Milguerres

  • Accueil
  • > Recherche : tableau grande guerre

15 novembre 2014

Buonaparte

Classé sous — milguerres @ 23 h 08 min

retour page d’Accueil

Celles de l’Histoire, retour vers les grandes épopées

Buonaparte

Buonaparte captur15

source BNF

Titre : Buonaparte : [estampe] / dessiné par J. Guerin ; gravé par G. Fiesinger
Auteur : Fiesinger, Franz Gabriel (1723-1807). Graveur
Auteur : Guérin, Jean Urbain (1760-1836). Dessinateur du modèle
Éditeur : chez l’auteur (A Paris)
Date d’édition : 1798
Sujet : Napoléon Ier (empereur des Français ; 1769-1821)

Titre : L’Empereur et l’Impératrice traversant la Galerie du Musée pour se rendre à la Chapelle du Mariage, au Louvre : [estampe]
Auteur : Pauquet, Louis (1759-1824). Graveur
Auteur : Normand, C.. Graveur
Auteur : Normand, Charles. Graveur
Auteur : Percier. Dessinateur du modèle. Peintre du modèle
Auteur : Fontaine. Dessinateur du modèle. Peintre du modèle
Éditeur : [s.n.]
Sujet : Napoléon Ier (empereur des Français ; 1769-1821) — Mariage
Sujet : Marie-Louise (impératrice des Français ; 1791-1847) — Mariage
SOURCE BNF

captur16

Titre : Descente de Voiture, de l’Empereur et de l’Impératrice, sous le Vestibule du Palais des Tuileries, le jour de la Cérémonie du Mariage : [estampe]
Auteur : Pauquet, Louis (1759-1824). Graveur
Auteur : Normand, C.. Graveur
Auteur : Normand, Charles. Graveur
Auteur : Percier. Dessinateur du modèle
Auteur : Fontaine. Dessinateur du modèle. Peintre du modèle
Auteur : Percier. Peintre du modèle
Éditeur : [s.n.]
Sujet : Napoléon Ier (empereur des Français ; 1769-1821) — Mariage
Sujet : Marie-Louise (impératrice des Français ; 1791-1847) — Mariage
SOURCE BNF

captur17

Dès le couronnement, comme il l’avait fait avec ses portraits le représentant en Premier consul lors de la commande de 1803 pour la Belgique (à laquelle Ingres avait déjà participé pour la ville de Liège), Napoléon voulut diffuser son image d’empereur. En 1805, il se tourna vers les artistes les plus en vue, mais les résultats furent inégaux, d’autant qu’il ne posait jamais et que les peintres devaient avoir recours aux gravures ou à d’autres tableaux qu’ils devaient de plus adapter au nouveau profil de l’Empereur, assez distinct de celui du Premier consul. En outre, chaque artiste avait son style et sa conception propres, et les ambiguïtés du nouveau régime furent très vite sensibles entre les différentes perceptions.

Auteur : Jérémie BENOÎT
http://www.histoire-image.org/pleincadre/index.php?i=113&id_sel=undefined

captur19

Titre : Fête du Sacre et du Couronnement de Leurs Majestés Imperiales. Vue de la Place du Parvis Notre Dame de Paris, et de la Décoration élevée devant la principale entrée de l’Eglise à l’instant ou leurs Majestés revêtues de leurs Ornemens impériaux sont reçues et complimentées par le Clergé de Paris : [estampe]
Auteur : Le Coeur, Louis (175.-18..). Graveur
Auteur : Dorgez (17..-18.. ; graveur). Graveur
Éditeur : Se vend à Paris chez Bance, rue Saint Denis, N° 175, près celle aux Ours » ; « Et chez l’Auteur, rue Chapon N° 1. Division de la Réunion
Date d’édition : 1804
Sujet : Napoléon Ier (empereur des Français ; 1769-1821) — Couronnements
Type : image fixe,estampe
Format : 1 est. : gravure au pointillé ; 34,4 x 43 cm
source BNF

n6940810

retour page d’Accueil

Celles de l’Histoire, retour vers les grandes épopées

Bazeilles et Sedan : essais critiques sur les opérations de l’armée de Chalons

Classé sous — milguerres @ 22 h 41 min

retour page d’Accueil

Celles de l’Histoire, retour vers les grandes épopées

 

 

Titre : Bazeilles et Sedan : essais critiques sur les opérations de l’armée de Chalons…
Éditeur : J. Rozez (Bruxelles)
Date d’édition : 1871
Type : monographie imprimée
Langue : Français
Format : 1 vol. (155 p.) : plan en coul. ; in-12
Format : application/pdf
Droits : domaine public

A LIRE ICI 

http://fr.calameo.com/read/0021527566f1804ba61cd

 

La bataille de Bazeilles

Bazeilles et Sedan : essais critiques sur les opérations de l'armée de Chalons captur13

captur11

Combats devant la maison des dernières cartouches.

 

La bataille de Bazeilles a lieu du 31 août 1870 au 1er septembre 1870, pendant la guerre franco-prussienne. Cet épisode héroïque a inspiré le plus célèbre tableau patriotique d’Alphonse de Neuville, intitulé Les Dernières Cartouches.

Division bleue
En 1870, pour la première fois de leur histoire, les marsouins des 1er, 2e, 3e, 4e régiments d’infanterie de marine et bigors du 1er régiment d’artillerie de marine, sont groupés pour prendre part à la lutte, dans la même division surnommée « division bleue », commandée par le général de Vassoigne. Ils écriront une des plus notables pages de l’armée française à Bazeilles, les 31 août et 1er septembre 1870.

Chaque année, les troupes de marine fêtent l’anniversaire à Fréjus de cette grande bataille où les pertes dénombrées sont de 2 655 hommes2, les Prussiens, quant à eux, perdirent environ 2 500 hommes au sein de la 8e division du IVe corps3.

CONTEXTE
Au cours du mois d’août 1870, l’Est de la France est occupé par trois armées allemandes. Voulant délivrer Bazaine encerclé dans Metz, Mac-Mahon est chargé de constituer une armée dite « de Châlons » dont la 2e brigade de la division bleue. Partie de Reims après 6 jours de marche forcée avec l’armée de Châlons, la 2e brigade de la division Bleue atteint Sedan où Mac-Mahon veut faire reposer son armée et la ravitailler pour ensuite repartir sur Metz. Mais à la suite de la bataille de Beaumont, l’armée de Châlons se trouve fixée sur Sedan.

LES COMBATS DE BAZEILLES
La 2e brigade doit protéger Bazeilles sur le flanc est de la forteresse de Sedan. Dès le 31 août toute l’armée est sur la rive droite de la Meuse, cependant un pont de voie ferrée à Remilly est encore intact et va permettre l’infiltration d’éléments d’avant-gardes bavaroises, qui seront repoussés à la tombée de la nuit.
La supériorité en nombre et en artillerie de l’adversaire va donner lieu à des affrontements meurtriers où les pertes sont nombreuses ; le village est repris, puis gardé par les Français uniquement sur la frontière nord. La 1re brigade arrivée en renfort en fin de journée permet la reprise totale de Bazeilles à la tombée de la nuit.
Le 1er septembre, les forces bavaroises du général von der Tann renforcées pendant la nuit attaquent le village au lever du jour. Elles croient le trouver vide, mais tombent dans une contre-attaque de 150 marsouins organisée par le commandant Lambert, sous-chef d’état-major de la division.
S’enchaînent alors deux revirements inattendus :
Le premier avec le remplacement de Mac Mahon, blessé, par le général Ducrot qui ordonne d’abandonner les positions acquises ;
Le second, après l’évacuation de Bazeilles, avec l’arrivée du général de Wimpfen, qui prend le contrepied de ces dispositions et ordonne la réoccupation des positions abandonnées
Après de nouveaux combats à un contre dix, face au 1er corps d’armée bavarois dont l’artillerie est de plus en plus fournie, le général de Vassoigne estime que « l’infanterie de marine a atteint les extrêmes limites du devoir » et sonne la retraite afin d’éviter le massacre intégral de la troupe.
La division Bleue a perdu 2 655 hommes au cours de ce seul affrontement, mais a provoqué des pertes du double au moins chez un ennemi supérieur en armement et en nombre[réf. nécessaire]. Quarante Bazeillais trouvèrent la mort au cours des combats des 31 août et 1er septembre. Cent cinquante autres moururent des suites de leurs blessures dans les six mois qui suivirent la bataille. L’adversaire, pour sa part, avait laissé sur le terrain 7 000 tués dont plus de 200 officiers
C’est la raison pour laquelle cet épisode a été retenu par l’histoire militaire, avec notamment l’immortalisation par le peintre Alphonse de Neuville de la défense de l’auberge Bourgerie, où l’on peut voir le commandant Arsène Lambert et une poignée d’hommes défendre la maison dans des conditions particulièrement difficiles, et jusqu’à l’épuisement complet des munitions. Avant d’ordonner le repli au petit nombre de combattants survivants, les officiers ont revendiqué l’honneur de tirer les onze dernières cartouches, d’où le nom de « Maison des dernières cartouches », qui fit l’objet d’une popularisation comme un des hauts-faits de la guerre.

Bazeilles est resté depuis un haut-lieu et un symbole des troupes de marine. 

RECIT OFFICIEL 

Bazeilles est devenu le symbole des troupes de marine. L’anniversaire de Bazeilles est commémoré chaque année dans tous les corps de troupe de France et d’Outre-mer et sur les lieux mêmes de la bataille. Le récit qui suit est prononcé à cette occasion.

« 1870 : la France est en guerre. Son territoire est envahi. Pour prendre part à la lutte, marsouins et bigors sont, pour la première fois de leur histoire, groupés dans une même division, la division de marine qui sera surnommée la division bleue.

Commandée par le général de Vassoigne, elle est composée de 2 brigades :

la 1re : général Reboul, est formée du 1er Régiment d’Infanterie de Marine de Cherbourg et du 4e de Toulon
la 2e : général Martin des Pallières, comprend le 2e Régiment d’Infanterie de Marine de Brest et le 3e de Rochefort. Le 1er Régiment d’Artillerie de Marine de Lorient fournit 3 batteries.
La Division bleue fait partie du 12e Corps d’Armée sous le commandement du général Lebrun affecté à l’armée de Mac Mahon. Rassemblée au camp de Chalons, celle-ci, dans la deuxième quinzaine d’août, va tenter la jonction avec l’armée de Bazaine enfermée dans Metz.

Le 30 août, après six jours de marches et de contre-marches harassantes, un de nos corps d’armée s’étant laissé surprendre à Beaumont, la 1re brigade, celle du général Reboul, doit intervenir, d’ailleurs avec succès, pour le dégager.

Le lendemain, 31 août, vers midi, c’est l’autre brigade qui est chargée de reprendre Bazeilles que l’ennemi vient d’occuper.

Le général Martin des Pallières enlève sa troupe. L’ennemi est refoulé, mais sa supériorité en nombre et en artillerie lui permet, en multipliant ses attaques, de reprendre pied dans la localité. La mêlée est acharnée ; les pertes sont sévères des deux côtés; le général Martin des Pallières est blessé et le village en feu.

Vers 4 heures de l’après-midi, les nôtres ne tiennent plus que les lisières nord du village. C’est alors que la brigade Reboul, conservée jusque là en réserve, est engagée et, avant la tombée de la nuit, Bazeilles est entièrement reprise une nouvelle fois. Toujours au prix de combats acharnés.

On s’organise pour la nuit. Seules des grand-gardes, placées aux ordres du commandant Lambert, sous-chef d’état-major de la Division, tiendront la localité. Le commandant Lambert, comprenant que l’ennemi, puissamment renforcé pendant la nuit, va revenir en force, lui tend un piège.

Lorsque, le 1er septembre au lever du jour, les Bavarois commencent à pénétrer dans le village, ils croient celui-ci abandonné. Une vigoureuse contre-attaque, menée par 150 marsouins, les surprend et les met en fuite. Nous sommes à nouveau, et pour la troisième fois, maîtres de Bazeilles.

À ce moment survient un coup de théâtre. Le général Ducrot, qui vient de remplacer Mac Mahon blessé, veut regrouper l’armée et l’ordre est donné d’abandonner Bazeilles. Ce que l’ennemi n’a pas réussi, la discipline l’obtient : Bazeilles est évacué. Mais le général de Wimpffen, porteur d’une lettre de service, revendique le commandement et, prenant le contrepied des dispositions de son prédécesseur, ordonne que soient réoccupées les positions abandonnées.

Il faut donc reprendre Bazeilles dont les Bavarois n’ont pas manqué de s’emparer entretemps. De Vassoigne n’hésite pas et sa division, en une seule colonne, s’empare du village pour la quatrième fois, malgré la défense acharnée de l’adversaire.

Le 1er Corps d’armée Bavarois, renforcé d’une division supplémentaire, et appuyé par une artillerie de plus en plus nombreuse, reprend ses attaques qu’il combine avec des manœuvres d’encerclement, tandis que dans le village se multiplient les incendies.

Luttant à un contre dix, les marsouins, malgré les obus qui les écrasent et les incendies qui les brûlent et les suffoquent, défendent pied à pied chaque rue, chaque maison et chaque pan de mur. Ils ne cèdent le terrain que très lentement infligeant à l’ennemi des pertes sévères. Hélas, celles qu’ils subissent ne le sont pas moins et, ce qui est très grave, les munitions commencent à manquer.

Le général de Vassoigne, toujours très calme, estime que sa mission est maintenant accomplie, que « l’infanterie de marine a atteint les extrêmes limites du devoir » et qu’il ne doit pas faire massacrer une telle troupe, susceptible de rendre encore des services. Vers midi, il fait sonner la retraite.

Cependant le général de Wimpfen veut encore tenter une percée vers l’est. À cet effet, aux environs de 16 heures, il fait appel au général de Vassoigne et se met avec lui, épée en main à la tête des débris dont il dispose.

Bazeilles est en grande partie repris, lorsque sur l’ordre de l’empereur, il fait mettre bas les armes.

La Division bleue a perdu 2 655 des siens dont 100 officiers. »

SOURCE WIKIPEDIA

 

retour page d’Accueil

Celles de l’Histoire, retour vers les grandes épopées

18 avril 2013

La patère de Bizerte – Paul Gauckler – 1895

Classé sous — milguerres @ 19 h 41 min

 retour page d’Accueil

 Une histoire : Bizerte et la France

Culture et patrimoine  

-

Paul Gauckler

Un vase précieux découvert à Bizerte

In: Comptes-rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 38e année, N. 4, 1894. pp. 266-267. doi: 10.3406/crai.1894.70431

SÉANCE DU 27 JUILLET.

M. Gauckler, directeur du Service des antiquités de Tunisie, présente à l’Académie des photographies et un dessin d’un vase précieux , récemment découvert à Bizerte , dans les travaux de dra gage dirigés par M. Gallut, ingénieur de la Compagnie du port.

C’est une patère en argent massif, incrusté et plaqué d’or; elle est ovale, légèrement concave, et munie de deux oreilles plates. Sa longueur atteint ο m. 90 ; elle pèse 9 kilogrammes de métal fin.

L’ornementation de la patère est très riche : le motif central,gravé sur incrustations d’or, représente la lutte d’Apollon et de Marsyas. Le satyre joue de la flûte double devant la Muse, ar bitre du combat; autour de lui sont groupés, suivant leurs sympathies, ses partisans et ses adversaires : Apollon et Athena d’une part, de l’autre Cybèle, un satyre et le jeune berger Olympos.

Le pourtour du plat est occupé par une frise en relief où se succèdent divers tableaux idylliques et champêtres, de style alexandrin.

Sur les oreilles sont figurés, au milieu d’ornements accessoires, un sacrifice rustique à Dionysos et une scène bachique.

Tous ces ornements, ciselés en plein métal, sont exécutés avec un art consommé. La patère de Bizerte est une oeuvre hellénistique qui semble dater des premières années de notre ère.

C’est la pièce d’orfèvrerie la plus précieuse qui ait encore été découverte en Afrique.

M. Gauckler a réussi à en assurer la possession au Musée du Bardo, grâce au concours empressé des directeurs de la Compagnie du port, MM. Couvreur et Hersent, et de l’administrateur délégué à Bizerte, M. Odent, qui ont rendu en cette occasion un service éclatant à la science.

Citer ce document / Cite this document :Gauckler Paul. Un vase précieux découvert à Bizerte. In: Comptes-rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 38e année, N. 4, 1894. pp. 266-267.   http://www.persee.fr

 

_________________________

La patère de Bizerte  

Paul Gauckler   

Monuments et mémoires de la Fondation Eugène Piot  

   Année   1895   lien Volume   2   lien Numéro   2-1   lien pp. 77-94

 http://www.persee.fr 

(certainement à voir au musée du Bardo, à Tunis)

 

__________________________________________________________________________________________

nota : il est à préciser que le texte d’origine est ancien et que quelques mots sont illisibles.

Vous trouverez ci-joint un document word avec toutes les notes numérotées de 1 à 39, de cette étude. Bonne lecture ! 

 LA PATERE DE BIZERTE NOTES

_______________________________________

 

 

La patère de Bizerte  - Paul Gauckler - 1895 patere-de-bizerte

Les travaux de dragage entrepris à Bizerte 1 pour approfondir le nouveau chenal qui unit la mer au lac ont amené la découverte d’un certain nombre de débris antiques, provenant, selon toute apparence, de navires naufragés jadis à l’entrée de la passe.

Ce sont pour la plupart des objets de métal, de forme et de nature variées, coulevrines et boulets, ancres et chaînes, tuyaux, ustensiles en bronze de diverses époques. Entraînés par leur poids, ils ont coulé à pic et se sont enfoncés dans le sable, tandis que les épaves plus légères surnageaient et allaient s’échouer sur le rivage.

Les plus remarquables ont été retirés des couches sablonneuses atteintes en dernier lieu par la drague : c’est dans les fonds de cinq à six mètres qui ont été recueillis la tessere en bronze du Pagus Minervius, déjà publiée 2, et deux plats inédits, en argent doré, que je me propose d’étudier ici.

Ils ont été trouvés ensemble.

Du premier, il ne reste que le cercle ciselé du pourtour avec quelques débris de la frise en relief qu’il enveloppait.

Si insignifiants que soient ces fragments, ils suffisent à prouver que ce plat avait la même forme, le même style et les mêmes ornements que le second.

Il est intéressant d’avoir à constater ici, une fois de plus, que les œuvres d’art de ce genre se rencontrent généralement par paire 3.

L’autre plat est mieux conservé; il devait être intact, au moment où la drague l’a ramassé dans un de ses godets : car les entailles qu’il présente sont brillantes, sans dépôt calcaire, ni oxydation; elles sont dues à l’action de la machine, qui a gravement endommagé l’ensemble.

Une large déchirure circulaire a séparé des bords la partie médiane, détruisant presque en totalité une élégante frise en relief. Le reste a peu souffert, bien que sur plusieurs points les placages 5 et les incrustations d’or4 aient été arrachés ou froissés.

 

C’est une patere en argent massif, incrustée et plaquée d’or; dans son état actuel et malgré les mutilations qu’elle a subies, elle pèse encore près de neuf kilogrammes de métal fin 6.

Elle se compose d’un plateau rond, disque d’argent légèrement concave et à bords rabattus, qui repose sur un anneau de base faisant corps avec lui.

Il est orné sur sa face supérieure d’un motif central circulaire, entouré de deux frises concentriques, la première de faible largeur, l’autre plus développée, attenant aux bords. Il n’y a pas trace de graffite au revers. Au plat proprement dit, viennent s’adapter deux oreilles en croissant, qui donnent à l’ensemble une forme ovale très élégante 7.

Elles sont décorées de figures en relief. Au milieu de chaque oreille sont ménagées deux fentes sinueuses où s’engageaient peut-être les poignées dont on se servait pour soulever cette lourde pièce d’orfèvrerie.

Le plateau et les deux oreilles ont été fabriqués séparément, puis réunis par la soudure. Chaque pièce a d’abord été fondue et coulée dans un moule qui lui a donné sa forme générale et son relief; elle a été reprise ensuite au ciselet et au burin et refouillée en plein métal avec un soin minutieux.

Les ornements ainsi obtenus sont entièrement recouverts d’or 8, tandis que dans les fonds unis l’argent reste apparent, l’opposition de teinte des deux métaux servant à faire ressortir les moindres détails des ciselures.

Les procédés de dorure varient d’après la nature des ornements et leur place. Les reliefs des oreilles et de la frise qui court autour du plat sont revêtus de feuilles d’or qui suivent exactement les sinuosités de leur contour , assez minces pour en épouser la surface et reproduire avec une fidélité parfaite toutes les délicatesses du modelé. Les figures de la frise intermédiaire ont d’abord été gravées au burin puis damasquinées. Celles du motif central, au contraire, sont formées de plaquettes d’or silhouettées, qui ont été incrustées d’abord, .et gravées ensuite. Il est à remarquer que les incrustations ne sont pas toutes faites de la même matière : à côté de l’or jaune, identique à celui des placages, apparaît un métal plus terne, une sorte dW blanc 9, où il faut sans doute reconnaître Yelectrum des anciens, et dont l’intervention très discrète suffît à donner plus de clarté à la composition, à souligner l’opposition des chairs nues et des draperies, à distinguer les vêtements de dessous de l’écharpe qui les recouvre.

Le motif qui occupe le milieu du plateau, et que limite une bordure d’un joli caractère, représente le premier épisode de la lutte musicale entre Apollon et Marsyas. Ce sujet, dont la vogue ne commence guère qu’à l’époque d’Alexandre 10, devient rapidement banal. Il n’entre pas dans le cadre de cette étude d’énumérer tous les vases peints, les sarcophages et bas-reliefs, les fresques, les mosaïques, les miroirs, les gemmes, les médailles qui représentent tout ou partie du drame. Une liste, que l’on pourra consulter avec fruit, en a été dressée par Overbeck dans sa Griechische Kunstmythologie 11: elle est très longue et cependant il serait facile de l’augmenter encore 11.

Les séries les plus riches sont celle des vases peints de l’époque hellénistique 12 et celle des sarcophages romains. Elles offrent toutes deux de nombreux points de comparaison avec le plat de Bizerte.

L’aspect extérieur du dessin rappelle les peintures de vases : mêmes procédés pour rendre, ici au pinceau et là au burin, le modelé des chairs, le jeu des muscles et de la physionomie, la disposition des draperies, traversées par ces écharpes de convention, qui viennent rompre la monotonie des lignes trop droites, renforcer celles qui paraîtraient trop grêles, et dont les pans brodés tombent en zigzags partout où il y a un vide à remplir, une transition à ménager.

