Milguerres

  • Accueil
  • > Sous l’œil de l’occupant

2 février 2013

Sous l’œil de l’occupant

milguerres @ 23 h 17 min

 

  retour page d’Accueil

 retour à la Seconde Guerre Mondiale

 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

Etude effectuée sur la propagande de clichés vus par et pour les Allemands,
revisés par l’auteur
Sous l’œil de l’occupant :
L’entrée des troupes allemandes 1940
http://www.armand-colin.com/upload/Sous_l’oeil_de_l’occupant_L’entree_des_troupes_1940_.pdf

AU CAFÉ DU COIN
Givet, 14 mai 1940

CE QUE LA PROPAGANDE VEUT MONTRER
En pleine bataille de France, quatre soldats de l’armée de terre allemande sont en embuscade dans
la rue jonchée de gravats d’une ville des Ardennes, Givet. Ils sont membres de la compagnie de propagande.
Un seul soldat, à droite, fait le guet, fusil pointé. C’est souvent le chauffeur de la compagnie qui remplit cette fonction. Les trois autres hommes sont en train de fi lmer l’action. L’homme accroupi au premier plan est le cameraman (Filmberichter).
Il porte une caméra sur son épaule droite. À sa gauche, l’assistant (Kameraassistant) tient le fi l et
la batterie de la caméra en bandoulière. L’homme debout au premier plan à gauche est le reporter en
chef (Filmtruppführer). L’auteur de la photographie, quant à lui, est posté derrière. Il observe la scène.
En arrière-plan se trouve le Café du Coin, dont il reste la façade et la devanture. Le choix de cette enseigne n’est sans doute pas anodin. Le café, d’abord, est un cliché de la représentation de la France. Un « Café du Coin » l’est encore davantage.
Il n’y a pas plus banal, pas plus français. En faire une coque vide de contenu, c’est annoncer la défaite de la France.
La propagande montre ainsi la destruction d’une ville française, en même temps que la présence de ses agents sur tous les fronts.
Dans cette « photo de la photo », le reportage de guerre, scène de genre, est autant un hommage à
la technique allemande qu’à celui du courage des hommes confrontés au danger de la guerre.

Sous l’œil de l’occupant sous_l10

CE QUE L’ON PEUT EN LIRE AUJOURD’HUI
Givet, où est prise la scène, est une petite ville caserne de la vallée de la Meuse, au nord de Charleville-Mézières, à la frontière de la Belgique.
La campagne de France a commencé quatre jours plus tôt. La ville, bombardée, a vu sa population civile évacuée trois jours auparavant, le 11 mai. Elle est le siège de violents combats.
L’occupation de la France est en train de se faire.
Ce document en « augmente » en quelque sorte la réalité. Les risques pris par la compagnie de propagande
sont tangibles au plus fort de la guerre.
Sur un effectif total de 15 000 membres des compagnies de propagande, dont 700 cameramen, le
taux de pertes humaines est de l’ordre du tiers. La photo précédente de ce reportage montre d’ailleurs l’un des intervenants blessé et l’appel aux premiers secours (Wo ist der Sanitäter ? : « Où est le brancardier
? »).
Ce document est aussi un hommage à la technique cinématographique. La caméra représentée est une Arrifl ex 35 mm, de la marque allemande Arri, créée en 1937, légère pour l’époque, d’une contenance de trois cassettes.

sous_l11
L’œil allemand
La caméra Arrifl ex 35 mm, support de la propagande allemande

arri4310
C’est en 1932 que le chef du bureau d’études Erich Kästner commence la mise au point d’une caméra reflex à miroir. Le premier prototype pour film de 35 mm est présenté en 1937 à la foire de Leipzig sous le nom d’Arriflex 35. Cette caméra de poing, légère pour l’époque, sera largement utilisée pour le tournage des films d’actualité et de propagande durant la Seconde Guerre mondiale[réf. nécessaire].
C’est en 1952 qu’apparaît le premier modèle 16 mm, la marque restant cantonnée au marché professionnel haut de gamme. Les caméras Arriflex sont conçues pour des prises de vues en 16 mm, 35 mm et 65 mm, mais la marque s’est aussi tournée vers le numérique avec la Arri D20.
Après avoir continué à expérimenter le numérique grâce à l’Arri D21, Arri a annoncé en 2009 la sortie de sa gamme Alexa, avec trois caméras affichant 800 ISO, avec une ergonomie proche des caméras 35 mm et enregistrant en HD et Arriraw. La caméra a été présentée le 13 février 2010 au micro-salon de l’AFC.(source wikipedia)

