Milguerres

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21 décembre 2012

Prélude à la bataille de la Somme

milguerres @ 23 h 32 min

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Entrée en Guerre du Canada

Les Canadiens à Ypres

De Ypres à Givenchy

Formation du Corps Canadien
Derrière les lignes : Les Dumbells

La cote 70 et la bataille de Lens

La troisième bataille d’Ypres et de Passchendaele

324 Chars à la Bataille de Cambrai

L’offensive allemande (1918)

Les cent jours du Canada

La guerre dans les airs

La guerre sur la mer

D’autres campagnes

Après l’Armistice



1916 – Prélude à la bataille de la Somme

sources
texte :

http://www.veterans.gc.ca/fra/histoire/premiereguerre/canada/chapitre8

http://www.collectionscanada.gc.ca/premiere-guerre-mondiale/entrevues/025015-1420-f.html
images :
wikipedia
http://data2.collectionscanada.gc.ca

1916 marque l’année de la bataille de la Somme.
Toutefois, avant de s’engager dans cette funeste campagne, les Canadiens participent à des attaques locales dans le secteur méridional du saillant d’Ypres, le but étant de tenir les Allemands occupés. La 2e Division du Corps d’armée canadien reçoit son « baptême du feu » à la bataille de Saint-Eloi, sur un terrain déchiqueté de trous d’obus et de cratères de mines inondés d’eau. Les Canadiens, qui portent pour la première fois le nouveau casque d’acier, subissent 1 373 pertes en treize jours d’attaques et de contre-attaques confuses visant le contrôle de six cratères inondés d’eau et du terrain dominant où ils prennent position.

Le baptême du feu de la 3e Division fut encore pire.
Les Allemands montèrent une attaque pour déloger les Alliés des positions qu’ils occupaient à Mont-Sorrel, situé juste au sud de la route reliant Ypres à Menin. Déclenchant le plus violent bombardement jamais connu des troupes canadiennes, l’ennemi anéantit des portions entières de tranchées avec leurs défenseurs. Des corps humains, même les arbres du Bois du Sanctuaire, étaient projetés dans les airs par les obus. Littéralement boutés hors de leurs positions, les hommes de la 3e résistèrent désespérément, mais furent finalement submergés par l’infanterie allemande. A la tombée du jour, l’avance ennemie était enrayée, mais trois hauteurs stratégiques – Mont-Sorrel, cotes 61 et 62 – étaient perdues. Une contre-attaque déclenchée le lendemain matin par les Canadiens échoua. Puis le 6 juin, les Allemands lancèrent une nouvelle attaque après avoir fait exploser quatre mines et s’emparèrent du village de Hooge situé sur la route de Menin.

Le lieutenant-général Julian Byng, nouveau commandant du Corps canadien, résolut alors de reprendre Mont-Sorrel et la cote 62. Il donna l’ordre à la 1re Division commandée par le major-général Currie de monter une attaque, qui cette fois serait soigneusement préparée et bien appuyée par de l’artillerie. Après un violent bombardement, les fantassins canadiens se lancèrent à l’assaut dans l’obscurité le 13 juin à 1 h 30 du matin; il pleuvait et ventait. L’attaque, bien préparée, s’avéra payante et les Canadiens reprirent les hauteurs perdues le 2 juin. Toutefois, les pertes furent lourdes : le Corps canadien avait perdu à Mont-Sorrel 8 430 hommes, dont le général Mercer tué par un éclat d’obus alors qu’il visitait les premières lignes au début de l’attaque contre les forces allemandes.
La bataille de la Somme

Les deux camps persistaient dans l’idée que le seul moyen de percer les puissants retranchements de l’ennemi, c’était de les attaquer brutalement de front; et, pour tout dire, ils n’ont pas vraiment d’autres options. En 1916, les Alliés adoptèrent comme stratégie le déclenchement d’offensives simultanées sur les fronts occidental, oriental et italien. Pour le premier, on décida que les Français et Britanniques mèneraient une offensive conjointe dans la région de la Somme vers le milieu de l’année.