Par contre, en ce qui concerne l’ordonnance de l’ensemble, le choix et l’attitude des personnages qui prennent part à l’action, le dessin du plat de Bizerte se rapproche davantage des bas-reliefs de sarcophages.

En voici, à mon avis, la raison : les peintures de vases, plus anciennes que les sarcophages, datent d’une époque où le mythe de Marsyas 15  n’était pas encore absolument fixé et n’avait pas reçu cette forme précise et logique qu’il eut au temps d’Auguste, et dont le récit d’Hygin 16  est l’expression la plus complète* Le nombre et la nature des personnages mythologiques assistant au combat varient d’un vase à l’autre, et l’on ne s’explique pas toujours les raisons de leur intervention: leur rôle est mal défini, quelquefois même interverti; c’est ainsi que certaines peintures mettent la cithare dans les mains de Marsyas 16.

Celles qui font du Silène phrygien le protagoniste de la scène sont d’ailleurs assez rares. La plupart s’attachent de préférence au dernier épisode de la lutte, réservant la place d’honneur au dieu grec Apollon : elles célèbrent le triomphe de la musique nationale.

Les sarcophages, au contraire, œuvres gréco-romaines, suivent presque tous fidèlement la tradition éclectique qui réunit et fondit en un seul mythe toutes les légendes d’Athènes et de Phrygie se rapportant au Silène Marsyas ; ils l’expriment d’une manière uniforme, sauf à l’abréger, s’il y a lieu. Pris dans sa plus grande extension, le drame peut être divisé en trois actes :

1° la découverte de la flûte double par Athéna, qui l’abandonne à Marsyas;

2° la lutte musicale entre Apollon et le Silène;

3° le châtiment du vaincu. Certains sarcophages représentent ces trois épisodes, d’autres négligent le premier.

Mais le motif central, le seul qui nous intéresse, est toujours traité de même : le nombre des personnages peut varier d’une sculpture à l’autre, les grandes lignes de la composition ne changent pas. Il est facile de s’en convaincre par les exemples suivants :

1. — Paris, Musée du Louvre 17. — Devant de sarcophage ovale, provenant de la villa Borghése. Les trois épisodes du drame sont figurés. Dans la scène du combat, Apollon tenant la cithare et Marsyas jouant de la flûte double se tiennent l’un à côté de l’autre au milieu du tableau : à la droite de Marsyas (côté gauche du bas-relief) se présentent Athéna et Dionysos, ce dernier accompagné de trois personnages de son cortège; à la gauche d’Apollon, sont Arté- mis et Hermès, avec Olympos à demi-couché à leurs pieds. Cinq Muses garnissent le fond du tableau que ferment à ses deux extrémités deux figures assises qui se regardent : Gybèle d’une part, de l’autre une femme, sur l’identification de laquelle on discute encore 18 : de la main droite, elle fait un geste d’attention, qui suffit à la caractériser.

2. — Rome. Palais Doria Panfili 19. — Sarcophage ovale, presque identique au précédent, mais moins chargé de figures. Manquent : Olympos, et les trois compagnons de Dionysos.

3. — Saïda 20 — Sarcophage rectangulaire, dû au ciseau du sculpteur Hermogènes. Même nombre de personnages que sur le précédent, Athéna et Hermès étant remplacés par deux Muses.

4. — Paris. Musée du Louvre 21. — Sarcophage rectangulaire, de la collection Campana. Les deux derniers épisodes du drame sont seuls figurés. Les personnages de la scène du combat sont moins nombreux, ce qui amène une modification de leur groupement. Apollon tenant la cithare et Marsyas jouant de la flûte double sont placés au milieu du tableau, de part et d’autre d’une femme assise, qui fait le même geste d’attention que sur les bas-reliefs précédents. A droite de Marsyas se tient Athéna, appuyée sur sa lance ; à gauche d’Apollon apparaissent le fleuve Marsyas, couché au premier plan, et, plus en arrière, un jeune homme assis, peut-être un génie local. Dans le fond, Niké, les ailes éployées, s’approche d’Apollon, pour poser sur sa tête la couronne de la victoire.

De ces exemples, qu’il serait aisé de multiplier, il résulte que partout sur les sarcophages, à côté de figures accessoires qui varient d’une œuvre à l’autre, reparaissent un certain nombre de personnages essentiels au drame, tantôt reconnaissables à première vue, tantôt d’attribution incertaine : Apollon, Marsyas, Athéna, Cybèle, la femme assise. Nous allons tous les retrouver ici, gardant la même attitude, mais groupés d’une manière si harmonieuse et si logique, pourvus de rôles si bien définis, qu’il n’y aura plus de doute possible sur la nature de chacun d’eux ; au lieu d’être obligés de recourir aux sarcophages pour expliquer et commenter le dessin du plat de Bizerte, c’est, au contraire, de l’étude de cette œuvre d’art que sortira naturellement la solution des difficultés que présente encore l’interprétation des bas-reliefs déjà connus.

Le sujet du dessin est des plus clairs : on pourrait lui appliquer la définition que donne Pausanias 22 du bas-relief de Praxitèle à Mantinée : MoO«xa jcal Mapcruaç afàôiv. « Une muse, et Marsyas jouant de la flûte. »

La scène représente un paysage, situé sans doute en Phrygie, sur les rives de l’affluent du Méandre qui prendra plus tard le nom de Marsyas : beaucoup de rochers, peu d’herbes et de fleurs; dans le fond, un olivier rabougri 23, l’arbre d’Athéna, auquel on attachera le musicien avant de l’écorcher vif.

Marsyas, objet de l’attention générale, occupe le milieu du tableau et joue de la flûte double. C’est un homme dans la force de l’âge, à la barbe touffue, aux membres robustes. Une peau de lion tombe de son épaule gauche et flotte derrière lui, laissant le corps entièrement nu. La nature animale du Silène phrygien ne se révèle que par les oreilles caprines, pointant dans ses cheveux en désordre. Il est debout, dans une attitude tourmentée 24, que justifie la grandeur de l’effort musculaire qu’il fallait déployer pour tirer des sons de la flûte. Marsyas exagère cet effort, s’imaginant que le secret de l’art musical réside en un déploiement de vigueur physique 25. Tous ses muscles se gonflent et se tendent. Les jambes largement écartées se raidissent. Les bras qui soutiennent les tubes inégaux de la flûte se détachent violemment du corps, pour permettre à la poitrine de se dilater jusqu’à ses dernières limites, et de faire entrer le plus d’air possible dans les poumons. La tête se renverse, les sourcils se froncent, les yeux s’écarquillent, bouche se contracte : tout s’accorde à donner l’impression d’une musique sauvage et rude, ennemie de la mesure, opposée au génie de la race hellénique.

patere-de-bizerte31

La Patère de Bizerte (Motif central)

En face de Marsyas, au premier plan à droite, est assise la femme qui juge le combat. La petite table placée devant elle, et sur laquelle sont déposés la couronne destinée au vainqueur, et peut-être aussi 26, le couteau qui doit servir au supplice du vaincu , ne permet aucun doute sur ses attributions.

C’est donc une des Muses, puisque les textes anciens nous disent qu’elles avaient été choisies comme arbitres par les deux antagonistes 27.

Attitude et costume conviennent parfaitement à son caractère; en ne lui donnant aucun attribut spécial qui permette de la distinguer de ses compagnes, l’artiste s’est conformé aux traditions de l’art grec le plus pur; ce serait aller contre ses intentions que de chercher à préciser davantage.

Vêtue d’une tunique montante à manches, serrée à la taille, et sur laquelle est jetée une écharpe brodée de couleur claire, la Muse écoute le musicien avec une attention soutenue, qu’exprime le geste de la main droite, levée à hauteur du visage, l’index dirigé vers l’oreille. C’est le geste de la femme assise dont nous avons signalé la présence sur les bas-reliefs de sarcophages; il me semble désormais impossible de douter qu’elle représente, dans les scènes où elle apparaît, la Muse anonyme qui juge le combat.

Autour de Marsyas se groupent, suivant leurs sympathies, les personnages les plus directement intéressés à la lutte.

A ses pieds, son élève favori, le jeune berger Olympos, à demi- couché, une jambe étendue, l’autre ramenée sous lui, le buste renversé en arrière, prenant son point d’appui sur la main droite, dont la paume s’applique contre terre. Il est vêtu à la mode asiatique : tunique ajustée et brodée, à longues manches, bouffante à la taille; anaxyrides collantes; chaussures aux pieds. Un bonnet phrygien est posé sur ses cheveux bouclés.

Ce costume, que porte Olympos sur plusieurs monuments figurés, est réservé par d’autres 28  à l’esclave de Pan déposée à terre à côté de l’enfant ne tranchait la question en faveur d’ Olympos 29.

A droite de Marsyas, au premier plan, est assise Cybèle, la grande déesse phrygienne, protectrice naturelle de son compatriote; l’on sait qu’elle avait fait de la flûte double l’instrument consacré de ses fêtes orgiasti ques. La Mère des dieux est figurée dans une attitude traditionnelle, l’avant-bras droit reposant sur un tympanon, la main gauche étendue vers une ciste. Ses cheveux, répartis sur le front en bandeaux ondulés, encadrent le visage de leurs boucles flottantes. Sa tête est ceinte d’une couronne tourelée, d’où tombe un voile qui couvre les épaules et descend dans le dos pour revenir ensuite envelopper les jambes. Une longue robe d’un tissu transparent laisse apparaître les formes pleines et rondes de la déesse, ses seins gonflés par la maternité. Sa physionomie exprime l’anxiété et la tristesse; elle semble prévoir la défaite de son protégé.

Derrière elle, à la place que devrait occuper Dionysos lui-même, se tient un personnage de son thiase, un satyre, couronné de lierre, avec la nebride en écharpe. Il a le nez camard, et la barbe de bouc; assis à gauche, il se retourne à demi sur son siège et s’appuyant de ses deux mains sur un simple bâton, il regarde Marsyas.

Au groupe des partisans du Silène, s’oppose, de l’autre coté du tableau, celui de ses adversaires.

C’est d’abord Apollon, la chevelure relevée en crobyle, le corps presque nu. Debout à côté de son rival qu’il regarde par- dessus l’épaule d’un air méprisant, il se prépare à jouer à son tour; il saisit déjà des deux mains la cithare déposée à côté de lui sur un rocher, pour l’appuyer sur sa cuisse infléchie et haussée, le pied gauche étant placé sur une légère élévation.

Apollon est assisté d’Athéna, coiffée du casque, armée de la lance. La déesse prend une part personnelle à la lutte. Inventrice de la flûte double, elle ne tarda pas cependant à en condamner l’usage, craignant de déformer ses joues; aussi poursuit-elle de sa haine le Silène qui eut l’audace de lui désobéir, en adoptant l’instrument de musique qu’elle avait rejeté.

A côté de ces sept personnages dont la présence est parfaitement justifiée, il n’y a pas de figures de remplissage. La composition, sobre de détails, est d’une conception très serrée. Toutes les parties se tiennent, s’opposent et se balancent avec une symétrie parfaite, que l’artiste a su dissimuler en variant les attitudes, et l’expression des physionomies.

Le dessin semble être la reproduction d’un original d’une bonne époque, peut-être d’une peinture de la seconde école antique. La copie laisse, il est vrai, à désirer. Le silhouettage des plaquettes d’or étant assez grossier, le graveur a dû corriger après coup au burin les défauts de l’incrustation : les deux contours ne coïncident pas. De là un certain flottement dans le dessin, bien que la mise en place des figures soit généralement juste, la structure anatomique bien étudiée, les mouvements indiqués avec précision. Ce qui, dans le détail, prête le plus à la critique, c’est le rendu parfois très, incorrect des mains et des pieds nus.

Deux frises concentriques entourent le motif central. Sur la première se succèdent des amours potelés, alternant avec des griffons, des panthères et d’autres animaux, des corbeilles ou des vases pleins de fleurs ou de fruits, des instruments de musique bachique. Ici encore un damasquinage maladroit a faussé les contours des figures, et fait perdre au dessin gravé une partie de ses mérites 30 .

La seconde frise, bordée de larges fleurons variés et de rais de cœur 31, a plus d’importance que la première, mais elle est moins bien conservée. Sur les sept huitièmes de son étendue, elle disparaît totalement, ou se trouve réduite à l’état de frange, déchirée très irrégulièrement. Par ci par là, apparaissent encore quelques fragments de la décoration : ici un autel, là un arbre, plus loin un bélier, le torse d’un esclave portant un plateau chargé de fruits, ou même le corps entier d’un Silène ou d’une Bacchante.

Une scène est à peu près intacte : à droite, une Mènade danse en frappant du tympanon; un vieillard chauve et obèse dépose son offrande sur un autel allumé qu’abrite un figuier; derrière lui, une matrone pudiquement drapée, et la tête voilée, s’approche traînant par la main un petit garçon qui tient une grappe de raisins ; un esclave qui les suit apporte sur ses épaules une brebis.

Il subsiste également quelques traces d’un tableau d’idylle. Dans un paysage aux plans variés, où l’on aperçoit au loin une chapelle à colonnettes, une femme à demi nue, dans une pose abandonnée, s’entretient avec un homme assis derrière elle, qui tire des victuailles d’une corbeille placée à terre entre ses jambes.

Quelque regrettable que soit la mutilation de cette frise, ce qu’il en reste suffit à nous permettre de restituer d’une manière certaine le plan de l’ensemble. Il se composait d’une soixantaine de personnages, répartis en huit groupes que séparaient des nœuds de bandelettes et des masques bachiques se regardant deux à deux. Au sommet du plat, à sa partie inférieure, à droite et à gauche le long des oreilles, étaient figurées quatre scènes symétriques de sacrifices à Dionysos ; les espaces intermédiaires étaient occupés par quatre scènes idylliques qui se correspondaient avec autant de régularité. Connaissant un élément de chaque série, nous les connaissons tous, au moins dans leurs grandes lignes.

Les oreilles sont ornées avec autant de richesse et de symétrie que la frise. Figures décoratives et attributs divers du culte de Dionysos, cymbales, lièvres broutant les fruits d’une corbeille ou d’un van, panthères terrassant une chèvre ou un âne, masques de satyres, de faunes et de Pan, entourent deux tableaux à quatre personnages, qui s’opposent en même temps qu’ils se correspondent.

A gauche, c’est un sacrifice rustique à Dionysos. L’idole champêtre a conservé la forme archaïque du xoanon, qui se perpétua dans les campagnes longtemps après que les sculpteurs eurent adopté pour leurs statues le type imberbe et jeune du Dionysos praxitélien. Le dieu a le masque barbu, les cheveux noués autour de la tête comme un diadème; il est vêtu d’une tunique d’étoffe à manches longues, fixée à la taille par une ceinture. De la main droite, il s’appuie sur une haute tige de férule fleurie. La main gauche tient un sarment auquel pend une grappe. De part et d’autre de l’idole sont disposés un petit autel carré, où brûle le feu du sacrifice, et un cratère sans anses. Un Silène ventripotent, n’ayant pour tout vêtement qu’un linge noué autour des reins, joue de la flûte double, tandis qu’à droite et à gauche, deux satyres s’approchent sur la pointe des pieds. Entièrement nus tous deux, ils sont caractérisés par la houppette de poils qui se dresse au bas des reins, et par la peau de lion, jetée sur l’épaule ou enroulée autour du bras. L’un d’eux, d’un beau type pastoral, a la barbe et les cheveux longs. Il tient un pedum et traîne après lui un chevreau. L’autre, jeune et imberbe, danse en agitant un thyrse terminé par deux pommes de pin.

A droite, la scène change : Dionysos, représenté cette fois sous les traits d’un éphèbe, est debout, à demi plongé dans Pivresse. Il brandit un thyrse, et passe familièrement son bras gauche autour du cou d’un petit satyre placé à côté de lui, et dont la pose contournée est peu compréhensible : derrière eux bondit une panthère. Une large draperie recouvre en partie de ses plis harmonieux ce groupe assez confus.

A droite et à gauche apparaissent aussi deux satyres, qui regardent le dieu. Le plus vieux a les hras ramenés derrière le dos et semble frappé d’une profonde surprise. L’autre, jeune et imberbe, élevant la main à la hauteur des yeux comme s’il dansait le skopos, fait le geste du Satyre aposkopeuôn que popularisa le peintre hellénistique Antiphilos l’Égyptien 32.

Des roseaux fleuris, un figuier tordu auquel est accroché un tym- panon, un autel surmonté d’un vase, divers instruments de musique bachique remplissent le champ du tableau.

Le style des reliefs diffère de celui du dessin central. Tandis que ce dernier, incorrect par endroits, conserve encore quelque chose de la saveur d’une œuvre originale, ici au contraire l’exécution est irréprochable, charmante de grâce, de délicatesse et de savante naïveté, mais sans accent personnel. Ce n’est qu’un assemblage ingénieux de lieux communs tirés du répertoire courant des artistes de l’époque hellénistique : sacrifices à des dieux auxquels on ne croit plus guère, mais dont le culte éveille des sentiments agréables et voluptueux ; scènes idylliques et champêtres qu’encadrent des passages bucoliques; le tout traité avec ce goût du pittoresque , ce réalisme raffiné , cette recherche du détail joli, même inutile, qui caractérisent le styJe des œuvres de ce temps.

La patere de Bizerte a tous les caractères d’une œuvre alexandrine, mais c’est encore une œuvre grecque : l’ordonnance de l’ensemble demeure harmonieuse ; l’importance des sujets figurés est proportionnée à la place qu’ils occupent, et la logique préside au choix des moyens d’expression comme à la répartition des ornements sur la patere. L’artiste a su respecter le caractère de l’objet qu’il avait à décorer : le milieu du plat, destiné, au moins en théorie, a recevoir les offrandes, reste libre et dégagé, au lieu d’être occupé par un de ces emblèmes en haut relief, dont la présence au fond de la vaisselle romaine est un véritable contre-sens. Là même où les reliefs apparaissent, leur saillie, qui reste dans un rapport constant avec les dimensions des figures, est toujours modérée. Il n’est pas jusqu’aux masques en haut relief qui n’aient leur raison d’être; ils sont placés, pour ainsi dire, en vedette, aux extrémités de chaque oreille pour garantir le plat contre toute chance d’accident, et amortir, le cas échéant, la chute des objets pesants qui pourraient l’écraser.

L’œuvre conserve donc à un haut degré les deux qualités propres au génie de la race hellénique, l’ordre et la mesure. Rien n’y décèle l’influence romaine. Elle ne me semble pas pouvoir être datée d’une époque postérieure au commencement du premier siècle de notre ère.

Depuis longtemps déjà, le goût des pièces d’orfèvrerie ciselées par des artistes alexandrins s’était répandu dans le bassin occidental de la Méditerranée. Dans le pays le plus voisin de la province d’Afrique, en Sicile, chaque famille un peu aisée possédait, au temps de Verres, des vases en argent ciselé pour la célébration du culte domestique : Domus erat, dit Cicéron 33, nulla panilo locupletior , quae in domo haec non esserti, etiamsi nihil esset argenti : patella grandis, gum signis AG simulagris deorum, patera qua mulieres ad res divinas ute- rentur.

Les Africains suivirent la même mode ; à la fin du premier siècle de notre ère, le Nymphée de Cirta renfermait, d’après l’inventaire 34 du trésor du Capitole, six coupes et un canthare en argent rehaussé d’or : scyphi dependentes , auro inluminati, numero sex, cantharum auro inluminatum 35.

Il est permis de supposer que ces vases ressemblaient à la patere de Bizerte. Peut-être étaient-ce aussi des œuvres d’importation alexandrine. Peut-être, au contraire, étaient-ils dus au ciseau de quelque artiste local, comme cet argentier Praecilius 36, dont le tombeau a été retrouvé au bas du Capitole de Cirta, ou comme ces fabri argentarti et ces argentarti caelatores 37 réunis en collège à Càesarea de Maurétanie, que nous fait connaître une inscription de Cherchel.

Le nombre des vases précieux découverts en Afrique est cependant très restreint. L’antiquité païenne ne nous en a encore, à ma connaissance, fourni que deux : un vase en argent repoussé avec deux petites anses, représentant d’une part Mercure debout, tenant le caducée et la bourse, de l’autre un génie portant une corne d’abondance, qui fut trouvé, en 1882, aux environs deTébessa et publié par M. Farges 38, et la patere à manche, en argent doré, avec un Neptune et des scènes de pêche, découverte au cap Chenoua en 1892, et publiée par M. Waille 39.

Ces deux objets, qui ne peuvent, à mon avis, remonter plus haut que le IIIe siècle de notre ère, sont bien inférieurs comme style, comme composition, comme travail au plat de Bizerte; celui-ci est à tous les points de vue la pièce d’orfèvrerie la plus précieuse qui ait encore été découverte en Afrique ; il se place au rang des plus remarquables que nous ait léguées l’antiquité classique.

 patere-de-bizerte2

 

P. GAUGKLER.

Monuments et mémoires de la Fondation Eugène Piot  

   Année   1895   lien Volume   2   lien Numéro   2-1   lien pp. 77-94

source : http://www.persee.fr

 

NOTES :

 

1. Les travaux ont été dirigés par M. Gallut, ingénieur de la Compagnie du port de Bizerte, qui a eu le mérite d’assurer la conservation de tous les objets antiques récemment découverts. Ces objets sont réunis aujourd’hui dans un petit musée local au siège même de la Compagnie; seules, deux pièces présentant un intérêt archéologique et artistique de premier ordre, la patere du Pagus Minervius et celle de Bizerte, m’ont été remises, sur ma demande, pour faire partie des collections Alaoui au musée du Bardo. Je suis heureux de pouvoir ici rendre hommage à la courtoisie de MM. les directeurs et ingénieurs de la Compagnie du port, MM. Couvreux et Hersent à Paris, MM. Odent et Gallut à Bizerte, qui se sont empressés de me prêter leur concours en cette circonstance.

2. Héron de Villefosse, Comptes rendus de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1893, p. 319, sqq. (Séance du 19 septembre). Gauckler, Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France t 1893, p. 191 (Séance du 28 juin). Gallut, Comptes rendus des réunions de V Académie d’Hippone, 1893, p. XIX (Séance du 15 juin).

3. Héron de Villefosse, Patères découvertes à Aigueblanche (Savoie), Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques, 1891, p. 95.