MÊME LES RELIGIEUX FUIENT
Beaurainville, 23 mai 1940

CE QUE LA PROPAGANDE VEUT MONTRER
Par une belle matinée de printemps, moins de deux semaines après l’entrée des troupes allemandes en France, un groupe d’une vingtaine de religieux d’une congrégation présentée comme celle des « jésuites », marche sur une large route de campagne.
Ils sont vêtus d’une soutane noire non boutonnée avec un rabat blanc, du chapeau à larges
bords de leur ordre et ils sont chargés de bagages.
À droite de la route, la voiture de la compagnie de propagande, une traction, est arrêtée en sens inverse. À l’arrière du groupe, on aperçoit des maisons, une cheminée. Le groupe vient de quitter un bourg qui porte un nom très français, Beaurainville, dans le Pas-de-Calais, au nord-ouest de la France, à une vingtaine de kilomètres de la plage de Berck.
On peut noter l’aspect incongru d’un tel spectacle.
Il montre que l’exode est celui de tous les Français, y compris des religieux, présentés ici comme des
personnes peu courageuses puisqu’elles ont pris la fuite devant les troupes allemandes. Les religieux avancent vers on ne sait quoi, sans aucun moyen de transport.
La photo est un instantané. Le photographe s’est placé en avant de la congrégation, au niveau du sol, en grand angle.

CE QUE L’ON PEUT EN LIRE AUJOURD’HUI
Les religieux de la photo ne sont pas des jésuites, mais des Frères des Écoles chrétiennes, de la
congrégation des lassalliens. Ce sont des enseignants, comme leur nom l’indique.
Pourquoi la propagande mentionne-t-elle des jésuites ? Au-delà de la méconnaissance des différents ordres catholiques, la propagande nazie s’attache à présenter les premiers comme des intellectuels menteurs et dissimulateurs. La tenue des religieux renforce l’image de « l’intellectuel à lunettes ».
L’institution lassallienne la plus proche est située à une cinquantaine de kilomètres au nord
de Beaurainville, à Longuenesse, près de Saint- Omer, où le pensionnat Saint-Joseph est couplé
avec l’institution de la Malassise. Cette dernière est occupée par les Allemands qui y construisent des
blockhaus.
La rencontre fortuite d’une des équipes de la propagande avec les enseignants de cette congrégation
laisse deviner que ceux-ci marchent depuis deux jours environ, fuyant l’ennemi qui a envahi la
France par le Nord et occupé leur établissement.

sous_l12

DES FRANÇAIS PILLENTDES FRANÇAIS
Saint-Omer, 24 mai 1940

CE QUE LA PROPAGANDE VEUT MONTRER
À Saint-Omer, ville du Pas-de-Calais, le photographe a saisi une scène de pillage à laquelle se
sont livrés des civils. La ville a été bombardée – par qui, rien ne le précise. Les vitres des immeubles
ont été soufflées, les devantures des magasins sont fracassées. Des habitants, à pied, à vélo ou tirant
des landaus, profi tent de la destruction de ces bâtiments pour piller des commerces, ouverts à tout
vent.
L’immeuble de gauche est éventré. Son volet de bois au rez-de-chaussée est entrouvert. Sans doute
le magasin a-t-il déjà été pillé car personne n’en sort. À droite, la grille métallique qui protégeait l’immeuble est ouverte. Sur la devanture, on peut lire « Soieries – lainages ». Les civils sont déjà sur place. Deux femmes à l’étage lancent des objets par les fenêtres aux cadres défoncés. Une autre en contrebas tend les bras pour recevoir l’un des
objets. La rue est vide. Seules quelques personnes attendent devant le magasin. D’autres s’en vont déjà, poussant leur bicyclette.
La scène est paisible. Elle a même un côté « à la bonne franquette ». Personne n’est là pour protéger
le bâtiment ni pour réprimer le vol.
À gauche du document, une très jeune fille, tenant sa prise à la main, court vers un homme dont la valise, fermée par une fi celle, déborde. On peut lire sur un sac la mention « Au Palais du Vêtement », autre grand magasin d’habillement de Saint-Omer.