Le général Erich von Falkenhayn, chef d’état-major général, allait déjouer les plans en frappant le premier en février. Il décide d’attaquer la ville fortifiée de Verdun, calculant – et il voit juste – qu’elle présente une telle importance stratégique pour la France que celle-ci la défendrait jusqu’au dernier homme. Son plan est d’attirer les troupes françaises dans l’étroit et dangereux saillant, de les anéantir à coup d’artillerie et de saigner ainsi la France à blanc. Il est le premier commandant à affirmer clairement que le but d’une offensive est l’usure – bien qu’il ne l’ait pas dit au prince héritier, le commandant des troupes allemandes. Le 21 février, les Allemands déclenchent leur offensive et pendant les dix mois qui vont suivre, les soldats des deux camps vont se trouver plongés dans l’enfer de Verdun, qui coûtera cher aussi à l’armée allemande. Le sort de la France dépendant de Verdun, sa chute devient dès lors une question de prestige pour les troupes allemandes. Les combats cessent à Noël : 680 000 hommes sont blessés de part et d’autre, et sur ce nombre environ 250 000 vont mourir.

Au plus fort de la lutte, les Français pressent Sir Douglas Haig, le nouveau commandant des forces britanniques, de hâter l’offensive de la Somme afin de relâcher la pression allemande. L’armée française ayant été décimée à Verdun, une bien plus grande part du fardeau de l’effort de guerre repose dès lors sur les épaules britanniques. Ce qui devait être une offensive dominée par les troupes françaises devient une offensive dominée par les Britanniques.

On prépare soigneusement la campagne, en mobilisant un maximum de troupes et d’armes. À la fin de juin, tout est prêt pour la grande offensive et Haig est persuadé de réussir à démanteler les défenses ennemies et à ouvrir une brèche pour que cavalerie puisse déborder dans la campagne française et attaquer l’arrière des lignes allemandes, leurs positions d’artillerie, quartiers généraux et postes de communications. Entre-temps, l’armée allemande, qui savait depuis longtemps ce qui se préparait, avait procédé à une vaste restructuration de ses lignes de défense, plus particulièrement dans la zone plus au nord, où les Britanniques comptent lancer leur assaut. L’armée allemande est solidement retranchée le long de la crête de collines et des villages de la campagne au nord de la Somme.

Le 1er juillet, à 7 h 30 du matin, l’heure convenue par les Français pour que les observateurs de l’artillerie puissent bien voir le champ de bataille, des milliers de Britanniques et de Français montent à l’assaut des lignes ennemies, à travers le No Man’s Land, en formant un front de plus de 40 kilomètres. L’assaut devient une véritable boucherie – 57 500 soldats britanniques sont tués, blessés ou portés manquants en une seule journée – l’armée britannique subit les plus grosses pertes qu’elle n’ait jamais connues en une seule journée de combat. À la tombée du jour, les Français avaient atteint presque tous leurs objectifs, à l’instar des divisions britanniques dans la zone méridionale; mais les deux tiers du secteur britannique n’avaient fait pour ainsi dire aucun gain.

À Beaumont-Hamel, les deux tiers du 1er Bataillon du Newfoundland Regiment, rattaché à la 29e Division britannique, sont anéantis en une heure environ sous le feu nourri des mitrailleuses allemandes. Le 1er juillet est d’ailleurs encore un jour de deuil et de commémoration à Terre-Neuve.

Des Canadiens sur la Somme

La bataille de la Somme ne s’est pas conclue en une journée; les combats se poursuivent tout au long de l’été et sont marqués notamment par une attaque en grande partie réussie lancée par les Britanniques, à l’aube du 14 juillet. À la fin d’août 1916, les hommes de Byng abandonnent la plaine boueuse des Flandres pour la Somme où ils prennent en charge un tronçon du front à l’ouest du village de Courcelette. Une fois dans ce secteur, ils se trouvent engagés dans de violents combats et quelque 2 600 d’entre eux tombent avant que ne soit déclenchée la grande offensive.

Celle-ci commence le 15 septembre à l’aube.