4. Les blessures des placages sont nombreuses, mais peu graves et faciles à réparer. Je n’ai pu entreprendre encore cette restauration, faute d’ouvriers assez habiles et de crédits suffisants pour la mener à bien ; elle s’impose cependant, car les déchirures, les plis et les fronces des feuilles d’or produisent un effet désagréable à l’œil, et ne permettent pas d’apprécier à leur juste valeur les reliefs qu’elles dissimulent. On peut s’en convaincre en examinant nos planches : le modelé du satyre barbu (pi. IX), dont le placage apresque disparu, paraît à première vue bien supérieur à celui des personnages encore recouverts de feuilles d’or, quoique, en réalité, toutes les figures aient la même valeur artistique.

5. Voici la liste Complète des incrustations qui ont été détruites :

Le corps entier du Satyre, moins la jambe droite ; une partie de l’écharpe et de la nèbride ; une partie de la couronne de lierre, le milieu du bâton. — Les pieds, le bas de la robe, une partie du tympanon de Cybèle. — Le pied droit de Marsyas, les deux tubes de la flûte double. — Le corps d’A.théna jusqu’à la ceinture, la lance, le cimier du casque. —

6. Voici les dimensions du plat et de ses diverses parties : Plat. Longueur : 0,92; largeur : 0,65.

Plateau. Diamètre du disque : 0,65; épaisseur moyenne: 0,002; épaisseur maxima comptée avec les reliefs : 0,003; profondeur maxima des évidements entaillés pour recevoir les incrustations : 0,0008; saillie maxima des reliefs : 0,0015. Les bords du disque sont rabattus sur une hauteur de 0,008; l’anneau de base, dont le diamètre atteint 0,42, est un demi-cylindre dont la section plane est appliquée contre le plateau, et dont la hauteur, égale au rayon, est de 0,0005. — Diamètres intérieur et extérieur de la bordure qui entoure le motif central : 0,19 et 0,21. — Diamètres intérieur et extérieur de la première frise concentrique : 0, 33 et 0,355. — Diamètres intérieur et extérieur delà frise du pourtour : 0,50 et 0,645. La frise proprement dite est large de 0,0425, et les bordures entre lesquelles elle est comprise, de 0,015 chaque.

Oreilles. Les oreilles peuvent être inscrites dans une demi-circonférence de 0,195%de rayon; la corde qui sous-tend leurs extrémités est égale au diamètre, long de 0,39. Epaisseur des oreilles sur le bord, qui est renflé : 0,006; épaisseur minima du fond : 0,004; saillie des reliefs sur le fond : 0,002 à 0,006. Saillie des masques bachiques sur les bords : 0,01.

7. Il en est de même pour le plat de Bavay. Cf. Héron de Villefosse et Thédenat, Les Trésors de vaisselle d’argent trouvés en Gaule [Gazette archéologique, 1884, p. 346, lig. 4), et Scureiber, Alexandrinische Torcutik, p. 330, n° 39, fig. 66. Le plat de Bon- donneau, près de Montélimar, dont le musée du Louvre ne possède malheureusement qu’un fragment, devait avoir la même forme. De toutes les pièces d’orfèvrerie antiques, c’est, à ma connaissance, celle qui se rapproche le plus du plat de Bizerte, sinon pour le style, du moins pour la technique, les procédés de ciselure en plein métal et de dorure.

 

8. Sur les pièces d’orfèvrerie de fabrication romaine, dont les reliefs sont le plus souvent en repoussé, la dorure est réservée aux menus ornements, et aux vêtements, à la barbe, aux cheveux des personnages. Il est d’un usage constant que les parties nues soient épargnées et conservent la teinte de l’argent. Cf. Héron de Villefosse et Thédenat, î.c, (Gaz. archéologique, 1883, p. 320).

9. Xp’jG<k Xzjy.Hérodote, I, 30. Ce métal, dont je me propose de faire analyser quelques parcelles, me paraît être un alliage d’or et d’argent. Il est moins brillant que l’or, et certainement moins malléable. Il a fallu donner aux plaquettes d’alliage une épaisseur double de celle d’or pur, pour qu’elles offrissent une résistance égale. Aussi les cavités ménagées pour recevoir les incrustations de cette nature sont-elles plus profondes que les

autres. De là le moyen do reconnaître, à première vue, de quel métal étaient formées les incrustations qui ont disparu.

Voici la liste complète des incrustations d’or blanc :

Satyre : la couronne de lierre, le thyrse, l’écharpe tombant à gauche.

Cybèle : le voile, l’écharpe.

Marsyas : la peau du lion.

Apollon : l’écharpe, les contas et le pied de la lyre.

La Muse : Fécharpe, quelques parties du vôtemcnt, les attributs déposés sur la tablette.

Olympos : le bonnet phrygien, une partie du vêtement brodé, les manches; les deux attributs gisant à terre, près de sa main droite.

Quelques rochers du fond.

Les lleurettes et les oves allongés de la bordure.

10. Overbeck, Griechische Kunstmy litologie, 3e partie, o° livre: Apollon, chapitre 12, p. Ì21.

11. Overbeck, /. c. Ibid., p. 420 à 482.

12. Pour ne citer que deux œuvres de premier ordre, je signalerai le beau sarcophage dliermogènes (Clermont-Ganneau, Recueil d’archéologie orientale, 1883, p. 28a sqq., pi. XV et XVI, et Revue archéologique, 1888, I, p. 160 à 167, pi. VII et VIII) et la mosaïque de Portus Magnus (Saint-Leu, en Algérie), aujourd’hui conservée au Musée d’Oran (la Blanchère, Musée d’Oran, p. 63 sq., et pi. IV : d’après Garl Robert, dont la remarquable étude de la mosaïque de Saint-Leu a été publiée dans le Jahrbuch des le. dettiseli, arcltœol. Instituts, 1890, p. 215-237).

13. Overbeck, /. r., p. 421 à 446, surtout p. 424 à 431, et Atlas, pi. XXIV et XXV passim.

TOME IF. il

14 Overbeck, /. c, p. 455 et sq., et Alias, pi. XXV.

15 Sur l’histoire littéraire du mythe de Marsyas, voyez Michaelis (Annali, 1858, p. 298, sqq.).

16  Hygin. fab. 165. Il est indispensable de reproduire ici ce récit qui sert de thème à la composition figurée sur le plat de Bizerte :

« Minerva tibias dicitur prima ex osse cervino fecisse et ad epulum deorum cantatimi venisse. Juno et Venus, quum eam irridercnt, quod et cwsia erat et buccas inflaret, foeda visa, et incantu irrisa, in Idam sylvam ad fontem venit; ibique cantans in aqua se aspexit et vidit semerito irrisam. Unde tibias ibi abjecit et imprecata est ut quisquis eas sustu- lisset, gravi afficeretur supplicio. (Juas Marsyas, Oeagri filius, pastor, unus ex Satyris, invenit : quibus assidue commeletando, sonum suaviorem in dies faciebat, adeo ut Apol- linem ad citliarae cantum in certamen provocaret. Quo ut Apollo venit, Musas judiccs sumpserunt. Et quum jam Marsyas inde victor discederet, Apollo citharam versabat, idem- que sonus erat; quod Marsyas tibiis facere non potuit. Itaque Apollo victum Marsyam, ad arborem religatum, Scythae tradidit qui eum membratim separavit. Reliquum corpus discipulo Olympo tradidit, e cujus sanguine fliimcn Marsyas est appellatimi. »

16. Par exemple une amphore de Ruvo, de la collection Jatta, -publiée dans les Monumenti, VIII, 42,1 (cf. Overbeck, /. c, p. 426 sq., n° 6, et Allas, pi. XXV, n° o) et un cratère étrusque de Caere », au musée de Rerlin, publié dans YArchaelog. Zeitung, 1884, pi. îî (cf. Overbeck, /. c, p. 428 sq., n° 7, et Atlas, pi. XXV, n° I).

17. Froehner, Notice sur la Sculpture antique au Musée du Louvre, n° 84. Overreck, /. c, p. 455, n° 1, et Atlas, pi. XXV, n° 7.

18 Voir le résumé et la discussion des diverses opinions émises à ce sujet, dans Over- beck, /. c, p. 462 sqq. Cf. aussi Baumeister, Denkmseler, p. 889.

19 Overbeck, /. c, ibid, n° 2 et Atlas, ibid., n° 8.

20 Glermont-Ganneau, /. c.

21 Froehner, /. c, n° 85. Overbeck, /. c, p. 456, n° 8, et Atlas, ibid., n° 9.

22. Pausanias, VIII, 9.

23. En général, c’est un pin. Cf. ApOLLODORE, 1, 4, 2 : Kpsaàaai; è’x twoç ÛTrspTsvouç iutuoç.

24 Elle est traditionnelle et apparaît déjà sur un bas-relief, trouvé à Mantinée par M. Fougères, qui est dû, sinon à Praxitèle, du moins à un sculpteur de son école. Elle a été linement analysée par l’auteur de la découverte dans un article du Bulletin de Correspondance Hellénique, 1888, p. 110 et suiv. et pi. I.

25. TÉyvr,v ó Mapsûaç èvóiuasv slvai. tyiv 8ûva{uv. Palaephat., de Incredibilibus, XLVIII.

26. L’incrustation a disparu : la trace qu’elle a laissée sur le plateau présente une pointe allongée qui semble correspondre à la lame d’un couteau.

27 Musas judices sumpsenint. Hygin./. c.

28 Sur les bas-reliefs de sarcophages, le bourreau porte presque toujours le costume asiatique. Cf. Overbeck,/ c, p ? 471.

Par exemple, sur une peinture d’Herculanum, conservée au Musée de Naples. Cf. Mus Borb., VIII, 10. Overbeck,/. C, Atlas pl. 25, N°13

29 L’attribut placé à côté de la flûte de Pan a la forme d’un cor, mais il est trop mutilé pour pouvoir iHre identifié d’une façon certaine. Ce n’est en tout cas ni un couteau, ni une pierre à aiguiser.

30. La frise se compose de huit couples d’animaux, affrontés de part et d’autre d’un vase à pied ou d’une corbeille chargée de Heurs et de fruits. Chaque groupe est séparé du suivant par un Amour, et un bouquet de Heurs, ou des attributs divers. En parlant du sommet de la frise et en la suivant dans le sens où tournent les aiguilles d’une montre, voici dans quel ordre ils se succèdent :

Groupe 1. Loup, Vase à pied, à panse côtelée, panthère. Amour et fleurs. — 2. Grue, corbeille, griffon. Amour et lïeurs. — 3. Pie,. vase, taureau. Amour et Heurs. — i. Corbeau, corbeille, bouquetin. Amour et van. — 5. Colombe, vase, sanglier. Amour el cor. — (). Pie, corbeille, panthère. Amour et fleurs. — 7. Canard, vase, lion. Amour et flûte de Pan. — 8. Colombe, corbeille, canard. Amour et fleurs.

31. Il n’y a pas deux de ces fleurons qui soient absolument pareils; ils ont été ciselés chacun séparément, et non découpés à remporte-pièce.

32 . Cf. P. Girabd, la Peinture antique, p. 246 et fig. 143.

33. Cicéron, in Verrem, II, 4, 21.

34. Synopsis, C.I.L., VIII, 6981. Cf. aussi Ibidem, 6983, argent rum in Capilolio.

35 H. C.I.L., VIII, 6982.

36. CJ.L., VIII, 7156.

37. Ephemeris Epigraphica, VII, 518.

38. Farges, Comptes rendus des réunions de V Académie d’Hippone, 1883, p. LXV ot pi. X et XL

39. Waille, Bulletin archéologique du Comité des Travaux historiques, 1893, p. 83 à 90 et pi. X. Cf. Schreiber. Alexandrinische Toreutik, p. 329 et fig. 63 et 64.

 

 

 retour page d’Accueil

 Une histoire : Bizerte et la France

Culture et patrimoine  

 

14 avril 2013

Les contingents impériaux au cœur de la guerre

Classé sous — milguerres @ 17 h 02 min

Retour à la page d’accueil 

La Tunisie au gré des conflits

Les contingents impériaux au cœur de la guerre :  « Etude faite sur la présence de tous les hommes d’origine des colonies françaises ou britanniques (et autres) ayant participé aux deux conflits mondiaux. 

Pour ceux qui ignorent la présence des Nords Africains, des « Noirs », des Chinois, des gens de l’Est, des Australiens, des Canadiens,… et pardon si j’oublie d’autres origines au sein de ces deux conflits.  Les chiffres parlent d’eux-mêmes,  leur présence ne fera qu’honorer leur mémoire !  A tous ceux qui ont combattu pour une même cause … «  

à noter, selon cette étude :

« La mobilisation des «indigènes » s’est opérée selon des principes divers. En Algérie, en Tunisie et en AOF, les contingents fournis par engagements volontaires sont complétés par des conscrits recrutés par tirage au sort.  »

« En 1940, l’armée française met en ligne 640000 coloniaux et Nord-africains, dont 
176000 Algériens,
 
80000 Tunisiens,
 
80000 Marocains (360000 hommes), et
 
180000 Sénégalais.

En France, en 1918, pour un total de 350000 travailleurs étrangers présents, 200000 sont originaires des colonies françaises (78000 Algériens, 35000 Marocains, 28000 Tunisiens, 50000 Indochinois, surtout Vietnamiens, 6000 Malgaches)

Selon cette étude : 108000 Tunisiens auraient servis sous le drapeau tricolore, lors des deux conflits mondiaux, sans noter les pertes humaines, civiles ou matérielles (sans oublier la période de colonisation et la campagne de Tunisie en 1881. Une Tunisie, vraiment au gré des conflits… Hayet (auteur du blog, origine tunisienne

Champs de bataille où les Australiens combattirent. fleche-boule8

 

_______________________________________________________________________________________

Les contingents impériaux au cœur de la guerre 

Jacques Frémeaux   lien Histoire, économie et société  lien   Année   2004   lien Volume   23   lien Numéro   23-2 

Résumé
Cette communication insiste sur un sujet trop rarement évoqué, qui est la participation des empires coloniaux, surtout français et britannique, aux deux guerres mondiales. L’apport des Dominions et des colonies en soldats et travailleurs a été important. Ces soldats ont connu des conditions de guerre analogues à celles des soldats européens. Aux souffrances subies par l’ensemble des combattants s’est ajouté un plus grand éloignement de leur pays et, pour les soldats dits «indigènes», une expérience qui a précipité l’entrée dans le monde moderne, et a contribué à encourager les nationalismes.

Abstract
This paper deals with the very important part played by the imperial armies, especiallly British and French, during the two World Wars. A great number of soldiers and workers came from the Dominions and Colonies. They had to endure similar conditions as those of their European comrades, plus, a harsher and longer severance from their mother countries. The discovery of the modern war accelerated the entry of the « native » men in the Modem World, and gave a boost to nationalisms.

Le présent programme ne fait aux Empires coloniaux qu’une place limitée. L’ambition de cette communication est de montrer que, loin de se borner à un canton périphérique de l’étude des conflits mondiaux, la participation des contingents d’outremer pourrait en constituer un vaste domaine. On voudrait suggérer ici tout ce que gagnerait une histoire des peuples en guerre à n’être pas privée d’une partie de ses réalités, trop souvent passées inaperçues lorsqu’elles ne concernent pas directement les métropoles.

1. Senghor, «Aux tirailleurs sénégalais morts pour la France», Hosties noires, 1948.
«On fleurit les tombes, on réchauffe le Soldat Inconnu, Vous mes frères obscurs, personne ne vous nomme» l

Échelle du phénomène
Les chiffres démontreraient à eux seuls qu’il ne s’agit pas d’un phénomène marginal. 
En 1914, la Grande-Bretagne et la France disposent des deux plus grands empires coloniaux du monde, vastes respectivement de trente-quatre millions et de dix millions de kilomètres carrés, peuplés de 400 millions et de 50 millions d’habitants.

Les armées impériales britanniques et françaises
• Les Britanniques

Dans les premiers mois de la guerre, les citoyens des quatre Dominions sont invités à concourir à la défense de la métropole. 
On recourt au même dispositif de mobilisation qu’en Grande-Bretagne: volontariat d’abord, puis conscription. 
Mais celle-ci ne s’applique sans difficultés qu’en Nouvelle-Zélande, où elle est votée au mois de mai 1917. 

Au Canada, la décision d’y recourir, en juin 1917, provoque des émeutes chez les Québécois. 

Les Australiens rejettent la conscription par référendum, sous la pression des habitants d’origine irlandaise, émus par la répression des «Pâques sanglantes» de 1916. 

En Afrique du Sud, la question n’est même pas discutée, étant donné les sympathies pro-allemandes de beaucoup d’Afrikaners. 

Au total, la contribution des Dominions atteint environ 1300000 hommes. 
L’Angleterre mobilise des effectifs équivalents aux Indes.
La participation africaine est notable.
La conscription a été imposée en 1915 en Afrique orientale et 1916 en Afrique occidentale. 

Le bilan est impressionnant, comme en témoigne le tableau 1.
Ainsi, l’empire a permis d’accroître d’environ un tiers le potentiel militaire britannique.

Les contingents impériaux au cœur de la guerre  les_co10
tableau 1

les_co11
tableau 2

En 1939, la déclaration de guerre des Dominions à l’Allemagne, reconnus comme États souverains et indépendants au sein du Commonwealth, suit immédiatement celle du Royaume-Uni. 
L’effort de mobilisation est globalement accru par rapport à celui de 1914-1918. 
Il faut dire que la menace japonaise a stimulé la mobilisation en Australie et Nouvelle-Zélande, mais aussi aux Indes. 

La contribution indienne est double de celle de la Grande Guerre, celle des colonies africaines sept à huit fois plus forte. 

Le nombre de mobilisés atteint cinq millions d’hommes, dont deux millions pour les seuls Dominions, soit 84 % de la mobilisation de la métropole. L’Empire britannique et le Commonwealth ont ainsi vécu comme l’avait prophétisé Churchill dans son discours du 18 juin 1940, leur «finest hour» (tab. 2).

• Les Français

les_co12
tableau 3

À ces chiffres (tab. 3), qui concernent les «indigènes » il faudrait ajouter celui des Français d’outre-mer, la majorité étant constituée de 73000 Français d’Algérie, auxquels on peut adjoindre peut-être 4000 Français des colonies, soit un total d’environ 80000 hommes.
On atteindrait ainsi environ 650000 hommes, et un total de pertes d’environ 100000 hommes

Il va de soi que, par rapport aux 7800000 mobilisés français, la proportion est faible (environ 8 %). 
Malgré tout, l’acharnement de Clemenceau en 1917 et 1918 à mobiliser les contingents coloniaux les plus nombreux possibles montre que ce nombre doit, dans son esprit, peser lourd dans la balance. 
On peut être pratiquement sûr que, en cas de prolongation du conflit, leur proportion aurait eu tendance à s’accroître. 

La mobilisation des «indigènes » s’est opérée selon des principes divers. En Algérie, en Tunisie et en AOF, les contingents fournis par engagements volontaires sont complétés par des conscrits recrutés par tirage au sort. 

Les besoins de guerre amènent à augmenter le nombre des appels. Dans le reste de l’Empire, on en reste au système d’un volontariat, souvent forcé par des pressions administratives.
Dans Г entre-deux guerres, le recours au réservoir humain des colonies paraît le seul moyen de remédier à l’insuffisance de la démographie. Des lois de 1919 étendent le système de la conscription à l’ensemble des territoires de l’Empire. 

En 1940, l’armée française met en ligne 640000 coloniaux et Nord-africains, dont 
176000 Algériens, 
80000 Tunisiens, 
80000 Marocains (360000 hommes), et 
180000 Sénégalais.

C’est à peu près 10 % de l’effectif de l’armée française. 
Ces troupes combattent courageusement, avant d’être entraînées dans la défaite commune.
Elles comptent de nombreux morts et prisonniers.
 


L’appel aux troupes coloniales ne cesse pas avec la défaite. Elles forment la majorité des contingents de l’armée coloniale de Vichy, mais aussi de ceux de la France libre. 

Après le débarquement allié en Afrique du Nord de novembre 1942, la participation des contingents d’outre-mer est déterminante lorsqu’il s’agit d’organiser en Afrique du Nord une armée française équipée de matériel américain. 
À l’été 1944, sur 633000 hommes de l’armée de terre, on compte environ 60 % de soldats «indigènes», dont certains appartenaient aux Forces françaises libres depuis 1940.

• Note additionnelle
Certes, pour être complet, ce travail devrait faire mention des troupes «coloniales» employées par l’armée russe, et recrutées notamment parmi les Musulmans du Caucase et de l’Asie centrale. Il n’est pas possible de le faire ici, faute de temps. On peut au moins citer pour mémoire les deux «divisions sauvages» recrutées dans le Caucase, qui participent à la tentative du général Lavr Kornilov contre le gouvernement provisoire de Kerenski, au mois de septembre 1917. Des unités de ce type figureront également dans l’Armée rouge en 1939-1945. Il faut noter aussi qu’on a recruté des troupes noires dans les colonies belges et portugaises, qui participent en particulier aux campagnes contre les colonies allemandes d’Afrique orientale.

Les mobilisations de travailleurs

II s’agit d’abord de travailleurs recrutés pour les besoins des armées.
Sur le front français, ce sont en majorité des Chinois (100000 pour l’armée britannique, 40000 pour l’armée française, 10000 pour le corps expéditionnaire américain).
L’Afrique du Sud fait appel à des travailleurs africains auxiliaires (environ 70000 dont 20000 en France au Labour Native Corps , qui participe à la construction des tranchées).
Les campagnes africaines sont également dévoreuses d’effectifs: 55000 à 60000 porteurs auraient été réquisitionnés en AEF pour le Cameroun, ce qui représenterait un homme adulte sur quatre.
Pour les campagnes en Afrique orientale, les Britanniques n’auraient pas recruté moins de 750000 hommes, jusqu’au Nigeria et en Gold Coast.
Un million d’autres «indigènes» sont employés pour l’entretien des lignes de communication des armées britanniques au Proche-Orient.
Les Russes tentent d’imiter leurs alliés, pas toujours avec succès: l’ordre donné en juin 1916 de mobiliser 500000 autochtones d’Asie centrale au sein de bataillons de travailleurs, entraîne des rébellions violentes, notamment chez les Kazakhs et les Kirghizes. Des colons sont massacrés.

On retrouve des cas analogues lors de la Deuxième Guerre mondiale.
À partir de 1942, 50000 «indigènes» de Papouasie et Nouvelle-Guinée sont employés par l’armée australienne comme porteurs, brancardiers, terrassiers, mais aussi éclaireurs. Des Auxiliary Groups sont recrutés en Afrique de l’Ouest et affectés aux brigades d’infanterie, pour participer aux transports.
Par ailleurs, des «coloniaux» sont recrutés pour le travail aux champs ou à l’usine.
En France, en 1918, pour un total de 350000 travailleurs étrangers présents, 200000 sont originaires des colonies françaises (78000 Algériens, 35000 Marocains, 28000 Tunisiens, 50000 Indochinois, surtout Vietnamiens, 6000 Malgaches).