CE QUE L’ON PEUT EN LIRE AUJOURD’HUI
La ville a été bombardée par l’aviation allemande dans la nuit du 24 mai. Le reporter met ici l’accent
non sur la cause, mais sur les effets indirects du bombardement : profi tant du désordre, les Français
volent en toute impunité leurs compatriotes.

sous_l14

Le pillage était sévèrement puni dans l’armée allemande, qui apposait des affi ches dès 1940 :
Wer plündert, wird erschossen ! (« Celui qui pille sera fusillé ! »). Est-ce un appel indirect au rétablissement
de l’ordre ? Les propriétaires du magasin de confection ici présenté ne sont, en tout cas, plus là
pour défendre leur bien.
Comment ne pas penser à la « nuit de Cristal », des 9 et 10 novembre 1938, où des milliers de
magasins exploités par des Juifs furent saccagés par les SA et les SS et présentés comme une réaction
spontanée de la population ?
Comment ne pas penser aussi au pillage lié aux conventions d’armistice ? Si le commerce avec l’ennemi
était officiellement interdit, il a été contourné.
La France a été bel et bien pillée, mais de manière
« légale » : indemnités de réparation de guerre, bureaux Otto, spoliation des Juifs, commerce du marché noir. Cette scène est l’arbre qui masque la forêt.

sous_l13
L’œil allemand
La propagande met l’accent sur les pillages de biens français par des Français

UNE EXPULSION DANS LA JOIE
Alsace-Moselle, été 1940

CE QUE LA PROPAGANDE VEUT MONTRER
L’annexion de facto des territoires alsaciens et mosellans s’accompagne de diverses mesures visant à germaniser les personnes et le pays, telle la pratique exclusive de la langue allemande. Certains habitants sont, pour divers motifs, jugés indignes de rester et expulsés vers la « France de l’intérieur », comme on disait en Alsace et en Moselle.
L’occupant a mis rapidement en place la Deutsche Volksgemeinschaft ou « Communauté du peuple
allemand ». C’est une formation destinée à faire des Mosellans en général, et des Thionvillois en particulier des Allemands nationaux-socialistes avant d’accéder à la nationalité allemande.

sous_l16

Si un Alsacien ou un Mosellan ne veut pas devenir membre de la DVG, il est expulsé.
Qui est l’homme aux mains levées ? S’agit-il d’un francophone sur le point d’être expulsé ? L’homme a-t-il refusé d’enlever son calot devant l’occupant ?
Il a l’air malmené et mal en point. Il avance sans veste et tête nue, pieds nus, avec un bandage au
pied droit. Sans doute boite-t-il.
Même si l’on note la présence d’un militaire allemand à l’arrière-plan à droite, l’homme aux mains
levées est entouré de civils souriants, principalement d’adolescents et d’enfants, dont un à droite en tenue des Jeunesses hitlériennes.
L’ambiance est festive, la ville est pavoisée. À l’arrière-plan, on note quatre drapeaux nazis. La
ville garde cependant des traces de sa récente appartenance française, dont on peut lire les enseignes
encore en français.
Tout est présenté comme si les civils traitaient leurs affaires entre eux. Personne ne semble armé.

CE QUE L’ON PEUT EN LIRE AUJOURD’HUI

À première vue, cette scène pourrait évoquer une scène d’épuration. Il n’en est rien. On est en 1940
et non en 1944. La tenue du soldat allemand à l’arrière-plan, les mains sur les hanches, la forme
du petit drapeau avec svastika tenu par l’enfant, enfin le camion haut-parleur de la Compagnie de
propagande, tous visibles à droite de la photo, le démontrent.
Comment ne pas penser en voyant cette scène à la « chasse aux Juifs » courante dans l’Allemagne
nazie ? Cette expulsion, violente, humiliante, peutêtre dangereuse, est présentée de manière ludique
et festive, par un procédé d’inversion commun à la propagande.
L’homme, désormais un va-nu-pieds, est « accompagné à la frontière », hors de la « zone réservée », comme on appellera par la suite l’Alsace-Moselle.
Dans la réalité, les expulsés avaient droit à un maigre pécule et un bagage. Cette photo de propagande ne lui laisse pas grande chance.

sous_l17
Sous l’œil allemand
Le camion haut-parleur de la compagnie de propagande orchestre la scène d’expulsion

HONNEUR À L’ENNEMI
Lille, 1er juin 1940

CE QUE LA PROPAGANDE VEUT MONTRER

Le 25 mai 1940, en pleine bataille de France, une partie des troupes françaises s’est retrouvée bloquée
dans la région de Lille. Après plusieurs jours de violents combats, la division dirigée par le général
Molinié s’est rendue « avec les honneurs ».
Le général du 27e corps d’armée Alfred Wäger salue les troupes françaises qui défi lent sur la
Grand’ Place de Lille. Il est sur le trottoir du Grand Hôtel Bellevue, un des lieux célèbres de Lille (on
lit « English spoken » sur la porte). Les soldats ne défi lent donc pas comme des prisonniers. Ils ont combattu et, en dépit de leur reddition, ils ont été autorisés par le général Wäger à marcher la baïonnette au canon de leur fusil Lebel et munis de leur barda réglementaire, composé entre autres d’une couverture sur l’épaule. Ils sont vêtus comme à
la parade, comme s’ils partaient encore au front, dans les règles de l’art. Leurs visages expriment la
fatigue.
Le soldat de droite n’a pas le fusil à l’épaule, car il commande la marche.