Le Corps d’armée canadien, à l’extrême gauche, attaque sur un front de 2 200 verges à l’ouest du village de Courcelette.
Progressant à l’abri d’un barrage d’artillerie (une tactique nouvellement adoptée par les Britanniques et qu’il faut attribuer à la présence de tireurs adéquatement formés, à une plus ample provision de fusils de meilleure qualité et à des munitions plus fiables), l’infanterie est épaulée par des chars blindés, la « nouvelle arme de guerre ».
Il y a très peu de chars, et ils sont très peu fiables en plus d’être très vulnérables aux tirs d’artillerie.
Cependant, dans les premières années de la guerre, leur seule présence suffit à semer la confusion dans les rangs ennemis.
L’assaut se déroule bien. Dès 8 heures, les Canadiens s’emparent du principal objectif, un bastion appelé « la sucrerie » et ils avancent jusqu’à Courcelette. Après avoir repoussé d’innombrables contre-attaques, le lendemain, ils consolident leur position. L’ennemi fait alors appel à des renforts, le combat s’intensifie et les gains deviennent négligeables.

Dans les semaines qui suivirent, les trois divisions canadiennes attaquèrent sans relâche toute une série de retranchements ennemis. L’ultime objectif était la tranchée Regina, tristement réputée. Celle-ci résista à tous les assauts et lorsque de nouvelles troupes vinrent prendre la relève à mi-octobre, les Canadiens avaient seulement gagné du terrain.

La 4e Division, venue prendre la relève, eut à combattre dans d’affreuses conditions. Enfonçant dans la boue jusqu’aux genoux, les troupes se trouvèrent engagées dans des combats d’une rare violence et extrêmement meurtriers avec un ennemi opposant une résistance acharnée. Elles réussirent le 11 novembre, malgré un barrage de feu quasiment impénétrable, à s’emparer de la tranchée Regina alors pratiquement nivelée. Une semaine plus tard, au cours du dernier combat de la Somme, les Canadiens s’emparaient de la tranchée Désire, faisant preuve d’endurance et de bravoure peu communes. La 4e Division rallia ensuite le Corps d’armée canadien sur le front de Vimy.

Les troupes ne gagnent plus de terrain cette année-là. Les pluies d’automne ont transformé le sol en bourbier et l’offensive s’est enlisée; le front n’a progressé que de six milles, bien que l’avance comme telle n’ait pas tant d’importance si ce n’est pour le moral des troupes. Les Alliés subissent quelque 650 000 pertes, et des deux côtés, environ 200 000 hommes sont tués. La bataille de la Somme mérite bien d’être appelée par les Allemands das Blutbad – le bain de sang. Un officier allemand qualifie la Somme de « cimetière boueux de l’armée allemande »; pour les Britanniques, la Somme transforme une armée de recrues impatientes et inexpérimentées en une machine de guerre comparable à celles de la France et de l’Allemagne, mais à un terrible coût en vies humaines.

Les divisions canadiennes avaient essuyé 24 029 pertes dans la Somme, mais elles avaient justifié leur réputation de troupes de choc. « Les Canadiens », devait écrire M. Lloyd George, « se distinguèrent à un tel point à l’assaut que pendant le reste de la guerre on les utilisa comme fer de lance dans les grandes batailles.
Chaque fois que les Allemands trouvaient en face d’eux le Corps canadien, ils s’attendaient au pire. »

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Entrevue avec Arthur Raley : Royal Newfoundland Regiment