Ce mouvement se prolonge après la guerre: 100000 travailleurs nord-africains, surtout algériens, sont employés en 1930. Dans les colonies, les autorités exigent un accroissement de la production des matières premières, obtenu le plus souvent par la réquisition de travailleurs. Lors de la Deuxième Guerre mondiale, le gouvernement du Tanganyika introduit ainsi la conscription pour augmenter la production des plantations de sisal et de caoutchouc; en Nigeria, on mobilise 100000 personnes, forcées à travailler dans des conditions scandaleuses pour tenter (sans beaucoup de succès) d’augmenter la production des mines d’étain du nord.

Le rôle dans la décision
• La Première Guerre mondiale

Pendant la Première Guerre mondiale, les troupes à recrutement impérial se battent sur tous les fronts. 
Leur participation est toujours importante, parfois décisive. 
Les forces des Dominions sont engagées en priorité sur le front français, comme par exemple les Canadiens à Vimy, au nord d’Arras, en avril 1917. 
Elles sont lourdement éprouvées à Passchendaele de juillet à novembre. 
Il en va de même des contingents coloniaux français, dont beaucoup se distinguent, en particulier les régiments de marche de zouaves-tirailleurs, à forte proportion de soldats algériens musulmans.
La 4e brigade marocaine, qui fait partie de la 38e division d’infanterie, associe pour la reprise du fort de Douaumont, au mois d’octobre 1916, trois bataillons à recrutement français du régiment d’infanterie coloniale du Maroc, deux compagnies du 43e bataillon de tirailleurs sénégalais et deux compagnies du bataillon somali.

Ces forces ont été aussi très largement employées pour tenter de lancer des offensives périphériques.
Les Néo-Zélandais et Australiens du général Birdwood, qui représentent le tiers des 129000 hommes débarqués, subissent à Gallipoli, d’avril à décembre 1915, des pertes voisines de 40000 hommes (8500 tués et 20000 blessés australiens). Les troupes indiennes, qui ont souffert du climat en France, en sont retirées en 1915, et affectées au front de Mésopotamie. L’armée du général Allenby, qui occupe Jérusalem, puis Damas, en 1918, compte deux divisions australiennes. Les campagnes africaines mériteraient aussi d’être évoquées. Par soldats noirs interposés, les militaires britanniques et français combattent les Allemands, au Togo (août 1914), au Sud-Ouest africain (août 1914-mai 1915), au Cameroun (août 1914-février 1916). En Afrique orientale, le lieutenant-colonel von Lettow-Vorbeck, tient tête aux troupes britanniques et sud-africaines, renforcées de troupes noires est-africaines et ouest-africaines, mais aussi fournies par les Portugais et les Belges de la Force publique du Congo.


• La Seconde Guerre mondiale
Comme dans le conflit précédent, ces contingents combattent sur tous les fronts.
Les troupes des colonies africaines de la Grande-Bretagne participent à la conquête de la Somalie italienne, puis à la campagne d’Ethiopie en 1941.
Des Australiens, des Néo-Zélandais et des Sud-Africains se battent dans le désert contre les troupes de Rommel.
Une division australienne est faite prisonnière à Singapour.
Des Indiens sont envoyés en Italie au sein de la VIIIe armée du général Alexander.
700000 participent à la campagne de Birmanie.
Les Canadiens constituent une partie importante des forces qui débarquent en Normandie en juin 1944.
Les campagnes du Pacifique engagent des Australiens, des Néo-Zélandais, mais aussi des détachements recrutés en Papouasie et en Nouvelle-Guinée, qui forment le Pacific Islands Regiment .
On note qu’une grande partie de ces troupes doivent défendre les possessions d’outre-mer, en particulier contre le Japon en Asie et dans le Pacifique. L’appoint impérial est donc moins net que lors de la Première Guerre mondiale.

Pour être peu nombreuses, les troupes coloniales françaises n’en ont pas moins un rôle peut-être plus important que lors du conflit précédent. 
Certaines d’entre elles contribuent aux campagnes de Leclerc au Tchad, puis au Fezzan, contre les troupes de Mussolini.
L’Armée d’Afrique s’illustre en 1943 dans la campagne de Tunisie contre les Germano-Italiens, puis en Italie où elle apporte une contribution décisive à la percée du front allemand sur le Garigliano et à l’entrée des Alliés à Rome (juin 1944). 

Tandis que la 2e DB de Leclerc libère Paris, la Première Armée commandée par de Lattre débarque en Provence. Ces unités participent ensuite, au printemps 1945, à la campagne d’Allemagne. Le dévouement des troupes d’outre-mer, souvent trop oublié, a puissamment contribué à la restauration du rôle international de la France. Seule la possession de l’Empire a permis la renaissance d’une armée qui, par sa participation à la «croisade en Europe», a contribué à faire admettre la métropole dans le concert des vainqueurs.

Problématique
II paraît important de montrer que ce thème des troupes d’outre-mer n’est qu’en apparence «exotique»: les problématiques de l’historiographie récente de la guerre peuvent très bien s’appliquer à ce champ de recherche, même si les réponses ne sont pas toujours identiques. Il s’agit d’hommes, de femmes et d’enfants forcés de subir des conflits, en fonction de leur situation particulière.
Il est un élément si évident qu’on ne pense pas forcément à en tenir compte: la première caractéristique des empires coloniaux est d’être des empires d’outre-mer, dont les diverses possessions sont séparées des métropoles par des centaines ou des milliers de kilomètres d’espaces océaniques.

En 1914, par exemple, si la France n’est qu’à un ou deux jours de mer de l’Afrique du Nord, ou à une dizaine de jours de Dakar, l’ordre de grandeur est d’environ trois semaines pour l’Inde, et six semaines pour la Nouvelle-Calédonie.
L’avion n’est employé que très rarement jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. Même ensuite, il n’est guère utilisé pour les transports de troupes.

Les entrées en guerre

Les conditions des entrées en guerre de 1914 ne sont pas fondamentalement différentes de celles qu’on observe dans les métropoles. 
Le comportement des habitants d’origine européenne se situe, comme en Europe, entre enthousiasme et résignation. 
Les masses indigènes mesurent mal la portée de l’affaire, que les autorités s’efforcent de minimiser, pour éviter les tentations de révolte. 
Les notables sont incités à manifester leur loyalisme. 
Pour la plupart des élites autochtones de formation occidentale, comme pour Gandhi, qui incite ses compatriotes à s’engager, combattre pour les empires signifie aspirer à se transformer de sujets en partenaires.

Lors de la Deuxième Guerre mondiale, le scénario est à peu près le même. 
Dès le 3 septembre, le jour de la déclaration de guerre de la Grande-Bretagne à l’Allemagne, les premiers ministres d’Australie et de Nouvelle-Zélande ont proclamé l’engagement de leur pays aux côtés de celle-là («où elle va, nous allons; où elle se tient, nous nous tenons»).
Au Canada, le Parlement accepte sans vote l’engagement dans la guerre.
Au même moment en Afrique du Sud, la motion de neutralité présentée par le Premier ministre Hertzog est mise en minorité face à la motion de déclaration de guerre soutenue par le maréchal Smuts, symbole, depuis le conflit précédent, du dévouement à la cause impériale, devenue celle du Commonwealth .
Au Maroc, dans une lettre lue dans les mosquées, le sultan Mohammed Ben Youssef, futur roi Mohammed V, souligne que «nous devons à la France un concours sans réserve, ne lui marchander aucune de nos ressources et ne reculer devant aucun sacrifice. Nous étions liés à elle dans les temps de tranquillité et d’opulence, et il est juste que nous soyons à ses côtés dans l’épreuve qu’elle traverse et dont elle sortira, nous en sommes convaincus, glorieuse et grande».

Bien des grincements, il est vrai, se produisent, émanant des représentants des partis nationalistes.
En Inde, les représentants du Parti du Congrès se déclarent scandalisés par le fait que, alors que les Dominions ont décidé en toute souveraineté de leur entrée en guerre, par des votes de leurs parlements », le vice-roi a proclamé l’état de belligérance de l’Inde de façon automatique à la suite du gouvernement de Londres, sans consultation des élus.
Le Parti du Congrès se déclare pourtant prêt à soutenir la cause britannique par solidarité antifasciste, mais uniquement en échange de promesses précises quant à l’octroi d’une indépendance rapide, assorties de précisions quant aux buts de guerre alliés. Dans les territoires français, les arrestations de militants ou les dissolutions de partis nationalistes se multiplient. L’effort de mobilisation humaine et économique n’en est pourtant guère entravé.

La violence de guerre
• Le mythe de la «barbarie des troupes coloniales»

Les guerres coloniales antérieures à 1914 ont été souvent empreintes d’une très grande violence. 
La poignée d’officiers européens commandant des volontaires autochtones ont dû souvent s’assurer de leur fidélité en les récompensant par des parts de butin; ils ne se sont pas toujours souciés de protéger les non-combattants des pillages et des massacres. 
Certains, comme Mangin, auteur de La Force noire , ont jugé que l’assaut brutal et sans pitié était dans la nature même des combattants africains, et ont voulu en faire des troupes de choc. Ils sont déçus: les soldats indigènes ne sont pas plus adaptés a priori à la guerre moderne que leurs homologues européens. 
Les premiers combats se traduisent par de nombreuses défaillances dans leurs rangs. 
S’ils se battent généralement bien par la suite, c’est au sein d’unités organisées selon le modèle le plus conventionnel. 
L’image du Noir armé de son terrible coupe-coupe ne persiste pas moins. 
La propagande germanique pense tenir, avec la présence des troupes noires sur le front occidental, un excellent argument pour contrer les campagnes des Alliés contre la «barbarie» dont ferait preuve l’armée allemande. 
Elle les accuse de décapiter les blessés pour se fabriquer des trophées avec leurs crânes, ou de se parer de colliers d’oreilles coupées. Elle les accuse aussi de brutaliser les prisonniers.

Ces comportements annoncent et préparent les campagnes nationalistes qui se développent après la guerre sur le thème de la «schwarze Schande » (honte noire), entendons l’emploi de troupes noires lors de l’occupation française en Rhénanie, et les abus prétendument commis par elles. 
Ce sera un des thèmes notables de la propagande nazie contre une France accusée par Rosenberg d’être «la première responsable de la souillure de l’Europe par les Nègres ». 
À titre de «vengeance », plusieurs centaines de tirailleurs du 25e RTS seront massacrés au nord de Lyon au mois de juin 1940.
Les chefs des unités de la SS ou de la Wehrmacht responsables de ces crimes de guerre n’ont voulu voir, dans la résistance héroïque des combattants noirs, autre chose que «barbarie» et «bestialité ».

En fait, rien ne vient véritablement attester l’idée d’exactions particulièrement attri- buables à des unités coloniales. On peut tout au plus citer, pendant la Deuxième Guerre mondiale, le comportement des goums marocains qui forment les unités de choc de l’armée française en Italie, accusés, non sans raison, de viol et de pillage à l’égard de civils italiens. Ce lamentable épisode, concernant quelques milliers d’hommes, et limité à quelques mois, pâlit cependant devant les horreurs du front de l’Est.

• Troupes noires et blanches
II n’est guère question de brasser indifféremment les contingents de toutes origines au sein des unités.
Les langues et les coutumes (interdits alimentaires, par exemple), mais aussi les conditions juridiques (les indigènes des colonies n’étant pas des citoyens) s’y opposent. 
Le plus souvent, on constitue des régiments ou bataillons à peu près homogènes, issus du même pays, composés respectivement de troupes blanches et de troupes de couleur. 
Dans celles-ci, ne sont en général européens que les officiers et une partie des sous-officiers. 
En Afrique du Nord, par exemple, les Européens servent aux zouaves et les musulmans aux tirailleurs et aux spahis. 
Le mélange est plus grand dans l’artillerie ou les services.

Au combat, en revanche, la juxtaposition est de règle. Dès les premières opérations de l’été 1914, des régiments mixtes juxtaposent deux bataillons de tirailleurs sénégalais avec un bataillon d’infanterie coloniale blanche. 
Par la suite, les bataillons de tirailleurs reçoivent dans leurs rangs des compagnies européennes, dans la proportion du quart de leur effectif total. 
Aucune règle ne s’impose. 
Des compagnies de tirailleurs indochinois sont réparties dans des régiments d’infanterie métropolitains. Ainsi organisées, les troupes coloniales s’illustrent dans nombre de batailles entre 1916 et 1918. 
On a vu plus haut la composition de la 4e brigade marocaine lors de la reprise du fort de Douaumont en octobre 1916.
Ces principes sont encore en vigueur lors de la Deuxième Guerre mondiale. 
Sur neuf divisions dites «coloniales» entrées en ligne, six associent deux régiments de tirailleurs sénégalais à un régiment d’infanterie coloniale européen. Trois autres sont au départ entièrement blanches, mais deux d’entre elles accueillent par la suite dans leurs rangs des Africains et des Malgaches. Dans chacune, en effet, deux régiments d’infanterie coloniale sont transformés en régiments d’infanterie mixte sénégalais, tandis que les deux régiments d’artillerie coloniale deviennent des régiments d’artillerie coloniale mixte malgaches. Une seule est à trois régiments européens. L’idée, suggérée plusieurs fois, de donner plus d’homogénéité aux régiments en créant des bataillons mixtes n’est pas retenue. Le corps d’armée dit «colonial», affecté à la IIIe armée, n’est pas exclusivement, ni même majoritairement composé de troupes de cette origine. En fait, les divisions coloniales sont éparpillées entre les différentes armées, deux d’entre elles étant affectées à l’armée des Alpes.
Le «panachage» est toujours pratiqué après 1943. Dans la lre Armée qui débarque en Provence en août 1944, le pourcentage des «indigènes» dans les grandes unités varie entre 27 % (lre DB) et 56 % (2e DIM). Les Maghrébins servent non seulement dans les régiments d’infanterie (à raison d’environ 70 % de l’effectif total) et de cavalerie, mais dans toutes les armes. Ils sont ainsi environ 30 % dans l’artillerie et 40 % dans le Génie. Ils sont aussi présents dans les services et soutiens, ainsi que dans les formations sanitaires.

Le caractère exemplaire du coudoiement entre soldats d’origines différentes a souvent été célébré par les chefs des armées. Le maréchal Juin évoque «le souvenir de l’héroïsme le plus pur et de la fraternité qui régna [entre européens et musulmans] dans les rangs de l’Armée d’Afrique, tant il est vrai que c’est dans son sein et au creuset des batailles que les deux races se sont toujours le mieux fondues, le mieux comprises, et le mieux aimées». On pourrait rapprocher ce texte de celui du maréchal britannique Lord Wavell qui évoque l’armée des Indes, «dans laquelle toutes les croyances et toutes les races de l’Inde servaient ensemble aux côtés des Britanniques, dans la confiance mutuelle et la concorde». 
Ces déclarations, sans doute excessives, n’évoquent pas moins certaines vérités.

Les combattants
• La spécificité

On a souvent à tort développé l’idée selon laquelle les contingents d’outre-mer auraient constitué la «chair à canon» destinée à épargner le sang métropolitain.
En fait, si les pertes des combattants indigènes ont été lourdes, elles sont dues au fait qu’ils ont servi avant tout dans les unités d’infanterie, les plus éprouvées.
Mais elles ne dépassent pas celles des unités européennes comparables. 

Ils vivent pareillement, de ce point de vue, l’épreuve de la peur de la blessure et de la mort. Certains aussi connaissent la captivité. 
Les nombres sont particulièrement élevés lors de la Deuxième Guerre mondiale.
En juin 1940, les Allemands ont capturé 60000 Nord- Africains, et peut-être 15000 tirailleurs sénégalais.
On évalue à près de 70000 les Indiens faits prisonniers par les Japonais à Singapour et en Birmanie.

Une première spécificité réside dans le climat. 
Les combattants venus de pays tempérés, comme l’Afrique du Nord, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande, voire froids, comme le Canada, s’adaptent sans trop de difficultés aux hivers français. 
En revanche, les «coloniaux» issus des pays situés dans les zones tropicales et intertropicales et obligées de passer l’hiver en Europe, souffrent beaucoup. 
Le froid paralyse notamment les tirailleurs sénégalais, et oblige le commandement à leur faire passer la mauvaise saison dans des camps du midi de la France. 
Á l’automne de 1944, les responsables se fondent sur la même argumentation pour procéder au «blanchiment» des unités de la lre Armée où les Noirs sont nombreux.

Une autre réalité rarement développée est celle de la rareté ou de l’inexistence des permissions permettant au soldat de rejoindre momentanément les siens.
La priorité donnée aux transports de matériels et de renforts l’explique, aussi bien que le fait qu’au séjour doit s’ajouter un très long trajet.
On avait calculé, par exemple, qu’un séjour de 30 jours au Canada signifiait l’absence de l’homme pendant trois mois à son unité. Il est possible aussi que le commandement ait craint davantage les désertions, dans la mesure où les pays d’outre-mer, vastes et sous-administrés, offraient de ce point de vue beaucoup plus de facilités que les métropoles.

Certains contingents se voient demander des sacrifices qu’ils jugent excessifs. 
Dans la lre Armée, contrainte à affronter la résistance acharnée des troupes allemandes sur les Vosges, puis dans la plaine d’Alsace, les pertes en morts, blessés, malades et disparus varient, selon les unités, entre 30 % et 109 % à la fin de 1944. 
Il ne faut pas oublier en effet que certaines d’entre elles sont passées directement des champs de bataille d’Italie à ceux de Provence, du Rhône et de l’Est de la France. 
Pourtant, les mutineries ou agitations sont rares. 
Selon un schéma assez classique, les hommes cherchent plutôt à se dérober au service militaire ou à déserter avant leur départ qu’à se révolter une fois dans l’armée.

• Pourquoi ont-ils tenu?
Dans son Étude sur le combat (1868) justement admirée par Jean-Norton Cru, le colonel Ardant du Picq énumère les techniques éprouvées depuis l’Antiquité, pour maintenir la cohésion d’un contingent au combat: un commandement solide et compétent; de bonnes armes; des passions, on dirait aujourd’hui des motivations; des formations adaptées, qui facilitent la cohésion et évitent la dislocation; une discipline rigoureuse. 
Il donne une très grande place à la «cohésion», à la «solidarité», et souligne le caractère primordial de la confiance que chaque soldat doit ressentir envers ses camarades, «sa crainte qu’ils lui puissent reprocher, faire expier de les avoir abandonnés dans le danger, son émulation d’aller où vont les autres, sans plus trembler qu’un autre, son esprit de corps en un mot» .

Tous ces éléments sont certainement intervenus pour expliquer la solidité des troupes impériales, et en particulier des troupes indigènes.
Les cadres, en général de métier, ont pour la plupart une bonne expérience du commandement de ces troupes spéciales, et en parlent la langue.
Leurs soldats sont fiers de servir dans une armée moderne, aux côtés de soldats européens, de s’initier au maniement des armes automatiques, ou à la conduite automobile. 
Ils sont mus, sinon par le patriotisme, du moins par une loyauté de type féodal envers le roi d’Angleterre ou la France (vue comme une personne).
La discipline est rigide, et n’exclut pas toujours les punitions corporelles. 
La désertion, loin du pays, est difficile. 
Les régiments cultivent un fort esprit de corps. 
Des efforts sont faits pour respecter les traditions, notamment les interdits alimentaires des soldats musulmans, et maintenir les liens avec les pays d’origine, par courriers et mandats. Des journaux spéciaux sont édités. 
Tout cela compense largement l’attachement moindre à la Patrie, dont il conviendrait d’ailleurs de relativiser l’effet sur les hommes du front.

Les contingents impériaux au cœur de la guerre 
Jacques Frémeaux Histoire, économie et société Année 2004 Volume 23 Numéro 23-2
source http://www.persee.fr

Retour à la page d’accueil 

La Tunisie au gré des conflits

10 avril 2013

Doumergue Gaston

Classé sous — milguerres @ 23 h 23 min

retour page d’Accueil 

La Tunisie au gré des conflits

 Ceux qui ont marqué la Tunisie

 

Doumergue Gaston (président de la République, 1924-1931)

doumergue_buste

 

  Député, Président du Sénat, Ministre, Président de la République, Gaston Doumergue est un personnage au destin incroyable, cumulant les hautes fonctions sans jamais rien demander ni faire pour les obtenir ! Il ne fut jamais un homme de parti et pourtant en 1924 la gauche et la droite étaient d’accord pour le nommer Président de la République ! Il fut même surnommé affectueusement « Gastounet » par ses pairs et par la Nation, grâce à sa courtoisie affable, son sourire légendaire et son « art et sa manière de faire ».

Un protestant à l’école laïque
 Gaston Doumergue est né à Aigues-Vives dans le Gard le 1er août 1863 d’un père paysan vigneron protestant. Envoyé à l’école communale contrairement aux usages des protestants de l’époque, il est très bon élève, souvent récompensé et inscrit au tableau d’honneur. En juillet 1881, le bachelier en lettres s’inscrivant en droit à Paris obtient un doctorat puis devient avocat au barreau de Nîmes en 1885, substitut en Indochine en 1890, enfin juge de paix à Alger en 1892.
Revenant dans le sud de la France, il pose sa candidature aux élections législatives de décembre 1893. C’est alors que le député gardois Emile Jamais meurt à cette date : on « cherche » Gaston Doumergue qui n’avait rien demandé et on l’élut député radical à Nîmes. Un an plus tard, il se rend compte du sérieux et de la dangerosité de l’exercice du pouvoir lorsqu’il assiste au banquet où le président Sadi Carnot est poignardé à Lyon, en juin 1894 !

