirailleurs algériens et un bataillon de Zouaves. Ils perdent leur bataillon de Zouaves entre avril et juillet 1918 et deviennent alors entièrement composés de tirailleurs. Les 2e et 3e sont transformés respectivement en 13e RMT et 6e RMT alors que les 1er et 4e conservent leur nom de mixte jusqu’en 1920.

1er régiment mixte de zouaves et tirailleurs, il perd son bataillon de Zouaves en juillet 1918 mais conserve son nom de mixte jusqu’en octobre 1920 et devient le 43e RMT
2e régiment mixte de zouaves et tirailleurs, devient le 13e RMT en juin 1918
3e régiment mixte de zouaves et tirailleurs, devient le 6e RMT en mai 1918
4e régiment mixte de zouaves et tirailleurs, il perd son bataillon de Zouaves en avril 1918 mais conserve son nom de mixte jusqu’en octobre 1920 et devient le 16e RMT

Liste des régiments de zouaves dans d’autres pays
Zouaves pontificaux

La création des zouaves pontificaux a lieu en 1860 à l’appel du pape Pie IX ; leur organisation est confiée au général de La Moricière. Après l’entrée des troupes italiennes de Victor-Emmanuel II à Rome en 1870, ils servent le Gouvernement de Défense nationale lors de la guerre franco-prussienne, et sont dissous après l’entrée des Prussiens à Paris.

L’un des zouaves pontificaux les plus célèbres est John Surratt, impliqué dans l’assassinat d’Abraham Lincoln.
États-Unis

Plusieurs unités de zouaves furent formés par des Américains lors de la guerre de Sécession : l’Union équipe de nombreux régiments de zouaves (parfois seulement zouaves uniquement de nom), et les Confédérés n’en ont qu’une poignée, essentiellement en Louisiane (Tigers zouaves, Coppen’s Zouaves, Louisiana zouaves). Au nord les plus célèbres sont le 5e régiment de volontaires de New York, surnommés les zouaves de Duryee, le 11e régiment de volontaires de New York, surnommés les zouaves de feu’, le 9th New York (Hawkin’s zouaves), le 10th New York (national Zouaves), le 62nd New York (Anderson zouaves), le 114th pennsylvania (Collis Zouaves), le 165th New York, etc.

Le 11e fut d’abord commandé par le colonel Elmer Ellsworth, mort en 1861, puis durement entamé lors de la première bataille de Bull Run. Le 5e était considéré comme une unité d’élite de l’armée du Potomac, et incorporé dans la division de Sykes. À la seconde bataille de Bull Run, le 5e régiment de New York, accompagné du 11e régiment de New York (les zouaves nationaux), participa à l’attaque flanquante du corps de Longstreet pendant dix minutes cruciales, avant d’être mis hors de combat : sur 525 hommes, 120 furent tués et 330 blessés durant ces dix minutes.

À partir de 1863, l’uniforme de zouave est donné en récompense aux unités méritantes de l’armée du nord et il y aura davantage d’unités de zouaves à la fin de la guerre qu’à son début. dans les années 1870/80 les zouaves furent progressivement assimilés aux unités régulières de l’US Army.
Zouaves du mort

Zouaves de mort formés lors de l’Insurrection polonaise de 1861/1864; leur organisation est confiée au Lieutenant François Rochebrune.

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Insurrection polonaise de 1861/1864 Zuavo du mort – colonel François Rochebrune (1863)
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Notes, commentaires et références

↑ a et b Les troupes coloniales dans la Grande Guerre: actes du colloque organisé pour le 80e anniversaire de la bataille de Verdun, IHCC-CNSV, 1997, p.90
↑ a et b Encyclopédie Larousse [archive]
↑ « A proprement parler les Zouaoua sont les Kabyles qui habitent les contreforts les plus élevés du Djurdjura. Le premier indigène qui entra au service de la France après la conquête d’Alger, fut un Zouaoui ou homme des Zouaoua, de là le nom des Zouaves », Le Globe, Société de géographie de Genève, 1860, p.215
↑ Philippe E. Landau, Les Juifs de France et la Grande Guerre : un patriotisme républicain, 1914-1941, CNRS, 1999, p. 34.
↑ Jacques Frémeaux, Les empires coloniaux dans le processus de mondialisation, Maisonneuve & Larose, 2002, p. 64
↑ Bulletin des lois de la République française, éd. Imprimerie royale, Paris, 1919, p. 2026
↑ Le 4e zouaves avait perdu 9 351 officiers, sous-officiers et soldats pendant la guerre 1914-1918
↑ Le bataillon d’instruction et d’intendance du 4e zouave est installé au fort de Rosny-sous-Bois. En 1963, la municipalité de Rosny-sous-Bois a baptisé Rue du 4e-Zouave la rue qui relie le centre-ville au Fort de Rosny

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Document pdf :
Les Zouaves à travers des cartes postales de
Jean Marc LABOULBENE
Bibliographie : Bruno Carpentier, La légende des zouaves ED. SOPAIC
Jean -François Catteau, Militaria n° 129 & 197, Histoire & Collection
http://alger-roi.fr/Alger/armee_afrique/pdf/8_zouaves_cartes_postales_afn68.pdf

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3 janvier 2013

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