R. Le combat suivant, pour le régiment, le vrai combat, a été le Beaumont Hamel. Cette bataille a été la plus importante et sans doute la plus connue que nous ayons menée, mais de fait, nous ne nous sommes pas battus. Nous avons commencé déjà trop loin. Nous avons été balayés peu après avoir traversé notre propre ligne de front, mais c’est là que le régiment est devenu célèbre. C’était un combat des plus impressionnants. Je crois que nous avons envoyé 800 hommes valides, et moins de 100 en sont revenus. On les a simplement déplacés. Ils n’ont pas aperçu la ligne de front des Allemands. On nous a dit d’avancer. C’était une ligne arrière en bas d’une pente, une belle pente régulière se découpant sur l’horizon. On pouvait voir tout le monde, partout, et j’ai téléphoné au poste de commandement de la brigade pour demander si nous devions avancer par nous-mêmes ou avec les hommes à notre droite. On nous a d’abord répondu que les deux régiments avanceraient et, dans mon compte rendu de la bataille, j’ai noté cette conversation téléphonique. On m’a clairement dit d’avancer dès que nous serions prêts, aussi nous sommes-nous mis en marche. Les autres se trouvaient dans la ligne de front, et nous étions dans la troisième ligne. Notre champ de tir, qui semblait être l’avancée, n’était que la pente régulière au bas de la colline. Les hommes transportaient des ponts de tranchées, des rouleaux de barbelés, des torpilles et autres choses semblables. Ils n’étaient pas en mesure de tirer. Il aurait fallu qu’ils aient leur matériel. Les autres se trouvaient sur la ligne de front, et ne commençaient pas. C’est pour cela que nous avons été fauchés de façon si pénible. J’ai dit qu’ils ne commençaient pas, mais en fait, un homme ou deux avaient escaladé la pente. Cependant, il n’y avait pas d’avancée sur la droite. C’était épouvantable; je ne devrais pas le dire, mais j’ai pensé à ce moment-là que nous avions reçu un très mauvais ordre. Nous aurions pu descendre dans les tranchées et entrer dans la ligne de front, ou même dans la seconde ligne, mais là, les roues des chariots se trouvaient à l’horizontale des mitrailleuses allemandes montées sur roues et qui se déplaçaient en rond, ça faisait comme une ceinture de feu sur cette colline, en descendant vers Beaumont Hamel, que nous n’avons jamais vu. La prise a eu lieu en novembre, et nous étions le 1er juillet.
Q. De quelle sorte de tir d’appui disposiez-vous?
R. Notre tir d’appui était assez bon dans les airs, en tir d’artillerie, mais il était minime, presque inexistant, en tir d’infanterie.
Q. Aviez-vous des mitrailleuses?
R. Très peu. Nous avions le nombre voulu de mitrailleuses, mais elles ne tiraient pas. Nous nous contentions d’avancer. C’était longtemps après que l’unité avait commencé d’avancer, des heures après. Une autre brigade était là avant nous, mais elle ne s’est pas rendue jusqu’à la ligne de front.
Q. Pouvez-vous décrire les caractéristiques physiques du champ de bataille, le climat, et la lumière qu’il faisait ce jour-là?
R. Nous avancions sur une pente douce, juste à droite de la ligne allemande. Nous étions entièrement à découvert. L’herbe, à ce moment de l’année, était assez longue. Quelqu’un qui se serait allongé n’aurait pas été vu, mais cela ne nous faisait pas avancer. C’est grâce à cela que le commandant et moi-même sommes demeurés en vie. Nous avons marché les premiers, d’abord sur le sommet, mais l’ennemi ne nous a pas remarqués; arrivés à mi-chemin de la ligne de front, nous nous sommes allongés, et nous pouvions voir tout ce qui se passait autour de nous. En face de nous poussaient de petites touffes d’herbes, rien d’autre. Les hommes portaient au dos de petits triangles de fer-blanc; lorsqu’ils s’allongeaient, le soleil se reflétait sur ces petits carrés ou triangles luisants, et on pouvait ainsi aisément les voir.