Gaston Doumergue : député, sénateur, ministre
Durant sa fonction de député du Gard de 1893 à 1910, il, travaille au sein de Commissions comme celle relative aux justices de paix en 1894, du budget en 1896, d’enquête sur l’affaire de Panama en 1897, assumant aussi le rôle de rapporteur de la Commission des colonies lors des débats budgétaires, s’opposant notamment à la suppression du privilège des bouilleurs de cru en 1900, demandant l’institution du repos hebdomadaire, inaugurant des écoles de la région gardoise en 1904, ainsi qu’une ligne de chemin de fer en 1909. Le Gard étant région tauromachique, Doumergue est seul contre la commission entière à tenir tête et faire triompher la loi autorisant les courses de taureaux avec mise à mort dans le Midi de la France.
Sénateur du Gard de 1910 à 1924, vice président de l’Assemblée Nationale en 1905, il devient ministre des Colonies une première fois de 1902 à 1905 où il crée et réorganise notamment la trésorerie en Indochine. En tant que ministre du Commerce de l’Industrie et de l’Instruction Publique de 1906 à 1910, il s’oppose au traité de commerce avec la Russie et réussit à créer la direction de la marine marchande dont il deviendra d’ailleurs Président en 1920, fait adopter une loi sur la fréquentation scolaire et dénonce les procédés des adversaires de l’école laïque ; s’intéressant toujours aux colonies, il fait inscrire des crédits supplémentaires pour des opérations militaires au Maroc en 1912.
Nommé Président du Conseil à la veille de la Première Guerre mondiale par Raymond Poincaré en 1913, il défend la loi portant le service militaire à trois ans et soutient le projet d’impôt sur le revenu, dont il obtient le vote, non sans mal. Devenu ministre des Affaires Etrangères en 1914, puis à nouveau ministre des Colonies jusqu’en 1917, il entretient activement les négociations entre nations alliées afin de décider notamment l’Angleterre à accepter la coopération militaire au Congo et au Cameroun ; il s’occupe aussi de la sécurité de nos colonies et recrute des troupes indigènes ; il représente la France lors d’une grande conférence en Russie en négociant personnellement avec le tsar en vue d’un traité de paix, qui malheureusement n’aboutira pas pour cause de révolution d’octobre. Il achève sa carrière législative en étant élu Président du Sénat en février 1923.

Gaston Doumergue : Président de la République
Finalement, le 13 juin 1924, Gaston Doumergue est élu Président de la République. Treizième président en fonction, il prend des décisions comme celle de supprimer par souci d’économie les attelages royaux pour les déplacements, se contentant de cinq véhicules simples et d’une auto d’apparat ou encore d’assister à la finale de la coupe de France de football, décision qui perdure encore de nos jours.

Pendant ses sept années de mandat, Gaston Doumergue est un Président modèle, accomplissant ses tâches représentatives et protocolaires avec brio, comme lors de ses déplacements à Londres en 1927, à Bruxelles en 1929, en Algérie et au Maroc en 1930, en Tunisie en 1931. Désirant la paix religieuse, il entretient de bonnes relations avec les nonces, reçoit des légats et honore des cardinaux. Partisan d’une politique de fermeté vis-à-vis de l’Allemagne, il doit faire face à plusieurs crises comme en juillet 1926 : estimant que la France est au bord de la faillite, il appelle Poincaré aux finances, constitue un gouvernement « d’union nationale » ramenant la confiance et rétablissant la situation financière.

Célibataire endurci, il est l’un des premiers Présidents de la République à se marier pendant son mandat : en effet, douze jours avant de quitter l’Elysée, le 1er juin 1931, à 68 ans il épouse discrètement sa compagne et amour d’enfance Jeanne Gaussal, enseignante de cinquante ans, ariégeoise et veuve. Mais à la sortie de la cérémonie, ils sont accueillis et applaudis par le personnel de l’Elysée … prévenu par l’ambassade d’Angleterre !

Ils se retirent près de Toulouse mais Gaston Doumergue est rappelé en février 1934 au poste de Président du Conseil, en pleine affaire Stavisky… subissant un échec, il démissionne en novembre « J’ai été amené à quitter le pouvoir ; je prie tous mes concitoyens de garder le calme qui est nécessaire pour résoudre les difficultés présentes au mieux des intérêts et de la sécurité de la patrie … Les responsables de la politique qui aboutit aux émeutes de février et à la mort d’anciens combattants qui défilaient sans armes place de la Concorde ne veulent à aucun prix avoir à répondre de cette politique devant le peuple avant que se soit écoulé un long délai », tout en étant très acclamé le 11 novembre, lors des manifestations du seizième anniversaire de l’armistice où la foule criait « Vive Doumergue » !

Il termine sa vie à Tournefeuille, auprès de sa femme mais « Gastounet » comme l’appellent affectueusement les Gardois, s’éteint le 18 juin 1937 dans son village natal d’Aigues Vives, d’une crise cardiaque à l’âge de 74 ans. D’importantes funérailles sont organisées à Nîmes.

 Doumergue Gaston doumerguesource image article : 

1937/06/20 (Numéro 2385)-1937/06/25. 

Titre : La Petite Tunisie : journal républicain indépendant… exilé de Tunis

Éditeur : [s.n.] (Marseille)

Éditeur : [s.n.] (Tunis)

Date d’édition : 190.-193.

Type : texte,publication en série imprimée

Langue : Français

Identifiant : ISSN 20774702

Source : Bibliothèque nationale de France

Description : Variante(s) de titre : La Petite Tunisie socialiste

Description : Variante(s) de titre : La Petite Tunisie sociale

Description : Périodicité : Irrégulier

Description : Etat de collection : 09/01/1927-18/07/1937

Provenance : bnf.fr

source texte : http://www.histoire-pour-tous.fr/histoire-de-france/4475-gaston-doumergue-president-de-la-republique-1924-1931.html

La Tunisie au gré des conflits

 Ceux qui ont marqué la Tunisie

6 avril 2013

Aperçu de la campagne de Russie à travers les Mémoires inédits du général Joseph Puniet de Montfort Michel Roucaud

Classé sous — milguerres @ 16 h 28 min

retour page d’Accueil

Celles de l’Histoire, retour vers les grandes épopées 

Aperçu de la campagne de Russie à travers les Mémoires inédits du général Joseph Puniet de Montfort Michel Roucaud fleche-boule8
Aperçu de la campagne de Russie à travers
les Mémoires inédits du général Joseph Puniet de Montfort

Michel Roucaud
p. 114-118

Plan
La carrière militaire de l’auteur des mémoires
Les mémoires
Extraits des mémoires sur la campagne, de la nomination à la Grande Armée à l’incendie de Moscou

1Malgré la forte attrition de la campagne de Russie, nombreux furent les soldats de l’Empire qui rapportèrent par écrit cet épisode si marquant sans que leurs mémoires soient connus aujourd’hui. En publiant, à l’occasion du bicentenaire de la campagne de 1812, une édition critique des mémoires et journaux conservés dans ses fonds, le Service historique de la Défense a décidé de rendre accessibles quelques-uns de ces témoignages inédits ou peu connus et de dresser ainsi un tableau de ces ressentis exprimés par leurs auteurs 1. Parmi ces témoignages se trouve celui du général Puniet de Monfort, colonel en 1812 et chef d’état-major général du génie de la Grande Armée, dont nous publions quelques extraits portant sur le début de la campagne …

source : http://rha.revues.org/index7475.html

retour page d’Accueil

Celles de l’Histoire, retour vers les grandes épopées 

24 mars 2013

Focke-Wulf Fw 187 Falke

Classé sous — milguerres @ 14 h 45 min

retour page d’Accueil

 retour à la Seconde Guerre Mondiale

Les avions de guerre


Focke-Wulf Fw 187 Falke  

Focke-Wulf Fw 187 Falke   images10 

fw10

Le Focke-Wulf Fw 187 Falke (Faucon) était un chasseur allemand développé vers la fin des années 1930. Il fut conçu par Kurt Tank comme un chasseur bimoteur de haute performance, bien que la Luftwaffe n’ait jamais vu l’utilité, d’un chasseur à mi chemin entre le Messerschmitt Bf 109 et le Messerschmitt Bf 110. Les derniers prototypes furent adaptés en version biplace pour concurrencer les Bf 110 dans leur rôle de Zerstörer (chasseur destroyer), mais seulement 9 unités seront construites.

Conception et développement .

Dans la deuxième moitié des années 1930, les avancées technologiques sur la conception des fuselages dépassaient largement celles des moteurs d’avions. Ce qui a amené les concepteurs d’avion à utiliser des structures bimoteurs. Ainsi durant les Air Races européenne, le Dornier Do 17 surclassa tous les monomoteurs. C’est en s’appuyant sur ce concept que les Allemands eurent l’idée du Schnellbomber, c’est-à-dire un bombardier avec un large avantage de vitesse, ce qui lui permettrait de ne pas se faire inquiéter par les chasseurs défensifs ennemis. Bien que durant cette période, la supériorité des chasseurs bimoteurs fut de courte durée, toutes les armées de l’air développèrent leur modèle tels que les Lockheed P-38 Lightning, Grumman G-34, Westland Whirlwind et Focke-Wulf Fw 187.

En 1935, Kurt Tank émit l’idée de créer un chasseur monoplace à grand rayon d’action, pour une société privée sous contrat avec Focke-Wulf. Le concept n’était pas de construire un chasseur destroyer comme le Bf 110, mais de donner un rayon d’action élargi à chasseur monoplace. Propulsé par les nouveaux moteurs Daimler-Benz DB 600 de 680 ch chacun, le Fw 187 dépassait les 525 Km/h. Son design fut dévoilé en 1936, durant une exposition à Berlin-Schonefeld des nouvelles armes, prototypes et projets de la société Henschel, face à un grand nombre de dignitaires nazis, Hitler compris. Cependant le Reichsluftfahrtministerium rejeta le projet car le Bf 109 de conception comparable coutait 2 fois moins. De plus, la nécessité d’un long rayon d’action pour un chasseur ne fut pas prise au sérieux, à la période où le besoin d’escorter les bombardiers ne se faisait pas sentir; The bomber will always get through The bomber will always get through Les bombardiers passeront toujours (Citation de Stanley Baldwin, 1932).

Prototypes .

Tank donna ses travaux directement à Wolfram von Richthofen, Ingénieur en chef de la Techischen Amt, section recherche et développement de la RLM. Richtofen n’étant pas convaincu de la supériorité du bombardier face aux intercepteurs ennemis, celui-ci donna son feu vert pour la construction de 3 exemplaires, mais à la condition de remplacer les DB 600 d’origine par des Junkers Jumo 210, moins performants mais disponibles.

R. Blaser fut assigné à la conception des détails. Afin d’améliorer les performances du Faucon face à son principal concurrent, le Bf 110, le fuselage devait être le plus petit possible. Si petit, qu’il n’y avait pas assez de place sur le tableau de bord pour tous les instruments, les jauges de moteurs ont donc été montées en face de ceux-ci, sur les côtés du cockpit. Les nacelles-moteurs étaient relativement normales, accueillant le moteur et le train d’atterrissage escamotable. Cependant, les radiateurs placés devant les moteurs étaient rétractables à grande vitesse, quand moins de surface frontale était nécessaire pour le même résultat. Le train étant totalement rétractable et fuselé, ce qui évita des recherches supplémentaires pour réduire le phénomène de trainée. La poutrelle centrale reliant les 2 ailes passe sous le siège du pilote. Suivant le design d’avant-guerre, l’arrière du fuselage est remonté, bloquant de fait le champ de vision du pilote, mais une canopée en bulle permet d’ouvrir ce champ de vision sur le devant et l’arrière de 15° environ. Bien que le cockpit soit situé bien en avant, une petite fenêtre fut aménagée sous le nez de l’appareil pour améliorer la vision à l’atterrissage.

Le premier prototype, Fw 187 v1 immatriculé D-AANA, vola pour la première fois en mai 1937, piloté par Hans Sander. Durant les tests, bien que motorisé avec des moteurs Jumo moins performants, l’appareil affiche 523 km/h au compteur. Ce qui se révèle être 80km/h plus vite que le 2 fois moins lourd Messerschmitt Bf 109B utilisant le même moteur, lui permettant aussi de doubler son rayon d’action. Les membres du RLM se complaisent à dire que ces résultats proviennent d’instruments faussés, des tests supplémentaires leurs prouvèrent le contraire, en prouvant de plus que le Faucon pouvait plonger et monter deux fois plus vite que n’importe quel chasseur monomoteur.

À la suite des tests, plusieurs améliorations furent apportées, incluant des nouveaux propulseurs DVL à la place des Junkers-Hamilton originaux et l’abandon des roues jumelées expérimentales. Blaser fut préoccupé par le ‘flottement’ du gouvernail de direction à grande vitesse causé par un poids trop léger de l’appareil, celui-ci fit les corrections préférant le contrôle à une vitesse élevée. Un second prototype suivit, avec des radiateurs fixes à la place des escamotables, une roulette de queue semi-rétractable, et une dérive plus profilée. Les moteurs furent aussi changés pour des Jumos 210G, avec des injecteurs directs allouant une poussée plus faible que prévue. En conséquence, des nouveaux injecteurs furent installés pour pallier le problème. Le Fw 187 v2 était prêt pour les tests en été 1937, mais s’écrasa à l’atterrissage suite à la rupture de son train d’atterrissage. Le v1 quant à lui, connut une fin similaire, à la suite d’un passage à grande vitesse au-dessus de l’usine de Bremen, le pilote Paul Bauer s’écrasa en perdant le contrôle de l’appareil.

Prototypes biplace .

En 1936, Ernst Udet remplaça Von Richtofen et bien qu’il fut un des principaux partisans des chasseurs monoplan à grande vitesse, il restait sceptique sur la manœuvrabilité d’un chasseur bimoteur. Néanmoins, il sentit que les performances de cet appareil faisaient de lui un bon remplaçant du Messerschmitt Bf 110 dans le rôle de chasseur destroyer. Avant même que le prototype v1 ait volé, Tank reçu l’ordre de concevoir une variante biplace dans ce but. Et cela bien que le poste du deuxième membre d’équipage soit marginal. Les 2 premiers prototypes étant bien avancés dans leur construction, il se servit du troisième comme plateforme pour ses tests. Blaser adapta le fuselage en l’allongeant un peu, ce qui modifia le centre de gravité de l’appareil, obligeant le concepteur à revoir les nacelles moteurs plus en avant. Un nouveau cockpit doté d’une verrière plus longue permettait d’accueillir les deux membres d’équipage, et en raison de la ligne élevée du fuselage arrière, il n’y avait pas la place de mettre un quelconque armement défensif, ce qui relègue le deuxième membre à la fonction d’opérateur radio. L’armement offensif fut optimisé en remplaçant les deux MG 17 de 7,92mm par deux canons MG FF de 20mm.

Le Fw 187 v3, immatriculé D-ORHP, vola au printemps 1938 mais fut endommagé durant les tout premiers vols, suite à un atterrissage d’urgence causé par un moteur en feu. Il fut rapidement réparé et remis en service. Les deux prototypes biplace v4 (D-OSNP) et v5 (D-OTGN) suivirent en été et automne 1938. Équipés de moteurs Jumo 210G, ils s’avèrent moins performants que prévu et ne furent pas retenus pour remplacer le Bf 110.

Le prototype final, Fw 187 v6 (D-CINY), subit encore plus de modification, notamment en recevant des moteurs DB 600A de 1000ch chacun, et un système de refroidissement plus aérodynamique. Ces premiers tests en vol, en 1939, laissèrent entrevoir de sérieux problèmes de refroidissements (malheureusement fréquent pour les appareils utilisant ce système, comme le Heinkel He 100) et des problèmes de déformations du fuselage. Néanmoins, lors de tests soigneusement encadrés en octobre 1939, le v6 atteignit 634 km/h en vol horizontal, faisant de lui le chasseur le plus rapide de l’Allemagne nazie.

En production .

Une petite production de trois Fw 187 A-0 se fit en été 1939, fondée sur le prototype v3 et utilisant des moteurs Jumo 210G. La Luftwaffe, déclarant que sans armement défensif le Faucon ne pourrait remplir le rôle de chasseur destroyer, rejeta le projet. Les deux prototypes biplace furent retournés après tests à l’usine de Focke Wulf de Rechlin. Il fut testé durant l’hiver 1942-43 en que chasseur de nuit, mais l’essai se révéla infructueux du fait du manque de place dans le cockpit pour l’installation d’un radar. Après ce nouvel échec, les prototypes furent cédés à Junker pour la conception de leur bombardier en piqué, le Junker Ju 187.

Kurt Tank a néanmoins dirigé des projets issus directement du fuselage de base du Fw 187 : bombardier en piqué, chasseur de nuit, chasseur bombardier, chasseur de haute altitude entre autres. Il a testé une multitude de moteurs, incluant les Daimler-Benz DB 601, DB 605 et le BMW 801. Le Focke-Wulf Ta 154 Moskito résulte de ces conditions émises par le RLM pour un chasseur lourd bimoteur, mais se fondant sur une construction en bois comme le De Havilland DH.98 Mosquito. À cause des nouveaux matériaux utilisés, Tank ne put utiliser son Fw 187 et conçut un tout nouvel appareil. Les derniers Faucon survivants servirent de base de tests pour ce projet.

Un service officieux .

Un Industrie-Schutzstaffel comportant trois Fw 187 A-0 équipés pour les pilotes d’essai de Focke-Wulf, participa à la défense de l’usine de Bremen. Bien qu’il y ait eu des réclamations de ‘victoires’ par ce groupe, il semble que cela releva plutôt de la propagande. Ces 3 appareils furent envoyés de manière officieuse, sur le front de Norvège, où les pilotes les préfèrent de loin aux Bf 110. Mais quand la nouvelle s’ébruite, les 3 exemplaires sont rappelés et le RLM enterre un projet qui était prometteur. Ils sont renvoyés à Focke-Wulf, où serviront de nouveau pour la défense de l’usine. Un FW 187 fut cependant envoyé à l’école aérienne de tir de Vaerlose au Danemark en 1942.

source : http://militaires-d-hier.forumgratuit.org/t4132-focke-wulf-fw-187-falke

retour page d’Accueil

 retour à la Seconde Guerre Mondiale

Les avions de guerre

Messerschmitt Bf 110

Classé sous — milguerres @ 14 h 40 min

 

retour page d’Accueil

 retour à la Seconde Guerre Mondiale

Les avions de guerre


Messerschmitt Bf 110 naziw 
Messerschmitt Bf 110
-

Le Messerschmitt Bf 110 (appelé ensuite Me 110) est un chasseur moyen bimoteur en service à la Luftwaffe pendant la Seconde Guerre mondiale. 

En juin 1934, le RLM publie une spécification concernant un chasseur à long rayon d’action et lourdement armé. Messerschmitt étudie son bimoteur Bf 110, ainsi que Focke-Wulf le Fw 57 et Henschel le Hs 124. Seul le Bf 110 répond aux attentes et est retenu.

À son sujet, le maréchal Hermann Göring déclare un jour : « les Messerschmitt 110 seront comme la cavalerie d’Hannibal protégeant ses éléphants ; les bombardiers seront mes éléphants ».

Avec le Bf 110, la Luftwaffe avait défini un nouveau concept, certes coûteux, mais qui semblait viable au début de la guerre. Le Zerstörer (Destructeur) se présentait sous la forme d’un chasseur de grande dimension, bimoteur, biplace, capable de damer le pion à n’importe quel avion adverse, emportant un armement nettement supérieur à celui d’un chasseur standard et disposant d’une capacité d’emport en carburant supérieure, ce qui lui permettait d’avoir une bien plus grande autonomie que son petit frère le Bf 109 (les premiers Bf 110 avaient une distance franchissable de 800 km, soit environ deux fois plus que le Bf 109).

Le Bf 110 était docile et agréable à piloter, et contrairement à une idée reçue, le Zerstörer avait un petit rayon de virage pour un appareil de sa taille, et de fait il pouvait virer presque comme un chasseur monomoteur. Par contre, sa faible vitesse de roulis le rendait vulnérable au combat.

Les premières versions illusoires : Bf 110 A et B

Le prototype Bf 110 V1, doté de deux moteurs Daimler Benz DB 600A de 980 ch, effectue son premier vol le 12 mai 1936 à Augsbourg. Initialement les Bf 110-A de présérie devaient porter des DB 600, mais en raison des retards de livraison, les quatre Bf 110A fabriqués reçoivent des Junkers Jumo 210 Da de seulement 610 ch et un armement offensif de quatre mitrailleuses MG 17 de 7,92 mm. Leurs premiers vols s’échelonnent entre août 1937 et mars 1938. Le 19 avril suivant, le premier des deux Bf 110 B-0 équipés de Jumo 210G de 670 ch vole. Le premier modèle de série, le Bf 110 B-1 reçoit des Jumo 210Ga et un armement complété par deux canons MG FF de 20 mm. Un total d’environ 45 Bf 110B est fabriqué, dont des B-2 pourvus d’une caméra et des B-3 aménagés en biplaces d’entraînement. Les moteurs n’étant pas très satisfaisants, l’avion ne put jamais être considéré comme un appareil de première ligne. Il ne put être expérimenté en Espagne et avait déjà été relégué à l’entraînement quand commença la Seconde Guerre mondiale.

Première version importante : Bf 110 C

Après les petites quantités produites de Bf 110 A et B, le Bf 110 C-0 commence à être livré à la Luftwaffe en février 1939, pourvu de moteurs DB 601B. Le maréchal Göring autorise alors la constitution de plusieurs Zerstörergruppen, mais en septembre suivant, seules trois de ces unités ont pu être équipées. Elles prennent tout d’abord part à la campagne de Pologne puis, l’année suivante, à celles de Norvège et de France.

Plusieurs variantes du C voient le jour :

le Bf 110 C-1, le C-1/U1 pour le remorquage de planeurs.
le C-2 équipé de nouveaux postes radio, le C2/U1 doté de mitrailleuses en « barbettes » (mini casemates télécommandées placées sur les flancs arrières).
le C-3 pourvu de canons améliorés.
le C-4/B chasseur-bombardier, porteur de deux bombes de 250 kg, moteur DB 601Ba
le C-5 de reconnaissance diurne
le C-6 armé de deux canons de 30 mm sous le fuselage.
le C-7 chasseur-bombardier, porteur de deux bombes de 500 kg, moteur DB 601P
En raison de la priorité accordée au Zerstörer, la fabrication est confiée, en plus de celle assurée par l’usine d’Augsburg (MIAG), aux firmes Focke-Wulf et Gothaer Waggonfabrik (GWF). Au total, en 1939, 315 Bf 110C sont livrés. Le 10 mai 1940, le premier jour de la bataille de France, 355 Bf 110C sont en ligne. Il s’avère très rapidement que ce bimoteur ne dispose pas de l’agilité nécessaire pour combattre les monomoteurs ennemis. 35 % des appareils engagés sont perdus à la fin mai. Comme on le verra plus loin, cette leçon ne sera pas comprise assez tôt.

Autonomie améliorée 

Bf 110G-4 chasse de nuit, Budapest 1944.La campagne de Norvège, entamée le 9 avril 1940, montre que l’autonomie du Bf 110C, bien qu’importante, est insuffisante pour ce vaste territoire, notamment en raison de la nécessité de protéger les convois maritimes le long des côtes.