sous_l18

CE QUE L’ON PEUT EN LIRE AUJOURD’HUI
Critiqué plus tard pour son sens de la chevalerie jugé suranné, celui qui rend honneur à l’ennemi, le général d’infanterie Alfred Wäger (1883-1956), sera, dans les mois qui suivent cette prise de vue, écarté de toute responsabilité. Il quittera l’armée en 1942.
La propagande n’a toutefois pas censuré ce document, au contraire largement diffusé, et dont le message s’attache à présenter l’occupant comme une entité « correcte », voire au comportement chevaleresque.
La Grand’Place de Lille s’appelle aujourd’hui place du Général-de-Gaulle.

sous_l19
Sous l’œil allemand :
L’« acte de chevalerie » du général Wäger rendant honneur à l’ennemi est mis en avant
par la propagande

LES ALLEMANDS ENTRENT À PARIS
PAR SAINT-OUEN
Paris, 14 juin 1940

CE QUE LA PROPAGANDE VEUT MONTRER
Des hommes, des femmes, des jeunes et des moins jeunes, constituant une sorte d’échantillon de Parisiens, debout sur le trottoir, assistent à l’entrée à cheval des troupes allemandes sur le côté opposé de la rue. Parmi les civils, une petite fi lle
et deux adolescents, vêtus de pantalons de golf, façon « Tintin ». L’un d’entre eux a des chaussettes jacquard. Il regarde l’objectif, comme un autre de ses camarades. Un vieil homme au premier plan tourne le dos à la scène, les mains derrière lui. Le peuple de Paris a l’air plus curieux qu’effondré.
L’événement ne semble pas les bouleverser.
À l’arrière-plan, on reconnaît les immeubles en brique construits dans l’entre-deux-guerres aux portes de Paris, souvent à l’usage d’habitations bon marché (HBM). La photo est prise dans un quartier populaire, au nord de Paris, à la limite des XVIIe et XVIIIe arrondissements.
Dans un renversement propre à la propagande, les acteurs de la scène ne sont pas les Allemands au second plan qui entrent en une grande colonne, par groupes réguliers, et ne semblent pas prêter attention à la population, mais les spectateurs qui, eux, regardent l’objectif.

sous_l20

CE QUE L’ON PEUT EN LIRE AUJOURD’HUI

Les Allemands entrent dans Paris depuis l’aube du 14 juin 1940, dans une capitale déclarée « ville
ouverte ». C’est un jour de semaine, un vendredi.
Cette entrée a été préparée de longue date et chaque compagnie, chaque escadron, chaque
troupe sait exactement où il doit se rendre. Les troupes allemandes, qui viennent du Nord, arrivent
par Le Bourget. Certaines contournent Paris par l’Est, et entrent par Vincennes où ils prennent des
photos du fort.
Contrairement à ce que présente cette photo, les témoignages des civils encore à Paris décrivent une
capitale désertée (les trois quarts de ses habitants auraient quitté la ville). Les photos prises par les
Parisiens montrent des rues vides. La propagande, elle, montre des Parisiens présents n’opposant ni
résistance ni hostilité.

sous_l21
L’œil allemand :
Les autorités allemandes ont mis les pendules à l’heure de Berlin (c’est-à-dire, une heure
plus tard), le jour de leur arrivée

Vous trouverez l’article sous document pdf
http://www.armand-colin.com/upload/Sous_l’oeil_de_l’occupant_L’entree_des_troupes_1940_.pdf
Bonne lecture !

Fichiers joints
attachmentSous_l’oeil_de_l’occupant_L’entree_des_troupes_1940_.pdf Supprimer
Sous l’œil de l’occupant : L’entrée des troupes allemandes 1940

  retour page d’Accueil

 retour à la Seconde Guerre Mondiale

 Chronologie de la Seconde Guerre mondiale

Les commentaires sont desactivés.

Ostduvalderoost |
Nikeairjordan99 |
Donsipeny |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Cercle Généalogique de la D...
| Nikefrair
| Soldeburberryk