Q. À quoi servaient ces petits triangles de fer-blanc?
R. Grâce à eux, l’artillerie pouvait nous voir de dos, savoir où nous nous trouvions, évaluer jusqu’où nous nous étions rendus. Bien sûr, ils ne sont pas préoccupés de ça, ils n’ont jamais vu, nous ne nous sommes jamais heurtés à notre propre artillerie. Ce n’était pas une bonne chose à vrai dire.
Q. Quelles étaient les positions allemandes?
R. Elles remontaient le long de l’autre colline, elles étaient très fortes. Je l’ai dit, les Allemands disposaient de mitrailleuses montées sur des chariots. Ils dirigeaient leur jet de feu dans toutes les directions. Ils étaient prêts à nous accueillir, c’est certain. Bien sûr, quelques places ont cédé. Une ligne est remontée sur notre gauche, nous l’avons suivie quelque temps, puis nous l’avons perdue. Évidemment, que nous ne soyons pas partis a été remarqué. Thiepval, plus au sud, a été capturé cette journée-là je crois. En un ou deux endroits de la bataille de la Somme, le 1er juillet, la ligne s’est dirigée vers le sud. C’était un virage à 90 degrés, juste un mille ou deux au sud de notre unité; et là où nous étions, une autre bataille a été gagnée en novembre. Lorsque nous avons remonté le virage à 90 degrés, à Guerdecourt, nous nous sommes retrouvés dans la bataille.
Q. Revenons à Beaumont Hamel. Pouvez-vous me dire comment cela s’est fini pour le régiment de Terre-Neuve?
R. Pour ce qui est du régiment de Terre-Neuve, je crois que étions 68 à revenir, et nous sommes allés dans un village en retrait des lignes. Je ne vous ennuierai pas avec les noms, mais les quelques hommes qui étaient restés se sont effondrés. Puis les réservistes sont arrivés, 200 ou 300 peut-être, et on nous a envoyés nous reposer au saillant d’Ypres.
Q. Qu’est-ce qui, selon vous, a fait le plus de victimes? Pensez-vous que c’était le feu des mitrailleuses?
R. Oui, sûrement. À l’époque, différents facteurs devenaient déterminants, selon les batailles. Cela pouvait être le gaz, ou une ligne de front violemment bombardée. Mais là où nous étions et du temps de Beaumont Hamel, et avec des assauts aussi violents que celui d’Arras, c’est sûrement les mitrailleuses, et un certain nombre de canonnades sur des cibles données, qui ont fait le plus de victimes. Mais lorsque les hommes avançaient en colonne, ils pouvaient marcher une heure ou deux avant d’être repérés. C’est d’abord l’infanterie qui s’en occupait avant qu’ils se fassent mitrailler par les artilleurs.
Q. Quel était le véritable plan d’attaque? Quels étaient les objectifs?
R. Cela ne concernait pas le régiment car, depuis le point le plus au nord, à 20 milles de nous et à 10 milles au sud, puis en revenant à droite, à 90 degrés, on se rendait à Thiepval et au bois de Burnisay. Cela ne représentait que 50 milles environ dans une bataille aussi importante.
Q. Ce que j’essaie de comprendre, c’est ce qu’on attendait de vous, selon vous, comme soldat d’infanterie ayant participé à cette bataille; et je voudrais savoir quels dangers vous deviez affronter?