Aussi le bureau d’études Messerschmitt conçoit-il un énorme réservoir en contreplaqué contenant 1 200 litres, appelé Dackelbauch (ventre de teckel), monté sous le fuselage.

Les performances de l’appareil, dans ses premières variantes Bf 110 D-0 (des C-3 modifiés) et D-1/R1 de série, se trouvent naturellement grandement altérées ; en outre, une fois vide mais encore empli de vapeurs hautement inflammables, ledit réservoir a une fâcheuse tendance à exploser, d’où certaines disparitions longtemps restées incomprises.

Lors du déclenchement de la bataille d’Angleterre, dix « gruppen » de Bf 110 se trouvent en ligne, presque tous basés dans le nord de la France, à un moment où le D-1/R2 doté de deux réservoirs largables de 900 litres sous les ailes commence à être livré.

Dès les premières attaques en force, les pertes de Bf 110 sont sensibles : 17 appareils le 11 août 1940, 11 le lendemain, 20 le surlendemain. Les pertes les plus lourdes sont enregistrées le 15 août, lorsque 27 appareils ne rentrent pas.

Au total, durant la bataille d’Angleterre, 300 Bf 110 sont perdus. À l’évidence, comme des simulations auraient pu le laisser prévoir, de tels bimoteurs ne pouvaient rivaliser, en combat aérien, avec les monomoteurs Hawker Hurricane et Supermarine Spitfire.

Les attaques diurnes de la Luftwaffe cessent à l’automne 1940. Une nouvelle et grandissante menace apparaît alors pour l’Allemagne sous la forme de bombardements stratégiques inaugurés dans la nuit du 15 au 16 mai 1940 avec un raid accompli par 99 bimoteurs Hampden, Vickers Wellington et Whitley, à une époque où seule la Flak défend le Troisième Reich. Par conséquent, à peine retirés des unités offensives, les Bf 110 sont utilisés pour la chasse de nuit au sein de Nachtjagdgeschwader (NJG) dotés d’une première version spécialisée appelée D-1/U1. Ce modèle de chasse de nuit emportait des capteurs infrarouges Spanner dans le nez. Les versions classiques D-2 et D-3 pouvant porter des bombes et deux réservoirs de 300 litres sont engagées en 1941 dans les Balkans, en Méditerranée et en Libye.

Nouvelles missions 

À la suite des lourdes pertes subies par les Zerstörergruppen durant la bataille d’Angleterre, le Bf 110 est désormais fabriqué en tant que chasseur-bombardier et chasseur de nuit.

Les Bf 110 E-0 de présérie, puis les E-1, toujours dotés de moteurs DB 601B de 1100 ch apparaissent en mai 1941. Cependant, le DB 601P de 1175 ch est rapidement disponible pour les variantes E-1/U1 équipé d’un détecteur Spanner, E-1/U2 avec un troisième siège recevant un leitoffizier (officier contrôleur) et E-1/R2 pouvant emporter deux bombes de 1 000 kg sous le fuselage.
En 1942, le chasseur-bombardier E-2 et l’avion de reconnaissance E-3 commencent à sortir.
Ce dernier peut être équipé de deux réservoirs auxiliaires de 300 ou 900 litres sous les ailes extrêmes. En outre, pour la première fois et dans le but de renforcer la défense, deux mitrailleuses MG 17 de 7,92 mm tirant vers l’arrière sont montées dans les flancs du fuselage. Cette escalade classique des charges militaires, sans augmentation notable de la puissance, entraîne là encore une détérioration des qualités de vol et des performances du Zerstörer.

Puissance accrue : Bf 110 

Fabriqué parallèlement au Bf 110E, le F bénéficie durant quelque temps d’un accroissement de puissance bienvenu avec ses nouveaux moteurs DB 601F de 1350 ch. Selon la méthode habituelle, diverses variantes de série apparaissent :

le Bf 110 F-0 de présérie semblable au E-1, mais avec des radiateurs d’huile agrandis.
le F-1 équipé de divers blindage autour de l’habitacle jusque là très peu protégé, et un assortiment de bombes explosives ou incendiaires.
le F-2 sans lance-bombes.
le F-3 de reconnaissance.
La production est interrompue en octobre 1941 à l’usine MIAG, puis en décembre à l’usine GWF, en raison de la mise en service imminente du Me 210. Las, en raison du cuisant échec de ce dernier, il faut précipitamment reprendre les fabrications du Bf 110 dès février 1942. À ce moment, les raids nocturnes de la RAF se multiplient et les États-Unis entrent en guerre à la suite de l’attaque contre Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, laquelle va changer radicalement le cours de l’histoire. Après des essais conduits avec le Bf 110 V19 armé d’une batterie de douze lance-roquettes de 210 mm, les dernières variantes du Bf 110F sont :

le F-4 chasseur de nuit avec un troisième siège recevant un leitoffizier (officier contrôleur)
quant au chasseur de nuit F-4, il est doté, à l’avant, d’un radar FuG 202 comportant une antenne à quatre branches, son armement offensif comportant quatre MG 17 et deux MG FF.
La production de ce dernier se poursuit durant une bonne partie de l’année 1943.

Bf 110 G Zerstöre
Avant l’arrêt de la production du Bf 110, à la fin de 1941, la fabrication d’une présérie de G-0, pourvus de moteurs DB 605B-1 de 1 475 ch, est entreprise.

Dès la remise en marche de la chaîne, apparaît le G-1, un pur chasseur sur lequel les canons MG FF sont remplacés par des MG 151.
Cette version est rapidement remplacée par le G-2 comportant un train renforcé et une défense arrière assurée par un jumelage MG 81Z de 7,92 mm.
Dans les mois qui suivent, le G donne lieu à de nombreuses variantes sous forme de Rüstsäzten (modifications en unités) :

la première, appelée G-2/R1, est dotée d’un canon BK 3,7 de 37 mm approvisionné à 72 coups sous le ventre ; généralement, un seul obus suffit pour venir à bout d’un B-17 mais, handicapé par la masse et la traînée de l’arme, le bimoteur constitue une proie facile pour les chasseurs d’escorte.
le G-2/R2 est alors créé. Il est doté de moteurs à injection permettant d’accroître la vitesse, mais au prix de la suppression de blindages et des armes de défense.
sur le G-2/R3, les quatre MG 17 de nez sont remplacées par deux canons MK 108 de 30 mm, deux MG 151 pouvant en outre être montés sous le fuselage.
enfin, toujours en vue d’augmenter la puissance de feu, le G-2/R4 est armé d’un canon de 37 mm et de deux MG 151.
tandis que le G-2/R5 incorpore les modifications R1, R2 et R3.
en parallèle avec le G-2, le G-3 de reconnaissance sort de chaîne.
à partir de l’été de 1942, le G-4 destiné à la chasse de nuit commence à être livré. Son armement offensif comporte les quatre classiques MG 17 et deux MG 151.
En outre, sur les variantes successives, différents types de radars, sans cesse plus performants, sont montés à l’avant. Combinant des changements de radars et d’armement, naissent encore les G-4/U1, G-4/U5, G-4/U6, G-4/U7 et G-4/U8.

En 1943, la production des Bf 110 est de 1 509 appareils, suivis de 1 518 autres en 1944.

Suisse

Le 28 avril 1944, l’oberleutnant Wilhelm Johnen décolle avec son mitrailleur sur un Bf 110 G-4/R3 portant le code C9 EN, unité du 5./NJG5. Deux Lancaster figurent bientôt à son tableau de chasse mais l’un de ses moteurs subit une baisse de pression d’huile. Il doit se poser d’urgence et fait l’erreur de choisir l’aéroport de Zurich-Dubendorf.

C’est immédiatement un incident diplomatique surtout parce que l’avion est équipé du radar FuG 220 Lichtenstein SN2, récente réponse allemande aux brouillages que les Britanniques pratiquent en larguant de petites feuilles d’aluminium. Dès le lendemain, un commando de trois nazis franchit la frontière suisse, mais est rapidement arrêté grâce au flair d’un employé des chemins de fer qui s’étonne de voir trois inconnus acheter tour à tour un ticket d’1 franc avec un billet de 1 000 francs tout neuf.

Des négociations aboutissent au compromis que le Bf 110 sera détruit et l’équipage libéré en échange de la vente de 12 chasseurs du dernier modèle Bf 109 G-6. Ces avions se révéleront en mauvais état et avoir largement dépassé leur temps prévu d’utilisation.

Ultime version : Bf 110 H

Avant la disparition définitive du Bf 110, une dernière version, appelée Bf 110H, apparaît. En fait, la variante H-2 fabriquée ne diffère du G-2 que par ses moteurs DB 605E, quelques renforcements du train et de l’arrière du fuselage, des commandes légèrement modifiées et une roulette de queue hydrauliquement escamotable. Les H-3 de reconnaissance, H-4 de chasse de nuit et ses Umrüst-Bausätzen H-4/U7, H-4/U8 sont également produits.

Production et opérateurs[modifier]Selon les statistiques allemandes, la fabrication totale de Bf 110 a porté sur 5762 exemplaires, dont 2240 chasseurs de nuit et 494 appareils de reconnaissance.

Ils servirent dans les forces allemandes, italiennes, roumaines et hongroises.

Évolution des caractéristiques et des performances

Caractéristiques des différentes versions 

modèle Bf 110 B-1 Bf 110 C-4 Bf 110 F-2 Bf 110 G-4 
Moteur Jumo 210 Ga de 700 ch DB 601 B-1 de 1100 ch DB 601F de 1350 ch DB 605 B-1 de 1475 ch 
envergure 16,20 m 16,20 m 16,20 m 16,20 m 
Longueur 12,60 m 12,10 m 12,10 m 12,10 m 
Surface alaire 38,5 m² 38,5 m2 38,5 m2 38,5 m2 
Masse à vide kg 5200 kg 5600 kg 5090 kg 
Masse maxi 5700 kg 6750 kg 7200 kg 9900 kg 
Armement 2 canons de 20 mm, 5 mitrailleuses de 7,92 mm dont une en défense 2 canons de 20 mm, 5 mitrailleuses de 7,92 mm dont une en défense 4 mitrailleuses de 7,92 mm (2 MK 108 de 30 mm) ; 2 MG 151 de 20 mm ; 2 mitrailleuses de 7,92 mm en défense 
Vitesse maximale 455 km/h à 4 000 m 560 km/h 565 km/h à 5 400 m 550 km/h à 7 000 m 
Autonomie maximale 1 720 km 1 100 km 1 200 km 2 100 km 

 

source : http://militaires-d-hier.forumgratuit.org/t3329-messerschmitt-bf-110

 

retour page d’Accueil

 retour à la Seconde Guerre Mondiale

Les avions de guerre

20 mars 2013

70 ans après, le raid de Dieppe revisité

Classé sous — milguerres @ 23 h 19 min

 

 

  retour page d’Accueil

 retour à la Seconde Guerre Mondiale

 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

 

70 ans après, le raid de Dieppe revisité

70 years later, the Dieppe Raid Revisited

Béatrice Richard

p. 40-51

 l’article sous document word :  70 ans après le raid de Dieppe revisité_Béatrice Richard

Résumé

Les historiens ont longtemps présenté le raid de Dieppe (19 août 1942) comme un « sacrifice nécessaire » à la victoire alliée. Fiasco sur toute la ligne, l’opération « Jubilee »aurait néanmoins apporté des leçons essentielles au succès du Jour J. Or, les recherches de ces 30 dernières années remettent sérieusement en question cette interprétation. De fait, ce sont surtout les enseignements des opérations amphibies qui ont suivi, en Afrique du Nord et en Italie, qui ont pavé la voie au succès d’« Overlord ». Quant au coup de main lui-même, il aurait été déclenché pour servir des ambitions personnelles avant tout autre considération. Si la thèse des « leçons de Dieppe » a pu réconforter un temps les soldats sacrifiés, elle a surtout servi à masquer l’inexpérience et la négligence quasi-criminelle des concepteurs d’une opération bâclée et suicidaire à tous égards.

Le 19 août 1942, deux brigades de la 2e division canadienne se lançent à l’assaut des falaises de Dieppe, petit port situé sur la Manche, avec le soutien de trois commandos britanniques dont celui des Royal Marines. Plus de 6 000 hommes se trouvent ainsi engagés dans l’opération « Jubilee », l’un des plus grands raids amphibies de la Deuxième Guerre mondiale. L’aventure tourne rapidement au désastre. Après plusieurs heures de combats acharnés, les troupes se retirent sans avoir atteint leurs objectifs, abandonnant derrière elles plus de la moitié de leurs effectifs. L’épisode fait couler beaucoup d’encre, à commencer par celle du Quartier général des opérations combinées (QGOC), commanditaire du coup de main.

Au lendemain du raid, en effet, ses responsables soutiennent que les leçons tirées de« Jubilee »pavent la voie à l’invasion du continent européen. Par la suite, les mêmes récupèreront le succès d’ « Overlord » pour renforcer leur thèse. Même si des dissidences s’exprimeront, il faudra attendre les années 1990 pour que de nouvelles études enterrent définitivement cette interprétation.À cet égard, le présent article ne prétend pas apporter de nouveaux éléments au dossier, mais propose plus modestement de revisiter « Jubilee » à la lumière des données historiographiques récentes. Ces dernières permettent de resituer le raid de Dieppe dans un contexte plus vaste, celui de la stratégie des « coups d’épingles », contre les côtes françaises, qu’adoptent les britanniques dès juin 1940. Vue sous cet angle, l’opération prend un sens tout autre que celui encore véhiculé dans les livres d’histoire : loin d’avoir constitué un sacrifice nécessaire à la victoire alliée, le fiasco de Dieppe s’apparente davantage à une vulgaire bavure.

L’incroyable armada

19 août 1942, 3 heures du matin. Quelque part au milieu de la Manche un convoi imposant fend la mer toutes lumières éteintes. Répartis en treize groupes, ses 250 bâtiments comprennent neuf navires de transport d’infanterie, huit contre-torpilleurs et un sloop, le tout traînant dans son sillage un ensemble hétéroclite de péniches d’assaut et de débarquement, ainsi que de petites embarcations dépourvues de blindage pour la plupart. L’incroyable armada porte dans ses flancs 4 963 hommes de la 2e division canadienne, incluant les officiers, 1 005 commandos britanniques, 50Rangers américains et 15 fusiliers des Forces françaises libres. Pendant ce temps, en Angleterre, 74 escadrilles aériennes alliées, dont huit de l’armée royale canadienne, se tiennent en état d’alerte, prêtes à intervenir au point du jour. Le major général J. H. Roberts, commandant de la 2e division canadienne, dirige les opérations terrestres, tandis que le commandant J. Hughes Hallett de la Royal Navy supervise les forces navales et T. L. Leigh Mallory, vice-maréchal de la Royal Air Force, l’aviation. L’opération « Jubilee » est en marche 1. Destination : le port français de Dieppe.

 

Un objectif solidement défendu

4Les chefs militaires ont assuré à leurs troupes que l’opération serait « du gâteau » (« a piece ofcake »). La réalité qui les attend est cependant tout autre. Depuis plusieurs mois, l’ancienne station balnéaire a été transformée en un véritable oppidum. Le casino du bord de mer est devenu un poste de tir et les falaises qui surplombent la plage abritent une artillerie redoutable. Partout des casemates défendent un rivage hérissé de barbelés… Des mortiers, des canons de moyen et de gros calibres, des batteries côtières à longue portée défendent toute intrusion provenant du large tandis que des blocs de béton verrouillent la plage, interdisant l’accès à la ville 2. De toute évidence, l’organisation allemande « Todt », chargée de fortifier les côtes françaises, est passée par là. Par ailleurs, 2 500 soldats de la 302e division de la Wehrmacht défendent le secteur. À première vue, c’est peu, mais les Allemands peuvent compter sur l’intervention rapide de nombreux renforts et de l’aviation stationnée tout près. Comment expliquer le choix d’un objectif aussi solidement défendu ? Certes, la proximité des côtes anglaises fait de Dieppe une cible logique pour un raid : les allers-retours de la Royal Air Force sont facilités d’autant, de même que la sécurité des convois. Les responsables de «Jubilee » affirmeront par la suite avoir voulu tester ainsi les défenses ennemies, mais un examen attentif du plan d’attaque montre qu’il s’agit avant tout d’une opération de sabotage et de renseignement, dans le droit fil de la série de raids qui l’a précédée.

De fait, « Jubilee » s’inscrit dans la stratégie qu’a adoptée Winston Churchill depuis l’évacuation rocambolesque des troupes britanniques à Dunkerque, en juin 1940 : le harcèlement systématique des défenses allemandes situées sur les côtes françaises par des commandos spécialement entraînés à cet effet. Il s’agit non seulement de maintenir l’ennemi en état d’alerte et de lui infliger des dommages stratégiques, mais aussi de maintenir le moral des Britanniques à flot dans un contexte désespérant pour les alliés. Le Japon tient les États-Unis en respect dans le Pacifique, tandis que l’Allemagne étend ses conquêtes de la France à la Volga et de la Norvège septentrionale aux déserts de l’Afrique du Nord. Sur le front oriental, laWehrmacht tient les Soviétiques en haleine et Staline réclame à cor et à cri l’ouverture d’un second front à l’Ouest. À cet égard, on a souvent relié le déclenchement du raid sur Dieppe à la crainte de voir l’allié russe faire défection. Les Britanniques se sont certes engagés à maintenir la pression sur les côtes françaises tout au long de l’été 1942, à défaut d’envahir le continent. Un aide-mémoire confidentiel remis à Molotov, en juin, précise à cet effet que les opérations iront crescendo tant par leur taille que par leur portée, clouant ainsi une trentaine de divisions allemandes à l’Ouest 3. Il n’empêche que le déclenchement de « Jubilee » relève avant tout d’une logique complètement autonome, celle de la Direction des opérations combinées (DOC), Combined Operation Directorate, créature de Churchill et instrument de ses grandes orientations stratégiques.

L’organisme a pour mission de développer des opérations amphibies et de former des commandos d’élite pour mener des opérations de sabotage, de renseignement et d’exfiltration. Le Premier ministre britannique s’est également assuré de placer aux commandes un homme prêt à servir ses ambitions : lord Louis Mountbatten, directeur des opérations combinées depuis le 19 octobre 1941 4 et chef d’orchestre de « Jubilee». En août 1942, l’impétueux vice-amiral de 37 ans compte au moins deux coups d’éclat à son actif, l’opération « Biting»et l’opération « Chariot». Dans le premier cas, un raid d’une centaine d’hommes lancé sur la station radar de Bruneval, dans la nuit du 27 au 28 février 1942, a permis aux alliés de s’emparer des pièces clés d’un radar allemand de haute précision. Autre nuit, autre raid, plus ambitieux encore, du 27 au 28 mars, plus de 600 hommes de la Royal Navyassistés de commandos dynamitent le port de Saint-Nazaire. Même si l’opération se solde par la perte de la moitié des effectifs 5, les dommages infligés aux installations sont tels que le port restera paralysé 18 mois durant.

Ces méthodes peu orthodoxes ont beau faire sourciller une partie de l’état-major britannique, le coup de force n’en symbolise pas moins l’esprit d’audace qui anime alors la DOC et semble donner des ailes à son chef. « Jubilee » marque, en effet, un changement d’échelle et de nature dans les raids, puisque l’on passe d’interventions mobilisant quelques centaines de commandos à une opération qui engage des milliers de soldats réguliers. À cet égard, Mountbatten bénéficie d’un soutien inespéré, celui du commandant en chef de l’armée canadienne, Andrew G. L. McNaugton et du lieutenant-général Harry D. G. Crerar, commandant du 1er corps d’armée, lesquels disposent de troupes terrestres prêtes à en découdre : celles de la 2e division canadienne.

 

Depuis l’envoi de leurs soldats en Angleterre, fin 1939, les autorités canadiennes répugnent à les engager sur les différents théâtres d’opération, et ce essentiellement pour des motifs politiques. C’est que la participation militaire du Canada au conflit ne fait pas l’unanimité outre-Atlantique : les Canadiens-Français notamment sont partisans d’un engagement limité reposant sur le volontariat. Pour ceux-ci, il n’est pas question de recourir à la conscription pour combler les vides et le Premier ministre Lyon Mackenzie King veut éviter le recours à une telle mesure 6. En retenant le plus longtemps possible les soldats canadiens, on a cherché jusqu’ici à minimiser les pertes éventuelles et à retarder d’autant l’envoi de conscrits outre-mer.

 

Mais l’opinion publique canadienne-anglaise, partisane de l’effort de guerre total, s’impatiente : ses soldats devront-ils se contenter de garder les côtes britanniques tandis que les fils des autres dominions se battent sur tous les fronts ? Or, en dehors des raids et du bombardement stratégique, les alliés ne prévoient aucun engagement majeur avant un an minimum ; ce qui, dans le temps politique, représente une éternité. De son côté, le général McNaughton tient à ce que les Canadiens combattent ensemble, tant pour assurer une certaine autonomie de commandement que pour assurer une visibilité maximale aux activités de ses troupes. Considération plus terre à terre, désœuvrés, les Canadiens commencent à éprouver de sérieux problèmes disciplinaires et à voir leur réputation pâlir auprès de la population civile. Dans ce contexte, tenir un premier rôle dans une mission d’envergure permettrait de redorer leur blason tout en flattant la fierté nationale. McNaughton endosse le projet avec d’autant plus d’enthousiasme, qu’il s’est assuré d’avoir les mains libres. Jusqu’en mai 1942, il lui fallait obtenir le feu vert d’Ottawa pour déclencher toute intervention majeure. À force d’un lobbying intense auprès du cabinet canadien de la Guerre, il a néanmoins réussi à obtenir la latitude nécessaire pour décider des raids dans lesquels engager ses troupes ; ce qui en fait l’un des responsables clés de l’opération du 19 août 7. Ses troupes sont-elles prêtes pour autant à se lancer dans ce type d’opération ? Rien n’est moins sûr.