R. Eh bien, comme soldat d’infanterie ordinaire, je repense à la Somme, qui a eu lieu voilà bien des années. Nous avons beaucoup appris, mais, comme je l’ai dit, les soldats devaient d’abord se rendre et transporter une charge Bangalore, ou un pont, ou un rouleau de barbelés, ou tout autre effet dont avaient besoin dans les tranchées ceux qui avaient déjà capturé la ligne. Les autres devaient simplement marcher, monter, descendre, jusqu’à ce qu’ils trouvent les Boches; alors, s’ils restaient, il fallait les combattre; sinon, il fallait les poursuivre ou leur tirer dessus, mais il n’y avait pas grand-chose à faire dans une bataille. L’infanterie combattait dans un type de bataille qu’on appelait un raid. Le nombre de soldats pouvait varier, mais en général, on était environ 50, visages noircis et sans uniforme, armés seulement d’un gourdin ou d’une bombe. On se précipitait, on attrapait un ou deux prisonniers et on revenait. Les grandes batailles consistaient, littéralement, en promenades à travers le pays, jusqu’à ce qu’on rencontre un Boche et qu’on lui livre combat, ou, si on était dépourvu de bon sens, qu’on lui tire dessus.
Q. Alors, Beaumont Hamel — je m’en tiens encore à Beaumont Hamel –, était-ce une de ces promenades en descendant la colline?
R. Oui. Il n’y a pas eu, ou si peu, de ces courses et ces charges comme on le voit dans les illustrations. Il fallait se précipiter dans les tranchées, et en sortir bien sûr. Il y en avait à portée. Puis il fallait courir environ 20 verges, se coucher à terre, courir de nouveau 20 verges et se coucher encore, ou, si nous étions sur un terrain dégagé où on ne s’attendait pas à nous trouver, nous le longions en marchant à la manière de soldats d’infanterie qui traversent la campagne avec leurs fusils.
Q. Mais les hommes s’attendaient certainement, à Beaumont Hamel, à tomber sur un tir de mitrailleuses?
R. Oh oui, tout à fait! Mais nous ignorions ce qui s’était passé. Nous ne savions pas que les premières lignes n’avaient pas été capturées, ni que nous nous trouvions cinq milles en avant. Toutes sortes de rumeurs et de signaux nous parvenaient, mais il nous fallait avancer seulement quand nous en recevions l’ordre; et nous étions, je pense, la troisième ligne de détachement, mais nous ne nous étions pas rendus aussi loin que la première.
Q. Les Terre-Neuviens se sont-ils suffisamment approchés des Allemands pour tirer?
R. Vous savez, il ne faut pas oublier que les Terre-Neuviens arrivaient de tranchées où se trouvaient des réservistes à même d’ouvrir le feu sur les tranchées allemandes, quand ils arrivaient à mi-chemin, s’il s’en trouvait encore en vie. Je me rappelle un homme qui rassemblait quelques soldats et ensemble, ils ouvraient le feu. Arrivés à mi-chemin, près des lignes des Boches, ils leur tiraient dessus. Ils n’étaient qu’une demi-douzaine d’hommes, armés d’une demi-douzaine de balles chacun, mais ils agissaient ainsi par désœuvrement. Ils disaient qu’ils tireraient sur n’importe quel Boche qu’ils verraient, mais ils ne pouvaient y réussir. On leur tirait dessus là où ils étaient, car on pouvait les voir à cause de ces lumières dans leur dos. J’ai vu de mes propres yeux un transmetteur descendre la colline en courant, se diriger vers la ligne des Boches en envoyant un signal, en faisant un signe au-dessus de sa tête. Ce n’était pas une bonne idée, il ne pouvait aller nulle part ainsi, il ne pouvait tuer personne, juste courir jusqu’à ce qu’il s’effondre. C’est tout ce qu’il pouvait faire. D’autres hommes se débattaient avec les ponts. Lorsqu’un homme tombait, un autre ramassait le pont, traînait des hommes jusqu’au pont, et les autres continuaient de le tirer.

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Entrevue avec C.G. Barnes : 8e Bataillon

Q. Dites-moi, lorsque vous avez été au cœur du combat dans la Somme, y avait-il beaucoup de travail à faire avec les barbelés enchevêtrés, et les troupes qui s’y accrochaient. Avez-vous aimé ce moment-là?
R. Non, nous ne nous sommes pas occupés des barbelés. Mais il y a eu plusieurs commotions cérébrales. Comme c’était un terrain calcaire, les vibrations causées par les tirs d’obus étaient violentes, car les obus n’étaient pas amortis. Même un obus tombé loin de vous pouvait causer une commotion à vous couper le souffle. Si cela avait été comme à Passchendaele, la boue aurait amorti l’effet des obus; mais cela ressemblait à une explosion sur une route bétonnée.
Q. Comme c’est intéressant, personne ne m’en a jamais parlé! Vous savez, un incident peut frapper une personne, et elle s’en souviendra.
R. Lorsque nous nous trouvions là-bas dans les abris, nous sentions les commotions comme un coup que quelqu’un nous aurait asséné à l’estomac. La vibration était terrible. Nous nous sentions surtout asséchés, là-bas.
Q. Vous êtes-vous heurté à la résistance des Allemands ce jour-là?
R. Non, ils s’étaient retirés à cause des tirs d’obus. En ce qui nous concerne, ils ont fait barrage, opposition, plus tard, mais ils l’ont vite récupéré.
Nous sommes arrivés dans la tranchée Regina, mais nous avons dû revenir parce qu’il y avait là un abri allemand. C’est là que nous voulions avoir notre poste de commandement, mais nous ne pouvions pas parce que les deux flancs de la colline, à droite et à gauche, étaient exposés à l’ennemi, alors nous avons dû nous replier. Nous sommes arrivés jusqu’à la tranchée Regina, mais nous avons dû revenir. Puis la 4e Division — je crois que c’est bien elle — a pris la tranchée deux jours plus tard.
Q. Êtes-vous revenus jusqu’à Zollern?
R. Nous sommes retournés à Hessian.
Q. Oui, Hessian est là.
R. Il y a eu d’abord Zollern. C’est la première ligne que nous avons prise; ensuite il y a eu Hessian, puis nous sommes arrivés à Regina et nous avons dû retourner. Nous nous sommes repliés à Hessian et nous y sommes restés.
Q. Il semble que même à Hessian, il y a quelques éléments dont vous n’avez pas pu vous emparer ce jour-là.
R. C’est possible, mais la compagnie « C » se trouvait là. Le 15 octobre, nous étions là, en attente. Nous n’avancions pas, nous attendions seulement, et les tirs d’obus, autour de la raffinerie de sucre, étaient assez violents. Mais lorsque le 8e Bataillon a été relevé, vers le 15 octobre, nous sommes sortis.
Q. La Somme a été une expédition plutôt difficile, n’est-ce pas?
R. Très difficile. Les tirs d’obus étaient épouvantables. Comme je l’ai dit, le problème, c’est qu’ils n’étaient pas organisés. C’était la première fois que nous suivions un barrage. Nous avions la cavalerie avant qu’ils aient les chars. Si nous avions eu du renfort, et si nous avions su que les chars passeraient bien, nous aurions pu faire un nettoyage sur-le-champ. Mais ils n’étaient pas prêts, ce qui a donné à l’ennemi le temps de rassembler ses forces. La Somme était un bon terrain pour les chars, contrairement à Passchendaele, qui est boueux. À Passchendaele, les chars n’auraient servi à rien.
Q. Non, mais même la Somme n’était pas un excellent terrain.
R. Ce n’était pas le meilleur, mais nous avons été surpris. Les chars n’étaient pas prêts à suivre, et l’occasion a été perdue.
Q. Mais je suppose que plusieurs chars ont été endommagés ce jour-là, qu’ils se sont embourbés.
R. Nous avions la mécanique, et les hommes ne savaient pas comment l’ajuster pour surmonter ces difficultés.
Q. Ils n’avaient pas encore mis au point le barrage roulant, n’est-ce pas? Les barrages courts vous devançaient.
R. Au moment de l’attaque, nous suivions un mur de feu.
Q. Dans la Somme?
R. Oh oui, ils avaient des barrages roulants dans la Somme, c’est certain. Parfois, un obus mal fabriqué manquait sa cible et nous atteignait, mais nous restions raisonnablement près en arrière et nous suivions assez vite. Lorsque nous sommes arrivés, il n’y avait plus rien que le chaos. Je veux dire que rien ne pouvait survivre. Lorsque les Allemands retournaient dans leur abri, ils auraient dû en ressortir, mais ils ne le pouvaient pas, et nous non plus. Cela ressemblait à une averse de grêle sur un champ de blé.
Q. Oui, je le sais. Au début de la Somme, par exemple, durant la campagne britannique, avant que les Canadiens ne s’y engagent –
R. Ils ont commencé par creuser un grand cratère.
Q. Oui, mais il y a eu aussi cet interminable bombardement qui a duré plusieurs semaines, et les troupes britanniques se plaignaient amèrement de ce bombardement qui n’en finissait plus. Puis il a cessé. Les Allemands sont restés tout ce temps dans de profondes tranchées, puis ils sont sortis et ont attendu, car à ce moment-là, comme je l’ai dit, on n’avait pas encore eu l’idée de combiner barrage et déplacement. À Vimy par exemple, je crois que l’infanterie s’est rendue presque au-dessus des tranchées allemandes dès que le barrage a été dressé; les hommes étaient déjà là pour empêcher les Allemands de sortir.
R. Ils avaient alors plus d’expérience, parce qu’ils avaient déjà un vécu semblable. Dans la Somme, c’était l’étape initiale; et les Allemands étaient plus forts qu’à Vichy. Ils étaient contents de revenir. C’est aussi, je crois, ce que j’aurais ressenti.
Q. Avez-vous subi beaucoup de pertes humaines les 26 et 27?
R. Oh oui, nous attaquions à 40 dans un peloton, 160 dans une compagnie, et si nous revenions avec 40 ou 50 hommes valides dans une compagnie de 160 hommes, c’est que nous nous en étions tirés à bon compte. Tous n’étaient pas tués. Plusieurs, blessés, ne pouvaient plus rien faire. De fait, je crois qu’on a perdu plus d’hommes en une seule bataille que durant toute la Seconde Guerre mondiale, car nous étions exposés. Il y avait des redoutes en ciment pleines de mitrailleuses, et nous devions les prendre d’assaut et les détruire; nous devions les encercler et les surprendre par l’arrière. Alors, voilà, 75 pour 100 des hommes ont été fauchés avant que nous ayons pu y pénétrer.

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sources
texte :

http://www.veterans.gc.ca/fra/histoire/premiereguerre/canada/chapitre8

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