Un entraînement irréaliste

10L’une des réussites de la Direction des opérations combinées a été sans conteste la formation de commandos aguerris aux coups de mains audacieux. Toutefois, coordonner un raid de quelques centaines d’hommes surentraînés est une chose. Tenter la même expérience avec des milliers de combattants réguliers appartenant à trois services différents représente un tout autre défi. Or, au printemps 1942, les Canadiens basés en Grande-Bretagne n’ont aucune expérience du feu, a fortiori des tactiques de commando. Les Canadiens ont certes participé avec succès à l’expédition du Spitzberg visant à détruire les houillères aux mains allemandes et à évacuer des Norvégiens vers le Royaume-Uni, mais l’opération engageait moins de 650 hommes et les assaillants ne s’étaient heurtés à aucune résistance 8. Pour le reste, leur formation s’avère pour le moins irréaliste. Par exemple, le régiment des fusiliers Mont-Royal a suivi un entraînement incluant la marche forcée et le maniement de la baïonnette, très tard, en juin 1942 9. Il a fallu attendre le mois d’avril avant que l’on ne commence à initier les soldats aux méthodes des commandos : combat à mains nues, natation en tenue de combat, escalade de falaises, sabotage, tir au canon, pratiques d’embarquement débarquement des péniches, combats de rue, etc. Le 20 mai, les hommes suivent un entraînement intensif sur l’île de Wight, en vue du grand jour. Il est cependant trop tard pour transformer de simples soldats en troupes d’élite, comme en témoigne un rapport soumis à leurs supérieurs : “Although the condition of the men is reasonably good, the assault courses and the speed marches have shown that there is a great improvement to be made in this diretion. In the speeds marches units are able to do five miles in 45 minutes, but took from 11/2 hrs tp 2 hrs to do the remaining 6 miles. In the assault course tps [troops] were able to complete the course but were, in many cases, unable to fight or fire effectively when finished.” 10

 

Lancés en juin, les exercices « Yukon I » et « Yukon II » censés préparer le raid ne sont guère plus encourageants. Dans le premier cas, la confusion règne à un point tel que l’opération est reportée. La reprise de l’exercice, le 23juin, ne vaut guère mieux11, ce qui inspire au lieutenant général Bernard Montgomery, alors responsable des opérations comme commandant du 5ecorps britannique, un jugement moins que rassurant : « Je suis convaincu que l’opération est réalisable selon le plan prévu et qu’elle offre de bonnes chances de succès pourvu : a) que le temps soit favorable ; b) que la chance normale soit présente; c) que la marine nous [sic] débarque à peu près aux bons endroits et aux moments voulus… »12 Cela ne l’empêchera pas d’autoriser, deux semaines plus tard, le lancement d’un premier raid impliquant les troupes canadiennes.

 

De « Rutter » à « Jubilee »

12Le 7 juillet, le QGOC déclenche l’opération sous le nom de code « Rutter », presque aussitôt annulée en raison des mauvaises conditions météorologiques. Le plan prévoyait des bombardements préliminaires intensifs et l’envoi de troupes aéroportées pour nettoyer le terrain. La mauvaise visibilité compromet irrémédiablement cette partie du plan et par conséquent, la fiabilité du reste de l’opération. Par la suite, le général sirBernard Paget, commandant de l’armée britannique, et Montgomery décident d’un commun accord d’abandonner définitivement le projet pour des raisons de sécurité évidentes : à la mi-juillet, la presse canadienne et la presse britannique étalent à pleines pages des rapports sur l’entraînement des unités canadiennes en vue d’opérations combinées. Un des comptes rendus mentionne même le nom de plusieurs des unités d’infanterie qui participeront d’ailleurs par la suite au raid sur Dieppe 13. Quant aux participants de l’expédition avortée, croyant le projet enterré, ils ne manquent pas de colporter leur aventure. On retrouve néanmoins les mêmes en route vers Dieppe, six semaines plus tard. Comment l’expliquer ?

 

Les circonstances qui entourent le lancement de « Jubilee » restent nébuleuses et leur interprétation continue de diviser les historiens 14. On sait toutefois que Mountbatten et Paget décident, dans le plus grand des secrets, de relancer l’opération le 17 juillet avec l’accord de Crerar et de McNaugton. Le nouveau plan comporte certes des modifications que d’aucuns critiqueront sévèrement par la suite : les appuis navals et aériens sont allégés et les troupes aéroportées chargées d’infiltrer les arrières ennemis, jugées trop tributaires de la météo, remplacées par des commandos 15. Sur papier, la mécanique semble irréprochable : les troupes amphibies doivent accoster sur 15 kilomètres de front, et ce en cinq secteurs différents. Sur les flancs, quatre débarquements simultanés sont prévus pour l’aube, à 4 heures 50, soit à peine quinze minutes après le lever du jour. Aux deux extrémités de la zone d’attaque, les commandos britanniques ont pour mission de détruire les batteries côtières de Berneval (commando no 3) et de Varengeville (commando no 4 ), situées respectivement aux extrémités est et ouest de Dieppe. La manœuvre doit permettre aux navires d’approcher suffisamment des côtes pour couvrir efficacement la zone de débarquement

 

Parallèlement, des unités canadiennes doivent s’engager dans les brèches de la falaise de part et d’autre de Dieppe. Ce sera la tâche du Royal Regiment of Canada à Puys et du South Saskatchewan Regiment à Pourville dont l’objectif consiste à neutraliser les batteries d’artillerie allemandes qui défendent la plage. Il est prévu qu’une demi-heure plus tard l’Essex Scottishet le Hamilton Light Infantry, deux bataillons de la 4e brigade d’infanterie canadienne, accosteront à cet endroit précis avec la couverture des chars d’assaut du 14e régiment blindé (Calgary Regiment). Ces derniers devant bénéficier du soutien du Royal Canadien Engineerresponsable du déminage de la plage et chargés de pulvériser les blocs de béton qui bloquent l’accès à la ville. De là, les membres de l’Essex Scottishsont appelés à prendre le contrôle du port à et s’emparer de pièces d’armement avec le soutien des tanks et d’un détachement du Commando Royal Marine « A » . Cette escouade de choc, fer de lance de l’opération, doit aussi détruire les installations portuaires, faire sauter les ponts et les voies de chemin de fer de façon à rendre le port inutilisable pour de longs mois, à l’instar de Saint-Nazaire 16.

 

Juste avant l’assaut terrestre, les escadrilles de la Royal Air Force ont pour mission de bombarder des bâtiments du bord de mer et les nids de mitrailleuses pointés vers la plage. Quatre destroyers et la canonnièreLocustsont censés les relayer peu aprèsdepuis le large. L’aviation et la marine doivent également couvrir le débarquement des troupes, phase particulièrement délicate dans toute opération amphibie, en larguant les bombes fumigènes. Le rôle de l’aviation reste donc essentiellement tactique, l’idée d’un bombardement aérien massif ayant été abandonnée pour une série de motifs, dont son inefficacité présumée dans le contexte d’un raid 17. Au même moment, du côté de Pourville, le South Saskatchewan Regiment doit établir une tête de pont pour permettre au Cameron Highlanders of Canadade s’emparer de l’aérodrome de Saint-Aubin et du quartier général de la 110e division d’infanterie allemande, censé se situer à Arques-la-Bataille. Le troisième bataillon d’infanterie des fusiliers Mont-Royal constitue les forces de réserve, incluant une poignée de fusiliers marins. L’opération terminée, il a pour mission de couvrir l’évacuation des troupes à l’ouest du port tandis que l’Essex Scottish partage la même tâche à l’est, le but étant de ménager un périmètre de sécurité en eau profonde pour assurer le retrait des troupes.

 

Déroulement de l’opération

Outre l’effet de surprise, le succès de l’opération repose par conséquent sur une coopération étroite entre les trois services et une synchronisation parfaite entre les débarquements, ce qui limite d’autant la marge d’erreur. Or, un premier incident survient à quinze kilomètres des côtes françaises. À 3 heures 47, un accrochage au large entre les péniches de débarquement du commandono 3 – en direction de Berneval – et un petit convoi allemand compromet d’entrée de jeu la subtile mécanique du plan ; l’alerte est donnée à Berneval et à Puys où les attaquants sont rapidement dispersés ; une poignée d’hommes parvient toutefois à approcher suffisamment la batterie pour la neutraliser plus de deux heures durant. À Puys, les conséquences de l’alerte s’avèrent particulièrement désastreuses ; pris en souricière sur une plage très encaissée, les soldats du Royal Regiment et duBlack Watch (Royal Highland Regiment) sont littéralement décimés, essuyant le feu nourri de soldats allemands embusqués au creux des falaises. Les attaquants deviennent des cibles faciles dans l’aube naissante, d’autant que les concepteurs de « Jubilee », misant sur l’obscurité pour assurer l’effet de surprise, n’ont pas requis le soutien l’artillerie navale pour couvrir le secteur. Dépêchée en catastrophe, la marine arrive trop tard pour leur porter secours. À lui seul, cet assaut fait plus de 200 morts, sans compter les blessés et les prisonniers.

Pendant ce temps, les assaillants du secteur ouest ont davantage de chance, l’alerte ne s’étant pas encore propagée jusque-là. Le commando no4 débarque comme prévu, détruit la batterie de Varengeville et se retire sans encombre. À Pourville, les hommes du South Saskatchewan Regiment et du Queen’s Own Cameron Highlanders of Canadaréussissent une percée jusqu’à la rivière Scie où ils sont cependant arrêtés, essuyant eux aussi de lourdes pertes. En voulant leur porter secours, leurs renforts, pris au piège eux aussi, finissent par se rendre. Au centre, l’attaque principale devant Dieppe tourne rapidement au désastre. Prévue une demi-heure après les débarquements sur les flancs, son succès reposait sur la destruction des batteries allemandes qui surplombent la plage, ce qui n’est évidemment pas le cas. Restés maîtres du promontoire de Puys, les Allemands déversent un déluge de feu sur les hommes à peine débarqués. Du côté de Pourville, le même phénomène se produit un peu plus tard.

À l’est de la plage de Dieppe, les hommes de l’Essex Scottish Regiment sont bloqués au niveau de la digue. Seul un petit groupe parvient à s’infiltrer dans la ville. Mais ce succès isolé aura des conséquences catastrophiques : le navire de commandement reçoit un message radio tronqué suggérant que le régiment au complet a investi la ville alors qu’en réalité la majorité de l’unité est restée coincée sur la plage. Ordre est donc donné aux fusiliers Mont-Royal d’entrer en action. Ceux-ci sont décimés à leur tour. À l’extrémité ouest de la promenade, les hommes du Royal Hamilton Light Infantryprennent d’assaut le casino ainsi que les abris de mitrailleuses qui l’entourent ; quelques assaillants atteignent la ville et s’engagent dans des combats de rue, mais la virulence du feu ennemi les oblige à se replier. Les chars du Calgary Regiment sont rapidement paralysés. Certains voient leurs chenilles s’enrayer dans les galets, d’autres se retrouvent acculés à la digue et aux barrages de béton. Les tankistes qui le peuvent continuent de tirer pour couvrir la retraite d’un grand nombre de soldats, mais la plupart sont tués ou faits prisonniers. Pendant ce temps, le ciel est le théâtre d’un combat féroce au cours duquel l’Aviation royale du Canada perd une douzaine d’appareils et la Royal Air Force, noblesse oblige, une centaine. L’opération « Jubilee » s’achève dans une confusion indescriptible.

 

Les derniers combattants qui n’ont pu être évacués se rendent. À 13 heures 58, les canons se taisent. Du côté allemand, on dénombre près de 600 pertes. Un bilan relativement léger si on le compare à celui, écrasant, des Canadiens. Sur 4 963 hommes engagés dans les opérations terrestres, seuls 2 210, dont bon nombre de blessés, parviennent à rejoindre l’Angleterre. Les pertes canadiennes s’élèvent à 3 367 hommes, dont 907 soldats morts au combat ou des suites de leurs blessures. De ce nombre, on décompte également 1 946 prisonniers. Au terme de dix heures de carnage, les fusiliers ont perdu 88,4 % de leur effectif, le Royal Hamilton Light Infantry82,7 %, le Royal Regiment of Canada 87,3 % et l’Essex Scottish Regiment 96,3 % 18. Une hécatombe.

 

Leçons nécessaires ou sacrifice inutile ?

20Sans surprise, l’étendue du désastre a fait couler beaucoup d’encre et suscité une controverse inextinguible. Source de leçons salutaires en vue du débarquement de 1944 pour les uns, sacrifice inutile pour les autres 19, rarement une opération militaire aura polarisé les opinions à ce point. Le débat ne s’est cependant véritablement cristallisé qu’à partir des années 1960, période à laquelle des études approfondies commencent à être publiées. Jusqu’alors prédomine la thèse des « leçons de Dieppe ». Cela s’explique par le fait que la plupart des auteurs ont été les acteurs du raid à différents degrés, d’où un certain besoin de justification.

 

C’est le cas des correspondants de guerre britanniques, Alexander Austin et Quentin Reynolds qui ont participé à l’opération funeste. Ceux-ci s’empressent de publier leurs comptes rendus à peine la poussière retombée sur « Jubilee »20. La rhétorique des « leçons » semble d’ailleurs avoir préexisté au raid, puisque plusieurs des leçons alléguées existaient déjà dans le manuel des opérations combinées publié avant le débarquement de 1942 21. Pour sa part, Timothy Balzer a montré récemment que le communiqué de l’échec de Dieppe avait été rédigé d’avance, offrant ainsi un canevas explicatif préétabli aux premiers narrateurs. En cas d’échec, la DOC avait prévu de présenter l’opération au public comme un « essai essentiel dans l’emploi de forces substantielles et d’équipement lourd », préparant ainsi le terrain à la rhétorique des « leçons »22.

De fait, Austin et Reynolds épousent étroitement la ligne du QGOC voulant que d’importantes leçons aient été tirées de cette expérience et que, par conséquent, les pertes, quoique massives, ne furent pas vaines. Dès 1943, le ministère de l’Information publie un fascicule, à mi-chemin entre rapport et propagande, qui détaille les exploits du QGOC entre 1940 et 1942, la part du lion étant attribuée à Jubilee 23. Plusieurs des arguments que l’on y retrouve sont tirés du Combined Report sur Dieppe et des « leçons retenues » colligées par Hughes Hallet au lendemain du raid 24. Parmi ces leçons, figure en bonne place la nécessité de fournir un appui-feu aérien et naval massif lorsque l’effet de surprise ne peut être garanti – une condition forcément difficile à remplir dans le cadre d’une opération amphibie d’envergure. À cela s’ajoute l’importance de couvrir la première vague d’assaut avec une artillerie légère et mobile opérant à partir des péniches de débarquement et susceptible de progresser sur le terrain – un atout absent de « Jubilee ».

Les autres leçons à retenir révèlent en creux la somme de lacunes tactiques et opérationnelles que représente«Jubilee ». Sont notamment recommandés : la formation de forces d’assaut navales mieux coordonnées ; davantage de flexibilité dans l’exécution du plan en attaquant sur un front aussi large que possible – c’est-à-dire sans compromettre l’efficacité de l’appui-feu naval et aérien – ; un ratio minimal de forces d’assaut pour un maximum de réserves : rétention des tanks aussi longtemps que les dispositifs antichars n’ont pas été détruits ; protection maximale des renseignements ; contournement des zones fortifiées et attaques sur les points faibles des côtes ; amélioration de la reconnaissance aérienne ; usage massif d’écrans de fumée aux points fortement défendus. À première vue, le post-mortem reconduit des principes admis dans les plans préliminaires, mais graduellement éliminés par la suite, dont le plus important selon Charles P. Stacey, le pilonnage aérien 25.

 

Premier historien à produire une étude objective sur le sujet, Stacey a par ailleurs sévèrement critiqué le plan pour son incohérence structurelle : « On a compté, dans cette opération, sur l’élément surprise plutôt que sur la puissance de choc, écrit-il ; et pourtant on ne pouvait espérer surprendre l’ennemi par l’attaque de front qui devait être lancée une demi-heure après les attaques de flanc. » 26 Cette interprétation a toutefois eu peu d’impact à sa sortie, au début des années 1960. Il faut attendre les années 1980, après la mort de Mountbatten et l’ouverture des archives avant que des historiens ne s’engouffrent dans la brèche ouverte par Stacey. Le plus notable d’entre eux reste, sans conteste, Brian Loring Villa avec la publication de son étude phare : Unauthorized Action: Mountbatten and the Dieppe Raid, laquelle remet complètement en cause la thèse des leçons. Son analyse, qui se concentre sur le processus décisionnel ayant conduit au raid, peut se résumer ainsi : Mountbatten l’aurait lancé de son propre chef sans obtenir l’aval de la chaîne de commandement habituelle. Il aurait ainsi servi des ambitions personnelles sans égard aux hommes impliqués dans ce qui se révélait d’emblée une mission suicidaire. Par la suite, la thèse des « leçons » aurait servi à masquer ses déficiences et à protéger la réputation de ses concepteurs, à commencer par le chef des opérations combinées. Ce faisant, Villa s’attaquait à un mythe fortement enraciné.

 

Lord Mountbatten en tête, les responsables du raid ont toujours soutenu que « la bataille du Jour J [avait] été remportée sur les plages de Dieppe » et que le sang versé avait épargné des vies à ce moment-là 27. Or, aucun élément de « Rutter », a fortiori de « Jubilee », ne permet d’affirmer qu’il s’agissait d’une « reconnaissance en force » ou encore d’un « test » en vue d’un débarquement futur. Dieppe représente davantage une nouvelle forme de raid, plus imposant en termes d’effectifs et de blindés certes, mais avec toujours les mêmes objectifs – destruction d’installations, de navires, capture de prisonniers, exfiltration, etc. Bref, un travail de commando à plus grande échelle. Pour autant, on ne s’appliqua pas à présenter les coups de main ayant précédé « Jubilee » comme autant de « répétitions » de l’invasion du continent européen 28. Si l’on en tira des enseignements – des opérations telles « Archery » et « Chariot »avaient déjà mis en évidence l’importance de bombardements préliminaires et d’un appui-feu mobile dans la phase initiale de débarquement 29 – apparemment, on n’en tint pas compte à Dieppe.

 

La vague d’assaut anglo-canadienne du Jour J a bénéficié certes du soutien des chars amphibie qui, débarqués en même temps que l’infanterie, se sont attaqués aux défenses côtières pendant que les hommes ont traversé la plage, la phase sans doute la plus délicate d’une opération amphibie. Peut-on pour autant affirmer qu’il s’agissait là des leçons retenues de Dieppe ? Aucunement, si l’on tient compte des études les plus récentes. Nul doute que « Jubilee » a attiré l’attention sur ce problème, mais les débarquements subséquents en Afrique du Nord, en Sicile et en Italie ont montré que les alliés avaient encore beaucoup à apprendre en terme d’opérations amphibies. Par exemple, le débarquement d’Anzio (opération« Shingle ») s’est enlisé dans une guerre d’attrition de plusieurs mois – Churchill lui-même affirma plus tard que l’opération avait été « son pire moment » 30. Autre grande « leçon » fréquemment invoquée : le raid de Dieppe aurait convaincu les alliés d’abandonner l’idée d’attaquer des ports et de débarquer plutôt sur des plages en utilisant des ports flottants Mulberry. Or, dès le 30 mai 1942, soit deux mois et demi avant le raid fatal, Churchill avait enjoint le chef des opérations combinées d’entamer la construction des ports flottants, signe que l’on n’a pas attendu les résultats de« Jubilee »pour envisager d’attaquer les maillons faibles du mur de l’Atlantique 31.

 

Conclusion

Rétrospectivement, on peine à trouver la moindre justification au déclenchement de « Jubilee ». Sur les plans tactique et opérationnel, les défaillances s’avèrent innombrables et la plupart des études récentes sur le sujet convergent vers un même diagnostic, implacable : un plan trop rigide et incohérent dans ses prémices mêmes – effet de surprise au centre compromis de facto par les attaques sur les flancs, exposant ainsi directement le gros des troupes débarquées aux tirs ennemis – ; appui-feu massif insuffisant dans le cadre d’un débarquement en force ; coordination déficiente – voire absente – des trois services, aspect pourtant prévisible compte tenu des résultats de « Yukon I » et « Yukon II ». Sur le plan stratégique, l’opération ne se révèle guère plus défendable. On peut raisonnablement douter qu’un raid de diversion impliquant 6 000 hommes, un coup d’épingle, ait pu changer quoi que ce soit à l’équilibre des forces en Europe. La pénible conquête de l’Italie le démontrera amplement par la suite.

 

La principale raison de déclencher« Jubilee » serait davantage à rechercher dans une dynamique propre à la DOC, ou plutôt dans sa logique organisationnelle. Conçu pour développer une expertise dans les opérations amphibies, l’organisme est en quelque sorte « condamné » à passer de raids à petite échelle à des plans d’invasion majeurs. Or, en 1942, ce calendrier reste soumis à de multiples contraintes, notamment sur le plan opérationnel. Cela expliquerait en partie pourquoi la marine et l’aviation ont refusé de risquer des ressources encore limitées dans un projet aussi hasardeux. Dans ce contexte, l’attaque sur Dieppe ressort comme le « chaînon manquant » entre deux échelles d’intervention : trop importante pour être un raid, trop limitée pour un débarquement et surtout dépourvue d’objectif clair. Une chimère, au sens propre comme au sens figuré, mais qui confirme le caractère expérimental de l’entreprise. En ce sens, la thèse des « leçons » ne s’avère pas totalement fausse : les alliés, à commencer par Mountbatten et Hughes-Hallett, deux capitaines de destroyer, sans véritable expérience de la guerre amphibie, avaient encore beaucoup à apprendre en la matière. En même temps, la guerre amorçait un tournant décisif avec l’invasion du continent européen comme horizon d’attente. La DOC se trouvait ainsi confrontée à une obligation de résultats sans disposer pour autant des moyens nécessaires. Réponse à ce dilemme, « Jubilee » devenait un tragique échappatoire, irréductible aux seuls motifs rationnels. Un cas d’école où, de toute évidence, le brouillard de la guerre se situait en amont du champ de bataille.

 

 

 

Notes

1  Pour le déroulement de l’opération, nous nous appuyons principalement sur le récit de l’historien militaire C. P. Stacey, lequel s’appuie sur les rapports et témoignages de soldats et d’officiers rescapés de Dieppe que nous avons également consultés. Stacey (C. P.), L’Armée canadienne, 1939-1945, résumé officiel, Ottawa, Ministère de la Défense nationale, 1949, p. 51-87 ; Six années de Guerre. L’armée au Canada, en Grande-Bretagne et dans le Pacifique, Ottawa, Ministère de la Défense nationale, 1957, p. 322-429. Nous avons également utilisé l’étude de Brereton Greenhous, Dieppe, Dieppe, Montréal, Art global et Ministère de la Défense nationale, 1992 : une monographie plus récente et nettement plus critique.

2  L’historien en chef du Service historique, Charles P. Stacey a visité le site de Dieppe après sa libération par les troupes canadiennes, entre les 2 et 5 septembre 1944. Il a pu examiner le site et en déduire l’état des défenses au moment du raid.Canadian Military Headquarter (CMHQ). Report 128, 20 novembre 1944. The Operation at Dieppe, 19 August 1942,Some New Information, p. 6-9.

3  Villa (Brian Loring), Unauthorized Action: Mountbatten and the Dieppe Raid, Toronto, Oxford University Press, 1994 ; 1989, p. 72.

4  Foot (Michael R.-D.), Des Anglais dans la Résistance. Le Service Secret Britannique d’Action (SOE) en France, 1940-1944, Paris, Tallandier, Texto, 2011. Traduction française de SOE in France: An Account of the Work of the British Special Operations Executive in France, 1940-1944, London,Whitehall History Pub., in association with Frank Cass, 2004 (première éd., 1966).

5  On compte 200 prisonniers et 169 morts sur un total de 611 commandos : Cherry(Niall), Striking back. Britain Airborne and Commando Raids, 1940-1942, Helion &Company, 2009, p. 234.

6  Le 27 avril 1942, par voie de plébiscite, le gouvernement libéral de Mackenzie King a demandé à la population canadienne de délier le gouvernement de sa promesse de ne pas imposer la conscription en vue du service outre-mer. La campagne du plébiscite donne lieu à des débats féroces et le résultat du vote confirme la division du Canada au sujet de sa politique de défense : le Québec refuse massivement d’accorder au gouvernement le pouvoir de recourir à la conscription (71,2 % de « non ») alors que les autres provinces approuvent tout aussi clairement le projet (80 % de « oui »).

7  Henshaw (Peter J.),  “The Dieppe Raid: A Product of Misplaced Canadian Nationalism ?”, The Canadian  Historical Review, 77, no 2, 1996, p. 250-266.

8  Stacey (Charles P.), Six années de guerre…, op.cit., p. 313-319 ; Coutu (Éric), « Le quartier général des opérations combinées et l’expédition canado-britannique au Spitzberg (août 1941) », Guerres mondiales et conflits contemporains, 4, 220, 2005, p. 45-69.

9  D’Amours (Caroline), Les fusiliers Mont-Royal au débarquement de Dieppe. Doctrine et entraînement au Canada et en Angleterre, mémoire de maîtrise, Université Laval, 2009, p. 109-117. Dans Brereton Greenhous, Dieppe, Dieppe,op.cit., p. 43, une photo de l’entraînement montre les fusiliers Mont-Royal sur une plage, visant un ennemi fictif au sommet d’une falaise, genou à terre comme pour le tir au pigeon. Ils sont munis de fusils à verrou Lee-Enfield, à peine différents de ceux qui armaient leurs pères pendant la Première Guerre mondiale.

10 « Si la condition physique des hommes est raisonnablement bonne, les courses d’assaut et les marches rapides ont montré qu’il fallait que de grands progrès soient encore faits. En marche rapide, les unités sont capables de parcourir 5 miles en 45 min. mais il leur faut de 1h30 à 2h pour parcourir 6 miles. En course d’assaut, les troupes sont capables de réaliser une course complète mais, bien souvent, elles sont ensuite incapables de combattre ou de tirer avec précision. » Cité par Charles P. Stacey, CMHQ, Report 100. Operation “Jubilee”: The Raid on Dieppe, 19 Aug 42. Part I: The Preliminaries of theOperation, p. 16.

11  À ce sujet, consulter Brereton Greenhous, op.cit., p. 33-57.

12  Greenhous (Brereton), Ibid., p. 57.

13  Le service de la censure mentionne à cet égard que Dieppe a servi de leçon à la censure et aux services de renseignement de l’armée. Dans leur rapport final, les censeurs admettent avoir été imprudents en laissant diffuser dans les journaux des informations relatives aux manœuvres de la 2e division canadienne avant le raid.Voir la traduction française expurgée de ce rapport : Comeau (Paul-André), Beauregard (Claude) et Munn (Edwidge), La Démocratie en veilleuse. Rapport des censeurs, 1939-1935, Montréal, Québec/Amérique, 1995, p. 44. Document original : Ministère de la Défense nationale (MDN), Service historique (SHist), 72/295, A Narrative on the Organization, Activities and Demobilization of Censorship During the War 1939-1945, 31 janvier 1946.

14  Lire à ce sujet : Henshaw (Peter), “The Dieppe raid…”, op.cit. ; Villa (Brian Loring) et Henshaw (Peter), “The Dieppe Raid Debate ; Brian Villa Continues the Debate”, The Canadian Historical Rewiew, 79, no 2, juillet 1998, p. 304-315.

15  Brian Loring Villa s’est montré particulièrement critique à ce sujet accusant les responsables de la marine et de l’aviation d’avoir fait preuve d’inhumanité dans leur refus d’accorder le soutien qui s’imposait aux troupes terrestres. Voir Unauthorized Action…, op.cit., p. 95-162.

16 Canadian Military Headquarters(CMHQ), Report 100.Operation “Jubilee”: The Raid on Dieppe, 19 Aug 42. Part I: The Preliminaries of theOperation.

17  Le Bomber Command avait déjà engagé ses appareils à Saint-Nazaire (opération « Chariot ») et à Vaagso (opération « Archery »), sans résultat significatif, semble-t-il. Lucas-Phillips (C. E.), The Greatest raid of All,London, Pan Books, 2000, p. 129 ; Fergusson (B.), The Watery Maze: The Story of Combined Operations, London, Collins, 1961, p. 133-138. Par la suite, Brian Loring Villa reprochera au Bomber Command d’avoir refusé d’impliquer ses appareils dans l’opération, un manque de soutien qu’il estime avoir été fatal aux troupes déployées au sol. Brian Loring Villa, Unauthorized Action…, op.cit., p. 150-153 ; p. 160-162.

18  Pour un bilan des pertes complet, consulter le tableau de Charles P. Stacey, Six années de guerre… op.cit., p. 80.

19  C’est en particulier la thèse que développe l’historien Brian Loring Villa dans son ouvrage, Unauthorized Action…, op.cit.

20  Austin (Alexander), We Landed at Dawn, London, Holder and Stoughton, 1942 ; Reynolds (Quentin), Dress Rehearsal: the Story of Dieppe, London, Angus & Robertson, 1943.

21  Hught (Henry), A Reappraisal of the Dieppe Raid, 19 August 1942 : Planning, Intelligence and Execution, Ph.D. Cambridge University, 1966, p.187-188.

22  Tim Balzer.

23  Anonyme, Combined Operations ; 1940-1942, London, HMSO, 1943.

24  Mahoney (Ross W.), The Royal Air Force,Combined Operations Doctrine and the Raid on Dieppe, 19 August 1942,Master of Arts, University of Birmingham, August 2009, p. 25.

25  Stacey (Charles P.), Six années de guerre…, op.cit., p. 348-349.

26  Stacey (Charles P.), Six années de guerre…, op.cit., 414. Voir aussi :CMHQ,Report 109. Operation “Jubilee”: The Raid on Dieppe, 19 Aug 42. Part III : Some Special Aspects, 17 December 1943.

27  Mountbatten, cité par Robin Neillands,The Dieppe Raid: The Story of the disastrous 1942 Expedition, Bloomington, Indiana University Press, 2005, p.267. Voir également la déclaration du général Crerar citée dans dans CMHQ. Report128,op.cit.,Appendix B.

28  Neillands (Robin), op.cit., p. 265.

29  Neillands (Robin), op.cit., p. 44-54.

30  “Anzio was my worst moment.” Cité par Jablonsky (David), Churchill, the Great Game and Total War, London, Routledge, 1991, p. 86. Voir aussi : Zaloga (Steven J.), Dennis (Peter), Anzio 1944: The Beleagued Beachhead, OxfordOsprey Publishing, 2005, p. 24. ; Tomblin (Barbara), With Utmost Spirit: Allied Naval Operations in the Medditerranean, 1942-1945, Lexington, University Press of Kentucky, 2004, p. 315-358.

31  Reproduit dans Winston Churchill, The Second World War: Closing the Ring, New York, The riverside Press, 1951, p. 73.

 

 

Auteur

Béatrice Richard

Professeur agrégé et docteur en histoire, elle enseigne l’histoire militaire et stratégique au Collège militaire royal du Canada (Division des études permanentes) et au Collège militaire royal de Saint Jean, où elle occupe le poste de coordonnatrice des cours d’histoire du programme d’études militaires professionnelles pour les officiers et des programmes d’étude de premier cycle offerts à distance. Elle a notamment publié : La mémoire de Dieppe. Radioscopie d’un mythe (Montréal, VLB éditeur, 2002, 205 pages).

Droits d’auteur

© Revue historique des armées

70 ans après, le raid de Dieppe revisité Dieppe_pebble_beach

La plage et les falaises de Dieppe juste après le raid du 19 août 1942. Au premier plan, un véhicule de reconnaissance Daimler Dingo abandonné

Aerial_Dieppe_Raid

Photographie aérienne durant le débarquement

British_Landing_Craft_on_Beach_at_Dieppe

Char Churchill à Dieppe, août 1942.

Bundesarchiv_Bild_101I-362-2211-05%2C_Dieppe%2C_Landungsversuch%2C_englische_Panzer

Char Churchill canadien abandonné après l’opération.

Bundesarchiv_Bild_101I-291-1229-05%2C_Dieppe%2C_Landungsversuch%2C_alliierte_Kriegsgefangene

Prisonniers alliés, encadrés par des soldats allemands, en marche vers la captivité

1942%2Bdieppe%2Braid%2B02

1942%2Bdieppe%2Braid%2B03

prisonniers Canadien dans Dieppe.

sources

http://rha.revues.org/index7427.html

http://militaires-d-hier.forumgratuit.org/t683-dieppe-1942?highlight=dieppe

 

 retour page d’Accueil

 retour à la Seconde Guerre Mondiale

 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

19 mars 2013

La bataille de Midway (juin 1942)

Classé sous — milguerres @ 19 h 24 min

retour page d’Accueil

 retour à la Seconde Guerre Mondiale

 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

La bataille de Midway (juin 1942)

Par : Nghia NGUYEN (ENS-WEB)
http://www.educationdefense.ac-creteil.fr/spip.php?article400

« First hit at Midway » de Paul RENDEL

Midway est un atoll américain qui se trouve dans le prolongement Nord-Ouest de l’archipel des Hawaii, non loin de la ligne de changement de date (180e méridien). Stratégiquement, l’île et son aérodrome militaire tiennent le rôle d’avant-poste américain dans le Pacifique central. Pour les Japonais, s’emparer de Midway en y débarquant 5000 hommes était un moyen de renforcer leur ligne de défense orientale, tout en rendant très rapidement possible une offensive sur l’ensemble des Hawaii. Si ces dernières tombaient, c’était le territoire américain – plus particulièrement la côte Ouest – qui aurait été directement menacé. Par ailleurs, ce renforcement oriental était aussi dicté par l’humiliation récente qu’avait fait naître l’audacieux bombardement de Tokyo lors du raid DOOLITTLE, le 18 mai 1942.

Une victoire à Midway et dans les îles Hawaii aurait eu d’importantes conséquences sur le cours de la guerre. En 1942, les États-Unis n’étaient pas encore remis du choc de Pearl Harbor, et l’US Navy n’était pas encore la puissance navale qu’elle devait être deux ans plus tard. Pour les Américains, il fallait gagner du temps dans le Pacifique, alors qu’au même moment ils concentraient la majeure partie de leurs moyens dans une autre direction océanique et continentale : l’Atlantique, l’Afrique et l’Europe. Au lendemain de l’agression de Pearl Harbor, Winston S. CHURCHILL avait réussi à faire valoir, auprès de Franklin D. ROOSEVELT, l’idée que le théâtre européen devait être le théâtre des opérations prioritaire (conférence d’Arcadia en décembre 1941 et janvier 1942). La libération de l’Europe prenait donc le pas sur la victoire contre le Japon, ce qui n’était pas chose facile à faire admettre aux Américains après ce qu’ils considéraient comme « the Day of infamy ».

1942 devait donc être une année de temporisation pour l’US Navy qui manquait de bâtiments dans le Pacifique. Une victoire japonaise à Midway, en juin, aurait sensiblement contrarié la stratégie anglo-américaine, obligeant à un redéploiement des moyens navals de l’Atlantique dans le Pacifique, ce avec des conséquences sur le cours du conflit en Afrique et en Europe… Une année de temporisation d’autant plus nécessaire que début mai avait eu lieu une autre grande bataille aéronavale aux portes même de l’Australie : la bataille de la Mer de Corail. Au cours de cet engagement, qui ressembla à première vue à une victoire tactique japonaise, les Américains perdirent le porte-avions lourd USS Lexington CV-2, et le USS Yorktown CV-5 fut gravement endommagé, à un point tel que la Marine impériale japonaise crut l’avoir coulé.

En fait, le tonnage des navires coulés (en défaveur des Américains) comptait moins que la redistribution stratégique imposée aux deux adversaires par cet affrontement. Les Japonais venaient de subir une défaite stratégique : leur offensive sur l’Australie subissait un coup d’arrêt, et si un seul porte-avions léger japonais avait été coulé (le Shoho), deux autres furent mis hors de combat qui ne pourront pas participer à l’offensive sur Midway prévue le mois suivant. Le Shokaku avait été suffisamment endommagé pour ne pas pouvoir être réparé à temps, et le Zuikaku perdit tellement d’avions et de pilotes que son groupe aéronaval n’était plus opérationnel. De nombreux pilotes japonais avaient été perdus en Mer de Corail, et le potentiel offensif nippon était désormais sérieusement érodé. L’insuffisance du renseignement vint aggraver le tableau quant à l’évaluation exacte du potentiel aéronaval américain. Ainsi, le porte-avions USS Yorktown – l’un des quatre porte-avions américains alors disponibles dans le Pacifique – avait été donné pour coulé. En fait, début mai, il fut rapidement retiré du champ de bataille pour être dérouté sur les îles Tonga afin d’y subir les premières réparations. Peu de temps avant la confrontation en Mer de Corail, les Américains, aidés par les Britanniques et les Néerlandais, avaient réussi à percer le JN25 à savoir le code de cryptage de la Marine impériale. Alerté au dernier moment, mais de sources sûres, sur le prochain objectif des Japonais, l’Amiral Chester W. NIMITZ pu anticiper son redéploiement en faisant appareiller le Yorktown, toujours avarié, pour Pearl Harbor. Le bâtiment parvint à la grande base des îles Hawaii le 27 mai, où il fut réparé en 3 jours et 3 nuits. Un véritable record ! De nouveau opérationnel, il appareilla le 30 en direction des îles Midway.

Le fait était d’importance, car les Japonais pensaient avoir de bonnes chances d’en finir avec les porte-avions américains à Midway. Tablant sur le secret de l’opération et une aéronavale américaine affaiblie, ils ne se doutaient pas alors que la situation ne leur était plus aussi favorable. Non seulement la défense de Midway fut considérablement renforcé, mais la spectaculaire réparation du Yorktown changeait la donne. Alors que la Marine japonaise s’attendait à affronter deux porte-avions regroupés au sein d’une même task force, c’étaient deux task forces qui se dirigeaient vers elle : la Task force 16 autour de l’USS Enterprise et l’USS Hornet (commandée par le Contre-amiral Raymond A. SPRUANCE), et la Task force 17 autour de l’USS Yorktown (commandée par le Contre-amiral Frank J. FLETCHER).

Facteur aggravant, le plan japonais dispersa d’emblée ses forces sur un espace considérable. Pas moins de quatre flottes de combat opérèrent de manière indépendante lors de la bataille pour Midway. Tout d’abord une force de diversion chargée d’aller frapper l’Alaska et les îles Aléoutiennes, afin de distraire les forces américaines et de dégarnir la défense de Midway. Cette première opération fut un échec du fait de la connaissance exacte des intentions japonaises par le commandement américain. Elle n’en mobilisa pas moins – et inutilement – 2 porte-avions et 4 cuirassés côté japonais. La force principale était celle de l’Amiral Chuichi NAGUMO. Forte de 4 porte-avions – le Soryu, le Hiryu, l’Akagi et le Kaga -, elle constituait le fer de lance de l’offensive japonaise contre Midway. C’est elle qui soutint l’essentiel de l’affrontement, cherchant à détruire les défenses américaines autour et dans l’atoll. L’isolement de celui-ci devant permettre le débarquement d’une force d’invasion aux ordres du Contre-amiral Nobutake KONDO. Plus en arrière, une quatrième flotte, commandée par l’Amiral Isoroku YAMAMOTO, devait aider à la destruction de la flotte américaine en cas de confrontation navale générale, notamment avec ses 3 cuirassés dont le plus grand du monde : le Yamato.

La première rencontre eut lieu le 3 juin, lorsque les Américains, ayant repéré la force de débarquement japonaise, l’attaquèrent. Ce fut un échec, qui montra cependant aux Japonais que l’effet de surprise était désormais nul. La véritable bataille ne commença que le lendemain lorsque de part et d’autre les porte-avions lâchèrent leurs groupes aériens contre leurs objectifs. Pour les Japonais, il fallait repérer les porte-avions américains et les couler tout en détruisant les défenses de Midway. Pour les Américains, il fallait trouver les porte-avions japonais et les couler afin de desserrer l’étau autour de l’atoll. Dans la matinée du 4 juin, une première vague d’assaut japonaise dévaste l’atoll, mais les appareils américains ont eu le temps de décoller, les uns pour défendre l’île, d’autres pour attaquer la flotte japonaise. Durant ce premier assaut – qui sera l’unique assaut sur Midway -, les appareils de reconnaissance japonais et américains cherchent à localiser les porte-avions adverses. Si les Américains marquent le premier point en repérant rapidement le groupe aéronaval japonais, leurs premières attaques sont catastrophiques. Plusieurs escadrilles sont anéanties avant même de pouvoir approcher les porte-avions japonais. Inexpérimentés pour beaucoup – notamment ceux des groupes aériens de l’USS Hornet -, équipés d’appareils lents et obsolètes face aux terribles Mitsubishi Zero, les pilotes américains vont d’emblée essuyer des pertes terribles, n’ayant que leur courage à opposer.

Mais leur sacrifice n’est pas inutile. Il épuise et fait perdre un temps précieux à la chasse japonaise, dont les appareils à court de carburant doivent apponter pour se ravitailler au moment où ceux de la première vague, de retour de leur raid de bombardement contre Midway, doivent eux aussi apponter et se ravitailler. C’est l’instant crucial de la bataille, où le système tactique japonais est à son point de tension maximum : les 4 porte-avions ayant lancé simultanément l’assaut contre Midway – tout en parant les premières contre-attaques aériennes américaines -, leurs groupes aériens doivent ravitailler au même moment laissant la flotte sans protection pendant de longues minutes. C’est précisément à ce moment qu’une nouvelle escadrille américaine de bombardiers en piqué surgit et attaque les porte-avions japonais dont les ponts sont encombrés d’avions prêts à redécoller. Le 4 juin 1942 à 10.25 du matin, l’Akagi, le Kaga et le Soryu sont touchés à mort. En moins de 5 minutes, les pilotes américains ont renversé le cours de la bataille, détruisant 3 des 4 porte-avions de l’Amiral NAGUMO. Le choc est terrible pour les marins japonais. Les incendies qui ravagent les 3 bâtiments sont visibles à des kilomètres à la ronde par toute la flotte. Le quatrième et dernier porte-avions japonais, le Hiryu, tente alors désespérément de faire la différence en lançant deux vagues de bombardiers et de torpilleurs contre le USS Yorktown repéré peu de temps auparavant. Le porte-avions américain est de nouveau atteint par 3 bombes aux alentours de midi, et 2 nouvelles torpilles le frappent encore vers 15.00, mais il flotte toujours, et commence à se replier.

À 17.00, alors que le Hiryu s’apprête à lancer une troisième vague pour achever le Yorktown, il est à son tour repéré et attaqué par des bombardiers américains qui ne lui laissent aucune chance. En flamme et désemparé, le dernier porte-avions de l’Amiral NAGUMO devait couler le lendemain. En une journée, le groupe aéronaval japonais a été anéanti. Après ces terribles pertes pour la Marine impériale, la bataille se prolongea encore durant quelques heures. Le sous-marin japonais I-168 repéra le USS Yorktown gravement endommagé, et le coula ainsi qu’un destroyer d’escorte, le USS Hammann. Ce fut la fin pour ce vétéran de la bataille de la Mer de Corail. Côté japonais, deux croiseurs lourds du Contre-amiral KONDO, naviguant à faible vitesse suite à une collision, furent également attaqués par les Américains. Le Mikuma fut coulé et le Mogami encore plus gravement endommagé.

Dès lors, ce qui entra dorénavant dans l’Histoire comme la bataille de Midway prenait fin. Les Américains se retirèrent rapidement du champ de bataille, refusant à l’Amiral YAMAMOTO l’occasion de poursuivre la lutte avec ses cuirassés et leurs terribles canons. Le score était, cependant, sans appel contrairement à la précédente bataille qui s’était déroulée aux portes de l’Australie en Mer de Corail. Pour 1 porte-avions perdu, l’US Navy en avait cette fois coulé 4. Mais le pire pour les Japonais résidait dorénavant dans l’immense difficulté de leur industrie à les remplacer au moment même où le Victory program commençait à produire ses premiers effets et que le temps jouait désormais en faveur des Américains.

En souvenir de cette grande bataille qui marque la fin de l’expansion japonaise dans le Pacifique, l’US Navy donna le nom de « Midway » à l’un de ses porte-avions. Le USS Midway CV 41, retiré du service actif en 1992, mouille actuellement dans la grande rade militaire de San Diego, face à la presqu’île de Coronado, où il a été transformé en musée flottant. Dans le pont inférieur sont exposés quelques uns des appareils de l’aéronavale américaine de la Deuxième Guerre mondiale. Sur le quai où se trouve amarré le bâtiment, un buste du vainqueur de la bataille de Midway, l’Amiral Raymond A. SPRUANCE, a été érigé ainsi que deux autres monuments, l’un à la gloire des porte-avions de l’US Navy et l’autre dédié aux hommes et femmes de l’US Navy ayant servi dans le Pacifique de 1941 à 1945.

 

Journal des débats politiques et littéraires 

1942/06/11 (Numéro 740). SOURCE GALLICA 
La bataille de Midway (juin 1942) export-35

cliquez sur ce lien pour visionner la vidéo

retour page d’Accueil

 retour à la Seconde Guerre Mondiale

 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

123456

Ostduvalderoost |
Nikeairjordan99 |
Donsipeny |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Cercle Généalogique de la D...
| Nikefrair
| Soldeburberryk